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Planche : L'Esotérisme Initiatique du Prince St Exupéry

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Evidemment St Exupéry a bien choisi les titres de ses livres !... " Vol de nuit ", "

Courrier sud "... Les mots et les images évoqués ainsi concourent tous à exprimer cette direction unique et essentielle de son message, la ligne de force de toute son œuvre : la découverte, le maintien conscient et le partage du Mouvement bien ordonné... Quel message intégral, rappelant le symbole du Serpent Ourobouros de l’alchimie ! Ne pouvons-nous pas résumer ainsi : la ligne de force de son œuvre, c’est le rappel des Lignes de Forces de la Vie...

Le voici déjà, lui qui, pionnier de l’aéronautique ouvre des terrains et des lignes d’aviation, de l’aéropostal "la ligne" et autres itinéraires aériens à travers le monde..., comme si ses conceptions, ses intimes pulsions de vie s’incarnaient ainsi dans la matière. Préoccupation naturelle se "somatisant" pourrait-on dire, en occupation contraire : un couple intérieur-extérieur si souvent antagoniste chez les êtres qui n’ont pas su, ou accepté de, relier déjà leur cœur et leur tête... et dont le métier est douloureusement sans rapport avec leur idéal et leurs souhaits !

St Exupéry a constaté cette nécessité d’incarnation ; il l’explique très nettement ainsi : " Tu ne trouveras point la paix si tu ne te fais véhicule, voie et charroi" (501 Cit.).

Mouvement vers... la "terre des hommes" ; vers la découverte, le maintien conscient et le partage d’un sens à la vie", comme ses autres ouvrages nous le font de nouveau découvrir par leurs titres.

Mais attention ! "Vol de nuit", "Pilote de guerre" : tant de difficultés dans ce cheminement obscur et violent de l’existence ! Il faudra prendre ses distances, voir les choses "d’en haut" : Le cheminement devient lors preuve initiatique.

Cheminement initiatique ; dans le cas contraire le résultat est terrible : "myope et le nez contre, je n’ai rien vu jamais que lâcheté, sottise et lucre. Mais de la montagne où je m’assieds, voici que j’aperçois l’ascension d’un temple dans la lumière" (504 Cit.).

Ayant lui, pris ses distances vis-à-vis des relativités terrestres, grâce à son avion comme par l’intermédiaire du désert, Saint- Exupéry, comme tous les guides dignes de ce nom, les "voyants", les connaissants de quoi que ce soit, a "vu quelquefois ce que l’homme cru voir" (Rimbaud) ; il peut le révéler pour ses lecteurs, pour ses "amis" au sens phonétiquement cabalistique du mot, pour ceux dont l’âme est déjà proche de la sienne...

Qui n’a jamais connu, au lycée ou dans " les chemins de grand vagabondage", une telle rencontre, un tel lien intellectuel et affectif, de "cœur", avec un auteur qui expose pour lui les lignes de force de l’existence, est fort à plaindre ! Qui n’a jamais perçu ainsi, comme Dante : Béatrice et Virgile, comme tant de troubadours : la "Dame" comme tant d’autres : des "stars" - modèles, "une étoile pour guider sa marche", aura beaucoup à peiner, à se fourvoyer pour redécouvrir, solitaire, "ce champ de force qui seul l’anime", qui est "direction et tendance vers" (417 Cit.). "Tout le monde n’a pas eu un ami "constate Saint-Exupéry dans le "Petit Prince".

Des lignes de force.

Lui, tout comme il lançait des lignes à travers le désert pour transporter les messages des hommes (l’Aéropostale), le voici qui lance, dans tous ses ouvrages, ces "lignes de force", ces "structures" (373 Cit.) essentielles pour aider dans la traversée d’un désert tant intérieur ("On ne voit rien. On entend rien" (P.P) " le désert c’est moi " (183, T.H) qu’extérieur ("à mille milles de toute terre habitée"... " Où sont les hommes" (P.P)).

C’est bien là ce que tente de faire tout ouvrage initiatique, toute voie initiatique, diamétralement opposée en cela aux romans " à l’eau de rose", aux récits de cas psychanalytique et autres ouvrages ("créations" ou conseils) concluant à la faiblesse inhérente à l’être humain ou à l’ineptie, à l’absurdité de l’existence ; à l’aliénation (alien)...

Saint-Exupéry affirme bien clairement, lui l’existence de liens : "Comptent pour l’homme d’abord et avant tout la tension des lignes de force dans lesquelles il trempe" (372 Cit.). Pas les impulsions des désirs personnels ! Les pulsions sous-tendant celles- ci : il ne s’agit pas "de cultiver tes désirs. Car si rien ne s’y meut, il n’est point de lignes de force" (373 Cit).

Ainsi, comprenons-le bien, pas de mouvements vers "le repos du 7è jour", les "diamants en vrac", "les femmes (qui) se vendent", "l’île heureuse" qui rendraient l’être semblable au "bétail morne" (373, 375 Cit.)... Non ! Le mouvement est en direction des hauteurs de soi-même, de l’origine de soi- même (sens véritable d’"initiation"), vers la "connaissance du nœud divin qui noue les choses" (501 Cit.), vers le Maître du champ des forces, ce point mystérieux que Saint- Exupéry nomme tour à tour Seigneur, Dieu (Cit.), Eau, Désert (P.P)...

Il s’explique plus catégoriquement à ce sujet : "Les lignes de force créées doivent te dominer de plus haut pour que tu y trouves tes pentes et tes tensions et tes démarches (... ) et (pour te) rassembler à quelque chose qu’il n’est point de toi de comprendre" (374 Cit.). Heureux ceux qui le réalisent et vivent ainsi ! Les autres sont en "exil" - et Saint Exupéry, exilé en Angleterre, incompris de ses amis, calomnié par d’autres (Cit. Préface) sait de quoi il parle ! La terre est alors pour eux, comme pour le Petit Prince, un véritable désert... "les grandes personnes (elles), s’imaginent tenir beaucoup de place" (P.P) ; mais celui qui n’est ni mégalomane, comme le roi rencontré par le Petit Prince, ni un vaniteux schizoïde, ni un drogué s’auto­justifiant toujours, ni un "responsable" de futilités, ni un obsédé de travaux inutiles, ni un... "mouton", sera bien vite amené à "ne voir personne" (P.P passim) sur la terre... Il ne rencontrera que ce qu’il cherche véritablement, même si inconsciemment : un sage renard pour le guider, un Petit Prince qui "réveille" ou un Aviateur en quête, comme lui, de cet "essentiel (... ) invisible pour les yeux" (P.P) ; le Maître n’arrive-t-il pas, comme le révèlent aussi bien le Bouddhisme que la théorie des champs morphogénétiques, lorsque l’élève est prêt ? Les "lignes de force" qui sous-tendent l’existence ne sont-elles pas toujours présentes, actives et utilisables pour l’être qui ne s’enfourne pas, pour les éviter ou les contrer, dans les "trains" où il va "bailler", "dormir", pour l’être qui ne cherche pas à faire "des économies de temps" ? (P.P). Et ne sont-elles pas données à l’être dès sa naissance ?

Les familiers du "Petit Prince" ou des héros de "l’Oiseau Bleu" de Maeterlinck iront plus loin dans ce constat : Ils réaliseront vraiment que l’ont puisse "profiter d’une migration d’oiseaux sauvages", de lignes de forces naturelles pour changer de planète !

Ce sont de solides champs de forces que révèlent toutes les aventures - devenant ainsi épreuves-aides "initiatiques" - relatées par l’auteur, " des lignes de force dans lesquelles il trempe" (372 Cit.), lui, comme tous les êtres humains ou les animaux... Leur solidité de base, leur inné consciemment perçu ! Voilà bien alors pourquoi le Pilote de ligne s’exclame : "J’ai toujours connu comme tristes les émigrés" (468 Cit.)... Aujourd’hui, ajoute-t-il, "les hommes manquent de racines" (P.P) car ils les ont quittées pour les "remous contradictoires" de leurs "pentes naturelles", c’est-à-dire de leurs désirs égoïques, des "fausses structures (qu’ils) inventent par jeu"..."Ils ont tout désaimanté" (Et le mot, ambigu dans son double- entendement, maintenu par la langue des Oiseaux sacrée, est fort parlant) "en défaisant ce nœud divin qui noue les choses" (373 Cit.). Les retrouver, les maintenir, ces coutumes, ces traditions, ces fêtes, ces lois et ce langage de l’"empire" c’est sauver la "citadelle", la "demeure" et ses habitants" des projets de sable", de "l’effritement des choses" (28,32 Cit.), de l’existence ou l’ont vit "seul, sans personne avec qui véritablement parler" et "tellement triste" (P.P).

"Je t’ai dit qu’il fallait des objets reliés" (Cit.) lance Saint-Exupéry...

Liens dans le temps :

Reliés avec le passé... liens, par là,avec ce que Saint-Exupéry nomme Dieu, Rose, Renard, Petit Prince, c’est-à-dire lien avec un état édénique que l’on a connu imagé par des êtres, des choses, des mots " imagerie", "symboles", "concepts" (P.P et C.) qui rappellent, comme " le blé qui est doré" fera "souvenir des cheveux couleur d’or" du Petit Prince et (" Ce sera merveilleux" !) de lui, par conséquent, de son amitié... (P.P).

L’existence est ainsi ritualisée... et Saint- Exupéry est formel : "il faut des rites. (...) Un rite c’est quelque chose de trop oublié" (P.P) ! C’est un cérémonial "à la façon d’un conte de fées pour ceux qui comprennent la vie", ou, comme tous les "livres de l’enfance, (... ) notant tout le long les prières, les concepts charriés par cette imagerie" (32 C.) : réitération de légendes au sens étymologique de "liens", une ligne de force qui "charrie" partout et toujours des "vérités" symboliques" (32, 143 C.), des "concepts strictement religieux" (étymologiquement encore : qui relient !), "l’amour, les trésors invisibles, le sacrifice, l’universel" (44 C.).

Nous trouvons ainsi : le Puits du Village, le Désert, le Serpent, le Baobab, la Rose, le Volcan, le Petit Prince, l’Avion, les Etoiles, la Maison, l’Eau, dans "le petit prince" et, ailleurs, la Sentinelle, la Jeune Femme criminelle, le Père, les Courtisanes, la Panne, le Berger, le Forgeron (Citv)...

Tous sont, dans le cheminement initiatique, "souvenirs d’étapes et d’efforts et de sacrifices" (441 Cit.), objets qui rayonnent, comme le "puits dans le désert" d’une "invisible beauté", de cet "essentiel invisible pour les yeux" mais qui touche "le cœur", "embellit", chante, révèle en fin de compte" le nœud" entre les choses (P.P et 175 Cit.). Il y a en effet, conclut Saint-Exupéry, "ta présence au travers qui me permet d’y déchiffrer" une construction future, car "les objets sont vides et morts s’ils ne sont point d’un royaume spirituel" (363, 255 Cit.). Ainsi, on l’aura compris par ces exemples, "les rites sont dans le temps ce que la demeure est dans l’espace" (29 Cit.) : des images éternelles qui, comme des fils invisibles, me relient éternellement à ma "vérité (qui) se creuse comme un puits", à ce qui "rassemble", à la "semence" qui fait espérer les moissons et "se réjouir de la croissance des moissons", aux "assises de la Citadelle", à cette Terre que "la corde du puits accouche" et qui "redonne le goût des victoires" (Passim Cit.)...

On demeure ainsi, par ces vecteurs, ces lignes de force entre la réalité profonde originelle et le présent, dans l’intimité et la plénitude, chez soi, dans la sérénité, dans la conscience cependant de la nécessité de maintenir et cette connaissance, et le processus de création pour les générations futures. Oui ! "tout s’ouvre sur plus vaste que soi" : "la manivelle rouillée est cantique" (82,248 Cit.), "un puits porte loin... comme l’amour" (92 T.H), et tout objet ainsi resacralisé, relié par cette conscience des Rites fera le même.

Saint-Exupéry nous propose donc de percevoir d’une part le lien entre le passé et le présent pour le futur : "seuls vivent ceux qui n’ont point trouvé leur paix dans les provisions qu’ils avaient faites" ; "sauver l’invisible noeud qui lie les choses et les change en domaine, en empire, en visage reconnaissable et familier " (59, 75 Cit.).

D’autre part, le lien entre le passé et l’éternité :

"Voici que je puis te dire " la fontaine de ton village" et ainsi t’éveiller le coeur et peu à peu t’enseigner cette marche vers Dieu" (City.)...

Liens humains

Mais ce sont là, bien entendu, des liens ainsi et aussi entre les hommes : liens entre le Pilote et le Petit Prince, entre le Petit Prince et le serpent ou le Renard (très humanisés !), entre Saint-Exupéry et ses lecteurs à qui il s’adresse personnellement, les priant de lui écrire (P.P)...

C’est ce qu’il veut établir car si les hommes " ne savent plus ce qu’ils cherchent", lui, Saint- Exupéry, sait que ce qu’ils cherchent " pourrait se trouver dans un peu d’eau ou dans une rose" : "soyez mes amis", crie le Petit Prince ! "Créez des liens" conseille le Renard, car "il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis" (P.P) ! il faut donc apprendre à "apprivoiser" : "cela signifie créer des liens"... mais cela peut-il se faire avec des "gens sérieux" qui ne parlent que de "bridge, de golfe, de politique et de cravates" ?(P.P) Non ! Il faut "organiser", "opposer son arbitraire à cet effritement des choses et n’écouter point ceux qui parlent des pentes naturelles" (33 Cit.) : "je les sollicite de m’aider" conclut Saint-Exupéry, comme le renard avait prié le Petit Prince de suivre le rituel de l’approche, des horaires...

"Seuls sont frères les hommes qui collaborent" explique Saint-Exupéry (59 cit); aussi va-t-il inventer "un empire ou tout soit fervent", soutendu par les forces vives des êtres humains qui doivent s’en ressentir " dominés" (374 cit). Il les invite à la soumission, ainsi, à leurs intimes moteurs ; non à la passivité ! "Les sédentaires de coeur (... ) qui n’échangent rien ne deviennent rien" affirme-t-il, tout comme Nietzsche ("tout n’est que passages que dieu emprunte") ou Teilhard de Chardin, un de ses auteurs favoris ("arrière les immobilistes ! la vie n’est que perpétuelle découverte" !)...

Eternel message des enseignements

initiatiques : Yin et Yang de l’androgynat, Détachement et "extinction de l’extinction" : "Il faut se soumettre pour survivre" mais "il faut lutter pour continuer de vivre" (Cit.).

Nous le constatons, si nous résumons ainsi son oeuvre par cette phrase synthétique, Saint- Exupéry prône en fait le seul :

Lien avec Soi

Lien avec ses racines, car l’être "vaut, dans le désert, ce que valent (ses) divinités" (242 L.). Lien avec son monde extérieur auquel il confie des images utiles ("s’ils voyagent un jour ça pourra leur servir" (P.P) des mots d’ordre "urgents" "pour avertir ses amis d’un danger qu’ils frôlaient depuis longtemps sans le connaître", des conseils ("Ne vous pressez pas, attendez un peu sous l’étoile"), de justes catalyseurs ("ma maison cachait un secret au fond de son coeur") (P.P).Voilà bien une nourriture vitale sous forme d’aliments des sens physiques, émotionnels et mental pour qu’elle "se fasse aliment pour le coeur")(P.P). Lien avec le monde intérieur, avec ce "coeur" pour qui l’eau trouvée dans le désert, la Source de la Vie, est bonne; avec ce coeur pour qui cette "eau-là" doit être cherchée (P.P), cette eau merveilleuse, cette "bonne eau" de Byron, transfigurée par le don ("la différence réside dans le don ( ) acte de baigner de son amour") : dans le lien d’amour au-delà des formes, cet "amour exprimé" (41 C.) seulement là... Car " quel serait ton bonheur si tu n’avais pas ceux que tu éclaires ? " questionne Nietzsche ; l’essentiel du cierge n’est point la cire qui laisse des traces mais la lumière" explique Saint- Exupéry (20 cit).

Lien avec l’essentiel

"Quiconque demeure logique tue en lui la vie"... et c’est pourquoi Saint-Exupéry nous avertit que ce lien d’Amour est "mystérieux" : il relie à l’unité ontologique de tout, dans la source initiale où l’Initiation est censée faire pénétrer ; il est ligne de force entre l’homme et le terre-Mère ("Celui qui épouse le puits épouse la terre"), entre la terre et "dieu" ("la marche vers Dieu"), Dieu étant dit également "Citadelle, Épanouissement, Mystérieux Rayonnement", le nœud divin qui noue les choses (363 cit), le Centre des "liens avec le monde" (125 T.H) : "je te conduirais à l’épanouissement de toi-même" ( 83 C.) à la "drôle de petite voix" qui "réveille" et "qui sait" (P.P) écrit l’auteur en d’autres textes. Evidemment ce noeud octroie la toute conscience et la toute connaissance : Comment le petit prince connaîtrait-il autrement l’existence des moutons, absents de sa planète ? Comment devinerait-il que la panne est réparée ("Comment sais-tu ?" questionne le pilote) ou que l’heure de quitter la terre est arrivée ? (P.P).

"On ne voit bien qu’avec le cœur" : mais ce Cœur, Saint-Exupéry ne cesse de la rappeler n’est pas le cœur des désirs !

En cette source même la faim et la soif n’existent pas : le Pilote le remarque bien au sujet du Petit prince qui, de plus, " ne mesure pas le danger" et ne craint pas la mort.

Ainsi tout le cheminement de l’existence, consciemment vécu, donc en état de "bonheur" ("démarche d’obtenir") (108 cit.) se perçoit comme une remontée par des filières, des lignes de force, des images, des symboles, des héros reliés entre eux par des

mythes, des légendes, vers l’ouverture "sur plus vaste que soi", sur la délivrance qui permet la seule vraie création (82 Cit.).

Ces lignes, ces fils lumineux, ces "émanations" Don Juan les a évoqués pour Castanéda au cours du cheminement initiatique de ce dernier ; n’est-ce pas une image similaire que le Christ, à ce que rapportent les Evangiles, utilise pour envoyer ses disciples pécher les âmes ? "Les noces chimiques" de Christian Rosencreutz ne parlent-elles pas de même d’une pêche à l’homme au moyen d’une corde lancée du sommet de la grotte ou il attend ?...

Saint-Exupéry, en révélant aussi vigoureu­sement leur présence, réveille et révèle leur souvenir dans la pensée du lecteur, leur présence au cœur des choses les plus anodines ou dégénérées. En leur exposant les lignes de force dont sont issues les "pierres avec lesquelles ils bâtissent la haine", peut- être s’en serviront-ils pour "bâtir l’amour" (83 cit), pour suivre les souhaits réels, les pulsions non égocentriques et non les impulsions individuelles ; au-delà, donc, " des biens en grand nombre (où) il est offert aux hommes plus de chances de se tromper sur la nature de leurs joies" (327 cit) ? Car " il ne s’agit point de nous ; nous sommes ensemble passage pour Dieu qui emprunte un instant notre génération et l’use" (461 Cit.).

Ils atteindront alors à la "perfection de l’état de l’homme", à cette créativité de la Nature naturante en eux ; de même, "le cèdre se nourrit de la boue du sol, mais la change en épais feuillage qui se nourrit, lui de soleil"... Ainsi replacé en sa juste filière originelle, "l’orgueil (des hommes) devient tour et temple et rempart" de la "citadelle" ; " leur cruauté devient grandeur et rigueur dans sa discipline. Et voilà qu’ils servent une ville née d’eux-mêmes et contre laquelle ils se sont échangés dans leur coeur" (87 Cit.).

La voie initiatique

La Voie initiatique, c’est donc faire "germer et croître" l’être humain (372 cit), mais lui accorder, de plus, la conscience de son action : telle est la plénitude à laquelle l’homme peut atteindre si un maître du désert (cit) peut le nouer à ces lignes de vie, l’apprivoiser (P.P), le faire "collaborer" ("tous à travers tous et à travers chacun" 118,190) (City) à l’œuvre" et le rendre "responsable" (P.P) "d’un empire qui n’est pas des choses mais du sens des choses" (350 Cit). L’appel de ce maître, "Je suis la clé de voute d’un certain goût des choses et je te noue. Et s’en est fini de ta solitude" (350 City). C’en est fini alors du "Mozart assassiné", de la "belle promesse de la vie" en l’homme "marquée par la machine à emboutir de la civilisation"...

C’en est fini alors "des fourmis pour la vie de la fourmilière" (217, 117 Cit), des feux "sans emploi ni règle" (toujours prêts à éclater comme des volcans longtemps réprimés). "Bien ramonés" de leurs "connaissances mortes", de leur "ironie de cancre", de leurs liens avec "les biens matériels", de leur "mensonge et "délation", de leur

"racornissement" ("hors échange") (117 Cit), les êtres humains "brûlent doucement et régulièrement, sans éruptions" (P.P)... "Grand miracle de la mue et du changement de soi- même" (119 Cit). Ultime épreuve du Cheminement initiatique, si l’expression "soi- même" est justement comprise, non comme entité profonde mais comme entité globale ! Ultime épreuve à laquelle Saint-Exupéry nous convie par chacune de ses lignes dont nous avons tenté de dégager, en quelques lignes, les grandes lignes ! De là, tout commence alors de la vraie Vie où "tous les pas ont un sens" et qui se synthétise ainsi : "je protège celui qui de son aïeul le chanteur hérite le poème anonyme et, le redisant à son tour, y ajoute son suc, son usure, sa marque. Car je suis d’abord celui qui habite () et les sollicite (tous ses semblables) de m’aider" (28,36 Cit.).

Liens universels

Cheminement initiatique, pour Saint-Exupéry comme pour son lecteur, à travers les lignes qui soustendent et rassemblent les images- clefs de tout quotidien ; lignes de parcours "aérien" pour lui comme pour le lecteur ; seulement en densités différentes pour l’un et pour l’autre, suivant le degré d’incarnation ou de simple constat intellectuel de chacun... Voie opérative ou spéculative de l’Alchimie... Préhension ou compréhension pour la future conjonction des deux ; respectivement volatilisation du fixe (solve) ou fixation du volatil (coagula)... réseau de lignes d’aviation ou immense réseau international de tous les passionnés, de tous ceux qui offrent à leurs amis leur livre de chevet, ce "Petit Prince" l’un des ouvrages les plus traduits au monde... Clins d’œil du billet de 50 francs, de l’enseigne d’un des cafés ou restaurants " le petit prince", d’une chanson (G..Lenormand)... lignes sans cesse créées... Invisible "courrier" (dans le sens "transporteur de messages")... du "cœur" qui " voit" et qui rayonne ainsi en aide sur le Chemin vers la Plénitude...

Lignes de conduite

Nous le percevons bien : toute l’œuvre de Saint-Exupéry est ésotérique, c’est-à-dire qu’elle contient non un enseignement "caché" mais l’Enseignement de ce qui est caché sous les formes de la nature. Enseignement, donc, initiatique, c’est-à-dire aidant à la découverte, sous ces formes, de "l’essentiel invisible pour les yeux", de l’importance des choses au delà de leurs beautés "vides" (P.P). Ce que les aveugles, les "sans-cœur" nient, ne l’ayant point perçu et qui, par conséquent, n’est pas un enseignement généralisé ! "C’est pourquoi tu ne sauras point, si nul ne descend vers toi de sa montagne et ne t’éclaire, quelle route à suivre te sauvera. De même que tu ne croiras point aussi savamment que l’on te raisonne, quel homme naîtra de toi ou s’y éveillera puisqu’il n’y est point encore. C’est pourquoi ma contrainte est puissance de l’arbre et par elle, libération de la rocaille" (298 Cit)... En cette fin de XXème siècle, beaucoup préfèrent suivre la pente de leurs désirs personnels, refusant "le chef, le maître, le responsable" (36 cit) : et cela se comprend ! "Les jeunes, notamment éprouvent une immense soif de liberté individuelle", traumatisés, castrés, ou voyant les autres l’être, par de "fausses structures" dont "faible et pitoyable est la joie que (l’on) tire" (373 Cit), par la "machine à emboutir" ( 217 Cit)... Les français, "dans les grandes décisions de (leur) vie tiennent compte avant tout le leur conscience " à 83 % dévoile un sondage du monde (12.05.94) !...

Observons : à ceux qui posent des questions sur les "énigmes", la réponse des " marchands de pilules perfectionnées", des "gens sérieux", "habillés à l’Européenne" (P.P) n’est jamais : "Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé"," On ne voit bien qu’avec le cœur", "les enfants seuls savent ce qu’ils cherchent" (P.P) : Non ! Avec "haine", créateurs de "faux litiges", de "clans, partis, factions, comme des chiens qui tournent autour de l’auge" qu’ils convoitent, car "n’ayant point encore compris (ils) s’indignent" ; ils exposent "leurs mauvaises raisons", "les matériaux de leur vaine justice" (10,83 Cit). Ne sont-ils pas, eux, "soumis aux illusions de leur langage", inconscients du "seul patrimoine à sauver", agglutinés qu’ils sont aux "temples auxquels ils tiennent" (297 etc. Cit) ? Ils condamnent alors l’attitude "élitiste", voire la "mégalomanie" de celui qui a des réponses simples à tout. D’autres que Saint-Exupéry avaient déjà transmis de telles réponses ; d’autres de ces porteurs de lumière, de solutions aux questions humaines vitales ; il fut suivi également d’autres personnages à fonction d’"ami"-qui-prend-par-la-main (P.P) ("car le véritable enseignement n’est point de te parler mais de te conduire"). Certains les nommeraient sans nul doute aujourd’hui, avec dédain, des "gourous", si un phénomène de mode...ou de conscience faisait redécouvrir "en grand" les Gide, les Rimbaud, Georges Sand, etc... Qui avaient tenté de véhiculer certaines vérités de base...Et les calomnieraient, leur lançant des traits, des flèches -lignes de tir en contre- offensive de ceux à qui leurs lignes de conduite ou leurs lignes "inspirées" déplaisaient !

"Les calomnies dont il est l’objet... Ses ennemis..." notent les éditeurs de Citadelle : ce sont d’autres lignes de force, celles de "celui qui cherche à connaître". Celles de Saint-Exupéry sont celles de celui qui "sait que l’esprit seul gouverne les hommes et qu’il les gouverne absolument" et voit "l’arrangement" (388 etc. Cit).

Lui, il demeure serein, éternel, rappelant éternellement : "Je t’ai dit qu’il fallait des objets reliés, pour te faire communiquer avec des trésors de plus en plus vastes" (367, 298 Cit ).

Les autres "s’écorchent aux ronces ( ), luttent contre le fouet des rafales" (234 Cit.) ; "leur liberté, c’est la liberté de n’être point"; On n’est "plus que partage de provisions dans une réalité haineuse", "dans la hargne de (son) voisin, la jalousie de (son) égal, l’égalité avec la brute" (284,285 Cit.)... Non ! crie Saint-Exupéry à longueur de page, à toutes les lignes : "J’espère, moi, que l’on me donne le meilleur. Car, alors seulement, vous voilà grands" (366 Cit). Que l’on crée le meilleur ! "Il s’agit de la soumission, non de chacun à tous mais de chacun à l’œuvre et chacun force les autres de grandir" (153 Cit.). Pas pour paraître, pas pour gagner de l’argent, de la considération, du pouvoir ; pas pour être mieux dans sa société "fourmilière" (117 Cit.) ! Non ! pour la seule plénitude, la seule force manifestée pour "inventer un empire où tout simplement tout soit fervent", où tout soit lié par " le nœud divin qui noue les choses" (61,347 Cit) : Au delà du psychologique, du personnel, de la personnalité, de l’humain !

La perfection" tout simplement !
Et "la perfection", c’est l’échange en Dieu" (88 cit.)... et c’est l’initiation au sens véritable du mot et du concept !

Emm\ rv\ Mon\ &Den\ Mou\

 

Source : http://www.ledifice.net

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Le nombre 33

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #symbolisme

Selon R. Allendy, "ce nombre montre l'activité libre de l'être dans l'organisation du monde. (...) Il montre la créature libre liée aux plans du Créateur par des liens de justice et d'amour ou par des intermédiaires providentiels". Ce nombre se voit ainsi relié au Karma ‑ 3 + 3 = 6.

 

Ce nombre est un multiple de 11 dont les deux unités antagonistes se sont élevées à l'harmonie en se développant chacune en un ternaire, éloignant ainsi le danger de la tentation, selon Lacuria. R. Allendy rajoute que l'activité de l'individu s'ajoute harmonieusement à la réalisation cosmique de l'Archétype: c'est pourquoi 33 ne revêtirait jamais d'acception défavorable.

Le 11 symbolise la maîtrise sur le plan matériel, le 22 sur le plan mental, le 33 sur le plan spirituel.

Le 33 représente la conscience spirituelle, le développement par l'expérience et un désir de l'atteinte d'un plan plus élevé de servir.

Au Japon, le 33 est un signe porte malheur car il se dit SAR‑ZAN, qui signifie aussi 'malheur sans issue'.

 

Bible

Le Christ dans les évangiles accomplit 33 miracles dont 24 furent des guérisons. 

Nombre de jours suite à la circoncision du prépuce de l'enfant où la mère devait purifier son sang, selon la loi de Moïse. Elle ne devait toucher à rien de consacré et ne pas aller au sanctuaire jusqu'à ce que les 33 jours se soient écoulés. (Lv 12,4‑8)

David régna 33 ans à Jérusalem. (1 Ch 3,4)

Jacob eut de sa première femme Léa 33 enfants, en comptant sa fille, ses fils et ses petits-fils. (Gn 46,15)

Il existe 33 docteurs de l'Église, ou théologiens, auxquels l'Église Catholique Romaine reconnaît une autorité particulière de témoins de la doctrine. La liste des 32 derniers est donnée dans "Théo, Nouvelle encyclopédie catholique", Droquet et Ardant, Fayard, 1989, p. 23. Il y a trente hommes et trois femmes - Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, Catherine de Sienne et Thérèse d'Avila, qui attendu 1970 pour être reconnue docteur de l'Eglise -, un docteur laïc - Catherine de Sienne -, et un autre qui écrivit en français - François de Sales. Il ne faut pas confondre les docteurs de l'Église, dont la liste est officielle et arrêtée, avec ceux de la Foi, théologiens auxquels la tradition a donné des surnoms de docteurs, mais qui n'ont pas été reconnus par le canon de l'Église.

La trente‑troisième année d'une personne, c'est l'âge parfait, celui du plein développement, selon Marie d'Agréda.. C'est à cet âge que Jésus‑Christ fut crucifié et que Krishna, le dieu aux 16000 épouses et aux 180000 fils, mourut pour racheter le Karma de l'humanité. Saint Joseph avait aussi 33 ans lorsqu'il prit pour épouse la Vierge Marie, selon les visions de Marie d'Agréda. Et selon certains auteurs, c'est l'âge qu'aura l'antéchrist au moment de son avènement.

C'est le nombre de promesses dites par le Seigneur pour ceux qui feront les neuf premiers samedis du mois, dédiés à la Vierge Marie. Elle‑même aurait ajouté une promesse supplémentaire pour inciter les gens à cette pieuse pratique. 

Selon les révélations reçues par Mary Jane Even, la Vierge Marie n'aurait jamais changé d'apparence physique depuis sa 33e année sur terre, sa beauté étant à la fois intérieure et extérieure.

Dans les révélations données par Jésus à JNSR, on peut y lire: «Mes 33 ans de vie sur la Terre portent le chiffre de Ma Très Sainte Trinité: 3 x 3 = 9.» (série de livres Témoins de la Croix, J.N.S.R., "Vivez avec Moi les Dons de Dieu Terre Nouvelle Cieux Nouveaux", Actes des apôtres, 4, 1ère partie, Editions Résiac, 2000, page 178).

Le Chapelet du Précieux Sang comporte 39 grains. Cette pratique de piété s'accomplit par la récitation de 33 Notre Père en mémoire des 33 années de la vie terrestre de Jésus. Durant cette récitation, on réfléchit sur les sept principales circonstances où par amour pour nous et pour notre salut, l'Homme Dieu a donné tout son sang: la circoncision, l'agonie, la flagellation, le couronnement d'épines, la montée au calvaire, le crucifiement et le coup de lance. En comptant les sept Gloire au Père, un total de 40 prières sont récitées.

Docteur de l'Église et baptisé par Saint Ambroise à l'âge de 33 ans, Saint Augustin était avant cela un adepte du manichéisme.

Les 33 litanies des anges.

Il y eut 33 apparitions de Notre-Dame à Beauraing en Belgique du 29 novembre 1932 au 3 janvier 1933.

La Basilique de Saint Pierre à Rome compte 33 chapelles: 29 dans la Basilique elle‑même et 4 de plus dans la crypte.

Une femme, nommée Mirna et demeurant à Damas, vivrait dit‑on des phénomènes plutôt mystiques. Ses mains se mettent parfois à suinter de l'huile et elle souffre quelque fois les plaies du Christ. La Vierge lui serait apparue à 33 reprises. Et la dernière fois qu'elle lui est apparue Elle lui aurait dit qu'Elle ne reviendrait plus jusqu'à ce que les dates de Pâques soient unifiées.

Le rosaire de la Sainte Trinité, tel que révélé par la Vierge Marie à C. Alan Ames en 1993 (paru dans son livre "Au travers des yeux de Jésus", Editions du Parvis) compte en tout 37 prières: soit 33 Notre Père, 3 Gloire soit au Père et une fois la prière Salve Regina dite à la fin.

A Rome aux Trois Fontaines, samedi le 12 avril 1947, la Vierge Marie apparue à un protestant, nommée Bruno Cornacchiola, au moment où ce dernier s'apprêtait à rédiger un article virulent contre l'Immaculée Conception et contre l'Assomption de Marie. Suite à ce fait, il se convertit à la religion Catholique. Trente-trois ans plus tard, jour pour jour, de la première apparition, soit le 12 avril 1980, le samedi après Pâques (non seulement la date mais la fête liturgique coïncident), plus de trente mille personnes ressemblés sur la colline des eucalyptus pour la messe anniversaire furent témoins du miracle du soleil comme il se produisit à Fatima (sauf que le soleil ne menaçait pas de fondre sur la terre).

Le calendrier musulman est bâti sur des mois lunaires exacts, 6 de 29 et 6 de 30 jours, soit 354 jours. Les fêtes sont fixées par rapport à ces mois et se déplacent dans l'année suivant un cycle d'environ 33 ans.

La tradition hébraïque distingue 32 voies de la Sagesse auxquelles elle ajoute Aïn Soph ou l'inconnaissable.

Les 33 divinités, divisées en trois classes, invoquées dans les chants du Rig‑Veda.

Les livres zends nous représentent le génie solaire entouré de 33 dieux atmosphériques. 

Après un jeûne de 40 jours, Bouddha quitta le désert pour aller exercer son apostolat et il fut suivi de 33 princes des génies auxquels il remit les instruments sacrés dont s'accompagnent les musiciens dans les pagodes. Une légende veut également que 33 Arhats répandirent le Bouddhisme.

Dans sa Divine Comédie, Dante consacra 33 chants au Purgatoire et 33 chants au Ciel.. 

Les 33 grades (ou degrés d'initiation) de la hiérarchie franc-maçonnique, divisibles en 3 séries de 11. Et 33 membres composent le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France.

L'iconographie bouddhiste connaît 33 représentations différentes d'Avalokiteshvara, qui se distinguent d'après le nombre de têtes, de bras et la nature des attributs du personnage. On le montre souvent avec mille bras et mille yeux, onze visages et mille bras, etc. Il porte généralement une petite effigie du bouddha Amitâbha dans sa coiffure; c'est son principal signe distinctif.

Chuang‑tzu, sage taoïste qui véçu au environ de 369‑286 avant J.‑C., est l'auteur d'une oeuvre, connue sous le titre de Livre véritable du pays des fleurs situé au sud (Nan‑hua chen‑ching). Elle comporte au total 33 livres dont les sept premiers constituent les chapitres dits «intérieurs». Les quinze chapitres «extérieurs» et les onze chapitres «mixtes», en revanche, sont selon toute vraisemblance l'oeuvre de ses disciples.

Le Huai‑nan‑tzu est un ouvrage philosophique du 2e siècle avant J.‑C. contenant des textes rédigés par des lettrés regroupés autour de Liu An, prince de Huai‑nan. A l'origine, cet ouvrage était composé de 21 «chapitres intérieurs» contenant les idées taoïstes, et de 33 «chapitres extérieurs» consacrés aux philosophies non taoïstes. Seuls subsistent aujourd'hui les chapitres dits intérieurs.

Le chapelet musulman est divisé en trois séries de 33 grains. Il rappelle la présence de Dieu à toute action.

Chez les Evhé, en Afrique, le nombre onze est essentiellement mis en valeur par le 33 (3 x 11) et le 44 (4 x 11). Le 33 mesure en lunaisons la durée de formation et de règne du prêtre-roi. Quant aux jeunes épouses rituelles de ce dernier, elles se font initier durant 44 lunaisons. Par ailleurs, 33 est le nombre de tranches de 12 heures (c'est-à-dire de jours et de nuits) durant lesquelles se poursuivent les cérémonies d'initiation à Afa (divinité de la géomancie) ou aux grandes divinités vodu.

Chez les Mwaba-Gurma du Togo du nord, en Afrique, 33 cauris (petits coquillages qui servaient autrefois de monnaie) sont remis à l'officiant à l'issue d'une initiation d'homme, et 44 cauris à l'issue d'une initiation de femme.

Il existerait plusieurs exercices aux effets de vitalité et de rajeunissement sur le corps physique tels que pratiqués par les moines tibétains depuis des siècles. L'un d'entre eux consisterait à tourner sur soi-même au moins une fois par jour, c'est-à-dire à tourner de la gauche vers la droite en centrant notre regard sur notre pouce, le bras étendu, tout en comptant le nombre de tours afin d'en faire exactement 33.

L'alphabet russe d'autrefois comportait 36 lettres. De nos jours, seulement 33 lettres sont utilisées. Ce changement fut apporté par Pierre le Grand, tsar de Russie, en 1705.

Nombre de jours du cycle "intellectuel" dans le biorythme. 

Le logo des Nations Unies représente un globe terrestre divisé en 33 parcelles. Et on compte 13 épis à gauche et à droite du globe, et 13 lettres des deux mots "Das UNO‑Emblem".

Un nombre hautement significatif chez les Franc-maçons, étant un de leurs nombres sacrés. Voir le nombre 33 dans un endroit étrange ou inapproprié, signifie qu'il y a des chances qu'un Franc-maçon ou un membre d'un groupe affilié en soit responsable.

La quantité de lunes orbitant autour de la planète Saturne.

Nombre total de vertèbres de la colonne vertébrale du corps humain, dans lesquelles passent 33 paires de groupes nerveux.

Parmi les abréviations utilisées en télégraphie et en téléphonie, et qui sont employées mondialement, on retrouve le nombre 33 qui a pour signification "fondest regards". Par exemple, les femmes radioamateurs s'en servent parfois pour terminer leur conversation.

Anniversaire de mariage: noces de porphyre.

 

Guématrie

Les valeurs numériques des mots hébreux ABL (aleph, beth, lamed; 1+2+30=33) signifiant douleur, chagrin, tristesse, action de pleurer, BLA (beth, lamed, aleph; 2+30+1=33) signifiant l'action de détruire, et GL (guimel, lamed; 3+30=33) signifiant se réjouir, fontaine, source d'eau, donne chacun 33.

 

Occurrence

Le nombre 33 est employé 6 fois dans la Bible.

Dans la Bible, 33 nombres sont multiples de 11 et 33 autres sont multiples de 18. Cinq livres de la Bible utilisent le nombre 33. Dans le NT, sept chapitres ont 33 versets et 33 nombres écrits sous leur forme cardinale sont multiples de 12. La somme des occurrences de tous les nombres de la Bible multiples de 19 donne 33.

Le mot parabole se trouve 48 fois dans les quatre évangiles. En décomptant de ces textes les passages parallèles, le chiffre total d'emplois différents se réduit à 33. Les mots croix et diable sont employés 33 fois dans le NT et le mot maladie, 33 fois dans l'AT. Les mots langage, jeûne, tribulations, miracle et le verbe blasphémer sont employés 33 fois dans la Bible. [23, 34, 35]

Par 33 fois dans le Coran Jésus est désigné comme étant le fils de Marie.

 

par Steve DEROSIER publié dans : Symbolisme

 

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Planche : La Règle ou jauge de 24 pouces

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Dans les anciens rituels, la règle est appelée jauge de 24 pouces. Elle correspond au temps immuable, à la Grande Règle de l’Ordre Universel. Selon Boucher, le sens général que l'on donne à la règle est "Précision dans l'exécution". Cette définition souligne un aspect important du travail d'un franc-maçon. La précision dans l'exécution ou l'exécution précise. Le souci de précision réduit la probabilité d'échec et permet d'atteindre exactement le résultat escompté de l'action. Cela permet de ne pas perdre du temps et de l'énergie en s'égarant dans des errements inutiles. Enfin, la précision dans l'exécution permet d'éviter des externalités, des coûts collatéraux que son action peut faire subir à des tiers.

Boucher divise les outils symboliques en outils actifs (le compas, le maillet, la perpendiculaire et le levier) et outils passifs (l'équerre, le ciseau, le niveau, la règle). "Passif" revoie à la matière tandis que "actif" renvoie à l'esprit. On observe que la règle est un outil symbolique actif qui se combine aisément avec un certain nombre d'autres outils actifs ou passifs.

On conçoit facilement l'utilisation possible de la règle si l'on garde à l'esprit que, sur le plan opérationnel, elle sert à mesurer, tracer et limiter.

Mesurer

Mesurer, c'est définir en fonction d'une échelle choisie la valeur que l'on accorde à ce qui est mesuré. Dans le travail, cela revient à estimer l'énergie que l'on envisage mettre dans un effort et à déterminer à l'avance le résultat auquel on aboutira.

La règle sert également à compter. Selon Boucher, elle est souvent associée aux 24 heures de la journée, qui doivent être entièrement et convenablement employées.  La règle se combine alors avec le maillet pour constituer le fondement de la volonté dans l'application. On peut imaginer un maillet virtuel pour différentier les actions les unes après les autres au cours de la journée.

Mais la mesure renvoie aussi au sens de la proportion et de la nuance. Il faut souvent mesurer et doser ses paroles pour modérer un conflit, tempérer un emportement ou ménager des susceptibilités. Si on garde à l'esprit que la truelle symbolise bienveillance envers tous, on comprend alors le lien possible entre la règle et la truelle.

 
Tracer

Outil nécessaire pour tracer une ligne, la règle permet de définir l'emplacement des matériaux de construction. Sur le plan purement spéculatif, cela revient à baliser son action en vue de construire l'édifice conformément au plan du Grand Architecte de l'Univers. Ce qui demande beaucoup de persévérance car il faut continuellement se frayer le chemin dans le tumulte et l'agitation. Il faut continuellement revenir au plan tracé et ne pas se distraire de son objectif. La règle sert ainsi à agencer ce qui est épars, à articuler ce qui ne l'est pas.


La règle sert à tracer la voie. Dans ce sens, elle fait référence à la méthode, la marche à suivre. L'objectif de celle-ci est de structurer la pensée dans le but ultime d'échafauder des plans, d'édifier une construction. Le résultat de cette construction peut être matériel ou non-matériel. Il faut de la méthode pour classifier, combiner, discipliner, organiser, chercher. Cependant, toute recherche nécessite du discernement. Le discernement étant la signification que l'on accorde au ciseau, on saisit le sens qui peut être donné à la combinaison règle-ciseau.

La méthode sous-entend la définition du chemin à suivre, d'une ligne de conduite ou d'une procédure afin de ne pas s'égarer. Il y a autant de règles que d'objectifs à atteindre. En mathématiques et en statistiques, on parle de formule. Par ailleurs, on parle de recette de cuisine, de stratégie politique, de théorie philosophique, de technique médicale … Afin d'être précis dans l'action, il faut de la méthode pour arriver aux fonds des choses. L'observation profonde n'est-elle pas la signification de la perpendiculaire ?

Limiter

Mesurer ses paroles et ses actes revient à deviner les conséquences de ceux-ci en avance. Cela permet de les limiter pour ne pas dépenser plus d'énergie qu'il n'en faut. Ni peu, ni trop, juste ce qu'il faut.

En renvoyant à la loi, la règle définit les limites de l'action. Dans ce sens, elle impose la rectitude dans l'action. Le respect de la règle rend prévisibles les actions menées par les individus. Il définit une ligne autour de laquelle viennent s'harmoniser les actions individuelles. Dans ce sens, la règle permet de restreindre l'action individuelle afin de la rendre conforme à l'action collective. En rappelant à l'ordre, la règle permet de rester droit, comme le suggère l'équerre.

Le travail à la gloire du Grand Architecte de L'Univers est une action collective. Pour y arriver, notre action individuelle doit suivre certaines règles.

Permettez-moi de faire un détour par l'arithmétique. Le fait que l'on arrive aux résultats suivants peut avoir une signification. Combiner la signification des chiffres avec celle des opérations qui permettent d'y arriver doit aussi permettre d'accéder à d'autres connaissances. Pour l'instant, ces opérations se sont simplement  imposées à mon esprit.

Nous savons que 3 est le chiffre de l'Apprentissage.

Si nous divisons 24 par 3, nous obtenons 8. 8 h de travail, 8 h pour divertir l'esprit et 8h de repos.  A noter qu’auparavant, selon le manuscrit « L’initiation il y a deux cents ans » , la règle de l’Initié se subdivisait en 4 x 6 heures, soit 24 heures qui s’articulaient ainsi : 6 h pour travailler, 6 h pour servir Dieu, 6 h pour servir un ami ou un frère, sans que se soit à notre détriment ou celui de notre famille, et 6 h pour dormir.

Le nombre 24  est composé de 2 et de 4. Combinons ces deux chiffres et voyons ce que cela donne :

2 x 4 = 8 Nous étions arrivé à ce chiffre précédement.
2 + 4 = 6
24 : 6 = 4
4 x 3 = 12
12 è minuit ou midi, l'heure à laquelle les A\ commencent et terminent leurs travaux.

Reprenons le chiffre 6 :

2 + 4 = 6
24 - 6 = 18
18 : 6 = 3
3 è le chiffre de l'Apprenti.

Voilà quelques opérations arithmétiques simples. Je n'ai pas d'interprétation à proposer. Peut-être que ceux qui ont connaissance du symbolisme des opérations arithmétiques et des chiffres peuvent nous éclairer sur ces résultats.

Voici enfin une description de l'utilisation de l'outil symbolique de la règle dans la vie quotidienne.

La règle permet de faire une analogie entre le temps et l'espace. Elle a une connotation d'orientation, car elle est graduée de 0 à 24 pouces. Dans l'exécution journalière de mes tâches, cette graduation renvoie à une progression. C'est à dire que ce que je fais à un moment donné est supérieur (en quantité et en qualité) à ce que j'ai fait auparavant et inférieur à ce que je ferais plus tard. La distance que j'ai parcourue à un moment donné est supérieure à celle que j'avais parcourue auparavant et inférieure à celle que j'aurai parcourue plus tard. La réalité de chaque moment que je vis est définie par ce qui le précède et ce qui le suit. Mais tous ces instants contribuent à un même objectif : la perfection. Chaque moment contient les 3 étapes du travail : préparation, action et correction des erreurs éventuelles. A chaque moment, pendant que j'agis conforment à ce qui avait été précédemment planifié, je corrige les erreurs involontairement commises  et prépare l'action future.

Donc, en résumé, la règle utilisée à bon escient amène le maçon à en faire usage pour trouver la mesure, l’ordre inhérent à toute chose, la discipline au quotidien, la présence dans l’instant, l’attention à tout ce qu’il fait, la constance dans une ligne de conduite librement choisie pour l’édification de son Temple intérieur.

 

J’ai dit, V\M\ 

 

source : http://www.ledifice.net

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Planche : le rituel d'ouverture au 1er degré

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Vénérable maître et vous tous mes frères en vos degrés et qualités, ma planche s’intitule : le rituel d’ouverture au premier degré.
 
Dans le dictionnaire il est dit q’un rite est un ensemble de règles fixant le déroulement d’un cérémonial quelconque, c’est une action accomplie conformément à des règles. Un rituel est un texte qui codifie les règles à appliquer lors d’une cérémonie.
 
Le rituel est lu en loge à chaque fois que les frères se réunissent. Il sert en quelque sorte d’ouverture des travaux, de passage entre un état et un autre, une alchimie. La transmutation de l’homme ordinaire en initié, la transition du profane au sacré, préparer les frères à agir dans un espace-temps sacré, les préparer à un voyage dans la tradition et à l’intérieur d’eux-mêmes.
La loge se ferme au profane. Le rituel peut commencer. Le franc maçon traverse une frontière pour passer dans un autre monde, pour l’instant plongé dans les ténèbres. Seul l’endroit où siège le vénérable maître est éclairé. « Prenez place mes frères, nous allons procéder à l’ouverture de la loge » dit-il. Le silence qui règne est le signe de la concentration de chacun face au sacré qui va se mettre en place.
 
Le coup de maillet a retenti, le franc maçon se prépare à parcourir le chemin de la connaissance. Il s’agit de prendre une place physique, mais surtout une place intérieure en  harmonie avec l’univers et la magie des symboles du rituel d’ouverture.
Le rituel va permettre de créer une ambiance et de procéder  à des travaux.
Par l’ouverture de la loge nous allons recevoir des connaissances. Lorsque le vénérable maître annonce qu’il va procéder à l’ouverture de la loge, il nous invite à nous y intégrer mais aussi à nous ouvrir, à ouvrir une brèche en nous et à participer, ouvrir son esprit et son cœur et laisser la lumière y entrer.
 
Il y a un instant encore nous étions dans la vie ordinaire, dans un monde dit profane. Cet appel va ouvrir un espace différent, un espace sacré entre frères, entre hommes égaux face au cheminement que nous entreprenons pour aller vers le sommet.
Le vénérable maître sollicite l’aide des deux surveillants. C’est à eux qu’incombe une partie des devoirs de ce travail d’ouverture.
 
Ainsi, le second surveillant doit s’assurer que la loge est couverte, que l’espace est clos. Il demande au frère couvreur de le faire. Les ordres ne sont pas transmis directement mais du vénérable maître au frère couvreur en passant par le frère second surveillant. Le retour se fait de la même façon, du frère couvreur au  vénérable maître en passant par le second surveillant.
 
Dans l’obscurité, des relais sont nécessaires.
La loge est dûment couverte, le frère couvreur l’affirme. Avant de répondre au second surveillant il a agit. Il regarde à l’intérieur de lui-même, il a écarté le profane. Il peut maintenant affirmer : la loge est dûment couverte. Le premier devoir est accompli. Les frères sont protégés des agitations du dehors. Cette protection est indispensable.
Aucun profane ne pourra désormais franchir le seuil. La loge est couverte, le frère couvreur en est le gardien. Cela n’est pas suffisant. Il faut maintenant reconnaître les qualités maçonniques des hommes présents. Cette charge est dévolue aux surveillants. Ils doivent s’assurer que tous les assistants sont apprentis francs maçons, à leur place et à leur office, et rendre compte au vénérable maître.
Brusquement, nous apprenons qu’il y a un ordre dans la loge. Si un homme est second, c’est qu’il y en a un  premier. S’il est surveillant, c’est qu’il existe une nécessité à surveiller. Une loge est donc une organisation complexe. C’est au frère second surveillant que s’adresse pour commencer le vénérable maître. Probablement parce qu’il est plus accessible que le premier. Un apprenti peut-il comprendre, sentir cela ? Je dirai que à chaque niveau Sa compréhension.
 
Ne sommes-nous pas là aussi pour apprendre et pour comprendre ? L’harmonie de la loge n’est pas due au hasard mais procède donc d’un ordre. Le rituel précise qu’il y a un premier devoir. Cela sous entend qu’il y en a d’autres. Nous sommes tous d’accord pour reconnaître l’importance du devoir même si le profane avance généralement en premier lieu ses droits.
La participation au rituel, nous montre quelle attitude prendre. Celui qui ne remplie pas ses devoirs n’a pas sa place ni dans le monde ni dans le temple.
 
Le vénérable maître pose ses questions aux surveillants qui ont une place précise, géographique mais aussi psychologique dans la composition de la loge.
Par l’ouverture d’un testament nous recevons l’héritage de nos parents, de notre famille. Ici, symboliquement par l’ouverture de la loge nous allons recevoir l’héritage des connaissances accumulées par notre famille de chercheurs spirituels. Ceux-ci tentent de nous transmettre la clé de la connaissance, du monde inconnu auquel nous appartenons sans savoir comment le rejoindre. Le vénérable maître nous invite à ouvrir notre temple intérieur. L’ouverture de la loge c’est aussi une invitation à s’y intégrer.
La déambulation des surveillants vise à reconnaître les hommes dans leur qualité d’apprentis maçons par la mise à l’ordre. Chacun est à sa place et à son office, c'est-à-dire là où il faut et prêt à faire ce qu’il faut. Ainsi, le deuxième devoir est accompli.
Chaque objet, chaque décor, a une place définie. Ce n’est pas un effet du hasard mais l’indication d’un ordre. Chacun est sa place, le surveillant, le secrétaire, le trésorier et cela n’est pas un honneur, mais une charge, avec des devoirs à accomplir.
L’apprenti, qui débute sa recherche, a aussi des devoirs, notamment de silence, de présence régulière, et de maniement du ciseau. La pierre qu’il taille est encore grossière et long est le chemin vers la pierre polie. Le déroulement du rituel nous montre l’action qui conduit à la connaissance.     
 
Il en est de même à l’orient dit le vénérable Maintenant nous en sommes sûrs, tous les assistants sont apprentis francs maçons. Le profane vit dans son monde alors que l’apprenti perçoit déjà la présence d’une nouvelle vie organisée derrière le monde rationnel. S’il existe deux mondes, il existe deux manières de les appréhender. Réussir ces deux mondes est peut être possible à force de travail, de recherche de vérité pour les mettre en harmonie. Le passage du rituel du second au premier surveillant et enfin au vénérable maître semble long à l’apprenti car ils disent sensiblement la même chose mais celui-ci au fur et à mesure qu’il pratique concrètement le rituel s’aperçoit qu’il faut du temps pour instaurer, pour sentir les vibrations de la loge et de chaque maçon présent.
 
Puisque la loge est dûment couverte, entrons dans les voies qui nous sont tracées. Il doit donc exister des traces à suivre. Quand on demande à être initié, c’est aussi parce qu’on a conscience que la vie ordinaire ne répond pas à notre attente. Est-ce cette trace là qu’il faut suivre, sachant que ce n’est pas la plus facile. Je crois que c’est la voie du perfectionnement de la paix et de l’harmonie, même si elle est difficile et ardue.
 
C’est peut être ici que je vais trouver le chemin qui me correspond le plus.
Qu’avons-nous demandé lors de notre première entrée dans le temple ? Qu’avons-nous demandé alors que profane nous nous sommes tournés vers la franc-maçonnerie ? 
Etre accepté, travailler dans un temple n’étant pas un but, qu’en espérions-nous ? On espère recevoir une connaissance, une solution, une réponse. La franc-maçonnerie nous réclame de donner, de servir, de respecter. Les frères nous réclament notre présence, notre savoir. Donc nous demandons aussi.
 
Nous demandons la connaissance, l’initiation.
La lumière vénérable, nous demandons la lumière dit le rituel. Un mot immense. Dans le dictionnaire on parle de rayonnement perçu par les yeux, de clarté, d’éclairage, mais aussi de ce qui éclaire l’esprit. L’apprenti se questionne. Quelle lumière est-il venu chercher, quel éclaircissement ? Il cherche l’élément qui fait comprendre la lumière de la raison, posséder des connaissances, un savoir, la lumière qui le sort des ténèbres. La lumière est aussi le soleil et ses couleurs étonnantes du levant ou du couchant que les vieux vénéraient parce qu’ils connaissaient les vertus et les bienfaits de sa chaleur. Pour les croyants, le Christ est la lumière du monde, Dieu est lumière. Que cette lumière nous éclaire. Le bandeau ôté, pour l’apprenti commence l’instruction initiatique. L’homme ordinaire se dirige vers la lumière. L’apprenti fait son chemin intérieur, il ne doit pas se laisser séduire par les fausses lumières. Sommes-nous en mesure de voir cette lueur innée en nous ? L’apprenti la perçoit à peine. La lumière du flambeau du vénérable à l’orient va, par l’intermédiaire du maître de cérémonie et des surveillants, éclairer la loge.
 
Frères surveillants et maître des cérémonies veuillez m’assister. Le maître des cérémonies respecte un ordre, il assiste le vénérable. Il frappe le sol de sa canne de pèlerin et va porter la lumière. Il entreprend un voyage, une marche qui guide les autres. Cette marche sera assistée plus tard par l’expert qui avec son épée l’aidera dans sa démarche initiatique.
Le vénérable maître invite les frères surveillants et maître de cérémonie à l’assister parce que aucun homme ne peut marcher seul sur le chemin de la vérité, de la lumière. Le rituel une fois de plus nous rappelle que pour avancer nous avons besoin d’être assistés, de nous unir aux autres frères.
 
Que la sagesse préside à la construction de notre édifice. Le vénérable en allumant le flambeau à trois branches illumine l’orient. Cette flamme permettra d’allumer d’autres flammes et de diffuser la lumière à toute la loge. A partir d’une petite flamme intérieure, nous pouvons nous embraser si nous savons chercher dans notre être. Le maître des cérémonies en allumant l’étoile du pilier Force et le flambeau du premier surveillant, illumine l’occident. Que la force soutienne notre édifice. Le maître des cérémonies continue son périple et allume l’étoile du pilier Beauté puis le flambeau du second surveillant. Le midi s’illumine. La pleine lumière règne dans le temple. La beauté orne l’édifice. Le rituel nous approche des trois piliers : La sagesse, la force et la beauté. Ces valeurs sont indispensables. Le vénérable qui possède la sagesse, la prudence, la réflexion, doit transmettre la flamme, la lumière pour aider ses frères. Il veillera au bon déroulement des travaux sacrés. La beauté orne le temple et permet au néophyte de s’engager sur le chemin, elle développe le goût de l’harmonie. La force est nécessaire pour lutter dans les ténèbres, pour passer de l’ombre à la lumière. Pour le franc-maçon elle est guidée par la beauté et la fraternité, sinon elle pourrait prendre des fausses voies. La force n’est pas violence. L’apprenti commence à comprendre pourquoi il se met à l’ordre avant de parler, il s’interroge sur sa vie intérieure, il en découvre des richesses. Ces lumières tout à coup lui ouvrent l’esprit, il commence à comprendre ce qu’il est venu chercher lors de sa première entrée dans le temple.
 
Le frère expert dispose les trois grandes lumières sur l’autel des serments puis trace le tableau d’apprenti sur le pavé mosaïque entre les trois piliers.
 
L’autel des serments est le lieu sacré, c’est la table qui reçoit les trois grandes lumières, les trois symboles majeurs que sont le volume de la loi sacrée, le compas et l’équerre. Le livre sacré qu’est la Bible représente-t-il la lumière religieuse ? Le reflet de la lumière intérieure sûrement. Le volume de la loi sacrée pourrait être la Thora en Israël, le Coran pour les musulmans. Ce qui est important est invisible, caché au fond de soi même.
 
L’équerre, l’emblème de la rectitude inspire la droiture dans les pensées et les actions des francs-maçons. C’est le symbole de la morale. Elle rappelle à l’apprenti qu’il est une pierre brute et que son objectif est de tailler puis de polir cette pierre, de sorte qu’elle puisse bien s’insérer parmi les autres pierres dans la construction de l’édifice.
 
Le compas est l’instrument de mesure, l’outil qui permet de tracer un cercle parfait sans perdre le centre. Il permet de tracer un rond comme la terre, comme la voûte céleste. L’apprenti est dans sa caverne, dans ses ténèbres, il recherche le centre, sa tâche est de le découvrir. Le frère expert déroule le tableau d’apprenti. Le vénérable lui demande de le tracer car autrefois les compagnons le traçaient à la craie. Sur le tableau figure le dessin de tous les symboles contenus dans le temple, un espèce de condensé sur une toile roulée.
Prenez place mes frères. Le vénérable donne un coup de maillet. Le rituel change de direction.
Nous sommes à couvert, orientés convenablement. Nous sommes prêts pour aller plus loin dans notre découverte de la spiritualité. L’action va pouvoir à nouveau s’engager. L’apprenti est jeune, il manque d’expérience dans le domaine ésotérique. Quel que soient ses actions et son savoir dans la vie profane, il doit être guidé par la loge.
« Frère second surveillant quel âge avez-vous ? »
« Trois ans vénérable maître ». Avec ses trois ans l’apprenti pénètre dans un autre monde, il entreprend un voyage dans le mystère sous le signe du chiffre trois. Quand il marche il fait trois pas, son âge est de trois ans, son élévation est de  trois degrés possibles, il est dirigé par trois maillets, le vénérable et les deux surveillants, il salue trois fois, la batterie est de trois coups, le décor comprend trois colonnettes, le flambeau a trois branches.
 
Où est votre place dans la loge ? Nous observons qu’il est besoin de quatre phrases différentes pour évoquer un point. Le rituel questionne, répond et explicite la réponse. A cette question, il sera successivement répondu au midi, à l’occident et à l’orient. Puis, le rituel fournit une explication à la question « pourquoi êtes-vous placés ainsi ? » L’apprenti prend toujours place au Nord. Il rejoindra le second surveillant au midi lorsqu’il deviendra compagnon, quand il pourra sortir de la pénombre du septentrion. A quelle heure les apprentis ont-ils coutume d’ouvrir leurs travaux ? Les apprentis sont dans le temple pour travailler à l’édification, à la construction de l’homme, à l’éveil de leur être. Les travaux commencent à midi, dit le rituel. A midi il est l’heure de prendre en main son destin. Pour l’homme mature c’est le midi de sa vie, il devient responsable, c’est l’heure de la paix, de l’amour de la fraternité. C’est à midi que le soleil est le plus haut, la clarté la plus pure, la lumière la plus intense. C’est l’heure la plus propice à la découverte de l’être. Au midi de sa vie, l’homme est en pleine maturité, il est temps de faire le point.
 
Puisque nous avons l’âge et qu’il est l’heure, nous pouvons ouvrir les travaux. En annonçant aux quatre points cardinaux qu’une ouverture des travaux va avoir lieu, on conçoit que le rituel nous invite à une ouverture de conscience. Il est l’heure de basculer dans un autre monde. Le moment est venu, nous avons l’âge. Le vénérable a invité tous les frères de toutes les colonnes à se joindre à lui. L’annonce est faite.
«Debout et à l’ordre mes frères » dit le vénérable.
Trois coups de maillet retentissent successivement à l’orient, l’occident et au midi.
Adopter cette attitude c’est être prêt à s’orienter, à se tourner vers l’intérieur, vers son être intérieur. Le rituel conduit le franc-maçon vers ce monde intérieur, ce monde extraordinaire.
 
Le frère expert et le maître des cérémonies relèvent une équerre symbolique au dessus de l’autel des serments, constituée de la canne et de l’épée. La canne du pèlerin et l’épée de la noblesse et du courage,  forment l’équerre de la rectitude, de la droiture.
A la gloire du grand architecte de l’univers. Ce n’est pas une manière d’appeler Dieu. Je crois que Celui-ci s’il existait vraiment serait plus grand que le grand architecte. Le franc-maçon a la possibilité de rester libre de croire ou de ne pas croire en Dieu. Il s’agit de prendre conscience d’un ordre universel, une loi de la création. Je déclare ouverte cette respectable loge. A moi mes frères par le signe, la batterie et l’acclamation écossaise. Le vénérable ne s’adresse plus comme au début du rituel aux surveillants, à l’expert ou au maître des cérémonies, il s’adresse à toute la loge, au grand architecte de l’univers. C’est au nom de cet ordre que les actions vont désormais se dérouler. Le rituel nous dit maintenant qu’il faut changer de monde. Nous ne sommes plus dans le monde profane.
Nous avons laissé nos métaux à la porte du temple. Elevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la lumière. Nous ne sommes plus dans un monde où l’apprenti mal guidé risque de s’épuiser, se perdre. Nous nous sommes débarrassés à l’entrée du temple de tout ce qui brille d’un éclat trompeur, tout ce à quoi nous sommes attachés dans le monde matériel. Nous pouvons aller vers la lumière.
 
Prenez place mes frères. Frère secrétaire veuillez donner lecture de la planche tracée de nos derniers travaux.
 
Le rituel a conduit tous les assistants sur le chemin de la connaissance. Certains l’ont peut être atteinte mais peut on jamais dire que nous sommes arrivés au bout du chemin ? Il est l’heure de prendre place et d’œuvrer.
 
Lors d’une réunion maçonnique le début et la fin des travaux commence par un rituel écrit. On peut donc penser qu’il existe un rituel d’ouverture puis un rituel de fermeture. En fait je crois tout est rituel pendant une tenue dans un temple et s’il existe un espace intermédiaire entre le début et la fin, ce n’est pas dûment consigné. Cette partie varie en fonction de l’ordre du jour, mais la forme rituelle demeure.
La pratique du rituel maçonnique nous indique les attitudes à prendre et les étapes à franchir pour nous initier.   
 
Vénérable maître, j’ai dit.
J\P\

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Pratique des différents Rites Maçonniques connus

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

Intitulé     Rite Nb Rituels Réponses au sondage Pourcentage

Rite Ecossais Ancien et Accepté REAA 79 394 70,74

Rite Français RF 18 76 13,64

Rite Ecossais Rectifié RER 54 27 4,85

Rite de Memphis Misraïm RMM 3 25 4,49

Rite Emulation RE 29 15 2,69

Rite Français Groussier RFG - 4 0,72

Rite Opératif de Salomon ROS 3 4 0,72

Rite Français Moderne RFM - 3 0,54

Rite Français Moderne Rétabli RFMR 13 3 0,54

Rite de la Stricte Observance Templière RSOT 7 2 -

Rite d'Ambelain RA - 1 -

Rite Moderne Belge RMB - 1 -

Rite d'York RY 8 1 -

Rituel 1820 R 1820 3 - -

Rituels Divers R Div 7 - -

Rituel "Luguet" R Luguet 3 - -

Rite Ancien et Accepté RAA 3 - -

Rite Anglais Ancien Accepté RAAA 3 - -

Rite Anglais de Bristol RAB 3 - -

Rite Anglais d'Oxfordshire RAO 4 - -

Rite Croix Rouge de Constantin RCRC 1 - -

Rituels du Duc de Chartes 1784 RDC 1784 3 - -

Rite Ecossais 1800 RE 1800 35 - -

Rite Emulation Hauts Grades RE HG 23 - -

Rite Ecossais Philosophique RE PH 3 - -

Rite Ecossais Primitif RE PR 15 - -

Rite Ecossais Primitif H.G. RE PR HG 6 - -

Rite Ecossais Ancien et Accepté H. G. REAA HG 93 - -

Rite Ecossais Ancien et Accepté "Molay" REAA M 19 - -

Rite Elu Coën REC 33 - -

Rite Ecossais Rectifié H.G. RER HG 18 - -

Rite Ecossais Théurgique RET 3 - -

Rite Ecossais Théurgique Hauts Grades RET HG 10 - -

Rite Français 1783 RF 1783 4 - -

Rite Français 1783 Hauts Grades RF 1783 5 - -

Rite Français 1818 RF 1818 3 - -

Rite Français 1818 Hauts Grades RF 1818 4 - -

Rite Français Cérémonies RF C 4 - -
Rite Français Hauts Grades RF HG 32 - -

Rite Forestier / Carbonari RFC 5 - -

Rite de la Grande Loge de l'Etat d'Israël RGLEI 3 - -

Rite Grades Maçonniques Alliés RGMA 4 - -

Rite Irlandais RI - - -

Rituel des Loges de Lyon 1772 RLL 1772 1 - -

Rite de Misraïm RM 15 - -

Rite de Misraïm 1820 RM 1820 3 - -

Rite Martiniste Rma 5 - -

Rite Martiniste Hauts Grades Rma HG 4 - -

Rite Martinisme "Baylot" RMaB 26 - -

Rituels du Marquis de Gages 1763 RMG 1763 3 - -

Rite de Memphis Misraïm H.G. RMM HG 32 - -

Rituel de Maître Marin de Noé RMMN 1 - -

Rite de Memphis Misraïm Rétabli RMMR 25 - -

Rite Maîtres Royaux Choisis RMRC 1 - -

Rite de Misraïm Venise RMV 3 - -

Rite de Misraïm Venise 1788 RMV 1788 90 - -

Rituel Naasènees RN 1 - -

Rite Nautoniers de l'Arche Royale RNAR 1 - -

Rituel de l'Ordre des Fendeurs - 18éme ROF - - -

Rite Opératif de Salomon Hauts Grades ROS HG 1 - -

Rituel du Prince de Clermont RPC 3 - -

Rite Rose-Croix A.M.O.R.C. RRCAMOR 27 - -

Rite Scottish Craft Rituals RSCR 11 - -

Rite Standard d'Ecosse RSE 12 - -

Rite Standard d'Ecosse Hauts Grades RSE HG 4 - -

Rite de la Stricte Observance Templière HG RSOT HG 5 - -

Rite de Venise RV 3 - -

Rite York H.C. RY HC 9 - -

Rite d'York Hauts Grades RY HG 13 - -

Rite d'York Arche Royale Américaine RYARA 6 - -

Rite d'York Croix Rouge de Constantin RYCRC 3 - -

Rite York Maîtres Royaux Choisis RYMRC 8 - -

Rite d'York Nautoniers de l'Arche Royale RYNAR 1 - -

 

Source : http://www.ledifice.net

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L’Ordre Hermétique de la Golden Dawn, par Henrik Bogdan

22 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

Ce texte est l’introduction du chapitre « The Hermetic Order of the Golden Dawn », (pp. 121 à 144) du livre d’Henrik Bogdan : Western Esotericism and Rituals of Initiation, publié en 2007 aux éditions State University of New York Press.

 

L’Ordre hermétique de la Golden Dawn – créé en 1888 – et les rituels qui s’y pratiquaient, sont d’une importance inestimable pour le développement ultérieur des rituels initiatiques occidentaux. Ces rituels mettaient les candidats en présence d’une forme hétérogène de l’ésotérisme occidental, nommée par les spécialistes « occultisme ». La caractéristique première de l’occultisme est sa nature composite, inhérente à cette conviction qu’une grande variété de phénomènes sont liés et qu’ils sont, dans une certaine mesure, explicatifs les uns des autres [1]. Ainsi, dans les rites de la Golden Dawn, se trouvent non seulement des références à l’alchimie, à l’astrologie, mais également au Tarot, à la Kabbale, à la géomancie et, parmi d’autres choses encore, à la Rose-Croix Le fait de relier des phénomènes entre eux n’est certes pas réservé à l’occultisme. C’est un trait intrinsèque à une certaine forme de la pensée ésotérique exprimée par Antoine Faivresous l’intitulé « correspondances » et qui recouvre dans une moindre mesure sous la notion de « Concordances ». Ce qui est nouveau dans l’occultisme, et qui s’exprime sans doute le plus nettement dans les rituels de la Golden Dawn est l’aspect systématique de cette démarche. Il ne s’agit pas seulement d’inclure ou de croiser des savoirs, mais d’une approche syncrétique assumée de l’ésotérisme dans son ensemble. Les candidats de la Golden Dawn devaient donc se montrer compétents dans un large éventail de pratiques ésotériques avant d’être admis au niveau suivant. Les cours montrent que les candidats devaient apprendre le symbolisme et les techniques de l’alchimie, de l’astrologie, de la kabbale, et du Tarot, etc.

 

Gerald Yorke (1901-1983) a résumé l’importance de la Golden Dawn :

« L’Ordre hermétique de la Golden Dawn (GD), avec son Ordre intérieur de la Rose Rouge et de la Croix d’Or (RR et AC) a constitué le couronnement de la renaissance occulte du dix-neuvième siècle. La Golden Dawn a synthétisé en un tout cohérent un vaste corpus de matériaux disparates et éparpillés pour les unir en un système pratique et efficace. Il serait difficile d’en dire autant de tout autre groupe occulte de l’époque ou existant depuis lors » [2].

En dépit de cette assimilation syncrétique d’un vaste panel de savoirs, les initiations offertes par la Golden Dawn n’étaient en rien confuses ou chaotiques. Au contraire, tous les degrés et enseignements transmis faisaient partie d’un tout cohérent ; l’ordre était régi par une simple et précise structure : l’Arbre de Vie kabbalistique, avec ses dix sphères ou Sephiroth et ses vingt-deux sentiers. Chaque degré était lié à une Sephira et le candidat voyageait symboliquement de Malkuth à Tiphareth, cette dernière étant attribuée au grade d’Adeptus Minor [3]. À chaque initiation, le Temple était reconfiguré afin d’illustrer la Sephira particulière à laquelle le diplôme correspondait. D’une certaine façon, le temple lui-même n’était rien d’autre qu’une représentation symbolique de l’Arbre de Vie. C’est cette association qui rendait le système initiatique de la Golden Dawn unique, dans le sens où il a été le premier de son genre et a inauguré une nouvelle tendance dans l’ésotérisme occidental.

Le système de grades de l’Ordre hermétique de la Golden Dawn :

 

Ipsissimus 10° =  1 Kether

Magus 9° =  2 Chokmah

Magister Templi 8°=  3 Binah

Adeptus Exemptus 7°= 4 Chesed

Adeptus Major 6°= 5 Geburah

Adeptus Minor 5°= 6 Tiphareth

Philosophus 4°= 7 Netzach

Practicus 3°= 8 Hod

Theoricus 2°= 9 Yesof

Zelator 1°= 10 Malkuth

Néophyte

 

L’utilisation de l’arbre de vie comme axe central du système initiatique de la Golden Dawn doit être appréhendée à la lumière du contexte historique des dernières décennies du XIXe siècle en Grande-Bretagne. La forme particulière de Kabbale qui prospère dans les cercles ésotériques à cette période s’éloigne considérablement de la Kabbale juive ou même de la cabale chrétienne. Même si la Kabbale littéraire occupe encore une place de premier plan au sein de l’occultisme, l’accent n’est plus porté sur l’interprétation de l’Écriture Sainte, les adeptes se préoccupent plutôt de traduire des termes importants en chiffres pour atteindre à une meilleure compréhension de leur signification en les rapportant à des mots de la valeur numérique similaire.

Plus important encore fut l’utilisation de l’Arbre de Vie comme modèle de l’univers pouvant être appliqué à toute forme de phénomène. En un sens, le schéma linéaire de l’arbre de vie est devenu une méthode grâce à laquelle il a été possible de mettre en ordre des phénomènes apparemment chaotiques, sans qu’il soit nécessaire de passer par les subtilités doctrinales de la Kabbale. La connaissance de la Kabbale, que les principaux représentants de la l’occultisme maîtrisaient, se limitait dans une large mesure, à des sources secondaires.

En 1896 parut une traduction anglaise des oeuvres d’Eliphas Lévi . Les travaux de cet auteur ont non seulement joué un rôle dans le ‘revival occulte’ français de la seconde moitié du dix-huitième, mais influencèrent également la scène occulte en Grande-Bretagne [4]. La traduction des principaux ouvrages Lévi en anglais a en effet permis la diffusion de ses théories sur divers sujets ésotériques, sa thèse principale étant la connexion entre le Tarot de l’Arbre de Vie :

« Mais l’innovation la plus étonnante de Lévi consiste à relier la Kabbale avec le Tarot. Les occultistes modernes prennent cette considération comme acquise au point d’oublier qu’il n’y a absolument aucune preuve historique que les deux aient été originellement liés. (…) Dans sa Doctrine et Rituel de la Haute Magie, il relie les vingt-deux atouts avec les vingt-deux lettres de l’alphabet hébreu et les quatre couleurs avec les quatre lettres du Tétragramme ou Nom de Dieu, puis les dix cartes numérotées de chaque couleur avec les dix Sephiroth »

Bien que la Golden Dawn puisse être créditée d’un certain nombre d’innovations en matière d’occultisme, elle n’en est pas moins un enfant de son temps qui reflète les tendances de l’ésotérisme occidental en Grande-Bretagne à un moment particulier de l’histoire. Le rituel qui sera analysé dans le présent chapitre est non seulement un excellent exemple des doctrines ésotériques en vogue durant les dernières décennies du XIXe siècle, mais surtout il est d’une importance capitale pour la compréhension d’une grande partie des rituels de l’ésotérisme contemporain ou moderne.

L’histoire de l’Ordre hermétique de la Golden Dawn est, comme celles de la majorité des sociétés occultes occidentales, d’une double nature : factuelle et légendaire.

Dans l’ouvrage d’Anderson, Constitutions of Free-Masons, publié en 1723, il est dit qu’Adam était versé dans l’art de la géométrie, ce qui permet à l’auteur de conclure que la Maçonnerie ultime remonte à Adam, notre premier Parent. A mon avis, ce genre d’affirmation ne doit pas être considéré comme une fraude ou une tentative de duper les membres potentiels, mais plutôt comme l’expression d’une certaine forme de pensée pour laquelle la légitimité doit être fondée sur des bases spirituelles plutôt que sur des raisons historiques. Le plus souvent, ces récits sont interprétés symboliquement par les membres des groupes occultes plutôt qu’au pied de la lettre. Ces légendes se rapportent directement à la notion de transmission que Faivre considère comme l’un des aspects constitutifs de l’ésotérisme occidental.

 

Selon l’histoire officielle/légendaire de la Golden Dawn, William Wynn Wescott (1848-1925), FM de haut rang et éminent membre de la Societas Rosicruciana In Anglia (SRIA), aurait obtenu certains documents d’un autre maçon, Rev. A.F.A. Woodford (1821-1887), l’un des membres fondateurs de la loge de recherche « Quatuor Coronati », No. 2076. Les récits diffèrent quant à la façon dont Woodford serait entré en possession de ces documents chiffrés (Cipher MS.) et qu’il aurait identifiés comme décrivant des pseudo-rituels maçonniques de provenance rosicrucienne.

Les Cipher MS. auraient été envoyés à Westcott par Woodford, le 8 août 1887. Westcott, pour transcrire les rituels aurait demandé l’aide de S. Liddell Mathers (1854 -1918) qui les aurait réécrits sous une forme exploitable. Parmi les papiers se serait trouvée l’adresse d’une certaine Fräulein Anna Sprengel en Allemagne (Soror Sapiens Dominabitur Astris), censée être une adepte rosicrucienne, membre de la « Die Goldene Dämmerung », autrement dit de la Golden Dawn. Après une brève correspondance avec elle, Westcott aurait été autorisé à ouvrir un temple de la Golden Dawn devant être dirigé par un triumvirat : Westcott, Woodman, et Mathers.

Cependant, selon toute probabilité, le MS Cipher. a, en réalité, été composé par Kenneth Mackenzie (1833–1886) dans l’intention d’améliorer les rituels du « Royal Order of Sikha and the Sat B’hai », un ordre fondé par un officier de l’armée indienne, le Capitaine James Henry Lawrence-Archer (1823–1889). Mackenzie aurait rapidement perdu tout intérêt pour cet ordre et à la place, aurait œuvré pour la branche britannique du « Swedenborgian Rite » sous la direction de John Yarker (1833-1913). Après la mort de Mackenzie en 1886, les rituels seraient arrivés entre les mains de Westcott.

La correspondance avec Anna Sprengel, par laquelle la Golden Dawn a été constituée, fut donc une fraude. La branche allemande de la Golden Dawn est considérée par les chercheurs comme n’ayant jamais existé, sinon dans l’imagination de Westcott On ne peut que spéculer sur les raisons ayant poussé Westcott à inventer ainsi les origines de l’Ordre, mais il semble hautement improbable qu’il ait pu rechercher des avantages personnels en fondant la Golden Dawn. Maçon de longue date et profondément familiarisé avec la littérature ésotérique, il était sans doute au courant de l’importance de la légitimité dans la transmission des enseignements ésotériques en général et particulièrement dans la formation de sociétés initiatiques. En outre, les récits légendaires de ce type étaient très courants dans le milieu britannique du XIXe siècle des sociétés initiatiques. Par exemple, la « Societas Rosicruciana In Anglia » et la « Red Cross of Constantine », toutes deux fondées par Robert Wentworth Little (1840-1878) avaient elles-mêmes des origines légendaires. L’initiative de Westcott a fourni à la Golden Dawn un fondement apparemment légitime sur lequel se développer, mais se révéla très instable ; elle sera la cause d’un conflit désastreux douze ans plus tard.

Néanmoins, le 12 février 1888, l’Ordre hermétique de la Golden Dawn fut officiellement délégué en Angleterre à W. W. Westcott, S. L. Mathers, and Dr. William Robert Woodman (1854–1918), Mage Supreme de la SRIA, par Soror S.D.A. d’Allemagne (sa signature sur la Charte a été faite par Westcott). Le 1er mars 1888, le Temple Isis-Urania N ° 3 ouvrit ses portes à Londres. Au début, les membres de sexe masculin vinrent de la SRIA, mais bientôt des candidats furent recrutés un peu partout, notamment dans les rangs de la « Société Théosophique ». En moins d’un an, quelque soixante membres avaient rejoint l’ordre. Bientôt d’autres temples bénéficièrent d’une charte en Grande-Bretagne : « Osiris Temple » à Weston-super-Mare, et « Horus Temple » à Bradford.

 

Le succès de ce nouvel ordre inquiéta certains groupes, notamment la Société Théosophique qui, en réaction, créa une « Esoteric Section » au sein de son ordre. Blavatsky, bien que n’étant pas satisfaite de sa création, interdit à ses membres d’adhérer à un autre ordre occulte que le sien et, s’ils en faisaient déjà partie, de démissionner. Il y eut des négociations diplomatiques entre la Golden Dawn et la Société Théosophiques qui se terminèrent de façon heureuse, sur une acceptation mutuelle. Certaines dissensions mineures au sein de la Golden Dawn en découlèrent, mais l’ordre continua de se développer. 1893 vit la fondation de l’important « Amen-Ra Temple » à Edinburgh qui fut suivie par celle de l’ « Ahathoor Temple » en 1894 à Paris, ville où Mathers et sa femme Moina avaient déménagé en 1892.

L’année 1892 marqua une nouvelle phase dans l’histoire de la Golden Dawn, puisque c’est à partir de cette date que les rituels de l’Ordre Intérieur (Rosae Rubeae et Aureae Crucis) commencèrent à être mis en œuvre.

Ces rituels de l’ordre interne furent écrits par Mathers avec comme leitmotiv central la légende de Christian Rosenkreutz, le fondateur légendaire de la Fraternité rosicrucienne. Conformément à cette légende de Rosenkreutz, un « caveau des adeptes » – la tombe de Rosenkreutz, occupa une place centrale dans les rituels de l’ordre interne. Ce caveau se composait de sept panneaux, ornés de symboles alchimiques et astrologiques, peints selon le système de « clignotement des couleurs » typique de la Golden Dawn. À noter que l’ordre interne ne diffère pas seulement par l’accent porté sur la Rose-Croix, mais également par le fait que les membres mettaient désormais leurs connaissances magiques en pratique. Les « adeptes », ainsi que les membres de l’ordre interne se nommaient, se considéraient en effet comme des magiciens dans le sens littéral du mot.

Au moment de l’âge d’or de la Golden Dawn, aux environs de 1896, quelque 300 membres avaient rejoint les rangs de l’ordre, dont 60 furent initiés à l’ordre interne, dont l’existence était gardée secrète pour les membres de l’Ordre extérieur.

Le temps passant Mathers devint l’unique dirigeant de la Golden Dawn, Westcott ayant été évincé. Toutefois, vers la fin des années 1890, le comportement de Mathers devint de plus en plus excentrique et son attitude autocratique causa des dissensions entre les membres de l’ordre interne à Londres. En 1900, ces dissensions aboutirent à une révolte pure et simple contre Mathers, qui l’avait, d’une certaine façon, lui-même provoqué. Le 16 février, il avait écrit une lettre à Florence Farr (1860-1917), qui le représentait dans l’ordre interne à Londres. Dans sa lettre, il l’avertissait de ne pas en révéler le contenu, mais les accusations étaient si graves qu’elles firent l’objet d’une commission d’enquête menée par certains membres de l’Ordre Intérieur. Cette lettre avait apparemment comme but la justification de l’autorité suprême de Mathers, qu’il tentait d’appuyer en déniant à Westcott tout rôle dans la formation de la Golden Dawn. Pour cela, il ne se contenta pas de dénigrer Westcott, il affirma également que la création de la Golden Dawn s’appuyait sur une fraude.

« [Westcott] n’a jamais été, ni directement, ni par des communications écrites, en contact avec les chefs secrets de l’Ordre ; il a lui-même falsifié ou demandé à quelqu’un de falsifier sa soi-disant correspondance ; j’ai tenu ma langue durant toutes ces années en raison d’une promesse de silence qu’il a exigée, avant de me montrer ce qu’il avait fabriqué ou fait fabriqué – ou les deux. Vous devez bien comprendre, la gravité extrême de cette question ; ne me forcez donc pas à aller plus loin dans le sujet ».

La commission d’enquête, dirigée par William Butler Yeats (1865-1939) confronta Westcott à ces allégations, qui s’en sortit assez mal, déclarant en guise de défense que tous ses témoins étaient morts. Mathers tenta de dissoudre la commission, sous le prétexte qu’en tant que dirigeant de l’ordre, il n’avait pas consenti à sa constitution. Mais sa requête fut ignorée et les adeptes londoniens décidèrent qu’ils n’avaient plus à suivre ses consignes. Dans une tentative désespérée pour reprendre le pouvoir Mathers envoya Aleister Crowley à Londres, mais Crowley réussit seulement à aggraver le conflit, si tant est que ce fût possible.

Ainsi se termine la saga de la Golden Dawn ; à l’heure actuelle, plusieurs factions perpétuent ses rituels dans des formes plus ou moins modifiées, un certain nombre d’organisations prétendant représenter la « vraie » Golden Dawn, mais pour ce qui de la validité de ces revendications, l’enquête reste encore à mener.

 

Une note sur les sources

Les rituels de la Golden Dawn n’ont jamais été imprimés. Ils étaient copiés à la main par les membres de l’Ordre. Un certain nombre de ces manuscrits se trouvent dans des bibliothèques privées ou publiques.

Une partie des rituels est venue à l’attention du public en 1900, lorsqu’une affaire judiciaire a éclaté. Une certaine Mme Horos et son époux avaient obtenu plusieurs rituels par Mathers et les avaient utilisés pour fonder leur propre ordre, « The Theocratic Society », en réalité une couverture pour abuser sexuellement des jeunes femmes recrutées.

La première édition des rituels externes a été effectuée par Aleister Crowley dans The Equinox Volume I, Numéro II (1909), dans un supplément spécial intitulé « Le Temple du Roi Salomon, Livre II ». À la fin de l’article, Crowley annonça la publication des rituels internes pour le prochain numéro. Mathers a tenté d’empêcher Crowley de publier ces rituels en lui opposant une injonction judiciaire, en vain. The Equinox Volume I, Numéro III (1910) décrivit le rituel du grade 5 ° = 6 (Adeptus Minor) dans « Le Temple du Roi Salomon, Livre III ».

Les rituels que Crowley avait publiés, cependant, l’étaient dans une forme abrégée et passaient sur des informations importantes. Entre 1937 et 1940, Israël Regardie (1907-1985) publia The Golden Dawn. An Account of the Teachings, Rites and Ceremonies of the Order of the Golden Dawn. Les quatre épais volumes de Regardie, qui avait été initié dans la Stella Matutina, constituaient certes une mine d’informations sur la Golden Dawn, cependant ces rituels n’étaient pas réellement ceux de la Golden Dawn, mais bien ceux de la Stella Matutina, dont les pratiques différaient considérablement.

Ce n’est qu’en 1972 que les RG Torrens publia The Secret Rituals of the Golden Dawn, contenant des rituels extraits de manuscrits datés de 1899, donc antérieurs au schisme de 1900. Malheureusement, Torrens ne publia que les rituels de l’ordre extérieur.

Puis, en 1984 Regardie sortit son volumineux The Complete Golden Dawn System of Magic, qui comprend les rituels de Néophyte à Philosophus dans le volume six, ainsi que le rituel du portail et de l’Adeptus Minor dans le volume sept. Ces textes ont été donnés par Leigh F. Gardner vers 1894-1896 et les manuscrits originaux se trouvent dans la collection Gerald Yorke, au Warburg Institute, à l’Université de Londres.

 

Source : esoblog.net

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Les Assassins

22 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

La secte des Assassins et son « Vieux de la Montagne » (Cheikh al-Djabal), tout comme les Templiers, a fait couler beaucoup d’encre. Que n’a-t-on prêté à ces fous de Dieu ? Et pourtant, les Assassins ne sont qu’une des nombreuses sectes Shi’ites qui apparaissent dans le sillage des imams successeurs d’Ali. Ici, un petit historique de l’Islam après la disparition de Muhammad s’impose.

En 632, trois Khalifes se succèdent à la tête de la Communauté islamique. Le troisième, Othman, meurt en 644, c’est l’occasion pour Ali ibn Abu Talib, neveu et gendre de Muhammad, de prendre le commandement des croyants. Toutefois, ce titre lui est bientôt contesté par Mu’awiyya, cousin d’Othman. Suite à la bataille de Ciffin et au jugement d’Hadroth en 658, Ali renonce au Khalifat et laisse Mu’awiyya prendre le pouvoir. Ali sera tué par les Kharidjites en 661.

En 680, la presque totalité des descendants d’Ali est massacrée à Kerbalah.

En 765, Jaffar al-Saddiq, 6ème descendant d’Ali, meurt. Son aîné, Ismaïl, étant mort en 760, son fils cadet Musa al Kazim reçoit l’Imamat selon la volonté de son père.

Certains shi’ites refusent le jugement de Jaffar et soutiennent le fils d’Ismaïl, Muhammad ben Ismaïl, dans sa lutte pour conquérir le pouvoir. À sa mort, ses partisans soutiendront qu’il s’est simplement occulté du monde et qu’il reviendra au Jour du Jugement.

De cette lutte intestine, sortiront les deux grands mouvements shi’ites actuels : les duodécimains (successeurs de Musa) et les ismaéliens (successeurs d’Ismaïl).

En 909, l’empire Fatimide d’Égypte est fondé par les Qarmates. Al-Mustansir devient donc le 8e Khalife sh’iites en régnant sur l’Égypte. À sa mort, son fils cadet Mustali est choisi par le vizir comme son successeur, en lieu et place de Nizar. De cette nouvelle querelle dynastique va naître le mouvement ismaélien « nizarite ».

« Le mysticisme ismaélien est basé sur le concept de ta’vil, ou « herméneutique spirituelle ». Ta’vil signifie en fait « reprendre quelque chose à sa source ou dans sa signification la plus profonde ». Les chiites avaient toujours pratiqué cette exégèse sur le Coran lui-même, lisant certains versets comme étant des allusions voilées ou symboliques à Ali et aux Imams. Les ismaéliens étendirent la ta’vil de manière bien plus radicale. Toute la structure de l’Islam leur apparaissait comme une coque, afin d’en pénétrer le cœur, la coque doit être pénétrée par la ta’vil, et en fait elle doit être brisée afin d’être ouverte totalement », Peter Lamborn Wilson, « Les Secrets des Assassins ».

Au milieu du XIe siècle, naît à Qom Hassan I Sabbah, issu d’une famille perse bourgeoise appartenant au mouvement ismaélien. Il étudie à Ispahan les textes sacrés persans : les Avestas, les livres de Zarathoustra ; et les textes sacrés musulmans. Il sera influencé par des Daïs (prédicateurs) ismaéliens nizarites et se rendra par la suite au Caire, ville de la connaissance de l’époque, où il s’intégrera dans le mouvement politique et religieux soutenant Nizar. Lamborn Wilson : « Hassan est né à Qom (en Iran) d’une famille chiite, mais il grandit à Ray, près de Téhéran. À l’âge de 17 ans, il rencontre pour la première fois un missionnaire ismaélien, qui, malgré tous ses efforts, ne réussit pas à le convertir à l’ismaélisme. Plus tard il tombe gravement malade, et effrayé à l’idée de mourir sans connaître la Vérité, il reprend contact avec un autre ismaélien et finit par se convertir à l’âge de 35 ans (vers 1071) ».

Il prêche bientôt la Nouvelle Prédication, à laquelle il mêle des éléments de mazdéisme et de néo-platonisme.

Hassan lance alors ses daïs (prêcheurs) dans toutes les régions du monde musulman et tente surtout de convertir à la Nouvelle Prédication les autres shi’ites. L’organisation des Assassins comptent également des « rafiq » qui sont ceux qui dirigent les troupes de l’ordre ; des « mujib » ou « mourîd » qui sont des novices. Le bras armé est constitué par « fidaïs » (« ceux qui se sacrifient »), des soldats fanatisés et préparés à mourir pour les missions que leur confie leur Grand Maître.

Du fait de ses agitations politiques, il doit quitter Le Caire et ainsi, grâce à ses fidèles, il se réfugie bientôt à Alamut dans les montagnes perses. Atâ Malik Juvaynî (1226-1283) nous décrit la forteresse d’Alamut après sa démolition en 1256 : « Alamut est une montagne qui ressemble à un chameau agenouillé avec son cou posé par terre ». La forteresse était située dans le Daylam à environ 35 kilomètres au nord-ouest de Qazwîn dans la région de Rudhbâr. Alamut se trouve à environ 100 kilomètres au nord-ouest de Téhéran et est situé dans la crête élevée de la chaîne de montagnes d’Elburz. De cet endroit imprenable, il dirigera son mouvement d’une poigne de fer et appliquera une propagande agressive via ses missionnaires et une politique de terreur via ses sectateurs, bientôt surnommés « assassins » ou encore Bâtinis du fait qu’ils professent une lecture ésotérique du Coran. Ceux-ci seront vite craints par les musulmans et les croisés. Les assassins servent de bras armé à Hassan et successeurs, bras armés frappant aveuglément suivant les ordres reçus d’Alamut. Une mission d’Hassan s’établira aussi en Syrie, dans les montagnes. Ce sont ces assassins dont parleront les chroniqueurs des croisades.

L’origine du mot est difficile à cerner. Certains font dériver ce mot du hashish utilisé par Hassan pour endoctriner et fanatiser ses tueurs, hashishiyyin sera d’ailleurs le nom donné aux Ismaëliens de Syrie par leurs ennemis. D’autres le font dériver du mot arabe « assas », gardien, sous-entendant par là que les nizarites de la nouvelle prédication sont les gardiens de la terre sainte. L’utilisation du hashish par les dirigeants du mouvement pour fanatiser leurs séides est un fait tout aussi invérifiable que leur rôle de gardien. Nous laissons donc les experts tenter d’élucider le mystère de leur nom.

La première mention de ce nom nous est donnée par un rapport d’un émissaire en Égypte de l’Empereur germanique Barberousse, qui date de 1175 :

« (…) il existe une certaine race de Sarrasins qui, dans leur dialecte, s’appellent Heyssessini, et en romain, segnors de montana. Cette race d’hommes vit sans loi ; ils mangent de la chair de porc contre la loi des Sarrasins et disposent de toutes les femmes, sans distinction, y compris leurs mères et leurs sœurs. Ils vivent dans la montagne et sont pratiquement inexpugnables, car ils s’abritent dans des châteaux bien fortifiés. (…) Ils ont un maître qui frappe d’une immense terreur tous les princes sarrasins proches ou éloignés, ainsi que les seigneurs chrétiens voisins, car il a coutume de les tuer d’étonnante manière. (…) Dans ces palais, il fait venir, dès leur enfance, nombre de fils de paysans. Il leur fait enseigner diverses langues, comme le latin, le grec, le romain, le sarrasin et bien d’autres encore. (…) on apprend à ses jeunes gens à obéir à tous les ordres et à toutes les paroles du seigneur de leur terre qui leur donnera alors les joies du paradis parce qu’il a pouvoir sur tous les dieux vivants. (..) Le prince donne alors à chacun un poignard d’or et les envoie tuer quelque prince de son choix ».

Guillaume de Tyr, le chroniqueur des Croisades, les mentionne de manière assez brève : « Le lien de soumission et d’obéissance qui unit ces gens à leur chef est si fort qu’il n’y a pas de tâche si ardue, difficile ou dangereuse que l’un d’entre eux n’accepte d’entreprendre avec le plus grand zèle à peine le chef l’a-t-il ordonné. (…) Nos gens comme les sarrasins les appellent Assissini ; l’origine de ce nom nous est inconnue ». C’est le même chroniqueur qui parlera de la rencontre entre les Templiers et les Assassins afin de conclure une alliance. En outre, des liens et des contacts sont attestés par Jean de Joinville, le biographe de St Louis. Le Vieux de la Montagne aurait ainsi demandé l’aide du roi de France Saint-Louis contre les Mongols qui envahissaient alors la Perse. Mais, si des romans, tel le Pendule de Foucault, ont laissé entendre qu’il existait des relations diplomatiques, voire occultes, entre les Templiers et les Assassins d’Alamut, il ne faut pas aller jusqu’à tomber dans le mauvais goût fantastique qui ferait transiter savoirs et pratiques occultes de l’orient en occident.

En 1124, Hassan i Sabbah meurt et son second Bozorg-Ummid (« Grand Espoir ») lui succède, puis le fils de celui-ci, Mohammed I, en 1138.

En 1162, Hassan (appelé Hassan II pour le distinguer de Hassan i Sabbah) devint le chef d’Alamut. Deux ans plus tard, le 17e jour de Ramadan (8 août) 1164, il proclama la Qiyamat, ou Grande Résurrection. Au milieu du mois de jeûne, Alamut brisa le jeûne à jamais et proclama ce jour fête perpétuelle. Cette proclamation devait mener les croyants vers le sens caché (bâtin) de la révélation afin de dévoiler la vérité (haqiqat). La Grande Résurrection devait voir la levée de la loi religieuse (shari’a), comme n’étant qu’une étape préliminaire. L’ismaélien nizârien Abû Ishâq-i Quhistânî de la fin du XVe siècle rapporte un extrait de la Grande Résurrection :

« Ô vous, les êtres qui peuplez les univers ! Vous, génies, hommes et anges ! Sachez que Mawlâ-nâ (notre Seigneur) est le Résurrecteur (Qâ’im al-Qiyâma). Il est le Seigneur des êtres, il est le Seigneur qui est l’existence absolue (wujûd mutlaq), excluant ainsi toute détermination existentielle, car il les transcende toutes. Il ouvre la porte de sa miséricorde, et par la lumière de sa connaissance il fait que tout être soit voyant, entendant, parlant, vivant pour l’éternité ». (Henry Corbin, Huitième Centenaire d’Alamût, pp. 299-300).

Les Assassins pratiquent également taqiyya (en arabe : تقيّة : circonspection ; crainte de Dieu) qui consiste à dissimuler son appartenance à un groupe ou à un courant religieux et à pratiquer en secret ses rites. Les ismaéliens étant pourchassés à la fois par les sunnites et par les autres branches du shi’isme, ils durent souvent avoir recourt à cette pratique pour échapper à la mort et à la persécution. La taqiyya deviendra une règle de comportement chez les Assassins afin d’infiltrer les rangs ennemis.

Marco Polo qui aurait traversé la Perse vers 1273 livre un témoignage assez précis et, pour tout dire, assez romanesque, des coutumes des Assassins d’Alamut : « Le vieil homme était appelé en leur langage Aloadin. (…) il leur faisait boire un breuvage qui les endormait aussitôt, puis les faisait emporter dans son jardin. (…) Et quand il veut envoyer en quelque lieu un de ses Hasisins, il fait donner de son breuvage à l’un ou à l’autre de ceux qui sont dans son jardin, et le fait porter dans son palais. (…) Et quand le Vieil veut faire occire un grand seigneur, il leur dit : allez et tuez telle personne et quand vous reviendrez, je vous ferai porter par mes anges en Paradis ».

En 1166, Hassan II fut assassiné après seulement quatre années de règne. Ses ennemis se sont peut-être ligués avec des éléments conservateurs d’Alamut qui pressentaient la Qiyamat comme étant la dissolution de l’ancienne hiérarchie secrète (et donc de leur propre pouvoir en tant que hiérarches) et qui craignaient de vivre ouvertement en tant qu’hérétiques. Le fils d’Hassan II, cependant, lui succéda et établit fermement la Qiyamat en tant que doctrine nizarite.

L’Imâm suivant Jalâl al-dîn Hasan fit entrer la communauté dans une nouvelle période de clandestinité (satr).

Alamut sera conquise en 1258 et la secte sera complètement éradiquée de Perse en 1258 par les troupes mongoles commandées par Houlagou Khan. Toutefois, la secte se perpétua sous une autre forme : au XIXe siècle, Hasan Alî Shâh, Imâm héritier de la longue succession des Imâms ismaéliens nizâriens, reçoit le titre d’Aga Khan des mains du Shâh de Perse. Obligé de quitter la Perse pour des raisons politiques, Hasan Alî Shâh s’installe en Inde. L’administration britannique impose alors aux Khôjas de le reconnaître comme leur chef spirituel. Cette branche de l’ismaélisme perdure jusqu’à nos jours avec pour chef « Aga Khan IV ».

Spartakus Freeman

 

source : esoblog.net

 

 

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Regard sur la franc-maçonnerie russe.

19 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Il nous a paru intéressant de consacrer un dossier à la franc-maçonnerie russe, qui est marquée par une histoire assez singulière dans la mesure où elle a entretenu avec la religion orthodoxe des relations beaucoup moins conflictuelles que celles qui ont marqué les rapports entre la franc-maçonnerie française et l'Eglise romaine.
Par ailleurs, si la franc-maçonnerie française a connu les heures sombres de Vichy, la franc-maçonnerie russe a connu pour sa part sous le régime soviétique une persécution qui a duré près de 70 ans.

Sans avoir la prétention de cerner de manière exhaustive la problématique maçonnique russe, nous vous proposons de la découvrir à travers trois documents:
• Un article paru en 2000 dans " Le monde diplomatique" et qui mérite donc d'être revu à la lumière du renouveau maçonnique actuel.
• Des extraits significatifs de l'ouvrage: "Les Voies de la théologie russe" du père Georges Florovsky, extraits permettant de situer la franc-maçonnerie au sein de la spiritualité russe des XVIII° et XIX° siècle.
• La présentation du livre "Les Francs-Maçons russes du XXe siècle - Des hommes et des loges", de Nina Berberova.

 

A L'EST, LE RETOUR DES FRANCS-MACONS
par Alain FAUJAS
Le monde diplomatique – Avril 2000


Sans avoir jamais eu, en Europe de l’Est, l’influence qu’elle a exercée en Occident, la franc-maçonnerie avait connu, en Russie, en Pologne, en Hongrie et en Tchécoslovaquie notamment, un essor remarquable. Brisé par les régimes communistes, qui pourchassèrent les francs-maçons accusés d’être des « ennemis de classe ». Depuis la chute du mur de Berlin (1989), on assiste à une timide renaissance des différentes obédiences occidentales. Mais les nouveaux maçons doivent faire face à l’incompréhension, aux nationalismes et aux mafias.

Pas plus que les Eglises ou les Etats, les francs-maçons n’ont pu ou su empêcher les drames ethniques qui ont martyrisé les nations d’Europe centrale et orientale, notamment dans les Balkans, où ils étaient pourtant très présents. Et le grand enthousiasme qui a porté les obédiences maçonniques vers l’Europe orientale au lendemain de la chute du mur de Berlin est, lui aussi, retombé. Car c’est avec ravissement que les francs-maçons avaient vu s’effondrer, en 1990, le régime communiste qui les avait bâillonnés pendant plus de soixante-dix ans en URSS, plus de quarante dans les « démocraties populaires » (1).

A vrai dire, la maçonnerie n’avait jamais eu, en Europe de l’Est, une influence comparable à celle qu’elle avait exercée en Amérique du nord, où de nombreux présidents des Etats-Unis, de George Washington à Franklin D. Roosevelt, s’en réclamaient ; en Amérique du Sud, où Simon Bolivar tout comme Salvador Allende faisaient partie des « frères ». Selon André Combes, spécialiste de l’histoire maçonnique, cette faiblesse à l’Est s’explique parce que la franc-maçonnerie y « a toujours été vivement combattue par divers courants religieux ou politiques, en particulier antisémites ».

Le poids des francs-maçons y a donc connu des hauts et des bas, comme le prouve l’exemple russe. Le rétablissement de la franc-maçonnerie en Russie, en 1802, lui avait valu un essor étonnant ; Saint-Pétersbourg comptait alors quelque 10 000 frères (2). L’écrivain Pouchkine est le maçon le plus célèbre de cette période. Le début du XXe siècle a vu un regain, sous l’appellation « maçonnerie de la Douma », initiée par le Grand Orient de France et dont étaient membres Alexandre Kerenski et la quasi-totalité de son gouvernement menchevik, en 1917.

Faute de démocratie, les traversées du désert ont été encore plus longues : l’échec du complot décembriste, auquel avaient participé, en 1825, nombre de maçons pour obtenir du tsar Nicolas Ier les réformes indispensables, valut à la maçonnerie russe d’être interdite pendant le reste du XIXe siècle. A partir de 1920, Léon Trotski élabora une critique de plus en plus violente contre ce mouvement « bourgeois » ; en 1922, il fit interdire la double appartenance au Parti communiste et à la maçonnerie, désignée comme représentant de l’« ennemi de classe ». L’élimination physique qui en résulta s’étendit à la Hongrie. Les régimes autoritaires en place en Bulgarie ou en Roumanie se mirent à pourchasser les obédiences, anticipant les persécutions du fascisme et du nazisme.

On avait dénombré jusqu’à 7 000 maçons hongrois et 1 700 tchécoslovaques. Au sortir de la seconde guerre mondiale et avec l’établissement des démocraties populaires, il n’en est plus resté. Le « coup de Prague » communiste qui, en 1948, préluda au départ du président (maçon) de la République, Edouard Benès, ouvrit une période de glaciation de quarante ans.

« Rallumer les feux »

En 1990, la franc-maçonnerie est à reconstruire en Europe orientale, et c’est avec passion que les différentes obédiences occidentales vont s’efforcer de « faire refleurir l’acacia » à l’orient du Vieux continent. Bien des nationalités s’y attellent : en tête, les Français, mais aussi les Allemands, les Belges, les Italiens, les Grecs, les Finlandais, les Autrichiens et les Amé ricains. On retrouvera, sur le terrain, les deux grandes familles maçon niques : la « régulière », qui fait obligation de croire en un Dieu révélé ; et la « libérale », qui professe la liberté absolue de conscience (3).

Le mécanisme est, en général, le suivant : la création de loges et le « rallumage des feux » ont lieu à l’Ouest parce qu’il n’existe sur place ni maçon patenté, ni temple, ni rite. La colonie polonaise du nord de la France renoue ainsi des contacts et crée les premières loges en 1991, à Lille, comme Nadjega (L’Espoir) du Grand Orient de France (GODF) qui réveille, la même année, L’Etoile du nord à Moscou. La Grande loge de France (GLF) n’est pas en reste et implante, elle aussi en 1991, à partir de la loge parisienne Pouchkine, la loge Nicolas-Novikoff dans la capitale russe. La Grande loge féminine de France (GLFF) initie, à partir de la loge parisienne La Rose des vents, des sœurs hongroises qui créent, en 1992, la loge Napraforgo (Tournesol) à Budapest. La Grande loge nationale de France (GLNF) consacre, la même année, la loge moscovite Astrée.

La démarche des Occidentaux suppose une aide matérielle à des frères démunis. M. Yves Trestournel, grand secrétaire de la GLNF, se souvient d’une « tenue » dans une école maternelle de Saint-Pétersbourg meublée de chaises lilliputiennes. M.André Combes, à l’époque grand secrétaire aux affaires extérieures du GODF, rappelle que le temple de Bucarest était une HLM de banlieue. M. Alain Sède, ancien président du Droit humain (DH), estime que son obédience devait « une aide logistique et matérielle à des loges très, très pauvres », dépourvues de livres ou d’objets du rituel. Le GODF, lui, a voté une contribution de près de 800 000 francs par an. La GLF a dégagé 300 000 francs.

Mais ce renouveau maçonnique se fait dans la précipitation. La concurrence entre les obédiences incite celles-ci à initier des apprentis et à conférer les grades de compagnons et de maîtres en une seule journée alors que cette progression prend normalement trois ans. Une « guéguerre » s’ensuit entre les obédiences pour recruter le plus grand nombre et les meilleurs. Certes, le GODF et la GLF s’entendent pour s’implanter en Hongrie ou en Tchécoslovaquie ; le Droit humain et le GODF font cause commune en Roumanie. Mais, dans l’ensemble, chaque obédience épaule « ses » filles et tente de débaucher celles des autres. Le GODF perd son premier Vénérable russe au profit de la GLNF, qui lui subtilise également la loge Le Sphinx de Saint-Pétersbourg. La loge Zora (Aurore) de Belgrade passe de la GLF au GODF, et les Lettons abandonnent la maçonnerie française pour l’allemande. Autrement dit, l’universalisme maçonnique se mue en esprit de clocher.

Les avis sont partagés sur le danger mafieux. Certains estiment qu’il est fantasmatique. D’autres le jugent très réel : « Nous avons été contactés par des groupes politico-affairistes, raconte un ancien responsable. En 1993, l’un d’eux nous a offert, dans un grand hôtel parisien, un chèque de 100 000 francs "pour nos pauvres" en échange de lettres d’implantation dans leur pays. Nous avons déchiré le chèque. »

Infiniment plus redoutable est la tentation de l’ethnocentrisme. En effet, l’imbrication des peuples suscite des réflexes d’exclusion même chez les francs-maçons. « En 1994, nos frères roumains ne voulaient pas accueillir de Tziganes, attitude contre laquelle je me suis insurgé, explique M. Jean-Michel Ducomte, ancien grand secrétaire aux affaires extérieures du GODF. Six mois plus tard, ils m’ont téléphoné pour savoir comment nous avions, en France, géré nos différences ethniques. En 1996, ils initiaient un Tzigane. »

Autre handicap : l’absence de références symboliques, faute de culture biblique. « Il nous a fallu expliquer des concepts évidents pour nous, comme le soleil ou l’équerre, affirme Mme Marie-France Coquart, ancienne grande maîtresse de la GLFF. Ils ignoraient qui étaient le roi Salomon et son architecte Hiram. Ils ne comprenaient pas ce que voulait dire la construction de soi-même (4). » M. Gilbert Schulsinger, ancien grand secrétaire aux affaires extérieures de la GLF, confirme ce vide culturel : « A Varsovie, en 1991, j’ai fait un discours sur la liberté auquel ils n’ont rien compris. Après tant d’années de lavages de cerveau, notre vocabulaire leur paraissait vraiment abscons ! »

Des décennies de communisme ont donné aux maçons orientaux un goût immodéré pour la liberté qui leur fait oublier égalité et fraternité, les deux autres valeurs maçonniques que la propagande soviétique avait galvaudées. L’Amérique et sa franc-maçonnerie régulière apparaissent donc souvent - notamment en Russie - comme mieux capables d’étancher cette soif de liberté.

Les maçons d’Europe de l’Est n’ont pas la vie facile. Il leur a fallu accepter d’anciens apparatchiks, ce qui n’est pas allé sans grincements de dents. Dans beaucoup de pays, ils sont confrontés à un réveil de l’anti-maçonnisme, bien qu’ils soient peu influents dans les milieux d’affaires (sauf la maçonnerie régulière, à laquelle appartiennent la GLNF et la Grande loge d’Angleterre) ou politiques. Certes, on en trouve dans l’entourage du maire de Moscou, et plusieurs députés yougoslaves de tous bords appartiennent à une obédience. Dans l’ensemble, ils font partie de l’élite intellectuelle et sont professeurs, ingénieurs, artistes, comédiens ou journalistes. Le président tchèque Vaclav Havel n’en est pas, à la différence de son père.

Malgré cette réserve et malgré l’usage de rituels écossais se référant à des textes religieux, de vieilles hostilités réapparaissent, par exemple en Pologne, où certains ont réédité les élucubrations écrites par Léo Taxil en 1886 et prêtant à la maçonnerie des penchants sataniques (5).

Dix mille « frères »

IL n’est pas aisé de chiffrer le nombre des francs-maçons en Europe orientale, car à leur discrétion s’ajoutent une rotation élevée de leurs membres et des « schismes » qui brouillent les comptes. Les ateliers regroupent moins de membres qu’en Occident, entre quinze et cinquante en général. Le GODF semble l’obédience la mieux implantée. De façon fort approximative, on peut avancer le chiffre de moins de dix mille francs-maçons de toutes obédiences dans l’ensemble des pays autrefois d’obédience soviétique. La Yougoslavie, avec environ un millier de frères, détiendrait le ruban bleu. C’est peu en comparaison des cent mille maçons français ou des quatre millions de frères américains !

« Toutes les familles maçonniques ont éprouvé l’envie de faire revivre à l’Est ce qui nous est cher, conclut M. Claude Charbonniaud, grand maître de la GLNF. Nous devons constater qu’il n’y a pas eu de rush vers la franc-maçonnerie. Allons-y prudemment pour ne pas attirer des gens sans idéal. » Même circonspection chez M. Jean-Claude Bousquet, grand maître de la GLF : « Les résultats obtenus sont modestes, dit-il. Mais nous ne sommes pas partisans du recrutement à tout- va qui attirerait des maçons tièdes ou tentés par l’affairisme. Nous devons être très prudents pour participer au recul du totalitarisme sans galvauder nos valeurs initiatiques. » Le triomphalisme, qui eut un temps, n’est plus de mise.

 "Les voies de la théologie russe."
Auteur : FLOROVSKY, Gueorgi Vasilievitch (1893-1979).
Traduction : Palierne, Jean-Louis.
Editeur : Lausanne - Paris : l'Âge d'homme - 2001.
Collection : Sophia.
Ouvrage paru initialement en 1937. Seconde édition en 1979 en langue anglaise, enrichie et modifiée par les soins de l'auteur, puis traduction française en 2001 due à Jean Louis Palierne.

Note de l'éditeur :

"Trop peu connu, mais fréquemment cité, ce célèbre ouvrage du Père Georges Florovsky apporte un éclairage indispensable à une page essentielle et souvent mal comprise de l’histoire de l’Eglise […] Un grand classique de la théologie du XXe siècle".

Note Kalinka-Machja :

Le père Georges FLOROVSKY, né à Odessa en 1893 a émigré en 1920 pour fuir la révolution bolchévique.
Jean-Claude Larchet, docteur en théologie et en philosophie, spécialisé en théologie et en spiritualité des Pères grecs, présente ainsi le père Florovsky dans un article daté du 09 mai 2005 sur le site internet ORTHODOXIE (http://www.orthodoxie.com/) :

Le Père Georges Florovsky (1893-1979), successivement professeur à l’Institut Saint Serge de Paris, à l’Institut Saint Vladimir de New York puis aux universités de Harvard et de Princeton, fut l’un des plus grands patrologues orthodoxes de ce siècle et l’un des principaux instigateurs d’un retour de la théologie orthodoxe aux sources patristiques. Très engagé dès l’origine dans le mouvement œcuménique, il y fut le militant d’un « œcuménisme dans le temps » appelant les diverses confessions chrétiennes à trouver leur unité non dans une corrélation de traditions parallèles, mais dans un retour à leurs racines communes, apostoliques et patristiques.

Pour notre part, nous proposons ci-après quelques extraits de l'ouvrage "Les voies de la théologie russe" du père FLOROVSKY, à seule fin de faire apparaître les affinités qui ont pu exister entre la franc-maçonnerie et la pensée orthodoxe dans la Russie des XVIII° et XIX° siècles.

[…] La franc maçonnerie devait former un événement majeur de l'histoire de la société russe, de cette société qui était née et qui avait été élaborée dans le tohu-bohu de l`ère de Pierre. Les francs maçons étaient des hommes qui, ayant perdu la voie enseignée par l'Orient, venaient s'égarer sur des voies que leur proposait l'Occident. Il est tout naturel qu'ils aient découvert cette route nouvelle de la franc-maçonnerie à l'un des carrefours de 1'Occident.
[…] Les meilleurs représentants de l'époque de Catherine portent témoignage de ce supplice flétrissant qui les incitait à à partir à la recherche du sens et de la vérité à une époque de libre-pensée et de débauche. […] Pour beaucoup, l'esprit voltairien était de venu une vraie maladie, tant morale que spirituelle.
La seconde moitié du XVIII° siècle fut cependant marquée par un réveil religieux – c'était le retour à soi survenant après une éclipse religieuse. Il n'est pas surprenant que ce réveil ait parfois confiné à l'hystérie. Un "paroxysme de pensée religieuse" c'est ainsi que Kliutchevsky décrit cet éveil maçonnique. Mais la franc-maçonnerie représentait bien plus qu'un simple paroxysme. Toute la signification historique de la franc-maçonnerie russe réside dans le fait qu'elle proposait un effort d'ascèse, et de concentration spirituelle. L'âme russe revenait à elle, mais elle devait maintenant passer par la franc-maçonnerie pour pouvoir s'affranchir des coutumes étrangères et de la dissipation de St Petersbourg.
Loin donc de ne représenter qu'un simple épisode éphémère, la franc-maçonnerie représentait plutôt une étape du développement de la société russe moderne. Vers la fin des années 1770, la franc-maçonnerie pénètre dans presque toute la population instruite.
La franc-maçonnerie russe a eu une histoire riche en disputes. en divisions et en transformations, Les premières loges étaient essentiellement des loges de déistes qui professaient unes moralité rationnelle et une religion naturelle, tout en cherchant parvenir à une connaissance de soi morale. Il n'existait ni distinctions ni divisions entre "francs-maçons" et "voltairiens": le courant mystique de la franc-maçonnerie n'émergera qu'un peu plus tard, et c'est alors que le cercle de Moscou des Rosicruciens deviendra le plus important et le plus influent des centres de la franc-maçonnerie russe à l'époque.
La franc-maçonnerie est un ordre bien défini, profane et secret, lié par une stricte discipline interne et externe. Or c'est justement cette discipline intérieure, ou cet ascétisme (il ne s'agit pas simplement ici d'une saine hygiène spirituelle) qui se révélera, dans l'économie générale des travaux maçonniques, l'élément le plus important pour tailler la "pierre brute" du cœur humain, comme disent les maçons.
La société russe reçut ainsi une éducation sentimentale: c'était un éveil du coeur. L'homme de la future intelligentsia russe détecta d'abord dans le mouvement maçonnique tout le bouleversement et la dualité de son existence. Il devint un homme tourmenté par une soif de plénitude et se mit à la rechercher. La dernière génération des années 1830 et 1840 renouvellera cette recherche, ce "Sturm and Drang". Ce sera particulièrement vrai des slavophiles; psychologiquement, le mouvement des slavophiles sera un rejeton de la franc -maçonnerie du règne de Catherine, et ne doit certainement rien aux coutumes paysannes, quelles qu'elles soient.
L'ascétisme maçonnique embrasse les thèmes les plus divers, y compris une indifférence rationaliste de type stoïcien, aussi bien qu'un ennui devant les vanités de la vie, une apparente méticulosité, parfois un "véritable amour de la mort" ("la joie du tombeau"), et un cœur authentiquement maîtrisé. La franc-maçonnerie élabora une méthode complexe afin de s'examiner et se contrôler soi même : "mourir sur la croix du reniement de soi même et périr dans le feu de la purification", c'est ainsi que I.V. Lopukhin définissait le projet du "vrai maçon". On doit lutter avec soi même et avec la dissipation, concentrer ses sentiments et sa pensée, retrancher ses désirs passionnés,"instruire son cœur" et "contraindre sa volonté". Car c'est précisément en soi même et dans sa volonté propre que l'on peut trouver la racine et le siège du mal. "Ne t'applique à rien d'autre qu'à devenir dans ton esprit, dans ton âme et dans ton cœur totalement sans "Moi", et dans cette lutte avec toi même, tu dois une fois de plus éviter toute volonté propre et tout égoïsme. Ne va pas rechercher ou ne te choisis pas une croix, porte celle qui t'échoit, et quand elle t'échoit".
La franc maçonnerie prêchait une vie stricte et responsable, l'autodétermination morale, la noblesse morale, la retenue, l'impassibilité, la connaissance et la maîtrise de soi-même, elle enseignait à pratiquer la "philanthropie" et à vivre sereinement "au milieu de ce monde sans permettre à son coeur de participer à ses vanités". On connaît bien toute l'œuvre philanthropique qui fut accomplie à cette époque par la franc-maçonnerie.
La franc-maçonnerie mystique représentait urne réaction contre l'esprit des Lumières: tout le pathos du degré théorique de la franc-maçonnerie était dirigé contre "les inventions de la raison aveugle" et contre "les sophistications de ce gang voltairien" : l'accent était mis sur l'intuition, comme contrepoint au rationalisme du XVIII° siècle.

[ …] Mais parvenue à cette étape ultime, la franc-maçonnerie mystique s'orientait vers une perception désincarnée. L'interprétation symbolique atténue la réalité du monde au point de la réduire presque à une ombre. Par essence, la dogmatique maçonnique impliquait une résurrection du gnosticisme platonisant, résurrection qui avait été amorcée durant la Renaissance. La chute de l'homme - cette "étincelle de lumière emprisonnée dans l'obscurité"- fournit la conception de base de la franc-maçonnerie. Bien plus qu'un sens du péché, c'est un sens aigu de l'impureté qui caractérise le mieux ce mouvement : l'impureté peut être effacée par l'abstinence bien mieux que par la pénitence: le inonde entier apparaît alors comme corrompu et malade. "Qu'est ce que le monde ? Un miroir pour la corruption et pour la vanité". Suscitée par cette "recherche de la clé du mystère de la Nature", la soif de guérison (de guérison cosmique) dérive de cette façon d'envisager la Nature.
[…] Durant les années 1770, l'université de Moscou se tenait tout entière sous la bannière des francs-maçons et ces dispositions dévotes et poétiques seront transmises à la pension de l'université qu'on y créera plus tard pour la noblesse.

[…] La franc-maçonnerie fournissait à l'intelligentsia russe alors naissante beaucoup d'impressions nouvelles et vives. Ce développement n'atteindra son expression complète qu'avec la génération qui apparaîtra au tournant du siècle.
[…] Sous le règne de Catherine, les francs-maçons entretenaient une relation ambiguë avec l'Église. En tout cas leur piété apparente n'était pas ouvertement en opposition avec elle. Beaucoup de francs-maçons satisfaisaient à leurs "obligations" d'Église et observaient les rituels correspondants. D'autres insistaient avec une emphase particulière sur l'immuabilité des rites et sur leur caractère sacré, "particulièrement ceux de la religion grecque" et certes le service orthodoxe, avec toute la richesse et la plasticité de ses images et de ses symboles, les attirait beaucoup. Les francs-maçons éprouvaient une grande estime pour la tradition orthodoxe, qui plongeait ses racines jusque dans les profondeurs de l'antiquité classique. Mais tout symbole n'était pour eux qu'un signe transparent, un signal directeur. Il fallait selon eux remonter à ce qui est signifié, c'est à dire du visible à l'invisible, du christianisme "historique" au christianisme "vrai" ou spirituel, c'est à dire de l'Église extérieure à l'Église "intérieure". Les francs maçons considéraient que leur Ordre représentait l'Église "intérieure", qui avait ses propres rites ou "sacrements". C'était le retour au rêve alexandrin d'un cercle ésotérique d'élus destiné à préserver les traditions sacrées: une vérité révélée seulement à quelques élus pour une illumination extraordinaire.

source : http://www.wmaker.net/kalinka/

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Les étrangers dans les loges russes

19 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Cependant, ce cas n’est pas du tout exceptionnel : maintenant que les listes des membres de la majorité des loges russes de cette période sont publiées  nous pouvons voir que l’absolue majorité des loges montre une forte dominante russe ou étrangère. Les chiffres sont révélateurs ; ainsi, dans les loges de Saint-Pétersbourg :

 

-    Grande Loge Provinciale d’Angleterre : 24 Russes, 8 étrangers ;

-    Apollon : 25 étrangers, 8 Russes ;

-    Bellone : 34 Russes, 6 étrangers ;

-    Zur Verschwiegenheit : sur les membres dont les noms sont connus, il y a 205 étrangers et 43 Russes ;

-    Mildtätigkeit zum Pelikan : 181 étrangers, 20 Russes ;

-    Les Neuf Muses : 69 Russes, 25 étrangers, etc.

 

À Moscou, la situation est à peu près la même :

 

-    L'Astrée : 45 Russes, 4 étrangers ;

-    Prieuré de la VIIIe province : 20 Russes, 4 étrangers ;

-    L'Harmonie : 13 Russes, 1 étranger ;

-    Clio : 39 Russes, 12 étrangers ;

-    L'Amitié (Droujba ou Drouzia) : 20 étrangers, 1 Russe, 2 d’origine inconnue, etc. 

 On pourrait prolonger cette liste : presque toutes les loges sont composées de cette manière. Il y a une forte dominante, l’autre élément, russe ou étranger, selon le cas, ne dépasse presque jamais un quart des membres de la loge et parfois tombe même à un dixième des effectifs. Quand c’est l’élément étranger qui domine, il s’agit la plupart du temps de noms à consonance allemande. Les Britanniques, comme Anthony Cross l’a démontré, sont concentrés surtout dans quelques loges. Les Français, quant à eux, sont présents dans beaucoup de loges, mais rarement en nombre important. Cf. à Saint-Pétersbourg :

-    Apollon : dominante étrangère, 25 étrangers dont 5 Français ;

-    L'Astrée : dominante russe, 2 étrangers dont 1 Français ;

-    Bellone : dominante russe, 6 étrangers, pas de Français ;

-    Zur Verschwiegenheit : dominante étrangère, 205 étrangers dont 9 Français ;

-    Mildtätigkeit zum Pelikan : dominante étrangère, 181 étrangers dont 7 Français ;

-    Les Neuf Muses : dominante russe, 25 étrangers tout de même, pas de Français, etc.

À Moscou :

-    L'Astrée (une autre loge que celle qui a été citée plus haut) : dominante russe, 4 étrangers dont 1 Français ;

-    Prieuré de la VIIIe Province : dominante russe, 4 étrangers, pas de Français ;

-    Clio : dominante russe, 12 (ou probablement 11, voir infra) étrangers dont 6 (ou 5) Français ;

-    L'Égalité (Ravenstva) : dominante russe, 5 étrangers dont 3 Français ;

-    Zu drei Fahnen : dominante étrangère, 50 étrangers dont 12 Français ;

-    L'Amitié : dominante étrangère, au moins 20 étrangers dont 1 Français, etc.

Qui plus est, il existe des loges exclusivement étrangères, et elles ne sont pas si rares. Douglas Smith en a cité trois, La Réunion des Étrangers à Moscou ; la Loge Écossaise L’Impériale, formée exclusivement de maçons au sens propre du terme, d’extraction écossaise, que l’architecte Cameron fit venir pour mener à bien ses projets de construction à Tsarskoïe Sélo ; et la loge Sainte Catherine (connue aussi comme St.Catharina zu den drei Säulen [Sainte-Catherine aux Trois Colonnes]), où on trouve néanmoins 5 ou 6 Russes sur un total de 31 membres. À celles-ci on pourrait ajouter quelques très petites loges, et quelques loges plus grandes comme la loge Eleusis, avec 43 membres, apparemment tous étrangers, dont 4 Français, et la loge L'Amitié, presque entièrement étrangère. Mais, de la même manière, on pourrait citer des loges exclusivement ou presque exclusivement composées de Russes, comme la Némesis, la Horus ou l’Osiris à Saint-Pétersbourg. L’analyse quantitative de la composition des loges semble suggérer qu’il y a une forte tendance à un enfermement « national », dont le sens exact doit être défini.

 

La Réunion des Étrangers

 

 

Cette tendance est particulièrement claire, nous semble-t-il, dans le cas de la loge La Réunion des Étrangers. Elle fut fondée le 25 octobre 1774 à Moscou, 42 membres étaient présents lors d’une séance en 1775, tous portent des noms à consonance étrangère. Tatiana Bakounine, qui a publié la liste de cette loge dans son ouvrage majeur ne disposait presque d’aucune information au sujet de ces francs-maçons, si ce n’est leur date et leur lieu de naissance.

 

Leurs origines sont diverses : ainsi, le vénérable en 1775 était Adam van Assendolft, né en 1716 à Rotterdam, en 1775 conseiller aulique, donc logiquement au service russe ; Samuel Pomfrett était né en 1738 à Londres, il était sénateur, membre du Club Anglais de Saint-Pétersbourg, et remplissait dans la loge les fonctions de trésorier et de maître des cérémonies ; Loretz Hultman était né à Stockholm en 1738, il était fabricant. Quelques-uns étaient d’origine suisse, par exemple Jacques Pigaud, marchand originaire de Neuchâtel ; d’autres probablement des huguenots, comme Antoine Fuhrman, né en 1750 à Dresde, ou Jean-Louis de Burgold, né en 1741 à Magdeburg, gouverneur dans la famille Khitrovo.

 

Mais la plupart étaient français. On y trouve Étienne Beugny, né en 1735 à Nancy, gouverneur des enfants du sénateur Nikita Afanassievitch Beketov ; Érasme Pincemaille, déjà cité, était vénérable de la loge, sans doute au moment de sa constitution ; sa fille, Ève Pincemaille, était une actrice en vogue sous Catherine II . Plusieurs membres étaient marchands : le même Pincemaille vendait des parfums, des savons et des essences ; François Grandmaison, de Melun, en Brie, possédait une fabrique de cartes à Moscou, il restera en activité jusqu’au début du XIXe siècle ; Charles Hannevarel n’est sans doute nul autre que Charles Hannevard  d’Anjou, marchand de la 2e guilde à la fin des années 1760. Associé à Becker, il devait déposer son bilan dans les années 1770 . Jean-Marc Gautier est bien sûr Jean-Marie Gautier ou Gautier-Dufayer qui était né en 1736 à Saint-Quentin, en Picardie, il était venu en Russie en 1764, travailla comme directeur des fabriques du général-lieutenant S.P. Iagoujinski, puis fut précepteur chez les Eropkine et les Gouriev, pour enfin s’inscrire comme marchand de la 1re guilde de Moscou ; son fils, Jean Gautier, se lancera dans le commerce des livres grâce à une alliance avec la famille des libraires Courtener pour fonder une librairie et une maison d’édition qui sera célèbre au XIXe siècle . Érasme et Adrien Godin étaient frères, tous les deux marchands et fils d’un marchand installé à Saint-Pétersbourg depuis 1748, Jacques-Laurent Godin, associé des maîtres du commerce français en Russie, Jean Michel et Joseph Raimbert ; il faisait dans les années 1750 des affaires avec Le Havre, avant de subir un grand échec commercial qui l’amena à Moscou ; il fut recommandé au vice-consul de France à Moscou, Pierre Martin, par Henri Foulon, un grand négociant français de Saint-Pétersbourg ; à Moscou son commerce passa aussi par plus d’une épreuve : ainsi, il fut jeté en prison avec un de ses fils en 1776 pour avoir réclamé le paiement de 4000 roubles pour des étoffes qu’il avait livrées à un Saltykov . Il s’agit probablement de Lorent Gaudain, qui figure comme membre de cette loge, à moins qu’il ne s'agisse de Léonard Gaudain, installé à Moscou en 1766 et comptant parmi les fondateurs du Club Anglais de Moscou. Le voyageur anglais Hatchett racontait à ce sujet : « Mr Jackson et moi avons dîné dans un club tenu dans la maison de Godaines et établi par Mrs Roxand et Bourgarel, les membres sont principalement quelques Anglais résidant à Moscou, Mr Dickinson excepté, et quelques étrangers qui comprennent la langue [anglaise – V. R.], en tout près de 30. Ils se rencontrent chaque vendredi soir d’octobre à avril ».Mathurin Gay (Gaij dans la liste de Tatiana Bakounine) avait vécu en Suède où il aurait travaillé dans les manufactures royales, avant de passer en 1756 en Russie, où il s’installa comme fabricant et teinturier. Jean Larmée accompagna un convoi de colons français recrutés en Europe par Meunier de Précourt, déjà mentionné, et s’installa finalement à Moscou comme négociant ; il était le beau-frère ou le beau-fils de Charles Hannevard, et sera jusqu’à la fin du siècle marchand de la 3e Guilde à Moscou ; il était aussi apparenté à Maurice-Gérard Allart, un libraire français important à Moscou .Alexandre Doraison, né en 1726 ou 1731 en Dauphiné, était négociant à Moscou où il possédait une fabrique de cartes . 

Il y a d’autres personnages intéressants, par exemple un certain Jean-François Billiot, né en Bourgogne en 1753, un marchand en vue ; ce Français était marié à une fille d’Henri Foulon ; Billiot affrétait des navires à Saint-Pétersbourg avec son associé Jean Chenevière, qui est sans doute le Jean Chenevieze qui figure comme membre de cette loge ; plus tard, Billiot fonda sa propre société de commerce et, dans les années 1780, entra avec son fils dans la 1re Guilde marchande ; il habita à Saint-Pétersbourg avant son installation à Cronstadt, où il exerça les fonctions de vice-consul de France, de 1790 à 1793, date de son expulsion de Russie en tant qu’agent diplomatique français . Marc Fazy était un horloger connu qui avait reçu de la Chancellerie de tutelle des étrangers une subvention importante pour la fondation d’une fabrique de montres à Moscou, il bénéficiait d’un titre d’horloger à la cour et avait ses entrées au Palais, on dit qu’il était créancier de Grigori Potemkine en personne .Edme Lajoye (ou Lajoie), né en 1738, était bijoutier, il était marié à la marchande Catherine-Philippine Pepler qui habita un temps dans un logement loué chez Marc Fazy . Certaines informations nous font penser que le nommé Godfried Goguel n’est autre que Henry Goguel (les deux sont nés à Montbéliard), ancien recruteur et directeur de quelques colonies étrangères sur la Volga et futur directeur de la Maison d’éducation de Moscou, l’un des grands établissements éducatifs de Catherine II . 

Nous nous arrêterons là, de peur de rendre cette énumération fastidieuse. Les membres de cette loge sont souvent liés entre eux par des relations qui remontent au temps de leur arrivée en Russie. On peut ainsi distinguer le cercle de la Chancellerie de tutelle des étrangers, organisme chargé du recrutement de colons étrangers et de leur installation en Russie (existait en 1763-1782) : Gautier-Dufayer, Larmée, Goguel, Fazy, Grandmaison eurent à un moment ou à un autre affaire à cet organisme, et la liste n’est probablement pas close. D’autres connexions devraient être dégagées : les liens familiaux entre Billiot et Foulon d’un côté, et les relations d’affaires entre Godin et Foulon de l’autre, entre Larmée et Hannevard ; les relations entre Billiot et Chenevière, etc. D’autres liens pourront sans doute être révélés, car les marchands français aussi bien à Moscou qu’à Saint-Pétersbourg avaient l’habitude de se rendre des services à de nombreuses occasions (baptêmes, inscription à la guilde, cautions de toutes sortes, etc.) . Nombre de membres de cette loge feront dans les années 1790 partie du conseil syndical de l’église Saint-Louis-des-Français, ou seront parmi ses fondateurs.

 

Nous sommes donc en présence d’une union à caractère professionnel, amical et « national » . Professionnel, car l’absolue majorité des membres sont marchands ; amical, car plusieurs d’entre eux se connaissent de longue date et certains même sont liés par des relations de famille ; « national » dans ce sens que la majorité des membres sont d’extraction française et tous ou presque, sont francophones ; les Russes ne sont de toute évidence pas bienvenus dans cette loge. Autre détail important, Pomfrett et Pincemaille mis à part, les autres ne semblent pas s’être préoccupés de la problématique maçonnique le reste de leur vie, même pas Charles Veiner de Mangeot, vénérable de la loge en 1775-1779, dont le nom n’apparaît dans aucune autre liste maçonnique.

 

Pincemaille fait figure d’exception à La Réunion des Étrangers. Il était déjà en 1764, à Metz, vénérable de Saint-Jean de la Candeur, Orient de Metz, lors de sa constitution officielle par la Grande Loge de France. Il fut accusé de vendre des cahiers de hauts grades à des frères reçus aux grades inférieurs. Il était Second Grand Surveillant de la Loge Provinciale de Metz présidée par le baron de Tschudy, qui fut chargé de mettre Pincemaille en demeure. Celui-ci démissionna en 1766, se présentant dans une lettre adressée à la Grande Loge comme « un bourgeois honnête, que son petit négoce, son état et le soin de pourvoir une nombreuse famille doivent occuper de préférence » . C’est sans doute grâce à Tschudy ou au recruteur Meunier de Précourt  (ou les deux) qu’il avait entrepris le voyage en Russie. À Moscou, Corberon lui rendra visite justement en 1775 pour le consulter sur les questions maçonniques. Pincemaille est un tout petit marchand, pas du tout du même calibre que la plupart des membres de la loge. Il tient à cette époque une boutique à Moscou avec Jean-Baptiste Prins et vend surtout de l’épicerie fine et des produits de toilette et de beauté.

 

Si l’admission de Pincemaille en tant que franc-maçon expérimenté ne pose pas de problème, celle de Pomfrett est autrement intéressante. Pomfrett est britannique et n’est pas marchand, il n’est même pas moscovite, mais, tout comme Pincemaille, il a déjà une expérience maçonnique. Il nous est connu pour avoir fréquenté à Saint-Pétersbourg, en 1771 et1772, la loge de La Parfaite Union, cette autre loge « nationale » qui avait réuni l’establishment britannique de la capitale. Et même si La Parfaite Union n’avait jamais été aussi fermée que La Réunion des Étrangers, le caractère « national » des deux doit être mis en parallèle ; la présence de Samuel Pomfrett dans La Réunion des Étrangers, après l’échec de La Parfaite Union, corrobore, nous semble-t-il, l’existence dans les deux cas d’un projet d’union des étrangers, exprimé dans le nom de la loge moscovite.

 

Peut-on alors parler d’une sorte de détournement de la franc-maçonnerie ? En l’absence de presque toute information sur le fonctionnement de ces loges, il est difficile de se prononcer définitivement sur cette question. En tout cas, dans l’atmosphère des relations tendues entre les marchands russophones et étrangers à Moscou , une telle réunion était parfaitement naturelle. Elle est venue compenser un manque de structures pour la communication et la concertation entre négociants étrangers .Dans cette optique, la Loge Écossaise L’Impériale, formée, nous l’avons dit, exclusivement de maçons écossais au sens propre du terme (= bâtisseurs), pourrait être interprétée comme une sorte de corps de métier étranger qui prend la forme d’une loge maçonnique, forme, rappelons-le, autorisée ou tolérée.

 

Toutefois, il faut nuancer notre propos. Si l'on regarde de près le cas de La Parfaite Union, on voit d’autres facettes, probablement aussi importantes que le caractère « national » de cette loge. Rappelons qu’on trouve, parmi ses membres, un certain « Sage Joseph Raimbert » .Ce Joseph Raimbert est l’un des plus grands marchands français de Russie, pendant un temps il fit fonction de consul de France à Saint-Pétersbourg et joua un rôle de médiateur entre les cours russe et française ; un autre membre de La Parfaite Union, Sabatier de Cabre, est chargé d’affaires de France à Saint-Pétersbourg, proche de Raimbert. D’Angeli n’est autre que François-Marie-Charles baron d’Angély, militaire et agent secret de France, qui est arrêté pour avoir entretenu des correspondances illicites et est chassé de l’empire en 1774. Il s’agit donc, à notre avis, non seulement d’une réunion d’étrangers, mais d’une réunion d’étrangers influents, proches de la représentation diplomatique des deux pays, la Grande-Bretagne et la France (voire eux-même diplomates), ayant leurs entrées au Palais, comme c’était le cas de Raimbert, de Gomm ou encore de Sébastien Charles, dit de Villiers, ancien avocat au Parlement de Paris, ayant suivi l’économiste Lemercier de la Rivière à Saint-Pétersbourg, connaissant le sculpteur Falconet, l’homme d’État influent et écrivain Andreï Chouvalov, et lui-même connu de l’impératrice et auteur des commentaires sur le projet de la commission pour l’élaboration du nouveau Code des lois . 

Pensant au caractère fermé de certaines loges, nous avons quelques réserves à l’égard des interprétations fréquentes de la franc-maçonnerie russe comme un phénomène de sociabilité ouverte et cosmopolite . En effet, si la participation des négociants était importante dans les loges maçonniques en Russie à cette époque, comme le démontre Douglas Smith, on peut difficilement parler d’échanges maçonniques entre marchands russes et étrangers car rien ne dit qu’il y avait un nombre important de marchands russes dans les loges ; en effet, si l'on ne considère que les trois loges dont on vient de parler, La Réunion des Étrangers à Moscou, La Parfaite Union à Saint-Pétersbourg, et la Sainte-Catherine à Arkhangelsk, nous arrivons déjà à un chiffre de plusieurs dizaines de marchands francs-maçons qui sont étrangers. Vernadski, l’un des meilleurs connaisseurs de la franc-maçonnerie russe au XVIIIe siècle, écrit que parmi les Frères russes (c’est Vernadski qui souligne) les roturiers étaient rares. Il cite quelques noms de marchands russes francs-maçons, une petite dizaine, tout en précisant qu’ils n’étaient pas membres à part entière, mais apprentis ; Vernadski souligne que, pour de nombreux étrangers qui venaient en Russie sous le règne de Catherine II, les loges maçonniques servaient de « réunion corporative » ; et il poursuit : « Les loges de langue étrangère [inoïazytchnyïé – V. R.] dans les villes russes comprenaient essentiellement des marchands », et des marchands étrangers, évidemment . 

 

 

Mais tous les francs-maçons français n’étaient pas des marchands et n’aspiraient pas à ce genre de fermeture et d’isolationnisme. Par exemple, le chevalier de Corberon intègre le parcours maçonnique dans la préparation de son voyage en Russie, comme le montre parfaitement P.-Y. Beaurepaire. C’est dans le cadre de son activité maçonnique que Corberon fait connaissance avec le prince Ivan Sergueïevitch Bariatinski, alors ambassadeur de Russie à Paris, ainsi qu’avec d’autres francs-maçons russes résidant à Paris. Ces rencontres permettent au diplomate de s’informer sur le pays, sur les us et coutumes de ses habitants, de se procurer enfin des lettres de recommandation nécessaires à la réalisation de sa mission. À Saint-Pétersbourg, la franc-maçonnerie sert à Corberon de laisser-passer dans les cercles haut placés et influents. Ainsi, il se rend à une réception au grade d’Écossais en compagnie des princes Odoïevski et d’Anhalt-Bernburg et du comte de Brühl ; de la même manière, Corberon ne manque pas une occasion de parler de son expérience maçonnique, par exemple à un déjeuner chez Izmaïlov, ce qui est pour lui un moyen d’intéresser ses interlocuteurs. Néanmoins, l’intérêt du chevalier pour la franc-maçonnerie semble réel, même s’il lui arrive de s’en servir dans ses stratégies sociétales et de carrière. Cependant, la loge à laquelle il adhère à Saint-Pétersbourg, zur Verschwiegenheit , est de par sa composition une loge étrangère. Mais l’ambiance ici est différente de celle qui règne à La Réunion des Étrangers : les Russes ne sont pas exclus, il y a aussi plus de variété professionnelle. Les Russes qui y sont admis appartiennent souvent à la haute société et comptent parfois parmi les francs-maçons les plus influents et les plus respectés. Parmi eux, Semen Perfiliev, franc-maçon connu, ancien gouverneur de Saint-Pétersbourg et directeur du Club Anglais ; le prince Iouri Troubetzkoy, militaire de haut rang et associé, avec Nikolaï Novikov, à la Compagnie typographique ; le comte Andreï Chouvalov, correspondant et traducteur de Voltaire et écrivain, alors chef de la noblesse du gouvernement de Saint-Pétersbourg ; Nikolaï Mordvinov, haut gradé de la Marine russe, futur ministre de la Marine, sénateur et membre du Conseil d’État, futur collaborateur de Speranski ; Petr Miatlev, directeur des Théâtres impériaux et membre du Club Anglais, etc. On y compte aussi des étrangers naturalisés, par exemple Petr Melissino, un des grands francs-maçons, dans ces années-là directeur du Corps des cadets de l’artillerie et du génie.

 

Cette loge comprend aussi quelques Français, par exemple Demuth, sans doute Philippe-Jean Demuth. Marchand et aubergiste de son état (connu grâce à son hôtel célèbre sur la Moïka), il aspirait probablement à d’autres milieux que celui des marchands étrangers de Saint-Pétersbourg ; il est témoin au mariage du frère du célèbre Marat, David Mara(t) de Boudry, avec demoiselle Labkoff en 1792 ; l’intérêt pour la franc-maçonnerie n’était sans doute pas éphémère dans cette famille, car le fils de Philippe-Jean Demuth, Pierre, est plus tard membre de la loge pétersbourgeoise Neptune Parmi d’autres Français membres de la loge zur Verschwiegenheit, Jean-Joseph Berlire mérite une mention particulière. Il avait été professeur au gymnase (école pour roturiers) de l’université de Moscou, à la suite du professeur Saint-Nicolas, puis avait été lié à Semen Gavrilovitch Zoritch (1745-1799), militaire serbe au service russe, favori de Catherine II ; dans les années 1780, il se trouvait comme secrétaire et interprète au service d’un prince Cantacuzène, sans doute le prince Nicolas Cantacuzène (1763-1841), fils du prince Rodion Cantacuzène. Berlire n’était pas étranger aux belles lettres : il consacra une ode à Zoritch ? puis publia des Vers sur l’inauguration de la statue équestre de Pierre le Grand ; il collabora au Mercure de Russie, revue littéraire fondée et dirigée par Gallien de Salmorenc en 1786  .Edme-Joseph Joly, qui avait l’intention de visiter cette loge en 1776, était membre de plusieurs loges à Saint-Pétersbourg, l’Astrée, Le Silence, etc. Il était sans doute très intéressé par la franc-maçonnerie car, en 1774 au plus tard, il reçut un diplôme de la Grande Loge d’Angleterre. En 1774, il était bibliothécaire chez Fedor Grigorievitch Orlov (1741-1796), frère du favori, général en chef, président d’un des départements du Sénat ; dans les années 1780, il s’établit à son compte comme libraire . Frantz Floridor nous est inconnu, sauf s’il s’agit d’Henri Floridor, de son vrai nom Imgarde de Lettenberg, à cette époque surveillant et inspecteur de la troupe française de théâtre, connu personnellement de Catherine II et par ailleurs franc-maçon assidu, membre de la loge Mildthätigkeit zum Pelikan à Saint-Pétersbourg . Les Français qui font partie de cette loge possèdent donc un niveau culturel certain et sont liés à la grande noblesse russe ou d’origine étrangère (comme Zoritch et Cantacuzène) qui est leur employeur ou mécène. De ce fait, nous sommes en présence d’une loge plus ouverte sur la haute société russe.

 

Analysons un autre exemple, à dominante russe cette fois. Il s’agit d’une loge moscovite, Clio, fondée en 1774, c’est-à-dire contemporaine de La Réunion des Étrangers ; elle était subordonnée à la Grande Loge d’Angleterre et avait adopté le système d’Elagin. En 1774 et 1775, elle comprend 51 membres, parmi eux des représentants de quelques grandes familles de la noblesse : des Apraksine, Golitsyne, Gagarine, Dolgorouki, Volkonski, Odoïevski, Troubetzkoy, Ouroussov... Quelques uns occupent des positions importantes dans la société : Ivan Bakhmetiev, pétersbourgeois, est à la tête du Club Anglais de la capitale ; le prince Vassili Dolgoroukov est un militaire de haut rang, conseiller privé effectif ; le prince Mikhail Golitsyne est brigadier ; Sergueï Saltykov est l’ancien favori de Catherine II et autrefois envoyé russe à Hambourg, général-lieutenant ; Petr Ourousov est plus tard procureur du gouvernement de Moscou. Mais la plupart des membres russes sont militaires, de rang moyen et même inférieur. Clio est donc l'exemple d’une certaine mixité sociale.

 

Il y a plusieurs étrangers parmi les membres. Généralement, dans les loges à dominante étrangère, les Français, bien que souvent présents, ne sont pas très nombreux : dans les grandes loges de ce type, leur nombre dépasse rarement 5% des effectifs « étrangers » . Dans les loges à dominante russophone, les Français sont proportionnellement plus nombreux par rapport à d’autres étrangers, par exemple dans Clio où, à juger d’après les noms, ils sont au nombre de 5 ou 6 sur 11 ou 12 étrangers. Ce fait mérite d’être retenu.

 

Qui sont-ils ? Un certain François Cazié était un ancien officier au service de la Pologne, puis major au service russe, donc du même statut social et professionnel qu’une bonne partie des membres de la loge. Mais il n’était pas étranger à la littérature : il sera en 1786 membre de la Société littéraire du Mercure de Russie, revue francophone éditée par Gallien de Salmorenc, et traducteur du russe . Les francs-maçons Bérard et de la Rozière sont sans doute une seule et même personne ; ce Bérard de la Rozière, originaire de Strasbourg, était donné comme marchand dans ces années. Pierre Dumoulin, né en 1707 à Lyon, avait été plusieurs années durant surveillant au cabinet de physique, adjoint au professeur de physique et mécanicien à l’université de Moscou. Il vivait à Moscou sur un pied plutôt aisé, possédant depuis 1766 sa propre maison où il louait des chambres  L’orateur de la loge s’appelait Jean Saint-Nicolas, il s’agit sans doute de Jean-Godefroi de Saint-Nicolas, de 1770 à 1772 (selon d’autres informations, 1775), professeur de français dans la « classe syntaxique » à l’université de Moscou et auteur de plusieurs discours solennels prononcés aux fêtes de l’université. Saint-Nicolas évoluait sans doute dans les milieux cultivés, comme en témoigne aussi une épître de sa composition, traduite en 1775 en russe par Soumarokov, lui-même franc-maçon .

 

Nous sommes donc en présence d’une loge à caractère ouvert où la mixité, aussi bien sociale que « nationale », est de mise. Les Français qui en font partie sont ou ont été fonctionnaires au service russe, militaire ou civil, certains sont aussi écrivains ou traducteurs. La seule exception est Bérard de la Rozière qui est donné comme marchand. Mais son négoce était sans doute spécifique, car on sait qu’en 1785 il vendait des tableaux peints par des étrangers, ses clients appartenaient sans aucun doute à la grande et moyenne noblesse qui constitue le noyau de cette loge. Ces quelques exemples semblent démontrer que pour les francs-maçons français l’affiliation à telle ou telle loge se faisait en fonction de leur « capital culturel » qui présuppose plus d’ouverture, une disposition aux contacts avec la noblesse russe (le principal client de la communauté française en Russie dans ces années-là), ou au contraire, une fermeture et un souhait de garder intacte son identité nationale.

 

Mais il faut tout de même nuancer notre propos. Ainsi, on trouve le même François Cazié parmi les membres de La Réunion des Étrangers. Il pouvait parfaitement faire partie des deux loges ayant chaque fois une stratégie différente, ce qui répondait sans doute à ses différentes attentes : adepte d’une communauté « nationale » dans un cas, il pouvait aussi méditer sur les possibilités et les avantages d’une meilleure assimilation en Russie, et son engagement au service de l’État est de fait un pas dans cette direction.

 

D’autre part, un besoin d’avoir un cadre à caractère professionnel ne menait pas forcément à une fermeture telle qu’on l’observe dans le cas de La Réunion des Étrangers. La Réunion des Élus du Nord, fondée à Saint-Pétersbourg par les membres de la loge des Cœurs réunis, à Montpellier, peut être comptée parmi les loges ouvertes. Elle est l’une des rares où la part des Russes et des étrangers est équilibrée (6 membres russes et 5 membres étrangers, tous Français). Certains étaient nés à Montpellier (comme les Curto ou probablement Jean-Baptiste Prévost), ce qui explique la fondation de la loge Les Cœurs réunis. Il se peut que pour ceux-là, l'expatriation en Russie soit liée à la filière maçonnique, comme c’est sans doute le cas d’Érasme Pincemaille. Mais la loge est aussi sous-tendue par des relations professionnelles, en l’occurrence l’appartenance au même établissement : les deux Curto, Jean-Paul et Pierre-Paul, Jean-Jean Crempin, Jean-Hugues-Louis Charrière sont professeurs au Corps des Cadets nobles de l'armée de terre à Saint-Pétersbourg ; d’autres membres de cette loge font probablement partie de cet établissement ; en tout cas tous ou presque sont militaires. Il s’agit donc d’une loge à caractère corporatif mais, contrairement à La Réunion des Étrangers, tous les Français de La  Réunion des Élus du Nord étaient des francs-maçons confirmés : ils étaient tous membres de plusieurs loges, avaient fondé des loges maçonniques ou participé à leurs travaux dans d’autres villes, non seulement à Montpellier mais à Lvov, à Varsovie, à Riga, à Kamenets-Podolsk, à Chişinău (Kichinev)... Pierre-Paul ou Petr Ivanovitch Curto sera un franc-maçon actif durant toute sa vie ; on le retrouve dans la loge Les Amis Réunis de Saint-Pétersbourg, dans les années 1810  

Prenons encore l’exemple de la loge L'Égalité (Ravenstva), en activité à Saint-Pétersbourg de 1774 à 1777  La dominante russe est forte ici : seulement 5 étrangers sur 55 membres ; 3 sont français. C’est encore une loge comportant plusieurs hauts dignitaires russes. Parmi les Français, Lesage est probablement ce comédien venu en Russie encore en 1741 à 1742, avec la troupe de J.-B. Duclos, qui travailla de longues années dans la troupe française à la cour russe, sous la direction de De Sérigny. Il s’apprêtait à quitter Saint-Pétersbourg en 1760, mais il se peut qu’il soit resté. Gautier est difficile à identifier. Par contre Charapant est probablement Jean-Baptiste-Jude Charpentier, professeur à l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, auteur d’une grammaire russe . Sans insister sur l’intérêt de certains des membres russes de cette loge pour les belles-lettres, remarquons que quelques-uns ont accompli des séjours à l’étranger ou ont été éduqués par un précepteur français (cas de Iouri, fils d’Alexandre Iourievitch Neledinski-Meletski ).On pourrait donc supposer qu'il pouvait arriver à un Français cultivé d'entrer facilement dans les loges à dominante russe en raison de la gallomanie qui touchait une partie de la noblesse russe au siècle des Lumières.

 

Il est connu que certains membres de la colonie allemande de Russie entretenait des relations privilégiées avec les milieux éclairés russes qui sont souvent à cette époque des milieux francs-maçons. Rappelons un cas connu, celui du relieur de l’Académie des sciences de Saint-Pétersbourg, Wilhelm Konrad Müller (ou Miller, en Russie) qui commence à développer progressivement dans les années 1760 et 1770 une activité de libraire et d’éditeur. Certaines informations font penser que Müller-père et Müller-fils étaient tous deux francs-maçons .Ils fondent avec Nikolaï Novikov en 1773 une Société pour la publication de livres (fermée en 1774). Müller avait parmi ses clients Ivan Élaguine, Alexandre Soumarokov, francs-maçons notoires. Nous sommes donc en présence d’un réseau russo-allemand uni par des activités maçonniques et éditoriales, intimement liées au projet maçonnique de certains francs-maçons comme Nikolaï Novikov. Les libraires français en Russie ne s’occupent presque jamais de l’édition à cette époque. Est-ce pour cette raison que leurs réseaux ne semblent guère se recouper avec ceux des francs-maçons russes traducteurs et éditeurs tels que Novikov, Tchoulkov, Gamaleïa, Ivan Tourguenev, Schwarz... ? En 1793, le prince Prozorovski, gouverneur général de Moscou, est chargé du contrôle de l’église catholique Saint-Louis-des-Français de Moscou et de ses fidèles. Quelques-uns, parmi les Français de cette paroisse, sont d’anciens membres de La Réunion des Étrangers. Rappelons que le même Prozorovski mène en 1792 une enquête sur Novikov et son entourage mais qu'à aucun moment il ne mentionne une connexion quelconque entre les Français et le cercle de Novikov . Ce n’est sans doute pas un hasard : les francs-maçons dans l’entourage de Novikov n’entretenaient apparemment pas de relations avec les francs-maçons français, étant plus tournés vers l’Allemagne et considérant le système français comme un divertissement frivole.

 

Pour nombre de francs-maçons français ou d’origine française qui ont fait un voyage en Russie, on ne dispose d’aucune information permettant de parler d'une activité maçonnique pendant leur séjour. Cela concerne non seulement le baron Théodore-Henry de Tschudy, déjà mentionné  mais aussi Abel Burja, pasteur protestant d’origine huguenote, né en Prusse, auteur de Mémoires, ou le prince Charles-Joseph de Ligne et nombre d’autres, moins connus. Plusieurs Français arrivés en Russie sous les règnes de Catherine II et de Paul Ier se sont distingués dans l’Art Royal plus tard, au début du XIXe siècle. Leur activité répond plus à l’image d’une franc-maçonnerie cosmopolite et ouverte. Beaucoup d’entre eux appartiennent au monde des sciences, comme Louis-Barthélémy Carbonnier, haut gradé du génie militaire, ou à celui des arts, comme Honoré-Joseph Dalmas, éditeur d’une grande revue musicale, ou à l’armée, comme Charles Audé de Sion, professeur au Corps des Pages et haut gradé de l’armée russe.

 


Vladislav Rjéoutski

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Le Prêtre-Roi Melchisédech

18 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

… Derrière Moise se tient le prêtre sans parents, le roi de justice, Melchisédech, fils du Soleil rouge

… Par Melchisédech et par Moïse parviennent aux créatures les bénédictions qui les guérissent.

Sédir : le Sermon sur la Montagne.

 

Depuis des temps immémoriaux, cette énigmatique figure, qui apparaît dans l’Ancien Testament pour disparaître aussitôt, a maintenu en éveil la sagacité des exégètes et alimenté la méditation des esprits religieux. Le but de cette notice est simplement d’exposer les quelques renseignements que l’Ecriture et la Tradition fournissent à son sujet.

 

Melchisédech est mentionné à trois reprises dans la Bible.

 

1 Au chapitre XIV de la Genèse il est dit que Melchisédech, roi de Salem et sacrificateur de Dieu, bénit Abraham, victorieux de ses ennemis,

 

2 Au psaume CX, verset 4, il est écrit : Le Seigneur a juré et il ne s’en repentira pas: Tu es prêtre éternellement, à la manière de Melchisédech.

 

3 Dans l’épître aux Hébreux, il est déclaré que Melchisédech est la préfiguration du Christ Lui-même.

 

Extraordinaire assurément était cet être devant la bénédiction de qui s’inclina le Père des croyants , Celui qui avait été si souvent béni de Dieu et en qui toutes les nations de la terre devaient être bénies. Cornelius a Lapide pense qu’il est descendu du Ciel pour bénir Abraham et qu’il y est ensuite remonté puis, qu’après cette bénédiction, l’Écriture ne fait plus mention de lui jusqu’au temps du roi David. Le nom qu’il portait et qui signifie roi de justice, doit être pris dans son acception plénière, absolue, car seul

 

un être parfaitement saint pouvait être appelé directement par Dieu à la vocation d’un sacerdoce ne relevant d’aucun pouvoir humain.

 

La Genèse nous apprend en effet qu’il était prêtre du Dieu souverain; mais il est significatif de constater que le livre saint, où l’on trouve indiquée avec tant de précision la succession des prêtres de la famille d’Aaron, ne parle pas de successeurs de Melchisédech. Au reste la déclaration du psaume: Tu es prêtre éternellement à la manière de Melchisédech montre bien que le roi de Salem est nommé ici non comme le chef mais comme le type d’un sacerdoce sans analogie dans l’Ancienne Alliance.(Cf. S. Thomas d’Aquin : Somme III quest. XXII. 6.)

 

Melchisédech est donc la préfiguration du Christ Lui-même, qui sera, Lui aussi, Roi et Sacrificateur. Et, pour ôter de notre esprit toute incertitude touchant cette manifestation mémorable, l’auteur du récit sacré prend soin de préciser le lieu où le pontife-roi donna à Abraham sa sur-éminente bénédiction. La rencontre eut lieu au nord de Jérusalem, exactement entre la ville et le tombeau des juges, qui en est distant d’à peine 3 kilomètres, près de l’endroit où passe actuellement la route de Jérusalem à Naplouse. C’est là que le prêtre de Salem, avant de bénir Abraham, offrit à Dieu le pain et le vin, préfiguration de la Cène que le Fils de Dieu devait célébrer plus tard dans cette même cité.

 

Et l’on comprend que l’apôtre, écrivant aux Hébreux, leur déclare qu’il aurait, touchant, ce Melchisédech, beaucoup à dire et des choses difficiles à expliquer. Et voici les seules qu’il consente à leur dévoiler, à cause de leur lenteur à comprendre : Outre la royauté de la justice et de la paix, Melchisédech est sans père ni mère , sans généalogie, il n’est d’ailleurs pas de même race qu’Abraham, ses jours n’ont pas de commencement ni sa vie de fin, il est semblable au Fils de Dieu, et il demeure prêtre éternellement.

 

Tel est cet être, préfiguration du Christ et même semblable au Fils de Dieu , né d’une façon surnaturelle puisqu’ appartenant à une autre race qu’Abraham , engendré avant les temps comme le Christ, sans descendance comme le Christ et, comme le Christ, vivant à jamais, prêtre d’un pontificat perdurable et parfait, puisqu’il a plu au Christ d’être prêtre selon cet ordre.

 

Et l’on comprend que la méditation revienne inlassablement sur cet être dont la grandeur nous domine et dont le mystère nous attire. Les uns ont pensé que Melchisédech était le Christ Lui-même apparu à Abraham sous forme humaine; les Hiéracites ont vu en lui l’incarnation du Saint-Esprit; Origène et Didyme ont cru qu’il était un ange. Les Samaritains, au dire d’Épiphane, déclaraient que Melchisédech était Sem, le fils de Noé. Il y eut de bonne heure une secte gnostique appelée Melchisédéciens, sur l’origine et la doctrine de laquelle nous ne savons pour ainsi dire rien; ils se rattachaient à Théodote le changeur qui niait la divinité de Jésus et enseignait qu’au moment du baptême le Christ était descendu en Jésus; et ces Melchisédéciens donnaient la prééminence à Melchisédech sur le Christ.

 

Pour Catherine Emmerich, Melchisédech était une sorte d’ange sacerdotal chargé de préparer le grand-oeuvre de la Rédemption. Saint Yves d’Alveydre le présente comme le survivant au temps d’Abraham de l’ancienne Église universelle du Bélier, de Ram, détrônée par l’Église du Taureau, d’Irschou. Les  Rose-Croix du XVIIe siècle ont rangé Melchisédech avec Enoch, Moïse, Élie et d’autres parmi leurs ancêtres.

 

Une autre tradition, plus strictement chrétienne, voit en l’épisode de Melchisédech une de ces manifestations soudaines de l’être qui, sur la terre, tient la lieutenance du Christ. D’ordinaire il vit dans l’obscurité; mais il en sort quand il voit la nécessité d’une intervention publique. Avec Abraham commence en effet la sélection du peuple dans lequel devait prendre corps le Verbe, peuple profondément matériel et dur et strictement formaliste. Il fallait que, dès cette époque, fût signifié le caractère unique de liberté, de spiritualité pure, d’indépendance formelle qui est celui de la mission du Sauveur.

 

Le Christ doit-il être appelé prêtre selon l’ordre de Melchisédech ?

 

Objections :

1. Le Christ, comme prêtre principal, est la source de tout sacerdoce. Or ce qui est principal ne peut suivre l’acte d’autrui, c’est aux autres de suivre le sien. Donc le Christ ne doit pas être appelé prêtre selon l’ordre de Melchisédech.

 

2. Le sacerdoce de l’ancienne loi est plus proche de celui du Christ que le sacerdoce antérieur à la loi. Or les sacrements signifiaient d’autant plus expressément le Christ qu’ils étaient plus proches de lui, ainsi que nous l’avons montré dans la deuxième Partie. Donc le sacerdoce du Christ doit être nommé d’après le sacerdoce de la loi plutôt que d’après le sacerdoce de Melchisédech, antérieur à la loi.

 

3. Il est écrit (He 7, 2) : Melchisédech  » veut dire : « roi de la paix« . Sans père, sans mère, sans généalogie, dont les jours n’ont pas de commencement et dont la vie n’a pas de fin « . Tout cela convient uniquement au Fils de Dieu. Le Christ ne doit donc pas être appelé prêtre selon l’ordre de Melchisédech, comme de quelqu’un d’autre, mais selon un ordre qui est propre à lui-même.

 

En sens contraire, il est écrit dans le Psaume (110, 4) : «  Tu es prêtre pour l’éternité selon l’ordre de Melchisédech. « 

 

Réponse : Comme nous l’avons dit, le sacerdoce légal fut la préfiguration du sacerdoce du Christ, non certes en égalant la vérité, mais d’une manière très inférieure : et parce que le sacerdoce légal ne purifiait pas les péchés, et parce qu’il n’était pas éternel comme celui du Christ. Or, cette supériorité du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce Lévitique fut préfigurée dans le sacerdoce de Melchisédech, lequel perçut la dîme sur Abraham, et en celui-ci sur le sacerdoce Lévitique qui devait descendre de lui. Aussi dit-on que le sacerdoce du Christ est  » selon l’ordre de Melchisédech « , à cause de la supériorité du sacerdoce véritable sur le sacerdoce légal, qui n’était que préfiguratif.

 

Solutions : 1. Cette façon de parler ne comprend pas Melchisédech comme étant le prêtre principal, mais comme préfigurant la supériorité du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce Lévitique.

 

2. Dans le sacerdoce du Christ on peut distinguer son oblation et sa participation. Quant à l’oblation elle-même, le sacerdoce du Christ était préfiguré plus expressément par le sacerdoce légal, qui répandait le sang, que par le sacerdoce de Melchisédech, où le sang n’est pas répandu. Mais quant à la participation à ce sacrifice et à son effet, à quoi on mesure surtout la supériorité du sacerdoce du Christ sur le sacerdoce légal, elle était plus expressément préfigurée par le sacerdoce de Melchisédech qui offrait du pain et du vin lesquels, pour S. Augustin symbolisent l’unité de l’Église, que constitue la participation au sacrifice du Christ. Et c’est pourquoi, dans la loi nouvelle, le véritable sacrifice du Christ est communiqué aux fidèles sous les espèces du pain et du vin.

 

3. Si l’on dit que Melchisédech est «  sans père, sans mère et sans génération « , que  » ses jours n’ont pas de commencement ni de fin « , ce n’est pas parce qu’il n’en avait pas, mais parce que la Sainte Écriture n’en parle pas. Et par cela même, comme l’Apôtre le dit au même endroit,  » il est assimilé au Fils de Dieu  » qui sur terre est sans père, et au ciel sans mère et sans généalogie, selon Isaïe (53,8) :  » Qui racontera sa génération ?  » Et selon sa divinité il n’a ni commencement ni fin de ses jours.

Émile Besson

 

Source esoblog.net

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