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Hauts Grades

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26 Octobre 2013 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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L'assomption du Maître

25 Octobre 2013 , Rédigé par S\ S\ Publié dans #Planches

C’est dans le silence et dans les ténèbres chtoniennes, sous le linceul, que s’est germinée ton élévation, vénérable maître G., ma bien aimée sœur C.

Ce silence, comme celui de l'Apprenti, est un voyage invisible des cérémonies d'initiation tout autant que le viatique des Maîtres ...

Cette cérémonie est centrée sur l’assassinat d’un personnage mythique, Hiram, et sur son relèvement.

Le premier problème est celui du choix du personnage Hiram comme désignant l’architecte dont le drame nous est révélé, en franc- maçonnerie, dans la fameuse divulgation de Samuel Prichard, Masonry Dissected, La Maçonnerie Disséquée publiée à Londres en 1730.
Vient ensuite le problème du lien de ce drame des Maîtres Maçons avec les
anciens mystères. On peut naturellement assigner à cette légende des sources mythologiques diverses et trouver, en cherchant un peu dans l’histoire des peuplades anciennes et des religions antiques, égyptienne, gréco-romaine, voir celtique, nombre de récits sacrés et de mythes pouvant constituer autant de modèles.

Les rituels correspondants à cette Mort-Resurrection étaient appelés, dans l’ancienne Egypte « La Porte de la Mort ». Dans les rituels maçonniques modernes, Osiris est remplacé par Hiram qui reste néanmoins très porteur des mêmes significations solaires… Inventeur ou expert dans les arts, forgeron, bâtisseur, archétype de l’Homme Créateur et dont le nom même signifie « élevé », « grandeur ». Tuer Hiram et le faire renaître signifie que le Soleil perd sa force en Hiver pour revenir au Printemps... Le cycle des naissances peut alors reprendre… Un mot en remplace un autre, un souffle en remplace un autre… et le « sacrifice » est consommé… HRM est l’archétype de tous les sauveurs de l’humanité, de même, il est aussi celui de la continuité humaine et de son esprit créateur. Comme Odin, c’est le Dieu crucifié sur l’arbre du Monde ou endormi au cœur de ses racines.

On s’est du reste interrogé sur ce qui serait advenu si la légende ne s’était pas conclue, telle que Prichard la rapporte, par un mot perdu, un mot substitué et un architecte tragiquement disparu. On voit en effet sans difficulté la faille de ce schéma : il faudra bien retrouver le mot perdu et remplacer l’architecte. Voici de quoi écrire cinq ou six autres légendes et autant de nouveaux grades. Si la maçonnerie se lança aussitôt, et pour plusieurs décennies, dans une prodigieuse et parfois folle entreprise créatrice de grades à la recherche de la Parole perdue, n’est-ce pas simplement parce que les auteurs de la légende fondatrice l’ont construite comme un récit ouvert et inachevé ?

L’élévation, en faisant passer du plan au volume, opère sur le voyageur en quête de vérité une transformation du sens. Celui qui est au fond de la vallée en a une représentation. Quand il monte sur le flanc de la montagne, le spectacle devient très différent. Chaque fois qu'il fait une station à une hauteur plus élevée, son panorama se modifie. De même, nous pouvons comprendre que d'un point de vue plus élevé, le monde des objets de la veille entre dans une perspective radicalement nouvelle. Le silence qui entoure le tombeau du Maître, au delà de la Mort , offre le renouveau du langage, le partage de termes inédits, une autre forme de rupture du silence.
« Si je me sentais aujourd'hui le même qu'hier, je perdrai l'envie de vivre. » comme le disait le Rabbi Nahman de Bratslav

Le relèvement, l’assomption voudrais-je dire est l’œuvre du respectable Maître de la loge aidé par les deux surveillants.
Après avoir été littéralement assommé par le coup fatal du maillet du troisième compagnon, l’enterrement sous le tertre, puis retrouvé, le maître est relevé à la vie, exalté. Alors peut-on parler d’assomption ? L’étymologie nous le permettrait à partir du mot somme et de ses différents sens :

1. Le somme provient comme son cousin sommeil, du dieu Somnus, l'équivalent romain du grec
Hypnos, frère jumeau de Thanatos, le dieu de la mort.
2. La somme, dérivée de summus, le point le plus élevé, désigne le résultat d'une addition, et s'apparente à sommet, sommité, summum.
3. la somme, issue de sagma, la charge, le bât, désigne, sous l'expression bête de somme, l'animal qui porte les fardeaux.
4. Le verbe assommer s’apparente au somme-sommeil. Assommer quelqu'un c'est le faire dormir. Sauf que le mot avait au départ le sens d'abattement moral, et n'a pris qu'ensuite le sens de tuer, puis celui d'endormir brusquement. Certains pensent qu'il provient en fait de sagma, la bête de somme. Assommer ce serait alors accabler sous un fardeau. Le mot aurait dérivé de sens par contagion étymologique avec le somme-sommeil.
5. L’idée de sommeil se retrouve depuis les premiers siècles de l’église, tant chez les Latins que chez les Grecs dans l’expression dormitio pour signifier le trépas, et même… la fête de l’Assomption de la Vierge.
Assomption provient de "ad+sumere", prendre avec soi, s'adjoindre quelqu'un, quelque chose. On retrouve cette étymologie dans assumer.
En logique, c'est le fait d'ajouter une hypothèse dans un raisonnement
En théologie: C’est l’élévation-résurrection de Marie aidée par son fils. Le Christ en ressuscitant seul fait l'Ascension, mais Marie, aidée, l’assomption.

Synthétisant ces étymologies, le relèvement du maître à la fois assommé, endormi, porté au sommet, ressuscité et accueilli par le respectable Maître assisté des deux surveillants ne peut-il s’apparenté à une assomption ? Et dans ce cas, dans cette mission de psychopompe, comme sur les images de la dormition des saints, nos trois premiers officiers sont devenus des anges.
Il te reste, ma bien-aimée vénérable G., à étudier plus avant un certain nombre de thèmes dont voici quelques sujets:
· La relation entre la triade supérieure et le socle quaternaire qui permet d’établir l’Homme archétype sur la base du septénaire…
· L’incarnation par le sacrifice.
· Le tableau de loge du maître.
· Le symbolisme ontologique du Temple de Salomon.
· L’acacia.
· Les outils utilisés pour tuer HiRaM.
· La portée spirituelle du mot du Maître qui t’a été révélé avec ton élévation et son origine à travers les textes anciens de la franc-maçonnerie.
· La résurrection, la réincarnation, la mort symbolique.
· L’énigme d’Hiram et de son meurtre, le mystère de son nom et les raisons de ce choix avec l’outil du QQOQCP des analystes qui pose de bons jalons méthodologiques d’approche.
· Et d’autres thèmes d’étude vers lesquels ta spiritualité te portera…

« En ce jour d’assomption, les cieux ont reçu la bienheureuse Vierge avec joie. Les Anges se réjouissent, les Archanges jubilent, les Trônes s'animent, les Dominations la célèbrent dans les cantiques, les Principautés unissent leurs voix, les Puissances accompagnent de leurs instruments de musique, les Chérubins et les Séraphins entonnent des hymnes.»

A l’image des entités célestes, que nos acclamations exaltent notre allégresse à l’avènement

www.ledifice.net

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Le chemin de l'Initiation

24 Octobre 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

     

Le sujet que j’ai été invité à traiter a pour titre, comme vous savez, « le chemin de l’initiation ». La planche que j’ai tracée ne pourra évidemment rien vous apprendre. Que dire parmi vous que chacun ne sache déjà, quelle connaissance vous livrer sinon celle de notre inconnaissance commune? Dans l'obscurité, je suis parti chercher la Lumière. Essayons malgré tout. Si j’étais romancier, en souvenir du F :. Stendhal, ce chemin serait l’occasion de vous « tendre un miroir » comme l’auteur du Rouge et Noir a prétendu le faire : c’était dans l’épigraphe de son chapitre XIII (« Un roman : c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin. ») En vous disant ce que j’ai vu sur mon chemin, il y a grande chance pour que je vous raconte aussi votre « voyage ». Et certes j’aperçois bien l’inanité de ce projet, le pléonasme constitutif de cette démarche : tant pis ! je m’apprête à vous raconter votre « vécu », fût-ce à travers le mien ! Dans le domaine spéculatif, des livres comme ceux de Richard Dupuy, de Jean Mourgues, de Michel Barat (La Conversion du regard), d’Alain Pozarnick, pour ne citer que ceux-là, que j’ai un peu pratiqués, évoquent la question de l’initiation avec une admirable pertinence. Si je vous y renvoie, qu’aurai-je encore à dire ? Dans cet instant où j’ai à vous parler, à combien d’impasses me conduit donc notre voie, pourtant « royale » voie ! Il faut, me suis-je dit, que je me laisse conduire par l’image du chemin, et tout d’abord par son ambivalence. Le chemin est en même temps voie de communication reliant différents lieux repérables, et pour le marcheur le mouvement qu’il est en train d’accomplir en se déplaçant d’un lieu à l’autre. Le voyageur « fait » du chemin en même temps qu’il le suit : découverte géographiquement « objective », si l’on veut, mais subjective aussi, « existentielle », ce qui implique décision, mise en mouvement, arrêts parfois, attentes, hésitations, résolution nouvelle, en somme tout un univers psychique prévisible, sinon codifié, et susceptible d’être analysé.
Tiré de ma perplexité, quand je me suis replongé dans l’étude la plus simple, dans le B A BA de nos livrets d’Apprenti, de Compagnon et de Maître, ou en re- parcourant les rituels des trois premiers degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, je me suis intéressé aux moments les plus significatifs (du moins à mes yeux) de ce que nous nommons notre « initiation », au cours desquels nous prenons conscience d’une avancée, dans les sens les plus variés que puisse prendre ce terme - physique, mental, symbolique - et nous savons qu’à l’instar du « chemin » l’initiation est également susceptible d’ambivalence : moment solennel où nous sommes reçus dans le Temple, elle est aussi ce lent processus de métamorphose qui a lieu dans l’athanor de notre intime alchimie spirituelle. Nous avons tous été candidat à l’initiation, puis « sujet » de celle-ci, recevant notre augmentation de salaire en passant du grade d’apprenti à celui de compagnon pour être ensuite élevé à la maîtrise.
Mon propos se limitera pourtant à l’évocation des grands moments émotifs associés aux principales découvertes symboliques de l’initiation au grade d’Apprenti, tant il me semble juste de penser que cet initium de l’initiation contient tout le reste.
Je parlerai d’abord des « préludes », de la présentation du candidat au temple, puis des épreuves par les quatre éléments avant de m’arrêter sur le symbole du delta lumineux et de commenter pour finir la sorte d’extase induite par tout ce que nous suggère l’idée même de Lumière en maçonnerie.

I SUR LE PARVIS DU TEMPLE

L’obscurité est la condition première, celle que suggère le « passage sous le bandeau », en prélude aux « voyages » de la cérémonie initiatique du premier degré, également effectués en aveugles, avant le recouvrement de la vue face au delta lumineux. Les raisons « profanes » invoquées devant le candidat auditionné dans la loge pour justifier sa temporaire cécité - devoir de discrétion et de prudence, nécessité d’éviter toute distraction visuelle pour se concentrer sur les réponses - ne peuvent encore rien dire du combat des ténèbres et de la lumière dont la dramaturgie, le soir de l’initiation, ranime un lointain fond gnostique. Cependant, il avait bien fallu, auparavant, que l’impétrant « frappe à la porte du temple » pour qu’elle lui soit ouverte et qu’il demande à être éclairé, afin que la lumière lui soit donnée, comme disent les instructions de l’Apprenti.
« Tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais déjà trouvé » : ces paroles du Christ, que Pascal rappelle dans ses Pensées, rejoignent le paradoxe platonicien du Ménon suivant lequel l’on ne saurait éprouver de désir pour ce que l’on ignore. Comment désirer en effet ce dont on n’aurait jamais entendu parler ? Toi qui frappes à la porte du Temple, sans en connaître l’intérieur, tu en as vu au moins l’entrée. Quelles que soient les circonstances ou les amis qui t’y ont poussé, tu as déjà fait ce premier pas, ce premier geste. Primum movens. Un mal être actuel et un pari sur l’avenir t’y ont sans doute déterminé : l’initiable se reconnaît au fait qu’il est un « homme de désir », suivant l’expression de Louis Claude de Saint-Martin ; il est mu par l’espoir de donner une « direction » à sa vie – mot qui nous fait ressouvenir de l’existence, jadis, de « directeurs de conscience » qui instruisaient leurs ouailles des principes moraux du christianisme dans une société – celle de la deuxième moitié du XVIIe siècle par exemple – qui semblait de moins en moins encline à les respecter. Mutatis mutandis : en frappant à la porte du temple maçonnique, n’avons – nous pas cherché à conférer à notre vie une droiture nouvelle, à la « redresser », à l’aide du « fil à plomb », pour compenser la courbure ou le pli d’anciennes habitudes, pour liquider un « vieil homme » en nous... Mais nous n’apprendrons qu’après avoir été admis à quelles intenses secousses sismiques il nous consentir à exposer notre personne, quelle « mort » nous devons même réclamer pour notre « moi » afin que, décapé, décomposé, il renaisse « plus vivant que jamais » au sortir du tombeau de Maître Hiram.
Quelles angoisses avons-nous commencé à souffrir sous ce bandeau, dans cette mise à nu de nos motivations ! Et si cette assemblée de francs-maçons nous avait jugé(s) indigne(s) de la rejoindre !.. Ce soir-là, sous le feu des questions, faciles ou ardues, bienveillantes ou gênantes, je sais que je ressentis encore plus vivement le désir d’être admis aux « mystères et privilèges de la franc-maçonnerie » : une attirance magnétique polarisait déjà mon existence, faisait vibrer mon cœur. Mes parrains – m’avaient-ils oublié ? – m’imposèrent toutefois une longue période d’attente avant de me prévenir que j’avais été jugé capable de rejoindre leur corps spirituel. Je traversai les dernières semaines avant l’événement dans une joie mêlée d’anxiété. Mais déjà la couleur de ma vie avait changé, était soumise à un processus d’intensification qui me faisait pressentir et espérer un bouleversement proche. Je ne le sus qu’après : avec le passage sous le bandeau un début d’initiation m’avait mis en marche.

II FRANCHIR LE SEUIL DU TEMPLE

Une porte qui s’ouvre. L’accueil courtois d’un homme dont on apprendra bientôt qu’il est « Expert ». L’enfermement dans un cabinet sombre. Non loin de vous, un deuxième impétrant. Personne ne parle. La mise en garde que vous lisez vous fait souhaiter de n’être pas pris pour un vulgaire curieux, alors que vous êtes dévoré de curiosité, nécessairement : mais l’acception de ce mot se transforme par le simple fait que vous pensez être là, devant ce crâne, face à l’image de ce coq « hermétique » et du mot V.I.T.R.I.O.L. bizarrement écrit, parmi des accessoires – soufre, mercure et sel, que vous identifierez plus tard comme les bases du grand œuvre alchimique – vous pensez être là pour des motivations bien différentes de celles que dénonce l’avertissement placardé sous vos yeux. Voici un premier choc : la curiosité est aussi un « péché » aux yeux de la franc-maçonnerie, comme elle le fut aux origines de l’humanité, lorsque, selon le mythe biblique, Eve et Adam succombèrent à la tentation de goûter au fruit de l’arbre de la connaissance. Le chemin de votre initiation débute donc par le détour d’une situation totalement originelle, pour le dire avec l’adjectif qui qualifie la faute de nos premiers parents. Il convenait précisément, au départ de notre renaissance initiatique – de notre résurrection consciente – de ne pas commencer cette nouvelle vie par un « péché originel ». Et puis vous écrivez votre testament, comme si vous risquiez effectivement de mourir lors de votre initiation : l’heure ne saurait être plus solennelle.
Un chemin dans le noir. Des voyages dans le noir, les yeux aveuglés comme la première fois par un bandeau. Tu es « manipulé » - tu redeviens un tout petit enfant – mais tu es guidé. Il te faut absolument faire confiance à celui qui est ton Hermès – ton Hermès psychopompe, le conducteur d’âmes – pour un soir. Dans l’abandon de tout orgueil, de toute velléité d’indépendance, tu acceptes l’emprise de celui qui sait et qui voit à ta place. Dans quel boyau on t’oblige à t’accroupir lorsque voici venu le moment de faire ton entrée dans le temple ? Tu retournes à l’état fœtal, nourrisson de la Loge initiatrice.

III PAR LE CHEMIN DES EPREUVES

Le chemin balisé de la cérémonie initiatique avait donc été précédé d’un repos, d’un séjour, d’une attente méditative dans les profondeurs de la terre : la terre est effectivement le moins mobile, le moins dynamique des quatre éléments.
Quelle étrangeté ensuite !
Le « voyage de l’air », pourtant le plus vital de ces éléments et le plus « naturel » pour les animaux bipèdes que nous sommes, celui qui nous a fait pousser notre premier cri lors de notre première naissance, est cependant le plus agité et le plus bruyant, avec un parcours nettement plus accidenté que les deux autres. Ce n’est pas le moindre paradoxe que les difficultés aillent s’atténuant à mesure que les éléments paraissent moins « naturels » et plus redoutables au regard profane : l’eau nous convient certes moins bien qu’aux poissons et le feu provoque un mouvement instinctif de recul pour peu qu’il nous en cuise. Ainsi sommes-nous peut-être conviés à découvrir une des vérités profondes du voyage : c’est se mettre en chemin, c’est partir qui est le plus difficile : courir les risques d’une aventure spirituelle dont il est impossible d’imaginer la fin (au double sens de sa destination et de son achèvement).
Les perturbations sur le chemin de l’air, qui est encore sinistrogire, à l’inverse de ce que seront les chemins de l’eau et du feu, dextrogires comme tous nos déplacements ultérieurs en loge, m’instruisent sur le monde que je quitte, sur l’esclavage passionnel que j’y subissais, auquel nul n’échappe ( les saints religieux en ont su quelque chose : Saint Augustin avant sa conversion, les ermites comme Saint Antoine torturés au désert par leur hallucinations érotiques…) Quelle paix lorsque le vacarme s’arrête ! Et bientôt, dans quelques jours, quelques semaines, quelle différence dans la météo de ton caractère ! Maintenant que tu sens ton esprit adossé à la force puissante de la Fraternité maçonnique, il te semble que tu pourras affronter avec sérénité les coups de vent ordinaires ou les tempêtes plus violentes que te réserve la vie.
Au sujet du voyage de l’eau, quelques phrases de Victor Hugo dans Les Travailleurs de la mer peuvent nous convaincre aisément de sa valeur formatrice : « Navigation, c’est éducation, écrit le poète. La mer, c'est la forte école. Le voyageur Ulysse fait plus de besogne que le batailleur Achille La mer trempe l'homme; le soldat n'est que de fer, le marin est d'acier » L'aventure maritime est effectivement recherchée par les populations entreprenantes, mais on peut également inférer que l'eau est la gouvernante de la sensualité, l'éducatrice de la sensibilité. La "salle humide" n’est-elle pas le lieu ou chacun de nous peut se recréer après les tenues, en même temps que nous pouvons cultiver de façon informelle les affinités que nous nous découvrons avec nos Frères ? L’eau est, des quatre Eléments, celui qui a le plus de rapport avec l’expression du Désir si nous désignons par ce mot un vaste registre d'attirances qui s’étagent de la sexualité à la soif de l'âme dont il est question dans le langage de la spiritualité, comme on l’a vu en citant tout à l’heure une formule de Louis Claude de Saint-Martin. Si ce symbole est un « transformateur de libido » selon une autre expression, qui est de C.G. Jung, il n'est pas étonnant que l'eau soit le plus parlant d’entre eux. Significateur de féminité, de maternité. Eau matricielle : nous avions déjà constaté sa présence dans l'obscurité utérine du cabinet de réflexion, à moins que cette familière cruche n’ait été destinée à nous éviter la grande soif qui caractérise la mort selon les mythologies égyptienne, mésopotamienne ou syriaque…­Dans l’Evangile de Jean, ouvert à son prologue sur l’autel des Serments, Jésus dit à Nicodème : « Nul, s’il ne naît d’Eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » Etre né de l’eau signifie métaphoriquement : être né du sein de la mère, et l’expression toute entière semble désigner la conjonction de la matière et de l’esprit, par spiritualisation de la première et par l’incarnation du second. L’eau nous fait donc renaître, mais c’est parce qu’elle a le pouvoir de nous réintégrer passagèrement dans l’indistinct, de nous faire rentrer dans le sein de la mère, pour nous y dissoudre et ainsi nous purifier. Ce nouveau « baptême », si je ne force pas trop le sens du mot, induit la mort initiatique permettant l’accès à la nouvelle vie. Observons que le déluge, condition nécessaire à une seconde création, comporte au plan cosmique la même signification que le baptême au niveau de la personne. Or les eaux du déluge sont porteuses de l'arche de Noé salvatrice ‑ et de façon peut‑être comparable les eaux de la mort, les eaux du Styx, le fleuve des enfers dans la mythologie gréco‑latine et dans l'au‑delà selon Dante, sont traversées par la barque des âmes, conduite par Caron. Il y a toujours, sur l’eau diluviale ou sur l’eau de la mort une nef qui sauve l’essentiel de ce qu’il fallait transmettre pour qu’un avenir demeure possible. Car le voyage de l’eau a de très anciennes connotations mortuaires ; songeons par exemple aux riverains du Rhône qui, en amont d'Arles, confiaient leurs défunts au courant du fleuve, en les enfermant dans des tonneaux pour qu'ils allassent dormir leur dernier sommeil dans la terre miraculeuse des Alyscamps protégée par Saint Trophime . Voyons s’éloigner la silencieuse barque funèbre des Egyptiens, qui remontait le Nil avec son chargement d'âmes…Suivons l’intuition de Gaston Bachelard pour qui le cercueil est, non pas la dernière, mais "la première barque". « La mort ne serait pas le dernier voyage. Elle serait le premier voyage ». Aussi « le héros de la mer est-il un héros de la mort ». « Le premier matelot est le premier homme vivant qui fut aussi courageux qu'un mort . » Et Bachelard écrit encore : « Quand des enfants abandonnés à la mer dans leurs berceaux, étaient rejetés vivants sur la côte, quand ils étaient sauvés des eaux (comme Moïse ), ils devenaient facilement des êtres miraculeux. Ayant traversé les eaux, ils avaient traversé la mort. Ils pouvaient alors créer des villes, sauver des peuples, refaire un monde.» Pour l’heure, l’Apprenti que l’on va inviter à travailler sa pierre brute, et non pas à entreprendre des actions démiurgiques dépassant le plan humain, doit cependant avoir été aguerri par une épreuve de l'eau analogique des « aventures » au cours desquelles Ulysse fit son apprentissage d'Homme . Il affronta plus d’une fois la mort (par les éléments « air » et « eau » déchaînés, par l’enfermement -chtonien-dans la caverne du Cyclope) mais en outre il fut confronté au divers périls et séductions de la féminité (de Circé en Calypso et en Sirènes, de Nausicaa en Pénélope), et ainsi pouvons- nous également interpréter le « chemin » de l'eau comme celui qui nous a révélé ce qu'il y a de féminin dans le monde, et aussi en nous-même, qui dépendons par la suite, en tant qu’apprentis, de l’influence lunaire, spécifiquement féminine. Notre animus se sera d’abord voué à la conquête consciente de son anima. Et de fait, l’aspect maternel de l’eau coïncide encore avec la nature de l'Inconscient, si ce dernier est regardé comme la mère, la matrice de la conscience. La perpendiculaire du F:. Second Surveillant nous rappelle incessamment que l'écoulement de l'eau tend à la verticalité, vers les profondeurs de la terre : pour l’aller puiser, nous devons forer notre puits, surmonter la peur de nos abîmes, fouiller par l’introspection la couche inférieure de l'être, à la recherche de nos sources.
Du chemin de feu que dirai-je ?
La sacralité de cet élément est d’une évidence physique, ainsi que le suggère l’étymologie de l’adjectif « sacré », en latin sacer, qui veut dire à peu près « intouchable », ou « tenu à l’écart ». Le feu, qui se fait naturellement « respecter », inspire aussi de l’horreur, quand au lieu de nous réchauffer de son foyer il propage l’incendie. Mais l’initiation nous fait surtout entendre son analogie avec l’amour. Il porte à la fusion des corps et des âmes comme à celle des métaux aux forges de Vulcain. Il est vrai que, depuis longtemps, Cupidon porte l’arc et la torche. De puis que la littérature existe, Eros n’a jamais cessé de s’exprimer en termes ardents, en déclarations enflammées de sentiments brûlants. Comme le feu est Amour, il est également Parole : identité de l’Amour, de la Lumière et du Verbe. Les langues de feu venues voltiger sur la tête des apôtres, lorsque la Pentecôte rachète, rédime la malédiction de Babel, sont l’indice de la présence de l’Esprit saint, une des manifestations du divin Principe. A la fin de Comédie dite « divine », l’exigence d’une purification complète fait traverser à Dante une muraille de flammes, dont il se trouve enveloppé (comme l’affirme la phrase du rituel nous confirmant que notre épreuve du feu a bien été par nous vécue, alors même que nous n’en étions guère persuadés, quelquefois, sur le plan technique). Au-delà du rempart de flammes, le poète guidé par Béatrice contemple dans le ciel de feu qu’est l’empyrée un feu plus brillant encore et d’abord aveuglant, qui est l’éternelle lumière principielle, celle d’un Dieu que nous aimons fréquenter sous son titre de « Grand Architecte de l’Univers ».
Dans le continuum qui va de l’amour profane à l’amour sacré, le feu, outil de la grâce, est donc l’épreuve purificatrice par excellence. Il détruit mais opère la renaissance du Phénix. Et lui aussi, à l’instar de l’eau, tend vers la verticale, mais – conjonction des opposés – il ne descend pas, il s’élève, il se volatilise en pure transcendance. Il alimente en l’apprenti son projet d’ascension, son rêve de sublimation.
Pour l’alchimiste, pour l’artisan du Grand Œuvre, le feu est emblématisé dans la figure d’un delta. C’est un delta qui se dévoile aux yeux du néophyte, lorsque après toutes ces épreuves, la Lumière lui est enfin donnée.

IV LE BANDEAU DE TON AME AUJOURD’HUI EST LEVE


Et voici que tu vois un regard qui te voit.
C’est la première image qui a frappé notre vue, lorsque au troisième coup de maillet administré par le Premier Surveillant nous avons regardé le Temple au devant de nous. Juste en dessous, il y eut comme une aurore aux dardantes épées, tendues pour nous porter secours, rayons chevaleresques de la vigilante Fraternité.
Cette lumière enfin donnée nous observe, constatons-nous aussitôt, autant que nous l’observons. L’œil inscrit dans le delta lumineux est le garant d’une sorte de réponse immanente à la question de la Transcendance recherchée. Cet œil peut avoir été l’occasion de notre « coup de foudre » avec la Franc-Maçonnerie, tant il est vrai qu’il y a toujours un échange de regards à la naissance de l’amour.
L’œil est ambivalent, comme tout symbole : organe de perception, en tant que tel « passif », il est aussi un moyen « actif » d’investigation, de connaissance et de capture. La silhouette humaine dessinée dans la pupille au centre du triangle est à la fois comme notre reflet dans un miroir – nous nous mirons, nous sommes reflétés par cet œil – et comme la forme humanisée que revêt la Lumière le traversant, invoquée pour éclairer nos travaux.. Cet œil impératif requiert évidemment notre propre humanisation. Ni droit, ni gauche, mais central ou frontal, il est ce « troisième œil » dont font état les traditions orientale et islamique sous l’appellation d’œil « du cœur ». Luminaire primordial, il est situé entre nos deux luminaires physiques, Soleil et Lune, comme l’œil droit et l’œil gauche, respectivement « actif », tourné vers le futur, et « passif », tourné vers le passé. Il réalise ainsi la synthèse du Temps, autant que des forces actives et passives, ce qui nous permet de transcender la durée profane, de passer dans un temps sacré. Œil plus que solaire et lunaire, œil de l’Idée par où transite le feu des éternels principes, hiéroglyphe du Grand Architecte à la Gloire duquel nous oeuvrons. Clef de voûte du Regard, point de convergence de nos regards, il opère en nous une ouverture, il dessille en nous la paupière de l’œil du cœur et de l’esprit propre à chacun.   
Ne serait-ce pas le moment d’entendre chanter, en nous immergeant dans une tradition millénaire, le poète Orphée célébrant jadis une Lumière identique à celle que vient de nous révéler notre initiation ?
Viens, [ clame le Chanteur], bienheureux Péan, Phoibos Apollon, vainqueur de Tithyon,
Dieu de Memphis, bienfaiteur, révéré, guérisseur,
Flamme et vivante Lyre, ensemenceur céleste, seigneur pythien,
Devin, porte‑flambeau, vivant Éclat, glorieux infant,
Meneur des Muses, maître danseur, Archer souverain,
Seigneur de Délos à l'oeil omnivoyant, dieu traversier
D'or tout nimbé quand tu délivres oracles et prophéties,
Écoute la juste prière que je t’adresse au nom des peuples
Car des hauteurs où tu habites, tu vois toute l'étendue
De l'éther infini et celle de la terre fortunée
Et lorsque sur le monde tombe la nuit aux yeux d'étoiles
Tu perçois tout en bas les racines et les confins de l'univers
Puisque tu es début et puisque tu es fin de toutes choses.
Tu règles avec ta lyre l'universel destin des hommes
Et tu sais répartir en deux durées égales et l'hiver et l'été,
Et susciter aussi la floraison dorienne du printemps.
C'est pourquoi les humains t'invoquent sous le nom de Seigneur,
Ô Pan à double corne, maître des vents sifflants,
Toi qui détiens le sceau des formes universelles.
Écoute‑moi, apporte le salut aux mystes suppliants.

Cet hymne orphique, que j’ai cité partiellement, est dédié , on l’a bien compris, à Apollon, le Seigneur de la lumière pour les Grecs, né aussitôt après sa sœur jumelle Artémis - déesse lunaire – sur l’île de Délos. Garante de l’universelle harmonie, sa lyre d’or régule les saisons et les destins des hommes. Son action est en rapport (mystérieux) avec l’origine du monde, et sa finalité. Tous les êtres, de la pierre qui tombe selon les lois de la pesanteur au végétal qui s'adapte et se reproduit, à l'animal qui se meut et à l'homme qui désire ou qui veut, sont comme des degrés d'objectivation de sa volonté incessamment constructrice ; et si le voile de Maya, pour parler comme dans l’hindouisme, revêt de ses couleurs infiniment variées l’infinie diversité de la manifestation, le maître de la lumière primordiale nous appelle et nous rappelle à l’unité profonde de la création. Un Saint François d’Assise, tout comme un Bouddha, peut donc chanter « Mon frère le Soleil, ma sœur la Lune, mes cousins les oiseaux ».
C’est pour être ses témoins que nous sommes devenus, le jour de notre initiation des « fils de la lumière ». L’hymne d’Orphée imprègne lointainement l’hommage que nous lui rendons. «Fils de la lumière», disons-nous, mais aussi, selon une autre appellation, complémentaire, «Enfants de la veuve», tout comme Hiram, fils d’« une veuve de la tribu de Nephtali » : aussi savons-nous également ce que nous devons aux ténèbres; ce dualisme très ancien, on l’a déjà dit, très zoroastrien (celui que Mozart évoque dans la Flûte Enchantée) ne nous fait pas négliger le risque, encouru en permanence par chacun, de recommencer à errer par des chemins d'ombre.
Cependant les hautes paroles qui résonnent le soir de notre initiation dans l'enceinte du Temple nous ont redonné, si nous l'avions perdue, une sorte de confiance dans le langage. N’avons-nous pas décidé de nous reconstruire à la clarté des «instructions » que nous avons reçues à ce moment là et des conseils que dispensent les maîtres aux apprentis sur le chantier ? Des phrases venues du fond des âges ont la vertu de produire à l'oreille du néophyte l'effet d'une complète et bouleversante nouveauté. Quelque chose lui est en effet confié, qu'il prend en charge et qui part, et qui parle, de l'Origine. « En lui [dans le Verbe] était la vie et la vie était la Lumière des hommes. » dit le prologue de Saint Jean.
«La lumière est le premier aspect du monde informel», remarque un analyste de l'image et du rêve. «En s'engageant vers elle, on s'engage dans un chemin qui semble pouvoir mener au-delà de la lumière, c'est-à-dire au-delà de toute forme, mais encore au-delà de toute sensation et de toute notion ». Si telle est bien la signification de la lumière comme symbole, on comprend que notre obédience, et quelques autres, sinon la totalité des Francs-maçons de par le monde, se refusent à déterminer ou à identifier le Grand Architecte de l'Univers à quelque dieu que ce soit parmi les religions établies.
Maçons de tous les pays, épris d’universalité, nous ne risquons donc pas de voir un jour s’écrouler sur nous quelque Tour de Babel dogmatique. Et délivrés du « dogme », mais assurés de l'existence de la Lumière, nous ne perdons pas, même de nuit, même dans l’obscurité des épreuves qui n’ont pas de raison de nous être plus épargnées qu’au reste de l’humanité souffrante, la confiance en un principe lumineux sur lequel nous savons pouvoir compter, ainsi que demeure l'admirable ciel étoilé au-dessus de la conscience de Kant. « Deux choses remplissent le coeur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique, dit le philosophe de Koenisberg : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi... »
Une vérité aussi originaire que celle qui éblouit Kant, entraîne, sur le chemin de l’initiation, notre adhésion par le cœur. Elle ne satisfait pas d'emblée aux exigences de notre raison «raisonnante» : la raison en effet réclame d'asseoir ses convictions sur des preuves, et l'initiation n'en procure pas. Le verbe initiatique est lumineux par lui-même, hors de toute démonstration conceptuelle comme est aussi le langage poétique et, en règle générale, celui de tous les arts, à la pratique desquels le grade de compagnon nous ramènera, selon une gradation, conforme aux enseignements de l’anthropologie, qui nous fait évoluer de la nature - nature profonde mesurée avec la perpendiculaire – à la culture que le niveau voit s’étendre à travers les arts libéraux et les aspects divers de la Tradition.
En sollicitant les termes du côté de leur origine, constatons enfin que les paroles de l'initiation - et le langage gestuel qui les complète ou les souligne - constituent une « poésie » au sens où ils sont également une «poiesis » (vocable grec désignant, comme vous savez, le processus d'une fabrication ou d'une production). Par la «poiesis » initiatique le néophyte se trouve, presque à son insu, recréé, et accède au statut (avec droits et devoirs) de «fils de la lumière». Cette lumière, on l'a bien compris, est une source de transfiguration située au-delà ou en amont du phénomène lumineux dans sa manifestation physique. Lumière «scyalythique», comme pourraient dire les chirurgiens, elle ne fait pas d'ombre. Toutefois si elle aide à mieux voir et à mieux vivre, elle-même tend à se soustraire, par l'éblouissement qu'elle provoque, à notre capacité de saisie rationnelle. Acceptons alors, résignons-nous d'abord à cette perte de contrôle intellectuel, comme le suggère la parole d'un poète à qui nous laissons, sans le nommer, l’avant-dernier mot :

«Voir clair signifie aussi que l'on accepte l'énigme de la clarté, quelquefois plus énigmatique encore que l'obscurité».

Le chemin de l’initiation, s’il ne conduisait qu’à la nuée d’inconnaissance, est toutefois lumineux comme numineux. Il en est de cette lumière comme de la connaissance du 3e genre, invoquée par Spinoza comme une source de béatitude, et qui est cause et index de sa propre vérité. Qui l'a profondément ressentie ne saurait l'oublier: notre raison en réclamait l'existence, l'initiation nous en a montré la réalité. On dit que les gens sortis d'un coma profond, qui ont connu une N.D.E (Near Death Expérience), prétendent quelquefois avoir été aspirés par le vide, en direction d'une lumière que nos yeux de chair n'ont jamais vue. Lorsqu'on demande à certains de ces expérimentateurs d'un état proche de la mort de caractériser cette lumière, ils répondent qu'elle était faite d'Amour.

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La montagne et la caverne

22 Octobre 2013 , Rédigé par C\ R\ Publié dans #Planches

Dominant le monde des hommes, la montagne se trouve à la limite du ciel et de la terre, elle exprime la rencontre du temporel et du spirituel. Son caractère massif incarne la pérennité et l’éternité. Elle symbolise, pour tous les peuples, la proximité des dieux.
La montagne se révèle aussi comme le lieu de la découverte de la présence divine : l’Olympe en Grèce, le Fuji-Yama au Japon, le Sinaï.
Le symbolisme de la montagne exprime différentes réalités de l'imaginaire religieux. La montagne sacrée, véritable sommet du monde, constitue le point de contact entre la divinité qui descend de son séjour élevé et l'homme qui monte à sa rencontre. Sur le Sinaï, Dieu conclut une Alliance avec Moïse et le peuple élu.
Les montagnes mythiques, sans existence géographique, sont généralement considérées comme le centre du monde, l’axe cosmique autour duquel tourne le ciel. Le mont Méru des hindous se dresse au milieu du monde. Au-dessus de lui, l’étoile polaire (autour de laquelle tournent les autres étoiles) jette ses feux. Au-dessous de lui se trouvent les enfers, et autour de lui se trouve le monde visible. Le symbolisme de la montagne mythique est si fort que dans certaines régions de plaines on a élevé de véritables montagnes artificielles (ziggourats, stupas, pyramides,...).
Le symbole de la pyramide est exactement équivalent à celui de la montagne : symbole de la verticalité, de la communication axiale, de la relation terre-ciel.
Avant de devenir des tombeaux, destinés à ensevelir les dépouilles royales, dont l’âme libérée allait rejoindre les dieux, les pyramides égyptiennes furent probablement des lieux de rituels où le Pharaon était initié aux Mystères. L'initiation consistait en une mort symbolique et en une re-naissance dans un degré spirituel plus élevé; elle se déroulait dans les chambres aménagées au sein de la construction. Le glissement du tombeau symbolique vers le tombeau proprement physique a dû correspondre à une dégénérescence de l'art initiatique.
L'existence de ces chambres signifiait que la pyramide pouvait être gravie non seulement selon les degrés extérieurs, mais également depuis la chambre intérieure. Symbole de la caverne ou du monde cosmique, où séjourne tout individu, la chambre servait de creuset au voyage spirituel de l'initié, en vue d'atteindre le sommet, où l'être communique avec l'Esprit divin. Dans ce cas, l'ascension ne s'effectuait plus le long de la pente extérieure, mais selon l'axe vertical reliant l'être au point culminant de l'édifice. Cette voie directe donnait accès à ce que les Anciens appelaient les “Grands Mystères” ou à la re-naissance de l'être humain en tant qu'Être spirituel.
La pyramide est un symbole du développement spirituel de l'être humain. Les différents degrés de la pyramide symbolisent les divers niveaux de spiritualité à atteindre. Partant le plus souvent d'une base quadrangulaire symbolisant le monde terrestre, les arêtes et les faces de la pyramide convergent vers un point unique, le sommet. Ce point symbolise le Principe ou l'Unité primordiale, d'où rayonne la manifestation du monde qui nous entoure. Renaître au Principe dont nous sommes tous issus constitue le sens véritable de cette ascension. L'individu passera de son état humain ou sensible à un état supra-sensible, du monde visible au Principe non visible, du monde terrestre au monde céleste, de la vision éparpillée à la vision unitaire. C’est le sens profond révélé par la pyramide.
René Guénon nous enseigne que la pyramide et la caverne cosmique sont susceptibles d'être symbolisées par deux triangles inversés, le premier contenant le second. La pyramide (ou la montagne) représentée par le triangle pointant vers le haut évoque le monde supra-cosmique et son Principe, figuré par le sommet. La caverne cosmique est assimilée au triangle pointant vers le bas, et symbolise la manifestation du Principe terrestre ici-bas.
 La montagne symbolise aussi la verticalité, chère au franc-maçon. C’est un pont entre le bas et le haut, sa fonction consiste à relier les dimensions terrestres et célestes. Comparable à un vase alchimique, la montée opère la mutation du plomb en or. Les révélations s’accomplissent sur les sommets.
Selon les religions traditionnelles, la montagne intérieure, comme la montagne physique, est une invitation à s’élever au-dessus du monde d’en bas. Le pèlerin, au terme de l’ascension de sa montagne, découvre la lumière éblouissante de la révélation divine. Il est enfin arrivé au bout de son chemin.
Le symbolisme de la montagne, selon moi, est tout autre. J’imagine des hommes de bonne volonté, qui, partant de lieux opposés, et empruntant des voies différentes, progressent lentement vers le même sommet. Chacun choisit son itinéraire, chacun dispose de ses propres capacités, chacun a sa conception de la manière de gravir les flancs de la montagne. Malgré leurs différences, ils sont animés du même désir de s’élever. Ils se rejoindront, tôt ou tard, pour s’apercevoir qu’ils sont encore loin du sommet. Ils découvriront qu’ils ne sont parvenus qu’à une étape de leur évolution, que la vérité n’est pas au bout du chemin, mais qu’elle est le chemin, et que chaque pas vers le sommet est une révélation, une bribe de la vérité.
Nous nous rapprochons de ce but ultime, mais nous ne l’atteindrons jamais. En prenant conscience qu’il ne faut pas escalader la montagne pour s’emparer du ciel, mais pour faire descendre le ciel sur la terre, l’homme forgera enfin les outils de sa propre évolution.
La représentation de la montagne comme unique lieu spirituel correspond à la période originelle et pure de l’humanité terrestre. Mais lorsque la Connaissance ne fut plus à la portée que des seuls initiés, la caverne devint un symbole spirituel et initiatique plus approprié et plus facile à appréhender.
Les cavernes et les grottes étaient les lieux de culte des hommes préhistoriques. Le culte de Mithra était célébré dans des grottes. Mahomet a eu sa première révélation dans la grotte du mont Hirâ. Jésus est né dans une grotte, ainsi que Lao Tseu.
La symbolique de la caverne est double : élévation de l'âme ou descente aux enfers. Elle représente à la fois la voûte du ciel et la porte du royaume des ténèbres et des esprits. Dans la caverne, le temps n'existe pas, il n'y a ni hier, ni demain car le jour et la nuit y sont semblables.
Elle est le centre du Monde. Lorsque la stalactite rejoint la stalagmite, elle forme le Pilier du monde, qui relie le ciel et la terre.
La caverne figure dans les mythes de renaissance et d'initiation de nombreux peuples. Elle est aussi considérée comme un gigantesque réceptacle d'énergie tellurique, et possède un pouvoir de maturation qui l'apparente à l'œuf. Certains rituels d'initiation font donc passer l'adepte par la mort symbolique dans une caverne, ou un tombeau, reproduction artificielle de la caverne, et c'est seulement après être «mort » que celui-ci peut renaître à un niveau supérieur.
Le Cabinet de Réflexion est la forme moderne et adaptée à nos mœurs de l'antique caverne initiatique.
Entrer dans une caverne c'est faire un retour à l'origine. La caverne est un lieu de passage de la terre vers le ciel. Le Christ est mort, a été inhumé dans un sépulcre creusé dans la roche, est descendu aux enfers, pour ressusciter enfin.
Pour Platon, la caverne est un lieu d'ignorance, de souffrance et de punition.
Dans une allégorie, Platon imagine des prisonniers enchaînés au fond d’une caverne. Ces prisonniers prennent pour le réel ce qui n’est que le reflet d’une image. Ils sont dans l’illusion totale. C’est pourquoi le monde visible est appelé " le monde des apparences ". Nous croyons connaître, dit Platon, le monde tel qu’il est vraiment, mais en fait, nous n’avons accès qu’à son apparence. Les habitants de la caverne, c’est nous, l’humanité. La caverne, chez Platon, signifie... notre monde, où la marche vers l'intelligence commence par la délivrance de ses liens, et l'ascension hors de la caverne. Un petit nombre y parvient parfois et ceux-ci commencent une ascension libératrice hors de cette caverne vers l'extérieur, vers le monde véritable. Platon pense à Socrate, que les habitants de la caverne (les sophistes) mirent à mort, parce qu'il dérangeait leurs représentations habituelles, en leur montrant le chemin d'une vraie vision intérieure. Platon veut démontrer que le contraste entre l'obscurité de la caverne et la lumière de l'extérieur est le même que celui qui existe entre le monde visible et le monde des idées. Après avoir quitté la caverne et contemplé le monde véritable, le philosophe pourra et devra revenir à l'intérieur pour instruire et éclairer les autres hommes.
L'allégorie de la caverne est une métaphore du courage du philosophe, de la prise de conscience de sa responsabilité vis-à-vis des autres hommes, de son devoir de pédagogie.
L’homme, nous dit Platon, qui se contente des apparences reste un esclave enchaîné à ses certitudes. La réalité intelligente appartient à celui qui prend le risque de la confrontation à l’autre, qui séjourne dans la Lumière, fut-elle éblouissante.
Mais la contemplation béate et aveuglante du soleil est inutile si l'homme ne revient pas ensuite dans la Caverne pour répandre la Lumière à ceux qui sont perdus dans l'obscurité. La foi, l'illumination, est une responsabilité, un engagement, un combat ou alors n’a aucune raison d’être.
La méthode maçonnique s’apparente, par certains points, à l’allégorie de la caverne. Le franc-maçon ne se contente pas de regarder les ombres que le monde profane projette sur les murs de sa caverne. Il ne reste pas reclus dans le temple, jaloux de son confort et de son savoir. Par des voyages incessants entre le temple et le monde profane, il apporte sa contribution à l’amélioration de l’Humanité.
Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre occulte
La mort profane permet la «descente aux enfers» qui est un voyage souterrain auquel la caverne donne accès et qui, s'il est réussi, permettra d'accéder au sommet de la montagne.
Ce sommet n’est atteint que par ceux qui ont visité le centre de la terre, et en sont sortis. Cette mort profane est une seconde naissance. On ne peut sortir de la caverne où nous sommes nés qu’en se corrigeant, en rectifiant sans cesse. Et enfin libérés, nous verrons la lumière.

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Le voyage, le chemin, la voie

21 Octobre 2013 , Rédigé par Gilles L\ Publié dans #Planches

Travail de passage de Compagnon

PARTIR SUR LE CHEMIN DU PERFECTIONNEMENT.

Le livre du compagnon se termine par un commentaire sur les pas du compagnon : «Le compagnon ne se contente pas de marcher dans la direction de l’Orient ; il veut connaître le monde dans son ensemble, … étudier le bien et le mal, la lumière et les ténèbres, la vertu et le vice, la vie et la mort. De chaque valeur positive il cherche le complément négatif et grâce à son intelligence, il ramène à l’unité les termes contraires ». Dans ce même livre, à la question : Pourquoi le compagnon touche un salaire plus élevé ? Il est répondu : Afin d’avancer avec d’autant plus d’ardeur sur le sentier du perfectionnement. Après l’immobilité silencieuse de l’apprentissage, devenu compagnon, je suis est incité à prendre la route dans la grande tradition du compagnonnage de métiers. Va de chantiers en chantiers, dit-on au compagnon, que la main qui tient les outils s'affermisse, apprend des meilleurs ouvriers, ouvre-toi aux autres techniques, soit conscient de tes lacunes et faiblesses, en bref va t’enrichir et te perfectionner dans ton métier et reviens nous montrer la preuve de ta maîtrise par la présentation de ton chef-d’œuvre. Pour tous, profane comme initié, partir est un puissant et attractif appel à aller regard ..monter en des cieux ignorés     Du fond de l’océan des étoiles nouvelles. Ne sommes-nous pas tous nomades de lointaine origine, curieux de ces autres horizons dont se nourrissent nos songes, impatients d’admirer les merveilles du vaste monde, de ressentir mille nouvelles émotions, de s’approprier de multiples petits ou grands secrets ! Clairement le voyage à accomplir n’est pas un congé sabbatique, une parenthèse "loisir" dans mon parcours de cherchant, ou encore une fuite pour me faire oublier ou m’oublier moi-même. Son essence se trouve dans la définition que lui donne Daniel Ligou dans son Dictionnaire de la franc-maçonnerie : « le voyage est l’épreuve de l’homme, c’est à la fois une nécessité de sa condition, le moyen de son émancipation, l’occasion de faire ses preuves, de découvrir d’autres aspects de monde et de soi-même ». Ainsi, le voyage que je me dois d’accomplir est un travail structuré et structurant le long du sentier du perfectionnement.

LE VOYAGE

Le voyage c’est d’abord un éloignement qui porte à l’abandon des repères et certitudes habituels. C’est ensuite un moyen d’apprendre et de me parfaire dans mon métier d’homme au contact de nouvelles dimensions géographiques et humaines. C’est enfin l’occasion, l'épreuve, d’une exploration des espaces intérieurs inconnus de moi en moi. Voilà mon programme de voyage et son résultat doit être ma propre transformation. Ces différents aspects me renvoient aux voyages symboliques que j’avais accomplis en tant qu’impétrant puis apprenti dans le Temple : Au sortir du cabinet de réflexion me voici conduit par le maître des cérémonies à effectuer trois voyages de purification par l’eau, la terre et le feu. Comme le dit le catéchisme de l'apprenti, ces trois voyages symbolisent la pénible ascension vers la lumière. Épreuve, qui, par dissolution et coagulation avec le monde et moi-même, me fera apprenti maçon. Plus tard, tenant la main de mon frère Jean-Luc Garcia, je me revois soumis à l’épreuve de nouveaux voyages, à gravir cinq marches de reconstruction, de recentrage à la lumière de l'Etoile Flamboyante. Voilà donc le motif, la raison du voyage, mon viatique : Le voyage est le socle de l'évolution maçonnique, c’est le moyen de passer d’un état à un autre; une épreuve suivie d’une transformation. Mon voyage ne peut donc être qu’une prolongation des voyages rituels accomplis. Une trans-formation : partir en un voyage qui me conduira vers un ailleurs (lumière, perfection, vérité, paradis ?) que je dois chercher, découvrir ou créer. Partir pour m'instruire, c’est-à-dire me former, me reformer, me réformer. La destination du voyage n’est pas un lieu mais un nouvel état de conscience né de ma propre transformation. Il n’est donc pas nécessaire d’aller loin pour l’entreprendre car le monde tout entier est là, devant ma porte et de partout on voit le ciel étoilé. Ce voyage, action dynamique par excellence, est en fait statique dans son essence.

LE CHEMIN

J’ai vite compris, et plus lentement accepté, que personne ne m’indiquerait la route à prendre. Il me fallait partir sans carte ni itinéraire; sans chemin défini. C’était donc à moi seul de le faire, de le construire en marchant. En avançant sans m'interroger à chaque carrefour sur la bonne route, la plus directe ou la plus confortable. Le Mat, arcane majeur du tarot me suggérait que tous les chemins sont mon chemin, car c'est marcher qui importe, pour puiser une nouvelle énergie dans la beauté des espaces qui s’ouvrent et se découvrent en me déplaçant, dans un temps reconstruit au rythme de mes pas. Le premier chemin que je choisissais était celui de la liberté retrouvée, la page blanche sur laquelle peut s’inscrire un nouveau présent; c’était celui qui m’unissait aux forces vibrantes de la terre et du ciel, ou le cœur et la raison ne s’opposent plus mais s’équilibrent et se renforcent, libérant une force créatrice qui fait prendre conscience de soi et pousse au dépassement. L’esprit ouvert et libéré par ce mode de cheminement était propice à l’éveil de mes pensées. Car, comme me l’inspirait Jean Guitton dans son « Nouvel Art de Penser », la pensée est suscitée par l’étonnement, état d’innocence propre à concevoir et sentir, et par l'admiration, c’est-à-dire l’interrogation active des images observées, des hommes rencontrés, des événements vécus. Je jetais un regard naïf et curieux, un regard d’enfant, sur le paysage et les personnes rencontrés. Je faisais raconter ce que je rencontrais en un questionnement rendu fécond par l’étonnement et l’admiration. C’est à l’étape que mon travail commençait. Je cherchais à donner du poids et du sens au dialogue avec les autres et, dans le même état d’esprit, j’entreprenais un dialogue avec moi, considéré comme un autre. Je m’efforçais de comprendre ce qui compte et ce qui pèse, à reconnaître ce qui est bon et ce qui est mauvais, à identifier ce que j’ai en commun ou de diffèrent, à accepter les contradictions, à tenter de les combiner vers un mieux, un bien.

L’EPREUVE

Ce chemin passait naturellement par les autres mais aussi par l’intérieur de moi et y descendait au plus profond.
VITRIOL : je devais aller au fond de la caverne, à la matrice, à l’origine, là ou, m'enseigne-t-on, l’âme est encore en contact avec l’Un.

Le véritable itinéraire était donc intérieur, et je le redoutais : Amer savoir, celui que l’on tire du voyage ! Le monde, monotone et petit, aujourd’hui, Hier, demain, toujours, nous fait voir notre image : Une oasis d’horreur dans un désert d’ennui ! Il me fallait accepter la peur de cet intérieur laid et repoussant dans tant de ses aspects ; il me fallait la vaincre et m’en débarrasser afin de me sentir libre, serein et généreux. Alors, et alors seulement, je pourrai m’approcher d’un autre état fait de sagesse et de plénitude. Je devais trouver l’harmonie avec moi et avec les autres. Prendre ce chemin qui me permettrait de communier, dans un nouvel état de conscience, avec toutes les présences en moi et hors de moi.

LA VOIE

Ce Mat que je prenais pour modèle pouvait être aussi celui du fou, enivré par cette liberté sauvage qui se suffit à elle-même, ne voyant plus dans le voyage que le chemin. Certes, qui veut penser grandement doit errer grandement disait Heidegger. Au risque de l’errance perpétuelle, celui de se perdre en route sans arriver au but, sans possibilité de retour. Singulière fortune ou le but se déplace Et, n’étant nulle part, peut être n’importe ou ! La raison me soufflait que tous les chemins ne sont pas à prendre, que je devais trouver et choisir parmi eux une voie. Au sens abstrait, la voie est une conduite, une suite d’actes orientés vers une fin et considérée comme un chemin que l’on peut suivre (Le petit Larousse). Une voie est une conduite finalisée; le chemin est le moyen. Prendre une voie c’est adopter une conduite pour atteindre un but. Quelle est cette finalité et quelle conduite y mène ? Quelle finalité? Reformulant ce que j’ai écrit plus haut, je crois que le but premier d’un voyage est d’accroître sa connaissance des outils et de la matière sur laquelle ils s’appliquent. Cette connaissance mise en pratique concoure à l’élaboration d’une forme parfaite, symboliquement représentée par la pierre polie, qui, bien travaillée, peut alors prétendre s'intégrer utilement et harmonieusement au temple que nous construisons. L’outil maîtrisé utilisé sur soi va faire apparaître de nouvelles valeurs, de nouveaux modes d'agir et d’être par dépouillements besogneux. Cette transformation opérée, l’unité de l’être, dispersé dans la multiplicité de ses désirs et de ses renoncements, est retrouvée. Cette finalité, cet ultime but, difficile sinon impossible à atteindre peut cependant s'approcher en accomplissant pleinement ses devoirs d’homme en l’harmonie avec soi et avec les autres. Partir pour accomplir ET pour s’accomplir.

Quelle conduite ?

Je me disais que c’est celle qui fait de chaque pas une occasion de se connaître pour se dépasser. Il n’y a pas d’accomplissement sans dépassement et pas de dépassement sans effort. Le premier effort est de maintenir une attention soutenue propre à découvrir, lever le voile au sens étymologique du terme. Derrière ce voile, il faut trier ce qu’on y trouve :des habitudes et des pensées faites de préjugés et d’intolérance qu’il faut chasser ; d’autres enfouies et affaiblies par de mauvais mélanges qu’il faut ôter avant de les remonter à la lumière de sa conscience pour les faire renaître, grandir et renforcer. Se concentrer sur soi-même, à travers les mille chemins des sensations, des émotions et des idées ; laisser venir l’intuition pure ; la combiner au logos afin de s’armer pour une action plus efficace et plus juste sur soi et sur le monde. Puis recommencer ce mouvement de flux et de reflux de bas en haut, de la périphérie au noyau des choses et de soi-même, jusqu’à la rencontre de la cohérence harmonieuse, reflet du jardin d’Eden, du sens véritable.

Quels moyens employer?

Cette quête de sens, il faut la chercher au moyen privilégié du langage symbolique. Les voyages de l’apprenti et du compagnon sont les références les plus immédiates. Mais l'allégorie du labyrinthe me paraît plus vivante, probablement parce que plus anciennement ancrée dans ma mémoire. Je résume ce que m’a appris sur ce thème la revue ALPINA dans son numéro de mai 1999 : "Le labyrinthe fait appel à l’aspect féminin, intuitif, irrationnel de notre personnalité, fait d’hésitations, d’engagements et de retour sur ses pas. C’est un chemin nécessaire à la compréhension de soi et par là de l’univers et des dieux. Il symbolise la démarche de l’individu en quête du secret de la vie et du sens de l’humanité. Il exprime les deux grandes difficultés de l’ouvrage alchimique : accéder à la chambre intérieure, puis avoir la possibilité d’en sortir. D’abord vaincre les embûches du dédale pour atteindre le centre, enfin, en sortir. Ce centre c’est l’image du moi profond, enfoui dans les ténèbres de l’inconscient, apparaissant dans toute son hideuse nature. C’est là, dans cette crypte, que se retrouve l’unité perdue de l’être, qui s’était dispersé dans la multitude des désirs. Il faut ensuite ramener cette image à la conscience, c’est-à-dire au grand jour, à la lumière, pour acquérir la pleine conscience, la pleine connaissance de soi, qui est celle de la lumière initiale, et ainsi faire à nouveau rayonner cette lumière dans le monde". L’homme perfectible, parvenu au centre de soi-même, perçoit la lumière emprisonnée dans les formes ténébreuses de tréfonds de son être Il ne peut se contenter de la regarder, il doit vaincre les ténèbres du chaos qui l’empêche de ramener ce flambeau au jour. Ne pas trouver le chemin du retour c’est rester prisonnier des ombres, c’est-à-dire ne pas accepter de ramener maîtrisée l’image qu’il refoule dans son inconscient.

LE RETOUR.

De ce voyage dans le voyage, qu’ai-je rapporté? Avant tout une certitude :celle que le voyage initiatique, forme maçonnique de pèlerinage, est une voie vers la connaissance ; connaissance de soi et, par extension, « de l’univers et des dieux ». Cette connaissance est le moyen de bâtir une vie intérieure libre et harmonieuse. Cette vie intérieure apaisée ne sera une perspective d’accomplissement que partagée avec les autres qui viendront à leur tour la consolider, l’entretenir. Voilà le sens que je donne à cette belle parole qui clôt les travaux: L’harmonie par la fraternité. Je n’ai pas ramené mon chef-d’œuvre, car j’ai la conviction que ce voyage n’est pas terminé et ne le sera probablement jamais. Il est à faire et à refaire pour que grandisse l'homme nouveau qui germe lentement en moi. À chaque retour, un nouveau partage avec mes frères qui me donneront un nouvel élan, une nouvelle force pour le prochain départ. Jusqu’au dernier.

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Sagesse

20 Octobre 2013 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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Devise

19 Octobre 2013 , Rédigé par X Publié dans #Facebook

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Hiram, la mort d'un Bâtisseur,ou le mythe fondateur de la Franc-maçonnerie Universelle…

18 Octobre 2013 , Rédigé par Annie M Publié dans #Planches

Je souhaite pouvoir vous entretenir ici du mythe fondateur de notre Ordre et de sa profonde symbolique mise en exergue par la mort d’Hiram, le Bâtisseur…

Comme il se doit, toute association humaine a en effet besoin d'un mythe fondateur pour pouvoir se développer. Et pour se faire, le mythe fondateur de la Franc-maçonnerie est donc l'assassinat d'Hiram par trois mauvais Compagnons…

Chronologiquement, les événements qui ont amené la conspiration contre le Grand Maître Hiram Abiff et qui ont abouti à son assassinat, ont eu pour origine l'arrivée de la Reine de Saba qui fut attirée à la Cour de Salomon pour tous les récits relatifs à son admirable sagesse ainsi qu’à la splendeur du temple qu'il s'apprêtait à construire.

En effet, le roi Salomon étant sur le point de construire un temple à la gloire de l'Éternel ; il rencontra d’emblée beaucoup de difficultés pour pouvoir s’adjoindre les services d’ouvriers habiles et compétents afin d’élaborer et d'exécuter la partie architecturale de l'entreprise qui était effectivement d’une telle ampleur, qu'il jugea nécessaire de demander soutien à son ami et allié : Hiram, roi de Tyr.

D\ fait, à cette époque, la main-d’œuvre de certains constructeurs, parmi les plus aptes et expérimentés, étaient les Tyriens (ainsi que les Sidoniens) qui, à ce moment, étaient déjà de longue date considérés comme de véritables artistes ayant de surcroît une profonde culture spirituelle.

Admis notoirement comme étant les meilleurs bâtisseurs dans le monde, Hiram accepta donc en toute confiance et envoya à leur secours une abondance d'hommes et de matériaux qui devraient être utilisés pour la construction du Temple.

Et, parmi les premiers, il y eut un artiste distingué, à qui fut confiée la surintendance de tous les ouvriers…

C’est ainsi que le roi Salomon demanda à ce que soit engagé Hiram de Sor [Tyr] : lequel était le fils d'une veuve de la tribu de Nephtali.

Le père de celui-ci était, quant à lui, également un homme de Sor : artisan de son état et celui-là même qui avait achevé le bronze d’Hiram ainsi que tout l'ouvrage qu'il avait dû ériger en son temps pour le roi Salomon dans la Maison du Seigneur.

À noter en aparté, qu’il ne faut évidemment pas confondre, Hiram (roi de Tyr) : lequel envoya hommes et matériaux à Jérusalem afin d’y construire le palais pour David et le temple de Salomon – avec Hiram : l'architecte du temple de Salomon envoyé lui-même par le roi de Tyr.

Le Maître Hiram étant encore également appelé : Hiram Abi, Hiram Abiff, Huram ou aussi Adonhiram.

La base biblique étant quoi qu’il en soit très succincte à ce propos et les Rituels Maçonniques ont en outre été considérablement développés par la suite, pour en extraire le texte initial et ainsi, créer la légende de l'assassinat d'Hiram.

L'une des versions les plus anciennes de ce récit apparaît d’ailleurs dans l'Ordre des Francs-Maçons trahis et leurs secrets révélés (en 1744) : sous la révélation de Adonhiram ou Adoram ou encore (plus simplement et tel que tous les SS\ et FF\ le connaissent sous le nom couramment simplifié d’Hiram), à qui Salomon ayant donné l'intendance des travaux de son Temple auprès d’un si grand nombre d'Ouvriers à payer, qu'il ne pouvait lui-même effectivement pas les connaitre tous (…)

C’est de la sorte que Hiram, convint avec chacun d'eux, des Mots, des Signes et des Attouchements différents, pour mieux pouvoir les distinguer et être ainsi assuré de leur allégeance aux principes fondamentaux de ce qui, universellement, unit (à défaut parfois de vraiment les réunir…) tous les Francs-Maçons du globe.

Mais la plus belle version de la légende d'Hiram reste sans nul doute celle qu'écrivit par ailleurs Gérard de Nerval (en 1850), dans son Voyage en orient…

Par son récit, Nerval ay effectivement donné à la Franc-maçonnerie spéculative (tant francophone qu’étrangère) l'un de ses plus beaux textes…

Sans dévoiler la cérémonie de l'exaltation à la maîtrise, il peut toutefois être permis de signaler que l'assassinat d'Hiram en constitue le principal élément.

Et Nerval a su transcrire, avec un réel talent, tout ce qui caractérise l'Humanité : l’amour, la passion, le fanatisme, l’envie, la jalousie, l’amour propre, l’orgueil et la lâcheté, notamment (…)

Et ce condensé des sentiments humains constitue effectivement la trame du récit Nervalien, mais aussi le mythe-fondateur de la Franc-maçonnerie spéculative.

Ainsi et quoi qu’il en soit, ou même en fut, la Franc-maçonnerie révèle-t-elle, par le mythe d'Hiram, qu'elle souhaite pouvoir rassembler ce qui est épars au sein de tous les êtres humains : quelles que soient leurs forces et/ou leurs faiblesses.

Et par la méditation ainsi que la remise en cause perpétuelle, Elle apprend aux Hommes à dominer leur nature autant que leurs instincts.

Historiquement donc : les travaux touchant à leur fin, trois Compagnons désireux de s'attribuer les privilèges du Maître, se postèrent chacun devant une porte du temple...

Le premier demanda le mot de passe au Maître qui lui répondit qu'il n'était pas possible de l'obtenir sans autre forme et qu'il fallait avoir la patience d'attendre le moment opportun…

Dépité, le Compagnon frappa alors l’Architecte au cou à l’aide d’une règle… Et cette blessure, dit-on, symbolise la mort physique d’Hiram.

Le deuxième Compagnon ayant obtenu la même réponse en fut si furieux qu’il porta sur le sein gauche du Maître, un puissant coup d'équerre : c'est la mort sentimentale.

Enfin, le troisième Compagnon reposa encore la même question mais il n’obtînt malgré tout toujours que la même repartie déterminée de la part d’Hiram : en dépit de ses meurtrissures qui l’amenaient jusqu’à l’agonie.

Et en effet, le coup de maillet que ce 3ème Compagnon lui porta sur le front, acheva son agonie : cette troisième mort symbolique correspondant là, à la mort mentale d’Hiram.

Les meurtriers se demandèrent alors mutuellement, la parole du Maître, qu’aucun d’eux n’avait pu obtenir...

Ils ne la surent jamais !

Comprenant l'inutilité et la bassesse spirituelle de leur crime, ils plantèrent alors à l'endroit où ils avaient enseveli Hiram, un rameau d'acacia : arbre de Vie grâce auquel les envoyés de Salomon purent le retrouver.

Il est à remarquer que dans cette légende, l’on trouve donc 5 personnages-clés…

1 - Le roi Salomon : lequel représente (ou plutôt symbolise) la partie supérieure de l'Homme ; la partie qui doit régner et gouverner ; mais aussi la partie qui doit posséder l'Art Royal incluant l'art de gouverner.

2 - Hiram l'architecte (le bras droit de Salomon) : lequel doit exécuter et concrétiser les plans du roi.

3 - Les 3 mauvais Compagnons : lesquels représentent toutes les imperfections majeures de l'être humain : Imperfections qu'il faut neutraliser, extirper ou…tuer (…)

En Franc-maçonnerie, on les appelle parfois le fanatisme, l'ambition et l'ignorance ; mais il y en a évidemment bien d'autres, hélas.

Il n’empêche, l’histoire des trois Compagnons meurtriers d’Hiram est une symbolique très sévère qui met en garde contre toutes les formes de suffisance et de convoitise acquises frauduleusement, car destructrices dans le travail de toute évolution personnelle tendant vers l’amélioration de soi et, au travers, de celles des autres : si possible…

On comprend dès lors mieux ici, à quel point la croyance en une connaissance incomplète peut être pire que l’ignorance elle-même ! Car l’on ne devient pas Maître en un instant !

Tout au contraire, il faut, par un travail permanent, lentement et par degré par degré, progresser et…évoluer vers la maturation et l’union ; car mieux nous nous comprenons, mieux nous nous entendons et mieux nous atteindrons un nouveau palier.

Cette légende marque donc très fortement la symbolique Maçonnique.

L'accession au grade de Maître (par sa mort symbolique), reprend ainsi toutes les étapes de l'assassinat d'Hiram : ce dernier symbolisant l'homme juste et vertueux mis à mort à cause de l'ignorance (…)

Ainsi dans le Rituel Maçonnique, le récipiendaire est-il recouvert d'un drap noir et d’une branche d'acacia pausée dessus…

Et à la question : « Êtes-vous Maître… ? » ; l'initié prononce la phrase rituelle : « l'acacia m'est connu » (…)

En effet, pour rappel plus précis du contexte : lorsque Salomon s’est aperçu qu’Hiram avait disparu, des équipes d’Ouvriers furent envoyées à la recherche du corps…

Et chacun d’entre eux eut peur qu’Hiram puisse avoir - peut-être - révélé le mot secret…

Tant et si bien que, les deux rois (Salomon ainsi qu’Hiram) décidèrent alors conjointement que le premier mot prononcé lors de la découverte du corps, serait le maître-mot nouveau (…)

Mais lorsque l’un d’entre eux se saisit de la main d’Hiram, la peau lui glissa entre les mains comme s’il s’était agit d’un simple gant…

Alors, le Maître qui venait de toucher la main s'écria : « Macbenae » (…) (Ceci peut se traduire par « la chair quitte les os », « pourrie jusqu’à l’os » !

Chaque Maître-Maçon, à l'instar de la légende d’Hiram Abiff, fait donc l'expérience de cet événement.

On dit alors qu'il a été élevé (…)

Et en termes Maçonniques, on pose alors la question : « de quoi, vers quoi et par quoi es-tu élevé au degré du Maître… ? » La réponse étant : « de l'état de mort à une vie perpendiculaire à l'équerre, par la forte poignée du Maître-Maçon ou de la Patte de Lion sur les cinq points du Compagnon » (…)

Voilà donc pourquoi, cette légende a une profonde signification spirituelle ainsi qu’une extraordinaire importance dans la vie de tout Homme initié (incluant naturellement les femmes-Sœurs) qui ont eu le privilège de recouvrer, au sortir des ténèbres de la mort physique, émotive et spirituelle, la Vraie Lumière qui le guide ainsi dans la Maîtrise de toutes ses pensées, de toutes ses paroles ainsi que de tous ses comportements, actes et agissements, tant à l’égard de lui-même qu’au profit des autres dans le monde profane.

J’ai dit.

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Musique et Art Royal

17 Octobre 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Qu’est-ce que la musique ? La musique est une construction liée à l’organisation de sons.
Qu’est-ce que le son ? On peut dire que le son est le fils de la matière en ce sens que la physique nous apprend qu’il est une onde, une vibration qui se propage telle les rides concentriques à la surface de l’eau lorsque l’on vient d’y jeter une pierre. Cette onde qui est le fruit d’une source oscillante, s’étend de proche en proche tant qu’elle rencontre de la matière solide, liquide ou gazeuse.
Dans notre vocabulaire, nous avons plusieurs mots pour désigner les sons. Deux se détachent particulièrement et se rapportent au sujet traité aujourd’hui : il s’agit du « bruit » et de la « musique ».
L’organisation des sons est tout à fait différente lorsque l’on parle de bruit ou bien de musique. Le bruit est un chaos de sons, alors que la musique, elle, n’est qu’ordre. Nous retrouvons donc la construction qui se doit de respecter des lois qui régissent l’équilibre et l’harmonie d’un édifice, qui, dans mon propos, est la composition musicale. Les sons du chaos mis en ordre créent la musique.
Nous sommes en présence d’un symbole ternaire en ce sens que c’est l’intellect qui nous permet de faire la différence entre le chaos et l’ordre. Le son et l’intellect donnent un modèle ternaire : la musique. De même, l’Équerre et le Compas donnent naissance à l’harmonie. Le son, la matière, l’Équerre, alliés à l’intellect, l’esprit, le Compas donnent la musique, l’harmonie. J’y reviendrai un peu plus tard.
Avant de cerner la nature symbolique de la musique, il est nécessaire de reprendre la symbolique de ce qui la compose : le son.
« Au commencement était le Verbe ». Le « Verbe », le « mot », le « son », le « souffle ».
La tradition Hindou donne le son comme principe créateur de l’Univers, bien avant la lumière. Le « souffle créateur » du démiurge anima tout l’Univers lorsque fut prononcé la formule dont la traduction est « Aum Terre ! Atmosphère ! Ciel ». Dans le mot originel « Aum » est contenue une énergie fantastique. Le son exprime « Dieu » tout en étant « Dieu » lui-même. « Aum », le son des origines, est un symbole ternaire. Composé de trois lettres, il symbolise les trois divinités suprêmes du panthéon Hindou : Brahma, Vishnu et Shiva. Le son est à la base de la théologie Hindou, contrairement à la théologie judéo-chrétienne qui est basée sur la lumière. Le démiurge Hindou appela la vie en offrant à l’Univers un son primordial, alors que Yahvé commença son œuvre par cet ordre : « Que la lumière soit ! ».
Existe-t-il une symbolique de la musique ?
Dans toutes les religions polythéistes d’orient ou d’occident, la musique se rattache à un dieu particulier. Chez les Égyptiens, Thoth ou Osiris l’ont inventée. Chez les Grecs, c’est Apollon, pour les Hindous, c’est Brahma. La musique prend une autre dimension une fois passée par les mains des mathématiciens grecs, notamment Pythagore qui étudie les rapports entre les sons. Mais c’est Lassus, en 540 avant J. C., qui écrivit le premier sur la nature de la musique. L’école pythagoricienne rattache la musique à la perfection des nombres et aux mouvements de l’Univers, l’harmonie étant le but final sur les deux plans concernés. La tradition chrétienne s’inspira fortement de Pythagore dans sa conception de la musique, notamment par le biais de Saint Augustin (354-430) et de Boèce (480-524). « Le rythme ternaire est nommé perfection, tandis que le binaire est toujours considéré comme imparfait ».
En musique, tout comme en poésie, les rythmes et les sons sont agencés de manière à créer un espace envoûtant et riche en signes évocateurs. On parlera de musicalité d’un poème ou encore de la poésie de certaines sonates ou nocturnes. Écouter la musique ne consiste pas uniquement à se laisser bercer par des rythmes et des mélodies ou encore à fredonner indifféremment des airs entraînants. C’est bien au contraire, l’occasion rêvée d’un ressourcement, d’un éveil au plus profond de soi. La présence de la musique a toujours contribué à alléger et à anoblir les servitudes terrestres. Elle est une création du monde sans cesse renouvelée dans ses rythmes et tonalités, rappelant à l’Homme qu’il est, lui aussi, habité et gouverné par des rythmes et des accents tout comme l’Univers.
Je voudrai maintenant m’attarder sur une des composantes essentielles de la musique : l’harmonie.
La musique est une construction de sons, s’appuyant sur l’amour de la beauté et également sur l’amour de l’équilibre. Cet équilibre, c’est l’harmonie. L’harmonie découle de la première sensation reçue lors de l’écoute qui est la mélodie. Elle peut être considérée comme le résultat d’une recherche plus profonde de la perfection. En ce sens, le symbolisme qui s’en dégage est à mon avis le suivant : la mélodie est une approche horizontale qui se retrouve dans le Niveau, alors que l’harmonie se retrouve dans le Fil à Plomb. Le Niveau représentant équilibre et égalité et la Perpendiculaire exprimant recherche de la vérité et perfectionnement.    
Le rôle de la musique en Loge.
Quelle définition peut-on donner de la Col\ d’Harm\ ? Elle a évolué au fil du temps mais aussi en fonction des lieux. On peut dire qu’il s’agit d’une formation d’instruments, de chanteurs, ou bien même des deux réunis, propre à produire de la musique ou des chants lors des Ten\ Maç\. De nos jours, la Col\ d’Harm \ est l’ensemble des moyens propres à reproduire la musique. Je ne vais pas faire son historique dans les LL\, car là n’est pas le sujet de mon travail. Je préfère développer ce qu’est son rôle en L\.
Le point fondamental est que la musique en L\ accompagne le Rituel. Le Rituel étant le fil conducteur des Trav \, la musique ne peut être qu’un complément du Rituel. Le Rituel est déjà en lui-même harmonie et équilibre. C’est certainement pour cela que la Col\ d’Harm\ semble ne pas tenir une place importante dans les rituels modernes. Certains auteurs reconnus ayant écrit sur le Symbolisme Maçonnique, ne mentionnent qu’avec parcimonie, le rôle de la Col\ d’Harm\ dans les Ten\ Maç\ d’aujourd’hui. Bien heureusement, les LL\ étant souveraines, dans certaines d’entre elles la Col\ d’Harm\ prend une importance particulière et nombreux sont les FF\ qui ne comprendraient pas son absence ou sa médiocrité.
Le rôle de la Col\ d’Harm\ est pour moi essentiel, en ce sens qu’elle établit une relation forte avec le déroulement du Rituel. Lors de l’initiation, c’est la musique qui accueille le récipiendaire. Il subit les épreuves les yeux bandés, et le seul sens qui lui permet de se situer, est l’ouïe. La musique en L\ permet également à chaque F\ d’affiner sa sensibilité. L’art, dans sa beauté, crée un lien entre les FF\. La musique participe sans aucun doute à l’élévation, elle n’est pas là pour boucher les trous ou meubler les silences, mais bien pour lier les différentes phases du Rituel, pour maintenir les FF\ dans l’état sacré que confère le Rituel, pour suivre cette progression qui nous amène à cet état particulier qu’est l’Égrégore. La musique peut être un élément ordonnateur de l’esprit.

Des musiciens et des écrivains ont été frappés par la parenté entre la musique et l'architecture. « L'architecture est une musique pétrifiée », a écrit Goethe. « J'ignore pourquoi, » disait Liszt, « mais la vue d'une cathédrale m'émeut étrangement. Cela vient-il de ce que la musique est une architecture de sons, ou l'architecture est-elle de la musique cristallisée ? Je ne sais, mais certes il existe entre ces deux arts une parenté étroite ». En conclusion, la musique jouée en L\ peut être apaisante, grave ou joyeuse, mais de toute façon, elle doit imprégner chaque F \ du Rituel, elle doit accompagner celui-ci tout en le mettant en valeur, ne jamais prendre le pas sur lui et toujours être son complément. Elle doit également favoriser la réflexion et la méditation. Je voudrai terminer ce travail en ajoutant quelques considérations personnelles. Les trois années que j’ai passées à la Col\ d’Harm\ m’ont énormément apporté et ont été pour moi une expérience très enrichissante. J’ai redécouvert le Rituel, j’en suis devenu un acteur. Le travail que cela m’a demandé fut pour moi une révélation dans bien des domaines. Au-delà des connaissances que j’ai acquises sur les compositeurs et leurs œuvres, a transpiré l’essai de la compréhension du langage de la musique. Les musiciens sont des poètes, les poètes des musiciens : les mots sont des notes, les chapitres des mouvements, les livres des symphonies. Leur but se confond avec notre démarche : atteindre la Perfection.

V\ M\ et vous tous mes FF\ en vos Deg\ et Qualités, j’ai dit.

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Sciences et voies de la Tradition

16 Octobre 2013 , Rédigé par A\U\ Publié dans #Planches

Si oubliée qu’elle soit lorsque nous travaillons à la gloire du Grand Architecte de l’Univers et que notre « chaîne d’union » spirituelle nous rassemble en fervents apprentis de nos « Respectables Loges » respectives, cette question, que je viens d’énoncer et qui constitue le titre de la planche que j’ai l’honneur de présenter devant vous ce soir, cette question nous tourmente en secret. Enfants et adolescents, dotés d’une éducation religieuse ou pas, à travers notre formation par l’école, le lycée ou l’université, nous avons pris nécessairement un bain de rationalisme, de ce rationalisme moderne dont Descartes, Newton, Spinoza, Leibniz, furent les initiateurs, et que le « siècle des Lumières » développa ensuite, tandis qu’émergeait la Franc-Maçonnerie spéculative dont nous sommes les actuels continuateurs. Peut-être les philosophes de ce temps, les Montesquieu ou les Voltaire (pour citer deux noms d’initiés de la franc-maçonnerie des Lumières) avaient-il compris que la complète émancipation de l’esprit humain (à l’égard du religieux) ne pouvait aller sans qu’on lui propose une religion de transfertsur le plan de l’humanité tout entière, celle-ci devenant par elle-même et par ses ouvriers symboliques - nous les francs-maçons - son propre chantier. 
Lorsque nous avons frappé à la porte du Temple, c’était, dans beaucoup de cas, afin de ne pas périr – intellectuellement, affectivement – de ce qu’un auteur contemporain (Marcel Gauchet) a nommé « le désenchantement du monde », en décrivant notre condition d’humains qui ne peuvent plus croire à aucun mythe, mais ne sauraient probablement pas s’en passer. 
Retrouvant dans nos Ateliers une sorte d’imprégnation mythique, dont notre baptême initiatique par les quatre éléments offre le premier contact, et le plus saisissant, nous voici sommés d’éclairer nos contradictions internes. C’est sous l’empire de la Raison que nous devons maîtriser nos passions dévorantes, en dignes émules du stoïcisme ancien, ou de l’épicurisme ataraxique, délesté au préalable de sa mauvaise réputation. Et néanmoins nous sommes amenés à laisser de côté, du moins quand nous sommes portés par la magie de nos tenues, une partie de ce qui donne à la raison son efficace, je veux dire « l’esprit critique », qui est le grand contempteur, l’opposant de toutes les croyances. 
Notre bien aimée franc-maçonnerie a quelque chose d’évangélique : il nous faut y redevenir de « petits enfants ». C’est parce que nous avons « trois ans » que ce Royaume nous est rouvert, que l’univers des contes peut se redéployer, que le Mythe a repris pour nous des couleurs. S’il n’est pas question de s’en plaindre, puisque au contraire de degré en degré le mythe, en de changeants apprêts, soutient notre quête, il nous faut pourtant convenir qu’en pratiquant l’Art Royal nous en arrivons, selon les individus et les personnalités bien sûr, à nous intéresser à d’étranges choses (au regard des profanes) : l’alchimie, l’astrologie, la magie, le tarot, la géomancie et autres techniques de divination, comme le Yi-King, la numérologie, la science des lettres, la Kabbale juive ou chrétienne, les spéculations sur le nombre d’or, la musique des sphères, la théurgie, l’anthroposophie, la médecine homéopathique, l’acupuncture chinoise, et que sais-je encore !, ces « disciplines » si diverses, mais qui sont toutes considérées, à un titre ou à un autre, comme irrationnelles, ont pu capter tour à tour notre attention, et même si elles ne l’ont pas retenue, faute de temps,  d’aptitudes ou de goût pour les pratiquer, ont certainement changé, peut-être à notre insu, notre façon d’appréhender le réel. Je ne voudrais pas engendrer cependant par mon propos la moindre confusion : je ne suis pas en train de confondre ésotérisme et occultisme, mais je nous situe à un carrefour où notre pratique ésotérique nous rend capable de ne pas rejeter d’emblée ces matières à et ces manières de réfléchir que nous aurions jugées irrecevables du temps où notre intelligence se maintenait dans le cadre d’une pensée étroitement rationaliste. 
Je reviens donc à la question posée en titre de ma planche : quel est le statut de telles connaissances traditionnelles devant le tribunal de notre raison ?
Plus exactement, sommes-nous prêts à envisager, à utiliser celles-ci comme des sciences au sens moderne du mot ? Certes les auteurs qui en ont écrit n’hésitent pas à employer ce terme : des expressions comme « sciences traditionnelles », « sciences sacrées », se rencontrent fréquemment dans les nombreux ouvrages que publient des collections spécialisées où s’alimente notre curiosité, parfois aussi notre dépit. Mais dans ces cas l’appellation de « science » recourt au sens ancien de la « sapience » encore invoquée chez Rabelais, c’est-à-dire de « sagesse », et cette acception, reconnaissons le, ne s’accorde pas vraiment avec l’évolution actuelle du mot.  
En effet les protocoles scientifiques modernes n’ont rien à voir avec, par exemple, l’étroite personnalisation du labeur alchimique qui devenait d’ailleurs, chez ses adeptes, l’œuvre de toute une vie. Dans un tel domaine, l’expérimentateur ne peut être changé sans que le travail ne doive être recommencé à zéro, car l’approche du savoir y est corrélative d’une véritable transformation qualitative de l’apprenant lui-même. Tandis que la science contemporaine, dans sa démarche expérimentale, exclut l'homme singulier du champ des expériences pour le réduire à un statut d'observateur uniquement capable d'objectiver ce qu’il observe, dans le respect de procédures indéfiniment et universellement reproductibles, l’homme du savoir ancien qui en globe dans ses questions à la fois le « comment » et le « pourquoi » des choses,  qui s’interroge donc aussi sur leur finalité, sur leur sens, venant à parler de l'expérience qu’il effectue, raconte ce qu’il est, ou plutôt ce qu’il devient en son être propre, tout autant que ce qu’il fait. Il situe son action en lui-même : son travail porte sur un objet mais l’implique comme « sujet ». Son engagement personnel se traduit par une sorte de poétique, de création subjective originale, qui fait que, par exemple, aucun traité d’alchimie n’est semblable à un autre, chacun offrant l’approche d’un texte obscur et magnifique, inédit et mystérieux. Cette démarche est expérientielle ( comme nous disons « existentielle ») et non pas expérimentale. Insistons sur cet exemple : la méthode d’un chimiste se doit d’être expérimentale, la voie de l’alchimiste est poétiquement, et initiatiquement expérientielle, comme la nôtre dans la construction du « temple » intérieur.   
Pascal, dans une page célèbre de sa Préface au Traité du Vide, qui date de 1651, définit ce que sera la science moderne : quand des sujets, dit-il, « tombent sous le sens ou sous le raisonnement, l'autorité y est inutile; la raison seule a lieu d'en connaître.[…] C'est ainsi que la géométrie, l'arithmétique, la musique, la physique, la médecine, l'architecture, et toutes les sciences qui sont soumises à l'expérience et au raisonnement, doivent être augmentées pour devenir parfaites. Les anciens les ont trouvées seulement ébauchées par ceux qui les ont précédés; et nous les laisserons à ceux qui viendront après nous en un état plus accompli que nous ne les avons reçues. […] Les secrets de la nature sont cachés; quoiqu'elle agisse toujours, on ne découvre pas toujours ses effets: le temps les révèle d'âge en âge, et quoique toujours égale en elle-même, elle n'est pas toujours également connue. […] Les premières connaissances [que les Anciens] nous ont données ont servi de degrés aux nôtres, et dans ces avantages nous leur sommes redevables de l'ascendant que nous avons sur eux; parce que, s'étant élevés jusqu'à un certain degré où ils nous ont portés, le moindre effort nous fait monter plus haut, et avec moins de peine et moins de gloire nous nous trouvons au-dessus d'eux. C'est de là que nous pouvons découvrir des choses qu'il leur était impossible d'apercevoir. Notre vue a plus d'étendue, et, quoiqu'ils connussent aussi bien que nous tout ce qu'ils pouvaient remarquer de la nature, ils n'en connaissaient pas tant néanmoins, et nous voyons plus qu'eux. »  
Rien de plus éloigné de cette idée de « progrès », qui sous-tend la révolte de Pascal contre « l’autorité » en matière scientifique, que les « connaissances traditionnelles » auxquelles nous nous référons dans nos Loges. C’est là, me semble-t-il un de nos plus étonnants paradoxes. La construction du Temple, ce chantier indéfini promis à un perpétuel inachèvement, a beau nous le faire regarder comme « a work in progress », selon la fameuse locution anglaise, nous nous tournons toujours résolument vers l’Origine afin de préparer l’avenir, nous éclairons l’horizon qui est devant nous avec les clartés que nous apercevons derrière nous. Nous qui nous voulons tellement hommes « libres », (donc, en quelque sorte, non assujettis à un strict déterminisme), c’est pourtant à l’écoute du passé, à l’observation des conseils qui en émanent, que nous soumettons notre attention intellectuelle et spirituelle. S’il est arrivé, ou s’il advient (hypothèse projetée sur le présent ou sur le futur) que des Francs-Maçons fassent figure de  « révolutionnaires », ne doutons pas que ce soit selon l’idée de retour, à côté de celle de renouvellement qu’implique le terme (et la métaphysique de « l’éternel retour », qui est une hypothèse hindouiste et bouddhique avant son adoption par le sulfureux Nietzsche n’est en ce sens guère éloignée de notre conception effectivement paradoxale du « progrès » ).
Ainsi, la sagesse à laquelle prétend accéder l’alchimiste est-elle toujours très antique, tout comme certains d’entre nous font remonter la Franc-Maçonnerie, sinon tout à fait jusqu’à Adam et Eve, du moins jusqu’à ce premier « architecte naval » que fut Noé construisant l’Arche. Aussi des rites noachites ont-ils été pratiqués dans notre Ordre.   
Il semble que le « grand arcane » ou le grand secret que nous poursuivons, bien que ce soit avec l’outillage conceptuel de nos mots substitués, comporte trois voies essentielles de recherche, complémentaires d’ailleurs, puisque aucune des trois ne peut se priver des ressources ou des procédés des deux autres. Ces trois voies sont l’Alchimie, l’Astrologie et la Magie. Deux autres « matières » constituent leurs adjuvants : l’une est le Symbolisme, dont nous apprenons, en loge d’apprentis, les rudiments (le symbolisme est indispensable à la compréhension de l’astrologie), l’autre est la Mythologie sur laquelle s’appuient maints rites magiques (qui présupposent un appel aux puissances spirituelles résidant dans les êtres inférieurs, voire dans les choses, dormantes mais point du tout inanimés (on se souvient de l’exclamation du poète : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? »). Si l’on me presse de dire où je situerais la Kabbale, j’en ferais un des outils majeurs du symbolisme : ses enseignements sont d’ailleurs à peine dissimulés dans nos Loges.
Pour deux d’entre ces voies auxquelles je me suis intéressé, l’Alchimie et l’Astrologie, je puis dire qu’elles reposent sur un vrai corpus organisé de connaissances, même si leurs dérives éventuelles les font regarder aussi comme des pratiques de superstition.  
Je prendrai d’abord l’exemple de l’astrologie, puisque celle-ci conditionne l’approche de l’alchimie. 
Doit-on rappeler que, de tout temps, l’homme a été attiré par la voûte céleste et que l’observation des astres lui a d’abord servi à évaluer le temps ? L’alternance des jours et des nuits, les changements dans les phases de la Lune et la position des planètes, ces astres errants selon l’étymologie du mot, retinrent son attention. Les Chaldéens, du haut de leurs ziggurats babyloniens, effectuèrent les premiers relevés précis de la position des luminaires mobiles par rapport aux constellations immuables : celles-ci sont si lointaines que leurs dispositions les unes par rapport aux autres ne varient pas. Lorsque le temps fut venu, par exemple dans la Grèce classique, de croire que la sphère terrestre était emboîtée dans les diverses sphères cristallines auxquelles paraissaient accrochés les objets du ciel, les constellations constituaient ce qu’un Aristote ou plus tard un Ptolémée appelèrent la sphère des étoiles fixes. Les anciens observateurs du ciel nocturne attribuèrent aux étoiles les noms de leurs divinités. On peut sans doute imaginer qu’ils créditèrent ces astres divinisés d’une influence surnaturelle sur leur propre existence: c’est de là que naquit probablement l’astrologie, à laquelle l’astronomie proprement dite doit beaucoup, tant il importait, pour les faiseurs d’horoscopes, de savoir où se trouvaient, avec exactitude, les bonnes ou les mauvaises étoiles de la destinée. De fait, jusqu’au XVIIe siècle, tous les grands astronomes furent aussi des  astrologues ; ainsi Johannes Kepler, pour ne citer que cet illustre exemple.
Les données astronomiques nécessaires sont plus ou moins nombreuses selon la pratique astrologique concernée. L'astrologie de la presse quotidienne, qui se plait à décrire le sort des natifs de tel ou tel signe zodiacal, n’exprime que de très vagues généralités à propos de millions d’individus, puisqu’elle ne s’intéresse qu’à la position du soleil dans les signes du zodiaque. Mais dès qu’il s’agit de « monter » un thème personnalisé, ou, corrélativement, sa « progression » annuelle, en comparant le ciel d’origine du natif avec les données d’un jour anniversaire de sa naissance, l’astrologue doit se livrer à de savants et minutieux calculs au bout desquels le thème de la personne apparaît comme strictement individuel et singulier, c’est-à-dire valable uniquement pour elle. Sauf dans le cas assez exceptionnel de ce que l’on appelle des « jumeaux astraux » : quand deux personnes sont nées au même endroit et au même moment. Telle anecdote fameuse nous apprend que le jumeau astral d’un prince d’Angleterre a hérité de l’affaire familiale la même semaine (l’un montant sur le trône, l’autre reprenant le commerce de son père décédé), s’est marié le même jour que lui, a eu le même nombre d’enfants, est mort le même jour à quelques minutes d’intervalle…
On peut considérer le « ciel de naissance » comme une sorte de formule chimique où les planètes et les autres facteurs représentent les éléments simples et fondamentaux qui, dans leurs combinaisons variées, constituent le sujet et la matière d’une « chimie » de la personnalité . Les mouvements observables dans le ciel ne peuvent être calculés et déterminés dans l'espace et dans le temps que lorsque les positions variables des corps célestes sont mesurées soit à partir de l'horizon et de la période journalière, soit d'après les positions équinoxiales du soleil à l'intérieur du cycle annuel, soit par les valeurs relatives des périodes planétaires. Ces trois cadres de référence principaux sont connus en astrologie comme le cercle des douze Maisons (par lequel le natif présente des différences avec ses congénères dans une rotation diurne de son horizon), le cercle des signes du Zodiaque (au nombre de douze également), et le schéma global du système solaire (d'où dérive la signification attribuée à chaque planète). Chacun de ces trois cadres de référence possède un caractère et une signification parfaitement déterminées, et leurs combinaisons constituent donc le thème astral, l'outil essentiel utilisé en astrologie.
On peut croire ou ne pas croire à celle-ci ; elle n’en est pas moins fondée sur la position des étoiles et des planètes que la science astronomique a su prévoir. L’astrologie comporte un code complexe de significations symboliques, qu'il faut admettre sans pouvoir les comprendre, avec la foi du charbonnier, ou bien les rejeter avec une foi toute contraire. Le débat entre croyant et non‑croyant ne peut absolument pas s'établir ici au niveau de la théorie qui, dans l'état actuel des connaissances, ne peut pas faire l'objet d'une discussion réelle. Ceci étant dit, quand un homme du Moyen Age laissait tomber un caillou, il pouvait constater, par l'expérience, que ce caillou allait toujours vers le sol. Il ignorait totalement la théorie de la gravitation, mais il en connaissait bien cet effet particulier qu'il pouvait même mesurer et prédire (et Newton lui‑même restait au niveau de l'expérimentation sans bien connaître les causes, sans invoquer, par exemple, la théorie des ondes gravitationnelles d’ailleurs encore mal connue de nos jours).
Toute la discussion actuelle de la connaissance astrologique passe par cette analogie. L'astrologue considère qu'il connaît les conséquences pratiques de « quelque chose », dont il ne s’explique cependant pas la cause, laquelle reste, jusqu’à la découverte d’une théorie scientifique adéquate,  du domaine de la métaphysique.
Et nous dans tout cela, à quoi pouvons-nous souscrire ou adhérer ? Comment concilier rationnellement les aspects qualitatifs de l’astrologie et ceux quantitatifs de l’astronomie ? Peut-être, sans être crédule, en songeant que la Franc-Maçonnerie nous a invités, dès le jour de notre naissance initiatique, à nous considérer comme un « microcosme » en relation avec le grand Tout qu’est le macrocosme. C’est pour en recevoir les influx symboliques que nous travaillons « sous la voûte étoilée ». « Connais-toi toi-même, et tu connaîtras l’univers et les dieux », prévient aussi un adage qui nous est familier. Même si les dieux ne sont plus ( le Grand Pan étant réputé disparu longtemps), même si « Dieu est mort » selon le bulletin nécrologique publié par Nietzsche, nous sommes invités à chercher sans répit, comme sans succès durable, la « parole perdue » et les plans du Grand Architecte. Notre philosophie n’est donc pas étrangère à l’univers analogique dans lequel se meut l’astrologue. En tout état de cause, il s’agit toujours, bien évidemment, d’éviter de sombrer dans un dogmatisme ridicule. Mais si les astres « inclinent sans nécessité » comme le prétendit le fameux Ptolémée, voilà sauvée, grâce à ce principe d’indétermination, comme on a dit au sujet des particules élémentaires étudiées par Heisenberg, voilà sauvée ou au moins encouragée la liberté que nous voulons opposer à tous les déterminismes comme à toutes les tyrannies.  
J’examinerai plus brièvement les « problèmes » que nous pose l’alchimie, parce qu’elle nous est à la fois plus familière (sur le plan des symboles) et plus mystérieuse encore que l’astrologie. On a pu dire d’elle qu’elle est une physique couronnée par une métaphysique . Mais aussi bien peut-on considérer que la physique, c’est-à-dire la théorie de la nature sur les données de laquelle l’alchimiste travaille – et ce faisant cet opératif découvre maints corps et maintes recettes qui relèvent proprement de la chimie -, cette physique pourrait être déduite de la métaphysique qui sans doute la prolonge dans le sens ascendant et au contraire l’engendre dans le sens descendant. Tout comme de l’esprit émane la matière selon une vision spiritualiste de l’univers que j’entreprends de résumer maintenant, en termes tout à fait péremptoires, comme je les ai moi-même entendus. Je vais donc jouer pendant quelques instants au « gourou ».  
L’ensemble de la création, disent les alchimistes en particulier ( et beaucoup d’ésotéristes en général) est la résultante d’une énergie subtile qui semble émaner du « néant », un terme ambigu auquel on doit préférer celui de « non manifesté ». L’énergie est dans l’univers : elle est manifestée ; l’énergie n’est pas dans l’univers : elle est dans le non manifesté, mais elle EST. Cette énergie peut être appréhendée comme l’essence de l’Un, de l’Etre absolu. 
Une image de l'Inde traduirait cette idée : Brahma expire, le monde se manifeste, l'énergie apparaît. Brahma inspire, le monde disparaît peu à peu, l'énergie retourne au non manifesté. Cette gigantesque  respiration, d'une durée d'environ 12 milliards d'années, prétendent certains, est le gigantesque cycle fondamental de l'univers. C'est le rythme de la machine‑univers dans son travail de formation des "Dieux". Ce cycle conduit peu à peu le germe de l’Etre, le Zéro du départ, à l’ Infini du retour.
Il est difficile de donner une image de cette Energie Première, tout au plus pourrait‑on dire qu'il s'agit d'une pression d'être. Dès qu'elle est émanée, elle va tout d'abord subir une préparation densification, ou préparation coagulation selon le langage alchimique. C'est‑à‑dire que sa nature s'éloigne du "presque néant" de son origine. Cette densification de l'énergie n'est pas continue, elle se fait par paliers.
Il y a 10 paliers correspondant à 10 densités différentes, la plus dense, la 10e, étant celle de la matière de notre monde. Ces 10 paliers, vous l’avez compris, si vous êtes un peu avancés sur le chemin, correspondent aux 10 séphirots qui sont les « nombres » de la Kabbale.
Seuls les trois premiers paliers sont concernés par la phase de la préparation‑densification. Dans l’arbre séphirotique des kabbalistes, le 2e palier porte le nom Hochmah, qui signifie la « Sagesse ». Au cours de cette descente en trois premiers paliers, l'énergie se "prépare" mais ne se réalise pas encore. Elle prépare la dualité et la forme qui se manifesteront à partir du 4ème palier. Dans la descente du palier 3 au palier 4, la Materia Prima fait son apparition. Elle est l’équivalent du Chaos biblique. L’Alchimiste, conduit par le souci du Grand Œuvre, se met d’abord en quête de la « materia prima », dans quelque grotte obscure, à l’intérieur de la terre, et s’arrange de cette manière pour susciter en lui, émotionnellement, une sorte de régression vers le Chaos primitif. 
Au palier 4, la « materia prima » se divise ; la dualité potentielle de l'énergie se réalise par la différenciation de l’énergie en deux parties : l’une active, l'autre passive. Ces deux parties étant équivalentes forment ainsi la première symétrie de l’univers. Le fait remarquable est que les énergies résultant de cette division, seront plus denses, moins subtiles que l'Energie Première. Sur chacune des énergies résultant de cette divi­sion va se répéter cette différenciation et ainsi, peu à peu, l'énergie subtile va acquérir la densité grossière de la matière de notre monde. Mais il faut savoir que dans toutes les choses de notre monde (situé au palier 10, le Royaume ou Malkuth selon les kabbalistes), les 10 niveaux de densité sont présents, le 10e visible, les 9 autres étant du domaine de l'invisible. Entre parenthèses, les opérations de la magie consisteront souvent dans la matérialisation visuelle, c’est-à-dire dans les apparitions, spectrales, hallucinatoires, parfois délirantes, des niveaux devenus invisibles de l’énergie.
En même temps que la première différenciation est donc apparue la dualité, que nous représentons horizontalement sur le plan du pavé mosaïque et verticalement par les colonnes B et J, que je propose de regarder, du point de vue alchimique, comme des colonnes de distillation au travers desquelles nous ferions circuler nos propres énergies, dans la mesure où nous pratiquons souvent, et sans nous en douter, tel M. Jourdain faisant de la prose, une sorte d’ « alchimie spirituelle ». Ajoutons que la dualité a permis la différenciation sexuelle et que le passage d’une colonne à l’autre comporte les connotations de passivité et d’activité par lesquelles se distinguent traditionnellement les deux sexes.
L’espace-temps, création de l’Eternité, mais non identifiable à celle-ci, est lui aussi corrélatif de la première opération de dualité. Les « jours » de la création biblique, ce qui suppose aussi les nuits sans clarté qui les distinguent, peuvent alors commencer. 
La dualité donne à l’énergie un double attribut : l'énergie active va constituer les éléments de la vie, l'énergie passive les éléments de la matière. L’énergie de la vie a pour nom le « Nitre », et l’énergie de la matière le « Sel » . Ensuite cette première énergie de la vie va elle-même se diviser pour donner les deux premiers éléments : le Feu à et l'Air, et la première énergie de la matière va se diviser pour donner les deux autres éléments : l'Eau et la Terre. 
Il nous serait sans doute profitable de méditer sur l’ordre de ces éléments par rapport à nos propres épreuves initiatiques vécues dans l’ordre Terre-Air-Eau et Feu.  
Précisons néanmoins tout de suite que les éléments Feu et Air, Eau et Terre, qui sont des énergies, n'ont rien à voir avec les corps portant ces noms. Tout au Plus, ces corps peuvent‑ils être les porteurs de ces énergies. En fait, ces 4 éléments sont présents en toute chose et chacun d’eux possède en lui‑même les 10 niveaux énergétiques mentionnés plus haut. De sorte que dans toute chose faite de matière en notre monde, se trouvent 40 types d'énergie, et c'est la variation dans leurs rapports réciproques qui détermine la nature de la matière et son degré de vie et de conscience. 
Ainsi dans le règne minéral, la matière aura peu d'éléments Feu et Air mais davantage d'éléments Eau et surtout d'éléments Terre ; dans le règne végétal, les plantes auront peu d'éléments Feu et Terre et beaucoup d'éléments Eau et Air ; dans le règne animal, il y aura beaucoup d'élément Feu ‑ le maximum chez l'homme ‑, l’élément Eau et l'élément Air seront très présents, mais il y aura peu d'élément Terre.
Dans les trois règnes, le degré de vie et le degré de conscience sont différents en puissance. En effet, la vie animatrice est régie par l'élément Feu. La combinaison Feu-Air constitue l'âme des choses, c'est‑à‑dire la vie capable d'animer la matière, car le Feu, seul, ne peut pas communiquer son énergie à la matière. Le règne animal étant celui qui a le plus de Feu est donc le plus "vivant" par opposition au règne minéral qui, lui, a peu de Feu et qui est donc le "moins vivant". La mort physique "animale" est le retrait des éléments Feu et Air, c’est-à-dire de l'âme qui animait le corps.
Enfin, les énergies des éléments se répartissent dans l'animation des règnes en trois groupes‑ principes.­ Le Feu ne peut s’unir directement aux éléments de la matière Eau et Terre, c'est la raison pour laquelle la présence de l'Air est nécessaire dans l'âme. Les alchimistes désignent le principe de l'âme sous le nom de Soufre. (Triangulation de l’âme : Feu/Soufre/Air).
Pour que les énergies de la vie puissent transmettre leurs influences à la matière, un second principe est nécessaire. Il comprend l'Air de la vie et l'Eau de la matière. Ce principe de jonction porte le nom d’Esprit et les alchimistes le désignent sous le nom de Mercure. Dans la mythologie, Mercure a pour fonction d’être le messager des dieux. C'est lui qui établit la liaison entre le monde spirituel et le monde matériel. Le symbole du caducée, les deux serpents entrecroisés, représente les points où les énergies vie et matière se rencontrent. (Triangulation de l’esprit : Air/Mercure/Eau).
Le troisième principe est le corps qui comprend les éléments Eau et Terre, mais la réception des influences de l'âme, transmises par l'esprit, se fait par l'élément Eau. Les alchimistes désignent les principes Eau‑Terre sous le nom de Sel. (Triangulation du « corps » : Eau/Sel/Terre).
Bien sûr, il en est de même dans l'homme où ces principes sont au plus haut niveau. A toutes fins utiles, précisons que les termes Soufre, Mercure et Sel n'ont rien à voir, non plus, avec les corps portant ces noms, mais qui ont été cependant placés à dessein dans le cabinet de réflexion où nous avons été laissés, seuls en face de nous-mêmes, lorsque nous subissions l’épreuve de la Terre.  
L'homme tient donc son origine de l'Absolu (Séphire 1 : en hébreu Kether ou « la Couronne », c’est-à-dire au fond, toutes les potentialités de l’Esprit – avec un E majuscule), mais « Adam » ou son archétype ne fut d'abord qu'un Zéro, un germe de vie qui a dû descendre les degrés séphirotiques, ou les niveaux de l’être, jusqu'à son incarnation. Selon cette vue spiritualiste, l'Être développe d'abord la conscience, puis la Conscience crée la Vie pour son besoin d'évolution, enfin la Vie fabrique la matière comme un champ de ses nécessaires expériences. La densification progressive, en dix paliers, de l'Énergie première émanée ou manifestée à partir du « Néant illimité » (Ayn Soph) ‑ ou du « non manifesté» qui est donc le potentiel de l’être ‑ va finir par créer la matière (qu'un regard profane tient pour inanimée) et l'ensemble de ce qu'il est convenu d'appeler le « Vivant ».
En réalité tout l'existant est vivant, et a dû premièrement se densifier en traversant les dix niveaux énergétiques de l’être que j’ai évoqués ci-dessus. « Tout est vivant et rien ne meurt » : c’est une phrase que nous faisons circuler dans la chaîne d’Union au cours de nos propres rites funèbres. Selon ce qu'en disent les ésotéristes, mais aussi les physiciens actuels dans un langage (quoique mathématisé) à peine différent, il faudrait imaginer une sorte de vibration primordiale, une onde devenant lumière, et cette lumière enfin matérialisée au terme des étapes que le « Vent Cosmique » l'a obligée à parcourir : de façon analogue, « Au commencement était le Verbe », proclame l'Evangile de Saint Jean (ouvert sur notre autel des serments), « et le Verbe était Dieu ( ... ), de tout être il était la vie, et la vie était la lumière des hommes. »
Le voyage Aller, cette descente d'Adam (et Eve) jusqu'en un corps animé, animal.... c'est ce que l'ésotériste nomme l'«involution ». Les nécessités de celle‑ci ont construit des barrières qui, en chaque être, séparent d'une manière plus ou moins étanche les divers niveaux de conscience allant du Moi Supérieur (sphères séphirotiques 1 à 9) à la conscience physique de l'homme terrestre. Toute initiation peut donc être entendue comme une mise en route sur le Sentier où, grâce au symbolisme, seul langage capable de faire la liaison entre le Conscient et l’Inconscient ‑ ou plutôt, selon ce qui vient d'être dit, entre « conscience physique » et «surconscience spirituelle » ‑ l'adepte se trouvera un jour en possession des « clés » qui ouvriront les barrières entre ses différents niveaux de conscience. 
Si le voyage Aller de la Descente a été appelé Involution, celui du Retour sera donc normalement désigné comme une Evolution. Involution et Évolution concernent la Macrocosme et le Microcosme, c'est‑à‑dire le Monde et l'Homme. Entre ces deux phases, l'Homme, qui est le seul être parvenu à la « conscience de soi », connaît l'Initiation du Nadir qui est le terme extrême de sa « chute » dans la matière. L'Évolution va au contraire consister en une spiritualisation progressive d'un être qui est passé par l'Initiation du Nadir, dans «cette» vie ou une autre. A noter que pour une « âme » qui n'a pas subi totalement cette «noire» initiation du Nadir, de l’absence totale de lumière, le « bien » n'est pas de monter mais de continuer sans entraves à descendre, puisqu'une durable remontée est conditionnée par ce « virage » du Nadir où l'âme est d'ailleurs comme morte. Dans l'Homme Évolutif l'initiation assure donc un rétablissement du contact entre les divers plans de conscience. Dans I'œuvre au Noir, l'Alchimiste sait qu'il est passé par l'initiation du Nadir et qu'il a dissous la «terre noire » de sa conscience. L'œuvre au Blanc qui s'offre à son entreprise est alors la conquête de son propre corps spirituel « astral lunaire » (niveaux 9 à 7 en remontant vers le 1). Le 3e Œuvre, Œuvre au Rouge, correspondrait à la constitution d'un « corps glorieux » dans l'astral dit « solaire », avec le centrage sur la séphira Tipheret qui signifie splendeur, beauté et joie de la Résurrection. C'est pourquoi Tipheret se trouve au‑dessus du Voile de la Seconde Mort, que nous avons déjà nommé : il s'agit d'un risque de mort spirituelle et non plus physique, que n'évite d'ailleurs pas un ésotériste seulement capable de travailler dans  l’«astral lunaire ».  
J’arrête ici mon exposé qui a pu vous paraître lassant. Je vous fais grâce des opérations qui conduisent l’alchimiste vers l’œuvre au Noir, au cours duquel l’ouvrier se mortifie autant que sa matière. Puis l’œuf philosophique, c’est ainsi que l’on désigne le produit métallique dans son vaisseau fermé, convenablement dissous et recomposé, acquiert le stade de la blancheur, revêt la tunique de Diane ; ensuite un long processus va mener l’alchimiste des espérances de l’œuvre au Blanc à la jubilation de l’œuvre au Rouge, lorsqu’est enfin découverte la fameuse « pierre philosophale ». N’insistons pas. Il me suffit d’avoir essayé de prouver que l’alchimiste obéit, tout comme l’astrologue, à une logique dont seules les prémisses font problème, puisqu’elles sont, du moins actuellement, indémontrables.   
Ces connaissances sont-elles donc frappées d’inanité ? On est fortement tenté de le penser. Mais ne faut-il pas alors considérer notre démarche initiatique, si fortement (quoique discrètement) imprégnée d’astrologie et d’alchimie comme proprement infantile ?
Vous savez par avance, mes frères, que je vous répondrai NON.  
Et c’est un physicien connu et apprécié du monde scientifique, Bernard d’Espagnat, qui m’aidera à formuler cette conclusion. Ce savant éminent dans le domaine de la physique nucléaire et dans l’étude des particules qui paraissent être les constituants ultimes de la matière, juge les philosophies historiques et contemporaines à l’aune de ses propres recherches sur la matière-énergie constitutive de notre monde. Il me faut simplifier beaucoup pour réduire un livre très dense, qui a pour titre A la recherche du Réel, en une courte page.
En bref, voici l’argument clé. Les recherches expérimentales et les équations de la physique quantique, indépassées même aujourd’hui quand on réfléchit à la texture de l’univers, rendent probable, en dépit d’Einstein qui avait des vues opposées en ce domaine, la thèse dite de la non-séparabilité des particules élémentaires. Expliquons-nous : des particules qui se sont connues dans le passé se conduisent dans leur devenir comme de vrais jumeaux qui éprouvent sans avoir à se les communiquer les mêmes émotions-idées-informations-événements à des milliers de kilomètres l’un de l’autre. En l’occurrence, ces particules infimes, que ne peuvent rendre manifestes que des appareils compliqués et coûteux manipulés par des scientifiques d’un très haut niveau, ces particules conserveraient l’information qui leur a été commune une fois. Or ces particules jumelles sont disséminées dans le vaste univers, se sont éloignées sans doute les unes des autres à des milliards d’années lumière depuis que l’actuelle « expiration de Brahma », dont nous supposons qu’elle est l’émanation d’un « Big Bang », a commencé. Ces particules bien sûr nous composent aussi, comme l’ensemble des choses. Elles pourraient se trouver en relation avec l’ensemble de l’univers par la rémanence ou le souvenir infiniment lointain de leurs associations premières (à supposer qu’elles aient toutes été concentrées, avant même de revêtir la moindre forme, et juste avant le Big Bang, en un point de dimension nulle et de densité infinie : on n’est pas loin ici de l’Ayn-Soph des kabbalistes).
La loi de causalité, qui repose essentiellement sur le postulat que rien ne peut aller plus vite que la lumière, ainsi que le prétend Einstein, et que nous vivons dans un espace-temps relatif où les données physiques concrètes changent selon la courbure que la lumière subit au gré de la densité des milieux stellaires à travers lesquels elle se déplace, cette loi peut se trouver subitement contredite – et des expériences le montrent - par des événements singuliers au niveau de ces particules élémentaires, tel que l’électron. En résumé, je pourrais dire : certains électrons que l’on fait passer dans des systèmes de diffraction (que je n’entreprendrai pas de décrire) se comportent comme si l’un « savait » ce que l’autre fait au même instant, et ce comportement contrarie la théorie qui les voudrait agissant selon une symétrie inverse : l’un devrait être négatif quand l’autre est positif ; il se trouve qu’en la circonstance ils sont tous deux positifs ou tous deux négatifs. La physique classique – aujourd’hui celle dérivée de la mécanique quantique combinée, d’ailleurs difficilement, avec les lois d’Einstein sur la relativité, est dépassée par ce type d’événements qu’elle ne parvient pas àprédire. Elle ne peut que constater ce paradoxe : des particules séparées se comportent comme si elles restaient jointes et ne formant qu’une. C’est pourquoi, selon Bernard d’Espagnat, le physicien ne peut pas dire qu’il travaille sur la réalité ultime de l’univers, car il lui faut accepter de voir battue en brèche la rationalité de toutes les déductions ou inductions causales antérieures. 
La vulgarisation de la thèse de non-séparabilité génère les scénarios de science-fiction les plus fous : possibilité de voyager à des vitesses supérieures à celle de la lumière, « télétransport », existence de « mondes parallèles », « Quatrième dimension », épisodes récurrents de X-Files. Résistons à ces entraînements. Du coup néanmoins, l’idée, fondatrice de l’astrologie, que des planètes lointaines puissent être déterminantes, par leurs influx, sur le devenir d’un bébé qui absorbe pour la première fois leur mélange en poussant son premier cri, peut n’être pas – ou n’être plus – scientifiquement déraisonnable. D’autre part si nous songeons – comme tout dans notre ordre nous invite à le penser – à un Etre distinct de l’Univers créé, cet Etre étant le Principe, que nous appelons ici « le Grand Architecte de l’Univers » et l’Univers étant sa manifestationprogressivement densifiée selon les paliers évoqués ci-dessus à propos de l’alchimie, la thèse de la non-séparabilité des particules élémentaires permet d’imaginer que nous sommes en résonance avec la totalité du cosmos et que nous détenons par les pouvoirs de l’esprit la capacité de voyager dans les archives de la nature, de vibrer aux différents niveaux de la manifestation et de découvrir à travers nous-mêmes, fût-ce très partiellement, quelque chose des plans du Grand Architecte. 
Alchimie et astrologie, pour ne parler que ces deux formes de recherches, seraient alors comme les approches naïves d’une quête entièrement justifiée. Et du coup, comme nous venons de considérer l’influence de ces connaissances traditionnelles sur notre symbolisme, se trouve également validée la voie initiatique que nous avons choisie.
Source : www.ledifice.net

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