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Hauts Grades

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le convent de Wilhelmsbad

31 Août 2005 , Rédigé par texte original Publié dans #fondements historiques de la FM

 

Juillet & Aouft 1782

Nous Grand Maître général, Maîtres Provinciaux, grands Officiers, Préfets & Députés des Chapitres du St\0\ des Chevaliers bienfaifans & des Francmaçons réunis fous le régime rectifié légitimement affemblés en Convent général à Wilhelmsbad près de Hanau pour affermir l'édifice maçonnique confié à nos soins, rectifier les principes & le but de cet Ordre ancien, & réunir fes différentes parties par des liens communs & durables; avons arrêté & ftatué ainsi qu'il fuit.

Convaincus dès les premiers pas de nos travaux, que pour entretenir l'activité entre les diverfes parties de l'Ordre, & établir peu à peu une uniformité de principes, rits, & obligations, il étoit néceffaire, de créer un centre refpectable, où elles viendroient toutes aboutir ; & confidérant que notre régime doit fa confervation aux foins infatigables du Ser.me F.‑. FERDINANDUS a Victoria ( in feculo Duc de Brundvic & Lunébourg) nous n'avons cru pouvoir mieux folemnifer notre reconnoiffance qu’en Le confirmant dans la dignité de Chef fuprême de toutes les r rectifiées, qui Lui a déjà été conférée au convent de Kohlo en 1772. & y ajoutant celle de grand ‑ Maître général de toutes les provinces de l'Ordre des Chevaliers bienfaifans & des Maçons rectifiés, que le voeu unanime de toutes les nations s'eft empreffé de lui offrir ‑ Enjoignons en conféquence à tous les Chapitres, r et frères qui fuivent notre régime, de Lui rendre en cette qualité l'hommage dû aux vertus éminentes dont Il préfente fans ceffe le modèle; Lui avons transmis par un acte folemnel, & exprimant notre confiance entière, 1e droit de convoquero & préfider les Convens générauxet de diriger par le fecours des Maîtres Provinciaux & autres chefs, les divers établiffemens de l'Ordre : & avons reçu en échange de Lui une capitulation, gage des principes fages, qui le dirigeront dans l'adminiftration de l'Ordre, & de la liberté qui doit en animer les travaux. Enjoignons pareillement à tous les établiffemens tant maçonniques que de l'Ordre intérieur de reconnoitre pour fecrétaire général de l'Ordre entier le R\ F\ ab Urna (Schwarz) & d'ajouter foi à tout ce qui fera expédié de fa part, comme chargé de la confiance particulière de l'Eminent.me Grand Maître. Pour faire paffer enfin à la poftérité un monument de notre heureufe réunion fous un Chef commun & refpectable par tant de vertus, nous avons arrêté, qu'il feroit frappé une médaille avec fon bufte & une dévife relative à l'époque fortunée de notre convent.

Un de nos premiers foins s'eft tourné vers l'authenticité du fiftème que nous avons fuivi jufqu'aujourd'hui & le but final, où il doit conduire nos frères.

Après  plufieurs recherches curieufes fur l'hiftoire de l'Ordre des Templiers, dont on dérive celui des Maçons, qui ont été produites, examinées & comparées dans nos conférences, nous nous fommes convaincus, qu'elles ne préfentoient que des traditions & des probabilités fans titres authentiques, qui puiffent mériter toute notre confiance . & que nous n'étions pas autorifés fuffifamment à nous dire les vrais & légitimes fucceffeurs des T\ que d'ailleurs la prudence vouloit que nous quittions un nom, qui feroit foupçonner le projet de vouloir reftaurer un Ordre profcrit par le concours des deux puiffances, & que nous abandonnions une forme qui ne quadreroit plus aux moeurs & aux befoins du fiècle.

En conféquence nous déclarons, que nous renonçons à un fiftème dangereux dans fes conféquences, & propre à donner de l'inquiétude aux Gouvernemens: & que fi jamais quelque Chapitre ou quelque frère formoit le projet de reftaurer cet Ordre, nous le désavouerions comme contraire à la première loi du Maçon, qui lui ordonne de refpecter l'autorité fouveraine. A cet effet & pour décliner à jamais toute imputation finiftre & démentir les bruits femés indifcrettement dans le public : nous avons dreffé un acte foufcrit par nous tous & au nom de nos commettans, par lequel nous confacrons cette détermination fage, & proteftons au nom de tout l'Ordre des Francmaçons réunis & rectifiés devant Dieu & nos frères, que l'unique but de notre affociation eft de rendre chacun de fes membres meilleur & plus utile à l'humanité par l'amour & l'étude de la vérité, l'attachement le plus fincère aux dogmes, devoirs & pratiques de notre fainte religion chrétienne, par une bienfaifance active, éclairée & univerfelle dans le fens le plus étendu & par notre foumission aux loix de nos patries refpectives.

Nous ne pouvons cependant nous diffimuler, que notre Ordre a des rapports réels & inconteftables avec celui des T\ prouvés par la tradition la plus confiante, des monumens authentiques & les hiéroglyphes mêmes de notre tapis: qu'il paroit plus que vraifemblable que l'initiation maçonnique plus ancienne que cet Ordre, a été connue à plufieurs de ces Chevaliers & a fervi de voile à quelques autres au moment de leur cataftrophe pour en perpétuer le fouvenir. En conféquence,et pour fuivre tous les veftiges d'un Ordre, qui paroit à un grand nombre de frères avoir poffédé des connoiffances précieufes,et auquel nous devons la propagation de la fcience maçonnique nous nous fommes crus obligés de conferver quelques rapports avec lui &  de configner ces rapports dans une inftruction hiftorique. & comme nous devons à l'ancien fiftème un plan de Coordination utile & des divifions avantageufes pour maintenir le bon ordre, & qu'en renverfant la forme extérieure de notre gouvernement nous romprions fans motif les liens, qui uniffent les différentes parties ; nous avons arrêté, que ces rapports feroient confervés dans un Ordre équeftre, connu, fous le nom de  Chevaliers bienfaifans & chargé du régime & de l'adminiftration des claffes fimboliques.

Nous avons divifé la réception dans cet Ordre intérieur en deux époques avons arrêté le rituel pour la réception des novices, qui doivent être inftruits des devoirs, dont ils contractent l'engagement, & avons approuvé l'efquiffe du cérémonial de l'armement même des chevaliers, qui reçoivent cette dignité comme récompenfe de leurs efforts dans la carrière de la bienfaisance, qui nous a été préfentée, & dont la rédaction a été confiée au F\ a flumine (de Turkheim). Mais comme quelques Provinces ou Préfectures pourroient avoir quelque raifon particulière, pour ne pas fe fervir de cette dénomination de Chevaliers bienfaifans & de la formule de leur réception, ou être gênés par des circonftances locales, dont nous remettons le jugement à la prudence de notre Éminentiffime G\M\G\; nous voulons & entendons leur laiffer la liberté d'y ajouter les modifications jugées convenables, fans rompre ou altérer pour cela leur union avec l'enfemble de l'Ordre, dont la connexion plus étroite a été un des principaux mobiles de nos travaux.

Avons accordé pareillement aux trois Provinces françoifes, qui depuis leur réforme nationale avoient adopté le titre de Chevaliers bienfaifans de la Cité Sainte, auquel elles attachoient un prix particulier, la liberté de continuer de s'en fervir.

En confervant enfin à cette Chevalerie chrétienne une croix, un habillement uniforme, les noms d'Ordre & la bague pour fe reconnoitre, nous préfcrivons pour les dattes I'ufage de l'Ere du falut & du calendrier réformé, en aboliffant dans les actes celui de l'Ere de l'Ordre établie auparavant.

Notre attention principale s'eft portée fur les rituels des trois premiers grades, bafe commune de tous ceux, qui s'appellent Maçons. Occupés à réunir fous une feule bannière les autres régimes, nous fentions, qu’il étoit impoffible de l’effectuer, fans conferver tous les emblêmes effentiels & en féparer ceux que l’efprit du fiftème y avoit ajoutés.

Pénétrés intimement, que les hiéroglyphes de ce tableau antique & inftructif, tendoient à rendre l'homme meilleur & plus propre à faifir la vérité, nous avons établi un comité, pour rechercher avec le plus grand foin, quels pouvoient être les rituels les plus anciens, & les moins altérés; nous les avons comparé avec ceux arrêtés au Convent des Gaules, qui contiennent des moralités fublimes & en avons déterminé un pour les grades d'Apprentif, Compagnon & Maître, capable de réunir les r divifées jufqu'ici, & qui fe raprochât le plus de la pureté primitive. Nous publions ce travail, & invitons nos r à le méditer & à le fuivre ; permettant aux Provinces, qui auroient des obfervations à y faire, de les communiquer à notre Emment.me G\M\ général d'ici à un an.

& comme dans prefque tous les régimes il fe trouve une claffe Écoffoife, dont les rituels contiennent le complément des fimboles Maçonniques, nous avons jugé utile, d'en conferver une dans le nôtre, intermédiaire entre l'Ordre fimbolique & intérieur; avons approuvé les matériaux fournis par le comité des rituels, & chargé le R\F\ ab Eremo, (WiIIermoz) d'en faire la rédaction.

Nous avons lieu d'efpérer qu'établiffant pour première loi des principes de tolérance pour les autres régimes, & ceux d'une bienfaifance active, éclairée & univerfelle pour caractériftiques du nôtre ; nous obtiendrons la réunion défirée avec tous les bons Maçons : but que nous nous propofons principalement, & déclarons que nous ne reconnoitrons pour fauffes & contraires à la vraie Maçonnerie, que ces ret ces grades dont les principes feroient oppofés à la religion, aux bonnes moeurs & aux vertus fociales.

Malgré que nos r fe foient toujours empreffées d'epfeigner à leurs membres les préceptes de la morale la plus pure & de graver furtout dans le coeur des nouveaux‑reçus les leçons de la fageffe & de la vertu : nous avons cru devoir faire compofer une règle générale pour tous les Maçons, qui leur traçât avec énergie ce qu'ils doivent à Dieu, à leur prochain, à eux‑mêmes, à leurs frères & à l'Ordre en général; nous avons par conféquent adopté une règle, écrite dans les deux langues, pour être lue au Candidat lors de fon initiation, & avons donné pareillement notre fanction à une paraphrafe de cette même règle contenue en neuf articles, pour être foumife à fa méditation ultérieure & être lue quelquefois l'année dans nos r.

et comme les Chevaliers bienfaians fe dévouent plus particulièrement à la défenfe de notre fainte religion, chrétienne, de l'innocence opprimée & de l'humanité fouffrante, & que nos fonds font confacrés à des établiffemens de bienfaifance, nous avons fait rédiger une règle, qui leur expliquât d'une manière plus pofitive leurs engagemens & les principes, qui doivent diriger l'Ordre Equeftre ; voulons & entendons, que cette règle, foit adoptée par tout Chevalier, comme norme de fa conduite dans l'Ordre, & lui foit lue lors de fa réception foit dans l'original latin, foit dans une des traductions.

Le défaut d'un bon code de loix, qui établiffe d'un côté autant d'uniformité qu'il eft poffible entre les différens établiffemens fans trop gêner d'un autre côté les convenances locales, eft caufe des variations & des

fchifmes que l'Ordre des Maçons a éprouvé, jufqu'ici. Nos Convens antérieurs ont déjà fenti la néceffité d'y porter remède, & celui des Provinces françoifes a fourni des efquiffes précieufes : nos vues ont dû s'arrêter fur le même objet: & nous avons vu avec plaifir un plan pour claffer les différentes parties de cette législation, par le F\ a fonte irriguo (de Kortum). Nous en avons difcuté plufieurs principes, & nous les communiquerons à toutes les Préfectures pour faire leurs obfervations fur ce travail. Mais nous aurions prolongé nos féances au delà du tems limité par les occupations civiles de nos députés, fi nous avions voulu en entreprendre la rédaction.

Nous nousfommes donc bornés, à approuver l'introduction à ce code, dans laquelle on fait fentir la néceffité des loix pofitives, les abus & les erreurs, qui jusfqu'ici ont infefté l'Ordre; les moyens de lui rendre fa pureté, & le précis des vues générales de l'Ordre, & des principes, qui doivent diriger la conduite de fes établiffemens & de fes membres. Nous enjoignons aux r de méditer fouvent cette introduction: & eftimons qu'on s'en fervira avec fuccès pour donner aux r d'un régime étranger une idée favorable du nôtre & les amener à la réunion que nous défirons.

Nous avons enfin chargé les FF\ a fonte irriguo, a circulis (Comte de Virieu) a Lilio convallium (Bode) a flumine (de Turkheitn) de la rédaction de ce code; les priant chacun d'en faire deux: dont l'un trace des principes fimples & fondamentaux, qui puiffent convenir à toutes les Provinces; & l'autre foit détaillé & motive les différentes loix générales & locales même, qu'ils croiront les meilleures pour que chaque Province puiffe y puifer à fon choix ce qui lui fera le plus convenable.

Nous comptons envoyer le travail de ces quatre frères. Aux Provinces, & lorfque celles‑ci auront communiqué leurs obfervations fur ces ouvrages, nous remettrons tous ces matériaux au F\ab Equo bellicofo (de Rofskampff) que nous avons défigné comme une perfonne agréable à tous, pour rédiger un feul code général.

Après avoir fixé un centre commun, nous devions nous occuper des parties conftituanteset fupérieures dans l'Ordre & revoir la matricule générale des Provinces qui relèvent immédiatement du grand‑Maître général.

Faisant donc droit fur les demandes du grand Prieuré d'Italie, ci‑devant un des deux grands Prieurés de la Ville accordées depuis plufieurs années par le voeu unanime des Provinces, exprimées vis‑à‑vis du Ser.me F\ a Victoria, nous le séparons du grand Prieuré d' allemagne & y joignant l'Archipel & la Grèce, le proclamons Province du S\ 0\ confidérant en outre, qu'ayant renoncé au fiftème de reftauration de l'Ordre des Templiers, il feroit peu conféquent & peu analogue à cette détermination de conferver l'ancien Ordre de la matricule : nous recevons entre nos mains toutes les grandes charges de l'Ordre annexées jadis aux maîtrifes provinciales, fans qu'aucun membre individuel, de l'Ordre puiffe en être revêtu dorénavant. Abrogeons les anciennes dénominations des Préfectures & Commanderies comme relatives entièrement à l'Ordre des Templiers, déclarons que le nombre des Provinces ne devra pas être borné néceffairement à celui de IX. mais qu'il dépendra des circonftanceset des befoins de l'Ordre; que cependant pour le moment nous ne voyons pas de néceffité de l'augmenter, puifque les deux Provinces qui portoient le nom d'Arragon & de Léon dans l'Ordre, ne font pas en activité, qu'il nous refte peu d'efpoir de porter les établiffemens Maçonniques de la grande Bretagne à une réunion folide & convenable, & que nous croyons devoir déclarer ces trois places vacantes. Partant de ce principe nous affignons le premier rang à celle de la Baffe‑Allemagne, qui portoit jufqu'ici, dans l'Ordre le nom de Vll.e comme à la plus ancienne des reftaurées; confervons à l'Auvergne, l'Occitanie & la Bourgogne leur rang de Il. III. & V. que cette dernière a déclaré expreffément vouloir conferver; accordons le titre de IV. à l'Italie; celui de Vl.e à la haute Allemagne & vû la requête des établiffemens du S\ 0\ dans les états Autrichiens, tendante à être réunis conformément aux voeux de leur Augufte Souverain en une Province, ou corps national, & le confentement des autres Provinces, furtout de celles fpécialement intéreffées, proclamons la Province d'Autriche Vlle dans l’Ordre, la compofant des chapitres de Vienne, Hongrie & Tranfylvanie,et y ajoutant la Préfecture de Prague, & les établiffemens en Gallicie & Lodomérie, appartenans jufqu' aujourd'hui à la I.e Démembrons en outre la Lombardie Autrichienne du reffort de la IV.eet la Flandre Autrichienne de celui de la V.e pour les réunir à cette nouvelle Province. & défirant enfin ménager toutes les voies de conciliation au Chapitre national de la Suède, dont nous ne pouvions reconnoître l'érection en IX.e Province, comme faite fans le concours des autres Provinces; mais confidérant en même tems que la Ruffie, qui devoit faire partie du reffort de la Suède d'après d'anciennes conventions, étoit un pays vafte, réuni fous une fouveraîne puiffante, qui verroit avec peine une dépendance étrangère, & contenant déjà beaucoup d'établiffemens d'ordre prêts à embraffer notre régime, & qui avoient demandé expreffément d'être réunis en Province féparée; nous proclamons la Ruffie VIII.e Province du S\ 0\et laiffons ouvert le rang de IX.e pour le Chap.e de la Suède, qui paroît attacher quelque prix à ce titre & à cette dénominationet avec lequel nous nous emprefferons de renouer les liens de la fraternité dès que des circonftances heureufes nous en préfenteront les moyens.

& comme nous avons adopté le principe, de réunir dans un reffort les établiffemens, qui font fous une même domination du moment que l'autorité fouveraine paroit le défirer; nous faifons droit fur la demande faite au nom du Révérendiffime Maître Provincial & de la IVe Province dite Italie ; pour réclamer la Préfecture de Chambéry, qui avoit jufqu'à ce jour fait partie de la II.e Province.

Les limites, entre les trois Provinces françoifes enfin, ayant été changées par le Convent national des Gaules, nous les rétabliffons dans l'état où elles étoient avant cette époque,furtout entre la Il.eet Ill.e ; invitons la Il.eet V.e à définir les leurs à l'amiable, à recourir en cas de différent à l'arbitrage de S.E.G.M.e G. & furtout la II.e à dédommager la V.e par une répartition plus égale de leur reffort; de la partie confidérable qui vient d'être retranchée à la dernière par les ceffions faites à la Province d'Autriche.

Les Préfectures relèveront immédiatement des Provinces fans inftances intermédiaires des Prieurés ; fi nous défirons d'un côté, que cette forme foit obfervée dans les Provinces nouvellement établies, nous n'entendons pas d'un autre gêner la volonté & les vues locales de celles, qui exiftent déjà fous une autre forme, & accordons nommément à la Il.eet IVe Province la liberté néceffaire de conferver les divifions de leur Provinces en Prieurés, & de fubordonner leurs Préfectures à ceux‑ci.

Ayant déjà conclu avec la r nationale d'Hollande il y a trois ans un traité d'union & de fraternité, qui a été fuivi peu après de l'établiffement d'un Chap.e à La Haye, nous avons admis le Député de ce Corps natio­nal à nos conférences, & celui‑ci nous ayant expofé le voeu du Chap.e des Bataves, de devenir grand Prieuré de la VI.e ayant fon Directoire & fon Chapitre féparé de celui de la haute Allemagne, & immédiatement foumis au Ser.e M.e Provincial, fans l'intervention d'un Chap.e Provincial: nous élevons ledit Chapitre des Bataves de l'avis & de confentement du Sen.e F\ a Leone réfurgente, Maître Provincial de la VI.e (Prince Charles de Heffe ‑ Caffel) & de fon conclave Provincial, en grand Prieuré exemt; & reconnoiffons pour grand Prieur le Ser.e F\ Fridericus a feptem fagittis (Prince Frédéric de Heffe-Caffel.)

Les FF\ de la Pologne nous ayant fait une demande pareille par le F\ a fonte irriguo leur Député ; nous n'avons pas encore cru leurs établiffemens confolidés fuffifamment pour pouvoir y déférer, & les retenons encore quant à préfent fous le Chap.e Provincial de la I.e mais en même tems nous avons ftatué, qu'en cas que plufieurs établiffemens réunis fous une feule domination, jaloufe de leur indépendance, nous demandaffent une exiftence féparée, & qu'il n'y eut pas encore un nombre de Chapitres convenable, pour être érigés en Province, ou que d'autres motifs s'y oppofaffent; on pourra leur accorder le rang & titre de grand Prieuré exemt, immédiatement, foumis à notre G\ M.e Général.

Quant au G. Prieuré d'Helvétie, nous entendons, que le concordat, qui a été fait entre lui & notre Chap.e provincial de la V.e foit exécuté & maintenu, & que les établiffemens Maçonniques de la Suiffe jouiffent des exemtions, qui leur y font affurées, en continuant de reconnoître le Maître & Chap.e Provincial de la V.e pour leurs fupérieurs.

Rien ne nous tenant à coeur autant que de faire régner la concorde & la bonne harmonie entre les différens établiffemens d'une même Province, nous voyons avec peine la mésintelligence, qui divife depuis plufieurs années les deux Prieurés de Bordeaux & de Montpellier dans la III.e Prov.e. La médiation de notre Em.e G. M. Général & des II.eet V.e Provinces ayant été infructueufes jufqu'ici, nous efpérions les terminer en ce Convent à la fatisfaction commune ; mais le Chap.e de Bordeaux n’ayant pas répondu à l'invitation de comparoître en Convent, celui de Montpellier a réclamé nos confeils fraternels & un arrêt conciliatoire, quoique définitif fur, les limites, privilèges & rapports de ces deux r ; nous les invitons donc à fe rapprocher & à oublier le paffé . chargeons les FF\ a circulis & a Capite Galeato (Marquis de Chef de bÏen) d'interpofer à cet effet leurs bons offices : autorifons le Chap.e de Montpellier à exercer d'ici à la fin de 1783 dans tout le reffort de son Prieuré, & paffé cette époque, dans tout celui de la IlI.e Prov.e tous les droits des fupérieurs, jufqu'à ce que le Cha.e de Bordeaux accède aux arrêtés de ce convent, & approuve ce que Montpellier aura fait dans l'intervalle : avertiffons le Chap.e de Bordeaux de ne pas procéder à une élection d'un Maître Provincial fans le concours de celui de Montpellier, & autorifons ce dernier paffé le 1er  janvier 1784 d'y procéder feul en cas que Bordeaux ne fe foit pas mis en règle d'ici à ce terme : entendons enfin qu'en cas de formation du nouveau Chap.e Provincial on partage les charges entre les deux Prieurés & qu'un commiffaire de S. E. le G.M.e G. y affifte la première fois, pour y remplir les fonctions de médiateur.

S\E\ le G. M. G. ayant trouvé convenable pour le bien. de la I.e Province, que fon Directoire foit transféré de Brunsvic ,  nous propofons aux grands Officiers & Préfectures, de l'établir à Weymar vû la fûreté dont on y jouiroit pour les archives. Transférons pareillement de l'avis & voeu du Maître Provincial & du Chap.e de la VI.e le Directoire de la haute Allemagne de Meinungen à Heidelberg, & en proclamons Préfident le R\ F\ a Tumba Sacra (Baron de ‑DablBerg). Sur la demande faite au nom des FF\et r du Palatinat & accueillie favorablement par la VI.e Province, nous proclamons en fon nom la Préfecture du Palatinat: reconnoiffons pareillement fur le confentement de la I.e Province le Chapitre Prépofitural de Brémen comme Préfecture exemte : & érigeons enfin de l'exprès confentement du Révérendiffime M.e Provincial du Chap.e Provincial & Vifiteurteur général de la V.e la Commanderie du S\ 0\ à Metz en Préfecture régulière, fauf à la faire inftaller légalement par un Commiffaire de la Province.

Pour affurer le bon ordre dans nos ret en voir épurer de plus en plus la compofition, nous avons dès actuellement fixé quelques principes, qui doivent entrer dans le nouveau code. Nous établissons donc les r Écoffoifes compofées des Écoffois de l’arrondiffementet préfidées par le Commandeur de maifon Député‑Maître, comme Infpectriceet première inftance des r bleues ou fimboliques; n'accordant aux Écoffois d'autre prérogative en r bleue que celle des Maîtres, à moins qu'ils foient officiers de la r lefquels formeront un Comité à la demande des Vénérables pour préparer les affaires à délibérer par devant les r.

Fixons dorénavant le nombre effentiel de ceux‑ci à fept, favoir le Vénérable, les deux Surveillans, l'Orateur, le Secrétaire, le Tréforier & Éléemofinaire, auxquels chaque r pourra adjoindre un Maître des Cérémonies & un Économe ; enjoignons aux r de ne recevoir aucun Candidat au deffous de 21 ans accomplis, & prouvé par extrait baptiftaire: en faifant remife d'un an à ceux qui feront préfentés par leurs pères, membres de la r ; mais en n'accordant aucune difpenfe & exigeant que jufqu'à l'âge de 25 ans on rapporte le confentement du père, à moins que le fils ne foit émancipé, & pour ne pas multiplier à volonté les réceptions & borner le nombre des membres par r nous faifons la loi expreffe, que jamais aucune r ne pourra être compofée de plus de 54 frères & que du moment que ce nombre fera rempli, on ne puiffe recevoir qu'en cas de vacance.

Nous avons enfin arrêté, qu'au défaut du Vénérable Maître, la r ne foit pas préfidée par l'Ex‑maître, mais que le droit de Préfidence foit alors dévolu au 1er  Surveillant & que celui ‑ là rentre du moment de la ceffation de fes fonctions, dans la claffe des Écoffois & ne conferve d'autre prérogative que celle de porter à la boutonnière une petite marque, de fon ancienne dignité.

& comme enfin nous fommes plus jaloux de perfuader que de contraindre, & que nous repofant tranquillement fur la bonté de nos intentions, nous n'avons eu d'autre but que celui d'épurer notre régime & d'y réunir tous les frères, qui font animés de l'amour du bien; nous n'avons pas jugé convenable d'exiger une acceptation pure & fimple de nos Chapitres mais nous leur laiffons la liberté d'examiner d'ici à la fin, de 1783 nos opérations & de déclarer au bout de ce terme, s'ils veulent en acceptant le travail du Convent continuer d'adhérer à notre régime, ou s'ils préfèrent de s'affocier à tel autre. Nous ne craignons pas d'avancer que celui qui fera fondé fur les bafes les plus folides & qui enfeignera avec le plus de fuccés les vérités religieufes & morales, & les vertus fociales & patriotiques; préfentera les moyens les plus efficaces pour exercer la bienfaifance dans toute fon étendue, devra néceffairement entraîner la confiance de tous ceux, qui favent apprécier ces avantages.

NousGrand Maître général & membres Capitulaires du Convent réitérons & déclarons, que ces arrêtés font conformes aux délibérations générales & doivent guider les Chapitres & les r auxquelles ils feront duement infinués par les Directoires Provinciaux.

En foi de quoi nous les avons tous figné de notre nom.

Fait à Vilhelmsbad le I.er septembre 1782

               

 

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Pensées

30 Août 2005 , Rédigé par Epictète Publié dans #spiritualité

Si tu le peux donc, fais tomber par tes discours la conversation de tes amis sur ce qui est décent et convenable ; et si tu te trouves avec des étrangers, garde le silence opiniâtrement.

Ne ris ni longtemps, ni souvent, ni avec excès.

Refuse  le serment en tout et partout, si cela est en ton pouvoir ; sinon, autant que l'occasion pourra le permettre.

Évite de manger dehors et fuis tous les festins publics ; mais si quelque occasion extraordinaire te force de te relâcher en cela, redouble alors d'attention sur toi-même, de peur que tu ne te laisses aller aux façons et aux manières de faire du peuple. Sache que, si l'un des conviés est impur, celui qui est assis près de lui, et qui fait comme lui, est nécessairement souillé, quelque pureté qu'il ait par lui-même.

N’use des choses nécessaires au corps qu'autant que le demandent les besoins de l'âme, par exemple de la nourriture, des habits, du logement, des domestiques. Et rejette tout ce qui sent la mollesse ou la vanité.

Si quelqu'un te rapporte qu'un tel a mal parlé de toi, ne t'amuse point à réfuter ce qu'on a dit, mais réponds simplement : « Celui qui a dit cela de moi ignorait sans doute mes autres vices, car il ne se serait pas contenté de ne parler que de ceux-là. »

Ne va ni aux récits, ni aux lectures des ouvrages de certaines gens, ou du moins n'y va pas sans motif. Mais, si tu t'y trouves, conserve la gravité et la retenue, et une douceur qui ne soit mêlée d'aucune marque de chagrin et d'ennui.

Quand tu dois avoir quelque conversation avec quelqu'un, surtout avec quelqu'un des premiers de la ville, demande-toi ce qu'auraient fait en cette rencontre Socrate ou Zénon. Par ce moyen, tu ne seras point embarrassé pour faire ce qui est de ton devoir et pour user convenablement de tout ce qui se présentera.

Quand tu vas faire ta cour à quelque homme puissant, représente-toi d'avance que tu ne le trouveras pas chez lui, ou qu'il se sera enfermé, ou qu'on ne daignera pas t'ouvrir sa porte, ou qu'il ne s'occupera pas de toi. Si, malgré cela, ton devoir t'y appelle, supporte tout ce qui arrivera, et ne t'avise jamais de dire ou de penser que « ce n'était pas la peine ». Car c'est là le langage d'un homme vulgaire, d'un homme sur qui les choses extérieures ont trop de pouvoir.

Dans le commerce ordinaire, garde-toi bien de parler mal à propos et trop longuement de tes exploits et des dangers que tu as courus ; car, si tu prends tant de plaisir à les raconter, les autres n'en prennent pas tant à les entendre.

Garde-toi bien encore de jouer le rôle de plaisant. On est induit par là à glisser dans le genre de ceux qui ne sont pas philosophes, et en même temps cela peut diminuer les égards que les autres ont pour toi.

Il est aussi très dangereux de se laisser aller à des discours obscènes, et, quand tu te trouveras à ces sortes de conversations, ne manque pas, si l'occasion le permet, de tancer celui qui tient ces discours ; sinon, garde au moins le silence, et témoigne, par la rougeur de ton front et par la sévérité de ton visage, que ces sortes de conversations ne te plaisent point.

Quand tu fais une chose, après avoir reconnu qu'elle est de ton devoir, n'évite point d'être vu en la faisant, quelque mauvais jugement que le peuple en puisse faire. Si l'action est mauvaise, ne la fais point ; si elle est bonne, pourquoi crains-tu ceux qui te condamneront sans raison et mal à propos ?

De même que ces deux propositions : « Il est jour, Il est nuit, » sont très raisonnables quand elles sont séparées, qu'on en fait deux parties, et très déraisonnables si on les émet en même temps et que des deux parties on n'en fait qu'une ; ainsi, dans les festins, il n'y a rien de plus déraisonnable que de vouloir tout pour soi, sans aucun égard pour les autres. Quand donc tu seras prié à un repas, souviens-toi de ne penser pas tant à la qualité des mets qu'on servira et qui exciteront ton appétit, qu'à la qualité de celui qui t'a prié, et à conserver les égards et le respect qui lui sont dus.

Si tu prends un rôle qui soit au-dessus de tes forces, non seulement tu le joues mal, mais tu abandonnes celui que tu pouvais remplir.

Comme, en te promenant, tu prends bien garde de ne pas marcher sur un clou, et de ne pas te donner une entorse, prends garde de même de ne pas blesser la partie maîtresse de toi-même, la raison qui te conduit. Si, dans chaque action de notre vie, nous observons ce précepte, nous ferons tout plus sûrement.

La mesure des richesses pour chacun, c'est le corps, comme le pied est la mesure du soulier. Si tu t'en tiens à cette règle, tu garderas toujours la juste mesure ; mais si tu n'en tiens pas compte, tu es perdu : il faudra que tu roules comme dans un précipice où rien ne pourra t'arrêter. De même pour le soulier : si tu passes une fois la mesure de ton pied, tu auras d'abord des souliers dorés, ensuite tu en auras de pourpre, et enfin tu en voudras de brodés. Car il n'y a plus de bornes pour ce qui a une fois passé les bornes.
 

 

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les vertus cardinales

30 Août 2005 , Rédigé par St Thomas d'Aquin Publié dans #spiritualité

Les vertus morales doivent-elles être appelées cardinales ou principales ?

Objections : 1. Il ne semble pas. Car il est dit au livre des Prédicaments que « les choses qui s'opposent dans une division sont ensemble dans la réalité », et ainsi aucune n'est plus primordiale qu'une autre. Mais toutes les vertus divisent leur genre en s'opposant. Donc aucune d'entre elles ne doit être appelée principale.

2. La fin est plus primordiale que les moyens. Mais les vertus théologales regardent la fin ; les vertus morales, les moyens. Si des vertus doivent être dites principales ou cardinales, ce ne sont donc pas les vertus morales, mais plutôt les théologales.

3. Ce qui existe par essence est plus primordial que ce qui existe par participation. Mais les vertus intellectuelles appartiennent à ce qui est rationnel par essence ; les vertus morales à ce q.ui est rationnel par participation, on l'a dit plus haut. Ce ne sont donc pas les vertus morales qu'on doit appeler principales, mais plutôt les vertus intellectuelles.

En sens contraire, « nous savons bien, dit S. Ambroise, qu'il y a quatre vertus cardinales : la tempérance, la justice, la prudence et la force ». Or ce sont là des vertus morales. Donc il y a des vertus morales qui sont cardinales.

Réponse : Quand nous parlons de la vertu sans plus, il est entendu que nous parlons de la vertu humaine. Or on appelle vertu humaine dans la parfaite acception du terme, avons-nous dit d . celle qui requiert la rectitude de l'appétit ; en effet, cette vertu-là ne produit pas seulement la faculté de bien agir, mais elle cause aussi l'exercice même de l’oeuvre bonne. Au contraire, dans le sens imparfait du mot, on appelle vertu celle qui ne requiert pas la rectitude de l'appétit, parce qu'elle produit seulement la faculté de bien agir, mais ne cause pas l'exercice même de l’oeuvre bonne. Or il est certain que le parfait est plus primordial que l'imparfait. Voilà pourquoi les vertus qui assurent la rectitude de l'appétit sont appelées principales. Mais telles sont les vertus morales ; et parmi les vertus intellectuelles, la prudence seule, parce qu'elle aussi est en quelque façon une vertu morale par sa matière, comme on l'a montré plus haut. C'est donc parmi les vertus morales que se placent à juste titre celles qu'on appelle principales ou cardinales.

Solutions : 1. Quand c'est un genre univoque qui est partagé en ses espèces, alors les membres de la division sont ex aequo dans la notion du genre, bien que dans la réalité des choses une espèce soit plus primordiale et plus parfaite, comme l'homme par rapport aux autres animaux. Mais quand c'est un analogue qu'on divise, en l'attribuant de façon inégale à plusieurs réalités, alors rien n'empêche que l'une soit plus primordiale qu'une autre, même selon la raison commune, comme la substance est appelée être à un titre plus primordial que l'accident. Telle est précisément la division des vertus dans les divers genres où elles se distribuent, du fait que le bien de la raison ne se rencontre pas en toutes selon le même ordre.

2. Nous l'avons déjà dit les vertus théologales sont au-dessus de l'homme. C'est pourquoi elles sont dites non pas proprement humaines mais surhumaines ou divines.

3. Les vertus intellectuelles, autres que la prudence, sont plus primordiales que les vertus morales quant à leur sujet, mais non quant à la raison de vertu puisque celle-ci regarde le bien qui est l'objet de l'appétit.

Le nombre des vertus cardinales

Objections : 1. Il ne semble pas qu'il y en ait quatre. La prudence est en effet la vertu qui a la direction des autres vertus morales. Or ce qui a la direction des autres est plus primordial. Donc la prudence est la seule vertu principale.

2. Les vertus principales sont morales en quelque manière. Mais nous sommes ordonnés aux activités morales par la raison pratique et un appétit bien réglé, selon Aristote. Il n'y a donc que deux vertus cardinales.

3. Même parmi les vertus autres que ces quatre, l'une est plus primordiale que l'autre. Mais pour qu'une vertu soit appelée piàncipale par rapport à toutes les autres, il suffit qu'elle le soit par rapport à quelques-unes. Il semble donc qu'il y a un nombre beaucoup plus grand de vertus principales.

En sens contraire, S. Grégoire dit que « sur ces quatre vertus se dresse tout l'édifice d'une oeuvre bonne ».

Réponse : Le nombre de certaines choses peut être établi soit d'après les principes formels soit d'après les sujets. D'une manière comme de l'autre on trouve quatre vertus cardinales.

Le principe formel de la vertu dont nous parlons pour le moment, c'est le bien de la raison. Bien qui peut être envisagé de deux façons. 1° Selon qu'il consiste dans l'application même de la raison ; et on a ainsi une vertu principale qui s'appelle la prudence. - 2° Selon qu'il y a dans une matière donnée un ordre de raison. Et cela, soit en matière d'opérations, et ainsi c'est la justice ; soit en matière de passions, et à cet égard il est nécessaire qu'il y ait deux vertus. Car, pour mettre un ordre de raison dans les passions, il est nécessaire de considérer leur opposition envers la raison. Cette opposition peut exister de deux manières : selon que la passion pousse à quelque chose de contraire à la raison ; alors il est nécessaire que la passion soit réprimée, de là vient le nom de la tempérance; ou selon que la passion éloigne de ce qui est dicté par la raison, comme fait la peur du péril ou de la peine ; dans ce cas il est nécessaire qu'on soit bien affermi dans ce qui convient à la raison, pour ne pas s'en éloigner ; et de là vient le nom de la force. Pareillement, d'après les sujets, on trouve le même nombre. Car il n'y a pas moins de quatre sujets à cette vertu dont nous parlons. Ce sont le rationnel par essence, dont la perfection est assurée par la prudence ; et le rationnel par participation qui se divise en trois, c'est-à-dire en volonté, siège de la justice ; en concupiscible, siège de la tempérance ; et en irascible, siège de la force.

Solutions : 1. La prudence est absolument principale par rapport à toutes les vertus. Mais les autres tiennent une place principale, chacune dans son genre.

2. Le rationnel par participation se divise en trois, comme on vient de le dire.

3. Toutes les autres vertus dont l'une est plus primordiale q,u'une autre, se ramènent à ces quatre vertus, et quant au sujet, et quant aux objets formels.

Quelles sont les vertus cardinales?

Objections : 1. Il semble que d'autres vertus mériteraient davantage d'être appelées principales. Car ce qu'il y a de plus grand dans chaque genre, c'est là le principal, semble-t-il. Mais, comme il est dit dans l’Éthique, « la magnanimité met de la grandeur en toute vertu ». Elle doit donc au plus haut degré être appelée vertu principale.

2. Ce qui donne de la fermeté aux autres vertus semble bien être par excellence la vertu principale. Mais telle est l'humilité, car S. Grégoire affirme : « Celui qui amasse les autres vertus sans l'humilité, c'est comme s'il portait de la paille au vent. » L'humilité semble donc être au plus haut point la vertu principale.

3. Le plus parfait semble bien être le principal. Mais le plus parfait c'est la patience ; selon l'épître de S. Jacques (1,4), « la patience fait une oeuvre parfaite ». Elle doit donc être comptée comme vertu principale.

En sens contraire, Cicéron dans sa Rhétorique ramène toutes les autres à ces quatre vertus.

Réponse : Comme on vient de le dire à l'article précédent, ces quatre vertus cardinales sont prises selon quatre aspects qui sont vraiment formels dans la vertu dont nous parlons. Or, il est certain qu'il y a des actes ou des passions où ces aspects formels se rencontrent d'une manière principale. Ainsi, le bien qui consiste dans l'attention prêtée à la raison se rencontre principalement dans le commandement même de la raison, mais non dans le conseil ni dans le jugement, comme nous l'avons dit plus haut. Pareillement, le bien de raison tel qu'il a sa place dans les opérations sous l'aspect de rectitude et de dû, se rencontre à titre principal dans les échanges ou dans les distributions, parce que ce sont là des opérations qui s'adressent à autrui dans l'égalité. Le bien qu'il y a à réfréner les passions se trouve principalement dans celles qui sont le plus difficiles à réprimer, c'est-à-dire dans les plaisirs du toucher. Le bien qu'il y a dans la fermeté à tenir au bien de la raison contre l'assaut des passions, se rencontre surtout dans les périls de mort contre lesquels il est très difficile de tenir bon. Ainsi donc nous pouvons considérer de deux manières ces quatre vertus. D'abord, en prenant les aspects formels dans un sens très général. De ce point de vue, elles sont appelées principales comme s'étendant généralement à toutes les vertus, en ce sens que toute vertu qui fait le bien en prêtant attention à la raison, sera appelée prudence; que toute vertu qui met dans les opérations la perfection de ce qui est dû et de ce qui est droit, sera appelée justice ; que toute vertu qui contient les passions et les apaise, sera appelée tempérance ; que toute vertu qui met dans l'âme de la fermeté contre n'importe quelle passion, sera appelée force. C'est ainsi que beaucoup parlent de ces vertus-là, tant parmi les saints docteurs que parmi les philosophes. Et de la sorte les autres vertus sont englobées dans celles-là. - Ainsi tombent toutes les Objections. Mais on peut prendre les choses autrement, selon que ces vertus tirent leur dénomination de ce qu'il y a de plus important dans chaque matière. En ce sens, ce sont des vertus spéciales, bien distinctes des autres. Cependant on les appelle principales par rapport aux autres, à cause du caractère primordial de leur matière : la prudence est appelée ainsi pour sa fonction de direction; la justice parce qu'eue concerne les actions qui sont dues entre égaux; la tempérance parce qu'elle réprime les convoitises des plaisirs du touchera; la force parce qu'elle rend très ferme contre les périls de mort. - Et ainsi tombent également les Objections, parce que d'autres vertus peuvent avoir quelques autres supériorités, mais celles-là sont appelées primordiales en raison de la matière, dans le sens que nous venons de dire.

Les vertus cardinales diffèrent-elles les unes des autres?

Objections : 1. Il ne semble pas qu'elles soient des vertus diverses, et distinctes les unes des autres. S. Grégoire dit en effet : « La prudence n'est pas véritable si elle n'est pas juste, tempérante et forte; ni la tempérance n'est parfaite, si elle n'est pas forte, juste et prudente ; ni la force n'est complète si elle n'est pas prudente, tempérante et juste ; ni la justice n'est véritable si elle n'est pas prudente, forte et tempérante. » Or ceci n'arriverait pas si ces quatre vertus étaient distinctes entre elles, car les diverses espèces d'un même genre ne se dénomment pas les unes par les autres. Donc ces vertus ne se distinguent pas entre elles.

2. Lorsque des choses sont bien distinctes entre elles, ce qui appartient à l'une n'est pas attribué à l'autre. Mais ce qui appartient à la tempérance est attribué à la force. S. Ambroise écrit en effet : « Quand quelqu'un arrive à se vaincre et qu'aucune séduction ne l'amollit ni ne le fait fléchir, à juste titre on appelle cela de la force. » De la tempérance encore il dit « qu'elle garde la mesure et l'ordre dans tout ce que nous estimons devoir faire ou dire ». Il semble donc que ces vertus ne sont pas distinctes entre elles.

3. Le Philosophe dit que tout ceci est requis pour la vertu: « Premièrement, si l'on sait ce qu'on fait ; ensuite, si l'on choisit de le faire et si l'on choisit pour tel but ; troisièmement, si l'on s'y tient fermement et immuablement et qu'on le fasse. » Mais de ces exigences la première se rapporte, semble-t-il, à la prudence qui est la droite règle de l'action ; la deuxième, choisir, appartient à la tempérance, qui fait agir non par passion mais par choix, après avoir réfréné les passions; la troisième, agir effectivement en vue du devoir, englobe une rectitude qui semble bien se rapporter à la justice ; quant à l'autre élément, fermeté et immutabilité, il appartient à la force. Donc n'importe laquelle de ces vertus est commune à toutes les vertus. Donc elles ne se distinguent pas les unes des autres.

En sens contraire, S. Augustin assure que « la vertu est nommée de quatre manières d'après la variété qu'il y a dans le sentiment même de l'amour ». et aussitôt après il parle de ces vertus. Donc ces quatre vertus sont distinctes les unes des autres.

Réponse : Comme on vient d'en faire la remarque, ces quatre vertus sont prises dans une double acception par différents auteurs.

Certains, en effet, les considèrent comme signifiant des conditions générales de l'âme humaine qui se retrouvent dans toutes les vertus; en ce sens, la prudence ne serait rien d'autre qu'une certaine rectitude de discernement dans n'importe quels actes ou n'importe quelles matières; la justice serait la rectitude par laquelle on fait ce qu'on doit en toute matière ; la tempérance serait la disposition qui impose une mesure à toutes les sortes de passions et d'opérations, pour éviter qu'elles ne soient emportées au-delà de ce qui est dû ; la force enfin serait la disposition d'âme par laquelle on est affermi dans ce qui est conforme à la raison, en résistant à l'assaut des passions et aux fatigues de l'activité. Ainsi distinguées, ces quatre dispositions n'impliquent pas une diversité d'habitus vertueux quant à la justice, à la tempérance et à la force. Car toute vertu morale du fait qu'elle est un habitus, doit avoir une certaine fermeté pour n'être pas ébranlée par ce qui lui est contraire ; cela, on l'a dit, ressortit à la force. Mais du fait qu'elle est une vertu, il lui appartient d'être ordonnée au bien qui implique la raison de rectitude et de dette ; et l'on disait que cela ressortit à la justice. Et du fait qu'elle est une vertu morale participant de la raison, il lui appartient de garder en tout la mesure de la raison et de ne pas s'étendre au-delà ; on disait que cela ressortit à la tempérance. Mais le fait d'observer du discernement, qu'on attribuait à la prudence, était le seul principe de distinction à l'égard des trois autres vertus, en tant que par essence cela relève de la raison ; au contraire les trois autres domaines de vertu impliquent une participation de la raison par son application aux passions ou aux activités. Ainsi donc, selon cette position, la prudence serait bien une vertu distincte des trois autres ; mais celles-ci ne se distingueraient pas entre elles, car il est évident qu'une seule et même vertu est tout ensemble habitus, vertu, et vertu morale. Mais d'autres, et leur position est meilleure, considèrent ces quatre vertus en tant que déterminées à des matières spéciales. Chacune d'elles a une seule matière où l'on admire à titre principal cette condition générale dont on a dit ci-dessus que la vertu tire son nom. Dans ce sens il est évident que ces vertus sont des habitus divers qui se distinguent d'après la diversité de leurs objets.

Solutions : 1. S. Grégoire parle de ces quatre vertus selon la première acception. - Ou bien l'on peut dire que ces quatre tirent une dénomination les unes des autres grâce à une sorte de rejaillissement. En effet, ce qui appartient à la prudence rejaillit sur les autres vertus en tant que celles-ci sont dirigées par elle. Chacune de celles-ci de son côté rejaillit sur les autres pour cette raison que celui qui peut le plus difficile peut donc le moins difficile. Aussi, celui qui peut réfréner les convoitises dans les plaisirs du toucher en les empêchant de dépasser la mesure, ce qui est extrêmement difficile, est rendu plus habile, par le fait même, à réfréner l'audace dans les périls de mort pour l'empêcher de s'aventurer outre mesure, ce qui est beaucoup plus facile ; c'est d'après cela que la force est dite tempérée. La tempérance à son tour est dite forte par rejaillissement sur elle de la force, dans la mesure où celui qui, par sa force, a l'âme affermie contre les périls de la mort, ce qui est le plus difficile, est plus apte à garder la fermeté d'âme contre l'emportement des plaisirs, parce que, dit Cicéro', « il n'est pas logique que celui qui n'est pas brisé par la crainte le soit par la cupidité ; ni que celui qui s'est montré invaincu par le labeur soit vaincu par la volupté ».

2. Cela donne encore la réponse à la deuxième objection. Car si la tempérance garde la mesure en tout, et si la force garde l'âme inflexible contre l'attrait des voluptés, ou bien c'est dans la mesure où ces vertus qualifient certaines conditions communes aux vertus, ou bien c'est grâce au rejaillissement dont on vient de parler.

3. Ces quatre conditions communes aux vertus, telles que le Philosophe les expose, ne sont pas propres aux vertus en question, mais peuvent leur être appropriées de la manière que nous venons de dire.

Peut-on admettre la division des vertus cardinales en vertus sociales, vertus purifiantes, vertus d'âme purifiée, vertus exemplaires ?

Objections : 1. Une pareille division ne convient pas du tout, semble-t-il, aux quatre vertus cardinales. En effet, selon Macrobe, « les vertus exemplaires sont celles qui se trouvent dans la pensée divine elle-même ». Mais le Philosophe dit qu'il est « ridicule d'attribuer à Dieu la justice, la force, la tempérance et la prudence ». Donc ces vertus ne peuvent pas être exemplaires.

2. On appelle vertus de l'âme purifiée celles qui sont en dehors des passions. Macrobe dit en effet au même endroit : « Il appartient à la tempérance d'une âme purifiée, non pas de réprimer les cupidités terrestres, mais de les oublier totalement ; à la force, d'ignorer les passions, non de les surmonter. » Or nous avons dit plus haut, que ces vertus ne peuvent exister sans passions. C'est donc qu'elles ne peuvent être les vertus d'une âme purifiée.

3. Macrobe appelle purifiantes les vertus de ceux « qui par une certaine fuite des choses humaines s'intéressent uniquement aux divines ». Mais c'est là, semble-t-il, une attitude vicieuse, car, dit Cicéron, « ceux qui prétendent mépriser ce que la plupart des gens admirent, le pouvoir et les magistratures, je ne pense pas que ce soit à leur éloge, je crois même qu'il faut prendre cela pour du vice ». Il n'y a donc pas de vertus purifiantes.

4. Macrobe appelle vertus sociales celles « par lesquelles les bons citoyens s'adonnent au bien public et défendent leurs villes ». Mais seule la justice légale est ordonnée au bien commun, selon le Philosophe. Les autre vertus ne doivent donc pas être appelées vertus sociales.

En sens contraire, Macrobe dit au même endroit : « Plotin, qui est avec Platon le prince des professeurs de philosophie, affirme qu'il y a quatre classes de vertus quaternaires. Les premières sont appelées vertus de société, les deuxièmes, vertus purifiantes, les troisièmes, vertus d'âme déjà purifiée, les quatrièmes, vertus exemplaires. »

Réponse : « Il faut, dit S. Augustin, que l'âme suive un modèle pour que la vertu puisse se former en elle; ce modèle c'est Dieu : si nous le suivons, nous vivons bien. » Il est donc évident que le modèle de la vertu humaine préexiste en Dieu, comme préexistent aussi en lui les raisons de toutes choses. Ainsi donc, la vertu peut, à titre de modèle, être considérée telle qu'elle est en Dieu. Et c'est en ce sens qu'on parle de vertus exemplaires. C'est-à-dire qu'on appelle prudence, en Dieu, l'intelligence divine elle-même : tempérance, l'intention divine par laquelle il ramène tout à soi, comme en nous on appelle tempérance ce qui rend le concupiscible conforme à la raison ; quant à la force de Dieu, c'est son immutabilité, tandis que sa justice c'est l'observation de la loi éternelle dans toutes ses oeuvres, comme l'a dit Plotin. Et, parce que l'homme est aussi par nature un animal sociable, ces vertus telles qu'elles existent chez lui dans les conditions propres à sa nature, sont appelées vertus sociales, ce qui signifie qu'en se conformant à ces vertus on se conduit correctement dans la gestion des affaires humaines. Ce qui est le sens dans lequel jusqu'ici nous avons parlé de ces vertus. Mais il appartient encore à l'homme de se rapprocher du divin autant qu'il le peut, comme dit même le Philosophe et comme cela nous est recommandé dans la Sainte Écriture de multiples façons, comme avec cette parole (Mt 5,48) : « Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait. » Aussi est-il nécessaire de supposer des vertus intermédiaires entre les vertus sociales, qui sont des vertus humaines, et les vertus exemplaires, qui sont des vertus divines. Ces vertus intermédiaires se distinguent à leur tour comme se distinguent un mouvement et son terme. C'est-à-dire que certaines sont les vertus de ceux qui sont en marche et en tendance vers la ressemblance divine. Et ce sont ces vertus-là qu'on appelle purifiantes. Si bien que la prudence veut mépriser par la contemplation des réalités divines toutes les choses de ce monde et diriger toutes les pensées de l'âme uniquement vers le divin. La tempérance pousse à délaisser, autant que la nature le supporte, ce que réclame le soin du corps. La force veut enlever à l'âme la frayeur d'avoir à quitter le corps pour accéder aux choses d'en haut ; enfin, la justice vise à ce que, de toute son âme, on consente à s'engager dans cette voie. - Il y a d'autre part les vertus de ceux qui atteignent déjà à la ressemblance divine. Ce sont elles qu'on appelle vertus de l'âme déjà purifiée. Elles sont telles que la prudence ne voit plus que le divin; que la tempérance ne sait plus rien des cupidités terrestres; que la force ignore les passions ; que la justice a partie liée perpétuellement avec l'intelligence divine par son application à l'imiter. Nous disons que ces vertus sont celles des bienheureux, ou de ceux qui, dans cette vie, sont très avancés en perfection.

Solutions : 1. Le Philosophe traite de ces vertus selon qu'elles concernent les réalités humaines ; ainsi la justice regarde les achats et les ventes, la force s'occupe des craintes, la tempérance des convoitises. Dans ce sens il est ridicule en effet de les attribuer à Dieu.

2. Quand on dit que les vertus humaines ont pour matière les passions, cela s'entend des vertus de ceux qui vivent en ce monde. Mais les vertus de ceux qui sont arrivés à la pleine béatitude sont en dehors des passions. C'est pourquoi Plotin dit à propos des passions : « Les vertus sociales les adoucissent », c'est-à-dire les ramènent au juste milieu; « les deuxièmes », c'est-à-dire les purifiantes, « les font disparaître » ; « les troisièmes », c'est-à-dire celles de l'âme purifiée, « les font oublier »; enfin « dans les quatrièmes », c'est-à-dire dans les vertus exemplaires, « il n'est plus permis de les nommer ». Mais on peut dire aussi qu'à cet endroit il est question des passions en tant qu'elles désignent des mouvements désordonnés.

3. Déserter les affaires humaines là où leur nécessité s'impose, c'est du vice ; autrement, c'est de la vertu. C'est pourquoi un peu plus haut Cicéron dit ceci : « A ceux qui ne s'occupent pas du bien public il ne faut peut-être pas tenir rigueur, quand l'excellence de leur esprit les a fait s'adonner à l'enseignement, et aussi quand par un empêchement venant de la faiblesse de leur santé ou d'une cause plus grave, ils se sont retirés des affaires publiques, laissant à d'autres le pouvoir et la gloire de les administrer. » Ce qui est en harmonie avec ce que dit S. Augustin : « La charité de la vérité cherche la sainte oisiveté ; la nécessité de la charité accueille la juste activité. Ceci est un fardeau ; si personne ne l'impose, il faut mettre ses soins à découvrir et à contempler la vérité ; mais s'il s'impose, il faut l'accepter par nécessité de charité. »

4. Seule la justice légale regarde directement le bien commun; mais par son commandement elle tire vers lui toutes les autres vertus, dit le Philosophe. Car il est à remarquer que les vertus sociales, sur le plan où nous en traitons ici, ont comme rôle non seulement de bien travailler pour la communauté, mais aussi de bien travailler pour les parties de la communauté, à savoir une famille ou même une personne particulière.

 

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Texte Cathare

30 Août 2005 Publié dans #spiritualité

 

L'Église de Dieu

traduction de Anne Brenon.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Nous voulons rassembler quelques témoignages des Saintes Écritures, pour faire comprendre et connaître ce qu'est l'Église de Dieu.

Cette Église n'est pas de pierre, ni de bois, ni de rien qui soit fait de main d'homme. Car il est écrit dans les Actes des Apôtres (Act 7.48) que : «Le très haut ne demeure pas en chose faite de main d'homme». Mais cette sainte Église est assemblée des fidèles et des saints, dans laquelle Jésus-Christ se tient et se tiendra jusqu'à la fin des siècles, ainsi que le dit Notre Seigneur dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 28.28) : «Voici : je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles». Et dans l'Évangile de Saint Jean, il dit (Jo 14.23) : «Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui et nous demeurerons auprès de lui». Et il dit encore (Jo 14.15-18) : «Si vous m'aimez gardez mes commandements et je prierai le Père et il vous donnera un autre consolateur, qui sera avec vous pour l'éternité, Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit ni ne le connaît ; mais vous, vous le connaîtrez, car il se tiendra en vous et il sera en vous ; je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous.»
Et de cette sainte Église, saint Paul dit aux Corinthiens (1Cor 3.16-17) : «Ainsi, vous ne savez pas que vous êtes temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Mais si quelqu'un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple est saint et c'est vous qui êtes ce temple». Et il dit encore (1Cor 6.19) : «Ainsi, vous ne savez pas que vous-mêmes, avec vos membres, vous êtes temple du saint Esprit, qui est en vous, que vous tenez de Dieu ?» Et il dit encore (2Cor 6.16-18) :«Vous êtes temple du Dieu vivant, ainsi que Dieu l'a dit : je me tiendrai en eux et j'irai et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple ; pour cette raison, sortez du milieu d'eux et tenez-vous à l'écart et ne touchez à rien de souillé,et je vous recevrai et je serai pour vous un père et vous serez pour moi d es fils et des filles, ainsi dit le Seigneur Dieu tout puissant».
Et saint Paul dit encore à Timothée (1Tim 3.14-15) : «Je t'écris ces choses en espérant aller bientôt ver s toi ; mais si je tardais, il faut que tu saches de quelle manière il convient que tu te comportes dans la maison du Dieu vivant, colonne et support de vérité». Et il dit encre aux Hébreux (Héb 3.6) : «Le Christ est comme un fils dans sa maison, et cette maison, c'est nous».
Et de cette Église, le Christ dit à Saint Pierre dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 16.18) : «Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Église et les portes de l'enfer ne pourront rien contre elle». Et Saint Luc dit dans les Actes des Apôtres (Act 9.31) : «Assurément, l'Église avait la paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie, et elle s'était édifiée dans la crainte du Seigneur et elle était comblée de la consolation du Saint Esprit». Et Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.15-17) : «Si ton frère vient à pécher contre toi, va le réprimander seul à seul et s'il t'écoute tu auras gagné ton frère ; mais s'il ne t'écoute pas, fais-toi accompagner d'un ou deux autres, si bien que de la bouche de deux ou trois témoins sorte toute parole ; mais s'il ne les écoute pas, dis-le à l'Église et s'il n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain». Tout cela, l'Église du Christ ne pourrait l'accomplir si elle était une de ces maisons que les gens appellent des églises, car de telles maisons ne peuvent marcher, écouter ni parler.
Mais de cette sainte Église du Dieu vivant, Saint Paul dit aux Éphésiens (Éph 5.25.27) : «Le Christ a aimé l'Église au point de se livrer pour elle, au point de la sanctifier en la purifiant par le bain de l'eau, la parole de vie, pour qu'elle puisse lui apparaître comme une Église de gloire, sans tache ni ride ni rien de cette sorte, mais sainte et immaculée». Une telle Église, sainte et immaculée, est demeure du saint Esprit, comme il sera montré plus loin. Le Christ en dit (Mt 10.20) :«Ce n'est pas vous qui parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous».

Cette Église de Dieu dont nous parlons a reçu tel pouvoir de Notre Seigneur Jésus-Christ que par sa prière sont pardonnés les péchés, comme le dit le Christ dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 20.22-23) : «Recevez le Saint Esprit et, ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus». Et Saint Matthieu dit (Mt 20.1) : «Il leur donna le pouvoir de chasser les mauvais esprits ». Et Saint Marc dit (Mc 3.15): «Il leur donna le pouvoir de guérir les langueurs et de chasser les démons». Et Saint Luc dit (Lc 9.1) : «Il leur donna pouvoir sur tous les démons».
Et le Christ, dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.17-20) : «Si ton frère n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain ; car je vous le dis en vérité, toutes les choses que lierez sur la terre seront liées dans le ciel, et toutes les choses que vous délierez sur la terre seront déliées dans le ciel ; et derechef je vous le dis, si deux d'entre vous unissent leurs voix sur la terre, toute chose qu'ils demanderont seront accomplie pour eux par mon Père qui est au ciel ; car là où deux ou trois se trouvent assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux».
Et Saint Pierre dit en son épître (1Pe 3.12) : «Car le Seigneur a les yeux sur les justes, et tend l'oreille à leur prière». Et Saint Jacques dit (5.16) : «La prière fervente du juste a beaucoup de pouvoir». Et le Christ dit dans l'Évangile de Saint Marc (Mc 11.24) : «C'est pourquoi je vous dit : tout ce que vous demanderez par la prière, croyez que vous le recevrez,et cela vous sera accordé». Et il dit encore (Mc 16.17-18) : «Voici les signes qui accompagneront ceux qui seront les croyants : en mon nom, ils chasseront les démons et ils parleront en langues nouvelles, et il écarteront les serpents et ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci en seront mieux». Mais à propos de ces infirmes, c'est-à-dire de la maladie du péché, Saint Jacques montre de quelle manière doit être guérie l'infirmité de l'âme, quand il dit (Jac 5.13-15) :«Si l'un de vous est malade, amenez les prêtres de l'Église et qu'ils prient sur lui, l'oignant d'huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi sauvera la malade et le Seigneur le relèvera, et s'il est en état de péché, ses péchés lui seront pardonnés».
Ainsi, pour toutes ces raisons et pour beaucoup d'autres, il est manifeste que ce n'est que par la prière de la sainte Église du Christ que sont pardonnés les péchés, comme le dit le Christ (Jo 17.19-21) : «Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus». Mais si quelqu'un était aveugle et mal enseigné au point de prétendre qu'un tel pouvoir n'avait été donné qu'aux Apôtres, et n'avait été reçu que par eux, qu'il regarde dans l'Évangile de Saint Jean, ce que dit le Christ (Jo 17.20-21) : «Ô Père, je ne te prie pas seulement pour ceux-là, afin que tous soient un». Et le Christ dit encore dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.20) : «Voici, je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles». Et il dit encore (Mt 24.34) : «Cette génération ne passera pas, que toutes choses ne soient accomplies». Pour de telles raisons,il est certain que, ce pouvoir que l'Église du Christ possédait, de la même manière elle le tient et le tiendra jusqu'à la fin.

Cette Église se garde de tuer et ne consent à aucun meurtre. Notre Seigneur Jésus-Christ dit en effet (Mt 19.16et18) :«Si tu veux entrer en vie (éternelle), tu ne tueras point». Et il dit encore (Mt 5.21-22) : «Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : tu ne tueras pas, car celui qui tue sera inculpé judiciairement, mais moi je vous dis :quiconque tient en haine son frère, en répondra au tribunal». Et Saint Paul dit (Rom 13.9) : «Tu ne tueras pas». Et saint Jean dit en son épître (1Jo3.15) : «Vous savez qu'aucun meurtrier n'a en lui la vie éternelle». Et dans l'Apocalypse,il dit (Apoc 22.15) : «Les assassins seront jetés hors de la cité sainte». Et il dit encore (Apoc 21.8) : «La part des meurtriers sera dans l'étang brûlant de feu et de soufre».
Et Saint Paul dit aux Romains, qui étaient pleins de l'envie de meurtre, de dispute, de tromperie et méchanceté (Rom 1.32) : Ceux qui font de telles choses sont dignes de mort, et non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font».

Cette Église se garde de l'adultère et de toute souillure, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit (Mt 19.18) : «Tu ne commettras pas l'adultère». Et il dit à nouveau dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 5.27-28) : «Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : tu ne commettras pas l'adultère ; mais moi je vous dis : quiconque regardera la femme en la désirant,il aura déjà commis avec elle l'adultère en son cœur». Et il dit encore (Mt 15.19-20) : «C'est du cœur que sortent les mauvaises pensées, adultère et fornication, et c'est cela qui souille l'homme». Et au livre de Sagesse il est écrit (Prov6.32) : «Celui qui est fornicateur perdra son âme par manque de cœur».
Et Saint Paul dit aux Philippiens (Éph 5.3) : «Que les noms de fornication ni souillure ne soient prononcés par vous». Et il dit encore (Eph 5.5) : «Mais sachez-le bien : aucun fornicateur, débauché ni avare n'a droit à l'héritage dans le royaume du Christ». Et aux Galates il dit encore (Gal 5.19-21) : «Les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont fornication, souillure, débauche, luxure etc. Et ceux qui commettent de telles choses n'atteindront pas le royaume de Dieu». Et il dit encore aux Hébreux (Héb 13.4) : «Car Dieu jugera les fornicateurs et les adultères». Et dans l'Apocalypse, il est écrit (Apoc 22.15) que : «Ceux qui ne sont pas chastes seront jetés hors de la cité sainte». Et encore (Apoc 21.8) : «La part des adultères sera dans l'étang ardent de feu et de souffre», qui signifie leur propre mort.

Cette Église se garde de commettre ni vol ni malhonnêteté, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 19.18) : «Tu ne voleras pas». Et Saint Paul dit aux Éphésiens (Éph 4.28) : Que celui qui volait ne vole plus,mais travaille plutôt, œuvrant de ses propres mains, ce qui est bien, pour qu'il ait de quoi donner». Et il dit également aux Romains (Rom 13.9) : «Tu ne voleras pas, ni ne désireras ce qui appartient à ton prochain». Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 4.15) : «Qu'aucun de vous n'ait à souffrir comme meurtrier, comme malfaiteur, ou comme avide de biens étrangers».

Cette Église se garde de mentir ou de porter de faux témoignages, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit (Mt 19.18) : «Tune porteras pas de faux témoignages». Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 3.10) : «Celui qui veut aimer la vie et connaître des jours heureux, qu'il garde sa langue du mal et que ses lèvres ne prononcent pas de paroles trompeuses». Et Saint Paul dit aux Romains (Rom 13.9) : «Tu ne porteras pas de faux témoignages». Et il dit encore Éphésiens (Eph 4.25) : «Pour cette raison, rejetant le mensonge, que chacun d'entre vous dise la vérité à son prochain». Et dans l'Apocalypse (Apoc 21.27), le Christ dit : «En la cité sainte, ne pénétrera rien de souillé, ni ceux qui commettent abomination et mensonge». Et il dit également (Apoc 22.15) que : «Tous ceux qui mentent, leur part sera dans l'étang de eu ardent». Et pour cette raison, saint Paul dit aux collossiens (Col 3.9) : «N'acceptez pas le mensonge entre vous». Et au livre de la Sagesse, il est écrit (Sap 1.11): «La bouche qui ment tue l'âme».

Cette Église se garde de jurer, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 5.34-36) :«Il ne faut absolument pas jurer, ni par le ciel, qui est la demeure de Dieu, ni par la terre qui est l'escabeau sous ses pieds, ni par ta propre tête, car tu ne peux y faire un cheveu blanc ou noir». Mais, après avoir interdit de jurer il enseigna comment on doit parler, en disant (Mt 5.37) : «Que vote parole soit : oui, oui ; non, non». Il entend ainsi que, ce que tu as lu dans le cœur, tu ne l'exprimes que par des paroles, sans serment. Le Christ dit en effet (Mt 5.37) : «Ce qu'on dit en plus vient du mal», c'est-à-dire du diable, lequel est appelé mal, et à propos duquel nous prions Dieu, dans l'Oraison, qu'il nous délivre de lui, quand nous disons : «mais libère-nous du mal» (Mt 6.10).
Mais à l'encontre de ces vérités, la mauvaise Église romaine dit et affirme qu'on doit jurer ; et elle prétend que Dieu a juré ainsi que l'ange ; mais même s'ils ont effectivement juré, ce n'est pas une raison pour que nous devions nous-mêmes jurer, car ce n'est pas à Dieu ni à l'ange que fut donné loi ou commandement de ne pas jurer. Saint Paul dit en effet (Rom 4.15)que : «En l'absence de loi, il n'y a pas de transgression». Et c'est pour cela que l'homme ne doit pas jurer, car c'est à lui qu'a été fait commandement de ne pas jurer. Car si l'homme jure, il pourra souvent se parjurer, comme il est manifeste que plus de cent mille parjures ont été commis par la mauvaise Église.
C'est pour cette raison que l'apôtre Saint Jacques, qui avait entendu la vérité de la bouche de Notre Seigneur Jésus-Christ, dit dans son épître (Jac 5.12) : «Mais avant toute chose, mes frères, ne consentez à jurer ni par le ciel, ni par la terre, ni par quelque autre serment ; mais que votre parole soit : oui, oui, non, non, de façon à ce que vous ne tombiez pas sous le jugement». C'est pour cette raison que l'Église du Christ ne veut pas jurer, car si elle jurait, elle transgresserait la loi du Christ qui dit ne pas jurer.

Cette Église se garde de blasphémer et de maudire, car Saint Jacques dit (Jac 1.27) : «Si quelqu'un pense être religieux sans retenir sa langue du mal, mais en trompant son propre cœur, sa religion est vaine». Et Saint Paul dit aux Éphésiens(Éph 4.29) : «Qu'aucune mauvaise parole ne sorte de votre bouche». Et il dit encore (Éph 4.31) : «Amertume, colère,indignation, emportement et blasphème, tout cela doit être extirpé de vous». Et il dit aux Colossiens (Col 3.8) :« Désormais, déposez toute colère, indignation et blasphème, et de votre bouche vous ne lancerez pas de mauvaise parole».Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 3.9-10) : «Veuillez ne pas rendre insulte pour insulte, mais au contraire, bénissez car vous avez été appelés à posséder la bénédiction en héritage. Si quelqu'un veut aimer la vie et connaître de bons jours,qu'il garde sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses ».
Mais le Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 12.36-37) : «Je vous le dit en vérité, toute parole oiseuse que diront les hommes, il en rendront raison au jour du jugement ; car de tes paroles tu seras justifié, et de tes paroles tu seras condamné». Et c'est pour cette raison que les justes, qui usent de bénédiction, au jour du jugement seront appelés du nom de bénits ; et que les méchants, qui usent de malédiction, seront appelés du nom de maudits ; c'est ce que montre l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 25.31-32) : «Quand le Christ prendra place sur son siège de Majesté, il séparera les mauvais des bons» ;et le Christ dira aux bons (Mt 25.34) : «Venez, bénits de mon Père, prendre possession du royaume préparé pour vous» ; et aux méchants il dira (Mt 25.41) : «Écartez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel».

Cette Église garde et tient tous les commandements de la loi de vie, car Saint Jacques dit dans son épître (Jac 2.10-11) : «Celui qui respectera toute la loi mais s'en écartera sur un point, il sera inculpé de tout ; car celui qui a dit : tu ne commettras pas l'adultère, a dit aussi : tu ne tueras pas. Donc, si tu ne commets pas l'adultère mais que tu en viennes à tuer, te voilà transgresseur de la loi». Et le Christ dit (Mt 12.33) : «Ou tu fais le bon arbre, et son fruit est bon,ou tu fais le mauvais arbre, et son fruit est mauvais». Et c'est pour cela que l'Église de Dieu veut faire en sorte que tout son fruit soit bon pour ressembler à son bon maître et pasteur Jésus-Christ, car tout ce qu'il enseignait aux autres, il le faisait et l'accomplissait d'abord en actes, de manière à ce que celui qui ne voulait pas croire en lui pour ses paroles, croie en lui pour ses bonnes œuvres. De cela il dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 10.38) : «Si vous ne voulez pas croire aux paroles, croyez aux œuvres». C'est pour cela que Saint Pierre dit (1Pe 2.21-22) : «Le Christ subit la passion pour nous,pour nous laisser à suivre l'exemple de son comportement, lui qui ne commit pas un péché et dont la bouche ne fut jamais trompeuse».
C'est ainsi que la sainte Église de Dieu, qui est dite corps du Christ, veut suivre son chef Jésus-Christ. Ce dont Paul dit (Éph 1.22-23) : «Toutes choses sont soumises sous les pieds du Christ et lui-même constitue la tête de toute l'Église, qui est son corps». Et il dit encore (1Cor 12.27) : «Vous êtes le corps du Christ». Et encore (1Cor 6.15) : «Vos corps sont membres du Christ, etc.»
Donc, comme les vrais chrétiens sont membres du Christ, il convient qu'ils soient saints, purs, chastes et ne soient souillés d'aucun péché, comme leur chef Jésus-Christ. Saint Jean dit en effet (1Jo 3.6) : «Quiconque demeurera en lui ne pèche pas,et quiconque pèche ne l'a vu ni ne l'a connu». Et il dit encore (1Jo 2.6) : «Si nous disons que nous sommes de sa compagnie et que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons et ne faisons pas vérité ; mais si nous marchons dans la lumière,nous sommes de sa compagnie». C'est pour cela qu'il dit (1Jo 3.7) : «Quiconque pratique la justice est juste, comme Lui est juste.»

Cette Église souffre les persécutions, les tribulations et le martyre pour le nom du Christ, car lui-même les souffrit dans la volonté de racheter et sauver son Église et lui montrer en actes comme en paroles que, jusqu'à la fin des siècles,elle devrait souffrir persécution, honte et malédiction, comme il le dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 15.20) : «S'ils mont persécuté, ils vous persécuteront aussi». Et dans l'Évangile de Saint Matthieu il dit (Mt 5.10-12) : «Bienheureux ceux qui souffrent les persécutions pour la justice, car le royaume du ciel leur appartient. Vous serez bénis quand, pour moi, les hommes vous maudiront, vous persécuteront et diront contre vous toute la malfaisance de leurs mensonges ; donc réjouissez-vous et exultez, car votre récompense est abondante dans le ciel ; car ainsi ils persécutèrent auparavant les prophètes». Et il dit encore (Mt 10.16) : «Voyez, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups». Et encore (Mt 10.22-23) : «Vous serez haïs par tous les hommes à cause de mon nom ; celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. Et quand ils vous persécuteront dans une cité, fuyez dans une autre».
Notez à quel point toutes ces paroles du Christ contredisent la mauvaise Église romaine ; car celle-ci n'est pas persécutée,ni pour le bien ni pour la justice qu'il y aurait en elle ; mais au contraire, c'est elle qui persécute et met à mort quiconque ne veut pas consentir à ses péchés et à ses forfaitures. Et elle ne fuit pas de cité en cité, mais elle a seigneurie sur les cité et les bourgs et les provinces, et elle siège majestueusement dans les pompes de ce monde, et elle est redoutée des rois, des empereurs et des autres barons. Elle n'est nullement comme les brebis parmi les loups, mais comme les loups parmi les brebis et les boucs ; et elle fait tout pour imposer son empire sur les païens, les Juifs et les Gentils ; et surtout, elle persécute et met à mort la sainte Église du Christ, laquelle souffre tout en patience, comme le fait la brebis qui ne se défend pas du loup. C'est pour cela que Saint Paul dit (Rom 8.36) : «Car pour Toi, chaque jour, nous sommes mis à mort ; on nous traite comme des moutons à l'abattoir».
Mais à l'encontre de tout cela, les pasteurs de l'Église romaine n'éprouvent aucune honte à dire que ce sont eux les brebis et les agneaux du Christ, et ils disent que l'Église du Christ, celle qu'ils persécutent, est l'Église des loups. Mais c'est là une chose insensée, car de tout temps les loups ont poursuivi et tué les brebis, et il faudrait qu'aujourd'hui tout soit retourné à l'envers, pour que les brebis soient enragées au point de mordre, poursuivre et tuer les loups, et que les loups soient patients au point de se laisser manger par les brebis !
Mais l'Église romaine dit encore : «nous ne persécutons pas les hérétiques pour ce qu'ils font de bien, mais pour leur foi : car ils ne veulent pas croire en notre foi». Remarquez comme il est évident ici qu'ils sont bien les héritiers de ceux qui ont tué le Christ et les apôtres ; en effet ils les ont tués et persécutés, et ils le feront jusqu'à la fin,pour la raison que les saints portent la contradiction de leurs propres péchés et leur annoncent la vérité, qu'ils ne veulent pas entendre. Le Christ le leur dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 10.32) : «Je vous ai montré beaucoup de bonnes œuvres de mon Père ; pour laquelle d'entre vous me lapidez-vous ?» Et ils lui répondirent (Jo 10.33) : «Nous ne te lapidons pas pour tes bonnes œuvres, mais pour le blasphème.»
Ainsi, il est manifeste que depuis le commencement les loups poursuivent et tuent les brebis, les mauvais persécutent les bons et les pécheurs persécutent les saints. Et pour cette raison Saint Paul dit (2Tim 3.12) : «Quiconque voudra vivre dans le bien en Christ souffrira la persécution». Notez bien qu'il ne dit pas : persécutera, mais : souffrira la persécution. Et Jésus-Christ, dans l'Évangile de Saint Jean, dit à sa sainte Église (Jo 16.2) : «L'heure vient où quiconque vous persécutera pensera servir Dieu». Notez bien qu'il ne dit pas : l'heure vient où vous persécuterez et tuerez des hommes pour servir Dieu. Et le bon Jésus-Christ dit encore aux persécuteurs (Mt 23.34) : «Voyez, je vous enverrai des scribes et des sages, et vous en tuerez, et vous les tourmenterez et les battrez et les poursuivrez de cité en cité». Et dans les Actes des apôtres, les apôtres déclaraient (Act 14.22) : «Il nous faut passer par bien des tribulations et des persécutions pour entrer au royaume du ciel». Et c'est pour cela que l'apôtre Saint Jean dit (Jo 13.13) : «Ô frères,ne vous étonnez pas que le monde vous haïsse».

Cette Église pratique le baptême spirituel, c'est-à-dire l'imposition des mains, par lequel est donné le Saint Esprit ; Jean-Baptiste dit (Mt 3.11) : «Celui qui doit venir après moi, celui-là vous baptisera dans le Saint Esprit». Et ainsi, quand Notre Seigneur Jésus-Christ fut venu du siège de la grandeur pour sauver son peuple, il enseigna à sa sainte Église qu'elle baptise les autres de ce baptême, comme il le dit dans l'évangile de Saint Matthieu (Mt 28.19) : «Allez et enseignez toutes les nations, et baptisez les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit». Et dans l'Évangile de saint Marc,il leur dit (Mc 16.15-16) : «Allez dans le monde entier, prêchez l'Évangile à toutes les créatures, et celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; et celui qui ne croira pas sera condamné.»
Mais la mauvaise Église romaine, comme la menteuse et semeuse de mensonges qu'elle est, dit que le Christ entendait par là le baptême de l'eau matérielle, que pratiquait Jean-Baptiste avant que le Christ ne prêche. Ce que l'on peut réfuter par de multiples raisons ; car si le baptême pratiqué par l'Église romaine était celui que le Christ avait enseigné à son Église, alors tous ceux qui ont reçu leur baptême seraient condamné». Or, ils baptisent les petits enfants qui ne peuvent ni croire ni savoir ce qu'est le bien et le mal ; donc, par leur parole, ils les condamnent.
De plus, si par le baptême de l'eau temporelle les gens étaient sauvés, le Christ serait venu mourir pour rien ; car,avant lui, on avait déjà le baptême de l'eau. Mais il est chose certaine que l'Église du Christ baptisait d'un autre baptême que celui de Jean-Baptiste, ainsi que le montre saint Jean l'évangéliste, lorsqu'il dit (Jo 4.1-2) : «Mais quand Jésus connut que les pharisiens avaient entendu dire qu'il avait fait quelques disciples et baptisait différemment de Jean, Jésus ne baptisa plus ses propres disciples». Et Jean-Baptiste lui-même le démontrait clairement, quand il disait (Mc 1.8) : «Pour moi je vous baptise dans l'eau, mais lui vous baptisera par le Saint Esprit.»
Mais Jean était venu baptiser dans la seule eau, pour inviter les gens à croire dans le baptême du Christ, et c'est pour cela qu'il porta un ferme témoignage du Christ, dont il prêchait la venue ; en effet, de tous ceux que Jean baptisait, sur aucun d'entre eux ne devait venir le Saint Esprit, sinon sur Jésus lui-même, afin qu'ainsi Jean reconnaisse celui-ci comme le Christ, lequel devait baptiser en Saint Esprit ; car autrement, Jean n'aurait pas su qui était le Christ, comme il le montre dans l'Évangile de Saint Jean, en disant (Jo 1.31-34) : «Et moi je ne le connaissais pas,mais c'est pour qu'il soit manifesté à Israël que je suis venu baptiser dans l'eau ; car je vis l'Esprit descendre du ciel comme un colombe et demeurer au-dessus de lui ; et je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau,celui-là m'avait dit : celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui qui baptisera dans le Saint Esprit. Et j'ai vu, et je porte témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu». Et c'est pour cela que Jean baptisait car, baptisant dans l'eau, il devait reconnaître le Christ pour montrer au peuple qu'il était bien celui qui devait faire l'autre baptême.
Mais de ces deux baptêmes, Saint Paul démontra qu'un seulement apportait le salut, en disant (Éph 4.5) : «Une foi, un Seigneur, un baptême, etc.» Et Saint Luc révèle, dans les Actes des Apôtres, quel est le baptême que pratiquait l'Église de Dieu, en montrant bien quel peu de prix [les Apôtres] accordaient au baptême d'eau, disant (Act 19.1-6) : «Quand Paul fut venu à Éphèse, il y trouva quelques disciples et il leur demanda s'ils croyaient avoir reçu le Saint Esprit, et ils lui répondirent : mais nous n'avons jamais entendu dire qu'il y avait un Saint Esprit ; Et Paul leur dit : en quoi avez-vous donc été baptisés ? Ils répondirent : du baptême de Jean. Paul leur dit alors : Jean baptisait le peuple du baptême de pénitence, disant croire en celui qui devait venir après lui, c'est-à-dire en Jésus. Et quand ils eurent entendu ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus ; et quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit Saint vint sur eux.»
Mais saint Luc démontre une autre fois ce fait, en disant (Act 8.14-17) : «Quand les Apôtres, qui étaient à Jérusalem,eurent entendu dire que la Samarie avait reçu la Parole de Dieu, ils envoyèrent auprès des Samaritains Pierre et Jean, lesquels, quand ils furent venus, prièrent pour eux afin qu'ils reçoivent le Saint Esprit : car il n'était pas encore venu sur aucun d'entre eux, ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus ; les Apôtres imposèrent donc les mains sur eux et ils reçurent le Saint Esprit.» Et Saint Paul dit à Timothée qu'il avait baptisé de ce même baptême (2Tim 1.6) : «Je t'admoneste à raviver la grâce de Dieu, qui est en toi par l'imposition de mes mains».
Et Ananie lui aussi en baptisa Saint Paul (Act 9.17). Et de beaucoup d'autres, qui ne furent pas Apôtres, il advint qu'ils pratiquèrent ce saint baptême comme ils l'avaient reçu de la sainte Église : car l'Église du Christ l'a maintenu sans interruption, et le maintiendra jusqu'à la fin du monde, ainsi que le Christ le dit aux Apôtres (Mt 28.19-20) : (Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et voici : je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles.»
Et Saint Pierre montre bien que sans ce baptême on ne peut être sauvé, quand il dit (1Pe 3.20-21) : «De la même manière que, du temps de Noé, un petit nombre de personnes – c'est-à-dire huit – furent sauvées par l'arche, ainsi vous sauve le baptême,etc.» Ce qui signifie que tout homme qui n'est pas baptisé de ce baptême ne peut être sauvé, de la même manière que tous ceux qui étaient hors de l'arche furent noyés par le déluge, car il dit : «de la même manière que le baptême vous fait sauf» etc.
Suficiat modo de batismo

 

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Epître de Jacques

30 Août 2005 Publié dans #spiritualité

Salutation

Jacques, serviteur de Dieu et du Seigneur Jésus-Christ, aux douze tribus vivant dans la dispersion, salut.

Épreuve, endurance, perfection

Prenez de très bon cœur, mes frères, toutes les épreuves par lesquelles vous passez, sachant que le test auquel votre foi est soumise produit de l'endurance. Mais que l'endurance soit parfaitement opérante, afin que vous soyez parfaits et accomplis, exemptes de tout défaut.

La prière pour recevoir la sagesse

Si la sagesse fait défaut à l'un de vous, qu'il la demande au Dieu qui donne à tous avec simplicité et sans faire de reproche ; elle lui sera donnée. Mais qu'il demande avec foi, sans éprouver le moindre doute ; car celui qui doute ressemble à la houle marine que le vent soulève. Que ce personnage ne s'imagine pas que le seigneur donnera quoi que ce soit à un homme partagé, fluctuant dans ses démarches.

Le pauvre et le riche

Que le frère de condition modeste tire fierté de son élévation  et le riche de son déclassement, parce qu'il passera comme la fleur des prés. Car le soleil s'est levé avec le sirocco et a desseché l'herbe, dont la fleur est tombée et dont la belle apparence a disparu ; de la même façon, le riche, dans ses entreprises, se flétrira.

Épreuve et tentation 

Heureux l'homme qui endure l'épreuve, parce que, une fois testé, il recevra la couronne de la vie, promise à ceux qui L'aiment.
Que nul, quand il est tenté, ne dise : «Ma tentation vient de Dieu.» Car Dieu ne peut être tenté de faire le mal et ne tente personne. Chacun est tenté par sa propre convoitise, qui l'entraîne et le séduit. Une fois fécondée, la convoitise enfante le péché et le péché, arrivé à maturité, engendre la mort. Ne vous y trompez pas, mes frères bien aimés. Tout don de valeur et tout cadeau parfait descendent d'en haut, du Père des lumières chez lequel il n'y a ni balancement ni ombre due au mouvement. De sa propre volonté, il nous a engendrés par la parole de vérité, afin que nous soyons pour ainsi dire les prémices de ses créatures.

Ne pas se contenter d'écouter la parole 

Vous êtes savants, mes frères bien aimés. Pourtant, que nul ne néglige d'être prompt à écouter, lent à parler, lent à se mettre en colère, car la colère de l'homme ne réalise pas la justice de Dieu. Aussi, débarrassés de toute souillure et de tout débordement de méchanceté, accueillez avec douceur la parole plantée en vous et capable de vous sauver la vie. Mais soyez les réalisateurs de la parole, et pas seulement des auditeurs qui s'abuseraient eux-mêmes. En effet, si quelqu'un écoute la parole et ne la réalise pas, il ressemble à un homme qui observe dans un miroir le visage qu'il a de naissance : il s'est observé, il est parti, il a tout de suite oublié de quoi il avait l'air. Mais celui qui s'est penché sur une loi parfaite, celle de la liberté, et s'y est appliqué, non en auditeur distrait, mais en réalisateur agissant, celui-là trouvera le bonheur dans ce qu'il réalisera. Si quelqu'un se croit religieux sans tenir sa langue en bride, mais en se trompant lui-même, vaine est sa religion. La religion pure et sans tache devant Dieu le Père, la voici : visiter les orphelins et les veuves dans leur détresse ; se garder du monde pour ne pas se souiller.

Nulle partialité en faveur de riches 

Mes frères, ne mêlez pas des cas de partialité à votre foi en notre glorieux Seigneur Jésus-Christ. En effet, s'il entre dans votre assemblée un homme aux bagues d'or, magnifiquement vêtu, s'il entre aussi un pauvre vêtu de haillons, si vous vous intéressez à l'homme qui porte des vêtements magnifiques et lui dites : «Toi, assieds-toi à cette bonne place», si au pauvre vous dites : «Toi, tiens-toi debout» ou «assieds-toi là-bas, au pied de mon escabeau», n'avez-vous pas fait en vous-mêmes une discrimination ? N'êtes-vous pas devenus des juges aux raisonnements criminels ? Écoutez, mes frères bien aimés ! N'est-ce pas Dieu qui a choisi ceux qui sont pauvres aux yeux du monde, pour les rendre riches en foi et héritiers du Royaume qu'Il a promis à ceux qui L'aiment ? Mais vous, vous avez privé le pauvre de sa dignité. N'est-ce pas les riches qui vous oppriment ? Eux encore qui vous traînent devant les tribunaux ? N'est-ce pas eux qui diffament le beau nom qu'on invoque sur vous ? Certes, si vous exécutez la loi royale, conformément au texte : Tu aimeras ton prochain comme toi-même, vous agissez bien. Mais si vous êtes partiaux, vous commettez un péché et la loi vous met en accusation comme transgresseurs. En effet, observer toute la loi et trébucher sur un seul point, c'est se rendre passible de tout, car Celui qui a dit : Tu ne commettras pas d'adultère a dit aussi : Tu n'assassineras pas et si sans commettre d'adultère, tu commets un meurtre, tu contreviens à la loi. Parlez et agissez en hommes appelés à être jugés d'après la loi de liberté. En effet, le jugement est sans pitié pour qui n'a pas eu pitié : la pitié dédaigne le jugement.

Sans actes, la foi est morte 

À quoi bon, mes frères, dire qu'on a de la foi, si l'on n'a pas d'œuvres ? La foi peut-elle sauver, dans ce cas ? Si un frère ou une sœur n'ont rien à se mettre et pas de quoi manger tous les jours, et que l'un de vous leur dise : «Allez en paix, mettez-vous au chaud, et bon appétit», sans que vous leur donniez de quoi subsister, à quoi bon ? De même, la foi qui n'aurait pas d'œuvres est morte dans son isolement. Mais quelqu'un dira : «Tu as de la foi ; moi aussi, j'ai des œuvres ; prouve-moi ta foi sans les œuvres et moi, je tirerai de mes œuvres la preuve de ma foi. Tu crois que Dieu est un ? Tu fais bien. Les démons le croient, eux aussi, et ils frissonnent.» Veux-tu te rendre compte, pauvre être, que la foi est inopérante sans les œuvres ? Abraham, notre père, n'est-ce pas aux œuvres qu'il dut sa justice, pour avoir mis son fils Isaac sur l'autel ? Tu vois que la foi coopérait à ses œuvres, que les œuvres ont complété la foi  et que s'est réalisé le texte qui dit : Abraham eut foi en Dieu et cela lui fut compté comme justice et il reçut le nom d'ami de Dieu. Vous constatez que l'on doit sa justice aux œuvres et pas seulement à la foi. Tel fut le cas aussi pour Rahab la prostituée : n'est-ce pas aux œuvres qu'elle dut sa justice, pour avoir accueilli les messagers et les avoir fait partir par un autre chemin ? En effet, de même que, sans souffle, le corps est mort, de même aussi, sans œuvres, la foi est morte.

La langue 

Ne vous mettez pas tous à enseigner, mes frères. Vous savez avec quelle sévérité nous serons jugés, tant nous trébuchons tous. Si quelqu'un ne trébuche pas lorsqu'il parle, il est un homme parfait, capable de tenir en bride son corps entier. Si nous mettons un mors dans la bouche des chevaux pour qu'ils obéissent, nous menons aussi leur corps entier. Voyez aussi les bateaux : si grands soient-ils et si rudes les vents qui les poussent, on les mène avec un tout petit gouvernail là où veut aller celui qui tient la barre. De même, la langue est un petit membre et se vante de grands effets. Voyez comme il faut peu de feu pour faire flamber une vaste forêt ! La langue aussi est le feu, le monde du mal ; la langue est installée parmi nos membres, elle souille le corps entier, qui embrase le cycle de la nature, qui est elle-même embrasée par la géhenne. Il n'est pas d'espèce, aussi bien de bêtes fauves que d'oiseaux, aussi bien de reptiles que de poissons, que l'espèce humaine n'arrive à dompter. Mais la langue, nul homme ne peut la dompter : fléau fluctuant, plein d'un poison mortel ! Avec elle nous bénissons le Seigneur et Père ; avec elle aussi nous maudissons les hommes, qui sont à l'image de Dieu ; de la même bouche sortent bénédiction et malédiction. Mes frères, il ne doit pas en être ainsi. La source produit-elle le doux et l'amer par le même orifice ? Un figuier, mes frères, peut-il donner des olives, ou une vigne des figues ? Une source saline ne peut pas non plus donner d'eau douce. Qui est sage et intelligent parmi vous ? Qu'il tire de sa bonne conduite la preuve que la sagesse empreint ses actes de douceur.

Sagesse terrestre et sagesse d'en haut 

Mais si vous avez le cœur plein d'aigre jalousie et d'esprit de rivalité, ne faites pas les avantageux et ne nuisez pas à la vérité par vos mensonges. Cette sagesse-là ne vient pas d'en haut ; elle est terrestre, animale, démoniaque. En effet, la jalousie et l'esprit de rivalité s'accompagnent de remous et de force affaires fâcheuses. Mais la sagesse d'en haut est d'abord pure, puis pacifique, douce, conciliante, pleine de pitié et de bon fruits, sans façon et sans fard. Le fruit de la justice est semé dans la paix pou ceux qui font œuvre de paix.

Des hommes au cœur partagé 

D'où viennent les conflits, d'où viennent les combats parmi vous ? N'est-ce pas de vos plaisirs qui guerroient dans vos membres ? Vous convoitez et ne possédez pas ; vous êtes meurtriers et jaloux, et ne pouvez réussir ; vous combattez et bataillez. Vous ne possédez pas parce que vous n'êtes pas demandeurs ; vous demandez et ne recevez pas parce que vos demandes ne visent à rien de mieux que de dépenser pour vos plaisirs. Femmes infidèles ! Ne savez-vous pas que l'amitié envers le monde est hostilité contre Dieu ? Celui qui veut être ami du monde se fait donc ennemi de Dieu. Ou bien pensez-vous que ce soit pour rien que l'Écriture dit : Dieu désire jalousement l'esprit qu'Il a fait habiter en nous ? Mais il fait mieux pour se montrer favorable ; voilà pourquoi l'Écriture dit : Dieu résiste aux orgueilleux, mais se montre favorable aux humbles. Soumettez-vous donc à Dieu ; mais résistez au diable et il fuira loin de vous ; approchez-vous de Dieu et il s'approchera de vous. Nettoyez vos mains, pécheurs, et purifiez vos cœurs, homme partagés ! Reconnaissez votre misère, prenez le deuil, pleurez ; que votre rire se change en deuil et votre joie en abattement ! Humiliez-vous devant le seigneur et Il vous élèvera.

Qui es-tu pour juger ton frère ? 

Ne médisez pas les uns des autres, frères. Celui qui médit d'un frère ou juge son frère médit d'une loi et juge une loi ; mais si tu juges une loi, tu agis en juge et non en réalisateur de la loi. Or un seul est législateur et juge : celui qui peut sauver et perdre. Qui es-tu, toi, pour juger le prochain ?

Ceux qui font des projets orgueilleux 

Alors, vous qui dites : «Aujourd'hui,– ou demain –, nous irons dans telle ville, nous y passerons un an, nous ferons du commerce, nous gagnerons de l'argent», et qui ne savez même pas, le jour suivant, ce que sera votre vie, car vous êtes une vapeur, qui paraît un instant et puis disparaît ! Au lieu de dire : «Si le seigneur le veut bien, nous vivrons et ferons ceci ou cela», vous tirez fierté de vos fanfaronnades. Toute fierté de ce genre est mauvaise. Qui donc sait faire le bien et ne le fait pas se charge d'un péché.

Avertissement aux riches 

Alors, vous les riches, pleurez à grand bruit sur les malheurs qui vous attendent ! Votre richesse est pourrie, vos vêtements rongés des vers ; votre or et votre argent rouillent et leur rouille servira contre vous de témoignage, elle dévorera vos chairs comme un feu. Vous vous êtes constitué des réserves à la fin des temps ! Voyez le salaire des ouvriers qui ont fait la récole dans vos champs : retenu par vous, il crie et les clameurs des moissonneurs sont parvenues aux oreilles du Seigneur Sabaoth. Vous avez eu sur terre une vie de confort et de luxe, vous vous êtes repus au jour du carnage. Vous avez condamné, vous avez assassiné le juste : il ne vous résiste pas.

Patience, le Seigneur approche 

Prenez donc patience, frères, jusqu'à la venue du Seigneur. Voyez le cultivateur : il attend le fruit précieux de la terre sans s'impatienter à son propos tant qu'il n'en a pas recueilli du précoce et du tardif. Vous aussi, prenez patience, ayez le cœur ferme, car la venue du Seigneur est proche. Frères, ne gémissez pas les uns contre les autres, pour éviter d'être jugés. Voyez : le juge se tient aux portes. Pour la souffrance et la patience, le modèle à prendre, frères, ce sont les prophètes, qui ont parlé au nom du Seigneur. Voyez : nous félicitons les gens endurants ; vous avez entendu l'histoire de l'endurance de Job et vu le but du Seigneur parce que le Seigneur a beaucoup de cœur et montre de la pitié.

Que votre oui soit oui 

Mais avant tout, mes frères, ne jurez pas, ni par le ciel, ni par la terre, ni d'aucune autre manière. Que votre oui soit oui et votre non, non, afin que vous ne tombiez pas sous le jugement.

La prière 

L'un de vous souffre-t-il ? Qu'il prie. Est-il joyeux ? Qu'il chante des cantiques. L'un de vous est-il malade ? Qu'il fasse appeler les anciens de l'église et qu'ils prient après avoir fait sur lui une onction d'huile au nom du Seigneur. La prière de la foi sauvera le patient ; le Seigneur le relèvera et, s'il a des péchés à son actif, il lui sera pardonné. Confessez-vous donc vos péchés les uns aux autres, afin d'être guéris. La requête d'un juste agit avec beaucoup de force. Elie était un homme semblable à nous ; il pria avec ferveur pour qu'il ne plût pas et il ne plut pas sur la terre pendant trois ans et six mois, il pria de nouveau, le ciel donna de la pluie, la terre produisit son fruit...

 

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Pensées pour moi-même(extraits)

30 Août 2005 , Rédigé par Marc Aurèle Publié dans #spiritualité

 

 Dès l'aurore, dis-toi par avance : «Je rencontrerai un indiscret, un ingrat, un insolent, un fourbe, un envieux, un insociable. Tous ces défauts sont arrivés à ces hommes par leur ignorance du bien et des maux. Pour moi, ayant jugé que la nature du bien est le beau, que celle du mal est le laid, et que la nature du coupable lui-même est d'être mon parent, non par la communauté du sang ou d'une même semence, mais par celle de l'intelligence et d'une même parcelle de la divinité, je ne puis éprouver du dommage de la part d'aucun d'eux, car aucun d'eux ne peut me couvrir de laideur. Je ne puis pas non plus m'irriter contre un parent, ni le prendre en haine, car nous sommes nés pour coopérer, comme les pieds, les mains, les paupières, les deux rangées des dents, celle d'en haut et celle d'en bas. Se comporter en adversaires les uns des autres est donc contre nature, et c'est agir en adversaire que de témoigner de l'animosité ou de l'aversion.»

Tout ce que je suis, c'est une chair, avec un souffle et un principe directeur. Renonce aux livres ; ne te laisse pas absorber : ce ne t'est point permis. Mais, comme un homme déjà en passe de mourir, méprise la chair : sang et poussière, petits os, tissu léger de nerfs et entrelacement de veines et d'artères. Examine aussi ce qu'est le souffle : du vent qui n'est pas toujours le même, car à tout moment tu le rends pour en avaler d'autre. Il te reste, en troisième lieu, le principe directeur. Pense à ceci: tu es vieux ; ne permets plus qu'il soit esclave, qu'il soit encore comme tiré par les fils d'une égoïste impulsion, ni qu'il s'aigrisse contre son sort actuel, ou bien qu'il appréhende celui qui doit venir. 

Les œuvres des Dieux sont pleines de providence ; celles de la Fortune ne se font pas sans la nature ou sans être filées et tissées avec les événements que dirige la Providence. Tout découle de là. De plus, tout ce qui arrive est nécessaire et utile au monde universel, dont tu fais partie. Aussi, pour toute partie de la nature, le bien est-il ce que comporte la nature universelle et ce qui est propre à sa conversation. Or, ce qui conserve le monde, ce sont les transformations des éléments, aussi bien que celles de leurs combinaisons. Que cela te suffise et te serve de principes. Quant à ta soif de livres, rejette-la, afin de ne pas mourir en murmurant, mais véritablement apaisé et le cœur plein de gratitude envers les Dieux.

Rappelle-toi depuis combien de temps tu remets à plus tard et combien de fois, ayant reçu des Dieux des occasions de t'acquitter, tu ne les as pas mises à profit. Mais il faut enfin, dès maintenant, que tu sentes de quel monde tu fais partie, et de quel être régisseur du monde, tu es une émanation, et qu'un temps limité te circonscrit. Si tu n'en profites pas pour accéder à la sérénité, ce moment passera ; tu passeras aussi, et jamais plus il ne reviendra.

À tout moment, songe avec gravité, en Romain et en mâle, à faire ce que tu as en main, avec une stricte et simple dignité, avec amour, indépendance et justice, et à donner congé à toutes les autres pensées. Tu le leur donneras, si tu accomplis chaque action comme étant la dernière de ta vie, la tenant à l'écart de toute irréflexion, de toute aversion passionnées qui t'arracherait à l'empire de la raison, de toute feinte, de tout égoïsme et de toute ressentiment à l'égard du destin. Tu vois combien sont peu nombreux les préceptes dont il faut se rendre maître pour pouvoir vivre d'une vie paisible et passées dans la crainte des Dieux, car les Dieux ne réclameront rien de plus à qui les observe.

Injurie-toi, injurie-toi, ô mon âme ! Tu n'auras plus l'occasion de t'honorer toi-même. Brève, en effet, est la vie de chacun. La tienne est presque achevée, et tu n'as pas de respect pour toi-même, car tu mets ton bonheur dans les âmes des autres. 

Les accidents du dehors te distraient-ils ? Donne-toi le loisir d'apprendre quelque bonne vérité, et cesse de te lisser emporter par le tourbillon. Évite aussi désormais cet autre égarement. Insensées, en effet, sont ceux qui à force d'agir, sont fatigués par la vie, et n'ont pas un but où diriger tout leur élan et, tout à la fois, leur pensée tout entière. 

Il n'est pas facile de voir un homme malheureux pour n'avoir point arrêté sa pensée sur ce qui passe dans l'âme d'un autre. Quant à ceux qui ne se rendent pas compte des mouvements de leur âme propre, c'est une nécessité qu'ils soient malheureux.

Il faut toujours se souvenir de ceci : quelle est la nature du Tout ? Quelle est la mienne ? Comment celle-ci se comporte-t-elle à l'égard de celle-là ? Quelle partie de quel Tout est-elle ? Noter aussi que nul ne peut t'empêcher de toujours faire et de dire ce qui est conforme à la nature dont tu fais partie. 

C'est en philosophe que Théophraste affirme, dans sa comparaison des fautes, comme le ferait un homme qui les comparerait en se référant au sens commun, que les fautes commises par concupiscence sont plus graves que celles qui le sont par colère. L'homme en colère, en effet, paraît s'écarter de la raison avec quelque douleur et avec un certain resserrement sur soi-même. Mais celui qui pèche par concupiscence, vaincu par la volupté, se montre en quelque sorte plus relâché et plus charmé dans ses fautes. À bon droit donc et en vrai philosophe, Théophraste a dit que celui qui faute avec plaisir mérite un plus grand blâme que celui qui pèche avec douleur. En somme, l'un ressemble plutôt à un homme offensé et forcé, par douleur, à se mettre en colère ; l'autre s'est jeté de lui-même dans l'injustice, se portant à faire ce à quoi l'incite la concupiscence.

Tout faire, tout dire et tout penser en homme qui peut sortir à l'instant de la vie. Quitter les hommes, s'il y a des Dieux, n'a rien de redoutable, car ceux-ci ne sauraient te vouer au malheur. Mais, s'il n'y en a pas, ou s'ils n'ont aucun soin des choses humaines, qu'ai-je à faire de vivre dans un monde sans Dieux et vide de Providence ? Mais ils existent et ils ont soin des choses humaines, et, pour que l'homme ne tombe pas dans les maux qui sont des maux véritables, ils lui en ont donné tous les moyens. S'il était quelque mal en dehors de ces maux, les Dieux y auraient également pourvu, afin que tout homme fût maître d'éviter d'y tomber. Mais, comment ce qui ne rend pas l'homme pire pourrait-il rendre pire la vie de l'homme ? Ce n'est point pour l'avoir ignoré ni pour en avoir eu connaissance sans pouvoir le prévenir ou le corriger, que la nature universelle aurait laissé passer ce mal ; elle ne serait pas, par impuissance ou par incapacité, trompée au point de faire échoir indistinctement aux bons et aux méchants une part égale de biens et de maux ? Or, la mort et la vie, la gloire et l'obscurité, la douleur et le plaisir, la richesse et la pauvreté, toutes ces choses échoient également aux bons et aux méchants, sans être par elles-mêmes ni belles ni laides. Elles ne sont donc ni des biens ni des maux. 

Comme tout s'évanouit promptement : les corps eux-mêmes dans le monde, et leur souvenir dans la durée ! Tels sont tous les objets sensibles, et particulièrement ceux qui nous amorcent par l'appât du plaisir, qui nous effraient par l'idée de la douleur, ou bien qui nous font jeter des cris d'orgueil. Que tout cela est vil, méprisable, abject, putride et mort, aux yeux de la raison qui peut s'en rendre compte ! Que sont donc ceux dont l'opinion et la voix donnent la célébrité ? Qu'est-ce que mourir ? Si l'on envisage la mort en elle-même, et si, divisant sa notion, on en écarte les fantômes dont elle s'est revêtue, il ne restera plus autre chose à penser, sinon qu'elle est une action naturelle. Or celui qui redoute une action naturelle est un enfant. La mort pourtant n'est pas uniquement une action naturelle, mais c'est encore une œuvre utile à la nature.
Comment l'homme touche-t-il à Dieu ? Par quelle partie de lui-même, et comment surtout cette partie de l'homme s'y trouve-t-elle disposée ? 

Rien de plus misérable que l'homme qui tourne autour de tout, qui scrute, comme on dit, «les profondeurs de la terre», qui cherche à deviner ce qui se passe dans les âmes d'autrui, et qui ne sent pas qu'il lui suffit d'être en face du seul génie qui réside en lui, et de l'honorer d'un culte sincère. Ce culte consiste à le conserver pur de passion, d'inconsidération et de mauvaise humeur contre ce qui nous vient des Dieux et des hommes. Ce qui vient des Dieux, en effet, est respectable en raison de leur excellence ; ce qui vient des hommes et digne d'amour, en vertu de notre parenté commune , digne aussi parfois d'une sorte de pitié, en raison de leur ignorance des biens et des maux, aveuglement non moindre que celui qui nous prive distinguer le blanc d'avec le noir. 

Quand tu devrais vivre trois fois mille ans, et même autant de fois dix mille ans, souviens-toi pourtant que nul ne perd une vie autre que celle qu'il vit, et qu'il ne vit pas une vie autre que celle qu'il perd. Par là, la vie la plus longue revient à la vie la plus courte. Le temps présent, en effet, étant le même pour tous, le temps passé est donc aussi le même, et ce temps disparu apparaît ainsi infiniment réduit. On ne saurait perdre, en effet, ni le passé,ni l'avenir, car comment ôter à quelqu'un ce qu'il n'a pas ?
Il faut toujours se souvenir de ces deux choses : l'une que tout, de toute éternité, est d'identique aspect et revient en de semblables cercles, et qu'il n'importe pas qu'on fixe les yeux sur les mêmes objets durant cent ans, deux cents ans, ou durant l'infini du cours de la durée. L'autre, que celui qui a le plus longtemps vécu et que celui qui mourra le plus tôt, font la même perte. C'est du seul présent, en effet, que l'on peut être prié, puisque c'est le seul présent qu'on a et qu'on ne peut perdre ce qu'on n'a point.

Que tout est opinion. – Évidentes sont les paroles adressées au cynique Monimos. Évidente est aussi l'utilité de ce qu'on y avance, si l'on admet, dans la limite du vrai, tout ce qu'il y a là d'agréable. 

L'âme de l'homme se fait surtout injure, lorsqu'elle devient, autant qu'il dépend d'elle, une tumeur comme un abcès du monde. S'irriter en effet contre quelque événement que ce soit, est se développer en dehors de la nature, en qui sont contenues, en tant que parties, les natures de chacun de tout le reste des êtres. L'âme se fait ensuite injure, lorsqu'elle conçoit pour un homme de l'aversion ou que, pour lui nuire, contre lui elle se dresse, telle que les âmes des hommes en colère. Troisièmement, elle se fait injure, lorsqu'elle est vaincue par le plaisir ou par la douleur. Quatrièmement, lorsqu'elle dissimule, agit ou parle sans franchisse et contrairement à la vérité. Cinquièmement, lorsqu'elle ne dirige son activité et son initiative vers aucun but, mais s'applique à n'importe quoi, au hasard et sans suite, alors que nos moindres actions devraient être ordonnées par rapport à une fin. Or, la fin des êtres raisonnables, c'est d'obéir à la raison et à la loi du plus vénérable des États et des Gouvernements. 

Le temps de la vie de l'homme, un instant ; sa substance, fluente ; ses sensations, indistinctes ; l'assemblage de tout son corps, une facile décomposition ; son âme, un tourbillon ; son destin, difficilement conjecturable ; sa renommée, une vague opinion. Pour le dire en un mot, tout ce qui est de son corps est eau courante ; tout ce qui est de son âme, songe et fumée. Sa vie est une guerre, un séjour sur une terre étrangère ; sa renommée posthume, un oubli. Qu'est-ce donc qui peut nous guider ? Une seule et unique chose : la philosophie. Et la philosophie consiste en ceci: à veiller à ce que le génie qui est en nous reste sans outrage et sans peines ; à ce qu'il ne fasse rien au hasard, ni par mensonge ni par faux-semblant ; à ce qu'il ne s'attache point à ce que le autres font ou ne font pas. Et, en outre, à accepter ce qui arrive et ce qui lui est dévolu, comme venant de là même d'où lui-même est venu. Et surtout, à attendre la mort avec une âme sereine sans y voir autre chose que la dissolution des éléments dont est composé chaque être vivant. Si donc pour ces éléments eux-mêmes, il n'y a rien de redoutable à ce que chacun se transforme continuellement en un autre, pourquoi craindrait-on la transformation de leur ensemble et sa dissolution ? C'est selon la nature ; et rien n'est mal de ce qui se fait selon la nature.

Il faut encore prendre garde à ceci : les accidents mêmes qui s'ajoutent aux productions naturelles ont quelque chose de gracieux et de séduisant. Le pain, par exemple, par endroits se fendille et ces fentes ainsi formées et qui se produisent en quelque façon à l'encontre de l'art du boulanger, ont un certain agrément et excitent particulièrement l'appétit. De même, les figues, lorsqu'elles sont tout à fait mûres, s'entrouvrent : et, dans les olives qui tombent des arbres, le fruit qui va pourrir prend un éclat particulier. Et les épis qui penchent vers la terre, la peau du front du lion, l'écume qui s'échappe de la gueule des sangliers, et beaucoup d'autres choses, si on les envisage isolément, sont loin d'être belles, et pourtant, par le fait qu'elles accompagnent les œuvres de la nature, elles contribuent à les embellir et deviennent attrayantes. Aussi, un homme qui aurait le sentiment et l'intelligence profonde de tout ce qui se passe dans le Tout, ne trouverait pour ainsi dire presque rien, même en ce qui arrive par voie de conséquence, qui ne comporte un certain charme particulier. Cet homme ne prendra pas moins de plaisir à voir dans leur réalité les gueules béantes des fauves qu'à considérer toutes les imitations qu'en présentent les peintres et les sculpteurs. Même chez une veille femme et chez un vieillard, il pourra, avec ses yeux de philosophe, apercevoir une certaine vigueur, une beauté tempestive, tout comme aussi, chez les enfants, le charme attirant de l'amour. De pareilles joies fréquemment se rencontrent, mais elles n'entraînent pas l'assentiment de tous, si ce n'est de celui qui s'est véritablement familiarisé avec la nature et ses productions. 

Hippocrate, après avoir guéri bien des maladies, tomba malade lui-même et mourut. Les Chaldéens, qui avaient prédit la mort d'un grand nombre d'hommes, ont été à leur tour saisis par le destin. Alexandre, Pompée, Caïus César, après avoir tant de fois détruit de fond en comble des villes entières et taillé en pièces en bataille rangée de nombreuses myriades de cavaliers et de fantassins, finirent eux aussi par sortir de la vie. Héraclite, après d'aussi savantes recherches sur l'embrasement du monde, l'intérieur rempli d'eau et le corps enduit de bouse, trépassa. La vermine fit mourir Démocrite, et une autre sorte de vermine, Socrate. Qu'est-ce à dire ? Tu t'es embarqué, tu as navigué, tu as accosté : débarque ! Si c'est pour entrer dans une autre vie, là non plus rien n'est vide de Dieux ; mais si c'est pour tomber dans l'insensibilité, tu cesseras d'avoir à supporter les peines et les plaisirs, d'être asservi à une enveloppe d'autant plus vile qu'est noble la partie de ton être qui est en servitude : l'une est intelligence et divinité ; l'autre, terre et sang mêlés de boue.

N'use point la part de vie qui te reste à te faire des idées sur ce que font les autres, à moins que tu ne vises à quelque intérêt pour la communauté. Car tu te prives ainsi d'une autre tâche, celle, veux-je dire, que tu négliges en cherchant à te faire une idée de ce que fait tel ou tel, du but qu'il se propose, de ce qu'il dit, de ce qu'il pense, de ce qu'il combine et de toutes les autres préoccupations de ce genre, qui t'étourdissent et t'écartent de l'attention que tu dois à ton principe directeur. Il faut donc éviter d'embrasser, dans l'enchaînement de tes idées, ce qui est aventureux et vain, et beaucoup plus encore ce qui est superflu et pernicieux. Il faut t'habituer à n'avoir que les seules idées à propos desquelles, si on te demandait soudain : «À quoi penses-tu maintenant ?» tu puisses incontinent répondre avec franchise : «À ceci et à cela.» De cette façon, on pourrait voir aussitôt et avec évidence, que tout en toi est simple, bienveillant, digne d'un être sociable, indifférent aux idées de volupté ou, pour tout dire en un mot, de jouissances, insensible encore à la haine, à l'envie, à la défiance et à tout autre passion dont tu rougirais, s'il fallait avouer que ton esprit la possède. Car un tel homme, qui ne néglige aucun effort pour se placer dès maintenant au rang des meilleurs, est comme un prêtre et un serviteur des Dieux, attaché aussi au service de Celui qui a établi sa demeure en lui, et ce culte préserve l'homme de la souillure de voluptés, le rend invulnérable à toutes les douleurs, inaccessible à toutes démesure, insensible à toute méchanceté ; il en fait l'athlète du plus noble combat, de celui qui s'engage pour ne point se laisser abattre par aucune passion ; il l'immerge à fond dans la justice, et lui fait accueillir, de par toute son âme, les événements et tous les lots de son destin. Et jamais, hormis une nécessité impérieuse et d'intérêt commun, il ne cherche à se faire une idée de ce qu'un autre dit, fait ou pense. Il applique son activité aux seules choses qui le concerent, et il pense sans cesse que les choses qui sont de son particulier, sont filées avec celles qui constituent le Tout ; il s'acquitte honorablement des premières, et il est convaincu que les secondes sont bonnes, car le destin qui est attribué à chacun est impliqué dans l'ordre universel et implique cet ordre. Il se souvient aussi que tous les êtres raisonnables sont parents et qu'aimer tous les hommes est conforme à la nature de l'homme, qu'il ne faut pas tenir compte de l'opinion de la foule, mais de ceux-là seuls qui vient conformément à la nature. Quant à ceux qui vivent autrement, il se souvient constamment de ce qu'ils sont, chez eux et hors de ceux eux, le jour durant comme la nuit durant, et de quels gens ils font leur entourage. Il ne fait donc aucun cas de l'approbation de tels hommes, qui ne savent pas eux-mêmes se contenter par eux-mêmes.

Agis sans mauvais gré, sans mépris de l'intérêt commun, sans irréflexion, sans tirer par côté. Qu'aucune recherche ne pare ta pensée. Parle peu, et ne t'ingère point dans de multiples affaires. En outre, que le Dieu qui est en toi protège un être mâle, vénérable, un citoyen, un Romain, un chef qui s'assigne à lui-même son poste, tel un homme enfin qui attendrait, sans lien qui le retienne, le signal pour sortir de la vie, n'ayant besoin ni de serment ni de personne pour témoin. C'est ainsi qu'on acquiert la sérénité, l'art de se passer de l'assistance d'autrui, l'art de se passer de la tranquillité que les autre procurent. Il faut donc être droit, et non pas redressé.

Si tu trouves dans la vie humaine un bien qui vaille mieux que la justice, la vérité, la tempérance, le courage et, en un mot, qu'une pensée qui se contente d'elle-même, toutes les fois qu'elle te donne d'agir conformément à la droite raison, et qui se montre satisfaite de son destin dans tout ce que le sort, sans qu'elle ait pu choisir, lui assigne en partage ; si, dis-je, tu vois un bien supérieur, tourne-toi vers lui de toute ton âme et jouis de ce suprême bien que tu découvres. Mais si rien ne t'apparaît meilleur que le génie qui en toi a établi sa demeure, qui soumet à son autorité les instincts personnels, qui contrôle les représentations de l'esprit, qui s'est arraché, comme le dit Socrate, aux incitations des sens, qui se soumet aux Dieux et aux hommes s'attache ; si tu trouves toute le reste plus petit et plus vil, ne laisse place en toi à aucune autre chose, car une fois que tu te serais laissé incliner et détourner par elle, tu ne pourrais plus sans relâche honorer plus que tout ce bien qui t'est propre et qui est tien. À ce bien de la raison et de la vie sociale, il ne t'est pas permis d'opposer quoi que ce soit d'une autre nature, tel que les louanges de la multitude, le pouvoir, la richesse et la jouissance des voluptés. Toutes ces choses, même si elles semblent pour quelque temps convenir à notre nature, prévalent soudain et la font dévier. Pour toi donc, dis-je, choisis simplement et librement ce que tu vois de meilleur et persiste en ce choix. – Mais le meilleur, c'est l'utile. – S'il s'agit de l'utile se rapportant à toi comme à un être raisonnable, veille à sa garde ; mais s'il ne se rapporte qu'à ton être animal, déclare-le et, sans orgueil, maintiens ton jugement ; tâche seulement de mener cette enquête en toute sûreté. 

N'estime jamais comme utile à toi-même ce qui t'obligera un jour à transgresser ta foi, à quitter la pudeur, à concevoir de la haine pour quelqu'un, à suspecter, à maudire, à dissimuler, à désirer ce qui a besoin de murs et de teintures. L'homme qui, avant tout, a opté pour sa raison, son génie et le culte dû à la dignité de ce génie, ne joue pas la tragédie, ne gémit pas et n'a besoin ni d'isolement ni d'affluence. Suprême liberté : il vivra sans rechercher ni fuir quoi que ce soit. Que son âme reste durant un plus ou moins long intervalle de temps enveloppée dans son corps, il ne s'en fait, de quelque façon que ce soit, aucun souci. S'il fallait, en effet, dès maintenant qu'il s'en aille, il partirait aussi dégagé que pour toute autre de ces besognes susceptibles d'être remplies avec décence et mesure. Le seul souci qu'il a durant sa vie entière est de garder sa pensée de toute façon d'être qui serait impropre à un être raisonnable et sociable.

Dans la pensée de l'homme qui s'est réprimé, qui s'est purifié, tu ne saurais trouver rien de purulent, rien de souillé, rien de suppurant sous la croûte. Le destin ne surprend pas sa vie inachevée, comme on le dirait d'un tragédien qui s'en irait avant d'avoir achevé son rôle et terminé la pièce. Tu n'y verrais non plus rien de servile, rien d'affecté, rien de trop attaché ou de trop détaché, rien de justiciable, ni de dissimulé. 
Vénère la faculté de te faire une opinion. Tout dépend d'elle, pour qu'il n'existe jamais, en ton principe directeur, une opinion qui ne soit pas conforme à la nature et à la constitution d'un être raisonnable. Par elle nous sont promis l'art de ne pont se décider promptement, les bons rapports avec les hommes et l'obéissance aux ordres des Dieux. 

Rejette donc tout le reste et ne t'attache qu'à ces quelques préceptes. Mais souviens-toi aussi que chacun ne vit que le moment présent, et que ce moment ne dure qu'un instant ; le reste, il a été vécu ou est dans l'incertain. Petit est donc le temps que chacun vit ; petit est le coin de terre où il vit, et petite aussi, même la plus durable, est la gloire posthume ; elle ne tient qu'à la succession de ces petits hommes qui mourront très vite, sans se connaître eux-mêmes, bien loi de connaître celui qui mourut longtemps avant eux. 

Aux préceptes dont j'ai déjà parlé, qu'un autre encore soit ajouté : se faire toujours une définition et une description de l'objet dont l'image se présente à l'esprit, afin de le voir distinctement, tel qu'il est en sa propre essence, à nu, tout entier à travers tous ses aspects, et de se dire en soi-même le nom particulier qu'il a, et les noms des éléments dont il est composé et dans lesquels il se résoudra. Rien, en effet, n'est à ce point capable d'élever l'âme, comme de pouvoir discerner, avec méthode et vérité, chacun des objets rencontrés dans la vie, de toujours le considérer de telle façon qu'on puisse examiner en même temps quelle utilité tel objet fournit et à quel univers, quelle valeur il a par rapport à l'ensemble, et quelle valeur aussi par rapport à l'homme, ce citoyen de la plus éminente cité, dont les autres cités sont comme les maisons. Il faut aussi se demander quel est cet objet, de quels éléments il est composé, combien de temps doit naturellement durer cet objet qui occasionne présentement en moi cette représentation, de quelle vertu j'ai besoin par rapport à lui, de douceur, par exemple, de courage, de bonne foi, de simplicité, de maîtrise de soi, etc. Voilà pourquoi il faut pouvoir se dire en toute occurrence : «Ceci vient de Dieu. – Cela tient au groupement et au fil enroulé des événements, à la rencontre occasionnée par leur suite, et au hasard aussi. – Ceci vient d'un concitoyen, d'un parent, d'un compagnon qui toutefois ignore ce qui est pour lui conforme à la nature.» Mais moi, je ne l'ignore point, et c'est pour cela que je le traite, selon la loi naturelle de la société, avec bienveillance et justice. Néanmoins, je vise en même temps, dans les choses indifférentes, à leur attribuer leur valeur relative. 

Si tu remplis la tâche présente en obéissant à la droite raison, avec empressement, énergie, bienveillance et sans y mêler aucune affaire accessoire ; si tu veilles à ce que soit toujours conservé pur ton génie intérieur, comme s'il te fallait le restituer à l'instant ; si tu rattaches cette obligation au précepte de ne rien attendre et de ne rien éluder ; si tu te contentes, en ta tâche présente d'agir conformément à la nature, et, en ce que tu dis et ce que tu fais entendre, de parler selon l'héroïque vérité, tu vivras heureux. Et il n'y a personne qui puisse t'en empêcher.

Comme les médecins ont toujours sous la main les instruments et les fers nécessaires à donner des soins dans les cas urgents : de même, aie toujours prêts les principes requis pour la connaissance des choses divines et humaines et pour tout accomplir, même l'action la plus insignifiante, en homme qui se souvient de l'enchaînement réciproque de ces deux sortes de choses. Car tu ne saurais bien faire aucune chose humaine, sans la rapporter en même temps aux choses divines, et inversement.

Ne t'écarte plus. Tu n'es pas en situation de relire tes Mémoires, ni les gestes antiques des Romains et des Grecs, ni les extraits d'ouvrages que tu réservais pour ta vieillesse. Hâte-toi donc au but ; renonce aux vains espoirs et porte-toi secours, si tu as, tant que c'est possible encore, quelque souci de toi-même. 

On ne sait pas combien d'acceptions ont ces mots : voler, semer, acheter, rester en repos, voir ce qu'il faut faire ; cela ne s'acquiert point avec les yeux, mais par le moyen d'une certaine autre vue.

Corps, âme, intelligence. Au corps, les sensations ; à l'âme, les impulsions ; à l'intelligence, les principes. Être impressionné par une représentation appartient même aux brutes ; être mû comme par des fils par les impulsions appartient même aux fauves, aux efféminés, à Phalaris et à Néron. Mais avoir l'intelligence pour se guider vers ce qui paraît être de notre devoir, appartient même à ceux qui nient les Dieux, délaissent leur patrie et agissent lorsqu'ils ont clos les portes. Si donc tout le reste est commun aux êtres que j'ai dits, ce qui reste en propre à l'homme de bien est d'aimer et d'accueillir avec satisfaction les accidents fortuits et les événements filés en même temps que son destin, de ne jamais embrouiller ni abasourdir par une foule d'images les génie intérieur qui réside au fond de sa poitrine, mais de le conserver dans la sérénité, régulièrement soumis à Dieu, sans proférer une parole contraire à la vérité, sans jamais rien faire à l'encontre de la justice. Et, même si touts les hommes se refusent à croire qu'il vit avec simplicité, réserve et débonnaireté, il ne s'irrite contre personne, et il ne dévie pas de la route qui mène au terme de la vie, terme qu'il faut atteindre en étant pur, calme, dégagé, et en s'accommodant sans violence à la destinée.

 

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hauts grades et vertus

30 Août 2005 , Rédigé par rituel MESA Publié dans #hauts grades

… L'amour constant de la JUSTICE, une exacte TEMPERANCE dans vos désirs, dans vos paroles et vos actions, une sage habitude d'observer fidèlement les lois et les conseils de la PRUDENCE, l'usage raisonnable que vous devez faire de la FORCE, qui vous est donnée pour l'accomplissement des desseins dont la Divine Providence vous a confié l'exécution, la Religion, la discrétion et la bienfaisance, sont des devoirs maçonniques que ces quatre vertus vous aideront à remplir.
 
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les vertus théologales

30 Août 2005 , Rédigé par St Thomas d'Aquin Publié dans #hauts grades

Y a-t-il des vertus théologales ?

Objections : 1. Il ne semble pas possible qu'il y en ait, car il est dit dans les Physiques : « La vertu est dans l'être parfait la disposition au meilleur, mais j'entends par l'être parfait celui qui est dans les bonnes dispositions de sa nature. » Or ce qui est divin est au-dessus de la nature de l'homme. Les vertus théologales ne sont donc pas des vertus de l'homme.

2. Les vertus théologales sont pour ainsi dire des vertus divines. Mais les vertus divines sont celles que nous venons d'appeler exemplaires ; ce n'est pas en nous qu'elles existent, c'est en Dieu.

3. Nous appelons vertus théologales celles par lesquelles nous sommes ordonnés à Dieu principe premier et fin ultime. Mais l'homme, par la nature même de sa raison et de sa volonté, est ordonné au principe premier et à la fin ultime. Les habitus des vertus théologales ne sont donc pas nécessaires pour que la raison et la volonté soient ordonnées à Dieu.

En sens contraire, les préceptes de la loi portent sur des actes de vertus. Or il y a des préceptes donnés dans la loi divine pour les actes de foi, d'espérance et de charité. L'Ecclésiastique dit en effet (2,8.10 Vg) : « Vous qui craignez Dieu, croyez en lui », de même « espérez en lui »; de même « aimez-le ». Donc la foi, l'espérance et la charité sont des vertus qui nous ordonnent à Dieu. Elles sont donc théologales.

Réponse : La vertu perfectionne l'homme pour les actes par lesquels il s'achemine vers la béatitude, nous l'avons montré antérieurement. Or il y a pour l'homme, avons-nous dit d . une double béatitude ou félicité. L'une est proportionnée à la nature humaine, c'est-à-dire que l'homme peut y parvenir par les principes mêmes de sa nature. L'autre est une béatitude qui dépasse la nature de l'homme; il ne peut y parvenir que par une force divine, moyennant une certaine participation de la divinité, conformément à ce qui est dit dans la deuxième épître de S. Pierre (1,4), que par le Christ nous avons été faits « participants de la nature divine ». Et parce que c'est là une béatitude qui dépasse les capacités de la nature humaine, les principes naturels, à partir desquels l'homme réussit à bien agir selon sa mesure, ne suffisent pas à l'ordonner à cette autre béatitude. Aussi faut-il que Dieu surajoute à l'homme des principes par lesquels il soit ordonné à la béatitude surnaturelle, de même qu'il est ordonné vers sa fin connaturelle au moyen de principes naturels qui n'excluent pas les secours divins. Ces principes surajoutés sont appelés vertus théologales, d'abord parce qu'elles ont Dieu pour objet en ce sens que nous sommes grâce à elles bien ordonnés à lui, et aussi parce qu'elles sont infusées en nous par lui seul, et enfin parce qu'elles sont portées à notre connaissance uniquement par la révélation divine dans la Sainte Écriture.

Solutions : 1. Une nature peut être attribuée à une réalité de deux manières. D'une manière essentielle, et en ce sens les vertus théologales dépassent la nature de l'homme. En vertu d'une participation, comme un morceau de bois qui a pris feu participe de la nature du feu, et c'est ainsi que l'homme devient participant en quelque sorte de la nature divine, comme on vient de le rappeler. En ce sens, ces vertus-là conviennent à l'homme suivant la nature dont il participe.

2. Ces vertus sont appelées divines, non comme si elles rendaient Dieu vertueux, mais comme nous rendant vertueux par lui et par rapport à lui. Ce ne sont donc pas des vertus exemplaires, mais des vertus tirées de l'exemplaire.

3. La raison et la volonté sont ordonnées vers Dieu par nature, en tant qu'il est principe et fin de la nature, toutefois dans les limites de la nature. Mais en tant qu'il est l'objet de la béatitude surnaturelle, la raison et la volonté, par leur propre nature, ne lui sont pas ordonnées suffisamment.

Les vertus théologales sont-elles distinctes des vertus intellectuelles et des vertus morales?

Objections : 1. Il semble que non. Car, si elles sont dans l'âme humaine, il faut qu'elles la perfectionnent ou dans sa partie intellectuelle ou dans sa partie appétitive. Dans un cas ce sont des vertus intellectuelles, dans l'autre des vertus morales. Donc les vertus théologales ne se distinguent pas de ces deux sortes de vertus.

2. On appelle vertus théologales celles qui nous ordonnent à Dieu. Mais parmi les vertus intellectuelles, il en est une qui nous ordonne à lui, c'est la sagesse qui concerne le divin, puisqu'elle considère la cause suprême. Donc les vertus théologales ne se distinguent pas des vertus intellectuelles.

3. S. Augustin fait bien voir pour les quatre vertus cardinales qu'elles constituent « l'ordre de l'amour ». Mais l'amour, c'est la charité, qu'on met parmi les vertus théologales. Donc les vertus morales ne se distinguent pas des théologales.

En sens contraire, ce qui est au-dessus de la nature de l'homme est distinct de ce qui est selon cette nature. Mais les vertus théologales sont au-dessus de notre nature, tandis que les vertus intellectuelles et les vertus morales s'accordent avec elle, on l'a montré plus haut. Elles sont donc bien distinctes.

Réponse : D'après ce que nous avons dit précédemment, les habitus se distinguent spécifiquement selon la différence formelle des objets. Or l'objet des vertus théologales, c'est Dieu même, fin ultime des choses, en tant qu'il dépasse la connaissance de notre raison. Au contraire, l'objet des vertus intellectuelles et des vertus morales, c'est quelque chose que la raison humaine peut saisir. Par conséquent les vertus théologales sont spécifiquement distinctes des vertus morales et des vertus intellectuelles.

Solutions : 1. Les vertus intellectuelles et les vertus morales perfectionnent l'intelligence et l'appétit de l'homme dans les limites de la nature humaine ; mais les vertus théologales, surnaturellement.

2. La sagesse, dont le Philosophe fait une vertu intellectuelle, considère les choses divines selon qu'elles se prêtent aux investigations de la raison humaine. Mais la vertu théologale les regarde selon qu'elles dépassent la raison humaine.

3. Bien que la charité soit un amour, tout amour n'est pourtant pas charité. Donc, quand on dit que toute vertu est l'ordre dans l'amour, cela peut s'entendre ou de l'amour en général ou de l'amour de charité. Si c'est de l'amour en général, alors on dira que n'importe quelle vertu est l'ordre de l'amour , dans la mesure où n'importe laquelle des vertus cardinales requiert une affection ordonnée ; or la racine et le principe de toute affection, nous l'avons dit, c'est l'amour. - Mais si cela s'entend de l'amour de charité, on ne donne pas par là à penser que n'importe quelle autre vertu soit essentiellement charité, mais que toutes les autres vertus dépendent de la charité en quelque manière, comme il apparaîtra par la suite.

Quel est le nombre et la nature des vertus théologales ?

Objections : 1. Il semble déplacé d'admettre trois vertus théologales : la foi, l'espérance et la charité. En effet les vertus théologales ont la même relation avec la béatitude divine que l'inclination de nature avec la fin qui lui est connaturelle. Mais parmi les vertus ordonnées à la fin connaturelle, il n'y en a qu'une que nous ayons naturellement, c'est l'intelligence des principes. On ne doit donc admettre qu'une seule vertu théologale.

2. Les vertus théologales sont plus parfaites que les vertus intellectuelles et morales. Mais parmi les vertus intellectuelles on ne met pas la foi, car elle est quelque chose d'inférieur à la vertu, puisqu'elle est une connaissance imparfaite. Pareillement, parmi les vertus morales, on ne met pas non plus l'espérance ; elle est inférieure à la vertu, puisqu'elle est une passion. Foi et espérance doivent donc beaucoup moins encore être comptées comme vertus théologales.

3. Les vertus théologales ordonnent à Dieu l'âme de l'homme. Mais celle-ci ne peut être ordonnée à Dieu que dans sa partie spirituelle où se trouvent l'intelligence et la volonté. Donc il ne doit y avoir que deux vertus théologales, l'une qui perfectionne l'intelligence, l'autre qui perfectionne la volonté.

En sens contraire, l'Apôtre dit (1 Co 13,13) « Présentement demeurent la foi, l'espérance et la charité, ces trois choses. »

Réponse : Comme nous venons de le dire, les vertus théologales ordonnent l'homme à la béatitude surnaturelle de la même manière qu'une inclination naturelle l'ordonne à la fin qui lui est connaturelle. Or cela se fait d'une double façon. 1° Par le moyen de la raison ou intelligence, en tant qu'elle contient les premiers principes généraux qui nous sont connus à la lumière naturelle de l'intellect et d'où procède la raison tant en matière de spéculation qu'en matière d'action. 2° Par la rectitude de la volonté qui tend naturellement au bien de la raison. Mais cette double adaptation est inférieure à la béatitude surnaturelle, selon le mot de l'Apôtre (1 Co 2,9) : « L'oeil n'a pas vu, l'oreille n'a pas entendu, et le coeur de l'homme n'a pas découvert ce que Dieu a préparé pour ceux qui l'aiment. » Aussi a-t-il fallu que sur ces deux points quelque chose fût surnaturellement ajouté à l'homme pour l'ordonner à sa fin surnaturelle. D'abord, pour ce qui est de l'intelligence, certains principes surnaturels sont ajoutés à l'homme, qui sont saisis dans une lumière divine, et c'est la matière à croire, sur laquelle porte la foi. Ensuite, la volonté est ordonnée à la fin surnaturelle, et quant au mouvement d'intention qui tend vers cette fin comme vers une chose possible à obtenir : c'est l'affaire de l'espérance ; et quant à une certaine union spirituelle par laquelle la volonté est en quelque sorte transformée en cette fin, ce qui se fait par la charité. Car en toute chose l'appétit a par nature ce mouvement et cette tendance vers la fin qui lui est connaturelle, et ce mouvement provient lui-même d'une certaine conformité de la chose avec sa fin.

Solutions : 1. L'intellect a besoin d'espèces intelligibles pour pouvoir faire oeuvre d'intelligence, et c'est pourquoi il faut supposer en lui un habitus surajouté à la puissance. Mais la volonté, par sa nature même, suffit à ordonner naturellement à sa fin, soit pour l'intention de la fin, soit pour la conformité à elle. Mais, par rapport à ce qui est au-dessus de la nature, la nature de nos puissances ne suffit à rien de tout cela. Et c'est pourquoi il faut qu'il y ait sur un point comme sur l'autre le surcroît d'un habitus surnaturel.

2. La foi et l'espérance impliquent une certaine imperfection parce que la foi a pour objet ce qu'on ne voit pas, et l'espérance ce qu'on ne possède pas. C'est pourquoi, avoir la foi et l'espérance au sujet de ce qui est soumis à la puissance humaine, est inférieur à la raison de vertu. Mais les avoir pour ce qui est au-dessus de la capacité de la nature humaine, dépasse toute vertu à la mesure de l'homme, selon S. Paul (1 Co 1, 25) : « La faiblesse de Dieu est plus forte que les hommes. »

3. Deux choses relèvent de l'appétit : le mouvement vers la fin et la conformité avec elle par l'amour. Ainsi faut-il qu'il y ait dans l'appétit humain deux vertus théologales, l'espérance et la charité.

L'ordre des vertus théologales

Objections : 1. Il ne semble pas qu'on puisse admettre l'ordre des vertus théologales qui place la foi avant l'espérance, et l'espérance avant la charité. En effet, la racine est antérieure à ce qui en sort. Mais la charité est la racine de toutes les vertus selon l'expression de l'Apôtre (Ep 3,17) : « Enracinés et fondés dans la charité. » Donc la charité passe avant les autres.

2. S. Augustin dit : « On ne peut aimer une chose tant qu'on n'a pas cru qu'elle existe. Mais si l'on croit et si l'on aime, en agissant bien on arrive aussi à espérer. » Il semble donc que la foi précède la charité, et que celle-ci précède l'espérance.

3. L'amour, a-t-on dit, est le principe de toute affection. Mais l'espérance désigne une affection, puisque nous avons vu qu'elle est une passion. Donc la charité, qui est un amour passe avant l'espérance.

En sens contraire, il y a l'affirmation de l'Apôtre (1 Co 13,13) : « Maintenant donc demeurent la foi, l'espérance et la charité. »

Réponse : Il y a deux ordres, celui de la génération et celui de la perfection. - Par l'ordre de la génération, la matière est antérieure à la forme, et l'imparfait antérieur au parfait dans un seul et même sujet. C'est ainsi que la foi précède l'espérance; et l'espérance, la charité ; si l'on regarde les actes, car les habitus sont infusés simultanément. Car un mouvement de l'appétit ne peut tendre à quelque chose, soit en l'espérant, soit en l'aimant, s'il ne l'a pas perçu par le sens ou par l'intelligence. Or c'est par la foi que l'esprit perçoit ce qu'il espère et ce qu'il aime. Par conséquent il faut que dans l'ordre de la génération, la foi précède l'espérance et la charité. - Pareillement, nous aimons une chose du fait que nous l'apercevons comme bonne pour nous. Or, par le fait même que noua espérons pouvoir obtenir pour nous de quelqu'un une chose bonne, nous estimons que celui en qui nous avons espoir est lui aussi un bien pour nous. C'est pourquoi de ce qu'on met de l'espoir en quelqu'un, on en vient à l'aimer. De sorte que, dans l'ordre de la génération, si l'on regarde les actes, l'espérance précède la charité. Mais, dans l'ordre de la perfection, la charité précède la foi et l'espérance, du fait que la foi, aussi bien que l'espérance, est formée par la charité et acquiert ainsi sa perfection de vertu. C'est ainsi en effet que la charité est la mère de toutes les vertus et leur racine, en tant qu'elle est leur forme à toutes comme on le dira plus loin.

Solutions : 1. Cela donne la réponse à la première objection.

2. S. Augustin parle de l'espérance par laquelle en raison des mérites que l'on a déjà, on espère qu'on parviendra à la béatitude : c'est là de l'espérance « formée », qui suit la charité. Mais quelqu'un peut espérer avant même d'avoir la charité : il espère non d'après les mérites qu'il a déjà, mais d'après ceux qu'il espère avoir.

3. Comme nous l'avons dit lorsqu'il s'est agi des passions, l'espérance regarde deux choses. L'une comme objet principal, c'est le bien espéré. Et à cet égard, l'amour précède toujours l'espérance ; jamais en effet un bien n'est espéré s'il n'est désiré et aimé. - L'espérance regarde aussi celui de qui on espère pouvoir obtenir le bien. Et à cet égard il est certain qu'en premier lieu l'espérance précède l'amour, bien qu'ensuite l'espérance soit accrue par la force même de l'amour. Par là même en effet qu'on estime pouvoir se procurer un bien grâce à quelqu'un, on commence à aimer ce quelqu'un lui-même, et du fait qu'on l'aime, on en vient ensuite à espérer plus fortement en lui.

 

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La Force

29 Août 2005 , Rédigé par St Thomas d'Aquin Publié dans #spiritualité

 

La force est-elle une vertu ?

Objections : 1. Il semble que non, car S. Paul affirme (2 Co 12, 9) : " La vertu se déploie dans la faiblesse. " Mais la force s’oppose à la faiblesse, donc elle n’est pas une vertu.

2. Si c’est une vertu, elle est une vertu théologale, intellectuelle ou morale. Mais elle ne rentre ni dans les vertus théologales, ni dans les vertus intellectuelles, on l’a déjà montrés. Et elle ne paraît pas être une vertu morale car, d’après Aristote certains paraissent courageux par ignorance, ou par expérience, comme les soldats, et cela relève de l’art plus que de la vertu morale ; certains aussi sont appelés courageux à cause de leurs passions, comme la crainte des menaces ou du déshonneur, ou encore par tristesse, par colère ou par espoir ; or, on l’a vu. la vertu morale n’agit pas par passion mais par choix. Donc la force n’est pas une vertu.

3. La vertu humaine réside surtout dans l’âme, car elle en est une " bonne qualité ", on l’a dit précédemment. Mais la force semble résider dans le corps ; au moins elle dépend du tempérament. Elle n’est donc pas une vertu.

En sens contraire, S. Augustin met la force au nombre des vertus.

Réponse : Selon Aristote " la vertu rend bon celui qui la possède et rend bonne son action ", ce qui s’applique à la vertu de l’homme. Or le bien de l’homme consiste à se régler sur la raison, selon Denys. Il revient donc à la vertu de rendre l’homme bon et à rendre raisonnable son action. Or cela se produit de trois manières. 1° La raison elle-même est rectifiée ; c’est l’œuvre des vertus intellectuelles. 2° Cette rectitude de la raison est instaurée dans les relations humaines ; c’est la tâche de la justice. 3° Il faut supprimer les obstacles à cet établissement de la droite raison dans les affaires humaines. Or la volonté humaine est empêchée de suivre la rectitude de la raison de deux façons. 1° Parce qu’un bien délectable l’attire hors de ce que requiert la rectitude de la raison, et cet empêchement est supprimé par la vertu de tempérance. 2° Parce qu’une difficulté qui survient détourne la volonté de faire ce qui est raisonnable. Pour supprimer cet obstacle, il faut la force d’âme qui permet de résister à de telles difficultés, de même que par sa force physique l’homme domine et repousse les empêchements corporels. Aussi est-il évident que la force est une vertu, en tant qu’elle permet à l’homme d’agir conformément à la raison.

Solutions : 1. La vertu de l’âme ne se déploie pas dans la faiblesse de l’âme, mais dans la faiblesse charnelle, dont parlait l’Apôtres Il appartient à la force d’âme de supporter courageusement la faiblesse de la chair : c’est la tâche de la vertu de patience, ou de la vertu de force. Que l’homme reconnaisse sa propre faiblesse, cela relève de la perfection qu’on appelle l’humilité.

2. Parfois certains accomplissent l’acte extérieur d’une vertu sans avoir cette vertu, pour une cause autre que la vertu. Et c’est pourquoi Aristote énumère cinq modes selon lesquels certains sont appelés forts de façon factice, parce qu’ils exercent un acte de force sans avoir cette vertu. Cela arrive de trois façons. D’abord parce qu’ils se portent vers une tâche difficile comme si elle ne l’était pas. Ce qui se divise en trois. Parfois cela vient de l’ignorance, parce que l’on ne perçoit pas l’importance du danger. Parfois cela se produit parce que l’on sait par expérience qu’on y a souvent échappé. Et parfois cela se produit parce qu’on a une certaine connaissance et une certaine pratique. Cela arrive chez les militaires qui, à cause de leur connaissance et de leur expérience des armes estiment peu graves les périls de la guerre et croient pouvoir les éviter par leur habileté. Aussi Végèce dit-il " Personne n’a peur de faire ce qu’il est très sûr d’avoir bien appris. " Ou encore deuxième façon quelqu’un accomplit sans vertu un acte de force, poussé par une passion, comme la tristesse qu’il veut chasser, ou encore la colère. Il y a une troisième façon qui comporte un choix, non celui de la fin raisonnable, mais celui d’un avantage temporel, comme l’honneur, le plaisir ou le gain ; ou le désir d’éviter un désavantage comme un blâme, une souffrance ou un dommage.

3. La force d’âme est appelée une vertu, nous venons de le dire, par ressemblance avec la force corporelle. Cependant il n’est pas contraire à la raison de vertu qu’on ait par tempérament une inclination naturelle à la vertu, on l’a dit précédemment.

La force est-elle une vertu spéciale ?

Objections : 1. Il semble que non, car il est dit que la Sagesse (8, 7) " enseigne tempérance et prudence, justice et vertu ", ce mot désignant ici la force. Donc, puisque ce nom de vertu est commun à toutes, il apparaît que la force est une vertu générale.

2. S. Ambroise écrit : " La force n’est pas le lot d’une âme médiocre, elle qui seule défend la beauté de toutes les vertus et maintient la justice, et qui combat tous les vices par une lutte acharnée. Invincible dans les travaux, courageuse dans le danger, impassible devant les voluptés, elle bannit la cupidité comme une souillure capable d’efféminer la vertu. " Et il en dit autant des autres vices. Or cela ne peut convenir à une vertu spéciale. Donc la force est une vertu générale.

3. Le nom de force semble dériver de " fermeté ". Mais toute vertu doit être ferme, dit Aristote. En sens contraire, S. Grégoire en fait une vertu parmi les autres.

Réponse : Comme on l’a dit antérieurement le mot de force peut se prendre en deux sens. D’abord selon queue implique en elle-même une certaine fermeté d’âme. En ce sens, c’est une vertu générale, ou plutôt une condition de, toute vertu parce que, d’après le Philosophe, il est requis pour la vertu " d’agir de façon ferme et inébranlable ". Mais aussi on peut parler de la force selon queue implique fermeté d’âme pour supporter et repousser les difficultés particulièrement impressionnantes, comme les dangers graves. C’est pourquoi, dit Cicéron, " la force est une manière consciente d’affronter les périls et de supporter les labeurs ". C’est en ce sens que la force est présentée comme une vertu spéciale, ayant une matière déterminée.

Solutions : 1. Selon Aristote le mot de vertu se rapporte " au maximum d’une puissance ". Or on parle d’une puissance naturelle lorsqu’elle permet à quelqu’un de résister aux forces de destruction, mais aussi lorsqu’elle est un principe d’action, comme Aristote le montre bien. Et parce que cette acception est la plus courante, le mot de vertu implique habituellement le maximum de telle puissance ; car la vertu au sens courant n’est rien d’autre que l’habitus qui permet de bien agir. Mais selon qu’elle implique le maximum de puissance au premier sens, qui est plus spécial, on l’attribue à une vertu spéciale, c’est-à-dire à la force, dont le propre est de résister fermement à toute attaque.

2. S. Ambroise entend la force au sens large, selon qu’elle implique fermeté d’âme en face de tous les assauts. Cependant, même en tant qu’elle est une vertu spéciale ayant une matière déterminée, elle aide toutes les autres vertus à repousser les assauts de tous les vices. Car si quelqu’un peut tenir solidement contre les attaques les plus dangereuses, il s’ensuit qu’il est capable de résister à des difficultés moindres.

3. Cette objection vaut pour la force entendue de la première manière.

La force a-t-elle pour objet la crainte et l’audace ?

Objections : 1. Il semble que non, car S. Grégoire enseigne : " La force des justes consiste à vaincre la chair, à combattre la sensualité, à éteindre le plaisir de la vie présente. " La force semble donc avoir plutôt les plaisirs comme objets.

2. Cicéron dit qu’il appartient à la force " d’affronter les périls et de supporter les labeurs ". Or cela ne semble pas se rattacher aux passions d’audace et de peur, mais plutôt à des actions humaines laborieuses, ou à des événements périlleux.

3. A la crainte ne s’oppose pas seulement l’audace mais aussi l’espérance, comme on l’a dit précédemment, en traitant des passions. Donc la force ne doit pas concerner l’audace plus que l’espérance.

En sens contraire, il y a cette affirmation du Philosophe : " La force concerne la crainte et l’audace. "

Réponse : Comme nous l’avons dit plus haut, il revient à la vertu de force d’écarter l’empêchement qui retient la volonté de suivre la raison. Que l’on soit retenu de faire quelque chose de difficile, cela relève de la raison de crainte, qui fait reculer devant un mal présentant une difficulté, comme on l’a vu plus haut en traitant des passions. C’est pourquoi la chose concerne au premier chef la crainte des choses difficiles qui peuvent retenir la volonté de suivre la raison. Or il ne faut pas seulement subir fermement l’assaut de ces difficultés en réprimant la peur, mais aussi s’y attaquer avec modération, quand il faut les exterminer pour assurer sa sécurité future. Ce qui semble se rattacher à la raison d’audace. C’est pourquoi la force concerne la crainte et l’audace, en réprimant la crainte et en modérant l’audace.

Solutions : 1. S. Grégoire parle là de la force des justes selon qu’elle se rapporte indistinctement à toute vertu. Aussi parle-t-il d’abord de ce qui regarde la tempérance, comme l’objection le note, et il ajoute ce qui regarde particulièrement la force comme vertu spéciale quand il dit : " Aimer les épreuves de ce monde en vue des récompenses éternelles. "

2. Les événements dangereux et les tâches laborieuses n’écartent la volonté de la raison que dans la mesure où on les craint. C’est pourquoi il faut que la force ait pour objet immédiat la crainte et l’audace, et médiatement les dangers et les labeurs, objets de ces passions.

3. L’espérance s’oppose à la crainte du côté de l’objet, parce que l’espérance porte sur le bien, et la crainte sur le mal. Or l’audace concerne le même objet et s’oppose à la crainte en ce que la première l’affronte tandis que la seconde le fuit, nous l’avons vu. Et parce que la force vise à proprement parler les maux temporels qui écartent de la vertu, comme on le voit par la définition de Cicéron il en découle que la force concerne à proprement parler la crainte et l’audace, mais non l’espérance, sinon en tant qu’elle est liée à l’audace, comme on l’a vu antérieurement.

La force a-t-elle seulement pour objet la crainte de la mort ?

Objections : 1. Il semble que ce ne soit pas son seul objet. En effet, S. Augustin déclare que la force " est un amour qui supporte facilement tout pour ce qu’il aime " et que c’est " un sentiment qui ne craint ni la mort ni aucune adversité ".

2. Il faut que toutes les passions de l’âme soient amenées au juste milieu par une vertu. Mais on ne peut attribuer à aucune vertu la tâche de ramener les autres craintes à un juste milieu.

3. Aucune vertu ne se situe aux extrêmes. Or la crainte de la mort, étant la crainte la plus forte, est à l’extrême, selon Aristote. Donc la vertu de force ne se limite pas aux craintes mortelles.

En sens contraire, Andronicus définit la force : " Une vertu de l’appétit irascible qui ne se laisse pas facilement effrayer par les craintes qu’inspire la mort. "

Réponse : Comme on vient de le voir, il revient à la vertu de force de protéger la volonté de l’homme afin qu’elle ne recule pas devant un bien raisonnable par crainte d’un mal corporel. Or il faut tenir le bien de la raison contre tout mal, parce que nul bien corporel ne vaut le bien de la raison. C’est pourquoi il faut qu’on appelle force d’âme celle qui maintient fermement la volonté de l’homme dans le bien de la raison, malgré les plus grands maux, car celui qui tient ferme devant les plus grands tiendra ferme contre les moindres, mais non réciproquement ; en outre il revient à la vertu de viser le maximum. Or le plus terrible de tous les maux corporels est la mort, qui nous enlève tous les biens corporels. Ce qui fait dire à S. Augustin : " Le lien du corps ne doit être ni secoué ni tourmenté, par le labeur ou par la douleur ; par crainte qu’il ne soit enlevé et détruit, l’âme est agitée par la terreur de la mort. " C’est pourquoi la vertu de force concerne la crainte des périls de mort.

Solutions : 1. La force se comporte bien pour supporter toutes les adversités. Cependant l’homme n’est pas appelé fort au sens absolu parce qu’il les supporte, mais seulement parce qu’il supporte bien les plus grands maux. Pour les autres maux, on l’appelle fort de façon relative.

2. Parce que la crainte naît de l’amour, toute vertu qui modère l’amour de certains biens modère nécessairement la crainte des maux contraires. Ainsi la libéralité, qui modère l’amour de l’argent, modère aussi par voie de conséquence la crainte de le perdre. Et l’on retrouve cela dans la tempérance et les autres vertus. Mais aimer sa propre vie est naturel, c’est pourquoi il fallait une vertu spéciale pour modérer la crainte de la mort.

3. L’extrême dans les vertus est considéré par rapport à ce qui sort de la limite de la raison droite. C’est pourquoi, si quelqu’un affronte les plus grands dangers conformément à la raison, il ne s’oppose pas à la vertu.

 

 L’acte principal de la force est-il de supporter ?

Objections : 1. Il ne semble pas car, dit Aristote " la vertu concerne le difficile et le bien ". Mais il est plus difficile d’attaquer que de supporter. Donc supporter n’est pas l’acte principal de la force.

2. Il faut davantage de puissance pour pouvoir agir sur un autre que pour n’être pas soi-même modifié par l’autre. Mais attaquer, c’est agir sur l’autre, tandis que supporter est demeurer immobile. Donc, puisque la force nomme une perfection de la puissance, il semble qu’il lui appartienne d’attaquer plus que de supporter.

3. L’un des contraires est plus éloigné de l’autre que de sa simple négation. Or celui qui supporte se contente de ne pas craindre : mais celui qui attaque agit à l’inverse de celui qui craint, parce qu’il va de l’avant. Il apparaît donc, puisque la force éloigne au maximum de la crainte, qu’il lui revient davantage d’attaquer que de supporter.

En sens contraire, le Philosophe dit que " certains sont appelés forts surtout parce qu’ils supportent des épreuves pénibles ".

Réponses : Comme nous l’avons dit plus haut Aristote affirme : " La force concerne les craintes à réprimer, plus que les audaces à modérer. " Car si cela est plus difficile que ceci, c’est parce que le péril lui-même, objet de l’audace et de la crainte, contribue à réprimer l’audace, et produit l’accroissement de la crainte. Or l’attaque requiert cette force qui tempère l’audace, alors que supporter émane de la répression de la crainte. C’est pourquoi l’acte principal de la force est de supporter, c’est-à-dire de tenir bon dans les périls, plutôt que d’attaquer.

Solutions : 1. Supporter est plus difficile qu’attaquer pour trois raisons. 1° Parce que supporter s’impose à celui qu’un homme plus fort attaque alors que l’attaquant est en position de force. Or il est plus difficile de combattre un ennemi plus fort qu’un ennemi plus faible. 2° Parce que celui qui supporte éprouve déjà les périls comme présents ; celui qui attaque les tient pour futurs. Or il est plus difficile de ne pas se laisser émouvoir par des maux présents que par des maux futurs. 3° Parce que supporter demande un temps prolongé, mais on peut attaquer par un élan subit. Or il est plus difficile de rester longtemps immobile que de s’élancer brusquement vers quelque chose de difficile. D’où cette remarque d’Aristote : " Certains volent au-devant des dangers, mais s’enfuient quand ils les rencontrent ; les hommes forts font le contraire. "

2. Supporter implique bien une passion dans le corps, mais aussi un acte de l’âme très fortement attachée au bien, d’où il suit qu’elle ne cède pas à la passion du corps pourtant présente. Or la vertu tient à l’âme plus qu’au corps.

3. Celui qui supporte ne craint pas, quoique le motif de sa crainte soit présent, alors qu’il ne l’est pas pour celui qui attaque.

La force agit-elle en vue de son propre bien ?

Objections : 1. Il semble que l’homme fort n’opère pas en vue du bien de son propre habitus. Car, lorsqu’on agit, la fin a beau être première dans l’intention, elle est néanmoins dernière dans l’exécution. Or l’acte de force, dans son exécution, est postérieur à l’habitus de force lui-même. Il n’est donc pas possible que l’homme fort agisse pour le bien de son propre habitus.

2. S. Augustin nous dit : " Certains osent soutenir que nous aimons les vertus uniquement à cause de la béatitude " c’est-à-dire en les recherchant pour celle-ci " de telle sorte que nous n’aimions plus la béatitude elle-même. S’il en était ainsi, nous cesserions d’aimer les vertus elles-mêmes, quand nous n’aimons plus ce pourquoi nous les aimons ". Or la force est une vertu. Donc l’acte de force ne doit pas être rapporté à la force elle-même, mais à la béatitude.

3. Pour S. Augustin la force est " l’amour qui supporte facilement toutes les difficultés pour Dieu ". Or Dieu n’est pas l’habitus de force, mais un être bien supérieur, puisque la fin est forcément meilleure que les moyens qui y conduisent. Donc l’homme fort n’agit pas pour le bien de son propre habitus.

En sens contraire, Aristote dit, que " pour le fort, la force est un bien ", donc une fin.

Réponse : Il y a deux fins : la fin prochaine et la fin ultime. La fin prochaine de tout agent est d’introduire dans un autre être la ressemblance de sa propre forme ; ainsi la fin du feu qui chauffe, c’est d’introduire la ressemblance de sa chaleur dans le patient, et la fin de l’architecte est d’introduire dans la matière la ressemblance de son projet d’art. Or, quel que soit le bien qui en résulte, s’il est voulu, on peut l’appeler fin éloignée de l’agent. De même que dans une fabrication la matière extérieure est organisée par l’art, ainsi dans l’action les actes humains sont organisés par la prudence. Il faut donc conclure que le fort veut, comme fin prochaine, exprimer en acte une ressemblance de son habitus, car il veut agir en harmonie avec celui-ci. Mais sa fin éloignée est la béatitude, autrement dit : Dieu.

Solutions : Tout cela donne la réponse aux objections. Car le premier argument raisonnait comme si l’essence même de l’habitus était la fin, alors que celle-ci est sa ressemblance en acte, nous venons de le dire. Les deux autres objections considèrent la fin ultime.

 

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la Sagesse

29 Août 2005 , Rédigé par La Bible et Platon Publié dans #spiritualité

 

Paroles de l'Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem

Vanité des vanités, dit l'Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité. Quel avantage revient-il à l'homme de toute la peine qu'il se donne sous le soleil ? Une génération s'en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours. Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d'où il se lève de nouveau. Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits. Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n'est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent. Toutes choses sont en travail au-delà de ce qu'on peut dire; l'œil ne se rassasie pas de voir, et l'oreille ne se lasse pas d'entendre. Ce qui a été, c'est ce qui sera, et ce qui s'est fait, c'est ce qui se fera, il n'y a rien de nouveau sous le soleil. S'il est une chose dont on dise : Vois ceci, c'est nouveau ! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. On ne se souvient pas de ce qui est ancien; et ce qui arrivera dans la suite ne laissera pas de souvenir chez ceux qui vivront plus tard.

Moi, l'Ecclésiaste, j'ai été roi d'Israël à Jérusalem. J'ai appliqué mon cœur à rechercher et à sonder par la sagesse tout ce qui se fait sous les cieux : c'est là une occupation pénible, à laquelle Dieu soumet les fils de l'homme. J'ai vu tout ce qui se fait sous le soleil; et voici, tout est vanité et poursuite du vent. Ce qui est courbé ne peut se redresser, et ce qui manque ne peut être compté.
J'ai dit en mon cœur : Voici, j'ai grandi et surpassé en sagesse tous ceux qui ont dominé avant moi sur Jérusalem, et mon cœur a vu beaucoup de sagesse et de science. J'ai appliqué mon cœur à connaître la sagesse, et à connaître la sottise et la folie; j'ai compris que cela aussi c'est la poursuite du vent. Car avec beaucoup de sagesse on a beaucoup de chagrin, et celui qui augmente sa science augmente sa douleur.

SOCRATE. — [...] Je vous conjure, Athéniens, de ne pas vous émouvoir si ce que je vais vous dire vous paraît d'une arrogance extrême; car je ne vous dirai rien qui vienne de moi, et je ferai parler devant vous une autorité digne de votre confiance; je vous donnerai de ma sagesse un témoin qui vous dira si elle est, et quelle elle est; et ce témoin c'est le dieu de Delphes. Vous connaissez tous Chérephon, c'était mon ami d'enfance; il l'était aussi de la plupart d'entre vous; il fut exilé avec vous, et revint avec vous. Vous savez donc quel homme c'était que Chérephon, et quelle ardeur il mettait dans tout ce qu'il entreprenait. Un jour, étant allé à Delphes, il eut la hardiesse de demander à l'oracle (et je vous prie encore une fois de ne pas vous émouvoir de ce que je vais dire ); il lui demanda s'il y avait au monde un homme plus sage que moi : la Pythie lui répondit qu'il n'y en avait aucun. À défaut de Chérephon, qui est mort, son frère, qui est ici, pourra vous le certifier. Considérez bien, Athéniens, pourquoi je vous dis toutes ces choses, c'est uniquement pour vous faire voir d'où viennent les bruits qu'on a fait courir contre moi.
Quand je sus la réponse de l'oracle, je me dis en moi-même : “Que veut dire le dieu ? Quel sens cachent ses paroles ? Car je sais bien qu'il n'y a en moi aucune sagesse, ni petite ni grande. Que veut-il donc dire, en me déclarant le plus sage des hommes ? Car enfin, il ne ment point; un dieu ne saurait mentir.” Je fus longtemps dans une extrême perplexité sur le sens de l'oracle, jusqu'à ce qu'enfin, après bien des incertitudes, je pris le parti que vous allez entendre pour connaître l'intention du dieu.
J'allai chez un de nos concitoyens, qui passe pour un des plus sages de la ville; et j'espérais que là, mieux qu'ailleurs, je pourrais confondre l'oracle, et lui dire : “Tu as déclaré que je suis le plus sage des hommes, et celui-ci est plus sage que moi.” Examinant donc cet homme, dont je n'ai que faire de vous dire le nom, il suffit que c'était un de nos plus grands politiques, et m'entretenant avec lui, je trouvai qu'il passait pour sage aux yeux de tout le monde, surtout aux siens, et qu'il ne l'était point. Après cette découverte, je m'efforçai de lui faire voir qu'il n'était nullement ce qu'il croyait être; et voilà déjà ce qui me rendit odieux à cet homme et à tous ses amis, qui assistaient à notre conversation. Quand je l'eus quitté, je raisonnai ainsi en moi-même : “Je suis plus sage que cet homme. Il peut bien se faire que ni lui ni moi ne sachions rien de fort merveilleux; mais il y a cette différence que lui, il croit savoir, quoiqu'il ne sache rien; et que moi, si je ne sais rien, je ne crois pas non plus savoir. Il me semble donc qu'en cela du moins je suis un peu plus sage, que je ne crois pas savoir ce que je ne sais point.” De là, j'allai chez un autre, qui passait encore pour plus sage que le premier; je trouvai la même chose, et je me fis là de nouveaux ennemis.
Cependant je ne me rebutai point; je sentais bien quelles haines j'assemblais sur moi; j'en étais affligé, effrayé même. Malgré cela, je crus que je devais préférer à toutes choses la voix du dieu, et, pour en trouver le véritable sens, aller de porte en porte chez tous ceux qui avaient le plus de réputation; et je vous jure, Athéniens, car il faut vous dire la vérité, que voici le résultat que me laissèrent mes recherches : ceux qu'on vantait le plus me satisfirent le moins, et ceux dont on n'avait aucune opinion, je les trouvai beaucoup plus près de la sagesse.
(Apologie de Socrate)

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