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Histoire d'Anciens et de Modernes ...

27 Juillet 2017 , Rédigé par R.D Publié dans #histoire de la FM

Le dernier numéro de R.T., consacré à la thématique des "Antients et des Moderns", contient notamment un article que j'ai rédigé sous ce titre : La "Tradition des Anciens" : un mythe historiographique français  

Un essai de déconstruction des légendes urbaines qui trainent encore dans certains milieux maçonniques français...

 A la lumière de ce que l'on vient de voir, une réalité toute simple apparaît : ce qui séparait les Anciens et les Modernes, en Angleterre, sur le plan strictement maçonnique et rituel, tenait à très peu de chose, et cette différence est allée en s'amenuisant très vite, au point qu'il fut très facile d'aplanir définitivement les obstacles qui les séparaient encore à la fin du XVIIIe siècle. 

Il est probable que l'affaire de la loi sur les sociétés illégales (Unlawful Societies Act), en 1799, qui conduisit les deux Grands Maîtres des deux Grandes Loges « rivales » à effectuer une démarche commune auprès des autorités pour exempter toute la franc-maçonnerie des rigueurs de la loi, marqua une étape importante dans le rapprochement – quoique n'ayant pas procédé de l'initiative des Grandes Loges elles-mêmes ! Il faut aussi, sans doute, tenir compte de l'effacement de la génération des fondateurs, lourdement impliquée dans la période la plus violente du conflit, dont Lawrence Dermott lui-même, qui mourut en 1791.

Toujours est-il que la voie vers l'union était pavée depuis longtemps par de multiples croisements des pratiques des uns et des autres, comme nous l'avons vu. Lorsque la Grande Loge des Modernes, en 1809, convoqua une Loge de Promulgation, pour rétablir les « vrais Landmarks », elle se contenta d'adopter « l'ordre ancien des mots » – c'est-à-dire, pour le dire plus justement, l'ordre des mots tel que pratiqué par les Anciens à cette époque –, d'affirmer la nécessité des Diacres et de reconnaître que l'Installation secrète du Maître de Loge était une cérémonie essentielle.

Deux ans après la fin des travaux de la Loge de Promulgation, qui durèrent jusqu'en 1811, soit en 1813, la Loge de Réconciliation n'avait plus qu'à consacrer une Union déjà largement réalisée sur le terrain depuis longtemps.

Une parenthèse de plus de soixante ans s’était refermée. Pour les maçons anglais, il n’y avait ni vainqueur ni vaincu dans une union où peu de distance intellectuelle séparait réellement les protagonistes. Ni la tradition des Modernes, ni celle des « Antients » n’était perdue. Elles n’avaient été, en fin de compte, que deux façons de mettre en scène un contenu maçonnique, philosophique et moral globalement identique, quoique diversement partagé, sur fond de distance sociale, de querelles personnelles et de particularités locales : la nouvelle Grande Loge Unie allait à l’avenir en assumer indistinctement l’héritage. Voilà pourquoi, notons-le au passage, bien qu’elle ait en 1813 adopté pour toutes ses loges certains des usages considérés comme les plus fondamentaux par les Anciens, elle peut sans difficulté célébrer en 2017 son tricentenaire car elle est, au même titre, l’héritière indivise de la Grande Loge des Modernes. Le besoin d’unité qu’éprouvait la Grande Bretagne au début du XIXe siècle, à la fois pour résister à la France de Napoléon et aux germes de révolution venus du Continent mais aussi pour se préparer à son destin impérial dans le monde entier, avait eu finalement raison de ces conflits subalternes dont la dimension purement maçonnique avait toujours été très modeste. 

Une histoire française 

Tout pourrait s’arrêter ici. Pourtant, il n’en est rien : il faut évoquer une « suite française ». Nous entrons à présent dans la confusion documentaire et le mythe historiographique …

Il faut d'abord rappeler que la tradition des Anciens – entendons : les usages maçonniques propres aux Anciens –, n'a jamais pénétré en France pendant tout le XVIIIe siècle. La seule tradition maçonnique connue en France à cette époque fut celle transmise, dans des conditions encore en partie obscures, vers 1725, par des émigrés jacobites, anglais, écossais et irlandais. Peu de temps après, des loges et des maçons parisiens reconnurent d'ailleurs l'autorité de la Grande Loge de Londres – d'obédience hanovrienne.

A partie de ces faits, deux mythes historiographiques se sont constitués en France au cours du XXe siècle essentiellement : le premier affirme une opposition maçonniquement substantielle entre les usages, les principes et les rituels des loges jacobites et ceux des loges hanovriennes1, à Paris notamment ; le second rapproche les écossais jacobites qui figuraient dans les rangs des premiers francs-maçons en France, avec les grades « écossais » qui firent leur apparition à l'orée des années 1730.

Ces deux mythes historiographiques – car il s'agit bien de cela – ont fini par plus ou moins se confondre. Dès le XIXe siècle une historiographe aventureuse voyait déjà dans le personnage emblématique de Ramsay – à la fois écossais et jacobite ! – l'incarnation de cette synthèse, et n'hésitait pas à la créditer de l'invention des premiers hauts grades ! On sait que cette thèse a fait long feu depuis longtemps et ne repose sur rien, sinon sur des confusions et une profonde ignorance de la documentation disponible.

Rappelons ici simplement deux points:

en premier lieu, il n'existe aucun élément documentaire qui permette de soutenir si peu que ce soit que le rituel pratiqué à Paris, dans les années 1725-1735, dans les loges dites « jacobites », ait différé en quoi que ce soit de celui pratiqué dans les autres loges dites « hanovriennes ».

La seule différence mentionnée dans la « loge du Grand Maître » – à l’époque le comte de Derwentwater –, en 1737, est l'usage de l’épée que certains assimilent alors à un ordre de chevalerie et jugent déplacé. Notons ici, pour en sourire, que ce reproche fut aussi formulé, en 1764, par Dermott, à l'encontre...des Modernes ! Pour le dire en peu de mots, cet usage ne suffit certainement pas à établir une distinction fondamentale entre des rituels qui en réalité ne différaient pas, et la présence de l'épée en loge deviendra simplement une des caractéristiques de la maçonnerie française dans son ensemble – alors qu'elle restera proscrite aussi bien chez les Modernes que chez les Anciens pendant tout le XVIIIe siècle, et jusqu'à nos jours au sein de la Grande Loge Unie d'Angleterre...

en second lieu, les grades « écossais » sont une question complexe qu'il n'est pas question d'aborder ici. Toutefois des travaux des années récentes, sur lesquels nous reviendrons dans T., permettront sans doute à l'avenir de jeter un regard neuf, plus précis et plus juste, sur la genèse de ces grades. Il n'en demeure pas moins que leurs premiers témoignages se situent en Angleterre, à Londres et Bath, entre 1733 et 1735 (avec les « Scot Masters »), puis à Berlin et en France aussi bien qu'en Irlande, mais certainement pas en Écosse à cette époque.

Dans le cadre de cet article, c'est cependant à la question des Anciens et de leur « tradition » que je veux revenir pour finir. Le rituel des Anciens n'a été connu dans notre pays qu'à partir de 1804 et n'a jamais exercé la moindre influence en France pendant tout le XVIIIe siècle. Lorsque des Français, venus d'Amérique, y apportèrent les 33 grades de ce qui se nommerait bientôt le Rite Écossais Ancien et Accepté (REAA), ils voulurent pour leurs grades bleus un rituel qui fût distinct de celui des loges françaises classiques, à savoir le Rite des Modernes, devenu en France, au début du XIXe , le Rite Français, sous l'égide du Grand Orient de France.

Comme ces pionniers du REAA avaient surtout connu la maçonnerie des États-Unis où, pour diverses raisons, la Grande Loge des Anciens avait davantage prospéré, au temps des Colonies anglaises d'Amérique, que celle des Modernes, il se trouve que leur Rite familier, si l'on peut ainsi s'exprimer, était le Rite des Anciens. Ils compilèrent une sorte de compromis en prenant pour base The Three Distinct Knocks et en lui adjoignant certains usages connus en France par les loges que l'on qualifiait, depuis le dernier tiers du XVIIIe siècle, de « loges écossaises ». Le Guide des Maçons Écossais (c.1804) est le prototype de cette improbable synthèse.

Ces loges écossaises du XVIIIe siècle, dans les grades bleus, pratiquaient des rituels qui nous sont parfaitement connus et respectent tous les fondamentaux du Rite des Modernes. La seule différence tenait au fait que les chandeliers placés autour du tableau, dans une loge Moderne-Française, se situaient au Nord-Ouest, au Sud-Est et au Nord-Est, représentant respectivement le Soleil, la Lune et le Maître de Loge, tandis que que dans les loges «écossaises», ils étaient placés au Nord-Ouest, au Sud-Ouest et au Sud-Est, figurant la Beauté, la Force et la Sagesse. On aurait pu parler à leur propos, de « Rite Écossais Moderne » : le Rite Écossais Rectifié en est un parfait exemple.

Le REAA a donc créé un nouveau type de loge pour les trois premiers grades – un modèle alors totalement inconnu en dehors de la France – combinant le plan général des Anciens et la disposition des chandeliers du Rite Écossais Français.

De cette innovation est provenu un troisième mythe historiographique qui a surtout prospéré dans les décennies récentes. Il essentialise, pour dire les choses simplement, la « tradition des Anciens», conférant aux loges anglaises qui réclamaient ce titre dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle, tous les caractères que revendiquaient pour elles Dermott dans ses pamphlets, et admettant sans aucun examen critique les histoires les plus invraisemblables qu'il a martelées au sujet des Modernes et de leurs innovations.

Pour ce citer qu'un exemple de ces confusions et de ces constructions imaginaires, je veux reproduire quelques passages d'une histoire du REAA, curieusement intitulée « Les désillusions des trois royaumes », publiée en 2013 dans l'ouvrage collectif La franc-maçonnerie – Dictionnaire et histoire, sous la direction de Jean-Luc Maxence.

On peut notamment y lire ces propos assez caractéristiques :

« On entend parfois dire2 que la franc-maçonnerie moderne date de la création de la Grande d'Angleterre. Rien n'est plus faux. Quand on parle des « Moderns » il s'agit de cette nouvelle franc-maçonnerie créée en Angleterre en 1717 face à celle des « Ancients » d'York par exemple, lesquels ne tarderont pas à s'opposer à la nouvelle création. En France, il existe bien une franc-maçonnerie écossaise apportée par les jacobites en 1688. » (p. 104)

On peine déjà à compter le nombre d'absurdités et d'affirmations non documentées ou erronées que renferment ces quelques lignes, comme on peut s'en rendre facilement compte en reprenant les données exposées plus haut dans le présent article. Mais il faut poursuivre. Plus loin, s'agissant du travail d'Anderson, lors de la rédaction des Constitutions :

« Le texte andersonien fait peu de cas de la construction du Temple et de la parole perdue, de la Légende d'Hiram » (p. 111)

Et pour cause : en 1723, le grade de Maître n'existait pas et la légende d'Hiram n'était pas encore connue – ou bien notre auteur dispose d'un « scoop » extraordinaire que nous nous ferons un devoir de publier ! On peine ici à refréner un sourire...

Plus loin encore :

« Deux concepts maçonniques allaient s’opposer. Les « Moderns » rassemblement convivial des spéculatifs bourgeois ou nobles, et les « Ancients », rassemblés autour de la loge d'York, qui contestaient les innovations introduites dans la pratique de la maçonnerie par Anderson et Désaguliers. » (p. 111)

Il faut ici renoncer à lire plus avant de telles inepties, et je m'excuse auprès de mes lecteurs de les leur infliger, mais elles témoignent d'un courant d'opinion – qui se prétend historien ! – visant à établir l’existence d'une « double tradition » de la maçonnerie spéculative : celle des Modernes, destructeurs des usages et des secrets ancestraux du Métier; celle des Anciens, rigoureux préservateurs des pratiques régulières et bien sûr opératives...dont les maçons jacobites écossais et les grades écossais qui en dérivent (!) seraient, de nos jours encore, les derniers réceptacles traditionnels.

On voit que ces mythes historiographiques nous éloignent considérablement de l’histoire documentée et de ses méthodes pour nous entraîner non seulement dans l'illusion pure, mais surtout dans la politique maçonnique.

C'est sur ce seuil que je m'arrêterai, pour proposer quelques considérations finales.

Jusque vers le milieu du XVIIIe siècle, l'histoire de la maçonnerie, essentiellement cantonnée en France et dans les Iles britanniques, y a connu une sorte de développement qui impose à tout chercheur de ne jamais séparer les deux pays dès lors qu'on s'intéresse, pour cette période, à la franc-maçonnerie. Après 1751, la fracture introduite introduite dans le paysage maçonnique anglais par la division entre deux Grandes Loges rivales – avec une concurrence surtout sensible vers la fin des années 1750, quand la Grande Loge des Anciens a connu son véritable essor –, et par ailleurs les conflits politiques européens qui ont gravement opposé l'Angleterre à la France, ont peu à peu conduit, sur les deux rives de la Manche, à des évolutions distinctes et même divergentes.

La question des Anciens, de leurs origines, des circonstances de leur apparition, de la nature exacte de leur action, en est une bonne illustration. Au prisme déformant des réalités maçonniques de la France contemporaine – disons depuis une cinquantaine d'années –, le risque est grand, face à une histoire complexe et méconnue, et à partir d'un dossier mal maîtrisé, de construire des théories fragiles et peu susceptibles de rendre compte de façon satisfaisante de la matérialité des faits. Telle n'est d'ailleurs pas leur propos : elles visent surtout à renforcer des convictions actuelles en essayant de leur donner une apparence de fondement historique – mais en réalité elle produisent le plus souvent des fantasmes.

Entre l'histoire et la légende, depuis plus de trois siècles, la franc-maçonnerie n'en finit pas d'hésiter...

 1 Pour autant que ce terme ait pu avoir le moindre sens en France...

 2 On notera la rigueur documentaire de cette référence...

R. Dachez

Source : http://pierresvivantes.hautetfort.com/

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Canevas d'un discours d'instruction pour la fête de la Trinité(Elus Coëns)

13 Juillet 2017 , Rédigé par M.P

Le T.R.Me. d'orient dans le centre d'une circonférence entouré de douze frères tenant chacun un ruban de l'oriflamme, fait allusion à la seconde opération que l'Eternel manifesta à Moïse pour lui donner pouvoir force et puissance pour délivrer son peuple élu de l'esclavage d'Egypte. Les douze rubans font allusion aux douze dons spirituels divins que Moïse y reçut et qui le rendirent si fort, si savant et si supérieur dans toutes ses opérations spirituelles pour le bien et contre le mal. Il devint lui-même le second type de la manifestation de la gloire du Dieu vivant comme Noé en avait été le premier type lorsque l'Eternel le choisit pour être spectateur de sa justice contre la terre et ses habitants qu'il réduisit en cadavres à l'exception du petit nombre conservé dans l'arche pour rendre témoignage de ce fléau dont Dieu a puni la terre et ses habitants et de sa justice qu'il exercerait contre ceux qui marcheront contre sa loi, préceptes et commandements. Noé est donc un premier type par son témoignage et par la réconciliation qu'il a faite du reste des mortels avec Dieu ainsi qu'il a appris à connaître par un signe mystérieux l'arc-en-ciel que Dieu avait donné vie à la terre et réconcilié le reste des mortels avec elle. Noé réconcilia le tout avec l'Eternel. C'est de cette première époque que le travail de Noé fut appelé opération puissante sur la vertu des eaux qui sont le second principe de la création universelle. 

L'Eternel manifesta sa seconde opération divine en présence de Moïse dans le désert d'Horeb où il l'avait appelé pour recevoir ses ordres de puissance La forêt de ce désert était assez considérable ; Moïse étant au centre de cette forêt, entendit une voix effroyable et vit tout de suite descendre autour de lui douze traits de feu qui l'environnèrent si promptement qu'il craignit d'en être consumé ; son trouble fut si grand qu'il ne put soutenir l'attitude qu'il avait prise pour recevoir les commandements de Dieu, il acheva sa prosternation en terre en y appuyant sa face, sa vue physique matérielle ne pouvant plus supporter le grand feu spirituel qui l'environnait. Dans cette nouvelle attitude il reçut enfin les ordres de l'Eternel et fut marqué du quatriple sceau de Dieu, dont deux étaient empreints visiblement sur son front à côté de chaque oeil sous la forme de deux rayons de feu spirituel qui rendaient sa face éblouissante aux yeux de tous lorsqu'il faisait usage de sa quatriple puissance divine. Ce sont ces deux rayons que l'on prend vulgairement pour deux cornes sur le front de Moïse. C'est ce feu spirituel qui entourait la forêt d'Horeb pour en écarter tout profane qui a fait dire de même que Dieu avait apparu à Moïse dans un buisson ardent. La circonférence formée par douze frères est la figure de cette circonférence mystérieuse. Le T.R. Maître d'orient au centre de cette circonférence représente l'Eternel dans celle du désert d'Horeb ; l'entrée du T.V.Maître d'occident dans la circonférence fait allusion à celle de Moïse dans la circonférence mystérieuse. La communication secrète que les deux conducteurs du Temple font entendre dans la circonférence du centre est la figure de celle que Moïse eut avec Dieu secrètement en présence de sa cour spirituelle pour aller faire sortir son peuple de l'esclavage, le diriger et le conduire en force et puissance à sa destination.

Les douze frères qui tenaient les rubans couleur de feu font allusion aux douze

principaux chefs d'Israël sur lesquels Moïse rendit réversible ses douze dons spirituels sans que cela diminue rien de sa puissance pour la conduite particulière du peuple de Dieu qui était expressément soumise à Moïse.

Les lumières qui brillent dans ce temple ont chacune leur nom mystérieux, leurs vertus et leurs puissances et font allusion aux différents Esprits saints qui ont assisté à l'opération que l'Eternel a faite en faveur de Moïse et de son peuple chéri. La marque mise sur le front des douze frères par le T.R.M. d'orient est la figure de celle que Moïse mit sur le front des douze principaux chefs d'Israël auxquels il communiqua par le moyen du signe du sang de l'holocauste de pacification, la vertu, la puissance et l'autorité spirituelle de correspondance divine.  Le serment que les douze frères célébrants font entre les mains du T.R.M. d'orient fait allusion à l'acceptation cérémonielle de culte divin que les chefs firent entre les mains de Moïse pour leur servir de règle cérémonielle pour mettre en usage et en pratique les vertus et puissances qui leur avait été transmises par autorité divine avant la loi donnée. L'obligation renouvelée par tous les frères assistants du temple fait allusion à l'acceptation que les Israëlites firent de la loi divine que Moïse leur donna après l'avoir descendu du haut de la montagne mystérieuse dénommée Sinaï. Le renouvellement d'engagement que tous les frères de l'ordre font entre les mains du T.V.Maître d'occident après la grande cérémonie faite, fait allusion au serment de fidélité, de soumission et d'affiliation que les étrangers idolâtres firent pour adopter la loi divine que Moïse avait donné aux enfants d'Israël.

Martines de Pasqually

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La nouvelle édition du livre Rit Français d'Origine 1785 dit Rit Primordial de France vient de sortir !

5 Juillet 2017 , Rédigé par P.V Publié dans #Rites et rituels

MTCF​,​
Tu as contribué au succès de la première édition en relayant sa sortie sur hautsgrades.over-blog.com... La première édition était en rupture depuis début juin. La nouvelle édition est disponible et donc, tout naturellement, je me permets de revenir vers toi pour que tu puisses faire de même avec cette seconde édition enrichie et corrigée* qui aidera nombre de frères et sœurs dans la compréhension du Rit Français et dans la connaissance d'une tranche d'Histoire de la Maçonnerie française. Ces nombreux ajouts et modifications permettent à cette étude d'être à jour avec les dernières découvertes sur l'histoire de ce Rit.​
​Outre les corrections des coquilles, la réécriture de certains paragraphes permettant de rendre la lecture plus aisée et l'ajout de nombreuses précisions en notes de bas de page, l'étude et la transcription du rituel qui avaient été faites à partir d'un seul manuscrit ont été complétées par l'apport de deux autres manuscrits dont l'un antérieur à la Révolution (1787).
Concernant la partie sur l'évolution du rituel, le Régulateur a été intégré et la version 2009 du Rit Français de référence du GOdF vient compléter celle de 2002.
La découverte des versions des rites dits Blatin (1907) et Gérard (1922) à la Bibliothèque du Grand Orient de France ainsi que des rapports complets de Bédarride dans les Bulletins du Grand Collège des Rites 1931, 32 et 33, permet d'avoir une vision plus exhaustive de l'évolution du Rit Français. Le chapitre sur les versions Groussier de 1938 et de 1955 a été largement complété et modifié en conséquence.
​Te remerciant par avance et dans l'attente de te lire,
Bien Fraternellement
Philippe

 

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Les inconvenances maçonniques (Don't)

8 Juin 2017 , Rédigé par T.D

Dans son manuel classique Emulation Working Explained , paru en 1929 et constamment réédité depuis, Herbert Inman concluait l'étude des pratiques et de l'esprit du style Emulation par une liste d'inconvenances maçonniques, les Don't , littéralement, les Ne...pas...  L'auteur, à qui l'on doit un autre classique, Masonic Problems and Queries , est un des meilleurs connaisseurs de la maçonnerie anglaise en général et du style Emulation en particulier. Précepteur auprès de diverses loges d'instruction, il fut, de janvier 1926 à mars 1929, membre du comité de la Loge Emulation de Perfectionnement, académie incontestée de la pratique rituelle anglaise. En vérité, les inconvenances relevées par le savant précepteur, non sans quelque humour, parfois, ne se limitent pas au domaine du rituel maçonnique. Sur trente-cinq faiblesses incriminées, six ont trait à des points de la gestuelle, sept à des principes de comportement maçonnique ; les quinze autres manquements, décrits en milieu maçonnique, sont aisément transposables dans le cadre de la vie quotidienne. On ne saurait s'en étonner : en Angleterre plus que partout ailleurs, la pratique maçonnique renvoie à un ensemble de conduites sociales dont elle ne constitue souvent qu'une application particulière. Ainsi, percevra-t-on distinctement dans les recommandations de Herbert Inman, l'écho des fameux Conseils à mon fils , de Lord Chesterfield, qui marquèrent tant de générations de gentlemen britanniques. Il n'est jusqu'à la formulation ( Don't... Don't... ) qui ne reprenne purement et simplement celle des manuels de savoir-vivre des époques victorienne et édouardienne.

Ne portez pas votre collier et votre bijou de Vénérable, si vous êtes Maître d'une Loge, lorsque vous visitez une autre loge. Une telle pratique est contraire aux Constitutions . Le collier et le bijou du Vénérable rappellent que celui-ci détient une autorité souveraine dans sa Loge. Nul autre ne saurait donc y porter de tels insignes ; le tablier de Maître Installé et/ou le collier de Passé Maître suffisent à indiquer la qualité des visiteurs. On notera de même que dans le cas où le Vénérable serait amené à céder son maillet et sa chaire à un dignitaire ou à un autre frère, il n'en conserve pas moins son collier et son bijou.

Ne faites pas vos signes de manière négligente . Rappelez-vous que toutes équerres, niveaux et perpendiculaires sont les signes véritables et réguliers auxquels se reconnaît un Maçon. Rappelez-vous aussi que tous les signes maçonniques doivent être faits silencieusement . La gestuelle exécutée au cours de la cérémonie d'installation ne constitue pas cette règle du silence. Il s'agit en effet alors, non de signes, mais de saluts .

Ne pointez pas en avant la main avant de la porter à la gorge lorsque vous faites le signe d'Apprenti entré. La main droite doit être placée directement en position, avec le pouce formant équerre et touchant la gauche de la trachée artère. Cette précision est particulièrement importante pour la pratique Emulation, car celle-ci diffère sur ce point avec la plupart des autres styles anglais.

N'oubliez pas la différence entre le signe de Respect et le signe de Fidélité. Pour le premier, le pouce n'est pas mis en équerre et on laisse simplement la main retomber. Pour le second, le pouce est mis en équerre et le signe est tracé. Comme Herbert Inman le précise plus loin, le signe de respect n'est pas réellement un signe maçonnique. Il est du reste couramment exécuté dans certains pays (notamment les États-Unis, lors de diverses cérémonies, civiles ou militaires.

N'oubliez pas qu'à tous les grades, la main doit rester ouverte lorsque l'on fait le signe. Le contraire ne saurait être mieux caractérisé par le terme slovenly - traduit plus haut par « négligent », mais qui a un sens encore plus fort : débraillé, mal fichu...

N'oubliez pas de faire le rappel du signe pénal du grade de Maître. Il n'y a qu'une seule exception à la règle. L'exception dont il s'agit se situe lors de l'ouverture au troisième grade.

N'oubliez pas de faire le pas avant de faire le signe, à quelque grade que ce soit. La seule exception est celle du signe du Respect qui, en fait, n'est pas un signe de Respect. Il serait plus exact, du reste, de parler de « l'attitude » de respect.

Ne proposez pas un candidat à l'initiation si vous n'êtes pas absolument certain qu'il est l'homme qu'il faut, non seulement pour la franc-maçonnerie en général, mais aussi pour votre Loge en particulier. Il est sage de s'imposer comme règle inflexible de ne jamais proposer un candidat s'il ne s'agit pas d'un ami intime dont vous connaissez parfaitement le caractère. On notera l'importance accordée à l'équilibre spécifique d'une Loge donnée. Dans ses Masonic Problems and Queries , Herbert Inman revient à plusieurs reprises sur ce sujet, en particulier à propos de l'admission des visiteurs. Il est fallacieux, affirme Inman, que le droit de visite soit automatiquement accordé à tout frère qui le demande : « Tout Vénérable a le droit de refuser un visiteur dont il estime que la présence risque de perturber l'harmonie de la Loge, ou un visiteur dont le mauvais caractère est notoire. »

Ne tolérez aucun déplacement, au cours de la cérémonie d'installation et si vous êtes Maître de la Loge, de sorte que les Maîtres Installés aillent partager des rafraîchissements dans une autre salle. Cette pratique a été condamnée en mars 1926 par le Board of General Purposes comme irrégulière et en contravention avec un engagement pris en 1902 par le Grand Secrétaire envers le Ministre de l'Intérieur ; selon cet engagement, les autorités maçonniques condamnaient la consommation de boissons alcoolisées en Loge ou dans des locaux directement associés à la Loge au cours de la cérémonie d'Installation. Il est regrettable que des Loges qui se conduisent correctement par ailleurs continuent à violer cette règle de manière flagrante. Ce Don't jette une lumière révélatrice sur une pratique qui ne figure certes pas dans les rituels : celle qui consiste, au cours de la cérémonie d'Installation, à prolonger le c onseil des Maîtres Installés par des libations particulières, avant que les autres membres de la Loge ne soient réadmis. On notera aussi que la prohibition de cette habitude semble se fonder moins sur des règles ou traditions maçonniques que sur un accord passé entre autorité maçonnique et autorité civile et qui résultait sans doute d'un effort pour combattre l'alcoolisme, quelque distingué qu'il fût.

Ne permettez pas au Comité de votre Loge de s'intituler : « Bureau des Affaires Générales » si vous disposez de quelque influence dans ce domaine. Le Livre des Constitutions limite l'usage du terme « Bureau » à certains organismes limitativement énumérés. « Commissions de Loge » ou « Comités » de Loge sont les titres par lesquels on doit désigner les organismes consultatifs des Loges particulières. Le seul organisme portant le nom de « Bureau des Affaires Générales » ( Board of General Purposes ) est celui qui régit la Grande Loge Unie d'Angleterre et qui, le cas échéant, rend compte de son action en tenue de Grande Loge. Il comprend théoriquement 44 membres et règle l'ensemble des problèmes administratifs, financiers et disciplinaires de la franc-maçonnerie anglaise ainsi que les relations internationales de la Grande Loge Unie d'Angleterre. Deux autres organismes maçonniques portent, en anglais, le titre de Board : le Board of Installed Masters (Conseil de Maîtres Installés) et le Board of Benevolence (Comité de charité).

N'encadrez pas votre diplôme de Grande Loge et ne l'exposez pas publiquement dans vos locaux professionnels ni même dans votre bureau personnel. Une telle pratique ne peut être interprétée que comme une tentative pour utiliser la franc-maçonnerie à des buts commerciaux. Elle est solennellement condamnée par les autorités maçonniques. Cette observation, qui concerne ce qu'on appelle en France le diplôme de maître, se passe, bien entendu, de tout autre commentaire...

Ne parlez pas à vos voisins pendant qu'une cérémonie se déroule dans la Loge. Le plus petit chuchotement porte parfois beaucoup plus loin que celui qui chuchote ne l'imagine. Rappelez-vous que le Vénérable Maître, tout à son office, est peut-être un peu nerveux ; la plus petite interruption risque de le faire dévier.

Ne riez jamais et même, ne souriez pas si une anicroche amusante se produit au cours d'une cérémonie. Certes, il nous arrive parfois d'entendre et de voir des petites choses amusantes, mais le moindre début d'hilarité peut totalement détruire l'impression de solennité qui doit être créée dans l'esprit du candidat.

Ne vous vautrez pas et ne vous affalez pas sur votre siège en Loge, même s'il vous arrive d'éprouver quelque lassitude ou même, qui sait, quelque ennui. Vous avez peut-être entendu cela cent fois mais, pour le candidat, c'est la première et, si les frères montrent de l'intérêt, celui du candidat en sera sûrement stimulé.

Ne vous pressez pas trop de vous faire affilier à de nombreuses Loges ou de vous faire admettre dans les « systèmes parallèles » ( Side degrees ). Prenez le temps d'en mesurer les aspects financiers. Rappelez-vous que les dépenses que vous consacrez à la maçonnerie ne doivent jamais se faire « au détriment, etc. ». Un simple coup d'oeil aux catalogues de décors appropriés aux multiples « systèmes parallèles » pratiqués en Angleterre confirme la sagesse des propos économes d'Inman.

N'hésitez pas à entrer dans l'Ordre du Saint Arc Royal. Il ne s'agit pas d'un « grade parallèle », mais d'une partie intégrante de la « Maçonnerie pure et ancienne ». On rappellera qu'en Angleterre, il n'est pas nécessaire d'être Maître Installé pour postuler à l'Arc Royal - mais ce n'est pas le cas en Écosse, aux États-Unis, etc... et à la LNF.

Pour reprendre la formulation ambiguë de la Grande Loge Unie d'Angleterre, « La franc-maçonnerie ne comporte que trois grades, à savoir celui d'Apprenti entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon, y compris l'Ordre Suprême du Saint Arc Royal ».  Ne compliquez pas le travail du trésorier ou du secrétaire en négligeant de répondre promptement à leurs communications. Dans Emulation Working Explained , Herbert Inman analyse de manière très détaillée les fonctions des différents officiers de la Loge. Il insiste tout particulièrement sur l'autorité de ces deux officiers administratifs. Pour lui, « il va sans dire que ces deux officiers seront choisis parmi les Passés Maîtres expérimentés de la Loge. »  que le tuileur est un « frère ». Une poignée de main et un mot chaleureux peuvent avoir beaucoup d'importance pour lui.. Rappelons que le tuileur est un frère élu et appointé par la Loge et qu'il remplit, entre autres, les fonctions de « frère servant » des grandes obédiences françaises. Il s'agit souvent d'un Maçon âgé qui arrondit ainsi sa petite retraite. Cette institution remonte aux origines mêmes de la franc-Maçonnerie puisque Anthony Sayers, premier Grand Maître en 1717 et, par la suite, tombé dans l'infortune, était à sa mort, en 1741 ou 1742, tuileur de la Loge Old King's Arms n°28. Dans le rituel de table Emulation (région de Londres), la dernière santé, celle du tuileur, fait justement référence aux « frères pauvres et dans la détresse ».

N'abusez pas de votre appartenance maçonnique commune avec ceux dont la position sociale est plus élevée que la vôtre. Ne manifestez pas de réticences à admettre votre appartenance maçonnique commune avec ceux dont la position sociale est moins élevée que la vôtre. Nous nous réunissons sur l'équerre et nous séparons sur le niveau. Lord Chesterfield : « Soyez véritablement réservé avec tout le monde, mais ne montrez cette réserve à personne, ou presque. »

Ne portez pas de breloques maçonniques à votre chaîne de montre ou sur toute autre partie de votre vêtement. Pour tout dire : « cela ne se fait pas ». On notera que l'avertissement d'Inman invoque moins la discrétion maçonnique que celle dont tout homme de goût doit témoigner.

Ne vous laissez pas aller à un comportement bruyant lors des agapes. Dans un dîner privé, vous ne songeriez pas à hurler d'un bout à l'autre de la pièce. Pourquoi le faire lors d'une agape maçonnique ?

Ne vous adressez pas au Maître de la Loge en l'appelant : « Vénérable » ( Worshipful Sir ), que ce soit pendant les travaux ou pendant la suspension des travaux. On doit toujours l'appeler : « Vénérable Maître » et ne commettez jamais la faute de l'appeler : « Véné » ( W.M .). Les abréviations sont admissibles dans un document écrit, mais on ne doit jamais s'adresser à un officier en utilisant un titre en abrégé. Toute incorrecte qu'elle soit, l'appellation « Worshipful Sir » reste plus respectueuse que celle de « Vénérable » par laquelle il a fallu la traduire. Il faut apprécier ce Don't en se rappelant le goût très prononcé des Britanniques pour les abréviations.

Ne racontez jamais et n'encouragez jamais quelqu'un à raconter des histoires d'un goût douteux dans une ambiance maçonnique. Cf . Lord Chesterfield : « Rappelez-vous que les règles du bon ton peuvent différer selon la compagnie dans laquelle on se trouve ; ce que l'on peut admettre ici risque d'être tout à fait déplacé ailleurs. » [ En date du 12 juin 1933, le T.V. Grand Maître, en réponse à une suggestion avancée par le T.V. Grand Maître adjoint, a autorisé le port de la veste blanche de cérémonie si l'autorisation en est donnée par les Grands Maîtres provinciaux ou de District ainsi que par les Maîtres de Loge. La veste noire n'est donc plus obligatoire.]

N'oubliez pas que « tenue de ville » signifie une tenue de ville et non une tenue décontractée. Des frères qui devraient montrer plus de jugement se trompent parfois là-dessus. ; La veste blanche de cérémonie (ou le spencer de même couleur) correspondent, à l'évidence, à des pratiques estivales et coloniales.

Ne devenez pas un Maçon « du couteau et de la fourchette ». Mieux vaut laisser tomber. Cf . Lord Chesterfield : « Quand on comprend bien les choses, les travaux et les plaisirs, loin de se contrarier, comme le pensent les étourdis ou les stupides, se stimulent. Nous ne pouvons pleinement apprécier notre plaisir si quelque travail ne l'a pas valu. »

Ne critiquez pas le Précepteur de votre Loge d'instruction, même si vous trouvez qu'il est autocratique, voire incompétent. Rappelez-vous qu'il fait de son mieux et qu'il donne de son temps pour tenter d'aider les frères.

Ne vous empressez pas , si vous êtes expert en matière de pratique rituelle, de critiquer un frère qui ne l'est pas. Souvenez-vous que tout le monde ne peut être une « vedette ».

Ne condamnez pas une pratique comme « erronée » parce qu'elle se trouve en contradiction avec la coutume de celle de votre Loge ou parce qu'elle diffère de ce qu'on vous a appris en Loge d'Instruction. Songez que c'est votre coutume qui est peut-être la mauvaise.

N'imaginez pas que la perfection du mot à mot du rituel est l'alpha et l'oméga de la franc-maçonnerie. C'est important, mais il y a d'autres choses beaucoup plus importantes.

Les quatre Don't ci-dessus soulignent la particularité des « styles » maçonniques anglais en général et du style Emulation en particulier. Celui-ci, d'une extrême précision, au point d'impliquer des structures particulières d'apprentissage (les Loges d'instruction, sous l'autorité du Précepteur) n'est ni obligatoire , ni recommandé , ni majoritaire dans les Loges anglaises. Les Constitutions de la Grande Loge Unie d'Angleterre stipulent du reste que les membres d'une Loge, présents à une tenue régulièrement convoquée, ont le droit absolu de mener leurs travaux de la manière qui leur convient, pourvu que les principes fondamentaux de la franc-maçonnerie soient respectés.

Ne pensez pas que vous avez fait quelque chose d'extraordinaire si vous avez gagné la boite d'allumettes en argent dans la Loge de Perfectionnement Emulation. Cela veut simplement dire que vous avez une bonne mémoire... et aussi une certaine chance . En 1897, Robert Clay Sudlow créa, au sein de la Loge de Perfectionnement Emulation, la distinction dite « de la boite d'allumettes en argent ». Cet objet est offert à tout frère qui parvient à conduire l'une des quatre cérémonies (initiation, passage, élévation, installation) sans commettre aucune faute de texte et de gestuelle. Si ce frère conduit une autre cérémonie dans des conditions aussi parfaites, un scratch (une rayure) est ajoutée à la boite. Le Complete Record comprend donc une boite et trois scratches . Entre 1900 et 1968, 95 frères seulement remportèrent cette distinction suprême, dont Herbert Inman lui-même, en 1925.

N'oubliez pas le premier des Trois Grands Principes sur lesquels notre Ordre est fondé. Gardez toujours ce Principe à l'esprit et vous en tirerez « Avantage et plaisir ». Il s'agit, bien sûr, de l'amour fraternel ( Cf . les Instructions du premier grade , sixième partie).

Traduites et présentées pour la Loge Goodwill N°17

G/G

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Savoir et connaissance

7 Février 2017 , Rédigé par Marc Desdit Publié dans #Planches

Le savoir nous l’utilisons tous. Rappelons-nous l’école et la façon d’apprendre. Il s’agit d’accumuler des informations, de les mémoriser, pour ensuite les réutiliser dans notre vie. Beaucoup de nos actions dépendent de ce type de mécanisme : au travail, nous nous souvenons de ce qui a été dit à la dernière réunion et que nous appliquons. Nous utilisons les mêmes procédés pour apprendre à parler, pour apprendre une langue étrangère. Le savoir est donc une accumulation d’informations qui influe sur notre comportement, ces informations font appel à la mémoire, et, se situent, temporellement, en amont de l’utilisation qui en est faite. On le voit, le savoir est nécessaire. Sans lui, la vie deviendrait vite impossible. Il ne s’agit donc pas d’opposer savoir et connaissance mais de reconnaître l’utilité de l’un et de l’autre.

Le savoir scientifique a considérablement fait progresser la condition humaine. Elle repose sur une accumulation de données, sur l’expérimentation. La science croit qu’elle est la mieux placée pour dire ce qu’est la réalité. Mais considère l’homme comme observateur extérieur à la démarche du savoir. A la différence de la connaissance et donc de la Franc Maçonnerie, qui place l’homme au centre de ses recherches. Où, d’observateur il devient acteur. "Connait toi même et tu connaitras l'univers et les Dieux". Ce concept se retrouve dans toute l' antiquité et dans la culture chrétienne  jusqu’à la renaissance où la vision scientifique du monde sépare radicalement le sujet  de l’objet de cette connaissance. Le monde est alors perçu comme une réalité que l’homme explore et exploite à son profit. Il est ainsi devenu, petit à petit étranger au monde et à lui même. C'est peut être une des explication qui fait que ce sont des hommes bien diplômés, plein de savoir qui ont jeté des avions contre les tours de New York. Cette analyse appartient, peut être, maintenant au passé car les progrès de la physique quantique semblent remettre en cause ce savoir. Jean Staune écrit « Un des grands enseignements de la physique quantique est que les particules élémentaires sont indéterminées en dehors de l’observation.  Elles ne sont pas fixes mais dépendent de la façon dont les observe.  Cela récuse l'idée d'une objectivité intrinsèque de la matière». Ainsi, nous découvrons que l’homme est un acteur, même pour le savoir scientifique, qui du coup trouve des corrélations entre les grandes traditions, en particulier orientales, et la science.

Ce que l’on appelle communément religion, c'est-à-dire une forme de croyance, appartient aussi au champ du savoir. Elle fait référence à des dogmes, l’expérience d’un saint ou d’un gourou, à un livre, pour que le croyant calque son comportement sur ces éléments du passé, qui sont présentés comme une vérité absolue. L’église a toujours été consciente du danger qu’est le connait toi toi même. Dans une encyclique, le Pape Jean Paul II précisait : «La conscience n’est pas une source autonome pour décider ce qui est bon et ce qui est  mauvais car la vérité n’est pas créée par l’être humain, elle est établie par la loi divine, norme universelle et objective de la moralité. » Un concile, par ailleurs déclarait que "c'est Dieu qui révèle et qu'il faut apporter l'obéissance de la foi. Et ainsi, la vérité que la révélation nous fait connaître n'est pas le fruit mûr ou le point culminant d'une pensée élaborée par la raison". L’église a tellement combattu cette approche que ce n’est qu’en 1945 que l’on a retrouvé les principaux textes gnostiques à Nag Hammadi. Gnose. Il s’agit, selon wikipedia, « d’un concept dans lequel le salut de l'âme  passe par une connaissance  directe de la divinité, et donc par une connaissance de soi. Le mot Gnose a notamment été utilisé de façon polémique, par des théologiens chrétiens pour désigner certains mouvements du christianisme ancien dénoncés comme hérétiques.

Les cathares qui sont souvent présentés comme inspirés par la gnose » ont subit le sort que l’on connaît. D’autre part, il aura fallu attendre 750 ans pour qu’en 2010 Maître Eckart soit réhabilité.

Un savoir plus subtil est celui qui concerne notre psychologie. Nous accumulons des sentiments, des plaisirs, des blessures, une éducation, des jugements, en bref tout un conditionnement qui agit sur nous de façon plus ou moins consciente. Henri Michaux dit cela d’une façon poétique et humoristique : « Je suis habité, je parle à qui je fus et qui je fus me parlent. Parfois, j’éprouve une gêne comme si j’étais étranger. Ils font à présent toute une société et il vient de m’arriver que je ne m’entend plus moi même ». Nous croyons entendre, voir, être en contact avec le monde, mais, le filtre de notre conscience fait que nous ne voyons le plus souvent qu’une projection de nous même, de notre mémoire. Il en résulte une erreur de perception qui fait que le monde extérieur n’a pas le caractère de réalité absolue que nous lui accordons. C’est donc ainsi, que nous sommes dans l’impossibilité de voir le monde tel qu’il est. Les psychologues, les psychanalystes ont beaucoup travaillé pour libérer l’homme de cette forme de savoir.

Voici, donc, 3 descriptions de savoirs. On pourrait en trouver d’autres.  Le savoir sépare, il appartient, à un groupe humain, on peut ainsi parler d'un savoir scientifique, religieux, philosophique ou psychanalytique. Il a ses mots, son schéma de pensée, ses communautés. C'est pour dépasser les limites que nous accueillons des hommes de toutes nationalité, de toute religion et que nous laissons nos métaux à la porte du temple. Le savoir est comme des pommes que l’on met dans un panier, chaque pomme est une part de notre culture, de notre expérience mais qui, malgré le panier, restent toujours séparé, fragmenté, prêt à susciter l’opposition, le conflit. C’est notre pavé mosaïque. Le savoir à pris dans nos sociétés une place importante, en envahissant le champ de la conscience. Il fonctionne comme une sorte de comblement en réaction à la peur, l’isolement, une recherche du plaisir, une façon de se sentir vivre, peut être, pour conjurer la peur de la mort. Les nouvelles technologies de communication on accentué cette emprise. C'est quand l'Esprit se détache de cette emprise qu'apparaît alors ce qui a toujours été là mais que le savoir cachait. La connaissance a quelque chose à voir avec le silence et le vide. Si le savoir fonctionne par accumulation, la connaissance fonctionne par épuration comme lorsque l'on taille une pierre brute. L’ignorance spirituelle n’est pas un manque d’accumulation de faits, de données, mais, un manque de connaissance de soi. Savoir c'est apprendre de l'autre, connaître est apprendre de soi. Il y a, donc, à l’intérieur de nous quelque chose à découvrir, qui nous met en relation avec le tout, avec les autres hommes par un sentiment de compassion, avec l’univers par la reconnaissance d’un ordre à la fois individuel et cosmique. C’est ce que dit, abondamment  notre rituel avec Vitriol, le fil à plomb, la pierre brute, la voute étoilée... La connaissance unit les oppositions du pavé mosaïque qui recouvre la loge, réunit se qui est épars, jusqu'à l'Orient, jusqu'au sommet du delta lumineux, jusqu'au Principe, à la non dualité. La connaissance est relation. Elle est intérieure à l'individu. Elle est unique. Elle demande une introspection, mais, se réalise aussi dans la relation: "si tu as un véritable ami, tu n'as pas besoin de miroir" dit un proverbe indien. D'où l'importante de la bienveillance, de la fraternité, du dialogue que notre rituel régit.

Une autre  bonne représentation de ce qu’est le savoir est l’ordinateur. Cette machine a la capacité d’apprendre beaucoup plus vite et infiniment plus de choses que le cerveau qui l’a pourtant inventé. Avec sa mémoire vive et son disque dur, il fait, toujours référence à la mémoire, il croise un fait, une information avec ce que sa mémoire contient et cela ne fonctionne que si sa mémoire contient quelque chose en relation à cette information.

Donc le savoir n’est jamais neuf, il fait toujours référence  au passé. Il ne peut découvrir que ce qu’il contient. Le savoir, par définition est inapte au renouveau, ne connaît pas la fraicheur. Le savoir, ne peut donc  fonctionner que dans le champ  du connu et pas au delà. Pozarnik écrit : «Du vieil homme, nous ne pouvons créer que du vieux. L’inconnu est toujours ce qui se trouve au-delà du connu, des certitudes. Là où nous refusons d'aller voir. Il faut vraiment oser aller vers l'inconnu en nous, même s'il est contraire à notre personnalité habituelle, et ainsi aborder aux rives de notre essence oubliée. » Et Krishnamurti disait : « Le passé et l’inconnu ne peuvent se rencontrer. Aucun acte, quel qu’il soit, ne peut les rassembler. Le passé doit cesser pour que puisse être cette immensité. » Le savoir ne pourra donc pas approcher le Grand Architecte, car l’infini, la spiritualité et plus sûrement le sacré, c’est l’inconnu, l’inimaginable, l’informulé. Le passage du savoir à la connaissance est vécu comme une mort suivie d'une naissance. Cette naissance est l'entrée dans l'inconnu, dans le neuf, dans un autre monde de pensée. C'est ce qu'indique ce que l'on prend souvent pour l'étymologie de co naitre. Naître avec. En fait, il s'agit d'un jeu de mot, qui rend bien compte de ce dont il s'agit, que l'on trouve dans plusieurs écrits. L'Etymologie du mot "Connaissance" nous vient du latin et du grec, et au delà du mot sanskrit "jna" qui donne le mot "janati" qui signifie "connaître". Cette racine sanskrite à évolué pour donner to know en anglais, gnose, ignorance, et connaitre en français. Le jnana yoga est encore aujourd'hui une part importante de la pensée hindou. Sa philosophie, l'Advaita, trouverait son origine dans les Védas dont les premiers écrits dateraient d'il y a 15000 ans. La plupart des maîtres hindous ont sont issus. Le contemporain le plus connu est Ramana Maharshi. Ce concept spirituel s'est propagé à tout le monde oriental : bouddhisme, taoïsme, puis au monde occidental avec Platon, les stoïciens, les néoplatoniciens, la gnose, le soufisme, Spinoza, maître Eckart, Jean de la Croix, Jung. Il a conservé le principal de cette philosophie en se propageant et il est intéressant de constater que l'étymologie en garde le souvenir.

Jean Pierre Bayard disait "que la Sagesse ne s'enseigne pas ". En effet, la connaissance ne se transmet pas, car comme la plus belle fille du monde, nous ne pouvons donner, transmettre que ce que l’on a, ce que l’on possède. La connaissance n’appartient à personne. Elle ne s'enseigne pas. Elle est de ce fait inaltérable. Nous ne pouvons transmettre que la façon de la reconnaître. Et, cette transmission est toute relative car il s’agit d’abord d’une enquête personnelle.

Le prologue de Jean présent dans la loge dès le début des travaux nous dit : "Au commencement était le logos, la parole. En elle était la vie, la lumière des hommes. Et les ténèbres ne l'ont point saisie". Le Logos nous vient de la Grèce antique et selon le dictionnaire : " il est parole, discours, raison, relation »(Wikipedia) Il s'agit de la raison divine, raison organisatrice, explicatrice de l'univers. Logos, c'est la manifestation de l'être ou de la raison suprême. C'est la "loi du monde"(CNRTL). Pour Héraclite le logos est à l’origine de la pensée humaine. Il est  dans le non manifesté, il  est le principe, l'un, qui gouverne le cosmos, le tout. La source de toute activité, de toute création. Le logos, but de recherche initiatique, ne se reconnait pas par la croyance, mais par la connaissance qui suppose le doute. En FM, en loge de St Jean, nous devons retrouver la lumière et la parole. Cela rejoint  cette phrase d’Aurobindo qui pourrait être un résume de la symbolique d’une loge maçonnique, et, qui conclura cette planche : « Mais quand fut le commencement ? A nul instant dans le temps, car le commencement est à tous les instants ; le commencement toujours fut, toujours est et toujours sera. »

Marc Desdit

Source : http://www.masoniclib.com/

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Les trois coups

29 Décembre 2016 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Dans le livret d’instruction au 1er Degré il est posé une question :

- « Comment avez-vous été introduit en Loge ? »

La réponse est : « Par trois grand coups »

Hors, dans le Rituel d’initiation au premier Degré le Frère Expert ne frappe qu’un seul coup, mais c’est un grand coup, à l’extérieur de la porte de la Loge. Depuis l’intérieur le Frère Couvreur ainsi que le Frère Second Surveillant confirment que c’est en Profane que l’on frappe à la porte du Temple. Ce n’est que plus tard que le nouveau Frère, quand il lira le livret d’instruction au 1er Degré découvrira la signification des trois coups : « Demandez et vous recevrez (la Lumière), cherchez et vous trouverez (la Vérité), frappez et l'on vous ouvrira (la porte du Temple) ». Quand aux coups il semble que depuis le 18ème siècle leur nombre, leur intensité et leur rythme diffèrent selon le Rite. Au Rite Français de 1998 on frappe trois grands coups irréguliers, c’est-à-dire en profane comme le confirme le Frère Second Surveillant. Même chose au Rite Ecossais Rectifié de 1802 où le Frère Introducteur conduit le candidat à pas libre vers la porte principale de la Loge, où il l’annonce en le faisant frapper avec le poing trois coups également détachés. Procédure identique au Rite York. Tandis qu’au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm de 6001 au Grand Orient de France, le Frère Expert demande au Récipiendaire de frapper en profane contre la porte, à plusieurs reprises et par des coups rapides dont le nombre n’est pas précisé. Une particularité symbolique intéressante apparaît avec le Rite Ecossais Primitif de 1688 puisque les trois grands coups frappés depuis l’EXTERIEUR reçoivent une réponse INTERIEURE identique, comme un effet miroir. Tous ces Rites expliquent ensuite dans l’instruction, la signification des trois coups permettant de recevoir la Lumière, d’entrevoir la Vérité après avoir frappé à la porte du Temple. Seul le Rite d’York mentionne que les trois coups font allusion à un certain passage des Ecritures (bibliques). Pour le moment le Postulant se trouve à l’extérieur, devant une porte, et il demande à pénétrer à l’intérieur d’une enceinte préalablement sacralisée. Nous qui avons déjà franchi le seuil nous savons que les trois coups deviennent le secret de cette porte qui ouvre sur un sens caché ou plus exactement sur un lieu à l’intérieur duquel tout est symbole ou presque. Nous disons que nous sommes passés de l’exotérisme à l’ésotérisme et ce vocabulaire atteste que nous avons quitté un monde pour un autre où les mots et les idées sont différents. Mais comment et pourquoi le Postulant et nous-mêmes en sommes-nous arrivés là ? Nous n’avons pas été contraints ni même pressés ou bousculés physiquement ou moralement. L’approche de la Porte du Temple a été progressive, prudente et murement réfléchie. A ce détail près tout de même et bien connu car commun à de nombreuses organisations sociales c’est que leur fonctionnement ne nous devient évident qu’après les avoir intégrées. D’où la question suivante : quand l’initiation a-t-elle commencé ? Spontanément je répondrais que techniquement l’initiation commence le jour où elle a été programmée. Il s’agit de l’aboutissement d’un protocole rigoureux qui garantit le sérieux du processus...et accessoirement celui de l’Obédience qui organise, il faut bien le dire. L’aboutissement est donc la cérémonie d’initiation, quel que soit le Rite, et c’est un passage obligé. Comment le candidat en est-il arrivé là ? Les étapes sont précisées dans l’instruction qui explique qu’il est nécessaire de chercher et de demander avant de pouvoir frapper à la porte d’un Temple offrant à l’heureux candidat un univers de Lumière et de Vérité ! (avec, s’il vous plaît, un « L » et un « V » majuscules !) Il s’agit d’une procédure formalisée que nous connaissons bien qui se déroule en quatre étapes : la cooptation par un Maçon ou bien la candidature spontanée, un entretien avec le Vénérable Maître de la Loge, la rédaction et l’envoi de la lettre de candidature, trois entretiens individuels avec trois Maçons de la Loge, une audition en Loge avec un protocole ritualisé, appelé « passage sous le Bandeau ». A mon sens, à ce stade le processus initiatique est déjà bien engagé. Cette mise en scène de l’initiation n’est abordable que très progressivement et prudemment. Le métaphysicien René Guénon s’exprime abondamment sur ce qu’il appelle la « qualification » d’un candidat à l’initiation. Pour Guénon les trois étapes de la réalisation spirituelle comprennent trois conditions formant trois étapes : la qualification, la transmission par le moyen du rattachement à une organisation traditionnelle porteuse d’une véritable « influence spirituelle », et le « travail intérieur » qui permettra au candidat pressenti d’ordonner et de développer les possibilités qu’il porte en lui. C’est cette qualification que le Franc-Maçon détecte chez un individu sous forme de capacités en « puissance » pouvant évoluer vers la réalisation d’un travail initiatique de qualité. Viendront ensuite l’entretien avec le Vénérable Maître de la Loge, la rédaction et l’envoi de la lettre de candidature, trois entretiens individuels avec trois Maçons de la Loge, une audition en Loge avec un protocole ritualisé, appelé « passage sous le Bandeau ». Je m’arrête sur cette audition particulière effectuée avec un bandeau sur les yeux. Je l’associe à trois grands coups virtuels tellement ce procédé peut paraître brutal. En effet, l’impétrant ne voit pas son environnement et les Frères ne voient pas son regard ce qui contrevient à certaines règles morales et sociales. Nous voulons par ce moyen obliger l'impétrant qui n’a plus la vue des choses à ouvrir son esprit pour essayer de comprendre ce qui l’entoure et qu’il perçoit fort bien par ses autres sens, entre autres choses. Bienvenue, monsieur, dans notre monde de symboles ! Faute de temps je ne peux m’attarder sur ce que je considère comme une première épreuve initiatique, toutes proportions gardées, bien entendu. Pour l’heure, disons que le candidat ne s’est pas découragé et sa détermination s’est accrue au point qu’il se présente réellement et vaillamment à la Porte du Temple. Où il va être reçu dans les formes accoutumées. Le Postulant sort du Cabinet de réflexion où il a été confronté à sa possible mort. Aucun coup n’a été frappé et il a été conduit et guidé là courtoisement par le Frère Expert. Le postulant ne le sait pas mais en accédant à une prise de conscience commune à tous les Hommes : l’idée de sa propre mort, il vient de commencer une initiation « extérieure ». Lao-Tseu dit dans le Tao-Te-King : « Tous les hommes désirent uniquement se délivrer de la mort, mais ne savent pas se délivrer de la vie ». Les choses devraient s’arranger puisque les éléments alchimiques qu’il avait devant lui ainsi que l’acronyme V.....L ont pour objet d’orienter sa réflexion vers un possible cycle de démolition du sensible pour commencer un cycle de recomposition. C’est ainsi que le postulant vient de frapper mentalement un premier coup pour lui-même en rédigeant son Testament philosophique. Son esprit qui est maintenant en éveil va lui permettre de quitter l’animalité et devrait le conduire vers la construction d’un Temple - le sien, l’établissement d’une spiritualité personnelle et par conséquence participer à l’édification d’une société plus fraternelle. Trois coups pour un résultat attendu en un seul : le tri-unitaire. Plus tard, face au Second Surveillant peut être le conseil « Demandez et vous recevrez » lui viendra-t-il à l’esprit. A moi il me vient en mémoire la suite de l’exhortation de l’Ecriture, à savoir : « Qui de vous donnera un caillou à son fils quand celui-ci lui demande du pain ? Ou bien, s'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? ». Selon la méthode associative analytique il faut chercher dans l’enfance pourquoi et comment nous fonctionnons psychologiquement. Les enfants demandent beaucoup et une proportion importante de leurs demandes se heurte à un « non », même si le refus est présenté de façon plus ou moins diplomatique. Aux anciens enfants que nous sommes il est parfois dit « Attendez et vous recevrez ». C’est la méthode Maçonnique qui enseigne les vertus de la patience et de la constance par le silence imposé à l’Apprenti. Comme on grandit vite sur la Colonne du Septentrion le Maçon passe de l’attente à la demande, il passer de l’espoir à la recherche, puis il dépasse le dépit de se trouver devant une porte fermée et il prend l’initiative d’y frapper. La demande est un désir qui devient acte volontaire. C’est en demandant, c’est en cherchant et en frappant que l’on devient vivant, que l’on obtient l’assurance de trouver et de recevoir ce qui va nourrir l’essentiel. Si nous ne demandons pas, c’est de l’essentiel dont nous allons manquer. Ce qui n’exonère pas de regarder puisque nous savons maintenant où regarder. Sans cligner des yeux nous observons le Delta lumineux, les Trois grandes Lumières que sont le Compas, l'Equerre et le Volume de la Loi Sacrée, les Etoiles disposées sur les trois piliers qui soutiennent la Loge que sont Sagesse, Force et Beauté. La Loge elle-même ne peut fonctionner que si trois la dirigent et cinq l'éclairent. Après la fermeture des Travaux « la Lumière continue de briller en nous... » Nous nous efforçons de distinguer le futile du monde profane de l’essentiel du monde initiatique. Nous nous efforçons de sentir au fond de nous ce qui mérite de persévérer dans notre quête de Lumière et de Vérité. Il faut parfois insister à la porte de notre petit moi jusqu’à ce qu’elle s’ouvre parce que nous pressentons c’est au-delà de la limite que se tient l’essentiel. Ensuite il faudra chercher, oui mais pour trouver quoi ? La Franc-Maçonnerie et plus encore les Francs-Maçons ne donnent pas de réponse aux questions de celui qui cherche. Certains Maîtres Maçons, et plus, témoignent parfois d’un certain désarroi. Nous nous habituons à ne pas poser de questions mais plutôt à les poser à nous-mêmes. Et encore, le plus important n’est-il donc pas la réponse à la question, mais tout simplement de prendre profondément conscience que nous sommes sur le chemin qui mènera éventuellement aux réponses. Lesquelles se situent à trois niveaux qui sont celui de la relation de l’individu au groupe, de la matérialité à la spiritualité et de la quête d’une altérité harmonieuse. Une fois sur le bon chemin il faut écouter, observer et attendre, encore attendre, toujours attendre. La réponse peut venir inopinément : il faut juste être en éveil. C’est ce qui est difficile, cette vigilance de tous les instants. La Franc-Maçonnerie tempère les angoisses qui pourraient apparaître en promettant que si on persévère on entend « moins de bruit », on « trouve moins d’obstacles » et promet que « ceux-ci s’aplanissent de plus en plus sous les pas de l’homme qui persévère dans les sentiers de la Vertu ». Donc les choses vont devenir plus faciles mais il faut toujours chercher et tout de suite apparaît ce mot Vertu dont il faut aussi chercher le sens. Cela ne s’arrête ja-mais ! Ma Planche, elle va s’arrêter là, au bout de 2000 mots environ ! Avant de conclure en quelques lignes je ne peux résister à l’envie de vous livrer l’Ecriture biblique de référence tellement les interprétations me parlent :

Mt 7 : 7-8, « Demandez et vous recevrez - pour l’Apôtre Jean 16 : 24 c’est la plénitude de la joie divine, cherchez et vous trouverez - pour l’Apôtre Matthieu il s’agit du Royaume de Dieu et de sa justice, frappez et l'on vous ouvrira - Jean parle de Jésus qui est la porte mais aussi le chemin, la vérité, et la vie). Autant de formules qui me sont familières ».

Conclusion :

La découverte du chemin de l’intérieur nous est révélée par trois grands coups. Nous avons sollicité un droit de passage pour accéder plus ou moins secrètement à la Connaissance par l’humanisation réelle et tangible de l’homme de Lumière qui habite en nous. Au-delà il n’y aura plus de coups et de bruits mais nous nous fondront silencieusement, doucement et sereinement dans la Sagesse, la Force et la Beauté. Espérons-le. Et plus tard, peut être un jour de bilan, nous poserons-nous la question : pourquoi suis-je resté en Franc-Maçonnerie ?

J’ai dit.

Histoire :

Dans le sens des trois grands coups, nous avons le rituel de la loge mère écossaise de Marseille de 1751 qui est d’après les affirmations de Robert Ambelain l’une des souches du REP du moins pour les deux premiers degrés. Nous avons aussi le Wilkinson de 1727, « la Maçonnerie disséquée » de Samuel Prichard de 1730, « la Réception d’un Frey maçon » de 1737, « l’Ordre des Francs-Maçons trahis »de 1742, « le Sceau Rompu de 1745, « the Three Distinct Knoks » de 1760, « Jachin et Boaz » de 1762. En sens contraire : un seul coup dans la Parfait Maçon de 1744, dans le guide du maçon de 1804 (REAA), deux coups dans le Rite Français de 1858 et 1887. À noter que le Nécessaire Maçonnique du rite français de 1817 et le Nécessaire Maçonnique du rite écossais de 1817 optent tous les deux pour les trois coups.

Cérémonie d’initiation. Rite Français – 1998

De retour auprès du Récipiendaire, le Frère Préparateur l’amène à la porte de la Loge à laquelle il frappe trois grands coups irréguliers (c’est-à-dire : en profane) :

Sec. S\ : Frère Premier Surveillant, on frappe à la porte, en profane.

Instruction au grade d’Apprenti :
TV : Comment avez-vous été introduit en Loge, Frère Premier Surveillant ?
Sec. S\ : Par trois grands coups.
TV : Que signifient ces trois coups ?
1er S\ : Demandez, vous recevrez ; Cherchez, vous trouverez ; Frappez, et l’on vous ouvrira.

Rituel du 1er Grade. Cérémonie d’initiation. Rite Ecossais Rectifié Version de 1782, complétée par Willermoz et communiquée par lui en 1802 à la Triple Union de Marseille.

Introduction de Candidat dans la Loge

Le Frère Introducteur conduit le candidat à pas libre vers la porte principale la loge, où il l’annonce en le faisant frapper avec le poing trois coups également détachés : O\ O\ O\…/…

Le Second Surveillant va frapper à son tour trois coups égaux : O O O - contre la porte, en dedans, et de suite il l’ouvre rapidement en disant d’un ton grave et sévère : etc.

Instruction morale du grade d’Apprenti Franc-Maçon

Enfin on vous a bandé les yeux. Dans cet état d’obscurité on vous a conduit à la porte de la loge, vous y avez été annoncé par trois coups pour un Cherchant, et ces.trois coups vous ont procuré l’entrée. Vous sentiez en effet votre ignorance sur nos mystères. On s’était assuré que vous désiriez sincèrement en sortir dans l’espérance de vous améliorer parmi nous, et qu’inquiet de votre état, vous cherchiez la route la plus prompte et la plus sûre pour découvrir la Lumière. Mais une vaine curiosité pouvait vous distraire, une fausse lumière pouvait vous égarer. On vous a réduit à vous laisser guider par ceux à qui vous livriez votre confiance, et vous en avez reçu le prix. Les trois coups vous ont appris qu’avec des désirs purs et ardents on ne demande pas, on ne cherche pas, on ne frappe pas en vain, et l’entrée de la Loge vous a été ouverte. Continuez donc à demander, à chercher et à frapper avec de tels sentiments, c’est le seul moyen d’arriver au terme heureux de vos espérances.

Cérémonie d’initiation. Rite Ancien et primitif de Memphis-Misraïm – GODF - 6001

L’Expert : demande au Récipiendaire de frapper en profane contre la porte, à plusieurs reprises et par des coups rapides.

Cérémonie d’initiation - Rite York

Le 1er Intendant fait frapper le Candidat par trois fois.
Q : Pourquoi vous fit-on frapper trois coups distincts ?
R : Pour alerter la loge et informer le Vénérable Maître qu’un candidat pauvre et dans les ténèbres aspirait à être admis.
Q : A quoi les trois coups faisaient-ils allusion ?
R : A certain passage de des Écritures qui dit : « Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira ».
Q : Dans quelle mesure avez-vous trouvé que ce passage s’appliquait à votre situation vis-à-vis de la Maçonnerie à ce moment-là ?
R : J’ai demandé à un ami de me recommander pour être fait Maçon ; et grâce à sa recommandation j’ai cherché l’initiation ; j’ai frappé et la porte de la Maçonnerie me fut ouverte.

Rite Ecossais Primitif – 1688

« On marque par les trois grands coups EXTERIEURS et par leurs réponses INTERIEURES le principe de mise en phase des trois niveaux… »

« Hormis l’effet miroir des trois coups frappés régulièrement qui répondent aux trois grands coups extérieurs ».

René Guénon

Aperçus sur l'initiation « Des qualifications initiatiques » …ces qualifications sont exclusivement du domaine de l’individualité ; en effet, s’il n’y avait à envisager que la personnalité ou le « Soi », il n’y aurait aucune différence à faire à cet égard entre les êtres, et tous seraient également qualifiés, sans qu’il y ait lieu de faire la moindre exception…

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Le courage

27 Décembre 2016 , Rédigé par R.L Publié dans #Planches

« Il faut commencer par le commencement. Et le commencement de tout est le courage ». Vladimir JANKELEVITCH

Tout conduit à nous faire dire que le courage est la vertu du commencement. Mais quel commencement ? Il ne faut pas de courage pour naître, ni pour être. Par contre il nous faut souvent avoir du courage pour continuer d'être ou de cesser d'être. Commencer, c'est commencé de lutter, de résister, et ceci ne va pas de soi. Il faut surmonter ses peurs, aller contre soi-même, malgré soi, justement. Vaincre ses peurs, son laisser-aller. Laisser-faire les douces lâchetés, nos serviles abandons se seraient plus faciles et sans doute moins douloureux. Le courage s'impose à nous contre notre propre volonté, souvent sans que nous puissions maîtriser ses conséquences et c'est très bien ainsi.
Le courage donc, intervient et s'oppose : à une difficulté, un danger, un péril...
La progression qui en découlent ne donne pas qu'une simple intensité au courage. Elle naît de la qualité propre du courage.
Suffit-il de se demander s’il ne faut que lutter contre son contraire pour qu'il soit ! Pour affirmer qu'il y a une sorte de courage.
La lutte est une chose son sens en est une autre !
Est-ce que le courage fait partie d'un don que nous aurions en héritage ? Fait il partit de notre humanité ? Depuis PLATON, le courage est pensé comme une vertu cardinale. La vie morale gravite autour de ce point comme autour des trois autres fondements de l'existence qui sont : la sagesse, la tempérance et la justice. Enlever l'une de ses vertus, c'est dénaturer le sens même du bien vivre et du bien agir. Qu'est-ce qui peut expliquer de façon plus précise le courage que : La force, le savoir, les illusions, la peur, l'espoir, la connaissance, la raison, la beauté, la volonté, la liberté, la connaissance de soi-même ? Nous autres francs-maçons nous avons reçu de nos pairs les outils afin de nous permettre de maîtriser nos pulsions et notre animalité. Toutes les vertus constituent un ouvrage où s'enchevêtrent le bon et le mauvais à fin que la réflexion que nous avons sur nous-mêmes ne se terminent pas. Combien il est difficile, de trouver au fond de notre pensée une bonne définition de ce que peut être le courage. Bien sûr il m'aurait été facile de vous parler d'un certain vécu. Mais faut-il parler de courage lorsque l'on subit les aléas de la vie ? Ne s'agit-il pas la de fatalité…
Que de difficultés rencontrées pour trouver la bonne définition du mot courage, ne s'accompagne-il pas d'un complément ?
Courage de faire, de se battre, de dire...
Au cours des siècles, la vertu nommée courage n'a pas eu qu'un seul sens, déjà Platon, à son époque était en quête de sa définition.
Les modèles du courage connaissent des évolutions et des variations. L'héroïsme d'Achille enthousiaste, sûr de sa force et méprisant le danger n'est pas le même que celui d'Ulysse, conscient de ses faiblesses, Hérault d'endurance et de ruse. Ulysse n'est-il pas appelé l'endurant. Et la vaillance du citoyen soldat, ferme à son poste, se distingue du courage calculateur de Périclès qui annonce la réflexion dont naîtra l'amour de la sagesse. Le courage fut une valeur très importante dans la cité État et de la Grèce en général. Un citoyen fut appelé bon (Agathos) ou mauvais (Kakos) en fonction de son courage. Le plus grand titre d'honneur pour les athéniens fut le titre posthume « d’Andrés Agathos » ce titre était décerné à l'occasion de leur oraison funèbre. Dans l'Iliade, le courage est le privilège d'une caste guerrière. Il n'appartient qu'aux meilleurs. Cette vision héroïque du courage restera comme un modèle constant. À côté du courage physique et militaire apparaîtra un courage plus intérieur, un courage moral qui consiste à résister à un ennemi plus intérieur : les passions, les souffrances, la malchance. Après avoir été fataliste et ayant abandonné sa destiné aux Dieux, l'humain eu une vision plus intellectualiste du courage. Le courage et le savoir se sont mélangés, on peut dire que son nés : le métier, l'expérience, la compétence et la stratégie. Ces derniers ont toutefois été mis au service des conflits armés. Les qualités intellectuelles se développant, la morale et la vaillance ont complété les qualités intellectuelles. Nous voyons bien que le courage détient de nombreuses facettes : quel statut y donner ?

Au savoir « Platon »
A l'espérance « Aristote ».
Le courage ne fait-t-il qu'un avec la sagesse « Épictète » ?
Est-il l'impassibilité imitée du divin « Plotin » ?
Est-il la simple conséquence d’un effet de conditions physiologiques ?
Si nous comprenons bien que le courage est une vertu toute entière, il demeure difficile d'en définir les contours. Il prend de nombreuses figures, se masque volontiers. Il me fait penser aux personnages du carnaval de Venise. Qu'y va-t-il derrière le masque ?

Faut-il parler de folie lorsque l'on évoque le courage ?
Le courage cette force d'âme se rencontre aussi chez les fous, c'est ce qu'a constaté Socrate. Je vous laisse juge devant cette affirmation.
Alors que faisons-nous de nos années à comparer nos avis sur tel ou tel symbole ?
Avons-nous sincèrement progressé ?
Qu'avons-nous fait de notre temps à écouter les autres ?

Le fait d'être nous est donné. Mais notre existence est dirigée par nos acquis culturels, familiaux, nos croyances et chacun de nous se trouve pris dans de multiple embarras, aventure ou accident. Il faut savoir se tenir ou se perdre. Les images collantes que nous avons de nous-mêmes sont autant de fardeaux qui entravent notre avancement dans la vie. Les idéaux autorisés et les valeurs apprises construisent aussi ce que nous sommes, et peut être construisent- ils ceux qui nous entourent. En souscrivant sans condition à cette forme de vie on se sent absorber, abandonné, digéré. Et voilà ! Il nous faut une sorte de courage pour ne pas cesser de comprendre, pour entreprendre des changements, dissiper les mythes, nous renouveler. Aller plus avant dans notre quête de connaissance. Transformer le hasard qui tend à s'imposer, qui bouscule ce que nous sommes. Pour que nous nous inventions « nous même » Etre soi-même ! Comment savoir vraiment si l'on est soi-même ? Être et paraître sont si proches, qu'il est difficile de distinguer l'un et l'autre. Comment être sûr de ne pas confondre ce que l'on est avec ce que l'on représente. Faut-il toujours se comparer par rapport aux autres, à la société, à la vie, ce qui naît, ceux qui meurent ? Toute approbation n'est pas une victoire, toute condamnation n'est pas un échec. Nous n'avons que très rarement le sens de l'immensité, des années passées comme de celles à venir, de l'infiniment petit comme de l'infiniment grand. Devant cet infini, comment ne pas appréhender le dérisoire que nous sommes ? Le superficiel, peut-être l'admiration, le contentement, revêtent alors un tout autre costume que le paraître, la possession, et le pouvoir. Il n'y a pas alors, que le courage, que d'être soi-même, il n'y a de courage que dans la conscience d'être. Bien sûr, rien n'est acquis, ni le bonheur, ni le malheur pour chacun de nous tout peut changer à tout instant. Laisser sa destinée au hasard sans conscience ce n'est pas faire preuve de courage. Alors faut-il du courage pour naître, pour être, il en faut sûrement pour continuer d'être ou pour cesser d'être. Apprendre à résister ce n'est pas ce qui va de soi. Résister, c'est agir c'est prendre un risque, risque de ou malgré. Malgré la peur, l'inertie les désirs et parfois l'obéissance. Face aux menaces du danger ou des faits eux-mêmes, il faut rester soi-même humain, proche de l'autre. Il faut plus de courage pour regarder la vie en face pour ne pas rester ébloui par le superflu, ne pas oublier que le beau n'est pas le bien. Oser faire ou défaire, s'éloigner des grégaires complicités que sont les rumeurs, des idées reçues, refuser le mimétisme, car le courage s'oppose au dogme. Mais alors que de questions mes F\ F\. Mais aussi que de pistes à suivre.

N’est-ce pas notre rôle que de chercher la lumière ?

V\ M\ J’ai dit !

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Cantique du quantique

29 Juillet 2016 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Travail réalisé avec Raphael MASSARELLI

Ellimac. Il y a peu de jours, comme je partais de ma maison, je vis un homme de la connaissance, mon ami Ithloaèdes. Je l’appelais de loin et le rejoignis. Ithloaèdes ! Je te cherchais justement pour te demander ce qui s’était passé avec Kyrios le jour où vous allèrent souper à l’académie. En t’y rendant, je t’avais entendu marmonner très embarrassé, à plusieurs reprises : Vite une question, j’ai la réponse ! Vite une question, j’ai la réponse ! On dit que la conversation roula sur l’origine de toute chose, et je meurs d’envie d’entendre ce qui s’était dit de part et d’autre sur ce sujet. Conte-le-moi donc, je te prie. D’ailleurs, pouvons-nous mieux employer le chemin qui nous reste d’ici à Garibaldi ?

Ithloaèdes. Je te rassure sur mes prétentions. Cette histoire n'avait commencé que par une boutade ! Un jour, me promenant seul, en souvenir d'une galéjade, j’avais murmuré, en plaisantant, « Vite une question, j’ai la réponse ». Kyrios, venant derrière moi, m’entendit, me mit au défi et me donna rendez-vous à l’académie pour le lendemain où je m’y rendais et c’est ainsi qu’il me questionna.

Kyrios. Tu as la réponse ? Bien, alors dis-moi, Ithloaèdes, y a-t-il une origine à toute chose ? Comment et pourquoi le monde existe et comment ce monde a la forme qu’il a ? D’où vient l’ordre sensible des choses ? Comment a pu émerger, à partir de rien, une organisation de l’énergie, de la matière et du vivant ? Comment peut-on connaître la vérité ?

Ithloaèdes. Tu es bien généreux et libéral, mon ami : je ne demande qu’une question simple, et tu en donnes une variété ; une seule aurait suffi. Alors, disons que si ta première question est : comment comprendre la constitution d’un système complexe, l’Univers par exemple, à partir de rien, ma réponse est : on n’est pas sûr de savoir comment cela se passe. C'est au travers des mythologies que l'on trouve les premières réponses au mystère de l'émergence primordiale. Elles racontent, chez les sumériens, les sémites, les scandinaves, les grecs, les indiens, le vide, le chaos, l'abime, l'indifférencié qui précède la création de l'univers proprement dit. La quête du début de toute chose, celle que les physiciens désignent par Big-bang, est une grande affaire scientifique, non encore élucidée. C’est pour cela qu'on l'appelle théorie du Big-bang car ce n’est qu’un ensemble de notions, d’idées, de concepts abstraits, de tentatives de répliques mathématiques de l’univers qui demandent continuellement à être confirmés. De manière simpliste, les physiciens considèrent que le Big-bang est une singularité, une chose étrange pourrait-on dire, que nous sommes résignés à tenir pour un grand mystère. En effet, sur ce qu’il y avait avant la singularité qu’est le Big-bang, pourrait commencer le débat sur l'éventualité d'un Dieu créationniste, sur un principe organisateur tel qu’on le retrouve avec Brahma, principe de toutes choses, le démiurge de Platon, le premier moteur immobile d'Aristote, le logos des stoïciens, le grand horloger de Voltaire, le dieu nature de Spinoza, et même le GADLU…..

Kyrios. Je t'arrête, mon ami, laissons plutôt aux théologiens le soin de dire comment on va au ciel et aux astrologues le soin de dire comment va le ciel. Revenons sur terre et laisse-moi poser une question autrement. Comment peut-on penser l’émergence de quelque chose, à partir de composantes qui avaient au départ des propriétés totalement différentes les unes des autres ? En somme et pour exprimer cela d’une façon simple : ne dit-on pas que le tout est davantage que la somme des parties qui le constituent ?

Ithloaèdes. C’est tout à fait exact, c’est une manifestation des systèmes physiques connue depuis plus d’un siècle. Certains scientifiques et sociologues ont démontré qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de chacun de ses éléments constitutifs pris individuellement. Comme le fameux physicien français Henri Poincaré aimait à dire dans ses cours de Physique : «une maison est faite de briques, mais un tas de briques ne sera jamais une maison ! ». Cela veut dire qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de la connaissance de ses éléments les plus simples, car on ne donne, ainsi, qu’une vision très approximative de la réalité du tout. En somme, c'est le contraire de la démarche réductionniste analytique qui accepte, conformément à la méthode que proposait Descartes, de réduire le tout à ses parties, pour mieux le comprendre.

Kyrios. Veux-tu dire que devrions-nous cesser d’être cartésiens ?

Ithloaèdes. Peut-être ! Pour un nombre croissant de scientifiques en tout cas, le réductionnisme est une entreprise qui risque de reposer sur une erreur de conception fondamentale. Au plan d’une vision générale sur l’Univers, le concept de l’émergence ne permet pas de comprendre immédiatement pourquoi le monde est ce qu’il est, et moins encore ce qu’il deviendra. Il permet juste de comprendre qu’aucune théorie réductionniste ne permettra jamais d’analyser et reproduire la complexité du monde.

Kyrios. Pour comprendre cela, faudrait-il, alors, revenir à la possibilité d’utiliser une vision "holistique" de la complexité du Tout. C’est-à-dire une vision d’ensemble, globale qui admet qu’il faut essayer de comprendre la totalité produite par composition de ses simples constituants ?

Ithloaèdes. Je pense que ce serait une possibilité, par exemple : si on fait un tas avec 9 briques, son poids se réduit à la somme des poids de chaque brique, il n’y a pas d’émergence. Mais prends une miche de pain, il est facile de voir que celle-ci possède des qualités qui ne peuvent pas être considérées comme la somme de ses ingrédients ; sa texture est totalement différente de celles de ses composants, blé, eau, sel, levure, feu… avant leur mélange. La miche est une émergence. Les propriétés émergentes du pain proviennent de l’interaction entre ses ingrédients et le pain qu’on obtient est bien plus que la somme de ses constituants essentiels. La nature du vivant ressemble plus au pain qu’au tas de briques. Si nous regardons un organisme vivant, celui-ci est, évidemment, plus que la somme de ses organes. Un autre exemple parmi une infinité : tout le monde sait que, même en grand volume, l’oxygène et l’hydrogène sont invisibles, inodores et de masse négligeable. Cependant, quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront en liquide visible, en eau qui pèsera 1kg/litre.

Kyrios. Cela veut-il dire que le monde est constitué par des strates imbriquées d’émergences et pour les comprendre, il suffirait d’admettre qu’un niveau est constitué à partir d’éléments du niveau précédents lorsque ceux-ci s’organisent et s’intègrent ensemble pour donner quelque chose de nouveau, en d’autres termes pour créer quelque chose en plus d’eux-mêmes ? S'il en est ainsi, alors on peut comprendre pourquoi la pierre qui constitue la clé d’une voûte n'est pas une pierre comme une autre car, en fermant la voûte, elle la solidarise, la constitue en un tout qui tient. Elle crée la voûte dans sa relation d'équilibre des forces avec les autres pierres en tant que structure architecturale dans laquelle il suffit d'enlever une pierre quelconque pour que l'édifice s'écroule et devienne un tas de pierres. De même aucun élément d’un circuit ne vaut grand-chose en lui-même par sa matérialité, mais, le fait de se fermer, comme dans une chaîne d'union, de faire cercle ensemble, assure la continuité et établit, dans ce cas, la circulation d'un flux d’émotions, d’échanges entre FF ø Et SS ø Ce qui émerge à ce stade c'est donc une totalité comme telle, qui vaut bien plus que la somme des éléments du circuit et qui a produit quelque chose de plus que l’on appelle égrégore ?

Ithloaèdes. Certes, toutefois, on considère qu’il y a émergence dès lors que les ensembles constitués par cette organisation complexe sont stables et qu’ils ont des propriétés propres, différentes de leurs composants antérieurs. L'émergence peut donc se définir par rapport à l'idée d'une organisation du monde selon des degrés de complexité croissante, succession qui ne peut être réduite à ses degrés élémentaires. Maintenant, il faut se représenter l'immense champ des technologies émergentes, aujourd'hui disponibles et susceptibles de fournir des briques pour la construction d'êtres artificiels, jusqu'à des populations de robots dotés de propriétés inattendues et qu’on prétend qu’ils pourraient dépasser en intelligence les humains. Mais cela reste, aux yeux des scientifiques, un rêve romanesque fou et cependant non des moindres, les européens et les américains s’y investissent déjà.

Kyrios. Que le grand cric me croque et me fasse avaler ma barbe ! Comment apprécier ce monde robotisé dont tu me parles au regard du progrès humain que cela pourrait apporter. Et maintenant, en admettant une complexification croissante d’un niveau à un autre, je me demande ce qui se passe dans le vivant. Comme on le sait, nous sommes constitués des mêmes atomes que la terre et les étoiles, mais comment ces éléments se composent-ils pour constituer la vie ? Est-ce un résultat de la complexité ?

Ithloaèdes. On peut en effet expliquer la vie ainsi, une complexité de relations entre les atomes qui forment des molécules, qui forment des cellules, qui forment des tissus, des organes, des organismes. Et tu peux même observer ces effets de la complexité au cours de l’évolution à des niveaux surprenant comme par exemple celui de la conscience. Il y a un exemple à ce sujet qui pourrait expliquer le vivant par un théorème qui a pris le nom de Bose -Einstein, théorème, on s’en doute très compliqué sur les fluides quantiques,¬ mais sur la base duquel, certains scientifiques en déduisent aujourd’hui que sous conditions particulières et lorsque le nécessaire niveau de complexité est rejoint, des éléments simples peuvent fusionner en un seul et unique élément. C’est le principe philosophique qui implique que le Tout donne le Un. Ce concept, peut être appliqué au vivant et observé au cours de l’évolution des espèces. La plus simple forme de vie est donnée par les bactéries et les protozoaires. Ces derniers sont des cellules qui vivent comme des individus dotés de mini-consciences car ils peuvent réagir à l’environnement qui les entoure. Au cours des millénaires, des cellules semblables aux protozoaires ont formé des colonies, puis des individus plus complexes où les cellules se sont spécialisées en des fonctions diverses. De sorte que leur ensemble, suivant le théorème de Bose-Einstein donne, à partir de nombre de cellules différentes, un seul individu qui aura une seule conscience et non plus un ensemble de mini-consciences. Cela peut évoluer et se complexifier jusqu’à la conscience de l’Homme, qui, sur Terre, est le résultat émergeant le plus complexe du vivant. Ainsi, d’organismes primaires capables de réactions élémentaires, on arrive à des organismes qui peuvent écrire et déclamer l’Iliade ou le Mahâbhârata. Voici comment une conscience peut émerger d’un ensemble d’atomes. De même, les robots, que j’ai évoqués plus haut, modifieront probablement l’homme lui-même ; ils pourraient donner lieu à des prothèses dont certaines sont déjà utilisées en chirurgie réparatrice, voire dégager une certaine autonomie. L'émergence renvoie à un monde qui n'est pas figé, un monde en évolution dans lequel de nouvelles formes d'existence peuvent apparaître.

Kyrios. Si je comprends correctement ton raisonnement sur l’émergence de la conscience, j’aurais envie de dire que l’existence même de l’homme pourrait avoir modifié tous les niveaux antécédents. Il y a, par émergence, formation d'une hiérarchie de niveaux d'organisation, mais l'ensemble ne forme pas un monde stratifié. Il s'agit plutôt d'une imbrication, car les niveaux ne sont pas disjoints et empilés, mais comme internes les uns aux autres et interactifs entre eux. Par exemple, la nature, au sens large, qui a permis l’émergence de l’homme s’en est trouvée profondément modifiée par lui. Alors, en cascade, on remonterait à la modification du niveau primordial du Big Bang et en allant encore au-delà, le GADLU lui-même serait potentiellement modifiable par nous en le faisant évoluer à notre image ! D’ailleurs, la kabbale, me semble-t-il, explique que le Nom de Dieu lui-même est abimé chaque fois que le mal est fait volontairement. Mais dis-moi, Ithloaèdes, tous ces nouveaux concepts dont tu viens de me parler, s'approchent-ils de la notion de réel, nous découvrent-ils un autre côté du visible ?

Ithloaèdes. Des changements ont bien eu lieu en ce sens, ils concernent l’extraordinaire avancée scientifique et technologique que nous sommes en train de vivre. Ils sont essentiellement dus à une série de découvertes faites en physique il y a un siècle, d’abord par Einstein avec sa théorie de la Relativité, puis par plusieurs physiciens qui ont développé ce qu’on a appelé la mécanique quantique et puis la physique quantique. Celle-ci décrit, dans le temps et l'espace, la structure et l'évolution des phénomènes physiques à l'échelle de l'atome et même en-dessous, à l’échelle subatomique. Je te rappelle qu'il y a autant d'atomes dans un verre d'eau qu'il y a de verres d'eau dans l'océan. La partie la plus petite de l’existant serait, par convention, un quantum, un quelque chose bien plus petit que l’atome. Ce monde quantique ne peut pas être décrit dans les termes de temps et d'espace de la physique de Newton, celle de la mécanique, du mouvement, de la masse, de la force, de l’énergie. etc. Au niveau de l’atome nous savons qu’il y a un monde qu’on a considéré depuis le départ comme bizarre et applicable seulement à l’infiniment petit, avant que l’on ne se rende compte, dans les années 1970, qu’on pouvait l’appliquer aussi à l’infiniment grand, à la l’étude de l’origine de l’univers. Dans cette physique, les objets quantiques sont comme des fenêtres ouvertes sur quelque chose dont on ne peut rien dire en termes littéraires. Je te donne un exemple : le principe de superposition quantique. Ce principe énonce qu’une composante élémentaire d’un atome, appelons-la particule, peut-être être localisée à deux, et même plusieurs, endroits en même temps. On dit que la particule est à la fois ici et là-bas. Pire encore, une telle particule quantique se présente sous deux états simultanément. Elle est particule, c’est-à-dire elle a une masse, un poids, et au même temps elle est une onde, comme une vague qui se déplace, qui transporte de l'énergie, sans transporter de matière. On appelle cette onde-particule, ondicule. Elle peut rester sous cette forme indéfiniment, tant qu’elle n’est pas observée. Il suffit, en d’autres termes que quelqu’un l’observe pour qu'elle devienne soit exclusivement onde, soit exclusivement particule.

Kyrios. Puisque notre corps biologique ne nous permet d'accéder qu'à une gamme limitée de fréquences vibratoires, veux-tu dire que les observateurs créent un réel qui ne serait qu'une vérité partielle ?

Ithloaèdes. Oui, mais... Au début de la physique quantique, on pensait que l’observateur devait nécessairement être un humain et donc représenter le résultat de sa conscience. Mais plus récemment, on s’est rendu compte que l’observateur peut être bien autre chose. Il semblerait en effet qu’il suffit qu’une particule ou une onde « observe » une autre ondicule pour que celle-ci devienne onde ou particule… Cela semble démontrer que les ondicules ont une certaine propriété que l’on pourrait définir d’agent de conscience.

Kyrios. Mille millions de tonnerres de Brest ! Ce que tu me dis est incroyable ! Explique-moi en quoi ce monde quantique peut-il exister car je ne le vois pas, comment pouvons-nous dire que cette chaise ou…. toi que je regarde sont fait comme tu me le dis ? Il y a là quand même un grand mystère qui tiendrait à la nature énigmatique des ondicules avant que l’on ne les observe ; un électron libre, par exemple, qui est une ondicule avant qu’on ne l’observe, peut devenir particule ou onde à l’observation, c’est-à-dire de la matière ou de l’énergie ?

Ithloaèdes. Oui, c’est bien ainsi. Même Einstein, qui défendait l’existence d’une réalité indépendante de l’observation, a fini par admettre que l’ondicule est selon ses termes un « champ fantôme », son existence n’est pas réelle au sens où nous l’entendons. Ce serait ce que l’on a appelé un champ de force.

Kyrios. Tu veux dire que la réalité s’actualise seulement sous l’effet de l’observation d’une conscience ? La conscience de chaque individu serait alors responsable de sa propre réalité et chacun la construirait comme un tunnel à travers ce mystérieux monde d’interactions quantiques.

Ithloaèdes. Et oui, c’est ce qui faisait dire à Eisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique : « Ce que l’on observe n’est pas la nature en soi, mais la nature telle que l’expose notre méthode pour interroger » et il ajoutait « que l’interaction entre l’observateur et l’objet provoque des changements conséquents et incontrôlables qui modifient le système observé ». En d’autres termes ce qui importe c’est ne sont pas "le sujet et l’objet", mais la relation qui s’établit entre eux.

Kyrios. J’imagine combien cette théorie peut paraître absurde. Elle l'était, en tout cas, pour Einstein qui posait cette question, avec un pincement d’ironie : « La lune existerait-elle quand même, si personne ne l’observait ? » Il ne savait pas le grand physicien que même un photon est doté de connaissance et que….. Mais oui, mais c’est bien sûr ! L’univers entier est conscient et il s’observe en permanence ! C'est pour cela que les diamants existent au plus profond de la terre avant d'être découverts, que les poèmes ou la peinture ou la musique existent de tout temps dans l'attente de leurs auteurs. Si je comprends bien, c'est par cette observation, ou permets-moi de dire cette conscience universelle, à laquelle appartiennent la lune, les diamants, toi, moi aussi, qu'est extraite la totalité de notre réel de tout ce qu'il aurait pu être. Mais continue, je t’en prie, dis-moi autre chose sur la nature de ce monde quantique.

Ithloaèdes. - Premièrement, c'est un monde peuplé à 99,9% de vide ! Dans les atomes, entre le noyau et les électrons qui lui tournent autour il y a tellement d’espace que l’on peut affirmer que les atomes sont essentiellement formés de vide. Cela d’ailleurs se reproduit à bien plus large échelle dans l’espace cosmologique. De plus, la matière n’est en réalité qu’une forme d’énergie ! Il y en a même tellement que certains scientifiques affirment qu'il y a plus d'énergie dans 1 cm3 d'espace qu'il n'y en a dans toute celle que nous appelons matière dans l'Univers !

Kyrios. Génial ! Une partie de cette énergie pourrait donc devenir une énergie utilisable. Elle constituerait alors une source d’énergie propre et renouvelable, comme celle du vent ou du soleil.

Ithloaèdes. Des recherches sérieuses sont faites en ce sens, on parle d'énergie libre. Mais poursuivons avec le quantique. Deuxièmement, une ondicule est à la fois présente en tout point et nul part, son existence est alors définie en termes de "champs de probabilité". On entre alors dans un monde de quasi science-fiction, puisque cette onde est présente jusqu'à dans des milliers d’endroits en même temps ! On dit que l’onde est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas. Toutefois l’observation va arrêter cette dispersion. Seulement des consciences peuvent être des observateurs. Sans cette conscience, il y aurait cette superposition de possibilités en expansion. Chaque conscience crée ce que tu appelles son tunnel de réalité, parmi tous ceux probables, mais ce n’est pas la Vérité. C’est dire qu’une observation, autrement dit mettre de l’information sur quelque chose, extrait cette chose de toutes ses probabilités d’être pour la rendre matériellement existante dans le monde macroscopique, à savoir le nôtre. Troisièmement, prenons deux particules créées en même temps. Si on en expédie une extrêmement loin de l’autre et si on lui fait quelque chose, c'est-à-dire si on l'observe ou qu'on la manipule, l’autre réagira à l’instant même en se présentant dans le même état résultant. On peut en conclure que, soit l’information peut voyager à une vitesse instantanée, ce qui est considéré en l'état de la science comme impossible, soit les deux particules sont toujours connectées. La conclusion est que tout reste très probablement en contact.

Kyrios. En faisant le plus simple possible, je retiens de la vision quantique, qu’une particule est à la fois matière et énergie, que toute chose est un assemblage d'états qui contient des potentialités, que tout reçoit et émet des ondes vibratoires qui portent des informations et que c’est l’espace qui nous donne l’illusion que les objets sont séparés. Ce qui m'intrigue, c'est qu'il n'y a donc pas d'évolution dans le monde quantique puisqu'il exclut le temps ; on pourrait dire qu'il n'est, n'a été et ne sera toujours qu'en termes de potentialités réalisées ou pas. Dans ce monde quantique, alors, paradoxalement, il ne peut y avoir d’émergence puisqu’il n’y a pas d’avant, ni d’après, seulement une actualisation de la création par des consciences qui ne sont pas qu'humaines ?

Ithloaèdes. Non, il y a un avant et un après, puisque il y a eu, selon la théorie, un moment zéro ! On est arrivé à connaître l’âge de l’Univers à un millionième de milliardième de seconde après le Big-bang. Cette explosion cosmique d’énergie a produit toute la matière de l’univers. Donc il devrait y avoir eu un avant et un après.

Kyrios. En définitive il faut jongler avec deux mondes, celui d’Einstein qui régit les objets massifs (mondes, étoiles et galaxies) et où le temps peut changer comme changent les trois autres dimensions, et celui de l’infiniment petit (immédiatement après le Big-bang) où il y a eu une soupe quantique, dont on ne sait rien sauf que tout était et n’était pas ; un monde incompréhensible.

Ithloaèdes. La science n’a pas encore résolu la compréhension de ce passage, sinon avec des élaborations mathématiques portant sur ce qu’on appelle les théories des cordes, théories non vérifiables par l’expérimentation du fait de la dimension minuscule de ces objets, infiniment plus petits que les quanta. Mais surtout, les particules de la matière originale qui ont émergé du Big-bang, bien que dispersées dans l’accroissement de l’univers, sont restées en contact, ce qui voudrait dire que les particules qui nous composent, nous les humains, sont toujours connectées à toutes les autres particules de l’univers, que tout n’est que UN.

Kyrios. Cela me semble déranger les lois, les observations et le bon sens. Ces différents mondes emboités n’existeraient pas indépendamment les uns des autres, de manière inséparable. Et si je comprends bien, les divers niveaux de la matière, de la vie, de l’homme et de la société interagissent sans cesse entre eux.

C’est pourquoi Max Planck a pu dire : « Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui entraîne les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière ». Est-ce bien ce que la relation entre le Un et le Tout implique ?

Ithloaèdes. Oui, d'ailleurs, depuis fort longtemps et pour plusieurs philosophies, la nature est un continuum, il n’y a pas de différence entre matière et énergie. Dans cette approche intellectuelle, les opposés ne se détruisent pas mais essaient de s’accorder, de se compléter et de ne faire qu’Un. Le Taoïsme enseignait déjà que le deux devient trois, en ne considérant que le rapport qui existe entre les opposés. L’ensemble est ce que l’on nomme «le Un », le Tao. Enfin et pour éclaircir cela, le dialogue qui s’installe entre les opposés, le Yin et le Yang par exemple, ne peut se révéler que par leurs échanges. D’où la conclusion philosophique que les opposés existent et n’existent pas, qu’ils sont dans des états imbriqués au sens quantique. La pensée occidentale, quant à elle, raisonne trop souvent en termes de dualisme, par exemple le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, le blanc et le noir, l’être et le non-être, et cætera. Elle est, ainsi, incapable de comprendre que le deux forment le Un. Relation, trame, tissu voilà comme on peut voir le monde, un ensemble intriqué de fils formant un tissu multidimensionnel au dessin d’une extraordinaire complexité. Et cela est le tout et en même temps le Un.

Kyrios. Donc, si je comprends bien cet Univers, ce monde dans lequel nous vivons représente le Un ?

Ithloaèdes. Pas tout à fait, car il est arrivé un instant après le début du Big-bang, on peut donc se poser la question qu'y avait-il avant le Big-bang ? D’un point de vue philosophique, le Un doit inclure tout ce qui existe dans notre espace-temps, comme dans d’autres univers imaginés par certains ; il inclut aussi tout ce qui les contient, car il doit bien exister un contenant. Il suffit d’imaginer que, si la théorie du Big-bang est correcte, au départ, au temps zéro de la vie de l’univers, celui-ci, sa masse et son énergie était contenue dans un point dont la masse était énorme et la dimension équivalente, peut-être à celle d’un petit pois. Puis l’explosion et l’inflation qui suivirent formèrent l’univers que nous connaissons. L’unité forma le tout. Cela veut aussi dire que nous sommes en contact encore avec ce tout car tel que nous le voyons l’univers est Un, c’est la science et la philosophie qui nous le disent. Le Un est avant le zéro cosmique. Mais laissons de côté maintenant cet étrange ballet entre philosophie et physique, car j’ai envie, à mon tour, de te poser une question : Est-ce que le temple maçonnique, en tant que représentation du cosmos, offre des symboles qui nous mettraient sur la voie d’une telle analyse ? Kyrios. Bien sûr, tout le temple lui-même et, dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité. C’est l’enseignement majeur de la formation de l’apprenti. Le monde ne peut nous apparaître que sous une forme duale, mais son unité est à rechercher avec le 3. Parfois, le 3 n’est qu’un nombre d’énumération comme les trois grandes lumières, les trois piliers lorsqu’ils sont présents, les trois pas de l’apprenti, les coups de maillets, les rythmes d’acclamations, etc. D’autres fois, le 3 est un ternaire qui, seul, rétablit ce que le 2 a troublé en tant que dualisme, en tant qu’opposition. En fait, seul le ternaire fait davantage : le passage du 2 au 3 permet de dominer le dualisme, de l’effacer même, non en le niant, mais en le ramenant à l’unité préexistante dans un mouvement ascensionnel. Les formes de ce ternaire seraient les symboles illustrant la complémentarité. Par exemple le pavé mosaïque, les 2 colonnes, la lune et le soleil, bien sûr l’équerre et le compas. Ce ternaire se retrouve de la façon la plus évidente avec le Delta lumineux.

Ithloaèdes. Alors le delta lumineux pourrait aussi évoquer l’approche quantique et l'œil serait l'idée de l'observation par une conscience universelle ?

Kyrios. Pourquoi pas puisque le triangle, pointe en haut, est ce que l’on appelle une triade, c'est-à-dire l'unité qui se donne à voir dans sa manifestation duale et les échanges entre tous ses composants, en somme le Un et son émergence le Tout. Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède ; tout est de la même essence que lui. Le sommet serait le Un, non pas le nombre mais le principe, qui précède et contient le zéro cosmique du Big-bang. Il est, évidemment placé du côté des mondes supérieurs, c'est-à-dire pour nous, à l'orient. A l'autre extrémité, dans le monde de la formation, il y a la même symbolisation. J et B représentent, dans la phase du monde de la dualité, et non du dualisme, les deux aspects différenciés et séparés de l'unité du Delta qui les contient en idéation, réunis dans la superposition androgyne. En percevant notre Delta comme une trinité avec la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière et de l'univers leur fils[i], sans le savoir, on évoque de fait une présentation quantique de l’ondicule, avec énergie, matière et potentiel d’existence consubstantiels. Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ithloaèdes. Le triangle pointe en bas, est aussi un ternaire, son symbolisme diffère-t-il ?

Kyrios. Le triangle pointe en bas peut être interprété, dans une visée mystique, comme un retour à l’unité, le chemin pour s'unir au créateur. Mais c'est aussi deux termes préalables qui génèrent un troisième terme, une sorte d’émergence comme dans le ternaire « thèse, antithèse, synthèse ». Le troisième terme généré est une affaire d’interprétation personnelle. Je dirai que ce sont des tunnels de réalité (au sens où on les a définis) alors que le triangle pointe en haut est un universel. Ithloaèdes. Alors, l’origine verbale du mot « symboliser », « reconnaitre, mettre ensemble, assembler » se situe dans le contexte du ternaire ? Car, n’est-ce pas une façon de retrouver l’unité sous-jacente avec ce qui est épars ? Par exemple, la réalisation de ce que nous appelons l’égrégore ne fait-elle pas émerger une structure d’unanimité, quelque chose comme un essaim ? L’égrégore, perçu du point de vue quantique, pourrait très bien n’être que la manifestation spirituelle de l’intrication de nos particules avec celles des FFø et SSø mais aussi avec celles de tout l’univers, cela est montré visiblement par l’entrelacement de la chaîne d’union, en tout cas c’est une interprétation possible.

Kyrios. Si tous les êtres ne cessent jamais d’actualiser l'Unité, par contre, ils perdent de vue ce rattachement. Le symbole nous permet de comprendre que, quelque soit le sens du mouvement, à l'ensemble, préside l'Unité ou le retour à elle. La connaissance s'est obscurcie, d'où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue « autonomie » de l'individu. Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est. Il écrivait : «C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être... Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d'unité par le seul mental. Il faut faire du vide en soi pour permettre à autre chose de nous remplir, c’est aussi une façon de tailler sa pierre, en faisant du vide, pour trouver et accueillir la pierre cachée, l’étoile de lumière qui attend en son cœur. Cette conception est aussi dans la philosophie orientale qui conclut : « ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie ». Alors, ta réponse à toutes mes questions du début de notre entretien, c’est que la vie n’est qu’échanges d’énergies et que la Raison apparaît comme la borne de l’encerclement de l’Énergie. On peut en conclure qu’il est donné à chacun de choisir d'être au cœur des choses ou à leur périphérie ; ce n'est pas trop de toute une vie pour confronter, l'un par l'autre, ce monde où nous sommes et ce monde qui est en nous.

Ithloaèdes. Voilà, Ellimac, ce que fut, pour l’essentiel, notre entrevue avec Kyrios. Mais je vais te résumer en quelques mots ce que nous sommes parvenus à comprendre. Tout est Un, le Un est avant le Zéro Cosmique, tout n’est que mouvement que nous appelons énergie, les choses ne nous sont perceptibles que parce que le mouvement donne l’illusion de la matière, nous n’existons que parce que nos cellules communiquent entre elles, nous sommes cet échange, cette animation. C’est pourquoi il n’est peut-être pas suffisant de se penser en termes de « qui suis-je » mais qu’il faut aussi s’interroger en ces termes : « que suis-je » ? Quelle est mon essence ? Quelle interférence de tunnels de réalité me fait exister ? Quel est le rôle de ma conscience et celui de mon inconscient dans l’objectivation de ma vie ? Ne suis-je sujet actif, créateur de réel que lorsque je mets une information sur ce qui m’entoure ? Si je me vois comme je suis, est-ce que suis-je aussi comme tu me vois ? Maintenant que nous sommes presque arrivés à Garibaldi, Ellimac, permets-moi une question : pour harmoniser ce qu’est la vie, ne suffit-il pas de générer la plus rayonnante des connexions avec ce qui nous entoure ?

Ellimac. Comme le dit le Tao te Qing, parler beaucoup épuise sans cesse ; mieux vaut garder le milieu ; alors de tout ce que tu m’as rapporté, j’ai juste un mot à te proposer pour te répondre : rien que de le prononcer, il irradie, comme une lumière primordiale, des myriades d’émergences, il est l'essentiel du mot animer, c’est le verbe «Aimer».

Solange Sudarskis

source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

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La fidélité

18 Juin 2016 , Rédigé par M.T Publié dans #Planches

Désir, désir de liberté, désir d'accomplissement... sont quelques-unes des puissantes raisons de l'engagement dans une voie initiatique, engagement qui reste dépendant de la capacité à sacrifier ses seuls intérêts et son confort immédiats pour se soumettre à une discipline - une ascèse - et accepter une contrainte choisie dans un espoir de réalisation plus grande. L'engagement maçonnique est celui d’un cheminement progressif qui mène de soi à l’autre, au monde et aux dieux. Il s’appuie sur la capacité à soumettre sa volonté, canaliser ses passions, discipliner sa pensée, harmoniser raison et intuition, au moyen de rituels et d’une habile mise en oeuvre des symboles et de la pensée créatrice. C’est l’exercice continu de la pensée créatrice en harmonie avec le Principe – la loi morale - qui fait passer progressivement du monde de l'avoir à celui de l'être, dans un abandon volontaire du superflu au profit de l’essentiel pour l'accomplissement de soi dans l’ouverture au monde. C'est le domaine de la conquête de la connaissance de soi qui devient quête de la Connaissance, la Gnose. L'engagement maçonnique est fondé sur la conscience de sa propre liberté et de ses limites, la conscience d'un pouvoir relatif sur soi-même et sur le monde, la sensation d'une incomplétude, le désir et la volonté d'aller plus loin, au-delà de l'horizon visible. En nous engageant par serment, en donnant notre parole, notre foi, nous témoignons de notre pouvoir, de notre capacité morale et de notre liberté. Les buts de la Franc-Maçonnerie énoncés lors de la cérémonie d’initiation et progressivement révélés par la pratique maçonnique font l’objet d’un serment solennel. Le serment constitue la clef d'accès au monde maçonnique : engagement au secret et promesse de travailler inlassablement à son propre perfectionnement pour participer à la construction d’une humanité meilleure, plus éveillée. La fidélité est la clef de voûte de toute initiation et en assure l’équilibre durable. Comme la « ligne de foi », l’axe longitudinal des navires - repère intangible qui figure sur les compas de navigation - sert à aligner le navire sur la route choisie, l’axe vertical analogue de l’homme lui sert de « ligne de foi » personnelle, de ligne directrice interne.

La fidélité est la constance, l'exactitude, la véracité et l’attachement à cette « ligne de foi » de l’homme. Cet axe virtuel, qui va du midi solaire du solstice d'été au centre de la terre, est un canal énergétique et une droite morale ; nous traversant, il contribue à déterminer notre position singulière dans la création, celle d'un mammifère instinctif, primate irrationnel mû par ses besoins vitaux et ses passions qui, dressé sur ses pieds, doué de mains, d’organes de phonation et de parole, est devenu, par une lente progression, un être sensible, intelligent, doté de conscience et de raison, capable d’idéation, conscient de sa finitude et de sa mort : un être en évolution permanente. A cause de cela, l’homme est capable de construire et de projeter, de se construire et de se projeter, dans le temps et dans l’espace, tendu vers un idéal de conquête et la quête d’une perfection qu’il exprime préférentiellement dans l’art et la spiritualité.

Si le serment sert de fondation au Temple, au soubassement qui assure sa stabilité basique, la fidélité, clef de voûte de l’édifice, en assure la stabilité sommitale. L'équilibre stable du temple idéal de l’humanité que nous aspirons à construire est ainsi assuré par le bas et par le haut. L'axe invisible qui relie le bas et le haut, la terre au ciel, constitue l’axe humain de la verticalité : un chemin d’accès, une échelle, vers le monde de l’esprit. Cet ancrage terrestre à visée cosmique dans la verticalité - qui nous constitue en constituant un repère interne - est une constante, une référence, que nous devons reconnaître et à laquelle nous devons nous attacher pour être loyal et digne de foi dans le mouvement double de voyage que nous entreprenons vers nous-mêmes et dans le monde.

Etre fidèle, c'est respecter sa foi, ses engagements, son serment et la mémoire que nous en avons ; c'est respecter l’être humain en devenir que nous sommes, conscient de ses racines et de son parcours, en re-création permanente de lui-même. Aussi, être attentif, observer et maintenir cette règle interne, conditionne notre cheminement et notre cheminement initiatique. Être fidèle, c'est être fiable – digne de confiance - promettre de faire ce à quoi nous nous sommes engagés et, fût-ce au péril de notre vie-même (notre vie physique et celle de l’esprit), être pleinement, ici et maintenant, celui qui s'engage : un être libre, un homme de devoir et de responsabilité. Sans doute devons-nous légitimement nous interroger et pouvons-nous douter de notre capacité à tenir les promesses que nous avons souscrites ? Ne sommes-nous pas présomptueux, ne présumons-nous pas de nos forces dans une entreprise trop hardie ?

La liberté de s'engager implique la connaissance et l’adhésion aux valeurs énoncées, la pleine conscience de leur portée pratique, morale et spirituelle, la ferme volonté de les respecter dans toutes leurs implications, le pouvoir de les assumer et d'en répondre devant ses pairs, ainsi que la responsabilité qui en découle : accepter ses faiblesses et ses erreurs, supporter de les voir mises en lumière, être capable de les corriger, de se corriger, de se rectifier.

Le pouvoir de s'engager implique pour un homme de reconnaître sa liberté essentielle, de se penser et se voir en devenir de lui-même, d’être capable de s'améliorer, de choisir de se perfectionner. La cérémonie maçonnique rituelle de réception reconnaît implicitement et explicitement cette liberté essentielle de l’homme et sa responsabilité ; elle témoigne, de même, de la confiance en sa capacité de renouvellement et de progression vers son accomplissement d’être humain. Le serment est la parole donnée qui engage la totalité de l'être, au-delà même de la difficulté, au moment de l'engagement, à en percevoir avec exactitude les limites. La confiance accordée à l'impétrant par les Frères de la Loge est un acte de foi dans sa capacité à devenir qui lui permettra de connaître progressivement l’étendue du champ de son engagement. Être fidèle à la loi morale est la condition première, la ligne droite qui indique la direction qui vise à la plénitude de l’être. Les préalables de l'initiation peuvent ainsi s'apparenter à la promesse des fiancés de s'engager dans une union féconde où chacun apportera, dans sa diversité, le meilleur de lui-même pour construire et transmettre. La raison autant que l'intuition, la volonté autant que la persévérance et le courage, sont nécessaires pour réussir ce projet de construction, de dépassement de soi et d'épanouissement dans un ensemble plus large – le Temple - qui dépasse et réunit les individualités pour les assembler en une harmonieuse entité. Passer du 1 au 1 + 1, puis au 3, passer de la conscience d’une unité limitée à la dyade androgyne, union des complémentaires, puis au partage, c’est passer du binaire au ternaire, puis à la transmission, dans une entreprise d'élévation qualitative et spirituelle qui dépasse l'individu et s'étend à l'humanité. Plus que de conquête de nouveaux territoires de savoir, ce travail est traditionnellement défini comme celui d’une conquête de soi, la réintégration de l’être dans l’unité primordiale, l’Un.

Quelle est cette foi, dont la racine latine fides apparaît dans le mot « fidélité », cet élément stable sur lequel nous nous appuyons pour développer notre démarche, ou qui apparaît lors de notre mise en chemin ? Quelle est cette foi, cette constante vers laquelle nous nous dirigeons, mettant notre axe de vie en alignement avec l'axe de visée de l'étoile qui nous guide ? Dans les deux cas, c'est un point de référence, la conscience du centre stable de nous-mêmes. Un rituel maçonnique dit que « La Foi est la confiance inébranlable dans les promesses de l’avenir. Elle est l’expression de la fidélité dans nos principes et dans notre idéal. Elle légitime et fortifie notre crédit en l’humanité en général, et en l’être humain en particulier, dans toutes leurs possibilités. Elle anime notre ardeur dans la recherche du Vrai, du Juste, du Beau, du Bien. » Si la foi est un point de référence, le lieu de la stabilité, la fidélité (maçonnique), quels que soient les aléas du voyage, n’est-elle pas la reconnaissance permanente de la direction et de la localisation de ce lieu, la connaissance intime d’une vérité qui se manifeste et s’impose à soi-même ? N’est-elle pas dépassement constant de soi dans la quête infinie de la Vérité dont nous avons identifié l’origine en nous ? N’est-elle pas dans l’équilibre vital harmonieux réalisé au présent, d’instant en instant, entre le passé (nos racines et notre mémoire) et l’avenir (notre projet en devenir fructueux) qui fait de nous un arbre de vie dont la sève est le courant vital, invisible mais bien réel, l’essence-même de ce que nous devons transmettre ?

J’ai dit.

Michel TOL\

Source : www.masoniclib.com

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Initiation et exil

2 Juin 2016 , Rédigé par L.Tr Publié dans #P

Vivre intensément, profondément, patiemment, son aventure initiatique personnelle au sein de sa loge conduit inévitablement, me semble-t-il, à ouvrir son esprit à la compréhension de la Tradition initiatique millénaire, dont la voie maçonnique est héritière. Selon René Guénon, nous en sommes même, avec le compagnonnage, les uniques héritiers en Occident : « C’est un fait que de toutes les organisations à prétention initiatique qui se sont répandues actuellement dans le monde occidental, il n’en est que deux qui, si déchues qu’elles soient l’une et l’autre par suite de l’ignorance et de l’incompréhension de l’immense majorité de leur membres, peuvent revendiquer une origine traditionnelle authentique et une transmission initiatique réelle; ces deux organisations qui d’ailleurs, à vrai dire, n’en furent primitivement qu’une seule, bien qu’à branches multiples, sont le Compagnonnage et la Maçonnerie…Il est trop évident qu’on ne peut transmettre que ce que l’on possède soi-même ; par conséquent il faut nécessairement qu’une organisation soit effectivement dépositaire d’une influence spirituelle pour pouvoir la communiquer aux individus qui se rattachent à elles…»

L’aventure initiatique individuelle, quand elle nous conduit à remonter le fil de ces dépôts successifs d’influence spirituelle, nous amène inévitablement à explorer l’aventure initiatique collective qui a patiemment, au cours des siècles, tissé les fils de la Tradition initiatique dans quasiment toutes les civilisations du monde, et en particulier en Orient, où de nombreuses voies initiatiques sont encore riches de tradition vivante. Les civilisations arabo-perses de la méditerranée, creusets de voies ésotériques auxquelles nous renvoie René GUENON lui-même par les choix initiatiques de la fin de sa vie, sont tout spécialement présentes parmi les racines de notre tradition maçonnique.

Pour résumer sa vision de la filiation historique de la franc-maçonnerie, et des influences qui l’ont façonnée, Paul NAUDON trace un tableau foisonnant d’influences enchevêtrées dans lequel vient très vite s’inscrire, au 12ème et 13ème siècle, l’époque des croisades qui vit les restes des deux empires d’orient et d’occident se retrouver pour affronter le monde musulman. Croisés et chevaliers, dont bien sûr la Milice du Temple, renouent avec les talents des corporations de constructeurs byzantins, et surtout tissent en l’espace de deux siècles un réseau de relations de tous ordres, où les Chevaliers du Temple joueront souvent un rôle clé d’intermédiaire, avec les représentants de cette civilisation arabe bien plus évoluée que la leur, s’exposant sans doute au contact des Tourouq, voies soufies ou sectes ismaéliennes. Nombre d’auteurs, parmi lesquels Richard DUPUY et déjà au 18ème siècle Frédéric NICOLAI, dans son étude exhaustive du procès des Templiers, soulignent la forte probabilité que ces contacts, autant pratiques que diplomatiques, aient suscité la transmission d’une pensée ésotérique qui s’était puissamment développée dans le monde arabo-perse au tournant du premier millénaire.

Penchons-nous donc un instant sur ces sources potentielles de transmission initiatique, en recherchant les éventuels points communs de la pensée ésotérique arabo-perse de l’époque des croisades avec la voie initiatique maçonnique que nous connaissons aujourd’hui au Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il ne s’agit pas, bien sûr, dans cette quête des influences passées, de rechercher systématiquement pour la franc-maçonnerie des racines ou des filiations datant de l’an mil en assemblant quelques ressemblances, au prix d’une éventuelle déformation de la réalité, mais, bien au contraire, de retrouver des similarités de pensée avec cette Tradition très ancienne, sans se voiler les yeux sur les différences constatées, ou sur l’inévitable convergence sur certains points de toutes les traditions ésotériques ou mystiques. Un tel travail nous permettra à la fois de mieux sentir les courants de Tradition qui irriguent notre quête maçonnique, et de mieux comprendre, par comparaison et différence, ce qui en fait la spécificité. Très vite après l’Hégire, naîtra au sein de l’Islam un mode de lecture ésotérique du Coran qui donnera naissance au Chiisme et au Soufisme, et qui sera attesté et complètement explicité autour de l’an Mil. On le trouvera d’ailleurs beaucoup plus en Perse qu’en Arabie, le plus souvent exposé par des philosophes ou mystiques persans.

Cette lecture ésotérique, à plusieurs niveaux, à la recherche du sens vrai caché derrière la signification apparente n’est en outre pas propre à la philosophie de l’Islam, elle se retrouve chez tous les Ahli al kitabi, chez tous les gens du Livre : Le 13ème siècle verra se répandre tout autour de la Méditerranée les écrits de l’ésotérisme et de la mystique juive, la Kabbale, avec l’apparition du Livre de la clarté, le BAHIR, en Allemagne, l’écriture par Moïse de Léon du ZOHAR, le livre de la splendeur, en Espagne, et les écrits des Maimonide en Egypte. Plus tard la renaissance connaîtra la résurgence d’un ésotérisme chrétien inspiré des Johannites. Il ne fait aucun doute dans mon esprit que cette Franc-maçonnerie qui travaille avec la Bible sur l’autel des serments, non pas dans une quelconque expression religieuse mais pour en tirer une lecture ésotérique de l’histoire des relations de l’Homme avec ce qui le transcende, pourrait elle aussi revendiquer d’appartenir à la famille des gens du Livre, Ahli al kitabi. Par ailleurs le monde arabo-perse de cette époque recueille aussi l’héritage de la pensée grecque dans un immense travail de traduction des ouvrages grecs, de l’ « Ecole des Perses » à Edesse au 5ème siècle, à la « Maison de la Sagesse » fondée en 832 à Bagdad par le Khalife Al Ma`moun. Platon, Aristote y furent traduits et étudiés, bien sûr, mais aussi, en particulier par l’école des Sabéens de Harran au 10ème siècle, les ouvrages attribués à Hermès, Le livre de Krates, Le livre de l’ami, Le livre du secret de la Création, attribué par erreur à Apollonios de Tyane, où figure la célèbre table d’émeraude, et certainement le Poïmandrès, déjà cité par Al Kindi au 9ème siècle. C’est ainsi qu’est capté l’héritage initiatique des Thérapeutes, à qui est attribuée l’écriture des livres d’Hermès, dans les années 70 aux environs d’Alexandrie. On trouve en tout cas dans la pensée arabo-perse de l’an Mil les premières descriptions élaborées de l’expression symbolique qui est au cœur de la méthode maçonnique : Nasir-e Khosraw, mort entre 1072 et 1077, explique déjà « La religion positive (la Sharia) est l’aspect exotérique de l’Idée (la Haqiqa) et l’Idée est la vérité ésotérique de la Religion positive… La Sharia est le symbole, la Haqiqa est le symbolisé ». Pour Henri Corbin, dès l’an Mil il y a définition du rapport du symbole et du symbolisé par trois couples de termes : Sharia et Haqiqa, que nous avons vu, Zahir et Batin, Tanzil et Ta`wil : « Zahir est l’exotérisme, l’apparent, le texte matériel, Batin est le caché, l’ésotérique ; Tanzil désigne en propre la religion positive, la lettre de la révélation dictée par l’ange au prophète. Ta`wil c’est inversement faire revenir, reconduire à l’origine, revenir au sens vrai et originel par une exégèse intérieure spirituelle et symbolique… La rigoureuse correspondance de ces trois couples doit nous garantir contre la malheureuse confusion du symbole et de l’allégorie. Le symbole est l’unique expression possible du symbolisé, mais il n’est jamais déchiffré une fois pour toutes. La perception symbolique opère une transmutation des données immédiates et littérales, elle les rend transparentes. Faute de cette transparence il est impossible de passer d’un plan à un autre. » Ce passage d’un plan au plan supérieur par le symbole est un élément essentiel de la voie maçonnique.

Deux symboles forts, fondateurs de notre expérience maçonnique s’expriment déjà à cette époque : la Lumière et l’Orient. Ils apparaissent dans les récits visionnaires, ou mystiques, de ceux qui s’appelaient entre eux les Ishraqiyun, et qu’Henri Corbin a appelés les Philosophes de l’Orient. Il s’agit principalement de deux penseurs persans du début du millénaire : Abou Ali Al-Hossein ben Abdallah ibn Sina, Avicenne, né à Boukhara en 980 et mort près d’Ispahan en 1037, et Shihaboddin Yahia Suhravardi, désigné par ses disciples comme le Sheikh al Ishraq, le Maître de l’Orient, qui naquit en 1155 à Sohravard en Perse, d’où son nom, et mourut à 36 ans, dans la citadelle d’Alep, vraisemblablement assassiné par Salahaddin, le Saladin des croisades, sous la pression des docteurs de la Loi islamique. Leur école de pensée s’appelle la philosophie de l’Orient, non pas parce que la perse est à l’orient du monde occidental, mais parce qu’ils furent les premiers à donner à l’Orient la signification symbolique que nous lui donnons aujourd’hui dans nos temples. Suhravardi présente sa pensée comme une résurrection de la Sagesse de l’ancienne perse dans son livre principal, Hikmat al ishraq, Sagesse de l’Orient, où l’on retrouve la présence de grandes figures comme Hermès, Platon, Zoroastre-Zarathoustra. Le mot Ishraq, Orient, signifie en fait précisément la splendeur, l’illumination du soleil à son lever. Shuravardi exprime donc symboliquement Ikhmat al Ishraq, cette Sagesse dont l’Orient est la source, comme étant « l’illumination et la révélation de l’être à lui-même par son retour vers la première lueur du matin du monde, vers l’instant épiphanique de la Connaissance, vers l’expression de la première intelligence du principe créateur ». Il s’agit bien déjà de la même signification symbolique que l’Orient vers lequel nous nous tournons dans nos temples pour trouver la lumière. De même que nous effectuons, à chaque initiation, des voyages symboliques, leurs récits visionnaires sont, comme c’est le cas pour nombre d’ouvrages des maîtres de l’ésotérisme islamique, des récits symboliques de voyages vers l’Orient.

Mais ce qui frappe le lecteur franc-maçon de notre époque, c’est que ces voyages décrits par les philosophes de l’Orient sont des voyages d’exil : Il faut partir en exil, ou bien, exilé dans un pays lointain, il faut rentrer chez soi. Cela semble une différence de taille entre cette ancienne tradition initiatique, et celle que nous vivons aujourd’hui en franc-maçonnerie, car à première vue l’exil n’apparait pas dans nos rituels d’initiation, en tout cas pas aux trois premiers degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Et pourtant… En creusant un peu plus les rapports entre Initiation et Exil, nous verrons qu’ils peuvent finalement se structurer en trois points, ce qui est bien naturel chez nous. Les deux premiers points, assez logiques et simples : L’exil est une Initiation, L’initiation est un exil, nous conduiront à un troisième d’un ordre différent, nous rattachant à cette tradition millénaire : le voyage initiatique est un voyage de retour d’exil, le monde profane est le pays dans lequel nous sommes exilés, et l’Orient est notre vrai pays. Car ceux qui ont un jour tout quitté le savent : l’exil est un commencement, une initiation qui d’ailleurs s’inscrit dans le déchirement, le dépouillement et la douleur, comme le dit si justement Frédéric Rossif. « Les seuls qui savent pourquoi, parfois, on a envie de se noyer le soir, ce sont les émigrants. Quand on n'a pas été émigrant, on ne connaît pas grand chose à l'usage de la douleur. La vraie douleur, c'est quand on est seul, qu'on a quitté sa patrie et qu'on va ailleurs, les yeux ouverts, espérant non pas de triompher, mais de vivre. » Ces quelques mots si justes, et si humains, peuvent être repris uns par uns pour décrire un nouveau départ, le début d’un nouveau chemin, une initiation en quelque sorte. « La vraie douleur c’est quand on est seul, qu’on a quitté sa patrie » La souffrance que constitue la coupure de ses racines, l’éloignement de ses frères et sœurs, l’adaptation à de nouveaux modes de pensée, est en soi une rupture profonde qui conduit au début d’une nouvelle vie, mais aussi à la perception qu’on est seul, mais qu’on est en soi-même un équilibre à créer, pour devenir un univers complet, dans la découverte d’un ailleurs. On a quitté sa patrie, abandonné des modes de pensée et des manières de vivre, et on ouvre alors les yeux sur un nouveau monde, « espérant non pas triompher, mais vivre », c’est à dire abandonnant la recherche du pouvoir au profit de la recherche de la vie, de la rencontre de la réalité de l’univers et de la réalité de l’autre. C’est bien une initiation, en ce sens que l’exil, par sa coupure même, éveille le regard et le ressenti, permettant de voir ce vieux monde sous un autre angle, c’est une conversion du regard qui nous fait naître à un nouveau champ de conscience, ce qui pourrait bien être en soi une définition de l’initiation. Et une initiation qui conduit non pas à la recherche du triomphe, à la quête du pouvoir, mais simplement à la volonté de vivre, d’être présent dans ce nouvel échange, de recevoir et de donner pour être pleinement vivant. Une initiation qui conduit à la simplicité des relations et à l’écoute, à la reconnaissance de l’autre, quel qu’il soit. « Les villes, les rues, sont devenues des lieux où se croisent les itinéraires de tous les exils. Et ces traces d’humanité laissées sans le savoir par des inconnus sont des archives singulières de nos errances et de nos passages clandestins. Celui qui passe éclaire le passage, disait Edmond Jabès, il est la figure de l’autre, la figure de l’altérité. Il nous laisse ses traces en inscrivant sans le savoir un morceau de notre histoire, de notre humanité. » Et puisque l’on ne peut décidemment pas parler d’exil sans citer Victor Hugo, laissons le conclure sur ce sujet : « Après que tout cela a passé devant moi, je suis dans l’exil, heureux d'y être, et je dis que l'Humanité a un synonyme, égalité, et qu'il n'y a sous le ciel qu'une chose devant laquelle on doive s'incliner : le génie, et qu'une chose devant laquelle on doive s'agenouiller : la bonté. Je trouve de plus en plus l'exil bon. Il faut croire qu'à leur insu les exilés sont près de quelque soleil, car ils mûrissent vite. Depuis trois ans, en dehors de ce qui est l’art, je me sens sur le vrai sommet de la vie et je vois les linéaments réels de tout ce que les hommes appellent faits, histoire, événements, succès, catastrophes, machinisme énorme de la Providence. Ne fût-ce qu'à ce point de vue, j'aurais à remercier M. Bonaparte qui m'a proscrit, et Dieu qui m'a élu. Je mourrai peut-être dans l'exil, mais je mourrai accru. Tout est bien. »

L’exil est une initiation, donc. Mais aussi l’initiation en soi est un exil. Les tous premiers mots que nous avons entendus lors de notre initiation maçonnique nous appelaient déjà à « mettre un frein salutaire à nos passions et à abandonner les intérêts mesquins qui tourmentent la société profane ». Et l’abandon de nos métaux, que nous avons dû laisser à la porte du Temple ce jour-là, en était le symbole. « Les métaux dont on vous a demandé la remise avant d’entrer dans ce Temple symbolisent tout ce qui brille d’un éclat trompeur. C’est la monnaie courante des préjugés vulgaires : elle constitue une richesse illusoire, que le sage doit savoir mépriser. L’homme qui aspire à être libre doit apprendre à se détacher des choses futiles… » Apprendre à se détacher du monde profane pour tenter d’être libre, voilà notre chemin initiatique. Nous aurons d’ailleurs à le revivre chaque jour, épreuve initiatique après épreuve initiatique, dépouillement après dépouillement, tentant d’abandonner chaque jour nos métaux à la porte du Temple, pour nous apercevoir, bien sûr, qu’il en reste toujours un peu dans notre poche. Abandon des métaux que sont les mots et les idées toutes faites de notre civilisation profane, pour ne reprendre que les idées qui se cachent derrière les mots et n’accepter que celles que l’on juge vraies, appliquant en cela la consigne que donnait Pythagore à ses disciples géomètres : « Ne suivez pas les avenues fréquentées, suivez les sentiers » Abandon des métaux que sont les positions de pouvoir dans notre société, voire dans nos ateliers ou notre obédience. De tous les dépouillements initiatiques, c’est peut-être le plus difficile, car, comme dans le Seigneur des Anneaux, même l’être le plus pur est finalement rongé par l’anneau du pouvoir qu’il ne peut se résoudre à abandonner.

Ainsi notre chemin initiatique, apprendre à se détacher du monde profane pour tenter d’être libre, n’est qu’une succession de séparations, de ruptures avec le monde, c’est donc en soi un travail d’exil, un chemin d’exil. Un exil profond et définitif si l’on se réfère à l’instruction du premier degré qui définit ainsi la liberté que nous cherchons à atteindre : « L’homme libre est celui qui, après être mort aux préjugés du vulgaire, s’est vu renaître à la vie nouvelle que confère l’initiation. » Apprendre à se détacher du monde profane pour tenter d’être libre c’est en fait revivre le mythe de la caverne de Platon, être éveillé par l’initiation à reconnaître que les ombres que la société admire ne sont pas la lumière, c’est se tourner vers la lumière, secouer ses chaînes, ce qui entre parenthèse prendra bien toute une vie, secouer ses chaînes pour être libre et partir. Partir, c’est à dire l’exil, l’exil à la société profane, l’exil par rapport à ceux qui, encore enchaînés, regardent le théâtre d’ombres, et qui ne nous croiraient même pas si nous revenions. Et à cet instant je voudrais reprendre les mots que Frédéric Rossif consacrait à l’exil, en les manipulant quelque peu, en remplaçant le mot douleur par le mot initiation, et cela devient : « Quand on n'a pas été émigrant, on ne connaît pas grand-chose à l'usage de l’initiation. La vraie initiation, c'est quand on est seul, qu'on a quitté sa patrie et qu'on va ailleurs, les yeux ouverts, espérant non pas de triompher, mais de vivre. » N’est-ce pas profondément vrai ? L’initiation ne nous ouvre-t-elle pas les yeux sur la nécessité d’abandonner le triomphe pour rechercher la vie, ce qui implique de quitter progressivement le monde profane pour trouver son équilibre en soi-même. Les mots qui caractérisent l’exil s’appliquent donc bien, dans un sens bien sûr symbolique, à l’initiation, de manière profondément significative. Au passage cela amène sans doute l’idée d’un autre rapprochement, d’un autre thème de réflexion : douleur et initiation, mais ceci est une autre histoire, comme dirait notre frère Kipling ! Donc l’exil est une initiation, et l’initiation est un chemin d’exil. Mais survient alors la maîtrise, et un retournement digne de celui de Dante, au sortir de l’Enfer. Souvenons-nous de ce passage où Dante croit descendre, descendre, sur la peau du Diable lorsqu’il réalise qu’en fait il monte, il monte, vers le purgatoire, car c’est le Diable qui est la tête en bas ! De même l’initiation à la maîtrise est un retournement.

L’appel à la quête de la parole perdue nous conduit à un retournement de perception du même ordre : les mots que nous connaissons ne sont plus les vrais mots, mais des mots substitués, il nous faut aller en quête de cette parole qui a été perdue. Comme dans la caverne de Platon, ce que nous percevons n’est pas la réalité mais une réalité substituée, un théâtre d’ombres, la vraie réalité est dans la lumière insoutenable, à l’extérieur de la caverne. Et ce retournement de perception, dans le cadre de cette réflexion sur l’exil, peut s’exprimer par le fait qu’à ce moment nous comprenons, et c’est un moment essentiel de l’initiation, que nous ne quittons pas le monde, notre monde, pour partir en exil, non, nous étions en exil dans ce monde et nous partons enfin rejoindre notre patrie, le monde de lumière auquel nous appartenons. Nous retrouverons là, comme troisième point, la pensée des philosophes de l’Orient, Avicenne et Suhravardi : l’exil est une initiation, l’initiation est un exil, certes, mais l’initiation nous éveille à percevoir qu’en fait nous sommes ici des exilés qui entamons le chemin pour revenir chez nous. Les contes mystiques d’Avicenne et de Suhravardi se succèdent et se complètent pour exprimer ce cheminement de l’initiation, ce voyage de l’initié vers l’Orient, le pays de la lumière originelle. « Lorsque je fus bien installé dans ma ville, nous conte Avicenne, j’allais avec mes amis dans un de ces endroits si plaisants à l’extérieur des murs. Comme nous allions et venions, tournant en cercle, soudain dans la distance apparût un sage. Il était beau et respirait la gloire divine. Certainement il avait goûté le nombre des années, une grande durée avait passé sur lui, mais on ne voyait de lui que la fraîcheur d’un jeune homme. Pas de faiblesse dans son maintien, pas de faute dans la grâce de sa stature. Pas de signe de vieillesse à trouver en lui, si ce n’est la gravité imposante des vieux sages… Je suis Hayy ibn Yaqzan, me dit-il, Mon nom est vivant fils de Veilleur.» Des noms intéressants à rapprocher de l’Apocalypse de St Jean ! « Mon pays est la Jérusalem céleste, mon travail est de voyager sans cesse… ma face est tournée vers mon père, le veilleur, qui m’a appris toute science et m’a donné les clés de toutes les connaissances. » Et le conte se poursuit par la description que Hayy ibn Yaqzan fait à Avicenne, d’abord des trois mauvais compagnons qu’il lui faudra abandonner s’il veut se mettre en route, puis de l’univers qu’il découvrira, en particulier l’orient de l’univers… « Celui à qui l’on aura appris une certaine route conduisant vers l’Orient, et qui est aidé pour accomplir cette exode, celui-là trouvera un chemin vers ce qui est au-delà des sphères célestes, et là, d’un coup d’œil fugitif, il approchera la postérité de la création primordiale, sur laquelle règne en Roi Al-Wahed, l’Un, le Principe. » et le conte de se conclure par ces mots de Vivant fils du Veilleur : « Si ce n’était parce qu’en conversant avec toi je m’approche du Roi, par le simple fait que je t’incite à t’éveiller, je devrais m’en aller remplir mes devoirs auprès de lui. Alors maintenant si tu veux, suis moi, viens avec moi vers lui. Paix ! » Conte de l’éveil, conte de l’initiation ! Et Suhravardi, lui, un siècle après, commence son conte par ces mots : « Quand je connus le récit Hayy ibn Yaqzan, en dépit des admirables sentences spirituelles et des profondes suggestions qu’il contient, j’ai trouvé qu’il manquait les illuminations nées de la suprême expérience, le grand éblouissement, gardées dans les trésors des livres divins, déposées dans les symboles des sages, cachées dans le récit de Salaman et Absal du même narrateur que Hayy ibn Yaqzan. Il s’agit du mystère sur lequel repose les stations des Soufis et des maîtres de la vision mentale. Il n’y est fait référence qu’à la fin du récit Hayy ibn Yaqzan, quand il est dit : Il arrive quelquefois que des solitaires parmi les hommes émigrent vers le Roi, vers l’Un. Alors à mon tour, continue Suhravardi, je voudrais vous transmettre quelque chose sous la forme d’un récit que j’intitulerai : Récit de l’Exil Occidental »

Ainsi commence ce récit qui réintroduit l’exil avec l’éveil de l’initiation : un prince exilé en Occident reçoit un messager de son père lui enjoignant de revenir : « Prends la route, ne retarde pas ton départ ! » ainsi en fait commence le voyage qui conduira le prince pèlerin jusqu’au Sinaï mystique, jusqu’au sommet de la montagne cosmique. L’éveil initiatique, et la quête de l’Orient symbole de la lumière s’accompagne clairement chez Suhravardi de la perception que l’Occident, le monde matériel, le monde profane dirionsnous, est le pays de notre exil, et l’Orient notre vrai pays. Ainsi notre initiation maçonnique, notre chemin vers l’Orient, notre quête de la parole perdue nous rattachent à une tradition initiatique très ancienne, dont les Ishraqiyun, les philosophes de l’Orient, et les sages perses ne sont pas les seuls représentants. Cette tradition que l’on retrouve dans l’expression Soma Sema des adorateurs de Mithra, « le corps est notre tombeau », et qu’on pourrait finalement faire remonter au mythe de la Caverne de Platon, avec le vrai pays, l’extérieur de la grotte, le pays de la lumière, et le lieu de l’exil enchaîné, la caverne des ombres, cette tradition c’est la gnose néo-platonicienne.

L’une des plus belles expressions de l’initiation en tant qu’éveil à l’exil occidental et à la quête de l’Orient se retrouve dans l’un des textes gnostiques les plus célèbres, l’Hymne de l’âme, dans les actes de Thomas, qui préfigure de manière frappante notre quête, celle de Suhravardi dans la dramaturgie du récit de l’exil occidental, et celle d’Avicenne dans la conception fondamentale de Hayy ibn Yaqzan, le récit de Vivant fils de Veilleur. L’Hymne nous décrit un jeune prince que ses parents envoient de l’Orient, son pays natal, en Egypte, pour trouver une perle sans égale. Le jeune prince quitte l’Orient, abandonne la robe de lumière que ses parents, dans leur amour, avaient brodée pour lui, et voyage vers l’Egypte. Là il se retrouve seul, étranger, s’habille comme les Egyptiens, et mange une nourriture qui bloque sa mémoire et lui fait oublier son passé, son pays, jusqu’au souvenir du but de son voyage. Mais un jour, comme dans le récit de Suhravardi, il reçoit un message de son père, de son frère et de sa mère, la reine de l’Orient. Le jeune prince est alors réveillé de son amnésie, il se souvient de la perle pour laquelle il avait été envoyé en Egypte, la trouve, en prend possession, jette ses vêtements impurs, et s’engage sur le chemin de l’Orient. Il est guidé sur sa route par le messager, qu’il appelle son éveilleur, souvenez-vous de Hayy ibn Yaqzan, et atteint finalement la frontière de l’Orient, où il peut enfin revêtir de nouveau sa robe de lumière. Bien sûr, pour le gnostique d’Alexandrie, la signification ésotérique de ce conte n’était autre que le cycle de l’âme, et le franc-maçon de notre époque, fût-il maçon Ecossais Ancien et Accepté, n’a aucune obligation d’y adhérer, comme il n’a d’obligation à adhérer à aucune sorte de religion révélée, ni à aucun dogme, puisque nous ne posons aucune limite à la recherche de la vérité.

Pour ma part, tout en gardant sa totale liberté, il me semble que le franc-maçon de Rite Ecossais Ancien et Accepté est toutefois appelé à percevoir qu’il existe quelque chose qui dépasse la simple matérialité, une Transcendance et une Immanence qui s’expriment dans la Grande Architecture de l’Univers et dans la perception de l’amour entre les Humains. En tout état de cause il reste que l’éveil qu’est notre initiation, les dépouillements successifs que notre initiation implique, la perception de l’exil à laquelle elle conduit, l’orientation de nos loges, c’est à dire le chemin vers l’Orient sur lequel nous place l’initiation, la quête de la parole perdue à laquelle est appelé le maître, sans compter la méthode de travail et de réflexion ésotérique et symbolique, tout cela fait de nous les héritiers de cette gnose néo-platonicienne, c’est à dire de cette tradition de recherche de la Lumière par la fusion progressive avec l’unité de l’univers, avec l’Un, quel que soit le nom qu’on lui donne, al-Wahed, Adonaï, Dieu ou le Grand Architecte de l’Univers. La proclamation du convent de Lausanne le définit clairement quand elle proclame que nous travaillons à la gloire du Grand Architecte de l’Univers, principe créateur. Et elle ne le contredit pas non plus quand elle exprime qu’il n’y a pas de limite à la recherche de la vérité, et que pour garantir cette liberté à tous elle exige de chacun la tolérance, car les grands penseurs de cette Tradition ont toujours été des esprits libres, soucieux de leur logique intérieure, et qui n’ont jamais cédé au dogmatisme des églises.

Songeons à Avicenne, grand médecin, mathématicien, astrophysicien, qui dut courir toute la Perse pour échapper à l’ire des oulémas de l’islam, à Suhravardi qui mourut à 36 ans sous la vindicte des fondamentalistes de Bagdad, et, plus proche de nous, à Maître Eckhart, condamné par le tribunal de l’inquisition. Et encore lui échappa au bûcher ! Par ces deux aspects de notre recherche, la liberté des Lumières et la quête symbolique de la Lumière, nous sommes leurs héritiers sur ce chemin de l’initiation, chemin parcouru ensemble, non pas chemin d’exil, mais chemin du retour d’exil qui, quoi qu’il arrive, nous conduira sans abdication là où réside la perle incomparable, c’est à dire qu’il nous conduira à l’intérieur de nous-même, et par là à la Transcendance et à l’Immanence qui donnent un sens à notre vie. Ainsi ce chemin de retour de l’exil occidental nous mènera d’abord à l’intérieur de nous-même car, comme l’exprime ce beau poème de Constantin Cavafy, « tu ne trouveras pas de nouveaux pays, car tu ne trouveras pas de nouveaux rivages, car ta ville te poursuivra toujours, et aucun bateau ne t'emmènera jamais loin de toi-même. », mais ensuite, à partir de ce chemin intérieur, vers l’illumination de la Connaissance de l’Univers et de la Vie que, tels Saint Augustin dans sa jeunesse, nous cherchions vainement au dehors de nous-mêmes alors qu’elle réside en nous depuis l’origine : « J’ai tardé à t’aimer, Beauté si ancienne et si neuve, j’ai tardé à t’aimer. Mais voilà : tu étais dedans, et moi dehors. Je te cherchais dehors où je me ruais, beau à rebours, sur les belles choses d’ici-bas, tes ouvrages. Tu étais avec moi sans que je fusse avec toi, tenu loin de toi par elles qui, à moins d’être en toi, ne seraient pas. Tu as appelé, crié, et tu as rompu ma surdité. Tu as brillé par éclairs et par vives lueurs, et tu as balayé ma cécité. Tu as exhalé ton parfum, je l’ai respiré et je m’essouffle après toi. Je t’ai goûté, et j’ai faim et soif. Tu m’as touché, et j’ai pris feu pour la paix que tu donnes. Une fois soudé à toi de tout mon être, il n’y aura plus pour moi douleur et labeur, et ma vie sera, toute pleine de toi, la Vie. »

Louis Trebuchet PVI N°141

Source : https://www.louistrebuchet.fr/fichiers/initiation-et-exil.pdf

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