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L'Agape

12 Avril 2013 , Rédigé par G\ G\ Publié dans #Planches

A brûle pourpoint, le commun des mortels pourrait penser que l’Agape est un simple repas entre convives. Alors que pour nous, maçons l’Agape devrait être tout autre chose, et je m’y pencherais plus longuement dans la suite de mon travail.

Dans un premier temps attardons-nous sur le repas au sens le plus commun du terme.

Le repas est composé de divers aliments, il est une nécessité pour l’homme.
Le repas est un acte vital qui permet d’apporter au corps humain le carburant nécessaire à son fonctionnement.
Se nourrir, se reposer et se reproduire sont les trois actes premiers qui rythment
l’existence de tout ce qui est vivant sur notre bonne vieille planète terre.

Au début, les premiers hominidés vivaient en petits groupes et se nourrissaient de plantes, racines et autres animaux qu’ils consommaient crus.

Imaginons un de ces petits groupes affamés pour cause de sécheresse, errant dans la savane à la recherche de sa pitance et tombant sur un feu de broussailles. Son premier réflexe est de fuir cet incendie qu’il sait dangereux et destructeur. Le feu s’éteint et la petite troupe reprend son chemin, l’estomac tenaillé par la faim.

Arpentant la terre roussie, un des hommes un peu plus curieux que les autres découvre la carcasse carbonisée d’une bête. Affamé, il arrache un lambeau de chair brûlant, le goûte, puis le dévore goulûment. Il constate que la viande ainsi cuite est plus tendre et plus goûteuse que la viande crue habituellement consommée.
Il fait part de ses constations au reste du petit groupe qui se jette sur la carcasse pour la dépecer et s’en délecter.

A partir de cet instant, l’homme va s’employer à maîtriser cet élément et parvenir enfin à domestiquer ce feu qui devient au fil du temps, plus un allié bienfaiteur qu’un monstre destructeur.

Je ne saurais trop vous conseiller, mes frères, de lire ou de relire un roman écrit par Joseph Henri ROSNY, dit ROSNY aîné, qui s’intitule « La Guerre du feu », et qui retrace cette épopée des ages farouches de la préhistoire.

Le feu maîtrisé il y a 400 000 ans, permet à l’homme non seulement de cuire ses aliments, mais aussi de se chauffer quant il fait froid, de s’éclairer quant il fait sombre et de se protéger contre ses prédateurs.
Il est sur que le rassemblement des hommes autour de ce feu protecteur, puis la mise en commun de leur pensée, contribua fortement à une évolution qui au fil des millénaires, fera passer l’homme d’une simple créature instinctive, à un être humain qui commence à raisonner et à se poser les quelques questions essentielles sur son existence.
Sa boîte crânienne s’amplifie, pour faire place à un cerveau qui grossit en volume, en masse et donc en intelligence.
Plus tard la maîtrise d’un autre élément, « l’eau », qui permet l’arrosage des cultures et ainsi l’obtention d’abondantes récoltes qui peuvent être stockée pour pallier d’éventuelles disettes, concourt à sédentariser cet homme nomade qui devient plus un agriculteur qu’un chasseur cueilleur.

Notre rituel ne s’y trompe pas, le feu et l’eau sont avec la terre et l’air les quatre éléments qui sont à l’origine de tout et que le profane rencontre lors de son initiation au premier degré au cours des 3 voyages qui suivent la mort symbolique subit par l’impétrant dans le cabinet de réflexion.

Les petits groupes du début deviennent des communautés qui se structurent, se hiérarchisent, et regroupent leurs intelligences.

Il est sur que c’est autour du foyer maîtrisé et protecteur, que les hommes ébauchèrent les premières croyances, vénérations, idolâtreries qui deviendront à force de réflexions, de remise en question et d’intelligence, mythes, rites et religions.

Il est à noter que la tradition de la veillée autour du feu qui brûle dans l’âtre de la cheminée, réunissant la famille et les proches, était un instant propice à la discussion, pendant laquelle chacun faisait part de ses connaissances, de ses réflexions, de son expérience. Ce moment magique permettait le rapprochement des générations et contribuait à l’apaisement des passions et autre conflit latent. C’était aussi auprès du feu que se perpétuaient les traditions, et c’est aussi là que l’on inculquait à la jeunesse des bribes de vertu et de civilité.

Qu’en est-il de nos jours mes Frères ? Les télévisions qui brûlent dans nos foyers et qui nous isolent les uns des autres, sont-elles propices au rapprochement des êtres et de leurs pensées ? je ne le crois pas ! Au contraire les problèmes de notre société, tels qu’égoïsme, incivilité, « jemenfoutisme », perte des valeurs, et autres, ne viendraient-ils pas en partie de là.

Même de nos jours, le feu captive toujours autant l’être humain. La vue de cette flamme participe au vagabondage de l’esprit sur une multitude de chemins.
Selon l’expression consacrée, qui n’a pas après un bon repas autour du foyer,
« refait le monde ».

Mais revenons à notre expression repas.
Il est frappant de constater à la lecture des dictionnaires le double sens de certains mots qui ont un rapport avec ce terme, tels que :
- Nourriture qui est la substance que l’on mange mais aussi « l’éducation » au sens latin du terme « nutritura »,
- Nourrir ou se nourrir, qui veut dire, manger, consommer, s’alimenter mais aussi au vieux sens du terme ; « Elever, former ou encore se former, s’élever » ;
Ou une autre signification encore, au travers d’expression comme : « Se nourrir d’illusions, de rêves ».

On s’aperçoit ainsi que depuis des temps reculés le repas est non seulement l’instant que l’on passe à manger mais aussi et surtout l’instant que l’on passe à s’élever, s’instruire et se former.

Cet instant consacré au banquet qui suit la Tenue nous l’appelons : « Agape ».

Mais avant d’aller plus loin il convient de définir en s’aidant des dictionnaires, l’étymologie de ce terme.

Agape vient du mot grec « agapé » et du verbe « agapan » qui signifient amour et aimer au sens spirituel et divin, mais non désir, convoitise, ou chérir au sens érotique.

Le terme « Agapè » représente l’amour réfléchi, dicté par le cerveau siége de l’intellect, de la raison, de l’esprit, contrairement à l’amour « coup de foudre » qui est plus instinctif, plus animal, qui vient du cœur ou plutôt des tripes.

Notre rituel ne nous le rappelle-t-il pas, mes Frères ? Le Franc-maçon à l’ordre d’Apprenti, sa main droite, placée en équerre sur la gorge, cela ne signifie-t-il pas : « Qu’il paraît contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit ».

Comme nous l’a exposé notre Frère Secrétaire au travers de son morceau d’architecture, les mots Charité, du latin « caritas », et agapé, sont des synonymes et peuvent se définir pour nous Maçon, comme amour fraternel et universel, au service de l’humain de toutes nos forces, de toutes nos ressources matérielles et morales, avec un entier désintéressement pouvant aller jusqu’au sacrifice de nous-même.

L’Agape est, au sens large, « un repas entre convives unis par un sentiment de fraternité ».

L’Agape est au sens ancien, le repas que prenaient en commun les premiers chrétiens.

L’œuvre la plus célèbre évoquant l’une de ces « agapes » a été réalisée par Léonard de VINCI et représente un repas que prit Jésus CHRIST avec ses Apôtres.
Ce tableau s’intitule « La CENE », du latin « cena » qui signifie d’ailleurs « repas du soir ».

Au cours de ces repas chacun des participants partageait l’eau, le pain et le vin, actes opératifs qui permettent de vivre le symbole de la communion.
Quand on étudie les rites des confréries initiatiques anciennes, on s’aperçoit que les repas rituels jouaient un rôle essentiel et que le feu et certains aliments en faisaient toujours partie.

Le thème de l’eau est présent dans toutes les traditions religieuses. Elle est le premier élément existant à l’origine de la vie. Dans la Bible elle tient une place importante. Elle possède une multitude de significations symboliques que nous n’aborderons pas ce soir.

La communion sous l’espèce du pain, ce fruit de la terre, signifiait la connaissance des mystères de la vie terrestre en même temps que le partage des biens de la terre et par suite l’union parfaite des frères affiliés.

Au degré supérieur, la communion sous l’espèce du vin, ce sang de la vigne, signifiait le partage des biens célestes, la participation aux mystères spirituels et à la science divine.

Dans les Sociétés secrètes égyptiennes le banquet marquait le premier degré de l’initiation.

Dans les anciens cultes grecs et notamment chez les Pythagoriciens, le caractère sacré du banquet était si fort, que les adeptes n’étaient admis au repas qu’au bout d’une durée de trois à cinq ans après leur entrée dans l’ordre.

On parle aussi au Moyen âge, selon un ancien mythe hermétique alchimique, d’une « Table de Lumières » couverte de mets, où seul l’initié est capable de la découvrir au terme de son voyage vers la connaissance. Il y rencontrera alors ceux qui ont entrepris de parcourir le même chemin.

Chaque réunion des Confréries médiévales du Royaume de France était aussi suivie par un banquet. A cette époque les travaux de table prenaient souvent le pas sur les travaux de l’esprit, et ce sont les dimensions festives de ces banquets qui furent pour les Confréries l’un des nombreux prétextes aux interdictions, condamnations et persécutions de la part du pouvoir. Ce n’est plus le cas de nos jours.

Dans notre Franc-maçonnerie régulière, héritières de ces plus anciennes traditions, l’Agape ne doit pas être considérée comme une pure nécessité physique mais doit être expressément considérée comme une valeur ajoutée à la Tenue.

« L’Agape étant la continuation de la Tenue,
la participation de tous les frères est une obligation ».

Cette phrase est inscrite sur toutes les convocations de toutes les Loges régulières du monde.

L’Agape invite à l’approfondissement du chemin de perfectionnement parcouru pendant la Tenue. Elle permet aux initiés de mieux comprendre la voie dans laquelle ils se sont engagés. L’Agape possède donc un rôle initiatique et il faut comprendre qu’il est impossible de saisir autrement son symbolisme sans le vider de son sens profond.

L’Agape est une des plus vielles et des plus solides traditions maçonniques.
Déjà les Constitutions d’ANDERSON y font allusion, ainsi que les « règlements » qui leur font suite. Dès cette époque les tenues se terminaient par un banquet et ANDERSON recommande aux frères de ne pas les transformer en orgies.

Dans notre Rite Ecossai Ancien et Accepté, l’Agape s’effectue dans une salle annexe du Temple.

La table du banquet est disposée traditionnellement en arc de cercle (Fer à cheval).
Le Vénérable Maître occupe le centre de l’Orient, entouré par tous ceux qui ont le droit d’être à ses cotés.

Tous les membres de l’Atelier et les Frères visiteurs doivent être vêtus de la même façon que lors de la Tenue, hormis le tablier et le sautoir. La signification pour les initiés que nous sommes est évidente. Tous en habits noirs, semblables, cela symbolise l’uniformité, la suppression des différences et le renoncement à la vanité.

Lors de ce banquet le Vénérable Maître veille à ce que tout soit en ordre afin que rien ne nuise au caractère rituélique de l’agape. Car cette institution du banquet où la communion matérielle s’ajoute à la communion des âmes est bien un rite essentiel réglé par une tradition.

Le repas s’ouvre dans un profond silence.

Le service de table est effectué par les Apprentis.

L’Agape est ponctuée par une série de « toasts » : Les « toasts officiels », au Président de la république, aux Souverains…, au Grand Maître ; Les « toasts traditionnels », à la grande Loge, au grand Maître provincial…

Au cours du repas la parole peut être donner aux participants à la discrétion du Vénérable Maître. Elle peut aussi être demandée par un Frère, mais toujours sous l’autorité du Vénérable Maître.

Il est de tradition qu’au moment du dessert, le Vénérable Maître prie l’Orateur de donner ses conclusions sous la forme d’une synthèse, sur les travaux effectués en Tenue et lors de l’Agape.

A la fin du repas, avant que les Frères ne se séparent le Vénérable Maître fait réciter le « toast du Tuileur » par un des Frères présents.

Je ne peux conclure sans parler des banquets traditionnels qui suivent les fêtes solsticiales. Je veux parler de la St Jean d’été et de la St Jean d’hiver.

Le banquet blanc de la St Jean d’été qui se déroule au mois de juin, où sont admis non seulement les frères mais aussi leurs familles et amis. Il est de tradition qu’à la fin de ce repas, l’ensemble des convives se réunit en communion autour du feu, et que soit prononcé un ou plusieurs discours.

Je m’attarderai plus longuement sur la St Jean d’hiver.
Dans notre Rite la Tenue du mois de décembre est essentiellement consacrée aux Travaux de Table et seuls les Frères Maçons y sont admis.

La table du banquet est disposée traditionnellement en fer à cheval dans un lieu faiblement éclairé.
Le Vénérable Maître occupe le centre de la partie de la table d’honneur qui constitue l’Orient. Se trouve devant lui un flambeau où brillent sept étoiles. A sa droite et à sa gauche prennent place les Frères que la Loge entend honorer.

Au milieu de la table, seront placés sur un socle les Trois Grandes Lumières, disposées comme en Loge d’Apprenti.

Les Officiers de la Loge doivent se placer comme ils le sont dans le Temple, et porteront le sautoir de leur Office.

Près du couvert du Vénérable Maître, on placera un pain et une coupe de vin rouge.

L’installation ainsi effectuée, les travaux de Table peuvent commencer.

Le déroulement de cette agape est semblable à celui d’une Tenue traditionnelle.
Cette cérémonie est réglée par un rituel assez particulier que l’on admet emprunté aux traditions des Loges militaires sous l’ancien Régime.

Lors de ce repas composé traditionnellement d’un plat unique très simple, on emploie un vocabulaire spécifique, où par exemple l’eau est la « poudre faible », le vin la « poudre forte », le pain la « pierre brute », le verre le « canon », les couteaux des « glaives », et d’une manière générale les ustensiles des « armes »…

Cette cérémonie se compose essentiellement, d’une entrée rituelle, d’une ouverture des Travaux de Table, de sept Santés prononcées tout au long du repas, d’une « Chaîne d’Union » qui se fait en joignant les serviettes, et enfin d’une fermeture des Travaux rituelle.

Cette cérémonie doit se dérouler avec une extrême rigueur conformément au rituel.
Tous les Frères se doivent d’y participer avec un grand sérieux.

En conclusion mes biens chers Frères, la prise de nourriture est l’acte qui unit l’homme au monde.

Son seul but n’est pas de satisfaire un besoin élémentaire, il reflète une certaine philosophie de la vie ; Une philosophie, car dans la vie humaine le repas est à la fois, un acte biologique, un acte social et un acte spirituel ; Une philosophie qui se retrouve dans les communautés initiatiques traditionnelles où pendant l’agape les paroles et gestes des initiés structurent l’espace spirituel où va s’accomplir le Grand Œuvre.

L’Agape rituélique, procurera aux initiés cette ivresse, ivresse spirituelle bien sûr, la seule à laquelle les hommes inspirés ont puisé de tout temps la lumière.

J’ai dit, Vénérable Maître.

source : www.ledifice.net

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Bushmills

11 Avril 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Humeur

Avec tous mes remerciements pour un Frère qui sait vivre !

Offrir une bouteille de Bushmills à un irlandais c’est avoir un ami pour la vie !

 

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Sociabilité et Franc-maçonnerie

11 Avril 2013 , Rédigé par Pierre-Yves Beaurepaire Publié dans #Planches

Dans ses Mémoires, Gauthier de Brécy a laissé un témoignage remarquable et méconnu sur la sociabilité maçonnique au XVIIIe siècle et la rencontre réussie entre l’Art Royal et la vie de société. Il évoque la « jouissance autant de plaisirs et délassements que de morale et de charité, et surtout plutôt que de prétendue égalité ». En 1780, Brécy est vénérable de la loge de Villeneuve-lès-Avignon et responsable du bureau de la ferme générale de la ville; à ce titre, il est chargé sous l’autorité du célèbre fermier général Jean-Benjamin de Laborde, de la responsabilité de la foire internationale de Beaucaire :

« Sous le commissaire du roi M. de la Borde, indépendamment des plaisirs et amusements ordinaires, ce fermier général, valet de chambre de Louis XVI, était très amateur de franc-maçonnerie. Il voulut absolument tenir et ouvrir une loge ; il me confia son projet. Il savait que j’étais moi-même zélé franc-maçon ; il m’invita à trouver les moyens de faire préparer, dans une des dépendances de l’hôtel des fermes, un local pour y tenir loge de francs-maçons, et en même temps loge d’adoption, laquelle serait tenue par son épouse, qui était grande-maîtresse. M. de la Borde ajouta qu’il paierait tous les frais nécessaires pour cette agréable fantaisie de son épouse et de lui-même. Je choisis alors, dans les dépendances de l’hôtel des fermes, un vaste local entièrement démeublé et dégarni, mais qui me parut propre, au moyen d’une très grande quantité de tapisseries, à être suffisamment décoré et préparé pour la tenue d’une loge de francs-maçons. Après plusieurs autres réceptions, dont M. de la Borde fut très satisfait, Madame de la Borde ouvrit la loge d’adoption. Elle était la sœur de M. de Vismes, qui plus tard fut fait fermier général. Elle-même, après un long espace de temps, et dans les vicissitudes de la politique et de la vie humaine, elle est devenue duchesse douairière de Rohan Chabot. A mon retour en France comme émigré, j’ai été la voir, et elle s’est parfaitement ressouvenue de la foire de Beaucaire, où, comme grande-maîtresse, elle avait présidé la loge d’adoption, pour laquelle je m’étais donné tant de soins.

Madame de la Borde était femme d’esprit, et alors jeune et jolie ; elle tint cette loge d’adoption avec beaucoup de finesse et de grâce. Une demoiselle de Renouard, et deux autres dames dont j’ai oublié les noms, furent reçues franc-maçonnes. Je me souviens très bien que leur réception fut aussi intéressante que spirituelle par les questions ingénieuses qui leur furent adressées par Madame de la Borde, questions auxquelles les trois novices répondirent avec esprit. Après quelques heures de jouissance de cet agréable passe-temps de société, je reçus de Monsieur et Madame de la Borde des remerciements du zèle avec lequel j’avais concouru à l’exécution de leurs projets et idées de Franc-maçonnerie » .

Longtemps, les écrits personnels des francs-maçons ont été négligés au détriment d’une vision institutionnelle de l’ordre maçonnique privilégiant l’exploitation des correspondances administratives des loges avec leurs obédiences, et une sociographie descriptive des listes de membres. Cette orientation encore dominante en France a singulièrement appauvri la connaissance de la Franc-maçonnerie comme « fait social », pour faire référence à un article pionnier de Paul Leuilliot  ainsi que les analyses des chercheurs qui l’ont prise pour objet. Cette situation est d’autant plus paradoxale que la loge maçonnique a été d’emblée au cœur des travaux qui ont marqué l’étude de la sociabilité aux XVIIIe-XIXe siècles : « Pénitents et francs-maçons » de Maurice Agulhon, puis « Le cercle dans la France bourgeoise » du même auteur, Le siècle des Lumières en province de Daniel Roche, les contributions de Gérard Gayot et la thèse de Ran Halevi sur « Les origines de la sociabilité démocratique » ; et parmi une riche production internationale, « L’Espace public » de Jürgen Habermas, dont on connaît l’influence qu’il a exercé sur les historiens, le colloque de Bad Homburg sur « Sociabilité et société bourgeoise », ou encore « Living the Enlightenment » de Margaret C. Jacob, pour ne citer que quelques titres et autant de repères .

Des synthèses récentes comme celles de Peter Clark ou de Dominique Poulot témoignent de la généralisation de cet acquis historiographique. Revers de ce succès, la cause paraît entendue : la loge maçonnique est le foyer de sociabilité par excellence des élites urbaines sensibles au discours et au projet des Lumières. A quoi bon contribuer par de nouvelles monographies d’orients ou de loges à corroborer des résultats acceptés par un large consensus : la présence de loges actives, avec des effectifs nourris, témoigne de l’ancrage solide des Lumières dans la ville sociable ; inversement, l’absence ou le retard de l’implantation de l’Art Royal signalent les résistances aux Lumières ? Mais en fin de comptes, connaît-on vraiment les ressorts du formidable succès européen et colonial de la Franc-maçonnerie au XVIIIe siècle ? l’offre de sociabilité qu’elle présente aux élites du XVIIIe siècle, des représentants de la Société des princes qui tiennent des Hoflogen, des loges de cour, dès la décennie 1730, aux élites négociantes, des aristocrates aux officiers « moyens » des petites villes ? D’Edimbourg à Breslau, de Palerme à Perm ?

Parallèlement, les recherches historiennes sur la sociabilité, en se focalisant sur les pratiques de terrain, ont tardé à découvrir et à intégrer le travail pionnier de Georg Simmel qui étudie la sociabilité comme « forme ludique de la socialisation » .Maurice Agulhon, à l’origine de la plupart des études de ce laboratoire d’une sociabilité en transition qu’est la loge maçonnique des années 1740-1830 souligne dans la préface à la troisième édition de « Pénitents et francs-maçons » qu’il ignorait l’existence des travaux de Simmel lorsqu’il écrivit son étude pionnière. Le sociologue allemand avait pourtant longuement étudié le secret, clé de la compréhension de la sociabilité maçonnique, mais aussi source de nombreux contre-sens entre société à secrets -voire à mystères, par référence aux cultes à mystère de l’Antiquité- et société secrète, en même temps qu’il s’était intéressé à la sociabilité. Aujourd’hui encore, la lecture de Simmel est loin d’être générale parmi les historiens, à la différence de celles de Jürgen Habermas ou de Norbert Elias, qui lui aussi a mis longtemps à être reconnu et partant discuté. Elle est pourtant banale chez les sociologues.

L’idée que la loge maçonnique d’Ancien Régime constitue un laboratoire privilégié en raison de sa forte densité d’implantation en Europe et dans les colonies et ce jusqu’au niveau des petites villes d’observation et d’élaboration des structures et des pratiques de la sociabilité urbaine, le miroir des élites, de leurs réseaux, de leurs stratégies et trajectoires sociales, culturelles et politiques, est aujourd’hui largement admise. Mais si l’on souhaite aller plus loin dans le cadre d’une histoire sociale et culturelle des Lumières audacieuse qui avance sur deux fronts complémentaires, l’étude des pratiques de sociabilité d’une part, et la réflexion sur la manière dont les contemporains pensent le lien social, perçoivent leur espace relationnel, vivent leurs relations interpersonnelles et les stratégies qui les sous-tendent, le moment est sans doute venu de résoudre le paradoxe évoqué plus haut. Pour ne pas abandonner le terrain des Lumières à une histoire des idées qui a souvent tendance à oublier les pratiques, sans pour autant s’interdire de penser la sociabilité et ses enjeux multiples, il convient sans doute de faire retour sur les principaux itinéraires historiographiques qui ont marqué la recherche sur la sociabilité et la Franc-maçonnerie, pour proposer sur les bases de leurs acquis, de nouvelles directions de recherche, susceptibles d’approfondir notre connaissance des formes de sociabilité du XVIIIe siècle, de leurs acteurs et des stratégies qu’ils y déploient. Les pistes ouvertes par Daniel Roche dans le volume collectif dirigé par Daniel Ligou sur « l’Histoire des francs-maçons en France » demeurent donc, vingt ans plus tard, d’une remarquable actualité et doivent clairement orienter notre agenda de recherche :

« L’important est de noter, outre la généralisation accélérée du phénomène, son caractère de liaison associative qui établit sur l’ensemble du royaume un univers maçonnique où les Frères se retrouvent en relations personnelles autant qu’en communion spirituelle et morale. La part du phénomène de sociabilité qui explique le jeu d’imitation sociale transparent dans de nombreuses créations est fondamental. Qu’elle puise aux sources d’un ancien corporatisme ou dans l’éclat d’une vie mondaine paré des prestiges de l’élitisme, c’est à établir une vie de rapports culturels, de discussions sans doute, et de pratiques associatives que tend la Maçonnerie française. Des gestes anciens s’y déploient ; banquets fraternels, musiques et chansons rassemblent et unifient peut-être autant que l’échange ésotérique ou idéologique. Le développement mondain de l’Ordre assume son succès, rassure la police et fascine une opinion publique qui s’élargit et, pour une part, se laïcise. Le passage de la confrérie à la loge s’inscrit dans ce mouvement. Il est prouvé en Provence, il reste à étudier ailleurs »

Itinéraires historiographiques.

Georg Simmel a apporté une contribution décisive en pensant l’articulation entre sociabilité et secret, et en portant sur la société initiatique le regard du sociologue (7). Maurice Agulhon a attiré, pour sa part, l’attention sur les parentés de structures entre foyers de sociabilité : la loge maçonnique s’inscrit et s’épanouit dans l’offre de sociabilité d’Ancien Régime, qu’elle recompose sans la déchirer. Elle concurrence les confréries -bien qu’elle soit d’abord l’une d’entre elles, d’un type particulier, mais elle leur permet aussi de s’adapter aux exigences du « commerce de société ». « Le Siècle des Lumières en province et Les Républicains des Lettres » de Daniel Roche marquent ensuite un tournant, en appréhendant pour la première fois la Franc-maçonnerie en comme « fait social » national, en débordant le cadre parisien pour embrasser les orients provinciaux dans leur diversité et dans l’autonomie de leurs trajectoires, en proposant une sociologie des membres, l’étude des âges et des phénomènes de générations, des correspondances et des affiliations croisées à d’autres formes de sociabilité .Dans la longue citation que j’ai donnée plus haut, Daniel Roche évoquait « les relations personnelles ».

Dans « Les Républicains des Lettres », l'article « Négoce et culture dans la France des Lumières » invite à suivre le parcours des négociants à travers « l’univers maçonnique des Lumières » : « Le champ de l’enquête est vaste : sociétés de culture, loges maçonniques, réseau des correspondances et des institutions des Lumières, offrent tour à tour occasion de saisir au vif l’engagement culturel négociant » .Les 6000 académiciens ont accueilli moins de 166 négociants dans leurs rangs, alors que les loges du XVIIIe siècle ont réuni des milliers de négociants, le fait mérite d’être rappelé. Personnellement, je relierai cette attention portée aux négociants francs-maçons mais surtout à ce que la Franc-maçonnerie apporte aux négociants, aux recherches lancées par Daniel Roche sur la culture de la mobilité, et dont témoignent notamment un livre personnel, « Humeurs vagabondes », un ouvrage collectif, « Paris ville promise », un numéro de la « Revue de Synthèse » coordonné par Henriette Asséo ainsi que dernièrement un numéro spécial de « French Historical Studies sur Mobility in French History » avec un commentaire de Daniel Roche intitulé : « Les mobilités concrètes, XVIe-XXe siècles » .Cette attention à la culture de la mobilité était déjà présente dans l’article consacré à Jean-François Séguier, qui articule pratique du voyage, de l’hospitalité et de l’échange épistolaire pour jeter les bases d’un maillage de l’espace européen savant et mondain particulièrement efficace. Elle est aussi le moteur de chantiers susceptibles de relancer les recherches en histoire de la Franc-maçonnerie et d’intégrer à leur juste place ces recherches dans une histoire européenne de la sociabilité des Lumières.

De nouveaux chantiers.

La diffusion européenne et coloniale de la Franc-maçonnerie est sans équivalent dans le champ de la sociabilité des Lumières .Une véritable République universelle des francs-maçons se met en place, dont les ressources répondent parfaitement aux attentes des voyageurs, des diplomates, des étudiants, des négociants, des artistes qui arpentent l’espace européen et sillonnent les océans du globe. Les certificats maçonniques, véritables « passeports pour la lumière » selon le frère savoisien Joseph de Maistre sont particulièrement recherchés. Annuaires des loges comportant les adresses de leurs Vénérables, tableaux de la correspondance des ateliers, et lettres de recommandation maçonnique complètent le dispositif et permettent d’activer à distance le réseau d’assistance fraternelle, de solliciter l’hospitalité. Ces certificats, dont la plupart restent encore à découvrir, évoluent au cours du siècle et sous l’effet d’une demande croissante : ils s’uniformisent, incluent parfois le signalement physique du porteur -les faussaires sont nombreux, et les aventuriers tel ce Antonio Pocchini de La Riva se font parfois prendre par la police, en l‘espèce à Parme, avec des paquets de certificats vrais et faux, les faux permettant d’obtenir des attestations authentiques deviennent de véritables formulaires imprimés, et sont même parfois bilingues c’est le cas de certificats émis par des loges irlandaises. Comme ces certificats sont signés au verso par les secrétaires de loge à chaque présentation, ils permettent de suivre l’itinéraire emprunté par le frère visiteur.

Croisés avec des registres de visiteurs, comme celui de la « Bien Aimée » d’Amsterdam, loge du grand négoce et de la bourse que visitent Casanova, Marat parmi des centaines d’autres francs-maçons, ils permettent de prendre mieux conscience de l’ampleur du phénomène. La mise sur pied d’ateliers dédiés à l’accueil des frères étrangers comme la « Réunion des Etrangers », orient de Paris, de fondation franco-danoise, ou « l’Irlandaise du Soleil Levant », pour les étudiants en médecine irlandais inscrits à la Faculté de médecine de Paris doit être également soulignée. Elle complète la politique de large ouverture européenne des métropoles maçonniques de la périphérie du royaume (Bordeaux, Marseille, Lyon et Strasbourg notamment), qui trouvent là une reconnaissance internationale susceptible de les aider dans leur résistance à la force d’attraction du Grand Orient de France qui se pose en « centre national de l’union » et prétend au monopole de la correspondance avec l’étranger. La « Candeur », loge de l’Université luthérienne de Strasbourg, « Saint-Jean d’Ecosse » de Marseille qui essaime dans tout le bassin méditerranéen et implante ses fondations jusqu’aux Antilles, illustrent la rencontre entre la demande des francs-maçons européens de structures d’accueil performantes des frères en voyage, et la politique des puissances maçonniques territoriales qui parient sur la République universelle des francs-maçons et les réseaux à long rayon d’action pour contrarier l’organisation de l’Europe fraternelle en puissances maçonniques nationales souveraines dans leurs ressorts définis sur la base des frontières internationalement reconnues des Etats. Partant, ces pistes de recherches intéressent à la fois la géopolitique maçonnique du XVIIIe siècle et la participation de la Franc-maçonnerie aux dispositifs de gestion de la mobilité des élites européennes.

Rompant avec la sociographie paresseuse qui ne s’intéresse qu’aux listes de membres envoyés par les loges à leurs correspondantes ou à leurs obédiences et qui ne nous dit finalement rien des motivations des initiés et de leurs pratiques sociables, le chantier des écrits personnels des francs-maçons des Lumières doit permettre d’éclairer l’histoire des pratiques, de restituer les options et les trajectoires maçonniques dans leur environnement familial, professionnel, confessionnel, économique, et d’étudier l’insertion des liens maçonniques dans le périmètre relationnel et le faisceau de relations interpersonnelles des individus considérés. Ainsi, plutôt que de fantasmer sur les « réseaux des francs-maçons », il devient possible de mettre à l’épreuve le réseau et d’apporter les preuves éventuelles de son existence : effectivement, à Lyon, Jean-Baptiste Willermoz investit temps, énergie, capitaux, relations négociantes, amicales et fraternelles dans un vaste projet de réformation maçonnique -qui donne naissance au Rite Ecossais Rectifié d’essence chrétienne et chevaleresque-, aux ambitions européennes. Son bureau général de correspondance entretient une activité remarquable, au point de susciter les convoitises d’autres têtes de réseau comme Charles Pierre Paul Savalette de Langes, fondateur du régime des Philalèthes souché sur la loge parisienne des « Amis Réunis », dite loge des fermiers des généraux, mais aussi des artistes parisiens et européens à la mode, ainsi que de leurs commanditaires.

Correspondances et fragments autobiographiques du diplomate français Marie-Daniel Bourrée de Corberon (16), du manufacturier Armand Gaborria, ou des figures du Refuge huguenot à Leipzig éclairent la réception des pratiques maçonniques françaises et étrangères, les processus d’appropriation culturelle des corpus de grades, rituels et symboles, tout comme ils soulignent l’importance du lien maçonnique pour les diasporas jacobites, huguenotes et les expatriés. Ici encore, l’enjeu est à la fois maçonnique et profane. Cette recherche sur les écrits personnels des francs-maçons éclaire l’histoire des circulations maçonniques à l’œuvre dans l’espace européen des Lumières, en même temps qu’elle est susceptible de mettre en évidence l’implication de ces médiateurs culturels dans des champs qui débordent la sphère maçonnique. Elle s’intègre dans une série de programmes de recherches et d’édition français et européens autour des écrits du for privé et des ego documents.

Les recherches récentes sur la sociabilité ont permis de réévaluer la prégnance du modèle aristocratique et mondain. Antoine Lilti l’a notamment montré de manière exemplaire dans « Le Monde des salons ». Là encore, le champ maçonnique doit prendre toute sa place dans l’étude des pratiques de sociabilité. En effet, les loges sont soucieuses de répondre aux attentes des élites françaises et européennes ; elles assurent une authentique veille sociable et ne manquent pas l’occasion de briller sur la scène mondaine en organisant tenues d’adoption au recrutement mixte, théâtres de société, concerts amateurs, cabinets de lectures, bals, parties de chasse, feux d’artifice et actions de bienfaisance, et en se dotant de jardins d’agrément, qui n’ont pas retenu jusqu’ici l’attention des historiens de l’Ordre.

Les écrits personnels témoignent de la richesse de cette « Maçonnerie de société » et de ses relations précoces avec les sociétés mixtes badines et chevaleresques tel l’ordre des Mopses qui se créent à travers le royaume européen des mœurs et du bon goût. Ils montrent aussi des voyageurs de qualité qui trouvent aisément leurs marques dans ces loges aristocratiques et mondaines qui fraternisent de Paris à Petersburg, et dont les frères se retrouvent hors des temples dans les villes d’eaux ou pendant l’été dans les demeures aristocratiques périurbaines pour des tenues improvisées. La loge sensée incarner la sociabilité démocratique s’épanouit en fait dans la culture de l’entre-soi des élites, à l’échelle continentale de la « société des princes » comme à l’échelle provinciale : à Perpignan, par exemple la loge de la « Sociabilité », la bien nommée, s’affiche comme « la loge de toute la noblesse » et domine l’Art Royal en Roussillon ; elle réunit les figures des Lumières techniciennes, le gratin du Conseil souverain et de l’Université, et bénéficie de l’aura du maréchal comte de Mailly, lieutenant-général du roi en Roussillon, dont il fait un laboratoire des Lumières provinciales, sans jamais cesser de faire référence au niveau de l’égalité -mais on aura compris qu’il s’agit d’une égalité harmonieuse, donc proportionnelle et non pas arithmétique.

L’exploitation des archives « russes » du Grand Orient de France, c’est-à-dire des dossiers volés par les Nazis en 1940, saisis par l’Armée Rouge en Prusse-Orientale en 1945, et rapatriés en France à partir de l’an 2000, débute. Ces dossiers permettent d’étudier à nouveaux frais les principales métropoles maçonniques françaises. Cette opportunité doit être saisie pour proposer une autre histoire de la Franc-maçonnerie du XVIIIe siècle, partie prenante d’une histoire de la sociabilité attentive aux hommes et aux structures, aux trajectoires individuelles comme aux choix collectifs, aux circulations comme aux représentations, aux projets comme aux réalisations, et, au-delà, d’une histoire des pratiques sociales et culturelles des Lumières.

Sociabilité et Franc-maçonnerie : propositions pour une histoire des pratiques sociales et culturelles des Lumières par Pierre-Yves Beaurepaire Professeur d'histoire moderne Université de Nice Sophia-Antipolis, Centre de la Méditerranée Moderne et Contemporaine.

Source : www.ledifice.net

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La méthode maçonnique et l’entrée en la matière

9 Avril 2013 , Rédigé par Eric R\ Publié dans #Planches

 S’il n’existe pas d’enseignement de l’initiation, il existe bien une méthode de transfert des données traditionnelles. La méthode maçonnique empreinte de spiritualité est d’abord un chemin de sagesse.

La spiritualité est la vie de l’esprit humain. Elle a un rapport immédiat et absolu avec le divin et l’infini. La notion divine n’est pas nécessairement fondée sur une croyance en une vérité révélée, pas plus que la spiritualité appelle la philosophie. Pour autant la spiritualité n’est qu’une perception humanisée des concepts métaphysiques.

L’initiation (maçonnique) constitue la plate-forme, « une entrée en la matière » sur laquelle le franc-maçon va tailler sa pierre.

Plus que la taille, c’est être la pierre qui importe.

La méthode repose sur une progression par paliers, dans l’étude des textes et des symboles traditionnels. Ainsi une loge qui négligerait l’étude de la symbolique maçonnique au profit de questions sociales ou d’actualité, remettrait en cause la transmission des connaissances initiatiques fondamentales de l’Art Royal. Les symboles qui sont étudiés sont universels, ils accompagnent l’apprenti sur son propre chemin.

Travail et tablier

Le travail est le moteur du cheminement initiatique. Il peut arriver que quelques frères oisifs se prélassent sur les colonnes, profitant du travail des autres et n’apportant à la loge que leur présence critique. Il convient de leur rappeler qu’ils portent un tablier, héritage des temps opératifs.

Mettre son tablier est un geste symbolique. Toutes les voies initiatiques ont leurs vêtures. L’aube et la tiare pour le sacerdoce, l’armure et l’uniforme pour la voie martiale le tablier pour la voie artisanale. Le premier geste pour mettre son tablier consiste à ceinturer son corps. Avant de commencer le travail, il faut donc « faire le tour de soi », comme une mise en condition corporelle. Le tablier de l’apprenti donne le signal du premier travail à effectuer : la taille de la pierre brute.

Il est en peau d’agneau excellent isolant, complètement blanc. Il a une bavette triangulaire qui reste tendue vers le haut et qui protège la région de l’épigastre, dans le symbolique travail de dégrossissement. La bavette levée de l’apprenti symbolise le savoir non encore pénétré dans la matière ou corps physique. La bavette abaissée du compagnon symbolise l’entrée de l’esprit dans la matière. Une telle symbolique nous la rencontrons aussi dans la superposition de l’équerre sur le compas durant les travaux au grade d’apprenti dans lequel la matière prédomine et au grade de compagnon ou la matière et l’esprit s’équilibre.

Liberté et collectivité

Le mot d’ordre est « un maçon libre dans une loge libre ». Le message délivré par les symboles s’adapte aux convictions philosophiques, religieuses et morales. Ce travail personnel repose sur une quête de soi pour certains, une dimension divine ou sociétale pour d’autres.

C’est au contact des autres frères que s’enrichit son propre parcours. C’est ici le principe d’altérité qui produit ses effets. La Loge devient alors un lieu d’échanges réglementés et de sérénité ou s’exprime parfois des options différentes, chacun conservant son libre arbitre en ayant pris soin de bien comprendre le point de vue d’autrui. La différence dans la fraternité, construis la conscience de soi et du monde. Chacun trace son chemin de lumière en s’appuyant sur les autres. Les francs-maçons sont donc des individus interagissant qui élaborent leur pensée personnelle et non collective fondée sur l’analogie symbolique. La Loge devient l’athanor de l’accomplissement individuel. Elle reste aussi le lieu vivant de la tradition et de la transmission.

L’effort à fournir consiste à une descente en soi pour mieux se connaître et se perfectionner en rectifiant ses défauts et ses erreurs. C’est le « Gnôthi seauton « d’origine grecque, qui consiste en une transformation intérieure de l’initié. La Franc-maçonnerie est une école de l’éveil se traduisant notamment en un élargissement de la conscience. Cet effort sur soi commence par la taille et le polissage de sa pierre. Il se poursuit, s’il en est capable, par une descente au plus profond de lui-même.

Enfin, l’initié répondra à l’appel de la transcendance. Ce principe est illustré par l’acronyme alchimique V.I.T.R.I.O.L Visita Interiora Terrae, Rectificandoque, Invenies Occultum Lapidem (Visite l’intérieur de la Terre, et en rectifiant tu trouveras la pierre cachée). La construction de son temple personnel est un objectif qui passe par l’usage des symboles qui s’expriment autrement que dans la vie profane.

Trois étapes

Il y a donc bien trois étapes à franchir :

La première étape commence par une reliance à soi. C’est le geste symbolique de ceindre son tablier qui nous fait relier les deux extrémités de soi. C’est aussi une prise de conscience de sa propre corporalité - matérialité, perfectible jusqu’aux limites de nos possibilités.

On cherche à éclairer les zones d’ombre de son psychisme. Ainsi l’apprenti cherche à se dépouiller de la gangue de matière dans laquelle il se fige. C’est un travail sur soi ou il recherche sa véritable identité. L’animal devient homme.

La deuxième étape consiste à rentrer en fraternité active avec les autres. C’est le principe bien connu des voyages du compagnon, qui en découvrant le monde découvre et partage le pain avec autrui. Dans cette reliance aux autres, le compagnon accomplit la réalisation du Moi. Il doit voir la présence de l’esprit prisonnier de la matière et trouver en lui le moyen de dénouer les blocages. Peut-il alors y avoir confrontation dans la fraternité? Naturellement, l’aboutissement de cette rencontre de l’autre dans un lieu clos et couvert doit se faire dans la conciliation des contraires, comme les cases noires et blanches du pavé mosaïque. C’est ce consensus qui donne naissance à l’égrégore. C’est un phénomène transcendant inexplicable qui couronne la rencontre et l’effort sur soi. Symboliquement aux agapes les Frères partagent le pain de la Sagesse. C’est le même pain qui nourrit la communauté. Enfin, la Loge est assimilée à un miroir: les Frères s’entraident dans l’élimination de leurs défauts.

Enfin la troisième étape s’attache tout particulièrement à la libération de l’être dans l’aspiration à plus haut.

C’est l’étape de la reliance à la totalité, à l’universalité. L’homme microcosme devient macrocosme. Le Maître accompli l’intégration du soi, premier pas vers la sagesse et l’harmonie. C’est le relèvement du maître de sagesse qui est en lui.

La méthode consiste donc à la mise en pratique d’un langage non discursif. Il n’est compréhensible qu’au prix d’une volonté agissante sur le corps et l’esprit, visant l’épanouissement personnel dans le cadre d’un groupement humain usant de rituels et parlant le même langage symbolique. Le groupe est indispensable, car il est un miroir pour soi-même. Il permet d’avoir un écho de soi plus révélateur que la simple conviction que l’on peut en avoir.

Progressivement le maçon acquiert pour lui-même une meilleure connaissance de soi, apportant par ses avancées un enrichissement de la loge. L’échange s’effectue donc dans les deux sens. L’apport mutuel par sa nature collective devient le 2ème trésor de la loge.

Les degrés et la conjugaison

Il existe plusieurs degrés de connaissance initiatique, traduits par des grades qui donnent lieu à de nouvelles initiations et donc de nouveaux commencements. Les trois grades de base de la franc-maçonnerie initiatique sont l’apprenti, le compagnon et le Maître.

Graduellement le franc maçon pratique le « solve » et « coagula » des alchimistes : il s’agit dans un premier temps, de dissoudre les imperfections de son être, fondées sur des mécanismes propres qu’il convient de réinterpréter pour enfin s’améliorer. À la suite il faut bâtir en soi la sagesse.

Oeuvrer sur le chantier de son temple intérieur, c’est participer à une immense chaîne de chercheurs d’absolu qui remonte à la nuit des temps. L’initié ritualise sa recherche, à l’aide d’outils qui sont des symboles dont la fonction finale est la quête de soi sur un plan mythique. Il s’appuie aussi sur l’ésotérisme consistant en l’approche découverte du « divin » par la lecture des textes sacrés dans leur sens intérieur.

En des termes plus concrets le franc-maçon tout en admettant la rationalité comme principe de base à tous les raisonnements, fait une place aussi grande à son intuition. Il joue sur la complémentarité des deux termes en les conjuguant. Il agit de la même façon en évitant les oppositions entre deux termes. En prenant de la hauteur, il tente la conciliation en recherchant la meilleure des deux propositions. Cette politique du juste milieu fait de lui un juste conciliateur en toute occasion. De la même façon qu’il a appris à bâtir son temple intérieur en alliant la matière à l’esprit, il réitère en conciliant le blanc et le noir, les ténèbres et la lumière suivant un axe médian. On dit que le franc-maçon se tient entre l’équerre (symbole de la matière) et le compas (symbole de l’esprit). Il se doit de réaliser l’harmonie entre les réalités matérielles et les spéculations de son esprit.

Enfin il nous semble utile de rappeler que l’Art Royal est une logique de l’interprétation, qui repose sur le bon usage symbolique des outils des frères opératifs .C’est un aspect concret et architectonique où la volonté s’impose à la matière, et l’herméneutique des textes sacrés ouvre à la métaphysique et aux règles de l’harmonie.

R\L\ Ecossais de Saint-Jean

Eric R\

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-la-methode-ma-onnique-99410345.html

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Miyamoto Musashi

8 Avril 2013 , Rédigé par X Publié dans #enseignements tactiques

"Dans une auberge isolée, un samouraï est installé à dîner, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant. "Trois ronins (guerriers vagabonds, sans maître) entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois ronins. Loin de se décourager, les ronins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis, calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les ronins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux maître : Miyamoto Musashi."

 

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Le langage symbolique des pierres dans le REAA

8 Avril 2013 , Rédigé par Philippe DOUILLET Publié dans #Planches

Les pierres sont la matière première du maçon, sa « materia prima ».

Au milieu d’une nature mortelle et changeante qui se renouvelait sans cesse dans une succession ininterrompue de disparitions et de renaissances, les pierres, dans leur permanence et leur immobilité apparente, donnaient à penser qu’elles appartenaient à un autre ordre des choses et qu’elles étaient détentrices de lourds secrets.

Le premier secret fut levé lorsque les hommes découvrirent que la pierre était perfectible avec son aspect symbolique: la taille et le polissage ont été rendus possibles par l’existence au début d’outils en pierre, ce qui revient à dire que les outils de perfectionnement étaient contenus en elle.

Mais la pierre a d’autres secrets aussi : certaines d’entre elles peuvent contenir au plus profond d’elles-mêmes une parcelle de soleil, une parcelle de lumière. Ces pierres devinrent éminemment « précieuses », les hommes crurent lire un langage qui exprimait sûrement des messages.

Cette découverte du contenu souvent non apparent de certaines pierres ajoute à l’idée de perfectibilité, celle d’un trésor à dévoiler par le travail et la recherche.

Ainsi c’est s’établit une relation quasi viscérale entre l’Homme et ces pierres précieuses été taillées et polies : tailler la pierre, la polir, la sculpter et l’assembler ont été les gestes essentiels des bâtisseurs et la Franc-maçonnerie qui se veut leur héritière, a naturellement repris dans sa symbolique tout ce qui avait trait au travail de la pierre.

Les pierres dans le REAA jalonnent notre parcours afin de nous maintenir sur le chemin, marquant symboliquement notre avancée en initiation.

La pierre brute qui constituera les fondations et les murs de notre temple est présentée au 1er degré ; taillée et polie, elle deviendra la pierre cubique du 2e degré et, au 3e degré, le maître deviendra un poseur de pierres polies.

Dans les grades de perfection, il ne s’agit pas de l’acquisition d’un savoir ou d’une culture mais de la recherche d’une connaissance métaphysique ; la pierre change alors de nature : elle devient porteuse de nouvelles qualités spécifiques attachées à sa beauté mais surtout à son message : c’est la pierre d’agate, la pierre qui parle.

Dans les grades capitulaires, la pierre changera encore de nature, à l’heure où elle suera sang et eau. Nous avons retrouvé cette pierre qui existe dans la nature : c’est le jaspe sanguin.

Ces 4 pierres bien que symboliques sont naturelles : la pierre brute, la pierre cubique, la pierre d’agate et le jaspe sanguin. Elles sont présentées à vos yeux, soit en leur état naturel, soit en photos.

La Pierre brute

Le jour de son initiation le profane devient une pierre brute. Ce n’est pas un hasard si son premier travail est de dégrossir cette pierre brute, c’est-à-dire de la débarrasser de ses aspérités qui représentent symboliquement ses défauts, ses certitudes, son ignorance, ses ambitions qui le blessent et qui peuvent aussi blesser les membres de sa Loge. L’art de la maçonnerie lui permettra de polir et de transformer cette pierre brute qui deviendra apte à sa construction, par ses qualités intrinsèques, au sens propre comme au figuré.

D’où vient la pierre brute ?

A Héliopolis dans l’ancienne tradition égyptienne, la pierre primordiale est identifiée à une pierre initiale surgie de l’indifférenciation à la fois pierre céleste et rayon de lumière pétrifié. La pierre primordiale est évoquée dans le Talmud comme pierre de fondation du monde ; elle marque l’emplacement du Temple de Jérusalem.

Dans notre rituel du 1er degré symbolique, le plan de la loge indique bien la présence de la pierre brute, au pied de l’Orient, sur la colonne du nord, sous la lune.

Aujourd’hui il est communément admis que lors de l’émergence de la première matière hors de l’océan des origines, quelque chose a pris consistance et s’est solidifié. Le noyau du monde, une île, est la première réalité géologique de l’histoire universelle de notre planète. Cette première pierre brute contient ainsi la lumière cachée des origines et symboliquement l’éternité qui se révèle dans sa manifestation.

Cette pierre brute n’est pas un bloc de pierre mais elle est toutes les pierres, toutes les formes minérales sur lesquelles on peut travailler et créer, compte tenu du caractère vivant de ses éléments constitutifs. En ce sens, elle est un résumé de la voie initiatique artisanale qui consiste à travailler sur un matériau pour façonner quelque chose selon les lois de l’harmonie ; elle a été soumise à l’érosion, modelée et taillée par les éléments naturels tels que l’air, l’eau, le feu.

Dans les cycles renouvelés de notre Univers, à l’échelle des temps géologiques, il y a toujours, à tout instant, une pierre brute qui n’a pas de rapport avec la forme, elle donne simplement à voir ce qu’est la matière première, la matière prima, avec contenu en elle, les germes de ses potentialités qui façonneront l’édifice terrestre, comme l’art de la maçonnerie façonnera la pierre brute qu’est le nouvel initié, fort de ses potentialités cachées qui saura en extraire toutes les formes de vie.

La pierre cubique

Une fois la pierre brute dégrossie et débarrassée de ses aspérités, l’apprenti accède au grade de compagnon et peut commencer à tailler sa pierre pour lui donner une forme correspondante à sa destination : elle peut prendre sa place dans l’édifice. La représentation finale du travail sur la pierre à tailler prendra la forme d’une pierre cubique ; c’est le chef-d’œuvre que doit réaliser le compagnon. Dans le tableau de loge du deuxième, la pierre cubique est du reste bien là, à sa place sous le soleil.

La pierre cubique n’est pas différentiable comme peut l’être la pierre brute ; elle ne se prête en effet à aucun inventaire logique de ses constituants. Tailler la pierre, la polir, la sculpter, l’assembler ont été pendant des millénaires les gestes essentiels des bâtisseurs en même temps que leur secret et qui dit secret dit initiation et transmission. La franc-maçonnerie qui se veut l’héritière des bâtisseurs a naturellement repris dans sa symbolique tout ce qui avait trait au travail de la pierre pour parvenir à une pierre cubique.

Ainsi dans la plus haute antiquité, le trône du pharaon est une pierre cubique. La déesse Cybèle, phrygienne à l’origine et qui a été identifiée à Rhéa, la mère de Zeus et aux plus grands dieux grecs siège sur le mont Ku bébé (du grec cubos) qui est un cube.

L’arche d’Alliance constitué d’acacia, bois réputé imputrescible a la forme d’un cube de vingt coudées d’arête.

C’est un édifice de forme cubique, la Kaaba qui est placée au centre du lieu saint islamique de la Mecque.

La plupart des auteurs maçonniques se réfèrent au réseau cristallin cubique du chlorure de sodium, vulgairement appelé sel de cuisine pour représenter le solide le plus parfait, la référence qui guide le compagnon dans sa perception de l’œuvre à réaliser. Se référer au sel n’est pas sans intérêt : l’homme a besoin de sel, il sait depuis toujours qu’il est indispensable à la vie. Depuis la plus haute antiquité les hommes ont appris à le localiser, à l’extraire des mers et de la terre, à le protéger, à le défendre tant la richesse qu’il représente est un enjeu de pouvoir; du reste dans la tradition biblique, le sel occupe une place privilégiée dans les relations qu’entretient le créateur avec les hommes : « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. Mais comment les francs-maçons, les bâtisseurs que nous sommes, peuvent-ils se référer au cristal cubique de sel qui fond dans la bouche, et même dans la main !

Pour symboliser la structure fondamentale sous-jacente à toute construction, l’exemple le plus parfait est l’or des fous : c’est à dire la pyrite, sulfure de fer (FeS2) dont les cubes, plus ou moins gros, parsèment la surface de la terre, depuis l’origine des temps. Le scintillement de ces cubes jaunes, imputrescibles, inaltérables a toujours fasciné les hommes.

Choquée avec un silex, la pyrite produit des étincelles : c’était l’allumette des premiers hommes, la source du feu permanent. La pyrite était la pierre d’Héphaïstos, le dieu grec de la métallurgie et des inventeurs ; c’est aussi la pierre de Vulcain, la divinité romaine du feu. Et puis la pyrite a la propreté des miroirs, celle de réfléchir les rayons du soleil : Pline l’Ancien préconisait son utilisation pour réchauffer l’eau froide : cette propriété a été reprise dans tous les lapidaires païens et chrétiens des 12e, 13e et 14e siècles. On peut rappeler aussi que la pyrite a été à l’origine d’une tactique militaire révolutionnaire exploitée par Hannibal. Il a surpris tous ses ennemis en pratiquant un art guerrier contraire à tous les usages qui voulait qu’on attaque le soleil dans le dos ; il a fait le contraire, face au soleil, en garnissant la tête de ses éléphants de multiples guirlandes de cubes pyrite qui, réfléchissant les rayons du soleil dans toutes les directions auraient aveuglé ses ennemis.

Le cube de pyrite est le prisme le plus parfait, le plus solide, le plus brillant, le plus stable, le plus utile par excellence pour bâtir impérissablement.

Mais pour nous maçons, paradoxalement, sa duplication est impossible avec une règle et un compas.

La Pierre d’agate

Quand au 13e degré du REAA nous découvrons le tétragramme sacré et une pierre dont la présence tutélaire marque l’importance de l’événement. Cette pierre est la pierre d’agate ; mais pourquoi la pierre d’agate précisément ?

De tout temps, l’agate a été recherchée comme parure en raison de l’infinité des combinaisons de couleurs et de motifs qu’elle offre. L’agate est, en elle-même une pierre fascinante qui fait rêver, une pierre qui raconte une histoire. De plus et depuis toujours, les hommes lui ont attribué des pouvoirs magiques.

Les lapidaires anciens d’Egypte, de Mésopotamie, de la Grèce avec Démocrite, de la Rome antique avec Pline l’ancien, les lapidaires du 12e siècle (Marbode de Rennes, Hildegarde de Bingen), les lapidaires chrétiens de 13e et 14e siècle rapportent comment utiliser certaines pierres et en particulier les agates pour soigner tout type d’affections, physiques, morales, psychologiques simplement par le toucher, le port, par ingestion en boisson ou même par le regard. Déjà en Crète, la pierre d’agate, considérée comme sacrée, apaise les douleurs provoquées par les piqures de scorpions ou d’araignées. Les Perses l’utilisaient pour éloigner les tempêtes. En Sicile, l’agate procure de riches récoltes quand elle est posée sur les cornes des animaux de traits. Milon de Crotone, gendre de Pythagore, athlète participant aux jeux à l’Olympe porte une pierre d’agate avant de combattre pour augmenter ses forces naturelles.

Mais pourquoi Enoch a-t-il choisi la pierre d’agate pour supporter le Nom Ineffable ? Avait-il la connaissance du pouvoir magique de l’agate, de savoir conserver éternellement un secret.

De nos jours, grâce aux outils d’analyse dont nous disposons pour pénétrer la structure intime de l’agate, nous sommes en mesure de lever le voile de ce mystère.

L’agate est une pierre d’une grande dureté qui peut traverser le temps sans aucune altération ; elle est constituée d’une infinité de fibres microscopiques creuses de silice disposées en couches qui la rende poreuse. A l’époque où la terre était en formation, ces fibres de silice creuses ont été remplies et gorgées de tous les fluides chauds de magma. Plus tard, elles ont déposé leurs charges minérales dans le cœur de l’agate au cours de son refroidissement. A chaque fibre une forme, à chaque minéral une couleur d’où ces entrelacs infinis de formes et de couleurs qu’aucune palette de peintre ne pourra jamais égaler. Cette extraordinaire propriété d’absorption est une réalité concrète comme le prouvent les échantillons et photos qui circulent parmi vous.

L’agate s’est donc nourrie et enrichie, au cours de sa formation, de tous les flux de la terre avec toutes ses richesses et, particularité unique, elle n’a jamais restitué ce qu’elle a absorbé. Et lorsque, après l’avoir polie apparaissent les formes dans leurs diversités les plus extravagantes, les imitations dans leurs fantaisies les plus curieuses, la terre dans ses créations transformistes ou évolutives, la vie dans ses manifestations éphémères ou permanentes, les matrices dans leurs intimités généreuses, les animaux, les plantes, les encres de chine dans leurs traits les plus délicats, alors on peut y reconnaître la signature du GADLU, gravée à jamais dans la matière.

Ainsi, si la pierre d’agate a servi de réceptacle au triangle d’or qui porte, gravées, les lettres composant le Nom Ineffable, c’est parce qu’elle est une pierre de mémoire, gardienne de secrets, garante d’éternité. Alors que nous importe que les lettres aient été martelées, la pierre d’agate est éternellement là pour nous dire que le Nom est toujours présent, inaltéré, ineffaçable pour ceux qui font l’effort de tailler la pierre pour la découvrir.

La pierre qui sue sang et eau

Nous sommes au moment de la reprise des travaux du 18e degré du REAA. L’heure du parfait maçon est définie : c’est » l’heure où le voile du temple se déchire, où l’étoile flamboyante perd son éclat, où les outils de la maçonnerie sont brisés, où la pierre cubique qui sue sang et eau … » La parole étant perdue, notre travail recommence à l’heure du parfait maçon; si cette heure est celle de la mort du Christ, nous devons alors considérer que tous les événements étranges qui se manifestent à cet instant et parmi ceux-ci la pierre qui sue sang et eau sont l’expression symbolique de cette mort. Lorsque le centurion transperce avec sa lance le corps du Christ, il est dit qu’il s’en écoule du sang et de l’eau. La pierre qui sue sang et eau, c’est le Christ à l’instant même de sa mort. Quelle est cette pierre ? Nous nous sommes mis à sa recherche Jean-François Pluviaud et moi-même.

L’hypothèse de départ était simple : dans la mesure où la pierre cubique existe à l’état naturel, pourquoi la pierre qui sue sang et eau n’existerait-elle pas, réellement, dans la nature ? C’est d’abord à l’Apocalypse que nous avons ressenti une relation qui pourrait exister entre certaines pierres et le 18e degré. Comment rêver meilleur point de départ pour notre réflexion : Jean, par sa vision apportait une réponse à notre questionnement. Dans la description allégorique de la Jérusalem déleste qui nous est faite, nous avons été intrigué par une pierre qui semble jouer un rôle particulier : cette pierre est le jaspe. La vision (Apo IV-23) « Et voici qu’il y avait un trône dans le ciel et sur ce trône quelqu’un était assis. Celui qui était assis avait l’aspect d’une pierre de jaspe ». Plus loin (Apo XXI-10-11) « Et il me montre la grande ville, la Sainte Jérusalem qui descendait du ciel, envoyée par Dieu, ayant la gloire de Dieu. Son état était semblable à celui d’une pierre précieuse, d’une pierre de jaspe, transparente comme le cristal. » Plus loin encore (Apo XXI-18-20) La muraille était en jaspe et la ville était d’or pur, le premier fondement était en jaspe encore. Il existe aussi une variété de jaspe connue depuis la plus haute Antiquité qui n’a pas été utilisée pour construire mais pour guérir : c’est le jaspe sanguin, de couleur verte parsemé de points rouges.

Les Assyriens et les Egyptiens utilisaient déjà ce type de jaspe pour ses vertus thérapeutiques à savoir la résorption des varices et des hémorroïdes et la purification du sang. Les Grecs utilisaient aussi le Jaspe poli pour suivre les mouvements du soleil et, pour cette raison, l’appelaient héliotrope. La légende prétend même que l’héliotrope a servi à Archimède pour fabriquer des miroirs avec lesquels il détruisit la flotte romaine à Syracuse par réflexion des rayons du soleil qui enflammèrent des voiles des navires.

Pline l’Ancien (1er siècle après J.C.) rapporte que, sous le nom d’heliotropum, un jaspe arrête les hémorragies, donne la santé et longue vie. Dans les lapidaires chrétiens des XIIIe et XIVe siècle on ajoute que le jaspe guérit de la diarrhée et protège de l’hydropisie. Mais surtout lorsque ce jaspe est regardé avec la foi en Jésus-Christ, il détruit les apparitions des diables, des juifs et des sarrasins.

Avec ce jaspe sanguin, nous avons ainsi détecté une pierre sacrée qui guérit, capte la lumière et constitue le fondement de la Jérusalem céleste. C’est au détour d’une page d’un vieux manuel de minéralogie du XVIIIe siècle que nous avons appris que le jaspe sanguin avait été, pendant des centaines d’années couramment appelé « pierre des martyrs ». Ce manuel reprenait en fait la description du jaspe sanguin (d’un lapidaire chrétien du XIIIe siècle) utilisé, entre autres, pour sculpter des têtes de Christ et de Saints : ce jaspe, d’un vert sombre est parsemé de tâches rouges d’oxyde de fer qui font immédiatement penser aux tâches de sang des martyrs.

Deux autres éléments de preuve confirmèrent notre déduction. Le premier nous est venu de la glyptique et de la sculpture. La glyptique est l’art de la gravure dans de la pierre dure. Pratiquée depuis la plus haute Antiquité, elle se présente sous la forme de camées (en relief) et d’entailles (en creux) de toutes dimensions, de toutes formes, le plus souvent richement décorées. On compte par milliers les camées taillés dans le jaspe sanguin représentant des têtes de Christ où les tâches rouges en relief dessinent le sang coulant des blessures faites par la couronne d’épines.

Le deuxième et dernier élément de preuve que nous produisons vient encore de la découverte de la désignation du jaspe sous le nom de plasma vert (traité de Minéralogie 1760…). Quand on sait que le plasma, dans sa racine grecque signifie modeler, former, on se prend à rêver à des rencontres de mots et de concepts dont on se dit qu’elles nous cachent peut être quelque chose. Le rêve prend une dimension cosmique lorsqu’on apprend que, pour les astrophysiciens modernes, 99 % de la matière qui constitue l’univers est appelé … plasma.

Nous avons le sentiment d’avoir réuni suffisamment d’éléments convergents qui nous donnent à penser que la pierre qui sue sang et eau est le jaspe sanguin, cette pierre que nous avons retrouvée et que nous pouvons tenir en main, comme la pierre d’agate, comme la pierre cubique et la pierre brute, comme les pierres symboliques du REAA.

Aucun symbole n’est là par hasard ; il est là quand il doit être et dans le contexte où il doit être, comme la pièce d’un puzzle, unique dans sa forme et indispensable à l’ensemble, à la seule place qui est la sienne, précise, prédéterminée et indispensable dans la construction de l’édifice.

De l’intéressante discussion qui s’en est suivie, plusieurs observations doivent être soulignées:

· L’orateur rappelle que non seulement la pierre cubique à pointe, qui est pourtant dessinée dans nos rituels et présente physiquement dans nos temples n’existe pas dans la nature et que sa forme rend impossible toute intégration dans un ouvrage de construction, matériel ou symbolique collectif. C’est en contradiction avec notre idéal : la construction du temple de l’humanité n’est jamais terminée et ne peut s’effectuer qu’avec nos chefs d’œuvres respectifs à savoir la pierre cubique. Il faudrait s’interroger sur les raisons fondamentales qui ont amené le Convent de 1975 à introduire la pierre cubique à pointe dans notre rituel.

· La notion de pierre philosophale a été conçue par Aristote, c’est la substance parfaite qui transmute les métaux en or. Une seule mention fortuite est indiquée dans nos rituels, au 18e degré seulement, dans le cadre du symbolisme du pélican. La pierre philosophale n’est pas une pierre de la F.M. ou du moins au R.E.A.A. de la G.L.

· La lithothérapie c’est le soin par les pierres. Plus de mille pierres d’espèces différentes ont été recensées, depuis la plus haute Antiquité, en passant par les lapidaires des 12e, 13e et 14e siècle (païens et chrétiens) et jusqu’à aujourd’hui comme ayant un pouvoir magique et guérissant les maux les plus divers : le talc contre les érythèmes fessiers, les argiles contre les ulcérations internes et externes, la pierre d’alun contre la transpiration, pour le traitement des cuirs et arrêter les hémorragies (le barda du soldat romain contenait toujours une pierre d’alun) etc. A noter : le mica lépidolite soignait déjà les déficiences mentales et les troubles bipolaires des pharaons en raison de la présence de lithium. Aujourd’hui les composés à base de lithium soignent les mêmes maladies.

· Certaines pierres sont utilisées comme amulettes ou talismans pour ceux qui sont enclins à penser qu’elles renferment un pouvoir énergétique voire magique de par les vibrations qu’elles.


C
ommission d’Histoire Maçonnique Compte rendu de la réunion du 22 octobre 2012 GLDF

source : www.ledifice.net

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la voie de la réalisation.

7 Avril 2013 , Rédigé par Mel Vadeker

Liste de principes classés par ordre :

- Je me constitue des bases pour bâtir ensuite sur des matériaux consistants.
Toutes les disciplines personnelles qui se veulent efficaces reposent sur des principes, des valeurs constituant ou révelant une ethique de base. On ne peut pas se lancer dans une activité qui concerne la survie, un projet de réalisation difficile, en improvisant des techniques ou en changeant sans arrêt les valeurs fondamentales qui les constituent. Il faut, et c'est d'une importance cruciale, savoir sur quoi reposeront toutes les stratégies que l'on cherchera à concrétiser.

- Je fais en sorte d'utiliser, de découvrir, de créer des techniques pour bâtir efficacement.
Une fois que l'on est parvenu à construire certains principes de bases à élaborer les fondements d'une ethique, on peut se lancer dans la réalisation de son projet. La création des principes est une étape difficile, il est possible d'y parvenir en cernant les problèmes connus et en imaginant ceux qui sont inconnus, en se projetant sur l'avenir ou dans le passé à la lumière de son expérience personnelle. Il devient possible et de façon pratique d'organiser ou planifier un projet ou une stratégie. Il ne faut pas oublier qu'il faut d'abord cerner les problèmes pour créer ensuite les techniques

- J'emploie la concentration comme attitude pour éviter la distraction et la dispersion.
L'attitude mentale est importante, il faut s'y investir pour ne pas se laisser distraire par des errements sentimentaux. Refuser de s'engager mentalement c'est ouvrir la porte à d'autres contraintes qui finissent par distraire ou embrouiller une ligne de conduite. Il faut arriver à corriger son attitude au fur et à mesure, à rectifier certaines errements, à réévaluer toutes les techniques dans la pratique afin d'entamer des corrections.

- Je vois l'échec comme une étape possible d'un parcours et d'une expérience qui me rapproche du but.
L'échec n'est pas la fin, ce qui a échoué sert de leçon par la suite. Ce que l'on parvient à réaliser concrètement, est souvent la conséquence d'entraînements répétés ou d'une suite d'échecs corrigés. L'échec n'est pas une fin ultime mais un moyen pour réaliser une correction dans un projet plus vaste. Il ne s'agit plus d'adopter la position mentale du "tout ou rien" mais celle du "possible et du probable".

- La peur est une émotion à canaliser, à contrôler, j'adopte l'attitude positive, "je suis capable de m'en sortir" au lieu de "je ne peux pas y arriver car je risque d'échouer".
L'état d'esprit participe à la motivation et à la résolution des contraintes. L'autosuggestion sert à se donner des repères tactiques, à canaliser certaines craintes, à se préserver de certaines distractions. Pour éviter de limiter ses propres capacités d'exploration et pour percevoir de nouvelles solutions, une attitude d'ouverture est préférable à celle d'un repli sur soi, à celle d'une crainte qui réprime ses capacités.

- Je m'entraîne fréquemment, c'est la technique essentielle du perfectionnement.
Il ne faut pas mesurer l'effort pendant ses entraînements, car mesurer l'effort c'est éviter les moyens de se dépasser. Se comporter à l'entraînement de la même façon qu'en situation réelle est la seule façon de se donner la possibilité d'évaluer concrètement la performance de sa stratégie.

- Je respecte les contraintes extérieures et les avis divergents pour les utiliser ensuite dans ma progression.
Je n'impose pas mes points de vue aux autres, je préfère que chacun choisisse librement sa voie. Je préfère inspirer l'exemple par la réalisation d'actes concrets. J'utilise mes capacités pour répondre aux provocations extérieures et pour progresser par le travail. C'est par le respect et la tranquillité que j'avancerai le plus efficacement car la précipitation et l'inconstance mènent à l'échec.

- J'explore mes capacités pour les exploiter au mieux en situation.
Rien ne sert d'avoir des talents particuliers si on n'arrive pas à les exploiter en situation. Il faut utiliser des méthodes pour les exploiter au mieux et étudier sa propre progression afin de créer les conditions du développement. L'exploration doit se faire dans les deux sens, découvrir les possibilités en soi, réaliser des actes concrets. Il faut répondre aux contraintes psychologiques et matérielles sans se laisser enfermer dans un système d'habitudes ou de routines.

- Je me sers de mon entraînement pour prendre de la distance et gérer les situations difficiles.
Dans une situation d'action, le détachement dans la mémoire de l'entraînement me permet de me dépasser et d'éviter le stress d'une confrontation avec un univers inconnu. La mémoire de la chose réussi me sert à créer cette pensée qui évite la peur.

- L'entraînement et l'évaluation me permet de construire une stratégie, de progresser en me reposant sur des bases solides.
L'usage d'une technique efficace doit permettre au pire de stabiliser une progression et au mieux de renouveler la stratégie avec de nouveaux apports, cela pour continuer à progresser. L'essentiel est de vérifier si les fondamentaux restent valides, qu'ils permettent de faire tenir au-dessus toute la stratégie.

- Je ne crois qu'au labeur et à la discipline.
Le talent naturel ne suffit pas à la progression, il faut forcer sa nature par un développement orienté. Le travail quotidien, la patience, la discipline, le sang froid, sont des qualités qu'il faut enraciner.

- Un but à réaliser est un projet que je cultive étape par étape par une concentration et une discipline.
L'idéal à atteindre ne doit pas être le désir utopique d'un accomplissement immédiat ou d'une quête d'un absolu. Avoir un tel comportement est illusoire et dangereux pour l'équilibre mental. Il faut se borner à accumuler une succession de réussites, d'actes concrets.

- Pour arriver au but, je construis mieux par des projets à court terme.
Enchaîner une suite de projets concrets ou accumuler des petites réussites, est une oeuvre raisonnable qui permet d'avancer prudemment vers la réalisation d'un projet global, dont on ne connaît pas par avance les modalités d'accomplissement.

- Un projet à court terme que je réalise me permet de préparer le suivant.
Il faut par précaution, se préserver de l'échec total. C'est pour cela qu'il faut conserver un acquis en toute circonstance. Aller d'un acquis pour construire le suivant, est la chose la plus sensée à faire.

- Je prends de la distance pour comprendre la complexité.
Dans les limites raisonnables, il ne faut exclure aucun apports extérieurs. L'expérience montre qu'un regard nouveau, des idées extérieures permettent de sortir de certains pièges que l'on contribue à maintenir sans le savoir. Un regard extérieur et distant permet d'intégrer dans son projet de nouvelles idées, de faire certaines corrections. Il faut voir l'action à construire de deux manières, du dedans de façon rapproché et en dehors à distance, tout cela dans un même élan.

- Je n'abandonne jamais sans avoir essayé.
Il ne faut pas faire de préjugé sur un échec et encore moins imaginer par avance une impossibilité. Il faut tenter d'utiliser toutes les ressources même celles que l'on juge inutiles ou inexploitables. Faire des erreurs c'est aussi avancer vers la solution, il faut continuer sa progression et oublier ses propres faiblesses. Il faut faire le maximum à chaque fois qu'il est permis. C'est un moyen de se dépasser en refusant ses propres préjugés car ils risquent à termes d'influencer le déroulement de la stratégie.

- Je me concentre sur le projet étape par étape, j'évite alors distraction qui risque de me déconcentrer.
Même si le projet à construire est trop complexe, au lieu de partir du but pour déterminer la suite des enchaînements jusqu'au point d'origine, il faut mettre en parallèle la position inverse, qui est celle de l'alpiniste qui grimpe sur une montagne inconnue en évaluant sa trajectoire selon les contraintes locales de l'environnement.

- L'obstacle est naturel, le briser ou le contourner est une étape nécessaire à la progression.
Comme dans un labyrinthe, il arrive de tomber sur des impasses, dans ce cas, il faut faire demi-tour. Revenir sur ses pas n'est pas honteux, il vaut mieux reculer pour ensuite reprendre de nouvelles directions que de persévérer dans l'erreur.

- Je me construis des représentations locales pour comprendre la globalité.
Une progression parfaite ne peut pas exister car la complexité empêche de voir la totalité avec discernement. La qualité d'esprit pour gérer au mieux cette situation et de se construire des images locales qui se rapprocheront le plus d'une vision d'ensemble. Comprendre la globalité c'est reconnaître qu'elle dépasse la compréhension mais que l'on peut tout de même la cerner par d'autres moyens.

- Un projet, je le construis comme une mosaïque.
Plusieurs tactiques de construction sont possibles pour obtenir un résultat satisfaisant. On peut ensuite débattre de la qualité de certaines approches, de la rapidité et de l'économie d'effort à faire pour progresser. Si le résultat est là, toutes reussites même mineures portent un enseignement sur la gestion des contraintes de temps et d'énergie, de la maîtrise de la complexité.

 

Pour résumer :

- Je me constitue des bases pour bâtir ensuite sur des matériaux consistants.
- Je fais en sorte d'utiliser, de découvrir, de créer des techniques pour bâtir efficacement.
- J'emploie la concentration comme attitude pour éviter la distraction et la dispersion.
- Je vois l'échec comme une étape possible d'un parcours et d'une expérience qui me rapproche du but.
- La peur est une émotion à canaliser, à contrôler, j'adopte l'attitude positive, "je suis capable de m'en sortir" au lieu de "je ne peux pas y arriver car je risque d'échouer".
- Je m'entraîne fréquemment, c'est la technique essentielle du perfectionnement.
- Je respecte les contraintes extérieures et les avis divergents pour les utiliser ensuite dans ma progression.
- J'explore mes capacités pour les exploiter au mieux en situation.
- Je me sers de mon entraînement pour prendre de la distance et gérer les situations difficiles.
- L'entraînement et l'évaluation me permet de construire une stratégie, de progresser en me reposant sur des bases solides
- Je ne crois qu'au labeur et à la discipline.
- Un but à réaliser est un projet que je cultive étape par étape par une concentration et une discipline.
- Pour arriver au but, je construis mieux par des projets à court terme.
- Un projet à court terme que je réalise me permet de préparer le suivant.
- Je prends de la distance pour comprendre la complexité.
- Je n'abandonne jamais sans avoir essayé.
- Je me concentre sur le projet étape par étape, j'évite alors distraction qui risque de me déconcentrer.
- L'obstacle est naturel, le briser ou le contourner est une étape nécessaire à la progression.
- Je me construis des représentations locales pour comprendre la globalité.
- Un projet, je le construis comme une mosaïque.

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Grande Loge Mixte Nationale : création d'une Loge mixte au RER

6 Avril 2013 , Rédigé par GLMN Publié dans #histoire de la FM

La Naissance d’une nouvelle loge est toujours un événement important pour une obédience et pour la Franc-Maçonnerie, cela annonce la transmission d’une connaissance initiatique et la pérennité d’une culture. Le Samedi 13 Avril 2013à 14h30 verra à Nantes l’allumage des feux de la RespectableLoge « Adhuc Stat » n°8 au Rite Ecossais Rectifié « mixte » sous les auspices de laGrande Loge Mixte Nationale.

Cette journée fera date car « Adhuc stat » n°8 sera la première Respectable Loge mixte au RER de l’ouest de la France. Nous souhaitons vivre dans l’harmonie du Rite Ecossais Rectifié 1782 défini par Jean-Baptiste Willermoz au convent de Wilhelmsbad et transmis à la Respectable Loge « La Triple Union » à l’Orient de Marseille en 1802. Certain Frères, peuvent voir avec la mixité dans la pratique du rite une entorse à ce dernier, mais Jean-Baptiste Willermoz avait consenti à recevoir sa Sœur, Madame de Provensal, ce qui nous invite à faire de même dans la sérénité et l’amour de notre prochain ainsi que pour la bienfaisance, si chère au RER. Nous saurons accueillir des sœurs et des frères de différents rites et obédiences dans l'esprit de la franc-maçonnerie universelle. Afin que chacun puissent avoir une « culture » commune du rite, les tenues seront dans un premier temps axées sur des instructions  et des  discours  concernant les particularités du régime ainsi que des travaux réalisés individuellement ou collectivement. L’accueil de cherchant sera un élément de réflexion et non une course effrénée, l’accent sera mis sur la transmission des valeurs et principes de l’Ordre du RER. Nous sommes encore peu nombreux, si des Sœurs et/ou des Frères, pratiquant le RER ou non, souhaitent nous rejoindre ce sera avec plaisir que nous les recevrons, la liste des membres pétitionnaires et fondateurs est encore ouverte et le sera jusque fin Mars. Nous vous invitons tous à participer à cet événement ,Fraternelles accolades à toutes et tous O :.K :.

Vous pouvez nous contactez www.glmn.fr ou par mail sur adhucstat44@gmail.com

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Réaliser sa quête maçonnique

6 Avril 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

De temps immémorial, l'homme a activement participé à une quête de sens, un désir de progresser, de comprendre, pour agir au delà des opinions partisanes, des carcans sociaux, des clichés réducteurs, pour exprimer une quête de tolérance réciproque, de libre examen, et d'union.
Aussi, après avoir fait quelques commentaires sur :
La Bonté
La Beauté
La Vérité
Je vais vous expliquer comment l’association de la Bonté, la Beauté et la Vérité me permet de réaliser ma quête maçonnique.
Commençons par : La Bonté
La bonté est une vertu appartenant au domaine de la morale. Non pas de la morale qui traite du bien et du mal, du bon et du mauvais
La bonté naît de la notion du juste, qui se situe au-delà des oppositions et des contraires. En réalisant en moi l’unité, je me montre capable d’agir avec poids, ordre et mesure.
La mesure n’est-elle pas l’instrument et le symbole de l’exactitude, de l’échange, de la justice et de l’harmonie ?
La religion place avec emphase le côté positif de cette attitude avec la charité, la miséricorde, et notamment l'indulgence.
La Bonté et le Mieux. Pour cette bonne volonté, pour cette foi, en un avenir meilleur, pour cette espérance en une charité plus grande entre les hommes.
Mais la Bonté, ce traduit pour moi par don d’Amour.
Faut-il que je fasse le distinguo entre les trois sentiments distincts de la Grèce antique : l’éros, la philia, et l’agapê.
L’éros désigne l'attirance sexuelle, le désir. Il est l'une des passions néfastes que produit l'épithumia dans la pensée platonicienne.
La philia se rapproche de l'amitié telle qu'on l'entend aujourd'hui, c'est une forte estime réciproque entre deux personnes de statuts sociaux proches. Elle ne pouvait exister à l'époque qu'entre deux personnes du même sexe, du fait de l'inégalité entre les sexes. C'est une extension de l'amitié.
L’agapê est l'amour du prochain, une relation univoque que l'on rapprocherait aujourd'hui de l'altruisme. Il se caractérise par sa spontanéité, ce n'est pas un acte réfléchi ou une forme de politesse mais une réelle empathie pour les autres qu'ils soient inconnus ou intimes.
Dans la tradition chrétienne des pères de l'Église, ce mot est assimilé au concept de charité, bien que celui-ci soit plus proche d'une relation matérielle établie avec des personnes en souffrance.
L’agapê originel ne revêt pas cette connotation morale de responsabilité devant une autorité divine.
Les tibétains définissent l'amour comme un souhait du bonheur de l'autre ; la compassion, comme un souhait de cessation de la souffrance de l'autre ; la joie, comme une participation à son bonheur ; l'équanimité comme le fait d'être attentif de façon semblable à tout être et toute chose sans établir un attachement privilégié. Dans le bouddhisme Mahayana, d'une façon générale, la compassion, ou "amour-tendresse" est à développer conjointement à la sagesse (compréhension de la nature réelle, objective des phénomènes, philosophie du non-soi... etc.) La sagesse permet de s'affranchir de l'idée du soi, donc de toute tendance égotique ou narcissique. En cela, elle participe à l'émergence d'une "compassion infinie". De même, la sagesse exige une grande compassion pour être actualisée : l'extinction de l'illusion du soi, pour les bouddhistes, exige une infinie dévotion, une immense abnégation. Aussi, pour les bouddhistes du Tibet, sagesse et compassion (ou "amour-tendresse") se développent l'un l'autre jusqu'à conduire le pratiquant dans une "Terre pure" de boddhisattva - c'est-à-dire jusqu'à l'actualisation du potentiel humain d'amour, de joie, de compassion et d'équanimité.
Poursuivons par : La Beauté
Le beau ou la beauté est une notion abstraite liée à de nombreux aspects de l'existence humaine. Si ce concept est étudié principalement par la discipline philosophique de l’esthétique qui traite du beau et du laid, ce n’est pas de ce sens que je veux parler, mais de la beauté liée à l'idée d'équilibre, d'harmonie mathématique entre le tout et ses parties.
Être beau, c’est alors se rapprocher d’un idéal, c’est être ce qui doit être.
La Beauté est alors associée à la Vérité et à la Bonté comme une des idées les plus élevées. L'intuition de la beauté en soi, est supérieure à la jouissance provoquée par les beaux objets particuliers.
Dans le Banquet, Platon montre comment on peut passer du désir des beaux corps à l’amour des belles âmes pour parvenir à la contemplation de la beauté en soi.
Enfin découvrons : La Vérité
La vérité (du latin veritas) est un terme de philosophie qui exprime la qualité de ce qui est vrai. C'est la conformité de l'idée avec son objet, conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel.
Cependant, la diversité des interprétations du mot a constitué dans le passé et jusqu'à maintenant bien des controverses. Et les réflexions de penseurs et de philosophes au cours des siècles constituent autant d'écoles différentes.
On donne quelquefois au mot Vérité le sens de réalité. Mais pour moi, il vaut mieux entendre par Vérité un caractère de la connaissance, et de la connaissance seulement. Cependant ce caractère, dont l'erreur est l'opposé, appartient-il déjà aux idées, aux représentations, ou bien ne peut-il résider que dans le jugement, c'est-à-dire dans l'affirmation ou la négation ?
La Vérité ne consiste donc pas dans l'accord de mes jugements avec une réalité extérieure à mon esprit, mais dans l'accord de ma pensée avec elle-même, par conséquent avec mes propres perceptions et avec les perceptions des autres esprits.
La Vérité est une qualité. Comme l'a dit très justement William James (1), il y a d'une part la réalité, d'autre part des jugements qui sont en accord avec celle-ci; il n'existe pas une troisième chose qui serait la Vérité.
La Vérité est le caractère que prennent certains jugements, et rien de plus.
Par suite, la Vérité n'est pas une donnée toute faite, elle se fait, elle est le fruit de l'effort et de la recherche.
Je vais vous expliquer comment l’association de la Bonté, la Beauté et la Vérité me permet de réaliser ma quête maçonnique.
En préambule, je pense que la Maçonnerie, neutre au point de vue religieux, ne peux pas se contenter de la Morale commune, reposant sur une crainte métaphysique, sur une récompense ou un châtiment post-mortem.
Nous sommes dans une notion amoralité, et, j’estime que la Bonté, la Vérité essentielle, et la Beauté, sont des attributs d’un Absolu qui est irréductiblement sans limites dans le Temps ou l’Espace.
Et nulle dogmatique ne peut les enfermer, car la Lumière, leur guide est aussi l’Espérance, et la Charité...
L’Espérance, ce n’est pas cette aspiration béate vers une aide problématique et souvent imméritée, vers une récompense gratuite, inadéquate à l’effort déployé pour la conquérir. C’est l’essor de tout l’être vers les sommets de la Beauté et de la Justice.
La Charité, ce n’est pas l’amour égoïste d’un Bien conçu comme un bien-être dont on veut jouir. C’est l’Amour désintéressé, d’un suprême Idéal de Bonté, de Miséricorde et de Paix générale et non pour un seul être, mais bien pour l’universalité des Etres... La Bonté, la Beauté et la Vérité sont des idéaux d’humanité, d’humanisme.
La Bonté, la Beauté et la Vérité ne peuvent se mettre en action qu’avec discernement et équité.
Souhaitant la Vérité essentielle, la Beauté en moi, et la Bonté Suprême, il se peut que dans ma quête je doive écarter de ma route certains obstacles, irréductiblement figés en une permanente hostilité.
Il se peut, aussi, que telles dogmatiques intransigeantes tentent de m’arracher des mains tous mes moyens.
C’est pour ces raisons que j’accepte donc les compromis et les chemins de traverse, si ceci sont axés vers le but final que me propose la Franc-Maçonnerie, et que je refuse les compromissions et les routes régressives.
J’accepte l’opinion du moment, pour autant qu’elle contienne une parcelle de Vérité, mais je combats l’Erreur et l’Ignorance.
J’accepte un moindre bien pour aller vers un mieux futur certain.
Même, si je suis au tout début de ma quête, je dois tendre à devenir, à la fois un initié, un exemple, un homme de cœur, de science et aussi d’action.
Cette quête doit donc être totalement désintéressée, et accomplie sous l’angle du Devoir. Pour accomplir ce devoir absolu et sans borne, je peux certes revendiquer mes droits personnels d’homme libre et franc, mais je dois avant tout pouvoir me considérer comme un apôtre, un chef missionné parmi les élites.
Ce faisant, je me montrerai digne de la confiance que mirent jadis en moi les anciens qui présidèrent à ma création ; je suis ainsi en possession de tous les moyens pour réaliser cet idéal de Justice, de Bonheur et de Fraternité, auquel j’ai été convié.
Alors, impassible comme l’immanente Justice qui m’a missionnée, je pourrais briser tous mes obstacles sans haine et sans faiblesse.
Cette terrible puissance, je la dois certes à la hauteur vertigineuse d’où émanent la Bonté, la Beauté et la Vérité, mais surtout à la noblesse du Principe qui les suscite.
Egrégore de toutes les hautes spiritualités humaines, collectif de ce que l’Humanité totale compte de plus noble, de plus pur, voilà, jusqu’à quel point, et à quelles conditions, la Bonté, à la Beauté et à la Vérité peuvent m’aider dans ma quête.
Je conclurais mon propos par une citation écrite par Bergson au début du XXème siècle :
" C’est par la création de soi par soi, l’agrandissement de la personnalité, par un effort qui tire beaucoup de peu, quelque chose de rien et ajoute sans cesse aux richesses de ce monde ".
Que je peux espérer atteindre par la Bonté, la Beauté et la Vérité, l’inaccessible étoile.

V\M\, j’ai dit !

[1] William James (11 janvier 1842 à New York - 26 août 1910 à Chocorua dans le New Hampshire) est un psychologue et philosophe américain, fils d'Henry James, le disciple de Swedenborg, et frère aîné d'Henry James, romancier célèbre. Docteur en médecine, il s'efforce tout d'abord de constituer une psychologie scientifique (Principes de psychologie, 1890), puis défend les principes du pragmatisme, dont il est un des leaders, notion qu'il emprunte à Charles Sanders Peirce.

Source : www.ledifice.net

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Colère !

5 Avril 2013 , Rédigé par Jean-Michel Publié dans #Planches

La colère est mauvaise conseillère. C'est pourquoi je dois m'en protéger. Franc-maçon, je dois modérer mes passions, ne pas devenir irascible, ne pas céder à l'excitation qui fait tomber dans la banalité et enlève le respect des interlocuteurs. Mais souvent, la coupe est pleine, les abus deviennent intolérables. Alors, je parle dans la colère lorsque je suis rongé d'impuissance contre l'ordre établi des choses, contre ceux qui attristent la beauté du monde par leur mesquinerie, leur impolitesse … Contre les ultra nantis, blancs sécurisés qui se plaignent sans cesse, avec leurs petites peurs, leurs petites histoires de grands malheurs et qui se rassurent avec les tarots ou des bracelets porte-bonheur. Comment admettre sans s'indigner que nous puissions garder nos chaudes maisons remplies d'objets inutiles lorsque cinquante pour cent de la population mondiale a faim et que quinze pour cent des gens qui vivent autour de nous sont des exclus ?

La raison doit nous permettre une capacité d'autocritique, nous obliger à ne pas répéter les inepties qui courent. Mais elle nous donne un monde gris, avec des colonnes de chiffres qui nous imposent leur loi, leur raison unique, alors que nous savons bien que nous marchons sans cesse au bord de l'erreur. Ainsi, je dois supporter des jeux d'écritures sur le papier qui définissent "la vérité", des explications et des corrections définitives qui doivent être appliquées. Je dois accepter le jeu des taux et des ratios, le jeu sec et cynique des comptes d'exploitation, de l'argent. Alors des excès de sang me montent à la gorge et je demande de répéter ce que j'ai parfaitement compris pour faire entendre ma révolte.

Il y a mon ennemie personnelle : la télévision, qui n'analyse pas, ne construit pas et se contente de raconter la peur et le malheur en répétant les slogans et les mots d'ordre de ceux qui, institutionnellement, ont la responsabilité de produire des discours. Cette télé vide, qui donne à voir, mais ne donne pas les moyens de comprendre et qui désigne des boucs émissaires. Il y a mes ennemis historiques qui courent toujours : "les dieux qui - selon Anatole France - ont soif du sang des hommes, tant ils prennent plaisir à provoquer des guerres de religions". Pour Jean Daniel : "c'est, en effet, une bien curieuse manière pour les catholiques et les protestants en Irlande, pour les juifs et les musulmans en Israël, pour les orthodoxes, les catholiques et les musulmans en Bosnie, que de se désaltérer en buvant le sang de leurs frères monothéistes, en répétant chacun dans ses prières et dans sa langue : "Dieu est amour"

Il y a les gourous, les guerriers, les racistes qui entraînent les foules. Chaque jour, on peut vérifier l'arrivée - en contrebande - de nouveaux dieux. Tout cela facilité par l'atmosphère de fin du monde qu'entretiennent les médias. Il y a ceux qui ressassent les expressions populaires qui veulent tout dire et n'importe quoi, en permettant surtout à chacun de se retirer du jeu : il y a "ceux qui se taisent et n'en pensent pas moins, mais qui ne font rien ... Il y a : "pauvreté n'est pas vice … le mieux est l'ennemi du bien … les affaires sont les affaires … je suis à cheval sur les principes … toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire … et surtout le trop fameux : chacun pour soi et dieu pour tous" … Et certaines politiques, qui ne sont pas en reste avec ces expressions lénifiantes. On parle sans arrêt de crises … Mais à l'origine, "krisis" signifiait : décision. Aujourd'hui, comme l'écrit Edgar Morin : "crise signifie indécision. C'est le moment où en même temps qu'une perturbation surgissent les incertitudes". Encore une fois, où est la recherche d'un diagnostic ou d'actions ? Des crises réelles existent. Elles sont principalement dues aux conséquences de la mondialisation. Mais chacun voit des crises partout ce qui accentue les effets de stress et les visions négatives. Va-t-on encore se promener seul, la nuit, sous les étoiles ? Allons-nous arrêter cette culture globale de la peur, du malheur, de l'angoisse, du mortifère ? Alors que nous devrions garder nos forces pour inventer, lutter, écouter, donner …

La modernité a mis plus de deux siècles pour édifier péniblement et consciencieusement des politiques plus globales : création de l'ONU, de l'UNESCO, de la FAO, de l'Europe. Mais ces institutions sont submergées par des lames de fond irrationnelles qui me laissent fou … La démocratie, la laïcité, se trouvent parfois contraintes à démontrer la validité de leurs idéaux contre des ennemis que l'on ne sait plus forcément ni localiser ni identifier et qui, paradoxalement, orientent la parole, dans une grande indifférence et un fort stoïcisme général. Oui, cette décadence m'atteint et, avec le stress de plus en plus pressant de la vie ordinaire, m'entraîne vers la colère. Car j'ai besoin de vivre en amitié avec moi-même en me battant pour défendre mes idées afin de rendre mon existence acceptable. Partout et quotidiennement, dans mon entreprise, je dois défendre les hommes. Je crois que l'acceptation passive du mal nous en rend complices et que l'atonie sociale est bien le danger principal pour nos démocraties.

La colère se définit comme une réaction à un mécontentement, à une frustration. Une réaction personnelle et authentique offre des garanties pour affronter les faux semblants, les apparences mensongères, les langues de bois, les injustices. Mais ma colère est également un hommage rendu à l'existence des autres. Elle est parfois acte d'amour déçu. Elle relativise la raison en valorisant l'intuition sensible née de l'expérience. Elle ne signifie pas agression. Elle permet même souvent de l'éviter. L'émotion facilite la prise de décision et permet d'établir une hiérarchie des priorités. La colère met l'esprit en alerte. Un homme incapable de se mettre en colère est sans doute désarmé, privé d'une arme essentielle d'attaque ou de défense. Il risque de tomber dans l'indifférence ou de devenir le jouet de n'importe quel pouvoir. La colère permet de savoir ce que l'on pense, ce que l'on ne veut pas. Elle fait partie de la structuration individuelle face à l'asepsie de la vie actuelle (boulot, télé, dodo), la diminution des goûts puissants, des couleurs vives, (la première couleur portée au monde est le jean - le blue-jean), le moralisme renaissant, le Maccartisme rampant …

Aujourd'hui, il est bien vu de dénoncer la violence, la colère, l'effervescence, comme autant de réminiscences barbares. Les mots "emportement" et colère" sont quasiment synonymes. Ce qui est assez remarquable, dans l'emportement, c'est que l'on est projeté "hors de soi". Mais alors, on se contrôle peu ou on se contrôle mal … On ne doit certainement pas laisser nos émotions nous conduire, sinon on semble réagir aux évènements et non agir sur les choses. La belle et grande obligation de tolérance pour le maçon obéit toujours aux mêmes règles : être certain d'avoir eu la capacité d'écouter, d'écouter avec compréhension, en se mettant à la place de l'autre, en s'exposant à l'efficacité et à la force d'autres raisons, d'autres expériences, d'autres motivations. Cette tolérance prend des risques, elle sert à apprendre à lutter contre ses préjugés. Avec la tolérance, il y a la responsabilité, qui permet de répondre présent, d'accepter, ou d'agir, d'être le gardien de ses idées.

Ma responsabilité est insomniaque. Elle m'a fait vieillir, grossir. Elle a creusé mes traits. Ma responsabilité me permet de garder mon libre arbitre, d'agir avec réflexion, de reconnaître que je me suis trompé. Elle me parle de force, de grandeur, de ce qui m'oblige, de la solidarité, de la liberté, de l'abrutissement des hommes et de leurs calculs … C'est elle qui doit me faire agir, qui doit vivre avec mes colères, en me souvenant de tous ceux pour qui les colères sont interdites : les esclaves, les employés, les enfants, les prisonniers, les pauvres, devant leur banquier ... Il a fallu alors me poser bien des questions sur mes colères. Si je suis d'accord pour dire que "l'objectivement intolérable" doit être combattu par l'intolérance, la colère, l'indignation, le problème reste dans la définition de ce qui est objectivement intolérable. Alors, l'apologie de la colère devient un peu hypocrite, parce qu'elle pourrait me faire prétendre que ma colère est juste. Mais si ma colère n'est pas juste, n'est-elle pas simplement cruauté, rage, ou sadisme ?

Il y a toutefois des colères légitimes, comme les émotions peuvent être légitimes … Légitime veut dire : "qui fonde le droit". L'indignation qui se donne raison se prend alors pour la source du droit. Et une indignation qui juge à tout propos, en se plaçant dans l'insurrection permanente, inspire méfiance, alors qu'elle prétend promouvoir la solidarité. La colère, souvent manichéenne, crée des contre courants qui vont à l'encontre de ses objectifs, de mes objectifs. En me posant de nouvelles questions, je comprends que nos irritations révèlent les croyances que nous entretenons inconsciemment, sur le monde tel qu'il devrait être et que nos colères viennent parfois du sentiment qu'un idéal a été trahi, aussi inconscient ou utopique que cet idéal puisse paraître. La colère révèle donc notre utopisme, elle apporte la preuve de notre idéalisme et de notre soif de justice. Elle révèle ce qui compte pour nous et à quel aspect de nous-même nous accordons le plus de valeur, en quelque sorte notre moralité ultime et notre soif de justice.

Optimiste incurable, je crois en la justice, en sa valeur, en la possibilité de son existence. Sénèque ne cherche pas à légitimer la colère mais à comprendre comment elle fonctionne pour la bannir de la vie de l'homme moral, de celui qui conserve la maîtrise de lui-même. Il considère que la colère, pour se déclencher, suppose un "moment intellectuel". Il constate que nous devons d'abord comprendre, même si nous n'avons pas raison de le faire, que nous devons considérer comme offensant ce qui nous arrive et qu'en dépit des manifestations psychologiques qui nous échappent, la colère par-elle même doit être déclenchée par la volonté. La colère dépend donc d'une approbation de soi, même si plus tard, il nous est possible de regretter de nous y être abandonnés. Et ce regret est bien la reconnaissance que la colère ne nous était ni imposée, ni étrangère.

Aristote considère que la colère n'est ni louable, ni blâmable. Et qu'il y a un bon usage de la colère, un juste milieu entre l'excès d'irritabilité et l'incapacité à mobiliser sa colère. La colère peut également séduire les hommes en anticipant le plaisir de la vengeance. Et, derrière la souffrance visible d'un l'homme en proie à la colère, il y a incontestablement une certaine jouissance. Et puis, il y a bien sur le grand poème homérique des colères, l'Iliade … Consacrée à la colère d'Achille et à toutes les autres colères : la colère vengeresse, celle de n'être qu'un mortel et donc de devoir mourir, celle d'une mère dont le fils doit mourir et beaucoup d'autres "noires colères" qui se nourrissent d'elles-mêmes … Toutes ces colères ont une valeur humaine. Ce sont des émotions avec deux grandes variantes. Celles des rois qui dominent et celles des héros qui sentent que les choses leur échappent. Il y a aussi une émotion dont la cause est différente : l'indignation, qui est une passion envahissante qui nous engage à intervenir dans les affaires d'autrui. L'indignation suppose l'absence de tout intérêt personnel et la seule considération du prochain.

Dans son essai sur la colère, Montaigne estime que la colère recèle une demande d'échange. Echange de paroles, de gestes, ou de sang. Et Cervantès, en considérant les coléreux avec compassion, pense que celui qui dit des injures est bien prêt de pardonner. On dit qu'Hugo et Aragon, exaltaient leur colère afin de mieux exprimer leurs sentiments, car cela leur permettait de mieux sentir et faire partager ce qui justifiait leur émotion. Il y a encore nos désirs infinis de justice impossible, nos colères venues de la non-écoute et des refus de nos indignations ... Et enfin, les récits de Kafka, fortes colères venant d'infatigables investigations, d'inépuisables réflexions …

Travailler, étudier, être curieux, même de ce que l'on critique. Faire le tri de nos convictions, les confronter à la raison, à notre expérience et à celle de ceux à qui nous faisons confiance. Conserver notre sensibilité. S'efforcer avant tout de garder notre liberté. Et lorsque les signes de la colère surviennent, essayer le plus possible de la contenir. Vérifier les faits, confronter les chiffres, les témoignages. Ne pas se laisser influencer par de vieilles querelles ou de vieilles vengeances. Appeler la tolérance à la rescousse et rester très sensible en matière de justice. Agir enfin, ou ne plus rien dire ... Crier ou sourire, avec sincérité, en son âme et conscience …

par Jean-Michel publié dans : Philosophie communauté : Franc-maçonnerie

source : www.ledifice.net

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