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Liberté - Egalité - Fraternité

21 Mai 2013 , Rédigé par G\ J\ Publié dans #Planches

Le titre de cette planche : " LIBERTE - EGALITE - FRATERNITE " peut poser quelques interrogations à certains de mes FF\ imprégnés du Rite Ecossais Rectifié car cette devise est d'abord celle de l'état Français, mais aussi elle a été reprise par toutes les obédiences françaises travaillant ou pas sous les auspices du GRAND ARCHITECTE DE L'UNIVERS.
Pourtant en lisant des écrits sur la F\M\, j'ai découvert que cette devise est due à un grand Franc-Maçon, ami de MARTINEZ DE PASQUALIS et Jean-Baptiste WILLERMOZ : Claude de SAINT-MARTIN dit " Le Philosophe inconnu " que nous trouvons au départ du Rite Ecossais Rectifié et membre de la STRICTE OBSERVANCE .
Je vais essayer de vous montrer que cette devise s'applique à toute FRANC-MACONNERIE et tout FRANC-MACON.

- LIBERTE -

Une des premières devises que j'ai appris en lisant ou en parlant avec des Francs-Maçons initiés, avant d'être moi-même initié, est : " LE MACON LIBRE DANS LA LOGE LIBRE ".
Le premier livre que nous prêtons au profane que nous cooptons est :
" QUI SOMMES -NOUS ? "
Le 2 octobre 1958, la G\N\L\F\ OPERA publie son manifeste dont j'ai tiré un paragraphe. Je cite :
" Ces pénibles divergences sont dues à l'oubli du principe même de l'ordre maçonnique de ce que nous nommerons le Land Mark des Land Marks"
- LE MACON LIBRE DANS LA LOGE LIBRE -
" La seule unité initiatique donc organique de la Franc-Maçonnerie étant la loge souveraine et indépendante composée de Frères eux-mêmes souverains et indépendants devant le seul jugement de leur propre conscience "
Ceci n'est que la continuité des constitutions d'ANDERSON de 1723 :
-Les obligations d'un Franc-Maçon touchant à Dieu et la Religion -. Je cite : " Un Maçon est obligé en vertu de son titre d'obéir à la loi morale et s'il entend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin sans religion. Dans les anciens temps les Maçons étaient obligés dans chaque pays de professer la religion de leur Patrie ou Nation quelle qu'elle fût, mais aujourd'hui laissant à eux-mêmes leurs opinions particulières, on trouve plus approprié de les obliger seulement à suivre la Religion sur laquelle les hommes sont d'accord. Elle consiste à être bons, sincères, modestes et gens d'honneur, par quelque dénomination ou croyance particulière qu'on puisse être distingué : D'où il s'ensuit que la maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi les personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles ".
Lors de notre initiation, le Frère préparateur ne nous pose-t-il pas la question suivante ?
" Dites avec franchise, Monsieur, si vous êtes déterminé à être reçu Maçon par votre seule volonté "
Je pourrais comme cela énumérer les 3/4 du rituel d'initiation car nous avons l'obsession de la LIBERTE.
Liberté de pensée, de croyance, d'idées politiques, puisque aucun de ces sujets ne peut être et ne doit être abordé en Loge. Cette obsession de liberté permet de penser que seul un homme libéré de toute contrainte (l a définition du petit Larousse : " Pouvoir agir sans contrainte " ) peut devenir Franc-Maçon.
Devenir Franc-Maçon doit venir du tréfonds de soi , de comprendre ses FF\, de comprendre que la Franche -Maçonnerie est individuelle.
Si, Les Francs-Maçons que nous sommes, ne nous améliorons pas, comment pourrons nous améliorer l'Humanité, but final de la Franche-Maconnerie.
Il n'y a pas de discussion en Franche-Maçonnerie, chacun y fait sa planche, son travail individuel et les FF\ de la Loge y apportent leur pierre.
Cette façon de faire est la démocratie et la politique dans leur sens le plus profond si chacun respecte l'autre quel qu'il soit. Nous tendrons tous vers cette vérité que nous cherchons que jamais n'avons trouvé.
Il n'y a pas dans la Loge autre chose que des Frères. Il y a des Officiers dans le sens littéral du terme, qui tiennent un office, car nous sommes à la disposition de la Loge.
La loge choisit un Frère Maître pour la diriger car elle l'estime le plus apte à la diriger, de comprendre chaque Frère, de donner ou de poursuivre le travail de ses prédécesseurs, c'est à dire de créer ou de garder l'âme de la loge.
N'est-ce pas là, la plus belle des libertés : celle d'être seul et ensemble dans ce qui ne faire qu'un : LA LOGE, dans laquelle nous sommes venus volontairement.
JABES dit : " Nous sommes notre vérité, c'est aussi notre commune liberté "
Cet acte volontaire nous amène à faire un serment dont je cite un passage :
" Je promets de me soumettre aux lois de la Franche-Maçonnerie et d'obéir en ce qui concerne ses lois à ceux qui sont chargés de leur exécution, d'aimer tous mes Frères et de faire respecter et chérir l'ordre en pratiquant constamment, parmi les hommes les vertus qu'il exige ".
Finalement, nous ne sommes libres qu'en respectant nos règles et en étant comme il est dit à la disposition de la loge. La loge est l'espace de liberté où nous cherchons la vérité et la Lumière.
JABES dit encore : " Notre liberté ne serait-elle que l'éternelle perte de la liberté "

- EGALITE -

Je reprendrais les obligations d'un Franc-Maçon touchant à Dieu et à la Religion dans les constitutions d'ANDERSON :
" D'où il s'ensuit que la Maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitié parmi les personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles ".
N'oublions pas que nous sommes en 1723. Il existait à l'époque 3 classes :
- La Noblesse
- Le Clergé
- Le Tiers Etat
Seuls les nobles portaient chapeaux et épées.
Souvenons -nous de notre initiation, nous venons de recevoir la Lumière ; Tous, mes FF\nous avons reçu la Lumière. Tous, nous avons été initiés en passant par la chambre de préparation et nous sommes montés à l'Orient pour être revêtus des habits de l'Ordre : Le tablier d'apprenti, Les gants blancs.
Le Vénérable Maître continue en nous disant : " Je vous rends votre épée, je vous rends votre chapeau ".
Ce rituel date de 1782.
La Franc-Maçonnerie avait inventé l'égalité en la tirant vers le haut, le Clergé et le Tiers Etat montaient à égalité avec la Noblesse.
Aujourd'hui, les différences se sont estompées ou plutôt différenciées, nous sommes au règne de l'argent. Dans la Loge, nous nous dépouillons de nos métaux, nous sommes tous des Francs-Maçons. Nous nous sommes aussi dépouillés de nos métaux spirituels, nous recherchons la Lumière.
Où se trouve la Lumière ? A L'ORIENT
La charge de l'Orient devient lourde, souvenez-vous mes Frères de l'ouverture des travaux, le premier surveillant dit : " Mes FF\, voici l'Orient, La Lumière commence à se répandre sur nos travaux. Soyons prêts à les continuer dés que nous en recevrons l'ordre et le pouvoir du Vénérable Maistre ".
Dans les autres obédiences, le Vénérable Maître est élu par l'ensemble de la loge. Dans notre obédience, le Vénérable Maître est choisi parmi les FF\ du 4° degré et par les FF\ du 4° degré, soit les Maîtres de Saint-André, puis élu par les FF\ de la Loge Bleue.
Dans tous les cas, le Vénérable Maistre est un Frère de la Loge, qui dirige la Loge et qui deviendra un Maître de la Loge lorsque son Vénéralat sera terminé comme tout autre officier de la Loge.
L'Evangile selon Saint Mathieu a tout dit : " N'allez donc pas les craindre ! Non, rien ne se trouve voilé qui ne doive être dévoilé, rien de caché qui ne doive être connu. Ce Que je vous dis dans les ténèbres, dites le au grand jour et ce que vous entendez dans le creux de l'oreille, proclamez le sur les toits ".
Ce qu'un profane pourrait voir comme une inégalité est une égalité totale à partir du moment où la Loge travaille. Tous les FF\ sont apprentis au 1° degré, compagnon au 2° degré et Maistre au 3° degré.
Aujourd'Hui, Tenue au 1° degré symbolique, lorsque le Vénérable Maistre nous dit : " A l'ordre , mes Frères ", nous nous mettons tous à l'ordre d'apprenti.
En Franche Maçonnerie, tout est égalité.
L'initiation ainsi que le passage aux différents degrés sont les mêmes pour tous. Le rituel est le même pour chaque degré et pour chaque Frère qui y participe.
Lors de notre initiation, nous avons été " cherchant " puis " persévérant " et mainte nous sommes des " souffrant ". Nous avons tous vu un petit bout de la lumière mais, oh ! difficulté nous voudrions voir TOUTE LA LUMIERE.
Sur le tapis de Loge, mes FF\, nous voyons le blanc et le noir. Nous sommes Frères mais aussi des hommes avec des moyens intellectuels et financiers totalement différents. Chacun mettra le temps qu'il faut pour repousser le noir vis à vis du blanc, mais tous nous nous tendrons vers ce même but : LA LUMIERE.

-FRATERNITE -

Je reprends les obligations d'un Franc-Maçon touchant à Dieu et à la Religion :
" D'où il s'en suit que la Maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitiés parmi les personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles. "
Tous les rituels et les règlements généraux sont imprégnés de fraternité. Dans l'ancien rituel du 1° degré, la formule, la formule de l'engagement des apprentis était : " Je promets sur le Saint Evangile en présence du Grand Architecte de l'Univers et je m'engage sur ma parole d'honneur devant cette respectable assemblée d'être fidèle à la Sainte Religion Chrétienne. "
Mais aujourd'hui : " d'être fidèle au plus pur esprit du Christianisme "
La nuance est d'importance, dans le premier cas, seul un profane pratiquant la religion Chrétienne pouvait être Franc Maçon. Cela change avec le plus pur esprit du Christianisme car tout profane de religion monothéiste : Musulman, Juif, Chrétien, Bouddhiste etc...peut être Franc Maçon.
Cela nous rapproche aussi de l'idée templier que l'on se fait de la Franc-Maçonnerie puisque le plus pur esprit du Christianisme est dû aux Templiers qui avaient compris que le fondement de toutes les religions est le même. Toutes font références à Adam père de toutes les races et que le Christ n'a pas dit : " Je suis le fils de Dieu " mais " Je suis le fils de l'Homme "
Tout est bon pour tout homme qui respecte les autres et lui-même ainsi que ses croyances.
La fraternité n'est pas oubliée dans le collège des officiers, selon les rituels, l'élémosinaire ou l'hospitalier, doit s'occuper des FF\dans le besoin(besoin financier ou moral) c'est lui qui est proche de tous les FF\de la Loge et qui en rend compte au Vénérable Maître.
Dans les règlements généraux, devoirs envers les FF\ je cite : " Ne rougis jamais en public d'un homme obscur mais honnête que dans nos asiles tu embrassais comme un frère quelques instants auparavant s'il est dans l'erreur et s'ils s'égare, viens à lui avec les lumières du sentiment, de la raison, de la persuasion. Ramène à la vertu des être qui chancellent et relèvent ceux qui sont tombés "
Cette fraternité doit être de tous les instants à l'intérieur du Temple comme à l'extérieur.
Au Rite Ecossais Rectifié, cela se trouve à la fin et au début du rituel. Le Vénérable Maître dit : " quelle est-il enfin ? " et le deuxième Surveillant donne l'heure profane. Les travaux sont terminés dans le Temple mais continuent à l'extérieur.
Au début du rituel lorsque le Vénérable Maître est en place, le premier surveillant dit :
" Mes Frères, voici l'Orient, la Lumière commence a se répandre sur nos travaux, soyons prêts à les continuer. "
Nous ne les avons jamais arrêtés à la fin de notre tenue précédente. Dans les autres rituels, Le Vénérable Maître dit : " Continuons à l'extérieur ce que nous avons commencé à l'intérieur "
Le travail des Francs Maçons ne s'arrête jamais. Notre difficulté est de nous en imprégner.
En conclusion, nous voyons que pour être un Maçon accompli, nous devons être :

LIBRES, EGAUX et FRATERNELS.

Certains ont écrit que Claude de Saint-Martin avait prononcé quatre mots, le quatriéme étant : " JUSTICE " mais ceci peut être l'objet d'une autre planche.
Je voudrais terminer ce travail en laissant la conclusion notre très illustre Frère M\ S\ :
" La vraie liberté, la plus équilibrante, celle qui ne sera jamais déstabilisante, est à la base de justice et de clémence qui donne naissance à la tempérance, elle même pendule des choix maçonniques qui, alliée à la prudence, arme pacifiante, sera à jamais la synthèse des décisions pour action de lumière. Nous pourrons ainsi arriver à l'unité, pierre de touche de la vérité ".

J'ai dit, Vénérable Maître.
source :
www.ledifice.net

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Liberté Egalité Fraternité

20 Mai 2013 , Rédigé par O\ I\ Publié dans #Planches

INTRO
Ces 3 mots représentent des valeurs humanistes fortes, partagées par plusieurs pays ou institutions qui en ont fait leur devise, dont l’origine historique est incertaine.
Maçonnique pour certains, révolutionnaire ou républicaine pour d’autres...
Il est à l’honneur de la Franc-maçonnerie d’avoir nourrie cette devise, d’en avoir perçu le caractère fondateur et d’en avoir favorisé la synthèse dans le Temple et dans le monde profane ; toutefois il est peu probable qu’elle en soit l’inventeur.
Portées par la Renaissance au 16ème siècle, ces valeurs sont communes à différents courants de pensée humaniste, tous soucieux de lutter contre l’injustice et l’arbitraire.
Voltaire, Rousseau et d’autres les reprendront par la suite, à l’aube de la Révolution française qui en fera le symbole des acquis politiques et sociaux révolutionnaires, exprimés dans la Déclaration des droits de l’Homme: « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit ».
Tombée dans l’oubli, cette devise ne sera officiellement adoptée par la IIème République qu’en 1848, puis elle s’imposera à l’ensemble des obédiences maçonniques sous l’impulsion du GODF.
Elle symbolise, dans le devoir d'absolue tolérance qu’elle exprime, le meilleur de notre espoir et le meilleur de notre volonté.

LIBERTE
Le Petit Robert défini la liberté comme étant la situation d’une personne qui n’est pas sous la dépendance absolue de quelqu’un ; j’ajouterais pour ma part, ou de quelque chose.
L’une des conditions pour prétendre à être reçu en Franc-maçonnerie est d’être un homme libre et de bonnes mœurs.
Mais libre de quoi ? La question est simple en apparence, mais à y réfléchir, pour quelqu’un qui n’a jamais été privé de sa liberté, c’est finalement un concept flou, dont on ne mesure pas de prime abord l’étendu de la signification.
Un Franc-maçon est donc un homme libre, dans une loge libre, car la vraie liberté appartient à l’homme affranchi de la tyrannie des vices et des passions, aussi bien que de la servitude des erreurs et des préjugés ; un homme dépouillé de ses métaux.
Cela signifie qu’il est libre de ses mouvements, de ses choix, de ses décisions, de dire ce qu’il pense.
Malheureusement, aujourd’hui encore, la moitié de l’humanité reste privée de liberté, asservie ou emprisonnée.
Pour tous ceux là, la liberté reste utopique: liberté individuelle, liberté d’expression, de conscience, de pensée, de réunion, de propriété, d’association, de presse, syndicale, de culte, de l’enseignement, du travail, du commerce, de croire ou de ne pas croire…
Une autre facette :
Un drogué qui se prostitue quotidiennement pour acheter sa dose est il un homme libre ?
Un homme qui vit reclus dans un repli identitaire ou dans le communautarisme, est il un homme libre ?
Et bien, il semble que ce soit une question de point de vue…
La Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen de 1789 définit ainsi la liberté : « La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. ».
Je pense pour ma part qu’il n’y a effectivement de réelle liberté que dans le cadre des lois, ces lois qui garantissent à chacun un traitement équitable et identique, que l’on soit Prince ou mendiant.
Il n'est point de paix sans soumission aux lois, il n'est point de lois sans pouvoir chargé de leur exécution, et ce pouvoir rend sacrées les mains auxquelles il est constitutionnellement confié.
Dès lors, la liberté de l’individu n’est pas limitée par celle d’autrui, mais au contraire agrandie par elle, car nos différences sont nos richesses et que l’uniformité est stérile.
Hors la loi civile, il n’existe que la loi du plus fort, qui mène invariablement à la tyrannie et à la dictature.

EGALITE
Le second terme de notre devise, « Egalité » signifie que les distinctions de naissance ou de condition sociale sont abolies, que la loi est la même pour tous, et que chacun est tenu à mesure de ses moyens de contribuer aux dépenses de la collectivité.
La Déclaration des droits de l'Homme proclame : « Tous les hommes sont égaux par nature et devant la loi.
L'égalité consiste en ce que la loi est la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. L'égalité n'admet aucune distinction de naissance, aucune hérédité de pouvoirs. »
L’ « Égalité », pour les fondateurs de la République, commande donc que l'héritage soit aboli, que chacun ait un travail, et que l'impôt soit progressif.
Rousseau lui définissait l'égalité comme le fait que « nul citoyen ne soit assez opulent pour en pouvoir acheter un autre, et nul assez pauvre pour être contraint de se vendre. »
Cependant, si chaque personne possède la même valeur en tant qu’être humain, chaque être humain ne crée pas la même valeur économique par ses actes…
Egalité des droits ne signifie donc pas pour autant égalité économique.
Egalité des chances ne signifie pas pour autant droit à la réussite économique, ou réussite garantie.
En revanche, l’égalité signifie pour chacun le droit à « la recherche du bonheur ».
En 1776, la déclaration d’indépendance des Etats-Unis d’Amérique proclame: « Nous tenons pour évidentes pour elles-mêmes les vérités suivantes : tous les hommes sont créés égaux ; ils sont doués par le Créateur de certains droits inaliénables ; parmi ces droits se trouvent la vie, la liberté et la recherche du bonheur ».
Parmi les 56 signataires de ce texte fondateur, 11 étaient Francs-maçons, dont Benjamin Franklin l’un des plus illustres pères fondateurs, co-rédacteur de la déclaration d’indépendance, et premier ambassadeur des Etats-unis en France.
En 1787, parmi les 39 signataires de la Constitution américaine, 13 étaient Francs-maçons.
Ces 2 textes, fortement imprégnés des valeurs franc-maçonnes, influenceront en France les auteurs de la Déclaration universelle des droits de l’Homme et du citoyen de 1789.
Les Francs-maçons, fidèles à ces valeurs, sont égaux entre eux en Loge ; ils s’appellent « Frère », et dans leurs ateliers ils travaillent leur pierre, dépouillés de leurs métaux.

FRATERNITE
Pour ce terme, le Petit Robert défini la fraternité comme le lien existant entre les hommes, considérés comme membre de la famille humaine ; « Frater » en latin signifiant « frère ».
La fraternité est donc l’union de frères, qui s’aiment et vivent en bonne intelligence, en triomphant de l’égoïsme ; car contrairement à l’amour, la fraternité n’inclut ni passion ni sentiment de possession.
La Fraternité résume tous les devoirs des hommes à l’égard les uns des autres, elle signifie : dévouement, abnégation, tolérance, bienveillance, indulgence.
Autant la liberté et l'égalité peuvent être perçues comme des droits, autant la fraternité est une obligation de chacun vis-à-vis d'autrui.
C'est donc un mot d'ordre moral : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’il te fasse ».
La fraternité c’est un lien fort entre les individus, qui se nourrie d’une reconnaissance réciproque et d’une communauté de valeurs, dont la 1ère est le respect des différences.
Promouvoir la fraternité, c’est permettre la mixité sociale au sein de la cité, dans l’habitat et à l’école.
C’est aussi établir une solidarité, qui se concrétise par des actions fortes : mutuelle, assurance, syndicat…
Pourquoi de nos jours fuit on les HLM et courre t-on vers l’école privée ?
Pourquoi joue t-on en bourse comme on joue au casino, avec des êtres humains pour jetons ?
La fraternité initiatique quand à elle relie des êtres de toutes races, de toutes religions, de toutes cultures et de toutes tendances politiques ou syndicales, qui ne sont ni du même sang ni de même condition sociale, mais qui témoignent d’un sens de l’Unité et des liens sacrés de la famille, étendus au sens large, à toute l’Humanité.
Dés 1723, les constitutions d’Anderson le proclame : « la Maçonnerie est le centre de l'union et le moyen de concilier une sincère amitiés parmi les personnes qui n'auraient jamais pu sans cela se rendre familières entre elles ».
Cette fraternité, qui seule permet la concorde universelle, nécessite pour se réaliser pleinement de se dépouiller de ses métaux.
Pour nous Francs-maçons, un symbole fort de cette fraternité est la chaîne d’union, dans laquelle tous ses maillons sont égaux, et dont la solidité permet d’avancer dans la recherche de la vérité et de la Lumière.
La fraternité se révèle également au travers des actions entreprises par notre Frère Hospitalier, dans le soutien qu’il apporte à nos Frères en détresse, qu’elle soit morale ou financière.
Cette fraternité doit être de tous les instants, à l'intérieur du Temple comme à l'extérieur, c’est pourquoi nos tenues s’achèvent invariablement sur ce commandement : « Continuons à l'extérieur ce que nous avons commencé à l'intérieur ".
La fraternité n’est pas une façon d’être, impliquant la manière de penser, mais une façon de penser, déterminant une façon d’être.

CONCLUSION
La devise Franc-maçonne et républicaine vise à l’avènement d’une fraternité nouvelle.
Adopter ses valeurs comme devise ne signifie pas que l’on prétend les incarner, mais que l’on entend être jugés à leur mesure.
Je pense mes Frères que comme moi, vous ne pouvez qu’être abasourdis de constater que ces valeurs élémentaires n’ont été gravées dans la Constitution de la République française qu’en 1958, c’est-à-dire du temps de nos grand parents, hier !
Il a donc fallu à nos aînés se battre durant 2 000 ans pour que cette devise aboutisse enfin…
Durera t-elle encore 2 000 ans ?
Rien n’est moins sur… notre vigilance doit donc rester constante, afin que nos valeurs ne soient pas annihilées.
La France de 2011 est une République, dans laquelle règne la démocratie ; la France de 1940 l’était tout autant, et pourtant notre belle devise devint alors : « Travail Famille Patrie ».
Certes, ces valeurs sont également nobles, mais d’un point de vue très personnel, je trouve que ça sonne beaucoup moins bien à l’oreille !
Les temps ont changés me direz vous, et c’est vrai.
Mais les mentalités, elles, ont-elles autant changées que cela ?
Jaurès disait au début du 20ème siècle : » à mesure que l’égalité politique devenait un fait plus certain, c’est l’inégalité sociale qui heurtait le plus les esprits »
A l’aube du 21ème, peut on dire que l’égalité règne enfin en France ?
A 40 ans, j’apprends, et je mesure enfin, ce que signifient réellement les mots « Liberté, Egalité, Fraternité ».
Lorsque, en tant que Franc-maçon, je prononcerais à nouveau ces 3 mots lors de nos tenues, je saurais pourquoi, je saurais que ce n’est pas une litanie théâtrale, mais le chemin sacré dont nous devons prendre garde à ne pas nous en écarter, faute de quoi un voile noir s’abattra de nouveau sur nous, et nous perdrons la Lumière.

J’ai dit, Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

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Liberté, Egalité, Fraternité

19 Mai 2013 , Rédigé par C\ D\ Publié dans #Planches

Célèbre devise Française d’origine révolutionnaire, elle se confond avec l’histoire de l’idée républicaine, puis avec celle de la République au point d’en devenir un des principaux symboles.

En usage entre 1793 et le Consulat, puis sous la IIème République (1848-1851), la triade constitue depuis 1871, la devise officieuse puis officielle de la République Française.

Pour le franc-maçon, cette devise possède une force symbolique intrinsèque dont il prend la mesure lorsqu’il la prononce en loge après l’acclamation écossaise.

Loin de s’imposer naturellement d’elles-mêmes, les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité ne se sont affirmées qu’au terme d’un long combat. En effet avant d’être consacrées dans la devise de la République et de nos loges, elles ont eu des légitimités différentes.

Il est à l’honneur de la franc-maçonnerie de les avoir nourries, d’en avoir perçu la première le caractère fondateur et d’en avoir favorisé la synthèse dans le temple et dans le monde profane.

Portées par la Renaissance, ces 3 valeurs se sont retrouvées au sein de différents courants de pensée humaniste soucieux de lutter contre l’injustice et l’arbitraire. La maxime « Liberté, Egalité, Fraternité » puise ses origines au XVIIIème siècle (Siècle des Lumières).

En 1755, dans une ode à la gloire du gouvernement helvétique, Voltaire associe implicitement les 3 termes : « la Liberté ! J’ai vu cette déesse altière avec égalité répandant tous ses biens…Les états sont égaux et les hommes sont frères. » Mais c’est Rousseau qui, dans son Discours sur l’économie (1855) propose cette triade comme une des bases du contrat social.

La devise n’est toutefois pas officiellement constituée en 1789 et, contrairement aux idées reçues, elle ne devient pas une création officielle de la Révolution, bien qu’elle en incarne certaines valeurs clefs. Seuls les deux premiers termes ont été associés dans la Déclaration des Droits de l’homme du 26 /06/1789 : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit »

La première triple association est attribuée à Robespierre dans son discours prononcé en décembre 1790 lors de la création des Gardes Nationales. Cette expression a accompagné l’aventure révolutionnaire de Juin 1793 jusqu’au Consulat (1799). Sans avoir été devise officielle, l’expression a tout de même marqué les esprits et s’est imposé comme le symbole des acquis politiques et sociaux révolutionnaires, comme un programme politique et, à terme, comme un point de ralliement pour les républicains.

De 1790 à 1830, la devise n’est plus utilisée ; suivent 1846 et 1847, années de grande tension sociale et politique qui aboutissent à la Révolution de Février 1848.

La seconde République consacre l’expression après que le gouvernement provisoire l’emploie dans sa première déclaration (24 Février 1848)

La IIIème République coïncide avec la renaissance de l’expérience républicaine et la réactivation de la devise tryptique en 1871. Cependant, il faut attendre la révision constitutionnelle de 1879 pour que soit prise la décision de réinscrire les trois mots aux frontons des bâtiments officiels. Le périple de la triade s’achève glorieusement puisque la constitution du 4 octobre 1958 l’impose comme la devise constitutionnelle de la République Française.

De la revue de littérature, il découle qu’il est impossible de fixer clairement l’origine maçonnique ou républicaine de la devise. En effet, les recherches les plus récentes engendrées par le Bicentenaire de la Révolution montrent que l’antériorité maçonnique de la devise Liberté, Egalité, Fraternité n’a aucun fondement concerté au sein des obédiences et des rites maçonniques de l’époque considérée ie de 1770 à 1848. 1848 : apparition de la devise sur le drapeau français ; 1849 : au niveau du GODF, l’acclamation devient L, E, F en lieu et place de vivat, vivat, semper vivat.

De nombreuses anecdotes peuvent expliquer les rivalités d’attribution de l’origine de la devise. On a retrouvé à la Bibliothèque Nationale, une trace de la création par le GO d’une loge militaire portant le titre distinctif « Liberté, Egalité, Fraternité » sise à l’orient de la légion franche étrangère. Cette loge a été installée le 14/03/1793 par la Respectable Loge « L’Amitié et Fraternité » ( Orient de Dunkerque). Certes, il s’agit d’un titre distinctif, d’un nom de loge ; or, ce titre de la loge est évoqué à chaque tenue, au moins deux fois, à l’ouverture et à la fermeture des travaux comme aujourd’hui. De là à en faire une devise… la chose est d’autant plus facile qu’une loge militaire se déplace et reçoit de nombreux visiteurs.

En 1848, lorsque Lamartine qui n’était pas franc-maçon (mais qui adhérait à l’idéal maçonnique) proclama la IIème République, il déclara : « sur le drapeau national sont écrit ces mots : République Française, Liberté, Egalité, Fraternité, trois mots qui expliquent le sens le plus étendu des doctrines démocratiques, dont le drapeau est le symbole, en même temps que ses couleurs en continuent la tradition »

Quelques jours plus tard, Adolphe Crémieux, franc-maçon et membre du Gouvernement Provisoire, reçut une délégation des Loges maçonniques et prononça au nom du Gouvernement, la phrase suivante : « Dans tous les temps, dans toutes les circonstances, sous l’oppression de la pensée comme sous la tyrannie du pouvoir, la maçonnerie a répété sans cesse ces mots sublimes : Liberté, Egalité, Fraternité ! »

Jules Barbier de la délégation maçonnique a ajouté : « Nous saluons des acclamations les plus vives le gouvernement républicain qui a inscrit sur la bannière de la France cette triple devise qui fut toujours celles de la Franc-maçonnerie : Liberté, Egalité, Fraternité »

Pour le rite écossais, Adolphe Crémieux, devenu Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien et Accepté en 1869, entreprit de refondre les Règlements Généraux du Rite qui dataient de 1846. Entre autres propositions, il souhaitait inclure à la fin de l’article II, la phrase : « l’Ordre Maçonnique a pour devise Liberté, Egalité, Fraternité…. » Sur ce point précis, point d’opposition ; le blocage portait sur l’invocation au GADLU. Ce blocage suivi de la guerre franco-allemande, de la surveillance des loges par la police (1874) , le début des actions anticléricales ont détourné les préoccupations des Francs-Maçons du Rite Ecossais. Finalement, la devise maçonnique fut affirmée dans un décret datant du 2/12/1873 avec effet le 1/05/1874.

La discussion porte sur le sens à donner aux trois mots et à leur conjonction en une formule : la liberté est-elle bornée ? si oui, par quoi ? égalité de droit ou égalité économique ? égalité ou équité ? qu’est-ce que la fraternité apporte aux deux premières notions ? Les valeurs politiques doivent guider et mesurer la valeur d’un système d’organisation sociale.

La liberté. Deux notions s’en détachent : une liberté de « l’état de nature » dite sauvage et une liberté régulée et policée, définie par des règles sociales telles que « ce qui ne nuit pas à autrui » ou « ce qui n’est pas interdit par la loi ». La liberté dite sauvage institue la loi du plus fort et la violence généralisée. La liberté régulée est celle compatible avec la vie en société. La liberté doit être l’aboutissement d’une conquête et d’une construction progressive. L’homme libre n’est pas la brute qui suit ses instincts et ses passions, mais celui qui pense, sent et agit selon la pensée. Dès lors, la liberté de l’individu n’est pas limitée par celle d’autrui, mais au contraire agrandie par elle.

A propos de l’égalité, le débat le plus courant oppose l’égalité des droits et l’égalité économique. Une autre position introduit l’égalité des chances qui serait une sorte de droit à la réussite économique. Chaque être humain ne crée pas la même valeur par ses actes, mais chacun possède la même valeur en tant qu’être humain siège de la liberté. Une autre tendance est de remplacer l’égalité par l’équité avec deux cas de figure : soit égalité des chances et les inégalités éventuelles ne sont justifiées que si elles résultent des inégalités naturelles ou de naissance des individus. Soit une inégalité sociale qui contrebalance les inégalités naturelles ou de naissance des individus. Quelque soit la réponse considérée, la notion clé concerne l’égale valeur des êtres humains. La Fraternité résume tous les devoirs des hommes à l’égard les uns des autres. Elle signifie : dévouement, abnégation, tolérance, bienveillance, indulgence. Elle est souvent présentée comme la cerise sur le gâteau de la formule, comme une sorte d’édulcorant ou de fleur décorative qui adoucit la sécheresse des deux premiers termes. La fraternité, c’est un lien très fort entre les individus qui inclut une reconnaissance réciproque et une communauté essentielle de valeur telle que des passerelles infimes percent le cloisonnement de notre société moderne. Le bien n’est pas seulement le bien pour moi mais celui de tous.

Les fondateurs de la Seconde République ont tous insisté sur le caractère logique et indissociable des trois composantes de la devise. Celles-ci sont solidaires et se servent mutuellement d’appui. La liberté associée à l’inégalité et la haine instaure le rapport faible/fort et s’achève en tyrannie. Quand l’égalité fonctionne avec la dictature et la haine, c’est un rapport dominant/dominé qui apparaît. La fraternité exercée avec la tyrannie et l’inégalité aboutit au ressentiment et ou au désespoir. Aucun régime politique n’incarne pleinement l’idéal de la devise : sinon, ce régime assurerait une liberté absolue fondée sur la pensée seule des individus, une égalité parfaite sans hiérarchie, sans privilège, une fraternité franche et spontanée sans calcul, sans exception, sans limite. Ce régime serait une utopie anarchiste suggérant que le pouvoir, la hiérarchie, l’inégalité et la haine sont des maux inévitables ou nécessaires.

Les idées contenues dans la triade ont leur propre valeur qui doit être examinée à l’aune de ce à quoi elles prétendent : expliquer le réel, justifier les actions humaines, harmoniser les sociétés selon des normes. Vouloir ancrer les valeurs sur des idéaux absolus revient à vouloir leur donner une force usurpée et, dans cette mesure même, à les affaiblir si l’usurpation est découverte. La devise républicaine vise non pas tant à la reconquête d’une fraternité originelle censée être antérieure à la société qu’à l’avènement d’une fraternité nouvelle.

Pour nous maçons, adopter certaines valeurs comme devise ne signifie pas que l’on prétend les incarner, mais que l’on entend être jugés à leur mesure.

Victor Hugo a publié en 1875, un ouvrage intitulé « Le droit et la Loi » dont un extrait mérite attention : « Liberté, Egalité, Fraternité… ce sont les trois marches du perron suprême. La liberté, c’est le droit ; l’égalité, c’est le fait ; la fraternité c’est le de voir. Tout l’homme est là…

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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La Fraternité

19 Mai 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #RL Laurence Dermott

Le thème choisi pour les textes publiés sur le blog de la Loge de recherche Laurence Dermott est la Fraternité.

http://logedermott.overblog.com

 

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A vous tous mes Frères...

18 Mai 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Humeur

Merci pour tous vos encouragements !

Frat

Thomas

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Entre Règle et Transgression

18 Mai 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Ici tout est symbole,
Enfin…, jusqu’ici tout était symbole. Maintenant, tout devient paradoxe.
Vivre le rituel du 3eme degré maçonnique permet dans le même moment, de se plonger dans la reconstitution d’un crime à peine découvert, et d’assister à une résurrection.
Un véritable électrochoc pour beaucoup d’entre nous, et d’abord pour moi, …en tout cas, une expérience beaucoup plus puissante que la torpeur des premières cérémonies.
Et c’est cette opposition de styles et de rythmes probablement porteurs d’enseignements initiatiques que je souhaite revoir aujourd’hui en chambre du milieu.
Jusqu’à présent, nous avions appris, et peut être assimilé, les vertus indispensables à notre progression au sein de notre fraternité, à savoir la patience, l’écoute, le goût de l’effort.
Les deux premiers degrés s’appuient sur une symbolique opérative utilisant les outils des travailleurs de pierre du temps des bâtisseurs de cathédrale.
Et à ces occasions, privilégiaient les Voyages, comme exercices pratiques d’une spiritualité en quête d’autonomie.
Au 3eme degré symbolique, à ce stade de notre évolution, on n’évoque plus qu’une séparation brutale, une rupture, l’éradication du Maître, toujours dans la pénombre,
et peut être même la culpabilité et le doute en face de cette INDIVIDUATION, c'est-à-dire à la prise en compte de l’indépendance de chaque individu.
Au 3eme degré symbolique, il n’y a plus de symboles, mais un mythe. Les références matérielles cèdent la place à des références spirituelles.
N’y a-t-il pas une contradiction importante de ces différents enseignements rituelliques ??
Alors, l’initiation = Transition ou transgression ??
Aussi je vais essayer de comprendre la logique des étapes et l’imbrication de ce mythe dans le parcours maçonnique dans un premier temps,
Pour retirer dans un second temps, les enseignements initiatique de ce psychodrame.

1- Pour arriver au mythe d’Hiram, donc au grade de maître, j’ai parcouru notre chemin initiatique et essayer d’en extraire la cohérence.

Après avoir cassé des cailloux en dégrossissant la pierre brute lorsque nous étions apprenti,
et avoir traversé l’âge de la pierre polie avec le compagnonnage, nous sommes enfin devenus maîtres.
Qu’importe ce qui nous a motivé, et comment nous avons eu l’opportunité de devenir franc-maçon, ce qui compte ici est que nous ayons franchi avec succès les épreuves.

* D’abord les épreuves de sélection,
- les requêtes,
- les enquêtes,
- le passage sous le bandeau
Et un jour l’initiation, où nous nous sommes retrouvés symboliquement au centre de la terre.

· Le néophyte que nous étions, allait renaître à un autre monde, …le même jusqu’ici mal interprété.
· Puis, nous avons subi l’épreuve de la terre, qui nous a rappelé notre condition de mortel, de généré de la terre retournant à la terre.
· Et juste après, les portes se sont refermées sur nous, confirmant que si nous n’étions pas vraiment initiés, nous étions déjà acceptés.
Après l’épreuve de la terre, le futur initié reçoit successivement :
- l’énergie vitale donnée par le second surveillant avec l’air,
- la force par le premier surveillant avec l’eau,
- et enfin l’énergie spirituelle transmise par le Vénérable avec le feu
Après notre REnaissance à l’ordre maçonnique, et une enfance plutôt heureuse et silencieuse, nous sommes entrés avec le deuxième degré dans une adolescence, c'est-à-dire une autre période de transition.
Puis, 5 voyages qui nous ont aidé, et qui nous aident encore à grandir.
Et en fin de parcours, nous avons été élevés à la maîtrise.
Ce raccourci de notre précédent cheminement maçonnique montre tout le paradoxe de la cérémonie d’exaltation, qui met en scène un meurtre, c’est à dire les derniers instants violents du maître Hiram.
Pourquoi faire accepter par chacun qu’une initiation soit le résultat d’une progression lente, et finalement saisir l’ancien compagnon que nous avons abandonné, d’un acte aussi brutal que subversif.
Quelle interprétation donner à cette cérémonie de passage au 3 eme degré symbolique qui renverse l’ordre instauré en loge ???

Plusieurs explications me viennent à l’esprit :


  1. Tout d’abord, la qualité et le comportement du maître Hiram peut avoir par la force des choses poussé à l’acte ses propres compagnons d’armes.

Dans le livre des rois, la bible présente Hiram comme un habile bronzier, fils d’une veuve de la tribu de Nephtali.

Vénérables Maîtres, Hiram était déjà un enfant de la veuve, comme chaque maçon de cette assemblée, fatalement un enfant de la veuve !!!! Mais de laquelle ???
La bible continue ainsi : « Hiram était rempli de sagesse, d’intelligence. Il arriva auprès du roi Salomon, et il exécuta tous ses ouvrages (Roi 7.14) . »

- Selon les écrits, ce maître manifeste de grandes qualités d’organisation. Mais a-t-il apporté le soin et l’écoute que ses ouvriers étaient en droit d’attendre de lui ?

- N’a t-il pas exigé d’eux beaucoup d’eux sans retour d’échanges, d’estimes ou de salaire ?

Ces questions doivent être posées puisque trois compagnons, de corps de métiers différents en étaient réduits à frapper à mort leur Maître, le maître d’une œuvre de 7 ans….
La franc maçonnerie qui nous encourage à progresser et à partager, n’est elle pas en contradiction avec elle-même en prenant comme modèle un individu peut-être orgueilleux et jaloux de son autorité ???
Cet acte malheureux confirme ce que nous avons appris de nos précédents voyages ….
Ce qui s’enferme, meurt, ce qui est vivant est poreux.
Il faut pour avancer veiller à entretenir la porosité des limites, permettre ainsi le brassage et l’échange.

En définitive, Hiram n’avait peut-être plus la qualité de maître en incarnant les vertus de la maîtrise,… c'est-à-dire de tolérance, de bienfaisance, et la fraternité.
, et le mythe nous explique qu’il devait donc céder sa place.
Mais alors, céder sa place de maître par la violence, est-ce là le nouvel idéal de progression que nous propose la maçonnerie ?
Evidemment, cette explication, même si elle apporte un éclairage à un geste aussi grave, s’avère peu concluante.

  1. A mon sens, la mise en scène de ce meurtre peut être appréciée plutôt comme le point d’orgue de nos précédentes périodes de maturation et de voyages.


Pour cela, il faut croire à la logique de la démarche maçonnique.
Pour renaître à la vie d’un initié, l’impétrant doit « enterrer sa vie de garçon » - et accepter l’idée de la mort.

  • Déjà, l’obscurité d’une cave ou d’un tombeau,
  • le crâne d’un précédent locataire,
  • un testament philosophique sans témoin,
  • la perte du sens, la perte des sens, la perte de conscience du temps et de l’espace.

Tout contribue dans la cérémonie d’initiation à cette « petite mort » volontaire, qui ressemble d’ailleurs plus à un suicide qu’à un meurtre.
On ne peut pas considérer le rituel d’exaltation à la maîtrise comme étant fondamentalement en opposition de ce point de vue avec les précédents enseignements maçonniques.
« Pour que soit possible une véritable rupture, l’homme ordinaire doit mourir symboliquement.

2- Mourir oui, et encore, … mais tuer, pourquoi vouloir tuer le maître respecté depuis 7 ans ?

En un mot, permettez- moi de reconstituer les circonstances de ce crime telles qu’elles nous sont relatées lors de ces obscures lamentations.


Hiram dirigeait la construction du temple de Salomon. Il avait divisé ses ouvriers en trois classes : les apprentis, les compagnons et les maîtres.
3 compagnons guettèrent le maître pour le surprendre au moment ou il viendrait à midi inspecter les travaux en l’absence des ouvriers :

- Le premier compagnon voulut frapper le maître à la tête avec sa règle. Le coup fut détourné et ne porta que sur l’épaule.
- Le second compagnon armé d’un levier frappa alors le maître à la nuque. Hiram durement touché réussit tout de même à fuir en titubant vers l’orient.
- Le troisième compagnon arrêta le maître en le frappa violemment d’un coup de maillet au front, et l’étendit mort à ses pieds.

Les trois compagnons cachèrent d’abord le cadavre, puis allèrent l’enterrer à la nuit près d’un bois.

Voila les faits : rien qu’un fait, rien qu’un fait divers,….. Pensez donc, un meurtre au pays de Salomon !!!

Mais c’est aussi un fait d’hiver, car nous avons compris que nous nous trouvons à la fin d’un cycle, un cycle de construction du temple de Salomon qui devient enfin réalité.
La fin prochaine d’une construction qui a fédéré tant d’énergie dans l’édification du grand d’œuvre.

Avoir bâti un atelier de plusieurs milliers d’ouvriers, accorder divers corps de métier aux contraintes et aux exigences multiples relève de l’exploit quotidien.

Ceux qui sont appelés à titre personnel professionnel ou associatif ou pire familial, à rassembler et à animer les tempéraments et les humeurs d’hommes et de femmes en nombre, connaissent très exactement les joies et les déceptions du Maître Hiram.
La franc maçonnerie ne met pas cet aspect des choses en exergue, mais il faut reconnaître qu’il est exceptionnel qu’une communauté humaine soit capable d’une telle dynamique, d’un tel égrégore.
On suppose néanmoins que l’organisation et la mise en ordre stricte ont pour une large part permis d’accorder les volontés et les énergies.
Le récit aurait probablement explicité l’importance de la règle admise par tous, garant de l’ordre et de l’harmonie.
Tant on sait que l’humaine condition admet difficilement la concorde universelle sur une aussi longue période.

Dans notre cérémonie, pas de détail sur les succès et les difficultés, pas de détail sur les frustrations et les rancœurs de cette communauté de bâtisseurs en mouvement. Dommage…
La cérémonie d’exaltation que nous sommes amenés à vivre et à revivre nous emporte immédiatement dans la recherche des meurtriers qui ont évidemment marqué une vive et franche opposition à une règle qu’ils estiment désormais sans objet.

La représentation du meurtre, ou de tentatives de meurtre a été le point central de précédents mythes fondateurs de notre civilisation.

J’en veux pour preuve, le premier meurtre répertorié de l’humanité : le meurtre d’Abel par Caïn.

Deux mots de l’ancien testament (c’est aussi dans la bible)
Caïn et Abel sont deux frères, enfants d’Adam et Eve.
Caïn l’aîné est cultivateur donc sédentaire, et Abel est éleveur de bétail.
Le comportement de Dieu à l’égard de Caïn est ambigu : il favorise Abel, mais d’un autre coté, il prodigue des conseils paternels à Caïn.
L’injustice de Dieu n’est qu’apparente.
Elle constitue une épreuve destinée spécialement à Caïn pour éprouver son amour filial avec Dieu. L’attribution des épreuves est un signe d’élection.

Caïn réagit mal. Il jalouse Abel et le tue pour en finir.
Selon les textes bibliques, le premier meurtre de l’histoire de l’humanité a pour mobile la jalousie religieuse – la jalousie par rapport à l’amour du père.
Caïn, terrassé par le remords, quitte Eden et marche vers le soleil levant, en se condamnant à mourir de faim.
Il finir par s’installer avec sa famille dans le pays de Nod, à l’est d’Eden.

En définitive, le premier criminel de notre civilisation est le premier voyageur, mais aussi le premier bâtisseur.
Notre ancêtre, en quelque sorte, mes Vénérables Maîtres !!!!

« Adam connut de nouveau sa femme et lui fit un autre fils qu’il nomma Seth.
Deux lignées désormais s’opposent:
- celle qui crée et bâtit,
- et celle qui survit et qui dure.
La première conduit à Tubalcain, et la seconde à Noé. La franc maçonnerie a choisit évidemment l’axe dessiné par Tubalcain.

De ce texte mythique, on retiendra que pour marcher et connaître de nouveaux espaces, il faut les traverser, c’est-à-dire passer au travers.
Progresser, c’est donc nécessairement transgresser la loi, se mettre en mouvement.

Ce voyage de Caïn nous montre à la fois une fuite et une quête, à la fois une introspection et une prospection.
Rien de neuf pour ceux qui utilisent le fil à plomb et la perpendiculaire.

Mais plus novateur est le mode opératoire proposé dans la cérémonie du 3eme degré maçonnique, ou l’on ne peut continuer son initiation qu’en supprimant définitivement et symboliquement les obstacles à sa progression au moment opportun. Transgresser, c’est dont remettre en question l’ordre et donc la règle commune au moment ou cela s’impose. Le bon moment, …

N’y voyons donc pas ici une apologie du meurtre, mais plutôt une métaphore du choix permanent de l’initié, qui peut à tout moment et en tout lieu :
- ou adopter le comportement transgressif de Caïn, et se remettre en déséquilibre, en marche,
- ou bien se fondre dans l’attitude obéissante de Seth, suivre la règle dans tout ce que la règle a de structurant, de rassurant et de confortable.

2-2 La psychanalyse confirme par ailleurs cette explication du meurtre du Maître Hiram.

Selon la psychanalyse, en un temps primitif, des hommes vivaient dans de petites hordes soumises au pouvoir dictatorial d’un chef qui s’appropriait les femelles.
Les fils de la tribu en rébellion contre le père mettront fin à la horde sauvage dans un acte de violence collective en le tuant et en mangeant son cadavre.

Ce crime va amener un fort sentiment de culpabilité, et la création d’un ordre nouveau basé sur des forts interdits, des tabous qui remplaceront le père mort, le totem.
Dans cette même veine d’explication, le complexe d’Oedipe mis à jour par Freud au cours du 20eme siècle réaffirme l’expression de deux désirs refoulés dont celui du meurtre du père.

Selon ces théories, la maturation de l’esprit humain aboutit inévitablement à une rivalité reposant sur une ambivalence de sentiments, entre l’amour et la haine du maître (ou du père), entre l’espoir et la terreur que peut engendre sa défaillance.
Voici donc les tics de cette petite mécanique psychanalytique.

Près de deux siècles plus tôt que les tenants de la horde sauvage, la maçonnerie va assassiner le père du chantier, celui qui détient le savoir, celui qui détient le pouvoir.
Etre maître nous explique le rituel, c’est faire partie des frères qui partagent le meurtre du père, même si le rite prévoit la résurrection ultérieure d’Hiram, en mêlant ainsi l’instinct de mort à l’instinct de vie.

On peut quand même s’étonner dans la mesure ou l’on admet la nécessité du meurtre symbolique rituel, de ce que tout homme est l’assassin potentiel d’un ancien assassin à qui l’on ne reproche pas son crime, bien au contraire. En effet, celui que l’on admire n’a-t-il pas lui-même tué pour devenir maître ? Et celui qui va commettre le crime n’est-il pas suicidaire puisque implicitement il est candidat à être lui-même une future victime d’un crime identique ?

Dans la progression initiatique, il faut donc renoncer à une partie de ce qui fait autorité sur nous même, avant de se remettre en état de déséquilibre.

Sur un plan philosophique, tuer le maître, c’est un gage de liberté qui montre une disposition profonde de l’homme à faire et défaire selon son libre arbitre.
Le symbolisme qui apparaît est que chacun est capable du meilleur et du pire…. Avec les mêmes outils…

Au total, Transgresser la règle du Maître, c’est marquer sa maturité, c’est ensuite désirer et concevoir un futur pour soi, et c’est enfin passer à l’acte.

Vénérables Maîtres, Mes Frères, une conclusion s’impose d’évidence : Nous sommes tous des assassins. Et il faut exécuter notre victime avec préméditation.

Conclusion

En définitive, Tuer Hiram, c’est prendre la condition d’exalter au sens littéral et au sens symbolique

L’assassinat d’Hiram rejoint le meurtre du père, ou d’une figure emblématique de l’autorité qui borde, borne et limite.
On retrouve cela sous forme de légende ou de mythe dans pratiquement toutes les civilisations
Selon le précepte suivant :

La règle fondamentale est structurante ; plus elle est puissante, plus la libération apparaît comme un un idéal pour l’homme
La recherche de sa liberté n’est pas linéaire : elle est faite de régressions temporaires, et de transgression qui ramène l’intelligence à des formes antérieures afin de retrouver le carrefour des possibles.

Cet Hiram que l’on tue dans un meurtre nécessaire et constituant, est finalement plus grand mort que vivant.

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Le Guide des Maçons Ecossais

16 Mai 2013 , Rédigé par Jerome Colin Publié dans #Rites et rituels

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers…

Au moment de frapper à la porte du temple on choisit rarement son
obédience, encore plus rarement sa Loge, qui d’entre nous peut se vanter d’avoir
choisi son rite ? Ainsi certains sont initiés selon des rites extrêmement
répandus, d’autres selon des rites plus rares.
Le Guide Des Maçons Ecossais de Rite Ancien et Accepté (GDM) est de
ceux-là. Autrefois pratiqué selon diverses acceptions dans les loges d’obédience
écossaise, il est aujourd’hui hélas frappé de désuétude.
La rareté a le mérite d’entraîner l’originalité mais la rareté peut
avoir un aspect pervers : L’absence de connaissance précise. Surtout que, dans
le cas du GDM, cette absence de connaissance vient justement du fait qu’étant
frappé de désuétude les références à ce rituel se perdent. En cas de contentieux
sur sa pratique la solution se résume à une décision discrétionnaire du VM. et
chaque Loge peut le pratiquer alors à sa manière.
Sans doute me direz vous que la forme ne saurait primer sur le fond et que
l’important dans le travail effectué en loge est le parcours initiatique. Mais
si le rituel a le mérite de fédérer ce qui est épars, il est aussi le véhicule
de la transmission initiatique, une transmission verticale fixée. La verticalité
nécessite dès lors un référentiel précis, référentiel plutôt floue dans le cas
du GDM.
Conscient de tout cela, le VM de l’année 6000/6001 de « La Foi maçonnique
n°1017 » m’a chargé au début de son vénéralat, de mener des recherches sur le
GDM pour en faire le référent manquant.
Pas question pourtant de m’attribuer des lauriers que je ne mérite
pas. Car, disposant de mon rituel comme base de recherche, je n’avais pas à
mener une investigation pour retrouver des manuscrits et autres ouvrages
éparpillés dont il est tiré. La plupart de ces ouvrages sont conservés à la
bibliothèque Richelieu, à la Bibliothèque François Mitterand, ou à la
bibliothèque du Grand Orient. La piste était tracée, je n’avais plus qu’à la
suivre…
Après une petite année de recherche mes FF, je suis en mesure de vous
proposer un voyage à travers le temps. Fermez les yeux et imaginez : Vous êtes à
la fin de l’été 1830. Louis-Philippe D’Orléans vient juste de monter sur le
trône de France après une nouvelle révolte. C’est le début de ce qu’on appelle
déjà la Monarchie de juillet.
Mais quid de la Franc-maçonnerie à cette époque ?

1 : LE CONTEXTE MACONNIQUE DE L’EPOQUE ET LA GENESE DU GUIDE DES MACONS :

Pour bien comprendre les événements maçonniques qui vont se
dérouler, il est nécessaire de revenir sur le cheminement du Grand Orient de
France.
Après la mort du comte de Clermont le 16 juin 1771, le Grand Orient de
France est fondé le 26 juin 1773. La nouvelle organisation ne tarde pas à signer
une alliance avec le Directoire du Rite Ecossais Rectifié en 1776 et avec la
Mère-Loge de Ecossaise de France pour le Rite Ecossais Philosophique. C’est à
partir de 1782 que se créer la Chambre des grades, une commission qui commence
l’élaboration du Rite du Grand Orient qui deviendra le Rite Français avec 3
grades symboliques et un chapitre en 5 ordres.
Mais bien des loges écossaises ne l’entendaient pas de cette oreille comme
les loges écossaises de Douai, de Marseille et certaines de Paris, avec à leur
tête le F:. Antoine-Firmin Abraham. Ces loges entrèrent donc en résistance.
Une résistance telle que, le 12 novembre 1802, le GODF prend un décret
déclarant irrégulières les Loges ne pratiquant pas un rite reconnu par lui. Or
les seuls rites reconnus par le GODF étaient les rites modernes, plus
particulièrement le Rite Français tel que défini par l’ouvrage intitulé «Le
régulateur du maçon » publié en 1801. De ce fait, les loges pratiquant les rites
anciens se retrouvent excommuniées.
Il existe peut-être une autre raison à ce décret. Une raison plus
politique... … Il faut savoir que les militaires français noyautent les Loges et
savent que la paix d’Amiens avec les Anglais n’est qu’illusoire. D’où la
méfiance envers ce qui viendrait d’Angleterre. Du reste Napoléon Bonaparte,
alors seulement 1er Consul, se méfie de ce qui à l’air de venir d’Angleterre et,
sans s’informer plus, il fait savoir bientôt que le « rite écossais et ces hauts
grades écossais » ne lui disent rien qui vaille.
Les loges pratiquant le rite écossais étaient peu répandues à cette
époque mais, même les loges écossaises à cette époque, pratiquent une maçonnerie
de type moderne. Plusieurs documents en témoignent. Ainsi l’ouvrage de 1742 « Le
secret des francs-maçons », ou le manuscrit daté de 1763, intitulé « Rituel du
marquis de Gage »
Le Rite écossais en France à l’époque se nommait
Rite Ecossais
Philosophique.
Le Rite Ecossais Philosophique fut créé dans le sud de la
France, à Avignon, voire à Marseille, vers 1774. Il ressemble en bien des points
aux rites modernes : Les surveillants sont tous les deux à l’Ouest, les mots
sacrés sont dans les mêmes ordres que dans la maçonnerie des modernes comme nous
les verrons plus tard. Pas grand chose à voir avec les anciens mais les loges
pratiquant les rites selon les anciens usages existaient tout de même et leur
vivacité a permis la survie de ces rites.

Pour se faire, une loge bordelaise nommée « La parfaite Loge d’Ecosse de
St Jean de Jérusalem » et qui portait le titre de « Mère-Loge Ecossaise »
accorde en 1749 une patente à plusieurs frères pour répandre les grades écossais
dans le nouveau monde tandis que la Mère-Loge Ecossaise de Bordeaux continuerait
son œuvre en France.
Outre atlantique justement, c’est en 1795 que le comte Alexandre François
Auguste De Grasse, marquis de Tilly met au point un projet de « Suprême
Conseil pour les Indes Occidentales Françaises ». Le REAA comprend à l’époque 25
grades. Il passera à 32 puis à 33. Le 4 décembre 1802, une lettre intitulée « Le
manifeste » annonce la création depuis le 31 mai 1801 du Suprême Conseil de
Charleston. Ce premier Suprême Conseil américain se composait, après cooptation,
de John Mitchel, Frédérick Dalcho, Emmanuel De la Motta, Abraham Alexander,
Batholomew Bowen, Israêl de Lieben, Isaac Auld, Moses Levy, James Moultrie et
Alexandre De Grasse-Tilly. Le Rite Ecossais Ancien Accepté devient
officiellement un système initiatique dirigé par un Suprême Conseil coopté et
organisé selon un système de 33 degrés tel que défini par les grandes
constitutions de 1786 édictées, selon une convenance, par le Roi Frédéric II de
Prusse. Ce premier Suprême Conseil donnera lui-même naissance au Suprême Conseil
de St Domingue (l’actuel Haïti) et à d’autres.
En apprenant les agissements du GODF et le décret du 12 novembre 1802,
Alexandre De Grasse-Tilly revient en France pour y implanter son rite. Il
débarque à Bordeaux le 4 juillet 1804 et arrive à Paris à la fin du mois. Notons
au passage que le comte a connu quelques déboires et se retrouve ruiné. Il devra
pour survivre faire beaucoup de concessions, y compris au niveau maçonnique, ce
qui expliquerait bien des choses. Quoi qu’il en soit, le 22 septembre 1804[5],
c’est avec l’assistance de ses frères français et de nombreux frères américains,
qu’il fonde le Suprême Conseil de France et le 22 octobre suivant, il réunit le
convent de la « Grande Loge Ecossaise du Rite Ancien Accepté »
Sous l’impulsion de Napoléon, encore lui, la Grande Loge Ecossaise du Rite
Ancien Accepté signe un concordat avec le GODF, concordat qui ne durera guère
que quelques mois, le temps de créer une loge éphémère, avant que la scission ne
revienne. A la fin de l’année 1804 le Suprême Conseil reprend son
indépendance et 60 Loges symboliques du GODF le quitte et choisissent de le
suivre dans sa démarche.
Mais ce Suprême Conseil doit se doter d’un système de grades symboliques
dispensés dans les Loges bleues. C’est ainsi qu’en réponse au « Régulateur du
maçon » les trois premiers grades du rite ancien font l’objet d’une rédaction et
d’une édition. Ce texte n’est autre que le « Guide Des Maçons Ecossais de Rite
Ancien Accepté » dont l’édition originale imprimée se divise en 3 cahiers. Un
pour chaque Surveillant et un pour le Vénérable le plus complet des trois.

Cet ouvrage semble à première vue avoir été rédigé dans une période
se situant entre 1804, date de fondation du Suprême Conseil de France, et 1812.
Le doute quant à sa date vient, d’une part, de sa propre datation qui est
« 18:. », et d’autre part, de sa partie contenant le rituel de table et ne
mentionnant personne en particulier si ce n’est « sa majesté et son auguste
famille », sans mention du souverain en question.
Pour lever ce doute il faut se référer à un autre rituel, celui d’une loge
nommée « La Triple Unité Ecossaise »  un rituel daté de décembre 1804. Ce
rituel de la Triple Unité Ecossaise est identique au Guide. Son Vénérable Maître
était le F:. Fondeviolles qui fut reçu au 33e degré par Alexandre de
Grasse-Tilly lui-même. Ainsi le Guide daterait, lui, bel et bien 1804, que cette
version de 1804 en soit l’originale ou une copie.
Le Guide s’inspire largement de la maçonnerie pratiquée par les anciens et
telle que décrite dans l’ouvrage « Trois coups distincts » (« Three Distincts
Knocks ») daté de 1760, la grande référence des rites anciens. Ces rites anciens
étaient d’ailleurs pratiqués en Caroline du Sud, à Charleston plus exactement.
Le Guide critique d’ailleurs violemment le « Régulateur du maçon » pour la
publicité qui lui est faite et prend à contre pied la déchristianisation –
Certes temporaire à cause de la révolution - opérée par les rites modernes même
si, nous le verrons plus tard, il en a assimilé bien des éléments. Il a
également assimilé le Rite Ecossais Philosophique que pratiquaient les Loges
écossaises de France au XVIIIe siècle. La raison de ces assimilations est
simple, Alexandre de Grasse-Tilly, ruiné, a du faire de nombreux compromis avec
le système en place pour pouvoir manger et vivre aux Invalides.
Le Guide veut rechristianiser la maçonnerie. Il y est dit que les trois
grandes lumières sont l’équerre et le compas posés sur la Bible. De plus dans
l’instruction d’apprenti, il est fait mention de l’évangile qui fut d’abord
prêchée à l’Est pour se répandre à l’Ouest ainsi que le dit l’instruction de
« Trois coups distincts »…
Le GODF, le Suprême Conseil, les 33 degrés… Vous, vous êtes bien
loin de ça…
Imaginez-vous ce soir de 1830 vous rendant à votre Loge pour la tenue
régulière. Vous profitez du confort du fiacre qui vous y emmène pour feuilleter
la 2e édition d’un ouvrage sorti il y a 10 ans, un livre nommé « Le Tuileur »
écrit par un certain Vuillaume. Vous congédiez le fiacre et vous entrez dans le
temple. La plupart de vos FF:. y sont déjà, V:. M:. en tête, tous les officiers
sont présent également et il y en a beaucoup… Pour ne pas perdre de temps, vous
vous hâtez de laisser votre redingote au vestiaire, vous passez votre tablier de
peau peinte, vous enfilez vos gants blancs et vous prenez place sur la colonne
la plus proche, sur un fauteuil à la dernière mode : en acajou et aux angles
arrondis.
Les travaux ne vont plus tarder à commencer.

 2 : LA DISPOSITION DE LA LOGE ET DES OFFICIERS :

Un regard circulaire vous permet de voir les différents officiers de
la Loge. Ils sont tous disposés selon les indications du livre : « Recueil
général des lois constitutionnelles du rite écossais et des différents grades
qui composent cet ordre maçonnique », un ouvrage manuscrit de 1812 comportant
toutes les indications sur le 1er degré du rite et sur la disposition de la loge
et des officiers. Ce livre n’a jamais été complété par les grades de
compagnon et de maître. Pourquoi ? Mystère…
Ce soir tout est conforme. Le Vénérable Maître est juché sur
l’estrade, à l’orient. Une estrade surélevée d’une hauteur de 3 marches et
fermée par une balustrade. Il porte le maillet, symbole d’autorité, une équerre
à son sautoir et un chapeau. Selon le manuscrit « Rituel écossais du 1er au 18e
degré » de 1820 il s’agit d’un chapeau Henry IV orné d’un plumet blanc et
d’une cocarde tricolore. Clin d’œil au RER ? le chapeau Henri IV est prescrit
pour les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte selon les rituels RER de
1787-1791.
Le chapeau paraît être l’ornement adéquat. Il s’assimile facilement à la
couronne, symbole de souveraineté et de pouvoir. Mais pas question de faire
porter une couronne au Vénérable Maître. A cette époque une couronne
rappellerait trop de mauvais souvenirs aux républicains et serait sans doute
perçue comme un sacrilège pour les royalistes.
Juste en bas de l’estrade se trouve un petit autel, appelé « autel des
serments » sur lequel trônent les trois grandes lumières de l’ordre : Le compas,
l’équerre et une bible ouverte au 12e chapitre du livre de Juges. Pourquoi ce
choix ? De prime abord on a du mal a priori à comprendre le rapport entre ces
quelques versets relatifs aux guerres entre les tribus d’Israël, plus exactement
sur la tribu d’Ephraïm, et la franc-maçonnerie. Mais une simple lecture de ce
passage permet de voir un rapport évident.
Le livre des juges, dans son chapitre 12, traite de la défaite d’Ephraïm, le 2nd fils de Joseph, face aux hommes de Galaad rassemblées par Jephthé. Suite à cette défaite, les hommes de la tribu d’Ephraïm voulaient fuir.
Si un homme d’Ephraïm se faisait prendre par les hommes de Galaad et niait sa
qualité d’Ephraïmites les Galaadites lui demandait de prononcer un certain mot.
Comme les Ephraïmites avaient un défaut de prononciation, ils ne pouvaient
prononcer ce mot correctement. La sanction était d’avoir la gorge coupée. Ce mot
n’est autre que le mot de passe du second degré que l’apprenti, au moment de sa
cérémonie de passage, est sensé déjà connaître...

Mais revenons en à la tenue. L’estrade sur lequel se tient la chaire
du roi Salomon a d’autres locataires. Il y a trois autres officiers, que le
manuscrit de 1812 désigne sous le vocable de « dignitaires ». A la droite du
Vénérable se trouve le secrétaire, à l’extrémité de l’estrade. Plus proche du
Vénérable siège le 1er diacre, armé d’une Hallebarde et qui sert de messager.
Pourquoi une hallebarde ? Il n’y a aucune explication officielle à ce sujet.
Pourtant, on peut trouver une explication symbolique : La hallebarde s’assimile
facilement à la lance. Or la lance est certes une arme mais c’est aussi dans
biens des traditions un ornement, une simple décoration. C’est le cas par
exemple pour les indiens d’Amérique pour lesquels la lance décorée montre le
rang social. Plus proche de nous, les « Beefs eaters » qui gardent les joyaux de
la couronne d’Angleterre ou les gardes suisses du pape, portent la hallebarde.
De plus il faut savoir que les gardes suisses, mais aussi les beef eaters, sont
les gardiens du sacré. La hallebarde serait alors l’arme sacrée par excellence.
Notons au sujet des diacres, puisqu’il y en a deux, que la présence
de ses officiers, décrits déjà dans « Trois coups distincts », atteste de la
conformité du GDM avec la maçonnerie des anciens. La présence de 2 diacres
œuvrant comme messager entre le Vénérable Maître et les surveillants apparaît
dans les premières constitutions irlandaises de 1730.
La fonction de diacre fut
reprise dès 1752 par les règlements de la Grande Loge des Anciens établit par
Lawrence Dermott.

A la gauche de l’estrade, on trouve l’Orateur, le détenteur de la Loi
comme l’atteste le bijoux de son cordon. A l’orient, on trouve enfin l’étendard
de la Loge et un grand nombre de sièges. Même si le recueil de 1812 ne les
mentionnent pas, il doit s’agir de sièges à destination des visiteurs importants
ou des membres d’honneur qui, eux, sont cités dans le même recueil. Du reste
l’original du « Guide des Maçons Ecossais » dit, dans le rituel d’ouverture, que
le Vénérable Maître «reconnaît pour maçon tous ceux qui sont à l’orient ». Cela
se limite-t-il au secrétaire, au diacre et à l’orateur ? Autre indice : Le
recueil de 1812 dit clairement que les Frères pratiquant les grades supérieurs
sont revêtus des attributs de ces grades, peut-être sont-ce les occupants des
sièges de l’Orient…
Juste en bas de cette estrade on trouve deux autres plateaux. A midi
celui du trésorier qui porte ses deux clefs en bijoux, et au septentrion celui
du Garde des sceaux. Ce dernier est l’assistant direct du secrétaire, il
conserve les archives de la loge, ses timbres et tampons. Son bijou consiste
simplement en une médaille de Loge.
Toujours plus à l’occident on trouve les Maîtres des cérémonies, car
il y en a deux : Le 1er en tête de la colonne du midi, portant sa canne
d’ambassade et dont le bijoux consiste en deux cannes entrecroisées. Son alter
ego lui fait face en tête de la colonne du septentrion. C’est surtout leur
voisin qui les différencie. Le 1er Maître des cérémonies à pour voisin de gauche
le 1er expert, portant une épée à la main et une règle coupant une épée en guise
de cordon. Le 2e Maître des cérémonies à pour voisin immédiat le porte-étendard
qui arbore un simple triangle en cordon. Ce dignitaire, à dire vrai, n’a aucun
office particulier pendant la tenue. Son rôle consiste, on le pense, à suivre le
Vénérable Maître lorsqu’il est en déplacement.
Toujours plus à l’occident, sur la colonne du midi, siège le 2nd
Surveillant derrière son plateau surélevé d’une marche. Il porte son éternel fil
à plomb autour du cou et tient le 3e maillet. Cette présence au midi du 2e
Surveillant atteste particulièrement du caractère ancien du GDM. Le « Trois
coups distincts », place expressément le 2e surveillant au midi « pour observer
au mieux le soleil culminant au méridien, pour appeler les hommes du travail au
repos, et de veiller à ce qu’ils reviennent en temps voulu, de sorte que leur
Maître en retire plaisir et profit. ». Cet ouvrage place également le 1er
surveillant à l’occident pour « clore la Loge, payer leur salaire aux ouvriers,
et les renvoyer de leur travail ». Plus loin dans le catéchisme des « Trois
coups… » il est dit que la colonne Force représente le 1er surveillant à
l’occident et la colonne Beauté le 2nd surveillant au midi. Dans les rites
modernes comme le rite français au contraire, les deux surveillants sont à
l’occident, un devant chaque colonne. Dans l’ouvrage de Prichard intitulé
« Massonry Dissected » de 1730 il est très clairement affirmé que les
surveillants sont à l’occident pour renvoyer les hommes du travail en ayant payé
leur salaire. Le « Régulateur du maçon » de 1801 emboîtera le pas des modernes.
Encore plus à l’occident, devant la colonne B:. , on trouve le 1er
Surveillant, juché sur une estrade de deux marches. Il porte le 2nd maillet et
un niveau en sautoir. Ce dignitaire est très entouré. A sa droite on trouve le
2nd diacre armé lui aussi d’une hallebarde, et qui sert de relais entre les deux
Surveillants. A sa gauche on trouve l’Hospitalier, et
« l’Architecte-vérificateur », ou « Architecte » tout court, qui est plus
spécialement chargé de la « maintenance » du temple : Gestion du stock de
bougies et des accessoires rituels, réparation du local s’il y a lieu, commande
des médailles de loges et attribution desdites aux membres de la Loge. Cet
officier porte un compas en sautoir. La fonction d’architecte disparaîtra très
rapidement : Dès 1849, lors de la réforme du Grand Orient de France. Un tel
officier est peu utile dans un temple comme celui de la rue Cadet, ou de la rue
Christine de Pisan, dans lesquels il y a une intendance.
Il faut enfin signaler la position même du 1er surveillant qui, à
l’origine, se situe juste en face du Vénérable Maître, dans l’axe de la chaire
du roi Salomon et du tableau de Loge. Cette position est en tout point conforme
aux usages des anciens. Alors qu’au XXI siècle, le 1er surveillant est souvent
décalé vers le Nord, tout comme le 2nd Surveillant vers l’Ouest. La raison
invoquée de nos jours est que chaque surveillant doit faire face à sa
colonnette.
Enfin, à l’occident, on trouve le 2nd Expert juste derrière le 1er
Surveillant, contre le mur devant la colonne B:. qui est le stricte alter ego de
son homologue à la tête de la colonne du midi. Pas loin de lui, devant l’autre
colonne, siège le Couvreur, armé de son épée. Une tradition veut que le couvreur
soit en général le précédent Vénérable Maître. En effet la fonction de Passé
Maître Immédiat n’existe pas au GDM.
Il y a enfin un dernier officier, il s'agit de l'économe qui est
chargé de la bonne organisation de l’agape et qui prend place sur l’une ou
l’autre colonne. L’économe est parfois appelé « Maître d’hôtel », ce qui sied
mieux à sa fonction.
Que d’officiers dans ce rituel direz-vous ? Pas moins de 20 se
repartissent le travail dans le temple sans compter les adjoints ou suppléants
éventuels ! Certes leurs fonctions sont strictement définies par le recueil de
1812. Le secrétaire fait la place tracée des travaux, le garde de sceaux
conserve et gère les archives de la Loge, le 2nd Surveillant scrute la colonne
du septentrion et se charge de l’instruction des apprentis, le 1er garde les 2
colonnes et se charge de l’instruction des compagnons, les Maîtres des
cérémonies procèdent aux cérémonies diverses : Initiations, passages,
élévations, etc… Tout cela dans un temple entretenu par l’architecte, préparé
par les apprentis sous le contrôle des maîtres des cérémonies, et vérifié par
les experts. Pourtant on ne peut tout de même pas s’empêcher de penser à la
confusion qui régnerait au cours des travaux si ceux-ci ne n’étaient pas réglés
au millimètre. On ne peut qu’en déduire l’importance d’autant plus grande du
rôle de V:. M:. au Guide des Maçons Ecossais, ses qualités d’équité et de
gestion doivent être d’autant plus grandes.
Quoi qu’il en soit, tout le monde est en place, le rituel commence…

3 : LE RITUEL D’OUVERTURE :

Au moment d’ouvrir les travaux, les bougies sont déjà allumés, les
officiers sont en place, y compris le VM. Le VM demande tout d’abord au 1er
Surveillant de s’assurer de la sécurité de la Loge puis de la qualité maçonnique
des gens qui garnissent les colonnes. Le GDM imprimé original ne mentionne pas
la façon dont les surveillants s’assurent de cette qualité, pas plus qu’il ne
mentionne la levée des FF:. ou du Vénérable Maître. Ce n’est que dans le
manuscrit de 1829 « Rite Ecossais Ancien & Accepté, rituels des 3 premiers
degrés selon les anciens cahiers » que l’on trouve la façon dont ce fait
cette vérification. Ils montent d’abord à l’orient pour y chercher
symboliquement la connaissance puis redescendent vers l’occident pour y
effectuer leur travail avant d’en rendre compte.
Enfin le mot sacré passe du Vénérable au 1er Surveillant puis au 2nd par
l’intermédiaire des Diacres. Le Vénérable se découvre le temps de prononcer la
formule rituel d’ouverture des travaux. Pour cela il s’arme d’une épée à la lame
droite et non d’une épée flamboyante, épée droite qu’il tient droite dans la
main gauche tandis que la main droite tient le maillet. Le Vénérable Maître
ouvre les travaux de façon autoritaire, en rappelant l’interdiction des
discussions politiques ou polémiques en loge, interdiction assortie de
sanctions. Il n’y a pas non plus, de formation d’un tétraèdre avec la canne du
Maître des Cérémonies et l’épée de l’Expert. Ce tétraèdre – au même titre que
l’épée flamboyante – est un élément d’hermétisme absent du GDM.
L’être au nom duquel les travaux sont ouverts diverge aussi avec le temps.
Dans le recueil de 1812 et le manuscrit « Rituel écossais » de 1820, les travaux
sont ouverts au nom de Dieu et de St Jean, il n’est nullement fait mention du
GADLU qui n’apparaît que dans le manuscrit de 1829. Les travaux, selon ce
dernier manuscrit seulement, sont ouverts comme dans notre rituel contemporain
au nom de « Dieu, GADLU et de St Jean d’Ecosse ». Notons au passage que
l’appellation de « St Jean d’Ecosse » est purement franco-française puisque les
« Trois coups distincts » ne parle que de St Jean…Quant à l’acclamation,
elle n’apparaît que dans le manuscrit de 1820 sous la forme « Houzzé » et celui
de 1829 sous l’écriture « Houzzaï ».
Que n’a-t-on pas dit sur cette acclamation mystérieuse : « Houzzé ».
On en a fait le simple synonyme de « Hourra », un dérivé de « Hoschée » -
L’acclamation Rose-Croix - un dérivé de l’hébreu « Ozé » qui signifie « Force »
et par extension « vie », ce qui rapprocherait le « Houzzé » du « Vivat » des
rites modernes. Delaunay, dans son tuileur, en a même fait une signification de
« Vive le roi » ce qui n’a rien d’étonnant lors de la restauration monarchique.
Certes le mot sacré du 1er degré n’est nullement mentionné lors de
l’ouverture, ni celui de compagnon et encore moins celui de Maître. Le mot du
1er degré ne figure dans aucun des textes, seule la 1ere lettre du mot est
mentionnée ce qui permet certes de comprendre que celui-ci est « Boaz ». L’ordre
des mots sacrés selon les anciens est donné très tôt par le manuscrit « Sloane
3329 » et le manuscrit de Trinity College. Tous deux datent du début du XVIIe
siècle et restituent cet ordre des mots sacrés avec « B » au premier degré. Dans
un autre texte fondateur des anciens, « Le sceau rompu » de 1745, on ne donne
pas le mot du premier degré mais l’intégralité de celui du second. Il n’y a
alors plus qu’à faire marcher l’esprit de déduction.
Pour retrouver l’intégralité des mots sacrés, il faut se référer aux
textes fondateur des rites anciens. Les « Trois coups distincts » (1760) donne
l’intégralité des mots sacrés des deux premiers grades avec B au 1er degré.
L’intégralité des mots est donnée à ceci près que le mot de compagnon est écrit
à L’anglaise[16]. Avant cela, deux ouvrages français nommés respectivement « Le
catéchisme des Francs Maçons » (1744) et « L’ordre des Francs Maçons trahi »
(1745) donne l’intégralité des mots sacrés des 1er et 2nd degré avec l’écriture
du mot de compagnon à la façon française.
Pour information il faut savoir qu’un des moyens de distinguer les
rites anciens des rites modernes est justement l’orthographe du mot « Boaz ».
« Boaz » est une orthographe typiquement ancienne à laquelle les modernes ont
substitué l’orthographe « Booz ». Les modernes qui ont d’ailleurs volontairement
inversé l’ordre des mots sacré des 1er et 2nd degrés comme en témoigne une
divulgation des secrets des modernes par le « manuscrit Sadler » de 1766,
divulgation faisant suite au « Massonry Dissected » de Prichard (1733).
Le GDM étant de nature ancienne, l’ordre et la prononciation des
mots sacrés dans les trois grades ne peut guère laisser de doute.

 4 : LES PRELIMINAIRES A L’INITIATION :

Avant d’aborder la cérémonie en elle-même, il faut s’arrêter un
instant sur toute la procédure qui a conduit le profane dans le cabinet de
réflexion. Le recueil de 1812 précise toute la démarche.
La demande d’initiation est déposée dans le sac aux propositions par
un F:. de l’atelier. Le postulant doit être âgé de 21 ans, mais le recueil
permet la candidature d’un postulant âgé de 20 ans seulement s’il est
louveton[18]. Suite à cette première attache le Vénérable Maître nomme trois
enquêteurs désignés sous le vocable de « commissaires » pour se rendre chez
le profane et s’assurer de sa bonne moralité et de sa bonne volonté.
Une incertitude existe quant à la teneur de la 3e attache : Passage
sous le bandeau ? Entretien en comité de Maîtres dans une salle humide ? Simple
confirmation de la 2e attache ? Faute de texte, on peut raisonnablement déclarer
qu’il y a une totale liberté des loges en la matière. Mais la 3e attache ne
saurait être escamotée puisqu’elle est prévue par le rituel de l’initiation
lui-même.
Pour ce qui est du scrutin, la règle est complexe. Selon le recueil
de 1812 le vote à boules est obligatoire lors de la 2e et de la 3e attache selon
les modalités suivantes : Si à l’issue du scrutin, il y a une boule noire dans
l’urne, il est procédé à un nouveau tour pour s’assurer qu’il n’y aucune erreur.
S’il y a encore deux boules noires dans l’urne, il est prévu que les FF:. qui
les ont mis rencontrent ultérieurement le Vénérable Maître et les Surveillants
pour exposer les raisons de leur refus. A l’issue de cette entretient, le V:.
M:. et les Surveillants tranchent et leur décision a force de Loi. S’il y a
trois boules noires ou plus dans l’urne, le scrutin est tout simplement
défavorable.
Notons que le recueil a prévu le cas du profane très connu des
membres de l’atelier. Dans ce cas, il sera dispensé d’enquête et seule la 3e
attache aura lieu. Mais dans ce cas, l’unanimité est requise.
Quoi qu’il en soit, une fois la loge acquise au profane, la cérémonie peut avoir lieu.

5 :L’INITIATION :

Pour l’initiation, le profane est amené sur les parvis du temple
après un long moment dans le cabinet de réflexions. Il a pu y lire les diverses
maximes inscrites sur les murs noirs, il avait sur la table en face de lui un
crâne et un « livre de morale », la sainte bible sans doute. Le sel, le souffre
et le mercure sont des éléments alchimiques de base absents de ce rituel qui se
veut, nous le verrons plus tard, très proche du métier symbolique.
Après un temps de réflexion le profane est introduit dans le temple
dans la vêture rituelle. Le voilà donc sans métaux, un bandeau sur les yeux, une
corde au cou, le sein et le genou gauche dénudé, le pied gauche en pantoufle.
Il est bientôt précipité dans la caverne après avoir accepté de
subir les épreuves et après avoir médité sur la sellette des réflexions qui
n’est autre que la pierre brute elle-même. La caverne est décrite dans le
recueil de 1812 qui en donne une description précise. Il s’agit seulement d’une
longue gouttière suffisamment large pour y faire tenir un homme assis. On met le
profane à un bout puis on lève la gouttière pour le faire glisser. En termes
clairs on lui fait faire du toboggan… L’épreuve de la caverne n’est pas sans
importance symbolique. Dans de nombreuses traditions initiatiques les cérémonies
débutent par un passage dans une caverne ou une fosse, à titre de punition dans
la logique platonicienne ou à titre de retraite purificatrice ce qui
conviendrait mieux à l’optique maçonnique. Ce passage « troglodyte » symbolise
une régression « ad uterum », un retour au ventre maternel pour une nouvelle
naissance. Au plan psychologique il s’agirait même d’une phase d’introspection
récapitulative avant la construction d’une nouvelle identité.
Au cours de la cérémonie de réception, après avoir subi l’épreuve du
calice d’amertume, on lui fait faire les 3 voyages. Trois voyages strictement
identiques durant lesquels le candidat est bousculé et durant lesquels les FF :.
font un vacarme épouvantable. Mais le vacarme du 3e voyage disparaît dés 1829.
Pourquoi cette suppression ? On s’accorde à dire que ce voyage correspond à la
première entrée dans le temple. On a alors du mal à comprendre pourquoi un tel
tumulte dans un lieu où règne la paix, la concorde et l’harmonie.
Au cours de ces voyages le profane sera purifié par l’eau et le feu mais
non par l’air ni par la terre. Il faut voir ici non pas un oubli d’une référence
alchimique mais une référence biblique. La candidat à l’initiation est assimilé
à une future victime d’un holocauste dans le temple de Jérusalem : il est donc
purifié par l’eau lustrale. Cette cérémonie biblique est décrite dans le
chapitre 19 du Livre des Nombres. Vient ensuite l’épreuve du feu dont la
signification est la suivante : Si la victime est impure, elle sera consumée. Si
elle est pure : le feu ne la détruira pas. Alors, seulement à ce moment, le feu
jouera alors le rôle d’un catalyseur de la transformation du profane au sacré,
du profane au maçon, du métal en or, petit clin d’œil à l’alchimie…
Pas question de décrire plus avant une cérémonie que vous connaissez
tous mes FF:. Laissez-moi seulement m’arrêter sur quelques points. En effet au
fil des transcriptions du rituel quelques éléments changent. Ainsi, lors du
« test de bienfaisance » les premières versions du rituel ne prévoient pas les
dons d’argent ridicules, seulement une offre généreuse. La formule « Monsieur le
denier de la veuve donné avec indigence est aussi agréable au GADLU que la pièce
d’or du riche… » n’apparaît pas, seule « Je n’en attendais pas moins monsieur,
de votre bon cœur... » est rédigé. Quant au sacrifice de sang, si les versions
plus récentes du rituel attribuent cette fonction à un F:. anonyme appelé F:.
chirurgien, le recueil de 1812 donne cette fonction à l’hospitalier. Il faut
noter que là encore le sacrifice de sang est un élément français qui date de la
2nde moitié du XVIIIe siècle mais il était déjà présent au Rite Ecossais
Philosophique.
Plus intéressant est la formule latine « Sic transit gloria mundi »
employée lors du retrait définitif du bandeau au candidat. Seule la version
imprimée du GDM laisse apparaître cette phrase « Sic transit gloria mundi »
[ainsi passe la gloire du monde]. D’où vient cette phrase ? Déjà présente dans
la Stricte Observance Templière bien avant le 1er empire, elle se retrouve de ce
fait au Rite Ecossais Rectifié. La maxime est tirée d’un des grands livres de la
mystique chrétienne : « L’imitation de Jésus Christ » qui contient un ensemble
de conseils pour la vie spirituelle et religieuse. Cet ouvrage est anonyme. On
l’a attribué tour à tour au chancelier de l’université de Paris, Jean Charlier
de Gerson (1363-1429), au moine allemand Thomas a Kempis (en réalité Thomas
Hemerken, 1380-1471), à L’abbé de Vercelli (Piemont) : Gersen, etc… Cet ouvrage
a été traduit de nombreuses fois, notamment par Corneille, mais c’est celle de
Félicté-Robert de Lamennais (1782-1854) fait autorité. Quant à ces paroles de
l’Imitation - « sic transit gloria mundi » - elles sont adressées au Pape lors
de son installation pour rappeler au souverain pontife la fragilité du pouvoir
temporel.
La lecture de la bible fourni son explication. Certains passages ne
sont guère tendres avec la notion de gloire. A commencer par l’Ecclésiaste qui
distingue clairement la gloire de Dieu de la gloire de l’homme qui ne serait
qu’une gloriole. Quelques exemples : « Mieux vaut une bonne réputation qu’un bon
parfum » (7-1), « Mieux vaut entendre la réprimande du sage que le chant des
insensés » (7-5).
Quant aux proverbes, au chapitre 25 verset 27 ils disent : « Il n’est pas
bon de manger beaucoup de miel, mais rechercher la gloire de l’autre est un
honneur ». Jean, au chapitre 12 de son évangile relatif à la résurrection de
Lazare parle de Jésus arrivant à Béthanie à dos d’âne. De même au Versets 42 et
suivant, Jean y traite des pharisiens qui aimaient plus la gloire des hommes que
la gloire de Dieu. Ce à quoi Jésus répond : « Celui qui croit en moi croit, non
pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé. Je suis venu comme une lumière afin
que quiconque croit en moi ne demeure point dans les ténèbres. ». Tout cela sans
compter avec l’instruction du second degré.
A la lumière de ces quelques lignes sacrées, une explication peut
s’imposer quant à la présence de la phrase « sic transit gloria mundi ». Elle
signifie à l’impétrant, d’une part que l’initiation incite à laisser là les
passions au profit de la réalisation personnelle, la gloire m’appartenant qu’à
Dieu. Et, d’autre part, que même s’il vient de recevoir la lumière, cette
lumière, aveuglante lors du retrait du bandeau, est éphémère et qu’il faudra
continuer l’initiation toute sa vie pour la maintenir ou la retrouver.
Pour en revenir à notre initiation selon le GDM, une fois le bandeau
retiré pour la seconde fois et le serment prêté, le VM communique à au nouveau
frère les mots, signes et attouchements du 1er degré du rite. Mais dans le
premier imprimé du GDM ainsi que dans les rituels écossais de 1820, le VM ajoute
la phrase suivante : « Mon F la maçonnerie est connue dans tout l’univers quoi
qu’elle soit divisée en deux rites : Anciens et moderne. Mais ils reposent sur
les mêmes principes. Nous travaillons sous le rite ancien ou écossais car il est
le même qui nous a été transmis par les 1er fondateurs de l’ordre et est de pure
essence de la maçonnerie. Voici les mots, signes et attouchements du rite
moderne ». Et sur ce il les lui communique, mais ces mots, signes et
attouchements ne sont pas plus indiqués que ceux du rite ancien. On peut tout de
même voir la volonté du Rite ancien de tendre la main au rite moderne malgré
l’opposition entre les deux. Opposition qui ne prendra fin qu’avec le traité de
1813. Sans doute est-ce là également une marque de la volonté de compromission
du comte de Grasse-Tilly pour pouvoir survivre décemment.
Enfin le nouveau F est proclamé, il prend place sur les colonnes,
sur un siège en acajou aux angles arrondis. Mais le nouveau F:. va devoir, comme
les autres apprentis, s’absenter momentanément car ce soir votre Loge monte au
2e degré pour un passage.

6 : LE PASSAGE :

L’ouverture au 2nd degré ne diffère guère au fil des temps. Elle est
d’ailleurs semblable à celle du 1er degré à quelques tournures de phrase près.
Seuls les mots sacrés changent, naturellement.
Pour la cérémonie de passage le GDM se veut extrêmement proche du métier,
il est proche en cela des rites anciens. Le candidat effectue 5 voyages au cours
desquels lui sont expliqué les différentes phases de la taille de la pierre et
de l’édification du temple. Initialement, il n’y avait que trois voyages. Ce
nombre de 5 voyages apparaît pour la 1ere fois dans un rite français provenance
indéterminé datant de 1756 et conservé par le Grand Orient de Belgique. Mais le
nombre de 5 voyages deviendra définitif en 1786 lors de la refonte des rites par
le GODF en 1786. Ce nombre de 5 voyages fut par la suite adopté par les
fondateurs du REAA et repris par le GDM.
Pour effectuer ces 5 voyages, le candidat compagnon prend successivement à
la main une série d’outils. C’est d’ailleurs la seule cérémonie et le seul
rituel dans les grades symboliques durant laquelle le candidat à les mains
pleines de plusieurs outils. Rappelons brièvement le contenu de ces voyages qui
représente les 5 années que durait l’apprentissage autrefois, dans les
confréries : Le premier est consacré à la coupe de la pierre, le candidat
effectue ce voyage muni d’un maillet et d’un ciseau à pierre . Le 2nd voyage est
consacré au tracée sur la pierre extraite des lignes propres à en donner la
coupe exacte à venir, le candidat fait le tour de la loge en tenant une règle
est un compas. Le 3e au transport de la pierre depuis la carrière jusqu’au
chantier et à la mise en place de cette pierre, ce voyage se fait avec un levier
et une règle. Le 4e tour de loge est consacré à la construction de l’édifice en
lui-même avec l’équerre et la règle. Quant au 5e voyage il est consacré à la
théorie générale de la construction. Et si les 4 premiers voyages se font avec
des outils à la main, le 5e se fait, lui, mains nues.
Cette progression est empreinte d’un certain bon sens : L’apprenti
commence par des tâches grossières ne demandant pas beaucoup d’expérience avant
d’affiner peu à peu sa technique pour déboucher sur la théorie, occupation plus
noble s’il en est.
D’aucun reprocherait aujourd’hui au GDM l’absence d’éléments plus
ésotériques. Ainsi les cartouches retournés lors de la même cérémonie au
« 1804 » ou au « 1802 » cartouches sur lesquels sont inscrit les 5 ordres
d’architectures, les 5 sens et les 7 sciences libérales. Ces cartouches ne sont
pourtant pas si récentes. Ils apparaissent sous la restauration, plus exactement
dans un rituel de 1843 publié par le Suprême Conseil de France. Il y avait même
plus de cartouches. Selon ce rituel, le 1er cartouche montrait les 5 sens, au
second voyage on montrait le 2e cartouche sur lequel étaient inscrit les ordres
d’architectures, le 3e cartouche traitait des 7 sciences libérales, le 4e
cartouche, lui était montré après les globes terrestre et céleste, il y était
inscrit des noms de philosophes comme Platon ou Solon. Le dernier de ces noms
inscrit était INRI. INRI signifie certes « Jésus de Nazareth, roi des Juifs »,
mais aussi « Igné Natura Renovatur Integra » c.a.d, selon la tradition
alchimique, « La nature renouvelle tout par le feu ».
Au GDM, ces cartouches sont inexistant. Mais les 5 sens et les 7 sciences
libérales figurent déjà dans l’instruction d’apprenti. L’initié aura
connaissance de ces éléments dès son apprentissage. Si on ajoute l’étoile
flamboyante et la lettre G apparaissant dans la cérémonie de passage, on peut
considérer que l’initié acquerra une connaissance symbolique suffisante une fois
fini sa période compagnonique.
Une fois le compagnon reçu dans son grade, on aura rabattu la
bavette de son tablier et il aura regagné la colonne du midi. Il devra quitter
aussitôt le temple avec les autres compagnons car votre loge procède à une
élévation.

7 : L’ELEVATION :

La Loge monte au 3e par la même cérémonie que celle du 1er et du 2nd
degré mais avec les mots de Maître. A ce degré les titres des FF:. changent. Les
FF:. prennent le titre de Vénérable Frères, les Surv:. celui de Très Vénérable
Frère et le Vénérable devient Très Respectable. Il faut sans doute voir en cela
une réminiscence de l’époque où le grade de Maître n’existait pas, il était
réservé au président de la Loge, les FF:. portant alors le grade de compagnon
mais connaissaient les secrets de l’actuel grade de Maître.
Pour la cérémonie d’élévation la Loge est tendue de noir, cela implique
qu’on tire un rideau à l’orient pour cacher la chaire du roi Salomon. On éteint
les lumières pour donner à la chambre du milieu un air lugubre, elle n’est
éclairée que par une bougie jaune dont l’emplacement n’est pas précisé. On
supposera seulement que cette bougie est à l’orient pour compenser l’absence de
lumière à l’orient qui est caché par un rideau noir. Cette bougie est néanmoins
cotoyée par un sablier, symbole du temps qui passe et mène irrémédiablement vers
la mort. Cette mort qui vient de frapper le Maître Hiram.
Le dernier maître élevé s’allonge dans un cercueil, recouvert d’un drap
noir. Le candidat est amené à reculons et la cérémonie peut commencer. Signalons
que le cercueil est une des particularités du REAA, Dans les autres rites les
personnes sont simplement allongées par terre. Le cercueil n’est pourtant pas
une invention du REAA, il existe aussi au Rite Suédois tel que rédigé dans les
années 1760-1770. Mais la présence de cette bière convient parfaitement au coté
théâtrale du REAA.
Plus intéressant, le GDM dans sa version imprimée non datée rajoute un
élément qui ne se retrouve plus dans le REAA contemporain. Une fois Hiram
assassiné le roi Salomon envoie une expédition de 12 compagnons à la recherche
du Maître. Cette expédition se scinde en 4 groupes qui partent respectivement au
Nord, au sud, à l’Est et à l’Ouest.
Ceci fait, voilà très exactement ce qui est stipulé : « Une de ces
quatre bandes descendit la rivière de Joppa (Aujourd’hui Jaffa) ; l’un d’eux
s’étant reposé sur une roche, il entendit de terribles lamentations par
l’ouverture du rocher. Prêtant l’oreille il entendit une voix qui disait :
« Oh ! Que j’eusse eu plutôt la gorge coupée, la langue arrachée jusqu’à la
racine, et que j’eusse été enterré dans le sable de la mer à la basse marée et à
une encablure de distance du rivage où la mer flue et reflue deux fois par jour,
plutôt que d’avoir été complice de la mort de notre respectable maître Hiram ! »
« Oh, dit un autre, que mon cœur eut été arraché de mon sein et jeté
pour servir de proie aux vautours, plutôt que d’avoir été complice de la mort
d’un aussi bon Maître. ! »
« Mais hélas, dit Jubélum : je l’ai frappé plus fort que vous deux
puisque c’est moi qui l’ai tué ! Que j’eusse eu mon corps séparé en deux, une
partie au midi et l’autre au Nord, et mes entrailles réduites en cendres et
jetées aux quatre vents, plutôt que d’avoir été le meurtrier de notre
respectable maître Hiram. »
Ce compagnon, après avoir entendu ces plaintes lamentables, appela
les deux autres compagnons, ils convinrent entr’eux d’entrer dans l’ouverture du
rocher, de se saisir des ouvriers et de les transporter devant le roi Salomon,
ce qu’ils exécutèrent.
Ces meurtriers avouèrent à Salomon ce qui s’était passé et ce qu’ils
avaient commis, et témoignèrent de ne pas survivre à leur forfait.
En conséquence, Salomon ordonna que leur propre sentence leur soit
exécutée, puisqu’ils avaient désigné eux-mêmes leur genre de mort, et ordonna
qu’il soit fait ainsi : Jubelas eut la gorge coupée, Jubelos eut le cœur
arraché, Jubelum eut le corps coupé en deux parties, l’une fut jetée au Nord,
l’autre au midi.
Salomon ayant ainsi vengé la mort du respectable maître Hiram-Abif
renvoya les mêmes compagnons pour remplir leur première mission. »
Ceci accompli, les 12 compagnons repartent pendant 5 jours et
rendent compte au roi Salomon de leur échec.
Voilà le seul élément vraiment remarquable du 3e degré du GDM qui ne
s’y retrouve plus aujourd’hui. Elle est pourtant toute droite issue de la partie
du catéchisme de maître dans les « Trois coups distincts ». Ce passage a
pourtant été supprimé en raison d’une contradiction totale avec les degrés
supérieurs.
Car le problème essentiel du GDM originel se situe là.
Le 3e degré du REAA actuel apprend que les compagnons étant rentrés sans
avoir découvert le cadavre d’Hiram, Salomon envoie 9 Maîtres qui, eux trouvent
le corps. Puis, dans un degré supérieur, l’on apprend que ces neuf Maîtres
retrouvent l’un des assassins du Maître Hiram. Aussitôt, l’un d’entre eux tue ce
compagnon et en rapporte la tête à Salomon. Lorsqu’il découvre le macabre
trophée que lui rapporte ce maître, il songe à le faire exécuter à son tour mais
finalement se ravise[23]. Quant aux deux autres compagnons, ils ne sont retrouvé
dans un autre degré.
On voit donc la totale opposition entre le 3e degré du Guide et les degrés
supérieurs du REAA. Voilà, mes FF:. où le bas blesse. Les degrés 4 à 33 ayant
été établi avant le Guide, comment ceux qui en sont les rédacteurs, les membres
du 1er Suprême Conseil Français, ont-ils pu commettre une telle erreur ? Des
hypothèses seront envisagées en conclusion.
On comprend néanmoins la suppression rapide de ce passage du GDM. Ce
rituel, dans sa version actuelle, n’a donc plus ce handicap.
Cela dit, une fois la cérémonie achevé, on communique enfin le mot de
Maître. Mais il s’agit là du mot substitué. Car le mot de Maître ne pouvait être
prononcé que par 3 personnes : Hiram roi de Tyr, Hiram Abif, et Salomon, or l’un
des trois est mort et le mot est perdu. D’où un mot substitué mis en place au
cas où Hiram, avant sa mort aurait révélé ce secret pour éviter son sort
funeste.
Quel est ce mot substitué ? Vu le caractère ancien du GDM, il n’y a aucun
doute que ce mot est « Mohabon », ce qui est proche du « Mohabone » des anciens.
A titre d’anecdote d’ailleurs le terme « Mohabone » évoque le vocable « Marrow
in the bone» , traduction : Moelle de l’os. Mohabon peut également se voir
comme une dérivation du vocable hébreu « Met aboneh », ce qui signifie :
« L’architecte est mort ».
A l’inverse il y a quelques éléments d’aujourd’hui qui n’y figuraient pas
à l’époque comme la phrase « Dieu merci le maître est retrouvé et il reparaît
plus radieux que jamais » lorsque le V:. M:. a relevé le nouveau maître. Cette
phrase est caractéristique de l’évolution ultérieure du REAA pour lequel la
fuite d’Hiram s’apparente à la course du soleil et pour lequel la relevée du
corps est une résurrection comme dans beaucoup de tradition symbolique.
Une fois le nouveau maître installé sur les colonnes, la loge peut
redescendre au 1er degré pour la fermeture des travaux.

8 : LA FERMETURE :

La fermeture des travaux est sans doute la seule partie du rituel
qui n’ai jamais grandement évolué. A un détail près pourtant : L’absence de
chaîne d’union. Celle-ci est n’est apparu dans les rites anciens que très
tardivement, car elle est, dans la première moitié du XIXe siècle, l’apanage des
rites modernes qui l’ont tiré du compagnonnage. Elle est néanmoins présente dans
l’Arche Royale des anciens et s’en est un élément essentiel. Une fois le serment
de silence prêté et les travaux clos, les frères quittent le temple pour une
agape rituelle en salle humide.

9 : CONCLUSION :

Revenons maintenant au XXIe siècle. Qu’est-il advenu du GDM ? Il a
continué d’être pratiqué tel que prescrit par le manuscrit de 1829 par la Grande
Loge de France jusqu’à une date oscillant entre la fin du XIXe siècle et le
début du XXeme siècle[26]. Depuis ce temps il a subi de nombreuses
modifications. La première date de 1893 avec Oswald Wirth qui a rajouté à ce
rituel proche du métier des éléments hermétiques et des références lourdes à la
kabbale, références propres à la mise en œuvre des degrés 4et plus du REAA. Au
fil de ces changements les diacres ont disparu avec la création de la Grande
Loge de France. Un rituel de 1905 ne les mentionne plus du tout. La
précipitation dans la caverne lors de l’initiation itou, la pavé mosaïque s’est
rétréci comme une peau de chagrin pour occuper le seul espace compris entre les
trois colonnettes allumées. Toutes ces modifications pour aboutir aux deux
versions des grades bleus contemporain du REAA pratiqués par la GLNF, versions
appelées respectivement « 1804 » alias « Cerbu », ou « 1802 » alias
« Trestournel » et datées toutes les deux de la 2nde moitié du XXe siècle.
Aujourd’hui, le Guide des Maçons n’a pas la qualité de REAA vis à
vis du Suprême Conseil Pour La France. Il lui reproche d’être en contradiction
avec les degrés 4 à 33. La contrariété originelle entre le 3e degré symbolique
et les degrés supérieurs en témoigne. Pourtant, il a été établie par les membres
du 1er Suprême Conseil au début du XIXe siècle. Comment a-t-on pu en arriver à
un tel antagonisme ? Que s’est-il passé ?
Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées :
-Que le Guide soit un élément marginal du REAA.
-Que le Guide soit un brouillon des grades symboliques du REAA., qu’il
appartienne à la protohistoire des grades symboliques du REAA, autrement dit le Guide
serait le « diplodocus » de ces grades symboliques.
-Qu’il soit un compromis politique de Grasse-Tilly pour pouvoir manger.
-Qu’il y ait une fin prévue pour ceux qui n’iront pas au delà du 3e degré,
une fin implicitement démentie ultérieurement.
-Ou alors tout simplement que le Guide des Maçons soit un rite à par
entière et non un simple rituel.
Nul ne peut prétendre détenir la vérité puisqu’aucun texte n’existe pour
accréditer telle ou telle hypothèse.
De nos jours donc, cinq Loges de la province de Paris-Grande-Arche et la
R:. L:. Fama Fraternitatis n°387 à l’orient de Paris sont les seules en France à
le conserver et à pratiquer le GDM sous une forme à peu près originelle. La
Belgique, par contre, pratique dans ses grades symboliques un REAA très proche
du Guide.
Certes ce rituel peut-être tout de même connu, grâce notamment au site
internet
http://reunir.free.fr qui diffuse entre autres les rituels les plus
anciens. De même quelques exemplaires imprimés ou manuscrits du GDM traînent
encore ça et là. L’un dort à la GLF, un autre dans les armoires du Suprême
Conseil pour la France de l’avenue de Villiers, un autre encore au Fond
Maçonnique de la Bibliothèque de France de la rue Richelieu, un autre enfin au
domicile personnel du bibliothécaire du Suprême Conseil de Belgique. Mais les 6
loges précités qui travaillent encore selon le Guide font figure de dernier
bastion de l’histoire.
Alors, mes FF:. , par delà tout ce qui peut être reproché à ce
rituel : son caractère proche du métier, trop proche pour certains peut-être,
l’absence d’hermétisme voire son coté brutal… Gardons le précieusement au titre
de prima matériae.

Source : Grande Loge Nationale Française Province de Paris-Grande-Arche
Orient de Suresnes Respectable Loge « La Foi maçonnique n°1017 »

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Si les ricains n'étaient pas là...

15 Mai 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #histoire de la FM

Une bonne nouvelle pour la GLNF ! 

« Bien-aimé frère,

J'ai la grande joie de vous faire part de la lettre que nous venons de

recevoir de la Grande loge de Washington D.C. qui nous annonce le plein

rétablissement de ses relations fraternelles avec la Grande Loge Nationale

Française. Cette décision, capitale pour notre obédience, a été prise à l'occasion de

la communication semestrielle de cette Grande Loge qui figure parmi les

plus importantes d'Amérique du Nord.

Réjouissons-nous de voir ainsi se poursuivre une dynamique, laquelle, aux

dires du Grand Maître de la Grande loge de Washington, Teko Foly, vient

couronner les efforts de rétablissement de l'harmonie et de la paix à la

GLNF. Les encouragements que contient cette lettre pour maintenir notre action

nous vont droit au cœur et nous incitent à persévérer tous ensemble dans

la voie que nous poursuivons avec bonheur depuis quelques mois.

Recevez, mes bien-aimé frères, l'assurance de ma fraternelle affection. »

Jean-Pierre Servel

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L'engagement maçonnique

14 Mai 2013 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Qui devient maçon en prend l’engagement au cours de son initiation.
Un engagement qu’est-ce?
Et comment naît -il? Voici ce que sera notre propos.
Avoir un gage au jeu, c’est tomber sous le coup d’une obligation plaisante ou pénible.
Un gage, c’est une promesse, une caution. Un engagement, c’est une garantie, une preuve ou un témoignage.
S’engager, c’est se lier à une cause, promettre de la servir et de se soumettre aux obligations qu’elle impose.
Evoquons le contraire pour mieux comprendre: dégager. Coups de sifflets: « dégagez, dégagez » c’est à dire « laissez la voie libre. » Se dégager, c’est se retirer. S’engager, c’est le contraire.
S’engager, c’est entrer dans une voie précise et perdre par la -même une certaine liberté. Ce sont les liens qui nous font libres a dit un prophète.S’ engager, c’est ficeler une partie de sa personne.
Comment y parvient-on ?
Un des premiers graffiti de Mantes était « J’essaie d’exister »
Chacun de nous éprouve ce désir.

On a engrangé au fond de soi-même un certain nombre de valeurs: primauté de la spiritualité, amour des libertés( celle des droits de l’homme), désir d’altruisme, refus d’une existence terne. Ah! que ces intentions sont belles! Encore faut-il les vivre!Commnet allons-nous vers l’engagement? Un travail en profondeur longtemps inconscient agite notre personnalité. Conversations fortuites, rencontres inattendues, lectures diverses, profonde estime pour quelqu’un qui a déjà choisi orientent notre pensée vers ce qui un jour se manifeste avec éclat. Car un jour se produit en nous un déclic, un big-bang de la pensée et çà y est, la décision est prise. Le choix est fait: JE DESIRE ETRE FRANC -MACON
On en est tout surpris soi-même! Pourquoi ce choix? C’est qu’il correspond au désir profond de notre personnalité qu’il satisfait. On a trouvé ce que l’on cherchait.
Et si l’on a choisi la franc-maçonnerie, c’est qu’on a déjà une idée de ce qu’elle est.Sinon pourquoi ne pas avoir choisi l’union rationnaliste ou un parti? L’engagement présuppose une attirance. Pour nous, ce fut l’attrait de la liberté totale de pensée.Alors intervient la volonté de réaliser le choix, la mise en branle d’une force intérieure pour concrétiser la décision prise: démarche, correspondance, contact et enfin acceptation, espoir d’initiation et passage par la porte basse. Vient ensuite le moment crucial, celui où on lit son engagement. Mais à ce moment-là, la lecture se fait machinalement sans prendre conscience réellement de ce qu’on lit, soumis que l’on est à une émotion qui annihile tout esprit critique. C’est pourquoi chaque nouveau F\M\devrait partir avec le texte de son engagement. Mais voilà l’engagement.Quel est-il? A quoi sert-il?A quoi nous sommes-nous engagés?

Pour répondre à ces questions quelques-unes parmi nous ont, durant les vacances, réfléchi sur ce sujet :
Nos SS initiée en Juin 1966, en Mars 1991,en1992et1993,ont un vécu et un cheminement maçonniques évidemment fort différents.

Quand on réalise, que notre Vénérable d’honneur a 30 ans d’engagement maçonnique, qu’elle est une des fondatrices de notre Atelier et que,sauf, pour des raisons de santé, elle est toujours présente sur nos colonnes, signe que sa foi maçonnique est intacte, je lui dis chapeau et, je m’interroge.
Je m’interroge aussi sur cette femme de cette fin du xix eme siècle Maria Deraismes, grande bourgeoise de la première vague féministe de la troisième République qui ne supportait pas l’exclusion des femmes dans aucun domaine et qui, forte de ses convictions, aidée de Georges Henri Martin, n’a pas craint la provocation en étant initiée puis en créant notre obédience « Le Droit Humain. »
Je m’interroge encore devant Nelson Mandela luttant contre l’apartheid et,qui, pour défendre ses convictions a passé de nombreuses années en prison.

Je m’interroge encore sur Khalida Messaoudi, musulmane laïque et républicaine qui s’est dressée contre les fous d’Allah et qui, bien que, condamnée à mort par le F.I.S poursuit son combat dans la clandestinité pour l’égalité des sexes dans son pays. Et combien d’autres encore sont-ils témoins de leur engagement!
Tous ces individus sont des engagés. L’engagement consiste en un lien par une promesse, un serment . L’engagement donne un sens à l’action .C’est un choix décidé en toute liberté qui fixe une ligne de conduite qui doit se perpétuer dans le temps .C’est un principe de vie qui fixe le cheminement que l’on a librement choisi d’adopter.C’est l’engagement vis à vis de soi-même avec une remise en question quotidienne.
Engager, être engagé, c’est croire à des valeurs et oser les exprimer sans prosélytisme mais sans timidité. Les médias, les institutions, les conversations développent des idées négatives sur l’engagement. On fait état d’une crise des valeurs alors qu’il s’agit plus particulièrement d’une crise d’expression de ces valeurs.Il n’y a aucune honte à avoir un idéal et à le soutenir de toutes ses forces.
L’engagement est un acte volontaire et comme tout acte volontaire, il est pris en connaissance des choses et de plein gré. Il est pris de notre propre volonté et non de celle des autres. Nous prenons un engagement avec la volonté de l’honorer, sinon, ce n’est pas un engagement mais simplement un désir, une envie éphémère, une bonne volonté vite oubliée.
L’engagement est avant tout un acte réfléchi, un acte qui responsabilise, qui oblige celui qui le prend à respecter sa parole. Il doit assurer son devoir, il en a l’obligation morale.Prendre un engagement peut être contraignant, pesant mais ne doit pas être oublié.

Aussi pouquoi est-il important de respecter notre engagement maçonnique?
Tout d’abord pourquoi sommes nous venus ici?
Sans aucun doute, le cours de notre vie profane ne nous satisfaisait pas.Sans doute étions-nous épris d’un idéal. Sans doute existe-il à l’extérieur des groupes qui pratiquent la solidarité aussi bien que nous, des groupes qui réfléchissent sur les grands problèmes de société actuels.Alors ? curiosité, besoin de réussite,besoin de distinction, besoin d’autre chose mais quel autre chose, réfléchissons -y!

Ce qui est sûr, c’est notre engagement à nous conformer aux rituels, et ce, même si cela nous paraît désuet,anachronique, démodé. Le temps apprend à apprécier le rituel et à le rendre indispensable. Il est,en fait, indispensable pour laisser les métaux à la porte du temple. Il est important de ne pas être un profane vêtu d’un tablier blanc et gants blancs, qui, toujours,muni de ses idées profanes, juge et critique de manière abrupte comme dans la vie professionnelle, politique, sociale, syndicale.....
Notre engagement nous amène à appliquer les textes en vigueur tels que constitution et règlements généraux et à les respecter.Certes, nous ne les apprécions pas toujours. A nous d’y réfléchir,de tenter de les faire évoluer et,ce en toute sérénité.Nous ne sommes pas un club, pas un parti, pas une secte, pas une église, pas une ligue mais, il nous faut une certaine structure pour pouvoir travailler. C’est pourquoi il est important de régler sa capitation. Cela évite d’avoir un jour ou l’autre à soulever des problèmes d’argent, ce qui n’est pas le propre de nos travaux.

Le serment que nous avons prête le jour de notre initiation nous demande l’assiduité aux tenues.Comment pouvons -nous nous sentir concernés et impliqués dans la vie de notre Atelier si nous ne sommes pas présents! L’augmentation de salaire est d’ailleurs subordonnée à une présence minimale. De même, le frère ou la soeur absent ne peut se faire communiquer les éléments d’une tenue par un autre frère sauf autorisation de notre Venerable. C’est dire l’importance de l’assiduité. Elle conditionne le vécu de notre Atelier et de la Franc-maçonnerie, en général . Le secret de la franc -maçonnerie ne serait-il pas son vécu?
.La franc -maçonnerie n’existe que par son caractère initiatique . Elle a pour réalité de réunir ce qui est épars dans un univers clos c’est à dire nous tous venus avec nos origines diverses, nos personnalités, nos vécus, nos désirs.... notre richesse!.Nous jouissons d’une liberté absolue et les études en loges sous le sceau du secret nous permettent d’envisager toutes les solutions et, ceci sans aucune contrainte, qu’elle soit politique ou religieuse.Nous ne pouvons d’ailleurs progresser nous -mêmes que par un travail assidu en loge.
L’engagement implique des devoirs et s’y déroger nous amène à nous interroger sur nous-mêmes et tout simplement à nous demander pourquoi on ne peut respecter notre engagement. Ainsi,pourquoi serions-nous absents ?
Par un exemple un désintéressement pour la franc -maçonnerie? Celle-ci ne correspond pas à ce que nous attendions ou nous y sommes venus par sympathie pour quelqu’un.

Ai-je bien ma place en maçonnerie? Je reste hermétique au rituel et aux symboles. Je n’ai pas envie de faire les efforts nécessaires à ma progression. Je pourrai engager ma pensée vers d’autres voies.Alors assumons notre erreur. s’il y a doute ou incertitude .Il faut tenter d’en parler soit au Vénérable,soit à l’un des surveillants ou encore à un Maitre. Il serait bien étonnant qu’une oreille attentive ne soit prête à écouter. N’ oublions pas que nul ne prétend être parfait et que chacun a le droit à l’erreur et que bien souvent, un bon entretien remet beaucoup de baume au coeur.Nul n’est de trop pour l’édification du temple de l’humanité
Nous pouvons également être absents pour raisons professionnelles, raisons bien justifiées en cette période de crise économique où beaucoup d’entre nous accomplissent de longs trajets pour se rendre à leur travail et rentrent donc à des heures tardives.Ces Frères et Soeurs, sont toujours désolés de manquer une tenue. Les excuses bien que légitimes demeurent cependant obligatoires et sont une marque de respect et de politesse envers nous tous.

Notre absentéisme peut aussi être dû à des raisons personnelles touchant le plus souvent la famille, en particulier le conjoint, les enfants, les amis sans oublier les vacances. Concilier travail, vie familiale, vie maçonnique et loisirs relève parfois de savantes prouesses.Ce n’est pas par hasard si lorsqu’un profane propose sa candidature, il est soulevé le problème du consentement tacite du conjoint .Si celui-ci n’est pas maçon, il faut lui faire accepter l’idée d’une vie en dehors de la vie commune sans pouvoir lui en donner le contenu. Il peut alors paraître plus simple de rester à la maison, histoire de regarder un film à la télé ou encore de s’offrir une sortie au restaurant . Il est parfois douloureux de quitter ses enfants qui réclament un ultime câlin. Il ne s’agit nullement de léser sa famille et c’est d’ailleurs pour cela qu’existent les réunions familiales .Mais ceci ne nous dégage pas de notre obligations de nos deux réunions mensuelles dont la fréquence ne semble pas être déraisonnable.Il n’est pas logique de venir en tenue simplement parce que l’on n’avait pas quelque chose de mieux à faire.
Parfois d’autres raisons plus graves peuvent être cause d’absences délibérées. Ces raisons sont diverses et multiples allant de l’incompatibilité d’humeur, de vexations, de luttes intestines de formations de clans jusqu’à l’enfantillage tout simplement. Toutes ces raisons sont à bannir. Ne faudrait-il pas mieux tenter de dialoguer? Des divergences d’opinions qui s’opposent ne peuvent-elles donc pas être constructives ? Des conflits qui persistent se doivent de trouver une solution sinon c’est notre propre idéal qui est en danger .Les apprentis recherchent auprès des Compagnons et des Maîtres l’exemple de la sincérité et de la tolérance mais aussi la présence de chacun car l’assiduité est un devoir.

L’engagement pour nous franc-maçons, c’est aussi accepter les obligations afférentes à la charge d’un plateau. Un Maître, qui, sur proposition des autres Maîtres, accepte un poste d’officier, se doit d’accepter les obligations qui en découlent. Prendre un plateau est une responsabilité qu’il faut savoir accepter ou refuser en fonction de ses propres aspirations et de ses propres disponibilités. IL faut prendre cette décision en toute liberté et en toute conscience!C’est la bonne marche d’un atelier qui en dépend.
Etre officier n’est pas uniquement recevoir un honneur de la part des Frères et Soeurs, c’est aussi avoir des devoirs à respecter.
Etre officier, c’est servir et non rendre service.
Avoir une charge d’officier est, en fait,une charge particulière éphémère et transitoire qui n’implique aucune hiérarchie. Il n’y a aucune préséance individuelle à faire valoir.Chaque officier a un rôle bien défini et les Surveillants, gardiens de l’ordre sur nos colonnes, veillent à ce que chaqueOfficier s’acquitte de ses devoirs.

L’engagement maçonnique implique aussi des devoirs de travail,de sincérité, de tolérance et de fraternité Ce travail qu’est-il? sans aucun doute, travail essentiellement sur soi-même. et en toute sincérité.Sincère! Qu’est-ce qu’être sincère?
L’adjectif sincère vient du latin « sincerus . » pur, entier.Sincère veut dire vrai, franc. Etre sincère, c’est parler sans artifice,sans déguisement. C’est être authentique. C’est le contraire d’être menteur, fourbe, trompeur, dissimulé, hypocrite .La sincérité est le désir de ne rien faire croire qui ne soit vrai.; la franchise est la liberté de l’esprit qui dédaigne le mensonge et la dissimulation.
Etre sincère, c’est sans aucun doute, la meilleure possibilité de rendre conforme les actes aux paroles et c’est ce que nous tentons de faire.
Etre tolérant qu’est-ce? C’est être disposé à admettre chez les autres des manières de penser, d’agir différents des siennes . C’est accepter que l’autre ait d’autres opinions tant philosophiques, politiques, sociales que religieuses.... Etre tolérant,c’est se montrer compréhensif,voire indulgent! Ce n’est pas pour autant tout admettre!A l’opposé, l’intolérance peut se traduire par une attitude haineuse et agressive.
Aussi travailler dans la sincérité et la tolérance, c’est d’abord accepter les autres tels quels avec leurs différences et d’ailleurs quelles différences? Aurions-nous la prétention d’être parfaits ou n’aurions nous pas peur de ne pas être aussi bien que nous le prétendions?

« Baissez-vous, cette porte est basse ! » Premières paroles prononcées à l’entrée du temple lors de l’initiation, invitation à l’humilité, invitation à se reconnaître tels que nous sommes et qu’il nous faut continuer d’appliquer car notre travail sur nous-mêmes est constant et permanent.
L’initiation est le point de départ d’un long voyage sans fin avec pour départ le degré zéro de la connaissance en soi .Nos travaux qui se doivent d’être l’aboutissement d’une recherche ou d’une expérience personnelle sont la meilleure preuve de notre thesaurus et provoquent une modification de nos points de vue.L’enrichissement personnel qui en découle ne doit pas simplement être porté en soi comme un collier de diamants mais il doit permettre à celui qui s’en est enrichi d’être transformé en un être différent plus sociable, plus humain, plus responsable, plus respectueux. C’est le travail sur la pierre brute.
Apprendre à se connaître, ce n’est pas faire preuve de nombrilisme, ce n’est pas développer de l’autosatisfaction ou encore de l’égocentrisme.C’est découvrir ses imperfections, ses creux mais c’est surtout prendre de nouvelles forces pour aller de l’avant, pour aider les autres à en faire autant et à s’améliorer .

N’oublions pas que ce sont nos Frères et Soeurs qui nous reconnaissent francs-maçons, preuves qu’ils sont les témoins de notre changement.Le travail maçonnique est un travail en commun à l’amélioration de soi, base de l’amélioration de la société.Notre premier devoir de maçon est donc de nous changer afin que notre comportement nous fasse remarquer aux yeux des autres et, ceci dans le but de faire évoluer notre société. Gardons -nous de ne pas inverser les choses! Chacun est tel un arbre au milieu de la forêt .La forêt de l’humanité sera belle et saine le jour où chaque arbre prendra soin de sa beauté et de sa santé.
Notre utilité est de pouvoir exposer franchement et librement nos idées, d’écouter attentivement les autres pour que les échanges soient vrais et non réduits à des monologues Chacun profite alors pleinement de la richesse des autres et participe au progrès de l’humanité.
La timidité et la pudeur sont parfois un frein à l’expression ou un désir d’instruction en toute modestie. Rappelons que chacun a sa place et que toute opinion est un moyen d’évolution, tant pour soi-même que pour les autres.

Notre travail ne consiste pas simplement à travailler sur soi-même. Nous nous devons également de respecter les serments prêtés et notamment de respecter celui du silence et de la discrétion . Il faut savoir entendre,il faut savoir regarder et ne pas divulguer. Nous avons un engagement de silence envers le monde profane et trahir cet engagement,c’est trahir ses Frères et Soeurs, c’est trahir la franc-maçonnerie elle-même et ce, d’autant que le vécu maçonnique n’est pas communicable. C’est apporter au monde profane, une fausse image, une image qui nous dessert.A ce propos, Georges Henri Martin disait : Nous serons d’autant plus forts et d’autant mieux armés pour le bon combat dans le monde profane, que notre qualité de franc-maçon sera plus ignorée de ceux qui nous entourent.
Ainsi, pouvons -nous nous dévoiler individuellement si cela nous paraît utile mais nous ne devons jamais dévoiler l’un de nos Fréres ou Soeurs.;
Notre engagement de discrétion existe aussi à l’intérieur de la loge. Il ne s’agit pas de colporter à tous les Frères et Soeurs les confidences, interrogations ou réflexions de l’un des nôtres.

Notre travail, c’est également de participer. Nous ne sommes pas là uniquement pour recevoir mais aussi pour donner . Cela implique un travail sous forme de planches individuelles mais aussi collectives et donc des travaux en groupes ou en commissions. Bref, il faut participer. Il n’est pas possible de rester immobile. Chacun a forcement au fond de lui -même quelque chose à dire, quelque chose qui peut ne pas lui paraître utile ou important mais qui se révèle souvent être la base d’un débat fructueux. Et, si nous ne dialoguons pas, que devient notre raison d’être, que devient notre idéal ?
Khalil Gibran, dans son livre « Le Prophète. » nous dit à propos du plaisir :
Allez à vos champs et vos jardins .Là, vous apprendrez que le plaisir de l’abeille est de butiner son miel sur la fleur.
Mais que c’est aussi le plaisir de la fleur de donner son miel à l’abeille.
Pour l’abeille, la fleur est fontaine de vie,
Et pour la fleur, l’abeille est messagère d’amour.
Pour les deux, abeille et fleur, donner et recevoir le plaisir est un besoin et une extase.
Et si nous aussi, nous tentions d’être à la fois abeille et fleur.

Il faut savoir recevoir mais aussi restituer l’enseignement.Cela concerne, bien sûr les Maîtres mais aussi les Compagnons. Nous nous devons d’être tous attentifs aux apprentis afin qu’ils ne se sentent pas isolés et que nous les aidions à répondre aux questions qu’ils se posent.
Cette transmission nous amène à avoir une pensée particuliére pour certains de nos frères et, en particulier pour René Gagnepain dont le petit-fils vient d’être élevé au plateau de Vénérable dans la loge où il fut initié et où il fût lui-même Vénérable ainsi que son fils.
Rassurons-nous, il existe parmi nous, dans notre temple, des frères et soeurs qui se dévouent sans relâche à la cause maçonnique et à la cause de leurs frères et soeurs.

Ceci nous améne donc directement à notre devoir de fraternité. Mais qu’est la fraternité? Nous ne sommes ni un patronage, ni le lions club ou autre et nos échanges ne sont pas limités à du badinage. La force d’une association réside dans la cohésion de ses membres.
Nul doute, c’est ensemble que nous apprenons à nous connaître, à nous apprécier,à nous estimer, à nous comprendre et pour cela plusieurs conditions: tout d’abord être présents et puis aller vers l’autre. C’est parfois une démarche difficile pour cause de timidité ou parce que l’on ne ressent aucune attirance pour l’autre ou encore parce que l’autre nous dérange. Et pourtant la découverte de l’autre est de toute évidence un enrichissement par ce qu’il est, par ce qu’il représente et, n’oublions surtout pas que nous ne sommes pas parfaits, nous non plus.Aussi, tentons d’attirer la sympathie et d’être indulgents en discernant les qualités des autres et en occultant les faiblesses.

Notre besoin d’union et de cohésion est indispensable.Nous le témoignons lors de notre chaîne d’union. En effet, nous avons nos valeurs universelles et humanistes, et le collectif, le groupe, l’atelier, la loge, toi, moi,nous. Nous n’existons qu’à travers le collectif même si notre démarche est isolée.Aussi notre travail, notre assiduité sont des éléments nécessaires à la construction de l’édifice et au progrès de l’humanité.
Nous avons des principes de base communs à ceux de la société profane, ce sont les valeurs de la République : liberté-égalité-fraternité. Ceci nous aide à rayonner à l’extérieur grâce à ce que nous avons appris à l’intérieur .Notre batterie d’allégresse est donc plus qu’un simple cri du coeur. Elle révèle une profonde motivation, celle qui fait de nous, des gens engagés qui ne sont pas hors du temps, des gens qui ne sont pas forcément des militants mais qui ne craignent pas d’afficher ce qu’ils croient.
La fraternité n’est pas une valeur spontanée mais elle s’acquiert. Elle n’implique pas une présence permanente car elle serait alors envahissante.Elle est une écoute, une aide, un secours mais en toute discrétion, en toute parcimonie.N’oublions pas : nous avons promis d’aider nos frères en difficulté que celle-ci soit morale ou matérielle.

Pour terminer, en ce jour de rentrée, comme les écoliers ont repris leurs cartables, nous avons remis gants et tabliers, surs que chacun de nous est l’étincelle indispensable au feu d’artifice
de la franc-maçonnerie. Aussi ce propos ne se veut en aucun cas être une leçon de morale, ou un sermon. Il se veut simplement de nous rappeler notre engagement et ses composantes .
Notre Frére Georges Henri Martin disait que trahir ses engagements est la faute la plus grave que puisse commettre un maçon car c’est dans la fidélité des Soeurs et des Frères à leur serment que réside toute la force morale de l’organisation maçonnique;
Aussi, pour que la joie soit dans les coeurs, pour que la paix régne sur la terre, pour que l’amour règne parmi les hommes, soyons actifs, fraternels, assidus, courageux, bref soyons ENGAGES .

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Jean porteur de lumière

13 Mai 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Pour vous parler de Jean, l'apôtre de lumière sous le vocable duquel se sont placées les Loges de rite écossais ancien et accepté puisqu'elles sont toutes Loges de Saint Jean et que le Volume de la Loi sacrée y est ouvert sur leur autel au prologue du 4° Evangile sous le compas et l'équerre enlacés, je me suis abîmé dans la contemplation du tableau de Léonard de Vinci : « La Vierge à la Source » découvert en 1885, presque par hasard, par M. Godard-Faultrier au Lion d'Angers.

Léonard était initié aux mystères johannites et c'est un rare bonheur que de voir combien il a su rendre admirablement la profondeur et la vérité de ces mystères.

Il est évident que son tableau, de même que celui de « La Vierge aux rochers », ignore superbement ce qu'on pense être la vérité historique, qu'il transcende l'événement par le symbole et qu'il ne s'attache qu'à l'essentiel, c'est-à-dire à ce qui vient de l'essence. Sous le manteau protecteur de la Vierge-Mère qui s'étale comme un triangle parfait au-dessus des deux bambins à la radieuse nudité, l'on voit l'un de ceux-ci : Jean, donner à l'autre : Jésus, un baiser sur la bouche. Ce baiser, initiatique, symbolise la transmission de la connaissance par Jean à Jésus sur la tête duquel la Mère suprême étend la main en signe de protection et de bénédiction. Il symbolise l'union des principes actif et passif, humain et divin, l'union de la Raison et du Cœur, le mariage mystique de la connaissance et de l'amour. Jean a les yeux grands ouverts et Jésus les yeux clos. Et les deux enfants sont assis sur un parterre d'ancolies et de jasmins, ces fleurs chères au cœur de Léonard et qui signifient, nous rap­porte-t-on, l'union et la chasteté virginale.

Devant cette scène si touchante, si pleine de grâce, devant cette union intime du Verbe-enfant et de Jean l'on se prend à rêver. N'est-ce pas en vérité l'illustration du Cantique des Cantiques et la signification lumineuse de la rédemption du monde d'en-bas par le monde d'en-haut, dans leur unité indis­soluble, comme nous le rappelle la parole d'Hermès Trismégiste, chère aux francs-maçons qui aiment à dire avec lui que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

C'est aussi ce que nous évoque un autre tableau de Léonard, sa dernière, sa plus belle oeuvre peut-être : ce Saint-Jean andro­gyne où le Baptiste et l'Evangéliste ne font qu'un et dont la petite croix à la barre inclinée nous montre le ciel, le monde d'en-haut vers lequel tout initié doit tendre alors que dans une troisième peinture, riche elle aussi de sens, son Bacchus pointe son thyrse vers la terre, signifiant ainsi, toujours pour l'initié, la recherche de la vérité dans les profondeurs, l'épreuve de la terre dans l'antre des antiques initiations.

L'union de la terre et du ciel est tout entière contenue dans la coupe de la connaissance et de l'amour. Et ce n'est point un hasard si le Vinci, une autre fois encore, nous a montré Jean l'Evangéliste présentant cette coupe à François d'Assise, le mer­veilleux saint qui comprenait le langage des oiseaux — la langue des alchimistes — et qui dans son culte tout johannite de la Lumière composa le cantique au Soleil, l'hymne d'amour le plus pur au Verbe divin.

Léonard nous rappelle ainsi indirectement le caractère solaire de l'Evangéliste, porteur de Lumière, incarnation du Feu-principe et qui, uni au Baptiste, réalise l'androgyne primordial, pur produit de la Beauté, né de l'harmonieuse conjonction du divin et de l'humain, de l'incarnation du divin dans l'humain. Et l'on peut méditer sur la signification que Léonard attribuait, en homme averti des arcanes de la Kabbale, à cet androgyne johannique, incarné également dans son Dionysos ou dans sa Joconde, aux sourires d'une merveilleuse félicité promesse d'un bonheur inef­fable et éternel.

Et n'est-il pas étrange de voir que nos maîtres opératifs, lorsqu'il s'est agi de représenter l'Eglise sur la façade de nos cathédrales lui donnèrent non pas les attributs de Pierre, les fameuses clefs, mais bien ceux de Jean : la coupe et la croix légère de Léonard ?... Ne faut-il pas voir là chez les francs-maçons du Moyen Age la volonté expresse de leur attachement à Jean, à cette église johannite ésotérique dont ils connaissaient les plus secrets arcanes, le chemin labyrinthique et le langage hermé­tique ou alchimique ?...

Ce Jean solaire, ce Jean porteur de Lumière a pour nous, francs-maçons de la Grande Loge de France, une dimension tout autre que celle où l'ont voulu enserrer et enfermer les religions attachées à la lettre et au dogme. Par ce qu'il est dans son essence, par tout ce qu'il représente et symbolise, par tout ce qui l'attache au monde divin et humain — ne nous fait-il pas songer à l'étoile flamboyante inscrite au cœur de l'équerre-matière et du compas-esprit ? — il rejoint les plus anciens enseignements, connus et méconnus, de la tradition initiatique universelle à travers ses diverses manifestations dans le temps et dans l'espace.

Il est Hermès « qui préside à la parole et qui conduit à la science vraie » selon Jamblique, il est Zoroastre, l'apôtre d'Ahura Mazda, le Dieu de pureté et de Lumière, il est Arjuna, le disciple )imé de Krishna à qui ce dernier confie : « Je suis la lettre A », de même que Jésus, dans l'Apocalypse, dit à Jean : « Je suis l'Alpha et l'Omega... »

En parlant de « Lumière et de Vie » il reprend la phrase gravée sur le fronton du temple de Medinet Abou : « C'est lui le Soleil qui a fait tout ce qui est et rien n'a été fait sans lui jamais ; le Père des choses, le créateur est la Vie et la Lumière » et aussi la parole du Trismégiste : « Le Dieu et le Père de qui l'homme est né est la Lumière et la Vie. Si donc tu sais que tu es sorti de la vie et de la Lumière et que tu en es formé tu marcheras vers la Vie.. »

Lorsque Jean dit : « Au commencement était la Parole et toutes choses ont été faites par elle et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle », ne fait-il pas écho à l'enseignement égyptien parlant du Verbe créateur et ordonnateur : a L'ouvrier a fait le monde non de ses mains mais de sa parole » ?...

L'enseignement johannique rapproche ainsi l'Homme de Dieu et fait de lui un dieu. C'est aussi ce que proclamait Pythagore à qui la Franc-Maçonnerie doit tant. Il nous rappelle que Dieu est Esprit et qu'il est Amour réunissant la Connaissance et l'Amour dont l'union intime débouche sur la sagesse, le troisième pilier maçonnique qui, avec la force et la beauté, constitue la triade invoquée en Loge lors de l'ouverture des travaux. « Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice ! » déclare le Vénérable Maître en allumant le flambeau du premier pilier. a Que la Force le soutienne ! » ajoute le Frère Premier Surveillant en accomplis­sant le même rite de lumière. « Que la Beauté l'orne ! » conclut le Frère Second Surveillant, parachevant ainsi l'éclairage du Temple en sanctifiant le carré long du pavé mosaïque que le franc-maçon aura à parcourir, sous la voûte étoilée, tout au long de son existence initiatique et de sa quête vers la Lumière.

Cette quête n'est pas égoïste et personnelle. Elle se fait dans le Temple avec l'aide de ses Frères qu'il aura pour mission à son tour, s'il en a les moyens, de guider et d'éclairer. Elle se fait aussi en dehors du Temple.

Juste avant l'épisode de la mort et de la résurrection de Lazare, étroitement assimilées pour celui qui sait lire entre les lignes à la mort et à la résurrection de l'initié, Jean prête ces paroles au Maître : « Je suis le bon berger, je connais mes brebis et elles me connaissent, de même que je connais le Père et que le Père me connaît, et je donne ma vie pour mes brebis. »

Or, lorsqu'il est suffisamment avancé sur la voie, l'initié franc- maçon devenu Chevalier Rose-Croix apprend qu'il doit conduire ses Frères, tous ses Frères, ceux du dehors comme ceux du dedans, dans les voies de la foi, de l'espérance et de la charité. Il apprend qu'il a la responsabilité d'autres brebis, celles qui cherchent leur chemin dans le monde profane et qu'il doit être le guérisseur des âmes et le consolateur des esprits comme le fût au Moyen Age, le vrai Rose-Croix qui en plus avait la charge, bien redoutable, de soulager les misères et les maux du corps.

Evoquant la mission de notre Ordre, notre Frère Arnould­Gremilly écrivait naguère ces lignes : « Heureux si cet essai pou­vait attirer l'attention de nos Frères sur la nécessité en cette époque de matérialisme à outrance de revenir ou plutôt d'accéder à quelque spiritualité sans retomber dans les erreurs des dogmes et les facilités des postulats, bref de rechercher s'il n'est pas possible, à nous Maçons, d'instaurer un spiritualisme laïque, c'est- à-dire de faire la synthèse du matérialisme et de l'idéalisme qui s'affrontent dans un duel sans issue. »

Or, qu'est le matérialisme sinon l'humaine, trop humaine condi­tion d'une Humanité avide d'espoir, de foi et d'amour ? Qu'est l'idéalisme sinon le plan divin où l'espoir, la foi et l'amour trouvent leur parachèvement ?... Et l'union des deux, n'est-elle pas — voici que le cycle est bouclé — symbolisée par le baiser sur la bouche des deux fils de la Lumière, unis sous la protection de la Grande Mère, sur le tableau que conçut Léonard de Vinci voici plus de 450 ans ?...

De même l'Ordre maçonnique est-il, hors de tout dogme, de toute révélation imposée, la voie privilégiée qui fait participer l'ini­tié à l'unité fondamentale de l'Etre et le conduit des entrailles de la Terre-Mère jusqu'aux cimes où resplendit l'amour dans la connais­sance, où se révèle la musique des sphères et le cycle des vies successives, n'oubliant jamais toutefois la leçon du Trismégiste rappelée par Maître Eckhart : « Ce qu'il y a de plus haut dans son insondable déité correspond à ce qu'il y a de plus bas dans les profondeurs de l'humilité... ».

Source : www.ledifice.net

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