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Hauts Grades

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Demande : Epée et tenue

5 Octobre 2013 , Rédigé par T.D

Nous réalisons une recherche sur deux thèmes :

1 L’Epée, ses formes et rôles dans les tenues, et ses emplacements (en particulier sa position sur le VLS)

2 Les Tenues et décors dans les différents rites.

En effet entre la règle et la tradition de nombreuses variantes apparaissent.

Quelles sont vos pratiques ?

Tous rites , toutes obédiences, tous niveau…

Merci d’avance

Pour vos réponses : thomad.dalet@orange.fr qui transmettra

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4 Octobre 2013 , Rédigé par x Publié dans #Facebook

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La Franc Philatélie

4 Octobre 2013 , Rédigé par BW Publié dans #Planches

 

PETIT CONTE PHILOSOPHIQUE ou LA FABULEUSE HISTOIRE DES FRANCS-PHILONS   

Les personnages et les situations de ce récit étant purement fictifs, toute ressemblance avec des personnes ou des situations existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.


Imaginons une Société d'hommes ( mais aussi de femmes) du nom de Franc-Philatélie répandue sur toute la surface de la Terre, faisant référence au noble métier de Facteur et perpétuant des usages et des pratiques rituelles héritées ou empruntées (selon les historiens) à une Tradition transmise de temps immémoriaux … comme ils aiment tous à le croire…

Ses membres se reconnaissent entre eux la qualité de  Francs-Philons.

Cette Société  s'est donnée  pour objet le travail sur le Timbre brut et la méditation sur le métier de  Facteur (craft)  dans sa dimension symbolique de Messager !  

Le mot Franc-Philatélie serait inspiré d'un mot anglais associé à deux mots grecs :  "free-philos-telos" dont la traduction pourrait donner  "libre ami de la taxe",  appellation qui convenons-en est déjà  pour le moins mystérieuse ...
Historiquement le premier Timbre Poste émis au monde est une invention des anglais ou des écossais, on ne sait pas trop.
Toujours est-il qu'il fut émis par les postes royales britanniques le 1er Mai 1840 sous la forme d'un portrait de la jeune reine Victoria.
De couleur noire et valant un penny il est appelé le « Penny Black "
Ce qui symboliquement fait ainsi de la "Société Philatélique Unie d'Angleterre"  la Société "Mère" de tous les Francs-Philons du monde.
D' "opérative", la Franc-Philatélie serait devenue "spéculative", on ne sait trop comment …
certainement en raison du fait que le métier de Facteur opératif s'est peu à peu effacé devant l'utilisation massive des courriels, sms, mms, tweets et autres messages virtuels qui caractérise notre société "post-moderne".
Les buts de cette Société sont le perfectionnement de soi-même par une ascèse reposant sur l'introspection à l'aide des symboles de la Franc-Philatélie.
Chaque Franc-Philon se perfectionne lui-même et espère contribuer aussi au perfectionnement de l'humanité par l'échange de messages d'amour entre tous les Hommes.
( mais étrangement les Francs-Philons y arrivent difficilement entre eux ! )
La Transmission matérielle qui était au cœur du métier de Facteur opératif des Temps Anciens se transpose ainsi symboliquement dans la démarche initiatique et spirituelle du Franc-Philon spéculatif d'aujourd'hui.
La référence au GMdel'U , Grand Messager de l'Univers, est historiquement consubstantielle à  l'histoire de cette Société.
Cette Société de Franc-Philatélie s'appuie sur la Légende du Facteur Cheval et la construction de son Palais, référence fondamentale sans laquelle il ne saurait y avoir de Franc-Philatélie véritable.
Les Francs-Philons soumettent à une initiation ou réception les candidats qu'ils ont acceptés pour entrer dans leur Société.
On distingue 3 degrés croissants :
1er degré : Apprenti Guichetier
2ème degré : Compagnon Receveur
3ème degré : Maître Facteur
Il existe aussi toute une kyrielle de "Hauts-Degrés" et de "Side-Degrees" aboutissant au dernier degré ou grade qu'est celui de Sublime et Illustre Ministre des Postes et Télécommunications,  par lequel le Franc-Philon accède au stade ultime de la Sagesse et de la Réalisation Spirituelle,  mais comme il est alors très, très âgé, il ne s'en souvient pas.
Du coup ce sont les autres qui essayent de le Reconnaître pour tel !
Les Francs-Philons prétendent vivre entre eux une chaleureuse Fraternité , ce qui n'est pas toujours vérifié dans les faits, loin s'en faut !
Les Francs-Philons se réunissaient jadis dans les arrière-salles de bistros …
ce qui a laissé depuis aux membres de cette Société une certaine aptitude addictive à lever le coude plus facilement pour l'apéro que pour siroter une tisane de verveine.
C'est pourquoi les médecins généralistes s'amusent parfois à essayer de découvrir des Francs-Philons dans leur patientèle parmi les malades souffrant à la fois de tendinite chronique du coude et de surcharge hépatique.
 

Les Francs-Philons sont regroupés par pays au sein de Sociétés indépendantes qui éprouvent un malin plaisir à se Reconnaitre ou pas entre elles , ce qui convenons-en est un jeu quelque peu enfantin mais qui relève surtout essentiellement de considérations politiques.
Les Francs-Philons travaillent ( joyeusement pour certains et cul pincé pour d'autres ) à la Gloire du GMdl'U ,  échangent, parfois doctement, sur le sujet mystérieux de la Symbolique du Timbre selon la Kabbale  et pérorent jusqu'à plus soif sur l'ésotérisme du Céres de 1849 premier Timbre Poste français.
Cet Esotérisme entoure leurs travaux de Midi à Minuit, heure à laquelle, après de copieuses agapes bruyantes et arrosées, il est alors temps pour eux de se séparer pour tenter de retrouver l'Erotisme perdu dans le lit conjugal.
Ce comportement pour le moins surprenant ne lasse pas d'intriguer les "profanes" toujours curieux d'en savoir plus sur leurs mystérieuses activités "secrètes" … "discrètes" répondent en cœur les Francs-Philons !!!
Les Francs-Philons utilisent toutes sortes de symboles particuliers liés au métier comme les classeurs, les feuilles, les massicots , les loupes, la sacoche en cuir , les pinces à vélo, et la casquette ( avec marqué La Poste en hébreu
בית הדואר ) et se réfèrent à des Catalogues Sacrés tels que l' Yvert et Tellier, grâce à la méditation desquels ils prétendent s'améliorer et avancer vers la Connaissance Philatélique, but final et inaccessible de l'initiation, sans oublier la pratique du rituel de distribution du célèbre Calendrier de  la Nouvelle Année.
Lequel Calendrier donne lieu lors d'une Cérémonie annuelle rituelle à un échange de Mots de Passe et de Mots Sacrés sous forme de  questions-réponses, que je livre ici parce qu'il ne pleut pas :

TOC-TOC -TOC !!!! Y'A QUELQU'UN ???
QUI VA LA   ???  (
ש( ש) הולך )

C'EST LE FACTEUR  !!!  (הגורם ( דוור ) )
C'EST POURQUOI ???

POUR LE CALENDRIER, PARDI !!! (בוודאי )
L'origine britannique de la Franc-Philatélie et sa Légende anglaise du Facteur Horse roulant à gauche, explique pourquoi la position de la Sacoche se retrouve à gauche et la Pince à Vélo à droite dans les Rites Anglo-Saxons , et à l'inverse bien évidemment dans les Rites Français.
Ainsi la Société philatélique au sens "Traditionnel" du terme a gravé une devise au fronton de ses Temples :
 " Hors le Timbre Il n'Est Rien ! "
Pour certains mêmes jusqu'au boutistes appartenant à cette catégorie, et s'estimant plus Philatélistes et plus Traditionnels que tous les autres, le GMdl'U = HERMES, qu'ils écrivent H.ERMES … ce qui fait dire aux autres Francs-Philons que définir ainsi le GMdl'U revient à mettre des limites à la recherche de la Vérité.
Les tenants de la croyance GMdl'U = H.ERMES , enfermés dans leur dogme, se ressentent comme une sorte de Peuple Elu, et refusent d'ailleurs d'échanger des Timbres avec les autres ou même de les autoriser à participer à leurs réunions, peut être de peur qu'ils ne leur volent des Timbres. ( si,si, c'est arrivé ! )
Appelons X cette branche de la Franc-Philatélie, dite "Traditionnelle".
Au cours de l'histoire, de cette Société originellement Philatélique stricte, s'est développée une autre branche de la Franc-Philatélie, donnant naissance à la Société Philatélique et Cartophile, un peu concurrente.
Cette nouvelle Société abandonna ensuite la référence au GMdl'U, et se transforma même à la faveur des années en Société essentiellement Cartophile.
Appelons Y cette branche de la Franc-Philatélie, dite "Moderne".
Délaissant les symboles traditionnels du Timbre et les vieux rituels jugés obsolètes et par trop chronophages, rejetant le caractère sacré du Timbre comme une superstition obscurantiste, ils lui préfèrent la Carte Postale qui pour eux symbolisait mieux par son recto autant que par son verso leur idéal de relier les hommes entre eux et ils choisirent comme outils symboliques la Boite à Chaussures vide, idéale pour ranger les Cartes Postales et la Camionnette Renault Jaune La Poste, symbole du Progrès de l'Humanité pour lequel ils militaient ardemment.
Faisant plutôt référence à l'épopée du facteur BESANCENOT  qu'à celle du facteur CHEVAL, ils se vivent plus volontiers comme une force de réflexion, de proposition et d'action pour changer la société profane et disent ironiquement des membres de la Société X :

" Ce sont des moines un peu oblitérés, et pisse-vinaigre qui perdent leur temps à contrôler l'état de la gomme et à compter le nombre de dents ".
En retour cela fait dire peu fraternellement aux membres de la Société X en parlant des Francs-Philons Modernes :

" En tongs et chemises à fleurs, ils refont le monde en paroles, c'est tout ce qu'on veut, sauf de la Philatélie !!! "
Car cette Franc-Philatélie au sens "Moderne" conserve fièrement l'appellation de Franc-Philatélie, ce qui est naturellement son droit le plus légitime.
Mais cela crée polémique chez certains Francs-Philons "Traditionnels" qui estiment que cette Société "Moderne" devrait plutôt s'appeler Franc-Cartophilie.
Ces oppositions provoquent aussi une grande confusion dans la perception qu'a le monde profane de la Franc-Philatélie, lequel ne cherchant pas trop à comprendre ne fait aucune distinction entre leurs pratiques fondamentalement différentes.
 

Mais ignorant ces obscures querelles byzantines, la presse du monde "profane" préfère s'intéresser aux exploits affairistes de leurs brebis galeuses qu'elles soient de X ou d'Y et font leurs "marronniers" sur les Francs-Philons en général qu'ils assimilent tous, dans un raccourci saisissant, à de sacrés Francs-Philous !  

Toujours est-il que cette séparation de buts et de moyens entre les deux Sociétés aboutit au fait qu'en général les membres de la Société X n'éprouvent pas trop d'intérêt à aller visiter la Société Y, car le centre d'intérêt de la Société Y est celui de la Carte Postale et pas du tout celui du  Timbre, sujet qui passionne avant tout les premiers ...
Et cela est bien évidemment réciproque !
Mais si un membre de la Société Y vient "visiter" une réunion de membres de la Société X, dans la plupart des cas il y est accueilli chaleureusement car il vient forcément "parler" de Timbres, sinon pourquoi viendrait il ainsi perdre une soirée ?
Et cela est tout aussi réciproque !
Les Francs-Philons Modernes dans leur logique de Progrès décidèrent un jour de faire entrer des femmes dans leur Société, ce qui n'est pas une hérésie sur le plan historique, puisqu'il a bien existé des Factrices dans les Temps Anciens, telle qu'IRIS,  Déesse de l'Arc-en-ciel, et messagère des dieux.
Un Grand Dignitaire américain sulfureux du nom d'Albert Pike avait d'ailleurs bien théorisé la chose le 14 Juillet 1889 à Charleston dans ses Instructions "Moral and Dogmas", je cite :
" Nous recommandons très instamment de multiplier les Loges d'Adoption. (…). Le commerce avec la femme commune à tous ses Frères lui fait une cuirasse contre les passions qui égarent le cœur. (…) La femme t'enchaîne par tes désirs, dirons-nous à l'adepte ; eh bien, use des femmes souvent et sans passion ; tu deviendras ainsi maître de tes désirs, et tu enchaîneras la femme. "    
Pour être franc,  je ne pense pas que les instructions de ce Sublime et Illustre Ministre des Postes et Télécommunications d'Outre Atlantique aient le moins du monde influencé les Francs-Philons "Modernes" dans leur décision de s'ouvrir encore plus à la Modernité.
Mais je peux me tromper ! …
Car dans le cas contraire nous ne serions pas étonné alors d'entendre un jour à la fin d'une de leurs réunions un frère s'écrier fièrement  :  "A bas la culotte ! "
En conclusion je dirai qu'il me semble que les Francs-Philons auraient grand avantage à s'inspirer de François, le Facteur de Jacques Tati (1947 - Jour de Fête ) ce qui les aiderait à faire preuve de  plus d'humour et de légèreté et ainsi, à se prendre moins au sérieux, car c'est là malheureusement un des obstacles majeurs qui les prive durablement du dégonflement de l'Ego.           

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La Vraie Lumière !

3 Octobre 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Facebook

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L'intégrité

2 Octobre 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Ce sujet qui nous est proposé aujourd'hui, sera pour nous je l'espère, le support de nos prochaines méditations. Nous avons eu déjà l'occasion d'évoquer l'importance que revêtait l'application des vertus que nous élevons dans nos Temples afin d'éradiquer progressivement les vices sur le chemin initiatique.
Après avoir examiné ensemble le silence, l'humilité, la sagesse et l'altruisme, nous poursuivrons aujourd'hui avec l'intégrité.

La mission de notre Ordre sert de fondement de base, et permet aux anciens et vrais maçons de la vieille Egypte d'opérer le culte du Suprême Architecte.
Ce culte lui-même est basé sur l'intégrité, le devoir, la conscience et doit être la religion du maçon nous dit notre rituel.
Par conséquent la meilleure manière d'honorer le Suprême Architecte, est encore de se comporter comme un homme de devoir, intégralement fidèle à celui-ci, et observant comme d'inflexibles lois les impulsions de sa conscience ; car c'est par sa conscience que l'homme est relié au Divin.

Au même titre que toutes les vertus que l'homme doit apprendre à développer pour exprimer sa perfection latente, l'intégrité constitue l'un des fondements de la dignité humaine. Dans l'absolu, quiconque en est dépourvu est donc indigne de lui-même et de la confiance que les autres lui accordent. Cela dit, il est relativement difficile d'être totalement intègre en pensée, en parole et en action. S'il en est ainsi, c'est parce que les circonstances de la vie nous confrontent constamment à notre propre imperfection et nous soumettent à des tentations multiples.
En dernière analyse, ces tentations sont utiles à notre évolution spirituelle, car elles nous mettent face à nous- mêmes et sont le miroir de notre propre moralité. De ce fait, elles contribuent à notre prise de conscience graduelle de ce qui est bien et de ce qui est mal dans le comportement humain.

Mais, qu'est-ce que l'intégrité ? D'une manière générale, nous pouvons dire que c'est le respect des valeurs morales auxquelles nous croyons, étant entendu que ces valeurs soient conformes au bien être matériel, physique et mental d'autrui. Etre intègre, c'est donc vivre conformément à ses idéaux, dès lors où ils ne s'opposent pas aux intérêts des autres. A l'inverse ne pas être intègre, c'est se mentir à soi-même, soit pour se conforter à mal agir tout en essayant de se donner bonne conscience, soit pour tromper ceux qui ont moins d'expérience, et ce, dans quelque domaine que ce soit. Il en résulte que l'intégrité va de pair avec l'honnêteté, vertu qui est en elle-même l'expression d'une âme pure. Elle fait également appel à l'équité, c'est-à-dire au sens de la justice, telle que nous pouvons l'appliquer dans notre vie quotidienne.

Etant donné que l'on ne peut être intègre si l'on est malhonnête, nous devons nous poser la question de savoir ce qu'est l'honnêteté. Au sens le plus courant de cette vertu, c'est respecter les biens d'autrui et ne jamais chercher à se les approprier d'une manière indigne ou en ayant recours à la tromperie. Malheureusement, depuis que le monde est monde, il y a toujours eu des personnes sans scrupule pour s'enrichir au détriment d'autrui ou s'approprier ce qui appartenait à d'autres. Cette tendance s'explique le plus souvent par un manque de spiritualité et par un besoin immodéré de posséder des biens matériels. Dans les cas extrêmes, elle résulte d'un désir de se prouver que l'on est plus « intelligent » que celui que l'on trompe ou plus « puissant » que celui que l'on dépossède. Quoi qu'il en soit, rien ne justifie le fait d'être malhonnête, si ce n'est le manque d'évolution de l'individu concerné.

La malhonnêteté ne se limite pas à son expression matérielle. Elle peut être également d'ordre intellectuel. Ainsi, mes FF et SS, vous savez très bien que certaines personnes usent et abusent de leur charisme pour implanter dans l'opinion publique des idéologies fondées sur des arrière-pensées partisanes et dogmatiques, tant dans le domaine culturel que politique ou religieux. Dans la plupart des cas, ces personnes ne sont pas sincères et manquent totalement d'honnêteté dans leurs propos. En règle générale, leur motivation est la recherche du pouvoir et des honneurs, ce qui traduit parallèlement un ego dominateur. Cette forme de malhonnêteté est à la fois insidieuse et dangereuse, car sous des apparences de sincérité et de vérité, elle peut induire en erreur des millions de personnes et asservir leur conscience.

De toute évidence, nombre de personnes sont convaincues d'être honnêtes et le sont effectivement. Cela dit, nous pouvons nous demander si leur honnêteté est fondée sur une intégrité réelle ou sur la peur de ce qui leur arriverait si elles étaient prises en « délit » de malhonnêteté ? Par extension, seraient-elles aussi respectueuses des lois si elles étaient assurées de pouvoir les violer en toute impunité ? Dans l'absolu, et au risque de vous surprendre, je pense qu'un individu profondément honnête est une personne qui pourrait ne pas l'être sans crainte d'être inquiété, mais qui néanmoins le reste envers et contre tout. Autrement dit, c'est un incorruptible, au sens le plus noble et le plus spirituel de ce terme. En dehors de tout contexte péjoratif, l'incorruptibilité est donc une vertu que chacun devrait avoir à cœur de développer.

Comme il est indiqué précédemment, l'intégrité fait également appel au sens de la justice, telle que nous pouvons la concevoir en tant qu'être incarné. Mais vous savez comme moi qu'il est difficile d'être juste, ne serait-ce que nous sommes imparfaits et jugeons en fonction de nos propres opinions, lesquelles ne sont pas nécessairement fondées. Cela dit, il y a des comportements qui traduisent une mauvaise foi évidente ou une volonté délibérée d'être injuste. Les plus enclins à ce genre de comportements se trouvent parmi ceux qui estiment que « la loi du plus fort est toujours la meilleur » ou que « la fin justifie les moyens ». Il est évident que quiconque fait de ces deux adages le fondement de son éthique donne par là même la preuve de son amoralité.

Conformément aux remarques précédentes, être juste, c'est déjà ne jamais utiliser sa fonction, son autorité, son pouvoir ou sa force pour obliger autrui à dire ou à faire quoi que ce soit qu'il réprouve ou qui va à l'encontre de son propre bien-être. Cela nécessite par conséquent de faire abstraction de toute relation dominant / dominé, dès lors où cette relation nous est favorable a priori. A cet égard, on peut être convaincu, que toute personne qui use de coercition pour imposer ses idées agit ainsi parce qu'elle est incapable d'en démontrer le bien-fondé, tout du moins dans des circonstances courantes. Par ailleurs, on ne peut être équitable si l'on n'est pas animé en permanence par l'amour de la vérité. En vertu de ce principe, il est impossible d'être intègre aussi longtemps que l'on se ment à soi-même.

L'intégrité ne doit pas se limiter à entretenir des relations sincères avec autrui. Elle concerne également la manière dont nous appliquons à notre propre vie les principes moraux que nous défendons auprès des autres. Or, l'homme, en raison de ses faiblesses, a tendance à mieux parler du bien qu'à le faire, d'où l'expression « Faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Nous devons donc nous efforcer à vivre le plus conformément possible à nos idées, de manière à être un exemple pour nous-mêmes et à nous sentir vrais au regard de notre conscience. En ce sens l'hypocrisie n'est pas uniquement l'attitude qui consiste à manquer de franchise dans nos rapports humains. Etre hypocrite, c'est aussi se trahir soi-même et s'autoriser des comportements que nous savons être mauvais et que nous réprouvons chez ceux qui en font preuve.

Enfin, l'intégrité, c'est également le respect de la parole donnée, ce qui implique de tenir nos engagements, quels qu'ils soient. Avant de promettre telle ou telle chose, nous devrions donc toujours prendre le temps de définir en notre âme et conscience si nous serons effectivement capables de nous acquitter de cette promesse. Dans le cas contraire, mieux vaut s'abstenir de s'engager à dire ou à faire quoi que ce soit. Certes, pour des raisons indépendantes de notre volonté, il peut nous arriver de devoir renoncer à ce que nous avons promis. Mais si cela devient une habitude, c'est vraiment que nous manquons de parole, voire même d'honneur. Que nous en soyons conscients ou non, il arrive alors un moment où les autres ne nous font plus confiance, ce qui est bien légitime de leur part.

Comme vous le savez, l'intégrité est également le fondement d'une autre vertu très importante : la loyauté. Dans un Ordre Traditionnel comme la FM, cette vertu consiste entre autres à servir ses idéaux philosophiques et à respecter les règles établies. En cela, il s'agit finalement d'être conforme à l'esprit de chevalerie qui doit animer tout initié sincère et tout individu ayant le sens de l'honneur. Mais, être loyal, c'est également ne jamais trahir nos proches, nos amis et tous ceux qui nous ont accordé leur confiance, même si les circonstances de la vie ou des choix personnels devaient nous éloigner d'eux. Dès lors où une Organisation ou une personne déterminée nous a procuré un bienfait quelconque, qu'il soit d'ordre spirituel, culturel, matériel, affectif ou autre, nous lui restons humainement redevables. En conséquence, faire preuve de déloyauté à son encontre sous quelque forme que ce soit, dénote, sinon de l'orgueil, du moins de l'ingratitude. Dans les deux cas, une telle attitude sur le plan cosmique est répréhensible et ne peut porter chance. Voilà ce que je souhaitais vous dire au sujet de l'intégrité.

Source : www.ledifice.net

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Le Savoir et la Connaissance

1 Octobre 2013 , Rédigé par André M\ Publié dans #Planches

Introduction

Le savoir et la Connaissance ont de tout temps intéressé les francs-maçons, car ils interfèrent fondamentalement dans les domaines scientifiques, culturels et sociologiques tout en interpellant la conscience, la philosophie et le sentiment religieux. Par ailleurs, ils sont inclus d’une manière implicite dans les rituels maçonniques puisqu’ils structurent comme nous le verrons par la suite la démarche initiatique et façonnent le langage symbolique. Il y a donc au moins deux bonnes raisons intellectuelles de s’intéresser à une telle étude. Mais au-delà du plaisir d’entreprendre cette recherche, il existe plus fondamentalement ce besoin impérieux de comprendre le sens de la vie en s’aventurant dans des espaces nouveaux, formateurs d’une exigence de vérité. Cette nécessité de lucidité et d’authenticité est la clé qui permettra de fortifier la volonté du cherchant. Ainsi armé, le franc-maçon sera plus fort pour entreprendre toutes les recherches nécessaires qui l’amènera à clarifier l’acquis de l’inné, le signifié du signifiant et le savoir de la connaissance. "Il y a qu’il y a"... .où "il est..." selon la traduction, tels sont les premiers mots d’une strophe du poème de Parménide qui entérine magistralement l’interrogation primordiale de l'homme face à son destin et qui du même coup qualifie cette force de volonté qui pourrait être le moteur de son évolution. Comprendre et rechercher l’origine de cette volonté, c’est vivre sa condition humaine. En chaque individu existe donc fondamentalement un besoin d'être et c’est en vertu de cette nécessité que les notions du savoir et de la connaissance sont l’objet de ce travail.

Définition

Selon le Larousse encyclopédique la définition du savoir est « un ensemble cohérent de connaissances acquises au contact de la réalité ou par l’étude » et toujours selon le même éditeur la définition de la connaissance est « l’ensemble des domaines où s’exerce l’activé d’apprendre ». Mais aussi : « le fait de comprendre, de connaître les propriétés, les caractéristiques, les traits spécifiques de quelque chose ». La définition du savoir ne pose à priori pas trop de problèmes puisqu’elle est une acquisition de données. Quant à celle de la connaissance il pourrait y avoir une source de confusion, en ce sens qu’elle est parfois prise comme une démarche pour acquérir la compréhension alors qu’elle ne représente qu’un domaine bien spécifique. Il faut donc chaque fois se référer au sens et au contexte général de la phrase dans le quel se trouve le mot connaissance pour choisir la bonne définition. Nous pouvons ajouter encore qu’il existe une connaissance subjective liée à l’acquisition de données qui inclut tout ce qui touche à la conscience y compris les démarches irrationnelles et une connaissance objective qui sont les données en elles-mêmes assimilable au savoir. En résumé, nous retiendrons que le savoir est une démarche intellectuelle et horizontale, lié aux domaines analytiques et établit sur une réalité observable et mesurable; tandis que la Connaissance est une approche unitaire et fusionnelle de l’homme avec son environnement, sans limitations aucunes par la réalité et sans exclusion des lois régissant le domaine sensible. Le savoir est donc l’intégration cohérente de toutes les connaissances acquises. Mais alors, où pouvons-nous situer celles qui ne sont pas apparentes, mais qui doivent exister quelque part, car rien ne peut se créer de rien ? Sont-elles dans l’inconscient sous une forme non formulées ou et, dans nos gênes prêt à nous entraîner, lorsque la situation est favorable, dans des aventures nouvelles, heureuses ou malheureuse ? Interfèrent-elles avec la conscience à notre insu en connivence avec une intelligence supérieure pour agir sur notre volonté ? Avant de répondre à toutes ces interrogations, définissons les démarches exotériques et ésotériques afin d’enrichir les développements qui vont suivre. Rappelons que l’exotérisme, analogiquement relié au savoir et à l’acquis s’intéresse d’une façon générale aux faits prouvés et reconnus par l’expérimentation scientifique et rejette évidemment tout ce qui est caché et du ressort de l’imagination tandis que l’ésotérisme, analogiquement relié à la Connaissance et à l’inné, prolonge l’étude dans d’autres dimensions grâce à l’utilisation d’un langage symbolique et analogique qui apporte au propos un éclairage nouveau et plus global.

La science et la vie en société

La science, les techniques et la recherche scientifique sont les principaux acteurs qui font référence à l’exotérisme, donc au savoir. Ils ont fait spectaculairement progresser ces cinquante dernières années les connaissances de la matière et de l’organisation de la vie. Cette accélération des connaissances sur nos origines a donné le sentiment que l’homme maîtrisait seul son destin.. Ainsi la cosmogonie a été dramatiquement transformée puisque la raison s’est substituée à l’intuition ce qui a eu pour conséquence de disqualifier la plupart des textes sacrés qui ont pourtant été pendant très longtemps la seule porte d’accès à la connaissance de notre univers et au divin. Parallèlement, les recherches appliquées d’une façon générale ont amélioré considérablement la qualité de l’activité humaine en déchargeant l’homme de tâches répétitives et souvent pénibles. Mais paradoxalement, le gain de temps obtenu n’a pas été utilisé pour une meilleure compréhension du sens de la vie. Il semble au contraire que l’augmentation de l’acquis et de la complexité qui en découlent pose plus de problèmes qu’elle en résout puisque l’homme reste toujours attachés à une vision matérialiste de son destin. Cette situation laisse le champ libre à toutes les fausses connaissances et surtout à l’apparition d’un populisme politique donneur de leçons qui discrédite les vérités ontologiques. Dans un tel contexte nous remarquons logiquement que la découverte des connaissances matérielles sans association à l’inné, donc à l’ésotérisme, ne débouchent que sur des certitudes bloquant l’évolution spirituel et l’élévation du niveau de conscience de la société. Une telle situation a comme conséquence majeure de créer un hiatus entre le progrès matériel et le bonheur d’être par la permanence d’une insatisfaction individuelle généralisée créatrice de conflits sociaux. Les causes sont à rechercher dans le fait que les connaissances purement scientifiques ne représentent qu’une facette de la réalité et qu’elles masquent par leur puissance toutes les autres enfouies dans l’inconscient. Celles-ci, comme nous le savons en maçonnerie, ne peuvent surgir à la conscience que lors d’une initiation qui révèle alors le sens de la globalité et suggèrent de nouvelles possibilités d’investigation en élargissant le champ de conscience. l’Homme nouveau dans cette dimension devient une donnée essentielle de la résolution du problème. C’est l’ésotérisme qui prend le relais de l’exotérisme en intégrant l’homme comme une composante naturelle du macrocosme dans la réflexion analytique. La nouvelle connaissance révélée sera bien sûr fortement combattue par tous les adeptes de la méthode scientifique, car considérée comme non raisonnable ce qui contribuera à alimenter le conflit entre les partisans d’un développement matériel illimité et ceux qui ne veulent pas jouer aux apprentis sorciers. Les instruments du savoir sont d’admirables moyens mis au service de la finalité de l'homme, mais une science , autrement dit une organisation de moyens séparée radicalement de la Connaissance « sagesse » , c’est à dire d’une méditation sur les fins, est vouée à l'échec puisque l’identification et la gestion des conflits resteront malheureusement insuffisants pour empêcher un désastre écologico-sociétal à l’échelle planétaire. Dans notre société libérale où l’économie est devenue une philosophie politique le temps est arrivé pour que la recherche scientifique travaille en collaboration continue avec des comités d’éthique indépendants des pouvoirs politiques, dont les membres auraient non seulement des valeurs scientifiques reconnues mais aussi des qualités spirituelles élevées, ne serait-ce pas trop demandé pour les générations futures? Comme nous le constatons, le rationalisme scientifique ne peut pas être dissocié de l’inné et de la Connaissance sous peine de détruire les équilibres naturels. La force et la qualité de cette relation dépend du niveau de conscience de l’humanité. Elle est donc essentielle à la survie de l’homme sur cette terre. Dans le cas où le progrès matériel resterait dissocié de l’inné, un abîme s’ouvrirait entre le monde moderne, qui a tendance à considérer l’esprit comme une auto-illusion du sujet pensant, et la Tradition dans lequel est inclus la Connaissance. La nécessite et le hasard resterait alors la seule voie de salut qui entraînera l’humanité dans les méandres de l’absurdité de la vie. L’homme devra alors se plier au règne de cette absurdité et l’humanité aura un problème sans mesure pour fonder une éthique sociétale qui ne débouche pas sur l’anéantissement de l’être, mais sur une nouvelle alliance de vie à redéfinir.

Connaissance objective, subjective et initiatique

La prise de conscience de la Connaissance, sous forme d’un ensemble d’informations, n’est donc rien d’autre qu’un état d’équilibre à l’interface du monde suggéré et du monde conscient. Le présent est une perception fugitive et permanente d’un équilibre nécessaire pour transmettre et faire communiquer entre elles objectivement les connaissances afin de construire un réseau de valeurs, étroitement lié au savoir. Nous mesurons ainsi combien sont importantes les notions d’objectivité et de subjectivité. L’une servant essentiellement à acquérir des connaissances, l’autre à entretenir le doute et à ouvrir ainsi la voie de la recherche. Le Larousse ne parle que de la connaissance au contact de la réalité et de l’étude. Mais alors, que deviennent les connaissances initiatiques? Celles qui s’acquièrent en dehors de toute réalité raisonnable, c’est-à-dire celles qui surgissent avec force à la conscience de l'initié lors d’un drame symbolique qui lui apporte les émotions, puis les outils nécessaire à la compréhension d’une destinée qui semble pour certains bien difficile à accepter. Est-ce à dire (toujours selon le Larousse) que seul l’usage de l’intellect est formateur de connaissances et nourrit le savoir? Que deviennent alors les connaissances issues de la Révélation, de la Rédemption, du Saint Esprit, de l’Amour et du G\ A\ D\ L\ U\. Dans l’optique de l’initié, la définition du Larousse est ambiguë. Elle ne fait aucunement référence aux transformations des connaissances par l’intuition. Ce processus spécifique modifie la connaissance étymologiquement objective et acquise par l’étude et la réalité, en une nouvelle connaissance subjective qui pourrait d’ailleurs retrouver une nouvelle objectivité dans le cas où la perception de l’un redeviendrait celle de tous, n’est-ce pas ainsi que naissent toute les religions.? La conscience du processus de la transformation des connaissances à travers l’homme est la clé qui permet de vivre une quête de connaissance pour s’approcher toujours plus d’un savoir irrationnellement intimiste et universel. Mais ne nous trompons pas, car selon le niveau de conscience de l’homme ou du groupe qui entreprend cette quête, la force peut s’orienter en Haut ou en Bas traduisant respectivement un bien ou une perte pour l’humanité, Cette quête est indubitablement la force de l’initié. Elle est vécue dans la compréhension de ce qui existe en deçà et au-delà de la surface des eaux, dans une recherche aventureuse des intuitions naturellement cachées dans un milieu hostile, humide, obscure et fertile. Elles sont formatrices d’un savoir qu’il pressent juste et vrai. L’initié maintenant peut discerner dans la beauté du ciel azuré les myriades d’étoiles qui sont sa chair. Il est dorénavant cet Homme cosmique qui vit sa transcendance par l’acceptation de la dualité, il sait que le pavé mosaïque est le tremplin pour vivre la Lumière et rechercher un enseignement adapté à sa personnalité.

Le savoir, la société et les hommes

Pouvons-nous espérer que le savoir seul justifie des actes vraies, c’est-à-dire des constructions au service de ce qu’il y a de bon dans l’homme? En se référant à l’histoire, nous constatons que la plupart des découvertes scientifiques ont dans un premier temps été employées par les militaires dans le but de produire de nouvelles armes. Plus tard, ces techniques sont heureusement reprises dans la société civile afin de produire des biens de consommation qui contribuent à l’amélioration du bien être général des peuples. Mais, la distribution de cette richesse n’est malheureusement pas équitable, car les bien produits obéissent aux lois du marché. Ils iront donc en priorité chez les peuples qui peuvent les acheter. Nous voyons donc que la découverte de connaissances matérielles d’une façon générale ne contribue pas nécessairement à promouvoir la coexistence pacifique, ni à développer une volonté nouvelle de vivre ensemble et ni de respecter les équilibres nécessaires à la survie de cette planète. Les connaissances scientifiques et les actes politiques qui en découlent ont entraîné et continuent d’apporter plus de malheur que de bonheur comme le montre notre histoire humaine. Est-ce à dire que l’Homme éprouve de la difficulté à traduire le savoir en plus value pour l’humanité? Nous ne pouvons pas répondre à une telle question sans faire référence à la cyclologie des sociétés qui montre des comportements distincts sur le long et le court terme. Le court terme est le présent. Aujourd’hui, il est géré par un système économique libéral qui dicte l’organisation de la société humaine et qui organise le progrès, donc les connaissances en fonction des lois du marché. Le long terme obéit à des lois différentes qui n’ont rien à voir avec celles du court terme. Celles-ci sont émises en Haut pour le bien du Bas. Elles sont les gardiennes de la Vérité. Pour les comprendre, nous devons utiliser les lois de l’analogie. Ainsi, à l’instar de l’homme une civilisation naît, croît et meurt tout en subissant l’influence des cycles astrologiques. Nous sommes aujourd’hui à la fin de l’ère du poisson, bientôt nous serons dans l’ère du verseau. La fin d’un cycle est toujours difficile, car il provoque des transformations violentes afin de favoriser la venue de valeurs représentatives du cycle suivant en l’occurrence celui qui sera sous la maîtrise conjointe de Saturne et d’Uranus. Nous voyons ainsi déjà aujourd’hui apparaître une dimension spirituelle de l’homme, opposée à la conception fondamentale de la Révélation chrétienne. Cette tendance semble être la composante naturelle du sécularisme athée de ce vingtième siècle. Provoquera-t-elle la fin des religions traditionnelles?. Nous pouvons le supposer, et réfléchir sur ce constat afin de préparer les générations futures.

L’enseignement, la spiritualité et la politique

Par contre, il est indispensable de transformer l’enseignement, cet outil de la transmission des connaissances. Depuis toujours l’école ne cherche qu’à adapter les connaissances scientifiques au service de la société civile. Son but premier est l’intégration de tous les hommes dans le système économique dominant. Aujourd’hui, ce sont les notions entrepreneuriales, de compétitivité et de performances qui sont privilégiées. Elles ne sont pas l’apanage de la majorité de la population, d’où la naissance d’une forte discrimination qui crée une société à deux vitesses, Dans un tel enseignement, ce sont les valeurs horizontales, donc matérialistes qui dominent, Cela a pour conséquence que les actes sociaux sont souvent incompatibles avec le respect de la dignité humaine et posent des problèmes de conscience dramatiques pour les individus avec des niveaux de conscience élevés. Ce déficit des valeurs spirituelles a permit l’émergence d’un comportement proprement satanique caractérisé par le racisme, la purification ethnique ou même l’eugénisme, qui a eu ses lettres de noblesse sous le régime national-socialisme hitlérien ou le scientisme matérialiste qui a décimé des millions d’innocents dans les pays communistes. Cette dernière idéologie ne reconnaissait évidemment aucunes structures prônant le sentiment religieux et faisait même disparaître toute traces tangibles pouvant y faire référence. Dans ces deux derniers cas, le système politique a biaisé l’ordre naturel en privilégiant des valeurs incompatibles avec le respect de la diversité et de la dignité humaine, De telles idéologies sont évidemment nuisibles, mais comme elles font appel à l’ego et à sa glorification, elles peuvent facilement substituer l’ordre transcendantal naturel par une immanence humaine et devenir “bonne”. Dans ce contexte, c’est l’Homme qui devient Dieu ce qui a pour conséquence que l’Existence analogiquement liée au savoir se confond avec l’Essence analogiquement lié à la Connaissance. Le langage symbolique n’a plus court et il ne reste plus que la dualité au service d’un soi disant perfectionnement matériel continu et sans limite dont il est difficile de comprendre le sens par rapport à notre finitude exprimée naturellement dans la mort. Dans de telles sociétés, les rites funéraires sont minimisés à l’extrême, sauf pour les dignitaires du régime qui sont momifiés et entreposés dans des mausolées somptueux gardés par de jeunes éphèbes aux allures martiales. La mort dans ces régimes n’a plus de sens philosophique, elle n’est que l’expression naturelle du hasard sauf peut-être pour celui qui meurt, mais il ne peut plus témoigner.

L’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal

Pour continuer notre réflexion, nous allons utiliser le symbolisme de l’arbre de vie et l’arbre de la connaissance du bien et du mal afin de mieux comprendre ce qui relie l’homme au savoir et à la Connaissance. L’Existence de l’homme est analogiquement reliée à l’arbre de la connaissance du bien et du mal tandis que son Essence est en symbiose permanente avec l’arbre de vie symbolisé par le G\ A\ D\. L\ U\. L’arbre de vie plonge ses racines dans le cœur de tous les hommes et vivifie leur intelligence afin qu’ils puissent accepter leur condition humaine. Grâce à la connaissance de cette fertilité divine, nous pouvons imaginer combien l’immanentisme est une utopie dangereuse car elle peut faire croire aux hommes les plus puissants comme d’ailleurs aux plus faibles qu’ils peuvent atteindre le sommet de l’arbre de la connaissance du bien et du mal sans la reconnaissance de l’arbre de vie. L’illusion est parfaite, lorsque le sommet atteint, il pensent jouir du jardin d’Eden créé à leur insu par un ego hypertrophié. En vérité, il n’y a pas de lucidité ontologique sans reconnaissance réciproque des deux arbres. L’amour de soi-même et du genre humain est nourri naturellement par la sève vivifiante de l’arbre de vie qui irradie chaleureusement le cœur de tout homme de bonne volonté tandis que l’intellect tempéré par la raison reçoit parcimonieusement les vertus de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. C’est dans cet harmonieux équilibre que grandit l’initié vers son destin glorieux. Mais si, pour une raison ou une autre l’arbre de vie est oublié, l’intellect occupera tout le terrain de la conscience et deviendra le valet de l’ego, d’où jailliront alors tout ce que le Franc maçon à rejeter dans ses nombreux voyages c’est à dire l’orgueil, la vanité, l’égoïsme, le goût du lucre, l’intolérance, la haine du genre humain et enfin le non respect des diversités. Comme nous le voyons, l’enseignement est fondamental pour l’acquisition des connaissances. Chaque enfant qui naît est unique, il a un parcours à faire dans ce monde, Mais il a aussi une identité génétique et historique. Il fait partie d’une histoire et la façon dont celle-ci sera racontée va influer considérablement sur la qualité des connaissances qu’il va acquérir. Les traditions, les us et coutumes la famille, les idéologies vont influencer profondément son savoir, Le code maçonnique nous rappelle avec évidence cette réalité. En naissant le nouveau né est l’expression pur de l’arbre de vie. Il est innocent et reflète la vraie Lumière dont l’intensité diminuera graduellement au contact de la réalité humaine, mais qui ne disparaîtra jamais. C’est vers elle que nous sommes naturellement attiré, c’est pourquoi nous devons toujours recherché l’enfant qui sommeille en nous comme l’a si bien rappelé Jésus en disant: « Laissez venir à moi les petits enfants » . Il ne fait qu’exprimer symboliquement le retour à l’innocence. Mais les fruits de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ont été consommés, le jugement, cet enfer, est devenu une réalité. Ainsi la naissance et la mort sont le cycle naturel de la vie manifestée. Mais au-delà des forces nécessaires à la survie, il existe donc dans l’homme un état permanent et sécurisant, garantissant la qualité de l’origine et qui apporte de l’espoir. C’est la Connaissance. Aucun savoir ne peut être dissocié de la Connaissance, c’est à dire de l’arbre de vie qui éclaire avec force sans jamais aveugler. L’amour, la méditation, l’initiation permet à chaque période cruciale de l’évolution humaine d’apporter une transmutation des connaissances acquises. Car ce qui est important ce n’est point seulement l’acquisition du savoir mais surtout la manière de le transformer en concept. L’Homme est un créateur de concept par essence, mais faut-il encore prendre conscience que la conceptualisation sans cohérence ne nourrit que l’intellect? En fait nous voulons dire qu’un savoir brut relié à rien n’a pas d’intérêt à part celui de rigidifier la pensée. Pour qu’il exprime pleinement son contenu il doit passer à travers des états émotifs, un vécu pleinement ressenti, des prises de décision effectives, voir même des souffrances afin qu’il nourrisse et soit formateur d’un réseau créateur, révélateur en quelque sorte de la Connaissance. Plus les actes de vie sont liés à une dimension exprimant aussi bien ce qui est en haut et ce qui est en bas, plus ils illuminent la société humaine qui prend alors une toute autre dimension, l’Homme n’est plus écrasé, car il aperçoit l’horizon et devine au loin sa propre vérité qui l’entraînent dans une dimension rayonnante inspiratrice des valeurs de partage et d’amour. L’initié sait alors que la Vérité est Lumière. Il pourra donc privilégier la création pur, celle inspirée par l’arbre de vie et qui s’exprime par des actes sociaux parfaitement équilibrés comme le sont ou devraient l’être, par ailleurs toutes les volontés vécues dans une loge maçonnique. Il pourra aussi à travers les arts picturaux et musicaux transformer respectivement la matière colorée en œuvres d’art et les notes en pièces musicales.

Connaissance et quête initiatique

L’inspiration est nécessaire à la création. La reconnaissance de la Beauté de l’Oeuvre n’est pas toujours évidente, car elle dépend de notre propre perception de la Beauté qui n’est en définitive que la résultante de la transmutation du savoir dont le niveau dépend de la réalisation du ternaire apprendre, comprendre et vivre appliqué à tous les actes voulus. Le franc-maçon connaît en quelque sorte ce mystère de la transmutation du savoir vu que son seul trésor, par ailleurs incommunicable par le verbe, est son vécu initiatique. Il représente ce que les profanes appellent le secret maçonnique et qu’ils tentent de définir dans des écrits qui caricaturent la démarche initiatique. Ce vécu initiatique est une référence générique qui permet de construire le temple universel. Il est la clé qui donne accès à la Connaissance formatrice d’un charisme maçonnique spécifique. Ce qui est donc important c’est la prise de conscience d’une réalité objective en l’occurrence la Tradition passée au crible des sentiments et exprimée par cette intelligence du cœur voulue par le rituel maçonnique. Cette démarche donne alors du sens aux connaissances qui sont les premières pierres sur lesquelles pourront travailler les outils du grade. Cette façon de faire montre à l’évidence l’importance d’être constamment initié dans une réalité historique reflétant en puissance notre identité génétique et karmique. Les initiations maçonniques sont alors le bras évident de la construction d’un réseau créateur reflétant la Connaissance et de notre capacité à éclairer toujours plus justement nos valeurs gnostiques cachées dans l’arbre de la connaissance.

La Gnose, un chemin vers l’Unité

La Gnose, autrement dit la Voie de la Connaissance qui n’est que la formulation en langage humain de la tradition primordiale, est une composante essentielle sur lequel l'homme doit adosser ses comportements. C’est une façon de transformer toutes les données acquises en valeurs universelles. Ce passage obligé de l’acquis à la vérité de la tradition s’effectue lors d’une initiation et la finalité souhaitée du processus gnostique est un retour à l’Unité, par la perte des valeurs analytiques et multiples. C’est donc une méthode incluant une transcendance. Elle amène l’adepte naturellement dans un style de vie respectueux de la diversité et dans une cohérence holistique des valeurs humaines. Elle est la première pierre d’un ‘humanisme universel qui n’a pas de sens sans cette cohérence transcendantale. C’est pourquoi la franc-maçonnerie l’utilise comme symbole. Elle signifie que le savoir est inclus dans la Connaissance et qu’il faut faire confiance à son intuition afin de retrouver les chemins qui mènent à la Vérité. L’Homme qui suit son intuition sait qu’il butine dans cette béatitude cosmique subtilement devenue intime mais il en accepte aussi la finalité parce qu’il pourra se libérer des pesanteurs inutiles. Plus léger, il sera à même de comprendre l’inutilité des mauvaises connaissances qui créent le surhomme. L’Homme lourd vivant en symbiose avec l’acquis ne veut pas frapper à la porte du temple, mais il a conscience d’être utile au Tout car il apporte les éléments nécessaire à la transformation des structures du monde sans en être réellement l’instigateur. En travaillant pour la fracture ou la reconstruction de la société, il assure la réalisation du cycle de la vie entretenu inéluctablement par la dualité. Il vit pleinement dans le blanc ou le noir du pavé mosaïque, mais jamais à son intersection. Le vrai initié travaille toujours sur cette ligne à la frontière de deux mondes gérés par le jugement. C’est un équilibriste qui doit s’élever afin de mieux maîtriser les pulsions duales. Il accepte naturellement une relation d’autorité entre la Connaissance et le savoir mais sans référence dogmatique afin de vivre un présent vrai, porteur d’espoir. Sa responsabilité concernant les connaissance acquises l’entraîne donc dans un nouvel espace où les mots ont toujours la même orthographe mais des sonorités différentes. Il écoute maintenant de la musique au lieu du bruit. Il connaît les notes de la partition mais son oreille recherche inlassablement les rythmes de son corps. Cette nouvelle liberté de conscience doit s’affirmer dans le partage, dans l’amour de ses F\ et du genre humain sans quoi l’initiation n’aura servit à rien. Comme Orphée, il ne peut plus se retourner, il doit continuer à marcher vers la Lumière.

La liberté, le travail et la mort

Aujourd’hui, Il est difficile de vivre et d’enseigner cette liberté initiatique, car elle suppose un gros effort sur soi-même, afin de contrer les forces du bas. En même temps, beaucoup de théories psychanalytiques aiment à découper à satiété les mécanismes de notre psychisme et font croire que tout est dans une rationalité bien sûr complexe mais parfaitement explicable. Trop de certitudes tuent le désir d’être. C’est pourquoi, l’homme rejette l’homme. Il ne faut pas avoir peur de l’effort, comme nous le rappelle constamment la symbolique du tailleur de pierre car à chaque coup donné correspond une récompense. La force qui est à l’origine de ce travail est la même pour tous les animaux sur cette terre, c’est la survie de l'espèce. L’Homme qui est le dernier maillon de l’évolution a acquis la conscience d’être et paradoxalement le doute d’être. Cette confusion s’exprime avant tout par une mauvaise gestion de l’énergie créatrice manifestée par la sexualité. Comme tout ce qui appartient à la manifestation sensible, cette énergie obéit à la conscience individuelle mais aussi à une conscience collective qui lui est supérieure. Il existe donc une cohérence, une hiérarchie vibratoire à l’instar de celle que nous connaissons dans la physique ondulatoire. C’est grâce à la liberté de conscience que l’homme se distingue dans le règne animal il peut donc par un choix délibéré transformer l’énergie sexuelle en actes sociaux véritables et vivre une vie relationnelle intense, véritable tremplin de la Créativité. Comprenons-nous bien, ce travail ne pourra pas se faire avec l’ego, ni par mimétisme. Il s’effectuera dans le cadre d'une initiation vécue de cette énergie. Les fruits obtenus lui permettront alors de devenir un homme encore plus libre, mais avec une responsabilité nouvelle liée à un niveau de conscience supérieur. Il sera alors celui qui vivra pleinement et avec amour les valeurs sociales du groupe, en particulier ceux de sa loge. C’est ainsi que nos anciens F\ ont compris le sens de la fraternité et nous ont légués le REAA.

Au-delà des actes sociaux qui sont l’une des composantes de l’énergie créatrice, il existe encore une ultime initiation qui est celle de la mort physique. Le dernier acte créateur ici bas est celui de la libération dans la continuité du cycle. Sa qualité est étroitement liée à toutes les actions entreprises antérieurement. Trois niveaux énergétiques (sexuel, social et créateur) sont ainsi reconnus par l’homme dans une seule énergie constitutive pour vivre des actes vrais tout au long de son parcours terrestre. La mort, cet ultime création est la résultante de tout ce qui a été appris et compris ici bas, elle peut alors être vécue sereinement. Dans cet état d’esprit, la cohérence structurelle exprimée par l’ordre maçonnique est la clé qui donne accès à la transcendance du sensible. L’initié peut alors paisiblement poursuivre sa quête de Vérité afin d’accéder à l’état de fils de la Lumière. A nouveau, nous constatons combien est importante la transformation de l’acquis vers une identité métaphysique inspirant notre conscience et combien la Connaissance et le savoir sont indissociablement liés aux valeurs initiatiques. Pour l’homme initié, le monde n’a pas été créé à partir d’un Dieu plus ou moins anthropomorphisé, car il est l’émanation de la possibilité universelle jaillissant de son Non-Etre. De ce point de vue, la réalité du Cosmos est incluse dans l’Unité ce qui permet d’accepter un absolu dans notre identité humaine. Si nous considérons à nouveau l’arbre de vie comme le symbole de l’Unité et si celui-ci est vivant dans le cœur de tout homme sur cette terre, alors il ne faut plus qu’un seul acte d’allégeance pour clarifier son destin c’est celui d’embrasser son âme et celui de tous les êtres sur cette terre avec son cœur. De cette façon, nous rendrons un peu plus de sens à notre vie et surtout plus de justice dans nos actes sociaux.

Conclusion

Tout au long de ce travail, nous avons tenté modestement de comprendre les mécanismes relationnels entre les connaissances, la Connaissance et le savoir. Dans ce but, nous avons utilisé le symbolisme de l’arbre de vie et de l’arbre de la connaissance du bien et du mal. Nous sommes ainsi restés fidèles à notre culture judéo-chrétienne, car naître dans une culture c’est avant tout en respecter son histoire; c’est aussi la comprendre et la vivre à travers ses mythes qui sont les témoins lointains de la conscience de nos ancêtres. Les initiations maçonniques du REAA sont à cet égard remarquablement cohérentes et elles apportent aux esprits curieux et amoureux de la Gnose une vision lumineuse et pleine d’enseignements. Elles permettent pour le moins à tous d’apporter un certain éclairage sur ce propos de Leibniz « Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien »

Source : www.ledifice.net

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Naissance de la Maçonnerie spéculative : la Bible, la tolérance

30 Septembre 2013 , Rédigé par Michel BARAT Publié dans #Planches

Comme André Glucksmann le souligne dès l'ouverture de son der­nier livre consacré à René Descartes, l'homme du doute est aussi celui qui, comme militaire, assiste à la bataille de la Montagne Blanche où les troupes impériales de Ferdinand II écrasent celles de l'électeur du Palatinat, roi de Bohème, Frédéric V. Sans doute s'agit-il là d'un événement capital dans l'histoire des nations euro­péennes mais il s'agit aussi d'un événement symbolique de l'histoire de la pensée. Frédéric V, homme de tolérance et de culture, gardait en son esprit et essayait, tant faire se peut, de réaliser l'idéal éras­mien du mouvement évangélique, continuateur de l'esprit et de la tradition antique, pour qui "l'amour de la sagesse est aussi sagesse de l'amour". Ainsi s'était-il entouré des membres de sociétés occul­tistes s'efforçant de concilier en pratique le progrès des sciences et le progrès moral dans la tolérance et l'amour fraternel. Commenius adepte de la secte des Frères Moraves illustre cette tendance. Peut- être s'agit-il là de l'expression la plus noble de l'utopie mais, quoi qu'il en soit, la bataille de la Montagne Blanche met fin à ce rêve dans les faits. L'ère de la déception et du doute s'ouvre : l'amour de la sagesse divorce d'avec la sagesse de l'amour. Pourtant la maçonnerie spéculative naissante au XVIIIe siècle prolongeant la modification déjà apportée à la maçonnerie ancienne par la maçon­nerie acceptée veut renouveler ce pari sur l'accord de la raison et du coeur : c'est ainsi que dans les Loges se retrouvent tout autant des rationalistes rigoureux, fidèles à l'esprit de l'Encyclopédie que des "illuminés" (terme alors nullement péjoratif) annonciateurs du romantisme tel qu'il se développera en Allemagne. Or ces Frères font référencé à un Volume de la Loi Sacrée qui se trouve être la Bible. Cela demande réflexion car le rationalisme des uns et le mysticisme des autres en faisaient l'objet de la colère des institu­tions religieuses, d'autant plus que se retrouvaient dans le même lieu des protestants latitudinaires et des catholiques libéraux. Il apparaît alors nécessaire de réfléchir sur la présence de la Bible comme Volume de la Loi sacrée dans le cadre de la double spécifi­cité maçonnique qu'est la quête du sacré et l'affirmation de la tolé­rance. Peut-être faut-il inscrire l'originalité de la démarche maçon­nique à partir de l'exigence spirituelle de la recherche toujours renouvelée d'une vérité qui fait sens, mais sans jamais l'atteindre possessivement ; en un mot, il s'agit d'une quête du sacré et d'une exigence éthique de la tolérance comme fondement de la dignité et de la liberté du sujet humain. Or, au XVIIIe siècle, la question sur la Bible s'inscrit non pas dans la pure perspective religieuse mais comme l'aboutissement d'un affrontement idéologique entre parti­sans d'une dogmatique fermée et partisans de la tolérance entendue non seulement comme liberté de conscience mais encore comme liberté de penser. Ici, il faut apporter une précision : la liberté de conscience ouvre la possibilité d'adhérer ou non selon son libre arbitre à telle ou telle religion. La liberté de conscience, au sens strict du terme, s'inscrit donc dans la sphère de la question de la liberté religieuse. La liberté de penser, plus large encore, confère à l'homme la possibilité d'user de sa raison pour pousser sa recherche du vrai jusqu'où il le peut sans rencontrer aucune entrave, fût elle religieuse. Ainsi du XVIIe siècle au XVIIIe siècle les défenseurs de la liberté de conscience comme Bayle et ceux de la liberté de penser comme Spinoza s'inspirent soit de références bibliques soit de la critique scriptuaire naissante pour affirmer non seulement le droit à la liberté de conscience et de penser mais encore la nécessité de cette liberté pour le progrès de l'homme. L'originalité de la maçonnerie spéculative consiste précisément à affirmer cette double nécessité mais dans le cadre d'une quête spirituelle. Aussi il semble permis d'interpréter la présence de la Bible en tant que Volume de la Loi Sacrée comme le symbole de la double exi­gence initiatique et tolérante qui détermine la pratique de la Maçonnerie spéculative telle qu'elle se dégage de la Maçonnerie opérative par l'intermédiaire de la Maçonnerie acceptée. Ainsi se pose la question du serment pris sur la Bible, Volume de la Loi Sacrée indépendamment de la référence au Grand Architecte de l'Univers. En cela le Grand Architecte de l'Univers et Bible consti­tuent des références fondamentales de la pratique maçonnique mais ils n'entretiennent pas entre eux la même relation que Dieu et les Saintes Ecritures entretiennent entre eux dans le cadre des pen­sées religieuses. Il apparaît que c'est là un des points qui génèrent la suspicion des églises intégristes sur la Maçonnerie, hier comme aujourd'hui. Cette absence de liaison organique entre le Grand Architecte et la Bible peut se montrer par le simple fait que le Grand Orient de 1787 à 1878 travaillait bien à la gloire du Grand Architecte, sans pour autant demander au néophyte de prêter serment sur la Bible. En poussant l'analyse, il faut comprendre les Constitutions d'Anderson comme l'oeuvre d'un pasteur latitudinaire cherchant à dépasser les querelles religieuses et à rencontrer dans une libre quête de la vérité les catholiques libéraux. Ce processus semble s'élargir dans l'his­toire tant de la Maçonnerie que de la pensée par le passage de la liberté de conscience à la liberté de penser. Nous nous proposons d'examiner comment à sa naissance la Maçonnerie spéculative s'inscrit dans le combat pour la liberté de conscience puis de pen­ser, et cela dans la sphère spirituelle et non pas dans celle de la pure religion ou inversement dans celle de la pure philosophie : ce qui veut dire que la quête libre du sacré par le Maçon ne le conduit pas plus vers le Dieu des Religions que vers celui des philosophes, par le simple fait que cette quête demeure constamment ouverte et que son questionnement se renouvelle constamment, sans pour autant lui interdire loin de là une interprétation religieuse ou philosophi­que. Pour ce faire il faut d'abord indiquer qu'elles étaient les positions des adversaires de la liberté de conscience et la manière dont ils s'inspiraient de la Bible comme le font tout autant leurs partisans. Encore faut-il ici bien définir ce qu'est la liberté de conscience dans cette perspective, il ne s'agit pas de la simple liberté de conscience privée, mais de la liberté de conscience civile. Des penseurs catholi­ques à l'image de Bossuet pour qui "la foi sert de science au chré­tien" affirme non seulement le droit mais le devoir du Prince à imposer sa religion à son peuple : la raison en est que la souverai­neté n'est point ici populaire mais divine, et qu'il ne saurait y avoir d'autre raison que la raison de Dieu se faisant raison d'Etat, que le logos divin. C'est une pensée où aucune autonomie n'est laissée à la raison humaine, où toute philosophie ne peut être qu'ancillia theo­logiae. Ainsi, en 1685, dans un texte intitulé "Conformité de l'Eglise de France pour ramener les protestants avec celle de l'Eglise d'Afrique pour ramener les donatistes de l'Eglise catholi­que", Goibaud-Dubois interprète-t-il tant l'histoire de l'Ancien Testament que celle du Nouveau et plus particulièrement les textes pauliniens comme une légitimation du point de vue augustinien pour qui "Felix necessitas quae ad meliora compelli" 1°). La démarche maçonnique affirme l'inverse, il ne saurait y avoir de contrainte heureuse et même plus la démarche qui conduit vers une meilleure saisie du sacré ne peut être que le choix volontaire d'un libre arbitre. L'interprétation dogmatique s'inspire bien de la Bible : elle commente l'histoire de Paul contraint par Dieu à se convertir sur le chemin de Damas ou rappelle encore des formules comme celle des Nombres 16-45 : "Il a dompté par des châtiments très sévères la rébellion de son peuple". Face à la liberté de conscience revendi­quée, une certaine partie des Eglises réaffirme le compellere intrare d'Augustin en en faisant parfois un compellere remanere 2'). S'inspirer ainsi de la Bible c'est interdire toute autre lecture de ce Livre que celle du recueil de la Parole révélée. Est ici révélée la dif­férence entre une Bible, uniquement et totalement Livre de la Parole révélée et une Bible Volume de la Loi Sacrée qui appelle une interprétation de la raison humaine selon le libre arbitre d'un sujet doué d'une volonté autonome. Tel était d'ailleurs l'enjeu qui oppo­sait à l'époque, les savants historiens et philosophes qui s'adon­naient à la critique biblique, les philosophes plus tard de la Lumière aux partisans du littéralisme et du dogmatisme stricts : la critique savante, en effet, suppose pour le moins, le libre usage de la raison. Face à cette position le philosophe français, Bayle, défenseur de la liberté de conscience argumente pour montrer que l'engagement religieux dans une direction non orthodoxe ne peut être réduit à un péché contre l'esprit. La position intolérante consistait à affirmer selon Paul (Galates V) que l'erreur et l'errance en religion venaient du trouble de l'esprit par la chair. Ainsi Bayle affirme : "l'adhésion à la fausseté qu'on croit être vérité n'est pas avoir de la fausseté". Apparaît tin droit à l'erreur, un droit à l'errance qui définit bien la conception de la liberté de conscience. Aussi faut-il s'adonner, dit Bayle, à une lecture allégorique et métaphorique des propos de la Bible. De plus la Bible est aussi livre d'histoire ce qui entraîne le droit et le .devoir d'user de la raison critique pour démêler le mes­sage sacré de la transmission historique : David persécute ses enne­mis en roi guerrier et non en roi prophète. Ainsi avec Bayle nous arrivons à la conclusion que "le persécuté peut ne rien valoir mais que le persécuteur est toujours injuste". Cependant il ne s'agit encore que d'une liberté de conscience et nullement d'une liberté de penser : la première est une liberté négative du droit à l'erreur donc à l'errance, la seconde est une liberté positive du droit à la recher­che et à la quête. C'est précisément cette libre recherche du sacré qui constitue l'originalité de la pensée maçonnique transformant ainsi l'errance libre fondée sur le droit à l'erreur en une libre quête fondée sur le droit à penser. Ce passage sera accompli par l'affir­mation de la liberté de philosopher de Spinoza et par l'oeuvre des philosophes de la Lumière tel que Locke. Dans le Traité Theologico Politicus dès 1670, Spinoza s'était efforcé de montrer non seulement le bien fondé de la tolérance civile mais sa nécessité en vue de l'affirmation de la libertas philo­sophandi. Sa lecture de la Bible, jugée blasphématoire par certains, s'articule en deux points essentiels à partir d'une étude critique phi­lologique et historique : le peuple d'Israël a été élu par Dieu parce qu'il avait atteint un certain développement et non pas le peuple d'Israël connut la victoire par l'élection divine et par sa fidélité à Dieu, de plus, loin d'autoriser la contrainte l'histoire du peuple juif enseigne la liberté car il a contracté avec Dieu par une alliance libre. Mais le Traité va plus loin : "Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition. Mais souvent réduits à une extrémité telle qu'ils ne savent plus que résoudre, et condamnés par leur désir sans mesure des biens incertains de fortune, à flotter presque sans répit entre l'espérance et la crainte, ils ont très naturellement l'âme encline à la plus extrême crédulité". Seul donc le libre usage de la raison c'est- à-dire la pensée libre leur permet une liberté de philosopher qui les met sur la route de ce qui est vrai en leur donnant la maîtrise de leurs désirs et en combattant leur crédulité au nom de la connais­sance. Aussi Spinoza résumera-t-il dans le chapitre vingtième : "Nous avons montré :

1°/ qu'il est impossible d'enlever aux hommes la liberté de dire ce qu'ils pensent ;

2°/ que cette liberté peut-être reconnue à l'individu sans danger pour l'autorité du souverain et que l'individu peut la conserver sans danger pour ce droit, s'il n'en tire point licence de changer quoi que ce soit aux droits de l'Etat ou de ne rien entreprendre contre les lois établies ;

3°/ que l'individu peut posséder cette liberté sans danger pour la paix de l'Etat et qu'elle n'engendre pas d'inconvénients dont la réduction soit aisée ;

4°/ que la jouissance de cette liberté donnée à l'individu est sans danger pour la piété ;

5°/-que les lois établies sur les matières d'ordre spéculatif sont du tour inutiles ;

6°/ nous avons montré enfin que non seulement cette liberté peut être accordée sans que la paix de l'Etat, la piété et le droit du souve­rain soient menacés mais que, pour leur conservation, elle doit l'être."

Je vous engage fermement à comparer ces conclusions de Spinoza avec celles des titres I et II des Constitutions d'Anderson concer­nant Dieu et la Religion et du Magistrat civil et subordonné. Nous ne pourrons qu'y reconnaître le même esprit, avec plus de prudence certes, l'esprit non seulement de la liberté de conscience mais encore celui de la liberté de penser. Cet esprit est celui de Locke dont la Lettre sur la Tolérance et le traité Du Caractère raisonnable du Christianisme tel qu'il est proposé par les Ecritures et conclut à une quasi religion naturelle et à l'affirmation morale, condition de la spéculation libre : "Faites aux autres tout ce que vous voulez qui vous fût fait à vous-même", formule morale que nous reprenons dans un de nos rituels. Ainsi la Bible est posée comme Volume de la Loi Sacrée c'est-à-dire comme livre où la conscience éthique se retrouve, se ressource et non comme livre de la parole révélée sans pour autant interdire, loin de là, sa lecture comme parole révélée. Nous touchons ici le point essentiel de la pensée maçonnique spécu­lative qui quitte en continuité la tradition opérative du métier juré des anciennes obligations pour affirmer que la libre disposition de notre raison à la découverte du sacré n'est possible que par un engagement éthique dont nous prenons le serment, en tant qu'homme "libre et de bonnes mœurs" sur le Volume de la Loi sacrée, source du Droit qui donc ne saurait se réduire à une consti­tution puisque cette constitution doit fonder sa légitimité dans une source sacrée fondant à la fois la dignité du sujet en quête et le sens de cette quête et encore moins dans un livre blanc qui ne saurait affirmer la liberté de penser et d'interpréter puisqu'il n'y aurait là rien à interpréter. Nous retrouvons ici l'un des principes que Spi­noza dégage de sa lecture de la Bible : "le culte de Dieu et l'obéis­sance à Dieu consistent en la seule justice et charité." Par la libre philosophie et par la libre quête du sacré qui se veut une forme supérieure de la foi, le sage est sur la voie de la connaissance des principes et peut agir pour le bien de l'humanité par une spécula­tion libre et éclairée. En resituant historiquement par rapport au mouvement général de la pensée la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative, nous nous apercevons qu'elle transforme la tradition du métier juré des anciennes obligations de la maçonnerie opérative liée à la construc­tion de l'édifice matérielle s'enracinant, comme le montrent les dif­férents textes à notre disposition, dans une perspective chrétienne et catholique en une quête spéculative fondée à la fois sur la recher­che d'une transcendance faisant sens et sur la liberté de penser, signe de la dignité du sujet humain pour autant qu'il travaille à la recherche de ce sens. Certes, ce mouvement était déjà amorcé par la maçonnerie acceptée mais il devient irréversible avec la maçonnerie andersonienne et la maçonnerie purement spéculative. L'avenir de cette tradition reprise au XVIIIe siècle semble avoir voulu s'inscrire dans deux directions : la première insistant sur la quête de la trans­cendance, l'autre sur la liberté de penser. La première aurait donc tendance à retourner à un symbolisme strict par delà les Constitu­tions d'Anderson et faisant signe aux Anciennes Obligations, l'autre mettant entre parenthèses la Bible se tourne vers le seul humanisme voire vers une désacralisation. Il semble à mes yeux que ces deux tendances, habituellement signalées par les études maçon­niques telles que celles de Ligou, en fait atrophient l'authentique démarche maçonnique qui, en particulier à la Grande Loge de France, se définit comme la prise volontaire d'un engagement moral et éthique sur les Trois Grandes Lumières, dont le Volume de la Loi Sacrée qui ne saurait être ici que la Bible, pour une recher­che transformant l'errance de l'homme en une quête. Il s'agit d'un double pari sur le sens transcendant et sur la liberté de penser. Ainsi à mes yeux la tradition de la Grande Loge, parfois baptisée du terme maladroit de troisième voie, constitue la continuation de la tradition maçonnique la plus pure si on veut admettre qu'une tradition est en soi évolutive puisqu'elle s'inscrit et parcourt l'his­toire.

Notes bibliographiques :
Daniel Ligou : "La Bible des Maçons" in "Le Siècle des Lumières et la Bible" sous la direc­tion de Yvon Belaval et Dominique Bournel, coll. "Bible de tous les temps", Beauchesne, Paris, 1986.
Guy Scheymol : "La Bible et la Tolérance", in. op. cit.
André Gluskman : "Descartes, c'est la France", Paris, Flammarion, 1987.
Spinoza : "Traité Théologico-politique" in II, traduction Ch. Appuhn, carnets Flammarion, Paris, 1965.

1°) Heureuse nécessité qui contraint au meilleur.
2°) Forcer à entrer - forcer à rester.

Publié dans le PVI N° 68

Source : www.ledifice.net

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Fondements initiatiques de la tolérance (2)

27 Septembre 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

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La qualité d'abord

Par qualité, il faut entendre toute caractéristique fondamentale. La défi­nition philosophique du mot qualité, à l'origine, explique qu'il s'agit bien des caractéristiques qui définissent un corps et sans lesquelles il ne pour­rait ni exister, ni être conçu. Cette définition s'applique à l'homme. Corneille, dans Polyeucte écrit : « Daignez considérer le sang dont vous sortez, Vos grandes actions, vos rares qualités... ».
C'est pourquoi d'ailleurs les nobles exclusivement étaient appelés gens de qualité, de par leur naissance et leur sang, ce qui permet à Molière de répondre :
« Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris ».
La qualité est innée. Elle peut s'enrichir ou se détériorer, mais elle est acquise à la naissance.

Le don ensuite :

Le don aussi est inné. Mais, et la nuance est importante par rapport à la qualité, le don se détériore à coup sûr s'il n'est pas cultivé. Sans travail, le don n'est rien, ne vaut rien, ne sert à rien. Le don, inné certes, a besoin d'être exploité : au don s'ajoute alors le talent c'est-à-dire la maîtrise du savoir faire et seul son enrichissement par le talent permet au don de s'exprimer.

La vertu enfin :

La vertu est pure acquisition. Elle n'est jamais innée. Elle est pur travail, moral, intellectuel, culturel, travail sur soi-même.
Rien d'inné dans la vertu.
C'est d'ailleurs ce qui rend la vertu si humaine, si spécifiquement humaine.

Résumons : La qualité est innée.
Le don est inné, mais s'exploite par les connaissances acquises ou à acquérir. La vertu est pur acquis.
Chacun d'entre-nous, à un moment instantané de son existence est une mosaïque
- de qualités innées,
- de dons innés, plus ou moins exploités par un savoir-faire acquis à force d'un travail plus ou moins approfondi,
- de vertus, purement acquises.
J'illustre ma pensée en comparant l'incomparable : l'homme et l'animal. C'est facilité d'exposé, je le reconnais, mais Mozart me pardonnera de le comparer à ma petite chatte. Mozart me flatte plus souvent les oreilles que je ne caresse celles de mon animal favori, je puis donc me permettre cette irrévérence. Mozart, c'est incontestable, avait des dons, révélés alors qu'il était si jeune, que l'on doit bien les considérer comme innés. Il avait aussi des qualités, lesquelles sûrement, lui ont permis d'exploiter ces dons. Mozart avait aussi des vertus dont je ne saurais dire s'il les a acquises en devenant franc-maçon ou s'il est devenu franc-maçon parce qu'ils les avaient précé­demment acquises. Mais peu importe. Disons que Mozart était doué, généralement doué, qu'il avait le goût du travail, et qu'il était tolérant. Ma petite chatte, elle aussi a des qualités et des dons. Elle a le don de la chasse et des qualités d'agilité qui lui permettent d'exploiter ce don, ce qui est dramatique pour les rongeurs de mon jardin. Elle n'est pas vertueuse pour autant. Elle n'a aucun sens de la tolérance et elle agresse systématiquement toute espèce d'animal rampant, marchant ou volant, et sans considération de poids et de taille, qui pénétrerait acci­dentellement son territoire. Elle n'est tolérante qu'à mon égard : il est vrai que je la nourris. Ma chatte n'appartient pas à l'espèce humaine. Ses qualités et ses dons relèvent de sa nature et de son instinct. Je l'aime comme cela. J'aime aussi Mozart pour ses qualités et ses dons. Où plutôt, j'aime sa musique pour ces raisons-là et j'aime le musicien, l'homme, pour ses ver­tus. Je ne l'aimerais pas s'il avait été un personnage ignoble, et sans doute dans ce cas, je n'écouterais pas sa musique. Et voilà pourquoi je dis que la vertu est humaine, spécifiquement humaine. Le vieux philosophe avait beaucoup de mal à expliquer cela au poète, autant que j'ai du mal à vous l'expliquer moi-même. Lui aussi, il utilisa une comparaison entre l'homme et l'animal : «Je pense que (l'homme) est un animal à deux pieds qui a la faculté de raisonner, de parler et de rire et qui se sert de ses mains beaucoup plus habilement que le singe... (il a) une mémoire infiniment supérieure, beaucoup plus d'idées et... une langue qui forme incomparablement plus de sons que la langue des bêtes». C'est bien pourquoi il faisait confiance à l'homme, capable de dépasser sa nature, de développer ses meilleurs instincts, de réfréner et de combattre les plus vils. Et à ce compte, la société finira bien par évoluer et les hom­mes, un jour qu'il espérait proche, vivront libres et égaux., dans un monde plus tolérant. La colère du poète était à son comble. Il hurla à en réveiller les âmes paisi­bles qui arpentaient les allées du jardin paradisiaque. « Qui a écrit que les homes naissaient libres et égaux ? Libres, mais dans le troupeau, Egaux, devant le bourreau ». Il était tellement fâché qu'il en devenait vulgaire, ce qui n'est pas recom­mandé pour un poète.

« Passent les jours et les semaines,
Y a que le décor qui évolue,
la mentalité est la même,
tous des tocards, tous des faux-culs ».

Le philosophe était peiné. Grâce au recul conféré par deux siècles de plus, il avait pris de la hauteur : il avait pu mesurer le formidable progrès éco­nomique, social, culturel que les hommes avaient accompli. Et pourtant, il n'était pas franchement choqué car il savait bien que les hommes avaient mal partagé le progrès. Dans le fond, il comprenait le poète. Mais sa foi en l'homme était iné­branlable. Puisque le progrès, même insuffisant et mal réparti, était obser­vable, il était toujours possible d'en espérer davantage. Il décida donc d'y croire encore et se résolut d'être pour toujours :

« Amant de tous les arts et de tout grand génie,
Implacable ennemi du calomniateur,

Du fanatique absurde et du vil délateur ».

Il s'arma de courage pour tenter d'entraîner le poète sur cette voie. Nous avons vu que la tolérance, vertu spécifiquement humaine, n'est ni instinctive ni naturelle. L'esprit de tolérance s'acquiert, se cultive, se développe. N'entrons pas dans le débat sur la nature de l'homme, puisqu'il ne con­cerne pas la tolérance. Mais interrogeons-nous plutôt sur la façon dont cet esprit est susceptible de germer dans le coeur des hommes, puis com­ment il peut s'y développer. Le petit de l'homme a de grands yeux : il les ouvre le jour et transmet à son cerveau, quotidiennement des milliers d'informations contradictoi­res. Les unes pèsent lourd, les autres ne lui laisseront qu'un souvenir fugace, certaines ne vivront que le temps d'une seconde, et quelques-unes tisse­ront l'écheveau de ses souvenirs. La nuit, le petit ferme les yeux. Son cerveau va décanter les informations du jour. Certaines, comme dans un ordinateur, seront immédiatement restituables, dès le réveil du lendemain. D'autres viendront enrichir un inconscient et un subconscient dont les socles se sont constitués, dit-on, dans la période pré-natale. Tout ceci est tellement complexe, que le petit va devoir trier, c'est-à-dire penser. Aucune des informations reçues n'étant objectives, sa pensée ne sera pas objective. Voilà que l'enfant est sujet pensant certes, mais sujet. Et heureusement puisque sa subjectivité est sa personnalité. Sujet unique et personnalisé, voilà notre enfant, trop tôt devenu homme, qui prend conscience que son existence est dépendante de celle d'autres sujets, non moins uniques et non moins personnalisés. Mais comme il est au centre de sa perception du monde, il ne peut pas faire autrement que de penser qu'il est le centre du monde, objet d'amour et de haine convergents vers sa personne, de même qu'il dirige comme une arme défensive ou agressive, son amour et sa haine vers autrui. C'est ainsi que les hommes, à la fois sujets et objets, communiquent entre eux. Je n'ai pas la prétention d'expliquer l'homme à travers ce raccourci méan­dreux. Ce n'est qu'une petite fable entre vous et moi, elle a pour objet d'exprimer très rapidement que les rapports humains sont infiniment complexes et qu'ils dépassent notre capacité à les appréhender. Cette démarche a un nom : elle s'appelle l'initiation. Cette démarche est la façon unique de développer en soi l'esprit de tolé­rance. Et c'est pourquoi devenir tolérant demande beaucoup de travail, en tout cas infiniment plus qu'il n'en faut pour passer le baccalauréat. Et c'est d'autant plus difficile qu'on ne trouve pas de maître es tolérance suscepti­ble de nous l'enseigner comme on m'a appris avec plus ou moins de talent, et avec plus ou moins de succès, les mathématiques ou la philoso­phie. Certes, vous en rencontrerez parfois qui vous feront la leçon : c'est qu'ils se sont octroyés eux-mêmes un diplôme qui a d'autant plus de valeur à leurs yeux qu'ils furent le propre examinateur de leurs multiples talents, et que ce jour-là ils se sont montrés très sévères, aussi sévères qu'on peut l'être lorsque l'examiné, c'est-à-dire la même personne, fait preuve d'une compétence et d'un savoir exceptionnels. Ces «gens de qualité », au sens où Molière ironisait, méritent le nom dont on les affuble : ce sont les pédants. Non, en matière de tolérance, l'apprentissage se fait seul. Il n'y a pas de maître ni d'élève, mais un homme seul, face à son miroir, et suffisamment courageux pour être tantôt l'un tantôt l'autre, et savoir au bon moment et à tout bout de champ inverser les rôles. La manœuvre a un but. Elle vise à ce que, de l'autre côté du miroir, appa­raisse non pas le reflet de soi-même, mais l'envers, qui révèle la face cachée. Elle aspire à faire prendre conscience que si l'homme est un bloc lisse ou fissuré selon les caractères, il n'est pas identique à l'extérieur, comme à l'intérieur, et que sa présentation homogène et cohérente, n'est qu'un masque qui recouvre ses contradictions. Elle amène à reconnaître, comme éléments fondamentaux de sa personna­lité, ce que les comportements quotidiens et habituels ont coutume d'occulter. Elle fait comprendre qu'on est à la fois l'un et l'autre, et démontre ainsi qu'autrui est semblable à soi-même, et que les différences entre les hommes sont infiniment moins importantes que ce qui les unit. Elle fait découvrir que nous nous différençons uniquement par l'assem­blage varié de composants identiques et donc que si nous ne sommes pas jumeaux, à coup sûr nous sommes frères. Cette démarche est celle dont procède la Grande Loge de France, maillon de la Franc-Maçonnerie Universelle, qui dès ses origines, c'est-à-dire, pour s'en tenir à la Franc-Maçonnerie moderne et à sa date de naissance officielle, en 1723, proclame dans ses Constitutions : «Un maçon est obligé d'obéir à la Loi morale... Mais, quoique dans les temps anciens les maçons fussent tenus dans chaque pays d'être de la Reli­gion, quelle qu'elle fut, de ce Pays ou de cette Nation, néanmoins il est maintenant considéré plus expédient de les astreindre à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opi­nions ; c'est-à-dire, d'être Hommes de bien et loyaux, ou Hommes d'Honneur et de Probité, quelles que soient les Dénominations ou Con­fessions qui aident à les distinguer ; par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d'union, et le moyen de nouer une Amitié sincère entre des personnes qui n'auraient pu que rester perpétuellement étrangères ». La Franc-Maçonnerie n'ayant pas le monopole de l'initiation, sa nécessité n'est pas prouvée. Mais accordons-nous au moins sur ce mérite qu'on peut lui reconnaître, que lui reconnaissent en tous cas ses membres, celui de se proposer de les aider, collectivement, à la démarche individuelle. Car l'initiation est par essence individuelle.
Les arts romanesques, de la littérature au cinéma en passant par le théâ­tre, en fournissent maints exemples.
Le processus est toujours identique,
Déstabilisation : mort profane,
Renaissance : vie nouvelle,
Reconstruction : progressive, par épreuves et paliers successifs.
Les événements dramatiques du vécu quotidien, sont, lorsqu'ils survien­nent, suffisamment douloureux pour provoquer un processus, toujours cruel. Le seul mérite de la Franc-Maçonnerie est de proposer une version pacifi­que, permanente et collective, de cette initiation individuelle. En 1723, notre philosophe n'avait pas trente ans. Il avait déjà cependant plusieurs écrits à son actif, essentiellement des pamphlets qui l'avaient fait mal voir du côté de la bonne société et l'avaient même contraint à séjourner à l'étranger plutôt qu'à Paris. Il fut d'autant plus séduit par les idées maçonniques, qu'il en professait d'identiques, Il ne devint pas franc-maçon pour autant, malgré qu'il ait été sollicité par ses amis philosophes qui, très nombreux, fréquentaient les loges. Il fut initié beaucoup plus tard. Mais il avait été de tout temps un bon compagnon de route. Aussi n'hésita-t-il pas à en parler au poète qui lui n'en voyait pas réelle­ment la nécessité. Lui-même en avait entendu parler, et avait même le souvenir vague d'un copain franc-maçon, dont les idées ne lui avaient pas paru véritablement révolutionnaires. Et puis le poète en avait marre des idées, qui ne sont jamais que des mots. Il avait tant vécu avec les mots que les mots commençaient à le fatiguer.

« Fatigué, fatigué,
fatigué d'espérer et fatigué de croire
à ces idées brandies comme des étendards
et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir ».

Mais le philosophe n'était pas enclin à baisser les bras. Il se prenait d'ami­tié pour le poète, et voulait s'efforcer de le convaincre. Et il lui expliqua le problème et la solution : «Quand nos actions démentent notre morale, c'est que nous croyons qu'il y a quelque avantage pour nous à faire le contraire de ce que nous enseignons; mais certainement, il n'y a aucun avantage à persécuter ceux qui ne sont pas de notre avis et à nous en faire haïr, il y a donc, encore une fois, de l'absurdité dans l'intolérance ». Le philosophe voulut réconcilier le poète avec les idées généreuses, en lui faisant remarquer : «Nos histoires, nos discours, nos sermons, nos ouvrages de morale, nos catéchismes, respirent tous, enseignent tous aujourd'hui, ce devoir sacré de tolérance». Le poète résolut alors de s'endormir pour ne pas en écouter davantage. Il tourna le dos au philosophe en soupirant :

« J'crois plus à grand'chose
Il est temps que j'me repose
J'ai plus d'amour, plus de plaisir,
plus de haine, plus de désirs
».

Le philosophe en fut très malheureux. Il eût envie d'une promenade solitaire, lorsque soudain il se rappela que les membres de sa loge, «Les Neuf Sœurs », où il avait été finalement ini­tié et in extremis en 1778, se réunissaient ce soir là. Il décida de participer. N'imaginons pas que les francs-maçons puissent se targuer de détenir le monopole de la tolérance et qu'ils aient la prétention de l'enseigner à qui­conque frapperait à la porte du Temple. Les discours peuvent bien tenter de le faire, mais la Franc-Maçonnerie ne propose pas de discours. Elle offre à qui veut bien en saisir l'opportunité, une méthode qualifiée d'ini­tiatique, car, à l'instar de l'explication qui a précédé, elle tend un miroir dans lequel chacun de ses membres part à la recherche de sa propre image et, en définitive, y découvre autrui. Ce miroir, c'est la loge maçonnique, l'assemblée des frères, dans un lieu clos, temple sacralisé c'est-à-dire reconstitué dans un contexte universel. Le temple, c'est un lieu à la fois réel et symbolique. Réel, il est lieu de la réflexion et du travail des Frères. Symbolique, il représente l'univers cos­mique, le monde dans ses dimensions infiniment grandes et infiniment petites, macrocosmiques et microcosmiques. De ce fait, à l'intérieur du Temple, les frères ne sont plus les mêmes hom­mes que ceux que l'on croise dans le monde. Chacun d'entre eux apparaît aux autres comme une parcelle de l'humanité, et chaque mot, chaque phrase, chaque discours est reçu non pas comme un message médiatique habituel, mais comme un message messianique, enrichi d'universalisme. Ce mot que tu dis, cette phrase que tu construis, ce discours que tu pro­nonces, c'est ton expression et en même temps une part de la mienne, c'est ta pensée, comme c'est celle de millions d'hommes et de femmes qui, à travers le temps et l'espace, à un moment ou à un autre, dans des lieux identiques ou différents, se sont prononcés de la même façon que toi. Alors, je reçois tes mots, tes phrases, tes discours différemment et à mon tour je te parle différemment. Je t'écoute comme je te parle, je te perçois comme un autre moi-même, je me sens ton frère. Ce processus, qui se renouvelle à chaque réunion des frères en loge, a quelque chose de magique, il l'est en effet par la magie du rituel, rigou­reusement respecté dans les loges de la Grande Loge de France. Le rituel, c'est un moyen, à caractère mécanique et théâtral, qui vise à créer une rupture entre le monde profane, celui où la passion l'emporte sur la raison, la folie sur la sagesse, la haine sur l'amour, et le monde sacré où s'inversent les flux et les courants. Comme si le fleuve remontait son cours pour retourner à sa source et n'être plus qu'eau pure. Purs, nous ne le sommes jamais totalement, et le philosophe ne préten­drait pas l'être plus que le poète. Mais au moins nous essayons de nous abreuver auprès de nos frères disposés à nous donner à boire en parta­geant leur eau. Alors se développe en chacun de nous le sens d'autrui et du rapport privi­légié qui nous unit à lui. De ce fait la morale vacille : elle ne peut plus sui­vre la ligne de la verticale où le dogme circule du haut vers le bas, mais elle devient ruban horizontal, support flexible et évolutif par lequel ,'échan­gent les idées et transitent les comportements. La tolérance n'est _plus alors ni ridicule ni visible. Car on comprend qu'elle est le ciment obligatoire des hommes qui oeuvrent pour le progrès de l'humanité. Notre philosophe l'avait bien mesuré : dans la société de l'Ancien Régime où l'intégrisme oligarchique freinait toute évolution progressiste, le Mou­vement des Lumières, en parfaite symbiose d'idées avec la Franc- Maçonnerie moderne dont les premiers pas ont accompagné ceux du siè­cle et qui a grandi avec lui, ont posé les bases de la société démocratique moderne. En 1789, la Révolution française a pulvérisé les institutions. Elle a suscité les espoirs les plus fous, en même temps que ses excès ont provoqué les plus cruelles désillusions. Mais elle continue de porter son message essen­tiel : les mots de « Liberté, Egalité, Fraternité» qu'elle a chipés à la Franc- Maçonnerie, ou peut-être est-ce l'inverse, grave problème qui divise les historiens, mais dont se moquent éperduement tous ceux qui, étant grave­ment privés du pouvoir de les écrire sur les pages de leurs cahiers et de les graver sur les murs de leurs édifices, pleurent en y rêvant. Ceux-là sont bien plus nombreux que nous et l'espoir est bien mince que leur nombre se réduise : c'est l'inverse qui nous menace. C'est la raison pour laquelle nous continuons à oeuvrer dans nos Temples, poursuivant notre utopie raisonnable, sans l'ombre d'un doute sur les objectifs que nous assigne notre Constitution : alliance d'hommes libres, acceptés en notre sein sans conditions de classe, de race, de religion, nous avons pour but le perfec­tionnement de l'humanité et travaillons à cet effet à l'amélioration cons­tante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel. Nous n'acceptons aucune entrave et ne nous assignons aucune limite dans notre recherche de la vérité et de la justice, dans le respect de la pensée d'autrui et de sa libre expression. Nous croyons que les hommes finiront bien par s'unir dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun. Chaque pas franchi nous réjouit le coeur, chaque recul nous horrifie. Finalement chacun d'entre nous est, tantôt le philosophe, tantôt le poète. Mais peut-on être l'un sans l'autre ? Ne sommes-nous pas condamnés à ce perpétuel débat, tant il est ardu de progresser sur le chemin de la tolérance ? Et une soirée de plus, en loge maçonnique, ne suffira certes pas à changer le monde. C'est bien ce que pensait le philosophe qui quittait ses frères après une excellente soirée qui s'était achevée, comme à l'accoutumée, par de frater­nelles agapes, qu'il avait arrosées un peu trop copieusement. Finalement, il choisit de retourner aux côtés du poète endormi, pour y finir sa nuit. Il dormit mal. Lorsqu'au matin il se réveilla, il remarqua une lueur d'amusement dans le regard du poète qui l'observait avec une ten­dre attention. Le philosophe se sentit prêt à quelque concession. Il dit tristement : «J'ai été sensiblement affligé de ton état, et je te jure qu'il n'a pas peu contribué à me persuader que le meilleur des mondes possibles ne vaut pas grand-chose». Mais le poète, d'humeur nettement plus gaillarde ce matin-là, ne l'enten­dait pas de cette oreille et il rétorqua aussi sec :

«Il faut aimer la vie
et l'aimer même si
le temps est assassin
et emporte avec lui
le rire des enfants».

Le philosophe en fut rassuré. Enfin ils semblaient l'un et l'autre d'accord. Mais le poète, comme s'il avait deviné la pensée du philosophe poursui­vit :

«Comment veux-tu que j'sois d'accord
Avec toi
J'ai d'jà du mal à être d'accord
Avec moi».

Ce fut sa conclusion, ce sera donc la mienne. Nous quitterons là, le philosophe et le poète, qui ont bien involontaire­ment figuré dans ce scénario artificiel, mais cependant entièrement dialo­gué avec des phrases qu'ils ont l'un et l'autre écrites.

 Le philosophe était François-Marie Arouet, dit Voltaire. Ses dialogues sont extraits des textes suivants :
Poème sur le désastre de Lisbonne
Dictionnaire philosophique
Entretien d'un sauvage et d'un bachelier
Sixième discours en vers sur l'homme
Traité sur la tolérance
Epître à Horace
Voltaire est né il y a 295 ans. J'ai arrondi à 300.
Dans le rôle du poète : Renaud Séchan, plus connu comme chanteur sous le nom de Renaud. Si je lui ai donné 100 ans, c'est qu'il s'est attribué lui- même cet âge dans sa chanson « Cent ans », dont provient le premier extrait.
Les autres extraits proviennent des chansons suivantes :
Morts les enfants
Déserteur
Société tu m'auras pas
J'ai la vie qui m'pique les yeux
Triviale poursuite
Hexagone Mistral gagnant
Socialiste
Je les remercie l'un et l'autre.
Jean-Paul Ricker

Conférence du cycle Condorcet Brossolette, prononcée par Jean-Paul Ricker, le 14 janvier 1989.

(1) Lalande, Discours à la Loge «Les Neufs Sœurs », 18 juin 1805.

 

Source : www.ledifice.net

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Fondements initiatiques de la Tolérance (1)

27 Septembre 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Le poète est mort !
Il n'y a pas de bel âge pour mourir, mais enfin... il avait cent ans !
Il était assis là tranquillement sur un banc, et il avait l'air plutôt content, à contempler les arbres du jardin public et écouter les oiseaux.
Il pensait en lui-même :

« J'ai cent ans et j'suis bien content
J'suis assis sur un banc
Et je regarde mes contemporains... »

Mais comme le jardin public était, à cette heure-là, vide de promeneurs et de passants, il ajouta, désabusé :

« C'est dire si j'contemple rien ».

Apparemment, le poète mourût content, mais les choses n'étaient pas si simples dans sa tête de poète. A défaut d'avoir pu entrer à l'Académie, il accéda directement au para­dis. Le paradis était un peu comme il l'avait imaginé et lui rappelait le petit square où, enfant, il jouait avec ses copains, à ce détail près que tous les bancs étaient occupés par des vieillards. Il choisit une place libre, et s'assit à côté du philosophe. Le philosophe, lui, était académicien. Mais il était mort bien longtemps auparavant. Il avait trois cents ans. Il commencèrent à bavarder. L'époque était bien choisie pour cette conversation, au moment où se fête, en France et partout dans le monde, le bi-centenaire de la Révolution française. Le philosophe n'avait pas connu la révolution. Il était mort 10 ans avant. Mais tout le monde s'accorde à reconnaître qu'il y avait puissamment contribué par ses écrits et ses engagements, tout au long du siècle. Ses écrits et ses engagements allaient d'ailleurs de paire : c'était un philo­sophe « engagé », comme on le dit des chanteurs, engagé par ses mots, engagé par ses actions. Les mots et les actions du philosophe avaient servi son long combat contre l'intolérance. Tout au long de sa vie, il n'eût de cesse de lutter con­tre l'intolérance, religieuse principalement, et de tenter, parfois avec suc­cès, de réhabiliter ceux qui en furent victimes. La révolution connût bien entendu ses excès, et fût un modèle d'intolé­rance, mais comme le disait Lalande, dans un discours maçonnique pro­noncé dans sa Loge, celle-là même qui quelques années auparavant avait accueilli notre philosophe en son sein : «Le malheur de notre condition est d'aller au-delà du terme ; ce sont les lois du mouvement qui nous entraînent ; et nous devons oublier les excès qui sont dans la nature » Le philosophe pouvait donc légitimement se satisfaire d'une révolution qui, en prenant pour devise les mots de « Liberté Egalité Fraternité» et en proclamant que «tous les hommes naissent libres et égaux en droit » avaient définitivement tordu le cou à l'intolérance. Ce n'était pas tellement l'avis du poète qui était plutôt du genre à penser que les Bastilles étaient encore à prendre. Ils avaient l'éternité pour en débattre.

Tolérance religieuse, civile, philosophique

A l'origine, le concept de tolérance est strictement religieux. A l'origine, c'est cependant fort tard, puisque le terme, même si on le trouve chez Montaigne, est inusité avant le XVIIème siècle, et c'est au XVII lème, qu'on en débat surtout. De même bien sûr son contraire l'intolérance et les adjectifs qui s'y rap­portent, à l'un comme à l'autre. On conçoit que sans dogme religieux il n'y ait pas lieu d'être tolérant ou intolérant. Or, les dogmes religieux ne naissent pas avec les Eglises. Ils naissent plus tard, beaucoup plus tard. Au fur et à mesure de la montée des dogmes, les concepts de tolérance et d'intolérance se génèrent spontanément. Simultanément, le mot tolérance est utilisé, plus communément cette fois dans deux domaines bien particu­liers. Le premier est le domaine monétaire. La tolérance, c'est la petite diffé­rence de poids de métal précieux, admise pour qu'une pièce de monnaie conserve sa valeur. Le second est le domaine médical. La tolérance, c'est la limite de l'accep­tation par l'organisme d'un médicament. On le voit : la tolérance, c'est affaire de petite dose. Point trop n'en faut ! Si on tolère un trop grand écart par rapport au poids d'or ou d'argent fixé pour donner sa valeur à une pièce, celle-ci n'en a plus aucune. Ecart en moins, cela va de soi. Si l'on administre une potion en ne veillant point au respect de la dose, on risque, par effet pervers, la mort du patient au lieu de sa guérison. Ecart en plus, bien entendu. Ecart en plus ou en moins, l'essentiel est de savoir garder la mesure. Au demeurant, la juste attitude est le strict respect de la norme, et tout écart est mal considéré : néfaste, préjudiciable et dangereux. En matière religieuse, tolérance est rendu synonyme d'indulgence. Les doc­teurs de la loi se contraignent à accepter, bon gré mal gré, quelques écarts d'interprétation par rapport aux dogmes de l'Eglise. Bossuet parle de «condescendance, touchant certains points qui ne sont pas regardés comme essentiels ». Les limites sont fixées. Là encore, la tolérance religieuse s'administre à petites doses puisque les Eglises ont le pouvoir de fixer le dogme, d'en autoriser l'interprétation dans le cadre qu'elles déterminent elles-mêmes, et, par voie de consé­quence, de qualifier d'hérétiques tous ceux qui dépasseront la limite. Dans l'affaire de la monnaie ou des médicaments, il faut un instrument de mesure : c'est la balance. De même les Eglises se doteront de la leur : les tribunaux écclésiastiques, dont la tâche sera de distinguer le pêcheur, cou­pable du grand écart, du paroissien, qui sait se cantonner dans les bonnes limites. Ainsi la tolérance justifie paradoxalement l'inquisition. Merci, mon Dieu ! Aux XVIIème et XVIIIème siècles, l'importance du débat religieux et ses énormes conséquences politiques, alimenteront en permanence le débat sur la tolérance. Catholique, doit-on ou non tolérer la réforme ? Protestant, doit-on ou non accepter la dissidence ? Le monde religieux se divise donc en deux parties, elles-mêmes subdivisées en deux autres parties, et ainsi de suite, selon le critère de l'acceptation ou du refus de la différence de pensée, à l'intérieur de normes très étroites. Cette pagaille nécessite que d'importants moyens soient mis en oeuvre, par les Eglises et les Etats, pour que les sanctions soient appliquées à grande échelle : législations restrictives, massacres organisés, guerres de religion. Ainsi, la tolérance justifie, paradoxalement les persécutions. Bayle et Bossuet seront, chacun dans leur camp, les deux grands anima­teurs de ce débat religieux. Bayle, en préconisant la plus grande liberté de conscience, Bossuet, en fixant les limites de cette liberté, ont l'un et l'autre utilisé et discuté le concept de tolérance civile. Si leurs opinions sont non seulement divergentes mais opposées, ils s'accordent au moins sur une définition commune de la tolérance civile, qui est la permission accordée de pratiquer d'autres cultes que le culte permis par l'Etat. La tolérance est octroyée par une autorité, non plus religieuse exclusive­ment, mais civile, le pouvoir d'Etat, qui, en fixant la norme, s'autorise à condamner ceux qui la transgressent. Pour défendre les principes de Liberté auxquels ils adhéraient, et, au minimum, pour protéger des vies humaines menacées, les philosophes du siècle des Lumières élargiront le concept à celui de tolérance philosophique. C'est, pour eux, l'admission du principe qui oblige à ne pas persécuter ceux qui pensent différemment en matière religieuse. La religion reste au coeur du débat, mais la tolérance n'est plus considérée seulement sous l'oeil du pouvoir qui légifère. La tolérance se conçoit désormais comme l'acceptation de la liberté de pensée. La tolérance devient alors une idée révolutionnaire. La tolérance n'est plus affaire de petite dose, mais un principe absolu, global, total, le corollaire des droits fondamentaux qui s'attachent à la personne humaine. Et quelques années plus tard, Mirabeau pourra dire : «Je ne viens pas prêcher la tolérance ; la liberté la plus illimitée de religion est, à mes yeux, un droit si sacré, que le mot tolérance qui voudrait l'exprimer me paraît, en quelque sorte, tyrannique lui-même, puisque l'autorité qui tolère pourrait ne pas tolérer ». Notre vieux philosophe avait appartenu au siècle des Lumières et, l'intolé­rance, il en avait été la victime. Mais jamais il n'avait baissé les bras, considérant : « Un jour tout sera bien, voilà notre espérance,
Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion »
Cette maxime, d'un raisonnable optimisme, l'avait constamment accom­pagné et lui avait donné quelque courage lorsque la tournure des événe­ments lui paraissait défavorable. Et puis notre philosophe croyait résolument en l'avenir de l'homme, même s'il se doutait bien que les choses iraient lentement. Il expliqua au poète, qui l'écoutait d'un air dubitatif : «Il y aura toujours des barbares et des fourbes qui fomenteront l'into­lérance, mais ils ne l'avoueront pas, et c'est avoir gagné beaucoup». Ce n'était pas l'avis du poète peu prompt à se réjouir d'une si petite vic­toire. Il voyait bien lui que la barbarie, individuelle ou collective, sponta­née ou organisée, avait le plus souvent triomphé sur la tolérance. Elle avait même été érigée en doctrines politiques ou religieuses. A l'optimisme du philosophe, il opposait son désespoir :

« Mort l'enfant qui vivait en moi,
qui voyait en ce monde-là
un jardin, une rivière
et des hommes plutôt frères,
Le jardin est une jungle
les hommes sont devenus dingues ».

 

Tolérance politique et tolérance morale

La montée des intégrismes, en Orient comme en Occident, a réactualisé le caractère religieux du débat sur la tolérance. Il n'empêche que, depuis la Révolution, le concept a perdu sa spécificité religieuse, au profit d'une acception beaucoup plus large, beaucoup plus globale, beaucoup plus politique. Le champ de la tolérance recouvre le domaine des opinions, en général, ce que Diderot avait pressenti en écrivant : «il y a dans les choses de goût, ainsi que dans les choses religieuses, une espèce d'intolérance que je blâme ». Comme le dit la sagesse populaire : «les goûts et les couleurs, ça ne se dis­cute pas », proverbe qui exprime bien l'idée que chacun a droit à son opi­nion et que toute opinion est respectable, et même tellement respectable qu'elle n'a pas besoin d'être discutée. Du coup, la tolérance est devenu un concept essentiellement politique. La tolérance politique est l'acceptation du pluralisme dans la conduite des affaires de l'Etat. Elle suppose et implique la démocratie et la laïcité. Elle s'oppose au totalitarisme et aux extrémismes. La tolérance étant politi­que, pleinement et totalement politique. Elle est donc au coeur de tous les débats avec ses partisans et ses adversaires. Ses adversaires la condamnent et la caricaturent. Ils la condamnent essentiellement au motif que la tolérance favorise la genèse et l'expression des pluralismes et en conséquence détruit la cohé­sion politique et sociale de la nation. Ils la caricaturent en associant systématiquement la tolérance à la fai­blesse de comportement, ou, pour parler comme nos hommes politiques, au laxisme, mot qui en remplace un autre, moins usité, le tolérantisme. C'est Beaumarchais, qui, avec humour, fait dire à l'un de ses personna­ges, aussi réactionnaire qu'odieux : «Qu'a-t-il produit (ce siècle) pour qu'on le loue ? Des sottises de toutes espèces : la liberté de penser, l'attraction, l'électricité, le tolérantisme, l'inoculation, le quinquina, l'Encyclopédie et les drames ». Au laxisme des partisans de la tolérance, les tenants de la fermeté oppo­sent ces valeurs, d'autant plus sûres qu'immuables, que sont l'ordre, la fermeté, l'intransigeance. Chacune de ces valeurs s'exprime naturelle­ment par rapport à des situations et des conduites pré-établies : l'ordre sera celui du système en place, ou système de référence, la fermeté quali­fiera la manière de conduire les affaires de la cité, l'intransigeance concer­nera la façon de réprimer les écarts, toutes situations et conduites émi­nemment politiques, au sens large du terme. Les partisans de la tolérance rétorquent plutôt en termes de morale. Car la justification de leur pensée réside d'abord dans une conception et une appréciation positive de l'homme. La tolérance morale c'est une façon de concevoir les rapports entre les hommes, sur la base d'un respect absolu des consciences, des idées, des caractères et des personnalités. Elle est indissociable non seulement de la foi en l'homme et en ses qualités, mais aussi de l'idée de sa constante per­fectibilité. Les tolérants ne peuvent pas répondre à leurs adversaires sur le plan idéo­logique ou politique. Il serait en effet paradoxal qu'il existât une idéologie. Situer la tolérance sur le plan de la morale permet à ses partisans l'expres­sion de leurs idées propres comme celle des idées d'autrui. Pourvu qu'autrui montre, au minimum, quelque disposition à rendre la pareille. Ce qui règle, espérons-le une fois pour toutes, le grotesque débat sur les limites à la tolérance : «peut-on tolérer l'intolérable ? ». S'il s'agissait d'un débat idéologique, nous ergoterions sans fin sur le tolé­rable et l'intolérable en politique. Mais puisqu'il s'agit de morale, et qu'il ne s'agit que de cela, le débat est réglé d'avance. L'intolérance est définitivement intolérable. Nous nous en tenons bien entendu à l'interprétation présente du concept de tolérance, qui s'attache à son sens propre, que nous avons tenté de définir par rapport aux contextes historiques et philosophiques de l'épo­que où le problème de la tolérance fut posé avec acuité. Il existe bien entendu une série de sens figurés qui touchent à tous les domaines du comportement. Par exemple, mon patron fait preuve d'une certaine tolérance dans l'application des horaires de bureau. Qu'il ait rai­son ou non, nous pourrions en débattre longuement, nous ne le faisons pas, car d'une part cela nous arrange l'un et l'autre et que d'autre part le choix est le sien plus que le mien. Ce n'est pas là où se situe le débat fondamental : en matière de comporte­ment humain, et de morale, nous sommes en tout état de cause lui et moi d'accord, sur le fait que l'intolérance est intolérable. Encore qu'il ne soit pas toujours facile de discerner si tel comportement humain relève, ou non, de l'intolérance. Et les actes, même les plus barba­res, se parent souvent des plumes de la morale, en particulier dans les actes de barbarie collective et organisée. Et notre poète était fort troublé. Comme il l'avait été, tout au long de sa vie. Tantôt il avouait au philosophe avec émotion : « Je ne suis qu'un militant du parti des oiseaux, des baleines, des enfants, de la terre et de l'eau ».
Tantôt sa révolte l'emportait, et il se prenait non seulement à haïr la société, mais à en faire l'unique objet de sa vindicte :
« J'ai chanté dix fois, cent fois j'ai hurlé pendant des mois, j'ai crié sur tous les toits... ...mais moi, on ne m'aura pas je tirerai le premier et j'oserai au bon endroit ».
Tantôt, c'était le désespoir :
« Dans ma guitare, y'a plus rien , plus un mot, plus un refrain ». Le philosophe, par définition et par fonction, était infiniment plus sage. Il expliqua au poète : «Tu parles du bon et du mauvais, du juste et de l'injuste : il me paraît que tout ce qui nous fait plaisir sans faire tort à personne est très bon et très juste; que tout ce qui fait tort aux hommes, sans nous faire de plai­sir est abominable; et que ce qui nous fait plaisir en faisant du tort aux autres est... très dangereux pour nous-mêmes et très mauvais pour autrui». A défaut d'avoir la moindre valeur sur le plan des conséquences idéologi­ques que l'on devrait en tirer, ce discours a un mérite particulier : il trace en effet le cadre d'un code de conduite très simple mais très efficace, pour régir les rapports entre les êtres humains. Il fixe précisément les limites entre le tolérable et l'intolérable. Il ramène la tolérance à ce qu'elle est : une affaire personnelle de morale individuelle.

La tolérance est une vertu

Curieuse et paradoxale déviation : les maisons où officient les dames de petites vertus sont les maisons de tolérance. Cette plaisante distorsion de langage n'est pas innocente. La preuve : elle a permis un bon mot «La tolérance, il y a des maisons fai­tes pour ça », non moins innocent, ce qui en explique la célébrité. La vertu est toujours un peu ridicule. Il est vrai que n'est pas vertueux qui peut, ni même qui veut, et que l'on n'est jamais vertueux naturellement si facilement. Alors, tant qu'à faire, autant marquer son impuissance à y accéder ou sa pensée à le devenir, en la tournant en ridicule. Il faut admettre aussi que la vertu a souvent servi de prétexte à de mauvais agissements : un régime politique prétendument vertueux, avait confié à ses fonctionnaires, le travail de briser la vie de familles juives, au nom de la patrie. Bien entendu, il avait substitué à la devise «Liberté, Egalité, Fraternité» celle de « Travail, Famille, Patrie» trois mots qu'il s'est employé méthodiquement à vider de toute substance. Il n'est pas facile, dans ces conditions, de distinguer les bonnes et les vraies vertus, les fausses et les mauvaises, et d'échapper au ridicule con­temporain qui méprise ou dédaigne l'homme vertueux. Mais revenons à notre propos sur la tolérance. La tolérance, disions-nous est une vertu. Qu'est-ce que cela signifie ? Pour bien le comprendre, distinguons la vertu, de la qualité et du don.

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L’Esprit de Pauvreté

26 Septembre 2013 , Rédigé par Gabriel HUAN. Publié dans #spiritualité

« Je connais le Christ pauvre et crucifié, je n'ai pas besoin d'autre chose ». (Saint-François d'Assise, d'après Thomas de CELANO, Vita secunda, eh. LXXXI).
« Et en cette flamme était Dieu, lequel, sous cette forme, me parlait comme il avait anciennement parlé à Moïse. Et, parmi les autres choses qu'il me dit, il me demanda que je lui fisse trois dons et je lui répondais : «Seigneur, je suis tout à toi ; tu sais bien que je n'ai rien d'autre que la tunique, la corde et les vêtements de dessous, et aussi que ces trois choses sont tiennes ; que puis-je donc offrir et donner à Ta Majesté ? » Alors Dieu me dit : « Cherche dans ton sein et offre-moi ce que tu y trouveras ». J'y cherchai et trouvai une balle d'or et je l'offris à Dieu ; et ainsi fis-je trois fois, selon que Dieu trois fois me commanda ; et puis, je m'agenouillai trois fois et bénis et remerciai Dieu qui m'avait donné de quoi faire offrande. Et immédiatement, il me fût donné de comprendre que ces trois dons signifiaient la sainte obéissance, la très haute pauvreté et la chasteté infiniment splendide. » .

Cette belle légende franciscaine nous trace magnifiquement le cadre dans lequel tout chrétien doit poursuivre l'oeuvre de sa sanctification : Obéissance, pauvreté, chasteté, tel est bien le chemin qui mène à la perfection ; et, parce que cette perfection est de précepte évangélique (Matth., VI, 48), tout chrétien qui veut demeurer fidèle aux enseignements du Maître est tenu de pratiquer, sinon selon la règle de l'observance monastique, tout au moins dans leur esprit, les trois vertus que saint François comparaît si justement à des balles d'or, dont il faisait offrande à Dieu.

Si d'autres vertus non moins éminentes ont brillé dans l'âme de saint François, l'amour de la pauvreté, demeure le caractère le plus saillant de celui qui fut, au sens le plus plein et le plus profond du mot, le petit Pauvre de Jésus-Christ : il avait reconnu dans l'esprit de pauvreté la condition première de toute sanctification, parce qu'il y avait découvert la source vive de l'amour de Dieu et la forme principale de l'imitation de Jésus-Christ. Nous étudierons donc tout d'abord l'esprit de pauvreté, en nous plus particulièrement à la vie de saint François.

I

La pauvreté est née avec Jésus-Christ dans la crèche de Bethléem ; elle a été clouée avec lui sur la croix du Golgotha ; et, d'un terme à l'autre, elle ne cessa d'accompagner le fils de Marie en chacune des démarches de sa vie terrestre. Il demande à boire à la Samaritaine et il prie Zachée de le loger dans sa maison. Car il n'a pas une pierre où reposer sa tête, et, pour être son disciple, il faut renoncer à tous les biens de ce monde. Il dira qu'il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux, qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille ; car on ne peut servir deux maîtres : Dieu et Mammon. Là où est notre trésor, c'est là qu'est notre coeur ; et, si nous plaçons toutes nos affections dans des biens périssables, comment pourrons-nous posséder la vie éternelle ? Non, notre royaume n'est pas de ce monde. Ne prenons point souci de ce que nous mangerons, de ce que nous boirons, ou de ce qui nous vêtira. Une seule chose est nécessaire ; et ce n'est pas celui qui amasse des trésors dans ses greniers qui sauvera son âme : Dieu la lui redemandera à l'heure où il y songera le moins, et que lui aura-t-il servi d'avoir voulu gagner le monde, s'il perd son âme ?

Suivre l'Évangile, c'est donc évidemment, s'engager dans la voie de la pauvreté ; pour imiter le Christ, il faut, comme lui, mener une vie de renoncement et de désappropriation. Le fils de Bernadone n'avait pas besoin, pour fixer sa vocation religieuse, que le prêtre de l'Église Saint-Nicolas d'Assise ouvrit le livre des Évangiles et lui lût les commandements de la pauvreté parfaite ; il savait bien, lorsque le Christ lui parla du haut de sa croix dans la petite chapelle de Saint-Damien, à quoi il s'engageait en se donnant à Lui. Quiconque a contemplé les abaissements du fils de Dieu dans la nudité et l'abjection d'un dépouillement total ne peut plus se complaire dans la jouissance des choses de ce monde. « Un jour, à table, un frère rappela la pauvreté de la bienheureuse Vierge et la détresse du Christ, son enfant. Sur le champ, François se leva, secoué de sanglots douloureux, et, baigné de larmes, il s'assit sur la terre nue pour manger le reste de son pain. » .

L'amour de la pauvreté évangélique avait tellement pénétré son coeur qu'il ne supportait aucun manquement à la Règle sur ce point. Un jour même, il n'hésita pas, lui qui était l'humilité par excellence, à faire la leçon à un Prince de l'Église : « Comme il rendait visite au Pape Grégoire, de vénérable mémoire, qui occupait alors une moindre haute situation, François s'en alla, quand approcha l'heure du repas, demander l'aumône, et, en revenant, il posa sur la table de l'Évêque des morceaux de pain noir. A cette vue, l'évêque éprouva une certaine gêne, surtout à cause des convives qu'il invitait pour la première fois. Le Père prit les aumônes et, avec un visage souriant, il les distribua aux chevaliers. et aux chapelains. Tous les reçurent avec une, extraordinaire dévotion ; les uns les mangèrent, les autres. par respect les conservèrent. »

II

Si saint François attache à l'observance de la pauvreté évangélique une telle importance, c'est qu'il y voit l'élément essentiel de la vie parfaite. Quiconque veut s'unir à Dieu dans le commerce tout intérieur d'une amitié véritable, doit se séparer de la créature, et qui mieux que la pauvreté, réussit à nous séparer de la créature ? En la dépouillant de la vaine possession des biens terrestres, elle pousse l'âme au désert, où dans le silence et la solitude elle est assurée de rencontrer Celui qui la veut tout entière à Lui seul. Pour avancer dans la voie de la perfection, il est nécessaire de faire le vide en soi de tout ce qui n'est pas Dieu et il n'y a pas de discipline plus propre à cette fin que la pratique, en esprit et en vérité, de la pauvreté volontaire. Dégagée de toute la multiplicité des choses qui passent par le renoncement à ce qui est marqué des signes du temps, l'âme est rendue à elle-même et se retrouve, toute pure, en ce centre indivisible et simple de sa personnalité où Dieu lui parle dans le secret. Parce qu'elle a cessé d'attacher ses affections et ses sens à ce qui n'a que l'apparence de la vérité ou du bien, elle jouit, dans la lumière de la grâce, de Celui qui est l'éternelle Vérité et le souverain Bien.

Va-t-elle, pour ce motif, mépriser ou condamner tout ce qui appartient à ce monde dont elle a détaché son coeur ? Parce qu'elle n'est plus possédée par le monde, elle est libre désormais pour le juger à sa propre valeur et, dans la créature, elle apercevra l'oeuvre de Dieu. De là, chez saint François, cet amour nouveau, candide et presque naïf de la Nature, parce que dans la Nature il découvre à chaque pas un trait de la bonté et de la puissance divines ou un symbole de la vie surnaturelle. Quand il se lavait les mains, il choisissait, avant de jeter l'eau, un endroit où l'eau qui lui avait servi ne fût pas ensuite foulée aux pieds ; parce que c'est dans l'eau du baptême que les âmes sont lavées pour la première fois. Il laissait brûler les flambeaux, les lampes et les cierges, ne voulant pas de sa main éteindre la lumière qui est le signe de la lumière éternelle. Il aimait d'un amour spontané tout ce qui est sous le ciel de Dieu, les oiseaux, les abeilles qui venaient fabriquer leur miel dans un petit vase de terre que le Saint avait oublié dans sa cellule, la cigale qui, perchée sur un figuier proche de sa fenêtre, tous les matins, régalait le bienheureux Père de son chant modulé.

Comme on comprend alors ces manifestations de joie, ces débordements d'allégresse si fréquents dans la vie du Poverello. Il réprimandait rudement les frères qui montraient un visage triste ou morose : « Il ne convient pas, disait-il, qu'un serviteur de Dieu donne aux hommes le spectacle de la tristesse ou du trouble, mais au contraire, celui de la constante affabilité. » . C'est qu'en effet l'âme qui s'est dépouillée en Dieu de tout ce qui n'est pas Dieu, reçoit en Lui la totalité des biens qui ne mentent pas et que les voleurs ne sauraient dérober. Le monde ne la possède plus ; c'est elle, maintenant, dans sa nudité, qui le possède en Dieu et par Dieu ; car, dans la richesse de la plénitude divine, elle n'a plus rien qui lui manque et qu'elle puisse désirer..Être pauvre des biens de ce monde, n'est-ce pas ainsi affirmer que Dieu seul est riche, parce que seul Il possède la plénitude de l'être et de la vie. La pauvreté est un hommage rendu par la créature misérable à Celui de qui elle tient tous ses biens..

« Après qu'ils eurent mendié, dit l'auteur des Fioretti, François et son compagnon, le frère Massée, se réunirent pour manger en dehors du village en un endroit où se trouvait une belle fontaine et à côté une belle et large pierre, sur laquelle chacun d'eux déposa toutes les aumônes qu'ils avaient mendiées. Et saint François, voyant que les morceaux de pain de frère Massée étaient plus nombreux et plus grands et plus beaux que: les siens, dit ainsi avec une très grande allégresse : « 0 frère Massée, nous ne sommes pas dignes d'un aussi grand trésor ». Et comme il avait répété ces paroles plusieurs fois, frère Massée répondit : « Père, comment peut-on parler de trésors, où il est tant de pauvreté et absence des choses les plus nécessaires ? Car il n'y a ni nappe, ni couteaux, ni assiettes, ni écuelles, ni maison, ni table, ni valet, ni servante ». Et saint François dit : « Et c'est justement cela que j'estime un trésor qu'il n'y ait chose aucune apprêtée par industrie humaine ; mais ce que voici nous est préparé par la Providence divine, comme on le voit manifestement dans le pain mendié, dans la table de pierre si belle et dans la fontaine si claire, et pour cela je veux que nous priions Dieu qu'il nous fasse aimer de tout coeur le noble trésor de la sainte Pauvreté, laquelle a pour serviteur Dieu même. »

La joie de saint François n'est en effet si pleine et si parfaite que parce qu'elle a pour fondement un total abandon à la Providence divine. Que lui importent les conseils de la prudence humaine et les lumières de la sagesse de ce monde ! On n'est véritablement pauvre qu'à la condition de se laisser guider entièrement par la volonté de Dieu, Même dans les nécessités les plus pressantes, de renoncer par conséquent à son sens propre et de placer toute sa confiance en Celui qui ne laisse jamais ses enfants dans le besoin. » Alors que le bienheureux séjournait dans un ermitage près de Riéti, il recevait chaque jour la visite d'un médecin qui lui soignait les yeux. Or, un jour, le Saint dit à ses compagnons : « Invitez le médecin et servez-lui un bon repas ». Le gardien lui répondit : « Père, nous le disons en rougissant, nous aurions honte à l'inviter, tant nous sommes pauvres en ce moment ». Le saint répliqua : « Pourquoi voulez-vous m'obliger à répéter ? » Le médecin qui était là s'écria : « Mes très chers frères, votre pénurie fera mes délices. » Les frères font diligence et apportent sur la table toutes provisions du gardemanger, un peu de pain, pas beaucoup de vin ; pour que le menu fût plus somptueux, le cuisinier ajouta quelques légumes. Cependant la table de Dieu eut pitié de celle de ses serviteurs. On frappa à la porte ; on accourt, une femme est là apportant une corbeille remplie de pain blanc, de poissons et, recouvrant le tout, des rayons de miel et des raisins. On réserve pour le lendemain, la nourriture grossière et l'on déguste sur le champ ces mets délicats » .

III

Il est un degré suprême de la pauvreté : il se trouve en la croix de Jésus. « Tant, dit le Père Séverin Ruberic, que la Providence pourvoit à tous nos besoins par l'entremise des créatures, nous empêchant de sentir notre indigence, notre nature étant satisfaite au moins dans ce qui lui est le plus nécessaire, la pauvreté ne nous apparaît pas trop difficile et trop amère. La difficulté est de demeurer fidèle à la pauvreté et de la supporter avec joie, allégresse et reconnaissance lorsque nous en pâtissons réellement, lorsqu'à cause d'elle on nous méprise, lorsqu'on nous abandonne, qu'on refuse de nous secourir et que nous demeurons seuls, privés du nécessaire. Oh ! alors, nous sommes bien heureux ! Cependant, il faut aller plus loin encore. Il n'est point tellement malaisé de subir l'indigence avec un coeur content, aussi longtemps qu'on est en bonne santé et que Dieu enivre l'âme de ses grâces, de ses douceurs et de toutes sortes de consolations. Mais. lorsque le corps est livré à la maladie et privé de soins et de soulagements, lorsque l'âme est en proie aux angoisses, aux ténèbres, privée de toute consolation, tout entière broyée par les tribulations intérieures et comme abandonnée de Dieu, ne sachant et ne voyant plus rien, sinon qu'au dedans comme au dehors, elle est parfaitement pauvre et déchirée par l'indigence, oh ! alors, le vrai pauvre est fidèle,s'il persiste rigoureusement à observer la sainte pauvreté, acceptant et,embrassant son dénuement intérieur, le coeur tout livré à et doux embrassement, résolu à demeurer en cet état aussi longtemps que son Dieu le voudra. Oh ! alors, que bien heureux est celui qui en cette tribulation parvient. à garder intacte sa joie et à proclamer sa gratitude. C'est ici l'essence parfaite de la pauvreté en compagnie du fils de Dieu cloué tout nu sur la Croix »

Qui pourrait douter que le stigmatisé de l'Alverne se soit élevé jusqu'à ce suprême degré de la pauvreté. « La sanctification des justes, dit le Père Bernardin, de Paris, ayant été commencée par la grâce et par la pauvreté qui les ont dépouillés des biens de la terre et devant être consommée par les souffrances. et par les plaies, Jésus-Christ, d'une sagesse très profonde, dispense à tous les saints d'une manière admirable le temps, les moyens et les lieux où ils seront consumés. Il a conduit sur le Calvaire tous ses plus chers amis, sa divine Mère, son bien-aimé saint Jean et sa divine amante, Madeleine ; il les a tous consumés avec lui de son amour souffrant et de ses plaies qu'ils recevaient en leur coeur. Les apôtres, premiers enfants de la grâce et premiers exemplaires du plus pur esprit de l'Évangile, ont été consumés par l'amour et par les plaies. Les martyrs, suivant les traces de Jésus-Christ, ont été tous consumés du même esprit et par l'amour et par les plaies. C'est pourquoi le Fils de Dieu Voulant associer saint François aux Apôtres et aux plus grands Saints de l'Église, choisit la montagne d'Alverne pour le lieu, le temple et l'autel où il sera consumé comme une victime d'holocauste par son amour souffrant, par la vertu de son esprit et par l'impression de ses plaies. Saint François peut donc bien s'écrier avec tous les Saints qui sont ses frères et avec Jésus-Christ même : « Tout est consommé ! » De la part du Calvaire d'abord, parce que mon céleste Maître ne peut communiquer une clarté plus ardente, un esprit plus pur et plus divin, m'imprimer des plaies plus saintes, puisque ce sont les siennes qui passent de lui en moi. Tout est consommé de ma part - je ne puis lui offrir un coeur plus altéré de souffrances ni une volonté plus ardente à pâtir, ni une chair plus capable de porter ses plaies. Le même amour qui consume le Maître consume le serviteur, les plaies qui l'immolent me sacrifient et ainsi s'achève la consommation de ma vie en la sienne, pour ne vivre plus que de celle-ci, ne plus l'aimer que de son amour et ne plus souffrir que de ses blessures » .

On connaît l'admirable page des Fioretti (ch. VIII) où saint François enseigne à frère Léon, les conditions de la joie parfaite ; mais celui-ci qui, au milieu de tant d'épreuves et des plus douloureuses, n'avait cessé de montrer un visage aimable et gai et de chanter sa mélodie, devait donner par sa mort un dernier exemple à ses frères. « Quand il approcha du terme où la lumière éternelle allait remplacer pour lui la lumière périssable, il montra par l'exemple de ses vertus qu'il n'avait rien de commun avec le monde. Vaincu par la maladie mortelle qui devait mettre fin à ses maux, il se fit étendre sur la terre nue. Sans trembler il attendait le triomphe et dans ses mains jointes il serrait la couronne de justice. Couché à même la terre, dépouillé de son habit de ure, il tournait comme à l'ordinaire son visage vers le ciel ; alors que de tout son être, il attendait la gloire éternelle, il couvrait encore de sa main gauche la plaie de son côté pour qu'on ne la vit point. Et il dit aux frères : « J'ai accompli ma tâche ; que le Christ vous enseigne à accomplir la vôtre ». Les frères à ce spectacle répandaient des torrents de larmes et, poussant de profonds soupirs ils succombèrent à leur trop grande douleur et compassion, Pendant ce temps, refoulant ses sanglots, son gardien, connaissant par une inspiration divine le désir du Père, se leva soudain et prenant des chaussures, une tunique et un capuchon de bure, il dit au Père : « Sache que je prête au nom de la sainte obéissance ces chaussures, cette tunique et ce capuchon. Mais pour t'empêcher de t'en croire le propriétaire, je t'enlève tout pouvoir de les donner à qui que ce soit ». Le Saint se réjouit et tressaillit d'allégresse dans son coeur en voyant qu'il était resté jusqu'au bout fidèle à sa dame la Pauvreté. Par zèle de la pauvreté il avait fait en sorte de n'avoir pas, même au moment de la mort, un habit à lui, mais celui qu'un autre lui avait prêté. Ensuite, le saint élevant les mains vers le ciel, rendit grâce au Christ de ce qu'il lui permettait de s'en aller vers lui, libre de toute entrave » . Puis il bénit les frères et lorsqu'il sentit venir la fin, il s'écria : « Sois la bienvenue, ma soeur, la Mort ». En vérité, saint François fut sur la terre un autre Christ.

Source : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Huan/pauvrete.html

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