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Danse et initiation

19 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

La danse dit Xénophon n'est pas de ces sujets faciles et accessibles à tous, elle touche aux régions les plus élevées de toutes sciences rythmiques, géométrie, philosophie surtout, physique et morale puisqu'elle traduit les caractères et les passions. Elle est encore moins étrangère à la peinture et à la plastique : les actes de l'homme intéressent parfois le corps, parfois l'intelligence, tandis que la danse occupe l'un et l'autre : elle affine l'esprit, exerce les membres, instruit et charme les yeux, l'oreille et l'âme ...»

Cette difficulté qu'évoque le philosophe grec m'est apparue comme une vibrante réalité dans l'étude de ce sujet. En effet, sa complexité, due à la multiplicité de ses manifestations s'étendant sur plusieurs millénaires, diverses ethnies et civilisations, la grande diversité de ses implantations géographiques ainsi que la richesse de ses traditions offrent à notre investigation, notre réflexion et nos méditations, une immensité et une plénitude digne des plus grandes oeuvres de l'humanité.

La Mythologie nous rapporte que Terpsichore entraînait le cortège des Muses ... Cette vision poétique nous suggère, peut-être, une reconnaissance de l'antériorité de la danse par rapport aux autres formes d'expression de l'Art, son universalité et, pourquoi pas, sa supériorité ! ... Cette conception confirmerait la thèse de tous les grands spécialistes : ethnologues, archéologues ou historiens de l'Antiquité, scientifiques, chercheurs et exégètes des textes anciens, qui affirment que les origines de la danse remontent aux sources les plus anciennes.

«Avec la création de l'Univers, disait le poète Lucien, naquit à son tour la danse qui symbolise l'union des éléments : la ronde des étoiles, les constellations des planètes reliées aux autres astres fixes, l'ordre et l'harmonie de tous les éléments, reflètent la danse originelle du temps de la création». On trouve les traces de la danse dès les premiers âges de l'Histoire, et, bien sûr, de la Préhistoire, mais ici n'est pas le propos d'entrer dans le détail de tous les vestiges qui témoignent de son existence, de sa pratique et de sa pérennité.

La constante préoccupation de l'homme a toujours été de concilier la faveur des forces mystérieuses dont il soupçonnait le pouvoir dans l'au-delà avec la réalité concrète. Il se rendit bien vite à l'évidence qu'il était soumis à des forces supérieures à la sienne et indépendantes de sa volonté : le soleil l'éclairait, le chauffait, le feu le brûlait, le tonnerre l'effrayait, l'eau le suffoquait, etc ... Tous ces éléments exerçant sur lui une action puissante et irrésistible. Et nous trouvons là, les premiers gestes instinctifs, essentiels et primordiaux de la vie courante. Le geste, langage muet, inscrit dans l'espace, étant l'une des premières manifestations de l'homme, où se termine le geste et où commence la danse ?

Je pense que la danse née de l'élan naturel, instinctif et raisonné d'exprimer les divers sentiments et sensations de l'homme, commence réellement à partir du moment où le geste est ordonné : elle est donc, au départ, une manifestation de la volonté, elle nécessite, par conséquent, une participation de l'Esprit.«Un mouvement du corps est donc une conséquence d'un mouvement de l'Ame».

C'est l'esprit qui commande la matière. Platon disait à peu près la même chose : «Le mouvement est l'essence et l'idée même de l'Ame».

La danse, expression individuelle ou collective d'un état affectif, se manifeste par des gestes du corps ordonnés, unissant le son, le rythme, et le mouvement. Elle s'exprime dans le désir instinctif de libérer les tensions psychologiques dans le jeu des jambes qui produit les mouvements rythmiques, dans les battements de mains, les claquements de cuisses et les piétinements ; aux premiers âges de la danse, le corps humain était lui-même l'instrument de production des sons.

Tout, pour ces hommes, était occasion de danser : Joie, chagrin, amour, terreur, aube, mort, naissance, etc ... le mouvement de la danse leur apportait un approfondissement d'expérience. Dans cette danse, l'imitation des sons et des mouvements observés autour d'eux, et, notamment, l'expression involontaire du mouvement par le son et le geste, précédait toute combinaison consciente et articulée de son et de danse.

Avant que la danse ne s'épanouisse en un rite religieux délibéré, elle est une libération rythmique d'énergie, un acte d'extase, mais aussi, le moyen naturel pour l'homme de se mettre au diapason des puissances du Cosmos. Ce n'est que très progressivement, sous l'influence des cultes officiels, que la danse, d'abord expression spontanée du mouvement, se transformera en un système fixe de pas et d'attitudes. Et, pourtant, sous quelque forme qu'elle se présente, le but de la danse est toujours d'approcher la divinité.

En tant qu'acte de sacrifice, par quoi l'homme s'en remet à Dieu, la danse est abandon total de soi. Ainsi le corps, à travers tout l'éventail de ses expériences, est l'instrument de la puissance transcendante ; et cette puissance, la danse la saisit directement, instantanément et sans intermédiaire.

Le corps est ressenti, dans sa dimension spirituelle, comme le canal par où s'opère la descente du Tout-Puissant. L'émancipation de l'homme par rapport à son Dieu s'opère par l'imitation de celui-ci : «L'homme, s'identifiant aux Dieux devient à son tour Créateur ...»

LE SYMBOLISME DU CORPS HUMAIN

La danse est chose sérieuse, et, par certains aspects, chose très vénérable, selon Paul Valéry. Toute époque qui a compris le corps humain ou qui a éprouvé, du moins, le sentiment du mystère de cette organisation, de ses ressources, de ses limites, des combinaisons d'énergie et de sensibilité qu'il contient, a cultivé, vénéré la danse. C'est pourquoi il ne serait pas concevable d'évoquer quelque geste qui soit, sans approfondir le symbolisme de l'organisme dont il est l'émanation : Le corps Humain dans sa dualité : matière-Esprit.

Et là, nous sommes encore dans le domaine du concret et du plus mystérieux à la fois, du plus lié dans une fondamentale unité ; ce merveilleux instrument, certainement la plus belle création du Grand Architecte de l'Univers, autour duquel gravitent tous les efforts de pensée des savants, des philosophes et des théologiens depuis toujours, pour tenter d'en percer le mystère.

Le corps humain, disait Léonard de Vinci, comme tous ceux qui ne se bornent pas à ne considérer que l'extérieur des choses, est construit aussi rythmiquement que l'est un monde ... Ceci est d'autant plus vrai que le rythme est dans tous les mouvements. Lamennais, dans son livre sur «L'Art et le Beau», affirme que la danse est le mouvement rythmique du corps ; Lamartine parlait d'harmonie. « A travers le rythme, il y a le nombre, qui est l'expression intérieure du rythme et c'est justement parce que le rythme est partie intégrante de la création et lui a donné sa formule au sortir des mains de celui qui est, lui-même, le Nombre et l'Harmonie, que tous les Grands Initiés, et plus particulièrement Pythagore, ont étudié dans le Nombre tous les secrets du Monde, aussi bien intérieur qu'extérieur ».

Parmi les nombreuses interprétations symboliques du corps humain, il est certain que le dessin de l'Arbre des Séphiroths est celui qui nous révèle le mieux la structure spirituellement la plus élevée de l'être humain, chaque partie du corps correspondant aux dix énergies divines qui nous sont révélées par le livre du Zohar. Devant une voie aussi difficile, je me contenterai simplement d'évoquer les grandes lignes du schéma traditionnel que l'on retrouve un peu partout, à savoir : la verticalité et l'horizontalité, ces deux oppositions complémentaires.

L'axe vertical est la voie par où monte et descend la puissance transcendante, l'axe horizontal représente les forces créées à travers lesquelles elle se manifeste. C'est la croix statique, point d'interaction du microcosme et du macrocosme. L'anatomie humaine, avec sa sextuple orientation dans l'espace, possède en son centre, un septième point situé à l'intersection des deux axes : c'est la «caverne du cœur».

La subdivision de cette croix statique produit la croix dynamique, ou roue du mouvement, qui symbolise le pouvoir que possède l'homme de s'orienter et de se mouvoir dans l'espace, le mouvement cyclique étant rendu possible par l'interaction des contraires.

L'homme, étant appelé à s'insérer et à agir dans les dimensions de l'espace et du temps, a de nombreuses combinaisons possibles dans les positions du pied, du bras, de la tête et du corps, à l'intérieur de ses coordonnées spatiales. Cependant, malgré la multitude des potentialités, il s'avère que le nombre de figures utilisées depuis le début de l'humanité, est relativement restreint. En effet, en étudiant l'évolution de la danse et de son esthétique à travers les âges, j'ai remarqué, entre autres exemples, une analogie incroyable entre deux documents distants de plusieurs millénaires : Ci-dessous, une fresque égyptienne de la Sixième Dynastie (vers 2 400 ans avant J.-Christ), représentant une danse extatique en l'honneur de la déesse Hathor, et, le croirait-on, un tableau de Seurat du début de notre siècle, illustrant des danseuses de Cancan ! ...( L'attitude de leur lancer de jambe, pratiquement identique ayant pourtant une signification et une connotation diamétralement opposée : la première étant une représentation rituelle et sacrée les ethnologues assurent que le lancer de jambe en l'air est l'antique figure d'un rite de fertilité accompli par les femmes et qu'ont pratiqué maintes races), la seconde, totalement profane, émanation d'une source de plaisir. Ceci prouve que l'usage, en réalité, n'a retenu qu'un petit nombre de figures, parmi toutes celles proposées. L'on pourrait aussi comparer un piétinement pesant et obstiné de certaines danses Primitives à la démarche des danses d'Asie, d'un sourcil mobile à une hanche flexible, d'une main éloquente à un orteil nu, chaque partie du corps est vivante ...

LES PREMIERS GESTES ET PAS : DÉPLACEMENT-GIRATION-SALTATION LA MARCHE EN ROND (SYMBOLE DU CERCLE)

Une des particularités de l'homme, par rapport à l'espèce animale, réside en sa verticalité. Ses premières aspirations dans le domaine du mouvement, furent le déplacement, la saltation et la giration. Le principe essentiel du déplacement est contenu dans la marche : nous la retrouvons partout et à toutes les époques et civilisations qu'elles soient primitives ou évoluées, profanes ou rituelles.

Huit mille ans avant J.-C., une scène gravée dans la grotte d'Addaura, près de Palerme, représente la plus ancienne figuration de danse en groupe : La marche de sept personnages autour de deux centraux, formait une ronde allant de la gauche vers la droite comme celle des astres : le Soleil et la Lune. Faut-il y voir une danse cosmique ? C'est, en tous cas, une préfiguration de celle qu'exécutaient les prêtres en Egypte, quatre millénaires plus tard. «Au moment où la nuit commençait à pâlir et que s'éteignaient les astres dont la danse céleste était l'image même de la nature, à l'aube, les Prêtres rangés autour de l'Autel, dansaient majestueusement, et leur ronde simulait le Cercle du Zodiaque. «Alors commençait la danse de l'Etoile du matin, et ce ballet symbolique, contemporain de la naissance de l'astronomie, enseignait aux enfants de l'homme, par le mouvement figuré des planètes, les lois qui régissent le cycle harmonieux des jours et des saisons» ...

Cette danse astronomique, faisant partie de l'initiation aux Mystères d'Isis, n'était pas la seule pratiquée par les Egyptiens : les prêtres de Memphis et de Thèbes dansaient aussi autour du Boeuf Apis. L'on trouve bien d'autres manifestations de danse en cercle, à des époques bien différentes. Citons, par exemple : la danse Mystique des Druides, qu'ils interprétaient en nombre impair, glorifiant les astres. Et puis, il y a toutes les marches en forme de procession, avec des parties chorégraphiques : telles, les pleureuses, sorte de coryphées, qui accompagnaient les funérailles, ou celles que les bas-reliefs des temples nous retracent, comme à Louxor, où des danseurs à massue ou à boomerang figuraient le cortège de la visite qu'accomplissait le Dieu Amon, venant de Karnac, ou ces prêtres-danseurs, dits «Mouou» que l'on voit depuis l'Ancien Empire, IIIème millénaire avant notre Ere, relayer les danseurs de cortèges funèbres pour aider les morts dans leur initiation à la vie intemporelle. Plus près de nous, les marches traditionnelles des pèlerins étaient considérées, par certains, comme des danses : Il suffit d'observer le chemin en forme de labyrinthe comme il en existe dans certaines cathédrales, pour s'apercevoir, comme à Chartres, qu'en suivant son tracé, avec ses angles droits et ses formes géométriques, l'on obtient réellement des pas.


LA GIRATION : LE TOURNOIEMENT = L'EXTASE

Après avoir évoqué la marche comme premier élément du mouvement collectif, son déplacement et sa signification à travers quelques exemples, son prolongement et le symbolisme du sens giratoire, ceci nous amenant directement à explorer la giration, en tant que technique particulière, amenant à l'extase. Saint Ambroise, Evêque de Milan au IVème Siècle, s'exprimait ainsi : «Et tout comme l'acte physique de la danse dans le tournoiement éperdu des membres, donne au danseur le droit de prendre part à la ronde sacrée, de même, le croyant qui s'abandonne à l'extase de la danse Spirituelle, acquiert le droit d'entrer dans la ronde universelle de la création».

Dans la grotte dite des «Trois Frères», une figure gravée et peinte de l'époque néolithique, situe la première manifestation d'un homme, indiscutablement en action de danse, dont l'abbé Breuil, qui l'a découverte, a relevé les particularités suivantes : La position de cet homme prouve qu'il exécute un mouvement de giration sur lui-même, réalisé par un piétinement de plain-pied, or, la constitution anatomique des hommes de cette époque étant, selon les spécialistes, analogue à la nôtre, les effets psychosomatiques de ce tournoiement sont ceux que chacun peut expérimenter : la perte du sens de la localisation dans l'espace, le vertige, une sorte de dépossession de soi-même, une extase au sens étymologique du mot.

Il faut remarquer, comme une analogie éloquente, que partout dans le monde et à toute époque, y compris la nôtre, les danses sacrées par lesquelles les exécutants veulent se mettre dans un état «second» où ils se croient en communion directe avec un esprit, se font par tournoiement.

Les chamans, les lamas, les derviches tourneurs, les exorcistes musulmans, les sorciers africains, tournent sur eux-mêmes dans leurs exercices religieux qui les mènent à un état de transe provoquée par la danse comme «tournoie», le danseur des Trois Frères.

LE CHAMANISME

Pour le chaman, c'est par une technique archaïque de l'extase pratique, c'est-à-dire voulue, qu'il entre en transe, et c'est seulement à ce moment-là qu'il peut entrer en communication avec les esprits et entreprendre son voyage cosmique. Il ne le fait pas par souci métaphysique, ni par désir personnel ou par amour de Dieu, mais par la volonté d'obtenir des résultats concrets, par exemple : la guérison d'uchaman (à la fois chef, sorcier, médecin et premier danseur), est la communion avec les forces qui animent la nature.

Le premier élément de la danse chamanique (le chamanisme n'étant pas une religion), est un tournoiement autour d'un centre. Ce tournoiement permet de s'identifier ou de s'intégrer au Cosmos et de reproduire le mouvement des corps célestes.

Les circumambulations rituelles veulent imiter le cours apparent du soleil. Il ne fait pas de doute que ces mouvements circulaires sont cosmiques, leur nombre d'abord le prouverait : 3-7-9, chiffres sacrés chez les Altaïques se rapportent aux 3-7-9 planètes et aux 3-7-9 étapes de l'Univers du Ciel.

L'ISLAM : LES DERVICHES TOURNEURS ET LE SOUFISME

Quant aux derviches tourneurs, nous retrouvons les mêmes principes évoqués précédemment. Pénétrant plus profondément dans l'étude du Soufisme, nous découvrons qu'il existe de nombreuses analogies avec notre Ordre : Si l'on regarde attentivement le plan schématique d'un Sama-Khana, c'est-à-dire le lieu où se réunissent les Derviches, il y a bien des affinités avec nos Temples, chaque officiant ayant une place bien déterminée et orientée, sous l’œil vigilant du Cheikh, leurs déplacements étant réglés d'une façon très précise. Nous retrouvons les termes de Vénérable Maître, de daître, de Frères, etc ..., il y a plusieurs étapes dans la vie du Derviche, avant et après son noviciat, il y a aussi plusieurs degrés dans la pratique du Samâ. Le Samâ est interdit aux hommes qui sont dominés par les passions de leur âme et c'est par l'ascèse qu'ils parviendront à les maîtriser.

Pour le derviche, le fait de tourner indique l'adhésion de l'esprit à Dieu par son mystère et son être. Le mouvement circulaire de son regard et de sa pensée, ainsi que la pénétration par lui des degrés existants, sont autant d'éléments qui constituent l'état d'un «Chercheur de Vérité». Ces sauts du derviche indiquent qu'il est attiré du degré humain vers le degré unique et que les Etres acquièrent de lui des effets spirituels et des appuis lumineux. Lorsque son esprit a dépassé les voiles et atteint les degrés de la rectitude, il découvre sa tête. Quant il est séparé de ce qui n'est pas Dieu et est arrivé à Dieu Très-Haut, il retire une partie de ses vêtements ...

Il est absolument impossible de traiter toutes les danses ayant un caractère sacré, symbolique ou rituélique qui enrichissent l'histoire des peuples et il faut comprendre que je fus obligé de faire un choix. Cependant, il est intéressant de constater qu'il existe toujours, à la base de la recherche de ceux qui les pratiquent, malgré une origine très différente et souvent fort éloignée, les mêmes aspirations : le détachement des contingences humaines et matérielles vers la spiritualité, l'évasion de la Terre pour le Cosmos, la recherche du Divin, de l'Identité Suprême, l'Unité ... rejoignant ainsi en haut de la Pyramide tout ce que nous apprenons en Maçonnerie au fil de notre évolution dans le chemin de la Connaissance.

LES DANSES SACRÉES ORIENTALES : CAMBODGE ET CHINE

Les danses orientales, en ce sens, sont très significatives, ayant toujours à la base un caractère sacré. C'est pourquoi, parallèlement, il faudrait étudier aussi leurs religions, tellement ces deux entités sont indissociables. Que ce soit en Chine, au Japon, à Bali, à Java, en Birmanie ou au Cambodge, elles sont, pour nous européens, très hermétiques, et nous ne pouvons en saisir le véritable sens.

Leur particularité, par rapport aux normes occidentales, réside en leur caractère statique, dont les positions, à l'opposé des nôtres, sont concentriques, c'est-à-dire repliées vers l'intérieur. Notons que, si les rondes évoquées précédemment étaient toutes, en Occident, orientées dans le sens des astres, allant de gauche à droite - comme c'est le cas en loge bleue, lorsque le Vénérable Maître et les deux Surveillants procèdent à l'allumage des Trois Colonnes, lors de l'ouverture des travaux, en Orient, elles tournent dans le sens contraire. Statiques, mais pas figées, ces danses ont tout de même un mouvement, bien qu'il se manifeste d'une manière inhabituelle pour notre oeil.

La danseuse animée d'une sorte de frisson dans le repos, semble craindre de «déplacer les lignes» pour parler comme Baudelaire. Elle se déplace par modulations discrètes, ces mouvements n'étant que des transitions pour passer d'une pose à une autre. Je ne parle évidemment pas des danses de combat qui sont des exceptions.

Si nos danses sont, par essence, exécutées par les pieds et avec les jambes, chez l'Asiatique, au contraire, les pieds n'assument pas un rôle prépondérant, étant d'ordinaire nus et collés au sol. Par contre, les bras, les mains, la tête, le buste entier, toujours en mouvement, même dans la station de repos, prennent, ici, une part immense. La flexibilité des bras, des poignets et des doigts, avec leurs multiples combinaisons, compose un aspect frappant du système asiatique, dans un langage minutieusement fixé et codifié. Ce langage, sans perdre son sens symbolique, devenant simplement messager d'une beauté décorative pour le non-initié.

Ayant eu l'occasion de voir le Ballet Royal Cambodgien, je fus frappé par la concentration de ces danseuses Khmères : Presque immobiles, telles des fresques des Temples d'Angkor, expressives en des gestes savants, doigts retroussés, genoux ployés, taille et cou doucement infléchis, l'extrême lenteur du déroulement, l'extrême hiératisme des gestes, laissaient présumer un symbolisme profond, totalement inconnu pour le profane que j'étais.

Pour arriver à ce degré de perfection, ces jeunes filles, choisies parmi l'aristocratie, passaient par plusieurs phases d'évolution allant de l'apprentissage jusqu'au jour de l'ultime cérémonie où elles subissaient une véritable initiation. Présentées toutes jeunes aux monitrices, les petites filles poudrées et fardées, munies de bouquets de fleurs tressées, étaient soumises d'abord à l'approbation du Souverain, faisant devant lui le Salut Ancien, l'Anjali Indien, les mains jointes à la hauteur du visage.

C'est un jeudi que commencera l'apprentissage, jour faste, placé sous la protection du Génie de la danse. Dès lors, pendant des années, de longues séances scandées par la baguette de rotin seront consacrées à des exercices d'hypertension des bras, des mains et des jambes, dont la signification dépasse de beaucoup la volonté d'assouplissement.

La désarticulation permet seule à la danseuse de s'évader des gestes humains et d'accomplir des évolutions mythiques : coudes en dehors, mains retournées, jambes dans la position de «l'envol», ce n'est pas acrobatie gratuite, mais imitation des êtres surnaturels. Lorsque les monitrices jugent que leurs élèves ont acquis l'habileté désirée, elles les préparent à l'importante cérémonie qui feront d'elles de vraies «Lokhon», danseuses consacrées, danseuses professionnelles.

Je passerai sur certains détails, pour aller vers l'essentiel.

D'abord par groupes restreints, elles dansent sous des masques. Chaque geste ayant une signification codifiée, stéréotypée. Attitudes presque immobiles, maintenues en suspens, équilibres difficiles, ici statique et dynamique s'opposent, mesures, silences et points d'orgues s'enchaînent. Rien de plus savant, de plus concerté que cette expression de la danse. Rien de plus conventionnel que ce langage, quintessence du langage par le geste, et pour cause : C'est la pantomime de l'Irréel et rien n'y doit être exprimé selon les normes humaines ...

L'INDE : LE BARAT-NATHYAM - CIVA ET KRISHNA

L'origine de la danse hindoue se perd dans la nuit des temps, mais elle était toujours, depuis ses débuts, une forme de culte, un moyen de communiquer avec l'Esprit Suprême, de s'unir à lui.

Que ce soit dans le Barat-Nathyam ou à travers les Dieux danseurs Civa ou Krishna, dans toutes les danses de l'Inde, s'inscrit en filigrane l'idée que le Manifesté n'est que le symbole du Non-Manifesté ; tout ce qui arrive dans le temps a son équivalent dans l'éternel et l'initié seul peut distinguer ce qui les joint l'un à l'autre.

Pour le profane, les mouvements du danseur peuvent être beaux et stylisés, mais pour celui qui saisit la signification des «Mudras» et les secrets de l'Abhinaya», les doigts effilés du danseur racontent l'histoire de la création : Les battements du tambour brisent le mur qui sépare le tangible du mystère et le danseur devient réellement un «dévadàsa», un esclave de Dieu qui révèle à chacun l'Ultime Réalité.

En Inde, lorsque la Fête est dédiée aux Dieux, la danse est prière. Pour les Hindous «le corps qui danse est visité par Dieu», car, pour eux, «l'âme n'est pas à distinguer du corps». Dans l'expression de l'unité organique de l'homme et de la nature, l'Inde a fait de la danse de Civa, l'image la plus claire de l'activité de Dieu. Rodin, voyant un jour une image du Nataraja la déclara la plus haute conception sculpturale du corps en mouvement.

Pour délivrer les âmes humaines de l'illusion, la danse de Civa a lieu au Centre du Monde, c'est-à-dire, le cœur de l'homme.

Civa, le Grand Yogi, le Seigneur du Monde est aussi Nataraja, le Roi de la danse. La danse de Civa a pour thème l'activité cosmique qui crée et détruit l'Univers.

LES HÉBREUX

Ayant analysé, trop succinctement, bien sûr, le symbolisme et le rituel des danses sacrées orientales et extrême-orientales, il convient d'aborder maintenant les danses des peuples qui sont à la source des origines liturgiques et culturelles de notre monde occidental.

Pour nous, imprégnés de civilisation judéo-chrétienne, ce sont les Hébreux qui, par les textes bibliques, nous transmettent les premières informations sur leurs rites et leur gestuelle : accompagnement de la prière, adoration, louanges, etc ...

Contrairement aux civilisations environnantes où les représentations iconographiques, par les fresques, les vases, et la statuaire, nous apportent la preuve exacte des figures et mouvements utilisés dans leurs danses, nous n'avons, en ce qui concerne les Hébreux, aucune attestation archéologique, la loi religieuse hébraïque interdisant formellement toute représentation imagée. Ce sont donc, par les écrits que nous pouvons nous faire une idée sur les danses qui étaient pratiquées et dont il est souvent fait allusion dans la Bible :

Dans le livre de l'Exode (chapitre 15) relatant le passage de la Mer Rouge avec les danses en files conduites par Myriam la Prophétesse ; au chapitre 32, les rondes sont évoquées lorsque Moïse descend du Sinaï trouvant le peuple en train de danser devant le Veau d'Or, et, surtout, la fameuse danse de David, quasi-nu, devant l'Arche d'Alliance (Samuel chapitre 6- verset 5). L'on trouve aussi des indications sur ce sujet dans les premiers livres de la littérature rabbinique et dans le Talmud en particulier.

LA GRECE

Les Grecs ont toujours tenu la danse en grande estime puisqu'ils lui donnèrent le nom de «Nomos» (règle, loi du corps, ou règle des mouvements du corps), et qu'ils la qualifiaient d'Art Divin. De sa naissance à sa mort, la civilisation grecque fut toute imprégnée de danse. A Athènes, à Sparte, à Lacédémone, elle était regardée comme la science de tous les gestes, de tous les mouvements, faisant partie intégrante de l'éducation. Les récits légendaires des Grecs placent tous l'origine de leurs Danses et de leur art lyrique en Crète.

C'est dans «L'Ile Montueuse», selon le qualificatif homérique, que les Dieux ont enseigné la danse aux mortels, et c'est là que furent réunis les premiers «Thiases», groupes de célébrants en l'honneur de Dyonisos. Citons au passage que le geste symbolique revêt en Crète une signification particulièrement importante : en général, on représente la danseuse tendant le bras horizontalement, cassant l'avant-bras au coude, en opposition, l'un vers le haut, l'autre vers le bas ; dans le premier cas, la paume est ouverte vers le ciel, dans l'autre, vers la terre.

Toujours cette relation Terre-Ciel, que l'on a remarqué chez les Egyptiens, que l'on retrouvera chez les danseurs dionysiaques, puis chez les Etrusques. Précisons que le langage des gestes, la chironomie des Grecs était des mouvements bien codifiés qui n'employaient pas que les mains, mais aussi tout le corps et qu'il fallait toute une étude pour les déchiffrer. Les plus grands auteurs ont écrit ou parlé sur la danse : Xénophon, Socrate et Platon, en particulier. Pour les Grecs, la danse était principalement d'essence religieuse et spirituelle, don des Immortels et moyen de communication.

LA DANSE DANS LA LITURGIE CHRÉTIENNE

Dans la liturgie chrétienne et plus particulièrement dans les cérémonies pontificales de l'Eglise Catholique, toute inspiration des rituels pour les costumes et les mouvements du clergé découle du Temple de Jérusalem. Les processions de l'introït, l'aspersion des fidèles, l'encensement de l'autel, entre autres, sont réglés comme des chorégraphies.

A cet effet, nous pourrions rappeler que la prostration, lors de l'ordination sacerdotale qui permet aux futurs impétrants de «dépouiller le vieil homme», selon l'expression consacrée, pour renaître à l'homme nouveau, n'est pas sans évoquer la mort initiatique. Mais il ne s'agit là que d'une interprétation des gestes symboliques et non de danses réelles.

Pourtant, elles ne manquent pas de s'illustrer tout au long de la chrétienté, malgré l'interdiction du clergé condamnant, à de nombreuses reprises, les Danses et les Caroles dans les églises : Par le Concile de Vannes en 465, puis de Tolède en 587, par la Décrétale du Pape Zacharie, puis à Avignon en 1209, à la Sorbonne en 1444, enfin le Concile de Trente en 1562, lors de la grande remise en ordre de l'Eglise.

Toutefois, les Pères de l'Eglise Primitive ne semblaient pas, au départ, hostiles à la danse, considérant même qu'elle existait au début du christianisme comme faisant partie des rites. Citons : la Chronique de Saint-Martial de Limoges, indiquant l'organisation d'une «Choréa» en 1205, puis une autre pour le départ des Croisés. Carole encore à Sens, le soir de Pâques, autour du puits du cloître : archevêque en tête, les dignitaires du Chapitre dansaient intercalés avec les enfants du chœur, etc....

Dans une optique un peu différente, évoquons aussi les danses des brandons, qui avaient lieu le premier dimanche de Carême, autour de bûches enflammées et celles de la Saint-Jean, nous concernant davantage, où les fidèles décrivaient de grandes rondes autour des feux allumés en l'honneur de l'Apôtre ; ces deux manifestations ayant une origine commune : Les Palilies romaines, fêtes purificatoires et le même symbole : celui du feu. Danse du feu, encore, que relate le Père de Charlevoix dans le journal de son voyage en Amérique Septentrionale, interprétée par cinq ou six femmes, côte à côte sur la même ligne, se tenant fort serrées, les bras pendants, qui dansaient et chantaient jusqu'à l'extinction du feu.

Dans certains pays, et notamment l'Espagne, on danse encore dans les églises et surtout autour d'elles, à l'occasion des fêtes traditionnelles. Qui n'a pas entendu parler des Pénitents Blancs de Séville, des Confréries de Burgos ou de Saragosse, dont les grandes exhibitions ont lieu au cours des processions de la Semaine Sainte. Il y avait aussi la danse en chaîne ouverte, et celle en chaîne fermée.

Autre survivance, l'étrange procession d'Echternach au Luxembourg, qui a lieu le mardi de Pentecôte. Païenne à son origine, cette Fête fut transformée par les Bénédictins qui lui assignèrent un but précis : l'imploration de Saint-Willibrod pour la guérison des épileptiques et des malades atteints de la danse de Saint-Guy ! ..

C'est à partir du XIIème Siècle que la danse fut bannie de la liturgie ; elle ne survivra que dans les Danses Macabres, danse de la Mort contre la mort, à une époque de hantise de la famine, de la guerre et de la peste. Au temps de la Peste Noire (1349), se multiplieront, avec des danses convulsives, les phénomènes de transe et de possession, en dehors de quoi, ne se développeront que des danses profanes.

LE MOYEN-AGE

Au Moyen-Age, la danse est présente à tout moment : les moresques et momeries, les mascarades, carnavals et défilés, le danseur y apparaissant sous diverses formes : en saltimbanque, jongleur, et même montreur d'animaux savants, comme un simple exécutant profane.

En fait, si l'on étudie plus profondément leurs mouvements et le contexte dans lequel ils les exécutaient, l'on s'aperçoit que ces «gens du voyage», tels les Compagnons Opératifs, étaient en possession d'un véritable savoir ésotérique et initiatique. Ils se reconnaissaient par des signes, véritables mots de passe. Cette gestuelle acquise de longue date était transmise par les Maîtres dans la plus pure tradition orale, dans le même esprit que dans la Maçonnerie où le cheminement initiatique est ponctué par des gestes rituels et symboliques propres à chaque grade.

Quant aux danses compagnonniques, elles relèvent des mêmes principes.

LE BAROQUE

Parti de l'Italie sous la Renaissance, le centre d'intérêt de la danse se déploiera petit à petit vers la France, sous l'impulsion de Marie de Médicis. Le baroque italien et français renferme une foule de détails qu'il serait intéressant d'analyser, mais cela nous entraînerait trop loin.

Le premier chorégraphe de l'histoire du ballet, Balthazar de Beaujoyeux, réalisa en 1581 le «Ballet Comique de la Reine», point de départ des ballets de cour. Il définissait le ballet comme une combinaison géométrique de plusieurs personnes dansant ensemble, dont le dessin des mouvements au sol, vu du haut des balcons, loggias ou estrades, représentant cercles, carrés, losanges, rectangles ou triangles. Ce symbolisme des formes et figures géométriques, allait donner naissance, un peu plus tard, au système classique.

LE SYSTEME CLASSIQUE

Le Système Classique, appelé également Système Occidental, en opposition avec l'Oriental, vit le jour au XVIIème Siècle, sous le règne de Louis XIV.

C'est aux alentours de 1660 que furent codifiées les cinq positions fondamentales et les pas de base de la danse classique, par Charles-Louis Pierre de Beauchamp, Premier Maître à Danser du Roi, et compositeur des Ballets de sa Majesté. La particularité de la danse classique, réside principalement dans son principe d'en dehors, dont le grand théoricien Noverre disait qu'il avait été dicté fondamentalement pour des raisons d'esthétique.

Une autre interprétation, plus intéressante, fait remarquer que Terpsichore a son beau visage tourné vers l'extérieur, comme les cinq positions de pieds du danseur académique. Ces positions forment l'élément de base de la grammaire chorégraphique, point de départ et d'arrivée de n'importe quel pas ou mouvement. Ainsi, le danseur doit se mouvoir et s'exprimer physiquement et techniquement au rebours du commun des mortels.

L'élévation, but essentiel du système, se manifeste partout ; combinée avec l'amplitude et le parcours, c'est l'âme de la danse classique.

Ce dessein de fuite, d'envol, tout le proclame à nos yeux. Non seulement les grands temps en l'air, mais aussi les pas vifs et légers de la danse à terre. En fait, c'est tout le psychisme qui est orienté vers le haut : l'immobilité même fugitive, à la vérité, des positions de repos, parle un langage identique : la noblesse, le lyrisme des lignes déployées. L'élévation de la danseuse sur la pointe (au XIXième Siècle, en plein Romantisme), qui hausse l'interprète vers le ciel, la fluidité des ports de bras donnant l'impression de gestes allant vers l'infini, sont autant d'images évoquant la même aspiration.

Abstraite combinaison de formes mouvantes, géométrie dans l'espace, architecture animée, caractérisent ce système autonome et «parfait», qui, peu à peu, s'est acquis une extrême précision, condition de sa beauté. Moins encore que les autres arts, il n'admet la médiocrité, ni l'à-peu-près, car, la moindre déviation ou bavure compromet immédiatement l'harmonieux ensemble.

Nous l'avons remarqué, la Nature a fourni à la danse et à l'homme les Positions, l'expérience lui a donné les règles. Goethe n'a-t-il pas dit «Personne n'ose danser à la légère sans avoir appris selon les règles».

Cette description idéalisée, peut-être, prouve tout de même que cet art, devenu par son évolution dépouillée de tout artifice inutile, monte vers l'abstraction la plus pure et atteint l'esthétique parfaite de la Beauté, retrouvant l'Univers de la Spiritualité et des forces qui dominent la Matière. Mais on ne peut y parvenir qu'avec rigueur, méthode et connaissance, dont les exercices dans leur langage codifié mais hermétique, forment un rituel que l'on ne cesse de répéter quotidiennement

Après ce long parcours, retraçant les diverses interprétations du symbolisme «des Pas et des Gestes Rituels à la danse» dans l'histoire de l'humanité, il est temps de conclure.

Définie par les philosophes comme étant «L'Art des Gestes» par excellence, la danse est, selon Jean-Clarence Lambert :

«L'incorporation de la volonté de participer toujours plus activement à la Vie de l'Univers et de la nostalgie de dépasser la condition humaine dans l'accomplissement d'une métamorphose glorieuse ...»
   

- Moyen de communication et de communion entre les Hommes,
- Présence de l'esprit dans la chair et manifestation spirituelle,
- Expression spontanée des émotions et des langages humains,
- La danse est éternelle !

 

Gilbert MAYER

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Les derviches tourneurs

19 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Je ne peux  parler de la confrérie des DERVICHES TOURNEURS sans évoquer le SOUFISME, ni évoquer le fondateur de cette confrérie, le poète mystique « RÛMI » plus connu sous son nom turc MEVLÂNÂ, qui  illustre aujourd’hui encore la richesse culturelle et spirituelle du soufisme.
Puis je vous ferai  suivre le déroulement de l’initiation d’un Derviche jusqu’à la cérémonie du SAMA (danse cosmique).

L’homme depuis son éveil mental, est en quête de sens, possédant en lui une aspiration à s’élever, éprouvant des besoins spirituels.

Les religions, créations humaines, contiennent toutes, dès leur origine, ce besoin qu’à l’homme de s’élever, de comprendre, de vivre sur le chemin de la Vérité, c’est aussi le cas de l’Islam.

Parmi les différents courants de pensée de l’islam, l’un deux a particulièrement attisé la curiosité des Occidentaux, tout en étant l’objet de profonds malentendus : le Soufisme.

Le soufisme est l’approche mystique de l’islam, voie d’amour et de paix dont le message d’universalité a franchi les frontières.

De la Perse, la Turquie, de l’Egypte à l’Afrique occidentale et l’Andalousie, jusqu’en Inde, en Malaisie, il est source d’inspiration pour les poètes et voie d’amélioration pour les disciples. La quête de l’amour divin en est le mot d’ordre.

Il est avant tout une recherche de Dieu et son expression peut prendre des formes très différentes. 

La dimension ésotérique est énoncée dans le Coran lui-même, Dieu s’y présente comme l’Extérieur et l’Intérieur ou l’Apparent et le Caché.
On ne peut donc réaliser Dieu, en concluront les Soufis, que dans l’union des contraires.
« Ce ne sont pas les yeux qui sont aveugles, mais les cœurs(cor.22.46)
« Sur la Terre, il y a des signes pour ceux qui ont la vision certaine.
Et en vous-mêmes, ne voyez-vous pas ? (cor.51.20)

De tels versets incitent l’homme à l’introspection et fondent l’ésotérisme musulman.

Par ses aspects ésotériques, le soufisme présente des pratiques secrètes, des rites d’initiation, aussi variables selon les Maîtres qui l’enseignent. C’est cependant, par sa spiritualité que le soufisme est le plus original.

Les Soufis visent à percer l’opacité de ce monde en développant l’acuité du regard intérieur ; alors se dégage la certitude, qui se situe dans l’au-delà  de la foi.

Le Soufisme est l’incarnation de la Sagesse Universelle et éternelle dans le corps religieux de l’Islam.

Seule une initiation permet de pénétrer derrière l’apparence des choses. L’Homme est microcosme, et le macrocosme c’est l’image de l’univers !

Il remonte ainsi l’arc descendant de la manifestation universelle afin de réintégrer son origine divine : c’est tout le propos du DHIKR, souvenir-invocation de Dieu, que pratiquent les Soufis avec l’espérance en l’union avec Dieu. Mais nous verrons cela un peu plus loin…

Pour les soufis, toute existence procède de Dieu et Dieu seul est réel.
Le Monde créé n’est que le reflet du Divin « L’Univers est l’Ombre de l’Absolu ».
Percevoir Dieu derrière l’écran des choses implique la pureté de l’âme.
Seul un effort de renoncement au monde permet de s’élancer vers Dieu

« l’homme est un miroir qui, une fois poli, réfléchit Dieu ».


Mais la porte est étroite, car accéder à l’Unité, à cette libération des apparences, ou de la dualité, est la mort de l’ego, siège de toute illusion. « Mourez avant de mourir », disait le prophète.

Considéré comme la tendance mystique par excellence de l’Islam, le soufisme imprègne les sociétés du monde musulman, et ce malgré le parfum de mystère qui s’en dégage.

Dans la spiritualité du soufisme, la recherche de Dieu par le symbolisme passe, chez certains soufis, par la musique ou la danse qui, disent-ils transcende la pensée.

Le terme soufi, apparait au 8ème siècle et désigne ces musulmans en quête d’une intériorisation de leur foi, qui mène parfois jusqu’à l’extase mystique et qui se développe en marge de la loi et parfois contre elle.

Le Soufisme primitif nait entre le 9ème et le 10ème siècle. Il se vit sous le signe de la pauvreté et de la méditation intense du Coran.

Le Dieu que découvrent les Soufis est un Dieu d’amour ;  on accède à Lui par l’amour : « qui connaît Dieu, L’aime ; qui connaît le monde y renonce »
« Si tu veux être libre, sois captif de l’Amour ».
L’émergence du soufisme eut ses  martyrs. Les plus brillants des musulmans qui choisirent cette voie, arrivèrent à le faire tolérer et admettre avec l’aide d’immenses personnages comme Avicenne qui tenta de réaliser la fusion entre la pensée islamique d’une part, Platon et Aristote d’autre part.

Un second âge d’or du Soufisme fleurit entre le 11 et 15ème siècle avec de grandes figures fondatrices chantant l’amour pur, l’unicité de l’Etre. La poésie mystique, surtout persane, mais aussi arabe se développe.

La poésie persane fit donc son apparition, sous la forme d’ode lyrique puis sous la forme de poème narratif, évoluant vers la prose rythmée.

Dans l’Occident contemporain, le Soufisme reste incontestablement une voie initiatique très vivante, dans laquelle la relation de Maître reconnu à disciple garde toute son efficience, donnant ainsi naissance à des lignées mystiques.

On ne saurait parler de littérature persane sans parler de RÛMI, ou MEVLÂNÂ (en turc)

RUMI, connu particulièrement pour ses écrits, est le plus grand poète mystique de langue persane et l'un des plus hauts génies de la littérature spirituelle universelle. Sa philosophie et sa sagesse trouvent écho dans l’ensemble du monde musulman.
Dans la spiritualité de RÛMI, c’est l’amour qui détermine les états intérieurs du soufi. « Aimer l’humanité, c’est aimer Dieu ».

RÛMI accorde une place très importante à la musique qu’il considère dans l’Islam comme une voie évidente de spiritualité, de mysticisme et de cheminement vers le Divin.

Il dit « plusieurs chemins mènent à Dieu, j’ai choisi celui de la Danse et de l’audition musicale ».

Très imprégné par son Maître, SHAMS, RÛMI fut l’inspirateur, de par son mode de vie et ses écrits, de la confrérie soufie MEVLEVIYE, plus connue en Occident sous le nom « d’ordre des DERVICHES TOURNEURS », (MEVLEVIS en Turc), en raison de leur célèbre SAMA, concert musical spirituel accompagné d'une danse symbolisant la rotation des planètes autour du soleil.

Son enseignement a été notamment transmis, au moyen d’un ouvrage rédigé en persan (la langue turque n’était pas suffisamment riche), le MATHNAWI composé d’un long poème narratif de 47 000 vers. Ceci a donné lieu à une exceptionnelle littérature de commentaires qui se poursuit depuis plus de 7 siècles.

Cet ouvrage célèbre la flûte de roseau,  le NEY, séparée de la jonchaie de la même manière que l’être humain l’a été de Dieu, pleure la séparation d’avec  son lieu originel : « le NEY et l’être parfait ne sont qu’une et même chose : tous deux se plaignent de séparation ».
Pour le MEVLEVI qui s’identifie au NEY, tout consiste donc à retrouver cette fusion. Cet état primordial atteint, par le tournoiement du corps, procure une ivresse mystique et une sensation de légèreté.

Pendant toute la durée de l'empire ottoman, son ordre eut des branches groupant des dizaines de milliers de disciples.

Elles ont apporté une large contribution à la culture et à la musique turque, et en établissant des COUVENTS (Maison des Derviches leur rayonnement s'est répandu jusqu'aux confins des terres d'Islam.

A la mort de RÛMI, son fils le Sultan VELED posera les bases de la confrérie, en établissant un rituel. Le 17ème siècle confirmera l’existence de celui-ci dans son aspect définitif, et en multipliera les versions musicales.

Mais au fil des siècles, de nombreuses tensions apparaissent et l’on dénoncera le caractère hérétique des danses soufies, les couvents seront en déclin.

Au milieu du 20ème siècle,  la MEVLEVIYE, comme forme de sociabilité confrérique, disparaît du monde Musulman, avec la fermeture des Couvents de Turquie et de Syrie.
L’ordre ne propose plus de vie communautaire et l’enseignement initiatique fondé sur les 1001 jours de service que couronnait la remise du manteau et de la coiffe,  n’est plus transmis.

A partir de 1954, il fut de nouveau admis comme cérémonie-spectacle de danse. La part du folklore l’emportant sur la dévotion religieuse.

C’est dans ce contexte que plusieurs associations dites MEVLEVIS, groupes de danses et de musique se constituent pour assurer la préservation des pratiques chorégraphes et musicales.

Nous allons maintenant nous intéresser de plus près à cette confrérie et étudier l’initiation et les pratiques soufies des MEVLEVIS :

L’amour est indissociable de la souffrance, la douleur de l’éloignement de Dieu et d’une longue vie terrestre sans Dieu. Cette souffrance, s’impose également au cours du parcours initiatique de purification et spirituel du MEVLEVI et ensuite tout au long de sa vie.

« tout a commencé par le cri de l’âme affamée »
J’étais neige, à tes rayons je fonds
La terre me but, brouillard d’esprit
Je remonte vers le soleil      (Rûmi)


Sous l’autorité du  SHAYKH, (sage religieux) qui représente le fondateur de l’Ordre, 18 dignitaires dirigent « le COUVENT » (maison des Derviches) dont les tâches sont réparties entre la formation des novices, l’administration du couvent et l’organisation des cérémonies.

Sa candidature acceptée par le SHAYKH, le postulant est invité à pénétrer dans la « cuisine » âme du Couvent, elle a un caractère sacré qui explique pourquoi les MEVLEVIS attribuent un grand respect à leur nourriture et aux repas collectifs.
C’est là que vont donc se dérouler les épreuves du novice.

La 1ère épreuve, qui dure 3 jours consiste à évaluer sa détermination, ses compétences, ses capacités à respecter une longue période de silence et à obéir sans sourciller.

Le postulant devra rester immobile, assis sur les genoux sur « la peau de l’échanson », dans un recoin de la cuisine. De son poste d’observation, légèrement surélevé, il observe en silence tout ce qui se passe en ce lieu.

A l’issue de ces 3 jours, si, il est jugé apte, le postulant sera autorisé à accomplir une souffrance : la retraite des 1001 jours (3 ans) appelée aussi Tchilé, pour pouvoir accéder à l’état de MEVLEVI ou Derviche. 

Accepté, le postulant devient celui qui « souffre » et entame sa longue période de service de 1001 jours. Il doit abandonner son vêtement profane et adopter l’habit de sa nouvelle fonction : une robe blanche (Tennûre),  une petit veste courte « deste-gül » et une large ceinture. S’il ne peut accomplir les services qui lui sont dévolus, il devra tout recommencer.

Le néophyte prend alors le nom de « novice » et de celui qui « subit la retraite ». Ses activités se partagent entre les tâches domestiques, l’apprentissage de la musique, de la danse et du « dhikr » prière répétitive. 

Les tâches domestiques sont au nombre de 18 et il devra les accomplir toutes, les unes à la suite des autres. Son seul moment de repos se trouvant pendant la période qui va de la prière de la nuit à celle du matin.
RÛMI dit « On ne peut servir les gens que lorsque l’on est placé soi-même au rang de serviteur ».

L’apprentissage commence par les bases de l’enseignement ésotérique de l’Ordre, puis par la danse qui se fait dans « la salle sacrée ».

Le novice s’exerce à tournoyer sur lui-même sur une planche assez épaisse sans s’écarter d’un axe choisi, en s’aidant d’un clou fixé sur le plancher qu’il coince entre son gros orteil et le 1er orteil de son pied gauche : ce pied immobilisé est appelé « colonne » et celui qui tourne « roue ».

Outre la pratique du « DHIKR » exercice fondamental pour le soufi, sur un rythme de plus en plus rapide, fondée sur l’invocation sur le seul nom de Dieu (Allah) en vue de la purification et de l’éducation de son cœur, et de la méditation (murakebe), les novices en silence, yeux clos, bras pendant le long du corps, s’emploient à rejeter de leur cœur toute chose considérée comme illusoire, à l’exception de la pensée de Dieu.

Ils apprennent aussi à jouer de la flûte (le NEY) et d’autres instruments de musique, à lire et à réciter le MATHNAWI.

A la fin des 1001 jours de service, le novice est reconduit à nouveau sur la « peau de l’échanson ». Puis, est introduit sans la salle « sacrée » où l’attendent les dignitaires. Son temps d’épreuve est achevé et on le félicite.

Puis, le novice est conduit dans une cellule où volets et rideaux sont clos, pas de couverture, ni de matelas, abandonné là (comme mis au secret), pendant 3 jours avec une chandelle pour seul éclairage. On lui apporte sa nourriture, il ne sort que pour accomplir ses prières.

Au bout de ces 3 jours d’emprisonnement, il sera conduit devant le  SHAYKH, il s’assoit sur les genoux face à lui et conclut, avec lui, le pacte initiatique par serrement de main, la main de Dieu étant supposée se trouver au-dessus des leurs.
Ce pacte indique qu’il remet sa vie et son destin entre les mains de son Maître spirituel.

Ensuite, le  SHAYKH, retire quelques poils de l’espace qui trouve entre ses sourcils et de sa moustache en guise de tonsure, et il est revêtu du manteau des soufis.

La période des 1001 jours prend ainsi fin.
Il est alors invité à se retirer dans sa cellule pour un dernier temps d’isolement de 18 jours, celui de la retraite avant la dernière et principale investiture, celle de la coiffe. Il reçoit alors l’enseignement sur les versets du Coran et la louange à Dieu.

A l’issue, il est couvert de la coiffe de l’ordre par le  SHAYKH, ce qui l’autorise à porter le titre de « dede » (l’ancien ou grand-père) et de hücre-nisîn (possesseur d’une cellule).

Cette cérémonie est le principal moment de l’initiation chez les MEVLEVIS et nombreux sont les poètes, même les plus grands qui ont chanté les vertus de la coiffe.

« pour rapprocher ton être du soleil de l’Unité,
La coiffe des mevlevis est, sur ta tête,
comme l’astrolabe de la sagesse »


Le « dede »  peut, s’il le désire, s’établir dans le couvent, en conservant le célibat. Il prend part dès lors, à la formation des novices, enseigne la musique, la danse ou dirige les cérémonies et perçoit chaque mois une petite somme d’argent.

Dans le couvent MEVLEVI, les séances de DHIKR, de méditation collective et les repas en commun se conforment à des rituels très précis qui mettent en jeu une gestuelle, une numérotation et un langage symbolique que le novice a en partie apprises pendant ses 1001 jours de service.

Dans son quotidien, le Derviche ne s’exprime pas comme les autres musulmans, il fait usage d’expressions imagées ésotériques et hermétiques que seuls les initiés comprennent.
La vie du derviche est comme un chemin de purification au cours duquel ce dernier fait l’expérience des états intérieurs et des étapes spirituelles qui le rapprochent de Dieu. Ce cheminement s’accomplit dans le cadre de la confrérie qui est présentée, elle aussi, comme une voie, comme un chemin de vie.

Alors que l’islam impose la séparation des sexes, et notamment au moment des prières collectives, RUMI (MEWLANA) s’est montré accueillant à l’égard des femmes, les considérant comme les égales des hommes et les autorisant à participer au « SAMA », donc à danser. Certaines sont d’ailleurs devenues ses disciples.

Mais cette tolérance s’est envolée ; à partir du 17ème siècle, la tradition musulmane ne tolère plus de femmes.
Elles ne sont plus autorisées à danser, ni à assister à certaines parties de la danse, qu’elles ne peuvent suivre que, de la salle grillée qui leur est réservée, et ne sont plus admises à aucune des réunions de l’ordre.

Maintenant nous allons nous intéresser à la cérémonie du SAMA,

« le SAMA est la paix pour l’ame des vivants,
celui qui sait cela est l’ame de l’ame »     rumi


Le SAMA au sens de la pratique d’écoute spirituel fit son apparition au milieu du 9ème siècle de l’ère chrétienne à Bagdad précisément ; au moment où les soufis approfondissaient le sens spirituel lié à la poésie et à la musique.

Chaque Couvent d’Istanbul avait un calendrier précis. La cérémonie se déroule certains jours conformément à plusieurs coutumes, juste  après la prière dans la SEMÂHANE (salle circulaire où l’on pratique le SAMA).

1 ligne invisible la divise en 2 demi-cercles : l’un représente l’arc de descente des âmes dans notre monde terrestre depuis l’Etre Absolu, et l’autre, de droite indique l’arc de la remontée de ces mêmes âmes vers leur lieu d’origine.

Outre le NEY (flûte), plusieurs instruments de musique, essentiels et sacrés, servent à donner le rythme aux derviches durant le SAMA. La musique sobre et simple, doit émouvoir l’âme et la mettre en mouvement en lui communiquant une énergie.

Le MEYDANCI, (celui qui s’occupe de la salle et qui transmet les ordres du  SHAYKH) met son « tennûre » (robe blanche) et son « deste-gül » (petite veste courte), prend son « hirka » (manteau noire). Pour le derviche qui abandonne tous les biens de ce monde, nul habit ne doit avoir son importance.

Sa tunique sur les épaules, il vient devant la porte, s’arrête en exécutant le traditionnel salut d’ordre qui se fait en repliant les 2 bras sur la poitrine, en forme de croix, la main droite reposant sur l’épaule gauche et la gauche sur l’épaule droite, puis en baisant la terre.
La tête est également inclinée, les pieds sont scellés, le gros orteil du pied droit reposant sur celui du pied gauche.

La signification de ce salut étant : « je n’ai pas de main, je n’ai pas de pieds, ma tête est inclinée, respectueuse envers les Parfaits ».

Pénétrant dans la SAMAHANE, sans marcher sur la ligne invisible, il s’approche du tapis rouge en peau de mouton jonchant le sol et l’embrasse, c’est la place du  SHAYKH.
Il sortira avec celui-ci en saluant encore une fois pour se diriger vers la cellule du  SHAYKH afin de recueillir sa permission pour débuter le SAMA.
Après avoir accompli les ablutions en récitant 3 fois la sourate d’ouverture « la FATIHA », l’appel à la prière commencé, les Derviches sont autorisés à entrer selon leur rang d’ancienneté dans la SEMAHANE.

C’est pieds nus, coiffés de leur haute toque « sikke », chapeau en poil de chameau à l’image de la pierre tombale, qu’ils y prendront place à un endroit précis, une peau d’animal posée sur le sol, en attendant l’entrée du SHAYKH.

Ils sont vêtus de leur ample manteau noir qui représente la mort, la lourdeur terrestre. Leur habit blanc, symbole du linceul et la résurrection, dépasse légèrement le bas de leur manteau.

Le  SHAYKH, entre le dernier,  suivant humblement les derviches qui sont ses disciples, donnant ainsi l’exemple de l’humilité. Son ordre d’entrée signifiant que la quête de l’UN est toujours précédé par une recherche multiple. Il est l’intermédiaire entre le ciel et la terre et les Derviches.

Le  SHAYKH, salut les Derviches, et s’assied devant le tapis rouge, dont la couleur symbolise le cœur et désigne un espace sacré comme le tapis de prière des musulmans orienté vers la Mecque. C’est l’endroit où l’homme par la prière entre en contact avec le Divin. A leur tour, les présents lui rendent hommage par une salutation.

Une fois tous installés, 1 dizaine de versets du Coran sont lus par 1 Membre de l’Assemblée et un chanteur chante les louanges du Prophète, dont RÛMI a écrit les paroles :
« C’est toi le bien-Aimé de Dieu, l’envoyé du Créateur unique…. »

Puis un joueur de NEY  (flûte) habilement, improvise un prélude d’une mélodie souple.
Le NEY, représentant le souffle
qui pénètre la flûte et qui produit le son, indique la pénétration de la lumière divine dans le roseau de l’existence humaine. Rien que par la voie des notes, il amène le Derviche à l’extase.
« C’est le feu d’amour qui se trouve dans la flûte coupée du roseau » Rumi

Une certaine agitation alors règne. Puis le Maître après avoir récité la FATIHA, lève les mains de dessus ses genoux et frappe la terre.
Ce geste signale que le SAMA va commencer.

Le SHAYKH fait un pas en avant et passe sur la droite, puis orientés par ce dernier, au son du tanbur (luth), les Derviches en murmurant le nom de Dieu, commencent leur tournoiement autour de la piste du SAMA sans toucher la ligne centrale qui divise la salle. La danse se compose de 3 tours complets.

Ainsi, une fois qu’il a fait 3 pas, le derviche suivant s’arrête devant la peau située au bout de la ligne invisible. Il salut, saute par-dessus la ligne avec le pied droit en premier.
Quand il est de l’autre côté de  celle-ci, il retourne en arrière de gauche à droite, sans jamais tourner le dos à la peau.

Chacun à un endroit donné se retourne vers celui qui le suit, qui est déjà placé de l’autre côté de la ligne et tous deux se saluent rituellement en s’inclinant profondément, puis reprennent leur tour. Ils doivent se regarder dans les yeux gardant la position scellée. Le même comportement est adopté successivement par tous les autres Derviches.

Cette circumambulation est l’image des âmes errantes, s’agitant, cherchant. C’est le salut des esprits cachés au-delà des vêtements selon les MEVLEVIS.

3 étapes qui rapprochent de Dieu : la voie de la Science ; celle qui mène à la Vision et celle qui conduit à l’Union.
Leur salutation mutuelle est le symbole de la solidarité spirituelle, où les âmes se reconnaissent mutuellement comme étant d’une même origine.
C’est aussi la réciprocité des consciences, chacun des derviches servant de miroir à l’autre.

Ils doivent marcher d’une manière bien déterminée.
On fait d’abord un pas de droite, puis on reste un moment appuyé sur les orteils de son pied gauche. Ensuite, on fait un pas de gauche et on s’appuie cette fois-ci sur les orteils du pied droit. Et ainsi de suite, ils terminent les 3 tours.

A la fin du 3ème tour, le Maître revient à sa place initiale et salut la communauté, s’assoit sur son tapis, une brève lecture est prononcée et les Derviches posent leur front sur le sol en signe d’humilité.
Débute alors la 2ème partie du SAMA.

Un chant terminé, les Derviches, du bout de leurs doigts de la main droite, en l’embrassant, laissent tomber, d’un geste triomphal, leur manteau noir (hirkâ), montrant leur robe blanche (tennûre).

L’œuvre en blanc commence. La chute du manteau est l’illusion qui disparait. Les ténèbres sont éclairées par la lumière qui va à présent guider le voyageur. La voie ésotérique c’est aussi le dépouillement. Ce 3ème tournoiement symbolise la mort mystique et la délivrance.

C’est une seconde naissance, une résurrection « Mourez avant de mourir » disait le Prophète.

Puis, le Derviche fait ses salutations, tout en plaçant sa main gauche sur son épaule droite et sa main droite sur son épaule gauche.

La tête légèrement penchée vers la droite, les yeux orientés vers le cœur, le gros orteil du pied droit sur celui du pied gauche ;
il salut Dieu et le SHAYKH qui en est son représentant en  lui baisant la main. Il reçoit maintenant la permission de débuter sa danse cosmique.

« O jour, lève-toi ! les atomes dansent,
les âmes éperdues d’extase, dansent
la voute celeste, a cause de cet etre, danse
A l’oreille, je te dirai où l’entraîne sa Danse »      (Ruba i Yat)


Le Derviche ouvre les bras (ce qui signifie la victoire dans le combat spirituel) et commence alors, après avoir fait 3 pas, à tourner autour de lui-même en formant des cercles, autour de son axe, sur la jambe gauche qui reste toute droite comme un pilier, en prononçant les syllabes « Al » et « Lah » de manière à répéter le nom de Dieu une fois par tour.

Son cœur bat avec le nom de Dieu, son pied avance au nom de Dieu, la voix qu’il entend vient de lui. C’est l’appel divin.

Plus il tourne dans l’espace, plus il tombe dans l’extase dépassant son identité, le passage du non-être à l’être, pour rechercher la face de Dieu.
Le point et le cercle s’appellent donc mutuellement.

En même temps, il garde les bras ouverts, la paume de la main droite tournée vers le ciel et la paume de la main gauche tournée vers la terre.
Ainsi, la grâce Divine est répandue sur le Monde entier.

Le Derviche se perd dans un océan d’amour provoqué par cette admiration de Dieu. Ceci est appelé « fenafillah » (nirvana dans le Bouddhisme).

Ainsi, les bras ouverts, la main droite tournée vers le ciel et la main gauche vers la terre, le Derviche symbolisera l’axe de l’univers, qui n’est autre que l’Arbre de Vie.

La main droite recueillera la grâce du ciel et la répandra sur la terre par la main gauche tournée vers celle-ci. L’expansion des bras symbolisant la pureté atteinte.

Il n’y a donc plus d’impureté qui empêche la circulation des énergies dans les deux sens.

Alors, les Derviches, se partagent en 2 demi-cercles, tout en tournant autour d’eux-mêmes, ils tournent autour de la salle.
C’est l’homme qui tourne autour de son centre, son cœur, et ce sont les astres qui gravitent autour du soleil.
Ce double symbolisme cosmique recèle le véritable sens du SAMA, c’est la création entière qui tourne autour d’un centre unique et invisible.

Puis ce sera le SHAYKH, symbole du soleil et de son rayonnement, qui dansera en tournant sur la ligne droite au centre du cercle, voie la plus courte qui mène à l’Union. Jusqu’à là, il est resté immobile, veillant scrupuleusement sur les Derviches.
Son entrée dans la danse symbolise l’unité qui viendra couronner l’effort de l’homme.

Après sa danse, le Maître revient à sa place, la musique continue plus lentement et le SAMA s’arrête, un chanteur psalmodie le Coran.

La récitation coranique est une réponse de Dieu, le Grand Œuvre est accompli, la matière a atteint sa Perfection.

Le Maître se lève et quitte la salle en marchant d’une manière très solennelle.
Ainsi, se clôture le SAMA, il sera suivi de quelques autres salutations mais sans baisers traditionnels et d’une séance de « DHIKR ». Tout le monde quitte ensuite la salle en exécutant le salut, ainsi se clôture la cérémonie.

Ainsi, les 2 premières danses sont effectuées en commun,
la 3ème se fait individuellement, car ici le temps est dépassé.
La 4ème danse faite par le Maître tout seul, est la dernière phase du SAMA, dont le sens se rapporte à « la conquête effective des états supérieurs de l’être ».

Comme nous l’avons vu, le cercle est au centre de toute la symbolique MEVLEVIE. Il a toujours une origine, un point de départ.
Or le point équivaut au rappel de l’unité de Dieu et à l’unité intérieure que le soufi doit atteindre.
Le MEVLEVI s’identifie en sorte au NEY, chère au Saint de KONYA, faite d’un roseau arraché au sol qui pleure la séparation d’avec son lieu originel.
Le tournoiement de plus en plus rapide sur soi-même qui fait du corps du derviche un point central, fait allusion à cette attente d’union avec l’origine.

MEVLANA et les MEVLEVIS ont placé leur poésie, leurs rites et leur esthétique sous la loi du symbole.

La cérémonie du SAMA, présente donc une grande richesse symbolique et se prête à différentes interprétations possibles qui se complètent les unes aux autres.

On comprend alors l’intérêt qu’elle a suscité auprès de tant d’hommes, qu’ils fussent Derviches ou simples spectateurs.

De nos jours, le SAMA a lieu le 17 décembre, date de la mort de RUMI essentiellement en Turquie. La part de folklore dans ces cérémonies l’emporte nettement sur la dévotion religieuse.

Nombreux sont les groupes de musiciens et de danseurs qui se réclament de cette confrérie, se produisant dans des théâtres, des salles de fêtes.
Mais seule la vie de COUVENT, seuls les 1001 services font le MEVLEVI. 

J’ai dit

LR

Source : www.ledifice.net

 

 

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Le Soufisme, méthode, spiritualité depuis le 10éme siècle

18 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Soufisme

Dans le Soufisme comme dans la Maçonnerie, il y a une multitude de courants d'importance diverse, échelonnés entre les débuts de l'lslam (c’est a dire le 7ème siècle) et l'époque actuelle.


Certains courants n'ont eu qu'une existence éphémère,et d'autres vivent encore.


Le Soufisme est né en Irak au 10ème siècle. Les soufis, auparavant dispersés dans l'ensemble du Proche-Orient, commencent à former des écoles autour de quelques maîtres de Bagdad et de Bassora. Les thèmes qui relèvent de l'expérience mystique sont alors développés publiquement, puis consignés en des traités.


Les premières confréries Soufies proprement dis apparaissent au 12ème siècle. Elles deviendront la forme dominante du Soufisme jusqu'à l'époque moderne.


Il existe deux sortes de confréries: confréries de cour et d'aristocrates, telles que les MEVLEVIS d'Anatolie fondée par AL ROUMI et des confréries plus populaires telles que le RIFA'IYYA de BABYLONIE fondée par AHMAD AL-RIFA'I. Certaines, nées à cette époque, subsistent encore aujourd'hui à travers des ramifications multiples telles que la QADIRIYYA de Bagdad fondée par ABD AL-QADIR AL-DJILANl mort en 1166 et dont le tombeau à Bagdad est un lieu de pèlerinage des Soufis aujourd'hui encore.


Le Soufisme est d'abord l'expérience du vécu individuel des questions qui nous brûlent l'esprit pour tout ce qui est de l'énigme de la vie et de ses racines si lointainement implantées dans les ténèbres de notre origine.

Et ceci présuppose au moins un pressentiment de la possibilité d'une perception intérieure directe, pressentiment qui pourrait devenir germe d'inspiration.


Voici près de mille ans, un grand Soufi disait du Soufisme qu'il était une «saveur», parce que son but et sa fin pourraient se définir comme la connaissance directe des vérités transcendantes, sa nature est en effet plus comparable aux expériences des sens qu'une connaissance procédant du mental.


Le Soufisme, se réclame des temps les plus anciens puisque il conceder que Adam etait un initié par ailleurs selon les Soufis l'usage du sceau de Salomon est une des clefs pour l'interprétation de nombreux textes dont le sens a échappé à la compréhension de ceux qui ignorent les lois du symbolisme.


Le Soufisme lui meme de par sa nature est un peu comme une énigme. La racine arabe «çouf» qui comprend les trois lettres «çâd-fâ-wâw-fâ» a comme sens de base «pureté». Elle possède selon la science des lettres une identité secrète avec la racine «çfou» qui s'écrit «çâd-fâ-wâw» et qui a pour sens de base «pureté» et désignant ce qui a été passé au tamis pour séparer les graines de la balle. En outre, il découle de cette racine une forme verbale qui, si on I'écrit sans voyelle comme cela se fait couramment en arabe, est en apparence identique à «çûfi» et signifie «il a été choisi comme un ami intime». Cependant les Soufis parlent le plus souvent d'eux-mêmes en disant les Pauvres «al-fuqarâ». La pauvreté (dans le sens de savoir) a pour eux un pouvoir alchimique en tant que vide demandant à être comblé. Les premiers Soufis portaient des vêtements en laine. Or, la science des symboles nous indique que le mouton a toujours été spécialement consacré au soleil; ainsi, en portant un vêtement de laine on revêt la robe de cet «éveil du cœur» symbolisé par la lumière du soleil et constituant l'aspect central de tout ce que le Soufi entreprend de reconquérir. Les soufis justifient le port de la robe de laine en affirmant qu'elle a été l'habit des prophètes (nabi) d'avant Mahomet et notamment celui de Moîse (Moussa) et de Jésus (Isa). Le Soufisme s'appuie également sur des valeurs Gamtatriques « numériques ».


Dieu possède dans la langue arabe (99) noms allant de l'éternel en passant par le grand, le fort, le puissant, le miséricordieux, etc... Les Soufis disent que la totalisation de (99), (9) plus (9), donne (18), (1) plus (8) donne (9), et la multiplication de (9) par (9) donne (81). (8) plus (1) donnant (9), la soustraction du premier et du deuxième donne (0) qui se dit «sifr», en arabe, ce qui signifie littéralement «néant», d'où la recherche soufique permanente auprès de la divinité car les lois de la nature et de la physique ne reconnaissent pas le néant.


«Fais-moi entrer, ô Seigneur, dans les profondeurs de l'océan de ton unité infinie». L'océan est souvent utilisé omme référence symbolique du terme vers lequel conduit le chemin Soufi.



De temps à autre, une révélation entre guillemets «flue» comme un grand flot de marée venant de l'Océan d'lnfinitude vers les rives de notre monde fini; et le Soufisme est la vocation, la discipline et la science permettant de se plonger dans le reflux de l'une de ses vagues et d'être ramené avec elle à sa source éternelle et infinie.


Il n'y a qu'une seule eau, mais deux Révélations selon les nécessités particulières de temps et de lieu. Elles peuvent être reçues de manière diffèrentes:


•les croyants dogmatiques sont dans leur grande majorité concernés exclusivement par l'eau qui constitue l'aspect formel de la religion.


•Les Soufis se préoccupent de l'eau laissée à découvert par la vague lors du reflux. Pour les Soufis le corps ne saurait refluer c'est-à-dire revenir vers sa source primordiale, avant la résurrection: quant à l'âme, elle doit attendre la mort du corps; jusque là, elle est, bien qu'immortelle, emprisonnée dans le monde mortel. A la mort du grand Maître Soufi Ghazâlî, au 11ème siècle, on trouva sous sa tête un poème qu'il avait écrit durant sa dernière maladie:


« Je suis un oiseau :
ce corps était ma cage,
mais je me suis envolé,
le laissant comme un signe.»


Chez les grands Soufis, quelque chose de plus essentiel que l'âme, qui doit attendre la mort pour parvenir à la liberté, avait déjà reflué et ceci malgré leur corps «cage», je veux dire AL-BARAKA.


Le centre de connaissance, I'Océan, est aussi bien au dedans qu'au dehors et le Târîka Soufi (c'est à dire la méthode Soufie) est un éveil progressif comme si l'on «reculait» en direction de la racine de son Etre; c'est un "ressouvenir" du Soi Suprême qui transcende infiniment l'Ego humain et qui n'est autre que les profondeurs vers lesquelles la vague reflue.


Les âmes sont comme des arbres. Celui qui se distingue des autres est celui qui, comme disent les Hindous est «libéré vivant»; il a réalisé ce que les Soufis appellent la «Station Suprême»; et le Soufisme est une voie et un moyen de prendre racine, à travers la «porte étroite» qui est dans la profondeur de l'âme, dans l'Esprit pur qui débouche lui-même dans la divinité.


Le Soufisme exige que l'âme se dépouille des limitations de l'homme, de ses habitudes et de ses préjugés qui étaient devenus une «seconde nature» et se couvre des caractéristiques de la nature primordiale de l'homme, c'est à-dire la pureté, la sincérité, la générosité etc...


Le Soufisme comme la Maçonnerie comporte des grades et des degrés d'initiation débutant par l'apprenti «Talib» qui en suivant un long et difficile parcours initiatique deviendra un aspirant «Murîd». Celui-ci passera par des «Maqâmat», étapes d'initiations successives, accédera à la dignité de «Murshid», directeur spirituel, guide des disciples, collaborateur du maître, gardien des règles et rites. Le moment venu, toutes les épreuves surmontées, le maître confère l'investiture au «Murshid» pour devenir un «Cheikh» maître possédant la «baraka» et le secret de la science divine «al-ma'rifa».


A ce stade là, il est dit que le maître sait distinguer I'homme (son maître passé) de son enseignement, s'attacher à la valeur propre de cet enseignement et non pas du comportement du maître. Il lui appartient alors de vérifier sur lui-même l'enseignement qu'il reçoit, sans s'attarder à en juger l'auteur.


le rite d'initiation Soufi, prend la forme d'une investiture: un manteau «Khirqah» est placé par le maître sur les épaules de l'initié il lui confère un pouvoir temporel rappelant la cape.


Un autre symbole Soufique est celui du «Silsila», la chaîne: au moment du serment, le «cheikh» maître tend son rosaire au récipiendaire; celui-ci en saisit l'autre extrémité qu'il tient pendant la prononciation de la formule d'initiation. Le lien de la chaîne spirituelle permet à l'initié de progresser le long du chemin, la traction de la chaîne transcende les efforts du voyageur, lesquels sont pourtant nécessaires pour la rendre opérante.


L'humain entre dans ce monde par une porte cosmique. Pour éviter de refluer par la même issue, sa petite vague individuelle doit atteindre le point culminant de la grande vague et pour cela, il a le pouvoir de jeter une chaîne traçant une lignée spirituelle remontant jusqu'à la verticalité divine de son initiateur.


Après l'initiation, le novice prend le genre de Vie de l'Adepte, qui consiste à anticiper sur la fin, c'est à dire la mort physique; ce qui l'amène par la puissance de la «Tariquah» à devenir un membre central «Salik», ce qui signifie voyageur. Le Soufi prend alors un sac, avec un morceau de pain, un papier et une plume. Il voyagera à travers les pays afin de rencontrer les Savoirs, mais les Soufis entendent aussi par voyage l'approfondissement intérieur ou le reflux du soi fini en direction de son principe divin.


LeSoufisme considère que l'homme étant un exilé, c'est seulement à partir du centre de l'état terrestre, c'est-à-dire au degré de la perfection humaine, qu'il est possible d'avoir accès aux états de l'Etre supérieur.


Le Soufisme enseigne que l'on ne peut exister à l'encontre de l'Etre, ni penser à l'encontre de l'Intelligence; il nous faut accorder nos rythmes à ceux de l'Infini.


Quand nous respirons, une partie de l'air est assimilée, I'autre est rejetée, il en est de même pour la résorption de la manifestation universelle, et le but suprême du Soufisme est d'être «Inspiré» par la divinité et réabsorbé donc de ne plus être expiré par la suite.


L'approche Soufique du Coran est très Symbolique et intérieure, contrairement aux Musulmans car si l'on se pose la question: Quelle est la forme prise par le flot de la marée, la réponse est un Livre «le Coran».


Les Soufis parlent de chercher à se noyer «istighrâq», mais en réalité ce qu'ils cherchent c'est l'extinction «fanâ» du créé dans I'Incréé, du temporel dans l'Eternel, du fini dans l'lnfini; et, pour certains Soufis, la récitation du Coran a constitué le principal moyen de Concentration, notamment en Inde et en Afrique occidentale, même s'ils savent très peu d'arabe; et si l'on objecte à cela qu'une telle récitation ne saurait avoir sur l'Ame qu'un effet fragmentaire étant donné que l'lntelligence des récitants ne peut y participer, on répondra que leur Intelligence est pénétrée par la Conscience de participer à la Parole Divine.


Par ailleurs, beaucoup d'écoles Soufis libèrent leurs adeptes des pratiques de la doctrine musulmane, ce qui leur a valu persécutions voire même exécutions sommaires sous prétexte d'hérésie et d'infidélité car les Soufis croient pouvoir approfondir le sens des paroles divines par une herméneutique de l'intériorité grâce à une expérience spirituelle toute intuitive et illuminative qu'ils vivent parfois jusqu'à l'extase.



Al-HALLAJ disait:

«je ne préfère aucune doctrine déterminée»...


L'intrusion du Soufisme dans la pensée religieuse d’alors va susciter des réactions. d'où des procès à la fin du 9ème siècle. Le Grand Maître Al-Halladj va accentuer ces réactions, lorsqu'il rendra public certains propos; telle la fameuse locution :

«Je suis vérité, c'est-à-dire Dieu».

Al-Halladj décrit ce processus de Bassora du mot Dieu qui s'accomplit dans l'intimité d'une union d'amour en disant :

«J'ai en moi un ami, je le visite dans les solitudes, présent même quand il échappe aux regards... c'est comme si j'étais devenu l'interlocuteur de moi même... présent, absent, proche, éloigné, insaisissable aux descriptions par qualités, Il est plus proche que la conscience pour l'imagination et plus intime que Bassora des inspirations» AL-Halladj fut emprisonné une dizaine d'années avant d'être jugé puis crucifié en 909.


La fin tragique de Al- Halladj mettait un point final à la mystique de la rupture c'est-à-dire de l'abandon du matériel. Les survivants du mouvement se rendirent soit en Irak soit en Iran. Depuis ils se cantonnent dans une discrétion qui consiste à ne tenir de propos d'une haute spiritualité qu'à ceux qui sont préparés à les entendre, donc des Initiés.


«O toi, âme apaisée, retourne vers ton Seigneur, satisfaite et agréée; entre parmi Mes serviteurs; entre dans Mon Paradis».


A ces propos coraniques un grand Soufi dit :

« Je suis entré en me laissant au dehors. »

En effet, puisque rien ne saurait être ajouté au Paradis de l'lnfini, ne peut y entrer que rien.


Le Cœur ou plutôt la Vision du cœur est l'un des plus importants symboles Soufiques «Ceux qui ont des cœurs» cette formule un peu énigmatique montre que la perspective est en accord avec celle de tout le monde antique, aussi bien de l'Orient que de l'Occident, lorsqu'elle attribue la faculté de vision au cœur et qu'elle mentionne celui-ci pour désigner, non seulement l'organe corporel de ce nom, mais aussi le centre de l'âme auquel il donne accès, alors que ce centre sert lui-même de passage vers un «Cœur» plus élevé, I'Esprit.


Ainsi le «Cœur» est-il souvent synonyme d'«intellect» dans le plein sens du latin «intellectus», nom de la faculté permettant de percevoir le transcendant.


Martin Lings explique très bien ce point en soulignant que :

Si le corps dans son ensemble est «horizontal» en ce qu'il est limité à son propre plan d'existence, le cœur possède, en plus de cela, une certaine verticalité du fait qu'il est l'extrémité inférieure de l'axe vertical venant de la Divinité elle même et passant par les centres de tous les degrés de l'univers.


Selon la doctrine soufique toute vie est divine. Le cœur physique reçoit la vie de la Divinité et l'épanche dans le corps, dans la direction opposée. Le cœur physique peut servir de foyer de concentration à toutes les forces de l'âme qui aspirent à l'lnfini.


Le Grand Maître Soufi Al-Hallâj dit :

«J'ai vu mon Seigneur par l'oeil du Cœur. Je dis: Qui es-tu? Il répondit: TOI».

Le Cœur est l'isthme «barzakh» qui sépare les deux mers qui représentent le Ciel et la terre, I'agréable mer d'eau douce étant le domaine de l'Esprit, et la mer salée et amère celui de l'Ame et du corps:

La lune transmet indirectement la lumière du soleil à l'obscurité de la nuit; et, semblablement, le Cœur transmet la lumière de l'Esprit à l'obscurité de l'âme.


En un mot la vision du Cœur c'est «Avoir un pressentiment de ses états supérieurs».

Notre F :. René Guénon devenu également Soufi, considère ce pressentiment comme un motif valable pour chercher à s'engager dans une voie spirituelle et comme critère de qualification pour une telle voie; et la manifestation de ce pressentiment est le sens, si reculé soit-il, est, ce que Guénon appelle «I'ldentité Suprême», une sorte d'avant-goût de la vérité qui rend au mot Saveur toute sa dimension de la connaissance directe du Cœur par opposition à celle du mental.

L'harmonie de l'Univers dépend parallèlement des similitudes et des différences, non seulement entre les individus, mais aussi entre les mondes. Il est ainsi possible de parler de mariage «du ciel et de la terre»; la réflection d'un objet est l'image fidèle mais inversée de I'objet lui-même, ce qui est le prototype naturel du sceau de Salomon de la perfection Zenitho/Nadiral active et passive.


«Détends ton esprit, et apprends à nager.»

Voici le terme le plus approprié, à mon sens, qu'un maître Soufi doit dire à son élève; en d'autres termes, libère ton mental de telle sorte que ton âme, ayant perdu pieds, puisse expérimenter les mouvements spontanés de l'intuition.

Si tu es dans un état de perplexité, prends soin de ne pas te cramponner à quoi que ce soit, de peur que tu ne fermes de ta propre main, la porte de la nécessité, car cet état prend pour toi, la place du Nom Suprême.


Le message du soufisme est celui du miracle de l'union entre l'âme individuelle et l'Absolu de la nature divine. L'homme reçoit la révélation et peut déployer son âme. Ce déploiement se fait dans l'extase, la dissolution de l'ego et du soi. Touchant alors directement tout être et toute chose, l'âme de l'individu devient conscience divine.

 

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Lettre du Grand Souverain Martinès de Pasqually du 16 Février 1770.

18 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #hauts grades

 

Au Nom du G.AR.D.L*U  + Amen + Amen + Amen +

Joie Paix Et Bénédictions sur qui m'entend

Du G. OR. Des OR. Universel Bordeaux 333. 357. 579. 601. 2448. 5730. 45. 1770 Du Dernier et premier quartier de la 2ème Lune de la susdite année ce 16 février.

Salut au G. OR. D. OR. De Lyon

 

T. h. et T. P. Maître,


Je suis enchanté de l'heureuse arrivée du paquet que je vous ai envoyé, vous devez voir par là combien je cherche à vous faire travailler et à vous procurer sans difficultés ni doute le véritable but de la chose que vous avez de bonne foi embrassé. Je ne puis attribuer le retardement de votre satisfaction envers la chose qu'à l'irrégularité de votre réception de Réaux + d'autant plus qu'elle a été faite hors de saison, l'autre que vous avez été travaillé par un homme impropre pour cela qui vous a reçu et ordonné clandestinement ainsi que vous devez le comprendre, par les différentes reprises, que l'on a faites à votre réception de Réaux + Vous avez été reçu par un homme qui n'avait aucun droit ni pouvoir à cet égard, le Maître Substitut universel n'ayant lui-même le droit et le pouvoir de transmettre sa puissance pour faire aucun Réaux + ni donner aucun grade supérieur, sinon de transmettre son pouvoir pour les grades d'apprenti jusqu'au Maître Chevalerie et non plus. Voila P. Maître ce que je sais pouvoir vous être contraire, c'est pourquoi j'ai recours à l'ordination de correspondance sympathique pour réparer le faux de votre réception de Réaux +.

Je vous poursuivrai encore les Équinoxes pour vous sortir de l'erreur dont on vous a plongé par les irrégularités de votre admission aux cercles. J'espère et j'ose espérer que cette dernière opération pourra vous remettre en grâce avec la chose ; ne négligez rien pour vous rendre au lieu destiné de votre ordination, ainsi qu'il vous sera indiqué dans ma lettre vous vous transporterez extraordinairement dans quelque chambre convenable à votre ouvrage ainsi qu'il vous a été expliqué jadis par moi, vous ferez un cercle avec de la craie blanche au milieu de votre chambre, vous tracerez aussi votre C. D. C. * quart de cercle * vers l'angle d'est qui sera éclairé à l'ordinaire, cela fait vous vous prosternerez la face en terre dans le cercle que vous aurez fait au centre de votre chambre, ledit cercle aura environ six pieds de diamètre le sommet de votre tête étant en prosternation regardera l'angle d'est où sera marqué le quart de cercle, vous vous prosternerez le 22 du mois prochain jour d'Équinoxe pour recevoir votre ordination à dix heures précises du soir et vous resterez prosternés prêt de demie heure la face vers terre et, moi je serai dans mon angle à neuf heures précises du soir pour travailler pour moi, et pour vous je resterai dans cet opération jusqu'à une heure d'après minuit, lorsque vous aurez resté l'heure indiquée dans votre prosternation, vous irez éteindre vos lumières ordinaires qui sont à votre quart de cercle, et vous effacerez tout ce que vous aurez tracé et vous vous retirerez chez vous. Le 25 dudit mois de mars prochain vous retracerez exactement les mêmes choses que vous aurez faites pour votre ordination soit cercle, et C. d. C. * quart de cercle * vous aurez tout prêt fait votre tracé à onze heure du soir précises, tout étant prêt vous commencerez par les invocations dernières que je vous ai envoyées après vous suivrez votre travail ordinaire premier vous observerez de ne point mettre de bougie au centre de votre cercle, qui sera tracé au milieu de votre chambre, vous y tracerez les lettres que je vous marque dans ma lettre ledit mot sera entre vos jambes pendant tout le temps de votre travail vous travaillerez pendant vos trois jours le dernier paquet que je vous ai envoyé, quoique cet ouvrage ne soit que pour le mercredi, et le samedi, les circonstances où vous êtes, me forcent à vous faire replier sur cet ouvrage, pendant les trois jours de votre opération, n'importe les jours ; à grands maux, grands remèdes ; le dernier ouvrage que je vous ai envoyé, vous vous en servirez après cette dernière opération, tous les jours qui vous sont seulement indiqué par ledit paquet vous pouvez en faire usage toutes les semaines, tous les mois ou deux ou trois fois par année conformément votre volonté lorsque vous vous sentirez bien disposé pour faire ce travail, cet ouvrage ne donne point de sujétion, Je n'ai rien à vous prescrire là-dessus, sinon que vous vous conformiez à ce qu'il est dit dans ce que je vous ai envoyé, pour l'avenir vous ne tracerez aucun tracé ni cercle ni autre chose, attendu que cette opération peut se faire par tout lieux, sans autre forme de procédé. Les visres (glyphes) sont blanc, bleu, blanc rouge clair enfin elles sont mixtes ou toute blanche couleur de flamme de bougie blanche, vous verrez des Étincelles rouges; vous sentirez la chair de poule sur votre corps, tout cela annonce le principe de l'attraction que la chose fait avec celui qui travaille ; tachez T. P. Maître de vous procurer quelqu'une de ses choses, puisque des simples émules que j'ai ici sous l'ordre du Grand Architecte voient de nuit, et de jour, sans lumière, ni bougie ni autre feu quelconque, cela ne me surprend point d'eux parce qu'ils sont entièrement donnés à la chose et ordonnés en règle, en cela ils vous font passer leurs certificats de vision fait et signé de leur propre main pour que vous soyez convaincu de leur succès dan l'Ordre, vous aurez attention de les faire passer au P. Maître Substitut pour qu'il voit clairement le succès de ses Vénérables Maîtres, ils sont quatre le premier le frère de Chevalerie, gentilhomme, ancien capitaine du Régiment, l'autre est le frère Desere second capitaine de l'artillerie sous commandant de l'artillerie de château de Bordeaux ; et l'autre le frère de Fournié ancien bourgeois vivant de ses revenus de Bordeaux, neveu du Grand prieur des Augustins de Paris. Si le frère Baron de Calvimont était, il aurait également donné son certificat, mais il le donnera d'abord son retour de ses terres s'il en fallait d'autre, il y aurait celui des Vénérables frères Cabony, Schild, Marcadé, ces derniers sont dans le même cas que les premiers, voilà P. Maître des personnes assez instruites et éclairées qui ne voudraient point tromper la Chose ni tromper les hommes de bonne foi par des illusions et se tromper eux-mêmes aussi ils ont consigné de quoi contribuer à tous les frères de leurs Établissements .soit pour ameublement et pour leur constitution, afin d'être en règle selon les conventions que j'ai faites avec mon tribunal souverain à Paris. Vous connaissez les hommes, ils se replient toujours sur leur simple volonté ils disent toujours que ce n'est point les constitutions des frères qui ne suivent en rien et pour rien la chose qui doit les instruire et les conduire aux buts où ils veulent aller par la Chose ce qui a pu donner occasion à ce propos c'est que j'ai écrit plusieurs lettres au Tribunal Souverain à ce sujet en égard les sollicitations de tous les frères que j'ai à Bordeaux de prévenir le tribunal Souverain sur leurs bonne volonté à suivre l'Ordre, et à se mettre en règle ainsi que je les ai exhortés ne voyant de sa part aucune réponse, il semble envisager quelque mépris de la part du Tribunal Souverain contre eux, ce qui pourrait le déterminer à ne point en vouloir recevoir d'autre que de ma part conformément au statut général, Je ne vois en conséquence faire passer la requête de ses frères et le prix des constitutions au Tribunal Souverain n'ayant reçu de lui aucune réponse à ce sujet, ils ont tout suspendu, cependant je verrai de ramener les esprits à cet égard, en me reposant sur votre représentation faite à ce sujet au Tribunal Souverain lorsque vous serez à Paris pour le mois d'avril prochain.

Je vous fais part que l'on doit recevoir au premier jour Monsieur le marquis de Ségur, cousin Du Cordon bleu, et Monsieur le marquis de Calvimont oncle du frère baron de Calvimont. Je suis convenu avec le P. Maître Substitut que le Tribunal Souverain ne donnera que les constitutions et moi, je me charge de donner toutes les cérémonies des différentes réceptions, mon Tribunal Souverain n'ayant ni le temps, ni la santé convenable pour se donner entièrement à cela ; tous les frères que j'ai ici ont payé ainsi que tous les frères de votre Orient leurs grades, ils ne se récrient point de l'argent qu'ils doivent donner pour leurs constitutions ni pour leur ameublement, il ne faut point qu'ils craignent de placer leur argent à des choses aussi utiles et avantageuses à l'homme de désir. Le prix des constitutions se monte à deux louis d'or pour chaque grade si vous êtes grande mère loge, comme je vous ai accordé le titre verbalement à Paris vous aurez le pouvoir de donner jusqu'au grade de G. Architecte ; ce qui fait en tout 16 louis d'or en comptant depuis le grade d'apprenti, Compagnon, Maître particulier, Maître grand Élu, apprenti Compagnon Maître Chevalerie et Maître Grand Architecte. Je suis en même de faire extraire toutes les cérémonies des réceptions des différents grades de même que des Catéchisme et différentes explications générales et secrètes, J'ai un secrétaire de confiance qui écrit sous moi depuis près d'une année J'ai rectifié tout ce que le Sieur du Guers a fait de son chef, touchant l'Ordre, en cela il faudra que vous suiviez l'ordre que j'ai donné pour payer les peines et soins que mon secrétaire se donne pour toutes les écritures qu'il fait pour les différents temples qui seront de notre affiliation. Le volume des écritures est fort considérable puisqu'il lui faut pour le moins plus de deux mois de temps pour transcrire tout ce qu'il faut pour un grand temple et bien deux bons mois pour donner tout ce qu'il faut pour un simple temple, en conséquence il revient de droit au frère secrétaire 86 h. ne voulant point multiplier considérablement les Établissements relativement à la difficulté qu'il me paraît à trouver des sujets propres à être admis dans notre Ordre ; Je vous dirai que j'ai reçu hier une lettre du P. Maître de Chevalerie où il me demande le pouvoir d'avancer en grade le frère Barbarin qui reste à Lorient avec le P. Maître de Chevalerie qui me certifie les progrès de ce frère m'assurant qu'il voit beaucoup et entend ; en conséquence je lui enverrai ce qu'il faut pour le faire parvenir au grade de Grand Architecte. Voyez par tout ce que je vous dis la possibilité de la chose, et la nécessité qu'il y a de se joindre à elle ; elle n'abandonne point ceux qui la suivent et se communique à ceux qui véritablement la cherchent avec désir il n'y a point à douter sur l'Ordre que vous avez embrassé de pas une de ses vérités ; ainsi tenez ferme c'est pour vous que je parle ; vous aurez la bonté de faire parvenir ou de présenter vous-même au Tribunal Souverain lesdits journaux pour qu'il n'y aie cause d'ignorance du progrès des dits frères ainsi que de leur zèle à suivre définitivement la Chose jusqu'à sa fin ; ainsi je vous exhorte de même que tous les frères de votre Orient à faire ce que je vous ai dit, vous aurez lieu d'être content. Je n'ai rien plus à vous dire, vous agirez à ce sujet comme vous le jugerez à propos ; Je vous prie de me faire réponse à lettre vue et m'accuser la réception des journaux. Je ne suis plus logé chez le Sieur Carvallo ancien juif à cause de l'assassinat qu'il a voulu commettre sur ma cuisinière et cela pour vouloir jouir d'elle, il est livré à la justice qui l'a décrété on le poursuit vivement à la Tournelle. C'est pour la troisième fois que cela lui est arrivé. C'est bien un malheureux Hébreu perverti et non converti en ce qu'il a abjuré pour épouser une créature chrétienne. Mon adresse est dans la même rue, maison Poiraud près la porte de la monnaie ; J'ai eu ma femme dangereusement malade elle s'est portée imprudemment à une perte considérable, hors d'état d'être soignée par la faculté sinon que par moi, en présence de quelques frères, elle est encore alitée mais entièrement s'il plaît à Dieu hors de danger. Dieu la tienne à sa sainte garde comme je le désire éternellement pour vous et pour nous tous il n'est pas de plus grand médecin que celui qui est et qui sera jusqu'à la fin des siècles amen. 
   

D. M. Pasqually G. Souverain.
    

Je vous préviens que personne plus parviendra au grade de Réaux Croix qu'il ne me produise un journal et que le journal n'aie été bien scrutiné ainsi que le frère, c'est le seul moyen que les Réaux + puissent tenir bon.

Je suis fort inquiet du rétablissement de la santé du P. Maître de La Chevalerie Je ne vous cacherai point qu'il risque beaucoup pour sa santé, s'il ne se ménage pas mieux à l'avenir ne lui faite point part de ce que je vous dis craindre de lui faire de la peine.

Tachez P Maître de me dire l'intention du Tribunal Souverain savoir s'il veut aller avant ou s'il veut se replier sur son état de Réaux croix. Je le crois plutôt propre pour cela que pour mener la chose vu leurs grandes occupations et leur peu de santé. 

 

Lettre du Grand Souverain Martinès de Pasqually du 16 Février 1770.

 

Les exigences du Grand Souverain seront de plus en plus précises et ceci afin de préserver les Ordinations en l'état, ainsi la Classe Sacerdotale des R+C sera effective dans sa pureté de transmission au sein même de l'Ordre des Chevaliers Maçons Élus Coëns de l'Univers, cela est important car nous sentons de façon subtile que le Maître a du rencontrer des défections chez certains de ses éponymes.

source : http://rhely.blogspot.com/

 

 

 

 

 

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Un rite maçonnique en 4 grades

17 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

Depuis 1813, la Franc-maçonnerie s'est progressivement imposée un modèle hiérarchique en trois grades : apprenti, compagnon et maître. Mais ce modèle n'a pas toujours été prédominant et en tout cas, il existe encore aujourd'hui des modèles alternatifs qui méritent d'être appréhendés.
La Franc-maçonnerie telle qu'on la connaît aujourd'hui est née dans les îles britanniques : quelque part part entre Edimbourg (1598) et Londres (1717). Elle se structurera assez vite selon un modèle en deux puis trois grades le troisième ayant ouvert la porte à plusierus dizaines de grades qu'on qualifie en général, et parfois à tort, de "hauts grades". La structure en deux grades est celle des origines et un troisième grade lui fut adjoint durant le premier tiers du XVIIIè siècle. Sur ce troisième garde, on pourra lire le livre de Roger Dachez récemment paru chez Vega : Hiram et ses frères. On en trouvera une esquisse ici (Renaissance Traditionnelle, n° 129).
Dachez a également suggéré dans l'une de ses études que le grade de maître pouvait être considéré comme le premier des hauts grades. On notera que ce troisième grade a une dimension mythologique que n'ont pas le premier et le deuxième gardes (mythe d'Hiram et la mise en scène qui s'en suit). Ce point le rapproche plus des grades qualifiés habituellement de "hauts" (mythologie des croisades, mythologie vétéro-testamentaire de la reconstruction du Temple, etc.).
Mais n'allons pas très loin dans l'étude du grade de maître et passons à ce qui le caractérise dans la franc-maçonnerie actuelle. En effet, depuis 1813, le grade de maître est considéré comme le sommet de la graduation maçonnique mais les choses sont moins simples qu'il n'y paraît...
Rappelons d'abord qu'en 1751, à Londres, est apparue une Grande loge qui s'est elle-même qualifiée d' "ancienne" par opposition à la Grande loge de 1717 que les "anciens" ont qualifié, à dessein bien sûr, de "moderne". Les modernes pratiquaient une maçonnerie en trois grades que le grade d'Arc royal (également appelé "Arche royale") complétait sans que cela soit dit officiellement. Les Anciens pratiquaient ces mêmes quatre grades mais nous pouvons noter, en résumant l'affaire,  que les Anciens pratiquaient l'Arc dans le prolongement du garde de maître et sans rupture entre les deux derniers grades de leur maçonnerie alors que les Modernes laissaient l'Arc en dehors de leur graduation officielle. Lorsqu'Anciens et Modernes fusionnèrent leurs deux obédiences en 1813 (15 novembre et 27 décembre), sous l'impulsion du Duc de Sussex pour constituer la Grande loge unie d'Angleterre, l'Acte d'union présenta la graduation maçonnique de manière très... anglaise !
Voici le texte précis :

[...] pure Ancient Masonry consists of Three Degrees and no more, namely those of the Entered Apprentice, the Fellow Craft and the Master Mason including the Supreme Order of the Holy Royal Arch.

Ce qui signifie :

La pure ancienne maçonnerie consiste en trois degrés et rien de plus, nommément ceux d'apprenti entré, de compagnon du métier et de maître maçon incluant l'ordre suprême du saint arc royal.

L'un des points de discorde a donc été tranché sans réellement l'être puisque le grade d'Arc royal est devenu une sorte de complément de la maîtrise qui l'inclut tout en ne l'incluant pas puisque ce sont des organismes distincts qui le confèrent (chapitres) et qui se regroupent entre eux le tout en dehors de la Grande loge (grands chapitres provinciaux et nationaux).
Malgré la formulation diplomatique de l'Acte d'union on voit bien que tout montre que l'Arc royal est bel et bien un quatrième grade en bonne et due forme :

  • mots, signes et attouchements connus des seuls adhérents à ce grade
  • organisation interne distincte : trois officiers principaux, etc.
  • organisation externe distincte : chapitres et grands chapitres autonomes vis à vis des loges et grandes loges

Tout cela c'était en 1813 et ça l'ait encore aujourd'hui dans nombre de contrées où la franc-maçonnerie s'est développée sous l'influence anglaise (cf note 1 infra).

Mais avant 1813, plus précisément en 1778 pour la France et en 1782 pour le reste de l'Europe, le régime écossais rectifié s'était déjà construit autour de quatre grades :

  • Apprenti
  • Compagnon
  • Maître
  • Maître écossais de saint André

Le quatrième grade est une sorte de couronnement de la graduation maçonnique rectifiée :

  • il est assez différent des trois premiers grades dans sa structure et son contenu
  • on y trouve une forme de synthèse et même d'explication des trois premiers gardes
  • on y dit explicitement au candidat que "le quatrième grade, [...] complète et termine [son] initiation maçonnique dans les classes des symboles."

Le régime écossais rectifié a connu une histoire mouvementée l'ayant mené en Suisses durant le XIXè siècle pour revenir en France au début du XXè siècle et s'étendre ensuite à la fin du XXè notamment au Portugal, en Belgique ou encore en Espagne. L'éclipse du XXè siècle a imposé au régime rectifié une forme d'adaptation par inculturation.

En réalité, le contenu et les formes du rite ont progressivement été perdus au détriment des us et coutumes de la maçonnerie majoritaire de l'époque (XIXè et une grande partie du XXè siècles). Ainsi le régime écossais rectifié s'est fondu dans la culture maçonnique ambiante et très vite une frontière artificielle est apparue entre le troisième grade et le quatrième. Cela s'est formalisé en France en 1935 lorsque le Grand Prieuré des Gaules (GPDG) régissant le régime en France a remis l'administration de ses loges de saint Jean (trois premiers grades) à une éphémère Grade Loge rectifiée qui ne tardera pas à se fondre dans la Grande loge de France. A compter de 1958, cette décapitation du régime s'accentua puisqu'elle est devenue la norme en France avec la signature d'un accord entre le GPDG et la Grande loge nationale française (GLNF) (cf note 2 infra) :

  • limitant le recrutement du GPDG aux maîtres maçons de la GLNF
  • remettant la gestion des loges de saint Jean (trois premiers grades) à la GLNF
  • remettant la gestion des loges de saint André (quatrième grade) à un organisme intermédiaire (Directoire écossais)
  • laissant la gestion de l'Ordre intérieur (classe chevaleresque presque non-maçonnique) au GPDG

A la suite de cela, et jusqu'en juin 2000, les différentes scissions issues du GPDG, et composant l'essentiel des branches de la maçonnerie rectifiée en France aujourd'hui, établiront cette fracture entre le "bleu" (couleur de la loge de saint jean)  et le "vert" (couleur de la loge de saint André) (cf note 3 infra).

Nous remarquerons que ce nouveau modèle se superpose à souhait avec le modèle anglo-saxon dans la mesure où le Maître écossais de saint André se retrouve administré et conféré par un Directoire écossais tout comme l'Arc royal est administré et conféré (en général) par Grand chapitre dédié à ce degré.

Le problème se pose lorsque l'on sait que la structure du rite rectifié est régit par un Code des loges réunies et rectifiées qui explicite l'enchaînement entre le "bleu" et le "vert". Nous ne détaillerons pas ici l'ensemble des liens organiques entre les deux niveaux de la maison rectifiée (cf note 4 infra), mais notons simplement que les principaux officiers (Vénérable Maître et deux surveillants) doivent être, selon le dit Code, des Maîtres écossais de saint André. Et pour cause, ils sont ceux qui animent la loge, ceux qui instruisent leurs Frères des différents grades "bleus", ceux qui proposent qu'un Maître soit admis en loge de saint André, etc. Comment le feraient-ils s'ils ne sont pas détenteurs de ce "quatrième grade, [qui] [...] complète et termine [l']initiation maçonnique dans les classes des symboles"... Quelle obédience "bleue" admettrait que des représentants d'une autre juridiction (Directoire écossais, par exemple) interviennent ex cathedra dans le déroulement des travaux des loges "bleues" qu'elle administre ? Probablement aucune...
Ainsi, on peut résumer la situation actuelle comme suit :

  1. Beaucoup sont aujourd'hui dans une telle situation où le "bleu" et le "vert" sont littéralement scindés laissant les Frères dans une situation soit (a) "décapitante" où il n'y a pas de lien entre le "vert" et le "bleu" soit (b) malsaine où les choses se font sous le manteau.
  2. Certains ont trouvé une solution intermédiaire où l'obédience "bleue" n'a pas vraiment de consistance initiatique et n'existe en réalité que pour traiter l'administratif et du même coup faire rentrer le rectifié dans le "moule" de la maçonnerie classique.
  3. D'autres enfin ont fait le choix de la clarté : le "bleu" n'existe pas en soi, il n'est que la base qui culmine en se prolongeant dans le "vert". Ce n'est pas un choix simple et cela peut poser des problèmes lors des visites ou des reconnaissances mutuelles, mais c'est un choix qui assure une cohérence pleine avec la logique interne du régime.

Les solutions 2 et, a fortiori, 3 ci-dessus me paraissent tenables sans grandes difficultés. La solution 1, dans sa conséquence (a) et dans sa conséquence (b), me paraît plus laborieuse et difficile à tenir sur le long terme.
J'espère avoir était assez clair dans ce sujet qui n'est pas simple à traiter tant les francs-maçons sont habitués à un fonctionnement standard ne laissant que peu de place aux "exotismes" locaux qui ont pourtant parfois un caractère essentiel.
Notes :

  1. Signalons, les travaux de l'excellente loge de recherche William Preston, de la Loge nationale française,  dédiée à l'étude du rite anglais (dit Emulation).
  2. Sur les différentes filiations rectifiées on pourra consulter notre note publiée ici.
  3. En 2000, la conséquence inattendue, mais ô combien satisfaisante, de la rupture des liens entre GLNF et GPDG permit à ce dernier d'établir sa juridiction sur l'ensemble du régime notamment en remettant le "vert" au sommet de la classe maçonnique de manière formelle...
  4. La double structure administrative et hiérarchique du Régime Ecossais Rectifié en 1778, Eques a Latomia Universa (R. Guilly-Désaguliers), in Renaissance Traditionnelle, n°31, Juillet 1977

source : blog de A Valle Sancta

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Prière du Parachutiste

17 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

Un commentaire d'un Frère parachutiste..

 

Mon TCF, voici l'origine de ce texte que notre confrérie des anciens parachutistes affectionne
tout particulièrement.

Cette prière fut trouvée sur le corps de l’Aspirant Zirnheld,
tué en juillet 42, en Libye, au cours d’un raid sur les arrières de l’ennemi. Elle avait été écrite en avril 1938, alors qu’André Zirnheld était professeur de philosophie au lycée de Tunis. Plus tard, l’Aspirant Zirnheld s’était engagé au 1° Bataillon d’infanterie de marine en Palestine, puis, envoyé à l’École d’aspirants de Brazzaville, il y fut recruté par le Capitaine Bergé qui mettait sur pied les premières compagnies SAS. A l’origine, ce texte s’intitulait “ Prière ”, mais il fut immédiatement adopté par les parachutistes qui, d’emblée, y retrouvèrent l’écho de leur âme : ce mélange d’abnégation orgueilleuse, de doute et de fureur, de désenchantement et de foi. Le texte de l’Aspirant Zirnheld exprime en effet aussi parfaitement que possible l’esprit parachutiste. Et, près d’un demi-siècle plus tard, dans un monde et un environnement différents il n’y a rien à y changer.

"Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste
Donnez-moi ce qu’on ne vous demande jamais.
Je ne vous demande pas le repos
Ni la tranquillité
Ni celle de l’âme, ni celle du corps.
Je ne vous demande pas la richesse
Ni le succès, ni même la santé.
Tout ça, mon Dieu, on vous le demande tellement
Que vous ne devez plus en avoir.
Donnez-moi, mon Dieu, ce qui vous reste
Donnez-moi ce qu’on vous refuse.
Je veux l’insécurité et l’inquiétude.
Je veux la tourmente et la bagarre.
Et que vous me les donniez, mon Dieu, définitivement."

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Le 9ème Maître

17 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

La Pl.que je vais vous présenter maintenant est le résultat d’une découverte – pour moi du moins – que j’ai faite l’été dernier en méditant sur un Rituel au Grade de Maître daté de 1788. J’y ai trouvé un passage insolite qui m’a profondément interpellé et intéressé, mais que je ne me souvenais pas avoir entendu ou lu ailleurs à quelque occasion que ce fut. J’ai cherché : je ne l’ai trouvé nulle part ailleurs, dans un premier temps. Nulle part, en particulier dans les Rituels aujourd’hui mis en œuvre au Rite Français Moderne ou Traditionnel, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, au Rite Emulation et ce dans différentes obédiences. Pourtant, la symbolique que j’y vois me laisse penser que sa disparition dans les versions successives du Rite Français et des autres Rites depuis la fin du XVIIIème siècle  est regrettable : c’est soit une perte, soit une regrettable ignorance. Vous me direz peut-être ce que vous en pensez. Je vais donc tout d’abord synthétiser ma courte investigation historique. Courte, faute de temps et de moyens. Cependant, j’ai bénéficié de l’aide – ponctuelle mais très utile – de quelques FF\ historiens, archivistes ou conservateurs au G.O.D.F.et à la G.L.D.F. Ensuite, je vous ferai part de mon interprétation symbolique de ce passage de l’élévation au troisième Grade dans ce Rituel de 1788, inclut dans le Recueil de Maçonnerie de cette date. Cela me mènera à conclure avec une proposition en forme de question.

 

De quoi s’agit-il précisément ?

Il existe un document imprimé dont le titre exact est « Recueil des trois premiers grades de la Maçonnerie, sous la dénomination d’Apprenti, Compagnon et Maître », daté de 1788 et signé par « un ex-Vble » qui dédie ce document « à tous les Vbles Mes de LL\ Régulières ». Le document lui-même fait 184 pages et couvre effectivement les trois grades de la Franc-maçonnerie, dite symbolique. Il a été – très heureusement pour moi et pour nous ce soir – publié par les soins de N\T\C\F\ Pierre Mollier, Bibliothécaire du G\O\D\F\ en 2001, aux Editions A l’Orient.

L’épisode qui nous intéresse commence page 151, lorsque, Hiram étant mort et les trois mauvais compagnons ayant enterré le corps d’Hiram sur le mont Sinaï, le roi Salomon s’inquiète de trois jours d’absence consécutive de l’Architecte. Les MM\ lui proposent de partir à sa recherche, mais Salomon, pour éviter d’éveiller l’attention des assassins, en fait designer Neuf au sort qui partent à la recherche d’Hiram aux environs de Jérusalem. Ils conviennent de se retrouver sur le Mont Sinaï – surnommé « des Acacias » (sic) -, de fouiller neuf lieues à la ronde, trois partant par la porte du Nord, trois par celle du Midi, trois par celle d’Occident.

A ce moment du récit, le T\R\M\ quitte l’Orient et vient se placer au pied du cercueil, puis fait le tour de celui-ci trois fois avec les autres FF\ en sondant le terrain de la pointe de leur glaive. Ces voyages finis, le T\R\ s’arrête à l’O\ et poursuit le récit. Les MM\ ont voyagé jusqu’au 9ème jour ; jour où ils se retrouvent comme convenu sur le Mont Sinaï. Ils se plaignent les uns aux autres de leurs recherches infructueuses. C’est alors qu’advient l’épisode qui m’intéresse tant.

Les 9 MM\ ont cherché Hiram pendant 9 jours, trois par trois, 9 lieues à le ronde, sans réussir à le trouver. Alors 8 d’entre eux décident de rentrer à Jérusalem. Mais le 9ème refuse (page 152-153), les assurant qu’il ne partira pas sans avoir fouillé jusqu’au plus petit recoin du Mont. Les 8 autres partent, effectivement. Le 9ème, peut-être fatigué (c’est ce que disent certains Rituels, mais pas celui-ci), veut s’asseoir. Pour ce faire, il prend appui sur une branche – d’Acacia – qui lui reste dans les mains. Du coup, il découvre que la terre alentour est fraichement remuée, il se demande pourquoi et, vu les éventualités, rappelle les autres. Ils creusent, trouvent un cadavre, couvert d’un linge ensanglanté, avec une Equerre à la tête et un Compas aux pieds, le cadavre à la main droite au signe de Comp\, la gauche le long du corps, la jambe droite en équerre, l’autre étendue. Se doutant qu’il puisse s’agir d’Hiram, ils soulèvent le linge et le découvre. Le Rituel poursuit ensuite selon les grandes étapes connues au Rite français.

J’ai trouvé ce passage remarquable pour les raisons symboliques que je vais vous exposer ci-après. Mais aussi parce que je pense que c’est la première fois que je lisais un récit circonstancié des événements ayant entrainé la découverte du cadavre d’Hiram, la plupart des Rituels anciens ou contemporains étant – à ma connaissance – assez pauvres, voire silencieux, sur le sujet. Je me suis alors mis en quête de la présence ou non de ce passage dans d’autres Rituels, au Rite Français et à d’autres Rites. D’autant que ce passage du Recueil, que nous appellerons ici « de 1788 », n’était pas considéré comme anecdotique par le Vénérable rédacteur et/ou ses prédécesseurs. En effet dans le catéchisme qui suit (pages 170-171) l’épisode, et donc son enseignement, est rappelé. Je cite (en laissant l’orthographe de l’édition) :

D. Que fit alors Salomon ? (après qu’il eut considéré l’assassinat probable de son Architecte)

R. Comme tous les Mes\ se dévouèrent par zèle à cette recherche, ce sage Roi leur présenta qu’ils ne pouvoient tous s’absenter sans occasionner des soupçons, en conséquence il en fit élire neuf au sort & renvoya les autres à leurs ateliers.

D. Quel arrangement prirent les neufs Maîtres sur qui le sort tomba ?

R. Ils convinrent de se séparer trois par trois, de fouiller les environs de Jérusalem neuf lieues à la ronde, & se donnèrent rendez-vous sur le Mont Sinaï.

D. Comment partirent-ils ?

R. Trois par la porte du Nord, trois par le Porte du Midi & trois par celle d’Occident.

D. Quel fut le succès de leur entreprise ?

R. Ils voyagèrent jusqu’au neuvième jour sans faire la moindre découverte.

D. Où se rejoignirent-ils ?

R. Sur le Mont Sinaï.

D. Quelle fut alors leur résolution ? (sens au XVIIIème siècle = décision prise ou dessein)

R. Huit d’entre eux résolurent de retourner à Jérusalem, mais le neuvieme, plus zèlé, protesta (sens XVIIIème = déclara, promis) qu’il ne s’en retourneroit qu’après avoir fouillé toute la montagne.

D. Qu’en arriva-t-il ?

R. Qu’après le départ des huit Maîtres, le neuvieme voulant s’asseoir pour se reposer, s’appuya sur une branche d’acacia qui lui resta à la main ; cela fut cause qu’il examinât de plus près cet endroit, & s’appercevant que la terre étoit nouvellement remuée, il rappella les Maîtres.

D. Que firent-ils ?

R. Ils se mirent à creuser, & à cinq pieds de profondeur, ils trouvèrent un cadavre au signe de Compagnon, couvert d’un linge teint de sang, ayant une équerre à la tête & un compas aux pieds, & l’un d’eux ayant enlevé le linge qui lui couvroit le visage, ils reconnurent Adonhiram assassiné.

Etc.

 

 Symbolisme de cet épisode rituel

Si je me suis tant intéressé à l’origine de ce passage du Rituel d’Elévation à la Maîtrise du Recueil de 1788, c’est que sa découverte a agi sur moi en me faisant découvrir de nouvelles approches de l’engagement maçonnique et surtout un support rituel et symbolique à la compréhension que j’en ai. Que « dit » ce passage ? Quel est son enseignement ?

Observons avec précision la rédaction dans le Recueil de 1788. Il me semble que ce passage suggère plusieurs enseignements essentiels, l’interprétation ne pouvant guère s’égarer au regard des formulations adoptées.

Ce passage nous dit des choses essentielles sur la manière dont la Tradition de l’Initiation survit, sur la manière dont la Lumière prévaut et surtout sur la manière dont la transmission se fait malgré la foule des « renonçants » et des renoncements. En même temps, ce passage nous faire prendre conscience de notre pouvoir à l’échelon individuel. Car qu’un seul/qu’une seule assure la transmission, qu’un seul/qu’une seule poursuive et notre Ordre avec son Idéal ressurgit.

Tout ceci n’est compréhensible que si l’on imagine – au moins à titre d’expérience philosophique en pensée - un monde dans lequel l’idéal maçonnique disparaitrait vraiment et donc avec lui notre idéal de vérité dans l’esprit de chacun et de fraternité entre tous. Un monde dans lequel il ne serait plus possible de réaliser matériellement et de concevoir dans nos esprits ce qui nous réunit ce soir encore… que serait ce monde-là ? Que serait cet univers où plus une femme et plus un homme ne serait résolu à faire prévaloir en lui et autour de lui de la fraternité, de la solidarité, de la considération pour l’autre et pour soi ? Si tous nous ne faisons rien, ce monde peut advenir. Quand nous renonçons à un effort utile à la Fraternité, rien, absolument rien ne  nous garantit que qui que ce soit le fera à notre place. Et si tous nous nous disions que de toute façon quelqu’un d’autre le fera bien… nul ne le ferait. En cela, le symbolisme du Neuvième Maître rappelle ce que nous disons dès le début au nouvel initié dans notre rituel d’Initiation au Rite Français (variante Salvador Allende – Louise Michel) : « Chaque occasion d’être utile dont il (le Franc-maçon) ne profite pas est une infidélité. Chaque secours qu’il refuse est un parjure. »

Autrement dit, nous portons tous, non pas ensemble mais de même, toute la Maçonnerie sur nos frêles épaules dès lors que nous devenons, puis restons Maîtres Maçons. Et quand bien même démissionnerions-nous que je ne suis pas sûr que nous échappions au Devoir librement contracté.

Le Neuvième Maître, lui, refuse de renoncer. Consciemment. Délibérément.

Le Neuvième Maître est, comme les huit autres élus, épuisé, fatigué. Mais sa conduite nous décrit un Maître Maçon qui ne tire pas argument de sa fatigue, de ses doutes ou de ses incertitudes, pour renoncer, abandonner. Il ne tire surtout pas argument de ce que ses efforts sont infructueux pour conclure qu’ils sont inutiles. Il ne cherche pas d’excuse pour cesser ses efforts. Il a adopté une posture radicale, engagée qui ne lui laisse d’autre choix que d’être ce qu’il a justement choisi d’être : un Maître, un « cherchant » devant tout faire pour trouver, faire aboutir sa quête.

Les Huit autres Maîtres, eux, « s’affligèrent de l’inutilité de leurs recherches : alors [ils] résolurent de retourner à Jérusalem ».

Tout ce que ne fait pas le Neuvième Maître nous enseigne autant que ce qu’il fait.

Le Neuvième Maître ne cherche pas à retenir les huit autres maîtres : sa décision est prise, implicitement depuis le début. Il ne les juge pas en ne les retenant pas. Leur compréhension et leur aide ne lui sont pas nécessaires pour déterminer sa conduite. Il n’attend de nul qu’il lui indique ce qu’il doit faire ni ne l’encourage. Il est souverain dans son jugement et sans la tâche du désir de convertir l’autre par l’autorité ou la conviction, pour se rassurer lui-même en faisant nombre.

S’il ne les juge pas, l’épisode rituélique souligne à quel point son attitude est en elle-même une critique : la fouille des huit autres est incomplète à ses yeux, il est possible et nécessaire d’aller plus loin pour atteindre leur but. C’est d’autant plus une critique en actes que l’issue des événements lui donne raison. Les huit autres avaient de facto tort d’abandonner. De ce point de vue, le Neuvième Maître nous indique « où » nous devons faire porter notre critique du monde et comment : dans et par nos actes, non par la seule parole. La critique formulée en parole ne change rien. Formulée en actes, elle change le monde en y existant, c’est-à-dire en démontrant que ce que nous estimons nécessaire et juste est possible. C’est donc une critique par l’état de fait, une énonciation en acte de nos refus.

On peut considérer que le Neuvième Maître devient Hiram en refusant de renoncer à trouver son cadavre, ce qui symbolise le refus de voir mourir la Tradition qu’il portait et incarnait, en décidant unilatéralement de devenir le pont ou la porte entre les Maîtres passés et ceux à venir. La recherche et la découverte du cadavre d’Hiram symbolise, entre autre chose, la continuité de la Tradition maçonnique et de la connaissance du métier de Bâtisseur (d’Hommes et de sociétés humaines) malgré et grâce au meurtre du Maître. Les qualités qui font le Maître Bâtisseur ne sont-elles pas notamment celles qui permettent de retrouver Hiram ? Le mythe symbolise cette continuité malgré l’adversité : IL FAUT retrouver le cadavre d’Hiram, de même qu’il faut qu’Hiram soit assassiné.

Il est intéressant de noter la structure du mythe même. Au fond, Hiram renaît dans le nouveau Maître, le Neuvième parce que celui-ci réalise les qualités qui font le Maître en le cherchant et en refusant d’abandonner sa quête, ce qui le même à la découverte du Maître. On retrouve-là un enseignement proche de l’Extrême-Orient où l’on désigne les Initiations à l’aide un idéogramme ( en japonais, tao en chinois) qui littéralement désigne la route, le chemin, la voie. Comme si les motifs et les conditions du cheminement se confondaient avec le but…

Il faut aussi s’interroger sur les autres possibilités rituelles imaginables ou par ailleurs mise en œuvre dans d’autres rituels. Je ne suis pas sûr d’avoir trouvé tout ce qu’il y a à trouver à ce sujet (comme sur aucun autre !), mais il semble qu’il y a trois scénarios-types menant à la découverte du Maître :

Le Hasard ou la Providence qui permettent à la recherche de trouver son issue. C’est la thèse de la plupart de Rituels actuels. On « tombe » sur des indices d’une manière qui semble effectivement providentielle. Cependant, cette thèse fait souvent appel – mais pas toujours - à la perspicacité des FF\ : ils doivent détecter quelque signe qui leur permet de donner une issue favorable à leur recherche : trouver le tombeau du Maître.

L’Enquête. Cette dernière nécessiterait de retrouver les coupables, de les faire avouer, de collecter des indices, des témoignages, etc. C’est l’option retenue sous diverse formes par les systèmes de Hauts-Grades, notamment ceux qui mènent ensuite à la Vengeance. Mais nous aborderons cette question plus tard.

L’Opiniâtreté, autrement dit l’Engagement. C’est la Thèse originale du Recueil de 1788 et du Marquis de Gages. Dès lors les détails qui semblent providentiels ne le sont plus, puisque que tout devient une question de temps, d’efforts, d’engagement, dans le sens de ce refus de l’abandon. Il reste tout de même une certaine dose de perspicacité dans les réactions du Neuvième Maître. Mais le point original est l’introduction de l’opiniâtreté dans les facteurs et donc les qualités assurant la pérennité de l’Ordre. Cette opiniâtreté se dissimule derrière la terminologie du XVIIIème. L’enseignement par Demandes et Réponses indique :

« le neuvieme, plus zèlé, protesta qu’il ne s’en retourneroit qu’après avoir fouillé toute la montagne. » « Zélé » n’est-il pas l’ancien mot pour « engagé » et « zèle » pour « engagement radical » au sens étymologique de « radical », i.e. ce qui touche à la racine des choses et des êtres ?

Ainsi, la comparaison des rituels permettent d’identifier les facteurs permettant la découverte du tombeau d’Hiram qui, par analogie, se confondent avec les qualités permettant de trouver le Maître, Hiram… en nous-mêmes. Ces qualités sont au nombre de trois : la Méthode, l’Opiniâtreté et la Perspicacité. On y décerne un subtil dosage de qualités psychologiques – l’Opiniâtreté - et l’effet de l’exercice de la Raison – la Méthode. La dernière qualité – la Perspicacité – relève des deux registres car elle est tout autant l’exercice des facultés de raisonnements de l’esprit humain que de facultés plus intuitives peut-être plus liées à l’émotionnel. En tout cas, le destin de la Quête du Maître Maçon n’est plus abandonnée au Hasard et aux caprices de la Providence. Il est intéressant de mettre ces trois qualités en parallèle avec les trois vices incarnés par les trois mauvais Compagnons – l’Ignorance, le Fanatisme et l’Hypocrisie - et avec les trois principales facultés de l’esprit énoncées lors de l’Initiation : le Sentiment, l’Intelligence et la Volonté – soit le Cœur, l’Intellect et la Mise en actes, le Faire.

Il y a en filigrane de nos rituels et de notre symbolisme toute une théorie de l’action – ce que l’on appelle une praxéologie – de et sur l’esprit humain et des idées pratiques pour le mener vers la Lumière. Cet épisode du Neuvième Maître y participe par la mise ne scène des qualités nécessaires à la Quête de la Maîtrise maçonnique qui n’est plus abandonnée au Hasard par la pauvreté de la plupart des versions contemporaines du Rituel d’Elévation à la Maîtrise. Notre Rituel au Rite Français n’est pourtant pas muet. On y lit la nécessaire opiniâtré dans la recherche, l’importance de la méthode (« recommencez vos recherches en y apportant un soin plus minutieux »), puis l’exercice de la perspicacité (avec la découverte d’un tertre puis d’une branche d’acacia, qualifiés d’« indices »). Mais la scénographie ne permet pas la personnification de ces qualités comme le fait le rituel du Recueil de 1788 et celui du Marquis de Gages. Or cette personnification est l’une des données techniques permettant l’identification, c’est-à-dire ce processus d’intériorisation par lequel nous faisons nôtres des qualités nouvelles. En ce sens, le Recueil de 1788 propose une formulation rituélique plus puissante.

On peut donc voir dans le Neuvième Maître la figure mythique de l’Engagement du Maître Maçon, qui jamais ne renonce, et surtout pas à être ce qu’il est : le successeur d’Hiram, Hiram lui-même ; du moins le fait-il renaître progressivement en lui par son travail, son engagement, ses réalisations de Bâtisseur. La solitude ne le désoriente pas. Les compromis et l’abandon des autres ne le font pas dévier de la conduite que lui impose sa condition, cette condition qu’il a recherchée et acceptée. Le Neuvième Maître est le F\ ou la S\ par qui la Tradition survit parce qu’elle devient lui- ou elle-même.

La découverte du cadavre d’Hiram symbolise la transmission de la Tradition et de la Connaissance, la recherche du Maître, indissociable de l’affrontement à la Mort et de l’émancipation de la peur qu’elle inspire aux humains. Au sens littéral, les 9 MM\ « recherchent le Maître » et ils trouvent la Mort : dernier enseignement d’Hiram à ces 9 MM\ qui lui sont tant attachés, dernier enseignement au Neuvième Maître grâce auquel le Maître accède, à travers cette mort qui lui permet d’échapper à la peur tyrannique qu’elle inspire, au stade ultime de la Maîtrise : la liberté.

 

Conclusion

Ma conclusion sera brève. Tout d’abord, je voudrais attirer votre attention sur le rapport, non prémédité, entre cette planche et notre Question à l’Étude des Loges « maçonnique » cette année[1] ; le rapport aussi avec les projets de Commission des Rituels. Les Rituels ont beaucoup varié. Il a fallu les formuler, les développer, les adapter parfois aux circonstances. Ils ont aussi été appauvris, notamment par ce processus, qui a touché je pense bien des Maçonneries à travers le monde, qui consiste à la standardiser, parfois à les simplifier. Nous avons là l’exemple d’un élément rituélique perdu dont, à bien des égards, il pourrait être intéressant d’étudier la réintroduction dans notre Rituel. Mais pour cela, il faut en être libre et le rester. Être libre d’ajuster la formulation de nos outils à l’environnement dans lequel notre Ordre doit agir, être libre de faire renaître ce qui parfois a été perdu.

Une autre question se pose, plus fondamentale : quand dire non ? Comment dire non ? Comment faire la différence entre engagement et obstination ? Où et quand s’arrêter ? Le Neuvième Maître pose et répond aussi à ces questions. Son attitude n’est pas de refuser « totalement » de rentrer, d’abandonner si la recherche s’avère infructueuse ou impossible. Simplement, il voit encore quelque chose à faire et juge qu’il doit donc le faire. De ce point de vue, le Neuvième Maître n’est pas simplement un « bon » frère à opposer aux huit autres qui seraient de « mauvais » frères, faibles, paresseux, indifférents ou négligents. Plutôt, il souligne ce qui nous range souvent du côté des « huit » : le manque de discernement, le fait de ne pas, de ne plus voir ce qui peut encore être fait avant de renoncer à ce qui nous défini : notre Quête et les motifs que nous lui avons donnés.

Le Neuvième Maître est le Maître qui assume son engagement et donc celui ou celle par lequel(le) la tradition maçonnique se maintient vivante. Son engagement radical mais serein et réfléchi, sa détermination définitive et son « zèle », dont nous parlent les manuscrits anciens, sont la marque du Maître.

J’ai dit, V\M\.

 F.Zenon

 

source : http://montaleau.over-blog.com/

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La blanche Hermine

16 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Chants

J'ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ
Un troupe de marins, d'ouvriers, de paysans.
Où allez-vous, camarades, avec vos fusils chargés?
Nous tendons des embuscades, viens rejoindre notre armée!

La voilà la blanche hermine,
Vivent la mouette et l'ajonc,
La voilà la blanche hermine,
Vivent Fougère et Clisson!


Où allez-vous, camarades, avec vos fusils chargés?
Nous tendons des embuscades, viens rejoindre notre armée.
Ma mie dit que c'est folie d'aller faire la guerre aux Francs,
Moi je dis que c'est folie d'être enchaîné plus longtemps.

Ma mie dit que c'est folie d'aller faire la guerre aux Francs,
Moi je dis que c'est folie d'être enchaîné plus longtemps.
Elle aura bien de la peine pour élever les enfants,
Elle aura bien de la peine car je m'en vais pour longtemps.

Elle aura bien de la peine pour élever les enfants,
Elle aura bien de la peine, car je m'en vais pour longtemps.
Je viendrai à la nuit noire, tant que la guerre durera,
Comme les femmes en noir, triste et seule, elle m'attendra.

Je viendrai à la nuit noire, tant que la guerre durera,
Comme les femmes en noir, triste et seule, elle m'attendra.
Mais sans doute pense-t-elle que je suis en déraison?
De la voir mon coeur se serre, là-bas devant la maison.

Mais sans doute pense-t-elle que je suis en déraison?
De la voir mon coeur se serre, là-bas devant la maison.
Et si je meurs à la guerre, saura-t-elle me pardonner
D'avoir préféré ma terre à l'amour qu'elle me donnait?

Et si je meurs à la guerre, saura-t-elle me pardonner
D'avoir préféré ma terre à l'amour qu'elle me donnait?
J'ai rencontré ce matin devant la haie de mon champ
Un troupe de marins d'ouvriers de paysans...  

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Les oies sauvages

16 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Chants

Les oies sauvages vont vers le Nord,
Leur cri dans la nuit monte,

Gare au voyage, car la mort
Nous guette par le monde.

 

 

  (bis)

En avant, vole grise armée
Et cingle aux mers lointaines.
Tu reviendras, mais nous qui sait,
Où le destin nous mène.

Au bout de la nuit qui descend,
Voyage grise escadre.
L'orage gronde et l'on entend
La rumeur des batailles.

Comme toi, toujours nous allons,
Grise armée dans la guerre.
Murmure-nous si nous tombons
La dernière prière.  

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Chant des Marais

16 Janvier 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Chants

Loin dans l'infini s'étendent
Les grands prés marécageux,
Pas un seul oiseau ne chante
Dans les arbres secs et creux.
Ô terre de détresse
Où nous devons sans cesse
Piocher, piocher, piocher.
Dans ce camp morne et sauvage
Entouré de fils de fer,
Il nous semble vivre en cage
Au milieu d'un grand désert.
Bruits de pas et bruits des armes
Sentinelles jour et nuit
Et du sang, des cris, des larmes,
La mort pour celui qui fuit.
Mais un jour dans notre vie,
Le printemps refleurira,
Liberté, liberté chérie
Je dirai :"Tu es à moi"
Ô terre d'allégresse
Où nous pourrons sans cesse,
Aimer, aimer, aimer.
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