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Hauts Grades

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Ah Seigneur Mon Dieu

27 Juillet 2013 , Rédigé par B\ P\ Publié dans #Planches

Ce signe d’horreur au 3ème degré de notre rite a de quoi surprendre. Il arrive en fin d’un long processus d’entrée en chambre du milieu ; les pas et signes des 2 premiers degrés bien sur et ensuite les pas du 3ème représentatif déjà d’un certain courage dans l’enjambement du cadavre et qui se poursuit par le signe pénal pour se terminer donc par cette élévation des 2 bras au dessus de la tête, doigts tendus et ouverts et finissant par la chute brutale des deux mains sur le tablier , la figure devant marquer 2 expressions à mon sens bien différentes : la surprise et l’accablement tout en prononçant cette courte et sibylline phrase :

A\S\M\D\

Est il nécessaire de rappeler que la fin du signe de maître nous remet en mémoire le passage, lors de l’initiation, de la découverte du lieu de sépulture du Maître Hiram par les 9 Maîtres envoyés par Salomon.
La sémantique maçonnique n’indique pas de nuance dans la hiérarchie de cette phrase. Le rituel écrit les premières lettres de chacun de ces mots, A,S,M,D en majuscule et suivies des 3 points réglementaires. Cela ne nous donne aucune indication de l’importance individuelle de chaque mot et surtout du ton ou du rythme à donner à la prononciation de ces 4 mots.
Le « A » à priori devrait être suivi d’un « H ». Cette interjection exprimera ainsi une émotion vive et donnera plus de force au reste de la phrase qui suit. Pourtant le rituel nous demande d’avoir une expression de surprise et il faudrait à ce moment écrire ah « H.A », mais c’est un détail, car le reste nous ouvre un vaste domaine d’investigation, d’interprétation et de développement. La phrase doit-elle être dite d’un seul tenant, c'est-à-dire « ASMD » sans virgule ni césure ou peut-on mettre une virgule après Seigneur (AS , MD) changeant complètement le sens qu’on peut donner au termes de Seigneur et de Dieu.
Dans la première façon de prononcer sans faire de pause, on peut considérer que le seigneur et Dieu ne font qu’un. Cette phrase, et son sens mystique, en nommant Dieu implicitement comme notre Seigneur dérogerait au principe d’universalité et de liberté que nous donne la notion du Grand Architecte de l’Univers. D’ailleurs les constitutions d’Anderson, celle de 1723, dépassent, avec courage pour l’époque, le serment d’allégeance des maçons opératifs qui devait être prêté à l’église et à la trinité dogmatique par les corporations de métiers pour laisser place à chacun d’exprimer sa libre opinion.
Même si nous nous réclamons de la sagesse de Maître Hiram, même si nous louons sa sagesse et pleurons sa disparition, nous n’en célébrons pas le culte.
Non, il ne peut s’agir de revenir à une louange, une incantation et ceci malgré la mort présente. Cette mort symbolique, revécue par l’entremise des pas et de la gestuelle du maître, est-elle un hommage à une fin de vie brutale et doit-elle refléter notre tristesse et pleurer sur la perte de la parole perdue ou bien signifie-t-elle l’espérance et la joie de penser qu’Hiram a mérité de partir pour l’Orient Eternel ou il reposera indéfiniment, l’œuvre accomplie, ayant obtenu la connaissance suprême. Notre rôle, alors sera de partir toutes affaires cessantes à la recherche des mots véritables.
Cette attitude d’espoir face à la mort confirme que notre besoin n’est pas dans la soumission aveugle dans un seul seigneur et maître. Il nous faut donc reprononcer la phrase différemment. Un temps de pause et donc nécessaire après le mot seigneur : « Ah Seigneur,…mon Dieu » afin de bien séparer les deux termes. Dans ce cas précis quel sens peut-on donner à ces mots de Seigneur et de Dieu.
Mon bien aimé F\ Quillet est très avare de sens ne donnant que l’étymologie latine du mot : « Seniorem », accusatif du mot Senior qui donnera par la suite Sir et monsieur. Allons donc plus loin. En hébreu l’origine est Adon signifiant maître se transformant en Adony, forme de politesse pour s’adresser au roi puis Adonaï adjoint dans un premier temps au tétragramme YHWH, enfin seul quand par respect, le nom divin ne fut plus prononcé.
En grec, l’origine est Kyrios, le maître de maison. Les Grecs, hommes libres, n’utilisent pas de mots spéciaux pour parler aux dieux de l’Olympe. Seule la liturgie chrétienne prononcée en grec avant la préemption du latin a repris ce mot. Nous l’avons aujourd’hui encore dans l’expression « kyrie eleison, christé eleison », « Seigneur ayez pitié », répété par ailleurs 9 fois dans le cérémonial.
Le sens de « kyrios » changera en quelques siècles de puissance catholique. Les évangiles (ou leur traduction) sont flous sur la désignation qui en résulte :
S’adresse-t-on à Dieu ou à Jésus en évoquant kyrios ?
Paul écrit Kyrios Jesous, mais c’est surtout pour défier l’empereur de Rome, occupant d’Israël qu’on appelait kyrios Kaiser. Puis le mot « Christ » a prévalu pour désigné Jésus.
Car, Hiram et sa légende désire être un exemple pour nous tous. En nous offrant sa mort, il nous indique clairement le chemin à suivre grâce à l’usage des outils traditionnels qui mériteront de s’affiner, de se préciser et de se sublimer par la suite. Jamais donc Hiram n’aura souhaiter devenir Dieu et être idolâtrer.
Seigneur dans l’expression qui nous retient aujourd’hui est bien celle de Maître, maître de la maison, maître du Temple, Maître constructeur et reconnu en cela par tous et devant être honoré pour ses qualités et porter en perpétuation de sa mémoire le titre de Seigneur.
Il est clair pour moi que le Grand Architecte n’est pas le Dieu des religions du livre. Mais l’esprit religieux du XVIIIème ne peut absolument pas être comparé aux nôtres. A l’époque le salut ne pouvait être que dans la religion. Il était si important de ne pas se démarquer de cette règle tacite que même nos constitutions évoquent impérativement de ne pas être un athée stupide.
Dans son dictionnaire philosophique, Voltaire pouvait écrire :
« Toute nouvelle secte était accusée d’égorger des enfants et tout philosophe qui s’écarte du jargon de l’école sera accusé d’athéisme ».
Alors les philosophes et les instigateurs du mouvement maçonnique du XVIIIème seront les initiateurs du renversement de la dépendance à la religion. Dieu reste omniprésent, certes, mais la Loi morale, la philosophie, la raison prennent lentement le dessus sur la croyance aveugle et servile. La philosophie ne peut évidemment toujours pas prouver l’existence de Dieu, mais la Loi ou le Devoir sont là pour parfaire à la réalisation de l’œuvre.
A l’ouverture et à la fermeture de nos travaux, nous glorifions le Grand Architecte de l’Univers. Nous croyons plus ou moins implicitement à une organisation transcendante du chaos vers l’ordre ainsi qu’à une création de la lumière par l’ouverture du Livre au prologue de Jean. Voltaire encore : « je ne puis songer que cette horloge existe et n’ait pas d’horloger. »
La liaison peut ainsi être faite entre le Grand Architecte de l’Univers, constructeur de l’univers et Hiram, bâtisseur du temple et ceci régit par les lois de la géométrie et de la beauté, demandant par ce fait que chacun d’entre nous soit une bâtisseur de pierre vivante
Je n’aurai pas la prétention de vous donner une définition de Dieu. Chacun doit conserver son opinion.
La croyance est une intime persuasion. C’est une vision personnelle, un avis, qui garde par nature un caractère hypothétique. Mais cela ne veut pas dire qu’une croyance ne puisse être fondée.
Et pourtant Voltaire nous mettait en garde, trop de foi induit l’intolérance
«Que répondre à un homme qui vous dit qu'il aime mieux obéir à Dieu qu'aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant?»
Toute notre démarche maçonnique se veut une quête vers la Lumière, se veut recherche de la Vérité.
Un Maçon libre est obligé par son état de se conformer à la Morale et ne sera jamais un athée, ni un libertin sans religion. Tel est une part de nos statuts.
Cela étant dit, la foi religieuse est l’adhésion à un corpus révélé. Elle suppose une adhésion sans faille à une doctrine.
Nous maçons, nous devons nous efforcer d’être lucides par rapport à la foi. Aucune Vérité n’est définitive dans le champ de nos recherches, il nous appartient de douter, de toujours chercher la vérité, la nôtre microscopique et celle des autres et du monde, macroscopique afin de garder notre esprit critique et notre plaisir à nous poser des questions.
Pour terminer voici une version plus hermétique et énigmatique.
Comme il y a, parait-il beaucoup de sens caché ou interprétable en maçonnique, ces quatre lettres écrites sans voyelle pourraient en interprétant l’écriture hébraïque devenir ASMD, soit "ASMODÉE", autre nom de Satan et signifiant "celui qui fait périr"
Asmodée était le surintendant des enfers chargé des maisons de luxure ; c’est lui le serpent qui détourna Eve de son destin, mais à lui revint aussi la charge d’enseigner aux hommes la géométrie et l’astronomie.
Celui "qui fait périr"est aussi celui "qui initie"….
Il y a là de quoi pousser un cri d’horreur, de stupéfaction
Rencontrer Satan, alors qu’on s’attend à rencontrer Dieu n’est pas un mince événement.
Que la maçonnerie perdure avec toutes ses ambiguïtés.
source :
www.ledifice.net

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Le Pouvoir du Symbole ; Le Symbole du Pouvoir

26 Juillet 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Depuis un certain temps déjà, j’avais ce titre en tête. Mais il ne s’agissait que d’un titre, accompagné toutefois d’un certain nombre d’idées qu’il fallait pour le moins compléter, ordonner et développer. Cependant, au-delà du titre, je me disais que j’entreprenais là un travail important et rigoureux. Une réflexion approfondie sur les symboles et le symbolisme ne peux selon moi faire l’économie d’une approche psychologique, voire psychanalytique et pour l’occasion, j’ai dû recourir aux fonds documentaires bien connus en la matière, mais aussi, de façon plus personnelle, aux cours que j’ai eu l’occasion de donner dans le cadre de mon activité professionnelle passée et aussi à des travaux effectués dans le cadre de groupes de recherche auxquels j’ai eu l’honneur et le plaisir de participer.
Cette Planche s’adresse particulièrement aux jeunes Ap\ ainsi qu’à toutes celles et à tous ceux qui pourraient, d’une part se poser la question de la nécessité des symboles en Franc Maçonnerie et d’autre part s’interroger sur une soi-disant puissance occulte que constituerait la Franc Maçonnerie, et les dérives que cela pourrait engendrer.

Je présenterai ce travail de la manière suivante :
I – Le Symbole, tentative de définition par ce qu’il est, mais surtout par ce qu’il n’est pas.
II – Les Fonctions du Symbole
III – Première conclusion
IV – Le Symbole du Pouvoir
- A l’intérieur du Temple
- A l’extérieur du Temple
V - En conclusion

Les hommes ont toujours aimé s’entourer de symboles et gardent actuellement le même penchant. Soit que nous lisions, soit que nous circulions, nos yeux se portent constamment sur des symboles ; parfois nous n’y prêtons même plus attention, c’est le cas des signes utilisés pour l’écriture, c’est le cas de nombreuses images publicitaires sur des affiches, des devantures de magasins, et aussi sur des routes, enfin, partout ou presque.
Si les symboles connaissent aujourd’hui une faveur nouvelle, c’est que loin d’être vilipendée, l’imagination est aujourd’hui réhabilitée, reconnue en quelque sorte comme sœur jumelle de la raison, comme l’inspiratrice des découvertes et du progrès. Cette faveur est due en grande partie aux anticipations de la fiction que la science vérifie peu à peu, aux effets du règne actuel de l’image que les sociologues essaient de mesurer, aux interprétations modernes des mythes anciens et à la naissance de mythes modernes, et aussi, il faut le reconnaître, aux lucides explorations de la psychanalyse. Les symboles sont au centre, ils sont le cœur de cette vie imaginative. Ils révèlent les secrets de l’inconscient, conduisent aux ressorts les plus cachés de l’action, ouvrent l’esprit sur l’inconnu et l’infini.
 

I – Le symbole, tentative de définition par ce qu’il est, mais surtout par ce qu’il n’est pas.
A l’origine, le symbole (du grec « sumbolon ») est un objet coupé en deux, fragments de céramique, de bois ou de métal. Deux personnes en gardent chacune une partie, deux hôtes, le créancier et le débiteur, deux pèlerins, deux êtres qui vont se séparer longtemps... En rapprochant les deux parties, ils reconnaîtront plus tard leurs liens d’hospitalité, leurs dettes, leur amitié. Les symboles étaient encore, dans la Grèce antique, des signes de reconnaissance, qui permettaient aux parents de retrouver leurs enfants laissés à la communauté. Par analogie, le mot s’est étendu aux jetons, qui accordaient le droit de toucher soldes, indemnités ou vivres, à tout signe de ralliement, aux présages et aux conventions. Le symbole sépare et met ensemble, il comporte les deux idées de séparation et de réunion; il évoque une communauté, qui a été divisée et qui peut se reformer. Tout symbole comporte une part de signe brisé; le sens du symbole se découvre dans ce qui est à la fois brisure et lien de ses termes séparés.
Le symbole semble si difficile à définir pour certains écrivains que Malraux a donné la sienne en ces termes : " le symbole exprime ce qui ne peut être exprimé que par lui», alors que René Berteaux renonce à définir le symbole en écrivant : "les mots ne peuvent exprimer tout le contenu du symbole pas plus qu'ils ne peuvent exprimer la totalité de l'art pictural ou de l'art musical".
Mais s’il paraît difficile de définir ce qu’il est, on peut à l’inverse dire ce qu’il n’est pas. En effet, l’emploi du mot symbole révèle des variations de sens considérables. Pour préciser la terminologie en usage, il importe de bien distinguer l’image symbolique de toutes les autres avec lesquelles elle est souvent confondue.
Si les frontières ne sont pas toujours évidentes, en pratique, entre les valeurs de ces images, c’est une raison supplémentaire pour les marquer avec précision et rigueur.
Symbole n’est pas emblème qui est une figure visible adoptée conventionnellement pour représenter une idée, un être physique ou moral: le drapeau est l’emblème de la patrie, le laurier, celui de la gloire.
Symbole n’est pas attribut qui est une réalité ou une image, servant de signe distinctif à un personnage, à une collectivité, à un être moral: les ailes sont l’attribut d’une société de navigation aérienne, la roue d’une compagnie ferroviaire, la balance de la Justice. Un accessoire caractéristique est ainsi choisi pour désigner le tout.
Symbole n’est pas allégorie qui est une figuration sous une forme le plus souvent humaine, mais parfois animale ou végétale, d’un exploit, d’une situation, d’une vertu, d’un être abstrait, comme une femme ailée est l’allégorie de la victoire, une corne d’abondance l’allégorie de la prospérité.
Symbole n’est pas métaphore qui développe une comparaison entre deux êtres ou deux situations: l’éloquence de tel orateur est un déluge verbal.
Symbole n’est pas analogie qui est un rapport entre des notions ou des êtres essentiellement différents, mais semblables sous un certain aspect; Le Souverain serait à son peuple ce que le berger est à son troupeau. Donc le Souverain aurait le droit de vie ou de mort sur ses sujets comme le berger a le droit de vie ou de mort sur ses bêtes. (Cette analogie a été critiquée par J. J. Rousseau, dans le Contrat social.) Le raisonnement par analogie est la source d’innombrables méprises.
Symbole n’est pas parabole qui est un récit possédant un sens en lui-même, mais destiné à suggérer, au-delà de ce sens immédiat, une leçon morale, comme la parabole du bon grain tombant sur des terrains différents.
Symbole n’est pas apologue qui est une fable didactique, une fiction de moraliste, destinée, à travers une situation imaginaire, à faire passer un certain enseignement.
Toutes ces formes imagées de l’expression ont en commun d’être des signes et de ne pas dépasser le niveau de la signification. Ce sont des moyens de communication, sur le plan de la connaissance imaginative ou intellectuelle, qui jouent un rôle de miroir, mais ne sortent pas du cadre de la représentation. Le symbole est donc beaucoup plus qu’un simple signe : il porte au-delà de la signification, il relève de l’interprétation. Il est chargé d’affectivité et de dynamisme. Non seulement il représente, d’une certaine manière, tout en voilant; mais il réalise, aussi tout en défaisant. Il joue sur des structures mentales. Il a d’une certaine manière, un double aspect : représentatif et efficace. Il est maintenu, pour ce qui est de la représentation, au niveau de l’image et de l’imaginaire, au lieu de le situer au niveau intellectuel de l’idée. Nous ne dirons pas que l’image symbolique ne déclenche aucune activité intellectuelle. Quand une roue sur une casquette indique un employé de chemin de fer, elle n’est qu’un signe; quand elle est mise en relation avec le soleil, avec les cycles cosmiques, avec les enchaînements de la destinée, avec les demeures du Zodiaque, avec le mythe de l’éternel retour, c’est tout autre chose, elle prend valeur de symbole. Mais en s’éloignant de la signification conventionnelle, elle emprunte la voie de l’interprétation subjective. Avec le signe, on demeure sur un chemin continu et assuré: le symbole suppose une rupture de plan, une discontinuité, il nous introduit dans un ordre nouveau aux multiples dimensions.
Ces précisions de vocabulaire ont pour objet de nous faire pressentir l’originalité du symbole et son incomparable richesse psychologique.
Le symbole est véritablement novateur. Il ne se contente pas de provoquer des résonances, il appelle une transformation en profondeur, comme nous allons le voir maintenant.

II – Les fonctions du symbole
(j’en évoquerai 9)
Le symbole vivant, qui surgit de l’inconscient créateur de l’homme et de son milieu, remplit une fonction profondément favorable à la vie personnelle et sociale. Bien que cette fonction s’exerce d’une façon globale, nous tenterons cependant une analyse plus approfondie pour en montrer les multiples facettes.
1. On pourrait dire que la première fonction du symbole est d’ordre exploratoire. Comme une tête chercheuse projetée dans l’inconnu, il scrute et tend à exprimer le sens de l’aventure spirituelle des hommes, lancés à travers l’espace-temps. Il permet en effet de saisir d’une certaine manière une relation que la raison ne peut définir, parce qu’un terme en est connu et l’autre inconnu. Il étend le champ de la conscience dans un domaine où la mesure exacte est impossible et où l’entrée comporte une part d’aventure et de défi. Ce que nous appelons symbole, écrit Jung, est un terme, un nom ou une image qui, même lorsqu’ ‘ils nous sont familiers dans la vie quotidienne, possèdent néanmoins des implications, qui s‘ajoutent à leur signification conventionnelle et évidente. Le symbole implique quelque chose de vague, d’inconnu ou de caché pour nous... Lorsque l’esprit entreprend l’exploration d’un symbole, il est amené à des idées qui se situent au-delà de ce que notre raison peut saisir. C’est pourquoi nous utilisons constamment des termes symboliques pour représenter des concepts que nous ne pouvons ni définir, ni comprendre pleinement... Selon Jung un symbole suppose toujours que l’expression choisie désigne ou formule le plus parfaitement possible certains faits relativement inconnus, mais dont l’existence est établie ou paraît nécessaire. Rien n’est irréductible à la pensée symbolique: elle invente toujours un rapport. Elle est, en un sens, la pointe avancée de l’intelligence; mais elle se détruirait às’en tenir à des formulations définitives. Problèmes et mystères sécrètent eux-mêmes des réponses, mais sous forme de symboles. Les jeux d’images et les relations imaginées constituent une approche expérimentale de l’inconnu. Cet inconnu une fois identifié par l’analyste et la raison scientifique, les mêmes schèmes imaginaires pourront subsister, mais pour inviter l’homme à la recherche de l’inconnu dans une autre direction et l’entrainer vers de nouvelles explorations.
2. Cette première fonction est étroitement liée à la seconde. L’inconnu du symbole n’est pas, en effet, le vide de l’ignorance ; il est plutôt l’indéterminé du pressentiment. Le symbole remplit ainsi une fonction de substitut. D’une certaine façon, sous un mode figuratif, il se substitue, en guise de réponse, de solution ou de satisfaction, à une question, à un conflit, à un désir, qui demeurent en suspens dans l’inconscient. Jung dirait que c’est une expression substitutive destinée à faire passer dans la conscience, sous une forme camouflée, certains contenus qui, à cause de la censure, ne peuvent y pénétrer. Le symbole exprime le monde perçu et vécu tel que l’éprouve le sujet, non pas selon sa raison critique et au niveau de sa conscience, mais selon tout son psychisme, affectif et représentatif, principalement au niveau de l’inconscient. Il se substitue ainsi à la relation du moi avec son milieu, sa situation, ou avec lui-même, quand cette relation n’est pas assumée en pleine connaissance de cause.
3. La substitution implique une troisième fonction: celle d’un médiateur.
Le symbole remplit effectivement une fonction médiatrice; il jette des ponts, il réunit des éléments séparés, il relie le ciel et la terre, la matière et l’esprit, la nature et la culture, le réel et le rêve, l’inconscient et la conscience. Il résulte de la confrontation de tendances contraires et de forces antinomiques, qu’il réunit dans un certain rapport.
Un jeu vivant de symboles dans un psychisme assure une activité mentale intense et saine, en même temps que libératrice. Le symbole apporte un concours des plus efficaces au développement de la personnalité. Il possède en effet, selon l’observation de Jung, en marge de son expression formelle, une expressivité lumineuse, c’est-à-dire une efficacité pratique sur le plan des valeurs et des sentiments. C’est lui qui favorise ces passages alternatifs et inversés entre les niveaux de conscience, le connu et l’inconnu, le manifesté et le latent, le moi et le surmoi.
4. Une médiation tend finalement à réunir. Tel est l’autre aspect du rôle fonctionnel des symboles: ils sont des forces unificatrices. Les symboles fondamentaux condensent l’expérience totale de l’homme, religieuse, cosmique, sociale, psychique : ils réalisent aussi une synthèse du monde, en montrant l’unité fondamentale de ses trois plans (inférieur, terrestre, céleste) et relient de ce fait l’homme avec le monde, les processus d’intégration personnelle du premier s’insérant dans une évolution globale, sans isolement, ni confusion. Grâce au symbole, qui le situe dans un immense réseau de relations, l’homme ne se sent pas étranger dans l’univers. La pensée symbolique réside dans l’une des formes de ce que Pierre Emmanuel appelle l’osmose continuelle de l’intérieur et de l’extérieur.

5. Unificateur, le symbole remplit en conséquence une fonction pédagogique et parfois même thérapeutique. Il procure en effet un sentiment sinon toujours d’identification, du moins de participation à une force sur-individuelle. En reliant les éléments distincts de l’univers, il fait sentir à l’homme qu’il n’est pas un être isolé et perdu dans le vaste ensemble qui l’entoure. Mais il ne faut pas confondre ici le symbole avec l’illusoire, ni sa défense avec le culte de l’irréel. Sous une forme scientifiquement inexacte, voire naïve, le symbole exprime une réalité qui répond à de multiples besoins de connaissance, de tendresse et de sécurité. La réalité qu’il exprime n’est cependant pas celle qu’il représente par les traits extérieurs de son image, soleil, lune, delta lumineux ou morceau de roche; c’est quelque chose d’indéfinissable, mais de profondément pressenti, comme la présence d’une énergie physique et psychique qui féconde, élève et nourrit. Par ces simples intuitions, l’individu s’éprouve comme appartenant à un ensemble, qui l’effraie et le rassure à la fois, mais qui l’exerce à vivre. Résister aux symboles, c’est s’amputer d’une partie de soi-même, appauvrir la nature tout entière et fuir, sous prétexte de réalisme, la plus authentique invitation à une vie intégrale.
Mais l’image ne prend valeur de symbole que si le spectateur acquiesce à un transfert imaginaire, simple en réalité, complexe à l’analyse, transfert qui le place à l’intérieur du symbole et qui place le symbole à l’intérieur de l’homme, chacun d’eux participant de la nature et du dynamisme de l’autre dans une sorte de symbiose. Cette identification ou cette participation symbolique abolissent les frontières des apparences et entrainent dans une existence commune. Elles réalisent une unité.
6. Si, par une rupture d’unité, le symbole risque d’atrophier le sens du réel, il ne demeure pas moins vrai qu’il est un des facteurs les plus puissants de l’insertion dans la réalité, grâce à sa fonction socialisante, Il met en communication profonde avec le milieu social. Chaque groupe, chaque époque ont leurs symboles ; vibrer à ces symboles, c’est participer à ce groupe et à cette époque.
Le symbole, a-t-on dit, est un langage universel. Il est plus et moins qu’universel. Il est universel, en effet, car il est virtuellement accessible à tout être humain, sans passer par le truchement de langues parlées ou écrites, et parce qu’il émane de toute la psyché humaine. Si l’on peut admettre un fonds commun de l’inconscient collectif capable de recevoir et d’émettre des messages, on ne doit pas oublier que ce fonds commun s’enrichit et se diversifie de tous les apports ethniques et personnels. Le même symbole apparent pourra prendre une coloration différente selon les peuples et les individus, selon également les temps historiques et l’atmosphère du présent. Il importe d’être sensible à ces différences possibles, si l’on désire prévenir des malentendus et surtout pénétrer dans une compréhension profonde de l’autre. C’est ici que l’on voit le symbole conduire plus loin que l’universel de la connaissance. Il n’est pas en effet simple communication de connaissance, il est convergence d’affectivité: C’est pourquoi le symbole est l’instrument le plus efficace de la compréhension interpersonnelle, intergroupe, internationale, qu’il conduit à sa plus haute intensité et à ses plus profondes dimensions. L’accord sur le symbole est un pas immense sur la voie de la socialisation. Universel, le symbole a cette capacité d’introduire en même temps au cœur de l’individuel et du social. Qui pénètre le sens des symboles d’une personne ou d’un peuple connaît par le fond cette personne et ce peuple.
7. La sociologie et l’analyse distinguent très justement les symboles morts et les symboles vivants. Ceux-là n’ont plus d’écho dans la conscience, ni individuelle, ni collective. Ils n’appartiennent plus qu’à l’histoire, à la littérature ou à la philosophie. Les mêmes images seront mortes ou vivantes, selon les dispositions du spectateur, selon ses attitudes profondes, selon l’évolution sociale. Elles sont vivantes, si elles déclenchent dans tout son être une vibrante résonance; elles sont mortes, si elles ne sont qu’un objet extérieur, limité à ses propres significations objectives. Pour l’Hindou pénétré de la pensée védique, la vache présente un tout autre intérêt spirituel que pour l’éleveur normand. La vitalité du symbole dépend de l’attitude de la conscience et des données de l’inconscient. Elle présuppose une certaine participation au mystère, une certaine connaturalité avec l’invisible; elle les réactive, les intensifie et transforme le spectateur en acteur. Sinon, suivant une expression d’Aragon, les symboles ne sont plus que des mots désaffectés, dont l’ancien contenu a disparu comme d’une église où l’on ne prie plus.
Le symbole vivant suppose donc une fonction de résonance. Transporté sur le plan psychologique, le phénomène est comparable à celui que la dynamique physique, appelle un phénomène vibratoire. Un pont suspendu par exemple, vibre avec sa fréquence propre, variable suivant les influences, comme le vent, qui s’exercent sur lui. Si l’une de ces influences, par sa propre fréquence, entre en résonance avec celle du tablier de ce pont, et si leurs rythmes se combinent, il se produit un effet d’amplification des vibrations, d’accélération des oscillations, pouvant aller progressivement jusqu’à la rupture. La fonction de résonance d’un symbole est d’autant plus active que le symbole s’accorde mieux à l’atmosphère spirituelle d’une personne, d’une société, d’une époque, d’une circonstance. Elle présuppose que le symbole est lié à une certaine psychologie collective et que son existence ne dépend pas d’une activité purement individuelle. Et cette observation est valable autant pour le contenu imaginatif que pour l’interprétation du symbole. Il baigne dans un milieu social, même s’il émerge d’une conscience individuelle. Sa puissance évocatrice et libératrice variera avec l’effet de résonance qui résulte de ce rapport entre le social et l’individuel.
8. Ce rapport ne peut être équilibré que dans une synthèse harmonieuse des exigences souvent différentes de la personne et de la communauté. C’est un des rôles du symbole de relier et d’harmoniser jusqu’aux contraires. Jung appelle fonction transcendante cette propriété des symboles d’établir une connexion entre des forces antagonistes et, en conséquence, de surmonter des oppositions et de frayer ainsi la voie à un progrès de la conscience.
9. On voit donc le symbole s’inscrire dans le mouvement évolutif tout entier de l’homme, enrichir ses connaissances et émouvoir son sens esthétique. II remplit finalement la fonction de transformateur d’énergie psychique. C’est comme s’il puisait dans un générateur de puissance quelque peu confus et anarchique, pour normaliser un courant et le rendre utilisable dans la conduite personnelle de la vie. Non seulement le symbole exprime les profondeurs du moi, auxquelles il donne forme et figure, mais il stimule, par la charge affective de ses images, le développement des processus psychiques. Comme l’athanor des alchimistes, (terme désignant un four, utilisé pour fournir la chaleur nécessaire aux opérations alchimistes), il transmute des énergies: il peut changer le plomb en or et les ténèbres en lumière.


III – Première conclusion
Le symbolisme était destiné, à l’origine, à voiler aux profanes les vérités sacrées tout en laissant celles-ci apparentes pour ceux qui savaient les lire. Une fois incorporées dans des symboles, ces vérités devenaient transmissibles selon les possibilités de l’esprit et de la sensibilité de chacun ; la connaissance de clefs pour déchiffrer les symboles pouvait être nécessaire. C’est pour cette communication que le symbolisme a été choisi par les civilisations anciennes et par les cultures primitives ; le concept de symbolisme leur a survécu, mais a été battu en brèche par le cartésianisme et par le monde moderne.
Descartes a voulu établir une séparation radicale et absolue entre l’esprit et le corps. Le Cartésianisme a puissamment contribué au développement du raisonnement logique puis de l’esprit scientifique. Si l’on a pu écrire qu’on était « arrivé au bout de la connaissance dans les limites du raisonnement cartésien », ce qui peut paraître quelque peu péremptoire, il n’en demeure pas moins qu’on puisse faire place, à côté de la connaissance rationnelle, à une connaissance sensible. Le symbolisme est bien adapté aux exigences de la nature humaine qui a besoin d’une base sensible pour s’élever vers les zones supérieures. Le symbolisme, ce langage à la fois mystérieux et révélateur, a toujours été étroitement lié à l’art en général, et à l’art royal en particulier, objet pour nous F\M\ de notre quête individuelle et collective.
Nous voyons bien, s’il était encore besoin de l’affirmer, que démunie du Symbole et du Symbolisme, la F\M\ serait vidée de sa substance et de son sens.


IV – Le Symbole du Pouvoir
Des gens tels que Léo Taxil et d’autres se sont efforcés, dans les ouvrages qu’ils ont écrits, de calomnier l’Ordre Maçonnique et ont réussi à fixer dans l’esprit du public une sorte de cliché bien éloigné de la vérité.
Pour certains auteurs catholiques, la Maçonnerie reste la « Synagogue de Satan ».
Pour d’autres, la Maçonnerie est une « maffia » nourrissant de redoutables projets politiques et ne reculant pas devant l’assassinat, si cet acte doit servir ses desseins.
Pour d’autres encore, la Maçonnerie n’est qu’une société d’entraide, une « société de secours mutuels ».
Les antisémites affirment qu’elle est un instrument aux mains d’Israël et d’autres soutiennent qu’elle est l’organe de l’impérialisme anglo-saxon.
Si ces opinions diverses et contradictoires sont bien évidemment fausses, il n’empêche que chaque F\M\, quelle que soit son Obédience et sa Loge d’appartenance, porte en lui la responsabilité de préserver et de renforcer l’image de notre Ordre.
Ce n’est que par l’exemple de ses qualités, à l’intérieur comme à l’extérieur du Temple qu’il pourra y contribuer.
A l’intérieur du Temple
Quelque soit son grade ou sa qualité, un F\M\qui aurait le sentiment de jouir d’un quelconque pouvoir au sein de sa Loge serait me semble-t-il dans l’erreur.
La Loge présente l’avantage d’un fonctionnement on ne peut plus démocratique, où les règles sont connues et respectées.
Les Officiers de la Loge sont élus au scrutin universel et reçoivent de ce fait une délégation de l’ensemble des membres pour mener à bien la mission inhérente à leur fonction. Ils sont redevables de cette délégation auprès de l’ensemble des SS\ et des FF\ de l’Atelier.
De même que le M\ n’a aucun pouvoir à exercer sur le Comp\ ou sur l’Ap\, l’Of\, en exerçant la responsabilité qui lui échoit, ne fait que servir la Loge. Si l’on devait parler de pouvoir, il faudrait associer ce pouvoir à la fonction occupée, et non au statut du titulaire de cette fonction. C’est dans ce sens qu’il faut comprendre la phrase qui est prononcée par le Vén\M\ en certaines circonstances: « En vertu des pouvoirs qui m’ont été conférés… ». Cette nuance me semble fondamentale, car elle souligne qu’une élection à un poste, quel qu’il soit, n’a pas pour vocation de flatter l’égo du postulant, mais de garantir le meilleur fonctionnement possible de la Loge.
A l’extérieur du Temple
Si nous remontons à l’époque de la 4ème Républiques, au temps où les F\M\ étaient légions sur les bancs du Parlement, on peut dire que la Franc Maçonnerie, si elle ne constituait pas un pouvoir en tant que tel, formait toutefois un groupe d’influence, tous partis confondus, qui a pu participer à l’avènement de grandes avancées sociales et humaines.
De cette contribution au progrès social, nous ne pouvons qu’être fiers, car ces actions sont tout à fait en accord avec nos principes humanistes et nos idéaux de liberté, d’égalité et de fraternité.
Les temps ont changé, les F\M\ ont déserté l’hémicycle, et en dépit de la progression des effectifs, ils ne constituent plus ce groupe d’influence auquel je faisais allusion.
Si les medias parlent de nous aujourd’hui, c’est la plupart du temps parce que l’un des nôtres s’est malheureusement compromis dans une affaire peu reluisante. En agissant de la sorte, il s’est parjuré, et il a terni aux yeux du monde profane, l’image de la Franc Maçonnerie toute entière.
Il m’a dernièrement été rapporté les propos d’un homme d’affaires dont un ami qui avait des démêlés avec la justice a été aidé et tiré d’affaire grâce à l’intervention de F\M\ de la région de Toulon. Si ces faits ne m’étonnent qu’à moitié, ils me choquent et me choqueront à chaque fois qu’ils se reproduiront. En effet, comment se référer au cours de nos Tenues aux idéaux qui sont les nôtres et une fois sortis du Temple, agir au mépris des lois et des institutions de notre République. Ne confondons pas solidarité et complicité. Tout individu qui contrevient aux lois, fût-il F\M\ est justiciable de ses actes et doit être traité avec les mêmes égards mais aussi avec la même rigueur, qu’il fût F\M\ ou profane.
Alors, faut-il pour autant parler de pouvoir occulte de la Franc Maçonnerie ?
Pour ma part, je répondrai non. La Franc Maçonnerie est une organisation humaine et porte de ce fait en elle ses forces et ses faiblesses. A chacun de nous d’être vigilant au quotidien.


V - En conclusion
La Franc Maçonnerie est une association qui garde bien vivantes certaines formes traditionnelles des enseignements secrets initiatiques. La Maçonnerie ouvre la voie à l’Initiation - c’est-à-dire à la Connaissance - et ses symboles donnent au Maçon la possibilité d’y accéder.
Le symbole présente à la fois :
- un caractère endogène dans la mesure où, véritable outil d’introspection, il nous permet de travailler sur nous, d’aller à l’intérieur de nous-mêmes et de nous faire ainsi progresser individuellement,
- et un caractère exogène où en tant que moyen de communication et de partage, il favorise la mise en commun de toutes ces activités individuelles et permet à l’ensemble des SS\ et des FF\ d’accéder à un égrégore puissant et profond.
Ce qui doit dominer en Franc Maçonnerie , c ‘est le principe de Tolérance ; tolérance vis-à-vis des doctrines religieuses et politiques, parce qu’elle est au-dessus et en dehors des rivalités qui les opposent.
Mais tolérance n’est ni laisser-faire, ni laxisme.
Il se peut que certaines femmes ou certains hommes, après avoir été initiés, restent pour autant des profanes et il est dans ce cas de la responsabilité de la Loge d’envisager en cas de débordement inacceptable, les mesures à prendre.
Mais ces exceptions ne doivent en aucun cas nous faire perdre de vue le caractère transcendantal de la Maçonnerie. Là est son seul et véritable pouvoir.
Vén\M\, j’ai dit !

Source : www.ledifice.net

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L'Amour de l'Humanité peut-il conduire au Sacrifice de notre Vie

25 Juillet 2013 , Rédigé par J\ T\ Publié dans #Planches

A une telle question, je serai tenté de répondre de façon lapidaire : Oui, par essence ! Encore faudrait-il définir les notions d'Amour, d'Humanité et de Sacrifice … C'est ce que nous nous attacherons de faire dans une première partie puis nous tenterons, à la fois au travers de notre démarche Initiatique et de notre Rite, de démontrer la justification comme la nécessité de tourner nos actes au service des autres .

A) Aspect ontologique :

Qu'est-ce que la vie ?

Est vivant tout ce qui est donné de l'expérience dont on peut décrire une histoire comprise entre sa naissance et sa mort ; ainsi la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort . La mort est présente dans la vie, à la fois comme trame universelle et échéance inéluctable de ses formations diversement organisées de façon à la fois cohérente et fragile. Paradoxalement, ce qui caractérise le vivant est le phénomène d'usure progressive et de cessation de ces fonctions, plus que leur existence même. La valeur de la vie et la vie comme valeur, ne s'enracinent ainsi que dans la connaissance de son essentielle précarité, ce que J.L. Borges exprimait ainsi : « Tout chez les mortels a la valeur de l'irrécupérable et de l'aléatoire » (l'Aleph) Partant de ce postulat, on en déduira aisément que notre propre vie n'a de raison qu'à travers les actions qui la sous-tendent, actions sur le milieu extérieur, soit la société et les hommes qui la composent.

Nos actions au sein de la société impliquent elles donc un certain Sacrifice ?

Le sacrifice comporte deux pôles : d'un côté on offre, de l'autre on se prive de ce que l'on offre … Du point de vue de la morale, il s'agit d'une vertu de renoncement dans la construction de l'Homme authentique. Cette définition rejoint la conception Chrétienne qui, dépassant le rite pour aboutir à la morale, ne reconnaît d'autre sacrifice que celui qui est sacrifice de soi, renoncement et altruisme. L'ultime aboutissement serait l'Altruisme Absolu qui fixerait le chiffre de son mouvement vers l'autre, le tout autre. Plus simplement, l'altruisme est une attitude morale qui, par delà toute crainte et même toute norme, privilégie autrui. L'altruisme manifeste un débordement de l'amour propre naturel et du désir érotique qui porte vers l'autre. On est tout de même aux confins de l'exceptionnel et du transcendant : l'individu, par l'autre et pour l'autre, est élevé au dessus de lui-même … A ce sujet, on notera que la célébration de l'amitié dans la philosophie ancienne et également chez Montaigne, exprime remarquablement la rareté et le bienfait inattendu de cette générosité qui met l'autre au dessus de soi et fait de cette relation le lieu d'une vie nouvelle. L'altruisme n'est pas cependant qu'une affaire de sentiments, il est décision pour l'humanité de tous, y compris l'accomplissement de soi ; l'avènement de la conscience de soi n'est que la rencontre d'une conscience avec une autre conscience. Ainsi, tout ce qui est, a besoin, pour l'être, de quelque chose qui lui manque. Qu'il y ait partition ou association, c'est toujours sur autre chose que débouche la recherche d'un équilibre : Etre, c'est de ce point de vue, avoir besoin d'autre chose que soi, par essence même, être c'est appeler ce qui est en soi comme une absence. Le mystère d'autrui n'est pas autre chose que le mystère du Moi et cela, seul autrui le révèle, le fonde et le justifie. Notre propre notion d'existence se reflète ainsi dans le miroir de l'autre et débouche sur la notion sociale d'humanité et d'humanisme : cette idée que l'homme se fait de lui-même dans son plus grand accomplissement intellectuel, moral, voire religieux ou esthétique en réalisant une synthèse harmonieuse de la connaissance et de la vertu, nous rendant plus humain et permettant de réaliser en nous l'accomplissement d'un modèle anthropique, d'un idéal : L'humanisme est retournement de soi et action juste face à l'autre ( le Souverain Bien de Sénèque ).
Partagés entre le besoin que nous avons des autres et la volonté d'être nous-mêmes, entre le sentiment de notre identité et celui de notre singularité, entre ce qui nous est propre et ce qui nous dépasse, nous trouvons au cœur même de notre déchirement un immense sentiment de compassion pour tout ce qui est, pour tout ce qui vit.
L'amour inconditionné de toute vie, n'est il pas un feu qui embrase le cœur des Initiés et qui les pousse à tout faire en sorte pour rétablir le respect de la Règle et de l'Ethique, à faire régner l'Ordre sur le Chaos, à exalter les nobles sentiments, en un mot à rénover incessamment la société et les hommes ?
Dans cette conception, le sacrifice de sa vie implique donc non point une immolation physique du Moi mais bien évidemment le don de Soi, au service des autres, au service d'un idéal tourné vers le Bien, le Beau et le Juste …

B ) Aspect Maçonnique :

Lors de l'Initiation au 1er degré, Il est clairement exprimé :
Je cite : « L'Ordre maçonnique dans lequel vous demandez à être admis pourra peut-être un jour exiger que vous versiez jusqu'à la dernière goutte de votre sang pour sa défense et pour celle de vos frères. Le cas échéant, consentiriez-vous à faire ce sacrifice ? ».
Et l'impétrant de répondre immanquablement : « Oui, Monsieur ! »
L'engagement qui s'en suit est éloquent: « Je préférerais avoir la gorge coupée plutôt que de manquer à mon serment … » ! ( lourd d'implications pas toujours respectées ) …   
Pris au premier degré, cela signifie évidemment qu'en des circonstances exceptionnelles tout homme et plus particulièrement le Franc-Maçon devrait, et même doit parfois, accepter de mourir pour sauver son idéal … Cela s'est déjà vu et plus souvent qu'on ne croit ( Jean Moulin avait tenté de se suicider en se tranchant la gorge, de peur de parler sous la torture ! ) …
Toutefois l'ultime sacrifice ( mourir pour que l'autre vive ) peut-être aussi vain qu'inutile parce qu'en fin de compte chaque vie est autant insignifiante qu'indispensable tant qu'elle n'a pas accompli son destin … Accepter de mourir, oui, mais comme disait Brassens : « Mourrons pour des idées mais de mort lente » …
Symboliquement, le grain de blé doit mourir pour germer et donner de nombreux épis, certes, mais pas être coupé avant qu'il ne soit mûr …( Le sacrifice aurait été vain ! ). S'il est donc certain que l'Homme possède par essence les capacité de donner sa vie pour qu'une autre s'éveille ( pour ses enfants, par exemple ) Il faut cependant prendre la notion de sacrifice à un second degré, plus subtil mais aussi peut être plus complexe, long et difficile à mettre en œuvre.
Ainsi, passé le premier sacrifice qui consiste à se dépouiller du « vieil homme » dans le Cabinet de Réflexion, c'est à dire d'y abandonner ses préjugés et ses servitudes, la démarche Maçonnique est avant tout libératrice dans la mesure où elle est volontaire et non dogmatique.
Encore une fois, l'instruction du grade d'Apprenti est explicite à ce sujet :
Nos outils sont la Règle, le Maillet et le Ciseau …
Cela implique impérativement que toutes nos heures doivent être utilement employées, que c'est la volonté de perfectionnement qui nous anime et que nous devons rendre notre « pierre » conforme à son emploi pour devenir un membre utile et conscient de la société …
Cela signifie qu'une fois opéré le travail de « réflexion » sur nous même, toutes nos actions doivent tendre vers un idéal humaniste et non point se contenter d'un repli égotiste qui consisterait à s'enrichir d'une connaissance qui ne serait point partagée … Je citerai encore Brassens : « Il ne faut jamais garder une bouteille ni une poignée de main par devers soi » !
En aparté, cette expression quelque peu truculente et digne de Rabelais témoigne, à mon sens, d'un état d‘esprit qui doit animer le Franc-Maçon et que le Rite exprime par « l'Agapé » … ( au sens étymologique du terme et non dans ses dérives ou ses « bacchantes » : Ne confondons pas en effet la « dive bouteille » avec la « substantifique moelle » ! ).
Dans cette acception, le sacrifice c'est le partage : c'est donner un peu de soi pour atteindre une certaine communion avec tous, c'est se rendre utile socialement parlant ; symboliquement encore, c'est partager le pain … C'est d'ailleurs l'étymologie du mot Compagnon !
Enfin, pris au dernier degré, les concepts d'amour, de sacrifice et d'humanité se confondent et se complètent dans une résolution harmonieuse qui doit synthétiser l'action du Maître-Maçon à l'issue d'un parcours initiatique, sans fin certes mais possédant bien une origine et une destinée :
Renaître, croître et enfin rayonner … ce dernier aspect étant le seul et unique but de la « Mort et de la Renaissance Initiatique » … Là se situe alors le sacrifice au sens Maçonnique du terme, c'est à dire l'expression de la notion d'accomplissement dans la mesure où l'homme est sans doute un pont et non un but !
A ce prix nous retrouvons alors notre origine : Poussière, oui, mais poussière d'Etoile ( suivant la merveilleuse expression poétique d' H. Reeves )… A ce sacrifice correspond alors un enrichissement mutuel comme un ensemencement symbolique, mais pourtant existentiel, de l'espace et du temps qui fait que l'accomplissement d'un destin inéluctable de l'homme vers la mort n'est que la réalisation du « Soi » sans aucunement aliéner notre « Moi » … Au sens Biblique ( puisque nous ouvrons nos Travaux sur l'Evangile de St Jean et sans vouloir générer quelque malaise au Croyant comme à l'Agnostique ), il est clairement exprimé cette notion d'achèvement de l'accomplissement de soi à travers le destin et l'avènement de l'autre, du tout autre, thème éternel correspondant ainsi à nos interrogations les plus secrètes : « D'où venons-nous ?, qui sommes-nous ?, où allons-nous » ? A cela pourrait-on rajouter l'ultime interrogation d'un certain scepticisme cartésien nullement ennemi de la Foi : « Pourquoi » ?
La Franc-Maçonnerie ne prétend pas répondre à de telles questions mais, en revanche, elle autorise à l'impétrant « mis sur la Voie » la prise de conscience d'une certaine connaissance, que je qualifierai d'héréditaire ( puisque transmise de générations en générations ), de certaines parcelles de la Vérité Ineffable : ce que de façon symbolique nous nommons « La Lumière » … Et cette Lumière ne nous appartient pas, mes Frères ; nous n'en sommes que les dépositaires, les simples « gardiens » dont le but existentiel se résume à transmettre sans pour autant posséder …
Là se situe le sens du sacrifice et la notion de don de soi-même dans la mesure où l'on ne doit point espérer quant à nous mais bien pour l'autre, le tout autre … Ainsi, l'Amour d'autrui, l'Amour de l'Humanité en général, devient à la fois un moteur et une justification de nos pensées comme de nos actes … Ne rêvons pas cependant car, comme je vous l'ai exprimé plus haut, c'est une nécessité liée à l'expression même de notre propre essence, de notre destin, que l'on peut résumer ainsi en paraphrasant le poète : « Je suis Homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ».
Accepter de le comprendre comme tel, c'est accomplir les potentialités qui sont en l'homme au delà de ses chimères, de ses tourments et de sa futilité, ce qui le rend justement perfectible et donc capable de transcendance … C'est peut être réaliser quelque part notre finitude comme notre raison d'être, en quelque sorte une propre justification de notre existence, tout aussi banale qu'exceptionnelle … ?

C) Conclusions

L'amour de l'Humanité peut-il donc nous conduire au sacrifice de notre vie ?
Oui, sans aucun doute si nous tournons les actes de notre vie au service d'un idéal … La Franc-Maçonnerie nous suggère au travers du Rite un certain « possible » qu'il nous appartient de réaliser « humainement » et tout à fait à la mesure des Frères qui la composent. Si l'idéal semble inaccessible par essence, la réalité Maçonnique de chacun comme de tous peut se réduire très simplement comme tel :
Je cite : « La Franc-Maçonnerie a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes ; c'est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : Obéir aux lois de son pays, vivre selon l'honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l'Humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique » …
Plus avant, au stade de l'Apprenti censé avoir lu les Constitutions, il est dit entre autre : « La Franc-Maçonnerie a pour but le perfectionnement de l'humanité …
Les Francs-Maçons se reconnaissent comme Frères et se doivent aide et assistance, même au péril de leur vie. Ils doivent de même porter secours à toute personne en danger … Dans la recherche de la Vérité et de la Justice les Francs-Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite … etc.
Alors, mes frères, même si ces assertions vous semblent situer notre idéal assez haut dans l'échelle des valeurs, devrais-je vous rappeler qu'elles furent acceptées et surtout librement consenties lors de votre accession au premier degré, au delà de toute considération ontologique, morale, religieuse ou philosophique ? … Je terminerai en vous rappelant encore une fois l'essence primordiale du troisième voyage au 1er degré du R\E\A\A\ ? ( oui, je sais, je l'ai déjà dit, mais je le dirai encore jusqu'à ce que je sois sûr que vous l'ayez bien compris ! ).
Je cite : « Puisse le Feu qui vous a enveloppé se transmuer dans votre cœur en un amour ardent pour vos semblables, puisse la Charité inspirer désormais vos paroles et vos actions ! ».
Ainsi associé à la Connaissance, l'Amour, acte de foi, est intention :
« L'Amour est intention par excellence », non plus comme volonté formelle mais bien exprimée dans son contenu, c'est à dire comme bienveillance.
Le Rituel nous le dit explicitement : « Pénétrez-vous du principe positif de la Franc-Maçonnerie : Fais aux autres tout le bien que tu voudrais qu'ils te fissent à toi-même » !
L'invocation, du GADL'U rappelle au Franc-Maçons qu'il ne travaillent pas à leur propre gloire ni à développer leur intelligence au profit de l'égo orgueilleux mais qu'ils doivent justement utiliser cette intelligence et leur cœur pour servir la dimension spirituelle de l'homme.
Le Rituel nous ramène ainsi à notre besoin intime d'Unité profonde et peut nous conduire à une action réelle tournée vers les autres, au service du Bien, du Beau et du Juste …
« Elevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière » !

J'ai dit.
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La solitude

24 Juillet 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

L'homme a toujours été un animal grégaire. Initialement, ce regroupement avait pour but d’assurer la survie de l’espèce, dans un environnement hostile. L’organisation sociale a, depuis, été basée sur le groupe.
Dans la majorité des régions du monde, le groupe de référence reste le village qui, lui-même, est composé de quelques familles. Cette structuration a conditionné les usages de chacun vis à vis de son environnement et de son entourage.
Les concentrations ont été longtemps restreintes et, selon les régions, la population demeurant dans les villages représentait 80 à 90% de l'ensemble de la population. En France, il reste encore 20.000 communes de moins de 500 habitants.
Mais, depuis un siècle, la tendance évolue très vite et nombre de pays voient déjà leur population urbaine dépasser 50% de la population totale.
Est-ce seulement, le désir avoué de profiter des avantages de la ville, qui pousse les hommes à toujours plus se regrouper ? Ou est-ce, aussi, le sentiment de solitude qui nous fait fuir les "déserts" ruraux, d’où ont déjà disparus ce qui en faisait la vie et le charme comme les cafés, les petits commerces et même les écoles ?
Qu’est-ce que la solitude ? Si l’on s’en tient à la définition du dictionnaire : " la solitude est la situation d'une personne qui est seule, de façon momentanée ou durable ".
Mais ce n’est pas aussi simple, car il n'y a pas, un seul type de solitude, mais plusieurs, selon le vécu de l'individu par rapport à ce qui provoque son sentiment de déréliction.

La solitude par rapport à l'environnement
La solitude par rapport à l’environnement est la situation la plus familière. C’est un état involontaire qui se caractérise par l’éloignement des lieux habités. Il s’agit plutôt d’un isolement. Ainsi, le berger en montagne, le nomade au Sahel ou toute personne dont l’activité nécessite sa présence dans des lieux peu fréquentés, sont isolés, mais n’éprouvent pas forcément, ni constamment, une impression de solitude.
Ce sentiment peut aussi s’éprouver dans des endroits qui dégagent une atmosphère gênante, voire angoissante. Ainsi, lorsque Verlaine parle " du vieux parc solitaire et glacé " il ne décrit pas un lieu réellement isolé, mais un lieu où l’homme n’a pas sa place ou, plus simplement, ressent une certaine hostilité de l’environnement comme dans une forêt où les sons sont étouffés, ou encore, la nuit où nous ne pouvons qu’imaginer ce qui nous entoure. C’est un des aspects négatifs de la solitude. Ce sont nos sens qui sont atteints.
Pourtant, nous éprouvons parfois du plaisir à nous promener en forêt ou dans un endroit calme, retiré et parfois même sauvage. C’est l’aspect poétique du retour à la nature, aux origines, d’un endroit non pollué par une présence qui nous émeut. Ainsi, celui qui a séjourné dans le désert en garde une image fascinante. " Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part ".

La solitude par rapport à la société
La solitude peut aussi se définir par rapport " aux autres ". Nous évoquons souvent la situation de l’ermite, de celui qui a choisi la vie érémitique ou monacale. Mais, il s’agit d’un isolement volontaire, où le but est de se retrouver avec soi-même et de faciliter ainsi, une introspection ou toutes spéculations intellectuelles pour lesquelles une retraite momentanée est profitable.
Cette solitude là, n’a rien de négatif. Bien souvent, celui qui la pratique passe même pour un sage.
Moins positif, est le choix de celui qui refuse de vivre au sein de la société telle qu’il la ressent. " Les autres " ne correspondent pas à l’idéal qu’il imagine et il préfère s’en tenir éloigné pour ne pas être perturbé ou même pollué. Dans ce cas, la réaction de la société est beaucoup moins positive, il passe pour un misanthrope, un sauvage ou un ours.
Mais la solitude la plus douloureuse est involontaire. Il suffit de se sentir ignoré, voire rejeté par la société. C’est la solitude des marginaux, des inadaptés et des exclus, de ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société. Cette situation pourra se traduire par une passivité et un retrait menant jusqu’à la rue, à la " zone ", ou même à la situation de S.D.F. ou encore de clochard.
Cela peut être, plus couramment, celle des adolescents qui n’ont plus le statut d’enfant et le confort qui l’accompagne, mais qui ne se reconnaissent pas dans les schémas qui leur sont proposés par nos structures sociales. Il y aura, au contraire, réaction plus ou moins violente vis à vis d’un système qui impose des clichés qui ne correspondent pas aux projets qu’ils se sont construits.
La tendance actuelle serait moins agressive, puisque les jeunes restent beaucoup plus longtemps dans le cocon familial. La non-intégration dans le milieu du travail ne suffit pas à justifier cette attente. La vie associative ou la bande n’apportent plus suffisamment de réponses à ce sentiment qui n’est pourtant pas nouveau, puisque Molière disait déjà " La solitude effraye une âme de vingt ans "

La solitude par rapport à son entourage
La solitude peut aussi être éprouvée par rapport à son entourage immédiat.
Quand ce n’est pas tout simplement un dérangement mental plus ou moins grave (l’autisme par exemple), cela peut être la réponse à un besoin d'identification ou même à une saturation par la présence oppressante d’un entourage omniprésent.
Un enfant introverti, qui participe pas suffisamment aux jeux ou qui se complaît dans la lecture sera déprécié par son entourage. Le sentiment n’est pas vécu alors par l’intéressé, mais par ceux qui sont frustrés que l’on n’ait pas besoin d’eux. C’est une infirmité dans les sociétés comme celle des États-Unis où l’appartenance au groupe est jugée indispensable pour un épanouissement normal.
Cette réaction négative se retrouve vis à vis des célibataires. Les noms d’oiseaux qui leur sont adressés ne se limitent pas au sobriquet de vieux garçon ou vieille fille. Pour persuader les récalcitrants de convoler, la bible est évoquée pour affirmer que " Mieux vaut vivre à deux que solitaire " tandis qu’eux se défendent par des dictons comme " Mieux vaut être seul que mal accompagné ".
Nous constatons que non seulement l’homme n’aime pas être seul, mais qu’il n’apprécie pas ceux qui s’en accommodent. La solitude, comme l’amour, la peur et autres sentiments difficiles à faire partager, sont au fond de nous et conditionnent notre comportement social.

La solitude par rapport à soi-même.
La solitude est encore plus éprouvante vis à vis de soi-même. C’est alors un état, un moment, même une seconde de la vie, où tout s'arrête, où plus personne n'existe et où on se retrouve face à soi-même. C'est ce face à face qui est terrible.
Ainsi, la rupture, le divorce, le décès d'un être aimé, une terrible nouvelle, sont des événements où nous pouvons sombrer dans la solitude la plus totale. Nous subissons, la remise en cause totale et définitive des projets que nous avions élaborés pour la suite de notre vie.
On se sent aussi seul, au moment d’un choix, pour lequel rien ne vient conforter clairement et définitivement LA bonne décision, comme choisir untel ou unetelle, tel emploi ou tel autre, telle voie ou telle autre.
On est absolument seul, au moment d’un choix important qu'il soit volontaire ou contraint, car un choix est toujours un sacrifice.

Alors ?
Cet inventaire, même s’il est loin d’être exhaustif, nous montre que, s’il n’y pas une, mais des solitudes, il n’y a pas, non plus, de solution unique, susceptible de les traiter toutes.
D’ailleurs, existe-t-il une solution ? Nous pouvons en douter.
Pourtant, si nous y regardons de plus près, il existe un certain nombre de cas dont nous pouvons cerner la source et envisager d’y apporter un début de traitement, à défaut rémission, sinon d’une guérison.
La plupart du temps, cette solitude part de soi. Il ne sert à rien de fuir la campagne pour se réfugier parmi la population des villes. Nous changeons l’environnement, mais nous ne changeons pas le problème. Beaucoup ont éprouvé une plus grande solitude au sein des grandes cités que dans leur village d’origine.
Avant de pouvoir envisager d’être intégré parmi les autres, il est indispensable de s’accepter soi-même et accepter ses propres contradictions. Ce n’est pas par hasard si le premier travail de l’apprenti est de dégrossir la pierre. L’essentiel de son effort va consister à se connaître, identifier sa personnalité, autant dans ce qu’elle a de positif, que ce qu’elle peut aussi avoir de négatif.
Il ne suffit pas de valoriser ses qualités, il lui faut aussi maîtriser ses imperfections à défaut de les gommer ou d’en corriger les défaillances.
Il est dit qu’" Il faut s'aimer soi-même, pour pouvoir aimer vraiment les autres ".
Le fil à plomb nous a tous guidés dans notre descente en nous-mêmes. Il nous a aussi accompagnés dans notre renaissance. Mais il n’a pas empêché d’être parfois bien seuls, lorsque nous pouvions douter de la possibilité d’arriver enfin quelque part.
Mais, ce n’était que le début du chemin. Avant de pouvoir partager, il faut avoir autre chose à offrir que ses angoisses et ses doutes. " L’autre " n’est ni entièrement semblable, ni totalement différent. Nous avons beaucoup plus de choses en commun que d’oppositions. Nous ne sommes pas le pavé blanc et lui le noir.
Il éprouve le même type de sentiments et nous ne pourrons guère l’aider en ne lui apportant que nos craintes et nos désespoirs en partage. Si le malheur des uns pouvait faire le bonheur des autres, cela se saurait depuis longtemps.
La solitude, ça n'existe pas, dit une chanson. C’est pourtant un sentiment auquel nous nous efforçons tous d’échapper en meublant nos craintes des vides physiques, mentaux ou émotionnels. Nos sens ne doivent pas perdre le contact avec ce qui nous entoure, soit par isolement, soit par saturation.
La pratique des arts et des sciences va enrichir notre intellect et nous permettre d’acquérir les bases de notre compréhension du monde et de notre réflexion. De trouver notre place.
Ce n’est pas non plus un hasard si les voyages du Compagnon l’amènent à honorer et à rappeler l’exemple des bienfaiteurs de l’humanité. Une vie ou, plus simplement, des moments consacrés à œuvrer pour l’amélioration de la condition et de l’égalité sociales, pourront s’avérer un excellent antidote à la solitude. Ceci est d’autant plus probant lorsque nos actions ne cherchent pas uniquement à obtenir la reconnaissance des autres, et sont leur propre couronnement.
La glorification du travail, énoncée lors du cinquième voyage, rappelle que, outre tout ce qui précède, notre société attribue une grande importance à notre participation à son fonctionnement, non seulement dans son rôle productif mais, aussi, dans sa part de création. C’est aussi un rappel que la solitude atteint irrémédiablement celles et ceux qui n’ont pas de travail et, donc, pas ou peu de raisons d’espérer.
J’ai disserté ici, il y a quelques temps de la Géométrie. Ce soir c’est à la Gravitation que je ferai référence en tant que force unissant les Maçons.
La fraternité et ses manifestations extérieures comme nos accolades, les chaînes d'union et autres signes de reconnaissance marquent notre besoin de rester proche les uns des autres ET de l’exprimer.
Nous craignons que la solitude ne vienne rompre la longue chaîne de la solidarité humaine. C’est le malaise qui est ressenti, lorsque l’un d’entre nous, déclare qu’il souhaite ne plus revenir partager nos travaux. C’est parfois, au moins aussi troublant, que le passage d’un Frère à l’Orient éternel, car c’est, le résultat d’un choix réfléchi. Aussi, un soulagement parcourt les colonnes lorsque cette décision n’est pas définitive ou qu’elle n’écarte pas la volonté de s’intégrer à un autre atelier.
Toute cette émotion relève du domaine initiatique. C’est ce vécu, lui aussi, qu’il nous est impossible de communiquer au profane qui s’interroge. De la même manière que nous ne pourrons jamais faire totalement comprendre notre émoi à l’écoute d’une pièce de musique ou lors de la découverte d’un tableau.
Nous pourrions être seuls parce que nous n’avons plus assez de mots pour exprimer notre émotion. Pourtant, nous n’avons pas de sentiment de solitude, parce que nous savons que ceux qui nous entourent éprouvent le même genre de sensation.
Après avoir appris à nous assumer, nous apprenons à assumer les émotions que nous partageons avec les autres. Nos rituels, qui passent pour des mascarades aux yeux de nos détracteurs sont autant d’occasions de communier dans l’ardeur qui nous unit.
Lors de l’initiation, le miroir nous a rappelé, à l’instar de Valéry qu’" Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie ". Apprenti, nous avons, dans le silence, appris à écouter l’autre et l’admettre. Compagnon nous apprenons à aller vers lui et partager nos travaux et ce respect mutuel qui nous enrichit tous et nous permet d’emboîter nos pierres pour contribuer à la perfection de l’édifice.
La solitude n’est pas une situation mais une émotion.
Sa prévention n’est pas dans notre organisation mais dans notre comportement.

J’ai dit Vén\M\

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Au commencement était le verbe

24 Juillet 2013 , Rédigé par Rog\ Per\ Publié dans #Planches


Vénérable Maître et vous tous mes frères et soeurs en vos degrés et qualités, Au nom du GADLU et de l’humanité.
J’ai choisi de « plancher » sur le verset de Saint Jean :
« Au commencement était le Verbe ». Saint Jean, un des 12 Apôtres de Jésus a écrit le 4ème Evangile et le livre de l’Apocalypse.
Alors, comment ai-je travaillé ? Classique, j’ai réuni de la documentation, je l’ai étudiée, j’ai médité. Le sujet est vaste, il va de la naissance du monde aux nouvelles technologies de la communication.
Alors, j’ai fait le choix, intéressant je pense, de développer les thèmes suivants du sujet :
- Le Verbe et Dieu
- Le Verbe et l’Homme
- L’herméneutique ou l’art de la compréhension
- et en conclusion : Comment tendre vers une éthique du Verbe.
Je répète le plan :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ».
Ce verset est le premier d’une suite de 18 du prologue de l’Evangile de Saint Jean.
Il est parallèle au 1er verset de la Genèse :
« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre »
Dans la Genèse, le commencement, signifie le commencement temporel et physique du
Monde, de l’Univers.
Dans l’Evangile de Saint Jean, on entre dans une autre dimension : celle de l’Eternité, de l’Infini, celle de Dieu, le Monde avant le Monde, le Monde présent, le Monde futur.
Pour Saint Jean, le mot de Verbe, signifie la révélation de Dieu dans la personne du Christ.
Le Verbe étant la manifestation de Dieu dans tout ce qui est notre vie.
Le Verbe est le principe qui créé.
Le Verbe, est la manifestation du Monde, son expansion, le visible l’invisible, l’unité, l’harmonie par lesquels Dieu se manifeste dans le Monde physique.
Le Verbe, ou Dieu , s’est exprimé avant toute chose, il est à l’origine des êtres et des choses.
Toujours dans le registre des Evangiles, le Verbe c’est la parole du Père (le Père en tant que membre du mystère de la Trinité : le Père, le Fils et le saint Esprit).
Par le Verbe le Père a créé le Monde, par le verbe il lui conserve l’existence dans un
renouveau perpétuel.
On le voit, le Verbe est partout, il représente tout, il a une charge , une densité immense.
Sans compter que dans la tradition chrétienne, le Verbe est tenu pour être la Vérité.
Mais alors, si le Verbe est Dieu, qu’en est-il du Verbe et de l’Homme ?
Depuis le jour ou l’Homme à commencer à parler, les mots, la langue, les langues, le verbe est devenu le moyen par lequel l’homme a inventé le monde.
En donnant un nom, un sens, aux êtres, aux choses du Monde, l’homme a créé un langage.
Il a construit le monde, il a fait exister des réalités qui sans le Verbe, seraient ignorées.
L’homme s’est mis à penser.
Interrogeons nous sur la relation qu’il y a entre dire et penser.
En prenant appui sur le cerveau, le cœur et les sens, il se forme chez l’homme, un rapport verbal intérieur entre sa conscience et le monde.
Parler, c’est exprimer ce rapport verbal supporté par la voix, dans une langue.
Une fois que l’on parle, la parole s’entretient comme Verbe et comme voix.
Mais alors, quelles sont la justesse et la vérité des mots que l’on dit par rapport au champ de sa pensée ?
Quel sont les rapports entre le Verbe de Dieu et le Verbe de l’Homme ?
Certains mystères, certains phénomènes, on ne peut les approcher que par analogie.
Le mot « Dieu » est une pure intuition.
Dans notre esprit, « Dieu est celui qui voit et créé tout en un seul regard ».
Il n’y a que Dieu qui sait ce qu’il y avait avant le commencement.
Si l’on prétend qu’il n’y avait rien avant le commencement, ni Dieu, ni Monde ni Temps, alors on exclue le Verbe. C’est le néant dans le néant.
La parole humaine est potentielle avant d’être actualisée.
Elle procède d’une espèce de « fonds » (épeler) constitué par des éléments de notre mémoire.
Ensuite par un phénomène de questionnement et de réflexion, elle se transforme en mots, en mots présents, parce que le phénomène se reproduit et se poursuit.
Le mot disait Saint Thomas est comme un miroir dans lequel on voit la chose.
Le mot reflète la chose parfaitement dans sa forme et ensuite il induit une multitude de pensées, sur sa fonction par exemple.
Par rapport au Verbe de Dieu, la parole humaine demeure imparfaite, précisément, parce qu’elle a besoin d’une multiplicité de mots.
L’imperfection n’est pas dans les mots, mais dans la pensée, forcement récurrente, puisque, à la différence de l’esprit divin, notre intelligence n’est pas suffisamment présente à elle-même pour saisir ce qui est en un seul regard.
Le visible et surtout l’invisible, le monde caché.
La pensée humaine croit savoir, mais sait elle vraiment ?
A la différence du Verbe divin qui demeure éternel, nos pensés et nos mots restent de simples accidents de l’esprit.
Nos mots reflètent parfaitement, mais transitoirement et seulement transitoirement les choses.
Notre esprit, notre cerveau sont en effervescence permanente.
Nos pensées n’atteignent jamais le but vers lequel elles tendent, et c’est tant mieux. L’esprit est infini, il se renouvelle sans cesse et a la liberté de former des projets toujours nouveaux.
La multiplicité des mots dans notre pensée, recouvre sur le mode dialectique, un procès intellectuel unique, qui créé le concept.
Le concept facilite le langage.
En d’autres termes, la parole n’est pas le miroir de l’esprit, elle est dit Saint Thomas « comme la lumière dans laquelle la couleur devient visible ».
« La parole est comme la lumière dans laquelle la couleur devient visible ».
Quelle pensée magnifique, mêlant symbolisme et sciences.
Saint Thomas d’Aquin : (est né près de Naples, à Aquin en 1225- mort en 1274)
Catholique, il étudie la théologie et la philosophie. Pour lui, la philosophie doit demeurer la servante de la théologie.
Le Verbe, la parole, le mot, le langage.
Quelle est la relation entre la pensée, et le langage ? Entre dire et penser ?
Comment s’établit la compréhension ?
On ne peut développer cette question sans évoquer brièvement le thème de l’herméneutique philosophique, et l’un de ses maîtres : le philosophe Allemand Hans Georg Gadamer, mort en 2002 à l’age de 102 ans.
L’herméneutique est une discipline qui se définie traditionnellement comme l’art de comprendre, c'est-à-dire comme le savoir permettant de déchiffrer le sens ou d’interpréter un texte.
Les origines de l’herméneutique remontent au tout début de la philosophie.
Un petit peu d’histoire.
Pour Platon, l’herméneutique qualifie le travail interprétatif des poètes et des rhapsodes qui traduisent en mots ou expliquent le message des Dieux.
Aristote fera de l’herméneutique, la langue qui doit rendre en mots, la pensée des hommes.
Après Platon et Aristote, les Stoiciens penseront que les premiers hommes avaient un logos pur (parole, intelligence), un accès direct et véritable aux choses.
Ensuite et pour aller un peu plus vite, de la fin de l’Antiquité jusqu’au Moyen Age et au tout début de la modernité, l’herméneutique restera attachée ou fixée à l’exégèse (l’interprétation) des Ecritures.
Ici, les auteurs les plus importants se nomment : Philon d’Alexandrie, Origène, Augustin et Luther, le célèbre réformateur.
C’est avec Heiddegger que l’herméneutique connaîtra une nouvelle révolution : La compréhension n’est plus limitée aux textes, c’est l’affaire de toute existence humaine.
La compréhension n’est plus un outil dont l’homme dispose, mais la structure même de l’homme.
Gadamer se montrera moins radical qu’Heidegger.
D’après l’herméneutique de Gadamer développée dans « Vérité et Méthode » publié en 1960, la compréhension est l’attitude générale propre à l’existence humaine, mais cette attitude doit être fondée dans l’histoire et le langage.
Or, si toute compréhension repose sur notre usage du langage, Gadamer pourra alors conférer à l’herméneutique un fondement ontologique, c'est-à-dire une base, une preuve, dans le domaine de ce qui est, de ce qui existe, car c’est notre langage qui nomme les choses. Ce que nous devons voir ici.
Rhapsode : Artiste Grec (7ème siècle Av. J.C) qui allait de ville en ville, réciter des épopées, comme les oeuvres d’Homère.
Gadamer montrera pourquoi notre compréhension du monde repose en premier lieu sur le langage. Le langage joue le rôle de structure de compréhension.
Pour Gadamer, l’expérience effective de la pensée est précisément celle de la parole, puisqu’elle se déploie dans le champs de la langue. Cette expérience de la pensée, actualise sur le mode du dialogue, la structure à préalable qui est celle de la question et de la réponse.
D’où me parle-t-on ? Qu’est ce qui m’est dit ?
Se laisser atteindre par une telle question, tenter d’y répondre, c’est entrer dans le jeu partagé
de la pensée, c’est aussi cheminer en direction de la vérité.
L’intérêt de l’herméneutique est d’ouvrir la compréhension à toutes les oeuvres de l’homme, c'est-à-dire d’universaliser la compréhension (qui repose toujours sur un dialogue), à toutes les pratiques humaines puisque aucune n’échappe au langage.
L’herméneutique permet à l’homme de trouver un langage commun.
Quittons l’herméneutique et poursuivons sur le langage, les langues.
L’homme parle parce qu’il a des idées et que parler, c’est toujours peu ou prou dire l’idée que l’on a derrière la tête.
Etre debout et parler, toute la dignité de l’homme est résumée dans cette double attitude.
« Il ne convient pas que les bons se taisent » disait déjà le vieux poète Ennius.
L’homme parle, mais pour dire quoi ?
Des paroles sans doute.
« Le Verbe a pour origine le vrai » disait Saint Augustin.
L’homme parle pour dire la vérité.
Dès les premiers temps du monde, quand l’homme a commencé à s’organiser en sociétés, la langue à induit des imaginaires puissants, parce que la langue est le territoire le plus immédiat de la parole.
Or, la parole n’est pas qu’un simple moyen de communication, de constat ou de jugement.
Que l’on songe à la promesse, au serment, à la déclaration d’amour ou de guerre, la parole fait advenir quelque chose qui n’était pas avant elle et qui, tôt ou tard, porte un risque, une audace, une transgression bref, une éthique.
Cette éthique, déjà présente dans la parole des premiers jours, était ponctuée par l’enchantement du monde, souvenez vous : « Dieu vit que cela était bon ».
La valeur du Verbe écrit ou oral, contient des caractéristiques, qui le rendent apte à proclamer une vérité et à défendre des valeurs humanistes qui lui garantissent sa qualité éthique.
Le Verbe éthique doit être le reflet de la pensée.
Comme nous l’avons vu, le Verbe est chargé de faire la transition entre les deux modes de l’existence humaine : la matière et l’esprit.
Le Verbe relie l’action et l’idéologie qui la sous-tend.
L’action, permet à l’idéologie de s’élaborer et en contre partie, la pensée inspire les actes et vérifie qu’ils obéissent à ses principes.
Le Verbe est capable d’agir directement dans l’histoire des hommes.
Il influe sur les hommes et au delà sur les événements.
Le Verbe réconcilie idéal et réalité.
Le Verbe arrache l’homme à sa condition humaine, il transforme un destin subi en destin dominé, une fois doté d’un sens.
Aujourd’hui le Verbe, la Parole se retrouve dans l’écran, ce qui la rend à la fois plus ouverte,
plus rapide et plus universelle.
Le Verbe, la Parole parcours désormais le monde à la vitesse de la lumière, il nous reste à nous les hommes, la responsabilité de lui préserver une visée humaniste, en cherchant à fonder
nos actions sur les valeurs de liberté, de justice, de fraternité.
    
 

source : www.ledifice.net

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La notion de Création en Franc-maçonnerie

22 Juillet 2013 , Rédigé par C\ D\ Publié dans #Planches

Je me suis plongé dans ce travail avec beaucoup d’exaltation tant il m’a semblé que notre recherche sur ce thème, nous conduisait à faire l’effort de comprendre ce qu’est le vrai sens de l’initiation maçonnique. Il s’agit plus d’un essai, d’une ébauche, que d’un travail accompli. C’est un nouveau chantier sur lequel le cherchant que je suis aura à revenir pour affiner son ouvrage. Vous voudrez bien me pardonner les nombreuses citations de sources qui sont à la fois des références, des repères (il y en aurait eu bien d’autres), et dans la mesure où il s’agit ici de « comprendre » ce que nous cherchons véritablement, et dans un domaine où il n’y a, évidemment, rien à inventer.

La notion de « création » au sein de la Franc-Maçonnerie, celle que nous pratiquons, me semble en première lecture, et sur la base de nos rituels, difficile à établir. Bien sûr, le rituel du REAA emploie ce mot de manière implicite, dans le cadre de l’initiation d’un Profane : « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers… Je vous Crée, Constitue et Reçois Apprenti Franc-maçon… ». (1) Il est d’ailleurs le seul à employer le verbe créer. Dans les autres Rites on trouve, par exemple au RER, le terme : « Je vous reçois Franc- Maçon apprenti », et ceci parce que la rectification fait de l’initiation un principe qui englobe l’ensemble du parcours de son Régime. Le Rite Français « constitue et reçois Apprenti Franc-maçon ». Ainsi donc, la seule prise en compte de cette phrase rituelle, dans cet instant important de la cérémonie, ne me semble pas suffisante pour appréhender le principe fondateur d’une étape qui serait celle de la Création. Elle me semble être plutôt fondatrice du rattachement au grand corpus que forme la Franc-maçonnerie universelle en général, et à l’Obédience au sein de laquelle nous sommes, en particulier. Nous ne pouvons chercher à démontrer qu’il puisse s’agir d’un acte de création identique à celui que nous considérons de la part de Dieu, Grand Architecte de l’Univers, à l’égard de l’ensemble de la création, et comme il nous est indiqué dans les textes de la Genèse. On ne saura non plus faire l’économie de rappeler les deux grandes conceptions de la création qui sont « ex deo »pour celle qui procède à partir d’une matière préexistante et éternelle et ou Dieu, du coup, n’est pas véritablement créateur. L’homme « sort » de Dieu et est donc « ex deo ». Cette vision appartient en propre aux religions indo-européennes de l’Inde, de la Grèce, de la Rome antique et des Celtes. L’autre conception est « ex nihilo » ou Dieu est là totalement créateur. Il s’agit d’une conception issue du néant préexistant à l’ensemble de la création, et dont l’homme est partie intégrante. Cette conception nourrit les grands monothéismes que sont le mazdéisme, le judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Elle fait de Dieu le Créateur de toute chose. (2) En ce qui nous concerne, le sens de l’acte créateur est plus spécifiquement à rechercher au carrefour de deux notions qui sont à la fois croisées et complémentaires : Tout d’abord, le fait d’un acte relevant de la Tradition Primordiale au sens étymologique du latin tradere qui signifie « ce qui est transmis », et par elle, délégué à l’humanité en sa répétition dans le monde sensible : « vous ferez ceci en mémoire de moi ». Il s’agit, ne l’oublions pas, de la transmission consciente d’éléments invariables et sacrés, principe qui nous ramène bien à ce que nous pratiquons (cf. Jean Tourniac). Ensuite, le principe qu’il soit issu d’une source traditionnelle et authentique, avec pour condition qu’il se vérifie, par homogénéité, avec l’ésotérisme gnostique des autres grandes Traditions. Autrement dit, l’ésotérisme d’un centre secondaire de la Tradition Primordiale doit être en parfait parallélisme avec les fondements ésotériques des autres centres secondaires de la même Tradition Primordiale. Sans ces points d’équivalence, l’authenticité efficiente, et le pouvoir psychopompe de ce qui en est généré ne peuvent pas être démontrés. René Guénon nous avait précisé : « En effet, lorsqu’il s’agit de l’Unité, toute diversité s’efface, et ce n’est que lorsqu’on descend vers la multiplicité que les différences de formes apparaissent, les modes d’expression étant alors multiples eux-mêmes comme ce à quoi ils se rapportent, et susceptibles de varier indéfiniment pour s’adapter aux circonstances de temps et de lieux. Mais la « doctrine de l’Unité est unique » suivant la formule arabe : Et-Tawhîdu wâhidun, c'est-à-dire qu’elle est partout et toujours la même, invariable comme le Principe, indépendante de la multiplicité et du changement qui ne peuvent affecter que les applications d’ordre contingent » (3). Il me semble également nécessaire de rappeler que nous ne sommes pas dans le processus initiatique opératif des tailleurs de pierres. Si la symbolique du métier est un cadre que nous avons conservé, l’initiation ne nous est pas conférée par la démonstration matérielle de la maîtrise du geste, ni celle d’un processus de changement de l’être par les étapes de réalisation d’un chef-d’œuvre dans la matière, fruit d’un parcours passant de chantiers en chantiers, opérant une qualification véritablement opérative. L’initiation « spéculative » n’est pas pour autant sans réalité ontologique. Elle se situe simplement sur un autre plan, et place l’impétrant immédiatement dans une dimension qui ne devenait accessible qu’à un autre moment pour un opératif, à savoir la dimension purement spirituelle. Il en va ainsi du vrai sens étymologique du mot speculum qui implique l’interpénétration de deux dimensions, et place l’homme au centre de celles-ci, entre les deux. La Franc-maçonnerie de laquelle nous sommes les héritiers, traduit cette dogmatique en faisant du Temple spirituel le centre de son aboutissement, et du Temple matériel le socle de l’exégèse d’une étape à la fois détruite, dépassée et complémentaire. Par ailleurs, le rattachement de la Franc-maçonnerie à Saint Jean fixe son ancrage dans un courant immémorial de la connaissance spirituelle, archétypique, gnostique, et apocalyptique. Ainsi donc pouvons-nous chercher les sources de la justification d’un acte « créateur » à partir de ces deux fondamentaux que sont :

• le rattachement au Grand Architecte de l’Univers de qui procède la Lumière que nous transmettons ;

• ensuite, de l’analogie de notre Tradition avec d’autres Traditions authentiques desquelles nous avons pour point commun la conceptualisation de l’origine de la création, et la formalisation d’un « nouveau temple » comme but final pour l’homme initié, accompli.

Ajouterais-je que nous avons aussi pour point commun avec toutes les Traditions gnostiques de vouloir permettre à l’homme de se réaliser de son vivant, pendant son incarnation, et grâce à la mise en œuvre d’une méthode et d’un enseignement. La réalisation post-mortem étant un acte qui nous échappe, et en tout cas, qui ne relève pas de la révélation des mystères qui sont les nôtres. « Au Nom du Grand Architecte de l’Univers » Le Franc-maçon est fait, lié, au Nom du Grand Architecte de l’Univers. Cet état justifie à lui seul la notion de régularité. C’est elle qui fait que nous sommes, ou non, dans un des centres secondaires de la Tradition Primordiale. Cet acte fondateur d’un nouvel homme s’inscrit dans la tradition immémoriale de l’ordre de Melki-Tsedeq et duquel la Franc-maçonnerie tire sa source d’une religion du Premier Homme (les Rites REAA, RER, Emulation, et Français, déploient cette antique source, et chacun avec sa propédeutique) : « …nous voyons que « l’ordre de Melkitsedeq » est fondamentalement le signe d’un pacte entre le Principe et ce qui s’y rattache dans le déroulement du cycle temporel propre à l’individualité humaine. Pacte entre Dieu et l’homme par le truchement du sacré, du « mis à part », de l’ « élevé », donc du « Kadosh, du « Saint » (4). René Guénon qui fondera l’équation que Melki-Tsedeq = Tradition Primordiale, écrira : « …un tel centre, constitué dans des conditions régulièrement définies, devait être en effet le lieu de la manifestation divine, toujours représentée comme « Lumière » ; et il est curieux de remarquer que l’expression de « lieu très éclairé et très régulier », que la Maçonnerie a conservée semble bien être un souvenir de l’antique science sacerdotale qui présidait à la construction des temples, et qui, du reste, n’était pas particulière aux Juifs… » (5) L’ensemble du processus initiatique, dans tous les Rites, consiste au « dévoilement » et à la « révélation » de la Lumière. « L’être contingent peut être défini comme celui qui n’a pas en lui-même sa raison suffisante ; un tel être, par conséquent, n’est rien par lui-même, et rien de ce qu’il est ne lui appartient en propre ». (6) Cette révélation ne peut donc être engendrée que par délégation transmise et concédée, de la puissance de qui elle procède. En ce qui nous concerne, ce principe générateur est conféré au groupe qui en est, de génération en génération (vrai sens de la chaîne d’union), dépositaire. De plus, il opère sur un être unique qui va, de facto, se trouver « séparé » du reste du commun de son espèce : « En même temps, pour l’être qui est parvenu à cette conscience, celle-ci a pour conséquence immédiate le détachement à l’égard de toutes les choses manifestées… Par là, l’être sort donc de la multiplicité ; il échappe, suivant les expressions employées par la doctrine taoïste, aux vicissitudes du « courant des formes », à l’alternance des états de « vie » et de « mort », de « condensation » et de « dissipation » »(7) Seule, la transmission de la Lumière fixe le principe d’un acte créateur puisqu’elle confère à l’impétrant une nouvelle nature, une autre dimension, et la révélation d’un autre lui-même : « L’autre homme qui est en nous, c’est l’homme intérieur ; celui-là, l’Ecriture l’appelle un nouvel homme céleste, un homme jeune, un ami, un homme noble… » (8) Il s’agit là d’une création qui n’est pas de matière mais une création « révélatrice » d’un être enfoui, ignoré, méconnu, et qui n’attendait que de recevoir « un rayon de lumière » pour être tiré de l’obscurité dans laquelle le plongeait l’état de vieil homme. Il s’agit d’une forme de résurrection en cela qu’elle accouche (maïeutique) d’un être nouveau, en évolution / transformation, et définitivement transmuté. Si nous voulons bien retenir cette première étape, il nous faut vérifier qu’elle s’inscrit au sein du grand corpus que sont les Traditions authentiques et gnostiques, qui, toutes, n’ont qu’un seul but : conduire l’homme incarné à réintégrer le Temple de sa Gloire originelle.

Dans la Tradition Chrétienne

« Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu. Elle avait la gloire de Dieu : son éclat était semblable à celui d’une pierre précieuse, d’une pierre de jaspe transparente comme du cristal ». (9) La notion de Temple spirituel tel qu’il est annoncé par Saint Jean, est l’aboutissement final d’un long processus qui a conduit l‘humanité à se sortir de sa simple expression anthropologique par une prise de conscience de sa réalité tripartite (corps-âme-esprit), ainsi que de sa relation unique, et privilégiée, avec son Créateur. Il a fallu bien des édifications de temples matériels pour en arriver là. Il aura fallu connaître l’exil et l’exode, prendre conscience qu’il est un autre plan dans lequel les tracés divins sont plus justes et plus subtils. Le cherchant qui se plie à une compréhension gnostique des Ecritures comprend, et interprète, que c’est de lui dont il s’agit. Au travers de toutes ses pérégrinations, le peuple élu n’écrit pas autre chose que la propre histoire de tout être humain. De la Genèse à l’Apocalypse le miroir (speculum) qui nous est tendu ne nous renvoi que ce que nous sommes, en l’état de nos propres vies, et de celui de nos destinées : « Tout dans l’écriture, disent et répètent après les Pères nos auteurs, nous concerne expressément dans l’actualité de notre présent. L’Ecriture est notre miroir. Elle est aussi cette « force qui nous modèle à la ressemblance divine » et qui se résume dans cette perfection de la Loi qu’est la charité… » (10) Les textes bibliques font référence et sont constamment habités de la notion du Temple, et de sa perspective : « Partout ou je me suis déplacé avec tout Israël, ais-je dis un mot à l’un des juges d’Israël à qui j’avais ordonné de faire paître mon peuple, ais-je dis : Pourquoi ne me bâtissez-vous pas une maison de cèdre ? Maintenant tu parleras ainsi à mon serviteur David » (11). On trouve avec EZECHIEL, dans la « Vision du Temple et du pays restaurés » (12), une complète description des porches, parvis, sanctuaire, des annexes et de l’autel. Saint Paul en produira sa propre description dans son Epître aux Hébreux (13). Le Temple est le lieu même de la célébration de la Présence divine parce que sa fonction est d’abriter l’Arche d’Alliance, la Shekhinah. Toutefois, le temps sera venu ou celle-ci doit se révéler en un autre lieu, sous une autre forme : « Comme quelques-uns disaient du temple qu’il était orné de belles pierres et d’objets apportés en offrandes, Jésus dit : Les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée ».(14) Saint Paul complètera en disant : « Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint esprit qui est en vous et qui vient de Dieu, de sorte que vous ne vous appartenez plus. Vous avez été rachetés cher. Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (15) La Lumière qui caractérise le principe même de la création n’a plus lieu de résider au sein du bâtiment de sacrifices devenus inutiles, mais de réintégrer le cœur du seul Temple qui convienne à sa nature : l’Homme. L’archétype du Temple est transcendé et revenu en son point d’origine. Il n’y aura désormais plus à le chercher ailleurs que dans notre propre sanctuaire intérieur et d’engager un retournement de tout notre être pour laisser remonter à la surface la Lumière qui était recouverte des eaux boueuses de la fin du cycle : « cherchez et vous trouverez, demandez et il vous sera donné » nous disent nos rituels.

La Franc-maçonnerie de tradition possède cette connaissance apocalyptique, et en cela elle est conforme à l’ésotérisme de Jean. Elle est aussi fidèle à la religion primitive qui relie Adam au Christ, et par tous les Prophètes. Cette Franc-maçonnerie est juste et parfaite parce qu’en sa dogmatique du Temple fait Homme elle est aussi en homologie avec le symbolisme du Temple et de la Lumière dans les autres grandes Traditions ésotériques et gnostiques. « Je vis alors un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparus, et la mer n’existe plus. Et je vis la Cité sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel, d’auprès de Dieu ». (16) Des références et des similitudes dans d’autres Centres Secondaires de la Tradition  : Jean Tourniac qui, se référant à ses échanges avec René Guénon, ne manquait pas de rappeler que l’authenticité traditionnelle se vérifie par le fait que des traditions qui méritent le qualificatif de «transmis » ou de « relié » doivent descendre historiquement d’une origine commune, constituée sous la forme d’un « œuf » archétypique. Nous allons tenter d’établir des relations communes en prenant deux exemples au sein des deux grands courants gnostiques du Judaïsme et de l’Islam que sont la Cabbale et le Soufisme.

  • Esotérisme du Judaïsme : Cabbale et Cabbale de Louria (17).

Le Lourianisme est intéressant dans la mesure où tout en conservant un ancrage avec la doctrine qu’avaient établis les grands Maîtres fondateurs de la Cabbale, il développe une théorie à la symbolique extrêmement puissante pour un chercheur maçonnique : l’acte fondateur de la création par Dieu réside, tout d’abord, en un retrait de sa part (Tsimtsoum) pour laisser un espace vide au monde. Il s’agit d’une concentration, et ce mouvement sera d’ailleurs également développé dans le soufisme qui reconnait les états de concentration et d’expansion, vécus par la création divine. C’est ce mouvement qui fera dire que « Dieu a créé l’homme comme la mer a créée les continents, en se retirant ». Ce faisant, Dieu se retire dans l’Infini (l’En Sof) et, dans un second temps, l’espace ainsi libéré devient l’Adam Kadmon dont nous remarquerons que celui-ci n’est pas seulement attaché à l’état de l’homme mais à la création complète, toute entière. Le Créateur confie les lumières des sephirot à des vases (Kélim), et si les vases des trois lumières supérieures réussissent à les contenir, les autres vases qui reçoivent les lumières inférieures se brisent. La lumière se diffuse dans tous les sens au sein de l’Adam Kadmon, et se produit alors la troisième étape. Par cette répartition de la Lumière se créé l’En Sof en tant que Dieu manifesté de la religion. Nous entrons alors dans le cycle que nous connaissons. Le Lourianisme, conformément à la pensée de tous les Maîtres cabalistes, fait de l’homme le seul être capable de reconduire son évolution vers la Rédemption. Retour à l’origine qu’il accomplira en rétablissant l’Adam Kadmon, c’est-à-dire, en réintégrant au Verger céleste la création toute entière. Théologie que nous retrouverons intégralement développée chez Saint Paul. Ainsi donc, l’homme doit cesser d’être une Sheschina en exil, il doit redevenir le Temple de la Création du Premier Jour, rassembler la Lumière qui s’était dispersée, réunifier le Nom de Dieu et rejoindre son Maître au sein de l’Infini. Isaac Louria a bâtit une doctrine au sein de laquelle le mystère maçonnique trouve aussi sa cohérence et évolue comme en territoire de connaissance. On y retrouve l’essence même de la démarche de tout cherchant en quête de spiritualité, et dont l’œuvre entière de la Cabbale peut se résumer en quelques mots : l’expérience personnelle du « Connaître-Dieu ». (18) Malheureusement, de cette extraordinaire vision ne se perpétueront « qu’une exagération de l’ascèse et des techniques de prière ». (19) « L’unité et l’harmonie primordiale ont volé en éclat. Le destin de l’homme sera désormais ce que les mystiques juifs appellent le TIKKOUN = la Réparation, l’effort pour recueillir dans l’intensité de l’amour les parcelles de lumières diffuses dans l’univers disjoint. Dans son exil Adam devra d’une certaine manière-et c’est l’image spécifique que suggère la mystique juive - « recueillir les pots cassés », les recoller, rassembler les morceaux divisés de nous-mêmes et les unir. Quand le mal introduit, ajouté au monde par l’homme aura été racheté, effacé, expié, alors l’homme pourra à nouveau prétendre franchir les portes du palais royal, que pour l’instant gardent deux chérubins (Gn. 3/24). Avec le départ du Paradis commence notre longue marche d’amour, celle qui ne sera satisfaite que par le face à face avec l’Etre aimé ». (20)

2) Esotérisme de l’Islam : Soufisme et Soufisme Ismaélien (21)

Dans les descriptions sabéenne et ismaélienne, les notions de Temple sont omniprésentes. Celui-ci est placé aux limites de notre monde, et s’y intéresser c’est s’engager à pénétrer la vision du Temple céleste et spirituel. Il est la définition même d’un archétype qui met en exergue l’œuvre d’édification personnelle de tout être en recherche de sa réunification avec le divin. Ce Temple est un seuil qui conduit l’âme à retrouver le chemin de son origine : « Parce qu’il reconduit à l’origine, il est par excellence la figure et le support de cette opération mentale que désigne en arabe le terme technique de te’wil, c’est-à-dire une exegesis qui constitue aussi un exode, une sortie de l’âme vers l’Âme. Le ta’wîl, reconduction exégétique à l’origine, satisfait en Islam à cette loi d’intériorisation, cette effectuation expérimentale des correspondances symboliques, qui aussi bien achemina au même terme les Spirituels de toutes communautés, parce qu’elle est un effort foncier et fondamental de la Psyché religieuse ». (22) Ce même ta’wîl ordonnance une succession de résurrections dont le temple ésotérique célèbre la cérémonie d’une actualisation permanente. Les rituels sabéens relatent au travers de l’histoire des Honafâ qui furent les représentants de la religion pure qui était celle d’Abraham et qui fut créée dès l’origine du monde, antérieurement à la Période d’Adam (23). Pour eux, la perfection est atteinte dans le revêtement de la forme humaine, celle-ci étant considérée comme un temple contenant des êtres divins. Cette transposition permet un lien direct avec l’angélologie qui est un principe fondamental de la doctrine ismaélienne, comme dans tous les courants du soufisme en général. « La condition humaine (marbûbîya) est un joyau dont le fond caché est la condition seigneuriale divine (robûbîya) ». (24) Il s’agit, là encore, pour l’homme de s’ouvrir à une autre dimension qui transcende et conduise à percevoir les « Figures de Lumière », dirigeant les rythmes du temps et les attitudes au sein de la cosmogonie. Cette doctrine vise à ce que l’homme intérieur porte témoignage de la cohérence de l’ensemble des hiérarchies terrestre comme céleste. Nous y trouvons une voie qui fait du corps le lieu, et le moyen, de la manifestation de l’esprit (25). Il est mis en avant que le corps qui serait privé de l’esprit n’est qu’un corps privé de lumière, et que cette lumière qui est destinée à y prendre place est une lumière en « fusion », et par opposition à la seule lumière du corps physique qui elle reste « solidifiée ». Cette voie gnostique de l’Islam entretien la vision permanente de l’Imago Templi (l’Image du Temple) dont le temps matériel de la destruction est un passage obligé, puis dépassé. Cet état est rendu nécessaire pour que puisse s’établir le temps du Temple Céleste, celui-là même que Sohravardî désigne comme « le pays de l’esprit ». (26) Henry Corbin, pour résumer les choses, place l’Imago Templi au « confluent des deux mers » (27). Il nous faut comprendre qu’il se situe entre deux états qui bornent l’état du temple de la matière, et celui du Temple habité par la Lumière du Saint Béni Soit-Il. Il y a un équilibre entre la nécessaire destruction du Temple dans notre monde pour que puisse se réaliser le Temple spirituel, et céleste. Cet accomplissement repose avec une libre volonté de se réaliser sur la Voie du Grand Œuvre et l’homme reste maître de sa destinée ontologique durant son parcours dans le monde de l’incarnation. Ceci ne peut être obtenu que par l’intermédiation spirituellement opérative de l’organisation qui porte l’enseignement du mystère qui lui a été confié en dépôt. Nous retrouvons ainsi une autre cohérence de notre propre cheminement, celui qui conduit de la pierre brute sur laquelle tout reste à faire pour la dégrossir, en passant par l’état avancé du Temple au centre duquel nous réinstaurons la Lumière de l’Esprit, et pour en terminer par la transfiguration du Temple qui lui confère sa qualité de « Temple Céleste », synthèse et globalisation des deux états précédents. « J’ai dit à mon âme : Alif. Elle me répondit : Ne dis plus rien ». (28) Si j’ai tenu à évoquer ces points de parallélisme c’est encore une fois pour montrer à combien la légitimité d’un des centres secondaires de la Tradition Primordiale ne peut se vérifier qu’à cette aune. La création que nous cherchons, au sein de la Franc-maçonnerie de Tradition, est celle qui de fait réside au plus profond de l’initiation, dont il n’est pas inutile de rappeler qu’une des plus justes significations réside dans le mot : commencement. Pour nous rapprocher de Saint Thomas qui a mis en avant que la création ne pouvait être un « changement » puisque ce mouvement suppose que quelque chose qui change se doit d’être présent à son point de départ comme à celui d’arrivée ( ce qui est contraire à la notion de « ex nihilo » ), il conclu que la création est dans la créature, et qu’en cela elle « est » créature. Ainsi donc, et au risque de se répéter, il ne peut y avoir intrinsèquement « création » d’un nouvel être. Il y a bien plutôt « révélation », prise de conscience de l’être intérieur qui coexiste depuis notre origine, et entrée en possession de cet état qui ne peut appartenir qu’à celui qui a reçu l’action opérante des mystères. Notre ésotérisme accomplit son œuvre de création par la mise en action du processus de retour vers notre origine céleste, celle-ci passant par l’intériorisation du Temple, et l’incorporation de sa Lumière. Le passage, par les trois pas au-dessus, du Tableau / Tapis de Loge symbolise cette réalisation en passant de Malkut à Kether, allant du monde sensible au monde suprasensible de la triade supérieure, réintégrant le grand visage au petit visage, pour enfin basculer dans une dernière étape du retour au sein de l’Infini. Nous trouvons le même enseignement des symboles que ceux évoqués dans les paragraphes ci-dessus, et pour une finalité commune que constitue l’aboutissement du cycle : faire de l’homme incarné le temple de son Créateur pour rétablir l’équilibre originel. Je voudrais conclure en vous disant que je pense que le seul et véritable acte de création dans l’Ordre maçonnique se situe au centre du mystère de l’initiation par la mise en œuvre de la transformation de l’être humain en Temple (contenant) de sa spiritualité, et par le symbolisme de la transmission de la Lumière. Ainsi donc nous pouvons prétendre que nous nous situons dans la primordialité de la tradition de laquelle nous sommes issus, en lien avec les autres grands courants authentiques du centre principiel de la Tradition unique : « Elles se trouveront donc « banalisées », aucune ne pouvant exclure les autres, pas plus que les filles d’une mère unique ou les descendantes de ces filles ne peuvent contester l’héritage biologique de chacune d’elle ». (29)

J’en ai terminé Vénérable Maître, mes Très Chers Frères.

C\ D\

Bibliographie :
(1) Rituel d’Initiation au premier grade du Rite Ecossais Ancien Accepté (source : Grande Loge Nationale Française).
(2) Corps, Ame, Esprit, pages 102/103 - Michel Fromaget – Question de, Albin Michel.
(3) Aperçus sur l’Esotérisme Islamique et le Taoïsme, pages 37/38 – René Guénon – Gallimard, collection Les Essais CLXXXII.
(4) Melkitsedeq ou la Tradition Primordiale, page 284 - Jean Tourniac - Albin Michel, Bibliothèque de l’Hermétisme.
(5) Le Roi du Monde, page 23 - René Guénon - Gallimard, collection Traditions.
(6) Aperçus sur l’Esotérisme Islamique et le Taoïsme, pages 44/45 – René Guénon.
(7) Ibid., l’auteur ajoute : « Aristote, dans un sens semblable,dit « génération » et « corruption » ».
(8) Traité de l’homme noble de Maître Eckhart.
(9) Apocalypse de Jean XXI - 10,11.
(10) Les quatre sens de l’Ecriture Sainte par Jean Boulier Fraissinet - Renaissance Traditionnelle – n° 60 – octobre 1984, page 257.
(11) Chroniques XVII – 6,7.
(12) Ezéchiel XXXX à XXXXIII.
(13) Epître de Paul aux Hébreux, IX – 1,10.
(14) Evangile de Luc, XXI – 5,6.
(15) Epître de Paul aux Corinthiens 6 - 19,20.
(16) Saint Jean, Apocalypse 21 – 1,2.
(17) Isaac Louria est né à Jérusalem en 1534, au sein d’une famille Ashkenaz, d’origine rhénane. Il développe, à Safed, sa vision de la Cabbale à partir de 1568, et meurt en 1572 ou 1574 selon les sources. Le Lourianisme est souvent considéré comme la dernière épopée de la tradition Cabbalisitique née avec Rabbi Siméon, fils de Yochaï, et avant le déclin de la Cabbale qui laissera place à un nouveau courant : le Hassidisme. Celui-ci n’aura plus aucun lien avec l’enseignement rabbinique et constituera un véritable mouvement social, un piétisme populaire, dépourvu de toute recherche ésotérique, et très éloigné de ce qui était à l’origine une tradition orale (reçue par Moïse en même temps que les Tables de la Loi) réservée à une élite. La complexité de la réalité des choses fait que, néanmoins, Cabbale et Hassidisme sont deux sources qui vont nourrir la mystique juive.
(18) Rabbi Siméon bar Yochaï et la Cabale, page 8 – Guy Casaril - Editions du Seuil, collection Sagesses.
(19) Ibid, pages 138 à 140.
(20) L’Exil d’Adam par J. Goldstain - Renaissance Traditionnelle - n° 53 - janvier 1983, page 3.
(21) Le soufisme, voie ésotérique de l’Islam, se présente avant toute chose comme une expérience spirituelle vécue, et intérieure. L’origine de l’ismaélisme, courant minoritaire de l’Islam shîite, est fixé en 765, à la mort du sixième Imâm shîite Ja’far as-Sâdiq, et à la scission que cette disparition provoqua avec les shîites duodécimains.
Dans l’approche qui nous intéresse, et au sein de la profession d’une gnose abstruse influencée de néo-platonisme, la doctrine enseignée par les Frères de la Pureté (début du Xème siècle) développe largement la symbolique du Temple, et jette une lumière qui ne peut que nous interpeller sur le processus initiatique maçonnique.
(22) Temple et contemplation, page 174 - Henry Corbin - Editions Entre Lacs.
(23) Ibid, page 183 - Encyclopédie de l’Islam - Pedersen, pages 390/391.
(24) Ja’far al - Sâdiq – Vième Imâm.
(25) Saint Bernard, au XIIème siècle, ne dira pas autre chose : « A leur exemple, nous adressant à notre corps, nous serons en droit de lui dire : Maintenant, ce n’est plus parce que tu en as besoin que nous aimons Dieu, c’est parce que nous avons connu nous-mêmes la douceur de Notre-Seigneur. Le besoin, en effet, est comme un langage dans la chair qui proclame par son comportement les bienfaits dont elle a fait l’expérience ».Traité de l’Amour de Dieu, du second et des troisièmes degrés de l’Amour. Œuvres Mystiques de Saint Bernard, Chapitre IX, page 63 - Editions du Seuil.
(26) Sohravardî, Le vade-mecum des fidèles d’amour - Chapitre V - cité par Henry Corbin, ibid, page 329.
(27) Ibid, page 321.
(28) Umar Khayyam.
(29) Melkitsedeq ou la Tradition Primordiale, page 30 - Jean Tourniac - Albin Michel, Bibliothèque de l’Hermétisme.

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La Gnose

21 Juillet 2013 , Rédigé par A\J\ T\ Publié dans #Planches

J’avais primitivement l’envie de jouer avec la lettre G, à titre de gag qui permettrait de se gausser par un Glossaire non dénué de Gongorisme. Mais Il ne faut pas s’égarer en Gouaille ou se gargariser de Gaudrioles qui ne sont pas de mise en ce lieu, pas plus qu’un Gloussement voire un Gondolement même sans godille. Gare à la gloriole me dis-je goguenard comme à l’accoutumée, en pensant à cette lettre G. Ne glissons pas dans le glauque mais ne glandons pas sur ce globe. Inutile de gigoter, de gesticuler, de geindre, de regimber, de goberger et de gémir, générons, galvanisons, sortons des gangues qui nous engluent, faisons galoper nos esprits, germer nos idées, gagner nos principes trop souvent galvaudés. Vouons aux gémonies, juste un instant, les galbes et les gambettes des geishas qui agrémentent nos galipettes en cherchant le point G. Soyons le gang bang de la gamberge, les généreux géniteurs d’un humanisme régénéré.
Cornegidouille, ventre saint gris, je m’égare...arrêtons ce gachis, ces grumeaux de verbiage, cette gabegie de G, ce galimatias fait pour amuser la galerie qui peut en agacer quelques uns et en gonfler quelques autres. Ce G permet donc de tout dire, c’est un générique assez génial. G dit.
La lettre G, la septième lettre et la cinquième consonne de l’alphabet, je devrais dire de notre alphabet, même si dans leur grande majorité, ils varient peu jusqu’à cette lettre, ne manque pas de surprendre le compagnon que nous restons tous...
Notre rituel nous suggère un certain nombre de mots qui seraient liés à la lettre G, tels géométrie, génération, gravitation et Gnose. N’ayant jamais entendu d’exposé sur ce dernier, je me suis décidé, malgré une réticence naturelle à l’effort, à entamer une réflexion sur ce sujet la Gnose.
Ce mot Gnosis nous vient du grec, lequel constitue la racine en latin du verbe cognoscere signifie connaissance. Ajoutons à titre indicatif que le mot grec Gnostikos signifie « celui qui sait » et celui là pourrait s’approcher de l’initié. C’est ainsi que le concevaient les gnostiques. Voilà une raison supplémentaire pour s’intéresser à la Gnose.
Il apparaît à la simple réflexion que l’énumération donnée par notre rituel ne comporte pas un terme que le pasteur Anderson aurait probablement cité en premier lieu dans sa langue maternelle pour illustrer la lettre G : GOD. Il eut pu ajouter GOOD GOD mais bon dieu, la traduction littérale, nous égare peut-être de notre sujet mais en apparence seulement...
Revenons enfin à la Gnose, et pour conserver l’usage de la lettre G, attachons nous à en tracer même sommairement la genèse avant d’en faire la glose.
S’il fallait donner en préambule un ambryon de définition de la gnose, c’est probablement par son contraire qu’il faudrait la présenter tant il est vrai que nous entendons parler plus souvent d’agnostiques que de gnostiques. Un agnostique en effet est celui qui n’admet comme réalité que le monde expérimental, le monde sensible matériel, concret qu’il estime être le seul entrant dans le champ du connaissable. Cette position conforte l’alliance du rationnalisme et du matérialisme.
Rappelons au passage que l’agnostique se différencie de l’athée, au moins dans le sens moderne du terme, lequel se contente de nier l’existence d’un dieu ou plus exactement il refuse d’adhérer aux raisons de croire à l’existence d’un dieu. Bien sûr l’athéisme contrairement à l’agnosticisme n’est pas une doctrine.
A l’opposé, pour simplifier dans un premier temps, la gnose se présente comme une connaissance purement intuitive et une expérience strictement personnelle qui donne accès au divin ou pour utiliser un terme plus générique, au transcendant ou à une forme de métaphysique. Cette approche essentiellement spiritualiste fait davantage appel à l’intelligence du coeur qu’à la raison, au moins dans la pensée des premiers gnostiques lesquels ont constitué une secte à l’origine. La question se posera de savoir si il n’existe pas encore aujourd’hui un certain sectarisme gnostique ce qui n’exclue pas un sectarisme agnostique non plus...
La pensée gnostique, dont on peut lire fréquemment qu’elle est néo-platonicienne, à défaut de racines peut être reliée à divers grands mouvements de pensée tant en occident qu’en orient : On y retrouve l’importance de l’âme chère aux égyptiens et reprise par Pythagore, la dualité du bien et du mal constituant essentiel de l’univers des mazdéens reprises dans les doctrines manichéennes, lesquelles ont largement influencé bien plus tard, le Catharisme. L’idée de salut par la connaissance, la prise de conscience de la part de divin en soi, l’affimation que le monde n’est qu’une illusion dont il faut s’affranchir, et enfin la recherche de l’intériorisation comme moyen d’élévation de soi, ces thèmes développés par les gnostiques se retrouvent tant dans le mouvement de la pensée grecque que Bouddhique mais aussi chez les Esséniens, chez les Astrologues de Babylone ou en Inde dans les Upanishads ( textes indous écrits entre le XVIII° et le VIII° siècle avant notre ére – textes védiques – véda signifie savoir science en sanskrit )
Sans remonter aussi loin, il est fréquemment admis que la pensée gnostique s’est développée tout particulièrement dans l’émergence du monde judéo-chrétien bien qu’elle l’ait largement précédé et sur lequel elle s’est greffée presque dès les origines.
Les premiers gnostiques répertoriés et désignés comme tels au deuxième siècle de notre ére, Valentin, Marcion et Justin pour ne citer que les plus célèbres, mélaient semble-t-il la tradition juive et la philosophie religieuse des Grecs dont ils avaient été nourris, tout en adoptant de façon très personnelle l’enseignement d’un christianisme naissant et dont le contenu n’était pas encore parfaitement défini.
Ainsi pour eux le vrai Dieu ne pouvait pas être source de tout et notamment source du mal. En celà ils suivent Platon qui avait énoncé que « dieu n’est pas cause de tout ; il n’est cause que du bien ; il n’est pas responsable des maux ». Les guerres, la corruption, l’omniprésence et l’omnipuissance des romains à cette époque, tous ces malheurs, ne pouvaient pas être le fait de Dieu qui avait dit lui même « mon royaume n’est pas de ce monde ». Ainsi les gnostiques établissaient-ils un lien entre le monde décrit par Platon et celui annoncé par le Christ dans leur représentation du dualisme de ce monde, celui du mal sur terre et celui du bien qui n’est pas ici bas, vers lequel on peut tendre par la connaissance.
La gnose devient pour eux la connaissance de la connaissance, la connaissance de dieu qui passe par et aboutit à la connaissance de soi même.
« Connais toi toi même et tu connaîtras l’univers et les dieux»
Je voudrais à cet instant faire une petite disgression sur la citation qui vient d’être énoncée laquelle est largement détournée de son sens lorsqu’elle est élidée.
Pourquoi ne cite-t-on toujours que la première partie de cette phrase célèbre, ce qui la dénature ? D’ailleurs ceux qui la dénaturent, trop souvent la détournent à leur profit et pratiquent davantage le « connais moi, moi même » qui n’est qu’une forme d’exhibitionnisme à visée psychanalytique très pratiqué en maçonnerie.
La gnose, chacun l’a bien compris, n’est pas un savoir, mais elle s’interprète déjà dans le sens que lui donnera bien plus tard Paul Claudel de co-naissance.
En langage contemporain nous dirions que pour les gnostiques, l’homme comme le monde est duel. Déjà formulée par Aristote, Cette dualité pour l’homme est celle de l’être de chair qui est aussi être de lumière, laquelle est d’essence divine. De cette façon l’homme devient parcelle de divin qui, elle, subsistera après la mort, libérée de sa gangue charnelle. Le corps n’est qu’une enveloppe passagère qui peut être entrainée à des excès sans que l’âme en patisse. Mais la mort ne libère pas nécessairement l’homme de l’emprise du Démiurge. Seuls ceux qui se sont libérés par la gnose y parviennent ; les autres doivent revivre une autre existence, ce qui suggère une doctrine de la réincarnation que n’aurait pas reniée Pythagore lui-même tout comme le mythe de l’ascension des âmes.
Reprenant à leur compte l’évangile de Thomas citant Jésus, les gnostiques considèrent que le destin de l’homme est de parvenir par la gnose à la connaissance de l’ineffable réalité divine d’où il provient et où il doit retourner.
Pour les alchimistes ici présents, précisons que l’étincelle divine qui est en nous correspond pour les gnostiques à l’or spirituel, ultime stade des sept degrés de l’univers décrits par Claude Ptolémée. La sphère saturnienne correspond à la matière ; elle est symbolisée par le plomb. Puis après la mort du corps et sa décomposition suivent un certain nombre de transmutations qui traversent Jupiter, assimilée au zinc, Mars au fer, Mercure le vif-argent, la lune l’argent pour atteindre enfin le soleil, l’or. Les gnostiques considéraient que ces différents métaux matérialisaient les différents stades d’évolution de la matière sur la voie de la perfection, celle de l’or que seule la gnose permettait d’atteindre.
On peut trouver ici une filiation à travers cette résurrection des métaux, avec le mythe égyptien d’Osiris, les mystères orphiques et Dyonisiaques et certains mythes perpétués par la franc maçonnerie.
Bien sûr il est possible aussi, d’étendre, par de subtiles correspondances, la palette des métaux décrits plus haut aux couleurs. Théophrastus Bombastus von Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse voyait dans le souffre le médiateur entre le corps et l’esprit et dans le sel, présent aussi dans nos rituels, l’origine de toutes les couleurs, qu’il définit comme la lumière coagulée du monde. Chacun pourra à son goût approfondir ces sujets que certains cercles maçonniques au XVIII° à tendance gnostico-hermétiques ont développé.
Au Plérome, le monde du divin s’oppose chez les gnostiques, le Kérome, le monde des apparences et de la matière. Son créateur qui ressemble au Jéhovah de l’ancien testament se distingue voire s’oppose au dieu de lumière et de bonté, seul vrai dieu mais inconnaissable.
Alors que Platon dans le Timée imagine le démiurge comme un poète qui crée un cosmos aux proportions harmonieuses, la gnose lui attribue la création d’un monde dénaturé inachevé, un chaos.
Sur le plan éthique, les gnostiques considèrent que les lois morales, qui doivent être évolutives et adaptées par chacun, n’ont d’autre objet que d’assurer la vie en société. Elles constituent un arsenal juridique propre à réguler les relations entre individus. Les suivre n’apporte rien pour le salut de l’individu lequel ne peut s’obtenir que par la voie spirituelle et individuellement. Les êtres de chair sont freinés dans cette quête par la pesanteur de leur propre nature matérielle et ils ne sont pas égaux entre eux devant la spiritualité. Nous retrouvons comme chez Pythagore une certaine forme d’élitisme.
Il existe des êtres de lumière considérés comme des messagers du divin qui sont chargés d’aider l’humanité dans sa quête de la gnose. Parmi beaucoup d’autres, Jésus est de ceux là. Cette thèse se rapproche de celle du livre des grands initiés d’ Edouard Shuré que chacun connaît ici, grands initiés auxquels il est fait référence dans le rituel du deuxième degré..
A titre indicatif, Le soufisme connaît des catégories similaires, le stade ultime étant celui des Malamati dont l’état est assimilable à celui de prophète, alors que le Sufi se contente, si on peut dire, d’avoir accès à la gnose.
On perçoit déjà dans l’approche gnostique, ce qu’un auteur a défini comme l’hellenisation du christianisme. La gnose en bien des points s’éloigne de la foi chrétienne et notamment en ce qu’elle est une expérience personnelle du transcendant sans adhésion à un dogme. Elle est aussi l’affirmation que l’homme peut assurer seul son salut. Les théologiens du christianisme dénonceront très tôt cette hérésie adoptée plus tard par les cathares et combattue par l’inquisition.
L’étincelle divine des gnostiques qui pousse à la connaisance de dieu fait partie intégrante de l’âme protestante dans sa recherche individuelle du salut. Les Luthériens y étaient plus sensibles que d’autres. La même approche se retrouve chez les rose-croix mais aussi chez les mystiques anglais influencés par le théosophe mystique allemand du XV° siècle, Jacob Böhme puis dans la philosophie de l’idéalisme allemand avec Hegel et Schelling. Cette influence se retrouve enfin, dans la littérature contemporaine notamment chez Joyce, Rimbaud, Breton et Artaud.
De nos jours encore des résurgences de gnosticisme persistent notamment dans le syncrétisme de la société théosophique créé par Hélène Blavatsky fin XIX° mais dont les thèses racistes ont alimenté la pensée national-socialiste allemande :
( le but de l’humanité c’est l’ascension du corps matériel et sexué vers un corps éthérique de lumière ; mais cette ascension se fait à partir de la race mère qui est la race Aryenne située pour elle aux USA de son époque )
Ainsi des mouvements gnostiques se retrouvent dans les religions chrétiennes, y compris dans le Judaïsme et dans l’Islam notamment à travers le Soufisme.
Alors la question se pose de savoir pourquoi ce terme de Gnose, figure dans l’interprétation de la lettre G. L’influence protestante y est probablement pour beaucoup. N’est-ce pas précisément la gnose qui a généré les condamnations papales de la F.M. libérale, en ce qu’elle permet un accès directe à un être transcendant en ignorant l’église ?
Mais les Maçons ne sont pas nécessairement des gnostiques au sens originel du terme. Pour éviter toute référence christique, la gnose en F.M. libérale est souvent présentée comme étant la connaissance initiatique. L’impétrant en d’autres termes, comme Mr Jourdain avec la prose, ferait de la gnose sans le savoir. Il s’agit, en effet, comme pour les gnostiques, non pas d’un savoir mais de la découverte du sens caché des choses et du monde, par une recherche personnelle et nous concernant, aux moyens des symboles. Il n’est probablement pas abusif d’assimiler cette co-naissance à une renaissance telle que nous la faisons vivre à l’initiation.
Là aussi la connaissance, comme toute expérience initiatique, est plus affaire de coeur que de raison. Mais là s’arrête la comparaison et l’utilisation du terme de gnose dans le rituel, à ce stade, sauf si la définition de la gnose se limite à celle de « prise de conscience » me paraît abusive, mais celà n’engage que l’auteur de ces lignes.
Cette courte réflexion n’avait pour but que de contribuer à réfléchir sur la gnose certes mais aussi par voie de conséquence, sur l’initiation et sur les définitions que nous voulons donner aux mots que nous employons.
Je laisse donc à chacun le soin d’alimenter sa propre analyse sur ce chemin ou sur tout autre, tant il est vrai que ce qui importe, est moins le but à atteindre que le chemin parcouru pour y parvenir.

G dit.
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Comment Tailler sa Pierre Brute. Eloge de la pensée positive

20 Juillet 2013 , Rédigé par Claude P\ T\ Publié dans #Planches

Sans doute avez vous fait ce constat. Chaque jour, les médias nous inondent de mauvaises nouvelles. Que cela soit à la radio quand vous prenez votre petit-déjeuner, dans la journée lorsque vous lisez votre quotidien préféré, ou le soir au Télé-journal. Un journaliste a recensé 32 conflits armés dans le monde. Bientôt nous en aurons un trente-troisième avec l’Irak. L’humanité connaît la pauvreté, des pays sont confrontés à la famine, on assiste régulièrement à des catastrophes écologiques et je ne vous parle pas des innombrables atteintes aux droits de l’homme. Il est donc légitime que l’un de nos jeunes frères apprentis ait exprimé récemment son désarroi devant la difficulté à concilier la pratique de l’enseignement maçonnique avec les dures réalités de la vie profane. Il est vrai que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il est également juste de se poser la question de la place qui nous incombe et quel est notre rôle en qualité de franc-maçon dans ce monde malade dans lequel nous vivons. Certes, nous pouvons participer à des activités philanthropiques ou à des actions humanitaires. C’est bien. Cela nous donne pour le moins bonne conscience, mais l’on soigne les effets, pas les causes des maux de ce monde. Karl Marx pensait que la société devait être transformée pour que l’homme change. Il pensait à mon avis à l’envers. Beaucoup de gens estiment que certains individus, certains gouvernements et certains peuples doivent changer, parce que tout le monde pense que se sont les autres qui doivent changer, c’est-à-dire ceux qui, à leurs yeux, ne sont pas parfaits. Et en partant toujours de cette idée, rien ne change ou c’est la guerre. Voici un petit poème, qui est millénaire et qui nous vient d’Orient:

Si tu veux rétablir l’ordre dans le monde, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans ton pays.

Si tu veux rétablir l’ordre dans ton pays, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les provinces.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les provinces, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les villes.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les villes, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les familles.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les familles, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans ta famille.

Si tu veux rétablir l’ordre dans ta famille, tu dois d’abord rétablir l’ordre en toi-même.

Moralité : tout changement doit commencer par soi-même.

Tout le monde est d’accord à ce sujet, mais c’est bien plus facile de demander aux autres de changer. Ne nous préoccupons pas des autres. Ce qui est important, c’est de changer ce monde et pour ce faire, ce qui doit changer, c’est chacun d’entre nous. A ce propos, nous autres francs-maçons, nous avons beaucoup de chance, car dans la grande richesse de son enseignement, la franc-maçonnerie nous montre le chemin comment changer soi-même. Elle nous dit de tailler la pierre brute et elle nous donne les outils pour le faire. Je vous le concède, ce n’est pas facile de passer de la théorie à la pratique. Aussi, permettez que ce soir, je puisse vous proposer quelques règles, que je m’empresse de préciser ne sont pas personnelles, mais puisées aux sources de notre enseignement maçonnique. Il faut nous inspirer de notre catéchisme d’apprenti qui nous parle des trois petites lumières, la Sagesse, la Force et la Beauté. Ces lumières vont nous éclairer dans notre réflexion. Que nous inspire la Sagesse? La Sagesse, notre sagesse, cela doit être “ Que notre parole soit toujours impeccable”
Cela à l’air très simple, mais attention, la parole est formidablement puissante. Elle possède un pouvoir créateur que des scientifiques ont pu mesurer.
Souvenons-nous du prologue de l’évangile de Jean “ Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu, et la parole était Dieu.
Donc, notre sagesse, c’est que notre parole soit toujours impeccable.
Parce que la parole n’est pas seulement un son, mais une force considérable. Voulez-vous une preuve?
Il n’y a pas si longtemps, un peu plus d’un demi- siècle, un homme très modeste, plâtrier-peintre de son état, a mis le monde à feu et à sang, parce qu’ il a réussi à conduire l’Allemagne à la guerre, uniquement par la puissance de sa parole.
Par sa parole, il a réveillé la peur des gens et la haine. Par sa parole, il a réussi à convaincre des hommes à commettre des actes atroces.
Cet homme s’appelait Adolf Hitler.
L’esprit humain est une terre très fertile. Il n’appartient qu’à nous d’y semer une bonne ou une mauvaise graine.
Soyons des magiciens, faisons bon usage de cette énergie de la parole.
Que signifie impeccable ? Cela vient du latin “ pecatus” qui signifie “ péché” et du radical “ im” qui signifie “ sans ”. Donc “ impeccable” signifie “ sans péché.
En termes religieux, le péché est un acte que l’on commet contre soi. Vu sous cet angle, je peux vous donner un exemple pourquoi notre parole doit toujours être impeccable.
Si je rencontre dans mes activités profanes un individu qui me met en colère et que je le traite d’imbécile, en réalité j’utilise cette parole contre moi.
En effet, il y a de très fortes chances que cet individu me déteste et sa haine ne me fera aucun bien.
Le mauvais usage de la parole est la source de tous les maux du monde. On l’utilise pour critiquer, pour culpabiliser, pour détruire. On l’utilise pour exprimer la colère, la jalousie et la haine.
Que notre parole soit donc toujours impeccable. Cela sera notre sagesse et notre façon de franc-maçon de contribuer à l’édification d’un monde meilleur, à apporter notre pierre au Temple de l’Humanité.
Que peut-on assimiler à la Force?
Et bien la Force, notre force, serait “ de se libérer du regard d’autrui ”.
On ne doit jamais faire une affaire personnelle de ce qui nous est dit. Si on le fait, c’est que l’on en fait une importance personnelle, c’est-à-dire que l’on se donne une importance personnelle. Et si l’on se donne une importance personnelle et que l’on fait tout un plat d’un petit rien, c’est que l’on a besoin d’avoir toujours raison et donner toujours tort à autrui. Si l’on vous dit que vous êtes le meilleur, n’en faites pas une affaire personnelle. Si l’on vous dit que vous êtes un imbécile, ne le prenez pas non plus personnellement. Dans un cas, comme dans l’autre, cela ne doit pas vous affecter parce que vous savez très bien qui vous êtes. Vous êtes en réalité confronté qu’à vous-mêmes. Chaque individu vit dans son propre monde, totalement différent de celui dans lequel vous vivez. Ses jugements à votre égard, ce n’est qu’une projection de ses propres rêves personnels.
C’est sa façon de voir le monde et avec un peu d’expérience vous constaterez que dans le même cas, d’autres auront des opinions différentes sur vous, selon leur propre système de croyances.
N’oublions jamais que nous ne voyons pas les choses comme elles sont, mais plutôt comme nous sommes.
Ne gaspillons donc pas notre force à nous défendre contre le regard d’autrui, mais à les utiliser à tailler notre pierre brute.
La troisième des petites lumières est la Beauté.
Que nous inspire la Beauté?
La Beauté, me fait penser à la pensée positive.
Les recherches les plus récentes, que cela soit en physique nucléaire ou en physique quantique démontrent que la réalité fondamentale n’est pas la matière, mais la vibration/énergie. On a découvert que tout était vibration, c’est-à-dire énergie et que notamment à chaque pensée correspond une certaine vibration et donc un certain potentiel d’énergie qui émane de l’être humain.
Cela signifie que nos pensées disposent d’une force pouvant affecter le monde extérieur.
Vous vous rendez compte du potentiel qui est en nous. Nous sommes en mesure de changer le monde avec nos pensées.
Si nous pensons agression, le monde sera agressif Si nos pensées sont pleines d’amour, c’est-à-dire positives, le monde deviendra en paix.
Les découvertes scientifiques dans le domaine de la pensée sont bouleversantes et je pourrais vous en parler pendant des heures.   
Je me permets de vous proposer de faire l’expérience suivante concernant la pratique de la pensée positive.
Demain matin, en vous réveillant, avant de vous lever, vous allez visualiser tranquillement et positivement le déroulement de votre journée.
En première partie de journée, vous aurez peut-être un conflit à régler entre deux de vos collaborateurs. Vous visualiserez la scène en vous voyant régler harmonieusement ce conflit et vos deux collaborateurs se serrant la main.
Puis, vous aurez sans doute un travail ardu à accomplir, avec de nombreux points à résoudre. Alors, vous visualisez que vous aurez de la facilité à l’accomplir et que vous trouverez toutes les solutions à ce travail.
Sans doute, l’après-midi, vous aurez une réunion importante à tenir avec des interlocuteurs difficiles à convaincre. Et dans ce cas, une fois de plus, vous visualiserez que cette séance se déroulera harmonieusement.
Et lorsque vous ferez le bilan de votre journée, vous serez étonné de constater que tout se sera bien passé, que vous aurez réalisé positivement toutes vos activités.
Nous faisons le monde avec nos pensées.
Vous êtes ce que vous pensez être. Vos collaborateurs sont ce que vous pensez d’eux. Vos clients sont ce que vous pensez d’eux. Votre femme est ce que vous pensez d’elle. Vos enfants sont ce que vous pensez d’eux. Et je peux poursuivre ainsi à l’infini.
Vous aurez compris que la pensée positive, c’est la vie.
Or notre avenir dépend uniquement de ce que nous pensons maintenant, parce que la vie ne se passe ni dans le passé, ni dans l’avenir, mais ici et maintenant.
Il n’existe rien d’autre que maintenant. Je sais que dans notre civilisation actuelle c’est difficile de l’accepter, mais la meilleure chose que l’on puisse faire c’est de lâcher prise avec les principes que l’on nous a inculquer depuis notre enfance et d’accepter le ici et maintenant.
Alors nous serons en accord avec la vie.
Donc, si nous voulons changer notre vie, tailler notre pierre brute, apprenons à vivre le moment présent, à faire ce que nous faisons, ici et maintenant, sachant que notre pensée c’est le pouvoir sur la vie ou la mort. La nuit passée, j’ai fais un rêve.
Nous étions de nombreux frères à tailler notre pierre brute, dans une grande carrière.
Il y avait des frères plus habiles que d’autres. Alors les plus doués aidaient les moins adroits, leurs donnant des conseils et des encouragements.
Tout à coup, je me suis trouvé en face d’un être resplendissant de lumière.
Je viens te chercher, me dit-il, pour passer ta dernière initiation.
Très surpris, pas du tout préparé, je lui ai demandé qui il était.
Je suis la mort.
J’étais stupéfait, parce que l’on m’avait toujours montré la mort comme un horrible personnage. Mais, mis en confiance par ce personnage lumineux, je le suivi.
Vous le savez, comme chaque fois que l’on rêve, au matin on s’en souvient plus et je ne pourrais malheureusement pas vous décrire cette initiation.
Il me vient cependant à l’esprit qu’à un certain moment, je me suis trouvé en face d’une autre personne. Je ne voyais pas son visage, mais il émanait de cette personne un amour inconditionnel.
Avec mon éducation judéo-chrétienne, je me suis posé en moi-même la question: “ est-ce le fameux juge dont on nous parle tant en bas?”
Ma pensée fut captée et j ‘entendis : “ Je ne suis pas ton juge. Je suis la Tolérance ”.
Alors mis en confiance, il s’engagea entre nous une conversation très agréable au cours de laquelle la Tolérance me demanda ce que j ‘avais fait avec les outils qui m’avaient été donnés.
Je lui ai répondu, très sincèrement, sachant que ce n’était pas mon juge, que je n’étais pas très habile, que j’avais eu beaucoup de peine à tailler ma pierre brute, qu’il y avait encore des outils que je ne maîtrisais pas totalement et que je n’avais pas tout compris les mystères de la vie.
“ Je te félicite pour ta sincérité, me dit la Tolérance, car vois-tu le plus important c’est que chaque matin tu ai mis ton tablier et que tu ai fait l’effort de tailler chaque jour ta pierre brute, même si cela n’étais pas parfait, parce que si tu étais parfait, tu ne serais pas devant moi, mais en moi. Je vais donc te donner ton salaire ”.
Et il me donna un bon salaire.
Et savez-vous ce qu’étais mon salaire?
L’opportunité de faire de nouveaux voyages sur les chemins caillouteux du monde, pour me perfectionner et continuer de tailler ma pierre brute jusqu’au jour où elle sera bien polie.
Et c’est pour cela que je suis parmi vous ce soir à vous lire cette planche.

Source : www.ledifice.net

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La maçonnerie en 3 ou 33 degrés ?

19 Juillet 2013 , Rédigé par C\ Publié dans #Planches

J'aimerais tout d'abord faire une remarque liminaire : 3 ou 33, nombres hautement symboliques mais limitatifs car liés non seulement à un seul rite mais encore à une époque dudit rite - en effet, la maçonnerie comptait initialement 2 degrés seulement et les différents rites, à des moments différents en comptent ou comptaient un nombre varié allant de 2 à 99. Ceci dit, la question posée fait référence aux degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté d'après 1801, soit les trois degrés des loges symboliques ou les trente-trois degrés du suprême conseil. La question posée pourrait l'être de manière plus provocatrice : pour ou contre les « hauts grades » ?

Car, oui, je mets ce terme « hauts grades » entre guillemets car s'il est utilisé couramment, il me heurte profondément car il implique une hiérarchisation là où il n'y a pour moi qu'une progression. « Degrés latéraux » traduits des « side degrees » anglo-saxons, « grades de perfection » ou « maçonnerie philosophique », j'y vois personnellement la poursuite et l'approfondissement de ma quête car j'ai en effet choisi de faire ce chemin en complément de la poursuite de mon chemin en loge symbolique et d'autres recherches d'ailleurs.

Une dernière remarque avant d'entrer dans le sujet, me souvenant d'un commentaire d'un F sur la FIF il y a quelques mois ou quelques années. Le chemin du REAA est emprunté par des FF et des SS qui n'en demeurent pas moins des êtres humains, qu'ils soient AApp, MM ou Souverain Grand Inspecteur Général ; nous avons toutes appris à nos bénéfices ou nos dépens que l'on rencontre en Loge, comme ailleurs, un pourcentage non négligeable de FF/SS curieux, arrivistes, chercheurs sincères, ras-des-paquerettes ou tête-dans-les-nuages, rabiques voire dogmatiques. J'ose cependant toujours espérer que l'ouverture d'esprit et l'intelligence du cœur sont un peu mieux représentées en maçonnerie qu'ailleurs.

J'aime utiliser la comparaison suivante lorsqu'on me pose la question : 3 ou 33 ? Certains grands textes philosophiques peuvent être lus et médités pendant des années, voire des siècles, des commentaires peuvent en être faits qui apportent des éclairages différents et peuvent aider un cherchant à s'en approcher ; d'autres cherchants estimeront ces commentaires inutiles ou malvenus car les éloignant du fondement même de la dite philosophie ; d'autres enfin ayant accompli un long chemin de recherche avouent pouvoir le condenser en un seul concept.

Ainsi, pour prendre deux exemples que j'ai approchés successivement : le Dao De Qing de la tradition taoïste est un texte de 81 petits chapitres, bien moins de mille caractères chinois, qui a engendré des bibliothèques entières de commentaires mais les mystiques taoïstes estiment que le simple fait de nommer le Dao, la Voie la trahit et corrompt l'initiation ; pour eux, tout est dans le non-exprimé. Démarche similaire pour les kabbalistes qui déchiffrent et commentent la Torah depuis des siècles mais pour lesquels tout le contenu de connaissance est dans le seul Beréshît, voire dans le seul Bêt, voire même le seul daguesh au centre du Bêt. Vous ne voyez pas où je veux en venir, je vais donc être plus claire.

Pour moi, la totalité du contenu de l'initiation maçonnique est dans la cérémonie d'initiation au premier degré. Il est communément admis que nous avons besoin d'éclairages additionnels pour nous permettre d'appréhender la richesse de ce degré, c'est ainsi que nous sont proposés les outils spécifiques des deuxième et troisième degrés, mais je mets au défi mes SS et mes FF de trouver un concept initiatique non déjà présent au premier degré. Bien entendu de nombreux concepts ne sont pas encore dévoilés, en ce sens que l'accent n'a pas encore été mis dessus, mais tout est là.

La maçonnerie symbolique propose donc actuellement une progression en trois degrés et certain(e)s estiment disposer avec ces trois degrés de tous les outils qui leur sont nécessaires pour leur travail intérieur et de rayonnement, à moins qu'ils/elles ne trouvent dans des recherches ou démarches annexes, parallèles ou convergentes le complément de leur réflexion.

D'autres ont le désir ou le besoin d'éclairages additionnels, d'outils supplémentaires pour aborder leur démarche initiatique. Les rituels des trente degrés qui peuvent encore leur être offerts leur permettront de considérer l'un ou l'autre point de vue, l'une ou l'autre mise en exergue, leur permettront ainsi de progresser vers un peu plus de compréhension de ce qu'ils/elles ont vécu et continuent de vivre depuis leur réception en maçonnerie (et j'emploie ici à dessein la notion anglo-saxonne d'entrée, de réception).

Ainsi, pour revenir à ma comparaison initiale, comme le cherchant taoïste va méditer sur les approches possibles d'une Voie dénaturée par tout essai de définition, comme le kabbaliste va chercher dans l'approfondissement des textes la fulgurance de la totalité du dagesh initial, je poursuis une démarche gnostique, de recherche initiatique, de conscience-flèche, de progression-dilution dans la multiplicité pour tenter d'appréhender ce qui est de toute éternité, accessible mais voilé.

C'est vous dire comme toute notion de supériorité ou de rubanite me hérisse, car je ne vois dans mon chemin de perfectionnement que la preuve de mon incapacité à appréhender simplement et sans détours le message initial.

Tout ce que je peux vous souhaiter, mes SS, est de vivre intensément votre chemin, quel qu'il soit, tout en respectant le chemin choisi par vos FF et SS, ainsi d'ailleurs que celui choisi par nos frères et sœurs en humanité.

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L'Expert

17 Juillet 2013 , Rédigé par Laurent remise Publié dans #Planches

Dans le monde profane, un expert est un spécialiste, une autorité reconnue dans le domaine particulier de compétences qui est le sien. Dans un atelier, la compétence de l'Expert s'étend du rituel au tuilage. Or, cet office n'existait pas à l'aube de la Franc-Maçonnerie. L'office d'Expert n'est apparu en France que vers 5750 V L quand les loges ont ressenti la nécessité d'avoir un officier qui se déplace, dispose des outils dans le temple, tuile les frères, participe activement aux initiations et aux passages sous le bandeau. Alors, le frère Terrible est devenu l'Expert. Le F Terrible montre l'intransigeance des Experts du XVIIIème siècle pour les tuilages et les initiations ; c'étaient en fait, d'incorruptibles gardiens du rite. L'Expert est aussi l'héritier de cette Tradition. L'Expert ne fait pas partie des cinq Lumières de la loge. Il est un des officiers qui, au rite écossais ancien et accepté, la rendent juste et parfaite. Mais cette position est récente : sur nos anciens rituels de 5962 VL, on observe que ce sont l'Hospitalier et le Trésorier qui rendent la loge juste et parfaite alors qu'aujourd'hui, ce sont le Couvreur et l'Expert. Pourquoi cette évolution du rituel ? Il me semble que le Couvreur et l'Expert ont un rôle plus actif, plus opératif aussi lors des rituels d'ouverture et de fermeture que ceux du Trésorier et de l'Hospitalier, même si ceux-ci sont indispensables à la vie d'une loge. L'office demande une certaine pratique du rituel pour en avoir une bonne connaissance afin de pouvoir être son réel gardien dont a besoin une loge. Le rôle de l'Expert est important et difficile : il doit concilier la rectitude, l'application scrupuleuse du rituel avec la diplomatie envers les frères de son atelier et une interprétation personnelle dans les aspects non écrits du rituel. En effet, notre rituel nous éclaire de nombreux points mais certains restent dans l’ombre. L'Expert se doit alors d'éclairer pour lui-même et pour la loge ces points ; seul l'esprit du rituel doit le guider et, dès lors, toute option sera bonne à partir du moment où il effectue son choix par rapport à l'ensemble de la symbolique du rituel. Dans ce cas, l'officier se sert principalement du compas pour tailler sa pierre. Mais l'application du rituel doit être équerrée. Le rituel nous unit, nous projette dans un ordre cosmique différent, créé un espace-temps et sacralise notre temple. Nous devons être rigoureux avec lui, l'observer strictement car il doit être répété purement à chaque tenue, comme une litanie, pour être réellement efficace sur notre préparation mentale de maçon. Aussi, l'Expert jouant son rôle à coeur aura tendance à être le frère de la rigueur, le redresseur de torts, le gendarme. Ce doit être certainement pour cela que, dans les temps anciens, il était appelé le F\Terrible. Pour ma part, je reste convaincu que le rituel doit être appliqué rigoureusement à la lettre. Certains m'objecteront qu'il faut suivre l'esprit et non la lettre du rituel. Si certains Maître-Maçons ont suffisamment intériorisé le rituel pour pouvoir s'en écarter en toute liberté tout en en conservant l'esprit, dans nos tenues, beaucoup de maçons sont encore, comme moi-même, en formation. La connaissance du rituel donnée par l'ensemble de l'Atelier, doit être très fidèle et précise pour que chacun puisse bien s'en accaparer. L'esprit du rituel est dans sa lettre et dans sa mise en oeuvre. Néanmoins, même s'il est Terrible, cet officier maçon est un frère et il doit aussi se comporter comme tel : ne pas vexer un frère en loge ; c'est à dire ne pas le reprendre en tenue sauf nécessité absolue et aller le trouver ensuite aux agapes pour lui faire fraternellement la remarque concernant le rituel. Comme tout maçon, il doit aider ses frères dans son domaine de compétences avec doigté et fraternité. Avant tout il est là pour aider le Vénérable-Maître dans l'application du rituel. Il est d'ailleurs, le seul officier après les 2 surveillants qui puisse remplacer le Vénérable Maître, et le seul à pouvoir remplacer un des surveillants (art. 66 des Règlements généraux). L'Expert et le Maître des Cérémonies sont les seuls offices opératifs. Ils n’ont pas de plateau. Ils forment un couple qui régit et rythme la tenue. Ils sont les seuls qui peuvent se déplacer en loge sans être à l'ordre d'apprenti et sans être précédés du Maître des Cérémonies. Ceci explique pourquoi, le Maître des Cérémonies doit aller quérir entre les colonnes les frères arrivés après l'ouverture des travaux. Ces 2 officiers ne sont pas remplacés lors de leurs déplacements, sauf pour plancher. Ils se séparent rarement de leur épée et canne respective. L'Expert garde les principes du rituel, le Maître des Cérémonies, son fonctionnement. Les deux offices sont complémentaires et indissociables. Dans le temps, il n'y avait qu'un office (un seul, l'Expert, est obligatoire pour ouvrir nos travaux) et certains rites mettent l'un ou l'autre en valeur. Au rite écossais ancien et accepté, l'Expert est placé à l'est de la colonne du Nord, devant le F\ Hospitalier, à la disposition du Vénérable Maître. Il se trouve face au Maître des Cérémonies. L'Expert, placé sur la colonne B incarne l'idée de force intérieure et de puissance spirituelle et morale. Il est un clerc lettré, qui maintient et garde avec vigilance le rituel. Le bijou de l'Expert, est composé de 3 symboles : l’œil, la règle à 24 divisions et son épée.

  • Son glaive est celui de Papus : c'est un glaive de combat. Sa lame est courte, large, plate et pointue dont le double fil est coupant. Le double fil signifie aussi le double combat, ésotérique et respectueux de la progression initiatique : combat de la Pierre Brute pour devenir cubique (connaissance de soi, clef du savoir intérieur, de la compétence des autres). Il signifie le combat de l'ange contre le démon, de la Lumière contre les Ténèbres, de l'éthique collective à atteindre contre les violences collectives trop souvent vécues. Le glaive doit être visible par tous les frères en permanence pour leur rappeler en permanence son symbolisme. C'est un symbole à la disposition de tous les frères pour que chacun l'utilise pour combattre ses imperfections intérieures et atteindre une paix durable entre les hommes. L'épée a une fonction très particulière chez l'Expert par rapport à tout autre utilisation en loge. Cet officier est le seul qui porte son épée en main droite et qui ne doit jamais s'en séparer. L'outil fait partie intégrante de l'office. Un Expert peut entrer sans son sautoir, pas sans son épée. Les autres officiers ayant une épée la tiennent en main gauche à certains moments seulement et ne sont pas dispensés ni de se mettre à l'ordre d'apprenti, ni de faire le signe pénal. L'Expert est lui, dispensé de cela.
  • La règle à 24 divisions symbolise la rectitude et la précision, le respect des règles (tel le rituel). Mais aussi, l'omniprésence de la maçonnerie dans nos cœurs aux 24 heures que comporte une journée. Nous devons employer utilement toutes les heures du jour. Un maçon se reconnaît surtout à son comportement en dehors du Temple. La règle est un symbole de la loi commune qui régit les phénomènes du monde réel (le jour) et ceux du monde spirituel (la nuit). C'est un outil bipolaire qui trace une ligne droite susceptible d'être prolongée à l'infini dans les deux sens. Il concourt à symboliser l'absolu et le relatif, à allier les oppositions des mondes réel et spirituel pour que l'initié choisisse une voie ésotérique en accédant au chiffre 3. Cette règle, est graduée symboliquement de 0 à 24, symbolisant les heures solaires. Elle adopte une progression solaire et ressemble, en fait, à notre montre. Elle sert aussi à établir, en tant qu'instrument précis, les plans de l'édifice et à vérifier sa construction. Elle aide à établir la conscience et à l'appliquer, à identifier ce qui est juste et à mieux mesurer les connaissances initiatiques de l’officier. La Règle à 24 divisions rappelle que nous ne devons pas agir comme des profanes. Elle apporte droiture, réflexion, sérénité, le devoir d'agir en tant que Franc-Maçon libre et de bonnes mœurs.
  • L’œil surplombe la croix de St André, formée par la règle et le glaive. Cela symbolise la lutte de l'Expert contre les manquements aux règles maçonniques lors des tenues car le croisement est bien symbole d'imbrication, d'accouplement.. L’œil est le symbole bien connu du delta rayonnant, du Grand-Architecte-De-L'Univers. Plus encore, il symbolise le Soleil visible d'où émane la Lumière qui donne la vie. C'est aussi le Verbe, le Logos, le Principe Créateur, notre conscience individuelle, celle qui guide nos actes. C'est à travers ce symbole que l'on atteint au spirituel. Mais il a un rôle spécifique chez l'Expert : il est aussi opératif. L'Expert doit avoir l’œil à tout et doit être aussi l’œil du Vénérable-Maître (avant, pendant et après la tenue). L'Expert est un homme de Lumière qui symbolise la progression initiatique de tous les maçons.

Le bijou représente sur la rigueur, la vigilance du rituel et de l'officier. La position d'ordre, pour ces deux officiers est différente de tous les autres frères L'Expert est pieds à l'équerre, tenant son glaive en main droite, garde à hauteur du visage, bras gauche pendant le long du corps. Tous les autres officiers adoptent la position d'ordre du bras droit, portant leur éventuelle épée en main gauche. L'Expert a un rôle important aussi pendant l'ouverture et la fermeture des travaux. C'est celui qui fait apparaître et disparaître les 3 Grandes Lumières puis trace et efface le tableau de loge. Ce n'est qu'ensuite que le Vénérable Maître se couvre ou se découvre. C'est à dire que les gestes de l'Expert déterminent le moment précis où la loge est ouverte ou fermée. Ce sont les symboles forts qui concluent la sacralisation et la désacralisation du Temple. C'est le frère que rencontre le néophyte pour la première fois à la porte du temple lors du passage sous le bandeau. Il le retrouve aussi en premier le soir de l'initiation. C'est le visage dont on se souvient, au début ; c’est celui qui nous rassure, nous intimide, et pourtant... C'est l'officier qui va être à côté du néophyte toute la soirée, c'est celui qui lui fera subir les 4 épreuves, la coupe des libations... mais c'est aussi le premier frère qui reconnaîtra le nouveau frère comme tel après sa création, constitution et réception par le Vénérable Maître. L'Expert est un guerrier juste, ayant une autodiscipline pour maîtriser ses émotions et participer ainsi à l'accomplissement individuel de chacun. Il doit manier son glaive avec d'infinies précautions et devient, grâce à celui-ci, une Lumière-Energie, une Lame-Foudre mobile. C’est pourquoi, je pense que le rituel gagnerait en symbolisme si l'Expert allumait puis éteignait les 3 piliers puis l'Etoile des Surveillants et du Vénérable-Maître, à partir de la Lumière-source du Vénérable. Le symbolisme du glaive/lame-foudre serait renforcé puisque c'est lui qui allumerait les petites puis les grandes Lumières, symbolisant ainsi leur union. Le glaive recevrait la foudre de la voûte étoilée et serait ainsi en mesure d'allumer toute autre Lumière. Cette pratique du rituel présenterait particulièrement l'interpénétration du parcours initiatique avec le rôle de l'Expert. C’est pour cela que j’ai proposé à cet atelier cette pratique lors de nos tenues universelles. A la Grande-Loge-De-France, le rituel a su évoluer en respectant la Tradition. La fonction d'Expert, inexistante au début de la Franc-Maçonnerie, est devenue de plus en plus importante, pour être aujourd'hui indispensable à toute ouverture de travaux. L'Expert demeure la perpétuation et l'incarnation de la Tradition initiatique dans toute sa rigueur.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/artsgraphiques/2011/10/lexpert.html

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