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Hauts Grades

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L'Amour de l'Humanité peut-il conduire au Sacrifice de notre Vie

25 Juillet 2013 , Rédigé par J\ T\ Publié dans #Planches

A une telle question, je serai tenté de répondre de façon lapidaire : Oui, par essence ! Encore faudrait-il définir les notions d'Amour, d'Humanité et de Sacrifice … C'est ce que nous nous attacherons de faire dans une première partie puis nous tenterons, à la fois au travers de notre démarche Initiatique et de notre Rite, de démontrer la justification comme la nécessité de tourner nos actes au service des autres .

A) Aspect ontologique :

Qu'est-ce que la vie ?

Est vivant tout ce qui est donné de l'expérience dont on peut décrire une histoire comprise entre sa naissance et sa mort ; ainsi la vie est l'ensemble des fonctions qui résistent à la mort . La mort est présente dans la vie, à la fois comme trame universelle et échéance inéluctable de ses formations diversement organisées de façon à la fois cohérente et fragile. Paradoxalement, ce qui caractérise le vivant est le phénomène d'usure progressive et de cessation de ces fonctions, plus que leur existence même. La valeur de la vie et la vie comme valeur, ne s'enracinent ainsi que dans la connaissance de son essentielle précarité, ce que J.L. Borges exprimait ainsi : « Tout chez les mortels a la valeur de l'irrécupérable et de l'aléatoire » (l'Aleph) Partant de ce postulat, on en déduira aisément que notre propre vie n'a de raison qu'à travers les actions qui la sous-tendent, actions sur le milieu extérieur, soit la société et les hommes qui la composent.

Nos actions au sein de la société impliquent elles donc un certain Sacrifice ?

Le sacrifice comporte deux pôles : d'un côté on offre, de l'autre on se prive de ce que l'on offre … Du point de vue de la morale, il s'agit d'une vertu de renoncement dans la construction de l'Homme authentique. Cette définition rejoint la conception Chrétienne qui, dépassant le rite pour aboutir à la morale, ne reconnaît d'autre sacrifice que celui qui est sacrifice de soi, renoncement et altruisme. L'ultime aboutissement serait l'Altruisme Absolu qui fixerait le chiffre de son mouvement vers l'autre, le tout autre. Plus simplement, l'altruisme est une attitude morale qui, par delà toute crainte et même toute norme, privilégie autrui. L'altruisme manifeste un débordement de l'amour propre naturel et du désir érotique qui porte vers l'autre. On est tout de même aux confins de l'exceptionnel et du transcendant : l'individu, par l'autre et pour l'autre, est élevé au dessus de lui-même … A ce sujet, on notera que la célébration de l'amitié dans la philosophie ancienne et également chez Montaigne, exprime remarquablement la rareté et le bienfait inattendu de cette générosité qui met l'autre au dessus de soi et fait de cette relation le lieu d'une vie nouvelle. L'altruisme n'est pas cependant qu'une affaire de sentiments, il est décision pour l'humanité de tous, y compris l'accomplissement de soi ; l'avènement de la conscience de soi n'est que la rencontre d'une conscience avec une autre conscience. Ainsi, tout ce qui est, a besoin, pour l'être, de quelque chose qui lui manque. Qu'il y ait partition ou association, c'est toujours sur autre chose que débouche la recherche d'un équilibre : Etre, c'est de ce point de vue, avoir besoin d'autre chose que soi, par essence même, être c'est appeler ce qui est en soi comme une absence. Le mystère d'autrui n'est pas autre chose que le mystère du Moi et cela, seul autrui le révèle, le fonde et le justifie. Notre propre notion d'existence se reflète ainsi dans le miroir de l'autre et débouche sur la notion sociale d'humanité et d'humanisme : cette idée que l'homme se fait de lui-même dans son plus grand accomplissement intellectuel, moral, voire religieux ou esthétique en réalisant une synthèse harmonieuse de la connaissance et de la vertu, nous rendant plus humain et permettant de réaliser en nous l'accomplissement d'un modèle anthropique, d'un idéal : L'humanisme est retournement de soi et action juste face à l'autre ( le Souverain Bien de Sénèque ).
Partagés entre le besoin que nous avons des autres et la volonté d'être nous-mêmes, entre le sentiment de notre identité et celui de notre singularité, entre ce qui nous est propre et ce qui nous dépasse, nous trouvons au cœur même de notre déchirement un immense sentiment de compassion pour tout ce qui est, pour tout ce qui vit.
L'amour inconditionné de toute vie, n'est il pas un feu qui embrase le cœur des Initiés et qui les pousse à tout faire en sorte pour rétablir le respect de la Règle et de l'Ethique, à faire régner l'Ordre sur le Chaos, à exalter les nobles sentiments, en un mot à rénover incessamment la société et les hommes ?
Dans cette conception, le sacrifice de sa vie implique donc non point une immolation physique du Moi mais bien évidemment le don de Soi, au service des autres, au service d'un idéal tourné vers le Bien, le Beau et le Juste …

B ) Aspect Maçonnique :

Lors de l'Initiation au 1er degré, Il est clairement exprimé :
Je cite : « L'Ordre maçonnique dans lequel vous demandez à être admis pourra peut-être un jour exiger que vous versiez jusqu'à la dernière goutte de votre sang pour sa défense et pour celle de vos frères. Le cas échéant, consentiriez-vous à faire ce sacrifice ? ».
Et l'impétrant de répondre immanquablement : « Oui, Monsieur ! »
L'engagement qui s'en suit est éloquent: « Je préférerais avoir la gorge coupée plutôt que de manquer à mon serment … » ! ( lourd d'implications pas toujours respectées ) …   
Pris au premier degré, cela signifie évidemment qu'en des circonstances exceptionnelles tout homme et plus particulièrement le Franc-Maçon devrait, et même doit parfois, accepter de mourir pour sauver son idéal … Cela s'est déjà vu et plus souvent qu'on ne croit ( Jean Moulin avait tenté de se suicider en se tranchant la gorge, de peur de parler sous la torture ! ) …
Toutefois l'ultime sacrifice ( mourir pour que l'autre vive ) peut-être aussi vain qu'inutile parce qu'en fin de compte chaque vie est autant insignifiante qu'indispensable tant qu'elle n'a pas accompli son destin … Accepter de mourir, oui, mais comme disait Brassens : « Mourrons pour des idées mais de mort lente » …
Symboliquement, le grain de blé doit mourir pour germer et donner de nombreux épis, certes, mais pas être coupé avant qu'il ne soit mûr …( Le sacrifice aurait été vain ! ). S'il est donc certain que l'Homme possède par essence les capacité de donner sa vie pour qu'une autre s'éveille ( pour ses enfants, par exemple ) Il faut cependant prendre la notion de sacrifice à un second degré, plus subtil mais aussi peut être plus complexe, long et difficile à mettre en œuvre.
Ainsi, passé le premier sacrifice qui consiste à se dépouiller du « vieil homme » dans le Cabinet de Réflexion, c'est à dire d'y abandonner ses préjugés et ses servitudes, la démarche Maçonnique est avant tout libératrice dans la mesure où elle est volontaire et non dogmatique.
Encore une fois, l'instruction du grade d'Apprenti est explicite à ce sujet :
Nos outils sont la Règle, le Maillet et le Ciseau …
Cela implique impérativement que toutes nos heures doivent être utilement employées, que c'est la volonté de perfectionnement qui nous anime et que nous devons rendre notre « pierre » conforme à son emploi pour devenir un membre utile et conscient de la société …
Cela signifie qu'une fois opéré le travail de « réflexion » sur nous même, toutes nos actions doivent tendre vers un idéal humaniste et non point se contenter d'un repli égotiste qui consisterait à s'enrichir d'une connaissance qui ne serait point partagée … Je citerai encore Brassens : « Il ne faut jamais garder une bouteille ni une poignée de main par devers soi » !
En aparté, cette expression quelque peu truculente et digne de Rabelais témoigne, à mon sens, d'un état d‘esprit qui doit animer le Franc-Maçon et que le Rite exprime par « l'Agapé » … ( au sens étymologique du terme et non dans ses dérives ou ses « bacchantes » : Ne confondons pas en effet la « dive bouteille » avec la « substantifique moelle » ! ).
Dans cette acception, le sacrifice c'est le partage : c'est donner un peu de soi pour atteindre une certaine communion avec tous, c'est se rendre utile socialement parlant ; symboliquement encore, c'est partager le pain … C'est d'ailleurs l'étymologie du mot Compagnon !
Enfin, pris au dernier degré, les concepts d'amour, de sacrifice et d'humanité se confondent et se complètent dans une résolution harmonieuse qui doit synthétiser l'action du Maître-Maçon à l'issue d'un parcours initiatique, sans fin certes mais possédant bien une origine et une destinée :
Renaître, croître et enfin rayonner … ce dernier aspect étant le seul et unique but de la « Mort et de la Renaissance Initiatique » … Là se situe alors le sacrifice au sens Maçonnique du terme, c'est à dire l'expression de la notion d'accomplissement dans la mesure où l'homme est sans doute un pont et non un but !
A ce prix nous retrouvons alors notre origine : Poussière, oui, mais poussière d'Etoile ( suivant la merveilleuse expression poétique d' H. Reeves )… A ce sacrifice correspond alors un enrichissement mutuel comme un ensemencement symbolique, mais pourtant existentiel, de l'espace et du temps qui fait que l'accomplissement d'un destin inéluctable de l'homme vers la mort n'est que la réalisation du « Soi » sans aucunement aliéner notre « Moi » … Au sens Biblique ( puisque nous ouvrons nos Travaux sur l'Evangile de St Jean et sans vouloir générer quelque malaise au Croyant comme à l'Agnostique ), il est clairement exprimé cette notion d'achèvement de l'accomplissement de soi à travers le destin et l'avènement de l'autre, du tout autre, thème éternel correspondant ainsi à nos interrogations les plus secrètes : « D'où venons-nous ?, qui sommes-nous ?, où allons-nous » ? A cela pourrait-on rajouter l'ultime interrogation d'un certain scepticisme cartésien nullement ennemi de la Foi : « Pourquoi » ?
La Franc-Maçonnerie ne prétend pas répondre à de telles questions mais, en revanche, elle autorise à l'impétrant « mis sur la Voie » la prise de conscience d'une certaine connaissance, que je qualifierai d'héréditaire ( puisque transmise de générations en générations ), de certaines parcelles de la Vérité Ineffable : ce que de façon symbolique nous nommons « La Lumière » … Et cette Lumière ne nous appartient pas, mes Frères ; nous n'en sommes que les dépositaires, les simples « gardiens » dont le but existentiel se résume à transmettre sans pour autant posséder …
Là se situe le sens du sacrifice et la notion de don de soi-même dans la mesure où l'on ne doit point espérer quant à nous mais bien pour l'autre, le tout autre … Ainsi, l'Amour d'autrui, l'Amour de l'Humanité en général, devient à la fois un moteur et une justification de nos pensées comme de nos actes … Ne rêvons pas cependant car, comme je vous l'ai exprimé plus haut, c'est une nécessité liée à l'expression même de notre propre essence, de notre destin, que l'on peut résumer ainsi en paraphrasant le poète : « Je suis Homme et rien de ce qui est humain ne m'est étranger ».
Accepter de le comprendre comme tel, c'est accomplir les potentialités qui sont en l'homme au delà de ses chimères, de ses tourments et de sa futilité, ce qui le rend justement perfectible et donc capable de transcendance … C'est peut être réaliser quelque part notre finitude comme notre raison d'être, en quelque sorte une propre justification de notre existence, tout aussi banale qu'exceptionnelle … ?

C) Conclusions

L'amour de l'Humanité peut-il donc nous conduire au sacrifice de notre vie ?
Oui, sans aucun doute si nous tournons les actes de notre vie au service d'un idéal … La Franc-Maçonnerie nous suggère au travers du Rite un certain « possible » qu'il nous appartient de réaliser « humainement » et tout à fait à la mesure des Frères qui la composent. Si l'idéal semble inaccessible par essence, la réalité Maçonnique de chacun comme de tous peut se réduire très simplement comme tel :
Je cite : « La Franc-Maçonnerie a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes ; c'est une école mutuelle dont le programme se résume ainsi : Obéir aux lois de son pays, vivre selon l'honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l'Humanité et poursuivre son émancipation progressive et pacifique » …
Plus avant, au stade de l'Apprenti censé avoir lu les Constitutions, il est dit entre autre : « La Franc-Maçonnerie a pour but le perfectionnement de l'humanité …
Les Francs-Maçons se reconnaissent comme Frères et se doivent aide et assistance, même au péril de leur vie. Ils doivent de même porter secours à toute personne en danger … Dans la recherche de la Vérité et de la Justice les Francs-Maçons n'acceptent aucune entrave et ne s'assignent aucune limite … etc.
Alors, mes frères, même si ces assertions vous semblent situer notre idéal assez haut dans l'échelle des valeurs, devrais-je vous rappeler qu'elles furent acceptées et surtout librement consenties lors de votre accession au premier degré, au delà de toute considération ontologique, morale, religieuse ou philosophique ? … Je terminerai en vous rappelant encore une fois l'essence primordiale du troisième voyage au 1er degré du R\E\A\A\ ? ( oui, je sais, je l'ai déjà dit, mais je le dirai encore jusqu'à ce que je sois sûr que vous l'ayez bien compris ! ).
Je cite : « Puisse le Feu qui vous a enveloppé se transmuer dans votre cœur en un amour ardent pour vos semblables, puisse la Charité inspirer désormais vos paroles et vos actions ! ».
Ainsi associé à la Connaissance, l'Amour, acte de foi, est intention :
« L'Amour est intention par excellence », non plus comme volonté formelle mais bien exprimée dans son contenu, c'est à dire comme bienveillance.
Le Rituel nous le dit explicitement : « Pénétrez-vous du principe positif de la Franc-Maçonnerie : Fais aux autres tout le bien que tu voudrais qu'ils te fissent à toi-même » !
L'invocation, du GADL'U rappelle au Franc-Maçons qu'il ne travaillent pas à leur propre gloire ni à développer leur intelligence au profit de l'égo orgueilleux mais qu'ils doivent justement utiliser cette intelligence et leur cœur pour servir la dimension spirituelle de l'homme.
Le Rituel nous ramène ainsi à notre besoin intime d'Unité profonde et peut nous conduire à une action réelle tournée vers les autres, au service du Bien, du Beau et du Juste …
« Elevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière » !

J'ai dit.
source :
www.ledifice.net

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La solitude

24 Juillet 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

L'homme a toujours été un animal grégaire. Initialement, ce regroupement avait pour but d’assurer la survie de l’espèce, dans un environnement hostile. L’organisation sociale a, depuis, été basée sur le groupe.
Dans la majorité des régions du monde, le groupe de référence reste le village qui, lui-même, est composé de quelques familles. Cette structuration a conditionné les usages de chacun vis à vis de son environnement et de son entourage.
Les concentrations ont été longtemps restreintes et, selon les régions, la population demeurant dans les villages représentait 80 à 90% de l'ensemble de la population. En France, il reste encore 20.000 communes de moins de 500 habitants.
Mais, depuis un siècle, la tendance évolue très vite et nombre de pays voient déjà leur population urbaine dépasser 50% de la population totale.
Est-ce seulement, le désir avoué de profiter des avantages de la ville, qui pousse les hommes à toujours plus se regrouper ? Ou est-ce, aussi, le sentiment de solitude qui nous fait fuir les "déserts" ruraux, d’où ont déjà disparus ce qui en faisait la vie et le charme comme les cafés, les petits commerces et même les écoles ?
Qu’est-ce que la solitude ? Si l’on s’en tient à la définition du dictionnaire : " la solitude est la situation d'une personne qui est seule, de façon momentanée ou durable ".
Mais ce n’est pas aussi simple, car il n'y a pas, un seul type de solitude, mais plusieurs, selon le vécu de l'individu par rapport à ce qui provoque son sentiment de déréliction.

La solitude par rapport à l'environnement
La solitude par rapport à l’environnement est la situation la plus familière. C’est un état involontaire qui se caractérise par l’éloignement des lieux habités. Il s’agit plutôt d’un isolement. Ainsi, le berger en montagne, le nomade au Sahel ou toute personne dont l’activité nécessite sa présence dans des lieux peu fréquentés, sont isolés, mais n’éprouvent pas forcément, ni constamment, une impression de solitude.
Ce sentiment peut aussi s’éprouver dans des endroits qui dégagent une atmosphère gênante, voire angoissante. Ainsi, lorsque Verlaine parle " du vieux parc solitaire et glacé " il ne décrit pas un lieu réellement isolé, mais un lieu où l’homme n’a pas sa place ou, plus simplement, ressent une certaine hostilité de l’environnement comme dans une forêt où les sons sont étouffés, ou encore, la nuit où nous ne pouvons qu’imaginer ce qui nous entoure. C’est un des aspects négatifs de la solitude. Ce sont nos sens qui sont atteints.
Pourtant, nous éprouvons parfois du plaisir à nous promener en forêt ou dans un endroit calme, retiré et parfois même sauvage. C’est l’aspect poétique du retour à la nature, aux origines, d’un endroit non pollué par une présence qui nous émeut. Ainsi, celui qui a séjourné dans le désert en garde une image fascinante. " Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c’est qu’il cache un puits quelque part ".

La solitude par rapport à la société
La solitude peut aussi se définir par rapport " aux autres ". Nous évoquons souvent la situation de l’ermite, de celui qui a choisi la vie érémitique ou monacale. Mais, il s’agit d’un isolement volontaire, où le but est de se retrouver avec soi-même et de faciliter ainsi, une introspection ou toutes spéculations intellectuelles pour lesquelles une retraite momentanée est profitable.
Cette solitude là, n’a rien de négatif. Bien souvent, celui qui la pratique passe même pour un sage.
Moins positif, est le choix de celui qui refuse de vivre au sein de la société telle qu’il la ressent. " Les autres " ne correspondent pas à l’idéal qu’il imagine et il préfère s’en tenir éloigné pour ne pas être perturbé ou même pollué. Dans ce cas, la réaction de la société est beaucoup moins positive, il passe pour un misanthrope, un sauvage ou un ours.
Mais la solitude la plus douloureuse est involontaire. Il suffit de se sentir ignoré, voire rejeté par la société. C’est la solitude des marginaux, des inadaptés et des exclus, de ceux qui ne trouvent pas leur place dans la société. Cette situation pourra se traduire par une passivité et un retrait menant jusqu’à la rue, à la " zone ", ou même à la situation de S.D.F. ou encore de clochard.
Cela peut être, plus couramment, celle des adolescents qui n’ont plus le statut d’enfant et le confort qui l’accompagne, mais qui ne se reconnaissent pas dans les schémas qui leur sont proposés par nos structures sociales. Il y aura, au contraire, réaction plus ou moins violente vis à vis d’un système qui impose des clichés qui ne correspondent pas aux projets qu’ils se sont construits.
La tendance actuelle serait moins agressive, puisque les jeunes restent beaucoup plus longtemps dans le cocon familial. La non-intégration dans le milieu du travail ne suffit pas à justifier cette attente. La vie associative ou la bande n’apportent plus suffisamment de réponses à ce sentiment qui n’est pourtant pas nouveau, puisque Molière disait déjà " La solitude effraye une âme de vingt ans "

La solitude par rapport à son entourage
La solitude peut aussi être éprouvée par rapport à son entourage immédiat.
Quand ce n’est pas tout simplement un dérangement mental plus ou moins grave (l’autisme par exemple), cela peut être la réponse à un besoin d'identification ou même à une saturation par la présence oppressante d’un entourage omniprésent.
Un enfant introverti, qui participe pas suffisamment aux jeux ou qui se complaît dans la lecture sera déprécié par son entourage. Le sentiment n’est pas vécu alors par l’intéressé, mais par ceux qui sont frustrés que l’on n’ait pas besoin d’eux. C’est une infirmité dans les sociétés comme celle des États-Unis où l’appartenance au groupe est jugée indispensable pour un épanouissement normal.
Cette réaction négative se retrouve vis à vis des célibataires. Les noms d’oiseaux qui leur sont adressés ne se limitent pas au sobriquet de vieux garçon ou vieille fille. Pour persuader les récalcitrants de convoler, la bible est évoquée pour affirmer que " Mieux vaut vivre à deux que solitaire " tandis qu’eux se défendent par des dictons comme " Mieux vaut être seul que mal accompagné ".
Nous constatons que non seulement l’homme n’aime pas être seul, mais qu’il n’apprécie pas ceux qui s’en accommodent. La solitude, comme l’amour, la peur et autres sentiments difficiles à faire partager, sont au fond de nous et conditionnent notre comportement social.

La solitude par rapport à soi-même.
La solitude est encore plus éprouvante vis à vis de soi-même. C’est alors un état, un moment, même une seconde de la vie, où tout s'arrête, où plus personne n'existe et où on se retrouve face à soi-même. C'est ce face à face qui est terrible.
Ainsi, la rupture, le divorce, le décès d'un être aimé, une terrible nouvelle, sont des événements où nous pouvons sombrer dans la solitude la plus totale. Nous subissons, la remise en cause totale et définitive des projets que nous avions élaborés pour la suite de notre vie.
On se sent aussi seul, au moment d’un choix, pour lequel rien ne vient conforter clairement et définitivement LA bonne décision, comme choisir untel ou unetelle, tel emploi ou tel autre, telle voie ou telle autre.
On est absolument seul, au moment d’un choix important qu'il soit volontaire ou contraint, car un choix est toujours un sacrifice.

Alors ?
Cet inventaire, même s’il est loin d’être exhaustif, nous montre que, s’il n’y pas une, mais des solitudes, il n’y a pas, non plus, de solution unique, susceptible de les traiter toutes.
D’ailleurs, existe-t-il une solution ? Nous pouvons en douter.
Pourtant, si nous y regardons de plus près, il existe un certain nombre de cas dont nous pouvons cerner la source et envisager d’y apporter un début de traitement, à défaut rémission, sinon d’une guérison.
La plupart du temps, cette solitude part de soi. Il ne sert à rien de fuir la campagne pour se réfugier parmi la population des villes. Nous changeons l’environnement, mais nous ne changeons pas le problème. Beaucoup ont éprouvé une plus grande solitude au sein des grandes cités que dans leur village d’origine.
Avant de pouvoir envisager d’être intégré parmi les autres, il est indispensable de s’accepter soi-même et accepter ses propres contradictions. Ce n’est pas par hasard si le premier travail de l’apprenti est de dégrossir la pierre. L’essentiel de son effort va consister à se connaître, identifier sa personnalité, autant dans ce qu’elle a de positif, que ce qu’elle peut aussi avoir de négatif.
Il ne suffit pas de valoriser ses qualités, il lui faut aussi maîtriser ses imperfections à défaut de les gommer ou d’en corriger les défaillances.
Il est dit qu’" Il faut s'aimer soi-même, pour pouvoir aimer vraiment les autres ".
Le fil à plomb nous a tous guidés dans notre descente en nous-mêmes. Il nous a aussi accompagnés dans notre renaissance. Mais il n’a pas empêché d’être parfois bien seuls, lorsque nous pouvions douter de la possibilité d’arriver enfin quelque part.
Mais, ce n’était que le début du chemin. Avant de pouvoir partager, il faut avoir autre chose à offrir que ses angoisses et ses doutes. " L’autre " n’est ni entièrement semblable, ni totalement différent. Nous avons beaucoup plus de choses en commun que d’oppositions. Nous ne sommes pas le pavé blanc et lui le noir.
Il éprouve le même type de sentiments et nous ne pourrons guère l’aider en ne lui apportant que nos craintes et nos désespoirs en partage. Si le malheur des uns pouvait faire le bonheur des autres, cela se saurait depuis longtemps.
La solitude, ça n'existe pas, dit une chanson. C’est pourtant un sentiment auquel nous nous efforçons tous d’échapper en meublant nos craintes des vides physiques, mentaux ou émotionnels. Nos sens ne doivent pas perdre le contact avec ce qui nous entoure, soit par isolement, soit par saturation.
La pratique des arts et des sciences va enrichir notre intellect et nous permettre d’acquérir les bases de notre compréhension du monde et de notre réflexion. De trouver notre place.
Ce n’est pas non plus un hasard si les voyages du Compagnon l’amènent à honorer et à rappeler l’exemple des bienfaiteurs de l’humanité. Une vie ou, plus simplement, des moments consacrés à œuvrer pour l’amélioration de la condition et de l’égalité sociales, pourront s’avérer un excellent antidote à la solitude. Ceci est d’autant plus probant lorsque nos actions ne cherchent pas uniquement à obtenir la reconnaissance des autres, et sont leur propre couronnement.
La glorification du travail, énoncée lors du cinquième voyage, rappelle que, outre tout ce qui précède, notre société attribue une grande importance à notre participation à son fonctionnement, non seulement dans son rôle productif mais, aussi, dans sa part de création. C’est aussi un rappel que la solitude atteint irrémédiablement celles et ceux qui n’ont pas de travail et, donc, pas ou peu de raisons d’espérer.
J’ai disserté ici, il y a quelques temps de la Géométrie. Ce soir c’est à la Gravitation que je ferai référence en tant que force unissant les Maçons.
La fraternité et ses manifestations extérieures comme nos accolades, les chaînes d'union et autres signes de reconnaissance marquent notre besoin de rester proche les uns des autres ET de l’exprimer.
Nous craignons que la solitude ne vienne rompre la longue chaîne de la solidarité humaine. C’est le malaise qui est ressenti, lorsque l’un d’entre nous, déclare qu’il souhaite ne plus revenir partager nos travaux. C’est parfois, au moins aussi troublant, que le passage d’un Frère à l’Orient éternel, car c’est, le résultat d’un choix réfléchi. Aussi, un soulagement parcourt les colonnes lorsque cette décision n’est pas définitive ou qu’elle n’écarte pas la volonté de s’intégrer à un autre atelier.
Toute cette émotion relève du domaine initiatique. C’est ce vécu, lui aussi, qu’il nous est impossible de communiquer au profane qui s’interroge. De la même manière que nous ne pourrons jamais faire totalement comprendre notre émoi à l’écoute d’une pièce de musique ou lors de la découverte d’un tableau.
Nous pourrions être seuls parce que nous n’avons plus assez de mots pour exprimer notre émotion. Pourtant, nous n’avons pas de sentiment de solitude, parce que nous savons que ceux qui nous entourent éprouvent le même genre de sensation.
Après avoir appris à nous assumer, nous apprenons à assumer les émotions que nous partageons avec les autres. Nos rituels, qui passent pour des mascarades aux yeux de nos détracteurs sont autant d’occasions de communier dans l’ardeur qui nous unit.
Lors de l’initiation, le miroir nous a rappelé, à l’instar de Valéry qu’" Un homme seul est toujours en mauvaise compagnie ". Apprenti, nous avons, dans le silence, appris à écouter l’autre et l’admettre. Compagnon nous apprenons à aller vers lui et partager nos travaux et ce respect mutuel qui nous enrichit tous et nous permet d’emboîter nos pierres pour contribuer à la perfection de l’édifice.
La solitude n’est pas une situation mais une émotion.
Sa prévention n’est pas dans notre organisation mais dans notre comportement.

J’ai dit Vén\M\

source : www.ledifice.net

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Au commencement était le verbe

24 Juillet 2013 , Rédigé par Rog\ Per\ Publié dans #Planches


Vénérable Maître et vous tous mes frères et soeurs en vos degrés et qualités, Au nom du GADLU et de l’humanité.
J’ai choisi de « plancher » sur le verset de Saint Jean :
« Au commencement était le Verbe ». Saint Jean, un des 12 Apôtres de Jésus a écrit le 4ème Evangile et le livre de l’Apocalypse.
Alors, comment ai-je travaillé ? Classique, j’ai réuni de la documentation, je l’ai étudiée, j’ai médité. Le sujet est vaste, il va de la naissance du monde aux nouvelles technologies de la communication.
Alors, j’ai fait le choix, intéressant je pense, de développer les thèmes suivants du sujet :
- Le Verbe et Dieu
- Le Verbe et l’Homme
- L’herméneutique ou l’art de la compréhension
- et en conclusion : Comment tendre vers une éthique du Verbe.
Je répète le plan :
« Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu ».
Ce verset est le premier d’une suite de 18 du prologue de l’Evangile de Saint Jean.
Il est parallèle au 1er verset de la Genèse :
« Au commencement Dieu créa le ciel et la terre »
Dans la Genèse, le commencement, signifie le commencement temporel et physique du
Monde, de l’Univers.
Dans l’Evangile de Saint Jean, on entre dans une autre dimension : celle de l’Eternité, de l’Infini, celle de Dieu, le Monde avant le Monde, le Monde présent, le Monde futur.
Pour Saint Jean, le mot de Verbe, signifie la révélation de Dieu dans la personne du Christ.
Le Verbe étant la manifestation de Dieu dans tout ce qui est notre vie.
Le Verbe est le principe qui créé.
Le Verbe, est la manifestation du Monde, son expansion, le visible l’invisible, l’unité, l’harmonie par lesquels Dieu se manifeste dans le Monde physique.
Le Verbe, ou Dieu , s’est exprimé avant toute chose, il est à l’origine des êtres et des choses.
Toujours dans le registre des Evangiles, le Verbe c’est la parole du Père (le Père en tant que membre du mystère de la Trinité : le Père, le Fils et le saint Esprit).
Par le Verbe le Père a créé le Monde, par le verbe il lui conserve l’existence dans un
renouveau perpétuel.
On le voit, le Verbe est partout, il représente tout, il a une charge , une densité immense.
Sans compter que dans la tradition chrétienne, le Verbe est tenu pour être la Vérité.
Mais alors, si le Verbe est Dieu, qu’en est-il du Verbe et de l’Homme ?
Depuis le jour ou l’Homme à commencer à parler, les mots, la langue, les langues, le verbe est devenu le moyen par lequel l’homme a inventé le monde.
En donnant un nom, un sens, aux êtres, aux choses du Monde, l’homme a créé un langage.
Il a construit le monde, il a fait exister des réalités qui sans le Verbe, seraient ignorées.
L’homme s’est mis à penser.
Interrogeons nous sur la relation qu’il y a entre dire et penser.
En prenant appui sur le cerveau, le cœur et les sens, il se forme chez l’homme, un rapport verbal intérieur entre sa conscience et le monde.
Parler, c’est exprimer ce rapport verbal supporté par la voix, dans une langue.
Une fois que l’on parle, la parole s’entretient comme Verbe et comme voix.
Mais alors, quelles sont la justesse et la vérité des mots que l’on dit par rapport au champ de sa pensée ?
Quel sont les rapports entre le Verbe de Dieu et le Verbe de l’Homme ?
Certains mystères, certains phénomènes, on ne peut les approcher que par analogie.
Le mot « Dieu » est une pure intuition.
Dans notre esprit, « Dieu est celui qui voit et créé tout en un seul regard ».
Il n’y a que Dieu qui sait ce qu’il y avait avant le commencement.
Si l’on prétend qu’il n’y avait rien avant le commencement, ni Dieu, ni Monde ni Temps, alors on exclue le Verbe. C’est le néant dans le néant.
La parole humaine est potentielle avant d’être actualisée.
Elle procède d’une espèce de « fonds » (épeler) constitué par des éléments de notre mémoire.
Ensuite par un phénomène de questionnement et de réflexion, elle se transforme en mots, en mots présents, parce que le phénomène se reproduit et se poursuit.
Le mot disait Saint Thomas est comme un miroir dans lequel on voit la chose.
Le mot reflète la chose parfaitement dans sa forme et ensuite il induit une multitude de pensées, sur sa fonction par exemple.
Par rapport au Verbe de Dieu, la parole humaine demeure imparfaite, précisément, parce qu’elle a besoin d’une multiplicité de mots.
L’imperfection n’est pas dans les mots, mais dans la pensée, forcement récurrente, puisque, à la différence de l’esprit divin, notre intelligence n’est pas suffisamment présente à elle-même pour saisir ce qui est en un seul regard.
Le visible et surtout l’invisible, le monde caché.
La pensée humaine croit savoir, mais sait elle vraiment ?
A la différence du Verbe divin qui demeure éternel, nos pensés et nos mots restent de simples accidents de l’esprit.
Nos mots reflètent parfaitement, mais transitoirement et seulement transitoirement les choses.
Notre esprit, notre cerveau sont en effervescence permanente.
Nos pensées n’atteignent jamais le but vers lequel elles tendent, et c’est tant mieux. L’esprit est infini, il se renouvelle sans cesse et a la liberté de former des projets toujours nouveaux.
La multiplicité des mots dans notre pensée, recouvre sur le mode dialectique, un procès intellectuel unique, qui créé le concept.
Le concept facilite le langage.
En d’autres termes, la parole n’est pas le miroir de l’esprit, elle est dit Saint Thomas « comme la lumière dans laquelle la couleur devient visible ».
« La parole est comme la lumière dans laquelle la couleur devient visible ».
Quelle pensée magnifique, mêlant symbolisme et sciences.
Saint Thomas d’Aquin : (est né près de Naples, à Aquin en 1225- mort en 1274)
Catholique, il étudie la théologie et la philosophie. Pour lui, la philosophie doit demeurer la servante de la théologie.
Le Verbe, la parole, le mot, le langage.
Quelle est la relation entre la pensée, et le langage ? Entre dire et penser ?
Comment s’établit la compréhension ?
On ne peut développer cette question sans évoquer brièvement le thème de l’herméneutique philosophique, et l’un de ses maîtres : le philosophe Allemand Hans Georg Gadamer, mort en 2002 à l’age de 102 ans.
L’herméneutique est une discipline qui se définie traditionnellement comme l’art de comprendre, c'est-à-dire comme le savoir permettant de déchiffrer le sens ou d’interpréter un texte.
Les origines de l’herméneutique remontent au tout début de la philosophie.
Un petit peu d’histoire.
Pour Platon, l’herméneutique qualifie le travail interprétatif des poètes et des rhapsodes qui traduisent en mots ou expliquent le message des Dieux.
Aristote fera de l’herméneutique, la langue qui doit rendre en mots, la pensée des hommes.
Après Platon et Aristote, les Stoiciens penseront que les premiers hommes avaient un logos pur (parole, intelligence), un accès direct et véritable aux choses.
Ensuite et pour aller un peu plus vite, de la fin de l’Antiquité jusqu’au Moyen Age et au tout début de la modernité, l’herméneutique restera attachée ou fixée à l’exégèse (l’interprétation) des Ecritures.
Ici, les auteurs les plus importants se nomment : Philon d’Alexandrie, Origène, Augustin et Luther, le célèbre réformateur.
C’est avec Heiddegger que l’herméneutique connaîtra une nouvelle révolution : La compréhension n’est plus limitée aux textes, c’est l’affaire de toute existence humaine.
La compréhension n’est plus un outil dont l’homme dispose, mais la structure même de l’homme.
Gadamer se montrera moins radical qu’Heidegger.
D’après l’herméneutique de Gadamer développée dans « Vérité et Méthode » publié en 1960, la compréhension est l’attitude générale propre à l’existence humaine, mais cette attitude doit être fondée dans l’histoire et le langage.
Or, si toute compréhension repose sur notre usage du langage, Gadamer pourra alors conférer à l’herméneutique un fondement ontologique, c'est-à-dire une base, une preuve, dans le domaine de ce qui est, de ce qui existe, car c’est notre langage qui nomme les choses. Ce que nous devons voir ici.
Rhapsode : Artiste Grec (7ème siècle Av. J.C) qui allait de ville en ville, réciter des épopées, comme les oeuvres d’Homère.
Gadamer montrera pourquoi notre compréhension du monde repose en premier lieu sur le langage. Le langage joue le rôle de structure de compréhension.
Pour Gadamer, l’expérience effective de la pensée est précisément celle de la parole, puisqu’elle se déploie dans le champs de la langue. Cette expérience de la pensée, actualise sur le mode du dialogue, la structure à préalable qui est celle de la question et de la réponse.
D’où me parle-t-on ? Qu’est ce qui m’est dit ?
Se laisser atteindre par une telle question, tenter d’y répondre, c’est entrer dans le jeu partagé
de la pensée, c’est aussi cheminer en direction de la vérité.
L’intérêt de l’herméneutique est d’ouvrir la compréhension à toutes les oeuvres de l’homme, c'est-à-dire d’universaliser la compréhension (qui repose toujours sur un dialogue), à toutes les pratiques humaines puisque aucune n’échappe au langage.
L’herméneutique permet à l’homme de trouver un langage commun.
Quittons l’herméneutique et poursuivons sur le langage, les langues.
L’homme parle parce qu’il a des idées et que parler, c’est toujours peu ou prou dire l’idée que l’on a derrière la tête.
Etre debout et parler, toute la dignité de l’homme est résumée dans cette double attitude.
« Il ne convient pas que les bons se taisent » disait déjà le vieux poète Ennius.
L’homme parle, mais pour dire quoi ?
Des paroles sans doute.
« Le Verbe a pour origine le vrai » disait Saint Augustin.
L’homme parle pour dire la vérité.
Dès les premiers temps du monde, quand l’homme a commencé à s’organiser en sociétés, la langue à induit des imaginaires puissants, parce que la langue est le territoire le plus immédiat de la parole.
Or, la parole n’est pas qu’un simple moyen de communication, de constat ou de jugement.
Que l’on songe à la promesse, au serment, à la déclaration d’amour ou de guerre, la parole fait advenir quelque chose qui n’était pas avant elle et qui, tôt ou tard, porte un risque, une audace, une transgression bref, une éthique.
Cette éthique, déjà présente dans la parole des premiers jours, était ponctuée par l’enchantement du monde, souvenez vous : « Dieu vit que cela était bon ».
La valeur du Verbe écrit ou oral, contient des caractéristiques, qui le rendent apte à proclamer une vérité et à défendre des valeurs humanistes qui lui garantissent sa qualité éthique.
Le Verbe éthique doit être le reflet de la pensée.
Comme nous l’avons vu, le Verbe est chargé de faire la transition entre les deux modes de l’existence humaine : la matière et l’esprit.
Le Verbe relie l’action et l’idéologie qui la sous-tend.
L’action, permet à l’idéologie de s’élaborer et en contre partie, la pensée inspire les actes et vérifie qu’ils obéissent à ses principes.
Le Verbe est capable d’agir directement dans l’histoire des hommes.
Il influe sur les hommes et au delà sur les événements.
Le Verbe réconcilie idéal et réalité.
Le Verbe arrache l’homme à sa condition humaine, il transforme un destin subi en destin dominé, une fois doté d’un sens.
Aujourd’hui le Verbe, la Parole se retrouve dans l’écran, ce qui la rend à la fois plus ouverte,
plus rapide et plus universelle.
Le Verbe, la Parole parcours désormais le monde à la vitesse de la lumière, il nous reste à nous les hommes, la responsabilité de lui préserver une visée humaniste, en cherchant à fonder
nos actions sur les valeurs de liberté, de justice, de fraternité.
    
 

source : www.ledifice.net

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La notion de Création en Franc-maçonnerie

22 Juillet 2013 , Rédigé par C\ D\ Publié dans #Planches

Je me suis plongé dans ce travail avec beaucoup d’exaltation tant il m’a semblé que notre recherche sur ce thème, nous conduisait à faire l’effort de comprendre ce qu’est le vrai sens de l’initiation maçonnique. Il s’agit plus d’un essai, d’une ébauche, que d’un travail accompli. C’est un nouveau chantier sur lequel le cherchant que je suis aura à revenir pour affiner son ouvrage. Vous voudrez bien me pardonner les nombreuses citations de sources qui sont à la fois des références, des repères (il y en aurait eu bien d’autres), et dans la mesure où il s’agit ici de « comprendre » ce que nous cherchons véritablement, et dans un domaine où il n’y a, évidemment, rien à inventer.

La notion de « création » au sein de la Franc-Maçonnerie, celle que nous pratiquons, me semble en première lecture, et sur la base de nos rituels, difficile à établir. Bien sûr, le rituel du REAA emploie ce mot de manière implicite, dans le cadre de l’initiation d’un Profane : « A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers… Je vous Crée, Constitue et Reçois Apprenti Franc-maçon… ». (1) Il est d’ailleurs le seul à employer le verbe créer. Dans les autres Rites on trouve, par exemple au RER, le terme : « Je vous reçois Franc- Maçon apprenti », et ceci parce que la rectification fait de l’initiation un principe qui englobe l’ensemble du parcours de son Régime. Le Rite Français « constitue et reçois Apprenti Franc-maçon ». Ainsi donc, la seule prise en compte de cette phrase rituelle, dans cet instant important de la cérémonie, ne me semble pas suffisante pour appréhender le principe fondateur d’une étape qui serait celle de la Création. Elle me semble être plutôt fondatrice du rattachement au grand corpus que forme la Franc-maçonnerie universelle en général, et à l’Obédience au sein de laquelle nous sommes, en particulier. Nous ne pouvons chercher à démontrer qu’il puisse s’agir d’un acte de création identique à celui que nous considérons de la part de Dieu, Grand Architecte de l’Univers, à l’égard de l’ensemble de la création, et comme il nous est indiqué dans les textes de la Genèse. On ne saura non plus faire l’économie de rappeler les deux grandes conceptions de la création qui sont « ex deo »pour celle qui procède à partir d’une matière préexistante et éternelle et ou Dieu, du coup, n’est pas véritablement créateur. L’homme « sort » de Dieu et est donc « ex deo ». Cette vision appartient en propre aux religions indo-européennes de l’Inde, de la Grèce, de la Rome antique et des Celtes. L’autre conception est « ex nihilo » ou Dieu est là totalement créateur. Il s’agit d’une conception issue du néant préexistant à l’ensemble de la création, et dont l’homme est partie intégrante. Cette conception nourrit les grands monothéismes que sont le mazdéisme, le judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Elle fait de Dieu le Créateur de toute chose. (2) En ce qui nous concerne, le sens de l’acte créateur est plus spécifiquement à rechercher au carrefour de deux notions qui sont à la fois croisées et complémentaires : Tout d’abord, le fait d’un acte relevant de la Tradition Primordiale au sens étymologique du latin tradere qui signifie « ce qui est transmis », et par elle, délégué à l’humanité en sa répétition dans le monde sensible : « vous ferez ceci en mémoire de moi ». Il s’agit, ne l’oublions pas, de la transmission consciente d’éléments invariables et sacrés, principe qui nous ramène bien à ce que nous pratiquons (cf. Jean Tourniac). Ensuite, le principe qu’il soit issu d’une source traditionnelle et authentique, avec pour condition qu’il se vérifie, par homogénéité, avec l’ésotérisme gnostique des autres grandes Traditions. Autrement dit, l’ésotérisme d’un centre secondaire de la Tradition Primordiale doit être en parfait parallélisme avec les fondements ésotériques des autres centres secondaires de la même Tradition Primordiale. Sans ces points d’équivalence, l’authenticité efficiente, et le pouvoir psychopompe de ce qui en est généré ne peuvent pas être démontrés. René Guénon nous avait précisé : « En effet, lorsqu’il s’agit de l’Unité, toute diversité s’efface, et ce n’est que lorsqu’on descend vers la multiplicité que les différences de formes apparaissent, les modes d’expression étant alors multiples eux-mêmes comme ce à quoi ils se rapportent, et susceptibles de varier indéfiniment pour s’adapter aux circonstances de temps et de lieux. Mais la « doctrine de l’Unité est unique » suivant la formule arabe : Et-Tawhîdu wâhidun, c'est-à-dire qu’elle est partout et toujours la même, invariable comme le Principe, indépendante de la multiplicité et du changement qui ne peuvent affecter que les applications d’ordre contingent » (3). Il me semble également nécessaire de rappeler que nous ne sommes pas dans le processus initiatique opératif des tailleurs de pierres. Si la symbolique du métier est un cadre que nous avons conservé, l’initiation ne nous est pas conférée par la démonstration matérielle de la maîtrise du geste, ni celle d’un processus de changement de l’être par les étapes de réalisation d’un chef-d’œuvre dans la matière, fruit d’un parcours passant de chantiers en chantiers, opérant une qualification véritablement opérative. L’initiation « spéculative » n’est pas pour autant sans réalité ontologique. Elle se situe simplement sur un autre plan, et place l’impétrant immédiatement dans une dimension qui ne devenait accessible qu’à un autre moment pour un opératif, à savoir la dimension purement spirituelle. Il en va ainsi du vrai sens étymologique du mot speculum qui implique l’interpénétration de deux dimensions, et place l’homme au centre de celles-ci, entre les deux. La Franc-maçonnerie de laquelle nous sommes les héritiers, traduit cette dogmatique en faisant du Temple spirituel le centre de son aboutissement, et du Temple matériel le socle de l’exégèse d’une étape à la fois détruite, dépassée et complémentaire. Par ailleurs, le rattachement de la Franc-maçonnerie à Saint Jean fixe son ancrage dans un courant immémorial de la connaissance spirituelle, archétypique, gnostique, et apocalyptique. Ainsi donc pouvons-nous chercher les sources de la justification d’un acte « créateur » à partir de ces deux fondamentaux que sont :

• le rattachement au Grand Architecte de l’Univers de qui procède la Lumière que nous transmettons ;

• ensuite, de l’analogie de notre Tradition avec d’autres Traditions authentiques desquelles nous avons pour point commun la conceptualisation de l’origine de la création, et la formalisation d’un « nouveau temple » comme but final pour l’homme initié, accompli.

Ajouterais-je que nous avons aussi pour point commun avec toutes les Traditions gnostiques de vouloir permettre à l’homme de se réaliser de son vivant, pendant son incarnation, et grâce à la mise en œuvre d’une méthode et d’un enseignement. La réalisation post-mortem étant un acte qui nous échappe, et en tout cas, qui ne relève pas de la révélation des mystères qui sont les nôtres. « Au Nom du Grand Architecte de l’Univers » Le Franc-maçon est fait, lié, au Nom du Grand Architecte de l’Univers. Cet état justifie à lui seul la notion de régularité. C’est elle qui fait que nous sommes, ou non, dans un des centres secondaires de la Tradition Primordiale. Cet acte fondateur d’un nouvel homme s’inscrit dans la tradition immémoriale de l’ordre de Melki-Tsedeq et duquel la Franc-maçonnerie tire sa source d’une religion du Premier Homme (les Rites REAA, RER, Emulation, et Français, déploient cette antique source, et chacun avec sa propédeutique) : « …nous voyons que « l’ordre de Melkitsedeq » est fondamentalement le signe d’un pacte entre le Principe et ce qui s’y rattache dans le déroulement du cycle temporel propre à l’individualité humaine. Pacte entre Dieu et l’homme par le truchement du sacré, du « mis à part », de l’ « élevé », donc du « Kadosh, du « Saint » (4). René Guénon qui fondera l’équation que Melki-Tsedeq = Tradition Primordiale, écrira : « …un tel centre, constitué dans des conditions régulièrement définies, devait être en effet le lieu de la manifestation divine, toujours représentée comme « Lumière » ; et il est curieux de remarquer que l’expression de « lieu très éclairé et très régulier », que la Maçonnerie a conservée semble bien être un souvenir de l’antique science sacerdotale qui présidait à la construction des temples, et qui, du reste, n’était pas particulière aux Juifs… » (5) L’ensemble du processus initiatique, dans tous les Rites, consiste au « dévoilement » et à la « révélation » de la Lumière. « L’être contingent peut être défini comme celui qui n’a pas en lui-même sa raison suffisante ; un tel être, par conséquent, n’est rien par lui-même, et rien de ce qu’il est ne lui appartient en propre ». (6) Cette révélation ne peut donc être engendrée que par délégation transmise et concédée, de la puissance de qui elle procède. En ce qui nous concerne, ce principe générateur est conféré au groupe qui en est, de génération en génération (vrai sens de la chaîne d’union), dépositaire. De plus, il opère sur un être unique qui va, de facto, se trouver « séparé » du reste du commun de son espèce : « En même temps, pour l’être qui est parvenu à cette conscience, celle-ci a pour conséquence immédiate le détachement à l’égard de toutes les choses manifestées… Par là, l’être sort donc de la multiplicité ; il échappe, suivant les expressions employées par la doctrine taoïste, aux vicissitudes du « courant des formes », à l’alternance des états de « vie » et de « mort », de « condensation » et de « dissipation » »(7) Seule, la transmission de la Lumière fixe le principe d’un acte créateur puisqu’elle confère à l’impétrant une nouvelle nature, une autre dimension, et la révélation d’un autre lui-même : « L’autre homme qui est en nous, c’est l’homme intérieur ; celui-là, l’Ecriture l’appelle un nouvel homme céleste, un homme jeune, un ami, un homme noble… » (8) Il s’agit là d’une création qui n’est pas de matière mais une création « révélatrice » d’un être enfoui, ignoré, méconnu, et qui n’attendait que de recevoir « un rayon de lumière » pour être tiré de l’obscurité dans laquelle le plongeait l’état de vieil homme. Il s’agit d’une forme de résurrection en cela qu’elle accouche (maïeutique) d’un être nouveau, en évolution / transformation, et définitivement transmuté. Si nous voulons bien retenir cette première étape, il nous faut vérifier qu’elle s’inscrit au sein du grand corpus que sont les Traditions authentiques et gnostiques, qui, toutes, n’ont qu’un seul but : conduire l’homme incarné à réintégrer le Temple de sa Gloire originelle.

Dans la Tradition Chrétienne

« Et il me montra la ville sainte, Jérusalem, qui descendait du ciel, d’auprès de Dieu. Elle avait la gloire de Dieu : son éclat était semblable à celui d’une pierre précieuse, d’une pierre de jaspe transparente comme du cristal ». (9) La notion de Temple spirituel tel qu’il est annoncé par Saint Jean, est l’aboutissement final d’un long processus qui a conduit l‘humanité à se sortir de sa simple expression anthropologique par une prise de conscience de sa réalité tripartite (corps-âme-esprit), ainsi que de sa relation unique, et privilégiée, avec son Créateur. Il a fallu bien des édifications de temples matériels pour en arriver là. Il aura fallu connaître l’exil et l’exode, prendre conscience qu’il est un autre plan dans lequel les tracés divins sont plus justes et plus subtils. Le cherchant qui se plie à une compréhension gnostique des Ecritures comprend, et interprète, que c’est de lui dont il s’agit. Au travers de toutes ses pérégrinations, le peuple élu n’écrit pas autre chose que la propre histoire de tout être humain. De la Genèse à l’Apocalypse le miroir (speculum) qui nous est tendu ne nous renvoi que ce que nous sommes, en l’état de nos propres vies, et de celui de nos destinées : « Tout dans l’écriture, disent et répètent après les Pères nos auteurs, nous concerne expressément dans l’actualité de notre présent. L’Ecriture est notre miroir. Elle est aussi cette « force qui nous modèle à la ressemblance divine » et qui se résume dans cette perfection de la Loi qu’est la charité… » (10) Les textes bibliques font référence et sont constamment habités de la notion du Temple, et de sa perspective : « Partout ou je me suis déplacé avec tout Israël, ais-je dis un mot à l’un des juges d’Israël à qui j’avais ordonné de faire paître mon peuple, ais-je dis : Pourquoi ne me bâtissez-vous pas une maison de cèdre ? Maintenant tu parleras ainsi à mon serviteur David » (11). On trouve avec EZECHIEL, dans la « Vision du Temple et du pays restaurés » (12), une complète description des porches, parvis, sanctuaire, des annexes et de l’autel. Saint Paul en produira sa propre description dans son Epître aux Hébreux (13). Le Temple est le lieu même de la célébration de la Présence divine parce que sa fonction est d’abriter l’Arche d’Alliance, la Shekhinah. Toutefois, le temps sera venu ou celle-ci doit se révéler en un autre lieu, sous une autre forme : « Comme quelques-uns disaient du temple qu’il était orné de belles pierres et d’objets apportés en offrandes, Jésus dit : Les jours viendront où, de ce que vous voyez, il ne restera pas pierre sur pierre qui ne soit renversée ».(14) Saint Paul complètera en disant : « Ou bien ne savez-vous pas que votre corps est le temple du Saint esprit qui est en vous et qui vient de Dieu, de sorte que vous ne vous appartenez plus. Vous avez été rachetés cher. Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (15) La Lumière qui caractérise le principe même de la création n’a plus lieu de résider au sein du bâtiment de sacrifices devenus inutiles, mais de réintégrer le cœur du seul Temple qui convienne à sa nature : l’Homme. L’archétype du Temple est transcendé et revenu en son point d’origine. Il n’y aura désormais plus à le chercher ailleurs que dans notre propre sanctuaire intérieur et d’engager un retournement de tout notre être pour laisser remonter à la surface la Lumière qui était recouverte des eaux boueuses de la fin du cycle : « cherchez et vous trouverez, demandez et il vous sera donné » nous disent nos rituels.

La Franc-maçonnerie de tradition possède cette connaissance apocalyptique, et en cela elle est conforme à l’ésotérisme de Jean. Elle est aussi fidèle à la religion primitive qui relie Adam au Christ, et par tous les Prophètes. Cette Franc-maçonnerie est juste et parfaite parce qu’en sa dogmatique du Temple fait Homme elle est aussi en homologie avec le symbolisme du Temple et de la Lumière dans les autres grandes Traditions ésotériques et gnostiques. « Je vis alors un ciel nouveau et une terre nouvelle, car le premier ciel et la première terre avaient disparus, et la mer n’existe plus. Et je vis la Cité sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel, d’auprès de Dieu ». (16) Des références et des similitudes dans d’autres Centres Secondaires de la Tradition  : Jean Tourniac qui, se référant à ses échanges avec René Guénon, ne manquait pas de rappeler que l’authenticité traditionnelle se vérifie par le fait que des traditions qui méritent le qualificatif de «transmis » ou de « relié » doivent descendre historiquement d’une origine commune, constituée sous la forme d’un « œuf » archétypique. Nous allons tenter d’établir des relations communes en prenant deux exemples au sein des deux grands courants gnostiques du Judaïsme et de l’Islam que sont la Cabbale et le Soufisme.

  • Esotérisme du Judaïsme : Cabbale et Cabbale de Louria (17).

Le Lourianisme est intéressant dans la mesure où tout en conservant un ancrage avec la doctrine qu’avaient établis les grands Maîtres fondateurs de la Cabbale, il développe une théorie à la symbolique extrêmement puissante pour un chercheur maçonnique : l’acte fondateur de la création par Dieu réside, tout d’abord, en un retrait de sa part (Tsimtsoum) pour laisser un espace vide au monde. Il s’agit d’une concentration, et ce mouvement sera d’ailleurs également développé dans le soufisme qui reconnait les états de concentration et d’expansion, vécus par la création divine. C’est ce mouvement qui fera dire que « Dieu a créé l’homme comme la mer a créée les continents, en se retirant ». Ce faisant, Dieu se retire dans l’Infini (l’En Sof) et, dans un second temps, l’espace ainsi libéré devient l’Adam Kadmon dont nous remarquerons que celui-ci n’est pas seulement attaché à l’état de l’homme mais à la création complète, toute entière. Le Créateur confie les lumières des sephirot à des vases (Kélim), et si les vases des trois lumières supérieures réussissent à les contenir, les autres vases qui reçoivent les lumières inférieures se brisent. La lumière se diffuse dans tous les sens au sein de l’Adam Kadmon, et se produit alors la troisième étape. Par cette répartition de la Lumière se créé l’En Sof en tant que Dieu manifesté de la religion. Nous entrons alors dans le cycle que nous connaissons. Le Lourianisme, conformément à la pensée de tous les Maîtres cabalistes, fait de l’homme le seul être capable de reconduire son évolution vers la Rédemption. Retour à l’origine qu’il accomplira en rétablissant l’Adam Kadmon, c’est-à-dire, en réintégrant au Verger céleste la création toute entière. Théologie que nous retrouverons intégralement développée chez Saint Paul. Ainsi donc, l’homme doit cesser d’être une Sheschina en exil, il doit redevenir le Temple de la Création du Premier Jour, rassembler la Lumière qui s’était dispersée, réunifier le Nom de Dieu et rejoindre son Maître au sein de l’Infini. Isaac Louria a bâtit une doctrine au sein de laquelle le mystère maçonnique trouve aussi sa cohérence et évolue comme en territoire de connaissance. On y retrouve l’essence même de la démarche de tout cherchant en quête de spiritualité, et dont l’œuvre entière de la Cabbale peut se résumer en quelques mots : l’expérience personnelle du « Connaître-Dieu ». (18) Malheureusement, de cette extraordinaire vision ne se perpétueront « qu’une exagération de l’ascèse et des techniques de prière ». (19) « L’unité et l’harmonie primordiale ont volé en éclat. Le destin de l’homme sera désormais ce que les mystiques juifs appellent le TIKKOUN = la Réparation, l’effort pour recueillir dans l’intensité de l’amour les parcelles de lumières diffuses dans l’univers disjoint. Dans son exil Adam devra d’une certaine manière-et c’est l’image spécifique que suggère la mystique juive - « recueillir les pots cassés », les recoller, rassembler les morceaux divisés de nous-mêmes et les unir. Quand le mal introduit, ajouté au monde par l’homme aura été racheté, effacé, expié, alors l’homme pourra à nouveau prétendre franchir les portes du palais royal, que pour l’instant gardent deux chérubins (Gn. 3/24). Avec le départ du Paradis commence notre longue marche d’amour, celle qui ne sera satisfaite que par le face à face avec l’Etre aimé ». (20)

2) Esotérisme de l’Islam : Soufisme et Soufisme Ismaélien (21)

Dans les descriptions sabéenne et ismaélienne, les notions de Temple sont omniprésentes. Celui-ci est placé aux limites de notre monde, et s’y intéresser c’est s’engager à pénétrer la vision du Temple céleste et spirituel. Il est la définition même d’un archétype qui met en exergue l’œuvre d’édification personnelle de tout être en recherche de sa réunification avec le divin. Ce Temple est un seuil qui conduit l’âme à retrouver le chemin de son origine : « Parce qu’il reconduit à l’origine, il est par excellence la figure et le support de cette opération mentale que désigne en arabe le terme technique de te’wil, c’est-à-dire une exegesis qui constitue aussi un exode, une sortie de l’âme vers l’Âme. Le ta’wîl, reconduction exégétique à l’origine, satisfait en Islam à cette loi d’intériorisation, cette effectuation expérimentale des correspondances symboliques, qui aussi bien achemina au même terme les Spirituels de toutes communautés, parce qu’elle est un effort foncier et fondamental de la Psyché religieuse ». (22) Ce même ta’wîl ordonnance une succession de résurrections dont le temple ésotérique célèbre la cérémonie d’une actualisation permanente. Les rituels sabéens relatent au travers de l’histoire des Honafâ qui furent les représentants de la religion pure qui était celle d’Abraham et qui fut créée dès l’origine du monde, antérieurement à la Période d’Adam (23). Pour eux, la perfection est atteinte dans le revêtement de la forme humaine, celle-ci étant considérée comme un temple contenant des êtres divins. Cette transposition permet un lien direct avec l’angélologie qui est un principe fondamental de la doctrine ismaélienne, comme dans tous les courants du soufisme en général. « La condition humaine (marbûbîya) est un joyau dont le fond caché est la condition seigneuriale divine (robûbîya) ». (24) Il s’agit, là encore, pour l’homme de s’ouvrir à une autre dimension qui transcende et conduise à percevoir les « Figures de Lumière », dirigeant les rythmes du temps et les attitudes au sein de la cosmogonie. Cette doctrine vise à ce que l’homme intérieur porte témoignage de la cohérence de l’ensemble des hiérarchies terrestre comme céleste. Nous y trouvons une voie qui fait du corps le lieu, et le moyen, de la manifestation de l’esprit (25). Il est mis en avant que le corps qui serait privé de l’esprit n’est qu’un corps privé de lumière, et que cette lumière qui est destinée à y prendre place est une lumière en « fusion », et par opposition à la seule lumière du corps physique qui elle reste « solidifiée ». Cette voie gnostique de l’Islam entretien la vision permanente de l’Imago Templi (l’Image du Temple) dont le temps matériel de la destruction est un passage obligé, puis dépassé. Cet état est rendu nécessaire pour que puisse s’établir le temps du Temple Céleste, celui-là même que Sohravardî désigne comme « le pays de l’esprit ». (26) Henry Corbin, pour résumer les choses, place l’Imago Templi au « confluent des deux mers » (27). Il nous faut comprendre qu’il se situe entre deux états qui bornent l’état du temple de la matière, et celui du Temple habité par la Lumière du Saint Béni Soit-Il. Il y a un équilibre entre la nécessaire destruction du Temple dans notre monde pour que puisse se réaliser le Temple spirituel, et céleste. Cet accomplissement repose avec une libre volonté de se réaliser sur la Voie du Grand Œuvre et l’homme reste maître de sa destinée ontologique durant son parcours dans le monde de l’incarnation. Ceci ne peut être obtenu que par l’intermédiation spirituellement opérative de l’organisation qui porte l’enseignement du mystère qui lui a été confié en dépôt. Nous retrouvons ainsi une autre cohérence de notre propre cheminement, celui qui conduit de la pierre brute sur laquelle tout reste à faire pour la dégrossir, en passant par l’état avancé du Temple au centre duquel nous réinstaurons la Lumière de l’Esprit, et pour en terminer par la transfiguration du Temple qui lui confère sa qualité de « Temple Céleste », synthèse et globalisation des deux états précédents. « J’ai dit à mon âme : Alif. Elle me répondit : Ne dis plus rien ». (28) Si j’ai tenu à évoquer ces points de parallélisme c’est encore une fois pour montrer à combien la légitimité d’un des centres secondaires de la Tradition Primordiale ne peut se vérifier qu’à cette aune. La création que nous cherchons, au sein de la Franc-maçonnerie de Tradition, est celle qui de fait réside au plus profond de l’initiation, dont il n’est pas inutile de rappeler qu’une des plus justes significations réside dans le mot : commencement. Pour nous rapprocher de Saint Thomas qui a mis en avant que la création ne pouvait être un « changement » puisque ce mouvement suppose que quelque chose qui change se doit d’être présent à son point de départ comme à celui d’arrivée ( ce qui est contraire à la notion de « ex nihilo » ), il conclu que la création est dans la créature, et qu’en cela elle « est » créature. Ainsi donc, et au risque de se répéter, il ne peut y avoir intrinsèquement « création » d’un nouvel être. Il y a bien plutôt « révélation », prise de conscience de l’être intérieur qui coexiste depuis notre origine, et entrée en possession de cet état qui ne peut appartenir qu’à celui qui a reçu l’action opérante des mystères. Notre ésotérisme accomplit son œuvre de création par la mise en action du processus de retour vers notre origine céleste, celle-ci passant par l’intériorisation du Temple, et l’incorporation de sa Lumière. Le passage, par les trois pas au-dessus, du Tableau / Tapis de Loge symbolise cette réalisation en passant de Malkut à Kether, allant du monde sensible au monde suprasensible de la triade supérieure, réintégrant le grand visage au petit visage, pour enfin basculer dans une dernière étape du retour au sein de l’Infini. Nous trouvons le même enseignement des symboles que ceux évoqués dans les paragraphes ci-dessus, et pour une finalité commune que constitue l’aboutissement du cycle : faire de l’homme incarné le temple de son Créateur pour rétablir l’équilibre originel. Je voudrais conclure en vous disant que je pense que le seul et véritable acte de création dans l’Ordre maçonnique se situe au centre du mystère de l’initiation par la mise en œuvre de la transformation de l’être humain en Temple (contenant) de sa spiritualité, et par le symbolisme de la transmission de la Lumière. Ainsi donc nous pouvons prétendre que nous nous situons dans la primordialité de la tradition de laquelle nous sommes issus, en lien avec les autres grands courants authentiques du centre principiel de la Tradition unique : « Elles se trouveront donc « banalisées », aucune ne pouvant exclure les autres, pas plus que les filles d’une mère unique ou les descendantes de ces filles ne peuvent contester l’héritage biologique de chacune d’elle ». (29)

J’en ai terminé Vénérable Maître, mes Très Chers Frères.

C\ D\

Bibliographie :
(1) Rituel d’Initiation au premier grade du Rite Ecossais Ancien Accepté (source : Grande Loge Nationale Française).
(2) Corps, Ame, Esprit, pages 102/103 - Michel Fromaget – Question de, Albin Michel.
(3) Aperçus sur l’Esotérisme Islamique et le Taoïsme, pages 37/38 – René Guénon – Gallimard, collection Les Essais CLXXXII.
(4) Melkitsedeq ou la Tradition Primordiale, page 284 - Jean Tourniac - Albin Michel, Bibliothèque de l’Hermétisme.
(5) Le Roi du Monde, page 23 - René Guénon - Gallimard, collection Traditions.
(6) Aperçus sur l’Esotérisme Islamique et le Taoïsme, pages 44/45 – René Guénon.
(7) Ibid., l’auteur ajoute : « Aristote, dans un sens semblable,dit « génération » et « corruption » ».
(8) Traité de l’homme noble de Maître Eckhart.
(9) Apocalypse de Jean XXI - 10,11.
(10) Les quatre sens de l’Ecriture Sainte par Jean Boulier Fraissinet - Renaissance Traditionnelle – n° 60 – octobre 1984, page 257.
(11) Chroniques XVII – 6,7.
(12) Ezéchiel XXXX à XXXXIII.
(13) Epître de Paul aux Hébreux, IX – 1,10.
(14) Evangile de Luc, XXI – 5,6.
(15) Epître de Paul aux Corinthiens 6 - 19,20.
(16) Saint Jean, Apocalypse 21 – 1,2.
(17) Isaac Louria est né à Jérusalem en 1534, au sein d’une famille Ashkenaz, d’origine rhénane. Il développe, à Safed, sa vision de la Cabbale à partir de 1568, et meurt en 1572 ou 1574 selon les sources. Le Lourianisme est souvent considéré comme la dernière épopée de la tradition Cabbalisitique née avec Rabbi Siméon, fils de Yochaï, et avant le déclin de la Cabbale qui laissera place à un nouveau courant : le Hassidisme. Celui-ci n’aura plus aucun lien avec l’enseignement rabbinique et constituera un véritable mouvement social, un piétisme populaire, dépourvu de toute recherche ésotérique, et très éloigné de ce qui était à l’origine une tradition orale (reçue par Moïse en même temps que les Tables de la Loi) réservée à une élite. La complexité de la réalité des choses fait que, néanmoins, Cabbale et Hassidisme sont deux sources qui vont nourrir la mystique juive.
(18) Rabbi Siméon bar Yochaï et la Cabale, page 8 – Guy Casaril - Editions du Seuil, collection Sagesses.
(19) Ibid, pages 138 à 140.
(20) L’Exil d’Adam par J. Goldstain - Renaissance Traditionnelle - n° 53 - janvier 1983, page 3.
(21) Le soufisme, voie ésotérique de l’Islam, se présente avant toute chose comme une expérience spirituelle vécue, et intérieure. L’origine de l’ismaélisme, courant minoritaire de l’Islam shîite, est fixé en 765, à la mort du sixième Imâm shîite Ja’far as-Sâdiq, et à la scission que cette disparition provoqua avec les shîites duodécimains.
Dans l’approche qui nous intéresse, et au sein de la profession d’une gnose abstruse influencée de néo-platonisme, la doctrine enseignée par les Frères de la Pureté (début du Xème siècle) développe largement la symbolique du Temple, et jette une lumière qui ne peut que nous interpeller sur le processus initiatique maçonnique.
(22) Temple et contemplation, page 174 - Henry Corbin - Editions Entre Lacs.
(23) Ibid, page 183 - Encyclopédie de l’Islam - Pedersen, pages 390/391.
(24) Ja’far al - Sâdiq – Vième Imâm.
(25) Saint Bernard, au XIIème siècle, ne dira pas autre chose : « A leur exemple, nous adressant à notre corps, nous serons en droit de lui dire : Maintenant, ce n’est plus parce que tu en as besoin que nous aimons Dieu, c’est parce que nous avons connu nous-mêmes la douceur de Notre-Seigneur. Le besoin, en effet, est comme un langage dans la chair qui proclame par son comportement les bienfaits dont elle a fait l’expérience ».Traité de l’Amour de Dieu, du second et des troisièmes degrés de l’Amour. Œuvres Mystiques de Saint Bernard, Chapitre IX, page 63 - Editions du Seuil.
(26) Sohravardî, Le vade-mecum des fidèles d’amour - Chapitre V - cité par Henry Corbin, ibid, page 329.
(27) Ibid, page 321.
(28) Umar Khayyam.
(29) Melkitsedeq ou la Tradition Primordiale, page 30 - Jean Tourniac - Albin Michel, Bibliothèque de l’Hermétisme.

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La Gnose

21 Juillet 2013 , Rédigé par A\J\ T\ Publié dans #Planches

J’avais primitivement l’envie de jouer avec la lettre G, à titre de gag qui permettrait de se gausser par un Glossaire non dénué de Gongorisme. Mais Il ne faut pas s’égarer en Gouaille ou se gargariser de Gaudrioles qui ne sont pas de mise en ce lieu, pas plus qu’un Gloussement voire un Gondolement même sans godille. Gare à la gloriole me dis-je goguenard comme à l’accoutumée, en pensant à cette lettre G. Ne glissons pas dans le glauque mais ne glandons pas sur ce globe. Inutile de gigoter, de gesticuler, de geindre, de regimber, de goberger et de gémir, générons, galvanisons, sortons des gangues qui nous engluent, faisons galoper nos esprits, germer nos idées, gagner nos principes trop souvent galvaudés. Vouons aux gémonies, juste un instant, les galbes et les gambettes des geishas qui agrémentent nos galipettes en cherchant le point G. Soyons le gang bang de la gamberge, les généreux géniteurs d’un humanisme régénéré.
Cornegidouille, ventre saint gris, je m’égare...arrêtons ce gachis, ces grumeaux de verbiage, cette gabegie de G, ce galimatias fait pour amuser la galerie qui peut en agacer quelques uns et en gonfler quelques autres. Ce G permet donc de tout dire, c’est un générique assez génial. G dit.
La lettre G, la septième lettre et la cinquième consonne de l’alphabet, je devrais dire de notre alphabet, même si dans leur grande majorité, ils varient peu jusqu’à cette lettre, ne manque pas de surprendre le compagnon que nous restons tous...
Notre rituel nous suggère un certain nombre de mots qui seraient liés à la lettre G, tels géométrie, génération, gravitation et Gnose. N’ayant jamais entendu d’exposé sur ce dernier, je me suis décidé, malgré une réticence naturelle à l’effort, à entamer une réflexion sur ce sujet la Gnose.
Ce mot Gnosis nous vient du grec, lequel constitue la racine en latin du verbe cognoscere signifie connaissance. Ajoutons à titre indicatif que le mot grec Gnostikos signifie « celui qui sait » et celui là pourrait s’approcher de l’initié. C’est ainsi que le concevaient les gnostiques. Voilà une raison supplémentaire pour s’intéresser à la Gnose.
Il apparaît à la simple réflexion que l’énumération donnée par notre rituel ne comporte pas un terme que le pasteur Anderson aurait probablement cité en premier lieu dans sa langue maternelle pour illustrer la lettre G : GOD. Il eut pu ajouter GOOD GOD mais bon dieu, la traduction littérale, nous égare peut-être de notre sujet mais en apparence seulement...
Revenons enfin à la Gnose, et pour conserver l’usage de la lettre G, attachons nous à en tracer même sommairement la genèse avant d’en faire la glose.
S’il fallait donner en préambule un ambryon de définition de la gnose, c’est probablement par son contraire qu’il faudrait la présenter tant il est vrai que nous entendons parler plus souvent d’agnostiques que de gnostiques. Un agnostique en effet est celui qui n’admet comme réalité que le monde expérimental, le monde sensible matériel, concret qu’il estime être le seul entrant dans le champ du connaissable. Cette position conforte l’alliance du rationnalisme et du matérialisme.
Rappelons au passage que l’agnostique se différencie de l’athée, au moins dans le sens moderne du terme, lequel se contente de nier l’existence d’un dieu ou plus exactement il refuse d’adhérer aux raisons de croire à l’existence d’un dieu. Bien sûr l’athéisme contrairement à l’agnosticisme n’est pas une doctrine.
A l’opposé, pour simplifier dans un premier temps, la gnose se présente comme une connaissance purement intuitive et une expérience strictement personnelle qui donne accès au divin ou pour utiliser un terme plus générique, au transcendant ou à une forme de métaphysique. Cette approche essentiellement spiritualiste fait davantage appel à l’intelligence du coeur qu’à la raison, au moins dans la pensée des premiers gnostiques lesquels ont constitué une secte à l’origine. La question se posera de savoir si il n’existe pas encore aujourd’hui un certain sectarisme gnostique ce qui n’exclue pas un sectarisme agnostique non plus...
La pensée gnostique, dont on peut lire fréquemment qu’elle est néo-platonicienne, à défaut de racines peut être reliée à divers grands mouvements de pensée tant en occident qu’en orient : On y retrouve l’importance de l’âme chère aux égyptiens et reprise par Pythagore, la dualité du bien et du mal constituant essentiel de l’univers des mazdéens reprises dans les doctrines manichéennes, lesquelles ont largement influencé bien plus tard, le Catharisme. L’idée de salut par la connaissance, la prise de conscience de la part de divin en soi, l’affimation que le monde n’est qu’une illusion dont il faut s’affranchir, et enfin la recherche de l’intériorisation comme moyen d’élévation de soi, ces thèmes développés par les gnostiques se retrouvent tant dans le mouvement de la pensée grecque que Bouddhique mais aussi chez les Esséniens, chez les Astrologues de Babylone ou en Inde dans les Upanishads ( textes indous écrits entre le XVIII° et le VIII° siècle avant notre ére – textes védiques – véda signifie savoir science en sanskrit )
Sans remonter aussi loin, il est fréquemment admis que la pensée gnostique s’est développée tout particulièrement dans l’émergence du monde judéo-chrétien bien qu’elle l’ait largement précédé et sur lequel elle s’est greffée presque dès les origines.
Les premiers gnostiques répertoriés et désignés comme tels au deuxième siècle de notre ére, Valentin, Marcion et Justin pour ne citer que les plus célèbres, mélaient semble-t-il la tradition juive et la philosophie religieuse des Grecs dont ils avaient été nourris, tout en adoptant de façon très personnelle l’enseignement d’un christianisme naissant et dont le contenu n’était pas encore parfaitement défini.
Ainsi pour eux le vrai Dieu ne pouvait pas être source de tout et notamment source du mal. En celà ils suivent Platon qui avait énoncé que « dieu n’est pas cause de tout ; il n’est cause que du bien ; il n’est pas responsable des maux ». Les guerres, la corruption, l’omniprésence et l’omnipuissance des romains à cette époque, tous ces malheurs, ne pouvaient pas être le fait de Dieu qui avait dit lui même « mon royaume n’est pas de ce monde ». Ainsi les gnostiques établissaient-ils un lien entre le monde décrit par Platon et celui annoncé par le Christ dans leur représentation du dualisme de ce monde, celui du mal sur terre et celui du bien qui n’est pas ici bas, vers lequel on peut tendre par la connaissance.
La gnose devient pour eux la connaissance de la connaissance, la connaissance de dieu qui passe par et aboutit à la connaissance de soi même.
« Connais toi toi même et tu connaîtras l’univers et les dieux»
Je voudrais à cet instant faire une petite disgression sur la citation qui vient d’être énoncée laquelle est largement détournée de son sens lorsqu’elle est élidée.
Pourquoi ne cite-t-on toujours que la première partie de cette phrase célèbre, ce qui la dénature ? D’ailleurs ceux qui la dénaturent, trop souvent la détournent à leur profit et pratiquent davantage le « connais moi, moi même » qui n’est qu’une forme d’exhibitionnisme à visée psychanalytique très pratiqué en maçonnerie.
La gnose, chacun l’a bien compris, n’est pas un savoir, mais elle s’interprète déjà dans le sens que lui donnera bien plus tard Paul Claudel de co-naissance.
En langage contemporain nous dirions que pour les gnostiques, l’homme comme le monde est duel. Déjà formulée par Aristote, Cette dualité pour l’homme est celle de l’être de chair qui est aussi être de lumière, laquelle est d’essence divine. De cette façon l’homme devient parcelle de divin qui, elle, subsistera après la mort, libérée de sa gangue charnelle. Le corps n’est qu’une enveloppe passagère qui peut être entrainée à des excès sans que l’âme en patisse. Mais la mort ne libère pas nécessairement l’homme de l’emprise du Démiurge. Seuls ceux qui se sont libérés par la gnose y parviennent ; les autres doivent revivre une autre existence, ce qui suggère une doctrine de la réincarnation que n’aurait pas reniée Pythagore lui-même tout comme le mythe de l’ascension des âmes.
Reprenant à leur compte l’évangile de Thomas citant Jésus, les gnostiques considèrent que le destin de l’homme est de parvenir par la gnose à la connaissance de l’ineffable réalité divine d’où il provient et où il doit retourner.
Pour les alchimistes ici présents, précisons que l’étincelle divine qui est en nous correspond pour les gnostiques à l’or spirituel, ultime stade des sept degrés de l’univers décrits par Claude Ptolémée. La sphère saturnienne correspond à la matière ; elle est symbolisée par le plomb. Puis après la mort du corps et sa décomposition suivent un certain nombre de transmutations qui traversent Jupiter, assimilée au zinc, Mars au fer, Mercure le vif-argent, la lune l’argent pour atteindre enfin le soleil, l’or. Les gnostiques considéraient que ces différents métaux matérialisaient les différents stades d’évolution de la matière sur la voie de la perfection, celle de l’or que seule la gnose permettait d’atteindre.
On peut trouver ici une filiation à travers cette résurrection des métaux, avec le mythe égyptien d’Osiris, les mystères orphiques et Dyonisiaques et certains mythes perpétués par la franc maçonnerie.
Bien sûr il est possible aussi, d’étendre, par de subtiles correspondances, la palette des métaux décrits plus haut aux couleurs. Théophrastus Bombastus von Hohenheim, plus connu sous le nom de Paracelse voyait dans le souffre le médiateur entre le corps et l’esprit et dans le sel, présent aussi dans nos rituels, l’origine de toutes les couleurs, qu’il définit comme la lumière coagulée du monde. Chacun pourra à son goût approfondir ces sujets que certains cercles maçonniques au XVIII° à tendance gnostico-hermétiques ont développé.
Au Plérome, le monde du divin s’oppose chez les gnostiques, le Kérome, le monde des apparences et de la matière. Son créateur qui ressemble au Jéhovah de l’ancien testament se distingue voire s’oppose au dieu de lumière et de bonté, seul vrai dieu mais inconnaissable.
Alors que Platon dans le Timée imagine le démiurge comme un poète qui crée un cosmos aux proportions harmonieuses, la gnose lui attribue la création d’un monde dénaturé inachevé, un chaos.
Sur le plan éthique, les gnostiques considèrent que les lois morales, qui doivent être évolutives et adaptées par chacun, n’ont d’autre objet que d’assurer la vie en société. Elles constituent un arsenal juridique propre à réguler les relations entre individus. Les suivre n’apporte rien pour le salut de l’individu lequel ne peut s’obtenir que par la voie spirituelle et individuellement. Les êtres de chair sont freinés dans cette quête par la pesanteur de leur propre nature matérielle et ils ne sont pas égaux entre eux devant la spiritualité. Nous retrouvons comme chez Pythagore une certaine forme d’élitisme.
Il existe des êtres de lumière considérés comme des messagers du divin qui sont chargés d’aider l’humanité dans sa quête de la gnose. Parmi beaucoup d’autres, Jésus est de ceux là. Cette thèse se rapproche de celle du livre des grands initiés d’ Edouard Shuré que chacun connaît ici, grands initiés auxquels il est fait référence dans le rituel du deuxième degré..
A titre indicatif, Le soufisme connaît des catégories similaires, le stade ultime étant celui des Malamati dont l’état est assimilable à celui de prophète, alors que le Sufi se contente, si on peut dire, d’avoir accès à la gnose.
On perçoit déjà dans l’approche gnostique, ce qu’un auteur a défini comme l’hellenisation du christianisme. La gnose en bien des points s’éloigne de la foi chrétienne et notamment en ce qu’elle est une expérience personnelle du transcendant sans adhésion à un dogme. Elle est aussi l’affirmation que l’homme peut assurer seul son salut. Les théologiens du christianisme dénonceront très tôt cette hérésie adoptée plus tard par les cathares et combattue par l’inquisition.
L’étincelle divine des gnostiques qui pousse à la connaisance de dieu fait partie intégrante de l’âme protestante dans sa recherche individuelle du salut. Les Luthériens y étaient plus sensibles que d’autres. La même approche se retrouve chez les rose-croix mais aussi chez les mystiques anglais influencés par le théosophe mystique allemand du XV° siècle, Jacob Böhme puis dans la philosophie de l’idéalisme allemand avec Hegel et Schelling. Cette influence se retrouve enfin, dans la littérature contemporaine notamment chez Joyce, Rimbaud, Breton et Artaud.
De nos jours encore des résurgences de gnosticisme persistent notamment dans le syncrétisme de la société théosophique créé par Hélène Blavatsky fin XIX° mais dont les thèses racistes ont alimenté la pensée national-socialiste allemande :
( le but de l’humanité c’est l’ascension du corps matériel et sexué vers un corps éthérique de lumière ; mais cette ascension se fait à partir de la race mère qui est la race Aryenne située pour elle aux USA de son époque )
Ainsi des mouvements gnostiques se retrouvent dans les religions chrétiennes, y compris dans le Judaïsme et dans l’Islam notamment à travers le Soufisme.
Alors la question se pose de savoir pourquoi ce terme de Gnose, figure dans l’interprétation de la lettre G. L’influence protestante y est probablement pour beaucoup. N’est-ce pas précisément la gnose qui a généré les condamnations papales de la F.M. libérale, en ce qu’elle permet un accès directe à un être transcendant en ignorant l’église ?
Mais les Maçons ne sont pas nécessairement des gnostiques au sens originel du terme. Pour éviter toute référence christique, la gnose en F.M. libérale est souvent présentée comme étant la connaissance initiatique. L’impétrant en d’autres termes, comme Mr Jourdain avec la prose, ferait de la gnose sans le savoir. Il s’agit, en effet, comme pour les gnostiques, non pas d’un savoir mais de la découverte du sens caché des choses et du monde, par une recherche personnelle et nous concernant, aux moyens des symboles. Il n’est probablement pas abusif d’assimiler cette co-naissance à une renaissance telle que nous la faisons vivre à l’initiation.
Là aussi la connaissance, comme toute expérience initiatique, est plus affaire de coeur que de raison. Mais là s’arrête la comparaison et l’utilisation du terme de gnose dans le rituel, à ce stade, sauf si la définition de la gnose se limite à celle de « prise de conscience » me paraît abusive, mais celà n’engage que l’auteur de ces lignes.
Cette courte réflexion n’avait pour but que de contribuer à réfléchir sur la gnose certes mais aussi par voie de conséquence, sur l’initiation et sur les définitions que nous voulons donner aux mots que nous employons.
Je laisse donc à chacun le soin d’alimenter sa propre analyse sur ce chemin ou sur tout autre, tant il est vrai que ce qui importe, est moins le but à atteindre que le chemin parcouru pour y parvenir.

G dit.
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Comment Tailler sa Pierre Brute. Eloge de la pensée positive

20 Juillet 2013 , Rédigé par Claude P\ T\ Publié dans #Planches

Sans doute avez vous fait ce constat. Chaque jour, les médias nous inondent de mauvaises nouvelles. Que cela soit à la radio quand vous prenez votre petit-déjeuner, dans la journée lorsque vous lisez votre quotidien préféré, ou le soir au Télé-journal. Un journaliste a recensé 32 conflits armés dans le monde. Bientôt nous en aurons un trente-troisième avec l’Irak. L’humanité connaît la pauvreté, des pays sont confrontés à la famine, on assiste régulièrement à des catastrophes écologiques et je ne vous parle pas des innombrables atteintes aux droits de l’homme. Il est donc légitime que l’un de nos jeunes frères apprentis ait exprimé récemment son désarroi devant la difficulté à concilier la pratique de l’enseignement maçonnique avec les dures réalités de la vie profane. Il est vrai que la vie n’est pas un long fleuve tranquille. Il est également juste de se poser la question de la place qui nous incombe et quel est notre rôle en qualité de franc-maçon dans ce monde malade dans lequel nous vivons. Certes, nous pouvons participer à des activités philanthropiques ou à des actions humanitaires. C’est bien. Cela nous donne pour le moins bonne conscience, mais l’on soigne les effets, pas les causes des maux de ce monde. Karl Marx pensait que la société devait être transformée pour que l’homme change. Il pensait à mon avis à l’envers. Beaucoup de gens estiment que certains individus, certains gouvernements et certains peuples doivent changer, parce que tout le monde pense que se sont les autres qui doivent changer, c’est-à-dire ceux qui, à leurs yeux, ne sont pas parfaits. Et en partant toujours de cette idée, rien ne change ou c’est la guerre. Voici un petit poème, qui est millénaire et qui nous vient d’Orient:

Si tu veux rétablir l’ordre dans le monde, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans ton pays.

Si tu veux rétablir l’ordre dans ton pays, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les provinces.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les provinces, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les villes.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les villes, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les familles.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les familles, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans ta famille.

Si tu veux rétablir l’ordre dans ta famille, tu dois d’abord rétablir l’ordre en toi-même.

Moralité : tout changement doit commencer par soi-même.

Tout le monde est d’accord à ce sujet, mais c’est bien plus facile de demander aux autres de changer. Ne nous préoccupons pas des autres. Ce qui est important, c’est de changer ce monde et pour ce faire, ce qui doit changer, c’est chacun d’entre nous. A ce propos, nous autres francs-maçons, nous avons beaucoup de chance, car dans la grande richesse de son enseignement, la franc-maçonnerie nous montre le chemin comment changer soi-même. Elle nous dit de tailler la pierre brute et elle nous donne les outils pour le faire. Je vous le concède, ce n’est pas facile de passer de la théorie à la pratique. Aussi, permettez que ce soir, je puisse vous proposer quelques règles, que je m’empresse de préciser ne sont pas personnelles, mais puisées aux sources de notre enseignement maçonnique. Il faut nous inspirer de notre catéchisme d’apprenti qui nous parle des trois petites lumières, la Sagesse, la Force et la Beauté. Ces lumières vont nous éclairer dans notre réflexion. Que nous inspire la Sagesse? La Sagesse, notre sagesse, cela doit être “ Que notre parole soit toujours impeccable”
Cela à l’air très simple, mais attention, la parole est formidablement puissante. Elle possède un pouvoir créateur que des scientifiques ont pu mesurer.
Souvenons-nous du prologue de l’évangile de Jean “ Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu, et la parole était Dieu.
Donc, notre sagesse, c’est que notre parole soit toujours impeccable.
Parce que la parole n’est pas seulement un son, mais une force considérable. Voulez-vous une preuve?
Il n’y a pas si longtemps, un peu plus d’un demi- siècle, un homme très modeste, plâtrier-peintre de son état, a mis le monde à feu et à sang, parce qu’ il a réussi à conduire l’Allemagne à la guerre, uniquement par la puissance de sa parole.
Par sa parole, il a réveillé la peur des gens et la haine. Par sa parole, il a réussi à convaincre des hommes à commettre des actes atroces.
Cet homme s’appelait Adolf Hitler.
L’esprit humain est une terre très fertile. Il n’appartient qu’à nous d’y semer une bonne ou une mauvaise graine.
Soyons des magiciens, faisons bon usage de cette énergie de la parole.
Que signifie impeccable ? Cela vient du latin “ pecatus” qui signifie “ péché” et du radical “ im” qui signifie “ sans ”. Donc “ impeccable” signifie “ sans péché.
En termes religieux, le péché est un acte que l’on commet contre soi. Vu sous cet angle, je peux vous donner un exemple pourquoi notre parole doit toujours être impeccable.
Si je rencontre dans mes activités profanes un individu qui me met en colère et que je le traite d’imbécile, en réalité j’utilise cette parole contre moi.
En effet, il y a de très fortes chances que cet individu me déteste et sa haine ne me fera aucun bien.
Le mauvais usage de la parole est la source de tous les maux du monde. On l’utilise pour critiquer, pour culpabiliser, pour détruire. On l’utilise pour exprimer la colère, la jalousie et la haine.
Que notre parole soit donc toujours impeccable. Cela sera notre sagesse et notre façon de franc-maçon de contribuer à l’édification d’un monde meilleur, à apporter notre pierre au Temple de l’Humanité.
Que peut-on assimiler à la Force?
Et bien la Force, notre force, serait “ de se libérer du regard d’autrui ”.
On ne doit jamais faire une affaire personnelle de ce qui nous est dit. Si on le fait, c’est que l’on en fait une importance personnelle, c’est-à-dire que l’on se donne une importance personnelle. Et si l’on se donne une importance personnelle et que l’on fait tout un plat d’un petit rien, c’est que l’on a besoin d’avoir toujours raison et donner toujours tort à autrui. Si l’on vous dit que vous êtes le meilleur, n’en faites pas une affaire personnelle. Si l’on vous dit que vous êtes un imbécile, ne le prenez pas non plus personnellement. Dans un cas, comme dans l’autre, cela ne doit pas vous affecter parce que vous savez très bien qui vous êtes. Vous êtes en réalité confronté qu’à vous-mêmes. Chaque individu vit dans son propre monde, totalement différent de celui dans lequel vous vivez. Ses jugements à votre égard, ce n’est qu’une projection de ses propres rêves personnels.
C’est sa façon de voir le monde et avec un peu d’expérience vous constaterez que dans le même cas, d’autres auront des opinions différentes sur vous, selon leur propre système de croyances.
N’oublions jamais que nous ne voyons pas les choses comme elles sont, mais plutôt comme nous sommes.
Ne gaspillons donc pas notre force à nous défendre contre le regard d’autrui, mais à les utiliser à tailler notre pierre brute.
La troisième des petites lumières est la Beauté.
Que nous inspire la Beauté?
La Beauté, me fait penser à la pensée positive.
Les recherches les plus récentes, que cela soit en physique nucléaire ou en physique quantique démontrent que la réalité fondamentale n’est pas la matière, mais la vibration/énergie. On a découvert que tout était vibration, c’est-à-dire énergie et que notamment à chaque pensée correspond une certaine vibration et donc un certain potentiel d’énergie qui émane de l’être humain.
Cela signifie que nos pensées disposent d’une force pouvant affecter le monde extérieur.
Vous vous rendez compte du potentiel qui est en nous. Nous sommes en mesure de changer le monde avec nos pensées.
Si nous pensons agression, le monde sera agressif Si nos pensées sont pleines d’amour, c’est-à-dire positives, le monde deviendra en paix.
Les découvertes scientifiques dans le domaine de la pensée sont bouleversantes et je pourrais vous en parler pendant des heures.   
Je me permets de vous proposer de faire l’expérience suivante concernant la pratique de la pensée positive.
Demain matin, en vous réveillant, avant de vous lever, vous allez visualiser tranquillement et positivement le déroulement de votre journée.
En première partie de journée, vous aurez peut-être un conflit à régler entre deux de vos collaborateurs. Vous visualiserez la scène en vous voyant régler harmonieusement ce conflit et vos deux collaborateurs se serrant la main.
Puis, vous aurez sans doute un travail ardu à accomplir, avec de nombreux points à résoudre. Alors, vous visualisez que vous aurez de la facilité à l’accomplir et que vous trouverez toutes les solutions à ce travail.
Sans doute, l’après-midi, vous aurez une réunion importante à tenir avec des interlocuteurs difficiles à convaincre. Et dans ce cas, une fois de plus, vous visualiserez que cette séance se déroulera harmonieusement.
Et lorsque vous ferez le bilan de votre journée, vous serez étonné de constater que tout se sera bien passé, que vous aurez réalisé positivement toutes vos activités.
Nous faisons le monde avec nos pensées.
Vous êtes ce que vous pensez être. Vos collaborateurs sont ce que vous pensez d’eux. Vos clients sont ce que vous pensez d’eux. Votre femme est ce que vous pensez d’elle. Vos enfants sont ce que vous pensez d’eux. Et je peux poursuivre ainsi à l’infini.
Vous aurez compris que la pensée positive, c’est la vie.
Or notre avenir dépend uniquement de ce que nous pensons maintenant, parce que la vie ne se passe ni dans le passé, ni dans l’avenir, mais ici et maintenant.
Il n’existe rien d’autre que maintenant. Je sais que dans notre civilisation actuelle c’est difficile de l’accepter, mais la meilleure chose que l’on puisse faire c’est de lâcher prise avec les principes que l’on nous a inculquer depuis notre enfance et d’accepter le ici et maintenant.
Alors nous serons en accord avec la vie.
Donc, si nous voulons changer notre vie, tailler notre pierre brute, apprenons à vivre le moment présent, à faire ce que nous faisons, ici et maintenant, sachant que notre pensée c’est le pouvoir sur la vie ou la mort. La nuit passée, j’ai fais un rêve.
Nous étions de nombreux frères à tailler notre pierre brute, dans une grande carrière.
Il y avait des frères plus habiles que d’autres. Alors les plus doués aidaient les moins adroits, leurs donnant des conseils et des encouragements.
Tout à coup, je me suis trouvé en face d’un être resplendissant de lumière.
Je viens te chercher, me dit-il, pour passer ta dernière initiation.
Très surpris, pas du tout préparé, je lui ai demandé qui il était.
Je suis la mort.
J’étais stupéfait, parce que l’on m’avait toujours montré la mort comme un horrible personnage. Mais, mis en confiance par ce personnage lumineux, je le suivi.
Vous le savez, comme chaque fois que l’on rêve, au matin on s’en souvient plus et je ne pourrais malheureusement pas vous décrire cette initiation.
Il me vient cependant à l’esprit qu’à un certain moment, je me suis trouvé en face d’une autre personne. Je ne voyais pas son visage, mais il émanait de cette personne un amour inconditionnel.
Avec mon éducation judéo-chrétienne, je me suis posé en moi-même la question: “ est-ce le fameux juge dont on nous parle tant en bas?”
Ma pensée fut captée et j ‘entendis : “ Je ne suis pas ton juge. Je suis la Tolérance ”.
Alors mis en confiance, il s’engagea entre nous une conversation très agréable au cours de laquelle la Tolérance me demanda ce que j ‘avais fait avec les outils qui m’avaient été donnés.
Je lui ai répondu, très sincèrement, sachant que ce n’était pas mon juge, que je n’étais pas très habile, que j’avais eu beaucoup de peine à tailler ma pierre brute, qu’il y avait encore des outils que je ne maîtrisais pas totalement et que je n’avais pas tout compris les mystères de la vie.
“ Je te félicite pour ta sincérité, me dit la Tolérance, car vois-tu le plus important c’est que chaque matin tu ai mis ton tablier et que tu ai fait l’effort de tailler chaque jour ta pierre brute, même si cela n’étais pas parfait, parce que si tu étais parfait, tu ne serais pas devant moi, mais en moi. Je vais donc te donner ton salaire ”.
Et il me donna un bon salaire.
Et savez-vous ce qu’étais mon salaire?
L’opportunité de faire de nouveaux voyages sur les chemins caillouteux du monde, pour me perfectionner et continuer de tailler ma pierre brute jusqu’au jour où elle sera bien polie.
Et c’est pour cela que je suis parmi vous ce soir à vous lire cette planche.

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La maçonnerie en 3 ou 33 degrés ?

19 Juillet 2013 , Rédigé par C\ Publié dans #Planches

J'aimerais tout d'abord faire une remarque liminaire : 3 ou 33, nombres hautement symboliques mais limitatifs car liés non seulement à un seul rite mais encore à une époque dudit rite - en effet, la maçonnerie comptait initialement 2 degrés seulement et les différents rites, à des moments différents en comptent ou comptaient un nombre varié allant de 2 à 99. Ceci dit, la question posée fait référence aux degrés du Rite Ecossais Ancien et Accepté d'après 1801, soit les trois degrés des loges symboliques ou les trente-trois degrés du suprême conseil. La question posée pourrait l'être de manière plus provocatrice : pour ou contre les « hauts grades » ?

Car, oui, je mets ce terme « hauts grades » entre guillemets car s'il est utilisé couramment, il me heurte profondément car il implique une hiérarchisation là où il n'y a pour moi qu'une progression. « Degrés latéraux » traduits des « side degrees » anglo-saxons, « grades de perfection » ou « maçonnerie philosophique », j'y vois personnellement la poursuite et l'approfondissement de ma quête car j'ai en effet choisi de faire ce chemin en complément de la poursuite de mon chemin en loge symbolique et d'autres recherches d'ailleurs.

Une dernière remarque avant d'entrer dans le sujet, me souvenant d'un commentaire d'un F sur la FIF il y a quelques mois ou quelques années. Le chemin du REAA est emprunté par des FF et des SS qui n'en demeurent pas moins des êtres humains, qu'ils soient AApp, MM ou Souverain Grand Inspecteur Général ; nous avons toutes appris à nos bénéfices ou nos dépens que l'on rencontre en Loge, comme ailleurs, un pourcentage non négligeable de FF/SS curieux, arrivistes, chercheurs sincères, ras-des-paquerettes ou tête-dans-les-nuages, rabiques voire dogmatiques. J'ose cependant toujours espérer que l'ouverture d'esprit et l'intelligence du cœur sont un peu mieux représentées en maçonnerie qu'ailleurs.

J'aime utiliser la comparaison suivante lorsqu'on me pose la question : 3 ou 33 ? Certains grands textes philosophiques peuvent être lus et médités pendant des années, voire des siècles, des commentaires peuvent en être faits qui apportent des éclairages différents et peuvent aider un cherchant à s'en approcher ; d'autres cherchants estimeront ces commentaires inutiles ou malvenus car les éloignant du fondement même de la dite philosophie ; d'autres enfin ayant accompli un long chemin de recherche avouent pouvoir le condenser en un seul concept.

Ainsi, pour prendre deux exemples que j'ai approchés successivement : le Dao De Qing de la tradition taoïste est un texte de 81 petits chapitres, bien moins de mille caractères chinois, qui a engendré des bibliothèques entières de commentaires mais les mystiques taoïstes estiment que le simple fait de nommer le Dao, la Voie la trahit et corrompt l'initiation ; pour eux, tout est dans le non-exprimé. Démarche similaire pour les kabbalistes qui déchiffrent et commentent la Torah depuis des siècles mais pour lesquels tout le contenu de connaissance est dans le seul Beréshît, voire dans le seul Bêt, voire même le seul daguesh au centre du Bêt. Vous ne voyez pas où je veux en venir, je vais donc être plus claire.

Pour moi, la totalité du contenu de l'initiation maçonnique est dans la cérémonie d'initiation au premier degré. Il est communément admis que nous avons besoin d'éclairages additionnels pour nous permettre d'appréhender la richesse de ce degré, c'est ainsi que nous sont proposés les outils spécifiques des deuxième et troisième degrés, mais je mets au défi mes SS et mes FF de trouver un concept initiatique non déjà présent au premier degré. Bien entendu de nombreux concepts ne sont pas encore dévoilés, en ce sens que l'accent n'a pas encore été mis dessus, mais tout est là.

La maçonnerie symbolique propose donc actuellement une progression en trois degrés et certain(e)s estiment disposer avec ces trois degrés de tous les outils qui leur sont nécessaires pour leur travail intérieur et de rayonnement, à moins qu'ils/elles ne trouvent dans des recherches ou démarches annexes, parallèles ou convergentes le complément de leur réflexion.

D'autres ont le désir ou le besoin d'éclairages additionnels, d'outils supplémentaires pour aborder leur démarche initiatique. Les rituels des trente degrés qui peuvent encore leur être offerts leur permettront de considérer l'un ou l'autre point de vue, l'une ou l'autre mise en exergue, leur permettront ainsi de progresser vers un peu plus de compréhension de ce qu'ils/elles ont vécu et continuent de vivre depuis leur réception en maçonnerie (et j'emploie ici à dessein la notion anglo-saxonne d'entrée, de réception).

Ainsi, pour revenir à ma comparaison initiale, comme le cherchant taoïste va méditer sur les approches possibles d'une Voie dénaturée par tout essai de définition, comme le kabbaliste va chercher dans l'approfondissement des textes la fulgurance de la totalité du dagesh initial, je poursuis une démarche gnostique, de recherche initiatique, de conscience-flèche, de progression-dilution dans la multiplicité pour tenter d'appréhender ce qui est de toute éternité, accessible mais voilé.

C'est vous dire comme toute notion de supériorité ou de rubanite me hérisse, car je ne vois dans mon chemin de perfectionnement que la preuve de mon incapacité à appréhender simplement et sans détours le message initial.

Tout ce que je peux vous souhaiter, mes SS, est de vivre intensément votre chemin, quel qu'il soit, tout en respectant le chemin choisi par vos FF et SS, ainsi d'ailleurs que celui choisi par nos frères et sœurs en humanité.

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L'Expert

17 Juillet 2013 , Rédigé par Laurent remise Publié dans #Planches

Dans le monde profane, un expert est un spécialiste, une autorité reconnue dans le domaine particulier de compétences qui est le sien. Dans un atelier, la compétence de l'Expert s'étend du rituel au tuilage. Or, cet office n'existait pas à l'aube de la Franc-Maçonnerie. L'office d'Expert n'est apparu en France que vers 5750 V L quand les loges ont ressenti la nécessité d'avoir un officier qui se déplace, dispose des outils dans le temple, tuile les frères, participe activement aux initiations et aux passages sous le bandeau. Alors, le frère Terrible est devenu l'Expert. Le F Terrible montre l'intransigeance des Experts du XVIIIème siècle pour les tuilages et les initiations ; c'étaient en fait, d'incorruptibles gardiens du rite. L'Expert est aussi l'héritier de cette Tradition. L'Expert ne fait pas partie des cinq Lumières de la loge. Il est un des officiers qui, au rite écossais ancien et accepté, la rendent juste et parfaite. Mais cette position est récente : sur nos anciens rituels de 5962 VL, on observe que ce sont l'Hospitalier et le Trésorier qui rendent la loge juste et parfaite alors qu'aujourd'hui, ce sont le Couvreur et l'Expert. Pourquoi cette évolution du rituel ? Il me semble que le Couvreur et l'Expert ont un rôle plus actif, plus opératif aussi lors des rituels d'ouverture et de fermeture que ceux du Trésorier et de l'Hospitalier, même si ceux-ci sont indispensables à la vie d'une loge. L'office demande une certaine pratique du rituel pour en avoir une bonne connaissance afin de pouvoir être son réel gardien dont a besoin une loge. Le rôle de l'Expert est important et difficile : il doit concilier la rectitude, l'application scrupuleuse du rituel avec la diplomatie envers les frères de son atelier et une interprétation personnelle dans les aspects non écrits du rituel. En effet, notre rituel nous éclaire de nombreux points mais certains restent dans l’ombre. L'Expert se doit alors d'éclairer pour lui-même et pour la loge ces points ; seul l'esprit du rituel doit le guider et, dès lors, toute option sera bonne à partir du moment où il effectue son choix par rapport à l'ensemble de la symbolique du rituel. Dans ce cas, l'officier se sert principalement du compas pour tailler sa pierre. Mais l'application du rituel doit être équerrée. Le rituel nous unit, nous projette dans un ordre cosmique différent, créé un espace-temps et sacralise notre temple. Nous devons être rigoureux avec lui, l'observer strictement car il doit être répété purement à chaque tenue, comme une litanie, pour être réellement efficace sur notre préparation mentale de maçon. Aussi, l'Expert jouant son rôle à coeur aura tendance à être le frère de la rigueur, le redresseur de torts, le gendarme. Ce doit être certainement pour cela que, dans les temps anciens, il était appelé le F\Terrible. Pour ma part, je reste convaincu que le rituel doit être appliqué rigoureusement à la lettre. Certains m'objecteront qu'il faut suivre l'esprit et non la lettre du rituel. Si certains Maître-Maçons ont suffisamment intériorisé le rituel pour pouvoir s'en écarter en toute liberté tout en en conservant l'esprit, dans nos tenues, beaucoup de maçons sont encore, comme moi-même, en formation. La connaissance du rituel donnée par l'ensemble de l'Atelier, doit être très fidèle et précise pour que chacun puisse bien s'en accaparer. L'esprit du rituel est dans sa lettre et dans sa mise en oeuvre. Néanmoins, même s'il est Terrible, cet officier maçon est un frère et il doit aussi se comporter comme tel : ne pas vexer un frère en loge ; c'est à dire ne pas le reprendre en tenue sauf nécessité absolue et aller le trouver ensuite aux agapes pour lui faire fraternellement la remarque concernant le rituel. Comme tout maçon, il doit aider ses frères dans son domaine de compétences avec doigté et fraternité. Avant tout il est là pour aider le Vénérable-Maître dans l'application du rituel. Il est d'ailleurs, le seul officier après les 2 surveillants qui puisse remplacer le Vénérable Maître, et le seul à pouvoir remplacer un des surveillants (art. 66 des Règlements généraux). L'Expert et le Maître des Cérémonies sont les seuls offices opératifs. Ils n’ont pas de plateau. Ils forment un couple qui régit et rythme la tenue. Ils sont les seuls qui peuvent se déplacer en loge sans être à l'ordre d'apprenti et sans être précédés du Maître des Cérémonies. Ceci explique pourquoi, le Maître des Cérémonies doit aller quérir entre les colonnes les frères arrivés après l'ouverture des travaux. Ces 2 officiers ne sont pas remplacés lors de leurs déplacements, sauf pour plancher. Ils se séparent rarement de leur épée et canne respective. L'Expert garde les principes du rituel, le Maître des Cérémonies, son fonctionnement. Les deux offices sont complémentaires et indissociables. Dans le temps, il n'y avait qu'un office (un seul, l'Expert, est obligatoire pour ouvrir nos travaux) et certains rites mettent l'un ou l'autre en valeur. Au rite écossais ancien et accepté, l'Expert est placé à l'est de la colonne du Nord, devant le F\ Hospitalier, à la disposition du Vénérable Maître. Il se trouve face au Maître des Cérémonies. L'Expert, placé sur la colonne B incarne l'idée de force intérieure et de puissance spirituelle et morale. Il est un clerc lettré, qui maintient et garde avec vigilance le rituel. Le bijou de l'Expert, est composé de 3 symboles : l’œil, la règle à 24 divisions et son épée.

  • Son glaive est celui de Papus : c'est un glaive de combat. Sa lame est courte, large, plate et pointue dont le double fil est coupant. Le double fil signifie aussi le double combat, ésotérique et respectueux de la progression initiatique : combat de la Pierre Brute pour devenir cubique (connaissance de soi, clef du savoir intérieur, de la compétence des autres). Il signifie le combat de l'ange contre le démon, de la Lumière contre les Ténèbres, de l'éthique collective à atteindre contre les violences collectives trop souvent vécues. Le glaive doit être visible par tous les frères en permanence pour leur rappeler en permanence son symbolisme. C'est un symbole à la disposition de tous les frères pour que chacun l'utilise pour combattre ses imperfections intérieures et atteindre une paix durable entre les hommes. L'épée a une fonction très particulière chez l'Expert par rapport à tout autre utilisation en loge. Cet officier est le seul qui porte son épée en main droite et qui ne doit jamais s'en séparer. L'outil fait partie intégrante de l'office. Un Expert peut entrer sans son sautoir, pas sans son épée. Les autres officiers ayant une épée la tiennent en main gauche à certains moments seulement et ne sont pas dispensés ni de se mettre à l'ordre d'apprenti, ni de faire le signe pénal. L'Expert est lui, dispensé de cela.
  • La règle à 24 divisions symbolise la rectitude et la précision, le respect des règles (tel le rituel). Mais aussi, l'omniprésence de la maçonnerie dans nos cœurs aux 24 heures que comporte une journée. Nous devons employer utilement toutes les heures du jour. Un maçon se reconnaît surtout à son comportement en dehors du Temple. La règle est un symbole de la loi commune qui régit les phénomènes du monde réel (le jour) et ceux du monde spirituel (la nuit). C'est un outil bipolaire qui trace une ligne droite susceptible d'être prolongée à l'infini dans les deux sens. Il concourt à symboliser l'absolu et le relatif, à allier les oppositions des mondes réel et spirituel pour que l'initié choisisse une voie ésotérique en accédant au chiffre 3. Cette règle, est graduée symboliquement de 0 à 24, symbolisant les heures solaires. Elle adopte une progression solaire et ressemble, en fait, à notre montre. Elle sert aussi à établir, en tant qu'instrument précis, les plans de l'édifice et à vérifier sa construction. Elle aide à établir la conscience et à l'appliquer, à identifier ce qui est juste et à mieux mesurer les connaissances initiatiques de l’officier. La Règle à 24 divisions rappelle que nous ne devons pas agir comme des profanes. Elle apporte droiture, réflexion, sérénité, le devoir d'agir en tant que Franc-Maçon libre et de bonnes mœurs.
  • L’œil surplombe la croix de St André, formée par la règle et le glaive. Cela symbolise la lutte de l'Expert contre les manquements aux règles maçonniques lors des tenues car le croisement est bien symbole d'imbrication, d'accouplement.. L’œil est le symbole bien connu du delta rayonnant, du Grand-Architecte-De-L'Univers. Plus encore, il symbolise le Soleil visible d'où émane la Lumière qui donne la vie. C'est aussi le Verbe, le Logos, le Principe Créateur, notre conscience individuelle, celle qui guide nos actes. C'est à travers ce symbole que l'on atteint au spirituel. Mais il a un rôle spécifique chez l'Expert : il est aussi opératif. L'Expert doit avoir l’œil à tout et doit être aussi l’œil du Vénérable-Maître (avant, pendant et après la tenue). L'Expert est un homme de Lumière qui symbolise la progression initiatique de tous les maçons.

Le bijou représente sur la rigueur, la vigilance du rituel et de l'officier. La position d'ordre, pour ces deux officiers est différente de tous les autres frères L'Expert est pieds à l'équerre, tenant son glaive en main droite, garde à hauteur du visage, bras gauche pendant le long du corps. Tous les autres officiers adoptent la position d'ordre du bras droit, portant leur éventuelle épée en main gauche. L'Expert a un rôle important aussi pendant l'ouverture et la fermeture des travaux. C'est celui qui fait apparaître et disparaître les 3 Grandes Lumières puis trace et efface le tableau de loge. Ce n'est qu'ensuite que le Vénérable Maître se couvre ou se découvre. C'est à dire que les gestes de l'Expert déterminent le moment précis où la loge est ouverte ou fermée. Ce sont les symboles forts qui concluent la sacralisation et la désacralisation du Temple. C'est le frère que rencontre le néophyte pour la première fois à la porte du temple lors du passage sous le bandeau. Il le retrouve aussi en premier le soir de l'initiation. C'est le visage dont on se souvient, au début ; c’est celui qui nous rassure, nous intimide, et pourtant... C'est l'officier qui va être à côté du néophyte toute la soirée, c'est celui qui lui fera subir les 4 épreuves, la coupe des libations... mais c'est aussi le premier frère qui reconnaîtra le nouveau frère comme tel après sa création, constitution et réception par le Vénérable Maître. L'Expert est un guerrier juste, ayant une autodiscipline pour maîtriser ses émotions et participer ainsi à l'accomplissement individuel de chacun. Il doit manier son glaive avec d'infinies précautions et devient, grâce à celui-ci, une Lumière-Energie, une Lame-Foudre mobile. C’est pourquoi, je pense que le rituel gagnerait en symbolisme si l'Expert allumait puis éteignait les 3 piliers puis l'Etoile des Surveillants et du Vénérable-Maître, à partir de la Lumière-source du Vénérable. Le symbolisme du glaive/lame-foudre serait renforcé puisque c'est lui qui allumerait les petites puis les grandes Lumières, symbolisant ainsi leur union. Le glaive recevrait la foudre de la voûte étoilée et serait ainsi en mesure d'allumer toute autre Lumière. Cette pratique du rituel présenterait particulièrement l'interpénétration du parcours initiatique avec le rôle de l'Expert. C’est pour cela que j’ai proposé à cet atelier cette pratique lors de nos tenues universelles. A la Grande-Loge-De-France, le rituel a su évoluer en respectant la Tradition. La fonction d'Expert, inexistante au début de la Franc-Maçonnerie, est devenue de plus en plus importante, pour être aujourd'hui indispensable à toute ouverture de travaux. L'Expert demeure la perpétuation et l'incarnation de la Tradition initiatique dans toute sa rigueur.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/artsgraphiques/2011/10/lexpert.html

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Message qui n'engage que son auteur

16 Juillet 2013 , Rédigé par Ch Grégoire Publié dans #histoire de la FM

J’ai du mal a comprendre l’obstination de l'éventuelle confédération de ces 4 obédiences qui pour un besoin de reconnaissance partielle vont a leur tour s isoler des 120 000 autres maçonnes et maçons de France. Sans doute que ca permettra à leurs dignitaires de voyager aux frais de leurs cotisants, mais a part ça, il faut admettre que ces reconnaissances de grandes loges n’apportent rien aux ff de base!

Personnellement, je pense que la maçonnerie universelle, c’est autre chose, c est reconnaître toutes les sœurs et tous les frères qui ont reçus l’ initiation , malgré les nuances existantes!?Ou alors je n ai rien compris ! Bon, c’est vrai qu’on aurait pu se rattacher en quittant l’obédience qui nous a ponctionne pendant des années, a une organisation déjà existante .Mais, c’était retourner dans ce système qu’on ne veut plus vivre! Lourdeur administrative, hiérarchie oppressive, autoritariste, capitations excessives (minimum 200 euros pour on ne sait quelle valeur ajoutée; sauf construction de temples, pour lesquels on reverse un loyer d environ 150 euros! on aurait intérêt a créer des SCI entre nous?).

En ce qui concerne la grande loge européenne de la fraternité universelle, nous revenons a la FM d’origine: les loges sont libres et souveraines, pratiquent le rite de leur choix, sans chef  et sous-chef, sans inspecteur (!);nous voulons juste respecter la tradition en travaillant sur les 3 grandes lumières, et en ayant référence au GADLU. La cotisation de 15 euros par an pour l ensemble de la loge sert à réunir ce qui est devenu épars et a se faire reconnaître par toutes les sœurs et tous les frères répandus sur la surface de la terre .Notre objectif est de revenir a la FM d’origine pure et sans tâche qui est la FM du 21ème siècle.

Finis les colifichets, les hochets et les sucettes, on ne veut plus de bleus ou de canaris qui pavanent a l orient et se font payer leurs voitures par les indemnités kilométriques ...Notre ambition : faire de la maçonnerie libre dans l’égrégore , l’émotion et la joie de se retrouver entre sœurs et frères qui partagent la même quête spirituelle en s’appuyant sur les piliers fondamentaux de la liberté ,de la tolérance et de la fraternité ,encore appelés Force, Sagesse et Beauté .

Bienvenue mes sœurs et mes frères a la Glef Universelle .

Christian Gregoire c.gregoire35@icloud.com 

 

Commentaire : j’apprécie beaucoup notre Frère Christian, c’est pourquoi je lui ouvre mon blog.

Par contre je soutiens sans réserve le projet des 4 Grandes Loges et je trouve que si son analyse est valable pour la GLNF et sa folie des grandeurs, elle n’a pas lieu d’être pour la Confédération Maçonnique.

Si d’autres Sœurs ou Frères veulent s’exprimer sur ce sujet, qu’ils m’envoient leurs textes sous word à mon adresse pod357@orange.fr et je les publierai. 

T.D

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L'outil, la main, l’esprit

16 Juillet 2013 Publié dans #Planches

Vous me pardonnerez d'avoir décidé de dégrossir ma pierre sur un sujet qui a été, pendant des années plus que l'essentiel de mon activité profane, une passion. Bien que celle-ci s'exerçât non sur la pierre brute, mais sur le bois, je me déculpabiliserai en me disant qu'il s'agit d’un matériau au moins aussi noble, parce que vivant après des siècles d'existence, à l'image de nous-mêmes, et aussi que le Temple de Salomon lui-même était, d'après le Livre des Rois, entièrement revêtu de bois de cèdre qu'auraient, sous les instructions d'Hiram, charrié pas moins de 20 000 ouvriers. Par ailleurs, on se pose encore aujourd'hui la question de l'imbrication des métiers de maçon et de charpentier, tant pendant des lustres, les 2 métiers étaient indifférenciés, ne serait-ce que parce qu'une construction sans charpente, donc sans voûte, serait comme une tenue sans Vénérable Maître. C'est peut-être pourquoi, ce soir, je me contenterai modestement du témoignage d'un Saint Joseph, patron des charpentiers, dont l'apprenti préféré, ayant été appelé par son Père à une autre vocation, nous inonde toujours de sa Lumière. Je dois encore avouer, Vénérable Maître, qu'il a fallu cette occasion pour que je prenne conscience de ma relation à ces outils que, pendant des années, j'ai manipulé -et, on le verra, le mot n'est pas gratuit- avant de réaliser que le sens profond de l'objet peut nous échapper, au point qu'aujourd'hui, j'en suis à me demander si je nous ne serions pas nous-mêmes les outils d'une Immanence...

En effet, qu'est-ce qu'un outil ?
Je vous épargnerai les définitions livresques: curieusement, du « Robert » au « Larousse » en passant par le « Littré », l’outil ne se définit -et encore...- que par référence à l'ustensile, à l'instrument, à la machine, comme s'il n'avait pas de sens propre. J'ai donc retenu ce qui me semble le plus signifiant, une racine latine, celle de « servir », au point que « ut », dont sont aussi issus tous les mots forgés sur « utile », se traduit par « pour », « dans le but de », et « utinam », avec la désinence de l'accusatif directionnel, « fasse le Ciel que... ».
L'outil pourrait donc se définir par sa finalité : « servir un but ». Lequel ? Dans mon atelier de restauration, j'ai eu conscience, n'ayons pas peur des mots, d'une mission qui me rapprochait de notre tradition héritière du Compagnonnage : la définition même d'une restauration réside dans sa réversibilité, de façon telle que l'ébéniste qui devrait, souhaitablement plusieurs générations après, revenir au même ouvrage, n’ait aucune difficulté à décoller, réparer, recoller, « des ans l'irréparable outrage », tout comme moi-même ai vu « revivre » des collages du XVIIIème s., tant la colle d'os, appliquée selon les règles de l'art établies par mes prédécesseurs, restait toujours vivante, donc active. L'outil était donc, pour moi, le moyen de perpétuer une tradition, voire un art. J'en avais à ma disposition, sur mes râteliers, une centaine, qu'avaient créé ces mêmes ancêtres, et dont je m'appliquais à exposer l'usage à mes apprentis - car, à l'époque, j'étais maître -. Certains étaient des outils de façonnage, d'autres de contrôle ou de traçage, ou selon l'usage qu'on savait en faire avec l'expérience, les 2 ou les 3 à la fois : rien n'interdit, par exemple, d'utiliser un ciseau pour faire un tracé court, un compas pour marquer une coupe de placage, une équerre pour tailler le même placage.
En fait, 1/4 des outils servait aux 3/4 des usages.

En revanche, une gouge, une scie à marqueter, un rabot à dents, voire un simple clou, ne peuvent avoir qu'un seul but. Devrait-on pour autant établir entre les outils une hiérarchie, une noblesse en fonction de leur polyvalence ? Si l'on s'en tient à l'expérience opérative, non: chaque outil du Compagnon est pour lui, sacré, et s'il n’en transporte que quelques uns pendant son tour de France, c'est parce que ce sont les plus légers ou les plus précieux, soit pour de raisons de rareté, soit sur un plan affectif -outil du père, ou offert par un maître au gré d'une étape... La question n'est donc pas celle de l'outil, mais de qui le manie, et comment... Et dans « manie », « manier », « manipuler », il y a main, -et que le G\A\ me préserve de la tentation de digresser sur les toutes les manies qu’a pu générer la même étymologie ! Or de quoi ai-je pris conscience, en travaillant de façon purement spéculative sur ce sujet qui fut pour moi, pendant longtemps, l'essentiel de ma vie profane ? C'est que l'outil, quel qu'il soit, est d'abord et avant tout le prolongement de ma main.
En ce sens, je pense que la racine germanique – « handwerk » - est plus proche de cette réalité que la nôtre, puisque le « werkzeug », l'outil, littéralement « objet d'ouvrage », est directement corrélé au travail manuel, en un raccourci annobli par ce « hand », la main, que l'on retrouve de la même façon en Anglais, où la main, « hand », s’allie au « craft », le savoir-faire, pour définir l'Artisanat dont l'agent, le « craftsman », est ainsi « l'Homme de L'Art », puis, par extension dès le XIVème siècle, le membre d'une corporation, et enfin, dans la seconde moitié du XVIIIème, le titulaire de l'un des 3 grades fondamentaux de la Maçonnerie...indifféremment. Humour bien anglais ou leçon de modestie, c'est aussi le même mot qui, d'après le « Webster's », traduit en Anglais l' « homo abilis », notre premier ancêtre à avoir créé...l'outil.

Pardon, Vénérable Maître, de cette digression toute personnelle, mais cette relation outil-main-Art-homme - maçon, au simple niveau du vocabulaire de nos origines ne me paraît pas innocente.
Je n'en revendique d'ailleurs pas l'exclusivité : en partant d'autres prémices, Jean Brun constate dans son ouvrage « La Main » : « l'outil est ma main, l'instrument des instruments », - relevons le synonyme-, « grâce auquel l'homme est capable de fabriquer et de manier des outils ». Pour Heidegger, dans « L’Etre et le temps », l'outil, dans l'optique existentiale, est, mais n'existe pas, puisqu’étant en soi dépourvu d'ouverture sur l'Etre.
La question essentielle - au sens premier du terme - de l'outil devient donc : qu'est ce que ma main ?

Ma main est le premier outil que m'ait été donné : c'est elle qui dirige l'équerre qui me permet à la fois de mesurer les angles, de mesurer et de tracer les lignes, c'est elle qui frappe le maillet sur le ciseau, et ce sous l'angle le plus approprié, qui va aussi choisir l'outil, le matériau, la colle, pour l'usage spécifique à ma finalité : le Beau, ou à défaut, l'Authentique. Mais, en énonçant cette vérité vécue, j'ai en même temps conscience d'une réduction mécaniste : pour atteindre le Beau, ma main est forcément elle-même dirigée. D'ailleurs, et citant encore Jean Brun, ma main est aussi l' « organe métaphysique qui entre en relation avec autrui, qui réduit le matériau au rôle d'un « outil », c'est-à-dire quelque chose en vue de...quelqu'un ».
Pour Aristote, la main « apprivoise le temps » : la construction qu'elle permet - grâce à l'outil- nous différencie de l'animal, soumis à l'instant. Je rajouterai, en une vision personnelle quasi-bouddhiste, que mon outil de restaurateur, animé par ma main, me permet de dépasser ma propre condition temporelle, pour rejoindre, sinon l'éternité, du moins à la fois l'ébéniste qui m'a précédé et celui qui me succèdera. Pour résumer, et par respect pour sa mémoire, je tairai l'auteur de cette immense pensée synthétique :
« Grâce à la main qui tient l'outil, grâce à l'outil qui permet de passer la main, s'accomplit le dépassement de la prise individuelle dans l'entreprise collective : l'évolution se trouve ainsi transfigurée en révolution, et la continuité qui conduit du zoologique à l'anthropologique vient déboucher dans le sociologique, où s'inscrit le promothéisme de l'homo faber. » Ainsi, ma main, dont je ne sais plus, après ce morceau d'anthologie, si mon outil en est le prolongement ou l'inverse, peut-être parce qu'elle est elle-même l'ultime outil dont m'a doté le Créateur, atteint une dimension insoupçonnée pour l'artisan que j'étais : de dimension purement physique dans mon atelier, j'en suis à frôler la métaphysique ; d'ailleurs, je viens de parler d'outil animé par ma main.

Y aurait il une part d' « anima », d'âme, dans ma main ?

De tous les penseurs compulsés dans le cadre de cette « planche » (tiens, encore du bois ?), je n'en retiendrai qu'une réponse, celle de Teilhard de Chardin, qui, à l'âge de mes doutes, a contribué pour une bonne part à ma conscience chrétienne : pour lui -et j'ai conscience de caricaturer sa pensée en tentant de faire court- l’homme, en créant l'outil, a fabriqué sa liberté: d'où la « loi de complexité-conscience », selon laquelle le cosmos tend à se vitaliser, la vie à s'hominiser, l'homme à s'ultra-hominiser, l'esprit à se libérer de la matière : l'homme est à la fois l'objet et le sujet d'une évolution consciente, clef de la cosmogénèse, de l'évolution globale de l'univers, tendant vers le « centre des centres », qui sous-tend cette évolution, le point W, fin de toute chose, le Christ-moteur, ressuscité dans sa fonction cosmique.

En bref -et toute la difficulté est d'être bref-, de l'outil, dont Heidegger nie l' « ek-sistence », précisément parce qu'il est « ob-jet » (Gegen-stand), on passe à la main, donc à l'homme, donc à l'âme.
Dans mon atelier d'ébéniste, j'avais conscience que l'outil, au travers de ma main, était le prolongement de ma connaissance du métier, de l'interprétation d'une bibliothèque à la fois acquise par mon expérience, et innée par mon goût, de l'alchimie entre cette base de données et mes organes visuels et tactiles qui me faisait choisir le bon outil et le manipuler dans le cadre du meilleur rapport qualité/temps.

Peut-être est-ce cette conscience qui rejoint la pensée de Teilhard, puisque si les anthropologues définissent l'homo sapiens par sa capacité au maniement de l'outil - qui peut, d'ailleurs, aussi bien être une arme -, cette définition est contestée par l'exemple de certains animaux dits « supérieurs », utilisant une pierre pour casser une coque de fruit, une coquille... Dès lors, il faut admettre que la vraie différence réside dans la conscience de l'outil, ou, pour Conrad Lorenz, la conscience de la conscience, sorte de définition à rebours de l'instinct: l'outil n'existe que par ce qu'il me permet de faire, de fabriquer, et s'il ne permet pas d'atteindre mon but, j'en fabriquerai un autre...jusqu'à cette vision apocalyptique, mais peut être actuelle, de Samuel Butler, où l'homme, à force de fabriquer des outils, devient lui-même un « instrument d'entreprise faustienne, un mammifère vertébro-machiné », au service de son outil.

Tenter de définir l'outil revient donc aussi à définir la conscience.

Il n'est donc pas vraiment étonnant qu'en Maçonnerie, la transition de l'opératif au spéculatif ait donné l'un de premiers rôles à l'outil, instrument d'une finalité, symbole du pouvoir de l'homme à agir sur la matière, à s'affranchir de ses contraintes, et à rejoindre par là même le Sacré.

Par exception, Vénérable Maître, cette deuxième partie sera beaucoup plus brève, non pas que le sujet vu sous cet angle m'ait moins passionné que les digressions qui précèdent entre ma vie profane et ce qui la dépasse. Bien au contraire, l'analyse de l'outil en Maçonnerie -même forcément superficielle à mon stade de maturité- m'a apporté des richesses complémentaires jusque là insoupçonnées...
Mais je m'en voudrais de vous faire subir un 357ème discours sur la symbolique de notre Ordre, où vous pourriez m'en apprendre beaucoup plus. Sachez simplement que l'apprenti que je suis est resté pantois devant le foisonnement d'interprétations qu'ila pu trouver dans la littérature spécialisée, dont beaucoup semblent répondre à une volonté de démonstration, ce qui revient à dire, une fois de plus, que l'outil n'est rien sans la maîtrise de son utilisation.

A propos de Maîtrise et d'outils, il en est 2 qui, ornant votre table, Vénérable Maître, s'en trouvent ipso facto au sommet d’une subtile hiérarchie : l'équerre et le compas. Leur symbolique, relativement transparente, est confirmée par nos bons auteurs, et notamment Jules BOUCHER, dont il faut, à mon humble niveau, reconnaître l'immense mérite d'éclaircissement dans ce domaine si foisonnant :

- l'équerre est l'outil qui permet de contrôler l'exactitude du travail de l'ouvrier, donc le symbole de l'action de l'homme sur la matière, ou sur soi-même. Plus encore, celle du Vénérable Maître répond aux proportions pythagoriciennes, gage que la pierre taillée par ses ouvriers répondra aux critères de perfection idéaux recherchés. Dès lors, il est logique que, dans le Catéchisme d'apprenti de notre Rite, l'équerre soit, au même titre que le niveau et la perpendiculaire, qualifiée de « bijou », voire de « joyau », si l'on traduit littéralement le « jewel » de la version originale, certes plus noble que son autre appellation de « meuble ».
Par ailleurs, l'équerre évoque graphiquement le G grec majuscule, dont on connaît, entre autres, l'importance en géométrie et en astronomie eulériennes. Notons enfin que, dans mon ex-vie opérative, cet outil est, pour la préparation et le contrôle de mon travail d'ébéniste, à la fois instrument de vérification des angles, de stabilité au sol, de traçage, de mesure, de comparaison, de gabarit...
Bref, l'outil polyvalent par excellence, tel qu'il était dans la besace du Tour de France des compagnons.

- de même l'était le compas, outil du cercle, et parfait complément de l'équerre, puisque ces 2 outils suffisent à eux-seuls pour tracer toutes les figures géométriques. Mais le compas est aussi et surtout symbole de spiritualité, dont je ne peux, une fois encore, m'empêcher de rapprocher le sens profond de celui de l’a et l’W de Teilhard de Chardin, cette dualité-complémentarité entre le début de tout - le point - et l’infini - le cercle.
Et si cette interprétation toute personnelle a un sens, le compas serait beaucoup plus, lorsque vous le posez de votre main sur le coeur du nouvel initié, que le symbole de l'exactitude qui doit dorénavant régler ses pensées et actions, comme nous le dit notre Catéchisme...
Le fait qu'il ne figure pas sur notre tableau de Loge d'apprenti me conforterait dans cette hypothèse iconoclaste : comment l'expliquer autrement que, réservé par sa transcendance même au G\ A\, sa place n'est pas parmi les ouvriers: du simple compas à pointe sèche au compas de Libergier, il est l'exemple même de l'outil polyvalent, de la planche à tracer l'épure de l'ouvrage à son exécution finale.

Puisque nous évoquons notre tableau de Loge, parlons des autres outils qui en ont l'honneur, ceux qui, curieusement, sont à la fois « joyaux » et apanage de nos surveillants : la perpendiculaire et le niveau :

- la perpendiculaire est, je crois, le plus ancien des outils, puisqu'aujourd'hui disparu pour être simplement remplacé par son constituant principal et sans doute originel, le fil à plomb, que seule gouverne la gravité universelle. Mais sa symbolique en est d'autant plus riche : celle de la connaissance, inhérente à la station verticale qui, un jour, fit aussi la différence entre l'homme et l'animal, et celle de la rectitude de jugement, que rien ne détourne ; en guise d'illustration, vous me permettrez, Vénérable Maître, de citer in extenso, une définition d’Oswald Wirth, extraite de son « Livre de l'Apprenti » en 1931 :

« Le 2ème surveillant contraste avec le 1er par sa douceur. Il comprend tout et sait tout excuser de ce qui est excusable. Contraint de confesser une bévue, l'apprenti s'adresse à lui avec confiance, devinant que toute erreur se répare sous l'égide de la Perpendiculaire. Cet instrument détermine la verticale, qui sollicite l'esprit à descendre et à monter. En approfondissant, nous découvrons nos propres défauts et en nous élevant au dessus de la platitude commune, nous excusons ceux des autres. »
Une seule remarque, purement technique, à l'égard de cette citation, la confusion entre « outil » et « instrument », qui, en elle-seule, en dit long sur la limpidité de notre sujet...

- emblème de notre 1er surveillant, le niveau, et là, Vénérable Maître, je serai plus bref, non pas par manie anti-hiérarchique, mais surtout parce que l'outil lui-même comprend le précédent, à tel point que la question est de savoir si le fil à plomb, commun à nos deux surveillants, n'est pas le symbole du plan terrestre (la rectitude de jugement) par rapport au plan céleste qui en est la finalité: après tout, « fil à plomb » est, par homonymie= « aplomb », soit équilibre, de même que, dans notre symbolique, ce n'est pas par hasard que le niveau soit basé sur une équerre parfaite, à 90° comme l'est celle qui orne votre table.

De même encore, et sans vouloir tout expliciter par une pure recherche formelle, je ne pense pas que ce soit par hasard que la racine du mot « équerre » soit celle d' « exquadrare », ou d' « équarrir », faire d'un matériau brut, pierre, bois, ou os, un carré, ou, en volume, un cube, figure d'autant plus significative que, bien que l'équerre soit l'emblème de mon Vénérable Maître, elle répond aussi à la mission de l'apprenti, et que, plus loin, bien que le cube possédât 6 faces, il n’en offre jamais que 3 à la vue.

Faut-il donc encore parler de hasard en rapportant nos 3 « joyaux » que sont l'équerre, la perpendiculaire et le niveau, à la pierre cubique parfaite, qui après avoir été façonnée grâce à eux, permettait à son tour d'en vérifier la rectitude ?

Cette même pierre cubique est dans notre Catéchisme, destinée à « aiguiser l'outil du compagnon ». Mais il ne peut, concrètement, s'agir que du ciseau, qui, en ébénisterie, s'affûte encore sur une pierre, et - devrais-je le dire - enduite de la salive même de l'utilisateur, ce qui fait qu'aujourd'hui - symbole ou pragmatisme ? - chaque ébéniste a sa pierre, que, dans l'atelier, personne d'autre ne songera à utiliser.

Or, le ciseau, intermédiaire obligatoire du maillet pour permettre à l'apprenti de dégrossir sa pierre brute, n'apparaît pas dans notre Rite. Faut-il en voir la raison dans le fait que, même s'il permet à la fois la sculpture, l'architecture, et nombre de beaux-arts, il n'existe pas sans le maillet, qui est la force, l'autorité propre à vaincre les obstacles, à tel point que le paganisme ancien en avait fait l’emblème de dieux tutélaires, comme le Donar germain, le Thôr scandinave, le Sucellos celte...

Mais plus encore, le maillet est le T grec, qui relie la matière à l'invisible, avec sa branche de croix chrétienne manquante ( mais plutôt moins que l'équerre, dont il faut 2 pour faire une croix En ébénisterie, le maillet est en bois de buis, dur s'il en est, symbole de fermeté, tandis que l'ivoire de l'outil du commissaire-priseur serait symbole de pureté...mais, je crois, encore plus de la puissance absolue dont cette matière est investie par la sagesse des cultures africaines.

Reste, paradoxalement, que le maillet figure, dans notre catéchisme, parmi les meubles mobiles, au même titre que le compas et la truelle... Or, on l'a vu, le compas est le propre de l'ineffable, et si le maillet a en Maçonnerie, une existence propre, ce n'est qu'en tant d'instrument d'autorité que le Vénérable Maître partage avec les surveillants de la Loge.

Qu'en est-il de la truelle, autre cas unique, mentionnée dans notre Catéchisme, mais absente de notre Loge, et qui est, semble-t-il, le seul outil maçonnique « célibataire » ?
En effet, en Maçonnerie, la truelle est seule de son espèce, mais peut-être parce qu'elle symbolise ce qui en fait l'unicité : l'Amour fraternel, ciment de l'édification du Temple.

Hormis ce cas, unique, donc d'autant plus signifiant, nous n'avons jusqu'à présent, rencontré que des outils « jumeaux », quel qu'en soit le degré hiérarchique
- l'équerre et le compas
- la perpendiculaire et le niveau
- le maillet et le ciseau, même si ce dernier n'existe que sous forme elliptique.
Dans chacun de ces « couples », on retrouve l'alliance des contraires chère aux symbolistes de toutes origines, qu'on la nomme « droite/gauche », « actif/passif », « eau/feu », « yin/yang » etc... : le ciseau est main gauche, le maillet main droite, l'équerre est passive, le compas actif, la perpendiculaire femelle et le niveau mâle etc..., à moins que ce ne soit l'inverse, puisque seule compte vraiment l'immanence que ces outils symbolisent, l'W de Teilhard ou le Kharmâ de Siddarthâ.

On peut même parler d'une filiation ésotérique : cette dualité-complémentarité se retrouve en Alchimie, où chacun de nos outils-symboles a son correspondant élément premier, dans la Khabbale de même, où chaque outil a sa « lettre », donc son « chiffre », dans l'Islam des temps premiers, sans parler de symboles sacrés du Bouddhisme, du Tantrisme, du Shintoïsme...ou du fétichisme africain, dont la spiritualité n'est, à mes yeux, pas plus négligeable.

Cette hiérarchie des outils, directement inspirée de nos traditions opératives, apparaît donc comme toute relative : seule compte réellement l'attention que le maître prêtera à l'apprenti et au compagnon, dans la confiance qu'il lui fait quant au maniement des outils, en fonction de la qualité de son travail.

Si l'on peut tenter une synthèse en forme de conclusion, un constat s'impose :
l'outil est avant tout le moyen que s'est donné l'homme pour agir sur son environnement. En ce sens, il est particulièrement destiné à devenir symbole du lien entre les 2 dimensions qui font l'homme :
- l'ordre rationnel de la conscience de soi, impliquant analyse, donc distinction, séparation...
- l'ordre spirituel de la conscience absolue, impliquant unité, union, amour.

L'homme, par ses outils, par sa main, par son esprit, dont ils sont le prolongement, devient ainsi l'instrument actif, donc l'agent d'une transcendance, dont il est, sur le plan terrestre, l'outil, en vue d'une fin qui le dépasse. Bien que tenté de trouver cette fin en lui-même, l'homme ne recouvre sa liberté qu'en repoussant cette tentation faustienne, qui l'enferme sur soi, au lieu de s'ouvrir à l'appel de l'infini.
Si l'homme sait mettre en oeuvre ce pouvoir qui lui appartient par essence, mais dont l'existence relève de sa liberté, il devient à même de réaliser enfin la « ressemblance » avec son Créateur.

C'est en ce sens seulement que l’on peut dire que l'homme est « l'image immortelle de Dieu ».

J'ai dit, Vénérable Maître

Source : www.ledifice.net

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