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Hauts Grades

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Sagesse

9 Août 2014 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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Une carte postale d'Angleterre par Roger Dachez

9 Août 2014 , Rédigé par Roger DACHEZ Publié dans #histoire de la FM

Juste pour divertir un peu nos vacances - parfois intellectuellement ternes - voici une petite information estivale de la franc-maçonnerie anglaise qui donne à réfléchir : le service religieux annuel, dans la cathédrale (anglicane !) de Gloucester, ayant rassemblé, le 5 juin dernier, plusieurs centaines de Frères de la région, accueillant en grande pompe leur Grand Maître, l'inoxydable Duc de Kent.

Le cousin de la reine, Grand Maitre depuis 1967 - et réélu annuellement depuis - état accompagné du Lord Lieutenant de Gloucestershire, Dame Janet Trotter, et des dignitaires locaux de la Grande Loge Provinciale ainsi que de plusieurs édiles - francs-maçons ou non.

On ne peut pas réellement comprendre la franc-maçonnerie anglaise, britannique en général - ni saisir ce que pouvait être la franc-maçonnerie des origines - si l'on ne réalise pas à quel point l'institution maçonnique est profondément liée aux coutumes et mœurs anglaises dans tous les domaines. Pas seulement sur un plan purement formel ou administratif, mais par la mentalité, je dirais presque, l'image du monde...

Chaque année, la Grande Loge fait ainsi célébrer des services religieux dans les églises de la religion "établie" et les Frères en décors y participent avec joie. Quel étonnement - voire quel scandale ! - pour nombre de maçons français, pénétrés de l'idée que la franc-maçonnerie est avant tout une institution laïque, "gardienne de la République" !

Et pourtant, les Anglais n'ont rien à nous envier en matière de défense des droits individuels (l'habeas corpus a été inventé par eux et n'existe toujours pas en France), de démocratie représentative (leur Parlement est doté de droits réels depuis le début du XVIIIe siècle) et de respect de la liberté de conscience (aucune religion ne s'impose aux autres depuis 1689). Simplement, les Anglais ont intégré toute leur histoire - et elle fut mouvementée- sans jamais rien rompre ou éradiquer : ils ont un jour décapité leur roi...avant de rétablir son fils sur la trône douze ans plus tard; à la monarchie absolue a succédé la monarchie parlementaire - sans qu'aucune Constitution n'ait jamais été adoptée !

Les Anglais, à la différence des Français, ont cette capacité unique d'embrasser tout leur passé sans rien en retrancher. Marc Bloch exprimait sans doute un regret autant qu'un conviction lorsqu'il écrivait : « il est deux catégories de Français qui ne comprendront jamais l'histoire de France, ceux qui refusent de vibrer au souvenir du sacre de Reims ; ceux qui lisent sans émotion le récit de la fête de la Fédération ». Oui, certes, mais combien de Français sont-ils vraiment capables de double devoir de mémoire ?

Pour un Britannique, on doit être tolérant en matière de religion - ils l'ont été bien avant nous ! - , mais on ne peut pas ne pas avoir d'appartenance religieuse - et cela avec la plus grande délicatesse et un savoir-vivre extrême, qu'il faut constater pour en mesurer l'ampleur. Les francs-maçons anglais ne sont d'ailleurs pas atypiques dans leur pays, car la grande majorité des sujets de sa Gracieuse Majesté partagent encore cette vision du monde.

Certes, le tempe passe, lui aussi, en Grande-Bretagne comme ailleurs : selon des sondages récent on y dénombre à présent environ 25% d'athées ou d'agnostiques déclarés. Une évolution comparable se produit aussi en Écosse.

Les institutions anglaises ne sont cependant pas figées ni "passéistes" comme on le croit parfois sottement en France, ce qui conduit certains à en sourire niaisement. Elles intègrent le passé dans le présent. Le Duc de Kent n'a pratiquement aucun pouvoir - beaucoup moins que ses "collègues" français en tout cas - au sein d'une Grande Loge qui est en fait gouvernée par le Board of General Purposes, dont les membres sont très majoritairement élus par les loges. De même, l’assistance en corps au service religieux annuel est, pour les francs-maçons anglais, une façon de célébrer publiquement, et tout ensemble, leur attachement aux vieilles traditions du pays, mais aussi leur affection pour leur loge, leur fierté de voir à leur tête le cousin de la reine, et enfin - que les laïques français ne s'en émeuvent pas ! - leur tolérance religieuse, car ils n'ont jamais fait de l’Église d'Angleterre celle de la Grande Loge, mais cette Église, ils ne l'oublient pas, celle des "libertés anglaises", est aussi celle de l'État, elle fait partie d'un patrimoine national dont ils ne veulent rien retrancher.

En Angleterre, j'ai entendu les Frères chanter, avant la tenue, l'hymne national - certains le font après, au début des agapes - et j'ai chanté God save the Queen avec eux. En retour, et contre mon attente, ils ont entonné deux couplets de La Marseillaise pour me faire honneur : un spectacle indescriptible et inoubliable, mais combien émouvant ! Et je me suis demandé combien de francs-maçons français, si volontiers donneurs de leçons, seraient capables, sans ironie, de leur rendre la pareille...

On pourrait bêtement sourire ou s'offusquer de cette image de la cathédrale de Gloucester, par inculture à la fois historique et maçonnique. J'ai parfois constaté cette réaction de la part de francs-maçons français qui ont oublié de réfléchir et de se documenter avant de juger à l'emporte-pièce. Et je me suis dit, parfois aussi, que mes Frères et amis anglais sont sans doute plus "libéraux et adogmatiques" que certains maçons français qui ont fait de la laïcité leur religion...

La France n'est pas l'Angleterre, l'histoire des relations entre les Églises et l’État, notamment, n'y fut pas du tout la même, et cela explique beaucoup de choses, en dehors même de la franc-maçonnerie. Mais au moment où l'on se préoccupe, péniblement semble-t-il, de "recomposer" le paysage maçonnique français où la maçonnerie "régulière "- à laquelle je n'appartiens pas, je le rappelle - a sa place légitime, il ne faut surtout pas se leurrer, ni jouer avec les mots, ni se payer d'illusions. La maçonnerie anglo-saxonne est un bloc, avec une parfaite cohérence intellectuelle et religieuse - ce qui n'empêche ni les nuances ni la diversité, mais ses "principes de base" sont sans équivoque. Feindre de l'ignorer tout en prétendant la rejoindre - fût-ce par "la main gauche" - est une voie sans issue.

Je ne suis pas "officiellement" reçu dans les loges anglaises, mais je ne peux oublier que méconnaître la franc-maçonnerie de tradition britannique, c'est se tout simplement se condamner à ne rien comprendre à la franc-maçonnerie en général.

Et, pourquoi ne pas le dire, ce spectacle de l'Annual Church Service de la Grande Loge Unie d'Angleterre, qui peut laisser incrédules ou choquer certains maçons français - et qui est d'ailleurs impensable en France, même dans la maçonnerie dite régulière ! - , me parait au contraire respectable et émouvant.

En tout cas, et au même titre que toute la maçonnerie anglaise en général, il mérite mieux que l’indifférence ou l'hostilité, et encore moins la duplicité...

 

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

 

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Sourate 76 : l'Homme

8 Août 2014 , Rédigé par Le Coran Publié dans #spiritualité

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.

1. S’est-il écoulé pour l’homme un laps de temps durant lequel il n’était même pas une chose mentionnable?

2. En effet, Nous avons créé l’homme d’une goutte de sperme mélangé [aux composantes diverses] pour le mettre à l’épreuve. C’est pourquoi Nous l’avons fait entendant et voyant.

3. Nous l’avons guidé dans le chemin, - qu’il soit reconnaissant ou ingrat -

4. Nous avons préparé pour les infidèles des chaînes, des carcans et une fournaise ardente.

5. Les vertueux boiront d’une coupe dont le mélange sera de camphre,

6. D’une source de laquelle boiront les serviteurs d’Allah et ils la feront jaillir en abondance.

7. Ils accomplissent leurs vœux et ils redoutent un jour dont le mal s’étendra partout.

8. et offrent la nourriture, malgré son amour, au pauvre, à l’orphelin et au prisonnier,

9. (Disant): «C’est pour le visage d’Allah que nous vous nourrissons: nous ne voulons de vous ni récompense ni gratitude.

10. Nous redoutons, de notre Seigneur, un jour terrible et catastrophique».

11. Allah les protègera donc du mal de ce jour-là, et leur fera rencontrer la splendeur et la joie,

12. et les rétribuera pour ce qu’ils auront enduré, en leur donnant le Paradis et des vêtements de soie,

13. Ils y seront accoudés sur des divans, n’y voyant ni soleil ni froid glacial.

14. Ses ombrages les couvriront de près, et ses fruits inclinés bien bas [à portée de leurs mains].

15. Et l’on fera circuler parmi eux des récipients d’argent et des coupes cristallines,

16. en cristal d’argent, dont le contenu a été savamment dosé.

17. Et là, ils seront abreuvés d’une coupe dont le mélange sera de gingembre,

18. puisé là-dedans à une source qui s’appelle Salsabīl.

19. Et parmi eux, circuleront des garçons éternellement jeunes. Quand tu les verras, tu les prendras pour des perles éparpillées.

20. Et quand tu regarderas là-bas, tu verras un délice et un vaste royaume.

21. Ils porteront des vêtements verts de satin et de brocart. Et ils seront parés de bracelets d’argent. Et leur Seigneur les abreuvera d’une boisson très pure.

22. Cela sera pour vous une récompense, et votre effort sera reconnu.

23. En vérité c’est Nous qui avons fait descendre sur toi le Coran graduellement.

24. Endure donc ce que ton Seigneur a décrété, et n’obéis ni au pécheur, parmi eux, ni au grand mécréant.

25. Et invoque le nom de ton Seigneur, matin et après-midi;

26. Et prosterne-toi devant Lui une partie de la nuit; et glorifie-Le de longues heures pendant la nuit.

27. Ces gens-là aiment la vie éphémère (la vie sur terre) et laissent derrière eux un jour bien lourd [le Jour du Jugement].

28. C’est Nous qui les avons créés et avons fortifié leur constitution. Quand Nous voulons, cependant, nous les remplaçons facilement par leurs semblables.

29. Ceci est un rappel. Que celui qui veut prenne donc le chemin vers son Seigneur!

30. Cependant, vous ne saurez vouloir, à moins qu’Allah veuille. Et Allah est Omniscient et Sage.

31. Il fait entrer qui Il veut dans Sa miséricorde. Et quant aux injustes, Il leur a préparé un châtiment douloureux.

 

Source : http://www.islam-fr.com/coran/francais/sourate-76-al-insan-l-homme.html

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L'Ecclésiaste 3 (extrait)

7 Août 2014 , Rédigé par La Bible Publié dans #spiritualité

Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux :

un temps pour naître, et un temps pour mourir ;

un temps pour planter, et un temps pour arracher ce qui a été planté ;

un temps pour tuer, et un temps pour guérir ;

un temps pour abattre, et un temps pour bâtir ;

un temps pour pleurer, et un temps pour rire ;

un temps pour se lamenter, et un temps pour danser ;

un temps pour lancer des pierres, et un temps pour ramasser des pierres ;

un temps pour embrasser, et un temps pour s'éloigner des embrassements ;

un temps pour chercher, et un temps pour perdre ;

un temps pour garder, et un temps pour jeter ;

un temps pour déchirer, et un temps pour coudre ;

un temps pour se taire, et un temps pour parler ;

un temps pour aimer, et un temps pour haïr ;

un temps pour la guerre, et un temps pour la paix.

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Sagesse

5 Août 2014 , Rédigé par Pablo Neruda Publié dans #Philosophie

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Loi de Murphy

2 Août 2014 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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Lettre de JB Willermoz au Baron de Turkheim (1821)

1 Août 2014 , Rédigé par JB Willermoz Publié dans #histoire de la FM

Lyon, le 12/18 août 1821.

J'ai reçu le 8 courant, mon très cher ami et bien-aimé Frère, votre chère lettre du 4, qui répond à la mienne des 5-15 juillet dernier ; j'ai été surpris de la recevoir le 5, jour de la date, car je ne croyais pas Altorff si près de Strasbourg, Je partage bien les nouvelles peines que vous éprouvez pour l'arrangement de vos affaires de famille et les embarras dont vous êtes menacé pour les terminer, par l'avidité d'un avocat qui devient un dangereux conseil. Il est dur quand on a fait les sacrifices que l'amour de la paix nous demandait de se voir arrêter par de nouveaux obstacles imprévus ; c'est ici qu'il faut vous armer de courage, user de toute votre prudence pour lutter efficacement contre les ruses de l'Ennemi du genre humain qui vous suscite de nouvelles persécutions, lorsque vous avez si à coeur de vous rendre tranquille et indépendant ; vos devoirs envers votre famille sont de vrais devoirs d'état, et il faut les remplir. Mais mettez-vous en état de le faire avec tout le calme d'esprit que vous pourrez vous procurer : pour cela, acceptez devant Dieu et du fond du coeur toutes les peines et les tracasseries de quelle espèce qu'elles soient et toutes celles qu'il lui plaira qu'il vous survienne encore jusqu'à la fin. Acceptez-les en esprit d'expiation de vos fautes. Remerciez-le de vous fournir quelque occasion de pouvoir y satisfaire volontairement, et demandez-lui la grâce de cette persévérance dans votre résignation jusqu'à la fin du combat : Voilà, mon ami, le meilleur, le plus grand remède à vos peines, sans rien négliger de ce que la prudence si recommandée vous conseillera pour lutter avec fruit contre les méchants qui vous troublent et vous attaquent. Acceptez de même les distractions qui viennent vous assaillir dans vos méditations, les difficultés que vous éprouvez à comprendre telle ou telle chose. C'est une peine expiatoire pour des faits passés, ou une épreuve pour le présent et l'avenir ; dans tous les cas acceptez tout avec soumission et résignation la plus entière, et Celui qui vous entend et qui voit tout, voue tiendra compte de tout en son temps et viendra à votre secours quand il sera nécessaire, si vous êtes persévérant ; n'en doutez pas.

Revenant sur votre ancienne question relative au retour des Anges rebelles, pour motiver cette pensée, vous employez une expression dont je ne suis pas content, disant que la Miséricorde infinie dépasse encore la Justice. Je ne vous fais pas querelle sur cette expression, la considérant plutôt comme impropre et déplacée que comme erronée ; mais dans le fait rien d'infini ne peut dépasser un infini, sans quoi l'un des deux resterait fini.

Vous me faites toujours le plus grand plaisir lorsque vous me donnez des nouvelles les plus fraîches possible de la santé et de vos rapports avec notre cher Landgrave Charles (1) ; il est sans cesse présent à ma pensée, il m'a donné tant de preuves de son amitié et de sa confiance que je ne l'oublierai jamais. J'admire sa résignation à la volonté en toute chose de N.-S., et je vénère ses précieuses vertus et qualités chrétiennes. Témoignez-le-lui, je vous prie, de ma part, à la première occasion que vous en aurez, en le remerciant pour moi de ce qu'il vous a chargé de me dire de sa part. Si mes forces se soutenaient ou reprenaient comme depuis quelques semaines, je pourrais bien n'être pas encore sitôt à mon terme, car quelques jours de fraîcheur me remettent toujours sur pied.

Vous paraissez craindre, mon ami, que nous nous entendions difficilement avec le cher Landgrave sur quelques points chatouilleux de doctrine. Ne craignez rien ; j'ai habituellement pour maxime d'éviter toute discussion quelconque avec ceux qui ont sucé le lait d'une croyance différente de la mienne, et auxquels, bon gré mal gré, justement ou injustement, je serais toujours suspect. Ainsi dans tous ces cas, le plus prudent est toujours celui qui sait le mieux se taire. Sans cela, il serait trop dur de se voir exposé à être jugé sur des pensées ou des desseins .que l'on n'a pas, comme cela m'arrive quelquefois.

Croyez-vous par exemple, mon ami, que je puisse vous approuver quand je vous vois dire dans votre dernière ; « mais je n'imiterai pas l'exemple des Stolberg, Senft et Haller parce que... etc., etc. » comme si déjà quelqu'un à vos trousses vous sollicitait déjà de le suivre. Quoi ! un chrétien qui ne connaît point encore la volonté de son Dieu, qui dit n'en vouloir point faire d'autre, être pleinement résigné à la Sienne, ose cependant dire qu'il fera ou ne fera pas telle chose ! Cela fait pitié. Pesez toutes ces inconséquences et voyez qu'elles n'ont cependant d'autre but qu'une prévision ou quelque léger soupçon contre quelqu'un. Je suis tout à fait étranger à cette question et c'est pourquoi je l'ai relevée avec plus de chaleur. En général, je n'ai jamais été approbateur des abjurations publiques ; je les ai même quelquefois empêchées quand cela a dépendu de moi, et n'ai voulu y prendre aucune part, parce que je les blâmais. Je blâme tout autant les efforts du faux zèle de quelques-uns des nôtres imbéciles ou cagots, pour en obtenir quelques-unes, et en faire ensuite des trophées aussi éphémères qu'ils sont ridicules. Ce ne sont point là les abjurations que Dieu demande ; elles doivent avoir d'autres caractères. En général un homme de bon sens n'en fait pas sans avoir pris avis et conseil réfléchi d'un homme de bien, éclairé et instruit, qui sache bien en apprécier la nécessité, les convenances et les inconvénients présents, prochains et futurs. Le conseiller de son côté doit se borner à donner le conseil qui lui est demandé et ne jamais se charger du rôle de solliciteur, s'il ne veut pas charger d'un gros poids sa conscience. Voilà mes principes sur cette question délicate. Je ne connais que de nom et de réputation le M. Haller dont il s'agit ; il annonce une âme forte et solide, éprouvée dans l'ombre depuis bien des années et qui force l'estime des hommes pensants, Quant à Messieurs les hauts seigneurs rie Berne qui choisissent si mal leur temps pour diffamer leur concitoyen et rient aujourd'hui, il faut savoir s'ils riront demain, si aussi leur joie et leur omnipotence dureront autant que leur vie. Vous me faites, cher ami, dans votre dernière, sept ou huit questions sur des points de doctrine auxquels je vais tâcher de répondre :

1° Adam a-t-il péché seul ? - Réponse : Adam a été émané dans l'immensité surcéleste avec une multitude innombrable d'intelligences humaines formant jusque-là l'universalité de sa classe : je dis l'universalité et non pas toutes parce que le Créateur, étant infini, a pu et peut encore quand il lui plaît, émaner de lui de nouvelles intelligences humaines postérieures aux premières pour former ensemble la classe des intelligences humaines. On ne peut y comprendre l'Ame humaine de Jésus-Christ qui toute seule fait une classe à part, ni peut-être aussi celle de la Vierge Marie qui est une Ame humaine toute privilégiée. - Adam fut le premier et le seul émancipé de son Cercle pour venir habiter le centre des Quatre Régions Célestes de l'Univers créé, y connaître et y exercer la mission divine dont il allait y être chargé, y restant en correspondance de pensée et de volonté avec les autres êtres de la classe qui ne pouvaient pas être encore en correspondance d'action avec eux, puis qu'ils n'étaient point encore émancipés pour opérer librement et sciemment aucune action, et ne pouvaient l'être qu'après avoir obtenu de Dieu à leur tour leur émancipation temporelle, lorsque Adam la lui aurait demandée à leur tour pour venir l'aider dans ses fonctions. Adam, tenté et séduit par le Démon, pêche grièvement par ses facultés de Pensée, de Volonté et d'Action. La multitude innombrable de sa classe en acquiert au même instant connaissance et pêche autant qu'elle en est capable. Les uns la repoussent de toute leur Volonté, d'autres y adhèrent plus ou moins, d'autres aussi y adhérer de tout leur Vouloir. Ne pourrait-on pas voir dans les premiers les Justes ou les Prédestinés ou les Bénis de mon Père, dans les seconds la tourbe des humains entraînés par les plaisirs et les séductions du Monde et dans les troisièmes les plus grands coquins, les plus grands scélérats des divers siècles ? Toute la classe est donc souillée par la prévarication de l'homme, les plus justes restent chargés d'une grande solidarité pour les plus coupables, et il faudra que tous en acquittent leur part par leur séjour plus où moins prolongé dans l'incorporisation matérielle et dans la mort corporelle qu'ils devront y subir, comme dans les peines expiatoires et purificatoires que la Miséricorde leur destine après leur mort.

2° Cette part a-t-elle été égale pour tous ? - Rép. : Non ; elle est différente pour les uns et pour les autres, et presque nulle pour quelques autres On a répondu à celle-là par la première.

3° Quelles étaient les trois actes particuliers de puissance qu'Adam opéra devant le Créateur ? - Rép. : Voyez le Traité parag. 17, 18 et 19. Vous y trouverez la réponse.

4° Quel était le quatrième acte qu'il devait opérer seul ? - Rép. : Il avait le privilège de créer à sa volonté une forme glorieuse impassible, semblable à la sienne, pour ses semblables dont il demanderait à Dieu l'émancipation temporelle pour venir lui aider dans ses fonctions, et il l'a opérée tout contrairement aux desseins de Dieu en suivant pour cela les conseils et le plan de son Séducteur, et n'en a retiré qu'une masse informe de matière inanimée. Confus du résultat, il a osé sommer le Créateur d'accomplir la promesse qu'il lui avait faite d'animer spirituellement son ouvrage : le Créateur sommé par son immutabilité l'anima en effet spirituellement : Inde omnia.

5° Rép. : Cette cinquième question et la réponse qui y est faite sont les conséquences naturelles de la quatrième précédente et n'ont pas besoin d'autre explication.

6° Le premier pas de la Prévarication provenu d'un orgueil secret etc. Rép. : L'Esprit Bon lit dans toutes les pensées de l'Esprit Bon qui est uni â Dieu, mais l'Esprit Mauvais ne peut lire dans le Bon tant qu'il est Bon, mais il lit .dans le Bon à I'instant même que ce Bon conçoit où adopte la moindre pensée mauvaise ; c'est ce qui est arrivé à Adam.

7° Rép. : La Prévarication d'Adam consiste donc à avoir opéré ce qu'il avait pouvoir d'opérer conformément aux conseils démoniaques et contrairement aux ordres que Dieu lui avait donnés.

S° Les Eléments de toute Corporisation quelconque ont été primitivement renfermés dans le Chaos ; au moment de son explosion et par le ministère des Agents secondaires qui y ont inséré un Principe de Vie passive, ils sont devenus les trois Eléments de la Matière Feu, Eau et Terre, ayant une destination future que l'homme a anticipée, Voilà les Ténèbres qui proviennent de la Matière et ne sont point dans aucun cas une Lumière, car tout Esprit bon ou mauvais porte avec lui sa propre Lumière tant qu'il n'est point incorporisé dans la Matière où il la perd, ce qui expose l'homme égaré ou mal instruit à tant d'erreurs et de méprises dans ses visions. Ainsi quand on parle des Ténèbres qui obscurcissent l'homme on veut parler des Ténèbres et de l'Obscurcissement de son intelligence et nullement de ce qu'on entend vulgairement par Ténèbres ou Lumière.

Oui, j'ai beaucoup entendu parler du prince Alexandre Hohenlohe, prêtre à Wurtzbourg, et de ses guérisons miraculeuses par la foi en Jésus-Christ ; j'ai vu aussi copie authentique d'une lettre écrite par le Prince Royal de Bavière qui atteste la guérison, quoique un peu moins caractérisée, d'une ancienne surdité personnelle, à Munich. (Ce qui me touche spécialement, c'est le soin du Prince-Prêtre de se faire accompagner souvent auprès de ses malades par un jeune paysan fort pieux auquel il défère l'honneur des guérisons qui sont déjà fort nombreuses. Quelle modestie ! J'ai régalé de cette nouvelle quelques mécréants autour de moi qui n'osent pas encore en rire ; mais patience, cela viendra avec le temps. Il paraît que les forts de la cour de Rome qui n'osèrent pas lui accorder l'évêché de Bade que vous désiriez pour lui, lorsque vous étiez auprès d'elle, ne sont pas si crédules, quoique fort complaisants dans certains cas.

Je reviens avec vous sur l'article de Pascualy  et de son manuscrit sur lesquels on vous a fait tant d'historiettes, comme sur l'ouvrage de Saint-Martin qui est, dit-on, tiré littéralement des Parthes, et qui en sort comme j'en suis sorti. J'ai connu très anciennement un Monsieur Kuhn, de Strasbourg : il était alors un curieux empressé auquel je n'avais pas grande confiance, Quelle que soit la prétendue origine chaldéenne, arabe, espagnole ou française que l'on veuille donner au Traité de la Réintégration de Pascualy, je puis dire que je l'ai vu commencer en France et en mauvais français par lui-même, et ce travail a été encore mieux vu et suivi par mes amis intimes, M. le chevalier de Grainville, Lieutenant-colonel du régiment de Foix, et M. de Champoléon, alors capitaine des Grenadiers du même régiment, qui allaient passer tous leurs quartiers d'hiver auprès de lui, et se mettaient en pension chez lui pendant six mois pour travailler sous lui et corriger ses défauts de style et d'orthographe sur chaque feuille à mesure qu'il les avait tracés. Ils prenaient ensuite la peine de copier pour moi de petits cahiers qu'ils m'envoyaient ensuite après qu'il les avait approuvés, car il les chicanait souvent sur certains mots qu'ils jugeaient plus français et il les rayaient sous leurs yeux comme contraires au sens qu'il voulait exprimer. Voilà les faits dont je suis certain. Tirez-en les conséquences que vous jugerez convenables. M. de Saint-Martin, officier dans le même régiment où M, le duc de Choiseul, voisin de son père, l'avait placé, reçu dans les hauts grades de l'Ordre, très longtemps après ces deux Messieurs et deux ans après moi, a tenu habituellement la même marche, et s'établissait pensionnaire de Pasqually pendant tout le temps d'hiver qu'il ne donnait pas à son père. Ayant quitté le service avec le blâme de son père et de M. de Choiseul, il vint à Lyon et vint d'amitié loger chez moi qui demeurais alors aux Brotteaux où il a composé son livre des Erreurs et de la Vérité . Il aurait voulu y dire beaucoup de choses importantes, mais lié comme moi et les autres par des engagements secrets, il ne le pouvait pas. Désespéré de ne pouvoir pas se rendre par cet ouvrage aussi utile qu'il le désirait, il le fit mixte et amusant par le ton de mystère qui y régnait. Je ne voulus y prendre aucune part, Deux de mes amis et principaux disciples et littérateurs lui persuadèrent enfin de refaire son ouvrage, Il le refit avec eux sous mes yeux tel que vous le connaissez. Aux hautes connaissances qu'il avait acquises de Pasqually, il en joignit de spéculatives qui lui étaient personnelles. Voilà pourquoi tout n'y est pas élevé et qu'il s'y trouve quelques mélanges ; voilà aussi comment cet ouvrage est venu des Parthes ! Risum teneatis.

Comme vous désirez connaître Pasqually en long et en large sur tout ce qui le concerne, voici à son sujet une anecdote connue de moi seul et qui ne doit pas devenir publique. Etant à Paris, au jour qu'il avait choisi pour me conférer mes derniers grades, il m'assigna pour les recevoir un jour suivant à Versailles ; il y assigna en même temps quelques autres Frères de degrés inférieurs et les plaça aux angles de l'appartement où ils restèrent jusqu'à la fin en silence ; lui debout au centre et moi seul à genoux devant lui, aucun autre ne pouvant rien entendre de ce qui se passait entre lui et moi. Avant la fin du cérémonial il me tombe tout subitement les bras sur les épaules et son visage collé contre le mien, il m'inonde de ces larmes, ne pouvant pousser que de gros soupirs. Tout étonné, je lève les yeux sur lui et j'y démêle tous les signes d'une grande joie. Je veux l'interroger ; il me fait signe de garder le silence. L'opération terminée, je veux le remercier de ce qu'il vient de faire pour moi, et j'en étais tout ému. - « C'est moi, me dit-il, qui vous dois beaucoup et beaucoup plus que vous ne pensez. Vous avez été pour moi l'occasion du bonheur que j'éprouve. J'étais depuis un certain temps tombé dans la disgrâce de mon Dieu pour certaines fautes que le Monde compte peu, et je viens de recevoir la preuve, le signe certain de ma Réconciliation. Je vous la dois, parce que vous en êtes la cause et l'occasion. J'étais malheureux ; je suis maintenant bienheureux. Pensez quelquefois à moi, je ne vous oublierai jamais. » Et en effet, depuis lors, j'ai reçu de lui beaucoup de preuves d'amitié et de grande confiance. La somnambule de Lyon, qui ne connaissait pas le moindre mot de mes rapports avec lui, m'a parlé la première de cette scène particulière, en m'assurant qu'il m'aimait toujours bien.

Je trouve de temps en temps dans vos lettres certains mots comme ceux-ci : ... Magie... Connaissances magiques... Opérations magiques forcées... et autres équivalentes… que je ne comprends point du tout. Par exemple, dans votre dernière, vous me dites, me parlant de Pasqually, avoir eu toujours l'idée d'après des amis sûrs qui vous l'affirmaient qu'il' avait des connaissances magiques et les a mises en pratique. Dans votre précédente du 9 juin, me parlant du cher Landgrave Charles, vous me disiez : « Il croit que la Messe n'est point Eucharistie mais une Opération magique forcée, ce qui est prouvé par la sonnette et l'encens. » Qu'entendez-vous donc par ce mot Eucharistie, et en quoi consiste cette opération magique qui la remplace ? Comme ces mots traînent toujours après eux quelques signes, quelque idée de mysticité et d'obscurité que je n'aime guère quand on veut se faire entendre, j'ai sans doute négligé trop volontairement l'étude de ces mots singuliers. Je vous prie donc, cher ami, de m'expliquer nettement et clairement la signification propre de ces mots dans les diverses applications qui en sont faites communément. Je comprendrai mieux les questions qui me seront adressées et les réponses que j'aurais à y faire.

Je saisis l'occasion, puisqu'elle se présente, de vous demander aussi si notre cher Landgrave a été élevé dans la communion luthérienne ou calviniste. Je mets une grande différence entre l'une et l'autre, les premiers sont bien plus rapprochés des catholiques que les seconds qui en sont fort éloignés.

Le cher \ a Ponte-Alto arriva hier de Nevers où il était allé faire un voyage d'affaires. A son retour de Beaucaire, je lui ai communiqué votre dernière et ma réponse. Il me charge de vous témoigner combien il est sensible à votre cher souvenir et combien il désire l'occasion de pouvoir faire votre connaissance personnelle. Je crois, cher ami, avoir répondu à tout ce que vous me demandiez. Je finis donc la présente en vous assurant de ma grande et sincère amitié avec laquelle je suis,

Mon Respectable et B. A. Fr., inviolablement votre tout dévoué Ami et Fr.

Ab EREMO.

Cette lettre porte de la main de l'auteur l'indication suivante : « Copie de ma réponse au Fr. Baron de Turkheim (a Flamine), du 12-18 août 1821. Partie le 18 pour Strasbourg. »

Source : www.misraim.free.fr

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La Franc-Maçonnerie Militaire

31 Juillet 2014 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

La Franc-Maçonnerie militaire a joué un rôle essentiel dans l'apparition en France de la Maçonnerie spéculative. Avant 1789, les Loges militaires qui existaient dans la plupart des régiments de l'armée royale initiaient au hasard des déplacements, d'une garnison à l'autre, des aristocrates, des bourgeois, des commis d'administra­tion, des avocats, des religieux qui allaient devenir un peu plus tard les animateurs des Loges sédentaires.

Plus tard, sous le Premier Empire, ce furent les Loges militaires de la Grande Armée qui propagèrent la Franc-Maçonnerie dans toute l'Europe, notamment en Belgique, en Allemagne, en Autriche, en Pologne, en Italie, en Espagne, initiant un peu partout dans les terri­toires occupés et y donnant naissance à une Maçonnerie locale là où elle n'existait pas encore, réveillant ailleurs de vieilles Loges qui étaient en sommeil depuis un certain temps. Par un étrange para­doxe, ce furent ainsi les militaires francs-maçons de l'armée impé­riale qui propagèrent à travers l'Europe l'idéal de la Révolution française de 1789.

Officiers et hommes de troupes se retrouvaient fraternellement unis dans la Loge, sans aucune distinction de grades. Ainsi, en 1779, La Parfaite Union du régiment du Vivarais avait comme Vénérable le simple soldat Dupred, alors que le capitaine Charles de Roux l'assistait comme Secrétaire.

En 1773, la Loge Saint-Charles des Amis Réunis, installée au sein du régiment de Saintonge, avait pour Vénérable le fourrier La­bouisse. Elle comptait parmi ses membres le comte de Bérenger, mestre de camp.

Il n'est pas inutile de rappeler que, bien avant la création en 1717 de la Grande Loge de Londres, la Franc-Maçonnerie dans sa forme spéculative, avait été introduite en France par des militaires. Lorsque la reine Henriette, fille du roi de France Henri IV, épouse du roi d'Angleterre Charles r, s'était réfugiée au château de Saint- Germain, la plupart des officiers écossais de sa suite appartenaient à des Loges anglaises qu'ils s'étaient empressés de reconstituer en exil.

Dès 1689, à Saint-Germain-en-Laye, une Loge jacobite, La Bonne Foi, existait au régiment de Dillon des gardes écossais. Plusieurs autres Loges stuartistes furent ouvertes en France dès 1690. Dans des conditions identiques, des marins et des soldats participèrent à la fondation des premières Loges spéculatives en territoire fran­çais. Ainsi, en 1732, des officiers de marine anglais séjournant à Bordeaux y ouvrirent la Loge L'Anglaise qui existe encore de nos jours.

De nombreux officiers français furent initiés à cette époque. En 1736, plus de deux cents officiers de hauts grades assistaient à la Tenue maçonnique pour laquelle le chevalier de Ramsay écrivit son célèbre Discours, premier essai de réforme de l'Ordre maçonnique. Ce fut à ce moment que fut initié le Maréchal d'Estrées.

Le premier Grand Maître français, Louis de Pardaillan de Gon­drin, duc d'Antin et d'Epernon, élu le 24 juin 1738, était lui-même colonel du régiment de Royal-Marine.

Louis de Bourbon-Condé, comte de Clermont, qui fut appelé à lui succéder en 1743, avait fait ses preuves sur le champ de bataille. Il fut désigné par ses Frères de préférence au prince de Conti et au Maréchal de Saxe.

Il y eut ainsi une longue période pendant laquelle les militaires exercèrent l'autorité suprême dans l'Ordre maçonnique en France. Au tableau des Grands Officiers pour l'année 1773 figurent ainsi le Frère de Montmorency-Luxembourg, brigadier des armées du roi ; le colonel d'infanterie de Buzançais ; le mestre de camp de cava­lerie Rohan-Guéménée ; le colonel d'infanterie de Lauzun ; le colo­nel d'infanterie Bacon de la Chevalerie ; le colonel du régiment de Champagne Colbert, marquis de Seigneley ; le maréchal de camp prince de Tarente ; le mestre de camp des dragons prince de Pigna­telly ; le colonel d'infanterie vicomte de Rouait ; le colonel d'infanterie chevalier de Launey ; le lieutenant-colonel Giraud-Destours ; le colonel comte d'Ossun ; le mestre de camp de cavalerie marquis de Clermont-Tonnerre, d'autres encore.

Tous les régiments possédaient alors une ou plusieurs Loges maçonniques.

Il suffit par ailleurs de consulter les tableaux des Loges pari­siennes avant 1789 pour y trouver en très grand nombre des mili­taires de toutes les armes et de tous les grades.

Tout naturellement, les soldats francs-maçons prirent fréquem­ment l'initiative de créer des Loges civiles et sédentaires dans les villes où ils étaient affectés. Ce fut ainsi que le capitaine Frignet, du Royal-Lorraine-Cavalerie, fut en 1748 le fondateur à Rennes de La Parfaite Union, une Loge qui devait devenir plus tard la Mère- Loge de la Maçonnerie bretonne. De même, en 1756, ce fut la Loge militaire Les Frères Unis, au régiment de Thianges-Dragons, qui installa à Laval la Loge sédentaire L'Union, composée essentielle­ment de petits bourgeois.

En 1768, lorsque L'Heureuse Rencontre fut installée à Brest, elle comptait parmi ses fondateurs une majorité d'officiers.

Les archives de la Franc-Maçonnerie française permettent de suivre les régiments dans leurs successifs déplacements. Prenons l'exemple de La Parfaite Union, Loge militaire du régiment Royal­Roussillon-Cavalerie. Elle se trouve en garnison à Hesdin en 1774 lorsqu'elle ouvre ses travaux sous la direction du capitaine de More­ton-Chabrillant. En 1775, lorsqu'elle initie le comte des Rieux et le comte de Carné, elle tient ses assises dans le Temple de la Loge de Rennes.

De la même façon, nous pouvons suivre pendant plus de vingt ans dans ses déplacements la Loge militaire de l'Orléans-Dragons. Des noms connus figurent sur les tableaux des Loges militaires. Le sous-lieutenant Alexandre de Musset, grand-oncle du poète, appar­tenait à La Concorde, Loge du régiment d'Auvergne. Le baron de Montboissier-Beaufort-Canillac, gendre de Malesherbes, fut Véné­rable de L'Amitié à l'Epreuve, la Loge de l'Orléans-Dragons. Le duc de Richelieu, futur Premier ministre du roi Louis XVIII, fut l'orateur des Dragons Unis, au régiment des Deux-Ponts-Dragons. Percy, l'un des rénovateurs de la chirurgie militaire, fut le Secrétaire des Frères Unis, au régiment de Berry-Cavalerie. Le célèbre Choderlos de Laclos, l'auteur des « Liaisons dangereuses «, fut le Vénérable de L'Union, au corps d'artillerie de Toul.

Lafayette et Rochambeau étaient eux-aussi francs-maçons.

Axel de Fersen, colonel du Royal Suédois, l'homme qui organisa la fuite à Varennes de la famille royale, appartenait à L'Olympique de la Parfaite Estime. Dans cette Loge il retrouvait un lieutenant- général qui se nommait... Charles d'Estaing.

Le célèbre mathématicien Gaspard Monge fut en 1779 l'Orateur de L'Union Parfaite du Corps du Génie où il avait été initié. La Tour d'Auvergne, le premier grenadier de France, tombé au champ d'hon­neur le 27 juin 1800, appartenait à une Loge bretonne.

Il demeure que la période la plus faste de la Maçonnerie mili­taire, ce fut indéniablement celle du Premier Empire, avec les francs-maçons Junot, Pichegru, Mac Donald, Beurnonville, Kléber, Brune, Joseph.et Jérôme Bonaparte, Sérurier, Kellermann, Mortier, Ney, Lannes, Lefebvre, Murat, Augereau, Moreau, Exelmans, Suchet, Oudinot, Bernadotte, Molitor, sans oublier le général Hugo, père de Victor, qui appartenait à L'Amitié d'Aix-en-Provence et à La Concor­de de Bastia.

Faire aujourd'hui le tour de Paris par les boulevards extérieurs c'est s'offrir l'occasion de saluer l'un après l'autre les plus grands noms de la Maçonnerie militaire.

N'oublions pas le maréchal Masséna, duc de Rivoli, qui avait été initié à Toulon en 1784 par la Loge Les Enfants de Minerve. Quant à Grouchy, celui de Waterloo, il appartenait à La Candeur de Strasbourg.

Dans toute l'histoire de la Franc-Maçonnerie universelle aucune date n'est plus douloureuse que celle du 18 juin 1815. Ce jour-là, dans la plaine de Waterloo, se retrouvèrent face à face les francs- maçons français du Frère Grouchy, les francs-maçons anglais du Frère Wellington, les francs-maçons prussiens du Frère Blücher. La fine fleur des Loges militaires de la Grande Armée disparut dans la charge héroïque de la Haie-Sainte que commandait le franc-maçon Lassale.

Quelques-uns des plus grands noms de la Marine figurent éga­lement sur les tableaux des Loges, notamment ceux du corsaire Surcouf et du corsaire Bompard, du bailli de Suffren, de l'amiral Villaret de Joyeuse, de l'amiral Bruix, de l'amiral Magon de Médine qui trouva la mort à Trafalgar.

Les marins français participèrent activement à l'implantation et au développement de la Maçonnerie aux Antilles, à Saint-Do­mingue, aux Indes, au Moyen-Orient et en Amérique Latine. Un mili­taire comme le comte de Grasse-Tilly propagea de la même façon et organisa dans plusieurs pays d'Europe, notamment en Belgique et en Espagne, le système des Hauts Grades du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

La liste est longue des soldats francs-maçons qui, sous les différents régimes, furent élevés à la dignité de Maréchal de France. Les plus connus sont Augereau, Bernadotte, Exelmans, Joffre, Keller­mann, Lefebvre, Masséna, Murat, Ney, Soult et Suchet. Pendant la guerre de 1914-1918, le Grand Maître de la Grande Loge de France était le général Peigné. Une Loge parisienne de son Obédience porte aujourd'hui son nom.

Entre 1919 et 1940, et depuis 1944, de nombreux officiers d'ac­tive furent Vénérables de Loges écossaises et plusieurs d'entre eux furent appelés à siéger au Conseil Fédéral de la Grande Loge de France.

Ainsi, la tradition de la Franc-Maçonnerie militaire se prolonge. Elle constitue à coup sûr l'une des plus belles pages de l'histoire de la Franc-Maçonnerie française.

MAI 1982 Publié dans le PVI N° 46

Source : www.ledifice.net

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Tenue sur le USS Lexington

30 Juillet 2014 , Rédigé par X Publié dans #RL Laurence Dermott

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Le corps et la plume. Écritures mystiques de l’Agent inconnu (extrait)

29 Juillet 2014 , Rédigé par Christine Bergé Publié dans #histoire de la FM

…La comtesse Marie-Louise de Monspey, dite Églé de Vallière (1733-1813) est l’une des filles de Joseph-Henri, marquis de Monspey, comte de Vallière, chevalier de Malte et de Saint-Louis et de Marie-Anne-Livie de Pontevès d’Agoult, dernière descendante de la branche des marquis de Buous en Provence. Situé au carrefour des XVIIIe et XIXe siècles, le personnage témoigne des temps bouleversés où s’effondre une lignée monarchique avec toutes ses valeurs et où de nouveaux savoirs prennent leur essor. Au centre de ces bouleversements, le corps devient un enjeu capital.

Madame de Vallière a plusieurs identités dont certaines ont été tardivement découvertes grâce au patient travail de quelques historiens. La comtesse est une mystique ardente en un siècle où cette voie devient presque illégitime. Son frère aîné, Alexandre de Monspey, chevalier de Saint-Louis, commandeur de l’Ordre de Malte, s’engage dans la franc-maçonnerie spiritualiste. Il rejoint la loge La Bienfaisance, fondée à Lyon en 1771 par le négociant Jean-Baptiste Willermoz. Au début des années 1780, Alexandre révèle à sa sœur l’existence de ce cénacle où se rassemblent les hommes de la meilleure société, tous férus d’alchimie, de kabbale et de rites chevaleresques. Ils viennent de découvrir la médecine magnétique de Mesmer.

Commence alors le destin de celle qui se fit appeler « l’Agent inconnu » et qui devint, comme nous allons le voir, à la fois initiatrice, écrivain et thérapeute. Elle déploie un travail d’écriture qui fascine le théosophe Louis-Claude de Saint-Martin, dit « le Philosophe inconnu ». Les écrits de ce dernier sur la psychographie interrogent en effet un phénomène dont il fut à la fois le contemporain bouleversé et le fidèle copiste. Ces écritures de l’âme, dans leur modernité, correspondent à une mutation spirituelle : ce n’est plus Dieu qui écrit par le vecteur inspiré d’une mystique entransée ; c’est la Vierge Marie qui prend la plume et défend son rôle de femme. La comtesse de Monspey, par cette voie, entend prendre place au sein des hommes influents de sa société, en particulier dans le milieu de la maçonnerie lyonnaise.

En 1784, le marquis de Puységur découvre le somnambulisme. Un an plus tard, Saint-Martin commence à recopier les dialogues échangés entre des comtesses magnétisées et le prélat qui les interroge. Sur leurs lèvres, le fluide magnétique se décline comme une « rosée bienfaisante », une « pluie d’or ». Les symboles alchimiques pénètrent profondément ces échanges qui, pour une part assez catholiques, s’aventurent vers les dimensions mythiques d’autres spiritualités. Dans les esprits du lieu, se manifeste l’empreinte d’un personnage haut en couleurs, le chevalier Martinez de Pasqually. Ce mage d’origine juive marrane, muni d’un « certificat de catholicité », se pique de savoir soigner et de correspondre avec les anges des plus hauts degrés. Il entraîne les frères maçons de Lyon dans la quête d’une transmutation des âmes. Afin de retrouver l’état originel de l’homme-Adam au corps diaphane exempt de toute maladie, il préconise aux frères maçons des rituels accompagnés de jeûnes et de privations.

La comtesse de Monspey, femme érudite et tout entière à l’écoute des « nouvelles sciences »transmises entre « frères » sous le sceau du secret, va parmi ces hommes trouver son propre destin.

En 1776, à l’âge de quarante-cinq ans, elle est célibataire et sans enfants. Elle possède les seize quartiers de noblesse qui lui permettent de devenir chanoinesse du chapitre de Remiremont en Lorraine. Elle entre dans cette institution, où ses sœurs l’ont déjà précédée. Il s’agit du chapitre noble le plus renommé d’Europe par son ancienneté et sa richesse. Dès le XIVe siècle, les moniales ont abandonné la règle bénédictine et sont libres de tout vœu. Le Chapitre recrute les dames de la haute noblesse issue de France, d’Alsace, de Lorraine et du Saint-Empire romain germanique. Celles qui parviennent à la distinction de doyenne prennent le titre de « Princesse-Abbesse ». Placé sous l’autorité du Pape et non sous celle de l’évêque de Toul, Remiremont jouit d’un statut particulier ; son territoire dépend directement de l’Empire.

Les chapitres nobles des dames de Lorraine prennent modèle sur les grandes abbayes nobles de l’empire germanique. Ce sont des maisons d’éducation pour les jeunes filles qui, la plupart du temps, vivent dans leur demeure familiale et peuvent se marier quand elles le désirent. Les femmes prestigieuses, politiquement influentes ou douées d’un brillant intellect ne manquent pas dans cet établissement, et l’émulation doit y être forte. Parmi les contemporaines de notre chanoinesse, le chapitre de Remiremont compte dans ses rangs Christine de Saxe, princesse royale de Pologne, et Adélaïde de Bourbon-Condé.

Malgré ses distinctions, Marie-Louise de Monspey n’a pas d’avenir dans les voies du pouvoir politique. Son inclination va aux personnages qui ont fait les riches heures de la chrétienté, à ces profils exceptionnels dont elle peut lire le destin dans les manuscrits de la bibliothèque de Remiremont. Plusieurs modèles ont dû concourir à former ses élans mystiques et à guider son expressivité, mais certainement le plus remarquable est celui de Hildegarde von Bingen. Cette abbesse érudite connut des états de ravissement au cours desquels elle recevait des révélations qu’elle dicta tout d’abord à un jeune moine, avant de commencer à écrire par elle-même à partir de 1411. Poétesse, femme de science, médecin, musicienne, elle inventa également une langue qu’elle seule parlait et écrivait, la Lingua Ignota.

Le chapitre de Remiremont, où se transmettent les plus hautes traditions de la chrétienté, est également un lieu où sont discutées les plus récentes découvertes scientifiques. Les sœurs Monspey sont des femmes cultivées. Elles s’intéressent aux sociétés initiatiques, à la botanique, à la médecine et aux expériences de physique. À Lyon, la rencontre entre le milieu spiritualiste des francs-maçons et la nouvelle médecine de Franz Mesmer va ouvrir des horizons inattendus.

Frères d’armes, frères maçons, zélés magnétiseurs

Je n’aborderai pas ici la médecine magnétique de Mesmer, analysée par Jean-Pierre Peter dans le présent numéro. Je me bornerai seulement à faire quelques rapprochements.

Dans la treizième proposition de ses Mémoires, Mesmer décrit le fluide magnétique comme « une matière dont la subtilité pénètre tous les corps sans perdre notamment de son activité ». Cette matière subtile ne nécessite pour Mesmer aucune métaphysique. Il met en garde contre toute interprétation spiritualiste de son système. Cependant, la société parisienne de l’Harmonie, dans laquelle dès 1786 il choisit de développer son enseignement, demande à ses membres une profession de foi en Dieu et en l’immortalité de l’âme. Mesmer lui-même n’est pas matérialiste mais il considère comme aliénation de l’esprit tout ce qui – apparitions, extases et visions – se produit dans le sillage des pratiques magnétiques. Il se plaint dans son second mémoire (1799) de la confusion entre « magnétisme »et « somnambulisme ». Il est clair que cette remarque vise le somnambulisme artificiel découvert par le marquis de Puységur.

En cette fin de XVIIIe siècle, Mesmer est doublé, pour ainsi dire, par l’essor du somnambulisme puységurien. L’usage des « sommeils » se développe rapidement dans les milieux maçonniques toujours en quête de nouvelles expériences. Dans cette dérive magnétique, Puységur est un personnage-pivot. Il est lui-même franc-maçon, affilié à la loge La Candeur de Strasbourg. En 1784, il publie le résultat des cures qu’il a opérées en son domaine de Buzancy, et fonde à Strasbourg en 1785 la Société Harmonique des Amis Réunis. Son ami Saint-Martin, bouleversé par les cures de Buzancy, devient l’émissaire du somnambulisme dans les milieux maçonniques. La médecine de Mesmer entame sa transformation ésotérique.

Elle va pénétrer plusieurs milieux. Le lien important entre élite militaire, franc-maçonnerie et magnétisme animal reste encore aujourd’hui méconnu. Les loges sont en effet le vivier social dans lequel se rencontrent les personnages qui nous intéressent. L’élite militaire, en particulier les Chevaliers de l’Ordre de Malte, est fortement présente dans les loges où se rassemblent les aristocrates. Ceux-ci aspirent à rejoindre les hauts grades de la franc-maçonnerie. D’autre part, les uns et les autres voyagent beaucoup à travers la France. Un des motifs de voyage est le désir de comparer les diverses pratiques du magnétisme animal qui se développent dans les sociétés harmoniques créées par les maçons. Comme nous allons le voir, ceux qui développent le courant spiritualiste du somnambulisme sont à la fois frères d’armes et frères maçons hautement initiés. Ce courant persistera jusqu’au milieu du XIXe siècle et s’intégrera dans les thérapies magnétiques des médiums spirites.

Seule la forte densité de Chevaliers de Malte dans les loges explique l’implication des francs-maçons dans la fondation de sociétés magnétisantes. Depuis le XVIIe siècle, les Chevaliers hospitaliers, engagés dans l’assistance aux malades, ont développé un savoir médical pointu. Ils ont fondé de nombreux hôpitaux, des écoles d’anatomie et de chirurgie. À partir de 1783, nombreux sont ceux qui s’initient au magnétisme. Alexandre de Monspey, commandeur de l’Ordre, les rejoint. Maître de camp de cavalerie, aide-major de la compagnie écossaise des Gardes du corps du roi, il appartient à la loge La Bienfaisance où le Lyonnais Willermoz l’initie à l’Ordre des Élus-Coëns. Il s’agit d’un système de hauts grades de la franc-maçonnerie élaboré par Willermoz à partir des enseignements de Martinez de Pasqually.

Pasqually, officier du roi d’Espagne, avait quitté la carrière militaire pour se consacrer dès 1761 à la fondation de l’Ordre des Élus-Coëns, destiné à recueillir et pratiquer son enseignement. Il en rédige l’essentiel dans le Traité de la Réintégration des êtres où il développe la grande thématique biblique de la Chute de l’homme. Des copies circulent à partir de 1771, mais le Traité, l’un des textes les plus importants de l’ésotérisme chrétien, ne sera officiellement édité qu’en 1899.

Le mythe central de cet ouvrage appartient au christianisme primitif : Dieu, par pure bonté, a engendré des créatures libres ; mais l’une d’entre elles, Lucifer, désire par orgueil engendrer à son tour des créatures. Pour le punir et l’engager à se racheter, Dieu l’enferme dans le monde matériel et lui accorde l’homme pour gardien. Mais Lucifer entraîne l’homme et la nature dans sa chute. Pasqually enseigne que seuls quelques élus ont transmis à travers l’histoire les connaissances secrètes qui leur permettront de sauver l’humanité. Les Coëns font partie d’une longue chaîne d’initiés qui doivent se soumettre à une vie ascétique, afin que leurs prières, jointes à l’aide des anges éclairés, rachètent la faute originelle.

Le drame cosmique de cette théosophie séduit de nombreux frères maçons. Saint-Martin, sous-lieutenant du régiment de Foix en garnison à Bordeaux, est un des premiers à être admis dans l’Ordre Coën. En 1768, il rencontre Pasqually et quitte la carrière militaire trois ans plus tard pour devenir son secrétaire. Au début des années 1770, Willermoz s’engage à son tour dans le système des Coëns et reçoit son grade de Réau-Croix. Il prend contact avec le baron de Hund, fondateur de la Stricte Observance Templière (S.O.T.), système de hauts grades de la maçonnerie allemande auquel appartient Franz Anton Mesmer. Deux loges très liées entre elles vont alors jouer un rôle important dans l’intégration de la Stricte Observance à la maçonnerie française : La Candeur de Strasbourg, à laquelle appartient le marquis de Puységur, colonel commandant du régiment d’artillerie de cette ville ; et La Bienfaisance de Lyon. Ces deux loges sont en étroit contact avec l’Allemagne, et sont affiliées à la S.O.T. Willermoz fera fusionner l’enseignement des Coëns et celui de la S.O.T., créant ainsi le Rite Écossais Rectifié (R.E.R.).

Saint-Martin est choisi pour dispenser l’enseignement Coën aux frères de La Bienfaisance. Revenu de Buzancy, il leur décrit les expériences de Puységur. Tous sont frappés par le fait que les malades « voient » l’intérieur de leur corps et les maladies. Le chevalier de Barberin, capitaine d’artillerie de l’armée royale, Alexandre de Monspey et le chirurgien Dutreich, viennent d’ouvrir à Lyon la société Harmonique La Concorde. Les Coëns appliquent désormais la méthode de Puységur. Sous influence du mythe pasquallien, Saint-Martin interprète l’apparente extase des somnambules de Puységur comme un retour de l’homme à son état originel. Pour lui, seul le sommeil artificiel peut ouvrir la voie au rachat de la faute adamique. La nature, entraînée avec l’homme dans la Chute, attend sa rédemption. Ces interprétations, dont Saint-Martin est un des acteurs essentiels, auront au XIXe siècle un impact majeur sur la formation des courants romantiques allemands.

Les écritures de l’Agent inconnu

Je poursuis depuis quelques années la lecture de cet étrange manuscrit qui s’ouvre sur le titre : « Crises somnambuliques. Livre des Initiés. Recueil fait sous plusieurs crisiaques depuis 1785 jusqu’en 1787 ». Ce manuscrit, réalisé par Saint-Martin pour l’enseignement des Élus Coëns, comporte les notes prises lors des séances magnétiques du chevalier de Barberin, ainsi que la copie d’une partie des écritures de l’Agent inconnu. Le recueil devait circuler entre les Coëns de plusieurs villes.

En 1785, les Coëns lyonnais endorment leurs somnambules à la façon de Puységur. Mais ils les entourent de prières protectrices avant de les interroger sur la vérité des sommeils et les secrets de la maçonnerie. Une de leurs patientes, Jeanne Rochette, commence à révéler la vraie doctrine du magnétisme. Dans le « pur sommeil », dit-elle, « l’âme se rapproche de son état originel et devient susceptible d’une communication avec son ange gardien par lequel elle apprend la vérité des choses qu’elle ignore dans son état naturel ».

La même année, le soir du 18 avril, de nouvelles révélations parviennent à Willermoz. Alexandre de Monspey lui apporte plusieurs cahiers de petit format, couverts d’écritures, graphes et dessins dont l’auteur désire rester anonyme. L’ensemble est adressé au « pasteur des Coëns ». Ce que Monspey décrit comme de « miraculeuses missives venues du Ciel » est dicté, dit-il, par des esprits purs.

Au moment où arrivent ces cahiers, la franc-maçonnerie est déchirée par des dissensions internes et Willermoz a délaissé ses activités de réformateur. Il a renoncé à obtenir les signes d’une communication angélique attendue depuis tant d’années. Son guide, Pasqually, est parti à l’étranger où il a été emporté par la fièvre. On ne sait s’il a lu l’opuscule du philosophe Emmanuel Kant avertissant des dangers que courent les exaltés dont Swedenborg est le prototype. Mais il désire toujours accomplir sa mission, régénérer l’humanité. Il espère trouver « la » science, celle qui, comme disait Martinez, « ne vient pas de l’homme » et appartient à l’histoire secrète du monde.

La vérité arriverait-elle par la voie de l’Agent inconnu ? Un cahier intitulé « Livre de la Truth » décline un credo spécifique et désigne onze membres à choisir, qui doivent être conduits par Jésus. Pour recueillir l’enseignement de l’Agent, Willermoz fonde la Loge Élue et Chérie de la Bienfaisance à laquelle se joignent les Coëns les plus fidèles.

J’ai décrit ailleurs l’effet vertigineux que produit la lecture de ces écritures dont le fil croise sans s’arrêter les domaines les plus variés : histoire des ordres monastiques, religion, éducation, relations homme-femme, justice, médecine, anatomie, botanique. Outre le flux ininterrompu, le caractère dense et enchevêtré du propos, la langue contient des termes inventés dont la consonance émaille les pages d’un accent prophétique. Les âpres sonorités des involox et voloug évoquent le mal et vont jusqu’au fluide murmure des amiel et uriels.

Ceux qui déchiffrèrent les écritures, déjà versés dans l’étude des textes occultes, établirent le « Lexique de l’Agent inconnu », qui relevait selon eux de la langue primitive. Le début du Livre des Initiés s’adresse sans équivoque aux « maçons d’Écosse » et les frères commencèrent l’étude de cet univers mythique. De nombreux aspects étaient en accord avec l’enseignement de Pasqually. Mais l’Agent annonçait l’avènement d’une « voie inconnue », d’une « loi d’amour » qui donnerait consolation à ce monde inversé.

Malgré les protestations d’obéissance à un ordre supérieur, le ton reste autoritaire. L’Agent affirme devoir écrire la « Science en son unité » afin d’établir la vraie doctrine de la maçonnerie. Les frères élus sont chargés de réconcilier le genre humain avec Dieu qui depuis Adam « dégrada les coupables en loi inverse ». Entre la main divine et la main de l’Agent, le lien est intime car « c’est Marie qui tient la plume ». Par son intermédiaire les maçons, définis comme « prêtres sans sacerdoce », doivent retrouver l’assistance des esprits purs et l’intercession de la Vierge.

La comtesse devient ainsi une sorte de messie féminin. Elle donne à Marie un rôle inattendu. Désignée comme « chef du séjour inaccessible des formes réintégrées, agent de la réparation », la Vierge scelle la réintégration de l’homme dans le sein divin. Mère voilée du Christ, elle oriente les maçons vers son fils et leur demande de vivre selon la loi évangélique. Elle seule peut guider les élus vers « l’amour expiatoire ».

Les écritures inspirées

Pour comprendre la façon dont les écritures de la comtesse furent reçues, il faut les situer dans le fil d’une histoire qui reste encore à faire, celle des écritures inspirées. Madame de Monspey n’ose pas se dévoiler comme écrivain, auteur des mots que trace sa plume. Son âme mystique lui dit que le message à livrer ne provient pas d’elle-même. Entre la tradition chrétienne des écritures mystiques et les vocations des écritures médiumniques qui naîtront au milieu du XIXe siècle, la plume de l’Agent inconnu tisse des relations subtiles. Elle interroge les nouveaux modèles de légitimité et offre aux historiens une précieuse transition.

En effet, à quels savoirs la comtesse peut-elle prétendre accéder ? Comment peut-elle authentifier son action ? Elle écrit : « L’Agent met son espoir en inconnu travail où il ne sait jamais un mot que lorsqu’il l’a tracé ». En ce qui concerne le contenu, on peut imaginer qu’Alexandre de Monspey avait dévoilé à sa sœur l’enseignement de Pasqually. En revanche, le genre des écritures inspirées appartient à une tradition que la comtesse a pu découvrir au cours de ses lectures dans la bibliothèque du chapitre. Ce genre, qui offre à Hildegarde von Bingen sa « langue inconnue », est familier aux courants prophétiques de visée messianique dont Guillaume Postel est une figure héroïque. La vocation de ce dernier découle d’une expérience d’illumination à la fois spirituelle et corporelle à l’issue de laquelle il prit la plume d’une façon frénétique, attribuant ses écrits à l’intervention de puissances surnaturelles.

En outre, la comtesse ne peut avoir ignoré les « vies » de saintes et de prophétesses comme sainte Brigitte. Cette grande aristocrate suédoise du XIVe siècle consigna par écrits ses visions et rédigea les Révélations Célestes dont le ton prophétique est très comparable aux accents de l’Agent inconnu. Brigitte donne à la Vierge un rôle important : elle seule peut intercéder en faveur des pécheurs. Pour la première fois dans l’histoire religieuse de l’Occident se manifeste un lien étroit entre prophétie et mariophanie. Brigitte affirme que le monde, perdu par Ève, doit être régénéré par une femme que Dieu a choisie. La Vierge devient, avec le Christ, coauteur du salut du monde. La comtesse de Monspey reprend cette voie.

Nous pouvons donc situer les écritures inspirées de l’Agent inconnu entre la tradition ancienne des écritures mystiques et la pratique moderne de l’écriture automatique. En effet, au cours des années 1780, les cas d’écrivains inspirés se multiplient. Ils annoncent une apocalypse, la fin du royaume. Plus tard, au cours des années 1850, les écritures d’inspiration prophétique se poursuivent parmi les médiums-écrivains. Ces derniers sont encadrés par Léon Hippolyte Rivail qui, sous le pseudonyme d’Allan Kardec, publie en 1861 le Livre des médiums dans lequel il donne aux spirites les règles à suivre. La communication ne se fera plus seulement avec les esprits angéliques mais davantage avec les désincarnés.

Par ailleurs, le somnambulisme médiumnique se développe dans les milieux ésotériques dès 1784. L’écriture inspirée, comme toujours, passe par un corps souffrant ; la souffrance et l’écriture sont accueillies comme « preuves » de l’intervention surnaturelle.

Pour ce qui est de notre comtesse, exaltée, de santé fragile, elle connut des états extrêmes au cours desquels elle ressentait des tressaillements violents dans tous ses membres. L’écriture apparut dans ces conditions qu’elle dévoile à Willermoz des années après : « Où ai-je appris à écrire ? Dans le silence d’une retraite, accablée d’une longue maladie et ne considérant qu’un dépérissement prochain. J’ai cru à la batterie qui me surprit et effraya ma raison. Seule et en présence du tout-Puissant, j’ai invoqué mon ange gardien et la batterie m’a répondu. Voilà le commencement ».

Ces coups frappés dans son corps précèdent les débuts de l’écriture, Madame de Vallière décrit alors la plume « courant à bride abattue ». Même emprisonnée lors du siège de Lyon en 1793, elle continuera à recevoir des « messages ». La polygraphe rédigera cent soixante-six petits cahiers dont deux sont parvenus jusqu’à nous. Prophète, médium, initiatrice, thérapeute, elle jouera tous les rôles, quitte à déchirer sur le tard ces identités. Elle finira par trouver sa voie en osant écrire par elle-même, et se fera connaître par son ouvrage LaPhilosophie publié en 1825…

Source : http://rh19.revues.org/3867

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