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Hauts Grades

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les constitutions de Narbonne

1 Mai 2005 Publié dans #chevalerie

Les Obligations des Pauvres Chevaliers du Christ

Texte inédit des Constitutions signées à Narbonne en 1117,
portant la première mention historique de l'Ordre du Temple qui fut officiellement constitué à Jérusalem en 1119.

A la gloire de Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, Dieu qui fut, qui est et qui sera de toute éternité.

Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas et pour ceci, il est sage de reconnaître que Dieu est le Dieu Bon comme le Dieu Bon est Dieu.

 

Ce 13e jour du 12e mois appelé Tisri de l'an de grâce Mil cent dix-sept, faisant étape dans la plaisante cité de Narbonne au long de notre route vers la Sainte Jérusalem, Nous, Hugues de Payens et Geoffroy de Saint Omer, confortés par sept de nos compagnons, les illustres chevaliers Giambaptista de Bolandis, Pierre Despatis de Courteilles, Roland de Romer Villiers, Jean Petit de Grandjardin, André Dupuis de Sens, Didier-Ange de Tavernet et Pierre baron de Priestley, avons décidé de former une fraternelle communauté, cela pour le bien et l'utilité de tous nos frères en Jésus-Christ, pèlerins en Terre sainte, cela pour éviter discussions, échecs, soucis, dépenses et dommages provenant de désordres, agressions ou transgressions dans la protection de la route de la sainte Jérusalem.

Pour que notre entreprise chrétienne soit valable en tout temps, nous, Hugues de Payens et Geoffroy de Saint Omer, en notre nom et au nom de nos sept valeureux compagnons, nous nous constituerons, dans un esprit fraternel, en Ordre du Temple dés notre entrée dans la sainte cité de Jérusalem, nous jurant d'observer fidèlement les règlements ci-dessous définis et cela pour nous-mêmes et pour nos successeurs.

 

I. Celui qui désirera entrer dans notre Ordre devra promettre d'observer, comme nous, tous les points et articles qui sont mentionnés dans les présentes Obligations.

II. S'il se présente un homme d'arme, un moine, un bourgeois milicien qui désirent rejoindre notre Ordre, on peut les accepter. S'il s'agit d'un seigneur , il sera reçu avec tous les honneurs dus à sa qualité, lui et les gens de sa maison.

. III. Celui qui est sous la dépendance d'un Seigneur ne peut être accepté dans notre Ordre qu'avec l'assentiment de son Seigneur.

IV. On ne doit pas accepter dans l'Ordre un chevalier ou un homme d'arme qui n'a pas communié dans l'année ou qui ne pratique pas, ou qui gaspille son avoir au jeu ou avec les femmes.
Si d'aventure un quelconque de cette catégorie avait été coopté, aucun chevalier, aucun soldat ne doit avoir de contacts avec lui jusqu'à ce qu'il ait changé de vie et subi une punition accomplie devant le Dieu Bon.

V. Aucun chevalier ne doit vivre ouvertement en concubinage. Il ne peut par ailleurs commettre l'acte de procréation avec les femmes qui font partie des pèlerins dont il a la garde. S'il ne s'en abstient pas, aucun membre de l'Ordre ne doit rester dans sa troupe, ni avoir rien de commun avec lui.

VI. S'il n'est pas chevalier, celui qui aura bien servi l'Ordre intérieur durant 1 an et qui est âgé de plus de 25 ans, sera promu au grade d'Ecuyer Novice. Après un noviciat de 3 ans, avec l'accord de ses frères en Jésus-Christ il sera ensuite élevé au titre de Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte.

VII. Les présentes Obligations, ainsi que les comptes de l'Ordre sont conservés dans deux livres. Le Chevalier qui a la charge des livres doit promettre à l'Ordre d'en prendre soin et de n'en laisser copie à personne, ni de les prêter à qui que ce soit afin qu'ils restent intacts.

VIII. Le chevalier qui a la responsabilité des livres de l'Ordre doit les faire lire à ses frères une fois par an, lors de l'installation de plus vénérable d'entre eux. S'il vient un membre de l'Ordre qui désire connaître les dits comptes en tout ou en partie, il doit leur en faire prendre connaissance afin qu'il n'y ait aucune équivoque.

IX. A tout chevalier qui dirige une troupe de pèlerins qui rejoint Jérusalem est dévolu le pouvoir juridique sur la troupe pour régler tous différents qui pourraient survenir entre les voyageurs ou pèlerins, Obéissance lui est due par tous ceux-ci.

X. Si un chevalier qui dirige une troupe de pèlerins vient à mourir sans avoir achevé sa route et qu'un autre chevalier s'y attelle, celui-ci doit la mener à bonne fin sans l'abandonner à un troisième, et cela afin que ceux qui ont pris le chemin de la sainte Jérusalem sous la protection de l'Ordre ne se trouvent pas dans des frais exagérés qui porteraient préjudice à la mémoire du défunt ou de l'Ordre lui-même.

XI. Le responsable d'une troupe de pèlerins et voyageurs n'a le droit de recevoir aucune rétribution pour le service qu'il dispense, outre le juste prix réclamé par l'Ordre pour les convoyer et protéger. Il ne dispose non plus d'aucun droit de cuissage et est tenu de respecter et de faire respecter les pucelles qui font partie du groupe de pèlerins, ceci au péril même de sa propre vie.

XII. Si un homme pieu désire participer au service divin ou autre voyage à destination de la sainte Jérusalem, on doit l'accueillir.

XIII. Si un pèlerin ayant entamé le voyage de la sainte Jérusalem venait à mourir, il faut que n'importe quel membre de l'Ordre se charge de l'ensevelir en terre chrétienne et de faire dire une messe en son honneur. Les frais en seront récupérés par la vente des bagages du défunt, à moins que sa famille, des proches ou amis s'en chargent.

XIV. S'il arrive qu'une plainte soit portée par un chevalier contre un autre chevalier, par un compagnon ou un pèlerin, exception faite des simples voyageurs et des hérétiques originaires de Judée, cette plainte doit être portée devant l'illustre chevalier qui détient les livres de l'Ordre. Celui-ci précise les jours où les parties doivent être entendues et la cause sera jugée dans les lieux où ont été conservés les livres de l'Ordre.

XV. Au cas où une plainte parvient au chevalier, il n'en doit pas prononcer seul une sentence mais s'adjoindre deux illustres membres de notre Ordre les plus proches. Ensemble, ils éclaireront la question et ils décideront souverainement de la sanction au nom du Dieu Bon.

XVI. Dons et amendes doivent être versés dans les troncs de l'Ordre afin que le service divin soit d'autant mieux célébré. Il en est de même des frais du voyage des pèlerins et voyageurs à destination de la sainte Jérusalem.

XV. Le dernier point est de toujours avoir bonne discrétion, comme vous pouvez le comprendre par bonne raison.

Que le Dieu Bon Vous accorde sa grâce céleste, pour bien comprendre l'importance de l'Ordre, afin d'obtenir le ciel en récompense.

 

Amen! Ainsi soit-il!
Gloire au Dieu Bon !

 

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Code de Mackey

1 Mai 2005 Publié dans #histoire de la FM

La Grande Loge de Nouvelle Ecosse, tient à ce que les Frères élevés au 3eme degré, reçoivent un exemplaire du code  de Mackey sur les Land Marks de la Maçonnerie. Bien que la Grande Loge n’ait jamais défini ou énuméré les Anciens Land Marks de la Maçonnerie, elle reconnaît que, dans le code préparé par le Dr Mackey, on trouvera la jurisprudence des grands principes Maçonniques tels qu’ils sont généralement compris dans le monde Maçonnique. Le travail du Dr Mackey est remis à chaque nouveau Maître Macon pour le guider et l’informer et comme introduction a l’étude des lois maçonniques.

Les Land Marks ou lois non écrites de la Franc-Maçonnerie:

Les Land Marks de la Maçonnerie sont généralement restreints à ces anciennes et, par voie de conséquence, universelles Coutumes de l’Ordre, qui de l’origine et par l’usage sont progressivement entrées en vigueur comme règles de conduite, ou, si elles ont été entérinées par une autorité compétente, l’ont été à une époque si éloignée, qu’aucune trace de leur origine ne peut être retrouvée dans les archives de l’histoire. A la fois, ceux qui les ont entériné et l’époque à laquelle ce fut fait ont depuis longtemps disparu et les Land Marks sont en conséquence " plus anciens que la ou la mémoire de l’histoire peut remonter ".

La première condition, pour qu’une coutume ou une règle de conduite constitue un Landmark, est qu’elle doit avoir existé " depuis un tel temps que la mémoire de l’homme ne puisse trouver trace du contraire ". Une autre particularité des Land Marks de la Maçonnerie est qu’ils ne sont pas altérables.

Les Landmarks de l’Ordre, comme les lois de Midas avec les Perses, ne peuvent souffrir aucun changement. Tels qu’ils furent il y a des siècles, tels ils sont aujourd’hui, et devront rester ainsi jusqu’a ce que la Maçonnerie ait disparu.

Les Land Marks de la Maçonnerie, au nombre de  25  tels que reconnus par l’autorité générale de l’Ordre, sont les suivants :

LANDMARK 1:

LES MODES DE RECONNAISSANCE SONT, DE TOUS LES LAND MARKS, LES PLUS LEGITIMES ET NON DISCUTABLES.

LANDMARK 2:

LA DIVISION DE LA MACONNERIE SYMBOLIQUE EN TROIS DEGRES.

LANDMARK 3:

LA LEGENDE DU 3ème DEGRE.

LANDMARK 4:

LE GOUVERNEMENT DE LA FRATERNITE PAR UN OFFICER QUI PRESIDE, APPELE GRAND MAITRE, LEQUEL EST ELU PAR L’ENSEMBLE DES FRERES. 

L’élection du Grand Maître remonte à l’antiquité et n’est donc pas, en conséquence, une règle ou une loi issue du règlement de la Grande Loge.

LANDMARK 5:

LA PREROGATIVE DU GRAND MAITRE DE PRESIDER TOUTE ASSEMBLEE DE MACON QUELQUE SOIT LE LIEU OU LE MOMENT A LAQUELLE ELLE SE TIENT. 

C’est donc une loi qui dérive des anciens usages. Cette prérogative fait partie intrinsèque de la charge de Grand Maître.

LANDMARK 6:

LA PREROGATIVE DU GRAND MAITRE D’ACCORDER DES DISPENSES POUR CONFERER DES DEGRES EN DEHORS DES MOMENTS PREVUS.

LANDMARK 7:

LA PREROGATIVE POUR LE GRAND MAITRE DE DONNER DES DISPENSES POUR OUVRIR ET TENIR DES LOGES.

Ces loges sont connues sous le nom de " Loges sous Dispense

LANDMARK 8:

LA PREROGATIVE POUR LE GRAND MAITRE DE CREER UN MACON " A VUE " 

Pour ce faire, le Grand Maître convoque une Loge avec pas moins de 6 autres Maçons et confère le degré. Les Loges convoquées à ce propos sont appelées " Loges Occasionnelles

LANDMARK 9:

LA NECESSITE POUR LES MACONS DE S’ASSEMBLER EN LOGES. 

Ce land mark prescrit aux maçons de s’assembler pour des travaux opératifs ou spéculatifs, et que ces assemblées s’appelleront des Loges mais n’implique pas une organisation permanente de loges subordonnées tel que cela prévaut aujourd’hui.

LANDMARK 10:

LE GOUVERNEMENT DES FRERES, LORSQU’ILS SONT RASSEMBLES EN LOGE, PAR UN MAITRE ET DEUX SURVEILLANTS.

LANDMARK 11:

LA NECESSITE QUE CHAQUE LOGE, LORSQU’ELLE S’ASSEMBLE, DE SE METTRE A COUVERT.

La mise à couvert d’une Loge reprend une ancienne obligation liée au caractère ésotérique de la Maçonnerie. La fonction du Couvreur est totalement indépendante de toute contrainte de la Grande Loge ou des loges en général.

LANDMARK 12:

LE DROIT POUR CHAQUE MACON D’ETRE REPRESENTE DANS TOUTES LES ASSEMBLEES DE L’ORDRE ET DE DONNER DES DIRECTIVES A SES REPRESENTANTS. 

Dans l’ancien système chaque maçon avait le droit d’être présent ou de se faire représenter. Dans nos Grandes Loges, le Vénérable Maître et les Surveillants représentent les Frères de la Loge.

LANDMARK 13:

LE DROIT POUR CHAQUE MACON DE FAIRE APPEL DE LA DECISION DE SES FRERES EN LOGE AUPRES DE LA GRANDE LOGE OU D’UNE ASSEMBLEE GENERALE DE MACONS.

LANDMARK 14:

LE DROIT POUR CHAQUE MACON DE VISITER ET DE S’ASSEOIR DANS TOUTE LOGE  REGULIERE. 

Lorsque l’entrée est refusée à un Macon en règle qui frappe à la porte, on attend qu’un motif sérieux et suffisant soit donné pour cette violation du " droit de visite "

LANDMARK 15:

AUCUN VISITEUR NON CONNU DES FRERES PRESENTS, OU DE QUELQUES-UNS UNS D’ENTRE EUX, COMME MACON NE PEUT ENTRER SANS ETRE TUILE SELON LES ANCIENS USAGES. 

Un Macon reconnu, avec les connaissances suffisantes de la Maçonnerie, peut se porter garant du visiteur et lui éviter le tuilage.

LANDMARK 16:

AUCUNE LOGE NE PEUT INTERFERER DANS LES AFFAIRES D’UNE AUTRE LOGE, NI CONFERER DES DEGRES A DES FRERES MEMBRES D’UNE AUTRE LOGE. 

Cela n’interdit pas de conférer des degrés lorsque c’est à la demande expresse de la Loge Mère du Frère.

LANDMARK 17:

CHAQUE FRERE EST SOUMIS AU REGLES ET LOIS DE LA JURIDICTION MACONNIQUE DANS LAQUELLE IL RESIDE.

LANDMARK 18:

CERTAINS CRITERES DE QUALIFICATION POUR L’INITATION DE CANDIDATS PROVIENNENT DE LANDMARK DE L’ORDRE TELS QUE : LE CANDIDAT DOIT ETRE UN HOMME, SANS INFIRMITE, NE LIBRE, ET AVOIR UN AGE MATURE.

Il était indispensable dans la Maçonnerie Opérative que les apprentis soient en état physique d’assurer les taches qu’on leur confierait. Cependant, cela n’est pas aussi nécessaire en Maçonnerie Spéculative. Une attention particulière est portée sur les candidats qui ont souffert de séquelles liées à la maladie, aux accidents ou à la guerre.

LANDMARK 19:

LA CROYANCE EN L’EXISTENCE DE DIEU COMME GRAND ARCHITECTE DE L’UNIVERS.

LANDMARK 20:

EN COROLLAIRE A LA CROYANCE EN DIEU EST LA CROYANCE EN LA RESURRECTION A UNE FUTURE VIE.

LANDMARK 21:

UN " LIVRE DE LA LOI " CONSTITUERA UNE PARTIE INDISPENSABLE DES DECORS DE LA LOGE.

Le livre de la loi est le guide spirituel du Macon sans lequel il ne peut travailler. Quelque soit sa croyance, le volume qui représente sa foi dans Le Grand Architecte De L’Univers doit être son guide spirituel et sera devant lui pendant ses heures de travail spéculatif pour être la règle et le guide de sa conduite.

LANDMARK 22:

L’EGALITE DE TOUT MACON.

Ce Land Mark implique que, du petit-fils au grand-père, nous nous réunissons en loge au même niveau et ou le vrai mérite, la vertu et la connaissance prennent le pas sur la situation et la position dans le monde profane. Hors de la Loge, évidement, chacun reprendra son rang et la position sociale auxquels il est habitué.

LANDMARK 23:

LE SECRET DE L’INSTITUTION.

La Franc-Maçonnerie n’est pas une société secrète eu égard à son propos et ses objectifs ; elle travaille pour la civilisation et le perfectionnement de l’homme, l’amélioration de sa condition et la correction de ses défauts. Ses secrets sont limités aux modes de reconnaissance, l’interprétation de ses symbolismes, et d’autres sujets ésotériques qui appartiennent à l’apprentissage légendaire et traditionnel de l’Ordre. Seulement de cette façon, la maçonnerie peut être considérée comme une société secrète, et à ces points particuliers, est en grande partie attribuée la continuité de l’ordre qui a maintenu sa spécificité à travers les siècles.

LANDMARK 24:

LA FONDATION D’UNE SCIENCE SPECULATIVE BASEE SUR UN ART OPERATIF, ET L’USAGE SYMBOLIQUE ET L’EXPLICATION DES TERMES DE CET ART A DES FINS RELIGIEUSES OU D’ENSEIGNEMENT MORAL.

LANDMARK 25:

LE DERNIER LANDMARK QUI COURONNE LES PRECEDENTS EST QUE CES LANDMARKS NE PEUVENT EN AUCUN CAS ETRE CHANGES.

Rien ne peut leur être retiré ; rien ne peut leur être ajouté ; pas la moindre petite modification ne peut leur être apportée ; comme nous les avons reçus de nos prédécesseurs, nous sommes tenus par la plus solennelle obligation de notre devoir de les transmettre à nos successeurs.

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Bible et hauts grades(1)

1 Mai 2005 Publié dans #hauts grades

« quel était le premier édifice érigé sous la direction divine ? »

« L’arche de Noé. »

« Dans que but fut-elle construite ? »

« Pour sauver les élus du Déluge. »

« Combien de personnes y avait-il à sauver ? »

« Huit : quatre hommes et quatre femmes. »

« Nomme les hommes. »

« Noé, Japhet, Sem et Cham, tous vrais maçons. »

« Combien y a-t-il de travaux faits par des mains humaines appelés Merveilles   du Monde ? »

« Sept. »

« Nomme-les. »

« La Tour de Babel, les Pyramides d’Egypte, la Statue de Zeus par Phidias à Olympe en Péloponnèse, le Temple d’Artémis à Ephèse, le Mausolée d’Halicarnasse, le Phare d’Alexandrie et le Colosse de Rhodes. »

« Combien y eut-il de personnes nommées avant d’être nées ? »

 « Trois. »

« Qui étaient-elles ? »

« Bézaléel, Maher-Shalal-Hash-Baz et le Roi Cyrus le Grand. »

« Qu’étaient-ils ? »

 « Bézaléel était un ouvrier inspiré du Tabernacle dans lequel résidait la Divine Schekinah et dans lequel était déposée l’arche d’Alliance qui devint ensuite le modèle pour le Temple du Roi Salomon, conforme à un modèle délivré au Mont Horeb par Dieu à Moïse qui devint ensuite Grand Maître de la Loge d’Israël ; le deuxième, le fils d’une Prophétesse dont nous lisons dans les Prophéties d’Isaïe, ch. Vii ; et le troisième, Cyrus le Grand, était le Fondateur de la Monarchie Perse, conquérant de l’Asie et restaurateur du Temple Saint. »

« Combien y a-t-il de personnes dites ne jamais être mortes ? »

« Deux, Hénoch et Elie. »

« Qu’étaient-ils ? »

 « Hénoch était le cinquième après Seth et le septième depuis Adam et prophétisa l’inondation et l’incendie général ; et de peur que les Arts et Sciences ne disparaissent du savoir des hommes, il érigea deux piliers, un de briques, l’autre de pierre, sur lesquels ces Arts étaient gravés jusqu’au bout, de telle sorte que si le pilier de pierre périssait sous les flammes, le pilier de briques resterait, et que si le pilier de briques était détruit par l’eau, le pilier de pierre resterait, et ceci pouvait se voir en son temps sur la Terre de Syrie, selon Joseph. Le second, Elie le Tishbite, qui, après avoir réalisé de nombreux miracles en présence des Rois et de la Princesse d’Israël pour les ramener vers l’adoration du vrai Dieu, était ravi au Ciel par un chariot de feu. »

« Que devraient célébrer les Francs-Maçons principalement ? »

« Trois grands événements : la Création du Monde, le Déluge de Noé et la Rédemption de l’Homme. »

« Dans quel but ? »

« A la Gloire de Dieu. »

« où a lieu, pour la première fois, un Chapitre de l’Ordre ? »

« Au sommet saint du Mont Moriah dans le Royaume de Judée. »

« Pourquoi le Mont Moriah a-t-il été consacré ou nommé saint ? »

« En raison de trois grands sacrifices faits sur son sommet : premièrement, Abraham, à la commande de Dieu, sacrifiant son fils Isaac ; deuxièmement, la prière et le sacrifice du Roi David pour apaiser la peste ; troisièmement, la prière et le sacrifice du Roi Salomon à la consécration du Saint-Temple. »

« Le mont Moriah a-t-il un égal dans le monde ?

« Seul le Mont Calvaire. »

« Pourquoi le Mont Calvaire a-t-il été consacré ou nommé saint ? »

« En raison d’un grand sacrifice fait sur son sommet. »

« Lequel ? »

« Le sacrifice du Messie pour la rédemption du monde. »

« Ayant auparavant discuté des honneurs et des dignités qui te sont accordés en tant que Franc-Maçon, je désire savoir quel est le premier et plus grand honneur jamais accordé aux Francs-Maçons ? »

« La descente de la Divine Schekinah, d’abord au sacre du Saint-Tabernacle, puis à la consécration du Temple de Dieu par le Roi Salomon, se plaçant sur l’Arche ou le Trône dans le Saint des Saints, couverte par les ailes du Chérubin où elle continua à donner ses réponses d’oracle pour plusieurs générations. »

« Combien ? »

« Quatorze. »

« La Schekinah n’a-t-elle jamais été destituée ? »

« Elle l’a été. »

« Pourquoi ? »

« Parce que les Israélites se sont prouvés  infidèles à leur Dieu. »

 « Digne Grand Gardien Second (se lève et salue), les Maçons avaient-ils une place au Temple du Roi Salomon ? »

« Oui. »

« Comment s’appelait ce lieu ? »

« La Chambre du Milieu. »

« Quelles étaient les qualifications requises pour être admis dans cette Chambre du Milieu ? »

« Fidélité, Hospitalité et Taciturnité. »

« Lorsqu’ils étaient admis, que voyaient-ils digne d’observation ? »

« Le Dallage Mosaïque, l’Etoile Ardente et la Bordure Ornée. »

« Que représentait le Dallage Mosaïque ? »

« La Loi remise à Moïse au Mont Sinaï. »

« Donne aux Frères le Signe de cette Loi. »

« Que représente l’Etoile Ardente. »

« La Gloire de Dieu apparaissant au Mont Sinaï lors de la remise de cette Loi. »

« Que représente la Bordure Ornée ? »

« Les ornements d’une vie vertueuse, conformément à cette Loi. »

« Le Temple du Roi Salomon avait-il un égal dans le monde ? »

« Seul le Temple mystique du corps du Christ. »

« Les Francs-maçons peuvent-ils y espérer une place ? »

" Ils peuvent. »

« Comment s’appelle cette place ? »

« La Chambre du Milieu également. »

« Quelles sont les qualifications requises pour être admis dans cette Chambre du Milieu ? »

« Foi, Espoir et Charité. »

« Lorsque tu es admis, qu’espères-tu voir digne d’observation ? »

« La Page de Chevalet, la Pierre de Taille Considérée et le Thurnal   Broché. »

« Comment sont-ils placés ? »

« La page de Chevalet sur le Dallage Mosaïque, la Pierre de Taille Considérée sur   l’Etoile Ardente et le Thurnal Broché sur la Bordure Ornée. »

« Que représente pour nous le Thurnal Broché ? »

« La Grâce Divine pénétrant nos durs cœurs de pierre. »

« Qu’est la Pierre de Taille Considérée ? »

« Le Grand Architecte de l’Eglise qui Se nomma la Rose de Charon et le Muguet. »

« Et qu’est la Page de Chevalet ? »

« Le chemin du Salut qui nous est présenté dans le Livre des Bonnes Nouvelles. »

« Ce livre est-il autrement appelé ? »

« Les Evangiles Saints. »

 

 

 

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le Nom Sacré et hauts grades

1 Mai 2005 Publié dans #hauts grades

Enoch, fils de Yared, était de la sixième génération d'Adam. 

Il vivait dans la crainte et l'amour de Dieu, qui lui apparut en songe et lui dit :

Tu désires connaître mon nom ?" 

Suis-moi, je te le révélerai". 

Aussitôt, une montagne parut, s'élevant jusqu'au ciel.

Enoch y fut transporté. Là, Dieu lui fit voir une plaque d'or triangulaire sur laquelle apparut son nom en lettres flamboyantes.

Il ordonna de ne jamais prononcer ce nom.

Enoch, ensuite, fut emporté sous terre en traversant successivement neuf arches situées les unes en dessous des autres.

Arrivé sous la neuvième arche, il vit une plaque d'or tri­angulaire sur laquelle étincelaient les mêmes caractères que ceux qu'il avait déjà vus, et il lui fut à nouveau interdit de prononcer le nom.

Voulant matérialiser le songe qu'il avait fait, Enoch projeta de construire sous terre neuf arches semblables à celles qui lui étaient apparues.

Mathusalem, son fils aîné, fut désigné comme architecte de ce Temple. Il ne connaissait pas la raison de sa construction.

Le Temple fut construit dans le pays de Canaan, qui devint Terre Promise, ou Terre Sainte.

Enoch cisela une plaque d'or triangulaire ayant une coudée de côté, enrichie de pierres précieuses.

Il enchâssa cette plaque d'or dans une pierre d'agate de même forme qu'il transporta dans la neuvième arche.

Sur la plaque d'or, il grava les mêmes caractères que ceux qui lui étaient apparus.

Puis, il enchâssa le tout dans un piédestal de marbre blanc. Lorsque le Temple sous terre fut achevé, Dieu apparut à nouveau à Enoch et lui dit :

"Fais une trappe d'une seule pierre au sommet de la première arche. Tu y fixeras un anneau de fer afin de pouvoir la lever au besoin, car je dois faire périr tout ce qui respire sur terre".

La Grande Arche fut ainsi achevée et soigneusement scellée. Enoch seul connaissait l'existence du précieux trésor qui y reposait. Il était seul aussi à connaître la prononciation du Vrai Nom.

La méchanceté des hommes sévissant davantage, Dieu décida de provoquer la destruction totale sur terre.

Enoch, pressentant que la connaissance des arts libéraux serait à jamais perdue, et désireux de transmettre cette connaissance à la postérité et à ceux que Dieu daignerait épargner, érigea deux grandes colonnes sur la plus haute montagne.

L'une était d'airain pour résister à la force des flots, l'autre de marbre blanc pour résister au feu.

Sur la colonne de marbre, il grava des hiéroglyphes afin de faire comprendre, dans la mesure du possible, que près de là, sous des voûtes souterraines, était enfoui un trésor consacré à Dieu.

Sur la colonne d'airain, il grava les principes des arts libéraux.

Le déluge eut lieu. La colonne de marbre fut détruite ; la colonne d'airain résista à la force des eaux.

C'est ainsi que les principes des arts libéraux, dont découlent ceux de la Franc-Maçonnerie, furent transmis à la postérité.

La tradition d’Enoch se transmit à travers les âges, mais la prononciation correcte du Nom fut perdue.

La Bible raconte que Moïse eut connaissance du Nom sur le Mont Sinaï, mais qu'il s'engagea à ne jamais le prononcer.

Au cours des temps, la prononciation du Nom fut altérée par différentes traditions, mais Dieu avait promis à Moïse que lorsque les temps seraient venus, quelques-uns de sa postérité pourraient retrouver son Nom gravé sur une plaque d'or.

La même légende nous apprend que, lorsque les Israélites furent en possession de la Terre Promise, ils firent plusieurs tentatives pour retrouver le Nom.

Nous savons que David ne put bâtir le Temple à Dieu.

Cet honneur revint à Salomon, son fils, le plus sage des rois, et celui-ci se souvint des promesses que Dieu avait faites à Moïse de faire retrouver son Nom, le temps venu. La sagesse de Salomon lui fit comprendre que ce nom ne pouvait être retrouvé avant qu’il n’ait consacré un Temple à Dieu pour y déposer ce précieux trésor.

Dans la quatrième année de son règne, Salomon, suivant les plans que son père David lui avait légués, fit jeter les fondements de ce Temple sur la place la plus haute et la plus belle de Jérusalem.

En creusant les fondations, on trouva les ruines d'un ancien édifice et quantité de richesses, vases d'or et d'argent, colonnes de marbre, de porphyre et d'agate, et un nombre prodigieux de pierres précieuses.

Le tout fut apporté à Salomon.

Ce roi vertueux, présumant qu'en ce lieu il y avait eu, avant le déluge, un temple dédié à quelque divinité et craignant que ce ne fut pour le service d’un faux dieu, qu’en conséquence construire le Temple du vrai Dieu en cet endroit pourrait être sacrilège, décida de ne pas le faire. Il choisit l'aire du Jébusite Ornan, où David avait établi l'Autel des sacrifices au Seigneur.

Le Temple de Salomon fut donc construit comme nous l’enseigne la Maçonnerie.

Salomon donna l'ordre de construire sous terre une crypte, qu'il appela Voûte Secrète. Il y fit élever, au centre, un pilier de marbre blanc, qui supportait le Saint des Saints et qui fut appelée la Colonne Beauté.

On accédait à la Voûte Secrète par un souterrain qui la reliait au palais de Salomon en passant sous neuf Arches.

C'était dans ce saint lieu que Salomon, Hiram, Roi de Tyr et Hiram Avi s'entretenaient des Saints Mystères.

Nous connaissons les événements malheureux qui marquèrent la construction du Temple et la mort d'Hiram Avi.

Dans l'obligation d'être trois pour avoir le droit de pénétrer dans ce lieu sacré, la perte d'Hiram Avi en interdit l'accès aux deux rois, et ils furent contraints de choisir un troisième Élu avant de pouvoir à nouveau pénétrer sous la Voûte Secrète .

Certains Grands Maîtres Architectes ayant appris l'existence d'un souterrain dénommé Voûte Secrète connu seulement des deux rois, et étant informé de la présence d'Hiram de Tyr, à Jérusalem à l'occasion d'un renouvellement de l'Alliance, se rendirent auprès de Salomon et le prièrent de choisir l'un d'entre eux pour être introduit dans ce lieu secret, à cette occasion.

Salomon leur répondit.

Vous ne pouvez encore jouir de cette faveur, mais Dieu permettra peut-être que vous découvriez un jour ce que vous souhaitez connaître.

Quelques jours plus tard, Salomon envoya chercher les trois Grands Maîtres Architectes, Yahboulon, Yahoben et Stolkin.           

 Yahboulon, Yahoben et Stolkin, allez à nouveau fouiller dans les ruines où vous avez déjà trouvé tant de trésors et apportez-moi ce que vous y découvrirez.

Les Trois Grands Maîtres Architectes se rendirent parmi les ruines de l'ancien temple.

En piochant la terre, Yahboulon découvrit un gros anneau de fer auquel s’accrocha la pointe de sa pioche.

Il appela ses compagnons.

A l'aide de leurs outils, ils dégagèrent l'anneau et virent qu'il était scellé à une pierre en forme de carré parfait.

Avec beaucoup de patience et de peine, ils parvinrent à l’aide du levier à  déceler puis à soulever cette dalle. Ils s'aperçurent qu'elle fermait une voûte souterraine en son sommet et dissimulait une grande profondeur.

Yahboulon proposa à ses compagnons d'y descendre

A cet effet, ils lui nouèrent une corde autour de la poitrine.

Ils convinrent que, quand Yahboulon tirerait par trois fois sur la corde, ils le remonteraient immédiatement.

A peine descendu sous cette première voûte, Yahboulon découvrit un passage donnant accès à une deuxième voûte, puis à une troisième.

Yahboulon mit le genou droit en terre et tira sur la corde pour prévenir ses compagnons et se faire remonter.

Yahboulon fit part de sa découverte à ses compagnons et les engagea à descendre. Mais la crainte les retint et il entreprit seul une deuxième descente.

Il parvint jusqu'à la sixième voûte.

Là, il fut obligé de tirer sur la corde pour avertir Yahoben et Stolkin de le remonter.

Il leur dit qu'il y avait encore beaucoup de profondeur et leur demanda à nouveau d’y descendre. Effrayés par son récit, ils refusèrent encore.

Animé d'un nouveau courage, Yahboulon se munit d'un flambeau, descendit pour la troisième fois et pénétra jusqu’à la neuvième voûte.

Mais à peine y fut-il arrivé qu'un morceau de pierre tomba sur son flambeau et l'éteignit.

A cet instant, un rayon de lumière fit resplendir un triangle d'or incrusté de pierres précieuses.

Son éclat frappa si vivement Yahboulon qu'il tomba sur les deux  genoux et fit le signe d'adoration.

Afin de se faire remonter par Yahoben et Stolkin, Yahboulon, toujours agenouillé, tira sur la corde.

Il leur expliqua les choses merveilleuses qu'il avait vues sous la neuvième voûte et les persuada enfin de descendre avec lui.

Parvenus sous la neuvième voûte, les trois Grands Maîtres Architectes furent tellement éblouis qu'ils tombèrent sur les deux genoux en faisant le signe d'adoration, le même qu'avait fait Yahboulon lors de sa découverte.

Yahboulon restant toujours prosterné, Yahoben et Stolkin l’aidèrent à se relever. Le premier dit « TOV SHE'ANI GOMEL AMAL », ce qui signifie « il est bon de récompenser le travail ».

L’autre répondit « Yahboulon est un bon maçon ».

Les trois Grands Maîtres Architectes s'approchèrent respectueusement du triangle d'or et s’aperçurent qu’il était enchâssé dans une pierre d'agate de même forme et qu’il portait  des caractères qu'ils ne savaient pas déchiffrer.

Ils pensèrent que ces caracteres devaient être le Nom sacré de Dieu, qui n'était connu que de trois hommes : Salomon, Hiram de Tyr et Hiram Avi.

Ils décidèrent de remonter la pierre d'agate portant le Delta d'or et de l'apporter au Roi Salomon. …

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

                       

 

 

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Le Rite Suédois

26 Avril 2005 , Rédigé par Pierre NOEL Publié dans #Rites et rituels

 L'histoire de la franc-maçonnerie suédoise est mal connue hors de la Scandinavie. Lorsqu'il écrivit son "History of Freemasonry" (1886), R.F.Gould ne put que constater l'absence de toute documentation originale et se vit contraint d'utiliser les "Acta Latomorum " du français Thory et l'"Histoire de la franc-maçonnerie" de l'allemand Findel :

 "The two best attempts at a history with which I am acquainted - Allgemeines Handbuch, s.v. Schweden; and Findel, Gesch. Der Freim., 4th edit., pp. 596-608- are merely reproductions, as regard early facts, of Thory's "Acta Latomorum" (Gould, 1886, vol. III, p.198).

Findel, soit, je n'ai pu contrôler, mais Thory ? Les "Acta latomorum" (1815) comportent 10 entrées consacrées à la Suède. Il n'y est question que de futilités: frappe de médailles, fondation d'orphelinat, fêtes et banquets. Eckleff n'est jamais cité, Charles de Sudermanie ne l'est qu'une fois (pour une fête d'anniversaire) ! Le deuxième volume contient l'Ordonnance du 9 mars 1805 du roi de Suède, Gustave IV, contre les réunions secrètes (pp. 89-90) et les statuts de l'ordre civil institué par Charles XIII en faveur des francs-maçons le 27 mai 1811 (pp. 61-67). L'"Histoire de la fondation du Grand Orient de France" du même auteur (1812) cite la Suède une seule fois, en une note succincte, page 2, qui relate la création de l'ordre de Charles XIII.

Le grand homme de l'histoire maçonnique anglaise avait-il lu Thory ? 

Que la Suède occupe une place très particulière et originale dans le concert maçonnique est pourtant l'évidence et l'historien anglais, dont on connaît l'aversion pour les innovations continentales, n'hésita pas à écrire :

"The Swedes appear to have fallen away from the simple teachings of the Craft as easily and early as the other nationalities of Europe, but with this difference, that instead of flitting from one Rite to another, constantly seeking variety, they have remained steadfast to their first heresy, and still work the same ceremonies that originally riveted their attention about 1760" (1886, vol. III, p.195).

Ce qui suit est basé sur l' "History of Freemasonry" de Gould, sur Feddersen (op.cit., 1982) et quelques autres documents accessibles, dont une publication officielle de la Grande Loge de Suède, "Facts on the Swedish Order of Freemasons. Grand Lodge of Sweden", (1997). Alain Bernheim me fit l'amitié de bien vouloir corriger mon manuscrit, relevant les erreurs et coquilles que j'avais innocemment recopiées.

La franc-maçonnerie fut introduite en Suède par le comte Axel Ericson Wrede-Sparre, un officier de cavalerie qui avait été initié "à Paris", d'après sa propre inscription faite le 11 avril 1753 lorsqu'il devint membre de St Jean Auxiliaire à Stockholm. Il fut fait compagnon le 16 novembre 1731 et maître le 6 mai 1733 . La première réunion à Stockholm de la loge Wrede-Sparre eut lieu au Palais Stenbockn chez le baron Johann Gabriel Sack (1697-1751) le 17 mars 1735. Le comte Charles Gustave Tessin (1695-1770) fut reçu apprenti et compagnon (ce fut la première initiation sur sol suédois), avant de recevoir la maîtrise le 25 avril suivant et la "maîtrise Ecossaise" en 1744 à Berlin.

L'initiative semble avoir fait long feu, un décret royal de Frédéric I, daté du 21 octobre 1738, ayant interdit les réunions maçonniques "sous peine de mort" (il sera annulé la même année).

 Le 13 janvier 1752, le comte Knut Carlsson Posse fonda la loge "Saint Jean Auxiliaire" (le Baptiste) qui utilisait les rituels de Wrede-Sparre et s'affirma "Mère-Loge de Suède", à ce titre autorisée à distribuer des lettres de constitution dans le pays. Elle utilisait un système en six grades : les trois grades de Saint-Jean, deux de Saint-André, un "Frère Confident de Saint-Jean" et un "Frère très Elu".

En 1753, le baron, plus tard comte, Charles-Frédéric Scheffer (1715-1786), qui avait été initié le 14 mai 1737 dans la loge Coustos-Villeroy à Paris, fut élu Grand Maître National . Il avait reçu du "comte de Darwentwater" (sic) un document daté du 25 novembre 1737 qui est conservé dans les archives de la Svenska Frimurare Orden à Stockholm. Son premier article paraphrase l'article 1 des Constitutions anglaises de 1723 mais, à l'inverse de celles-ci, met l'accent sur le caractère exclusivement chrétien des obligations du maçon :

" Expédition des Regles generales de la Maçonnerie pour La Loge constituee à Stockholm par notre Cher et digne Frere Mr. Le Baron de Scheffer &c. ayant été pour cet effet muni d'un pouvoir en forme du Tres Venerable Grand Maître du Royaume de France l'an 1737.

Un Franc-Maçon est Obligé par son Etat de se conformer à la Morale et s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un Athé, ny un Libertin sans Religion. Dans les siecles passés les Francs-Maçons étoient obligés de professer la Religion Catholique, mais depuis quelque tems on n'examine pas sur cela leurs sentimens particuliers, pourvu toutefois qu'ils soient Chrétiens, fideles à leur promesse, et gens d'honneur et de probité, de quelque maniere; par ce moyen la Maçonnerie devient le centre et l'union d'une vraye amitié entre des personnes qui sans ce doux nœud seroient pour toujours Eloignés et separés les uns des autres quoi qu'ils puissent être distingués d'ailleurs". 

En 1756, les rituels français utilisés jusque-là furent revus par une commission présidée par le comte Posse, afin de leur donner "sérieux et hauteur". Le 3 septembre de la même année, la Mère-Loge "régularisa" Charles Frédéric Eckleff (1723-1786), un employé au ministère des Affaires Etrangères, lequel fonda le 30 novembre une loge de Saint-André, intitulée "L'Innocente", dont le premier vénérable fut le conseiller aulique von Haren. Lors de la fondation de la Grande Loge de Suède (probablement le 27 décembre 1761), Eckleff devint Assistant Grand Maître, le baron Scheffer assumant la Grande Maîtrise.

Eckleff, fort d'une patente étrangère dont on ignore tout, avait fondé, le 25 décembre 1759, le "Chapitre Illuminé de Stockholm". Devenu Ordens+Meister , il le présida jusqu'à ce que lui succède, le 14 mai 1774, le duc Charles de Sudermanie (1748-1818), "Eques a Sole vivificante" dans la Stricte Observance, plus tard roi de Suède (1809) sous le nom de Charles XIII, le même qui devint, le 30 novembre 1774, Grand Maître National, en remplacement de Scheffer. Il cumulait ainsi toutes les fonctions, ce qui lui permit de mener à bien l'œuvre de sa vie, l'organisation définitive du "Rite Suédois".

Mais Charles ne fit qu'achever le travail d'Eckleff qui avait jeté les bases du système dans les années 1760. L'origine des "Actes" d'Eckleff reste une énigme. Qu'il les ait obtenus lors de voyages à l'étranger, en France et en Allemagne, ou d'un tiers inconnu est possible. Il n'en reste pas moins qu'ils portent la marque de son imagination, sinon de son génie. Ils contiennent une procuration, les instructions, les règlements, les cérémonies et rituels des différents grades, le tout exprimé en un langage chiffré mais rédigé en français. La procuration n'est pas datée mais porte la déclaration finale "publié, dicté, felicité et registré (sic) Frederic Aescher, Secrétaire" .

Les grades pratiqués en 1766 étaient, d'après Gould 1, au nombre de neuf : les trois grades de St Jean ; l'apprenti-compagnon Ecossais ; le chevalier d'Orient et de Jérusalem ; le chevalier d'Occident ; le chevalier du Midi, maître du temple (qui voyait l'introduction de la légende templière) ; le vicaire de Salomon. En 1777 fut fondé le Grand Chapitre, le roi régnant, Gustave III, assumant le titre de vicaire de Salomon dont on ne sait s'il existait déjà avant cette date.

Le Rite Suédois est imprégné de préoccupations rosicruciennes, kabbalistiques et théosophiques, peut-être inspirées par les écrits de Swedenborg. D'après Eugen Lennhoff , le but de l'Ordre est la connaissance de Dieu par la reconnaissance de l'esprit divin présent dans chaque être humain et l'appréhension intime de la dimension trinitaire par la foi en Jésus-Christ. Les grades supérieurs, le IX° notamment, ne prennent leur sens que si l'on y voit une expérience mystique. Dans cette optique, le titre "Vicaire de Salomon", distinct de la fonction plus administrative de Grand Maître et attribué au seul vrai supérieur de l'Ordre, prenait une dimension véritablement "pontificale", au sens étymologique du mot, et faisait de son détenteur un "pape protestant", ou plutôt luthérien.

En 1780, l'échelle des grades fut remaniée pour atteindre sa forme définitive. Il n'est pas inintéressant de comparer la liste qu'en donne Gould  et celle, officielle, de l'actuelle Grande Loge de Suède (1997) :

Gould.

 1)     Loges de saint Jean

 

 

1° Apprenti

 

 

2° Compagnon

 

 

3° Maître

2)     Loges de saint André, grades Ecossais

 

 

4° Elu ou Apprenti-Compagnon Ecossais de saint André

 

 

5° Maître Ecossais de saint André

 

 

6° Frère Stuart ou chevalier d'Orient et de Jérusalem

 

 

3) Chapitres

 

 

 

 

 

7° Confident de Salomon (autrefois chevalier d'Occident)

 

 

8° Confident de saint Jean

 

 

9° Confident de saint André

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 4)     10° degré ( 3 grades honorifiques)

  

 

-Chevalier de la Croix Rouge

 

 

-Commandeur de la Croix Rouge (Grands Officiers)

 

 

-Vicaire de Salomon

 

Grande Loge de Suède.

 1) Grades de saint Jean

 

 

    : Apprenti

 

 

  II° : Compagnon

 

 

  III° : Maître

 2)     Grades Ecossais de saint André

 

 

IV-V°: Apprenti-Compagnon de saint André

 

 

 

 

 

 

 

 

VI°   : Maître de saint André

 3) Grades capitulaires

 

 

 

 

 

VII°  : Très Illustre Frère Chevalier d'Orient

 

 

 

 

 

VIII° : Très Illustre Frère Chevalier            d'Occident

 

 

IX°   :Frère éclairé de la loge de saint Jean

 

 

   : Frère Très éclairé de la loge de saint André

 4) Au sommet de l'échelle vient le

 

 

XI°   : Frère Très éclairé, Chevalier Commandeur de la Croix Rouge

 

 

 

L'origine des grades capitulaires est une autre énigme et la date exacte de l'introduction de la légende templière dans le système reste inconnue. Le séjour en Suède (1765) de Jean Christian Schubart (1734-1787) qui tenta sans succès d'introduire la Stricte Observance allemande, n'y fut peut-être pas étrangère. En tout cas, cette légende n'est pas d'origine suédoise , comme le prouve la lettre sibylline qu'écrivit, en 1784, le duc de Sudermanie au prince Charles de Hesse-Cassel :

"Quand à qui regards la constitution du Chapitre ils nous ont été donné par un Chapitre à Genève, et il est vrai qu'elle avoit tenu ses connoisssances d'un établi à Avignon ; mais seluis qui fu chargé de mettre notre Chapitre en travaille stoit un secrétaire de la Chancaellerie nomme Ekleff, liquel j'succedé" . 

Deux révisions successives, en 1780 et 1800, donnèrent au Rite sa forme définitive sous la direction de Charles de Sudermanie, devenu régent du royaume en 1792 après l'assassinat du roi Gustave III. Le 24 janvier 1798, Charles demanda la reconnaissance anglaise qui lui fut accordée, le 8 mai 1799, par le Prince de Galles (1762-1830), Grand Maître de la Grande Loge ("Moderns", 1790-1813), plus tard roi Georges IV d'Angleterre.

En I800 fut établie la "Constitution fondamentale" du Rite, très inspirée des Actes d'Eckleff. Divers éléments empruntés à la Stricte Observance et au Cléricat de Starcke furent ajoutés à l'œuvre initiale. Le travail achevé, Charles aurait brûlé tous les documents qui avaient servi à l'élaboration du Rite (j'emploie à dessein le conditionnel, cette histoire rappelant par trop l'autodafé" de "vieux documents" que relate Anderson dans la deuxième édition de ses Constitutions !). Devenu roi de Suède en 1809, après la destitution de son neveu Gustave IV, Charles XIII constitua, le 27 mai 1811, "l'Ordre (civil) de Charles XIII", limité à 27 chevaliers civils et 3 ecclésiastiques, détenteurs du X° grade.

"Le Roi complettera (sic) ce nombre d'après sa volonté, mais ne le surpassera jamais. Le prince héréditaire et les princes du sang royal que le Roi nommera Chevaliers, ne sont pas compris dans ce nombre" (art. III des statuts, in Thory, 1815, cf. supra).

 Ses membres portent, aujourd'hui encore, un costume de velours jaune dans le style du XVII° siècle, avec bottes à la mousquetaire et col de dentelle. L'article XVIII des mêmes statuts décrit le bijou des chevaliers, dont l'avers est ostensible dans les réunions civiles et l'envers dans les tenues maçonniques :

 Le signe de l'Ordre est une croix de couleur de rubis : les branches sortent, en forme de quatre triangles, d'une boule émaillée en blanc des deux côtés. D'un côté de la boule il y a deux CC croisés renfermant le nombre XIII ; de l'autre côté est la lettre B en noir, entourée d'un triangle d'or. cette croix, surmontée d'une couronne d'or, est portée par un ruban de couleur de feu qui traverse un anneau" (fig.4).

En 1811, Charles laissa à son fils adoptif, le maréchal français Jean Bernadotte (1764-1844), la Grande Maîtrise de l'Ordre, se réservant le titre de Vicaire de Salomon. A la mort de Charles XIII, en 1818, Bernadotte, devenu roi, sous le nom de Charles Jean XIV, et Vicaire de Salomon, confia la Grande Loge à son héritier Oscar, plus tard Oscar II.

Le Rite Suédois est d'abord templier, chrétien et mystique. Il doit l'essentiel de son inspiration à la maçonnerie française, adaptée au tempérament scandinave du temps, et l'influence anglaise ou écossaise n'y est qu'indirecte. Ceci n'empêche pas sa parfaite "régularité" et son corollaire, la reconnaissance britannique. Si l'atmosphère du Rite n'évoque guère l'éventuelle origine opérative de la franc-maçonnerie, elle s'accommode fort bien de la tripartition fonctionnelle que j'évoquais dans le n° 7 des Acta Macionica ("Initiation maçonnique et Ordres de société", 1997, pp. 179-204) : artisanale dans les grades bleus, chevaleresque dans les grades Ecossais, sacerdotale dans les grades capitulaires. Outre son caractère mystique, sa discrétion mérite d'être soulignée. Les rituels n'ont été que rarement divulgués et, aujourd'hui encore, les vénérables des différents corps, quoique nommés à vie, ne disposent que de rituels manuscrits qui leur sont confiés pour la durée de la tenue ! Le rituel de Lyon n'en acquiert que plus d'intérêt.

Willermoz et le Rite suédois.

Reste à envisager comment Willermoz obtint le rituel suédois et ce qu'il en fit

Le Convent de Wilhelmsbad (16 juillet - 1er septembre 1782).

La clef de l'énigme se trouve, me semble-t-il, dans les minutes du convent de Wilhelmsbad, du moins dans celles qui traitent des grades suédois. Willermoz s'y rendit, on le sait, avec l'intention arrêtée de faire adopter la réforme de Lyon. Au fait de tous les grades pratiqués en France ou peu s'en faut, il n'avait par contre qu'une connaissance imparfaite de la maçonnerie allemande. Quant aux degrés suédois, il n'en savait sans doute que ce que le prince Charles de Hesse-Cassel, qu'il n'avait jamais rencontré, avait bien voulu lui révéler dans une lettre du 22 septembre 1780 :

"Il n'y a que trois systèmes maçonniques, de parvenus à ma connaissance, dont l'un indiquant dans un de ses derniers degrés le matérialisme le plus décidé, ma fait résoudre à ne jamais abandonner la maçonnerie, arrive ce qui veut, uniquement pour pouvoir toujours être à même de prévenir l'introduction d'un système de cette nature que j'abhorre, et dont je regarde comme un de mes premiers devoirs de préserver ceux de mes Fr:. , qui voudront suivre ma voix, mes prières, et mes conseils. Des deux autres, l'un est celui d'où feu M. de Hund a puisé celui de la Stricte Observance qu'il nous a donné et pu donner seulement quant au cérémonial, soit légitimement soit illégitimement, et que j'espère de pouvoir bientôt approfondir davantage ; l'autre est celui que les Suédois professent sans le connaître en aucune manière. Leurs premiers degrés sont, ou doivent être vrais, et je les crois tels, et par les hiéroglyphes les plus exacts, au vrai but de la Maçonnerie, savoir à l'amour de N.S. J.-C. et à nous rapprocher de ce divin Maître. Un autre de leurs degrés doit être absolument faux, celui-ci visionnique, inext (sic) au Temple. Mais le digne Frère duquel j'ai reçu les premiers degrés vrais, dans lesquels il m'a instruit, m'a promis bientôt leur suite, que j'attends en son temps. Je sais que l'apôtre saint Jean, le bien-aimé de notre divin Sauveur, est l'instituteur de la Troisième Maçonnerie, sinon de toute la Maçonnerie, ayant rassemblé les mages qui connaissaient et cherchaient par le chemin de la nature le Seigneur qui devait venir". Le sujet vint sur le tapis dès les premières séances du convent. Lors de la 6° séance (23 juillet), Charles de Hesse, Eq. a Leone resurgente, s'expliqua sur "quelques ouvertures qu'il avoit reçues d'une branche de l'ordre des T.+ " et fit allusion à un Grand Maître "qui lui avoit été nommé". Il refusa que son discours soit repris dans le procès-verbal de la séance mais accepta de communiquer le nom dudit Grand Maître à un comité désigné par le duc Ferdinand de Brunswick-Lünebourg-Wolfenbüttel (1721-1792), Eques a Victoria, "Magnus Superior Ordinis" (Grand Supérieur de l'Ordre) de la Stricte Observance depuis le convent de Kohlo (juin 1772) et président du convent de Wilhelmsbad.

Prenant la balle au bond, "Rd. à (sic) Lillio convallium (Johan Joachim Christophe Bode, 1730-1793, Procureur Général de la VII° province et délégué de Weimar) crut devoir remarquer qu'il falloit user de la circonspection la plus délicate vis à vis d'un ordre aussi soigneux à envelopper ses Chefs des ombres du mystère". Il ajouta "qu'il peut ne pas être impossible que de pareils supérieurs d'O. sachant si soigneusement se cacher…étaient peut être une création du F. d'O. a Lapide nigro (Zinnendorf) appartenant jadis à notre Prov…L'on savait qu'il s'est séparé de nous, a reçu des Chevaliers pour lui-même, a adressé lui-même les mêmes prébendes d'O. qui lui étaient assignées en monnaie portugaise".

C'était assez pour que Willermoz intervint: il fit remarquer qu'il serait essentiel de se procurer des éclaircissements sur le système de Zinnendorf qui "embrasse une grande partie de l'Allemagne". Il déposa la motion suivante :

L'intention du convent Général étant de réûnir autant qu'il sera possible toutes les branches de l'O. Maçonnique en une seule & même association, il paroit important de connoitre les Systèmes particuliers de chacune, comme étant le premier moyen de se réunir. Celle qui suit le système connu nommé Zinnendorfien étant fort considérable & fort répandue paroit celle qui doit principalement fixer l'attention du Convent. Il propose donc qu'il soit fait les Enquêtes convenables pour connoitre autant qu'il se pourra ce système particulier, son origine, & la partie historique qui la concerne avec toutes les circonstances qui doivent interesser".

Dans la foulée, Brunswick pria le F. Bödecker de satisfaire aux vœux du convent, ce qu'il fit par la présentation du 26 juillet (9° séance), déjà citée. Elle ne satisfit point Willermoz !

"Après cette lecture le Rd. Ab Eremo (Willermoz) requit que sa motion du 23 juillet qui avoit occasionné le travail du Rd. à (sic) Lapide Cubico fut relûe pour qu'il soit avéré, que l'objet essentiel étoit de connoître le but du système de la Gde. (Loge) Nationale de Berlin - que le mémoire qui a été lû, ne traçoit que le Tableau historique & qu'il seroit essentiel d'avoir les cahiers des grades de ce système autant ceux des 3 grades inférieurs que ceux d'Ecossois & autres Supérieurs persuadé que tous les Maçons qui se réunissent en Convent communiqueront librement les cahiers de leurs différents grades".

Charles de Hesse répondit qu'il attendait d'un jour à l'autre les cahiers des hauts grades suédois en langue française. Les grades que Zinnendorf avait reçus d'Eckleff, via Baumann, étaient étaient les mêmes que les Suédois avaient donnés au Directoire de Brunswick. A Leone résurgente en fit l'énumération :

"Loge de St. Jean. Apprentif, Compagnon, Maître;

Loge de St. André. Appr. Comp. Maître;

Chev. D'Orient - historique du T.

Chev. D'Occident - continuation du T., nommé sous Officier ou officiant;

Grand Officier ou Confident de St. Jean;

Magister Templi."

Willermoz, qui avait, n'en doutons pas, écouté avec la plus grande attention l'exposé de Bödecker et les explications du prince de Hesse, demanda que le convent ait connaissance du grade de confident de St. Jean. Brunswick déclara avoir reçu ce grade, de même que les FF. a Thymalo (August Dietrich, comte von Marschall, Grand Maître des cérémonies) et ab Urna (Johann Friedrich von Schwartz, secrétaire du convent pour la langue allemande), mais qu'il ne pouvait s'expliquer plus avant en raison de ses engagements. Willermoz n'insista pas mais, pour faire montre de sa bonne foi, déclara qu'il déposait à l'intention des délégués toutes les pièces, rituels, Codes et Instructions révisées au convent des Gaules, à Lyon, en 1778.

Une conclusion s'impose. En juillet 1782, Willermoz ignorait tout du contenu des grades suédois. Avide de nouvelles connaissances comme il le fut sa vie durant, il n'eut de cesse qu'ils lui fussent communiqués. Le 31 juillet (12° séance), profitant d'une motion de Charles de Hesse "de commencer à s'occuper de la révision des grades Simboliques", il proposa que soient lus les " différens cahiers arrêtés au Convent National (de Lyon), ainsi que de ceux de Suède & de Berlin". Il eut enfin gain de cause le 3 août (14° séance) lorsque le duc de Brunswick, sur proposition d'a Flumine (Jean de Türckheim) nomma deux comités "dont l'un s'occuperoit de tout ce qui a rapport au Code & à la rédaction des loix comme, règle, matricule, code des réglemens des (loges) de l'O. intérieur ; & l'autre du Rituel des grades".

Les membres du comité des rituels étaient le prince Charles de Hesse (a Leone resurgente) ; le chevalier Savaron (a Solibus), visiteur général de la II° province (Auvergne) ; Willermoz (ab Eremo) grand chancelier de le II° province ; Sébastien Giraud (a Serpente), chancelier du Grand Prieuré d'Italie (VIII° province) ; Eubert Bödecker (a Lapido cubico), député de la Grande Loge Nationale d'Autriche (VIII° province) ; le baron Frédérick von Dürckheim (ab Ave), délégué du Grand Maître Provincial de Bourgogne (V° province) ; et enfin Christian de Heine (ab Arca), député de la préfecture d'Eidendorp-Schleswig (VII° province). Pour faciliter leur tâche, on leur confia les 4 grades inférieurs (français) rectifiés au convent national de Lyon ainsi que le noviciat et le rituel de chevalerie adoptés au même Convent et le nouveau projet de noviciat des FF. d'Auvergne, les rituels des 4 grades inférieurs de la VII° province (allemande) dont les trois premiers en deux langues, le rituel présenté par les Clercs de la VII° province à Kohlo et, last but not least, les grades suédois et ceux de la Grande Loge de Berlin. La commission ne tarda pas. Les rituels des trois premiers grades furent présentés lors des 17° (16 août), 22° ( 22 août), 23° (23 août) et 25° (25 août) séances. Je les ai commentés dans mon article de 1995 (voir les pages 102-104). Le 4° grade fut discuté lors de la 21° (21 août) et de la 28° séance (28 août).

Le 21 août, après une âpre discussion, "le Convent (arrêta) à la pluralité que le grade d'Ecossisme seroit simbolique & intermédiaire entre la Maçonnerie bleue & l'ordre intérieur". Selon Willermoz, les matériaux nécessaires à son élaboration étaient réunis. Charles de Hesse annonça "que ce seroit Hiram ressusité du Tombeau, & le Temple réédifié qui seroit l'objet principal du grade".

La 28° séance fut décisive. Willermoz y présenta un "Projet d'ebauche pour servir de baze, au Rituel du 4e Grade" .

"Le F. ab Eremo a présenté la première Esquisse du nouvel ecossisme, 4. Grade de notre Maçonnerie Rectifiée : sur la quelle on a fait plusieurs remarques. On a demandé l'abolition du gibet & de la corde au cou par les recipiendaires : ce qui a été convenüe à la pluralité. L' Em.G.M.Gén. (Brunswick) & le Ser.F. à (sic) Leone resurgente (Charles de Hesse) ont cependant protesté contre l'abolition de la Corde au cou. Le F. à (sic) Cruce cerulea (Hyacinthe Chappes de la Henrière, député de la Préfecture de Nancy) a demandé la conservation des deux tableaux de l'ecossisme du Convent des Gaules, surtout le Maître Hiram sortant du tombeau & l'autel avec le feu sacré : on a observé , que les nouveaux simboles présentés dans l'esquisse étoient connûs depuis longues années en France, & y avoient été abandonnés. Le F. à (sic) Lilio convallium (Bode) croit que nos maçons ne sont pas encore assés préparés à un Ecossisme aussi sublime & aussi religieux & a ajouté qu'il se souvenoit que le tableau de l'Ecoss(isme) il y a 20 ans avoit été partagé en trois parties: l'inférieur contenant quelques simboles & instrumens Maçonniques, au milieu le Chandelier à 7 branches: autel des parfums, table des pains de proposition: l'arche d'alliance & les colonnes du Temple brisés; à la 3ème partie Supérieure il y avoit le mont Sion et l'agneau celeste. Le F. ab Eremo a désiré qu'en adoptant le tapis conforme à celui indiqué par le F. à (sic) Lilio convallium, on y ajoutat le Maître Hiram Resuscité & le feu sacré. Le Ser.M.Prov. (Charles de Hesse) étant entré dans les idées du F. ab Eremo, on est convenu de faire la rédaction d'après ces principes."

Le convent fut clôturé le 1er septembre 1782. Jean de Türckheim lut le "Recès" en huit articles, lequel fut adopté à l'unanimité. Son quatrième article affirme que les grades bleus étaient "déterminés", le quatrième seul restant inachevé:

"Article IV. Notre attention principale s'eft portée fur les rituels des 3 premiers Grades, bafe commune de tous ceux qui s'appellent maçons…Nous avons établi un committé, pour rechercher avec le plus grand foin, quels pouvoient être les rituels les plus anciens, & les moins altérés, nous les avons comparés avec ceux, arrêtés au Convent des Gaules, qui contiennent des moralités fublimes, & en avons déterminé un pour les grades d'Apprentif, Compagnon, & Maitre, capables de réunir les Loges divifées jusqu'ici, & qui fe rapprochat le plus de la pureté primitive…Et comme dans presque tous les régimes il se trouve une classe écossoise dont les rituels contiennent le complément des simboles maçonniques, nous avons jugé utile d'en conserver un dans le nôtre, intermédiaire entre l'ordre simbolique et intérieur, avons approuvé les matériaux fournis par le comitté des rituels et chargé le Respectable Frère ab Eremo de sa rédaction". Le duc de Brunswick avait déjà annoncé ces décisions dans une lettre adressée à la Grande Loge Ecossaise mère, "Frédéric au Lion d'Or", de Berlin", le 10 août 1782:

"Entre le premier (l'Ordre maçonnique), & le second (l'Ordre de chevalerie) il y aura un grade Ecoffois, qui n'a pu être fini, mais le Plan a été convenu, & la redaction de ce Grade refte confiée, à un de nos Frères de Lyon, qui a eu grande part à la redaction des autres" .

 Le "Maître Ecossais de Saint-André " de 1809.

La rédaction finale du 4° grade, confiée à Willermoz, ne fut achevée qu'en 1809. L'intervention de l'"Agent Inconnu", les drames de la révolution, l'âge enfin, empêchèrent le Lyonnais de mener sa tâche à bien avant cette date. Il s'en expliqua dans la lettre bien connue qu'il envoya au prince de Hesse le 10 septembre 1810.Le délai importe peu, seule compte la genèse de la version de 1809, faite d'apports successifs que l'analyse peut distinguer.

En 1774, Willermoz et ses amis avaient reçu du baron de Weiler, émissaire de von Hund, les rituels de la Stricte Observance. Conservés, entre autres, à Copenhague, La Haye et Lyon, ils furent publiés par J.F. Var en 1991. L'"Ecossais Vert", 4° degré du Rite, était encore rudimentaire. Le candidat, introduit la corde au cou, s'y voyait délivré du "joug de la maçonnerie symbolique" et revêtu de l'habit vert "couleur de l'esperance". L'enseignement du grade avait pour base la résurrection d'Hiram et la révélation de quatre animaux (lion, singe , épervier, renard):

 

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Le rite Emulation

26 Avril 2005 , Rédigé par Alec Mellor Publié dans #Rites et rituels

Alec MELLOR

Au nombre des Rites (1) pratiqués à la Grande Loge Nationale Française, figure le Rite Émulation. Contrairement à une erreur fréquente, il n'est pas le Rite officiel de la Grande Loge Unie d'Angleterre, laquelle n'a d'ailleurs pas de Rite officiel, et il n'est pas davantage le seul Rite anglais. Parmi ceux pratiqués Outre‑Manche (Bristol, Logic, Taylor, West End, etc.), et qui sont d'une même famille, ne différant que par des variantes parfois infimes, le Rite Émulation est cependant le plus important. Le Rite pratiqué en France sous son nom en comporte également quelques‑unes par la force des choses (2).

Nous examinerons dans ce bref article

1)     L'histoire du Rite

2)     Sa conception propre de la Franc‑Maçonnerie

3)     L'Esprit dans lequel il est pratiqué.

 

I

HISTOIRE DU RITE

Lorsque la Franc‑Maçonnerie, d'opérative qu'elle était, se fit spéculative (3), au terme d'une longue évolution poursuivie de la fin du XVIe siècle au début du XVIIIe siècle, son Rituel s'était naturellement modelé sur cette évolution.  Ce qu'était notre Rituel primitif nous est connu, mais imparfaitement, par les 'Old Charges' et les 'Early masonic cathechisms' pour l'Angleterre et par une abondante floraison de divulgations antimaçonniques pour la France (4). Ce Rituel nous apparaît comme d'une extrême simplicité : ouverture et clôture rituelles, prière initiale et finale, obligation prêtée par le candidat, communication des secrets, agape. Là se bornait le Rituel d'origine, celui dont tous les Rites maçonniques devaient sortir, puis se ramifier et se différencier.  Au XVIIIe siècle, surtout après que notre grade de maître eût fait son apparition (5), associé à sa légende thématique dont l'origine demeure une énigme, le Rituel s'étoffe.  L'un après l'autre, les éléments de la Franc‑Maçonnerie moderne viennent s'agglutiner autour du noyau primitif.  Beaucoup de fioritures seront éphémères. D'autres adjonctions subsisteront et telles parties archaïques s'avéreront les plus solides.

Cette même époque fut marquée par la rivalité des 'Antients' et des 'Moderns', qui ne se termina qu'en 1813 par l'Art of Union d'où sortit la moderne Grande Loge Unie d'Angleterre.  La recherche historique a mis en évidence, de nos jours, que la "réconciliation" des Antients et des Moderns fut, en fait, la victoire des Antients, dont le principal grief contre les Moderns était d'avoir laissé tomber en désuétude des portions du Rituel particulièrement vénérables par leur ancienneté. Le Rite Emulation devait ainsi, si l'on ose dire, sortir de l'œuf.

Par crainte des divulgations, mais aussi pour des motifs plus profonds, et dont l'explication appartient aux sociologues, le Rituel primitif s'était longtemps transmis par la seule transmission orale.  Lorsque la Maçonnerie se fit spéculative, l'antique interdiction d'écrire subsista, assortie de ses terribles peines symboliques.  Ainsi s'explique que de nos jours encore, le candidat doit s'obliger à ne jamais "écrire, buriner, sculpter, marquer, etc" les secrets, et cela bien que le Rituel soit aujourd'hui, non seulement écrit, mais ‑ sauf précautions cryptographiques et omissions voulues ‑ imprimé.

Nos anciens Frères s'étaient trouvés, en 1813, devant une difficulté grave comment concilier 1e respect de l'interdiction d'écrire et la nécessité de protéger le Rituel contre d'inévitables altérations de ville à ville, voire de loge à loge, si ce dernier était abandonné à tous les aléas d'une transmission purement orale ?  La Grande Loge avait recommandé qu'il y eût une parfaite unité (perfect unity) du Travail maçonnique, mais n'était‑ce pas préconiser l'alliance de l'eau et du feu ?

La difficulté fut résolue grâce à une institution nouvelle : les loges d'instruction.  La loge d'instruction était une sorte de loge fictive, destinée à faire répéter les cérémonies tout comme lors des "répétitions" des pièces de théâtre.  Elles ont survécu jusqu'à nous. Qu'est‑ce, au demeurant, qu'une initiation, sinon un véritable drame sacré ?  Le protagoniste n'en est d'ailleurs pas le Vénérable mais l'initié.  C'est dire le non‑sens qu'il y a à la lire.  Qui a compris cela comprendra tout l'esprit du Rite Émulation.  L'année 1823 vit naître l'Émulation Lodge of Improvement, à laquelle se consacra jusqu'à sa mort un maçon d'élite, Peter Gilkes (1765‑1833). Une lignée de grands ritualistes devait lui succéder jusqu'à notre époque.  Depuis 1823, il n'est pas un vendredi où l'Emulation Lodqe of Improvement ne se soit réunie à 18 heures, précises, dans le but de répéter les cérémonies des trois grades symboliques.  Le Rituel d'origine fut ainsi conservé dans sa pureté de manière stricte et, pourrait‑on dire, ombrageuse, par pure transmission orale, et est demeuré, à une virgule près, celui de 1813, immuable et inaltéré.  Si l'on considère que Peter Gilkes lui‑même avait été initié à la British Lodge n° 8 en 1786, nous tenons le chaînon qui relie le rite Émulation à celui pratiqué à une époque beaucoup plus ancienne, et l'on peut dès lors voir en lui le plus "pur" de tous les Rites maçonniques.

Un réseau de loges d'instruction devait, depuis lors, se répandre sur le globe.

L'archaïque malédiction contre qui oserait écrire le Rituel ne pouvait cependant survivre dans les sociétés modernes.  Dès le XVIIIe siècle, un parjure nommé Prichard divulgua les rituels des trois grades dans sa Masonry dissected (1730).  Il a rendu aux historiens le service de les renseigner sur ce qu'étaient nos cérémonies de son temps, mais il fut aussi durant des décennies la providence des Vénérables desservis par une mauvaise mémoire ou paresseux, qui le lurent en cachette.  Quelques éditions du Rituel virent ensuite le jour sans être des "divulgations" antimaçonniques, mais à titre privé.  La Grande Loge ferma les yeux, même lorsque fut ainsi imprimé à l'usage des chapitres le Rituel du Royal Arch, mais jamais elle n'autorisa l'existence d'un Rituel officiel. En 1969, 1'Emulation Lodqe of Improvement finit par céder et publia une version du Rituel Emulation, mais autorisée (authorized version) par elle seule, non par la Grande Loge.

La francisation du Rite a son histoire, inséparable de celle de la G.L.N.F.  D'abord pratiqué par les seules loges anglophones de notre Obédience, il fut adopté en 1927 par la R.L. Confiance n° 25 et, depuis lors, il est celui de plus du tiers des loges de l'Obédience.  Une première traduction française des rituels s'étant avérée défectueuse, ces derniers furent révisés sous la Grande Maîtrise du T.R.G.M. Ernest Van Hecke.

L'obédience eut enfin, à son tour, ses loges d'instruction.

 

II

SA CONCEPTION PROPRE DE LA FRANC‑MACONNERIE

Minoritaire dans notre pays, le Rite Émulation étonne le Frère visiteur qui assiste à une de ses Tenues pour la première fois.  Il n'y retrouve pas, en effet, des rites qu'il tenait pour essentiels, notamment la purification par les Éléments.

S'il lisait les plus vieux rituels français, il ne les y trouverait pas davantage.  Ces derniers proviennent d'un phénomène capital, survenu dans la seconde partie du XVIIIe siècle : l'adjonction de l'Hermétisme.  Il naquit en Europe centrale du réveil des curiosités alchimiques, puis passa en France.  Oswald Wirth a admirablement expliqué son évolution et la symbiose extraordinaire qui s'ensuivit.  Plaqué sur le Rituel d'origine, lequel était tiré du seul art de construire, il devait, par le canal de la Stricte Observance, être à l'origine de tout l'Écossisme.  Le R.E.R., puis le R.E.A.A. en sortirent successivement.  La traditionaliste et archaïsante Angleterre, elle, demeura rétive.  Sans doute eut‑elle ses alchimistes, dont Elias Ashmole, mais aussi bien d'autres.  Le phénomène d'absorption qui avait vu jour sur 1e Continent ne passa pas cependant la Manche, ou alla se perdre dans quelques Side Dégrées.  Le Rituel de base demeura jalousement fidèle à "l'opératisme" des origines, et lorsqu'en plein XXe siècle il reviendra en France, traversant la Manche en sens inverse, nos Loges de Rite Émulation ne feront que 1e retrouver (6).

Son passage par l'Angleterre et la mentalité anglaise lui a insufflé cette force qui fait de lui la colonne dorique du Temple, comme son allergie aux fantaisies imaginatives.  L'hypothèse guénonienne d'une "Tradition" primordiale, ignorée de l'histoire scientifique, lui demeure inconnue ou incompréhensible.  Son réalisme ne saurait lui faire place.  Il s'est dégagé de même de la vieille conception mythique de l'histoire de l'Ordre, grâce aux travaux poursuivis depuis 1884 par l'illustre loge Quator Coronati n° 2076, et de ce que l'on a appelé la Légende dorée maçonnique.  Il ne se donne ni pour le continuateur de légendaires loges de Saint‑Jean ni pour celui des Templiers, ni moins encore de la Gnose.

Le solide bon sens britannique continue ainsi à soutenir le Rite Émulation à la manière dont le tuteur soutient l'arbre, et cela non seulement en France mais à la surface du globe.  S'ensuit‑il cependant que sa conception propre de la Franc‑Maçonnerie soit une sorte de "rationalisation" ?  Conduit‑elle à en faire une discipline trouvant sa place en épistémologie parmi les autres ? et à se trouver rangée, fût‑ce dans une niche d'honneur, parmi les classifications scientifiques (7) ?

Le croire serait lui retirer son âme. Certes, un concept nouveau a fait de nos jours son apparition, directement issu du long effort des Quator Coronati, concept auquel nous avons proposé de donner un nom : celui de maçonnologie.  Alain le Bihan l'a heureusement défini "l'intégration du fait maçonnique dans les sciences de l'homme".  Le contenu interne du message maçonnique ne tient pas cependant dans cette définition.  Le profane, si érudit soit‑il, consacrerait‑il sa vie, voire sa thèse, à l'étude de l'Ordre, ne l'étudiera jamais qu'à la manière des civilisations disparues, tel un assyriologue ou autre spécialiste.  L'objet de notre quête se trouve au plus profond du for interne.

Après avoir dit ce que, dans la conception Émulation, la nôtre, la Franc‑Maçonnerie n'est pas, essayons de tirer au clair ce qu'elle est.

L'erreur fondamentale est de la présenter comme une école de pensée, cliché commode mais faux.  Pareille conception n'a pas pour elle la tradition du XVIIIe siècle, où les "travaux" au sens moderne n'existaient pas.  (Le livre d'Amiable, qualifié à bon droit par Jean Baylot d'"incroyablement romancé" a trop contribué à accréditer l'idée, erronée, que les loges de l'époque, et plus particulièrement Les Neuf Soeurs, auraient été le véhicule des Lumières).  Si la Maçonnerie était telle, les aspirants à la connaissance seraient, à coup sûr, fondés à lui préférer l'enseignement profane, de l'école du soir au Collège de France, suivant leurs aptitudes.

Un "irrégulier" au talent d'envergure, Albert Lantoine, a repris, pour parler des "planches" et de leur ridicule trop fréquent les étrivières de Juvénal. Nous préférons passer la truelle ...

L'Art Royal se place sur une autre longueur d'ondes et le Rite Émulation ne fait que rejoindre nos plus anciens prédécesseurs lorsqu'il place le dialogue suivant dans la bouche du Vénérable et d'un candidat au Passage

‑ Qu'est‑ce que la Franc‑Maçonnerie ?  (What is Freemasonry ?)

‑ Un système particulier de morale, enseigné sous le voile de l'allégorie au moyen de symboles.  (A peculiar system of morality, veiled in allegory and illustrated by symbols).

La définition, véritable et authentique, de l'Ordre, de ses buts et de sa signification spirituelle, nous a été léguée en ces deux phrases par nos ancêtres et les déviations de la Voie substituée importent peu, qu'elles soient pseudo‑mystiques ou pseudo‑rationnelles.  Le mot important, le mot‑clef, est ici l'adjectif particulier.  L'Ordre n'est pas une école de pensée mais une école de morale, une ascèse.  Ce qu'elle offre à ce constructeur symbolique qu'est l'initie est une technique propre en vue de sa moralisation, tirée de ce que les Constitutions d'Anderson appellent la Géométrie, terme qui, chez lui, est synonyme de l'Art de construire.  Un sujet pourrait être titulaire des plus hauts diplômes universitaires mais ne pas être initiable, sa pierre brute ne se transformera jamais en pierre cubique et demeurera une roche poreuse.

En quoi ce système particulier, cette ascèse consistera‑t‑elle ?  Essentiellement en une transposition de l'opératif dans le spéculatif.  Tout est centré autour de cette transposition.  Les rites d'ouverture, de suspension et de reprise des travaux, de clôture ont deux sens : l'un opératif, l'autre ésotérique.  Il en va de même de la deuxième et de la troisième Grandes Lumières, dès lors qu'elles reposent complémentaires et parlantes, sur la première la "plus importante des trois".  Le même double sens sera affirmé ‑ et avec quelle force ! ‑ dans l'explication des Outils, celle du tablier et celle de la planche tracée.  L'ésotérisme sera porté à son plus haut degré à propos de tel point mystérieux au milieu d'un cercle appelé le Centre.  Pourquoi ? Les initiés le savent.

Le but suprême de cette ascèse se définit, en termes figurés, l'édification du Temple de Salomon, entendons par là celui qui est au plus profond de chaque initié, lequel ne travaillera pas, dès lors, à la seule construction d'une oeuvre humaine, contingente et périssable, mais A.L.G.D.G.A.D.L.U.

Et c'est là, sous le voile du pauvre langage humain, le Secret maçonnique.

 

III

ESPRIT DANS LEQUEL IL EST PRATIQUE

Il existe sur le Rite Émulation beaucoup d'idées "reçues", pour reprendre le mot ironique de Flaubert.  Il ne conviendrait pas à la mentalité française.  Son obligation du "par cœur" serait propre à en dégoûter les intelligences.  Sa prédominance excessive du Rituel sur les planches développerait le psittacisme au détriment de la réflexion.

La première critique sera vite réfutée.  Nous avons vu que le Rite dérive d'un Rite plus ancien et qui fut le seul pratiqué en France, avant que les deux Rites écossais y fussent connus.  Par sa sobriété grave, il s'apparente, en outre, à l'esprit classique le plus français.

La nécessité de pratiquer le Rituel par cœur ‑ au moins dans le maximum du possible et sans fétichisme littéral ‑ ne se justifie plus aujourd'hui pour les mêmes raisons qu'autrefois.  Le vrai motif, c'est la profondeur du Rituel.  Nombreux sont les Frères sincères qui en ont fait l'expérience : plus on l'approfondit, plus on le découvre, et, dès lors, plus on s'initie.  Un mot peut découvrir brusquement des horizons insoupçonnés.  C'est là le salaire de l'ouvrier‑constructeur qui l'a mérité.  Celui qui, au contraire, lit en loge triche.  Il n'assimilera dès lors son Rituel que superficiellement.  Parfois même il restera profane, et cela quelles que soient les dorures dont il sera recouvert.

La prédominance du Rituel sur les planches doit être comprise.  Le Rite Émulation n'a jamais interdit les planches, mais professant à bon droit que le cœur de la Maçonnerie est dans son Rituel, il les réserve pour les Tenues où il n'y a ni initiation, ni passage, ni élévation à faire.  Faire prédominer les planches ne peut se faire qu'au dam du Rituel.  Un programme de conférences chargé interdit d'initier les candidats un par un ou conduit à bâcler.  La conclusion se tire d'elle‑même.

L'utilité des planches n'apparaît qu'à un niveau élevé.  Ce sera l'objet de loges spécialisées, dites loges de recherches, qui, pour mieux remplir leur tâche, s'abstiendront d'initier.  L'exemple des Quator Coronati a fait preuve de l'excellence de cette conception.

Soulignons enfin, en conclusion, le rôle de l'agape.  Ce n'est pas là un simple repas cordial, pris entre camarades pour finir la soirée.  Dans la conception Émulation, l'agape a un caractère rituel et est soudé à la Tenue.  De là son caractère obligatoire, car elle n'est pas autre chose que la continuation des travaux sous une autre forme.  Les ouvriers avant bien travaillé ont mérité de "casser la croûte ensemble" (8).  C'est un nouvel exemple de la transposition opérative, mais l'ambiance y change du tout au tout.  Celle d'une Tenue en loge doit demeurer grave, solennelle, ainsi qu'il convient dès lors que le V.S.L. est ouvert sur l'autel.  Si des désaccords ou des discussions existent entre Frères, c'est dans les coulisses, en comité ou ailleurs, qu'elles doivent se régler.  Jamais en loge ouverte.  Ainsi s'explique aussi la cessation en loge du tutoiement, comme tout un cérémonial que la vie profane ignore.  A l'agape, rien de tel.  Verre en main, sous la présidence d'un Vénérable généralement débonnaire, l'amitié fuse et la joie éclate.  Les tristesses ou les cruautés de la vie sont à l'extérieur, et le Tuileur monte la garde.

Et, en rafales salubres, les toast eux‑mêmes se font symbole, celui de l'amour fraternel.

 

 

(1)  Rappelons ici la différence de sens de ce mot, selon qu'il est écrit avec un R majuscule ou un r minuscule. On nomme Rite une branche particulière de la Franc‑Maçonnerie : Rite Emulation, Rite Ecossais, etc., comparable aux "liturgies" de l'Eglise, auxquelles le terme distinctif de "Rite" a été donné également (Rite romain, Rite byzantin, Rite maronite, etc.). On nomme rite tel acte cérémoniel. Ex. : le rite du dépouillement des métaux.

(2) I1 importe de distinguer l'essentiel de l'accessoire. En dehors de ce que 1e Rituel prescrit comme substantiel, de simples habitudes ont inévitablement tendance à s'intaller. Les vieux maçons ont trop tendance à les tenir pour sacro‑saintes pour la seule mais insuffisante raison qu'ils les ont "toujours vu pratiquer" dans leur loge. Par exemple, l'usage, au cours d'une installation, de saluer le nouveau Vénérable "en passant, mais sans tourner la tête". Saluer quelqu'un sans le regarder est absurde. La force d'une habitude n'en a pas moins prévalu, et le Rite Emulation n'a rien, touchant à ces vétilles, à envier aux autres.

(3) Contrairement à une erreur naïve, répandue jadis surtout en Allemagne, les Opératifs ne possédaient pas un Rituel au sens où nous l'entendons et leurs cérémonies de réception n'étaient pas des initiations. L'on n'y communiquait que des "secrets" de métier, tel le Mason's word et les signes, destinés à réserver l'embauche aux seuls ouvriers qualifiés. Une autre erreur à ne pas commettre est de confondre la Maçonnerie opérative médiévale avec le "Compagnonnage", organisation toute française et qui n'apparut qu'au XVIe siècle. Cf. notre livre Les mythes maçonniques (Payot, 1974), chap. II.

(4)  La réceotion mystérieuse (1737), Catéchisme des francs maçons (1744). L'Ordre des francs maçons trahis (1744). Le Sceau romzu (1745). La désolation des entrepreneurs modernes (1747). Le Maçon, démasqué (1751), etc.

(5) C'est‑à‑dire vers 1725. Si la cérémonie d'installation d'un Vénérable se fait toujours actuellement au grade de compagnon, c'est que cette cérémonie date d'une époque où ce grade était encore le grade suprême, antérieur à l'apparition du grade de maître. I1 n'est pas de preuve plus tangible de sa haute antiquité.

(6)  Ainsi s'explique aussi l'absence de l'Orateur au Rite Émulation, déjà connu en France à l'époque du Discours de Ramsay, mais que la maçonnerie anglaise devait continuer à ignorer et que, dès lors elle ne pouvait nous retransmettre.

(7) Pareille "rationalisation" a existé. Ce fut celle, au siècle dernier ‑mais non au XVIIIe siècle ‑, du Grand Orient de France. On peut y voir une erreur symétrique de l'erreur "mythique".

(8)  Aussi est‑ce, pensons‑nous, une erreur que d'organiser des "banquets blancs".  La Franc‑Maçonnerie régulière ignore les "Tenues blanches".  Or, qu'est‑ce qu'un banquet maçonnique, sinon, comme nous l'indiquons, qu'un déplacement de la Tenue?  Le Rituel 1e dit en toutes lettres en parlant du "passage du travail au repos" lors d'une suspension.  Or, l'agape, jadis, en était une.  Il en va tout autrement de la "soirée des dames" (ladies night), généralement annuelle, destinée à honorer les épouses.  Au gai XVIIIe siècle, certaines invitations portaient même "Wives and sweet hearts".  Depuis l'ère victorienne, elles sont tombées en désuétude en Angleterre et la G.L.N.F. ne les a pas fait revivre ...

 

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Bibliothèques numériques

26 Avril 2005 Publié dans #spiritualité

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la Chrysopée du Seigneur

26 Avril 2005 , Rédigé par Raymond Lulle Publié dans #spiritualité

"La sagesse d'En-Haut est premièrement pure, ensuite, pacifique, modérée, conciliante, pleine de miséricorde et de bons fruits, exempte de duplicité, d'hypocrisie. Et le fruit de la justice est semé dans la paix, par ceux qui recherchent la Paix..." (Ep Jacques. III-17, 18) L'observation des Hommes a noté ce point particulier de leur nature, et qui veut qu'en eux la Paresse soit la mère de tous les Vices. Ce qui s'explique par le fait que le refus de la Chair de participer aux exigences des oeuvres de l'Esprit tend invinciblement à générer en eux-mêmes les éléments contraires susceptibles de mieux servir ce honteux défaut.

Ainsi donc, on peut admettre que l'Ame envahie par un Vice quelconque (manifestation d'un Principe intelligent et conscient de sa perversité), se trouve aussitôt en butte aux autres vices, que le premier qui força la place appelle aussitôt à l'aide, afin de conserver le fort qu'il vient d'emporter.

Mais si ce processus ne fait qu'exprimer en mode inversé, un processus naturel de génération des attributs de l'Ame, c'est que ce dernier existe bien par lui-même, et, conséquemment, que les Vertus de l'Ame sont susceptibles d'une manifestation et d'un développement harmoniques, leur épanouissement et leur permanence dépendant de leur totalité. Ainsi, de même qu'en l'édifice une pierre en appelle une autre, et qu'elles deux en exigent une troisième, ce jusqu'à la pose finale de la " clef ", de même une Vertu et un Vice sont générateurs d'autres Principes, ce jusqu'à concurrence de l'ensemble final.

C'est pourquoi, Fils du Soleil et de la Lune, si le langage des Philosophes ne t'est pas absolument inintelligible, médite leur enseignement. Méprisant le honteux désir de l'Or, vu la vaine curiosité naturelle qui ne conclut pas parce que ne s'étant jamais par avance fixé sa route, tu sauras alors percer le secret des véritables Fils du Feu. Tu comprendras alors seulement que ce Feu n'est point le feu. sombre et satanique, desséchant à la fois la chair et le coeur du faux sage ou de l'ignorant souffleur ; mais qu'au contraire, ce Feu est en réalité l'ESPRIT CONSOLATEUR que nous annoncent les saints Evangiles.

Puisses-tu alors avoir la Force de mettre en pratique les vrais secrets de l'Art que je te donne cy, puisses-tu mener à bien I'Oeuvre de ta propre Rédemption et atteindre ainsi l'Illumination finale promise aux saints hommes de Dieu.

C' est là, Fils du Soleil et de la Lune ce que te souhaite de tout son coeur ton Frère en Notre Seigneur Jésus-Christ, son saint Nom soit béni ! Amen. š›š› š› La Tradition de ceux qui nous précédèrent sur le chemin de la Sagesse, nous dit que toutes choses précèdent de Quatre Eléments, et que ces quatre Eléments sont à la base de tout. Ce sont respectivement la Terre, l'Eau, l'Air et le Feu.

De ces Quatre Eléments, l'Alchymiste sait tirer deux Principes respectivement mâle et femelle, et un troisième Principe, neutre. Ce sont là le Soufre des Philosophes, le Sel des Philosophes et le Mercure des Philosophes. Ainsi donc, par une Opération simple et salutaire, nous disent les Maîtres, les Quatre sont réduits à trois.

Mais Soufre, Mercure et Sel des Philosophes ne constituent qu'un aspect intermédiaire de l'évolution de nos Eléments. De leur série, naissent une nouvelle, composée de deux Principes, supérieurs à tous les autres. Ce sont le Soufre des Sages, et le Mercure des Sages. Voici donc en réalité nos deux suprêmes Arcanes de l'Art. Et c'est de leur copulation finale que naîtra enfin la Chrysopée.

Cette tétractys était bien connue des élèves du sage Pythagore, et les saints hommes de Dieu, versés dans la connaissance et l'emploi de ses Saints Noms ne l'ignoraient pas non plus. Telle qu'elle, c'est là toute la clé de notre Archymie. š›š› š› Dans l'Homme, les Eléments susceptibles de faire débuter l'oeuvre, sont les Quatre Vertus Cardinales, savoir : Force, Prudence, Tempérance et Justice.

Le Sage qui a su développer en son Ame ces Quatre Vertus est assuré, de par leur présence même, de voir se développer en lui, à leur tour, les trois Vertus Théologales, savoir : Foi, Espérance et Charité.

Ainsi, la pratique suivie et attentive des Vertus Cardinales, génère et suscite l'action des trois Vertus supérieures. A leur tour, lorsque nos trois Principes supérieurs sont définitivement acclimatés en nous, ils s'empressent d'éveiller d'autres présences, celles des Puissances de la dyade suprême : Intelligence et Sagesse.

Et à leur tour, ces deux grâces divines en éveillent une autre en nous : celle qui ne saurait être exprimée par des mots et des images. En cette dernière est toute la Béatitude promise aux élus, par elle, nous participons, créatures, à la Vie Divine.

Il serait vain de croire que la pratique d'une seule Vertu soit susceptible de générer les suivantes. De même que l'enfant naît du père et de la mère, de même que l'Esprit-Saint procède et du père et du Fils, de même une Vertu ne procède que de deux autres. Ainsi, sur l'Arbre de notre Connaissance. š›š› š› La première Vertu qu'il importe de développer en nous est celle de la Force. Car comment pouvons-nous nous attaquer à une telle entreprise si nous ne sommes pas, par avance, assurés de la mener à bien ? Il faut donc être fort ; fort contre le monde, fort contre nous, fort contre nos Vices.

La seconde Vertu à développer est la Prudence, car elle nous enseignera à nous défier du Monde, de nous-mêmes, des ruses subtiles des Vices, nos Ennemis conscients et subtils. Car, encore une fois, il ne faut point voir ces Vices comme des réactions instinctives et mécaniques de notre propre Chair. Sans doute, celle-ci sert de véhicule et de canal à ces réactions. Mais celles-ci sont inspirées par l'Esprit Démoniaque qui habite en elle, puisqu'il en est à la fois l'auteur et l'animateur. C'est par elle que l'Esprit des Ténèbres s'exprime ; et lorsqu'il la fait vibrer à sa guise, ainsi que la viole sous les doigts du ménétrier, nous devons, en tant qu'esprit libre, nous défier de tout ce qu'elle apporte de suggestions diverses, compliments ou reproches, conseils ou négations, tout ce qui semble présenter une justification de la prééminence de la Chair sur l'Esprit, tout est à rejeter. Voici la Vertu de Prudence.

De la pratique commune de ces deux premières Vertus, Force et Prudence, naîtront respectivement deux autres : Tempérance et Justice.

Lorsque la Force aura tendance à déborder son domaine, que Prudence s'effacera momentanément, Justice apparaîtra. Car, qui dit Justice dit rétribution exacte. Et par une réaction purement mécanique, l'équilibre un instant perturbé se rétablira.

Mais lorsque Prudence l'emportera sur Force, alors Tempérance apparaîtra. Elle a également nom Miséricorde, Douceur, Indulgence, et Pardon. Sur la ligne des deux plateaux, elle s'oppose à Justice, dont la rigoureuse précision ignore les variations suscitées par l'infini amour des êtres pour les êtres, et de Dieu pour eux tous. Lorsque ces Quatre Vertus Cardinales seront devenues actes de tous les instants, en toi, Fils du Soleil et de la Lune, les Eléments de l'Oeuvre seront prêts à entrer dans le jeu des générations supérieures. Alors, dans ton Ame, paraîtront trois hôtes nouveaux, les Vertus Théologales, qui ont nom Foi, Espérance et Charité.

Force était Feu ; Justice était Air ; Tempérance était Eau, et Prudence était Terre. En cette seconde série, Foi sera Soufre, Espérance sera Mercure et Charité sera Sel.

La Foi naît de la pratique de la Justice et de la Tempérance. Foi, avant tout, prend sa source dans la vérité et la franchise. Lorsque tu possèdes la Vérité, une Certitude, tu crois alors fermement au bien-fondé de ce qui s'y rapporte. Et la solidité de ta croyance est le fruit de ta certitude. Songe alors que la Foi que tu peux susciter chez autrui dépend totalement de la véracité de tes paroles, de tes actes et surtout de tes pensées. Pense juste, pour parler franchement et agir droit. Car Foi est surtout et avant tout Bonne Foi. Foi, c'est Franchise ! Ne mens pas, car le Mensonge tue la Foi. Ce faisant, tu tisses autour de toi-même un voile qui te cache Dieu, suprême Vérité.

Pour croire juste. il faut imaginer ou agir véridiquement. Ce faisant, tu fais naître en toi-même une Foi, fille de Certitude. Et Certitude est seule Réalité... Justice et Bonne Foi engendrent Espérance. Car, qui nierait que le Bon Droit, né de Justice, et Certitude, fille de Bonne Foi, sont seuls susceptibles d'asseoir sans crainte ton Espérance ?

Semblablement, Foi et Tempérance font naître Charité. Car la Bonne Foi et la Douceur exigent que nous rendions à autrui ce que nous souhaitons qu'il nous rende. Ainsi naît la Charité, autre aspect de l'Amour des êtres pour les êtres.

Mais Bonne Foi et Espérance font aussi naître Charité et ce pour les mêmes motifs. La Certitude que donne l'Espérance reposant sur la Vérité et sur la Bonne Foi, nous démontre que le but et l'état final des Etres est justement l'Amour de ces mêmes êtres les uns pour les autres. Donc, Foi et Espérance génèrent Charité. Ici, le Septenaire est établi. En toi-même, Fils du Soleil et de la Lune, ont été successivement générées Force et Justice, Tempérance et Prudence, donnant naissance à Foi, Espérance et Charité.

Issus des Quatre Eléments, Feu, Air, Eau, Terre, se dessinent flamboyants comme des personnages de Vitrail : Soufre, Mercure et Sel des Philosophes. Mais de même que notre Alchymiste ne saurait agir sur les Quatre Eléments et les Trois Principes sans utiliser un véhicule matériel (la "prima materia"), de même, Archymiste, tu es dans l'obligation de recourir au monde contingent pour canaliser et mener à bien ton action.

Ce que sont l'Athanor, le Creuset, la Prima Materia pour le Souffleur vulgaire, les Connaissances humaines, puis divines, le sont pour toi, et tu ne saurais te passer d'elles.

Gnose est donc le plomb vil sur lequel ta puissance morale va s'exercer. Si tu sais t'en rendre maître, sans être asservi par elle, tu pourras alors seulement mener à bien la Chrysopée. š›š› š› Gnose et Espérance appelleront en toi même, Fils du Soleil et de la Lune, Intelligence, qui est Compréhension. Car nous savons déjà qu'Espérance est aussi Certitude, et que Gnose est Savoir. Puisque Certitude est née de Vérité (ou Bonne Foi), Gnose ne peut alors qu'être Parfait Savoir. C'est pourquoi Parfait Savoir et Certitude donne Compréhension.

D'autre part, et parallèlement, Gnose et Charité appelleront en toi Sagesse, tout comme Gnose (ou Parfait Savoir), uni à Compréhension, généreront ladite Sagesse.

Mais, qu'est-ce donc que Sagesse ? Nous le comprenons maintenant, Intelligence et Sagesse sont respectivement Soufre et Mercure des Sages, pour nos vulgaires Alchymistes.

Sagesse est Usage, comme Intelligence est Compréhension. L'une, la première, est active, la seconde est passive. Et de l'union des deux doit naître enfin l'ultime et dernier terme de l'oeuvre, la Pierre Philosophale, l'Illumination qui refera de toi, Fils du Soleil et de la Lune, la Créature Céleste que tu fus à tes origines. š›š› š› "Que le Dieu de Paix, qui a ramené d'entre les Morts le Grand Pasteur des Brebis, par le Sang d'une Eternelle Alliance, Notre Seigneur Jésus-Christ, vous rende capable de toute bonne oeuvre pour l'accomplissement de Sa Volonté ; qu'Il fasse en vous tout ce qu'Il lui plaît de faire, par Jésus-Christ, auquel est la Gloire, aux siècles des siècles. Amen !" (Hébreux, XIII. 20).

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PROLOGUE Je suis Ananias, garde du corps, de rang prétorien, et jurisconsulte. J'ai connu notre Seigneur Jésus-Christ par les divines Ecritures et je me suis converti. Et j'ai..."> les actes de Pilates(extraits)

26 Avril 2005 Publié dans #spiritualité

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PROLOGUE

Je suis Ananias, garde du corps, de rang prétorien, et jurisconsulte. J'ai connu notre Seigneur Jésus-Christ par les divines Ecritures et je me suis converti. Et j'ai reçu l'honneur du saint baptême. Je me suis mis en quête des mémoires qui avaient été faits, à l'époque, sur notre Seigneur Jésus-Christ. Des Juifs les avaient consignes sous Ponce Pilate. J'ai donc retrouvé ces documents en langue hébraïque, et selon la volonté de Dieu je les ai traduits en grec, pour les diffuser parmi tous ceux qui invoquent le nom de notre Seigneur Jésus-Christ.

Sous notre empereur Flavius Théodose, an 17 de son règne et an 5 de celui de Flavius Valentin, en la neuvième indiction
Vous qui lirez cet ouvrage ou en ferez des copies, ne m'oubliez pas et priez afin que Dieu ait pitié de moi et qu'il pardonne les péchés que j'ai commis devant sa face.
Paix à ceux qui lisent, à ceux qui écoutent et à leurs familles, amen !
La quinzième année du règne de Tibère César, empereur des Romains, Hérode étant roi de Galilée depuis dix-huit ans ; et le huitième jour des calendes d'avril, soit le vingt-cinq mars, sous le consulat de Rufus et Rubellion ; en la quatrième année de la deux cent deuxième olympiade, Joseph Caïphe étant grand prêtre des Juifs, Nicodème rapporta tous les événements survenus après le crucifiement et la passion du Seigneur, et il les fit connaître aux grands prêtres et aux autres Juifs. Le même homme laissa un texte, écrit en hébreu.

PREMIERE PARTIE

1.1. Après s'être réunis en conseil, les grands prêtres et les scribes, Anne, Caïphe, Sémès, Datha, Gamaliel, Juda, Lévi, Nephtali, Alexandre, Jaïre et tous les autres Juifs se présentèrent devant Pilate, chargeant Jésus de nombreuses accusations : « Nous savons, disaient-ils, qu'il est le fils de Joseph le charpentier et qu'il est né de Marie. Or lui se prétend fils de Dieu et roi ! En outre, il viole le sabbat et veut détruire la loi de nos pères. »
Pilate leur dit : « Qu'est-ce qu'il fait donc et que veut-il détruire ? » Les Juifs répondirent : « Notre loi nous défend de donner aucun soin durant le sabbat. Or lui, par de louches manipulations, a guéri ce jour-là, des boiteux, des bossus, des gens aux mains desséchées, des aveugles, des impotents, des sourds et des possédés ! »
Pilate leur demanda : « Que voulez-vous dire, avec vos "louches manipulations" ? » Ils lui dirent :
« C'est un magicien. Il chasse les démons par BeLzébuth leur chef et tous lui obéissent. »
Pilate répliqua : « Un esprit impur ne peut pas chasser les démons ! Il y faut le Dieu Esculape ! »
2. Les Juifs dirent à Pilate : « Nous demandons à ta Grandeur de le convoquer devant ton tribunal et de l'entendre. » Pilate les interpella : « Dites-moi comment je puis, moi simple procurateur, soumettre un roi à l'interrogatoire ? » Ils répliquèrent : « Nous ne lui avons pas donné ce titre ! C'est lui qui se proclame roi ! »
Pilate appela un courrier et lui dit : « Amène-moi Jésus, mais traite-le respectueusement. » Le courrier sortit et quand il aperçut Jésus, il se prosterna devant lui. Puis, il prit la pièce de tissu qu'il tenait sur son bras, l'étendit à terre, et dit : « Seigneur, marche là-dessus et entre, car le gouverneur t'appelle. » Voyant ce qu'avait fait le courrier, les Juifs invectivèrent Pilate : « Pourquoi, disaient-ils, n'as-tu pas fait chercher Jésus par un héraut plutôt que par ce courrier ? Dès qu'il l'a vu il s'est jeté à ses pieds, il a déployé par terre l'enveloppe qui contient les faisceaux et il a fait marcher Jésus dessus, comme s'il était roi ! »
3. Pilate fit approcher le courrier et lui dit : « Qu'as-tu fait là ? Pourquoi as-tu étendu cette enveloppe sur le sol et as-tu dit à Jésus de marcher dessus ? »
Le courrier répondit : « Seigneur gouverneur, lorsque tu m'as envoyé à Jérusalem auprès d'Alexandre, j'ai vu cet homme assis sur un ânon, et les fils des Hébreux tenaient des branches dans leurs mains et ils l'acclamaient, tandis que d'autres étendaient leurs vêtements à terre en disant : Sauve-nous, toi qui es dans les hauteurs! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! »
4. Les Juifs s'en prirent alors au courrier : « Les fils des Hébreux crient en hébreu ! D'où vient que tu répètes leurs clameurs en grec ? » Le courrier leur dit : « J'ai interrogé un des Juifs et lui ai demandé ce qu'ils criaient là. Et lui m'a traduit. »
Et que criaient-ils en hébreu ? demanda Pilate. Les Juifs répondirent : « Hosannah, membronê, baruchama, adonai »
Que signifient Hosannah et les autres mots ? demanda Pilate. Les Juifs lui dirent : « Sauve-nous, ô toi qui es si haut ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur! »
Pilate leur dit : « Si vous confirmez vous-mêmes les paroles prononcées par les fils des Hébreux, en quoi le courrier a-t-il mal agi ? » Ils gardèrent le silence.
Le gouverneur dit alors au courrier : « Sors, et ramène-nous Jésus, en le traitant à ta guise. » Le courrier sortit et se montra aussi respectueux que la première fois ; et il dit à Jésus : « Seigneur, entre, le gouverneur te demande. »
5. Jésus entra. Et les aigles que tenaient les porte-enseigne, fléchirent le col et adorèrent Jésus. En voyant que les aigles avaient bougé et qu'elles s'inclinaient en signe de respect devant Jésus, les Juifs injurièrent les porte-enseigne. Mais Pilate dit aux Juifs : « N'admirez-vous pas plutôt que ces aigles se soient penchées vers Jésus et l'aient adoré ? » Les Juifs répondirent à Pilate : « Nous avons vu les porte-enseigne leur tordre le col. Voilà comment ils adorent Jésus ! »
Le gouverneur fit approcher les porte-enseigne « Pourquoi avez-vous fait cela ? » leur dit-il. Ils dirent à Pilate : « Nous sommes grecs, nous, et ne rendons de culte qu'à nos dieux. Qu'irions-nous adorer celui-ci ? Nous tenions nos aigles, quand spontanément, celles-ci ont ployé leur col et l'ont adoré ! »
6. Pilate s'adressa aux chefs de la synagogue et aux Anciens du peuple : « Choisissez vous-mêmes des garçons forts et musclés. C'est eux qui porteront nos aigles : nous verrons si elles s'inclinent toujours seules. » Les Anciens des Juifs prirent douze hommes robustes et bien bâtis et leur firent porter les aigles en deux groupes de six. Et ils se tenaient debout devant la tribune du gouverneur.
Et Pilate dit au courrier : « Fais sortir Jésus du prétoire et ramène-le, en le traitant comme tu l'entends. » Jésus et le courrier quittèrent la salle. Pilate appela les premiers porte-enseigne et les avertit : « Je vous le jure par la vie de César, si les aigles ne s'inclinent pas à l'entrée de Jésus, je vous ferai couper la tête. » Et pour la deuxième fois, le gouverneur ordonna de faire entrer Jésus. Le courrier gardait la même attitude, et il priait Jésus de marcher sur l'étoffe. Jésus s'exécuta et entra. A peine le
seuil franchi, les aigles à nouveau s'inclinèrent devant Jésus et le saluèrent !

2.1. Ce spectacle remplit Pilate de crainte. Il voulut descendre de sa tribune. A peine en avait-il esquissé le mouvement, qu'un message lui parvint de sa femme, disant : « Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste. Car j'ai beaucoup souffert cette nuit à cause de lui. » Pilate alors s'adressa à tous les Juifs et leur dit : «Vous connaissez la piété de ma femme et savez qu'elle n'est pas loin de partager votre religion » Ils lui dirent : « Oui, nous le savons. » Pilate reprit : « Eh bien, ma femme m'envoie un message : Qu'il n'y ait rien entre toi et ce juste. Car cette nuit, j'ai beaucoup souffert à cause de lui. » Les Juifs répondirent à Pilate : « Ne t'avons-nous pas prévenu ? C'est un magicien, il a envoyé un songe à ta femme ! »
2. Pilate se tourna vers Jésus et lui dit : « Pourquoi ces gens portent-ils témoignage contre toi ? Tu ne dis rien...? » Jésus répondit : « S'ils n'avaient pas de puissance, ils ne parleraient pas. Mais chacun a le pouvoir de sa bouche, libre il est de dire le bien ou le mal. C'est à eux de voir ! »
3. Les Anciens des Juifs répliquèrent à Jésus : « Et que verrons-nous ? D'abord que tu es né de relations coupables. Puis, que ta naissance à Bethléem a provoqué un massacre d'enfants. Enfin, que ton père Joseph et Marie ta mère ont dû fuir en Egypte, tant ils étaient gênés devant le peuple. »
4. Quelques-uns de ces Juifs, plus délicats, protestèrent : « A notre avis, sa naissance n'est pas irrégulière ! Nous savons que Joseph a épousé Marie. Jésus est né comme il faut ! »
A ceux qui affirmaient le contraire, Pilate dit : « Vous ne dites pas la vérité ! Ses parents se sont mariés. Vos compatriotes en font foi. »
Anne et Caïphe dirent à Pilate : « Nous avons beau tous déclarer à la fois qu'il n'est pas de naissance honnête, on ne nous croit pas. Ces gens-là sont des prosélytes ou de ses disciples. » Pilate se tourna vers Anne et Caïphe « Que sont des prosélytes ? demanda-t-il. - Ce sont, répondirent-ils, des gens d'origine grecque, maintenant convertis au judaïsme. »
Les partisans de la naissance légitime, Lazare, Asténus, Antonius, Jacques, Amnès, Zénas, Samuel, Isaac, Phénéès, Crispos, Agrippa et Juda s'écrièrent : « Nous n'avons rien de prosélytes ! Nous sommes des fils de Juifs et nous déclarons simplement la vérité, ayant assisté au mariage de Joseph et Marie ! »
5. Pilate s'adressa aux douze qui affirmaient l'honnêteté de la naissance. « Jurez-moi sur la tête de César, leur dit-il, que vous m'avez bien dit la vérité : Jésus n'est donc pas né hors mariage ? » Ils répondirent à Pilate : « Notre Loi nous défend de jurer. Car c'est un péché. Mais eux, qu'ils jurent sur la tête de César que nous n'avons pas dit la vérité et nous aurons mérité la mort. »
Pilate dit à Anne et Caïphe : « Ne répondez-vous rien à cela ? » Anne et Caïphe dirent à Pilate : « Ces douze hommes qui soutiennent qu'il n'est pas né d'un adultère, on les croit ! Or nous sommes unanimes : Jésus est l'enfant de la débauche, il est magicien et se vante d'être le Fils de Dieu ! »
Pilate fit évacuer la salle, ne gardant que les douze hommes qui professaient la régularité de cette naissance, et il fit éloigner d'eux Jésus. Puis il leur demanda : « Pour quelle raison veulent-ils le tuer ? » Ils répondirent à Pilate : « Cela les enrage qu'il guérisse en plein sabbat ! » Pilate dit : « C'est donc sa charité qui leur donne des idées de meurtre ? »

3.1. Indigné, Pilate sortit du prétoire et leur dit : « Le soleil m'en est témoin, je ne trouve rien dont on puisse accuser cet homme. » Les Juifs répondirent au gouverneur : « S'il n'était pas un scélérat, nous ne te l'aurions pas livré. » Pilate leur dit : « Prenez-le donc, et jugez-le selon votre loi. » Les Juifs répondirent : « Nous n'avons pas le droit de mettre quelqu'un à mort. »
- A vous, Dieu interdit de tuer ? Mais à moi ? répliqua Pilate.
2. Alors il rentra dans le prétoire. Il appela Jésus à part « C'est toi, le roi des Juifs ? » demanda-t-il. Jésus répondit à Pilate : « Dis-tu cela de toi-même ou d'autres t'ont-ils parlé de moi ? » Pilate répondit à Jésus : « Suis-je juif, moi ? Ta nation et les grands prêtres t'ont remis entre mes mains. Qu'as-tu fait ? » Jésus répondit : « Mon royaume n'est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne fusse pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n'est pas d'ici. »
- Tu es donc roi ? demanda Pilate. Jésus lui répondit :
- Tu le dis. Je suis roi. Et je ne suis né et je ne suis venu dans le monde que pour faire entendre ma voix à quiconque est de la vérité.
- Qu'est-ce que la vérité ? lui dit Pilate.
- La vérité est du ciel, répondit Jésus. Pilate reprit « Et sur terre, il n'y a pas de vérité ? » Jésus dit à Pilate « Tu vois comment les maîtres du pouvoir sur terre jugent ceux qui disent la vérité ! »

4.1. Laissant Jésus à l'intérieur du prétoire, Pilate alla rejoindre les Juifs et leur dit : « Pour moi, je ne trouve aucun motif de condamnation. » Les Juifs lui disent « Cet homme a déclaré : Je peux détruire ce temple et le rebâtir en trois jours. »
- Quel temple ? demanda Pilate. Les Juifs répondent : « Celui que Salomon mit quarante-six ans à bâtir, lui prétend le démolir et le reconstruire en trois jours. Pilate leur dit : « Je suis pur du sang de ce juste. A vous de voir ! »
Les Juifs disent : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! »
2. Pilate fit approcher les Anciens, les prêtres et les lévites et il leur dit à voix basse : « Ne faites pas cela. Aucun de vos griefs ne justifie la mort. Vous ne l'accusez que d'opérer des guérisons et de transgresser le sabbat ! »
Anciens, prêtres et lévites dirent à Pilate : « Si quelqu'un blasphème contre César, est-il passible de la peine de mort ? »
- « Oui, répondit Pilate, il l'est. » Les Juifs reprirent : « Soit, celui qui blasphème contre César mérite de mourir, mais lui a blasphémé contre Dieu ! »
3. Le gouverneur fit sortir les Juifs du prétoire et ayant appelé Jésus, il dit : « Que ferai-je de toi ? » Jésus dit à Pilate : « Fais selon ce que tu as reçu. »
Pilate demanda : « Et qu'ai-je reçu ? » Jésus dit : « Moïse et les prophètes ont annoncé ma mort et ma résurrection. »
Les Juifs et ceux qui écoutaient demandèrent à Pilate « Que peux-tu entendre de plus fort que ce blasphème ? » Pilate dit aux Juifs : « Si sa réponse est un blasphème, prenez-le, vous, pour ce blasphème, emmenez-le dans votre synagogue, et jugez-le selon votre loi. » Les Juifs disent à Pilate : « Notre loi nous prescrit ceci : si un homme offense un homme, il recevra quarante coups de fouet moins un. S'il blasphème contre Dieu, il sera lapidé. »
4. Pilate leur dit : « Prenez-le donc, et châtiez-le à votre idée. » Les Juifs répondirent à Pilate : « Nous voulons qu'il soit crucifié ! » Pilate répliqua : « Il ne mérite pas la crucifixion. »
5. Le gouverneur ayant alors jeté les yeux sur la foule des Juifs, en vit beaucoup en larmes, et il dit : « Ils ne veulent donc pas tous qu'il périsse ? » Les Anciens des Juifs lui dirent : « Si, nous sommes venus tous ensemble exiger sa mort. » Pilate leur répondit : « Pourquoi doit-il mourir ? » Et les Juifs : « Parce qu'il se prétend fils de Dieu et roi ! »

5.1. Nicodème, un Juif, se tenait devant le gouverneur, et il dit : « S'il te plaît, homme plein de piété, permets-moi de dire quelques mots. »
- Parle, dit Pilate. Et Nicodème :
- J'ai dit aux Anciens, aux prêtres, aux lévites et à tout le peuple des Juifs dans la synagogue : « Pourquoi en voulez-vous à cet homme ? Il accomplit beaucoup de signes étonnants, que nul autre n'a fait ni ne fera. Laissez-le aller, et renoncez à lui faire du mal. Si les prodiges qu'il accomplit viennent de Dieu, ils demeureront. S'ils viennent des hommes, ils seront détruits ! » Car Moïse envoyé par Dieu en Egypte fit devant Pharaon, le roi de ce pays, les nombreux miracles que Dieu lui indiqua. Or il y avait là deux serviteurs de Pharaon, Jamnès et Jambrès et eux aussi accomplissaient des prodiges en grand nombre, comme Moïse, et les Egyptiens vénéraient à l'égal des dieux ce Jamnès et ce Jambrès! Mais leurs signes n'étaient pas de Dieu, et ils périrent, eux et leurs fidèles. Allons ! Libérez cet homme, il ne mérite pas la mort ! »
2. Les Juifs dirent à Nicodème : « Toi, tu es devenu son disciple et tu as du parti pris ! » Nicodème répliqua : « Et le gouverneur, lui, est-il son disciple, pour le défendre ainsi ? Ne tient-il pas de César la charge qu'il exerce ? » Les Juifs frémissaient et ils grinçaient des dents contre Nicodème. Pilate leur dit : « Pourquoi grincez-vous des dents contre lui ? Est-ce d'entendre la vérité ? » Les Juifs dirent à Nicodème : « Prends-la, sa vérité, et partage son sort ! - Amen, amen, répondit Nicodème, que je les prenne, comme vous l'avez dit ! »

6.1. Un des Juifs s'élança et demanda la parole au gouverneur : « Si tu veux parler, parle », répondit celui-ci. Et le Juif : « Moi, dit-il, je suis resté couché trente-huit ans, perclus de douleur. Jésus vint. Beaucoup de démoniaques et d'autres, atteints de maux divers étaient guéris par lui. Quelques jeunes gens eurent pitié de moi, ils me transportèrent avec mon lit et me posèrent devant lui. En me voyant, Jésus fut ému de compassion et il me dit : « Prends ton grabat et marche ! Et je pris mon grabat et je marchai ! »
Les Juifs disent à Pilate : « Demande-lui quel jour il fut guéri. » Le miraculé répondit : « C'était au sabbat. » Les Juifs s'exclamèrent : « Ne t'avions-nous pas averti qu'il guérit et chasse les démons en plein sabbat ? »
2. Un autre Juif bondit : « Moi, dit-il, j'étais aveugle de naissance; j'entendais les voix mais je ne voyais pas les visages. Quand Jésus passa près de moi, je criai à pleine gorge : Aie pitié de moi, fils de David ! Et il eut pitié, et il posa ses mains sur mes yeux. A l'instant, je recouvrai la vue.»
Un autre Juif accourut et dit : « J'étais bossu, et d'un mot, il m'a redressé ! » Un autre s'écria : « J'étais lépreux et d'un mot, il m'a purifié. »

7. Une femme, du nom de Bérénice, lui cria de loin : « J'avais une perte de sang, et j'ai touché la frange de son manteau et mon flux s'est tari, qui durait depuis douze ans ! » Les Juifs dirent : «Notre loi n'admet pas le témoignage d'une femme. »

8. Et une foule d'autres gens, hommes ou femmes, s'exclamait : « Cet homme est un prophète, et les démons lui sont soumis ! » A ceux qui disaient que les démons lui étaient soumis, Pilate dit : « Pourquoi vos docteurs ne lui obéissent-ils pas aussi ? » Ils dirent à Pilate : « Nous ne savons pas. » D'autres racontèrent qu'il avait relevé du tombeau Lazare, mort depuis quatre jours. Le gouverneur frissonna et dit à la multitude des Juifs : « Pourquoi voulez-vous répandre un sang innocent ? »

9.1. Il fit venir près de lui Nicodème et les douze hommes qui avaient affirmé l'honnêteté de sa naissance « Que dois-je faire ? leur dit-il, voilà que le peuple commence à s'agiter. » Ils lui dirent : « Nous ne savons pas, c'est à eux de voir. » A nouveau, Pilate interpella tout le peuple des Juifs : « Vous savez, dit-il, que c'est chez vous une coutume, à la fête des Azymes, que je vous relâche un prisonnier. J'ai sous les verrous un condamné du nom de Barabbas, et j'ai aussi celui qui vient de comparaître devant vous, ce Jésus en qui je ne trouve aucun motif de condamnation. Lequel voulez-vous que je relâche ?
- Barabbas, hurlèrent-ils. Pilate leur dit : Que ferai-je donc de Jésus, celui que l'on appelle le Christ ?
- Crucifie-le ! répondirent-ils. Certains des Juifs ajoutèrent : « Tu n'es pas l'ami de César si tu le relâches. Il s'est dit fils de Dieu et roi. C'est donc ce roi-là que tu veux, et pas César ? »
2. Excédé, Pilate dit aux Juifs : « Peuple toujours rebelle, vous vous dressez même contre vos bienfaiteurs ! » Les Juifs rétorquèrent : « Et qui sont nos bienfaiteurs ? » Pilate dit : « Votre Dieu vous a fait sortir d'Egypte et de votre cruelle servitude, et il vous a protégés sur la mer, asséchée sous vos pas, et dans le désert il vous a nourris par la manne et les cailles, et de l'eau d'un rocher il vous a désaltérés, et il vous a donné la Loi ! Et après tous ces bienfaits, vous avez allumé sa colère et vous vous êtes épris d'un veau coulé dans le métal et vous avez tellement exaspéré votre Dieu qu'il a résolu de vous faire périr ! Moïse a intercédé pour vous et vous n'êtes pas morts. Et vous venez maintenant me reprocher de haïr mon empereur ! »
3. Il se leva de son siège et il se dirigeait vers la sortie. Les Juifs s'écrièrent : « Nous reconnaissons pour roi César, pas Jésus ! Or les mages lui ont apporté d'Orient des cadeaux comme à un souverain. Et quand Hérode eut appris par ces mages qu'un roi était né, il voulut le faire périr. Joseph son père l'ayant su, prit l'enfant et sa mère, et ils s'enfuirent en Egypte. A cette nouvelle, Hérode ordonna le massacre des enfants hébreux nés à Bethléem. »
4. Ces discours alarmèrent Pilate. Il imposa silence aux foules bruyantes et leur dit : « C'est donc cet homme que recherchait Hérode ? - Oui, répondirent les Juifs, c'est lui ! »
Alors Pilate prit de l'eau et se lava les mains, face au soleil, disant : « Je suis pur du sang de ce juste ! A vous de voir ! » A nouveau les clameurs fusèrent parmi les Juifs : « Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! »
5. Pilate fit tirer le rideau de la tribune où il siégeait, et il dit à Jésus : « Ta nation a démenti que tu fusses roi. Voici ma sentence : tu seras d'abord flagellé selon la coutume de nos pieux empereurs, ensuite cloué en croix, dans le jardin où l'on t'a arrêté. Deux malfaiteurs, Dysmas et Gestas, seront crucifiés avec toi. »

10.1. Jésus sortit du prétoire accompagné des deux larrons. Lorsqu'ils furent sur place, on le dépouilla de ses vêtements, on le ceignit d'un linge et on lui posa une couronne d'épines sur la tête. Et l'on crucifia avec lui les deux larrons. Jésus disait : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu'ils font. » Puis les soldats se partagèrent ses vêtements et le peuple se tenait là, regardant. Les grands prêtres et avec eux les chefs le narguaient, disant : « Il en a sauvé d'autres. Qu'il se sauve lui-même ! S'il est le fils de Dieu, qu'il descende de la croix ! » Et les soldats aussi le bafouaient ; ils s'approchaient de lui, lui présentaient du vin aigre mêlé de fiel et disaient : « Tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même. »
Après la sentence, ordre avait été donné de porter sur un écriteau en lettres grecques, romaines et hébraïques le motif de sa condamnation, tel que les Juifs l'avaient énoncé : « Celui-ci est le roi des Juifs. »
2. Un des malfaiteurs suspendus à la croix lui disait : « Si tu es le Christ, sauve-toi toi-même, et nous aussi. »
Mais Dysmas prit la parole et le réprimanda : « N'as-tu pas crainte de Dieu, toi qui subis la même peine ? Pour nous, c'est justice. Nous payons nos actes ; mais lui n'a rien fait de mal. » Et il disait : « Seigneur, souviens-toi de moi dans ton royaume. » Et Jésus lui répondit : « En vérité, en vérité, je te le dis, dès aujourd'hui, tu seras avec moi dans le paradis. »

11.1. C'était environ la sixième heure et l'obscurité se fit sur la terre jusqu'à la neuvième heure, le soleil s'étant éclipsé. Et le voile du temple se déchira par le milieu.
D'une voix forte, Jésus s'écria : « Père, Baddoch efkid ruel », ce qui signifie : « Entre tes mains je remets mon esprit. » Il dit, et il expira.
A la vue de ce qui était arrivé, le centurion glorifia Dieu, disant : « Cet homme était un juste ! » Et les foules qui étaient accourues pour assister au spectacle, s'en retournaient en se frappant la poitrine.
2. Le centurion rapporta les événements au gouverneur. Alors Pilate et sa femme entrèrent dans une
profonde affliction et ce jour-là ils ne touchèrent plus ni mets ni boisson. Pilate, ayant convoqué les Juifs, leur dit : « Avez-vous vu ce qui est arrivé ? » Ils répondirent : « Il y a eu une éclipse de soleil. Nous en avons l'habitude.
3. Ses amis se tenaient à distance, ainsi que les femmes qui l'avaient accompagné depuis la Galilée et qui voyaient cela. Survint un homme, appelé Joseph, membre du Conseil, il était d'Arimathie et il avait foi dans le Royaume de Dieu. Il s'approcha de Pilate et lui demanda le corps de Jésus. Puis il le descendit de la croix, le roula dans un linceul tout blanc, et le plaça dans une tombe taillée dans le roc, où personne encore n'avait été mis.

12.1. Quand ils surent que Joseph avait demandé le corps de Jésus, les Juifs le cherchèrent, lui et les douze hommes qui avaient soutenu que Jésus était né régulièrement; ils cherchaient aussi Nicodème et bien d'autres encore, qui étaient accourus devant Pilate pour lui faire connaître les bienfaits de Jésus.
Tous s'étaient cachés. Seul Nicodème parut devant les Juifs, parce qu'il était l'un des principaux d'entre eux. Et il leur demanda : « Comment êtes-vous entrés dans la synagogue ? » Et les Juifs répondirent : « Et toi, comment y es-tu entré ? Tu es son complice, partage donc le même sort que lui dans le siècle futur ! » Nicodème répondit : « Amen, amen ! »
A son tour, Joseph sortit et leur dit : « Pourquoi vous êtes-vous irrités de ce que je demande le corps de Jésus ? Voici, je l'ai placé dans mon tombeau neuf, après l'avoir enveloppé d'un linceul tout blanc, et j'ai roulé la pierre devant la porte du caveau. Mais vous, vous avez mal agi envers ce juste, que vous avez crucifié sans remords et que vous avez même transpercé d'un coup de lance. »
Les Juifs empoignèrent Joseph et décidèrent de le faire garder jusqu'au lendemain du sabbat. « Sache bien, lui dirent-ils, que seule, l'heure nous empêche de te châtier, puisque le sabbat commence. Mais sache-le aussi, tu ne mérites pas même une sépulture. Nous jetterons ta chair aux oiseaux du ciel. » Joseph riposta : « Vous parlez avec l'arrogance de Goliath, qui insulta le Dieu vivant et le saint David ! Or Dieu répondit par le prophète : A moi la vengeance ! C'est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. Et aujourd'hui l'incirconcis selon la chair, mais circoncis par le coeur, a pris de l'eau et s'est lavé les mains, à la face du soleil, disant : Je suis pur du sang de ce juste ! A vous de voir ! Et vous avez dit à Pilate : Que son sang retombe sur nous et sur nos enfants ! En vérité, je crains que la colère du Seigneur déjà ne s'abatte sur vous et sur vos enfants, comme vous l'avez dit. »
Ces mots exaspérèrent les Juifs. Ils se saisirent de Joseph et l'enfermèrent dans une maison sans fenêtre, postèrent des gardes à l'entrée et scellèrent la porte derrière laquelle Joseph était captif.
2. Au sabbat, chefs de la synagogue, prêtres et lévites convinrent de se réunir à la synagogue le jour suivant. Les délibérations commencèrent tôt : quelle mort infligerait-on à Joseph ? Ils décidèrent de le faire comparaître séance tenante. Mais quand ils ouvrirent sa porte, ils ne le trouvèrent pas à l'intérieur. Le peuple entier fut stupéfait et même saisi de terreur quand il s'aperçut que les sceaux étaient intacts et que Caïphe avait gardé la clef. Et ils n'osèrent plus lever la main sur ceux qui devant Pilate avaient pris la défense de Jésus.

13.1. Ils siégeaient encore dans la synagogue, mal remis de leur étonnement, quand arrivèrent quelques membres de la garde que les Juifs avaient demandée à Pilate, et qu'ils avaient chargée de surveiller le tombeau de Jésus et d'empêcher ses disciples de venir le prendre. Ils racontèrent les événements aux chefs de la synagogue, aux prêtres et aux lévites : « Il s'est fait un grand tremblement, et nous avons vu un ange descendre du ciel, et il a roulé la pierre qui fermait le caveau et s'est assis dessus. Il étincelait comme la neige et comme l'éclair. En proie à une grande frayeur, nous tombâmes, à moitié morts. Et nous entendîmes la voix de l'ange : il parlait aux femmes debout près du sépulcre : soyez sans crainte, vous ! Je sais que vous cherchez Jésus, le crucifié. Il n'est pas ici. Il est ressuscité selon ce qu'il avait dit ! Venez et regardez l'endroit où avait été déposé le Seigneur. Et vite allez dire à ses disciples qu'il s'est relevé d'entre les morts et qu'il est en Galilée. »
2. Les Juifs dirent : « Qui étaient ces femmes à qui il parlait ? - Nous ignorons qui elles étaient », répondirent les gardes. Les Juifs : « Quelle heure était-il ? » Les gardes : « Minuit. » Les Juifs : « Et pourquoi ne les avez-vous pas arrêtées ? » Les gardes : « Nous étions morts de peur, et désespérions de jamais revoir la lumière du jour. Comment aurions-nous pu les arrêter ? » Les Juifs : « Aussi vrai que vit le Seigneur, nous ne vous croyons pas. » Les gardes dirent aux Juifs : « Vous avez rencontré en cet homme des signes aussi grands et ne l'avez pas cru. Pourquoi croiriez-vous des gens comme nous ? Mais vous avez bien fait de jurer par la vie du Seigneur, car il est vivant ! » Les gardes reprirent : « Il paraît que vous avez enfermé l'homme qui avait réclamé le corps de Jésus ; que vous avez scellé sa porte, mais quand vous l'avez ouverte, vous ne l'avez pas trouvé. Donnez-nous donc Joseph, et nous vous donnerons Jésus ! » Les Juifs répondirent « Joseph est rentré chez lui. » Les gardes répliquèrent :
« Et Jésus est ressuscité, c'est l'ange qui nous l'a dit. Il se trouve en Galilée. »
3. Ces propos inquiétaient les Juifs. Ils dirent : « Il ne faut pas que cette nouvelle s'ébruite et que tous se convertissent à Jésus. » Et après avoir délibéré, ils se cotisèrent et remirent un bon pécule aux soldats avec cette consigne : « Dites que la nuit, pendant que vous dormiez, ses disciples sont venus et l'ont dérobé. Si l'affaire parvient aux oreilles du gouverneur, nous nous chargeons de l'amadouer et nous vous épargnerons les ennuis. » Les soldats empochèrent l'argent et firent comme on leur avait dit.

14.1. Phinéès, un prêtre, Adas, un docteur et Aggée, un lévite, s'étant rendus de Galilée à Jérusalem firent ce récit aux chefs de la synagogue, aux prêtres et aux lévites : « Nous avons vu Jésus et ses disciples, assis sur la montagne appelée Milkom, et il disait à ses disciples Allez par le monde entier, proclamez à toute la création : celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; celui qui ne croira pas, sera condamné. Et voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru ; par mon nom ils chasseront les démons, ils parIeront en langues nouvelles ; ils prendront des serpents, et s'ils boivent quelque poison mortel, ils n'en éprouveront aucun mal ; ils imposeront les mains aux malades et ceux-ci seront guéris. Jésus parlait encore à ses disciples, quand nous le vîmes enlevé au ciel. »
2. Anciens, prêtres et lévites dirent : « Rendez gloire au Dieu d'Israël et confessez son nom, si vraiment vous avez entendu et vu ce que vous racontez là ! » Les narrateurs se récrièrent : « Aussi vrai que vit le Seigneur et le Dieu de nos pères, Abraham, Isaac et Jacob, nous avons bien entendu son discours et nous l'avons vu s'élever dans le ciel. » Anciens, prêtres et lévites reprirent : « Mais pourquoi êtes-vous venus ? Pour nous annoncer cette nouvelle ou pour vous acquitter d'un voeu fait à Dieu ? - Pour nous acquitter d'un voeu », répondirent-ils. Anciens, prêtres et lévites déclarèrent alors : « Si vous êtes venus vous acquitter d'un voeu, à quoi bon avoir débité vos niaiseries devant tout le peuple ? »
Phinéès le prêtre, Adas le docteur et Aggée le lévite dirent aux chefs de la synagogue, aux prêtres et aux lévites : « Si les paroles que nous avons dites et dont nous témoignons constituent un péché, eh bien, nous sommes ici devant vous. Faites de nous ce que bon vous semble. »
Ils prirent la loi et les firent jurer de ne répéter à personne ce qu'ils avaient dit. Puis, ils leur donnèrent à manger et à boire et les chassèrent de la ville, en leur donnant de l'argent et trois hommes pour les raccompagner jusqu'en Galilée. Et ils rentrèrent sans incident.
3. Pendant que ces hommes regagnaient la Galilée, les grands prêtres, les chefs de la synagogue et les Anciens se réunirent dans la synagogue. Ils fermèrent la porte et donnèrent libre cours à leurs lamentations. » Quel est ce signe qui surgit à Jérusalem ? » gémissaient-ils. Anne et Caïphe leur dirent : « Qu'avez-vous à trépigner et à pleurer ? Ne savez-vous pas que les disciples leur ont donné de l'or avec mission de dire qu'un ange du Seigneur était descendu et avait roulé la pierre à l'entrée du tombeau ? » Mais les prêtres et les Anciens rétorquèrent : « Passe encore que les disciples aient dérobé son corps. Mais comment son âme a-t-elle rejoint ce corps et se trouve-t-elle en Galilée ? » Nul ne put expliquer ce mystère. Ils finirent par bredouiller : « Nous ne devons pas nous fier à des incirconcis. »

15.1. Nicodème se leva, et debout devant le Conseil, il dit : « Vous parlez fort bien ! Mais, l'ignorez-vous donc, peuple du Seigneur ? les gens qui sont descendus de Galilée craignent Dieu ; ils ont assez de bien et sont parfaitement désintéressés. Ce ne sont pas des fanatiques. Ils vous ont affirmé sous serment qu'ils avaient vu Jésus sur le mont Milkom avec ses disciples, auxquels il enseignait tout ce que vous avez entendu là, puis ils l'ont vu enlevé au ciel. Mais nous avons omis de leur demander de quelle façon il avait été enlevé. Les Saintes Ecrijtures nous ont appris qu'Elie aussi fut enlevé au ciel. Elisée l'appela d'une voix forte et Elie lui lança son manteau. Elisée jeta ce manteau dans le Jourdain, et il le traversa et gagna Jéricho. Et les fils des prophètes vinrent au-devant de lui et lui dirent : " Elisée, où est ton seigneur Elie ?" Il dit qu'il avait été enlevé au ciel. Et ils dirent à Élisée : "l'Esprit ne l'a-t-il pas plutôt emporté sur l'une des montagnes ? prenons nos serviteurs et partons à sa recherche." Elisée consentit et les accompagna. Ils le cherchèrent en vain pendant trois jours et admirent l'idée de son enlèvement.
« Et maintenant, écoutez-moi : envoyons des hommes par tout le territoire d'Israël et voyons si par hasard le Christ n'aurait pas été enlevé par un esprit et déposé sur l'une des montagnes. »
Cette idée convint à tous. Ils dépêchèrent des éclaireurs dans tout le pays d'Israël et ils cherchèrent Jésus, mais sans succès. A Arimathie, ils trouvèrent Joseph ; personne n'osa l'arrêter.
2. Ils firent prévenir les Anciens, les prêtres et les lévites : « Nous avons parcouru Israël en tout sens : pas de Jésus ! Mais nous avons trouvé Joseph à Arimathie. » Les chefs de la synagogue, les prêtres et les lévites furent heureux d'avoir des nouvelles de Joseph. Ils rendirent grâces au Dieu d'Israël et tinrent conseil pour savoir de quelle manière ils le rencontreraient. Puis ils prirent une feuille de papier et écrivirent ces mots à Joseph : « Paix à toi ! Nous avons conscience d'avoir péché contre Dieu et contre toi. Mais nous demandons à Dieu de te faire revenir auprès de tes pères et de tes enfants. Car nous nous sommes morfondus de ne pas te trouver en ouvrant ta porte. Nous le confessons, nous étions pleins de méchantes pensées à ton égard. Mais le Seigneur t'a pris sous sa garde et il a déjoué le complot que nous montions contre toi, vénéré père Joseph ! »
3. Ils choisirent parmi tout Israël sept hommes, amis de Joseph et bien connus de lui. Les chefs de la synagogue, les prêtres et les lévites leur dirent : « Attention ! S'il prend et lit notre lettre, cela indique qu'il reviendra chez nous en votre compagnie. Mais s'il refuse de la lire, entendez qu'il est mal disposé envers nous. Donnez-lui le baiser de paix et revenez. »
Ils bénirent les voyageurs et les laissèrent aller. Ceux-ci s'en furent trouver Joseph. Ils se rosternèrent devant lui et dirent : « Paix à toi ! - Paix à vous et à tout le peuple d'Israël ! » répondit-il.
Ils lui remirent la lettre. Joseph la prit, la lut, la baisa et rendit grâces à Dieu en ces termes : « Béni soit le Seigneur Dieu, qui a épargné à Israël de verser un sang innocent ! Béni soit le Seigneur qui a envoyé son ange, pour me couvrir de ses ailes ! » Puis il leur dressa une table. Ils mangèrent, burent et dormirent chez lui.
4. A l'aube ils se levèrent et prièrent. Puis Joseph sella son ânesse et partit avec ces hommes. Ils arrivèrent à la ville sainte de Jérusalem et tout le peuple accourut au-devant de Joseph en criant : « Paix à toi ! Sois le bienvenu ! » Et il répondit à tout le peuple : « Paix à vous ! » Tous l'embrassèrent et prièrent à ses côtés. Sa vue les remplissait de joie.
Nicodème le reçut chez lui et donna un grand festin où il invita Anne, Caïphe, les Anciens, les prêtres et les lévites, tout heureux de manger et boire en sa compagnie. Puis on chanta des hymnes et chacun rentra chez soi Joseph demeura chez Nicodème.
5. Le lendemain, qui était un vendredi, chefs de la synagogue, prêtres et lévites se rendirent en hâte chez Nicodème. Celui-ci sortit à leur rencontre et leur dit : « Paix à vous ! » Ils firent écho : « Paix à toi et à Joseph, à toute ta maison et à la sienne ! » Il les fit entrer. Tout le Conseil prit place et Joseph vint s'asseoir entre Anne et Caïphe. Mais nul n'osait lui adresser la parole.
Alors Joseph dit : « Pourquoi m'avez-vous convoqué ? » Ils firent signe à Nicodème de lui répondre. Celui-ci ouvrit la bouche et dit à Joseph : « Eh bien, les vénérables docteurs, les prêtres et les lévites aimeraient entendre de toi une parole. - Dites-moi donc laquelle », dit Joseph. Anne et Caïphe prirent le livre de la loi et adjurèrent Joseph en ces termes : « Glorifie le Dieu d'Israël et confesse son nom ! Adjuré par le prophète Josué, Achar ne faillit pas à ses serments, mais il lui révéla l'entière vérité, sans en omettre un mot. Toi non plus, ne nous cache rien. »
Joseph répondit : « Je ne vous cacherai rien. » Ils lui dirent : « Nous étions très fâchés que tu aies demandé le corps de Jésus, que tu l'aies roulé dans un linceul tout blanc et déposé dans le tombeau. C'est pour cela que nous t'avons enfermé dans une maison sans fenêtre, que nous avons muni l'entrée de clés et de cachets, tandis que des gardes surveillaient ta captivité. Mais le lendemain, quand nous ouvrîmes la porte, tu avais disparu. Cela nous plongea dans de cruelles alarmes et jusqu'à hier, le peuple du Seigneur était tout désemparé. A présent donc, raconte-nous ce qui s'est passé. »
6. Joseph prit la parole : « Vous m'avez enfermé le vendredi, vers la dixième heure, et je suis resté là tout le sabbat. Mais à minuit, tandis que j'étais debout à prier, la maison où vous m'aviez enfermé se souleva par les quatre coins et une sorte d'éclair vint éblouir mes yeux. Epouvanté, je tombai à terre. Alors quelqu'un me prit par la main et m'enleva de l'endroit où je gisais, et une eau fraîche coula sur moi de la tête aux pieds, tandis que des effluves de myrrhe emplissaient mes narines. Il m'essuya le visage, m'embrassa et me dit : « Ne crains pas, Joseph. Ouvre tes yeux et regarde quel est celui qui te parle. » Levant mon regard, je vis Jésus. Mes frayeurs redoublèrent. Je pensai que c'était un fantôme et je me mis à réciter les commandements. Mais il les récita avec moi. Or vous ne l'ignorez pas, quand un fantôme entend réciter près de lui les commandements, il prend la fuite. Voyant qu'il les disait avec moi, je m'écriai : « Rabbi Élie! » Il me dit : « Je ne suis pas Elie. - Qui es-tu, Seigneur, lui dis-je. Et il me dit : - Je suis Jésus. Tu as demandé mon corps à Pilate, puis tu m'as enveloppé dans un pur linceul et tu as couvert mon visage d'un suaire, puis tu m'as déposé dans ton caveau neuf et tu as roulé une grande pierre à l'entrée de la tombe. »
Et je dis à celui qui me parlait : « Viens me montrer l'endroit où je t'ai placé. » Il me conduisit à cet endroit et me le montra. Le linceul y traînait encore, et le suaire qui avait couvert son visage. Alors j'eus la preuve qu'il était Jésus.
Il me prit par la main et toutes portes closes, me transporta au milieu de ma demeure. Il me conduisit auprès de mon lit et me dit : « Paix à toi ! » Il m'embrassa encore et ajouta : « Tu ne sortiras pas de chez toi avant quarante jours. Car voici, je vais rejoindre mes frères, en Galilée. »

16.1. En écoutant le récit de Joseph, les chefs de la synagogue, les prêtres et les lévites défaillirent et restèrent prostrés à terre. Ils ne touchèrent plus à la nourriture jusqu'à la neuvième heure. C'est alors que Nicodème qui était aux côtés de Joseph, interpella Anne et Caïphe, les prêtres et les lévites : « Debout ! Remettez-vous sur vos pieds, et prenez courage : demain est le sabbat du Seigneur. » Ils se relevèrent et après avoir invoqué Dieu, ils mangèrent et burent, puis chacun s'en retourna chez soi.
2. Le jour du sabbat, nos docteurs siégèrent, ainsi que prêtres et lévites. Ils discutaient entre eux, disant : « Quelle est cette colère qui s'est abattue sur nous ? Nous Connaissons pourtant son père et sa mère. »
Lévi un docteur, déclara : « J'ai connu ses parents : ils craignaient Dieu et ne négligeaient pas la prière. Trois fois l'an, ils versaient la dîme. Lorsque Jésus naquit, ils l'emmenèrent en ce lieu-ci et offrirent à Dieu sacrifices et holocaustes. Et le grand docteur Syméon le prit dans ses bras et dit : « Maintenant tu peux laisser aller en paix ton serviteur, ô Maître, comme tu l'as promis. Car mes yeux ont vu ton salut, préparé à la face de tous les peuples, lumière pour éclairer les nations et gloire de ton peuple Israël. »
Puis Syméon les bénit et dit à Marie sa mère : « J'ai à t'annoncer une grande nouvelle au sujet de cet enfant. »
Marie demanda : « Est-ce une bonne nouvelle, mon Seigneur ? »
Syméon lui répondit : « C'est une bonne nouvelle. Voici, cet enfant est là pour la chute et le relèvement de beaucoup en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction. Et toi-même, une épée te transpercera l'âme, afin que de bien des coeurs soient révélées les pensées ! »
3. Ils dirent à Lévi, le docteur : « Comment sais-tu cela ? » Lévi répondit : « Ignorez-vous que c'est auprès de Syméon que j'ai étudié la Loi ? » Le Conseil lui dit : « Nous voulons voir ton père. » Et ils l'envoyèrent chercher. Puis ils l'interrogèrent, et celui-ci leur dit : « Pourquoi n'avez-vous pas cru mon fils ? Le bienheureux et juste Syméon lui a bien enseigné la Loi. » Le Conseil demanda : « Rabbi Lévi, c'est donc la vérité que tu as dite ? » Il répondit : « C'est la vérité. »
Les chefs de la synagogue, les prêtres et lévites dirent entre eux : « Eh bien, envoyons chercher en Galilée les trois hommes qui étaient venus nous informer de son enseignement et de son assomption. Il faut qu'ils nous expliquent ce qu'ils ont vu de cet enlèvement. »
Cette suggestion convint à tous. Ils reprirent les trois hommes qui les avaient déjà escortés en Galilée et leur donnèrent ces instructions : « Dites au rabbi Adas, au rabbi Phinéès et au rabbi Aggée : Paix à vous et à tous ceux qui vivent avec vous ! De graves débats se sont élevés dans notre Conseil. Aussi avons-nous chargé ces messagers de vous faire venir dans la sainte ville de Jérusalem. »
4. Les messagers partirent en Galilée, et ils trouvèrent leurs hommes assis, étudiant la Loi. Ils leur donnèrent le baiser de paix. Les Galiléens dirent aux voyageurs : « Paix à tout Israël! » Les autres répondirent : « Paix à vous ! » Les premiers reprirent : « Quel est l'objet de votre visite ? » Et les envoyés répondirent : « Le Conseil vous mande dans la sainte ville de Jérusalem. »
5. Quand ils surent qu'ils étaient appelés au Conseil, les hommes invoquèrent Dieu, puis ils s'attablèrent avec leurs hôtes, mangèrent et burent et enfin se levèrent et se rendirent sans incident à Jérusalem.
Le lendemain, le Conseil, réuni dans la synagogue, leur demanda : « Avez-vous réellement vu Jésus assis sur la montagne de Milkom, enseignant ses onze disciples, puis l'avez-vous vu enlevé au ciel ? » Ses interlocuteurs leur firent cette réponse : « Ce que nous avons vu de cet enlèvement, nous l'avons dit. »
6. Anne s'entêta : « Prenez-les un à un, dit-il, et voyons si leurs témoignages concordent. » Ils les séparèrent. Adas fut appelé le premier : « Rabbi, dirent-ils, qu'as-tu vu de cet enlèvement ? » Adas répondit : « Il était encore assis sur le mont Milkom et il enseignait ses disciples, quand nous vîmes une nuée le couvrir de son ombre, lui et ses disciples, et la nuée l'emporta dans le ciel, tandis que ses disciples gisaient, front contre terre. »
Ils appelèrent Phinéès le prêtre et l'interrogèrent : « Qu'as-tu vu de l'enlèvement de Jésus ? » La réponse fut la même. Ils interrogèrent aussi Aggée, qui leur fit une semblable déposition.
Alors le Conseil déclara : « Il est dit dans la Loi de Moïse : C'est au dire de deux ou trois témoins que la cause sera établie »
Buthem le docteur dit : « Il est écrit dans la Loi : Enoch marchait avec Dieu, puis il disparut, car Dieu l'emporta. » Jaïre le docteur dit : « Nous avons entendu parler de la mort du saint Moïse, mais nous ne l'avons pas vu ; car il est écrit dans la loi du Seigneur : Et Moïse mourut sur ordre du Seigneur, et nul, à ce jour, ne connaît son tombeau » Et le rabbi Lévi dit : « Pourquoi le rabbi Syméon a-t-il dit quand il vit Jésus : Voici, il est là, pour la chute et le relèvement du grand nombre en Israël, et pour être un signe en butte à la contradiction ? »
Et le rabbi Isaac dit : « Il est écrit dans la Loi : voici que j'envoie mon messager devant ta face ; il marchera devant toi pour te garder jusqu'au bout dans ce bon chemin. Car en lui mon nom est invoqué. »
7. Alors Anne et Caïphe dirent : « Vous avez fort justement çité la Loi de Moïse où il est dit que nul n'a vu la mort d'Enoch et nul n'a raconté celle de Moïse. Mais Jésus, lui, a parlé à Pilate. Nous l'avons vu essuyer en plein visage gifles et crachats. Et les soldats le couronnèrent d'épines. Il fut flagellé et il reçut la sentence de Pilate, et il fut crucifié au lieu du Crâne ainsi que deux larrons, et on lui fit boire du vin aigre mêlé de fiel, et le soldat Longin lui transperça le flanc de sa lance, et Joseph notre père vénéré demanda son corps, et il ressuscita, comme il l'avait dit, et comme viennent de le rappeler ces trois docteurs, disant : " Nous l'avons vu emporté vers le ciel", et le rabbi Lévi a confirmé les propos tenus par le rabbi Syméon, "Voici, a-t-il dit, celui-ci est là, pour la chute et le relèvement d'un grand nombre en Israël, et il sera un signe en butte à la contradiction".. »
Tous les docteurs dirent à tout le peuple du Seigneur : « Si par le Seigneur cette chose étonnante s'est produite sous nos yeux, sachez-le bien, maison de Jacob, qu'il est écrit : Tout pendu au bois est malédiction !. Un autre texte enseigne : « Les dieux qui n'ont pas fait le ciel et la terre périront. » Prêtres et lévites se dirent entre eux : « Si sa mémoire dure jusqu'à Sommos dit aussi Jobel, sachez que son règne est éternel et qu'il se lèvera un peuple nouveau. »
Alors les chefs de la synagogue, les prêtres et les lévites exhortèrent tout Israël, disant : « Maudit l'homme qui adorera des oeuvres faites de main d'homme et maudit l'homme qui adorera la créature au lieu du Créateur ! » Et tout le peuple répondit : « Amen ! Amen ! »
8. La foule chanta des hymnes au Seigneur et elle dit : « Béni soit le Seigneur qui accorda le repos au peuple d'Israël comme il l'avait promis. Il ne s'est pas perdu une seule parole de toutes celles qu'il avait dites à Moïse son serviteur. Que le Seigneur notre Dieu soit avec nous, comme il l'était avec nos pères. Qu'il ne nous entraîne pas à notre perte, afin que nous puissions convertir à lui notre coeur, et marcher dans toutes ses voies, garder ses commandements et les jugements qu'il a légués à nos pères. Et le Seigneur règnera sur toute la terre en ces jours-là. Et il sera le seul Seigneur, et le seul nom, le Seigneur notre roi !
« Lui-même nous sauvera. Il n'est personne qui te ressemble, Seigneur, tu es grand, Seigneur et grand est ton nom ! Dans ta puissance, guéris-nous, Seigneur, et nous serons les guéris ! Sauve-nous, Seigneur, et nous serons les sauvés ! Car nous sommes ta part et ton héritage. Et le Seigneur n'abandonnera pas son peuple, à cause de son nom magnifique. Car le Seigneur a commencé de faire de nous son peuple. »
Quand ils eurent ainsi chanté, chacun rentra chez soi, louant Dieu, dont la gloire est aux siècles des siècles, amen !


DESCENTE DE JÉSUS AUX ENFERS

17.1. Joseph dit : « Pourquoi vous étonner de la résurrection de Jésus ? Elle n'est pas étonnante. Etonnons-nous plutôt qu'il n'ait pas ressuscité seul. Il a relevé un grand nombre de morts, que beaucoup ont vus à Jérusalem. Vous ne les connaissez pas tous. Mais au moins connaissez-vous Syméon qui reçut Jésus dans ses bras et ses deux fils par lui ressuscités. Nous les avions ensevelis peu avant. Aujourd'hui on peut voir leurs tombes ouvertes et vides. Eux-mêmes sont vivants et habitent Arimathie. »
Ils envoyèrent de leurs gens pour vérifier que les tombes étaient bien ouvertes et vides. Joseph reprit « Allons à Arimathie ; nous les rencontrerons. »
2. Alors les grands prêtres, Anne, Caïphe, Joseph, Nicodème, Gamaliel et les autres se levèrent et se rendirent à Arimathie. Ils les trouvèrent, comme Joseph l'avait dit. Après les prières et les embrassements, ils reprirent avec eux la route de Jérusalem et les firent entrer dans la synagogue, dont ils fermèrent les portes avec soin. Puis les grands prêtres leur mirent en mains l'Ancien Testament des Juifs et leur dirent : « Nous aimerions qu'après avoir prêté serment par le Dieu d'Israël et d'Adonaï, vous nous disiez la vérité : comment avez-vous ressuscité et qui vous a ressuscités des morts ? »
3. A ces mots, les ressuscités se signèrent le front et dirent aux grands prêtres : « Donnez-nous du papier, de l'encre et une plume. » On leur apporta ces objets. Ils s'assirent et écrivirent ce qui suit

18.1. « Seigneur Jésus-Christ, résurrection et vie du monde, permets-nous de raconter ta résurrection et les merveilles que tu as accomplies en enfer. Nous y étions avec tous ceux qui se sont endormis depuis l'origine. A minuit, une lumière aussi vive que le soleil perça les ténèbres. Nous fûmes illuminés, et nous pouvions nous voir les uns les autres. Et aussitôt, les patriarches et les prophètes se joignirent à Abraham notre père, et au comble de la joie, ils se disaient entre eux : « Cette lumière provient de la grande lumière. » Le prophète Isaïe s'écria : « C'est la lumière du Père, du Fils et du Saint-Esprit. Je l'avais annoncée de mon vivant, par ces mots : Terre de Zabulon, terre de Nephtali, le peuple assis dans les ténèbres a vu une grande lumière. »
2. Puis un homme se présenta sous l'aspect d'un ermite du désert, et les patriarches l'interpellèrent : « Qui es tu ? » Il répondit : « Je suis Jean, le dernier des prophètes, j'ai aplani les chemins du Fils de Dieu, et j'ai prêché le repentir au peuple, pour la rémission de ses péchés. Et le Fils de Dieu est venu vers moi, et quand de loin je l'ai vu, j'ai dit au peuple : Voici l'agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. Je l'ai baptisé de ma main, dans l'eau du Jourdain, et j'ai vu l'Esprit saint, tel une colombe, descendre sur lui. Et j'ai entendu la voix de Dieu notre Père qui disait : Celui-ci est mon fils bien-aimé ; il a toute ma faveur.
« Et il m'a envoyé aussi parmi vous, vous annoncer que le Fils unique de Dieu viendrait ici afin que quiconque croit en lui soit sauvé et quiconque n'y croit pas, condamné. Aussi vous le dis-je à tous, quand vous le verrez, adorez-le. Voici les derniers jours où vous pouvez vous repentir et des cultes que vous avez rendus aux idoles dans le vain monde d'en haut, et des péchés que vous avez commis. Après, il sera trop tard. »

19. Tandis que Jean enseignait ainsi les foules de l'enfer, Adam le premier formé et le premier père, dit à son fils Seth : « Mon fils, je veux que tu exposes aux premiers pères de l'humanité et aux prophètes, le voyage que je t'ai fait entreprendre, lorsque je me couchais pour mourir. » Et Seth parla : « Prophètes et patriarches, écoutez. Mon père Adam, le premier formé, sentant venir sa fin, m'envoya tout près des portes du paradis ; je devais prier Dieu de me conduire par la main d'un ange à l'arbre de la miséricorde, et me laisser récolter de son huile pour en oindre mon père, et lui rendre ainsi ses forces. J'y allais. Quand j'eus prié, l'ange du Seigneur parut et me dit : Que demandes-tu, Seth ? Tu désires une huile qui guérit les malades et sauvera ton père ? Crois-tu trouver l'arbre qui produise cette huile ? Non, tu n'obtiendras rien aujourd'hui. Repars donc, et dis à ton père qu'il faut d'abord que cinq mille cinq cents ans s'écoulent à compter de la création du monde. Alors, le Fils unique de Dieu descendra sur terre, en se faisant homme, et il oindra ton père de cette huile et le ressuscitera. Dans l'eau et l'Esprit saint il le lavera, lui et ses descendants. Alors il sera guéri de toute langueur. Mais aujourd'hui, c'est impossible. »
En entendant ces mots, patriarches et prophètes frémirent d'allégresse.

20.1. Tandis qu'ils se réjouissaient tous à la fois, Satan, l'héritier des ténèbres, survint et dit à Hadès : « Toi le glouton et l'éternel affamé, écoute-moi bien. Un Juif, nommé Jésus, se fait appeler fils de Dieu. Ce n'est qu'un homme. Les Juifs l'ont crucifié, je les y ai bien aidés ! Maintenant qu'il est mort, prépare-lui ici de solides entraves. Ce n'est qu'un homme, je sais, dont j'ai surpris cette plainte : Mon âme est triste jusqu'à la mort. Mais il m'a causé beaucoup d'ennuis, au temps où il vivait dans le monde parmi les mortels. Quand il rencontrait mes sujets, il les chassait et les gens que j'avais faits bossus, aveugles, boiteux, lépreux, ou que j'avais affligés d'autres maux, d'une seule parole ils les guérissait. Beaucoup, qui par mes soins étaient prêts pour la tombe, d'une seule parole encore, il les ressuscitait. »
2. Hadès répondit : « Cet homme est capable de pareils exploits avec une seule parole ? Tu ne pourras pas te mesurer à un tel adversaire. Personne, à mon sens, ne lui tiendra tête. Il craint la mort, et tu dis avoir surpris cet aveu, mais il a dit cela en plaisantant : il se moquait de toi. Il compte t'enlever de sa main puissante. Malheur, malheur à toi dans tous les siècles ! »
Satan dit : « O enfer, gueule toujours béante, tu as donc si peur lorsqu'on te parle de notre ennemi commun ? Moi, je n'ai pas tremblé; j'ai excité les Juifs et ils l'ont crucifié ; ils l'ont abreuvé de fiel et de vinaigre. Prépare-toi plutôt, lorsqu'il viendra, à le maîtriser vigoureusement. »
3. Hadès répondit : « Héritier des ténèbres, fils de perdition, ô Diable, tu viens de me dire que d'une seule parole, il ressuscita un grand nombre de gens que grâce à tes bons offices, il ne restait plus qu'à inhumer. S'il a libéré des hommes du tombeau, comment et par quelle vertu le tiendrons-nous enfermé ? Naguère, j'ai englouti un mort du nom de Lazare, et peu après un vivant, par une seule parole, l'a arraché à mes entrailles. Je suppose que c'est celui dont tu me parles. Si nous le recevons ici, nous nous exposons, je le crains, à quelques ennuis avec nos morts. Tous ceux que j'ai engloutis depuis le commencement, je les sens bien agités, et j'en ai le ventre tout endolori. Ce Lazare, qui m'a été ravi le premier, ne me laisse rien augurer de bon. Il s'est envolé de chez moi, non comme un cadavre, mais comme un aigle, si impétueusement la terre le rejeta. Ainsi, je t'en conjure, dans ton intérêt et dans le mien, ne me l'amène pas ici. Car je soupçonne qu'il ne vient ici que pour sauver tous ces pécheurs que sont mes morts. Je te le répète, par notre royaume de ténèbres, si tu le fais descendre, il ne restera plus un seul trépassé en mon pouvoir. »

21.1. Satan et Hadès discutaient ainsi, quand une voix tonna : « Elevez vos frontons, princes. Elevez-vous, portes éternelles, et le roi de gloire entrera. » A ces mots, Hadès dit à Satan : « Va-t-en, si tu es vaillant, et livre-lui bataille. » Satan sortit. Alors Hadès dit à ses démons : « Fermez bien les portes de bronze, poussez les barres de fer, renforcez les verrous, exercez une surveillance sans relâche. Car s'il descend chez nous, il deviendra notre maître. »
2. Nos ancêtres, en entendant ces paroles, éclatèrent en invectives : « Glouton, éternel affamé, disaient-ils, ouvre donc et laisse entrer le roi de gloire. » David le prophète disait : « Ne sais-tu pas, aveugle, que lorsque je vivais sur terre, j'ai lancé cette prophétie : Princes, élevez vos frontons » Isaïe à son tour : « Et moi, averti par le Saint-Esprit, j'ai écrit : Les morts ressusciteront, et ils se réveilleront, ceux qui dorment dans les tombeaux, et ils exulteront, ceux qui vivent sur la terre. Et j'ai dit : Où est, mort, ton aiguillon ? Où, enfer, ta victoire ? »
3. La voix à nouveau retentit : ouvrez vos portes. En entendant cette parole pour la seconde fois, Hadès demanda, comme s'il ne savait pas : « Quel est ce roi de gloire ? » Les messagers du Maître lui dirent : « C'est le Seigneur le fort, le vaillant, le Seigneur vaillant des combats ~. » A peine avaient-ils prononcé ces mots que les portes de bronze se fracassèrent, et les barres de fer se rompirent et tous les morts furent déliés des chaînes qui les retenaient, et nous avec eux. Et le roi de gloire entra, sous l'aspect d'un homme, et les ténèbres de l'enfer devinrent éblouissantes.

22.1. Aussitôt Hadès cria : « Nous sommes vaincus ! Malheur à nous ! Mais qui es-tu donc, toi qui possèdes une telle puissance et un tel empire ? Qui es-tu, toi qui es venu ici exempt de faute ? Toi qui parais petit et réalises de grandes choses, toi qui es humble et sublime, esclave et maître, soldat et roi, toi qui commandes aux morts et aux vivants ? Tu fus cloué en croix et déposé au tombeau, et te voilà soudain libre et tu as anéanti notre royaume. Es-tu ce Jésus, dont Satan, notre chef suprême, nous a parlé, nous disant que la croix et la mort te feraient hériter le monde entier ?
2. Alors le roi de gloire empoigna par le sommet de la tête le chef suprême, Satan, et le livra aux anges, disant : « Mette

z-lui des chaînes aux mains et aux pieds, au cou et à la bouche. » Puis, le donnant à Hadès, il dit : « Prends-le et surveille-le étroitement jusqu'à mon retour. »

23. Hadès reçut Satan et lui dit : « Belzébuth, héritier du feu et du châtiment, ennemi des saints, qu'est-ce qui t'a poussé à faire crucifier le roi de gloire ? Il est descendu chez nous et nous a dépouillés. Retourne-toi et vois il ne me reste plus de morts. Tous ceux que tu avais gagnés par le bois de la connaissance, la croix te les a repris. Tes délices se sont changées en douleur. En voulant tuer le roi de gloire, tu t'es tué toi-même. Je t'ai reçu avec mission de bien te garder. Eh bien, tu sauras d'expérience quels maux je suis capable d'infliger. O chef des diables, prince de la mort, racine du péché, comble du mal ! Quel vice trouvais-tu en Jésus pour désirer sa perte ? Comment as tu osé lui nuire ? Pourquoi as-tu cherché à faire choir dans les ténèbres un homme qui t'a enlevé tous ceux qui depuis l'origine étaient morts ? »

24.1. Hadès parlait encore à Satan quand le roi de gloire étendit sa main, saisit Adam notre premier père, et le ressuscita . Puis, se tournant vers les autres, il dit : « Venez avec moi, vous tous qui devez votre mort au bois que celui-ci a touché. Car voici : je vous relève tous par le bois de la croix ! » Alors il les fit tous sortir, et l'on vit notre premier père Adam rempli de joie : « Je rends grâce à ta magnanimité, Seigneur, disait-il, car tu m'as fait remonter du fond des enfers. » Et tous les prophètes et tous les saints disaient : « Nous te rendons grâces, Seigneur, sauveur du monde, qui as tiré nos vies de la corruption. »
2. Et tandis qu'ils parlaient, le Seigneur bénit Adam en marquant son front du signe de la croix. Il fit le même geste avec les patriarches et les prophètes, les martyrs et les ancêtres, et d'un bond les fit sortir de l'enfer. Et pendant qu'il marchait, les saints pères chantaient derrière lui, et disaient : « Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur. Alléluia. A lui la louange de tous les saints. »

25. Il se rendit au paradis, tenant notre premier père Adam par la main, et il le confia à l'archange Michel, ainsi que tous les justes. Quand ceux-ci eurent franchi la porte du paradis, deux vieillards se présentèrent devant eux, et les saints pères leur dirent : « Qui êtes-vous, vous qui n'avez pas connu la mort et n'êtes pas descendus en enfer, mais qui, de corps et d'esprit, demeurez dans le paradis ? » L'un d'eux répondit : « Je suis Enoch, qui a eu la faveur de Dieu, et qui ai été transporté ici par ses soins. Lui, c'est Elie le thesbite. Nous devons vivre jusqu'à la consommation des temps. Alors nous serons envoyés par Dieu nous battre contre l'Antéchrist; il nous tuera ; après trois jours, nous ressusciterons et une nuée nous enlèvera et nous déposera aux pieds de Dieu.


26. Tandis qu'ils parlaient, un troisième homme arriva, humble, les épaules chargées d'une croix. Les saints pères lui dirent : « Et toi qui ressembles à un larron, qui es-tu ? Et quelle est cette croix sur tes épaules ? » Il répondit : « Comme vous le dites, j'étais un larron, et un malfaiteur dans le monde. Pour cette raison, les Juifs m'arrêtèrent et me condamnèrent à être crucifié en même temps que notre Seigneur Jésus-Christ. Tandis qu'il était suspendu à sa croix, je vis des signes s'accomplir, et je crus en lui. Et je lui parlai en ces termes : « Seigneur, lorsque tu règneras, ne m'oublie pas. » Il me répondit aussitôt : « En vérité, en vérité, je te le dis, aujourd'hui tu seras avec moi dans le paradis. » Je me rendis donc au paradis, chargé de ma croix, et rencontrant l'archange Michel, je lui dis : « Notre Seigneur Jésus le crucifié m'envoie ici. Conduis-moi donc aux portes de l'Eden. » Et quand son épée de feu vit le signe de la croix, elle m'ouvrit et j'entrai. Puis, l'archange me dit : « Attends un peu. Le premier père du genre humain, Adam arrive avec les justes; ils vont entrer. » Et dès que je vous vis, je me précipitais à votre rencontre. »

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l'évangile de Marie

26 Avril 2005 Publié dans #spiritualité

" Qu'est-ce que la matière ? Durera-t-elle toujours ? " Le Maître répondit: " Tout ce qui est né, tout ce qui est crée, tous les éléments de la nature sont imbriqués et unis entre eux. Tout ce qui est composé sera décomposé ; tout reviendra à ses racines ; la matière retournera aux origines de la matière. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. "

Pierre lui dit: " Puisque Tu te fais l'interprète des éléments et des événements du monde, dis-nous: Qu'est-ce que le péché du monde ? " Le Maître dit: " Il n'y a pas de péché. C'est vous qui faites exister le péché lorsque vous agissez conformément aux habitudes de votre nature adultère là est le pêché. Voilà pourquoi le Bien est venu parmi vous ; Il a participé aux éléments de votre nature afin de l'unir de nouveau à ses racines. " Il continua et dit : " Voici pourquoi vous êtes malades et pourquoi vous mourrez, c'est la conséquence de vos actes ; vous faites ce qui vous éloigne... Comprenne qui pourra ! "

 

" L'attachement à la matière engendre une passion contre nature. Le trouble naît alors dans tout le corps; c'est pourquoi je vous dis : «Soyez en harmonie...» Si vous êtes déréglés, inspirez-vous des représentations de votre vraie nature. Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. "

Après avoir dit cela, le Bienheureux les salua tous en disant : " Paix à vous, que ma Paix naisse et s'accomplisse en vous ! Veillez à ce que personne ne vous égare en disant : «Le voici, Le voilà.» Car c'est à l'intérieur de vous qu'est le Fils de l'Homme; allez à Lui: ceux qui Le cherchent Le trouvent En marche ! Annoncez l'Évangile du Royaume. "

 

" N'imposez aucune règle, hormis celle dont je fus le Témoin. N'ajoutez pas de lois à celles de celui qui a donné la Loi, afin de ne pas en devenir les esclaves. " Ayant dit cela, Il partit. Les disciples étaient dans la peine; ils versèrent bien des larmes, disant: " Comment se rendre chez les païens et annoncer l'Évangile du Royaume du Fils de l'Homme ? Ils ne l'ont pas épargné, comment nous épargneraient-ils ? "

Alors, Marie se leva, elle les embrassa tous et dit à ses frères: " Ne soyez pas dans la peine et le doute, car Sa Grâce vous accompagnera et vous protégera: louons plutôt Sa grandeur, car Il nous a préparés. Il nous appelle à devenir pleinement des êtres humains. " Par ces paroles, Marie tourna leurs cÏurs vers le Bien ; ils s'éclairèrent aux paroles du Maître.

 

Pierre dit à Marie: " SÏur, nous savons que le Maître t'a aimée différemment des autres femmes. Dis-nous les paroles qu'Il t'a dites, dont tu te souviens et dont nous n'avons pas la connaissance... " Marie leur dit : " Ce qui ne vous a pas été donné d'entendre, je vais vous l'annoncer: j'ai eu une vision du Maître, et je Lui ai dit: «Seigneur, je Te vois aujourd'hui dans cette apparition.» II répondit : S «Bienheureuse, toi qui ne te troubles pas à ma vue. Là où est l'intellect, là est le trésor.» Alors, je Lui dis: «Seigneur, dans l'instant, celui qui contemple Ton apparition, est-ce par l'âme qu'il voit ? Ou par l'esprit ?» Le Maître répondit: Ni par l'âme ni par l'esprit ; mais l'intellect étant entre les deux, c'est lui qui voit et c'est lui qui [...]»

 

" «Je ne t'ai pas vu descendre, mais maintenant je te vois monter «, dit le Désir, « Pourquoi mens-tu, puisque tu fais partie de moi ? « L'âme répondit: « Moi, je t'ai vue, toi, tu ne m'as pas vue. Tu ne m'as pas reconnue; j'étais avec toi comme avec un vêtement, et tu ne m'as pas sentie. « Ayant dit cela, elle s'en alla toute joyeuse. Puis se présenta à elle la troisième atmosphère, appelé Ignorance ; celle-ci interrogea l'âme, lui demandant: « Où vas-tu ? N'as-tu pas été dominée par un mauvais penchant ? Oui, tu étais sans discernement, et tu as été asservie. « L'âme dit alors : « Pourquoi me juges-tu ? Moi je n'ai pas jugé. On m'a dominée, moi je n'ai pas dominé ; on ne m'a pas reconnue, mais moi, j'ai reconnu que tout ce qui est composé sera décomposé sur la terre comme au ciel. «

 

Libérée de cette troisième atmosphère, l'âme continua de monter. Elle aperçut la quatrième atmosphère. Elle avait sept manifestations. La première manifestation est Ténèbres; la seconde, Désir ; la troisième, Ignorance; la quatrième, Jalousie mortelle; la cinquième, Emprise charnelle; la sixième, Sagesse ivre; la septième, Sagesse rusée. Telles sont les sept manifestations de la Colère qui oppriment l'âme de questions : « D'ou viens-tu, homicide ? Ou vas-tu, vagabonde ? « L'âme répondit: « Celui qui m'opprimait a été mis a mort ; celui qui m'étreignait n'est plus ; mon désir alors s'est apaisé, et je fus délivrée de mon ignorance. «

 

« Je suis sortie du monde grâce à un autre monde ; une représentation s'est effacée Grâce a une représentation plus haute. Désormais je vais vers le Repos où le temps se repose dans l'Éternité du temps. Je vais au Silence «. " Après avoir dit cela, Marie se tut. C'est ainsi que le Maître s'entretenait avec elle. André prit alors la parole et s'adressa à ses frères: " Dites, que pensez-vous de ce qu'elle vient de raconter? Pour ma part, je ne crois pas que le Maître ait parlé ainsi; ces pensées diffèrent de celles que nous avons connues. "

Pierre ajouta : " Est-il possible que le Maître se soit entretenu ainsi, avec une femme, sur des secrets que nous, nous ignorons ? Devons-nous changer nos habitudes, écouter tous cette femme ? L'a-t-Il vraiment choisie et préférée à nous ? "

 

Alors Marie pleura. Elle dit a Pierre: " Mon frère Pierre, qu'as-tu dans la tête ? Crois-tu que c'est toute seule, dans mon imagination, que j'ai inventé cette vision ? ou qu'à propos de notre Maître je dise des mensonges ? " Levi prit la parole : " Pierre, tu as toujours été un emporté ; je te vois maintenant t'acharner contre la femme, comme le font nos adversaires. Pourtant, si le Maître l'a rendue digne, qui es-tu pour la rejeter ? Assurément, le Maître la connaît très bien Il l'a aimée plus que nous. Ayons donc du repentir, et devenons l'être humain dans son intégrité ; laissons-Le prendre racine en nous et croître comme Il l'a demandé. Partons annoncer l'Évangile sans chercher a établir d'autres règles et d'autres lois en dehors de celle dont Il fut le témoin. "

 

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