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Hauts Grades

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La Sagesse : le Dalaï Lama

17 Septembre 2013 , Rédigé par T.D

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La fraternité

17 Septembre 2013 , Rédigé par François DEM\ Publié dans #Planches

Tout d’abord merci à mon second surveillant de m’avoir permis de présenter une planche sur ce thème, qui est un des deux piliers de notre loge « Conscience et Fraternité » La notion de « Fraternité» a une double histoire : étymologique et sociologique. Du côté de l’étymologie, il semble qu’il faille remonter au vieux sanscrit pour voir apparaître le terme « bhratar » avec le sens de « frère» au sens large de parent proche. Ce serait cette racine sanscrite que l’on trouve dans la Grèce antique, au travers du terme «phrater», membre de la phratrie. Dans la Bible, la première description de rapports entre deux frères nous est donnée dans le récit concernant Caïn et Abel. C’est également le premier récit de meurtre. Mais nous y trouverons également de nombreux exemples qui prouvent que la Bible et à travers elle le judaïsme, ne diminue en rien la valeur des liens familiaux, bien au contraire, puisque l’un des Dix Commandements n’est autre que «tu honoreras ton père et ta mère»L’idéal de fraternité énoncé par la doctrine chrétienne, loin de s’étendre à tous les hommes, tend à ne se réaliser qu’en vase clos, au sein des premières communautés religieuses. Dans le monde laïc, l’on assiste alors au développement de «Fraternités» telles celles des Rose-Croix, des Corporations de maçons constructeurs et de chevaleries de divers ordres. De ces diverses tentatives subsistent quelques symboles et rites qui fécondent certains grades de la Franc-maçonnerie spéculative. La publication en 1723 des constitutions d’Anderson marque une étape essentielle dans les tentatives de rapprochement entre les divers courants philosophiques et religieux dans la perspective de la diffusion et de la pratique d’un idéal de fraternité. Le progrès rend ce besoin de Fraternité très important, car si de nos jours, la téléphonie mobile, le courrier électronique, la mobilité des images et des écrans ne créent pas de liens, ils rendent la solitude supportable et peuvent finir par enfermer chacun de nous dans sa solitude surinformée. Par besoin les Hommes cherchent à tout prix à recréer du lien. Les grandes bouffées émotionnelles qui s’emparent régulièrement de la population française s’expliquent aussi par ce besoin de retrouver une relation humaine qui ne passe pas uniquement par la technologie. Lorsque la France a remporté la Coupe du Monde en 1998, Paris a connu des scènes de fraternisation de la foule comme la capitale n’en avait pas connues depuis la Libération. L’enjeu était loin d’être le même, mais les Français avaient besoin de se retrouver, de parler, de partager tout simplement. Ces flambées émotionnelles sont d’autant plus fortes que le lien social au quotidien est entrain de se rompre et que la solitude est aujourd’hui la grande peur du monde moderne. La Franc-maçonnerie est un ordre initiatique fondé sur la fraternité. Les textes constitutifs insistent sur ce point. Les Constitutions d’Anderson, par exemple, posent comme règle fondamentale : « vous cultiverez l’amour Fraternel qui est la base, la pierre angulaire, le ciment et la gloire de notre confrérie ». De même, les principes généraux de notre Ordre précisent : « La Franc Maçonnerie à pour devoir d’étendre à tous les membres de l’humanité les liens Fraternels qui unissent les Francs Maçons sur toute la surface du globe. » La Fraternité maçonnique, telle qu’elle m’a été dévoilée lors de mon initiation, constitue une invitation au travail à faire sur soi et entre soi, qui m’encourage à grandir, et à devenir meilleur pour moi-même et pour les autres

Nous savons que les mots que nous prononçons consciemment influent sur notre inconscient, le simple fait de décréter la Fraternité et de le répéter à chaque tenue, crée ipso facto ce sentiment dans notre inconscient. Oui, à l’inverse de l’Amitié, la Fraternité est décrétée. On ne choisit ni sa famille, ni les frères de sa loge. Que ce soit dans l’univers familial ou dans la Franc Maçonnerie, il s’agit bien d’un état de fait et non d’un choix précis.

C’est une des particularités de la Franc Maçonnerie, elle crée une famille. Elle décrète que par le fait de partager des valeurs communes, nous sommes Frères. C’est un fait, écrit dans notre constitution d’Anderson. Constitution a laquelle nous adhérons donc nous sommes Frères. Ainsi au même titre que je n’ai pas choisi ma famille natale, je n’ai pas choisi mes Frères maçons, mais j’ai librement choisi d’être maçon. Ainsi donc la Fraternité n’existerait que par décret, besoin psychologique, etc . Tout ceci est d’une extrême froideur, à l’inverse même du sens du mot. La raison de ce paradoxe est que la Fraternité ne s’écrit pas, même oralement il m’est difficile de vous décrire la Fraternité.

La Fraternité cela se vit, c’est de l’affection, de la solidarité. C’est l’émotion partagée lors de la chaîne d’union. C’est aussi le geste que nous faisons pour le tronc de la veuve. C’est parfois appeler un Frère que l’on pourrait aider. C’est abandonner nos métaux entre nous, nous montrer tels que nous sommes, sans cacher nos faiblesses, protégés que nous sommes par la Fraternité des autres.

Ainsi la Fraternité, ce lien à inventer, est à la fois un MOYEN et un BUT, et pour faire plaisir a la fois à mon Parrain, et à mon second surveillant, tous deux friands de confiseries freudiennes, je dirais simplement que la Fraternité c’est un peu épanouir le « Moi » dans le « Nous ».

La Fraternité débute par l’acceptation inconditionnelle de l’existence de l’autre. Fraternité, Amitié, Amour de l’autre. Pour moi, ces mots évoquent des sentiments d’affection profonde mais ayant toutefois des sens différents : Nous ne sommes pas amis avec nos Frères et nos Sœurs, nous sommes Frère et Sœur tout simplement. La Fraternité se suffit à elle-même. Martin LUTHER KING, disait : « Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous mourrons ensemble comme des idiots. »En quoi la Fraternité est elle différente de l’amitié ? Au sens littéral la Fraternité vient du concept « Fils d’un même père », cependant c’est souvent le socle des valeurs communes qui va déterminer la solidité de la Fratrie. Dans la Franc Maçonnerie, nous avons également le même « Père », Le Grand Architecte de l’Univers, et nous développons également un socle de valeurs communes. Ces valeurs communes, qui fondent notre Fraternité, sont : le respect, la tolérance, l’affection, l’écoute, l’humilité, la charité, la bienveillance, la bonté, la justice, l’humanité, la solidarité, et j’en oublie encore beaucoup… Ce que j’ai vécu au cours de mon Initiation, et le fait de devenir un maillon d’une immense chaîne de Frères inconnus procède d’une toute autre démarche que le développement d’une amitié selon les hasards de ma vie. L’amitié est le fruit d’une sympathie réciproque, elle résulte d’un libre choix, elle est élective, restrictive et réversible. Au contraire de la fraternité qu’elle soit de sang ou d’initiation, laquelle est contraignante et irréversible. La Fraternité met en œuvre les facultés les plus nobles du cerveau, du cœur, de la volonté et forme un lien naturel intellectuel et affectif entre tous les hommes de la grande famille humaine. Saint Jean nous dit : « Celui qui dit être dans la lumière et qui a son Frère en haine est dans les ténèbres. Celui qui aime son Frère est dans la lumière. » Les fraternités profanes réussies sont faites de sympathie, de camaraderie, d’amitié, d’élan du cœur. La Fraternité maçonnique, c’est autre chose. C’est une Fraternité initiatique, à base de symboles, de rites, de traditions, s’inscrivant dans une perspective de bâtisseurs d’un monde meilleur (la construction du Temple de l’Humanité). Corps spirituel, la Loge offre et bâtit une Fraternité Initiatique fervente se vivant bien plus intensément que les fraternités profanes. La Fraternité qui éclaire et anime les temples maçonniques possède plusieurs spécificités :

La Fraternité du Cœur, pour une empathie sincère et une sympathie sans arrières pensées.

La Fraternité de l’Esprit : la recherche de la vérité, à partir des débats et de l’échange des convictions, acceptées dans leurs diversités.

La Fraternité de l’Imagination, à travers l’étude des symboles, et enfin

La Fraternité du but commun, celle d’œuvrer en tout lieu au progrès de l’Humanité, et cette construction qui se doit d’être de qualité, passe par la Fraternité des bâtisseurs.

La Fraternité maçonnique est mise en œuvre grâce à tout ce que nous offre le rituel :

Le Serment : Acte libre et réciproque, comportant le double engagement du nouvel Initié et de celui de ses Frères à son égard. Lors de mon initiation, j’ai ressenti le serment comme l’engagement d’une vie nouvelle, quelque chose de très intense.

Le Pavé Mosaïque: Dualité et ambivalence entre Frères, Abel et Cain, compétition / solidarité, Hostilité et Amour. Ferment de la tolérance, le Pavé Mosaïque nous montre que les contraires peuvent co-exister sans s’altérer.

Les Lacs d’Amour: représentation matérielle de cet autre symbole de la Fraternité maçonnique qu’est la Chaîne d’Union.

La Chaîne d’Union : elle régénère, revivifie, et ressuscite la Fraternité. Par la reliance concrète des Frères aux mains nues, se perçoit avec force la conscience de notre humanité dans ce qu’elle a d’impérissable et d’éternellement transmissible. C’est également un moment de méditation qui permet de faire percevoir aux Francs Maçons leur appartenance à une totalité qui les dépasse infiniment dans le temps et dans l’espace, autrement dit la dimension spirituelle de notre Ordre. Pour ma part, la chaîne d’union est certainement l’un des moments les plus forts de chaque tenue, et c’est toujours avec joie que je retire mes gants pour y participer avec chaleur, recueil et sincérité.

Equerre et Compas, maillet et ciseau, outils indissociables, qui permettent à l’apprenti de forger son Esprit et tailler régulièrement sa pierre brute, pour accéder à la Fraternité universelle.

Perpendiculaire - Niveau : la perpendiculaire sert à l’équilibre dans la verticale, le Niveau intervient dans l’horizontale. La Perpendiculaire, tel un fil à plomb, nous donne la verticale. Verticalement pour élever son esprit et Verticalement pour descendre dans notre Ame et regarder à l’intérieur de nous même. Le niveau sert à égaliser, à voir si un plan est horizontal et à déterminer les différences. Il rend plane dans la mise en oeuvre correcte des connaissances, sans pour autant niveler les connaissances

J’ai eu la chance d’assister à une très belle planche présentée par le Vénérable de notre loge voisine, sur le thème Conscience et Fraternité. Notre T:.C:.F:. Denis Jean avait alors posé une question sur la Fraternité dans l’association des ATR (l’Association des Truands Réunis). Alors il est vrai que, j’ai réalisé cette planche avec NOTRE cadre de référence et celui des valeurs défendues par notre Ordre, mais la Fraternité existe aussi dans des organisations intégristes ou mafieuses. La seule Fraternité ne suffit donc pas, il faut y ajouter notamment, la Conscience. La devise de notre pays est le reflet de la nécessité d’adjoindre la Fraternité avec d’autres valeurs que nous aimons répéter, celle de la Liberté et de l’Egalité. Je voudrais vous remercier pour le progrès que vous me permettez d’accomplir. Lors de mon initiation, mon esprit était à peu près aussi musclé que mes abdominaux. Grâce à la fréquentation régulière de notre loge, MA salle de gymnastique philosophique, j’ai l’impression de progresser, même si la route est encore longue. A presque deux années de mon initiation, de ma naissance à la Lumière, Je suis heureux d’avoir pu ce soir vous présenter mon travail. Je voudrais vous témoigner ma reconnaissance pour votre Fraternité sans faille, et je continuerai mes efforts laborieux pour polir ma pierre brute, ciseau et maillet en mains, pour parfaire mon intégration dans la Loge, pour également apporter à chacun d’entre vous ma Fraternité. En conclusion : Pour moi, la Fraternité, ce n’est pas seulement donner ce que l’on a, c’est avant tout offrir ce que l’on est.

 

Planche d'augmentation de Salaire

Source : www.ledifice.net

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Citation

16 Septembre 2013 , Rédigé par F. Scott Fitzgerald Publié dans #Philosophie

 «C'est ainsi que nous nous débattons, comme des barques contre le courant, sans cesse repoussés vers le passé».  Gatsby le Magnifique

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Propos sur la fraternité

16 Septembre 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

On définit toujours un être, une chose, une action, un sentiment en faisant référence à un autre être, à une autre chose, une autre action, ou un autre sentiment. Et l'on procède alors : soit par analogie, soit par opposition. Eh bien, avant de vous parler de la Fraternité maçonnique je vous propose de nous frayer un chemin vers la définition de la Fraternité en faisant au passage la distinction entre : AMITIE, CHARITE, SOLIDARITE, FRATERNITE.

 

L'AMITIE  

Quand on parle de l'amitié, on se souvient vite des très belles pages que MONTAIGNE a écrites, inspirées par l'amitié profonde qui le liait à Etienne de la BOETIE. Cette amitié » était plus proche de ce qu'est — ou ce que doit être — la FRATERNITE des Francs-Maçons que des amitiés communes d'aujourd'hui. L'amitié, de nos jours, est plus en surface et plus fortuite. L'occasion l'a créée, l'intérêt peut-être ; le temps peut l'estomper ou la faire disparaître... Elle est pratique, légère, mondaine souvent, sincère et solide parfois... Tous comptes faits, elle s'engage à peine et le coeur se donne encore moins. L'amitié peut être déçue, c'est-à-dire, si elle a l'espoir d'être payée en retour. Et là, vraiment, que de déceptions. Ne faisons surtout pas un tableau pessimiste de l'amitié — c'est quand même une chose bien douce —, insistons seulement sur sa fragilité, son ins­tabilité... et l'amertume qu'il arrive qu'elle laisse...

 

LA CHARITE  

La charité est une notion infiniment attachante... qui peut toutefois deve­nir assez vite odieuse en fonction de certaines motivations. Attachante, la Charité l'est à coup sûr quand elle est un simple et mer­veilleux don de soi : quand, spontanément, elle atteste sa Foi, en un Dieu ou dans les Hommes. Oui, la Charité est attachante quand, au milieu des barbelés de la vie moderne, l'Homme renonce à son égoïsme et fait une large trouée afin d'être bon toujours, en dépit de tout : d'être secourable avec ceux qui en ont besoin, tous ceux qui en ont besoin. C'est cette filiation morale — d'ailleurs souvent d'origine chrétienne — à la notion du Devoir qui distingue cette charité — pourtant ô combien atta­chante — de la Fraternité. Nous avons dit aussi : parfois odieuse en fonction de certaines motiva­tions. Il existe une sorte de Charité qui n'est pas un acte obligatoirement pur, un acte ne relevant pas de ces « raisons du cœur « dont parle PASCAL et la bienveillance envers son prochain n'est pas toujours altruiste. On cherche parfois son semblable... mais surtout pour y trouver sa propre récompense ! L'odieux réside alors dans une sorte de comptabilité des actes généreux. Nous avons indiqué tout à l'heure l'extraordinaire acte de Foi que pouvait être la Charité : souvenons-nous à présent de ce salubre bouleversement dans la Chrétienté causé par la Réforme qui mettait justement au pilori cette comptabilité avec Dieu des actes généreux. — « J'ai fait ça, alors, Seigneur, tu me dois ça. C'est là que cette prétendue Charité, celle qui vise un salaire, devient vite odieuse. De même, encore, lorsqu'elle s'adresse à ceux-ci et jamais à ceux-là, opère en de telles circonstances et pas en telles autres, avec une limite plus ou moins serrée. Elle se trouve alors de mauvaises plutôt que de bonnes rai­sons... pour justifier ces discriminations. Mais au moins la Charité joyeuse, la vraie, même si elle procède d'une obligation morale ou spirituelle, est incontestablement imprégnée de Fraternité.

 

LA SOLIDARITE  

La Solidarité, elle, est un fait social et non moral. C'est un sentiment en plusieurs dimensions qui nous lie à la fois aux Hommes, au Cosmos, à la Cité, au Créateur aussi, que nous désignons sous le nom de Grand Architecte de l'Univers. « L'Ame est fille de la Cité », disait le philosophe. Imaginons une seconde la Cité détruite : que subsisterait-il de notre âme et pendant combien de temps ? Comment nos facultés s'exprimeraient-elles, nos virtualités se révè­leraient-elles ? Comment notre esprit pourrait-il s'épanouir ? Qu'adviendrait-il des générations suivantes ? Nous devons donc — pour une large part, et notamment à nos sembla­bles — d'être ce que nous sommes, de valoir ce que nous valons. Mais si la Fraternité inclut la Solidarité, celle-ci n'implique pas nécessai­rement la Fraternité.

 

LA FRATERNITE  


Alors, maintenant, voyons : la Fraternité, la Fraternité tout court, qu'est-ce ?
Dans l'Antiquité, la Fraternité était considérée comme le sentiment le plus noble, le plus élevé. Même avant la Sagesse.
Contrairement à l'amour, aux affections ou aux obligations morales, la Fraternité s'établit par une décision de volonté personnelle.
Contrairement encore, la Fraternité n'inclut aucune passion, aucun senti­ment de possession ou de domination.
La Fraternité, c'est un souffle heureux qui fouette le cœur autant que la Raison ! Un « souffle » dégagé de toute autre notion de bien et de mal ; de droit, de devoir ; de comptabilité, de salaire en retour ; d'humeur versatile...
La FRATERNITE,
c'est quand le Moi pense à l'Autre,
quand ce Moi ne pense plus Moi, mais l'Autre,
quand penser à Soi, c'est d'abord penser à l'Autre.
Voilà donc pourquoi, aussi : tout commence et se poursuit par l'Autre. L'Homme social n'est heureux que lorsqu'il peut être librement, pleine­ment, également un homme parmi les autres hommes, un homme avec les autres hommes. C'est cela la FRATERNITE HUMAINE : et c'est sans doute pour la trouver plus vite, en la construisant de toutes pièces, de leurs propres mains et de leurs propres coeurs que des profanes ont voulu, un jour, devenir Francs- Maçons I...

 

LA FRATERNITE MAÇONNIQUE

« ETRE » est toujours plus que « CONNAITRE » et « AGIR » est toujours plus que « PENSER »..Alors la Fraternité Maçonnique, telle que nous la concevons à la Grande Loge de France, c'est une façon non seulement de démontrer sa foi en l'homme, mais de la rendre agissante et de la concrétiser. La Fraternité Maçonnique, ce n'est plus un sentiment, plus une attitude, ni même un réflexe, c'est une action permanente, après un choix fait une fois pour toutes. ... Et choisir d'aimer, n'est-ce pas après tout faire le plus beau des choix ?... Bien sûr, dans le monde profane, il y a de très réels et sincères élans de fraternité — plusieurs religions, notamment, en donnent de magnifiques exem­ples — hélas ! bon nombre de ces élans semblent se briser contre un mur. Oh I pas toujours un mur d'égoïsme ou d'indifférence, mais un mur que n'a pas équilibré l'harmonie la plus parfaite... Fait des hommes, des institutions ou des circonstances ?... La grande équivoque, c'est que la Fraternité profane, sauf peut-être dans certains cas particuliers de vie communautaire, ne va pas jusqu'au bout d'elle- même, ne sait pas refuser les étroitesses doctrinaires et se contente souvent d'une vie côte à côte, d'une fraternité de côtoiement I Alors que le Franc-Maçon, lui, comprend que la véritable joie fraternelle c'est de vivre non pas côte à côte, mais avec, de vivre ensemble ; d'être soi, certes, mais de vivre en pensant aux autres, en construisant sa vie en fonc­tion de celle des autres, de chercher sa vérité en retrouvant celle des autres... 'Mais penser aux autres, signifie-t-il : « s'oublier soi-même » ? Ne craignons pas de le dire : « s'oublier soi-même » ne serait pas maçonnique. puis, non :
 si l'on n'est pas d'abord redescendu en soi,
si l'on ne s'est pas : cherché soi-même, « apprécié » au sens propre du terme et, finalement, maîtrisé, comment pourrait-on alors s'approcher des autres ?  
La Fraternité Maçonnique suppose donc qu'on ait établi ou qu'on cherche à établir : la paix et l'équilibre en soi,
 le gouvernement de soi-même.  C'était déjà l'une des grandes attentes de SOCRATE : que l'autre soit son semblable par le gouvernement de soi. Et c'est d'ailleurs en cela que l'Autre est égal à Soi. Et c'est ce qui fait la précieuse originalité de la Fraternité 'Maçonnique, une Fraternité en quelque sorte régénérée, revigorée, respiritualisée :
non seulement connaître, mais être certain — sans arrière-pensée — de son environnement,
 savoir que d'autres Frères sont là, non seulement autour de soi, mais sur toute la terre : qui ont une existence propre, marchent librement, font des efforts joyeux, construisent patiemment dans le même sens, pour le même Temple. Alors tout est possible. Possible de croire et faire confiance, possible d'entreprendre et de prolonger, possible d'être soi... et d'aimer les autres, en même temps, possible de tout dire et de tout écouter... La Fraternité maçonnique, c'est un pacte contre l'égoïsme, l'indifférence, l'incompréhension, c'est un pacte de foi et d'espérance déjà sur la terre : en soi et dans les autres, en l'humanité tout entière, en la paix et la vie, c'est aussi un pacte de disponibilité permanente, d'inspiration et d'action toujours prêtes à intervenir. En fait, la Fraternité maçonnique : l'Homme, son frère, dans sa personnalité, son égalité et c'est vouloir, soi, vivre avec comme tel. Nous sommes nos propres héros, « nos héros réciproques » puisque nous croyons en nous-mêmes et que notre Fraternité l'atteste. C'est ALAIN qui fait dire quelque part à son « Misanthrope » : « Ce n'est pas que je méprise les hommes, mais, plutôt, que j'en cherche et que je ne trouve guère... Ici, en Maçonnerie, les Hommes ont retrouvé les Hommes. Ce n'est pas qu'ils soient tous semblables. Chercher son semblable ne signifie pas que l'Autre soit semblable à soi ! Au contraire ! Comme l'écrivait Paul VALERY : « Nous nous enrichissons de nos mutuelles différences », mais chacun est soi, exprimé, réalisé ou en passe de l'être. Oui, c'est en Maçonnerie que des hommes sont devenus des Hommes et, dans la Lumière, ont retrouvé d'autres Hommes, c'est là, dans cette prise de conscience, qu'est le fondement de la solidarité qui lie les Francs-Maçons, cette solidarité, partie intégrante et ciment de la Fraternité Maçonnique. Comment être comblé davantage, au moins sur cette terre, que par cette Fraternité chaleureuse dont les Francs-Maçons donnent l'exemple ? Des hommes sont là, de leur propre gré, qui cherchent ensemble la Lumière et avancent dans la voie de l'Initiation. Pour la première fois ces hommes sont réellement libres avec d'autres hommes libres. Ils peuvent parler : ils sont écoutés. Ils peuvent parler : ils ne seront ni jugés, ni condam­nés, ni offensés, ni humiliés. Le réflexe sera de vouloir les comprendre. Tout cela parce qu'ils auront décidé, une fois pour toutes, de s'aimer fraternelle­ment. Et c'est dans l'usage qu'ils feront de cet amour et de cette liberté qu'ils montreront qu'ils sont vraiment des Francs-Maçons. C'est la ressemblance de nos aspirations et de nos moeurs qui constitue notre lien à la fois le plus doux et le plus indestructible. Rien ne peut nous offrir de plus grande sécurité. En d'autres termes encore, la véritable attitude fraternelle ne consiste- t-elle pas à être soi-même, en toute simplicité, avec d'autres hommes, devenus Maçons, qui ne demandent également qu'à être eux-mêmes, en toute simplicité ? L'un des grands bonheurs du Maçon, c'est justement la saveur de cette fraternité fondamentale dont il sait exprimer et faire jaillir toute la rareté. C'est comme un chant qui aurait choisi volontairement sa propre musique et qui courrait sur des notes joyeuses vers la grande Lumière. Le tableau de la Fraternité Maçonnique que nous venons d'esquisser est-il une représentation idéale, trop chargée d'illusions ? 'Comment pourrait-on par­ler « d'illusions » quand nous, les Maçons, avons le cœur gonflé d'espoir parce que nous croyons en la perfectibilité de l'homme ? La 'Maçonnerie n'a pas le privilège de la Fraternité, la Grande Loge de France non plus. Il existe des oeuvres ou des sociétés, laïques et religieuses, d'une communion et d'un dévouement exceptionnels —. Mais nous donnons l'un des plus chaleureux exemples que beaucoup nous envient... sans d'ailleurs le comprendre ! Nous ne voulons rien gâcher de la vie, ni pour nous-mêmes, ni pour les autres : nous voulons vivre au maximum des possibilités de la vie. En paix avec nous, joyeux avec les autres. Voilà pourquoi nous nous aimons. Répétons-le : notre Fraternité 'Maçonnique n'est pas qu'une attitude, de bonheur de vivre ; c'est surtout une volonté : de bonheur d'agir... C'est ainsi que la Fraternité est la clef de voûte de notre vie maçonnique, donc de notre Temple. « 0 mes amis, il n'y a que des amis » disait le philosophe... Parce que nous sommes Francs-Maçons, nous dirons :

 

« 0 MES FRERES, IL N'Y A QUE DES FRERES »... pour tous ceux qui le veulent vraiment.

 

Source : www.ledifice.net

 

 

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Le Temple intérieur

13 Septembre 2013 , Rédigé par L\D\ et T.D Publié dans #Humeur

La symbolique maçonnique repose essentiellement sur les outils et l'histoire de la construction du temple du roi Salomon.
Sans entrer dans des détails ésotériques, le temple de Salomon, comme le roi Salomon lui-même, sont auréolés d'un mythe indestructible. La sagesse et la quête éternelle de perfection de ce roi biblique l'ont conduit à édifier ce temple extraordinaire auquel il a voulu apporter toute sa science et la transcendance de sa relation avec Dieu.
Le temple fut la réalisation suprême de sa vie. Pourtant, elle ne le satisfit point. Et l'amertume le suivit jusqu'à la fin de ses jours.
La franc-maçonnerie a repris dans sa symbolique cette recherche de la perfection qu'est la construction du temple appliquée à l'homme, au frère.
La recherche du franc-maçon est spéculative. C'est-à-dire que son travail n'est pas l'édification d'un véritable édifice architectural de pierre ou d'autres matériaux, mais la perpétuelle reconstruction de soi, de son intellect et de son psychisme. Ce que l'on appelle le travail sur soi, le temple intérieur.
Et la tâche du franc-maçon est grande, noble et d'autant plus méritante qu'il est sûrement plus difficile à un homme de se surpasser, de lutter contre ses démons et ses imperfections profondes que de bâtir un véritable ouvrage architectural.
Mais le travail sur soi n'est pas l'apanage des Francs-Maçons. De nombreux profanes oeuvrent perpétuellement à devenir meilleurs tout autant que certains Francs-Maçons, rares je l'espère, sont incapables de cette démarche. Ou alors, ils le cachent bien…
Nul homme n'est détenteur de la perfection. Nul homme, d'ailleurs, ne peut se prévaloir de quelque pouvoir magique ou ésotérique lui permettant de s'affirmer comme supérieur à n'importe quel autre homme.
Les seuls rapports naturels qui existent entre les hommes sont des rapports de force. Les règles de la vie en société, les lois et l'éducation tendent à atténuer cet état de fait. Mais il est difficile de contourner cette règle fondamentale. Et le plus fort écrasera encore et longtemps le plus faible. Et ce dans tous les domaines et dans toutes les circonstances.
Les hommes sont tous les mêmes, du plus humble mendiant au plus puissant monarque. Leur seule différence réside dans la chance qu'ils ont eue de naître puissant ou misérable.

Et la sagesse veut que n'importe quel mendiant puisse devenir un puissant monarque autant que n'importe quel monarque puisse sombrer dans la plus profonde déchéance.
Mais les monarques n'aiment pas ce genre de discours… Pas plus qu'ils n'aiment entendre dire qu'un roi peut engendrer un fou (à cause de problèmes de consanguinité, par exemple) et que le brassage des peuples donne la vie aux hommes les plus beaux, les plus forts et les plus intelligents…

Pour le franc-maçon, la construction de son temple intérieur est donc une de ses tâches premières. L'introspection, l'aptitude à identifier ses propres imperfections et à les reconnaître comme telles, ainsi que la volonté d'y remédier, sont les fondements mêmes de la construction et de la perpétuelle reconstruction de ce temple intérieur.
Nous sommes tous, humains, héritiers d'un patrimoine culturel ou intellectuel dans lequel nous cherchons à nous fondre pour ressembler à nos pères et nous faire accepter par nos frères.
Nombreux sont les erreurs, les travers, les défauts et les faiblesses de notre jugement, surtout lorsqu'il s'agit de nous-mêmes.
Nous sommes prompts à condamner les autres, auxquels nous sommes pourtant si semblables.
Une force intérieure que l'on appelle ego, corollaire de nos instincts et de nos pulsions profondes, nous pousse constamment à nous affirmer, à nous imposer aux autres pour les dominer ou pour les séduire. Nous avons un besoin puissant d'être connus, reconnus, aimés, appréciés, respectés. Et lorsque nous n'avons pas tout cela, nous souffrons et nous pouvons avoir des comportements excessifs dictés par la frustration ou le désespoir. On ne doit pas ignorer son ego. On ne doit pas le refouler, mais plutôt tenter de canaliser nos pulsions et nos réactions passionnelles afin que la vie en société soit possible. Pour certains, malheureusement, ce travail sur leur moi profond n'est pas facile et leur vie leur échappe au point qu'ils ne contrôlent plus rien.
Paradoxe de l'esprit humain, nous ne pouvons nous passer de l'amour ou du contact avec les autres, mais nous édifions des murs infranchissables pour que les autres ne soupçonnent pas notre vulnérabilité, nos faiblesses et nos besoins. Parfois, nous ouvrons une porte de notre forteresse, pour la refermer aussitôt, pour ne présenter aux autres que notre enceinte inexpugnable.
Mais la vraie force est d'accepter nos faiblesses et de paraître tels que nous sommes. Vivre dans une forteresse ou dans une tour d'ivoire n'est pas vivre. Et les autres ne sont pas différents de nous. Ils sont loin d'être aussi forts qu'il veulent bien le laisser paraître. Les apparences ne sont que les apparences. Deux êtres ne peuvent communiquer au sens spirituel ou émotionnel qu'en ouvrant leurs cœurs et en faisant fi des apparences.
La vraie communication est là, au-delà des considérations futiles et du verbiage inconsistant. A un certain niveau, on parle de " métacommunication ". Mais ce sera l'objet d'une autre planche, rassurez-vous… !
Revenons à du concret…
Nous qui sommes tous des hommes ordinaires, nous sommes aussi tous égaux en malignité.
Nous avons le devoir de devenir plus tolérants, moins orgueilleux, moins dissimulateurs, hypocrites et arrogants. Apprendre à écouter les autres, pour mieux les connaître et nous enrichir de ce qu'ils nous offrent. Apprendre à donner plutôt qu'à toujours prendre. Apprendre à aimer et à partager. Apprendre à être justes et avoir de la compassion. Apprendre à nous détacher du matériel et du clinquant qui sont des obstacles majeurs à une approche de la sagesse. Le silence de l'apprenti doit lui faire comprendre que la parole est précieuse et que celui qui parle fort et qui écrase les autres n'a pas forcément raison…
L'ambition, le pouvoir, la gloire et les honneurs sont les buts de ceux qui n'ont guère de richesse intérieure.
Trop souvent, on voudrait faire changer les autres. C'est tellement plus facile que de changer soi-même. Mais c'est beaucoup moins gratifiant.
Faute avouée est à moitié pardonnée, affirme la sentence populaire. Et déjà, la reconnaissance de nos propres défauts est sûrement une belle preuve de notre volonté de nous améliorer. Mais cette reconnaissance est insuffisante. " Visita Interiora Terrae, Rectificando Invenies Occultum Lapidem ". Ces mots sont inscrits en initiales sur les murs du cabinet de réflexion (sous l'acronyme de VITRIOL) dans lequel on invite le postulant à méditer et à rédiger son testament moral et philosophique. On peut les traduire littéralement par : " Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant découvre la pierre des secrets ou la pierre cachée ". Ce qui, en clair, peut s'exprimer par l'interprétation ésotérique : " Descends à l'intérieur de toi-même et par la méditation connais-toi toi-même et découvre l'essence secrète des choses ". Toute cette symbolique appelle à descendre dans les profondeurs de la terre et de soi-même pour y trouver ce que nous ignorons. Au retour de cette descente dans les profondeurs, notre testament moral et philosophique est une étape au cours de laquelle nous devons comprendre qu'ici nous devons abandonner nos préjugés pour nous tourner vers l'avenir, vers une nouvelle vie et vers la lumière de nouvelles connaissances. Cette lumière qui nous sera donnée lors de l'initiation au premier degré.
A ce niveau, la tâche est loin d'être finie, mais il est temps alors de commencer ce long travail de recherche et d'apprentissage de la connaissance de soi, de l'éradication de nos travers les plus profonds et de l'approche difficile de la sagesse.
Pour cela, le franc-maçon n'est pas seul. Ses frères l'entourent et le soutiennent dans cette quête parfois douloureuse. Ils lui apportent aussi leur savoir et leur amour ainsi que toute la force de cette symbolique maçonnique qui puise ses sources dans les écrits des anciens.
Les outils symboliques sont les outils de l'homme et du franc-maçon dans son œuvre de transformation de soi. Les symboles de la loge et du temple sont des concepts compréhensibles et recevables par tous. Ils doivent nous aider dans notre réflexion et dans notre recherche profonde.
L'interprétation des symboles est une choses très subjective. Et les frères apprendront à mieux les déchiffrer grâce aux travaux successifs des uns et des autres. Le symbolisme n'est pas propre à la maçonnerie. On le retrouve dans de nombreux domaines, soient-ils philosophique, religieux, artistique, scientifique, mathématique et même technique.
Attention à ne pas confondre symbolisme et ésotérisme. Le symbolisme est un mode d'enseignement qui fait appel à des analogies structurelles entre des concepts différents. L'ésotérisme rassemble d'innombrables théories plus ou moins sulfureuses dans lesquelles il convient de ne pas trop s'attarder. Esotérisme signifie chose cachée. Son contraire, exotérisme, évoque la chose révélée.
L'enseignement du symbolisme maçonnique passe par l'étude de tous les symboles par ordre croissant de difficulté. Mais une autre composante de cet enseignement est la répétition. Le rituel de la loge donne une intensité accrue à la perception et à la compréhension des symboles auxquels il se réfère.
Ici, tout est symbole… !
Mais cette méthode nécessite la plus grande rigueur et le plus grand sérieux.
Notre idéal maçonnique et notre enseignement symbolique ne doivent pas être pris à la légère. Au sein de la Loge, le frère qui veut véritablement évoluer, s'épanouir et accéder à un autre niveau de la connaissance peut réaliser sa démarche. Il en a les outils.
L'approche, la discussion et la compréhension des symboles doivent rapprocher les frères autour de cette recherche commune des secrets de la pensée et des lois qui régissent l'univers. Cette exceptionnelle communion d'idées est peut-être l'essence même du fameux secret maçonnique. Loin des dogmes et des préjugés, dans le partage des idées et dans le respect de la parole de l'autre, nos travaux nous enrichissent tous autour d'un idéal positif.
Malheureusement, il peut arriver que des frères ne soient pas convaincus de l'utilité de ce travail personnel et ne s'y attachent pas. C'est très regrettable. Mais cela montre aussi que les autres frères de la loge n'ont peut-être pas donné à ces frères-là tous les outils de leur propre recherche de transformation.
On peut être franc-maçon et ne rien faire au niveau de son temple intérieur. Mais le grand perdant est toujours celui qui a abdiqué tout espoir de devenir meilleur et de rayonner à son tour vers ceux qu'il aime.
Nous savons bien que des frères, çà et là, pêchent encore par des attitudes excessives, des débordements et des travers insurmontés. Et ils nuisent parfois à l'harmonie de leur atelier.
On ne leur demande pas de devenir des parangons de vertu. On ne leur demande pas d'avoir atteint la perfection. On demande aux frères d'être honnêtes avec eux-mêmes, d'accomplir leur maçonnisme et de travailler leur pierre brute afin de ne plus être des profanes habillés en francs-maçons.
On parle parfois de maçons sans tablier et je n'aime pas cette formule qui n'a pas de véritables sens (être Franc-Maçon est un engagement complet), mais on peut aussi parler de profanes en tablier. Et ça, ce n'est pas ce que l'on attend d'un homme qui a voulu entrer en maçonnerie, après un parcours parfois difficile et qui a fait la promesse solennelle de devenir un vrai franc-maçon.
Il y a quelques années, j'entendais parfois dire que l'on pouvait reconnaître un franc-maçon, dans la vie profane, à son seul comportement, sa façon de s'exprimer, ses qualités d'écoute, son ouverture d'esprit, etc… Bien sûr, il ne faut pas croire que seuls les francs-maçons présentent ce genre de profil. Certains profanes y répondent aussi. Ce que je veux dire, c'est qu'un véritable travail sur soi peut amener un homme, un frère, à se montrer sous un tel jour. Son temple intérieur rayonne alors sur l'extérieur, et ses frères le reconnaissent. C'est un peu du message que je voudrais faire passer à travers ce travail.
L'homme seul, sans famille, sans amis, sans lien social, ne peut survivre bien longtemps. La force de vivre nous est aussi donnée par les autres.
Association philosophique, philanthropique et progressive, la Franc-maçonnerie se veut donc le point de rencontre (réunir ce qui est épars) d'hommes et de femmes de toutes origines qui oeuvrent en commun à la recherche et à la compréhension des problèmes du monde et qui privilégient ce qui est bon pour l'homme. Cette activité humaniste s'inscrit dans un esprit d'acceptation et de recherche du progrès. Rechercher ce qui est bon pour l'homme se vit au quotidien.
Un Franc-Maçon ne redevient pas un profane en quittant l'enceinte du temple. Son action et sa réflexion se poursuivent au-delà. De même, il ne suffit pas de connaître quelques mots de passe et quelques coutumes de la maçonnerie pour être Franc-Maçon. Si le profane est superficiel, le Maçon doit voir le monde et les hommes avec un regard plus scrutateur.
Lorsque nous nous saluons avec trois bises et " salut, mon frère, tu vas bien " et que l'autre répond " ça va ! ", on peut passer à autre chose si l'on est profane et qu'on attache peu d'importance à celui que l'on vient de saluer nonchalamment.
Mais un franc-maçon se doit d'aller au-delà des simples conventions profanes et penser que l'autre a peut-être répondu machinalement et que la réalité est tout autre. C'est dans le regard et dans les expressions du visage que l'on peut voir ce que les mots ne disent pas.
Parmi nous, certains sont bien nourris et n'ont peut-être pas de problèmes. Mais dans toute collectivité il y a des hommes ou des femmes qui souffrent. Pas forcément de souffrance physique visible, mais bien souvent de drames secrets que l'on ne peut révéler à personne. La souffrance psychique est un des inconvénients de la pensée humaine évoluée et des lois complexes qui régissent les relations entre individus dans nos sociétés dites civilisées.
Un homme qui souffre ou qui a des problèmes n'en fait généralement pas étalage au premier venu. Et il est difficile de s'en rendre compte. Surtout quand on sait que des personnes qui vivent sous le même toit peuvent tout ignorer les unes des autres.
Mais un humain émet toujours des signaux codés pour exprimer sa souffrance et son besoin d'amour. Le franc-maçon se doit de tenter de capter et de comprendre ces signaux. Et, naturellement, d'y répondre d'une façon ou d'une autre. Pour cela, il faut être capable de se débarrasser de sa carapace de macho et de grande gueule et d'ouvrir ses yeux et son cœur. Un peu de réceptivité et de sensibilité bien placées n'ont jamais tué personne.
Quelqu'un qui répond gaiement " ça va ! " est peut-être atteint d'une maladie mortelle ou bien va se supprimer le lendemain, tant sa souffrance, sa détresse ou son désespoir sont profonds. A ce niveau, plus rien ne compte pour lui.
D'ailleurs, un de nos frères de Scola s'est donné la mort il y a deux ou trois ans et nous avons été incapables de le pressentir et de tenter de lui apporter ce qui aurait pu éviter ce drame ou simplement adoucir sa souffrance. Ce frère souffrait. Je ne sais pas de quoi. Mais on ne se suicide pas sans raison. Et un homme qui souffre a tendance à se replier sur lui-même et à s'isoler du monde. La fraternité n'a pas joué dans ce cas précis. Pourquoi ? Est-ce que personne n'avait de lien privilégié avec ce frère ? Pourquoi ne s'est-il pas tourné vers notre fraternité, vers notre affection et notre soutien ? Probablement parce que nous ne sommes pas tout à fait ce que nous prétendons être. Parce que lorsqu'un frère s'isole de la loge, nous ne pensons qu'à lui réclamer sa capitation, lui rappeler son devoir d'assiduité et lui envoyer des lettres recommandées. Nous nous comportons en purs profanes. Je ne juge ni ne condamne aucune personne en particulier. Mais je dénonce cette carence de toute notre communauté maçonnique que l'administratif et la routine éloignent parfois de son idéal.
Nous ne sommes pas des psys de métier, mais nous pouvons ouvrir notre cœur.
Une personne dans la détresse matérielle ou morale a tendance à s'isoler du monde, par honte, par crainte d'être rejetée et parce qu'elle sait ne rien avoir à attendre des autres. Nous, franc-maçons, n'avons pas le droit d'ignorer cela.
Un franc-maçon doit aller au fond des choses. Ne pas laisser subsister de doute. C'est trop facile de se détourner. Dans nos loges, nous comptons des tas de frères… Mais parmi eux, combien d'amis ? Au fond, que signifient ces mots, amitié, fraternité ? Après tout, des frères peuvent se déchirer et même s'entretuer (voir Cain et Abel). Par contre, un véritable ami peut être un merveilleux compagnon pour la vie et nous apporter beaucoup de bonheur.
N'oublions pas que nous vivons dans un monde où les hommes s'isolent de plus en plus et où l'hostilité et la violence reprennent peu à peu le dessus, après des décennies passées dans des conditions sociales peut-être plus humaines.
Savoir s'ouvrir un peu aux autres et ne pas rester replié sur soi…
Beaucoup d'hommes et de femmes pensent qu'ils sont très importants dans leur vie sociale ou professionnelle, qu'ils sont irremplaçables et indispensables. Et forts de cette certitude, ils pensent aussi que les autres sont à leur service. Ceux-là sont dans l'illusion, car nul n'est vraiment indispensable ou irremplaçable en ce monde. Les personnages que l'on croit absolument uniques et irremplaçables sont bien souvent remplacés en quelques secondes, quand cela devient nécessaire. Car les candidats sont innombrables à guetter leur place. Et comme le dit la sentence populaire, les cimetières sont remplis de gens irremplaçables.
Le pouvoir, les signes extérieurs de richesse ne sont que des métaux. Ils n'ont pas cours en Loge ou les valeurs sont différentes. Nous honorons le travail, qu'il soit manuel ou intellectuel, sans glorifier le clinquant et les apparences souvent trompeuses.
Cependant, je dois bien à la vérité d'admettre qu'il existe une certaine hypocrisie collective en ce qui concerne la reconnaissance et l'honneur que l'on devrait porter au travail manuel. Il est étrange de voir comme certaines personnes se classent parmi les " intellectuels " et bien peu parmi les " manuels ".
Et il est pourtant notoire qu'un bon manuel doit avant tout être une personne à l'esprit vif et cultivée dans son art et que les plus grands chirurgiens ou pianistes du monde font assurer leurs mains et non pas leur cerveau.
Je ne veux pas choquer, mais je ne planche jamais pour flatter la vanité de mes contemporains. Je sais trop bien, moi-même, combien la vie peut-être précaire et dérisoire.
Certains pensent que la Franc-maçonnerie est un bon tremplin pour la vie politique et l'abordent en tant que tel. Parce que l'on peut y nouer des alliances, des réseaux d'influence et y faire des rencontres utiles.
Je reste prudent vis-à-vis de ce genre d'approche. Si un vrai Franc-maçon, qui a véritablement travaillé sur son temple intérieur, s'engage dans la carrière politique, on pourra espérer que son action sera utile et bonne pour tous. Mais si ce franc-maçon n'est entré en maçonnerie que pour y trouver des alliances politiques, il est fort probable que son action ne sera pas meilleure que celle du tout venant de la politicaille.
Dans de nombreuses loges, des clans se forment entre certaines catégories de frères, autour d'activités ou de préoccupations communes. Que ce soit des clubs d'investisseurs, des joueurs de squash ou de tennis, des randonneurs, des fumeurs de cigares, des médecins ou des hauts fonctionnaires. La chose en soi est naturelle et sans malice. Il est normal que des gens qui ont une activité commune se rapprochent.
Ce qui est moins normal, c'est que se forment de véritables clubs desquels sont carrément exclus et rejetés les autres frères de la loge. C'est une attitude parfaitement inadmissible et pourtant très répandue.
Une loge est un lieu de réflexion et de recherche commune. La division d'une loge par des clans ne peut qu'être source de discorde. Le travail en commun n'y est plus possible et le travail sur soi difficile.
Restons lucides. Le pouvoir, les honneurs et l'argent sont les motivations des égoïstes et des accapareurs. Ceux-là ne donnent jamais. Ils ne savent que prendre. Certains hommes politiques ont fait de longues carrières sans jamais avoir rien donné à la France que quelques décrets minables. Et encore…
Bien sûr, certains ont aussi accompli de grandes choses et ont œuvré au progrès ou à la paix. Et c'est tout à leur honneur. Il ne faut pas les oublier.
Mais aujourd'hui, il faut bien le dire, le monde de la politique brille plutôt par ses affaires nauséabondes, ses scandales, son incompétence et sa médiocrité.
Surtout, ne glorifions pas et n'idolâtrons pas ces miroirs aux alouettes.
L'idolâtrie est l'apanage des masses incultes et sans jugement. Le franc-maçon doit être capable de s'informer et de juger en ses âme et conscience sans avoir à subir d'influence. Loin du bourdonnement des médias, les frères doivent conserver un esprit critique, affûté et objectif.
Dans le monde profane ont cours des activités ou des sports dits " de l'extrême ". De même, on exalte les masses à se surpasser, à se dépasser, à reculer les limites, à atteindre des performances, à être le premier, le vainqueur, le battant… Sans cela on n'est que l'ombre de soi-même, un fantôme, un zombie, un loser, un éternel perdant…
Cette mode est beaucoup plus dangereuse qu'il n'y paraît, car elle incite l'homme à une quête de sensations et de victoires dans des domaines futiles, dérisoires et la plupart du temps parfaitement inutiles. La performance sportive à un certain niveau n'a plus rien de sportif. Cela devient de l'entêtement absurde. De surcroît, ceux qui pratiquent les sports de l'extrême, en totale déraison, mettent souvent à contribution et au péril de leur vie des sauveteurs ou des gendarmes qui auraient sûrement des choses plus utiles à faire. Ces pratiques n'apportent rien d'autres que la satisfaction d'un égoïsme sans borne. Elles n'élèvent pas les hommes et ils n'en tirent aucune morale propre à en faire des citoyens responsables, ouverts et tolérants. Et là où on accède à la plus pure dérision, c'est de voir ses résultats publiés dans le livre Guinness des records…
Toutes ces activités participent du principe romain " du pain et des jeux ", qui permet de détourner l'intérêt des citoyens de la chose publique.
A notre naissance, notre mère nous a donné la lumière de la vie, celle du soleil et de l'amour. Mais en cela, elle n'a fait que nous poser sur les rails de l'existence. Plus tard, nous avons rencontré des aiguillages et avons dû faire des choix… Nos amis et nos frères nous ont parfois aidés à choisir.
Lors de notre initiation au premier grade de la maçonnerie universelle, notre loge mère nous a offert une sorte de renaissance et nous a donné la chance d'accéder à une autre lumière. La lumière de la connaissance, de la sagesse et de la vertu. Mais une fois encore, nous nous sommes retrouvés sur des rails. Seulement, cette fois-ci, la voie et les aiguillages étaient éclairés et la nuit nous a paru moins menaçante.
Au sein de la loge, un principe que l'on appelle l'égrégore, constitué de l'amour, de la fraternité et de la connaissance de nos frères, nous a donné la possibilité d'y voir plus clair en nous et de voir le monde avec d'autres yeux.
Nul ne détient la sagesse suprême, pas plus que la vertu ni que la connaissance absolue. Mais toutes ces valeurs sont réparties dans le cosmos et dans l'univers et chaque corps céleste, chaque poussière d'étoile, chaque objet, chaque forme de vie, chaque être humain en est détenteur d'une petite part.
Ainsi, au sein de la loge microcosmique qui représente une petite fraction du cosmos, l'égrégore, qui unit les frères dans une même et noble quête, donne à chacun la force et le courage du groupe dans sa recherche de la vérité.
Sans les autres, nous ne sommes rien.
Et l'autre, c'est chacun de nous.
Et chacun de nous est une pierre de l'édifice de notre groupe.
Nous oeuvrons ensemble à l'édification d'un édifice commun et simultanément à l'édification de notre temple intérieur.
L'approche de la sagesse implique l'abandon de nombreuses chimères matérielles qui corrompent le raisonnement pur. Le sage a abandonné l'amour de l'or et de l'argent pour aimer la sagesse et les hommes. Celui qui est né riche peut approcher de la sagesse en faisant passer en arrière plan de son existence ses richesses matérielles.
Notre loge ne s'appelle-t-elle pas " Scola Sapientiae ", " L'école de la Sagesse "… ?
Tout cela peut paraître futile et creux à certains. Je leur répondrai que le symbolisme est une méthode d'enseignement universelle et très ancienne et que le travail que doit accomplir sur lui-même le franc-maçon peut très bien être comparé à celui que doit faire sur lui-même le sujet d'une psychanalyse.
Si l'on parle de pierre brute, pierre taillée et pierre polie, tout le monde comprend les symboles contenus dans ces mots.
Plus élevé et plus complexe, l'approche du ciseau et du maillet et plus encore l'équerre et le compas. Ou encore la règle et le levier.
Selon les grades, les outils symboliques sont différents et leur approche plus subtile. Les grades maçonniques ne sont pas des grades de pouvoir ou d'autorité. Ils sont la reconnaissance d'un travail accompli, mais essentiellement symbolique. Mais le Maître, comme le Compagnon, doivent poursuivre leur œuvre d'introspection et d'avancée personnelle. Et ce travail n'est jamais achevé.
Alors, pourquoi entreprendre une œuvre que nous ne pourrons jamais achever, me demanderez-vous… ? En effet, notre passage à l'orient éternel nous privera de toutes nos ressources matérielles pour parachever cette œuvre. Mais le travail accompli ne le sera pas en vain. Nos frères, enrichis de tout ce que nous aurons apporté à l'œuvre commune, la poursuivront en gardant en mémoire l'art ou la science de ce que nous aurons appris et partagé ensemble. Chacun de nous apporte aux autres quelque chose de précieux.
Au-delà des mots, ce sont les concepts qui doivent être perçus et compris par l'élève.
Mais encore une fois, aucun enseignement symbolique ne peut se révéler utile sur des personnes qui ne veulent pas les entendre et qui ne veulent pas se remettre en question.
Car tout le problème est là. Pour évoluer, avancer et s'améliorer, il faut le vouloir et être capable de se remettre en question.
Et dans notre société actuelle, qui a tourné le dos à toutes les philosophies, religions et idéaux positifs pour se consacrer uniquement à la jouissance des biens de consommation, il semble que les hommes aient de plus en plus de mal à se remettre en question et à accepter de se voir dans le miroir de la réalité.
Le citoyen lambda n'aime pas que l'on soit différent de lui. Il a peur des différences. Au Grand Orient de France, rue Cadet, il est inscrit sur un mur du hall d'accueil une citation de St Exupéry : " Toi qui diffères de moi, loin de me léser, tu m'enrichis ".
Même au sein de nos obédiences, des dérives ont lieu, et c'est humain, qui nous conduisent vers des chemins plus chaotiques. Depuis quinze ans que la lumière m'a été donnée, j'ai ressenti ce glissement progressif et j'en suis déçu et peiné.
J'aimerais retrouver dans la maçonnerie de vraies valeurs et des hommes et des femmes véritablement décidés à œuvrer à la recherche de la vérité et au bien-être de l'humanité.
Mais je ne suis qu'un frère de cette loge et mon avis et mes réflexions sont éminemment perfectibles.
source : www.ledifice.net

Commentaire :

 je dédie cette magnifique planche à tous ceux qui m’ont laissé tomber,  à tous ces faux  « frères » d’un soir, d’un mois, d’un an et qui ont disparu dès mon départ de la Loge. Je pourrais les nommer mais la liste serait longue et malgré tout je respecte encore leur statut maçonnique.

En regardant la photo prise le soir de mon installation et de la première tenue de ma Respectable Loge, je ne peux m’empêcher de penser que la majorité ne méritait pas d’être là.

La Franc-Maçonnerie est une institution magnifique infestée d’ambitieux, d’orgueilleux qui ne voient que leur propre intérêt et qui ne partageraient jamais leur manteau avec un Frère moins riche et pas assez socialement importants.

Les temps changent « Les personnages que l'on croit absolument uniques et irremplaçables sont bien souvent remplacés en quelques secondes, quand cela devient nécessaire. Car les candidats sont innombrables à guetter leur place. » Regardez derrière- vous faux frères, votre ami d’aujourd’hui viendra un jour prendre votre place. Vous êtes la honte d’un Ordre basé sur la Bienfaisance , la Fraternité et l’Amour du prochain.

Pour terminer sur une note positive, je remercie tous les autres, tous ceux qui m’ont tendu la main et heureusement il y en avait quelques-uns.

Sachez cependant une chose, en Maçonnerie comme dans la vie profane, on pardonne mais on n’oublie pas..

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La Fraternité à la Lueur de la Philosophie, l’Esotérisme et la Franc-maçonnerie

13 Septembre 2013 Publié dans #Planches


Le sujet de cette planche est venu d’un questionnement : à mon entrée en FM, j’ai été étonné de découvrir qu’aucune planche n’exposait son sujet sans faire référence à tel ou tel philosophe. Or pour moi, la philosophie et la FM étaient deux mondes séparés, deux démarches que tout sépare, discours patiemment construit avec la l’aide de la pensée analytique pour la première, expérience construite dans la présence collective et la lumière de l’intuition spirituelle pour la seconde. Je m’attendais par contre à voir beaucoup plus de références à l’ésotérisme, qui partage l’initiation et la tradition avec la FM, et en fait assez peu de références y étaient présentes.
Que veut-on aller puiser et chercher chez les philosophes et dans l’ésotérisme ? En quoi les philosophes nous aident-ils à nous améliorer, à agir dans la vraie vie, c’est-à-dire en dehors du temple, dans la cité ? Pourquoi ces références permanentes à Platon et aux philosophes de lumières ? Où est la Tradition, et quelle tradition ? La philosophie et l’ésotérisme font-ils avancer la réflexion sur certains sujets en FM ?
Ainsi se pose la question du rôle que jouent la philosophie et l’ésotérisme dans la FM, avec leurs points communs et leurs divergences. Et celle du rôle de la fraternité. Ne serait-elle pas ce qui les différencie et qui les transcende ? N’est-elle pas ce qui fait « marcher » la FM et la rend unique ? Et si la fraternité était le chaînon manquant à la philosophie et l’ésotérisme ?
C’est à partir de ces quelques questions que nous donnerons un certain éclairage, qui ne pourra qu’être limité dans le cadre de cette planche.
Pour mieux appréhender cette question, revenons rapidement d’abord aux sources et aux objectifs de la FM, de la philosophie et de l’ésotérisme.
La Franc-maçonnerie selon l’article 1 de la constitution de la GLDF est un ordre initiatique traditionnel et universel fondé sur la Fraternité. La Franc-maçonnerie a donc pour but le perfectionnement de l’Humanité.
La philosophie est un questionnement, une interprétation, et une réflexion sur le monde et l’existence humaine. Ses buts sont la recherche de la vérité, la réflexion sur le bien et sur le beau, le sens de la vie et le bonheur, par l’exercice systématique de la pensée et de la réflexion. La philosophie selon Kant (çà y est, j’ai fait une référence à un philosophe !), c’est la doctrine et l’exercice de la sagesse, et non une simple science.
L’ésotérisme : l’étymologie fait de l’ésotérisme la doctrine des choses « intérieures », donc secrètes et spirituelles. Dans l'Antiquité, l’ésotérisme désignait des enseignements réservés à un petit nombre d'initiés, un enseignement secret professé soit à l'intérieur d'une organisation initiatique (comme les Mystères d'Éleusis) soit auprès d'un maître spirituel (comme Pythagore). RG définit les points de vues respectifs de l'ésotérisme et de l'exotérisme ; selon lui, « l’ésotérisme est du domaine de l’intérieur pour un public restreint, l’exotérisme est du domaine de l’extérieur pour un public ouvert », et il insiste sur la prédominance, à l'origine, de l'enseignement oral dans l'ésotérisme. Bien évidemment rien à voir avec l’occultisme ou toutes ces pseudosciences dérivées.
L’ésotérisme est souvent associé à la religion, car il renferme l’enseignement occulte, la doctrine ou la théorie d’ordre métaphysique, d’intention initiatique. C’est le cas avec, par exemple, le Chamanisme, le Pythagorisme, la Kabbale, le Soufisme, la Gnose, l’Hermétisme, etc. Ainsi l’ésotérisme est invariablement lié à la Tradition et à l’initiation. La Tradition qui est à distinguer de la pensée philosophique, théologique ou scientifique qui relèvent eux du domaine strict et limité de la rationalité.
La philosophie, l’ésotérisme et la FM, s’ils ne partagent pas les mêmes buts, partagent beaucoup d’objectifs et d’interrogations. Analysons donc les principaux sujets où ils ont peut-être le plus de points communs : pour la philosophie : l’humanisme et la morale, pour l’ésotérisme : l’initiation et la tradition et ceux pour lesquels ils différent fondamentalement avec la FM : la méthode et la fraternité.
L’Humanisme
La renaissance a donné naissance à ce que l’on appelle la philosophie moderne qui a développé l’humanisme et qui se termine au 18ème siècle avec la philosophie des lumières. C’est à ce moment que la F.M moderne est née, dans ce mouvement d’ouverture et d’humanisme porté par les philosophes des lumières. Dans ce siècle, ces philosophes et la FM poursuivaient des objectifs similaires, la même quête, celle de la recherche des facteurs de progrès de l’humanité. C’était là une grande différence avec la religion. C’est aussi une grande différence avec les philosophes contemporains qui ne traitent plus ces sujets, réfléchissant dans des domaines très différentes, ne se ramenant pas à un seul concept. Cette diversité, d’autres diraient éclectisme, va du romantisme au pragmatisme en passant par l’idéalisme, le positivisme ou le matérialisme. Et c’est sans évoquer les philosophes du 20ème où cela devient plus difficile à appréhender avec la philosophie analytique utilisant la logique mathématique ou l’attention au langage, la phénoménologie de Husserl dont les successeurs sont Sartre et Heidegger, ou encore la philosophie poststructuraliste et la déconstruction avec Derrida. On est alors assez loin de la FM.
Ainsi peut-on en conclure rapidement que la dernière grande vague, ou concentration de philosophes qui a partagé des réflexions ou des recherches communes avec la FM est celle des lumières.
Si on remonte le temps jusqu’aux philosophes grecs, la philosophie fait émerger la nature comme pôle de référence, mais aussi une certaine idée de l’homme. Ainsi naît une forme d’humanisme avec les sophistes d’avant Socrate et Platon. Ces professeurs d’éloquence sont aussi les intellectuels de l’époque qui professaient comme Protagoras que si « l'homme est la mesure de toute chose, alors les lois de la cité ne sont pas guidées par ce qui est bien en soi, mais par ce que les hommes sont convenus d'adopter ».  Cet humanisme s’est estompé en remontant le temps vers notre époque. Si la scolastique du 9ème siècle,
philosophie développée et enseignée dans les universités au Moyen Âge visait à diffuser un savoir et une connaissance, elle n’avait pas pour but de libérer l’homme, mais plutôt de concilier la philosophie antique, particulièrement l'enseignement de la philosophie première d'Aristote, avec la théologie chrétienne.
Le siècle des lumières est derrière nous, les philosophes de lumière ont cédé la place aux philosophes modernes et contemporains qui ne portent que peu cette philosophie. Les ONG et la FM sont les seuls hérauts d’un humanisme non empreint d’une forme d’asservissement. Les premiers œuvrent pour le corps, pour l’épanouissement physique et la liberté, la seconde pour un développement de l’homme dans toutes ses dimensions. Ce que les philosophes ont apporté à la FM nous est légué par les anciens qui nous ont laissé cette quête infinie de la libération de l’homme. Car les FM ne sont ni des sages, ni des moralistes, ni des philosophes, ni des saints. Ils n’aspirent qu’à être pleinement des hommes.
La Morale
Et qu’en est-il de la morale, domaine réservé des philosophes avec Aristote, Saint-Thomas d'Aquin et Hegel, qui furent les trois philosophes dont la pensée fut déterminante pour l'histoire de la philosophie.
Selon les Constitutions d’Anderson « un maçon est obligé, par son titre, d’obéir à la loi morale ». Mais de quelle morale s’agit-il ? La morale se définit à travers les devoirs, ainsi
Samuel Von Pufendorf distingue trois types de devoirs : devoirs envers Dieu (dévotion interne et externe) ; devoirs envers soi-même (devoirs envers l'âme : par exemple développer ses talents, et devoirs envers le corps -ne pas se tuer, ne pas se nuire-); et devoirs envers autrui (devoirs absolus : ne pas nuire, etc. et devoirs conditionnels : tenir sa parole, etc.).
Ainsi les philosophes et les FM parlent-ils de la même chose quand il s’agit de morale et de philosophie morale ? Pour Kant (encore lui !) la philosophie pratique a pour objet la question « que dois-je faire ? » et elle comporte aussi bien la philosophie morale que la philosophie du droit ou la philosophie politique. Au sens classique, la philosophie morale incluait la sociologie, la politique, et autres ancêtres des sciences humaines, par contraste avec la philosophie naturelle [philosophie de la nature et de l’univers physique]. La philosophie morale porte principalement sur la finalité de l'action et cherche à résoudre les questions qui peuvent se poser dans la délibération et la prise de décision : Que dois-je faire ? Qu'aurais-je dû faire ? Y a-t-il des limites à mes actions ?
Les morales du devoir fondent le caractère moral de nos actions par le concept d'obligation. Ce type de morale se conçoit indépendamment de toute conséquence qui pourrait résulter de nos actions. A l’extrême, cela pousse Kant (toujours lui !, c’est la dernière fois) à penser que l’on ne doit pas mentir pour éviter un meurtre, car l'obligation de dire la vérité est absolue et ne tolère aucune condition particulière.
La Maçonnerie, neutre au point de vue religieux, ne veut pas de la Morale commune, reposant sur une crainte métaphysique, sur une récompense ou un châtiment post-mortem. La Maçonnerie veut le Vrai essentiel, le Beau en soi, le Bien Suprême. Et cela, sans se préoccuper des contingences engendrées par l’égoïsme des races, des nations, et des individus. Elle accepte donc les compromis et les chemins de traverse, mais uniquement ceux axés vers le But final qu’elle se propose, et jamais les compromissions et les routes régressives. Ce n’est pas vainement que sa Symbolique donne à l’Orient, où naît la Lumière quotidienne, une telle importance, et ce n’est pas non plus sans motifs profonds que la Lumière personnifie en ses Temples le Bien suprême. La Maçonnerie accepte l’opinion du moment, pour autant qu’elle contient une parcelle de vérité, mais combat l’erreur et l’ignorance. Elle accepte un moindre bien pour aller vers un mieux futur certain.
Et parce qu’elle estime que le Bien, le Vrai, et le Beau essentiels sont des attributs d’un Absolu qui est irréductible in fine en mode contingent, parce que cette spiritualité qu’elle porte en elle est la plus haute forme même de l’esprit religieux, la Maçonnerie se refuse à définir et à limiter en des dogmes et des formules concrètes ce qu’elle entend par le Beau, le Vrai et le Bien. Pour elle, la Beauté et la Bonté sont sans limites dans le Temps ou l’Espace. Et aucun dogme ne peut l’enfermer.
Ainsi sous le même vocale de « morale », les philosophes et la FM n’y mettent pas les mêmes concepts, l’approchent différemment et ne partagent pas les mêmes objectifs. Si sur l’humanisme, les deux voies partagent beaucoup, il n’en est pas de même sur la morale.
Poursuivons notre chemin en étudiant les points communs entre la FM et l’ésotérisme, notamment dans les domaines de l’initiation et de la tradition, domaines qui ne relèvent pas des philosophes, hormis peut-être Pythagore et Platon et quelques rares autres.
L’Initiation et la Tradition
L’ésotérisme est éloigné de la philosophie. Les philosophes anciens ne parlent pas ou peu d’initiation, hormis peut-être Platon avec son enseignement initiatique de la caverne, et certainement Pythagore. Quant aux philosophes modernes, ils la rejettent en bloc.
L’initiation est au cœur de la FM, chaque grade a son initiation propre, correspondant à son niveau d’enseignement. Ces initiations se doivent d’être cachées car elles doivent être préparées par un enseignement adéquat, et vécues, c’est le seul moyen d’être prêt pour recevoir et comprendre les mystères associés.   
Les initiés sont non seulement des modèles de sagesse et d’exemplarité mais sont surtout les pères d’enseignements qui font partie du patrimoine génétique de la FM. Ils sont ainsi des grands initiés de la FM, comme par exemple :
Moïse qui nous a laissé les fondements de notre morale.
Pythagore, un initié philosophe, qui nous a légué l’importance de l’homme qu’il plaçait au centre (déjà l’humanisme), en prônant une éthique fondée sur l’harmonie de l’univers et de l’homme.
Socrate, un autre initié philosophe, qui nous enseigne à ne rien prendre pour acquis, à nous poser des questions, à examiner tous les points de vue. Cette ironie socratique débouchait sur la maïeutique afin de faire accoucher les vérités qui se trouvent en chacun de nous. Il nous enseigne ainsi à aller chercher en soi la vérité.
Jésus, qui nous en enseigné l’amour et la fraternité.
Lao-Tseu, en tant qu’ancêtre du Taoïsme, qui nous enseigne la recherche de la sagesse à travers l’harmonie. Harmonie qui se trouve en plaçant son cœur et son esprit dans la Voie (le Tao), c’est-à-dire dans la même voie que la nature.
Tous ces grands initiés appartiennent à la chaîne ésotérique. Ils ont diffusé des messages exotériques connus de tous, et des enseignements ésotériques qui se dispensaient après une initiation. R.G a ressuscité la Tradition au 20ème siècle, et lui a redonné ses lettres de noblesses. Il a même tenté de ressusciter l’ésotérisme chrétien, et constatant sa disparition, il s’est tourné vers d’autres ésotérismes, d’abord celui de l’hindouisme, puis le soufisme. Sa conclusion a été qu’en occident, seule la FM portait encore en elle la Tradition et l’Initiation, même si cette Tradition était transmise sans être complètement comprise.
A la différence de R.G, la FM ne croit pas à une Tradition complètement figée, repliée sur son passé, opposée au progrès de l’humanité. Au contraire, la FM participe à son évolution par l’évolution de chacun de ses membres, eux-mêmes oeuvrant par exemplarité dans le monde profane, afin de libérer l’Homme de tous ses asservissements.
La FM n’est pas une religion mais un ésotérisme, celui que l’on trouvait autrefois niché dans les religions. La FM n’a pas ses propres grands initiés, mais elle a hérité de la Tradition et de ses initiations dans ses différents grades. La FM, comme l’ésotérisme, permettent le perfectionnement initiatique de l’homme pour le faire progresser sur le chemin de la connaissance. L’ésotérisme et la FM ont des racines communes. En ce sens la FM perpétue la chaîne initiatique qui est mise à mal par les temps modernes.
Si la FM partage l’humanisme, et un peu la morale, avec la philosophie, elle procède de l’ésotérisme. Mais là où elle diffère des deux, c’est d’abord sur la méthode pour atteindre ses buts, et ensuite sur la place que tient la fraternité.
La Méthode
Pour les philosophes, la démarche est individuelle, liée à un homme (un homme = un système de pensée), il n’existe de système si ce n’est celui du philosophe qui l’a inventé.
Si la philosophie peut être un art de vivre pour les plus grands philosophes, elle est souvent une discipline théorique sans portée pratique en tant que recherche de la sagesse, qui s’adresse à l’individu plutôt qu’à la communauté. Dans ce cas, la philosophie se comprend comme un travail critique. Elle a pour but de créer de nouvelles certitudes et de corriger les fausses évidences, les illusions et erreurs du sens commun ou de la philosophie elle-même.
La philosophie est souvent définie comme un travail sur les concepts et notions, un travail de création de concepts permettant de comprendre le réel, de distinguer les objets les uns des autres et de les
analyser, mais aussi un travail d'analyse des concepts et de leurs ambiguïtés. Enfin, la philosophie est une discipline déductive et rationnelle. Elle n'est pas simple intuition ou impression subjective, mais demeure inséparable de la volonté de démontrer par des arguments et déductions ce qu’elle avance : elle est volonté de rationalité.
Les seuls philosophes qui avaient une méthode qui s’approche de celle de la FM sont les anciens car ils dispensaient leur enseignement dans des écoles (l’Hémicycle de Pythagore, l’Académie de Platon ou le Lycée d’Aristote), à la grande différence, à quelques exceptions près, des modernes qui ont plutôt des « groupies ». Ces anciens vivaient leur philosophie comme mode de vie, tel Socrate qui est allé jusqu’au sacrifice suprême. On pourrait aussi citer les Scholastiques du moyen age, après le 9ème siècle, qui grâce à Charlemagne ont créé des écoles à sa cour puis des universités à partir du 12ème siècle pour dispenser leurs enseignements, qui étaient en quelque sorte une méthode.
Si la philosophie n’est pas seulement une aventure, si elle est aussi un travail qui ne va pas sans efforts, sans lecture, sans outils, mais ce n’est pas une « méthode philosophique » comme la méthode expérimentale de la physique.
Selon la voie ésotérique, l’école ou le maître ont pour fonction la transmission de la tradition à travers l’initiation, qui doit permettre l’épanouissement spirituel. Cette transmission se faisait par un enseignement progressif adapté à la faculté de l’élève et une pratique telle l’ascèse, la mendicité, la méditation, les exercices (yoga, tantrisme, dance derviche, etc.). C’est ce qui constitue la méthode de l’ésotérisme.
Mais la méthode de la FM est tout autre. Elle est a-dogmatique, elle n’impose rien, ni le refus ni l’acceptation de quelque doctrine que ce soit, ce n’est pas une orientation idéologique. Car la FM « n’impose aucune limite à la recherche de la vérité » pour lutter contre l’ignorance et pour le bonheur de l’humanité, en s’ouvrant à toute spiritualité.
La seule foi est celle en l’homme et en un Grand Architecte. C’est une méthode ancestrale d’éveil de la conscience, sans s’isoler ou s’opposer au monde, sans mettre l’accent sur le soi, mais sur l’autre, en « mettant de l’autre dans son regard », selon Levinas.
De quoi est-elle composée :
- du rite, le Rite Ecossais Ancien et Accepté qui réduit l’écart entre la pensée et l’action, pour transmettre la vitalité de l’esprit et la discipline du faire.
- de déclarations : définitions, objectifs, principes, etc.
- d’un outillage : le symbolisme et la mythologie pour comprendre et progresser vers le niveau supérieur de connaissance et de sagesse.
La méthode maçonnique c’est sortir du temple, c'est-à-dire agir dans la cité. «Agir», pour faire évoluer et faire progresser le monde spirituellement de manière humaniste. «Dans la cité», pour atteindre tout le monde, pas seulement quelques initiés ou intellectuels. Tout cela n’est possible que si chacun prend le chemin du travail, et ne se renferme pas dans une réflexion théorique et intellectuelle. La méthode est donc aussi l’action par le Travail.
Ce n’est pas parce que la FM se cherche encore pour trouver ses leviers d’action dans ce monde moderne qu’il faut oublier cet objectif fondamental. C’est comme l’évolution des espèces, seules survivent celles qui s’adaptent. Ainsi la méthode maçonnique doit évoluer pour atteindre les objectifs, qui eux restent pérennes. Si les FM ont pu influencer des lois, il s’agit aujourd’hui dans ce monde où tout bouge, où les repères s’estompent, dans une grande cacophonie, de savoir non seulement faire découvrir les objectifs de la FM, qui donnent le sens de la vie, mais aussi un moyen de les atteindre. De même que la tradition a su s’enrichir avec le temps, il doit en être de même avec la méthode maçonnique. Et ce ne sont ni les philosophes, ni l’ésotérisme qui apporteront la solution, c’est la FM qui propose un chemin qui, tout en puisant dans la force du passé, construit celle de l’avenir.
La fraternité
Mais la grande différence entre la méthode maçonnique et celles de la Philosophie et de l’Esotérisme est la fraternité. La FM ne se définit-elle pas comme un ordre initiatique traditionnel et universel basé sur la fraternité ?
Bien au-delà de la philosophie et de l’ésotérisme, la FM est restée une des seules, sinon la seule organisation à mettre la fraternité au service du développement et de la libération de l’homme. Non pas en traitant la libération comme une utopie philosophique, ni comme une extase ésotérique et encore moins comme un salut religieux.
Dans la Tradition, l'idée de fraternité était conjointe de l'idée de filiation. Nous étions frères parce que nous étions fils, les fils de Dieu. Pour la raison que nous étions les enfants d'une grande famille, une famille qui se déployait sur la terre, unie par un semblable destin, nous nous devions naturellement aide et secours. Le Père, qui avait donné la vie par amour, était le ciment de cette fraternité universelle. Les hommes bénéficiaient tous du même don à l'origine : leur nature humaine et sa dimension spirituelle. De là, la force particulière que prenaient dans la pensée chrétienne les notions de dignité humaine et d'égalité entre les hommes. Non qu'on ne puisse nier les inégalités circonstancielles, mais ce qui unissait alors les sociétés était la recherche d'un bien commun, ce qui signifiait qu'une cité, qu'un pays étaient des organisations unifiées par une finalité identique, à la fois celle de chacun et celle de tous. « La cité est une communauté de semblables, et qui a pour fin la vie la meilleure possible »écrivait déjà Aristote dans Politique.
Le Nouveau Testament n'allait faire qu'amplifier le sentiment de respect et de sollicitude qu'il nous était recommandé de vouer à autrui, cet être qui ne devait pas être considéré comme autre mais comme proche, un prochain que l'on avait le devoir d'aimer comme soi-même. La notion de fraternité n'était donc pas limitée à la fratrie familiale mais à la fratrie humaine dans son ensemble, c'est-à-dire à tous les autres, eu égard à leur ressemblance avec nous-mêmes. Nous n'étions plus seulement des semblables mais des proches. Ainsi la communauté humaine était-elle envisagée comme une communauté d'amour.
Puis, les temps ont changé et, du communautaire, nous sommes passés, après la Révolution française, au collectif. Dieu était mort ou moribond, et les fils, n'ayant plus de Père, n'avaient plus de frères, mais des contemporains, des égaux, des semblables. La société des hommes était relayée par la société des citoyens. Si le mot de fraternité fut conservé, c’est en fait le mot solidarité qui semblait le mieux adapté à cette idée neuve de communautarisme, ce qui laissait sous-entendre que la vie de la personne devait progressivement s'effacer derrière le collectif. Du lien affectif entre les enfants d'une même famille, on bascule dans un sentimentalisme de solidarité, d'amitié qui ne s'instaure plus au sein d'une communauté familiale mais se targue d'être une union d'hommes étendue aux membres d'une association civile anonyme, d'une confrérie aux multiples tentacules, voire à une nation. Au lieu d'être tournées les unes vers les autres, les sociétés portaient leur regard vers l'oeuvre commune, au point que la communauté d'amour devenait une communauté d'intérêt qui s'adressait à des individus et était, par la force des choses, plus sélective. C’est alors qu’apparaissent et se développent les associations, les cercles, les groupes, les corporations, les confréries etc.
La FM moderne, née dans ce 18ème siècle, a pris le flambeau de cette fraternité traditionnelle, en l’enrichissant. Avec le REAA, elle lui a ajouté la dimension libératrice de l’homme pour lui-même, c’est-à-dire sans remplacer une aliénation par une autre. Aliénation qui avait pris de nombreuses formes : l’esclavage, le fanatisme religieux, la dictature politique, la loi du plus fort, etc. avec toujours le même objectif de contrôler l’Autre, pour lui enlever son libre arbitre et sa liberté. Si le siècle des lumières a libéré l’homme en lui permettant d’accéder à la connaissance, la FM lui a ouvert un horizon supérieur : permettre à l’homme de se développer, notamment spirituellement par la connaissance
La FM est la gardienne de cette idée de fraternité traditionnelle et universelle, celle qui n’aliène pas, qui ne disparaîtra pas : d'abord parce qu'elle est en soi une aspiration profonde de chacun vers cet autre qui peut être, tout autant, le semblable que le différent, l'inconnu que le familier, le proche que le lointain. Ensuite, parce qu'elle est le lien qui relie ce que la vie tente de séparer ; et aussi parce que ce qui fonde la fraternité n'est, ni plus, ni moins, ce que l'on partage : la famille, la patrie, les souvenirs, le passé. Et enfin parce qu’elle permet à l’homme d’avancer sur son chemin initiatique, ou celui de la recherche de soi-même sans se perdre ou s’égarer.
Conclusion
En conclusion de cette recherche, j’en retiens que si la philosophie et l’ésotérisme ont alimenté la FM, les apparentes similitudes de pensée cachent de profondes différences.
Deux familles de philosophes ont une affinité particulière avec la FM, celle des philosophes anciens grecs, et celle des philosophes des lumières. Mais la vague des philosophes du 20ème siècle avec Husserl, Heidegger, Levinas, Derrida, et d’autres qui, en critiquant la Raison à la manière où la physique quantique remet en cause la physique traditionnelle, ouvrira peut-être une nouvelle perspective pour, comme le dit Heidegger, « clore la parenthèse ouverte par Platon ». Aussi révolutionnaire soit-elle, cette vague me semble lointaine de la FM.
Ainsi retenons surtout de la philosophie ce que dit André Conte-Sponville ; « Philosopher c’est penser par soi-même, mais nul n’y parvient convenablement qu’en s’appuyant d’abord sur la pensée des autres, et spécialement celle des grands philosophes du passé ». En effet nous avons besoin de revenir à nos références culturelles, nous avons besoin d’une référence à un modèle, la recherche d’un ancrage, ne serait-ce que pour avoir un point de départ.
Il est vrai aussi que par leurs questions et réponses, les philosophes contribuent aussi à l’amélioration de l’humanité, comme le partage du savoir lors du siècle des lumières : ils ont éclairé une partie du chemin. Ils peuvent aussi être source de vraies interrogations sur sa vie. La philosophie peut ainsi apporter non seulement un questionnement, mais aussi des orientations de pensée à ceux qui en ont besoin, en recherche à certains moments de la vie. En cela, elle peut être source de vie, voire un mode ou un art de vivre. Oui, mais sur le chemin profane, pas ou peu sur le chemin spirituel, domaine sortant du champ philosophique.
Il ne s’agit pas dans ce propos de critiquer la philosophie, au contraire. Mais la FM n’est pas la philosophie, sinon nous aurions pour définition de la FM dans la constitution de la GLDF : «ordre philosophique » et non « ordre initiatique ». Ce n’est pas parce que la FM puise dans la philosophie qu’elle doit pour cela devenir un cercle philosophique, objets de débats, voire de joutes intellectuelles, aussi brillantes soient-elles : c’est un risque. La FM peut et doit vivre par elle-même sans avoir besoin sans cesse de se reposer sur les philosophes, même si les idées des grands philosophes sont de vraies sources d’inspiration et de réflexion. Que ces regards de la FM sur la philosophie, c’est-à-dire derrière nous, ne nous empêchent par d’agir devant nous.
L’ésotérisme, lui, propose une Voie, la voie de l’initiation et de la Tradition. En ce sens la FM est un ésotérisme, car il a pour objectif l’élévation de l’homme sur le chemin spirituel par un enseignement non profane, réservé à ceux qui peuvent le recevoir. Mais la FM est plus qu’un « ordre ésotérique », car elle propose aussi un exotérisme dans sa volonté de poursuivre l’œuvre commencée dans le temple. La FM va au dehors, elle cherche à éclairer le monde, car les FM sont les éclaireurs de l’humanité, ou devraient l’être. C’est l’aspect universaliste de la FM qui exerce une influence sur la civilisation par l’élévation spirituelle. Si l’ésotérisme cherche à élever l’homme individu, ceux qui peuvent être initiés, il ne cherche pas forcément à élever l’humanité. La voie de la FM complète donc celle de l’ésotérisme dans ses buts et dans ses moyens de les atteindre.
Ainsi la FM a une vocation et donc des objectifs distincts de ceux de la philosophie, de l’ésotérisme et de la religion. Mais la voie maçonnique, c’est aussi la méthode maçonnique, démarche traditionnelle d’accès à la connaissance, et par elle à la liberté. Elle est unique, car elle ne cherche pas à asservir qui que ce soit vers quelque but non avoué.
Ni la vocation de la FM, ni la méthode pour l’accomplir ne sauraient exister sans la fraternité qui est le moteur et le liant de l’ensemble. Rien ne pourrait avancer et se réaliser sans la fraternité universelle maçonnique, spécialement en dehors du temple. Rien ne serait cohérent, lié entre les hommes sans cette fraternité.
La vocation de la FM est spirituelle (c’est son côté ésotérique) avec une exigence humaniste (c’est son côté philosophique) basé sur la fraternité (c’est son aspect unique et universel). La FM fait ainsi la synthèse de la philosophie et de l’ésotérisme, et elle les transcende.
Et la fraternité maçonnique est ce chaînon manquant, qui est le principe actif de la vocation maçonnique et de la méthode maçonnique qui constituent la Voie maçonnique.
A l’issue de cette planche, j’ai l’impression qu’en tentant d’apporter quelques réponses, davantage de questions ont été soulevées, que la réflexion ne fait que commencer, qu’il reste beaucoup à explorer, notamment sur les inter-relations entre la FM la philosophie et l’ésotérisme.

J’ai dit Vénérable maître.

Source : www.ledifice.net

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Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu Mt 5, 38-48

12 Septembre 2013 , Rédigé par Saint Matthieu Publié dans #spiritualité

Comme les disciples s'étaient réunis autour de Jésus, sur la montagne, il leur disait : Vous avez appris qu'il a été dit : Oeil pour oeil, dent pour dent. Eh bien moi, je vous dis de ne pas riposter au méchant ; mais si quelqu'un te gifle sur la joue droite, tends-lui encore l'autre. Et si quelqu'un veut te faire un procès et prendre ta tunique, laisse-lui encore ton manteau. Et si quelqu'un te réquisitionne pour faire mille pas, fais-en deux mille avec lui. Donne à qui te demande ; ne te détourne pas de celui qui veut t'emprunter.

Vous avez appris qu'il a été dit : Tu aimeras ton prochain et tu haïras ton ennemi. Eh bien moi, je vous dis : Aimez vos ennemis, et priez pour ceux qui vous persécutent, afin d'être vraiment les fils de votre Père qui est dans les cieux ; car il fait lever son soleil sur les méchants et sur les bons, et tomber la pluie sur les justes et sur les injustes. Si vous aimez ceux qui vous aiment, quelle récompense aurez-vous ? Les publicains eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Et si vous ne saluez que vos frères, que faites-vous d'extraordinaire ? Les païens eux-mêmes n'en font-ils pas autant ? Vous donc, soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait.

Commentaire : un bon texte pour nos Frères séparés par toutes les obédiences qui prolifèrent dans le nouveau paysage maçonnique français : « aimez vos ennemis et priez pour eux… »

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Spiritualité et Mysticisme de la Perpendiculaire

12 Septembre 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Planches

« J'ai cherché mon Ame à travers l'invisible  

Pour déchiffrer les mystères de l'Eternité  

Et une nuit, elle m'est revenue
En me chuchotant que je suis moi-même
Le Ciel et l'Enfer »
Omar Kayyam

Bien que pouvant se référer à des religions ou des croyances, il est inutile de préciser que cette approche est faite en dehors de toute conviction religieuse.
La perpendiculaire ou fil à plomb est le bijou distinctif du 2eme S\, l’Off\ ayant en charge les App\. Je vais essayer d’en parler, arbitrairement, selon différents aspects.

Sur le plan opératif :

Le fil à plomb sert à représenter et vérifier concrètement la verticalité d’une structure ou d’un objet.
La verticale est une droite qui forme un angle droit avec l’horizontale, de plus elle est orientée, polarisée ; c'est-à-dire dirigée vers le haut et aussi vers le bas, du nadir vers le zénith, ou le contraire.

Sur le plan spéculatif :

Le fil à plomb est situé au-dessus des carreaux noirs et blancs du pavé mosaïque, ils se référent tous les deux à la notion de dualité.
De ce fait, pour moi, le fil à plomb est une dyade par excellence.
La première notion qui me vient à l’esprit est que ce symbole nous incite à nous élever, à prendre de la distance par rapport aux choses et aux idées. Prendre de la distance ne veut pas dire être indifférent. Il nous appelle à faire preuve de plus de tolérance et de clémence, c'est-à-dire à tendre vers une grandeur d’âme, à plus de solennité. Direction le zénith.
Comment peut-on espérer s’affranchir d’une tâche aussi lourde ? Grâce à un autre outil ; le silence de l’App\.
En effet, en observant le silence, loin d’être une brimade, cela nous permet d’écouter les autres, chose que l’on ne peut faire si l’on accapare la parole. Excellent moyen de travailler notre ego qui à la fâcheuse tendance à grandir quand il est livré à lui-même.
Ensuite le corollaire à l’élévation est évident, direction le nadir, c’est-à-dire travailler sur soi. Comment peut-on le faire ? Un excellent moyen, encore une fois ; le silence de l’App\. Loin d’être paradoxal, au début de notre cheminement initiatique et même après, en observant le silence l’on n’écoute pas forcément les autres, on met en sourdine le discours de l’autre et ainsi on écoute notre propre voix intérieure, notre inconscient enfoui en nous même.
Toujours dans le cadre spéculatif, à y regarder de plus près, en dehors de la géométrie euclidienne, deux droites verticales ne sont pas vraiment parallèles entre elles, elles convergent vers un même point : le centre de la terre, qui représente l’origine unique des hommes. À l’inverse, à l’autre extrémité des verticales, il y a une dispersion en arborescence vers la voûte étoilée, allégorie du rayonnement universel et de la F\M\.

Sur un plan spirituel :

Ce voyage incessant du bas vers le haut, et vice-versa, prête à dire que le l’homme en général et le franc-maçon en particulier se situent entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Macrocosme et microcosme, ou el kawnu el kabir et el kawnu essaghir des soufis.
Cette circulation à double sens a été décrite par les anciens et par les contemporains. Déjà Hermès Trismégiste disait dans la table d’émeraude : « tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », les soufis parlait du « tawhid » et de la dualité de l’écorce (qichra) et du noyau (el loub), et tout récemment les figures fractales étudiées en mathématiques et bien d’autres.
La perpendiculaire est un moyen de passer de l’essentiel (le bas) vers l’existentiel (le haut), en d’autres termes du matériel vers le spirituel. De passer de l’avoir : tous les métaux de la vie profane, vers l’être : richesse spirituelle et sacrée. Pour obtenir, comment dirai-je ? Pour obtenir ce supplément d’âme qui permet au F\M\ d’œuvrer pour le bien-être de l’humanité, de la société, et de vaincre ses passions.

Sur le plan mystique :

La perpendiculaire est comme un ascenseur qui nous permet de monter vers les étages supérieurs et nous approcher des nues ou de descendre vers les sous-sols et les tréfonds des entrailles de notre inconscient.
Le rituel ne dit-il pas qu’il faut s’approcher de la vertu et s’éloigner du vice ? On peut aussi rapprocher cela à la notion de transcendance et d’immanence, opposition apparente entre le haut et le bas. En réalité les apports de la transcendance (du haut) et de l’immanence (le bas) ne sont pas quantitatifs mais qualitatifs, en d’autres termes, comme je le disais plus haut, ne pas confondre l’avoir et l’être. Un F\M\ devrait se soucier de la qualité de l’être et mettre en second plan la quantité de ce qu’il peut avoir.
Cet ascenseur est l’équivalent du sceau de Salomon (khatem sidna Soulaiman) avec un triangle équilatéral dont la pointe est dirigée vers le haut et l’autre triangle vers le bas représente la double circulation des énergies entre le divin et l’humain. Le côté miraculeux et les pouvoirs prêtés au sceau de Salomon sont communs aux traditions juives, chrétiennes et musulmanes.
Cette allégorie de l’élévation est présente dans toutes les religions. Pour recevoir la lumière il faut s’élever, l’ascension : Moïse prophète des juifs a gravi le mont Sinaï où il fut témoin de la théophanie, parabole du buisson ardent. Pour les chrétiens, la transfiguration de Jésus s’opère au sommet du mont Thabor, sidna Mohamed le prophète des musulmans, durant le voyage nocturne (el isrâ), monte au ciel (el mi3raj = ascension) grâce au cheval ailé Bouraq (l’éclair).
Cette circulation à deux sens me fait penser aux deux voies théologiques pour aborder le problème de la connaissance de Dieu exposées par Denys l’Aréopagite Ce sont les approches cataphatique et apophatique de la spiritualité. Cataphatique ou positive qui procède par affirmations et nous fait accéder à une certaine connaissance de Dieu L’apophatisme consiste à définir Dieu par ce qu’il n’est pas.
Pour la voie cataphatique, Dieu est le miséricordieux, le tout puissant, le magnanime…C’est la voie descendante, du ciel vers nous. Cette approche semble être limitée, puisqu’on ne peut qualifier l’inqualifiable.
La voie apophatique, ou négative, préconise de dire tout ce que Dieu n’est pas, puisqu’il est par nature indéfinissable. C’est la voie ascendante qui nous rapproche de Dieu. Comme la connaissance ne peut atteindre que ce qui est, Dieu étant au-delà de toute connaissance, car il est inaccessible, et ineffable, on dit tout ce qu’il n’est pas. Cette voie permet de dire et de décrire tout ce qui lui est inférieur, et ainsi se rapprocher de Lui. Comme une asymptote qui tend à rejoindre une droite sans jamais la couper, il y aura toujours un accès, une approche, par une limite inférieure. La connaissance de Dieu ne sera jamais parfaite, les voies du Seigneur sont impénétrables. L’approche apophatique est celle adoptée, entre autres, par les soufis.
Ainsi la voie apophatique nous mène vers les étages supérieurs, et à contrario la voie cataphatique vers les étages inférieurs.


Sur le plan rituélique maçonnique :

 

Ces différents changements d’états du maçon me font penser à des mues successives pour atteindre à chaque fois un état initiatique supérieur.
René Guénon (le symbolisme de la croix) le décrit très bien dans « la multiplicité des états de l’être ».
Notre première mort, celle du profane qui après être passé par le cabinet de réflexion, symbole des entrailles de la terre, renaît en App\ F\M\, vers la lumière, symbole du firmament.
C’est aussi le symbole d’Hiram ou plus exactement, la mort d’Hiram et sa résurrection. Hiram qui revit dans le corps du compagnon devenu M\ à son tour. Le compagnon rentre à reculons dans le temple, c’est la phase de régression, suivie par l’exaltation lors du passage à M\.
Le meurtre de l’Architecte par les trois mauvais compagnons, permet de transmettre le flambeau de la Connaissance à tous les FF\.
Cette notion est retrouvée dans l’architecture même du temple de Salomon.
Le temple a été érigé sur les bases de la géométrie sacrée et se divise en trois parties principales ; le Vestibule, le Lieu Saint et le Saint des Saints ; qui sont en relation directe avec aussi bien le macrocosme (ou monde cosmique) que le microcosme (ou monde individuel).
« Le Vestibule ou Ulam, correspond à la terre dans le macrocosme et au corps humain dans le microcosme, il est inondé par la lumière du jour.
Le Lieu Saint ou Hikal, associé à l'atmosphère dans le macrocosme et à l'âme humaine dans le microcosme, reçoit la lumière du jour réfléchie.
Le Saint des Saints ou Debir, représentant le ciel dans le macrocosme ou l'esprit dans le microcosme, est quant à lui plongé dans l'obscurité. ».
L’on remarquera que la lumière reçue est en quantité inverse entre le tableau de loge du premier degré et l’architecture réelle du temple. Plus on s’approche de la maîtrise, plus on reçoit de la lumière, or plus en pénètre dans le temple plus cela s’obscurcit.

En conclusion :

 

Le fil à plomb matérialise l’axe du monde, « l’axis mundi », qui permet de descendre en nous même pour mieux nous élever, tel un athlète qui recule pour mieux sauter. C’est l’ascension pour bâtir notre temple spirituel, une fois en haut, il faut redescendre pour consolider les bases du temple spirituel, un incessant va et vient, mais pas comme un yo-yo. Cela doit être réalisé de façon harmonieuse, une troisième direction est possible. En effet, si la verticale élévation c’est l’existentiel, la verticale dirigée vers le bas c’est l’essentiel, la voie ternaire est possible, celle du cheminement initiatique du F\M\ pour passer harmonieusement de l’une à l’autre. La Sagesse de l’élévation, la Force de l’introspection et la Beauté du chemin initiatique, telle peut être l’approche ternaire du fil à plomb. Comme si le chemin initiatique répondait à la théorie quantique, après avoir parcouru un bout de chemin vers la connaissance, l’on retravaille sur soi pour atteindre, de nouveau, un degré de connaissance supérieur au précédent. Il n’y a pas de continuum, mais des étapes successives par couches de plus en plus riches, de plus en plus épaisses. C’est ce que décrit Ibn Arabi le maître soufi dans le « tartîbu-t-taçawwuf », c'est-à-dire « les catégories ou niveaux d’initiation. »
La perpendiculaire est l’allégorie de l’initiation, en effet on n’est pas initié, on s’initie, c’est donc à nous d’emprunter, à notre convenance et à notre rythme, ces deux voies que nous propose la perpendiculaire, l’ascendante et la descendante. Je ne sais plus qui a dit : «La franc-maçonnerie n'existe pas, seuls les francs-maçons existent ». Ce qui veut dire que l’initiation et son côté spirituel sont un cheminement personnel. Mais il ne faut pas croire que nous sommes des ermites, isolés dans le fin fond du désert, on peut et on doit être aidé moralement et soutenus physiquement par les autres FF\, la progression, quant à elle, restera toujours personnelle.
Socrate avait déjà résumé cette planche, 400 ans avant J.C.: « Connais-toi toi même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux »

J’ai dit V\M\

 

source : www.ledifice.net

 

 

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La spiritualité du Maître Maçon

11 Septembre 2013 , Rédigé par S\ A\ Publié dans #Planches

La planche que je vous présente ce soir a pour thème : « La spiritualité du Maître  Maçon ». C’est une notion qui n’est pas très simple à définir. Si la religion a toujours chercher à s’accaparer la spiritualité, la franc maçonnerie, en ne proclamant aucun dogme et en se refusant de définir le divin, conduit la maçon vers la spiritualité par la pratique du rite, par l’ascèse initiatique qui va relier l’homme à l’universel.  Cela, dans le but de se reconstruire mais aussi en lui faisant bien prendre conscience qu’il fait partie d’un tout, qu’il a sa place dans le cosmos, qu’il en est un maillon essentiel, bref qu’il est une poussière d’étoile parmi tant d’autres mais une poussière aussi importante que les autres. C’est en ce sens que l’on peut parler de spiritualité en franc maçonnerie et je vais m’efforcer de dire, en prenant le rituel comme source de réflexion, comment cette spiritualité se manifeste dès le 1er degré jusqu’à la maîtrise.

Dans mon introduction j’ai voulu d’emblée faire le lien entre maçon, spiritualité et universel et dire aussi qu’il n’est pas question de mysticisme religieux dans la spiritualité maçonnique mais plutôt d’une volonté de retrouver les valeurs morales qui donnent à l’homme la grandeur d’âme qu’il n’aurait jamais du perdre. Cette recherche introspective débute dès notre initiation qui n’est pas un acte ponctuel mais un passage éprouvant qui sera le moteur de notre démarche dans le sens où nous aurons toujours à l’esprit cette épreuve qui nous oblige inlassablement à nous remettre en cause pour poursuivre notre progression. Donc dans le mot « spiritualité » comme on l’entend,  il y a une notion de progression intellectuelle, de perfectibilité, une volonté d’améliorer son existence, de tendre vers un idéal non pas personnel mais collectif. Tout au long de notre cheminement, la méthode maçonnique avec son rite, son rituel et la diversité des frères qui composent l’atelier concourent à notre évolution en éclairant nos pensées et nos actes dans et hors du temple. La loge va donc jouer pleinement son rôle de creuset, d’œuf qui renferme la vie,  la graine qui ne demande qu’a s’épanouir. Chacun va ressentir à sa façon un bouleversement, dans le sens de transmutation, par la mise en commun des connaissances de chacun et des expériences individuelles. C’est la transmission indispensable à l’introspection, la re-naissance, la régénération. Cette introspection qui doit nous conduire à « la rigoureuse équité et à la conciliation des oppositions nécessaires et fécondes » comme il est dit dans le rituel d’installation du V\ M\  et du collège des officiers.

Dès le 1er degré apparaît mes frères cette notion de spiritualité. En effet, ce voyage intérieur (le cabinet de réflexion) qui se projette jusqu’aux sommets des cieux (la voûte étoilée) débouche immanquablement vers la spiritualité même si on en a pas conscience au début. Cette perpendiculaire que nous gravissons pour aller toujours plus haut  nous reconduit inlassablement au centre de nous même pour faire rapidement notre examen de conscience, en retenir les erreurs passées pour repartir de plus belle. Mais est-ce bien vers le plus haut des cieux que le maître doit se diriger ? Vous savez tous mes frères que c’est au centre du cercle qu’il sera le plus utile. En effet, c’est là que s’exprime le mieux l’essence même du cheminement du franc maçon. Il embrasse l’humanité toute entière, l’ordre universel et peut ainsi faire la différence entre l’accessoire et le fondamental et travailler au progrès de l’humanité. Mais s’il se comporte comme les autres hommes, ce travail il le fera sur un seul plan celui de l’humain, sans dimension verticale. Cette verticalité, cette perpendiculaire c’est la franc maçonnerie qui nous la fournit grâce à l’initiation laissant à chacun le soin de la gravir à son rythme.

Dépouillés de tous nos métaux nous avons préalablement franchi la porte de la loge tout en nous éloignant du monde profane et nous mettons tout de coté pour nous construire et non pour nous contempler. Il nous faut trouver la personne au-delà de l’image qui se reflète dans le miroir. Ainsi on découvre peut à peut l’architecture fondamentale de notre être, architecture commune à tous les hommes.

Lorsque le V\ M\  ouvre les travaux en invoquant le G\ A\ D\ L\ U\  tout en tenant en main gauche l’épée flamboyante, symbole de l’autorité spirituelle, qui nous relie à l’universel, cela ne laisse aucun doute sur la nature spiritualiste de notre engagement. Le lien à l’ordre cosmique, à l’universel est réalisé et le V\M\ placé sous le delta lumineux représente  l’autorité spirituelle. Ainsi il va répandre la lumière de l’orient à l’occident en passant par les colonnes du midi et du septentrion. Mais pour recevoir cette lumière il faut nous détacher de notre corps. L’ascèse initiatique passe par sa maîtrise. Pour s’ouvrir à la spiritualité l’esprit doit prendre le pas sur la matière.

Vous voyez mes frères la spiritualité se manifeste bien déjà au premier degré mais notre esprit s’éveillant à cette nouvelle connaissance et étant encore dans la pénombre  nous ne le percevons que trop peu et nous ne savons pas jusqu’où la démarche que nous avons entreprise va nous conduire. Au second degré, nous accomplissons les cinq voyages d’instruction et nous terminons par cette acclamation : « Gloire au travail ! » Pourquoi terminer par ces mots ? Peut-être pour commencer à réfléchir sur le contenu de tout ce qui vient de nous être transmis, ce qui vient de nous être confié. Au début de la cérémonie d’élévation on est parti d’une émotion d’une sensation qui traduit toujours cette même volonté qu’à le rite de nous éprouver pour se poser des questions. On part donc d’une émotion et on finit vers l’étoile, vers l’universel. On a déjà un peu grandit et avec ce que l’on a entre les mains on va pourvoir  se peaufiner mais aussi commencer à ne plus s’occuper que de notre petite personne. D’accord pour les cinq sens, mais pourquoi on vient nous parler maintenant de l’arithmétique, la géométrie, les divers ordre d’architecture, les grands initiés. Compagnon, continue à travailler sur toi-même mais ouvre les yeux sur le monde pour poursuivre ta route. 

Mais on a tellement ouvert les yeux et pris conscience de l’étendue de la connaissance qu’elle nous parait inaccessible. Conscient de notre insuffisance on se demande si un jour nous la posséderons cette connaissance. On a déjà tant travaillé qu’on la  mériterait. Alors plutôt que de chercher à l’acquérir à force de labeur, celui qui sait devrait nous la transmettre eu égard au travail déjà fourni. Cette envie malsaine va pousser trois compagnons à commettre un crime abominable. Maître Hiram est porteur de cette connaissance tant enviée,il connaît le mot des maîtres, il est le porteur de l’universel. Les trois compagnons persistent dans l’erreur et ignorent la grandeur de maître Hiram. Ils tournent donc le dos sans le savoir à cette connaissance et en tuant l’architecte ils refusent de connaître ce qui va tendre vers l’universel. Pour eux, inutile de s’abîmer les mains et se creuser la tête, en obtenant le mot des maîtres plusieurs étapes laborieuses seront ainsi franchies comme par magie.

Le compagnon qui frappe à la porte du temple pour demander l’autorisation de rentrer dans la chambre du milieu et ainsi de poursuivre sa quête est bien loin de se douter de ce qu’il va vivre. Au 3ème degré en plus des éléments symboliques surgit la légende d’Hiram. Il entre dans un espace initiatique car les loges d’apprentis et de compagnons sont crées. D’où l’importance de monter rituellement au 3ème degré car celui-ci est autant initiatique que les précédents. Un enseignement va y être donné et le compagnon va être le principal acteur de ce qui va se jouer. Sur les trois petites étoiles, seule celle de la sagesse est éclairée. Les deux petites étoiles force et beauté sont éteintes et le maître n’a que la sagesse pour aller plus loin. Elle est donc une voie de  progression et signifie que l’initiation du métier cède la place à une initiation plus spirituelle.

Le compagnon souhaitant poursuivre sa quête en toute bonne foi va se retrouver en face de deux maîtres suspicieux qui le feront entrer à reculons, le forçant à contempler l’étoile flamboyante. Ce n’est pas le lieu habituel qu’il connaît et qu’a-t-il pu bien faire pour en arriver là ? Son périple ne fait que commencer, son tablier lui est enlevé, ses mains sont examinées pour voir si elles ne sont pas celles d’un assassin. Ce pauvre compagnon n’y comprend rien. Il se retourne et tout n’est que désolation. Les maîtres qu’il entrevoie font tous une tête d’enterrement. Il n’est pas loin de connaître la cause de ce macabre rassemblement. Devant lui sous un drap noir un corps est allongé. « La lumière qui nous éclairait a disparu » dit le T\ V\ M\  au compagnon. Cela devrait le sensibiliser encore plus sur la valeur, la notoriété de celui dont le corps repose. Pour être sûr de sa bonne foi, il faut  l’éprouver encore plus. Alors il va revivre la légende du grade en passant du midi à l’occident pour finir à l’orient après avoir enjambé le corps de l’architecte sans dommage. La mort ne l’a pas saisi au passage. Il a été plus fort qu’elle, il peut donc aller plus loin. Pour rendre la cérémonie encore plus réaliste à chaque station un coup lui est assené, un sur l’épaule droite, un sur l’épaule gauche et le troisième sur le front qui le contraint à s’allonger sur le sol. Recouvert du drap noir il pense : Ca y est, je suis mort ! Mais « Il est dit que la connaissance repose à l’ombre de l’acacia » dit le premier surveillant. Heureusement, la nature nous indique que pour que quelque chose puisse naître, une autre chose doit mourir.  Il en est de même dans le monde spirituel. La substitution est réalisée. « Le Maître est retrouvé, il reparaît aussi radieux que jamais ! ».

Cette magie de la transformation de l’être dont j’ai parlé précédemment, les mauvais compagnons ne la connaîtront jamais parce que cette descente dans le cœur de l’homme, ils n’en ont fait qu’une infime partie. C’est bien dommage car le travail sur soi permet de se régénérer, d’aller vers l’autre, de passer de l’immanence à la transcendance et de s’ouvrir ainsi à la spiritualité. Ce meurtre au 3ème degré démontre le conflit intérieur auquel nous sommes tous confrontés. Tout reste à faire à ce degré qui est une rupture et nous amène à nous interroger sur la connaissance. Est-ce une connaissance livresque qui va nous conduire  à la maîtrise de nous même ou est-ce par l’ascèse que nous arrivons à ce résultat ? Le scientifique ne l’est pas devenu grâce à la maçonnerie et le cuisinier n’a pas maîtrisé l’art culinaire grâce à elle non plus. Mais tous deux par l’introspection ont compris le sens de la démarche initiatique. Chacun a accompli ce cheminement nécessaire pour arriver au 3ème degré qui affirme la primauté de l’esprit sur la matière.

La cérémonie d’exaltation à la maîtrise nous fait revivre notre initiation mais ce retour s’accomplit avec plus de profondeur. Postulent on était dans un cabinet de réflexion, un caveau, une grotte. Maintenant nous sommes enfoncés plus profondément dans le sein de la terre. L’accession à la maîtrise est une confirmation de l’initiation dans le sens où il y a régénération, re-naissance. Mais l’exaltation est plus riche et plus intense. A ce degré se pose le problème de la mort. Est-elle définitive ? Personne ne le sait, seul celui qui a subi l’initiation ultime le sait mais il n’est pas pour en témoigner. Cela fait appel à la sensibilité, à la croyance de chacun. On passe peu à peu au 3ème degré au problème de l’existence de l’être. Aux degrés précédents c’est  notre propre construction qui nous  préoccupe. Maintenant vient le temps de nous interroger sur le pourquoi de notre présence, le rôle que nous avons à jouer et dans quel but ?

Toutes ces questions que l’on se pose en franc maçonnerie débouchent inévitablement sur la spiritualité. Les interrogations sont autres que celles aux quelles on aurait pu penser avant  d’entrer en franc maçonnerie. Amener  les frères à s’interroger sur leur être, la raison d’être. On ne bascule pas du jour au lendemain  de préoccupations personnelles, matérielles à une interrogation plus spirituelle. C’est la particularité de notre rite de nature spiritualiste qui va par la pratique du rituel permettre aux frères de se réaliser spirituellement. Cette réalisation, virtuelle d’abord, devient effective par un travail graduel intérieur. Ce travail s’accomplit dans la loge qui est une représentation cosmique avec le tapis de loge et la voûte étoilée. Le maître perçoit d’abord ce qu’il découvre et ensuite il se doit d’interpréter et d’en tirer quelque chose, un enseignement nécessaire à sa construction intérieure. Possédant les mots substitués il a la capacité à transmettre par la parole, les écrits et les actes. Il imagine, conçoit, transmet. Il ne peut plus revenir en arrière et il doit se comporter « en homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort » comme Hiram l’a fait. Ainsi tout en étant conscient de la limite de sa connaissance il va pouvoir avec ses frères assurer la pérennité de l’œuvre.

Le maître n’est pas opératif dans le sens de la pure tradition du métier et non plus spirituel dans le sens de gourou ou du prêcheur religieux. Ce n’est pas un athée stupide ni un libertin irréligieux mais le rite en a fait un homme dont les idéaux sont communs avec tous les autres francs maçons. Au cours de  cette cérémonie il a exprimé sa foi de F\ M\  comme le lui a demandé le T\ V\ M\. Ni foi religieuse ou mystique. Simplement une croyance en ce qu’il accomplit depuis son initiation première. Il a fait son temps sur les colonnes du septentrion et du midi et  c’est par la fusion d’une réflexion sur son être et la pratique du rituel qu’il s’ouvre à la spiritualité. Bien loin des certitudes, le maître doute en permanence,  pense, devient de plus en plus responsable mais conscient de son incomplétude il poursuit son cheminement, garde proche de lui les outils qui ont contribué à son évolution mais doit travailler sur un autre plan. Il doit se dépouiller encore une fois, se dépasser, se nourrir de l’égrégore qui renaît à chaque tenue et qui lui laisse l’opportunité, s’il le désire profondément, de passer de l’immanence à la transcendance pour pénétrer dans un domaine inconnu jusqu’alors, celui de la spiritualité.

J’ai dit T\ V\ M\

Source : www.ledifice.net

 

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La Spiritualité est une construction du Rite

10 Septembre 2013 , Rédigé par C\ P\ Publié dans #Planches

« Chaque homme dans sa nuit, marche vers sa lumière »
nous a dit Julien GREEN.
Démarche maçonnique symbolisée par l’Evangile de Jean I verset 9 : « La lumière véritable éclairant tout homme venant à ce monde »

DE LA SPIRITUALITE

Depuis que l’homme est doté de raison, il cherche à calmer son angoisse existentielle en tentant de comprendre les mystères attachés à tout ce qui le constitue et l’entoure. Pour les matérialistes, comme pour certains de nos décideurs de la société dite civile, ces nantis de toutes les vérités dont nous supportons les logorrhées de certitudes, les hommes finiront un jour grâce à la science pour les uns et grâce à l’inéluctable avancée de la médiocrité pour les autres, par se débarrasser de tout ce qui à leurs yeux constitue un complexe encombrant de mythologie, de religion et de philosophie, contenant des valeurs humanistes, de la Tradition, bref, tout ce qui relève en fait de l’exception. Or c’est justement TOUT CECI qui reste inaccessible à la science et qui s’explique en faisant intervenir une substance immatérielle nommée Esprit. « Substance » qualifiée de supérieure à la matière en ce sens qu’elle ne fait pas intervenir les notions d’espace et de temps, tout en restant dépendante au principe de causalité. Voilà donc comment depuis des lustres, cohabitent et s’interpénètrent deux aspects de l’Univers : esprit et matière. Et le propre de la spiritualité est d’affirmer que le monde sensible est l’envers du monde réel qui est lui, de nature spirituelle. Une telle conception appelle la croyance en une conscience, une volonté globale qui est l’Univers. Pour les religions, c’est Dieu. Pour nous, c’est le G\A\de l’U\, puisqu’en ce qui nous concerne, la croyance en un Principe Créateur telle que l’a formulée la Déclaration des Principes du Convent de Lausanne en son article premier, le 22 septembre 1875, ne se positionne pas en contradiction avec la Connaissance Scientifique la plus avancée qui pour sa part, en expliquant le « comment » des phénomènes, n’apporte aucune réponse au « pourquoi » ? Et Saint Augustin de confirmer: « le mystère n’est pas ce que l’on ne peut pas comprendre, c’est ce que l’on n’aura jamais fini de comprendre. » Passer de cette dualité Esprit – Matière à l’unité que nous convoitons, relève d’un chalenge que chacun d’entre nous s’applique à faire sien en Loge, par le travail, la persévérance et l’assiduité dans la permanence d’un questionnement individuel au choc de nos différences.
Cependant aujourd’hui, hors ces lieux de privilège, un grand nombre de nos contemporains ont rompu avec le transcendantal,
ont fait du consumérisme et de l’oisiveté un projet,
ont installé le besoin de tout en lieu et place du désir de l’essentiel,
ont assis le vulgaire sous la lampe et descendu l’exception à la cave,
se cultivent avec CHOE,
ont ôté au père et à la mère réunis la logique naturelle du projet d’enfanter,
ont fait de l’indignation LA réponse universelle à toute agression,
ont délégué à la société l’administration de leur vie par des conventions figées dans la sénilité du dogme caché sous la poussière de la peur des différences, creusant en cela le lit inconfortable des désillusions et des frustrations, mères de la solitude et de l’envie.
Ils ont perdu le rêve d’une forme d’éternité, ils ont désacralisé la famille, la valeur de l’effort, la foi, pour instituer un rapport nouveau à la réussite passant par la disponibilité à l’oisiveté et le pouvoir de la consommer sans modération. Objectif week-end dans un premier temps, retraite dans un second, octroi du droit à la dépendance dans un troisième. Pourtant, pour Mircea Eliade : l’Homme s’est construit à partir du Sacré et en Luc IV verset 4 nous lisons « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain ». Et Oswald WIRTH parle de « Cette aspiration de l’intelligence humaine à pénétrer l’insondable mystère dont elle est entourée est une des principales voies traditionnelles de l’enseignement initiatique ». C’est rechercher la vérité et se contenter de n’en entrevoir qu’une facette au moins celle du discernement qui nous évite la confusion des valeurs, dans le doux pastel que le monde profane sait nous peindre sous le dogme de la tolérance de tout, c’est à dire le respect de rien. Et le renard de nous dire que l’on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux que nous traduisons par le visible n’est que la manifestation de l’invisible. Ce que Platon confirme par ceci: « Aveugles ceux qui s’arrêtent aux choses matérielles et qui ne comprennent pas que seul l’invisible est réel. » Telle est la clameur de la voix du dedans conduisant au chemin du dessus.

DE LA SPIRITUALITE DU RITE: l’ECOSSISME

L’Ecossisme est l’un de ces chemins d’élévation spirituelle, un moyen d’enrichissement et d’approfondissement de soi et de ses connaissances au travers des initiations successives ayant pour but le perfectionnement individuel d’abord, la relation à autrui par l’amour ensuite, ces deux concepts constituant les fondations d’une action dans le monde profane. Ainsi se définit le R\E\A\A\ selon une trilogie peut-être un peu lapidaire, Connaissance, Amour et Action. Sans la Tradition et le symbolisme, l’Ecossisme perdrait toute signification et toute raison d’être. Paul NAUDON écrit : « La tradition conduit aujourd’hui tous les hommes qui pensent que la perfection, l’unité, l’absolu, le Principe auquel ils aspirent, qu’on l’appelle Dieu ou G\A\D\L\U\ ou la Raison, se construit dans le devenir par la progression vers la Connaissance ». Le R\E\A\A\ qui laisse à chacun sa liberté d’interprétation, permet d’acquérir par le travail, le silence et ce qui réunit ces deux derniers, la méditation, des fragments de la Perfection. Une fois assimilées les bases du cursus initiatique ici en Loge, le  FM de sa propre et libre volonté a le devoir alors, de poursuivre un chemin dépourvu de repères matériels, dans une humilité permanente, le respect du sacré, la volonté de construire toute forme d’outil susceptible de promouvoir un monde de liberté et de justice. Sans se soucier de son intérêt, le FM s’engage à consacrer toute son énergie à la poursuite des buts que se sont fixés l’Ordre, notamment le triomphe du bien sur le mal, de l’ordre sur l’anarchie, de la raison sur les préjugés, de la sagesse sur les passions, de la liberté d’expression sur la pensée unique enfin la litanie des refus de soumission à tous les despotismes et dogmatismes. Il s’engage en outre à œuvrer au rapprochement des hommes, mais pas n’importe lesquels et n’importe comment, se soustrayant ainsi d’évidence et de raison à l’ineptie d’un absolu d’amour et de probité. C’est tout simplement ce qu’il y a de plus difficile et c’est tout simplement la définition de l’Art Royal exercé avec fierté. Fierté, fille du désir et de la joie et ici le devoir de travailler au privilège de ne se tenir debout qu’au prix de quelques partis pris. Et pour ma part, je trouve que l’entropie grandissante entrant en l’homme profane par diverses portes dérobées et parmi les plus anodines, le relativisme moral pour ne citer que lui, rend le travail de transformation de la pierre tel que nous le propose le R\E\A\A\de plus en plus difficile. La mansuétude érigée en principe préalable et non en alternative d’exception, l’intérêt partisan déguisé en tolérance, anesthésient doucement le devoir d’exigence dont nos textes et leurs auteurs ont pourtant voulu peindre aux couleurs de notre perfection spécifique, c’est à dire baignée :
de notre l’humilité personnelle à Apprendre,
de l’Amour de nos FF\à partager,
et de l’Action à entreprendre, tout simplement parce que c’est nous et parce que ce sont eux.
Faire l’économie de cette difficulté nous dévierait du sens que nous donnons à notre démarche d’initié, ici et ailleurs mais toujours en nous, celle de permettre à notre spiritualité spécifique d’agir sur notre comportement d’abord et de laisser déteindre alentour le désir d’élévation de l’homme. Celui-ci est au centre de ce cercle, dans sa totale liberté de conscience et liberté de pensée, fruits du siècle des Lumières qui rappelons-le, se sont définis au travers de deux concepts que sont l’affirmation de l’individualisme et l’émancipation de la pensée. L’initiation, est une véritable ouverture sur la spiritualité qui verra son éclosion lente au fil des degrés successifs franchis par le F\M\car il s’agit de trouver une motivation exaltante pouvant donner un sens « supérieur » à notre vie, ce sens qui justifie la promesse de s’ouvrir sur « le vaste domaine de la pensée et de l’action. » L’initiation est LA clé ouvrant cet espace possible d’une naissance à quelque chose de nouveau pour autant, pour autant que l’implication personnelle et assidue à la pratique du Rite soit un profond désir d’appartenir à ce privilège d’accepter d’abandonner pour grandir et le faire dans le partage d’une émotion. L’émotion, porte d’entrée de soi, chemin pavé du don de soi, vitrine de tout de soi, première couleur de l’initiation, dernier témoignage avant la porte d’Orient et qui sait, une autre route... La récitation d’une nomenclature d’obligations assermentées en loge, à quelque degré que ce soit, ne constitue pas le creuset de solutions à nos problèmes, mais crée un lieu d’apprentissage aux techniques humaines, d’exposition de soi par la réflexion et l’échange, en d’autres termes, de recherche spirituelle par la confrontation de nos différences et la construction de notre vie sur les ruines de nos certitudes. D’éveils en élans, de doutes en lassitudes, nous cheminons vers un perpétuel devenir dont nous espérons une perfection comme salaire symbolique de nos efforts. Une perfection que la sagesse de notre assiduité, la beauté de notre entreprise et la force de nos convictions d’excellence, ont ancré dans l’acceptation, quand même de la raison. Laquelle ? Celle de la conscience d’une mesure individuelle, certes orientée vers le haut, mais pétrie de l’humilité d’être limitée. Le R\E\A\A\ relève en cela du domaine de l’Esprit et renvoie chacun de nous à ce que Paolo COELO appelle sa légende personnelle. Nous l’édifions cette légende, sur nos fondations cognitives et comportementales singulières, nous la confortons au ciment de notre complicité plurielle. Parfait, mais dès lors que nous avons conscience que la seule orientation de notre quête se situe naturellement vers les zones à découvrir.
Des espaces éloignés de l’occident de nos origines :
du septentrion de notre réflexion,
du midi de nos découvertes,
et de l’orient de notre destin.
Que reste-t-il sinon la conversion du regard vers la voûte étoilée pour passer de l’humble postulant plongé dans les ténèbres au porteur de la Lumière de Jean ? Et Henri TORT-NOUGUES de préciser : « La maçonnerie est un humanisme qui a une triple ambition : former des hommes par un constant effort de perfectionnement, celle de proposer une véritable communion entre les FF\ et celle de manifester un attachement sans faille à la Tradition ». Et il poursuit en ces termes : « Cet humanisme ne peut se concevoir sans le principe Créateur, ce principe spirituel que nous nommons G\A\de L’U\ car la Maçonnerie correspond à la base métaphysique des Religions et à leur contenu ésotérique. » Qui dit Rite, pense Ordre, donc rigueur et qui plus est récurrence de celle-ci, administrée par les Rituels, documents qui fixent les éléments constitutifs du Rite. Ils véhiculent la pensée traditionnelle et permettent à ceux qui s’imprègnent de leur signification, d’accéder à des niveaux supérieurs de compréhension des phénomènes qui les touchent et dont ils n’auraient aucune approche d’analyse sans leurs  propositions, leurs suggestions auxquelles ils renvoient. C’est la raison pour laquelle, il faut se garder des tentations d’actualisation, de mise à jour de ces éléments fondamentaux, témoins de la TRADITION qui représente l’essence même du R\E\A\A\.

DE LA CONSTRUCTION DANS L’UNIVERSEL

Alors, maintenant, comment passer de ce temporel limité dont nous sommes conscients aussi de son confort par le partage de convictions communes, à l’Universel, destination de notre action ? Sinon, pourquoi tant d’efforts ? De l’Universel, il nous appartient d’en dresser les plans en bons Architectes. Ceux d’une construction orientée selon le mot d’Henri Thort Nougues, orientée par le sens que nous donnons à une vie en quête de « complétude ». Une vie, notre vie, puisque nous comprenons très vite qu’il ne s’agira toujours que de celle-ci, comprise comme un Univers complet, une entité singulière partie d’une autre plurielle, l’ensemble constituant un tout pensant et agissant. Et l’Autre n’est plus appréhendé comme un être dans sa différence d’état mais dans sa dimension en devenir, pièce agissante de cette noosphère définie par THELIARD de CHARDIN, sphère humaine entourant une autre plus petite, l’Univers. Cet esprit de fraternité dans la communion d’excellence, EST une des constructions de notre Rite dans l’Universel. Il est une des racines Traditionnelles que le R\E\A\A\ outil de réalisation intérieure spirituelle, enfonce dans les fondements religieux et philosophiques de l’humanité. Et nous savons que la force de ces fondements repose pour l’essentiel dans la spécificité de ne reposer sur aucune révélation particulière et n’en reconnaître aucune. Ces fondamentaux ne s’appuient sur aucun dogme mais n’en rejettent aucun. Très probablement en raison du fait que dès sa naissance, notre Rite a intégré l’humanisme occidental, lui-même issu de la convergence de la philosophie grecque, du droit romain et des préceptes du judéo-christianisme. Et cela s’opère en sacralisant le Temple lors de chaque tenue en son temps tout aussi sacré. Le Rite a l’ambition de faire des « Vagabonds de l’Esprit », chers à Oswald WIRTH des chercheurs de Spiritualité, des hommes qui vivent un cheminement allant de l’extérieur vers l’intérieur et de l’ intérieur vers le supérieur, vivre en donnant à leur existence un sens anagogique. Avoir la foi maçonnique, c’est transcender la contingence vulgaire de la matérialité temporelle comme spatiale par l’apprentissage long et opiniâtre du silence, de l’écoute, du renoncement, de la raison, de l’intuition, tous contenus dans ce qui se résume dans la Connaissance, pour vivre d’amour non contemplatif, mais d’action. La foi de Paul, « celle de posséder ce que l’on espère et de connaître des réalités que l’on ne voit pas ». Le concept de G\A\D\L\U\clé de voûte de l’Ecossisme dans sa signification générique de Principe créateur (Convent de Lausanne de 1875) participe à cette diffusion universelle en ce sens qu’il est un formidable symbole œcuménique de rassemblement de tous les courants de pensées, ce que nous définissons comme une spiritualité laïque puisque nous donnons à la laïcité son sens premier: la reconnaissance de toutes les différences et la tolérance de leur expression au non du respect des nôtres.
Que pour le théiste, ce soit Dieu,
que pour le spiritualiste, ce soit l’intelligence supérieure,
que pour l’agnostique, ce soit la conscience collective de l’humanité,
que pour le matérialiste ce soit l’œuvre du hasard et de la nécessité,
tant mieux, si chacun témoigne d’une humilité qui ne renonce pas à la dignité.

« Découvrir en soi une parcelle de Lumière qui participe à la Lumière du monde,
» c’est ce que nous appelons travailler à la G\du G\A\de l’U\

CONCLUSION

Puisque rien ne s’apprend qui ne se vit, notre monde a besoin d’une spiritualité vivante, ouverte sur la Tradition, afin que prospèrent la tolérance, la fraternité et l’Amour, mais aussi que se revalorise l’éthique et que s’harmonisent les comportements. Et à cette fin, que pouvons-nous entreprendre d’autre que le témoignage singulier et non collectif, actif et non contemplatif, d’hommes engagés, impliqués, baignés de convictions, étanches aux blessures et renoncements qu’elles espèrent, attentifs enfin aux adaptations que le temps impose à la méthode entreprise, c’est à dire mettre le discours au service du message. Avec la Foi en la perfectibilité de l’homme, avec la ferme espérance dans l’avenir, nous devons nous libérer progressivement de nos insuffisances afin d’établir en nous et hors de nous cet équilibre difficile entre matériel et spirituel afin d’obtenir la prédominance de ce dernier. En spiritualistes engagés, nous agissons sous la directive de Luc pour qui « Personne n’allume une lampe pour la mettre dans un endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur un support afin que ceux qui entrent voient la Lumière ». Voilà qui est œuvrer à la construction d’une spiritualité dans l’Universel.

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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