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Hauts Grades

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Le Guide des Maçons Ecossais

16 Mai 2013 , Rédigé par Jerome Colin Publié dans #Rites et rituels

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers…

Au moment de frapper à la porte du temple on choisit rarement son
obédience, encore plus rarement sa Loge, qui d’entre nous peut se vanter d’avoir
choisi son rite ? Ainsi certains sont initiés selon des rites extrêmement
répandus, d’autres selon des rites plus rares.
Le Guide Des Maçons Ecossais de Rite Ancien et Accepté (GDM) est de
ceux-là. Autrefois pratiqué selon diverses acceptions dans les loges d’obédience
écossaise, il est aujourd’hui hélas frappé de désuétude.
La rareté a le mérite d’entraîner l’originalité mais la rareté peut
avoir un aspect pervers : L’absence de connaissance précise. Surtout que, dans
le cas du GDM, cette absence de connaissance vient justement du fait qu’étant
frappé de désuétude les références à ce rituel se perdent. En cas de contentieux
sur sa pratique la solution se résume à une décision discrétionnaire du VM. et
chaque Loge peut le pratiquer alors à sa manière.
Sans doute me direz vous que la forme ne saurait primer sur le fond et que
l’important dans le travail effectué en loge est le parcours initiatique. Mais
si le rituel a le mérite de fédérer ce qui est épars, il est aussi le véhicule
de la transmission initiatique, une transmission verticale fixée. La verticalité
nécessite dès lors un référentiel précis, référentiel plutôt floue dans le cas
du GDM.
Conscient de tout cela, le VM de l’année 6000/6001 de « La Foi maçonnique
n°1017 » m’a chargé au début de son vénéralat, de mener des recherches sur le
GDM pour en faire le référent manquant.
Pas question pourtant de m’attribuer des lauriers que je ne mérite
pas. Car, disposant de mon rituel comme base de recherche, je n’avais pas à
mener une investigation pour retrouver des manuscrits et autres ouvrages
éparpillés dont il est tiré. La plupart de ces ouvrages sont conservés à la
bibliothèque Richelieu, à la Bibliothèque François Mitterand, ou à la
bibliothèque du Grand Orient. La piste était tracée, je n’avais plus qu’à la
suivre…
Après une petite année de recherche mes FF, je suis en mesure de vous
proposer un voyage à travers le temps. Fermez les yeux et imaginez : Vous êtes à
la fin de l’été 1830. Louis-Philippe D’Orléans vient juste de monter sur le
trône de France après une nouvelle révolte. C’est le début de ce qu’on appelle
déjà la Monarchie de juillet.
Mais quid de la Franc-maçonnerie à cette époque ?

1 : LE CONTEXTE MACONNIQUE DE L’EPOQUE ET LA GENESE DU GUIDE DES MACONS :

Pour bien comprendre les événements maçonniques qui vont se
dérouler, il est nécessaire de revenir sur le cheminement du Grand Orient de
France.
Après la mort du comte de Clermont le 16 juin 1771, le Grand Orient de
France est fondé le 26 juin 1773. La nouvelle organisation ne tarde pas à signer
une alliance avec le Directoire du Rite Ecossais Rectifié en 1776 et avec la
Mère-Loge de Ecossaise de France pour le Rite Ecossais Philosophique. C’est à
partir de 1782 que se créer la Chambre des grades, une commission qui commence
l’élaboration du Rite du Grand Orient qui deviendra le Rite Français avec 3
grades symboliques et un chapitre en 5 ordres.
Mais bien des loges écossaises ne l’entendaient pas de cette oreille comme
les loges écossaises de Douai, de Marseille et certaines de Paris, avec à leur
tête le F:. Antoine-Firmin Abraham. Ces loges entrèrent donc en résistance.
Une résistance telle que, le 12 novembre 1802, le GODF prend un décret
déclarant irrégulières les Loges ne pratiquant pas un rite reconnu par lui. Or
les seuls rites reconnus par le GODF étaient les rites modernes, plus
particulièrement le Rite Français tel que défini par l’ouvrage intitulé «Le
régulateur du maçon » publié en 1801. De ce fait, les loges pratiquant les rites
anciens se retrouvent excommuniées.
Il existe peut-être une autre raison à ce décret. Une raison plus
politique... … Il faut savoir que les militaires français noyautent les Loges et
savent que la paix d’Amiens avec les Anglais n’est qu’illusoire. D’où la
méfiance envers ce qui viendrait d’Angleterre. Du reste Napoléon Bonaparte,
alors seulement 1er Consul, se méfie de ce qui à l’air de venir d’Angleterre et,
sans s’informer plus, il fait savoir bientôt que le « rite écossais et ces hauts
grades écossais » ne lui disent rien qui vaille.
Les loges pratiquant le rite écossais étaient peu répandues à cette
époque mais, même les loges écossaises à cette époque, pratiquent une maçonnerie
de type moderne. Plusieurs documents en témoignent. Ainsi l’ouvrage de 1742 « Le
secret des francs-maçons », ou le manuscrit daté de 1763, intitulé « Rituel du
marquis de Gage »
Le Rite écossais en France à l’époque se nommait
Rite Ecossais
Philosophique.
Le Rite Ecossais Philosophique fut créé dans le sud de la
France, à Avignon, voire à Marseille, vers 1774. Il ressemble en bien des points
aux rites modernes : Les surveillants sont tous les deux à l’Ouest, les mots
sacrés sont dans les mêmes ordres que dans la maçonnerie des modernes comme nous
les verrons plus tard. Pas grand chose à voir avec les anciens mais les loges
pratiquant les rites selon les anciens usages existaient tout de même et leur
vivacité a permis la survie de ces rites.

Pour se faire, une loge bordelaise nommée « La parfaite Loge d’Ecosse de
St Jean de Jérusalem » et qui portait le titre de « Mère-Loge Ecossaise »
accorde en 1749 une patente à plusieurs frères pour répandre les grades écossais
dans le nouveau monde tandis que la Mère-Loge Ecossaise de Bordeaux continuerait
son œuvre en France.
Outre atlantique justement, c’est en 1795 que le comte Alexandre François
Auguste De Grasse, marquis de Tilly met au point un projet de « Suprême
Conseil pour les Indes Occidentales Françaises ». Le REAA comprend à l’époque 25
grades. Il passera à 32 puis à 33. Le 4 décembre 1802, une lettre intitulée « Le
manifeste » annonce la création depuis le 31 mai 1801 du Suprême Conseil de
Charleston. Ce premier Suprême Conseil américain se composait, après cooptation,
de John Mitchel, Frédérick Dalcho, Emmanuel De la Motta, Abraham Alexander,
Batholomew Bowen, Israêl de Lieben, Isaac Auld, Moses Levy, James Moultrie et
Alexandre De Grasse-Tilly. Le Rite Ecossais Ancien Accepté devient
officiellement un système initiatique dirigé par un Suprême Conseil coopté et
organisé selon un système de 33 degrés tel que défini par les grandes
constitutions de 1786 édictées, selon une convenance, par le Roi Frédéric II de
Prusse. Ce premier Suprême Conseil donnera lui-même naissance au Suprême Conseil
de St Domingue (l’actuel Haïti) et à d’autres.
En apprenant les agissements du GODF et le décret du 12 novembre 1802,
Alexandre De Grasse-Tilly revient en France pour y implanter son rite. Il
débarque à Bordeaux le 4 juillet 1804 et arrive à Paris à la fin du mois. Notons
au passage que le comte a connu quelques déboires et se retrouve ruiné. Il devra
pour survivre faire beaucoup de concessions, y compris au niveau maçonnique, ce
qui expliquerait bien des choses. Quoi qu’il en soit, le 22 septembre 1804[5],
c’est avec l’assistance de ses frères français et de nombreux frères américains,
qu’il fonde le Suprême Conseil de France et le 22 octobre suivant, il réunit le
convent de la « Grande Loge Ecossaise du Rite Ancien Accepté »
Sous l’impulsion de Napoléon, encore lui, la Grande Loge Ecossaise du Rite
Ancien Accepté signe un concordat avec le GODF, concordat qui ne durera guère
que quelques mois, le temps de créer une loge éphémère, avant que la scission ne
revienne. A la fin de l’année 1804 le Suprême Conseil reprend son
indépendance et 60 Loges symboliques du GODF le quitte et choisissent de le
suivre dans sa démarche.
Mais ce Suprême Conseil doit se doter d’un système de grades symboliques
dispensés dans les Loges bleues. C’est ainsi qu’en réponse au « Régulateur du
maçon » les trois premiers grades du rite ancien font l’objet d’une rédaction et
d’une édition. Ce texte n’est autre que le « Guide Des Maçons Ecossais de Rite
Ancien Accepté » dont l’édition originale imprimée se divise en 3 cahiers. Un
pour chaque Surveillant et un pour le Vénérable le plus complet des trois.

Cet ouvrage semble à première vue avoir été rédigé dans une période
se situant entre 1804, date de fondation du Suprême Conseil de France, et 1812.
Le doute quant à sa date vient, d’une part, de sa propre datation qui est
« 18:. », et d’autre part, de sa partie contenant le rituel de table et ne
mentionnant personne en particulier si ce n’est « sa majesté et son auguste
famille », sans mention du souverain en question.
Pour lever ce doute il faut se référer à un autre rituel, celui d’une loge
nommée « La Triple Unité Ecossaise »  un rituel daté de décembre 1804. Ce
rituel de la Triple Unité Ecossaise est identique au Guide. Son Vénérable Maître
était le F:. Fondeviolles qui fut reçu au 33e degré par Alexandre de
Grasse-Tilly lui-même. Ainsi le Guide daterait, lui, bel et bien 1804, que cette
version de 1804 en soit l’originale ou une copie.
Le Guide s’inspire largement de la maçonnerie pratiquée par les anciens et
telle que décrite dans l’ouvrage « Trois coups distincts » (« Three Distincts
Knocks ») daté de 1760, la grande référence des rites anciens. Ces rites anciens
étaient d’ailleurs pratiqués en Caroline du Sud, à Charleston plus exactement.
Le Guide critique d’ailleurs violemment le « Régulateur du maçon » pour la
publicité qui lui est faite et prend à contre pied la déchristianisation –
Certes temporaire à cause de la révolution - opérée par les rites modernes même
si, nous le verrons plus tard, il en a assimilé bien des éléments. Il a
également assimilé le Rite Ecossais Philosophique que pratiquaient les Loges
écossaises de France au XVIIIe siècle. La raison de ces assimilations est
simple, Alexandre de Grasse-Tilly, ruiné, a du faire de nombreux compromis avec
le système en place pour pouvoir manger et vivre aux Invalides.
Le Guide veut rechristianiser la maçonnerie. Il y est dit que les trois
grandes lumières sont l’équerre et le compas posés sur la Bible. De plus dans
l’instruction d’apprenti, il est fait mention de l’évangile qui fut d’abord
prêchée à l’Est pour se répandre à l’Ouest ainsi que le dit l’instruction de
« Trois coups distincts »…
Le GODF, le Suprême Conseil, les 33 degrés… Vous, vous êtes bien
loin de ça…
Imaginez-vous ce soir de 1830 vous rendant à votre Loge pour la tenue
régulière. Vous profitez du confort du fiacre qui vous y emmène pour feuilleter
la 2e édition d’un ouvrage sorti il y a 10 ans, un livre nommé « Le Tuileur »
écrit par un certain Vuillaume. Vous congédiez le fiacre et vous entrez dans le
temple. La plupart de vos FF:. y sont déjà, V:. M:. en tête, tous les officiers
sont présent également et il y en a beaucoup… Pour ne pas perdre de temps, vous
vous hâtez de laisser votre redingote au vestiaire, vous passez votre tablier de
peau peinte, vous enfilez vos gants blancs et vous prenez place sur la colonne
la plus proche, sur un fauteuil à la dernière mode : en acajou et aux angles
arrondis.
Les travaux ne vont plus tarder à commencer.

 2 : LA DISPOSITION DE LA LOGE ET DES OFFICIERS :

Un regard circulaire vous permet de voir les différents officiers de
la Loge. Ils sont tous disposés selon les indications du livre : « Recueil
général des lois constitutionnelles du rite écossais et des différents grades
qui composent cet ordre maçonnique », un ouvrage manuscrit de 1812 comportant
toutes les indications sur le 1er degré du rite et sur la disposition de la loge
et des officiers. Ce livre n’a jamais été complété par les grades de
compagnon et de maître. Pourquoi ? Mystère…
Ce soir tout est conforme. Le Vénérable Maître est juché sur
l’estrade, à l’orient. Une estrade surélevée d’une hauteur de 3 marches et
fermée par une balustrade. Il porte le maillet, symbole d’autorité, une équerre
à son sautoir et un chapeau. Selon le manuscrit « Rituel écossais du 1er au 18e
degré » de 1820 il s’agit d’un chapeau Henry IV orné d’un plumet blanc et
d’une cocarde tricolore. Clin d’œil au RER ? le chapeau Henri IV est prescrit
pour les Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte selon les rituels RER de
1787-1791.
Le chapeau paraît être l’ornement adéquat. Il s’assimile facilement à la
couronne, symbole de souveraineté et de pouvoir. Mais pas question de faire
porter une couronne au Vénérable Maître. A cette époque une couronne
rappellerait trop de mauvais souvenirs aux républicains et serait sans doute
perçue comme un sacrilège pour les royalistes.
Juste en bas de l’estrade se trouve un petit autel, appelé « autel des
serments » sur lequel trônent les trois grandes lumières de l’ordre : Le compas,
l’équerre et une bible ouverte au 12e chapitre du livre de Juges. Pourquoi ce
choix ? De prime abord on a du mal a priori à comprendre le rapport entre ces
quelques versets relatifs aux guerres entre les tribus d’Israël, plus exactement
sur la tribu d’Ephraïm, et la franc-maçonnerie. Mais une simple lecture de ce
passage permet de voir un rapport évident.
Le livre des juges, dans son chapitre 12, traite de la défaite d’Ephraïm, le 2nd fils de Joseph, face aux hommes de Galaad rassemblées par Jephthé. Suite à cette défaite, les hommes de la tribu d’Ephraïm voulaient fuir.
Si un homme d’Ephraïm se faisait prendre par les hommes de Galaad et niait sa
qualité d’Ephraïmites les Galaadites lui demandait de prononcer un certain mot.
Comme les Ephraïmites avaient un défaut de prononciation, ils ne pouvaient
prononcer ce mot correctement. La sanction était d’avoir la gorge coupée. Ce mot
n’est autre que le mot de passe du second degré que l’apprenti, au moment de sa
cérémonie de passage, est sensé déjà connaître...

Mais revenons en à la tenue. L’estrade sur lequel se tient la chaire
du roi Salomon a d’autres locataires. Il y a trois autres officiers, que le
manuscrit de 1812 désigne sous le vocable de « dignitaires ». A la droite du
Vénérable se trouve le secrétaire, à l’extrémité de l’estrade. Plus proche du
Vénérable siège le 1er diacre, armé d’une Hallebarde et qui sert de messager.
Pourquoi une hallebarde ? Il n’y a aucune explication officielle à ce sujet.
Pourtant, on peut trouver une explication symbolique : La hallebarde s’assimile
facilement à la lance. Or la lance est certes une arme mais c’est aussi dans
biens des traditions un ornement, une simple décoration. C’est le cas par
exemple pour les indiens d’Amérique pour lesquels la lance décorée montre le
rang social. Plus proche de nous, les « Beefs eaters » qui gardent les joyaux de
la couronne d’Angleterre ou les gardes suisses du pape, portent la hallebarde.
De plus il faut savoir que les gardes suisses, mais aussi les beef eaters, sont
les gardiens du sacré. La hallebarde serait alors l’arme sacrée par excellence.
Notons au sujet des diacres, puisqu’il y en a deux, que la présence
de ses officiers, décrits déjà dans « Trois coups distincts », atteste de la
conformité du GDM avec la maçonnerie des anciens. La présence de 2 diacres
œuvrant comme messager entre le Vénérable Maître et les surveillants apparaît
dans les premières constitutions irlandaises de 1730.
La fonction de diacre fut
reprise dès 1752 par les règlements de la Grande Loge des Anciens établit par
Lawrence Dermott.

A la gauche de l’estrade, on trouve l’Orateur, le détenteur de la Loi
comme l’atteste le bijoux de son cordon. A l’orient, on trouve enfin l’étendard
de la Loge et un grand nombre de sièges. Même si le recueil de 1812 ne les
mentionnent pas, il doit s’agir de sièges à destination des visiteurs importants
ou des membres d’honneur qui, eux, sont cités dans le même recueil. Du reste
l’original du « Guide des Maçons Ecossais » dit, dans le rituel d’ouverture, que
le Vénérable Maître «reconnaît pour maçon tous ceux qui sont à l’orient ». Cela
se limite-t-il au secrétaire, au diacre et à l’orateur ? Autre indice : Le
recueil de 1812 dit clairement que les Frères pratiquant les grades supérieurs
sont revêtus des attributs de ces grades, peut-être sont-ce les occupants des
sièges de l’Orient…
Juste en bas de cette estrade on trouve deux autres plateaux. A midi
celui du trésorier qui porte ses deux clefs en bijoux, et au septentrion celui
du Garde des sceaux. Ce dernier est l’assistant direct du secrétaire, il
conserve les archives de la loge, ses timbres et tampons. Son bijou consiste
simplement en une médaille de Loge.
Toujours plus à l’occident on trouve les Maîtres des cérémonies, car
il y en a deux : Le 1er en tête de la colonne du midi, portant sa canne
d’ambassade et dont le bijoux consiste en deux cannes entrecroisées. Son alter
ego lui fait face en tête de la colonne du septentrion. C’est surtout leur
voisin qui les différencie. Le 1er Maître des cérémonies à pour voisin de gauche
le 1er expert, portant une épée à la main et une règle coupant une épée en guise
de cordon. Le 2e Maître des cérémonies à pour voisin immédiat le porte-étendard
qui arbore un simple triangle en cordon. Ce dignitaire, à dire vrai, n’a aucun
office particulier pendant la tenue. Son rôle consiste, on le pense, à suivre le
Vénérable Maître lorsqu’il est en déplacement.
Toujours plus à l’occident, sur la colonne du midi, siège le 2nd
Surveillant derrière son plateau surélevé d’une marche. Il porte son éternel fil
à plomb autour du cou et tient le 3e maillet. Cette présence au midi du 2e
Surveillant atteste particulièrement du caractère ancien du GDM. Le « Trois
coups distincts », place expressément le 2e surveillant au midi « pour observer
au mieux le soleil culminant au méridien, pour appeler les hommes du travail au
repos, et de veiller à ce qu’ils reviennent en temps voulu, de sorte que leur
Maître en retire plaisir et profit. ». Cet ouvrage place également le 1er
surveillant à l’occident pour « clore la Loge, payer leur salaire aux ouvriers,
et les renvoyer de leur travail ». Plus loin dans le catéchisme des « Trois
coups… » il est dit que la colonne Force représente le 1er surveillant à
l’occident et la colonne Beauté le 2nd surveillant au midi. Dans les rites
modernes comme le rite français au contraire, les deux surveillants sont à
l’occident, un devant chaque colonne. Dans l’ouvrage de Prichard intitulé
« Massonry Dissected » de 1730 il est très clairement affirmé que les
surveillants sont à l’occident pour renvoyer les hommes du travail en ayant payé
leur salaire. Le « Régulateur du maçon » de 1801 emboîtera le pas des modernes.
Encore plus à l’occident, devant la colonne B:. , on trouve le 1er
Surveillant, juché sur une estrade de deux marches. Il porte le 2nd maillet et
un niveau en sautoir. Ce dignitaire est très entouré. A sa droite on trouve le
2nd diacre armé lui aussi d’une hallebarde, et qui sert de relais entre les deux
Surveillants. A sa gauche on trouve l’Hospitalier, et
« l’Architecte-vérificateur », ou « Architecte » tout court, qui est plus
spécialement chargé de la « maintenance » du temple : Gestion du stock de
bougies et des accessoires rituels, réparation du local s’il y a lieu, commande
des médailles de loges et attribution desdites aux membres de la Loge. Cet
officier porte un compas en sautoir. La fonction d’architecte disparaîtra très
rapidement : Dès 1849, lors de la réforme du Grand Orient de France. Un tel
officier est peu utile dans un temple comme celui de la rue Cadet, ou de la rue
Christine de Pisan, dans lesquels il y a une intendance.
Il faut enfin signaler la position même du 1er surveillant qui, à
l’origine, se situe juste en face du Vénérable Maître, dans l’axe de la chaire
du roi Salomon et du tableau de Loge. Cette position est en tout point conforme
aux usages des anciens. Alors qu’au XXI siècle, le 1er surveillant est souvent
décalé vers le Nord, tout comme le 2nd Surveillant vers l’Ouest. La raison
invoquée de nos jours est que chaque surveillant doit faire face à sa
colonnette.
Enfin, à l’occident, on trouve le 2nd Expert juste derrière le 1er
Surveillant, contre le mur devant la colonne B:. qui est le stricte alter ego de
son homologue à la tête de la colonne du midi. Pas loin de lui, devant l’autre
colonne, siège le Couvreur, armé de son épée. Une tradition veut que le couvreur
soit en général le précédent Vénérable Maître. En effet la fonction de Passé
Maître Immédiat n’existe pas au GDM.
Il y a enfin un dernier officier, il s'agit de l'économe qui est
chargé de la bonne organisation de l’agape et qui prend place sur l’une ou
l’autre colonne. L’économe est parfois appelé « Maître d’hôtel », ce qui sied
mieux à sa fonction.
Que d’officiers dans ce rituel direz-vous ? Pas moins de 20 se
repartissent le travail dans le temple sans compter les adjoints ou suppléants
éventuels ! Certes leurs fonctions sont strictement définies par le recueil de
1812. Le secrétaire fait la place tracée des travaux, le garde de sceaux
conserve et gère les archives de la Loge, le 2nd Surveillant scrute la colonne
du septentrion et se charge de l’instruction des apprentis, le 1er garde les 2
colonnes et se charge de l’instruction des compagnons, les Maîtres des
cérémonies procèdent aux cérémonies diverses : Initiations, passages,
élévations, etc… Tout cela dans un temple entretenu par l’architecte, préparé
par les apprentis sous le contrôle des maîtres des cérémonies, et vérifié par
les experts. Pourtant on ne peut tout de même pas s’empêcher de penser à la
confusion qui régnerait au cours des travaux si ceux-ci ne n’étaient pas réglés
au millimètre. On ne peut qu’en déduire l’importance d’autant plus grande du
rôle de V:. M:. au Guide des Maçons Ecossais, ses qualités d’équité et de
gestion doivent être d’autant plus grandes.
Quoi qu’il en soit, tout le monde est en place, le rituel commence…

3 : LE RITUEL D’OUVERTURE :

Au moment d’ouvrir les travaux, les bougies sont déjà allumés, les
officiers sont en place, y compris le VM. Le VM demande tout d’abord au 1er
Surveillant de s’assurer de la sécurité de la Loge puis de la qualité maçonnique
des gens qui garnissent les colonnes. Le GDM imprimé original ne mentionne pas
la façon dont les surveillants s’assurent de cette qualité, pas plus qu’il ne
mentionne la levée des FF:. ou du Vénérable Maître. Ce n’est que dans le
manuscrit de 1829 « Rite Ecossais Ancien & Accepté, rituels des 3 premiers
degrés selon les anciens cahiers » que l’on trouve la façon dont ce fait
cette vérification. Ils montent d’abord à l’orient pour y chercher
symboliquement la connaissance puis redescendent vers l’occident pour y
effectuer leur travail avant d’en rendre compte.
Enfin le mot sacré passe du Vénérable au 1er Surveillant puis au 2nd par
l’intermédiaire des Diacres. Le Vénérable se découvre le temps de prononcer la
formule rituel d’ouverture des travaux. Pour cela il s’arme d’une épée à la lame
droite et non d’une épée flamboyante, épée droite qu’il tient droite dans la
main gauche tandis que la main droite tient le maillet. Le Vénérable Maître
ouvre les travaux de façon autoritaire, en rappelant l’interdiction des
discussions politiques ou polémiques en loge, interdiction assortie de
sanctions. Il n’y a pas non plus, de formation d’un tétraèdre avec la canne du
Maître des Cérémonies et l’épée de l’Expert. Ce tétraèdre – au même titre que
l’épée flamboyante – est un élément d’hermétisme absent du GDM.
L’être au nom duquel les travaux sont ouverts diverge aussi avec le temps.
Dans le recueil de 1812 et le manuscrit « Rituel écossais » de 1820, les travaux
sont ouverts au nom de Dieu et de St Jean, il n’est nullement fait mention du
GADLU qui n’apparaît que dans le manuscrit de 1829. Les travaux, selon ce
dernier manuscrit seulement, sont ouverts comme dans notre rituel contemporain
au nom de « Dieu, GADLU et de St Jean d’Ecosse ». Notons au passage que
l’appellation de « St Jean d’Ecosse » est purement franco-française puisque les
« Trois coups distincts » ne parle que de St Jean…Quant à l’acclamation,
elle n’apparaît que dans le manuscrit de 1820 sous la forme « Houzzé » et celui
de 1829 sous l’écriture « Houzzaï ».
Que n’a-t-on pas dit sur cette acclamation mystérieuse : « Houzzé ».
On en a fait le simple synonyme de « Hourra », un dérivé de « Hoschée » -
L’acclamation Rose-Croix - un dérivé de l’hébreu « Ozé » qui signifie « Force »
et par extension « vie », ce qui rapprocherait le « Houzzé » du « Vivat » des
rites modernes. Delaunay, dans son tuileur, en a même fait une signification de
« Vive le roi » ce qui n’a rien d’étonnant lors de la restauration monarchique.
Certes le mot sacré du 1er degré n’est nullement mentionné lors de
l’ouverture, ni celui de compagnon et encore moins celui de Maître. Le mot du
1er degré ne figure dans aucun des textes, seule la 1ere lettre du mot est
mentionnée ce qui permet certes de comprendre que celui-ci est « Boaz ». L’ordre
des mots sacrés selon les anciens est donné très tôt par le manuscrit « Sloane
3329 » et le manuscrit de Trinity College. Tous deux datent du début du XVIIe
siècle et restituent cet ordre des mots sacrés avec « B » au premier degré. Dans
un autre texte fondateur des anciens, « Le sceau rompu » de 1745, on ne donne
pas le mot du premier degré mais l’intégralité de celui du second. Il n’y a
alors plus qu’à faire marcher l’esprit de déduction.
Pour retrouver l’intégralité des mots sacrés, il faut se référer aux
textes fondateur des rites anciens. Les « Trois coups distincts » (1760) donne
l’intégralité des mots sacrés des deux premiers grades avec B au 1er degré.
L’intégralité des mots est donnée à ceci près que le mot de compagnon est écrit
à L’anglaise[16]. Avant cela, deux ouvrages français nommés respectivement « Le
catéchisme des Francs Maçons » (1744) et « L’ordre des Francs Maçons trahi »
(1745) donne l’intégralité des mots sacrés des 1er et 2nd degré avec l’écriture
du mot de compagnon à la façon française.
Pour information il faut savoir qu’un des moyens de distinguer les
rites anciens des rites modernes est justement l’orthographe du mot « Boaz ».
« Boaz » est une orthographe typiquement ancienne à laquelle les modernes ont
substitué l’orthographe « Booz ». Les modernes qui ont d’ailleurs volontairement
inversé l’ordre des mots sacré des 1er et 2nd degrés comme en témoigne une
divulgation des secrets des modernes par le « manuscrit Sadler » de 1766,
divulgation faisant suite au « Massonry Dissected » de Prichard (1733).
Le GDM étant de nature ancienne, l’ordre et la prononciation des
mots sacrés dans les trois grades ne peut guère laisser de doute.

 4 : LES PRELIMINAIRES A L’INITIATION :

Avant d’aborder la cérémonie en elle-même, il faut s’arrêter un
instant sur toute la procédure qui a conduit le profane dans le cabinet de
réflexion. Le recueil de 1812 précise toute la démarche.
La demande d’initiation est déposée dans le sac aux propositions par
un F:. de l’atelier. Le postulant doit être âgé de 21 ans, mais le recueil
permet la candidature d’un postulant âgé de 20 ans seulement s’il est
louveton[18]. Suite à cette première attache le Vénérable Maître nomme trois
enquêteurs désignés sous le vocable de « commissaires » pour se rendre chez
le profane et s’assurer de sa bonne moralité et de sa bonne volonté.
Une incertitude existe quant à la teneur de la 3e attache : Passage
sous le bandeau ? Entretien en comité de Maîtres dans une salle humide ? Simple
confirmation de la 2e attache ? Faute de texte, on peut raisonnablement déclarer
qu’il y a une totale liberté des loges en la matière. Mais la 3e attache ne
saurait être escamotée puisqu’elle est prévue par le rituel de l’initiation
lui-même.
Pour ce qui est du scrutin, la règle est complexe. Selon le recueil
de 1812 le vote à boules est obligatoire lors de la 2e et de la 3e attache selon
les modalités suivantes : Si à l’issue du scrutin, il y a une boule noire dans
l’urne, il est procédé à un nouveau tour pour s’assurer qu’il n’y aucune erreur.
S’il y a encore deux boules noires dans l’urne, il est prévu que les FF:. qui
les ont mis rencontrent ultérieurement le Vénérable Maître et les Surveillants
pour exposer les raisons de leur refus. A l’issue de cette entretient, le V:.
M:. et les Surveillants tranchent et leur décision a force de Loi. S’il y a
trois boules noires ou plus dans l’urne, le scrutin est tout simplement
défavorable.
Notons que le recueil a prévu le cas du profane très connu des
membres de l’atelier. Dans ce cas, il sera dispensé d’enquête et seule la 3e
attache aura lieu. Mais dans ce cas, l’unanimité est requise.
Quoi qu’il en soit, une fois la loge acquise au profane, la cérémonie peut avoir lieu.

5 :L’INITIATION :

Pour l’initiation, le profane est amené sur les parvis du temple
après un long moment dans le cabinet de réflexions. Il a pu y lire les diverses
maximes inscrites sur les murs noirs, il avait sur la table en face de lui un
crâne et un « livre de morale », la sainte bible sans doute. Le sel, le souffre
et le mercure sont des éléments alchimiques de base absents de ce rituel qui se
veut, nous le verrons plus tard, très proche du métier symbolique.
Après un temps de réflexion le profane est introduit dans le temple
dans la vêture rituelle. Le voilà donc sans métaux, un bandeau sur les yeux, une
corde au cou, le sein et le genou gauche dénudé, le pied gauche en pantoufle.
Il est bientôt précipité dans la caverne après avoir accepté de
subir les épreuves et après avoir médité sur la sellette des réflexions qui
n’est autre que la pierre brute elle-même. La caverne est décrite dans le
recueil de 1812 qui en donne une description précise. Il s’agit seulement d’une
longue gouttière suffisamment large pour y faire tenir un homme assis. On met le
profane à un bout puis on lève la gouttière pour le faire glisser. En termes
clairs on lui fait faire du toboggan… L’épreuve de la caverne n’est pas sans
importance symbolique. Dans de nombreuses traditions initiatiques les cérémonies
débutent par un passage dans une caverne ou une fosse, à titre de punition dans
la logique platonicienne ou à titre de retraite purificatrice ce qui
conviendrait mieux à l’optique maçonnique. Ce passage « troglodyte » symbolise
une régression « ad uterum », un retour au ventre maternel pour une nouvelle
naissance. Au plan psychologique il s’agirait même d’une phase d’introspection
récapitulative avant la construction d’une nouvelle identité.
Au cours de la cérémonie de réception, après avoir subi l’épreuve du
calice d’amertume, on lui fait faire les 3 voyages. Trois voyages strictement
identiques durant lesquels le candidat est bousculé et durant lesquels les FF :.
font un vacarme épouvantable. Mais le vacarme du 3e voyage disparaît dés 1829.
Pourquoi cette suppression ? On s’accorde à dire que ce voyage correspond à la
première entrée dans le temple. On a alors du mal à comprendre pourquoi un tel
tumulte dans un lieu où règne la paix, la concorde et l’harmonie.
Au cours de ces voyages le profane sera purifié par l’eau et le feu mais
non par l’air ni par la terre. Il faut voir ici non pas un oubli d’une référence
alchimique mais une référence biblique. La candidat à l’initiation est assimilé
à une future victime d’un holocauste dans le temple de Jérusalem : il est donc
purifié par l’eau lustrale. Cette cérémonie biblique est décrite dans le
chapitre 19 du Livre des Nombres. Vient ensuite l’épreuve du feu dont la
signification est la suivante : Si la victime est impure, elle sera consumée. Si
elle est pure : le feu ne la détruira pas. Alors, seulement à ce moment, le feu
jouera alors le rôle d’un catalyseur de la transformation du profane au sacré,
du profane au maçon, du métal en or, petit clin d’œil à l’alchimie…
Pas question de décrire plus avant une cérémonie que vous connaissez
tous mes FF:. Laissez-moi seulement m’arrêter sur quelques points. En effet au
fil des transcriptions du rituel quelques éléments changent. Ainsi, lors du
« test de bienfaisance » les premières versions du rituel ne prévoient pas les
dons d’argent ridicules, seulement une offre généreuse. La formule « Monsieur le
denier de la veuve donné avec indigence est aussi agréable au GADLU que la pièce
d’or du riche… » n’apparaît pas, seule « Je n’en attendais pas moins monsieur,
de votre bon cœur... » est rédigé. Quant au sacrifice de sang, si les versions
plus récentes du rituel attribuent cette fonction à un F:. anonyme appelé F:.
chirurgien, le recueil de 1812 donne cette fonction à l’hospitalier. Il faut
noter que là encore le sacrifice de sang est un élément français qui date de la
2nde moitié du XVIIIe siècle mais il était déjà présent au Rite Ecossais
Philosophique.
Plus intéressant est la formule latine « Sic transit gloria mundi »
employée lors du retrait définitif du bandeau au candidat. Seule la version
imprimée du GDM laisse apparaître cette phrase « Sic transit gloria mundi »
[ainsi passe la gloire du monde]. D’où vient cette phrase ? Déjà présente dans
la Stricte Observance Templière bien avant le 1er empire, elle se retrouve de ce
fait au Rite Ecossais Rectifié. La maxime est tirée d’un des grands livres de la
mystique chrétienne : « L’imitation de Jésus Christ » qui contient un ensemble
de conseils pour la vie spirituelle et religieuse. Cet ouvrage est anonyme. On
l’a attribué tour à tour au chancelier de l’université de Paris, Jean Charlier
de Gerson (1363-1429), au moine allemand Thomas a Kempis (en réalité Thomas
Hemerken, 1380-1471), à L’abbé de Vercelli (Piemont) : Gersen, etc… Cet ouvrage
a été traduit de nombreuses fois, notamment par Corneille, mais c’est celle de
Félicté-Robert de Lamennais (1782-1854) fait autorité. Quant à ces paroles de
l’Imitation - « sic transit gloria mundi » - elles sont adressées au Pape lors
de son installation pour rappeler au souverain pontife la fragilité du pouvoir
temporel.
La lecture de la bible fourni son explication. Certains passages ne
sont guère tendres avec la notion de gloire. A commencer par l’Ecclésiaste qui
distingue clairement la gloire de Dieu de la gloire de l’homme qui ne serait
qu’une gloriole. Quelques exemples : « Mieux vaut une bonne réputation qu’un bon
parfum » (7-1), « Mieux vaut entendre la réprimande du sage que le chant des
insensés » (7-5).
Quant aux proverbes, au chapitre 25 verset 27 ils disent : « Il n’est pas
bon de manger beaucoup de miel, mais rechercher la gloire de l’autre est un
honneur ». Jean, au chapitre 12 de son évangile relatif à la résurrection de
Lazare parle de Jésus arrivant à Béthanie à dos d’âne. De même au Versets 42 et
suivant, Jean y traite des pharisiens qui aimaient plus la gloire des hommes que
la gloire de Dieu. Ce à quoi Jésus répond : « Celui qui croit en moi croit, non
pas en moi, mais en celui qui m’a envoyé. Je suis venu comme une lumière afin
que quiconque croit en moi ne demeure point dans les ténèbres. ». Tout cela sans
compter avec l’instruction du second degré.
A la lumière de ces quelques lignes sacrées, une explication peut
s’imposer quant à la présence de la phrase « sic transit gloria mundi ». Elle
signifie à l’impétrant, d’une part que l’initiation incite à laisser là les
passions au profit de la réalisation personnelle, la gloire m’appartenant qu’à
Dieu. Et, d’autre part, que même s’il vient de recevoir la lumière, cette
lumière, aveuglante lors du retrait du bandeau, est éphémère et qu’il faudra
continuer l’initiation toute sa vie pour la maintenir ou la retrouver.
Pour en revenir à notre initiation selon le GDM, une fois le bandeau
retiré pour la seconde fois et le serment prêté, le VM communique à au nouveau
frère les mots, signes et attouchements du 1er degré du rite. Mais dans le
premier imprimé du GDM ainsi que dans les rituels écossais de 1820, le VM ajoute
la phrase suivante : « Mon F la maçonnerie est connue dans tout l’univers quoi
qu’elle soit divisée en deux rites : Anciens et moderne. Mais ils reposent sur
les mêmes principes. Nous travaillons sous le rite ancien ou écossais car il est
le même qui nous a été transmis par les 1er fondateurs de l’ordre et est de pure
essence de la maçonnerie. Voici les mots, signes et attouchements du rite
moderne ». Et sur ce il les lui communique, mais ces mots, signes et
attouchements ne sont pas plus indiqués que ceux du rite ancien. On peut tout de
même voir la volonté du Rite ancien de tendre la main au rite moderne malgré
l’opposition entre les deux. Opposition qui ne prendra fin qu’avec le traité de
1813. Sans doute est-ce là également une marque de la volonté de compromission
du comte de Grasse-Tilly pour pouvoir survivre décemment.
Enfin le nouveau F est proclamé, il prend place sur les colonnes,
sur un siège en acajou aux angles arrondis. Mais le nouveau F:. va devoir, comme
les autres apprentis, s’absenter momentanément car ce soir votre Loge monte au
2e degré pour un passage.

6 : LE PASSAGE :

L’ouverture au 2nd degré ne diffère guère au fil des temps. Elle est
d’ailleurs semblable à celle du 1er degré à quelques tournures de phrase près.
Seuls les mots sacrés changent, naturellement.
Pour la cérémonie de passage le GDM se veut extrêmement proche du métier,
il est proche en cela des rites anciens. Le candidat effectue 5 voyages au cours
desquels lui sont expliqué les différentes phases de la taille de la pierre et
de l’édification du temple. Initialement, il n’y avait que trois voyages. Ce
nombre de 5 voyages apparaît pour la 1ere fois dans un rite français provenance
indéterminé datant de 1756 et conservé par le Grand Orient de Belgique. Mais le
nombre de 5 voyages deviendra définitif en 1786 lors de la refonte des rites par
le GODF en 1786. Ce nombre de 5 voyages fut par la suite adopté par les
fondateurs du REAA et repris par le GDM.
Pour effectuer ces 5 voyages, le candidat compagnon prend successivement à
la main une série d’outils. C’est d’ailleurs la seule cérémonie et le seul
rituel dans les grades symboliques durant laquelle le candidat à les mains
pleines de plusieurs outils. Rappelons brièvement le contenu de ces voyages qui
représente les 5 années que durait l’apprentissage autrefois, dans les
confréries : Le premier est consacré à la coupe de la pierre, le candidat
effectue ce voyage muni d’un maillet et d’un ciseau à pierre . Le 2nd voyage est
consacré au tracée sur la pierre extraite des lignes propres à en donner la
coupe exacte à venir, le candidat fait le tour de la loge en tenant une règle
est un compas. Le 3e au transport de la pierre depuis la carrière jusqu’au
chantier et à la mise en place de cette pierre, ce voyage se fait avec un levier
et une règle. Le 4e tour de loge est consacré à la construction de l’édifice en
lui-même avec l’équerre et la règle. Quant au 5e voyage il est consacré à la
théorie générale de la construction. Et si les 4 premiers voyages se font avec
des outils à la main, le 5e se fait, lui, mains nues.
Cette progression est empreinte d’un certain bon sens : L’apprenti
commence par des tâches grossières ne demandant pas beaucoup d’expérience avant
d’affiner peu à peu sa technique pour déboucher sur la théorie, occupation plus
noble s’il en est.
D’aucun reprocherait aujourd’hui au GDM l’absence d’éléments plus
ésotériques. Ainsi les cartouches retournés lors de la même cérémonie au
« 1804 » ou au « 1802 » cartouches sur lesquels sont inscrit les 5 ordres
d’architectures, les 5 sens et les 7 sciences libérales. Ces cartouches ne sont
pourtant pas si récentes. Ils apparaissent sous la restauration, plus exactement
dans un rituel de 1843 publié par le Suprême Conseil de France. Il y avait même
plus de cartouches. Selon ce rituel, le 1er cartouche montrait les 5 sens, au
second voyage on montrait le 2e cartouche sur lequel étaient inscrit les ordres
d’architectures, le 3e cartouche traitait des 7 sciences libérales, le 4e
cartouche, lui était montré après les globes terrestre et céleste, il y était
inscrit des noms de philosophes comme Platon ou Solon. Le dernier de ces noms
inscrit était INRI. INRI signifie certes « Jésus de Nazareth, roi des Juifs »,
mais aussi « Igné Natura Renovatur Integra » c.a.d, selon la tradition
alchimique, « La nature renouvelle tout par le feu ».
Au GDM, ces cartouches sont inexistant. Mais les 5 sens et les 7 sciences
libérales figurent déjà dans l’instruction d’apprenti. L’initié aura
connaissance de ces éléments dès son apprentissage. Si on ajoute l’étoile
flamboyante et la lettre G apparaissant dans la cérémonie de passage, on peut
considérer que l’initié acquerra une connaissance symbolique suffisante une fois
fini sa période compagnonique.
Une fois le compagnon reçu dans son grade, on aura rabattu la
bavette de son tablier et il aura regagné la colonne du midi. Il devra quitter
aussitôt le temple avec les autres compagnons car votre loge procède à une
élévation.

7 : L’ELEVATION :

La Loge monte au 3e par la même cérémonie que celle du 1er et du 2nd
degré mais avec les mots de Maître. A ce degré les titres des FF:. changent. Les
FF:. prennent le titre de Vénérable Frères, les Surv:. celui de Très Vénérable
Frère et le Vénérable devient Très Respectable. Il faut sans doute voir en cela
une réminiscence de l’époque où le grade de Maître n’existait pas, il était
réservé au président de la Loge, les FF:. portant alors le grade de compagnon
mais connaissaient les secrets de l’actuel grade de Maître.
Pour la cérémonie d’élévation la Loge est tendue de noir, cela implique
qu’on tire un rideau à l’orient pour cacher la chaire du roi Salomon. On éteint
les lumières pour donner à la chambre du milieu un air lugubre, elle n’est
éclairée que par une bougie jaune dont l’emplacement n’est pas précisé. On
supposera seulement que cette bougie est à l’orient pour compenser l’absence de
lumière à l’orient qui est caché par un rideau noir. Cette bougie est néanmoins
cotoyée par un sablier, symbole du temps qui passe et mène irrémédiablement vers
la mort. Cette mort qui vient de frapper le Maître Hiram.
Le dernier maître élevé s’allonge dans un cercueil, recouvert d’un drap
noir. Le candidat est amené à reculons et la cérémonie peut commencer. Signalons
que le cercueil est une des particularités du REAA, Dans les autres rites les
personnes sont simplement allongées par terre. Le cercueil n’est pourtant pas
une invention du REAA, il existe aussi au Rite Suédois tel que rédigé dans les
années 1760-1770. Mais la présence de cette bière convient parfaitement au coté
théâtrale du REAA.
Plus intéressant, le GDM dans sa version imprimée non datée rajoute un
élément qui ne se retrouve plus dans le REAA contemporain. Une fois Hiram
assassiné le roi Salomon envoie une expédition de 12 compagnons à la recherche
du Maître. Cette expédition se scinde en 4 groupes qui partent respectivement au
Nord, au sud, à l’Est et à l’Ouest.
Ceci fait, voilà très exactement ce qui est stipulé : « Une de ces
quatre bandes descendit la rivière de Joppa (Aujourd’hui Jaffa) ; l’un d’eux
s’étant reposé sur une roche, il entendit de terribles lamentations par
l’ouverture du rocher. Prêtant l’oreille il entendit une voix qui disait :
« Oh ! Que j’eusse eu plutôt la gorge coupée, la langue arrachée jusqu’à la
racine, et que j’eusse été enterré dans le sable de la mer à la basse marée et à
une encablure de distance du rivage où la mer flue et reflue deux fois par jour,
plutôt que d’avoir été complice de la mort de notre respectable maître Hiram ! »
« Oh, dit un autre, que mon cœur eut été arraché de mon sein et jeté
pour servir de proie aux vautours, plutôt que d’avoir été complice de la mort
d’un aussi bon Maître. ! »
« Mais hélas, dit Jubélum : je l’ai frappé plus fort que vous deux
puisque c’est moi qui l’ai tué ! Que j’eusse eu mon corps séparé en deux, une
partie au midi et l’autre au Nord, et mes entrailles réduites en cendres et
jetées aux quatre vents, plutôt que d’avoir été le meurtrier de notre
respectable maître Hiram. »
Ce compagnon, après avoir entendu ces plaintes lamentables, appela
les deux autres compagnons, ils convinrent entr’eux d’entrer dans l’ouverture du
rocher, de se saisir des ouvriers et de les transporter devant le roi Salomon,
ce qu’ils exécutèrent.
Ces meurtriers avouèrent à Salomon ce qui s’était passé et ce qu’ils
avaient commis, et témoignèrent de ne pas survivre à leur forfait.
En conséquence, Salomon ordonna que leur propre sentence leur soit
exécutée, puisqu’ils avaient désigné eux-mêmes leur genre de mort, et ordonna
qu’il soit fait ainsi : Jubelas eut la gorge coupée, Jubelos eut le cœur
arraché, Jubelum eut le corps coupé en deux parties, l’une fut jetée au Nord,
l’autre au midi.
Salomon ayant ainsi vengé la mort du respectable maître Hiram-Abif
renvoya les mêmes compagnons pour remplir leur première mission. »
Ceci accompli, les 12 compagnons repartent pendant 5 jours et
rendent compte au roi Salomon de leur échec.
Voilà le seul élément vraiment remarquable du 3e degré du GDM qui ne
s’y retrouve plus aujourd’hui. Elle est pourtant toute droite issue de la partie
du catéchisme de maître dans les « Trois coups distincts ». Ce passage a
pourtant été supprimé en raison d’une contradiction totale avec les degrés
supérieurs.
Car le problème essentiel du GDM originel se situe là.
Le 3e degré du REAA actuel apprend que les compagnons étant rentrés sans
avoir découvert le cadavre d’Hiram, Salomon envoie 9 Maîtres qui, eux trouvent
le corps. Puis, dans un degré supérieur, l’on apprend que ces neuf Maîtres
retrouvent l’un des assassins du Maître Hiram. Aussitôt, l’un d’entre eux tue ce
compagnon et en rapporte la tête à Salomon. Lorsqu’il découvre le macabre
trophée que lui rapporte ce maître, il songe à le faire exécuter à son tour mais
finalement se ravise[23]. Quant aux deux autres compagnons, ils ne sont retrouvé
dans un autre degré.
On voit donc la totale opposition entre le 3e degré du Guide et les degrés
supérieurs du REAA. Voilà, mes FF:. où le bas blesse. Les degrés 4 à 33 ayant
été établi avant le Guide, comment ceux qui en sont les rédacteurs, les membres
du 1er Suprême Conseil Français, ont-ils pu commettre une telle erreur ? Des
hypothèses seront envisagées en conclusion.
On comprend néanmoins la suppression rapide de ce passage du GDM. Ce
rituel, dans sa version actuelle, n’a donc plus ce handicap.
Cela dit, une fois la cérémonie achevé, on communique enfin le mot de
Maître. Mais il s’agit là du mot substitué. Car le mot de Maître ne pouvait être
prononcé que par 3 personnes : Hiram roi de Tyr, Hiram Abif, et Salomon, or l’un
des trois est mort et le mot est perdu. D’où un mot substitué mis en place au
cas où Hiram, avant sa mort aurait révélé ce secret pour éviter son sort
funeste.
Quel est ce mot substitué ? Vu le caractère ancien du GDM, il n’y a aucun
doute que ce mot est « Mohabon », ce qui est proche du « Mohabone » des anciens.
A titre d’anecdote d’ailleurs le terme « Mohabone » évoque le vocable « Marrow
in the bone» , traduction : Moelle de l’os. Mohabon peut également se voir
comme une dérivation du vocable hébreu « Met aboneh », ce qui signifie :
« L’architecte est mort ».
A l’inverse il y a quelques éléments d’aujourd’hui qui n’y figuraient pas
à l’époque comme la phrase « Dieu merci le maître est retrouvé et il reparaît
plus radieux que jamais » lorsque le V:. M:. a relevé le nouveau maître. Cette
phrase est caractéristique de l’évolution ultérieure du REAA pour lequel la
fuite d’Hiram s’apparente à la course du soleil et pour lequel la relevée du
corps est une résurrection comme dans beaucoup de tradition symbolique.
Une fois le nouveau maître installé sur les colonnes, la loge peut
redescendre au 1er degré pour la fermeture des travaux.

8 : LA FERMETURE :

La fermeture des travaux est sans doute la seule partie du rituel
qui n’ai jamais grandement évolué. A un détail près pourtant : L’absence de
chaîne d’union. Celle-ci est n’est apparu dans les rites anciens que très
tardivement, car elle est, dans la première moitié du XIXe siècle, l’apanage des
rites modernes qui l’ont tiré du compagnonnage. Elle est néanmoins présente dans
l’Arche Royale des anciens et s’en est un élément essentiel. Une fois le serment
de silence prêté et les travaux clos, les frères quittent le temple pour une
agape rituelle en salle humide.

9 : CONCLUSION :

Revenons maintenant au XXIe siècle. Qu’est-il advenu du GDM ? Il a
continué d’être pratiqué tel que prescrit par le manuscrit de 1829 par la Grande
Loge de France jusqu’à une date oscillant entre la fin du XIXe siècle et le
début du XXeme siècle[26]. Depuis ce temps il a subi de nombreuses
modifications. La première date de 1893 avec Oswald Wirth qui a rajouté à ce
rituel proche du métier des éléments hermétiques et des références lourdes à la
kabbale, références propres à la mise en œuvre des degrés 4et plus du REAA. Au
fil de ces changements les diacres ont disparu avec la création de la Grande
Loge de France. Un rituel de 1905 ne les mentionne plus du tout. La
précipitation dans la caverne lors de l’initiation itou, la pavé mosaïque s’est
rétréci comme une peau de chagrin pour occuper le seul espace compris entre les
trois colonnettes allumées. Toutes ces modifications pour aboutir aux deux
versions des grades bleus contemporain du REAA pratiqués par la GLNF, versions
appelées respectivement « 1804 » alias « Cerbu », ou « 1802 » alias
« Trestournel » et datées toutes les deux de la 2nde moitié du XXe siècle.
Aujourd’hui, le Guide des Maçons n’a pas la qualité de REAA vis à
vis du Suprême Conseil Pour La France. Il lui reproche d’être en contradiction
avec les degrés 4 à 33. La contrariété originelle entre le 3e degré symbolique
et les degrés supérieurs en témoigne. Pourtant, il a été établie par les membres
du 1er Suprême Conseil au début du XIXe siècle. Comment a-t-on pu en arriver à
un tel antagonisme ? Que s’est-il passé ?
Plusieurs hypothèses peuvent être envisagées :
-Que le Guide soit un élément marginal du REAA.
-Que le Guide soit un brouillon des grades symboliques du REAA., qu’il
appartienne à la protohistoire des grades symboliques du REAA, autrement dit le Guide
serait le « diplodocus » de ces grades symboliques.
-Qu’il soit un compromis politique de Grasse-Tilly pour pouvoir manger.
-Qu’il y ait une fin prévue pour ceux qui n’iront pas au delà du 3e degré,
une fin implicitement démentie ultérieurement.
-Ou alors tout simplement que le Guide des Maçons soit un rite à par
entière et non un simple rituel.
Nul ne peut prétendre détenir la vérité puisqu’aucun texte n’existe pour
accréditer telle ou telle hypothèse.
De nos jours donc, cinq Loges de la province de Paris-Grande-Arche et la
R:. L:. Fama Fraternitatis n°387 à l’orient de Paris sont les seules en France à
le conserver et à pratiquer le GDM sous une forme à peu près originelle. La
Belgique, par contre, pratique dans ses grades symboliques un REAA très proche
du Guide.
Certes ce rituel peut-être tout de même connu, grâce notamment au site
internet
http://reunir.free.fr qui diffuse entre autres les rituels les plus
anciens. De même quelques exemplaires imprimés ou manuscrits du GDM traînent
encore ça et là. L’un dort à la GLF, un autre dans les armoires du Suprême
Conseil pour la France de l’avenue de Villiers, un autre encore au Fond
Maçonnique de la Bibliothèque de France de la rue Richelieu, un autre enfin au
domicile personnel du bibliothécaire du Suprême Conseil de Belgique. Mais les 6
loges précités qui travaillent encore selon le Guide font figure de dernier
bastion de l’histoire.
Alors, mes FF:. , par delà tout ce qui peut être reproché à ce
rituel : son caractère proche du métier, trop proche pour certains peut-être,
l’absence d’hermétisme voire son coté brutal… Gardons le précieusement au titre
de prima matériae.

Source : Grande Loge Nationale Française Province de Paris-Grande-Arche
Orient de Suresnes Respectable Loge « La Foi maçonnique n°1017 »

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Si les ricains n'étaient pas là...

15 Mai 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #histoire de la FM

Une bonne nouvelle pour la GLNF ! 

« Bien-aimé frère,

J'ai la grande joie de vous faire part de la lettre que nous venons de

recevoir de la Grande loge de Washington D.C. qui nous annonce le plein

rétablissement de ses relations fraternelles avec la Grande Loge Nationale

Française. Cette décision, capitale pour notre obédience, a été prise à l'occasion de

la communication semestrielle de cette Grande Loge qui figure parmi les

plus importantes d'Amérique du Nord.

Réjouissons-nous de voir ainsi se poursuivre une dynamique, laquelle, aux

dires du Grand Maître de la Grande loge de Washington, Teko Foly, vient

couronner les efforts de rétablissement de l'harmonie et de la paix à la

GLNF. Les encouragements que contient cette lettre pour maintenir notre action

nous vont droit au cœur et nous incitent à persévérer tous ensemble dans

la voie que nous poursuivons avec bonheur depuis quelques mois.

Recevez, mes bien-aimé frères, l'assurance de ma fraternelle affection. »

Jean-Pierre Servel

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L'engagement maçonnique

14 Mai 2013 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Qui devient maçon en prend l’engagement au cours de son initiation.
Un engagement qu’est-ce?
Et comment naît -il? Voici ce que sera notre propos.
Avoir un gage au jeu, c’est tomber sous le coup d’une obligation plaisante ou pénible.
Un gage, c’est une promesse, une caution. Un engagement, c’est une garantie, une preuve ou un témoignage.
S’engager, c’est se lier à une cause, promettre de la servir et de se soumettre aux obligations qu’elle impose.
Evoquons le contraire pour mieux comprendre: dégager. Coups de sifflets: « dégagez, dégagez » c’est à dire « laissez la voie libre. » Se dégager, c’est se retirer. S’engager, c’est le contraire.
S’engager, c’est entrer dans une voie précise et perdre par la -même une certaine liberté. Ce sont les liens qui nous font libres a dit un prophète.S’ engager, c’est ficeler une partie de sa personne.
Comment y parvient-on ?
Un des premiers graffiti de Mantes était « J’essaie d’exister »
Chacun de nous éprouve ce désir.

On a engrangé au fond de soi-même un certain nombre de valeurs: primauté de la spiritualité, amour des libertés( celle des droits de l’homme), désir d’altruisme, refus d’une existence terne. Ah! que ces intentions sont belles! Encore faut-il les vivre!Commnet allons-nous vers l’engagement? Un travail en profondeur longtemps inconscient agite notre personnalité. Conversations fortuites, rencontres inattendues, lectures diverses, profonde estime pour quelqu’un qui a déjà choisi orientent notre pensée vers ce qui un jour se manifeste avec éclat. Car un jour se produit en nous un déclic, un big-bang de la pensée et çà y est, la décision est prise. Le choix est fait: JE DESIRE ETRE FRANC -MACON
On en est tout surpris soi-même! Pourquoi ce choix? C’est qu’il correspond au désir profond de notre personnalité qu’il satisfait. On a trouvé ce que l’on cherchait.
Et si l’on a choisi la franc-maçonnerie, c’est qu’on a déjà une idée de ce qu’elle est.Sinon pourquoi ne pas avoir choisi l’union rationnaliste ou un parti? L’engagement présuppose une attirance. Pour nous, ce fut l’attrait de la liberté totale de pensée.Alors intervient la volonté de réaliser le choix, la mise en branle d’une force intérieure pour concrétiser la décision prise: démarche, correspondance, contact et enfin acceptation, espoir d’initiation et passage par la porte basse. Vient ensuite le moment crucial, celui où on lit son engagement. Mais à ce moment-là, la lecture se fait machinalement sans prendre conscience réellement de ce qu’on lit, soumis que l’on est à une émotion qui annihile tout esprit critique. C’est pourquoi chaque nouveau F\M\devrait partir avec le texte de son engagement. Mais voilà l’engagement.Quel est-il? A quoi sert-il?A quoi nous sommes-nous engagés?

Pour répondre à ces questions quelques-unes parmi nous ont, durant les vacances, réfléchi sur ce sujet :
Nos SS initiée en Juin 1966, en Mars 1991,en1992et1993,ont un vécu et un cheminement maçonniques évidemment fort différents.

Quand on réalise, que notre Vénérable d’honneur a 30 ans d’engagement maçonnique, qu’elle est une des fondatrices de notre Atelier et que,sauf, pour des raisons de santé, elle est toujours présente sur nos colonnes, signe que sa foi maçonnique est intacte, je lui dis chapeau et, je m’interroge.
Je m’interroge aussi sur cette femme de cette fin du xix eme siècle Maria Deraismes, grande bourgeoise de la première vague féministe de la troisième République qui ne supportait pas l’exclusion des femmes dans aucun domaine et qui, forte de ses convictions, aidée de Georges Henri Martin, n’a pas craint la provocation en étant initiée puis en créant notre obédience « Le Droit Humain. »
Je m’interroge encore devant Nelson Mandela luttant contre l’apartheid et,qui, pour défendre ses convictions a passé de nombreuses années en prison.

Je m’interroge encore sur Khalida Messaoudi, musulmane laïque et républicaine qui s’est dressée contre les fous d’Allah et qui, bien que, condamnée à mort par le F.I.S poursuit son combat dans la clandestinité pour l’égalité des sexes dans son pays. Et combien d’autres encore sont-ils témoins de leur engagement!
Tous ces individus sont des engagés. L’engagement consiste en un lien par une promesse, un serment . L’engagement donne un sens à l’action .C’est un choix décidé en toute liberté qui fixe une ligne de conduite qui doit se perpétuer dans le temps .C’est un principe de vie qui fixe le cheminement que l’on a librement choisi d’adopter.C’est l’engagement vis à vis de soi-même avec une remise en question quotidienne.
Engager, être engagé, c’est croire à des valeurs et oser les exprimer sans prosélytisme mais sans timidité. Les médias, les institutions, les conversations développent des idées négatives sur l’engagement. On fait état d’une crise des valeurs alors qu’il s’agit plus particulièrement d’une crise d’expression de ces valeurs.Il n’y a aucune honte à avoir un idéal et à le soutenir de toutes ses forces.
L’engagement est un acte volontaire et comme tout acte volontaire, il est pris en connaissance des choses et de plein gré. Il est pris de notre propre volonté et non de celle des autres. Nous prenons un engagement avec la volonté de l’honorer, sinon, ce n’est pas un engagement mais simplement un désir, une envie éphémère, une bonne volonté vite oubliée.
L’engagement est avant tout un acte réfléchi, un acte qui responsabilise, qui oblige celui qui le prend à respecter sa parole. Il doit assurer son devoir, il en a l’obligation morale.Prendre un engagement peut être contraignant, pesant mais ne doit pas être oublié.

Aussi pouquoi est-il important de respecter notre engagement maçonnique?
Tout d’abord pourquoi sommes nous venus ici?
Sans aucun doute, le cours de notre vie profane ne nous satisfaisait pas.Sans doute étions-nous épris d’un idéal. Sans doute existe-il à l’extérieur des groupes qui pratiquent la solidarité aussi bien que nous, des groupes qui réfléchissent sur les grands problèmes de société actuels.Alors ? curiosité, besoin de réussite,besoin de distinction, besoin d’autre chose mais quel autre chose, réfléchissons -y!

Ce qui est sûr, c’est notre engagement à nous conformer aux rituels, et ce, même si cela nous paraît désuet,anachronique, démodé. Le temps apprend à apprécier le rituel et à le rendre indispensable. Il est,en fait, indispensable pour laisser les métaux à la porte du temple. Il est important de ne pas être un profane vêtu d’un tablier blanc et gants blancs, qui, toujours,muni de ses idées profanes, juge et critique de manière abrupte comme dans la vie professionnelle, politique, sociale, syndicale.....
Notre engagement nous amène à appliquer les textes en vigueur tels que constitution et règlements généraux et à les respecter.Certes, nous ne les apprécions pas toujours. A nous d’y réfléchir,de tenter de les faire évoluer et,ce en toute sérénité.Nous ne sommes pas un club, pas un parti, pas une secte, pas une église, pas une ligue mais, il nous faut une certaine structure pour pouvoir travailler. C’est pourquoi il est important de régler sa capitation. Cela évite d’avoir un jour ou l’autre à soulever des problèmes d’argent, ce qui n’est pas le propre de nos travaux.

Le serment que nous avons prête le jour de notre initiation nous demande l’assiduité aux tenues.Comment pouvons -nous nous sentir concernés et impliqués dans la vie de notre Atelier si nous ne sommes pas présents! L’augmentation de salaire est d’ailleurs subordonnée à une présence minimale. De même, le frère ou la soeur absent ne peut se faire communiquer les éléments d’une tenue par un autre frère sauf autorisation de notre Venerable. C’est dire l’importance de l’assiduité. Elle conditionne le vécu de notre Atelier et de la Franc-maçonnerie, en général . Le secret de la franc -maçonnerie ne serait-il pas son vécu?
.La franc -maçonnerie n’existe que par son caractère initiatique . Elle a pour réalité de réunir ce qui est épars dans un univers clos c’est à dire nous tous venus avec nos origines diverses, nos personnalités, nos vécus, nos désirs.... notre richesse!.Nous jouissons d’une liberté absolue et les études en loges sous le sceau du secret nous permettent d’envisager toutes les solutions et, ceci sans aucune contrainte, qu’elle soit politique ou religieuse.Nous ne pouvons d’ailleurs progresser nous -mêmes que par un travail assidu en loge.
L’engagement implique des devoirs et s’y déroger nous amène à nous interroger sur nous-mêmes et tout simplement à nous demander pourquoi on ne peut respecter notre engagement. Ainsi,pourquoi serions-nous absents ?
Par un exemple un désintéressement pour la franc -maçonnerie? Celle-ci ne correspond pas à ce que nous attendions ou nous y sommes venus par sympathie pour quelqu’un.

Ai-je bien ma place en maçonnerie? Je reste hermétique au rituel et aux symboles. Je n’ai pas envie de faire les efforts nécessaires à ma progression. Je pourrai engager ma pensée vers d’autres voies.Alors assumons notre erreur. s’il y a doute ou incertitude .Il faut tenter d’en parler soit au Vénérable,soit à l’un des surveillants ou encore à un Maitre. Il serait bien étonnant qu’une oreille attentive ne soit prête à écouter. N’ oublions pas que nul ne prétend être parfait et que chacun a le droit à l’erreur et que bien souvent, un bon entretien remet beaucoup de baume au coeur.Nul n’est de trop pour l’édification du temple de l’humanité
Nous pouvons également être absents pour raisons professionnelles, raisons bien justifiées en cette période de crise économique où beaucoup d’entre nous accomplissent de longs trajets pour se rendre à leur travail et rentrent donc à des heures tardives.Ces Frères et Soeurs, sont toujours désolés de manquer une tenue. Les excuses bien que légitimes demeurent cependant obligatoires et sont une marque de respect et de politesse envers nous tous.

Notre absentéisme peut aussi être dû à des raisons personnelles touchant le plus souvent la famille, en particulier le conjoint, les enfants, les amis sans oublier les vacances. Concilier travail, vie familiale, vie maçonnique et loisirs relève parfois de savantes prouesses.Ce n’est pas par hasard si lorsqu’un profane propose sa candidature, il est soulevé le problème du consentement tacite du conjoint .Si celui-ci n’est pas maçon, il faut lui faire accepter l’idée d’une vie en dehors de la vie commune sans pouvoir lui en donner le contenu. Il peut alors paraître plus simple de rester à la maison, histoire de regarder un film à la télé ou encore de s’offrir une sortie au restaurant . Il est parfois douloureux de quitter ses enfants qui réclament un ultime câlin. Il ne s’agit nullement de léser sa famille et c’est d’ailleurs pour cela qu’existent les réunions familiales .Mais ceci ne nous dégage pas de notre obligations de nos deux réunions mensuelles dont la fréquence ne semble pas être déraisonnable.Il n’est pas logique de venir en tenue simplement parce que l’on n’avait pas quelque chose de mieux à faire.
Parfois d’autres raisons plus graves peuvent être cause d’absences délibérées. Ces raisons sont diverses et multiples allant de l’incompatibilité d’humeur, de vexations, de luttes intestines de formations de clans jusqu’à l’enfantillage tout simplement. Toutes ces raisons sont à bannir. Ne faudrait-il pas mieux tenter de dialoguer? Des divergences d’opinions qui s’opposent ne peuvent-elles donc pas être constructives ? Des conflits qui persistent se doivent de trouver une solution sinon c’est notre propre idéal qui est en danger .Les apprentis recherchent auprès des Compagnons et des Maîtres l’exemple de la sincérité et de la tolérance mais aussi la présence de chacun car l’assiduité est un devoir.

L’engagement pour nous franc-maçons, c’est aussi accepter les obligations afférentes à la charge d’un plateau. Un Maître, qui, sur proposition des autres Maîtres, accepte un poste d’officier, se doit d’accepter les obligations qui en découlent. Prendre un plateau est une responsabilité qu’il faut savoir accepter ou refuser en fonction de ses propres aspirations et de ses propres disponibilités. IL faut prendre cette décision en toute liberté et en toute conscience!C’est la bonne marche d’un atelier qui en dépend.
Etre officier n’est pas uniquement recevoir un honneur de la part des Frères et Soeurs, c’est aussi avoir des devoirs à respecter.
Etre officier, c’est servir et non rendre service.
Avoir une charge d’officier est, en fait,une charge particulière éphémère et transitoire qui n’implique aucune hiérarchie. Il n’y a aucune préséance individuelle à faire valoir.Chaque officier a un rôle bien défini et les Surveillants, gardiens de l’ordre sur nos colonnes, veillent à ce que chaqueOfficier s’acquitte de ses devoirs.

L’engagement maçonnique implique aussi des devoirs de travail,de sincérité, de tolérance et de fraternité Ce travail qu’est-il? sans aucun doute, travail essentiellement sur soi-même. et en toute sincérité.Sincère! Qu’est-ce qu’être sincère?
L’adjectif sincère vient du latin « sincerus . » pur, entier.Sincère veut dire vrai, franc. Etre sincère, c’est parler sans artifice,sans déguisement. C’est être authentique. C’est le contraire d’être menteur, fourbe, trompeur, dissimulé, hypocrite .La sincérité est le désir de ne rien faire croire qui ne soit vrai.; la franchise est la liberté de l’esprit qui dédaigne le mensonge et la dissimulation.
Etre sincère, c’est sans aucun doute, la meilleure possibilité de rendre conforme les actes aux paroles et c’est ce que nous tentons de faire.
Etre tolérant qu’est-ce? C’est être disposé à admettre chez les autres des manières de penser, d’agir différents des siennes . C’est accepter que l’autre ait d’autres opinions tant philosophiques, politiques, sociales que religieuses.... Etre tolérant,c’est se montrer compréhensif,voire indulgent! Ce n’est pas pour autant tout admettre!A l’opposé, l’intolérance peut se traduire par une attitude haineuse et agressive.
Aussi travailler dans la sincérité et la tolérance, c’est d’abord accepter les autres tels quels avec leurs différences et d’ailleurs quelles différences? Aurions-nous la prétention d’être parfaits ou n’aurions nous pas peur de ne pas être aussi bien que nous le prétendions?

« Baissez-vous, cette porte est basse ! » Premières paroles prononcées à l’entrée du temple lors de l’initiation, invitation à l’humilité, invitation à se reconnaître tels que nous sommes et qu’il nous faut continuer d’appliquer car notre travail sur nous-mêmes est constant et permanent.
L’initiation est le point de départ d’un long voyage sans fin avec pour départ le degré zéro de la connaissance en soi .Nos travaux qui se doivent d’être l’aboutissement d’une recherche ou d’une expérience personnelle sont la meilleure preuve de notre thesaurus et provoquent une modification de nos points de vue.L’enrichissement personnel qui en découle ne doit pas simplement être porté en soi comme un collier de diamants mais il doit permettre à celui qui s’en est enrichi d’être transformé en un être différent plus sociable, plus humain, plus responsable, plus respectueux. C’est le travail sur la pierre brute.
Apprendre à se connaître, ce n’est pas faire preuve de nombrilisme, ce n’est pas développer de l’autosatisfaction ou encore de l’égocentrisme.C’est découvrir ses imperfections, ses creux mais c’est surtout prendre de nouvelles forces pour aller de l’avant, pour aider les autres à en faire autant et à s’améliorer .

N’oublions pas que ce sont nos Frères et Soeurs qui nous reconnaissent francs-maçons, preuves qu’ils sont les témoins de notre changement.Le travail maçonnique est un travail en commun à l’amélioration de soi, base de l’amélioration de la société.Notre premier devoir de maçon est donc de nous changer afin que notre comportement nous fasse remarquer aux yeux des autres et, ceci dans le but de faire évoluer notre société. Gardons -nous de ne pas inverser les choses! Chacun est tel un arbre au milieu de la forêt .La forêt de l’humanité sera belle et saine le jour où chaque arbre prendra soin de sa beauté et de sa santé.
Notre utilité est de pouvoir exposer franchement et librement nos idées, d’écouter attentivement les autres pour que les échanges soient vrais et non réduits à des monologues Chacun profite alors pleinement de la richesse des autres et participe au progrès de l’humanité.
La timidité et la pudeur sont parfois un frein à l’expression ou un désir d’instruction en toute modestie. Rappelons que chacun a sa place et que toute opinion est un moyen d’évolution, tant pour soi-même que pour les autres.

Notre travail ne consiste pas simplement à travailler sur soi-même. Nous nous devons également de respecter les serments prêtés et notamment de respecter celui du silence et de la discrétion . Il faut savoir entendre,il faut savoir regarder et ne pas divulguer. Nous avons un engagement de silence envers le monde profane et trahir cet engagement,c’est trahir ses Frères et Soeurs, c’est trahir la franc-maçonnerie elle-même et ce, d’autant que le vécu maçonnique n’est pas communicable. C’est apporter au monde profane, une fausse image, une image qui nous dessert.A ce propos, Georges Henri Martin disait : Nous serons d’autant plus forts et d’autant mieux armés pour le bon combat dans le monde profane, que notre qualité de franc-maçon sera plus ignorée de ceux qui nous entourent.
Ainsi, pouvons -nous nous dévoiler individuellement si cela nous paraît utile mais nous ne devons jamais dévoiler l’un de nos Fréres ou Soeurs.;
Notre engagement de discrétion existe aussi à l’intérieur de la loge. Il ne s’agit pas de colporter à tous les Frères et Soeurs les confidences, interrogations ou réflexions de l’un des nôtres.

Notre travail, c’est également de participer. Nous ne sommes pas là uniquement pour recevoir mais aussi pour donner . Cela implique un travail sous forme de planches individuelles mais aussi collectives et donc des travaux en groupes ou en commissions. Bref, il faut participer. Il n’est pas possible de rester immobile. Chacun a forcement au fond de lui -même quelque chose à dire, quelque chose qui peut ne pas lui paraître utile ou important mais qui se révèle souvent être la base d’un débat fructueux. Et, si nous ne dialoguons pas, que devient notre raison d’être, que devient notre idéal ?
Khalil Gibran, dans son livre « Le Prophète. » nous dit à propos du plaisir :
Allez à vos champs et vos jardins .Là, vous apprendrez que le plaisir de l’abeille est de butiner son miel sur la fleur.
Mais que c’est aussi le plaisir de la fleur de donner son miel à l’abeille.
Pour l’abeille, la fleur est fontaine de vie,
Et pour la fleur, l’abeille est messagère d’amour.
Pour les deux, abeille et fleur, donner et recevoir le plaisir est un besoin et une extase.
Et si nous aussi, nous tentions d’être à la fois abeille et fleur.

Il faut savoir recevoir mais aussi restituer l’enseignement.Cela concerne, bien sûr les Maîtres mais aussi les Compagnons. Nous nous devons d’être tous attentifs aux apprentis afin qu’ils ne se sentent pas isolés et que nous les aidions à répondre aux questions qu’ils se posent.
Cette transmission nous amène à avoir une pensée particuliére pour certains de nos frères et, en particulier pour René Gagnepain dont le petit-fils vient d’être élevé au plateau de Vénérable dans la loge où il fut initié et où il fût lui-même Vénérable ainsi que son fils.
Rassurons-nous, il existe parmi nous, dans notre temple, des frères et soeurs qui se dévouent sans relâche à la cause maçonnique et à la cause de leurs frères et soeurs.

Ceci nous améne donc directement à notre devoir de fraternité. Mais qu’est la fraternité? Nous ne sommes ni un patronage, ni le lions club ou autre et nos échanges ne sont pas limités à du badinage. La force d’une association réside dans la cohésion de ses membres.
Nul doute, c’est ensemble que nous apprenons à nous connaître, à nous apprécier,à nous estimer, à nous comprendre et pour cela plusieurs conditions: tout d’abord être présents et puis aller vers l’autre. C’est parfois une démarche difficile pour cause de timidité ou parce que l’on ne ressent aucune attirance pour l’autre ou encore parce que l’autre nous dérange. Et pourtant la découverte de l’autre est de toute évidence un enrichissement par ce qu’il est, par ce qu’il représente et, n’oublions surtout pas que nous ne sommes pas parfaits, nous non plus.Aussi, tentons d’attirer la sympathie et d’être indulgents en discernant les qualités des autres et en occultant les faiblesses.

Notre besoin d’union et de cohésion est indispensable.Nous le témoignons lors de notre chaîne d’union. En effet, nous avons nos valeurs universelles et humanistes, et le collectif, le groupe, l’atelier, la loge, toi, moi,nous. Nous n’existons qu’à travers le collectif même si notre démarche est isolée.Aussi notre travail, notre assiduité sont des éléments nécessaires à la construction de l’édifice et au progrès de l’humanité.
Nous avons des principes de base communs à ceux de la société profane, ce sont les valeurs de la République : liberté-égalité-fraternité. Ceci nous aide à rayonner à l’extérieur grâce à ce que nous avons appris à l’intérieur .Notre batterie d’allégresse est donc plus qu’un simple cri du coeur. Elle révèle une profonde motivation, celle qui fait de nous, des gens engagés qui ne sont pas hors du temps, des gens qui ne sont pas forcément des militants mais qui ne craignent pas d’afficher ce qu’ils croient.
La fraternité n’est pas une valeur spontanée mais elle s’acquiert. Elle n’implique pas une présence permanente car elle serait alors envahissante.Elle est une écoute, une aide, un secours mais en toute discrétion, en toute parcimonie.N’oublions pas : nous avons promis d’aider nos frères en difficulté que celle-ci soit morale ou matérielle.

Pour terminer, en ce jour de rentrée, comme les écoliers ont repris leurs cartables, nous avons remis gants et tabliers, surs que chacun de nous est l’étincelle indispensable au feu d’artifice
de la franc-maçonnerie. Aussi ce propos ne se veut en aucun cas être une leçon de morale, ou un sermon. Il se veut simplement de nous rappeler notre engagement et ses composantes .
Notre Frére Georges Henri Martin disait que trahir ses engagements est la faute la plus grave que puisse commettre un maçon car c’est dans la fidélité des Soeurs et des Frères à leur serment que réside toute la force morale de l’organisation maçonnique;
Aussi, pour que la joie soit dans les coeurs, pour que la paix régne sur la terre, pour que l’amour règne parmi les hommes, soyons actifs, fraternels, assidus, courageux, bref soyons ENGAGES .

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Jean porteur de lumière

13 Mai 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

Pour vous parler de Jean, l'apôtre de lumière sous le vocable duquel se sont placées les Loges de rite écossais ancien et accepté puisqu'elles sont toutes Loges de Saint Jean et que le Volume de la Loi sacrée y est ouvert sur leur autel au prologue du 4° Evangile sous le compas et l'équerre enlacés, je me suis abîmé dans la contemplation du tableau de Léonard de Vinci : « La Vierge à la Source » découvert en 1885, presque par hasard, par M. Godard-Faultrier au Lion d'Angers.

Léonard était initié aux mystères johannites et c'est un rare bonheur que de voir combien il a su rendre admirablement la profondeur et la vérité de ces mystères.

Il est évident que son tableau, de même que celui de « La Vierge aux rochers », ignore superbement ce qu'on pense être la vérité historique, qu'il transcende l'événement par le symbole et qu'il ne s'attache qu'à l'essentiel, c'est-à-dire à ce qui vient de l'essence. Sous le manteau protecteur de la Vierge-Mère qui s'étale comme un triangle parfait au-dessus des deux bambins à la radieuse nudité, l'on voit l'un de ceux-ci : Jean, donner à l'autre : Jésus, un baiser sur la bouche. Ce baiser, initiatique, symbolise la transmission de la connaissance par Jean à Jésus sur la tête duquel la Mère suprême étend la main en signe de protection et de bénédiction. Il symbolise l'union des principes actif et passif, humain et divin, l'union de la Raison et du Cœur, le mariage mystique de la connaissance et de l'amour. Jean a les yeux grands ouverts et Jésus les yeux clos. Et les deux enfants sont assis sur un parterre d'ancolies et de jasmins, ces fleurs chères au cœur de Léonard et qui signifient, nous rap­porte-t-on, l'union et la chasteté virginale.

Devant cette scène si touchante, si pleine de grâce, devant cette union intime du Verbe-enfant et de Jean l'on se prend à rêver. N'est-ce pas en vérité l'illustration du Cantique des Cantiques et la signification lumineuse de la rédemption du monde d'en-bas par le monde d'en-haut, dans leur unité indis­soluble, comme nous le rappelle la parole d'Hermès Trismégiste, chère aux francs-maçons qui aiment à dire avec lui que « ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ».

C'est aussi ce que nous évoque un autre tableau de Léonard, sa dernière, sa plus belle oeuvre peut-être : ce Saint-Jean andro­gyne où le Baptiste et l'Evangéliste ne font qu'un et dont la petite croix à la barre inclinée nous montre le ciel, le monde d'en-haut vers lequel tout initié doit tendre alors que dans une troisième peinture, riche elle aussi de sens, son Bacchus pointe son thyrse vers la terre, signifiant ainsi, toujours pour l'initié, la recherche de la vérité dans les profondeurs, l'épreuve de la terre dans l'antre des antiques initiations.

L'union de la terre et du ciel est tout entière contenue dans la coupe de la connaissance et de l'amour. Et ce n'est point un hasard si le Vinci, une autre fois encore, nous a montré Jean l'Evangéliste présentant cette coupe à François d'Assise, le mer­veilleux saint qui comprenait le langage des oiseaux — la langue des alchimistes — et qui dans son culte tout johannite de la Lumière composa le cantique au Soleil, l'hymne d'amour le plus pur au Verbe divin.

Léonard nous rappelle ainsi indirectement le caractère solaire de l'Evangéliste, porteur de Lumière, incarnation du Feu-principe et qui, uni au Baptiste, réalise l'androgyne primordial, pur produit de la Beauté, né de l'harmonieuse conjonction du divin et de l'humain, de l'incarnation du divin dans l'humain. Et l'on peut méditer sur la signification que Léonard attribuait, en homme averti des arcanes de la Kabbale, à cet androgyne johannique, incarné également dans son Dionysos ou dans sa Joconde, aux sourires d'une merveilleuse félicité promesse d'un bonheur inef­fable et éternel.

Et n'est-il pas étrange de voir que nos maîtres opératifs, lorsqu'il s'est agi de représenter l'Eglise sur la façade de nos cathédrales lui donnèrent non pas les attributs de Pierre, les fameuses clefs, mais bien ceux de Jean : la coupe et la croix légère de Léonard ?... Ne faut-il pas voir là chez les francs-maçons du Moyen Age la volonté expresse de leur attachement à Jean, à cette église johannite ésotérique dont ils connaissaient les plus secrets arcanes, le chemin labyrinthique et le langage hermé­tique ou alchimique ?...

Ce Jean solaire, ce Jean porteur de Lumière a pour nous, francs-maçons de la Grande Loge de France, une dimension tout autre que celle où l'ont voulu enserrer et enfermer les religions attachées à la lettre et au dogme. Par ce qu'il est dans son essence, par tout ce qu'il représente et symbolise, par tout ce qui l'attache au monde divin et humain — ne nous fait-il pas songer à l'étoile flamboyante inscrite au cœur de l'équerre-matière et du compas-esprit ? — il rejoint les plus anciens enseignements, connus et méconnus, de la tradition initiatique universelle à travers ses diverses manifestations dans le temps et dans l'espace.

Il est Hermès « qui préside à la parole et qui conduit à la science vraie » selon Jamblique, il est Zoroastre, l'apôtre d'Ahura Mazda, le Dieu de pureté et de Lumière, il est Arjuna, le disciple )imé de Krishna à qui ce dernier confie : « Je suis la lettre A », de même que Jésus, dans l'Apocalypse, dit à Jean : « Je suis l'Alpha et l'Omega... »

En parlant de « Lumière et de Vie » il reprend la phrase gravée sur le fronton du temple de Medinet Abou : « C'est lui le Soleil qui a fait tout ce qui est et rien n'a été fait sans lui jamais ; le Père des choses, le créateur est la Vie et la Lumière » et aussi la parole du Trismégiste : « Le Dieu et le Père de qui l'homme est né est la Lumière et la Vie. Si donc tu sais que tu es sorti de la vie et de la Lumière et que tu en es formé tu marcheras vers la Vie.. »

Lorsque Jean dit : « Au commencement était la Parole et toutes choses ont été faites par elle et rien de ce qui a été fait n'a été fait sans elle », ne fait-il pas écho à l'enseignement égyptien parlant du Verbe créateur et ordonnateur : a L'ouvrier a fait le monde non de ses mains mais de sa parole » ?...

L'enseignement johannique rapproche ainsi l'Homme de Dieu et fait de lui un dieu. C'est aussi ce que proclamait Pythagore à qui la Franc-Maçonnerie doit tant. Il nous rappelle que Dieu est Esprit et qu'il est Amour réunissant la Connaissance et l'Amour dont l'union intime débouche sur la sagesse, le troisième pilier maçonnique qui, avec la force et la beauté, constitue la triade invoquée en Loge lors de l'ouverture des travaux. « Que la Sagesse préside à la construction de notre édifice ! » déclare le Vénérable Maître en allumant le flambeau du premier pilier. a Que la Force le soutienne ! » ajoute le Frère Premier Surveillant en accomplis­sant le même rite de lumière. « Que la Beauté l'orne ! » conclut le Frère Second Surveillant, parachevant ainsi l'éclairage du Temple en sanctifiant le carré long du pavé mosaïque que le franc-maçon aura à parcourir, sous la voûte étoilée, tout au long de son existence initiatique et de sa quête vers la Lumière.

Cette quête n'est pas égoïste et personnelle. Elle se fait dans le Temple avec l'aide de ses Frères qu'il aura pour mission à son tour, s'il en a les moyens, de guider et d'éclairer. Elle se fait aussi en dehors du Temple.

Juste avant l'épisode de la mort et de la résurrection de Lazare, étroitement assimilées pour celui qui sait lire entre les lignes à la mort et à la résurrection de l'initié, Jean prête ces paroles au Maître : « Je suis le bon berger, je connais mes brebis et elles me connaissent, de même que je connais le Père et que le Père me connaît, et je donne ma vie pour mes brebis. »

Or, lorsqu'il est suffisamment avancé sur la voie, l'initié franc- maçon devenu Chevalier Rose-Croix apprend qu'il doit conduire ses Frères, tous ses Frères, ceux du dehors comme ceux du dedans, dans les voies de la foi, de l'espérance et de la charité. Il apprend qu'il a la responsabilité d'autres brebis, celles qui cherchent leur chemin dans le monde profane et qu'il doit être le guérisseur des âmes et le consolateur des esprits comme le fût au Moyen Age, le vrai Rose-Croix qui en plus avait la charge, bien redoutable, de soulager les misères et les maux du corps.

Evoquant la mission de notre Ordre, notre Frère Arnould­Gremilly écrivait naguère ces lignes : « Heureux si cet essai pou­vait attirer l'attention de nos Frères sur la nécessité en cette époque de matérialisme à outrance de revenir ou plutôt d'accéder à quelque spiritualité sans retomber dans les erreurs des dogmes et les facilités des postulats, bref de rechercher s'il n'est pas possible, à nous Maçons, d'instaurer un spiritualisme laïque, c'est- à-dire de faire la synthèse du matérialisme et de l'idéalisme qui s'affrontent dans un duel sans issue. »

Or, qu'est le matérialisme sinon l'humaine, trop humaine condi­tion d'une Humanité avide d'espoir, de foi et d'amour ? Qu'est l'idéalisme sinon le plan divin où l'espoir, la foi et l'amour trouvent leur parachèvement ?... Et l'union des deux, n'est-elle pas — voici que le cycle est bouclé — symbolisée par le baiser sur la bouche des deux fils de la Lumière, unis sous la protection de la Grande Mère, sur le tableau que conçut Léonard de Vinci voici plus de 450 ans ?...

De même l'Ordre maçonnique est-il, hors de tout dogme, de toute révélation imposée, la voie privilégiée qui fait participer l'ini­tié à l'unité fondamentale de l'Etre et le conduit des entrailles de la Terre-Mère jusqu'aux cimes où resplendit l'amour dans la connais­sance, où se révèle la musique des sphères et le cycle des vies successives, n'oubliant jamais toutefois la leçon du Trismégiste rappelée par Maître Eckhart : « Ce qu'il y a de plus haut dans son insondable déité correspond à ce qu'il y a de plus bas dans les profondeurs de l'humilité... ».

Source : www.ledifice.net

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Antoine de Saint- Exupéry, militaire et franc maçon dans le texte

12 Mai 2013 , Rédigé par P\ G\ Publié dans #Planches

Vénérable maître, et vous tous mes TT\ CC\ FF\ et SS\ en vos grades, degrés et qualités, je vous propose aujourd’hui de partager quelques réflexions sur le rite maçonnique comparé à celui des militaires et pour illustrer mon propos, j’ai choisi de citer abondamment Antoine de Saint Exupéry, l’officier, l’écrivain et en tout cas dans le texte, le maçon qu’il ne fut pas mais qu’il aurait pu être.

Napoléon Bonaparte n'a sans doute jamais été initié en franc-maçonnerie, mais disait : « Le militaire est une franc-maçonnerie : il y a entre eux tous une certaine intelligence qui fait qu'ils se reconnaissent partout sans se méprendre, qu'ils se recherchent et s'entendent ».

C’est un fait.

Lorsque j’ai rejoint la loge, je fus surpris de constater combien l’organisation était similaire au fonctionnement de l’IHEDN, école et cercle de réflexion directement rattachée au Premier Ministre dont je fus élève et suis toujours auditeur. Les travaux se déroulent en Comité, comme en loge, regroupant une quinzaine d’officiers. Il y a un secrétaire, un garant de la loi martiale, un président…etc. La coutume veut qu’en comité tout peut être dit dans les limites du respect de l’autre. Rien de ce qui est dit entre nous ne peut ni ne doit sortir du comité. Chacun y apporte sa connaissance et nos travaux contribuent à l’amélioration et la promotion de l’esprit de défense de la nation. Les comités sont mixtes et œcuméniques. L’IHEDN créé en 1937 vit actuellement une refondation de ses statuts dont le principal auteur est…Alain Bauer, ancien Grand Maître du G\ O\. Ma promotion IHEDN a été baptisée Rouget de L’Isle. En 1791, ce militaire est en garnison à Strasbourg quand il compose la Marseillaise chez le Maire Dietrich, lui-même franc maçon à la loge La Candeur. Rouget de L’Isle était jeune capitaine du génie et franc maçon dans la loge Les Frères Discrets, à l’Orient de Charleville. La promotion qui a suivi la mienne fut baptisée Lafayette et ce n’est pas un hasard si l’IHEDN tient ses quartiers à l’Ecole militaire à Paris Place Joseph Joffre, Maréchal de France, commandant en Chef des armées jusqu’en 1916, Franc-maçon comme 18 des 26 maréchaux d'Empire sous Napoléon, surnommé en son temps, non sans malice, le Maréchal des Loges, avec un clin au grade de maréchal des logis, un sous officier dans certaines armes. En outre une fraternelle des auditeurs IHEDN porte son nom.

Dernièrement, j’ai assisté à la prise d’armes d’un nouveau commandant de groupement (département dans la Gendarmerie). Le général commandant la région entouré des hauts grades, dont votre serviteur, a interpellé l’officier, qui se tenait à l’ordre en gants blancs, épée à la main (on dit sabre au clair), avant de prêter serment en ces termes :

LCL…regagnez votre emplacement… ; Ouvrez le ban ; Officiers…vous reconnaîtrez désormais pour votre chef le LCL…et vous lui obéirez pour tout ce qu’il vous commandera pour le bien du service…

Dans des termes similaires, on appelle les frères à « reconnaître » le vénérable et ceux qu'ils ont désignés comme membre du « collège des officiers ».

Le serment est une des similitudes essentielles entre le maçon et le militaire, qui plus est Gendarme. Le mot vient du latin SACRAMENTUM. Il s’agit à l’origine d’un engagement devant Dieu de remplir fidèlement une fonction, de se conformer à certaines règles et d’accomplir certaines actions.

Le serment du Gendarme s’exprime en ces termes : Je jure d’obéir à mes chefs en tout ce qui concerne le service auquel je suis appelé…

Mais le serment du réserviste est encore plus éloquent de similitude : jugez vous-mêmes :

Je jure de bien et loyalement remplir mes fonctions, d’observer les devoirs de réserve qu’elles m’imposent. Je me conformerai strictement aux ordres reçu dans le respect de la personne humaine et de la loi. Je promets de faire preuve de dévouement au bien public, de droiture, de dignité, de prudence, et d’impartialité. Je m’engage à ne faire qu’un usage légitime de la force et des pouvoirs qui me sont confiés et à ne rien révéler ou utiliser de ce qui sera porté à ma connaissance lors de l’exercice de mes fonctions.

Pour clore une cérémonie, il était traditionnellement donné plusieurs coups de canons dont l’ensemble dans l'artillerie se nomme : une batterie. J’ai appris lors de la planche de la sœur Sophie que chez nous pour remplir le « canon », notre vocabulaire distinguera à l’instar des militaires, la poudre faible de la poudre forte.

A Saint-Cyr, les élèves officiers s'agenouillent avant de recevoir le commandement : « A genou, les hommes, debout les officiers ! ». Nouveau franc-maçon il me semble avoir entendu : « Debout mon frère, désormais tu ne t'agenouilleras plus devant personne ! »

Antoine de Saint-Exupéry, était un militaire, et à l’évidence le témoignage de ses écrits, transpose les valeurs qui furent les siennes.

Rien ne prédisposait Saint Ex à devenir ni aviateur, ni écrivain. A l’âge de 10 ans il perd son frère ainé. Toute sa vie durant il gardera sa photo sur lui, telle un cœur perdu qui bat encore au rythme d’une fraternité perdue. Il en conservera l’âme meurtrie et tâchera de le retrouver parmi ses frères d’aventure comme Mermoz ou Guillaumet mais également ses frères d’armes, qu’il perdra aussi tous, un à un, avant de s’envoler une dernière fois le 31 juillet 1944 pour les rejoindre.

En 1921, durant son service militaire au 2ème régiment d’aviation à Strasbourg Saint-Ex passe son brevet de pilote dans un lieu que je vous laisse deviner, le Poly-Gone qui s’il n’est pas PENTA ne m’en semble pas moins aimable.

Dans l’AVIATEUR il écrira Le pilote n’éprouvait en vol, ni ivresse, ni vertige mais, le travail mystérieux d’une chair vivante.

Plus loin : La terre est rassurante avec ses champs bien découpés et ses forêts géométriques…

Dans UN SENS A LA VIE, plus mystique presque maçonnique :

Alors descendant heure par heure cet escalier d’étoiles vers l’aube, on se sent pur…

Toutefois il quitte l'armée et ne revient dans l'aviation qu'en 1926, puis rejoint l’aéropostale et devient responsable des premiers longs courriers. Nommé à Cap Juby au Maroc espagnol, une escale fondée quelques années plus tôt par un aventurier, soldat et ethnologue, gouverneur général de Mauritanie, 1er occidental traducteur des langages peuls et toucouleur, qui avait déjà inspiré Dino Buzzati pour l’écriture du DESERT DES TARTARES et inspirera plus tard à Saint Ex son œuvre la plus ambitieuse CITADELLE.

On ne saurait dissocier la vie de pilote de celle de l'écrivain « maçon ».

Le voyage initiatique du Petit Prince, paru en 1943 reste une œuvre marquante de Saint-Exupéry, bien qu'elle n'emprunte rien à la littérature spécialement conçue pour les enfants. Le Petit Prince s'adresse à tous les êtres restés, par aptitude, vulnérables, attentifs et voués à une tendre solitude.

Ainsi, Saint Ex écrit-il :

J’ai toujours aimé le désert, On s’assoit sur une dune de sable. On ne voit rien, on n’entend rien et cependant quelque chose rayonne en silence. Ce qu’il y a de beau dans le désert, c’est qu’il cache un puits quelque part.

Il reprendra dans Terre des Hommes

Le vent, le sable et les étoiles. La vie austère des trappistes. Mais sur cette nappe mal éclairée, six ou sept hommes, qui ne possédaient rien au monde hormis leurs souvenirs, partageaient une invisible richesse.

Il poursuit sa quête de vérité quand il écrit :

Il est bien plus difficile de se juger soi-même que de juger autrui.

La Rose du petit Prince évoque celle que nous maçons, chérissons, témoignage d’amour. Sa rose était sa femme Consuelo à qui il écrit quelques jours avant sa mort des mots d’une douceur infinie :

Je t’emmènerai dans de beaux pays où demeure encore un peu de mystère et où le soir est frais comme un lit…et où on apprivoise les étoiles.

La triste mélancolie du souvenir des frères disparus résonne dans le Petit Prince comme autant de bonheurs que la vie lui a ravi. Il poursuit :

Les hommes n'ont plus le temps de rien connaitre. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n'ont plus d’amis.

Quelques mois avant sa mort dans une lettre à Nelly de Vogüé il se livre :

Je n’ai jamais été aussi seul au monde…et j’ai terriblement froid dans le cœur.

L’écriture est son refuge, il écrit à l’encre, et non pas au V\I\T\R\I\O\L\ rectifie sans cesse la pierre qu’il façonne. Dans CITADELLE il dit :

Qu’est ce qu’écrire sinon corriger ? De correction en correction, je marche vers Dieu.

Dans ECRITS DE GUERRE il persiste et signe, …si j’avais été mineur, j’aurai cherché à puiser un enseignement sous la terre.

Enfin en 1930 dans une lettre à Marie, évoquant l’écriture de VOL DE NUIT, il conclu Je n’ai jamais vécu qu’après 9 heures du soir.

Travaillait-il jusqu’à minuit ?

Il parait que non, mais comment ne pas entrevoir en Saint Ex le maçon dont l’âme de l’homme eut été façonnée telle une glaise ainsi qu’il l’évoque dans TERRE DES HOMMES.

Seul l'Esprit, s'il souffle sur la glaise, peut créer l'Homme.

Ou encore lorsqu’il écrit : On croit que l'homme est libre... On ne voit pas la corde qui le rattache au puits, qui le rattache, comme un cordon ombilical, au ventre de la terre.

Puis :

Vivre, c'est naître lentement. Il serait un peu trop aisé d'emprunter des âmes toutes faites !

Saint Ex, était-il maçon ?

En 1926 dans une lettre à Yvonne de Lestrange le doute est franchement permis, Tout y est Le souvenir des loges opératives, la fraternité, les métaux à la porte du temple, l’édification d’un bâtiment, le testament philosophique dans la cendre : je cite :

La grandeur du métier est avant tout d’unir les hommes. Il n’est qu’un luxe véritable, et c’est celui des relations humaines. En travaillant pour les seuls biens matériels, nous bâtissons nous-mêmes notre prison. Nous nous enfermons solitaires avec notre monnaie de cendre…

Lettre à un otage :

Respect de l’Homme ! Respect de l’Homme ! …Si le respect de l’homme est fondé dans le cœur des hommes, les hommes finiront bien par fonder en retour le système social, politique ou économique qui consacrera ce respect. Une civilisation se fonde d’abord dans la substance. Elle est d’abord, dans l’homme, désir aveugle d’une certaine chaleur. L’homme ensuite, d’erreur en erreur, trouve le chemin qui conduit au feu. C’est sans doute pourquoi, mon ami, j’ai un tel besoin de ton amitié. J’ai soif d’un compagnon qui, au-dessus des litiges de la raison, respecte en moi le pèlerin de ce feu-là.

Plus que tout autre, le militaire honore ses camarades morts au combat. Saint Ex, l’officier, l’ami, l’écrivain, l’aviateur respecte la règle comme un maçon qui témoignerait l’hommage aux esprits éclairés partis rejoindre les poussières illuminant les étoiles.

Le 27 novembre 1940 l’avion d’Henri Guillaumet (à qui il avait dédié TERRE DES HOMMES) et Marcel Reine est abattu en méditerranée par un chasseur italien. 4 jours plus tard, Saint écrit :

Guillaumet est mort, il me semble que ce soir je n’ai plus d’amis. Je n’ai jamais su plaindre les morts, mais sa disparition, il va me falloir longtemps pour l’apprendre, et déjà je suis lourd de cet affreux travail.

Lourd d’une pierre plate ?

La veille de sa mort Saint Ex écrit à Pierre Dalloz, son ami :

Si je suis descendu, je ne regretterai absolument rien… Moi j’étais fait pour être jardinier. Je vous embrasse.

Saint Ex,

Toi qui as bercé mon enfance des récits de mon grand père, qui me racontait tes aventures la gorge nouée par un souvenir ému,
J’aurai aimé pouvoir te dire…
Et puis je ne sais pas le dire…

Alors pardonne-moi si je fais parler ton Petit Prince :

Après que tu aies décollé de Bastia, en ce 31 juillet 1944, pour une mission dont tu ne reviendras pas, tous les officiers, tous tes camarades, tes frères d’armes auraient pu reprendre ces mots.

Mon Petit Prince t’aurait dit :

Dans l’immensité d’un ciel étoilé, il existe une planète où tu es venu me rejoindre sans savoir que tu y retrouverais toutes les âmes que tu as chéri et qui ne t’ont pas survécu : ton père Jean, ton frère François, ta sœur Biche, Jean Mermoz, Henri Guillaumet…et tant d’autres. Sur cette terre d’étoiles, tu y retrouveras le bonheur des amours perdues. Sur cette planète, comme la rose sous sa cloche, nous sommes à couvert, il y a un mouton, un renard, un allumeur de réverbère, un géographe. Les profanes que sont à jamais le roi, le vaniteux, le buveur et le businessman sont écartés. Dans CITADELLE, ton testament philosophique tu nous as décrit ton passage ultime dans lequel ta mort n’est en fait que le premier pas vers ta renaissance. Nous t’attendons.

Salut sur tous les points du triangle…
Salut à l’officier
Adieu mon frère

Vénérable maître et vous tous, mes très chers frères et sœurs,

J’ai dit.

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Descartes, Malebranche, la Philosophie des Lumières et la Franc-Maçonnerie moderne

11 Mai 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

La franc-maçonnerie moderne, dite spéculative, est née en 1723 avec les Constitutions d'Anderson. Elle a connu au XVIlle siècle un développement rapide et considérable. Et si certaines de ses idées, certains de ses principes viennent de ses antécédents et de son histoire propre, il serait vain de nier qu'en même temps, elle reflète des idées, qui elles, viennent de son époque, du milieu intellectuel dans lequel elle baigne. Aussi, peut-on retrou­ver, chez les francs-maçons du XVIIIe siècle les idées de leur temps. or celui-ci a subi dans son ensemble des influences diverses et conjuguées : celles, entre autres de la pensée de Locke, de la pensée de Leibniz et de Spinoza, celle très certainement de Male­branche qui se veut lui-même disciple de Descartes.

Dans son ouvrage (1), publié récemment, M. Ferdinand Alquié procède à une confrontation des thèses cartésiennes et malebran­chistes et montre comment on peut trouver dans la pensée du père de l'oratoire une des sources principales de la philosophie des lumières, et ajouterons-nous, de certains thèmes qui devien­dront chers aux francs-maçons du XVIlle siècle.

Malebranche a voulu être avant tout un apologiste de la reli­gion chrétienne. Et il a cru que Descartes lui fournissait le moyen de réaliser ce projet, de triompher des libertins en justifiant la foi par la raison. Or, on peut se demander, si l'oeuvre de Malebranche n'a pas entraîné une conséquence radicalement différente, voire opposée. En effet, utilisant le cartésianisme pour assurer la foi chrétienne, Malebranche, ne l'a-t-il pas en réalité transformé en une doctrine où plus tard le déisme et même l'athéisme pourront se reconnaître ?

Les changements imposés au cartésianisme ouvrent la voie aux conceptions des encyclopédistes. Qu'il s'agisse de l'idée de Dieu et de celle de l'âme, du problème de la causalité et de celui de l'ordre, des questions qui concernent le plaisir, le bonheur et la grâce, l'influence de Malebranche est manifeste non seulement sur les philosophes mais aussi sur les littérateurs du XVIIIe siècle. Examinons en particulier l'idée de Dieu. Le passage du Dieu-Père, du christianisme au Dieu-Architecte, cher aux philosophes du XVIlle siècle, et à beaucoup de francs-maçons, se trouve déjà chez Malebranche. Le Dieu de Malebranche (comme celui de Newton) tend à devenir un pur géomètre, un architecte qui a pensé et ordonné le monde plus qu'il ne l'a créé. Ce Dieu est dépouillé de toute historicité et de tout esprit chrétien ; il est assimilé simple­ment à l'Etre en général, à l'Etre Infini et cet Etre Infini est lui- même assimilé à son tour à la Raison. Plus qu'un Dieu-substance, il est un Dieu-lumière. Sa volonté créatrice se confond avec sa sagesse ; cette « lumière universelle qui éclaire tous les hom­mes », à une sagesse qui bientôt se confondra avec l'ordre même de la nature. Disons qu'ici l'idée de Dieu n'est plus comprise comme une présence ontologique mais comme une idée mathé­matique, qui traduit l'ordre de la nature. Du Dieu chrétien nous sommes passés au Dieu géomètre et de celui-ci à la nature elle- même. Cette nature se confondra avec les lois générales que Dieu a établies pour construire et conserver son ouvrage. Il suffira donc de connaître les lois de la nature pour connaître Dieu. On cessera de s'interroger sur la volonté du Père pour diriger seulement son attention sur la lumière du fils. Le théisme se transforme en natu­ralisme et le théocentrisme en une sorte d'anthropocentrisme.

C'est ainsi que chez Malebranche et plus encore chez les philosophes du XVIlle siècle l'hymne à la gloire de Dieu devient un hymne à la gloire de la nature et un hymne à la gloire de la sagesse ou de la raison humaine (voir par exemple la célèbre Prière à Dieu de Voltaire dans le Traité de la Tolérance).

Nous retrouverons même dans la pensée de Malebranche une idée qui semble essentielle à la pensée maçonnique : c'est l'idée d'ordre. S'il est vrai que Dieu ne pense et ne veut que selon l'ordre et s'il est vrai que la raison, verbe de Dieu, est connaissance de cet ordre, c'est en suivant la raison qui pense cet ordre que l'homme pensera et voudra ce que Dieu pense et veut : « Laissons aux sages de la Grèce et aux stoïciens cette vertu chimérique de suivre Dieu ou la nature, pour nous, consultons la raison ».

C'est donc la raison qui nous fait connaître l'ordre et qui non seulement nous le fait connaître mais aussi nous le fait aimer. Cette connaissance et cet amour de l'ordre deviendront la vertu mère, fondamentale, universelle, source de toutes les vertus : car il va de soi que cet ordre il ne suffira pas de le voir et de le reconnaître, mais il faudra l'aimer, le réaliser, y conformer toutes nos actions.

« Apprends donc aujourd'hui, dit le verbe au philosophe, que je ne suis pas seulement la vérité éternelle mais encore l'ordre immuable et nécessaire, que comme vérité, j'éclaire ceux qui me consultent pour devenir plus savants et que comme ordre je règle ceux qui me suivent pour devenir plus parfaits. » La connaissance et l'amour de l'ordre seront ici préférés à la foi. Car la foi sans intelligence et sans lumière ne saurait nous rendre vertueux ; l'intelligence est nécessaire pour éclairer et comprendre les évan­giles. Et il est significatif que Malebranche réduise la morale évan­gélique à deux commandements fondamentaux : « Vous aimerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur et de toutes vos forces et votre prochain comme vous-mêmes ». Il est plus significatif encore que pour Malebranche, c'est en rentrant en soi-même que l'on trouvera ce commandement « écrit de la main de Dieu ». Le sens du texte sacré sera donné par la raison. Ainsi pour régler sa conduite il suffira de consulter la seule lumière naturelle. Comme le remarque M. Alquié, Descartes en sa théorie de la véracité divine subordonnait la conception grecque de la vérité, fondée sur la clarté et l'évidence, à la conception judaïque et chrétienne, repo­sant sur le témoignage. Malebranche renverse cette hiérarchie et croit pouvoir accéder au vrai par une vision directe, qu'il deviendra inutile de garantir en invoquant une parole reçue du dehors. La morale en définitive ne se fonde plus que sur la raison. Il faudra donc reconnaître à la raison deux usages : d'une part elle nous révèle la vérité, c'est-à-dire les principes et les lois de la nature, d'autre part elle nous découvre un ordre, qui certes par le monde se trouve souvent démenti. Le XVIlle siècle abandonnant cette dis­tinction essentielle, opérera la naturalisation du malebranchisme.

***

Cependant n'y a-t-il pas à côté de ce malebranchisme explicite, un malebranchisme implicite qui resterait fidèle à l'inspiration première de Descartes, à un souci ontologique profond, fondamental ? A sa conception mécaniste du monde Malebranche joint parfois une vision révélant une autre structure d'esprit.

Dieu, nous dit-il, a tellement pensé à Jésus-Christ en créant le monde que tout dans le monde en est le symbole et l'emblème. Dans la nature tout est symbole de Jésus-Christ. « Tout a rapport à lui à sa manière, depuis la plus noble des intelligences jusqu'aux insectes les plus méprisés ». Par exemple le grain qu'on sème et qui doit mourir pour ressusciter et donner son fruit est une figure naturelle de Jésus-Christ qui est mort pour ressusciter glorieux. La vision qu'en de telles images Malebranche nous propose du monde n'est plus mécaniste. Elle se rattache au Moyen Age et M. Alquié se demande si son symbolisme n'alimentera pas le siè­cle suivant quelques-unes des pensées de la franc-maçonnerie en particulier l'idée de Grand Architecte de l'Univers et l'idée de Temple.

De plus ce Dieu de Malebranche, Dieu géomètre et architecte est en même temps le Dieu des chrétiens, c'est-à-dire incompré­hensible mais aussi qualifié, et transcendant. Cet être transcen­dant, est par cela même isolé de son idée : l'acte par lequel nous le saisissons, n'est pas analogue à celui par lequel nous compre­nons le rapport de deux idées. La saisie de l'Etre et sa connaissance seront séparés comme seront séparés le problème de la puissance et de l'essence de Dieu, le père devenant le principe des exis­tences et le fils le lieu des essences connaissables.

Et c'est en ce sens que Malebranche pourra dire que Dieu est connu de façon immédiate et sans idée, dans une sorte d'expé­rience première, d'ordre ontologique. Il s'agit moins de décrire Dieu que de dire simplement sa présence à l'âme. Ne trouverions- nous pas là en partie l'origine de la franc-maçonnerie mystique et spiritualiste, et en particulier celle de la philosophie de Louis Claude de Saint-Martin ? (2).

Le sens ontologique n'est donc pas complètement absent de la philosophie de Malebranche. En particulier l'idée du monde ne saurait pour lui être confondue avec le monde ; l'être des choses est au-delà de toute conceptualisation. L'existence ne saurait se réduire à l'essence. Dès lors si l'être ne peut être atteint par concept ou par raisonnement, ne peut-il pas être atteint par symboles Et ne trouverions-nous pas là encore une des sources du symbolisme cher à la maçonnique ?

***

La philosophie de Malebranche apparaît donc extrêmement riche et suggestive, en ses ambiguïtés mêmes. Elle oriente et engage la pensée de son temps dans des voies divergentes, parfois même opposées : celle du sensualisme et celle d'un rationalisme naturaliste ; mais celles aussi du panthéisme et du spiritualisme.

Cette richesse et cette diversité, ces ambiguïtés, nous les retrouverons dans toute la philosophie du XVIIIe siècle ; et par-là même, dans la mesure où une institution comme la franc-maçon­nerie réfracte les idées de son temps, nous les retrouverons dans la pensée de la franc-maçonnerie, où très souvent se côtoient et se mêlent le courant rationaliste et naturaliste et le courant mys­tique et spiritualiste. On peut même se demander si la franc-maçonnerie véritable n'est pas faite de ces deux courants, qui dès lors ne seraient plus contradictoires mais complémentaires. Pour­quoi pas ? La Franc-Maçonnerie aurait ainsi réalisé dans son sein, l'Eglise universelle.

(1) Le Cartésianisme de Malebranche (Vrin).
(2) Cf. Louis Claude de Saint-Martin : Dix prières (Edition de Robert Ama­dou). boles ? Et ne trouverions-nous pas là encore une des sources du symbolisme cher à la philosophie maçonnique ?

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La Philosophie des Lumières

10 Mai 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

On s'est parfois demandé s'il y avait une Philosophie des Lumières, c'est-à-dire si cette philosophie pouvait être réduite à un système, à une vision unifiée et totalisante du monde, de l'homme et de Dieu. Il ne le semble pas car s'il est indéniable qu'il y a «un esprit des Lumières», comme l'écrit Jean Deprun (Histoire de la Philosophie - pléiade Tome II), celui-ci s'exprime dans «des philosophies des Lumières». D'une manière plus nette, on dira aussi que «l'esprit des Lumières est un» mais, «que les philosophies des Lumières sont Légion» (Jean Fabre). Et ces for­mules témoignent de la difficulté que l'on éprouve à circonscrire et à définir cette philosophie des Lumières et son contenu, les idées et les idéaux qu'elle a véhiculés tout au long du XVIIIe siè­cle. Aussi bien avant d'essayer de dégager ses traits caractéristi­ques, d'examiner ses thèmes fondamentaux, faut-il d'abord la si­tuer dans le temps.

On peut en effet penser que la philosophie des Lumières (1) se situe entre la fin du XVIIe siècle et la fin du XVIIIe siècle soit, pour donner des dates repères, entre 1682 et 1784. C'est en 1682, en effet, que sont publiées «Les pensées sur la comète» de Pierre Bayle et en 1686 son «Commentaire philosophique» ; en 1686 également «L'entretien sur la pluralité des mondes» de Fontenelle et «L'histoire des oracles». Enfin, c'est en 1784 qu'Emmanuel Kant publie l'opuscule «Qu'est-ce que les Lumiè­res ?» et, en 1786, «Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée ?». Ces textes jalonnent, si l'on peut dire, toute la pensée du XVIIIe siècle. Mais au lieu de suivre l'ordre historique, de partir de Bayle pour aboutir à Kant, ici, nous procéderons autrement ; nous partirons des textes de Kant pour remonter à Pierre Bayle, pour étudier enfin la pensée des philosophes du XVIIIe siècle, si importante à cette époque qui a vu naître etr se développer la Franc-Maçonnerie spéculative.

Il s'agit de comprendre cette philosophie (des Lumières dans sa profondeur, dans les principes qui la déterminent, comme l'écrit E. Cassirer dans «La philosophie des Lumières», il s'agit de faire «la phénoménologie de l'esprit philosophique, de déga­ger les idées fondamentales, d'ouvrir un nouvel horizon philoso­phique», idées qui, à notre sens, vont nourrir P'esprit même de la Franc-Maçonnerie spéculative.

Dès lors, «Qu'est-ce que les Lumières `?», comme l'écrit Kant en 1785. C'est, dit-il, «la sortie de l'homme de sa minorité, minorité c'est-à-dire incapacité de se servir de son entendement sans la direction d'autrui, minorité dont il est lui-même respon­sable puisque la cause en réside non dans un défaut de l'entende­ment mais dans un manque de décision et de ccourage de s'en ser­vir sans la direction d'autrui». Et le philosophe ajoute, en reprenant un mot du poète latin Horace : «Sapere aude», c'est-à- dire «Aie le courage de te servir de ton proipre entendement. Voilà la devise des Lumières».

«Par les Lumières, il n'est rien requis d'autre que la liber­té... c'est-à-dire de faire usage de sa raison dams tous les domai­nes». Il est significatif que le philosophe associe. étroitement la liberté et la raison car c'est par l'usage de la raison et l'exercice de la liberté que l'homme s'affranchit ou s'émancipe. Dans l'opus­cule «Qu'est-ce que s'orienter dans la pensée ?»., Kant écrira : «Si vous désirez que la liberté de pensée soit maintenue, ne reniez pas la raison», et il précise que «la liberté de Pensée signifie que la raison ne se soumet à aucune autre loi que

celle qu'elle se donne à elle-même». Il ajoute cette invitation : '«Amis de l'huma­nité, ne contestez pas à la raison ce qui en fait le souverain bien sur la terre ; je veux dire le privilège d'être la Pierre de touche de la vérité».

« Penser par soi-même signifie chercher la pierre de touche de l'humanité en soi, c'est-à-dire en sa propre saison. Et la maxi­me de toujours penser par soi-même est l'auffklarung ».

L'usage de notre raison doit être toujours libre et être libre c'est pouvoir faire usage de sa raison. Aucun homm ne peut renoncer, sans se renier en tant qu'homme, au droit de faire usage de sa raison et d'exercer sa liberté de jugement et d'action. Ainsi, par l'exercice conjoint de sa raison et de sa liberté, l'homme, et cet homme est celui des Lumières, sort de sa minorité, devient majeur, s'émancipe, il s'affranchit. Mais de quoi s'émancipe-t-il, de quoi s'affranchit-il ? Il s'affranchit des ténèbres, de la nuit, de l'obscurité, ce qui signifie pour l'homme du XVIIIe siècle (2), de l'esprit dogmatique, du fanatisme sous toutes ses formes, mais aussi des sentiments et des passions, des préjugés et des préventions.

Les Lumières, les philosophes des Lumières, ont donc le souci de proclamer la valeur et de la liberté et de la raison (de ce que l'on appellera le libre examen) et cela, dans tous les domai­nes, c'est-à-dire non seulement dans le domaine scientifique et philosophique, mais aussi dans le domaine religieux, moral, politique.

Les penseurs du XVIlle siècle veulent à la fois étendre le champ d'investigations de la raison à tous les domaines et, en même temps, en limiter la portée ontologique ; ils pensent que la raison n'atteint pas l'Etre, c'est-à-dire la substance même des choses et des êtres, celle de la matière, celle de l'âme, celle de Dieu.

Mais cette raison est universelle: elle est une et identique chez tout être pensant, dans toute nation, à toutes les époques de l'histoire commune à toutes les cultures. C'est d'ailleurs sur cet universalisme de la raison que se fonde l'universalité de l'homme définit comme être raisonnable. Grâce à cette raison présente en tout homme et grâce à son usage méthodique, tout homme peut découvrir la Vérité et le Bien ou son Devoir. Cette raison .est ap­pelée lumière naturelle «en tant qu'ensemble de vérités immédia­tement et indubitablement évidentes à l'esprit dès qu'il y porte attention» (Lalande) (3).

(2) On peut faire remarquer que le XVIle siècle est aussi le siècle du grand rationalis­me : Descartes, Spinoza, Leibniz, Malebranche sont à plus d'un titre les représentants du rationalisme et, pour eux, la raison a puissance de valeur dans la recherche de la vérité comme dans la détermination de l'action morale. Mais Descartes et Malebran­che limitent l'usage de la raison au domaine scientifique et philosophique et en excluent les domaines religieux et politique. Spinoza en étendra l'usage au domaine religieux et Leibniz au domaine politique.

(3) Cf. Descartes «Principes de la philosophie».

«La faculté de connaître que Dieu nous a donnée, que nous appelons «lumière natu­relle», n'aperçoit jamais aucun objet qui ne soit vrai en ce qu'elle l'aperçoit, c'est-à- dire en ce qu'elle le connaît clairement et distinctement».

Rappel de la note de Lachelier (Lalande) qui estime que la traduction usuelle de l'Evangile de Saint-Jean serait un contresens. Lachelier traduirait : «La lumière, la vraie, celle à laquelle seule il appartient d'éclairer (c'est-à-dire le logos, le verbe) tout homme, faisait à ce moment son entrée dans le monde.

Cette idée entraîne un certain nombre de conséquences. La première est que l'on peut se passer de toute autre lumière, c'est- à-dire de la lumière surnaturelle, de la révélation et, par là même, que l'on sera amené insensiblement à rejeter toute théo­logie, toute religion, tout dogme religieux.

Sans doute, mais cela n'évacue pas le problème car si on veut les mettre en ordre, les hiérarchiser, on ne peut pas se de­mander quel sera le fondement de l'autre. Est-ce que la lumière surnaturelle garantit et fonde la lumière naturelle, soit la révéla­tion, la raison ? Ou bien est-ce que la lumière naturelle, la raison, n'englobe-t-elle pas, ne fonde-t-elle pas la révélation, la lumière surnaturelle ?

Saint-Augustin, Saint-Thomas, Bossuet ne nient pas la pré­sence en l'homme d'une lumière naturelle mais celle-ci est obli­gatoirement et nécessairement subordonnée et ordonnée à la lu­mière surnaturelle qui nous est octroyée par la révélation.

Descartes, lui, au XVIIe siècle, les sépare comme il sépare des ordres de vérité, mais il ne fait plus de la philosophie la ser­vante de la théologie. Mais avec Spinoza, le climat intellectuel va changer. Selon lui, il y a deux voies, deux chemins pour atteindre la vérité, la voie religieuse et la voie philosophique, et s'il réserve la première au vulgaire et la seconde au sage, celle-ci lui paraît supérieure. Ne dit-il pas dans «Le traité théologico-politique» : La vraie charte d'alliance entre Dieu et nous ce n'est pas du pa­pier noirci mais la pensée vivante en nous», c'est-à-dire ce n'est pas la Bible mais c'est la raison.

Quant à Leibniz, dans sa lettre à l'électrice Sophie, il écrit . « Je suis persuadé que la religion ne doit rien avoir qui soit contraire à la raison...». Il ajoutera : « Il nous faudrait des mis­sionnaires de la raison en Europe pour prêcher la religion natu­relle sur laquelle la révélation elle-même est fondée et sans la­quelle la religion sera toujours mal prise (ou mal prisée) ».

Enfin, Malebranche, dans la préface aux «Entretiens sur la métaphysique et la religion», croit pouvoir écrire, au grand scan­dale de Bossuet et d'Arnaud, « que Dieu nous éclaire intérieure­ment sans l'intermédiaire d'aucune créatur e». Il distingue le vrai Maître intérieur qui est, dit-il, « la raison éternelle ou verbe de Die u» des théologiens, des prêtres, des pasteurs qui eux, ne sont que des moniteurs.

«Il est clair que nous n'avons point d'autre Maître dans les sciences, mathématiques, philosophie, que la sagesse éternelle qui habite en nous et que tous les esprits consultent pas leur attention (4).

«N'est-ce pas la raison universelle qui est cette vraie lumiè­re qui éclaire tous les hommes, quoique tous les hommes n'en soient point également éclairés».

Tout le XVIIIe siècle est déjà dans ce jugement.

Ainsi, la rupture, non pas entre la religion et le rationalisme mais plus exactement la hiérarchisation dans les rapports entre raison et révélation, semble s'opérer, se manifester surtout dans l’œuvre et la pensée de Pierre Bayle. Il préfigure en effet le XVIIIe siècle, ce qui en lui caractérisera l'esprit des Lumières. On peut déjà trouver chez ce penseur huguenot, né en Ariège et pé­nétré des doctrines manichéennes des cathares, réfugié en Hol­lande après la révocation de l'Edit de Nantes, un certain nombre de thèmes majeurs que l'on retrouvera au XVIIIe siècle dans la philosophie des Lumières : la critique de l'autorité et du dogme, la défense du libre examen, la défense de la valeur de la raison, l'apologie de la tolérance, l'affirmation de l'autonomie de la mo­rale par rapport à la religion et même une négation du miracle.

Dans le commentaire philosophique qu'il donne à la para­bole évangélique «Compelle intrare : Contrains-les d'entrer», il affirme sa méfiance, son hostilité à toute formulation dogmati­que d'une vérité. «Tout dogme qui n'est point homologué, véri­fié, enregistré au parlement suprême de la raison de la lumière naturelle, ne peut être qu'une autorité chancelante et fragile comme le verre». (Bayle ici semble se souvenir de Malebranche).

Par ce jugement, on voit qu'il ne s'agit pas, pour Bayle, de soumettre la lumière naturelle à la lumière surnaturelle, la raison à la foi, la philosophie à la théologie mais, au contraire, de subor­donner les vérités religieuses connues par la révélation, les dog­mes affirmés par la doctrine théologique, aux vérités perçues et découvertes grâce à la raison et qu'il s'agit de garantir les pre­miers par les seconds. Il affirme même plus nettement encore que «tout dogme particulier, soit qu'on l'avance comme contenu par l'écriture, soit qu'on le propose autrement, est faux lorsqu'il est réfuté par les notions claires et distinctes de la lumière natu­relle». Ici, il ne s'agit pas seulement de l'accord entre les vérités délivrées par la foi et celles découvertes par la raison, mais de montrer que s'il y a contradiction, c'est la raison qui doit avoir dans l'affaire le dernier mot.

Ces affirmations impliquent évidemment que l'on recon­naisse la validité, la valeur de cette lumière naturelle dans la re­cherche de la vérité. Et l'on retrouvera dans l'oeuvre de Bayle des accents intellectuels qui ne sont pas sans rappeler la pensée de Malebranche, de Leibniz, de Spinoza, de ceux qui constituent ce que l'on a appelé le rationalisme métaphysique du XVIIe siècle en ce sens que, quelles que soient les différences et même les di­vergences qu'ils ont par rapport au contenu de la raison, ils sont d'accord quant à sa valeur et qui ne fait que développer le juge­ment célèbre de Descartes au début du Discours de la Méthode : «Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée...», c'est-à- dire cette idée que tout homme, par le méthodique exercice de sa raison, peut aller à la recherche et à la découverte de la vérité. Pour Bayle il y a, en effet, «une lumière naturelle qui éclaire tous les hommes aussitôt qu'ils ouvrent les yeux de leur attention et qui les convainc invinciblement de la vérité (5)».

Mais pourquoi pouvons-nous accorder notre confiance à cette lumière naturelle, à cette raison ? C'est parce que, dit-il, «c'est Dieu lui-même la vérité essentielle et substantielle qui nous éclaire immédiatement et qui nous fait contempler dans son essence les idées de vérités éternelles contenues dans les prin­cipes ou dans les notions communes de métaphysique». C'est Dieu qui est le garant de la vérité comme pour les rationalistes du XVIIe siècle ; c'est lui qui nous éclaire immédiatement, c'est- à-dire sans aucun autre médiateur, que ce médiateur soit Moïse, ou Jésus, ou la Bible, ou l'Eglise, n'importe quelle Eglise, ou un prêtre ou un pasteur. Tout le déisme philosophique (toute la reli­gion dite naturelle) du XVIIIe siècle est contenu dans cette phra­se. La conséquence logique en est que si la conscience humaine est directement éclairée par Dieu ou la vérité (la lumière), per­sonne ne saurait aller contre ce qu'elle découvre, contre ce qu'elle croit être la vérité. La valeur de cette lumière et de cette raison entraîne le légitime exercice de sa liberté dans toute recherche ; aussi bien Bayle affirme-t-il avec force le droit de cette conscien­ce à chercher, à penser librement et condamne-t-il tous ceux qui s'opposeraient à cette libre recherche de la vérité.

Liberté de la conscience et reconnaissance de cette liberté par l'autre qui se traduit par le concept de tolérance. Aussi, Bayle peut-il écrire que «la première et la plus indispensable de nos obligations est de ne point agir contre l'inspiration de la conscience» et que «toute action qui est faite contre les lumières de la conscience est essentiellement mauvaise».

Ce respect de la conscience d'autrui et de sa libre détermi­nation et de son libre exercice est la Loi qui s'impose à tout homme, «une loi éternelle et immuable qui oblige l'homme en peine du plus grand péché mortel qu'il puisse commettre de ne rien faire au mépris et malgré la détermination de sa conscien­ce». Il ne faut donc, sous aucun prétexte, abdiquer ce droit et ne jamais se soumettre à aucune autorité, quelle qu'elle soit, d'où qu'elle vienne, qui serait imposée du dehors. Ajoutons, dans l'es­prit de Bayle, que pour parvenir à la connaissance il est nécessai­re de se dépouiller de ses préventions et de ses préjugés, de tout ce que le monde, la société, les dogmes ont imposé aux hommes. «Je ne sais si l'on ne pourrait pas assurer que les obstacles d'un bon examen ne viennent pas tant de ce que l'esprit est vide de ce qu'il est plein de préjugés» - (article Pélisson).

La recherche de la vérité exige ce dépouillement préalable de tous nos préjugés, de tout ce que nous recevons passivement, sans examen et, selon Bayle, non seulement en matière religieuse mais dans tous les domaines.

«Le véritable esprit d'examen consiste surtout à se dépouil­ler de la pensée qu'on tient la vérité». Voilà l'idée, la grande idée que fera sienne le XVIIIe siècle et avec lui que reprendra la Franc-Maçonnerie. Quel est l'homme qui peut se flatter de possé­der la vérité, la vérité absolue. Il n'en détient qu'une parcelle et n'en aperçoit souvent qu'un reflet (ici reflet dans les symboles) et il ne le découvre que peu à peu, par un long cheminement, une route, une voie initiatique.

Bayle va même jusqu'à parler «des droits de la conscience errante» et, dans un texte admirable, il écrit : «Dans la condition où se trouve l'homme, Dieu se contente d'exiger de lui qu'il cher­che la vérité le plus soigneusement qu'il le pourra et que, croyant

l'avoir trouvée, il l'aime et y règle sa vie». La vérité est conçue et entendue moins comme capital, possession, que comme enquête, comme recherche, comme conquête de la vérité, comme un lent et méthodique cheminement vers la vérité. «A l'affirmation d'une connaissance première et dernière en sa teneur définitive se substitue l'idée d'une recherche de la vérité conçue comme la vérité d'une recherche». (Gusdori). La vérité de la vérité n'est pas la vérité elle-même mais, pour l'homme, la recherche de la vérité et les efforts qu'il accomplit pour l'atteindre. La vérité est élan, intention, amour de la vérité plus que capital et recherche. (Texte Lessing).

La vérité a peut-être son foyer en Dieu et sa norme dans le cosmos, mais ce sont les efforts que fait la conscience de l'hom­me qui témoignent pour elle. C'est aussi cette conscience morale qui sera au centre des réflexions sur le bien et sur la conduite. Lorsqu'il écrit «qu'un athée peut être vertueux», il affirme d'une manière radicale (c'est-à-dire révolutionnaire) la séparation entre la morale et la religion. Il écrit que «l'athéisme n'est pas un plus grand mal que l'idolâtrie». «Les idées d'honnêteté qui sont parmi les chrétiens ne viennent pas de la religion qu'ils professent». La morale est et peut être indépendante de toute religion : idée re­prise inlassablement par Voltaire, et les philosophes du XVIIIe siècle et par la Franc-Maçonnerie spéculative.

Ainsi, Pierre Bayle se définit comme le citoyen d'une répu­blique, de la république des idées. «Cette république est un état extrêmement libre. On n'y reconnaît que l'empire de la vérité et de la raison». (Est-ce que l'on ne peut pas dire qu'elle préfigure la Loge maçonnique, certes la Loge maçonnique idéale ou, tout au moins, qu'elle dessine quelques uns des traits essentiels ?).

Aussi, dans «Les Nouvelles de la République des Lettres», Bayle, plein d'espoir et d'enthousiasme, ira même jusqu'à écrire : «Nous voilà dans un siècle qui va devenir de jour en jour plus éclairé, en sorte que tous les siècles précédents ne seront que té­nèbres en comparaison».

Le XVIIIe siècle s'est nourri de la pensée de Pierre Bayle et des thèmes contenus dans le célèbre Dictionnaire Philosophique. Nous disions que la pensée de Pierre Bayle préfigure, dans ses grandes lignes, un très grand nombre d'idées reprises et dévelop­pées au XVIIIe siècle en même temps, certes, que la philosophie de Malebranche et, par certains côtés, de la philosophie de Locke. Plus que tout autre philosophe, Voltaire sera le représen­tant de ce courant de pensée, le traducteur, le héraut de ce ra­tionalisme ouvert, le témoin de cet esprit des Lumières fait d'universalisme, de liberté, de recherche inlassable de la connais­sance, de culte, de l'esprit critique, de la liberté d'examen. Son oeuvre toute entière en porte le témoignage : ses tragédies, ses Contes et ses romans, son Dictionnaire Philosophique et les dia­logues et anecdotes philosophiques expriment tout d'abord l'af­firmation de Dieu, d'un Dieu qui dépasse le Dieu des religions révélées et des différentes confessions et qui entraîne l'instaura­tion d'une religion naturelle. Aussi on contestera tout dogme lié à une religion «révélée» et historique et, par là même, tout dis­cours théologique ou théologien. Dans le même mouvement, on proclamera les droits de la liberté de la conscience dans la re­cherche de la vérité et du bien et la réciproque tolérance entre les hommes. On affirmera aussi l'universalité de la raison sur le plan pratique, c'est-à-dire moral, et l'existence au coeur de l'homme d'une conscience morale universelle.

C'est ainsi que dans le dialogue entre Lucrèce et Posido­nius, ce dernier affirme : «Il y a un Etre intelligent et puissant qui donne le mouvement, la vie, la pensée...», et il ajoute «Vous supposez un ordre ; il faut donc qu'il y ait une intelligence qui ait arrangé cet ordre...». «N'est-il pas déraisonnable d'admettre une mécanique sans artisan, un dessein sans intelligence et de tels desseins sans un Etre suprême ?». Mais, rétorque Lucrèce : «De quelque côté que je me tourne, je ne vois que l'incompréhensi­ble», et Posidonius (ce stoïcien (sic), semble, comme Voltaire, avoir lu Malebranche), «C'est justement parce que cet Etre su­prême existe que sa nature doit être incompréhensible. Nous de­vons admettre qu'il est sans savoir ce qu'il est et comment il opère».

L'Etre ne saurait être accessible au discours rationnel ; il est connu, à la limite postulé, plus que compris. Ce qui entraîne cer­tes l'affirmation de Dieu ou de l'Etre mais, en même temps, per­met d'évacuer tout discours sur Dieu qui essaierait, voudrait dé­terminer sa nature, son essence, et de bannir tout esprit théologique ou théologien sur la nature de Dieu car «la théologie est dans la religion ce que les poissons sont dans les aliments». Aussi bien Voltaire voudra-t-il conserver une religion, mais une religion dépouillée de tout dogme particulier et n'affirmant que quelques grands principes de morale. Tel est le sens du dialogue entre le caloyer et l'honnête homme : «Sans doute faut-il une reli­gion aux hommes... et l'âme demande cette nourriture... mais il la faut pure et raisonnable, universelle. Elle doit être comme le soleil qui doit être pour tous les hommes et non pour quelques privilégiés».

Aussi, il n'y aura qu'une religion. En quoi consistera-t-elle ? «Adorer Dieu» et «Etre juste». Ce Dieu cher à Voltaire et à l'honnête homme parle à tous les cœurs ; nous avons tous un droit égal à l'entendre. La conscience qu'il a donnée à tous les hommes est leur loi universelle. Et l'honnête homme propose au caloyer «la religion qui convient à tous les hommes» et qui est «celle de tous les patriarches, de tous les sages de l'antiquité, l'adoration d'un Dieu, la justice, l'amour du prochain, l'indul­gence pour toutes les erreurs et la bienfaisance dans toutes les oc­casions de la vie». Et la conclusion tombe, mordante et cruelle. Alors que le caloyer dit «Je sers Dieu selon l'usage des convents», l'honnête homme réplique «et moi selon ma conscience». Car il y a, selon Voltaire, une universalité de la conscience morale. En effet, si les hommes sont différents selon le climat, les mœurs, le langage, les lois, les cultes et même la me­sure de leur intelligence, ils ont tous le même fond de morale, ils ont tous une notion du juste et de l'injuste, qu'ils ont acquis à l'âge où la raison se forme et se déploie.

Pour retrouver ce sens de la justice qui est dans le cœur de tout homme, il faut mettre la vérité à la place des fables ; il faut épurer l'esprit et l'âme de tous les mensonges, de toutes les illu­sions dont on a nourri l'homme, et de toutes les superstitions. S'il nous faut des fables comme il le dit dans «L'Ingénu», que ces fables soient l'emblème de la vérité. Car s'il aime «la fable des philosophes» et s'il rit de «celle des enfants», il déteste «celle des imposteurs». Il faut donc essayer d'établir l'empire de la raison. Comment ? Par l'effort, par le travail, par l'apprentissage, car il ne tient qu'à nous «d'apprendre à penser» puisque nous sommes «nés de l'esprit».

«Celui qui ne sait pas la géométrie peut l'apprendre, tout homme peut s'instruire», écrit-il dans le Dictionnaire Philosophi­que (article Liberté de penser), et il conseille : «Oser penser par vous-même». Kant se souviendra de cette formule et la repren­dra pour définir ce qu'il appelle «l'aufklarung», c'est-à-dire la philosophie des Lumières. Car il est évident pour Voltaire, comme pour les philosophes des Lumières, «que ce sont les ty­rans de l'esprit qui ont causé une partie des malheur du monde».

Pour aller vers la vérité, il faudra donc apprendre à connaî­tre et à aimer. «C'est par l'amour et la connaissance de la vérité que nous avons quelque faible participation à l'Etre», «comme une étincelle a quelque chose de semblable au soleil et une goutte d'eau tient quelque chose du vaste océan» - (Sophronisme et Adelos).

Aussi, il est significatif que pour Voltaire l'homme a la pos­sibilité de participer à 1'Etre divin par la recherche de la vérité. Aussi bien est-il nécessaire d'apprendre à rechercher la vérité, d'apprendre à se servir de la raison. D'où l'importance de l'édu­cation pour assurer cette marche progressive vers la Lumière. Il faut apprendre à penser, il faut apprendre à réfléchir. Il faut pra­tiquer une véritable initiation à la réflexion et à la raison. le phi­losophe allemand Lessing qui était, comme Voltaire, franc- maçon, dans son ouvrage «L'éducation du genre humain» va jusqu'à dire que «l'éducation est la forme de révélation qui est donnée à l'individu» et cette éducation est une sorte d'initiation.

Il faut donc éclairer les hommes et Charles Pinot-Duclos («Considérations sur les mœurs de ce siècle») ira jusqu'à dire : «Pour rendre les hommes meilleurs, il ne faut que les éclairer ; le crime est toujours un faux jugement». Et Condorcet, avec un op­timisme peut-être un peu trop naïf, pourra proclamer à la fin du siècle : «C'est par le progrès des Lumières, parmi les hommes qui cultivent leur esprit, c'est par leur influence sur la raison générale que celle-ci, perfectionnant peu à peu les institutions publiques et à son tour perfectionnée par elles que la marche des hommes deviendra constante et rapide». Et il conclut en disant : «L'esprit humain semble s'agrandir et les ténèbres reculent». Cette idée d'un progrès humain, fruit du progrès des Lumières, est caracté­ristique d'une grande partie du XVIIIe siècle.

Il faut éclairer les hommes, tous les hommes, chasser les té­nèbres, c'est-à-dire développer les sciences, la philosophie et la raison. La Chalotais le confirme : «L'ignorance n'est bonne à rien, elle nuit à tout. Il est impossible qu'il sorte quelque lumière des ténèbres et on ne peut marcher dans les ténèbres sans s'éga­rer». Cette exigence des Lumières est une foi en la raison humai­ne et en la liberté intellectuelle.

La philosophie des Lumières, l'esprit des Lumières est fait de confiance en l'homme, en la nature humaine, en la raison hu­maine, en la nature raisonnable de l'homme. La valeur et le pro­grès de la connaissance entraînent la valeur et le progrès de l'homme et de l'humanité. Ils entraînent, pensent beaucoup d'hommes de ce temps, un progrès de la civilisation elle-même. Certes, cette philosophie subira un choc terrible lors de certains événements révolutionnaires mais les défaillances de l'histoire n'entament pas la beauté et la valeur d'un idéal.

Tous ces hommes du XVIIIe siècle, et parmi eux il y avait beaucoup de francs-maçons, ont voulu instaurer une nouvelle al­liance entre l'homme et Dieu, un Dieu qui ne se limiterait pas à celui d'une religion particulière et qui serait atteint dans la liber­té et par la liberté ; et celle-ci entraînerait une nouvelle alliance entre les hommes eux-mêmes, une alliance fondée sur la toléran­ce, le respect de la Loi Morale et l'idée de Fraternité Universelle.

Henri Tort-Nouguès

(1) «Le pluriel des Lumières leur est constitutif» (Jean Deprun).
(2) On peut faire remarquer que le XVIle siècle est aussi le siècle du grand rationalis­me : Descartes, Spinoza, Leibniz, Malebranche sont à plus d'un titre les représentants du rationalisme et, pour eux, la raison a puissance de valeur dans la recherche de la vérité comme dans la détermination de l'action morale. Mais Descartes et Malebran­che limitent l'usage de la raison au domaine scientifique et philosophique et en excluent les domaines religieux et politique. Spinoza en étendra l'usage au domaine religieux et Leibniz au domaine politique.
(3) Cf. Descartes «Principes de la philosophie».
«La faculté de connaître que Dieu nous a donnée, que nous appelons «lumière natu­relle», n'aperçoit jamais aucun objet qui ne soit vrai en ce qu'elle l'aperçoit, c'est-à- dire en ce qu'elle le connaît clairement et distinctement».
Rappel de la note de Lachelier (Lalande) qui estime que la traduction usuelle de l'Evangile de Saint-Jean serait un contresens. Lachelier traduirait : «La lumière, la vraie, celle à laquelle seule il appartient d'éclairer (c'est-à-dire le logos, le verbe) tout homme, faisait à ce moment son entrée dans le monde.
(4)Cf. également :
Méditation X : «Je vous rends grâce, ma raison et ma lumière, de toutes les vérités que vous m'avez enseignées».
Méditation XVI : «O, ma lumière et ma raison, je me présente devant vous pour re­cevoir une nourriture ordinaire et les règles de ma conduite».
Malebranche - « N'est-ce pas la raison universelle qui est cette vraie lumière qui éclaire tous les hommes, quoique tous les hommes n'en soient point également éclairés ».

Source : www.ledifice.net

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Sic transit gloria mundi : ainsi passe la gloire du monde !

9 Mai 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Voilà bien une parole de vraie sagesse ! Mais elle résonne ici surtout comme une mise en garde en direction du futur Frère apprenti dans la dernière phase de sa réception, au moment même où il retrouve la lumière, belle et fulgurante, soudaine comme un feu de paille, ténue et volatile comme vapeur ! Mais quoi ! Voici déjà un bon moment que cette voix d’outre-tombe lui parle de la lumière, lui dit combien elle est fondamentale, nécessaire, indispensable au maçon.

Il y a … si longtemps qu’il en est privé, qu’il navigue dans le noir, dans les ténèbres, tous sens en alerte, … qu’il est guidé comme un aveugle, poussé et tiré à hue et à dia, une main brûlée ou bien trempée, l’autre armée d’une épée perçant sa poitrine, ballotté, mis en garde contre lui-même, invectivé dans sa solitude au cœur d’une assemblée qu’il ne peut que deviner !

Et au moment où enfin cette lumière vient à lui, où elle explose devant lui et en lui, on clame alors qu’elle est comme la gloire du monde … passagère, fluente, provisoire !

Et d’ailleurs pourquoi, après avoir traversé tant d’épreuves, buté sur tant d’obstacles, après avoir raidi le cou, armé sa poitrine de courage, résisté à la peur et pourtant renouvelé sa confiance envers ces inconnus qui vous subjuguent … en un mot après avoir cherché, persévéré et souffert … pourquoi diable remettre en question cette victoire sur soi-même emportée de haute lutte ?

Mais, mon bien aimé Frère apprenti, simplement parce qu’à partir de ce jour, de cet instant, de cette minute où vous recouvrez la lumière et devenez maçon, la loge … c’est-à-dire nous… va se pencher sur vous comme le ferait une mère attentionnée sur son nouveau-né, … pour vous nourrir de connaissance, vous rendre fort de toutes les vertus, vous accompagner sur votre chemin, vous protéger de vous-même et des autres … à chaque grade de votre vie de maçon et ce jusqu’au moment où de l’avis de tous vous serez assez fort et lumineux pour continuer seul le chemin, par vous-même, mais toujours au milieu de nous.

Ainsi, ce à quoi vous invite cette maxime « sic transit gloria mundi », c’est à l’humilité « qui est l’antichambre de toutes les perfections » et à la vertu et au zèle, qui remplacent toutes les fausses gloires du monde.

La preuve ? C’est cette même phrase que prononçait par trois fois traditionnellement un simple moine devant le Pape nouvellement élu en brûlant à ses pieds une mèche d’étoupe :

« Sancte Pater, sic transit gloria mundi » , « Saint Père, ainsi passe la gloire du monde ».

Une manière de lui rappeler qu’en toutes choses il n’est qu’un homme et doit se garder de tout orgueil, de toute vanité.

Et, cette maxime ne ressemble-t-elle pas aussi au « memento mori » ! ( rappelle-toi que tu es mortel ! ) que l’on glissait à l’oreille des généraux romains portés en triomphe dans les rues de Rome pour leur rappeler le caractère transitoire, fugace et vain de toute victoire en ce bas monde.

C’est aussi ce que développe, dans le rituel d’apprenti, le vénérable Maître aussitôt après que la flamme de la pipe à lycopodes ait jailli, puis disparu :

« … Songez que le moment doit arriver où toutes les illusions disparaissent plus vite que l’éclair. Aimez donc exclusivement la vérité, la justice, si vous voulez acquérir un bonheur solide et durable… »

Puis encore, lorsque l’apprenti va être emmené par le Frère Introducteur pour retrouver ses habits : il n’omettra pas de lui dire :

« ..Puisqu’en quittant ses décorations profanes, notre nouveau frère avait reconnu devant vous que la sagesse est la seule parure qui distingue vraiment les hommes, allez lui faire reprendre des vêtements qui, bien loin de servir à leur orgueil, ne devraient être pour eux que le signe de leur besoin » .

Voici peut-être pourquoi nous sommes ici habillés semblablement ! Et qui indique clairement combien l’humilité devrait toujours régner parmi les maçons !

En est-il toujours ainsi ? … Voire !

Plus encore qu’au seul frère apprenti, ce rappel ne s’applique-t-il pas plutôt à toute la loge ? Et chacun de nous, ici et maintenant, n’a-t-il pas besoin de se remettre en question, quelque soit son grade, son titre ou sa fonction ?

Dans un grade plus élevé ne dit-on pas, en tête d’un premier discours : « Il n’y a rien de stable dans ce monde. Tout passe comme une fumée. »

Mais allons plus loin ; cette humilité qui nous est demandée, … que dis-je …exigée … Que représente-t-elle et quel est son impact sur notre vie en loge et hors la loge ?

Elle est d’abord et avant tout le fruit d’une descente en nous-mêmes, en nos propres enfers, dont nous devrions remonter renseignés, souriants, libres et nus….

Renseignés …parce que l’humilité ne nous demande rien d’autre, dit Saint Augustin, « que de nous connaître en vérité, sans détour », sans artifice.

Souriants … parce qu’au fond de nous-mêmes, nous devrions avoir trouvé cette petite étincelle de lumière divine porteuse d’espoir qui devra devenir un brasier.

Libres et nus … parce que « Cette courageuse plongée en notre intime labyrinthe n’a pas pour fin de nous y perdre, ni de nous y enfermer, mais de nous désabuser et de nous détromper de nous-mêmes afin que, de cet abîme suffoquant, nous ressortions libres et nus. Nus,… car nous savons désormais que rien de misérable ne nous est tout à fait étrangerLibres,… car nous savons dès lors qu’il n’y a ni force, ni talent, ni vertu dont nous soyons propriétaires, et dont nous puissions nous faire fort, par nous-mêmes et à jamais. »

Or c’est bien libre et nu (ou presque) que se trouve le futur Apprenti au moment où il reçoit cette lumière et entend cette maxime.

Le message est ici évident, il est maintenant sur un chemin d’humilité qui va d’abord le conduire au-dedans de lui-même, puis dans le monde, au cœur d’un voyage sans bagages où c’est le but qui est créateur et porteur de vertu.

Pour ce voyage en terre d’humilité, rien ne sert en effet de se demander si l’on est assez courageux, assez patient, assez intelligent pour assurer telle tâche ou telle action, … mais seulement si cette tâche est nécessaire et cette action requise. Si c’est le cas, alors la volonté et le zèle déployés créeront les vertus nécessaires à l’accomplir, particulièrement au sein de la loge, car « seul celui qui se sait pauvre peut oser appeler et oser recevoir »

Et c’est comme pour précéder cet appel, cette demande de l’humble, que le vénérable Maître lui montrera de nouveau les épées des frères de la loge, lui disant : « vous voyez maintenant les mêmes armes tirées pour votre défense, pour vous convaincre que jamais l’Ordre ne vous abandonnera…»

Voici, mes bien-aimés frères, ce que doit être l’attitude de l’apprenti-maçon et aussi celle qui devrait être la mienne et la nôtre … à tous … en loge et en dehors de la loge.

Et voici aussi le temps pour nous d’endosser en confession les paroles du Duc d’Aumale :

« je dis ces paroles pour qu’elles fassent honte à mes actions ».

Car « cette descente dans l’abîme… que nous sommes ! veut une lumière, celle de Dieu, plus forte que notre conscience, … et un but, celui d’œuvrer enfin,… plus riche que nos jugements, bons ou mauvais, sur nous ».

C’est pourquoi il nous faut à chaque instant porter attention à conserver les vertus de mesure et d’effacement qui nous épargnent d’imposer aux autres notre présence, notre regard, notre conviction, notre jugement, et d’envahir leur espace comme par un droit de conquête. Ne soyons ni des juges et ni des conducteurs d’âmes.

Rappelons-nous toujours ceci :

« Un courage sans humilité n’est que folle témérité, une intelligence sans humilité n’est que sotte outrecuidance, une autorité sans humilité n’est que tyrannie capricieuse.»

Ainsi, en pensant – faussement – avoir acquis la sagesse, accompli son chemin, prenons garde, nous maçons, de ne pas confondre … se connaitre soi-même et … se comparer aux autres !

Se connaître n’est pas se comparer ! Car en vérité que m’apprend de me trouver pire ou meilleur qu’un autre que je connais moins encore que moi ?

Alors mesure, oui ! Effacement, bien sûr ! … Mais à l’inverse, en quoi se déprécier serait-il plus pur que se vanter ? … En rien !

Car ce ne sont là, qu’on se le dise, que les marées hautes et basses du même narcissisme, que pièges qui nous font tomber de Charybde en Scylla, et on connait des sicaires de l’autorité comme on connait aussi des fanfarons de la petitesse, de l’indigne.

Il nous faut donc, mes frères, veiller à poser … et conserver … des limites qu’il s’agit de ne pas franchir, ni au delà et en deçà, et des distances à ne pas abolir pour que le frère, pour qu’autrui … soit et respire, reste libre et mobile.

Et si l’humilité, la réserve et la mesure en toutes choses sont de belles vertus, leur objet est, d’abord et avant tout, d’empêcher tous ces débordements où la mise en avant de notre être ferait de l’autre notre chose ou notre jouet, même au nom de son prétendu bien.

Gardons nous donc de l’hypocrisie comme de l’ostentation !

L’humilité, la vraie, celle qui est mesurée … est notre pierre de fondation et la demeure de la charité.

Saint Augustin affirmait :

« Si vous me demandez ce qui est le plus essentiel dans la religion et dans la discipline de Jésus-Christ, je vous répondrai : d’abord, l’humilité, ensuite, l’humilité et en troisième lieu, l’humilité . »

Car en plus de nous révéler la profondeur de l’amour que Dieu nous porte, l’humilité nous montre la voie réelle qui conduit à la plénitude de cet amour.

« L’ouverture du cœur est à la mesure du désert intérieur » nous rappellera toujours le Père de Foucault.

Et l’on est sur la bonne voie lorsque l’on comprend enfin que la force de notre amour ne vient pas de nous-mêmes,… mais qu’elle émane de ce que nous aimons. C’est pourquoi elle ne saurait manquer.

C’est aussi pourquoi c’est bien cette amoureuse humilité, et non pas la vaine recherche de cette fausse gloire du monde, qui renvoie à toutes les grandeurs du maçon écossais rectifié.

“Vanitas vanitatum” , dit l’Ecclesiaste “Vanitas vanitatum, omnia vanitas”

Vanité des vanités, tout est vanité !

Source : http://www.info-france.fr/123LAPAROLECIRCULE/archives/5319

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Que la Lumière qui a éclairé nos Travaux...

8 Mai 2013 , Rédigé par D\ T\ Publié dans #Planches

Que la Lumière qui a éclairé nos Travaux continue à briller en nous pour que nous poursuivions au dehors L’œuvre commencée dans le Temple, mais qu’elle ne reste pas exposée aux regards profanes

 

Cette phrase, j’ai du l’entendre, depuis que je suis parmi vous, presque 150 fois, et a chaque fois, elle m’a interloquée, questionnée, désorientée. Au fur et à mesure des tenues, cette invocation, dite par la V\M\, juste avant l’extinction des piliers Sagesse, Force et Beauté, a retenti dans le Temple et en moi sans que j’y trouve une compréhension « vécue ».

 

Vécue, c'est-à-dire pas seulement une compréhension intellectuelle, livresque. Cette explication là, je pense pouvoir la donner (rapidement cela dirait : la lumière ne doit pas être exposée car c’est la lumière de l’initiée, elle est liée au secret, au serment et elle ne doit pas être exposée car elle ne serait pas comprise.)

 

Mais je recherche plutôt un entendement profond qui donne la possibilité d’une réflexion au sens étymologique du terme, qui me permette ce travail inhérent à toute maçonne : tailler ma pierre et avancer vers la connaissance.  

C’est surtout la dernière partie de la phrase « Mais qu’elle ne reste pas exposée aux regards profanes. » qui à chaque fois m’a heurtée.  

Cette formulation qui ressemble à une injonction, une prière, un avertissement, m’a souvent irritée parce que je ne la comprenais pas. J’y avais toujours ressenti un certains mépris envers le monde profane, monde dans le quel je passe, comme vous toutes j’imagine, la majorité de mon temps. Pourquoi cet avertissement ?  

J’en suis donc venue à me poser les questions suivantes :
- Pourquoi le rituel nous dit sous forme de mise en garde: mais qu’elle ne reste pas exposée aux regards profanes ?
- qu’est ce que le profane ? Le regard profane ? Et bien sûr, qu’est ce que le sacré ?
- pourquoi cette lumière ne doit pas être exposée aux regards profanes ? Et comment pourrait-elle l’être ?qu’arrive t-il sinon ?
- qu’est ce que le secret maçonnique ?

 

Je ne crois pas, aujourd’hui, après cette réflexion que j’ai menée, être parvenue à répondre à toutes ces questions de manière satisfaisante. Il me semble qu’il persiste beaucoup de zones d’ombre que vous m’aiderez peut être, mes SS\, à faire disparaitre ? Ou bien faut-il que cette ombre persiste un peu pour que la Lumière n’en soit que plus visible ?  

Bien sûr, quelques définitions vont m’aider :  

Lumière Maçonnique :Symbole fondamental de l'initiation maçonnique ; une loge donne la lumière au néophyte lors de la cérémonie d'initiation.  

Profane : Le mot vient du latin pro fanum (de pro «devant» et fanum «lieu consacré»).qui signifie en avant, en dehors du sacré. Les Francs-Maçons qualifient de profane tout ce qui est en-dehors de Temple, qui n‘appartient pas à la Franc-maçonnerie. Une personne non initiée est profane.  

Sacré :qui appartient à un domaine séparé, interdit et inviolable et fait l’objet d’un sentiment de révérence religieuse (petit Robert); Il y a une étroite similitude entre les mots « sacré » (sacratum) et « secret » (secretum) : il s'agit dans l'un et l'autre cas de ce qui est mis à part.  

Mais ces définitions livresques, je les connais déjà, elles ne m’aident pas réellement à expliquer ce sentiment d’incompréhension que je ressens à l’énoncé de cette phrase qui résonne à chaque fin de tenue. Je me suis donc tournée vers le rituel du 1° degré et le rituel d’initiation.  

Cet énoncé fait le pendant à une autre phrase de notre rituel. Juste après l’invocation au G\A\D\L\U\ qui permet l’ouverture des travaux, la V\M\ Nous dit :

 

« Nous ne sommes plus dans le monde profane,
Nous avons laissé nos métaux à la porte du Temple,
Élevons nos cœurs en FraternitéEt que nos regards se tournent vers la Lumière.
»

 

Trois mots en commun dans ces deux textes : Temple, Lumière, et profane.  

Temple : c’est un lieu où nous allons transformer notre rapport au temps et à l’espace grâce au rituel d’ouverture. Il y a donc le dehors et le dedans, Le sacré et le profane. Il y a l’œuvre que nous commençons dans le Temple et que nous poursuivons hors du Temple. Le temple est le creuset de l’alchimie qui va me faire passer du monde profane au monde initiatique. Il s’agit aussi, quand le temple de la maçonne s’éclaire, de notre temple intérieur celui qui n’est jamais perceptible par le monde profane. Quand nous allons sortir, nous allons à nouveau changer d’espace- temps. Mais tout ce passe dans notre moi profond devrait rester intact. Mon temple intérieur devrait toujours rester éclairé.  

Lumière : la lumière qui a éclairée nous travaux :de qu’elle lumière parlons-nous ?  

Dans le temple, la lumière est abondante, une fois les travaux ouverts. Il y en a plusieurs au sens symbolique comme au sens matériel :  

Les 3 Grandes Lumières ( déclaration de principe, équerre et compas),Les lumières des piliers Force,Sagesse et Beauté ; Les 5 lumières de la loge ( la V\M\ et les 2 surveillantes,l’Orat\,et la Sec\ ) ;la lumière éternelle posée sur le plateau de la V\M\; Les étoiles des 2 surveillantes ; Le chandelier à 3 branches ; La voute étoilée ; Le soleil et la lune ; et le Delta lumineux.Toutes ces sources de lumière nous enveloppent progressivement au fur et à mesure que la Loge s’éclaire.

 


Dans le rituel d’initiation il est dit :

 

« Que demandez vous pour la néophyte soit admise parmi nous : La Lumière. »
« Pourquoi voulez vous être reçue franc maçonne ? » :
« parce que je suis dans l’obscurité et que je cherche la Lumière.
»

 

C’est donc de cette lumière là dont je veux parler, celle qui faite de la profane une initiée puisque, d’une certaine façon, les autres n’en sont que des traductions ou des aides.

Cette lumière qui permet le passage du monde profane d’un monde sacré. La lumière qui a éclairé nos travaux c’est la lumière symbolique de l’initiation. J’ai reçu la lumière comme vous toutes, et bien sûr, j’ai eu le semtiment que quelque chose c’était passé… mais ai-je vraiment eu le sentiment d’être initiée ?... (Je peux dire que j’ai vécu une cérémonie d’initiation)  

D’ailleurs, le manuel d’instruction au grade d’App\ nous met en garde: « les rites initiatiques n’ont aucune vertu sacramentelle : la profane reçue Maçonne n’a point acquis par ce seul fait les qualités qui feront d’elle un penseur éclairé. L’App\ a pour premier devoir de méditer les enseignements du rituel d’initiation afin d’y conformer sa conduite»

Et la toute première parole que va prononcer la V\M\,c’est de demander à la postulante un engagement d’honneur au secret.Et ensuite par trois fois elle va lui faire répéter ce serment du secret :
- quand elle lui lit ses devoirs en lui disant que le premier devoir est le silence sur tout ce qu’elle pourrait entendre pendant la cérémonie ;
- puis le serment de la coupe des libations qui invite l’aspirante au SILENCE LE PLUS ABSOLU ;
- et puis encore, à l’hôtel des serments,quand elle prête son obligation,la toute première chose qu’ elle jure et promets c’est de ne jamais rien révéler aucun des secrets de la FM.

 

Tout ceci se passe avant que l’aspirante reçoive la lumière. Ce secret conditionne, sous tend le passage du monde profane au monde sacré. Cette idée du secret me dérangeait.

 

Sans doute parce que notre temps n'est pas celui du secret, mais de son opposé, la transparence. Il y a même une idéologie de la transparence qui l’assimile à la vérité, à la rectitude, tandis qu'à l'inverse le secret comporterait l'inavouable et la culpabilité. Pourtant, il concerne une part importante de notre expérience et de notre vécu et constitue notre intimité. La profondeur de l'intériorité n'existe que parce qu'elle est soustraite au regard de l’autre. Elle ne peut être partagée que dans l’intimité et la confiance, c’est-à-dire dans le secret. Il est donc difficile de séparer le secret de l’initiation. « Le secret ce n’est pas ce que l’on cache, c’est le cheminement ritualisé qui vous permet de progresser » : Henri Caillavet Co fondateur de l’ « association du droit de mourir dans la dignité ». FM au GO  

Profane : Qu’est ce qui fait dans le monde profane la différence entre moi et les autres ? Suis-je capable de voir les initiés et sont-ils capables de me voir ? Non, je ne crois pas.  

Je reçois depuis plusieurs années un patient dont je sais qu’il est initié, parce qu’il porte un symbole maçonnique en bijou. Il ne sait pas que je suis moi-même initiée,si je n’avais pas vu ce bijou, je ne l’aurais jamais deviné. Il serait un profane pour moi. Pourtant, j’apprécie ce patient pour ses qualités humaines, ses valeurs et je pense que c’est réciproque. La séparation profane /sacré ne se situe pas là.  

Qu’elle ne reste pas exposée aux regards profanes : ce qu’il faut que je comprenne, c’est que c’est mon regard à moi qui risque d’être profane, dès que je sors du temple, mon regard perd la lumière qui à brillé dans le temple, j’oublie….Je dois rester éveillée, initiée même dans le monde profane, même si personne ne s’en rend compte. Je ne suis pas parfaite, je suis égoïste, orgueilleuse, paresseuse et prisonnière de l’image que les autres ont de moi, mais j’essaye de tendre vers la générosité, l’humilité, le courage, et la maîtrise de mon ego. Etre initiée c’est en permanence porter ses outils en soi, et s’en servir sans ostentation.  

Oserais-je vous avouer que je n’ai pas toujours compris ce qu’initiée voulait dire ?  

Ai-je vu la Lumière ? Oui, mais j’avais déjà, avant de rentrer en FM l’envie de m’améliorer et d’œuvrer pour l’amélioration de l’humanité. J’avais l’impression d’être déjà sur la voie, d’être déjà « initiée », en quelque sorte, puisque j’étais en recherche. La voie maçonnique m’a paru évidente par ses buts. Mais ses moyens : « une voie initiatique basée sur l’étude des symboles » ; j’ai compris très tard ce qu’initiatique veut dire,que la Lumière est liée à l’initiation et l’initiation suppose une transmission et que cela implique deux choses indispensables :
- une connaissance à transmettre
- une méthode de transmission
La transmission correspond à l’accès à une connaissance par le passage des ténèbres à la lumière et notre objectif est d’en chercher la nature et la réalité, au-delà du symbole. C’est le rituel vécu qui seul peut transformer la vision que nous avons de la Lumière. Et vécu grâce à la Loge, grâce à toutes les SS\. La fraternité est indispensable à la transmission.
 

Une citation de Pierre Simon : qui m’a marquée« Ce n’est pas en Loge que j’ai appris la Médecine, l’Université m’a donné une Science ;mais la Franc-maçonnerie a développé ma Conscience. » Pierre Simon a été Grand maître de la Grande Loge de France, Gynécologue, accoucheur, co-fondateur du Mouvement français pour le planning familial.

Faire le lien entre le spéculatif et l’opératif, c’est à nous de le faire. En loge ont nous donne les outils, avec le devoir de s’en servir dans le monde profane.Qu’elle« continue à briller en nous » cette lumière pour ne pas oublier que nous sommes en loge un Etre initié, et qu’elle nous ouvre les portes de la connaissance.

 

.Je suis initiée parce que je cherche la lumière, grâce à une tradition maçonnique. Grâce au rituel. Grâce à la loge.Grâce à la fraternité. Sans les autres sœurs, je ne suis pas initiée. Je ne crois pas que le terme d’initiée veuille dire « qui est aux courant des secrets maçonniques », ces secrets n’en sont pas. Les mots, signes et attouchements, les rituels, les grades, tout un chacun peut les trouver dans la littérature, sur internet. Le secret, c’est ce que je vis dans la loge, c’est mon travail, mon expérience sensible. L’initiation, ce n’est pas un état de fait, c’est le chemin lui-même que j’emprunte en toute liberté et en toute responsabilité, en suivant la Règle, comme je m’y suis engagée.  

C’est le rituel qui me guide, il n’y a pas de gourou, pas de sage, mais une recherche vers la connaissance, vers la lumière. Nous sommes là pour prendre notre place dans la Loge est au dehors. Que nos regards se tournent vers la lumière : c’est à chaque fois une initiation, à chaque tenue.  

Le rituel nous indique comment procéder à l’ouverture de la loge, c'est-à-dire à notre ouverture. Et comment procéder à la fermeture de notre Temple intérieur pour que toute la puissance de cette lumière reçue en loge puisse servir du mieux possible nos idéaux dans la vie de tous les jours.

 

" Ce que nous accomplissons à l'intérieur modifie la réalité extérieure "
Otto Rank (1884 - 1939) psychanalyste


J’ai dit
source :
www.ledifice.net

 

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La lumière et le Franc-Maçon

6 Mai 2013 , Rédigé par solange sudarskis Publié dans #Planches

Le Franc-maçon est fils de la lumière. Evoquer le rôle et l’influence de la lumière comme concept ou comme symbole ou comme mystique, c’est tout d’abord rechercher dans les origines dela F\M\comment fut vécu le rapport de nos différentes mystiques génétiques avec la lumière.

Si nous évoquons les traditions antiques, on ne manquera pas d’évoquer le divin soleil chez les égyptiens et sa cohorte de rituels pour le magnifier.

L’apport de l’hébraïsme, au moins sur les premiers degrés de la maç\ salomique (jusqu’au 14ème grade au D\H\) est indéniable. Cette pensée, développée parla Kabbale(la transmission de la connaissance) a pour thème une mystique de la lumière à travers le thème de l’émanation divine sous formes de sphères de lumières, les séphirots, témoignant ainsi de l’influence persistante du néo-platonicisme.

Dans « Le banquet », Platon écrivait : «Celui que l’on aura guidé jusqu’ici sur le chemin de l’amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, aura la soudaine vision d’une beauté de nature merveilleuse ». Cette approche différente du visible permettrait une séparation cathartique entre vision corporelle, opaque, intentionnelle, et vision spirituelle, diaphane, vide.

Chez les Esséniens on enseignait un dualisme strict qui divise le monde et les hommes en deux camps : celui de la lumière, du bien et de la vérité (celui de Dieu), et celui des ténèbres, du mal et du mensonges (celui de Bélial).

Les anciens savants juifs, grecs, syriens et arabes qui la pratiquaient ont vraisemblablement attribué le nom de kabbale à un savoir sacré, à un ensemble de connaissances ésotériques et initiatiques, à l’antique art sacerdotal dont l’enseignement était fondé sur les mystères du soleil, source de la lumière, de la chaleur, de la vie et de la lumière primordiale comme principe d’expansion créatrice. La lumière étant révélée pour élargir l’espace du monde. Mais après sa manifestation, la lumière se retire, se cache et devient obscurité du point de vue des créatures.

Souchée sur la maçonnerie opérative,la Maç\spéculative, qui est la nôtre aujourd’hui, n’a pas manqué de retenir, non seulement une organisation mais certainement un fondement de la pensée sur ce qui faisait foi pour les bâtisseurs de cathédrales. Les vielles obligations des maçons opératifs contenaient des invocations à Dieu, à la très Sainte Trinité, à la vierge Marie, aux quatre saints martyrisés et faisait obligation d’être fidèle à Dieu et à l’Eglise. Cette obligation en la croyance de Dieu ne fut abolie qu’en 1877 par le grand Orient. La lumière maç\est–elle une trace de cette foi en le divin ?

Plus proche de nous, l’ésotérisme chrétien du XVIIIe siècle avec l’illuminisme considère que la connaissance de Dieu et la science de Dieu sont la vraie connaissance du monde. L’illuminisme a pour thème fondamental la distinction entre l’esprit et la lettre, entre la lumière et la matérialité. Sans levain, c’est-à-dire dépourvue de la lumière de l’esprit, la lettre est vide de sens et par conséquent de vie. L’initié est éclairé par la lumière divine qui se révèle à lui à travers un effort moral. Pour les illuministes, chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. C’est dans le monde intérieur que se réalise la vision de la vérité :

L’esprit illuminé entend, comprend, saisit. Cette lumière n’est pas le résultat d’une acquisition, elle se découvre. Elle est dans l’homme, mais celui-ci risque de mourir sans avoir compris que le trésor de la sagesse se trouve en lui.

Les illuministes insistent sur la nature subjective de la connaissance, sur le primat de la transformation personnelle de l’homme qui aboutit à une régénération, à une nouvelle naissance. La foi, l’amour de Dieu, l’abandon de soi-même, telles sont les caractéristiques fondamentales du chrétien de la seule et véritable Église. L’important est de vivre sa foi intensément. Le Christ ne remplit pas un rôle d’expiation et de justification .Quand il advient dans l’âme, l’âme naît en Dieu. La lumière du Christ n’apparaît que dans la mesure où l’homme se détourne de lui-même et se vide pour adhérer au divin. En France, nous trouvons, parmi les esprits les plus brillants de cette époque, Bathilde d’Orléans, la duchesse de Bourbon (mère du duc d’Einghein), Joseph Balsamo, comte de Cagliostro, Pierre Fournié, le prêtre anglican William Law, Joseph de Maistre, bien sûr Martines de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin et évidemment Jean-Baptiste Willermoz.

C’est à traversla F\M\que certains d’entre eux rêveront de répandre le christianisme sur toute la terre, et ainsi de répandre la lumière.

Nous essayerons de penser le F\M\, le temple et les rites maç\ dans leur rapport avec la lumière, tantôt par ce qu’elle rend visible, tantôt par ce qu’elle rend comme compréhensible, tantôt par son rapport à ses opposés, l’ombre, les ténèbres, voire le noir.

L’opposition lumière-ténèbres constitue un symbole universel. Pour en esquisser l’enjeu symbolique, on peut introduire trois grandes acceptions de la lumière sur le plan de l’imaginaire : la lumière-séparation, la lumière-orientation, la lumière-transformation.

La Lumière-séparation et l’abîme s’opposent dans une symbolique de la création.

La Lumière-orientationet l’obscurité structurent la symbolique de la connaissance.

La lumière-transformation se heurte à une double altérité: s’opposant à l’opacité, elle est le symbole de la manifestation de la transcendance ; se confrontant à l’ombre, elle devient le symbole de la purification (catharsis).

Regardons en F\M\, où tout est symbole, comment nous vivons ces 3 aspects de la lumière.

· La lumière-séparation : La dimension proprement démiurgique de cette opposition lumière-ténèbres se retrouve à la racine de toutes les grandes cosmogonies. Du sein d’un abîme préalable (chaos, tehom, tohu-bohu), sans fond, sans forme, va brusquement émerger l’ordre, l’ordo ab chao du D\H\, c’est-à-dire la séparation-archétypale originelle.

Deux principes opposés sont ainsi différenciés : la lumière et les ténèbres. Trois séparations démiurgiques vont en procéder. Elles engendrent le cosmos dans sa totalité. Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut ! Fiat lux !

o Une première séparation opère la création des grandes oppositions cosmogoniques fondamentales : l’avant et l’après, le haut et le bas, la nuit et le jour. Elle correspond à la croisée horizontale et verticale du ciel et de la terre.

La lumière nous indique la sortie de la materia prima, du chaos, du primordial, elle nous situe par rapport aux origines. La sortie du cabinet de réflexion et l’enlèvement du bandeau peuvent être rattachés à ce type de rapport à la lumière. N’est il pas écrit dans le cabinet de réflexions : »si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres et tu verras la lumière. » ?

o La deuxième séparation est liée à la genèse de la vie. Elle joue sur les variations régulières nuit-jour qui déterminent les saisons, sur la permanence des alternances du jour et de la nuit. Création des cycles de mort et de renaissance, de lumière croissante et décroissante entre solstice d’hiver et solstice d’été. Cette deuxième séparation règle donc le jeu d’équilibre et de conflit entre eau et feu. A cette lumière de génèse correspondent tous les symboles de la lumière-fécondation : lumière souterraine et psychopompe d’Anubis, «soleil vert» de l’émeraude qui est sang et fécondité chez les Mayas comme dans le symbole du Graal, soleil chtonien comme dieu-grain qui meurt à l’automne et ressuscite au printemps, etc. Ce sont aussi nos luminaires, le soleil et la lune, à l’Orient, qui témoignent, dans le temple, de l’alternance du diurne et du nocturne, de la lumière en tant que lumen, celle du 4° jour de la genèse, différente de la lumière primordiale du 1er jour appelée lux. Doit-on en conclure que la lumière ne peut exister que si la nuit existe, que le F\M\des ténèbres deviendra l’homme de lumière, mais qu’ainsi, il aura des rechutes, des retours en arrière et que dans ce cas, il lui faudra l’astre de la nuit, l’espoir que le cycle recommence et que les ténèbres ne l’emporteront pas définitivement sur la lumière ? C’est la promesse faite à l’humanité, après le déluge, par l’alliance que le Dieu des hébreux a inscrit dans la lumière diffractée de l’arc-en-ciel.

o La troisième séparation cosmogonique a lieu entre zénith et nadir. Au-dessus de la fertilité végétale, de l’âme lunaire et aquatique se différencie le symbolisme de l’esprit et de la lumière-illumination. Ce symbolisme oppose les images ascensionnelles de l’air et du vent aux images de la pesanteur de la terre.

Au soleil terrestre et à ses cycles de fécondation se sur-ordonne la permanence du soleil céleste, porteur de la clarté de l’intellect, il est le modèle visible, le symbole sensible du principe de toute harmonie. La hauteur inaccessible de la voûte étoilée, c’est la verticalié céleste, celle de la lumière et de la vision. Toute ascension mystique ou mythique est visionnaire et elle s’accompagne parfois de photismes lumineux et colorés. Aux degrés de l’échelle chamaniste correspondent des couleurs divines qui symbolisent le degré d’initiation. De ce point de vue, les couleurs de nos loges symboliques et des décors des différents grades sont comme dans les rites du culte de Mithra ou dans la vision mystique des soufis, la traduction visuelle des degrés ascensionnels des initiés.

Dans la gnose du manichéisme, l’esprit vivant descend ainsi que la mère de vie jusqu’à l’intérieur des ténèbres pour sauver l’homme primordial précipité dans l’abîme infernal de l’obscurité lors des combats entre ténèbres et lumière des commencements. Il tend sa main droite à l’homme primordial qui la saisit et hisse le captif du mélange de la déchéance, il le sort de l’obscurité létale. Cette poignée deviendra dans l’église manichéenne un geste rituel et symbolique. Nous retrouvons ce geste aussi en F\M\Sa signification est manifestée, entre autres, sur les tabliers des M\M\ au Rite Ecossais Ancien Accepté, au Rite Français.

· La dimension spécifique de la lumière-orientation se donne à travers l’image-archétypale du chemin : chemin ascendant peuplé d’images lumineuses, aériennes, portant allégresse et éveil ; chemin descendant jalonné d’images sombres, étouffantes, lourdes de toutes les peurs et de tous les tourments. C’est alors le symbole d’un combat éternellement recommencé entre l’élan spirituel vers la lumière et l’inertie matérielle qui fait régresser l’homme dans les obscurités de l’âme. Toutes les gnoses reposent sur ce conflit latent.

D’une part règne le constat effrayant de l’obscurité du vécu de l’âme. « Sauve-moi de la matière et des ténèbres», suppliela Pistis Sophia, dans ce très beau recueil de dialogues gnostiques qui porte son nom et qui met en scènesla Sophia, Jésus, les vierges Marie, Marie-Madeleine.

D’autre part une lueur d’espoir naît de cette dualité même. L’étoile est l’image symbolique de la lumière salvatrice. Dans la nuit de l’âme, seule brille l’étoile-guide (étoile polaire, étoile des bergers, des Rois mages, «étincelle» des alchimistes, étoile flamboyante.).

Si certains gnostiques accentuent le dualisme à l’extrême, la plupart des gnoses présentent le chemin de retour de l’âme, vers la lumière, comme constitué d’alternances entre phases sombres et phases claires. Ce chemin se donne alors dans les symboles «noirs et blancs» des damiers et des échiquiers, des pavements sacrés, des labyrinthes sur le sol des cathédrales, du côté noir et du côté blanc de l’ouroboros, bien sûr de nos pavés mosaïques.

L’orientation symbolique est une conversion à la lumière.

De la connaissance lunaire (réfléchie, cyclique, rationnelle), le regard se retourne vers la connaissance solaire (jaillissante, irradiante, intuitive). Le symbolisme de la lumière-orientation joue sur l’opposition montagne-caverne (cf. le mythe de la caverne deLa République de Platon). Le héros ou l’âme exilée, tel Gilgamesh, doit affronter l’obscurité du monde souterrain, pour sortir de «l’autre côté» de la montagne dans la lumière de l’aurore.

Que ce soit l’orphisme, le poème de Parménide, la gnose valentinienne, les actes de Thomas,la Pistis Sophiadu côté chrétien, les récits visionnaires de Sohrawardi, ceux de Ibn al’Arabi ou d’Avicenne, du côté musulman, il s’agit toujours d’un voyage vers la lumière de la connaissance, par la distinction initiale entre la droite (lumineuse, aurorale) et la gauche (obscure, crépusculaire, en un mot sinistre). D’après Henri Corbin, ces deux directions se révèlent être l’Orient et l’Occident de l’âme. Si, pour Carl Gustav Jung, l’aurore symbolise la sortie de la nuit de l’inconscient, c’est en plein midi qu’a lieu la délivrance de l’agnoia (l’inconnaissance). «Soudain, une lumière, comme un feu jaillissant, surgira dans l’âme» écrit Platon, dans Lettre VII ; «tout à coup, vers midi, une vive lumière venant du ciel resplendit autour de moi» trouve-t-on dans les Actes des Apôtres, XXII, 6 ; «pour le connaissant, il est toujours midi » est écrit dans les Upanishad, III, XI, 3. Nous ouvrons nos travaux à midi plein !

Tout au bout du chemin de connaissance, la lumière-orientation symbolise finalement la brusque éclaircie de la contemplation, comme ouverture de l’instant sur l’éternité, disparition de la durée du moi, apparition de la présence du soi. Et le bandeau fut enlevé !

Jalonné par la lumière, le chemin maç\fait sans cesse référence à cette lumière-orientation.

Ainsi en F\M\, les fenêtres, protégées par des grillages qui filtrent la lumière, éclairent les zones du temple, en fonction du degré de lumière qu’elles peuvent recevoir, indiquant le niveau supposé de connaissance des différents grades : faible lumière du nord pour les apprentis, qui augmente en venant du sud pour les compagnons, rayonnante dans l’orient du soleil levant pour éclairer le Vén\, représentant la lueur à partir de laquelle s’élargit la lumière. Ainsi, seul le Vén\ne retourne pas son cordon, en cas de tenue funèbre ; il demeure la lumière de l’aurore et de l’espérance parmi les cordons retournés des autres frères, dont le noir du deuil ne restitue plus aucune lumière.

Cette assimilation de la lumière au chemin initiatique est aussi manifestée par le nombre de lumières disposées sur les plateaux des off\off\ allant en augmentant selon les grades auxquels sont ouverts les travaux. Les dignitaires de l’ordre sont accueillis par des flambeaux de plus en plus lumineux selon leur rang dans la hiérarchie, sensés être celle de la connaissance initiatique.

· Et puis la lumière peut être appréhendée par un troisième axe de symbolisation, celui de la transformation de la réalité. La création se transforme par le regard de la créature. Ce regard est le creuset de l’alchimiste, par où se transmue la nature en visage. Ce troisième aspect de l’opposition repose sur la reconnaissance symbolique du paradoxe de la lumière. D’une part, la lumière est à soi-même son propre obstacle et donc sa propre altération. La lumière révèle, manifeste, suscite la vision réceptrice; mais par là même elle se diffracte dans le «prisme» du moi. De ce qui est donné comme visible par la lumière, tout n’est pas forcément la vérité. Il y a de l’écart, du retard, entre le jaillissement et le reflet, entre le sujet et l’objet, entre l’original et sa représentation, nous dirions qu’il y a de l’entropie entre le vrai et le voir.

Au mystère de la lumière créatrice correspond la vision réceptrice.

Ainsi, la lumière est saisie symboliquement comme tissage avec soi-même. «C’est lumière sur lumière», affirme le Coran ; «Dans Ta lumière nous verrons La lumière», annoncela Bible.

Est-ce de ces lumières que se fait la datation du commencement symbolique maç\ L’année de la vraie lumière ? De quel événement originel nous rend-elle compte ?

Quelque soit la façon de repérer les formes de la lumière utilisées par nos rites, il est indéniable que Lumière et Ténèbres sont les deux faces d’une même réalité. La lumière voile en dévoilant, les ténèbres dévoilent en voilant. Ce voir devenu vision n’est il pas l’œil du delta lumineux ?

Avant de conclure qu’il nous soit permis d’évoquer le 28ème grade du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui a pour titre « Le Chevalier du Soleil » ou l’Homme régénéré, ce grade correspond aussi au 51ème du rite de Misraïm. L’enseignement de ce grade présente le chevalier du Soleil comme le suprême degré philosophique du rite, survivance du stade supérieur des initiations anciennes, syncrétisme de la théosophie, du gnosticisme, de la magie, de l’astrologie, de la kabbale, de l’hermétisme et du mithriacisme, de toutes les clés de la connaissance…

Le Chevalier du Soleil est par définition un chasseur d’ombre. Il est toujours en éveil pour traquer, à propos du savoir et de l’intelligible, les mensonges rassurants. Dansla République, Platon attribue à Socrate ces paroles : « Le soleil (dont seul un aveugle pourrait parler), est quelque chose dont n’approche aucune essence intelligible, quelque chose qui dépasse de loin l’essence en majesté et en puissance ».

La présence du soleil permet de regarder les ombres qu’il génère lui-même par la combinaison des multiples absorptions-reflections dues aux rencontres de sa lumière et de la matière.

Nous pouvons penser au-delà, à propos des derniers hauts grades du D\H\, 31, 32 et 33ème qui revêtent de décors blancs le F\M\, comment la lumière a pu alchimiser ces initiés, les transfigurer par un savoir absolu de soi en lumière et de lumière en soi…

En conclusion :

La vraie lumière nous est connue par l’initiation.

De fait nous la recherchons comme la vérité.

Petite lumière à l’origine, elle brillera progressivement en nous et autour de nous, au fur et à mesure que nous trouverons de l’harmonie et de la sagesse en nous.

La cohérence de la vraie lumière est à la fois symbolique et métaphysique.

Le F\M\est comme un Lucifer (qui a comme étymologie : lux facere, faire de la lumière) cet apporteur de lumière aux multiples facettes, oscillant, nous dirions vacillant comme une flamme de bougie, entre ombre et lumière.

La lumière reflète notre être, et là est le risque de passer dans les miroirs de l’ego où la lumière n’est plus qu’un réverbère.

Le risque est de nous éloigner de la vraie lumière, de l’aliéner comme le sont les parfums d’une fleur à une infusion.

Comme les toreros, le dimanche de la résurrection à Séville, pour accomplir la Rédemption, dans le sanctuaire du cercle parfait des arènes, dans leur habit de lumière, les F\M\doivent mettre à mort la matérialité du taureau, ils doivent vaincre les ténèbres par la vision juste ou, comme l’appellent les croyants, par l’œil du cœur, l’œil de l’autre-monde.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/article-650982.html

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