Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Articles récents

Clausewitz et "De la guerre"

28 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #perso

C’est en 1975 que le général Colin Powell, alors étudiant au War College, a lu pour la première fois le traité de Carl von Clausewitz intitulé De la guerre. À ses dires, « ce fut comme si un rayon de lumière avait surgi du passé, illuminant toujours les dilemmes des militaires d’aujourd’hui ». Plus récemment, un autre brillant officier militaire, le général Sir Rupert Smith, a cité Clausewitz pas moins de dix fois dans son ouvrage influent, L’utilité de la force.

Il va sans dire que les témoignages d’appréciation du livre magistral de Clausewitz, De la guerre, abondent. Le général Helmuth von Moltke a déjà déclaré que les seuls livres dignes de son intérêt étaient L’Illiade d’Homère, la Bible et De la guerre. Pendant l’entre-deux-guerres (1918-1939), deux colonels britanniques ont à leur tour vanté Clausewitz. J. F. C. Fuller a écrit que Clausewitz était l’égal de Copernic, de Newton et de Darwin. T. E. Lawrence a louangé l’ouvrage de Clausewitz, affirmant qu’il était de loin supérieur à tout autre et qu’il l’avait inspiré de manière subconsciente dans sa propre réflexion.

Plus tard, deux des théoriciens stratégiques les plus influents de l’après-Seconde Guerre mondiale ont déclaré que personne ne connaissait mieux que Clausewitz le sujet de la guerre et du conflit. Bernard Brodie a en effet tiré la conclusion suivante : « Son livre n’est pas seulement le livre le plus extraordinaire mais le seul livre vraiment remarquable traitant de la guerre. » Colin S. Gray compare Thucydide, Sun Tzu et Clausewitz et préfère sans équivoque ce dernier à ses deux prédécesseurs. En 1995, le philosophe britannique W. Gallie écrivait que De la guerre était le premier et, à ce jour, le seul livre d’envergure intellectuelle exceptionnelle au sujet de la guerre.

L’objet de ces louanges, le général Carl von Clausewitz (1780-1831), est entré dans l’armée prussienne en 1792. Il a combattu les forces révolutionnaires françaises et les armées napoléoniennes jusqu’à la bataille de Waterloo, en 1815, participant à plusieurs grandes batailles, dont celle d’Iéna et celle dite des Nations. Affichant un goût particulier pour la philosophie, il lisait avec voracité, et ses champs d’intérêt dépassaient largement le domaine de l’histoire militaire. En 1818, il a été nommé directeur de l’Académie prussienne de la guerre à Berlin et il a rédigé De la guerre pendant son directorat. Cet ouvrage, le plus beau fleuron de son œuvre, jouit d’une influence énorme depuis. Il ne serait pas exagéré d’affirmer que les idées de Clausewitz coulent comme une rivière souterraine dans le paysage de la pensée militaire moderne.

Manifestement, c’est la teneur du raisonnement de Clausewitz qui lui donne son importance, non seulement pour la doctrine militaire, mais également pour la théorie stratégique. Au XXIe siècle seulement, pas moins de sept livres parus en anglais traitent exclusivement ou en profondeur de cette question.

En 2001, Michael Handel publie la troisième édition de Masters of War: Classical Strategic Thought. Il y compare Sun Tzu, Clausewitz et le Suisse Jomini, reléguant ce dernier à l’histoire, considérant à juste titre qu’il n’est plus pertinent aujourd’hui. Handel avance également que Sun Tzu enseignait comment conduire la guerre de façon efficiente, alors que Clausewitz a démontré comment la conduire de façon efficace.

La même année a paru A History of Military Thought: From the Enlightenment to the Cold War d’Azar Gat. Cet ouvrage revêt une valeur exceptionnelle pour deux raisons. Tout d’abord, il compare la pensée de Clausewitz à l’école militaire des Lumières (1687-1789) et examine la profonde influence que ce dernier a exercée aux XIXe et XXe siècles. Ensuite, Gat traite de toute cette époque dans le contexte de l’histoire intellectuelle. Le positivisme, le romantisme, le darwinisme social, le marxisme, le fascisme et le libéralisme sont tous liés à la manière dont a été façonnée l’histoire militaire depuis 300 ans. Cet ouvrage est incontournable pour quiconque souhaite comprendre Clausewitz dans le cadre de l’histoire intellectuelle.

En 2002, une spécialiste allemande, Beatrice Heuser, a publié Reading Clausewitz, un livre portant non seulement sur la lecture des écrits de Clausewitz, mais également sur l’interprétation que d’autres en ont faite. Elle dégage tous les grands thèmes abordés par Clausewitz et décrit comment différentes personnes ont interprété Clausewitz, à commencer par les maîtres allemands de la guerre de la fin du XIXe siècle jusqu’aux stratèges de l’ère nucléaire, en passant par Lénine et Mao Zedong. Heuser jette un œil critique sur ces interprétations, tout en clarifiant pour le lecteur certaines des idées les plus difficiles de Clausewitz.

Deux ans plus tard, l’Australien Hugh Smith a fait paraître On Clausewitz: A Study of Military and Political Ideas. Ce livre aux allures de manuel scolaire est rédigé en langage clair et est très bien structuré. Smith y expose les idées du militaire prussien dans le cadre de la transformation de la guerre qui s’est produite à l’époque, puis il en examine la pertinence aujourd’hui. Il aborde de façon éclairée l’interaction entre la politique et la guerre et démontre largement la pertinence contemporaine de Clausewitz.

Enfin, en 2007 ont paru quatre nouveaux livres qui, ensemble, étudient en profondeur la pensée de Clausewitz. Clausewitz and the State (1976) de Peter Paret, sans doute la meilleure biographie de Clausewitz rédigée en anglais, a été rééditée, et sa préface a été révisée de fond en comble. Dans Clausewitz’s Puzzle, le spécialiste allemand de l’œuvre clausewitzienne Andreas Herberg-Rothe examine d’un point de vue philosophique certains des principaux thèmes de Clausewitz. Le premier postulat d’Herberg-Rothe est que la théorie politique sur la guerre de Clausewitz découle de son expérience personnelle des batailles d’Iéna, de Borodino et de Waterloo ainsi que de son étude de ces batailles.

Les deux derniers des sept ouvrages ont été rédigés ou codirigés par le remarquable historien britannique Hew Strachan. Carl von Clausewitz’s On War: A Biography fait partie d’une série de livres marquants qui comprend des études d’ouvrages tels que La république de Platon, La richesse des nations d’Adam Smith et Le prince de Machiavel. Ce seul fait témoigne encore une fois de l’importance que revêt Clausewitz encore aujourd’hui. Le but de Carl von Clausewitz’s On War est de faire comprendre les origines du raisonnement de Clausewitz, son évolution et les différentes formes qu’il prend dans son livre le plus important. Selon Strachan, chaque génération a lu Clausewitz d’une façon différente, mais pas nécessairement inexacte. Strachan conseille vivement de considérer De la guerre comme une œuvre inachevée (Clausewitz est décédé avant les révisions définitives), « comme une source de joie plutôt que de frustration. Son auteur n’a jamais cessé de s’interroger, non seulement sur ses propres conclusions, mais également sur les méthodes grâce auxquelles il les a tirées»

Codirigé avec Andreas Herberg-Rothe, l’autre livre de Strachan publié en 2007, Clausewitz in the 21st Century, enrichit énormément les études clausewitziennes. Il se compose de chapitres rédigés par 16 éminents spécialistes britanniques, allemands, américains, français, néerlandais et argentins. Ces derniers montrent tous à quel point les écrits de Clausewitz demeurent utiles à notre siècle. Trois chapitres se révèlent particulièrement intéressants : « Clausewitz and the Non-Linear Nature of War: Systems of Organized Complexity » d’Alan Beyerchen, « Clausewitz and the Privatization of War » d’Herfried Münkler et « Clausewitz and Information Warfare » de David Lonsdale. L’article de Beyerchen montre de façon concluante que Clausewitz avait anticipé la plupart des discussions actuelles au sujet de la théorie des systèmes, de la théorie de la complexité et de leurs liens avec la guerre. Münkler pousse plus loin cette argumentation en établissant que la théorie de Clausewitz avait prévu la possibilité des soi-disant « nouvelles guerres » d’aujourd’hui dans une mesure beaucoup plus grande que ne l’ont reconnu Martin Van Creveld (The Transformation of War) et Mary Kaldor (New and Old Wars). Lonsdale, quant à lui, réfute les arguments des partisans de la révolution dans les affaires militaires qui ont affirmé que Clausewitz est moins pertinent depuis que la technologie peut « lever le brouillard de la guerre » et permettre d’éviter presque toute effusion de sang.

Ces sept ouvrages nous fournissent assurément les moyens de mieux comprendre la théorie de la guerre de Clausewitz et la manière dont cette dernière continue de nous éclairer sur les conflits armés de notre époque. Tous se penchent sur l’assertion de Clausewitz selon laquelle, bien que le caractère de la guerre varie inévitablement avec l’époque, sa nature demeure inchangée. Sur le plan existentiel, il s’agit d’un acte de violence dont l’objectif est de contraindre l’adversaire à exécuter notre volonté, alors que sur le plan instrumental, c’est le prolongement de la politique, mais par d’autres moyens. Quoi qu’il en soit, il m’apparaît que ces ouvrages présentent deux lacunes qui font obstacle à une compréhension complète de Clausewitz. La première a trait au contexte intellectuel de cette période et à la manière dont ce contexte a façonné la pensée de l’auteur prussien. La seconde porte sur l’étude trop incomplète de la double nature de la stratégie que Clausewitz a été le premier à relever.

Dans plusieurs de ces textes, on reconnaît que Clausewitz a subi l’influence du mouvement romantique (1770-1840), mais chacun accorde autant de poids, sinon davantage, aux Lumières et à la science newtonienne. Au contraire, je crois que le romantisme a influencé la pensée de Clausewitz d’une façon beaucoup plus profonde. Cette influence contribue à expliquer, d’une part, son concept de la guerre absolue et son rapport à la guerre réelle et, d’autre part, sa conception de la guerre en tant que phénomène non linéaire.

Aucun des auteurs dont il est question dans le présent article ne semble avoir pris connaissance des études récentes et particulièrement approfondies sur le romantisme. L’étude des travaux d’Isaiah Berlin, de Jacques Barzun, de Terry Pinkard et, plus encore, de Frederick Beiser et de Manfred Frank s’impose pour qui cherche à comprendre à fond ce mouvement paneuropéen et son rapport intellectuel au théoricien prussien.

En ce qui touche la portée du romantisme, Isaiah Berlin considère le mouvement comme le tournant révolutionnaire de l’histoire de la pensée occidentale. Selon cet éminent historien et intellectuel, le premier virage se serait produit à la fin du IVe siècle avant J.-C., lorsque les écoles de philosophie d’Athènes ont cessé d’estimer que l’individu ne pouvait se concevoir que dans le seul contexte de la vie sociale. D’abord entrepris par Machiavel, le second virage tient à la reconnaissance d’une division entre les vertus naturelles et les vertus morales, selon l’hypothèse que les valeurs politiques, sans être purement différentes de l’éthique chrétienne, peuvent tout de même, en principe, se révéler incompatibles avec cette dernière. Le troisième grand virage – et le principal, de l’avis de Berlin – s’est produit vers la fin du XVIIIe siècle, provoqué au premier chef par l’Allemagne. Toujours selon Berlin, le romantisme a produit de vastes et incalculables effets, notamment les postulats mêmes qui sous-tendent la pensée occidentale5.

Avant la bataille d’Iéna (1806), Clausewitz a sans contredit lu très attentivement certains des principaux artistes et philosophes romantiques, en particulier Hölderlin, Schiller et Goethe. Par la suite, au cours de son « assignation à résidence » en France, Clausewitz a habité avec l’auteure romantique Madame de Staël. Il a alors fait la connaissance de Wilhelm Schlegel, une figure dominante du mouvement, avec lequel il s’est lié d’amitié. À son retour à Berlin, en 1808, il s’est joint au Symposium germano-chrétien, dont la liste des participants constitue un véritable bottin mondain du romantisme allemand. Plus tard, lorsque Clausewitz est revenu à Berlin (de 1818 à 1830) pour prendre, cette fois, la direction de l’Académie militaire, il a fréquenté d’autres grands représentants du mouvement romantique, dont Georg Wilhelm Friedrich Hegel.

Dans son ouvrage intitulé De la guerre – Une histoire du combat des origines à nos jours, John Lynn évalue l’influence qu’ont eue sur Clausewitz ces philosophes et ces artistes allemands. Il conclut que, même si aucun individu n’a façonné à lui seul le romantisme militaire, Clausewitz a nettement dominé à cet égard, au point d’éclipser presque totalement les collaborateurs de second plan.

Les romantiques ont rejeté ce qu’ils considéraient comme la rationalité desséchée des Lumières et le goût marqué de cette époque pour l’empirisme et le matérialisme. Par exemple, le philosophe Friedrich Schelling a mené une guerre en règle contre la science mécaniste du XVIIIe siècle. Les romantiques cherchaient en outre une solution philosophique au dualisme inhérent au paradigme cartésien de la nature qui dominait alors. Ils ont ainsi transposé sur le plan philosophique la vision romantique de l’intégration ultime de toutes les particularités ou bifurcations de la réalité grâce à la totalité concrète et dynamique du « concept » (en allemand, Begriff). Le terme concept désignait l’objet et l’essence d’une chose, sa finalité formelle. Pour les romantiques, le concept constituait l’objet de l’expression artistique au même titre que de l’analyse philosophique et scientifique, ce qui englobait à la fois l’universel et l’individuel. Le concept était fondateur, et toute chose était ce qu’elle était par son action : le concept était immanent à la chose et se révélait en elle.

Cette perspective séduisait énormément Clausewitz, qui cherchait à résoudre son propre problème théorique. Il avait établi qu’il existait deux types de guerre : la guerre illimitée et la guerre limitée. Toutefois, cette théorie exigeait que ces deux types de guerre soient unifiés d’une quelconque façon, subsumés dans un ensemble plus vaste, non dualiste. Son concept de la guerre absolue, son Begriff, s’est révélé la solution. Peu importe qu’une guerre soit plus ou moins limitée, son essence demeure telle qu’elle s’exprime par le concept. Et cette essence est ce que Clausewitz appelle la « merveilleuse trinité », constituée d’abord par la violence, la haine et l’hostilité, qui doivent être considérées comme une force naturelle brute; ensuite, par le jeu du hasard et de la probabilité, où l’esprit a toute liberté de vagabonder; enfin, par son élément de subordination, en tant qu’instrument politique qui l’assujettit à la seule raison.

Cependant, la pertinence de Clausewitz pour le lecteur contemporain tient davantage au fait que les romantiques considèrent la science comme entièrement organique. Au concept du mécanique, ces derniers ont substitué celui de l’organique, qu’ils ont érigé en principe directeur afin d’y intégrer la nature. Ils n’excluaient pas pour autant l’explication mécanique et reconnaissaient que cette dernière se justifiait pleinement pour « l’ensemble des parties qui constituaient un tout », mais que, sur le plan du tout lui-même, elle n’était pas valable. Cet organicisme était en outre naturellement évolutif, diachronique plutôt que nomologique. Une telle perspective a profondément influencé la conception que les romantiques avaient de l’histoire et a d’ailleurs mené à l’émergence de l’historicisme, une vision de l’histoire qui sous-tend De la guerre du début à la fin. Pour les biologistes romantiques tels que Goethe, la compréhension esthétique de la totalité de l’organisme ou de l’ensemble du milieu naturel en interaction constituait une étape préliminaire nécessaire à l’analyse scientifique de chacune des parties : en art comme en science, la compréhension du tout devait précéder celle des parties. Voilà exactement la façon dont Clausewitz concevait la guerre :

« La guerre devrait être conçue comme un tout organique dont on ne peut séparer les parties, de telle sorte que chaque action individuelle contribue à l’ensemble et s’organise elle-même à l’intérieur du concept central. »

Cette conception organique de la guerre signifiait que cette activité était partie intégrante d’un système d’activité humain, qu’elle représentait une activité sociale. Il s’agissait là d’un système non pas compliqué mais complexe et, comme tout système complexe, il était non linéaire :

« La guerre appartient à l’univers de la vie sociale. La guerre n’est pas une activité de la volonté s’exerçant sur une matière inerte comme les arts mécaniques ou sur un sujet vivant mais passif, prompt à céder, tels l’esprit et les sentiments humains ou les beaux- arts, mais bien contre une force vivante et réactive. »

Sur plusieurs aspects importants, la science romantique a anticipé l’investigation actuelle de la théorie de la complexité. Très manifestement et très consciemment, Clausewitz s’est heurté à ce que le mathématicien américain Warren Weaver a appelé la « complexité organisée ». Alan Beyerchen est également de cet avis. Il soutient que De la guerre est imprégné de l’idée selon laquelle chaque guerre est un phénomène intrinsèquement non linéaire. Clausewitz saisit sans l’ombre d’un doute que la recherche de solutions exactes et analytiques ne cadre pas avec la réalité non linéaire des problèmes que soulève la guerre.

Examinons maintenant la deuxième lacune qui gêne notre compréhension de Clausewitz et penchons-nous sur son traitement sophistiqué de la stratégie, qu’il définit avec une élégante simplicité comme le recours aux combats pour les fins politiques de la guerre. On s’entend pour dire que, selon Clausewitz, il existe deux types de guerre. Le premier type établit des objectifs qui ne peuvent être atteints que par la défaite complète et la soumission des forces militaires de l’opposant. Quant au second type, plus limité, il exige simplement que l’opposant soit conduit vers la table de négociations. Toutefois, ce que l’on saisit beaucoup moins bien, c’est la façon dont Clausewitz explique en quoi cette dualité influence la stratégie.

Dans le cas d’une guerre illimitée, il affirme :

« La forme absolue de la stratégie comporte une foule d’interactions, puisque les combats, dans leur globalité, sont reliés de façon générale. À la lumière de toutes ces caractéristiques intrinsèques de la stratégie, nous estimons qu’il n’y a qu’un seul résultat qui compte : la victoire finale. En ce qui a trait à la guerre illimitée, nous ne devons jamais perdre de vue que la fin couronne l’œuvre. À l’intérieur du concept de guerre illimitée, la stratégie est indivisible et ses composantes, les victoires individuelles, n’ont de valeur que par ses relations avec l’ensemble. »

Lorsque les objectifs politiques sont moins absolus, la guerre est limitée, et il convient d’utiliser un système stratégique complètement différent. Toujours selon Clausewitz :

« À l’opposé du concept de stratégie illimitée, il existe une autre vision, non moins extrême, selon laquelle la guerre se compose de succès distincts, chacun relié au suivant, à la manière d’un match constitué de plusieurs jeux. Les jeux précédents n’ont pas d’effet sur le dernier. Tout ce qui importe, c’est le compte final, et chaque résultat distinct représente une contribution au tout. »

Clausewitz conclut cette analyse des deux types de stratégies en décrétant qu’il convient d’agir en ayant pour principe de ne faire appel qu’à la force nécessaire et de ne viser que les objectifs militaires suffisants pour la réalisation des enjeux politiques en cause.

Durant tout le XIXe siècle, la doctrine militaire de l’Occident a mis l’accent sur le premier type de stratégie cerné par Clausewitz. Résultat : une recherche constante de la bataille décisive, sans égard à l’objectif politique. Toutefois, au début du XXe siècle, un théoricien allemand du nom de Hans Delbrück affirmait : « [En] m’appuyant sur l’enseignement de Clausewitz, j’ai établi qu’il existe une double nature de la guerre et donc également de la stratégie. La première stratégie est celle de l’annihilation : elle a pour but exclusif la destruction des forces militaires ennemies. La seconde peut être qualifiée de bipolaire. Outre le combat, elle vise un certain nombre d’autres objectifs. » Les lecteurs de Delbrück n’étaient cependant pas très nombreux et, à tout prendre, le XXe siècle a adhéré au concept de la stratégie en tenant pour acquis qu’il consistait à rechercher la victoire décisive au combat, quels que soient les objectifs politiques fixés. Si, bien entendu, ce point de vue se justifiait dans le cadre des deux guerres mondiales, ce n’était décidément pas le cas en Corée ni au Vietnam, par exemple. De plus, avec l’avènement des armes nucléaires, des théoriciens de la stratégie comme Bernard Brodie, Henry Kissinger et Colin Gray ont entrepris d’élaborer des concepts de guerre limitée inspirés du second système stratégique de Clausewitz.

En cette époque de l’après-guerre froide, il ne fait aucun doute que la stratégie de l’annihilation pourrait un jour ou l’autre se révéler utile mais, vu le contexte de sécurité géostratégique qui prévaut à l’heure actuelle, elle ne l’est pas dans le cas présent. Dans les scénarios d’aujourd’hui axés sur la conduite irrégulière de la guerre, la stratégie bipolaire est la seule qui convient. Les stratèges reviennent au pôle du combat lorsque c’est nécessaire, mais recourent simultanément ou de manière séquentielle au pôle du non-combat en faisant appel à une diversité de moyens pour assurer la réussite politique.

Comme le faisait remarquer le général Sir Rupert Smith : « Nous nous trouvons maintenant dans une nouvelle ère de conflit – en fait, dans un nouveau paradigme – que je définirais comme “la guerre parmi les peuples” et où les progrès politiques et militaires vont de pair» (En d’autres termes, il s’agit d’une stratégie bipolaire.) De plus, selon le général Smith, les fins pour lesquelles nous combattons passent peu à peu des objectifs stricts qui décident des résultats politiques aux objectifs qui visent plutôt à établir les conditions qui permettront de décider de ces résultats.

Toutefois, la reconnaissance de la nature et des modalités de la stratégie bipolaire n’est nullement universelle jusqu’à présent. Comme le fait valoir Hew Strachan dans Carl von Clausewitz’s On War, le général Tommy Franks a manifestement estimé que ses fonctions consistaient à poursuivre une stratégie d’annihilation. Ses conseillers politiques et militaires à Washington étaient tout aussi embrouillés, et la « déclaration de la fin des opérations de combat majeures » avait pour but d’annoncer une victoire décisive, laissant à d’autres la « pacification » de l’Irak. Si la stratégie bipolaire avait été mieux comprise, il serait clairement ressorti que le général Franks menait une campagne précoce au pôle de combat sur le plan des opérations. D’autres campagnes auraient suivi et auraient forcément fait appel aux deux pôles, tout en mettant progressivement l’accent sur le pôle de non-combat à mesure que la sécurité aurait été rétablie.

En dépit des deux lacunes liées à la lecture qu’en ont faite les auteurs des sept textes sur Clausewitz dont il est question ici, ceux-ci restent d’une valeur inestimable lorsqu’il s’agit de rendre l’œuvre du théoricien prussien intelligible et, surtout, pertinente. Malheureusement, on étudie rarement Clausewitz au Canada. Ainsi, l’ouvrage de Clausewitz et ceux faisant l’objet du présent article risquent de rester à peu près sans écho. Il y aurait lieu de rectifier la situation à cet égard au sein du système de perfectionnement professionnel des Forces canadiennes. À l’heure actuelle, au Collège militaire royal par exemple, Clausewitz ne figure qu’au panthéon conventionnel des penseurs militaires auprès des Sun Tzu, Jomini, Mahon et autres. Or, tous les cadets devraient être initiés à Clausewitz, quel que soit leur programme d’études. Par la suite, tous les officiers du Collège d’état-major devraient y revenir et l’étudier de manière plus approfondie. C’est sans doute à ce niveau que la lecture de De la guerre devrait devenir obligatoire. Il faudrait de nouveau se pencher sur son œuvre à l’École supérieure de guerre et, cette fois, compléter la lecture par certains des textes – sinon tous – qui font l’objet du présent article.

Le lieutenant-colonel (à la retraite) L. William Bentley, M.S.M., C.D., Ph. D., est chef de la section Théorie du leadership à l’Institut de leadership des Forces canadiennes, qui relève de l’Académie canadienne de la Défense.

http://www.journal.forces.gc.ca

source :

 

Lire la suite

Planche : La Maçonnerie : Une Gnose ?

26 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

Pour quiconque s'en va explorer une quelconque Terra incognita, il est toujours imprudent d'en dresser par avance les cartes et de la décrire.  L'aventure de Christophe Colomb en est la preuve péremptoire . Il en est de même de ce que j’appelerai  la « Gnose Maçonnique « .
 
La Franc-Maçonnerie possèderait-elle effectivement une Gnose ? Si oui, quelle est-elle ? Car nulle part, en aucun des documents les plus anciens, on nous précise qu'il s'agit de la Gnose classique …
 
Mais qu’est-ce donc que la Gnose ? 
Le mot provient du grec ghosis , gnosis , connaissance … Elle est une connaissance par participation , par identification ; elle demande aux disciples de se modeler sur le maître pour découvrir à son tour le maître intérieur ; la tache est difficile et très rares sont ceux qui réalisent leur ultime réalité, ce qui fait que la gnose, malgré son universalité, reste l’apanage du petit nombre …
 
Et puis, définir le gnosticisme est pratiquement impossible , car ses frontières sont insaisissables ! Ce n’est pas une religion propre à un peuple ou qui ait donné naissance à une culture particulière ; elle n’est pas constituée par une église, avec une hierarchie ou une orthodoxie
 
En fait , il est clair que les gnostiques ne se sont jamais reconnus comme un seul et unique mouvement, car il existe plusieurs gnoses …
 
La caractéristique essentielle de la Gnose en est la diversité :
 
1        de par ses sources indirectes, dont on connaît l’existence notamment par
      l’anti-gnosticisme d’Irénée de Lyon, véritable hérésiologue au IIe siècle
     ( je rappelle que cet évêque lyonnais fût un disciple de St Polycarpe,
      lui-même disciple de Jean l’Evangéliste ), ou celui de Plotin ,
 
2 -   et de par ses sources directes , par des écrits hermétiques, les Codex
       d’Askevianus ( au British Museum ) , Brucianus  ( Oxford ), Berolinensis
 ( contenant notamment l’Apocryphon de Jean ) la bibliothèque copte de Nag Hammadi . Bien sûr, on ne peut négliger ni que celles de Valentin, de Cérinthe, de Marcion, ou de Simon , ni celle de Mani ou plus récemment, de Princeton .
 
PUECH soulignait « avoir la Gnose , c’est connaître ce que nous sommes , d’où nous venons , où nous allons, ce par quoi nous sommes sauvés, quelle est notre naissance et quelle est notre renaissance «  .
 
Qu’en est-il de la Maçonnerie  ?
 
Vouloir faire dire à la Maçonnerie ce que telle ou telle religion enseigne est une erreur fondamentale.  Car c'est dogmatiser, et a priori dans un Temple, ce serait est antimaçonnique au premier chef !
 
Nous devons abandonner nos « métaux » à la porte du Temple...Et ce fut l'erreur des réformateurs cléricaux du Couvent de Lyon, en 1778, puis de Wilhelmsbad en 1782, que d'affirmer : « notre Ordre est chrétien ». 
 
La maçonnerie d'obédience anglo-saxonne, qui exige que la Bible, non seulement figure sur l'autel de toute Loge « régulière », mais encore soit considérée comme un Livre Révélé, se contredit d'ailleurs elle-même lorsque, pour étoffer ses Obédiences d'outre-mer, elle place un Coran, une Bhagabad-Gîta, ou un Canon Pâli, sur l'autel, en place de cette Bible, soit-disant irremplaçable.
 
En fait, la Maçonnerie n'est ni chrétienne ni anti-chrétienne, elle possède sa croyance propre, et n'a nul besoin d'emprunter aux religions du monde profane, lesquelles ne nous offrent qu'un ensemble de contradictions, à croire que Dieu change d'opinion en changeant de « prophète »
 
La « Gnose Maçonnique », celle qui lui est propre, encore une fois, ne saurait lui venir du Monde Profane, mais être extraite et explicitée en fonction de ses Symboles, de ses Rites eux-mêmes, et d'eux seuls : Colonnes «J» et «B», Colonnes «Sagesse», «Force», «Beauté», Carré Long, Cérémonie Rituelles et usages propres aux trois degrés «bleus»: Apprenti,Compagnon, Maître .
 
Nous ne devons en effet jamais perdre de vue que le laïc, ou le docteur de n'importe quelle religion, est et demeure pour nous un profane, tant qu'il n'a pas été reçu maçon.  On peut en effet assimiler l'esprit maçonnique, en ses effets et ses répercussions dans le psychisme, à l'action de « l'Esprit-Saint » des Chrétiens sur le plan spirituel.  Ceci ne saurait choquer personne ; un docteur en théologie ne l'est pas pour autant en médecine. 
 
Pour comprendre la Maçonnerie, il faut devenir maçon soi-même !
 
Revenant à la Gnose Maçonnique, on constatera que toutes les gnoses antérieures actuellement à notre disposition, reposent toutes sur un « donné révélé » de bases judéo-chrétiennes.  Or, pour la Franc-Maçonnerie, il n’existe pas de « donné révélé », et rien ne saurait être interdit à l'introspection de l'Homme.
 
Mais il ne s’agit pas d’une mystique , car celle-ci est le plus souvent présentée comme féminine et obscure , tandis que la voie gnostique est dite masculine et solaire . La nuit et le jour ne sauraient s’abstraire l’une de l’autre ; en se compétant , ils forment un tout .
 
Considérer d’ailleurs, avec nos Frères anglo-saxons ou d'obédience anglo-saxonne, que la Bible a été révélée par Dieu à Moïse, dans tous les textes antérieurs à la mort de celui-ci, c'est faire fi des découvertes modernes relatives aux vieux poèmes cosmogoniques babyloniens . C'est ignorer qu'aucun texte manuscrit n'existe d'avant la Captivité de Babylone et que c'est Esdras, « inspiré par l'Esprit-Saint », qui les reconstitua... à Babylone, et grâce, justement, à sa découverte de ces mêmes poèmes babyloniens .
 
Toutes ces Gnoses d'ailleurs, partent d'un postulat de départ, posant en principe que l'Ame humaine s'est dégradée, et qu'elle doit remonter vers son habitat ontologique premier. En fait , ces Gnoses classiques ont plusieurs caractéristiques en commun :
 
1  -      Le dualisme, la plupart des termes signifiants peuvent se regrouper en deux pôles opposés mais interchangeables ; par exemple les 2 pôles , comme ici ( le monde empirique ) et là-bas ( le monde transcendantal ) . Ce dualisme n’est d’ailleurs pas radical , comme le dualisme iranien : ce monde-ci est une péripétie accidentelle qui demande une explication !
 
2  -     L’origine du monde et de l’homme : si le monde et le mal ne sont pas des principes éternels, il doivent provenir d’une source unique, du Dieu qui lui est totalement étranger…
 
3 -  Le salut sera la restauration de l’unité perdue ; sa face objective est la révélation et sa face subjective la Gnose, connaissance supérieure par laquelle les élus se connaissent comme étant issus du Plérome ( la Plénitude, le déploiement du divin ) . La gnose n’est pas matérialisée et son caractère secret ne résulte pas seulement de leur communication à un cercle restreint d’initiés, mais du fait que leur véritable sens est caché , ésotérique donc , comme dans l’Evangile selon Thomas : «  Voici les paroles cachées qu’a dites Jésus le Vivant : celui qui trouvera l’interprétation de ces paroles ne goûtera pas la mort « .
 
4-   Dans l’eschatologie gnostique , l’univers supérieur est immobile et le salut postule qu’il doit mettre un terme au temps et retourner à l’immobile .
 
5-  Quant à l’éthique gnostique , elle stipule que le spirituel ne saurait faire dépendre son salut d’aucune morale , reprenant la formule de l’Evangile selon Philippe « La perle plongée dans la boue ou enduite de baume, garde la même valeur pour son proprétaire « : les gnostiques ne sont pourtant pas des » athées stupides « , ni des  « libertins irreligieux « …
           
Bien que  la Maçonnerie présente un certain caractère élitiste, elle ne nous enseigne pas cela ! Elle prend, dans le Monde Profane, un être qu'elle considère comme incomplet, endormi, non stabilisé, et elle l'éveille en lui transmettant la Lumière.  Cette même lumière qui, en lui faisant apparaître les êtres et les choses, les rend réellement à l'existence.
 
Or, cet être incomplet, endormi, elle ne dit pas qu'elle lui restitue la Lumière, mais bien qu'elle la lui confère.  Et selon sa formule propre, elle le crée, le reçoit, le constitue.
 
On peut donc admettre que la Gnose Maçonnique considère l'Homme Profane comme l'aboutissement d'un long cheminement ontologique, qu'il est alors parvenu devant un seuil, qu'il a buté contre une porte, et qu'il ne peut la franchir sans recevoir de ceux qui ont franchi bien avant lui cette même porte, la Clé nécessaire à son ouverture.
 
Il y a là un postulat maçonnique de départ conforme aux plus modernes conclusions scientifiques : d'où l'expression maçonnique rituelle lors de l'initiation d'un Apprenti : «Je vous crée, reçois, et constitue Apprenti-Maçon ... »
Or, le latin constituera signifie créer l'essence d'une chose.  Créer vient du latin creare : produire, lequel (producere), signifie engendrer.  Ce dernier mot signifie donner l'existence . Quant à recevoir, il vient du latin recipere accepter, admettre.
 
On le voit, il n'y a, dans la formule traditionnelle et sacramentelle de la Franc-Maçonnerie, aucune allusion à un quelconque péché originel, à une quelconque dégradation initiale, et à une restitution à un état antérieur.  Bien au contraire, il y a l'idée de création.
 
Et dans les Symboles traditionnels mis sous les yeux de l'Impétrant dans le Cabinet de Réflexion, il n’y a pas davantage.  Le Crâne y est l'image du Néant, de la Mort, du Non-Etre, si bien évoquée par la thèse maçonnique . Et le Coq (lorsqu'il y figure), y est l'image classique chez les anciens gnostiques, du dieu inférieur et imparfait qu'est le démiurge d'en-bas, aussi bien que,dans les grimoires magiques, du Principe du Mal.
 
Du Néant, de la Mort, du Non-Etre, la Maçonnerie extrait donc une « materia prima » qu'elle va évertuer par sa Rituélie, et, au terme de cette Cérémonie, en faire un être réellement vivant, libre, et pensant.
 
 Mieux encore, en en faisant un Maçon, c'est-à-dire un constructeur, elle va le hausser au niveau de ces demiurges dont parle Empédocle d'Agrigente : «Le Démiurge et les demiurges unissent le Créé à l'Incréé.. »
 
L'Incréé... Peut-on mieux souligner cette différence avec le Monde Maçonnique, enfermé, abrité, réfugié, en ce Temple où seuls ont accès ceux qui, grâce à la Lumière, vivent réellement ?
 
Cette «création» pneumatologique, la Maçonnerie la réalise en conformité avec un Plan, qui lui a été justement confié par ce Principe Suprême qu'elle nomme le «Grand Architecte de l'Univers».  Et elle exécute ce Plan par Amour, car la formule usuelle dit : «A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers... »
 
Elle l'exécute également par Obéissance (  la G\L\D\F\ est une obédience, certains semblent l’oublier ), car la même formule évoque un ordre reçu :
« Au nom de la F\M\ Universelle et sous les auspices de la G\L\D\F\ ... ».
Elle l'exécute légitimement : « En vertu des Pouvoirs qui m'ont été conférés... ».
Car derrière ces paroles sacramentelles du Vénérable Maître, c'est la Maçonnerie toute entière qui parle, puisque c'est d'elle, de sa Tradition, qu'il tient ces formules ainsi transmises, inchangées, depuis des siècles.
 
Ce que la Gnose Maçonnique a de commun avec les Gnoses classiques et connues, c'est cette notion de seuils intermédiaires, de portes à franchir, et que le Rituel affirme être « extrêmement basses » . Car seuils et portes sont traditionnellement gardés par des Arkontes, c'est-à-dire des Principes, et ces Principes, il faut les surmonter .
 
Telles sont ces phases improprement appelées baptêmes en nos Rituels.  Car on ne voit guère comment un Elément (Eau, Air, Feu), dont on libère l'Impétrant, pourrait, de ce fait, le purifier.  Autant dire d'un malade que l'art de médecine a tiré d'affaire, qu'il a été «purifié par la maladie ».
 
Une telle hypothèse équivaudrait d'ailleurs à soutenir qu'en passant par le «Cabinet de Réflexion», le Profane a été «purifié par la Terre « .Ce serait lui conférer d'ores et déjà, du fait de son séjour dans le dit « Cabinet de Réflexion», un caractère et une qualité qui en feraient, avant l'Initiation elle-même, un être différent des Profanes ordinaires.
 
Or, la Tradition Maçonnique ne soutient en rien cette hypothèse, et le texte des divers Rituels, (français, écossais, égyptien), la contredit, bien au contraire.
 
Une autre différence entre les Gnoses classiques et la Gnose Maçonnique, (outre la notion de Préexistence des Ames, qu'elle ignore délibérément, comme on vient de le constater), c'est l'absence de toute allusion, quant à la Vie Future du Maçon, avec ces hypothèses que sont la métempsychose ou la métensomatose (réincarnation).
 
Pour la Tradition Maçonnique, la mort charnelle conduit le Maçon à l'Orient Eternel.  C'est tout.
 
Descendons donc sur le plan des Symboles, et voyons s'ils nous précisent quelque chose à cet égard. Dans le Temple, il est un lieu qui est nommé l'Orient, et qui, surélevé de trois marches ou «assises», s'oppose ainsi et domine l'Occident . Ce dernier étant le « seuil » du Monde Profane, c'est-à-dire du Non-Etre, de la Mort, et des Ténèbres, l'Orient sera, par opposition, le lieu de l'Etre (en sa plénitude, c'est donc l'image du « Plérôme » des gnostiques), de la Vie, (Véritable), et de la Lumière.
 
C'est pourquoi il est dominé par le symbole de la Cause Première, symbole très illuminé, et qui est le Delta Rayonnant .
 
Prendront place à l'Orient, tôt ou tard, et par le jeu des institutions maçonniques, tout les Frères qui l'auront mérité, par leur zèle, leur connaissance de la Maçonnerie, leur haute valeur morale.
 
S'ils en sont un jour chassés, ce sera pour franchir les Colonnes d'occident, et ainsi retourner, au Monde Profane, c’est-à-dire au Non-Etre, à la mort, aux Ténèbres. Pour un temps donné, ils seront dit « en sommeil », et rejetés à jamais, ils seront dits « oubliés » …
 
Peut-on mieux exprimer d'ailleurs ce retour aux Ténèbres, à la Nuit ?
 
On nous objectera l'usage, très récent d’ailleurs, qui veut qu’en certaines loge,  le Vénérable d’un Atelier aille, à la fin de son mandat, au seuil du Temple, remplir l’office de Couvreur, soit de « Gardien du Seuil « , fonction qui n'est d’ailleurs pas définitive …Mais ce n'est nullement une disgrâce ( il n’y a pour cela qu’à prêter attention aux propos du V :.M :. lors de la cérémonie d’installation du Collège des Officiers ) bien au contraire, car bien avant le Vénérable, le Frère Couvreur est celui qui permet l'accès au Temple, c’est-à-dire à la Lumière, à la Vie, à l’Être .
 
Est-ce à dire que la Gnose Maçonnique ignore les notions de pluralité des formes vitales dans le Monde Profane ? En un mot, la Maçonnerie ignore-t-elle la métempsychose ou la métensomatose ? Il semble en cela qu'elle ait conservé la tradition pythagoricienne, tradition qui voulait que les Initiés reçoivent, pour premier bénéfice de leur initiation, le privilège d'échapper à la roue des vies.  Seuls, les profanes y demeuraient assujettis.
 
Cette notion était celle de la Gnose chrétienne classique, le chrétien ayant reçu les baptêmes d'eau et de feu, échappait désormais au Prince de ce Monde, et ne relevait plus que du Christ. 
 
Et déjà bien avant eux, Platon affirmait que «ceux qui ont approché les saintes initiations et ceux qui les ignorèrent, n'auront pas, dans le séjour des Ombres, une semblable destinée....»
 
Or, le Monde Profane, voué au Néant, au Non-Etre, aux Ténèbres, est symbolisé par le «Cabinet de Réflexion».  Et que met-on, en ce réduit sinistre, sous les yeux du Récipiendaire quelque peu étonné ? Des emblèmes alchimiques, évoquant ipso facto les multiples transmutations qu'opère en ce Monde matériel, ce que nous nommons improprement la Vie. En effet, la soucoupe de sel, la soucoupe de soufre, la coupe où tremblote le mercure vulgaire, le crâne décharné, ne sont-ils  pas des symboles du Scel, du Soulphre, du Mercure Philosophal, du Vitriol Philosophique ? Et transposé dans le plan humain, ces transmutations, ainsi dicrètement évoquées, ne rappellent-elles pas les vies successives défilant devant les Yeux du Profane ? Et en l'arrachant au «Cabinet de Réflexion» pour lui donner l'accès au Temple et à sa Lumière, la Maçonnerie ne lui fait-elle pas comprendre, à demi-mot, qu'elle entend le libérer de ces formes multiples, transitoires, et immuablement douloureuses, que sont les Vies successives ?
 
Telles sont les notions préliminaires d'une Gnose, exclusivement maçonnique, et que l' on peut dégager de nos Traditions et de nos Symboles.
 
Et s'il arrivait que des Frères, incomplètement pénétrés de l'esprit maçonnique, inconsciemment soumis à des disciplines confessionnelles étrangères à l'Ordre de lui-même, tentent de concilier leur soumission à ces disciplines, et leur désir de devenir ( et non de demeurer, de ce fait ... ), de bons et légitimes maçons, il leur resterait de méditer ce couplet, tiré des chants maçonniques du dix-huitième siècle, et connu depuis 1737
 
Pour le public, un Franc-Maçon
Sera toujours un vrai problème
Qu'il ne saurait résoudre à fond
Qu'en devenant Maçon lui-même
 
Mais V :.M :. Et vous tous mes FF :., pour adoucir quelque peu la dureté de ma planche de ce soir , permettez-moi d’emprunter à un F :. Passé à l’Or\ Etern\, la réponse qu’il aurait pu faire aux gnostiques , selon Puech :
Qui sommes-nous, d’où venons nous où allons-nous ? :
Je suis moi, je viens de chez moi et j’yretourne …
 
V\M\  et vous tous mes FF\, j’ai dit

 

source : http://www.ledifice.net

Lire la suite

Sociétés secrètes en Chine

25 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet

Evoquer les sociétés secrètes chinoises, ne serait-ce pas nous éloigner de la réalité actuelle, pour vouloir nous réfugier encore dans les images pittoresques qui se trouvaient associées au « Céleste Empire » à la Belle Epoque ?

Images tantôt « roses », comme dans la fameuse opérette de Franz Lehar : Le pays du sourire ; tantôt noires, comme dans ce classique de l'érotisme cruel qu'est Le jardin des supplices, d'Oc­tave Mirbeau.

Ce portrait, tantôt joli et nostalgique, tantôt inquiétant et per­vers, de I' « âme chinoise » vue par l'Occidental, n'est pas sans avoir laissé des traces profondes dans la littérature et au cinéma.

Le second versant, le côté « noir » de cette image stéréotypée de la vieille Chine a volontiers recoupé le thème des redoutables sociétés secrètes du Céleste Empire, parées d'une fascination si tenace pour l'imagination à la suite de la guerre des boxeurs (dont nous parlerons tout à l'heure).

Il existe une prolifération de romans d'aventures et fantastiques qui mettent en scène de mystérieuses sociétés secrètes chinoises, dirigées par des magiciens aux pouvoirs redoutables, n'hésitant pas à se venger par des supplices horribles et raffinés. Il y a surtout la série si célèbre, écrite naguère par un auteur anglo-saxon, Sax Rohmer : les romans où apparaît la figure du mystérieux Doc­teur Fu-Manchu. Ces oeuvres ont été portées à l'écran.

La fascination éveillée en Occident par ces images noires, autour d'une Chine de fiction, s'est poursuivie jusqu'à l'heure pré­sente. Ne vient-on pas d'adapter au cinéma « Le jardin des sup­plices » ? Citons aussi le film « Les sept vampires d'or », tourné en 1974, et où l'on voit le thème de la terrible société secrète chinoise interférer avec ce sujet favori des films anglo-saxons d'épouvante : les histoires de vampires. Ce film, d'ailleurs fort habilement mené, met en scène le professeur Laurence Van Helsing en personne, c'est-à-dire le vainqueur même du Comte Dracula (1).

Est-ce à dire que l'étude des sociétés secrètes chinoises ne soit qu'un domaine fort pittoresque et anecdotique, mais volontiers fallacieux, sans consistance face à la Chine ?

En 1912, un Français ayant longtemps vécu en Extrême-Orient, Albert de Pouvourville (qui avait adopté le pseudonyme Matgioï à lui donné par son instructeur taoïste), écrivait ces lignes : « Depuis une dizaine d'années, la Chine, pays de toutes les traditions, est devenue le pays de toutes les surprises. » Mais, justement, les sociétés secrètes n'y auraient-elles pas joué un rôle déterminant ?

En 1970, l'éditeur parisien François Maspero a publié un impor­tant volume collectif (groupant les travaux de spécialistes chinois, français, anglo-saxons et soviétiques) intitulé : Mouvements popu­laires et sociétés secrètes en Chine au XiXe et XXe siècles. Mais qu'est-ce donc qu'une société secrète ? C'est — définition valant d'ailleurs pour tous les pays et toutes les époques — un groupe­ment fermé qui détient des rites symboliques, soigneusement dérobés à la vue des profanes.

On s'y agrège par une cérémonie d'initiation, que suit un ser­ment solennel.

Mao Tsé-toung est mort le 9 septembre 1976. Nul ne saurait nier le rôle prodigieux, tant pour la Chine que sur la scène inter­nationale, joué par cet homme d'exception.

Il existe pour tenter de comprendre l'homme et son oeuvre, pour essayer d'apprécier les visages de la Chine nouvelle, d'excel­lents ouvrages. Nous nous contenterons de citer, récemment paru chez Stock, l'excellent et copieux ouvrage de Han Suyin.

Mais, pensera-t-on immanquablement, évoquer l'ceuvre de Mao, n'est-ce pas nous éloigner singulièrement d'un voyage à travers les sociétés secrètes chinoises, même celles qui ne sont pas de pure fiction ?

Et pourtant, on pouvait lire, en lui laissant évidemment la res­ponsabilité de son information, un article de Jean Léger paru dans le numéro 232, 15 septembre 1976, page 3, de l'hebdomadaire parisien Nostra, et intitulé : Mao connaissait le secret des « Maîtres inconnus » du monde.

Nous verrons en conclusion ce qu'il faut penser de cette affirmation qui semblerait, au premier abord, bien sensationnelle ; il conviendra au préalable de nous mieux reconnaître parmi les sociétés secrètes chinoises réelles avec leurs jeux d'intrigues, leurs entrecroisements complexes dans les étapes du réveil natio­nal de l'ancien Céleste Empire.

Mais il conviendrait de rappeler au préalable quelques notions essentielles sur les trois traditions chinoises dont on retrouverait l'impact, diversement orienté, dans l'héritage de la plus fameuse des vieilles sociétés secrètes : la Triade, et bien que celle-ci se soit située au-delà des traditions religieuses. Vous savez tous ce qu'étaient les trois religions de l'ancienne Chine : le confucianisme, le taoïsme, le bouddhisme.

Le confucianisme, c'est-à-dire l'héritage de K'ong Fou-tseu (lit­téralement : « Le Maître K'ong ») (2), philosophe qui vécut de 551 à 479 avant Jésus-Christ, se posait comme une sagesse exaltant l'homme (Jen) véritable, pleinement équilibré, libéré des passions et qui a pu atteindre l'invariable milieu, où règne la Paix profonde. Ambiguë sera l'attitude de la Triade, exaltant cet idéal de « l'Homme véritable » mais condamnant le respect aveugle des traditions familiales et sociales. (Nous aurons l'occasion de constater cet aspect révolutionnaire de la Triade).

Le taoïsme, qui se réclamait d'un autre sage, Lao-tseu, lequel aurait été de cinquante années l'aîné de Confucius, constitue une tradition ésotérique complexe, avec sa symbolique spéciale.

Rappelons deux symboles traditionnels importants. Celui du Dragon, emblême de l'Empire du milieu, mais symbolisant la maî­trise sur les deux chemins (la droite et la gauche). Celui, ensuite, que la Corée a pris comme emblème national, qui symbolise l'union indissoluble (sans laquelle nulle manifestation ne pourrait se pro­duire) des deux principes cosmiques appelés Yin et Yang ; le Yin, c'est le principe féminin et le Yang, le principe masculin.

On remarquera que les deux principes ne sont pas seulement indissolublement juxtaposés par un tracé en spirale ; mais que dans la partie blanche se trouve un point noir, dans la partie noire un point blanc. Ce qui veut dire que, dans la perpétuelle lutte cosmique entre la lumière et les ténèbres, la victoire de l'un ou de l'autre des deux principes à telle phase d'un cycle terrestre ne pourrait être totale, éliminer l'autre.

Le Tao, c'est la voie qui régit les transformations et mutations de toutes choses, le Ce mystérieux qui se manifeste dans et par l'affrontement dans les apparences sensibles des deux polarités, opposées mais complémentaires.

Dans les traditions taoïstes, on trouve une recherche alchi­mique de l'immortalité. On y rencontre aussi un mode traditionnel de divination, appelé Yi-King. Nous en donnerons la définition qu'en présente Louis Pauwels dans le livret explicatif joint au Jeu de Yi-King de Paul I-Ki (Paris 1972, chez l'auteur : 18, rue Paul-Bert, 75017 Paris).

« Qu'est-ce que le Yi-King ? Le Yi-King, ou « livre des muta- tiens », est un ensemble où toutes les situations où un être humain peut se trouver placé sont méticuleusement recensées. C'est une méthode qui permet de découvrir quelle est la vraie situation où l'interrogateur se trouve au moment où il interroge celui-ci. »

Ce mode divinatoire se pratique par l'étude des tracés obtenus, le plus souvent, par de petites baguettes lancées : c'est la méthode la plus pratique, par référence aux pa-koua, c'est-à-dire aux tri­grammes (on les attribue à l'Empereur légendaire Fo Hi) obtenus par la combinaison de trois lignes parallèles, chacune d'elles pou­vant être soit continue soit séparée en deux.

Les 64 combinaisons possibles de figures — obtenues par le jet des baguettes divinatoires, ou encore par le tracé automatique au pinceau ou à la plume — renfermeraient toutes les possibilités (bénéfiques ou néfastes suivant les situations) que peut rencontrer la destinée d'un individu isolé ou celle d'un groupe, d'une col­lectivité.

Quant au bouddhisme, et bien qu'il s'agisse d'une tradition apparue d'abord dans l'Inde (le Bouddha lui-même était indien), il s'est tellement implanté, incorporé aux vieilles coutumes chi­noises qu'on ne pouvait que le ranger parmi les trois grandes traditions chinoises. Le Lotus blanc, l'une des deux grandes sociétés secrètes chinoises (l'autre étant la Triade) peut être considéré, bien que l'aspect religieux y soit, là aussi, dépassé, comme une forme ésotérique de bouddhisme, axé sur l'attente messiani­que de l'avènement d'un Bouddha futur : Maitreya. Mais, dans la Triade, qui n'est peut-être d'ailleurs (nous aurons à l'envisager) qu'un alter ego du « Lotus blanc », on retrouve aussi tout un trésor de symboles empruntés à l'ésotérisme bouddhiste.

Le problème d'interactions entre les sociétés secrètes et des éléments extérieurs aux trois traditions nationales nous obligerait à faire entrer trois choses en ligne de compte.

Tout d'abord, l'influence du manichéisme (appelé en Chine la « Secte de Mani », Manijiao), avec sa doctrine sur le mélange, la lutte cosmique entre la Lumière et les Ténèbres.

Ensuite, l'influence de certaines formes messianiques de chris­tianisme, tout à fait patente (nous le constaterons) dans la révolte des Taï-Ping, au siècle dernier.

Troisième point, les historiens spécialisés ont remarqué des similitudes entre certains rites et symboles de la Triade et ceux de la Franc-Maçonnerie. A ce sujet, le Bulletin du Grand Orient de France publiait en septembre 1864, une note, dans laquelle le Frère de Rosny — à l'occasion de l'initiation à la Loge parisienne La Jérusalem des Vallées égyptiennes d'un Chinois nommé Ting Tien-ling, membre de la Triade — faisait remarquer l'étrange similitude existant entre l'un des attouchements maçonniques et un signe de reconnaissance des membres de la Triade.

De telles rencontres peuvent certes, être fortuites; le problème d'éventuelles interactions pourrait néanmoins se poser à propos de certains personnages, par exemple d'un homme comme Sun Yat-sen, fondateur de la première République chinoise : il était dignitaire de la Triade et il avait également reçu (aux Etats-Unis) le 33» degré du Rite Écossais ancien et accepté.

Nous allons maintenant tenter de retracer l'histoire de ta mieux connue des sociétés secrètes chinoises : la Triade.

Pour tenter de comprendre son importance et son rôle, rappe­lons ce précepte fort judicieux qu'énonçait Mao, dans son fameux Petit livre rouge : « Si nous considérons l'histoire, nous constatons que tous les mouvements, à quelque type qu'ils appartiennent, ont tous trouvé leur origine dans l'union d'un certain nombre de gens.

Plus le mouvement doit être grand, et plus l'union doit être grande. »

Mais reportons-nous à une centaine d'années en arrière.

Que constatons-nous ? Un Empire immense — le fameux « Céleste Empire » ou « Empire du Milieu » — mais dont le rôle sur la scène internationale n'était alors nullement à l'échelle de son étendue et de son peuplement. Depuis 1644, l'Empire n'était plus dans les mains d'une dynastie nationale : des envahisseurs, les Mandchous, avaient imposé leur joug politique aux Chinois. La fameuse natte, popularisée par l'imagerie d'Epinal, n'était nulle­ment une coutume chinoise mais un signe de servitude imposé par les conquérants.

Ce point capital ne doit pas être perdu de vue pour comprendre l'histoire contemporaine de la Chine : le fait d'avoir été, pour cet immense pays, gouverné de 1644 à 1911 (année de l'instauration de la première République chinoise) par une dynastie étrangère imposée par une minorité, celle des Mandchous, cantonnés aujour­d'hui dans leur pays d'origine : la province chinoise de Mandchou­rie, mais qui avaient été au XVIle siècle des conquérants redoutables. L'âme de la révolte contre la dynastie mandchoue sera constituée justement par les grandes sociétés secrètes chinoises.

Avant de nous interroger sur leur rôle dans le réveil moderne de la Chine, il convient donc de nous pencher sur elles. Nous nous permettrons de renvoyer, pour une étude moins sommaire que dans le cadre d'un simple article, au livre de Serge Hutin, paru chez Robert Laffont en 1976 : Les sociétés secrètes en Chine (col­lection « Les portes de l'étrange ».)

Mais, si l'on parle si volontiers des vieilles sociétés secrètes chinoises, lesquelles conviendrait-il d'étudier ?

A première vue, les sociétés secrètes chinoises sembleraient innombrables, prodigieusement diverses. En fait, c'est une impres­sion fausse : une étude tant soit peu attentive permet de se rendre compte que (pour user d'une métaphore théâtrale) les acteurs sont certes fort nombreux sur la scène et en coulisse, mais que... la pièce jouée est toujours la même, compte tenu d'innombrables variantes.

En fait, un tri laisserait finalement subsister deux grandes sociétés secrètes chinoises : le Lotus blanc et la Triade. L'association du Lotus blanc (Pai Lien-houei) se présentait sous la forme d'une secte bouddhiste comportant un culte secret ; ses tendances étaient messianiques : il s'agissait pour ses affiliés de hâter — au besoin par la conspiration et par les armes — l'avènement du Bouddha futur, Maitreya. L'un des chefs de l'insurrection, qui, le 18 juillet 1813, réussira — mais cette conquête sera éphémère — à s'emparer de la Cité interdite, fera, après sa capture, les aveux que voici : « Notre secte (le Lotus blanc) est au début de celle des Trois Yang ou Song Yang : le Ts'ing Yang, « Yang bleu », le Hong Yang, « Yang rouge » et le « Pai Yang », « Yang blanc n. Ces cou­leurs — le bleu, le rouge, le blanc — désignant les trois étapes de la nouvelle dispensation. Le même chef de la révolte du Lotus blanc — un certain Lin Ts'ing, natif de la province du Hou-nan et qui s'était proclamé « Souverain du ciel » (c'est-à-dire Empereur), révé­lait le mantra (formule magique) communiqué au point culminant de la cérémonie d'initiation : Chen Kong Kia Hiang Wou Cheng, littéralement : « Père et Mère éternels au sein du Vide immaté­riel. »

L'autre grande socété secrète, celle de la Triade, est connue sous toute une série de noms : Société des aînés et des anciens, Société ciel-terre-homme, Société Hong, bien d'autres appelations encore. En 1912, l'ésotériste français Matgioï (pseudonyme taoïste adopté par Albert de Pouvourville) écrira : « De cette société (la Triade) partent tous les mouvements qui tendent à rendre la Chine à elle-même. » Nous constaterons que de telles paroles n'avaient rien d'arbitraire, bien au contraire.

Les spécialistes de l'étude des sociétés chinoises estiment à juste titre que le Lotus blanc (lui-même issu de sociétés secrètes bien plus anciennes, comme les Turbans jaunes) et la Triade au­raient en fait une filiétion commune et même qu'il s'agirait des deux branches du même arbre, le Lotus blanc (3) se présentant simplement sous une allure plus directement bouddhiste alors que la Triade — que divers auteurs ont comparé, à cet égard, avec la Franc-Maçonnerie — se place délibérément au-dessus des pers­pectives religieuses, malgré l'usage de symboles bouddhistes.

Le vocable même de Triade est révélateur du rôle capital joué, dans cette très importante société secrète, par le nombre trois.

La Triade, que symbolise le triangle, c'est le ternaire des trois pouvoirs de la Nature : le Ciel, la Terre et l'Homme ; le rôle tradi­tionnel de l'Homme étant d'établir l'équilibre entre le Ciel et la Terre. Mais d'autres nombres jouent un rôle dans le rituel de la Triade : les nombres 5, 12, 72 et 108.

Si les réunions de la Triade se tinrent à l'origine en plein air, en des régions de jungle ou de montagne, elles eurent lieu à partir du XVllle siècle dans des loges spécialement aménagées, appelées Cités des Saules.

Nous allons relater maintenant la légende traditionnelle sur l'origine de la Triade, telle qu'elle se trouve racontée aux nouveaux initiés.

En 1674, dit la première partie de cette légende, sous le règne du second empereur mandchou, la Chine est envahie par les féroces tribus mongoles des Eleuthes, qui mettent le pays à feu et à sang. L'Empereur, ses armées vaincues les unes après les autres, lance un appel désespéré à tous les vaillants. L'abbé du monastère de Chao Lin (dans le Fou-Kien) vient à la tête de 108 de ses moines (remarquer ce nombre symbolique, que nous retrou­verons plusieurs fois) se mettre au service de l'empereur. Marchant contre les envahisseurs, ils tirent leurs sabres, non pour se battre mais pour l'accomplissement des rites magiques. Ceux-ci s'avè­rent prodigieusement efficaces : un terrible ouragan s'élève, le ciel s'obscurcit, un déluge de pierres et de sable s'abat sur l'armée des Eleuthes qui, aveuglés et affolés, s'entretuent ; les quelques survivants s'enfuient.

A l'Empereur, les moines, avant de retourner à leur monastère, ne demandent comme récompense que l'anneau de jade et le sceau impériaux.

Mais la légende comporte une suite. En 1784, sous le règne de YoUng Tcheng, fils de l'empereur K'ang Hi, le mandarin Ching, qui convoitait la bague et le cachet impériaux, accuse faussement les moines d'inciter le peuple à la révolte. Ayant réussi à en convaincre l'Empereur, il fait cerner le monastère par des soldats, et ordonne d'incendier les bâtiments. Les moines vont tous périr, quand Bouddha fait un miracle : d'un nuage épais il forme un pont, grâce auquel dix-huit moines peuvent s'échapper par dessus les flammes. Mais ils sont poursuivis avec acharnement et seuls cinq d'entre eux réussissent à sauver leur vie. Au moment où ils vont être rejoints par les soldats, nouveau miracle de Bouddha : enveloppés d'un nuage, ils sont enlevés au ciel, sains et saufs ; ils retournent sur le site du monastère incendié. Alors se situe, près de la tombe d'un ancien étudiant du monastère, Tcheng Kioun-ta, que le traître (qui avait tenté de séduire sa sœur et son épouse) avait fait condamner à se suicider, la découverte de deux objets :

1° Un encensoir de porcelaine blanche, avec l'inscription ven­geresse Tan Ts'ing Pouh Ming (chassez les Mandchous — la dynas­tie usurpatrice) ; rétablissez les Ming (dernière des monarchies nationales, renversée en 1644) ;

2° Une épée en bois de pêcher, qui portait, gravée, la même inscription, accompagnant l'image de deux dragons.

Les cinq moines, se piquant avec une épingle acérée, laissent chacun tomber quelques gouttes de leur sang dans une coupe remplie d'eau et prêtent le serment de réaliser le programme révélé : renverser les Mandchous, rétablir les Ming ; et, pour cela, d'aller recruter des affiliés sur tout le territoire de l'Empire.

Des soldats font irruption, mais la femme et la sœur de l'in­fortuné Tcheng Kioun-ta saisissent l'épée magique, et les soldats s'enfuient de peur.

Sont alors recrutés les tout premiers membres de la confrérie : un ancien haut fonctionnaire, plus cinq meneurs de chevaux (daï­ma). Il s'agit en fait non de maquignons mais, dans le langage symbolique de la Triade, d'initiateurs : l'expression Fang ma (litté­ralement » lâcher les chevaux ») ne veut-elle pas dire : tenir une réunion, avoir une tenue de loge ?

Ces tout premiers affiliés recruteront, à leur tour, 108 braves (encore ce chiffre symbolique).

La légende qui prétend relater la formation de la Triade doit-elle être interprétée comme nous relatant — compte tenu certes de l'intervention d'éléments fabuleux — des faits historiques réels ? Chose curieuse, il s'avère impossible — malgré le caractère tardif de la datation — de découvrir l'existence effective des faits racontés (4).

On penserait donc alors à un récit construit, inventé de toutes pièces dans un but politique précis : renverser la dynastie mand­choue pour la remplacer par la dynastie légitime des Ming.

En fait, tout se passe pourtant comme si l'affabulation politique s'était greffée sur une légende symbolique qui, elle, était bien plus ancienne. La Triade existait d'ailleurs bien avant l'avènement de la dynastie mandchoue en 1644 et le rêve de rétablir les Ming.

Dans l'excellent chapitre sur la Triade de son livre Les sociétés secrètes mènent le monde (Albin Michel, 1973), Pierre Mariel met (p. 142) ces paroles dans la bouche d'un instructeur s'adressant à son disciple :

« Il faut être un vrai frère, chercher toujours plus loin que les apparences, mon fils. Ts'ing signifie aussi l'obscurité et Ming la lumière.

Nous sommes ceux qui dissipons les ténèbres et faisons res­plendir la lumière. Et ce triomphe de la lumière, nous le nommons Yi (l'Ordre, l'Harmonie...)

            Comment se nomme le lieu très secret, très central et très éclairé de notre Temple ?

        La cité des Saules...

-- La cité des Saules (Lon-Yang Tchang) est une figuration de la société humaine quand nous en serons devenus les Maîtres, ce qui ne saurait tarder. Alors règnera la Grande Paix. Alors tous les hommes seront égaux, car ils n'auront plus de désirs. »

On conçoit alors que la Triade ait pu subsister même après la fin du régime impérial, en 1911. Et bien que durant les XVII'', XVllle et XIXe siècles, se soient perpétués les espoirs traditionnellement centrés autour d'une survivance secrète, en Chine du Sud, de l'héritier caché de la dynastie des Ming, longtemps considérée comme nullement éteinte, à l'inverse de l'affirmation courante (5).

Au point de vue recrutement, on remarque un contraste total entre la Triade et les institutions impériales de l'ancienne Chine. Cette société secrète admettait en effet non seulement des hom­mes de toutes origines, mais des femmes et aussi — en parfait antagonisme avec la vénération confucéenne des vieillards — les jeunes gens et jeunes filles, même des adolescents. Nous le cons­taterons tout à l'heure à propos des boxeurs.

Lors de son initiation, le récipiendaire pouvait, en franchissant les « portes » (men) symboliques, lire l'inscription que voici : « Devant le hall de la Loyauté et de la Justice, il n'y a pas de petit. On n'y trompe ni les riches, ni les personnes de rang, ni les pauvres. » Le philosophe taoïste Sioun-tseu (mort en 238 de l'ère chrétienne) avait écrit ces lignes : « La justice dans le partage met les hommes d'accord — alors ils forment une unité, alors ils sont forts, et ont la maîtrise sur toutes les choses. » Ce souci de réaliser la totale justice entre les êtres nous permettrait sans doute de trouver un dénominateur commun entre le programme des vieilles sociétés secrètes chinoises et l'idéal égalitaire marxiste si pleinement adopté par le maoïsme.

Mais il est temps, maintenant, de nous tourner vers les tra­ditions initiatiques de la principale des sociétés secrètes chinoises : lala Tri__

Dans la Triade, la cérémonie d'initiation dure plusieurs heures, bien que, dans certains cas, en des circonstances exceptionnelles les rites puissent être très simplifiés ou abrégés.

Le récipiendaire voit, lorsque le bandeau lui est ôté soudaine­ment des yeux, le temple qui se trouve éclairé seulement par les bougies tandis que des fumées d'encens s'élèvent de deux casso­lettes. Il voit devant lui, trônant sur une estrade, le Président de la Loge (c'est le Phap, « Sage »), et ses deux assistants (dénom­més Taï Ko, « Grand frère », et Ful Ko, « Petit Frère », on peut y voir les analogues des Premier et Deuxième surveillants d'une Loge maçonnique). Ces trois personnages sont vêtus d'une robe blanche, qui est en Chine (précisons-le) la couleur du deuil. Au récipiendaire, le chef de l'avant-garde (Sien Fong) [son rôle recou­perait, pour tenter le parallèle avec l'initiation maçonnique, ceux du Frère Expert et du Maître des Cérémonies] donne cet avertis­sement : Tu es devant tes juges qui ont sur toi droit de vie et de mort. Sur l'autel, se trouve d'ailleurs placé un sabre recourbé de bourreau. Les menaces prononcées contre les parjures et contre les faux frères n'étaient nullement, au sein de la Triade, une clause de style dans l'ancienne Chine. Même la peur, l'appréhension du candidat se trouvaient durement châtiés : lorsque après la première partie de la cérémonie d'initiation, le candidat, interrogé, décidait qu'il renonçait à continuer plus loin, on le faisait sortir par la porte de l'Occident (dite Porte des Traîtres), et il était poignardé. L'ini­tiation comporte un voyage symbolique — accompli d'abord par voie de terre puis sur mer, dans une barque de 21 ponts et 21 cales, 72 voiles et dont les membrures sont fixées par 108 clous. A bord de cette barque, se trouve Kwan Yin, déesse bouddhiste de la compassion. Après escale sur la montagne où poussent 108 plantes sacrées (toujours ce nombre symbolique), le voyage se termine au Port de la « Grande Paix » (Tai-ping), à la Cité des Saules, assimilée au Paradis terrestre, aux Iles fortunées. Donnons un extrait de l'échange verbal entre les questions traditionnelles posées par le Président et les réponses que l'avant-garde souffle au néophyte :

« Quels sont ceux qui vous ont accompagné ?
        Les frères de Hong m'ont accompagné.
        Où sont les frères actuellement ?
        Ils sont actuellement hors de vue, mais en un instant ils peuvent être devant nous. Ils errent dans le monde entier sans résidence fixe, c'est la raison pour laquelle un seul voyage. »

Le néophyte doit décapiter un coq blanc placé sur un billot, et répéter : « Aussi sûrement qu'une âme blanche habite en ce coq blanc, aussi sûrement habitera-t-elle en moi, aussi sûrement que je n'ai pas craint de détacher la tête du coq blanc à l'âme blanche, aussi sûrement que ce coq a perdu sa tête, aussi sûrement perdent la leur tous ceux qui se montreront déloyaux envers la confrérie. » Le néophyte doit alors, se piquant, faire tomber trois gouttes de son sang (qui se mélangeront à celui du coq) dans une coupe rem­plie de vin ou d'eau-de-vie. Le serment prêté, le nouveau membre a sa tête entourée d'un mouchoir rouge formant turban. C'est là une ressemblance curieuse avec les Assacine, c'est-à-dire les dis­ciples du « Vieux de la Montagne », cette société secrète musul­mane avec laquelle, à l'époque des croisades, les chevaliers du Temple nouèrent des contacts. On remarquera que le rouge consti­tuait, bien avant l'apparition du socialisme en Chine, la couleur sacrée de la Triade : l'un des sens de la syllabe Hong est, justement, « rouge ». La chambre ultime de la Loge, celle où les derniers secrets sont dévoilés au nouveau membre, porte l'appellation de pavillon fleuri rouge.

Nous n'avons pas le temps d'étudier toute les traditions symboliques et rituéliques de la Triade. Signalons seulement, outre la présence de l'équerre et du compas (symboles communs avec la Franc-Maçonnerie) : une balance et ses poids ; une paire de ciseaux ; les trigrammes (Pa-Koua) du légendaire empereur Fo-Hi ; une écritoire ; cinq échevaux de soie filée (qui doivent être respectivement des couleurs blanche, jaune, rouge, verte et noire) ; une statue de Kwan Yin (déesse bouddhiste de la compassion) et une du génie taoïste de la Terre ; un autel à la gloire de Kouang-ti (le dieu de la guerre), évoquant la « guerre sainte » qui est le devoir de l'initié.

L'initiation complète de la Triade comporte des passages sym­boliques « dans le Ciel », « dans le Soleil et la Lune ». Sur l'autel principal doit figurer un diagramme de la Cité des Saules (avec ses trois portes), un vaste boisseau de riz, ainsi qu'un papier rouge contenant 108 sapèques (pièces en bronze percée d'un trou) ; c'était la forme de la petite monnaie dans la Chine impériale.

Lorsque le néophyte se trouve admis dans la Triade, le Prési­dent de la Loge lui déclare :

« Puisque tu as bien répondu, tu es digne d'être admis dans notre auguste Fraternité. Désormais, tu seras chez toi dans la Cité des Saules où tu connaîtras la Grande Paix... »

Nous n'avons pas non plus le loisir d'étudier les signes de reconnaissance entre affiliés de la Triade ; certains sont d'une grande complexité. Il existe, par exemple, toute une série de vers qu'il faut réciter par coeur tout en disposant de telle ou telle ma­nière les tasses de thé, dans un restaurant ou une auberge. Les affiliés emploient pour se reconnaître diverses méthodes : des attouchements et poignées de main (on a pu faire des comparai­sons avec l'analogue en Maçonnerie) ; une manière conventionnelle de compter, en commettant volontairement une erreur de trois chif­fres, soit en deçà soit au-delà. Par exemple, à l'interrogation : combien fait 8 multiplié par 3, l'affilié à la Triade devra répondre non pas 24, mais 21 (erreur de 3 en deça) ou 27 (erreur au-delà). Il existe aussi des manières conventionnelles de se saluer ou, par exemple, de porter un parapluie.

L'affilié devait avoir sur lui, sauf au cas où il craindrait d'être fouillé, son diplôme d'initiation avec le cachet de la Loge, un éventail blanc, un fil de soie rouge enroulé neuf fois autour d'un roseau et enfin trois sapèques (petites pièces de monnaie percées d'un trou au centre) de la « monnaie des héros » (Ying-Nav), pièces symboliques qui n'ont jamais eu cours légal.

Au point de vue administratif, bien remarquer que, dans la Triade, la multiplicité des loges locales s'accompagne d'une hiérarchie très centralisée, avec, en plus, un cloisonnement poussé entre les niveaux successifs. Les hauts dignitaires connaissent ainsi tout se qui se passe dans les diverses loges, mais le membre moyen ne pourra jamais arriver, lui, à remonter jusqu'au sommet de la hiérarchie.

A la tête de la Triade, un Grand Maître appelé aussi Guide (on traduit en anglais par leader), « Grand Timonier » ou « Grand Dra­gon ». Il est assisté de trois dignitaires.

L'étude complète des secrets de la Triade nous entraînerait fort loin. On y trouve tout un trésor de symboles et de rites, un maniement consommé de l'ésotérisme. Voici, extrait du chant de la Triade, ce vers traditionnel :

Si le soleil et la lune se lèvent ensemble l'Orient sera clair.

La formule est évidemment symbolique : on y voit, on y pres­sent le retour cyclique final à l'Unité, le terme idéal où se trouverait réalisé le plan de l'Homme primordial, du Grand Architecte qui a organisé les trois mondes. Parmi les secrets de la Triade, il y a la conservation des principes d'un art martial traditionnel : nous le constaterons à propos du mouvement des boxeurs, cette société secrète qui n'était en fait qu'une émanation de la Triade.

Nous allons maintenant parler de deux mouvements qui, dans la Chine du siècle dernier, furent tour à tour très actifs — au milieu en ce qui concerne le premier, tout à la fin pour le second : les Tai-pings et les Boxeurs.

Mouvements très différents l'un de l'autre, qui nous semble­raient fort opposés même, mais qui, tous deux, n'étaient qu'une émanation — inavouée dans le premier cas, manifeste dans le second — de l'omniprésente Triade. On y verra celle-ci ne pas se borner à la subversion politique mais constituer une force redou­table sur le plan militaire.

Commençons d'abord par les Taï-pings. En 1845, un lettré de Canton, Hong Xiou-tchen, converti au protestantisme, fonde un mouvement messianique destiné, estime-t-il, à régénérer la Chine ; il prend le titre impérial de Roi céleste. Mais ce personnage n'était autre qu'un haut dignitaire de la Triade ; et qui se réclamait en fait, comme Maître spirituel secret, de Tian Té (mort en 1831), le chef suprême de la Triade. On remarquera que le vocable même Taï-ping (« La Grande Paix ») se trouvait emprunté à la Triade.

Par un jeu linguistique favorisé par l'emploi des caractères idéographiques chinois (qui ne se limitent pas à un seul sens pré­cis), les sectaires traduisaient Taï-ping non seulement par « la Grande Paix » mais par « la Grande Prospérité », et aussi « la Grande Egalité ». C'est ainsi qu'il préconiseront l'égalité légale de l'homme et de la femme, attitude véritablement révolutionnaire dans la Chine impériale et qu'ils tenteront de réaliser dans les campagnes une sorte de communisme agraire.

On découvrirait d'ailleurs d'étranges préfigurations ; par exem­ple, dans les troupes des insurgés Taï-ping, les livres du fondateur de la secte étaient distribués aux soldats, lesquels subissaient des séances méthodiques d'endoctrinement.

Ce qui semble le plus extraordinaire à l'Occidental, c'est que les sociétés secrètes chinoises aient pu, au siècle dernier, nourrir d'énormes soulèvements populaires. L'insurrection des Taï-ping, contre laquelle la répression impériale sera féroce (6), sera à deux doigts de triompher. Les autorités impériales ne remporteront la victoire qu'en faisant appel à un corps expéditionnaire franco- anglais, commandé par le général Gordon. La guerre des Taï-pings était donc terminée, mais à quel prix ! Trente millions de per­sonnes (militaires et civils) y avaient trouvé la mort. Précisons que les fameux Pavillons noirs, qui donnèrent tant de fil à retordre à l'amiral Courbet et au commandant Rivière, n'étaient pas des « bandits » ordinaires (comme on le dit si volontiers dans les manuels scolaires) mais des troupes Taï-pings qui avaient pu se réfugier au Tonkin.

Le second des grands mouvements insurrectionnels issus d'une société secrète fut, à ce qu'on nomme la Belle Epoque, celui des Boxeurs (que l'on désigne souvent par l'orthographe anglaise — Boxers — de ce mot). Point du tout un mouvement secondaire, mais une insurrection d'ampleur nationale. On sait que c'est l'épi­sode du siège des Légations européennes à Pékin par les Boxers qui déclencha l'envoi d'une expédition européenne internationale, commandée par le maréchal allemand Waldersee.

Cet épisode du siège des Légations (juin-août 1900) s'est trouvé porté à l'écran et avec une fidélité historique assez grande dans le film Les cinquante-cinq jours de Pékin.

Le nom officiel de la société secrète était celui-ci : le Poing de la Concorde et de la Justice. Il s'agissait en fait d'une branche de la Triade, mais dans laquelle les affiliés recevaient un appren­tissage intensif de la boxe chinoise (d'où l'appellation de Boxeurs), qui n'a guère de points communs avec la boxe anglaise. Il s'agit en fait d'un art martial complet, le Kung-Fu, qui s'est d'ailleurs trouvé récemment popularisé en Occident, vous le savez tous, par les nombreux films spécialisés (ceux de Bruce Lee et bien d'autres aussi).

En outre, les boxeurs subissaient l'ascèse magique destinée, croyaient-ils, à leur procurer l'invulnérabilité. C'est ainsi qu'on verra, lors des « 55 jours de Pékin », des milliers d'adolescents et de jeunes filles (les boxeurs recrutaient principalement dans la jeunesse) se ruer contre le feu des armes automatiques, sans se laisser impressionner par le spectacle de leurs camarades décimés comme des mouches.

L'insurrection des boxeurs illustrait l'habileté de l'impératrice douairière Tseu Hi, qui avait réussi, par ses intrigues rusées au sein des loges de la Triade, à détourner un temps la colère des sociétés secrètes contre la dynastie usurpatrice. Au vieux cri de guerre : Mort aux Mandchous et aux étrangers ! elle avait réussi à faire substituer, chez les boxeurs, le cri simplifié de : Mort aux étrangers !

Pour ouvrir une parenthèse, il est faux de considérer (comme on le fait si souvent encore) la xénophobie comme une réaction soi-disant « naturelle » des Chinois. Il suffit de relire, même dans un manuel d'histoire assez élémentaire, le récit de la série des interventions militaires occidentales en Chine pour se rendre compte que des réactions xénophobes étaient inévitables. Nous ne rappellerons que deux épisodes odieux particulièrement célèbres. Tout d'abord, en 1839, ce qu'on appelle la guerre de l'opium, ainsi désignée parce que l'Angleterre, furieuse contre un édit impérial proscrivant cette drogue (dont la majeure partie consommée dans le pays venait non seulement de la Chine mais de l'Inde, sous contrôle britannique) déclare la guerre au Céleste Empire. Et aussi, lors de la première intervention française en Chine (1860), le sac du Palais d'Eté dont on a pu dire, en exagérant à peine, qu'il avait permis d'approvisionner en belles « chinoiseries », des années durant, les grands antiquaires et brocanteurs parisiens.

Nous toucherons, pour terminer, à un problème capital : celui du rôle joué par la Triade, principale des sociétés secrètes chi­noises, dans le réveil contemporain de la Chine.

Au début du XiXe siècle, les membre du Lotus blanc (cette autre grande société secrète chinoise, se reliant en fait à la même source première que la Triade) prêtaient un serment, dont la résonance nous semble singulièrement moderne : « Renverser le gouvernement actuel de la Chine (7), établir l'égalité entre les hommes [point à souligner], et considérer la fraternité comme la base du système politique. »

Or, quel fut, en 1911, l'artisan de la révolution qui mit à bas la monarchie mandchoue pour établir la première république chi­noise ? Le dodcteur Sun Yat-sen (1866-1925). Non seulement il avait été initié en 1886, lors de ses années d'étudiant à Canton, à une « Cité des Saules », c'est-à-dire une Loge de la Triade, mais, au sein de cette puissante société secrète, il parvint à un rôle de tout premier plan. Mais la question se poserait de savoir ce qu'il en est si l'on se reporte au triomphe du communisme en Chine. Faut-il considérer que la Triade ait joué ensuite un rôle profondé­ment rétrograde ? Il faudrait méditer à ce propos ces lignes de Jean Chesneau (p. 39 du volume collectif sur les sociétés secrètes chinoises publié en 1970 par François Maspero).

Cet éminent spécialiste de la Chine contemporaine y souligne « une remarquable aptitude des sociétés secrètes chinoises à se nourrir de l'actualité du moment même de l'histoire, et à en inté­grer les éléments dans une vision traditionaliste du monde ».

Assurément, le décret de 1951 sur la liquidation des éléments contre-révolutionnaires incluait parmi eux divers mouvements secrets d'extrême droite. Est-ce à dire que la rupture ait été complète entre la Chine de Sun Yat-sen et celle de Mao ?

Nous ne le pensons pas ! Il ne faudrait quand même pas oublier que la veuve même de Sun Yat-sen occupa, des années durant après le triomphe de Mao, le numéro 2 dans la hiérarchie politique chinoise du nouveau régime.

Remarquons, à titre de parenthèse pittoresque, que le fameux « costume Mao », cette volonté de voir les Chinois marquer leur égalité totale par le port d'un vêtement identique, était (ce sera, certes, le régime maoïste qui la réalisera) une idée de Sun Yat-sen.

Pour conclure, nous rappellerons le mot célèbre prononcé par Napoléon exilé à Sainte-Hélène : Lorsque la Chine s'éveillera, le monde tremblera. Il serait intéressant de remarquer que l'empereur avait, parmi les domestiques attachés à son service, plusieurs Chinois cultivés avec lesquels il aimait s'entretenir. Rien n'em­pêche de penser qu'ils aient été des membres de la Triade ou du Lotus blanc.

Assurément, la Chine s'est bel et bien « réveillée »

Est-ce à dire que le monde doive « trembler » ? Le thème du péril jaune, qui se trouvait particulièrement développé après la guerre des Boxers, a fait l'objet d'une série de romans d'aventures à grand tirage ; citons (bien oubliée depuis, mais qui fut l'un des best sellers de l'époque) l'Invasion jaune du « Capitaine Danrit » (alias lieutenant-colonel Driant). Le thème n'a pas complètement disparu aujourd'hui, comme le montre, mais certes traité sur un mode humoristique, le roman de Robert Beauvais (porté à l'écran par Jean Yanne) : Les Chinois à Paris.

Est-il bien sûr en fait, que le monde doivent vraiment trembler (pour reprendre le mot de Napoléon) devant le réveil de la Chine ?

Si le rôle de la Chine est appelé à se développer de plus en plus sur le plan international, est-on vraiment obligé de le conce­voir sur le modèle d'une invasion militaire, d'une conquête vio­lente ?

C'est la remarque optimiste sur laquelle nous concluerons cet exposé.

 
(1)   Cf. François Ribadeau Dumas « A la recherche des Vampires » (Biblio­thèque Marabout, 1976, pp. 241-44).
(2)   Ce sont les Jésuites établis en Chine qui useront de la transcription Confucius.
(3)   Avec lequel certains Jésuites missionnaires en Chine se seraient trouvés en rapport au XVIII° siècle.
(4)   Le monastère bouddhiste du Fou-Kien n'a jamais existé — pas plus que l'invasion des Eleuthes.
(5)   On pourrait hasarder un parallèle avec les espoirs de certains ésoté­ristes français monarchistes actuels ; ceux d'un surgissement triomphal du; Roi perdu, identifié au Grand Monarque
(6)   Un fait significatif : en 1855, en huit mois, le vice-roi de Canton fera procéder à 70 000 décapitations publiques sur la place des exécutions.
(7)   C'est-à-dire le vieux régime impérial.  


Publié dans le PVI N° 29 - 2éme trimestre 1978
Lire la suite

Planche : Qu'est-ce qu’Emulation ?

25 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Cette communication devrait plutôt porter le titre « Emulation, Pourquoi ?Comment ? »... On peut, tout aussi bien entendre, « Emulation ? Qu'est-ce que j'y fais, moi qui viens du Rite Français ? » à cela je peux répondre facilement... j'y étudie la franc-maçonnerie et j'y prends un plaisir extrême. Mais, là n'est pas la question... ce soir, j'alternerai l'Histoire et le Rite sans, toutefois trop aborder les détails symboliques. Mais, comment faire en un temps aussi court ? Parler de l'Histoire de la franc-maçonnerie ici revient toujours, peu ou prou, à construire une paillote là où devrait se dresser un Temple.

Ainsi, nous allons essayer de faire le portrait robot du Rite et qui ne laisse pas de surprendre les visiteurs d'autres rites tant ses références « opératives » dominent et l'éloignent de l'alchimie ou de la théurgie présentes partout ailleurs sur le Continent (1).

«Emulation working» le «Style Emulation», le «Travail d'Emulation» peut aussi les surprendre par son orientation déiste, en effet ses références permanentes à l'ancien testament pourraient laisser accroire, à nos visiteurs et, peut-être, à certains d'entre nous, que le poids christique explicite de certaines pratiques continentales est plus sécurisant et porteur de libre pensée... on en oublierait que la laïcité du Grand Orient a été inventée par des Pasteurs Calvinistes... Pour faire un clin d'oeil, je dirais que nous sommes des hommes simples face à une œuvre complexe.

Avant d'aller plus loin, il est bon de préciser deux ou trois points. Tout d'abord, concernant le vocabulaire utilisé en Histoire de la franc-maçonnerie.

Le nom de Grande Loge Unie d'Angleterre désigne uniquement la fédération actuelle, constituée après l'Acte d'Union de 1813. La Grande Loge de 1717 porte le Nom de Grande Loge de Londres ou Grande Loge des «moderns» ( sans « e » ), le regroupement des Loges du rite «ancients » ( avec un « t » au final ) est qualifié de Grande Loge des «Ancients» à la place de son véritable nom qui était «Grand Comité de la plus Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons libres et acceptés, selon les Anciennes Institutions».

Les membres des guildes de bâtisseurs et des anciennes Loges de constructeurs dont le métier est relatif à la maçonnerie sont appelés «opératifs» alors que les autres membres des mêmes Loges dont le métier n'est pas de construire ou d'être architectes sont nommés «maçons acceptés». Les maçons «spéculatifs» ou «francs-maçons spéculatifs» sont, quant à eux, des membres de Loges non constituées autour du métier et dont les membres ne sont pas des constructeurs.

Qui sont les « moderns » de la Grande Loge de Londres ?

Commencée sous le règne d'Henry VIII pour se développer sous Elisabeth Première, la grande révolution de la Renaissance Baroque eut pour conséquence l'émergence d'une forte pensée artistique et scientifique. Portée par les philosophes des Académies néoplatoniciennes de Florence tel Giordano Bruno, tout aussi bien par le développement de ce que l'on appellera la «philosophie occulte» de Ramon Lulle et Henry Corneille Agrippa, cette révolution aura pour conséquence le développement de l'enseignement universitaire et ses publications en langue véhiculaire et non plus en latin.

De cet illuminisme élisabéthain naquit le premier regroupement de scientifiques et de pasteurs calvinistes, sous protection de l'Angleterre depuis la révocation de l'édit de Nantes, et qui avaient gardé de nombreux contacts chez les Rose+Croix rhénans ou les «gymnasium» bâlois ; ce furent la «Royal Society», «l'invisible college», «les free-gardeners», «le Druid order» et la franc-maçonnerie de Londres regroupant en 1717 dans les milieux intellectuels fréquentant déjà des loges disparates depuis le XVIIème siècle.

Devenus très sûrs de leurs prérogatives, protégés par la royauté, les membres de la Grande Loge de Londres adaptèrent leurs rituels et leurs pratiques en vue de les rendre plus conformes à leurs savoirs spéculatifs et scientifiques.

Le «tout Londres» de cette époque, qui composera la Grande Loge «Andersonienne», étant assez peu différent des «noblesses de ville» d'aujourd'hui, il n'était pas question pour eux de se mélanger avec des gens de peu, mal instruits et, pour tout dire, «pas d'ici».

Afin de justifier de cette exclusion, les «moderns» modifièrent les pratiques et les signes, prétextant les rendre plus conformes à la pensée du temps.

La grande majorité des immigrants des colonies d'Amérique, d'Irlande et d'Ecosse, poussés vers Londres par les crises et les guerres, artisans, petits bourgeois terriens voyant leur pratique rejetée et méprisée les nomèrent «moderns», prétendant, à juste titre, que leur exclusion et l'«évolution» déplorable des secrets de l'Ordre avait eu pour conséquence d'éloigner Londres de la vraie en ancienne maçonnerie dont ils conservaient, eux, les anciens usages.

Un contexte politico-économique en mutation .

L'histoire de la franc-maçonnerie, on le voit, est assez embrouillée. Il est bon de procéder à un rapide aperçu politico-économique de l'Angleterre, ce point nous donnera quelques indications.

A toute forme d'économie correspond un régime, dit-on, et, dans le cas qui nous occupe, à toute forme de régime correspond un élan de société et les formes de sociabilité qui la compose en sont l'image. Les francs-maçons sont des hommes, bien souvent, des hommes engagés dans l'Histoire et conscient du rôle qu'ils peuvent jouer dans l'évolution de leurs institutions.

Ainsi, pour notre histoire, il est bon de garder à l'esprit les trois phénomènes les plus importants de la période 1688-1815 de l'Histoire de l'Angleterre, à savoir :

• la révolution agricole et industrielle qui, en ruinant les petits propriétaires et en massant dans les villes un prolétariat de plus en plus misérable, rend inévitable une révolution politique et une réorganisation des pouvoirs, à savoir, gouvernement familial ou tribal, dynasties féodales ou politiques de guildes ? L'économie agricole primitive suppose quelque sorte de féodalité parce que les agriculteurs épars ont besoin d'être défendus. Le temps des marchands est bien plus celui de la ploutocratie; et la révolution industrielle apporte la démocratie dans les bagages des objectifs de croissance aux ambitions plus grandes que le féodalisme finissant.

• le passage d'un gouvernement monarchique où le Parlement n'avait eu qu'un rôle législatif à un gouvernement oligarchique dans lequel le Parlement est aussi, contrairement à ce que croyait Montesquieu, la source du pouvoir exécutif. Ce passage se fait grâce à l'invention d'un cabinet responsable devant les Chambres, création né des nombreuses guerres intérieures et qui rend possible l'alternance pacifique des partis. Il est de moins en moins question d'omnipotence royale. On retrouve ici l'esprit des Constitutions maçonniques de 1723 à « regrouper ce qui est épars » ;

• la lutte avec la France qui a pour premier objectif d'empêcher la formation sur le continent d'une hégémonie redoutable pour l'Angleterre, que ce soit celle de Louis XIV ou celle de Napoléon et qui a pour objet d'assurer à l'Angleterre la maîtrise des mers et la formation d'un nouvel Empire. Cette compétition se traduira aussi, bien entendu, par une distance de plus en plus grande entretenue par les deux franc-maçonneries, jusqu'à la rupture.

Dans l'Angleterre du XVIII ème siècle, le Pouvoir appartenait à une classe mixte, formée d'une aristocratie nourrie de la «Magna Carta», issue de la féodalité défunte et d'une ploutocratie de propriétaires terriens toute neuve particulièrement tentée par l'anoblissement et ses privilèges... Cette seule Classe de «Squires», en se divisant, donnera naissance aux deux partis politiques qui sont encore présents dans le paysage britannique.

On sait que le régime britannique a été accepté sans soulèvements sociaux. Bien entendu, il fallait admettre l'existence d'un partenariat avec des guildes mixtes, opératives et acceptées, voire, comme cela s'est trouvé pour les maçons, d'en contrôler la direction au plus haut niveau. Ces groupes de privilégiés étaient ouverts au talent, ou au moins au succès parce qu'il valorisait le système et favorisait le libéralisme économique. C'est pourquoi, le dix-neuvième siècle parlementaire, à la fois impérial et démocratique, ne rencontra jamais dans la fine fleur de l'Angleterre de préjugé défavorable. Cette élite, qui assurait la mixité des guildes, avait pris l'habitude, depuis le siècle précédent, de considérer ce système comme sa maison.

C'est dans ce contexte général que naîtra la franc-maçonnerie Anglaise, à l'image d'un élitisme conservateur et mondain. C'est bien parce que la Grande Loge de 1717 véhiculait l'orgueil des Lumières, cette conscience générale de progrès et de libéralisme préférentiel qu'elle put s'adapter aux différents environnements, tout aussi bien au parlementarisme britannique qu'aux royautés continentales et évoluer de manière aussi dissemblable après y avoir été exportée. Néanmoins, ses modes de recrutement spécifiques et les désirs d'anoblissement de la bourgeoisie qui la composait conduisirent, au fur et à mesure, la structuration en loges de différents niveaux. Très loin du principe affirmant que «Tous les Maçons sont frères sur le même niveau», la Grande Loge des «moderns» a laissé germer la graine qui est devenue un arbre aux nombreuses branches...le développement de systèmes de hauts grades de plus en plus importants, reflets de hiérarchies sociales accrochées à leurs privilèges qui conduisit à des réticences de plus en plus marquées à accepter en ses rangs les ouvriers ou les maçons de métier.

Cela conduisit naturellement au rejet de certains visiteurs, petites gens issus des anciennes Loges de Provinces, d'Irlande et d'Ecosse ou anciens immigrants des Amériques.

C'est dans ce climat d'ostracisme que six loges indépendantes de Londres formèrent en 1751 ce qui devint la Grande Loge des «Anciens». La prétention de leur porte parole, Laurence Dermott, qui fut très vite leur fédérateur, à conserver des pratiques anciennes, quoique fort exagérée, n'était pas tout à fait sans fondement. Cela permit de réintégrer dans la maçonnerie un fonctionnement qui se voulait débarrassé des préoccupations de privilèges.

Cette nouvelle maçonnerie des «ancients» était l'image d'une certaine forme de lutte de classes qui s'étendit sur toute la seconde moitié du XVIIIème siècle et les premières années du XIX ème.

Le conflit d'intérêt et de pouvoir dont il est question ici et qui ne concerne, à première vue, que l'Angleterre est, en fait, une image préfigurée des révolutions «politiques» de l'Europe des années 1830...

1813 – The Union Act

La «querelle des «ancients» (2) et des «moderns'» se terminera en 1813, par l'Acte d'Union et le divorce définitif, comme une conséquence naturelle, des maçonneries Anglaises et Continentales. Ces dernières ayant évoluées vers un système arborescent trop anarchique et trop proche de la noblesse de privilèges pour réintégrer les anciens devoirs.

La marque la plus claire de cette séparation reste le ferme rejet de l'Ecossisme et des « Hauts grades », ainsi que le définit clairement l'«Acte d'Union» quant à la structure des pratiques.

«Il est déclaré et prononcé que la pure Ancienne Maçonnerie consiste en trois degrés et pas plus, c'est-à-dire: Apprenti entré, Compagnon, y compris la Marque, et Maître Maçon, y compris l'ordre suprême de la Sainte Arche Royale». Je noterais ici comme une parenthèse importante que la maçonnerie anglo-saxonne ne connaît pas le terme de «grade» qui apparaît souvent sur les traductions françaises à la place du mot «degree».

Pour les rites anciens, il n'y a ni grade, ni rang mais des degrés. «Tous les maçons sont frères sur le même niveau» et les dispositions hiérarchiques sont une hérésie maçonnique contraire aux «Landmark» qui précisent que «( 22 ). Tous les maçons sont égaux et ne peuvent se prévaloir d'aucun titre ni rang autre que les trois degrés. » L'égalité de tous maçons est un principe absolu et il n'est pas anodin que le terme de «degree» qui signifie «par étape», «barreau de l'échelle» ait été traduit, sur un continent prolifique en honneurs inégalitaires par «grade».

Ce dernier mot étant le même dans les deux langues, pourquoi l'avoir choisi alors qu'il n'était pas utilisé ?

L'apparition, d'«Emulation» se présente comme l'outil d'une unification rituelle qui instrumente l'arrêt des proliférations anarchiques de soi-disant rangs perçus essentiellement comme un retour aux privilèges du monde profane et le point final donné au premier grand conflit de l'Histoire maçonnique , ce que le Grand Orient de France avait essayé de faire dès 1773 avec le peu de succès que l'on connaît.

De l'Acte d'Union naîtra la Grande Loge Unie d'Angleterre.

Les rituels des «ancients» de cette époque étaient toutefois, fort disparates. Pratiqués dans les Provinces du Royaume Uni on y retrouvait, le nom de la ville où se situe la Loge tel que le «Oxford Working» ou de la région comme le «Sussex Working» ou bien d'autres nom savoureux tels «Logic» ou «Stability», mais ils se rapportaient tous, peu ou prou à une pratique identique que les historiens de la maçonnerie anglaise s'accordent à relier au rite que l'on nomme généralement «ancienne pratique».

De fait, plutôt que de substituer une appellation à une autre, les membres de la «Special Lodge of Promulgation» n'ont pas donné de nom à leur rituel qu'ils appelaient «ancienne pratique régulière» et le terme qui sert aujourd'hui est l'abréviation de «Emulation Lodge of Improvement for Master Masons». Ce nom est en fait, celui de la Loge de référence, fondée en 1818 pour l'instruction des Maîtres Maçons et qui se réunit depuis cette date et sans interruption au «Freemason's Hall», Great Queen Street à Londres, tous les vendredi soir à dix-huit heures (3).

Mais, revenons à la part politique. Avant 1813, nous l'avons vu, il existait deux Grandes Loges. L'une d'elles, fondée en 1717, celle des «moderns», et l'autre, fondée en 1751, connue comme celle des «ancients». Ces deux entités vécurent des relations très conflictuelles durant plus de soixante ans. Durant la seconde moitié du XVIIIe siècle, la Grande Loge des «Moderns» de 1717 n'était pas reconnue par ses deux sœurs d'Écosse et d'Irlande qui lui reprochaient d'avoir modifié les «landmarks traditionnels» et d'avoir apporté des modifications importantes dans la pratique des rites, ce qu'elle reconnut le 12 avril 1809.

«this Grand Lodge do agree in opinion with the Committee of Charity that it is not necessary any longer to continue those Measures which were resorted to or about the year 1739 respecting Irregular Masons, and do therefore enjoin the several Lodges to revert to the Ancient Land Marks of the Society» (4)

Elle constitua six mois plus tard une nouvelle Loge, «The Special Lodge of Promulgation», dont la patente spécifiait le but : «en application de la résolution précédente, faire connaître et rendre exécutoires les anciens «landmarks» auxquels il convenait de revenir»

«for the purpose of Promulgating the Ancient Land Marks of the Society and instructing the Craft in all such matters and forms as may be necessary to be known by them in Consequence of and Obedience to the said Resolution" [celle du 12 avril 1809, citée ci-dessus] and Ordre».
(5)

En 1809 des commissaires furent nommés afin de négocier les modalités qui ont permis le 27 décembre 1813 de fusionner les deux loges en Grande unie de l'Angleterre par la signature de l'Union Act.

Cette unification fit l'objet de nombreuses tractations, entre les deux Grandes Loges à l'initiative des «Ancients», ainsi, le 11 avril 1810, la «Grande Loge des Moderns» décida d'accéder à la requête des «Anciens» et de préparer l'unification des deux Grandes Loges. Le moins que l'on puisse dire c'est que les «Moderns» se firent longuement prier, peut être, en partie pour dissimuler leurs propres faiblesses et feindre l'indifférence à l'union qui ne pouvait pourtant que renforcer le prestige de
la franc-maçonnerie anglaise.

Dans un Royaume unifié et pacifié, les prises de positions politiques et les dispositions naturellement légitimistes de la maçonnerie anglaise n'étant plus, depuis le quinzième siècle, le fait du hasard, il devenait nécessaire de regrouper les maçons autour d'une même couronne.

La pratique régulière des «ancients»...

Conformément à la vieille tradition des maçons opératifs, le rituel standardisé qui résulta de l'union des «ancients» et des «moderns» ne fut pas consigné par écrit, bien au contraire ! Il fallut attendre jusqu'en 1850 pour qu'un premier rituel d'Union soit publié et seulement 1969 pour qu'une publication officielle de la GLUA voit le jour.

Les constituants de l'«Act of Union» de 1813 s'étaient donc heurtés à une difficulté : il y a toujours une commission, quelque part, prête à transformer, modifier, ajouter un «traditionnel», un «rétabli», par-ci ou un «véritable» par là, bref, à moderniser, la pratique des rituels. Comment concilier deux exigences, à savoir celle de l'oralité, en vigueur au moins théoriquement, et celle, plus directement politique, de préserver l'immuabilité du Rituel, de le mettre à l'abri des inévitables variantes locales et autres déformations ? C'était l'affichage officiel du conflit et il fallait éviter qu'il ne se reproduise. La Grande Loge deviendrait donc Première Grande Loge... Première par l'antiquité revendiquée, mais surtout Première hiérarchiquement afin de ramener les âmes égarées au sein de la régularité.

N'oublions pas qu'en maçonnerie, le dernier né est toujours le plus ancien et le plus grand !

Néanmoins, cet objectif fédérateur réalisé eut pour conséquence directe que les Frères du Rite «Emulation» puisse, sans réserve, aujourd'hui, affirmer que depuis son origine, il n'a subi aucune altération, ni dans son contenu ni dans ses pratiques, ni dans sa gestuelle. C'est là le grand principe fondateur de ce rite : son immuabilité.

La conservation de son message par le fait que l'on n'en modifie pas un «iota» (encore une référence biblique!). C'est ainsi que, si l'on n'y prend garde, l'apprentissage «par cœur» devient le principal objet du Rite alors que cet élément n'est, en fait, qu'un accessoire obligeant à l'étude.

Afin de conserver la pratique rituelle de la manière la plus efficace, les articles de l'Acte d'Union stipulaient qu'il devait y avoir une parfaite unité dans le travail.

Mais pourquoi vouloir faire une maçonnerie universelle à partir d'une simple réconciliation ?

Comme je l'ai déjà dit, à toute forme de société correspond une forme de sociabilité. L'Histoire de l'Angleterre de cette époque nous le montre bien, il s'agit de consolider ce qui deviendra l'Empire et de le protéger des atteintes... particulièrement des atteintes intérieures... L'Angleterre a connu de nombreuses guerres civiles, jamais de révolutions !

S'agissant d'une franc-maçonnerie spéculative parfaitement intégrée dans le paysage politique européen, il était impératif pour un anglais conservateur de faire barrage à la puissante maçonnerie napoléonienne dirigée par le duc de Cambacérès, Archichancelier de l'Empire, afin que ce Grand Orient, déjà trop présent, ne puisse devenir la référence.

Il fallait traduire cette perspective universaliste par l'unification de ce qui représentera le plus important regroupement fédérateur de noblesse et de bourgeoisie de l'Empire Britannique et qu'il puisse s'offrir en modèle de société aux rouages parfaitement équilibrés et adaptés au monde moderne. Les défaites de Napoléon marqueront les premiers signes de faiblesse de son pouvoir et les lambeaux de l'empire seront partagés entre la Prusse et Londres. On pensait alors qu'il serait de bon aloi de voir la bourgeoisie française se rallier et que la «freemasonry légitimiste» devienne leur point de regroupement. La nouvelle franc-maçonnerie rappelle d'où elle vient, se revendique issue des bâtisseurs de cathédrale et de la révolution industrielle. Elle est le rempart moral contre les velléités révolutionnaires de l'Europe continentale, l'équilibre des nations. On sait que ces prétentions à empêcher les révolutions échoueront dans la reconnaissance de légitimité accordée par les anglais à Louis-Philippe d'Orléans, échec qui forgera le socle des révolutions européennes de 1830.

Ces erreurs stratégique affaiblissant la crédibilité de l'Angleterre sur la scène européenne conduiront les britanniques à percevoir leur nouvelle souveraine, la jeune Victoria, épuisée par les grosses successives et qui aura, néanmoins, le plus long règne de l'Histoire, de 1873 à 1901, comme une sorte de réincarnation d'Elizabeth Première dont ils attendront grandeur et renaissance.

De fait, après sa mort, à la veille du premier conflit mondial, toutes les familles régnantes d'Europe, touchées et à l'origine du conflit seront liées entre elles par la descendance de la Reine devenue une figure mythique de l'Empire et conductrice véritable des principes anglicans, c'est à dire du prestige moral de la Grande Bretagne, image de sa puissance.

Le soleil ne se couche jamais sur l'Empire et les maçons de Britania travaillent depuis le lever du jour...

Ce sentiment de continuité Impériale, ce rempart civilisateur, cette «dette de l'Angleterre civilisée vis à vis des peuples du monde» comme le dira James J. Frazer, l'ethnographe, impose à ceux qui la pratiquent, qu'il n'y ait qu'une seule forme de maçonnerie ; la maçonnerie anglaise. Elle ne doit pas être confondue avec la fille des lumières trop souvent associée à tort à la Révolution Française. Elle ne souhaite pas être mêlée à une révolution quelconque et proclamera avec force ses origines humbles et ouvrières ; celles de la maçonnerie de métier, des guildes interdites ; croyantes, vertueuses, travailleuses et surtout, au service du Pouvoir. C'est donc à la famille royale qu'il reviendra de la diriger. Son rituel doit être anglican, reposer sur la Bible du Roi Jacques Premier, successeur d'Elizabeth.

Cette maçonnerie unie donnera le ton sur la planète entière et, pour ce faire, développera dans le paysage spéculatif les termes de «régularités» et de «Landmarks». Cette position dominante aura d'ailleurs été un objectif fondamental, y compris de la Grande Loge de Londres, exposé par le Grand Secrétaire des «Modern» James Heseltine (6), à savoir, parlant de la franc-maçonnerie française, que «ces gens-là ne sont pas reconnus comme maçons ... » mais aussi que «...La différence fondamentale et essentielle entre la franc-maçonnerie anglaise et les franc-maçonneries continentales c'est que ces dernières ignorent ce qu'est un franc-maçon».

Afin d'organiser et de déterminer de l'unité rituelle qui mettra un terme à toutes les querelles et surtout à tout le foisonnement qui se répandait depuis 1730, la création d'une Loge de Réconciliation, composée à part égale de Maîtres Maçons experts issus des deux Grandes Loges, fut donc inscrite dans la Constitution de la Nouvelle Grande Loge.

L'article V prévoyait, à ce sujet, que les Frères participant aux travaux de la Loge de Réconciliation avaient pour mission de constituer le Rituel qui devrait être observé en parfaite unité (perfect unity) et en permanence par la nouvelle Grande Loge.

Les Maîtres de la Loge de Réconciliation n'ont pas été avares de leurs efforts à faire aboutir une forme rituelle à la fois débarrassée de l'alchimie et du Rosicrucianisme mais contenant toujours les arcanes de la «philosophie occulte» des lumières élisabéthaines du XVIème siècle, donc, acceptable à l'unanimité par tous. Ces efforts de syncrétisme sont attestés par le fait que rien ne fut réellement terminé avant la préparation, le 20 mai 1816, de la tenue de Grande Loge présidée par le Très Vénérable Grand Maître, Son Altesse Royale le Duc de Sussex.

A l'issue de cette tenue de Grande Loge et lors de sa réunion suivante du 5 juin 1816, le rituel fut confirmé et approuvé.

C'est ainsi qu'en 1816 naquit une forme de rituélie particulière d'ouverture et de fermeture de la Loge aux trois degrés ainsi que les réceptions, passages et élévations qui fut approuvée et admise au nom de SAR le
Duc de Sussex, de la Grande Loge Unie et en celui de l'ensemble de la fraternité d'Angleterre.

«Emulation», bien que pratiqué par les éléments des forces britanniques stationnées sur le continent durant la première guerre mondiale, ne fut introduit en France qu'en 1925 par les frères Drabble et traduit en français à cette occasion. A cette époque, le Grand Orient de France, né en 1773 dans l'objectif de fédérer les rites, disposait déjà de patentes du rite des «Ancients», introduit en France au retour de La Fayette, après la guerre d'indépendance de 1774 et du rite d'York, amené par les immigrés Américains après la Guerre de Sécession, c'est à dire entre 1861 et 1875.

En 1925, «Emulation» fut adopté par une partie des loges de la Grande Loge Nationale Française créée depuis 1913, notamment, «Persévérance 27», «Espérance 35», «Confiance 25», etc... Donc, bien après la création de l'Obédience construite sur le Rite Ecossais Rectifié.

Porteur de la notion d'une initiation «orale» et «complète» à chaque degré du rite, «Emulation», dans sa pratique assidue, est ce que l'on pourrait appeler un rite «explicatif» très progressiste et très égalitaire. Sur ce point particulier, il apparaît fort dommage que sa pratique «proclamée» en France le fut par la Grande Loge Nationale avant tout dans un souci d'allégeance à l'Angleterre plus que par choix philosophique. Tous les éléments de la «philosophie occulte» du XVIème siècle, des «mystères» des bâtisseurs (pas uniquement des tailleurs de pierres) et des secrets de l'Ancien Testament sont contenus dans ses cérémonies. Ils sont transmis à chaque étape du Rituel et à chaque grade pour ce qui le concerne, sans rien n'omettre. Cela permet, à qui le pratique et l'étudie d'accéder à la connaissance des symboles et signes et de répondre à la question fondamentale de leur utilité.

Pour «Emulation», le thème de ce que l'on nomme Maçonnerie Bleue, c'est à dire celle regroupant les trois premiers degrés d'Apprenti, Compagnon et Maître, est la construction symbolique d'un Temple. L'Apprenti y est admis parmi ceux occupés à cette tâche de construction afin d'en partager les travaux et d'apprendre les techniques.

Ce ne sera que comme Compagnon qu'on lui fournira le reste des outils lui permettant de préparer une pierre taillée, et de progresser jusqu'à la production d'un chef-d'œuvre.

Il sera alors capable de travailler comme maçon expérimenté et on l'encouragera à découvrir les mystères cachés de la nature et de la science. Il connaîtra le sens moral de l'équerre, du niveau et de la perpendiculaire et il apprendra même où et dans quel esprit les compagnons reçoivent leur salaire.

Le degré de Maître Maçon de Marque où le Compagnon apprendra comment percevoir son salaire, bien que suivant la maîtrise, assure le lien entre le Compagnon de métier et le Maître. Il aidera à achever le Temple par l'achèvement des alliances ...

«Emulation» présente une grande simplicité structurelle, comparativement aux maçonneries Ecossaises et Egyptiennes, mais aussi une remarquable complémentarité dans les différentes étapes de la progression.

Là où l'on doit rechercher la pierre cachée, «Emulation» substitue la pierre d'angle et la pierre de faîte. C'est la manipulation de ces pierres qui constituent la structure physique du Temple, le constat de sa stabilité, de son harmonie et, par extension, de l'application de ces qualités à l'Homme, qui donne tout son sens à la progression maçonnique d'«Emulation».

Lorsqu'on le pratique, ce qui saute aux yeux, immédiatement, est la grande logique de progression qui préside aux travaux, à tel point que l'horizon de l'Apprenti Entré est déjà orienté vers ce que sera le Maître de l'arche.
Chaque franc-maçon passe d'un grade à l'autre et d'un poste à l'autre au terme d'un cycle annuel. Rien dans cette logique clairement soulignée par son insistance particulière quant à l'éphémère et sa volonté fédératrice n'est incompatible avec les principes fondamentaux de tolérance, de progrès, de philosophie rappelés dans l'article premier des constitutions du Grand Orient de France comme rien dans ces mêmes constitutions n'empêchent la pratique d'un rite plutôt qu'un autre sinon le fait de disposer des patentes des degrés...

Pour Emulation, la pratique assidue offre la compréhension et les «Loges d'Instructions» sont construites sur l'étude afin de permettre aux francs-maçons de progresser et de s'«améliorer» (traduction de Improvement), de générer une dynamique (Emulation), sur la voie maçonnique ; car, pour «Emulation», «les épreuves», «le challenge», sont dans les éléments symboliques du rituel.

Pour le franc-maçon, la pratique rigoureuse de son rite, quel qu'il soit est une garantie de sérieux, sinon, autant faire du théâtre ou des danses folkloriques. Alors, pratiquons du mieux que nous pouvons car le but de la franc-maçonnerie et de ses rituels n'est-il pas, à toute fin l'initiation et le progrès de l'Homme ?

«Emulation ? Qu'est-ce que j'y fais, moi qui viens du Rite Français ?» à cela je peux répondre facilement... j'y étudie la franc-maçonnerie et j'y prends un plaisir extrême. Et je remercie tous ceux qui me permettent de le me le faire partager comme un cadeau.

Présenté par Joël J.

Notes :
1. Sur le continent, on étudie la Franc-Maçonnerie essentiellement sur sa part ésotérique alors que le chercheur Anglais est essentiellement historien.
2. "Le Grand Comité de la plus Ancienne et Honorable Fraternité des Maçons libres et acceptés, selon les Anciennes Institutions" Elle fut également connue sous le nom de Grande Loge ATHOLL, du nom du Duc d'Atholl qui en fut le Grand Maître pendant de nombreuses années. Elle fut constituée en 1751 jusqu'à sa fusion avec les Modernes en 1813 qui donnera la Grande Loge Unie d'Angleterre, toujours existante.
3. Les théoriciens Anglais d'Emulation, tel Herbert Inman ne tiennent, bien entendu, pas compte des pratiques continentales, telles que le Rite Français, le Rite Ecossais Ancien et Accepté ou le Rite Ecossais Rectifié, mais le même questionnement peut aussi se poser pour les néophytes confrontés à ces différentes pratiques. Durant la période qui suivit l'Acte d'Union entre les «ancients» et les «moderns», c'est à dire après la création de la «Lodge of Reconciliation» en 1813, la principale activité fut de regrouper les pratiques et de les fondre dans ce qui deviendrait, en 1816, le Rite Emulation. Après la mort de ses promoteurs, Gilkes et Clarets, en 1850, la veuve de ce dernier continua de publier la forme écrite du rituel jusqu'en 1870. D'autres éditions virent alors le jour dont un ouvrage, publié en 1871, « The Perfects Ceremonies » dont le contenu se voulait être un manuel d'enseignement à «Emulation». On ne peut être que surpris par le fait que, s'agissant d'un événement aussi important que l'unification, il n'y eut pas plus d'ouvrages traitant du sujet de l'enseignement rituel. En effet, il fallut attendre 1902 pour que la Loge «Stability» publie son rituel et la «Lodge of Improvement» ne publia le siens qu'en 1969. C'est très probablement ce manque de zèle qui permit, entre la fin du XIXème et le début du XXème siècle, la profusion de nouveaux rituels. On en compte aujourd'hui plus de 40 publiés et une centaine d'autres pratiqués ça et là, bien souvent d'ailleurs par une seule et unique Loge. Certains parmi ces rituels sont pratiqués dans les Provinces et portent le nom de la ville où se situe la Loge tel que le «Oxford Working» ou de la région comme le «Sussex Working». Ces pratiques anecdotiques ne sortent généralement pas de leur zone géographique. Bien évidemment, «Emulation» reste la pratique la plus courante de la Grande Loge Unie d'Angleterre. – Cf. à ce sujet, l'article publié par le «Masonic Quarterly Magazine» du 10 juillet 2004, «Masonic ritual: Spoilt for choice» (Rituels maçonniques, l'embarras du choix).
4. Gould History II: 498. Hextall, AQC 23 (1910): 37. Knoop, AQC 56 (1945): 30. Clarke, Grand Lodge (1967): 124 etc.
5.
AQC 23 (1910): 37-38.
6. James Heseltine (1745-1804), Grand Secrétaire des « Modernes » nommé à vingtquatre ans le 5 mai 1769 propos retranscrits dans in Acta Macionica – Revue de liaison de la Loge Ars Macionica de la Grande Loge Régulière de Belgique

source : l'Edifice.net

 

Lire la suite

Planche : Du vendredi 13

25 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Elevé dans des principes profondément athées et fortement impliqué dans un engagement politique que beaucoup considèrent comme dogmatiques, j’ai toujours eu la chance de pouvoir m’intéresser à un grand nombre de sujets, mais il en est que je m’interdisais d’aborder.
Ce ne fut donc pas simple de frapper à la porte du Temple et encore moins d’y être accepté.
Mais une fois le bandeau tombé, une fois le chemin esquissé, j’ai eu plaisir à m’autoriser enfin à d’autres quêtes, d’autres questionnements.
Immanquablement, comme un anorexique qui retrouverait l’appétit, mes travaux m’ont alors amené sur des chemins teintés d’ésotérisme, voire de mysticisme.
C’est dans ce contexte que je me suis interrogé sur le Vendredi 13.
Le fameux Vendredi 13, le très français Vendredi 13, car la connotation maléfique que nous lui attachons, ne dépasse guère les limites de notre doux pays.
Alors pourquoi tant de charge émotionnelle autour de ce diptyque formé d’un jour de la semaine et d’une date ?
Il y a certes cette journée du vendredi, celle au cours de laquelle Jésus fut crucifié… mais cela n’a jamais été un 13 et le Vendredi Saint n’a aucune implication maléfique et cette piste là n’apporte donc pas de solution satisfaisante.
Alors, pour ma part, je pense que dans notre histoire commune, le vendredi 13 ne peut se référer qu’à un seul évènement de nature à lui attacher une force symbolique aussi durable à savoir, vendredi 13 octobre 1307, date historique de la déroute de l’Ordre des Templiers.
Ce 13 octobre, à la demande du Roi de France et avec l’accord du Pape Clément V, l’Ordre le plus riche, le plus célèbre, mais également le plus craint de toute la chrétienté, se trouvait suspendu, ses biens confisqués et ses membres jetés en prison pour y être soumis à la question.
Cet évènement, qui annonçait en fait sa dissolution future, a tellement frappé les esprits, que ce jour fatidique en est resté associé à la notion du malheur ou, plus exactement, à celle de symbolisme, voire d’occulte.
En effet, il fut d’une telle importance, qu’il marque encore de son empreinte la civilisation occidentale du XXIème siècle et il est vrai que les questions sur la vie et la mort des Templiers, suscitent encore de très nombreux ouvrages, dont un « Best Seller » récent qui n’est en fait que la reprise des thèses développées dans un ouvrage édité pour la première fois en 1994.
 
Encore aujourd’hui et sans véritables certitudes historiques, cet Ordre, officiellement constitué en 1118, se trouve au confluent de bons nombres de groupes et mouvements d’idées, certains très connus tels les Cathares ou les alchimistes, d’autres plus secrets ou simplement plus controversés, tels les Rose Croix ou le Prieuré de Sion.
J’ai donc souhaité, au delà du prétexte de ce vendredi 13, vous parler d’un Ordre extraordinaire et unique, tant dans son existence que dans sa disparition.
Pour aborder ce sujet, je vous propose de n’en survoler que quelques éléments, tant les questions sont riches.
Je souhaite donc aborder successivement les conditions historiques de leur création et de leur épanouissement, pour bien évidemment aborder ensuite leur chute et ses motifs possibles, gardant la troisième partie pour évoquer leurs éventuels secrets.

I – Juste après l’an Mil.

Il n’est pas besoin de revenir sur cette période qui a entouré le passage à l’an mil et notre bug de l’an 2000 n’a rien été à côté de l’explosion de superstition qui a entouré ce passage du premier millénaire.
Mais si aujourd’hui nous rattachons cet An Mil à l’annonce faite dans l’Apocalypse selon saint Jean, tel n’était pas forcément le cas à l’époque, ou le calendrier était moins rigoureux et ou, par exemple, les années ne commençaient pas le même mois selon les pays concernés.
Je ne retiens donc pas l’An Mil dans sa connotation superstitieuse, mais plutôt dans sa révélation de la révolution « clunisienne » qui a directement influé sur le sujet qui nous intéresse.
Rappelez vous que Cluny a été fondée en 910 et qu’elle a entraîné véritablement le renouveau du Moyen Age, initiant un nouveau courant de pensée, même si elle appliquait la très ancienne règle de Saint Benoît.
La charte fondamentale de l’abbaye, comportait, entre autres clauses, quatre décisions capitales :
      • l'obligation du strict respect de la règle de saint Benoît,
      • l'exemption de toute sujétion temporelle, celle des rois et des seigneurs ou spirituelle, celle des évêques hormis celle du pape,
      • la garde des apôtres Pierre et Paul et la défense du souverain Pontife,
      • l'obligation expresse de s'adonner avec le zèle le plus ardent "selon l'opportunité et les possibilités du lieu, aux oeuvres quotidiennes de la miséricorde envers les pauvres, les indigents, les étrangers, les voyageurs",
 
Cluny a donné à l’Eglise de grands hommes et, pour la période qui nous intéresse, elle a directement formé Hildebrand, devenu le Pape Grégoire VII créateur de la réforme Grégorienne mais également, celui qui devint en novembre 1095 le Pape Urbain II. 
Nous nous rapprochons des Templiers, car il est aujourd’hui communément acquis que l’idée de la constitution des Templiers a germé dans l’esprit de certains chevaliers à l’occasion de la première croisade qui s’est déroulée de 1096 à 1099.
Notons au passage, que la fin de la croisade correspond presque exactement à la création de l’Abbaye de Cîteaux, mère de l’Abbaye de Clairvaux fondée par le future Saint Bernard.
Cette croisade a été voulue et conçue par Grégoire VII puis mise en oeuvre par Urbain II, dont la fougue et la force de conviction ont été soulignés par de nombreux historiens.
A ce stade, je peux rajouter que le Pape Urbain II est originaire d’un petit village champenois dénommé Châtillon, pas très loin de la demeure d’Hugues de Payns, fondateur de l’Ordre du Temple.
Au terme de cette croisade, se trouve fondé le Royaume de Palestine, dont Godefroy de Bouilon devient le premier souverain, sous le titre non pas de Roi mais « d’Avoué du Saint Sépulcre ».
Son frère devint le 1er Roi sous le titre de Baudouin I et mourut en 1118, laissant la place à Baudouin II.
Et nous voilà arrivés à nos Templiers !
En effet, il est le plus souvent admis que c’est justement en 1118, le champenois Hugues de Payns, Geoffroy de Saint-Omer et sept compagnons d'armes, proposaient au roi Baudouin II de Jérusalem la mise en place d'une troupe permanente qui, sous la forme d'un ordre à la fois militaire et religieux, garantirait la défense de la ville sainte et assureraient également la liberté des routes aux pèlerins.
Ils procèdent alors cette constitution, sous la dénomination de l’Ordre des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon, dénomination qui, par la suite, ne pouvait valablement être compatible avec sa puissance et sa fortune, d’où la dénomination finale d’Ordre des Templiers.
Ils firent voeux de se consacrer à la protection des pèlerins en Terre Sainte.
Peu après leur création ils sollicitèrent le Pape Honoré II afin d'obtenir une constitution particulière, et, à l’occasion du Concile de Troyes en 1128, Saint Bernard leur composa une règle : "la louange de la nouvelle milice" (De laudae novae militiae ad milites templi).
C'est à dater du 29 mars 1139, avec la bulle "Omne datum optimum", accordée par Innocent II à Robert de Craon, que le Temple reçut sa constitution définitive, le pape assurait à l'Ordre ses privilèges, son indépendance et, notamment, l'exemption de la justice épiscopale.
Suivront vers 1165, les Retraits qui sont les véritables statuts hiérarchiques et, à partir de cette époque, l'Ordre du Temple ne relève plus que du Pape et devient en fait indépendant.

L'idée Cistercienne appliquée par les Templiers est de fédérer les divers royaumes européens sous la suzeraineté d'une haute autorité détenant un pouvoir moral et matériel lui permettant d'arbitrer les conflits avant qu'ils ne se déclarent et de maintenir une paix universelle profitable à tous les peuples chrétiens, juifs et musulmans.
Puissance temporelle indépendante, non soumise aux autorités locales, le Temple jouit alors de la protection du Pape, sans en accepter la tutelle.
L'ordre, compte 15 000 membres, répartis entre les Chevaliers – d’origine Noble - revêtus du fameux manteau blanc frappé de la croix rouge sang, les Sergents – issus de la Bourgeoisie – en Manteau Bruns, tous deux semble t’il soumis à la règle et les miliciens ou Turcopoles lorsqu’il s’agissait de « locaux », soldats ordinaires, employés à temps par l’Ordre, mais qui ne prêtaient qu’un voeu d’obéissance.
L’étude des combats menés par les Templiers permet de constater qu’ils développaient une ardeur au combat très au dessus de la moyenne, qu’ils soient aux cotés des croisés ou seuls face à l’ennemi, leur règle leur interdisait d’ailleurs de refuser un combat, sauf si l’ennemi était à un contre trois!
S’il est désormais acquis que les Templiers n’ont quasiment jamais accompagné ou protégé le moindre pèlerin, ils ont mis en place un système d’une rare efficacité, leur permettant de drainer en occident les moyens matériels et humains leur permettant de remplir leur véritable mission.
Et dans ce cadre, dans quasiment chaque domaine d’intervention, les Templiers se sont révélés en avance sur leur temps.
En effet, en ces époques troublées, les routes étaient peu sûres et quiconque partait en périple avec son or, n'était pas assuré d'arriver à destination sans être dévalisé.
Les Templiers révolutionnèrent leur époque en instituant la lettre de change, ou plutôt en transformant ce qui avait été mis en place de façon quasi artisanale par les Lombards, en un système universel de transmission de fonds.
Ainsi, dans les régions et pays où ils étaient implantés, il suffisait au voyageur de se rendre dans une Commanderie et d'y déposer son argent contre un reçu, pour pouvoir ensuite voyager l’esprit serein.
En effet, contre présentation de ce reçu dans n’importe quelle autre Commanderie, le voyageur pouvait récupérer son argent, limitant ainsi considérablement les conséquences d'une mauvaise rencontre, du moins sur le plan financier.
Les Historiens ont noté que les Templiers prélevaient à cette occasion un pourcentage mais, comme le prêt à intérêt était interdit par l’Eglise, cette somme était fictivement intégrée à celle qui était déposée, le déposant recevant alors un reçu amputé des intérêts convenus.
Le Temple possède au moment de sa suppression 9000 maisons réparties en Europe. Toutes ces maisons reçoivent des dépôts et accordent des prêts et des avances à des emprunteurs publics et privés.
Pour mémoire, le Temple de Paris a été longtemps le dépositaire du Trésor Royal et Philippe le Bel, a fréquemment recouru aux services du Temple pour effectuer des emprunts, les mauvaises langues prétendant même que le montant de la dette du monarque a pu valablement influer sur sa décision de faire disparaître les Templiers.
Mais les Templiers jouent également un rôle important dans les campagnes où ils financent des moulins à vent, à eau et des forges.
Si leurs premières terres résultent des dons effectués par ceux qui rejoignaient l’Ordre, il faut noter que les Templiers ont développé par la suite une politique d’achats – politique certaines fois particulièrement agressive – et que l’on peut également leur attribuer la paternité de la création du remembrement, l’Ordre s’attachant tout particulièrement à transformer ses possessions en unités économiques cohérentes.
Pour ce faire, ils ont notamment effectué un maillage du territoire, notamment sur les chemins du pèlerinage à saint Jacques de Compostelle, s’attachant à installer les commanderies et maisons de telle sorte que dans les endroits stratégiques ils n’étaient jamais distants de plus d’une journée de marche.
Avec les Templiers homme et argent étaient en sécurité.
Remarquables cambistes, dont les méthodes s'appliqueront encore cinq siècles après leur disparition, ils furent des comptables de premier plan puisqu'ils inventèrent la comptabilité en partie double et tinrent pour la première fois dans l'histoire un véritable "grand-livre".
Banquiers des pèlerins, les Templiers amassèrent ainsi une véritable fortune qui en fit une puissance aussi importante que celle de la royauté.
Malheureusement pour eux la situation s’est brusquement dégradée.

II – Plus dure sera la chute !

Sur le terrain d’abord, avec la perte du royaume de Palestine, qui obligea les Templiers à quitter l’Orient, même s’ils tentèrent de s‘installer à chypre.
En effet, si la première croisade a été un succès, cela était du pour une bonne partie aux divisions internes du camp musulman.
La seconde croisade, initiée par Saint Bernard, se déroule de 1146 à 1149 et se révèle un véritable désastre avec des pertes atteignant 90% des effectifs.
Les Templiers, tout comme les Hospitaliers sont sur place et défendent le royaume, alors même que les croisés sont retournés chez eux.
Ils sont au contact des populations locales et assument non seulement leur rôle de soldats, mais également d’administrateurs de nombreuses forteresses.
Malheureusement pour eux, leur vision du monde en général et de la défense de Jérusalem, n’est pas partagée par les autres nobles qui se battent entre eux pour le pouvoir et laissent leurs adversaires reprendre de plus en plus de villes.

Le Royaume de Jérusalem se désagrège et se rétrécit, pendant que se poursuivent les luttes intestines et les erreurs militaires.
Les troisième et quatrième croisades s’arrêteront chacune à Constantinople.
Cette lente mais constante désagrégation trouvera son terme à l’occasion de la 9ème croisade, qui conduira à la perte de la dernière ville d’Orient, saint Jean D’Acre et à la disparition du Royaume de Jérusalem.
Les Templiers n’ont plus aucune légitimité en Orient et, même s’ils tentent de se trouver un Royaume, par exemple à Chypre, ils sont désormais comme des Rois sans terre.
En Occident également ils deviennent gênants là même, où leur système les maintenait comme une puissance financière et politique incontestable.
C’est dans ce contexte que Philippe le Bel, avec le plein accord du pape Clément V, décide de mettre un terme à cette situation et, le 13 octobre 1307.
Il a longuement mûrit son plan et n’a pas hésité– avec le tristement célèbre Guillaume de Nogaret - à se trouver à l’origine du décès d’un des prédécesseurs de Clément V à savoir Boniface VII. (De mauvaises langues prétendent qu’il empoisonna Saint benoît XI, éphémère Pape qui a succédé brièvement à Boniface VII)
Philippe le Bel organise longuement et méthodiquement son opération et adresse partout en France et dans le plus grand secret ses ordres et ainsi, il fait arrêter tous les Templiers, leurs biens étant confisqués
Les biens qui ont pu être saisis (pour l’essentiel les propriétés, les autres biens ainsi que la flotte n’ayant jamais été appréhendés) ont été remis en définitive à L'Ordre des Hospitaliers qui, pour sa part, a duré jusqu'à nous au travers de l'Ordre de Malte.
Le Grand Maître Jacques de Molay est lui-même arrêté et soumis à la question, il passe alors des aveux complets dès le 24 octobre 1307 mais il montera finalement sur le bûcher le 13 mars 1314, après s’être rétracté et diront certains retrouvé sa dignité, devenant ainsi un relaps ainsi promis au bras séculier, c’est à dire au bûcher.
L’ordre a été officiellement dissous par une bulle papale du 3 avril 1312, qui confirmait en fait la décision du pape Clément V, en date du 22 mars 1312, étant ici observé qu’il s’agissait d’une bulle « par provision » c’est à dire ne prononçant aucune condamnation définitive de l’Ordre.
Nous pouvons nous interroger sur les motifs de cette dissolution.
Les circonstances de cette opération sont bien connues.
Le Roi fait savoir que grâce à des dénonciations émanant d’anciens Templiers exclus, il avait eu connaissance de pratiques criminelles au sein de cet ordre tout à fait particulier.
Ces pratiques sont principalement les pratiques sodomites, l’adoration d’une idole et le triple renoncement à Jésus avec crachat sur la croix.
Les motifs véritables devaient sans doute plutôt trouver leurs racines dans la dimension matérielle de cet ordre, car l’on comprend que son pouvoir, son organisation et ses richesses, aient pu susciter envies et jalousies.
Il est peu crédible de penser que Philippe le Bel, qui est rendu responsable de la mort d’un, voire deux, Papes, ait pu véritablement être préoccupé de l’éventuelle hérésie de l’Ordre des Templiers.
On peut également souligner que cette hérésie aurait tout autant été remarquée voire pourchassée par d’autre royautés, or nous savons le peu d’empressement qu’on mis les autres Rois à appliquer la Bulle du Pape emportant dissolution de l’Ordre.
Il est en revanche établi que Philippe le Bel s’est vu refuser son initiation dans l’Ordre du Temple et que par ailleurs il avait une dette énorme vis à vis des Templiers qui – rappelons le – ont été pendant très longtemps les dépositaires des finances royales, y compris sous le règne de Philippe le Bel.
Nous indiquerons également que le Roi de France pouvait à juste titre se demander qui de lui ou de l’ordre, exerçait le véritable pouvoir temporel, mais il faut également préciser qu’au travers notamment de cette démarche de destruction du Temple, associée à un affaiblissement de la Papauté, Philippe le Bel est « l’inventeur » d’une Royauté laïque, c’est à dire indépendante du pouvoir spirituel et donc de Rome.
Il ne faut donc pas se figer sur une analyse qui placerait les Templier dans leur qualité de « Chevalier Blanc » alors que Philippe le Bel serait le méchant su scénario.
En effet, à partir du moment où l’Ordre, contrairement aux Hospitaliers, n’avait plus de raison d’être sur le plan militaire, il devenait un état dans l’état, de nature à heurter frontalement les intérêts de la royauté.
Le maintien des Templiers aurait été un obstacle déterminant à la création de la Royauté telle que Philippe le Bel la concevait et telle qu’elle s’est imposée jusqu’à ce jour.
Ainsi, avant Philippe le Bel, le Roi n’avait guère plus de puissance ou de richesses que ses vassaux et, par exemple, au 12° siècle, le Comte de Champagne possédait plus de terres que le Roi de France.
Philippe le Bel a inventé la Monarchie centralisée et son règne est marqué par un accroissement de l'autorité royale, un affranchissement de l'autorité pontificale, un développement de l'administration et une extension du domaine sous contrôle royal.
Il a véritablement initié la dynastie des Capétiens en s’éloignant des traditions féodales, par exemple, en organisant la tenue d'assemblées formées de représentants des 3 classes  : clergé, noblesse et bourgeoisie. Ces assemblées, ancêtres des "états généraux", n'étaient réunies que dans des circonstances graves et avaient en fait un pouvoir bien réduit : le roi et ses conseillers n'attendaient qu'une approbation des propositions présentées, et ainsi l'appui moral des sujets importants du royaume.
Il a donc créé le premier état centralisé, même si cette création s’est faite au prix de l’assassinat d’un Pape et de la disparition des Templiers.

III – Les secrets des Templiers
Il faut tout d’abord se demander s’il y a le moindre secret dans l’aventure des Templiers.
Nous avons vu cependant qu’il y a de nombreux points d’ombre dans leur histoire et ce, dès leur constitution.
Nous avons indiqué également que leur expansion et leur disparition, peuvent toutes deux s’appuyer sur des réalités purement économiques.
Mais peut-on accepter que la cause de cette disparition ne se situe que dans la sphère de la temporalité et que le vitalité des Templiers n’ait été due qu’à leurs talents de cambistes ou de gestionnaires ?
La réponse vient, pour certains auteurs, des travaux entrepris par les neuf fondateurs lors de leur premier séjour en Palestine.
En effet, dès leur arrivée, ils obtinrent de Baudouin II, le droit de demeurer dans l'aile du Palais Royal de Jérusalem, qui jouxte la Mosquée El Aqsa, là où était censé s’élever l'antique Temple de Salomon, d'où leur première dénomination de Pauvres Soldats du Christ et du Temple de Salomon (Pauperes Commilitones Christi Templique Salomonici
A l’occasion de ces travaux, ils fouillent notamment les écuries de Salomon et pendant de nombreuses années, ils restent seuls, sans recrutement extérieur.
Puis brusquement, ils envoient une délégation auprès du Pape et bénéficient presque immédiatement de leur fameuse règle et d’exonérations multiples, qui les rendent totalement indépendant du pouvoir ecclésiastique et placés sous la seule –et lointaine – responsabilité du Pape.
Il est dès lors facile de penser qu’à l’occasion de ces fouilles menées dans un lieu hautement symbolique, les Templiers ont fait une découverte, qui leur a valu ce traitement de faveur de la part de l’Eglise Romaine.
Cette situation, le mystère qui entoure ces premières années de leur existence, suscite déjà des questionnements.
Pour ce qui concerne le passé des Templiers, beaucoup d’hypothèses circulent et certains auteurs prétendent que l’ordre des Templiers n’a été créé que pour officialiser une société secrète et occulte déjà préexistante, qui avait pour mission de rechercher les origines du christianisme.
Ils y voient alors une lointaine filiation avec Saint Benoît et avec les Bénédictins, en passant par Cluny, puis Clairvaux.
D’autres acceptent la date de création officielle de l’ordre et considèrent qu’ils ont effectué des fouilles de l’ancien Temple de Salomon et que, ce faisant, ils ont trouvé des éléments clés de l’histoire du Christianisme et, notamment, le Saint Graal.
Vous comprendrez aisément qu’il est impossible de résumer ici les théories ainsi développées et qui s’appuient toutes sur des recherches particulièrement érudites, mais pas toujours convaincantes.
Vous admettrez sans doute que ces théories, qui sont parfois contradictoires entre elles, se heurtent systématiquement – à l’une ou l’autre des étapes de la démonstration - à des carences en matière de preuve ou même à l’absence de rigueur dans le raisonnement.
Il existe cependant des éléments qui, à défaut d’être parfaitement certains, paraissent communs à tous les auteurs qui sont intervenus sur le sujet.
Il parait ainsi acquis que l’Ordre des Templiers comprenait plusieurs cercles et qu’il se comportait comme une école de mystères, avec une hiérarchie reposant sur l’initiation et le secret.
L’existence d’une règle secrète a été évoquée à plusieurs reprises, sans que ce document ait pu être appréhendé.
Mais derrière les accusations hérétiques portées contre les Templiers, figurent quelques éléments de recherche.
Il a été ainsi reproché aux Templiers d’adorer une tête coupée qu’ils appelaient le Baphomet.
Cette idole, dont l’adoration est explicitement visée dans les motifs de la dissolution de l’ordre a beaucoup intrigué et l’on n’en possède que très peu de représentations.
Pour certains elle est la preuve de la collusion avec les musulmans et elle serait une contraction entre BAPtiste et maHOMET, pour d’autres, il apparaîtrait que ce terme, décrypté selon le code dénommé Atbash – que l’on retrouve dans les manuscrits de Nag Hammadi rédigés plus de mille ans avant la création des Templiers – signifierait SOPHIA, terme grec pouvant signifier sagesse, mais également, selon les gnostiques, l’Egyptienne ISIS.
Enfin d’autres auteurs rapprochent ce terme des pratiques alchimistes et y voient le rappel du terme de « Bapheus mété » ou le « Teinturier de la Lune »ce qui nous renvoie à la réalisation du Grand OEuvre.
Mais hormis le débat sur ce Baphomet, la plupart des auteurs soulignent affirment qu’en fait, les Templiers paraissaient adorer le « principe féminin » , même si la référence à « Notre Dame » souffre plusieurs interprétations.
Ces éléments épars et à priori sans grande signification, sont à rapprocher du fait que ces moines soldats avaient une grande dévotion pour saint Jean le Baptiste – dont la tête coupée était l’une des représentations - et Marie Madeleine, même si officiellement ils vénéraient la Vierge Marie.
Or, saint Jean le Baptiste et Marie Madeleine sont les deux « piliers » de la plupart des thèses hérétiques ou gnostiques modernes et anciennes et si on les retrouve tous deux dans l’histoire et les pratiques des Templiers, ces deux personnages présentent comme point commun d’être, d’une part, centraux dans l’histoire de Jésus et, d’autre part, d’être quasiment bannis des évangiles canoniques.
Rappelons le rôle biblique de nos deux Saints.
Jean le Baptiste, tout d’abord, a baptisé Jésus dans le Jourdain et a annoncé sa venue au monde, en sa qualité de messie.
Marie Madeleine, pour sa part intervient à plusieurs reprises mais, fondamentalement c’est elle qui a oint Jésus avec le nard et cette onction se trouve bien être un des fondements du christianisme, dans la mesure où le terme Christ est dérivé du grec Christos, traduction de l’hébreu Messie, et que, contrairement aux croyances, ce terme signifie simplement « oint » (celui qui est oint), sans qu’il soit ici question de divinité.
Marie-Madeleine est également la première personne à laquelle s’est présenté le Christ ressuscité.
Voila donc deux personnages centraux qui, curieusement, sont quasiment absents des évangiles, comme si leurs rédacteurs avaient cherché à en minimiser l’importance, sans pour autant pouvoir en nier l’existence.
Car il est un fait acquis, que seules des personnes ayant autorité pouvaient pratiquer les rites du baptême et de l’onction, ce qui rajoute d’autant au mystère entourant nos deux Saints.
Prenons saint Jean le Baptiste, dont la tête coupée fut réclamée par Salomé, à son père.
On sait peu de choses de sa vie, hormis que sa naissance fut annoncée par un Ange et que sa mère enfanta alors qu’en théorie, elle était âgée et ménopausée.
Il est acquis que Jean était un prêcheur et qu’il dirigeait – ou qu’il avait fondé – un groupe religieux, voire une secte. (Certains auteurs parlent ici des essonniens).
On sait également que les premiers disciples de Jésus ont été recrutés parmi ceux de Jean et il faut dès lors s’interroger sur les liens entre Jésus et Jean.
Aux termes des prophéties, Jean aurait du être la réincarnation du prophète Elie et que c’est à ce titre qu’il aurait pu annoncer la venue du Messie.
On sait que Jean a refusé d’être reconnu comme la réincarnation d’Elie, mais qu’en revanche il annonce en ces termes la venue du messie : «
Moi, je vous baptise d'eau, pour vous amener à la repentance; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint Esprit et de feu. » (Matthieu, 3.11).
Les évangiles placent donc Jean le Baptiste comme un annonciateur de Jésus et puis, il disparaît quelque peu des textes sacrés.
La difficulté théologique, qui va sous-tendre les thèses hérétiques développées par la suite, pourrait venir du baptême même donné par Jean à Jésus.
En effet, ce rituel du baptême n’a d’autre but que de permettre la repentance et renvoie donc à des notions centrales du catholicisme, que sont le péché et justement la repentance, puis le pardon.


Mais comment expliquer alors que le Fils de Dieu ait eu besoin du baptême ? Comment justifier cette nécessité de se laver de péchés que, par définition, sa nature également divine lui interdisait ?
L’Eglise Catholique répond en indiquant que Jésus, qui n’en avait pas besoin, a souhaité le Baptême pour montrer l’exemple.
La réponse habituellement apportée à cette question par ceux qui sont qualifiés d’hérétiques, se résume dans le fait que Jésus aurait été l’un des disciples de Jean et aurait recueilli ses enseignements.
Cette thèse appelle des développements particulièrement riches et complexes qui s’appuient sur la supposée existence d’une Eglise de saint Jean le Baptiste (l’église johannite), Eglise dont les principes auraient été retrouvés par les Templiers, ce qui aurait risqué de remettre en cause tous les fondements de l’Eglise Catholique, d’où la décision de dissolution de l’ordre du Temple.
Cette thèse s’appuie par exemple sur la découverte tardive de la survivance d’une secte dite « des mandéens » présente encore en Irak et qui pratique le baptême rituel en référence à saint Jean et qui considère Jésus comme un usurpateur. (Cette thèse de l’usurpateur peut être rapprochée de celle donnée de Jésus dans le Talmud)
Je n’irais pas plus loin dans l’évocation des thèses concernant le rôle spirituel et temporel de saint Jean le Baptiste et de sa possible opposition avec Jésus et je vous renvoie une nouvelle fois à la lecture des nombreux ouvrages rédigés sur ce sujet.
Je ferais cependant une nouvelle référence à saint Jean le Baptiste, après avoir évoqué les questions tournant autour de Marie Madeleine.
Comme je vous l’ai indiqué, elle est sans doute au coeur du mystère entourant la mort et la résurrection de Jésus.
Il semble aujourd’hui admis que Marie Madeleine et Marie de Béthanie – soeur de Lazare – ne soient qu’une seule et même personne.
On peut également noter que la mort et la résurrection de Lazare peuvent aisément être assimilées à un rite initiatique dont certains parmi nous, comprendrons la correspondance.
La plupart des auteurs contemporains considèrent également que Marie Madeleine n’était pas une prostituée, mais plutôt une femme d’un rang certain et qu’en fait, elle aurait été l’une des disciples de Jésus, si ce n’est, sa première disciple.
Cette affirmation renvoie aux questionnements concernant la relation entre l’église Catholique et les femmes et la véracité ou la partialité des évangiles « officielles », dites évangiles canoniques.
Vous savez que le nouveau testament s’est vu principalement constitué en 325, lors du concile de Nicée et que c’est à cette occasion que l’on a figé la doctrine catholique, prenant prétexte de la nécessité de trancher définitivement le débat sur la nature de Jésus.
Lors de ce concile, un texte est adopté qui affirme la foi de l’Eglise chrétienne, le fameux Credo.
On y affirme que le Fils est de la même substance que le Père et qu’ils sont donc parfaitement égaux.
" Nous croyons en un Dieu, Père tout-puissant, créateur de toutes les choses visibles et invisibles, et en un Seigneur Jésus-Christ, fils de Dieu, unique engendré du Père, c’est à dire de la substance du Père, Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu de vrai Dieu, engendré, non fait, consubstantiel au Père, par qui tout a été fait, ce qui est dans le ciel et ce qui est sur la terre, qui pour nous les hommes et pour notre salut, est descendu, s’est incarné, s’est fait homme, a souffert, est ressuscité le troisième jour est monté aux cieux et viendra juger les vivants et les morts, et en l’Esprit Saint. "
En plus de l’adoption de ce texte, le concile fixe des dates de célébrations et détermine des règles plus ou moins importantes.
Ce concile marque également le rejet de certains textes et notamment de ce que l’on appelle aujourd’hui les évangiles gnostiques, dont certains ont été retrouvés, soit sur le site de Nag Hammadi, soit parmi les manuscrits de la Mer Morte.
Ces textes, désormais hérétiques, ne sont pas systématiquement en opposition avec les évangiles canoniques, mais ils apportent souvent des commentaires très divergents, notamment sur les rôles de saint Jean le Baptiste ou de Marie Madeleine.
L’ouvrage le plus connu de ce point de vue est le « Pistis Sophia » auquel le myste pourra se référer, mais, sans rentrer dans les détails, on peut dire que dans les textes ainsi rejetés, Jésus parlait notamment de Marie Madeleine en précisant qu’elle était « l’Apôtre des Apôtres », l’évangile gnostique de Philippe précisant par ailleurs que les autres Apôtres la détestaient et que Pierre, notamment, aurait demandé à Jésus pourquoi il la préférait à tous les autres et pourquoi il l’embrassait sur la bouche.
Cette vision d’une Marie Madeleine, initiée et disciple, est très éloignée de celle de la prostituée qui a toujours été véhiculée par le dogme catholique.
En revanche une telle vision peut apparaître comme compatible avec une déclaration de Jésus qui aurait dit lors de son onction – réalisée je le rappelle par Marie Madeleine - :
« Je vous le dis en vérité, partout où la bonne nouvelle sera prêchée, dans le monde entier, on racontera aussi en mémoire de cette femme ce qu’elle a fait. » (Marc 14 :9)
Il n’existe peut être pas de vérité derrière ce débat sur la nature et le rôle de Marie Madeleine, mais c’est bien sur la base de ces discordances, que les plus célèbres thèses hérétiques se sont construites et resurgissent à nouveau au travers de l’actualité littéraire.
Si chaque auteur développe ses théories propres, le fil conducteur des thèses développées, soutenues et argumentées, repose sur le fait que Marie Madeleine était la concubine de Jésus et qu’ils auraient eu ensemble des relations sexuelles. 
Certains rajoutent qu’ils étaient mariés, d’autres qu’ils auraient eu une fille, mais c’est bien la dimension charnelle, en même temps que spirituelle, de leur relation qui est développée.
Une de ces théories, est à la base de la thèse de l’existence du Prieuré de Sion et fait remonter la dynastie mérovingienne à la naissance de cet enfant.
Pour ma part, je ne souhaite pas argumenter sur le bien fondé de cette position.
Je préciserais simplement que les seules preuves tangibles de la création de cette association remontent au milieu du XXéme siècle, que le personnage à l’origine de cette mouvance est Monsieur Pierre Plantard, connu à ses débuts pour ses thèses antijuives et antimaçonniques.
Les thèses sont donc multiples et je me garderais bien d’en choisir l’une ou l’autre.
Mais pour ma part, je voudrais simplement indiquer aux Mystes que nous sommes, que celle qui m’a le plus interpellé se trouve notamment développée dans l’ouvrage de Lynn Picknett et Clive Prince : « La révélation des templiers ».
Cet ouvrage relie les pratiques des Templiers - l’adoration du principe de féminité notamment – à une thèse faisant de Jésus, Jean le Baptiste et Marie Madeleine, les prêtres d’un culte Osirien.
Ils rapprochent ainsi les éléments fondamentaux du Christianisme, de ceux présents dans ce culte égyptien, par exemple sur le baptême ou la rédemption.
Ils évoquent les curieuses analogies dans la mystique Egyptienne, avec celle retenue comme fondement du dogme catholique, en rappelant par exemple qu’Osiris fut tué par son frère et son corps dispersé, que sa mort intervint un vendredi, qu’il est ressuscité trois jours après grâce à l’intervention d’Isis.
De plus, dans ce culte ancestral, il faut souligner les conditions de cette résurrection, puisque Seth, le frère d’Osiris avait pris soin après plusieurs tentatives avortées de disperser les morceaux du corps de son frère et que c’est dans ces conditions qu’Isis avait reconstitué le corps d’Osiris, hormis son sexe qu’elle n’avait pu retrouver, et qu’alors, après cette résurrection, ils eurent ensemble un enfant dénommé Horus.
Par ailleurs, dans ces rites Osiriens, l’onction avait une place centrale et le rôle de la femme était déterminant.
Les auteurs précités replacent alors les interventions de Marie Madeleine, de l’onction au tombeau puis à l’annonce de la résurrection, dans ce cadre et rattachent le mythe de l’immaculée conception à l’enfantement d’Horus, étant précisé également que ce type de conception se retrouve également dans d’autres religions à mystères, comme le culte de diane.
L’onction pour sa part était l’un des éléments fondamentaux qui permettaient la transformation de Pharaon en Osiris et cette onction ne pouvait être réalisée que par une femme, représentation vivante d’Isis.
On retrouve bien tout ce qui est souvent présenté comme étant la spécificité, voire l’inventivité du dogme chrétien.
Cette thèse peut paraître comme loufoque ou hérétique aujourd’hui, mais on peut facilement imager comment elle aurait été qualifiée au temps des Templiers….
Mais si comme le prétendent les auteurs précités, c’est ce secret que les Templiers auraient découvert et qu’ils auraient protégé puis transmis, le regard porté sur leur développemen,t ou leur disparition en deviendrait tout autre.
Malheureusement les preuves historiques ou scientifiques nous manquent et l’on en reste donc au stade des hypothèses.. ou des secrets initiatiques.
Car si secret il y a il est peut être connu et non divulgué, en dehors de certains cercles.
Je ne parle pas de la mystification éventuelle du prieuré de Sion, mais bien de certains cercles, qu’ils soient à l’origine, au sein, ou en dehors de la Franc-Maconnerie.
Car la question de la transmission des secrets ou connaissances Templiers reste l’objet de débats et de recherches et c’est par cette question là que je conclurais mes travaux.

Conclusion
Les Templiers gardent une réelle capacité à nous interpeller et l’étude de leur Ordre ou de ceux qui gravitaient autour, nous ramène sans cesse sur la voie symbolique..
Nous aurons ainsi à coeur de rappeler qu’ils sont souvent présentés sous une forme duale (les fameux deux chevaliers partageant le même cheval) mais qu’ils étaient en réalité placés sous le signe du Ternaire (Accepter le combat à 1 contre trois, ne riposter qu’après trois attaques, trois messes par semaine, trois plats dans un repas sans viande, trois fois de la viande par semaine, communion trois fois l’an).
Nous pouvons suivre la piste de la flotte Templière lorsqu’elle a fuit la France et nous intéresser alors aux ports écossais.
Sur cette terre, nos pas peuvent nous mener alors vers la Chapelle de Rosslyn, au plan de cet édifice et aux curieuses décorations ornant cette chapelle ou aux tombes garnissant les cimetières alentours.
Nous pourrions également nous interroger sur les liens entre Christophe Colomb, Vasco de Gama et l’héritage Templier, ne serait ce qu’en se reportant aux symboles qu’ils portaient sur les voiles de leurs navires.
Nous pourrions mener très loin une recherche que je ne souhaite pas poursuivre ici.
Mais vraisemblablement, l’un des voyages les plus surprenant que nous propose l’étude des Templiers, ne se situe pas dans sa filiation contemporaine à notre propre création, mais plutôt l’étude des liens que l’Ordre a noué avec les constructeurs de Cathédrales, avec l’Art gothique.
Les Templiers se sont en effet trouvés à l’origine de cette explosion architecturale que représente l’édification des cathédrales gothiques et cette architecture Templière nous a laissé des nombreux messages symboliques, gravés dans la pierre.

Ils ont introduit l'arc brisé, appelé par dérision l'art gothique, qui symbolise l'élancement et la légèreté.
Mais de nombreux autres symboles nous viennent des Templiers, tels la feuille de chêne, symbole de pérennité, l'équerre, signifiant le travail dans la rectitude, le compas, évaluation de ses possibilités ou le laurier, symbole d'immortalité.
Mais cette implication forte dans la création de ces merveilles architecturales nous questionne nécessairement.
Comment, s’est-il trouvé, tout à coup dans l’Occident chrétien, des «dompteurs» de pierre comme on n’en avait jamais vu depuis les pyramides? D’où tenaient-ils leur savoir d’initiés?
Combien de générations de maçons et de tailleurs de pierre faudrait-il, aujourd’hui, pour produire des maîtres capables de réaliser l’équivalent des cathédrales de Chartres ou d’Amiens?
Les bâtisseurs de jadis ont laissé leurs signatures, sur des poutres ou des pierres.
Certes, nous connaissons des noms d’architectes et de maîtres d’oeuvre, pour Amiens, mais pas pour Chartres… et force est de constater qu’en fait, on sait peu de choses sur l’origine de ces constructeurs, sur le savoir-faire dont ils ont été les dépositaires.
Nous disposons pourtant de quelques pistes.
Ces constructeurs, qui se déplaçaient de chantiers en chantiers, étaient réunis en confréries, fraternités ou compagnonnages, un mot qui vient de «compas», leur outil de prédilection, et qui signifie également «qui partage le même pain».
Les confréries les plus connues ont eu pour nom les Enfants du père Soubise, les Enfants de Maître Jacques ou les Enfants de Salomon et elles ont aujourd’hui pour héritiers les Compagnons des devoirs du Tour de France.
Leur création est bien antérieure à celle des premières guildes anglaises des métiers (vers 1110 -1133) et sous l’Empire Romain, elles étaient déjà exemptes d’impôts.
Le Maître Jacques auquel elles font référence, est celui qui fut mandé par Hiram de Tyr, pour le compte du roi Salomon, afin de construire le temple de Jérusalem.
C'est un jars, un Maître Jars. Maître, il est initié à la nature de la pierre et la légende note bien qu'il taillait la pierre depuis l'âge de quinze ans.
Cette même légende donne Maître Jacques comme responsable des colonnes qui se trouvaient situées à l’extérieur du Temple et appelées B et J.
Certains légendaires le font assassiner par la fraternité des "Enfants du Père Soubise", c'est à dire : Cluny, qui nous donnera Clairvaux et Saint Bernard...
Ces confréries utilisaient un langage qui leur était propre, langage imagé dénommé « la langue des oiseaux » que l’on pratique en jouant de la consonance des mots, également définie comme étant parlée en art goth (voir l’origine grecque du mot goth : art de la lumière, art de l’esprit.)

De saint Louis, ardent croisé, les bâtisseurs de cathédrales obtinrent des franchises royales qui en firent des «maçons francs». C’est dire la reconnaissance et l’estime dont ils jouissaient. Ces privilèges, le roi Philippe le Bel, dans son acharnement pour anéantir les Templiers, les supprima sèchement.
En effet, les bâtisseurs de cathédrales furent également pourchassés lors du procès des chevaliers du Temple, leurs protecteurs, si bien que beaucoup disparurent et que leur langage entra alors dans la clandestinité.
A Paris, ils trouvèrent refuge au sein de la Cour des Miracles et c’est sous la protection des voleurs et brigands qu’ils purent maintenir en vie leur langage, ce langage des oiseaux devenu langage de l’Art Goth, origine possible, même si elle est controversée, de l’argot.
Pourchassés, leurs confréries anéanties, ils sont passés dans la clandestinité mais, dans certaines régions, ils ont survécu sous la forme de groupes déjà clairement identifiés et, notamment, les fameux Cagots du Sud Ouest de la France.
Ils sont nombreux à avoir recherché les origines de ces chrestiàas, premier nom donné aux cagots.
Anciens Wisigoths ou Sarrasins, vrais lépreux «blancs », Arabes « collaborationnistes » ou anciens Croisés revenus de Terre Sainte, nul ne sait qui ils étaient vraiment et pourtant, ils ont construit les cathédrales.
Sans développer plus avant, il faut souligner que cette communauté était « maudite » qu’elle était obligée de résider en dehors des villages avec interdiction formelle de se mélanger avec le reste de la population et qu’ils devaient porter sur l’épaule une patte d’oie de tissu rouge, dont la symbolique ne peut nous échapper.
Beaucoup disparurent en même temps que les Templiers, laissant d’ailleurs en l’état les chantiers en cours, mais cette communauté a perduré au moins sous le règne de Louis XIV qui fut obligé de prendre des décrets pour tenter de mettre un terme à l’ostracisme dont ils étaient victimes.
Ces cagots font parti des nombreux mystères qui entourent les Templiers et des questions qui ne rencontrent pas de réponse satisfaisante.
Mais nous noterons que ces Compagnons – ceux là même qui refusèrent de construire des Prisons – ont cessé leur activité peu de temps après la disparition du Temple et on peut prétendre alors qu’en supprimant le Temple, Philippe le Bel a supprimé les Cathédrales !
Et ces Cagots, ces porteurs de l’Art Gothique, tout comme leurs protecteurs, appellent au débat, à la réflexion et à la recherche.
Ils nous renvoient à nos travaux et symboles et peut être plus spécialement au Pavé Mosaïque, tant leur approche ne peut se satisfaire de la ligne droite ou des vérités convenues.
Voilà donc les quelques pistes de réflexion que je souhaitais évoquer avec vous, en évoquant le vendredi 13. Mais vous l’avez vu, ce jour un peu spécial, si loin et pourtant si prés, n’a été qu’un prétexte pour nous donner l’occasion d’approcher un Ordre fascinant et mystérieux.
Ainsi, en tentant de mieux connaître l’Histoire de cet Ordre, sous la double approche du matériel et du spirituel, de l’ésotérisme et de l’exotérisme, nous nous donnons les outils nécessaires pour étudier, alors, la transmission éventuelle de leurs savoirs.
C’est de cette transmission éventuelle ou de tout autre héritage des Pauvres Chevaliers du Christ et du Temple de Salomon qu’il nous faudra parler lors d’une prochaine Planche.

J’ai dit

Source : l'Edifice.net

 

 

 

 

 


Lire la suite

V.I.T.R.I.O.L

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Ma profession m’amène a manipuler régulièrement des produits chimiques, et notamment l’acide sulfurique, plus communément connu sous le nom de vitriol. Par imprudence et maladresse, il m’est même arrivé, un jour mémorable, de faire l’horrible expérience du goût véritable du produit. C’est à déconseiller to-ta-le-ment.
Ma curiosité a donc forcément été attirée immédiatement, dès mon entrée dans le cabinet de réflexion par l’acrostiche VITRIOL. Que venait donc faire cette substance que je savais si dangereuse, dans ce qui m’arrivait alors ?
Stressée à l’idée de l’épreuve qui m’attendait, toute à la rédaction des réponses aux questions qui m’étaient posées, je n’ai pourtant guère pris le temps d’y réfléchir au moment même ; mais j’ai vite copié l’acrostiche en pensant qu’on m’en parlerait plus tard.


Visita
Interiora
Terrae
Rectificandoque
Invenies
Occultum
Lapidem
Visite l’intérieur de la terre, et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée.
 
Mais il n’y  a plus eu la moindre allusion a ce vitriol symbolique après l’épreuve du bandeau et la purification par la terre.
Alors, moi, insatisfaite, j’ai continue à m’interroger dessus.
 
De quand date l’acrostiche « vitriol » et depuis quand est-il placé dans nos cabinets de réflexion , ainsi en rapport avec l’élément terre ?
L’acrostiche et la phrase qu’il exprime sont généralement attribués aux anciens Rose-Croix, étroitement apparentés aux alchimistes du Moyen Age et du début de la Renaissance.
Cependant, selon certaines sources, il semblerait qu’ils proviennent plus certainement des Hermétistes que des Rose-Croix.
 
Quand sont-ils parvenus dans la Franc-Maçonnerie et quand ont-ils été placés dans le cabinet de réflexion ? On ne le sait pas au juste,
Ce qui est certain, c’est qu’au milieu du 18e siècle, aucun rituel ne les mentionne.

 

source : L'édifice.net
Or, à cette époque, les différents rites n’incluent pas encore ce que nous appelons aujourd’hui le cabinet de réflexion, mais une « chambre » ou « salle » de « préparation », entièrement peinte en noir, dans laquelle on ne trouve aucun symbole, si ce n’est une tête de mort.
C’est dans le Guide du Mac\écossais, datant d’environ 1810, que pour la 1ere fois, on ne parle plus de chambre de préparation, mais de chambre de réflexion ; c’est dans ce guide aussi qu’on voit apparaître pour la première fois l’élément terre. L’épreuve symbolique de la terre consiste alors à faire traverser au profane, lors de son entrée dans la loge, un cadre en papier; le VM dit alors « précipitez-le dans la caverne ».
Encore rien de ce que nous connaissons maintenant, donc.
Si on consulte différents rituels du REAA d’avant 1904, on s’aperçoit que les 4 éléments sont arrivés progressivement au cours du temps : le feu en 1804, la terre donc en 1810, l’eau en 1829, l’air en 1843 et la terre dans son assimilation explicite du cabinet de réflexion seulement en 1877.
En Angleterre, les 4 éléments sont encore absents des rituels de nos jours.
 
Certaines sources parlent déjà d’éléments alchimiques dans la Franc-Maçonnerie, notamment à Prague, au milieu du 18e siècle ; en ce qui concerne plus particulièrement VITRIOL, le rite français mentionne le mot dans son régulateur de 1801, et il semblerait que ce soit la première fois que ce mot apparaît dans un rituel, au moins au 1er degré.
Cependant, un dictionnaire maçonnique de 1825 n’en fait pas mention, pas davantage que les anciens cahiers des rituels du REAA datant de 1829.
Beaucoup pensent donc que ce serait dans la 2e moitie du 19e siècle que les références alchimiques ont pénétré la Franc-Maçonnerie, à une époque où l’Hermétisme inspirait même des poêtes comme Baudelaire ou Mallarmé.
 
Toujours est-il qu’en 1993, l’acrostiche VITRIOL figurait bel et bien dans le cabinet de réflexion où on me fit pénétrer et qu’il m’interpella.
 
Visita Interiora Terrae, Rectifcandoque Invenies Occultum Lapidem
Visite l’intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la pierre cachée.
Que peut-il donc bien signifier au-delà de sa traduction littérale ?
 
J’avais, dans le cabinet de réflexion, en rassemblant les souvenirs anciens de mon latin , considéré cette phrase simplement comme un appel à la sincérité. Quelque chose comme « va au fond de toi-même chercher le fond de tes pensées »
Et, de prime abord après l’init\ tout m’apparaissait clair et mon interprétation de départ confirmée par ce que j’avais vécu ensuite : le profane, descendu en lui-même, purifié par la terre, renaît en App prêt à tailler sa pierre brute, pour apprendre à se connaître soi-même.
V.I.T.R.I.O.L. serait donc une invitation à descendre au plus profond de soi-même, comme l’indique d’ailleurs la perpendiculaire, et à rectifier, tailler, tailler sans cesse; invitation toujours répétée, puisque nous serions d’éternels apprentis, phrase qui, si elle énerve certains d'entre nous,  signifie pour moi que notre travail de taille de notre pierre ne se termine jamais.
 
Puis un jour, une circonstance particulière, ce fait raconté au début  d ‘avoir réellement goûté au produit et m’être horriblement brûlé la bouche,  m’a poussée à me pencher de nouveau sur le sens ésotérique de V.I.T.R.I.O.L.
Le première signification que j’ai trouvée , celle de Boucher, dans son traite sur l’Art Royal, m’a suffi puisqu’elle amplifiait à peine ce que je pensais depuis mon passage dans le cabinet de réflexion.
Il nous dit, en substance ceci : «  c’est une invitation à la recherche de l’Ego profond, qui n’est autre que l’âme humaine elle-même, dans le silence et la méditation ».
Qu’est-ce que l’âme ? en dehors de toute référence religieuse à laquelle je serais bien incapable de me référer, j’y vois la pensée humaine, la conscience des choses. C’est donc cette pensée qu’il faut débusquer pour rectifier (tailler sa pierre),  dans le silence et la méditation du cabinet de réflexion, pour la mettre ensuite en lumière et la faire rayonner.
 
Mais toujours inspirée par mes occupations profanes, et par une circonstance maçonnique particulière qui me tenait a coeur, je me suis mise à m’interroger sur l’acrostiche lui-même et non plus uniquement sur le sens des phrases.
Pourquoi vitriol ? je ne pense pas qu’utiliser l’acide sulfurique soit un bon moyen pour creuser la terre ! les paroles au vitriol ne sont pas particulièrement celles qu’on recherche en L\
Il devait donc y avoir une signification cachée, qu’on maîtrise ou non l’alchimie.
 
Certes, le vitriol carbonise, il brûle, il fait des dégâts, et il parait de prime abord étonnant de le retrouver comme outil mac\
Mais comme c’est un acide, il peut donc détruire les métaux
Il devient donc un outil aidant au dépouillement des métaux ; grâce a lui, l’App\ peut entrer en L\ débarrassé de ses honneurs et préjugés profanes ; il ne peut travailler  à l’amélioration de son moi profond qui si ce dernier reçoit la lumière qu’une enveloppe métallique arrêterait.
Nous savons que l’acide sulfurique est un des plus, sinon le plus dangereux de tous les acides ; non seulement, il peut détruire nos métaux personnels, mais par sa force, nous pouvons penser qu’il  nous permettrait aussi d’en dépouiller les autres, afin de les découvrir en pleine lumière.
Et le R de rectificandoque, dans cette acception, évoque immanquablement l’équerre, la rectitude morale, la mesure et l’équité..
Aussi, je me suis mise a rapprocher ce VITRIOL du précepte mac\ « pense que pour bien juger les Hommes, il faut sonder les cœurs et scruter les intentions » ; le sens de l’acrostiche  devient en quelque sorte « sois toi-même sans parti-pris, sans subjectivité préalable, et par ta rectitude morale et ton sens de l’équité, tu verras l’autre tel qu’il est réellement »  Tu verras les qualités que tu n’avais pas distinguées de prime abord et tu relativiseras les défauts qui occultaient les reste.
VITRIOL pourrait aussi bien arriver a signifier « ne t’arrête pas trop à la forme et à certains mots qui peuvent te déplaire, et, en considérant l’autre avec mesure et tolérance, tu verras en lui, en elle, un F\, une S\ »
Ainsi , il inciterait à trouver, sans parti-pris, la fraternité là où elle peut ne pas apparaître sans une certaine recherche. Ce qui m’amène à déplorer que nombre de LL\ et la mienne, Fraternité, en particulier, n’y attache guère d’importance dans ses rituels.
 
Me voici bien loin de l’appel à la sincérité que je percevais dans le cabinet de réflexion,  et des interprétations habituelles de l’acrostiche ; mais n’est–ce pas aussi le propre des symboles de nous pousser toujours plus avant dans nos recherches, même si on dévie quelque peu des voies traditionnelles ?
 
Récemment enfin, pour aller toujours plus loin  et pour préparer cette pl\, j’ai ouvert un traite intitule « l’Alchimie, Science et Mystique » désirant aller plus avant dans les significations véritablement alchimiques de VITRIOL.
Ce traite est assez hermétique (c’est le moins qu’on pusse dire, dans tous les sens possibles du terme) mais ont y trouve des analogies avec le cabinet de réflexion qui y sont, c’est normal,  frappantes : mercure, soufre, sel, élément terre.
Il faut pourtant noter des l’abord que mercure, soufre et sel ne représentent pas, pour l’alchimiste, les corps que les chimistes nomment ainsi.
La science des alchimistes n’en est pas une, mais un moyen ésotérique de pratiquer la philosophie ; tout doit donc être traduit.
 
Mercure, soufre et sel sont 3 principes reliés à l’être vivant par l’alchimie philosophique : des symboles en quelque sorte ; le mercure représente l’esprit, le soufre l’âme, et le sel le corps ; ces 3 principes se trouvent enfermes chaotiquement à l’intérieur des 4 éléments ; les extraire, les purifier, puis les réunir, en les mettrant en ordre harmonieusement, constitue la spagyrie de Paracelse, ce qui en termes moins barbares signifierait volontiers pour moi : ordo ab chao, ordonner les 3 principes en les purifiant  à partir des 4 éléments et ainsi reconstruire un Homme harmonieux.
Il faut dire que j’ai tenté une interprétation en reliant les 3 principes à sagesse-force-beauté pour les mettre en rapport avec la purification du profane par les 4 éléments  , mais j’avoue n’être pas très loin dans ma réflexion sur ce sujet.
 
Revenons-en au vitriol alchimique proprement dit.
Au sujet de la purification des 3 principes, Eugene Canseliet écrit :  
« en purifiant le mercure des philosophes, le sel en accroît le pouvoir d’aimantation de sorte que lui-même se charge de l’or astral que l’autre ne cesse d’absorber. Le sel devenu le véhicule vitrifié du fluide cosmique se colore en vert tandis qu’il augmente sensiblement de densité. Ainsi reçoit-il indifféremment le sens de « vitriol vert » ou « lion vert » et se trouve-t-il prêt afin de jouer son très grand rôle au cours de l’oeuvre médian ou second »
C’est l’«Hyperion » et le « Vitriol » de Basile Valentin, le « lion vert » de Ripley et de Jacques Tesson, en un mot la véritable inconnue du grand problème, nous dit Fulcanelli. »
 
Traduction, pour autant que je ne me plante pas lamentablement  dans l’interprétation : en purifiant  l’esprit , le corps en accroît le pouvoir de rayonnement, de sorte que lui-même se charge de la richesse que l’autre ne cesse d’absorber. Le corps, devenu le véhicule matérialisé de la pensée change son apparence tandis que son importance s’accroît.
J’en conclus que le vitriol des alchimistes serait vert et n’a manifestement rien a voir avec l’acide sulfurique ; il représente la matière (au sens des matérialistes rationalistes), mais matière additionnée d’un peu de spiritualité par laquelle elle s’enrichit, tout en lui permettant de s’exprimer.
 
Il se fait aussi qu’en plus, et pour un des alchimistes les plus célèbres, Fulcanelli, le vitriol représente la véritable inconnue du grand problème ; or, quelle est cette inconnue que nous recherchons ? a mon avis… la Vérité absolue (celle dont nous savons qu'il est impossible que nous la trouvions )
Eugene Canseliet ajoute a son texte ci-dessus :
«  c’est de l’émeraude des philosophes qu’il s’agit en ce lieu. L’Esmeralda de Victor Hugo. C’est l’authentique VITRIOL.
Cette émeraude des sages symbolise bien évidemment le Graal dans lequel fut taillée la pierre précieuse s’étant détachee du front de Lucifer (= je porte le lumière)”
Le virtiol, le Graal objet d’une quête sans fin ; l’émeraude sortie du front de Lucifer, la Lumière, rayonnant a partir de cette Vérité que chacun cherche…  sans doute la pierre cachée à découvrir.
Le vitriol constituerait donc a la fois le moyen d’atteindre la pierre et la pierre elle-même.
Il faut remarquer que l’acrostiche vitriol en latin se dit V.I.T.R.I.O.L.U.M, les 2 dernières lettres signifiant Veram Medicinam, la vraie médecine ; il serait donc bien, non seulement le moyen de descendre au fond de soi mais un remède, une solution ; la Vérité et le moyen de la trouver, la lumière.
Par ce vocable latin,  vitriolum, Eugene Canseliet nous fait remarquer qu’on aboutit  à l’inscription qui surmontait la grande porte de la demeure alchimique du marquis de Palombara à Rome : villae ianuam trahendo recludens Iason obtinet locuples vellus medeae (en franchissant la porte de la villa, Jason découvre et conquiert par Médée la précieuse toison)
L’acrostiche a donc d’autres sens un peu différents du notre, quoique certainement en rapport direct par la signification
Franchir la porte de la villa serait visiter l’intérieur de la terre, en rectifiant devient par Médée, et la pierre cachée est ici la Toison d’Or.
Mais je ne connais pas assez l’histoire de Jason pour m’aventurer plus avant dans ces interprétations..
 
Du second œuvre, Eugene Canseliet nous dit :
« … l’opérateur superpose en 3 couches, dans le creuset, les produits obtenus précédemment ; il dépose au fond le sable rouge, puis au-dessus le mercure philosophique, obtenu au sortir du 1er œuvre, surmonte de la légère couche de vitriol philosophique. La terre libère alors son soufre qui s’élève réellement  jusqu'au bain mercuriel par l’attraction magnétique que manifeste le vitriol philosophique. Le lion vert, emprisonne dans la terre rousse et limoneuse, gagne le bain supérieur pour y apparaître à la surface ».
Ainsi , le vitriol ne descend pas au plus profond de la terre, mais il tire le soufre l’intérieur de la terre et laisse ainsi apparaître la pierre cachée qui peut alors librement monter à la surface.
Le pierre doit pouvoir sortir de la terre ou elle est enfermée, il faut qu’on la libère, il faut dégager tout ce qui lui fait obstacle, la cache, ensuite elle pourra s’élever.
Traduction : la lumière éclairant quelque peu l’esprit, l'âme est libérée et s’éleve vers la spiritualité par l’attraction qu’exerce la lumière, la vérité peut enfin apparaître.
L’âme ??? serait-ce les passions qu’il nous faut vaincre, serait-ce les volontés que nous devons soumettre a nos devoirs, s'agirait-il d'élever nos pensées vers la spirtualité?
Voici donc, VM, mes FF, mes SS, une série de réflexions sur l’acrostiche VITRIOL.
La quantité de pistes, les directions différentes qui peuvent être suivies à partir de ce seul mot montre, s’il en était besoin, que notre réflexion n’est jamais achevée et que les symboles recèlent en eux maintes et maintes possibilités d’interprétation et par conséquent d’enrichissement.
Mais il me semble que toutes finissent par en revenir a cette idée finalement très simple et qui nous rassemble tous:
Le profane subit l’épreuve de le terre dans le cabinet de réflexion, se libère de ses métaux, de ses impuretés , des préjugés, des dogmes, des idées toutes faites, des fausses vérités, et apprend à dominer ses passions ; son chemin sera libre alors pour remonter  des entrailles de la terre, apparaître nu et recevoir la lumière quand le bandeau tombera.
Le pierre cachée ne serait-ce pas aussi  l’initie ? enferme dans la terre , il se libère des entraves profanes, meurt et rédige son testament philosophique ; l’épreuve du cabinet de réflexion, avec tous les rappels alchimiques de circonstance, constitue son vitriol, en ce que qu’il lui libère le chemin, pour qu’enfin, il renaisse à la Lumière lors de la chute du bandeau.
 
J’ai dit, V\M\

Lire la suite

Planche : Les Templiers et la Maçonnerie Ecossaise

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #chevalerie

Quel est le devoir en Loge d'un bon Maçon?


Cette question est souvent posée dans notre rituel, et si il existe des bons Maçons, n'exercent-ils leur devoir qu'en Loge?


Existe-t-il une règle Maçonnique copiée sur celle des Templiers?


Si oui, il serait souhaitable de bien connaître l'origine d'un rite que bon nombre de profanes assimilent aux Templiers.


Ce qui est certainement étrange, pour tous ceux qui frappent à la porte du Temple, c'est la pratique d'un rite dit "chevaleresque" et d'origine "écossaise".

D'où vient ce mystère et peut-on trouver un lien entre les moines soldats de l'Ordre du Temple et la Maçonnerie Ecossaise.


Car il s'agit bien d'un mystère pour celui qui porte l'épée en Loge et qui prête serment sur l'Evangile de Saint-Jean. Peut-on s'imaginer être des descendants d'un Ordre, dont ses actes guerriers ont marqué à tout jamais la Chrétienté.


Cette question appelle des réponses, même si elles sont supposées. Et si l'histoire y répond en partie, il serait bon d'en faire un inventaire afin de comprendre la complexité du Régime Ecossais Rectifié.

Bien sûr, ce travail n'est qu'approximatif et restera inachevé, cependant je vais essayer de remonter le temps et de découvrir la trame de ce que j'appellerai "le mystère du Temple".


Si les Templiers étaient connus à cause des Croisades en Terre Sainte, bon nombre de personnes pensent qu'ils ont disparu après leur arrestation.


Mais qu'en est-il exactement?


Officiellement baptisée "Ordre des Pauvres Chevaliers du Temple de Salomon" l'Organisation fut fondée en 1118 par HUGUES DE PAYNS pour escorter les pèlerins qui se rendaient en Terre Sainte. Pendant les 9 premières années, les chevaliers restèrent 9, puis l'Ordre s'ouvrit et ne tarda pas à devenir une force considérable au Moyen Orient et dans toute l'Europe.

HUGUES DE PAYNS entreprit alors un voyage en Europe pour solliciter des terres et de l'argent auprès des rois et des nobles. Il visita l'Angleterre en 1129 où il fonda le premier site Templier à Londres.

Comme tout moine, un Templier faisait vou de pauvreté, de chasteté et d'obéissance, et il était contraint au besoin de tirer l'épée contre les ennemis du Christ. L'image des Templiers devint inséparable des croisades organisées pour chasser les infidèles de Jérusalem et maintenir la ville sous domination Chrétienne.


C'est en 1128 que le Concile de TROYES déclara officiellement le Temple Ordre religieux et militaire. L'artisan principal de ce mouvement, BERNARD DE CLAIRVAUX, dirigeait l'Ordre Cistercien et il fut canonisé. Il rédigea la "Règle des Templiers", qui s'inspirait de celle des Cisterciens.

La richesse du Temple résulte en partie de sa Règle : tout nouveau membre devait céder ses biens à l'Ordre, qui s'enrichit parallèlement grâce aux donations massives de terres et d'argent de nombreux rois et de nobles. Ils devinrent les premiers banquiers internationaux, malgré le fait que leurs hommes de troupe étaient impécunieux.
Les Templiers étaient aussi célèbres pour leur vaillance au combat jusqu'à la témérité. Leur Règle leur interdisait de se rendre en combat si l'adversaire n'était pas au moins 3 fois plus nombreux. Ils constituaient des forces spéciales, un corps d'élite avec Dieu et l'argent dans leur camp. Malgré leurs efforts, la Terre Sainte tomba peu à peu aux mains des Sarrasins. En 1291, la ville d'ACRE, ultime territoire Chrétien était perdue à son tour.


Sans emplois, mais toujours riches et arrogants, les Templiers suscitaient un vif ressentiment car ils étaient exemptés de taxes et ne devaient allégeance qu'au Pape. En 1307, s'amorça leur déclin. Le Roi de France PHILIPPE LE BEL orchestra la destruction du Temple avec la complicité du Pape. Des ordres secrets furent transmis aux émissaires du Roi et le Vendredi 13 Octobre 1307 les Templiers, cernés de toutes parts, furent arrêtés, torturés et brûlés vifs, mais en fait peu d'entre eux furent exécutés.

Leur Grand Maître, JACQUES DE MOLAY, fut brûlé sur l'Ile de la Cité, à l'ombre de Notre-Dame de Paris, et sur les milliers d'autres, seuls ceux qui refusèrent de passer aux aveux, ou qui se rétractèrent, furent tués.


Malgré ce qu'on a pu leur faire avouer sous la torture, il semble quand même que les Templiers aient bel et bien été engagés dans des activités mystérieuses, voire occultes. Parmi ces confessions forcées, un certain FOULQUES DE TROYES aurait eu des déclarations énigmatiques, notamment en ce qui concerne Jésus et un grand secret (??).


Les Templiers vénéraient JEAN LE BAPTISTE, et l'Agneau de Dieu était un de leurs symboles essentiels, qui devint d'ailleurs l'un de leurs sceaux officiels, surtout dans le midi. On leur avait octroyé, au début de leur règne, une aile complète du Palais Royal de Jérusalem, qui aurait été construit sur les fondations du Temple de Salomon, dont les Templiers tiraient leur nom.

Certains disent que les Templiers espéraient trouver en Terre Sainte l'Arche d'Alliance et qu'ils auraient découvert des documents cachés provenant de la même source que les manuscrits de la Mer Morte.

Le Symbole Templier le plus connu était une croix rouge sur fond blanc, qu'ils portaient toujours sur eux, ils étaient considérés comme les chevaliers dévoués du Christ et les gardiens de l'idéal chrétien.


Les Commanderies qu'ils construisirent avaient la particularité d'être toutes à moins d'une journée de cheval les unes des autres, facilitant ainsi leurs communications.


L'aspect ésotérique de l'histoire du Temple est important et le Languedoc-Roussillon était la patrie de l'Ordre, en dehors de la Terre Sainte, comme les Cathares.


Certains documents prouvent qu'au plus fort de la Croisade Albigeoise, les Templiers hébergeaient des Cathares en fuite, allant même jusqu'à leur prêter main forte contre les croisés. Les inquisiteurs en avaient connaissance puisqu'ils firent déterrer des Cathares en Terres Templières, ceux-là mêmes qui torturèrent les Templiers par la suite. Certains pensent que Templiers et Cathares partageaient une connaissance secrète aux implications explosives.


Beaucoup de Templiers eurent néanmoins la vie sauve lors de ce sinistre Vendredi 13 Octobre 1307, et ils furent même autorisés à reformer l'Ordre sous un nom différent, alors que tous leurs biens avaient été confisqués.


Deux pays offrirent asile aux chevaliers en fuite : l'ÉCOSSE et le PORTUGAL, et dans ce dernier, ils prirent le nom de "Chevaliers du Christ".


Pour les historiens et les exégètes, les Templiers existent toujours malgré plusieurs schismes, et ouvreraient désormais au sein de différentes organisations.


L'Ordre du Temple était en fait composé de 7 cercles "extérieurs", consacrés aux petits mystères, et de 3 cercles "intérieurs", correspondant à l'initiation aux grands mystères. Le "noyau", lui, rassemblait les 70 Templiers interrogés par CLEMENT V, après les arrestations de 1307. Ce qui fait dire que le Pape avait certainement infiltré le noyau dur et secret des Templiers, sinon la coordination des inquisiteurs n'aurait pas pu être possible.


Un groupe intérieur pouvait demeurer occulte parce que les Templiers formaient essentiellement une école de mystères, reposant sur l'initiation. La plupart des Chevaliers du Temple n'étaient que de simples soldats chrétiens, alors que le cercle intérieur favorisait l'étude active de sujets ésotériques et religieux. Ils cherchaient les secrets de l'univers et eurent accès à une sagesse traditionnelle fort ancienne.

Ce mode de fonctionnement protégeait les véritables dirigeants de l'Ordre, car les Templiers des cercles inférieurs ne connaissaient pas les secrets des cercles supérieurs, un peu comme en maçonnerie où le mystère est souvent savamment entretenu entre les différents niveaux de la hiérarchie.


Les Templiers pratiquaient aussi l'alchimie et la légende rapporte que leur fortune ou leur trésor serait issu du plomb transformé en or.


Ce qui est curieux, c'est cette vénération que les Templiers portaient à "MARIE-MADELEINE". Dans leur règle, ils devaient allégeance à Béthanie, le Château de MARIE et de MARTHE. L'absolution Templière disait ceci : "Je prie Dieu qu'il pardonne vos péchés, comme il les a pardonné à Sainte Marie-Madeleine et au larron sur la croix".


Autre particularité, durant son premier siècle d'existence, l'Ordre acceptait des femmes qui prêtaient serment, surtout dans le Languedoc, alors qu'une modification ultérieure de la Règle interdisait spécifiquement aux Templiers de les accepter dans leurs rangs, afin de respecter le code chevaleresque et le célibat imposé aux moines soldats.


Ce qui est le plus étonnant, c'est que les Templiers marchèrent vers l'abattoir comme des agneaux, lors de leur arrestation, sans demander de renforts à l'étranger et sans vraiment se défendre contre les inquisiteurs, ce qui n'était pas coutumier dans la pratique de leur règle.


Certains, comme le Trésorier de l'Ordre, glissèrent à travers les mailles du filet, comme s'ils avaient bénéficié de complicités. Même la célèbre flotte Templière disparut et ne fut pas mentionnée lors des confiscations infligées par le Roi de France. Sans doute existait-il un complot prévu par le Pape et certains Templiers, afin d'éviter les débordements de l'Ordre et le rendre clandestin. Il n'existe à ce jour aucune trace de ces éventuels accords secrets, sauf peut-être dans les archives du Vatican.

Les Templiers avaient des connaissances secrètes et employaient un Code connu sous le nom d'ATBASH, qui, appliqué au nom de la mystérieuse idole templière à tête coupée appelée "BAPHOMET", on obtient le terme grec "SOPHIA", qui signifie "sagesse", en hébreu on dit "HOKMAH". La Sophia a été présentée par les Juifs et les chrétiens comme la "compagne de DIEU", qu'elle influence et conseille.


La Sophia se situait au centre de la cosmologie gnostique. Dans le texte de NAG HAMMADI, découvert en 1947 en Egypte, intitulé "PISTIS SOPHIA", elle est intimement associée à Marie Madeleine. En tant que HOKMAH, elle est la clé de la compréhension gnostique de la KABBALE, système occulte influent à la base de la magie médiévale et renaissante. Chez les gnostiques, elle correspondait à la déesse grecque ATHENA et à l'égyptienne ISIS, parfois appelée SOPHIA. Ce qui fait dire que les Templiers croyaient fermement en un principe féminin.


Les églises bâties par les Templiers étaient le plus souvent circulaires, parce qu'ils croyaient que tel était le Temple de Salomon. Peut-être le symbole d'un univers rond, mais plus probablement celui de la féminité. Cercles et cycles sont toujours associés aux déesses et au principe féminin, tant en ésotérisme qu'en biologie.


Le cercle est un archétype universel, les tertres funéraires préhistoriques étaient déjà circulaires car ils représentaient le ventre de la Terre, permettant ainsi une renaissance en esprit. Les hommes faisaient le lien entre la rondeur du ventre d'une femme enceinte et la pleine lune, qui en vint à symboliser la "maternité" de la déesse. Quoi qu'il en soit, l'Eglise Romaine déclara officiellement hérétiques les églises circulaires.


Les Templiers furent aussi les principaux instigateurs de la construction des grandes cathédrales gothiques, en particulier celle de Chartres. On les trouve aussi à l'origine des Guildes de Bâtisseurs, notamment celles des maçons, et leur écriture codée correspondait à une connaissance ésotérique templière.


SAINT-BERNARD, Patron des Templiers, avait défini Dieu comme étant "longueur, largeur, hauteur et profondeur", et les Templiers étaient eux-mêmes de grands bâtisseurs et de grands architectes.

Le plan des Cathédrales était conçu pour prendre en compte les principes d'une géométrie sacrée, dont certaines proportions géométriques sont en résonance avec l'harmonie divine. Voilà qui éclaire la déclaration de PYTHAGORE : "tout est nombre" et conforte l'idée que les mathématiques sont le langage par lequel Dieu ou les Dieux s'adressent à l'homme. Cette architecture ésotérique utilisait "la proportion dorée", c'est-à-dire la proportion parfaite, étant en quelque sorte une forme de panacée. Il y avait donc un sens dans la forme et une harmonie dans la proportion.


Le légendaire Temple de Salomon était pour les Templiers, comme aujourd'hui pour les Maçons, le plus beau fleuron de la géométrie sacrée. Il provoquait une réaction qui transcendait les 5 sens. Il était en résonance unique avec l'harmonie céleste. Sa longueur et sa largeur, sa hauteur et sa profondeur reproduisaient les proportions idéales de l'univers, le nombre d'or. Le Temple de Salomon était, en d'autres termes, l'âme même de Dieu, burinée dans la pierre.


Les Templiers étaient des êtres pragmatiques, qui recherchaient toujours l'application pratique d'une connaissance ésotérique. D'après eux, Dieu avait véritablement enseigné l'application pratique de la géométrie sacrée par le biais de l'architecture. Ils gravaient ainsi des messages codés dans la pierre afin de rappeler les principes hermétiques des maçons et des chevaliers.


SALOMON, fils du ROI DAVID, le légendaire héros Juif, construisit donc un temple d'une beauté inégalée, en utilisant les matériaux les plus fins et les plus riches, par l'intermédiaire de HIRAM ABIFF. Du marbre, des pierres précieuses, des bois aromatiques et les tissus les plus délicats furent utilisés pour que DIEU lui-même se sente chez lui. En son cour se trouvait le Saint des Saints, la mystérieuse "ARCHE D'ALLIANCE", qui devait répandre de grandes bénédictions sur les "justes", mais aussi détruire les "pécheurs". Les Templiers ont peut-être vu là l'arme ultime, et sont-ils partis à sa recherche?


La décoration des Cathédrales nous fournit des indications sur l'idée que les Templiers se faisaient de "l'Arche". Les allusions bizarres de ces constructions gothiques nous renvoie à l'Alchimie, pratiquée par les  Templiers.


L'Alchimie nous viendrait des anciens égyptiens, via les arabes dont le mot dérive. Il englobait un ensemble d'activités et des modes de pensée : "magie, chimie, philosophie, hermétisme, géométrie sacrée et cosmologie".


Elle s'intéressait aussi à la recherche génétique et à des méthodes visant à ralentir le processus de vieillissement voire même à reproduire l'immortalité physique, sans doute est-ce là l'ancêtre de la chimie moderne et de la science actuelle.


Pour l'Eglise Romaine, tout Alchimiste était par définition hérétique, et cette pratique devint "l'Art noir".


L'Alchimie d'alors comptait plusieurs niveaux : "l'exotérique", qui consistait en un travail et une expérimentation sur les métaux, pour atteindre le Grand Ouvre en transmutant un métal vil en or. Et "l'ésotérique", où l'individu accède à l'illumination spirituelle et se trouve physiquement revitalisé grâce à un processus magique, qui l'amène au Grand Ouvre, acte d'initiation suprême.


Le symbole alchimique du Grand Ouvre est l'hermaphrodite, qui est littéralement la fusion du Dieu HERMES et de la Déesse APHRODITE. Certains imaginent que la réussite alchimique produirait une transformation si profonde, que celui qui y parviendrait risquerait de changer de sexe, ce qui est une pure légende médiévale.
Les cathédrales gothiques abritent nombre de curieux personnages, des démons aux hommes végétaux. Une sculpture de la cathédrale de Nantes représente une femme qui se regarde dans un miroir, l'arrière de sa tête étant le visage d'un vieillard. A Chartres, la pseudo Reine de SABA porte la barbe. On trouve ainsi des symboles alchimiques dans toutes les cathédrales associées aux Chevaliers du Temple.


Les Templiers connaissaient les propriétés de la terre et choisissaient un lieu en raison de la nature spécifique de son sol. Ils gravaient des symboles alchimiques dans ses pierres et laissaient des traces d'influences cathares et musulmanes. Ils fondèrent ainsi un hôpital pour Templiers en un lieu où le sol avait des propriétés curatives, et bien sûr on y trouvait des symboles alchimiques. En France, les anciennes propriétés templières sont d'ailleurs devenues des centres alchimiques majeurs.

Pour les Templiers, toute démarche alchimique débute par la quête du GRAAL, qui est l'allégorie du voyage spirituel du Héros vers sa propre transformation intérieure. L'expérience du GRAAL était exclusivement réservée aux plus grands initiés, dont l'objet, quel qu'il soit, était toujours gardé par des femmes. Aujourd'hui, le SAINT GRAAL désigne souvent un objectif illusoire et représente un symbole de perfection. Le GRAAL est un objet mystérieux, un trésor gardé dans une caverne, dit-on. Dans la légende, le GRAAL est une coupe dans laquelle JESUS aurait bu lors de la Cène. JOSEPH D'ARIMATHIE, un riche ami de JESUS, recueillit dans cette coupe le sang versé lors de la crucifixion, et qui se révéla posséder des propriétés miraculeuses.


La quête du SAINT GRAAL s'accompagne d'innombrables dangers tant physiques que spirituels. Dans toutes les versions de l'histoire, la coupe est à la fois objet concret et symbole d'éternité; le quêteur devant affronter toutes sortes d'ennemis et notamment des êtres surnaturels. Les plus anciennes versions de cette légende s'inspirent des mythes Celtes du ROI ARTHUR et de sa Cour. La première romance du GRAAL est une oeuvre inachevée de CHRETIEN DE TROYES datant de 1190, dont la ville qui porte son nom était le siège de la première commanderie templière et un centre kabbalistique connu.


Les Templiers vouaient aussi un culte à JEAN BAPTISTE. Dans la version de CHRETIEN DE TROYES, le Héros se nommait PEREDUR et le GRAAL était un plateau ou un plat sur lequel se trouvait une tête coupée. Rappelons que JEAN BAPTISTE fut décapité par HERODE ANTIPAS , celui-là même à qui il reprochait d'avoir épousé l'ex-femme de son demi-frère. Pour certains Juifs de cette époque, JEAN BAPTISTE était considéré comme le vrai messie et JESUS son disciple. Le moment critique de cette version, donc, est le moment où le Héros ne pose pas la question qui s'impose, ce péché d'omission le mettant alors en danger extrême.


Une autre version datant de 1205 laisse apparaître un Chevalier nommé GAWAIN, qui cherche l'épée qui a tranché la tête de JEAN BAPTISTE, et qui, par magie, saigne tous les jours à midi. Dans PERLESVAUS, écrit par un moine de l'abbaye de GLASTONBURY, les servants d'élite du GRAAL portent des vêtements blancs marqués d'une croix rouge, comme les Templiers.


Dans PARZIVAL, datant de 1220, le Château du GRAAL est un lieu secret gardé par les Templiers qualifiés d'hommes baptisés. Pour les gardiens du SAINT GRAAL, qui était le sang royal, le grand secret renvoie à une filiation sacrée liée à JESUS et MARIE MADELEINE. Ce Château aurait été identifié comme étant celui de MONTSEGUR, alliant ainsi Templiers et Cathares, gardiens d'un trésor inestimable. Le GRAAL étant ici symbolisé par une pierre, aussi appelée "pierre de mort" ou "pierre philosophale".

Les templiers sont donc à l'origine de nombreuses légendes et d'un symbolisme chrétien très poussé. Ils étaient censés posséder un reliquaire d'argent en forme de crâne de femme du nom de "CAPUT" qui veut dire "tête". Ils auraient aussi possédé l'index droit de JEAN BAPTISTE, souvent représenté avec l'index droit levé rituellement et peint par LEONARD DE VINCI.


Il faut rappeler qu'un mythe tenace fait état d'une relique détenue par les Templiers, contenant la tête du BAPTISTE, qu'ils auraient exhumé du Temple d'HERODE à Jérusalem. Les Templiers seraient ainsi liés à la décapitation et au fléau, 2 éléments majeurs du cycle du GRAAL.


Une autre tradition, semble-t-il plausible, indique que les romances du GRAAL furent inspirées par une "Eglise cachée" liée aux Templiers. La tradition JOHANNITE fait état d'une école mystique chrétienne fondée par JEAN L'EVANGELISTE et reposant sur des enseignements secrets transmis par JESUS. Cette connaissance ésotérique ne transparaissant pas dans les enseignements de l'Eglise de PIERRE.


Cette connaissance secrète basée sur l'Alchimie et la sexualité sacrée, incarnée par MARIE MADELEINE, connue aussi par les Cathares, a-t-elle été enfouie dans l'oubli? Toute survivance templière implique la transmission de grands secrets à travers une tradition occulte toujours active. Des secrets concernant le savoir scientifique des anciens alchimistes et des traditions ésotériques orientales, qui seraient toujours disponibles aujourd'hui.


Le mouvement Templier ne s'est pas éteint et certains Chevaliers ont réussi à fuir, notamment en Grand Bretagne. En Angleterre, par exemple, EDOUARD II refusa de croire les Templiers coupables des crimes dont on les accusait, s'engageant même dans un débat fiévreux avec le Pape et s'opposant à l'emploi de la torture.


En Allemagne, HUGO DE GUMBACH, Maître Templier, fit une entrée spectaculaire au Concile ouvert par l'Archevêque de Metz. Revêtu de son armure et accompagné de 20 Chevaliers triés sur le volet, il déclara que le Pape était un suppôt de Satan et qu'il devait être déposé. Il déclara que ses hommes étaient prêts à se soumettre à la justice divine en combattant l'ensemble des participants au Concile. Les charges furent abandonnées et les Chevaliers allèrent clamer partout leur innocence.


En Aragon et en Castille, les Archevêques qui présidaient le procès des Templiers, les ont déclaré innocents en 1312, malgré les ordres du Pape quant à la dissolution de l'Ordre. En France, peu d'entre eux furent exécutés et la plupart furent libérés après avoir abjuré. Ils reformèrent l'Ordre dans d'autres pays et certains rejoignirent les Ordres existants, comme les "Chevaliers Teutoniques". La plupart de leurs terres furent distribuées à leurs rivaux les "Chevaliers Hospitaliers". En Ecosse et en Angleterre, les propriétés templières restèrent aux mains des mêmes familles jusqu'en 1650.

La Franc-maçonnerie s'est ainsi développée en Ecosse sous l'influence de Templiers isolés, avant de se répandre en Angleterre en 1603, après l'accession au trône du Roi Ecossais JACQUES IV. Les Templiers seraient ainsi à l'origine de la révolte des paysans en 1381 qui s'en prirent aux biens de l'Eglise et des Chevaliers Hospitaliers. Néanmoins, la Maçonnerie des débuts était une école de mystères avec des initiations solennelles s'inspirant de traditions occultes anciennes ; visant ainsi à provoquer une illumination transcendantale et à tisser des liens intimes entre les Frères.


JOHN ROBINSON affirme détenir des preuves de l'existence de loges maçonniques dès les années 1380, un traité alchimique datant de 1450 utilise le terme "Franc-maçon", les premières références connues datant de 1614. Lors de la création de la ROYAL SOCIETY en Angleterre, il est fait état d'un "Collège invisible" original des Franc-maçon, formé en 1645.


L'actuelle Maçonnerie est apparue le 24 Juin 1717, jour de la Saint-Jean Baptiste, et constituée par la Grande Loge.


Il est avéré que la Maçonnerie était déjà une véritable société secrète avant sa fondation officielle. Certains prétendent descendre des guildes médiévales anglaises de tailleurs de pierres, qui utilisaient des gestes et des signes de reconnaissance secrets, ainsi que la géométrie sacrée.


Ces tailleurs de pierres auraient hérité leur connaissance secrète des bâtisseurs du Temple de Salomon.

Par contre les Templiers écossais actuels affirment descendre des Chevaliers fugitifs, qui avaient hérité de la flotte templière. Ils se battirent contre les anglais à la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, jour de la Saint-Jean Baptiste ; un contingent de Chevaliers du Temple assurant la victoire à la 11ème heure. Certains édifices portent les traces de cette tradition templière et maçonnique comme la chapelle de ROSSLYN à côté d'Edimbourg, qui fut bâtie entre 1450 et 1480.

Cependant en 1329, l'ombre de l'autorité Papale plana une nouvelle fois sur les Templiers lorsqu'il fut question de lever une croisade contre l'Ecosse. Les Templiers écossais jugèrent alors plus prudents de rentrer dans la clandestinité comme leurs Frères européens. Ce serait là une origine de la Franc-Maçonnerie.


Un écossais, ANDREW MICHAEL RAMSAY, Chevalier de l'Ordre de Saint-Lazare, fit un discours mémorable en 1737 à Paris, lors d'une réunion maçonnique où il fit la première allusion officielle au fait que les Francs-maçons descendraient des Templiers. Peut-être est-ce la raison de l'excommunication de l'ensemble de la Fraternité Maçonnique par le Pape l'année suivante.


L'inquisition n'hésitât pas à arrêter et torturer des Francs-maçons suite à la publication de cette bulle papale.

Par la suite, un certain Baron VON HUND affirma avoir été initié dans un Ordre Maçonnique du Temple à Paris en 1743, il ouvrit des Loges fondées sur une tradition qu'il nomma « STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE », plus connue en Allemagne sous le nom de « CONFRERIE DE JEAN BAPTISTE ». L'histoire précisait que lors de la condamnation du Temple, certains chevaliers s'étaient enfuis en Ecosse et avaient poursuivi l'idéal Templier tout en élisant régulièrement leurs Grands Maîtres. Le Baron VON HUND disait détenir une liste recensant tous les Grands Maîtres successeurs de JACQUES DE MOLAY dans la clandestinité, ce que les historiens n'ont jamais pu découvrir. Il se disait aussi détenteur de la patente Templière héritée des descendants de ces Grands Maîtres Templiers.


En fait la « STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE » était essentiellement un réseau alchimique de pure tradition templière. La Franc-maçonnerie Templariste se trouva alors établie des 2 côtés de l'Atlantique, ce qui influença certainement la pratique du RITE ECOSSAIS, dont le RITE ECOSSAIS RECTIFIE et le RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE sont particulièrement actifs en France. Certains ont même suggéré que les Templiers s'étaient cachés dans les hauts grades de la Maçonnerie, ce qui est difficile à vérifier quand on connaît l'hermétisme des Rites Ecossais.

Les Maçons Français, par contre véhiculaient une curieuse légende relative à « MAITRE JACQUES », personnage mythique et Saint Patron des guildes de tailleurs de pierres Français au Moyen Age. Il aurait été l'un des Maîtres Maçons qui ouvrèrent à la construction du Temple de Salomon. Après la mort d'HIRAM ABIFF, il quitta la Palestine avec 13 Compagnons et fit voile vers MARSEILLE. Les partisans de son pire ennemi, le Maître Maçon « FRERE SOUBISE », ayant décidé de le tuer, il se retira dans la caverne de la SAINTE BAUME, celle-là même qui aurait abrité MARIE MADELEINE. En vain, il fut trahi et assassiné. Aujourd'hui encore, bon nombre de Maçons vont en pèlerinage sur le site le 22 Juillet, jour de la Sainte Marie Madeleine, ainsi que certains Compagnons du Devoir, que l'on peut considérer comme des Maçons opératifs de l'ancienne tradition.

Un autre candidat au titre d'héritier de la connaissance ésotérique des Templiers est le mouvement de la « ROSE-CROIX ». L'hermétisme serait à l'origine de la renaissance et des Rose-Croix, alors que le gnosticisme donna naissance à l'hérésie Cathare. Tous 2 découlent des mêmes idées cosmologiques. Dans la hiérarchie des « mondes » et des « sphères », la matière occupe l'échelon le plus bas, le plus élevé revenant à Dieu. L'homme étant un être divin « emprisonné » dans une enveloppe matérielle, mais renfermant toujours une étincelle divine. Les hermétistes disaient souvent : « ne savez-vous pas que vous êtes des Dieux ? ». Les gnostiques expriment cette notion en termes religieux, ils prônent que « la réunion avec le Divin serait le salut ».


Le gnosticisme et l'hermétisme s'inspirent tous 2 des idées développées en Egypte, et plus particulièrement à Alexandrie aux 1er et 2ème siècles avant notre ère. Les Evangiles gnostiques découverts à NAG HAMMADI en 1947 comprennent des dialogues d'HERMES TRISMEGISTE. Il s'agirait d'une cinquantaine d'Evangiles rejetées par l'Eglise de PIERRE lors du Concile de NICEE devant ordonner le nouveau testament, et cachés en Egypte jusqu'à leur découverte.


La cosmologie de la PISTIS SOPHIA, l'Evangile gnostique qui attribue un rôle si important à MARIE MADELEINE, ne diffère guère de celle des mages de la renaissance. Les mêmes idées, la même culture, la même époque et le même lieu ont donné naissance à l'Alchimie, qui est née dans l'Egypte des premiers siècles de notre ère.


HERMES TRISMEGISTE aurait écrit : « quel miracle que l'Homme ! » cette exclamation sous-entend que l'Humanité renfermerait une étincelle divine. Contrairement aux Catholiques, les gnostiques et les hermétistes ne se considèrent pas comme des créatures inférieures et perdues, vouées au purgatoire, sinon à l'enfer. De la conscience de leur étincelle divine découlait le respect de soi et la confiance, l'ingrédient magique permettant à l'Homme de réaliser son potentiel, telle était la clé de la renaissance.

La naissance de l'hermétisme, quant à lui, était attribuée à HERMES TRISMEGISTE , auteur du légendaire « CORPUS HERMETICUM » et à sa table d'émeraude, sur laquelle étaient gravés des secrets profonds.


Les Rosicruciens par contre devaient leur nom à leur fondateur mythique « CHRISTIAN ROSENKREUZ », qui serait mort en 1484 à l'âge de 106 ans. Il aurait voyagé à travers l'Egypte et la Terre Sainte en quête d'une connaissance secrète qu'il aurait transmis à ses adeptes, ceux-là mêmes qui auraient joué un rôle important dans le développement de la Franc-Maçonnerie. Les 2 premiers Maçons Anglais connus : « ELIAS ASHMOLE » et l'alchimiste « ROBERT MORAY », auraient été liés au mouvement de la Rose-Croix. Ainsi donc, dans certaines formes de Maçonnerie, on vit apparaître les grades de « Chevalier du Temple » et de « Rose-croix ».


Les branches de la Franc-maçonnerie « occulte » remontant à la « Stricte Observance Templière » du Baron VON HUND, se développèrent surtout en France, et la clé en est fournie par le « RITE ECOSSAIS RECTIFIE », spécifiquement consacré aux études occultes dont certains insistent sur ses origines templières. Cette forme de Maçonnerie entretiendrait les liens les plus étroits avec les sociétés Rosicruciennes. Sa création remonte à 1778 lors d'un convent de Maçons Templaristes à Lyon.

En 1782, toutes les obédiences européennes se réunirent à Wilhelmsbad, dans la Hesse, sous la présidence du DUC DE BRUNSWICK, afin de régler la question de la relation maçonnique avec l'Ordre du Temple. Ce fut la fin de la Stricte Observance Templière du Baron VON HUND, mais les Templaristes firent reconnaître le RITE ECOSSAIS RECTIFIE, succédant ainsi au dernier rite templier.

Tous les Maçons se réfèrent au mystérieux « fils de la veuve ». Dans les rites égyptiens cette veuve n'est autre qu'ISIS. JACQUES-ETIENNE MARCONIS DE NEGRE fonda en 1838 le rite de MEMPHIS qui se prétendait descendre de la tradition templariste du Baron VON HUND.


Par contre, un peu avant, en 1804 BERNARD RAYMOND FABRE-PALAPRAT fonda « l 'ORDRE MILITAIRE DU TEMPLE DE JERUSALEM » et celui-ci prétendait détenir son autorité de la « Chartre de transmission de JOHANNES MARCUS LARMENIUS, nommé Grand Maître Templier par JACQUES DE MOLAY en 1324 ».FABRE-PALAPRAT a utilisé le « LEVITIKON » pour fonder son Eglise JOHANNITE néo-Templière, qui est une version de l'Evangile de JEAN aux accents nettement gnostiques remontant au 11° siècle.


Le « LEVITIKON » comprend 2 parties : la 1ère reprend les doctrines religieuses communicables aux initiés, que l'on retrouve dans le rituel des 9 grades de l'Ordre du Temple, et la 2ème est identique à l'Evangile de JEAN sans les 2 derniers chapitres.


Le « LEVITIKON » évoque une tradition du Moyen Orient utilisée par la secte JOHANNITE. JESUS y est présenté comme un initié aux mystères d'OSIRIS, il serait un simple mortel et non le fils de Dieu, mais le fils illégitime de MARIE. D'après cette secte le dogme de l'Immaculée Conception aurait été l'invention des Evangélistes pour occulter l'illégitimité de JESUS et le fait que sa mère ignorait l'identité de son père. Tous les chefs Johannites adoptèrent le titre de CHRIST, selon le terme grec original « CHRISTOS », qui pouvait désigner tout initié gnostique.


Rappelons que la légende d'OSIRIS, à laquelle fait allusion le LEVITIKON est une pure tradition égyptienne. OSIRIS était l'époux de sa soeur ISIS, la belle déesse de l'amour, de la guérison et de la magie. Leur frère SETH, qui désirait ISIS, complota pour assassiner OSIRIS. Ses complices surprirent ainsi OSIRIS, le démembrèrent et dispersèrent les morceaux de son corps. Désespérée, ISIS sillonna le monde pour les retrouver avec l'aide de NEPTHIS, elle aussi déesse et épouse de SETH. Toutes les 2 retrouvèrent les membres d'OSIRIS, à l'exception du phallus. Après les avoir rassemblé, ISIS utilisa un phallus artificiel pour concevoir HORUS, puis elle aurait eu ensuite une relation avec SETH, semblant ainsi obéir à un désir de vengeance.


HORUS, alors adolescent, prit ombrage de cette liaison, y voyant une trahison à la mémoire de son père OSIRIS. Il s'opposa alors en duel à SETH qu'il tua, mais y perdit un oil dans le combat. Il fut guéri et l'oil d'HORUS devint l'un des talismans magiques les plus appréciés en Egypte.


D'après FABRE-PALAPRAT, JESUS, initié au culte d'OSIRIS aurait transmis sa connaissance à JEAN « le bien-aimé » et ces enseignements secrets auraient influencé les Chevaliers du Temple.


HUGUES DE PAYNS et les Chevaliers fondateurs du Temple auraient donc été des initiés Johannites. Les Templiers se laissèrent ensuite corrompre par l'amour du pouvoir et de la richesse. Le Roi de France et le Pape ne pouvant tolérer que la vraie nature des Templiers soit connue, inventèrent-ils les accusations « d'idolâtrie, d'hérésie et d'immoralité ». Cependant, avant son exécution, JACQUES DE MOLAY aurait organisé et institué la Maçonnerie occulte selon ELIPHAS LEVI. Ce que contestent les partisans du « RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE », en prétendant que les Rosicruciens n'auraient pas adopté des doctrines templières, mais qu'ils se seraient fondus aux groupes templiers survivants en prenant JEAN L'EVANGELISTE comme Patron.


A l'origine, lorsque GODEFROY DE BOUILLON aurait rencontré des représentants d'une mystérieuse « EGLISE DE JEAN » appelés « les Frères d'ORMUZ », il aurait constitué un gouvernement secret auquel l'Ordre du Temple se conforma. Les Templiers auraient donc été créés pour épouser les idéaux de cette mystérieuse EGLISE DE JEAN.


Les Chevaliers du Temple et les Maçons ont adopté 2 traditions, celle de JEAN BAPTISTE et celle de JEAN L'EVANGELISTE. Les 2 « JEAN » comptent ainsi beaucoup pour la fraternité. Cette double vénération s'est établie au fil des ans, alors que cette allégeance à 2 Saints Chrétiens a complètement occulté le nom de JESUS. D'après la Maçonnerie Ecossaise, les initiés se sont transmis les secrets des premiers Templiers, et l'Evangile de JEAN, sur laquelle est prêté serment, renfermerait des secrets occultes.


Une légende plus récente nous renvoie à RENNES LE CHATEAU où l'ABBE SAUNIERE aurait fait une découverte liée aux secrets occultes des Templiers et des Cathares, ce que revendique un mystérieux Ordre : « LE PRIEURE DE SION », à l'origine semble-t-il de la création de l'Ordre du Temple et dont ses illustres Grands Maîtres auraient été ISAAC NEWTON, LEONARD DE VINCI ou encore ANDRE MALRAUX.


Cet Abbé aurait pratiqué le RITE ECOSSAIS RECTIFIE suivant une branche de la Maçonnerie occulte descendant des Templiers. Le Temple qu'il aurait d'ailleurs construit rassemble tous les symboles du Temple de Salomon ainsi que des rites écossais.


Le mystère du RITE ECOSSAIS RECTIFIE, hérité de la lignée des Templiers, renferme-t-il un enseignement secret lié à l'Evangile de JEAN, dont l'un est exotérique et l'autre ésotérique, réservé uniquement au cercle des initiés ?


La résurrection n'est semble-t-il pas un miracle, mais une épreuve initiatique au cours de laquelle le profane vit une mort et une renaissance symbolique avant de recevoir les enseignements secrets, composés avant tout de traditions orales et d'éveil à la spiritualité.


Les écoles de mystères remontent aux Grecs, aux Romains, aux Babyloniens et aux Egyptiens. En fait le Temple et les Maçons en ont repris le principe, en proposant un enseignement gradué pour ceux qui gravissent les échelons abrupts de l'initiation. La sagesse n'y étant accessible que d'après le mérite, un disciple ne reçoit l'illumination que si ses maîtres spirituels le jugent prêt.


JEAN LE BAPTISTE, prônait un acte initiatique unique, transcendant, avec lequel l'individu devait se confesser et se repentir. Le baptême, en tant que symbole extérieur et visible d'un renouveau spirituel intérieur, fait appel à la régénérescence du corps et de l'esprit. Ainsi, les 2 Saints JEAN font parti d'un cycle de mort et de renaissance.


Dans le prologue de l'Evangile de JEAN il est dit : « au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu ». Le concept de Verbe « LOGOS » semble féminin et le fait d'aller vers Dieu suggère la démarche d'un Homme cherchant l'unité avec la Femme. Ce principe peut être Alchimique si l'Homme conscient de son état, cherche son salut en retrouvant l'unité philosophique et primordiale. Ce que les Templiers pratiquaient d'une façon initiatique pour atteindre la connaissance, en passant par tous les stades intermédiaires.


Le Temple de Salomon fut bâti sur le modèle des temples phéniciens, lesquels se calquaient sur ceux de l'ancienne Egypte. Pour certains, les gravures sur l'Arche d'Alliance représenteraient YAHVE et une divinité féminine. « La Sagesse », en grec « SOPHIA » et en hébreu « CHOKMAH », est représentée par une femme, dont il est dit qu'elle coexista avec YAHVE avant le commencement. Cette allégorie de la Sagesse Divine influence l'Homme en quête de sa propre sagesse, telle qu'elle était au commencement.


Si le RITE ECOSSAIS ANCIEN ET ACCEPTE vit le jour en 1804 à Charleston aux USA, MARTINES DE PASQUALLY fonda en 1761 l'ORDRE DES ELUS COHENS, d'origine Espagnole, il aurait été lié à l'ORDRE DES DOMINICAINS dont il aurait eu accès à ses archives. Il possédait une patente accordée à son père CHARLES EDWARD STUART, le rattachant à la Maçonnerie Ecossaise que soutenait le Baron VON HUND.


Son secrétaire, LOUIS CLAUDE DE SAINT-MARTIN, philosophe et occultiste, fonda un nouveau rite : « le RITE ECOSSAIS REFORME » affilié à la STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE, lors du Convent de Lyon en 1778, convoqué par JEAN BAPTISTE WILLERMOZ, Membre des ELUS COHENS. Ces Rites Ecossais s'unirent pour devenir le RITE ECOSSAIS RECTIFIE, dont les 3 premiers grades furent mis en place jusqu'en 1782 et jusqu'en 1805 pour la finition des derniers.


JOSEPH DE MAISTRE, un proche de WILLERMOZ, était un Chevalier de l'ORDRE DE SAINT-LAZARE de la branche Italienne. Ainsi le Chevalier RAMSAY était lui aussi un Chevalier de SAINT-LAZARE dont les rituels remonteraient à 1649. Il fut le précurseur de l'Ecossisme en France dans la première moitié du 18ème siècle. Il serait aussi à l'origine de la création d'un rite maçonnique chevaleresque vers 1728, qui aurait pris le nom de RITE DE BOUILLON, ce qui nous ramène au symbolisme du Saint-Sépulcre et de Saint-Lazare, ainsi qu'aux bases de la Chevalerie hiérosolomitaine des années 1097 à 1100.


Sur le plan ethnologique et sociologique, les racines des Chevaleries occidentales sont issues de la distribution des castes dans la mouvance indo-européenne aux alentours de 1500 ans avant J.C.
Au 8ème siècle, dans les rites Germains, des traces de rituels faisaient des jeunes mâles de la tribu des « Chevaliers », lorsqu'ils avaient prouvé leurs qualités de cavaliers et de combattants. Au 12ème siècle, plusieurs Ordres s'attribuent le concept de la « Chevalerie » : l'ORDRE SOUVERAIN DE MALTE, l'ORDRE DU SAINT-SEPULCRE ou l'ORDRE DE SAINT-LAZARE. Mais ce sont surtout les Templiers, dont leur filiation serait antérieure à leur création officielle, qui développèrent la Chevalerie religieuse.

La Chevalerie médiévale ne pouvait être que catholique, apostolique et romaine, et réservée qu'à des initiés. Mais d'autres Chevaleries se sont développées, comme celle du ROI ARTHUR au cours du 6ème siècle.


Au moyen âge, SAINT-BERNARD fut le promoteur des Chevaleries médiévales dont les adeptes auraient été surnommés « FILS DE LA VALLEE ». La milice du Temple adopta d'abord la règle de SAINT-AUGUSTIN lors de sa création en 1118. Puis en 1128, lors du Concile de Troyes, SAINT-BERNARD leur donna une règle définitive issue de la règle Cistercienne, et il bâtissait toujours ses monastères dans les vallées, contrairement à la règle de SAINT-BENOIT qui construisait en haut des collines. L'Ordre des moines soldats se développa jusqu'au 16ème siècle avec la mise en place de la Compagnie de Jésus de SAINT-IGNACE DE LOYOLA : « les JESUITES ».


Si les Chevaliers du Christ, appelés aussi Fils de la Vallée, à cause du mélange de la foi en l'idéal monastique et du code de la Chevalerie sur fond de structure féodale, n'avaient qu'un seul but : « que le Saint-Sépulcre soit Chrétien », ils devaient tout abandonner pour l'Ordre. Les bases de la Chevalerie occidentale sont avant tout axées sur la valeur et le dévouement, et un « Chevalier » était sélectionné surtout pour ce qu 'il était. Ce concept se retrouve d'ailleurs dans le RITE ECOSSAIS RECTIFIE.

Les qualités de la plus belle Chevalerie sont : le courage et la vaillance, mais aussi la foi profonde, le respect des valeurs ainsi que l'élévation spirituelle nécessaire à la relativisation des choses matérielles, comme le pouvoir, l'argent et les honneurs. L'exemple archétypal étant GODEFROY DE BOUILLON.

Néanmoins, on peut considérer que le RITE ECOSSAIS RECTIFIE est Chrétien, dans le sens le plus large et le plus élevé. Le Rite est Chevaleresque comme dans l'archétype de GODEFROY DE BOUILLON : aptitude à l'engagement, respect de l'Etat, respect de la hiérarchie, etc. Il est aussi Hospitalier, au travers de la notion de bienfaisance, car le Maçon doit s'impliquer, dans la mesure de ses moyens, pour soulager les malheurs des autres. Il est aussi marqué par l'illuminisme du 18ème siècle suivant l'héritage de MARTINEZ DE PASQUALLY. Le RER n'est pas tenu pour une vérité et sa profondeur appelle aussi l'humilité.


CONCLUSION :


L'Ordre du Temple était un Ordre militaire et féodal, il ne fut jamais un Ordre Hospitalier basé sur la bienfaisance et la charité Chrétienne dans son sens large et indéfini. Selon DANIEL LIGOU, auteur du « dictionnaire de la Franc-Maçonnerie », le Templarisme Maçonnique est donc une pure légende, et il convient de la considérer comme telle.


L'Ordre de SAINT-LAZARE fait référence à LAZARE : Seigneur de Béthanie, frère de MARTHE et de MADELEINE, qui employait ses biens à soulager les pauvres. Il exerçait l'hospitalité envers les Chrétiens et il trouva une terre de refuge en Provence, après la mort du Christ , en compagnie de ses deux sœurs et d'autres personnages légendaires. Cet Ordre était donc Hospitalier et la bienfaisance était l'axe fondamental de ses actions dans le monde.


Cet Ordre se rapproche du RER actuel, mais le symbolisme employé aux 3 premiers grades fait aussi référence aux symboles des Compagnons du Devoir ainsi qu'aux Guildes des constructeurs de Cathédrales.

On peut aussi considérer que le Maçons Ecossais devient un Chevalier dans l'Ordre intérieur, après avoir construit son propre Temple de Salomon, symbole de base de bon nombre de mouvements Chrétiens.

A la mort de WILLERMOZ, en 1824, le RER qui était surtout pratiqué au sein du GODF, fut mis en sommeil, mais néanmoins récupéré par le PRIEURE D'HELVETIE en Suisse. Lors de sa réactivation en France, en 1913 par CAMILLE SAVOIRE, EDOUARD DE RIBAUCOURT et BALTARD, le Rite avait reçu une impulsion nettement Templière qu'il n'avait pas auparavant.


Le GRAND PRIEURE INDEPENDANT DES GAULES, fondé en 1935 , fut donc à l'origine de la réinsertion du RER en France. Il s'incorpora ensuite à la GLNF, qui se scinda en deux en 1958, donnant naissance à la GLTS OPERA et à son Prieuré : « LE PRIEURE DE FRANCE ».


Aujourd'hui, le RER est surtout pratiqué au GO, à la GLNF et à la GLTS, mais il a le choix de ses options, compte tenu des différents Prieurés dont il dépend. La Maçonnerie Ecossaise a donc une spécificité nettement Hospitalière et Chevaleresque, influencée par différents courants liés à son histoire mouvementée, dont à l'origine se trouve l'ORDRE DU TEMPLE et la STRICTE OBSERVANCE TEMPLIERE, sans oublier les symboles des constructeurs de Cathédrales.

Ce passé riche est certainement à la base d'une tradition solide dont le rituel est l'aboutissement sacramentel. Peut-être devrait-il s'ouvrir à la modernité et s'impliquer davantage dans des tâches plus charitables et bienfaisantes. La devise des CBCS n'est-elle pas : « MELIORA PRAESUMO » ?

V\M\ et vous mes FF\, J’ai dit. 

 

Source ; L'édifice.net

Lire la suite

Planche : L'Esotérisme Initiatique du Prince St Exupéry

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Evidemment St Exupéry a bien choisi les titres de ses livres !... " Vol de nuit ", "

Courrier sud "... Les mots et les images évoqués ainsi concourent tous à exprimer cette direction unique et essentielle de son message, la ligne de force de toute son œuvre : la découverte, le maintien conscient et le partage du Mouvement bien ordonné... Quel message intégral, rappelant le symbole du Serpent Ourobouros de l’alchimie ! Ne pouvons-nous pas résumer ainsi : la ligne de force de son œuvre, c’est le rappel des Lignes de Forces de la Vie...

Le voici déjà, lui qui, pionnier de l’aéronautique ouvre des terrains et des lignes d’aviation, de l’aéropostal "la ligne" et autres itinéraires aériens à travers le monde..., comme si ses conceptions, ses intimes pulsions de vie s’incarnaient ainsi dans la matière. Préoccupation naturelle se "somatisant" pourrait-on dire, en occupation contraire : un couple intérieur-extérieur si souvent antagoniste chez les êtres qui n’ont pas su, ou accepté de, relier déjà leur cœur et leur tête... et dont le métier est douloureusement sans rapport avec leur idéal et leurs souhaits !

St Exupéry a constaté cette nécessité d’incarnation ; il l’explique très nettement ainsi : " Tu ne trouveras point la paix si tu ne te fais véhicule, voie et charroi" (501 Cit.).

Mouvement vers... la "terre des hommes" ; vers la découverte, le maintien conscient et le partage d’un sens à la vie", comme ses autres ouvrages nous le font de nouveau découvrir par leurs titres.

Mais attention ! "Vol de nuit", "Pilote de guerre" : tant de difficultés dans ce cheminement obscur et violent de l’existence ! Il faudra prendre ses distances, voir les choses "d’en haut" : Le cheminement devient lors preuve initiatique.

Cheminement initiatique ; dans le cas contraire le résultat est terrible : "myope et le nez contre, je n’ai rien vu jamais que lâcheté, sottise et lucre. Mais de la montagne où je m’assieds, voici que j’aperçois l’ascension d’un temple dans la lumière" (504 Cit.).

Ayant lui, pris ses distances vis-à-vis des relativités terrestres, grâce à son avion comme par l’intermédiaire du désert, Saint- Exupéry, comme tous les guides dignes de ce nom, les "voyants", les connaissants de quoi que ce soit, a "vu quelquefois ce que l’homme cru voir" (Rimbaud) ; il peut le révéler pour ses lecteurs, pour ses "amis" au sens phonétiquement cabalistique du mot, pour ceux dont l’âme est déjà proche de la sienne...

Qui n’a jamais connu, au lycée ou dans " les chemins de grand vagabondage", une telle rencontre, un tel lien intellectuel et affectif, de "cœur", avec un auteur qui expose pour lui les lignes de force de l’existence, est fort à plaindre ! Qui n’a jamais perçu ainsi, comme Dante : Béatrice et Virgile, comme tant de troubadours : la "Dame" comme tant d’autres : des "stars" - modèles, "une étoile pour guider sa marche", aura beaucoup à peiner, à se fourvoyer pour redécouvrir, solitaire, "ce champ de force qui seul l’anime", qui est "direction et tendance vers" (417 Cit.). "Tout le monde n’a pas eu un ami "constate Saint-Exupéry dans le "Petit Prince".

Des lignes de force.

Lui, tout comme il lançait des lignes à travers le désert pour transporter les messages des hommes (l’Aéropostale), le voici qui lance, dans tous ses ouvrages, ces "lignes de force", ces "structures" (373 Cit.) essentielles pour aider dans la traversée d’un désert tant intérieur ("On ne voit rien. On entend rien" (P.P) " le désert c’est moi " (183, T.H) qu’extérieur ("à mille milles de toute terre habitée"... " Où sont les hommes" (P.P)).

C’est bien là ce que tente de faire tout ouvrage initiatique, toute voie initiatique, diamétralement opposée en cela aux romans " à l’eau de rose", aux récits de cas psychanalytique et autres ouvrages ("créations" ou conseils) concluant à la faiblesse inhérente à l’être humain ou à l’ineptie, à l’absurdité de l’existence ; à l’aliénation (alien)...

Saint-Exupéry affirme bien clairement, lui l’existence de liens : "Comptent pour l’homme d’abord et avant tout la tension des lignes de force dans lesquelles il trempe" (372 Cit.). Pas les impulsions des désirs personnels ! Les pulsions sous-tendant celles- ci : il ne s’agit pas "de cultiver tes désirs. Car si rien ne s’y meut, il n’est point de lignes de force" (373 Cit).

Ainsi, comprenons-le bien, pas de mouvements vers "le repos du 7è jour", les "diamants en vrac", "les femmes (qui) se vendent", "l’île heureuse" qui rendraient l’être semblable au "bétail morne" (373, 375 Cit.)... Non ! Le mouvement est en direction des hauteurs de soi-même, de l’origine de soi- même (sens véritable d’"initiation"), vers la "connaissance du nœud divin qui noue les choses" (501 Cit.), vers le Maître du champ des forces, ce point mystérieux que Saint- Exupéry nomme tour à tour Seigneur, Dieu (Cit.), Eau, Désert (P.P)...

Il s’explique plus catégoriquement à ce sujet : "Les lignes de force créées doivent te dominer de plus haut pour que tu y trouves tes pentes et tes tensions et tes démarches (... ) et (pour te) rassembler à quelque chose qu’il n’est point de toi de comprendre" (374 Cit.). Heureux ceux qui le réalisent et vivent ainsi ! Les autres sont en "exil" - et Saint Exupéry, exilé en Angleterre, incompris de ses amis, calomnié par d’autres (Cit. Préface) sait de quoi il parle ! La terre est alors pour eux, comme pour le Petit Prince, un véritable désert... "les grandes personnes (elles), s’imaginent tenir beaucoup de place" (P.P) ; mais celui qui n’est ni mégalomane, comme le roi rencontré par le Petit Prince, ni un vaniteux schizoïde, ni un drogué s’auto­justifiant toujours, ni un "responsable" de futilités, ni un obsédé de travaux inutiles, ni un... "mouton", sera bien vite amené à "ne voir personne" (P.P passim) sur la terre... Il ne rencontrera que ce qu’il cherche véritablement, même si inconsciemment : un sage renard pour le guider, un Petit Prince qui "réveille" ou un Aviateur en quête, comme lui, de cet "essentiel (... ) invisible pour les yeux" (P.P) ; le Maître n’arrive-t-il pas, comme le révèlent aussi bien le Bouddhisme que la théorie des champs morphogénétiques, lorsque l’élève est prêt ? Les "lignes de force" qui sous-tendent l’existence ne sont-elles pas toujours présentes, actives et utilisables pour l’être qui ne s’enfourne pas, pour les éviter ou les contrer, dans les "trains" où il va "bailler", "dormir", pour l’être qui ne cherche pas à faire "des économies de temps" ? (P.P). Et ne sont-elles pas données à l’être dès sa naissance ?

Les familiers du "Petit Prince" ou des héros de "l’Oiseau Bleu" de Maeterlinck iront plus loin dans ce constat : Ils réaliseront vraiment que l’ont puisse "profiter d’une migration d’oiseaux sauvages", de lignes de forces naturelles pour changer de planète !

Ce sont de solides champs de forces que révèlent toutes les aventures - devenant ainsi épreuves-aides "initiatiques" - relatées par l’auteur, " des lignes de force dans lesquelles il trempe" (372 Cit.), lui, comme tous les êtres humains ou les animaux... Leur solidité de base, leur inné consciemment perçu ! Voilà bien alors pourquoi le Pilote de ligne s’exclame : "J’ai toujours connu comme tristes les émigrés" (468 Cit.)... Aujourd’hui, ajoute-t-il, "les hommes manquent de racines" (P.P) car ils les ont quittées pour les "remous contradictoires" de leurs "pentes naturelles", c’est-à-dire de leurs désirs égoïques, des "fausses structures (qu’ils) inventent par jeu"..."Ils ont tout désaimanté" (Et le mot, ambigu dans son double- entendement, maintenu par la langue des Oiseaux sacrée, est fort parlant) "en défaisant ce nœud divin qui noue les choses" (373 Cit.). Les retrouver, les maintenir, ces coutumes, ces traditions, ces fêtes, ces lois et ce langage de l’"empire" c’est sauver la "citadelle", la "demeure" et ses habitants" des projets de sable", de "l’effritement des choses" (28,32 Cit.), de l’existence ou l’ont vit "seul, sans personne avec qui véritablement parler" et "tellement triste" (P.P).

"Je t’ai dit qu’il fallait des objets reliés" (Cit.) lance Saint-Exupéry...

Liens dans le temps :

Reliés avec le passé... liens, par là,avec ce que Saint-Exupéry nomme Dieu, Rose, Renard, Petit Prince, c’est-à-dire lien avec un état édénique que l’on a connu imagé par des êtres, des choses, des mots " imagerie", "symboles", "concepts" (P.P et C.) qui rappellent, comme " le blé qui est doré" fera "souvenir des cheveux couleur d’or" du Petit Prince et (" Ce sera merveilleux" !) de lui, par conséquent, de son amitié... (P.P).

L’existence est ainsi ritualisée... et Saint- Exupéry est formel : "il faut des rites. (...) Un rite c’est quelque chose de trop oublié" (P.P) ! C’est un cérémonial "à la façon d’un conte de fées pour ceux qui comprennent la vie", ou, comme tous les "livres de l’enfance, (... ) notant tout le long les prières, les concepts charriés par cette imagerie" (32 C.) : réitération de légendes au sens étymologique de "liens", une ligne de force qui "charrie" partout et toujours des "vérités" symboliques" (32, 143 C.), des "concepts strictement religieux" (étymologiquement encore : qui relient !), "l’amour, les trésors invisibles, le sacrifice, l’universel" (44 C.).

Nous trouvons ainsi : le Puits du Village, le Désert, le Serpent, le Baobab, la Rose, le Volcan, le Petit Prince, l’Avion, les Etoiles, la Maison, l’Eau, dans "le petit prince" et, ailleurs, la Sentinelle, la Jeune Femme criminelle, le Père, les Courtisanes, la Panne, le Berger, le Forgeron (Citv)...

Tous sont, dans le cheminement initiatique, "souvenirs d’étapes et d’efforts et de sacrifices" (441 Cit.), objets qui rayonnent, comme le "puits dans le désert" d’une "invisible beauté", de cet "essentiel invisible pour les yeux" mais qui touche "le cœur", "embellit", chante, révèle en fin de compte" le nœud" entre les choses (P.P et 175 Cit.). Il y a en effet, conclut Saint-Exupéry, "ta présence au travers qui me permet d’y déchiffrer" une construction future, car "les objets sont vides et morts s’ils ne sont point d’un royaume spirituel" (363, 255 Cit.). Ainsi, on l’aura compris par ces exemples, "les rites sont dans le temps ce que la demeure est dans l’espace" (29 Cit.) : des images éternelles qui, comme des fils invisibles, me relient éternellement à ma "vérité (qui) se creuse comme un puits", à ce qui "rassemble", à la "semence" qui fait espérer les moissons et "se réjouir de la croissance des moissons", aux "assises de la Citadelle", à cette Terre que "la corde du puits accouche" et qui "redonne le goût des victoires" (Passim Cit.)...

On demeure ainsi, par ces vecteurs, ces lignes de force entre la réalité profonde originelle et le présent, dans l’intimité et la plénitude, chez soi, dans la sérénité, dans la conscience cependant de la nécessité de maintenir et cette connaissance, et le processus de création pour les générations futures. Oui ! "tout s’ouvre sur plus vaste que soi" : "la manivelle rouillée est cantique" (82,248 Cit.), "un puits porte loin... comme l’amour" (92 T.H), et tout objet ainsi resacralisé, relié par cette conscience des Rites fera le même.

Saint-Exupéry nous propose donc de percevoir d’une part le lien entre le passé et le présent pour le futur : "seuls vivent ceux qui n’ont point trouvé leur paix dans les provisions qu’ils avaient faites" ; "sauver l’invisible noeud qui lie les choses et les change en domaine, en empire, en visage reconnaissable et familier " (59, 75 Cit.).

D’autre part, le lien entre le passé et l’éternité :

"Voici que je puis te dire " la fontaine de ton village" et ainsi t’éveiller le coeur et peu à peu t’enseigner cette marche vers Dieu" (City.)...

Liens humains

Mais ce sont là, bien entendu, des liens ainsi et aussi entre les hommes : liens entre le Pilote et le Petit Prince, entre le Petit Prince et le serpent ou le Renard (très humanisés !), entre Saint-Exupéry et ses lecteurs à qui il s’adresse personnellement, les priant de lui écrire (P.P)...

C’est ce qu’il veut établir car si les hommes " ne savent plus ce qu’ils cherchent", lui, Saint- Exupéry, sait que ce qu’ils cherchent " pourrait se trouver dans un peu d’eau ou dans une rose" : "soyez mes amis", crie le Petit Prince ! "Créez des liens" conseille le Renard, car "il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis" (P.P) ! il faut donc apprendre à "apprivoiser" : "cela signifie créer des liens"... mais cela peut-il se faire avec des "gens sérieux" qui ne parlent que de "bridge, de golfe, de politique et de cravates" ?(P.P) Non ! Il faut "organiser", "opposer son arbitraire à cet effritement des choses et n’écouter point ceux qui parlent des pentes naturelles" (33 Cit.) : "je les sollicite de m’aider" conclut Saint-Exupéry, comme le renard avait prié le Petit Prince de suivre le rituel de l’approche, des horaires...

"Seuls sont frères les hommes qui collaborent" explique Saint-Exupéry (59 cit); aussi va-t-il inventer "un empire ou tout soit fervent", soutendu par les forces vives des êtres humains qui doivent s’en ressentir " dominés" (374 cit). Il les invite à la soumission, ainsi, à leurs intimes moteurs ; non à la passivité ! "Les sédentaires de coeur (... ) qui n’échangent rien ne deviennent rien" affirme-t-il, tout comme Nietzsche ("tout n’est que passages que dieu emprunte") ou Teilhard de Chardin, un de ses auteurs favoris ("arrière les immobilistes ! la vie n’est que perpétuelle découverte" !)...

Eternel message des enseignements

initiatiques : Yin et Yang de l’androgynat, Détachement et "extinction de l’extinction" : "Il faut se soumettre pour survivre" mais "il faut lutter pour continuer de vivre" (Cit.).

Nous le constatons, si nous résumons ainsi son oeuvre par cette phrase synthétique, Saint- Exupéry prône en fait le seul :

Lien avec Soi

Lien avec ses racines, car l’être "vaut, dans le désert, ce que valent (ses) divinités" (242 L.). Lien avec son monde extérieur auquel il confie des images utiles ("s’ils voyagent un jour ça pourra leur servir" (P.P) des mots d’ordre "urgents" "pour avertir ses amis d’un danger qu’ils frôlaient depuis longtemps sans le connaître", des conseils ("Ne vous pressez pas, attendez un peu sous l’étoile"), de justes catalyseurs ("ma maison cachait un secret au fond de son coeur") (P.P).Voilà bien une nourriture vitale sous forme d’aliments des sens physiques, émotionnels et mental pour qu’elle "se fasse aliment pour le coeur")(P.P). Lien avec le monde intérieur, avec ce "coeur" pour qui l’eau trouvée dans le désert, la Source de la Vie, est bonne; avec ce coeur pour qui cette "eau-là" doit être cherchée (P.P), cette eau merveilleuse, cette "bonne eau" de Byron, transfigurée par le don ("la différence réside dans le don ( ) acte de baigner de son amour") : dans le lien d’amour au-delà des formes, cet "amour exprimé" (41 C.) seulement là... Car " quel serait ton bonheur si tu n’avais pas ceux que tu éclaires ? " questionne Nietzsche ; l’essentiel du cierge n’est point la cire qui laisse des traces mais la lumière" explique Saint- Exupéry (20 cit).

Lien avec l’essentiel

"Quiconque demeure logique tue en lui la vie"... et c’est pourquoi Saint-Exupéry nous avertit que ce lien d’Amour est "mystérieux" : il relie à l’unité ontologique de tout, dans la source initiale où l’Initiation est censée faire pénétrer ; il est ligne de force entre l’homme et le terre-Mère ("Celui qui épouse le puits épouse la terre"), entre la terre et "dieu" ("la marche vers Dieu"), Dieu étant dit également "Citadelle, Épanouissement, Mystérieux Rayonnement", le nœud divin qui noue les choses (363 cit), le Centre des "liens avec le monde" (125 T.H) : "je te conduirais à l’épanouissement de toi-même" ( 83 C.) à la "drôle de petite voix" qui "réveille" et "qui sait" (P.P) écrit l’auteur en d’autres textes. Evidemment ce noeud octroie la toute conscience et la toute connaissance : Comment le petit prince connaîtrait-il autrement l’existence des moutons, absents de sa planète ? Comment devinerait-il que la panne est réparée ("Comment sais-tu ?" questionne le pilote) ou que l’heure de quitter la terre est arrivée ? (P.P).

"On ne voit bien qu’avec le cœur" : mais ce Cœur, Saint-Exupéry ne cesse de la rappeler n’est pas le cœur des désirs !

En cette source même la faim et la soif n’existent pas : le Pilote le remarque bien au sujet du Petit prince qui, de plus, " ne mesure pas le danger" et ne craint pas la mort.

Ainsi tout le cheminement de l’existence, consciemment vécu, donc en état de "bonheur" ("démarche d’obtenir") (108 cit.) se perçoit comme une remontée par des filières, des lignes de force, des images, des symboles, des héros reliés entre eux par des

mythes, des légendes, vers l’ouverture "sur plus vaste que soi", sur la délivrance qui permet la seule vraie création (82 Cit.).

Ces lignes, ces fils lumineux, ces "émanations" Don Juan les a évoqués pour Castanéda au cours du cheminement initiatique de ce dernier ; n’est-ce pas une image similaire que le Christ, à ce que rapportent les Evangiles, utilise pour envoyer ses disciples pécher les âmes ? "Les noces chimiques" de Christian Rosencreutz ne parlent-elles pas de même d’une pêche à l’homme au moyen d’une corde lancée du sommet de la grotte ou il attend ?...

Saint-Exupéry, en révélant aussi vigoureu­sement leur présence, réveille et révèle leur souvenir dans la pensée du lecteur, leur présence au cœur des choses les plus anodines ou dégénérées. En leur exposant les lignes de force dont sont issues les "pierres avec lesquelles ils bâtissent la haine", peut- être s’en serviront-ils pour "bâtir l’amour" (83 cit), pour suivre les souhaits réels, les pulsions non égocentriques et non les impulsions individuelles ; au-delà, donc, " des biens en grand nombre (où) il est offert aux hommes plus de chances de se tromper sur la nature de leurs joies" (327 cit) ? Car " il ne s’agit point de nous ; nous sommes ensemble passage pour Dieu qui emprunte un instant notre génération et l’use" (461 Cit.).

Ils atteindront alors à la "perfection de l’état de l’homme", à cette créativité de la Nature naturante en eux ; de même, "le cèdre se nourrit de la boue du sol, mais la change en épais feuillage qui se nourrit, lui de soleil"... Ainsi replacé en sa juste filière originelle, "l’orgueil (des hommes) devient tour et temple et rempart" de la "citadelle" ; " leur cruauté devient grandeur et rigueur dans sa discipline. Et voilà qu’ils servent une ville née d’eux-mêmes et contre laquelle ils se sont échangés dans leur coeur" (87 Cit.).

La voie initiatique

La Voie initiatique, c’est donc faire "germer et croître" l’être humain (372 cit), mais lui accorder, de plus, la conscience de son action : telle est la plénitude à laquelle l’homme peut atteindre si un maître du désert (cit) peut le nouer à ces lignes de vie, l’apprivoiser (P.P), le faire "collaborer" ("tous à travers tous et à travers chacun" 118,190) (City) à l’œuvre" et le rendre "responsable" (P.P) "d’un empire qui n’est pas des choses mais du sens des choses" (350 Cit). L’appel de ce maître, "Je suis la clé de voute d’un certain goût des choses et je te noue. Et s’en est fini de ta solitude" (350 City). C’en est fini alors du "Mozart assassiné", de la "belle promesse de la vie" en l’homme "marquée par la machine à emboutir de la civilisation"...

C’en est fini alors "des fourmis pour la vie de la fourmilière" (217, 117 Cit), des feux "sans emploi ni règle" (toujours prêts à éclater comme des volcans longtemps réprimés). "Bien ramonés" de leurs "connaissances mortes", de leur "ironie de cancre", de leurs liens avec "les biens matériels", de leur "mensonge et "délation", de leur

"racornissement" ("hors échange") (117 Cit), les êtres humains "brûlent doucement et régulièrement, sans éruptions" (P.P)... "Grand miracle de la mue et du changement de soi- même" (119 Cit). Ultime épreuve du Cheminement initiatique, si l’expression "soi- même" est justement comprise, non comme entité profonde mais comme entité globale ! Ultime épreuve à laquelle Saint-Exupéry nous convie par chacune de ses lignes dont nous avons tenté de dégager, en quelques lignes, les grandes lignes ! De là, tout commence alors de la vraie Vie où "tous les pas ont un sens" et qui se synthétise ainsi : "je protège celui qui de son aïeul le chanteur hérite le poème anonyme et, le redisant à son tour, y ajoute son suc, son usure, sa marque. Car je suis d’abord celui qui habite () et les sollicite (tous ses semblables) de m’aider" (28,36 Cit.).

Liens universels

Cheminement initiatique, pour Saint-Exupéry comme pour son lecteur, à travers les lignes qui soustendent et rassemblent les images- clefs de tout quotidien ; lignes de parcours "aérien" pour lui comme pour le lecteur ; seulement en densités différentes pour l’un et pour l’autre, suivant le degré d’incarnation ou de simple constat intellectuel de chacun... Voie opérative ou spéculative de l’Alchimie... Préhension ou compréhension pour la future conjonction des deux ; respectivement volatilisation du fixe (solve) ou fixation du volatil (coagula)... réseau de lignes d’aviation ou immense réseau international de tous les passionnés, de tous ceux qui offrent à leurs amis leur livre de chevet, ce "Petit Prince" l’un des ouvrages les plus traduits au monde... Clins d’œil du billet de 50 francs, de l’enseigne d’un des cafés ou restaurants " le petit prince", d’une chanson (G..Lenormand)... lignes sans cesse créées... Invisible "courrier" (dans le sens "transporteur de messages")... du "cœur" qui " voit" et qui rayonne ainsi en aide sur le Chemin vers la Plénitude...

Lignes de conduite

Nous le percevons bien : toute l’œuvre de Saint-Exupéry est ésotérique, c’est-à-dire qu’elle contient non un enseignement "caché" mais l’Enseignement de ce qui est caché sous les formes de la nature. Enseignement, donc, initiatique, c’est-à-dire aidant à la découverte, sous ces formes, de "l’essentiel invisible pour les yeux", de l’importance des choses au delà de leurs beautés "vides" (P.P). Ce que les aveugles, les "sans-cœur" nient, ne l’ayant point perçu et qui, par conséquent, n’est pas un enseignement généralisé ! "C’est pourquoi tu ne sauras point, si nul ne descend vers toi de sa montagne et ne t’éclaire, quelle route à suivre te sauvera. De même que tu ne croiras point aussi savamment que l’on te raisonne, quel homme naîtra de toi ou s’y éveillera puisqu’il n’y est point encore. C’est pourquoi ma contrainte est puissance de l’arbre et par elle, libération de la rocaille" (298 Cit)... En cette fin de XXème siècle, beaucoup préfèrent suivre la pente de leurs désirs personnels, refusant "le chef, le maître, le responsable" (36 cit) : et cela se comprend ! "Les jeunes, notamment éprouvent une immense soif de liberté individuelle", traumatisés, castrés, ou voyant les autres l’être, par de "fausses structures" dont "faible et pitoyable est la joie que (l’on) tire" (373 Cit), par la "machine à emboutir" ( 217 Cit)... Les français, "dans les grandes décisions de (leur) vie tiennent compte avant tout le leur conscience " à 83 % dévoile un sondage du monde (12.05.94) !...

Observons : à ceux qui posent des questions sur les "énigmes", la réponse des " marchands de pilules perfectionnées", des "gens sérieux", "habillés à l’Européenne" (P.P) n’est jamais : "Tu deviens responsable pour toujours de ce que tu as apprivoisé"," On ne voit bien qu’avec le cœur", "les enfants seuls savent ce qu’ils cherchent" (P.P) : Non ! Avec "haine", créateurs de "faux litiges", de "clans, partis, factions, comme des chiens qui tournent autour de l’auge" qu’ils convoitent, car "n’ayant point encore compris (ils) s’indignent" ; ils exposent "leurs mauvaises raisons", "les matériaux de leur vaine justice" (10,83 Cit). Ne sont-ils pas, eux, "soumis aux illusions de leur langage", inconscients du "seul patrimoine à sauver", agglutinés qu’ils sont aux "temples auxquels ils tiennent" (297 etc. Cit) ? Ils condamnent alors l’attitude "élitiste", voire la "mégalomanie" de celui qui a des réponses simples à tout. D’autres que Saint-Exupéry avaient déjà transmis de telles réponses ; d’autres de ces porteurs de lumière, de solutions aux questions humaines vitales ; il fut suivi également d’autres personnages à fonction d’"ami"-qui-prend-par-la-main (P.P) ("car le véritable enseignement n’est point de te parler mais de te conduire"). Certains les nommeraient sans nul doute aujourd’hui, avec dédain, des "gourous", si un phénomène de mode...ou de conscience faisait redécouvrir "en grand" les Gide, les Rimbaud, Georges Sand, etc... Qui avaient tenté de véhiculer certaines vérités de base...Et les calomnieraient, leur lançant des traits, des flèches -lignes de tir en contre- offensive de ceux à qui leurs lignes de conduite ou leurs lignes "inspirées" déplaisaient !

"Les calomnies dont il est l’objet... Ses ennemis..." notent les éditeurs de Citadelle : ce sont d’autres lignes de force, celles de "celui qui cherche à connaître". Celles de Saint-Exupéry sont celles de celui qui "sait que l’esprit seul gouverne les hommes et qu’il les gouverne absolument" et voit "l’arrangement" (388 etc. Cit).

Lui, il demeure serein, éternel, rappelant éternellement : "Je t’ai dit qu’il fallait des objets reliés, pour te faire communiquer avec des trésors de plus en plus vastes" (367, 298 Cit ).

Les autres "s’écorchent aux ronces ( ), luttent contre le fouet des rafales" (234 Cit.) ; "leur liberté, c’est la liberté de n’être point"; On n’est "plus que partage de provisions dans une réalité haineuse", "dans la hargne de (son) voisin, la jalousie de (son) égal, l’égalité avec la brute" (284,285 Cit.)... Non ! crie Saint-Exupéry à longueur de page, à toutes les lignes : "J’espère, moi, que l’on me donne le meilleur. Car, alors seulement, vous voilà grands" (366 Cit). Que l’on crée le meilleur ! "Il s’agit de la soumission, non de chacun à tous mais de chacun à l’œuvre et chacun force les autres de grandir" (153 Cit.). Pas pour paraître, pas pour gagner de l’argent, de la considération, du pouvoir ; pas pour être mieux dans sa société "fourmilière" (117 Cit.) ! Non ! pour la seule plénitude, la seule force manifestée pour "inventer un empire où tout simplement tout soit fervent", où tout soit lié par " le nœud divin qui noue les choses" (61,347 Cit) : Au delà du psychologique, du personnel, de la personnalité, de l’humain !

La perfection" tout simplement !
Et "la perfection", c’est l’échange en Dieu" (88 cit.)... et c’est l’initiation au sens véritable du mot et du concept !

Emm\ rv\ Mon\ &Den\ Mou\

 

Source : http://www.ledifice.net

Lire la suite

Le nombre 33

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #symbolisme

Selon R. Allendy, "ce nombre montre l'activité libre de l'être dans l'organisation du monde. (...) Il montre la créature libre liée aux plans du Créateur par des liens de justice et d'amour ou par des intermédiaires providentiels". Ce nombre se voit ainsi relié au Karma ‑ 3 + 3 = 6.

 

Ce nombre est un multiple de 11 dont les deux unités antagonistes se sont élevées à l'harmonie en se développant chacune en un ternaire, éloignant ainsi le danger de la tentation, selon Lacuria. R. Allendy rajoute que l'activité de l'individu s'ajoute harmonieusement à la réalisation cosmique de l'Archétype: c'est pourquoi 33 ne revêtirait jamais d'acception défavorable.

Le 11 symbolise la maîtrise sur le plan matériel, le 22 sur le plan mental, le 33 sur le plan spirituel.

Le 33 représente la conscience spirituelle, le développement par l'expérience et un désir de l'atteinte d'un plan plus élevé de servir.

Au Japon, le 33 est un signe porte malheur car il se dit SAR‑ZAN, qui signifie aussi 'malheur sans issue'.

 

Bible

Le Christ dans les évangiles accomplit 33 miracles dont 24 furent des guérisons. 

Nombre de jours suite à la circoncision du prépuce de l'enfant où la mère devait purifier son sang, selon la loi de Moïse. Elle ne devait toucher à rien de consacré et ne pas aller au sanctuaire jusqu'à ce que les 33 jours se soient écoulés. (Lv 12,4‑8)

David régna 33 ans à Jérusalem. (1 Ch 3,4)

Jacob eut de sa première femme Léa 33 enfants, en comptant sa fille, ses fils et ses petits-fils. (Gn 46,15)

Il existe 33 docteurs de l'Église, ou théologiens, auxquels l'Église Catholique Romaine reconnaît une autorité particulière de témoins de la doctrine. La liste des 32 derniers est donnée dans "Théo, Nouvelle encyclopédie catholique", Droquet et Ardant, Fayard, 1989, p. 23. Il y a trente hommes et trois femmes - Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, Catherine de Sienne et Thérèse d'Avila, qui attendu 1970 pour être reconnue docteur de l'Eglise -, un docteur laïc - Catherine de Sienne -, et un autre qui écrivit en français - François de Sales. Il ne faut pas confondre les docteurs de l'Église, dont la liste est officielle et arrêtée, avec ceux de la Foi, théologiens auxquels la tradition a donné des surnoms de docteurs, mais qui n'ont pas été reconnus par le canon de l'Église.

La trente‑troisième année d'une personne, c'est l'âge parfait, celui du plein développement, selon Marie d'Agréda.. C'est à cet âge que Jésus‑Christ fut crucifié et que Krishna, le dieu aux 16000 épouses et aux 180000 fils, mourut pour racheter le Karma de l'humanité. Saint Joseph avait aussi 33 ans lorsqu'il prit pour épouse la Vierge Marie, selon les visions de Marie d'Agréda. Et selon certains auteurs, c'est l'âge qu'aura l'antéchrist au moment de son avènement.

C'est le nombre de promesses dites par le Seigneur pour ceux qui feront les neuf premiers samedis du mois, dédiés à la Vierge Marie. Elle‑même aurait ajouté une promesse supplémentaire pour inciter les gens à cette pieuse pratique. 

Selon les révélations reçues par Mary Jane Even, la Vierge Marie n'aurait jamais changé d'apparence physique depuis sa 33e année sur terre, sa beauté étant à la fois intérieure et extérieure.

Dans les révélations données par Jésus à JNSR, on peut y lire: «Mes 33 ans de vie sur la Terre portent le chiffre de Ma Très Sainte Trinité: 3 x 3 = 9.» (série de livres Témoins de la Croix, J.N.S.R., "Vivez avec Moi les Dons de Dieu Terre Nouvelle Cieux Nouveaux", Actes des apôtres, 4, 1ère partie, Editions Résiac, 2000, page 178).

Le Chapelet du Précieux Sang comporte 39 grains. Cette pratique de piété s'accomplit par la récitation de 33 Notre Père en mémoire des 33 années de la vie terrestre de Jésus. Durant cette récitation, on réfléchit sur les sept principales circonstances où par amour pour nous et pour notre salut, l'Homme Dieu a donné tout son sang: la circoncision, l'agonie, la flagellation, le couronnement d'épines, la montée au calvaire, le crucifiement et le coup de lance. En comptant les sept Gloire au Père, un total de 40 prières sont récitées.

Docteur de l'Église et baptisé par Saint Ambroise à l'âge de 33 ans, Saint Augustin était avant cela un adepte du manichéisme.

Les 33 litanies des anges.

Il y eut 33 apparitions de Notre-Dame à Beauraing en Belgique du 29 novembre 1932 au 3 janvier 1933.

La Basilique de Saint Pierre à Rome compte 33 chapelles: 29 dans la Basilique elle‑même et 4 de plus dans la crypte.

Une femme, nommée Mirna et demeurant à Damas, vivrait dit‑on des phénomènes plutôt mystiques. Ses mains se mettent parfois à suinter de l'huile et elle souffre quelque fois les plaies du Christ. La Vierge lui serait apparue à 33 reprises. Et la dernière fois qu'elle lui est apparue Elle lui aurait dit qu'Elle ne reviendrait plus jusqu'à ce que les dates de Pâques soient unifiées.

Le rosaire de la Sainte Trinité, tel que révélé par la Vierge Marie à C. Alan Ames en 1993 (paru dans son livre "Au travers des yeux de Jésus", Editions du Parvis) compte en tout 37 prières: soit 33 Notre Père, 3 Gloire soit au Père et une fois la prière Salve Regina dite à la fin.

A Rome aux Trois Fontaines, samedi le 12 avril 1947, la Vierge Marie apparue à un protestant, nommée Bruno Cornacchiola, au moment où ce dernier s'apprêtait à rédiger un article virulent contre l'Immaculée Conception et contre l'Assomption de Marie. Suite à ce fait, il se convertit à la religion Catholique. Trente-trois ans plus tard, jour pour jour, de la première apparition, soit le 12 avril 1980, le samedi après Pâques (non seulement la date mais la fête liturgique coïncident), plus de trente mille personnes ressemblés sur la colline des eucalyptus pour la messe anniversaire furent témoins du miracle du soleil comme il se produisit à Fatima (sauf que le soleil ne menaçait pas de fondre sur la terre).

Le calendrier musulman est bâti sur des mois lunaires exacts, 6 de 29 et 6 de 30 jours, soit 354 jours. Les fêtes sont fixées par rapport à ces mois et se déplacent dans l'année suivant un cycle d'environ 33 ans.

La tradition hébraïque distingue 32 voies de la Sagesse auxquelles elle ajoute Aïn Soph ou l'inconnaissable.

Les 33 divinités, divisées en trois classes, invoquées dans les chants du Rig‑Veda.

Les livres zends nous représentent le génie solaire entouré de 33 dieux atmosphériques. 

Après un jeûne de 40 jours, Bouddha quitta le désert pour aller exercer son apostolat et il fut suivi de 33 princes des génies auxquels il remit les instruments sacrés dont s'accompagnent les musiciens dans les pagodes. Une légende veut également que 33 Arhats répandirent le Bouddhisme.

Dans sa Divine Comédie, Dante consacra 33 chants au Purgatoire et 33 chants au Ciel.. 

Les 33 grades (ou degrés d'initiation) de la hiérarchie franc-maçonnique, divisibles en 3 séries de 11. Et 33 membres composent le Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France.

L'iconographie bouddhiste connaît 33 représentations différentes d'Avalokiteshvara, qui se distinguent d'après le nombre de têtes, de bras et la nature des attributs du personnage. On le montre souvent avec mille bras et mille yeux, onze visages et mille bras, etc. Il porte généralement une petite effigie du bouddha Amitâbha dans sa coiffure; c'est son principal signe distinctif.

Chuang‑tzu, sage taoïste qui véçu au environ de 369‑286 avant J.‑C., est l'auteur d'une oeuvre, connue sous le titre de Livre véritable du pays des fleurs situé au sud (Nan‑hua chen‑ching). Elle comporte au total 33 livres dont les sept premiers constituent les chapitres dits «intérieurs». Les quinze chapitres «extérieurs» et les onze chapitres «mixtes», en revanche, sont selon toute vraisemblance l'oeuvre de ses disciples.

Le Huai‑nan‑tzu est un ouvrage philosophique du 2e siècle avant J.‑C. contenant des textes rédigés par des lettrés regroupés autour de Liu An, prince de Huai‑nan. A l'origine, cet ouvrage était composé de 21 «chapitres intérieurs» contenant les idées taoïstes, et de 33 «chapitres extérieurs» consacrés aux philosophies non taoïstes. Seuls subsistent aujourd'hui les chapitres dits intérieurs.

Le chapelet musulman est divisé en trois séries de 33 grains. Il rappelle la présence de Dieu à toute action.

Chez les Evhé, en Afrique, le nombre onze est essentiellement mis en valeur par le 33 (3 x 11) et le 44 (4 x 11). Le 33 mesure en lunaisons la durée de formation et de règne du prêtre-roi. Quant aux jeunes épouses rituelles de ce dernier, elles se font initier durant 44 lunaisons. Par ailleurs, 33 est le nombre de tranches de 12 heures (c'est-à-dire de jours et de nuits) durant lesquelles se poursuivent les cérémonies d'initiation à Afa (divinité de la géomancie) ou aux grandes divinités vodu.

Chez les Mwaba-Gurma du Togo du nord, en Afrique, 33 cauris (petits coquillages qui servaient autrefois de monnaie) sont remis à l'officiant à l'issue d'une initiation d'homme, et 44 cauris à l'issue d'une initiation de femme.

Il existerait plusieurs exercices aux effets de vitalité et de rajeunissement sur le corps physique tels que pratiqués par les moines tibétains depuis des siècles. L'un d'entre eux consisterait à tourner sur soi-même au moins une fois par jour, c'est-à-dire à tourner de la gauche vers la droite en centrant notre regard sur notre pouce, le bras étendu, tout en comptant le nombre de tours afin d'en faire exactement 33.

L'alphabet russe d'autrefois comportait 36 lettres. De nos jours, seulement 33 lettres sont utilisées. Ce changement fut apporté par Pierre le Grand, tsar de Russie, en 1705.

Nombre de jours du cycle "intellectuel" dans le biorythme. 

Le logo des Nations Unies représente un globe terrestre divisé en 33 parcelles. Et on compte 13 épis à gauche et à droite du globe, et 13 lettres des deux mots "Das UNO‑Emblem".

Un nombre hautement significatif chez les Franc-maçons, étant un de leurs nombres sacrés. Voir le nombre 33 dans un endroit étrange ou inapproprié, signifie qu'il y a des chances qu'un Franc-maçon ou un membre d'un groupe affilié en soit responsable.

La quantité de lunes orbitant autour de la planète Saturne.

Nombre total de vertèbres de la colonne vertébrale du corps humain, dans lesquelles passent 33 paires de groupes nerveux.

Parmi les abréviations utilisées en télégraphie et en téléphonie, et qui sont employées mondialement, on retrouve le nombre 33 qui a pour signification "fondest regards". Par exemple, les femmes radioamateurs s'en servent parfois pour terminer leur conversation.

Anniversaire de mariage: noces de porphyre.

 

Guématrie

Les valeurs numériques des mots hébreux ABL (aleph, beth, lamed; 1+2+30=33) signifiant douleur, chagrin, tristesse, action de pleurer, BLA (beth, lamed, aleph; 2+30+1=33) signifiant l'action de détruire, et GL (guimel, lamed; 3+30=33) signifiant se réjouir, fontaine, source d'eau, donne chacun 33.

 

Occurrence

Le nombre 33 est employé 6 fois dans la Bible.

Dans la Bible, 33 nombres sont multiples de 11 et 33 autres sont multiples de 18. Cinq livres de la Bible utilisent le nombre 33. Dans le NT, sept chapitres ont 33 versets et 33 nombres écrits sous leur forme cardinale sont multiples de 12. La somme des occurrences de tous les nombres de la Bible multiples de 19 donne 33.

Le mot parabole se trouve 48 fois dans les quatre évangiles. En décomptant de ces textes les passages parallèles, le chiffre total d'emplois différents se réduit à 33. Les mots croix et diable sont employés 33 fois dans le NT et le mot maladie, 33 fois dans l'AT. Les mots langage, jeûne, tribulations, miracle et le verbe blasphémer sont employés 33 fois dans la Bible. [23, 34, 35]

Par 33 fois dans le Coran Jésus est désigné comme étant le fils de Marie.

 

par Steve DEROSIER publié dans : Symbolisme

 

Lire la suite

Planche : La Règle ou jauge de 24 pouces

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Planches

Dans les anciens rituels, la règle est appelée jauge de 24 pouces. Elle correspond au temps immuable, à la Grande Règle de l’Ordre Universel. Selon Boucher, le sens général que l'on donne à la règle est "Précision dans l'exécution". Cette définition souligne un aspect important du travail d'un franc-maçon. La précision dans l'exécution ou l'exécution précise. Le souci de précision réduit la probabilité d'échec et permet d'atteindre exactement le résultat escompté de l'action. Cela permet de ne pas perdre du temps et de l'énergie en s'égarant dans des errements inutiles. Enfin, la précision dans l'exécution permet d'éviter des externalités, des coûts collatéraux que son action peut faire subir à des tiers.

Boucher divise les outils symboliques en outils actifs (le compas, le maillet, la perpendiculaire et le levier) et outils passifs (l'équerre, le ciseau, le niveau, la règle). "Passif" revoie à la matière tandis que "actif" renvoie à l'esprit. On observe que la règle est un outil symbolique actif qui se combine aisément avec un certain nombre d'autres outils actifs ou passifs.

On conçoit facilement l'utilisation possible de la règle si l'on garde à l'esprit que, sur le plan opérationnel, elle sert à mesurer, tracer et limiter.

Mesurer

Mesurer, c'est définir en fonction d'une échelle choisie la valeur que l'on accorde à ce qui est mesuré. Dans le travail, cela revient à estimer l'énergie que l'on envisage mettre dans un effort et à déterminer à l'avance le résultat auquel on aboutira.

La règle sert également à compter. Selon Boucher, elle est souvent associée aux 24 heures de la journée, qui doivent être entièrement et convenablement employées.  La règle se combine alors avec le maillet pour constituer le fondement de la volonté dans l'application. On peut imaginer un maillet virtuel pour différentier les actions les unes après les autres au cours de la journée.

Mais la mesure renvoie aussi au sens de la proportion et de la nuance. Il faut souvent mesurer et doser ses paroles pour modérer un conflit, tempérer un emportement ou ménager des susceptibilités. Si on garde à l'esprit que la truelle symbolise bienveillance envers tous, on comprend alors le lien possible entre la règle et la truelle.

 
Tracer

Outil nécessaire pour tracer une ligne, la règle permet de définir l'emplacement des matériaux de construction. Sur le plan purement spéculatif, cela revient à baliser son action en vue de construire l'édifice conformément au plan du Grand Architecte de l'Univers. Ce qui demande beaucoup de persévérance car il faut continuellement se frayer le chemin dans le tumulte et l'agitation. Il faut continuellement revenir au plan tracé et ne pas se distraire de son objectif. La règle sert ainsi à agencer ce qui est épars, à articuler ce qui ne l'est pas.


La règle sert à tracer la voie. Dans ce sens, elle fait référence à la méthode, la marche à suivre. L'objectif de celle-ci est de structurer la pensée dans le but ultime d'échafauder des plans, d'édifier une construction. Le résultat de cette construction peut être matériel ou non-matériel. Il faut de la méthode pour classifier, combiner, discipliner, organiser, chercher. Cependant, toute recherche nécessite du discernement. Le discernement étant la signification que l'on accorde au ciseau, on saisit le sens qui peut être donné à la combinaison règle-ciseau.

La méthode sous-entend la définition du chemin à suivre, d'une ligne de conduite ou d'une procédure afin de ne pas s'égarer. Il y a autant de règles que d'objectifs à atteindre. En mathématiques et en statistiques, on parle de formule. Par ailleurs, on parle de recette de cuisine, de stratégie politique, de théorie philosophique, de technique médicale … Afin d'être précis dans l'action, il faut de la méthode pour arriver aux fonds des choses. L'observation profonde n'est-elle pas la signification de la perpendiculaire ?

Limiter

Mesurer ses paroles et ses actes revient à deviner les conséquences de ceux-ci en avance. Cela permet de les limiter pour ne pas dépenser plus d'énergie qu'il n'en faut. Ni peu, ni trop, juste ce qu'il faut.

En renvoyant à la loi, la règle définit les limites de l'action. Dans ce sens, elle impose la rectitude dans l'action. Le respect de la règle rend prévisibles les actions menées par les individus. Il définit une ligne autour de laquelle viennent s'harmoniser les actions individuelles. Dans ce sens, la règle permet de restreindre l'action individuelle afin de la rendre conforme à l'action collective. En rappelant à l'ordre, la règle permet de rester droit, comme le suggère l'équerre.

Le travail à la gloire du Grand Architecte de L'Univers est une action collective. Pour y arriver, notre action individuelle doit suivre certaines règles.

Permettez-moi de faire un détour par l'arithmétique. Le fait que l'on arrive aux résultats suivants peut avoir une signification. Combiner la signification des chiffres avec celle des opérations qui permettent d'y arriver doit aussi permettre d'accéder à d'autres connaissances. Pour l'instant, ces opérations se sont simplement  imposées à mon esprit.

Nous savons que 3 est le chiffre de l'Apprentissage.

Si nous divisons 24 par 3, nous obtenons 8. 8 h de travail, 8 h pour divertir l'esprit et 8h de repos.  A noter qu’auparavant, selon le manuscrit « L’initiation il y a deux cents ans » , la règle de l’Initié se subdivisait en 4 x 6 heures, soit 24 heures qui s’articulaient ainsi : 6 h pour travailler, 6 h pour servir Dieu, 6 h pour servir un ami ou un frère, sans que se soit à notre détriment ou celui de notre famille, et 6 h pour dormir.

Le nombre 24  est composé de 2 et de 4. Combinons ces deux chiffres et voyons ce que cela donne :

2 x 4 = 8 Nous étions arrivé à ce chiffre précédement.
2 + 4 = 6
24 : 6 = 4
4 x 3 = 12
12 è minuit ou midi, l'heure à laquelle les A\ commencent et terminent leurs travaux.

Reprenons le chiffre 6 :

2 + 4 = 6
24 - 6 = 18
18 : 6 = 3
3 è le chiffre de l'Apprenti.

Voilà quelques opérations arithmétiques simples. Je n'ai pas d'interprétation à proposer. Peut-être que ceux qui ont connaissance du symbolisme des opérations arithmétiques et des chiffres peuvent nous éclairer sur ces résultats.

Voici enfin une description de l'utilisation de l'outil symbolique de la règle dans la vie quotidienne.

La règle permet de faire une analogie entre le temps et l'espace. Elle a une connotation d'orientation, car elle est graduée de 0 à 24 pouces. Dans l'exécution journalière de mes tâches, cette graduation renvoie à une progression. C'est à dire que ce que je fais à un moment donné est supérieur (en quantité et en qualité) à ce que j'ai fait auparavant et inférieur à ce que je ferais plus tard. La distance que j'ai parcourue à un moment donné est supérieure à celle que j'avais parcourue auparavant et inférieure à celle que j'aurai parcourue plus tard. La réalité de chaque moment que je vis est définie par ce qui le précède et ce qui le suit. Mais tous ces instants contribuent à un même objectif : la perfection. Chaque moment contient les 3 étapes du travail : préparation, action et correction des erreurs éventuelles. A chaque moment, pendant que j'agis conforment à ce qui avait été précédemment planifié, je corrige les erreurs involontairement commises  et prépare l'action future.

Donc, en résumé, la règle utilisée à bon escient amène le maçon à en faire usage pour trouver la mesure, l’ordre inhérent à toute chose, la discipline au quotidien, la présence dans l’instant, l’attention à tout ce qu’il fait, la constance dans une ligne de conduite librement choisie pour l’édification de son Temple intérieur.

 

J’ai dit, V\M\ 

 

source : http://www.ledifice.net

Lire la suite