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Naissance de la Maçonnerie spéculative : la Bible, la tolérance

30 Septembre 2013 , Rédigé par Michel BARAT Publié dans #Planches

Comme André Glucksmann le souligne dès l'ouverture de son der­nier livre consacré à René Descartes, l'homme du doute est aussi celui qui, comme militaire, assiste à la bataille de la Montagne Blanche où les troupes impériales de Ferdinand II écrasent celles de l'électeur du Palatinat, roi de Bohème, Frédéric V. Sans doute s'agit-il là d'un événement capital dans l'histoire des nations euro­péennes mais il s'agit aussi d'un événement symbolique de l'histoire de la pensée. Frédéric V, homme de tolérance et de culture, gardait en son esprit et essayait, tant faire se peut, de réaliser l'idéal éras­mien du mouvement évangélique, continuateur de l'esprit et de la tradition antique, pour qui "l'amour de la sagesse est aussi sagesse de l'amour". Ainsi s'était-il entouré des membres de sociétés occul­tistes s'efforçant de concilier en pratique le progrès des sciences et le progrès moral dans la tolérance et l'amour fraternel. Commenius adepte de la secte des Frères Moraves illustre cette tendance. Peut- être s'agit-il là de l'expression la plus noble de l'utopie mais, quoi qu'il en soit, la bataille de la Montagne Blanche met fin à ce rêve dans les faits. L'ère de la déception et du doute s'ouvre : l'amour de la sagesse divorce d'avec la sagesse de l'amour. Pourtant la maçonnerie spéculative naissante au XVIIIe siècle prolongeant la modification déjà apportée à la maçonnerie ancienne par la maçon­nerie acceptée veut renouveler ce pari sur l'accord de la raison et du coeur : c'est ainsi que dans les Loges se retrouvent tout autant des rationalistes rigoureux, fidèles à l'esprit de l'Encyclopédie que des "illuminés" (terme alors nullement péjoratif) annonciateurs du romantisme tel qu'il se développera en Allemagne. Or ces Frères font référencé à un Volume de la Loi Sacrée qui se trouve être la Bible. Cela demande réflexion car le rationalisme des uns et le mysticisme des autres en faisaient l'objet de la colère des institu­tions religieuses, d'autant plus que se retrouvaient dans le même lieu des protestants latitudinaires et des catholiques libéraux. Il apparaît alors nécessaire de réfléchir sur la présence de la Bible comme Volume de la Loi sacrée dans le cadre de la double spécifi­cité maçonnique qu'est la quête du sacré et l'affirmation de la tolé­rance. Peut-être faut-il inscrire l'originalité de la démarche maçon­nique à partir de l'exigence spirituelle de la recherche toujours renouvelée d'une vérité qui fait sens, mais sans jamais l'atteindre possessivement ; en un mot, il s'agit d'une quête du sacré et d'une exigence éthique de la tolérance comme fondement de la dignité et de la liberté du sujet humain. Or, au XVIIIe siècle, la question sur la Bible s'inscrit non pas dans la pure perspective religieuse mais comme l'aboutissement d'un affrontement idéologique entre parti­sans d'une dogmatique fermée et partisans de la tolérance entendue non seulement comme liberté de conscience mais encore comme liberté de penser. Ici, il faut apporter une précision : la liberté de conscience ouvre la possibilité d'adhérer ou non selon son libre arbitre à telle ou telle religion. La liberté de conscience, au sens strict du terme, s'inscrit donc dans la sphère de la question de la liberté religieuse. La liberté de penser, plus large encore, confère à l'homme la possibilité d'user de sa raison pour pousser sa recherche du vrai jusqu'où il le peut sans rencontrer aucune entrave, fût elle religieuse. Ainsi du XVIIe siècle au XVIIIe siècle les défenseurs de la liberté de conscience comme Bayle et ceux de la liberté de penser comme Spinoza s'inspirent soit de références bibliques soit de la critique scriptuaire naissante pour affirmer non seulement le droit à la liberté de conscience et de penser mais encore la nécessité de cette liberté pour le progrès de l'homme. L'originalité de la maçonnerie spéculative consiste précisément à affirmer cette double nécessité mais dans le cadre d'une quête spirituelle. Aussi il semble permis d'interpréter la présence de la Bible en tant que Volume de la Loi Sacrée comme le symbole de la double exi­gence initiatique et tolérante qui détermine la pratique de la Maçonnerie spéculative telle qu'elle se dégage de la Maçonnerie opérative par l'intermédiaire de la Maçonnerie acceptée. Ainsi se pose la question du serment pris sur la Bible, Volume de la Loi Sacrée indépendamment de la référence au Grand Architecte de l'Univers. En cela le Grand Architecte de l'Univers et Bible consti­tuent des références fondamentales de la pratique maçonnique mais ils n'entretiennent pas entre eux la même relation que Dieu et les Saintes Ecritures entretiennent entre eux dans le cadre des pen­sées religieuses. Il apparaît que c'est là un des points qui génèrent la suspicion des églises intégristes sur la Maçonnerie, hier comme aujourd'hui. Cette absence de liaison organique entre le Grand Architecte et la Bible peut se montrer par le simple fait que le Grand Orient de 1787 à 1878 travaillait bien à la gloire du Grand Architecte, sans pour autant demander au néophyte de prêter serment sur la Bible. En poussant l'analyse, il faut comprendre les Constitutions d'Anderson comme l'oeuvre d'un pasteur latitudinaire cherchant à dépasser les querelles religieuses et à rencontrer dans une libre quête de la vérité les catholiques libéraux. Ce processus semble s'élargir dans l'his­toire tant de la Maçonnerie que de la pensée par le passage de la liberté de conscience à la liberté de penser. Nous nous proposons d'examiner comment à sa naissance la Maçonnerie spéculative s'inscrit dans le combat pour la liberté de conscience puis de pen­ser, et cela dans la sphère spirituelle et non pas dans celle de la pure religion ou inversement dans celle de la pure philosophie : ce qui veut dire que la quête libre du sacré par le Maçon ne le conduit pas plus vers le Dieu des Religions que vers celui des philosophes, par le simple fait que cette quête demeure constamment ouverte et que son questionnement se renouvelle constamment, sans pour autant lui interdire loin de là une interprétation religieuse ou philosophi­que. Pour ce faire il faut d'abord indiquer qu'elles étaient les positions des adversaires de la liberté de conscience et la manière dont ils s'inspiraient de la Bible comme le font tout autant leurs partisans. Encore faut-il ici bien définir ce qu'est la liberté de conscience dans cette perspective, il ne s'agit pas de la simple liberté de conscience privée, mais de la liberté de conscience civile. Des penseurs catholi­ques à l'image de Bossuet pour qui "la foi sert de science au chré­tien" affirme non seulement le droit mais le devoir du Prince à imposer sa religion à son peuple : la raison en est que la souverai­neté n'est point ici populaire mais divine, et qu'il ne saurait y avoir d'autre raison que la raison de Dieu se faisant raison d'Etat, que le logos divin. C'est une pensée où aucune autonomie n'est laissée à la raison humaine, où toute philosophie ne peut être qu'ancillia theo­logiae. Ainsi, en 1685, dans un texte intitulé "Conformité de l'Eglise de France pour ramener les protestants avec celle de l'Eglise d'Afrique pour ramener les donatistes de l'Eglise catholi­que", Goibaud-Dubois interprète-t-il tant l'histoire de l'Ancien Testament que celle du Nouveau et plus particulièrement les textes pauliniens comme une légitimation du point de vue augustinien pour qui "Felix necessitas quae ad meliora compelli" 1°). La démarche maçonnique affirme l'inverse, il ne saurait y avoir de contrainte heureuse et même plus la démarche qui conduit vers une meilleure saisie du sacré ne peut être que le choix volontaire d'un libre arbitre. L'interprétation dogmatique s'inspire bien de la Bible : elle commente l'histoire de Paul contraint par Dieu à se convertir sur le chemin de Damas ou rappelle encore des formules comme celle des Nombres 16-45 : "Il a dompté par des châtiments très sévères la rébellion de son peuple". Face à la liberté de conscience revendi­quée, une certaine partie des Eglises réaffirme le compellere intrare d'Augustin en en faisant parfois un compellere remanere 2'). S'inspirer ainsi de la Bible c'est interdire toute autre lecture de ce Livre que celle du recueil de la Parole révélée. Est ici révélée la dif­férence entre une Bible, uniquement et totalement Livre de la Parole révélée et une Bible Volume de la Loi Sacrée qui appelle une interprétation de la raison humaine selon le libre arbitre d'un sujet doué d'une volonté autonome. Tel était d'ailleurs l'enjeu qui oppo­sait à l'époque, les savants historiens et philosophes qui s'adon­naient à la critique biblique, les philosophes plus tard de la Lumière aux partisans du littéralisme et du dogmatisme stricts : la critique savante, en effet, suppose pour le moins, le libre usage de la raison. Face à cette position le philosophe français, Bayle, défenseur de la liberté de conscience argumente pour montrer que l'engagement religieux dans une direction non orthodoxe ne peut être réduit à un péché contre l'esprit. La position intolérante consistait à affirmer selon Paul (Galates V) que l'erreur et l'errance en religion venaient du trouble de l'esprit par la chair. Ainsi Bayle affirme : "l'adhésion à la fausseté qu'on croit être vérité n'est pas avoir de la fausseté". Apparaît tin droit à l'erreur, un droit à l'errance qui définit bien la conception de la liberté de conscience. Aussi faut-il s'adonner, dit Bayle, à une lecture allégorique et métaphorique des propos de la Bible. De plus la Bible est aussi livre d'histoire ce qui entraîne le droit et le .devoir d'user de la raison critique pour démêler le mes­sage sacré de la transmission historique : David persécute ses enne­mis en roi guerrier et non en roi prophète. Ainsi avec Bayle nous arrivons à la conclusion que "le persécuté peut ne rien valoir mais que le persécuteur est toujours injuste". Cependant il ne s'agit encore que d'une liberté de conscience et nullement d'une liberté de penser : la première est une liberté négative du droit à l'erreur donc à l'errance, la seconde est une liberté positive du droit à la recher­che et à la quête. C'est précisément cette libre recherche du sacré qui constitue l'originalité de la pensée maçonnique transformant ainsi l'errance libre fondée sur le droit à l'erreur en une libre quête fondée sur le droit à penser. Ce passage sera accompli par l'affir­mation de la liberté de philosopher de Spinoza et par l'oeuvre des philosophes de la Lumière tel que Locke. Dans le Traité Theologico Politicus dès 1670, Spinoza s'était efforcé de montrer non seulement le bien fondé de la tolérance civile mais sa nécessité en vue de l'affirmation de la libertas philo­sophandi. Sa lecture de la Bible, jugée blasphématoire par certains, s'articule en deux points essentiels à partir d'une étude critique phi­lologique et historique : le peuple d'Israël a été élu par Dieu parce qu'il avait atteint un certain développement et non pas le peuple d'Israël connut la victoire par l'élection divine et par sa fidélité à Dieu, de plus, loin d'autoriser la contrainte l'histoire du peuple juif enseigne la liberté car il a contracté avec Dieu par une alliance libre. Mais le Traité va plus loin : "Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition. Mais souvent réduits à une extrémité telle qu'ils ne savent plus que résoudre, et condamnés par leur désir sans mesure des biens incertains de fortune, à flotter presque sans répit entre l'espérance et la crainte, ils ont très naturellement l'âme encline à la plus extrême crédulité". Seul donc le libre usage de la raison c'est- à-dire la pensée libre leur permet une liberté de philosopher qui les met sur la route de ce qui est vrai en leur donnant la maîtrise de leurs désirs et en combattant leur crédulité au nom de la connais­sance. Aussi Spinoza résumera-t-il dans le chapitre vingtième : "Nous avons montré :

1°/ qu'il est impossible d'enlever aux hommes la liberté de dire ce qu'ils pensent ;

2°/ que cette liberté peut-être reconnue à l'individu sans danger pour l'autorité du souverain et que l'individu peut la conserver sans danger pour ce droit, s'il n'en tire point licence de changer quoi que ce soit aux droits de l'Etat ou de ne rien entreprendre contre les lois établies ;

3°/ que l'individu peut posséder cette liberté sans danger pour la paix de l'Etat et qu'elle n'engendre pas d'inconvénients dont la réduction soit aisée ;

4°/ que la jouissance de cette liberté donnée à l'individu est sans danger pour la piété ;

5°/-que les lois établies sur les matières d'ordre spéculatif sont du tour inutiles ;

6°/ nous avons montré enfin que non seulement cette liberté peut être accordée sans que la paix de l'Etat, la piété et le droit du souve­rain soient menacés mais que, pour leur conservation, elle doit l'être."

Je vous engage fermement à comparer ces conclusions de Spinoza avec celles des titres I et II des Constitutions d'Anderson concer­nant Dieu et la Religion et du Magistrat civil et subordonné. Nous ne pourrons qu'y reconnaître le même esprit, avec plus de prudence certes, l'esprit non seulement de la liberté de conscience mais encore celui de la liberté de penser. Cet esprit est celui de Locke dont la Lettre sur la Tolérance et le traité Du Caractère raisonnable du Christianisme tel qu'il est proposé par les Ecritures et conclut à une quasi religion naturelle et à l'affirmation morale, condition de la spéculation libre : "Faites aux autres tout ce que vous voulez qui vous fût fait à vous-même", formule morale que nous reprenons dans un de nos rituels. Ainsi la Bible est posée comme Volume de la Loi Sacrée c'est-à-dire comme livre où la conscience éthique se retrouve, se ressource et non comme livre de la parole révélée sans pour autant interdire, loin de là, sa lecture comme parole révélée. Nous touchons ici le point essentiel de la pensée maçonnique spécu­lative qui quitte en continuité la tradition opérative du métier juré des anciennes obligations pour affirmer que la libre disposition de notre raison à la découverte du sacré n'est possible que par un engagement éthique dont nous prenons le serment, en tant qu'homme "libre et de bonnes mœurs" sur le Volume de la Loi sacrée, source du Droit qui donc ne saurait se réduire à une consti­tution puisque cette constitution doit fonder sa légitimité dans une source sacrée fondant à la fois la dignité du sujet en quête et le sens de cette quête et encore moins dans un livre blanc qui ne saurait affirmer la liberté de penser et d'interpréter puisqu'il n'y aurait là rien à interpréter. Nous retrouvons ici l'un des principes que Spi­noza dégage de sa lecture de la Bible : "le culte de Dieu et l'obéis­sance à Dieu consistent en la seule justice et charité." Par la libre philosophie et par la libre quête du sacré qui se veut une forme supérieure de la foi, le sage est sur la voie de la connaissance des principes et peut agir pour le bien de l'humanité par une spécula­tion libre et éclairée. En resituant historiquement par rapport au mouvement général de la pensée la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative, nous nous apercevons qu'elle transforme la tradition du métier juré des anciennes obligations de la maçonnerie opérative liée à la construc­tion de l'édifice matérielle s'enracinant, comme le montrent les dif­férents textes à notre disposition, dans une perspective chrétienne et catholique en une quête spéculative fondée à la fois sur la recher­che d'une transcendance faisant sens et sur la liberté de penser, signe de la dignité du sujet humain pour autant qu'il travaille à la recherche de ce sens. Certes, ce mouvement était déjà amorcé par la maçonnerie acceptée mais il devient irréversible avec la maçonnerie andersonienne et la maçonnerie purement spéculative. L'avenir de cette tradition reprise au XVIIIe siècle semble avoir voulu s'inscrire dans deux directions : la première insistant sur la quête de la trans­cendance, l'autre sur la liberté de penser. La première aurait donc tendance à retourner à un symbolisme strict par delà les Constitu­tions d'Anderson et faisant signe aux Anciennes Obligations, l'autre mettant entre parenthèses la Bible se tourne vers le seul humanisme voire vers une désacralisation. Il semble à mes yeux que ces deux tendances, habituellement signalées par les études maçon­niques telles que celles de Ligou, en fait atrophient l'authentique démarche maçonnique qui, en particulier à la Grande Loge de France, se définit comme la prise volontaire d'un engagement moral et éthique sur les Trois Grandes Lumières, dont le Volume de la Loi Sacrée qui ne saurait être ici que la Bible, pour une recher­che transformant l'errance de l'homme en une quête. Il s'agit d'un double pari sur le sens transcendant et sur la liberté de penser. Ainsi à mes yeux la tradition de la Grande Loge, parfois baptisée du terme maladroit de troisième voie, constitue la continuation de la tradition maçonnique la plus pure si on veut admettre qu'une tradition est en soi évolutive puisqu'elle s'inscrit et parcourt l'his­toire.

Notes bibliographiques :
Daniel Ligou : "La Bible des Maçons" in "Le Siècle des Lumières et la Bible" sous la direc­tion de Yvon Belaval et Dominique Bournel, coll. "Bible de tous les temps", Beauchesne, Paris, 1986.
Guy Scheymol : "La Bible et la Tolérance", in. op. cit.
André Gluskman : "Descartes, c'est la France", Paris, Flammarion, 1987.
Spinoza : "Traité Théologico-politique" in II, traduction Ch. Appuhn, carnets Flammarion, Paris, 1965.

1°) Heureuse nécessité qui contraint au meilleur.
2°) Forcer à entrer - forcer à rester.

Publié dans le PVI N° 68

Source : www.ledifice.net

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Fondements initiatiques de la tolérance (2)

27 Septembre 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

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La qualité d'abord

Par qualité, il faut entendre toute caractéristique fondamentale. La défi­nition philosophique du mot qualité, à l'origine, explique qu'il s'agit bien des caractéristiques qui définissent un corps et sans lesquelles il ne pour­rait ni exister, ni être conçu. Cette définition s'applique à l'homme. Corneille, dans Polyeucte écrit : « Daignez considérer le sang dont vous sortez, Vos grandes actions, vos rares qualités... ».
C'est pourquoi d'ailleurs les nobles exclusivement étaient appelés gens de qualité, de par leur naissance et leur sang, ce qui permet à Molière de répondre :
« Les gens de qualité savent tout sans avoir jamais rien appris ».
La qualité est innée. Elle peut s'enrichir ou se détériorer, mais elle est acquise à la naissance.

Le don ensuite :

Le don aussi est inné. Mais, et la nuance est importante par rapport à la qualité, le don se détériore à coup sûr s'il n'est pas cultivé. Sans travail, le don n'est rien, ne vaut rien, ne sert à rien. Le don, inné certes, a besoin d'être exploité : au don s'ajoute alors le talent c'est-à-dire la maîtrise du savoir faire et seul son enrichissement par le talent permet au don de s'exprimer.

La vertu enfin :

La vertu est pure acquisition. Elle n'est jamais innée. Elle est pur travail, moral, intellectuel, culturel, travail sur soi-même.
Rien d'inné dans la vertu.
C'est d'ailleurs ce qui rend la vertu si humaine, si spécifiquement humaine.

Résumons : La qualité est innée.
Le don est inné, mais s'exploite par les connaissances acquises ou à acquérir. La vertu est pur acquis.
Chacun d'entre-nous, à un moment instantané de son existence est une mosaïque
- de qualités innées,
- de dons innés, plus ou moins exploités par un savoir-faire acquis à force d'un travail plus ou moins approfondi,
- de vertus, purement acquises.
J'illustre ma pensée en comparant l'incomparable : l'homme et l'animal. C'est facilité d'exposé, je le reconnais, mais Mozart me pardonnera de le comparer à ma petite chatte. Mozart me flatte plus souvent les oreilles que je ne caresse celles de mon animal favori, je puis donc me permettre cette irrévérence. Mozart, c'est incontestable, avait des dons, révélés alors qu'il était si jeune, que l'on doit bien les considérer comme innés. Il avait aussi des qualités, lesquelles sûrement, lui ont permis d'exploiter ces dons. Mozart avait aussi des vertus dont je ne saurais dire s'il les a acquises en devenant franc-maçon ou s'il est devenu franc-maçon parce qu'ils les avaient précé­demment acquises. Mais peu importe. Disons que Mozart était doué, généralement doué, qu'il avait le goût du travail, et qu'il était tolérant. Ma petite chatte, elle aussi a des qualités et des dons. Elle a le don de la chasse et des qualités d'agilité qui lui permettent d'exploiter ce don, ce qui est dramatique pour les rongeurs de mon jardin. Elle n'est pas vertueuse pour autant. Elle n'a aucun sens de la tolérance et elle agresse systématiquement toute espèce d'animal rampant, marchant ou volant, et sans considération de poids et de taille, qui pénétrerait acci­dentellement son territoire. Elle n'est tolérante qu'à mon égard : il est vrai que je la nourris. Ma chatte n'appartient pas à l'espèce humaine. Ses qualités et ses dons relèvent de sa nature et de son instinct. Je l'aime comme cela. J'aime aussi Mozart pour ses qualités et ses dons. Où plutôt, j'aime sa musique pour ces raisons-là et j'aime le musicien, l'homme, pour ses ver­tus. Je ne l'aimerais pas s'il avait été un personnage ignoble, et sans doute dans ce cas, je n'écouterais pas sa musique. Et voilà pourquoi je dis que la vertu est humaine, spécifiquement humaine. Le vieux philosophe avait beaucoup de mal à expliquer cela au poète, autant que j'ai du mal à vous l'expliquer moi-même. Lui aussi, il utilisa une comparaison entre l'homme et l'animal : «Je pense que (l'homme) est un animal à deux pieds qui a la faculté de raisonner, de parler et de rire et qui se sert de ses mains beaucoup plus habilement que le singe... (il a) une mémoire infiniment supérieure, beaucoup plus d'idées et... une langue qui forme incomparablement plus de sons que la langue des bêtes». C'est bien pourquoi il faisait confiance à l'homme, capable de dépasser sa nature, de développer ses meilleurs instincts, de réfréner et de combattre les plus vils. Et à ce compte, la société finira bien par évoluer et les hom­mes, un jour qu'il espérait proche, vivront libres et égaux., dans un monde plus tolérant. La colère du poète était à son comble. Il hurla à en réveiller les âmes paisi­bles qui arpentaient les allées du jardin paradisiaque. « Qui a écrit que les homes naissaient libres et égaux ? Libres, mais dans le troupeau, Egaux, devant le bourreau ». Il était tellement fâché qu'il en devenait vulgaire, ce qui n'est pas recom­mandé pour un poète.

« Passent les jours et les semaines,
Y a que le décor qui évolue,
la mentalité est la même,
tous des tocards, tous des faux-culs ».

Le philosophe était peiné. Grâce au recul conféré par deux siècles de plus, il avait pris de la hauteur : il avait pu mesurer le formidable progrès éco­nomique, social, culturel que les hommes avaient accompli. Et pourtant, il n'était pas franchement choqué car il savait bien que les hommes avaient mal partagé le progrès. Dans le fond, il comprenait le poète. Mais sa foi en l'homme était iné­branlable. Puisque le progrès, même insuffisant et mal réparti, était obser­vable, il était toujours possible d'en espérer davantage. Il décida donc d'y croire encore et se résolut d'être pour toujours :

« Amant de tous les arts et de tout grand génie,
Implacable ennemi du calomniateur,

Du fanatique absurde et du vil délateur ».

Il s'arma de courage pour tenter d'entraîner le poète sur cette voie. Nous avons vu que la tolérance, vertu spécifiquement humaine, n'est ni instinctive ni naturelle. L'esprit de tolérance s'acquiert, se cultive, se développe. N'entrons pas dans le débat sur la nature de l'homme, puisqu'il ne con­cerne pas la tolérance. Mais interrogeons-nous plutôt sur la façon dont cet esprit est susceptible de germer dans le coeur des hommes, puis com­ment il peut s'y développer. Le petit de l'homme a de grands yeux : il les ouvre le jour et transmet à son cerveau, quotidiennement des milliers d'informations contradictoi­res. Les unes pèsent lourd, les autres ne lui laisseront qu'un souvenir fugace, certaines ne vivront que le temps d'une seconde, et quelques-unes tisse­ront l'écheveau de ses souvenirs. La nuit, le petit ferme les yeux. Son cerveau va décanter les informations du jour. Certaines, comme dans un ordinateur, seront immédiatement restituables, dès le réveil du lendemain. D'autres viendront enrichir un inconscient et un subconscient dont les socles se sont constitués, dit-on, dans la période pré-natale. Tout ceci est tellement complexe, que le petit va devoir trier, c'est-à-dire penser. Aucune des informations reçues n'étant objectives, sa pensée ne sera pas objective. Voilà que l'enfant est sujet pensant certes, mais sujet. Et heureusement puisque sa subjectivité est sa personnalité. Sujet unique et personnalisé, voilà notre enfant, trop tôt devenu homme, qui prend conscience que son existence est dépendante de celle d'autres sujets, non moins uniques et non moins personnalisés. Mais comme il est au centre de sa perception du monde, il ne peut pas faire autrement que de penser qu'il est le centre du monde, objet d'amour et de haine convergents vers sa personne, de même qu'il dirige comme une arme défensive ou agressive, son amour et sa haine vers autrui. C'est ainsi que les hommes, à la fois sujets et objets, communiquent entre eux. Je n'ai pas la prétention d'expliquer l'homme à travers ce raccourci méan­dreux. Ce n'est qu'une petite fable entre vous et moi, elle a pour objet d'exprimer très rapidement que les rapports humains sont infiniment complexes et qu'ils dépassent notre capacité à les appréhender. Cette démarche a un nom : elle s'appelle l'initiation. Cette démarche est la façon unique de développer en soi l'esprit de tolé­rance. Et c'est pourquoi devenir tolérant demande beaucoup de travail, en tout cas infiniment plus qu'il n'en faut pour passer le baccalauréat. Et c'est d'autant plus difficile qu'on ne trouve pas de maître es tolérance suscepti­ble de nous l'enseigner comme on m'a appris avec plus ou moins de talent, et avec plus ou moins de succès, les mathématiques ou la philoso­phie. Certes, vous en rencontrerez parfois qui vous feront la leçon : c'est qu'ils se sont octroyés eux-mêmes un diplôme qui a d'autant plus de valeur à leurs yeux qu'ils furent le propre examinateur de leurs multiples talents, et que ce jour-là ils se sont montrés très sévères, aussi sévères qu'on peut l'être lorsque l'examiné, c'est-à-dire la même personne, fait preuve d'une compétence et d'un savoir exceptionnels. Ces «gens de qualité », au sens où Molière ironisait, méritent le nom dont on les affuble : ce sont les pédants. Non, en matière de tolérance, l'apprentissage se fait seul. Il n'y a pas de maître ni d'élève, mais un homme seul, face à son miroir, et suffisamment courageux pour être tantôt l'un tantôt l'autre, et savoir au bon moment et à tout bout de champ inverser les rôles. La manœuvre a un but. Elle vise à ce que, de l'autre côté du miroir, appa­raisse non pas le reflet de soi-même, mais l'envers, qui révèle la face cachée. Elle aspire à faire prendre conscience que si l'homme est un bloc lisse ou fissuré selon les caractères, il n'est pas identique à l'extérieur, comme à l'intérieur, et que sa présentation homogène et cohérente, n'est qu'un masque qui recouvre ses contradictions. Elle amène à reconnaître, comme éléments fondamentaux de sa personna­lité, ce que les comportements quotidiens et habituels ont coutume d'occulter. Elle fait comprendre qu'on est à la fois l'un et l'autre, et démontre ainsi qu'autrui est semblable à soi-même, et que les différences entre les hommes sont infiniment moins importantes que ce qui les unit. Elle fait découvrir que nous nous différençons uniquement par l'assem­blage varié de composants identiques et donc que si nous ne sommes pas jumeaux, à coup sûr nous sommes frères. Cette démarche est celle dont procède la Grande Loge de France, maillon de la Franc-Maçonnerie Universelle, qui dès ses origines, c'est-à-dire, pour s'en tenir à la Franc-Maçonnerie moderne et à sa date de naissance officielle, en 1723, proclame dans ses Constitutions : «Un maçon est obligé d'obéir à la Loi morale... Mais, quoique dans les temps anciens les maçons fussent tenus dans chaque pays d'être de la Reli­gion, quelle qu'elle fut, de ce Pays ou de cette Nation, néanmoins il est maintenant considéré plus expédient de les astreindre à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opi­nions ; c'est-à-dire, d'être Hommes de bien et loyaux, ou Hommes d'Honneur et de Probité, quelles que soient les Dénominations ou Con­fessions qui aident à les distinguer ; par suite de quoi la Maçonnerie devient le Centre d'union, et le moyen de nouer une Amitié sincère entre des personnes qui n'auraient pu que rester perpétuellement étrangères ». La Franc-Maçonnerie n'ayant pas le monopole de l'initiation, sa nécessité n'est pas prouvée. Mais accordons-nous au moins sur ce mérite qu'on peut lui reconnaître, que lui reconnaissent en tous cas ses membres, celui de se proposer de les aider, collectivement, à la démarche individuelle. Car l'initiation est par essence individuelle.
Les arts romanesques, de la littérature au cinéma en passant par le théâ­tre, en fournissent maints exemples.
Le processus est toujours identique,
Déstabilisation : mort profane,
Renaissance : vie nouvelle,
Reconstruction : progressive, par épreuves et paliers successifs.
Les événements dramatiques du vécu quotidien, sont, lorsqu'ils survien­nent, suffisamment douloureux pour provoquer un processus, toujours cruel. Le seul mérite de la Franc-Maçonnerie est de proposer une version pacifi­que, permanente et collective, de cette initiation individuelle. En 1723, notre philosophe n'avait pas trente ans. Il avait déjà cependant plusieurs écrits à son actif, essentiellement des pamphlets qui l'avaient fait mal voir du côté de la bonne société et l'avaient même contraint à séjourner à l'étranger plutôt qu'à Paris. Il fut d'autant plus séduit par les idées maçonniques, qu'il en professait d'identiques, Il ne devint pas franc-maçon pour autant, malgré qu'il ait été sollicité par ses amis philosophes qui, très nombreux, fréquentaient les loges. Il fut initié beaucoup plus tard. Mais il avait été de tout temps un bon compagnon de route. Aussi n'hésita-t-il pas à en parler au poète qui lui n'en voyait pas réelle­ment la nécessité. Lui-même en avait entendu parler, et avait même le souvenir vague d'un copain franc-maçon, dont les idées ne lui avaient pas paru véritablement révolutionnaires. Et puis le poète en avait marre des idées, qui ne sont jamais que des mots. Il avait tant vécu avec les mots que les mots commençaient à le fatiguer.

« Fatigué, fatigué,
fatigué d'espérer et fatigué de croire
à ces idées brandies comme des étendards
et pour lesquelles tant d'hommes ont connu l'abattoir ».

Mais le philosophe n'était pas enclin à baisser les bras. Il se prenait d'ami­tié pour le poète, et voulait s'efforcer de le convaincre. Et il lui expliqua le problème et la solution : «Quand nos actions démentent notre morale, c'est que nous croyons qu'il y a quelque avantage pour nous à faire le contraire de ce que nous enseignons; mais certainement, il n'y a aucun avantage à persécuter ceux qui ne sont pas de notre avis et à nous en faire haïr, il y a donc, encore une fois, de l'absurdité dans l'intolérance ». Le philosophe voulut réconcilier le poète avec les idées généreuses, en lui faisant remarquer : «Nos histoires, nos discours, nos sermons, nos ouvrages de morale, nos catéchismes, respirent tous, enseignent tous aujourd'hui, ce devoir sacré de tolérance». Le poète résolut alors de s'endormir pour ne pas en écouter davantage. Il tourna le dos au philosophe en soupirant :

« J'crois plus à grand'chose
Il est temps que j'me repose
J'ai plus d'amour, plus de plaisir,
plus de haine, plus de désirs
».

Le philosophe en fut très malheureux. Il eût envie d'une promenade solitaire, lorsque soudain il se rappela que les membres de sa loge, «Les Neuf Sœurs », où il avait été finalement ini­tié et in extremis en 1778, se réunissaient ce soir là. Il décida de participer. N'imaginons pas que les francs-maçons puissent se targuer de détenir le monopole de la tolérance et qu'ils aient la prétention de l'enseigner à qui­conque frapperait à la porte du Temple. Les discours peuvent bien tenter de le faire, mais la Franc-Maçonnerie ne propose pas de discours. Elle offre à qui veut bien en saisir l'opportunité, une méthode qualifiée d'ini­tiatique, car, à l'instar de l'explication qui a précédé, elle tend un miroir dans lequel chacun de ses membres part à la recherche de sa propre image et, en définitive, y découvre autrui. Ce miroir, c'est la loge maçonnique, l'assemblée des frères, dans un lieu clos, temple sacralisé c'est-à-dire reconstitué dans un contexte universel. Le temple, c'est un lieu à la fois réel et symbolique. Réel, il est lieu de la réflexion et du travail des Frères. Symbolique, il représente l'univers cos­mique, le monde dans ses dimensions infiniment grandes et infiniment petites, macrocosmiques et microcosmiques. De ce fait, à l'intérieur du Temple, les frères ne sont plus les mêmes hom­mes que ceux que l'on croise dans le monde. Chacun d'entre eux apparaît aux autres comme une parcelle de l'humanité, et chaque mot, chaque phrase, chaque discours est reçu non pas comme un message médiatique habituel, mais comme un message messianique, enrichi d'universalisme. Ce mot que tu dis, cette phrase que tu construis, ce discours que tu pro­nonces, c'est ton expression et en même temps une part de la mienne, c'est ta pensée, comme c'est celle de millions d'hommes et de femmes qui, à travers le temps et l'espace, à un moment ou à un autre, dans des lieux identiques ou différents, se sont prononcés de la même façon que toi. Alors, je reçois tes mots, tes phrases, tes discours différemment et à mon tour je te parle différemment. Je t'écoute comme je te parle, je te perçois comme un autre moi-même, je me sens ton frère. Ce processus, qui se renouvelle à chaque réunion des frères en loge, a quelque chose de magique, il l'est en effet par la magie du rituel, rigou­reusement respecté dans les loges de la Grande Loge de France. Le rituel, c'est un moyen, à caractère mécanique et théâtral, qui vise à créer une rupture entre le monde profane, celui où la passion l'emporte sur la raison, la folie sur la sagesse, la haine sur l'amour, et le monde sacré où s'inversent les flux et les courants. Comme si le fleuve remontait son cours pour retourner à sa source et n'être plus qu'eau pure. Purs, nous ne le sommes jamais totalement, et le philosophe ne préten­drait pas l'être plus que le poète. Mais au moins nous essayons de nous abreuver auprès de nos frères disposés à nous donner à boire en parta­geant leur eau. Alors se développe en chacun de nous le sens d'autrui et du rapport privi­légié qui nous unit à lui. De ce fait la morale vacille : elle ne peut plus sui­vre la ligne de la verticale où le dogme circule du haut vers le bas, mais elle devient ruban horizontal, support flexible et évolutif par lequel ,'échan­gent les idées et transitent les comportements. La tolérance n'est _plus alors ni ridicule ni visible. Car on comprend qu'elle est le ciment obligatoire des hommes qui oeuvrent pour le progrès de l'humanité. Notre philosophe l'avait bien mesuré : dans la société de l'Ancien Régime où l'intégrisme oligarchique freinait toute évolution progressiste, le Mou­vement des Lumières, en parfaite symbiose d'idées avec la Franc- Maçonnerie moderne dont les premiers pas ont accompagné ceux du siè­cle et qui a grandi avec lui, ont posé les bases de la société démocratique moderne. En 1789, la Révolution française a pulvérisé les institutions. Elle a suscité les espoirs les plus fous, en même temps que ses excès ont provoqué les plus cruelles désillusions. Mais elle continue de porter son message essen­tiel : les mots de « Liberté, Egalité, Fraternité» qu'elle a chipés à la Franc- Maçonnerie, ou peut-être est-ce l'inverse, grave problème qui divise les historiens, mais dont se moquent éperduement tous ceux qui, étant grave­ment privés du pouvoir de les écrire sur les pages de leurs cahiers et de les graver sur les murs de leurs édifices, pleurent en y rêvant. Ceux-là sont bien plus nombreux que nous et l'espoir est bien mince que leur nombre se réduise : c'est l'inverse qui nous menace. C'est la raison pour laquelle nous continuons à oeuvrer dans nos Temples, poursuivant notre utopie raisonnable, sans l'ombre d'un doute sur les objectifs que nous assigne notre Constitution : alliance d'hommes libres, acceptés en notre sein sans conditions de classe, de race, de religion, nous avons pour but le perfec­tionnement de l'humanité et travaillons à cet effet à l'amélioration cons­tante de la condition humaine, tant sur le plan spirituel et intellectuel que sur le plan du bien-être matériel. Nous n'acceptons aucune entrave et ne nous assignons aucune limite dans notre recherche de la vérité et de la justice, dans le respect de la pensée d'autrui et de sa libre expression. Nous croyons que les hommes finiront bien par s'unir dans la pratique d'une morale universelle et dans le respect de la personnalité de chacun. Chaque pas franchi nous réjouit le coeur, chaque recul nous horrifie. Finalement chacun d'entre nous est, tantôt le philosophe, tantôt le poète. Mais peut-on être l'un sans l'autre ? Ne sommes-nous pas condamnés à ce perpétuel débat, tant il est ardu de progresser sur le chemin de la tolérance ? Et une soirée de plus, en loge maçonnique, ne suffira certes pas à changer le monde. C'est bien ce que pensait le philosophe qui quittait ses frères après une excellente soirée qui s'était achevée, comme à l'accoutumée, par de frater­nelles agapes, qu'il avait arrosées un peu trop copieusement. Finalement, il choisit de retourner aux côtés du poète endormi, pour y finir sa nuit. Il dormit mal. Lorsqu'au matin il se réveilla, il remarqua une lueur d'amusement dans le regard du poète qui l'observait avec une ten­dre attention. Le philosophe se sentit prêt à quelque concession. Il dit tristement : «J'ai été sensiblement affligé de ton état, et je te jure qu'il n'a pas peu contribué à me persuader que le meilleur des mondes possibles ne vaut pas grand-chose». Mais le poète, d'humeur nettement plus gaillarde ce matin-là, ne l'enten­dait pas de cette oreille et il rétorqua aussi sec :

«Il faut aimer la vie
et l'aimer même si
le temps est assassin
et emporte avec lui
le rire des enfants».

Le philosophe en fut rassuré. Enfin ils semblaient l'un et l'autre d'accord. Mais le poète, comme s'il avait deviné la pensée du philosophe poursui­vit :

«Comment veux-tu que j'sois d'accord
Avec toi
J'ai d'jà du mal à être d'accord
Avec moi».

Ce fut sa conclusion, ce sera donc la mienne. Nous quitterons là, le philosophe et le poète, qui ont bien involontaire­ment figuré dans ce scénario artificiel, mais cependant entièrement dialo­gué avec des phrases qu'ils ont l'un et l'autre écrites.

 Le philosophe était François-Marie Arouet, dit Voltaire. Ses dialogues sont extraits des textes suivants :
Poème sur le désastre de Lisbonne
Dictionnaire philosophique
Entretien d'un sauvage et d'un bachelier
Sixième discours en vers sur l'homme
Traité sur la tolérance
Epître à Horace
Voltaire est né il y a 295 ans. J'ai arrondi à 300.
Dans le rôle du poète : Renaud Séchan, plus connu comme chanteur sous le nom de Renaud. Si je lui ai donné 100 ans, c'est qu'il s'est attribué lui- même cet âge dans sa chanson « Cent ans », dont provient le premier extrait.
Les autres extraits proviennent des chansons suivantes :
Morts les enfants
Déserteur
Société tu m'auras pas
J'ai la vie qui m'pique les yeux
Triviale poursuite
Hexagone Mistral gagnant
Socialiste
Je les remercie l'un et l'autre.
Jean-Paul Ricker

Conférence du cycle Condorcet Brossolette, prononcée par Jean-Paul Ricker, le 14 janvier 1989.

(1) Lalande, Discours à la Loge «Les Neufs Sœurs », 18 juin 1805.

 

Source : www.ledifice.net

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Fondements initiatiques de la Tolérance (1)

27 Septembre 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Le poète est mort !
Il n'y a pas de bel âge pour mourir, mais enfin... il avait cent ans !
Il était assis là tranquillement sur un banc, et il avait l'air plutôt content, à contempler les arbres du jardin public et écouter les oiseaux.
Il pensait en lui-même :

« J'ai cent ans et j'suis bien content
J'suis assis sur un banc
Et je regarde mes contemporains... »

Mais comme le jardin public était, à cette heure-là, vide de promeneurs et de passants, il ajouta, désabusé :

« C'est dire si j'contemple rien ».

Apparemment, le poète mourût content, mais les choses n'étaient pas si simples dans sa tête de poète. A défaut d'avoir pu entrer à l'Académie, il accéda directement au para­dis. Le paradis était un peu comme il l'avait imaginé et lui rappelait le petit square où, enfant, il jouait avec ses copains, à ce détail près que tous les bancs étaient occupés par des vieillards. Il choisit une place libre, et s'assit à côté du philosophe. Le philosophe, lui, était académicien. Mais il était mort bien longtemps auparavant. Il avait trois cents ans. Il commencèrent à bavarder. L'époque était bien choisie pour cette conversation, au moment où se fête, en France et partout dans le monde, le bi-centenaire de la Révolution française. Le philosophe n'avait pas connu la révolution. Il était mort 10 ans avant. Mais tout le monde s'accorde à reconnaître qu'il y avait puissamment contribué par ses écrits et ses engagements, tout au long du siècle. Ses écrits et ses engagements allaient d'ailleurs de paire : c'était un philo­sophe « engagé », comme on le dit des chanteurs, engagé par ses mots, engagé par ses actions. Les mots et les actions du philosophe avaient servi son long combat contre l'intolérance. Tout au long de sa vie, il n'eût de cesse de lutter con­tre l'intolérance, religieuse principalement, et de tenter, parfois avec suc­cès, de réhabiliter ceux qui en furent victimes. La révolution connût bien entendu ses excès, et fût un modèle d'intolé­rance, mais comme le disait Lalande, dans un discours maçonnique pro­noncé dans sa Loge, celle-là même qui quelques années auparavant avait accueilli notre philosophe en son sein : «Le malheur de notre condition est d'aller au-delà du terme ; ce sont les lois du mouvement qui nous entraînent ; et nous devons oublier les excès qui sont dans la nature » Le philosophe pouvait donc légitimement se satisfaire d'une révolution qui, en prenant pour devise les mots de « Liberté Egalité Fraternité» et en proclamant que «tous les hommes naissent libres et égaux en droit » avaient définitivement tordu le cou à l'intolérance. Ce n'était pas tellement l'avis du poète qui était plutôt du genre à penser que les Bastilles étaient encore à prendre. Ils avaient l'éternité pour en débattre.

Tolérance religieuse, civile, philosophique

A l'origine, le concept de tolérance est strictement religieux. A l'origine, c'est cependant fort tard, puisque le terme, même si on le trouve chez Montaigne, est inusité avant le XVIIème siècle, et c'est au XVII lème, qu'on en débat surtout. De même bien sûr son contraire l'intolérance et les adjectifs qui s'y rap­portent, à l'un comme à l'autre. On conçoit que sans dogme religieux il n'y ait pas lieu d'être tolérant ou intolérant. Or, les dogmes religieux ne naissent pas avec les Eglises. Ils naissent plus tard, beaucoup plus tard. Au fur et à mesure de la montée des dogmes, les concepts de tolérance et d'intolérance se génèrent spontanément. Simultanément, le mot tolérance est utilisé, plus communément cette fois dans deux domaines bien particu­liers. Le premier est le domaine monétaire. La tolérance, c'est la petite diffé­rence de poids de métal précieux, admise pour qu'une pièce de monnaie conserve sa valeur. Le second est le domaine médical. La tolérance, c'est la limite de l'accep­tation par l'organisme d'un médicament. On le voit : la tolérance, c'est affaire de petite dose. Point trop n'en faut ! Si on tolère un trop grand écart par rapport au poids d'or ou d'argent fixé pour donner sa valeur à une pièce, celle-ci n'en a plus aucune. Ecart en moins, cela va de soi. Si l'on administre une potion en ne veillant point au respect de la dose, on risque, par effet pervers, la mort du patient au lieu de sa guérison. Ecart en plus, bien entendu. Ecart en plus ou en moins, l'essentiel est de savoir garder la mesure. Au demeurant, la juste attitude est le strict respect de la norme, et tout écart est mal considéré : néfaste, préjudiciable et dangereux. En matière religieuse, tolérance est rendu synonyme d'indulgence. Les doc­teurs de la loi se contraignent à accepter, bon gré mal gré, quelques écarts d'interprétation par rapport aux dogmes de l'Eglise. Bossuet parle de «condescendance, touchant certains points qui ne sont pas regardés comme essentiels ». Les limites sont fixées. Là encore, la tolérance religieuse s'administre à petites doses puisque les Eglises ont le pouvoir de fixer le dogme, d'en autoriser l'interprétation dans le cadre qu'elles déterminent elles-mêmes, et, par voie de consé­quence, de qualifier d'hérétiques tous ceux qui dépasseront la limite. Dans l'affaire de la monnaie ou des médicaments, il faut un instrument de mesure : c'est la balance. De même les Eglises se doteront de la leur : les tribunaux écclésiastiques, dont la tâche sera de distinguer le pêcheur, cou­pable du grand écart, du paroissien, qui sait se cantonner dans les bonnes limites. Ainsi la tolérance justifie paradoxalement l'inquisition. Merci, mon Dieu ! Aux XVIIème et XVIIIème siècles, l'importance du débat religieux et ses énormes conséquences politiques, alimenteront en permanence le débat sur la tolérance. Catholique, doit-on ou non tolérer la réforme ? Protestant, doit-on ou non accepter la dissidence ? Le monde religieux se divise donc en deux parties, elles-mêmes subdivisées en deux autres parties, et ainsi de suite, selon le critère de l'acceptation ou du refus de la différence de pensée, à l'intérieur de normes très étroites. Cette pagaille nécessite que d'importants moyens soient mis en oeuvre, par les Eglises et les Etats, pour que les sanctions soient appliquées à grande échelle : législations restrictives, massacres organisés, guerres de religion. Ainsi, la tolérance justifie, paradoxalement les persécutions. Bayle et Bossuet seront, chacun dans leur camp, les deux grands anima­teurs de ce débat religieux. Bayle, en préconisant la plus grande liberté de conscience, Bossuet, en fixant les limites de cette liberté, ont l'un et l'autre utilisé et discuté le concept de tolérance civile. Si leurs opinions sont non seulement divergentes mais opposées, ils s'accordent au moins sur une définition commune de la tolérance civile, qui est la permission accordée de pratiquer d'autres cultes que le culte permis par l'Etat. La tolérance est octroyée par une autorité, non plus religieuse exclusive­ment, mais civile, le pouvoir d'Etat, qui, en fixant la norme, s'autorise à condamner ceux qui la transgressent. Pour défendre les principes de Liberté auxquels ils adhéraient, et, au minimum, pour protéger des vies humaines menacées, les philosophes du siècle des Lumières élargiront le concept à celui de tolérance philosophique. C'est, pour eux, l'admission du principe qui oblige à ne pas persécuter ceux qui pensent différemment en matière religieuse. La religion reste au coeur du débat, mais la tolérance n'est plus considérée seulement sous l'oeil du pouvoir qui légifère. La tolérance se conçoit désormais comme l'acceptation de la liberté de pensée. La tolérance devient alors une idée révolutionnaire. La tolérance n'est plus affaire de petite dose, mais un principe absolu, global, total, le corollaire des droits fondamentaux qui s'attachent à la personne humaine. Et quelques années plus tard, Mirabeau pourra dire : «Je ne viens pas prêcher la tolérance ; la liberté la plus illimitée de religion est, à mes yeux, un droit si sacré, que le mot tolérance qui voudrait l'exprimer me paraît, en quelque sorte, tyrannique lui-même, puisque l'autorité qui tolère pourrait ne pas tolérer ». Notre vieux philosophe avait appartenu au siècle des Lumières et, l'intolé­rance, il en avait été la victime. Mais jamais il n'avait baissé les bras, considérant : « Un jour tout sera bien, voilà notre espérance,
Tout est bien aujourd'hui, voilà l'illusion »
Cette maxime, d'un raisonnable optimisme, l'avait constamment accom­pagné et lui avait donné quelque courage lorsque la tournure des événe­ments lui paraissait défavorable. Et puis notre philosophe croyait résolument en l'avenir de l'homme, même s'il se doutait bien que les choses iraient lentement. Il expliqua au poète, qui l'écoutait d'un air dubitatif : «Il y aura toujours des barbares et des fourbes qui fomenteront l'into­lérance, mais ils ne l'avoueront pas, et c'est avoir gagné beaucoup». Ce n'était pas l'avis du poète peu prompt à se réjouir d'une si petite vic­toire. Il voyait bien lui que la barbarie, individuelle ou collective, sponta­née ou organisée, avait le plus souvent triomphé sur la tolérance. Elle avait même été érigée en doctrines politiques ou religieuses. A l'optimisme du philosophe, il opposait son désespoir :

« Mort l'enfant qui vivait en moi,
qui voyait en ce monde-là
un jardin, une rivière
et des hommes plutôt frères,
Le jardin est une jungle
les hommes sont devenus dingues ».

 

Tolérance politique et tolérance morale

La montée des intégrismes, en Orient comme en Occident, a réactualisé le caractère religieux du débat sur la tolérance. Il n'empêche que, depuis la Révolution, le concept a perdu sa spécificité religieuse, au profit d'une acception beaucoup plus large, beaucoup plus globale, beaucoup plus politique. Le champ de la tolérance recouvre le domaine des opinions, en général, ce que Diderot avait pressenti en écrivant : «il y a dans les choses de goût, ainsi que dans les choses religieuses, une espèce d'intolérance que je blâme ». Comme le dit la sagesse populaire : «les goûts et les couleurs, ça ne se dis­cute pas », proverbe qui exprime bien l'idée que chacun a droit à son opi­nion et que toute opinion est respectable, et même tellement respectable qu'elle n'a pas besoin d'être discutée. Du coup, la tolérance est devenu un concept essentiellement politique. La tolérance politique est l'acceptation du pluralisme dans la conduite des affaires de l'Etat. Elle suppose et implique la démocratie et la laïcité. Elle s'oppose au totalitarisme et aux extrémismes. La tolérance étant politi­que, pleinement et totalement politique. Elle est donc au coeur de tous les débats avec ses partisans et ses adversaires. Ses adversaires la condamnent et la caricaturent. Ils la condamnent essentiellement au motif que la tolérance favorise la genèse et l'expression des pluralismes et en conséquence détruit la cohé­sion politique et sociale de la nation. Ils la caricaturent en associant systématiquement la tolérance à la fai­blesse de comportement, ou, pour parler comme nos hommes politiques, au laxisme, mot qui en remplace un autre, moins usité, le tolérantisme. C'est Beaumarchais, qui, avec humour, fait dire à l'un de ses personna­ges, aussi réactionnaire qu'odieux : «Qu'a-t-il produit (ce siècle) pour qu'on le loue ? Des sottises de toutes espèces : la liberté de penser, l'attraction, l'électricité, le tolérantisme, l'inoculation, le quinquina, l'Encyclopédie et les drames ». Au laxisme des partisans de la tolérance, les tenants de la fermeté oppo­sent ces valeurs, d'autant plus sûres qu'immuables, que sont l'ordre, la fermeté, l'intransigeance. Chacune de ces valeurs s'exprime naturelle­ment par rapport à des situations et des conduites pré-établies : l'ordre sera celui du système en place, ou système de référence, la fermeté quali­fiera la manière de conduire les affaires de la cité, l'intransigeance concer­nera la façon de réprimer les écarts, toutes situations et conduites émi­nemment politiques, au sens large du terme. Les partisans de la tolérance rétorquent plutôt en termes de morale. Car la justification de leur pensée réside d'abord dans une conception et une appréciation positive de l'homme. La tolérance morale c'est une façon de concevoir les rapports entre les hommes, sur la base d'un respect absolu des consciences, des idées, des caractères et des personnalités. Elle est indissociable non seulement de la foi en l'homme et en ses qualités, mais aussi de l'idée de sa constante per­fectibilité. Les tolérants ne peuvent pas répondre à leurs adversaires sur le plan idéo­logique ou politique. Il serait en effet paradoxal qu'il existât une idéologie. Situer la tolérance sur le plan de la morale permet à ses partisans l'expres­sion de leurs idées propres comme celle des idées d'autrui. Pourvu qu'autrui montre, au minimum, quelque disposition à rendre la pareille. Ce qui règle, espérons-le une fois pour toutes, le grotesque débat sur les limites à la tolérance : «peut-on tolérer l'intolérable ? ». S'il s'agissait d'un débat idéologique, nous ergoterions sans fin sur le tolé­rable et l'intolérable en politique. Mais puisqu'il s'agit de morale, et qu'il ne s'agit que de cela, le débat est réglé d'avance. L'intolérance est définitivement intolérable. Nous nous en tenons bien entendu à l'interprétation présente du concept de tolérance, qui s'attache à son sens propre, que nous avons tenté de définir par rapport aux contextes historiques et philosophiques de l'épo­que où le problème de la tolérance fut posé avec acuité. Il existe bien entendu une série de sens figurés qui touchent à tous les domaines du comportement. Par exemple, mon patron fait preuve d'une certaine tolérance dans l'application des horaires de bureau. Qu'il ait rai­son ou non, nous pourrions en débattre longuement, nous ne le faisons pas, car d'une part cela nous arrange l'un et l'autre et que d'autre part le choix est le sien plus que le mien. Ce n'est pas là où se situe le débat fondamental : en matière de comporte­ment humain, et de morale, nous sommes en tout état de cause lui et moi d'accord, sur le fait que l'intolérance est intolérable. Encore qu'il ne soit pas toujours facile de discerner si tel comportement humain relève, ou non, de l'intolérance. Et les actes, même les plus barba­res, se parent souvent des plumes de la morale, en particulier dans les actes de barbarie collective et organisée. Et notre poète était fort troublé. Comme il l'avait été, tout au long de sa vie. Tantôt il avouait au philosophe avec émotion : « Je ne suis qu'un militant du parti des oiseaux, des baleines, des enfants, de la terre et de l'eau ».
Tantôt sa révolte l'emportait, et il se prenait non seulement à haïr la société, mais à en faire l'unique objet de sa vindicte :
« J'ai chanté dix fois, cent fois j'ai hurlé pendant des mois, j'ai crié sur tous les toits... ...mais moi, on ne m'aura pas je tirerai le premier et j'oserai au bon endroit ».
Tantôt, c'était le désespoir :
« Dans ma guitare, y'a plus rien , plus un mot, plus un refrain ». Le philosophe, par définition et par fonction, était infiniment plus sage. Il expliqua au poète : «Tu parles du bon et du mauvais, du juste et de l'injuste : il me paraît que tout ce qui nous fait plaisir sans faire tort à personne est très bon et très juste; que tout ce qui fait tort aux hommes, sans nous faire de plai­sir est abominable; et que ce qui nous fait plaisir en faisant du tort aux autres est... très dangereux pour nous-mêmes et très mauvais pour autrui». A défaut d'avoir la moindre valeur sur le plan des conséquences idéologi­ques que l'on devrait en tirer, ce discours a un mérite particulier : il trace en effet le cadre d'un code de conduite très simple mais très efficace, pour régir les rapports entre les êtres humains. Il fixe précisément les limites entre le tolérable et l'intolérable. Il ramène la tolérance à ce qu'elle est : une affaire personnelle de morale individuelle.

La tolérance est une vertu

Curieuse et paradoxale déviation : les maisons où officient les dames de petites vertus sont les maisons de tolérance. Cette plaisante distorsion de langage n'est pas innocente. La preuve : elle a permis un bon mot «La tolérance, il y a des maisons fai­tes pour ça », non moins innocent, ce qui en explique la célébrité. La vertu est toujours un peu ridicule. Il est vrai que n'est pas vertueux qui peut, ni même qui veut, et que l'on n'est jamais vertueux naturellement si facilement. Alors, tant qu'à faire, autant marquer son impuissance à y accéder ou sa pensée à le devenir, en la tournant en ridicule. Il faut admettre aussi que la vertu a souvent servi de prétexte à de mauvais agissements : un régime politique prétendument vertueux, avait confié à ses fonctionnaires, le travail de briser la vie de familles juives, au nom de la patrie. Bien entendu, il avait substitué à la devise «Liberté, Egalité, Fraternité» celle de « Travail, Famille, Patrie» trois mots qu'il s'est employé méthodiquement à vider de toute substance. Il n'est pas facile, dans ces conditions, de distinguer les bonnes et les vraies vertus, les fausses et les mauvaises, et d'échapper au ridicule con­temporain qui méprise ou dédaigne l'homme vertueux. Mais revenons à notre propos sur la tolérance. La tolérance, disions-nous est une vertu. Qu'est-ce que cela signifie ? Pour bien le comprendre, distinguons la vertu, de la qualité et du don.

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L’Esprit de Pauvreté

26 Septembre 2013 , Rédigé par Gabriel HUAN. Publié dans #spiritualité

« Je connais le Christ pauvre et crucifié, je n'ai pas besoin d'autre chose ». (Saint-François d'Assise, d'après Thomas de CELANO, Vita secunda, eh. LXXXI).
« Et en cette flamme était Dieu, lequel, sous cette forme, me parlait comme il avait anciennement parlé à Moïse. Et, parmi les autres choses qu'il me dit, il me demanda que je lui fisse trois dons et je lui répondais : «Seigneur, je suis tout à toi ; tu sais bien que je n'ai rien d'autre que la tunique, la corde et les vêtements de dessous, et aussi que ces trois choses sont tiennes ; que puis-je donc offrir et donner à Ta Majesté ? » Alors Dieu me dit : « Cherche dans ton sein et offre-moi ce que tu y trouveras ». J'y cherchai et trouvai une balle d'or et je l'offris à Dieu ; et ainsi fis-je trois fois, selon que Dieu trois fois me commanda ; et puis, je m'agenouillai trois fois et bénis et remerciai Dieu qui m'avait donné de quoi faire offrande. Et immédiatement, il me fût donné de comprendre que ces trois dons signifiaient la sainte obéissance, la très haute pauvreté et la chasteté infiniment splendide. » .

Cette belle légende franciscaine nous trace magnifiquement le cadre dans lequel tout chrétien doit poursuivre l'oeuvre de sa sanctification : Obéissance, pauvreté, chasteté, tel est bien le chemin qui mène à la perfection ; et, parce que cette perfection est de précepte évangélique (Matth., VI, 48), tout chrétien qui veut demeurer fidèle aux enseignements du Maître est tenu de pratiquer, sinon selon la règle de l'observance monastique, tout au moins dans leur esprit, les trois vertus que saint François comparaît si justement à des balles d'or, dont il faisait offrande à Dieu.

Si d'autres vertus non moins éminentes ont brillé dans l'âme de saint François, l'amour de la pauvreté, demeure le caractère le plus saillant de celui qui fut, au sens le plus plein et le plus profond du mot, le petit Pauvre de Jésus-Christ : il avait reconnu dans l'esprit de pauvreté la condition première de toute sanctification, parce qu'il y avait découvert la source vive de l'amour de Dieu et la forme principale de l'imitation de Jésus-Christ. Nous étudierons donc tout d'abord l'esprit de pauvreté, en nous plus particulièrement à la vie de saint François.

I

La pauvreté est née avec Jésus-Christ dans la crèche de Bethléem ; elle a été clouée avec lui sur la croix du Golgotha ; et, d'un terme à l'autre, elle ne cessa d'accompagner le fils de Marie en chacune des démarches de sa vie terrestre. Il demande à boire à la Samaritaine et il prie Zachée de le loger dans sa maison. Car il n'a pas une pierre où reposer sa tête, et, pour être son disciple, il faut renoncer à tous les biens de ce monde. Il dira qu'il est plus difficile à un riche d'entrer dans le royaume des cieux, qu'à un chameau de passer par le trou d'une aiguille ; car on ne peut servir deux maîtres : Dieu et Mammon. Là où est notre trésor, c'est là qu'est notre coeur ; et, si nous plaçons toutes nos affections dans des biens périssables, comment pourrons-nous posséder la vie éternelle ? Non, notre royaume n'est pas de ce monde. Ne prenons point souci de ce que nous mangerons, de ce que nous boirons, ou de ce qui nous vêtira. Une seule chose est nécessaire ; et ce n'est pas celui qui amasse des trésors dans ses greniers qui sauvera son âme : Dieu la lui redemandera à l'heure où il y songera le moins, et que lui aura-t-il servi d'avoir voulu gagner le monde, s'il perd son âme ?

Suivre l'Évangile, c'est donc évidemment, s'engager dans la voie de la pauvreté ; pour imiter le Christ, il faut, comme lui, mener une vie de renoncement et de désappropriation. Le fils de Bernadone n'avait pas besoin, pour fixer sa vocation religieuse, que le prêtre de l'Église Saint-Nicolas d'Assise ouvrit le livre des Évangiles et lui lût les commandements de la pauvreté parfaite ; il savait bien, lorsque le Christ lui parla du haut de sa croix dans la petite chapelle de Saint-Damien, à quoi il s'engageait en se donnant à Lui. Quiconque a contemplé les abaissements du fils de Dieu dans la nudité et l'abjection d'un dépouillement total ne peut plus se complaire dans la jouissance des choses de ce monde. « Un jour, à table, un frère rappela la pauvreté de la bienheureuse Vierge et la détresse du Christ, son enfant. Sur le champ, François se leva, secoué de sanglots douloureux, et, baigné de larmes, il s'assit sur la terre nue pour manger le reste de son pain. » .

L'amour de la pauvreté évangélique avait tellement pénétré son coeur qu'il ne supportait aucun manquement à la Règle sur ce point. Un jour même, il n'hésita pas, lui qui était l'humilité par excellence, à faire la leçon à un Prince de l'Église : « Comme il rendait visite au Pape Grégoire, de vénérable mémoire, qui occupait alors une moindre haute situation, François s'en alla, quand approcha l'heure du repas, demander l'aumône, et, en revenant, il posa sur la table de l'Évêque des morceaux de pain noir. A cette vue, l'évêque éprouva une certaine gêne, surtout à cause des convives qu'il invitait pour la première fois. Le Père prit les aumônes et, avec un visage souriant, il les distribua aux chevaliers. et aux chapelains. Tous les reçurent avec une, extraordinaire dévotion ; les uns les mangèrent, les autres. par respect les conservèrent. »

II

Si saint François attache à l'observance de la pauvreté évangélique une telle importance, c'est qu'il y voit l'élément essentiel de la vie parfaite. Quiconque veut s'unir à Dieu dans le commerce tout intérieur d'une amitié véritable, doit se séparer de la créature, et qui mieux que la pauvreté, réussit à nous séparer de la créature ? En la dépouillant de la vaine possession des biens terrestres, elle pousse l'âme au désert, où dans le silence et la solitude elle est assurée de rencontrer Celui qui la veut tout entière à Lui seul. Pour avancer dans la voie de la perfection, il est nécessaire de faire le vide en soi de tout ce qui n'est pas Dieu et il n'y a pas de discipline plus propre à cette fin que la pratique, en esprit et en vérité, de la pauvreté volontaire. Dégagée de toute la multiplicité des choses qui passent par le renoncement à ce qui est marqué des signes du temps, l'âme est rendue à elle-même et se retrouve, toute pure, en ce centre indivisible et simple de sa personnalité où Dieu lui parle dans le secret. Parce qu'elle a cessé d'attacher ses affections et ses sens à ce qui n'a que l'apparence de la vérité ou du bien, elle jouit, dans la lumière de la grâce, de Celui qui est l'éternelle Vérité et le souverain Bien.

Va-t-elle, pour ce motif, mépriser ou condamner tout ce qui appartient à ce monde dont elle a détaché son coeur ? Parce qu'elle n'est plus possédée par le monde, elle est libre désormais pour le juger à sa propre valeur et, dans la créature, elle apercevra l'oeuvre de Dieu. De là, chez saint François, cet amour nouveau, candide et presque naïf de la Nature, parce que dans la Nature il découvre à chaque pas un trait de la bonté et de la puissance divines ou un symbole de la vie surnaturelle. Quand il se lavait les mains, il choisissait, avant de jeter l'eau, un endroit où l'eau qui lui avait servi ne fût pas ensuite foulée aux pieds ; parce que c'est dans l'eau du baptême que les âmes sont lavées pour la première fois. Il laissait brûler les flambeaux, les lampes et les cierges, ne voulant pas de sa main éteindre la lumière qui est le signe de la lumière éternelle. Il aimait d'un amour spontané tout ce qui est sous le ciel de Dieu, les oiseaux, les abeilles qui venaient fabriquer leur miel dans un petit vase de terre que le Saint avait oublié dans sa cellule, la cigale qui, perchée sur un figuier proche de sa fenêtre, tous les matins, régalait le bienheureux Père de son chant modulé.

Comme on comprend alors ces manifestations de joie, ces débordements d'allégresse si fréquents dans la vie du Poverello. Il réprimandait rudement les frères qui montraient un visage triste ou morose : « Il ne convient pas, disait-il, qu'un serviteur de Dieu donne aux hommes le spectacle de la tristesse ou du trouble, mais au contraire, celui de la constante affabilité. » . C'est qu'en effet l'âme qui s'est dépouillée en Dieu de tout ce qui n'est pas Dieu, reçoit en Lui la totalité des biens qui ne mentent pas et que les voleurs ne sauraient dérober. Le monde ne la possède plus ; c'est elle, maintenant, dans sa nudité, qui le possède en Dieu et par Dieu ; car, dans la richesse de la plénitude divine, elle n'a plus rien qui lui manque et qu'elle puisse désirer..Être pauvre des biens de ce monde, n'est-ce pas ainsi affirmer que Dieu seul est riche, parce que seul Il possède la plénitude de l'être et de la vie. La pauvreté est un hommage rendu par la créature misérable à Celui de qui elle tient tous ses biens..

« Après qu'ils eurent mendié, dit l'auteur des Fioretti, François et son compagnon, le frère Massée, se réunirent pour manger en dehors du village en un endroit où se trouvait une belle fontaine et à côté une belle et large pierre, sur laquelle chacun d'eux déposa toutes les aumônes qu'ils avaient mendiées. Et saint François, voyant que les morceaux de pain de frère Massée étaient plus nombreux et plus grands et plus beaux que: les siens, dit ainsi avec une très grande allégresse : « 0 frère Massée, nous ne sommes pas dignes d'un aussi grand trésor ». Et comme il avait répété ces paroles plusieurs fois, frère Massée répondit : « Père, comment peut-on parler de trésors, où il est tant de pauvreté et absence des choses les plus nécessaires ? Car il n'y a ni nappe, ni couteaux, ni assiettes, ni écuelles, ni maison, ni table, ni valet, ni servante ». Et saint François dit : « Et c'est justement cela que j'estime un trésor qu'il n'y ait chose aucune apprêtée par industrie humaine ; mais ce que voici nous est préparé par la Providence divine, comme on le voit manifestement dans le pain mendié, dans la table de pierre si belle et dans la fontaine si claire, et pour cela je veux que nous priions Dieu qu'il nous fasse aimer de tout coeur le noble trésor de la sainte Pauvreté, laquelle a pour serviteur Dieu même. »

La joie de saint François n'est en effet si pleine et si parfaite que parce qu'elle a pour fondement un total abandon à la Providence divine. Que lui importent les conseils de la prudence humaine et les lumières de la sagesse de ce monde ! On n'est véritablement pauvre qu'à la condition de se laisser guider entièrement par la volonté de Dieu, Même dans les nécessités les plus pressantes, de renoncer par conséquent à son sens propre et de placer toute sa confiance en Celui qui ne laisse jamais ses enfants dans le besoin. » Alors que le bienheureux séjournait dans un ermitage près de Riéti, il recevait chaque jour la visite d'un médecin qui lui soignait les yeux. Or, un jour, le Saint dit à ses compagnons : « Invitez le médecin et servez-lui un bon repas ». Le gardien lui répondit : « Père, nous le disons en rougissant, nous aurions honte à l'inviter, tant nous sommes pauvres en ce moment ». Le saint répliqua : « Pourquoi voulez-vous m'obliger à répéter ? » Le médecin qui était là s'écria : « Mes très chers frères, votre pénurie fera mes délices. » Les frères font diligence et apportent sur la table toutes provisions du gardemanger, un peu de pain, pas beaucoup de vin ; pour que le menu fût plus somptueux, le cuisinier ajouta quelques légumes. Cependant la table de Dieu eut pitié de celle de ses serviteurs. On frappa à la porte ; on accourt, une femme est là apportant une corbeille remplie de pain blanc, de poissons et, recouvrant le tout, des rayons de miel et des raisins. On réserve pour le lendemain, la nourriture grossière et l'on déguste sur le champ ces mets délicats » .

III

Il est un degré suprême de la pauvreté : il se trouve en la croix de Jésus. « Tant, dit le Père Séverin Ruberic, que la Providence pourvoit à tous nos besoins par l'entremise des créatures, nous empêchant de sentir notre indigence, notre nature étant satisfaite au moins dans ce qui lui est le plus nécessaire, la pauvreté ne nous apparaît pas trop difficile et trop amère. La difficulté est de demeurer fidèle à la pauvreté et de la supporter avec joie, allégresse et reconnaissance lorsque nous en pâtissons réellement, lorsqu'à cause d'elle on nous méprise, lorsqu'on nous abandonne, qu'on refuse de nous secourir et que nous demeurons seuls, privés du nécessaire. Oh ! alors, nous sommes bien heureux ! Cependant, il faut aller plus loin encore. Il n'est point tellement malaisé de subir l'indigence avec un coeur content, aussi longtemps qu'on est en bonne santé et que Dieu enivre l'âme de ses grâces, de ses douceurs et de toutes sortes de consolations. Mais. lorsque le corps est livré à la maladie et privé de soins et de soulagements, lorsque l'âme est en proie aux angoisses, aux ténèbres, privée de toute consolation, tout entière broyée par les tribulations intérieures et comme abandonnée de Dieu, ne sachant et ne voyant plus rien, sinon qu'au dedans comme au dehors, elle est parfaitement pauvre et déchirée par l'indigence, oh ! alors, le vrai pauvre est fidèle,s'il persiste rigoureusement à observer la sainte pauvreté, acceptant et,embrassant son dénuement intérieur, le coeur tout livré à et doux embrassement, résolu à demeurer en cet état aussi longtemps que son Dieu le voudra. Oh ! alors, que bien heureux est celui qui en cette tribulation parvient. à garder intacte sa joie et à proclamer sa gratitude. C'est ici l'essence parfaite de la pauvreté en compagnie du fils de Dieu cloué tout nu sur la Croix »

Qui pourrait douter que le stigmatisé de l'Alverne se soit élevé jusqu'à ce suprême degré de la pauvreté. « La sanctification des justes, dit le Père Bernardin, de Paris, ayant été commencée par la grâce et par la pauvreté qui les ont dépouillés des biens de la terre et devant être consommée par les souffrances. et par les plaies, Jésus-Christ, d'une sagesse très profonde, dispense à tous les saints d'une manière admirable le temps, les moyens et les lieux où ils seront consumés. Il a conduit sur le Calvaire tous ses plus chers amis, sa divine Mère, son bien-aimé saint Jean et sa divine amante, Madeleine ; il les a tous consumés avec lui de son amour souffrant et de ses plaies qu'ils recevaient en leur coeur. Les apôtres, premiers enfants de la grâce et premiers exemplaires du plus pur esprit de l'Évangile, ont été consumés par l'amour et par les plaies. Les martyrs, suivant les traces de Jésus-Christ, ont été tous consumés du même esprit et par l'amour et par les plaies. C'est pourquoi le Fils de Dieu Voulant associer saint François aux Apôtres et aux plus grands Saints de l'Église, choisit la montagne d'Alverne pour le lieu, le temple et l'autel où il sera consumé comme une victime d'holocauste par son amour souffrant, par la vertu de son esprit et par l'impression de ses plaies. Saint François peut donc bien s'écrier avec tous les Saints qui sont ses frères et avec Jésus-Christ même : « Tout est consommé ! » De la part du Calvaire d'abord, parce que mon céleste Maître ne peut communiquer une clarté plus ardente, un esprit plus pur et plus divin, m'imprimer des plaies plus saintes, puisque ce sont les siennes qui passent de lui en moi. Tout est consommé de ma part - je ne puis lui offrir un coeur plus altéré de souffrances ni une volonté plus ardente à pâtir, ni une chair plus capable de porter ses plaies. Le même amour qui consume le Maître consume le serviteur, les plaies qui l'immolent me sacrifient et ainsi s'achève la consommation de ma vie en la sienne, pour ne vivre plus que de celle-ci, ne plus l'aimer que de son amour et ne plus souffrir que de ses blessures » .

On connaît l'admirable page des Fioretti (ch. VIII) où saint François enseigne à frère Léon, les conditions de la joie parfaite ; mais celui-ci qui, au milieu de tant d'épreuves et des plus douloureuses, n'avait cessé de montrer un visage aimable et gai et de chanter sa mélodie, devait donner par sa mort un dernier exemple à ses frères. « Quand il approcha du terme où la lumière éternelle allait remplacer pour lui la lumière périssable, il montra par l'exemple de ses vertus qu'il n'avait rien de commun avec le monde. Vaincu par la maladie mortelle qui devait mettre fin à ses maux, il se fit étendre sur la terre nue. Sans trembler il attendait le triomphe et dans ses mains jointes il serrait la couronne de justice. Couché à même la terre, dépouillé de son habit de ure, il tournait comme à l'ordinaire son visage vers le ciel ; alors que de tout son être, il attendait la gloire éternelle, il couvrait encore de sa main gauche la plaie de son côté pour qu'on ne la vit point. Et il dit aux frères : « J'ai accompli ma tâche ; que le Christ vous enseigne à accomplir la vôtre ». Les frères à ce spectacle répandaient des torrents de larmes et, poussant de profonds soupirs ils succombèrent à leur trop grande douleur et compassion, Pendant ce temps, refoulant ses sanglots, son gardien, connaissant par une inspiration divine le désir du Père, se leva soudain et prenant des chaussures, une tunique et un capuchon de bure, il dit au Père : « Sache que je prête au nom de la sainte obéissance ces chaussures, cette tunique et ce capuchon. Mais pour t'empêcher de t'en croire le propriétaire, je t'enlève tout pouvoir de les donner à qui que ce soit ». Le Saint se réjouit et tressaillit d'allégresse dans son coeur en voyant qu'il était resté jusqu'au bout fidèle à sa dame la Pauvreté. Par zèle de la pauvreté il avait fait en sorte de n'avoir pas, même au moment de la mort, un habit à lui, mais celui qu'un autre lui avait prêté. Ensuite, le saint élevant les mains vers le ciel, rendit grâce au Christ de ce qu'il lui permettait de s'en aller vers lui, libre de toute entrave » . Puis il bénit les frères et lorsqu'il sentit venir la fin, il s'écria : « Sois la bienvenue, ma soeur, la Mort ». En vérité, saint François fut sur la terre un autre Christ.

Source : http://livres-mystiques.com/partieTEXTES/Huan/pauvrete.html

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La Pauvreté

25 Septembre 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Lorsque Jean le Baptiste, envoya ses disciples demander à Jésus s'il était le Messie, Jésus témoigna ainsi: "La Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres". L'ésotérisme des divines paroles n'est pour nous perceptible que par cette pauvreté en Esprit, qui est le sens du divin en nous, le sens qui nous oriente sur la voie. Cette 16ème lettre de PHANEG repose sur deux divines paroles extraites du "Sermon sur la montagne": "Nul ne peut servir Dieu et Mammon" (Mt,VI,24) et "Heureux les Pauvres en Esprit car ils verront Dieu." (Mt,V,8) Parce que l'or est analogiquement le sang de la terre, l'âme de la terre est aurifère. Celui que l'Évangile nomme Mammon a capté l'âme de la terre et subjugué le genre humain. "Mammon, relève PHANEG, est vraiment roi dans la matière comme le Christ est roi dans l'Esprit", Mammon, l'argent-idole, Mammon, "l'inique Mammon" selon l'expression de Saint Luc. Observons ce nom "Mammon". La Genèse narre la séparation entre les "eaux qui sont au-dessus de l'étendue" et les "eaux qui sont au-dessous de l'étendue" (Genèse, 1, 6-7). Les eaux d'en haut, la Kabbale les appelle "Mi" et elle nomme "Ma" les eaux d'en-bas. "Mammon" est donc le roi de "Ma". Son royaume n'est qu'une illusion, "Maya", engendrée par l'ignorance des "cieux" - car "Mi" et "Ma" sont reliés par l'"étendue" qui, au verset 8 de la Genèse, est appelée Shamaïm que l'on traduit par "les cieux" ou "le Ciel". L'illusion du monde de Mammon repose donc sur l'incapacité de se relier et d'accueillir le "Shin" qui rassemble les deux mondes en donnant lieu au nom de Shamaïm. La Pauvreté en Esprit est précisément cet état de vacuité harmonique qui rétablit l'échelle de l'"étendue". C'est en cela que nous pouvons dire avec PHANEG que "la vraie pauvreté est un grand moyen d'action pour le Ciel." Cependant si, à l'exemple de Saint Mathieu, PHANEG, est amené à souligner la pauvreté en Esprit, il insiste parallèlement sur la pauvreté effective que Jésus a recommandé maintes fois, tout en la pratiquant lui-même: "Tout l'Évangile est plein de louanges de la pauvreté, car elle est partout le symbole du renoncement aux faveurs du Prince de ce Monde: Jésus naît et vit dans la pauvreté volontaire." Mais, ce n'est pas selon une critériologie strictement économiste que PHANEG emploie le terme de "pauvreté": être pauvre, c'est pour lui être "En chemin", c'est-à-dire sur la voie spirituelle définie par notre maître Yeshouah. Métaphysiquement, le pauvre pourrait être défini comme celui qui a absolument tort par rapport à ce monde. Pauvre est celui qui représente tout ce qu'il y a de non-pouvoir et que tout pouvoir se propose d'exterminer. Pauvre est le négateur absolu de la négation totale, pauvre est celui dont le royaume n'est pas de ce monde. Le pauvre ainsi entendu est celui qui, ayant renoncé à lui-même, n'a plus d'attaches. Certains, parmi ceux qui sont réellement "en chemin", reconnaîtront dans ce pauvre absolu l'être méprisé, persécuté, anéanti, broyé, l'intercesseur de l'humanité qui apparaît dans le "Quatrième chant du Serviteur" d'Isaïe et, à sa suite tous les Serviteurs en communion avec Lui: le "poverello", Saint François d'Assise ou Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus, l'un et l'autre les prototypes les plus purs des initiés christiques du monde moderne. "Celui qui aime vraiment Dieu, écrit Sainte Thérèse, regarde comme un gain et une récompense de perdre toute chose et de se perdre encore lui-même pour Dieu." La vie, vécue dans la perspective du Royaume, convertit le sens de l'humain. Les pauvres sont disponibles pour le Royaume, ainsi que "les petits" ou "les derniers". Là-bas les pauvres seront riches et les petits seront grands; là-bas les derniers seront les premiers. Où réside la Voie et son Opposé, où réside l'Élection et quel est le lieu de la Perdition ? Si le royaume du Christ n'est pas de ce monde, ceux qui ont la vocation du chemin savent que ce monde est aussi son royaume. Car, aux yeux du pèlerin il n'est qu'une seule Clef pour les deux Royaumes et celle-ci s'appelle Pauvreté. Cette clef est l'étendue qui relie le Ciel à la Terre. Il y a cependant une Pauvreté de la richesse et une richesse de la Pauvreté. Seule la seconde est l'authentique "pauvreté christique", la seule "pauvreté vraie". "C'est, qu'à côté de la Divine Pauvreté, il y a la fausse, l'infernale", ce dont PHANEG nous avertit. Cette pauvreté infernale est celle du refus du nom divin, celle de la séparation de "Ma" et de "Mi". Il y a une double pauvreté infernale: l'une des "eaux d'en-bas" et l'autre des "eaux d'en-haut". La pauvreté infernale est précisément cette "coupure" avec la relation de l'Amour. Pauvreté luciférienne de l'Ange d'orgueil, pauvreté satanique de l'infra-humain. Si le pauvre n'a rien - "nada", dirait saint Jean de la Croix - , il est tout s'il ose prononcer l'Amen, c'est-à-dire s'il reconnaît sa propre pauvreté et qu'il la profère du lieu d'où le Pauvre naît en lui. Car, voici: le Coeur est ce lieu d'où le Pauvre naît en nous. C'est de ce lieu que l'homme doit parler à l'homme pour qu'advienne ce Commencement - Bereshit - qui est la Relation. Parler à Dieu au nom de l'homme, c'est toujours parler au nom du pauvre. C'est au nom du pauvre qu'a lieu la Rencontre. Car l'unique pauvreté pour l'homme est de n'être pas Dieu, et c'est pourquoi, Dieu en se faisant homme, c'est fait pauvre; parce que, Dieu étant la mesure de toute chose, ce n'est qu'à l'aune de Dieu que l'homme doit mesurer la Pauvreté. Il n'est qu'une seule pauvreté, celle d'être un homme et de n'être pas Dieu. Ainsi, être "en chemin", c'est marcher vers Celui qui détient la parole de toutes les pauvretés, c'est aller vers le Pauvre absolu. "Vous connaissez, écrit Saint Paul aux Corinthiens, comment de riche il s'est fait pauvre pour vous." (2 Corinthiens, 8-9) Et le même Saint Paul précisera aux Philippiens: "Lui, de condition divine, ne retint pas jalousement le rang qui l'égalait à Dieu, mais il s'anéantit lui-même, prenant condition d'esclave, en devenant semblable aux hommes." (Philippiens 2, 6-9) Les Béatitudes sont la Parole du riche entre les riches qui s'est fait pauvre entre les pauvres, afin de partager sa richesse divine, plus encore - si cela était possible - qu'il a partage notre pauvreté humaine. Dieu ne peut aller plus loin qu'en Jésus-Christ dans la révélation de sa miséricorde pour l'homme qui est pauvre, pauvre de n'être pas Dieu. Mais à celui qui n'est pas Dieu, Dieu vient révéler qu'il est capable de Dieu comme Lui fut capable de l'homme: être pauvre, c'est avoir cette capacité d'être "en chemin", c'est être capable de Dieu. Tout ce qui masque à l'homme sa pauvreté radicale d'homme l'éloigne de Dieu, l'unique richesse fondamentale - les richesses matérielles, autant que les richesses intellectuelles ou morales, tout l'éloigne de Dieu. Car certaines charités s'attachent à la misère du prochain d'une façon trop humaine, "humanitaire" dirions-nous, c'est-à-dire qu'elles adoptent une position de riche devant le pauvre. Cette "mauvaise foi" n'est pas la communication profonde avec la pauvreté de l'autre, pauvreté que l'on ne peut saisir qu'à partir de notre propre pauvreté. Tel est le mystère de la Charité, de pauvreté à pauvreté, de mon coeur à ton coeur. Celui qui n'a pas découvert et accepté sa pauvreté personnelle ne peut comprendre la pauvreté de l'autre. Quiconque n'a jamais rencontré sa pauvreté ne s'est jamais rencontré lui-même, c'est-à-dire qu'il n'a jamais rencontré l'autre. Ces divines paroles: "Quiconque aura tout quitté pour l'amour de moi, héritera la vie éternelle", François d'Assise, l'Initié prototype de l'Occident des derniers temps, les réalisa lorsqu'il renonça à son père. Pierre de Bernardone, marchand drapier d'Assise, voulait déshériter son fils François et demandait la restitution de l'argent qu'il pensait que son fils possédait encore. Le père et le fils comparurent devant l'évêque GUIDO - ainsi qu'on peut le voir sur la fresque peinte par GIOTTO à l'église Sainte-Croix à Florence. Le prélat s'adressa ainsi à François: "Si ton intention est vraiment de te consacrer au service de Dieu, tu dois d'abord restituer à ton père son mammon, qui peut-être a été acquis par des moyens injustes, et qui, par suite, ne saurait être affecté au profit de l'Église !" De telles paroles n'étaient pas faites pour tempérer la mauvaise humeur du marchand. Tous les regards de l'assistance allaient de lui à son fils. Alors se produisit une chose sublime, une chose qui jamais encore ne s'était produite dans l'histoire de l'humanité, et qui jamais plus ne devait se produire, une chose que, durant des siècles, les peintres allaient représenter, et les poètes chanter, et les prêtres célébrer dans leurs sermons, une chose qui, jusqu'à la fin des temps, ne se reproduirait plus. Avec des yeux étincelants, François se leva. "Seigneur, dit-il en se tournant vers l'évêque, je vais rendre à mon père non seulement l'argent que j'ai de lui, mais encore mon vêtement qui me vient de lui !" Et, avant que quiconque ait pu avoir l'idée de ce qu'il voulait faire, il disparut dans une chambre voisine d'où, l'instant d'après, il réapparut, complètement nu, tenant sur son bras tous ses vêtements. D'un même mouvement instinctif, les assistants se levèrent, tandis que Pierre de Bernardone et son fils François se dressaient, debout en face l'un de l'autre. Et le jeune homme avait une voix toute frémissante d'émotion retenue, la tête haute et les yeux fixés devant lui, comme s'il contemplait quelque chose ou quelqu'un dans le lointain, quand il s'écria: "Écoutez tous ce que j'ai à dire ! Jusqu'ici, j'ai appelé Pierre de Bernardone mon père: mais maintenant voici que je lui rends son or, et tous les vêtements que j'ai de lui; de telle sorte que, désormais, je ne dirai plus mon père Pierre de Bernardone, mais Notre Père qui êtes aux Cieux !" Voilà comment, sur le chemin du Père, en renonçant à son père, François devint le "poverello".

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Le contraire de sagesse ce n’est pas la folie, c’est la volonté de puissance

24 Septembre 2013 , Rédigé par M\ V\ Publié dans #Planches

     

Premièrement qu’est-ce la sagesse ?
Etre bon, patient, savoir écouter, analyser, comprendre, apaiser, concilier. La sagesse consiste à prendre la raison pour guide, la folie au contraire à obéir à ses passions. La folie commence la ou se trouble le rapport de l’homme à la vérité, raison et folie s’exclue radicalement.
L’accomplissement ultime de l’individu est-il dans la plénitude d’un «état de sagesse» résultant de la connaissance de soi et du monde ?
Toutes choses lui permettant de « savoir être heureux » ?
Par contre « l’état de folie » est-il « éblouissement de l’esprit » comme semble le suggérer Foucault ?
Un secret insensé de l’homme sur l’homme fondé sur une déchirure entre raison et déraison ? La folie peut être la logique d’un esprit difficilement compréhensible. Cet esprit n’a plus la raison mais probablement une raison qui lui est propre.
l’individu, en perpétuel « état de volonté de puissance », perd-il, par là même, toute capacité d’accéder à « l’état de sagesse » ?   
Voire même, dans l’hypothèse où « la volonté de puissance » serait une forme de déraison, un éblouissement de l’esprit, ne serait-il pas au seuil de « l’état de folie » ?
Mais, quelles significations donner à la « volonté de puissance » ?
Ne serait-ce pas une tension, créative, instinctive et de rupture avec « sa sagesse ancienne en s’ouvrant aux confidences de la vie » ainsi qu’en professe le Zarathoustra de Nietzsche ?
Dans ces conditions, sagesse et volonté de puissance s’inscriraient, chacune pour leur part, dans une quête de finalité : se réaliser, c’est-à-dire s’accomplir à titre individuel en tant qu’acteur sociétal.
La volonté de puissance permet d’agir et doit être canalisée mais non pas opposée à la sagesse. La sagesse doit être au service de la volonté de puissance qui peut être bénéfique ou maléfique. L’ambition égoïste contre le reste de la société est maléfique mais si l’ambition qui se met au service de la communauté entraine le reste de l’humanité elle devient positive. Cette certaine forme de sagesse n’est pas résignation ou abandon ni tolérance passive mais quelque chose d’actif et constructeur.
Quant à « l’état de folie », en fait « état de non-réalisation » que la société résout par la mise hors du monde de l’aliéné, ne donne t-il pas socialement, par défaut, toute sa visibilité à la volonté de réalisation ?
Certes « sagesse » et « puissance » expriment au final une même volonté de réalisations. Mais il est cependant clair qu’ ‘elles ne participent pas de la même ambition.
Du coup la « volonté de puissance » n’est-elle, semble t-il, que renoncement au liant majeur du vivre ensemble des hommes en quête de progrès : la fraternité.
Renoncement aussi à la sagesse, considérée au sens socratique du terme, « cogitation, humilité, acceptation de son ignorance et respect absolu des lois de la cité »
Alors la « volonté de puissance » serait-elle en opposition formelle à la praxis maçonnique ? Et le franc-maçon instamment incité à ne pas y succomber ?
Notre ordre est constructeur et le C\K\ est mandaté pour s’élever de façon active contre toute tyrannie
Il en a gravi puis redescend les échelons de l’échelle mystérieuse.
Dans quel but ? Celui du combat, par amour de l’humanité, contre tous les dogmatismes et les intolérances, contre toutes les atteintes aux libertés et à la dignité humaine.
Par quels moyens ? Ceux que lui offre son nouvel « état ». En tant qu’accomplissement ultime de tout parcours maçonnique et qui se définit dans ce que René Guenon appelait « la réalisation descendante », en fait « le nec plus ultra » peut-être de l’initié.
Qu’est ce que le Chevalier Kadosh si ce n’est un simple militant de l’élévation spirituelle de ses frères et des hommes en général ?
Lequel, au final, a développé une volonté de puissance sur lui même, non pour accomplir une vengeance collective mais le rendant apte à organiser le chaos ?
Dans le contexte de violences et de misères que connaissent les peuples actuellement, il peut sembler dérisoire de philosopher à propos de concepts moraux.
Où peut bien se nicher la volonté de puissance ou la sagesse d’un sans domicile fixe par exemple ? Où d’un africain qui affronte la mort pour aborder aux rives de l’Eldorado que serait l’Europe ?
Eh bien justement, la mission que se donne à lui même le Kadosh d’organiser le chaos après avoir « de la vie écouter les confidences » est incitation à engagements citoyens.
Il n’est en effet aucunement nostalgique de quelque Paradis Perdu que ce soit. Pas plus qu’il ne rêve d’Age d’Or problématique.
Pour lui le temps maçonnique est infini puisque c’est celui du « Ordo ab Chao », c’est-à-dire celui du « mettre de l’ordre » dans le chaos spirituel et temporel.
Du coup et par définition, son rapport maçonnique au temps et à l’histoire peut se résumer en deux courtes mais formelles dénégations et une claire détermination :
Non ! à la fatalité du « on n’y peut rien, c’est le destin »
Non ! à l’enfermement dans le « cela a toujours été comme cela » qui traduit l’état d’assujettissement à « l’éternel retour du même » que cingle Nietzsche.
Oui ! à la volonté de puissance lorsqu’elle est toute entière mise au service de l’humanité.
Le sage connaît les aspects de la puissance et de la folie, la sagesse, c’est comprendre le chemin et tirer une voie pour venir en aide aux autres.
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Pauvreté : comment Johnny a éradiqué la grippe H1N1 ?

24 Septembre 2013 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Nous sommes en décembre. La France vit à l’heure de l’état de santé de notre Johnny national et de ses moindres souffrances. Le monde entier est en alerte. Nous ne respirons plus ; notre icône va mal !! Grand branle bas, toute sa famille se déplace et médiatisation à outrance, coup de pub oblige, les vedettes du show biz n’hésitent plus à faire un détour par Los Angeles.
Ouf, on en oublie la grippe A et la campagne de vaccination en phase abortive ! et pourtant lors de ce même journal télévisé sont proposés quelques images sur les SDF.
Tiens les revoilà !! Ah oui, j’oubliais, il fait froid ils ont besoin d’un toit et de manger. Problème de conscience ou faut-il faire diminuer cette sacrée statistique qui annonce 358 morts parmi les SDF en 2009. A moins que ces mêmes SDF n’aient des besoins que l’hiver ?
Faudrait-il le croire lors qu’un président en campagne électorale annonçait « je veux si je suis élu président de la république que d’ici à 2 ans plus personne ne soit obligé de dormir sur le trottoir et d’y mourir de froid. Le droit à l’hébergement c’est une obligation humaine ».
Mais, il n’est pas loin, non plus, ce temps où les SDF étaient aussi expulsés des bords de plages. Ils dérangent, ils nuisent à la beauté du décor !!
Alors qui sont ces SDF ? Parfois appelés itinérant, auparavant clochard ou chemineau comme celui qui a fait le chemin
SDF est un terme policier, une mention notée en lieu et place de l’adresse de la personne contrôlée. Un SDF doit se doter d’un livret ou d’un carnet de circulation Précisons que toute personne de nationalité française même non locataire ou propriétaire (exemple : squatter) a le droit d’obtenir une carte d’identité.
Aujourd’hui, le nombre des SDF difficile à connaître est supérieur à celui de 800000 de 2007. Il est composé d’environ 17% de femmes et 20% ont moins de 25 ans (il y a environ 70% de femmes parmi les 16-18 ans)
L’espérance de vie pour les femmes SDF est de 44 ans et pour les hommes 56 ans contre 84 et 76 respectivement pour la population générale.
Les SDF sont fragiles psychiquement et les troubles psychotiques y sont en moyenne 10fois plus importants que dans la population générale, les troubles dépressifs 4 fois plus
Plus d’1 SDF sur 10 présente un risque suicidaire moyen ou élevé.
40% des 18 -25 ans ont un trouble psychiatrique sévère et 1 sur 5 est dépendant de l’alcool ; ¼ consomment régulièrement du cannabis et 3/100 de la cocaïne.
Pourquoi boire ou se droguer, si ce n’est pour publier ce triste quotidien et puis si l’on a froid l’alcool cela réchauffe.
Alors que font nos instances gouvernementales ?
En France, Benoît Apparu, secrétaire d’Etat au logement a présenté un plan dont la priorité absolue serait l’accès au logement En même temps, serait mise en place un opérateur unique qui coordonnerait l’ensemble des accueils de jour, des services d’accueil et d’orientation, des équipes mobiles, des hébergements d’urgence et des 115 .Il attribuerait toutes les places d’urgence .Ce même plan d’aide prévoit l’instauration d’un référent personnel unique pour les sans abri. Il s’agirait du référent insertion pour les personnes qui bénéficient du revenu de solidarité active.
Chacun le sait, la pauvreté, elle est vieille comme le monde !
Au moyen âge, le pauvre, c’est celui qui est nu, en haillons. Il habite principalement dans les campagnes. L’argent n’est pas une valeur à cette époque et le pauvre, c’est le faible par opposition au puissant. A partir du 11ème siècle, avec le grand essor urbain, les pauvres, davantage concentrés dans les villes, paraissent plus nombreux. L’église valorise cette notion de pauvreté et ainsi, l’aumône est considérée comme l’une des voies privilégiées vers le salut.
C’est dans le même sens qu’au 13ème siècle, apparaissent les ordres mendiants car la pauvreté communautaire ajoutée à la pauvreté individuelle est considérée comme une richesse spirituelle.
Au 16ème siècle, les mendiants doivent nettoyer les rues et les égouts, ils sont astreints aux travaux publics Considérés comme un danger pour l’ordre social, Marie de Médicis en 1611 ordonne leur enfermement .Dés 1614, se fonde un hôpital général à Lyon. Les mendiants doivent aussi se faire enregistrer et s’ils sont arrêtes 3 fois et châties à l’hôpital, ils sont envoyés aux galères Par la suite, une disette à l’échelon national, conduit à la création d’un hôpital dans chaque ville.
Le paupérisme, mot d’origine anglaise apparaît en 1822. Il associe les 2 réalités de la modernité à savoir la pauvreté des hommes et la surabondance des biens. On peut ainsi décrire qu’une manufacture est une invention pour fabriquer du coton et des pauvres
De fait, dans les sociétés rurales, la manifestation la plus inquiétante de la pauvreté était la mendicité, et avec la révolution industrielle est apparue la pauvreté dite laborieuse, celle des gens qui en tout, en ayant un travail ne peuvent subvenir à leurs besoins.
Le recul de la pauvreté s’amorce à partir de 1850. Napoléon 3, parvenu au pouvoir, tente de lutter contre la misère en proposant le financement de logements ouvriers, la distribution de vivres « les fourneaux économiques », en réglementant le fonctionnement du Mont de piété
Ceci engendre une volonté de participation des grands industriels qui réalisèrent des logements pour leurs salariés, créent des caisses de secours mutuel, des systèmes de retraite, des écoles, des hôpitaux ; des maisons d’alimentation et des bibliothèques
En Allemagne en 1883 est créé le 1er système d’assurances sociales.
De 1820 à nos jours, en monnaie constante, le pouvoir d’achat des habitants de l’Europe occidentale a été multiplié par 20, l’espérance de vie à la naissance s’est accrue de plus de 40 ans.
Selon les estimations de la banque mondiale, 1,4 milliard d’êtres humains vivent en dessous du seuil international de pauvreté fixé depuis 2005 à 1,25 dollar par jour .Le record est détenu par la république centre africaine avec 60% de la population concernée par cette pauvreté.
La pauvreté en France est une réalité, visible, par exemple, par l'existence de
sans domicile fixe
) mais elle concerne toutes les personnes qui ne disposent pas de ressources matérielles suffisantes pour vivre décemment. En effet, 8,03 millions de personnes soit 13,4% de la population vivent avec moins de 908 euros par mois (seuil de pauvreté à 60 % dur revenu médian) et 4, 28 millions(7,2% de la population) vivent avec moins de 757 euros (seuil de pauvreté à 50% du revenu médian ). Le seuil de pauvreté est déterminé par rapport à la distribution des niveaux de vie de l’ensemble de la population
L’indicateur de pauvreté est la résultante d’une savante formule mathématique qui tient compte de l’indicateur de longévité, d’instruction, des conditions de vie pour les pays pauvres ou en voie de développement et en plus du critère d’exclusion pour les pays dits riches (pays de l’OCDE).
Parmi les pays dont plus de la moitié de la population vit au dessous du seuil de pauvreté, citons le Guatemala, la Guinée, L’Inde, Le Népal, le Kenya, le Lesotho, Madagascar, le Niger, le Sénégal et la Zambie.
Néanmoins être pauvre ne veut pas dire être SDF et être SDF cela veut dire exclu social pour simplement 30% d’entre eux, ce terme signifiant ne plus être en mesure de vivre comme tout le monde et de ne plus pouvoir faire les démarches pour cela
En effet, 3 SDF sur 10 travaillent et 4 sur 10 sont inscrits à L’ANPE

La lutte contre la pauvreté à laquelle les dirigeants politiques participent a vu la mise en place de la loi sur les assurances maladies , la création de la sécurité sociale en 1945, la mise en place du RMI en 1988, la CMU en 1999 et en 2009 , le RSA , les aides au logement .Ceci a permis au taux de pauvreté de l'ensemble des ménages de fortement baisser pendant 30 ans, à la fois en mesure absolue par rapport à un niveau de dépenses constant et en mesure relative par rapport au reste de la population
Et pourtant, cette réduction de la pauvreté ralentit. Au contraire, les pauvres sont encore plus pauvres et le Monde titrait le 6/05 dernier :
1 jeune adulte sur 5 est pauvre en France. Les travailleurs pauvres sont surtout des travailleurs connaissant de longues périodes de chômage mais aussi les employés à temps partiel toute l’année et des non salariés. 200000 étudiants sont concernés et parfois recourent à la prostitution.
Pour pallier à ces difficultés a été crée le SAMU Social dont la mission est d’aller à la rencontre des personnes qui, dans la rue paraissent en détresse physique ou sociale mais aussi le 115.
Le 115 c’est ce numéro qui à Mantes la jolie vous dirige vers les structures d’urgence ACR à Conflans Ste Honorine, Déclic, hôtel social dépendant de l’association St Yves, le foyer des jeunes travailleurs, la communauté d’Emmaüs, le CHRS la Mandragore, le secours catholique et populaire et certaines nuitées d’hôtel payes par le Conseil General
Des associations interviennent parmi lesquelles : Les enfants de Don quichotte, armée du salut Emmaüs, secours catholique et populaire mais aussi les restos du cœur qui, durant la: saison 2008- 2009 ont accueilli 800 000 personnes dont 27000 bébés de moins de 1 an soit 14% de plus que l’année précédente Dans les Yvelines 10000 personnes ont été accueillies d’une population de + en + jeune, de familles monoparentales (30%) mais aussi de retraités.
Agir est une nécessité et je ne manquerai pas de vous rappeler les propos d’ Hervé de Ruggiero, directeur général de la FNRS fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale : « les préfets ont des objectifs en matière d’expulsion, de délinquance, il faut qu’ils en aient aussi en matière de lutte contre l’exclusion et la précarité »
Et l’actualité nous conduit encore au cœur de la misère et de la pauvreté avec Haïti victime d’un cataclysme sans nom pour un peuple déjà totalement démuni !pays de près de 9 millions d’habitants dont 80% vivent en dessous du seuil de pauvreté et 54% dans la pauvreté la plus abjecte .A titre d’exemple, une employée expérimentée dans le textile gagne moins de 3 Euros par jours) L’espérance de vie moyenne y est de 52 ans!
Cette catastrophe, c’est le cumul des cumuls dans un pays qui a connu l’esclavage, la colonisation et la dictature, dans un pays où l’illettrisme est omniprésent et où il existe un fossé immense entre ¾ des haïtiens qui vivent avec moins de 2dollars par jour et1% de la population qui détient 50% de la richesse du pays.
24ème pays le plus pauvre du monde, Haïti est démuni et son économie ce qu’appelle Frédéric Engels comme étant l’étude de l’humanité dans l’entreprise de la vie est basée sur l’agriculture pour plus de 60% de la population .Les cultures spéculatives telles que coton, café sont pratiquées dans de grandes plantations appartenant à de sociétés étrangères et l’industrie se limite au textile, à l’alimentation.
Il est inutile de dire combien les nations se doivent de s’unir pour aider ces humains en plein malheur. Cela s’appelle la solidarité. Il est important que ces êtres puissent recevoir l’assistance dont ils ont besoin afin que misérables ou pauvres puissent retrouver goût à la vie, puissent vivre en toute dignité de la manière dont l’exprimait Jules Romains : chez nous nous étions pauvres mais nous n’étions pas des pauvres car je garde en mémoire ces visages sereins de ces togolais rencontrés possédant peu ou rien mais toujours dignes. Eux aussi appartiennent à l’une des nations le plus pauvres du monde.
Heureusement Johnny va bien !!
source :
www.ledifice.net

Commentaires : chiffres décembre 2012  

8,6 millions de Français vivent avec moins de 964 euros par mois  

Un enfant sur cinq est pauvre  

Plus de 2 millions de travailleurs pauvres  

3,6 millions de personnes mal logées  

Plus d'un ménage sur cinq souffre du froid  

Un français sur cinq renonce à se soigner  

6,3 millions de personnes couvertes par les minima sociaux  

Des milliards d'euros de prestations sociales non réclamés  

293 millions de repas distribués  

765.000 ménages surendettés

 

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Le Parti des Pauvres Français : page Facebook

23 Septembre 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Parti des Pauvres Français

Commentaire :

La Franc-Maçonnerie, institution humaniste et bienfaisante ne peut ignorer ce qui se passe dans notre pays. Nos pauvres ne sont pas des fainéants qui profitent du système. Ce sont souvent des femmes et des hommes qui ont une Histoire et qui connaissent la déchéance car le malheur s’est acharné sur eux. Je m’occupe de reclasser des salariés au chômage depuis 10 ans et je n’ai jamais rencontré de « profiteurs ». Au contraire, j’ai croisé des gens détruits par le système qui s’en sont sortis à force d’aide et de volonté.

Si chaque Franc-Maçon aidait une femme ou un homme dans la détresse, notre association prendrait tout son sens.

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Règlement intérieur de la GLEFU

23 Septembre 2013 , Rédigé par GLEFU Publié dans #histoire de la FM

ARTICLE 1 : Nom de l’Obédience

 

Le 8 janvier Deux mille treize s’est constituée à l’Orient de Limoges l’Obédience de la Fraternité Universelle.

Le 13 septembre 2013, l’Assemblée Générale extraordinaire de l’OFU a modifié les statuts et le nom de l’Obédience, qui devient Grande Loge Européenne de la Fraternité Universelle.  

 

ARTICLE 2 : Rites

 

Les Rites constituent l’ensemble des règles et cérémonies, constituant un tout cohérent et défini, en différents grades ou degrés (Apprenti – Compagnon – Maître), tout ceci dans le respect de la base de la Franc Maçonnerie de tradition. La Grande Loge de la Fraternité Universelle, pour s’adapter au mieux à la personnalité de ses membres, à leurs aspirations et à leur recherche spirituelle, accepte une large diversité de rites parmi lesquels : REAA ou Rite Ecossais Ancien Accepté, RER ou Rite Ecossais Rectifié, RE ou Rite Emulation, RF ou Rite Français ou Moderne, RY ou Rite d'York, Rite égyptien Memphis Misraïm.

Les Francs-Maçons considèrent les rites comme les véhicules de leur progression initiatique. La GLEFU est organisée de manière à respecter et protéger les spécificités des Rites.

Ceux-ci se déploient en fonction des degrés qui leur sont attachés grâce à des rituels.

La GLEFU entretient des relations de collaboration fraternelles avec les juridictions ordinales et les autres corps maçonniques complémentaires.

 

ARTICLE 3 : Composition du Conseil de Grande Loge

 

Le Conseil de Grande Loge est composé des membres issus des Loges adhérentes de La Grande Loge européenne de la Fraternité Universelle. Il se réunit au moins une fois par an à l’occasion de l’Assemblée Générale Ordinaire. Conformément aux statuts de la GLEFU, lors des Assemblées Générales, chacune des Loges adhérentes sera représentée par son Vénérable Maître et ses passés Vénérables Maîtres. Lors des délibérations, chaque Loge détiendra une voix.

 

ARTICLE 4 : Fonctionnement du Conseil d’Administration

 

Le Conseil d’Administration encore appelé Conseil d’Obédience est élu en Conseil de Grande Loge à l’occasion de l’Assemblée Générale Ordinaire. Peuvent être élus au Conseil d’Administration, les V\M\ et passés V\M\ des Loges adhérentes de la GLEFU. Le Conseil d’Administration est composé de neuf membres. Il délibère sur les demandes d’admission de nouveaux membres et désigne celles des Obédiences sœurs avec lesquelles il entend que la GLEFU officialise des relations inter-obédientielles.

 Le Conseil d’Administration se réunit selon un planning annuel défini en début d’année maçonnique.  Les Comptes Rendus des travaux du Conseil d’Administration sont présentés en Conseil de Grande Loge au cours de l’Assemblée Générale Ordinaire.  

ARTICLE 5 : le Bureau

 

Le Bureau se réunit autant que nécessaire sur simple demande du Président. Il administre les affaires courantes de l’Obédience, anime le Conseil d’Obédience et le Conseil de Grande Loge et assure une mission de représentation intra- et inter-obédientielles. Les Comptes Rendus des travaux du Bureau sont présentés au cours des Conseils d’Administration.  

 

ARTICLE 6 : Rôles des membres du Bureau

 

Le Président (Grand Maître)

Le Président a un rôle d’animateur des différentes réunions et de représentation de l’Obédience. Si nécessaire, son signe distinctif sera un cordon porteur de la médaille de l’Obédience.

 

Il est assisté par deux Vice-Présidents qui prennent le titre de « Assistant Grand Maître », et « Député Grand-Maître ».  

 

Le Secrétaire (Grand Secrétaire)

Le Secrétaire de l’Obédience est chargé de la correspondance, de la maintenance du site internet, de l’envoie des convocations aux différentes réunions, de la rédaction ainsi que de la lecture et/ou transmission des comptes rendus.  

 

Le Trésorier (Grand Trésorier)

Le Trésorier de l’Obédience a pour mission de collecter les cotisations. Les chèques doivent être libellés à l’ordre de « La Grande Loge de la Fraternité Universelle». Les cotisations doivent être réglées lors de l’adhésion ou dans les trente jours qui suivent l’Assemblée Générale Ordinaire. Les cotisations sont appelées au début de chaque année maçonnique. Elles sont collectées au plus tard au 31 janvier de l’année maçonnique en cours. Le non-paiement de la cotisation de l’année constitue un motif de radiation de la Loge suivant la procédure de l’article 9 des statuts.  

 

ARTICLE 7 : Admission des nouveaux membres

 

Ø  Les adhérents de le GLEFU sont exclusivement des Loges maçonniques, personnes morales régies par des statuts de type association loi 1901. Cette qualité exclue ipso facto toute adhésion de personnes physiques.

 

Ø  Pour devenir membres, les Loges postulantes s’engagent à respecter les prérequis définis par la Charte de La Grande Loge de la Fraternité Universelle, dont un exemplaire est annexé à ce Règlement Intérieur.

 

Ø  Pour permettre au Conseil d’Obédience de statuer sur la demande d’admission, la Loge postulante devra produire un exemplaire de ses statuts et un exemplaire de son règlement intérieur.

 

Ø  Le Conseil d’Obédience statue sur les demandes d’admission lors de chacune de ses réunions trimestrielles.

 

Ø  L’adhésion d’une nouvelle Loge sera adoptée à l’unanimité des votants, à main levée. Dans le cas d’une demande d’un seul membre du Conseil d’Obédience, il sera procédé à un vote à boules.

 

Ø  Chaque Loge adhérente devra se conformer aux statuts et règlements de la GLEFU.

 

Ø  Une patente pourra être délivrée si la Loge adhérente la demande. Celle-ci en prendra les frais à sa charge.

   

ARTICLE 8 : Perte de la qualité de membre

 

Démission

La démission doit être adressée au Président du conseil par lettre recommandée. Elle n’a pas à être motivée par le membre démissionnaire.  

 

 Radiation

Comme indiqué à l’article 9 des statuts généraux, la radiation d’un membre peut être prononcée par le conseil, pour motif grave. Sont notamment réputés constituer des motifs graves :

* la non-participation aux activités de l’association ;

* toute action de nature à porter préjudice, directement ou indirectement, aux activités de l’association ou à sa réputation.

En tout état de cause, les représentants de la Loge intéressée doivent être en mesure de présenter sa défense, préalablement à toute prise de décision. La décision de radiation est adoptée par le conseil statuant à la majorité des deux tiers des membres présents.

 

La cotisation versée à l’association est définitivement acquise, même en cas de démission ou de radiation d’un membre en cours d’année.  

 

ARTICLE 9 : Relations inter-obédientielles

 

Le Président ou son représentant est seul habilité à représenter l’Obédience auprès des autres Obédiences.

   

ARTICLE 10 : Modification du règlement intérieur

 

Le présent règlement intérieur pourra être modifié par l’Assemblée Générale Ordinaire.   

 

ARTICLE 11 : Dispositions générales

 

L’appartenance à « La Grande Loge de la Fraternité Universelle » entraîne de fait l’adhésion au présent règlement intérieur. Afin que nul ne l’ignore un exemplaire est remis à chaque RL\ adhérente. Pour l’interprétation du présent règlement et pour toutes les questions qu’il ne règle pas spécifiquement, application sera faite des décisions prises en Conseil d’Obédience.  

   

Annexe « Charte de la Grande Loge de la Fraternité Universelle »

 

1.      Croire en un principe suprême.

2.      La présence indispensable d'un « livre de la Loi », qui est la Bible, parmi les objets utilisés en loge. Les initiés prennent leurs Obligations sur, ou en pleine vue, du Volume de la Loi Sacrée ouvert, qui est la Bible, ou sur le livre qui est considéré comme sacré par la personne concernée.

3.      Que les trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie, à savoir le Volume de la Loi Sacrée, l'Equerre et le Compas, soient toujours exposées quand  les travaux sont ouverts.

4.      La Grande Loge de la Fraternité Universelle a été dûment reconnue par trois Loges ou plus, régulièrement constitués.

5.      La légende d'Hiram au troisième degré.

6.      Le symbolisme faisant référence à l'art de bâtir.

7.      Le fait que tous les membres des Loges de l’Obédience soient des personnes, nées libres, et d'âge mûr.

8.      Interdiction de toutes discussions politiques ou religieuses.

9.      Une Loge doit être constituée  par un nombre minimum de 7 membres.

10.  La pratique des trois degrés symboliques : Apprenti, Compagnon et Maître.

11.  Que les principes des Anciens Landmarks, des coutumes et des usages de la Fraternité soient strictement observés. 

 

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Fraternité et Solidarité

23 Septembre 2013 , Rédigé par André M\ - Frère de la Loge Fidélité et Prudence à l'Orient de Genève Publié dans #Planches

Avant d'entrer dans le vif du sujet, nous allons faire un petit détour dans une boulangerie. Cela nous permettra d'associer le sentiment fraternel et la farine du pain. Nous savons ce que représente la fraternité quand nous bénéficions de ses bienfaits. De même nous apprécions le goût du pain quand le boulanger fait bien son travail. Mais lorsque l'inimitié s'installe dans une communauté, lorsque le sentiment fraternel disparaît au profit du jugement; avons-nous la volonté de rester objectif et d'entreprendre un voyage intérieur afin de mieux comprendre le sens du déséquilibre communautaire ? De même lorsque le pain est fade, trop cuit ou rassis, allons-nous trouver le boulanger pour savoir ce qui s'est passé ? Où changeons-nous de boulangerie ? Où encore cessons-nous de manger du pain ? Le travail que nous développerons dans cette planche s'apparente à celui qui consiste à chercher conjointement avec le boulanger le pourquoi du mauvais goût. De cette façon nous irons dans le moulin pour comprendre les techniques de mouture de la farine, puis chez le paysan pour mieux saisir les interrelations entre la nature, le sol, les engrais et le type de blé. Puis, nous chercherons à comprendre le processus de germination du grain de blé en faisant confiance à notre intuition. Nous irons aussi parler avec la boulangère et avec l'association des maîtres boulangers pour leur annoncer que notre désir le plus fort est que tous les pains sur cette terre puissent avoir un bon goût. Enfin en tant qu'amateur de bon pain, nous nous assurerons que la qualité de la farine soit optimale chez tous les boulangers.

La Fraternité est selon le Larousse un "lien de solidarité qui devrait unir tous les membres de la famille humaine" et la solidarité " un sentiment d'un devoir moral entre les membres d'un groupe ou d'une communauté fondé sur l'identité de situation d'intérêt.". Notons que la solidarité met en évidence un sentiment d'un devoir moral c'est à dire de l'acceptation d'un ensemble de règle de conduite considérées comme bonne de façon absolue ou découlant d'une certaine conception de la vie. La fraternité est donc par définition le comportement normal d'un groupe d'individus voulant assurer la cohésion et l'identité d'une communauté. Nous concevons aussi qu'il est indispensable d'établir des liens de solidarité pour en assurer la pérennité. D'autre part, nous pouvons imaginer que la dimension du groupe, son environnement, son organisation interne, ses objectifs, son niveau culturel, son histoire, son idéologie, sa conception de la spiritualité sont des paramètres essentiels qui vont qualifier le sentiment fraternel et les actions de solidarité. N'y aurait-il pas alors dans cette évidente recherche d'identité du groupe et de sa gestion le germe de l'exclusion des autres groupes ? La définition de la fraternité du Larousse confirme bien que le lien de solidarité doit unir tous les membres de la famille humaine. C'est cela l'important. Malheureusement, notre société humaine est multiple, car elle est constituée de peuples et de nations avec des histoires très différentes qui n'ont pratiquement jamais cohabité pacifiquement. D'autre part les idéologies ont engendré des comportements antagonistes qui sont viscéralement intégrés dans les mentalités des peuples. Pourtant chaque individu vit une histoire unique, reflétant un potentiel historique générateur d'attitudes complexes pouvant être géré par la raison. La réalité montre que tout est totalement interdépendant que le passé souvent rattrape le présent et que malheureusement la raison est plus la fille de l'instinct que de la synthèse. Ce constat fait que le multiple sous toutes ses formes est la substance ontologique de référence. Il ressort évidemment que l'analyse prime sur la synthèse et privilégie les mouvements désordonnés. l'Homme est agité, à l'égal d'un simple matelot sur un bateau perdu dans une tempête dont il ne sait plus quand elle a commencé, ni quand elle finira. Cela a pour conséquence que l'évolution de la société semble sans espoir, car rien de bon ne peut sortir du multiple. Mais au-delà de la multiplicité existe l'unicité qui heureusement apparaît lorsque le bateau navigue dans l'oeil du cyclone, dans cet espace de calme absolu qui transforme l'énergie au bénéfice d'une volonté sans faille vers la conquête du Soi, sous peine de retrouver les éléments déchaînés. Nous voyons bien que la définition de la famille humaine est complexe, mais sans une approche spécifique de cette notion il ne peut y avoir de lien de solidarité universelle. En maçonnerie, nous sommes dans un effort constant pour édifier un temple universel. Cet effort s'exerce avant tout dans la connaissance de soi, car c'est en l'homme, et en lui seul que réside l'universalité. Celle-ci prendra véritablement un sens lorsque l'enseignement pratiqué dans les loges portera ses fruits et lorsque les initiations permettront l'émergence d'un état de conscience élargit. Cette transmutation des valeurs est la condition nécessaire pour que le maçon puisse insérer sa pierre dans l'édifice. C'est dans une telle situation que la Beauté de l'oeuvre sera perçue et que le véritable travail commencera. Parler de fraternité universel, c'est d'abord s'intéresser au premier Homme et rechercher ce qu'il représente puisque en quelque sorte nous sommes ses descendants directs. Toutes les civilisations ont cherché à comprendre l'origine du monde et de l'apparition de l'homme. Au 6 ème siècle avant J.-C. un poète grecque nommé Parménide a qualifié cette recherche par ces quelques mots: " il y a qu'il y a." Nous sommes aujourd'hui encore et toujours dans ce besoin de chercher ce que signifie le savoir. Le progrès, bien sûr, a éliminé toutes les pratiques sacrées de nos ancêtres car aujourd'hui la foudre et les étoiles ont livré leur secret. Il n'est donc plus nécessaire de continuer à déifier les forces de la nature. C'est la conscience qui maintenant remplace les éléments expliqués par la science. L'âme et l'esprit sont les composants de cette recherche et sont constitutifs de la notion de spiritualité. Ce n'est plus un regard interrogatif vers un mystère cosmique mais c'est une prise de conscience de soi qui engendre le mystère de soi et des autres. Cette nouvelle orientation nécessite une relecture des mythes et légendes afin de trouver de nouveaux équilibres plus en rapport avec les dernières découvertes de la psychanalyse et de la psychologie des profondeurs. Mais c'est évidemment plus difficile aujourd'hui, car dans notre civilisation mécaniste, l'intuition n'est plus reconnue comme une valeur à part entière puisqu'elle fournit des informations qui ne satisfont pas les critères de reproductibilité demandés par l'expérimentation scientifique. Le plérôme des sorciers d'antan appartenait aux sphères célestes tandis que celui de l'homme moderne est dans sa psyché. Mais au-delà des notions de progrès qui engendrent un égocentrisme toujours plus fort, il reste des valeurs primordiales qui caractérisent la notion de premier Homme. L'une de celles-ci est l'androgynie qui est fondamentale pour la compréhension du sentiment fraternel. Il faut, tout d'abord, être clair, il n'existe pas d'androgyne sur terre. Tout au plus, il y a quelques individus qui ont la malchance de naître hermaphrodite, c'est à dire de posséder deux sexes distincts dans un même corps et de vivre un véritable calvaire. L'androgynie est donc un mythe et doit être compris comme tel. Il représente un état irrationnel qui détermine un espace dans notre conscience où cohabite une symbiose apaisée des forces constitutives de notre existence matérielle. Dans la tradition il est dit qu'au début l'homme et la femme ont un même corps pourvu de deux visages et que Dieu a fait naître l'homme et la femme en faisant don à chacun d'un dos. Selon le mythe de la Genèse, Eve est née d'une côte d'Adam ce qui confirme l'indifférenciation primordiale. L'androgyne se retrouve aussi dans ''alchimie" puisque la pierre philosophale est appelée Rebis, l'être double qui naît de la fusion de Sol et de Luna, c'est à dire du souffre et du mercure. L'oeuvre au Blanc, inspirée par le souffre est appelée Rebis car elle est autonome et parfaitement pur. Le Rebis est souvent représenté comme l'oeuf philosophique des alchimistes ou l'oeuf cosmique contenant en essence l'état androgyne dont la partie féminine brandit l'équerre et la partie masculine le compas. La tradition maçonnique a repris les éléments androgynes de l'oeuf cosmique alchimique en intégrant l'équerre et le compas en tant que symbole du premier grade. D'autre part, le tracé à partir de l'équerre donne des angles droits qui mènent naturellement au carré puis avec l'aide du compas il est possible d'inscrire un cercle autour du carré et de déterminer une nouvelle figure symbolisant l'androgyne primordial. Le soleil et la lune situé à l'orient de part et d'autre du V.'. M.'. donne analogiquement la direction à suivre , c'est à dire le retour vers l'Un , vers l'androgynie. La tradition chinoise exprime la notion d'androgynie, relative au divin par le duo complémentaire lumière-obscurité. L'Etre originel est androgyne avant de recevoir sa polarité, c'est à dire avant que l'oeuf primordial ne se casse en deux moitiés et exprime les notions complémentaires mâle et femelle, ciel et terre, Yang et Yin. Le Yin et Yang à l'instar de l'Adam de la Genèse représente cette nécessaire fusion des principes complémentaire associé à la notion de liberté car il est nécessaire d'être libre pour parcourir les chemins qui mènent à l'oeuf cosmique et au paradis. Il en est de même pour le maçon qui doit s'élever suffisamment haut afin de découvrir les lignes de partage du pavé mosaïque et entreprendre une marche volontaire pour discerner au loin, du côté de l'orient, une ligne d'horizon baignée d'une lueur d'espoir. L'androgynie est un symbole universel puisqu'il est présent dans de nombreuses traditions et à des époques différentes. Il est donc un élément de la loi de correspondance et peut donc être utilisé valablement dans une réflexion analogique. Ce symbole est important, car il qualifie une origine primordiale où existe un état indifférencié qui est le générateur d'énergie fraternelle. Ce retour à l'Unité est la quête de l'initié, ou de tout individu suffisamment libre pour entreprendre de tels voyages intérieurs. Une telle démarche n'est pas facile car elle dépend du niveau de conscience ou du degré de liberté mais, quel que soit celui-ci, il sera nécessaire de travailler, de privilégier le plus souvent les devoirs que les droits. C'est dans une telle disposition d'esprit que la quête sera fructueuse et transformera l'obscurité du début en une pénombre prometteuse. La recherche de la Lumière est l'objectif premier du maçon, car il ne peut se satisfaire d'un clair obscure illuminé par des flashs dont l'origine est douteuse. Les chemins ne seront pas les mêmes pour tous, mais le sommet de la montagne reste toujours présent en dépit du vécu et du karma des vies antérieures. Le désir et le besoin de marcher en direction de l'Orient reste tributaires d'une composante culturelle spécifique. Ainsi le matérialiste, souvent agnostique, adversaire convaincu de la métaphysique cherche la Vérité dans la réalité visible plutôt que dans des concepts spirituels ou ésotériques. Pour ne pas s'affronter à ses angoisses existentiels il trouve toujours des pirouettes intellectuelles qui le satisfont. Il privilégie la raison raisonnante qui apporte des explications et qui élude les problèmes atypiques. Le hasard détermine la cohérence en attendant mieux. Son comportement est difficile, car il donne force à une logique de conflit afin de d'identifier le vainqueur du vaincu. Son sentiment de fraternité est souvent très fort, mais il est défensif car appliqué unilatéralement à ce qu'il juge conforme à sa raison. L'universalité fraternelle est souvent absente, mais peut se développer dans une logique comportementale liée à l'acceptation d'une cohérence philosophique. Il y a ensuite le théologien qui trouve toujours une réponse à ses angoisses métaphysiques dans les textes sacrés de la Bible, du Coran ou de la Thora pour ne parler que des religions monothéistes. Son comportement est dicté par la nature du dogme qui est la croyance en un Dieu unique et révélé, dont la finalité est le salut de l'âme pour tout ceux qui respectent les directives sacrées. Croire en un dogme c'est malheureusement exclure les autres philosophies du salut quel que soit le contenu universel de leurs textes sacrés. Une expression forte comme "aimez-vous les uns les autres" donne sa pleine mesure dans la communauté chrétienne. Pour qu'elle trouve une valeur universelle elle doit être élargie à la famille humaine par la conversion de tous au dogme chrétien. Cette attitude pose un vrai problème pour tout ceux qui réprouvent les propositions dogmatiques. Il y a enfin le spiritualiste qui cherche le plus souvent dans la Tradition ésotérique les réponses à sa spiritualité. Son comportement premier est de donner du sens aux symboles proposés par la Tradition et de trouver une voie personnelle qui l'engage à chercher inlassablement sa propre dignité pour mieux respecter celle des autres. Son devoir est de rendre intelligible l'invisible et de transmettre aux générations futures la Vérité. Les trois courants de pensées que nous venons d'évoquer se retrouve dans la maçonnerie à la fois au niveau des obédiences et des Frères. Le Grand Orient de France est l'exemple d'un courant de pensée rationaliste et agnostique tandis que les loges régulières c'est à dire celles reconnues par la Grande Loge Unie d'Angleterre sont d'inspiration théiste ou déiste par la reconnaissance constitutive du G\A\D\L\U\. Ce qui unit indifféremment chaque maçon c'est l'initiation qui donne à la fois la qualité de frère et la reconnaissance d'un sentiment fraternel. Ce dernier s'exprimera distinctement selon la densité des courants de pensées que nous avons identifiés plus haut et sera fonction de la famille culturelle et spirituelle du frère (agnostique, théiste ou déiste) et du rite pratiqué dans sa loge (REAA, Rectifié, Français, Memphis Misraïm etc.). Ainsi un Frère agnostique membre d'une loge pratiquant le rituel rectifié se posera bien évidemment des interrogations différentes sur le sens de sa venue en maçonnerie qu'un frère chrétien. Avons-nous le droit de remodeler son psychisme pour qu'il colle au rituel ? Bien sûr que non et par cet exemple nous montrons l'importance que l'on doit accorder aux enquêteurs afin que ceux-ci orientent le candidat vers une loge adaptée à ses pensées. Dans le cas cité, il aurait été préférable que le candidat frappe à la porte d'une loge pratiquant le REAA. La maçonnerie est multiple dans ses rituels parce que les hommes sont multiples dans leurs conceptions philosophiques. Les différents rituels permettent d'aborder dans les meilleures conditions une progression initiatique dont le seul but est la recherche de la Vérité. Mais au-delà du bon choix de la loge, il est nécessaire qu'un sentiment fraternel, véritable ciment de l'édifice rituélique accompagne la progression du nouveau frère. Rien ne pourra s'accomplir et s'assembler sans lui quelle que soit la volonté intellectuelle d'un candidat ou des membres d'une loge. Mais qu'est-ce qui est à l'origine de ce sentiment fraternel ? Nous sommes tous des Frères, c'est à partir de cette affirmation forte que le V.'. M.'. qualifie la communauté d'une Loge et définit magistralement le sentiment fraternel. Mais de quelle façon une telle affirmation peut-elle être reçue par un nouveau Frère, car dans un premier temps ce dernier doit s'identifier dans une nouvelle structure psychique, s'accepter dans une démarche initiatique pleine de mystères, partager ses doutes et ses joies dans un contexte méditatif et finalement aimer ce qu'il devient. Puis, parallèlement, il doit ressentir le sens communautaire de sa loge, s'intéresser à son activité, participer aux décisions et aimer inconditionnellement sa loge à travers l'amour de ses Frères. Enfin, il doit appréhender le sens de la famille humaine en général et tout faire pour que le sentiment fraternel l'engage dans une attitude humaniste globale dans le monde profane. Comme nous le voyons le parcours est exigeant et demande une persévérance tenace car, rien ne sera épargner à celui qui a choisit d'être un fils de Lumière. Son espoir est la certitude d'être sur le bon chemin qui mène vers la source d'où jaillit la Vérité. Mais parfois rien ne se passe comme prévu. L'échec est au bout du chemin . Pourquoi ? Le théologien Anders Nygren dans son livre Eros et Agape a remarquablement distingué l'amour éros de l'amour agape. Son analyse nous permettra de bien distinguer ce qui parfois fait problème avec le sentiment fraternel. L'éros est un désir, une aspiration, une faim qui nous fait convoiter ce qui nous manque. Amour et valeur sont dans ce cas étroitement liés. L'Homme cherche à vouloir se faire reconnaître des dieux qui est la suprême valeur. Mais les dieux n'aiment pas les hommes car ils vivent sans se laisser troubler par le désir ou la nécessité. L'amour n'appartient qu'aux hommes et va de bas en haut. Dans une telle conception, l'amour est intéressé et doit se mériter. Le modèle grecque de l'amour est l'amitié. L'ami doit mériter l'amour qu'on lui porte. Toute défaillance de l'ami rompt cette amitié. Enfin, c'est l'homme qui va chercher Dieu dans son for intérieur à travers la mystique et qui se fond avec lui. Dans l'autre conception, l'amour agape va du haut vers le bas, de Dieu vers l'homme. Il aime sans tenir compte de la valeur, d'une manière spontanée et immotivée. Dieu aime toutes ses créatures sans limites et ne réserve pas seulement son amour aux justes, à ceux qui font du bien, mais il s'adresse à tous, aux justes, aux injustes, aux bons et aux méchants. Il support le refus, l’ingratitude. Cette conception de l'amour agape est vécue pleinement parce que le Christ est mort sur la croix pour sauver les hommes. Nous n'avons donc rien à redouter de nos péchés puisque le fils de Dieu s'est sacrifié pour nous. Un tel acte engendre naturellement l'amour du prochain et le sentiment fraternel. Aimer sans raison son prochain, ses ennemis son Frère et par suite la famille humaine est la voie qui mène à un comportement social respectueux des diversités. La voie initiatique maçonnique est sans ambiguïté puisqu'elle demande au néophyte à la fois d'aimer ses frères et de rechercher en lui-même la Vérité en clair de vivre l'amour agape en toutes occasions jusqu'à même verser son sang et sacrifier sa vie pour un frère et d'identifier l'amour éros par la mort du vieil homme. C'est une démarche difficile qui nécessite beaucoup d'humilité, de persévérance et de patience afin d'éviter de créer des confusions puisque en tout temps un choix peut être fait entre l'amour agape et l'amour éros. Dans la conception matérialiste du destin humain qui est celle, rappelons-le, de notre société libérale dite de progrès infini l'amour agape n'apporte aucunes valeurs particulières. Au contraire, elle tend à contrarier l'objectif premier qui est de maximiser le profit pour quelques actionnaires. C'est le règne de l'amour éros puisque le mérite est de récompenser et de distinguer le plus fort en exploitant tous les autres. Nous retrouvons aujourd'hui quelques deux milles ans plus tard, la conception policée de la spirituelle grecque, qui accordait des droits distincts aux élites et aux serviteurs. D'un côté, les nantis-actionnaires recherchaient une béatitude infinie dans le but d'être reconnus des dieux, représentés aujourd'hui par le capital. De l'autre côté, les esclaves-salariés étaient assujettis corps et âme à leur maître, n'intéressaient pas les dieux car sans valeur propre. Depuis le début du vingtième siècle, le libéralisme n'a pas trop montré son caractère esclavagiste vu qu'il devait se méfier d'un socialisme de type agape prôné par l'idéologie communiste.. Mais après la chute du mur de Berlin le capitalisme pur et dur peut régner sans partage et retrouver les vertus de l'amour éros. Le développement technique, d'autre part, amplifie ce phénomène en accentuant l'individuation de tous. Il est en effet intéressant de noter que plus les besoins de base d'un individu sont réalisés, plus il devient égoïste, peu fraternel et pratique une solidarité indirecte c'est à dire, qu'il privilégie une action impersonnelle, par le paiement d'un chèque à une institution, par exemple, au lieu de réaliser un projet spécifique en tant que membre à part entière d'une association caritative. La démarche maçonnique nécessite de comprendre le sens des deux amours agape et éros et de rechercher dans les rituels les symboles qui s'y rapportent. Lorsque le V.': M.'. ouvre les travaux en salle humide en disant de pratiquer la fraternité par l'harmonie, il indique que l'amour agape est la base de l'amour fraternel, qu'il doit être inconditionnel, sans jugement pour les actes passés comme nous l'avons définit plus haut. En faisant suivre le mot fraternité par le vocable harmonie, il enseigne qu'il existe en nous des forces antagonistes blanches et noires, souvent dissonantes et mal ordonnées, formatrices d'attitudes conflictuelles appartenant à l'amour éros. L'harmonie ou l'état androgyne est dans ce cas la seule voie qui donne du sens à la fraternité. En effet comment imaginer pratiquer une démarche fraternelle en gardant à l'esprit un sentiment de haine envers autrui en général ou d'un frère en particulier. Le paradoxe chez l'homme est qu'étant libre il acquière la possibilité de définir une fraternité à la carte et de lui trouver parfois une universalité subjective. Heureusement que l'harmonie remet tout à plat et casse l'édifice de la raison si minutieusement et patiemment construit et accepté. Le rituel maçonnique est alors une des voies qui propose de reconnaître la fraternité afin qu'elle satisfasse à nouveau à une morale fraternelle comprise par l'ensemble de la famille humaine. Une telle attitude présuppose évidemment le rejet de toutes considérations militaristes. En effet, comment concilier conjointement l'amour du genre humain et sa destruction. Le maçon doit être clair dans ses objectifs et ne peut pas cautionner deux attitudes antagonistes même si la raison d'état le demande. Dans notre rituel nous disons qu'il faut fuir les méchants. Il n'est jamais dit qu'il faut les tuer. C'est pourquoi, la maçonnerie doit entrer en sommeil chaque fois que les dispositions d'un état proposent des problèmes de conscience insoutenable pour un initié. La démarche est identique au niveau de la loge. Chaque fois qu'un frère a un comportement non fraternel. Il faut lui rappeler ses engagements et lui demander de retrouver le sens profond de son initiation et les vertus de l'amour agape car nous savons qu'une loge n'est que la représentation de l'ensemble de ses frères et qu'il suffit d'un seul maillon faible pour que la chaîne d'union perde de sa puissance spirituelle. Tous unis, main dans la main, loin des métaux, nous sommes alors une vraie fratrie, c'est à dire une communauté de frères égaux pratiquant avec l'intelligence divine symbolisée par notre coeur cette fraternité qui donne du sens à notre vie. Que propose la loge pour vivre activement cette fraternité universelle ? Tout d'abord elle crée et constitue des francs-maçons. Ensuite elle s'assure que l'enseignement est suivit, puis elle propose un espace de communion fraternelle qui apaise les douleurs du monde profane. C'est dans une telle dimension spatio-temporelle sacrée que l’androgynie devient la source d’énergie fraternelle et qu’elle donne la force d'affronter dans la joie et sans peur la réalité du monde profane. Mais, l'homme privilégie spontanément le pouvoir au sentiment fraternel. Mais en même temps, il a aussi soif de connaissance et de comprendre le sens de sa vie. Pour ne pas rester esclave de sa pulsion égoïste, il doit retourner en loge. Cette demande mainte fois proposée par le rituel est essentiel, car il faut boire à la source du sens pour affronter cette abîme de complexité qu'est devenu la société humaine dans sa gestion du progrès technique. Les loges maçonniques au 18 ème siècle comprenaient de nombreux frères d'origine aristocratiques, bien placés dans la société civile, ayant la confiance du roi et faisant partie de l'élite au pouvoir. Ils ont pourtant manifesté l'intention de partager leur idéal avec d'autres frères provenant de milieu plus modestes. Ils nous ont ainsi transmit cet élan égalitaire initiatique qui respecte la personnalité de chacun tout en lui insufflant un esprit chevaleresque. Par leurs actions, ils ont été les précurseurs de la démocratie et d'une fraternité, où l'intelligence du coeur a prédominé sur les intérêts corporatifs. Il faut encore plus aujourd'hui que hier donné un cadre de vie qui corresponde aux besoins de l'homme du vingt et unième siècle en définissant les rapports du temporel et du spirituel dans la cité. Le maçon peut parfaitement représenter ce lien et doit travailler dans ce sens. La loge, dans cette optique, est donc ce lieu de fermentation où s'exprime cette continuité chevaleresque, où les devoirs sont naturellement associés à la communauté et les droits à l'amélioration qualitative de sa personnalité. La structure d'une loge permet à chacun d'exprimer et de développer ses capacités propres et de faire valoir ses mérites sans flatteries aucunes. L'objectif final étant bien sûr d'acquérir suffisamment de force morale pour travailler avec joie dans la société profane afin de la transformer en une véritable démocratie moderne. L'homme de demain, responsable de la Beauté divine sera à nouveau le porteur de l'arche d'alliance, sublime symbole des vertus chevaleresques et véritable pont entre le Haut et le Bas. Nous pouvons être fier d'appartenir à une société qui a décidé de transmettre un tel esprit aux générations suivantes. Mais nous devons faire très attention de ne pas introduire des valeurs morales qui pourraient contrarier l'expansion naturelle du sentiment fraternel. Dans les temps qui courent il est tentant de considérer l'homme comme un produit asservit à un système économique et de l’aspirer au nom de la modernité et du progrès vers la négation de sa liberté principielle afin qu'il devienne un jeune loup au service d'une caste financière. La reconnaissance du mérite associée au seul force du pouvoir est contraire à l'idéal maçonnique et ne peut mener qu'à des actions n'apportant que ruines et pleurs. Le maçon est un constructeur qui doit insérer sa pierre dans un édifice reconnu par tous. C'est son credo. Ce dernier génère parallèlement une prise en compte d'une action sociale à la fois dans le monde profane et dans sa loge. La morale maçonnique est complexe car elle nécessite une adaptation permanente de nos pulsions duales au service d'un altruisme universel. C'est au nom de cette complexité que la tolérance dérange ; mais elle est nécessaire car elle gère la communication entre les différents niveaux de conscience. Sans elle, rien ne pourrait être créer au service de l'homme compte tenu de sa diversité caractérologique et de son karma. C'est une valeur essentielle qui permet à chacun de nous d'arpenter les chemins vicinaux de la connaissance dans une reconnaissance fraternelle respectueuse des mérites de chacun. Mais, par ailleurs, elle a disparut dans la bouche de nos grands commis d'entreprise. Car elle ne sert pas le profit, ni le" juste à temps". Il y a donc une inadéquation entre les objectifs du monde moderne et ceux de l'homme en générale. Cela pose un vrai dilemme pour le maçon engagé dans le monde du travail. La discrimination par la recherche du plus fort et du plus qualifié engendre évidemment l'exclusion des moins performants. C'est inacceptable d'un point de vue maçonnique parce qu'elle crée deux castes qui génèrent des sentiments de haine l'une envers l'autre. Tout système qui construit des familles qui s'excluent par essence est mauvais. Comme nous l'avons dit plus haut, il faut s'élever au-delà de la ligne de partage du pavé mosaïque pour savoir où nous allons poser les pieds. Ce choix est celui du maçon et devrait être celui de tout homme responsable. Il doit simultanément s'accompagner d'une prise de conscience afin de briser le miroir qui reflète la virtualité égotique. De cette manière ils seront vraiment libres et de bonnes moeurs pour créer dans la joie. Jérémy Bentham est un homme qui a accepté cette démarche. Il a développé l'utilitarisme qui est une tentative très intéressante d'organiser une société en terme de maximisation des utilités au service de tous. Son credo est que les hommes sont gouvernés par deux maîtres, le plaisir et la douleur et qu'ils tentent naturellement d'accéder au premier et d'éviter le second. Bentham part du principe que chaque individu préfère voir ses buts, ses idéaux, ses désirs réalisés plutôt que frustes. Il est donc normal d'un point de vue moral d'aider les autres afin qu'ils puissent réaliser leurs besoins. D'autre part, chaque désir, chaque besoin valent indépendamment de sa valeur morale ou éthique. C'est donc une philosophie du progrès démocratique moderne car elle est respectueuse des mérites de chacun sans discrimination professionnelle ou par l'argent. Dans un tel système, l'état doit évidemment intervenir en tant que gestionnaire du plaisir, du bonheur de chacun. Il doit réguler les dysfonctionnements des lois du marché par la création d'activités au service des plus démunis. Il doit intervenir dans les crises économiques pour identifier et satisfaire les besoins de chacun. Le monde politique n'est que le gestionnaire du bonheur des citoyens et non pas le valet inconditionnel d'un système commercial d'échange. Il doit créer des lois afin de satisfaire les besoins de tous pour le plaisir de vivre plutôt que la souffrance de vivre. Dans la tradition utilitariste le transfert de richesse des riches vers les pauvres augmente l'utilité de l'ensemble. Cette théorie est donc très proche de la conception maçonnique de la construction du temple universelle, car elle cherche à satisfaire les besoins de l'ensemble des citoyens dans un concept égalitaire tout en respectant les diversités professionnelles, culturelles, éthiques et spirituelles. C'est une tentative vraiment cohérente pour traduire rationnellement le commandement : " Aime ton prochain comme toi-même" et pour donner une définition rationnelle de l'altruisme. Il reste l'un des modèles fondamentaux de la construction de l'état moderne et égalitaire. Si cette théorie n'a pas pu vraiment s'imposer dans toute son intégralité c'est que les nations et les peuples ne génèrent pas spontanément un sentiment fraternel universel. Chaque pays puise dans son histoire les raisons d'une discrimination sélective. Aucune morale altruiste ne naîtra d'une révolution sanglante qu'elles qu'en soient les beaux principes. Ainsi, la Liberté ne peut jaillir sur le dos de millions d'innocents sacrifiés en son nom, l'Egalité ne perdure pas dans la purification ethnique et la Fraternité n'apparaît pas sans spiritualité. Malgré les extraordinaires succès du progrès scientifique, le vingtième siècle a été le plus sanglant de l'histoire de l’humanité. Il y a donc une inadéquation violente entre la notion de progrès et la vie communautaire. De même qu'une loge est un microcosme de la société, elle est aussi un lieu sacré où les maçons peuvent avoir les pieds sur Terre et la tête dans les Etoiles. C'est dans un tel laboratoire qu'ils apprennent à être libres en ayant l'intime conviction d'appartenir à une seule et même conscience collective. La Terre est issue du Ciel et chaque être naît pour vivre les vertus du Ciel, mais le Ciel n'a pas besoin d'aide. C'est la pratique du sentiment fraternelle qui permet avant tout de réaliser les efforts au service d'une vie communautaire harmonieuse. Vivre ensemble exige un savoir particulier dont la résultante première est l'existence de liens de solidarités pour assurer la cohésion et la pérennité de cette conscience collective. Le maçon sait que les civilisations ne disparaissent pas à cause du Ciel mais par l'attitude des hommes. Son travail est sans relâche au service du perfectionnement de l'homme afin d'élargir son niveau de conscience et de responsabilité pour que l'Oeuvre en construction respecte la cohérence venant du Ciel et symbolisée par le G\ A\ D\ L\ U\ Mais ce hiatus entre progrès et vie communautaire n'est pas inéluctable car dans l'étude que nous venons de partager nous ressentons bien où le bas blesse. Le progrès ne peut pas être isolé du contexte politique, culturel, économique et spirituel. De même, l'Histoire des hommes ne peut pas être dissociée d'un état d'esprit qui rompt les déterminismes de la matière en établissant des rapports étroits entre le spirituel et le temporel. La Maçonnerie lutte contre tout ceux qui veulent esclavager la liberté. Pour ce faire elle privilégie l'esprit, le coeur et le caractère pour qu'il n'existe qu'une seule famille humaine fraternelle. Pour se faire comprendre elle doit aider les faibles, soulager ceux qui souffrent, combattre l'injustice, la misère, l'ignorance et prêcher inlassablement les vertus du coeur. Elle ne vit que par l'Homme et ne sera jamais le jouet d'une machine ou d'un concept fussent-ils le plus performant ou à la mode. Sa matière première est l'Amour, seule énergie divine qui nous rappelle que nous devons aimer la vie et en comprendre les arcanes. C'est dans un tel état d'esprit que nous pourrons continuer à être moderne tout en vivant les symboles issus de la Tradition. V\ M\ et Vous Tous mes Bien Aimés F\ Je vous remercie de votre attention.  

Source : www.ledifice.net

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