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Hauts Grades

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Question (suite)

14 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

Et les 30°,33°,Arcanana Arcanorum, CBCS, KT-KM, Magus.....? Je suis étonné que la plupart des réponses s'arrêtent au grade de Maître ou à celui de Vénérable Maître en Chaire. Or ceux-ci n'ont plus la Parole, ils ne peuvent donc pas être les plus hauts degrés de la Franc-Maçonnerie.

Quant au Christ pourquoi pas, mais je penserai plutôt à son Père.

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Question

13 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

Une question me turlupine depuis longtemps : quel est le plus haut degré maçonnique?

Vos réponses m'intéressent.

Evitez s'il vous plait "nous sommes tous des apprentis" ou alors "on s'en fiche".

Frat Thomas

PS : j'ai ma petite idée qui ne me fera pas que des amis!

PPS : je préfère degré à grade ce qui plaira aux puristes

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Martinisme, Martinezisme une querelle inutile

13 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

En 1778, consécutivement à une initiative de Louis-Claude de Saint-Martin, motivée par les meilleures intentions mais néanmoins porteuse de germes de discorde, apparaissait une querelle dont le Temple Coen de Versailles fut le théâtre particulier.

 

Les évènements survenus dans ledit Temple ainsi que les motifs de cette querelle sont exprimés dans différents courriers du Parfait Maître Salzac du Temple de Versailles conservés dans les anciennes archives Villareal. Il est ainsi intéressant de publier la lettre de Salzac à Frédéric Dish[1] relatant la visite de Saint-Martin au Temple de Versailles. Dans ce courrier, Salzac se plaint des agissements de Saint-Martin qui, tout en étant toujours dans l'Ordre, tend à éloigner les frères du Temple des pratiques de l'Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coens de l’Univers. Voici dans son intégralité cette lettre datant de mars 1778 :

« Très Haut, Très Respectable et Très Puissant Maître, voici du travail de M. l'abbé, qui pourra vous présenter quelque intérêt. On ne sait encore quel volume cela aura, à cause du développement que l'on peut donner à une telle matière. Vous m'en donnerez votre avis et, si cela vous agrée, je pourrai vous faire passer quelque autre chose avec les instructions du 45.

Je vous renvoie le billet de M. de Las Cases ; il a sa place marquée chez vous, tout de même que les petites histoires que je vous ai envoyées de Londres. Je n'en avais aucune explication quand M. de Saint-Martin est venu me voir, ce dont il faut que je vous fasse le conte. Comme il n'a pas cru devoir me confier qui l'a poussé dans ces vues, non plus qu'au frère Mallet qui était présent, je vous serai reconnaissant de nous instruire là-dessus, si toutefois je ne vous apprenais rien.

Il parait d'après ce T. P. M. que nous sommes dans l'erreur et que toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées sont pleines d'incertitudes et de dangers, parce qu'elles nous confient à des opérations qui exigent des conditions spirituelles que nous ne remplissons pas toujours. Le frère Mallet a répondu que, dans l'esprit de Don Martinès, ses opérations étaient toujours de moitié pour notre sauvegarde, soit deux contre deux, pour parler comme notre maître, et que par conséquent si peu que nous fissions pour remplir la cinquième puissance que l'adversaire ne peut occuper, nous étions assuré de l'avantage. Mais le T. P. M. de Saint-Martin se tient à cette dernière puissance et néglige le reste, ce qui revient à placer le coche devant les quatre chevaux.

Nous lui avons fait observer que rien n'autoriserait jamais des changements semblables ou plutôt suppressions; que nous avions toujours opéré ainsi avec Don Martinès lui-même, a et que pour le présent nous n'avions qu'à nous louer de ses instructions. Je vous fais grâce du reste et des remarques peu aimables du frère Mallet.

M. de Saint-Martin ne donne aucune explication; il se borne à dire qu'il a de tout ceci des notions spirituelles dont il retire de bons fruits; que ce que nous avons est trop compliqué et ne peut être qu'inutile et dangereux, puisqu'il n'y a que le simple de sûr et d'indispensable. Je lui ai montré deux lettres de Don Martinès qui le contredisent là-dessus, mais il répond que ce n'était pas la pensée secrète de D. M.; que la lumière se fera en nous sans qu'il soit besoin de tout cela et que nos bonnes intentions sont les plus surs garants de sécurité.

Qu'objecter à cela sinon ce qu'a toujours dit le Grand Souverain, ce qu'il nous a prouvé par ses actes et ce que nous prouvent tous nos travaux. Pour conclure nous lui avons fait entendre que nous étions peu déterminés à le suivre dans sa voie. Au bout de quatre heures il est parti fort mal content. »

 

Il est une autre lettre du 3 février 1779 au même Frédéric Dish, beaucoup plus critique à l'encontre de Saint-Martin, dont voici un extrait [2] :

« … En attendant, c'est avec une satisfaction bien vive que j'ai appris qu'il n'y avait rien de vous dans les propositions du T. P. M. de Saint-Martin. Il y a trois mois que j'ai reçu confirmation du P. M. de Calvimont et de quelques autres frères de L... que ce T. P. M. n'avait aucun droit ni pouvoir à cet égard. Ces frères sont très attristés de la méchante posture où les mettent depuis deux ans des nouveautés que j'ai toujours jugées peu convenables à notre bien.

Tout est venu confirmer mes craintes, en ce que la reprise de leurs anciens travaux ne leur a donné aucun des fruits qui faisaient autrefois leur joie : bien au contraire. Je n'ose écrire que nous avons été la risée de nos ennemis ; mais il me faut bien rendre à l'évidente. Il semblerait que leur conduite ait profondément irrité nos majeurs et que les liens qui nous unissaient aient été rompus.

Voici donc la belle besogne de M. de Saint-Martin. Ils ont été dans cette malheureuse affaire les victimes de leur confiance dans un frère dont tous nous louons la vertu, mais dont les grands avantages d'esprit prévalent trop sur une juste estimation de nos besoins et sur une naturelle équité. Aujourd'hui il est notoire que les séduisantes propositions de ce T. P. Maître n'étaient que les fruits d'un esprit mieux intentionné que mûri, et que les intelligences qu'il en avait reçues n'étaient qu'une nouvelle machination de notre ennemi. Latet anguis in herba, et il a toujours une astuce prête, comme dans le récit que vous me faites si agréablement de votre cordeau dont j'aurais préféré une division par huit, ou par quarante-huit, ce qui est encore mieux à mon avis.

Pour conclure ils sont conseillés de s'adresser au Grand-Souverain, qui doit être de retour si j'en crois des nouvelles de Rouen, car le P. M. Substitut n'a rien voulu faire.

Pensez à moi pour votre cordeau.

Votre très fidèle et dévoué frère.

Salzac. »

 

Les choses s'envenimaient donc entre Louis-Claude de Saint-Martin et les émules du temple de Versailles. Alors nous nous posons la question : pourquoi une telle querelle entre hommes de désir?

 

Pour répondre à cette question, il nous faut établir clairement quels étaient les griefs et mises en garde de Saint-Martin vis-à-vis des pratiques Coens et si ces mises en garde étaient vraiment opportunes.

 

Louis-Claude de Saint-Martin prétend donc « que nous sommes dans l'erreur et que toutes les sciences que Don Martinès nous a léguées sont pleines d'incertitudes et de dangers, parce qu'elles nous confient à des opérations qui exigent des conditions spirituelles que nous ne remplissons pas toujours.» Quand nous étudions de près les exigences préparatoires et l’ascèse que demandait Martinès à ses émules, exigences parfaitement connues de Saint-Martin, il est pour le moins paradoxal de lire une telle mise en garde. En effet, Saint-Martin et Martinès concordent parfaitement sur l’impérative nécessité d’une ascèse morale et spirituelle qui pour le premier permet d’opérer la purification d’un cœur encore impur afin de le rendre digne un jour d’accueillir le Christ en ami, et pour le second d’opérer les opérations de réconciliation en toute sérénité et sans crainte des attaques ennemies. Pour Martinès, cette ascèse passe en effet par une observance de règles corporelles – ce qui lui confère un caractère vétérotestamentaire mais pas exclusivement pour autant, l’Eglise du Christ ayant conservé quelques unes de ces règles – mais aussi par la prière suivant une forme proche de la liturgie latine, par l’observation des rites de l’Eglise de Rome ainsi que par la participation à ses sacrements. Et que peut-on demander de mieux à un chrétien que la participation régulière aux saints sacrements de l’Eglise ? Quelle meilleure préparation que celle qui permet de recourir aux grâces et forces de l’Esprit-Saint et à la participation au Christ ? Les prières préparatoires de pénitence, d'action de grâce et de demande, la participation a la liturgie et au sacrément de l'eucharistie, les différents offices liturgiques dont celui du Saint Esprit ne sont pas nécessaires au recouvrement de l'image déjà rétablie par le baptême dans la Nouvelle Alliance. Non, mais ils sont indispensables à bien ancrer en l'homme cette image, à la nettoyer de toute scorie, à l'entretenir et à l'amener progressivement vers la ressemblance. Alors dans cet état le Coen peut prétendre à opérer ses travaux de réconciliation. L'âme de l'homme à été blanchie et nettoyée par le sacrifice du Christ qui par son sang à lavé une fois pour toutes notre sang. Et c'est pour cela que si nous respectons une ascèse de vie et spirituelle qui permet de conserver cette blancheur et redonner à l'âme un peu de son éclat original nous pouvons prétendre d'entrer dans le Sanctuaire et nous approcher sans crainte du Saint des Saints. Cette ascèse est donc pour les émules un véritable jeûne corporel et spirituel.

Saint-Martin appelle quant à lui à la naissance du Christ dans le cœur de l’homme par la prière. Martinès de son côté appelle à cette présence réelle par le sacrement de l’Eucharistie, sacrement reçu en toute pureté par des émules pratiquant une prière quotidienne et une véritable pénitence du cœur et de l’esprit. Rien de mieux, sauf à remettre en doute l’efficacité et la réalité des sacrements et la nécessité du culte liturgique, points que Saint-Martin abordera effectivement plus tard et qui n’est pas notre sujet.

 

Notons, que si Martinès exige la fidélité à l'église de Rome c'est qu'il ne connaissait vraiment que cette seule église à l'exception peut-être de celles issues de la Réforme et dont le décharnement sacramentel et rituélique ne pouvait d'évidence pas lui convenir alors qu’il entrait plus en résonnance avec les visions de Saint-Martin. L'Eglise d'Orient n’était pas non plus familière à Martinès, voire même sa théologie inconnue. Willermoz dont la culture religieuse était beaucoup plus affirmée tiendra compte des différentes sensibilités et confessions bien que ne cachant pas son attachement à Rome.

 

Saint-Martin estime donc que les opérations théurgiques des Coens sont dangereuses. Interrogeons-nous alors sur le type de danger que de telles opérations peuvent faire courir et la façon dont nous pouvons les prévenir.

 

Relativement à la prévention, le point a été soulevé et traité au niveau de la préparation. Nous n’y revenons donc pas. Relativement au danger qu’encourrait un homme préparé, la réponse du frère Mallet est la suivante : «dans l'esprit de Don Martinès, ses opérations étaient toujours de moitié pour notre sauvegarde, soit deux contre deux, pour parler comme notre maître, et que par conséquent si peu que nous fissions pour remplir la cinquième puissance que l'adversaire ne peut occuper, nous étions assuré de l'avantage. Mais le T. P. M. de Saint-Martin se tient à cette dernière puissance et néglige le reste, ce qui revient à placer le coche devant les quatre chevaux. » Ce passage nécessite à l’évidence quelques commentaires. Pour l’éclairer, reportons-nous au Traité de la Réintégration dans lequel, Martinès disserte sur les cinq doigts de la main de la façon suivante :

« Par la puissance du commandement, l'homme pouvait encore plus les [mauvais démons] resserrer dans la privation en leur refusant toute communication avec lui ; ce qui nous est figuré par l'inégalité des cinq doigts de la main, dont le doigt médium figure l'âme, le pouce, l'esprit bon, l'index, l'intellect bon ; les deux autres doigts figurent également l'esprit et l'intellect démoniaques. Nous comprendrons aisément par cette figure, que l'homme n'avait été émané que pour être toujours en aspect du mauvais démon, pour le contenir et le combattre. La puissance de l'homme était bien supérieure à celle du démon, puisque cet homme joignait à sa science celle de son compagnon et de son intellect, et que, par ce moyen, il pouvait opposer trois puissances spirituelles bonnes contre deux faibles puissances démoniaques ; ce qui aurait totalement subjugué les professeurs du mal, et par conséquent, détruit le mal même.»

 

Mallet objecte ainsi dans sa réponse que les opérations sont toujours « de moitié pour notre sauvegarde, soit deux contre deux. » Nous retrouvons-donc bien ici l’enseignement de Martinès relativement à l’opposition entre l’esprit bon compagnon et son intellect bon et l’esprit de prévarication et son intellect mauvais. Ainsi, les opérations des esprits sont-elles bien deux contre deux et de moitié au bénéfice du mineur spirituel donc pour la sauvegarde de l’homme. Mallet oppose aussi à Saint-Martin que « si peu que nous fissions pour remplir la cinquième puissance que l'adversaire ne peut occuper, nous étions assuré de l'avantage » signifiant par là le rôle qui est celui de l’opérant qui par sa force d’âme et sa puissance retrouvée, et avec le soutien des esprits bénins, parvient à soutenir l’action des esprits mauvais. Même si cette puissance d’âme du mineur n’est plus l’égale de celle dont il disposait à son origine, celle-ci existe toujours. Et justement, le Coen doit travailler inlassablement au renforcement de cette puissance et au recouvrement de la science qui était la sienne et qui restaure en lui l’image en la rendant de plus en plus semblable à son modèle. Ainsi, si peu que cette image divine soit restaurée dans l’homme, celle-ci lui donne l’avantage nécessaire. Ne mettons donc pas, comme le dit Mallet, le coche devant les chevaux et ne doutons pas de l’aide que peut nous apporter notre bon compagnon et qui nous rend ainsi supérieur aux esprits malins. Placer le coche avant les chevaux revient pour l’homme à penser qu’il doit agir prioritairement à toutes les autres créatures spirituelles, qu’il est le seul maître de sa restauration et que les forces spirituelles qui sont auprès de lui pour l’aider et le servir sont indépendantes voire impuissantes tant qu’il n’aura pas opéré sa réconciliation, qu’il ne peut les diriger et qu’il ne peut que subir leurs actions et réactions. Tout au contraire, les forces angéliques sont au service de l’homme ici et maintenant et oeuvrent de concert avec lui à sa réhabilitation. La pure intention de l’âme de l’homme, sa demande ferme, persévérante et sincère sont les outils sûrs par lesquels le mineur spirituel obtiendra les aides nécessaires de l’Esprit-Saint et de son bon compagnon qui lui permettront de se présenter en supériorité devant les forces spirituelles ennemies.

 

Ce point étant analysé et éclairci, nous devons bien constater qu’à lui seul il ne peut entretenir une telle controverse. En effet, il n’y aurait point de querelle si les seules différences s’arrêtaient à la forme que prend pour chacun la préparation nécessaire et les dangers éventuels d’une mauvaise préparation.

 

Non, ce qui opposera Saint-Martin et les Coens se concentre principalement autour de la forme théurgique que prennent les travaux des Elus Coens. En effet, Salzac nous rapporte le fond de la pensée de Saint-Martin qui explique « que ce que nous avons est trop compliqué et ne peut être qu'inutile et dangereux, puisqu'il n'y a que le simple de sûr et d'indispensable.» Il n'est pas surprenant que Saint-Martin, dont la sensibilité piétiste s'affirmera de plus en plus avec l'étude de Jacob Böhme - jusqu'à rejeter toute forme rituelle ainsi que l'Eglise et ses sacrements[3] - ait eu une telle réflexion. En fait, Saint-Martin s’oppose à la forme rituelle des travaux, opposition naissante qu’il avait déjà formulée à son maître Martinès de Pasqually dans cette question : « Maître, comment, il faut tout cela pour prier le bon Dieu ! » le Grand Souverain répondant : « Il faut bien se contenter de ce que l'on a.»[4]

 

Cette question concentre encore aujourd’hui les critiques de certains saint-martinistes envers les pratiques Coens. Mais les martinésistes doivent considérer la réponse donnée par le Grand Souverain qui dépasse la portée de la question et sous-tend tout le fondement externe de l’approche opératoire. En effet, s’il faut tout cela à l’homme actuel pour opérer son culte, c’est que l’homme reste, du fait de la chute, et malgré la rédemption opérée par le Christ, un mineur spirituel enfermé dans une forme corporelle. Et donc, le culte de louanges et d’actions de grâce qu’il devait opérer originellement doit maintenant obligatoirement être adapté à cette nouvelle condition de l’homme déchu. Ainsi de tout spirituel qu’il était, ce culte est devenu spirituel-temporel. Martinès exprime ceci très clairement dans le Traité :

« Ce culte, que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, n'est pas le même que celui qu'il aurait exigé de son premier mineur, s'il fût resté dans son état de gloire. Le culte que l'homme aurait eu à remplir dans son état de gloire n'étant établi qu'à une seule fin, aurait été tout spirituel, au lieu que celui que le Créateur exige aujourd'hui de sa créature temporelle, est à deux fins : l'une temporelle et l'autre spirituelle. Voilà ce qui a produit la prévarication de notre premier père.»

et plus loin :

« Adam, étant devenu impur devant le Créateur par son incorporisation matérielle, ne pouvait avoir qu'une postérité de matière, condamnée, de génération en génération, à opérer un culte mixte du spirituel et du matériel.»

Aussi pour s’accommoder de la forme corporelle de l’opérant ainsi que de toute forme de matière dans laquelle le Coen opère « il faut bien se contenter de ce que l'on a » c'est-à-dire une constitution établie sur une forme corporelle et une vie dans un monde de matière. Et il faut justement utiliser cette matière à notre propre avantage. Car en assignant à l’homme comme nouvelle résidence cet univers matériel, créé à l’origine pour préserver les régions surcélestes de toute souillure et ainsi contenir l’action des esprits de prévarication, l’Eternel n’a pas uniquement exercé sa justice envers l’homme mais lui a aussi donné les moyens de sa réconciliation. Car c’est par l’observation des lois naturelles et par effet d’analogie que l’homme accède aujourd’hui à la connaissance de lois et de vérités d’un ordre bien supérieur. C’est par la nature et la création générale et universelle que se rétablit aussi en partie la communication entre Dieu et l’homme. Ainsi l’homme doit-il opérer sa réconciliation avec et grâce aux moyens matériels qui lui sont donnés – et qui ne sont donc pas que des épreuves à son encontre – et doit aussi œuvrer à la restauration et la re-sacralisation de cet univers souillé par l’action des esprits déchus et aujourd’hui sa propre action. La matière est ce que nous possédons aussi et ce par quoi nous devons donc agir.

 

En fait, pour couper court à la querelle, Salzac finit par conclure dans sa lettre de mars 1778 que la vérité sur toutes ces choses s’imposera d’elle même comme un fruit des travaux. Et pour les frères du Temple de Versailles la vérité est donc dans ce qu’a toujours dit le Grand Souverain, « ce qu'il nous a prouvé par ses actes et ce que nous prouvent tous nos travaux. »

 

Quelles furent alors les conséquences pour le Temple de Versailles de cette controverse et de la tentative de réforme de Louis-Claude de Saint-Martin ? Des éléments de réponse nous sont donnés dans la lettre suivante du 3 février 1779. Le trouble ayant été installé au sein du Temple, et des modifications ayant été introduites dans la forme et le fond des opérations, les travaux se trouvèrent altérés et perturbés. Les résultats ne furent plus au rendez-vous et les frères se trouvèrent quelque peu désemparés. Et Salzac d’écrire : «Ces frères sont très attristés de la méchante posture où les mettent depuis deux ans des nouveautés que j'ai toujours jugées peu convenables à notre bien. » constat qui eut dû être considéré comme le résultat d’une tentative regrettable, une maladresse de jeunesse par celui-là même qui écrivit de fort belle manière quelques vingt ans plus tard : « J'ai désiré faire du bien, mais je n'ai pas désiré faire du bruit, parce que j'ai senti que le bruit ne faisait pas de bien, et que le bien ne faisait pas de bruit. » (De l’esprit des Choses)

Ce constat de maladresse Salzac le fit quand, relatant le dénouement de cet épisode de la vie du temple, il ne condamna aucunement Saint-Martin qui est alors toujours son frère dans l’Ordre. En effet, il conlut sur Saint-Martin en le décrivant comme « un frère dont tous nous louons la vertu, mais dont les grands avantages d'esprit prévalent trop sur une juste estimation de nos besoins et sur une naturelle équité. Aujourd'hui il est notoire que les séduisantes propositions de ce T. P. Maître n'étaient que les fruits d'un esprit mieux intentionné que mûri, et que les intelligences qu'il en avait reçues n'étaient qu'une nouvelle machination de notre ennemi. »

 

Cette conclusion met cependant en lumière un autre constat. En effet, si Saint-Martin estime que par leurs opérations les Coens s’exposent aux esprits malins, Salzac répond que par ses agissements Saint-Martin s’est mépris sur ce qu’est la bienfaisance et l’équité. En effet, Saint-Martin a préjugé des moyens qui étaient utiles ou inutiles aux frères ; il a pensé que chacun, à son image, pouvait et devait suivre une voie intérieure, entièrement tournée vers la mystique alors même que par leur condition corporelle les frères avaient besoin de support matériel. L’exigence de la voie de Saint-Martin était-elle alors trop forte pour les frères Coens versaillais ? Peut-être, sûrement même. Et c’est la raison pour laquelle Salzac pense que Saint-Martin a été, malgré lui, l’agent de la volonté perverse du Malin. En surestimant les forces des frères par une exigence trop importante, en leur imposant une voie guidée par une sensibilité qui n’était pas la leur, il finit par détourner les hommes de leur but et par les amener dans une voie dans laquelle ils finiraient par s’épuiser et abandonneraient tous travaux. Ainsi, comme souvent, le Malin pave ses routes de bonnes intentions. Alors, la voie de Saint-Martin était-elle moins délicate, moins dangereuse et escarpée que celle de Martinès ? Nous ne nous prononcerons pas sur ce point, étant particulièrement respectueux de l’une et de l’autre. Les voies mystiques comportent elles aussi leurs écueils et parfois nul ne sait si la contemplation ou l'état extatique qu'une méditation suscite sont guidés par les bons ou mauvais éléments. L’astral n’y est pas étranger et le psychisme peut là aussi jouer de vilains tours.

 

Les mésaventures de nos frères du XVIIIème siècle devraient pour tous les saint-martiniens et martinésistes être considérées comme une leçon de prudence et de fraternité. Cependant, il est curieux et désappointant de voir dans certains échanges sur la toile ou ailleurs, comment ce débat est encore parfois relancé.

 

Dans les voies qui sont les nôtres chacun aspire, avec ferveur et avec toute la pureté de cœur qui lui est donnée, à un but semblable tout en n'étant pas tout à fait identique. Chacun œuvre à sa réconciliation d'une façon et par des moyens qui sont propres à la voie qu’il aura choisie et qui lui convient le mieux. Les martinésistes pour leur part, fidèles à l'enseignement et les travaux dont ils ont hérité de leur Maître Martinès œuvrent par ce qu’il est convenu d’appeler l'externe ; les martinistes ou plutôt saint-martiniens oeuvrent par l’interne, la voie cardiaque c'est-à-dire une pratique plus mystique dirons-nous pour simplifier.[5]

 

Malheureusement nous entendons encore trop souvent les critiques de nos amis saint-martiniens qui semblent désirer poursuivre de nos jours cette controverse du XVIIIème siècle. Ces critiques se portant encore sur la forme même et l’inspiration des rituels Coens vont jusqu’à qualifier ceux-ci de magiques et occultistes.

 

Nous ne devons pas nous le cacher, et les Elus Coens du XVIIIème siècle le savaient[6], certaines inspirations des travaux opératoires Coens se trouvent - entre autres - dans Cornelius Agrippa, lui même n'ayant effectué qu'un recensement des pratiques occultistes et ésotéristes du Moyen-Âge et de la Renaissance consignées dans certains ouvrages. Nous citerons à titre dexemple le Pape Léon III et son Enchiridion, Grosschedel ab Aicha et son Calendarium Naturale Magicum (originalement conçu par Tycho Brahé), le Picatrix, le Legemeton ainsi que d'autres sources encore reprises par le R.P. Esprit Sabbathier dans L'ombre idéale de la sagesse universelle. Si Martinès s'inspira donc de façon évidente de certains éléments d'occultisme consignés dans l'ouvrage d'Agrippa De Occultia Philosophia il n'en reprit que certains (sceaux planétaires, caractères des alphabets dits magiques pour l'essentiel) mais ne développa aucunement ni magie naturelle, ni magie céleste et les aspects talismaniques du martinésisme se bornèrent à cette époque à l'utilisation de pentacles protecteurs très chrétiens, à l'image de ceux qu'arborent de façon pertinente les martinistes de nos jours. Notons de plus que si Agrippa fut inquiété d'hérésie du fait de son attachement aux théories de kabbale chrétienne présentées par Reuchlin, il ne fut jamais condamné et triompha de ses accusateurs. Enfin il ne fut ni accusé ni condamné pour magie bien que certains tentèrent de l'amener sur ce terrain. Bien au contraire, dans le Livre III du De Occultia il prit le soin de condamner certaines pratiques dites magiques (goétie, nécromancie, arts divinatoires, magie mathématique) et de mettre en garde sur l’usage de certaines autres (théurgie et cabale) sans préparation et discernement.

Les emprunts de Martinès à l’occultisme médiéval ou de la Renaissance s'arrêtent à peu près là, à l'exception encore de l'Heptameron de Pietro d’Abano qui fut repris sous le titre de De circulo et ejus compositiones dans un manuscrit du Fonds Z de la main de Saint-Martin.

Les textes invocatoires, les prières de bénédiction, les encensements et les exorcismes sont quant à eux très inspirés – quand ils ne sont pas copiés – des rituels de la liturgie romaine.

Enfin, concernant les noms d’esprits du Registre des 2400 Noms leurs origines sont diverses et multiples. Notons cependant des emprunts à la kabbale chrétienne (repris de même dans Agrippa et le Legemeton), à la mystique hébraïque et au Livre d’Enoch ainsi qu’au Sepher Raziel Ha-Malakh. Nous nous arrêterons là, les sources du Regsitre des 2400 noms méritant à elles seules une longue étude.

Ces emprunts donc très limités permettent-ils pour autant, comme se plaisent à le faire certains, de qualifier la théurgie Coen de magie? Certainement pas à notre sens. Car le but des travaux théurgiques martinésiens est très différent de celui de nombreux travaux théurgiques et/ou magiques. Ici l’objet n'est pas pour l’opérant d'acquérir des pouvoirs sur les choses ou êtres matériels et corporels, d’obtenir de « super-puissances » pour son seul profit, en sommant Dieu de les lui accorder ; l’objectif n’est pas de tenter une ressemblance forcée motivée par l’orgueil et l’ambition, mais plutôt, suivant la volonté divine et les pouvoirs reconquis grâce à une ascèse exigeante, d’appeler à lui les bonnes faveurs angéliques et les dons de l'Esprit-Saint afin d’obtenir une certaine illumination mais aussi afin d’opérer sa réconciliation ainsi que celle de toute la création. L’orgueil et l’ambition personnelle sont bien étrangers à cette perspective. Ceci, et il est juste de le rappeler, doit se faire avec la plus grande prudence et ne peut être tenté qu’après s’être préparé par une purification du coeur et de l’âme, ainsi que de celle du corps, préalables nécessaires à de tels travaux. On est donc assez éloigné de l’attitude du mage qui tenterait, sans avoir fait l’effort nécessaire d’expiation et de renoncement, d’obtenir quelques bénéfices personnel lui permettant d’affirmer sa domination sur les choses et les êtres. Notons au passage que la Rose-Croix s'inspira largement, bien avant Martinès, de toutes ces sciences et même bien au-delà en allant aussi chercher son inspiration dans d'autres contrées que l'Europe très chrétienne. Martinès s'inspira aussi de ce mouvement ce qui renforce la compatibilité de sa voie avec la Grande Église.

 

Nous devons aussi noter que dans ses travaux, l’émule n’opère pas juste dans son cœur, à la différence du saint-martiniste travaillant intérieurement par la prière. Il opère sur et pour tous les hommes, pour l’univers et donc pour la réconciliation universelle. Raison pour laquelle il opère extérieurement, au centre de ce macrocosme et de ses différentes régions figurées par le tracé d’opération, univers dont il est le microcosme.

 

Quand nous regardons de près les arguments parfois avancés par les détracteurs de la voie Coen, nous ne pouvons aussi qu’être surpris de constater une imparfaite compréhension de cette voie que certains qualifient de totalement vétérotestamentaire et ignorante des bienfaits de la Nouvelle Alliance. Surprenante affirmation quand Martinès lui même a écrit que les dernières opérations de réconciliation avaient étaient réalisées par le Christ sur la croix.

Les travaux d’invocation ne relèvent quant à eux nullement des invocations du Grand Prêtre dans le Temple, même si par la forme certaines similitudes se dégagent. Ces travaux ne sont par réservés à un seul Elu agissant sous le couvert du voile du Temple. Ils sont destinés à tous les émules ayant suivi la voie avec sincérité et ayant démontré, par leur assiduité et le résultat que les travaux opèrent graduellement sur eux-mêmes, leur capacité à réaliser une telle œuvre. Les ordinations viennent couronner ces efforts et aider chaque candidat à restaurer en lui les pouvoirs, puissances et vertus qu’il travaille à recouvrer. C’est l’influx nécessaire pour remettre en ordre l’homme déchu et déstructuré afin de l’aider à recouvrer la ressemblance avec son Créateur. Et tout au contraire d’une telle affirmation du caractère vétérotestamentaire de la voie Coen, force est de constater que les œuvres des Elus de l’Ordre ne sont rendues possible que parce que le Christ a opéré une oeuvre de rédemption et de régénération. Et cette oeuvre du Christ restaure en l’homme de désir l’image autrefois déformée par la chute lui permettant ainsi d’opérer de nouveau avec force et puissance sur les régions spirituelles afin de prétendre à la ressemblance du Créateur et à la parfaite réconciliation.

En cela, j’ose le dire, les Coens se différencient de la pensée de Louis-Claude de Saint-Martin qui ne voit souvent que l’état déchu de l’homme et difficilement l’œuvre de restauration déjà effectuée par Notre Seigneur Jésus-Christ par son sacrifice, sa résurrection et le don de l’Esprit que chaque chrétien reçoit dans la sacrement du Baptême. Non, le Christ n’est pas mort pour rien. Par le sang versé, il a circoncis toute l’humanité et opéré le dernier holocauste sanglant. Par sa descente aux limbes il est allé relever les Saints et les Patriarches et leur a ouvert la porte des Cieux. Le sacrificateur sacrifié a ainsi purgé l’homme de ses souillures. A lui de conserver l’éclat de cette nouvelle blancheur et de faire vivre le feu de l’Esprit qui est ranimé en lui.

 

Je voudrais enfin terminer ce trop long exposé par une simple question que l’on ne manquera pas de nous poser. Toutes les voies sont-elles donc utiles?

En ces domaines, nulle conclusion ne peut être définitive ni applicable à l’ensemble des hommes de désir. Utiles et nécessaires ? Certainement pas pour tout le monde et je dirais à chacun de trouver la sienne sans condamner les autres. Les voies qui mènent à la réconciliation et à l'illumination sont nombreuses et sont le fruit de la divine Providence ; rejeter telle ou telle voie serait se priver des secours que cette même Providence met à notre service ; et opposer les voies entre-elles reviendrait à déclarer que la Providence rentre en contradiction avec elle-même et donc se fourvoie. Ceci est folie car il est folie et blasphème de penser que Dieu est inconstant, changeant et que ses décrets ne sont vrais que temporairement.

 

Gardons-nous donc d'opposer les hommes aux hommes, les voies aux voies, les saint-martinistes aux martinésistes. Ceci est discours de polémistes, d'hommes de controverses et d'esprits se refermant sur leurs préjugés au lieu de s'ouvrir aux mystères divins. Et rendons plutôt grâce à Dieu pour la multitude des secours qu'il nous accorde à la mesure de nos propres forces, sensibilités et inclinations.

 

Paix Joie et Bénédictions à toutes et tous. Source : http://reconciliationuniverselle.over-blog.com/

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Prières selon le Manuscrit d'Alger

13 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

Prière
ô + 10 , Tu es saint, ô Père de toutes choses, dont la volonté est accomplie par ta propre puissance, tu es saint et tu veux être connu de tout homme de sens intellectuel, ayant établi toutes choses pour lui ; tu es saint et plus grand que toutes louanges, toi dont l’image est toute la nature ; reçois mes sacrifices verbaux par l’holocauste qui brûle devant toi, qui est purifié par cette flamme et que je te présente de tout mon cœur et de toute mon âme.

Le candidat passe ici trois fois ses mains ouvertes en équerre sur la flamme du feu où il fait sa prière en prononçant le mot qui y est tracé ; ensuite il continue la prière.

Suite de la prière

Ô+10 , ô Dieu indissoluble, indivisible et infini, toi qui ne peut être prononcé que par le silence, donne-moi force, puissance et secours pour que je ne retombe plus dans l’ignorance des connaissances qui sont selon mon essence.

Ô+ fortifie moi et éclaire les chefs régénérateurs qui me font concourir au grade que tu accordes par ta pure miséricorde à tes vrais élus ; Examine leurs vœux et mes prières pour que je sois marqué par eux du sceau de la réconciliation et que je reçoive en conséquence l’intelligence et la puissance qui y sont attachées. Éclaire les hommes de cette génération, tes enfants qui sont encore enfermés dans les ténèbres par l’ignorance où ils sont de ta science divine que tu me fais communiquer aujourd’hui par tes fidèles élus. Je rendrai témoignage à tous les humains, autant que tu le permettras, de la vérité et de la sainteté des connaissances que j’aurai acquises dans ce grade pour ta plus grande gloire et leur plus grande satisfaction. Donne-moi le don de les ramener à toi ô+10, qui es et qui aime ta créature.

Ô+ 10, ton homme qui par ta miséricorde infinie vient d’être béni en ton nom, sur lequel ton nom a été imposé, et qui a eu le bonheur de réunir ton nom adorable, ton homme désire d’être sanctifié et en union avec toi.

Ô+ comme tu lui en as donné la puissance, accorde-moi de ne me servir jamais des vertus, facultés et puissances que je reçois qu’à cette fin. Amen, Amen, Amen, Amen.

Pendant que le candidat prie, l’opérant sera à son côté droit et lui dira à chaque feu :

Qu’il te soit accordé par l’Éternel Ô+10, ce que tu lui as demandé, ce que tu lui demandes et ce que tu lui demanderas selon sa volonté, Amen.

Ensuite le R+ député pour la réception prendra de la cendre du feu qui se trouve devant le candidat au nord et lui en mettra une pincée au haut du front à la naissance des cheveux. Il fera le même souhait oratoire et la même cérémonie de la cendre au candidat au dessus de l’œil droit au sud ; il en fera autant à l’ouest au dessus de l’œil gauche de façon que le candidat soit marqué au front par une figure triangulaire des cendres de son holocauste ; il gardera ce signe jusqu’à la fin de la première opération. Le candidat sera aussi marqué par le sceau (11) [3].

On se rendra dans la chambre d’opération le premier jour à six heures après midi pour faire le tracé des cercles. Les planètes seront tracées sur les deux angles d’est et d’ouest et non ailleurs. (12) À neuf heures on allumera les feux nouveaux avec bois et charbon préparés.

On ouvrira ensuite la tête avec le couteau de cérémonie (13), de circonférence en circonférence pour ôter la cervelle, on en ôtera aussi la langue : il faudra remettre à la tête l’os que l’on aura enlevé pour pouvoir en ôter la cervelle afin qu’il brûle avec le reste de la tête. On pratiquera les autres cérémonies qui suivent cette opération, ainsi qu’il est dit. (14)

A minuit on entre dans le cercle de retraite pour les invocations et conjurations pour en sortir selon l’usage à une heure.

On fera les quatre prosternations aux quatre angles où on aura placé à chaque un nom sur 7, de plus qu’à l’ordinaire.

Voici quelques noms pour cet effet. Ils sont tirés du grand alphabet (15) de 7.9.5.4. portant sur 7 et sur 10. Ces noms portent sur chaque jour de la semaine, attendu qu’il ne faut pas les faire servir deux jours de suite, ce qui serait contre leur destination. Ils sont marqués par lettres algébriques célestes (16) ces noms sortent, par les chiffres que l’on voit de leur rang, de leur nombre, de leur puissance et de leur produit et fonction (17).

Il faut se servir d’un parfum prescrit (18).

A 93 Dimanche Adornaïk Soleil 7. 3
B 83 Lundi Brammati Lune 7. 3
C 34 Mardi Cimarmora Mars 7. 3
D 62 Mercredi Dazalmum Mercure 7. 3
E 86 Jeudi Éduemor Jupiter 7. 3
F 55 Vendredi Serphiel Venus 7. 3
G 94 Samedi Gezmoriak Saturne 7. 3 (19).

2. Prières selon les « Notes » de Saint-Martin du Fonds Z :

« Tu es saint, père de toutes choses, duquel la volonté est accomplie par ta propre puissance. Oui, tu es saint, et tu veux être connu par ton homme des sens intellectuels, ainsi que tu as établi toutes choses pour lui.

Tu es saint, plus puissant et plus grand que vertu et louange, duquel l’image est toute nature. Reçois mes sacrifices verbaux par l’holocauste qui brûle devant toi, présenté de cœur et d’âme, purifié par cette flamme. Passer trois fois les mains en équerre sur la flamme du feu où il fait sa prière, puis répéter le mots ci-dessus.

Ô indissoluble, ô indivisible, ô indéfini, toi qui ne dois être prononcé que par le silence, donne-moi force, puissance et secours pour que je ne retombe plus dans l’ignorance des connaissances qui sont selon mon essence, ô W.

Fortifie-moi et illumine les chefs régénérateurs qui me font concourir à la grâce que tu accordes par ta pure miséricorde à tes vrais élus, exauce leurs vœux et ma prière pour que je sois marqué du sceau de l’intelligence et de la puissance que tu leur donnes. Éclaire les hommes de ma génération, tes enfants qui sont enfouis dans les ténèbres par l’ignorance de la grâce que je vais recevoir par tes fidèles élus. Je suis certain de cette grâce et j’en rendrai témoignage à tous les humains, ô W.

Je passerai le reste de ma carrière en vie et lumière. Ô père éternel, tu es saint, ton homme est béni, il désire être sanctifié avec toi, ainsi que tu lui en as donné toute puissance. Amen, amen, amen, amen. »

Le candidat sera au côté droit du chef qui lui dira, après qu’il aura fini à chaque feu : Qu’il te soit accordé de l’Éternel ce que tu lui as demandé.

Ensuite, le chef prend de la cendre dudit feu [celui du Nord] et lui en met une pincée à la pointe des cheveux. Id. au Midi, au dessus de l’œil droit - id. à l’Ouest, au-dessus de l’œil gauche. Le candidat sera ainsi marqué triangulairement de la cendre de l’holocauste, ne le pouvant être du sang par l’événement. Il gardera la marque de son signe jusqu’à la fin de l’opération [4].

Se rendre à six heures précises dans la chambre ; y préparer tout ; à neuf heures, allumer les trois feux nouveaux. Ouvrir ensuite en circonférence, avec le couteau de cérémonie, la tête. L’os que l’on aura ainsi en circonférence, le mettre sur la tête qui brûle, parce que la tête doit être entière, sans cervelle et sans langue. À minuit, les prières et invocations ; en sortir à une heure et demie, et même deux, n’ayant pas d’heures fixes à cause du bouleversement du temps [5].

L’ensemble de ces documents permet de se faire une idée assez précise de la cérémonie d’initiation au grade de Réaux-Croix, une bien étrange cérémonie. Après avoir reproduit la lettre de la Martinès de Pasqually à Bacon de la Chevalerie, Gustave Bord ajoutait :

« On a vraiment peine à croire qu'en plein XVIIIe siècle il y avait encore des gens se livrant à ces pratiques surannées et ridicules, surtout lorsqu'on constate que Willermoz n'était pas parmi les plus exagérés, et qu'en dehors de la maçonnerie c'était un brave homme, un honnête commerçant et un bon père de famille [6]. »

Alice Joly se montrera plus ironique :

« Je ne sais si Jean-Baptiste Willermoz reçut l’ordination au milieu d’une âcre fumée de chairs et de poils brûlés, ni s’il but le calice et mangea le pain de la singulière communion des Coens. Une seule chose est sûre : aucun phénomène surnaturel ne vint l’assurer du succès de ces étranges cérémonies [7]. »

À la lecture de ces éléments, on comprend mieux la position de Saint-Martin lorsque ce dernier nous confiait dans ses mémoires :

« Lorsque dans les premiers temps de mon instruction je voyais le maître P. |Pasqually] préparer toutes les formules et tracer tous les emblèmes et tous les signes employés dans ses procédés théurgiques, je lui disais : Maître, comment, il faut tout cela pour prier le bon Dieu ! Je n'avais guère que 25 ans lorsque je lui tenais ce langage ; aujourd'hui que je suis près d'en avoir le double, je sens combien mon observation était fondée, et combien dès mon plus bas âge, j’ai offert des indices de l'espèce de germe qui était semé en moi [8]. »

À l’époque où Saint-Martin écrivait ses mots, il avait abandonné depuis longtemps les pratiques théurgiques pour se livrer à la seule initiation qu’il jugeait digne d’intérêt :

« celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu, et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble qui nous rend l’ami, le frère et l’épouse de notre divin Réparateur. Il n’y a d’autre mystère pour arriver à cette sainte initiation, que de nous enfoncer de plus en plus jusque dans les profondeurs de notre être, et de ne pas lâcher prise, que nous ne soyons parvenus à en sortir la vivante et vivifiante racine ; parce qu’alors tous les fruits que nous devrons porter, selon notre espèce, se produiront naturellement en nous et hors de nous, comme nous voyons que cela arrive à nos arbres terrestres, parce qu’ils sont adhérents à leur racine particulière, et qu’ils ne cessent pas d’en pomper les sucs [9]

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lettre de Martinès de Pasqually à Bacon de la Chevalerie

13 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

 

« À Bordeaux, le 2 mai 1768.

 

« Je réponds T. H. T. R. M. aussi promptement que je le peux à la demande que vous me faites touchant le grade de Réaux-Croix que vous voulez donner à notre T. H. T. R. M. de Willermoz [1]. Je ne me refuserais jamais pour que ce R. M. soit récompensé à tous égards et même avec satisfaction, personne plus que lui le mérite davantage. Vous me permettrez P. M. de vous faire les observations secrètes de notre loi abstraite à ce sujet. Vous ne devez point ignorer que nous ne jouissons en notre qualité d'hommes, d'image et de ressemblance divine que de deux choses qui sont réellement en notre pouvoir, qui sont les différents actes cérémoniaux de nos opérations qui sont au nombre de quatre, auxquelles il nous est donné une seule puissance à chaque, qui font quatre puissances, ce qui complète avec les quatre cérémonies le nombre infini de huit. Toutes ces choses nous sont données avec précision d'heures, de jours, de semaines, de mois, de lunes et d'années. Et que par ce moyen en suivant scrupuleusement ce qui nous est prescrit par Dieu même, nous osons nous attendre à un succès plus considérable de nos travaux que lorsque nous en sortirons.

Vous savez que je vous ai toujours dit qu'il n'était point en mon pouvoir de satisfaire entièrement l'homme à ce sujet et qu'à Dieu seul appartenait cette sublime opération. À toutes ces choses près, T. P. M. comment pouvoir nous promettre quelque succès en faveur du candidat que vous voulez admettre à une opération hors de son temps, un fruit prématuré est hors de saison, une opération de principe faite hors de son temps est sans fruit. Vous me répondrez à tout cela comment faire ? Je lui ai promis.

Je dirai à cela tant pis, vous avez mal promis, ces sortes de choses sont-elles en votre pouvoir ? Indifféremment cela ne se peut d'aucune façon si nous ne suivons scrupuleusement ce qui nous est prescrit. La précision de la cérémonie ne suffit pas seule, il faut encore une exactitude et une sainteté de vivre au chef qui mène les cercles d'adoption intellecte (sic) il lui faut donc une préparation spirituelle faite par la prière, la retraite et la moration, vous avez su comment je me suis comporté à Paris à cet égard. Cependant je ferai mes efforts pour abandonner mes affaires domestiques afin de me disposer a vous fortifier dans votre opération, pour récompenser le zèle et les travaux laborieux au R. M. de Willermoz, que je crois être digne du succès que je lui désire dans cette opération, il ne dépendra pas de moi pour qu'il soit satisfait. Qu'il vous souvienne que c'est le dernier et le premier.

Vous observerez pour cette cérémonie de faire les mêmes cercles que je fis pour la réception du T. P. M. de Luzignan, vous attaquerez l'angle de l'Ouest comme votre chef angle. Il ne vous est point permis d'attaquer à l'Est directement, ce temps étant passé. Vous ferez toutes les mêmes cérémonies, tant en prières qu'en parfum ; vous n'offrirez d'autre holocauste d'expiation que la tête d'un chevreuil mâle, que vous ferez acheter indifféremment au marché, laquelle tête sera avec sa peau velue. Vous la préparerez ainsi que l'on prépare le chevreuil avant de l'égorger. Ensuite vous dresserez trois feux nouveaux. Dans celui qui sera au Nord vous mettrez la tête sans langue ni cervelle mais bien avec les yeux. Dans celui qui sera au Midi vous y mettrez la cervelle. Dans celui qui sera à l'Ouest vous y mettrez la langue. Lorsque le tout brûlera le candidat jettera trois grains de sel assez gros dans chaque feu. Ensuite il passera ses mains par trois fois sur chaque flamme de chaque feu en signe de purification. Il aura le genou droit à terre et l'autre debout et dira ensuite ce mot ineffable que vous trouverez marqué dans l'écrit ci-joint ainsi que leur nombre, caractères et hiéroglyphes, lesquels seront tracés devant chaque feu tel qu'ils sont marqués.

Si on ne peut avoir une tête de chevreuil, on prendra la tête d'un agneau couverte de sa peau. Il faut absolument que sa peau soit noire, sinon l'holocauste serait action de grâce et non d'expiation. Le candidat fera la cérémonie de la tête d'agneau ou de chevreuil avant tout autre cérémonie. Les cercles et l'appartement où l'on fait l'opération seront entièrement préparés ainsi que nous avons jadis fait. Vous aurez de l'eau comme il convient, vous commencerez votre opération le onze du courant, vous suivrez le 12 et finirez le 13 pour que vous vous rencontriez aux jours relatifs ou manquement de la saison. Par le nombre des jours que je vous fixe, vous remarquerez le nombre de confusion par 11/2. Le nombre terrestre et corporel par 12/3 et par 13/4 puissance.

Ensuite vous ferez commencer par les invocations ordinaires et conjurations entre lesquelles vous joindrez celle du commandeur d'Orient. Après les trois jours d'opérations faites, vous ramasserez soigneusement les cendres des trois feux que vous joindrez à celle que je vous ai donnée. Vous donnerez au candidat un scapulaire pareil à celui des autres R.+C. Vous lui ferez faire un talisman égal aux autres, vous assemblerez pareillement vos deux P. M. R.+ dont l'un et l'autre feront chaque jour une opération et vous ferez la dernière, il est égal qui des deux commence. Vous observerez de faire dire au candidat la prière qui est à la suite des mots d'abord qu'il aura passé les mains ouvertes sur le feu de l'holocauste, vous aurez de toute nécessité deux réchauds un peu grands pour faire consumer la langue et la cervelle, et celui qui sera sous la cheminée de la Chambre figurera le Nord, les deux réchauds figureront le Midi et l'Ouest, conformément à l'ancien usage, ou l’on portait des caisses grillées pour faire les holocaustes en campagne.

Voilà T. P. M. tout ce que je puis faire en faveur du zèle du R. M. de Willermoz. Dieu fasse qu'il l'entende et qu'il retire de cette opération tout l'avantage et le succès qu'il mérite. J'abandonne avec plaisir mes propres affaires pour sa satisfaction, ne comptant pas beaucoup sur la propagation de l'ordre par la lenteur que je lui vois. Je vous prie d'assurer le R. P. M. de Willermoz de mon sincère attachement.

Ne faites fautes de prévenir tous les R. R. M. M. Réaux Croix de l'opération que vous allez faire à l'extraordinaire, n'importe qu'ils soient ou non avertis quinze jours d'avance comme il convient. Si vous n'agissiez point comme je vous le dis, les R.+ pourraient très bien vous refuser la reconnaissance du R.+ que vous auriez fait et m'en porter leurs plaintes pour qu'il ne fut point inscrit dans mes circonférences secrètes ainsi que dans mon répertoire universel. Faites écrire par un des R. P. R.+ au T. P. M. de Champoléon, au T. P. M. de Grainville, au T. P. M. de Luzignan pour éviter toutes sortes de discussion.

Vous n'oublierez point de faire boire le calice en cérémonie après la réception et vous donnerez le pain mystique ou cimentaire à manger à votre Réaux + nouvellement reçu dans la même cérémonie que vous m'avez vu faire. »

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Rituel des Elus Coëns par Robert Amadou

13 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

La théurgie cérémonielle, c'est-à-dire les rites propres à mettre l'opérant en rapport actif avec les esprits, les dieux, les anges, bons ou mauvais, cette théurgie-là, qu'on ne confondra pas avec la théurgie interne des néoplatoniciens et de Saint-Martin où le rapport s'établit entre l'âme et Dieu par des moyens spirituels et, éventuellement, des procédés psychophysiologiques ordonnés ; la théurgie des élus coëns faisait précisément des disciples de Martines de Pasqually, qui les y habilitait en les initiant rituellement aussi, des prêtres choisis (et non pas investis par une appartenance tribale ainsi que dans la loi de Moïse ) ; mais le détail rituel n'en a jamais été reconstitué avec exactitude.

La raison de cette lacune est simple manquaient les textes d'initiations aux divers grades, lesquels fixent la théorie et le symbolisme corrélatifs propre à chaque grade, et aussi, et surtout les textes de pénitence, d'invocation, de conjuration et d'exorcisme constituant à proprement parler le rituel théurgique. Papus et Le Forestier ont fait ce qu'ils ont pu avec la documentation dont ils disposaient et, le plus souvent, ils se sont égarés dans leurs conjectures : la part de reconstitution était trop forte, en effet.

Des indications plus précises ont été fournies par Robert Ambelain (qui ne désirait pas en publier beaucoup), parce que celui-ci avait bénéficié d'un gros volume manuscrit du XVIII° siècle désormais connu sous le nom manuscrit d'Alger (à cause du lieu de résidence de l'inventeur qui le lui remit). Ainsi fut publiée (Les Cahiers de la Tour Saint-Jacques, II-III-IV (1960), l'invocation des maîtres coëns alléguée dans une lettre de Saint-Martin à Willermoz, du 7 juillet 1771, suivie d'une conjuration aux anges -rituel mensuel pour les maîtres coën, que célébraient journellement les réaux-croix.

Ces derniers, titulaires du plus haut degré de l'ordre, sont prêtres en plein, non pas selon le sacerdoce organique des Églises chrétiennes, mais d'un sacerdoce ésotérique et, en même temps, réputé le plus général qui, cependant, loin de se déclarer anti-chrétien, se réfère à des vérités catholiques, au double sens universel et confessionnel du terme. A bon droit ou à contre-sens ? C'est affaire de jugement théologique. En tout cas, rien d'une caricature, encore moins d'un sacrilège délibéré. Les titulaires des grades mineurs sont autorisés et même astreints à participer, chacun en ce qui les concerne, aux opérations.

Celles-ci se déroulent selon des prescriptions extrêmement minutieuses, d'une complexité qui croit avec la hauteur du degré. Martines de Pasqually, dans son Traité de la réintégration ( éd. du bicentenaire, 1974, p. 392 ) distingue les types suivants d'opérations :

"1° le culte d'expiation,

2° le culte de grâce particulière générale,

3° le culte contre les démons,

4° le culte de prévarication et de conservation,

5° le culte contre la guerre,

6° le culte pour s'opposer aux ennemis de la Loi divine,

7° le culte pour faire la descente de l'esprit divin,

8° le culte de foi et de la persévérance dans la vertu spirituelle divine,

9° le culte pour fixer l'esprit conciliateur divin avec soi,

10° le culte annuel ou de dédicace de toutes ses opérations au Créateur.

Tous ces cultes ont été compris dans les deux qui ont été opérés par Moïse chez Israël et par Salomon dans le temple, où les différents bois et les différents parfums consacrés aux sacrifices ont été mis en usage. Le temps où chacun de ces cultes s'opérait était à chaque renouvellement de lune, et, depuis que les hommes existent, ce culte s'est opéré parmi eux ".

Cette liste tient moins du catalogue exact, quoiqu'elle paraisse s'y apparenter, que de la délimitation d'un champ d'action.

Le champ, c'est le monde, l'immensité, dit Martines de Pasqually, terrestre et l'immensité céleste, mais elle implique aussi les deux autres immensités qui, avec celles-là, composent le Tout : immensité surcéleste et immensité divine. Quant à l'action, c'est un combat, une participation, et la plus utile, la plus nécessaire qui soit, de l'homme au combat de l'ombre et de la lumière : à son profit, pour l'humiliation des démons, esprits de par leur volonté déchus, en vue de les neutraliser et de leur réintégration ultime ( comme de tout ce qui n'est pas Dieu, dans la cour divine ), avec le concours des esprits fidèles, et à la gloire de l'Éternel, jusqu'à ce qu'elle soit entière et que ce nom seul se fasse entende, ainsi que d'une seule voix, par sept fois sans cesse répétées.

Mais l'homme étant incorporisé, d'après la doctrine des élus coën, qu'il tourne donc à son avantage et à l'avantage du spirituel, le matériel si souvent dommageable ! Les rites naissent de cette conversion, où interviennent figures, notamment cercles et quarts de cercle, "vautours", paroles, parfums, chandelles et calendriers, ornements personnels, surtout les noms des bons et des mauvais esprits avec leurs hiéroglyphes, ou leurs griffes, respectifs, leurs signatures. Au cours des opérations, des esprits, qu'il a d'abord fallu appeler, convoquer à toutes fins utiles (et c'est selon leur nature), se manifestent, si tout va bien, par des signes visibles - les "passes" - que le recueil des hiéroglyphes permet d'identifier. Une importance particulière est reconnue à l'aide de l'esprit " bon compagnon, exotériquement l'ange gardien ou à peu près.

Désormais, nous aurons l'ensemble des rituels d'opérations, de même que des rituels d'initiations (1), copiés par Saint Martin, que le Philosophe Inconnu conserva par devers lui jusqu'à sa mort afin de les célébrer d'abord, puis, quand il eut renoncé à la théurgie cérémonielle par discipline et par piété, mais aussi, j'en suis convaincu, aux fins de consultations assez fréquentes.

Cette partie du fonds Z permet, en intégrant les éléments dispersés dont on devait se contenter auparavant ( 2 ), de tracer le tableau exact et presque complet du rituel composé par Martines de Pasqually pour ses disciples. C'est la matière de deux volumes pourvus de commentaires. Mais, après les indications élémentaires qui précèdent, voici, en primeur, disions-nous, quelques textes théurgiques qui contribueront déjà à fixer quelques idées relativement au sens de la théurgie du maître de Bordeaux. " D'où venait-il ? Où allait-il ?". André Breton exigeait des professeurs censés savoir et accusés de dissimuler, qu'ils lui répondissent. Façon de discréditer les imposteurs tout en exaltant la vie et la fonction de Martines.

Outre que beaucoup ont attesté son efficacité, la liturgie coën - initiations et opérations - possède une haute valeur philosophique et spirituelle, plus justement théosophique. Qu'on en juge à la lecture de ces pages tirées de l'ombre pour la première fois ; elles sont dignes d'être méditées. Même l'adepte de la théurgie interne trouvera à s'y instruire.

L'illustration de cet article comprend trois nouveaux tableaux d'opération ( 3 ) et quelques hiéroglyphes d'esprits propices, d'après le registre copié par Saint-Martin et à paraître en fac-similé dans l'édition annoncée.

(1) - Des rituels d'initiations ont été publiés dans les deux numéros précédents de l'Autre Monde, n° 68 et n° 69.

( 2 ) - Ajoutons-y deux pièces majeures récemment mises au jour : une invocation de réconciliation, dans les Archives théosophiques, I, 1981, pp. 99-108, et Invocation pour le maître élu, dans l'Initiation, juillet-septembre 1977, p. 140-143.

( 3 ) - Deux autres sont parus dans les deux articles cités dans la note 1.

 Assignation et retraite

L'opérant, debout sur le bord de cercle du centre, à l'ouest, et faisant face à l'est, prend l'encensoir ou la terrine où il a déjà mis les parfums nécessaires et encense par trois fois chacun des quatre mots divins qui sont dans le centre du  étoile à six pointes. Il remet la terrine hors des cercles, puis il fléchit les deux genoux en terre, sur le bord du même cercle, toujours à l'ouest, la face à l'est. Il oint ses deux mains, les doigts entrelacés, il les descend avec le corps, en appuyant le front sur le dos de ses mains ainsi jointes. Il restera dans cette position environ deux minutes, sans remuer ni parler et les yeux fermés pour n'avoir aucune distraction et remarquer plus aisément le bruit qui se pourrait faire par quelque esprit dans l'appartement et surtout auprès de lui-même dans les cercles; Après cet instant d'inaction et d'attention, l'opérant assigne tous les esprits des angles de l'appartement à venir se réunir avec tous ceux qui sont dans les cercles et dans les angles du (étoile à six pointes) ainsi qu'il  suit.

L'opérant nomme tous les noms des esprits des anges ensuite ceux des trois premiers cercles et ceux des angles du étoile, et dit  "Bénis soient ceux qui viennent à moi au nom de 1'éternel ". Il fait aussi la réponse des esprits en disant : Loué celui qui nous invoque en face des mots redoutables par les lesquels tout a été fait ! Amen ".

L'opérant prononce ensuite les quatre mots divins qui sont dans le centre du étoile, et dit après " Je vous conjure, esprits saints et purs, par les quatre mots sacrés que vous venez d'entendre prononcer à mon âme puissante, d'être par ces mêmes mots (qu'il prononce encore) intimement liés à moi, de façon que, dans ce moment, il n'y ait aucune différence entre vous tous et moi seul ; que, revêtu de toutes vos intelligences spirituelles et divines, vous ayez à m'écouter, m'entendre et me parler sur tout ce que ma puissance vous demande et vous demandera par les mots sacrés et ineffables (il prononce les quatre mots du centre). Je vous invoque et vous commande par eux, ainsi que Moïse, Aaron et Josué vous ont commandé, auxquels vous avez obéi aussi promptement que vous avez entendu leur invocation. Je vous invoque tous dans cet endroit sacré, par la toute paissance des quatre mots divins qui contiennent l'univers (il prononce les quatre mots du centre), et en vertu du grand et redoutable nom de l'éternel devant lequel tout tremble et frémit, et que par respect je ne saurais prononcer, je consacre ce lieu sanctifié et pur pour être l'endroit fixe de mon invocation et commandement, ainsi que Moïse sacra et consacra le sommet de la montagne de Sinaï où vous reçûtes de lui ordre et commandement d'agir et d'opérer selon ses désirs, suivant la force et la puissance que l'éternel lui donna sur vous. Vous fîtes par lui commandés et assujettis pour sa défense contre les ennemis de la Loi divine et du peuple choisi. Je suis un fidèle élu, sacré et consacré par le Dieu vivant de Moïse, d'Abraham, d'Isaac et de Jacob, pour l'appui de cette même Loi que 1'Eternel rappelle à l'homme par la voix de Moise".

L'opérant se relève et se tient debout au centre du étoile. Là, il dit d'un ton ferme, haut et absolu : "Je commande. Alerte, terreur, frémissement et soumission à la voix qui vous appelle" Il nomme par exclamation tous les esprits des angles des cercles des correspondances, des cercles d'opération et des angles du étoile, par la vertu invincible, par la puissance redoutable, par le pouvoir terrible et absolu et par la justice immuable des quatre mots sacrés et ineffables ( les quatre mots du centre ) par lesquels tout est, et par lesquels tout être créé et soumis subsiste. "Je vous conjure et vous commande, du saint des saints de mes cercles, d'aller en sentinelle, chacun aux lieux qui vous sont destinés et assignés par moi, ainsi que j'en ai obtenu le pouvoir par celui qui est, et par les quatre mots divins (les mêmes quatre mots du centre ) qui vous soumettent aux invocations et commandements de l'homme-Dieu, roi et père de toute postérité terrestre. Je vous l'ordonne à tous, en général et en particulier ".
L'opérant s'adresse en particulier aux quatre esprits des trois premiers cercles d'opération pour leur demander généralement tout ce dont il a besoin, ne pouvant point s'adresser particulièrement aux esprits des angles de l'appartement, parce que l'angle du midi est resté sans aucun bon esprit. Ceux des correspondances et des cercles d'opération regardant les quatre régions sont à préférer d'autant plus que l'opérant les a déjà établis chefs sur tous les esprits quelconques qui habitent dans les quatre régions universelles.

Après que l'opérant a demandé ou commandé ce qu'il aura voulu pour lui personnellement ou pour autrui aux dits esprits des cercles d'opération ou des cercles de correspondances, il se remet à genoux sur le bord du cercle intérieur, dans la même attitude. et dit à basse voix : «Je te rends grâces. très haut et très puissant Dieu créateur universel. de la puissance qu'il t'a plu donner à ton homme sur tout être créé. par le mot sacré et ineffable qui le constitue à ta ressemblance (le mot du centre qui est vers l'est), que je remets à ta Sainte garde, à l'heure convenue de toi à moi. Amen ».

L'opérant efface le mot qu'il vient de nommer et continue : « Souviens-toi, ô Eternel, Dieu fort des armées célestes et terrestres de ton homme et fidèle serviteur, que tu as doué supérieurement de vertus. de puissance, de pouvoir. pour et contre tout être créé par ton propre mot doublement fort et redoutable (le mot du centre vers ouest), que je remets à ta sainte garde. comme il m'est par toi ordonné à l'heure convenue de toi à moi. Amen».

L'opérant efface le deuxième mot de la main droite comme le premier, et continue : « ô Eternel. Dieu fort et triple fort des esprits majeurs inférieurs et mineurs, fortifie ton homme en sainteté en vertus et en puissance comme il t'a plu de faire pour Chiram ton député pour la réconciliation du reste des mortels avec toi. Qu'il me soit fait ainsi. ô Eternel, et par ce triple et ineffable mot (le mot du centre qui est vers nord) qui me caractérise tel que tu m'as fait. que je remets en toute sainteté et respect à sa première place, selon qu'il te plaît, à l'heure convenue de toi à moi. Amen ».

L'opérant efface le troisième mot comme les autres et continue : «Je remets à toi seul, ô Eternel, qui est sans principe et sans fin, la puissance immense et invincible qu'il t'a plu me donner par ta seule volonté sur tout ce qui peut avoir rapport à ta création. Oui, Dieu vivant de nos pères, oui, Dieu fort, vengeur et rémunérateur, je soumets, ton homme et toutes les puissances qui sont contenues en lui à ta sainte garde et sous la protection de la quatriple essence, comme tu as daigné le permettre et l'accorder par ta pure miséricorde à Noé, à Abraham, à Moïse et à David, qui règnent et vivent en toi et parmi nous. Amen. Reçois, ô tout-puissant Eternel, le sacrifice sincère et pur que je te fais en ce moment de mon corps, de mes Biens, de mon âme et de tout ce qui peut être sous sa dépendance. Reçois ce sacrifice aux pieds de ton saint et très saint tabernacle, ainsi que je le désire et le demande par mon existence et pour ta plus grande gloire. Je t'en conjure. ô Eternel par ce quatriple mot (le quatrième mot du centre qui est au sud) qui contient, dirige et gouverne l'univers, que je remets sous ta sainte garde et sous ta protection, ainsi que tous les esprits qui me servent et me serviront jusqu'à l'heure convenue entre toi qui es et celui qui sera en toi. Amen ».

L'opérant efface le quatrième mot comme les autres. Il se relève et enlève toute allumée la bougie du centre du double étoile, pour s'en éclairer en lisant les demandes et invocations particulières qu'il fera aux esprits à minuit précis. L'invocation et les demandes particulières qu'il fera aux esprits ne dureront qu'un quart d'heure au plus, afin d'avoir les trois autres quarts d'heure pour l'examen et la contemplation de la passe des esprits, caractères et hiéroglyphes.
Lorsque I'opérant aura fini son invocation particulière, il ira cacher sa bougie dans l'angle d'ouest, de façon qu'elle ne donne qu'une faible lueur dans l'appartement, attendu que les apparitions spirituelles portent leurs lumières avec elles. Aussitôt que la lumière sera cachée, l'opérant prendra du papier noir et un crayon blanc pour y marquer tout ce qui apparaîtra à lui, observant de marquer la division où il verra chaque chose, afin de pouvoir faire un journal particulier et exact et un grand pentacle pour vérifier et confirmer les différentes apparitions, soit de corporisations, soit de caractères et hiéroglyphes, ou de lettres qui paraîtront dans les opérations suivantes. L'opérant connaîtra par la répétition des visions, les esprits qui lui seront les plus familiers et les plus attachés, il emploiera les bons plus particulièrement en s"adressant de préférence à eux pour obtenir soit la connaissance des autres esprits que l'on invoque et commande, soit tout ce qu'on désire en général et en particulier de savoir.

Pour cet effet, le nom d'un esprit souvent répété à un opérant par caractère, hiéroglyphe ou lettres, sera placé dans le centre du deuxième et troisième cercles, sans son caractère ni son hiéroglyphe, attendu qu'il n'est point du travail journalier que l'opérant fait. Il devient au contraire son protecteur et son fidèle compagnon. il est neutre dans l'opération, on ne fait en son nom aucune cérémonie. L'opérant lui demande ou lui commande ce qu'il juge à propos tout simplement.

Lorsqu'une heure sonne. l'opérant dit : "la première et la dernière heure du jour étant consommées par le travail ordinaire du maître spirituel, il vous renvoie chacun  à votre destination. A l'ordre, soyez prompts au commandement de licence et de servitude. Que la paix soit entre vous et moi à la fois. Amen ».

L'opérant se déshabille à la lumière qu'il avait cachée. Ensuite, il allume une autre lumière qui n'ait point servi à I'opération pour s'éclairer dans les besoins subséquent, attendu que toutes les bougies qui ont servi à une opération ne sont consacrées qu'à cet usage. L'opérant aura attention de marquer la bougie du centre du étoile pour qu'elle y soit toujours placée.

Il en fera autant pour les quatre bougies de l'angle d'est, attendu qu'elles éclairent des mots, et pour celles de l'angle du sud qui y ont éclairé le mot divin. Toutes les autres bougies de  l'opération qui n'ont point éclairé de mots divins peuvent être mêlées et reprises indifféremment.

Prosternations

Prosternation de l'est

Prosterné, ô Éternel, aux pieds de ta suprême divinité, je viens déposer dans cet angle d`expiation la multitude des crimes que j'ai pu commettre contre toi-même, contre ta divine puissance, contre ton esprit et contre toute ta cour spirituelle divine, majeure, inférieure et mineure, devant lesquelles je proteste pour ta plus grande gloire un repentir impénétrable au reste des mortels. Oui, Eternel, couvert d'opprobres, de confusion et de honte, je viens ici gémir en ta présence pour implorer ta miséricorde infinie que tu accordes avec satisfaction à tous ceux qui se réclament à toi directement. Je m'écrie vers toi, Dieu saint, Eternel, du profond de mes abîmes, et je t'offre dans ce bas lieu en présence de toute ta cour spirituelle, mon cœur, mon corps et la puissance de mon âme spirituelle divine, pour satisfaire à ta plus grande justice. Exauce, Seigneur, la parole et l'intention de ton serviteur, ratifie la puissance de l'âme que j'ai soumise à ta divine bonté, purifie son corps et fortifie son coeur pour que le tout ensemble n'opère à l'avenir que pour ta plus grande gloire et pour l'exemple de mes frères, mes égaux et mes semblables : qu'à cette considération je sois ordonné et marqué du sceau sympathique spirituelle dont tu fis marquer jadis par ton serviteur Moïse tes vrais élus. Oui, tout-Puissant, je suis un de ceux que tu as destinés à ton élection divine, que ton élu soit marqué par l'esprit qui marqua Jean dans le désert du Jourdain, à qui ton Fils divin confirma par son apparition cet esprit fort que tu avais attaché à ce digne serviteur ton fidèle élu. J'invoque l'esprit de Zorobabel en jonction de celui de Jean, de Jacques et de Philippe, pour être mes guides, mes conseils et mon appui dans toutes mes pensées, paroles et actions temporelles et spirituelles divines. Qu'ils règnent et vivent éternellement avec moi et tous les miens : qu'ainsi soit fait selon que je suis ordonné par le Dieu vivifiant, par le Dieu vivant et par le Dieu de vie. Amen, amen, amen.

Prosternation de l'ouest

Prosterné devant toi. ô Dieu vivant, action directe du Père créateur, Dieu des dieux, Dieu vengeur et rémunérateur des cieux, de la terre et de tout ce qui actionne dans tout cet univers, je viens devant toi recevoir confirmation de l'élection et ordination que je viens de recevoir sous les trois puissances divines. que le Créateur accorda à son serviteur Zorobabel. pour l'entière délivrance de la servitude et de la captivité où furent mis les restes infortunés des enfants d'Israël par la force de leur prévarication. A cet exemple, Seigneur, je me prosterne devant toi pour t'offrir mon âme et la soumettre sous ta puissance spirituelle divine. Qu'il te plaise, Seigneur. délivrer cette âme pénitente de l'esclavage des démons, et de la servitude de leurs intellects démoniaques, afin qu'étant sous ta sainte et adorable protection, je sois dépouillé de toute ambition cupide, mondaine et matérielle temporelle, pour n'être revêtu que de celle spirituelle divine, pour la plus grande gloire du Créateur, pour celle de son Fils, pour celle de son Saint-esprit et pour celle de son fidèle serviteur et son élu qui ne peut opérer, vivre et mourir qu'en eux. Amen. amen. amen.

Prosternation du nord

Prosterné devant toi. ô Esprit-Saint, action du Père créateur, action du fils divin régénérateur, et action de tout ce qui a vie dans cet univers, reçois la très humble invocation de celui qui te parle au nom du Père et au nom du Fils, par qui j'ai été régénéré spirituellement dans la plus grande vertu autorité spirituelle divine. J'ai été lavé, je suis aussi blanc que la neige, reçois le sacrifice que je te fais de mon âme, de mon corps et de tous mes biens temporels, bénis-le tout pour que, d'hors en avant, ils ne servent que pour ta plus grande sainteté, pour être ton asile et ta demeure immémoriale. Qu'étant ainsi joint avec moi, je puisse par ta toute-puissance être joint à ton intellect divin et me conserver pendant cette vie de larmes et pendant l'éternité à venir dans le sentier de la vertu spirituelle divine où je viens d'être remis de par l'éternel. Sois mon guide, mon appui, mon soutien et mon conducteur, ainsi que tu le fus en faveur des enfants d'Israël sous la conduite de Zorobabel. Ratifie l'ordination qu'il a plu au Créateur me faire donner par celui qui prie pour moi et me soutient par ses instructions spirituelles divines, pour la plus grande gloire du Père, du Fils et du Saint-esprit, envers qui et pour qui je ne veux vivre et opérer que pour leur plus grande justice. Amen, amen, amen.

PROSTERNATION DU SUD

Prosterné devant vous, esprits majeurs, inférieurs et mineurs, je viens vous invoquer pour soumettre mon autorité et ma vertu spirituelle divine à la votre, afin qu'elle ne soit qu'une, et vous conjure par tout ce qu'il a plu au Créateur me faire être dans son sanctuaire spirituel, de répondre à ma parole et à mon intention. Que votre intellect se joigne à mon âme, et qu'il la tienne toujours suspendue des sens de sa matière, pour qu'elle soit éternellement occupée à l'entendement spirituel de vos intellects, et que par ce moyen mon âme soit spiritualisée et circoncise par votre feu spirituel. Amen, amen, amen.

PROSTERNATION DU CENTRE

Prosterné devant toi, unité ternaire, spirituelle divine, je viens soumettre dans ton immensité dominante la vertu et l'autorité qu'il t'a plu me remettre relativement à mon ordination de réconciliation, et qu'en vertu de cette ordination, tout esprit de ténèbres, d'horreur et d'abomination démoniaque frémisse à ma parole ! Que l'enfer de privation spirituelle divine et tous ses habitants soient en terreur et en frémissement à mon commandement ! Qu'il ne soit plus question d'aucune communication d'eux avec moi, que pour recevoir leur condamnation et se voir par moi repoussés avec la plus grande impétuosité et précipités dans leurs abîmes sépulcrales pour une éternité ! Que ces monstres d'abomination et tous leurs adhérents s'éloignent de moi et de tous ceux qui sont à moi directement et indirectement, de tous mes frères spirituels et temporels, de mes amis et de mes bienfaiteurs ! J'abjure Satan, ses pompes, ses adhérents et tout ce qui en dépend. Que toute cette cour démoniaque soit liée et réenchaînée par ma seule vertu et autorité spirituelle divine ! Je lie et réenchaîne Satan, ses pompes et tous ses adhérents pour une éternité ; ''j'invoque l'esprit de Jean, l'esprit de Jacques et de Philippe, et celui que le Créateur a donné à mon âme pour être son guide et son appui, pour qu'ils soient pour un temps immémorial mes associés et mes alliés. Qu'ils soient prompts à mon commandement, de même que ceux sur lesquels s'étend mon autorité. Amen, amen, amen.

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Rite Ecossais Théurgique

7 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

Ce Rite issu des travaux de la Loge de recherche Alain de Kérillis N°1648 est un rite maçonnique syncrétique qui unit les rituels du Rite Ecossais rectifié, du Martinisme, des Arcana Arcanorum et des Elus Coën dans un corpus intiatique qui permet à l’Apprenti de gravir les marches de la Connaissance pour atteindre la Vérité avec l’aide des Gardiens Invisibles.

Willermoz, Saint Martin, Martinez de Pasqually et Robert Ambelain nous ont légués une Œuvre ésotérique profonde et complète et l’ambition de ce rite est de la faire vivre au sein d’un même Système rituélique.

Après avoir travaillé sa Pierre en loge bleue et retrouvé la Parole Perdue au grade de Maître Ecossais de St André, le candidat mène une quête intérieure qui se terminera par l’obtention du grade de Supérieur Inconnu Initiateur.

Sûr de son engagement il se tournera alors progressivement vers la rencontre avec les Gardiens Invisibles, rencontre qui se concrétisera au grade de Réau-Croix, et qui lui permettra de se réintégrer auprès du Grand Architecte de l’Univers.

Important : ce Rite dédié à Robert Ambelain n'est qu'un projet et n'est pas encore pratiqué. Un jour peut-être...

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secret des maçons écossais

12 Février 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

On débite parmi les maçons, qu'il y a encore plusieurs degrés au-dessus des maîtres dont je viens de parler ; les uns en comptent six en tout, et d'autres vont jusqu'à sept. Ceux qu'on appelle maçons écossais, prétendent composer le quatrième grade. Comme cette maçonnerie, différente de l'autre en bien des points, commence à s'accréditer en France, le public ne sera pas fâché que je lui communique ce que j'en ai lu dans le même manuscrit, qui paraît en effet accorder aux Écossais le degré de supériorité sur les apprentis, compagnons et maîtres ordinaires. Au lieu de pleurer, comme font leurs confrères, sur les débris du Temple de Salomon, les Écossais s'occupent à le rebâtir*. Personne n'ignore qu'après soixante et dix ans de captivité dans Babylone, le grand Cyrus permit aux Israélites de relever le Temple et la cité de Jérusalem ; que Zorobabel, de la race de David, fut constitué par lui le chef et le conducteur de ce peuple, dans son retour en la cité sainte ; que la première pierre du temple fut posée du règne de Cyrus, mais qu'il ne fut achevé que dans la sixième année de celui de Darius, monarque des Perses. C'est de ce grand événement que les Écossais tirent l'époque de leur institution et, quoiqu'ils soient postérieurs aux autres maçons de plusieurs siècles, ils se disent supérieurs en grade. Voici sur quoi ils fondent leur prééminence. Lorsqu'il fut question de réédifier le temple du Seigneur, Zorobabel choisit dans les trois états de la maçonnerie les ouvriers les plus capables ; mais comme les Israélites eurent beaucoup d'obstacles et de traverses à souffrir pendant le cours de leurs travaux, de la part des Samaritains et des autres nations voisines, jamais l'ouvrage n'eût été conduit à sa fin, si ce prince n'eût eu la précaution de créer un quatrième grade de maçons, dont il fixa le nombre à 753, choisis entre les artistes les plus excellents. Ceux-ci, non seulement avaient l'inspection sur tous les autres, mais ils étaient aussi chargés de veiller à la sûreté des travailleurs ; ils faisaient toutes les nuits la ronde, tant pour faire avancer les travaux que pour reconnaître les embûches, ou prévenir les attaques de leurs ennemis. Leur emploi étant beaucoup plus pénible que celui des autres maçons, il leur fut aussi accordé une paie plus avantageuse; et pour pouvoir les reconnaître, Zorobabel leur donna un signe et des mots particuliers. Le signe des Écossais se fait en portant l'index de la main droite sur la bouche, et le second doigt de la main gauche sur le cœur. Et, leurs paroles sont Scilo, Shelomeh abif. Le premier de ces mots n'est différent du Schilo des maîtres ordinaires, que par la suppression de la lettre h, et il exprime la même chose. Les deux autres mots Shelomeh abif, signifient en français Salomon mon père. Enfin, les maîtres écossais ont aussi un langage et des questions qui leur sont propres ; j'ai même ouï dire à quelques-uns d'eux, que ces questions sont en grand nombre, mais malheureusement le manuscrit de mon frère n'en rapporte que huit.

Les voici: - D. Etes-vous maître écossais ? - R. J'ai été tiré de la captivité de Babylone. - D. Qui vous a honoré du grade écossais ? - R. Le prince Zorobabel, de la race de David et de Salomon. - D. En quel temps ? - R. Soixante et dix ans après la ruine de la Cité sainte. - D. A quoi s'occupent les maçons écossais ? - R. A reconstruire le Temple de Dieu. - D. Pourquoi cela ? - R. Pour accomplir ce qui a été prédit. - D. Pourquoi les maçons écossais portent-ils l'épée et le bouclier ?* - R. En mémoire de ce que, dans le temps de la reconstruction du Temple, Neémie ordonna à tous les ouvriers d'avoir toujours l'épée au côté, et leurs boucliers proches d'eux pendant le travail pour s'en servir en cas d'attaque de leurs ennemis. - D. Comment a été bâti le nouveau Temple ? - R. Sur les fondements de celui de Salomon, conformément à son modèle. - D. Quelle heure est-il ? - R. Le Soleil se lève. Ou bien : - Le Soleil est couché. C'est par cette dernière question que les maçons écossais ouvrent et ferment leurs loges.

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Prière maçonnique

3 Février 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

« Prions le Seigneur Saint, Père Tout-Puissant, Dieu Eternel, qui seul ordonnez toutes choses et les disposez avec sagesse, qui pour repousser la malice des mauvais et protéger la justice, avez permis aux Hommes, par une salutaire disposition de Votre volonté l’usage du Glaive ici-bas, et qui avait voulu qu’un Ordre Militaire soit institué pour la protection du Peuple, Vous qui, par le BienHeureux Jean le Baptiste, avez fait dire aux soldats qui venaient à lui dans le désert, de ne molester personne, mais de se contenter chacun de ce qui était dû, nous supplions Votre Clémence, Seigneur, afin que, de même qu’à David Votre serviteur, Vous avez donné pouvoir de renverser Goliath, à Juda Macchabée de triompher de la férocité des nations qui n’invoquaient pas Votre Saint-Nom, ainsi daignez Seigneur, en Votre Divine bonté, accorder ici à Votre serviteur qui vient de se soumettre au joug de Votre Sainte Milice avec piété céleste, les forces et la bravoure pour la défense de la Foi, l’Espérance et la Charité.

 

Donnez-lui également la crainte et l’amour de votre Nom, l’Humilité, la Persévérance, l’Obéissance, et une ferme patience. 

Disposez en lui toutes choses comme il faut afin qu’il ne blesse personne injustement avec le Glaive ou avec un autre, et qu’il ne serve que pour défendre la Justice et le Droit.   

Et comme il a quitté lui-même un état inférieur pour s’élever au nouvel honneur de la Sainte Milice, qu’il dépose aussi le Vieil Homme en ses manières d’agir, et qu’il revête l’Homme Nouveau !

 

Qu’il Vous craigne et Vous serve correctement.

Qu’il évite la compagnie des perfides, et qu’il accroisse sa charité envers son prochain.

Qu’en toutes choses, ordres et circonstances il accomplisse justement son devoir.

 

Par Jésus-Christ, Notre Seigneur.

Ainsi soit-il. »

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le rite swedenborgien au temps de Papus

2 Février 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

En marge de l’Ordre martiniste et sous la houlette de Papus, à partir de 1901, passé l'âge d'or du swedenborgisme, mais en pleine restauration française de l'occultisme, une loge, ou plutôt un chapitre d’un rite maçonnique singulier, fonctionne à Paris, contre vents et marées. Cet aréopage, au titre distinctif INRI, qui rappelle évidemment l’inscription clouée sur la croix du Christ (1), porte le numéro 14 sur la liste des ateliers du "rite primitif et originel", c’est-à-dire du rite swedenborgien ou soi-disant tel, dont John Yarker assume outre-Manche la grande maîtrise générale, qu’il cumule d’ailleurs avec la grande hiérophanie du rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm, que Papus implantera en France en 1908. Mais ceci est une autre histoire(2) .


Pour Papus, en l’espèce, l’histoire qui nous intéresse commence en 1893, quand Yarker lui demande son admission dans l’Ordre martiniste, dont – fait inouï – il n’avait pas encore reçu la moindre charte. En retour, Papus est reçu dans le Suprême Conseil du rite primitif et originel, où il côtoie notamment, sur le papier au moins, William Wynn Wescott, suprême mage de la Societas Rosicruciana in Anglia (qui signera d’ailleurs un traité d’alliance avec l’Ordre kabbalistique de la Rose-Croix, lié lui-même à l’Ordre martiniste), premier grand surveillant du rite, et Henry Olcott, co-fondateur de la Société théosophique. Papus lui-même y assume la charge de "Supreme Grand Marshal", c’est-à-dire de grand maître des cérémonies.

Ce rite maçonnique (ou soi-disant tel car d'aucuns réagiront sur ce point), est un avatar du swedenborgisme. Avatar légitime ? Avatar de désir ? Ce sera à voir. Quant au swedenborgisme, à sa source se tient Emmanuel Swedenborg. Commençons par un rappel salutaire.

" SWEDENBORGISME "

Emmanuel Swedenborg, le visionnaire suédois comme on dit souvent, et quelquefois un peu rapidement, naquit en 1688, à Stockholm, d'un père évêque luthérien; il mourut à Londres, en 1772. Entre ces deux dates, une carrière quasi exemplaire le conduira du scientisme à la théologie et du mécanisme à la mystique. Mais le "cas Swedenborg", pour reprendre le mot de Paul Valéry, ne se peut régler aussi rapidement que certains l'ont cru, car si les visions qui feront sa célébrité paraissent extravagantes et naïves, c'est que ce prophète a lu dans son propre miroir déformant. Cependant, les images n'en étaient pas moins réelles que leur source, et il serait injuste de s'arrêter à l'aspect déformé que Swedenborg en percevait. Aussi, le Suédois a enfermé des intuitions géniales dans le carcan dogmatique de sa propre théologie d'inspiration luthérienne. Et Swedenborg apparaît alors sous un autre éclairage: vrai visionnaire, digne théologien, authentique théosophe, prophète aussi d'une tradition sans cesse à réinventer.

Annonciateur de la Jérusalem d'en-haut, Swedenborg n'a point fondé de chapelle. Mais après sa mort, la Nouvelle Eglise qui compose un nouvel avatar de l'Eglise universelle s'édifiera dans sa mouvance. La naissance et la prospérité de cette communauté ne nous intéressent ici qu'accessoirement. Pour mémoire donc. Mais l'influence du théosophe suédois s'est étendue à maintes chapelles succursales, dans l'illuminisme du XVIIIe siècle, et dans la franc-maçonnerie. Voilà qui nous intéresse davantage.

D’abord, Swedenborg a-t-il été franc-maçon ? Les dates de sa vie terrestre ne s'y opposeraient en rien, en effet. Voyons ce qu’en disent quelques auteurs classiques de la littérature maçonnique. F.T.B. Clavel, l'un des premiers, en 1844, déclare que Swedenborg "s'est livré à de profondes recherches sur les mystères de la franc-maçonnerie, auxquels il avait été initié" (3) . Maint auteur lui emboîtera le pas. Du reste, pour Jean-Marie Ragon, en 1853 (4) , pour Papus (5) que relaie Victor-Emile Michelet (6) , en 1899, pour Barbier (7) , en 1910, Swedenborg est aussi l'initiateur ou l'inspirateur de Martines de Pasqually, grand souverain de l’Ordre des chevaliers maçons élus coëns de l’univers.

Las, Emmanuel Swedenborg, dont on a retracé la vie dans sa continuité, n’était pas franc-maçon, il n’a par conséquent donné la lumière maçonnique a personne, ni constitué de groupe ou de loge où se serait pratiqué quelque rite de sa composition. Et il n’y a pas le moindre lien entre lui et Martines de Pasqually. Nul doute en l’espèce : le rite swedenborgien, quel que soit le système ainsi désigné, ne saurait descendre en droite ligne de Swedenborg. Est-il besoin de préciser aussi qu’est légendaire la fondation du rite de Swedenborg en … 1621, soit près du huit décennies avant la naissance de son éponyme ? Jacques-Etienne Marconis, qui allègue le fait, ajoute que ce rite se trouve en quelque sorte condensé dans le 72e degré dénommé Gardien des trois feux, de son rite de Memphis (8).

Mais répétons l’influence du théosophe suédois sur l’illuminisme du XVIIIe siècle, pas seulement dans la franc-maçonnerie illuministe. Commençons par l’illuminisme hors la franc-maçonnerie.

Swedenborg eut dans son entourage immédiat des illuminés, des théosophes. D’aucuns ont pu constituer un relais entre le visionnaire et certaines écoles ésotériques auxquelles eux-mêmes appartenaient. Surtout, l’œuvre monumentale du Suédois, traduite en plusieurs langues, est passée très tôt entre les mains de certains illuministes. Pour mémoire : l’Ecole du Nord du prince Charles de Hesse, propagera ses enseignements, en les associant à d’autres, comme par exemple la métempsycose (9).

Inscrivons ici le nom d’Antoine Joseph Pernéty, traducteur français de deux maîtres livres du Suédois : Les merveilles du Ciel et de l’enfer, en 1782 ; La Sagesse angélique sur l’amour divin et sur la Sagesse divine, en 1786. A Berlin, où Frédéric II l’avait fait appeler (croyant d’ailleurs inviter son cousin), cet ancien bénédictin de la congrégation de Saint-Maur fonda au plus tard en 1779, avec quelques compagnons et sur ordre d’un curieux oracle dit "sainte parole", un cercle illuministe. Transporté en 1784 dans le comtat venaissin, le groupe y deviendra pour la postérité les "illuminés d’Avignon". Ces illuminés sont, à les croire et à en croire l’oracle qui les guide, les élus de Dieu, et le signe de leur élection consiste dans la vision de leur saint ange gardien. Ce commerce avec les anges les apparente à Swedenborg, et cette vision particulière les rapproche davantage encore des théosophes, dans la construction de la Jérusalem nouvelle, l’unique Cité sainte. A Berlin d’abord, puis en Avignon, les compagnons de Pernéty s’occupent d’alchimie très matérielle (la "sainte parole" ne dédaigne pas de les guider – où de les perdre ? – dans l’élaboration du grand œuvre), et de théosophie. L’oracle, du reste, ne s’oppose pas aux conceptions de Swedenborg, dont le neveu Silverhielm fréquente le groupe, comme d’ailleurs le marquis de Thomé que nous rencontrerons. Mais l’importance accordée à la Sainte Vierge dans la composition d’une mariologie audacieuse les en éloigne sur ce point au moins. D’ailleurs, les orientations majeures des illuminés d’Avignon, fondés avant que leur maître ne lise Swedenborg, ne sont-elles pas en gros celles de Pernéty ? S’il est abusif de les qualifier de swedenborgiens orthodoxes, l’influence du théosophe suédois se décèle assurément dans leur propre doctrine. Mais Pernéty n’était pas franc-maçon, et son groupe ne constituait pas plus que celui de Charles de Hesses (qui lui l’était) un rite maçonnique : il ne faut donc pas y chercher la franc-maçonnerie swedenborgienne (10).

Après les fausses pistes, abordons les vraies.

RITES " SWEDENBORGIENS "

Si René Guénon, dont les néo-swedenborgiens étaient l’une des cibles, se range à l’évidence selon laquelle Swedenborg n’était pas franc-maçon, il admet "que quelques-uns de ses disciples y répandirent [sc. dans la maçonnerie suédoise] certaines de ses idées, et cela à titre de simples vues individuelles" (11) . Au vrai, ce n’est pas dans le rite Suédois qu’il faut aller chercher l’influence majeure des disciples de Swedenborg, mais dans certain rite vraisemblablement apparu en… France.

En France où un certain Bénédict Chastanier, swedenborgien ardent à la propagation des idées et des écrits du maître, franc-maçon sympathisant de quelques rites illuministes, passe en effet chez plusieurs auteurs (mais prudence tant il est vrai qu’on se copie beaucoup entre historiens de la maçonnerie !), pour le fondateur d’un rite maçonnique swedenborgien. Voici, par exemple, ce qu’en dit Ragon, en 1841 : "Ce Maçon français établit, en 1767, à Londres, une société secrète purement théosophique chrétienne, dont l’objet était de propager le système de Swedenborg. La secte devint bientôt publique.
"Il institua, d’après le même système, des grades intitulés : apprenti, compagnon et maître théosophe ; écossais sublime, ou Jérusalem céleste (sic) ; frère bleu et frère rouge, et fonda les illuminés théosophes" .

En 1853, Ragon reprend mot pour mot le texte précédent, mais y ajoute que Chastanier s’inspira de Pernéty (12) , qui, en 1767, n’avait pas encore fondé son propre cercle… D’autres, comme Bègue-Clavel en 1844, prétendent que Chastanier avait d’abord cherché à implanter son rite à Paris, en 1766, avant de le porter à Londres l’année suivante (13).

Bénédict Chastanier n’est pas un inconnu. Né en 1739, il étudie au collège Sainte-Barbe, puis à l’Hôtel-Dieu où il est reçu chirurgien. En 1763, à vingt-quatre ans, il quitte la France pour l’Angleterre. En 1765, nous le retrouvons à Paris, membre de la loge Socrate de la Parfaite Union, dont il devient vénérable, après avoir été élu secrétaire général pour les provinces de la Grande Loge de France, le 27 décembre 1765. De 1782 à 1788, il publie à Londres et à La Haye des traductions de Swedenborg. De retour sur le continent, il fréquente les illuminés d’Avignon qu’il représente avec d’autres frères au fameux convent des Philalèthes, en 1785. Il s’intéresse à l’alchimie et au mesmérisme.

Dans la fondation du rite swedenborgien, on lui associe souvent (concurrent ou collaborateur ?) le marquis de Thomé, franc-maçon et disciple lui aussi de Swedenborg, et sectateur de Pernéty, qui, en 1783, si j’en crois Bègue-Clavel, aurat "voulu dégager la doctrine swedenborgienne de ce qu’on y avait mêlé d’étranger", en instituant à Paris le rite swedenborgien en six grades (14). Or, les grades donnés par Bègue-Clavel pour ceux de Thomé sont précisément ceux que Ragon attribue pour sa part à … Chastanier, avec qui Thomé avait d’ailleurs représenté les illuminés d’Avignon au convent des Philalèthes, en 1785.

La plus ancienne nomenclature connue des grades attribués à Chastanier et Thomé, couchée sur un manuscrit de la fin du XVIIIe ou du début du XIXe siècle, se rapporte en réalité à une certain "Ordre des illuminés de Swedenborg", en six grades que voici : apprenti théosophe, compagnon théosophe, maître théosophe, théosophe illuminé, frère bleu, frère rouge (15).

Au début ou au milieu du XIXe siècle, le rite swedenborgien passe d’Europe sur le continent américain. Une brochure de la Societas rosicruciana in Anglia, en 1896, allègue dans un court paragraphe la fondation d’une loge de ce rite, à New York, en février 1859, qui, selon la même source, aurait poursuivis ses travaux jusqu’en 1863 (16). Samuel Beswick, auteur de Swedenborg Rite and the great masonic leaders of the eighteenth century (17) dit la même chose. Croyons-le sur parole puisque John Yarker nous apprend que le "réveil" du rite swedenborgien, aux Etats-Unis, puis au Canada, eut pour artisan Beswick lui-même (18).

Le rite primitif et originel de la franc-maçonnerie, soi-disant primitif et originel écrira, d’ailleurs à raison, René Guénon qui – oubliant son admission à INRI quelques années plus tôt - ne ménageait ni Yarker ni Papus, Yarker ne l’avait donc point inventé, quoi qu’il lui ait très probablement donné ce nom. Renvoyons d’emblée à l’étude capitale de R.A. Gilbert "Chaos out of order : the rise and fall of the swedenborgian rite" (19).

Le 1er juillet 1876, Yarker avait donc reçu le rite swedenborgien d’une source canadienne (W. J. B. Mc Leod Moore), qui renvoie elle-même, au début de la chaîne, aux grades de Chastanier et Thomé. Dès 1877, Kenneth R. H. MacKenzie, ami et collaborateur de Yarker, publie Fundamental Constitutions of the primitive and original Rite of Freemasonry or Swedenborgian Rite, qui le présente comme un système de trois hauts grades : Enlightened Freemason or Green Brother, Sublime Freemason or Blue Brother, et Perfect Freemason or Red Brother.

Puis la Grande Loge de Yarker, suivant son habitude, essaimera à travers le monde. En 1897, les différents représentants étrangers en sont : Constantin Moriou pour la Roumanie, Henry Olcott à Bombay, Charles Sotheran à New York, Georges F. Fort pour le New Jersey, Alexander Duncan pour l’Afrique du Sud, F. G. de Nichichievitch pour l’Egypte. Viendront s’y joindre peu après Theodor Reuss pour l’Allemagne et Papus pour la France.

DU CHAPITRE INRI…

En novembre 1901, L’Initiation range donc le "Rite swedenborgien (loge INRI)" au nombre des organisations dont elle est en France l’organe officiel. Le fonds Papus de la Bibliothèque municipale de Lyon conserve d’ailleurs un petit dossier sur notre rite dont j’extrais une note manuscrite de Papus intitulée "Le Rite Swedenborgien", que voici :

"Parmi les systèmes d’initiation les plus élevés un des premiers plans est occupé sans [conteste ?] par le Rite Swedenborgien présidé par le F.. John Yarker, 33e, 96e, Membre du Suprême Conseil [de l’Ordre martiniste], etc.
"Ce rite, essentiellement spiritualiste et chrétien, n’admet à la connaissance de ses lumières que les Maçons auxquels l’acacia est connu [c’est-à-dire les maîtres maçons]. Les travaux sont […] tenus au moins au grade de 18e.
"Les rituels de ce rite sont très originaux et n’ont jamais été publiés dans aucun ouvrage soit maçonnique soit profane. C’est assez indiquer le caractère élevé de leur composition.
"Le Rite swedenborgien possède des chapitres dans beaucoup de pays d’Europe. A Paris fonctionne le chapitre INRI auquel peuvent être affiliés tous les Maçons réguliers qui sont, après enquête, admis à cet honneur. Les noms des membres sont rigoureusement tenus en dehors de toute communication maçonnique ou profane. S’adresser pour tous renseignements à la mention de l’Initiation […]" (20).

Papus avait en effet reçu d’Angleterre les rituels anglais des trois hauts grades du rite swedenborgien, qu’il fit traduire probablement par Téder. Le manuscrit des degrés d’Illuminé franc-maçon ou frère vert, et de Parfait franc-maçon ou frère rouge, est aujourd’hui conservé dans le legs Philippe Encausse à la Bibliothèque municipale de Lyon (21). La découverte de ces rituels montre que le chapitre INRI dépassa le stade de l’ébauche sur papier (ce qui n’était certes pas le cas de toutes les projets de Papus). Entre autres pièces probantes, Robert Ambelain avait pour sa part recueilli l’insigne de Papus, qui en fut vraisemblablement le "très sage" avant Téder (22).

Ouvert aux seuls maîtres maçons, le chapitre INRI fonctionne donc à Paris, au plus tôt en 1901, discrètement et sans accroc avec la maçonnerie française engagée sur la voie substituée. Mais en 1906, Papus sort de sa réserve pour croiser le fer avec Charles Limousin qui, en juin, vient de publier dans L’Acacia, organe du Grand Orient et de la Grande Loge de France, un article sur la régularité maçonnique auquel Papus répond dès le mois suivant dans les colonnes de L’Initiation :

"Qu’on installe à Paris et en France des Loges symboliques régulières dans lesquelles on ne fera que du travail vraiment maçonnique et qu’on laisse se débrouiller en toute liberté les Loges non maçonniques. Par le jeu de la libre concurrence, les Maçons qui voudront travailler le symbolisme viendront dans les Loges des Rites universels établis en France, et ceux qui préféreront faire de la politique iront dans les autres.
"Une telle création sera bientôt réalisée et nous verrons alors quel est le meilleur des deux systèmes" (23).

Il n’en faut pas plus pour que L’Acacia, sous le plume d’un "maître Hiram" qui se laisse identifier sans peine au frère Limousin, ne s’engage dans cette nouvelle bataille. Tout de go, celui-ci ne craint pas d’y déclarer que Papus n’est pas un maçon régulier, ce qui, dit-il, explique du reste "l’ignorance spéciale dont il fait preuve" sur la question de la régularité. Et de conclure que la fondation à laquelle Papus fait allusion n’aura pas plus de succès que ses autres entreprises, et ne sera par surcroît reconnue par personne. S’en suit une nouvelle réponse de Papus que reproduit L’Acacia, avec onze pages de commentaires, où Limousin cite notamment une précédente lettre que le grand maître de l’Ordre martiniste lui a adressée :

"Je ne sais si vous savez que je représente à Paris le Rite Suédois (sic) d’Yarker et qu’une Grande Loge de France vient d’être chartée depuis que les Loges françaises abandonnent l’invocation du Grand Architecte. Peut-être entendrez-vous bientôt parler de nous. Ce Rite est régulier et universel, en relation avec les Rites reconnus."

Aux pages de Limousin, Papus répondra encore par une nouvelle lettre dont il convient d’extraire ce qui concerne notre rite (car la discussion touchait plusieurs sujets, dont la personne de Téder que Limousin croyait être… Papus) :

"Je suis Président à Paris depuis plusieurs années du Chapitre Inri n° 14, du Rite Swédenborgien, comme vous pouvez le voir sur la liste des Formations du Suprême Conseil de ce Rite. Cette liste est imprimée depuis de longues années également.
"Or ce Rite étend son action. Il ajoute un Temple à son chapitre et il charge un Comité d’organisation de créer cette nouvelle formation.
"On ne recevra dans cette formation que des Maîtres, puisque la caractéristique de nos travaux est de ne pas empiéter sur les travaux des loges.
"Maintenant que ces Maîtres soient Français, Ecossais, Espagnols ou Japonais, cela nous indiffère. Nous n’insulterons pas un Français, même s’il a vu la lumière en Araucanie.
"Je garantis, au nom de ce Rite, aux Maçons français qui se joindront à nous, la réception en Angleterre, aux Etats-Unis, en Allemagne et dans d’autres contrées encore. Le Rite primitif et originel de la Franc-Maçonnerie possède lui-même 57 Chapitres et Temples. Si la Grande Loge d’Angleterre "tolère" que ses Officiers prennent les grades du Rite de Yarker, comme vous dites, il est présumable que la réciprocité est vraie. Les futurs membres de notre formation auront de quoi faire.
"Ce que je prie notre ami Limousin de constater c’est que je ne fonde rien de nouveau. Je suis un simple délégué chargé d’une mission définie sous la direction d’un Suprême Conseil bien connu en Angleterre. Si je remplis mal l’objet de ma délégation on me remplacera, mais cela se fera tout de même, d’autant mieux, qu’on recherche la qualité et non la quantité."

Inlassable, Limousin répondit à son tour par un nouvel article, puis L’Acacia préféra trouver une autre cible en la très contestable personne de Theodor Reuss, d’ailleurs grand maître du rite swedenborgien pour l’Allemagne.

… A LA GRANDE SWEDENBORGIENNE DE FRANCE

En France, ainsi que le laisse entendre l’affrontement de Limousin et de Papus, surgira en effet du chapitre INRI une Grande Loge swedenborgienne de France, chartée par Yarker en date du 15 mars 1906 (24). Il me paraît significatif que Papus ait fondé la même année une autre loge, au titre distinctif Humanidad, rattachée celle-là au rite national espagnol, et ouvrant ses travaux aux trois grades symboliques. Ainsi furent reçus à INRI des frères étrangers aux grandes obédiences française, qui avaient précédemment été élevés à la maîtrise à Humanidad… dont un certain René Guénon.

Au convent maçonnico-spiritualiste organisé par Papus et les siens en juin 1908, seront représentées les Grandes Loges Swédenborgiennes de France, de Grande-Bretagne et d’Allemagne, ainsi que maintes fondations de Papus, Yarker, Reuss.

En 1909, un certain G.A. Taber, de Boston, écrira à Papus afin de pouvoir implanter aux Etats-Unis une branche du rite swedenborgien. Papus lui répondra favorablement tout en lui conseillant de voir aussi avec Yarker afin de choisir entre la fondation d’une délégation de la Grande Loge swedenborgienne de France, ou la constitution d’une Grande Loge autonome. Mais d’autres loges dépendantes de Yarker y étaient déjà installées sur le territoire américain.

Avec la mort de Yarker, en 1913, le rite swedenborgien privé de son chef suprême n’eut plus guère de succès, d’autant qu’il avait été supplanté par les rites égyptiens promus à bien meilleur avenir. A partir de 1908, Papus ayant reçu la grande maîtrise du rite de Memphis-Misraïm pour la France, il se pourrait que les grades "égyptiens" se soient substitués aux grades swedenborgiens. A moins que les deux systèmes n’aient été pratiqués parallèlement au sein du même chapitre ?

Lorsque Papus passa à l’Orient éternel, le 25 octobre 1916, Charles Détré, son adjoint depuis 1906, lui succéda comme grand maître de la Grande Loge swedenborgienne de France. Mais il mourut à son tour deux ans plus tard, le 26 septembre 1918. A ma connaissance, ni Jean Bricaud, ni Victor Blanchard, tous deux prétendants à la succession de Téder pour l’Ordre martiniste, ne se sont prévalus d’une quelconque grande maîtrise du rite swedenborgienne pour la France (25). Georges Bogé de Lagrèze, en revanche, le fit, ainsi qu’en témoigne une lettre adressée par celui-ci à l’Américain Ralph M. Lewis, imperator de l’AMORC, en date du 12 novembre 1945 (26). Mais de qui Lagrèze tenait-il ses pouvoirs en l’espèce ? (27) En tout cas, Lagrèze meurt en 1946 et personne, après lui, ne semble plus se soucier en France du rite swedenborgien… (28)

Le rite swedenborgien, ou les rites swedenborgiens qu’on dirait sans jeu de mots " primitifs ", c’est-à-dire du XVIIIe siècle, s’inspirent probablement de la doctrine d’Emmanuel Swedenborg. Il ne suffirait que d’avoir leurs rituels pour en avoir la preuve. Mais qu’en était-il des rituels en usage au chapitre INRI, traduits d’après leur version anglaise en usage au temps de John Yarker ? Qu’en était-il de ce rite swedenborgien-là ? Beswick, Yarker, Papus et d’autres revendiquent pour le rite " primitif et originel " une grande ancienneté, qui situent sa fondation en l’an 5873 avant Jésus-Christ, et le tiennent pour le modèle commun des autres rites maçonniques, dès lors tous un peu apocryphes. Du reste, Papus, tout à l’heure, en parlait aussi comme d’un rite chrétien, et ce n’est pas par hasard qu’il allègue en passant le 18e grade de rose-croix du rite écossais ancien accepté et de Memphis-Misraïm, souvent qualifié de christique.

Pourtant à bien lire les rituels du chapitre INRI, nulle trace de christianisme explicite, sauf à ne considérer du christianisme que son aspect vétéro-testamentaire, ou à lire entre les lignes. Certes, les références bibliques y sont nombreuses, qui forment la trame même du rituel, mais point de référence au Christ Jésus. Quant au swedenborgisme au sens strict, moins de traces encore… Craignons que notre rite swedenborgien, soi-disant tel en fait, n’ait que peu de rapports avec les rites, ou le rite de Chastanier et Thomé. Peu ou pas swedenborgien, le " rite primitif et originel de la franc-maçonnerie ", n’était pas non plus, et de loin, le plus ancien des rites maçonniques.

Pourtant, Yarker, Papus et quelques autres l’avaient rêvé ainsi. Pourquoi ignorer les filiations de désir ? Car Papus en France, bien plus encore que Yarker en Grande-Bretagne, avait à maintenir la tradition maçonnique, initiatique et gnostique, en un temps où, passé la dernière loge du rite de Misraïm, cette tradition était ici sur le point de disparaître. Une fois de plus, à travers ce nouveau cercle marginal, Papus aura donc maintenu, seul contre tous ou presque, après l’avoir reçu par de très singuliers canaux, le flambeau que le Grand Architecte de l’Univers, n’en doutons pas, lui avait confié.
Serge Caillet
L'Initiation, juillet-septembre 2000, avec une mise à jour des références bibliographques
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