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« Ah ! Seigneur, Mon Dieu! ». La Construction d'un système ?

18 Septembre 2015 , Rédigé par S\ O\ Publié dans #Planches

L’exclamation "Ah ! Seigneur, Mon Dieu!" prononcée lors de l'exaltation a la Maîtrise, exprimerait-elle l'accomplissement de notre construction ou n'en serait-elle qu'une étape ? Ce questionnement a initié et conduit ma réflexion pour répondre au sujet qui m'a été confié par notre TVM. C'est la première fois que Dieu apparaît dans notre pratique. Le REAA véhiculerait-il une part de dogme ? Les mots pourraient nous conduire à cette lecture, mais le contexte symbolique de notre pratique nous conduit à dépasser tous les sens que véhiculent ces mots. Quel cheminement nous suggère donc le REAA en nous conduisant à nous exclamer en interpellant un Seigneur qu'on appelle Mon Dieu ? Cette expression marque-t-elle une finalité ou une initiation ?
Pour répondre à ces différentes interrogations, mon travail m'a conduit à ré-explorer les mots pour tenter d'en extraire leur contenu. J'ai ensuite abordé l'usage des mots dans le cadre du Mythe d'Hiram pour aborder l'éclairage que nous propose le REAA.
Dans une approche sémantique, nous pouvons dire que l'interjection « Ah ! » est le support de l'exclamation. Cette forme d'expression peut évoquer la surprise, la douleur, l’accablement ou la joie. D'un point de vue physiologique, cette expression se fait en inspiration. On cherche son souffle à la manière d'un nouveau né. Ce souffle trouvé, les trois mots suivants sont exprimés dans l'expiration. Le mot « Seigneur » exprime la reconnaissance d'une autorité. Cette autorité est qualifiée « Mon Dieu ». L'exclamation conduit à une reconnaissance individuelle « Mon » de l'intemporel « Dieu » dans !a dimension seigneuriale temporelle symbolisée par l'Homme. Cette expression évoquerait une tradition orale ou un état de conscience singulier.
Pour mieux comprendre cette tradition ou l'état de conscience qui déclenche cette exclamation recherchons des expressions similaires. Nous retrouvons dans la Bible de nombreuses exclamations de ce type. Nous pouvons citer (Josué 7.7) Josué dit : «Ah! Seigneur DIEU, pourquoi as-tu poussé ce peuple à passer le Jour d ! 'JONAS 2,7) Jonas s'adresse â Dieu et lui dit (JONAS 2,7): «…De 'a fosse tu m'as fait remonter vivant. Oh I Seigneur mon Dieu!». L'association des mots « Seigneur et Dieu » matérialise l'abstrait. Elle associe une vision seigneuriale à une vision Universelle du Divin. Le mot Seigneur dans (Adonaï) est une traduction orale du tétragramme sacré «YHWH » qui ne se prononce pas. Cette expression prédomine dans les récits bibliques qui précèdent l'exil à Babylone. Dans ces récits l'Homme parle à un Seigneur à visage humain. Nous sommes dans une relation spécifique de l'homme au Divin. Cette approche symbolise la sensibilité YAHVIQUE. Le mot Dieu, traduction de «ELOHIM» prédomine quant à lui dans les récits qui ont suivi le retour de Babylone. L'approche ELOHIQUE est plus abstraite. Cette association structure une tradition orale qui contracte par la parole l'histoire du sacré et exprime en même temps un état de conscience.
Les formes YAHVIQUE et ELOHIQUE expriment des conceptions du Divin différentes. L'expression que nous étudions nous place au cœur de l'approche YAHVIQUE.
Le REAA nous propose cette exclamation dans le cadre de la mise en scène du mythe d’Hiram pour nous ouvrir à une lecture. La méthode ne nous invite à l‘accablement de la mort du maître ou à la cherche du refuge de YAHVE. La méthode nous invite par sa mise en scène à comprendre le passage de la mort à la vie qu'articule YAHVE. Ce contexte fait ainsi toute la différence entre l'usage initiatique et exotérique des mots. « Nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos dogmes (métaux) à la porte du temple, nous élevons nos cœurs en fraternité pour que nos regards se tournent vers la lumière ». L'appel à YAHVE mis en scène par le REAA, aurait donc maintenant le poids, la résonance et le sens d'un secret en vue d'une sublimation.
Le rituel nous propose une exclamation qui se rapporte au Dieu de l ‘ancien testament alors que nous travaillons à l'Evangile de St Jean. N n’y a-t-il pas ici un anachronisme? YAHVE serait-il le Christ ? Qui est-il ? Cet anachronisme n'est pas un hasard mes FF. Nous ne sommes plus dans le temps, ni dans le monde profane.
La méthode mise en œuvre nous transporte progressivement au cœur d’une articulation sacrée entre la mort et la Vie. En accédant au cœur de cette articulation nous accéderions peut-être aux secrets de YAHVE (Divin).
Regardons de plus prêt ce que nous propose la méthode et tentons d'en extraire quelques indices : Cette expression est prononcée dans le cadre de la mort. Du Maître, que nous enjambons. En enjambant la dépouille nous accéderions à une conscience celle du dépassement de nos préjugés et de nos passions. Ce dépassement devrait donc nous ouvrir à la joie et à l'interrogation. Cette invitation à la joie contraste avec le contexte de la mort L'exclamation n'est donc pas l'expression d'un refuge. Elle balise et structure un cheminement intérieur vers une connaissance future qui échappe à notre conscience présente. Le rite éclairerait peut-être une tradition alchimique.
Les récits Bibliques abordent cette tradition mais ne la révèlent pas. Quel est donc le contexte spécifique à cette exclamation et à l'éveil qu'elle exprimerait ou initierait. L'exclamation « Ah ! Seigneur, Mon Dieu !», prononcée dans le cadre
De la mise en scène du mythe d’HIRAM, met en œuvre l'Homme par le verbe.
Cette mise en œuvre utilise des mots dont la signification nous échappe initialement pour nous conduire à trouver en nous même leur sens caché. Cette mise en œuvre opère une mue progressive. Le REAA nous donne quelques indices pour aborder ce cheminement. Le rite initie cette mue par la marche inverse du récipiendaire lors de son introduction en chambre du milieu. Le rite nous initie à l'inversion. Il nous invite à regarder en toutes choses le visible et l'invisible. Il nous invite à inverser ce que l'on sait pour accéder à la connaissance de la face cachée des choses.
La mise en scène que nous propose le REAA procède par association, par substitution, par inversion ET par opposition. Cet exercice met l'esprit en action et l'ouvre à une nouvelle construction. Cet exercice constitue l'initiation L'exclamation « Ah ! Seigneur, Mon Dieu ! » n'est donc pas le témoignage d'un accablement, d'un appel ou d'une soumission à une force supérieure. L'exclamation telle qu'elle nous est proposée relèverait d'une tradition gnostique. Elle met en œuvre par le verbe une mutation intérieure qui nous ouvrirait à la connaissance. Ainsi, l'esprit en mutation s'ouvre à une nouvelle dimension. Il s'éveille et s'émerveille de ce qui existait en lui et qu'il ignorait. Cette disposition structurante conduit ainsi le M à la grande architecture
Les différents jeux de rôles que nous propose la méthode M balisent cette approche. Cette exclamation est prononcée par le TVM au moment de la reconnaissance du maître, par l'expert lors des instructions du grade, par le récipiendaire à l'exaltation et par le VM lors de l'entrée rituelle en chambre du milieu. Ces différentes situations guident notre regard à l'intérieur des choses. Ces différentes mises en scènes opèrent par leurs approches verbales et comportementales collectives un éveil individuel qui nous permet de dévoiler étape par étape ce qui nous était précédemment inaccessible. Ainsi, nous décoderions progressivement les secrets cachés de cette exclamation. Nous désenclavons les mots de leurs significations de surface. En les associant par la parole à une dimension comportementale, nous leur donnons une nouvelle signification sensible et rationnelle. Ainsi en s'exclamant et en rabattant ses mains sur son tablier, le M nous montre que ses mains sont propres. Il clame son innocence et sa fidélité. Il réclame un droit.
Cette exclamation acte un sacrifice. Elle acte aussi un cheminement d'éveil. Cet acte est une démarche de raison et de droit. Partant de cet acte, le M fait le constat d'un nouveau départ dans la poursuite d'une construction qui a en fait commencé depuis bien longtemps au travers des épreuves de purification qu'a traversé le M. En acceptant le sacrifice le M accède à son temple intérieur et se révèle à lui-même. Libre et de bonnes mœurs, Il souhaite passer du sacré au Divin. L'expression réalise l'initiation et opère la transmutation. Le M mesure la force et l'action du verbe. Cette évolution ne s'accomplit pas comme le développement d'une structure comparable à l'enfant grandissant pour devenir adulte. Elle ne s'accomplit pas comme le grain de blé mûrissant dans la lumière. Cette évolution exige de la volonté, du courage et de la persévérance.
Ce que je viens de décrire mes FF est le fruit de mon expérience vécue dans le cadre de notre pratique collective. Chacun de vous pourra décrire une autre approche issue d'une sensibilité théiste, déiste ou autre. Comme nous y avons été habitués, l'exclamation « Ah ! Seigneur Mon Dieu ! »Est un nouveau contre-pied du REAA adressé à notre sensibilité. Cette exclamation véhicule donc évidemment comme je viens de l'exprimer, autre chose qu'une interprétation sacerdotale. Elle conduit l'Homme à se transformer par lui-même. Elle conduirait l’Homme à une Foi intuitive insoumise aux dogmes. Cette foi tient dans une formidable capacité de l'Homme à se sublimer progressivement. Cette foi se rencontre au centre du cercle. Elle s'exprime par le silence, la confiance sérénité. Cette foi dépasse toutes les significations sacerdotales que pourraient exprimer les mots. A cet effet, rappelons-nous que sur le plan spirituel, Hiram ABI travaille au service d'un Dieu qui n'est pas le sien. Phénicien, il est polythéiste dans le cadre d'une religion largement inspirée par les religions de l’ancienne Egypte (Tyr était un comptoir Egyptien). Il ne se converti pas à la religion de Salomon au service duquel il travaille. Sa vraie religion est dans une construction sacrée où il associe le monde végétal (Bois de la construction du Temple) monde Minéral (Minerais pour forger les colonnes BOAZ & JAKIN) et le monde animal ( symbolisé par le sang de son sacrifice). Le mythe d'Hiram était probablement ALCHIMISTE. HIRAM ABI était détenteur de la connaissance des rois mondes (Minéral, animal et végétal) La FM spéculative et le REAA en particulier, conduiraient donc par la tradition à la construction de l'Homme par lui même. Ainsi, le REAA conduirait l'Homme à réunir en lui même le règne minéral, végétal et animal. Il conduirait donc l'Homme à réunir en lui la Beauté (BOAZ) et la Force (JAKIN) nécessaires pour devenir Divin.
Ainsi, la méthode alchimique par moments, Hermétique ailleurs, nous plongerait dans un athanor pour extraire par la tradition le subtil de l'épais, transformer le plomb en or et ouvrir l'Homme à une lumière méconnue qui vit en lui.
Concrètement, ce travail nous conduirait à la conscience d'une vie intérieure. Il conduirait aussi à faire progresser cette conscience par l’action au service de l'humanité.

TVM, VM, J'ai dit,

Source : www.ledifice.net

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Que sont les héros devenus ?

16 Septembre 2015 , Rédigé par J\ N\ Publié dans #Planches

Dans l'antiquité, les héros sont des créatures à mi-chemin entre les hommes et les dieux et possédant pour la plupart une part de sang divin, tels Héraclès (fils de Zeus et d'Alcmène) ou Persée (fils de Zeus et de Danaé) ou encore de Gilgamesh. Comment et pourquoi les civilisations humaines construisent-elles des personnages si exceptionnels que leurs hauts faits demeurent dans les mémoires, alors même que les circonstances historiques s’effacent ? Thésée tue le Minotaure, Alexandre tranche le nœud gordien, Vercingétorix s’oppose à César, de Gaulle lance l’Appel du 18 juin… : le héros est d’abord un homme d’action. Il surgit lorsque la communauté risque de régresser vers le chaos, a besoin de refaire son unité ou de tenter l’impossible. Non dénué d’ambiguïtés, son statut est toujours paradoxal : dieu pour les hommes mais homme pour les dieux. Oscillant entre le religieux et le laïc, le héros participe de la condition humaine tout en la dépassant; il a besoin de la violence et de la guerre pour établir l’ordre et la paix, du chaos pour instaurer un ordre accepté par tous. Cette part divine en eux explique leur force morale et physique alors que leur part d' « humanitude » implique et explique leurs faiblesses et l'incertitude quant à l'issue de leurs aventures. Ce qui les meut est moins noble que ce qui agite les dieux ; il s'agit pour eux d'obtenir une purification qui éliminera leur part humaine, qui en fera des « dieux à part entière » et leur octroiera l'immortalité. Le demi-dieu, c'est le héros idéalisé, vu depuis un présent dégénéré, grandi par la distance temporelle. Héraclès ne meurt pas au sens humain, il est enlevé au ciel sur un nuage en une apothéose que les mythologies réservent à ceux que les dieux acceptent à leurs cotés et qui se nommera, plus tard et en un autre contexte, une « assomption » (latin assumere = accepter consciemment une situation, un état psychique et leurs conséquences). C'est aussi le cas de Persée qui, avec Andromède et Cassiopée, coule dans l'infini des cieux, des jours et nuits paisibles après avoir endurer de rudes épreuves (se rappeler Méduse, terrible gorgone). Ce catastérisme (être changé en astre) figure symboliquement l'ascension céleste du héros, son immortalité. Pour nous, pauvres mortels dépourvus de sang divin, la purification nécessaire serait beaucoup plus longue et difficile ce qui explique qu'elle revêtira une signification plus spirituelle que matérielle. Nous n'avons pas de sang à transfigurer, mais notre esprit, notre éthique se doivent d'évoluer, ce qui implique aussi du courage et les héros sont des modèles à imiter et leurs exploits, leurs victoires doivent nous inspirer quant aux devoirs qui nous incombent. « Quand les dieux veulent nous punir, ils exaucent nos prières ». (O. Wilde)

L'aventure mythologique du héros suit un itinéraire type :

Séparation-Initiation-Retour. Le héros s'aventure hors de son monde habituel et découvre le surnaturel, merveilleux ou terrifiant d'où il revient victorieux, dispensateurs à ses semblables des bienfaits acquis. Par ces actes créateurs découlant symboliquement d'une mort au monde, le héros revient « re-né » empli de force fécondante et source de progrès. Les héros sont qualifiés de « justes », la justice fait ainsi une discrète entrée dans l'histoire. Hésiode n'a pas héroïsé tous les héros guerriers car il aurait sanctifié la fonction guerrière elle-même or son idéal politique de « rois » protecteurs des paysans, sa volonté de créer des idéaux « valables pour tous » impliquent au contraire le rejet ou la transformation de la fonction guerrière. Ses Iles des Bienheureux ne sont pas un « paradis d’Odin» destiné aux guerriers, elles sont un paradis destiné aux « justes ». La théologie rejoint la politique. Les héros sont plus braves parce que plus justes, ils connaissent la peur et peuvent opérer des choix (libre arbitre). Le personnage doit incarner « l’universel dans le particulier », « l’individualité allégorique ou symbolique dans laquelle l'humanité se reflète». Il y a les héros tribaux ou locaux tels l'empereur Huang-Ti, Moise ou le Tezcatlipoca des Aztèques qui n'accordent leurs bienfaits qu'à un seul peuple. Les héros universels, Mahomet, Jésus, Gautama le Bouddha, apportent un message universel. Ridicule ou sublime, grec ou barbare, juif ou aztèque, l'essentiel ne varie que fort peu : le héros est celui qui cherche et qui trouve, qui se trouve, révélation d'un même mystère, l'acte entre tous du héros étant de parvenir à la connaissance de cette unité (intérieur-extérieur) et de la transmettre. Les héros immortels sont entre l'épopée et les cultes. L'héroïsation cultuelle joue un rôle catalyseur. Ce sont les grands ancêtres de la conscience morale. Les héros cultuels ne sont pas « héroïsés » à cause de leurs exploits de vivants mais à cause de l'efficacité qu'on leur reconnaît après leur mort. Le héros devient ce que son culte fait de lui, un être capable de prodiguer ce que, dans l'observance du rituel, on lui demande(en général une protection). Mircea Eliade écrit : « la fonction maitresse du mythe est de fixer les modèles exemplaires de toutes les actions humaines significatives ». La protection apportée par Athénée aux héros Héraclès, Achille, Ulysse, Ménélas, symbolise, selon Pierre Grimal, l'aide apportée par l'esprit à la force brutale et à la valeur personnelle du héros. Le héros lutte contre toute forme de banalisation, d'oppression, d'obsession : c'est Hercule contre le centaure, Thésée contre le Minotaure, forces primitives de l'instinct et de l'inconscient. En occident, St Michel terrassant le dragon, gardien sévère des trésors cachés, symbole du mal et comme tel, l'adversaire qui doit être vaincu pour pouvoir y accéder. En occident, c'est le gardien de la toison d'or et du jardin des Hespérides (filles d'Atlas vivant dans un jardin de pommes d'or symboles d'immortalité). Le Chant de la Perle est un hymne gnostique appartenant aux Actes de Thomas, un célèbre apocryphe chrétien. Il décrit l'histoire d'un prince d'Orient qui part à la recherche de la perle mystérieuse, cachée dans une grotte en Égypte et gardée par un « serpent sifflant » : c'est le récit initiatique par excellence, qui illustre parfaitement le cheminement du manichéen. Au début de sa prédication, Mani suit le courant des communautés chrétiennes créées par Thomas, l'un des Apôtres, où il fait ses premiers disciples. Mani s'est identifié à Thomas, dont le nom signifie « Jumeau ». C'est la figure de lumière qu'il rencontre à douze puis vingt-quatre ans. La quête de la perle symbolise le drame spirituel de la chute de l’homme et de son salut. Elle finit par signifier le mystère du transcendant rendu sensible, la manifestation du Dieu dans le Cosmos. La légende de Siegfried confirme que le trésor gardé par le dragon n'est autre que l'immortalité. Les dieux avaient aidé Siegfried. Étourdi de sa victoire, le jeune homme trempa ses lèvres dans le sang qui maculait l'épée dénommée Nothung. Aussitôt il sentit une étrange mutation s'opérer en lui : le langage des oiseaux, qui commentaient sa victoire, lui était parfaitement compréhensible. Alors Siegfried s'enduisit tout le corps du sang du dragon qui au contact sa peau commença à s'épaissir, se transformant en un cuir impénétrable aux armes. Toutefois, sans qu'il le sentît, une feuille de tilleul vint se coller dans son dos, isolant la peau et ménageant ainsi un endroit vulnérable. Le héros s'enfonce dans les ténèbres (Jonas et la baleine), pour une mort nécessaire au triomphe du Moi sur les tendances régressives. R\ M\ Rilke : « Tous les dragons de notre vie sont peut-être des princesses qui attendent de nous voir beaux et courageux. Toutes les choses terrifiantes ne sont peut-être que des choses sans secours qui attendent que nous les secourions ». La quête du St Graal exige des conditions de vie intérieure rarement réunies. Il faut aller plus loin que Lancelot et Perceval pour atteindre à la transparence de Galaad, vivante image du Christ. C'est le drame de l'aveuglement humain devant les réalités spirituelles, car on est plus attentif aux conditions matérielles de la recherche qu'à ses conditions spirituelles.

Construction de soi en rassemblant ce qui est épars.

Sartre : « l'homme n'est pas la somme de ce qu'il a mais la totalité de ce qu'il n'a pas encore ». La quête et le voyage sont omniprésents dans la légendaire héroïque (légende=ce qui doit être lu). De même que la révolte contre le père, symbole de l'autorité et du pouvoir établis : Lancelot « drague » la femme d'Arthur, Jésus doute du Dieu son père ; Persée fut la victime de son grand-père Acrisios qui le confia au hasard des flots dans un coffre de bois ; après maintes aventures (victoire sur Méduse), lors de sa participation aux jeux de Thessalie, il lança le disque, ce dernier déviant de sa trajectoire tuant un spectateur qui n'était autre qu'Acrisios, l'oracle était accompli ! Les voyages font partie des épreuves préparatoires à l'initiation, comme dans les mystères grecs, dans la Franc-maçonnerie et dans les sociétés secrètes chinoises. Le voyage symbolique s'effectue aussi post-mortem (livre des Morts égyptien et tibétain) et représente la progression de l'âme prolongeant la manifestation humaine, le but supra humain n'étant pas encore atteint. L’intuition de l’illimité est essentielle au sublime. La lance et l'épée sont des attributs communs aux héros. La lance, symbole axial, phallique est le complément du chaudron, du vase. L'épée est en rapport avec l'eau (Excalibur) et avec le dragon ; rappelons-nous quelques épées célèbres : Durandal, Hauteclaire, Joyeuse ; symbole bivalent, elle sépare le bien du mal. Après les épreuves, le héros est confronté au retour : Jason et les Argonautes, Ulysse dans l'Odyssée. Ce retour est souvent labyrinthique. Après bien des épreuves, une nuit épaisse enveloppa le bateau ; Jason supplia Apollon d'éclairer son chemin, un long trait de feu sillonna le ciel illuminant une île blanche où ils purent jeter l'ancre ; ils appelèrent cette ile « Anaphi », ie île de la révélation. En grec ancien, Ἰάσων / Iásôn, signifie « le guérisseur » ! Ce retour est une résurrection, un exemple pour les autres, un encouragement au dépassement de soi-même. Phase finale du cycle, éternité appréhendée comme sans fin ni commencement. Les combats mythiques illustrent les errements et les doutes de tout homme, alternant élans spirituels et chute dans le pervertissement ; le mythe, par son contenu symbolique annonce un présent conflictuel à surmonter et le projet d'un avenir à réaliser. Le héros est le champion du devenir et non du passé. « Il est plus facile d'être héros qu'honnête homme. Héros nous pouvons l'être une fois par hasard ; honnête homme il faut l'être toujours ». (Pirandello) Mais avec le temps, le mythologique devient profane et les anciennes images ne sont plus ni acceptées ni comprises. Les dieux de l'Olympe ne sont que des débauchés entourés de déesses perverses ! « Il n'était pas un des dieux qui n'eut mérité le bûcher s'il avait été jugé selon ses mérites ». (Racine). Il en fut de même en Chine, où sous l'influence du Confucianisme, les anciennes formes du mythe se sont vidées de leur valeur originelle. Lorsque la poésie du mythe cède le pas à la biographie, à l'histoire ou à la science, elle est détruite. Lorsqu'une civilisation réinterprète sa mythologie de sorte que la vie s'en échappe, les Temples deviennent des musées. « A la première fissure dans l'idéal, tout le réel s'y engouffre ». (J. Rostand) Aujourd'hui, tous ces mystères se sont affaiblis, leurs symboles n'intéressent plus notre psyché. Les sciences sont descendues des cieux et leur focalisation sur l'homme (anthropologie et psychologie) marque un transfert de l'étonnement humain. Ce ne sont plus ni les mondes animal et végétal ni la magie des sphères mais l'homme lui-même qui est devenu le mystère crucial. L'humanitaire n'est-il pas en passe de devenir la nouvelle religion de l'humanité ? L'idée humanitaire n'est-elle pas en train de se substituer aux préceptes des religions traditionnelles pour devenir la nouvelle loi d'amour universelle ? Ce concept n'est-il pas devenu l'ultime moyen de trouver un sens à la vie ? Ou encore, l'humanitaire serait-il l'agent rédempteur d'un siècle qui a sécrété l'univers concentrationnaire ? Le recul relatif des religions dans l'Occident chrétien et la disparition des idéologies qui entretenaient le sens du sacré au sein des communautés ont occulté la question du sens de la vie, particulièrement à une époque où prédominent les valeurs du profit, de l'argent, de la notoriété et de la recherche du bonheur matériel ; la morale laïque, comme les religions chrétiennes traditionnelles, ne répond pas au besoin de transcendance et d'idéaux supérieurs à la vie. En témoignent d'autres formes de spiritualité, le retour aux sectes, la redécouverte du bouddhisme, etc. L'homme ne peut vivre sans transcendance s'il veut donner un sens aux expériences de l'existence, de la souffrance, de la mort, de l'amour, du bien et du mal. Mais cette transcendance, et c'est là un fait nouveau, ne serait plus celle d'un Dieu qui s'impose à nous, elle ne serait plus déduite d'une révélation, mais elle partirait de l'homme lui-même. L'humanisme moderne donnerait-il accès à une spiritualité authentique enracinée dans l'homme ? Au cours des siècles, le contenu de la révélation chrétienne s'est humanisée. Le respect de la personne humaine, le souci de l'autre, de sa dignité et de sa souffrance ne sont plus des principes dont le christianisme aurait le monopole. Est-il besoin même d'être croyant pour adhérer à la philosophie des droits de l'homme ? Luc Ferry, dans son livre « L'homme-Dieu ou le sens de la vie », souligne la soif d'éthique qui caractérise notre époque et qui se traduit par la prolifération des organisations humanitaires, leur combat incessant pour le respect des droits de l'homme, contre le racisme et l'exclusion. L'éthique qui anime ces organisations implique toujours l'idée du sacrifice, mais l'auteur démontre que l'éthique laïque renforce l'idée du devoir, en ce sens que le sacrifice de soi ne s'exerce plus au nom de Dieu, de la patrie ou d'une idéologie quelconque, mais qu'il est « librement consenti et ressenti comme une nécessité intérieure ». Le dévouement trouve sa source exclusive dans l'homme lui-même, et le sacrifice - qui est manifestation du souci de l'autre - agit comme un indispensable contrepoids au seul souci de soi. Autrefois réservé à la divinité, l'amour s'est humanisé jusqu'à réconcilier égoïsme et altruisme. Cette idée est partagée par Alain Finkielkraut, qui, analysant le XXème siècle dans son ouvrage « L'humanité perdue », voit dans l'humanitaire un des moyens de réparer les méfaits d'un siècle qui a créé l'univers concentrationnaire et rendu meurtrière l'idée même d'humanité. Finkielkraut fait écho à Ferry pour souligner que l'humanitaire moderne ne distingue pas le blessé de droite de celui de gauche : le sauveteur suit son premier mouvement qui est celui du cœur. « C'est désormais le cœur qui a raison de l'histoire et l'émotion qui retrouve ses droits ». Cette quête du sens de la vie, cette recherche de repères moraux, ce bouillonnement d'idées autour de l'humanitaire sont des phénomènes essentiellement occidentaux. Les vraies victimes du « désenchantement du monde » se repèrent surtout dans l'Occident chrétien, et plus exactement dans les milieux catholiques européens Comme le dit Jean Daniel, « ni les musulmans d'Occident, Turcs, Marocains ou immigrés, ni les juifs de partout, ni même la majorité des protestants d'Amérique ne paraissent courir, angoissés, après leurs repères égarés ». Il convient de relativiser les choses et de se garder de tomber dans la généralisation. Ce qui transforme finalement l’homme en personne, c’est sa qualité d’être libre. L’humain se définit par sa liberté, car c’est cela qui donne sens à ses actes : si le Bien et le Mal ont un sens, s’ils doivent, du moins, en avoir un, il faut supposer l’homme capable de choisir entre eux. L’homme n’est homme que par sa liberté. Le sage est celui qui parvient à vivre au présent, c'est-à-dire à dépasser toutes ses peurs qui viennent des deux maux pesant sur l'existence humaine : le passé et le futur. Pourquoi ? Parce que le passé nous tire toujours en arrière par des sentiments très puissants que l'on appelle «nostalgie », « regret », « remords », « culpabilité ». Au contraire, lorsque l'on n'est pas retenu par le passé, on se précipite dans le futur et ses illusions. C'est le mirage selon lequel tout ira mieux quand on aura changé de coiffure, de maison, de voiture ou de femme... Tout nous porte à une addiction au superflu présenté comme indispensable. Désirs qui prouvent nos manques et si chaque souffrance particulière à quelque chose de risible confrontée à la souffrance universelle, chaque souffrance particulière a quelque chose de sublime, parce qu'elle participe de la souffrance universelle. La définition du sage grec est celui qui regrette un peu moins, qui espère un peu moins et qui aime un peu plus. La question est en somme de savoir si dans notre univers culturel il y a place pour un merveilleux qui soit nôtre ou si le destin du merveilleux depuis le XVIème siècle est d'être une fois pour toutes le merveilleux des autres - que les autres soient les Anciens, les sauvages ou les enfants. Si le merveilleux a partie liée avec la croyance, il devient factice quand on cesse d'y croire ; la merveille abandonnée, falsifiée, réduite à un clinquant ou à un vernis, n'a plus que le pouvoir d'abuser. L'histoire du concept de merveilleux est en grande partie une histoire du retrait du merveilleux. A partir du XVIème siècle, la place du mythe est occupée par le « grand code », la Bible, en attendant d'être envahie par la science. L'imaginaire n'est plus une voie féconde vers l'inimaginable, mais un obstacle importun sur le chemin de la pensée. Le merveilleux est étonnement, il est d'abord perturbation du temps : « Dans l'étonnement, nous sommes en arrêt » (Heidegger). Pour accomplir notre véritable destinée, nous devons être guidés non par un mythe de notre passé mais par une vision de notre avenir. « La croyance dans le bonheur à venir, a dit un philosophe, c’est plus que la moitié du bonheur présent ».

J'ai dit.

www.ledifice.net

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L'Amour de l'Humanité peut-il conduire au Sacrifice de notre Vie ?

14 Septembre 2015 , Rédigé par J\ T\ Publié dans #Planches

A une telle question, je serai tenté de répondre de façon lapidaire : Oui, par essence ! Encore faudrait-il définir les notions d'Amour, d'Humanité et de Sacrifice … C'est ce que nous nous attacherons de faire dans une première partie puis nous tenterons, à la fois au travers de notre démarche Initiatique et de notre Rite, de démontrer la justification comme la nécessité de tourner nos actes au service des autres .

A) Aspect ontologique :

Qu'est-ce que la vie ? Est vivant tout ce qui est donné de l'expérience dont on peut décrire une histoire comprise entre sa naissance et sa mort ; ainsi la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort. La mort est présente dans la vie, à la fois comme trame universelle et échéance inéluctable de ses formations diversement organisées de façon à la fois cohérente et fragile. Paradoxalement, ce qui caractérise le vivant est le phénomène d'usure progressive et de cessation de ces fonctions, plus que leur existence même.La valeur de la vie et la vie comme valeur, ne s'enracinent ainsi que dans la connaissance de son essentielle précarité, ce que J.L. Borges exprimait ainsi : « Tout chez les mortels a la valeur de l'irrécupérable et de l'aléatoire » (l'Aleph). Partant de ce postulat, on en déduira aisément que notre propre vie n'a de raison qu'à travers les actions qui la sous-tendent, actions sur le milieu extérieur, soit la société et les hommes qui la composent. Nos actions au sein de la société impliquent elles donc un certain Sacrifice ? Le sacrifice comporte deux pôles : d'un côté on offre, de l'autre on se prive de ce que l'on offre … Du point de vue de la morale, il s'agit d'une vertu de renoncement dans la construction de l'Homme authentique. Cette définition rejoint la conception Chrétienne qui, dépassant le rite pour aboutir à la morale, ne reconnaît d'autre sacrifice que celui qui est sacrifice de soi, renoncement et altruisme. L'ultime aboutissement serait l'Altruisme Absolu qui fixerait le chiffre de son mouvement vers l'autre, le tout autre. Plus simplement, l'altruisme est une attitude morale qui, par delà toute crainte et même toute norme, privilégie autrui. L'altruisme manifeste un débordement de l'amour propre naturel et du désir érotique qui porte vers l'autre. On est tout de même aux confins de l'exceptionnel et du transcendant : l'individu, par l'autre et pour l'autre, est élevé au dessus de lui-même … A ce sujet, on notera que la célébration de l'amitié dans la philosophie ancienne et également chez Montaigne, exprime remarquablement la rareté et le bienfait inattendu de cette générosité qui met l'autre au dessus de soi et fait de cette relation le lieu d'une vie nouvelle. L'altruisme n'est pas cependant qu'une affaire de sentiments, il est décision pour l'humanité de tous, y compris l'accomplissement de soi ; l'avènement de la conscience de soi n'est que la rencontre d'une conscience avec une autre conscience. Ainsi, tout ce qui est, a besoin, pour l'être, de quelque chose qui lui manque. Qu'il y ait partition ou association, c'est toujours sur autre chose que débouche la recherche d'un équilibre : Etre, c'est de ce point de vue, avoir besoin d'autre chose que soi, par essence même, être c'est appeler ce qui est en soi comme une absence. Le mystère d'autrui n'est pas autre chose que le mystère du Moi et cela, seul autrui le révèle, le fonde et le justifie. Notre propre notion d'existence se reflète ainsi dans le miroir de l'autre et débouche sur la notion sociale d'humanité et d'humanisme : cette idée que l'homme se fait de lui-même dans son plus grand accomplissement intellectuel, moral, voire religieux ou esthétique en réalisant une synthèse harmonieuse de la connaissance et de la vertu, nous rendant plus humain et permettant de réaliser en nous l'accomplissement d'un modèle anthropique, d'un idéal : L'humanisme est retournement de soi et action juste face à l'autre ( le Souverain Bien de Sénèque ). Partagés entre le besoin que nous avons des autres et la volonté d'être nous-mêmes, entre le sentiment de notre identité et celui de notre singularité, entre ce qui nous est propre et ce qui nous dépasse, nous trouvons au cœur même de notre déchirement un immense sentiment de compassion pour tout ce qui est, pour tout ce qui vit. L'amour inconditionné de toute vie, n'est il pas un feu qui embrase le cœur des Initiés et qui les pousse à tout faire en sorte pour rétablir le respect de la Règle et de l'Ethique, à faire régner l'Ordre sur le Chaos, à exalter les nobles sentiments, en un mot à rénover incessamment la société et les hommes ? Dans cette conception, le sacrifice de sa vie implique donc non point une immolation physique du Moi mais bien évidemment le don de Soi, au service des autres, au service d'un idéal tourné vers le Bien, le Beau et le Juste …


B ) Aspect Maçonnique :

Lors de l'Initiation au 1er degré, Il est clairement exprimé : Je cite : « L'Ordre maçonnique dans lequel vous demandez à être admis pourra peut-être un jour exiger que vous versiez jusqu'à la dernière goutte de votre sang pour sa défense et pour celle de vos frères. Le cas échéant, consentiriez-vous à faire ce sacrifice ? ». Et l'impétrant de répondre immanquablement : « Oui, Monsieur ! » L'engagement qui s'en suit est éloquent: « Je préférerais avoir la gorge coupée plutôt que de manquer à mon serment … » ! ( lourd d'implications pas toujours respectées ) … Pris au premier degré, cela signifie évidemment qu'en des circonstances exceptionnelles tout homme et plus particulièrement le Franc-maçon devrait, et même doit parfois, accepter de mourir pour sauver son idéal … Cela s'est déjà vu et plus souvent qu'on ne croit ( Jean Moulin avait tenté de se suicider en se tranchant la gorge, de peur de parler sous la torture ! ) … Toutefois l'ultime sacrifice ( mourir pour que l'autre vive ) peut-être aussi vain qu'inutile parce qu'en fin de compte chaque vie est autant insignifiante qu'indispensable tant qu'elle n'a pas accompli son destin … Accepter de mourir, oui, mais comme disait Brassens : « Mourrons pour des idées mais de mort lente » … Symboliquement, le grain de blé doit mourir pour germer et donner de nombreux épis, certes, mais pas être coupé avant qu'il ne soit mûr …( Le sacrifice aurait été vain ! ). S'il est donc certain que l'Homme possède par essence la capacité de donner sa vie pour qu'une autre s'éveille (pour ses enfants, par exemple) Il faut cependant prendre la notion de sacrifice à un second degré, plus subtil mais aussi peut être plus complexe, long et difficile à mettre en œuvre. Ainsi, passé le premier sacrifice qui consiste à se dépouiller du « vieil homme » dans le Cabinet de Réflexion, c'est à dire d'y abandonner ses préjugés et ses servitudes, la démarche Maçonnique est avant tout libératrice dans la mesure où elle est volontaire et non dogmatique. Encore une fois, l'instruction du grade d'Apprenti est explicite à ce sujet : Nos outils sont la Règle, le Maillet et le Ciseau … Cela implique impérativement que toutes nos heures doivent être utilement employées, que c'est la volonté de perfectionnement qui nous anime et que nous devons rendre notre « pierre » conforme à son emploi pour devenir un membre utile et conscient de la société … Cela signifie qu'une fois opéré le travail de « réflexion » sur nous même, toutes nos actions doivent tendre vers un idéal humaniste et non point se contenter d'un repli égotiste qui consisterait à s'enrichir d'une connaissance qui ne serait point partagée … Je citerai encore Brassens : « Il ne faut jamais garder une bouteille ni une poignée de main par devers soi » ! En aparté, cette expression quelque peu truculente et digne de Rabelais témoigne, à mon sens, d'un état d‘esprit qui doit animer le Franc-maçon et que le Rite exprime par « l'Agapè » … (au sens étymologique du terme et non dans ses dérives ou ses « bacchantes » : Ne confondons pas en effet la « dive bouteille » avec la « substantifique moelle » !). Dans cette acception, le sacrifice c'est le partage : c'est donner un peu de soi pour atteindre une certaine communion avec tous, c'est se rendre utile socialement parlant ; symboliquement encore, c'est partager le pain … C'est d'ailleurs l'étymologie du mot Compagnon ! Enfin, pris au dernier degré, les concepts d'amour, de sacrifice et d'humanité se confondent et se complètent dans une résolution harmonieuse qui doit synthétiser l'action du Maître-Maçon à l'issue d'un parcours initiatique, sans fin certes mais possédant bien une origine et une destinée : Renaître, croître et enfin rayonner … ce dernier aspect étant le seul et unique but de la « Mort et de la Renaissance Initiatique » … Là se situe alors le sacrifice au sens Maçonnique du terme, c'est à dire l'expression de la notion d'accomplissement dans la mesure où l'homme est sans doute un pont et non un but ! A ce prix nous retrouvons alors notre origine : Poussière, oui, mais poussière d'Etoile (suivant la merveilleuse expression poétique d' H. Reeves)… A ce sacrifice correspond alors un enrichissement mutuel comme un ensemencement symbolique, mais pourtant existentiel, de l'espace et du temps qui fait que l'accomplissement d'un destin inéluctable de l'homme vers la mort n'est que la réalisation du « Soi » sans aucunement aliéner notre « Moi » … Au sens Biblique ( puisque nous ouvrons nos Travaux sur l'Evangile de St Jean et sans vouloir générer quelque malaise au Croyant comme à l'Agnostique ), il est clairement exprimé cette notion d'achèvement de l'accomplissement de soi à travers le destin et l'avènement de l'autre, du tout autre, thème éternel correspondant ainsi à nos interrogations les plus secrètes : « D'où venons-nous ?, qui sommes-nous ?, où allons-nous » ? A cela pourrait-on rajouter l'ultime interrogation d'un certain scepticisme cartésien nullement ennemi de la Foi : « Pourquoi » ? La Franc-maçonnerie ne prétend pas répondre à de telles questions mais, en revanche, elle autorise à l'impétrant « mis sur la Voie » la prise de conscience d'une certaine connaissance, que je qualifierai d'héréditaire ( puisque transmise de générations en générations ), de certaines parcelles de la Vérité Ineffable : ce que de façon symbolique nous nommons « La Lumière » … Et cette Lumière ne nous appartient pas, mes Frères ; nous n'en sommes que les dépositaires, les simples « gardiens » dont le but existentiel se résume à transmettre sans pour autant posséder … Là se situe le sens du sacrifice et la notion de don de soi-même dans la mesure où l'on ne doit point espérer quant à nous mais bien pour l'autre, le tout autre … Ainsi, l'Amour d'autrui, l'Amour de l'Humanité en général, devient à la fois un moteur et une justification de nos pensées comme de nos actes … Ne rêvons pas cependant car, comme je vous l'ai exprimé plus haut, c'est une nécessité liée à l'expression même de notre propre essence, de notre destin, que l'on peut résumer ainsi en paraphrasant le poète : « Je suis Homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ». Accepter de le comprendre comme tel, c'est accomplir les potentialités qui sont en l'homme au delà de ses chimères, de ses tourments et de sa futilité, ce qui le rend justement perfectible et donc capable de transcendance … C'est peut être réaliser quelque part notre finitude comme notre raison d'être, en quelque sorte une propre justification de notre existence, tout aussi banale qu'exceptionnelle … ?

C) Conclusion

L'amour de l'Humanité peut-il donc nous conduire au sacrifice de notre vie ?
Oui, sans aucun doute si nous tournons les actes de notre vie au service d'un idéal … La Franc-maçonnerie nous suggère au travers du Rite un certain « possible » qu'il nous appartient de réaliser « humainement » et tout à fait à la mesure des Frères qui la composent. Si l'idéal semble inaccessible par essence, la réalité Maçonnique de chacun comme de tous peut se réduire très simplement comme tel : Je cite : « La Franc-maçonnerie a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes ; c'est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : Obéir aux lois de son pays, vivre selon l'honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l'Humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique » … Plus avant, au stade de l'Apprenti censé avoir lu les Constitutions, il est dit entre autre : « La Franc-maçonnerie a pour but le perfectionnement de l'humanité … Les Francs-Maçons se reconnaissent comme Frères et se doivent aide et assistance, même au péril de leur vie. Ils doivent de même porter secours à toute personne en danger … Dans la recherche de la Vérité et de la Justice les Francs-Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite … etc. Alors, mes frères, même si ces assertions vous semblent situer notre idéal assez haut dans l'échelle des valeurs, devrais-je vous rappeler qu'elles furent acceptées et surtout librement consenties lors de votre accession au premier degré, au delà de toute considération ontologique, morale, religieuse ou philosophique ? … Je terminerai en vous rappelant encore une fois l'essence primordiale du troisième voyage au 1er degré du R\E\A\A\ ? (oui, je sais, je l'ai déjà dit, mais je le dirai encore jusqu'à ce que je sois sûr que vous l'ayez bien compris !). Je cite : « Puisse le Feu qui vous a enveloppé se transmuer dans votre cœur en un amour ardent pour vos semblables, puisse la Charité inspirer désormais vos paroles et vos actions ! ». Ainsi associé à la Connaissance, l'Amour, acte de foi, est intention : « L'Amour est intention par excellence », non plus comme volonté formelle mais bien exprimée dans son contenu, c'est à dire comme bienveillance. Le Rituel nous le dit explicitement : « Pénétrez-vous du principe positif de la Franc-maçonnerie : Fais aux autres tout le bien que tu voudrais qu'ils te fissent à toi-même » ! L'invocation, du GADL'U rappelle aux Francs-maçons qu’ils ne travaillent pas à leur propre gloire ni à développer leur intelligence au profit de l'égo orgueilleux mais qu'ils doivent justement utiliser cette intelligence et leur cœur pour servir la dimension spirituelle de l'homme. Le Rituel nous ramène ainsi à notre besoin intime d'Unité profonde et peut nous conduire à une action réelle tournée vers les autres, au service du Bien, du Beau et du Juste …
« Elevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière » !

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Allégeance et soumission

4 Septembre 2015 , Rédigé par X\ M\ Publié dans #Planches

Titre de la planche que m'a proposé notre VM en cette fin d'année où je passais la porte du solstice d'hiver en votre compagnie morale. Après avoir défini ces notions de manière profane avec quelques illustrations, je vais essayer d'étudier comment elles ouvrent sur des vertus du maître secret et notamment celles d'obéissance et de devoir.

La soumission

La préposition sous souligne la sujétion. Soumettre, c’est mettre en état de dépendance par la force. Se soumettre, c’est céder à la force. C’est souvent une capitulation. La soumission est fille de la violence. Celle-ci s'exerce en général contre la volonté du soumis, sauf dans certains cas particuliers de manipulation mentale. Au Moyen-âge, dans les pays islamiques, les infidèles juifs ou chrétiens avaient la vie sauve car ils étaient enfants du Livre. Soumis, ils devaient payer une taxe. A noter que le terme d'Islam signifie en lui-même soumission. A quelles lois sommes nous soumis ? Tout d’abord aux lois universelles incontournables : les lois physiques, telles la gravitation, les lois chimiques et biochimiques qui règlent la vie de notre corps et dont la violation se traduit par la maladie. La soumission à ces lois ne supporte aucune discussion et de ce fait ne sera pas développée. Dans l'exemple de la néoplasie, nos cellules, par défaut héréditaire ou surtout par acquisition d'anomalies génétiques, retrouvent leurs potentiels de multiplication, tout en perdant leur soumission aux signaux régulateurs de l'organisme. La grande loi divine, mais elle ne concerne que ceux qui croient sauf à y prélever ce qui nous convient et en faire un matériau de notre propre morale comme par exemple: "tu aimeras ton prochain comme toi-même", "tu ne tueras point". La loi comme " prescription établie par l'autorité souveraine de l'état, applicable à tous et définissant les droits et les devoirs de chacun ".Cette loi, élaborée par des hommes pour des hommes, peut être soit imparfaite soit mal appliquée. Doit on être soumis à des lois que quiconque et surtout des professionnels habiles s'échinent et souvent réussissent à contourner voire à détourner ? Ne doit-on pas obéir au fond de la loi plutôt qu'à la forme ? Les lois sont l'émanation du pouvoir en place quel qu'il soit et ont pour but la conservation de ce pouvoir à tel point qu'à chaque alternance, le nouvel arrivant ne remet pas en cause la législation antérieure. Que doit-on faire lorsque la loi n'est pas bonne? Faut-il toujours y être soumis? L'insoumission devient alors conforme à la loi morale, comme pour la loi qui interdisait l'avortement, désobéir a été un moyen de la faire changer en mettant le législateur devant le fait accompli. Pour une fois la proposition est venu des concernées et non des professionnels de la politique soutenus par un lobby religieux. Quelque soit notre opinion, la loi Veil a été l'occasion de révéler un grand moment de démocratie. Je pense aussi à ceux qui ont bravé les interdictions de dissection des cadavres, sans leurs volontés où en serait la médecine aujourd'hui ? Bien d'autres exemples démontrent que la désobéissance civique est source de progrès et que l'obéissance civique est source d'immobilisme. Je vais maintenant poursuivre par quelques autres exemples de soumission, sans aucune prétention d'exhaustivité mais d'illustrations. Dans les différents types de contrat social, le curseur se déplace du pactum societatis ou pacte d'association au pactum subjectionis ou pacte de soumission. Dans le premier, les individus décident d'abandonner l'état de nature et de se constituer en corps social. Ils renoncent donc, au profit de la collectivité du peuple qui devient souveraine, à tout ou partie de leurs droits naturels et obtiennent en échange des droits civils. Dans le second, un contrat de gouvernement est conclu entre le peuple et un chef qui acquiert la souveraineté et s'engage en contrepartie à l'exercer en vue de certaines fins tout en sauvegardant les droits du peuple et des individus. Bien sur, dans ce dernier exemple, le chef prétend très souvent détenir le pouvoir en vertu d'attributs personnels et en raison d'un mandat reçu du ciel, des dieux ou des ancêtres royaux, ce qui lui permet d'agir au nom de la tradition considérée comme inviolable et d'exiger une soumission dont la rupture équivaut à un sacrilège. La relation au sacré restant toujours apparente, car c'est en s'y référant que ce type d'état affirme sa légitimité, élabore ses symboles les plus révérés, exprime une part de l'idéologie qui le caractérise. En vacances à Perpignan cet été, je visitais le palais des rois de Majorque. Pour accéder à la salle du trône, les militaires devaient obligatoirement passer sous une porte basse et étroite, ce qui dans ce cas, symbolisait un acte de soumission. Je reparlerai de ce point. Avignon , ville de mon adolescence, mais surtout lieu de résidence temporaire des papes au Moyen âge, ajouta une troisième clef à ses armoiries en symbole de la soumission de la ville à la puissance de l’église. Rappelons que les deux Clefs qui figurent sur les armoiries papales font allusion au pouvoir de « lier ou de délier » que jésus donna aux apôtres, mais renvoient aussi à la possibilité alchimique de coaguler et dissoudre l’or et l’argent. La clé d’or servant à lier. La clé d’argent à délier. A propos d'adolescence, c'est l'âge où l'insoumission doit être la règle car elle sert à la construction. Un adolescent soumis en paiera le prix à un moment donné ou à un autre. Cela pourrait se traduire par une crise de milieu de vie (45/55) ou alors par d'autres pathologies, notamment l'anorexie mentale. Cette adolescente d'une soumission sociale et familiale exemplaire antérieurement se soumet maintenant à un régime alimentaire aberrant persuadée, de manière déréelle, qu'elle est trop grosse, affirmant qu'elle n'a pas faim. Elle affiche un mépris indulgent vis-à-vis des parents, qui ne comprennent pas qu'elle se soit donné un projet qui la détourne des satisfactions corporelles, au profit d'un idéal intellectuel et moral allant de pair avec le désir d'obtenir une minceur qu'elle ne trouve jamais suffisante. Actuellement à la famille hiérarchique, fondée sur l'autorité du mari et du père et sur la soumission de la femme, est substituée une famille égalitaire où les époux, indépendants mais solidaires l'un de l'autre, décident ensemble du gouvernement de la famille. L'indifférenciation croissante des rôles masculin et féminin, la revendication de liberté individuelle et les contraintes de la vie sociale et professionnelle s'unissent pour fragiliser la vie commune en famille même si elle apparaît plus authentique lorsqu'elle réussit. En droit français on utilise la substitution des clauses de la règle hiérarchiquement supérieure à celles de la règle inférieure, qui par hypothèse la méconnaîtrait. Par exemple : la soumission du contrat individuel de travail à la convention collective qui permet de supprimer les clauses contraires de l'accord individuel pour être remplacées par celles de la convention collective, souvent plus avantageuses. D'une manière plus globale, la soumission de la législation française à la législation européenne n'est pas sans poser quelques problèmes. Existe t'il une soumission librement consentie ? En fait non, dans ce cas il s'agit de la conséquence d'un procédé de persuasion qui conduit à donner l'impression aux individus concernés qu'ils sont les auteurs de certaines décisions. De cette manière, une personne pourrait ainsi modifier son comportement, ses objectifs et ses choix avec le sentiment d'être responsable de ces modifications. Cette « responsabilisation » a pour objectif de conduire une personne à prendre plus rapidement et plus facilement une décision qui peut ou non lui être bénéfique mais qui est surtout favorable à celui qui use de cette méthode. Ce procédé s'apparente à une manipulation, d'autant plus qu'elle fait usage de pression pour arriver à ses fins. Il est utilisé en vente directe, et peut contraindre un individu à faire un achat dont il n'avait ni l'envie, ni le besoin.

L'allégeance

On fait acte d’allégeance. Ce peut être une démarche personnelle, ou imposé politiquement, notamment au temps de la féodalité d'où ce terme provient : c’était par définition le serment de fidélité de l’homme libre à un plus puissant que lui, qu’il désignait comme suzerain. Encore fallait-il que celui-ci l’acceptât, car en contrepartie il devait protection à son vassal. L'hommage lige implique un renforcement de l'hommage ordinaire; l'homme lige est tenu à tous les devoirs, positifs et négatifs, qu'entraîne l'hommage ordinaire; mais la ligéité implique un lien encore plus étroit. Le vassal lige est tenu de servir à ses dépens le suzerain, tant que dure la guerre que celui-ci soutient contre ses ennemis. La ligence est une véritable ligue offensive et défensive. Revoyons les origines de la féodalité d'ou découle ce concept : Les rois du haut Moyen Âge étendaient leur autorité, leur ban, sur tous les hommes libres ; ils les conduisaient au combat ; ils présidaient les assemblées où se rendaient la justice. Loin de leur palais, des représentants recevaient délégation de ces pouvoirs, ainsi qu'une dotation de terres qui constituait leur rétribution. Les Carolingiens, pour affermir leur emprise sur la population d'un empire devenu très vaste, jugèrent bon d'utiliser les pratiques privées de la vassalité déjà en usage dans les maisons des grandes familles aristocratiques. Ils exigèrent de tous ceux qui exerçaient le pouvoir en leur nom qu'ils devinssent leurs vassaux, en se recommandant, en se confiant à eux, par un engagement personnel très strict, qui devait durer jusqu'à la mort et qui obligeait à n'entreprendre aucune action préjudiciable au seigneur. Ils s'attachèrent de la même manière les plus puissants de leurs sujets et engagèrent les membres des aristocraties locales à se lier semblablement aux comtes (qui étaient liges du suzerain franc). Un réseau de dévouements individuels se tissa de la sorte, qui doubla celui des obligations publiques. Ce dernier s'en trouva quelque temps renforcé, mais peu à peu la mentalité du compagnonnage s'insinua dans les cadres de l'État : on pensa servir le roi, non point en vertu du ban dont il était investi, mais en fonction d'un contrat privé d'allégeance que certaines circonstances autorisaient à rompre. La délégation d'un office public prit insensiblement l'allure d'un « bénéfice », d'un cadeau que le suzerain se devait de consentir à son vassal, en récompense de sa fidélité, et qu'il ne pouvait lui reprendre sans grave manquement de sa part. Je ne résiste pas au plaisir de vous évoquer le baiser sur la bouche qui venait sceller le serment d'allégeance prêté par le vassal à son seigneur. Il apparaissait comme une manifestation parmi d'autres de l'amitié entre chevaliers. La révolution française a amené une transformation radicale des rapports de production, elle détermine un avant et un après, repérables matériellement, d'abord dans les institutions, ensuite dans les relations réelles entre les individus. Aux rapports personnels d'allégeance s'est substituée la relation entre des citoyens libres, libres de disposer de leur capital : pour une minorité, les moyens de production et pour la majorité, la force de travail. C'est sur la constitution fille de cette révolution que se prêtent beaucoup de serments d'allégeance modernes. En particulier, les présidents des États-Unis d'Amérique, les juges, et le personnel militaire font serment d’allégeance à la constitution. La nationalité est un lien juridique et politique unissant une personne à un État déterminé. Ce lien, encore appelé allégeance, se manifeste par des devoirs de l'individu envers l'État dont il est en quelque sorte le sujet (obligations militaires, loyalisme, dont le défaut peut dans certains cas entraîner la perte de la nationalité) et, en sens inverse, par la protection diplomatique que l'État exerce sur lui. L'appartenance du national à la population constitutive de l'État le fait accéder à un certain statut privilégié - notamment à la jouissance des droits politiques -, dont sont exclus les étrangers. Le droit international reconnaît à chaque État une compétence exclusive pour définir ses nationaux. Le problème est donc, pour chaque législateur, de déterminer les rattachements qu'une personne doit présenter avec le pays d'accueil pour obtenir sa nationalité. Certains États, comme l'Allemagne, ont une conception ethnique de la nationalité et retiennent quasi exclusivement la filiation envers un national, ce qu'on appelle le jus sanguinis, le droit du sang. D'autres États, surtout en Amérique, dont le peuplement s'est fait par voie d'immigration, retiennent à titre principal la naissance sur leur territoire - le jus soli, le droit du sol. La volonté de la personne est également prise en considération, et elle est même requise par les droits qui ont une conception élective de la nationalité selon laquelle la nation n'existerait que par le consentement de ceux qui la composent. Je vais conclure la partie profane de ce travail par le poème Allégeance de René Char.(1947). Pour le comprendre, la principale clé est que mon amour représente la poésie dont le poète est l’amant et à qui il fait allégeance. Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima? Il cherche son pareil dans le voeu des regards. L’espace qu’il parcourt est sa fidélité. Il dessine l’espoir et léger l’éconduit. Il est prépondérant sans qu’il y prenne part. Je vis au fond de lui comme une épave heureuse. A son insu, ma solitude est son trésor. Dans le grand méridien où s’inscrit son essor, ma liberté le creuse. Dans les rues de la ville il y a mon amour. Peu importe où il va dans le temps divisé. Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler. Il ne se souvient plus; qui au juste l’aima et l’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ? La soumission n'existe pas en franc maçonnerie, même si elle est évoquée à plusieurs reprises. La soumission apparente n'est qu'une interprétation profane. le premier voyage de Maître Secret apprend à distinguer l'autorité personnelle et la puissance des institutions. Humilité devant les secrets de la vie. Soumission aux lois de la nature dont nous sommes partie intégrante. Ce point a déjà été développé. Dans l'aspect fondamental du quatrième grade, le récipiendaire est un serviteur du temple qui accède au rang de Lévite. Les lévites, descendant de la tribu de Lévy, héritier de la tradition mosaïque avait un ministère sacré différent de celui des prêtres. Il leur était défendu d'entrer dans le sanctuaire proprement dit et de s'approcher de l'arche d'alliance, mais ils assistaient les prêtres dans la préparation des sacrifices. Existe t'il une porte entre les ministères ? Revenons au rituel d'initiation au premier degré : Jules Boucher précise que : « Le profane, en pénétrant dans le Temple, doit se courber, non en signe d’humilité, mais pour marquer la difficulté du passage du monde profane au plan initiatique. » L'interprétation de la porte basse n'est donc pas soumission, mais c'est au contraire un symbole de construction. Elle s’apparente à une clé en ouvrant le voyage réparateur et fondateur dont les mystères doivent révéler l’homme à lui-même. C’est la conscience en éveil axée sur une dynamique d’engagement, de lâcher prise, sur un ressenti. La posture du passage symbolise l’humilité dont nous devons faire preuve au quotidien durant nos travaux. Il s’agira d’écarter ce « moi » promoteur, mis en exergue dans le monde profane, pour oser entrer en introspection, sur le « soi ». Il faudra constamment remettre en cause toutes nos certitudes, écouter et tenir compte des opinions que nous négligions jusqu’alors, pour nous guider vers la vérité. Il faudra oser se lancer, sur des sentiers méconnus pour en sortir grandit.

Actuellement je trouve que cela s'effectue aux dépends de l'affect, cependant la confiance et l'accompagnement discret que j'ai me font penser que cette amputation est transitoire. En renonçant à une forme de liberté anarchique, nous nous donnons les moyens de gagner une forme de liberté supérieure qui consiste à épanouir son humanité en vivant en harmonie avec les autres. Nous ne sommes plus donc dans le contexte d’une forme de liberté correspondant à ce qui, selon certains auteurs, fait que « nous sommes agis » ( la biologie, l’éducation, les passions les émotions..) mais dans un contexte d’exercice de notre Raison. Spinoza nous le dit dans l’Ethique :« l’homme libre est celui qui vit sous le seul commandement de la Raison » Notre Liberté est sous le contrôle de notre Raison et elle a comme conséquence notre Responsabilité ; Sartre nous le précise quand il définit l’existentialisme « comme un humanisme totalement libre et totalement responsable. » Libre, je suis donc responsable et cela me donne encore plus de devoirs ; ce que confirme V.Hugo lorsqu’il déclare « Tout ce qui augmente la Liberté augmente la Responsabilité » Les “Grades de Vengeance“, sont considérés comme étant un grade de purification et d’épuration. Les outils utilisés sont le poignard et l’épée, instruments de vengeance et de justice employés pour trancher la tête des mauvais compagnons, assassins du Maître. Cet acte en apparence barbare, enseigne qu’il faut supprimer en soi tout ce qui fait obstacle aux élans verticaux vers la lumière, en éradiquant, entre autres choses, l’intolérance, l’ignorance, le fanatisme, l’intégrisme, la jalousie et l’ambition. Pour nous y aider, nous faisons confiance et portons déférence à nos ainés. La déférence n'étant pas soumission mais « la considération respectueuse à l’égard d’une personne et qui porte à se conformer à ses désirs et à sa volonté », ce sentiment se révèle ici comme un complément indispensable à la confiance. A l’analyse, c’est la considération que nous pouvons avoir pour la sagesse de nos Ainés qui peut nous pousser au respect et à la confiance, synonyme d’adhésion et de foi en leur personne. Mais le recours à leur expérience ne doit pas nous conduire au reniement de notre personnalité, au renoncement de nos propres idées, car chacun de nous a le devoir d’apporter une contribution à la recherche de la Vérité. La quête de la Lumière et de la Connaissance apparaît ici comme une Tradition qui se constitue progressivement par l’apport des uns et des autres, y compris les nouveaux MM\ que nous sommes. Si, comme cela s’est révélé au cours de notre progression, cette Lumière se trouve au fond de nous, c’est finalement par la pratique de toutes les vertus que nous pouvons progressivement nous débarrasser des mauvaises habitudes et des mauvais caractères qui nous empêchent d’accéder à la parcelle de divinité enfouie en nous. Le Maître Secret ne se retire plus sous la loi du silence comme en loge bleue mais il se tait car on lui a appris "à garder le secret, à être obéissant et fidèle ». Au décours de notre parcours maçonnique, nous portons allégeance tout d'abord à notre loge en signant et en jurant de respecter le règlement intérieur, puis à notre obédience le Grand Orient. De même, nous portons allégeance à notre atelier et au grand collège du rite écossais ancien accepté. Mais il s'agit de libre adhésion et pour renforcer cette adhésion, on crée des liens par le serment. Dans cette optique, ma liberté n'est pas restreinte par l'allégeance car j'ai toujours le choix de me retirer, mais si j'adhère, j'obéis. Le grade de maître secret est placé sous le signe du silence ou du secret matérialisé lors de la cérémonie de réception par la position du sceau du secret sur les lèvres des candidats. Quel autre alternative alors que celle d'obéir étant donné que nos lèvres sont scellées. Ce grade, comme d'autres antérieurs, mais peut-être de manière plus perceptible, a aussi pour objectif de rappeler aux maîtres que la lumière est loin d'être acquise, que le chemin de perfection a pour seul fin le passage à l'orient éternel et que le chemin du perfectionnement individuel est semé d'embûches. Un autre aspect du comportement du maître maçon en Loge est sa faculté de vivre le moment présent, c’est-à-dire de donner la plus grande importance au moment présent, ici et maintenant. Quand vit-on? Hier, aujourd’hui ou demain. Evidemment maintenant, à l’instant présent où je vous lis (et vis) mon texte. Tout le reste est souvenirs et passé, ou imagination et futur. En vivant le moment présent, le maître maçon sera en pleine possession de lui-même, ce qui lui permettra de mieux gérer sa vie. Le passé ne lui est utile que pour les leçons et expériences acquises, le futur n’étant créé que par son action consciente du moment présent. Mais revenons à la méthode suggérée au M\ : La quête du M\ repose sur le désir d’aller plus loin. L’approfondissement symbolique devrait commencer à prendre du sens. Cependant le Maître Secret ne risque t-il pas en allant plus loin, en désirant élever un Temple qui rejoint les cieux, de sombrer dans l’entropie et la catastrophe signifiées par le récit biblique du mythe de la tour de Babel : les ouvriers dispersés et les outils brisés ? Le risque existe et le rituel le rappelle « Vos travaux peuvent n’être pas récompensés, car celui qui sème ne récolte pas toujours » Il faut donc recommencer, au quatrième degré, un nouveau cycle, peut-être plus élevé, mais toujours vertueux de l’apprentissage et de son écoute, pour porter au dehors ce que nous avons acquis dans nos temples. Ce cycle pouvant être angoissant, si nous définissons l'angoisse comme le contraste entre imagination et réalité. Notre devoir d’obéissance et de fidélité n’est pas contracté avec des personnes, mais avec le Grand Principe et avec l’ensemble de l’Humanité, en partant de la reconnaissance implicite de l’autre comme semblable à nous-mêmes. Si cette action commence par l’observance du secret, matérialisée par le signe de reconnaissance des Maîtres Secret, elle passe aussi par le respect de l’engagement pris sur l’Autel des Serments de respecter l’allégeance au Suprême conseil, aux règlements, statuts et décrets, principes et traditions maçonniques et la fidélité de mes devoirs envers l’humanité, mon pays, ma loge, ma famille, mon frère, mon ami, mon prochain. Le M\ a compris que l’étoile est en lui, que la quête est intérieure. Il a compris que ses sens extérieurs sont incapables de voir la lumière, de la toucher et de percevoir son appel. Par la connaissance de lui-même il perçoit son obscurité, sa noirceur, ses ténèbres. Il ne s’agit pas de les nier mais d’assumer leur transmutation. C’est seulement à force de plonger dans sa dimension de profondeur, dans son fond sans fond, qu’il pourra découvrir en lui-même cette parcelle de vérité. En s’engageant à remplir les devoirs de son degré, il s’engage à refuser de se laisser entraîner dans les pièges des pulsions, des désirs, ou tout au moins à mieux les assumer. Pour cela, il s’engage aussi à travailler. La loge bleue au grade de compagnon glorifie le travail. La loge de perfection est aussi l’école du travail : « Malheur à qui assume une charge qu’il ne peut porter », « Malheur à qui accepte légèrement des devoirs et qui, ensuite, les néglige ». Il n’est pas de parcours spirituel qui ne demande un investissement de soi important. Le M\ est passé de l’équerre au compas, et « commence à pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle ». Ce chemin reste accessible à chacun d'entre nous, ce qui entraîne de fait la remise en question du temple de Salomon qui doit être détruit, car ce n'est pas dans le temple que se situe l'essence spirituelle, mais dans la nature et l'universalité de notre être. A nous seul appartient la responsabilité d'aller jusqu'au bout de nous même. Le parcours maçonnique nous apprend à devenir libre et à oser faire face à notre chaos intérieur pour avancer vers la vérité et la lumière. Si le savoir s'acquiert, la connaissance se découvre: elle est une élévation du niveau de conscience, probablement un dévoilement.

V\M\, j'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Gloire au Travail

2 Septembre 2015 , Rédigé par G\ G\ Publié dans #Planches

Je cite : « La F\M\ est une alliance universelle d’hommes éclairés, groupés pour travailler en commun au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité ». Telle est la définition donnée dans le manuel de l’Apprenti.
Cette planche, ou travail, présenté lors de nos travaux, m’a été confié par notre Frère 1er Surveillant très peu de temps après le passage effectif dans ce grade. Comme je viens de le dire dans ma planche d’impressions, l’ampleur de la tâche m’effrayait, je ne savais par où commencer. Lors de travaux récents, j’ai reçu « un coup de pied aux fesses » en entendant la planche sur « La Loge de Compagnon » de l’un de nos FF\. Je me suis senti exhorté à travailler, poussé à sortir, à découvrir tant de notions qui serviront non seulement à la construction de mon Temple mais surtout à LA construction DU Temple. Cette planche m’a révélée un changement d’état à accomplir. Puis ce sentiment s’est mué en sérénité quand j’ai vraiment commencé à me mettre au travail afin de développer « Gloire au Travail ».
Cette planche se compose de 3 parties : une introduction étymologique, un corps composé de 5 paragraphes et une conclusion.

Introduction

Etymologie de gloire :
La première définition trouvée est « béatitude céleste », en particulier dans le domaine de la religion où gloire signifie « grand rayonnement de lumière ». J’ai encore trouvé dans le Lexilogos, dictionnaire internet que Gloire = Splendeur Divine et aussi que la Gloire s’apparente aux rayons de lumière accompagnant les apparitions célestes.
En peinture artistique, une gloire est une auréole enveloppant le corps du Christ.
Par analogie, le Compagnon que je suis voit dans les rayons du Delta Lumineux une gloire.
Nous connaissons tous l’expression profane « Travailler pour la gloire » qui signifie travailler de façon désintéressée, sans profit et qui est vraiment une expression profane, car tout travail apporte. Etymologie de travail :
Du lat. médiéval. trepalium (trépieds) « instrument de torture ».
Le travail est aussi défini par la « peine qu'on prend pour faire quelque chose ».
J’ai trouvé dans la Bible, chez Job, V, 7 que, je cite : « L'homme est né pour le travail comme l'oiseau pour voler ». Mais selon les traductions, le mot travail diffère : il est parfois traduit par misère, ou oppression. Rien de bien engageant. Cette phrase suppose que chaque organisme vivant a son rôle. Le travail serait donc... le travail de l’Homme.
Dès lors, comment travailler ? Avec quoi accomplir sa tâche ? Quand Travailler ? Et qu’apporte le travail ? Et surtout, de quel travail parlons-nous ? Telles sont les questions que le Compagnon que je suis s’est posé.

Partie 1 : Comment travailler ?

Selon que l’on se place d’un point de vue Opératif (manuel) ou Spéculatif (Intellectuel) on pourrait trouver des différences dans le Travail.
Le travail opératif nécessite de manipuler des outils qui ont une véritable utilité pratique pour charrier de la terre, tailler une pierre avec un maillet et un ciseaux, vérifier que le mur est vertical avec un fil à plomb, vérifier que deux murs porteurs sont d’équerre, déplacer un rocher avec le levier afin qu’il ne gêne pas la planéité du sol, vérifier les dimensions avec la règle. Le travail opératif est un travail d’action, de sueur physique, et dont le résultat est directement visible. Ce travail peut s’opérer sur un chantier, ou dans un atelier s’il s’agit de mécanique de précision par exemple. Le travail spéculatif est plus intellectuel. Il nécessite l’action de la pensée et la mobilisation de l’Être tout entier. Le penseur de Rodin travaille-t-il à l’élaboration d’un monde meilleur ? Il n’est pas en action et pourtant il travaille sûrement.
En tant que F\M\ de R\E\A\A\, pour travailler nous avons besoin de notre Rituel. Celui-ci est entièrement basé sur la notion de Travail. On parle d’ouverture et de fermeture des « Travaux », les travaux sont « dirigés » par notre V\M\ en chair tel un chef de chantier, les horaires sont indiqués, le vocabulaire est clair et explicite : nous travaillons à « la Construction de notre Edifice », nous sommes des « Ouvriers », nous touchons un « Salaire », nos tenues sont des «Travaux », les matériaux sortent de la « Carrière »... Notez aussi que tous ces mots commencent par une majuscule où qu’ils soient placés dans une phrase.
Les liens qui nous unissent aux Bâtisseurs de Pyramides ou de Cathédrales sont plus ou moins directs ou fantasmagoriques selon les historiens, mais ce qui est sûr, c’est que notre Rituel n’est pas là par hasard et qu’il est certainement bâti de manière logique. Le Compagnon que je suis a encore du Travail avant d’en percer tous les mystères.
Le travail peut être individuel et/ou collectif. Je souris avec amour et sans moquerie quand j’entends quelqu’un qui dit : « moi, je me suis fait tout seul » ou encore, « ça, c’est moi qui l’ai fait, tout seul ». C’est vrai d’un certain point de vue : le 1er est bien sorti du ventre de sa mère, qui a œuvrée 9 mois, après qu’elle ait travaillé quelques minutes éternelles avec le père ! Elle a été aidée par un obstétricien, qui l’a emmené dans une salle de travail car ...le travail commençait ! Le petit a appris à lire à l’aide d’un professeur, son père lui a montré comment faire du vélo... ! Le 2nd a probablement bâti sa maison seul ! Oui, mais qui a fabriqué les moellons ? Qui a abattu les arbres nécessaires à la charpente, qui a fait les plans ? Le Travail n’est riche que partagé. Chacun apporte sa pierre. Chaque pierre doit, je cite être, « rapprochée d’une forme en rapport avec sa destination ». L’individu est nécessaire et incontournable, mais seul il ne peut rien, ou si peu. Le collectif, le groupe, les collègues, les Compagnons de chantier ou de Loge, tous travaillent dans une même direction.
Travail opératif et spéculatif ne vont pas l’un ne va pas sans l’autre. Avant d’agir il est nécessaire de penser. Et dans l’action, il ne faut pas oublier de penser pour ne pas s’égarer.
A la fermeture des travaux, quand les FF\ sont unis en Fraternité, le V\M\ nous rappelle, je cite, que « bien au delà des soucis de la vie matérielle, s’ouvre pour le F\M\ le vaste
domaine de la pensée et de l’action ». Les 2 sont indissociables.
Avant, les hommes bâtissaient, ou bêchaient des champs de pomme de terre, aujourd’hui la société glisse vers le tertiaire et les services. Nous continuons cependant de travailler.
Le stress a simplement remplacé la sueur, du moins en occident. Le F\M\ travaille à la fois dans le monde profane (opératif) et en Loge (spéculatif).

Partie 2 : Avec quoi accomplir sa tâche ?

Pour travailler il faut des outils. Le mémento du Compagnon les liste et les associe dans des
couples actif/passif ou pensée/action. Ainsi, le Maillet et le Ciseau, symbolisent l’un la volonté, le coté actif et l’autre le discernement, le coté passif qui vient parfaire l’œuvre.
Le Levier (2e Voyage) symbolise la volonté (coté actif) et la Règle la Loi Morale (coté passif). La volonté, ça se travaille. Le levier permet de déplacer des montagnes, à condition de prendre appui sur un support et de garder à l’esprit les règles qui dictent notre conduite. Ce support, c’est justement la Loi Morale. Vouloir absolument, c’est bien, mais la fin ne doit jamais justifier les moyens. La Perpendiculaire (3e Voyage) symbolise la liaison entre le Haut et le Bas, je cite, « suggère l’axe vertical qui relie entre eux les différents plans de la Connaissance ». Cet outil est primordial pour l’Apprenti qui doit s’en servir pour rentrer en lui. Le Compagnon ne doit pas l’abandonner pour ne pas oublier d’où il vient et doit l’associer au Niveau qui, je cite « incite à la recherche d’égalité sur la plan horizontal et nous inspire que nos recherches et nos progrès dans la Connaissance doivent être destinés au Bien de tous ». Le Compagnon doit aller vers les autres. La Marche le lui autorise, les voyages le lui permettent. Les Compagnons opératifs n’accomplissent-ils pas un tour de France pour parfaire leurs techniques et savoirs relatifs à leur métier ? Parfaire son travail c’est s’enrichir du travail de l’autre et inversement.
L’Equerre (4e Voyage) est également un outil important car elle symbolise « la justesse rigoureuse que l’on doit appliquer aussi bien dans le raisonnement que dans le comportement ». Ici aussi le passif et l’actif sont présents. L’Equerre, c’est la droiture, c’est l’expression physique que je travaille ici et maintenant, les pieds dans mes souliers bien ancrés au sol, et la colonne vertébrale qui me soutient me permettent de voir avec discernement. Le dernier outil c’est l’Homme lui-même avec ses 5 sens (1er voyage) qui lui ont permis de découvrir le monde. Après avoir étudié et s’être servis des outils, le Compagnon en est désormais dépourvu et accomplit son 5e Voyage les « mains libres ». Le Compagnon doit alors, je cite « se préoccuper de son propre perfectionnement » afin d’être acteur de la construction de son Temple et du temple Collectif, que l’on peut appeler Humanité. Le Compagnon que je suis a découvert qu’il était le levier indispensable à son propre travail et aussi que le travail doit être mis au profit de la Loge.

Partie 3 : Quand Travailler ?

La réponse à cette question se trouve dans le rituel lorsque le V\M\ demande au F\ 1er S\ « à quelle heure les Compagnons F\M\ ont-ils coutume d’ouvrir leurs Travaux ? »
Réponse : « à Midi V\M\ ». Cette réponse se complète dans le livre de l’Apprenti qui dit que l’homme ne peut être utile à ses semblables que lorsqu’il a atteint le midi de sa vie et surtout, je cite « dès cet instant et jusqu’à sa dernière heure, il doit travailler sans relâche au bonheur commun ». La durée de travail se poursuit jusqu’au minuit de la vie.
Le Compagnon travaille ainsi avant l’Ouverture des Travaux quand il se prépare à la Tenue, pendant la tenue lors de ses prises de Parole et participe alors activement aux Travaux. Après la tenue, le travail se poursuit dans le monde profane, et tel qu’il est dit dans la clôture des travaux en loge d’Apprenti et de Compagnon quand le V\M\ nous renvoie, en nous incitant, je cite, à « continuer à travailler dans la liberté, la ferveur et la joie ». De plus grâce à La Règle à 24 divisions il nous est clairement dit d’employer chaque heure utilement.
Le cadre est posé, la durée n’est limitée que par le passage à L’Orient Eternel, et peut être qu’à ce moment là, nous découvrirons encore que le travail ne fait que commencer ?

Partie 4 : De quel travail parlons-nous et qu’apporte-t-il ?

Qu’avons-nous demandé lors de notre 1ère entrée dans le T\ ? Je cite : « La Lumière ». Rechercher la Vérité, par soi même et grâce aux travaux des F\ F\, tel est notre travail. La tâche est immense, le départ du chemin peut sembler flou, le sommet inaccessible.
Les occasions de s’égarer nombreuses. Oui mais tous les FF\ sont là pour s’entraider, le Compagnon est là pour explorer et découvrir de nouvelles façons de travailler. Les Symboles et leur étude sont des repères qui évitent de partir dans tous les sens. La connaissance et l’application du Rituel rythment et recentrent la recherche. Le Compagnon que je suis ne voit pas la F\M\ en tant qu’école, mais plutôt comme certains FF\ me l’ont déjà suggéré, comme une méthode. Pas une école car cela la réduit et car on n’y enseigne rien magistralement, on n’y impose rien. Une méthode car le Silence, l’écoute, l’observation, l’échange apprennent plus que des heures de bachotage qui annihilent l’Esprit et engluent la Pensée. Les 5 voyages de l’élévation au grade de Compagnon sont très riches en notions nouvelles et variées. Les sujets de travaux nombreux. Une seule vie ne suffira sûrement pas ! En loge de Compagnon la signification du 5e voyage est particulièrement importante. Ce voyage, je cite « est destiné à la Glorification du Travail. Qu’il soit opératif ou spéculatif, le travail est un Devoir Sacré pour l’homme libre car sans lui, rien ne saurait être édifié en vue du Bonheur de l’Humanité ». Cette notion de Devoir Sacrée est primordiale et nous est probablement parvenue des Compagnons du Devoir qui existent encore. Le Travail dont il s’agit est pour le Frère son travail en loge, qui se manifeste par son assiduité, ses prises de parole et aussi dans l’étude des rituels. Il est évident que la transposition de cette notion dans la vie profane ne peut que changer notre rapport au travail et faciliter celui-ci.

Partie 5 : Qu’apporte alors le travail ?

Que ce soit dans le monde profane ou en F\M\, le travail produit de la richesse. Dans le 1er cas cette richesse est transformée en or, qui est la base du système monétaire mondial.
Dans le 2e cas, cette richesse est interne et propre à chaque Frère.
Le travail apporte un salaire. Ce mot est régulièrement présent dans notre rituel. Ainsi, à la page 19 du livre de l’Apprenti, il est dit, je cite, que le « salaire est la Récompense du Travail produit par l’Ouvrier ». Dans le Rituel de fermeture au 1er degré, le V\M\ demande au F\ 2nd Surv\, je cite « où les Apprenti F\M\ reçoivent-ils leur salaire ? ». Réponse : je cite : « à la Colonne B\ ». Le travail apporte de la satisfaction et de la joie. Ici encore le rituel demande, je cite, « si les ouvriers sont contents et satisfaits ? ». De même que nos prédécesseurs opératifs, qui voyaient directement le fruit de leur travail sous le maillet et le ciseau lors de la sculpture d’un chapiteau de cathédrale, nous sommes amenés à voir le fruit de notre travail. Ce fruit est une lente transformation de l’Homme que nous sommes tous et qui s’opère tenue après tenue. Cette évolution s’amplifie et se nourrit des travaux de tous les FF\ de l’Atelier. Le travail nécessite de la concentration sur sa tâche, de la précision et du discernement afin d’accomplir les gestes ou pensées appropriées. Ainsi, le Salaire du F\M\ est le Travail lui-même.

Conclusion

Le travail ne s’arrête jamais. La Chaîne d’Union qui symbolise l’unité, la transmission et la continuité est aussi le symbole que notre travail en Loge ne s’arrête jamais. Que l’un de nos FF\ passe à l’Orient Eternel, qu’un nouveau Frère entre parmi nous... et le travail continue.
Le Travail que nous accomplissons est sans doute, un travail de recherche de la Lumière. Cette Lumière qui nous sera nécessaire lors de notre travail ultime : le passage à l’Orient Eternel. Travaillons sans cesse à cette recherche, et lorsqu’un rayon nous touche, tâchons de le refléter afin qu’il éclaire nos FF\ et SS\ profanes qui en ont autant besoin que nous, tel que cela nous est dit dans notre rituel : « Que La Lumière qui a éclairé nos Travaux continue de briller en nous pour que nous achevions au dehors l’œuvre commencée dans ce Temple, mais qu’elle ne reste pas exposée au regard des profanes ». Le Compagnon\ F\M\ qui vient de terminer ses travaux le manifeste en disant : « Je suis content ».
V\M\ et vous tous mes FF\, Je suis content.
Gloire au Travail !

J’ai dit V\M\.

Source : www.ledifice.net

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Cuisine et Franc-maçonnerie

31 Août 2015 , Rédigé par C\ R\ Publié dans #Planches

Historique :

L’histoire de la cuisine se confond avec celle de l’humanité. A tel point que les chercheurs considèrent que le véritable point de départ de la culture humaine, c’est la découverte de l’usage du feu de cuisine et de la cuisson des aliments. Avec la mémorisation des techniques culinaires, des hommes et des femmes vont être des personnages clefs de cette évolution : ce sont les maîtres queux, dépositaires d’un savoir-faire capable de magnifier l’un des besoins de base de l’homme, qu’est la nourriture, et capables de décliner toutes les nuances de leur art, la cuisine.
Au-delà de la simple satisfaction d’un besoin vital, et depuis la plus haute antiquité, le rôle de la cuisine connaît une dimension supplémentaire : la convivialité. Dans les sociétés initiatiques, cette dimension est non seulement symbolique, mais aussi mystique. Que ce soit chez les initiés des civilisations antiques, dans les traditions religieuses, ou dans les loges maçonniques, l’institution d’un repas, qu’il se nomme festin, banquet, réveillon, ou agapes, qu’il commence ou qu’il clôture une cérémonie rituelle, a toujours été une consécration symbolique et initiatique.
A l’exception des communautés qui pratiquent l’ascèse, toutes les religions et sociétés initiatiques ont balisé avec des repas rituels le déroulement annuel de leurs différentes cérémonies. La cuisine réjouit le corps de l’homme, et fait exulter ses sens. En contrepartie des plaisirs terrestres de la table, et pour maintenir le lien avec les Dieux, les religions ont institué des rites de purification par le jeûne. Le musulman jeûne pendant le Ramadan, le Juif pendant le Yom Kippour et le chrétien pendant le Carême. Une alternance de périodes d’abondance et de privations procure à l’homme un équilibre. Alternativement, il communie avec le Sacré par la privation de plaisirs terrestres, puis, par la pratique des repas collectifs, reste en contact avec ses semblables et la réalité du monde.
En Franc-maçonnerie, c’est dans des tavernes que tout a commencé. En 1717, à Londres, les membres des quatre Loges qui se réunissaient habituellement dans les tavernes « L'Oie et le Grill », « La Couronne », « Le Pommier », et « Le Gobelet et les Raisins » s’assemblèrent pour former une Grande Loge. Cette Grande Loge devint l’organe supérieur chargé de la régularité des groupes existants et de l'ouverture de nouvelles loges. Pendant les réunions ordinaires, les membres prenaient place autour d’une table chargée de verres et de bouteilles, mais sans nourriture. Le Grand Maître occupait un fauteuil à haut dossier au bout de la table. On fumait et on portait des santés accompagnées de hourras, dans un joyeux tumulte. Un rituel beaucoup plus élaboré avait lieu chaque 24 juin. On n’y servait pas d’alcool avant le commencement du repas. On y récitait le catéchisme, on procédait à des réceptions de nouveaux membres, puis on élisait le nouveau Grand Maître. Un banquet, accompagné de musique, terminait l’assemblée.
Le banquet est une des plus vieilles traditions maçonniques. Il s’est rapidement transmis en France, où fut établi un cérémonial compliqué, qui édictait avec soin comment les Frères doivent se comporter : boire en trois temps, porter les santés d’obligation et les santés facultatives aux ordres du Vénérable Maître, ne pas parler à haute voix ni fumer, sans l’autorisation du Vénérable Maître.
Pour des raisons de commodité, ces agapes se sont très vite retrouvées dans des restaurants ou chez des traiteurs, ce qui faisait dire à l’opinion publique de l’époque que la Franc-maçonnerie n’était que le prétexte à des beuveries ou à des réunions bacchiques. En réalité, les Francs-maçons, comme les profanes, appréciaient la bonne chère. Sans le matériel culinaire actuel, il était difficile d’élaborer un repas digne de ce nom au sein d’une Loge, et il était plus commode à l’époque de s’en remettre au savoir-faire des cuisiniers de métier. Certains de ces maîtres queux, initiés ou non, connaissaient déjà un certain renom, et brillaient par leur talent.

Cuisine et initiation :

Le talent d’un cuisinier, comment le définir ? C’est l’inventivité, la compétence, la maîtrise absolue des produits et des techniques. C’est une poursuite sans fin de la qualité, une recherche de la perfection.
Mais l’art culinaire n’est pas apparu brusquement, par une révélation soudaine. Comme toutes les techniques, il est d’abord le fruit de recherches empiriques, où le hasard trouve souvent sa place. Cette lente progression a permis de fixer des savoir-faire, de trouver les bons dosages, les bonnes formules, et de constituer ainsi les premières recettes.
Depuis le 14ème siècle de Taillevent, les maîtres queux se sont succédés : Vatel, Escoffier, puis Paul Bocuse, Alain Ducasse, Joël Robuchon et bien d’autres.
La cuisine est un art, et dans tout art, il y a un travail, une progression qui comporte des degrés.
Tout savoir-faire est initiatique par essence, la cuisine n’échappe pas à la règle. Sur la transmission du savoir, on peut ici parler d’initiation à caractère opératif, d’une influence spirituelle de maître à disciple, en une chaîne ininterrompue dont l’origine se perd dans la nuit des temps.
Parmi tous les nobles et beaux métiers que nous pourrions citer, la cuisine et ses secrets appartient plus que jamais à la pure tradition de ce que l’on a appelé la « Maçonnerie Opérative »
Le parcours d’un cuisinier, comme celui d’un F.M., comprend plusieurs étapes : d’abord commis de cuisine, il apprend, comme l’apprenti F.M., dans le silence. Il commence par laver le sol, récurer les casseroles, puis on lui enseigne la maîtrise du feu, le nettoyage des légumes, la préparation des bouillons.
Plus tard, comme le compagnon, il se perfectionne et apprend son métier, dans le respect du travail bien fait.
Enfin, après des années de pratique, il peut accéder à l’excellence, et son tablier de maître, c’est un titre de meilleur ouvrier de France, ou une troisième étoile. Mais il doit garder à l’esprit que ces attributs constituent un commencement, et pas une fin.
La cuisine, au-delà de sa capacité à flatter agréablement le palais, est un art, capable de faire éclore le génie, de révéler des personnalités exceptionnelles, c’est une manifestation du génie humain, mais un génie orienté vers les autres, vers le partage et la convivialité.
Le franc-maçon cherche le symbole sous l’image. Les fameuses étoiles, si appréciées des grands cuisiniers et des gastronomes, peuvent être comparées au pentagramme. Avec ses 5 pointes, la symbolique maçonnique peut y trouver les 5 sens, qui, à des titres divers, ont tous leur importance dans l’art culinaire :
Le goût : sens primordial du plaisir culinaire, il permet grâce aux papilles d’apprécier les 4 saveurs de base, qui sont le salé, le sucré, l’acide et l’amer.
L’odorat : Il est étroitement lié au goût, car le nez participe dans une grande mesure à l’appréciation des arômes, notamment pour l’évaluation des vins. Grâce à lui, le cuisinier peut déjà appréhender la réussite de son plat, et le convive se régale à l’avance en humant les effluves qui lui parviennent de la cuisine.
La vue : elle permet d’évaluer une cuisson, d’admirer le bel ordonnancement d’un plat ou d’une assiette par l’harmonie de la présentation et des couleurs.
L’ouïe : elle nous fait apprécier le croustillant d’un feuilleté, qui craque sous le couteau, le glouglou d’une sauce qui réduit, ou le frémissement de la croûte, en train de se former à la surface d’un cassoulet, dans le four brûlant.
Le toucher : il permet, grâce à la bouche et sa grande sensibilité, d’apprécier la consistance d’un aliment, de sentir le velouté d’une sauce, de juger si un plat a été servi à la bonne température.
Toutes ces sensations participent au plaisir gastronomique, et en sont indissociables.La cuisine est une alchimie. Le cuisinier, avec la pierre philosophale que représentent ses 5 sens, et son expérience, opère une synthèse des ingrédients, en les ordonnant selon des schémas variables à l’infini. La cuisine, c’est rassembler ce qui est épars, c’est une des meilleures représentations de l’ « ORDO AB CHAO » l’ordre qui émerge du chaos, le plat sublime qui rassemble les ingrédients disparates. L’art du cuisinier, c’est d’assembler les produits, de valoriser les goûts, les arômes, les saveurs. Mais comme tous les arts qui demandent l’excellence, le cuisinier doit s’appuyer sur une technique sans faille, qui s’acquiert dès l’apprentissage. Désosser une volaille, lever les filets d’un poisson, parer une viande sont avant tout des gestes professionnels, qu’il faudra pratiquer sans relâche pour en maîtriser la technique. De même que le peintre apprendra les rudiments de son art en dessinant des natures mortes posées sur une table, de même que le musicien devra apprendre le solfège, et faire des gammes et des arpèges à l’infini, avant d’exceller dans son art, le cuisinier devra s’imprégner de toutes les techniques de base, afin de les maîtriser parfaitement, jusqu’à être capable de s’affranchir de leur difficulté, il pourra dès lors donner libre cours à son imagination. Au sommet de son art, le cuisinier est comme un peintre devant sa toile, qui, avec sa palette et ses quelques couleurs, peut décliner à l’infini les possibilités picturales. Comme le musicien, devant les touches de son piano, il n’est limité que par sa propre imagination. Le respect du rituel pour un franc-maçon est comparable au respect des règles de l’art pour un cuisinier. Ce respect permet à l’un et à l’autre, par la parfaite maîtrise du geste de base, d’oublier les difficultés matérielles, et de se consacrer entièrement à la conception de son édifice. En matière de spiritualité, le REAA constitue une méthode de progression initiatique qui permet l’accession à une connaissance de plus en plus élevée. L’apprenti franc-maçon qui pénètre dans le Temple découvre peu à peu le rituel et ses symboles, l’apprenti cuisinier découvre les règles de base de son art, qui lui permettent de baliser sa lente progression vers son perfectionnement individuel. Le rituel pratiqué en commun cimente la communauté franc-maçonne, mais n’altère en rien la personnalité de chacun. De même, l’apprentissage difficile auquel sont soumis les cuisiniers leur permettent d’acquérir un savoir commun, mais la spécificité de chaque individu est préservée, et chaque cuisinier élaborera sa propre cuisine. Les Francs-maçons utilisent le terme « agapes » pour définir les repas qu’ils prennent en commun. Ce mot, au singulier, était le nom donné au repas que prenaient entre eux les premiers chrétiens, ils commémoraient ainsi la Cène. Au pluriel, selon le Robert, ce mot désigne un repas entre convives unis par un sentiment de fraternité. Sur le plan maçonnique, les agapes constituent le repas qui prolonge naturellement la tenue. Elles en sont le complément indispensable, et apportent, par leur chaleur amicale, et les conversations qu’elles permettent, un important développement des relations fraternelles, dans une ambiance détendue, qui contraste de façon très positive avec la rigueur dépouillée de la tenue qui les a précédées. Mais dans l’absolu, le mot grec « agapê » signifie affection, tendresse, amour.

Cet amour, il est indispensable au cuisinier. Car pour moi, la cuisine, c’est un acte d’amour. Pourquoi se lever tôt, passer des heures en cuisine, pour élaborer un plat qui sera dévoré en quelques minutes ? Par amour. La cuisine est un mode d'expression animé par l'amour, une main tendue vers l'autre, un partage. Et si transformer la matière brute est un travail, la passion en est le moteur. Pour donner aux autres, et pour recevoir aussi. La cuisine est une de mes passions. Si je passe du temps en cuisine, c’est pour montrer que j'aime, à défaut de savoir le dire. Les plats que je prépare, c’est aussi une déclaration d'amour à celles et à ceux pour qui je cuisine. Et je rends hommage à tous ceux qui cuisinent, professionnels ou amateurs, et qui savent bien que ce qu’ils mettent dans les assiettes, c’est plus que de la nourriture. Cuisiner, c’est se donner aux autres, c'est essayer de les découvrir, de les séduire, de les surprendre, c’est leur donner du plaisir. Cuisiner c’est aimer.

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Un des fondamentaux de la vie en Loge bleue...

28 Août 2015 , Rédigé par Ph\ N\ Publié dans #Planches

Pourquoi ne pas débuter ce travail en citant André Malraux ? « Pour tout homme, il y a quelque chose de pire que la mort, c'est de mourir sans avoir découvert les richesses qu'il portait en lui-même ». Pourquoi ne pas ajouter que la Fraternité se construit sur la révélation des richesses de chacun, celles de celui qui donne avec celles de celui qui reçoit ? Attention, si nous voulons connaître cette révélation autrement dit si nous voulons savoir ce qui nous est encore inconnu et ainsi consolider notre initiation, il nous faut mettre en œuvre une des règles fondamentales de la vie réussie en Loge... La richesse de l'homme est qu'il constitue une synthèse déchirante entre la vie et l'infini. Le maçon est aussi une synthèse constante d'animalité et de spiritualité. Il n'existe pas d'obstacle à associer la vie avec l'animalité d'une part, l'infini avec la spiritualité d'autre part. Par contre, il est souhaitable qu'un maçon travaillant au Rite Ecossais Ancien et Accepté se donne les moyens de minimiser ses instincts pour vivre et partager avec le monde une véritable spiritualité. Il est aussi souhaitable qu'un maçon ne connaisse plus les déchirements de la vie, il doit être capable et libre de vivre dans la sagesse... Cependant un constructeur ne peut réussir une œuvre harmonieuse sans une vue d'ensemble; vue d'ensemble à partir de laquelle il déterminera le style et les proportions des détails. Il trace ainsi le cadre nécessaire à toute véritable action. Loin d'entraver sa liberté de création, ce cadre en jalonne le champ d'action et marque les différentes étapes de la réalisation. De même la conscience des relations unissant l'homme, l'œuvre et le Principe créateur caractérise la démarche maçonnique dans laquelle les rituels et les symboles ne contraignent pas notre liberté mais bien au contraire nous offre les moyens de notre quête. Ce qui différencie l'animal de l'homme est l'échange. Echanger, ce n'est pas seulement parler, c'est aussi écouter. Aujourd'hui, la parole et l'écoute se perdent. Nous sommes en train de voir disparaître notre capacité d'échanger du «subjectif » entre nous. Le subjectif, c'est le sens que chacun d'entre nous attribue aux autres avec son imaginaire. Oui, le propre de l'homme, c'est de pouvoir parler, lire et écrire. C'est pourquoi les enfants doivent se construire dés leur plus jeune âge. C'est pourquoi les maçons, eux aussi, ont le devoir de se structurer dès leur initiation. Construire et structurer sont des mots qui ont la même origine latine « stuere » ; on en tire également les termes : détruire, instruire, obstruer... Tout un programme où curieusement les contraires peuvent s'obtenir en partant de la même racine. Alors pourquoi pouvons-nous parvenir à des résultats complètement opposés alors que le départ est le même ? Pourquoi certains jeunes vont-ils bien évoluer et d'autres rester plus ou moins analphabètes ? Même question en ce qui concerne les francs maçons ? L'expérience de la vie de tous les jours est-elle transposable aux loges que nous fréquentons? Que pouvons-nous observer dans notre environnement? L'individualisme ambiant, celui de notre plaisir, celui de nos intérêts, entraîne une perte d'échanges et la disparition de la solidarité. Or parler à l'autre quand «il est mal » n'est pas qu'une histoire de bons sentiments, c'est une nécessité vitale. L'homme a besoin de l'autre pour exister. Il a besoin de «dire ». Sinon, il serait bien capable d'en « venir aux mains » avec plus ou moins de violence dans le style de: « je veux, donc je vole » ou encore: « je désire, donc je viole » et parfois « je n'existe plus, donc je pars »... Cela peut commencer dés le plus jeune âge. L'insécurité où se trouvent certains enfants incapables de maîtriser le langage fait qu'ils ne s'expriment plus que par la violence. La vraie réponse à cette dérive est l'apprentissage de la parole pacifique. Il n'y a pas que cela bien sur, mais c'est essentiel. Pour en arriver là, l'enfant a besoin de ses parents. Ils sont là pour lui dire au moins une fois, ne serait-ce qu'une fois : « je ne t'ai pas compris ». L'enfant fera alors l'effort de mieux choisir ses mots, pas seulement pour faire plaisir, mais surtout pour être plus fort et s'affirmer en tant que personne à part entière, pour avoir plus de prise sur les autres, plus de prise sur le monde. Certains auront la chance de vivre cette expérience, d'autres pas. En prenant conscience de ce que parler veut dire, l'enfant passe du stade où il parle de ce qu'il voit en tendant la main vers l'objet qu'il désire au stade plus évolué où une pensée commence à vraiment s'élaborer. Seule cette capacité de penser et d'échanger du subjectif lui permettra ensuite de lire et d'écrire. Sinon, c'est le début de l'illettrisme et de la spirale infernale avec les conséquences de violence que nous observons trop souvent. Si vous le permettez, quelques mots sur ce phénomène actuel car j'en ai déjà trop dit, mais, en même temps, pas assez. Prenons l'exemple des élèves qui arrivent en classe en ne sachant parler que de ce qu'ils voient directement devant eux, ils ont un vocabulaire très faible et encore moins de structure grammaticale. Résultat : ils ne pourront pas entrer dans l'échange par la lecture et l'écriture, déjà trop subjectives pour eux... Ils resteront des petits déchiffreurs et ne comprennent pratiquement plus rien à ce qu'ils tentent de lire. Laissez ainsi ces élèves plusieurs années dans un monde scolaire dont ils ne pénètrent ni le sens, ni l'intérêt et vous obtiendrez un phénomène de rejet complet car les êtres humains, même tout jeunes, ne peuvent pas accepter l'idée de ne laisser aucune trace d'eux-mêmes. La trace la plus naturelle que l'on peut laisser, c'est d'abord par la parole qu'on le fait. Or, si on les prive de cette capacité, ils vont petit à petit rentrer dans la violence, unique moyen d'expression qui leur reste. A partir du moment où ils sont enfermés dans leur cercle étroit, ils vont développer entre eux des habitudes de paroles spécifiques au groupe. Vous savez, ces codes gestuels muets et ces charabias parfaitement incompréhensibles qui ressemblent plus à une suite d'onomatopées qu'à autre chose. Surtout ne me parlez pas de « nouvelle culture ». Une véritable culture se choisit et se travaille. Ces jeunes, eux, ne choisissent rien, ils subissent. Pour eux, l'échec devient un signe de reconnaissance, toute marque de progrès ou de réussite, devient aussitôt une forme de trahison. C'est une véritable tribalisation de l'échec ! Mais revenons au cœur du sujet et prenons un peu de recul. Le philosophe allemand Ernst CASSIRER (1874-1945) qui étudia les mythes et les religions a défini l'homme comme un animal symbolique. Je le cite : « Vivre pour l'homme, ne consiste pas à vivre de façon terre à terre, mais à vivre avec sens. Nous y parviendrons en donnant une portée symbolique à tout ce que nous entreprenons. Alors notre vie s'enrichira automatiquement » ; qui plus est quand nous sommes franc-maçon. Nous naissons à une nouvelle vie à chaque initiation. C'est une chance à ne pas gaspiller, donnons lui du sens surtout que nous disposons de trois outils d'une efficacité remarquable. Je veux parler des Règlements généraux, des rituels et du Volume de la Loi Sacrée. Oui, mes frères, inutile d'aller chercher bien loin ce qui est placé devant notre nez. Qui d'entre nous consulte régulièrement ces trois ouvrages ? Pourtant, ils sont bien l'alphabet nécessaire à tout voyage initiatique. Ils sont quelques uns des fondamentaux qui nous permettent de passer de l'animalité à la spiritualité. Les Règlements généraux devraient être parfaitement assimilés par chaque maçon. Ce ne sont pas des documents réservés à l'orateur. Ils permettent le fonctionnement fluide et cohérent de chaque tenue. Ils déterminent les «règles du jeu». Imaginez un joueur d'échecs qui ne connaitrait pas la manière de déplacer les pièces sur son échiquier. Alors que penser des tenues où tout à coup le travail maçonnique perd tout intérêt quand on se met à ergoter sur un point mal connu de nos modes de fonctionnement ? Ce sont des moments perdus, ce sont des occasions de travail et de progression gaspillées ! Les rituels du Rite Ecossais Ancien et Accepté devraient être nos livres de chevet. Ce sont de merveilleux outils. Ils nous offrent le moyen de nous structurer. Ils sont le mode d'emploi de notre vie de maçon. J'ai eu un surveillant qui rabâchait : « Le rituel, rien que le rituel, toujours le rituel. Tout y est ». Les rituels sont là pour nous donner des références, pour nous indiquer la progression de notre travail. Nous pourrions en parler longtemps. Ce sont les cailloux blancs que le petit poucet a bien voulu placer le long du chemin maçonnique pour éviter que nous nous perdions! Le Volume de la Loi sacrée... L'une des trois grandes lumières de la franc- maçonnerie. Là aussi, il y aurait tellement à dire, pourtant nous n'en parlons que trop rarement. Certains vont jusqu'à se chamailler pour savoir si il vaut mieux utiliser la Bible ou tout autre document, voir même, dans certaines loges, un livre dont les pages seraient blanches ! Les tenants d'une telle aberration n'ont pas conscience de l'absurdité de leur démarche. En évacuant Le Volume de la Loi Sacrée, en vidant le Rite de toute dimension spirituelle, ils sont en contradiction complète avec leur démarche puisqu'ils pratiqueraient alors une recherche strictement spéculative en rompant avec la régularité de l'institution originelle. Fidèle aux principes fondamentaux de la Maçonnerie traditionnelle, le Rite Ecossais Ancien et Accepté reconnaît l'existence d'un principe créateur sous l'appellation du Grand Architecte de l'Univers et déroule ses travaux en présence des trois grandes lumières. En fait les trois grandes lumières propagent la Lumière pour qui veut bien la rechercher et la recevoir activement. Non pas une lumière indéterminée jaillissant de trois petits luminaires qui seraient :

un livre particulier à chacun, suivant ses propres aspirations religieuses ou profanes
une équerre à sa dimension, permettant de choisir ses règles personnelles de comportement
un compas sur mesure où chacun se contenterait de ses maigres objectifs.
Mais la Lumière idéale avec :
le compas qui est la mesure commune permettant de situer le sens et la portée de nos actions.
l'équerre, emblème de la loi morale, dépassant elle aussi tous les particularismes. Quel serait le sens d'une morale réduite aux aspirations de chaque homme ?
le Livre de la Loi Sacrée, symbole de la Tradition. Devrait-il faire exception à de tels principes unitaires ?

En effet, pour notre Rite Ecossais Ancien et Accepté, la bible n'est pas le livre d'une religion révélée, mais un outil symbolisant le fini et l'infini, le contingent et le permanent, le matériel et le spirituel. Même si la bible n'est pas un livre historique au sens scientifique du terme, elle est, comme tous les livres sacrés des civilisations du monde, une chronique traitant de l'histoire et du devenir de l'humanité. Elle offre la synthèse de tout ce qui existe entre les deux pôles équilibrant l'initiation, symbolisés par l'équerre et le compas. En outre, elle proclame le devoir de fraternité, d'amour et d'harmonie en rappelant que l'humanité forme une famille unique dont chaque membre est l'égal des autres. L'usage qu'en fait le Rite Ecossais Ancien et Accepté ne vise qu'un objectif symbolique figurant la voie initiatique, usage fondé sur la spiritualité. Nous ne devons voir dans ce volume qu'un outil spécifique au Rite, indépendant de toute prise de position religieuse ou politique. Si l'on prend le Volume de la Loi Sacrée dans ce sens, les frères ne peuvent éprouver la moindre réticence face à la bible, pas plus qu'ils ne peuvent en éprouver face aux rituels et face aux Règlements généraux. Les maçons se rattachent à un cadre spirituel qu'ils revendiquent et qu'ils ne cherchent pas à dissimuler ou à édulcorer. C'est le cadre de la régularité et de la Tradition. Le Volume de la Loi sacrée est notre outil spirituel, alors utilisons le pleinement et totalement! Bien entendu, le maçon est plus que tout autre attaché au sens spirituel de l'Ecriture, alors qu'il laisse à chacun le soin d'interpréter selon ses convictions le sens littéral. Ce sens spirituel se décompose traditionnellement en sens allégorique, en sens moral et en sens anagogique. Rappelons-nous que anagogie vient du grec «agôgos » signifiant : « qui conduit vers » et «ana » qui veut dire : « en haut ». C'est donc par l'interprétation des écritures que l'on s'élève du sens littéral au sens spirituel. Autrement dit nous pouvons résumer le sens spirituel du Volume de la Loi Sacrée en quatre points :

le sens littéral qui raconte les événements
l'allégorie qui indique ce qu'il faut croire
le sens moral qui donne la voie de ce qu'il faut faire
l'anagogie qui montre vers quoi il faut tendre pour s'élever.

Le Volume de la Loi Sacrée nous livre des expériences, des références qui permettront à chacun - selon sa personnalité et sa culture - de vivre sa propre spiritualité pour réfléchir, penser et agir. La finalité en sera bien sur de se structurer pour pouvoir mieux construire sa vie d'homme et sa vie de maçon dans l'action. Comme notre jeune enfant, celui que nous avons croisé au début de cette planche, il nous faut d'abord parler, puis lire et enfin écrire pour prétendre être quelqu'un. Cela nécessite un vrai travail. Les outils sont à notre disposition. Les règlements généraux nous permettent de gravir la première marche du progrès par l'acquisition de la « parole pacifique » condition indispensable à l'échange. Les rituels nous ouvrent et déploient la pensée du Grand Architecte de l'Univers, ils nous emmènent plus loin avec la possibilité de comprendre par l'expérience le voyage initiatique. C'est la «lecture » de ce que doit être le parcours de notre vie. Le Volume de la Loi Sacrée nous conduit avec la spiritualité à la création par « l'Ecriture ». Agir devient enfin simple. Il est temps de dépasser le : « Te ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu'épeler ». Celui qui est capable de s'exprimer puis d'écrire est celui qui tracera et bâtira réellement ses vies maçonnique et profane. Il ne se contentera plus de suivre le troupeau des adeptes de la pensée unique... Vivre en Loge, c'est prendre la parole, c'est rédiger des planches, c'est utiliser les outils que le REAA nous propose, c'est aller chercher chez les frères et en soi ces parcelles de Lumière qui nous permettront de construire une véritable fraternité en n'abandonnant personne sur le chemin... Fraternité indispensable pour « Mieux travailler d construire une alliance universelle d'hommes éclairés, réunis pour œuvrer en commun au perfectionnement spirituel, moral, matériel et intellectuel de l'humanité ». Cela ne vous rappelle-t-il pas quelque chose ? Ce « Gloire au travail » que l'on trouve dans le rituel du REAA n'est-il pas le parfait résumé de ce que j'ai pu dénommer « un des fondamentaux de la vie réussie en Loge » ?

Vénérable Maître et vous tous mes Frères, j'ai dit.

Ph\ N\

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Le Prologue de Jean

26 Août 2015 Publié dans #Planches

« Au commencement… » ainsi débute l'Evangile de Jean, page à laquelle le Volume de la Loi Sacrée (quand il s'agit de la Bible) est ouvert au début des travaux. Elle est lue dans certaines loges, en amputant le texte d'une trop grande partie pour qu'il délivre la plénitude de sa portée. Dans d'autres loges, elle ne l'est pas. Mais tous nous prenons nos obligations la main posée sur cette page, qui contient un indice supplémentaire à propos de la transcendance. La lecture que nous proposons du Prologue de l'Evangile de Jean ne signifie pas que nous souscrivons à tout ce que se dit ou s'écrit sur les deux Jean dans les milieux maçonniques et qui est le plus souvent sans fondement réels. Certains considéreraient volontiers son auteur comme un initié, sans dire initié par qui et à quoi, et son écrit comme une œuvre ésotérique. D'autres prétendent que Jean-le-Baptiste et Jean l'Evangéliste ne feraient qu'un même personnage et font un rapprochement - au nom d'une similitude de prononciation - avec le dieu romain biface Janus Tout cela n'a pas une importance décisive, si ce n'est de montrer l'intérêt que les maçons portent à l'auteur supposé du quatrième Evangile. Il suffit, s'il fallait s'en convaincre, de répondre à la question du tuilage : « D'où venez-vous mon frère ?». Le caractère sacré que nous conférons aux livres de la Bible ne les fait pas échapper à l'analyse rigoureuse que l'on peut faire de toute production littéraire humaine. Ce n'est en rien sacrilège. Peut-être est-ce même une manière de les respecter davantage. Or, il faut reconnaître que les recherches les plus récentes nous rendent modestes : il nous est impossible d'identifier clairement l'auteur de l'Evangile dit « de Saint-Jean ». Tout au plus, pouvons-nous dire qu'il est issu d'une tradition, qui avait, certes, un maître spirituel mais qui n'est pas pour autant à coup sûr le rédacteur. D'autant plus que nous ne pouvons affirmer qu'il n'y eut qu'un seul rédacteur. Alain Marchadour exégète réputé, met au jour une série de problèmes : des différences de styles et des difficultés logiques (désordres chronologiques, incohérences, fausses conclusions). Il faut convenir sans doute que le texte est non seulement constitué de plusieurs sources orales mises en forme par « une personnalité puissante et autorisée » à qui, en guise d'hommage, on en aurait attribué la paternité mais qu'il aurait subi au cours d'éditions successives des modifications dues aux copistes. « L'Evangile de Jean, né dans une autre culture que la nôtre, obéit à d'autres lois. En particulier les notions d'auteur (et de propriété littéraire) étant éloignées de l'esprit des anciens, il est possible que l'écriture ait subi des influences de nombreux auteurs, ait pu se faire en plusieurs étapes. (…) Mais sur les étapes pré-évangéliques, nous ne pouvons pas savoir grand-chose et il faut nous méfier de nos exigences logiques qui ne correspondant pas nécessairement à la logique des anciens». Mais que l'Evangile de Jean soit une œuvre très humaine ne le rend pas moins sacré… Le Prologue aux apparences difficiles, contribue au caractère mystérieux du quatrième Evangile. Il est d'un genre littéraire très particulier qui donne à penser qu'il s'agit d'une hymne liturgique préexistante à l'Evangile et incorporée comme ouverture. Le Prologue constitue donc une entité littéraire spécifique et homogène qu'il vaut la peine d'étudier dans le détail. Ce poème est construit selon un procédé littéraire assez usité à l'époque de sa création, le procédé du chiasme qui dispose les éléments selon une symétrie en miroir. Il nous faut donc d'abord repérer ces éléments et décrypter comment ils se font écho les uns aux autres . Ainsi, en « réduisant » le texte à sept unités de sens, se révèle la structure du texte. Les paragraphes 1, 2 et 3 ont leur symétrique respectivement dans les paragraphes 7, 6 et 5 :
Le Logos était Dieu (§1) mais le Fils a fait connaître le Père (§7).
Jean-Baptiste apparaît (§2) puis Jean-Baptiste se retire (§6).
Le Logos était dans le monde (§3) et il devint chair pour habiter parmi nous (§5). Comme une évidence apparaît alors le cœur du texte. Il s'agit du quatrième paragraphe puisqu'il est le seul à ne pas avoir son correspondant dans le chiasme. Ce paragraphe fonctionne comme un axe. Pour faciliter la compréhension, il est possible de donner un titre aux paragraphes, titre qui doit rendre compte le mieux possible du contenu :
1. Dieu seul détient la Connaissance : « Au commencement ». Il faut comprendre en fait « Dès avant le commencement ». Cette expression est une forte allusion au premier chapitre de la Genèse : « Au commencement Dieu créa le ciel et la terre » puis sépara la lumière des ténèbres. Cette opposition lumière-ténèbres est le sujet du premier paragraphe du Prologue : dans un échange entre Dieu et le Logos, entre la permanence silencieuse et le verbe créateur naît la lumière. Nous pouvons traduire « lumière » par « connaissance » car ces mots font partie des manières de dire que Dieu se révèle.
2. Jean-Baptiste apparaît pour rendre témoignage
3. La Connaissance est venue dans le monde : la vraie lumière, la Connaissance, est venue dans le monde puisque elle est « par qui le monde a été fait ».
4. Ils sont nés de Dieu : à ceux qui accueillent la lumière, il est donné d'être des enfants de Dieu
5. La Connaissance est venue chez l'Homme : « Il a habité parmi nous » et nous avons pu « voir sa gloire ».
6. Jean-Baptiste se retire : il laisse passer devant lui le Logos.
7. Les Hommes ont accès à la Connaissance : tous ont eu « part à sa plénitude » et c'est le Fils « qui a conduit à connaître » Dieu. Avec la Figure 11, nous pouvons aller encore plus loin et montrer comment le Prologue de l'Evangile de Jean indique clairement la fonction de l’initiation par rapport à la quête de la Connaissance. Le premier paragraphe explique l’origine de la Connaissance et le dernier nous dit qui sont les destinataires d'une promesse : chaque homme peut connaître Dieu. Ensuite, nous pouvons remplacer l'apparition du Baptiste par la présence de Dieu dans l'histoire de l'humanité. Ce paragraphe marque une rupture avec le précédent : « Il y eut un homme… » : nous voici redescendu sur terre. Faire apparaître le tout dernier des prophètes est un procédé qui veut évoquer tous les prophètes qui l’ont précédé et donc l’histoire du peuple d’Israël en tant qu’elle représente l’histoire de l’humanité. Par conséquent, quand Jean laisse passer devant lui Jésus, c'est l'individu, dont Jésus est ici une forme d'archétype, qui prend le pas sur le peuple et la fonction prophétique n'est plus utile puisque l'homme est venu. Le Logos était dans le monde, c’est là que la lumière résidait puis le Logos s’est fait chair. Il a changé de lieu de résidence : il n’est plus dans le monde mais dans l’homme. Pourquoi le quatrième paragraphe, le seul qui soit sans jumeau, nous permet d’évoquer l’initiation ? Pour la raison qu’il s’agit d’une naissance, réservée à quelques-uns (« ceux qui… ») où les liens du sang ne sont pour rien (« ils ne sont pas nés de la chair et du sang »), et d'une naissance à la lumière (« Devenir enfants de Dieu »)). Or, à cet endroit, le texte bascule : avant, il y a une expérience inscrite dans le cours de l'histoire et du monde. Elle descend des origines vers le monde mais conduit à un échec : « Les siens ne l'ont pas reçu ». Après, elle remonte vers une réussite (« Nous avons eu part à sa plénitude »), en passant par l'homme et son histoire individuelle. Par l'initiation, on passe en quelque sorte d'une héritage collectif à une fructification personnelle, de la phylogenèse à l'ontogenèse : l'aventure humaine individuelle reproduit l'aventure collective pour la positiver, tout comme le microcosme contient le macrocosme, comme le petit d'homme retrace toute l'histoire des espèces vivantes. L'initiation nous fait héritiers de l'Alpha pour nous rendre capables d'aller à l'Oméga. Il y a de ce point de vue une grande originalité du quatrième Evangile par rapport aux trois autres. Dans ces derniers, il faut attendre l'au-delà, donc la mort, pour connaître la lumière. Chez Saint-Jean, c'est le fait d'être homme qui rend participant à la Gloire de Dieu. Le Prologue nous introduit dans un jeu puissant de relations intimes. Intimité entre Dieu et le Logos : l'un et l'autre sont dans un dialogue permanent, dont le fruit est la création. Intimité entre d'une part la création donnée à l'homme et d'autre part l'homme lui-même. Intimité entre l'homme et Dieu puisque ce dernier se donne à connaître. Au fil du texte, se réalise comme une substitution. L'homme prend, dans l'intimité de Dieu, la place du Logos. En tous cas ce qui est strictement réservé au Logos peut être partagé par tout homme. « Le Verbe fait chair est le mystère d'une rencontre : celle de la vie transcendante de Dieu et de la vie désirante de l'homme». Les spécialistes les plus réputés divergent sur la traduction du mot « Logos » : parole, verbe, … Certains proposent même de ne pas le traduire puisque le texte original du quatrième Evangile est en grec et que le mot est passé en l'état dans la langue française. Ils ne sont pas non plus d'accord sur la question de savoir qui est le Logos et si, au cours du Prologue, il s'agit bien toujours de la même personne : est-ce dès le début du texte de Jésus dont on parle ? Laissons aux spécialistes les débats de spécialistes et proposons une hypothèse qui peut nous être plus utile en tant que maçons. D'une part Dieu, qui se tient dans la permanence, dans le silence. D'autre part le Logos pour parler, pour rompre le silence mais dans une relation absolument indissociable avec Dieu. Le Logos porte Dieu comme on porte un message, il met en œuvre de manière sensible ce que Dieu est. Alors, comme nous l'avons déjà vu avec la pratique symbolique, le Logos nous apparaît être le signifiant de Dieu, toujours invisible (« Personne ne l'a jamais vu ») mais accessible par le Logos (« C'est lui qui a conduit à le connaître »). Voici en quoi le Logos est révélation de Dieu… Mais alors, puisque nous avons noté que ce qu'il en est du Logos est partagé par tout homme grâce au jeu des intimités, nous pouvons dire que tout homme est, lui aussi, révélation de Dieu. Ainsi, grâce à une lecture attentive du Prologue de l'Evangile de Jean, se découvre un aspect de la transcendance : avant l'initiation, Dieu est derrière nous puisqu'au commencement était le Logos. Après l'initiation, il est présent puisque ce sont les vivants qui parlent Dieu pour lui faire dire « Je suis ». Au moment de l'initiation, la transcendance change de temps. Elle quitte le passé pour habiter le présent. « Avec Jean, on va vers le commencement. Car il n'est pas en arrière, dans le passé. Il est en avant et déjà dans le présent. Il est là où la vie se manifeste dans sa source et sa plénitude. Il est là où apparaît un fils d'homme, la gloire de Dieu plein les yeux ».

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Je suis content

24 Août 2015 , Rédigé par G\ R\ Publié dans #Planches

Lorsqu’on m’a demandé de choisir une planche en vue de mon augmentation de salaire, j’avais pensé traiter de la main qui est incontestablement le plus beau des outils qu’un maçon peut avoir à sa disposition. Mais je me suis vite rendu comte que le sujet avait été traité, retraité voire maltraité tellement de fois, que la place qui restait à l’originalité me paraissait des plus mince. Je fis part de mes réflexions au 1er surveillant qui sur le ton de la plaisanterie me proposa si je voulais faire preuve d’originalité, de tracer une planche sur le thème de « Je suis content ». Vous l’avez peut être remarqué mais depuis ce jour chaque fois que je le rencontre il ne manque pas de me demander si je suis content ? Pendant un court moment je me suis demandé si je devais être content c'est-à-dire comblé par ce choix. Pour moi être content était une chose simple sans détour, nous allons fêter la Saint Jean à Reims et ne résiste pas au plaisir de vous citer BARRES qui résume assez bien l’expression du contentement du compagnon que je suis en loge. Voyez le sourire énigmatique des anges de Reims. Ils sont contents d'eux-mêmes, heureux de plaire, pareils d'abord à des enfants sages et empressés auprès de leurs parents.
Barrès, Mes cahiers

JE SUIS CONTENT :

C’est vrai que chaque premier lundi du mois, je suis content de vous retrouver, mais le contentement du franc maçon ne se limite pas à cette quasi béatitude. Tout n’est pas aussi simple dans notre rituel et nous amène très vite à se poser la question : qu’est ce qu’être content en franc-maçonnerie ? Pour un compagnon ? Content de quoi ou de qui ? Si on revient aux définitions que j’ai pu lire, être content, c’est l’état de celui :
· Qui éprouve un sentiment de plaisir intérieur, de calme plénitude causée par la satisfaction d'un besoin, d'un désir ou d'une aspiration.
· Qui a le cœur et l'esprit satisfaits, dont les désirs sont comblés, qui ne souhaite plus rien. » Depuis que je suis compagnon j’ai entendu à deux reprises l’expression de ce contentement et ce constat est venu modifier la portée de cette définition. J’ai entendu l’adjectif « content » :
· Dans notre rituel de 1802, à l’occasion de chaque tenue lorsque le vénérable maître clôture la cérémonie et dit :
Frère 2éme Surveillant, où se tient le 1er Surveillant ?
A l'Occident Vénérable Maître, pour aider le Maître dans ses Travaux, payer les Ouvriers et les renvoyer contents et satisfaits.
· Dans le cadre de l’instruction donnée en loge de compagnon à l’occasion du dialogue qui se noue entre le premier surveillant qui fait les demandes et le deuxième surveillant qui donne les réponses du compagnon et que je rappelle :
D : Avez-vous reçu votre salaire
R : « Je suis content »
D : Où l’avez-vous reçu ?
R : A la colonne J.

J’imaginais avant de réfléchir sur ce sujet que contentement et satisfaction étaient synonymes. Dans mon esprit être « content et satisfait » signifiait que le terme satisfait venait uniquement renforcer le sentiment de contentement des ouvriers au regard du salaire qu’ils venaient de percevoir. En fait il existe une nuance entre contentement et satisfaction et je compléterai la définition en disant que le contentement est l’état de celui qui éprouve un sentiment de plaisir intérieur résultant de la satisfaction d'un besoin, d'un désir ou d'une aspiration fugace ou momentanée. Alors que la satisfaction est un sentiment de plaisir que ressent quelqu’un dont les désirs sont comblés, qui ne souhaite plus rien. Napoléon au soir de la bataille d’Austerlitz n’a pas dit à ses troupes rassemblées je suis satisfait de vous mais « Soldats je suis content de vous ». Il était heureux de l’issue de la bataille mais la guerre n’était pas terminée, il ne pouvait être que content. Le contentement serait passager ou momentané alors que la satisfaction à un caractère plus définitif et pour résumer cette distinction je livrerai deux exemples tirés de mes lectures. Le contentement pourrait être exprimé dans ce vieux quatrain d'un égoïste que j’ai trouvé au hasard de mes recherches :

Quand j'ai fait mes quatre repas
Et que j'ai dormi d'un bon somme,
Il ne m'importe guère comme
Chacun de moi pense ici-bas.

Cet homme là qui ne constitue pas un exemple pourra vivre heureux et content chaque jour; mais celui qui s’est fixé un objectif ambitieux, qui sait qu'il a, quelque part, une mission à remplir sur cette terre, sera content a chaque étape de sa démarche celui-là ne sera satisfait que s'il a personnellement conscience d’avoir atteint le but suprême auquel il aspirait. Il est incontestable que dans la FM le contentement seul n’est qu’une phase de transition. Pour résumer la description contentement du compagnon. je citerai l’exemple du sculpteur grec Callimaque, Corinthien à qui on attribue l’invention du chapiteau corinthien (à feuilles d’acanthe). Vitruve disait de lui « qu’il taillait le marbre avec une délicatesse admirable, était content des observations et des compliments qu'on faisait de ses ouvrages, tandis que lui-même n'en était jamais satisfait ». Pour revenir à notre rituel de 1802, je vous rappelle qu’à la clôture de la tenue le vénérable maitre renvoie tous les ouvriers payés contents et satisfaits, alors que dans le cadre d e l’instruction le compagnon se limite à être content du salaire qui lui a été versé. Je pense que c'est ainsi qu'on peut plus facilement saisir les nuances du sentiment de contentement d'avec celui de satisfaction, le compagnon est satisfait du salaire qui lui a été versé en contrepartie de son travail. mais n’est pas satisfait de son ouvrage car celui-ci est perfectible la pierre qu’on lui a donné a polir n’est pas parfaite, dans le mesure ou il n’a pas atteint la plénitude de son art. Les frères en loge sont contents et satisfaits car le travail en commun et l’égrégore qui en a résulté leur à apporté ce sentiment de plaisir que procure le sentiment d’avoir atteint son but. Nous nous limiterons au compagnon et reviendrons au motif de son contentement.

LE SALAIRE DU COMPAGNON :

Le motif de contentement des ouvriers compagnons confondus est d’avoir été payé ou d’avoir perçu leur salaire. Le salaire est traditionnellement la récompense qui échoit à quelqu'un en contrepartie de ses actes ou travaux. Mais au REAA la réponse est énoncée très clairement dans l’instruction au premier de gré lorsqu’on demande à l’apprenti :
Qu'appelle-t-on «Salaire » en FM ?
C'est la récompense du Travail produit par l'Ouvrier.
Par quoi se traduit le « Salaire » des Francs-Maçons ?
Par un perfectionnement graduel de soi-même. Le contentement du compagnon s’exprime au regard de la récompense du travail produit et par le constat du perfectionnement graduel de soi. Le travail produit est apprécié par les frères de la loge et le 1er ou le deuxième surveillant dans le cadre de la démarche de formation qui est proposée. L’apprenti et plus tard le compagnon dégrossi la pierre qui est en lui sous l’œil bienveillant de ses frères qui lui apportent conseil et soutien dans le cadre de sa démarche qui reste fondamentalement personnelle. La démarche du compagnon vers cette conscience éclairée qui est son objectif s’effectue dans le cadre collectif de partage des aspirations des frères composant la loge. Pour progresser le compagnon a besoin de ses frères et surtout « Qu’ils le reconnaissent comme tels ». Cette marque de considération constituera le salaire du compagnon et justifiera la cause de son contentement pendant sa progression jusqu’à la consécration suprême que constituera in fine l’augmentation de salaire.

Le perfectionnement graduel de soi

C’est le travail que le FM effectuera sûr lui même avec comme support cet arbre de potentialité que constitue le Rituel et comme racines la Franc Maçonnerie, alliance d'hommes libres de toutes confessions et de tous horizons sociaux. C’est par un enseignement progressif d’étape en étape, de degré en degré, que s’effectue cette démarche. Pour cela le FM commence par mettre de l’ordre dans son « chaos intérieur ». par un inventaire exhaustif de ses imperfections, en se contraignant à les regarder en face et à renoncer aux fausses excuses dont il avait coutume d’user jusqu’alors. Il lui faut donc créer une rupture, une prise de conscience et acquérir de nouveaux schémas de pensée, et qu’il: « Tue le vieil homme qui est en lui » La première étape a été Le Cabinet de Réflexion, lieu d’introspection qui lui a permis d’entrevoir sa réalité, de découvrir cette pierre informe, noirâtre, recouverte d’aspérités et faiblement éclairée par une lumière incertaine. Puis avec lucidité et détermination il a entrepris, avec application ,de débarrasser la pierre qui est en lui de ses multiples imperfections afin qu’apparaisse qu’apparaisse ce qui est parfait en elle. Ainsi dans le cadre de cette volonté active de progression, les points sur lesquels le FM travaillera sont ces fausses valeurs qui font que l'on a une attitude de repli sur soi plutôt que d'ouverture à l'autre.et qui sont sans que cette liste soit exhaustive :
· Les métaux. Qui nous rendent pesant.
· Nos préjugés. Qui nous ferment aux autres.
· Notre fanatisme. Qui nous rend aveugle à la connaissance. Ce perfectionnement graduel est très bien décrit par Jules BOUCHER qui écrit : Le récipiendaire sort d’abord de la terre, il est ensuite purifié par l’air, puis par l’eau et par le feu. Il s’affranchit par paliers de la vie matérielle, de la philosophie et de la religion et parvient enfin à l’initiation pure, réunissant ainsi les quatre éléments.
Avec le feu, c’est l’esprit, l’initiation.
Avec l’eau, c’est l’âme, la spiritualité, la connaissance, la lumière, la vie.
Avec l’air, c’est le mental, la philosophie, l’intelligence.
Et La terre, représentant le corps, la vie matérielle, la résistance, la forme.
Cette transmutation symbolique par une prise de conscience de soi, de l’Etre intérieur, confère à l’adepte une meilleure connaissance de lui-même. Cette connaissance de soi qui permet de faire des choix réfléchis dans la vie et de travailler ainsi à son propre perfectionnement. Qui peuvent être psychologique : quelles sont mes motivations ? Quels sont mes désirs ? Comment les intégrer dans ma personne ?
Philosophique: qu’est-ce que l’Homme ? Quel sens donner à l’existence ? Spirituel: de quel «tout » fais-je partie ? (Nature, Univers, Dieu ) Comment le ressentir ? Comment s’y intégrer ? Le plan philosophique est tracé, le chemin est indiqué, la voie est ouverte, il ne reste qu’à travailler, réfléchir, comprendre. Avec comme pierre angulaire le rituel. merveilleux outil qui nous permet au fur et à mesure de notre progression de baliser notre chemin.
Cependant, il ne faut pas se contenter d’écouter ce dernier comme une pièce de théâtre, mais au contraire devenir acteur en la matière, c'est en effet la seule façon de se l'approprier, et l'erreur serait d’avoir en ce qui concerne le rituel, tendance à Vénérer l'outil plutôt qu'à lui donner un Sens. Donc pour réussir ce perfectionnement progressif, il est impératif d’acquérir et d’assimiler les connaissances symboliques d’un degré pour espérer passer au degré suivant.
Tout comme l’on ne peut courir si l’on n’a pas appris à marcher, on ne peut envisager l’université si l’on n’est pas passé par les classes secondaires. C’est pourquoi Le Rite Ecossais ancien et Accepté propose comme technique de construction une méthode en 33 étapes ou degrés, pour libérer l’homme et en faire un initié, c'est-à-dire un homme achevé dans sa construction, conscient de lui-même, des autres, de l’humanité entière et de tout son destin dans l’univers.
La doctrine des pythagoriciens établissait déjà ce lien. «se purifier, s’instruire et se perfectionner, passer par degrés de la connaissance de soi à la connaissance de l’univers, de la connaissance de l’univers à celle de l’Etre des Etres ». La sagesse que nous recherchons n'est pas une école de vérité mais une école de l'interrogation, ce n'est pas non plus l'initiation à une vérité révélée mais un cheminement vers soi-même. Sans oublier que notre engagement maçonnique ne se limite pas à un usage répété de l’examen de conscience en vue de notre «perfectionnement graduel ». Les textes maçonniques évoquent aussi le devoir «d’être utiles à nos semblables », par notre participation à la recherche constante et sans limite de la vérité et de la justice dans le respect d'autrui. Comme il est évoqué au point quatre de la Règle en douze point, nous nous devons de contribuer «au perfectionnement intellectuel et moral de l’humanité »
En conclusion, mes Frères, ce perfectionnement graduel de soi-même qui correspond à notre Salaire de Maçon, ne se fera pas toujours dans la facilité, il sera même parfois difficile. Et si nous voulons parvenir à la Maîtrise de nos actes, à la réalisation de l’homme vraie et accompli, à l’harmonie de l’esprit et de la matière, et réussir nôtre chef d’œuvre “le Grand Œuvre” pour les Alchimistes. C’est à dire notre élévation vers la lumière, et notre approche de la sagesse dîvine. Il nous faudra, essayer, progresser, recommencer, partager nos idées, comprendre les autres et pratiquer la Fraternité. Le chemin sera long, sinueux, pavé d’embuches, Mais à celui qui saura, non seulement écouter mais aussi entendre, très vite, apparaîtra les premières satisfactions, les premiers salaires, juste rétribution d’une opiniâtreté sans faille. La nature ayant horreur du vide, l’espace libéré par l’élimination des copeaux s’éclairera peu à peu, au fur et à mesure que le doute fera place à des certitudes, si ténues soient-elles. Certes tout ceci s’opérera graduellement, imperceptiblement et souvent même sans que nous en ayons conscience. Ne nous impatientons pas devant la lenteur des résultats obtenus, des progrès accomplis. L’apprentissage est avant tout une question de résolution et de persévérance. La vie aussi.

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Le Rite et la liberté de conscience

21 Août 2015 , Rédigé par J\M\ N\ Publié dans #Planches

Il y a maintenant 20 ans de cela, je décidais de frapper à la porte du Temple, assoiffé de savoirs, désireux de côtoyer d’autres hommes, d’autres croyances, d’autres ressentis, d’autres spiritualités. Et le premier Frère qu’il me fût demandé alors de rencontrer me parla longuement du R\E\A\A\ et insista longuement sur la liberté de conscience qu’il avait toujours ressenti dans son vécu du Rite…..Sans doute cela m’a-t-il conforté dans ma décision de vouloir être initié. Plus tard, lors de la cérémonie de mon initiation, je me sentis pleinement rassuré lorsque l’Orateur lut la Déclaration de Principes du Convent de Lausanne de 1875 : « La Franc-maçonnerie proclame l’existence d’un Principe Créateur sous le nom de G\A\D\L\U\. Elle n’impose aucune limite à le recherche de la Vérité et c’est pour garantir à tous cette liberté qu’elle exige de tous la tolérance ». Tout au long des rituels des trois premiers degré, ainsi, bien évidemment qu’au sein du rituel de Maître Secret les éléments rituelliques, qu’ils soient symboles, légendes ou maximes évoquant cette liberté de conscience inhérente au Rite sont nombreux. Je me propose donc, dans une première partie d’en évoquer certains, certes pas de façon exhaustive, pour, dans une deuxième partie, vous parler plus librement, plus largement de la liberté de conscience et des implications que celle-ci peut avoir dans la vie, le chemin, le comportement de tout Franc-maçon. Le jour même de son initiation, le Franc-maçon se voit présenter un thésaurus de symboles et une méthode dont l’étude et la pratique sont censées lui permettre de se perfectionner, afin, dans un second temps, de pouvoir s’élever vers les sphères de la spiritualité. Dès la première épreuve, celle de la Terre, on demande au futur initié « de se détacher de toute illusion trompeuse » et d’abandonner ses métaux pour se rendre sensible à ce qui doit s’accomplir spirituellement. Nous voyons donc que dès le premier contact, c’est un processus de libération qui est proposé à l’impétrant ; plus tard, le Franc-maçon au souvenir de tous les moments intenses de cette mémorable cérémonie, pourra comprendre pleinement que cette liberté de conscience lui aura été offerte à l’instant même où il est entré dans le cabinet de réflexion. Vient ensuite le moment où, ses trois voyages étant achevés, le V\M\ demandera à l’impétrant s’il est prêt à l’ultime sacrifice, et que si tel était le cas, il devra le jurer sur les trois grandes Lumières de la Franc-maçonnerie et le V\M\ lui expliquera qu’au R\E\A\A\ le serment est prêté sur le V\L\S\, la Bible certes, mais pour le Rite avant tout le symbole de la Tradition et non le livre d’une quelconque religion révélée. Certes le futur initié n’est pas à même de saisir toute l’importance de cette symbolique, mais son étude ultérieure du rituel lui permettra de comprendre qu’il est pleinement libre de pouvoir explorer toutes les voies qui peuvent le rapprocher de la Vérité, de la Connaissance, de l’Absolu, à la seule condition de toujours œuvrer sous l’égide de l’Equerre, c'est-à-dire selon la Rectitude de l’Homme qui connaît, pratique et vit selon la Loi Morale , et du Compas qui lui signifie en permanence d’avoir à mesurer la portée des ses actes, envers lui-même, mais bien au-delà envers ses Frères en maçonnerie ou en humanité. Je vais clore ce bref chapitre sur le premier degré en évoquant le mot sacré de l’A\ le fait d’épeler ce mot, n’est-ce point là la preuve éclatante que le Rite n’impose aucun dogme ? le Rite met l’initié sur la voie – le Surv\ donne la première lettre, c’est à l’initié de trouver et prononcer la seconde ! Le second degré incite le C\ à acquérir une kyrielle de savoirs afin qu’il puisse appréhender au mieux l’univers où il vit, qu’il se ressente l’héritier de toutes les sagesses, savoirs et religions du passé sans restriction aucune. Le Rite lui affirme que seul le Travail est source de libération de l’individu en lui permettant de construire sont Temple intérieur, mais aussi le Temple de la F\M\ universelle et par la même celui de l’Humanité. Enfin, le C\ ayant œuvré à se mieux comprendre et à mieux connaître l’univers et les lois qui le régissent , devient capable de voir pleinement flamboyer l’Etoile où le G resplendit en son centre, prenant conscience qu’au sein de chaque être humain palpite une petite étincelle de Divin, libre à chacun de relier cette étincelles à la source de Lumière, de beauté, de vérité qu’il voudra bien choisir…..le rituel ne dit-il pas que les acceptions de la lettre G sont infinies ? Parvenu à la Maîtrise, armé, préparé, purifié par les degrés précédents, l’initié se voit confronté une nouvelle fois aux préjugés qui s’opposent au développement des connaissances humaines, préjugés qu’il se doit de combattre, brisant ainsi le joug de l’ignorance, du fanatisme et de l’ambition. Ces trois vices ne sont bien évidemment pas les seuls que le M\M\ se doive d’éradiquer : tout ce qui l’entrave dans sa démarche de connaissance se doit d’être éliminé, et quelle plus belle affirmation de cet impératif que certaines des maximes que le T\F\P\M\ présente au futur Maître Secret à la fin de ses voyages initiatiques : « Tu ne te forgeras point d’idoles humaines pour agir aveuglément sous leur impulsion » « Tu décideras par toi-même de tes opinions et actions » « Ne te paie pas de mots, n’accorde à qui que ce soit une confiance aveugle mais écoute les hommes avec attention et déférence ». Voilà mes Frères un bref aperçu de ce que le Rite nous démontre en permanence, par les symboles, légendes et maximes qu’il nous offre d’étudier : le R\E\A\A\ est un rite empreint de liberté, non point cette liberté qui ne serait qu’anarchie, mais de cette liberté de connaissance qui fait de nous des hommes prouvant à chaque instant que nous sommes debout, les pieds fermement ancrés au sol, la tête dans les étoiles, les bras ouverts à tous nos Frères en humanité. Ainsi donc, mes Frères, le Rite que nous pratiquons n’est en rien comparable aux enseignements des églises, de la grande majorité des écoles de pensée ; jamais Il n’affirme détenir la vérité, jamais il ne nous impose un credo ou un dogme quelconque….Le Rite aide et incite chaque maçon à se forger ses propres convictions, lui permet de devenir …ce qu’il a toujours été…mais dont il n’avait pas pris conscience, encombré qu’il était par les scories déposées par tant d’années de vie profane. A cet instant je m’aperçois que je n’ai pas véritablement jusqu’à présent défini et explicité ce qu’est cette fameuse « liberté de conscience »…pour ma part, tout simplement oserais-je dire, je pense qu’il faut entendre par « conscience », « connaissance »qui en est le sens premier. Celle-ci est atteinte lorsque nous œuvrons à tenter de débusquer l’erreur qui masque la vérité, lorsque nous nous efforçons de nous alléger, autrement dit lorsque nous prenons conscience de ce qui est vain, contingent, afin d’aller vers l’essentiel. L’apprenti ayant dépouillé le vieil homme, le compagnon ayant ouvert les bras et les yeux pour embrasser l’Univers, et donc ayant compris qu’il est poussière d’étoiles mais aussi élément central et majeur du Un le Tout, le Maître se révèle alors en tant qu’Etre de verticalité retrouvée, réceptacle de l’esprit du R\M\ Hiram….il est désormais à même de se prendre pleinement en charge….il commence seulement et pleinement à réfléchir, se poser les questions véritables sur ce qui l’a sans doute poussé à frapper à la porte du Temple….qui est-il vraiment ? D’où vient-il ? Où va-t-il ? la vie et la mort ont-elles un sens ? Comment œuvrer pour vivre en harmonie avec soi même, avec ses frères en humanité ? Car c’est en se posant toutes ces questions, et bien d’autres, en pleine liberté de conscience, autrement dit en toute connaissance de cause, que l’initié pourra œuvrer au progrès de l’Humanité, sachant que celui-ci ne pourra être réalisé que par l’amélioration de chaque individu, que les idéaux de Liberté, d’Egalité et de Fraternité ne deviendront pleinement réalisés et efficients que lorsque chaque Frère aura achevé sa quête et aidé ses Frères à parfaire leurs quêtes respectives, dans un souci de justice et d’équité. Mais, bien au-delà de cette recherche de progrès, le R\E\A\A\ ouvre à l’Initié les portes d’un monde empli de mystères et de doutes, d’élévation et de paix, le monde de la spiritualité. Car, ainsi que j’ai pu le dire auparavant, le Rite affirme avant tout autre chose la réalité d’un absolu inaccessible, inaccessible tout du moins à la seule raison cartésienne, l’existence d’une « inaccessible Etoile » a pu dire notre Frère jacques Brel. Ainsi donc s’il est une pratique que le M\M\ se doive de maîtriser, c’est bien celle du doute. Non pas le doute qui angoisse et annihile toute volonté, mais le doute opératif, le doute qui entrouvre les portes de la métaphysique. Par la même, soucieux de s’élever au dessus de sa condition humaine, désireux non pas d’oublier la matérialité, mais de pouvoir accéder aux régions élevés où règne l’Esprit, à « l’Empyrée du divin » chanté par Paul Claudel, le M\M. porte au feu du questionnement et du doute le fer de son jugement….et ainsi forge-t-il sa Foi de Franc-maçon cette foi qu’il sait être partagée par ses Frères en recherche, cette foi qui relie tous les Francs-maçons entre eux et qui, n’ayons pas peur des mots est le fondement même de la Religion Universelle. Cette Religion qui nous accueille tous en son sein si nous ne trahissons pas nos divers serments, ce qui fait de nous des Hommes loyaux envers l’Ordre, loyaux envers la Loi Morale que nous nous devons d’observer et qui est le fondement de notre démarche….et c’est en cela que nous autres Francs-maçons ne pouvons être des « athées stupides ni des libertins irréligieux » ainsi qu’a pu le dire le Pasteur Anderson. Nous sommes à même, de par la liberté totale que nous offre le Rite, d’explorer toutes les voies qui conduisent à l’universel, et bien entendu en tout premier lieu le chemin qui nous permet de descendre au plus profond de nous pour que notre esprit et notre âme se réchauffent et s’illuminent au contact de l’escarbille de sacré qui palpite en nous. L’initiation, la pratique du Rite, ne font pas naître ce feu intérieur, elles nous dessillent les yeux, et c’est en cela qu’un F\ illustre a pu dire que l’Initiation n’était pas la découverte de mondes nouveaux, mais bien la vision du monde avec des yeux neufs. Bien que n’étant pas moi-même pratiquant d’une Religion révélée, ou du moins ne l’étant plus, et après des années de réflexion, il me semble possible pour tout Franc-maçon qui a pris pleinement conscience de la liberté que procure le R\E\A\A\, de vivre en harmonie sa foi de Franc-maçon et toute expérience spirituelle portée par une religion révélée, qu’elle soit Chrétienne, Hébraïque, Musulmane voire Hindouiste….ou par une Sagesse comme le Bouddhisme. De plus, si ces Frères pratiquent la méthode maçonnique avec force, sincérité et la soif de Vérité qui nous assaille tous, autrement dit s’ils ne tiennent rien pour vrai ou faux à priori, alors sans doute vivront ils leur parcours maçonnique et leur vie de croyant en parfaite harmonie…ils ne recevront plus la parole des Evangélistes, du Prophète, des prophètes comme autant de vérités assenées, mais seront aptes à en tirer la quintessence ésotérique, celle qui fera d’eux des Hommes de Lumière et de progrès. Si donc le Rite permet à tous les Frères de concilier liberté religieuse et art royal, alors la liberté de conscience qui préside à l’essence même du Rite a pour corollaire la Tolérance sans laquelle la Franc-maçonnerie adogmatique ne pourrait se revendiquer en tant que Centre de l’Union. J’avoue que le terme de Tolérance a pu me choquer par le passé, empreint qu’il est de ressentis souvent négatifs : « je tolère l’autre alors que je pourrais le mépriser...Je suis indulgent quant aux erreurs de l’autre……je condescends à reconnaître que tu puisses penser différemment de moi….etc. »…..Toute formes de relation à autrui bien évidemment inacceptable pour un initié. Pour ma part je lui ai toujours préféré le terme de Respect qui a une connotation toujours positive, toujours active : Je respecte l’autre, sa manière de penser et ses actions, même si elles entrent en conflit avec ma propre démarche. C’est la liberté de conscience que me permet le Rite qui me rend capable d’accepter tous mes frères en Humanité, car je sais que c’est de la confrontation que risquent d’apparaître quelque étincelle de vérité……n’est-ce point le Rituel d’installation du V\M\ qui affirme que son rôle est de « concilier les oppositions nécessaires et fécondes » ? N’est-ce point là le rôle même du symbolisme que de nous faire comprendre que chacun de nous ne possède qu’un seul fragment du « sumbolon » ? Si la vérité resplendit de mille feux, chacun de nous ne peut en recevoir qu’une faible partie… « La Vérité ni le soleil ne peuvent se regarder de face »…oui, mes Frères, nous sommes confrontés en permanence à notre propre ignorance et il faudrait faire preuve d’encore plus d’ignorance et de fanatisme pour rejeter les idées, conceptions ou croyances de l’autre. C’est à son contact seulement que nous pourrons nous enrichir…et l’enrichir. Un vieux Frère arlésien me disait qu’une de ses plus grandes fiertés était que jamais le sang n’avait coulé au nom de la Franc-maçonnerie sans doute parce que la Franc-maçonnerie et plus particulièrement le R\E\A\A\ se veulent parmi les derniers garants de la Tradition, autrement dit ont puisé au sein de toutes les sagesses, toutes les religions, les éléments qui leur ont permis de se constituer en un système initiatique à vocation universelle. Certes, les fondements même de notre Rite sont plus particulièrement judéo-chrétiens, dans l’affirmation et l’exaltation de l’Unité, ainsi que dans l’évocation à l’Amour qui doit régner parmi les hommes. Mais comment ne pas voir d’évidents liens de parenté entre notre quête et la recherche de la Voie du Milieu de Confucius, entre les valeurs de charité que nous prônons et la charité qui est l’essence même du Bouddhisme ? Oui, tout cela tend à prouver que notre Rite, héritier de tant de traditions, ne peut être que spirituel et bien évidemment ésotérique, et que la Tolérance lui est consubstantielle de par la liberté de conscience qu’il offre à chacun de nous. Vient pour moi le moment de parler d’une chose qui m’est chère : le respect de la Règle et du rituel. La fréquentation de certaines Loges et, avouons le d’autres obédiences m’ont amenés à constater que, malheureusement, certains Frères pensaient que la Tolérance leur permettait de prendre certaines libertés avec le rituel qu’ils ne pratiquaient plus avec la rigueur souhaitée. Voire même que certains Frères, d’autres obédiences il est vrai, pensaient que les rituels étaient, je cite, « des singeries d’une autre époque » !! En toute honnêteté, je ne sais si j’éprouve aussi peu de sentiments fraternels envers ceux-ci qui dénaturent le Rite et risquent de le mener à sa perte, qu’envers ces Frères entrés en Franc-maçonnerie par copinage et intérêt et confondent Maçonnerie et réseau d’influence : deviendrai-je intolérant ? tout humour mis à part, et en toute honnêteté, je ne le pense pas car j’ai toujours clamé qu’il ne fallait jamais confondre liberté de conscience et d’action avec le mépris de la Règle, le mépris du rituel, autrement dit la licence la plus totale, celle qui fait de nous, non pas des hommes libres, mais des libertins. Et j’ai souvent pu constater que ces Frères étaient les mêmes qui vivaient dans l’indifférence à l’autre, soucieux qu’ils sont de leur petite personne, des avantages, faveurs ou honneurs qui pourraient faire d’eux une caste de privilégiés. Alors que le véritable initié, en empathie avec l’humanité entière, se doit de s’intéresser à tout ce qui touche à l’humain, solidaire de toutes les souffrances et injustices, désireux de poursuivre sincèrement au dehors l’œuvre commencée dans le Temple ….autrement dit, le M\M\, grâce au travail effectué sur lui-même, grâce à ses capacités à côtoyer ses semblables est devenu un citoyen éclairé, apte à s’impliquer dans les affaires de la Cité, non pour satisfaire une ambition personnelle, non pour imposer son seul point de vue, mais bien pour apporter un peu des lumières qu’il a mises au jour lors de sa quête, afin de défendre nos idéaux de Liberté, d’Egalité et de Fraternité. Certes, mes Frères, je me montre là bien optimiste, utopiste diront certains, emphatique penseront la plupart. Mais affirmer le contraire serait sans doute oublier que, si nous travaillons à la gloire du G\A\D\L\U\, nous avons juré d’œuvrer au progrès de l’Humanité. Oui donc, toute notre quête initiatique nous incite à tendre la main à tous les êtres humains pour former une vaste chaîne de fraternité, car nous sommes censés avoir compris que celle-ci nous relie tous, même celui que nous considérions comme notre ennemi avant le jour de notre initiation ; ne l’avons-nous pas juré lors de notre toute première Chaîne d’Union ? Poursuivons sur cette voie : Le tablier que nous portons, blanc bordé de noir, ne symbolise-t-il pas la lutte immémoriale entre le bien et le mal ? Nous, Maître Secret, nous devons de nous conformer en permanence à la Loi Morale, et ceci est bien évidemment synonyme de toujours avancer fermement, avec persévérance, vers le bien. Certes, toutes les voies de recherche nous sont ouvertes, mais seules celles qui inlassablement nous ramènent vers le Bien sont vivifiantes, car vivre selon la Loi Morale c’est vivre toujours plus libre, c’est acquérir toujours plus de Paix intérieure, c’est adopter ce que je qualifierai d’attitude d’Amour. L’amour que nous nous devons de nous porter à nous même, car comment travailler sur soi si l’on ne s’aime pas, l’amour que nous portons à autrui, la Paix qui naît en nous lorsque nous nous sentons en harmonie avec nous même et avec l’Autre, la joie ressenti lors du devoir accompli, tout cela ne nous rappelle-t-il pas les trois invocations qui résonnent lors de la clôture des travaux au premier degré du Rite ? Peut être le but ultime du chemin est-il de faire abstraction de soi, de ne tendre qu’au don de soi ? Toutes les voies ne se rejoignent-elles pas pour n’en former qu’une seule, celle qui, inlassablement nous mène et ramène à l’Autre, dans un élan que le Christianisme a pu nommer Charité, cet altruisme total que nous invoquons déjà le jour de notre initiation lorsque tous les Frères jurent de donner leur vie pour la défense des tous les maçons en dangers, pour la défense de l’Ordre maçonnique. Et si, tout simplement oserai-je dire, la pratique de cette Charité qui nous rend autrui sacré serait une, si ce n’est La voie qui mène à l’illumination , celle qui nous fait comprendre que l’autre est une parcelle du G\A\D\L\U\, une des ses émanations….cette Charité qui nous fait comprendre que le sacré et l’humain sont intimement mêlés…que la « Lumière que nous avons demandé lors de notre première entrée dans le Temple » nous éclairera véritablement lorsque nous nous serons totalement donné à l’Autre. Voilà venu le moment de conclure une Planche que vous avez sans doute trouvée pour certains trop longue, pour d’autre bien trop exaltée et parfois par la même confuse. Je me remémore les longues discussions avec un vieux Frère du G\O\D\F\ pratiquant notre Rite et qui m’était très proche, discussions âpres mais fraternelles portant sur nos prestations de serment respectives, moi sur le V\L\S\, lui sur les Constitutions de son obédience. Ce Frère, passé à l’Or \Et\ estimait que devoir prêter serment sur la Bible et invoquer le G\A\D\L\U\ aurait été pour lui une entrave à sa libre pensée, une négation totale de sa liberté de conscience. Jamais je n’ai pu lui faire accepter que nous maçons de Rite Ecossais de la G\L\D\F\ et du S\C\D\F\ possédions une totale liberté de conscience pour peu que nous ayons compris que cette Bible, pour laquelle il éprouvait tant d’aversion, était le symbole de la Tradition. Jamais je n’ai pu lui faire admettre que seul un serment prêté sur les Trois Grandes Lumières pouvait établir la base la plus stable qui soit de notre fidélité au Rite, à l’Ordre, et que cette fidélité n’était en aucune façon synonyme de perte de liberté. Les serments que nous avons tous prêtés, loin de nous aliéner, restent à jamais les garants de notre liberté de conscience, celle qui fait de nous des Hommes libres, celle qui seule nous permet d’œuvrer sur nous même à notre amélioration, celle qui seule nous fait accéder in fine à cet altruisme ultime : le don de soi totalement désintéressé, celui que l’on réalise non pas par Devoir, mais par un élan naturel de tout notre Etre.

T\F\P\M\ et vous tous Maître Secret mes Frères, j’ai dit.

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