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Hauts Grades

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Planche : la doctrine du Rite Ecossais Rectifié

18 Mars 2012 Publié dans #Planches

Il est admis dans l’Ordre Maçonnique que le Rite Ecossais Rectifié se différencie des autres rites par sa doctrine qui traite spécifiquement de l’origine, de la condition présente et de la fin de l’homme comme de l’Univers.

A l’exception d’un seul document intitulé : L’Instruction Secrète des Grands Profès, cette doctrine n’est jamais exposée de manière explicite, cependant les rituels et les instructions des grades en contiennent de nombreuses allusions et orientent de fait toutes les réflexions du Maçon rectifié vers cette même doctrine.

Plus précisément, rituels et instructions ont été soigneusement élaborés par les fondateurs du Rite, de façon à constituer un véhicule de cette doctrine. Le véhicule en question est conçu pour s’adresser à un récepteur actif, c’est à dire : un « …cherchant… » à qui on ne délivre pas un enseignement prédigéré mais que l’on aide à s’approcher par lui-même de ce qu’on cherche à lui enseigner.

Il est également reconnu que l’enseignement de Martinez de Pasqually a exercé une influence déterminante sur la formation du Rite Ecossais Rectifié, au point de considérer parfois avec excès que la doctrine de ce rite se confond en celle de Martinez.

En effet, si Martinez de Pasqually et son Traité de Réintégration des êtres sont aujourd’hui connus, il n’en était guère de même au XVIII è me siècle en dehors du cercle très étroit de ses disciples : les Elus Coëns de l’Univers.
Bien évidemment, les Fondateurs du Rite Ecossais Rectifié appartenaient à ce cénacle, mais le rite fut avant tout élaboré pour toucher un cercle plus étendu.

Par ailleurs, en dehors de l’œuvre de Martinez de Pasqually, il existe d’autres composants de la doctrine. Certains sont fondamentaux, c’est le cas par exemple de :
- la Maçonnerie spéculative et de la Stricte Observance Templière.
La première importée de Grande Bretagne apporta les rituels, les mots, les signes ainsi que l’ésotérisme des constructeurs, alors que la seconde dota le rite d’une ossature et d’une référence chevaleresque.

D’autres composants apparaissent plus secondaires, ce sont par exemple les influences de Joseph de Maistre ou de Louis Claude de Saint Martin : père du martinisme, mais l’ensemble de ces apports ne put réellement constituer un authentique corpus de doctrine que grâce au génie synthétique de Jean Baptiste Willermoz.

Comme pour chaque rite maçonnique, l’enseignement doctrinal du Rite Ecossais Rectifié l’est sous forme de symboles que l’on peut regrouper en deux catégories:
- les symboles graphiques ou tableaux et les symboles « dramatiques » (le rituel dans son déroulement temporel).

Cependant, à côté de ces deux formes d’enseignement symboliques, il existe d’autres formes plus discursives, ce sont les instructions par demandes et réponses et les instructions « morales », destinées à guider le Maçon rectifié dans ses méditations sur les symboles et à en identifier le sens.
Les discours adressés par le Vénérable Maître au récipiendaire au cours de sa réception et commentant « à chaud » les symboles dramatiques et graphiques qui lui sont alors dévoilés, s’inscrivent dans le même esprit.

Aucune de ces formes d’enseignement n’est spécifique au Rite Ecossais Rectifié car toutes appartiennent dans une large mesure au fond commun de la Maçonnerie française du XVIII è me siècle, néanmoins le Rite Ecossais Rectifié a su adapter ces éléments traditionnels en les formatant à son enseignement doctrinal.

Ainsi par exemple, le discours tenu à l’origine par le Frère Orateur à l’égard du récipiendaire et duquel sont issues les Instructions morales a connu un double développement :
il s’est étendu à l’ensemble des grades et a modifié son caractère purement moral à l’origine pour devenir un véritable commentaire du rituel et des symboles.

Enfin à tous ces instruments d’enseignement doctrinal, il faut rajouter celui spécifique du Rite Ecossais Rectifié, à savoir : la Règle Maçonnique adoptée lors du Convent de Wilhelmsbad en 1782.

La doctrine du Rite Ecossais Rectifié est axée sur le schéma fondamental : Etat Primordial -Chute- Réintégration. Dès le grade d’apprenti, les allusions rapportées à ce schéma sont nombreuses, le symbole graphique « Adhuc Stat », représentant « …une colonne brisée et tronquée, mais ferme sur sa base… », en est d’ailleurs un des exemples.

Ce tableau qui n’est pas issu du fond commun de la Maçonnerie française pas plus qu’il n’est une innovation du rite, provient de la Stricte Observance où il faisait directement allusion à la survie secrète de l’Ordre templier, mais en représentant ce symbole, le rite en a modifié le sens pour lui faire exprimer sa propre doctrine.

En effet, au niveau des loges bleues, la doctrine du Rite Ecossais Rectifié s’articule autour de la correspondance symbolique entre le Temple de l’homme et celui de l’Univers avec comme archétype : le Temple de Salomon.

Le rite a fait du symbole du Temple, un véritable résumé de l’ensemble de sa doctrine. On y retrouve ainsi les différentes applications du schéma : Etat Primordial- Chute- Réintégration propres à l’homme en général, à l’homme en particulier et à l’Ordre Maçonnique mais on y retrouve aussi tout un symbolisme rapporté à la structure de l’Univers et à celle de l’être humain.

En fait, le symbolisme multiforme du Temple proposé par le Rite Ecossais Rectifié est intégralement développé dans l’Instruction Secrète des Grands Profès où les apports des Elus-Cöens de Martinez de Pasqually confèrent alors au Rite, toute son identité et toute sa spécificité.

La conception que se fait le Rite Ecossais Rectifié rapportée au travail de réflexion du Maçon est quant à elle, évoquée dans l’Instruction Morale d’apprenti où il est dit que le développement parfait des mystères de l’Ordre serait un jour la récompense de son « zèle », de ses « vertus » et de sa « persévérance ».

« …Le voile qui couvre nos mystères ne pourra être levé devant vous qu’à mesure que votre intelligence le percera. Le premier instant de votre entrée dans l’Ordre ne peut y suffire. Leur développement parfait sera donc un jour la récompense de votre zèle, de vos vertus et de votre persévérance.. »

Dans la citation en question, il est précisément mentionné l’expression « …nos mystères… » et là encore, cela ne doit rien au hasard.
On retrouve en effet cette notion de mystère dans l’Instruction par demandes et réponses du grade d’apprenti et l’on y comprend que l’initiation maçonnique consiste à être initié à des mystères.

De nouveau, ce concept est commun à la Maçonnerie française du XVIII è me siècle, mais dans le Rite Ecossais Rectifié, les mystères ont un contenu étroitement lié à la doctrine du rite pour qui les mystères de la Franc Maçonnerie sont « …l’origine, la fondation et le but de l’Ordre… ».

En effet, dans le cadre de la doctrine du Rite Ecossais Rectifié, le terme final de l’initiation maçonnique demeure la restauration de l’homme dans son « …Etat Primordial… » , c’est la première partie du processus initiatique, celle que René Guénon définit sous le terme de « …petits mystères… ».

Ces « …petits mystères… » comprennent en fait tout ce qui traite du développement des possibilités de l’état humain envisagé dans son intégralité, ils aboutissent à la perfection de cet état, que la Tradition désigne comme la Restauration de « …l’Etat Primordial… ».

Notons bien cependant que « …l’Etat Primordial… » tel que le conçoivent le Rite Ecossais Rectifié et Martinez de Pasqually reste celui d’un être spirituel, à l’image de ce qu’était Adam avant la Chute dont l’une des conséquences a été « …l’incorporisation… » de l’homme, être auparavant doté d’un corps glorieux, enfermé aujourd’hui dans un corps de matière périssable.

La conséquence directe de la faute contingente d’un être libre est donc, comme le stipule l’Instruction morale d’apprenti que « …l’homme a perdu la lumière par l’abus de sa liberté… ».
Nous évoquons ici la perte d’un état supérieur à l’état individuel humain, même si le rite dans sa terminologie, le qualifie encore d’humain.

Pour espérer un jour reconquérir cet état, le Maçon rectifié devra plus que jamais se métamorphoser en « …homme de désir… », ce désir qui n’est rien d’autre que cette impulsion qui pousse l’homme déchu à retourner vers son état originel et dans laquelle, ce dernier puisera toute l’énergie nécessaire pour accomplir ce difficile retour aux sources.

Toutefois, le Maçon rectifié devra surtout se confier à ce guide évoquée par l’Instruction Morale : « …Le guide inconnu qui vous a été donné pour faire cette route figure ce rayon de lumière qui est inné dans l’homme, par lequel seul il sent l’amour de la Vérité et peut parvenir jusqu’à son temple.. ».

Ce guide décrit comme un rayon de lumière est une parcelle du Divin et cette lumière est issue de Dieu et plus spécifiquement : de son Verbe car c’est par le Verbe que le Père s’est fait connaître à l’Homme et uniquement par Lui.
En effet, le Verbe était « …au commencement auprès de Dieu… » et demeure celui « …qui illumine tout l’homme… ».

Le Verbe est donc pourvu d’une face tournée vers Dieu qu’il contemple éternellement et d’une autre tournée vers le monde, par laquelle il manifeste la Divinité comme l’atteste le Christ quand il affirme : « …Qui me voit, voit le Père… » et c’est d’ailleurs grâce à cette double nature divine et humaine, que ce guide suprême intercède en permanence en notre faveur.

Comprenons alors que sans lui, aucune réconciliation ni communication avec Dieu, n’est possible, accordons lui ainsi toute notre confiance et faisons de nouveau du plus grand des réconciliateurs, notre plus grand Sauveur. source : http://www.ledifice.net

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Prière de l'initié (JB Willermoz)

18 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

Vérité éternelle, tu m'entoures de tes rayons, mais des ombres ténébreuses s'élèvent sans cesse de mon âme et m'empêchent de porter mes regards jusqu'à toi.

Tous les jours, le soir et au milieu de la nuit, le matin et le midi, je t'invoque avec ardeur. Mes efforts sont vains et inutiles. Le voile épais de mes affections matérielles m'ôte le vue de ta lumière.

Les images des objets auxquels j'ai livré mes sens, se placent en foule entre ton action bienfaisante et les faibles efforts de ma volonté ; elles m'égarent et m'entraînent par leurs illusions trompeuses.

Tu m'échappes et je perds l'espoir de t'atteindre.

O vérité sans laquelle mon être n'est qu'un néant, je ne cesserai de t'invoquer.

Jusqu'à ce que tu aies exaucé mon désir, mes vœux seront mon unique existence. Entends ma voix, viens actionner celui qui t'appelle avec tant d'ardeur.

J'abjure l'amour des objets sensibles ; c'est toi seul que je veux aimer et contempler à jamais comme mon unique vie.

Car c'est toi qui es la vie de l'homme, et je sais avec évidence que ma destinée est de vivre toujours en toi et avec toi.    source : www.martiniste.org

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Les origines du martinisme

18 Mars 2012 Publié dans #histoire de la FM

« Martiniste » est un terme qualifiant les membres d’un courant initiatique particulier. A l’origine, il désignait les membres de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus-Cohens de l’Univers, fondé par Martinès de Pasqually au XVIIIe siècle. Cette expression désigne aussi les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, qui perpétuent la doctrine de Martinès de Pasqually. Le titre de « Martiniste » qualifie plus spécialement ceux qui s’attachent à l’étude des œuvres de Louis-Claude de Saint-Martin et plus encore ceux qui s’adonnent à cette étude dans le cadre de l’Ordre Martiniste, un mouvement initiatique fondé par Papus et A. Chaboseau dans le sillage du Philosophe Inconnu.

1 – Un mystérieux fondateur, Martines de Pasqually

L’Ordre des Élus-Cohens relève de ce que l’on appelle les « hauts-grades maçonniques ». Ces grades sont apparus dans la Franc-Maçonnerie au XVIIIe siècle. Entre 1740 et 1773, ils prolifèrent avec une certaine anarchie. Certains systèmes de hauts grades se constituent en Ordres indépendants. C’est le cas en France vers 1754 avec l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus-Cohens de l’Univers de Martinès de Pasqually (1710?-1774).

Bien que depuis quelques dizaines d’années on connaisse beaucoup mieux la genèse des divers systèmes de hauts-grades et la biographie de leurs fondateurs, il n’en est pas de même pour l'Ordre des Élus-Cohens. Les origines de son promoteur, Martinès de Pasqually, restent encore mystérieuses. Plusieurs auteurs comme René Leforestier (1858-1951) et Gérard Van Rijnberk (1875-1953) ont tenté d'en percer les secrets. Depuis, peu de découvertes importantes son venues s'ajouter à leurs travaux, si ce n'est celle de l'acte d'inhumation de Martinès par Jean Pinasseau en 1969 et celles de Christian Marcenne en 1996 à propos de sa carrière militaire.

Le nom même de Martinès de Pasqually reste imprécis. En effet, il en varia l'orthographe et la composition plusieurs fois. Ainsi utilise-t-il parfois le nom de Joachim Dom Martinès de Pasqually, ou celui de Jacques Delivon Joacin Latour de La Case. Nous nous contenterons ici d'employer celui qui lui est généralement attribué : Martinès de Pasqually. Que fut sa jeunesse, nous l'ignorons encore. On ne sait rien sur ce que furent ses études et sa formation. Ses lettres montrent qu'il maniait fort mal la langue française. Certains rituels Élus-Cohens sont écrits entièrement en latin – ex. le De Circulo –, et la plupart des autres comportent des citations latines. Il est donc possible qu’il possédait une culture classique. D’après les documents déposés par Martinès chez Perrens fils, notaire à Bordeaux, il ressort qu’il a exercé la profession de militaire pendant une dizaine d’années, avec le grade de lieutenant. En 1737, il sert en Espagne, dans la compagnie du régiment d’Edimbourg-Dragons, commandé par son oncle, Dom Pasqually. En 1740, il est en Corse, où il participe à l’intervention française sous le commandement du marquis de Millebois. En 1747, il est au service de l’Espagne et combat en Italie.

2 – Emmanuel Swedenborg et Martinès de Pasqually

Papus, dans son livre Martinisme Willermosisme - Martinisme et Franc-Maçonnerie (1899), affirme que Martinès avait été initié par Emmanuel Swedenborg à Londres et chargé de répandre en France le système dont le voyant suédois était le créateur.

Papus, qui voulait que Swedenborg soit le créateur des Hauts Grades maçonniques, va jusqu'à dire que nous devons voir dans le Martinisme un Swedenborgisme adapté. Papus eut tort d'accorder crédit à une information qu'il puisa dans l'Othodoxie Maçonnique (1853) de Ragon. Ce dernier avait reprit, sans les contrôler, les éléments donnés par Marcello Reghellini dans La Maçonnerie considérée comme le résultat des religions égyptienne juive et chrétienne (1833). Cet auteur a dressé une biographie assez fantaisiste du fondateur des Élus-Cohens. D’après lui, Martinès serait d'origine allemande et serait mort centenaire. Il ne fait pas de Martinès un disciple de Swedenborg, mais indique que c'est ce philosophe suédois qui lui donna l'idée de créer un rite se rapportant à la théosophie biblique et chrétienne. On peut s'étonner que Ragon et Papus aient manqué à ce point d'esprit critique, car une étude, même rapide, des idées de Pasqualy et de Swedenborg montre qu'elles n'ont rien en commun.

Reghellini prétendait également que « le matériel lui a été fourni par les juifs talmudistes et par les chrétiens de Saint Jean, qui vivaient dans les lieux d'Orient qu'il avait visités pendant sa jeunesse ». Il parle des voyages de Martinès de Pasqually en Turquie, en Arabie et en Palestine, sans toutefois citer aucune source. Il faut avouer que Martinès, dans ses écrits et ses correspondances, n'a jamais fait état de tels voyages. Il semble donc impossible d'accorder le moindre crédit aux affirmations fantaisistes de Reghellini.

Le père de Martinès était franc-maçon. Il possédait une patente stuartiste qui lui fut accordée le 20 mai 1738. Cette Charte était transmissible à son fils. La carrière maçonnique du père de Martinès est assez floue. Il semble avoir été vénérable d'une loge à Aix en 1723. Dans ses lettres, Martinès de Pasqually parle parfois de l’origine des « quelques connaissance que mes prédécesseurs m’ont transmis ». C'est probablement de son père que Martinès reçut l'essentiel de sa formation mystique. Mais il dit aussi, « la Sagesse m'a enseigné », ce qui semble montrer que son savoir vient aussi de sa propre expérience spirituelle. Martinès adapta ses connaissances à son époque et au cadre qu'il avait choisi pour le diffuser, la Franc-Maçonnerie. L'étude de ses écrits, instructions, rituels etc, montre qu'il connaissait parfaitement la Bible et particulièrement l'Ancien Testament, qu'il cite fréquemment avec cependant de fréquents ajouts. Ces éléments, souvent empruntés à la tradition talmudique, montrent qu'il connaissait bien la religion de ses ancêtres.

 

3 – La kabbale

Bien qu’il soit erroné d’assimiler le Martinisme à la kabbale, le système de Martinès de Pasqually possède une certaine affinité avec le fonds général de la mystique juive. Par son père, Martinès est d'origine espagnole. Or, les kabbalistes étaient très présents en Espagne. Il est donc tout à fait possible qu’il ait côtoyé les kabbalistes espagnols. Martinès disait tenir ses connaissances d'un héritage ésotérique dont sa famille était en possession depuis trois cent ans. Sa famille aurait reçu ces documents de l'Inquisition, dont quelques-uns des membres de sa famille avaient fait partie. Nous ne savons hélas rien sur cet héritage. S'agit-il de documents renfermant des connaissances et des pratiques dont Martinès s'est fait le dispensateur, ou cet héritage lui venait-il d'une société initiatique à laquelle appartenait sa famille ?

Jean-Baptiste Willermoz disait que Martinès avait succédé à son père qui vivait en Espagne ! Cette remarque laisse entendre qu'il exista probablement un petit groupe de « pré-Cohens » à l'époque du père de Martinès. Quoi qu'il en soit, l'Ordre constitué par Martinès est véritablement une création, ou au moins une réactualisation, puisqu'à la lecture des diverses correspondances du Maître avec ses disciples on assiste à la genèse d'un Ordre, qui même au moment de la mort de son fondateur n'est pas encore totalement opérationnel.

On peut dire qu'avec la mort de Papus, pendant la Première Guerre mondiale, l'Ordre Martiniste était en sommeil. Après l’armistice, d’une manière plus ou moins régulière, plusieurs de ses membres tentèrent de le faire revivre. C’est de ces organisations que descendent les diverses obédiences actuelles se réclamant du Martinisme.

Nous n’aborderons pas ici la philosophie martiniste, sauf quant elle est nécessaire pour comprendre les options prises par telle ou telle obédience, notre soucis étant essentiellement d’exposer la manière dont sont nés ces groupes. La période de l’histoire qui marque leur genèse reste souvent confuse. Il faut dire que plusieurs historiens ont pris plaisir à brouiller les pistes. Pour ne pas compliquer les choses, nous ne parlerons pas ici des divers petits groupes marginaux actuels, qui, du reste, n’ont souvent de martinistes que le nom.

A la lecture du Traité sur la réintégration des êtres, le texte dans lequel Martinès a résumé l'ensemble de sa doctrine, on constate des éléments qui enrichissent les récits du Traité trouvent leur source dans de la littérature talmudique, rabbinique et kabbalistique.

Bien des détails relèvent aussi de l'ésotérisme judéo-chrétien propre au christianisme primitif. On aurait donc tort de faire de Martinès un kabbaliste, car sa philosophie, tout comme sa théurgie ne sont pas spécifiquement kabbalistes. Elles doivent être classées davantage dans un christianisme qui a plus à voir avec le christianisme primitif qu'avec la religion catholique romaine, même si Martinès se réclame de cette dernière. En effet, Martinès pense comme un chrétien d'avant le premier Concile. Pour lui, le Christ est un prophète qui s'est incarné à travers le temps sous différent noms, de plus, il a une conception angélologique du Christ, autant de positions qui sont caractéristiques du judéo-christianisme. Si les divers mouvements judéo-chrétiens qui constituent la source du christianisme ont été marginalisés au sein de l'Eglise après les premiers Conciles, il n'en reste pas moins vrai que certains ont subsisté assez longtemps. Il est possible qu'une survivance judéo-chrétienne ait subsisté en Espagne et que Martinès soit l'un de ses descendants.

Selon les écrits de Martinès, la science des Élus-Cohens trouve son origine dans les instructions que Seth, le troisième fils d'Adam, aurait reçu d'un ange. Cette science enseigne la manière de conduire les rites propres à permettre à l'homme de se réconcilier avec Dieu. Les descendant de Seth et d'Enoch pervertirent cette connaissance, au point qu'elle était devenue inutilisable. Noé fut alors instruit sur cette science qui, depuis, se serait transmise jusqu'aux Élus-Cohens. Martinès prétendait que les rites perpétués par les Élus-Cohens venaient de cet héritage.

4– Martinès de Pasqually franc-maçon

Martinès de Pasqually définit ainsi sa mission, « je ne suis qu'un faible instrument dont Dieu veut bien, indigne que je suis, se servir, pour rappeler les hommes mes semblables à leur premier état de maçon, afin de leur faire voir véritablement qu'il sont réellement hommes-Dieux, étant créés à l'image et à la ressemblance de cet Etre tout-puissant ». Martinès de Pasqually est franc-maçon et fréquente les loges du sud de la France. Il estime cependant que la Franc-Maçonnerie de son époque est « apocryphe », c'est-à-dire d'une authenticité douteuse, et propose de la ressourcer autour d’une doctrine particulière.

Ses activités maçonniques débutent en 1754 à Avignon, Marseille et plus particulièrement à Montpellier, où il aurait fondé le chapitre des Souverains Juges Ecossais. A la fin de l’année 1760, il se présente à la loge Saint Jean des trois loges réunies, située à l'orient de Toulouse. Martinès expose à ses frères toulousains une sorte de « plan parfait » de la Franc-Maçonnerie et ses projets d'établir l'ancien et le nouveau temple des « Chevaliers Lévites, des Cohenim-Leviym et des Élus Coëns ».

Les frères de Toulouse se montrent septiques, Martinès de Pasqually a alors l'imprudence de se laisser entraîner dans une démonstration de ses pratiques théurgiques pour satisfaire leurs exigences. Hélas, la démonstration tourne court. Après deux essais infructueux, notre théurge est remercié et on l'invite à quitter les lieux. Les responsables de la loge toulousaine, qui avaient déjà souffert des manœuvres de plusieurs aventuriers, préférèrent ne pas pousser l'expérience plus loin.

A Foix, Martinès aura plus de chance, et c'est dans la loge Josué du régiment de cette ville qu’il va recruter ceux qui seront ses premiers disciples, le lieutenant-colonel de Grainville et le capitaine des grenadiers Champoléon. Là, il fonde un chapitre, le Temple des Élus-Cohens. Mais c'est à Bordeaux que commence réellement l'histoire de cet Ordre. Martinès, qui suit le régiment de Foix, alors en garnison au Château-Trompette de Bordeaux, s'y installe en avril 1762. Il y établit son Tribunal Souverain, c'est-à-dire le centre des activités de l’Ordre des Chevaliers Maçons Élus-Cohen de l’Univers. Il intéresse bientôt un jeune officier, le sous-lieutenant de grenadiers, Louis-Claude de Saint-Martin.

Les voyages de Martinès à Paris lui permettent également de former d'autres disciples, Bacon de la Chevalerie, le comte de Lusignan, du Gers, Henri de Loos et Jean-Baptiste Willermoz, qui se trouve alors dans la capitale pour ses affaires personnelles. L'Ordre s'étend rapidement à Paris, Versailles, Lyon, Grenoble, la Rochelle, Strasbourg... L'abbé Fournié (1738-1825), disciple de la première heure, nous renseigne sur la manière dont Martinès recrutait ses disciples.

« Dieu m'accorda la grâce de rencontrer un homme qui me dit familièrement : « Vous devriez venir nous voir, nous sommes de braves gens : vous ouvrirez un livre, vous regarderez au premier feuillet, au centre et à la fin ; lisant seulement quelques mots, et vous saurez tout ce qu'il contient : vous voyez marcher toutes sortes de gens dans la rue ; hé bien ! ces gens là ne savent pas pourquoi ils marchent, mais vous vous le saurez. » Cet homme dont le début avec moi semble extraordinaire, se nommait Don Martinets de Pasqually ».

 

5 – Un rite judéo-chrétien

L'Ordre fondé par Martinès de Pasqually est une société initiatique mystique. Il est structuré autour d’un système théosophique très particulier dont les origines sont énigmatiques. Sa mystique est chrétienne, mais dans un sens particulier, car son christianisme est teinté d’un judéo-christianisme assez proche du christianisme des premiers temps.

La mystique de Martinès n'est pas une simple spéculation, elle conduit à une pratique. Cette mise en œuvre s'appuie sur une magie divine, une théurgie. Elle vise à amener l'homme, par purifications successives, à la communication la plus haute avec le monde des esprits. D'abord avec son compagnon fidèle, l’ange personnel de l’Initié, puis avec les esprits des mondes supérieurs, pour enfin entrer en relation avec ce qu'il nomme mystérieusement « La Chose », l'Innommable.

 

6 – La doctrine de la réintégration

Martinès de Pasqually ne prétendait pas être le créateur de l’Ordre qu’il instituait, mais se présentait comme étant l'un de ses sept Souverains dirigeants. Contrairement aux divers systèmes de hauts grades maçonniques, qui manquent souvent d'unité doctrinale, celui de Martinès se développe autour d'une doctrine précise, celle de la Réintégration. On peut la trouver dans son Traité sur la réintégration des êtres dans leur première propriété, vertu et puissance spirituelle divine, un texte d’instruction qu’il réservait à ses disciples les plus avancés. Ce texte a été édité en 1899 sous la forme d’un livre paru chez Paul Chacornac. Plus récemment, en 1993, Diffusion Rosicrucienne en a édité une version plus fiable d’après l’exemplaire manuscrit de Louis-Claude de Saint-Martin. Le Traitéde Martinès est un midrach judéo-chrétien. Il commente la Bible en apportant des développements ésotériques.

On peut résumer ainsi le propos du Traité. Avant les temps, Dieu émane de Lui des êtres libres. Certains d’entre eux veulent exercer eux-mêmes la puissance créatrice. Dieu les écarte donc de Lui en les enfermant dans la matière qu’il crée à cet effet pour leur servir de prison.

La Divinité émane alors l’Homme, un androgyne au corps de lumière qu’Il dote des pouvoirs appropriés et qu’Il envoie garder les esprits rebelles pour les amener à leur résipiscence. Cependant, l’Homme chute à son tour et se trouve alors enfermé dans un corps de chair. Il garde cependant la même mission mais doit d’abord réintégrer sa position glorieuse avant de pouvoir la mener à bien. Ne disposant plus des même pouvoirs, il en est réduit à utiliser un culte extérieur, la théurgie, pour en appeler à des « agents intermédiaires », les anges restés fidèles. Ces évocations théurgiques nécessitent de longues préparations et sont réservées uniquement aux membres les plus élevés dans la hiérarchie de l'Ordre des Élus-Cohen, c'est-à-dire aux Réaux-Croix.

Sans entrer dans les détails, d’une doctrine complexe, nous dirons qu’elle part du principe que l'homme est en état d'exil et qu'il est privé, depuis un drame cosmique, de la communication directe avec Dieu. Cet état d'exil implique pour lui la nécessité de recourir à des « agents intermédiaires » pour communier à nouveau avec Dieu et retrouver son état de gloire passé. En effet, selon Martinès, l'homme, dans son état présent, ne peut plus communiquer intérieurement avec Dieu. Il doit donc user d'une communication externe et employer pour cela des agents intermédiaires. Ces agents sont des êtres angéliques que l'homme peut appeller au moyen de rites appropriés, d'opérations théurgiques. Ces évocations théurgiques nécessitent cependant de longues préparations, et étaient réservées aux membres les plus avancés de l'Ordre des Élus-Cohen, c'est-à-dire aux Réaux-Croix.

 

7 – Les grades Cohens

Chaque degré met en scène et fait vivre à l'Initié les divers épisodes de la vie de l'homme : son émanation dans l’Immensité divine, la mission primitive donnée à l’homme, la chute d’Adam dans le monde de la matière et sa remontée à travers les sphères célestes. Décrire cette hiérarchie n'est pas chose facile, car elle a évolué au fur et à mesure où Martinès structurait son rite. De plus, les différents grades portent plusieurs noms, ce qui complique la tâche. Les catéchismes propres à chaque degré ou encore les Statuts des Chevaliers Élus Coëns de l'Univers et le Cérémonial des initiations, ne proposent pas tous la même division.

René Leforestier, Papus, Gérard Van Rijnberk, Robert Ambelain et Robert Amadou n'ont pas tous retenu la même hiérarchie. Roger Dachez, dans le revue Renaissance Traditionnelle, a publié une étude concernant la genèse des grades Cohens à laquelle nous renvoyons le lecteur. Sans nous attarder sur les divers systèmes, nous proposons ici celui qui semble la plus réaliste.

La hiérarchie Cohen débute par les trois grades « bleus », Apprenti, Compagnon et Maître, le plus souvent donnés en une seule cérémonie. Suivent les degrés de Maître Parfait Elu (ou Grand Elu sous la bande noire), d'Apprenti Elu-Cohen (ou Fort marqué), de Compagnon Elu-Cohen (ou Double fort marqué), de Maître Elu-Cohen (ou Triple fort marqué, ou encore Maître écossais). Nous trouvons ensuite ceux de Grand Maître Cohen (ou Grand architecte), de Grand Elu de Zorobabel, (ou Chevalier d'Orient), et de Commandeur d'Orient (ou Apprenti Réau-Croix). La hiérarchie de l'Ordre est couronnée par un degré suprême, celui de Réau-Croix (ou R+). Les membres de ce dernier degré participent à un travail mystique basé essentiellement sur la théurgie.

La hiérarchie de l'Ordre conduit l’initié à une gradation de purifications du corps, de l'âme et de l'esprit propres à le rendre sensible aux bonnes influences spirituelles, plus particulièrement par l'intermédiaire de son guide, son esprit compagnon, son « ange gardien ». Lorsque le Cohen a réalisé cette jonction, son esprit compagnon lui ouvre les portes du monde surcéleste qui conduit au Monde divin, à l’Immensité Divine.

L'Ordre des Élus-Cohens est dirigé par un collège de direction, le Tribunal Souverain, composé de Réaux-Croix. Ses membres portent le titre de Souverains Juges et font suivre leur signature des lettres S.J. Au XVIIIe, le « I » et le « J » écrits en majuscules ont le même graphisme, et cette similitude a entraîné quelques historiens à confondre les « S.J. » de Martinès avec les « S.I. » du baron Hund. Le titre de S.I. n'a jamais fait partie de la hiérarchie Cohen.

8 – La théurgie

Les Réaux-Croix pratiquent la théurgie. Quelle est donc cette mystérieuse science ? Selon l'étymologie, le mot théurgie vient du grec theos, Dieu, et ergon, ouvrage. La théurgie est donc « l'ouvrage de Dieu ». Au IIIe siècle, Jamblique l’a introduit dans la philosophie, comme adjuvant à la sagesse purement spéculative dont se contentait ses prédécesseurs. Il considérait la théurgie comme une magie supérieure, visant non pas à obtenir des bienfaits matériels, mais à réaliser progressivement l'union mystique avec la Divinité. La théurgie de Martinès a les mêmes objectifs : elle a pour but de mettre l'homme en relation avec le Divin en utilisant des intermédiaires devenus nécessaires depuis la chute de l'homme, les « anges », ou plutôt, pour coller au langage martiniste, aux esprits célestes et surcélestes. La théurgie de Martinès vise essentiellement à obtenir les bénédictions des esprits bons. Elle a aussi pour but d'exécrer, de conjurer les esprits mauvais, pour chasser leurs influences mauvaises qui tendent sans cesse à éloigner l'homme de sa mission.

Appeler les esprits bons, éloigner les mauvais, nécessite de connaître leurs noms, leurs jours d'influence et les heures propices pour les interpeller à l'aide du rite approprié. Pour ce faire, Martinès confiait à ses émules Réaux-Croix, un répertoire contenant les noms, les hiéroglyphes secrets de 2400 esprits, et de multiples recommandations sur les périodes favorables aux opérations, comme les équinoxes ou les phases lunaires les plus bénéfiques. Le rituel préconisé par Martinès est extrêmement complexe à mettre en œuvre ; il réclame un lieu spécialement aménagé. Sur le sol on dessine le tableau figuratif de l'opération, un pantacle composé de cercles concentriques, de triangles et de quarts de cercles reliés aux cercles principaux. L'adepte doit prendre grand soin de dessiner les hiéroglyphes des esprits avec lesquels il désire opérer. Sur ce pantacle on place, à des points précis, des bougies dont le nombre peut aller jusqu'à plusieurs dizaines. Avant d'opérer, le disciple doit prendre soin de se livrer aux jeûnes et purifications nécessaires à l'accomplissement du culte magique.

En dehors de ces éléments que l'on retrouve dans de nombreuses pratiques anciennes, il faut souligner le caractère mystique de la théurgie de Martinès. En effet, à la lecture de ses rituels, on est surpris de l'importance qu'y occupent les prosternations, les prières, souvent extraites des Psaumes. La théurgie de Martinès ne cherche pas à diriger des forces sur quelqu'un ou à obtenir des avantages. Ce n'est pas une « magie pratique » orientée vers les petits soucis du quotidien ; c'est une sainte magie dont l'objet est l'union mystique. Tout, dans la théurgie Cohen, conduit à cette rencontre entre le visible et l'invisible. Dans cette pratique l'invisible, la Chose, se manifeste par une influence spirituelle que les Cohens appellent intellect, une manifestation émanée de Dieu ou de Ses anges.

Cet intellect ne prend jamais une forme corporelle, il se manifeste soit par un son distinct qu'il occasionne dans l'air, soit par une voix lente que les Cohens nomment « la conversation secrète entre l'âme et l'intellect ». Le plus souvent, il exprime sa présence par un hiéroglyphe lumineux. Les Élus-Cohens appelaient ces diverses manifestations des « passes ». Les instruction secrètes, les rituels Cohens et les correspondances entre Martinès et ses disciples montrent la difficulté de telles opérations. A leur lecture, on peut se demander combien furent ceux qui purent rassembler les conditions préconisées par le Souverain Grand Maître des Élus-Cohens, conditions qu'ils seraient impossible de réunir à un homme vivant à l'époque moderne. A la lecture des textes de Martinès de Pasqually, on peut se demander aussi si ces travaux n’étaient pas finalement uniquement une préparation extérieure destinées à conduire le disciple vers une communion plus intérieur avec le Divin. En effet, pour Martinès le lieu privilégié de la rencontre avec le Divin reste le cœur de l’homme, car c'est dans ce tabernacle qu’il peut recevoir les plus grandes satisfactions ainsi que les plus grandes faveurs que le Créateur lui envoie.

 

9 – La prière

Les Cohens devaient être des chrétiens pratiquants et plusieurs disciples protestants se convertiront au catholicisme pour se conformer à la règle. Lors de son initiation au degré apprenti, le Cohen devait prendre plusieurs engagements : le premier était de garder secrets les mystères de l'Ordre, le second d'être fidèle à la sainte religion Catholique apostolique et romaine. Avant de pratiquer les rites théurgiques, les Élus-Cohens devaient assister à une messe. Ils devaient aussi s’adonner fréquemment à la prière, en particulier à la Prière des six heures, une pratique spirituelle effectuée toutes les six heures (six heures du matin, midi, dix-huit heures et minuit). Ces prières, composées en partie par Martinès, comprenaient des lectures des Psaumes, des invocations « du saint nom de Jésus », le Pater, l'Ave Maria, ainsi que des suppliques adressées à l'ange gardien. A ces prière quotidiennes s'ajoutait aussi la « Prière qu'il faut faire quand on est couché et prêt à s'endormir ».

Pour un Cohen, il était également nécessaire de dire les sept Psaumes de Pénitences au moins à chaque renouvellement de Lune, ou tous les jours suivant les périodes de travail, de dire l'Office du Saint Esprit tous les jeudis, de réciter le Misere, debout face à l'Orient, et le De Profundis, face contre terre. Plus le disciple avançait dans la hiérarchie, plus les obligations, prières, jeunes, abstinences augmentaient. Comme on peut le constater, la vie d'un Cohen était bien remplie et demandait une disponibilité totale. Elle n'avait rien à envier à celle d'un moine.

La magie de Martinès était une « sainte magie », ayant pour but de conduire le disciple à une vie spirituelle de plus en plus intense. L'abbé Pierre Fournier nous indique que les instructions journalières de Martinès « étaient de nous porter sans cesse vers Dieu, de croître de vertus en vertus, et de travailler pour le bien général ; elles ressemblaient exactement à celles qu'il paraît dans l'évangile que Jésus-Christ ». D’Hauterive, dans une lettre du Fonds Du Bourg, précise le travail d’un Cohen en ces termes : « La réjection continuelle de la pensée mauvaise, la prière et les bonnes œuvres : voilà les seul moyens d’avancer dans la découverte de toutes les vérités, et, ce qui est encore au-dessus, la pratique de toutes les vertus ». L'exigence de telles pratiques rebutera de nombreux disciples venus chercher le merveilleux et peu enclins à suivre des règles aussi contraignantes.

 

10 – L'entrée en sommeil

A son arrivée à Bordeaux, même s’il vit modestement, Martinès de Pasqually ne semble pourtant pas manquer d'argent. Cependant, ses affaires semblent empirer, et en 1769, il a 1200 livres de dettes. Le port de Bordeaux est spécialisé dans le commerce du sucre avec Haïti, et il est probable que le fondateur des Élus-Cohens avait lui-même des intérêts sur cette île. Ses beaux-frères s’y étaient installés. En 1772, il décide de partir pour Saint-Domingue pour le recouvrement d'une petite succession qu'il avait eu d'un de ses parents décédé là-bas. Il espérait qu'après ses affaires matérielles seraient plus prospères. Depuis Haïti, il continue d’envoyer ses instructions à ses disciples.

Hélas, le Maître ne rentra jamais de voyage, car il mourut le 24 septembre 1774 à Saint-Domingue. Quelque temps avant sa mort, il avait nommé Cagnet de Lestère, l'un de ses disciples d'Haïti, pour diriger l'Ordre des Élus-Cohen. Mais ce dernier mourut lui-même en décembre 1779. Son successeur, Sébastien de Las Casas, rentra en France en novembre 1780 et mit officiellement en sommeil un Ordre qui, depuis la mort de son fondateur, s'éteignait de lui-même. Martinès de Pasqually n’avait pas consigné par écrit le rituel d’initiation au degré suprême de l’Ordre, celui des Réaux-Croix, par conséquent, ses disciples étaient dans l’impossibilité d’assurer la pérennité de l’Ordre. Par ailleurs, beaucoup de ses membres s’étaient éloignés de pratiques théurgiques trop complexe pour s’enrôler dans mesmérisme, plus particulièrement depuis que le marquis de Puységur avait découvert en 1784 le somnambulisme, qui par l’intermédiaire d’un médium permettait d’enter en contact avec l’autre monde.

Inévitablement, tous ceux qui se sentaient portés vers les sciences de l'invisible, et au premier plan les Élus-Cohens, furent séduits par le somnambulisme. Jean-Baptiste Willermoz n'échappa pas à l'engouement général, et il est probable que cette pratique soit pour beaucoup dans la chute de l’Ordre des Élus-Cohens. En effet, avec le somnambulisme, plus besoin d’ascèse et de rites compliqués pour communiquer avec l’invisible : il suffit de plonger un patient dans le sommeil magnétique et de l’interroger. La pratique montrera hélas que les choses ne sont pas si simples, et Jean-Baptiste Willermoz, qui dans cette mouvance créa la Société des Initié (1785), en fera les frais entre avril 1785 et octobre 1788. Il se rangera ensuite parmi les Martinistes qui, comme Rodolphe Salzmann et Louis-Claude de Saint-Martin, pensaient qu’il est dangereux de vouloir soulever le voile de l’autre monde sans faire un travail de sanctification.

11 – Les disciples

L'Ordre des Élus-Cohen ne comporta jamais un grand nombre de membres. Il compta cependant, quelques femmes, chose rare pour un rite maçonnique à l’époque. Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) fut initié dans cet Ordre en 1765. Dès 1771, il quitta la carrière militaire pour se livrer totalement à ses activités spirituelles. Il devint ainsi le secrétaire personnel de Martinès de Pasqually. Le chef des Élus-Cohen reconnaissait en effet dans ce jeune homme brillant un disciple prometteur, capable de l'aider à organiser le travail déjà entrepris. La collaboration de Saint-Martin fut donc précieuse à Martinès de Pasqually, qui grâce à son aide, réussit à améliorer l'organisation de l'Ordre. Quelques années plus tard, en 1772, il parvint au plus haut degré, celui de Réaux-Croix.

Gravé sur pierre par Charles Vernier d'après la miniature de Guérin. Lithographie publiée en frontispice de la réédition des Nombresde L.C de Saint-Martin par L. Schauer (1861) avec comme légende « tiré du cabinet de M. Matter »

Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), négociant en soieries à Lyon, fut un membre éminent de l’Ordre. Initié dans la Franc-Maçonnerie en 1750, alors qu’il n’a que vingt ans, il occupa rapidement une place importante dans la Franc-Maçonnerie lyonnaise. Il entra chez les Élus-Cohens et devint un disciple zélé. S’il fut séduit par les enseignements de Martinès de Pasqually, il fut quelque peu déçu par les capacités d’organisateur de ce dernier. En effet, l’Ordre des Élus-Cohens était encore en pleine gestation, et son fondateur n’en finissait pas d’écrire les rituels et les instructions destinés au fonctionnement des loges. Jean-Baptiste Willermoz pratiquera la théurgie avec assiduité pendant des années avant d’en retirer quelques fruits

12 – Les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte

Après la disparition de Martinès de Pasqually, les deux disciples que nous venons d’évoquer tentent, chacun à leur manière, de poursuivre le travail de leur Maître. Le premier, Jean-Baptiste Willermoz, intègre la doctrine de la Réintégration dans le rite maçonnique de la Stricte Observance Templière allemande du baron Carl Gotthelf von Hund (1722-1776), Ordre avec lequel il était en relation depuis quelques années. En 1778, lors d’un convent, cet Ordre se réorganise en adoptant cette doctrine et devient celui des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte.

Jean-Baptiste Willermoz rédige pour les degrés supérieurs de cet Ordre, ceux de Profès et de Grand Profès, des instructions qui présentent, sans la nommer directement, la doctrine de Martinès. Cependant, Willermoz ne transmet pas les enseignements théurgiques de Martinès aux Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte. Lors du convent de Wilhemsbad, en 1782, la réforme est adoptée : c’est la naissance du Rite Écossais Rectifié.

Ce rite ne survivra guère à la Révolution française, et avant même la disparition de Jean-Baptiste Willermoz en 1824, il entre en sommeil en France. Il connaît cependant une survivance en Suisse qui permettra à Edouard de Ribaucourt et à Camille Savoire de le faire revivre en France la veille de la première Guerre mondiale.

13 – La voie cardiaque

La pensée de Martinès de Pasqually trouve aussi une continuité hors de la Franc-Maçonnerie à travers Louis-Claude de Saint-Martin. Il abandonne la théurgie, la voie externe, au profit d’une démarche plus intérieure. En effet, après des années de pratique, il juge la théurgie dangereuse, et peu sûre pour trouver le Divin. L'outil et le creuset de l’évolution spirituelle de l’homme doit être, selon Saint-Martin, le cœur de l'homme. Il veut « entrer dans le cœur du Divin et faire entrer le Divin dans son cœur ».

C'est dans ce sens que l'on appelle la voie préconisée par Saint-Martin la voie cardiaque. L'évolution de l'attitude de Saint-Martin est due en partie à sa découverte de l'œuvre de Jacob Boehme, dont il s’attacha à traduire les œuvres en français pour les publier. Elle est aussi le résultat logique d’un penchant naturel pour l’introspection. Cependant, les enseignements de Pasqually eurent sur Louis-Claude de Saint-Martin une influence profonde, et il conserva toute sa vie un grand respect pour celui qu'il appelait « son premier instructeur ». Les livres qu’il écrivit sous le nom de Philosophe Inconnu, depuis Des erreurs et de vérité en 1775, Le Tableau naturelen 1782, L’Homme de désir en 1790 ou Le Nouvel homme en 1792… jusqu’à son dernier livre, Le Ministère de l’Homme-Esprit, publié en 1802, sont tous marqués de la doctrine de Martinès de Pasqually.

Louis-Claude de Saint-Martin aurait transmit une initiation à quelques disciples choisis mais ne créa pas d'organisation initiatique. De toute manière, avec la Révolution française la plupart des loges maçonniques étaient tombées en sommeil et l’époque n’était pas favorable à la création d’un mouvement initiatique. Autour de lui, se constitua un groupe informel, auquel certaines lettres de ses amis font allusion en 1795 sous le nom de « Cercle Intime », « Société des Intimes ». Balzac, dans Le Lys dans la Vallée, témoigne de l'existence de ce groupe de disciples : « amie intime de la Duchesse de Bourbon, Mme de Verneuil faisait partie d'une société sainte dont l'âme était M. Saint-Martin, né en Touraine, et surnommé le Philosophe Inconnu. Les disciples de ce philosophe pratiquaient les vertus conseillées par les hautes spéculations de l'illuminisme mystique ».

L'initiation transmise par Louis-Claude de Saint-Martin se serait perpétuée jusqu'au début du siècle par différentes filiations. A la fin du XIXe siècle, deux hommes se disent dépositaires de cette initiation : le Docteur Gérard Encausse et Augustin Chaboseau, qui fondent l’Ordre Martiniste vers 1889, c'est la naissance du Martinisme de la Belle Époque.

Christian Rebisse

source : http://www.martiniste.org

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FILIATIONS APOSTOLIQUES DE L’EGLISE GALLICANE APOSTOLIQUE

17 Mars 2012 Publié dans #spiritualité

1 Saint Pierre, Apôtre 38

2 Evodius 40

3 Ignace I, martyr 43

4 Aaron 123

5 Corneille 137

6 Eados 142

7 Théophile 157

8 Maximin 171

9 Séraphin 179

10 Asclépiade, martyr 189

11 Philippe 201

12 Zébinus 219

13 Babylas, martyr 237

14 Fabius 250

15 Démétrius 251

16 Paul I 259

17 Domnus I 270

18 Thimothée 281

19 Cyrille 291

20 Tyrantus 296

21 Vitalius 301

22 Philogone 318

23 Eustache 323

24 Paulin 338

25 Philanibus 383

26 Evagrius 386

27 Phosphorius 416

28 Alexandre 418

29 Jean I 428

30 Théodote 431

31 Domnus II 442

32 Maxime 450

33 Accace 454

34 Martyrius 467

35 Pierre II 464

36 Philade 500

37 Serverius le Grand 509

38 Sergius1 544

39 Domnus III 5472

40 Anastase 560

41 Grégoire I 564

42 Paul II 567

43 Patra 571

44 Domnus IV 586

45 Julianus 591

46 Athanase le Chancelier2 595

47 Jean II 636

48 Théodore I 649

49 Severus 668

50 Athanase II 684

51 Julien II 687

52 Elie I3 709

53 Athanase III4 724

54 Evanius I 740

55 Servais I 759

56 Joseph 790

57 Cyriaque 793

58 Denys I de Tel-Mahré5 818

59 Jean III 847

60 Ignace II 877

61 Théodose 887

62 Denys II 897

63 Jean IV 910

64 Basile I 922

65 Jean V 936

66 Evanius II 954

67 Denys III 958

68 Abraham I 962

69 Jean VI6 965

70 Athanase IV 987

71 Jean VII 1004

72 Denys IV 1032

73 Thodore II 1042

74 Athanase V 1058

75 Jean VIII 1064

76 Basile II 1074

77 Abdon 1076

78 Denys V 1077

79 Evanius III 1080

80 Denys VI 1088

81 Athanase VI 1091

82 Jean IX 1131

83 Athanase VII 1139

84 Michel I, le Grand7 1166

85 Athanase VIII 1200

86 Michel II 1207

87 Jean X 1208

88 Ignace III 1223

89 Denys III 1253

90 Jean XI 1253

91 Ignace IV 1264

92 Philanus 1283

93 Ignace Baruhid 1293

94 Ignace Ismaël 1333

95 Ignace Basile III 1366

96 Ignace Abraham II 1382

97 Ignace Basile IV 1412

98 Ignace Behanam I 1415

99 Ignace Kalehji 1455

100 Ignace Jean XII 1483

101 Ignace Noé 1492

102 Ignace Jésus I 1509

103 Ignace Jacques I 1510

104 Ignace David 1519

105 Ignace Abdullah I 1520

106 Ignace Na Anathalak 1557

107 Ignace David II 1576

108 Ignace Philatus 1591

109 Ignace Abdullah II 1597

110 Ignace Cadhaï 1598

111 Ignace Siméon 1640

112 Ignace Jésus II 1653

113 Ignace A Messiah I 1661

114 Ignace Cabeed 1686

115 Ignace Gervais II 1687

116 Ignace Isaac 1708

117 Ignace Siccarablak 1722

118 Ignace Gervais III 1746

119 Ignace Gervais IV 1768

120 Ignace Mathias 1781

121 Ignace Behanam II 1810

122 Ignace Jonas 1817

123 Ignace Gervais V 1818

124 Ignace Elie II 1832

125 Ignace Jacques II 1847

126 Ignace Pierre III8 1872

127 Mgr. Paul Athanase9 1877

128 Mgr. Julius Alvarez, Archevêque de Ceylan1889

129 Mgr. Joseph-René Vilatte25. 5. 1892

130 Mgr. Paolo Miraglia12 6. 5. 1900

131 Mgr. Jules Houssaye (Abbé Julio)13 4. 12. 1904

132 Mgr. François (F. Giraud) 21. 6. 1911

133 Mgr. Jean II (Jean Bricaud) 21. 6. 1911

134 Mgr. Targelius (Victor Blanchard) 5. 5. 1918

135 Mgr. Eon III (Roger Ménard) 7. 1. 1945

136 Mgr. Robert-Jean III (Robert Ambelain)14 10. 6. 1946

137 Mgr. Jean Rudiger (R. Deschamps) 31. 5. 1959

138 Mgr. Raymond (A. G. Toussaint) 1. 6. 1963

139 Mgr. Fédéric (M. Jirousek) 26. 12. 1966

140 Mgr. Iacobus Jean de la Croix (Joël Duez)15 14. 9. 1984

141 Mgr. Mathias (consacré par Mgr Joël Duez en personne) 08.12.2007

 

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Le Rite Irlandais 1ère partie (Philip CROSSLE)

17 Mars 2012 , Rédigé par Aprt Publié dans #Rites et rituels

Philip Crossle, fut le bibliothécaire de la Grande Loge d’Irlande, c’est un historien très brillant qui nous éclaire encore aujourd’hui, notamment grâce à son ouvrage co-écrit avec John Herron Lepper : "Histoire de la Grande Loge des Maçons Anciens et Acceptés d'Irlande"1 publié à Dublin en 1925 et réédité en 1987. L’article de Renaissance Traditionnelle reprends en synthèse ses recherches, et dès le début Crossle affirme que la Franc-Maçonnerie irlandaise n’est pas simplement issue de la maçonnerie anglaise, et qu’elle a pu se développer sur le sol irlandais en parallèle de son développement dans d’autres pays et ce à l’instar du métier de maçon à l’époque médiévale, qui s’est développé un peu partout ailleurs. La pratique de la Franc-Maçonnerie irlandaise s’effectue en harmonie avec la Maçonnerie mondiale, mais a toujours voulu coller au plus près aux "Old Charges", les "Anciennes Constitutions". Il existe une idée selon laquelle cette Franc-Maçonnerie irlandaise avait été importée vers 1725 en provenance d’Angleterre. En fait ce sont les "Constitutions of the Free Masons" de 1730 à Dublin, qui sèment le doute et ce si l’on en croit la dédicace de leur auteur John Pennell à Lord St Georges, et qui dit : "Ces Constitutions, Monseigneur, proviennent tout d’abord de la compilation des anciennes archives des Francs-Maçons, et elles ont été adaptées à l’usage des Loges en Grande-Bretagne, par le très savant James Anderson, M.A.» Bien sûr, ce sont des Constitutions d’Anderson de 1723, dont parle Pennell, mais il va s’appliquer à les modifier et même à les améliorer, afin de coller à la pratique irlandaise, mais aussi dans un souci de préciser l’histoire du métier de même que les obligations et les règlements. Si l’on ne sait pas clairement le nombre de Loges que comptait l’Irlande en 1725, dès 1731, le Grand Maître, Lord Kingston demande par voie de presse au Loges sans doutes très nombreuses de réclamer officiellement leur patente. Une étude du Dr Chetwode Crawley donne l’inventaire suivant :

- Loges des Modernes Anglaises et des Iles Britanniques : 355

- Loges hors des îles : 196

- Loges des Antients Anglaises : 258

- Loges Ecossaises : 284

- Le tout donnant un total de 1093 Loges alors que Chetwode Crawley va en dénombrer 815 dans la seule Irlande !

On entre ensuite dans cet article dans des spécificités à la fois historique, géographiques et sociologiques de la Maçonnerie irlandaise. Ainsi il nous est expliqué que pendant longtemps les Maçons irlandais d’origine celte étaient plus nombreux que ceux d’origine anglaise, et ces spécificités vont se répercuter sur la rédaction par Pennell de ses constitutions. C’est bien sur le titre premier des Constitutions d’Anderson et de Pennell qui vont être comparés :

  • - Anderson, 1723

"1. Concernant Dieu et la Religion

Un Maçon est obligé de par sa tenure, d’obéir à la loi morale ; et s’il comprend bien l’Art, il ne sera jamais athée stupide ni libertin irréligieux. Mais quoique dans les temps anciens les maçons fussent tenus dans chaque pays d’être de la religion, quelle qu’elle fût, de ce pays ou de cette nation, néanmoins il est maintenant considéré plus expédient de seulement les astreindre à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions : c'est-à-dire d’être hommes de bien et loyaux ou hommes d’honneur et de probité, quelles que soient les Dénominations ou Confessions qui aident à les distinguer. Par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d’union, et le moyen de nouer une amitié sincère entre des personnes qui n’auraient pu que rester perpétuellement étrangères."

  • Pennell, 1730

"1. Concernant Dieu et la Religion

Un Maçon est obligé de par sa tenure, d’obéir à la loi morale, et de n’être ni athée stupide, ni libertin irréligieux. C'est-à-dire que les maçons doivent être hommes de bien et loyaux ou hommes d’honneur et de probité, quelles que soient les Dénominations ou Confessions qui aident à les distinguer. Par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d’union, et le moyen de nouer une amitié sincère entre des personnes qui n’auraient pu que rester perpétuellement étrangères." La notion de religion unique reste donc présente, et on peut noter aussi, brièvement mais de manière importante, que la prière dite à la réception d’un nouveau frère, que l’on ne trouve pas chez Anderson, est maintenue côté Irlandais, faisant fi de laisser à chacun ses propres opinions. Elle présente une demande à Dieu, de permettre au nouvel Apprenti de pouvoir découvrir "les mystères de la Sainteté et de la Chrétienté, au nom et pour l’amour de Jésus-Christ, nôtre Seigneur et Sauveur…" Et toujours dans le même esprit, les passages dus à la Reforme anglaise induisant la séparation d’avec le pouvoir apostolique romain, non applicable aux irlandais et non souhaitée par eux, n’apparaissent pas bien sur dans ces Constitutions. En effet, encore une fois, en 1730, les Maçons irlandais souhaitent rester au plus près de l’esprit des anciennes constitutions, ce qui tend aussi à montrer selon l’auteur, que l’influence anglaise sur la maçonnerie irlandaise est relativement minime, qu’elle n’a pas été purement importée, et que celle-ci s’était forgée et façonnée avant cette date de 1725. Notons aussi, que les Loges Irlandaises, n’ont pas de titre distinctif, mais simplement des numéros d’inscription. Philipp Crossle va alors nous proposer l’étude de la naissance du Rite Irlandais, au travers de l’étude de la Loge n°163 de Birr.

Première Période

En 1797 et comme le décrit Pennell déjà en 1730, on trouve et ce sans doute de manière ancienne, 3 grades :

1 : Apprenti ou Frère (Apprentice ou Brother) - 2 : Compagnon du Métier (Fellowcraft) - 3 : Master’s Part (M.M)

Dans les deux premiers grades on trouve la quasi-totalité de l’enseignement maçonnique notamment la légende aujourd’hui traditionnelle du troisième grade, quant au troisième grade décrit par Pennell, il correspond un peu plus lui, aux grades actuels de Maître Installé, de l’Arc Royal et de Maçon de la croix rouge.

Deuxième Période

Il semble qu’à partir de 1744 à Dublin, de 1750-1760 dans d’autres villes, et en 1800 à Birr, la hiérarchie des grades se faisait comme suit :

1 : Apprenti Entré ou Compagnon du Métier ou encore Entered and Crafted (Entré et fait homme du métier) - 2 : Master Mason (Maître Maçon) - 3 : Royal Arch (Arche Royale)

On assiste alors dans cette période à une sorte de fusion des grades d’apprenti et de compagnon, le deuxième grade et c’est très important devenant, nous l’avons vu celui de maître maçon.

Troisième Période

Sans doute débutant aux alentours de 1790 et à Dublin, se produit une nouvelle mutation qui va voir le 1er grade celle du grade d’Entered and Crafted que nous venons de voir, mutation qui sera avérée en 1840 où les grades vont se répartir ainsi :

1er groupe : constitué des Grades 1 et 2 des 1ère et 2ème périodes donnant un maçonnerie bleue en 3 grades : 1 : Apprenti Entré - 2 : Compagnon du Métier - 3 : Maître Maçon.

Le grade 3 des 1ère et 2ème périodes va servir à lui tout seul à constituer les groupes 2 et 3, et je vous renvoie au texte de Renaissance Traditionnelle concernant les spécificités de l’installation, mais de toute façon nous y reviendrons prochainement.

2ème groupe :

1 : Passé Maître (aujourd’hui le Maître installé) - 2 : Excellent maçon - 3 : Très Excellent Maçon - 4 : Maçon de l’Arc (Arch Mason) - 5 : Maçon de l’Arc Royal

3ème groupe :

1 : Maçon de l’Arche (Ark Mason) - 2 : Compagnon de la Marque - 3 : Maître de la Marque - 4 : Maçon de l’Attache, ou du Combat - 5 : Passage de Babylone (ou Croix Rouge de Daniel) - 6 : Passage du Jourdain - 7 : Ordre Royal (ou Prussien bleu)

4ème groupe : il est formé lui en raison de l’introduction de la chevalerie templière dans la Franc-Maçonnerie. On y trouve les grades de :

1 : Marque Noire – 2 : Templiers (quatre grades) – 3 : Passage de la Méditerranée – 4 : Malte – 5 : Croix rouge de Constantin – 6 : Chevalier de Patmos

Notons enfin un grade qui connut un grand succès en Irlande vers la fin du XVIIIème siècle et le début du XIXème, celui de Royal Arch and Knight Templar (prêtre de l’Arc Royal et Chevalier Templier) supposé être le grade ultime à l’image de celui de Rose Croix sur le continent. Toujours dans ce numéro 121 de Renaissance Traditionnelle et les numéros 125 et 126, Philip Crossle va développer l’étude des trois périodes et c’est ce que nous tenterons de faire avec lui dans nos prochains travaux . source : http://www.aprt.biz/

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St Patrick

17 Mars 2012 Publié dans #spiritualité

Né au Pays de Galle à la fin du 4ème siècle dans une famille aisée, il fut capturé à l’âge de 16 ans par un groupe de barbares irlandais et amené en Irlande où il passa les six années qui suivirent en captivité, travaillant comme berger. Sa religion était sa seule compagne et il devint un fervent chrétien.

Au bout de six ans, Patrick entendit la voix de Dieu lui dire qu’il était temps de quitter l’Irlande. Alors il s’échappa et retourna à la maison. Là, il eut une nouvelle vision d’un ange qui lui dit de retourner en Irlande pour prêcher la parole du Christianisme aux irlandais. Après 14 ans d’études, Patrick devint prêtre et retourna en Irlande où, pendant 30 ans, il construisit des églises et répandit la foi chrétienne jusqu’à sa mort le 17 mars 460.

St Patrick serait enterré en la cathédrale de Down dans la petite ville de Downpatrick (comté de Down, Irlande du Nord). Depuis sa mort, le 17 mars est devenu pour les missionnaires du monde entier une journée de prière et de renouveau spirituel.

Source : http://www.discoverireland.com/

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Syntaxe maçonnique (2)

16 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

Quelle est la différence entre le Temple et la Loge ?

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Syntaxe maçonnique

15 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

Doit-on parler de grades ou de degrés?

Il semble que les avis divergent...

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Le Grand Mystère des Franc-Maçons découvert (1724)

15 Mars 2012 Publié dans #histoire de la FM

Ce document ayant été trouvé en possession d'un Franc-Maçon qui est mort subitement, il a été jugé opportun de le publier mot pour mot, afin que le Public puisse enfin avoir des renseignements exacts sur le Grand Mystère des Francs-Maçons.

Un homme à Louvain annonça qu'il avait, à grand peine, découvert, vaincu et dompté, et qu'il était maintenant prêt à montrer dans sa Baraque pour six sous l'entrée, le Monstre le plus hideux et le plus vorace, le Tourment de toute l'Humanité, spécialement dans l'Adversité.

Les gens se pressèrent de toutes parts pour voir ce monstre : Ils entraient par devant; et, après avoir vu la Créature, sortaient par derrière, où on leur demandait si le Monstre valait la peine d'être vu. Et comme ils avaient, en entrant dans la Baraque, promis de garder le Secret, ils répondaient que c'était une Créature tout à fait extraordinaire... Et l'Homme y trouvait son compte. Mais par hasard, il fut révélé que cette Créature extraordinaire n'était qu'un POU.

Les signes du Franc-Maçon

Un Guttural

Un Pédestre

Un Manuel

Un Pectoral

D. Que la Paix soit ici.

R. J'espère qu'elle y est.

D. Quelle heure est-il ?

R. Ça va sur Six, ou ça va sur Douze.

Q. Avez-vous beaucoup de travail ?

R. Non.

Q. Donnez-vous ou prenez-vous ?

R. Les deux ou ce qu'il vous plaît.

Q. Comment vont les Equerres ?

R. Tout Droit.

Q. Etes-vous Riche ou Pauvre ?

R. Ni l'un ni l'autre.

Q. Changez-moi cela ?

R. Oui.

Q. Au nom de, etc. êtes-vous Maçon ? (in name of, etc. are you Mason ?)

R. Je suis Maçon.

Q. Qu'est-ce qu'un Maçon ?

R. Un Homme engendré d'un Homme, né d'une Femme et Frère d'un Roi.

D. Qu'est-ce qu'un Compagnon ?

R. Le familier d'un Prince.

Q. Comment saurais-je que vous êtes Franc Maçon ?

R. Par les Signes, les Attouchements et les Points de mon Entrée.

Q. Quel est le Point de votre Entrée ?

R. J'entends et je cache sous le châtiment d'avoir la gorge tranchée ou Langue arrachée de la Tête.

Q. Où avez-vous été fait Franc Maçon ?

R. Dans une Loge juste et parfaite.

Q. Combien font une Loge ?

R. Dieu et l'Equerre, avec cinq ou sept Maçons droits et parfaits, sur les plus hautes montagnes ou dans les plus profondes vallées du Monde.

Q. Pourquoi les Nombres impairs font-ils une Loge ?

R. Parce que tous les Nombres impairs sont à l'avantage des Hommes.

Q. De quelle Loge êtes-vous ?

R. De la Loge St Jean.

Q. Comment se tient cette Loge ?

R. Plein Est et Ouest, comme se tiennent tous les Temples.

Q. Où est le Point du Maçon ?

R. A la fenêtre de l'Est, attendant le lever du Soleil pour mettre ses Hommes à l'ouvrage.

Q. Où est le point du Surveillant ?

R. A la fenêtre de l'Ouest, attendant le coucher du Soleil pour renvoyer les Apprentis Entrés.

Q. Qui dirige et gouverne la Loge et en est le Maître ?

R. I r a h ou la Colonne de Droite. (irah pour Ivah ?) I a c h i n

Q. Comment est-elle gouvernée ?

R. Par l'Equerre et la Règle.

Q. Avez-vous la Clef de la Loge ?

R. Oui, je l'ai.

Q. Quel est son Pouvoir ?

R. Ouvrir et fermer, et fermer et ouvrir.

Q. Où la gardez-vous ?

R. Dans une Boîte d'ivoire, entre ma Langue et mes Dents, ou dans mon Cœur où je garde tous mes Secrets.

Q. Avez-vous une Chaîne à la Clef ?

R. Oui, j'en ai une.

Q. Quelle est sa longueur ?

R. Aussi longue que de ma Langue à mon cœur.

Q. Combien de Bijoux précieux ?

R. Trois; une Pierre d'équerre, un Diamant et une Equerre.

Q. Combien de Lumières ?

R. Trois; une plein Est, Sud et Ouest.

Q. Que représentent-elles ?

R. Les trois Personnes, le Père, le Fils et l'Esprit Saint.

Q. Combien de Colonnes ?

R. Deux : Iachin et Boaz.

Q. Que représentent-elles ?

R. Force et Stabilité de l'Église dans tous les âges.

Q. Combien d'angles y a-t-il dans une Loge de St Jean ?

R. Quatre, ressemblant à des Equerres.

Q. Comment trouve-t-on le Méridien ?

R. Quand le Soleil quitte le Sud et s'enfonce à l'Extrémité Ouest de la Loge.

Q. Dans quelle partie du Temple se tenait la Loge ?

R. Dans le Porche de Salomon à l'extrémité Ouest du Temple, où étaient dressées les deux Colonnes.

Q. Combien de Pas appartiennent-ils à un Maçon Droit ?

R. Trois.

Q. Donnez moi la Solution.

R. Oui, je vais le faire.

Le Très Vénérable, les Vénérables Maîtres et les Vénérables Compagnons de la Très Vénérable Loge d'où je viens vous saluent bien.

R. Que le Salut du Grand Dieu pour nous soit dans notre Assemblée et avec la Très Vénérable Loge d'où vous venez et dont vous êtes.

Q. Donnez-moi le mot de Jérusalem.

R. Giblin.

Q. Donnez-moi le Mot Universel.

R. Boaz.

Q. Droit Frère des nôtres, quel est votre Nom ?

R. M. ou N.

Bienvenue Frère M ou N dans notre Société.

Q. Combien de points particuliers appartiennent-ils à un Franc-Maçon ?

R. Trois : Fraternité, Fidélité, et Discrétion. (tacity)

Q. Que représentent-ils ?

R. L'Amour Fraternel, la Bienfaisance et la Vérité parmi tous les Maçons Droits auxquels tousles Maçons furent consacrés lors de la Construction de la Tour de Babel et du Temple de Jérusalem.

Q. Combien de Points justes ?

R. Cinq ; Pied à Pied, Genou à Genou, Main à Main, Cœur à Cœur et Oreille à Oreille.

Q. D'où vient un Arc ?

R. De l'Architecture.

Q. Combien d'Ordres en Architecture ?

R. Cinq ; le Toscan, le Dorique, l'Ionique, le Corinthien et le Composite

Q. A quoi correspondent-ils ?

R. Ils correspondent à la Base, à la Perpendiculaire, au Diamètre, à la Circonférence et à l'Equerre.

Q. Quel est le Mot droit ou le Point droit d'un Maçon?

R. Adieu. (en français dans le texte)

Le Serment du Franc-Maçon

Vous devez servir Dieu au mieux de votre Connaissance et Instruction et être un fidèle Homme Lige du Roi, et aider et assister tout Frère, pour autant que cela est en votre pouvoir ; par le Contenu de cette Ecriture Sainte vous tiendrez ce Serment. Ainsi Dieu vous soit en aide.

La Santé d'un Franc-Maçon

A la Santé de notre Société et de tout Frère fidèle qui tient son Serment de Secret. Car nous avons juré de nous aimer les uns les autres. Le Monde ne connaît aucun autre Ordre comme notre Noble et Ancienne Fraternité. Qu'ils cherchent à comprendre le Mystère.

Frère, à ta Santé.

Signes Pour reconnaître un véritable Maçon

1. Enlever le Chapeau avec deux doigts et le Pouce.

2. Frapper de la Main droite à l'intérieur du petit doigt de la gauche trois fois comme si l'on taillait la pierre (as if hewing) …

3. En formant l'Équerre, c'est-à-dire en assemblant les talons, les Orteils des deux Pieds écartés à une certaine distance, ou par tout autre Triangle.

4. Se prendre Main à Main, avec les Pouces gauche et droit serrés et se presser au Poignet trois fois avec l'Index sur le Pouls.

5. Vous devez murmurer en disant ainsi : Les Maîtres et Compagnons de la Vénérable Compagnie d'où je viens, vous saluent tous bien. L'autre répondra : Dieu salue bien les Maîtres et Compagnons de la Vénérable Compagnie d'où vous venez.

6. Passez les deux Index sur les Paupières trois fois.

7. Renversez un verre, ou quoique ce soit d'autre de creux, après avoir bu.

8. Demandez comment allez-vous ? et vos Frères boivent à la santé l'un de l'autre.

9. Demandez à quelle Loge ils ont été faits Francs-Maçons.

N.B. Dans la troisième (année) du Roi Henry VI un Acte du Parlement fut passé par lequel il était déclaré Félonie d'inciter les MAÇONS à se réunir en Chapitres et Assemblées. La peine est Emprisonnement et Amende et Rançon à la Volonté du Roi.

 

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Question (suite)

14 Mars 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

Et les 30°,33°,Arcanana Arcanorum, CBCS, KT-KM, Magus.....? Je suis étonné que la plupart des réponses s'arrêtent au grade de Maître ou à celui de Vénérable Maître en Chaire. Or ceux-ci n'ont plus la Parole, ils ne peuvent donc pas être les plus hauts degrés de la Franc-Maçonnerie.

Quant au Christ pourquoi pas, mais je penserai plutôt à son Père.

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