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Hauts Grades

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Lettre de Bacon de la Chevalerie à JB Willermoz(1775)

14 Août 2008 Publié dans #histoire de la FM

Je ne sais, Monsieur, ce que l'on a pu vous répéter. d'alarmant pour l'Ordre des Elus Coëns et particulièrement pour ma gloire - il est vrai, j'ai parlé de la science de Martines et de sa friponnerie, mais des secrets de l'Ordre je n'ai rien révélé, il s'en trouve beaucoup plus d'écrit dans l'Encyclopédie à l'article Rose-Croix que je n'en ai dit aux personnes à qui j'en ai parlé.

Je ne suis ni enthousiaste, ni parjure, j'ai été effrontément trompé par un fripon, insulté par d'honnêtes gens, sur la foi de ce même fripon, connu d'eux pour tel : j'ai voué mon indignation au premier, il l'a emportée au tombeau, et ma pitié aux derniers.

Il me reste un profond mépris. En outre, pour tout ce qui était illusoire dans ce qui m'a été montré quoique je conserve une pente à croire qu'en effet il existe quelque réalité dans la science dont ce coquin de Martines s'était établi professeur et cette entreprise ne rendait qu'à l'orgueil humain.

Quant aux serments qu'on a exigés de moi sans connaissance de cause, j'ai été forcé de les apprécier par le mépris que Martines en a fait lui-même par celui que vous et les autres R. + en avez fait.

Mais je n'ai point à me reprocher d'y avoir manqué. J'en ai cent fois moins dit que Martines en une seule conversation n'en a dit à des profanes, à des femmes, entre autres à Mme la Comtesse de Lusignan.

J'ai pu parler des invocations, mais n'ai prononcé ni aucun mot de puissance, ni aucun de nos formes. Je n'ai fait aucun usage de l'autorité qui m'a été confiée, que je conserve parce que nulle créature humaine peut me la ravir ; que des hommes aveugles et livrés à un instant d'inconséquences ont crû trop légèrement, que j'avais perdue. J'ai souffert sans aigreur et sans murmure les effets de leur faiblesse, mais je ne souffrirais pas de même que l'on me taxât de manquer à mes engagements. Ceci exige un long commentaire. Je ne réponds à votre lettre que sommairement, mais quand vous le voudrez, nous donnerons toute l'extension lit ma réponse dont elle est susceptible.

J'aime, je reconnais, et je respecte la franchise avec laquelle vous m'avez parlé, mais je plains l'aveuglement qui vous a rendu ainsi que les autres injuste envers moi.

Je vous embrasse mon cher Willermoz, de tout mon cœur.

ADDITIF sur la succession de Martinez de Pasqualy :

Selon M. René Philipon , Bacon de La Chevalerie fut destitué par Martines, en 1772, peu avant son embarquement et fut remplacé par De Serre. Une information toute différente est donnée par. le Prince Chrétien de Hesse-Darmstadt (in ordine Christianus Eques a Cedro Libani), dans son carnet de notes autographes où il reproduit une note qu'il avait écrite le 12 janvier 1782 dont voici la traduction de la partie se rapportant à ce fait :

"Ayant décidé un voyage, il (Martines) élut pour son successeur un nommé Bacon de La Chevalerie et au-dessous de lui cinq autres.

1. Saint-Martin, qui est devenu célèbre par le livre Des Erreurs et de la Vérité. Il vit à Paris, près de la marquise de La Croix qui le maltraite assez durement, ce qu'il subit avec patience pour pouvoir toucher sa pension du Roi.

2. Willermoz est le second. Il vit à Lyon et a une bonne tête, mais il se tourmente le jour et la nuit pour augmenter ses revenus : il ne possède plus de proches parents et ne compte pas parmi les marchands vendant bon marché. En outre, il a un esprit très despotique, mais il est d'une vertu stricte. Il a introduit l'ordre de Martines dans la Franc-maçonnerie et en a caché l'origine réelle.

3. Desert ou Deserre, officier d'artillerie est le troisième, il vit à part. Il a eu dans sa jeunesse des querelles avec son frère cadet et, à cause de ces différents, préfère distribuer sa fortune à ses amis, plutôt que de la laisser à ses neveux.

4. Du Roi d'Auterive est le quatrième. Celui-ci a (dit-on) prétendu le 10 pour cent (c'est-à-dire qu'il pratiqua l'usure). Mais ce fait n'est pas complètement prouvé. Il vit, du reste, honnêtement et est toujours jovial. Il donne beaucoup aux pauvres, et sans faire montre d'une vertu austère, il est profondément pieux.

5. Le cinquième (de Lusignan) ne m'est pas encore connu d'une façon certaine pour que je puisse en parler.

Ces cinq personnages n'ont pas voulu reconnaître Bacon de La Chevalerie comme chef, parce qu'il est encore très inconstant dans la vraie discipline de la vie .

Le Prince poursuit :

Le fils de Pasqualis est à peu près dans sa quinzième année ; on l'élève de façon à ce qu'il puisse être un jour le successeur de son père. L'abbé Fournié qui reçoit une pension de la Loge des Amis réunis, est son instituteur.

D'où le Prince Chrétien a-t-il tiré ces informations ?

Il le dit lui-même dans une lettre, rédigée en français, au Grand Profès Metzler, sénateur de Francfort-sur-le-Main :

Dans une conférence que j'eus avec le Marquis de Chef de Bien d'Armissan, eques a capite galeato 1753- 1814, à Strasbourg, au mois de janvier 1782, j'appris que Don Martines Pasqualis était le Chef de cette secte ; qu'elle avait un tout autre but que la Franche Maçonnerie et qu'elle y avait été entée par l'inconsidération d'un des chefs de cette secte. Pasqualis prétendait que ses connaissances venaient d'Orient, mais il était à présumer qu'il les avait reçues de l'Afrique. Avant de quitter la France, Pasqualis institua pour son successeur Bacon de La Chevalerie et sous lui cinq supérieurs. (Suivent les cinq noms rapportés dans le carnet de notes.)

Dans les communications du marquis de Chef de Bien transpire son animosité contre tout ce que l'on peut appeler "Martinisme ". Cela peut même être considéré comme une preuve de la vérité du récit. Enfin, la façon d'écrire les noms s'accorde bien avec le fait qu'ils ont été communiqués de vive voix.

Il se pourrait fort bien que Martines n'ait pas du tout destitué son substitut général Bacon de La Chevalerie, mais qu'avant de s'embarquer, il ait renforcé son Tribunal Souverain.

 

 

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Lettres de JB Willermoz à Charles de Hesse-Cassel(1781)

14 Août 2008 Publié dans #histoire de la FM

8 juillet 1781

Pour pouvoir faire mieux connaître à V.A.S. sur quoi je fonde moi-même ma propre opinion, je devrai remonter à des définitions générales, telles que je les connais dans cette matière.

Je dirai donc d’abord qu’il me paraît essentiel de ne pas confondre la vraie Maçonnerie avec la Maçonnerie symbolique. L’une renferme en elle une science très vaste dont elle est le moyen, l’autre est sous une dénomination conventionnelle l’école dans laquelle on étudie d’une manière préparatoire cette science voilée sous des figures. L’une doit être, sous différents noms, aussi ancienne que l’existence même de l’homme dégradé ; l’autre est beaucoup plus moderne, quoique déjà fort ancienne, et sa dénomination actuelle paraît devoir être nécessairement postérieure à la dernière révolution qu’à subi le temple de Jérusalem, qui est devenu son type fondamental. Cette école étant née dans le silence du mystère et du secret, l’époque de sa naissance reste perdue dans l’obscurité des siècles qui se sont écoulés depuis le dernier saccagement du Temple. Je ne pense pas que l’on puisse jamais parvenir à lui assigner incontestablement une époque fixe. Je ne pense pas non plus à persuader que les Chev. T. les instituteurs de la vraie maçonnerie ni même de la symbolique, soit à l’époque de la fondation, soit à celle de la destruction de leur ordre, cette assertion sans preuve étant démontrée par les Annales maçonniques anglaises, lesquelles quoique contestées, aussi sans preuves, seront toujours d’un grand poids contre elle. Mais je ne répugne point de croire, sans cependant en être persuadé, que cette institution secrète, déjà existante avant eux, ait été la source d’eux ; qu’elle ait même servi, si l’on veut, de base à leur institution particulière ; qu’ils aient cultivé et propagé par elle pendant leur règne la science dont elle était le voile et qu’ils se soient ensuite couverts de ce voile même pour perpétuer parmi eux et leurs descendants la mémoire de leurs malheurs et essayé par ce moyen de les réparer. Tout cela, quoique dénué de preuves suffisantes, ne répugne pas néanmoins à la raison, et pourrait être admis au besoin comme plus ou moins vraisemblable. Les annales anglaises déjà citées font mention d’une grande loge nationale tenue à York l’an 926, c’est-à-dire environ deux siècles avant la fondation de l’Ordre des prétendus instituteurs de la Maçonnerie ;  Elles avouent aussi qu’il existait des maçons avant cette époque en France, en Italie et ailleurs, et certainement l’amour-propre national anglais aurait supprimé cette anecdote si elle n’avait pas quelque fondement réel. Il est donc vraisemblable que l’ordre du T. institué au commencement du XII° siècle et dans le pays même qui est réputé avoir été le berceau des principales connaissances humaines, ait pu participer à la science maçonnique, la conserver et la transmettre indépendamment des autres classes d’hommes qui ont pu en faire autant. En un mot, si le prochain congrès général est d’avis de conserver des rapports maçonniques avec l’ancien Ordre du T., je ne vois nul inconvénient à présenter cet Ordre comme ayant été dépositaire des connaissances maçonniques et conservateur spécial des formes symboliques ; mais j’en verrai beaucoup à le présenter comme instituteur, parce que l’on pourrait trouver toujours et partout des contradicteurs très incommodes.

Je reviens donc au fond de la question. Je pense qu’il existe pour l’homme actuel une science universelle par laquelle il peut parvenir à connaître tout ce qui se rapporte à son composé ternaire d’esprit, d’âme et de corps dans les trois mondes créés, c’est-à-dire dans la nature spirituelle, dans celle animale (1) temporelle et dans celle élémentaire corporelle. Je ne fais point ici mention du quatrième monde, le divin, parce qu’il n’est plus donné à l’homme dans son état actuel d’y lire immédiatement, et si parfois il y lit encore, ce n’est plus que subsidiairement. Par cette science il peut espérer de s’approprier les vertus des trois mondes et de s’en procurer les fruits. La science universelle, embrassant les trois natures, se subdivise aussi en trois classes ou genre de connaissances naturelles et relatives ; et chacune de ces classes est encore susceptible de subdivisions particulière, ce qui multiplie beaucoup les branches des connaissances humaines. Mais comme les deux natures inférieures (2) sont pour ainsi dire confondues en une seule qui est dénommées nature sensible, il en résulte que toutes les connaissances qui s’y rapportent sont aussi confondues en un seul et même genre qui embrasse plusieurs espèces, d’où il résulte que ceux qui en suivent spécialement une espèce ne s’entendent pas toujours avec ceux qui en suivent une autre, quoique du même genre.

Je diviserai donc la masse entière des connaissances en deux genres seulement, et pour les distinguer je nommerai l’un supérieur et l’autre inférieur, mais, comme l’un et l’autre sont exclusivement du domaine de l’être intellectuel ou actif de l’homme, et nullement du ressort de sa nature inférieure passive, le premier peut augmenter son bien-être temporel par le secours des deux genres et multiplier par eux les jouissances propres à sa nature et à son état actuel mixte. (3)

Cependant la première espèce sera toujours supérieure relativement à son but qui est tout spirituel. Par elle l’intelligence, se dégageant en quelque sorte du sensible auquel elle est liée, s’élève à sa plus haute sphère, et je suis fondé à croire que dans celle-là se trouve la connaissance du vrai culte et du vrai ministère sacerdotal, par lequel le ministre offre son culte à l’Eternel par la médiation de notre divin seigneur et maître J.-C. pour la famille ou la nation qu’il représente. C’est aussi dans celle-là seulement (4) que j’ai reçu des lumières et des instructions et dans laquelle j’ai eu le bonheur d’acquérir quelques preuves qui feront toujours la consolation de ma vie. Peut-être aussi ai-je trop négligé les occasions de m’instruire de ce qui concerne la classe que je nomme inférieure ; du moins je me le suis reproché depuis que j’ai eu lieu de me persuader que les connaissances de celle-ci peuvent servir d’échelons pour arriver à la première et peut-être aussi de moyens pour y opérer plus virtuellement, mais j’ai été longtemps combattu par la crainte d’être trop attiré par l’appât des succès dans la sensible et d’être par là excité à m’arrêter au milieu de ma route comme cela est arrivé à plusieurs autres ; de sorte que m’étant toujours efforcé de planer au-dessus du sensible et ayant été toujours soutenu dans mes efforts par quelques succès rares à la vérité, mais certains, je n’ai vu que les superficies des connaissances qui s’y rapportent et je n’en ai point sondé la profondeur, ce qui fait que je suis peu en état de les bien dessiner et de bien déterminer ni leur espèce ni leur étendue, et par cette raison je me suis déterminer à chercher de nouveau et à saisir les occasions que j’ai négligées ci-devant de m’instruire dans les connaissances de celle-ci. Si j’y parviens, ce sera alors seulement que je pourrai juger plus sainement l’ensemble du tout et apprécier chaque partie ; peut-être aussi devenir plus utile à d’autres que je ne puis l’être à présent.

Je ne doute donc pas que la 2è classe ne renferme des connaissances très précieuses pour l’homme et si je la nomme inférieure, c’est seulement par comparaison à l’objet à l’objet unique de la première car dans la nature tout est grand, utile, majestueux et sublime pour celui qui y cherche avec une intention pure. Mais aussi on y voit plusieurs systèmes très différents qui ont néanmoins beaucoup d’analogie entre eux dans leurs buts ou dans leurs moyens. Je n’entends parler ici que de ceux qui peuvent conduire à quelques connaissances des sciences naturelles, et nullement de ceux qui n’ont aucun rapport direct avec celles-là. Je ne veux même pas faire mention de la science de l’évocation des esprits que quelques-uns, surtout en Allemagne, ont appliquée à la maçonnerie, parce que ce qu’il y a de bon dans cette science appartient à une classe plus élevée et ce qui s’y trouve de mauvais devrait être toujours ignoré ; je ne citerai même que les principaux de ceux qui en ce genre sont venus à ma connaissance.

L’un prétend que la maçonnerie enseigne l’alchimie ou l’art mercuriel de faire la pierre philosophale et voudrait voir les Loges meublées de fourneaux et d’alambics.

L’autre, dédaignant l’art mécanique des souffleurs et même l’or qu’ils cherchent avec tant d’ardeur, donnent un sens plus relevé à la science hermétique et paraît employer pour son œuvre d’autres moyens. Il fait espérer qu’en retrouvant la parole perdue que cherchent les maçons, on obtiendra une panacée universelle par laquelle on guérira toutes les maladies humaines et on prolongera la durée ordinaire de la vie.

Un autre enfin, prenant un vol encore plus élevé prétend qu’on enseigne aux vrais maçons l’art unique ou la science du grand œuvre par excellence par laquelle selon lui l’homme acquiert la sagesse, opère en lui-même le vrai Christianisme pratiqué dans les premiers siècles de l’ère chrétienne et se régénère corporellement en renaissant par l’eau et par l’esprit selon le conseil qui fut donné à nicodème qui s’en effraya. Celui-ci assurant qu’il connaît la vraie matière de l’œuvre ainsi que les vrais vases, fourneaux et feu de la nature par lesquels il l’opère, assure aussi que par la conjonction du soleil et de la lune et en pratiquant exactement ce qui est indiqué emblématiquement par les trois premiers grades symboliques, il sera produit un enfant philosophique, par les vertus duquel le possesseur prolongera aussi ses jours, guérira les malades et spiritualisera pour ainsi dire son corps, s’il a eu assez de courage et assez de confiance pour aller chercher la vie jusque dans les bras de la mort. Je m’arrêterai là, ces systèmes et surtout les deux derniers embrassent généralement ce que tous les autres n’indiquent que partiellement.

Je ne puis savoir encore auxquels de ces systèmes celui du Cher Frère baron Haugwitz (5) se rapporte le plus. L’explication qu’il donne des mots Jakin et Boaz, et ce qu’il indique relativement aux propriétés du 3è grade paraît assez ce rapporter à ce que je connais des deux derniers que j’ai cités. De plus, il m’est parvenu par diverses voies que sa Loge à Goerlitz en Silésie a pour but spécial la science hermétique, mais je crois devoir suspendre en tout mon jugement jusqu’à ce que j’ai reçu la traduction dont V.A.S. m’annonce qu’il veut bien s’occuper pour moi.

Quoi que je n’aie aucune notion fixe sur les voies par lesquelles ces connaissances aussi anciennes que le monde se trouvent unies au christianisme et ont même été perfectionnées par lui, je ne répugne point d’admettre la possibilité que Saint Jean l’Evangéliste, qui a traité avec tant d’énergie et de sublimité de l’essence du sacré Verbe divin, ait réuni les anciens professeurs des sciences naturelles  et ait perfectionné leurs connaissances par la lumière de l’Evangile, lesquelles sont ainsi parvenues jusqu’à nous ; mais une telle filiation qui ne serait démontrée que par une simple vraisemblance sera-t-elle de grand poids pour ceux qui cherchent la vérité, surtout si on y fait intervenir sans titre réel l’Ordre des Templiers ? Je crois cependant que tout cela pourrait s’arranger assez convenablement si on ne donne que pour vraisemblable ce qui ne pourrait être prouvé, et non comme certain. Tout dépendra donc du genre de preuves ou de probabilité que le cher Frère baron d’Haugwitz serait en état de produire.

Mais je pense que le point le plus essentiel dans la conjoncture présente, si on veut établir une fois pour toutes dans le régime une base fixe et invariable, est de ne présenter, en ce moment, de réforme aux maçons qu’un but réel et possible dans son espèce et dont l’effet puisse devenir certain pour ceux qui, ayant été suffisamment préparés et éprouvés, suivront fidèlement les moyens qui seraient indiqués par le système même. Si on ne les nourrissait à l’avenir comme par le passé que de principes vagues de théorie, sans leur garantir la certitude du succès de manière de manière à ce qu’ils puissent s’attendre à recevoir indubitablement par la pratique même les effets qui leur seraient promis, il est à craindre que, lassés déjà par bien des promesses illusoire que leur fait en général la Maçonnerie, ils ne s’en lassent tout à fait.

Le système de l’Ordre des Grands Profès diffère essentiellement des précédents en ce que, ne promettant aucun résultat physique et n’annonçant qu’un but spirituel moral à la portée de tous ceux qui y sont admis, il remplit parfaitement le but. Mais si à ce premier on en joint un autre, ainsi qu’il me paraît possible, qui promette quelques succès physiques dans la science naturelle, avant de l’annoncer on doit, ce me semble, s’être assuré de pouvoir donner au Elus des moyens certains de se procurer la preuve de la vérité.

 

(1)   c’est-à-dire, dans la langue de l’époque : qui se rapporte à l’âme.

(2)   La nature corporelle et la nature animale.

(3)   Actuel par opposition à originel, mixte car mi-sensible et mi-spirituel. Provient directement des thèses de M. de P.

(4)   Réau-Croix des Elus Coëns

(5)   Animateur d’une société maçonnico-mystique, les Frères de la Croix et fort prisé par le Prince.

octobre 1781

 

Le Prince avait transmis à Willermoz cinq questions formulées par le baron d'Haugwitz. Elles ont été probablement à peu près les suivantes

1. Qui est l'auteur et, rédacteur des instructions secrètes des grades de Chevaliers Profès et Grands Profès ?

2. Qui est le chef ou Maître en chaire de ces deux grades ?

3. Quel est le but et la constitution de l'Ordre des Elus Coëns ?

4. Quel est le but des instructions des deux grades de Chevaliers Profès et Grands Profès ?

5. Cette fraternité, formée à Lyon possède-t-elle le vrai degrés des Elus ?

Willermoz y répond par une longue épître emplie de détails sur sa propre vie, mais aussi très importants pour l'Histoire de Martines. En voici quelques passages.

 

Lyon, ce 12 octobre

"Pour répondre sommairement aux questions que me propose Votre Altesse Sérénissime, je lui confesse que je suis le seul auteur et le principal rédacteur des deux instructions secrètes de Profès et de Grand Profès qui lui ont été communiquées ainsi que des Statuts, formules et prières qui y sont jointes, et aussi d'une autre instruction qui précède ces deux-là, laquelle est communiquée sans mystère et sans engagement particulier à presque tous les chevaliers le jour même de leur vestition ou seulement quelques jours après ad libitum ; celle-ci qui contient des anecdotes fort connues et aussi une délibération du convent national de Lyon, fait le complément de la réception et prépare de loin aux deux autres qui restent secrètes et dont le susdit convent national n'eut aucune connaissance...

"Au commencement de l'année 1767 j'eus le bonheur d'acquérir mes premières connaissances dans l'Ordre dont j'ai fait mention à V. A. S. ; celui qui me les donna étant favorablement prévenu pour moi par ses informations et examen, m'avança rapidement, et j'obtins les 6 premiers degrés. Un an après, j'entrepris un autre voyage dans cette intention et j'obtins le septième et dernier qui donne le titre et le caractère de chef dans cet Ordre ; celui de qui je les reçus (en fait il est reçu par Bacon de la Chevalerie) se disait être l'un des sept chefs souverains universels de l'Ordre et a prouvé souvent son savoir par des faits : en suivant ce dernier je reçus en même temps le pouvoir de conférer les degrés inférieurs en me conformant pour cela à ce qui me fut prescrit. Cependant je n'en fis nul usage pendant quelques années que j'employai à m'instruire et à me fortifier, autant que mes occupations civiles purent me le permettre ; ce fut seulement en 1772 que je commençai à recevoir mon frère médecin, et peu après les frères Paganucci et Périsse du Luc que V. A. S. aura vus sur le tableau des Gr. Prof. et ces trois sont devenus depuis lors mes confidents pour les choses relatives que j'ai eu la liberté de confier à d'autres.

"Il est essentiel que je prévienne ici V.A.S. que les degrés, du dit Ordre renferment trois parties. Les trois premiers degrés instruisent sur la nature divine, spirituelle, humaine et corporelle ; et c'est spécialement cette instruction qui fait la base de celles des Gr. Profès que V.A.S. pourra le reconnaître par leur lecture ; les degrés suivants enseignent la théorie cérémonielle préparatoire à la pratique qui est exclusivement réservée au 7e et dernier. Ceux qui sont parvenus à ce degré, dont le nombre est très petit sont assujettis à des travaux ou opérations particulières qui se font essentiellement en mars et septembre. Je les ai pratiqués constamment et je m'en suis très bien trouvé... Quoique les premiers des dits grade; soient enveloppés de quelques formes maçonniques qui sont abandonnées dans les grades plus élevés, je reconnus bientôt que cet Ordre avait un but plus élevé que celui que l'on attribuait à la maçonnerie...

"Au commencement de 1778, il s'éleva de grands troubles dans les provinces d'Occitanie et d'Auvergne ; la 1ère n'y voulut prendre aucune part ; la seconde offrit sa médiation : les troubles furent un peu apaisés, mais pour en détruire le germe, la province de Bourgogne désira un congrès national qui peut établir une reforme dans l'administration reconnue défectueuse. Son chancelier le R.f. a Flumine s'adressa à moi pour en faire goûter le projet à celle d'Auvergne ; je crus trouver là l'occasion que je cherchais depuis longtemps : je la saisis , mais ne voulant. pas absolument être reconnu pour l'auteur des instructions secrètes qui paraîtraient, il me fallait des coopérateurs discrets pour m'aider à les produire. Je communiquai donc mon projet à unes confidents susmentionnés et aussi au digne frère Salzmann qui se trouvait à Lyon depuis longtemps et que je venais de recevoir dans les premiers degrés de l'Ordre. Ils l'approuvèrent tous et m'encouragèrent à l'exécuter sans délai. Ils furent aussi d'avis que pour faciliter l'exécution il était indispensable de mettre aussi dans la confidence le Fr. a Flumine de Strasbourg dont on m'assura la discrétion. Je me conformai à cet avis et je mandais au dit fr. a Flumine que toute réforme maçonnique qui serait destituée de bases fixes et lumineuses ne produirait jamais que des effets éphémères, que j'étais dépositaire de quelques connaissances qui pouvaient s'adapter à la maçonnerie, au cas qu'elles ne lui eussent, appartenu primitivement ; que j'étais prêt à favoriser de tout mon pouvoir son projet de reforme d'administration et des rituels de l'Ordre intérieur, si de son côté il voulait s'engager à favoriser le mien pour la partie scientifique sur ce point, m'assurer de sa discrétion pour toujours sur ce point et soutenir le voile qui cacherait l'auteur de ses instructions ; que sans cela je ne pouvais pas me résoudre à prendre part à rien me trouvant excessivement lassé d'occupations si considérables et si infructueuses. Il accepta ma proposition, nous convînmes des 3 classes de l'Ordre : le symbolique, intérieur et prof. Il se chargea de préparer tout le travail de l'Ordre intérieur je me chargeai de la révision des grades symboliques et de tout ce qui concernerait la nouvelle classe secrète des Grands Profès. Je fus aidé dans la réforme de la symbolique par le fr. Saltzmann et par mes autres confidents. Je penchais beaucoup à supprimer des dits grades, tout ce qui se rapportait essentiellement aux évènements particuliers de l'Ordre des Templiers et gênait d'autour en liaison des choses plus essentielles, mais on objecta que par cette suppression on rompait toute liaison de la symbolique avec l'Ordre intérieur et tout rapport entre les loges françaises et les loges allemandes. On jugea aussi qu'il conviendrait de conserver dans le 4e grade les principaux traits caractéristiques des divers écossismes de la maçonnerie française pour servir un jour de point de rapprochement avec elle, ces différentes combinaisons reconnues nécessaires alors ; gênèrent excessivement les unes que je me proposais qui se rapportaient toutes à un seul objet; mais on crut devoir attendre qu'un convent général de l'Ordre entier eut prononcé sur la continuation ou la suppression des rapports maçonniques avec l'Ordre des Templiers pour pouvoir prendre à cet égard un essor plus libre.

"Quant aux instructions secrètes mon but en les rédigeant fut de réveiller les maçons de notre régime de leur fatal assoupissement ; de leur faire sentir que ce n'est pas en vain qu'on les a toujours excités à l'étude des symboles, dont par leur travail et un plus de secours ils peuvent espérer- de percer le voile. De les ramener à l'étude de leurs propres natures ; de leur faire entrevoir leur tâche et leur destination. Enfin de les préparer à vouloir devenir hommes. Lié d'une part par mes propres engagements, et retenu de l'autre par la crainte de fournir des aliments à une frivole curiosité ou de trop exalter certaines imaginations si on leur présentait des plans de théorie qui annonceraient une Pratique, je me vis obligé à n'en faire aucune mention et même à ne présenter qu'un tableau très raccourci de la nature des êtres, de leurs rapports respectifs ainsi que des divisions universelles.

"Tout ce que j'y ai inséré concernant la partie scientifique n'est du tout point de mon invention ; je l'ai puisé dans les connaissances que j'ai acquises dans l'Ordre que j'ai cité déjà plusieurs fois à V.A.S. ainsi que les rapports généraux du Temple de Jérusalem avec l'Homme général lesquels je suis autorisé à croire fondés sur la vérité et sont essentiellement du ressort de l'ancienne maçonnerie dont ce temple est la base fondamentale. L'histoire du feu sacré sous Néhémie se trouvant consignée dans des anciens grades maçonniques estimés bons, on se détermina par cette raison à la conserver dans les nouveaux ; mais comme je n'en puis garantir l'authenticité je ne m'opposerais pas à sa suppression si elle répugne ailleurs.

"Quant à la partie historique de la maçonnerie, elle est fondée sur les notions que j'ai pu acquérir par les recherches les plus exactes en ce genre, j'y ai donc inséré celles qui m'ont paru être les plus justes et les plus probables, dont quelques-unes sont rectifiées par mes propres connaissances dont j'ai cité la source, mais je ne pourrais point offrir de garants authentiques des autres.

"Pendant que je m'occupais de cet ouvrage, le frère Turckheim dont le génie est très actif et qui était plus maître que moi de son temps, avait mis le sien en état d'être délibéré. Aussitôt il pressa extrêmement le terme du congrès national projeté. Il fallut le convoquer et me dépêcher de finir mon travail qui se ressentit malgré moi de la précipitation avec laquelle il fallut le terminer. Je me flattai de pouvoir le réviser ensuite pour en faire usage dans quelques occasions privées et, même d'y joindre l'explication des nombres dont j'ai parlé ci-devant. Mais le loisir nécessaire pour un ouvrage si abstrait et qui exige une liberté d'esprit entière m'a toujours manqué, depuis vraisemblablement me manquera encore longtemps.

"Le congrès étant assemblé et ma rédaction étant à peu prés finie, dans laquelle je fus aidé pour les choses de style et d'arrangement par un de mes confidents très versé en ce genre (le frère Périsse du Luc) et aussi l'un des plus avancés dans les connaissances fondamentales ; mes dits confidents qui se trouvèrent en même temps chargés de députations au congrès, y proposèrent qu'il fut formé une commission spéciale qui serait chargée de requérir et de revoir les divers renseignements qu'il serait possible de se procurer sur la partie scientifique relative à la maçonnerie primitive.

"Les chanceliers d'Auvergne et de Bourgogne furent chargés de ce soin et autorisés par le congrès de former un comité de conférences avec tous ceux qui fourniraient quelques éclaircissements sur ces matières ; il s'engagea pour laisser une plus grande liberté aux coopérateurs de ne point exiger la communication des papiers originaux qui pourraient être produits dans ce comité, ni de connaître quels seraient les frères qui les produiraient s'ils ne voulaient pas être connus ; on annonça même que l'on avait déjà reçu préliminairement de la part de quelques frères étrangers qui ne voulaient pas être nommés des papiers très importants sur cet objet, à la traduction desquels on allait travailler de suite : c'est ce qui est cause que presque tous les Grands Profès de Lyon et des autres collèges établis depuis lors ailleurs, sont persuadés qu'ils possèdent sont venues originairement d'Allemagne ou d'Italie et le vrai auteur n'est point connu. Le congrès se réserva seulement d'avoir connaissance, du résultat des conférences du comité, ce qui donna lieu à l'instruction préliminaire ostensible dont j'ai parlé plus haut et dont on fait actuellement une copie pour VV. AA. SS. Le but particulier de cette instruction approuvée par le congrès fut de réveiller l'attention des nouveaux chevaliers sur des choses essentielles de l'Ordre et de préparer aux frères Grands Profès la liberté de ternir des conférences privées entre eux sans donner aucun ombrage aux autres membres des chapitres ce qui a parfaitement réussi jusqu'à présent.

"Ce travail ainsi consommé, les deux chanceliers qui avaient présidé le comité admirent aux grades de Profès et de Grands Profès ceux des dignitaires et officiers des chapitres qui se trouvaient alors à Lyon et on leur présenta les instructions secrètes, comme étant des papiers importants adressés par des frères étrangers qui avaient annoncé au congrès, et dont on venait d'achever la traduction ; après ceux-là seulement que le comité secret avait reconnu digne de cette communication, on procéda à la réception de ceux qui avaient été les confidents de ma rédaction ; au moyen de quoi tout soupçon de connivence entre eux et, moi fut absolument écarté...

".....De plus quoiqu'il existe ici depuis dix à neuf ans une petite société composée de ceux que j'ai reçu à divers degrés dans l'Ordre que je professe, laquelle n'est connue que de ceux qui la forment, maçons et autres, cependant quelques frères qui sont aujourd'hui Grands Profès présumaient depuis longtemps que j'avais acquis quelques connaissances sur ces matières dont j'aimais à m'entretenir avec quelques amis particuliers. Je n'ai donc point répugné de déclarer au collège métropolitain que je trouvais les principes et doctrines contenues dans les instructions des Grands Profès conformes à ceux dont j'avais antérieurement acquis la connaissance ailleurs. Cet aveu a déterminé une confiance plus grande en moi et en ceux que j'ai dénommé et m'a donné plus de liberté pour expliquer dans les conférences journalières les sens obscurs de quelques passages des dites instructions.

"La marche qui a été tenue et qui m'avait parue nécessaire pour le principe de cet établissement aurait été pénible à soutenir longtemps : elle a aussi, j'en conviens, bien des inconvénients, mais ils vont en diminuant à mesure que la mémoire des moyens qui furent employés pour la fondation s'affaiblit et ils sont bien récompensés par les grands biens qui en sont résultés. On peut dire avec vérité que la maçonnerie a totalement changé de face depuis deux ou trois ans partout où les nouveaux grades symboliques ont été adoptés et les collèges secrets établis, surtout à Lyon, Grenoble, Turin, Naples, je pourrais même dire aussi à Strasbourg par les soins du frère Saltzmann, mais les effets n'ont pas été si marqués qu'ailleurs parce que ce digne frère n'a pas été bien secondé et a rencontré beaucoup d'obstacles...

" .... Je m'aperçois aussi que je n'ai pas répondu à la 5ème question, savoir cette fraternité formée à Lyon possède-t-elle le vrai degré des Elus ? Pour répondre à cette question il faudrait que le Frère Haugwitz voudrait bien me dire nettement, et sans aucun voile en quoi consiste son vrai degré des élus ? Quel en est le but et le terme présent et futur ? Enfin, quel sens il attache à ces mots ? et c'est en cela que je lui demande à mon tour une preuve de sa confiance... il faut commencer par s'entendre clairement, sur l'objet. Le 7ème grade que je possède, est vraiment le degré des Elus dans cette classe, puisqu'on y trouve des preuves évidentes de sa vérité. Quelques-uns de mes frères s'en sont rapprochés, mais ne la possèdent pas encore..."

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Lettres de JB Willermoz à Türkheim(1821)

14 Août 2008 Publié dans #histoire de la FM

Extrait d'une lettre de Willermoz à Türkheim (juillet 1821)

 

" Je remplirai tant ce que je pourrai ce que je vous ai offert pour faciliter l'intelligence du Traité, de la réintégration des Etres de Don Martines de Pasqualis, dont vous allez vous occuper.

Vous me demandez à son sujet s'il était Juif, comme on vous assure. Je réponds non, il ne l'était pas et ne l'a jamais été. Comme initié dans la haute science secrète de Moïse il était grand admirateur des vertus des premiers Patriarches Juifs, mais il ne parlait qu'avec mépris des chefs modernes de cette nation, qu'il ne considérait plus que comme plein de mauvaise foi.

 Ses inconséquences verbales et ses imprudences lui ont suscité des reproches et beaucoup de désagréments, mais il était plein de cette foi vive qui les fait surmonter. Dans son Ministère il avait succédé à son père homme savant, distinct et plus prudent que son fils, ayant peu de fortune et résident en Espagne.

Il avait placé son fils Martines encore jeune dans les gardes Wallonnes où il eut une querelle qui provoqua un duel dans lequel il tua son adversaire ; il fallait s'enfuir promptement et le père se hâta de le consacrer son successeur avant son départ. Après une longue absence le père sentant approcher sa fin, fit, promptement revenir le fils et lui remit les dernières ordinations.

Je n'ai connu le fils qu'en 1767 à Paris longtemps après la mort du père. Il y était venu pour solliciter la croix de Saint Louis pour ses deux frères cadets domiciliés à Saint Domingue qu'il venait d'obtenir. Il prit pour moi beaucoup d'amitié et une grande confiance qui s'est soutenue jusqu'à sa mort. Il prolongea de quelques mois son séjour à Paris pour m'avancer plus rapidement dans les hauts grades et me mit, à la porte du dernier, réservé pour lui seul comme chef.

Veuf, sans enfants, il retourna à Bordeaux pour se remarier avec une femme vertueuse et se donner par elle un successeur. Il fit baptiser celui-ci solennellement par le curé de la paroisse. Au retour de l'Église, il s'enferma seul avec l'enfant et quatre de ses amis avancés en connaissances et là fit avec eux la première consécration de son fils ce qui fut remarqué et donna lieu à bien des propos contre lui. J'avais été prévenu par lui et invité avec plusieurs frères des hauts grades, quoique absents et éloignés, pour y assister. - Quelque temps après il partit pour St. Domingue où il est mort (en 1774) avancé en âge. Au moment de sa mort il fit à 1000 lieues de là un salut d'adieu à sa femme occupée d'un ouvrage de broderie, et traversant (la chambre ?) en ligne diagonale du levant au couchant d'une manière si frappante qu'elle s'écria devant plusieurs témoins : "Ah, mon Dieu, mon mari est mort !" Fait qui a été vérifié et confirmé.

La mère a donné pendant bien des années des soins maternels à l'éducation de son fils et s'est remariée à un capitaine de vaisseau marchand. La révolution survenue ne m'a pas permis de savoir ce qu'est devenu le fils, et j'ignore s'il est mort ou vivant. - J'ai appris depuis par une autre voie sûre (la somnambule) que Don Martines a expié dans l'autre monde par des souffrances pendant plusieurs années ses fautes et imprudences humaines et qu'il a ensuite été récompensé de sa grande foi et élevé à un haut degré de béatitude, où il a été vu en portant sur la bouche le signe respectable qui caractérise le sacerdoce et, l'épiscopat. Voilà, mon ami, ce que je puis dire de plus certain de ce prétendu Juif dont vous me parlez, de cet homme extraordinaire auquel je n'ai jamais connu de second. Vous connaîtrez bien par les lectures du Traité que souvent l'auteur était dicté et dirigé, par un agent invisible. "

Lettre de Willermoz à Türckheim du 12 août 1821

 

" Je reviens avec vous sur l'article de Pasqually et de son manuscrit sur lesquels on vous a fait tant d'Historiettes, comme sur l'ouvrage de Saint-Martin qui est, dit-on, tiré littéralement des Parthes, et qui en sort comme j'en suis sorti. J'ai connu très anciennement un Monsieur Kuhn, de Strasbourg : il était alors un curieux empressé auquel je n'avais pas grande confiance. Quelle que soit la prétendue origine chaldéenne, arabe, espagnole ou française que l'on veuille donner au Traité de la Réintégration de Pasqually, je puis dire que je l'ai vu commencer en France et en mauvais français par lui-même, et ce travail a été encore mieux vu et suivi par mes amis intimes, M. le chevalier de Grainville, lieutenant-colonel du régiment de Foix, et M. de Champolëon, alors capitaine des Grenadiers du même régiment, qui allaient passer tous leurs quartiers d'hiver auprès de lui, et se mettaient en pension chez lui pendant six mois pour travailler sous lui et corriger des défauts de style et d'orthographe sur chaque feuille à mesure qu'il les avait tracés. Ils prenaient ensuite la peine de copier pour moi de petits cahiers qu'ils m'envoyaient ensuite après qu'il les avait approuvés, car il les chicanait souvent sur certains mots qu'ils jugeaient plus français et il les rayait sous leurs yeux comme contraires au sens qu'il voulait exprimer. Voilà les faits dont je suis certain. Tirez-en les conséquences que vous jugerez convenables.

" M. de Saint-Martin, officier dans le même régiment où M. le duc de Choiseul, voisin de son père, l'avait placé, reçu dans les hauts grades de l'Ordre, très longtemps après ces deux Messieurs et deux ans après moi, a tenu habituellement la même marelle, et s'établissait pensionnaire de Pasqually pendant tout le temps d'hiver qu'il ne donnait pas à son père. Ayant quitté le service avec le blâme de son père et de M. de Choiseul, il vint à Lyon et vint d'amitié, loger chez moi qui demeurais alors aux Brottaux où il a composé son livre des Erreurs et de la Vérité. Il aurait voulu y dire beaucoup de choses importantes, mais lié comme moi et les autres par des engagements secrets, il ne le pouvait pas. Désespéré de ne pouvoir pas se rendre par cet ouvrage aussi utile qu'il le désirait, il le fit mixte et amusant par le ton de mystère qui y régnait. Je ne voulus y prendre aucune part. Deux de mes amis et principaux disciples littérateurs lui persuadèrent enfin de refaire son ouvrage. Il le refit avec eux sous mes yeux tel que vous le connaissez. Aux hautes connaissances qu'il avait acquises de Pasqually, il en joignit de spéculatives qui lui étaient personnelles. Voilà pourquoi tout n'y est pas élevé et qu'il s'y trouve quelques mélanges ; voilà aussi comment cet ouvrage est venu des Parthes ! Risum tenealis ! "

 

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Le Livre Rouge(extraits)

14 Août 2008 Publié dans #spiritualité

1.- La science est la honte de l'homme, parce qu'elle lui fait sentir tout ce qu'il a perdu.

2. L'épée de l'homme, c'est sa parole.

3. Toutes les larmes de l'homme ne suffiraient pas à le laver.

4. Ma vie corporelle est ma pénitence.

5. Je te prierai pendant que je me porte bien, afin que tu ne m'oublies pas lorsque je serai malade.

6. Rien ne rend l'âme tiède comme la prospérité dans la matière.

7. Si tu fais le bien, tu auras toute la science.

8. Il faut que ce soit sa volonté qui se fasse, et non pas la mienne.

9.- Il est vrai que les femmes peuvent être vierges, et c'est là le supplice du chef quinaire.

10. Quand est-ce que l'homme a assez prié?

12.- Il est plus façile de nier son principe que de le suivre: c'est là ce qui fait tant d'impies.

13. Tous les hommes sont des prophètes sans le savoir.

14. Les conseils des hommes sont vains, parce qu'il n'y a point de président.

15. C'est bien marcher à vide que de courir derrière la matière.

16. C'est à cause des deux V que nous avons cinq doigts dans la main.

17. L'espérance de la mort fait la consolation de mes jours.

18. Il ne faut jamais dire: l'autre vie, car il n'y en a qu'une.

19. Ne te plains pas, ô homme, de ce que les voies de la Sagesse sont lentes, c'est là ta peine, et tu ne peux plus rien faire qu'avec le temps.

22. Il n'y a que 4 instruments de la mathématique, desquels il ne provient que trois figures.

23. Que les hommes sont bêtes de se croire en vie!

24. Parmi les choses créées, rien ne naît que par son contraire, et c'est là où l'on voit les preuves de l'apparence, où tout est copie.

25. Il ne veut absolument pas qu'on le connaisse, aussi laissons-le faire; c'est ce qu'il y a de plus sûr, et c'est ce qui lui plaît le mieux.

26. Commence par la Lune pour étudier ta leçon.

27. Si la production n'était qu'un développement, toutes les formes dans chaque espèce naîtraient égales.

29. Le ton mineur n'est pas dans la nature: c'est le fruit de cinq, une invention humaine.

30. Ce n'est que par la tendance vers notre être, que se fait la purification; tous ceux qui ne le sentent pas n'expient rien; ils ne font que se tâcher davantage.

33. Nous sommes tous veufs, notre tâche est de nous remarier.

34.- Le septénaire est un état de contrainte, et le repos n'est que dans le nombre 8.

37. Il n'y a pas de père qui n'ait trois enfants, ce qui montre la supériorité d'un sur trois.

38. Je ne connais rien de plus mauvais qu'une mauvaise prière.

39. La mort est une action, comment peut-elle donner l'idée du néant?

40. Ce qui est, est plus loin de nous que ce qui n'est pas.

43. Que l'homme veille sur les désirs de son âme, parce qu'ils sont puissants et que leur force peut faire obtenir.

44.- Les hommes font servir le vrai au culte de l'apparence, tandis que l'apparence leur avait été donnée pour le culte du vrai.

45. Il faut être vertueux pour aimer, et il faut aimer pour prier.

46. Il ne faut pas le chercher, il faut l'attendre en paix, dans la soumission et dans la confiance.

47. C'est en vain que se dit heureux, celui qui suit toujours les jeux de son esprit.

49. L'intellect est la lunette de l'esprit.

51. Ce n'est pas par la lettre que l'on pourra justifier les Ecritures.

52. Le carré n'est que l'emblème des enfants du père, il ne tient que d'eux toutes ses propriétés.

53. Tâche, dans toutes les circonstances de ta vie, d'être plus grand que ce que tu fais.

54.- Dans la géométrie naturelle, le tout est plus petit que sa partie: 4 et 9 sont plus petits que 4.

55.- Les hommes font de leurs yeux la borne de leur esprit, tandis qu'ils n'en doivent être que le guide et l'indice.

56. Il est bienheureux pour les hommes que Dieu n'ait pas pu faire un monde éternel comme lui.

57. Ce n'est pas parmi les hommes que l'homme doit chercher son meilleur ami

58. Il n'y a pas de joie comme celle que donne la Sagesse.

61. Fais en sorte de ne jamais vivre que de la vie de ton âme spirituelle.

63. Les péchés que l'homme peut remettre sont plus que des capucinades.

65.- De même que la vie ne connaît point la mort, de même la mort ne connaît point la vie.

65. De même que la vie ne connaît point la mort, 59, de même la mort ne connaît point la vie,

66. S'il est encore irrésolu sur son peu de foi, sur sa puissance!

67. Lorsque l'homme a une fois senti les douceurs qui sont faites pour lui, il ne veut plus goûter autre chose .

69. Pénètre si tu veux, dans l'intelligence de l'hiéroglyphe universel, il n'a été fait que pour être entendu.

72. Il n'y a pas une ligne droite dans la nature, parce que la nature est une prison, et que cette même nature ne donne que des prisons circulaires.

73. Le monde est formé par trois raisons doubles qui font six dans le moyen, et huit dans le fait et dans l'action.

74.- La première raison de toutes choses est double, ce qui fait que deux est la cause de toute génération.

75. Adam avait sûrement un nombril, puisque son cordon ombilical allait de la surface au centre.

76. Il n'y a que quatre consonances et deux dissonances dans l'harmonie. O vérité, comme tu es belle!

78.

Tout consiste dans le préparatif.

 

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Principes généraux de Théosophie

14 Août 2008 Publié dans #spiritualité


 

L'idée est avancée ici qu'une étude impartiale de l'histoire, de la religion et de la littérature montrera l'existence, remontant aux temps anciens, d'un grand corps de doctrine philosophique, scientifique et éthique, formant, dans ces domaines, la base et l'origine de toutes les conceptions similaires des systèmes modernes. C'est une doctrine à la fois religieuse et scientifique, affirmant que la religion et la science ne devraient jamais être séparées. Elle présente de sublimes enseignements religieux et idéalistes, mais, en même temps, fait valoir que tout ce qu'elle contient peut être démontré à la raison et qu'il n'y a pas de place pour d'autre autorité que celle-ci. Ainsi est écartée l'hypocrisie qui consiste à affirmer des dogmes en invoquant une autorité dont personne ne peut démontrer qu'elle repose sur la raison. Ce corps de doctrine archaïque est connu sous le nom de " Religion-Sagesse " et a toujours été enseigné par ses adeptes, ou ses initiés, qui la préservent à travers les âges. En se basant sur cette Religion-Sagesse et sur d'autres doctrines démontrées, on arrive à la conclusion que l'homme, étant esprit et de nature immortelle, peut perpétuer ce qui constitue le véritable aspect de sa vie et de sa conscience. Ceci a été réalisé de tout temps par les êtres appartenant à la plus haute élite de la race humaine, membres d'une noble et antique fraternité qui se consacrent au développement de l'homme du point de vue de l'âme, ce qui, pour eux, implique l'ensemble des processus d'évolution sur tous les plans. Les initiés, étant liés par la loi de l'évolution, doivent travailler avec l'humanité, dans la mesure où le permet son développement. Aussi, d'âge en âge, promulguent-ils inlassablement la même doctrine, qui s'obscurcit périodiquement chez les diverses nations et dans les différentes parties du monde. Telle est la Religion-Sagesse, et ils en sont les gardiens. À certains moments, ils se présentent aux nations comme de grands Instructeurs, ou comme des " Sauveurs " , qui ne font que promulguer à nouveau les anciennes vérités et le système éthique du passé. Cette Religion-Sagesse affirme que l'humanité est capable d'un perfectionnement illimité, à la fois en qualité et dans l'échelle du temps, ces Sauveurs et Adeptes-initiés étant présentés comme des exemples illustrant cette possibilité.

    C'est de cette fraternité d'hommes parfaits, vivants et actifs à l'heure actuelle, que H.P. Blavatsky a déclaré avoir reçu les directives pour présenter, une fois de plus, les idées de jadis. De ces Sages, elle a reçu également un certain nombre de clefs qui permettaient de déchiffrer les doctrines anciennes et modernes, mais qui avaient été perdues au cours des luttes du monde moderne en marche vers la civilisation. Ils lui communiquèrent aussi certaines doctrines réellement très anciennes mais entièrement nouvelles pour l'époque présente, sous une forme exotérique quelconque ; elle les a fait connaître dans ses écrits, parmi d'autres clés, à ses compagnons et au grand public. Ainsi, outre le témoignage de tous les temps, trouvé dans les annales de toutes les nations, nous recevons ici cette affirmation moderne, explicite, que l'ancienne fraternité d'Adeptes  toujours attentifs au bien de l'homme et dépositaires de la connaissance  existe toujours sur cette terre et se préoccupe du développement de la race humaine.

    La Théosophie postule un principe éternel appelé " l'Inconnu " , qui ne peut jamais être appréhendé comme un objet de connaissance, si ce n'est à travers les manifestations qui en émanent. Ce principe éternel est en toute chose et en tout être  il est toute chose et tout être. Périodiquement  et dans l'éternité des temps  il se manifeste puis se retire de la manifestation. Dans ce flux et ce reflux, l'évolution se poursuit, et elle-même constitue le progrès de la manifestation. L'univers que l'on perçoit est la manifestation de cet Inconnu, aussi bien comme Esprit que comme Matière, l'un et l'autre n'étant, pour la Théosophie, que les deux pôles opposés du principe unique inconnu. Ils coexistent et ne sont ni ne peuvent être séparés l'un de l'autre, ou, comme le disent les écritures hindoues, il n'existe aucune particule de matière sans esprit, ni aucune particule d'esprit sans matière. En se manifestant, l'Esprit-Matière se différencie selon une échelle descendante, sur sept plans, de densité croissante, jusqu'à celui que perçoivent nos sens, la substance y étant toujours essentiellement la même mais ne différant qu'en degré d'un plan à l'autre. Ainsi compris, l'univers entier est vivant, aucun de ses atomes ne pouvant d'aucune façon être considéré comme mort. Il est également conscient et intelligent, sa conscience et son intelligence étant présentes sur tous les plans, bien qu'obscurcies au niveau le plus bas. Sur le plan qui est le nôtre, l'Esprit vient à se focaliser dans tout être humain qui le lui permet, par un choix délibéré, mais le refus de cette possibilité est la cause de l'ignorance, du péché, de toute misère et de toute souffrance. Dans tout le cours des temps, certains êtres ont atteint cet état élevé et sont devenus, par leur développement, semblables à des Dieux ; ils participent activement à l'œuvre de la Nature et continuent, de siècle en siècle, d'élargir le champ de leur conscience et d'étendre la portée de leur maîtrise dans le gouvernement de la Nature. Telle est la destinée de tous les êtres ; c'est pourquoi la Théosophie, qui postule au départ la perfectibilité de la race humaine, rejette l'idée d'une perversité innée, sans possible régénération, et propose un sens à la vie et un but qui soit en harmonie avec les désirs ardents et la nature réelle de l'âme, et tende, en même temps, à détruire le pessimisme avec le désespoir qui l'accompagne.

    Selon la Théosophie, le monde est le produit de l'évolution issue du principe éternel ; partant des toutes premières formes de vie les plus inférieures, elle est guidée, au fil de son progrès, par des entités intelligentes pleinement développées, provenant d'autres évolutions plus anciennes. Ce monde inclut aussi les Ego, ou esprits individualisés, qui sont la raison d'être de son émanation et y participent activement. Ainsi, l'homme, tel que nous le connaissons, est considéré comme un esprit conscient  la fleur de l'évolution  avec d'autres classes moins élevées d'entités conscientes ; celles-ci, bien que moins avancées que lui, dans les règnes inférieurs où elles se trouvent, progressent toutes néanmoins, dans le sens ascendant, et sont destinées un jour à atteindre notre stade humain actuel, alors que nous aurons gagné nous-mêmes un niveau supérieur. Du fait de sa plus grande perfection, la conscience de l'homme est capable de passer de l'un à l'autre des plans de différenciation mentionnés. Si, par erreur, il prend l'un ou l'autre de ces plans pour la réalité qu'il est dans son essence, il s'égare dans l'illusion ; le but visé par l'évolution est donc de lui donner la complète conscience de soi, afin qu'il puisse accéder à des degrés plus élevés dans la progression de l'univers. Une fois atteint le stade humain, il doit, par son évolution, gagner de l'expérience, tout en contribuant à élever et purifier les divers plans de matière avec lesquels il a affaire, de telle sorte que la voix de l'esprit puisse être pleinement entendue et comprise.

    L'homme est un être religieux, étant un esprit enfermé dans la matière  laquelle est, pour sa part, spirituelle en essence. Pour entrer en contact avec tous les plans de la Nature que comporte l'évolution, cet homme  qui est esprit  a besoin de véhicules ; et ce sont ces véhicules qui font de lui un être complexe et composite, sujet à l'erreur mais, en même temps, capable de s'élever au-dessus de toutes les illusions et de conquérir le plus haut sommet. Il est une image en miniature de l'univers car, en tant qu'esprit, il se manifeste à lui-même au moyen de sept différenciations. Pour cette raison, il est décrit en Théosophie comme un être septuple. Si l'on se limite à une division triple de l'homme, la division chrétienne (qui comprend corps, âme, esprit) est exacte en soi, mais elle ne saurait répondre aux problèmes de la vie et de la Nature, à moins d'admettre — ce qu'elle ne fait pas — que chacune de ces trois divisions est à son tour divisible, en permettant ainsi d'obtenir un total de sept principes [qui sont indiqués comme il suit]. L'Esprit se tient seul au sommet, puis vient l'âme spirituelle, ou Buddhi, comme on l'appelle en sanskrit. Buddhi est, parmi tous les autres principes, celui qui participe le plus de l'esprit, et il est relié à Manas — le mental en sanskrit. Ces trois principes constituent, chez l'homme, la véritable trinité, l'aspect impérissable, l'entité pensante réelle, qui vit sur terre dans d'autres véhicules, plus denses, servant à son évolution. En dessous de cette trinité, par ordre de qualité, se trouve le plan des désirs et des passions qui est partagé avec le règne animal ; ce plan, dénué d'intelligence réfléchie, produit l'ignorance découlant de l'illusion. Il est à distinguer de la volonté et du jugement et doit, par conséquent, avoir sa place dans cette classification. Sur notre plan terrestre se trouve la vitalité brute, qui se manifeste non comme esprit, dont elle tire son essence, mais comme énergie et mouvement. Étant commune au monde objectif tout entier, et pénétrant partout, elle doit avoir aussi sa place dans cette classification ; la part de cette vitalité que l'homme utilise est abandonnée à la mort du corps. Pour finir, avant le corps objectif, il y a encore le modèle, ou le double, de l'enveloppe physique extérieure. Ce double est le corps astral, appartenant au plan astral de matière, moins dense que les molécules physiques, mais d'une texture plus ténue et plus résistante, et susceptible d'une plus longue durée. C'est le modèle original du corps ; il permet aux molécules physiques de se disposer et d'apparaître objectivement sur ce moule qui les laisse aller et venir, jour après jour, suivant le processus que l'on connaît, tout en conservant cependant au corps la forme et le modelé définis que leur assigne le double astral intérieur. Ces quatre enveloppes ou principes inférieurs [désirs, vitalité, corps astral et corps physique] constituent la partie transitoire, périssable, de l'homme et non l'homme lui-même ; ils forment, à tout point de vue, l'instrument qu'il utilise, qui est abandonné à l'heure de la mort comme un vieux vêtement, et se trouve reconstruit à chaque nouvelle naissance avec les matériaux du grand réservoir de la Nature. C'est la trinité permanente qui, comme il a été dit plus haut, constitue l'homme réel, le penseur, l'individualité qui passe de demeure en demeure, en acquérant de l'expérience à chaque nouvelle naissance, tout en goûtant plaisir et souffrance suivant le mérite de ses actions. C'est là l'homme qui se trouve au centre [de cet ensemble complexe, comme une unité] : l'âme-esprit vivante.

    Cet homme spirituel, qui a toujours existé et est intimement impliqué dans l'évolution, est soumis entièrement à la loi de cause et d'effet, du fait qu'en lui-même il est précisément cette loi ; la présence même de cet homme, qui, par ailleurs, apparaît sur notre plan comme disposant d'une force de caractère, de capacités et d'opportunités dans la vie très différentes, tout cela demande à être expliqué, ainsi que la raison de ces différences. C'est la doctrine de la réincarnation qui fournit toutes les réponses. Elle peut se traduire comme il suit : l'homme, considéré comme penseur, composé d'âme, mental et esprit, occupe des corps successifs, vie après vie sur la terre, qui est la scène de son évolution et où il doit, en obéissant aux lois mêmes de son être, aller jusqu'au bout de cette évolution une fois qu'elle a commencé. Dans chacune de ses existences, il est connu des autres hommes sous les traits d'une personnalité, mais, dans toute l'immensité de l'éternité, il demeure un individu unique porteur en lui-même d'un sentiment d'une identité, indépendante d'un nom, d'une forme ou du jeu de la mémoire.

     Cette doctrine est le fondement même de la Théosophie, car elle explique la vie et la Nature. Elle constitue un aspect de l'évolution, car réincarnation signifie réincorporation, et comme l'évolution ne pourrait se poursuivre sans réincorporation, elle est l'évolution elle-même, dans son application à l'âme humaine. Mais c'est aussi une doctrine qui a eu cours à l'époque que l'on assigne à la vie de Jésus et elle fut enseignée aux premiers temps du christianisme. Aujourd'hui, elle est tout autant nécessaire à cette religion qu'à toute autre pour expliquer les textes, réconcilier la justice de Dieu avec l'aspect brutal et implacable de la nature et de l'existence pour un grand nombre de mortels, et jeter une lumière accessible à la raison sur tous les problèmes qui nous tourmentent dans notre voyage à travers ce monde. La différence immense — et injuste, si l'on adopte toute autre doctrine — qui existe entre celui qu'on appelle " sauvage " et l'homme civilisé, du point de vue capacités, caractère et opportunités dans la vie, ne peut être comprise qu'avec cette doctrine ; et, dans notre société, les différences du même genre ne peuvent s'expliquer que par la réincarnation. Elle réhabilite la Nature et Dieu et purifie la religion de la souillure dont l'ont entachée les êtres humains en postulant des croyances dépeignant le créateur comme un démon. La vie et le caractère de chaque homme sont le résultat de ses existences et de ses pensées antérieures. Chaque être est son propre juge, son propre bourreau, car c'est sa propre main qui forge l'arme qui va œuvrer à sa punition, et chacun, par sa propre vie, gagne la récompense à venir et s'élève à des sommets de connaissance et de puissance pour le bien de tous ceux qui peuvent être laissés après lui. Rien n'arrive par hasard, par faveur ou d'une façon partiale, mais tout est placé sous le règne de la loi. L'homme est un penseur, et par ses pensées, il crée les causes qui produiront malheur ou félicité ; car ce sont ses pensées qui produisent ses actes. Il est le centre d'où provient toute perturbation de l'harmonie universelle et c'est à lui, le foyer initial, que doit retourner la perturbation de manière à rétablir l'équilibre, car la Nature œuvre toujours dans le sens de l'harmonie. L'homme poursuit sans cesse une série de pensées, qui remonte au lointain passé, en produisant continuellement action et réaction. Il est ainsi responsable de toutes ses pensées et de tous ses actes : en cela, sa complète responsabilité se trouve établie ; son propre esprit est l'essence de cette loi et pourvoit sans cesse à la compensation qui convient à toute perturbation, et assure l'ajustement de tous les effets. Telle est la loi de karma ou de justice, appelée parfois la loi éthique de causalité. Elle n'est pas étrangère aux écritures chrétiennes, car Jésus et Saint Paul l'ont tous deux clairement énoncée. Jésus a déclaré que nous serions jugés de la façon dont nous aurons jugé, et que nous serions mesurés à l'aune dont nous aurons mesuré les autres. Et saint Paul a dit : " Frères, ne vous abusez pas ; on ne se moque point de Dieu, car ce que l'homme sème il le récoltera aussi " [Galates, VI, 7].  II n'est possible de semer et de récolter de la sorte que si l'on adopte les doctrines de karma et de réincarnation.

    Que dire maintenant de la mort et de l'au-delà ? Le ciel est-il ou non un lieu ? La Théosophie enseigne, conformément à tous les textes sacrés, qu'après la mort l'âme gagne un état de repos. Ceci provient de sa propre nature. L'âme est un penseur et pendant la vie elle ne peut réaliser et mettre à exécution toutes les myriades de pensées qu'elle nourrit, ni même une infime partie de ces pensées. Aussi, après la mort, lorsqu'elle a rejeté le corps et le corps astral et qu'elle se trouve libérée de l'emprise des passions et des désirs, ses forces naturelles s'expriment immédiatement, et elle conçoit ses pensées sur son propre plan, revêtue d'un corps d'une texture plus fine que les précédents, convenant à cet état d'existence. Cet état est appelé " devachan " . C'est là précisément l'origine des descriptions du Ciel communes à toutes les religions, mais cette doctrine est très clairement exprimée dans le bouddhisme et l'hindouisme. Cet état correspond à une période de repos, car, en l'absence du corps physique, la conscience ne se trouve plus dans le rapport étroit avec la nature visible qu'elle pouvait avoir sur le plan matériel. C'est cependant un état d'existence réel, et pas plus illusoire que la vie sur terre ; c'est là que s'épanouit l'essence des pensées de l'existence, dans ce qu'elles avaient de plus élevé  selon ce que permettait le caractère de l'homme incarné  et qu'elle se trouve emmagasinée par l'âme et le mental. Lorsque la force animant ces pensées est complètement épuisée, l'âme est entraînée à nouveau vers la terre, vers le milieu qui correspond suffisamment à sa nature pour lui permettre de poursuivre convenablement son évolution. Ces alternances entre des états successifs se poursuivent jusqu'à ce que l'homme, par des expériences répétées, se libère de l'ignorance et réalise en lui-même l'unité effective de tous les êtres spirituels. Alors, il accède à des degrés plus élevés et plus universels, sur le chemin de l'évolution.

    La Théosophie ne présente pas une éthique nouvelle, car, pour elle, la véritable éthique est la même pour toujours. Mais, dans les doctrines de la Théosophie, nous trouvons les bases raisonnables et philosophiques qui fondent l'éthique et incitent, d'une façon naturelle, à la mettre en pratique. La Fraternité Universelle sera réalisée en agissant envers les autres comme vous voudriez qu'ils agissent envers vous, et en aimant votre prochain comme vous-mêmes. Telle est la voie déclarée comme bonne et juste par tous les instructeurs des grandes religions du monde.


W. Q. Judge

 

 

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Sepher Yetsirah

14 Août 2008 Publié dans #spiritualité


CHAPITRE 1

1-1 Par trente-deux sentiers merveilleux de la Sagesse s'établit : Yah Yhwh Dieu d'Israël, Elohim vivant, roi de l'univers El Shaddaï. Miséricordieux et clément, suprême et élevé résidant éternellement en permanente élévation. Saint est son Nom. Son univers fut créé par trois mesures : le nombre, l'écrit et le commentaire.

1-2 Dix Séphiroth dans le néant et vingt-deux lettres de fondements : trois mères, sept doubles et douze simples.

1-3 Dix Séphiroth dans le néant selon le nombre des dix doigts : cinq en face de cinq, alliance unique de l'axe central par le mot de la langue et l'incision de peau.

1-4 Dix Séphiroth dans le néant, dix et pas neuf, dix et pas onze. Discerne avec Sagesse et pénètre avec Intelligence. Examine-les, interroge-les, ainsi la Parole s'élèvera vers son créateur et le Formateur sera replacé sur sa base.

1-5 Dix Séphiroth dans le néant, correspondant à dix choses infinies, sans limites : profondeur de commencement, profondeur de fin, profondeur de bien, profondeur de mal, profondeur du haut, profondeur du bas, profondeur d'Orient, profondeur d'Occident, profondeur du Nord, profondeur du Sud. Le Maître Unique, Dieu roi fidèle, domine sur toutes de sa demeure sainte pour l'éternité des éternités à jamais.

1-6 Dix Séphiroth dans le néant. Leur apparition a l'aspect d'un éclair dont les extrémités sont sans terme. Son Verbe court continuellement en elles et lorsqu'Il parle tel un ouragan, elles s'inclinent devant son Trône et ils festoient.

1-7 Dix Séphiroth dans le néant. Leur fin réside dans leur début et leur début dans leur fin tel l'embrasement consumant le charbon. Car Il est Maître Unique sans second et seul Face à lui pourquoi comptes-tu ?

1-8 Dix Séphiroth dans le néant. Retiens ta bouche pour ne pas en parler et ton cœur pour ne pas y réfléchir et si ton cœur s'emporte, reviens à l'endroit où il est dit "Les vies allaient et venaient". Sur cette parole sera conclue l'alliance.

1-9 Dix Séphiroth dans le néant. Une : "Souffle d'Elohim Vivant", béni et glorifié soit le nom de Celui qui vivifie les mondes. La voix, le souffle et la parole sont l'Esprit Saint.

1-10 Deux : "Souffle issu du Souffle". Avec, Il traça et sculpta 22 lettres fondamentales, trois mères, sept doubles et douze simples, qu'un seul souffle anime.

1-11 Trois : "Eaux issues du Souffle", Il traça et sculpta 22 lettres sorties d'un Tohu Bohu de boue et d'argile. Il les traça comme une sorte de jardin. Il les sculpta comme une sorte de mur. Il les déploya comme une sorte de toit. Il versa de la neige et elles devinrent poussière, car il est écrit : "Il dit à la neige : Tombe sur la terre !"

1-12 Quatre : "Feu issu des Eaux". Avec, Il traça et sculpta le Trône de Gloire, les Sérafim, les Ofanim, les H'ayoth haQodésh et Ses anges de service. Sur ces trois, Il établit sa demeure, ainsi qu'il est écrit : "Il fait des souffles ses messagers, des flammes de feu ses serviteurs".

1-13 Il choisit trois lettres parmi les simples dans le mystère des trois mères : Aleph, Mem, Shin. Il les fixa dans son Grand Nom et scella avec elles six extrémités.

Cinq : Il scella le dessus et tourné vers le haut, il le fixa avec YHV.

Six : Il scella le dessous et tourné vers le bas, il le fixa avec HYV.

Sept : Il scella l'Est et tourné vers l'avant, il le fixa avec VYH.

Huit : Il scella l'Ouest et tourné vers l'arrière, il le fixa avec VHY.

Neuf : Il scella le Sud et tourné vers la droite, il le fixa avec YVH.

Dix : Il scella le Nord et tourné vers la gauche, il le fixa avec HVY.

1-14 Telles sont les dix Séphiroth dans le néant : Souffle d'Elohim Vivant, Souffle issu du Souffle, Eaux issues du Souffle, Feu issu des Eaux, Haut, Bas,Ouest, Nord, Est, Sud.

CHAPITRE 2

2-1 Vingt-deux lettres fondamentales : trois mères, sept doubles et douze simples. Les trois mères sont Aleph, Mem, Shin. Elles reposent sur le plateau du mérite et sur le plateau du devoir ; la langue du pacte est l'équilibre entre les deux. Trois mères, Aleph, Mem, Shin. Mem est bourdonnant, Shin est sifflant et Aleph est le souffle de l'air qui équilibre les deux.

2-2 Vingt-deux lettres fondamentales : Il les a gravées, sculptées, permutées, pesées, transformées. Avec elles, il a représenté tout ce qui a été formé et tout ce qui sera formé.

2-3 Vingt-deux lettres fondamentales : Ils les a gravées avec la voix, les a sculptées avec le souffle, Il les a fixées dans la bouche, en cinq endroits : Aleph, H'eith, Hé, Ayin dans la gorge ; Guimel, Yod, Kaph, Qof dans le palais ; Daleth, Teith, Lamed, Noun, Tav dans la langue; Zayin, Sameck, Shin, Reish, Tsadé dans les dents ; Beith, Vav, Mem, Pé dans les lèvres.

2-4 Vingt-deux lettres fondamentales : Il les plaça dans un cercle tel un mur ayant 231 portes. Le cercle oscille de l'avant vers l'arrière. Un signe explique cela : Rien n'est supérieur dans le bien que la joie et rien n'est inférieur dans le mal que la peste.

2-5 Comment ? Il les permuta, les pesa et les transforma. Aleph avec toutes et toutes avec Aleph. Beith avec toutes et toutes avec Beith. Elles se renouvellent dans un cycle et existent dans 231 portes. Tout ce qui est formé et tout ce qui est parlé émane du Nom Unique.

2-6 Il a formé la substance à partir du chaos et a tiré l'existence de la non-existence. Il a taillé de grands piliers à partir de l'air insaisissable. Voici est un signe : Aleph avec toutes et toutes avec Aleph. Il a contemplé, transformé et fabriqué tout ce qui est formé et tout ce qui est parlé : un seul Nom. Il y a un signe à cela : 22 objets dans un seul corps.

CHAPITRE 3

3-1 Trois mères : Aleph, Mem, Shin. Elles se tiennent entre le plateau du mérite et le plateau du devoir que le langage équilibre.

3-2 Trois mères : Aleph, Mem, Shin. Un grand et merveilleux secret y est dissimulé et scellé par six formes naturelles. D'elles émanent : Air, Eau, Feu. D'elles sont nés les Pères et des Pères, les engendrements.

3-3 Trois mères : Aleph, Mem, Shin. Il les a gravées, les a taillées, les a permutées, les a pesées, les a transformées. Par elles Il a représenté : Trois mères AMSh dans l'univers, trois mères AMSh dans l'année, trois mères dans Néfesh mâle et femelle.

3-4 Trois mères : Aleph, Mem, Shin, dans l'univers ce sontl’ Air, le Feu, l’Eau. Les cieux sont créés à partir du Feu. La terre est créée à partir des Eaux et l'air se place entre les deux.

3-5 Trois mères : Aleph, Mem, Shin, dans l'année ce sont le Chaud, le Froid, le Tempéré. Le Chaud est créé à partir du Feu. Le Froid est créé à partir des Eaux et le Tempéré de l'air qui se place entre les deux.

3-6 Trois mères : Aleph, Mem, Shin, dans Néfesh mâle et femelle, ce sont la Tête, le Ventre, la Poitrine. La tête est créée à partir du Feu. Le ventre à partir des Eaux et la poitrine à partir de l'air qui se place entre les deux.

3-7 Il fabriqua la lettre Aleph afin qu'elle règne sur l'air. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle Il forma l'air dans l'univers, le tempéré dans l'année et la poitrine dans le mâle avec AMSh et la femelle avec AShM.

3-8 Il fabriqua la lettre Mem afin qu'elle règne sur les eaux. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle Il forma les eaux dans l'univers, le froid dans l'année et la ventre dans le mâle avec MASh et la femelle avec MShA.

3-9 Il fabriqua la lettre Shin afin qu'elle règne sur le feu. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle Il forma le feu dans l'univers, le chaud dans l'année et la tête dans le mâle avec ShAM et la femelle avec ShMA.

CHAPITRE 4

4-1 Sept doubles : BGD KPRT. Elles s'expriment dans deux niveaux du langage : B-V G-GH D-DH K-KH P-F R-RH T-TH. D'après la structure : doux et dur, fort et faible.

4-2 Sept doubles : BGD KPRT. Elles reposent sur la sagesse, l'opulence, la semence, la vie, la domination, la paix et la grâce.

4-3 Sept doubles : BGD KPRT. Par le langage et par la substitution. Substitution de sagesse : folie. Substitution d'opulence : misère. Substitution de semence : désert. Substitution de vie : mort. Substitution de domination : servitude. Substitution de paix : guerre. Substitution de grâce : laideur.

4-4 Sept doubles : BGD KPRT. Haut et bas, Est et Ouest, Nord et Sud. Le Saint Palais est situé au centre et les supporte toutes.

4-5 Sept doubles : BGD KPRT. Sept et pas six, sept et pas huit. Examine-les, scrute-les. Place la parole sur cette essence et restitue le Formateur sur sa base.

4-6 Sept doubles : BGD KPRT fondamentales. Il les a gravées, les a sculptées, les a permutées, les a pesées, les a métamorphosées. Puis avec elles Il a formé sept planètes dans l'univers, sept jours dans l'année, sept portes dans l'âme mâle.

4-7 Sept planètes dans l'univers : Saturne, Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune. Sept jours dans l'année les sept jours de la semaine. Sept portes dans Néfesh mâle et femelle : deux yeux, deux oreilles, deux narines et une bouche.

4-8 Il fit régner la lettre Beith par la sagesse, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma la Lune dans l'univers, le jour 1 dans l'année, l'œil droit dans Néfesh mâle et femelle.

4-9 Il fit régner la lettre Guimel par l'opulence, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma : Mars dans l'univers, le jour 2 dans l'année, l'oreille droite dans Néfesh mâle et femelle

4-10 Il fit régner la lettre Daleth par la fécondité, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma le Soleil dans l'univers, le jour 3 dans l'année, la narine droite dans Néfesh mâle et femelle.

4-11 Il fit régner la lettre Kaph par la vie, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma Vénus dans l'univers, le jour 4 dans l'année, l'œil gauche dans Néfesh mâle et femelle.

4-12 Il fit régner la lettre Pé par la domination, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma Mercure dans l'univers, le jour 5 dans l'année, l'oreille gauche dans Néfesh mâle et femelle.

4-13 Il fit régner la lettre Reish par la vie, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma Saturne dans l'univers, le jour 6 dans l'année, la narine gauche dans Néfesh mâle et femelle.

4-14 Il fit régner la lettre Tav par la grâce, Il la couronna et la combina avec les autres. Avec elles Il forma Jupiter dans l'univers, le jour 7 dans l'année, la bouche dans Néfesh mâle et femelle.

4-15 Sept doubles BGD KPRT. Avec elles ont été gravés sept univers, sept firmaments, sept terres, sept mers, sept fleuves, sept déserts, sept jours, sept semaines, sept années, sept cycles sabbatiques, sept jubilés et le Palais sacré. C'est pourquoi il aima faire des septénaires sous tous les cieux.

4-16 Deux pierres bâtissent deux maisons. Trois pierres bâtissent six maisons. Quatre pierres bâtissent vingt-quatre maisons. Cinq pierres bâtissent six cent vingt maisons. Sept pierres bâtissent cinq mille quarante maisons. A partir d'ici continue, calcule ce que la bouche ne peut exprimer et ce que l'oreille ne peut entendre.

CHAPITRE 5

5-1 Douze Simples : H, V, Z H’, T, Y, L, N, S, A, Ts, Q. Elles reposent sur : parole, pensée, locomotion, vue, ouïe, action, copulation, odorat, sommeil, colère, goût.

5-2 Douze Simples : H, V, Z H’, T, Y, L, N, S, A, Ts, Q.

Les douze limites diagonales sont leur fondement : Limite supérieure Est, limite Nord-Est, limite inférieure Est. Limite supérieure Sud, limite Sud-Est, limite inférieure Sud. Limite supérieure Ouest, limite Sud-Ouest, limite inférieure Ouest. Limite supérieure Nord, limite Nord-Ouest, limite inférieure Nord. Elles s'étendent sans cesse dans l'éternité des éternités, ce sont les limites de l'Univers.

5-3 Douze Simples : H, V, Z H’, T, Y, L, N, S, A, Ts, Q. Fondées, gravées, sculptées, permutées, pesées, transformées. Par elles sont formées douze constellations dans l'Univers, douze mois dans l'Année et douze dirigeants dans l'Ame, mâle et femelle.

5-4 Douze constellations dans l'Univers, Bélier, Taureau, Gémeaux, Cancer, Lion, Vierge, Balance, Scorpion, Sagittaire, Capricorne, Verseau, Poissons.

5-5 Douze mois dans l'année, Nissan, Iyar, Sivan, Tamouz, Av, Eloul, Tishri, H'éshévan, Kislév, Tévéth, Shevat, Adar.

5-6 Douze dirigeants dans Néfesh, deux mains, deux pieds, deux reins, vésicule biliaire, intestins, foie, estomac, kivah, rate

5-7 Il fit la lettre Hé, la fit régner sur la parole, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Bélier dans l'Univers, Nissan dans l'Année et le pied droit dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Vav, la fit régner sur la pensée, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Taureau dans l'Univers, Iyar dans l'Année et le rein droit dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Zayin, la fit régner sur la locomotion, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma les Gémeaux dans l'Univers, Sivan dans l'Année et le pied gauche dans l'Ame mâle et femelle.

5-8 Il fit la lettre H'éith, la fit régner sur la vue, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Cancer dans l'Univers, Tamouz dans l'Année et la main droite dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Teith, la fit régner sur l'ouïe, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Lion dans l'Univers, Av dans l'Année et le rein gauche dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Yod, la fit régner sur l'action, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma la Vierge dans l'Univers, Eloul dans l'Année et la main gauche dans l'Ame mâle et femelle.

5-9 Il fit la lettre Lamed, la fit régner sur la copulation, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma la Balance dans l'Univers, Tishri dans l'Année et la vésicule biliaire dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Noun, la fit régner sur l'odorat, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Scorpion dans l'Univers, H'éshévan dans l'Année et le petit intestin dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Sameck, la fit régner sur l'odorat, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Sagittaire dans l'Univers, Kislév dans l'Année et le pancréas dans l'Ame mâle et femelle.

5-10 Il fit la lettre Ayin, la fit régner sur la colère, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Capricorne dans l'Univers, Tévéth dans l'Année et le foie dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Tsadé, la fit régner sur le goût, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma le Verseau dans l'Univers, Shevat dans l'Année et l'estomac dans l'Ame mâle et femelle. Il fit la lettre Qof, la fit régner sur le rire, la couronna et la combina avec les autres. Avec elles il forma les Poissons dans l'Univers, Adar dans l'Année et la rate dans l'Ame mâle et femelle. Il les forma en creux, Il les disposa comme une muraille, Il les fit s'opposer au-dessus.

CHAPITRE 6

6-1 Il y a Trois Mères AMSh. D’elles émanent Trois Pères, et ce sont air, eau, et feu. Les Pères engendrent. Trois Pères et leurs engendrements. Sept planètes et leurs hôtes, douze limites diagonales. Il y a des témoins pour le prouver, ce sont l’Univers, l’Année, l’Ame et une loi de douze, de sept et de trois, qu'il a établis dans le Téli, le Cycle, et le Coeur.

6-2 Trois Mères AMSh air, eau, et feu. Le feu est au-dessus, l’eau est en dessous, et le souffle de l’air légifère entre eux. Il y a un signe à cela, le feu soutient l’eau. Mem est bourdonnant, Shin est sifflant et Aleph est le souffle de l’air qui les départage.

6-3 Le Téli dans l’Univers est comme un roi sur son trône. Le Cycle dans l’Année est comme un roi dans la province. Le Cœur dans l’Ame est comme un roi en guerre.

6-4 "Ainsi Dieu a fait correspondre l’un à l’autre". Le bien est contraire au mal. Le mal est contraire au bien. Le bien est issu du bien. Le mal est issu du mal. Le bien définit le mal. Le mal définit le bien. Le bien est préservé par le bien. Le mal est préservé par le mal.

6-5 Trois : Chacun se tient seul, un défenseur, un accusateur, et médiateur. Sept: Trois contre trois et un qui les tient en équilibre. Douze en guerre : Trois aiment, trois haïssent, trois donnent la vie et trois tuent.

Trois aiment : le cœur et les oreilles.

Trois haïssent : le foie, la vésicule biliaire et la langue.

Trois donnent la vie : les deux narines et la rate.

Trois tuent : les deux orifices et la bouche.

Et Dieu, Roi fidèle, gouverne sur eux tous par Sa sainte Demeure pour l’éternité des éternités.

Un sur trois, trois sur sept, sept sur douze, Et tous sont liés l’un à l’autre.

6-6 C'est avec les vingt-deux lettres qu'est gravé Ehyeh, Yah, YHVH Elohim, YHVH, YHVH-Tzavaot, Elohim-Tzavaot, El Shaddaï, YHVH Adonaï. Avec elles Il a fait trois Livres, et avec eux Il a créé Son Univers. Avec elles il a formé tout qui a été formé et tout ce qui sera formé.

6-7 Lorsque Abraham notre père, puisse-t-il reposer en paix, regarda, il vit, comprit, sonda, grava et sculpta, Il fut fructueux dans la création, comme il est écrit, "Et les âmes qu’ils faisaient dans Haran". Aussitôt qu’il se révéla à lui le Maître de tout, puisse Son nom être éternellement béni, le plaça sur Sa poitrine, l’embrassa sur la tête et l’appela, "Abraham mon bien-aimé". Il fit un pacte avec lui et avec ses enfants et leurs descendants, comme il est écrit, "Et il eut foi en Yhwh, et Yhwh lui en fit un mérite". Il faisait un pacte avec lui entre les dix doigts de ses mains — c’est le pacte de la langue, et entre les dix orteils de ses pieds — c’est le pacte de la circoncision. Il attacha les 22 lettres de la Torah sur sa langue et lui révéla Son mystère. Il les plongea dans l’eau, les brûla avec le feu, les agita avec le souffle, les enflamma avec les sept (planètes) et les dirigea avec les douze constellations.

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La parabole des talents : Matthieu 25-14 à 25-30

14 Août 2008 Publié dans #spiritualité


Car il en est comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs et leur remit ses biens ; et à l'un il donna cinq talents, à l'autre deux, à l'autre un ; à chacun selon sa force particulière, et il partit. 16. Aussitôt celui qui avait reçu les cinq talents s'en alla, les fit valoir, et il gagna cinq autres talents. De même aussi celui qui en avait deux, en gagna deux autres. Mais celui qui en avait reçu un, s'en étant allé, creusa dans la terre, et y cacha l'argent de son seigneur. Or, après un long temps, le seigneur de ces serviteurs vient, et il règle compte avec eux. Et celui qui avait reçu les cinq talents, s'approchant, présenta cinq autres talents, et dit : Seigneur, tu m'as remis cinq talents ; en voici cinq autres que j'ai gagnés. Son seigneur lui dit : Bien, serviteur bon et fidèle, tu as été fidèle en peu de chose, je t'établirai sur beaucoup, entre dans la joie de ton seigneur. Celui qui avait reçu les deux talents, s'approchant aussi, dit : Seigneur, tu m'as remis deux talents ; en voici deux autres que j'ai gagnés. Son seigneur lui dit : Bien, serviteur bon et fidèle ; tu as été fidèle en peu de chose, je t'établirai sur beaucoup ; entre dans la joie de ton seigneur. Mais celui qui avait reçu un talent, s'approchant aussi, dit : Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui ramasses où tu n'as pas répandu ; et ayant craint, je suis allé, et j'ai caché ton talent dans la terre ; voici, tu as ce qui est à toi. Mais son seigneur lui répondit : Méchant et paresseux serviteur, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que je ramasse où je n'ai pas répandu ; il te fallait donc porter mon argent aux banquiers, et à mon retour j'aurais retiré ce qui est à moi avec l'intérêt. Otez-lui donc le talent, et le donnez à celui qui a les dix talents. Car à tout homme qui a, il sera donné, et il sera dans l'abondance ; mais à celui qui n'a pas, on lui ôtera même ce qu'il a. Et jetez le serviteur inutile dans les ténèbres de dehors ; là seront les pleurs et le grincement des dents.

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Jean-Baptiste Willermoz(1730-1824)

14 Août 2008 Publié dans #histoire de la FM


Jean-Baptiste Willermoz, né à Lyon le 10 juillet 1730 et mort dans la même ville le 29 mai 1824, fut un Maçon d'une envergure exceptionnelle, comme il ne s'en rencontre pas beaucoup par siècle. C'est indéniablement une des personnalités les plus éminentes et les plus considérables de l'histoire de la Maçonnerie - surtout de la Maçonnerie française, mais pas uniquement d'elle, et qui exerça sur son évolution une influence déterminante. Véritable père fondateur du Régime Ecossais Rectifié, il fut l'architecte en chef d'un édifice qui subsiste encore durablement malgré d'étonnantes vicissitudes. Il a longtemps été de mode d'adopter à son sujet un ton dénigrant et persifleur, qu'on retrouve à l'envi sous la plume de Paul Vulliaud, d'Alice Joly, de René le Forestier, de Pierre Chevallier… Le tournant fut pris en 1973 lorsque, dans son Esotérisme au XVIIIe siècle, Antoine Faivre, le premier, écrivit : « On peut dire qu'il atteignit une haute spiritualité et que sa largeur de vue était peu commune. Il se montra doué autant pour la méditation et l'illumination intérieure que pour l'organisation ou l'administration. La Révolution a failli être fatale à son œuvre ; mais on le considère toujours comme l'un des plus grands personnages de l'histoire maçonnique. » (p. 176). Depuis lors, en particulier avec la remise au jour de nombreux documents d'archives, la grandeur du personnage s'est imposée de plus en plus.

Issu d'une ancienne famille de bourgeois de Saint-Claude (dont le patronyme s'orthographiait originellement Vuillermoz), et qui était, d'après des documents de famille, d'origine espagnole lointaine, son père s'était installé à Lyon comme marchand mercier. Jean-Baptiste, aîné de douze frères et sœurs, fut très jeune projeté dans la vie active : mis en apprentissage auprès d'un commerçant en soieries à l'âge de 14 ans, il monta à 24 ans sa propre manufacture ; peu avant Wilhelmsbad, une notice le décrit comme « fabricant en étoffes de soie et d'argent et commissionnaire en soieries. » Il vendit son établissement en 1782 tout en conservant des intérêts dans la maison de mercerie en gros de son frère Antoine et de son beau-frère Pierre Provensal, époux de sa sœur aînée Claudine.

Même s'il consacra à la Franc-Maçonnerie l'essentiel de sa longue vie, il s'engagea activement dans la vie de la cité en se conformant à l'esprit des règles qu'il avait lui-même édictées pour les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, c'est-à-dire en mettant ses facultés d'organisateur et d'administrateur au service de la religion et de la bienfaisance au sens large du terme : il fut successivement ou simultanément administrateur de l'hôtel-dieu (notamment durant la période périlleuse de la Terreur, en 1793) puis des hospices civils de Lyon, membre du conseil de fabrique (c'est-à-dire du conseil paroissial) de Saint-Polycarpe, conseiller général du département du Rhône, il s'occupa d'instruction primaire, devint agriculteur passionné… Willermoz fut tout sauf un Maçon en chambre.

C'est néanmoins par son œuvre maçonnique qu'il est passé à la postérité. Initié en 1750 à l'âge de 20 ans dans une loge dont on ignore le nom, il franchit très rapidement tous les échelons. Elu Vénérable à peine deux ans plus tard, en 1752, il ressent la nécessité de mettre de l'ordre dans une situation marquée « par des abus qui s'accréditaient de plus en plus » et il contribue à former, en 1760, la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon, reconnue en 1761 par la Grande Loge de France. Après en avoir été le Président en 1762-63, il obtient d'en devenir le « Garde des sceaux et archives », fonction qui devait avoir ses préférences dans tous, ou presque tous, les organismes auxquels il appartint car, tirant parti de la correspondance d'affaires qu'il entretenait avec l'Europe entière, il pouvait ainsi se livrer à une de ses activités favorites : recueillir, étudier et comparer les rituels de tous les grades possibles. Et cela indubitablement par goût de collectionneur, mais aussi pour des raisons bien plus profondes, qu'il exposera dans une lettre de novembre 1772 au baron de Hund, le fondateur de la Stricte Observance : « Depuis ma première admission dans l'Ordre, j'ai toujours été persuadé qu'il renfermait la connaissance d'un but possible et capable de satisfaire l'honnête homme. D'après cette idée, j'ai travaillé sans relâche à le découvrir. Une étude suivie de plus de 20 ans, une correspondance particulière fort étendue avec des frères instruits en France et au dehors, le dépôt des archives de l'Ordre de Lyon, confié à mes soins, m'en ont procuré bien des moyens… » Et il constitue, à l'effet d'étudier tous les « hauts grades » dont il se procurait la connaissance et d'en être en quelque sorte le « laboratoire », un chapitre réservé à une « petite société » : le chapitre des Chevaliers de l'Aigle noir, dont il confia la présidence à son frère Pierre-Jacques.

Le but de ces recherches, à savoir le véritable but de la Franc-Maçonnerie, lui fut révélé lorsqu'il fut admis en mars 1767, par Martines de Pasqually en personne, dans son Ordre des Chevaliers Maçons Elus Coëns de l'Univers. Dans une lettre, également de 1772, à un autre dignitaire de la Stricte Observance, le baron de Landsperg, Willermoz s'en explique avec discrétion mais avec netteté : « Quelques heureuses circonstances me procurèrent l'occasion dans mes voyages d'être admis dans une société bien composée et peu nombreuse, dont le but qui me fut développé hors des règles ordinaires me séduisit. Dès lors tous les autres systèmes que je connaissais (car je ne puis juger ceux que je ne connais pas) me parurent futiles et dégoûtants. C'est le seul où j'ai trouvé cette paix intérieure de l'âme, le plus précieux avantage de l'humanité, relativement à son être et à son principe. » De fait, convaincu d'avoir découvert la vérité de la Maçonnerie, Willermoz ne s'en départira jamais et demeurera inébranlablement fidèle, en dépit des apparences, et quoi qu'on ait prétendu, à son initiateur Martines, à sa doctrine et à son Ordre.

Après l'avoir reçu, comme il vient d'être dit, au cours d'une cérémonie empreinte d'émotion (que Willermoz devait relater en 1781 à Charles de Hesse), le Grand Souverain, qui avait décelé ses capacités, le nomma peu après « Inspecteur général de l'Orient de Lyon et Grand Maître du Grand Temple de France ». En mai 1768, le Substitut Universel de l'Ordre des Elus Coëns, Bacon de la Chevalerie l'ordonna Réau-Croix ; bien que cette ordination ait été opérée sur autorisation de Martines, celui-ci éprouva des doutes sur sa parfaite régularité, et il décida de la confirmer deux ans plus tard, en mai 1730, par la « voie sympathique », c'est-à-dire à distance - méthode fréquente pour les opérations des Elus Coëns, notamment les travaux d'équinoxe.

Willermoz prit très au sérieux les fonctions qui lui avaient été conférées et, méticuleux comme il l'était, il fut, parmi les disciples de Martines, le plus pressant pour obtenir de lui des rituels, instructions et autres documents qui faisaient défaut aux Coëns pour travailler ; à cet égard, sa correspondance avec Saint-Martin, lorsque celui-ci fut devenu secrétaire de Martines, est des plus précieuses, de même que les notes que lui-même établit pour la pratique des rituels coëns. Par dérogation à la règle qu'il s'était imposée pour les autres systèmes, y compris le sien, à savoir le Régime Ecossais Rectifié, il tint à conserver la conduite du Temple de Lyon, et il le maintint en effet en activité bien après la désagrégation de l'Ordre des Elus Coëns, jusqu'aux premiers troubles de la Révolution. Preuve du respect révérencieux que Willermoz portait à l'œuvre de son maître, il n'apporta aucun changement, même léger, à l'Ordre des Elus Coëns, qu'il laissa complètement à l'écart de sa grande entreprise de réforme - de rectification - de la Maçonnerie. Enfin, en ce qui concerne l'homme, en dépit des tiraillements ou des agacements réciproques, inévitables de la part de personnes aux natures aussi caractérisées et aussi contrastées, il lui porta toujours la plus grande considération en tant que maître initiateur, écrivant à son sujet, dans son extrême vieillesse, en 1821 : « Cet homme extraordinaire auquel je n'ai jamais connu de second. »

C'est que Willermoz avait adhéré d'emblée, et définitivement, à la doctrine de la réintégration, doctrine dont il estima dès lors qu'elle avait été, et devait être toujours, à la base de la Maçonnerie primitive et authentique ; si elle était absente de tel ou tel système maçonnique, c'était la marque que celui-ci était « futile ou dégoûtant » ou encore « apocryphe », disait-il en empruntant le terme et l'idée à Martines.

La découverte de la doctrine de Martines ne dissuada nullement Willermoz de continuer ses enquêtes sur tous les systèmes maçonniques qui venaient à sa connaissance et de solliciter de ses nombreux correspondants, souvent princiers, tel Charles de Hesse, des échanges de « lumières ». Mais on s'est complètement mépris sur le sens de ces démarches, qu'on a présentées comme une quête incessante et toujours inassouvie de la vérité. Rien n'est plus erroné. Cette vérité, Willermoz était convaincu de l'avoir reçue, et elle le satisfaisait entièrement. S'il continuait à la chercher ailleurs que dans l'Ordre de Martines, c'était dans un tout autre but : celui de réunir en un faisceau tous les systèmes maçonniques authentiques - authentiques parce que, par hypothèse, ils véhiculaient la même doctrine, ou encore, pour reprendre une image qu'il utilisa souvent, pour réunir les branches issues d'un même tronc. Cette « réunion générale de tous les rites et systèmes maçonniques » était une idée qui le poursuivit longtemps et qu'il exposa publiquement devant le Convent de Wilhelmsbad ; et elle trouva son écho dans la titulature officielle des Loges du Régime Ecossais Rectifié, qui est : « Loges réunies et rectifiées de France ».

Ce n'est pas autrement qu'il faut interpréter son adhésion et celle des deux groupes dont il était le principal inspirateur, à Strasbourg et à Lyon, à la Stricte Observance, dite encore Maçonnerie réformée ou rectifiée de Dresde. Cette adhésion se fit sur la base d'un quiproquo complet : lorsque le baron de Weiler, émissaire de Charles de Hund, parlait de « rétablir l'Ordre dans son premier état », il sous-entendait par là le rétablissement de l'Ordre du Temple aboli en 1313, là où Willermoz comprenait le retour à la Maçonnerie primitive telle que Martines l'enseignait ; aussi avoua-t-il plus tard à Charles de Hesse être « tombé de son haut » en ne trouvant dans la Stricte Observance « qu'un système sans bases et sans preuves » et qu'une « profonde ignorance sur les choses essentielles ». La preuve - s'il en était besoin - du prix que Willermoz attachait à la doctrine de Martines est qu'il ressentit la nécessité, après le départ pour Saint-Domingue du Grand Souverain, puis sa mort, d'organiser chez lui, à Lyon, de janvier 1774 à octobre 1776, des « instructions » ou « leçons » auxquelles Saint-Martin, d'Hauterive et lui-même participèrent tantôt comme instructeurs, tantôt comme secrétaires de séance.

Cependant, à quelque chose malheur est bon. La parfaite connaissance que Willermoz avait du panorama maçonnique français et européen l'avait assez vite persuadé que le système de Martines était vraiment trop hétérogène par rapport à la Maçonnerie du temps pour pouvoir s'implanter durablement, a fortiori pour supplanter les autres. Cela tenait, pour le fond, à la doctrine et, pour la forme, au fait qu'il était en vérité une crypto-maçonnerie ou, si l'on peut dire, une « Maçonnerie au-delà de la Maçonnerie ». Or pourtant, selon Willermoz, la doctrine était la seule vraie, la seule à exprimer l'authentique vérité de la Maçonnerie.

C'est alors qu'il eut l'idée géniale de constituer son propre système qui transmettrait, à la fois par l'enseignement et par l'initiation, cette vérité et qui, de surcroît, protègerait en son for intérieur l'Ordre des Elus Coëns. Le résultat fut le Régime Ecossais Rectifié, qui devait être officiellement sanctionné, sur le plan national, par le Convent des Gaules, à Lyon (novembre-décembre 1778) puis, sur le plan international, par le Convent de Wilhelmsbad, en Allemagne (août-septembre 1782).

Ce Régime est doté d'une architecture concentrique, par cercles successifs, qui sont au nombre de trois :

 1)la classe symbolique ou Ordre maçonnique, avec ses quatre grades : Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Ecossais ;

 2)l'Ordre intérieur, lequel est chevaleresque, avec ses grades, ou plutôt ses étapes, d'Ecuyer Novice - qui est une période probatoire - et de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

Ces deux premiers cercles constituent ce que Willermoz appelle les « classes ostensibles » du Régime. Elles empruntent l'essentiel de leurs formes extérieures aux grades maçonniques et chevaleresques en vigueur en France et en Allemagne (usages de ce qu'on appellera plus tard le Rite français, grades « écossais », Stricte Observance) - moyennant des adaptations non négligeables exigées par la doctrine.

 3)Vient ensuite un troisième cercle, la « classe secrète » de la Profession et de la Grande Profession, innovation majeure de Willermoz, dans laquelle « les Frères des classes inférieures qui en sont jugés dignes sont initiés, après les épreuves requises, à la connaissance des mystères de l'ancienne et primitive Maçonnerie et sont reconnus propres à recevoir l'explication et le développement final des emblèmes, symboles et allégories maçonniques » (art. 1er des statuts).

Ces trois cercles, ou classes, constituent le Régime Ecossais Rectifié. Pourtant, enchâssé, en son cœur, se trouve un quatrième cercle, protégé sous le voile du mystère, et qui est le nec plus ultra : l'Ordre des Elus Coëns. Mais aucune confusion n'est possible : bien que situé au centre du Régime Rectifié, l'Ordre Coën n'est plus le Régime Rectifié ; en passant de l'un à l'autre, on change de monde. En particulier, Willermoz s'attache à proscrire, dans les classes du Régime, tout ce qui pourrait s'apparenter fût-ce à une esquisse de pratiques théurgiques, comme par exemple la kabbale ou l'alchimie, ces pratiques étant l'exclusivité de l'Ordre Coën.

En revanche, ce que les deux, Ordre Coën et Régime Rectifié, ont en commun, c'est la doctrine de la réintégration, cette « science de l'homme », pour reprendre la formule de Joseph de Maistre, que la Maçonnerie a pour fonction d'enseigner et de mettre en œuvre initiatiquement. Sa substance initiatique, et par conséquent, son rituel initiatique, sont entièrement fondés sur : 1) la chute de l'homme de son état originel glorieux, et 2) son retour, sa réintégration par l'initiation dans cet état primitif, laquelle initiation, pour pouvoir opérer, exige l'intercession et l'action du « Grand Réparateur », qui est le Christ.

Ce thème, Willermoz l'a reçu des enseignements de Martines. Mais il l'a reçu aussi de la lecture des Pères de l'Eglise. En effet, ce que l'on sait peu, c'est que Willermoz avait une solide culture religieuse ; il avait été élève des Jésuites et, en dépit de son activité professionnelle précoce, il ne cessa jamais de chercher à s'instruire, ce qu'il pouvait aisément, puisqu'il y avait plusieurs prêtres dans sa propre famille, sans parler de son entourage maçonnique. C'est ainsi que le fonds maçonnique de Lyon conserve de ses notes de lecture sur des Pères de l'Eglise, en particulier les Pères grecs (dont les traductions étaient moins rares qu'on le croit communément). Or le thème de la chute et de la réintégration est ce que les Pères, depuis saint Irénée de Lyon, ont exprimé par le thème de l' « image et ressemblance » : l'homme a été créé à l'image de Dieu et selon sa ressemblance ; la chute lui a fait perdre la ressemblance mais l'image, empreinte divine, demeure inaltérée ; reste à réacquérir ou à reconquérir la ressemblance. Tel est l'objet et le but de l'initiation : le retour de la difformité à la conformité, de l'état déchu à l'état d'avant la chute.

Tout le système élaboré par Willermoz, c'est-à-dire le Régime Ecossais Rectifié, est modelé, et ses formes, adaptées, pour permettre à l'initiation d'opérer de cette façon-là.

En outre, Willermoz, convaincu que l'intelligence est un talent reçu de Dieu - talent que, selon la parabole évangélique, l'homme a le devoir de faire fructifier - double le processus initiatique par un processus pédagogique : il rédige une série d' « instructions » qui se succèdent de grade en grade afin d'exposer de plus en plus clairement et complètement cette doctrine de la réintégration dans tous ses aspects, non seulement anthropologiques, mais cosmologiques et théosophiques. Ces instructions culminent dans l'Instruction secrète des Grands Profès, où éclate son génie métaphysique, comme d'ailleurs aussi dans celles des « leçons de Lyon » qui sont de son cru ; car il y donne de la métaphysique de Martines une présentation particulièrement lumineuse.

Les mêmes qualités : logique, clarté, sens des nuances, qualité de l'expression, caractérisent le Préavis, véritable discours-programme qu'il prononça devant le Convent de Wilhelmsbad le 29 juillet 1782 afin de présenter à la fois le Régime et son inspiration. Willermoz était véritablement aussi doué pour les concepts et pour l'écriture que pour l'organisation ; c'était à l'évidence un esprit de premier ordre.

Ce qu'il importe néanmoins de souligner avec force, c'est que, si Willermoz s'est toujours défendu d'être le véritable auteur des instructions dont il était le rédacteur, il a également cru sur parole Martines lorsque celui-ci affirmait, lui aussi, ne faire que transmettre une très ancienne tradition, quasiment immémoriale. En fait, pour l'un comme pour l'autre, cette tradition, c'est-à-dire à la fois la doctrine, qui est science de l'homme, science de la réintégration de l'homme, et l'initiation qui va avec, sont le fait d'un unique « Haut et Saint Ordre », dont l'origine est aussi ancienne que le monde, et dont aussi bien l'Ordre des Elus Coëns que le Régime Ecossais Rectifié sont des manifestations temporelles, d'où leur harmonie en quelque sorte préétablie. Haut et Saint Ordre dont la fonction est de rétablir le vrai Temple, le temple de l'Homme où réside l'Esprit, par et dans le Christ - autre manière de décrire la réintégration.

Lorsqu'il mourut en 1824 à l'âge vénérable de 94 ans, peut-être Willermoz eut-il le sentiment que son œuvre s'éteindrait avec lui, voire qu'elle s'était déjà éteinte avant lui. On sait qu'il n'en fut rien, et que le Régime Ecossais Rectifié, dans toutes ses classes, reprit plus tard vigueur, sans parler de l'Ordre des Elus Coëns. Cela excède le champ de la présente étude. Cependant, on peut maintenant dire - ce qui n'était pas forcément vrai il y a seulement cent ans - que l'œuvre de Willermoz est toujours, et même plus que jamais, d'actualité.

Jean-François Var

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Chevalier de l'Aigle Rouge(GOE)

14 Août 2008 Publié dans #hauts grades

D : Comment l’œuvre de l’Aigle Rouge s’est-elle manifestée en toi ?

R : Lorsque la flamme subtile de mon Intellect et le pur regard de mon âme se sont détournés

du sensible pour commencer à comprendre le divin, alors la Lumière de l’Aigle Rouge s’est manifestée, m’environnant de ses ailes flamboyantes.

 

D : Que produit cette alliance pour le genre humain ?

R : Des trésors immenses qui dureront autant que le monde.

 

D : Tous les hommes sont-ils en état de travailler au Grand œuvre ?
R : Non, bien peu en sont capables. Il n'y a que les vrais maçons qui auront l'avantage d'y prétendre. Mais combien peu sont dignes d'y parvenir

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Prince de Mercy(fonds Kloss)

14 Août 2008 Publié dans #hauts grades

Système du grand oeuvre Philosophique

Le Prince Excellent dit:
D. F 1er Excellent, quelle est la première étude d'un philosophe?

R. C'est la recherche des opérations de la nature.

D. Quel est le terme de la nature?

R. Dieu, comme il en est le principe.

D. Que représente la lumière des Maçons?

R. Le souffle divin, le feu central et universel qui vivifie tout ce qui existe.

D. Quelles qualités doivent avoir les scrutateurs de la nature, F 2ème Excellent?

R. Ils doivent être tels que la nature elle même, c'est à dire, vrais, simples, patients et constants; ce sont les caractères essentiels qui distinguent les bons Maçons; et lorsqu'on inspire déjà ces sentiments aux Candidats dans les premières instructions, on les prépare d'avance à acquérir les qualités nécessaires pour la classe philosophique.

D. Quelle est la vraie et première matière des métaux?

R. La première et la principale est une humidité de l'air mêlée avec un air chaud, adhérente à chaque chose pure et impure.

D. Comment les philosophes ont-ils nommé cette humidité?

R. Mercure.

D. Quelle est la seconde matière?

R. C'est la chaleur de la terre, c'est à dire, une chaleur sèche que les philosophes appèlent souffre.

D. Quelle est la vie des métaux?

R . Elle n'est autre chose que le feu lorsqu'ils sont encore couchés dans leurs mines.

D. Quelle est leur mort?

R. Leur mort et leur vie ont un même principe puisqu'ils meurent également par le feu, mais un feu de fusion.

D. Les divers métaux connus, ont-ils chacun des semences différentes?

R. Ils ont tous une même semence; mais le lieu de leur formation a été la cause de leur différence.

D. F1er Excellent, comment se forme l'or dans les entrailles de la terre?

R. Quand la première matière dont nous avons parlé, est sublimée au centre de la terre, et qu'elle passe dans les lieux chauds et purs, où une certaine graisse de souffre adhère aux parois, alors cette vapeur, ce mercure des philosophes s'unit, se joint à cette graisse qu'elle sublime; de ce mélange résulte une certaine onctuosité qui venant à se sublimer de nouveau en passant par d'autres lieux nettoyés par la vapeur précédente et où la terre est plus subtile, pure et humide, remplit les pores de cette terre, se joint à elle et c'est alors ce qui produit l'or.

D. Quel est l'objet de la recherche des philosophes?

R. C'est la connaissance de l'art de perfectionner ce que la nature a laissé imparfait dans le genre minéral, et d'arriver au trésor de la pierre philosophale.

D.Qu'est ce que cette pierre?

R. La pierre philosophale n'est autre chose que l'humide radicale des éléments parfaitement purifiés et amenés à une souveraine fixité, ce qui fait qu'elle produit de si grandes choses.

D. F2ème Excellent, quelle route doit suivre le philosophe pour parvenir à la connaissance et à l'exécution de l'oeuvre physique?

R. La même que le Grand Architecte de l'Univers suivit pour la création du monde, en observant comment le chaos fut débrouillé.

D. Combien d'opérations y a t il dans notre oeuvre?

R. Il n'y en a qu'une seule qui se réduit à la sublimation, qui n'est autre chose que l'élévation de la substance sèche par le moyen du feu, avec adhérence à son propre vase.

D. Quand un philosophe peut-il entreprendre la confection du Grand oeuvre?

R. Lorsqu'il saura par théorie tirer d'un corps dissous, et par le moyen d'un esprit cru, un esprit digeste, lequel il faudra derechef rejoindre à l'huile vitale.

D. F1er Excellent, expliquez moi cette théorie plus clairement?

R. Pour rendre la chose plus sensible, en voici le procédé; ce sera lorsque le philosophe saura par le moyen d'une menstrue végétale, uni et minéral, dissoudre un troisième essentiel, avec lesquels réunis il faut laver la terre, et l'exalter ensuite en quintessence céleste, pour en composer leur foudre sulfureux, lequel, dans un instant pénètre les corps, et détruit leurs excréments.

D. Combien d'or distinguent les philosophes?

R. Trois, comme vous l'avez dit plus haut: l'or astral, l'or élémentaire et l'or vulgaire.

D. Qu'est ce que l'or astral?

R. Il a son centre dans le soleil qui le communique à tous les êtres inférieurs. C'est une substance ignée et qui reçoit une continuelle émanation des corpuscules solaires qui pénètrent tout ce qui est sensitif et végétatif.

D.      Est ce dans ce sens qu'il faut considérer le soleil peint au tableau des premiers grades de

l'ordre?

R.       Oui, Prince Excellent, toutes les autres interprétations sont des voiles pour déguiser au Candidat les vérités philosophiques.

D. Quel est l'or élémentaire?

R. C'est la plus pure et la plus fixe portion des éléments et de toutes les substances qui en sont composées, de sorte que tout les êtres compris dans les trois règnes, contiennent dans leur centre un précieux grain de cet or élémentaire.

D.Comment cet or est-il figuré dans le tableau des trois premiers grades?

R. Ainsi que le soleil indique l'or astral, la lune signifie son règne sur tout les corps sublunaires qui lui sont subjacents, contenant en leur centre le grain fixe de l'or élémentaire.

D. Expliquez moi l'or vulgaire?

R. C'est le plus beau métal que la nature puisse produire, aussi parfait en soi qu'inaltérable.

D. Où trouve-t-on sa désignation aux symboles de l'art royal?

R. Dans les trois bijoux principaux: le triangle, le compas et l'équerre.

D. De quelle espèce d'or est la pierre philosophale?

R. De la seconde espèce, comme étant la plus pure portion de tous les éléments métalliques après sa purification.

D. Où se trouve la matière que nous employons?

R. Elle se trouve par tout, mais il la faut chercher principalement dans la nature métallique, où elle se trouve plus spécialement qu'ailleurs.

D. Laquelle doit on préférer à toutes les autres, F 2ème Excellent?

R. On doit préférer la plus mure, la plus propre et la plus facile, mais il faut la chercher principalement dans l'essence métallique, et qu'elle y soit non seulement en puissance, mais aussi en acte et qu'elle y ait une splendeur métallique.

D. F 1er Excellent, tout est-il renfermé dans ce sujet?

R. Oui, Prince Excellent; mais il faut pourtant secourir la nature, afin que l'ouvrage soit mieux et plutôt fait et cea par les moyens indiqués plus haut, et en employant le foudre sulfureux dont nous avons expliqué l'origine; c'est par ce procédé qu'on extraira de la matière l'or pur philosophique.

Le Prince Excellent dit au Récipiendaire:

Vous voyez, Très Excellent frère, par ce léger aperçu de notre théorie que la transmutation des métaux nous est connue; il est tems que vous appreniez le but et l'objet de tout nos travaux. Nous tenons des philosophes qui nous ont précédés l'important secret de composer l'or; mais les dangers qu' entrainent cette connaissance admirable, nous obligent à travailler sans cesse aux moyens de nous défier de nous mêmes.

Dans peu de jours d'une étude suivie, et en devenant le témoin secret de nos opérations vous ne tarderez pas à coopérer à ce que nous appelons le grand oeuvre, vous deviendrez chimiste habile, et vous ferez de l'or.

Il est une chose importante à vous révéler, c'est qu'aucun de nous n'à le droit de détourner la moindre parcelle de ce métal précieux. Si les philosophes qui m'entourent, ne prenaient pas la sagesse pour guide de leurs actions, ils s'approprieraient de suite l'or qu'ils confectionnent et se procureraient toutes les jouissances que donne la richesse. Qu'en résulterait-il? Que la facilité de produire entraînerait la nécessité de dépenser; que le public, le Gouvernement même serait intéressé à connaître la source de tant de biens et qu'enfin l'imprudent compromettrait sa personne, sa vie, et causerait infailliblement notre perte. Pour prévenir tant de malheurs, voici la marche régulière que nous avons adoptée.

Tout l'or sorti de notre laboratoire, où vous allez être introduit, nous le déposons dans une caisse artistement faite, qui contient pour environ trois millions de lingots. La lenteur de nos opérations et les précautions que nous prenons, afin d'écarter tout soupçon, exigent de nous trois ans de travail pour que nous puissions remplir cette caisse. Quand cette valeur métallique est complétée, le plus ancien de nous, qui est chargé durant trois années des fonctions dont je suis dépositaire, emporte cette caisse, nous dit un éternel à Dieu, après avoir prononcé un Serment terrible, et va jouir dans une contrée lointaine des fruits de son travail, de ses études et de sa discrétion.

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