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Spiritualité et Mysticisme de la Perpendiculaire

12 Septembre 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Planches

« J'ai cherché mon Ame à travers l'invisible  

Pour déchiffrer les mystères de l'Eternité  

Et une nuit, elle m'est revenue
En me chuchotant que je suis moi-même
Le Ciel et l'Enfer »
Omar Kayyam

Bien que pouvant se référer à des religions ou des croyances, il est inutile de préciser que cette approche est faite en dehors de toute conviction religieuse.
La perpendiculaire ou fil à plomb est le bijou distinctif du 2eme S\, l’Off\ ayant en charge les App\. Je vais essayer d’en parler, arbitrairement, selon différents aspects.

Sur le plan opératif :

Le fil à plomb sert à représenter et vérifier concrètement la verticalité d’une structure ou d’un objet.
La verticale est une droite qui forme un angle droit avec l’horizontale, de plus elle est orientée, polarisée ; c'est-à-dire dirigée vers le haut et aussi vers le bas, du nadir vers le zénith, ou le contraire.

Sur le plan spéculatif :

Le fil à plomb est situé au-dessus des carreaux noirs et blancs du pavé mosaïque, ils se référent tous les deux à la notion de dualité.
De ce fait, pour moi, le fil à plomb est une dyade par excellence.
La première notion qui me vient à l’esprit est que ce symbole nous incite à nous élever, à prendre de la distance par rapport aux choses et aux idées. Prendre de la distance ne veut pas dire être indifférent. Il nous appelle à faire preuve de plus de tolérance et de clémence, c'est-à-dire à tendre vers une grandeur d’âme, à plus de solennité. Direction le zénith.
Comment peut-on espérer s’affranchir d’une tâche aussi lourde ? Grâce à un autre outil ; le silence de l’App\.
En effet, en observant le silence, loin d’être une brimade, cela nous permet d’écouter les autres, chose que l’on ne peut faire si l’on accapare la parole. Excellent moyen de travailler notre ego qui à la fâcheuse tendance à grandir quand il est livré à lui-même.
Ensuite le corollaire à l’élévation est évident, direction le nadir, c’est-à-dire travailler sur soi. Comment peut-on le faire ? Un excellent moyen, encore une fois ; le silence de l’App\. Loin d’être paradoxal, au début de notre cheminement initiatique et même après, en observant le silence l’on n’écoute pas forcément les autres, on met en sourdine le discours de l’autre et ainsi on écoute notre propre voix intérieure, notre inconscient enfoui en nous même.
Toujours dans le cadre spéculatif, à y regarder de plus près, en dehors de la géométrie euclidienne, deux droites verticales ne sont pas vraiment parallèles entre elles, elles convergent vers un même point : le centre de la terre, qui représente l’origine unique des hommes. À l’inverse, à l’autre extrémité des verticales, il y a une dispersion en arborescence vers la voûte étoilée, allégorie du rayonnement universel et de la F\M\.

Sur un plan spirituel :

Ce voyage incessant du bas vers le haut, et vice-versa, prête à dire que le l’homme en général et le franc-maçon en particulier se situent entre l’infiniment grand et l’infiniment petit. Macrocosme et microcosme, ou el kawnu el kabir et el kawnu essaghir des soufis.
Cette circulation à double sens a été décrite par les anciens et par les contemporains. Déjà Hermès Trismégiste disait dans la table d’émeraude : « tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas », les soufis parlait du « tawhid » et de la dualité de l’écorce (qichra) et du noyau (el loub), et tout récemment les figures fractales étudiées en mathématiques et bien d’autres.
La perpendiculaire est un moyen de passer de l’essentiel (le bas) vers l’existentiel (le haut), en d’autres termes du matériel vers le spirituel. De passer de l’avoir : tous les métaux de la vie profane, vers l’être : richesse spirituelle et sacrée. Pour obtenir, comment dirai-je ? Pour obtenir ce supplément d’âme qui permet au F\M\ d’œuvrer pour le bien-être de l’humanité, de la société, et de vaincre ses passions.

Sur le plan mystique :

La perpendiculaire est comme un ascenseur qui nous permet de monter vers les étages supérieurs et nous approcher des nues ou de descendre vers les sous-sols et les tréfonds des entrailles de notre inconscient.
Le rituel ne dit-il pas qu’il faut s’approcher de la vertu et s’éloigner du vice ? On peut aussi rapprocher cela à la notion de transcendance et d’immanence, opposition apparente entre le haut et le bas. En réalité les apports de la transcendance (du haut) et de l’immanence (le bas) ne sont pas quantitatifs mais qualitatifs, en d’autres termes, comme je le disais plus haut, ne pas confondre l’avoir et l’être. Un F\M\ devrait se soucier de la qualité de l’être et mettre en second plan la quantité de ce qu’il peut avoir.
Cet ascenseur est l’équivalent du sceau de Salomon (khatem sidna Soulaiman) avec un triangle équilatéral dont la pointe est dirigée vers le haut et l’autre triangle vers le bas représente la double circulation des énergies entre le divin et l’humain. Le côté miraculeux et les pouvoirs prêtés au sceau de Salomon sont communs aux traditions juives, chrétiennes et musulmanes.
Cette allégorie de l’élévation est présente dans toutes les religions. Pour recevoir la lumière il faut s’élever, l’ascension : Moïse prophète des juifs a gravi le mont Sinaï où il fut témoin de la théophanie, parabole du buisson ardent. Pour les chrétiens, la transfiguration de Jésus s’opère au sommet du mont Thabor, sidna Mohamed le prophète des musulmans, durant le voyage nocturne (el isrâ), monte au ciel (el mi3raj = ascension) grâce au cheval ailé Bouraq (l’éclair).
Cette circulation à deux sens me fait penser aux deux voies théologiques pour aborder le problème de la connaissance de Dieu exposées par Denys l’Aréopagite Ce sont les approches cataphatique et apophatique de la spiritualité. Cataphatique ou positive qui procède par affirmations et nous fait accéder à une certaine connaissance de Dieu L’apophatisme consiste à définir Dieu par ce qu’il n’est pas.
Pour la voie cataphatique, Dieu est le miséricordieux, le tout puissant, le magnanime…C’est la voie descendante, du ciel vers nous. Cette approche semble être limitée, puisqu’on ne peut qualifier l’inqualifiable.
La voie apophatique, ou négative, préconise de dire tout ce que Dieu n’est pas, puisqu’il est par nature indéfinissable. C’est la voie ascendante qui nous rapproche de Dieu. Comme la connaissance ne peut atteindre que ce qui est, Dieu étant au-delà de toute connaissance, car il est inaccessible, et ineffable, on dit tout ce qu’il n’est pas. Cette voie permet de dire et de décrire tout ce qui lui est inférieur, et ainsi se rapprocher de Lui. Comme une asymptote qui tend à rejoindre une droite sans jamais la couper, il y aura toujours un accès, une approche, par une limite inférieure. La connaissance de Dieu ne sera jamais parfaite, les voies du Seigneur sont impénétrables. L’approche apophatique est celle adoptée, entre autres, par les soufis.
Ainsi la voie apophatique nous mène vers les étages supérieurs, et à contrario la voie cataphatique vers les étages inférieurs.


Sur le plan rituélique maçonnique :

 

Ces différents changements d’états du maçon me font penser à des mues successives pour atteindre à chaque fois un état initiatique supérieur.
René Guénon (le symbolisme de la croix) le décrit très bien dans « la multiplicité des états de l’être ».
Notre première mort, celle du profane qui après être passé par le cabinet de réflexion, symbole des entrailles de la terre, renaît en App\ F\M\, vers la lumière, symbole du firmament.
C’est aussi le symbole d’Hiram ou plus exactement, la mort d’Hiram et sa résurrection. Hiram qui revit dans le corps du compagnon devenu M\ à son tour. Le compagnon rentre à reculons dans le temple, c’est la phase de régression, suivie par l’exaltation lors du passage à M\.
Le meurtre de l’Architecte par les trois mauvais compagnons, permet de transmettre le flambeau de la Connaissance à tous les FF\.
Cette notion est retrouvée dans l’architecture même du temple de Salomon.
Le temple a été érigé sur les bases de la géométrie sacrée et se divise en trois parties principales ; le Vestibule, le Lieu Saint et le Saint des Saints ; qui sont en relation directe avec aussi bien le macrocosme (ou monde cosmique) que le microcosme (ou monde individuel).
« Le Vestibule ou Ulam, correspond à la terre dans le macrocosme et au corps humain dans le microcosme, il est inondé par la lumière du jour.
Le Lieu Saint ou Hikal, associé à l'atmosphère dans le macrocosme et à l'âme humaine dans le microcosme, reçoit la lumière du jour réfléchie.
Le Saint des Saints ou Debir, représentant le ciel dans le macrocosme ou l'esprit dans le microcosme, est quant à lui plongé dans l'obscurité. ».
L’on remarquera que la lumière reçue est en quantité inverse entre le tableau de loge du premier degré et l’architecture réelle du temple. Plus on s’approche de la maîtrise, plus on reçoit de la lumière, or plus en pénètre dans le temple plus cela s’obscurcit.

En conclusion :

 

Le fil à plomb matérialise l’axe du monde, « l’axis mundi », qui permet de descendre en nous même pour mieux nous élever, tel un athlète qui recule pour mieux sauter. C’est l’ascension pour bâtir notre temple spirituel, une fois en haut, il faut redescendre pour consolider les bases du temple spirituel, un incessant va et vient, mais pas comme un yo-yo. Cela doit être réalisé de façon harmonieuse, une troisième direction est possible. En effet, si la verticale élévation c’est l’existentiel, la verticale dirigée vers le bas c’est l’essentiel, la voie ternaire est possible, celle du cheminement initiatique du F\M\ pour passer harmonieusement de l’une à l’autre. La Sagesse de l’élévation, la Force de l’introspection et la Beauté du chemin initiatique, telle peut être l’approche ternaire du fil à plomb. Comme si le chemin initiatique répondait à la théorie quantique, après avoir parcouru un bout de chemin vers la connaissance, l’on retravaille sur soi pour atteindre, de nouveau, un degré de connaissance supérieur au précédent. Il n’y a pas de continuum, mais des étapes successives par couches de plus en plus riches, de plus en plus épaisses. C’est ce que décrit Ibn Arabi le maître soufi dans le « tartîbu-t-taçawwuf », c'est-à-dire « les catégories ou niveaux d’initiation. »
La perpendiculaire est l’allégorie de l’initiation, en effet on n’est pas initié, on s’initie, c’est donc à nous d’emprunter, à notre convenance et à notre rythme, ces deux voies que nous propose la perpendiculaire, l’ascendante et la descendante. Je ne sais plus qui a dit : «La franc-maçonnerie n'existe pas, seuls les francs-maçons existent ». Ce qui veut dire que l’initiation et son côté spirituel sont un cheminement personnel. Mais il ne faut pas croire que nous sommes des ermites, isolés dans le fin fond du désert, on peut et on doit être aidé moralement et soutenus physiquement par les autres FF\, la progression, quant à elle, restera toujours personnelle.
Socrate avait déjà résumé cette planche, 400 ans avant J.C.: « Connais-toi toi même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux »

J’ai dit V\M\

 

source : www.ledifice.net

 

 

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La spiritualité du Maître Maçon

11 Septembre 2013 , Rédigé par S\ A\ Publié dans #Planches

La planche que je vous présente ce soir a pour thème : « La spiritualité du Maître  Maçon ». C’est une notion qui n’est pas très simple à définir. Si la religion a toujours chercher à s’accaparer la spiritualité, la franc maçonnerie, en ne proclamant aucun dogme et en se refusant de définir le divin, conduit la maçon vers la spiritualité par la pratique du rite, par l’ascèse initiatique qui va relier l’homme à l’universel.  Cela, dans le but de se reconstruire mais aussi en lui faisant bien prendre conscience qu’il fait partie d’un tout, qu’il a sa place dans le cosmos, qu’il en est un maillon essentiel, bref qu’il est une poussière d’étoile parmi tant d’autres mais une poussière aussi importante que les autres. C’est en ce sens que l’on peut parler de spiritualité en franc maçonnerie et je vais m’efforcer de dire, en prenant le rituel comme source de réflexion, comment cette spiritualité se manifeste dès le 1er degré jusqu’à la maîtrise.

Dans mon introduction j’ai voulu d’emblée faire le lien entre maçon, spiritualité et universel et dire aussi qu’il n’est pas question de mysticisme religieux dans la spiritualité maçonnique mais plutôt d’une volonté de retrouver les valeurs morales qui donnent à l’homme la grandeur d’âme qu’il n’aurait jamais du perdre. Cette recherche introspective débute dès notre initiation qui n’est pas un acte ponctuel mais un passage éprouvant qui sera le moteur de notre démarche dans le sens où nous aurons toujours à l’esprit cette épreuve qui nous oblige inlassablement à nous remettre en cause pour poursuivre notre progression. Donc dans le mot « spiritualité » comme on l’entend,  il y a une notion de progression intellectuelle, de perfectibilité, une volonté d’améliorer son existence, de tendre vers un idéal non pas personnel mais collectif. Tout au long de notre cheminement, la méthode maçonnique avec son rite, son rituel et la diversité des frères qui composent l’atelier concourent à notre évolution en éclairant nos pensées et nos actes dans et hors du temple. La loge va donc jouer pleinement son rôle de creuset, d’œuf qui renferme la vie,  la graine qui ne demande qu’a s’épanouir. Chacun va ressentir à sa façon un bouleversement, dans le sens de transmutation, par la mise en commun des connaissances de chacun et des expériences individuelles. C’est la transmission indispensable à l’introspection, la re-naissance, la régénération. Cette introspection qui doit nous conduire à « la rigoureuse équité et à la conciliation des oppositions nécessaires et fécondes » comme il est dit dans le rituel d’installation du V\ M\  et du collège des officiers.

Dès le 1er degré apparaît mes frères cette notion de spiritualité. En effet, ce voyage intérieur (le cabinet de réflexion) qui se projette jusqu’aux sommets des cieux (la voûte étoilée) débouche immanquablement vers la spiritualité même si on en a pas conscience au début. Cette perpendiculaire que nous gravissons pour aller toujours plus haut  nous reconduit inlassablement au centre de nous même pour faire rapidement notre examen de conscience, en retenir les erreurs passées pour repartir de plus belle. Mais est-ce bien vers le plus haut des cieux que le maître doit se diriger ? Vous savez tous mes frères que c’est au centre du cercle qu’il sera le plus utile. En effet, c’est là que s’exprime le mieux l’essence même du cheminement du franc maçon. Il embrasse l’humanité toute entière, l’ordre universel et peut ainsi faire la différence entre l’accessoire et le fondamental et travailler au progrès de l’humanité. Mais s’il se comporte comme les autres hommes, ce travail il le fera sur un seul plan celui de l’humain, sans dimension verticale. Cette verticalité, cette perpendiculaire c’est la franc maçonnerie qui nous la fournit grâce à l’initiation laissant à chacun le soin de la gravir à son rythme.

Dépouillés de tous nos métaux nous avons préalablement franchi la porte de la loge tout en nous éloignant du monde profane et nous mettons tout de coté pour nous construire et non pour nous contempler. Il nous faut trouver la personne au-delà de l’image qui se reflète dans le miroir. Ainsi on découvre peut à peut l’architecture fondamentale de notre être, architecture commune à tous les hommes.

Lorsque le V\ M\  ouvre les travaux en invoquant le G\ A\ D\ L\ U\  tout en tenant en main gauche l’épée flamboyante, symbole de l’autorité spirituelle, qui nous relie à l’universel, cela ne laisse aucun doute sur la nature spiritualiste de notre engagement. Le lien à l’ordre cosmique, à l’universel est réalisé et le V\M\ placé sous le delta lumineux représente  l’autorité spirituelle. Ainsi il va répandre la lumière de l’orient à l’occident en passant par les colonnes du midi et du septentrion. Mais pour recevoir cette lumière il faut nous détacher de notre corps. L’ascèse initiatique passe par sa maîtrise. Pour s’ouvrir à la spiritualité l’esprit doit prendre le pas sur la matière.

Vous voyez mes frères la spiritualité se manifeste bien déjà au premier degré mais notre esprit s’éveillant à cette nouvelle connaissance et étant encore dans la pénombre  nous ne le percevons que trop peu et nous ne savons pas jusqu’où la démarche que nous avons entreprise va nous conduire. Au second degré, nous accomplissons les cinq voyages d’instruction et nous terminons par cette acclamation : « Gloire au travail ! » Pourquoi terminer par ces mots ? Peut-être pour commencer à réfléchir sur le contenu de tout ce qui vient de nous être transmis, ce qui vient de nous être confié. Au début de la cérémonie d’élévation on est parti d’une émotion d’une sensation qui traduit toujours cette même volonté qu’à le rite de nous éprouver pour se poser des questions. On part donc d’une émotion et on finit vers l’étoile, vers l’universel. On a déjà un peu grandit et avec ce que l’on a entre les mains on va pourvoir  se peaufiner mais aussi commencer à ne plus s’occuper que de notre petite personne. D’accord pour les cinq sens, mais pourquoi on vient nous parler maintenant de l’arithmétique, la géométrie, les divers ordre d’architecture, les grands initiés. Compagnon, continue à travailler sur toi-même mais ouvre les yeux sur le monde pour poursuivre ta route. 

Mais on a tellement ouvert les yeux et pris conscience de l’étendue de la connaissance qu’elle nous parait inaccessible. Conscient de notre insuffisance on se demande si un jour nous la posséderons cette connaissance. On a déjà tant travaillé qu’on la  mériterait. Alors plutôt que de chercher à l’acquérir à force de labeur, celui qui sait devrait nous la transmettre eu égard au travail déjà fourni. Cette envie malsaine va pousser trois compagnons à commettre un crime abominable. Maître Hiram est porteur de cette connaissance tant enviée,il connaît le mot des maîtres, il est le porteur de l’universel. Les trois compagnons persistent dans l’erreur et ignorent la grandeur de maître Hiram. Ils tournent donc le dos sans le savoir à cette connaissance et en tuant l’architecte ils refusent de connaître ce qui va tendre vers l’universel. Pour eux, inutile de s’abîmer les mains et se creuser la tête, en obtenant le mot des maîtres plusieurs étapes laborieuses seront ainsi franchies comme par magie.

Le compagnon qui frappe à la porte du temple pour demander l’autorisation de rentrer dans la chambre du milieu et ainsi de poursuivre sa quête est bien loin de se douter de ce qu’il va vivre. Au 3ème degré en plus des éléments symboliques surgit la légende d’Hiram. Il entre dans un espace initiatique car les loges d’apprentis et de compagnons sont crées. D’où l’importance de monter rituellement au 3ème degré car celui-ci est autant initiatique que les précédents. Un enseignement va y être donné et le compagnon va être le principal acteur de ce qui va se jouer. Sur les trois petites étoiles, seule celle de la sagesse est éclairée. Les deux petites étoiles force et beauté sont éteintes et le maître n’a que la sagesse pour aller plus loin. Elle est donc une voie de  progression et signifie que l’initiation du métier cède la place à une initiation plus spirituelle.

Le compagnon souhaitant poursuivre sa quête en toute bonne foi va se retrouver en face de deux maîtres suspicieux qui le feront entrer à reculons, le forçant à contempler l’étoile flamboyante. Ce n’est pas le lieu habituel qu’il connaît et qu’a-t-il pu bien faire pour en arriver là ? Son périple ne fait que commencer, son tablier lui est enlevé, ses mains sont examinées pour voir si elles ne sont pas celles d’un assassin. Ce pauvre compagnon n’y comprend rien. Il se retourne et tout n’est que désolation. Les maîtres qu’il entrevoie font tous une tête d’enterrement. Il n’est pas loin de connaître la cause de ce macabre rassemblement. Devant lui sous un drap noir un corps est allongé. « La lumière qui nous éclairait a disparu » dit le T\ V\ M\  au compagnon. Cela devrait le sensibiliser encore plus sur la valeur, la notoriété de celui dont le corps repose. Pour être sûr de sa bonne foi, il faut  l’éprouver encore plus. Alors il va revivre la légende du grade en passant du midi à l’occident pour finir à l’orient après avoir enjambé le corps de l’architecte sans dommage. La mort ne l’a pas saisi au passage. Il a été plus fort qu’elle, il peut donc aller plus loin. Pour rendre la cérémonie encore plus réaliste à chaque station un coup lui est assené, un sur l’épaule droite, un sur l’épaule gauche et le troisième sur le front qui le contraint à s’allonger sur le sol. Recouvert du drap noir il pense : Ca y est, je suis mort ! Mais « Il est dit que la connaissance repose à l’ombre de l’acacia » dit le premier surveillant. Heureusement, la nature nous indique que pour que quelque chose puisse naître, une autre chose doit mourir.  Il en est de même dans le monde spirituel. La substitution est réalisée. « Le Maître est retrouvé, il reparaît aussi radieux que jamais ! ».

Cette magie de la transformation de l’être dont j’ai parlé précédemment, les mauvais compagnons ne la connaîtront jamais parce que cette descente dans le cœur de l’homme, ils n’en ont fait qu’une infime partie. C’est bien dommage car le travail sur soi permet de se régénérer, d’aller vers l’autre, de passer de l’immanence à la transcendance et de s’ouvrir ainsi à la spiritualité. Ce meurtre au 3ème degré démontre le conflit intérieur auquel nous sommes tous confrontés. Tout reste à faire à ce degré qui est une rupture et nous amène à nous interroger sur la connaissance. Est-ce une connaissance livresque qui va nous conduire  à la maîtrise de nous même ou est-ce par l’ascèse que nous arrivons à ce résultat ? Le scientifique ne l’est pas devenu grâce à la maçonnerie et le cuisinier n’a pas maîtrisé l’art culinaire grâce à elle non plus. Mais tous deux par l’introspection ont compris le sens de la démarche initiatique. Chacun a accompli ce cheminement nécessaire pour arriver au 3ème degré qui affirme la primauté de l’esprit sur la matière.

La cérémonie d’exaltation à la maîtrise nous fait revivre notre initiation mais ce retour s’accomplit avec plus de profondeur. Postulent on était dans un cabinet de réflexion, un caveau, une grotte. Maintenant nous sommes enfoncés plus profondément dans le sein de la terre. L’accession à la maîtrise est une confirmation de l’initiation dans le sens où il y a régénération, re-naissance. Mais l’exaltation est plus riche et plus intense. A ce degré se pose le problème de la mort. Est-elle définitive ? Personne ne le sait, seul celui qui a subi l’initiation ultime le sait mais il n’est pas pour en témoigner. Cela fait appel à la sensibilité, à la croyance de chacun. On passe peu à peu au 3ème degré au problème de l’existence de l’être. Aux degrés précédents c’est  notre propre construction qui nous  préoccupe. Maintenant vient le temps de nous interroger sur le pourquoi de notre présence, le rôle que nous avons à jouer et dans quel but ?

Toutes ces questions que l’on se pose en franc maçonnerie débouchent inévitablement sur la spiritualité. Les interrogations sont autres que celles aux quelles on aurait pu penser avant  d’entrer en franc maçonnerie. Amener  les frères à s’interroger sur leur être, la raison d’être. On ne bascule pas du jour au lendemain  de préoccupations personnelles, matérielles à une interrogation plus spirituelle. C’est la particularité de notre rite de nature spiritualiste qui va par la pratique du rituel permettre aux frères de se réaliser spirituellement. Cette réalisation, virtuelle d’abord, devient effective par un travail graduel intérieur. Ce travail s’accomplit dans la loge qui est une représentation cosmique avec le tapis de loge et la voûte étoilée. Le maître perçoit d’abord ce qu’il découvre et ensuite il se doit d’interpréter et d’en tirer quelque chose, un enseignement nécessaire à sa construction intérieure. Possédant les mots substitués il a la capacité à transmettre par la parole, les écrits et les actes. Il imagine, conçoit, transmet. Il ne peut plus revenir en arrière et il doit se comporter « en homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort » comme Hiram l’a fait. Ainsi tout en étant conscient de la limite de sa connaissance il va pouvoir avec ses frères assurer la pérennité de l’œuvre.

Le maître n’est pas opératif dans le sens de la pure tradition du métier et non plus spirituel dans le sens de gourou ou du prêcheur religieux. Ce n’est pas un athée stupide ni un libertin irréligieux mais le rite en a fait un homme dont les idéaux sont communs avec tous les autres francs maçons. Au cours de  cette cérémonie il a exprimé sa foi de F\ M\  comme le lui a demandé le T\ V\ M\. Ni foi religieuse ou mystique. Simplement une croyance en ce qu’il accomplit depuis son initiation première. Il a fait son temps sur les colonnes du septentrion et du midi et  c’est par la fusion d’une réflexion sur son être et la pratique du rituel qu’il s’ouvre à la spiritualité. Bien loin des certitudes, le maître doute en permanence,  pense, devient de plus en plus responsable mais conscient de son incomplétude il poursuit son cheminement, garde proche de lui les outils qui ont contribué à son évolution mais doit travailler sur un autre plan. Il doit se dépouiller encore une fois, se dépasser, se nourrir de l’égrégore qui renaît à chaque tenue et qui lui laisse l’opportunité, s’il le désire profondément, de passer de l’immanence à la transcendance pour pénétrer dans un domaine inconnu jusqu’alors, celui de la spiritualité.

J’ai dit T\ V\ M\

Source : www.ledifice.net

 

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La Spiritualité est une construction du Rite

10 Septembre 2013 , Rédigé par C\ P\ Publié dans #Planches

« Chaque homme dans sa nuit, marche vers sa lumière »
nous a dit Julien GREEN.
Démarche maçonnique symbolisée par l’Evangile de Jean I verset 9 : « La lumière véritable éclairant tout homme venant à ce monde »

DE LA SPIRITUALITE

Depuis que l’homme est doté de raison, il cherche à calmer son angoisse existentielle en tentant de comprendre les mystères attachés à tout ce qui le constitue et l’entoure. Pour les matérialistes, comme pour certains de nos décideurs de la société dite civile, ces nantis de toutes les vérités dont nous supportons les logorrhées de certitudes, les hommes finiront un jour grâce à la science pour les uns et grâce à l’inéluctable avancée de la médiocrité pour les autres, par se débarrasser de tout ce qui à leurs yeux constitue un complexe encombrant de mythologie, de religion et de philosophie, contenant des valeurs humanistes, de la Tradition, bref, tout ce qui relève en fait de l’exception. Or c’est justement TOUT CECI qui reste inaccessible à la science et qui s’explique en faisant intervenir une substance immatérielle nommée Esprit. « Substance » qualifiée de supérieure à la matière en ce sens qu’elle ne fait pas intervenir les notions d’espace et de temps, tout en restant dépendante au principe de causalité. Voilà donc comment depuis des lustres, cohabitent et s’interpénètrent deux aspects de l’Univers : esprit et matière. Et le propre de la spiritualité est d’affirmer que le monde sensible est l’envers du monde réel qui est lui, de nature spirituelle. Une telle conception appelle la croyance en une conscience, une volonté globale qui est l’Univers. Pour les religions, c’est Dieu. Pour nous, c’est le G\A\de l’U\, puisqu’en ce qui nous concerne, la croyance en un Principe Créateur telle que l’a formulée la Déclaration des Principes du Convent de Lausanne en son article premier, le 22 septembre 1875, ne se positionne pas en contradiction avec la Connaissance Scientifique la plus avancée qui pour sa part, en expliquant le « comment » des phénomènes, n’apporte aucune réponse au « pourquoi » ? Et Saint Augustin de confirmer: « le mystère n’est pas ce que l’on ne peut pas comprendre, c’est ce que l’on n’aura jamais fini de comprendre. » Passer de cette dualité Esprit – Matière à l’unité que nous convoitons, relève d’un chalenge que chacun d’entre nous s’applique à faire sien en Loge, par le travail, la persévérance et l’assiduité dans la permanence d’un questionnement individuel au choc de nos différences.
Cependant aujourd’hui, hors ces lieux de privilège, un grand nombre de nos contemporains ont rompu avec le transcendantal,
ont fait du consumérisme et de l’oisiveté un projet,
ont installé le besoin de tout en lieu et place du désir de l’essentiel,
ont assis le vulgaire sous la lampe et descendu l’exception à la cave,
se cultivent avec CHOE,
ont ôté au père et à la mère réunis la logique naturelle du projet d’enfanter,
ont fait de l’indignation LA réponse universelle à toute agression,
ont délégué à la société l’administration de leur vie par des conventions figées dans la sénilité du dogme caché sous la poussière de la peur des différences, creusant en cela le lit inconfortable des désillusions et des frustrations, mères de la solitude et de l’envie.
Ils ont perdu le rêve d’une forme d’éternité, ils ont désacralisé la famille, la valeur de l’effort, la foi, pour instituer un rapport nouveau à la réussite passant par la disponibilité à l’oisiveté et le pouvoir de la consommer sans modération. Objectif week-end dans un premier temps, retraite dans un second, octroi du droit à la dépendance dans un troisième. Pourtant, pour Mircea Eliade : l’Homme s’est construit à partir du Sacré et en Luc IV verset 4 nous lisons « L’homme ne se nourrit pas seulement de pain ». Et Oswald WIRTH parle de « Cette aspiration de l’intelligence humaine à pénétrer l’insondable mystère dont elle est entourée est une des principales voies traditionnelles de l’enseignement initiatique ». C’est rechercher la vérité et se contenter de n’en entrevoir qu’une facette au moins celle du discernement qui nous évite la confusion des valeurs, dans le doux pastel que le monde profane sait nous peindre sous le dogme de la tolérance de tout, c’est à dire le respect de rien. Et le renard de nous dire que l’on ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux que nous traduisons par le visible n’est que la manifestation de l’invisible. Ce que Platon confirme par ceci: « Aveugles ceux qui s’arrêtent aux choses matérielles et qui ne comprennent pas que seul l’invisible est réel. » Telle est la clameur de la voix du dedans conduisant au chemin du dessus.

DE LA SPIRITUALITE DU RITE: l’ECOSSISME

L’Ecossisme est l’un de ces chemins d’élévation spirituelle, un moyen d’enrichissement et d’approfondissement de soi et de ses connaissances au travers des initiations successives ayant pour but le perfectionnement individuel d’abord, la relation à autrui par l’amour ensuite, ces deux concepts constituant les fondations d’une action dans le monde profane. Ainsi se définit le R\E\A\A\ selon une trilogie peut-être un peu lapidaire, Connaissance, Amour et Action. Sans la Tradition et le symbolisme, l’Ecossisme perdrait toute signification et toute raison d’être. Paul NAUDON écrit : « La tradition conduit aujourd’hui tous les hommes qui pensent que la perfection, l’unité, l’absolu, le Principe auquel ils aspirent, qu’on l’appelle Dieu ou G\A\D\L\U\ ou la Raison, se construit dans le devenir par la progression vers la Connaissance ». Le R\E\A\A\ qui laisse à chacun sa liberté d’interprétation, permet d’acquérir par le travail, le silence et ce qui réunit ces deux derniers, la méditation, des fragments de la Perfection. Une fois assimilées les bases du cursus initiatique ici en Loge, le  FM de sa propre et libre volonté a le devoir alors, de poursuivre un chemin dépourvu de repères matériels, dans une humilité permanente, le respect du sacré, la volonté de construire toute forme d’outil susceptible de promouvoir un monde de liberté et de justice. Sans se soucier de son intérêt, le FM s’engage à consacrer toute son énergie à la poursuite des buts que se sont fixés l’Ordre, notamment le triomphe du bien sur le mal, de l’ordre sur l’anarchie, de la raison sur les préjugés, de la sagesse sur les passions, de la liberté d’expression sur la pensée unique enfin la litanie des refus de soumission à tous les despotismes et dogmatismes. Il s’engage en outre à œuvrer au rapprochement des hommes, mais pas n’importe lesquels et n’importe comment, se soustrayant ainsi d’évidence et de raison à l’ineptie d’un absolu d’amour et de probité. C’est tout simplement ce qu’il y a de plus difficile et c’est tout simplement la définition de l’Art Royal exercé avec fierté. Fierté, fille du désir et de la joie et ici le devoir de travailler au privilège de ne se tenir debout qu’au prix de quelques partis pris. Et pour ma part, je trouve que l’entropie grandissante entrant en l’homme profane par diverses portes dérobées et parmi les plus anodines, le relativisme moral pour ne citer que lui, rend le travail de transformation de la pierre tel que nous le propose le R\E\A\A\de plus en plus difficile. La mansuétude érigée en principe préalable et non en alternative d’exception, l’intérêt partisan déguisé en tolérance, anesthésient doucement le devoir d’exigence dont nos textes et leurs auteurs ont pourtant voulu peindre aux couleurs de notre perfection spécifique, c’est à dire baignée :
de notre l’humilité personnelle à Apprendre,
de l’Amour de nos FF\à partager,
et de l’Action à entreprendre, tout simplement parce que c’est nous et parce que ce sont eux.
Faire l’économie de cette difficulté nous dévierait du sens que nous donnons à notre démarche d’initié, ici et ailleurs mais toujours en nous, celle de permettre à notre spiritualité spécifique d’agir sur notre comportement d’abord et de laisser déteindre alentour le désir d’élévation de l’homme. Celui-ci est au centre de ce cercle, dans sa totale liberté de conscience et liberté de pensée, fruits du siècle des Lumières qui rappelons-le, se sont définis au travers de deux concepts que sont l’affirmation de l’individualisme et l’émancipation de la pensée. L’initiation, est une véritable ouverture sur la spiritualité qui verra son éclosion lente au fil des degrés successifs franchis par le F\M\car il s’agit de trouver une motivation exaltante pouvant donner un sens « supérieur » à notre vie, ce sens qui justifie la promesse de s’ouvrir sur « le vaste domaine de la pensée et de l’action. » L’initiation est LA clé ouvrant cet espace possible d’une naissance à quelque chose de nouveau pour autant, pour autant que l’implication personnelle et assidue à la pratique du Rite soit un profond désir d’appartenir à ce privilège d’accepter d’abandonner pour grandir et le faire dans le partage d’une émotion. L’émotion, porte d’entrée de soi, chemin pavé du don de soi, vitrine de tout de soi, première couleur de l’initiation, dernier témoignage avant la porte d’Orient et qui sait, une autre route... La récitation d’une nomenclature d’obligations assermentées en loge, à quelque degré que ce soit, ne constitue pas le creuset de solutions à nos problèmes, mais crée un lieu d’apprentissage aux techniques humaines, d’exposition de soi par la réflexion et l’échange, en d’autres termes, de recherche spirituelle par la confrontation de nos différences et la construction de notre vie sur les ruines de nos certitudes. D’éveils en élans, de doutes en lassitudes, nous cheminons vers un perpétuel devenir dont nous espérons une perfection comme salaire symbolique de nos efforts. Une perfection que la sagesse de notre assiduité, la beauté de notre entreprise et la force de nos convictions d’excellence, ont ancré dans l’acceptation, quand même de la raison. Laquelle ? Celle de la conscience d’une mesure individuelle, certes orientée vers le haut, mais pétrie de l’humilité d’être limitée. Le R\E\A\A\ relève en cela du domaine de l’Esprit et renvoie chacun de nous à ce que Paolo COELO appelle sa légende personnelle. Nous l’édifions cette légende, sur nos fondations cognitives et comportementales singulières, nous la confortons au ciment de notre complicité plurielle. Parfait, mais dès lors que nous avons conscience que la seule orientation de notre quête se situe naturellement vers les zones à découvrir.
Des espaces éloignés de l’occident de nos origines :
du septentrion de notre réflexion,
du midi de nos découvertes,
et de l’orient de notre destin.
Que reste-t-il sinon la conversion du regard vers la voûte étoilée pour passer de l’humble postulant plongé dans les ténèbres au porteur de la Lumière de Jean ? Et Henri TORT-NOUGUES de préciser : « La maçonnerie est un humanisme qui a une triple ambition : former des hommes par un constant effort de perfectionnement, celle de proposer une véritable communion entre les FF\ et celle de manifester un attachement sans faille à la Tradition ». Et il poursuit en ces termes : « Cet humanisme ne peut se concevoir sans le principe Créateur, ce principe spirituel que nous nommons G\A\de L’U\ car la Maçonnerie correspond à la base métaphysique des Religions et à leur contenu ésotérique. » Qui dit Rite, pense Ordre, donc rigueur et qui plus est récurrence de celle-ci, administrée par les Rituels, documents qui fixent les éléments constitutifs du Rite. Ils véhiculent la pensée traditionnelle et permettent à ceux qui s’imprègnent de leur signification, d’accéder à des niveaux supérieurs de compréhension des phénomènes qui les touchent et dont ils n’auraient aucune approche d’analyse sans leurs  propositions, leurs suggestions auxquelles ils renvoient. C’est la raison pour laquelle, il faut se garder des tentations d’actualisation, de mise à jour de ces éléments fondamentaux, témoins de la TRADITION qui représente l’essence même du R\E\A\A\.

DE LA CONSTRUCTION DANS L’UNIVERSEL

Alors, maintenant, comment passer de ce temporel limité dont nous sommes conscients aussi de son confort par le partage de convictions communes, à l’Universel, destination de notre action ? Sinon, pourquoi tant d’efforts ? De l’Universel, il nous appartient d’en dresser les plans en bons Architectes. Ceux d’une construction orientée selon le mot d’Henri Thort Nougues, orientée par le sens que nous donnons à une vie en quête de « complétude ». Une vie, notre vie, puisque nous comprenons très vite qu’il ne s’agira toujours que de celle-ci, comprise comme un Univers complet, une entité singulière partie d’une autre plurielle, l’ensemble constituant un tout pensant et agissant. Et l’Autre n’est plus appréhendé comme un être dans sa différence d’état mais dans sa dimension en devenir, pièce agissante de cette noosphère définie par THELIARD de CHARDIN, sphère humaine entourant une autre plus petite, l’Univers. Cet esprit de fraternité dans la communion d’excellence, EST une des constructions de notre Rite dans l’Universel. Il est une des racines Traditionnelles que le R\E\A\A\ outil de réalisation intérieure spirituelle, enfonce dans les fondements religieux et philosophiques de l’humanité. Et nous savons que la force de ces fondements repose pour l’essentiel dans la spécificité de ne reposer sur aucune révélation particulière et n’en reconnaître aucune. Ces fondamentaux ne s’appuient sur aucun dogme mais n’en rejettent aucun. Très probablement en raison du fait que dès sa naissance, notre Rite a intégré l’humanisme occidental, lui-même issu de la convergence de la philosophie grecque, du droit romain et des préceptes du judéo-christianisme. Et cela s’opère en sacralisant le Temple lors de chaque tenue en son temps tout aussi sacré. Le Rite a l’ambition de faire des « Vagabonds de l’Esprit », chers à Oswald WIRTH des chercheurs de Spiritualité, des hommes qui vivent un cheminement allant de l’extérieur vers l’intérieur et de l’ intérieur vers le supérieur, vivre en donnant à leur existence un sens anagogique. Avoir la foi maçonnique, c’est transcender la contingence vulgaire de la matérialité temporelle comme spatiale par l’apprentissage long et opiniâtre du silence, de l’écoute, du renoncement, de la raison, de l’intuition, tous contenus dans ce qui se résume dans la Connaissance, pour vivre d’amour non contemplatif, mais d’action. La foi de Paul, « celle de posséder ce que l’on espère et de connaître des réalités que l’on ne voit pas ». Le concept de G\A\D\L\U\clé de voûte de l’Ecossisme dans sa signification générique de Principe créateur (Convent de Lausanne de 1875) participe à cette diffusion universelle en ce sens qu’il est un formidable symbole œcuménique de rassemblement de tous les courants de pensées, ce que nous définissons comme une spiritualité laïque puisque nous donnons à la laïcité son sens premier: la reconnaissance de toutes les différences et la tolérance de leur expression au non du respect des nôtres.
Que pour le théiste, ce soit Dieu,
que pour le spiritualiste, ce soit l’intelligence supérieure,
que pour l’agnostique, ce soit la conscience collective de l’humanité,
que pour le matérialiste ce soit l’œuvre du hasard et de la nécessité,
tant mieux, si chacun témoigne d’une humilité qui ne renonce pas à la dignité.

« Découvrir en soi une parcelle de Lumière qui participe à la Lumière du monde,
» c’est ce que nous appelons travailler à la G\du G\A\de l’U\

CONCLUSION

Puisque rien ne s’apprend qui ne se vit, notre monde a besoin d’une spiritualité vivante, ouverte sur la Tradition, afin que prospèrent la tolérance, la fraternité et l’Amour, mais aussi que se revalorise l’éthique et que s’harmonisent les comportements. Et à cette fin, que pouvons-nous entreprendre d’autre que le témoignage singulier et non collectif, actif et non contemplatif, d’hommes engagés, impliqués, baignés de convictions, étanches aux blessures et renoncements qu’elles espèrent, attentifs enfin aux adaptations que le temps impose à la méthode entreprise, c’est à dire mettre le discours au service du message. Avec la Foi en la perfectibilité de l’homme, avec la ferme espérance dans l’avenir, nous devons nous libérer progressivement de nos insuffisances afin d’établir en nous et hors de nous cet équilibre difficile entre matériel et spirituel afin d’obtenir la prédominance de ce dernier. En spiritualistes engagés, nous agissons sous la directive de Luc pour qui « Personne n’allume une lampe pour la mettre dans un endroit caché ou sous le boisseau, mais bien sur un support afin que ceux qui entrent voient la Lumière ». Voilà qui est œuvrer à la construction d’une spiritualité dans l’Universel.

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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Spiritualité solsticiale : le précurseur et l’apôtre dans une Loge de Saint Jean

9 Septembre 2013 , Rédigé par M\ B\ H\ Publié dans #Planches

Introduction : le REAA lié à l’espace et au temps

Nous avons quitté l’été, l’automne est déjà derrière nous. La nuit de l’hiver va commencer. La terre suit son parcours céleste et sur son orbite elle tourne. La quantité de lumière qui suit le parcours de la planète que nous habitons résulte de ces positions qui vont diviser l’année en quatre saisons où alternent solstices et équinoxes, en parfaite symétrie. L’ordre du monde terrestre est inscrit dans un ordre planétaire qui obéit à des lois immuables. Le temps est cyclique et fluide, et impose à nos sens la finitude de nos vies. Le Christianisme, comme nombre de religions, naît dans un univers qui a marqué les hommes : c’est l’univers de l’espace et du temps, de l’éphémère et du durable, de l’incompréhensible. L’espace offert à nos yeux d’hommes, avec ou sans télescope, est analysé par la pensée humaine, quelle que soit la spiritualité. Le monde était un chaos matriciel. L’explosion originelle a donné l’impulsion à un mouvement d’expansion infinie, et à des théories scientifiques qui sont encore l’objet des travaux des astrophysiciens. L’immensité des espaces, des masses mises en jeu dans l’univers, se retrouve paradoxalement dans la matière accessible à nos yeux, où qu’elle soit. La physique des particules et celles des planètes est pleine de similitudes, comme si les lois de l’univers s’appliquaient à l’infiniment petit et à l’infiniment grand. La Franc-maçonnerie est née dans un monde chrétien. La Bible devient l’une des sources privilégiée de ses références. Ce n’est pas un choix philosophique mais un phénomène culturel naturel : on ne sait saisir, dans la culture, que ce que l’on connaît de mieux. La spiritualité universaliste du Rite Ecossais Ancien et Accepté va s’épanouir à partir d’un socle de références, le volume de la Loi sacrée, sans enfermer le Franc Maçon dans une culture piétiste. La racine historique officielle est celle des Constitutions d’Anderson et du Convent de Lausanne. Nous admettons le motto officiel du rite, « ordo ab chaos » qui présuppose un désordre originel, la « soupe explosive de l’expansion » ou les chapitres de « La Genèse » de l’ancien testament, ainsi qu’un ordre de la nature voulu et ordonné par le GADLU.

Jean le Baptiste et Jean l’Evangéliste

Jean le Baptiste

Je voudrai découvrir ce soir avec vous la fonction de Jean le Baptiste et de Jean l’Evangéliste dans nos loges. Je reviendrai en temps utile à Jean le Baptiste très peu connu, mais qui s’est manifesté comme le « Précurseur » du fait qu’il annonce la venue du messie. Ces deux êtres extraordinaires pour la spiritualité s’inscrivent dans l’espace et le temps. Nombre d’entre nous ignorent que le Christianisme a 4 fêtes classiques historiques (les fêtes des « quartiers » de l’année) qui ont lieu au moment des équinoxes et des solstices. Elles marquent les nouvelles saisons. Le paganisme, associé aux grands cycles de la nature, a été intégré progressivement avec la socialisation orientale et occidentale du dogme chrétien. Revenons à l’été passé : l’hymne du bréviaire de la Saint Jean d’été (24 juin) Ut Queant Laxis est chanté ou récité pendant la cérémonie autour du feu, symbole de la lumière, à la fois chaleur qui nous pénètre, et clarté spirituelle qui nous habite. Cet hymne va donner naissance aux notes de musique occidentales. Ces notes sont les entêtes de chaque vers de l’hymne sachant que Ut deviendra Do :

Ut Queant laxis
Resonare fibris
Mira gestrum
Famuli tuorum
Solve polluto
La bii reatum, Sanc
Te Ioannes

Pour que tes serviteurs puissent faire résonner le miracle de tes actions avec (les vastes cordes mais on interprète par) les harpes des anges. Pour le pêcheur délivre-le des fautes sur ces lèvres. Pendant le chant de l’hymne la procession se fait autour du feu, dextrorsum. Le jour est le plus long de l’année et rappelle le souvenir du « Précurseur » né de Zacharie et d’Elisabeth. Nous savons qu’Elisabeth est stérile et pourtant par la volonté de Dieu, naîtra Jean le Baptiste, Yahia pour les musulmans (de la racine hébraïque Iohanan). Il vient au monde pour purifier les êtres et c’est au cours des baptêmes dans les eaux du Jourdain, qu’il reconnaîtra en Jésus (Aïssa pour les musulmans) l’envoyé de Dieu. Il percevra le premier la mission prophétique de Jésus et son rôle pour l’humanité. L’heure de la lumière est celle de l’été. C’est aussi celle de l’espérance d’une voie nouvelle, d’un nouveau lien vis-à-vis du Créateur. C’est la source d’un mystère infini remarqué dans le Coran par la désignation des versets qui témoignent de Jean le Baptiste avec en entête 4 lettres mystérieuses. Nous reverrons ensemble plus avant la symbolique de Jean le Baptiste en temps utile à l’approche de l’été. Pensons ce soir à Jean l’Evangéliste plus particulièrement.

Jean l’Evangéliste

Faisons connaissance avec l’évangile de Jean et surtout le prologue qui est le support traditionnel de nos travaux, à la source du nom de Loge de Saint Jean. L’étude de l’évangile de Jean et de son prologue est celle d’un symbolisme mythique. Elle est pour le chrétien celle de la source du dogme de l’incarnation et de la Trinité. Si on retient une exégèse symbolique le prologue de Jean est purement la source du mythe de l’incarnation. Comme vous vous en doutez je choisirai le point de vue non chrétien qui m’est plus accessible. Le Dieu-Père c’est le mystère de nos origines, un mystère total, une perpétuelle question qui demeure en suspens. Le Verbe symbolise la manifestation, l’expression du Grand Architecte. Le Fils est l’espoir d’une évolution. C’est l’espérance radicale, la vertu éthique par essence. Le Saint Esprit, élément fondamental de la Trinité chrétienne n’est jamais cité dans le prologue de Jean. La Trinité symbolique non chrétienne associe Père, Verbe et Fils. La confusion crypto-religieuse maçonnique provient souvent de l’absence de clivage net entre ce qui ressort du dogme chrétien et l’exégèse symbolique détachée du dogme. Ma réflexion vise seulement à reconnaître qu’un frère chrétien peut porter en lui, même sans le vouloir, la résonance, la vibration, l’éveil aux valeurs du christianisme et à sa spiritualité. Mais la Franc-maçonnerie n’est pas une religion. Elle permet justement une lecture purement symbolique des Evangiles sans nier leur portée religieuse pour le Chrétien. Au Rite Ecossais Ancien et Accepté les versets 1 et 2 sont importants : ils sont la base d’une logique fondatrice de la notion de Grand Architecte. Le terme « Verbe » provient du latin « verbum » traduit par « logos » en grec. Le « Verbe » est la « parole » de Dieu : ce n’est pas l’articulation de sons mais l’expression de la divinité. La parole au sens commun ferait de Dieu un humain : or Dieu n’est pas homme. Le « Verbe » est une manifestation : celle de l’existence et de la volonté divine. C’est au plan symbolique l’acceptation que l’univers ne peut être créé sans cause, sans un ordre préétabli, et qu’il ne peut être créé à partir d’une cause connue ou accessible à la connaissance. En bref il n’y a pas de création ex-nihilo (à partir de rien). Le rite retrouve son motto : ordo ab chaos. Le chaos est le préalable indispensable à la création. Le « Logos » est un mystère : c’est l’intention et l’expression du divin. L’univers existe : cette création du Grand Architecte est intimement liée à une organisation cohérente. L’existence implique l’ordre d’une Loi fondatrice. C’est la reconnaissance de cette loi par l’homme, qui lui assure la confiance dans une possibilité de vie inscrite dans la finitude, l’éphémère. Cette loi, parce qu’elle organise, règle, conduit l’univers, permet d’espérer la compréhension des phénomènes et ouvre le champ de la rationalité scientifique. Elle est aussi la clef de la pensée mythique et de la spiritualité. Ceci permet au rite de la sacraliser. Nous parlons alors du volume de la Loi Sacrée et le prologue de Jean est l’essentiel de cette loi.

Conclusion

Le but de ce travail est d’inscrire le prologue de Jean au centre de nos travaux. C’est la source de la spiritualité maçonnique. L’hiver nous impose la nuit : celle du doute qui aide à avancer, celle de la fin des certitudes, celle des questions. Notre repas solsticial est celui d’un groupe d’hommes en quête de spiritualité, en interrogation. Il est un lien autour de la recherche de la lumière qui éclatera au seuil de l’été. Nous aurons alors l’opportunité de parler de Jean le Baptiste. Que ce repas soit l’occasion de souhaiter à chacun de nous de bonnes fêtes de fin d’année.

V\ M\ et vous tous mes F\ j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Francs-Maçons: Daniel Keller en "appelle à un humanisme de combat"

8 Septembre 2013 , Rédigé par François Koch Publié dans #histoire de la FM

Le nouveau Grand Maître du Grand Orient, première obédience française, veut mobiliser ses frères contre les ennemis de l'humanisme et devenir le poil à gratter des politiques. Dirigeant d'entreprise de 54 ans, Daniel Keller a réservé son premier grand entretien à L'Express.

"Je ne crois pas qu'il faille être pessimiste", confie à L'Express Daniel Keller, nouveau Grand Maître du Grand Orient.

Vous avez été élu Grand Maître du GODF avec une posture de candidat de la rupture face à celui de la continuité. En quoi votre obédience privilégiait une vision à court terme des enjeux sociétaux?

Les grandes lois de la IIIe République ont été en moyenne préparées dix à quinze ans en amont par le GODF. Par exemple, la grande loi sur l'Ecole publique, laïque, gratuite et obligatoire de 1882 a été discutée dans les loges dès le début des années 1870. A cette époque, la Franc-maçonnerie est l'antichambre du monde de demain. Il faut aujourd'hui organiser notre réflexion collective afin de redevenir des anticipateurs.

Quels chantiers à long terme le GODF devrait-il favoriser?

Quelle doit être la démocratie juste de demain? Nous vivons un moment de bascule, à la fin d'un modèle pensé après la guerre et aujourd'hui en crise. Comment donner un nouveau souffle de justice sociale? Cette réflexion ne viendra pas du Grand Maître à travers des déclarations tonitruantes.

Etes-vous aussi pessimiste que Michel Barat, Alain Bauer et Rochez Dachez selon qui les obédiences maçonniques produisent de l'eau tiède ou rien?

Je ne crois pas qu'il faille être pessimiste. La franc-maçonnerie offre un mode de production intellectuelle original et atypique. Complexe, lente et laborieuse, la coordination du travail de 1200 loges mérite notre investissement. A défaut, on ne produit que de l'eau tiède. Nous nous situons au seuil d'une démarche où il faut redonner envie aux loges et prendre le soin d'aller chercher leur production.

Pourquoi l'obédience ne sait pas mettre en valeur le travail des loges?

Parce qu'il y a une pesanteur sociologique, un manque d'inventivité, d'impulsion. Il faudra nager à contre-courant, ce qui n'est malheureusement pas la tendance naturelle.

Comment redonner au GODF le rayonnement qu'il a perdu afin qu'il redevienne une référence intellectuelle?

La situation du GODF n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était en 1900, où il était quasi la seule force avec la Ligue des droits de l'homme. A une époque où il n'était pas rare qu'un vénérable maître d'une loge soit aussi président de conseil général, où les députés étaient bien représentés dans les ateliers. Depuis un siècle, beaucoup de groupements de pensée, de think tanks se sont créés avec une expertise plus performante que celle du GODF. Nous devons réfléchir aux valeurs de la société, sur ses principes d'organisation. Mais nous ne sommes ni un think tank ni un groupement d'experts.

N'est-ce pas un peu fumeux?

Non, car nous pouvons craindre d'être à l'aube de remises en cause de cet humanisme...

Un "humanisme de combat", dites-vous. De quoi s'agit-il?

Nous sommes confrontés à un anti-humanisme irrationnel, qui exacerbe les passions déraisonnables. A un moment où se développe une crise politique, économique et sociale, il faut redonner goût à l'humanisme de combat, car l'humanisme à des ennemis qu'il faut avoir le courage d'affronter.

Quels sont ces ennemis?

Les nationalismes en Europe, l'extrême droite en France, que l'on a inconsciemment banalisée. Ce sont des menaces, des dangers potentiels. Comme les intégrismes, ou certaines religions pareilles à un nouvel opium, un pansement à la crise.

Vous souhaitez que le GODF soit indépendant des partis. Il ne l'a donc pas été assez?

Je n'ai rien contre les partis politiques. Sans eux, il n'y pas de démocratie. Mais le GODF n'a ni les qualités ni les capacités d'un parti politique. Nous ne cherchons pas la conquête du pouvoir.

Vous avez jugé que le GODF n'était pas assez distant du PS...

Il nous faut être plus en amont des partis politiques. Sur nos valeurs, sur des questions sociétales, nous avons vocation à "challenger" les partis politiques, le PS ou un autre. Je rêve d'une situation où le GODF serait en mesure de les interpeller, de manière critique, sur la base de nos projets.

Un GODF davantage "poil à gratter"?

Oui. Nous avons l'opportunité de challenger les partis politiques, et ceux qui exercent le pouvoir, en posant de longs desseins.

Contribuerez-vous à l'amélioration de l'image de la franc-maçonnerie française?

Je souhaite donner envie à ceux qui m'écoutent de rejoindre la franc-maçonnerie. Les partis politiques sont en crise, ils n'ont jamais eu aussi peu de militants, c'est le cas aussi des associations. La franc-maçonnerie est une espérance pour l'avenir et aussi une voie destinée à améliorer la société. Nous ne sommes pas qu'une société de pensée, nous avons la chance d'utiliser une méthode initiatique très originale. Elle apprend la prise de distance, l'écoute, ce qui fait le plus défaut dans le monde d'aujourd'hui.

Partagez-vous le constat critique du trio Barat-Bauer-Dachez sur l'impérialisme autodestructeur des obédiences?

J'ai lu les bonnes feuilles de leurs Promesses de l'aube [Ed. Dervy], que j'ai trouvé passionnantes. Vous caricaturez un peu. J'ai dit à notre dernier convent: l'obédience ne doit être ni une simple boite aux lettres, ni une organisation bureaucratique et tatillonne. Ce n'est ni un regroupement occasionnel de loges ni une structure qui parle à la place des autres. Il faut donc trouver le chemin vertueux dans l'entre-deux. Ce qui n'est pas possible d'un claquement de doigts. C'est à nous d'inventer, mais ce sera long et difficile.

Tenterez-vous de reconstruire l'unité de la franc-maçonnerie française détruite depuis dix ans?

Sur la base de nos valeurs et de nos principes ­-le respect des autres et de soi-même, la tolérance mutuelle et la liberté absolue de conscience-, toutes les obédiences sont les biens venues. C'est ensuite une question de diplomatie. Mais ce n'est pas mon sujet de préoccupation n°1. C'est-à-dire que c'est important de dialoguer, de partager des valeurs communes, mais il ne faut pas faire des rapprochements à marche forcée, ni des fusions acquisitions. Je n'ai pas l'ambition de lancer des OPA sur des obédiences. En revanche, il faut trouver des terrains de convergence, des actions communes et être solidaires.

Comment le GODF va-t-il se comporter avec la Confédération maçonnique de France (4 obédiences, 52 000 frères... comme le GODF)?

Deux des quatre obédiences de la CMF, la Grande Loge de France (GLDF) et la Grande Loge traditionnelle symbolique Opéra (GLTSO), étaient présentes à notre convent du mois dernier. La GLDF et la GLTSO n'ont pas rompu le dialogue avec le GODF. Nous allons dialoguer. Et puis nous verrons bien. La CMF en est encore à ses balbutiements. Et nul ne connaît son avenir.

Les relations avec la GLDF vont-elles s'améliorer?

Je suis ouvert au dialogue, sur la base de nos principes et de nos valeurs. Les relations entre la GLDF et le GODF sont tellement anciennes, qu'elles ont dû passer à travers l'histoire par des pics et des creux... il y en aura d'autres. Cela ne constitue pas un problème insoluble, car les hommes et les femmes de bonne volonté peuvent toujours se rapprocher. Il faut prendre un peu de hauteur. Je ne serai pas le fauteur de troubles. Car il y a des choses beaucoup plus importantes.

Lesquelles?

Le regain d'intérêt que la franc-maçonnerie doit avoir dans la société, et le travail qu'il faut accomplir afin d'améliorer son image. Je suis préoccupé lorsque l'on abat des arbres de la laïcité qui viennent d'être plantés, lorsque l'on manifeste avec hostilité devant des temples maçonniques, lorsqu'on les tague. On aurait tort de prendre cela à la légère.

Vous avez été qualifié de premier Grand Maître " bauérien "... depuis la fin du mandat d'Alain Bauer, il y a dix ans. Une réaction?

Je le prends comme un compliment. Dire le contraire serait mal élevé. Mais je le connais en fait assez peu. Il n'y a donc pas de filiation entre lui et moi. Pour l'instant. Ce sera peut-être le cas si nous nous rencontrions à de nombreuses reprises


En savoir plus sur http://www.lexpress.fr/actualite/societe/francs-macons-daniel-keller-en-appelle-a-un-humanisme-de-combat_1278838.html#vay4MJzKxpeFvUHg.99

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Je ne suis encore jamais mort

6 Septembre 2013 , Rédigé par C\ R\ Publié dans #Planches

T\V\M\ en chaire, T\V\M\ qui siège à l'Orient, V\M\ qui décore les colonnes, par les nombres qui vous sont connus et par les honneurs qui vous sont dus.
J'ai remis pour ce soir en vigueur une ancienne formule de salutation tombée en désuétude, en guise de clin d’œil à la genèse du travail que je vous présente ce soir : il y a un peu plus de dix huit mois en effet, mon T\ V\ M\ m'avait, comment dirais-je, très fraternellement et fermement tout à la fois, « suggéré » de préparer une planche au 3° degré. Je m'étais bien sûr rangé à cette « excellente » suggestion, persuadé que j'étais que ma paresse naturelle ne serait pas trop dérangée, puisque je devais pouvoir retrouver dans mes archives un texte que j'avais préparé en 1983 et qui conviendrait assez bien.
J'ai bien retrouvé mon texte, car il faut un minimum d'ordre pour pouvoir s'adonner à une paresse efficace, et à une première relecture, j'ai eu le sentiment que j'avais visé juste. Et puis, plus de 13 ans s'étant écoulés, il y avait prescription si j'ose dire, et fort peu de chances pour qu'un Frère puisse venir me dire qu'il avait déjà entendu cette planche ! J'ai donc retranscrit mon texte sur ordinateur, et c'est alors que mes ennuis ont commencé. Je déconseille très fermement à tous mes frères paresseux qui seraient tentés par une expérience de ce genre de s'y lancer : c'est le début d'une galère, comme diraient mes fils !
Les aléas de la vie maçonnique ont fait, que de reports en remises, c'est finalement ce soir que je vous présente ce travail. Nous tous, ici, ce soir, avons sept ans et plus. Certains d'entre nous ont même beaucoup plus, et je veux dire par là qu'ils ont eu l'occasion de renouveler plusieurs fois leur paire de gants afin de les garder blancs. D'autres portent leur tablier de Maître depuis peu de temps, et c'est en pensant tout particulièrement à eux que j'ai préparé cette planche et retravaillé des questions que je me posais alors.
À l'origine, mon travail était très sobrement intitulé « Questions à propos du mythe d'Hiram ». En le reprenant, je me suis aperçu que si j'avais trouvé au cours de ces années, quelques réponses, à certaines des questions, que je me posais alors, j'avais aussi oublié certaines des questions, et dépassé d'autres réponses que je tenais alors pour importantes. Il en ira de même pour vous, « nouveaux Maîtres », qui venez de découvrir l'acacia, mais ce soir, je décide si vous le voulez bien que nous venons tous, tout juste, d'avoir sept ans. Et il m'apparaît alors que la mort, ou plutôt, une mort, est omniprésente dans notre rituel, or.

JE NE SUIS ENCORE JAMAIS MORT

Ceux qui me connaissent bien vont penser qu'une fois de plus je commence ma planche par une de ces provocations que j'affectionne. Eh bien pour une fois il n'en est rien : en effet le thème central auquel est confronté l'initié qui parvient à la maîtrise est bien, en apparence tout au moins, celui de la mort, et cette phrase que j'ai choisie comme chapeau de mon travail n'est pas de moi. Elle pourrait bien être de n'importe lequel d'entre nous, mais en fait elle appartient à ce que l'on appelle l’anti paradoxes énoncés par les tenants de ce mouvement né aux USA dans les années 1970 sous la dénomination de Gnose de Princeton. Un anti paradoxe échappe par définition même à toute possibilité de critique ou de réfutation : il est d'une certaine manière un absolu. Si j'ai choisi cette phrase, c'est pour bien marquer le paradoxe qu'il y a pour nous, qui nous réclamons d'une tradition opérative de bâtisseurs préoccupés d'abord par la vie, la nôtre et celle de nos semblables, que nous nous engageons dans nos constitutions à améliorer dans tous ses aspects, à insister aussi constamment sur le problème de la mort. Avant même de pénétrer dans le temple, alors que j'étais encore dans le cabinet de réflexion, la mort était évoquée, ne serait-ce qu'avec le crâne, et le testament philosophique qui me fut demandé. Comme compagnon, je l'ai échappé belle, puisque je n'ai dû mon salut qu'à la prononciation correcte du mot Schibboleth qui m'a évité le massacre. Et là, au moment où je vais accéder à la maîtrise, je commence par buter sur le cadavre d'Hiram.
Alors c'est maintenant que je vais donner satisfaction à ceux qui attendent de ma part un peu de poil à gratter dans le prêt à penser maçonnique. Je soutiens que nous, Maçons, n'avons rien à dire, en tant que Maçons, sur la mort. Les seules qui se sont arrogé le droit d'en parler et de proposer des solutions à ce problème sont la philosophie et la religion. Or nous ne sommes ni l'une ni l'autre, à moins que je n'aie rien compris à la maçonnerie, ce qui reste une possibilité Et puis j'ajouterai pour faire bonne mesure que la mort n'est pas un problème. C'est une solution ! C'est même LA solution bricolée par la nature pour pouvoir aller du simple au complexe. Alors, que cela soit une mauvaise solution, un manque de savoir vivre, j'en conviens d'autant mieux que je trouve incompréhensible et scandaleux que le monde puisse un jour continuer à tourner en se passant de moi. Mais c'est ainsi, et c'est même la seule certitude absolue que me propose l’avenir.
Je maintiens que nous n'avons rien à dire sur la mort, et pourtant, elle est pesamment présente dans tout le rituel de passage au 3e degré. Je vous suggère donc, que pas plus que l'arcane XIII du tarot ne représente la mort, mais la nécessité d'un changement radical, la mort qui nous est présentée ne signifie la fin de la vie. Lorsque la chrysalide fait place au papillon, doit-on dire qu'elle est morte, où qu'elle s'est transformée ? La mort que nous mettons en scène n'est, me semble t-il, que le véhicule symbolique utilisé pour mettre l'accent sur son opposé, la vie, en dramatisant à l'extrême le passage du compagnonnage à la maîtrise. Mais voyageons un peu à reculons, et refaisons le chemin depuis notre première entrée dans le temple. Après avoir désiré notre mort symbolique au monde profane dans le cabinet de réflexion, nous avons été purifiés par les quatre éléments et nous avons finalement reçu la lumière au terme de nos voyages. La lecture du rituel est simple et linéaire, et ne pose guère de problème d'interprétation : tout me semble y être une question de participation personnelle, d'imprégnation en grande partie inconsciente, d'inimitabilité en un mot pour reprendre un terme cher à Guénon.
Par la suite, ayant assimilé un nouveau mode de pensée et après avoir en théorie tout du moins, dégrossi notre pierre brute, nous avons été élevés au grade de compagnon. Là non plus je ne perçois pas grand mystère dans un rituel qui nous met en possession des éléments nécessaires à notre prise de possession du monde extérieur, nous assoit en pleine lumière sur la colonne du midi, et qui cache si bien des richesses symboliques réelles qu'on peut parfaitement finir par ne pas les voir. Lorsque le 1er S\ a estimé que notre pierre était devenue bien cubique il nous a proposé au V\ M\ pour l'exaltation à la maîtrise et nous voici en chambre du milieu.
Que nous dit le rituel sur le mythe d'Hiram ? Dans une première lecture bien linéaire à peu près ceci : Hiram était le maître d'ouvrage dans la construction du temple de Salomon. C'était un homme fort habile dans tous les arts du bâtiment et des métaux, le meilleur de tous et sa bienveillante autorité n'était contestée par personne. Il avait remarquablement organisé son chantier : les apprentis étaient payés à l'une des colonnes qui ornaient le temple, les compagnons à l'autre et les maîtres en chambre du milieu. Les travaux étaient sur le point de s'achever, lorsque trois compagnons qui n'avaient pas encore été reçus maîtres et commençaient à désespérer de l'être, décidèrent d'extorquer au besoin par la force à Hiram, le mot des maîtres. Ils l'attendirent un soir, postés dans l'obscurité, chacun à l'une des portes du temple, et l'assassinèrent sans avoir rien obtenu de lui. Hiram était possesseur du mot sacré des maîtres, qui disparaissait donc avec lui. Depuis cette mort tous les maçons de la terre recherchent la parole perdue et utilisent, faute de mieux des mots substitués.
Il n'y a là apparemment pas trop de questions à se poser et l'on peut parfaitement se contenter de cette lecture en surface. Le rituel nous y engage d'ailleurs jusqu'à un certain point, en nous fournissant des interprétations toutes prêtes pour notre édification. Il nous invite notamment à méditer sur une leçon de morale appliquée qui fait bien ressortir la vilenie de l'ignorance, du fanatisme et de l'ambition, et sur la vertu du juste qui préfère la mort à la trahison de son idéal. Cette première leçon est loin d'être inintéressante et si tous les hommes sur terre voulaient bien s'en souvenir, le monde serait sûrement plus vivable pour tous. Vous me permettrez cependant de penser que pareil enseignement ne mérite pas tout le décorum que nous mettons en œuvre, et qu'on peut parfaitement trouver ailleurs qu'en F\ M\ des idéaux d'un niveau équivalent, voire supérieur.
Mais notre rituel nous suggère également une autre interprétation qui est la survivance des vieux rites agraires et solaires de fécondité, en assimilant les trois mauvais compagnons aux trois derniers mois de l'année qui semblent tuer le soleil Hiram, avant que celui-ci ne renaisse en ramenant la lumière. C'est sûrement vrai et peut-être plus profond comme enseignement, mais à mon avis cela ne va gère plus loin et ne suffit pas à nous différencier d'une quelconque société philanthropique ou paléontologique. Tout au plus pouvons-nous alors nous considérer comme plus anciens, ou plutôt comme plus désuets.
À mon sens, s'en tenir là, c'est prendre l'histoire d'Hiram pour un conte philosophique ou un apologue et négliger le fait qu'il s'agit d'un mythe au sens plein et fort du terme. C'est, comme le dit le Christ à ses apôtres « avoir des yeux pour ne pas voir et des oreilles pour ne pas entendre ». Un mythe est un récit organisateur du monde et des rapports de l'homme à la fois au monde et à ses semblables : il exprime une réalité difficile, voire impossible à exprimer autrement au moment où l'homme la sent émerger à sa conscience, et se doit d'être cohérent de bout en bout. Il est une totalité qui ne peut pas être en contradiction profonde avec elle-même, même et surtout quand elle se présente sous forme de conflits apparemment insolubles. Si la lecture du rituel des 1° et 2° degrés ne pose effectivement aucun problème, c'est qu'aucun mythe n'y est mis en action. Chez les maçons opératifs d'autrefois, le grade de maître n'existait pas tel que nous le connaissons. Il s'agit d'un apport récent, greffé sur une tradition opérative déclinante par des initiés d'une tout autre origine et qui ont vu dans la renaissance progressive de la F\ M\ par l'acceptation, le moyen de perpétuer leurs connaissances et leur idéal. Le R\ E\ A\ A\ comporte 33 degrés : on peut considérer que le grade de Maître est le premier des hauts grades.
Ce n'est qu'avec Hiram que nous commençons à pénétrer dans le monde du mythe, et le vrai problème, qui est le cœur de la maîtrise, est celui des rapports d'Hiram avec lui même et avec ses semblables. C'est là que surgissent les questions. En tout cas c'est là que je les ai personnellement vécues, et je vais essayer de vous les faire partager telles que je les ai ressenties il y a quelques années déjà. Essayons donc de pénétrer plus avant dans le mythe d'Hiram tel que le met en scène notre rituel. Et à ce sujet, il faut que je vous fasse part d'un point de désaccord survenu il a peu entre notre orateur d'Art Royal et moi, à l'issue de son allocution de bienvenue à de nouveaux maîtres de notre Loge. Il avait employé le mot d'élévation au troisième degré, et je lui ai fait remarquer que le terme qui convenait était celui d'exaltation ; il a paru surpris de ma remarque, et comme j'avais l'air très sûr de moi, il est parti chercher un rituel. J'avais bien raison, mais lui aussi, et même un peu plus que moi, puisque l'imprimé du rituel emploie le terme d'élévation. Pourtant c'est bien le mot d'exaltation qui était employé il y a lurette, mais voilà, il a été subrepticement été remplacé par élévation.
Il y avait pourtant une belle cohérence dans la progression des termes choisis. Il n'y a plus initiation dans le passage au troisième degré, qui par définition ne peut être employé qu'une fois, ni élévation qui marque une progression continue vers le haut, mais exaltation, c'est-à-dire rupture de niveau à caractère nettement religieux et sacré (Cérémonie de l'exaltation de la croix). D'ailleurs l'athée non stupide qui parvient à la maîtrise peut se sentir un peu piégé lorsqu'il s'écrie « ah seigneur mon Dieu ! » après avoir enjambé le corps d'Hiram. Lors de mon exaltation donc, j'ai pénétré à reculons dans un lieu sombre où régnait « deuil, tristesse et accablement » et le T\ V\ M\ m'a demandé de justifier mon innocence d'un crime qui accablait la maçonnerie : celui du Maître Hiram. J'ai dû prouver mon innocence en montrant que mes mains et mon tablier étaient sans taches : preuve naturelle tombant sous le sens commun.
La suite est déjà moins naturelle : il m'a fallu enjamber un cadavre pour confirmer cette innocence. De quelle nature va bien pouvoir être la « preuve » qui va découler de cette démarche qui constitue une insulte à ma raison ? On me fait quitter le monde rationnel que j'ai toujours connu pour me faire passer dans la magie et l'irrationnel ! Voilà une belle rupture ! Et en voici une autre du même métal ! De la même manière que, quelques instants plus tôt, j'avais pour la première et unique fois, reculé dans l'espace en entrant dans le temple, j'ai tout d'un coup reculé dans le temps. Et, tandis que j'entendais le récit de la mort d'Hiram, c'est « Moi-Hiram » qui ai couru en vain de porte en porte et qui ai péri, pour me retrouver gisant sur le sol, dans la position de celui que « J'avais dû-devrai » enjamber pour prouver mon innocence. Cela signifie-t-il que je suis à la fois la victime et mon propre meurtrier ? Est ce que j'ai dû justifier mon innocence de mon propre meurtre ?
Alors, et successivement, un apprenti, représenté par le 2° S\, puis un compagnon, par le 1° S\ ont tenté en vain de soulever mon corps, c'est-à-dire de me ramener à la vie. Ils ont dû constater que « la chair quittait les os » et que « tout se désunissait », c'est-à-dire que la décomposition était trop avancée pour leurs connaissances. Ils ne sont détenteurs que de l'initiation artisanale, l'initiation de métier, de ce que les anciens appelaient les petits mystères, et leur pouvoir s'arrête aux frontières de la matière. Il leur a fallu le concours d'un maître, c'est-à-dire d'un détenteur de l'initiation sacerdotale pour qu'enfin « le maître soit retrouvé et reparaisse aussi radieux que jamais », pour que « le Maître revoie le jour et qu'il renaisse dans la personne du très cher frère Claude Rozier ». Nous avons bien quitté le monde sensible et matériel pour pénétrer dans celui impalpable et incertain des idées, des sentiments et des croyances.
Contrairement à d'autres renaissances mythiques comme celle de Dionysos, Zeus, Osiris ou du Christ qui sont, soit spontanées, soit le fruit de la collaboration d'autres éléments divins de même essence et niveau que ceux du mort, la renaissance d'Hiram part de la base, de l'homme, et nécessite sa collaboration active. Ce n'est qu'avec l'aide des artisans que le maître parvient à surmonter la décomposition et la mort, c'est-à-dire le chaos de la matière inorganisée, et à ramener Hiram à la vie, ou encore à le faire accéder à une vie supérieure, c'est-à-dire à le faire naître à la conscience organisatrice. Est-ce que ce n'est pas là, à peine voilé, la description de l'idéal alchimique au plus haut niveau ? On comprend alors beaucoup mieux les raisons de l'hostilité de l'église chrétienne pour ce qui est manifestement une hérésie par rapport à ses dogmes.
Essayons maintenant d'aborder le problème du mythe d'Hiram sous un autre angle. Devant un assassinat, tout enquêteur doit se poser immanquablement les éternelles questions : où, quand, comment, pourquoi et qui ? Alors posons-les nous aussi :
- Où ? Hiram est tué dans ce qui doit devenir un lieu sacré, mais ne l'est pas encore, puisqu'il n'est pas achevé et consacré. On pourra réfléchir sur cette indécision au moment de l'acte, mais retenons ce soir la destination finale du lieu qui est capitale et nous indique très clairement que les événements à venir dans ce lieu vont avoir un sens sacré.
- Quand ? Hiram est tué après la tombée du jour. C'est donc la nuit, domaine par excellence du rêve, de l'inconscient, de l'indéterminé et de ce qui est à naître.
- Comment ? Avec les outils professionnels que maîtrisait la victime et non avec un quelconque instrument et voilà que me revient à l'esprit la question de tout à l'heure : suis-je à la fois la victime et mon propre assassin ?
- Pourquoi ? Pour accéder à une connaissance d'un niveau supérieur à celui que possédaient les assassins. Le crime n'a donc pas uniquement des motifs aussi sordides qu'on pourrait le penser trop rapidement, même s'ils sont bien présents.
- Qui ? Des compagnons, c'est-à-dire des initiés, des gens ayant déjà atteint un niveau de connaissance important et non des profanes, ce qui confirme le caractère rituel de ce meurtre. Et qui assume la charge de représenter ces compagnons infâmes ? Les trois lumières de la loge, ce qui peut donné à penser sur l'ambiguïté, voire l'ambivalence, du pouvoir et de la connaissance.
Les réponses à ces questions nous amènent presque obligatoirement à considérer le problème du statut d'Hiram dans le mythe, avant et après sa mort. Avant sa mort Hiram n'est que « Primus inter Pares », le premier choisi, par des égaux et le rituel nous le précise parfaitement. En effet, au premier de ses assassins Hiram précise qu'il ne peut seul accorder la faveur demandée : il doit s'assurer le concours de ses frères et au rite émulation il précise même que seuls trois hommes ont connaissance du mot sacré. La bible nous confirme que la construction du temple fut assurée par un triumvirat « Salomon-Hiram roi de Tyr-Hiram Abi ». Il ne peut que proposer une candidature à une assemblée qui décidera souverainement. Il n'a manifestement pas le pouvoir absolu de décider seul, ni de connaissances d'un niveau supérieur à celui de ses pairs.
Après sa mort Hiram rejoint le Christ, Osiris, Mithra et Dionysos sur un plan divin. C'est sa mort honteuse et acceptée qui lui confère l'immortalité. Je précise bien mort « acceptée », car en effet, si je me place sur un plan simplement humain et matériel, j'aurais, moi, pu facilement sauver ma peau en donnant à mes agresseurs n'importe quel mot, quitte ensuite à me venger en faisant exécuter les coupables. J'aurais donc survécu, mais je ne serais jamais parvenu à ce niveau supérieur de conscience que le mythe nous invite à considérer. Peut-on dire que cette acceptation de la mort est en même temps et simultanément sa transcendance et sa négation ? Passons maintenant à une autre question, majeure celle là, et qui surgit de la lecture du dialogue entre le 1° et le 2° surveillant dans l'instruction du 3° degré.
« Comment voyagent les Maîtres Maçons ? » ; « De l'Orient à l'Occident et de l'Occident à l'Orient et par toute la terre » ; « Dans quel but ? » ; « Pour chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars, et répandre partout la lumière ».
Il s'agit de la reprise par notre ordre d'un thème universel que véhiculent toutes les traditions, celui de la chose perdue symbolisant un état de perfection que tous les efforts devront tendre désormais à retrouver, même s'il n'y guère d'espoir d'y parvenir un jour. Je crois qu'il est indispensable d'essayer d'en comprendre le sens pour mieux saisir la place qu'il peut tenir dans notre symbolisme. Il me semble que cette notion de bonheur perdu, de perfection égarée, à laquelle notre culture judéo-chrétienne à superposé récemment celle de faute de l'homme, peut avoir une origine toute simple de nature biologique et parfaitement naturelle. À quel moment de son existence l'homme est il plus parfaitement en harmonie totale avec son environnement, sinon avant sa naissance, dans le ventre de sa mère ? Et nous savons que les fétus humain vit une vie indépendante de celle de sa mère, et notamment qu'il rêve. Il est alors en symbiose parfaite avec l'univers et sa venue au monde est effectivement et au sens propre du terme une « chute » hors de ce milieu privilégié : dans de nombreuse peuplades primitives les femmes accouchent debout ou accroupies et on peut dire littéralement qu'elles « mettent bas ».
Il me semble alors raisonnable d'admettre la possibilité d'une nostalgie inconsciente de cet état bienheureux que par la suite, parvenu à maturité, l'homme essaiera toujours de retrouver en sachant pertinemment que c'est une impossibilité fondamentale. Il projettera alors dans le futur ce pseudo souvenir pour en faire un idéal qu'il ne pourra atteindre que dans une rupture aussi essentielle que la rupture originelle. En existe t-il une plus importante que la mort ? Un peu plus loin il nous est précisé que ce qui a été perdu c'est très précisément le mot sacré des maîtres. En tant que membres d'une loge de saint Jean, nous pensons bien sûr tout de suite au Verbe, au fameux Logos de l'évangile, principe organisateur, principe de vie. Mais gardons nous bien d'oublier que l'évangile de Jean est tardif, d'inspiration très hellénistique, déjà philosophique et pour tout dire théologie constituée. La parole, plus anciennement, dans toutes les traditions et notamment dans la Genèse dont la rédaction est antérieure de près de mille ans à celle de l'évangile, c'est d'abord le pouvoir de l'homme sur son environnement, pouvoir magique de domination sur la chose nommée. Et c'est bien ainsi qu'il faut interpréter le défilé des êtres que Yahvé organise pour que l'homme les nomme, et ainsi partage avec lui, Yahvé, son pouvoir sur la création, acquérant par là même son autonomie.
Si j'ai abordé ces quelques points, c'est qu'ils vont nous permettre de relire le mythe et de faire surgir toute une série de questions pour lesquelles je n'ai aucune réponse définitive à vous apporter. Il y a en effet une énorme faille logique dans le discours, une véritable provocation pour mon intelligence, qui m'oblige à y revenir sans cesse pour essayer de comprendre. Suivons pas à pas la narration :

1 ‹ Hiram est LE maître du chantier. Il est venu de l'étranger, de Tyr plus précisément, pour le diriger. Il a donc voyagé : c'est l'initié.
2 ‹ Trois compagnons veulent obtenir de lui le mot sacré DES maîtres, et nous avons vu tout à l'heure qu'il ne s'agit pas d'une banale affaire de rémunération ou de promotion sociale. Ils tuent Hiram sans avoir rien obtenu de lui.
3 ‹ LES maîtres envoient d'autres maîtres rechercher la dépouille d'Hiram, qui finissent par la retrouver et lui redonnent vie en employant un mot substitué au mot sacré qui a disparu avec la mort de son possesseur. Ils décident alors de n'employer que des mots substitués jusqu'à la redécouverte du mot vrai.
À partir de là, les questions se bousculent :

1 ‹ À quoi attribuer l'efficacité parfaite de ces mots substitués qui réussissent à ramener Hiram à la vie ? Qui les a formulés ? Et, puisqu'ils opèrent si bien, est-ce que cela vaut vraiment la peine d'essayer de retrouver le vrai ?
2 ‹ Si Hiram était bien le seul et unique Maître, seul détenteur du mot sacré, alors qui sont ceux qui partent à la recherche de son corps ? Certainement pas des maîtres, ou alors ils auraient également connu le mot sacré et n'auraient pas eu besoin de lui en substituer un autre. Ou alors de bien curieux maîtres qui, comme les lapins, ont perdu la mémoire en courant. En tout cas, apparemment, des maîtres un peu moins maîtres que le maître. Il existe d'ailleurs d'autres versions de la légende, dont une dans laquelle c'est Salomon qui envoie quelques uns des meilleurs compagnons à la recherche du corps et décide pour les récompenser de leur zèle de leur donner un mot de substitution, avec l'espoir qu'un jour peut être ils pourront retrouver le vrai. Il crée ainsi des « maîtres substitués ». Cette version permet de retrouver une belle linéarité et l'intelligence rationnelle peut ronronner doucement : aucune incongruité ne vient souiller le tracé du plan. Mais il ne s'agit plus d'un mythe, simplement d'une légende, dans laquelle il n'est d'ailleurs pas question de renaissance d'Hiram. Or notre rituel nous affirme avec précision que NEUF maîtres sont partis rechercher le corps DU maître.
3 ‹ Incidemment on peut se demander pourquoi neuf, et pas sept, ce qui irait tellement bien avec l'âge symbolique du Maître, à moins précisément que cela ne soit pour nous forcer à penser à la signification du nombre neuf. Et mon esprit vagabonde jusqu'à retrouver l'empereur Açoka, souverain Indou du III° siècle avant J\ C\, guerrier repenti et converti au bouddhisme, qui fonda la société la plus secrète de la terre : celle des Neuf Inconnus qu'il chargea de ne pas laisser tomber des moyens de destruction entre des mains profanes, et de poursuivre des recherches bénéfiques pour toute l'humanité. Et puis je repense à Saint Bernard, qui dépêcha Neuf Chevaliers à Jérusalem pour organiser l'ordre du Temple afin de protéger les pèlerins, et aussi aux neuf élus de la Haggadah qui furent admis au Paradis sans passer par les angoisses de la mort. Et puis j'en arrive à me dire que puisque la batterie de Maître se fait par neuf coups, c'est maintenant le nombre sept de l'âge, qui m'apparaît presque comme incongru. Mais continuons.
4 ‹ Comment la mort d'UN maître, fut-il le plus prestigieux, suffit-elle à faire oublier aux autres quelque chose d'aussi essentiel que la connaissance du mot sacré ? N'oublions pas que le rituel nous a précisé qu'Hiram n'était pas le seul détenteur du mot.
5 ‹ Si nous admettons qu'Hiram partageait avec d'autres un secret particulier, notre analyse de son statut avant et après sa mort, fait ressortir clairement que son état de « primus inter pares » le laisse sur un plan tout à fait terrestre. Alors comment se fait-il qu'avec des connaissances de ce niveau, les codétenteurs puissent violer la mort et ramener Hiram à la vie ?
6 ‹ Admettons encore, en contradiction avec cette analyse et avec le texte, qu'à l'aide d'un mot substitué, les maîtres restants, après avoir oublié on ne sait comment et pourquoi le mot vrai, admettons donc qu'ils puissent avec cet ersatz faire revivre Hiram, pourquoi alors ce dernier « qui reparaît alors aussi radieux que jamais » ne redonne t-il pas à tout le monde ce secret si précieux dont il était le gardien ? La réponse a déjà fusé dans vos esprits : le frère ROZIER prend tout au pied de la lettre, ce n'est pas vraiment Hiram qui renaît, c'est moi, humble maçon, qui symboliquement revit la passion d'Hiram et je ne peux pas, moi, prétendre être lui et donc connaître le mot sacré. Permettez-moi de vous dire que ce n'est pas une réponse, mais une dérobade devant la question posée.
On peut trouver encore d'autres questions irritantes pour la logique et on s'apercevra vite que toutes émanent de cette contradiction, de ce non sens à côté duquel on peut passer des dizaines de fois sans le ressentir, tellement il est bien ficelé dans une mise en scène impressionnante au sens fort et étymologique du terme, et assorti d'une ou deux belles interprétations de confection. C'est cette contradiction, cette faille dans la logique qui doit nous confirmer que l'histoire d'Hiram est beaucoup plus qu'une histoire, qu'elle est bien comme je l'affirmais au début, un mythe au sens plein du mot, c'est-à-dire une expérience à vivre et revivre sans cesse pour tenter d'en saisir la, ou tout au moins, une signification. Je n'en n'ai ce soir aucune de définitive à vous proposer, et c'est heureux pour tout le monde. Je propose simplement quelques pistes : Si vous acceptez l'idée qu'Hiram ne possède aucun secret de nature transcendante avant sa mort, alors mon hypothèse que le souvenir d'un éden prénatal est transformé en idéal, projeté dans le futur, et ne se réalise qu'après la rupture symétrique de la mort, est peut être une piste. La contradiction dans le discours ne serait là que pour attirer l'attention sur cette rupture.
Si vous décidez de suivre le rituel quand il affirme qu'Hiram est détenteur du mot sacré et également qu'il partage ce secret avec d'autres, alors vous adhérez logiquement à la conclusion que les autres maîtres n'ont pas oublié, mais qu'ils ont « décidé » d'oublier et deviennent par là même les « supérieurs inconnus » de la tradition. Vous pouvez également penser que la connaissance détenue par Hiram et les autres maîtres était de nature collective. Dans ce cas l'amputation de la communauté d'un seul de ses membres est fatale à cette connaissance et le groupe subsistant ne peut qu'espérer la reconstituer un jour. La contradiction disparaît alors, mais pour mieux resurgir avec la renaissance d'Hiram.
La référence faite par le rituel émulation au triumvirat Hiram-Salomon-Hiram Abi fait irrésistiblement penser aux grands ternaires du type Père-Fils-Saint Esprit dont on sait qu'ils sont présentés comme une Tri-Unité indissociable mais composée d'éléments ayant chacun leur caractère propre. Je rapproche cet enseignement traditionnel de la découverte récente de la physique, que le proton est composé de trois « quarks » qu'il est impossible d'isoler les uns des autres : un quark isolé est un non sens, un quark n'existe que collectivement avec ses deux autres compères, j'allais dire ses deux autres lui même. Et si j'admets qu'Hiram, Salomon et Hiram-Abi ne sont que des aspects de mon psychisme, et non des personnages extérieurs à moi, je tiens peut être une piste intéressante.
Il est une dernière question que j'aborderai ce soir : lorsque l'on me demande si je suis maître, je réponds bien évidemment que l'acacia m'est connu. C'est La réponse, et il n'y en a pas d'autre. Mais si on me demande maintenant où je me trouve en tant que maître, j'ai le choix entre deux réponses également correctes : « au centre du cercle » ou « entre le compas et l'équerre ». Question : ces deux réponses sont-elles équivalentes, ont elles exactement la même signification ? J'ai personnellement le sentiment qu'un monde les sépare. La première fait appel à l'absolu et il est à mon sens difficile de ne pas voir dans Le cercle évoqué, la définition que le philosophe grec Empédocle avait donné de Dieu : « un cercle dont la circonférence est partout et le centre nulle part ». La seconde me laisse sans domicile fixe, quelque part dans une espèce de no man's land, entre la lourde et rugueuse équerre de la matière et le subtil et aérien compas de l'esprit. La première me cloue au centre immobile d'où part et s'épuise la manifestation, mais fait de moi le Co-instigateur de cette manifestation. La seconde me rétrograde dans mes prétentions : j'étais devenu maître en passant de l'équerre au compas, c'est-à-dire que ce fameux compas après lequel je courrais, je l'avais enfin atteint. Et bien non, en définitive, j'avais peut-être bien pris « un bain de ciel » en accédant à la maîtrise suivant la poétique expression d'un de nos frères, mais rien ne m'a été définitivement acquis ce jour là. Seulement maintenant je sais mieux dans quelle direction chercher. Alors que dois-je répondre au tilleur ?
Il y a de multiples autres possibilités de questions et de réponses que le mythe va faire surgir à notre conscient en fonction de notre état de l'instant et du chemin parcouru depuis notre initiation, et par exemple :
- Que deviennent les trois mauvais compagnons, et vont-ils rester impunis de leur crime ?
- Qui va achever la construction du Temple, et avec quelles connaissances ?

J'ai dit T\V\M\,
    
Source : www.ledifice.net

 

 

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De la Violence des échanges en milieu Maçonnique

5 Septembre 2013 , Rédigé par N\ R\ Publié dans #Planches

Pour commencer une petite histoire à la fois vraie et plaisante. Certain-e-s d'entre vous la connaissent peut-être déjà. Le personnage central de cet épisode est le chat de Jacques DERRIDA, ce dernier étant, comme la plupart des humains lorsqu'ils font face à un chat, un comparse ... mais un comparse intelligent et disert. Un matin, au sortir de son lit, pl pas très bien réveillé, se dirige en titubant vers la SDB où il procède d'ordinaire à ses ablutions matinales. Il est tout nu. Il aperçoit son chat et, se rendant compte de ce que celui-ci le voit nu, en éprouve une gêne certaine. Cette gêne s'alimente elle-même et devient une honte qui le laisse transi. Evidemment cette honte devient vite une honte de la honte, qui l'emporte dans une spirale qui le décontenance. Cette rencontre a produit chez l'humain concerné un sentiment vertigineux de sa finitude.
Cet échange de regards a convoqué en Derrida son humanité avec l'intimité de « qui je suis? ».
La langue humaine évoquera un phantasme, une projection, une raison qui devient folle.
Derrida dit bien, lui, que son sentiment touche à son intimité et qu'il est la marque de son exposition au regard d'une altérité qu'en général on appelle l'AUTRE lorsqu'on ne se nomme pas Derrida. Et de constater que cet échange hors théorie - un humain ne peut être interpelé par un animal - ouvre la possibilité d'un espace autre. Nolens Volens et Cahin Caha c'est un peu ce qui nous arrive en loge, du moins à ceux qui sont venus sans trop ployer sous le poids des métaux que certain-e-s charrient dans les temples et dont ils font le négoce en permanence de manière le plus souvent autoritaire et même autocratique. L'expérience de la rencontre d'une altérité peut être ravageuse. D'aucun-e-s ne savent que faire et/ou dire sous le fait de ces ravages pourtant non mortels, pour soulever ou annuler les faussetés diverses qui nous encombrent et trop souvent nous griment. Pour l'instant, mon propos reste plus ou moins plaisant. Ne vous y trompez pas! Le sujet de débat sorti du fécond cerveau de notre VM va m'obliger à nous égratigner. Ceux qui ont la peau trop fragile seront peut-être blessés. Trois granules d'arnica en 9CH matin et soir pendant 7 à 10 jours devraient arranger leur affaire sur le terrain de la douleur. Le cas échéant, staphysagria prendra sa part dans l'opération de cicatrisation, même dilution même tempo d'administration. Qu'une chose soit claire! Je vais vous parler d'une maladie dont aucune d'entre nous n'est indemne à un titre et/ou à un autre. Ce pourquoi aucun-e d'entre nous n'est fondé-e à simplement se tirer de ce débat à l'aide du trop fameux « c'est pas moi, c'est les autres ». Au sujet des termes qui forment le substrat de notre rencontre de ce matin. Décortiquons le titre « de la violence des échanges en millieu Maçonnique ».

Qu'est-ce que la violence?
Que sont « les échanges »?

Et de la F\M\ que pourrions-nous dire (en gros)? Qu'entendons-nous par « milieu maçonnique »? Là où nous procédons A COUVERT à tous nos échanges: la loge en tenue, la loge hors des tenues (les parvis, les réunions par degrés, les agâpes ou les repas plus élaborés, les rencontres singulières non ritualisées, les sorties, les visites, les fraternelles, les convents, TOUTES les rencontres entre FF\ MM\ quel que soit le sujet qui les provoque ou les anime). Notre F Olivier, lorsqu'il nous a parlé rue Pinel, nous a dit que nous nous aimions. je crois que ceci est indéniable, comme l'est aussi la constat corollaire facile qui est que nous avons l'amour vache, injuste et souvent cruel. Le sujet de ce matin tendrait à prouver que cet état de fait(s) ne nous convient pas vraiment. Aimons-nous, si nous le pouvons, mais ne nous étripons pas, fût-ce sous la bannière du «'ici tout est symbole ». Nos symboles ont bon dos en effet et, à constater la réalité conflictuelle des manifestations de l'amour fraternel/sororal, nous sommés hélas fondés à interroger notre méthode et la pratique d'icelle autrement dénommée « méthode symbolique ». Un constat doit être posé : la violence de nos échanges génère plus de souffrance que d'insatisfaction et c'est pourquoi l'interrogation de ce jour est grave. Car elle n'engage pas que nos personnes en situation de souffrance psychologique et affective en FM mais aussi, bien sûr, l'avenir de nos assemblées. En effet, au delà de ces dysfonctionnements souvent ravageurs, se profile à court terme un questionnement essentiel relatif à - l'efficacité de notre méthode au regard des principes qui la fondent et des objectifs visés, spirituels ou sociaux - la permanence de l'ordre maçonnique donc de ses diverses structures administratives lorsque s'accélèrent les mutations civilisationnelles qui, questionnant ces dernières, vont déboucher sur leur perpétuation et peut-être leur renforcement avec rénovation ou leur brisure lente mais sûre et peut-être guerrière. Survivre collectivement pour nous bouffer le groin jour après jour, soir après soir, n'est tout simplement plus envisageable. Des diverses doléances exprimées il ressort que la violence de nos échanges recouvre une méchanceté endémique des maçon-ne-s les un-e-s à l'égard des autres. Cette méchanceté se transforme souvent en cruauté mentale. Les conséquences de cette méchanceté sont multiples mais, au premier chef, elle nous empêche de faire ce pourquoi nous nous réunissons, à savoir travailler à .... voir les rituels. Le rituel devrait, par lui-même en quelque sorte, tenir en lisière les passions (du latin patior = souffrir) et les pulsions afin de *dégager l'espace pour le travail que nous nous flattons si souvent de vouloir accomplir dans le temple ET au dehors. Non seulement « ça ne marche pas », mais encore est-il des FF\ MM\ qui instrumentalisent le rituel pour asseoir une/leur domination. D'où un rituel dévoyé en esprit avant de l'être en pratique. Comme si la fréquentation assidue de l'idéal conférait à certain-e-s d'entre nous un statut occulte d'initié-e-s supérieur-e-s, statut non écrit mais vigoureusement agi offrant à leurs pseudo titulaires auto proclamés le bénéfice de droits extra moraux et supra légaux. D'où quelquefois des déviances fortes dans le style dévotion gouroutique (offre et demande), confiscation/privatisation du pseudo sacré, infaillibilité des auto missionnés érigés seuls interprètes pertinents du message [perdu (s'il a jamais existé)] donc du sens. Une fois de plus il y aurait parmi nous des êtres bénéficiant de toute-éternité d'un accès privilégié à la vérité à raison de ce qu'ils sont, qui n'a jamais à être explicité. Ceci les autoriserait ou encore, à constater la peu ordinaire assurance de certain-e-s, les obligerait à en imposer aux minus habens parmi les adeptes de l'Art Royal et à édicter à leur intention les préceptes du bien, du bon, du beau et du vrai. La recherche de la domination par le biais de tentatives répétées plus ou moins adroites et/ou efficaces est la. raison la plus fréquemment évoquée pour expliquer la prégnance de la violence en milieu maçonnique. D'ailleurs, ainsi que le rappelle M\F\ HIRIGOYEN, « l'enjeu de la violence est toujours la domination ». A l'évidence d'aucun-e-s trouveront les plaignant-e-s pusillanimes dans la mesure où il est rare de voir sortira des temples des adeptes sanguinolents, ornés de coquards, au nez cassé, aux épaules démises, etc. Parce que la violence en F\M\ est le. plus souvent, du moins dans son apparence formelle, insidieuse, sournoise, hypocrite, biaisée, vicieuse, par conséquent et en un mot, perverse. Le/laquel-le d'entre nous n'a jamais contemplé en loge des FF\ ou des SS\ marquant physiquement, pas toujours en silence mais avec une ostentation clairement jouisseuse, leur mécontentement à l'écoute de certains propos, leur mépris à l'encontre d'un orateur? Ce qui, au petit pied, peut sembler risible mais est cependant choquant car blessant pose le problème de notre tenue ... en Tenue. Je vise là notre tenue morale (et affective!), celle de-nature purement physique en position assise demeurant à discuter car une rigueur formelle trop forte peut servir de cache misère. Domination donc mais de quoi et pourquoi? On retrouve là l'éternel et lancinant refrain du pouvoir à prendre ou à saboter. Voilà qui est farce en un lieu où les règles que nous nous sommes données abolissent le pouvoir comme fantasme d'un absolu de substitution qui se révèle vite comme un vide absolu. En F\M\ il n'y a a priori pas de pouvoir mais des règles favorables à un fonctionnement policé d'un vivre ensemble qui doit permettre à tout le monde d'assumer à un moment un petit brin du pouvoir ... pouvoir de faire que nous sauvegardions un espace de liberté hors temps propice à une réflexion sans enjeu dit « profane ». Si nous savions conduire rituel maçonnique proprement dit et règles de fonctionnement (choix des profanes, temps optimal des séquences 'de la vie maçonnique, partage des sujétions attachées à chaque charge, questions à travailler, rythme des rotations aux plateaux, travaux proprement dits avec participation de tou-te-s, etc), nous ne pourrions nier que la loge est un lieu potentiellement démocratique, c’est à dire qui peut satisfaire- les- narcisses, chacun-e ayant vocation à connaître un jour la « gloire » d'une charge enviée ... Ce qui concerne l'alternance aux responsabilités, l'absence d'expert-e de quelque plateau que ce soit ou de la chose maçonnique, l'égalité fondamentale des membres, l'obligation de délibérer comme préalable à toute décision, etc. Notre inconduite est dommageable en ce qu'elle casse la machine mais aussi et probablement plus encore parce qu'elle gâche le plaisir anticipé d'un vivre ensemble quelques heures par mois sur un mode assez serein pour générer un air qui nous recharge en énergie. Et cela même si ce vivre et travailler ensemble densifie nos interrogations au risque de troubles divers tel celui de la perte de toute certitude. Là est peut-être ce qui nous distingue vraiment de l'Eglise: en F\M\ « le service du doute est ouvert 24 heures sur 24 »: citation de Roland TOPOR. Violence pour la domination, domination pour le Pouvoir, son accaparement, sa maîtrise. Violence comme résultat tangible d'une frustration: ceux qui cherchent la paix rencontrent des guerriers, les guerriers ne trouvent pas de partenaires à. leur mesure et en conçoivent souvent une telle amertume qu'ils produisent en rétorsion les venins aptes à empoisonner la vie d'un nombre impressionnant de maçon-ne-s. Du politique au psychologique il n'y a qu'un pas vite franchi par nos SS\ et FF\. Et encore me dispensé-je de disserter sur lés ambitions profanes charriées en loge par tant de maçon-ne-s. Vous connaissez tou-te-s ces SS ou ces FF qui se vengent en FM des échecs et déceptions subis dans le monde profane. Ou encore ceux/celles qui, venu-e-s en FM afin de recruter pour des chapelles.. diverses et qui, lorsque la recrue potentielle s'avère rétive ou carrément refusante, en appellent à leurs semblables, au dedans comme au dehors, pour punir qui a osé les repousser. Ces procédures- punitives peuvent aller très loin, durer très longtemps. Or l'expérience et l'observation m'ont prouvé que les FF\ MM\ étaient, dans de telles situations, extrêmement tolérants. Comment se fait-il que l'ordre soit, quant à lui, si poreux à ce qui ne peut que le déprécier ou même, un jour futur et funeste, l'abolir? Nous nous conduisons souvent comme si la F\M\ était une société de réassurance égotique et de réparation des déboires subis dans la (vraie) vie, ceci jusqu'à transformer nos loges en fourriers de névroses et d'ambitions individuelles le plus souvent incompatibles entre elles. J'ai rencontré des maçon-ne-s qui m'ont signifié leur étonnement. Pourquoi nous plaindrions-nous d'être humains et, partant, de nous comporter comme tout le monde »? . Que répondre à cette question qui semble totalement ignorer des caractéristiques essentielles et remarquables qui font que la F\M\ n'est comparable à aucun autre rassemblement? Nombre d'entre nous ont incriminé, comme combustible à cette violence méchante, les archaïques sentiments de l'envie, de la jalousie = autres noms du fameux désir mimétique analysé par René GIRARD. Que dire à leur sujet? La cause, à leur évocation, devient presque désespérée. Passe encore que, en dépit des assurances rituéliques (notre acceptation par le groupe via notre initiation, la reconnaissance qui s'ensuit de facto, notre participation), nous nous laissions de temps à autres chatouiller par ce sentiment aux pinçons brûlants, cela fait en quelque sorte partie du jeu de la vie. Mais songeons aux troubles immenses et disproportionnés que provoquent au sein des loges et de leur fédération les adultes immatures qui se laissent déborder puis emporter par ces sentiments mortifères. Pour que nos loges et nos rassemblements hors temple fassent si souvent office de « fourriers de névroses », il faut bien sûr que soient bien immatures ceux dont la pudeur, pour le moins, devrait retenir ces poisons délétères. Comme nous initions des êtres en partie éduqués, ces sentiments cannibales se présentent sous d'autres oripeaux et ne se dévoilent pas avant d'avoir, grâce à l'usage des signes de -reconnaissance, désarmé le groupe victime qui fera les frais de leur extériorisation. Est-ce à dire qu'il serait pertinent ne plus initier que des profanes ayant vécu au moins dix ans en analyse? Que nenni! Mais, outre - qu'il conviendrait de juguler les indicibles peurs individuelles qui ouvrent la porte à ces , fauves (les sentiments précités), peut-être devrions-nous mettre au point quelques procédures de répartie, de parade, de soin. Les ravages que peut causer à un groupe une seule personne en crise donc, trop souvent, en guerre (contre la partie du groupe éligible par substitution au rôle du démon à combattre ou exorciser) sur un terreau fantasmatique (ego blessé, recherche individuelle de puissance réparatrice, réminiscences amères, etc) excluent à mon avis que nous persistions à assister à ces casses répétées à la manière de spectateurs aux jeux du cirque. Lorsqu'une assemblée invoque la liberté individuelle et la nécessaire dureté de l'existence COMME DU CHEMINEMENT INITIATIQUE pour ne pas intervenir, sinon lorsque le combat a pris fin avec la « mort » de l'un-e des leurs, ceci me rappelle toujours le poème de BRECHT (« lorsqu'ils sont venus me chercher ....) ET CETTE REALITE M'EST INTOLERABLE. Il est inadmissible que des FF\ MM\ obéissent entre eux au principe de la concurrence libre et faussée donc à la liberté de guerroyer n'importe quand et comment contre n'importe quel-le F. ou S. au prix d'une perversion cancérigène du système des échanges maçonniques ». Il est, par respect pour la F\M\, ses principes ainsi que notre humanité, insupportable que nous comptions les points de ces combats récurrents et laissions collectivement W harceler X, massacrer Y et menacer Z. Nous incriminerons donc notre lâcheté, notre hypocrisie en même temps que notre sadisme. Lorsqu'un groupe maçonnique ne se dresse pas au résonné des premiers horions, il se condamne à plus ou moins court terme et met en échec la Maçonnerie tout entière. Vous connaissez cette célèbre sentence qui dit que la diplomatie est la continuation de la guerre par d'autres moyens. A force d'entendre partout tout le temps en F\M\ les mêmes histoires de guerres intestines, clan contre clan ou par élimination d'une victime expiatoire, je me demande si notre belle association n'est pas un moyen de poursuivre avec peu de risques la guerre sociale qui sévit au dehors des temples. Ce en dépit de deux paradoxes (au moins!): d'une part ce sont globalement les perdants de ladite guerre sociale qui s'entretuent en loge et, d'autre part, ces perdants-là sont ceux qui, du fait de leur credo, avaient vocation à aider leurs semblables humains à résister à l'hydre qui nous consume collectivement. Car les FF\ MM\ sont, lorsque apaisés, des sortes d'ingénieurs du vivant, du social. Si, au lieu de travailler « au progrès de l'Humanité», nous nous détruisons en loge avec la férocité dont nous sommes capables, alors L'imprécateur qu'était Charles PEGUY insistait sur le caractère décisif des « petits faits vrais », ces figures mineures aux marges d'un tableau, qui, lorsqu'on daigne leur prêter attention, révèlent tout à coup le sens d'une démarche. Ainsi, que se révèlerait-il du véritable sens de notre démarche à un observateur extérieur au spectacle de nos guerres picrocholines? Que nos aspirations ressortent plutôt de l'ordre de la prétention? Que nos paroles, à défaut d'être clairement mensongères, sont au moins fallacieuses? Que, dans nos temples, nous jouons pour de faux à la Maçonnerie, ce qui fait de nous des imposteurs, des tricheurs dont le système des échanges se grippe car alimenté par .la fausse monnaie que nous fabriquons nous- même, qui plus est en nous en glorifiant? Ou, au regard de nos prétendues exigences éthiques, devons-nous, l'air faussement contrit, persister à invoquer une humaine nature qui, faute d'être perfectible en actes visibles et constatables, devrait nous conduire à rendre nos tabliers et, pourquoi pas, à nous joindre à tous ceux qui, à l'instar de Saint Paul (Epître aux romains VII/14-23), font de nous des esclaves invertébrés du mal. Humains, trop humains, nous ne pourrions faire mieux ne serions responsables de nos méfaits et n'aurions de surcroît aucun compte à rendre à personne? Si les FF\ MM\ sont incapables, RESPECTANT LES SERMENTS PAR EUX LIBREMENT CONTRACTES, de promouvoir des formes plus amènes du vivre ensemble, il n'y a plus d'espoir ... sinon celui, peut-être, de contribuer à féconder une éthique de la désillusion.

J'ai dit

Source : www.ledifice.net

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La violence dévoilée au Maître

4 Septembre 2013 , Rédigé par F\ D\ R\ Publié dans #Planches

T\ V\ M\ en chaire, il y a quelques temps, vous m’avez, comment dirai-je, très fraternellement suggéré de préparer une planche symbolique au 3ème degré sur le thème de la violence. Je m’étais bien sûr rangé à cette excellente suggestion, persuadé, que malgré ma paresse, mes maigres connaissances littéraires étayées de ma connaissance, ô combien prétentieuse, de la légende d’Hiram suffiraient à rédiger, tant bien que mal, un travail acceptable. J’ai donc commencé à écrire, et c’est alors que mes ennuis sont arrivés. J’avais oublié le principal, simplement oublié de me consulter, de regarder dans mon miroir au delà de mon image.

Ce soir ici, nous avons sept ans et plus. Certains d’entre nous ont même beaucoup plus et ont changé bien des fois leurs gants. Aussi ce jour, mes FF\ Maîtres, je propose que nous ayons tous « tout juste sept ans ». En conséquence, je m’adresserai plus particulièrement aux jeunes MM\, vous qui venez de découvrir l’acacia en vivant la légende d’Hiram. Notre rituel nous enseigne le mythe de la mort symbolique pour une renaissance en notre M\ Hiram.

Je vous livre la première question qui m’est venue à l’esprit, laquelle m’a obsédé tout au long de ce travail. -Pourquoi m’avoir tué pour me faire renaître en me dévoilant la violence ? Cette réflexion est devenue le leitmotiv de mon travail symbolique.

Quant à la violence dans le monde profane, je pense qu’en ce lieu, tout a été dit. Ceux qui me connaissent bien, vont penser que je commence ma planche par une provocation que j’affectionne. Loin de moi, cette idée, soyez en sûr. Pourtant il m’a paru important de livrer à votre sagacité les écrits d’un homme encore d’actualité, qui n’engagera que lui, afin d’éviter toute violence… Je cite : « Lorsque les pères s’habituent à laisser faire les enfants, lorsque les maîtres tremblent devant les élèves et préfèrent les flatter, lorsque les jeunes méprisent les lois parce qu’ils ne reconnaissent plus l’autorité de personne au-dessus d’eux. C’est le début de la Tyrannie». Platon

L’histoire de l’homme n’est-elle pas un éternel recommencement ?Symboliquement, la violence apparaît dans notre rituel du 2ème degré. Le mot de passe du compagnon « Schiboleth », rappelle la lutte fratricide entre deux tribus d’Israël ou 42000 hommes d’Ephraïm périrent, tués par les hommes de Galaad. Déjà au second degré la violence nous est dévoilée. Pourquoi cette tuerie ? Parce que la Parole était mal prononcée. Ce mot qui devait leur permettre le passage du Jourdain, n’était pas le bon mot.

Au troisième degré la connaissance de la légende d’Hiram, légende que nous vivons lors de notre élévation, car nous sommes acteur à part entière, nous dévoile notre propre violence. Cette violence, cachée au plus profond de notre être, nous rappelle le symbole, ô combien primordial du « pavé mosaïque ». Le blanc ne saurait exister sans le noir. Ne nous est-il pas enseigné également au premier degré « Vaincre nos passions… » Notre rituel au 3ème degré nous enseigne que notre Maître Hiram était le détenteur et le gardien des secrets ou des connaissances qui auraient permis de terminer l’œuvre en cours, le Temple de Salomon. Il détenait les Secrets de l’homme juste et parfait. Quel pouvoir ! La légende nous conte que trois compagnons, ne méritant pas encore la connaissance du Mot de Maître décidèrent de l’obtenir par tous les moyens.

Le premier compagnon, représenté par le deuxième surveillant, à la porte du midi, lui demande violemment le mot de Maître. Devant le refus d’Hiram, il le frappe et le blesse avec un fil à plomb, premier outil de l’Apprenti F\ M\, qu’il ne maîtrise pas. Ce compagnon est avide de puissance et de domination par Ignorance. Est-il toujours Apprenti ?

Le deuxième compagnon que notre premier surveillant représente et qui assume son rôle à la porte de l’occident lui réitère la même question. Devant le refus du Maître, il le frappe et le blesse avec un niveau, outil du compagnon. Ce compagnon symbolise l’homme fanatique, sans foi ni loi. Est-il vraiment compagnon ?
           
Le troisième compagnon, représenté par le V\ M\ qui est l’autorité dans la Loge, obtient la même réponse d’Hiram. Situé à l’Orient, la violence se déchaîne, frappé au front par le maillet, symbole du pouvoir, notre M\ s’écroule, tué par l’ambition déréglée, avide de pouvoir, par l’ignorance et le fanatisme. Les Secrets Véritables sont perdus à jamais. « Ainsi périt l’Homme juste et fidèle au devoir jusqu’à la mort ».

Maintenant je sais que je dois combattre la violence. Dois-je me faire violence pour obtenir une parcelle de vérité, une parcelle de lumière ? La légende d’Hiram dévoile et définit tous ces sentiments passionnés et cachés qui caractérise l’humanité. L’homme ne tue pas que par ambition, il tue et a toujours tué par amour, fanatisme, jalousie, orgueil ou amour propre et souvent par lâcheté. Devrais-je en conclure que la nature a créé l’homme ainsi ? Nous avons perdu la Parole, la Vérité et depuis la violence règne sur nous et sur la terre.

Constitué rituellement et reçu en Chambre du Milieu vous m’avez conféré le grade de 3ème degré, le grade Maître Maçon. Dans quels sens dois-je travailler et œuvrer afin d’assumer cette charge ? Car tout M\ a été ou sera confronté à la violence de l’Apprenti et du Compagnon. Le Maître devra être au-dessus de toute ambition personnelle et ne songer qu’à remplir intégralement en tant que collaborateur du Grand Œuvre. Nous renaissons en notre Maître Hiram et nous devons maintenant éprouver en nous-même ce qu’il a dû ressentir en sa personne, à quel point la perversité se glisse insidieusement dans le cœur humain, en dépit des efforts d’instruction dispensée par le Maître.

Si nous nous référons aux mythes et légendes, la Parole et la Vérité furent perdues depuis des temps immémoriaux toujours par violence et souvent par la mort d’un innocent. La légende hiramique est une variation des mythes sur les thèmes universels, notamment :

- La mort initiatique : engendrant la putréfaction pour une renaissance – mythe sur le soleil dans les religions archaïques, qui ont donné plus près de nous, les fêtes des solstices d’été et d’hiver, Janus, St Jean l’Evangéliste et St Jean Baptiste.

- De la parole au secret perdu : pour continuer l’œuvre inachevée, recherche de la Vérité. Ce sont les mythes de la Tour de Babel, de la quête du Graal, de la Toison d’Or, etc. Les mythes ont été repris dans le V\ de la L\ Sacrée où Caïn est le premier assassin, il tue son frère Abel.

Par contre c’est aussi le premier bâtisseur d’une ville, qu’il baptise sous le nom de son fils Hénoch. Curieusement la descendance de Caïn, bâtit, invente jusqu’à « Tubalcaïn », le premier expert en outils. Tout au long de l’A. T. il s’en suit meurtres et batailles sanglantes pour l’obtention du pouvoir, biens matériels et autres… En règle générale, le bouc émissaire, bien qu’innocent, était sacrifié ; cet acte engendrait la construction. Dans l’A. T. la violence y est banalisée, le sacrifice de l’innocent en faveur d’une puissance créatrice afin d’obtenir un retour.

Dans le N\ T\, selon St Jean, il est dit « Au commencement était la Parole…et la Parole fut de chair en la personne de Jésus ». Il fut qualifié par St Jean Baptiste « L’Agneau de Dieu ». Je n’aurai pas l’outrecuidance de vous rappeler l’Evangile selon St Jean, mais il me paraît important d’insister sur certains points afin d’argumenter mon travail. Jésus est celui qui dérange par sa Parole, par sa justice, par son Amour des hommes, par la Lumière qu’il dégage, mais le plus grave c’est pour son Enseignement. N’est-il pas écrit ces Paroles : « Je suis la Lumière du monde, celui qui me suit ne marchera pas dans les Ténèbres, mais il aurait la Lumière de la Vie ». Jean 8, 12. Celui qui dit la Vérité est l’homme à abattre, il dérange, il gène beaucoup de gens, notamment ceux qui pratiquent la langue de bois par ambition. Contrairement à l’A. T. où le bouc émissaire est banalisé car il est innocent, Jésus, selon le mythe, fut reconnu coupable et exécuté ; non sans avoir subi un déchaînement de violence morale et physique, d’une barbarie qui nous est relatée dans les textes avec forces détails. L’Agneau de Dieu fut tué.

Il s’agit là, de réduire au silence, par violence, une voie qui révèle et détruit les fondements d’une société établie et ordonnée suivant un idéal dirigé. Idéal qui se révèle souvent dogmatique et engendre le chaos. Il m’a paru intéressant d’essayer de démontrer la richesse de la légende d’Hiram ; légende qui résume les mythes primordiaux de nos origines. La bête est-elle toujours en nous ? Nous sommes en présence d’un trésor incommensurable des connaissances où la Lumière se cache. Ce trésor est à la disposition de tout M\ qui voudra bien en prendre possession afin de se révéler la finalité de l’enseignement « Vaincre la mort ».

En conclusion je vous dirai :

La violence nous a été dévoilée lors de notre élévation. Maintenant, pour qu’elle nous soit révélée, il nous faut travailler inlassablement sur nous-même afin de combattre et peut être vaincre nos passions pour que, déjà, la Paix, l’Union et la Fraternité règnent entre tous les FF\. Faisons le vœu, gémissons, gémissons, gémissons et espérons qu’avec l’aide du GADL’U nos efforts ne resteront pas vains, et qu’un jour l’Amour régnera parmi tous les Hommes.

J’ai dit, T\ V\ M\

 

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La Violence et le Sacré

3 Septembre 2013 , Rédigé par J\ K\ Publié dans #Planches

« O des Menschen verweste Gestalt ... » Georg Trakl.

Hiram selon la psychanalyse ! Pourquoi pas ? Daniel Beresniak, psychanalyste et lui-même auteur d’un insipide « La légende d’Hiram » a largement utilisé les apports de cette discipline dans ses analyses des mythes et symboles. Etrangement pourtant sur Hiram on observe un étrange silence qui confine parfois au mutisme. En réalité ce mutisme se comprend aisément dès lors que l’on sait comment il justifia la prolongation du mythe dans les soi-disant « hauts grades ». En effet et c’est ce que nous allons essayer de démontrer, l’élévation à la maitrise qui est une véritable « traversée du miroir » est trahie dès lors que l’on lui substitue une issue romanesque débridée faisant appel au retour de l’imaginaire et de ses nécessaires identifications régressives. Dès lors les hauts grades ne sont pas simplement un contresens sur la portée symbolique de l’événement vécu par le récipiendaire lors de son accès au grade de Maitre mais -pire encore - le germe d’une formidable « contre-initiation » qui ne peut plus se revendiquer des enseignements de la Franc-maçonnerie. Présenté dès son introduction dans le temple lors de sa cérémonie d’initiation le sens ultime du miroir n’est réalisé que « vécu » dans la dramaturgie de la mise à mort d’Hiram où ce qui est démembre (la chair quitte les os !...) sera recomposé dans la renaissance du candidat se levant de son tertre. Mais voyons au préalable ce qu’est ce fameux stade du miroir qui est l’épicentre de l’accès au symbolisme.

1- L’inconscient est structuré comme un langage.

Selon Lacan, l’inconscient humain est structuré comme un langage, un langage qui a ses lois, sa syntaxe et ses caractéristiques intrinsèques. En psychanalyste freudien, Lacan connaît bien l’importance des formations de l’inconscient que sont les lapsus et les jeux de mots. Dans la formation des rêves, il connaît la condensation et le déplacement. Il y repère des mécanismes de langage. Il compare à titre d’exemple la condensation dans un rêve à la métonymie (par exemple, on dit boire un verre lorsqu’en fait on en boit le contenu : voilà une métonymie qui substitue un terme à un autre sur base d’un lien de proximité), et le déplacement à la métaphore (par exemple la bouche d’un fleuve, le cœur d’une forêt, sont des métaphores), c’est-à-dire deux opérations langagières. Il distingue le signifiant et le signifié, au même titre que le contenu manifeste du rêve est différent du matériel latent. Pour Lacan, le Sujet se constitue par son accès au monde symbolique.Mais dans le même temps qu’il entre dans le langage, il s’y aliène, il y perd quelque chose de fondamental de sa Vérité. Lacan nomme cette opération la « Spaltung » ou Fente du Sujet, représenté comme barré.

2- le Sujet et sa place dans le discours de l’Autre.

En effet, dans le langage, le Sujet ne peut être que représenté, dans un discours qui lui préexiste (la langue maternelle ou le discours de l’Autre) et qui d’ailleurs l’a déjà parlé avant même sa conception (les fées qui se penchent sur son berceau, pour lui jeter de bons ou de mauvais sorts, dans les légendes). Pour vivre, le petit homme a besoin d’être reconnu, d’être parlé, et en même temps, il risque de confondre les représentations de lui-même que les autres (d’abord sa famille) lui renvoient -son imago-avec son être propre. Le Sujet, a à se nommer dans son propre discours et à être nommé par la parole de l’autre. La vérité sur lui-même, que le langage échoue à lui donner, il la cherchera dans des images d’autrui auxquelles il va s’identifier. C’est ce que Lacan appelle le « stade du miroir ». Un petit enfant de 6 à 8 mois qui se regarde dans un miroir prend tout à coup conscience de l’unité de son corps et jubile, se met à rire. Il s’y reconnaît comme entier et s’identifie à son reflet spéculaire. Depuis ce stade du Miroir, pour Lacan, « le moi est absolument impossible à distinguer des captations imaginaires qui le constituent de pied en cap : pour un autre et par un autre ». On le voit, pour lui, le moi n’a pas à être renforcé par la cure analytique mais bien déconstruiten décollant une après l’autre les identifications aliénantes dont il est, un peu à la manière d’un artichaut, constitué, afin que la Vérité du Sujet puisse advenir... Lacan traduit ainsi la célèbre phrase de Freud : « Où Çà était, Je dois advenir ». C’est-à-dire que la guérison, voie initiatique sur la reconquête de Soi consiste à sortir de l’imaginaire aliénant (là où nous sommes capturés dans les filets du désir de l’autre) pour accéder à notre être véritable synonyme d’accès au symbolique.

3- Stade du miroir et ouverture au symbolisme.

Voir en complément l’article : « Le stade du miroir et la constitution du sujet, matériaux de travail pour servir d’éclairage au rôle d’Hiram-Jésus comme lieu du signifiant ».C’est le symbole qui fait l’homme et non l’inverse : ce qui a été dénié dans l’ordre du symbolique réapparait dans l’imaginaire avec ses identifications archaïques et régressives. C’est pourquoi l’adoption de la dramaturgie Hiramique reste un sommet inégalé de la Franc-maçonnerie dans l’acquisition du « symbolique ». De Narcisse à Hiram, la traversée du miroir va permettre d’acquérir la reconnaissance de Soi dans le regard des Autres selon une relation pacifiée et non plus dialectique comme la fameuse lutte « Maitre-Esclave » de la phénoménologie Hégélienne reprise comme on le sait par Marx (lutte des classes) et Freud (çà-sur moi). Cette traversée va permettre en outre à celui qui en fait l’épreuve d’accéder au sens ontologique du rite, à savoir : Intégration de soi et du Soi : rassembler ce qui est épars.
Identification et formation d’un « je » idéal par la catharsis de la sublimation (séparer le grave du léger, dégager le subtil de l’épais, approfondir la transcendance de la chaine des signifiants).
Découvrir avec la nécessaire identification de soi dans l’image comme autre, que l’Autre est aussi un moi en puissance qui me revendique : l’intersubjectivité. Tout ceci passe évidemment par la violence sacrée, celle du corps démembré (vécue par l’enfant dans la phase du stade du miroir et ultérieurement dans celle dite du complexe d’Oedipe avec le meurtre de l’imago paternelle) car avant tout il est essentiel de percevoir que la violence est ici le moteur nécessaire pour pouvoir passer d’un plan à l’autre mais l’enjeu n’est pas la violence mais bien au contraire sa résolution définitive et c’est pourquoi les continuations selon les différents rites maçonniques au travers de grades supplémentaires à la mort d’Hiram illustrent non seulement la totale incompréhension de la portée ontologique du meurtre d’Hiram mais réamorcent-et c’est beaucoup plus grave-inutilement un cycle d’ailleurs sans fin de violence-vengeance ce qui démontre s’il était encore besoin de le faire, la profonde stupidité de ces Sides Dégrées qui ne sont que des égarements futiles et des impasses de la véritable herméneutique. Mais qu’entendre par herméneutique ? Il importe de bien voir comment la greffe herméneutique s’est portée sur la Franc-maçonnerie au XVIIème siècle chez les presbytériens écossais et pourquoi ils ont ainsi été amenés à concevoir au dehors de tout Temple un processus original d’exégèse qui reste encore à ce jour d’actualité lorsqu’il n’est pas trahi par l’ivraie de l’imaginaire. Nous découvrirons alors ce « topos » incroyable, à savoir que comprendre n’est pas seulement un mode de connaissance de l’homme ni une de ses facultés mais plus fondamentalement un mode d’être au même titre que la vérité n’est pas une « valeur » mais bel et bien un mode d’accès à l’être dans l’articulation du jugement: ceci est vrai ou ceci est faux. A cet égard il convient de rappeler qu’initialement le problème de l’herméneutique s’est posé dans les limites de l’exégèse, c’est-à dire dans le cadre d’une discipline qui se propose de comprendre un texte à partir de son intention sur le fondement de ce qu’il veut dire, son intentionnalité première. Si l’exégèse a suscité un problème herméneutique, c’est-à-dire un problème d’interprétation, c’est parce que toute lecture de texte, aussi liée soit-elle au quid, au « ce en vue de quoi il a été écrit », se fait toujours à l’intérieur d’une communauté, d’une tradition, ou d’un courant de pensée vivante, qui développent des présupposés et des exigences : ainsi la lecture des mythes grecs dans l’école stoïcienne, sur la base d’une physique et d’une éthique philosophiques, implique une herméneutique très différente de l’interprétation rabbinique de la Thora dans la Halacha ou la Haggadah ; à son tour, l’interprétation de l’Ancien Testament à la lumière de l’événement christique, par la génération apostolique, donne une tout autre lecture des événements, des institutions, des personnages de la Bible, que celle des rabbins. En quoi ce débat exégétique concerne t-il la Franc-maçonnerie ? Ce à quoi nous pouvons répondre en deux fois :

D’un part parce que le sens ne fait irruption que par violence ou effraction et il faudra alors fixer ce volatil mercurien du Sens dans la figure d’Hiram, véritable prisme où la lumière blanche apparaitra dans son spectre natif. D’autre part en ceci que l’exégèse implique toute une théorie du signe et de la signification comme on le voit par exemple dans le « De Doctrina Christiana » de Saint Augustin. Théorie qui se conclura par une pratique des symboles comme du symbolisme selon une perspective aniconique et sotériologique. Plus précisément, si un texte peut avoir plusieurs sens, par exemple un sens historique et un sens spirituel, il faut recourir à une notion de signification beaucoup plus complexe que celle des signes dits univoques que requiert une logique de l’argumentation. Enfin, le travail même de l’interprétation révèle un dessein profond, celui de vaincre une distance, un éloignement culturel, d’égaler le lecteur à un texte devenu étranger, et ainsi d’incorporer son sens à la compréhension présente qu’un homme peut prendre de lui-même. Il le met en chemin sur une parole perdue solitairement mais retrouvée à plusieurs et polyphoniquement.

Interprétation et compréhension.

Dès lors, l’herméneutique ne saurait rester une technique de spécialistes, celle des interprètes d’oracles, des prodiges car elle met en jeu le problème général de la compréhension et par extension articule de fait un discours ontologique amenant à fonder une analytique de l’existence reposant sur le « comprendre » originel qui caractérise et transit tout l’homme possédé par un sens qu’il lui appartient - comme un héritage - à assumer. Cette liaison de l’interprétation - au sens précis de l’exégèse textuelle - à la compréhension - au sens large de l’intelligence des signes - est attestée par un des sens traditionnels du mot même d’herméneutique, celui qui nous vient d’Aristote ; il est remarquable en effet que chez Aristote l’herménéiane se limite pas à l’allégorie, mais concerne tout discours signifiant ; bien plus, c’est le discours signifiant qui est herménéia, qui « interprête » la réalité, dans la mesure même où il dit quelque chose de quelque chose. Il ya hermenéïa, parce que l’énonciation est une saisie du réel par le moyen d’expressions signifiantes, et non un extrait de soi-disant impressions venues des choses mêmes. Telle est la première et la plus originaire relation entre le concept d’interprétation et celui de compréhension ; elle fait passer les problèmes techniques de l’exégèse textuelle aux problèmes plus généraux de la signification et du langage qui sont les premiers existentiaux d’une analytique de l’être-là.

Herméneutique, école de résolution des conflits.

L’herméneutique comme dépassement des sens au profit du sens, sens qu’il convient à chacun de se réapproprier sera dans cet ordre ce que sera la religion naturelle sur le plan éthique et l’anticipera avec cette évidence que comprendre pour un être humain c’est aussi se transporter dans une autre vie et découvrir les paradoxes de l’historicité comme ceux des vies porteuses de signification. En ce cas la « Lebenswelt » prime sur tout : c’est ce que découvriront selon les modalités de leur foi ces premiers maçons. Toute vie est porteuse de sens et celui-ci ne peut jaillir que parce qu’il est limité, fini et faillible et n’a de porté que dans l’acte infini d’interprétation.

Hiram ou la traversée du miroir. Dernier ajout : samedi 18 septembre 2004. En hommage à Jacques Lacan.

L’un de ses mérites est d’avoir - ce qui est maintenant largement accepté de toutes les écoles de psychiatrie - démontré comment l’inconscient fonctionne comme un langage et par extension toute activité où les mécanismes de la conscience sont mises en sommeil ou plus simplement mises entre parenthèses. Parmi ces activités il convient d’inclure la plupart des activités rituéliques où plus simplement celles qui ne peuvent reposer que sur un Rite lui même mis en œuvre au travers d’un rituel... En vérité et c’est un pléonasme, l’une des fonctions de base de tout rituel est précisément de déconnecter ses officiants de la réalité quotidienne par le jeu de la répétition stricte : récit, cérémonial d’ouverture et de fermeture, élévation puis retour à la normale. C’est à cette condition que l’on peut effectivement sortir du domaine profane pour rentrer dans le monde dit sacré. Mais si l’inconscient est structuré comme un langage, la fameuse formule « çà parle - es spricht disait Freud » alors on comprendra mieux comment la Franc-maçonnerie s’articule autour de ce champ de la parole qu’elle a pour ambition légitime de déployer précisément au delà des consciences, au delà du particularisme des égotismes au profit du lieu où « ça parle » qui est l’oracle de l’Autre. Il faudra d’emblée distinguer comme le fait Lacan (puis Sartre) l’imaginaire du symbolique. Nous pourrions dire aussi « l’Ordre symbolique » ou encore « l’Ordre du symbolique » alors qu’il n’y a pas d’ordre de l’Imaginaire qui reste purement lié à la constitution historique du sujet. C’est sur cette distinction qu’il sera permis de voir l’extraordinaire travail de forclusion (ou refoulement) opéré depuis déjà quelques siècles sur le rôle supposé d’Hiram. Qu’est ce que la forclusion ? Comment la surmonter et pourquoi s’est-elle exercée sur la figure exemplaire d’Hiram ou autrement dit - et de façon plus essentielle -, la Franc-maçonnerie en éludant l’autre dimension d’Hiram a-t-elle effectivement faite sa « traversée du miroir », opération à partir de laquelle précisément le psychanalyste Jacques Lacan a situé le passage crucial de l’imaginaire au symbolique. Et au final à qui profite le crime ?

1- Hiram et les sources bibliques.

Les Constitutions d’Anderson de 1723 soulignent le fait qu’il n’y a pas un mais plusieurs Hiram dans la Bible, dont deux sont en lien avec Salomon et le Temple, mais sans qu’il soit fait la moindre allusion à la mort et au relèvement de l’un ou l’autre de ces Hiram. Dans l’Ancien Testament on peut découvrir, outre un Iram d’Edom (Gn 26, 43 et 1 Ch 1, 54) et un Huram fils de Bèla (l Ch 8, 5), un Hiram (ou Huram) roi de Tyr, ami de David puis de Salomon. Ce Hiram « envoya des messages à David avec du bois de cèdre, des charpentiers et des tailleurs de pierre pour les murs, et ils bâtirent une maison pour David » (2 S 5, 11, et 1 Ch 14, 1). Quand Salomon accède au trône, Hiram roi de Tyr lui envoie des serviteurs pour le féliciter puis du bois de cyprès, du bois de cèdre, du bois de santal, des pierres précieuses et de l’or pour la construction du Temple (l R 5 ; 9, 10-14 ; 10, 11 -12, 22 ; 2 Ch 2, 8, 18, 9, 10, 2 1). Hiram roi de Tyr envoie aussi à Salomon, à la requête de ce dernier, « un spécialiste doué d’intelligence, Huram-Abi, fils d’une femme danite et d’un père tyrien, qui sait travailler l’or, l’argent, le bronze, le fer, la pierre, le bois, la pourpre, le violet, le lin et le carmin, exécuter toute sculpture et réaliser tout projet qui lui sera confié » (2 Ch 2, 12-13). Ici Huram-Abi posséde t de très vastes compétences artisanales mais n’est pas encore ce « maître maçon » de Masonry dissected. On remarquera également encore que le Deuxième Livre des Chroniques 4, 16 ne porte pas Huram-Abi, Huram mon père, mais Huram-Abiv, Huram son père, comme si l’Hiram artisan était deux, le fils, Huram-Abi, polyvalent et le père, Huram-Abiv, plus particulièrement bronzier, de même que l’Hiram de Tyr du Premier Livre des Rois , « fils d’une veuve de la tribu de Nephtali et d’un père tyrien, ouvrier sur bronze [ ... ] plein d’habileté, d’intelligence et de savoir-faire pour tout travail sur bronze »). Un double Hiram, Hiram-Abi aux multiples talents et Hiram-Abiv bronzier, est donc sollicité par le légendaire maçonnique qui, conformément aux interprétations traditionnelles, y voit un seul Hiram (c’est l’objet de la note des Constitutions d’Anderson de 1723, que nous avons citée, lorsqu’elle s’interroge sur cette différence entre « Hiram mon père » et « Hiram son père »). Il est vrai que cette pluralité des Hiram liés au Temple a prêté à de nombreux glissements. Ainsi, la Haggadah explique qu’Hirah, l’ami de Juda, le fils de Joseph (Gn 38, 11), est celui « qui fut appelé plus tard Hiram, roi de Tyr ». De même si le roi de Tyr et le Danite n’y sont pas formellement assimilés l’un à l’autre, les deux reçoivent pourtant de Dieu, comme récompense pour l’excellence de leurs travaux, la grâce d’entrer vivants au paradis. En outre, le roi de Tyr est aussi présenté par le légendaire juif comme un homme qui, poussant l’orgueil jusqu’à vouloir se faire passer pour un dieu, se construisit des cieux artificiels dans lesquels il dominait la terre. En retour, Dieu lui affirma que la seule véritable gloire d’Hiram était d’avoir fourni les cèdres pour le Temple, et que par conséquent Dieu détruirait son Temple en sorte qu’Hirarn ne puisse plus s’en glorifier. Hiram fut alors vaincu par Nabuchodonosor qui le fit lentement mourir en le coupant en petits morceaux. Toutefois, cette amplification de la figure d’Hiram par le légendaire juif n’est sans doute pas la source de celle qu’opère le légendaire maçonnique, notamment parce que ce dernier valorise très positivement Hiram, alors que la Haggadah finit par l’envoyer aux enfers pour blasphème, orgueil et sodomie !... De l’Hiram-Abif des Constitutions de 1723, « Maçon le plus accompli de la Terre », « travailleur divinement inspiré [qui] confirma cette réputation en érigeant le Temple et en fabriquant sur place les objets du culte […] car il était universellement apte à toute espèce de Maçonnerie », à l’Hiram du grade de maître, détenteur assassiné et relevé de la parole perdue, il y a un grand pas qui invite à chercher ailleurs que dans la Bible les sources de l’Hiram-Abif maçonnique.

Hiram et les anciens devoirs.

Les Anciens Devoirs : Noé, Bazalliell et Hiram. La plupart des sources de la légende maçonnique d’Hiram-Abif ne reposent que sur des ressemblances entre certains éléments légendaires, mais ne rejoignent pas l’ensemble de l’économie de la légende. C’est Roger Dachez qui relève une source qui semble assez proche contextuellement : le manuscrit Graham de 1726, catéchisme maçonnique qui présente des parallèles certains avec d’autres écrits du même genre, comme « The whole institutions of free-masons opened » de 1725. Premier récit : Il s’agit d’« un texte de confession chrétienne qui [...] N’hésite pas à manier la typologie » et une symbolique proprement chrétienne. Ainsi la plupart des symboles maçonniques qui y sont mis en oeuvre sont expliqués « en référence » ou « en considération » d’éléments chrétiens : la Trinité, le Christ et ses deux natures, la visite des Mages à la crèche, etc. De même, les vrais et bons constructeurs sont opposés à ceux qui construisirent la tour de Babel par orgueil, insultant de cette manière la Divinité. Le texte s’achève sur trois récits successifs, que les maçons possèdent « par tradition et aussi par référence à l’Écriture ». Sem, Cham et Japhet, les trois fils de Noé, se rendent à la tombe de leur père pour tenter d’y découvrir quelque chose à son sujet, qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur... Ces trois hommes étaient déjà convenus que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret.
Arrivés à la tombe, ils ne trouvent rien d’autre que le corps de leur père, corrompu, et dont la main et l’avant-bras se détachent en morceau ; ils le relèvent alors « en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos », selon la méthode que l’on apprend plus loin être celle des « cinq points des compagnons francs-maçons », et qui sont mis en correspondance avec « cinq origines, une divine et quatre temporelles » : le Christ, Pierre, Moïse, Bazalliell et Hiram. Ils s’écrient alors : « Marrow in this bone (moelle dans cet os) », qui n’est pas sans analogie phonétique avec certaines des variantes du Mac-Benah hiramique. Deuxième récit : Il suit immédiatement celui des trois fils de Noé, rapporte l’histoire de Bazalliell qui, sous le règne du roi Alboyne (ou Alboyin), « sut par inspiration que les titres secrets et les attributs principiels de Dieu étaient protecteurs, et il bâtit en s’appuyant dessus ». Sa renommée s’étendit tant que les deux plus jeunes frères du roi voulurent être instruits par lui, ce à quoi il consentit à la condition qu’ils ne révélassent pas ses secrets sans qu’un troisième fût là pour joindre sa voix à la leur. A sa mort, conformément à sa volonté, il fut enterré dans la vallée de Josaphat par les deux princes qui gravèrent sur sa tombe : Ci-gît la fleur de la maçonnerie, supérieure à beaucoup d’autres, compagnon d’un roi et frère de deux princes. Ci-gît le cœur qui sut garder tous les secrets, la langue qui ne les a jamais révélés. Et l’on crut alors « que les secrets de la maçonnerie étaient complètement perdus parce qu’on n’en entendait plus parler ». Troisième récit : Il prend place pendant la construction du Temple de Salomon et met en scène le bronzier Hiram de Tyr du Premier Livre des Rois 7 dont les versets 13 et 14 sont cités quasiment littéralement : Cela dit, nous lisons au Premier Livre des Rois, chapitre 7, verset 13, que Salomon envoya chercher Hiram à Tyr. C’était le fils d’une veuve de la tribu de Nephtali et son père était un Tyrien qui travaillait le bronze. Hiram était rempli de sagesse et d’habileté pour faire toutes sortes d’ouvrages de bronze. Il vint auprès du roi Salomon et lui consacra tout son travail. Ce Hiram, « rempli de sagesse », ayant reçu l’inspiration divine à l’instar de Salomon et Bazalliell, « bon maître » et surveillant « le plus sage de la terre », résout une querelle de salaires entre manœuvres et maçons en donnant aux seconds « un signe » que les premiers n’ont pas. Ces trois récits successifs présentent d’étonnantes similitudes avec la légende d’Hiram telle que rapportée par Masonry dissected : non seulement Hiram y est présent conjoignant les caractéristiques du bronzier des Livres des Rois et de l’artisan expert des Livres des Chroniques, particulièrement auprès des maçons, mais encore nous avons le récit d’un relèvement en cinq points (pour la première fois attesté dans un document maçonnique) d’un cadavre corrompu, la mention d’un secret perdu à la suite d’une mort et que ses chercheurs s’entendent à substituer s’ils ne le découvraient pas, une formule en M. B. liée à cette substitution, l’obligation de garder un secret. Simplement, pour ces derniers éléments, ce n’est pas Hiram qui en est le porteur, mais Noé puis Salomon. Tout se passe donc comme si les maçons de la Grande Loge de Londres, auxquels se rapportent Masonry dissected, avaient superposé les trois récits du Graham (dont au moins deux, celui de Noé et celui de l’Hiram biblique, sont connus des Anciens Devoirs) pour les fondre dans une nouvelle légende, celle d’Hiram-Abif. Dans cette ligne, les Constitutions de 1738 amplifient elles aussi, par rapport à la version de 1723, leur récit concernant Hiram et elles ajoutent : [ ... ] En l’absence de Salomon (Hiram Abif) était en Chaire en tant que Député Grand Maître, et en sa présence était Premier Grand Surveillant ou principal Inspecteur et Maître d’Ouvrage. Mais bien qu’HIRAM ABIF ait été Tyrien par le sang, cela ne modifie en rien ses énormes capacités ; car les Tyriens étaient alors les meilleurs Artisans, grâce aux encouragements du roi HIRAM ; et ces textes [des Rois et des Chroniques] attestent que Dieu avait donné sagesse, intelligence et habileté mécanique à cet HIRAM ABIF pour accomplir tout ce que demanda SALOMON, non seulement en construisant le TEMPLE dans sa magnificence coûteuse, mais aussi en fondant, façonnant et créant tous les saints accessoires, selon la Géométrie, et pour découvrir tout ce qui lui sera présenté ! Et les Écritures nous assurent qu’il soutint sa réputation en des travaux plus importants que ceux de Aholia et Bezaleel, ce pour quoi les Loges l’honoreront jusqu’à la fin des temps. [... Le Temple] fut achevé dans le court délai de 7 Ans et 6 Mois, au grand Etonnement du Monde, quand les Frères célébrèrent la pose de la dernière pierre. Mais leur Joie fut bientôt interrompue par la mort soudaine de leur cher Maître HIRAM ABIF, qu’ils enterrèrent décemment dans la Loge près du Temple selon l’usage ancien. Ce texte de la nouvelle version des Constitutions officielles de la Grande Loge de Londres ne reprend pas la totalité de la légende rituelle pratiquée par des maçons de cette même Grande Loge depuis plus de dix ans et ceci se comprend si l’on prend en considération le fait que les rituels devaient rester secrets alors que les constitutions étaient aisément accessibles au lectorat non maçon. En outre, fut annexée à cette édition des Constitutions une Défense de la maçonnerie, publiée en l’an 1730, à l’occasion d’un pamphlet intitulé Dissection de la maçonnerie et signée du pseudonyme Euclide. Cette défense, loin de réfuter la légende hiramique de Masonry dissected, entend au contraire la confirmer en convoquant le récit virgilien de l’invocation d’Anchise par Énée et de la découverte du corps de Polydore par Énée, ainsi qu’en évoquant l’usage oriental de l’acacia pour l’embaumement des morts. Cette approbation plus qu’implicite du récit de Prichard explique donc que l’évocation d’Hiram par les Constitutions de 1738 rappelle certains éléments de cette légende : Hiram-Abif meurt avant la fin de la construction (ce qui n’apparaît pas dans la Bible), il est enterré décemment (près du Temple cependant, alors que Masonry dissected disait « dans le Saint des Saints »). Plus globalement, sa figure est plus dominante encore que dans les Constitutions de 1723, puisque le roi Hiram qui était dans ces dernières « grand maître de la loge de Tyr » n’apparaît plus comme tel dans l’énumération des fonctions hiérarchiques maçonniques. Enfin, on aura remarqué dans les Constitutions de 1738 la présence d’un certain constructeurs Bezaleel qui pourrait bien être le Bazalliell du manuscrit Graham, qui renverrait alors au Beçalel (nom qui signifie « à l’ombre de Dieu ») artisan expérimenté du Tabernacle et de ses accessoires, de l’Arche et de ses ornements, et des vêtements sacerdotaux, doté de la sagesse divine, versé dans la Torah, le Talmud et la science des lettres, ancêtre de Salomon et compagnon d’Oholiav (le Aholia des Constitutions de 1738 et, peut-être, le Alboyn du Graham) avec lequel il a contemplé sur le Sinaï le sanctuaire céleste. La description qu’en donne la Bible peut aisément expliquer qu’une assimilation se soit faite entre Beçalel et l’Hiram du Temple : Le Seigneur adressa la parole à Moïse : « Vois : j’ai appelé par son nom Beçalel, fils d’Ouri, fils de Hour, de la tribu de Juda. Je l’ai rempli de l’esprit de Dieu pour qu’il ait sagesse, intelligence, connaissance et savoir-faire universel ; création artistique, travail de l’or, de l’argent, du bronze, ciselure des pierres de garniture, sculpture sur bois et toutes sortes de travaux. De plus, j’ai mis près de lui Oholiav, fils d’Ahisamak, de la tribu de Dan, et j’ai mis la sagesse dans le cœur de chaque sage pour qu’ils fassent tout ce que je t’ai ordonné : la tente de la rencontre, l’arche pour la charte, le propitiatoire qui est au-dessus, tous les accessoires de la tente, la table et ses accessoires, le chandelier pur et tous ses accessoires, l’autel du parfum, l’autel de l’holocauste et tous ses accessoires, la cuve et son support, les vêtements liturgiques, les vêtements sacrés pour le prêtre Aaron, les vêtements que porteront ses fils pour exercer le sacerdoce, l’huile d’onction, le parfum à brûler pour le sanctuaire. Ils feront exactement comme je te l’ai ordonné ». (Ex 3 1, 1 -11 cf. 36-39.). Si l’on rapproche cette description biblique de Beçalel de celle d’Hiram dans le Deuxième Livre des Chroniques 2, 12-13 : Je t’envoie donc maintenant un spécialiste doué d’intelligence, Huram-Abi, fils d’une femme danite et d’un père tyrien, qui sait travailler l’or, l’argent, le bronze, le fer, la pierre, le bois, la pourpre, le violet, le lin et le carmin, exécuter toute sculpture et réaliser tout projet qui lui sera confié on comprend que le Graham puisse considérer qu’« Hiram avait reçu une inspiration divine, tout comme le sage roi Salomon ou encore le saint Betsaléel » (n’oublions pas que 1 R 7, 13, précise qu’il est « rempli de sagesse, plenum sapientia, filled with wisdom »). Ainsi, entre 1723, première mention d’Hiram-Abif dans un texte maçonnique, les Constitutions, qui ne connaît encore que deux grades, apprenti (apprentice) et compagnon (fellow), et 1730, où, dans Masonry dissected, se rencontre, associés, une légende maçonnique achevée d’Hiram et l’attestation d’un troisième grade, le maître, la maçonnerie anglaise a donc vu émerger ensemble le troisième grade et la légende hiramique.

4- Les tribulations d’Hiram au REAA

« Pour les auteurs des grades de vengeance, le meurtre d’Hiram est […] Un roman dont la Freemasomy n’a pas donné la conclusion ; ils se chargent d’écrire les derniers chapitres et ils les bourrent de détails pittoresques ». René Le Forestier. Comme nous l’avons déjà expliqué, l’interdit maçonnique sur la véritable nature d’Hiram a amené celle-ci à suppléer au manque du symbolique (la forclusion) par un trop plein d’imaginaire où la fantaisie le dispute au besoin de justifier une trame romanesque particulièrement dépareillée. De fait l’interdit sur Hiram au troisième degré justifia ultérieurement les dits « Hauts Grades » qui n’ont en réalité que leur grandiloquence comme seule hauteur mais c’est bien connu on ne tombe jamais plus bas que de la hauteur de son séant ! Le rôle posthume et la place accordée à Hiram est importante au Rite écossais Ancien et Accepté et se dégage donc comme suit :
Le quatrième grade, maître secret, où s’opère le remplacement du défunt Hiram par sept élus, dont Adoniram ;
Le cinquième grade, maître parfait, où le tombeau d’Hiram, construit par Adoniram, est décrit et où le mot originel, « Jéhovah », est retrouvé ;
Le septième grade, prévôt et juge ou maître irlandais, où il est question de la cassette d’ébène contenant les plans du temple de Salomon et le cœur d’Hiram ;
Le neuvième grade, maître élu des Neuf, qui rapporte le châtiment, sur ordre de Salomon, par les neuf frères fidèles, d’Abiram, l’un des trois compagnons meurtriers d’Hiram ;
Le dixième grade, illustre élu des Quinze, qui relate l’exécution par quinze fidèles des deux derniers meurtriers d’ Hiram ;
Le onzième grade, sublime chevalier élu, où douze des quinze élus qui ont vengé Hiram sont, en récompense, choisis pour siéger au grand chapitre ;
Le quatorzième grade, grand élu, élu parfait ou grand écossais de la voûte sacrée, où l’on apprend qu’à la mort d’Hiram Salomon changea le mot de la maîtrise et en confia la garde aux élus parfaits qui le gravèrent sur une lame d’or dans un souterrain (la voûte sacrée) ;
Le vingt-troisième grade, chef du Tabernacle, où le récipiendaire, gardien de l’Arche d’Alliance, est considéré être le fils d’Hiram - le mot sacré, comme au cinquième grade, est« Jéhovah » ;
Le vingt-quatrième grade, prince du Tabernacle, où le récipiendaire doit assurer qu’il n’a pas participé à l’assassinat d’Hiram.
Le trentième grade, grand élu chevalier kadosh ou chevalier de l’aigle blanc et noir, l’un des plus célèbres des grades de vengeance qui, cette fois, concerne les Templiers et non pas Hiram, mais où parfois Hiram a été substitué à Jacques de Molay. On notera d’ailleurs qu’au trente-troisième et dernier degré du rite écossais ancien et accepté, souverain grand inspecteur, lié à celui de kadosh que le candidat doit avoir reçu, l’échange des mots de passe débute ainsi : Le Souverain demande :

Êtes-vous grand souverain grand inspecteur général ? L’inspecteur. - Très puissant souverain, ma vertu, mon courage et mon zèle m’ont fait parvenir à cet éminent grade. Le Souverain. - Comment puis-je connaître que vous êtes souverain grand inspecteur général ? L’inspecteur. - En vous donnant les mots de passe. Le Souverain.- Commencez. L’inspecteur. - Jacques de Molay. Le Souverain. - Hiram abif !...

Hiram et Jacques de Molay, associés l’un et l’autre au temple de Salomon, le sont donc parfois dans les rituels maçonniques liés au Temple et développant une thématique de la vengeance du maître. Mais de résurrection de l’individu Hiram, et de Jésus, point. Toutefois, René Le Forestier signale un grade écossais d’architecte qui « faisait d’Hiram le type de l’homme adorant le Seigneur et le modèle dont les maçons écossais devaient suivre l’exemple ». Le récipiendaire de ce grade ingérait une « portion mystique » composée de lait, d’huile, de vin et de farine, et qui représentait le cœur d’Hiram, ce qui n’est pas sans suggérer une sorte de communion à un Hiram/Jésus, d’autant plus que Le Régulateur du maçon indique qu’au grade d’écossais, cette mixture se retrouve, associée à une pierre cubique, à un pain et à une coupe de vin.

On ne meurt qu’une fois ! La passion d’Hiram : le double meurtre. Comment l’articulation centrale de toute la Franc-maçonnerie est aujourd’hui mise en question : Qui est Hiram ? « LA FORME DE LA LOGE EST UN CARRE LONG - Pourquoi ? - DE LA FORME DE LA TOMBE DU MAITRE HIRAM... » (Wilkinson). Hiram est la clef de voute de toute l’économie symbolique de la Franc-maçonnerie, son alpha et oméga. Il convient donc de s’interroger sur sa place dans l’ensemble des rituels, de son exégèse herméneutique et de ses rapports avec les autres institutions avec lesquelles la Franc-maçonnerie entretient des relations parfois ambigües, notamment l’Eglise chrétienne. Derrière Hiram se profile l’interprétation et le rôle joué par Jésus au sein du rite. A cet égard on ne peut que souligner comment certains silences ont disent plus et ont une valeur d’insistance lourde de sens. Trois lieux symboliques marquent cette présence voilée d’Hiram-Jésus-Christ : Hiram d’abord au grade de la maitrise, puis la symbolique du Temple et de ses deux colonnes, identifié à Jésus-Christ et enfin le rôle joué par le grade de Rose-Croix emprunté aux mouvements du même nom qui évoluaient dans l’orbite de la réforme luthérienne au XVIIème siècle. Résumé exotérique : au départ, un fait divers biblique : l’assassinat crapuleux d’un architecte fameux par trois ouvriers félons, l’histoire universelle du disciple qui veut connaître par tous les moyens les secrets du maître. La Bible se souvient d’Hiram de Tyr et du roi Salomon, qui fait construire le Temple de Jérusalem, chantier titanesque aux parfaites proportions, dix siècles avant notre ère. Les maçons s’approprient cette légende au XVIIIe siècle et en font la trame de l’initiation au grade de maître. Le récit maçonnique conte que trois compagnons souhaitant s’approprier les secrets du maître l’attirent dans un guet-apens et le tuent. Pour dissimuler leur forfait, ils l’enterrent et, à l’endroit de la sépulture, plantent une branche d’acacia grâce à laquelle le corps du maître sera retrouvé. Ce drame se réitère chaque fois que le temps mythique est évoqué dans une loge au cours d’une tenue maçonnique au grade de maître. Les trois « mauvais compagnons » représentent l’Ignorance, le Fanatisme et l’Ambition. Le futur maître, assimilé à l’architecte de Salomon, est couché dans un cercueil, recouvert d’un drap noir et, fidèlement au mythe, une branche d’acacia recouvre le linceul. Comme dans toutes les parousies, la résurrection s’apparente à la naissance d’un nouvel homme. « Mak Benah ! » se souvient-il désormais. Le secret d’Hiram était « Jéhovah », la « parole perdue ». Les maçons partis à la recherche du maître remplacèrent ce mot par « Mak Benah ! » ou « Mac Benac ! », expression qu’ils lancèrent lorsqu’ils retrouvèrent le corps et qui se traduit par « La chair quitte les os ! ». Le nouveau Maitre doit alors chercher la parole perdue à l’origine du sens qui gouverne (logos) le monde. Aperçus ésotériques : l’illustration jointe à cet article donne déjà une indication. « Le Christ de Saint Jean de la Croix » peint en 1951 par le très génial et excellentissime Salvator Dali est l’un des chef d’oeuvre de l’humanité. Il s’agit d’une représentation originale du Christ surplombant le port de Lligat. La grandeur de cette toile tient dans la perfection de la construction géométrique obtenue par l’application des lois de la divine proportion de Luca Pacioli. Construite à partir des figures géométriques du triangle et du cercle, elle fait référence à la Trinité mais aussi à la philosophie de Platon. C’est à la lecture de la pensée platonicienne connue de Dali, qui pose que les mathématiques en raison de leur caractère universel sont les créations humaines qui reflètent le plus les vérités métaphysiques, que se lit cette allégorie. Peinte de façon à ce que le sommet du crâne du Christ soit visible et plaçant par conséquent les hommes et le fils de Dieu sur un même plan d’égalité, l’œuvre incite le spectateur à se rapprocher de la vérité. Plus généralement, elle l’encourageait à chercher le sens de la vie et de la mort dont la solution était jusque-là réservée à Dieu et Jésus-Christ. C’est parce qu’ils voyaient dans cette représentation un blasphème, que les chrétiens « moralistes » s’indignèrent. Un dément ira même après que l’œuvre soit acquise par la « Glasgow Art Gallery » jusqu’à la lacérer violemment. Le carré long évoqué en introduction est évidemment une allusion à la Croix-Tombeau elle même figurée au sol par les trois pas en équerre de l’apprenti qui ne font que préfigurer les trois grands coups des trois agresseurs d’Hiram à savoir Hérode, Pilate et le Grand Prêtre Caïphe sur la personne du Messie Davidique Jésus appelé à devenir Christos. Comme nous aurons à le développer dans notre cahier spécial sur Hiram, à trop vouloir faire l’ange on finit par faire la bête, à trop vouloir faire défiler la totalité du panthéon de la mythologie antique sous le masque d’Hiram on a sans doute fini par le tuer de la façon la plus radicale qui soit : par le ridicule de ses chantres ignorants (l’école fut ouverte par Goblet d’Alviella). On a pu ainsi voir derrière Hiram : Dionysos, Isis-Osiris, Déméter-Perséphone, Hercule, Prométhée etc. Sauf bien entendu l’essentiel qu’il convenait de voir ! De fait en réduisant Hiram à ce qu’il n’était pas - à savoir un mythe - on ne pouvait que le réduire de la sorte - ou le dissoudre - au titre des grandes figures de l’épopée humaine. Triste privilège… ! On s’autorisait dès lors à vouloir prolonger ce mythe et comme l’a si bien montré Claude Levi-Strauss à « bricoler » autour de celui-ci et en faire l’épigone d’une saga qui ne renie en rien à nos séries « people » du petit écran avec ses innombrables personnages : héros vengeurs, domesticité d’un secrétaire intime, chevaliers errants, personnage de légende comme Jacques de Molay ! En réalité Hiram n’a aucun rapport avec ce bric à brac de pacotille : Hiram n’est que l’autre nom voilé (Véronique) d’une figure rendue explicite à celui qui en découvre les mystères. Avec le rituel du « relèvement » les maçons écossais l’avaient bien compris. On ne fait pas ressusciter Hiram qui reste bel et bien - et définitivement - au royaume des morts mais on substitue au tombeau vide un nouveau récipiendaire qui aura à vivre l’accomplissement de la typologie biblique. Il y donc bien une deuxième mort d’Hiram : celle qui est perpétrée par l’oubli de son sens véritable qui est le degré « zéro » de tout symbolisme, le point en deçà duquel tout bascule dans l’insensé, l’avant « big bang », il y a en effet meurtre lorsque l’on ne sait plus lire et encore moins interpréter la portée ontologique de cet épisode qui ne se situe pas avant les religions mais au contraire après les différents messages des religions positives, laïques ou universelles. A n’en faire comme certains qu’un proto-héros, une figure morale ou la matrice à l’origine des religions on s’ôte définitivement tous moyens pour pouvoir réfléchir sur le sens et la portée de l’événement symbolique et on est condamné à revivre la répétition de cet oubli : Sisyphe roulant éternellement sa pierre brute !... Dans le cas contraire il y aura : « un ciel nouveau, une terre nouvelle - car le premier ciel et la première terre ont disparu, et de mer, il n’y en a plus » Apocalypse de St-Jean. C’est ce que nous allons maintenant voir en détails. HIRAM ET LA TRAVERSEE DU MIROIR et aussi Dumfries No 4 : Temple et peuple de Dieu. Le stade du miroir et la constitution du sujet matériaux de travail pour servir d’éclairage au rôle d’Hiram-Jésus comme lieu du signifiant. Le stade du miroir et les travaux de Jacques Lacan.

  • Etude clinique, pré maturation et schéma corporel.

Bien que cette conception du stade du miroir ait été introduite au Congrès de Marienbad, dès 1936, ce n’est que treize ans plus tard, en 1949, qu’elle recevra sa formulation définitive, au Congrès de Zurich. Il s’agit de montrer l’importance de ce stade du miroir, par la lumière qu’il projette -sur « la formation du je dans l’expérience que nous en donne la psychanalyse ». Pour souligner le caractère radical de cette découverte, Lacan précise qu’elle s’oppose à toute « philosophie issue directement du cogito ». Il montrera que l’homme n’est pas maître de l’ordre du signifiant, mais que c’est bien plutôt cet ordre qui le constitue en tant qu’homme, que celui-ci est perpétuellement décentré au profit d’un monde qui lui échappe et le transit tout entier, comme Freud l’avait déjà montré dans ces deux livres si négligés, la Psychopathologie de la vie quotidienne et le Mot d’esprit. L’affirmation que dans l’homme, « ça parle », que « l’inconscient est le discours de l’Autre » semble déjà préfigurée dans cette critique radicale du cogito. Dans les Structures élémentaires de la parenté, Claude Lévi-Strauss montrera, à son tour, que l’homme est bien plutôt porté par cet ordre du signifiant qui s’incarne dans le structures inconscientes, qu’il ne les a réellement créées. On comprend la référence, que l’on trouve dans les écrits de Lacan, aux œuvres de Lévi-Strauss. Très souvent celui-ci, sur le plan collectif des structures sociales, fait l’expérience d’une même vérité, celle que la psychanalyse découvre à chaque instant dans l’inconscient du sujet. Avant de comprendre la signification précise de cette phase du miroir, il nous faut en restituer la dialectique vivante. Plusieurs approches sont sans doute possibles. L’angoisse et la terreur panique d’un schizophrène, cherchant désespérément, face à un miroir, à retrouver l’unité de son corps morcelé, le malaise qu’engendre chez un enfant psychotique la vue de son image et la saisie du regard de l’Autre dans le miroir, les fantasmes qui entourent ce corps morcelé, et qui surgissent lorsque l’analyse atteint un degré de déstructuration suffisamment profond, en sont autant de signes et d’approches. La plus immédiate consiste à étudier le comportement d’un enfant face à ce miroir. Une image semble avoir très tôt marqué Lacan dans cette découverte : celle d’une petite fille nue se regardant dans un miroir et indiquant de sa main, son manque phallique. Placé face à un miroir, un enfant de l’âge de six mois réagit à la vue de son image par une mimique jubilatoire. Il esquisse une série de gestes vers cette image, qui trahissent l’importance qu’elle a pour lui. « Il éprouve, écrit Lacan, ludiquement la relation des mouvements assumés de l’image à son environnement reflété, et de ce complexe virtuel à la réalité qu’il redouble, soit à son propre corps et aux côtés ». Cette activité, si l’on en croit Baldwin, peut se produire depuis l’âge de six mois. Lacan souligne que l’expérience du stade du miroir conserve tout son sens, jusqu’à l’âge de dix-huit mois. Elle révèle un dynamisme libidinal resté inaperçu jusqu’à l’étude de ce stade. On trouve sans aucun doute, dans la théorie freudienne de nombreux points qui rendent possible un tel développement : l’étude du narcissisme, « de l’Ichspaltung », de l’imago et de la paranoïa par exemple. Il semble bien que ce soit de ce dernier point que soit parti Lacan, comme l’indique la référence à sa thèse sur la psychose paranoïaque. Aussi cette présentation du stade du miroir est-elle ordonnée autour du problème de l’identification. Il y suffit de comprendre le stade du miroir comme une identification, au sens plein que l’analyse donne à ce terme : à savoir la transformation produite chez le sujet, quand il assume une image - dont la prédestination à cet effet de phase est suffisamment indiquée par l’usage, dans la théorie du terme antique d’imago. Ainsi compris, le stade du miroir sera aussi l’expérience d’une identification fondamentale et la conquête d’une image, celle du corps, qui structure le moi ou plutôt le « je », avant que le sujet ne s’engage dans la dialectique de l’identification à autrui par la médiation du langage. Le stade du miroir est vécu comme une dialectique temporelle qui structure l’histoire de l’individu. C’est un drame qui voit l’image anticipée du corps comme totalité remplacer l’angoisse du corps morcelé. Il semble que l’enfant n’ait pas primitivement l’expérience de son corps comme d’une totalité unifiée. Il le perçoit au contraire comme dispersion de tous ses membres, d’où le nom de « fantasme du corps morcelé ». L’existence de ce fantasme peut d’ailleurs être reconnue dans plusieurs psychoses dont la schizophrénie. Il apparaît aussi dès que l’analyse atteint un niveau de désintégration agressive de l’individu.

« Il apparaît alors sous formes de membres disjoints et de ces organes figurés en exoscopie, qui s’ailent et s’arment pour les persécutions intestines, qu’à jamais a fixées par la peinture le visionnaire Jérôme Bosch, dans leur montée au XV siècle au zénith imaginaire de l’homme moderne ». Dans le scénario du rêve, la formation du « je » serai représentée par des symboles caractéristiques. Il s’agit par exemple d’un camp retranché, d’un stade, d’une enceinte u encore d’un château. Il faut donc admettre que l’unité du corps n’est pas première, mais l’aboutissement d’une longue conquête. Ce qui semble être premier, par contre, c’est l’angoisse du corps morcelé. La fonction du miroir et de la phase qui s’y rattache sera de mettre fin à cette dispersion panique, en intégrant l’enfant dans une dialectique qui le constituera comme sujet. Le stade du miroir peut se décomposer en trois étapes fondamentales, dont nous rappelons les lignes principales. Dans un premier moment l’enfant perçoit le reflet du miroir comme un être réel qu’il tente de saisir ou d’approcher. Il réagit à cette image par une mimique jubilatoire, mais tout semble indiquer que cette présence du miroir, cette image qui est la sienne, est reconnue comme étant celle d’un autre et qu’inversement l’image de l’autre est perçue comme celle de son propre corps. L’enfant va comprendre dans un second moment que l’autre du miroir n’est qu’une image et non un être réel. Il ne cherche plus à saisir l’image, à chercher l’autre derrière le miroir, car il sait à présent qu’il n’y a rien. La troisième étape sera marquée par la reconnaissance non seulement de l’autre comme image, mais aussi de l’autre comme étant son image. L’enfant sait à présent que le reflet du miroir est une image et que cette image est la sienne. C’est à travers cette dialectique de l’être et de l’apparence que s’effectue la conquête de l’identité du sujet par l’image totale anticipant de l’unité de son corps. Cette image totale du corps s’avère donc structurante pour l’identité du sujet, par l’intermédiaire du corps propre. Aussi Lacan écrit-il : « La fonction du stade du miroir s’avère pour nous dès lors comme un cas particulier de la fonction de l’imago, qui est d’établir une relation de l’organisme à sa réalité - ou, comme on dit - de l’lnnerwelt à l’Umwelt ».

Lacan, dans sa communication du Congrès de Zurich, désigne cette forme par le terme de « Je-idéal », traduction assez étrange et peu justifiée de l’ldeal-lch de Freud. Il est vrai qu’il ne la reprendra plus par la suite. Il faudrait voir dans cette identification première du stade du miroir, la souche de toutes les identifications secondaires du sujet. Nous indiquerons brièvement les développements possibles de cette conception dans deux directions différentes : la théorie lacanienne de l’agressivité et l’approche nouvelle des psychoses infantiles tentée à sa suite. Le stade du miroir montre que la construction du sujet, n’est pas l’aboutissement d’un acte de pure aperception, mais nécessite comme intermédiaire l’image du corps. Par là, c’est toute la tradition du cartésianisme, de Maine de Biran à Husserl, qui se trouve repoussée en bloc. La structure visuelle de la reconnaissance est incontestablement prévalente. L’identification à cette forme première va constituer ce nœud imaginaire que la psychanalyse s’efforce de comprendre sous le nom de narcissisme.  Le corps réintégré ou l’Homme total : l’Adam Kadmo.

Source : www.ledifice.net

Commentaire : un texte très intéressant mais qui n’engage que son auteur !

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Voyage dans le Rite d’élévation au 3ème Degré Symbolique

2 Septembre 2013 , Rédigé par N\ F\ Publié dans #Planches

T\ R\ M\, et vous tous VV\ MM\ SS\ et FF\ en vos grades et qualités,

J’ai choisi de visiter le Rituel d’élévation au 3ème degré Symbolique et de relater autant se faire que peut, mon « vécu » Maçonnique.
D’emblée, je tiens à signaler que de ce qui suivra, je n’ai aucune prétention de vouloir remettre en cause le Rituel. Je me pose simplement des questions auxquelles je vais essayer de répondre.
Je vais simplement essayer d’exprimer mon ressenti devant la cérémonie d’Exaltation à la Maîtrise construite autour du mythe d’Hiram.
Je suis conscient que ce Rituel soit basé sur une légende.

Pour définir ce qu’est une légende, je citerais notre T\ Ill\ F\ Bayard qui dit : « une légende, par son caractère humain, reflète une mort initiatique volontairement occulté mais qui en marque les valeurs éternelles ». La légende d’Hiram est le récit mythique fondateur de la F\ M\. Alors, comme tout récit mythique, celui-ci s’adresse à l’intuition de chaque Frère et son enseignement doit être compris sur le mode paraboles. Notons au passage qu’étant une légende, c’est la raison pour laquelle le Mythe d’Hiram n’est pas décrit de la même façon suivant les Rites ; que le récit de cette mort et son exposition diffèrent. Au Rite Français, les outils et les endroits du corps atteint par les coups sont différents. Le récipiendaire assiste en simple spectateur tandis qu’au REAA, il participe. Pour ma part, je débattrais du mythe suivant le REAA que je connais le mieux.
Je vais commencer par un bref aperçu sur l’existence du 3ème degré, de l’insertion du mythe d’Hiram :
A quand remonte l’origine du 3ème Degré et l’insertion du mythe d’Hiram ?
Dans les temps anciens où la Loge était uniquement opérative, il n’existait qu’un seul degré, celui de Compagnon (fellow-craft). Puis par la suite, au fur et à mesure que les LL\ « acceptèrent » des maçons n’appartenant pas à la corporation des bâtisseurs, apparaît le grade « d’apprenti enregistré ». Et comme toute assemblée de personnes, il a fallu un dirigeant. Apprentis et Compagnons travaillèrent en Loge sous la direction d’un Maître. Par Maître, il fallait désigner uniquement une fonction réservée à un ancien surveillant. Il faut préciser qu’à ses débuts, le grade de M\ ne faisait aucune allusion à une quelconque mise en scène symbolique faisant ressusciter Hiram en la personne du nouveau maître. C’était en quelque sorte une fonction réservée aux chefs enseignants. Un mythe, part, généralement d’une base historique. Le fait générateur est alors modifié dans une perspective morale, jusqu’à être transformé en une portée symbolique. Le mythe est l’expression subjective la plus adaptée possible pour permettre la transmission d’une morale de manière atemporelle, malgré un vocabulaire, une culture dans lesquels cet enseignement va devoir se propager. Au fil du temps, comme tout processus initiatique commençant par la mort du néophyte, il ne restait plus qu’à trouver le héros mythique qui l’incarnerait. C’est là que nos anciens ont fait appel à Hiram. L’origine d’insertion de cette légende est un peu confuse. Certains historiens la font remonter entre les années 1720-1730. Qu’importe…
Que dit donc ce mythe ?
C’est la légende du plus grand des Maîtres qui se fait assassiner, déporter et enterrer pour avoir refusé de dévoiler les mots sacrés des Maîtres à ses assassins.
La légende dit qu’il fut touché par 3 coups, le dernier étant celui qui l’acheva.
Ses assassins seraient 3 de ses Compagnons , qui sentaient la fin du chantier arriver et ne souhaitaient plus attendre de faire leur temps pour être des égaux aux MM\.
L’élévation à la Maîtrise n’est que la mise en scène de cet assassinat.
Lors de mon exaltation à la maîtrise, pendant la mise en scène, l’on a demandé au néophyte que j’étais de montrer ses gants et son tablier afin de les examiner. Il a été conclu que mes gants et mon tablier étaient pures et que j’étais alors innocent. Mes alibis sont-ils vraiment fondés ? Les preuves de mon innocence sont assez légères : mes décors sont blancs, mais cela ne prouve rien. Sachant que Hiram a été assassiné de 3 coups portés par 3 outils différents, pourquoi n’a t’on pas demandé mes outils pour savoir s’ils n’étaient pas maculés de sang. L’une des preuves également de mon innocence était que j’avais enjambé le cadavre sans frémir. Léger non, comme argument ! Je me pose donc la question à savoir comment savait-on que c’était des Compagnons. Le Rituel y répond (et je cite) : « Par les outils abandonnés près du corps et par la position de celui-ci » (fin de citation). Les maîtres arrivés à la sépulture le reconnaissent grâce au compas et l’équerre disposés respectivement au pied et à la tête du corps. Un peu étonnant de confirmer que ce meurtre est commis par des Compagnons lorsque l’on sait que le Maître, par excellence, a acquis les connaissances qui lui permettent d’utiliser tous les outils qui lui ont été confiés jusqu’à présent. Et que ces outils ne sont pas la « propriété » d’un degré spécifique. Un Maître aurait pu être alors l’assassin. La sépulture est retrouvée également grâce à une branche d’Acacia. Est-ce le fruit d’un hasard ou devons-nous prendre ceci comme un repère Maçonnique? C’est tout de même troublant pour des Comp Comp\ que de repérer l’endroit à l’aide de cette branche qui est l’apanage des Maîtres. Ensuite, un assassin pour ne pas se faire prendre n’aurait laissé aucun indice susceptible de le nuire. Et encore une fois, comment peut-on être si sûr que ceci est le fait de Compagnons, et non d'Apprentis, de MM\ ou tout simplement d’illustres inconnus à la seule vue des outils et de l’Acacia ? Et encore, 9 MM\ vont à la recherche du cadavre. Je me demande donc comment cela se fait-il qu’aucun de ces MM\ ne connaît le Mot. D’après certains écrits, il semblerait qu’ils ne connaissaient que l’aspect extérieur, et non pas le vrai sens. Mais pourquoi Hiram avait-il gardé la véritable parole à lui seul ? Ne faisait-il pas confiance à ses pairs ? Peut-être voulait-il garder la Lumière à lui-seul et que donc aucun autre Maît\ ne connaissait le mot ! Dans ce cas, la véritable parole était par définition obsolète puisque Hiram était le seul à la connaître. Hiram était le Maître par excellence. Il était reconnu pour sa Sagesse. Alors chose étrange, les Maîtres étaient tout d’un coup si peu sûrs d’Hiram qu’ils envisagèrent sa trahison, c’est pourquoi ils changèrent les signes et mots. Cela suppose donc que les maîtres connaissaient le Mot Originel. Ce qui contredit l’ignorance de ces MM\ puisque pour changer, il faut posséder le mot originel. Je ne comprends donc pas comment la perte d’un mot empêche de retrouver les secrets véritables des maîtres, cela aurait été possible à la rigueur si l’on se disait que n’ayant pas le mot de maître, l’on ne pouvait pas accéder aux degrés supérieurs et pourtant, à l’époque, il n’y avait que 3 degrés. Et mis à part Hiram, il y avait certainement d’autres maîtres aussi qualifié, l’un d’entre eux aurait pu prendre la relève ! Cependant, toute cette mise en scène spécifique à chaque rite n’est donc pas à prendre au sens littéral, mais plutôt, essayer d’en dégager les perceptions. Hiram renaît-il vraiment ? A mon humble avis, Hiram ne renaît pas, c’est un nouveau maître qui surgit (résurrection mise à nouveau debout). J’en veux pour preuve : la parole est perdue ! Si en étant élevé à la maîtrise, je devenais réellement Hiram (ou reconnaissais en temps que), je me saurais souvenu sûrement de cette fichue parole ! Mes SS\ et mes FF\ m’ont dit que j’étais Maître et pourtant, je ne l’avais toujours pas trouvé. Mais bon, en tout bon Maç\, je ne désespère pas, je cherche… Cependant, je n’emploierais pas cette notion de résurrection au sens employé au 3ème degré, c’est-à-dire re-naissance de Hiram. Je ne crois pas que cette mort soit une résurrection d’Hiram, je crois plutôt que c’est une métamorphose, passage d’un stade à un autre à l’image de la chenille qui devient papillon. La chair du néophyte le quitte et une autre repousse. A la mort fictive succède la renaissance Symbolique. « Perit ut vivat » = il meurt afin qu’il vive. Un autre point du Rituel est la marche à reculons lors de l’entrée dans le temple. Pourquoi suis-je rentré à reculons ? Cette marche rend aveugle comme le profane avec son bandeau. Le Temple est sombre et la seule chose que s’offre à mon regard est l’Etoile Flamboyante. Je découvre donc l’Etoile Flamboyante à un endroit différent de celui que j’avais connu auparavant. Cette Etoile symbolise également l’état du Compagnon qui n’a pas encore atteint la maîtrise : il est tourné vers le passé et ne peut encore voir l’avenir de face. L’avenir lui sera redoutable, il devra se retourner et affronter la mort en face. J’y vois également 2 autres interprétations :
La première est qu’il revient en arrière sur sa vie avant de re-franchir la porte de l’Occident symbolisant l’Orient Eternel.
Par corrélation la seconde, est qu’il renaît et fait le chemin inverse pour corriger les erreurs qu’il aurait commises.
L’Or\ symbolise la naissance. Le récipiendaire rentre à reculons, le dos tourné vers l’Or\.
J’aurais pu continuer mes délires et trouver encore des divergences dans le Rit\. Mais, je m’arrêterais là.
Mes propos ne prétendent pas décrire l’exhaustivité symbolique de ce degré, mais plutôt d’essayer d’exprimer mon vécu devant ce mythe.
Quelle est donc la morale de ce mythe ? Qu’ont voulu nous dire nos anciens ?
Je crois que ce mythe est un psychodrame mis en scène pour éveiller notre esprit. Nous sommes tous des futurs Hiram par excellence.
Le candidat n’est pas seulement invité, en tout cas au REAA, tant dans le cabinet de réflexion qu’à la cérémonie au 3ème à réfléchir abstraitement sur la mort, mais à passer par la mort d’une manière qui pour être figurine, ne l’en marque pas moins profondément aux niveaux psychologiques et spirituels. Le niveau moral et spirituel ne sont pas toujours faciles à séparer ! Pour s’améliorer, nous devons tout au long de notre vie faire face à des conflits intérieurs, nous devrons mourir symboliquement à chaque fois que besoin sera. Nous devrons enterrer nos vices, faire le deuil de ce qui nous empêche de progresser (je pense au deuil d’un amour, au patient sortant d’une analyse psychanalytique) pour re-naître revitalisé. A mon entendement, la mort d’Hiram symbolise la Loi de la Régénération ; c’est la mort symbolique de tout être qui aspire à passer d’une vie qu’il connaît à une vie idéale qui ne peut être atteinte qu’après le passage par certaines épreuves. Une signification plus proprement spirituelle dans l’élévation est la nécessité de mourir pour accéder à la vie véritable. Tout d’abord, Apprenti, le récipiendaire meurt au monde profane. Pour le reste, il ne possède pas encore les clés d’une connaissance suffisante et c’est par le biais de certains « outils » qu’il va progresser « en soi » (silence de rigueur) vers un autre état de conscience. Ensuite Compagnon, sorti du mutisme, il va préparer ses voyages grâce à une plus grande connaissance et de nouveaux outils. Et donc, le Maître qui aura vécu cette lente préparation/maturation va subir et ré-intégrer sa source originelle dans l’épreuve de la mort physique, allégorique de « la chair quitte les os » pour ouvrir son esprit. La vie, la mort, la résurrection ou la transformation. C’est une sorte de grand jeu où l’on doit se placer tour à tour à la place des mauvais compagnons et d’hiram. En outre, pour savoir ce que nos anciens voulaient nous révéler, il suffit de se poser la question à savoir qui sont ces mauvais compagnons et qu’est-ce qui les a poussés à agir ainsi. A mon sens, les mauvais compagnons incarneraient la volonté d’apprendre, l’impatience, la vanité. Le mythe veut qu’ils soient des assassins, mais, peut-on leur reprocher de vouloir aller de l’avant. Le chantier étant achevé, chacun serait parti dans une direction différente et ils n’auraient plus eu les moyens d’avancer. La méthode employée pour y aboutir est certes à condamner, mais nous devons peut-être y voir une volonté ardente de progresser.
Hiram incarne l’Honneur et la Sagesse.
Qu’ai-je donc appris jusqu’à présent ? Synthèse de mon parcours…
Le Maître que je suis est-il arrivé au bout de son chemin ?
Non, catégoriquement. Mais cette fois-ci, je crois que je possède suffisamment d'éléments afin de décider de la direction à prendre.
Apprenti, je suivais les pas de mes aînés. J’étais un peu perdu dans cette nouvelle société. Très vite, je me suis acclimaté et ai commencé mon travail ! Compagnon  j’ai essayé de voyager, d’aller de moi-même vers d’autres lieux, mais ai très rapidement retroussé chemin et suis revenu sur mes pas. Mes pas étaient encore hésitants. Je n’avais pas encore la faculté de m’éloigner sans m’égarer, mais cela m’a permis de connaître mes faiblesses et les améliorer. Maît\, j’ai maintenant le bagage suffisant pour voyager du Nord au sud en passant par l’est et l’ouest. Ces 3 degrés m’ont beaucoup appris. Mais je crois que c’est au grade d’App\ que j’ai vraiment bataillé fort avec mon MOI Intérieur. Je suis mort à ma vie profane, ma vie d’adolescent pour accéder à la vie de l’initié. C’est peut-être mes élans de jeunesse qui m’ont poussé à croire que je pouvais changer le monde en un instant. La Vérité que je croyais détenir, mon côté trop fougueux et dynamique, ma volonté de « servir » et me rendre utile m’incitèrent à vouloir donner mon opinion à tout bout de champ ; également sur les questions pour lesquelles, je n’avais pas encore, me disait-on, acquis l’âge. Et c’est en essayant d’appliquer une certaine sorte de modestie et de respecter le silence de mon degré et par le soutien de FF\ et SS\, que j’y suis arrivé à bout. Là, est toute la Symbolique du breuvage au 1er Degré. Avec persévérance et patience, on arrive souvent à nos fins. D’autre part, au premier degré, le plus difficile a été le Silence. Ce Silence a été très lourd à surmonter. Rester passif, assister en spectateur me rongeait de l’intérieur. Je bouillonnais d’envie de m’exprimer, de pouvoir participer. J’ai dû changer à plusieurs reprises de ciseaux, devenus usés et désuètes à force de coups. Et c’est ma pauvre Pierre Brute qui en a souffert. Elle était constamment ruée de coups qui pleuvaient de tous les sens… Apprenti, j’ai été ces mauvais compagnons, avide de connaissance, avec une rage de vouloir progresser et ainsi pouvoir être « l’égal » de mes FF\. J’aspirais à des « valeurs sûres » sans toutefois vouloir me faire endoctriner, me faire imposer une ligne de conduite. Mais la chose la plus drôle, c’est que devenu Compagnon; je ne ressentais plus cette dynamique de vouloir intervenir sur les sujets aussi facilement. J’ai pris conscience de mon ignorance. Mais également du pouvoir de la Parole. Et là, je n’avais plus qu’à utiliser le seul et même ciseau pour polir ma Pierre. Quel soulagement pour ma modeste Pierre ! Maît\, après être né une seconde fois en étant App\ ; le temps est pour moi de me métamorphoser. Je dois rayonner d’avantage ! Par ailleurs, étant sincère et spontané de nature, certaines réflexions que j’ai tenues, avaient irrité certains FF\ et SS\. Cela me coûta à plusieurs reprises la foudre de mes aînés. Cela a été pénible à vivre. Loin de moi, était l’idée de les vexer. C’est simplement que, de par ma nature, je ne peux adhérer au moule de la bienveillance voulant toujours faire attention aux susceptibilités de chacun. Je ne sais pas être hypocrite. Je ne sais faire ou dire quelque chose dans le seul but de faire plaisir à autrui. Mes actes sont gratuits et n’ont aucune portée matérialiste. Je n’attends rien en retour. Je suis conscient de la différence de mon F\, je l’accepte naturellement. Mais cette différence ne doit pas être un obstacle, une entrave mais doit plutôt savoir cohabiter. Je pense au pavé mosaïque et l’alternance du blanc et du noir. L’ADN du monde est d’ailleurs symbolisée par ce pavé mosaïque. Je pense aussi à la 4ème colonnette que nous sommes tous. Cette colonnette virtuelle est à mon entendement chaque maçon et l’ensemble des maçons en général. Chacun apportant sa Pierre à l’Edifice, à sa formation. Pour conclure, en entrant en Maçonnerie , nous recherchons tous la Sagesse. Etant actuellement Maître, puis-je prétendre être un Sage ? On ne peut devenir Maître, c'est à dire Sage si on n’est pas tombé plusieurs fois, si le chemin n'a pas été tortueux, si on a évolué en ligne droite monotone. L’Exaltation à la Maîtrise n’est pas une fin en soi.
Je crois que toute la Symbolique des 3 voyages au 1er degré est importante. N’étant pas détenteur de la Vérité, notre chemin est continuellement semé d’embûche que nous devons franchir pour avancer.
Au 3ème degré, on prétend être « arrivé ». Mais en réalité on est arrivé...apprenti de nouveau.
On pense être le Sage, on ne l'est que par le nom. C'est maintenant que TOUT commence.
Je crois qu’une longue route m’attend et ne verrai le bout du tunnel qu’une fois avoir franchi la porte de l’Or\ Eternel.
Mon rôle, à présent, est d’éclairer les App App\ et Comp Comp\ et leur montrer le bon exemple…
Je dispose d’assez d’outils pour également continuer mon chemin et cette fois-ci pouvoir modifier ma trajectoire autant de fois que nécessaire sans m’égarer. Tous les outils en ma possession me permettront de passer du mauvais comp\ à Hiram avec lucidité.
Je n’ai pas de réponse à toutes ces questions. J’ai simplement tenté d’y apporter ma timide Lumière.
Je souhaite simplement qu’au fil des degrés, je trouve au fur et à mesure les réponses à ces zones d’ombres.

J’ai dit, T\ R\ M\

Source : www.ledifice.net

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