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Hauts Grades

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Le silence

26 Février 2014 , Rédigé par Christophe LEV\ Publié dans #Planches

Parler du silence c’est déjà faire grand bruit. On ne comprend pas très bien, si c’est le mystère qu’il dissipe, qui nous attire, la curiosité supplantant le désir de connaître, ou bien tout au contraire sa translucidité qui le rend loin d’être énigmatique puisque le silence en ne disant rien, dit tout.

Toute ma vie, j’ai couru sans relâche après ma réussite scolaire, amicale, familiale et bien sûr professionnelle sans vraiment avoir pris le temps, d’une réflexion posée avec mes réelles aspirations. Car la parole est la première des défenses à un profond ressenti, ceci nous permet de ne pas voir consciemment ce qui nous dérange intérieurement, a contrario le silence permet de faire le point.

Après une longue discussion avec mon parrain sur la franc-maçonnerie, sur ses conseils, je décidai de poser ma candidature pour enfin vous rencontrer.

Les enquêtes se déroulèrent et après plusieurs heures de discussion, aucune certitude ou réponse ressorti de ces entretiens, et là un silence s’opéra, car à qui en parler, comment en parler, et je m’aperçu qu’une douce et lente introspection commençait en moi.

Le passage sous le bandeau arriva, et nous entrâmes dans une salle d’attente, où le silence se fît entendre, car comme tous les futurs initiés, je fût dans le recueillement, dans mes inquiétudes et ma hâte de passer cette première épreuve, cette tranche de vie me permis de constater que le silence est un formidable outil de concentration et de méditation.

La deuxième étape vînt enfin, l’initiation, commençant par le cabinet de réflexion, j’entrais dans une petite pièce austère qui me fait penser à une geôle ou à un tombeau, j’y retrouvais beaucoup d’objets, de maximes, de symboles qui me plongèrent dans une grande réflexion. Mon silence commençait à me peser, car ne pas parler pendant plus de dix minutes m’étais impossible, et je compris très vite que je devais faire le point avec moi-même et que c’était pour cela que le silence, était de rigueur.

D’ailleurs, le silence est souvent associé à la mort, et là il s’agissait de la mienne, celle du profane que j’étais.

Le testament symbolique me laissa entrevoir enfin la, ou les vraies raisons de mon entrée dans notre obédience.

Au-dessus de moi, je pouvais lire « vigilance et persévérance », persévérance, oui ceci est compréhensible, mais pourquoi

vigilance, ne sommes nous pas tous en sécurité entourée de nos frères ?

C’est évident que le silence m’a aidé à trouver la symbolique « vigilance », car étant très nerveux et émotif, je compris très vite que la vigilance était envers moi, envers mes engagements, ma volonté et c’était, une des premières fois où je compris, tout l’intérêt du silence dans la compréhension de soi.

J’ai pu lire aussi « VITRIOL », mais ne sachant pas encore sa signification, j’y reviendrai plus tard dans ma planche.

L’initiation se déroula selon nos rituels, et me provoqua une grande émotion, car encore une fois je devais plus écouter, que parler, mais beaucoup de bruit

retenti lors de notre premier voyage, du brouhaha devrais-je dire.

Mon deuxième voyage était moins stressant, et je ressentis un certain calme revenir en moi, le troisième voyage était franchement apaisant, car le silence envahi le temple.

Il est évident que les hommes recherchent la sérénité dans le calme ou le silence et seul les sages réussissent à trouver une harmonie entre silence et bruit.

Il est vrai que j’observai le silence depuis notre initiation, ou devrais-je dire depuis que vous nous avez reçu apprenti, car avant, pendant mes trois voyages, j’ai pu encore répondre à certaines de vos questions ou ordres.

Si j’avais su, que c’était la dernière fois avant longtemps que je pouvais parler, j’y aurais pris plus de plaisir.

Car, depuis, à part le « Présent! Vénérable Maître », le silence est de rigueur.

J’ai constaté lors de nos tenues, que nos frères Maîtres maîtrisent parfaitement, le silence dans leur mode de communication, car ils ont conscience que le silence créé, permet de passer par une période de réflexion ou d’introspection.

Je pense que le jeune Apprenti que je suis avait besoin de cela pour tailler sa pierre.

Il est évident que pour moi, Apprenti, l’écoute des échanges dans le silence et ne pas participer au débat m’a permis de mieux comprendre le sens du rituel et de ses symboles.

Cet exercice permet une meilleure acceptation des différentes pensées, de me concentrer sur les différents avis de mes frères et de contrôler mes émotions et réactions.

Lors de nos tenues, dans le silence et l’écoute, je m’aperçois souvent, que certaines interrogations fusent dans mon esprit et souvent en laissant l’explication aller à son terme, les réponses arrivent naturellement.

Je reprendrai une phrase dite dernièrement par un de nos frères Maître lors de sa planche tracée, « Confusius à dit, nous avons deux oreilles et une bouche, donc nous devons parler deux fois moins que nous devons écouter."

Dans le cabinet de réflexion, je n’ai pu comprendre le terme « VITRIOL » effectivement grâce à nos chantiers d’apprenti et nos tenues, j’ai compris le sens de cette maxime et nous ne pouvons pas parler de silence sans appréhender notre propre introspection, cette perpendiculaire qui descend en nous pour aller vers le VITRIOL.

VITRIOL « Visite l’Intérieur de la Terre, et en rectifiant, tu trouvera la pierre occulte » entrer en nous pour voir et comprendre les formes de notre pierre brute, l’appréhender, la mesurer avec ses faiblesses et ses forces.

Le silence est un outil indispensable à toute perpendiculaire, car les sentiments ou ressentiments sont plus accessibles dans le silence.

Le symbole le plus fort que j’associerai à l’apprenti durant mes deux années est clairement le silence.

Je pense que le bruit ou la parole pollue la descente en nous, la parole est une défense à nos ressentis et le bruit autorise la déconcentration et la dispersion des pensées.

La musique est elle une forme de bruit ? certainement pas, car le bruit est nuisible durant nos travaux, tandis que les musiques choisies pour chaque événement nous entraînent dans nos pensées et émotions et stimulent notre propre introspection.

Nous pouvons aussi évoquer la déviance du silence, le mutisme, celui-ci est néfaste à l’homme car il est un état de fermeture à l’autre et à soi-même tandis que le silence est une ouverture à la révélation.

Le silence imposé a été aussi trop souvent le faire valoir des leaders de pays totalitaires en obligeant leur peuple à se taire. Les hommes sont rentrés dans une logique de développement personnel, sans partage, sans transfert de la connaissance. L’actualité contemporaine nous a démontré les méfaits de ce système.

Le Silence est constructif, mais peut être destructeurs, si nous sommes laissés seul avec notre silence, nous pourrions accéder à certains non-dits, qui souvent ont détruit beaucoup d’êtres, c’est là où les notions de transmission de connaissances et de fraternité interviennent.

Le Silence à un opposé, la parole, le bruit. Comme lorsqu’on perd un sens on développe naturellement les autres, je pense que pour nous c’est identique, car ne pouvant pas parler nous entraînons nos sens complémentaires importants, « la vue et l’écoute »,

De plus, ceci nous permet de mieux travailler avec les outils mis à notre disposition en écoutant nos frères lors de leur planche mais aussi de voir et de vivre le déroulement de notre rituel.

Le silence en loge catalyse les énergies et ceci donne une dimension spirituelle à nos tenues, cette énergie nous pouvons la ressentir dans la chaîne d’union, moment formidable de recueillement et de pensées pour nos frères parti à l’orient éternel, mais aussi, un instant très fraternel ou chacun partage son énergie avec ses frères.

Nous constatons aussi dans le monde profane que les hommes respectent « la minute de silence » cette hommage se fait dans le silence et le recueillement.

Nous avons trop vu malheureusement dans notre actualité, certaines personnes pas libres et de bonnes mœurs ne pas la respectée.

Nous Francs-maçons, nous jurons de garder la loi du silence en ne divulguant pas à l’extérieur ce que nous voyons ou entendons lors de nos tenues. Il est évident que nous devons protéger la symbolique du profane, de l’initié, car la franc-maçonnerie doit d’abord se vivre, et non se raconter ou s’expliquer.

Le silence est un antidote au bavardage qui est qualifiée de prostitution du verbe, au « croire parler » et à la parole exutoire, car connaître n’est pas savoir. Savoir est apprendre de l’autre, alors que connaître est apprendre de soi.

Pour l’apprenti, c’est la discipline imposée à « celui qui ne sait pas », comportement rare dans une collectivité ou la propension est à l’affirmation et à la valorisation de soi par la parole et la reconnaissance d’autrui.

Le silence est aussi un moyen formidable de mettre l’autre en valeur, car il nous permet de mieux l’écouter, de mieux le comprendre et donc de mieux le respecter.

Le silence dans l’écoute permet de développer des idées et connaissances tandis que la parole ne fait que d’émettre ses propres idées.

Il me paraît évident que ce travail doit être bien acquis par l’apprenti pour commencer à travailler sur les autres.

En conclusion:

Je pense que mon silence a été bénéfique à ma construction, à la taille de ma pierre.

Le silence m’a aussi provoqué certains tumultes intérieurs qui m’ont obligé à me maîtriser, à accepter les situations, telles quelles sont, ce qui m’a développé certaines longues réflexions nocturnes après les tenues en me replongeant dans les planches, les débats ou le rituel, cela a été nécessaire et bénéfique à mon apprentissage.

Mais je crois avoir réellement envie de retrouver la parole et même si cela n’est pas un exercice facile et n’ayant pas parlé durant près de deux ans, au-delà de mes frustrations égocentriques, et même si quelques fois le silence m’a apporté un certain confort intellectuel, il n’est pas une fin en soi, et je suis très content d’avoir repris la parole ce soir, pour, je l’espère ne plus la reperdre.

Source : www.ledifice.net

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Du savoir à la Connaissance maçonnique, l’échange entre générations

25 Février 2014 , Rédigé par Jean-Pierre Servel Publié dans #Planches

Très Respectables Grand Maître, mes Très Chers Frères,

Tous les philosophes aujourd’hui savent que Dieu est mort en Allemagne en 1882 sous la plume de Frederich Nietzche. De nombreux auteurs lui ont enjoint le pas sur le même thème. Ainsi dans « Les formes élémentaires de la vie religieuse » Emile Durkheim, sociologue français, parle, trente ans après Nietzsche, de la mort des dieux et du « désenchantement du monde »., En soulignant l’affaiblissement du christianisme, Durkheim analyse la disparition progressive des fondements de la morale et des normes chrétiennes. Ce faisant, il décrit la crise morale que traverse la culture occidentale, la même crise à laquelle Nietzsche fait allusion : une situation qui expose la société à un sentiment de perte de sens, dans lequel « les règles traditionnelles ont perdu leur autorité ».

Face à ce discours très inquiétant mes très chers frères, je vais développer des considérations portant sur :

  • L’espoir de restauration de sens porté par les valeurs maçonniques dans une France qui reste un terreau exceptionnel pour le développement de la franc-maçonnerie.
  • la tension intergénérationnelle qui affecte ces valeurs et le piège du savoir qui guette les jeunes générations
  • La mise en mouvement vers la connaissance. 

Le terreau maçonnique français et le rôle unique de la maçonnerie régulière :

Pour les Français, comme pour les européens, Dieu n’est pas aussi mort que Nietzsche et ses suiveurs l’ont pensé. Dans les sondages les plus récents que nous puissions consulter, plus de 65% des français se réclament d’une religion, en grande majorité de la religion chrétienne. A la question « croyez vous en Dieu ? », plus de 50% répondent oui. A la question « croyez-vous à une vie après la mort ? », 40% répondent encore oui. A la question « selon vous, a-t-on besoin de la religion pour faire la différence entre le bien et le mal ? », seuls 24% des français répondent par l’affirmative, moins de 25% prient, moins de 8% se rendent à un office religieux au moins une fois par mois. Ce rapide survol des chiffres dépeint la France comme un pays encore très habité du sentiment de Dieu, dans lequel la pratique religieuse est en perte de vitesse, ce qui ouvre la porte à une forme de curiosité pour toutes sortes de nouvelles pratiques spirituelles. Plus que les autres nations européennes (43% des européens identifient la morale à Dieu), les français font une large distinction entre les valeurs morales et la religion. Peut-on voir là le reflet de convictions laïques fortement enracinées depuis plusieurs générations, spécialement par le canal de l’éducation nationale ? Le terreau français dans lequel la maçonnerie plonge ses racines est donc fait de l’alliage paradoxal d’un sentiment religieux majoritaire, quoique devenu diffus et de « valeurs majoritairement laïques et républicaines ». Agressivement développée au 19ème siècle, la laïcisation française ne fut pas simplement envisagée comme neutralité religieuse et indépendance des pouvoirs politiques et religieux, elle fut une entreprise largement idéologique, dans laquelle la construction des lois républicaines fut envisagée comme une « œuvre humaniste » libérée de toute considération religieuse ou métaphysique, considérée comme obscurantiste. La franc-maçonnerie du Grand Orient, anticléricale et irrégulière, prit une part importante à la diffusion politique et médiatique des idées laïques en France et celles-ci représentent encore aujourd’hui le cœur des valeurs de ce corps maçonnique, exprimées comme liberté, égalité, fraternité, justice, ouverture, accueil, tolérance, solidarité sociale, etc. Si nombre de ces valeurs restent semblables à certaines valeurs chrétiennes et aux valeurs maçonniques traditionnelles et régulières, elles ne se réfèrent plus à l‘idée de Dieu, mais à celle de progrès. Progrès social, progrès technique, progrès économique, progrès humain.Aujourd’hui imprégnée de ces valeurs laïques, la France est devenue un pays désenchanté qui croit toujours majoritairement en Dieu et ne croit plus guère au progrès, tout en doutant, au spectacle du monde, du sens et de l’efficience des valeurs que celui-ci est supposé porter. Les autorités des corps maçonniques irréguliers français font elles-mêmes ce constat d’enlisement et se lamentent de ce que la maçonnerie qu’ils représentent soit devenue stérile en termes d’idées sociétales et peu influente en termes politiques. C’est à notre maçonnerie régulière qu’il appartient de restaurer, à la Lumière du Grand Architecte de l’Univers, c’est à dire de Dieu auquel une majorité de français croient, le sens premier des valeurs maçonniques ancestrales et universelles, aujourd’hui « laïcisées » en France, dégradées par la pratique politique et par l’idée que la liberté de conscience prévaut sur toutes les autres valeurs. Travaillant explicitement à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers et de sa volonté révélée, seule la maçonnerie régulière peut réaffirmer et porter haut l’espoir transcendant, profond, essentiel, qui habite les valeurs maçonniques traditionnelles incarnées par nos vertus : justice, force, tempérance, sagesse, foi, charité, espérance, mais aussi dépouillement des certitudes, respect de la tradition, bienveillance et pas seulement tolérance, écoute, à travers le silence, de l’autre comme créature de Dieu, humilité de se plier à la démarche initiatique et volonté de s’ouvrir réellement au Grand Architecte et à nos frères, maçons ou non.   

La tension intergénérationnelle, le piège du savoir : aide toi, la techno t’aidera

Dans la crise de sens et de valeurs que la société traverse, pas seulement en France, pas seulement en Europe, l’accélération des innovations n’a fait que produire une forme de dilution des idées, des identités, des croyances dans une mondialisation incontrôlée, augmentant le doute quant à la réalité des progrès et quant à  l’idée même de progrès. L’idée de progrès ne porte plus de réel espoir, ne porte plus de sens. Si le « progrès » n’est plus un espoir ou un sens, il est devenu en revanche un état de fait, subi, inévitable, voire hostile. Dans ce climat de l’avenir hostile, les mécanismes de l’économie renforcent le sentiment d’appartenance générationnelle. L’accélération frénétique des innovations technologiques sans progrès humain produit des difficultés d’adaptation et surtout, contribue à accroitre le fossé générationnel. Les générations sont affectées à des titres très différents. Au cœur du désordre des idées représenté et interprété par les médias, les fils se dressent face à leurs pères. Très tôt, les jeunes sont formés à l’acquisition du savoir, n’ayant que peu d’idée de la notion de Connaissance. Possédant leur propre culture, musicale, technologique, ludique, picturale, les fils prennent très tôt l’habitude de s’enseigner entre eux, à travers l’accès mondial qu’ils ont aux immenses réserves de savoir stockées dans Internet. Mieux encore, plutôt que d’être enseignés par eux, ils prennent aussi le réflexe d’instruire leurs pères à propos de l’usage de ces technologies, ce qui n’est pas neutre pour la transmission des valeurs en général, ni même pour la transmission des valeurs maçonniques que nous recherchons. La mode a pris le pas, jusque dans le domaine des idées, sur le respect des anciens et de la tradition, laquelle est renvoyée au rang de l’immobilisme et des forces réactionnaires. Les pères prennent le risque de ne plus être « wired », « in », « aware ». Pour les jeunes, penser dans les pas de son père est faire preuve d’un désolant manque de personnalité. Dans la vie sociétale ordinaire et l’effort d’adaptation qu’elle demande à chacun, le savoir prend une place prépondérante. S’appuyant sur les  jeunes générations, l’arbitre du savoir prend souvent la forme de Google, ou de Wikipédia, créant ainsi une triangulation de la transmission, de chacun à chacun, à la gigantesque base de savoirs que constitue Internet. Chacun y puise quotidiennement le savoir dont il a besoin : savoir produire, savoir ce qui s’est passé, savoir s’exprimer (en plusieurs langues), savoir chercher, savoir se distraire, savoir consommer. Pourquoi fixer des limites ? Pourquoi pas le savoir être ? C’est ainsi que tout naturellement, Internet est devenu le véhicule de toutes les nouvelles doctrines spirituelles, courants de pensée asiatiques ou « new age », en même temps qu’il s’est invité au cœur de nos travaux maçonniques. Largement pratiquées dans de nombreux rites maçonniques, principalement écossais ou français, les planches sont supposées permettre à chaque maçon de chercher au fond de lui-même l’écho des symboles qui sont proposés à sa progression initiatique, pour partager avec ses Frères le fruit de ses recherches. Rares sont les planches aujourd’hui qui ne font pas référence à des notions, philosophiques ou autre, trouvées dans Internet, déclenchant en rebond des contributions et échanges eux-mêmes teintés des mêmes références. Un autre élément est celui que je nommerai la « spiritualité de consommation », qui fait qu’un grand nombre de jeunes impétrants frappant à la porte de nos temples viennent y consommer de l’ésotérisme avec les mêmes attentes de satisfaction, la même recherche « d’excellence », le même esprit critique que celui qu’ils auraient pour un livre ou une pratique quelconque, culturelle, voire sportive. Doit-on se plaindre des nouvelles pratiques issues des technologies en voie de généralisation ? Doit-on lutter contre leur propagation ? Ce fut le premier réflexe de nos anciens. Dès le départ, ceux-ci ont en effet senti le grand danger qui menace aujourd’hui notre tradition : celui de substituer à la prééminence du sage, initié à la connaissance par la pratique initiatique rituelle, la prééminence du sachant gavé d’internet et n’ayant guère compris le sens du chemin initiatique. Comment réagir ? Que devenons-nous faire aujourd’hui ? Comment vivre et faire vivre notre tradition à des maçons imprégnés de ce nouvel environnement technologique et générationnel ? Pour formuler l’avis que je suis venu partager avec vous, je rappellerai que le savoir fut d’abord conservé – et figé, en même temps que la connaissance, dans le calme des abbayes retirées du monde. Or la franc-maçonnerie prend justement ses racines symboliques dans ce qu’il est convenu d’appeler la « Renaissance », elle-même largement portée par le déclin des abbayes, l’urbanisation et par la nouvelle technologie de l’époque : l’imprimerie. Eût-il fallu mettre l’imprimerie sous le boisseau ? Je suis de l’avis qu’on ne peut pas contrer le mouvement de la société toute entière et qu’il nous appartient d’accueillir les nouvelles générations avec leurs richesses, tout en revitalisant notre tradition et nos moyens de transmission pour porter les valeurs qui seront éternellement les nôtres, à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. 

Frappez, on vous ouvrira 

Le plus déroutant et en même temps le plus constructif, pour un nouvel arrivant dans notre Ordre, est certainement la frontière établie avec le monde extérieur, cette porte qu’il faut franchir et derrière laquelle, au sein de la loge, plus rien n’est pareil. Le caractère extrêmement formel de cette séparation de l’espace, du temps et des personnes est très fortement scénarisé avec les rituels d’ouverture et de fermeture des travaux, quel que soit le rite pratiqué. Passée cette première porte, au sein de la loge, la hiérarchie initiatique est rétablie par la formalisation de la progression d’apprenti à compagnon à maître-maçon. Une progression lente, qui demande du temps et une profonde transformation intérieure. La prééminence universelle du rituel comme forme d’encadrement des échanges ne laisse guère de doute quant au caractère très particulier de la progression initiatique, qui n’est pas une compétition universitaire. Ces portes, celle de la loge, et les portes initiatiques figurées par les grades maçonniques sont-elles suffisantes pour éviter toute « contamination » culturelle ou technologique, tout phénomène générationnel dans les loges ?

Le doute s’installe dans l’esprit des recrues et des maçons les plus aguerris aux nouvelles technologies lorsque les échanges s’aventurent sur des terrains où les maîtres ne sont pas si « maîtres » que cela, où les contributions peuvent consister en de simples faits de culture parfois discutables ou erronés, où les rituels eux-mêmes peuvent devenir des sujets de divergence lorsqu’ils sont interprétés à la lettre. Lorsque le savoir s’invite subrepticement dans nos travaux, sous le masque de « sachants » pétris d’une autorité qui ne leur est que rarement accordée. Contrairement à ce qui se passe dans les avenues extérieures au temple, le chemin la sagesse et de l’autorité ne passe pas par celui du savoir. La connaissance, si chèrement désirée, n’est pas une accumulation de savoir. Il arrive même que des maîtres maçons, connaissant par cœur le rituel et donneurs perpétuels de leçons non souhaitées, se voient privés justement de toute autorité, voire exclus de certaines loges. La sagesse, l’autorité, la connaissance, viennent d’ailleurs. Elles ne se résument pas au savoir, livresque, internet, ou autre, fût-ce le savoir du rituel. Internet et les nouvelles attitudes générationnelles ne sont pas seules en cause dans cette déviation « apprenante » qui parfois prétend se substituer à la démarche « initiatrice». Si elle est mal contrôlée, la multiplication des degrés et « grades » peut parfois aboutir à une forme d’universitarisme, où les grades sont alors vécus comme une échelle de savoir et d’autorité, plus que comme balises et ordre de progression personnelle. Les titres ronflants associés à chaque grade ne sont pas toujours pour encourager à l’humilité et faciliter une lecture de soi détachée de toute manifestation d’orgueil. Les déviations apprenantes ne datent pas d’aujourd’hui. A l’inverse, une posture visant à rester dans l’ignorance de tous les sujets proches de la maçonnerie, les « arts libéraux », tels qu’on les appelait au XVIIIème siècle, ne serait certainement pas un facteur de solidité et de rayonnement pour nos valeurs. De tout cela il faut dire à mon avis une chose simple. La recherche de savoir, les technologies générationnelles qui le supportent aujourd’hui, ne sont pas des concurrents de la voie initiatique. Elles ne peuvent s’y substituer. Elles n’en sont que des outils. Aucune « consommation » d’ordre spirituel, aucun savoir, aucune culture ne remplacera cette mise en mouvement, cet engagement fondamental, qui s’appelle l’initiation maçonnique. Toute vraie culture maçonnique est le fruit d’un apprentissage, peut-être aujourd’hui en partie numérique, mais surtout d’une mise en mouvement vers notre Vérité intérieure. Frappez. On vous ouvrira. 

Pour finir et pour vous éclairer sur les choix de la Grande Loge Nationale Française,

Permettez-moi, Très Respectables Grands Maîtres, très chers frères, de vous indiquer les conclusions à laquelle nous conduit la réflexion que vous m’avez invité à développer devant vous.

  1. La terre de France est un terreau fertile pour notre développement et il appartient à notre maçonnerie régulière de restaurer le caractère immuable de nos valeurs maçonniques, souvent dégradées au cours de l’Histoire et menacées aujourd’hui, non dans leur essence, mais dans la traduction désenchantée qui en est faite. Ces valeurs sont toujours neuves. Elles en sont pas en crise, mais porteuses d’Espérance, la plus belle de nos vertus.
  2. Comme partout en Europe, la tension intergénérationnelle est accentuée par le bouleversement des mécanismes de transmission du savoir et par les nouvelles technologies, porteuses de consommation culturelle et spirituelle. Ces pulsions générationnelles, consuméristes, et technologiques doivent être maîtrisées tout en sachant accueillir les jeunes générations en attente de sens et de « savoir être »
  3. La voie initiatique est également immuable et réfère à notre tradition primordiale. Cette voie amène les maçons à la connaissance, c’est à dire à la sagesse et à l’amour de ses frères dans la Gloire du Grand Architecte de l’Univers. Les savoirs, les arts libéraux, les outils permettant de s’en instruire ne sont que des outils permettant au maçon de progresser sur sa quête intérieure jusqu’aux portes de l’éternel Orient.  

La GLNF est donc fermement engagée dans une réflexion majeure portant sur les voies et le corpus de la formation maçonnique traditionnelle. Il s’agit de perpétuer les valeurs maçonniques contenues dans la finalité initiatique, tout en plaçant notre obédience dans les meilleures dispositions pour accueillir les nouvelles générations. Il s’agit de transformer, sans la renier ou la décourager, leur quête naturelle de savoir en une quête de connaissance, c’est à dire de savoir être, de sagesse et d’amour. Imprimés ou numériques, consultables individuellement ou dans le cadre de réunions avec les surveillants des loges, ces outils, ont trait, concernant la GLNF, à trois grands aspects de la progression du maçon. La compréhension du rituel et de la voie initiatique. La compréhension de la maçonnerie, de son histoire et de ses principaux symboles. La participation active à la recherche maçonnique et pour cela, la compréhension des « arts libéraux » d’aujourd’hui auxquels le maçon doit s’intéresser, tout en sachant bien qu’il ne s’agit que d’outils, de clés dans sa progression initiatique personnelle. 

Très Respectables Très Respectables Grands Maîtres, mes chers frères, je vous remercie de votre écoute. 

Jean-Pierre Servel

Grand Maître de la Grande Loge Nationale Française

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Le Neuvième pas

24 Février 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Huit pas ! Me voilà bien avancé… L'idée de traiter le 9ème a déjà été exploitée, par une sœur qui, en quelques dizaines de magnifiques alexandrins, avait su exprimer tout ce qu'elle voyait de beau dans sa recherche. Je ne vais pas écrire en vers, donc, puisque ça a déjà été fait. Pardonne-moi, ma sœur Sylvette, de reprendre ton sujet.

J'ai donc fait 8 pas, et il faut que je continue de progresser. Si je ne cherche pas plus loin, je stagne. Et si je stagne, je régresse, ou pire encore, je croupis, comme l'eau stagnante. Avancer, oui, mais pour aller où ? Si je sais ce que je cherche, je trouverai plus facilement la méthode pour y parvenir. Et je saurai si mon travail se fera dans la solitude, ou dans l'union avec les autres. Mais il faut marcher. Le 3ème degré n'est pas l'oméga, mais l'alpha d'un monde nouveau, dans lequel je n'entrerai pas en restant immobile.

A quoi me servirait-il d'avoir surmonté l'épreuve que m'imposèrent les 3 mauvais compagnons, si je devais me contenter d'être le Maître ressuscité, si je devais me considérer comme achevé ? Rien n'est fini, la quête commence. J'ai les outils, je connais les mots, il me reste à retrouver la Parole perdue, cette parcelle de paradis, ce morceau d'Eden dans lequel m'attend, peut-être, la Compagne idéale. Ou ce morceau de pierre qui me fera bâtisseur. Ou n'importe quoi d'autre, ou rien, qui me fera penser, simplement, au seuil de l'orient éternel, que si je n'ai pas trouvé, au moins j'aurai cherché.

Me voici au 9, pour ne pas dire à neuf. J'ai des outils, une situation, des repères. J'aurai besoin de l'aide d'autres maîtres, même si mon chemin doit être solitaire. Et ce chemin passe de l'unification à la purification, et de la purification à l'amour des autres. Suivons-le. Je suis à 9. Passons très vite sur les références numérologiques. 9 = 4 + 3 + 2. Alliance, et pourquoi pas, somme parfaite, entre 4, nombre de la matière ; 3, nombre de l'esprit ; et 2, incontournable binaire dans lequel se trouve tout et son contraire, chiffre de l'équilibre entre tous les antagonismes, du blanc au noir, du Yin au Yang, du ciel à la terre, ou, comme dans le Yi-King, de l'obstruction à la tranquillité. J'en oublie et j'en omets ! Tout ceci, après avoir franchi le cercueil, est utile à savoir, mais a un petit air de réchauffé. Tout est dans le 8, synthèse du Maître. Et c'est ainsi déjà, que je rejoins l'unité. Je peux la rejoindre autrement.

Si je suis le zodiaque des anciens, je commence mon périple au Bélier. Ca tombe bien. C'est le signe du printemps, de la nature qui renaît, de Perséphone qui revient des enfers, de l'Apprenti qui sort des ténèbres. L'Apprenti est un bélier, fougueux, présomptueux, aimable aussi, dans ses maladresses. Il a besoin des leçons de patience du Taureau. Sous l'égide du soleil, la raison de l'Homme peut monter vers les Gémeaux, qui invitent à la contemplation tranquille. Ensuite, le Cancer appelle au retour sur soi. Restant apprenti, il faut redescendre vers la Terre. Le terrain est rendu fertile pour le Lion, qui déchire, assèche, et dévore. Heureusement, la Vierge lui succède, pour redonner au monde vivant l'équilibre, la sérénité, la justice de la Balance.

Enfin vient la chute, la descente vers la mort qui précède toute naissance. Le Scorpion, bien connu du rédacteur, instille son venin dans le fruit pour y provoquer la nécessaire pourriture.
De cette pourriture, le Sagittaire tirera la substance qui fera renaître l'esprit traversant le soleil d'hiver. Je suis au 9ème signe. Les trois autres feront le reste pour réunifier ce qui doit être uni, pour donner un nouveau sens à la vie. 9 = 1, l'unification continue, et se fortifie. Cela ne peut suffire. Mais comment faire ? Où aller ? Le 9ème arcane majeur du Tarot s'appelle l'Ermite. On n'en sort pas. D'autant moins que la formule qui l'accompagne est encore plus décourageante, au premier abord, ou démontre au contraire que tout reste toujours à faire : V\ I\ T\ R\ I\ O\ L\…

Tout est à refaire ? Non. A recommencer, ce qui n'est pas la même chose. Refaire implique une imperfection de l'objet. Le besoin de recommencer, en revanche, exprime une carence du sujet, du « facteur ». C'est une autre histoire… Il me plaît, cet Ermite. Il est aussi maladroit que moi. Il possède une clé, et ne sait qu'en faire. « A quoi sert le cochonnet si t'as pas les boules ? » chante A\ Bashung. A quoi sert une clé, si on ne trouve pas la serrure ? Dans ce cas, on cherche une autre porte ! Et on voit ce qui s'ouvre. Entre le 8 et le 9, l'Ermite se tient sur le chemin qui mène de la miséricorde, de la grâce, à la beauté et à l'harmonie. Mais ce chemin est troublant, insatisfaisant. Excitant, soit, mais incomplet. La sagesse est sûrement ailleurs, puisque si je suis, comme dans une marelle, l'arbre des Sephirot, tout dépend de la colonne que j'ai empruntée au départ.

Si j'ai emprunté la colonne de rigueur, mon 9ème pas me mènera de l'intelligence à la sagesse. Si j'ai privilégié la colonne de miséricorde, il me conduira de la sagesse à l'intelligence. Tous les chemins mènent à Rome. Toute introspection mène à soi : J'arriverai à Kéther, 10ème étape d'une promenade dont je ne connais pas la fin. Il en est des Sephirot comme du pavé mosaïque. On n'en ressort qu'avec des questions. Qui a eu raison ? Celui qui a choisi la rigueur ? Ou celui qui a préféré la miséricorde ? Et quid de la volonté ? Cette troisième colonne n'est-elle pas ce qui reste quand on a décidé de flotter entre le noir et le blanc de la mosaïque ? Du pavé des Muses ?

9 Muses…9 filles! Et pas n'importe lesquelles. Les filles de Zeus, roi des dieux, et de Mnémosyne, la mémoire des hommes. Compagnes d'Apollon, elles avaient puissance d'oracle. Elles disaient « ce qui est, ce qui sera, et ce qui a été ». Comme Isis, en Egypte, qui était tout cela à la fois, sans jamais se dévoiler aux hommes. Le voile des musulmanes pourrait-il être une survivance de ce voile d'Isis ? Il serait, dans ce cas, tellement beau, symbole d'une sagesse inaccessible aux hommes, et tenue secrète par les femmes. La sagesse, sous certaines formes, est féminine. Et quand ils ne peuvent la dévoiler, les frustrés algériens, iraniens ou afghans, n'ayant rien compris et ne cherchant pas à comprendre, la recouvrent d'une chape de plomb. Mais je m'égare. Connaissance et unification n'ont pas de frontière de temps ou d'espace. Revenons aux Muses. Seule la neuvième, ce soir, m'intéresse. Elle avait nom Calliope, et elle était considérée comme reine de la poésie épique et de l'éloquence. Ca tombe bien, j'en ai besoin. Pas pour vous convaincre, mes Frères, simplement pour être agréable à vos oreilles, ce qui serait déjà bien.

Ses outils étaient le stylet et les tablettes. Tiens, tiens…ça rappelle un compas sur sa planche à tracer… Et n’oublie pas qu'elle fut mère d'un chanteur célèbre à Thrace, en son temps : Orphée, dont on sait ce qu'il advint dans ses amours avec la belle Eurydice. Que de symboles, que de références, que de points de repère, que de mythes qui tous nous ramènent au même sujet : l'Homme, vivant sur terre, et qui se cherche, encore, encore, et encore ! Je rappelle que je suis arrivé à ces digressions en partant de l'arbre des Sephirot. Il faudra que je revienne à cet arbre, même s'il est moins reposant que celui de Brassens. Je n'aspire pas au repos. Dans une autre planche, peut-être ? Il faut savoir fermer, même provisoirement, des portes, quand elles s'ouvrent en trop grand nombre.

Allons donc plus loin, à défaut d'aller plus tard. Tout n'est qu'une question de dimension, et il faut atteindre la purification, après avoir réussi l'unification. Mon outil, pour le 9ème pas, sera la truelle. Nous sommes au cœur de la recherche, puisque cet outil symbolise l'unification et la perfection. Le Maître passe la truelle pour effacer les imperfections de la construction. Les pierres s'assemblent parfaitement, unification et purification possibles et nécessaires. Il y a encore plus intéressant, ou plus troublant. Nous savons que les Rose-Croix ont eu une part marquante dans la création du grade de Maître. Pour eux, la truelle évoque la réintégration : L'univers matériel se double d'un univers spirituel, subtil, dans lequel les intelligences vivent en harmonie parfaite. Par désir de changement, ou par banalité, les intelligences se corporisent et descendent dans le monde matériel. Elles y perdent leur substance, et l'amour, qui était leur ciment collectif, s'efface en elles.

Dans ce monde imparfait, la démarche de re-spiritualisation constitue ce que les rosicruciens appellent la réintégration. A l'égarement individuel succédera alors l'être unique, constitué par ces intelligences, et que cimente un amour universel. L'humanité éparpillée devient alors totale, réunifiée, et parvient à la création de l'Adam primitif, l'Homme unique, se reflétant dans la masse. Bien sûr, je résume.

Mais tout est dans tout. La purification est en route. On croit, ou on ne croit pas. En soi, cette théorie est un beau rêve. Mais elle en rejoint une autre, plus belle et exaltante encore, qui démontre une permanence dans la recherche par l'humanité de ce qui la dépasse. Et c'est cette similitude qui est la plus troublante. Je cite Grillot de Givry, qui nous dit ceci : « Toute chose possède dans l'absolu son archétype parfait ». On ne saurait être plus clair. Poursuivons : « La voie de l'absolu n'est pas dans les nombres, car l'infini n'est ni la somme, ni la limite des Nombres… La réduction de tous les nombres à l'unité doit donc être préalablement opérée avant la possession de l'infini ».

« Car l'unité et l'infini sont les deux noms d'une seule et unique chose... Et c'est là le Grand Œuvre que les philosophes ont enseigné ». Ces considérations peuvent paraître absconses. Mais elles sont une porte vers la purification enseignée par les alchimistes, nos ancêtres, nos Frères. Le principe directeur de l'alchimie, dont le travail des métaux n'est que l'expression symbolique, est de rendre moins impur ce qui est impur, et plus pur ce qui est pur. La spiritualisation de la matière et la matérialisation de l'esprit aboutissent au Grand Œuvre, naissance de la pierre philosophale, ou de l'Homme parfait. L'alchimiste complète le travail de la nature, et poursuit l'accomplissement d'un projet qui dépasse ses dimensions, en faisant évoluer sa nature, à partir du désordre inférieur, le chaos absolu, vers l'ordre supérieur, l'ordre absolu.

La première étape du Grand Œuvre, appelée œuvre au noir, est une putréfaction. C'est la mort d'Hiram, où la chair quitte les os, où tout se désunit. La fin du passage au 3ème degré marque le début de l'œuvre au blanc. C'est le départ vers cette nouvelle étape qui constitue le 9ème pas du Maître. Car le rôle de l'initié aux mystères de la F\ M\, par comparaison, est de reprendre en lui-même ce qu'il y a d'inachevé pour aboutir à la plus grande lumière. Succession de dissolutions et de coagulations, réunion de l'Un et du Tout, du microcosme et du macrocosme, en partant du désordre initial : Ordo ab chao…

Tout est dit? Non. Car à l'œuvre au blanc devra succéder l'œuvre au rouge, qui seule apporte cette lumière parfaite de la connaissance, aussi vrai que ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, que ce qui est a été et sera. La purification est en marche. Mais elle rencontre des obstacles. Elle a du mal à s'achever. Les 8 premiers pas ont-ils été trop rapides ? Sur un circuit de course automobile, il arrive qu'un pilote se retrouve derrière ceux qui ont un tour de retard. Tout est dans le cercle… Même les manœuvres de ceux qui, craignant d'être dépassés, obstruent le passage. En course, le coupable d'une telle manœuvre, dangereuse pour tous, est disqualifié. En d'autres lieux, on justifie l'inqualifiable.

Il est donc possible en retour de qualifier l'injustifiable. Il m'arrive de le faire, et je ne m'en excuse pas. Les plus grands alchimistes étaient des hommes seuls. Ils ont trouvé, pour certains, la pierre qu'ils cherchaient, par leur propre V\ I\ T\ R\ I\ O\ L\. Première pierre du Temple qu'ils bâtissent en eux, pour atteindre la Jérusalem céleste. Il faut donc cheminer seul, à partir du 9ème pas. Même si mon chemin n'est pas le bon, qu'importe ? La terre est ronde, le Maître est au centre du cercle; j'arriverai donc au même endroit, même si je suis moins rapide. Il est bon de marcher, même dans le doute, quand tant d'autres sont immobiles dans leurs certitudes.

Sans fierté excessive, je partagerai avec ceux qui le voudront les embûches du chemin. Sans humilité excessive, j'avancerai. Le poète aussi, marche seul. Mais au moins il marche : « Mon verre n'est pas grand, mais je bois dans mon verre... » Qu'en est-il de l'amour des autres ? J'y arrive. Nous sommes passés de l'unification à la purification. Il faut ouvrir la porte de l'ultime étape, parvenir au sommet de l'œuvre, but premier et même unique de l'Art Royal. Me voici, pauvre albatros, voulant connaître la majesté du vol. Car il faut bien que l'oiseau prenne son envol, puisque à terre, maladroit, comme le dit Baudelaire, « ses ailes de géant l'empêchent de marcher ».

Au 9ème pas, donc, je prends mon envol. Rêvons. Je ne suis plus albatros. Vais-je devenir goéland ? Jonathan Livingstone, le plus célèbre d'entre eux, a pris une magnifique leçon de vie et de mort. Il progresse, avec ses congénères, et s'en va, après une vie exemplaire. Mais tout s'arrête trop tristement. Le phénix, oiseau mythique, cher aux alchimistes, présent dans l'œuvre au rouge, se couche dans son nid pour mourir, et sa seule chaleur enflamme sa couche. Le feu suffit à lui redonner vie, il renaît de ses cendres. La vie n'a pas de fin, le phénix porte en lui l'espoir. C'est de nouveau un début pour un œuvre au blanc. Mais quelle solitude ! L'amour des autres est-il ailleurs ? Ecoutons encore Musset, dans « la Nuit de Mai » :

« Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux.
Déjà, croyant saisir et partager leur proie,
Ils courent à leur père avec des cris de joie
En secouant leurs becs sur leurs goitres hideux.
Lui, gagnant à pas lents une roche élevée,
De son aile pendante abritant sa couvée,
Pêcheur mélancolique, il regarde les cieux.
Le sang coule à longs flots de sa poitrine ouverte ;
En vain il a des mers fouillé la profondeur ;
L'océan était vide et la plage déserte ;
Pour toute nourriture, il apporte son cœur ».

Le silence qui suit est encore de Musset... Voilà l'amour, total, jusqu'au sacrifice ultime. Symbole christique, et non chrétien, présent dans l'inconscient collectif comme l'archétype du don de soi. Aidez-moi, mes Frères, à avoir le cœur aussi grand. Cela m'aidera pour mon 9ème pas. Allons plus loin ensemble. Devenons tous des pélicans. Notre monde a assez souffert. Il a absorbé tant de sang qu'il a fait son œuvre au rouge. Assez de haine. Assez de misère. Acceptons de mourir d'aimer, pour que plus personne ne meure par manque d'amour.

Source : www.ledifice.net

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Loyauté

22 Février 2014 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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In memoriam : pour mon Père

21 Février 2014 , Rédigé par T.D Publié dans #perso

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Rite York : Lecture historique et symbolisme du Grade de Maître

21 Février 2014 , Rédigé par Rite York GLNF Publié dans #Rites et rituels

V.M. L'histoire Sainte nous apprend qu'il a été décidé, par le Conseil des Infiniment Sages qu'un Temple devait être bâti à Jérusalem, et qu'il serait érigé à la Gloire de Dieu, et dédié à son Saint Nom. Le Grand Honneur et le Distingué Privilège d'accomplir cette tâche sacrée échut à David, Roi d'Israël, car, nous enseignent les Saintes Écritures, il avait accompli d'innombrables guerres et fait en abondance couler le sang de ses ennemis. Nous apprenons aussi, d'après la même source sacrée, que le Dieu d'Israël avait promis à David, que de ses reins sortirait la graine de celui qui serait son serviteur. Cette promesse divine et mémorable fut par la suite accomplie par Salomon, par sa carrière et par sa prospérité splendide et inégalée. Après que le Roi David eût rejoint ses pères, et que les derniers honneurs eussent été rendus à sa mémoire, Salomon maintint le sceptre d'Israël, la paix régna dans ses frontières, et les enfants d'Israël purent contempler avec une particulière satisfaction les résultats de sa sagesse, qui fit l'étonnement et le respect du monde.            Dans le second mois de la quatrième année de son règne, Salomon commença la construction de l'édifice, dont les difficultés d'exécution avaient été imaginées pour susciter l'étonnement et l'admiration des générations futures. Il était situé sur le Mont Moriah, à proximité de l'endroit ou Abraham était sur le point d'offrir à son fils Isaac en sacrifice, là où David avait rencontré et apaisé l'Ange Exterminateur, et était visible depuis l'aire de battage de Ornan le Jebusien. Dans le même temps le Roi Salomon reçut une lettre de félicitations d'Hiram, Roi de Tyr, qui lui offrait tout ce qui était en son pouvoir pour l'assister, et lui manifestait son fervent désir de participer à la gloire du Trône d'Israël. Ainsi progressait la construction de l'édifice, sous la direction de notre ancien G.M. opératif H.A., avec l'aide de H.R.d.T. Il était bien proche d'être terminé quand quelques ouvriers, désireux d'arracher au G.M.H.A. le mot secret de M.M., l'assassinèrent. Ainsi, pendant une courte période, la construction de l'édifice fut interrompue. Nous vous avons déjà raconté dans la deuxième partie de ce degré, la conspiration des 3 scélérats et des douze comp., la recherche et la découverte finale du corps de notre G.M.H.A. Les Saintes Écritures nous apprennent ensuite comment les restes de notre G.M.H.A. furent relevés de leur humble lieu de repos, emmenés en grande pompe jusqu'au Temple, et déposés aussi près du Saint des Saints que la Loi Israélite ne le permettait. Sur la tombe fut érigé un monument du marbre le plus fin qui fut, comprenant une colonne brisée, une vierge en pleurs, tenant dans la main droite une branche d'acacia et dans la main gauche une urne, devant elle un livre ouvert, derrière elle, le Temps qui défait et compte les boucles de ses cheveux. La colonne brisée symbolisait le fait que l'un des piliers de la Franc-Maçonnerie venait de s'écrouler, la vierge en pleurs symbolisait la mort prématurée de notre G.M.H.A, la branche d'acacia ce qui avait conduit à la découverte espérée de ses restes mortels, l'urne, le fait que ses cendres avaient été déposées en lieu sûr, le livre ouvert le fait que sa mémoire resterait éternellement parmi les maçons et le Temps rappelait que, malgré la mort d'Hiram et la perte du mot sacré, le temps, la patience et la persévérance qui accomplissent toutes choses, permettraient qu'un jour peut-être le véritable mot soit redécouvert et mis en Lumière. Ainsi, je viens de vous raconter la légende de la mort de Hiram Abif, une histoire vénérée en souvenir des jours anciens, et qui est considérée par les maçons avec un respect particulier, non seulement pour l'histoire en elle même, mais surtout pour la doctrine solennelle et sublime dont elle entend imprégner nos âmes et consciences : la résurrection du corps et l'immortalité de l'âme. Durant la construction du Temple, deux événements remarquables se produisirent : le premier nous est rapporté par l'histoire Sainte qui nous apprend que l'on n'entendit jamais le son d'aucune hache, marteau, ou autre objet métallique. Le second nous est rapporté par Joseph qui nous apprend que pendant les sept années que durèrent la construction du Temple, il ne plut jamais, sauf pendant la nuit et pendant que les ouvriers étaient au repos. Nous considérons ceci comme une manifestation frappante de la bienveillante sollicitude de la Divine Providence. L'on rapporte que le bâtiment était soutenu par quatorze cent cinquante trois colonnes et deux mille neuf cent six piliers, tous taillés dans le marbre le plus pur. Pour sa construction, furent employés trois Grands Maîtres assistés de trois mille trois cents Maîtres ou surveillants de l'ouvrage, quatre vingt mille compagnons ou tailleurs de pierre qui travaillèrent dans les carrières et les montagnes, et soixante dix mille apprentis ou porteurs de fardeaux. La Sagesse du R.S. permis que tous soient groupés et disposés de telle façon qu'aucune envie, discorde ou confusion, ne viennent jamais entraver la paix et la bonne entente qui régna en permanence parmi les travailleurs. Mon Frère, ceci nous amène à l'étude d'une deuxième sorte de symboles qui contient de multiples enseignements, tous forts instructifs et de grande valeur.  

LES TROIS COLONNES

Les Trois Colonnes vous ont déjà été expliquées, dans un degré précédent, et elles représentaient la Sagesse, la Force et la Beauté. Elles sont, dans ce degré revêtues d'une signification encore plus grande. Elles représentent nos Trois Anciens Grands Maîtres, Salomon Roi d'Israël, Hiram Roi de Tyr, et Hiram Abif. La Colonne Sagesse représente Salomon, Roi d'Israël, dont la Sagesse permit l'édification du Temple, et grâce auquel son nom fut honoré et exalté. La Colonne Force représente Hiram, Roi de Tyr qui aida le Roi Salomon dans l'accomplissement de sa difficile tâche, et la Colonne Beauté représente Hiram Abif, le fils de la veuve, de la tribu de Nephtali qui, grâce à ses talents d'artiste permit au Temple d'être si magnifiquement orné.  Les Apprentis tiennent leur réunion au Rez-de-Chaussée du Temple du Roi Salomon. Sept en constituent une Loge : Un Maître Maçon et six Apprentis ou Compagnons.  Les Compagnons tiennent leur réunion dans la chambre du milieu du Temple du Roi Salomon. Cinq la constitue, deux Maîtres Maçons et trois Compagnons. Les Maîtres Maçons tiennent leur assemblée dans le Saint des Saints inachevé du Temple du Roi Salomon, trois constituent une Loge. 

              LES TROIS MARCHES

Les Trois Marches qui délimitent le plateau du Vénérable sont les symboles de la vie humaine : l'enfance, l'âge viril et la vieillesse. Comme pour l'enfance, en tant qu'Apprenti nous devons occuper notre esprit à l'acquisition des connaissances usuelles. Comme dans l'âge viril, en tant que Compagnons, nous devons utiliser notre connaissance au service de Dieu, de notre prochain et de nous-mêmes afin que, parvenu à la vieillesse, nous puissions jouir de l'heureuse conclusion d'une existence de droiture et mourir dans l'espérance d'une immortalité glorieuse. 

L'ENCENSOIR

L'encensoir est le symbole d'un coeur pur, toujours prêt à présenter des offrandes au Seigneur et, de même l'encens se consume en dégageant une chaleur radieuse, de même, notre coeur doit toujours être prêt à brûler et à s'enflammer de gratitude envers notre Divin Créateur, pour les nombreux bienfaits et réconforts qu'il nous a accordés. 

LA RUCHE

La Ruche symbolise l'industrie et enseigne la pratique de cette vertu à tous les hommes. De même, nous venons au monde êtres intelligents et raisonnables, de même, devons-nous toujours être des êtres industrieux, jamais satisfaits par l'oisiveté, alors que nos Frères sont dans le besoin, et toujours désireux de pouvoir les secourir. Si nous observons la nature, nous découvrons l'homme dans son enfance, plus démuni que la plus primitive des créatures. Il gît, pendant des jours, des mois, des années, totalement incapable de subvenir à ses propres besoins ou de se protéger de l'attaque des animaux sauvages, et même de s'abriter des vicissitudes du temps. Il a certainement plu au Créateur Suprême de la Terre et des Cieux de faire en sorte que les hommes dépendent les uns des autres. Comme la dépendance est l'un des liens les plus puissants de la Société, les hommes ont été à dessein créés interdépendants pour se procurer aide et protection, afin qu'ils puissent mieux jouir de l'opportunité qui leur est offerte de nouer des liens d'amour et d'amitié. C'est ainsi que l'homme fut formé à la vie sociale et active, l’œuvre la plus utile de Dieu. Celui qui s'abaisse lui-même, en n'apportant pas sa propre contribution à la somme des connaissances et de la compréhension humaine, peut être considéré comme un membre inutile de la famille humaine et indigne de notre protection en tant que Maçon. 

LE LIVRE DES CONSTITUTIONS

 Le Livre des Constitutions, protégé par l'épée du Tuileur, nous rappelle que nous devons demeurer très vigilants, et être très prudents, dans nos pensées, nos actes et nos paroles et plus particulièrement au sujet de la Franc-Maçonnerie en présence de ses ennemis, nous remémorant sans cesse ces véritables vertus Maçonniques : le silence et la circonspection. 

L'ÉPÉE ET LE COEUR NU

L'épée pointée sur le coeur nu nous rappelle que, tôt ou tard, la justice nous atteindra, même si nos actes, pensées et paroles peuvent demeurer cachés aux yeux des hommes. Cependant celui qui voit tout, qui commande au Soleil, à la Lune et aux Étoiles, et sous la direction de qui, même les comètes les plus reculées, accomplissent leur prodigieuse révolution, fouille jusqu'au tréfonds du coeur humain, et nous accordera notre récompense, conformément à nos mérites. 

              L'ANCRE ET L'ARCHE

L'Ancre et l'Arche sont les symboles d'un espoir mérité et d'une existence bien remplie. Ils symbolisent : cet Arche Divin qui nous conduit par delà les Océans déchaînés de l'affliction là où l'Ancre nous permet de nous arrêter dans ce havre de paix où les méchants cessent leur persécution, et où les faibles trouvent le repos. 

LE QUARANTE SEPTIÈME PROBLÈME

 Le Quarante Septième Problème d'Euclide apprend aux maçons à aimer les arts et les sciences. 

LE SABLIER

Le Sablier symbolise la vie humaine. Voyez avec quelle douceur le sable s'écoule calmement, mais aussi avec quelle rapidité notre vie va vers sa fin. Nous ne pouvons pas sans étonnement contempler les infimes particules qui sont contenues dans cet objet, comment elles disparaissent imperceptiblement. Et cependant, à notre grand étonnement, elles ont toutes disparues dans l'intervalle minime d'une heure. Ainsi disparaissent les hommes ! Aujourd'hui il explose tels les bourgeons en feuilles tendres comme l'espoir, demain il sera fleurs éclatantes, témoignages de son épanouissement, alors que le surlendemain une légère gelée flétrira la jeune pousse, et alors qu'il se croyait au début de son épanouissement, il tombe à terre telle la feuille d'automne, qui vient fertiliser notre mère la terre. 

LA FAUX

La Faux symbolise le temps, qui tranche les fils tenus de la vie et nous transporte dans l'éternité. Voyez quel carnage la Faux dévastatrice du Temps a accompli parmi les humains. Si par bonheur nous échappons aux nombreuses maladies infantiles, aux périls de l'adolescence, et qu’avec force et vigueur nous atteignons l'âge viril, inexorablement nous serons bientôt abattus par la Faux dévastatrice du temps, et nous serons réunis en ce pays où nos pères nous ont précédés. J'attire maintenant votre attention sur le troisième et dernier groupe d'emblèmes et de symboles, qui est aussi sacré que les autres parties du d° qui vient de vous être conféré, et je souhaite que vous vous en souveniez comme tel. 

LE MAILLET, LA PELLE, LE CERCUEIL, LA BRANCHE D'ACACIA

Le Maillet symbolise l'outil par lequel notre G.M.H.A. fut assassiné. La Pelle, symbolise celle qui fut utilisée pour creuser sa tombe, et qui nous enseigne que, sous peu, un instrument similaire pourrait fort bien être utilisé pour creuser notre propre tombe.        Le Cercueil, celui qui contenait les restes de sa dépouille mortelle. Ceci mon Frère, sont des symboles saisissants qui, pour un esprit réfléchi, fournissent de sérieux sujets de méditation. Mais lorsque nous nous référons à la branche d'acacia, qui fut trouvée en fleurs sur la tombe de notre G.M.H.A., nous sommes amenés à nous souvenir qu'il existe une partie de nous-mêmes qui survivra à la tombe et ne périra jamais, jamais, jamais.

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Grande Loge Traditionnelle de France : consécrations

20 Février 2014 , Rédigé par T.D Publié dans #histoire de la FM

Hier soir, à l’Orient de  Paris, en présence d’une cinquantaine de Frères, la GLTF a consacré une Respectable Loge, La RL « Renaissance », qui travaillera au Rite Emulation dans la plus stricte observance de la Franc-Maçonnerie Régulière et de Tradition. A cette occasion, l’annonce a été faite de la création d’une seconde RL à l’Orient de Paris.

Important : la semaine dernière la GLTF a consacré sa première Loge à l'Orient de Lyon « la Voie de la Connaissance » qui travaillera au REAA.

 

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La Marche des neuf Maîtres

20 Février 2014 , Rédigé par C\ F\ Publié dans #Planches

Un voyage de plus sur notre chemin initiatique, où, déjà, sans que nous en ayons eu conscience, nous voyageons de façon centripète sur un cercle créateur. Aujourd'hui, morte une nouvelle fois à la vie, sous le linceul, la récipiendaire vit de manière statique le voyage des neuf Maîtresses. Elle ressent les vibrations de leurs déambulations qui se rapprochent de sa dépouille. Ce n'est plus l'heure d'écrire un testament. Elle pressent qu'elle doit se recentrer sur son Moi profond, sur son Être véritable, avant l'ultime voyage. Ces neuf Sœurs ont entrepris cette marche à la demande de la Très Respectable Maîtresse, qui, comme le dit le Rituel, après avoir pleuré notre Maître, veut lui rendre les honneurs funèbres qui lui sont dus, avec le secret espoir de recueillir quelques traces de sa science. Elle donne ainsi l'ordre :

« Voyagez mes Sœurs, de l'Occident à l'Orient, par le Septentrion, et de l'Orient au Midi, jusqu'à ce que vous ayez découvert le lieu sacré où d'infâmes meurtriers ont déposé le corps de notre Maître Hiram ».

Par cette injonction, elle s'assure que ce voyage couvrira la superficie intégrale de la terre et ne s'arrêtera qu'avec le succès de la quête. Cela nous laisse entrevoir l'importance de cette marche. Les neuf Maîtresses : la Maîtresse des Cérémonies, l'Experte, suivies de sept Sœurs, bras droit tendu au dessus du cadavre, font par trois fois dextrorsum le tour de la Loge. Ces bras tendus forment une voûte semblable à la voûte humaine sous laquelle passe solennellement la Vénérable Maîtresse lors de son installation, ou encore, celle d'acier qui accueille les Dignitaires. Ces voûtes témoignent de l'importance reconnue de la fonction honorée et de son aspect central, au sens de la construction de l'édifice, à l'image de la clef de voûte. Ces bras droits tendus, côté de l'action raisonnée de la construction, nous assurent ainsi de l'importance de la dépouille recherchée. Sous le linceul git, le futur Maître. Neuf Maîtresses voyagent. On rencontre ici le symbolisme du neuf. Le nombre neuf fait partie des nombres les plus chargés de sens symbolique, dernier de la série des chiffres, multiple de trois, chiffre impair qui suit le sept, lui-même, précédé du cinq. Trois, cinq, sept, des nombres déjà rencontrés sur notre chemin initiatique et chargés de sens dans notre tradition maçonnique. Dernier de la série des chiffres, il annonce une fin et un recommencement. C'est à dire une transposition sur un autre plan. Il exprime la fin d'un cycle, une transmutation. D'après mes recherches, le nombre neuf symbolise aussi la patience, la méditation, l'harmonie. Nombre du Yang, il est le nombre de la Plénitude. J'entrevois dans ces propos le pilier de la Vénérable Maîtresse, symbolisant la Sagesse, lueur d'espérance qui éclaire le troisième degré de notre rite. Neuf : deux plus sept, à l'image de la déambulation des Sœurs. La Maîtresse des Cérémonies et l'Experte, accompagnées de sept Sœurs. Deux symbolise le progrès, le développement. Sept est présent dans les degrés de la perfection, il n'indique pas une fin mais un passage vers d'autre chose. Il est notre âge en Chambre du Milieu où, nous avons sept ans et plus. Le nombre neuf nous assure ainsi dans cette marche.

- D'un changement d'état, du matériel au spirituel.
- D'une élévation à des niveaux supérieurs de perception.
- De la création de l'Être Véritable toujours en devenir.

Mais, il est aussi le nombre nécessaire pour que la totalité de la Connaissance soit retrouvée. Neuf Sœurs à la recherche des Secrets Véritables, cette quête qui est notre travail de Maîtresses, souligne que même si ce chemin est unique, pour le trouver, il faut être accompagnée. Nous avons besoin de nos Sœurs, dans le travail d'introspection que tout Initiée doit accomplir à la recherche de son Moi profond. Ce voyage organisé (9,2 plus 7) qui se fait dans la méditation peut donc être assimilé à une marche. Marche des neuf Maîtres et non Maîtresses pour donner une valeur universelle à cette marche. Le voyage entrepris ne se fait pas n'importe comment. Il comprend trois tours dextrorsum de la Loge. Ces circonvolutions doivent être concentriques. On rencontre, dans cette déambulation, le symbolisme de la spirale. En Chambre du Milieu, le désordre installé suite à la perte de Maître Hiram va retourner à l'ordre créé par le désordre, grâce à la spirale centripète formée par le mouvement tournoyant des neuf Sœurs. Elle est ici le signe de l'équilibre dans le déséquilibre « Ordo ab chao », de la permanence de l'être à travers les fluctuations du changement. Ce symbole a déjà été rencontré plusieurs fois sur notre chemin initiatique. La postulante ne prend-elle pas un escalier tournant pour accéder à la porte du Temple ? Le Rituel indique que si le local n'en possède pas, la Sœur Experte pourra symboliser cette notion d'évolution en spirale en faisant tourner la postulante dans les parvis (voir le Rituel d'Initiation). Ce mouvement spiralé se retrouve dans l'ordre architectural « ionique » qui orne le pilier allumé par la Très Respectable Maîtresse lors de l'ouverture des travaux et qui reste seul allumé lors de l'élévation à la Maîtrise. Il est par ailleurs évoqué au second voyage du récipiendaire, lors de son augmentation de salaire, sur le cartouche relatif à l'Architecture. Ce mouvement spiralé qui deviendra un cercle. Cercle créateur au centre duquel se construit l'Être Véritable. La Maîtresse Maçonne en cours de réalisation, débarrassée de ses scories (ambition, égo, à priori, fanatisme, ignorance…), aspire à devenir un milieu, un centre capable d'accéder à une dimension spirituelle. La découverte du corps, à l'ombre de l'Acacia, arbre symbole de la vie prenant sa source dans la mort, entre Compas et Équerre, le Moi profond du récipiendaire se trouve juste au centre du Cercle où descend le Fil à Plomb de la voûte étoilée. A partir de ce centre retrouvé, elle peut être relevée par les cinq points de la maîtrise. Bien au centre d’elle-même, cette élévation lui indique l’axe le long duquel on peut accéder à des niveaux supérieurs de perception. Comme le dit Irène Mainguy, « la nouvelle Maîtresse élevée se trouve entre le ciel et la terre. Elle cerne la manifestation et le manifesté ». La leçon de la Spirale, cycle de la vie, nous a appris à nous élever à une autre dimension de l'Être, à croître sans changer de forme, à évoluer sans cesser d'être nous-mêmes, sans jamais se renier. La vision de l'acacia, arbre de l'espérance, met fin à la marche des neuf Sœurs. Leur mission est accomplie. Trois Sœurs restent sur place pour garder la sépulture. La Très Respectable Maîtresse, les deux Sœurs Surveillantes s'assureront d'être en présence du Maître. Et permettre ainsi le relèvement. Le Maître est retrouvé. Il réapparait aussi radieux que jamais sous les traits de la nouvelle Maîtresse et assure ainsi la pérennité de l'Œuvre.

J'ai dit Très Respectable Maîtresse.

Source : www.ledifice.net

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Je n'ai rien dit

19 Février 2014 , Rédigé par Martin Niemoller Publié dans #Poèmes

Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n'ai rien dit,
je n'étais pas communiste
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n'ai rien dit,
je n'étais pas  syndicaliste
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n'ai rien dit,
je n'étais pas juif
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n'ai rien dit,
je n'étais pas catholique.
Et, puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait plus personne pour protester.

Pasteur Martin Niemoller (1892-1984), Dachau 1942

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Maitresse Parfaite et Sublime Ecossaise

18 Février 2014 , Rédigé par JM Ragon Publié dans #Rites et rituels

MAITRESSE PARFAITE. (4e Grade).

 

Décoration de la loge. Tenture en drap cramoisi; le trône, le dais, le siège, sont de même étoffe, avec galons et franges en or.

La loge représente l'intérieur du tabernacle, dressé par Moïse dans le désert.

Au bas et un peu en avant du trône, sont deux colonnes torses : celle du côté de l'Afrique représente la colonne de feu qui dirigeait, pendant la nuit, les Israélites dans le désert. Elle est creuse et transparente pour pouvoir être rendue lumineuse.

La colonne du côté de l'Amérique représente la nue qui les protégeait pendant le jour, elle semble se perdre en ondes légères dans le plafond, image du ciel.

Ces deux colonnes sont réunies à leur sommet par un cintre représentant l’arc-en-ciel.

Dans un angle, est l'autel du Feu ou de la Vérité, sur lequel sont plusieurs vases antiques, au milieu est une cassolette où brûlent des parfums ; devant, est un plat pour recevoir les offrandes.

A côté, sur une table, sont un maillet et une boite, comme dans la maîtrise, mais au lieu d'un cœur, on trouve, tracés sur des tablettes, ces mots hébreux : Emeneth, hur, cana, signifiant vérité, liberté, zèle, et le mot grec enbulos, prudence.

Sur le pavé, est le tableau du grade représentant : le songe de Pharaon, lorsqu'il vit 7 épis pleins et 7 vides ; Joseph se réconciliant avec ses frères; plusieurs hommes avec des tabliers et tenant une truelle qu'ils emploient à pétrir la terre pour faire des briques ; Moïse exposé dans une corbeille sur les eaux du Nil ; et la fille de Pharaon qui, en venant pour se baigner, le fait retirer; sur le devant, Moïse et Aaron à la tète des Israélites, au moment de la submersion de l'armée d'Egypte dans les flots de la mer Rouge.

Titres. Le G\Me représente Moïse et la G\Msse, sa femme Séphora (en hébreu Tsephorah, avis vel passer, fille de Raguel ou Jéthro, prêtre des Madianites. Exod., ch. 2, v. 21 ; ch. 4, v. 25, et ch. 18, v. 2).

Le F\ déposit\ est nommé Aaron (en hébreu Aharon, monssive montanus, (fils d'Amron, fils de Cahath, fils de Lévi, frère de Moïse. Exod., ch. 6, v. 20).

Ordre. Les FF\ tiennent l'épée nue de la main droite, la pointe haute ; les Sœurs tiennent également la baguette élevée, appuyée contre l'épaule droite.

Signe. Mettre la main gauche dans son sein (les sœurs sur la poitrine) ; la retirer, regarder le dessus, avec l'air de l'étonnement ; mettre la main sous le tablier, et l'ayant retirée, la regarder en dedans avec un signe de joie. Ce mouvement rappelle ce que fit Moïse sur le mont Horeb, où il vit sa main couverte de lèpre et guérie sur-le-champ.

Attouchement. 1° Présenter le dessus delà main gauche, en faisant le signe. On répond en faisant de même.

2° Mettre la main sous le tablier, la retirer et montrer le dedans. Réponse par le même signe.

3° Passer la main sur celle du tuileur, et la ramener, en glissant, jusqu'au bout des doigts.

Mot de passe. Beth-gabara ou abara (en hébr. Beth-Heber, maison de passage ou alethé, vérité).

Mot sacré. Achitob (hébr. Ahhitoub, frère de bonté) ou Sigé, silence. Des rituels disent Achirab, c'est une faute.

Batterie. 7 coups, par 6 + 1.

Acclamation. Eva !

Cordon. Bleu moiré, porté en sautoir, auquel pend une étoile à 5 pointes avec les lettres : D. C. U. P. L., qui signifient : discrètes, constamment unies par l’estime.

Bijou. Un maillet d'or. Chaque sœur, à son admission, reçoit une alliance d'or, sur laquelle est gravé le mot sacré, et une paire de jarretières en taffetas ou satin blanc ; sur chacune est brodé en or un cœur, avec cette devise sur l'une, la vertu nous unit, et sur l'autre, le ciel nous récompense.

Habillement. Le G\ Me et le F\ déposit\ sont revêtus de l'habit de gr\ prêtre. Les FF\ et les Sœurs, comme dans le grade précédent. Les SS\ ont, de plus, une baguette à la main.

Questions d'ordre. D. Êtes-vous parfaite ?

R. Guidée par l'Éternel, je suis sortie de l'esclavage.

D. Qu'entendez-vous par cet esclavage ?

R. La captivité où nous languissons dans le siècle, figurée par celle des Israélites, en Egypte. Le vrai maçon se regarde, dans le monde, comme dans une terre étrangère, il gémit dans sa captivité, il n'aspire qu'après sa véritable patrie. (Cette morale est d'un cafard et non d'une Maçonne.)

D. Assujettie à ce corps fragile, comment pouvez-vous dire que vous êtes libre ?

R. L'initiation à nos mystères a dessillé mes yeux. J'ai secoué le joug des passions; la raison m'éclaire, et son flambeau perçant le voile dont la volupté masque le vice, m'en découvre toute l'horreur.

Observation. Un tel grade, portant la dénomination de parfaite, et dans lequel figure l'autel de la vérité, devait être un cadre heureux pour développer la vraie morale, celle qui doit servir de guide à la néophyte, et lui ouvrir la voie du progrès et de la perfectibilité. Au lieu de cela, qu'y trouve-t-on ? Un obscurantisme jésuitique, une niaiserie abrutissante qui nous dispense de rien rapporter de plus des dix-huit autres questions du rituel.

Les travaux s'ouvrent et se ferment comme dans la maîtrise.

Loge de table. Le maître s'appelle Respectable, les deux officiers Vénérables, et tous les autres : Mon cher frère, ma chère sœur.

Les verres se nomment des Étoiles.

Le vin et l'eau, des tonnes de déluge rouge, blanc. (Est-ce assez absurde ?) Le pain, du bois de l'arche.

On dit vider les étoiles avec les dignités écossaises par 4. (Nombre des vœux des jésuites, et c'est en l'honneur de ces vœux que les maçonnes doivent vider des étoiles !!)

Exercice. On porte l'étoile en 2 temps à la bouche, on la vide en deux temps, et on la pose sur la table en deux autres temps. On frappe 4 fois dans les mains, et l'on dit 2 fois : qu'il vive ! Il faut convenir que pour un grade de Parfaite, ces transformations de noms, loin d'être heureuses, sont par trop ridicules.

 

 SUBLIME ECOSSAISE (5e Grade)

 

Décoration de la loge. Il faut deux appartements pour les réceptions, ou bien on dispose la tenture de manière à pouvoir en changer promptement la couleur, soit en retournant les panneaux, soit en relevant les draperies.

Pour le premier point de la réception, la tenture est verte, parsemée d'étoiles d'or, galons et franges en or.

II y a 9 lumières : 7 ensemble et 2 séparées.

Pour le second point, la tenture est, comme pour les réceptions habituelles, couleur ponceau, galons et franges en or.

Outre les lumières exigées dans les grades précédents, il y a 3 lampes, chacune de 3 lumières suspendues au plafond, deux sont à l'Asie et la troisième à l'Europe, du côté de l'Afrique.

Sur l'autel est un vase où brûle de l'esprit de vin pendant la réception.

Titres. Le Me représente le grand-prêtre Éliacim (en hébr. Êliakim, résurrection de Dieu), gouverneur de Béthulie. Le ler surv\ représente Ozias (en hébr. Gosiah, force du Seigneur), prince de Juda. La sœur récipiendaire représente Judith (en hébr. Jehaudith, laudans.)

Signe. Saisir ses cheveux de la main gauche et faire de la droite le simulacre de se couper le cou.

Attouchement. S'entrelacer mutuellement le petit doigt de la main droite.

Mot de passe. Vazao (interior vel intimus), nom d'un des eunuques d'Holopherne, celui qui introduisit Judith dans la tente {Judith, ch. 12, v. 1).

Mot de reconnaissance. La vallée de Béthulie m'est connue.

Maitresses paroles. Sigé et Alethé, qu'on interprète ainsi : silence, vérité.

Marche. Sept pas, qui représentent les 7 vertus : amitié, union, soumission, discrétion, fidélité, prudence, tempérance, auxquelles sont opposés les 7 vices : haîne, discorde, orgueil, indiscrétion, perfidie, étourderie, médisance.

Batterie. Deux coups égaux.

Acclamation. Judith, répété 2 fois.

Age. Je passe cinq lustres.

Temps du travail. De l'entrée de la nuit à l'apparition du jour.

Habillement. Le président porte une longue robe blanche. Une large ceinture verte et ponceau fait deux fois le tour du corps, les bouts retombent jusqu'à terre du côté gauche, et sont rejetés sur l'épaule gauche pendant le cours des travaux. Sur la poitrine est une plaque d'or où sont gravées les lettres D\ V\ qui signifient, discrétion, vérité. Cette plaque est fixée par 4 chaînes qui passent sur le cou et sous les bras. Il est coiffé d'une tiare blanche en lin ; il a sur le front un bandeau jaune, sur lequel sont peints ou brodés les mots Kadosch Adonaï (consacré au Seigneur).

Cordon. Les sœurs portent le cordon écossais, ponceau moiré en écharpe, passant de droite à gauche ; au bas est suspendu un glaive attaché avec une rosette verte ; sur le devant sont brodées en argent 5 étoiles à 5 pointes ; il est fixé sur l'épaule avec une rosette blanche.

Bijoux. Outre le glaive suspendu au cordon, les sœurs portent une truelle en or qui s'attache sur la poitrine au côté gauche avec une faveur bleue. Du côté droit, sont attachés, avec une faveur couleur ponceau, un ciseau, un marteau et un anneau d'or ou alliance.

Tablier blanc, doublure ponceau, bordure verte ou bien doublure bleue, bordure ponceau, la bavette verte. On peut y broder divers attributs de l'adoption. Le maillet et le ciseau désignent la maîtrise ; le globe marque l'écossisme, et le sabre, la lance ; la tète de mort et le sac dénotent, dit le rituel, la sublime écossaise (le meurtre de Judith).

 

Tarleau. Béthulie et son grand-prêtre, avec ses habitants ; Judith, allant au camp, avec sa servante, qui porte un sac ; Judith coupant la tête d'Holoferne (capitaine Fort), dans sa tente.

Chambre de préparation. Sur une table est le tableau et un livre de prières ; de plus, une cuve pleine d'eau.

Une sœur fait à la récipiendaire les questions suivantes, tirées des grades précédents :

D. Pourquoi nos signes s'appliquent-ils presque uniquement sur les sens ?

R. C'est pour nous apprendre à n'en faire qu'un bon usage.

D. Expliquez-moi cet usage ?

R. 1°L'odorat. Les parfums les plus exquis sont comptés pour rien en loge, puisqu'on ne s'y met en bonne odeur que par la pratique des vertus.

2° L'ouïe. Tout bon maçon et bonne maçonne doivent fermer l'oreille à la calomnie, à la médisance, et à tous propos qui peuvent alarmer la prudence et la chasteté.

3° Le Gout. Quand les maçons et les maçonnes prennent des repas en loge, c'est comme les premiers fidèles, pour réparer leurs forces, rester ensemble, et s'exciter à la vertu, sans s'arrêter à la délicatesse des mets.

4° La Vue. Lorsqu'un maçon considère la beauté de ses sœurs, il ne doit être touché d'un si bel assemblage que pour les vertus de l'âme, et doit respecter en elles l'ouvrage accompli d'un créateur.

5° Le Toucher. Chaque fois que nous nous prenons la main, nous nous renouvelons tacitement le traité que nous avons fait de secourir mutuellement dans les dangers et dans le besoin.

Ouverture de la Loge. Le grand-prêtre frappe deux coups qui sont répétés par les surv\ et dit :

D. Quel doit être le soin des maçons et maçonnes ?

R. C'est de voir si l'on est en sûreté.

D. Quel est le devoir des bons maçons et maçonnes ?

R. Travailler, obéir et se taire.

D. Quelle heure est-il ?

R. Le point du jour.

« Puisqu'il est le point du jour et l'heure où tout bon maçon et maçonne doivent se mettre à l'ouvrage, avertissez les frères et sœurs que la loge de Sublime-Écossaise est ouverte. A l'exemple de Judith, veillons, travaillons et prions : Veillons, afin que nos ennemis ne nous surprennent pas et que nous soyons toujours prêts à les repousser. Travaillons pour réparer lès brèches faites à notre âme et nous éviter l'oisiveté d'où découlent tous les vices. Prions, afin que le Grand-Archiprêtre de l'Univers nous affermisse de plus en plus dans l'union, la concorde et la paix. »

— La récipiendaire, la tête couverte d'un drap noir saupoudré de cendre, arrive à la porte du temple. Elle est arrêtée par un garde qui en avertit le 2e surv\. Celui-ci va vers elle et lui dit :

D. Que voulez-vous ?

R. Je veux parler au grand-prêtre et aux principaux du peuple.

D. Qui êtes-vous ?

R. Judith.

D. De quelle nation ?

R. Femme juive de la tribu de Siméon.

Il l'introduit entre les deux colonnes.

Les frères et les sœurs restent assis, ayant la main droite sur le cœur, la gauche sur le front et la tête baissée pour simuler la douloureuse consternation qu'on éprouvait en Béthulie avant la sortie de Judith.

Le grand-prêtre dit à la récipiendaire :

D. Que demandez-vous ?

R. Que vous me fassiez ouvrir les portes de la ville pendant cette nuit, et que tout le peuple prie pour moi pendant cinq jours. Alors je vous apporterai des nouvelles sûres de la Béthulie. Je vous conjure de ne point rendre la ville avant ce temps.

Le grand-prêtre : « Allez en paix et que le Seigneur soit avec vous ! »

Elle sort et rentre dans la salle de préparation. Elle quitte son drap noir, se lave et revêt ses ornements. Elle prend de la main droite un sabre, de la gauche une tète de mort peinte, qui avaient été déposés pendant qu'elle était en loge.

(C'est alors qu'il faut changer la tenture verte en rouge.)

A son retour en loge, elle crie à la porte : Victoire ! victoire ! Le garde en avertit le second surveillant qui le dit au premier; celui-ci informe le grand-prêtre qu'on a crié deux fois Victoire ! à la porte de la loge.

Le grand-prêtre : Faites voir qui a crié ainsi.

R. C'est Judith.

Le grand-prêtre : Faites-la entrer ; mes frères et nus sœurs, soyons debout.

Judith est introduite. « Loué soit le Grand-Archiprétre de l'Univers, qui n'a point abandonné ceux qui espèrent en lai, qui a accompli par sa servante la miséricorde qu'il a promise à la nation d'Israël, et qui a tué cette nuit, par ma main, l'ennemi de son peuple (Elle montre la tête de mort). »

Le grand-prêtre : « Faites-la avancer par les sept pas, au pied de l'autel, pour prêter son obligation.

Elle donne la tête de mort au maître des cérémonies, qui la met au bout d'une lance placée contre l'autel. »

Obligation. Je promets, sous les mêmes obligations des grades précédents, de garder un secret inviolable sur celui qu'on me confère. Je promets d'aimer, protéger et secourir mes frères et sœurs dans toutes les occasions, même au péril de ma vie. Je promets toutes ces choses sur ma parole d'honneur, et je consens, si j'étais capable d'y manquer, d'encourir le mépris, la honte et l'infamie réservés aux parjures. Que Dieu me soit en aide !

Le grand-prêtre décore la récipiendaire du grand cordon vert, en disant : « Je vous décore de cet ornement ; sa couleur, symbole de l'espérance, doit vous attacher de plus en plus à nos préceptes. »

Il lui donne les gants et lui attache le tablier, ajoutant : « Ma vénérable sœur, la couleur de ces ornements vous désigne, par sa blancheur, l'innocence et la pureté des bons maçons et maçonnes. »

Enfin, il lui donne les signes, attouchement, paroles, mot de passe, et dit :

« Vous voilà, ma vénérable sœur, parvenue au dernier grade de la maçonnerie d'adoption. Tous les membres de cette resp\ loge ont concouru à ce qu'il vous fût accordé, parce qu'ils ont été édifiés de votre zèle à remplir vos devoirs dans les grades précédents. Celui-ci, par sa supériorité, vous oblige à de nouveaux efforts. Ne vous ralentissez pas, et que l'on puisse dire de vous, chère sœur, si elle possède tous les grades de la maçonnerie, c'est qu'elle est douée de toutes les vertus. »

Il la fait asseoir à côté de lui, et donne la parole à l'orateur qui développe le principe du grade.

Historique. Nabuchodonosor, roi des Assyriens, ayant vaincu Arphaxad, roi des Mèdes, conçut le dessein d'asservir tous les peuples de la terre. Il envoya d'abord des ambassadeurs dans tous les pays voisins de son empire, pour les engager à se soumettre de bonne volonté. Mais tous refusèrent et même chassèrent avec mépris les ambassadeurs. Il résolut de s'en venger et de les réduire par la force.

Holopherne, général de ses armées, fut chargé de la conduite de cette grande entreprise. Ce capitaine se mit aussitôt en marche avec une armée de 120,000 hommes de pied et de 120,000 archers. Tout se soumit par la frayeur qu'il inspirait.

Les enfants d'Israël, apprenant ce qu'il faisait souffrir aux peuples et aux villes qui avaient subi le joug, tremblaient de peur qu'il en fît autant à Jérusalem et au temple du Seigneur. Ils se hâtèrent de mettre les villes et bourgades en état de défense, et s'étant emparé des montagnes par où Ton pouvait passer pour aller à Jérusalem, ils en gardèrent soigneusement tous les défilés.

Holopherne apprit avec étonnement que les enfants d'Israël se préparaient à lui résister. Il demanda à ceux de sa suite ce que c'était que ce peuple qui refusait de suivre l'exemple de toutes autres. Achior, roi des Ammanites, fit un excellent discours sur la grandeur du roi des Juifs et sur les merveilles par les quelles il avait fait paraître sa puissance dans tous les temps.

Il l'assura que tant que ce peuple servait fidèlement son Dieu, il était toujours invincible, et qu'à moins qu'ils l'eussent irrité, il tenterait inutilement de les forcer.

Holopherne et tous ses officiers, indignés du discours d'Achior, lui firent lier les mains et l'attachèrent à un arbre au pied de la montagne de Béthulie.

Les Israélites l'ayant aperçu, descendirent de la montagne, le délièrent, l'amenèrent dans la ville, où il raconta le sujet des mauvais traitements qu'il avait reçus.

Après qu'il eut fini de parler, tous les Béthusiens se prosternèrent le visage contre terre, en s'écriant : « Seigneur tout puissant, Dieu du ciel et de la terre, considérez l'orgueil de nos ennemis, et voyez l'obéissance, la misère et l'état où sont réduits ceux qui vous sont consacrés. Faites voir que vous n'abandonnez point ceux qui attendent tout de votre miséricorde, et qu'au contraire ceux qui présument trop d'eux-mêmes et qui se glorifient de leurs propres forces, succombent. »

Or, il y avait, en ce temps-là, une veuve, nommée Judith, fort riche et parfaitement belle, qui, depuis son veuvage, vivait retirée, soumise au jeûne et au cilice ; s'étant depuis longtemps fortifiée par de saints exercices, elle se sentit, dans cette extrémité, poussée d'un désir qui ne pouvait venir que de Dieu.

Elle se présenta au grand-prêtre et à tout le peuple assemblé ; elle leur reprocha amèrement le peu de confiance qu'ils avaient en Dieu, en voulant rendre leur ville dans cinq jours, s'il ne venait point de secours. Elle leur déclara qu'elle avait un dessein, mais qu'elle ne pouvait le révéler, et leur demanda seulement de prier Dieu pour elle pendant quelle serait hors de la ville.

Elle rentra chez elle, se mit en prières, le corps vêtu d'un cilice couvert de cendres ; puis, elle se leva, prit ses plus beaux vêtements et se parfuma de parfums exquis. Comme aucun mauvais principe n'était dans son cœur, il semblait que Dieu répandait de nouveaux charmes sur son visage, pour la rendre plus belle.

Vers le point du jour, Judith, suivie d'une de ses femmes, se fit ouvrir les portes de la ville, descendit la montagne et fut menée à Holopherne. Ce général fut si charmé de sa beauté, qu'il ordonna qu'on la conduisit dans la tente, où étaient ses tréors, et qu'on lui donnât tout ce qu'elle désirerait.

Le quatrième jour, Holopherne fit un grand festin. Il y invita Judith pour laquelle il avait conçu une vive passion. Il fut si transporté de joie en la revoyant, qu'il but à l'excès et s'enivra. Tous ses officiers le voyant endormi se retirèrent.

Alors Judith ne pensa plus qu'à mettre son dessein à exécution. Elle s'approcha doucement du lit d'Holopherne, se saisit d'un sabre attaché à l'une des colonnes, et prenant Holopherne par les cheveux, elle dit : Seigneur, mon Dieu, fortifiez-moi dans ce moment ! Aussitôt elle le frappa de deux coups, et lui trancha la tète qu'elle donna à sa servante pour la mettre dans un sac.

Toutes deux sortirent du camp et revinrent à la porte de Béthulie, où Judith ayant été reconnue par les gardes, on la reçut aux flambeaux.

Elle fit son entrée tenant par les cheveux la tète sanglante d'Holopherne, et criant victoire ! Tout le peuple jeta de grands cris de joie, pour bénir Dieu d'une délivrance si inattendue, et pour relever la gloire de celle qui s'était si sensiblement exposée pour leur salut. (Livre de Judith, ch. 16.)

« Tout ce que vous avez vu et fait, vénérable sœur, dans votre réception, est précisément tout ce qui fut exécuté par Judith et dont je viens de vous faire le récit.

Veuillez, maintenant, prêter toute votre attention à l'instruction du grade. »

INSTRUCTION.

D. Êtes-vous Sublime-Écossaise ?

R. Oui, je le suis.

D. A quoi le connaitrai-je ?

R. Aux signe, attouchement et paroles.

D. Où avez-vous été reçue ?

R. Dans la ville de Béthulie .

D. Quel motif vous engagea à vous faire recevoir ?

R. La liberté de tous mes frères et sœurs.

D. Quel était leur tyran ?

R. Holopherne, général des armées de Nabuchodonosor.

D. Comment êtes-vous venue à bout de votre entreprise ?

R. En veillant, espérant et priant.

D. Qu'ont produit ces moyens ?

R. En veillant, j'ai cherché le moment favorable ; en espérant, je l'ai attendu avec confiance; en priant, j'ai obtenu du G\ Archiprêtre de l'U\ le courage et la force qui m'étaient nécessaires.

D. Quelle était- votre intention ?

R. De faire périr Holopherne, lorsque j'en trouverais l'occasion.

D. Quand se présenta cette occasion ?

R. Au moment où Holopherne, livré au vin et au sommeil, fut abandonné par ses gardes. Alors je pris son sabre et lui tranchai la tête.

D. Que signifient les sept pas pour arriver à l’autel ?

R. Les 7 qualités inséparables de tous maçons et maçonnes, savoir :

L'Amitié, sentiment que nous devons avoir pour tous nos frères et sœurs ;

L'Union, la pierre fondamentale de notre société ;

La Soumission, nécessaire pour recevoir, sans murmurer, les arrêts de la loge ;

La Discrétion, pour éviter les supercheries des profanes et garder nos secrets ;

La Fidélité, indispensable pour observer nos obligations ;

La Prudence, pour régler nos actions, afin que les envieux de nos plaisirs ne trouvent aucun moyen de blâmer notre conduite.

Et la Tempérance, pour éviter tout excès également nuisible au corps et à l'esprit.

D. Quels sont les 7 défauts opposés à ces qualités ?

R. La Haine que nous ne devons porter à aucun de nos FF\ et SS\, quelque insulte que nous ayons reçue ;

La Discorde, trop contraire à notre institution pour ne pas l'éviter ;

L'Orgueil, qui doit être banni de nos cœurs comme funeste à l'humanité :

L'Indiscrétion, qui doit être inconnue dans notre ordre où tout est mystère et secret.

La Perfidie, vice trop odieux pour ne pas nous être en horreur.

L'Étourderie, comme cause de querelles sans nombre.

Et la Médisance, qui est un vice si bas qu'il n'est point étonnant que les maçons et maçonnes, dont tout le soin est de tendre à la perfection, la fuient comme une peste sociale.

D. Expliquez-moi le tableau ?

R. Béthulie est la figure du vrai bonheur qu'on ne peut conserver qu'avec des soins et du travail. Le grand-prêtre est l'image de l'âme ; Judith et sa servante, celle de ses facultés. Les principaux du peuple et le peuple assemblé représentent le corps et ses membres. L'armée d'Holopherne représente les passions qui nous environnent et les charmes de Judith les illusions qui nous séduisent.

D. Que signifient la conduite et le mauvais traitement d'Achias ?

R. Que tout maçon et maçonne doivent plutôt s'exposer à souffrir la persécution que de s'écarter de la vérité, quand on les oblige à parler; qu'ils doivent, par des discours prudents, tâcher de ramener ceux qui sont dans l'erreur ; sa délivrance par les Israélites, c'est la charité que nous devons avoir tant pour nos ennemis que pour nos amis.

D. Donnez-moi la parole et l'application que vous en faites ?

R. Sigé, qui veut dire Silence, parce que nous devons écouter en silence et avec attention les leçons du grand-prêtre et que nous ne devons pas même les révéler aux FF\ et aux SS\ absents.

D. Dites-moi le mot de passe et son application ?

R. Alethé, qui signifie vérité et que tous les rapports que nous nous croyons obligées de faire au grand-prêtre, des fautes et négligences de nos FF\ et SS\, pour qu'ils y remédient, doivent être dans la plus stricte vérité. (Discipline des Jésuites.)

D. Comment vous nommez-vous et d'où êtes-vous ?

R. Judith, femme de la tribu de Siméon.

Clôture. Même cérémonial que pour l'ouverture.

Loge de Table. Elle est éclairée par 7 lumières ou lustres. Les verres se nomment Coupes. On vide la coupe en la prenant de la main gauche; de la droite, on prend le sabre qu'on passe, en deux temps, sur les bords de la coupe comme pour raser son contenu. Puis, on laisse tomber le sabre, et, de la main droite, on vide la coupe que l'on pose sur la table en deux temps ; et l'on frappe 2 fois des mains, en criant : Victoire, victoire!

Modèle d'un certificat. L. D. M. (Loge de Maçonnes.)

Du jardin d'Éden, côté de l'Orient, d'où sort la première lumière de la Loge des Dames, sous le titre distinctif de par les nombres mystérieux connus des seuls éclairés ;

Nous, chefs terrestres, dirigeant la sublime et respectable Loge des Dames, ayant connu le zèle et l'empressement, pour parvenir au suprême degré de lumière maçonn\, de la vénérable S\..., âgée de..., native de..., professant la religion....

Après avoir jugé de sa capacité, vie et mœurs, avec un scrupuleux examen de sa conduite tant en loge que dans le monde, et sachant qu'elle a satisfait à tous les devoirs exigibles en sa qualité de maçonne ;

Faisons savoir que nous l'avons admise aux grades d'apprentie, compagnonne, maîtresse, maîtresse parfaite et sublime écossaise. Mandons à tous nos FF\ et SS\ maçons et maçonnes de la reconnaître comme telle et d'ajouter foi au présent certificat que nous lui délivrons pour servir et valoir ce que de raison ; lequel nous avons signé de notre main, fait décorer du sceau de notre respectable loge et contre signé par notre secrétaire.

Donné au jardin d'Éden, du côté de l'Orient, le...jour de la...semaine du...mois de l'année maçonnique cinq mille huit cent...et du calcul vulgaire le...mil huit cent...

N..., président. — N..., S\ grande-maîtresse. — N..., grand-inspecteur. — N..., S\ grande-inspectrice. Scellé par nous garde des sceaux et archives, N... — Par mandement de la R\ L\, N..., secrétaire. — Ne varietur. — N…

source : les Editions de l'Edifice

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