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Le Chemin Vers Dieu

23 Mars 2013 , Rédigé par Sedir Publié dans #spiritualité

IL ne faut voir en ces quelques idées qu'un essai pour revêtir d'une forme moderne les immuables et mystiques certitudes que la poussière des civilisation déforme devant nos regards et nous empêche d'étreindre.
Il me semble que beaucoup d'opinions peuvent se mettre d'accord, avec un peu de tolérante impartialité. Si je parle des mondes invisibles et de la prière, que le rationaliste ne me tienne pas pour superstitieux. Si j'admire les dogmes et le culte du catholicisme, que le socialiste ou le libertaire ne me traite pas de clérical. Si j'affirme la réalité du miracle, ou la grandeur de la Vierge, que le protestant ne referme pas cette brochure.
Si j'accorte peu d'importance pratique à l'exégèse, que le moderniste ne hausse pas les épaules. Si j'admets que la pluralité des existence soit possible, si j'espère que toute créature sera sauvée, si je regrette le pullulement des petites dévotions machinales, que le catholique ne se scandalise pas; saint Irénée, saint François de Sales, le Curé d'Ars ont été du même avis sur ces points. Si je proclame Jésus de Nazareth unique Fils de Dieu, venu en chair et ressuscité corporellement, que les néo-spiritualistes et les amateurs d'occultisme ne protestent
Tout le monde aujourd'hui parle d'un renouveau religieux. Enfanté par la crainte de la mort, entretenu par un utilitarisme égoïste, dirigé par l'ambition, il n'est réel que chez bien peu d'entre nous. N'est-elle pas du Curé d'Ars, cette terrible exclamation : " Oh ! que le prêtre est quelque chose de grand ! S'il se comprenait, il mourrait ! ".
Jamais un plus grand nombre de prières liturgiques n'ont été récitées; jamais un plus grand nombre de fidèles n'ont reçu tous les jours la communion; jamais les médailles, les indulgences, les formules pieuses n'ont été répandues avec autant de prodigalité. Et pourtant jamais les dévotes n'ont été plus médisantes, les cupides plus rapaces, les luxurieux plus dévergondés.
Osera-t-on dire que c'est Jésus qui ne tient pas Ses promesses ? A une douzaine de pauvres hommes, frustes et malhabiles, Jésus donna les pouvoirs les plus formidables que l'orgueil ait jamais pu rêver. Guérir les corps, guérir les âmes. Quel médicament ? presque rien, une seule onde imperceptible de compassion. Mais ces hommes étaient des disciples. Ils ne convoitaient plus aucune beauté de l'immense Nature, plus aucune forme de tout ce qui existe; ils ne désiraient plus que Ce qui est. Leurs propres disciples ensuite, et les disciples de ces disciples persistèrent dans l'abnégation; l'Esprit resta sur eux et les miracles continuèrent de jaillir sous leurs mains vénérables. Mais après, qu'advint-il ? Pourquoi les paroles du Maître ne guérissent-elles plus les malades, ne clarifient-elles plus les coeurs souillés ?
Irai-je donc vers la philosophie, vers la science, pour remplacer l'ineffable Verbe auquel la terre se raccroche depuis deux mille ans ? Attendez, attendez, me disent les princes de l'intelligence; nous n'avons pas fini notre enquête; il nous manque quelques milliards de faits. Attendre ? Mais mon âme se meurt d'incertitude, de fatigue et d'anémie !
Certainement l'École et l'Église sont de très grandes, de très précieuses éducatrices. Mais elles ne procurent pas à tous cette paix profonde qui est la signature du Vrai; le long de leurs routes on rencontre l'inquiétude et la désillusion; donc ces routes ne sont pas directes.
Jésus seul indique la route directe. Ceux qui L'ont pris pour guide, après avoir essayé d'autres chemins, l'affirment.
Il dit - vous qui ne Le croyez pas, écoutez cela - Il ose dire : " Venez à moi, vous tous qui peinez et qui êtes accablés ! ". Pourquoi donc allez-vous à d'autres avant une tentative d'aller à Lui ?
Réfléchissons un peu là-dessus, avant de vouloir résoudre des questions plus complexes.
Pour se diriger, l'homme se sert de sa conscience et de sa raison. S'il est honnête, il cherche à réduire les empiètements de ses intérêts et de ses instincts, en s'aidant des lumières scientifiques, philosophiques et religieuses. Je dis : s'il est honnête, car pour un homme malhonnête, les durs chocs en retour du
Destin sont les seuls procédés qui puissent amollir ses égoïsmes, en les transformant petit à petit.
Les gens de bien, ceux qui s'inquiètent d'autre chose que de leur coffre-fort ou de leur place; ceux qui pensent parfois à d'autres enfants qu'à leurs enfants, qui sentent, même rarement, même superficiellement, le poids de la souffrance générale, c'est à ceux-là que je m'adresse, en leur rappelant la force immense des convictions partagées, des énergies mises en commun et des élans ingénus vers un idéal unique.
Une conscience toute pure apercevrait en elle-même la Route, la Vérité, la Réalité. Mais il n'y a pas de conscience sans tache sur la terre. C'est pourquoi nous interrogeons les faits, les livres et les hommes.
Or, la science, en tant que constatation des faits, ne peut nous fournir d'autre règle de vie que la loi du plus fort.
La philosophie, en tant que collection d'idées, n'aboutit qu'à la morale humaine du bien effectué par raison. Epictète et Marc-Aurèle, cela engendre l'orgueil, un orgueil très haut, mais très pernicieux, parce qu'il invite à s'isoler de la masse.
La religion restera toujours séparée de la science et de la philosophie, parce que sa racine est ailleurs que dans les faits ou dans l'intelligence. On peut bien bâtir une philosophie scientifique, ou une religion philosophique. C'est bâtir sur le sable; les conclusions de la science ne changent-elles pas tous les vingt ans, et si la philosophie, en soi, répond à un besoin de l'intelligence et affirme la réalité de la pensée, les systèmes philosophiques ne se réfutent-ils pas les uns les autres ? Dans ce chaos d'approximations et de synthèses provisoires, une âme forte, une âme simple, une âme éprise d'absolu retrouvera toujours la déception du vide métaphysique.
De telles âmes portent en secret la certitude de leur immortalité, la certitude de Dieu, la certitude d'un avenir de bonheur et de liberté. Elles refusent de se perdre dans l'indéfini du savoir humain; elles refusent également toutes les petites idolâtries, tous les petits opportunismes, parasites tenaces qui épuiseraient le christianisme si Jésus n'était le Chef du christianisme.
Elles n'admettent pas le protestantisme trop rationaliste de ces pasteurs qui ne croient plus à l'intervention divine. Que vaut une religion sans surnaturel, dans une civilisation qui a reculé si loin les limites du possible naturel ?
Quant aux spiritualistes laïques, comme Tolstoï; quant aux sectes plus ou moins mystérieuses, filles de l'Orient plein de ruses, les " simples " dont je parle n'y aperçoivent que des échafaudages adroits, certes, mais fragiles et dangereux.
Les théologiens affirment que Dieu est démontrable. Sans doute. Mais qu'est-ce qu'une foi basée seulement sur la raison ? Si l'on cherche des motifs de vivre, des forces contre la douleur, des moyens pour faire de soi un chef-d'oeuvre, il faut une vue de Dieu directe, personnelle, jaillie de nos entrailles. Il faut que Dieu nous parle au coeur.
Or, il y a deux coeurs dans notre coeur, deux coeurs et une pensée. Un coeur de Ténèbres, de matière et d'égoïsme : notre Moi; un coeur de Lumière, d'esprit et de charité : notre Ame. La pensée, elle, n'est qu'un miroir; elle reflète les actes du coeur prépondérant.
Dans ce sanctuaire intime, dans ce coeur double qui travaille surtout au-delà de notre conscience s'élaborent nos visions du monde, nos motifs d'agir, et ces buts réels de nos fatigues, dont nos buts apparents ne sont que les étincelles éparpillées.
Dans ce sanctuaire Dieu nous parle; dans ce sanctuaire notre intelligence s'organise; de ce sanctuaire jaillissent les énergies par lesquelles nous venons à bout de l'impossible, nous nous haussons Au de nous-mêmes, nous remportons sur la mort - sur n'importe quelle sorte de mort - une victoire éclatante dans le moment même qu'elle paraît nous écraser.
Le caractère essentiel de l'être humain n'est pas la faculté de connaître, mais la faculté d'aimer. L'Amour agit au fond de nous-mêmes avant l'Intelligence. Pour comprendre quelque chose consciemment, il faut d'abord aimer cette chose inconsciemment. Le chimiste ne découvre rien dans ses cornues, s'il n'a en lui la vocation de la chimie. Et l'ignorant peut, par ses intuitions, dépasser le savant, s'il admire et s'il aime les créatures avec une ferveur plus intense.
Pascal a vigoureusement décrit cette faculté mystique de l'Amour, qui s'ignore soi-même et qui ne devient consciente qu'après avoir traversé le prisme mental.
Tout est Amour dans l'univers. Tout procède de l'Amour; tout retourne à l'Amour, après d'innombrables vicissitudes parmi les royaumes de la Haine. La lutte pour la vie est l'école de l'Amour essentiel. Les êtres passent d'une béatitude antérieure ignorante à une béatitude ultérieure définitive, consciente et omnisciente, par le moyen de travaux multiples dont l'ensemble constitue la vie universelle et les existences particulières.
Ceci a lieu sur ce petit globe terrestre, et aussi-pourquoi pas ? -- sur les millions de planètes dont les astronomes ne sont point encore parvenus à établir le catalogue complet.
Aux positivistes je dirai que l'âme est immortelle, que nos morts sont vivants et tout près de nous. Car il y a d'autres espaces dans l'Univers que l'espace terrestre et d'autres modes d'agrégation des molécules matérielles que ceux de notre physique.
Je leur dirai que Dieu existe comme entité individuelle; qu'Il Se préoccupe non seulement de la direction générale des mondes, mais aussi de notre direction particulière, à chacun; qu'Il peut intervenir dans nos petits malheurs; que le miracle existe; et que si Renan déclare le contraire, c'est qu'il n'a pas voulu se mettre dans les conditions propres à observer ce phénomène.
Je dirai aux catholiques que Dieu ne S'irrite jamais, ne punit jamais, ne condamne jamais définitivement. Quand les hommes s'obstinent dans le mal, Il laisse aller les choses et ce sont les chocs en retour que nous appelons faussement la colère divine.
Je dirai aux catholiques qu'il y a en effet dans la création un enfer et un paradis, comme il y a un nadir et un zénith; l'un et l'autre sont perpétuels; les êtres passent de l'un à l'autre, selon leurs travaux et leurs besoins, mais ils n'y restent jamais perpétuellement. Partout où l'on travaille, où l'on souffre, c'est une forme de l'enfer; partout où l'on se repose, c'est une forme du paradis.
Je leur dirai que ce catholicisme est la plus belle, la plus haute, la plus complète des religions; qu'il les mène certainement à ce Dieu qu'ils adorent, le seul vrai Dieu, le plus trahi de tous les dieux. Je leur demanderai de relire la Passion de Notre Jésus, du Jésus de toute l'humanité; qu'ils regardent où se trouvent aujourd'hui et Ponce-Pilate et Caïphe; et qu'ayant vu, ils se retournent vers le Christ, toujours crucifié, avec une foi plus ardente et un dévouement total.
Je dirai aux rationalistes de l'Église protestante, aux spiritualistes de toute école que ce Jésus est plus qu'un homme, et-plus qu'un dieu; qu'Il Se manifeste sans prendre aucun intermédiaire à quiconque veut bien aller vers Lui par l'accomplissement de Ses préceptes; que leur science ne sera jamais qu'une bribe; que le surnaturel existe, en dehors de tout ce qui reste d'inconnu dans le naturel.
Et à tous je dis ces choses, simplement pour qu'ils les entendent au moins une fois. Car je sais que toute activité est utile, et que tout homme suit en définitive la voie qu'il est capable de suivre, pour le moment. Toutes les voies mènent à la voie étroite de l'Évangile, où marche l'Amour.
Nos travaux, nos fatigues, nos passions, nos désirs, nos haines, nos indifférences sont des écoles de l'Amour. Nous devons apprendre l'Amour : à nous d'abord, à tout ce que nous croyons être notre moi, à tous les êtres autour de nous, au-dessous, au-dessus de nous; c'est le seul but de la vie, c'est le seul pourquoi de la création.
Mais cette attitude mystique doit jaillir spontanément du profond de nous-mêmes; les livres des sages, les exemples des saints ne le font éclore que si nous avons déjà travaillé profondément le sol de notre esprit. C'est une initiation, une régénération, une naissance nouvelle, annonciatrice de cette troisième et définitive naissance, par laquelle on devient enfant de Dieu et l'on possède le Ciel, même au fond de l'Enfer, je veux dire au fond de la douleur.
Or, toute naissance suppose une mort. Notre être, étant composé de bien d'autres choses que d'un corps de matière, peut subir bien d'autres morts que la mort physique. Mais ce ne sont jamais que des douleurs transformatrices et toute agonie appelle une joie et un progrès.
Un changement intellectuel, une crise sentimentale, une vue neuve, cela veut dire la mort de quelque chose dans le psychisme et la naissance de quelque autre chose, jusqu'alors endormie.
Tout désir satisfait amène une désillusion. Si l'homme voulait entrer dans le dessein de Dieu, il entreprendrait les travaux de la vie pour eux-mêmes, pour agrandir cette vie; mais nous ne sommes pas capables d'une telle abnégation dans le devoir; nous ne voulons nous donner de la peine que moyennant un profit personnel. Alors la Nature nous traite en enfants; elle nous montre l'appât des jouissances : l'amour aux passionnés, la richesse aux cupides, la gloire aux ambitieux, la science aux intelligents, la quiétude des petites rentes aux médiocres. Et, pour conquérir ces mirages, toutes les fatigues nous paraissent douces. Mais, à l'heure de la mort, en dépit de notre égoïsme, nous avons tout de même été utiles.
Peu à peu, nous apprenons à travailler, non plus pour nous, mais pour le bien général.
Ainsi la souffrance est vraiment un bienfait. La joie de vivre aussi est un bienfait. Ces deux soeurs viennent tour à tour visiter notre esprit. Elles changent seulement de costumes jusqu'à ce que nous apercevions, derrière elles, leur mère toujours jeune : la Vie. Et notre être total se développe en tous sens, comme un arbre robuste qui résiste aux autans et qui, par ses racines profondes comme par ses rameaux étalés au soleil, extrait de la terre et du ciel le double aliment de sa croissance séculaire.
Les fatigues et les peines et leurs pères, les désirs, ne sont que des entraînements pour un effort définitif, les rejetons d'un désir primordial, perpétuel et permanent. Il faut le savoir et le proclamer : tout être humain porte en son coeur la passion de Dieu; tout être humain doit comprendre la souffrance universelle; tout être humain n'accomplit qu'un seul travail : la conquête de l'Absolu.
Nous autres, les mystiques, nous devons parler de Dieu à tout le monde; nous devons ne jamais contraindre personne; nous devons nous vouer, avant tout, à l'oeuvre fraternelle.
Tout le monde est appelé à devenir un mystique; et ce n'est pas Dieu qui tarde à lancer cet appel, c'est nous qui nous rendons sourds volontairement.
Dieu, certes, pourrait arracher nos mains de dessus nos oreilles; mais Il ne veut de nous qu'un service librement consenti. Il attend. Il a l'éternité pour attendre, au besoin. Nos incartades, de plus en plus graves, finissent fatalement par nous attirer une réaction assez sévère pour nous déconcerter. Dans l'histoire de l'âme la plus criminelle, un malheur surgit toujours, assez soudain, assez douloureux, assez déchirant, pour tout dévaster en elle, pour la rejeter vers le vide primitif, pour que tout croule de ce qui était son orgueil et sa force.
Mais, derrière ces ruines, le réel apparaît. Et ce Réel-là, nous savons d'expérience qu'il est un être, qu'il est ce Jésus, au nom de qui on a semé tant de mensonges. Nous savons qu'Il est le seul véridique, le seul indulgent, le seul parfaitement, immuablement notre Ami.
Cette vision se nomme dans le langage religieux, le repentir; et la qualité du travail qui s'ensuit s'appelle la renonciation.
Les livres des sages sont pleins de sentences sur le renoncement. Mais il y a le renoncement de l'orgueil dédaigneux; il y a l'humble renoncement de l'Amour, qui balbutie dans les larmes et qui se prosterne.
Il se découvre un coeur ignoré qui aurait tant voulu demeurer pur; il s'accuse et il s'abandonne avec courage au Destin justicier. Dès lors sa vie ne sera plus qu'expiation. Depuis les prosaïques travaux de son corps jusqu'aux plus rares efforts de son esprit, il convertira toutes les fatigues en un sacrifice perpétuel. Tel est, en nous, l'enfantement du Divin. La valeur de nos oeuvres s'en trouve accrue jusqu'à l'infini, puisque, par cette volonté constante de saisir Dieu, le disciple Le touche en effet. Il tâche à mettre dans ses oeuvres toutes ses forces et toute son âme, mais
il en abandonne le bénéfice à ses frères autour de lui.
Ce magnifique effort s'accommode de toutes les mentalités, de toutes les positions sociales, de toutes les sortes d'énergies. Il n'exige qu'un coeur ardent et une intention pure. Ainsi, en effet, tout homme chemine vers son Idéal, puisque Dieu est, entre autres choses et d'abord, la totalité des idéals du genre humain.
Toute créature se nourrit de ce que la Nature lui offre d'analogue à elle. Le corps physique se nourrit d'aliments matériels; l'intelligence se nourrit d'idées; l'âme, étincelle du Verbe, ne peut se nourrir que du Verbe.
Le Verbe, c'est la puissance divine descendant chez les créatures et se donnant à elles. Il est le sacrifice innombrable et parfait. Le sacrifice sera donc aussi la nourriture de notre âme. Chaque fois que nous nous serons privés de quelque chose au profit d'un être, notre âme grandira. Accepter, rechercher la dernière place, le mépris, la difficulté, la pauvreté, tout ce que les hommes craignent et fuient, voilà la nourriture spirituelle du disciple de Jésus. Le sacrifice est sa vie; l'Amour en est la flamme. Il donne sans cesse : son argent, son temps, sa science, son habileté, son affection; il offre tout cela à quiconque le lui demande; la sensation même de la présence divine qui le béatifie, il la donnerait pour soulager n'importe lequel de ses frères.
Car, peu à peu, son esprit pénètre dans un monde de gloire où tout respire la paix, l'allégresse et l'harmonie. Peu à peu le Maître du monde devient pour lui un Ami au lieu d'un Seigneur. Peu à peu, la Vie parle directement à sa conscience, cette Vie que ni le savant ni le philosophe ne peuvent saisir. Peu à peu, les forces divines descendent, le miracle devient possible, le mystère se dépouille de ses voiles.
On rencontre, en effet, des hommes que rien ne distingue de la foule; ils ont un métier, une famille comme tout le monde; cependant, lorsqu'on entre dans leur confiance, on les voit accomplir des choses extraordinaires, on leur entend dire des vérités profondes. Mais, faiseurs de miracles ou voyants, ils offrent cette particularité étonnante qu'ils ne semblent pas tenir à leurs privilèges. Et ce détachement, c'est le signe qu'ils appartiennent à Dieu, qu'ils sont dans la Vérité.
Le disciple vrai du Christ n'est donc ni un solitaire, ni un contemplatif; c'est un actif; il doit s montrer entreprenant comme les plus courageux, également impassible dans le succès ou dans l'échec, ouvert à tout, s'intéressant à tout, mais tournant tout dans le sens de Dieu. La forme de son existence, telle que son éducation, ses aptitudes et son milieu la déterminent, reste la même. C'est la qualité de cette existence qu'il transmue, par son zèle, par son amour, embrassant dans une constante étreinte toute la Nature et tout le Ciel.
Pour accomplir une telle mission, il faut que le disciple s'oublie lui-même. qu'il oublie qu'il s'est oublié. Il faut, tout le jour, qu'il sorte de soi, vers ses frères. Il faut, la nuit, qu'il rentre en soi, pour retrouver Dieu et entendre Jésus.
Où puisera-t-il tant de force ?
Dans l'Amour, alimenté du sacrifice. Charité, humilité, prière : voilà la devise du vrai mystique. Là se cachent tous les secrets et tous les dons. Toutes les autres méthodes de culture spirituelle sont factices. Car la vérité, c'est la vie; la vie, c'est l'Amour. Ces serviteurs de Dieu, ces soldats du Christ, ces laboureurs de l'Esprit sont les seuls hommes qui, dès cette terre, peuvent étreindre leur idéal.
Rappelez-vous les émotions les plus exquises, les sensations les plus grandioses, les conceptions les plus vastes que vous ayez pu éprouver ou élaborer. Tout cela n'est plus qu'insipide, banal et mesquin, en face des extases et des illuminations qu'un seul regard du Christ dispense à Ses amis. Conciliez l'immense et l'infinitésimal, rassemblez en votre âme la saveur de la toute-puissance et celle de la toute-tendresse, peut-être obtiendrez-vous une image de l'atmosphère où respire le disciple.
Vous concevrez pourquoi certains hommes semblent immuables parmi les situations les plus diverses; pourquoi ils ne s'étonnent de rien jusqu'à paraître insensibles, tout en ne ménageant aucune peine pour adoucir même la souffrance d'une plante; pourquoi enfin un simple regard, reçu d'eux comme en passant, nous émeut jusqu'au tréfonds.
Ces amateurs d'impossible, s'étant voués à Jésus, assument les martyres toujours recommençant que le monde réserve aux apôtres du divin. Ils sont énigmatiques et ils inspirent confiance.
Ils regardent les choses sous un angle inconnu et leur vision ne leur fournit que des motifs d'indulgence et de pitié. Les autres sont de pierre; eux sont de feu; ils se consument, ils incendient autour d'eux. Ils æ taisent beaucoup, mais leur parole est opérante; ils se cachent pour faire le bien; mais, ayant encore dans les yeux la magnificence de l'Éternité, ils donnent à chaque minute, à chaque être qui passe, sa vraie valeur : une valeur infinie.
Tel est l'état du vrai disciple; tel est le chemin direct pour aller à Dieu; voilà la méthode la plus fructueuse pour aider nos frères.
Il est possible, au sein des pires malheurs, de garder la paix. Il est possible que quelques paroles tombées de notre bouche redonnent le courage au vaincu. Il est possible qu'à notre demande le Ciel distribue la santé. détourne l'accident, attendrisse un coeur endurci. Il est possible que l'Au-delà dévoile ses mystères.
Si vous le voulez, le Christ vous prendra avec Lui; vous consumant aux fatigues de la charité, vous ressusciterez sans cesse par les flammes de la prière. Vous serez dans le Ciel en vivant sur la terre, et vous répandrez autour de vous l'atmosphère du Ciel.
Mais il faut vouloir vous-mêmes. Nul ne peut faire le travail à votre place. Nul ne peut vous apporter l'eau des fontaines éternelles-sauf le Christ en personne.
Cette eau arrive à notre coeur par la conscience et à notre intellect par l'Évangile.
Une patiente et ferme discipline morale clarifie la première et, dans la mesure de cette purification, la lecture de l'Évangile nourrit notre cerveau. L'Évangile contient tout; toute science, divine ou humaine, secrète ou patente, spéculative ou pratique. Les secrets des astres y sont écrits, comme ceux de l'âme humaine; ceux du microbe et ceux du génie; ceux de l'art comme ceux des mathématiques.
L'homme n'a pas besoin d'un autre homme pour se désaltérer à ces sources, car personne n'est aussi proche de Dieu que soi-même. Nul besoin d'intermédiaires, nul besoin d'autre rite que la simple et confiante demande, d'un autre culte que la charité, d'une autre discipline que l'Amour fraternel.
Toutes ces choses sont expérimentables; elles sont certaines. Le devoir de ceux qui les constatent est d'inviter leurs frères aux mêmes essais. Tous les hommes sont conviés au même Banquet. Afin que se réalise, dans la plus large mesure, cet ordre divin qui est en même temps un souhait et une prière; " Comme Je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres ".

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

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Le problème du Christ

22 Mars 2013 , Rédigé par Phaneg Publié dans #spiritualité

 

Il existe un problème du Christ : en lui seul, il contient tous les autres ; on peut y trouver une réponse, et dire ce que devient l'Etre en qui s'est résolue cette énigme, la plus importante de toutes.

En réalité, nous ne venons sur terre que pour cela, c'est là le but réel de notre vie, le seul nécessaire. En Jésus, je l'affirme, se trouve la vérité totale, et si quelqu'un accomplit au mieux Ses commandements, Il se fera Lui-même connaître à lui. Nous voyons ainsi que l'énigme du Christ, c'est par Son aide seule que l'on peut la résoudre et qu'alors tous les autres problèmes seront aussi résolus: car, en l'identité vraie du Sauveur se cachent leurs solutions définitives.

En quelques uns de mes lecteurs peut rayonner une foi toute simple et toute pure, Pour eux, je tiens à le dire : le problème du Christ ne se pose pas, puisqu'il est déjà résolu, au moins pour un temps.

Je voudrais surtout m'adresser à ceux qui ont perdu toute foi, rechercher d'abord ce que cela signifie, et voir quelles sont les causes de l'incrédulité religieuse. A mon avis c'est là un phénomène tout naturel de l'évolution humaine. Le désert du doute me paraît indispensable à traverser pour parvenir à l'oasis de la certitude. Il ne faut donc pas vous chagriner outre mesure, mères croyantes, dont le fils se dit, se croit athée ; femmes dont le mari refuse de partager la foi, car cela indique seulement pour eux un changement dans le travail. Un homme n'est pas , en effet, matérialiste parce qu'il le veut, mais parce qu'une loi secrète le force à développer certaines facultés de volonté, de raisonnement, d'adaptation, de réflexion qui autrement resteraient en sommeil ; et puis, le matérialisme porte en lui-même ses germes d'évolution. En général, après cette période, l'être humain en traverse une autre où les lumières brillantes de l'intelligence ne l'intéressent plus ; c'est au-delà de la nature qu'il cherchera sa voie.

Il est alors convaincu que tout est vie, mais il confond la vie, principe créateur, avec la vie sensible ; il est panthéiste. Puis, dès qu'il a fait un pas de plus, il comprend que la source inconnaissable de toute existence est à jamais séparée de ses créations. Elle les pénètre mais n'en est jamais pénétrée.

L'homme est à ce moment spiritualiste, il croit en Dieu, mais ce spiritualisme est encore en partie philosophique. L'évolution continue, et l'être humain deviendra un mystique dès qu'il aura compris le Christ et aura répondu à Son appel séculaire.

Le philosophe Auguste Comte a présenté cette évolution complète, et il est mort mystique , après avoir été athée. Et c'est là une loi générale. Ainsi, la perte de la foi n'est qu'un épisode de notre lente ascension vers la vie.

Quoi qu'il en soit, de même qu'aux confins du désert se dressait autrefois le sphinx terrible et mystérieux, posant au voyageur le célèbre : qui suis-je ? De même à tous les moments de notre route, à n'importe quel détour de notre chemin se dresse la figure de Jésus de Nazareth, posant à tous la même question, mais combien plus centrale, combien plus importante, définitive et absolue ! Combien plus miséricordieuse aussi, car Jésus est patient, et il attend les siècles nécessaires pour que nous entendions sa demande ; sa bonté comprend que nous cherchions, hélas ! partout, la réponse avant de la lui demander à Lui-même. Avant que nous lui disions : Seigneur, toi seul peux me dire qui tu es. Toi seul peux dévoiler pour moi la splendeur unique, et alors je vivrai, moi qui étais mort !

Ainsi, devant le sommeil universel, se pose vraiment la difficile énigme : Qui est Jésus? Nous allons tenter d'examiner les différentes réponses que les hommes font à cette question ; mais auparavant, je ne crois pas inutile de dire quelques mots sur ce qu'est un monde, notre terre en particulier, ce que furent pour elle le Christianisme et les Chrétiens.

Toutes les Ecoles ont examiné d'innombrables explications du problème de la Création. Tour à tour le matérialisme, le panthéisme, le spiritualisme philosophique, ont tenté de percer cette obscurité et il faut bien le dire : tous ont échoué. Si haut que soit parvenue l'intelligence humaine, elle doit s'avouer battue devant l'éternité de la matière comme devant l'éternité de l'Esprit.

Il est à mon sens bien préférable de revenir à l'Evangile et de rechercher plutôt quelques indices en nous-mêmes, à la lumière de l'amour et de l'humilité vraie. Pour l'humble foi, donc, la Création est une pensée de Dieu, pensée incessante, sans commencement ni fin comme l'homme ne peut être sans pensée; ainsi ou Dieu n'est pas ; ou, ainsi que le dit Jésus " Il agit continuellement " et de sa vie inaccessible et inconnaissable s'échappent, sans jamais la diminuer, des rayons de vie qui sont les créations.

En principe, la force créatrice, à laquelle on a donné le nom de Dieu, contient donc en germe les univers, comme le gland contient le chêne. Ainsi notre terre est formée, et les différentes vagues de la vie l'ont pénétrée tour à tour ; puis, le moment venu, notre monde fut lentement préparé par toute une floraison de sauveurs, de messies, à la venue de la Vie totale. Le Verbe, ainsi que le dit saint Paul, réunit hors le temps et l'espace, autour de lui, les esprits des créatures qui l'accompagnent dans sa mission.

La Vierge céleste prépare le corps où elle s'incarnera, le précurseur, les apôtres sont choisis, ainsi que toutes les créatures minérales, végétales, animales qui auront un rôle à jouer autour du Christ. Mais les ténèbres ont aussi été créées et ont refusé la lumière ; c'est du reste leur but, et de même la Terre se prépare tout de suite à repousser cette invasion céleste qu'elle pressent. Son esprit recherche l'alliance de l'être que l'Evangile appelle " le Prince de ce monde " et leurs efforts réunis n'ont pas encore cessé.

Ainsi le Christianisme, débarrassé de toute conception philosophique ou théologique, nous apparaît comme la manifestation totale, la pénétration complète de la vie créatrice sur notre monde (qui n'en voulut pas).

Telle est la cause réelle des luttes séculaires entre la vérité et l'erreur, entre le bien et le mal, entre l'esprit et la matière, et nous pouvons déjà entrevoir dans cette simple explication de la foi, les premières lueurs bien confuses encore, de la lumière définitive où resplendira pour nous l'identité réelle du Christ Jésus.

*
* *

Quelles sont donc les différentes opinions qui existent sur le Christ ? parmi ceux du moins qui veulent bien penser parfois à Lui et tenter de le comprendre.

Ils sont du reste relativement peu nombreux ceux qui se préoccupent de la question ! On est malheureusement obligé de constater que, de nos jours - comme au temps où le Christ passait avec Ses disciples pauvrement vêtus dans les voies de Jérusalem ou sur les routes de Judée - la grande majorité des savants, des riches, des assouvis et aussi ceux qui plient sous le poids de la douleur a oublié Celui qui seul pouvait les rendre heureux !

Bien rares sont ceux qui pensent à Lui et veulent Le connaître. Bien rares ceux qui prennent le temps de diriger vers Lui l'appel secret de leur coeur! Tous vont à leur travail, à leurs pauvres joies si fragiles, tous se révoltent sans penser à Celui qui sauve, guérit et console ; ils L'ont oublié.

Et puis viennent ceux qui se souviennent de Lui pour le haïr; ceux que Son existence gêne sans doute, puisque ces chefs d'écoles sont arrivés à prétendre que le Christ n'a jamais existé. Enfin ceux qui se servent de Lui comme d'un drapeau.

Chose curieuse, ceux-là, les magnétiseurs, les spirites, les occultistes, etc., tous Le placent au plus haut degré. Ils se sont souvenus de cette blanche figure qu'on avait montrée à beaucoup d'entre eux, quand ils étaient tout petits, mais ils ne voient en Jésus qu'un homme. Si nous continuons notre enquête, nous verrons que, s'approchant peu à peu de la vérité, quelques philosophes arrivent à la conception du " Christ archange solaire ", comme si Jésus n'était pas immensément au-dessus de tous les archanges et de tous les soleils ! Il y a, disent-ils, deux Christ : celui qui est dans le Ciel et celui qui a fondé la religion chrétienne sur la terre. Pour certains, enfin, et même parmi les théologiens, Jésus a été un homme en qui s'est manifestée au maximum la puissance de Dieu.

Nous arrivons enfin à la vérité : Jésus, Dieu et homme à la fois, Jésus Fils unique du Père... Amour, vie totale créatrice, Dieu tout entier, manifesté clairement parmi nous. C'est ce que Jean exprime dans sa première lettre en disant : " La VIE s'est manifestée, nous l'avons vue ; nous en rendons témoignage ! Nous vous annonçons cette Vie Eternelle qui était avec le Père et qui nous a été manifestée ".

Pour toute création quelle qu'elle soit, se produit cette pénétration totale et complète de la vie, qui seule peut conduire une créature à sa perfection. Qu'il s'agisse donc d'un minéral, d'un végétal, d'un animal, d'un homme, d'un ange ou d'un monde comme le nôtre, la loi est la même et tout être ne peut atteindre son but ultime tant qu'il n'a pas reçu et consenti à recevoir le rayon du Verbe qui lui est destiné.

Alors dès qu'un homme, par exemple, a obtenu du Christ le don merveilleux de connaître Son identité véritable, tout change pour lui. L'Evangile, au lieu de lui présenter un code quelconque de morale, devient le livre unique qui dévoile peu à peu ses mystères, à l'amour, à l'action. Les paroles du Christ - si obscures s'Il n'est qu'un homme - s'éclairent et deviennent nos guides infaillibles, vers la Vie, s'Il est le Père Lui-même tout entier manifesté, mais non compréhensible bien entendu.

Il est dès lors évident que le Verbe seul peut se révéler à nous progressivement et donner cette Lumière, non seulement à notre coeur, en qui se cache une parcelle de la vie éternelle, mais à notre cerveau tyrannique ; Lui seul est capable de nous faire comprendre cette union parfaite de la vie infinie et de l'humanité la plus pure ; cette limitation de la vie sans limite, et cette pénétration de l'absolu dans le relatif, Jésus, notre maître, a enfin seul le pouvoir de purifier tellement notre raison qu'elle parvienne sans preuves à la certitude de Sa Divinité.

Nous pouvons cependant l'aider en contemplant trois particularités de Sa vie sur la terre : Sa Naissance, Sa Mort réelle, Sa Résurrection. Oui, le Christ a voulu naître en suivant en apparence les lois terrestres, mais Sa naissance fut entièrement surnaturelle ; Il a voulu permettre à la mort, Sa créature, de prendre Son corps humain. Il a voulu la combattre et Il l'a vaincue. Il a repris cet organisme entièrement détruit et nul autre messie n'a fait cela. Enfin Sa Résurrection fut réelle et totale, Ses apparitions ne furent pas opérées à l'aide d'un corps fluidique quelconque, mais Il fut, jusqu'à Son départ, exactement le même qu'avant le Calvaire et pendant Sa mission.

Eh bien, quand vous saurez avec une certitude inébranlable que ces trois affirmations sont véridiques ; quand vous saurez cela par vous-mêmes, après avoir souffert, cherché et trouvé; quand Jésus vous apparaîtra en Sa décisive et définitive identité (non, bien entendu dans Sa splendeur totale qu'aucun de nous ne pourrait contempler sans mourir), mais lorsque Sa divinité vous semblera démontrée, le problème que j'ai voulu seulement signaler sera résolu en vos coeurs; vous serez alors changés. En vous 1'esprit dominera la matière et vous serez chrétiens.

Je prie ceux qui ne peuvent encore croire en Jésus, Dieu et homme, de Le considérer au moins comme leur ami. Qu'ils aiment Sa doctrine si pure ; qu'ils ne se rebutent pas de ses obscurités ; qu'ils voient enfin en Jésus-Christ Celui qui a donné Sa vie pour tous les hommes.

Quant à vous, chrétiens vrais, en qui s'est déjà accompli l'ineffable mystère, vous à qui Jésus a répondu Lui-même à la question qu'Il pose à tous, vous n'avez plus qu'à comprendre un peu plus chaque jour les profondeurs sublimes de l'Evangile et les réaliser dans votre vie ; vous n'avez plus qu'à rendre éternelles, par l'action, les vraies lumières reçues en vos demeures secrètes.

Dès ce moment le Christ est votre guide, votre ami, votre maître. Suivez-Le, Aimez-Le. Il vous revêtira un jour de la robe lumineuse qui vous permettra l'entrée dans le Royaume de Son Père.

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

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L'Evangile et le Savoir

21 Mars 2013 , Rédigé par Sedir Publié dans #spiritualité

On peut dire, en donnant aux mots leur acception la plus large, que notre temps est intelligence et sensualité; c'est la principale cause pour laquelle il reste sourd aux appels de Dieu. Tout le monde saisit a peu près pourquoi la religion met en garde contre le charme des jouissances sensibles; mais, aux yeux de l'élite, les joies intellectuelles gardent un prestige qui empêche de voir combien souvent elles nous éloignent du divin.
Or l'Évangile nous parle toujours de morale et de piété, jamais de recherches scientifiques ou philosophiques. Est-ce par opposition ? Certainement non; Dieu ne nous aurait pas pourvus de facultés mentales aussi actives pour nous défendre ensuite de les faire travailler. Est-ce par oubli ? Non plus, car cet Évangile, écrit au nom du Verbe en vue des besoins propres de nos siècles, doit servir de guide pour tous les genres d'activités, et offrir toutes les directives, sous peine de perdre son caractère de perfection infaillible, de décevoir la confiance des croyants, sous peine enfin de ruiner leur foi. Il est impossible que notre Père Se joue ainsi de ceux qui s'abandonnent à Lui.
Je voudrais dire aujourd'hui, pour aider, si possible, aux entretiens qu'il vous arrivera d'avoir avec des contradicteurs quelconques, dans quelle attitude le pur disciple de Jésus-Christ aborde le problème du savoir, où il le situe, comment il le résout. On nous reproche parfois de ne mettre aucun frein à nos imaginations, d'être de faux mystiques, des contempteurs de l'intelligence; je désirerais montrer plus explicitement que je ne l'ai encore fait de quelle façon la doctrine littérale de l'Évangile sous-entend une méthode de connaissance avant tout pratique, réaliste, expérimentale et directe; de quelle façon le vrai disciple reçoit des notions exactes sur les choses et sur les êtres, quelle est sa critique, d'où il tire ses certitudes.
*
La connaissance ordinaire emploie trois procédés; d'abord l'observation : expérience naturelle des phénomènes de la Nature, expérience artificielle que le savant institue dans son laboratoire; ensuite la méditation sur les rapports réciproques des phénomènes; enfin la contemplation sans raisonnement de laquelle jaillit l'intuition.
Ces enquêtes, que nous menons dans la sphère de la pleine conscience, nous appartiennent; nous sommes libres de les entreprendre ou de les ignorer. L'être humain n'est ni un monarque absolu, ni un esclave; il jouit d'une autonomie relative qu'il étend ou qu'il restreint selon qu'il s'attache à la volonté divine ou à la sienne propre. De même qu'il a sur son corps certains droits et envers lui certains devoirs, il a des droits sur son intelligence et des devoirs envers elle. Tous deux sont des instruments de travail au moyen desquels il devrait réaliser les seuls desseins de Dieu, que la lumière de son coeur transmet à son libre arbitre.
Plus que tout autre, le disciple a le droit de faire marcher son cerveau, avec le devoir de contenir cette activité au-dedans de certaines limites; l'intellectuel sort de ces limites plutôt par l'esprit de ses recherches que par leu. nature, car rien ne lui paraissant plus noble ou plus utile que les accroissements du savoir, sa passion cérébrale peut lui faire oublier ces défenses divines, avertissements bénévoles d'un Père tout animé de sollicitude. Il a tort d'être insatiable, comme d'autres travailleurs ont tort qui ruinent leur santé pour acquérir la fortune. Je sais bien que les richesses de l'avare finissent toujours par revenir à la masse, comme les hardiesses du savant provoquent des découvertes utiles; mais je crois que l'un et l'autre obtiendraient un résultat meilleur, plus normal, sans réactions fâcheuses, en obéissant, dans la conduite de leur activité, aux directives évangéliques. Toutes nos puissances, corporelles ou intellectuelles, sont des servantes que Dieu nous prête; elles ne sont pas nos esclaves, elles ne nous appartiennent pas en propre; nous devons les faire travailler, même et surtout lorsqu'elles sont paresseuses, mais nous devons aussi leur donner le repos nécessaire; nous devons les spiritualiser, je veux dire les rendre réceptives à l'influence de l'Esprit, en les tournant, par la purification de nos mobiles, par la prière, par la charité, vers les buts que
Dieu nous propose, chaque jour, chaque heure et chaque minute.
" Il n'est pas de secret qui ne doive être découvert ", lisons-nous dans l'Évangile. Je crois à l'universalité absolue de cette parole; seulement, c'est le procédé de ces découvertes qui change selon que l'explorateur se fie à la seule matière, ou à la seule intelligence, ou au seul Christ.
Dans le langage de l'Évangile, le mot Vérité n'a pas un sens scientifique, ni philosophique, ni même seulement moral; son sens, comme d'ailleurs le vrai sens de tous les termes de ces Écritures, englobe les trois premiers, les dépasse et les transforme; c'est un sens spirituel, accessible, non par l'esprit de l'homme, mais par l'Esprit du Très-Haut. Et cet Esprit descend sur nous, non pas lorsqu'on cherche à le capter par les soupirs de la prière platonique, mais lorsqu'on se place dans son rayonnement, en " aimant Dieu de tout son coeur, de toute son intelligence, de toutes ses forces, et son prochain comme soi-même pour l'amour de Dieu ". Remarquons cet appel à l'intelligence prononcé par Jésus pour parfaire notre amour de Dieu. Selon la sagesse humaine, une discipline intellectuelle existe; la discipline de la sagesse mystique est morale d'abord, et totale ensuite.
Pour comprendre l'Évangile, il faut une certaine manière de voir dont l'observance de cette discipline seule nous rend susceptibles d'être instruits par le Ciel. Cet état d'âme se nomme la pauvreté intérieure, la première des béatitudes, récompense déjà inestimable et inconcevable aux plus sages des humains. Quand le disciple s'y trouve établi, un monde nouveau s'offre à ses regards, de nouvelles terres, de nouveaux cieux; ou, plus exactement, le monde qu'il percevait jusqu'alors par ses formes sensibles, ou par les abstractions mathématiques, par les méditations philosophiques, ce monde s'éclaire d'un jour inconnu. Au lieu des formes et des lois, ce sont les types essentiels qui se montrent à lui, l'esprit des choses, les esprits des êtres, leurs relations centrales, leur simplicité permanente.
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Le savant, le philosophe recherchent l'inconnu dans les limites de leurs sens corporels ou de leurs facultés mentales, limites dont ils ne peuvent sortir sans entrer soit dans les groupes aventureux des divers occultismes, soit dans la cohorte mystique des serviteurs du Christ. En tant qu'hommes de science ou de pensée, leurs travaux restent légitimes parce qu'ils savent qu'ils ne sont que des hommes, sujets à l'erreur et incapables d'appréhender l'ensemble total des phénomènes et des lois.
Tandis que les recherches des occultismes deviennent illégitimes devant Dieu, parce que l'esprit qui les inspire n'est pas humble. Le disciple du Christ ne scrute pas les mystères s'il n'en a reçu la permission; il ne se préoccupe que de se rendre moins indigne de recevoir ceux que son Maître jugera utile de lui dévoiler. Le savant et le philosophe se servent honnêtement et humblement des instruments de travail dont ils sont pourvus. Mais à la base des enquêtes de l'occultiste on trouve cette conviction, tacite ou expresse, que lui n'est pas un homme comme les autres, qu'il appartient à une élite, qu'il est capable de perfectionner par lui-même et ses sens et sa raison. Et cette attitude orgueilleuse l'empêche de voir comment il ne s'élève qu'en refoulant sous ses pieds un grand nombre de créatures, matérielles ou immatérielles, en négligeant des travaux immédiats, donc d'une utilité urgente, et combien ses découvertes demeurent fatalement partielles, puisque ses moyens d'investigation restent, par nature, limités. L'occultiste, en un mot, oublie qu'aucun individu ne peut par ses propres forces sortir du créé, du fini, du conditionné.
Toutefois je n'indique dans ce court entretien que des types généraux. Je sais que tous les adeptes de l'ésotérisme ne se croient pas des surhommes et que quelques chrétiens, au contraire, se croient parfaits; des gens faisant profession de science exacte ou de pensée impartiale se montrent intolérants; très peu d'individus sont homogènes : le tempérament nous tire dans un sens, le caractère dans un autre, la mentalité dans un troisième.
Aussi voudra-t-on bien m'excuser si je ne présente que des ébauches. Il me faudrait, pour reproduire toutes les nuances de la psychologie, de la métaphysique ou de la théologie, un savoir universel, un talent que je ne possède pas et une existence plus libre d'autres besognes indispensables. C'est sans doute à cause de cette hâte constante que j'ai dû bien souvent mal définir ma pensée et offrir au public une peinture trop vague de la doctrine dont s'inspirent nos " Amitiés Spirituelles ". Je ne sortirai pas de mon sujet en essayant aujourd'hui de distinguer mieux ce qui nous sépare des autres écoles spiritualistes, puisque je préciserai par là même l'attitude du disciple de l'Évangile en face des méthodes de la sagesse humaine.
*
Quoique certains prétendent, la doctrine évangélique ne constitue pas la surface, mais le fond de nos convictions. Et réciproquement, en dépit des ressemblances extérieures, ce que j'ai pu dire de la structure et des habitants des mondes invisibles ne constitue pas le fond de nos études, mais l'accessoire. Dès qu'on parle de l'Invisible, le public vous étiquette spirite, ou occultiste, ou théosophe; or, en ces matières, la qualité, la nature des connaissances recherchées dépendent d'abord de l'intention dans laquelle on effectue ces recherches et de la méthode qu'on y emploie.
Comme l'explique excellemment un théologien moderne, " sous le nom d'occultisme viennent se ranger toute une masse d'enseignements et de procédés qui se proposent d'atteindre à la connaissance de l'essence des choses en dehors des voies normales. Son ambition serait d'arriver à un certain point commun par où tous les êtres se touchent et ainsi de prévoir leur naissance comme d'agir sur leur production ".
Or les " Amitiés Spirituelles ", en fait d'enseignements ou de procédés, se bornent à redire ceux que nous donne l'Évangile. Leur ambition n'est pas de faire de leurs adhérents des mages, ni des surhommes, mais des hommes, de simples chrétiens. Aucun fidèle, de n'importe quelle confession, ne peut nous reprocher notre croyance que l'Évangile renferme tout. Aucun non plus ne peut rejeter la " théorie des plans ", la théorie selon laquelle il existe dans la Nature un certain nombre de degrés ou de combinaisons de la substance universelle, puisque les théologies admettent ces degrés, puisque les révélations des saints les décrivent, puisque nous croyons, selon la parole du Christ, que le Créateur reste indépendant de Son oeuvre.
Aucun dogme ne s'oppose ni à la pluralité des mondes habités, ni à la pluralité des existences, ni à cet animisme qu'on nous reproche d'avoir adopté, comme de simples sauvages. D'autant plus, je le répète, que ces théories n'ont pour nous qu'une importance très relative; on peut lire, sous les signatures de la vénérable Marie d'Agreda, de sainte Hildegarde, sainte Françoise Romaine, de la vénérable Catherine Emmerich, de bien d'autres encore, des histoires fort semblables à des contes de fées : qui s'aviserait d'en conclure que le catholicisme n'est bon que pour les cerveaux faibles ? Nous n'avons jamais prétendu qu'il soit nécessaire au disciple d'entrer en relations avec les esprits des choses, ni avec les dieux, ni même avec les anges; nous croyons même - ou plutôt nous savons qu'un homme peut monter très haut vers Dieu sans bénéficier d'aucune vision, d'aucune faculté miraculeuse; nous sommes d'accord en cela avec la théologie la plus orthodoxe, et c'est cela que j'ai voulu dire en écrivant qu'un saint qui saurait être un saint ne serait plus un saint.
On nous reproche de tout matérialiser, d'épaissir toutes les notions. Mais faut-il redonner les définitions classiques de l'essence et de la substance, de l'esprit et de la matière ? Qu'est-ce que la troisième personne de la divine Trinité, l'Esprit Saint, duquel il est écrit " l'Esprit souffle où il veut, et comme il le veut, nul ne sait d'où il vient, ni où il va " ? Si cet agent insaisissable souffle où il veut, c'est qu'il est libre; si nul ne peut connaître son parcours, c'est qu'il n'obéit à aucune loi; par suite, quoi que ce soit que des conditions quelconques régissent n'est pas l'Esprit pur; donc tous les êtres invisibles, par la simple raison qu'ils furent créés, qu'ils ne sont pas Esprit, sont matière : matière imperceptible à nos sens ou à nos instruments, mais matière. La physique moderne démontre bien que la lumière, l'électricité ont un poids; ces fluides appartiennent donc à la matière; pourquoi pas d'autres aussi ?
Notre compréhension de l'Évangile n'est pas pour cela matérialiste. Au contraire; nous nous inscrivons en faux contre les deux adages occultistes : le hasard n'existe pas, le surnaturel n'existe pas. Si par le premier de ces aphorismes l'initié entend que tout ce qui vit dans l'orbe de la création est soumis à une loi, d'accord; mais s'il entend que ces lois, rigides et fatidiques dans l'univers créé, sont toutes-puissantes, non. Au-dessus, ou en dedans de la trame du déterminisme il y a la puissance du Ciel, la grâce divine, l'amour, l'Esprit libre, vers la réception de qui nous chrétiens, tendons de toute notre ferveur. Il y a les mondes physiques, il y a les mondes hyperphysiques, et les métaphysiques; tout cela, c'est du créé, du naturel, du conditionné, du relatif; tout cela, c'est le royaume du Destin et de la Justice. En dehors et en dedans de tout cela, antérieurement, simultanément et ultérieurement à cela, il y a le royaume de la Miséricorde, le royaume de Dieu, le Surnaturel. Pour nous le surnaturel est; il est même la seule réalité, la seule vérité, la seule vie, la seule voie; il se nomme Jésus-Christ; or, ce caractère unique du Christ, aucun occultisme ne l'admet.
Quand l'apôtre Paul s'écrie qu'actuellement les hommes voient les choses comme dans un miroir, il dit vrai; la seule réalité, c'est le royaume de Dieu, l'éternité; la création, c'est les ombres flottantes et inverties des habitants du Ciel et des forces éternelles. Nous, nous essayons de nous rendre dignes des visitations divines; les occultismes, eux, veulent se saisir des ombres; et dans le grand public, ce sont ces ombres, l'astral, le spiritus mundi, l'akasha, qu'on croit être le surnaturel.
Il est donc faux d'assimiler notre foi " au rêve de toutes les magies, de tous les occultismes, de toutes les variétés de la " Christian Science ". " Commander aux forces de la Nature, exercer sur toutes les puissances une action nécessitante et contraignante, dominer la maladie ", tout cela en soi-même ne nous intéresse pas. Si nous voulions dominer quoi que ce soit, commander qui que ce soit, nous ne serions pas des chrétiens. Tout ce que nous désirons, c'est de soulager nos frères; quand nous ne trouvons plus d'argent pour secourir le mal heureux, plus de remède pour calmer le malade, nous demandons l'aide du Ciel. Et si je vous parle, trop souvent peut-être, des merveilles secrètes de l'univers, c'est pour abattre les préjugés, animer la foi et faire comprendre que rien n'est impossible à Dieu.
J'accorde que je vous raconte des choses invraisemblables; mais pas plus invraisemblables que les résurrections de saint Vincent Ferrier, les discours du petit Pauvre d'Assise aux oiseaux, les miracles de nombreux thaumaturges, comme ce maçon que saint Philippe de Néri voit tomber d'un faîte et qui s'arrête en l'air le temps que le saint aille demander à son supérieur la permission de le sauver; saint Paul l'a dit le premier : la sagesse du chrétien est folie aux yeux des hommes.
En effet, le monde est un vaste mécanisme, mais au sein duquel palpitent les germes de la liberté, germes qui se développent dans la mesure où ces êtres réalisent la loi de Dieu, la loi de l'Amour. C'est une parole du Christ que nos renoncements nous libèrent, à condition qu'ils se fassent, non pas pour devenir libres, mais par pure charité. Nous ne le voyons que trop, hélas ! que nous ne sommes libres que dans une mesure infime. Et quand Jésus commande à Ses apôtres d'appeler la paix sur la maison où ils entrent, Il S'exprime comme si la maison elle-même pouvait entendre ces souhaits; en d'autres circonstances, Il S'exprime également comme si le figuier, la fièvre, les péchés, la montagne, la tempête pouvaient entendre Ses commandements. Or Jésus n'était pas un rhéteur; s'Il S'adresse à des choses en apparence inanimées comme si elles possédaient de la raison et un certain libre arbitre, c'est qu'elles possèdent, en effet, ces prérogatives dans une mesure quelconque. Le rituel romain formule aussi ses exorcismes et ses bénédictions comme si l'eau, l'huile, le champ, l'édifice les pouvaient entendre et comprendre; sont-ce des figures de rhétorique, ou bien les vieux pontifes et Jésus sont-ils des animistes, comme le Fuégien ou le Papou ?
*
Je n'ai pour l'intelligence aucun dédain. Mais à une époque où on la déifie, où on nomme sentiment et passion ce qui n'est qu'effervescence des sensibilités, je crois bien faire en proclamant le coeur comme le vrai centre de l'homme; le mental est un instrument, la sensibilité en est un autre, le corps un troisième. L'Église aujourd'hui recommande l ?étude de la plus vaste pensée catholique, de saint Thomas d'Aquin; puis-je me permettre de rappeler que saint Augustin a écrit : " Aime, et fais ce que tu voudras " ? C'est une parole profondément vraie, à condition que cette charité généreuse ne reste pas platonique et aille sans cesse jusqu'aux actes. Vous m'avez souvent entendu vous mettre en garde contre le quiétisme, vous exhorter à la discipline des renonciations, à l'effort sain des réalisations altruistes; je ne crois pas avoir jamais célébré les romantiques enthousiasmes de la vie intérieure. Nous savons que suivre le Christ est une oeuvre d'équilibre, et que les plus grands de Ses serviteurs furent des êtres de bon sens pratique et d'énergie.
Nous ne faisons pas non plus profession de dédaigner aucune des merveilles que la terre offre à notre étude. Je ne crois pas qu'aucun de nous ait jamais formulé de blâme contre le dogme ou la discipline du catholicisme; nous admirons ses saints, ses cathédrales, sa langue, sa pensée; nous ne nous sommes jamais permis la vingtième partie des critiques qu'on peut lire dans les oeuvres de plusieurs de ses docteurs et de ses Pères. Si bien que des anticléricaux ont prétendu que nous sommes des jésuites déguises. Comment contenter tout le monde ?
Quand je me permets d'attirer l'attention des chercheurs sincères sur le mirage des pratiques dévotes, je ne prétends point que celle-ci soient vaines, mais qu'elles ne constituent pas l'essentiel de la vie religieuse. Entre une mère de famille qui, se dévouant aux siens, trouve sur ses heures de repos le temps de secourir quelque voisine nécessiteuse, et la dame qui ne manque pas la messe, qui satisfait aux quêtes, mais qui déchire les réputations ou traite mal ses domestiques, je crois que Dieu préfère la première; Jésus nous le dit d'ailleurs, et nombre de Ses serviteurs canonisés l'ont répété.
Quant à décrire Dieu, quant à Le définir, on nous reproche d'éluder ces précisions; mais pourquoi expliquer l'évidence ? Notre époque réaliste, préférant les faits aux abstractions, a surtout besoin de vérifier les résultats pratiques de bonheur, de libre rayonnement, te vive et bienfaisante énergie que procure l'obéissance aux maximes évangéliques. Les " Amitiés Spirituelles " ne s'adressent pas à ceux qui ont trouvé l'équilibre intérieur dans le sein de l'une ou l'autre Église; elles s'adressent à ceux qui cherchent çà et là, qui se fatiguent à la poursuite des fantômes déistes, ou ésotéristes, ou des sagesses humaines, qui ne voient plus clair à force d'explorer les régions intermédiaires. A ceux-là nous nous efforçons de montrer le Christ, lumière originelle, invariable et la mieux à notre portée.
Que dire de la miséricorde divine à une génération sur laquelle se sont abattus les malheurs les plus effroyables et en apparence hors de proportion avec les fautes qu'elle peut avoir commises ? Ne faut-il pas la ramener doucement et de loin, en lui montrant ce que l'on sait du mécanisme de la vie universelle, depuis les causes morales jusqu'à leurs effets physiques, vers une conception plus humble de ses propres mérites ? Ne faut-il pas, étant donné le peu d'effet des consolations dévotes, détourner les regards de ceux qui souffrent vers leurs compagnons qui souffrent davantage encore ? Ne faut-il pas leur parler du Fils avant de leur parler du Père ?
Au surplus, nous proclamons partout que l'élément nécessaire à la perfection des bonnes oeuvres, c'est qu'on les accomplisse non par dignité morale, ni dans l'espoir d'une récompense future, mais par compassion et par obéissance. Ne disons-nous pas, d'après l'autorité de la parole divine, que la véritable obéissance, celle du disciple, n'est pas une contrainte, mais un libre zèle ? Et ce sentiment peut-il naître dans une âme où ne brûle pas l'amour de Dieu ?
On nous accuse de panthéisme : matérialiste selon les uns, spiritualiste selon les autres, émanationiste suivant d'autres encore. Or, nous croyons à un
Dieu personnel et non impersonnel; à un Dieu libre, indépendant de Son oeuvre et non contraint par elle, sauf les esclavages où Il Se réduit, par amour, en la personne de Son Fils. L'âme éternelle qui brille au centre de notre être n'est pas une parcelle de Dieu, au sens oriental de cette expression; c'est une Lumière éternelle qui a reçu la possibilité de se joindre au moi; jamais nous n'avons prétendu que le disciple parfait devienne identique au Verbe; il en devient une partie intégrante, oui; il ne devient pas le Verbe. J'ai écrit que cette âme éternelle " est la fenêtre par où les autres foyers de l'individu peuvent apercevoir Dieu "; c'est donc qu'elle n'est pas Dieu.
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Non, nous ne regardons pas avec mépris la masse chrétienne. Nous montrons le plus grand respect pour tous ceux qui, dans cette foule immense, ne font pas passer les rites avant l'effort moral et l'oeuvre charitable; le catholicisme primitif ne distribuait-il pas son enseignement par degrés ? Cela même, nous ne nous le permettons pas; nous disons simplement à ceux qui viennent : " Si vous faites ce que Jésus-Christ demande, et dans la mesure où vous le ferez, le Saint-Esprit vous apprendra tout ce dont vous pourrez avoir besoin ". Et, ce disant, nous ne rééditons ni le pélagianisme, ni le quiétisme, ni le luthéranisme, ni le calvinisme; inutile n'est-ce pas ? de rouvrir les vieux livres de controverse, dont vous avez certainement étudié les arguments, lorsque vous cherchiez la Vérité.
Il nous semble justement que, si le Père est béni par le Fils pour avoir caché Ses secrets aux sages et les avoir révélés aux petits enfants, nous sommes en soumission plénière à cette louange auguste, puisque nous recommandons de ne pas scruter ces choses secrètes, de se suffire avec le tout petit peu que l'on comprend, quitte à se rendre le moins indigne, par la purification du coeur, par la lutte contre les défauts, par l'amour fraternel, de recevoir les lumières supplémentaires que Dieu jugera bon de nous envoyer. Oui, " la vie éternelle, c'est de Te connaître, Toi seul Dieu véritable, et celui que Tu as envoyé, Jésus-Christ ". Je répète cela sans cesse à tous ceux qui demandent des explications sur les arcanes; c'est en effet la voie unique et, vous le savez bien, je vous ai toujours dissuadés de vouloir découvrir dans l'Évangile autre chose que le sens littéral et usuel de ses paroles.
Si nous tendons à la simplicité d'esprit, ce n'est pas en éliminant telles pratiques religieuses ou telles convictions. Simplifier n'est pas supprimer, mais organiser. Les créatures les plus parfaites, la science nous les montre comme étant celles dont les complexités et les richesses obéissent à une loi unique, à un plan clair qui se reproduit tout le long de leur structure. L'appartenance à une Église, de pensée, de coeur et de fait, comble les besoins religieux du plus grand nombre, sans doute. Si ceux-là nous parlent, nous nous bornons à leur rappeler que l'oeuvre de charité prime tout, ensuite l'effort ascétique, enfin le culte. Mais il y a une certaine quantité d'individus qui, même après des essais loyaux et prolongés, ne se sentent pas satisfaits. Est-ce qu'ils devront se voir abandonnés, parce que leurs besoins de coeur ou d'esprit ne s'accommodent pas des cadres déjà existants ? Est-ce que le Pasteur ne quitte pas Son troupeau pour aller à la recherche d'une brebis aventureuse ? Et quand Il l'a retrouvée, est-ce qu'Il la punit, ou la traîne au bout d'une corde ? Non, Il la ramène sur Ses épaules.
Qu'on nous laisse donc vivre notre utopie, si utopie il y a. Nous savons d'ailleurs qu'elle est la plus magnifique réalité. Qu'on nous laisse chacun dans le cadre modeste de notre existence, au foyer, à l'atelier, aux champs, au bureau, essayer d'y vivre comme Jésus le demande, et d'aider à y vivre nos camarades de labeur. Qu'on nous laisse parler du Christ, selon notre coeur, quand ceux que nous avons aidés nous demandent pourquoi nous avons fait cela. Il nous suffit de les ramener à ce Maître très bon. Que si, effrayés de se voir seuls en face de Lui, malgré Sa mansuétude et Son abaissement, ils se rallient ensuite à quelque troupeau de chrétiens plus strictement organisé que le nôtre, nous ne tentons point de les retenir; qu'ils aillent au catholicisme, ou au protestantisme, ne peut-on pas partout se sacrifier, donner à son prochain sa bourse, son bonheur et sa vie ? Jésus-Christ n'est-Il pas présent partout ? Et notre voeu le plus profond n'est-il pas qu'Il soit le mieux servi et par le plus grand nombre ?
*
Au surplus, l'espèce d'apologie que je viens de me permettre est sans grande importance; je l'ai faite parce qu'il est poli de répondre à ceux qui vous adressent la parole, en essayant, comme dit l'apôtre, " de se faire tout à tous ". Mais la Vérité de Dieu ne se laisse pas enchaîner aux discours d'un homme; entre le pauvre homme que je suis et le serviteur que je voudrais être, entre ce que sont nos groupes et ce que j'aimerais qu'ils soient, il y a une distance bien longue. Pour la parcourir, vous, mes Amis, comme moi, ce ne sont pas des connaissances qu'il nous faut, ce sont des forces, ce sont des faits, ce sont des oeuvres. Le désir de Dieu, c'est que nous devenions parfaits; demandons-Lui sans relâche cette perfection. Il nous la donnera, ou plutôt Il nous fournira les moyens de l'acquérir. A nous de les prendre. Ensuite, nos récompenses seront ces grâces de l'Esprit entre lesquelles je nommerai les deux qui se rapportent à notre sujet : le don de science et le don de sagesse.
Le savoir que le Verbe communique à Ses fidèles est fait des mystères du Royaume, de choses inaccessibles et inconcevables " préparées par Dieu pour ceux qui L'aiment " et que l'Esprit leur présente; aimer Dieu, c'est imiter le Christ, scandale et folie pour le monde, c'est vivre à l'image du Christ, et par suite voir l'univers avec un regard semblable à celui dont Jésus l'embrassait. Ce que je vous dis là peut paraître bien orgueilleux, mais cette union disproportionnée entre le disciple et le Maître, c'est l'amour qui la produit, un amour mutuel où n'entre que la ferveur des plus humbles sacrifices; l'orgueil en est exclu; et, au reste, Dieu seul peut nous hausser à Son point de vue.
Ce savoir ne sert au disciple qu'à convaincre par le cerveau ceux dont le coeur reste fermé. Il y a des scepticismes que le miracle même n'ébranle pas, mais qu'un raisonnement, une idée, un tour de phrase déconcertent. Le savoir du disciple pour convaincre doit rester expérimental; le disciple ne parle que de ce dont il est convaincu, de ce qu'il a vu, et uniquement pour éclairer son prochain; la charité, encore la charité, toujours la charité. C'est un devoir pour le chrétien d'exprimer ses convictions, chaque fois que les circonstances le demandent, et le chef des apôtres conseille d'ajouter à ce devoir celui de " défendre nos espérances, avec douceur et respect ". Il ne nous dit pas : attaquez, polémiquez, soyez éloquents. Il dit : défendez-vous, avec douceur, avec respect. Quelle leçon, cette douceur, pour bien des apologistes; et ce respect dans la controverse, les précautions morales seules recommandées, nouvelle preuve que, pour le chrétien, tout savoir lui arrive par le coeur.
Ce qui empêche tant de gens de comprendre l'Évangile, ce n'est pas le manque d'intelligence, c'est le manque de coeur; la vérité ne trouve pas d'écho en eux : a Parce que je vous dis la vérité, vous ne me croyez pas ". Ils ne voient pas que la Vérité vit, qu'elle est concrète, qu'elle doit par conséquent se trouver dans l'Etre le plus vivant, le plus réel, le plus universel à la fois et le plus divin : dans le Verbe. Jésus-Christ seul a pu dire : Je suis la voie, la vérité et la vie. Il est l'objet à connaître, la méthode de connaître et, en nous, la faculté par laquelle nous pouvons connaître; Il l'a dit à Ses disciples la veille de Sa Passion, Il le leur répétera au jour de la Résurrection : " Je vous ai appris tout ce que j'ai entendu ".
Cette sorte de connaissance vivante, qui échappe aux contentions de l'esprit humain, c'est la vue du Verbe où qu'Il Se manifeste, en toute créature; elle est réservée non point à ceux qui voudraient la saisir directement, mais à ceux qui vivent de Sa vie, qui aiment ce Verbe, et Le servent; ce mode de la Vérité est bien vivant puisque Jésus affirme qu'il sanctifie : sanctifier, n'est-ce pas atteindre la vie parfaite, éternelle, vivre de cette vie où l'impureté n'a plus aucune part, te la vie du sacrifice enfin et de l'Amour ?
Voilà le mystère de l'Évangile. Les mystères naturels peuvent être conquis à force de volonté, surpris à force d'intelligence, par ceux qui ne respectent pas les défenses divines; le mystère christique est inviolable encore qu'il soit prêt à s'ouvrir pour quiconque est jugé capable de le recevoir; celui-là parle ensuite et agit, forçant l'attention de ses auditeurs, parce que ceux-ci ne discernent pas l'origine de sa sagesse et de ses oeuvres. Les hommes ordinaires sont liés à leur public; lui, c'est son public qui est lié à lui, parce qu'il s'est installé dans le Verbe, parce que le Verbe lui fait connaître la Vérité et que, seule, la Vérité délivre et affranchit.
On ne se rend pas compte que l'avarice, l'ambition, la vanité, n'importe quel défaut, altèrent le regard du savant, ternissent la raison du penseur, empoisonnent l'inspiration de l'artiste. Le savoir est une équation entre l'objet étudié, le sujet étudiant, le milieu qui les relie; ne faut-il pas que le premier puisse d'abord être aperçu, que le second réfléchisse nettement, par des sens normaux et un intellect clair, que le troisième enfin transmette l'image sans réfractions ? Or devant celui-là seul qui réalise les maximes du Christ aucune créature, aucune idée ne refuse de se présenter; celui-là seul qui combat ses égoïsmes purifie son corps et son cerveau; celui-là seul qui agit selon la Lumière se trouve à l'abri de toute déformation.
Si nous savons partager avec nos frères tout ce que nous possédons; si nous savons nous en tenir au seul Verbe, le Christ; si nous réalisons enfin, dans notre pensée, dans nos oeuvres, dans nos sentiments, les principes éternels de la Vie dont Jésus nous a montré l'application terrestre, nous vivrons dans la Lumière totalement : corps, esprit et âme; et " l'Esprit de Vérité nous conduira dans toute la Vérité ".
Telle est la méthode de connaissance que l'Évangile nous propose; tel est l'esprit dans lequel ceux d'entre les membres des " Amitiés Spirituelles " qui travaillent dans un domaine quelconque de l'art ou de la pensée ont à poursuivre leurs recherches, à conduire leurs méditations, à exalter leurs enthousiasmes. Et vous tous, d'ailleurs, qui d'une manière quelconque avez besoin de saisir ici ou là la vérité la plus vraie, l'expérience déjà maintes fois vous a prouvé que le Christ, seul sauveur de nos âmes, seul médecin de nos corps, est aussi le seul initiateur de nos esprits.

Source : http://www.hermanubis.com.br/index.html

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Le jour d'après

20 Mars 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Humeur

En regardant la photo prise en 2006 de mon installation en tant que VM de la Loge Royal York de la GLNF, je me suis rendu compte des conséquences de l’explosion de cette obédience.

Tel Frère à démissionné, un autre est parti à la GLDF, un autre à la GL-AMF et enfin plusieurs autres à la GLTF.

Maintenant que les retombées sont en train de disparaître, il convient d’analyser les conséquences de cet essaimage : des obédiences de tailles et de statuts différents, cherchant à récupérer la reconnaissance de la GLUA, fonctionnant en groupe comme la GL-AMF et la GLIF, ou en solo comme la GLTF.

Si à mon avis ce ne sera pas le nombre qui permettra à telle ou telle obédience de se faire reconnaître par les anglais et les américains, ce ne peut-être que le respect des landmarks, de la tradition et  de la qualité des travaux.

Bien sûr la GLNF « nouvelle » est candidate à sa propre succession, mais jusqu’à maintenant, le nouveau Grand Maître n’a pas l’air d’avoir rompu avec les erreurs de son prédécesseur. La clarté ne règne pas sur les colonnes.

Le système reste autant centralisé et l’organisation n’a guère évoluée. Beaucoup attendent des actions, des modifications statutaires et règlementaires qui ne viennent pas. Il paraît qu’en Maçonnerie, il faut donner du temps au temps…

Très sceptique au départ, voir méfiant et résolument contre la GLTF, j’ai pu constater qu’au fil du temps et dans la discrétion, elle maintenait les Traditions de notre Ordre tout en se développant, de façon inégale certes, sur le territoire national.

Cette volonté très forte de ses dirigeants de respecter la régularité et les principes de la pure Maçonnerie me fait penser que j’ai sous estimé la valeur de cette obédience même si tous ceux qui sont à sa tête au niveau national sont loin de me plaire…Les échos que je perçois par différents canaux me renvoient la qualité des travaux et la Fraternité qui y règne. L’égrégore est présente à chaque tenue et si la Bretagne est le reflet de la GLTF dans sa totalité, son avenir devrait se construire sous de très bons auspices …Pourquoi pas la reconnaissance ?

En Bretagne, grâce à l’implication de ses membres, cette obédience va rapidement prendre une place prépondérante dans le paysage maçonnique et tout cela sans « haine ni violence »…Comme le dit l’Ecclésiaste « Il y a un temps pour tout, un temps pour toute chose sous les cieux … Un temps pour aimer, et un temps pour haïr; un temps pour la guerre, et un temps pour la paix…

Le temps de la haine et de la guerre est fini.

Qui va récupérer la reconnaissance de la GLUA et des américains ? La GLNF y travaille, mais elle est encore loin de faire oublier ses erreurs passées, le Groupe des 4  autour de la GLDF se positionne mais avec l’inconvénient d’être essentiellement formé de Loges REAA (sauf la GLIF) et puis il y a la GLTF, la troisième voie qui cherche à revenir aux fondamentaux de la GLNF tels qu’ils ont été posés par Edouard de Ribaucourt.

D’aucun diront que je « retourne ma veste », pourquoi pas ? Après tout depuis 3 ans les injures et les règlements de compte ont été légion parmi les ex ou actuels membres de la GLNF.

Non, pour moi aussi le temps de la guerre est terminé. Je compte rester maçon sans obédience et travailler avec tous les Frères de bonne volonté pour essayer de faire de la recherche au travers de la RL indépendante Laurence Dermott.

Ma main est tendue vers tous ceux qui voudront bien la prendre. La GLTF est la bienvenue sur ce blog au même titre que toutes les autres obédiences.

T.D

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Le secret maçonnique

20 Mars 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Une fois n’est pas coutume, je souhaiterais aborder cette planche sur un plan très personnel ; non, parce que je suis à la recherche d’un divan confortable et d’une oreille avertie, mais parce qu’à mes yeux, il ne sert strictement à rien ni pour vous, ni pour moi, d’aborder la question du secret initiatique de manière essentiellement intellectuelle. Le mot « intellectuel » étant entendu ici dans sons sens péjoratif d’intellectualisme, cette maladie contagieuse qui nous contamine tous et qui guette tout jeune maçon introduit fraîchement dans ce bouillon de culture qu’est trop souvent la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui.

Cette approche personnelle du secret initiatique confèrera à mon travail une vertu dont je me suis trop souvent éloigné dans mes laïus précédents : celle de la brièveté.

Ceci démontrera par là même qu’il est plus facile, du moins pour ce qui me concerne, de faire un discours long et charpenté de citations et d’exemples, sur l’initiation que de parler de sa propre initiation, ou simplement d’y faire allusion…

Mon père qui n’était pas un intellectuel, et qui n’en était pas pour autant frustré, avait coutume de répéter cette maxime qui semble sortie tout droit de l’Almanach Vermot, ce recueil du bon sens populaire : « Un secret à deux, ce n’est plus un secret ! ».

Son discours était-il inspiré ? Je pourrais le penser aujourd’hui, en constatant qu’en ponctuant chacun de ses « airs entendus » de cette litote lapidaire, il énonçait une réalité que j’ai mis des années de maçonnerie sage et tranquille à découvrir : si le secret initiatique existe, il est impossible d’en parler à deux, et a fortiori à plusieurs.

C’est pourtant à cet exercice que se livrent les 1er et second surveillants dans l’ouverture des travaux du rituel dit de 1802, que je cite en ces lieux non par provocation, mais pour les besoins de la cause :

- « Mon Frère, qu’y a t il entre nous ? » commence le 1er surveillant

Question à laquelle le second surveillant répond :

- « Un secret, mon Frère ! »

Et le 1er surveillant de poursuivre par une question qui brûle les lèvres de tous ceux qui assistent à cette ouverture des travaux :

- « Quel est ce secret ? »

Pour aboutir à cette réponse :

- « La Franc-Maçonnerie. »

qui, pour le moins, dénoterait d’une pauvreté intellectuelle affligeante chez les rédacteurs de ce rituel, si nous n’y soupçonnions une volonté de provoquer chez nous, un questionnement rédempteur.

En fait, nous apprenons par là que le secret initiatique qui intrigue tant ceux qui ne le détiennent pas, c’est tout simplement la Franc-Maçonnerie.

Nous pouvons imaginer que c’est le même sentiment d’étonnement et de frustration dont ont été saisis, ceux qui s’attendaient à découvrir le secret du peuple élu à leur entrée dans Jérusalem au mois d’août de l’an 70 après Jésus-Christ.

Le 24ème jour de ce même mois, les soldats de Titus entrent dans le Temple de Jérusalem et y mettent le feu. Alors qu’ils pénètrent au centre du Temple, dans le Saint des Saints, au cœur de l’ancien palais d’or et de cèdre, là où seul le Grand Prêtre pouvait pénétrer au jour du Kippour, ils se précipitent pour savoir enfin ce qu’il y avait de si mystérieux en ce lieu, pour que les Juifs le gardent avec autant de précautions. Le général romain qui guidait ses soldats vers le centre des centres pensait enfin percer ce secret.

Soulevant alors le rideau du lieu saint, ils ne purent qu’être stupéfaits par le spectacle s’offrant à leurs yeux : il n’y avait rien ! Absolument rien !… Là, au centre de tous les centres, au centre du monde, au « lieu » par excellence, dans le cœur brûlant de Jérusalem, dont l’oubli entraînait pour le Juif que sa dextre se dessèche et que sa langue colle au palais, là était simplement un lieu désespérément vide de tout !

Et bien, mes Frères, pour ce qui me concerne, car comme je vous l’ai annoncé en introduction, c’est une vision personnelle qui préside au travail que je vous livre ce soir, le secret initiatique est aussi un « lieu vide tout »…

Mais ce lieu n’est « vide de tout » que pour celui qui comme ce général romain n’a pas pris la peine de passer par l’ascèse nécessaire et préalable à une véritable expérience que bien pompeusement, je vais qualifier ici de « spirituelle » à défaut de termes plus adéquats pour qualifier cette ouverture de notre intellect (ici, dans le bon sens du terme) vers justement ce qui ne peut être nommé.

Pour celui qui a vécu la plus minime expérience qui soit, ce « lieu vide de tout » déborde d’une plénitude qui lui confère à jamais la Sagesse, la Force et la Beauté, ces attributs qui soutiennent le Temple ainsi élaboré.

Parler plus longuement de ce secret initiatique serait faire œuvre de rhétorique et discuter à l’envi sur l’initiation, chose facile et à la portée de tout homme, mais qui sont autant d’éléments disqualifiants pour parvenir à l’expérience évoquée plus haut, qui est justement le seul moyen pour avoir une petite idée de ce que peut être ce secret si secret.

S’il était besoin de preuve, il suffirait d’être attentif un moment à cette volonté incompréhensible dans le cadre initiatique qui est le notre, que l’on peut constater chez nombre de maçons, à vouloir trouver une réalité concrète et rationnelle à cette idée de secret maçonnique.

Sans vouloir approfondir de trop cette piste purement « intellectuelle », qu’il nous soit permis un instant d’en cerner les quelques lieux communs les plus généralement assénés de manière rassérénante dans nos loges :

Il en est qui trouvent une racine historique à ce secret maçonnique - alors même, que nous le verrons plus loin, cela ne peut être – en rappelant la fameuse tradition opérative : Au temps des « opératifs », les francs-maçons, hommes de métier disposant des secrets du métier, auraient opté pour « dévoiler » dans leurs œuvres ce qui devait rester caché dans leur cœur.

Et alors que ce qui précède nous laisserait croire que le secret maçonnique trouve sa source dans le métier, pour le Chevalier André-Michel de Ramsay, il n’en est rien, lorsqu’il déclare dans son fameux discours en 1737 : « C'était, selon les apparences, des mots de guerre que les croisés se donnaient les uns aux autres, pour se garantir des surprises des Sarrasins, qui se glissaient souvent déguisés parmi eux pour les trahir et les assassiner ». Mais il ajoute tout de suite : « Ces signes et ces paroles rappellent le souvenir ou de quelque partie de notre science ou de quelque vertu morale, ou de quelque mystère de la foi. » Autrement dit, ce secret, loin de trouver sa source dans l’histoire, va la puiser dans « quelque mystère de la foi »… C'est-à-dire dans un temps mythique et non plus historique.

Vouloir ancrer le secret maçonnique dans l’histoire des hommes ne conduit qu’à faire une confusion entre ce qui est secret et ce qui est ésotérique. Ce qui est ésotérique n’est pas secret, mais tout simplement caché, voilé. Caché en vertu de la discipline de l’arcane exprimée sans ambiguïté dans Mathieu VII, 6 : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux, de peur qu’ils ne les foulent aux pieds, ne se retournent et ne vous déchirent.».

Cette discipline de l’arcane propre à toute tradition risquant de remettre en cause l’ordre social établi par les dogmes, c'est-à-dire par des règles essentiellement humaines, il est donc tout aussi naturel qu’important que les « empêcheurs de tourner en rond » observent une discrétion minimale sur leur manière de penser, surtout si cette façon de penser est génératrice de réaction, d’oppression voire, comme cela a toujours été le cas au cours de l’histoire humaine, de répression !

Henri Corbin prétendait « qu'il convient d'avancer de façon inconnue pour nous protéger de ceux qui sont inaptes au cheminement, par manque de qualifications, cela ne les concerne pas, et de ceux qui nous sont hostiles, cela ne les concerne que trop ».

Pour ne point se prendre trop au sérieux, je vous rappellerais ce mot fort à propos et plein de bon sens de l’humoriste Pierre Desproges qui disait que « l’on peut rire de tout, mais pas avec tout le monde ». On peut en effet parler de tout, mais pas avec tout le monde.

Face à cette nécessité de se protéger des attaques éventuelles de l’extérieur, toute organisation ésotérique se doit d’instaurer des règles internes de fonctionnement, et notamment la première d’entre elles : un serment prêté par tout membre de l’organisation de garder secrets les enseignements reçus, tout comme devaient rester secrets les règles et astuces du métier, qui faisaient justement la différence entre celui qui y avait été initié et celui qui y restait « profane » au sens étymologique de ce terme, à savoir celui qui demeurait devant le Temple, sans pouvoir y entrer…

Comme toute règle de droit, ce serment devait être assorti de sanctions à peine d’être tout aussi inapplicable qu’inappliqué. Delà, les imprécations quelques peu surannées diffusées par nos rituels : gorge tranchée ou autre torture plus ou moins barbare qui rappelle les supplices infligés au Moyen-Âge à celui qui s’était rendu coupable d’un crime de lèse-majesté.

Cette discrétion observée quant aux « secrets » du métier, valait aussi et vaut toujours quant à l’identité des membres de l’organisation.

Il pourrait être objecté ici à juste titre que c’est là une règle élémentaire de courtoisie que de ne pas trahir la confiance qui nous est faite, lorsque nous sommes amenés à connaître la qualité de tel ou tel homme, dans la mesure où notre sens de la morale, de la justice ou de la loyauté envers quelque chose de supérieur, ne nous obligent pas à justement révéler ce que nous aurions été conduits à apprendre.

C’est ainsi que dévoiler tel ou tel frère, sans son accord préalable, ne constitue pas une violation du fameux secret maçonnique, mais tout simplement une violation du serment prêté lors de notre initiation.

Il en serait de même à coup sûr de l’inobservance, malheureusement trop souvent constatée, du principe du secret des délibérations : Ainsi en est-il du Frère peu scrupuleux qui va dévoiler dès sa sortie de l’Atelier, les observations formulées par tel ou tel Frère sur tel ou tel autre Frère admis, par exemple à présenter un travail d’augmentation de salaire.

Mais pour regrettables que sont de tels incidents, plus souvent provoqués par la bêtise que par une réelle volonté de nuire à l’organisation, personne ne pourrait soutenir sans provoquer l’hilarité générale que ces manquements méritent d’être punis d’un égorgement.

Que dire alors de la révélation des mots, signes et attouchements, qui ont déjà fait l’objet d’indiscrétions multiples, et qui alimentent en permanence les étagères du rayon « ésotérisme » des grandes surfaces. Aucun maçon sain de corps et d’esprit (ce qui a priori constitue un pléonasme dont vous voudrez bien me pardonnez) ne peut croire qu’en révélant ces « secrets » de polichinelle, il s’expose à la terrible vengeance d’une sorte de Sainte-Vehme reconstituée pour l’occasion.

Mais, même lorsqu’il donne – sans penser peut-être d’ailleurs que c’est là quelque chose de paradoxal pour un franc-maçon – un caractère « symbolique » à ces sanctions, il ne peut imaginer que c’est en ça que réside le secret initiatique.

Tout simplement parce, que toute cette perspective s’inscrit à un espace-temps, et penser que le secret initiatique puisse se concevoir dans un temps historique risque de rendre inopérante toute tentative d’en percer un jour le ….. secret !

Bien au contraire, le secret initiatique s’inscrit dans un espace-temps qui n’a rien à voir avec l’histoire, et c’est bien pour cela qu’il se trouve être incommunicable avec des mots fussent-ils tirés de nos rituels.

Le seul moyen pour un homme de percer ce secret est de se faire initier. C’est là, cependant, une condition nécessaire mais insuffisante. Encore faut-il pour cet homme devenu maçon de vivre au sein de sa maçonnerie, l’expérience qui lui dévoilera le secret, mais qui ne lui révèlera qu’à lui seul, car le langage par lequel le secret est révélé n’est utilisé que par les deux entités sujet et objet de cette révélation… Pour chacun d’entre nous, il s’avère langage particulier, même si le secret qu’il révèle semble être le même pour tous.

Si l’on reprend alors l’échange entre les deux surveillants qui ouvre les travaux dans le rituel de 1802 :

Frère Second surveillant qu’y a-t-il entre nous ?

Un secret mon Frère !

On comprend bien dès lors que tous deux parlent bien du même secret. Mais lorsque le 1er surveillant demande au second surveillant de lui dire quel est ce secret, ce dernier ne peut faire que cette réponse qui peut paraître dubitative : « La franc-maçonnerie ». Il indique par là que pour découvrir ce secret, il faut passer non seulement par la méthode, mais surtout par l’application de cette méthode dans ce qu’elle a de plus pur, dans ce qu’elle est de débarrassée de toutes les pesanteurs dont la vie dans le monde et dans l’histoire l’a chargées.

On peut alors donner sa juste valeur à ce sonnet anonyme du XVIIIe siècle :

« Pour le public, un franc-maçon

Sera toujours un vrai problème,

Qu'il ne saurait résoudre à fond

Qu'en devenant Maçon lui-même. »

Je pourrais, pour illustrer mon propos, inventer un autre dialogue, dans lequel le 1er surveillant demanderait au second : « quel goût ont les fraises ? », et le second surveillant lui répondrait par cette lapalissade : « les fraises ont le goût de la fraise ! ».

Comment expliquer en effet à quelqu’un qui n’a jamais goûté à une fraise, ce qu’est le goût des fraises ?

Nous savons bien que cela est impossible, et que le secret du goût des fraises est tout aussi incommunicable que le secret maçonnique. Cette incommunicabilité n’ôte cependant rien à sa réalité : les fraises ont un goût, c’est sûr ! Et pour le connaître, il est nécessaire et suffisant d’y goûter, d’en faire l’expérience.

Mais quand bien même cette expérience aurait lieu pour deux êtres, qui dès lors, comme nos deux surveillants du rituel de 1802, semblent parler de la même chose… S’agit-il bien de la même chose ? Qu’est-ce qui peut me dire que le goût que je trouve aux fraises que je mange est le même que celui que mon Frère en maçonnerie trouve à ses propres fraises ?

Les fraises sont identiques et communes à tous, leur goût demeure à jamais particulier à chacun, sans possibilité de communication sur le sujet avec un autre que Celui qui a fait que les fraises aient un goût, car comme le disait Sohrawardi : « Pourquoi Dieu a-t-il créé ses créatures, si ce n’est pour pouvoir converser avec elles en secret ? »

Eric-Emmanuel Schmitt nous dit dans son évangile selon Pilate : « Il est évident que pour décrire le séjour de Jésus au désert, je me sers de ma nuit au désert lorsque, au mois de février 1989, je suis entré athée dans le Sahara et ressorti croyant… En fait, je n’utilise pas tant que cela mon expérience singulière. Je n’écris que ce qui est nécessaire à mon livre. Je continue à garder pour moi cette nuit sous les étoiles qui a changé ma vie. »

Je vais donc le suivre sur ce point et arrêter là mes tentatives inutiles de vous parler de ce qui, par définition, est indicible, en me contentant (et ce ne sera déjà pas si mal si j’y parviens) d’espérer donner envie à ceux qui n’ont jamais mangé de fraises, ceux dont on dit ici, qu’ils ne savent ni lire ni écrire, mais seulement épeler, d’apprendre ce secret merveilleux qu’est le goût de la fraise.

J’ai dit !

Source : http://fm.alsace.tradition.over-blog.com/article-le-secret-ma-onnique-110966558.html

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Le pourquoi du secret de la Franc-Maçonerie

19 Mars 2013 , Rédigé par François Montlosier Publié dans #Anti-Maçonnisme

Pour le citoyen lambda, l'influence de la franc-maçonnerie est réelle depuis longtemps, mais elle est rangée au même rang que celle des groupes de pression, aussi puissants soient-ils.

La franc-maçonnerie est une société secrète dont la philosophie affichée ne peut plus cacher les véritables mécanismes. Ce que les obédiences nomment dérives est en fait ce qui volontairement ou involontairement ne peut ou ne veut être caché.

Le bon sens incline à constater que si la philosophie maçonnique est véritablement axée sur une réflexion visant l'humanité entière, elle ne peut rester secrète et doit être au minimum ouverte. A quoi serviraient donc les "lumières" de quelques hommes réfléchissant à l'humanité si elle ne doit pas y participer ? Considérer que quelques hommes choisis sont aptes à la réflexion, c'est disqualifier la notion même d'égalité si chère à la philosophie maçonnique.

Concrètement et sérieusement, quelle que soit la philosophie, la franc-maçonnerie fonctionne sur deux principes de base: la fraternité entre les membres (quels qu'ils soient) et le secret de cette fraternité.

Ces deux obligations ont pour effet grégaire l'entraide entre les membres. Cet ensemble leur confère une puissance collective et individuelle. C'est, concrètement, leur seul secret initiatique.

ENTRAIDE

Basée sur la fraternité, la franc-maçonnerie crée entre ses membres des liens dont la motivation pratique individuelle est l'entraide. Donner "un coup de main" s'entend pour tout un chacun comme un acte de solidarité conscient et une démarche individuelle. L'initiative est personnelle, elle résulte d'un constat qui entraîne une réaction consciente positive en opposition à une situation négative. Plus qu'à la morale, l'entraide fait appel à la conscience humaine qui rejette le malheur, l'injustice et l'exclusion.

Si cette entraide est parfaitement concevable, elle n'est plus limitée par la conscience individuelle dès lors que la fraternité est secrète. Elle oblige à se porter en aide exclusivement à tout membre qui en fait la demande. Cette aide ne répond plus au discernement mais à l'appartenance de l'autre à la même société secrète. Ce n'est plus l'initiative individuelle qui préside à l'acte d'aide mais l'appel quels qu'en soient les motifs. Ainsi la demande d'aide n'est pas, hormis probablement quelques cas infinitésimaux, un appel à défendre justement, mais à agir délibérément et aveuglément dans l'intérêt exclusif d'un autre frère.

OBLIGATION D'ACTION

De plus, les deux principes réunis (fraternité et secret) créent l'obligation d'action. Il n'est pas envisageable de refuser, en conscience, une action demandée par un frère socialement secret car ce refus s'apparente à la négation de son propre engagement vis à vis de la communauté occulte. La notion de fraternité, dès lors qu'elle est secrète, implique l'obligation de servir le frère et d'être servi par lui. Cette obligation s'étend logiquement au frère retiré organiquement des structures actives de la franc-maçonnerie.

Les règles de la mafia sont un exemple de cette obligation stricte. De nombreux petits mafieux ont fini leurs jours dans un caniveau quand ils ont joué l'indépendance ou pire le non-respect de la fraternité. On ne sort donc jamais d'une société secrète.

OBEISSANCE

Le ciment de toute société secrète et la condition de sa pérennité tient dans son organisation. Le secret ne suffit pas. Il faut un but et des moyens. Le but est individuel, les moyens sont collectifs.

L'homme qui entre en franc-maçonnerie poursuit concrètement un but qui n'est pas philosophique mais pratique. Le "recrutement" par parrainage le lui confirme dans les arguments qui lui sont donnés.

Il lui confirme également que, plus qu'une hiérarchie, la société secrète présente des degrés de filiation. Comme la famille ancestrale, l'évolution de l'individu est calquée d'abord sur son obéissance absolue aux anciens (la symbolique du silence), puis sur son "éducation" (la symbolique de l'initiation), ensuite sur ses actes d'allégeance (les services qui lui sont demandés en même temps que ceux qu'il peut rendre, anodins d'abord puis plus impliquant).

La franc-maçonnerie devient donc naturellement, inconsciemment, un substitut familial qui prend la place de la famille naturelle et en tout cas fonctionne comme la famille ancestrale sur la base de l'obéissance aux anciens. La confusion entre sagesse et obéissance fait partie de la mystification.

Mais l'obéissance, ciment de la société ancestrale lorsqu'elle se réfère à la sagesse, peut également conduire à l'allégeance obligée par le fait même de l'adhésion secrète. Ce qui est secret n'est, par définition, pas communicable mais seulement connu de ceux qui partagent le secret. La trahison implique la sanction et ôte toute envie de quitter le groupe car la connaissance des pratiques liée au secret reste. La perception du risque, non de la révélation des pratiques, mais de la reprise de la liberté de conscience individuelle, exclu l'individu non seulement du groupe secret, mais de la société entière.

L'obéissance à une structure ne suffit pas pour la pérenniser il faut qu'elle procure des moyens conséquents, efficaces et utiles à ses membres en respectant les degrés d'implication de chacun. Il faut donc un échange qui bénéficie à l'individu et simultanément au groupe. C'est le principe des obligés.

Or ces moyens ne sont efficaces qu'à la condition qu'ils soient tissés lentement, sûrement et dans l'ombre, mais surtout qu'ils présentent un intérêt réel et pratique pour le membre.

Quelle que soit la communication officielle des obédiences, l'homme de la rue dit que la franc-maçonnerie est le véritable pouvoir, simplement par la perception de bon sens qu'il a sur des constatations bien réelles éclairant son vécu quotidien par les "affaires" révélées, les hommes qui y participent et les méthodes récurrentes. Il a aussi l'écho grandissant du flot des victimes dont certaines sont inévitablement dans son entourage.

L'homme de la rue, même s'il n'a pas les moyens directs d'informations sait repérer les incohérences et les comportements. Il n'a pas confiance dans les institutions et dans le respect des lois (pas seulement juridiques, mais économiques et sociales) car il perçoit les effets, parfois grossiers, des réseaux d'influence et de pouvoir dans son quotidien.

MOYENS

Il est donc incontestable que la franc-maçonnerie, plus qu'un réseau d'influence spécifique qui n'a d'existence qu'en fonction de l'intérêt du moment (lobbing), est en fait une société de l'ombre, un double agissant sur des règles propres et secrètes. En effet, les puissants réseaux maçonniques possèdent des membres dans tous les rouages de la société si bien que par l'effet de la cooptation et de l'entraide, ils finissent par capter la République entière pour s'en servir et asservir sa substance. C'est un constat et non une conclusion. Pour chaque membre, ils représentent à la fois un moyen d'action et une protection optimale. Ces deux raisons qui font appel aux bas instincts de l'homme finissent par devenir une raison de vivre et une reconnaissance de ses choix.

De nombreuses affaires, liées à la politique (financements occultes, copinages, maversations, etc...), à l'économie (tribunaux de commerce, mandataires judiciaires) et à la justice (magistrats, avocats, huissiers, notaires) trouvent leurs génèse, leurs explications, leurs mécanismes et leur existence même dans l'action de ces réseaux.

On ne peut que constater que les membres de ces réseaux secrets répondent à une logique de dépendance dont le service rendu cimente les liens et endort le scrupule. Les intérêts personnels, qui bien souvent transgressent les règles naturelles de la vie en société, rencontrent d'autres intérêts personnels et cette somme constitue un ciment fondamental à la reconnaissance, à la cooptation et au partage d'une démarche identique.

Le bon sens incline à constater que cette dépendance ressemble également en tous points au système mafieux. Pour obtenir dans la société un bienfait individuel, il faut qu'il soit implicitement mérité et reconnu, donc légitime. Si ce n'est pas le cas, il faut l'obtenir directement de celui qui le détient. L'obtention ainsi acquise est opposable à la société entière qui ne peut en contester la validité sauf à renier le principe même de la légitimité de son organisation et de ses "valeurs".

LE SECRET, CIMENT DE LA REUSSITE

Ce système ne fonctionne qu'à la condition qu'il soit secret (prestation de serment), qu'il oblige à un engagement actif qui fait passer de la liberté à l'asservissement consenti et qu'il corresponde à une vision sélective et grégaire du pouvoir sur la société et ses rapports humains. Le tout pour assurer au membre de la société secrète une existence formelle.

Dès lors, le mensonge, la dissimulation, la diffamation, la tentation de la forme à la place du fond, les faiblesses, le vice parfois, la perversité, sont les dérives obligatoires d'une société secrète dont les membres répondent à un idéal individuel qui n'a rien de philosophique mais qui, en fait vise à bénéficier et utiliser le patrimoine commun au détriment de la société tout entière.

Le secret des liens entre membres est la condition de la dépendance en ce qu'il crée un pacte ou la corruption est une preuve de fraternité et d'engagement inaliénable à ses frères, eux aussi secrets.

Les effets sont destructeurs: utilisation de la justice, du pouvoir financier, des institutions collectives, des médias, pour atteindre ses objectifs.

La prestation de serment au service de la République pour un magistrat, un avocat, un notaire, un huissier est un engagement écrasant, une responsabilité d'homme ou de femmes libres, possédant une très haute conscience, non d'eux-mêmes à travers la fonction, mais de la fonction en propre. A ce titre, ils sont responsables de l'équilibre de la société, de sa cohésion et de son existence face aux autres citoyens.

Or si ce serment fait devant la collectivité entière engage au respect absolu de la philosophie des Lumières et de ce qui préside à notre démocratie péniblement acquise, il ne peut se satisfaire pour ces charges d'un autre serment, qui plus est occulte et opposé dans son principe au respect absolu des principes fondateurs de la démocratie, de la République et de la condition humaine.

Quelles que soient les motivations de l'individu, la fonction qu'il occupe dans et pour la société ne lui appartient pas et ne peut être qu'au service de la collectivité. Il ne peut y avoir deux "règles du jeu" dans un même jeu, surtout lorsque celle qui est connue n'est pas celle qui s'applique effectivement mais sert à masquer la seconde.

Dès l'instant ou l'idée même d'user de la fonction, par le pouvoir et l'aura qu'elle impose aux autres, germe dans l'esprit du responsable, elle aboutit à la perte, même momentanée, de l'engagement initial et à la déchéance de légitimité au regard de la collectivité et des motifs de la charge. Lorsque cette charge est obtenue par cooptation, parrainage ou par la capacité de l'individu à ne pas être totalement libre de lui-même, et en fait, dépendant du secret d'une communauté parasite, c'est le procès de Kafka qui se substitue à la réalité.

On ne peut servir deux maîtres à la fois. Les francs-maçons sont tenus de servir en premier lieu la franc-maçonnerie qui leur procure, à titre individuel, bien plus de satisfactions que les contraintes de l'équité, de la justice, de l'honneur, de la vérité et de l'égalité.

Il y a mystification de la société dans l'engagement individuel d'un franc-maçon. S'il est indéniable que des individus aient des affinités entre eux, des intérêts communs et des objectifs grégaires, il n'est pas concevable qu'ils se servent de la conscience collective partagée (principe démocratique, égalité, lois) pour s'affranchir de la sanction ou pire l'utiliser à des fins personnelles.

La franc-maçonnerie utilise tous les rouages du régime dans l'intérêt propre de ses membres. Elle n'existe que parce que les liens qui unissent ses membres sont secrets et qu'un régime lui sert de nid. De même, il n'existe pas de francs-maçons "affairistes", il existe que des francs-maçons qui se rendent service.

LE REMEDE

La fin de la franc-maçonnerie ou de tout groupe sectaire occulte n'est pas liée à la fin d'un régime, quel qu'il soit, mais à la fin du secret d'appartenance de ses membres.

Il est inadmissible que dans une société organisée, certains de ses membres utilisent à titre personnel ou en groupe à visage couvert les institutions qu'ils contrôlent petit à petit. Seule l'existence d'une société secrète en permet la possibilité. La franc-maçonnerie n'est pas la première et ne sera pas la dernière tant que nous n'aurons pas compris son mécanisme fondamental. Elle fait appel aux bas instincts de l'homme qui réduit la vie au paraître, incapable d'accomplir l'être.

Rompre le secret de l'appartenance à la franc-maçonnerie, n'est pas s'attaquer à la philosophie humaniste, c'est lui permettre de se développer, de s'auto-contrôler et de mettre enfin les actes en accord avec les mots pour empêcher toute perversité.

L'interdiction à des membres de sociétés secrètes de l'accès sans identification aux rouages à vocation collectifs, à commencer par la justice, la police ou l'administration est une évidence du fait même de l'existence du serment. Les corps législatifs de certains pays, comme l'Angleterre et l'Italie, se sont résolus à cette disposition, probablement pour conserver un peu du maigre crédit populaire qu'il leur restait.

La laïcité, cheval de bataille symbolique des francs-maçons du siècle dernier, doit être comprise dans son intégralité. Est supérieur à toute démarche individuelle, l'existence des principes de la République et de la Démocratie. Ces dernières garantissent d'ailleurs pleinement l'exercice des convictions pourvu qu'elles ne soient pas en contradiction avec le principe fondateur de la société, résumé dans le triptyque Liberté, Egalité, Fraternité.

Il y aurait donc confirmation du pouvoir occulte et néfaste de la franc-maçonnerie à revendiquer le secret, même individuel, d'appartenance de ses membres.

Malheureusement, il ne peut en être autrement car cette connaissance permettrait de comprendre bien des affaires inexpliquées, bien des injustices qui touchent chaque citoyen honnête ou son voisin, bien des dysfonctionnements dans tous les rouages de pouvoir du pays et bien des violations de lois par ceux qui ont reçu mission de les appliquer.

La seule obligation d'indépendance réduit à néant l'intérêt personnel et rend l'institution elle-même indépendante des individus qui la servent au seul profit de l'ensemble de la communauté dont ils font bien évidemment partie.

Il ne s'agit pas de brimer ou de sélectionner les convictions, bien au contraire, mais de restaurer effectivement le principe premier d'égalité qui a présidé, au moins dans ce qu'il était perçu par le peuple et qui en a permis la concrétisation, au ciment de notre société.

L'absence de liberté d'un franc-maçon en fait obligatoirement une arme dangereuse pour tous les "profanes" dont l'obligation de survie impose le discernement.

Tout ceci relève du bon sens. Dès lors, un des moyens efficaces pour identifier un franc-maçon reste la méfiance qui contribue à affaiblir les mécanismes couramment utilisés par ce groupe, le double-langage, le respect imposé à priori des titres et fonctions sociales, l'utilisation systématique des symboles, l'absence de concrétisation des paroles, etc... Accessoirement cette disposition d'esprit sera de toute façon efficace et salutaire à titre d'antidote envers n'importe quel groupe du même type.

Source : http://leschroniques.net/ana_secret_fm.htm

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Le Secret Maçonnique : qu'est ce que la Franc-Maçonnerie?

18 Mars 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Voici la définition officielle du Larousse :

C'est une "association en partie secrète répandue dans divers pays et dont les membres professent des principes de fraternité, se reconnaissent entre eux à des signes et à des emblèmes, et se divisent en groupes appelés loges".

A la vue de la définition précitée, tout profane serait mené à croire que la Franc-Maçonnerie est, effectivement une société secrète. Mais on peut arguer que la Franc-Maçonnerie est loin d’être une société secrète mis a part les signes, attouchements et mots sacrés elle ne cache pas ses activités encore moins son existence. Combien reste-t-il de Secrets Maçonniques non publiés ? Des écrits qui inondent les librairies et surtout l’internet. Les auteurs sont souvent des profanes avec l’esprit trop fertile mais comprennent aussi d’autres ayant pourvus le public des ouvrages relativement bien documentés et objectifs. Ils comptent aussi parmi eux des Maçons, des anciens et d’autres qui prônent plus d’ouverture. Alors pourquoi insister autant sur le secret… d’autres organisations sont aussi « secrètes » autant que la notre ?

Le Secret Maçonnique, comme tout ce qui est Maçonnique, est avant tout un symbole qu'il faut interpréter. L’origine de ce symbolisme découle de plusieurs sources :

La première étant liée au métier même des bâtisseurs des cathédrales. Ces vrais mâcons avaient un savoir faire prodigieux. Ils étaient dépositaires des secrets relatifs à la construction des édifices, qui des siècles après nous éblouissent toujours. Ainsi tout nouveau mâcon devait prêter serment, sous peine des sanctions les plus sévères de garder inviolables tous les secrets du métier et de ne les révéler qu'à quelqu'un dûment reconnu comme maçon de métier. Pour se faire reconnaître, ces ouvriers du Moyen Âge utilisaient des mots, des signes et des attouchements secrets aussi rustiques – qui sont les nôtres maintenant.

La seconde source est liée aux persécutions que faisaient faces les Mâcons pendant des siècles. La Franc-Maçonnerie, pour se protéger des attaques virulentes de la part de l’église et des organisations antimaçonniques évoluaient en secret. Plus récemment, la Franc Maçonnerie de part ses principes de Liberté, Egalite, Fraternité, était la victime indiqué de ceux prônant le nazisme et le communisme, comme le totalitarisme. Or il convient de mentionner que ceci est relativement à un degré moindre de nos jours. À notre époque, même s’il existe toujours des sentiments antimaçonniques, ils ne sont pas aussi démesurés. Mais néanmoins, ces persécutions ont induit une certaine obsession du secret chez beaucoup des Maçons. Cette obsession a moins de raisons d'être aujourd'hui, mais les habitudes sont prises et il est vrai que, dans certains milieux, s'afficher comme Franc-Maçon peut conduire à des désagréments, notamment professionnels.

La troisième source est l’expression même de l'amour fraternel, la sérénité, la tranquillité d'esprit et d'âme que nous recherchons en nous réunissant en Loge, la durée d’une tenue. Pour créer cet égrégore, il est essentiel d’avoir une certaine intimité.

Mais le vrai secret réside dans l’expérience initiatique qui débute avec notre Initiation. La cérémonie d’Initiation permet au néophyte, symboliquement, de passer du monde profane au monde sacré. Combien ce moment est intense et personnelle ! D’ailleurs nous nous abstenons à commenter sur l’Impression d’Initiation de l’Apprenti. L'introspection qui est provoqué par l’Initiation enclenche, dans les couches les plus profondes de notre âme, un processus de perfectionnement impossible à exprimer à quelqu'un qui ne le vit pas lui-même. Cette expérience initiatique est absolument incommunicable. Il est indispensable de l’avoir vécu pour pouvoir comprendre. En maçonnerie comme tout est symbolique, toute chose est sujette à une interprétation propre du Franc-Maçon en quête de son idéal personnel. L'expérience initiatique personnelle, qui est vécue et développée selon la Méthode Maçonnique repose sur la compréhension et l'utilisation des symboles Maçonniques traditionnels. Par-dessus tout, il existe, dit-on, un secret d'une autre nature et parfaitement inexprimable, qui n'est autre que la révélation intérieure illuminant chacun des initiés au fur et à mesure qu'il progresse dans la voie de la lumière…

Il convient d’ouvrir une parenthèse ici pour mentionner la transition de la Maçonnerie dite “opérative” à celle dite “spéculative”. Avec la diminution dans la construction des cathédrales, les maçons adoptèrent d’autres métiers et s’éloignèrent de l’association. Celle-ci par contre ne cessa pas de s’accroître en recrutant des membres étrangers au métier. Ainsi la notion de la Maçonnerie « spéculative ». Les maçons de métier avaient pour obligation de sauvegarder les secrets du métier. La Maçonnerie“spéculative” est dépourvu de tout aspect physique et la construction n’est que d’ordre intérieur, spirituel. Ceci étant inexprimable, aide à renforcer la perception de secret qui était déjà pressente.

Les profanes pensent que la Franc-Maçonnerie est une société secrète. Ils usent leur imagination pour associer toutes sortes des légendes pour se convaincre de la véracité de leurs spéculations. Comme toutes sociétés, la Franc-Maçonnerie a un nombre limité de membres qui sont choisis selon des critères bien définis – la majorité des gens ne pouvant s’y adhérer. Le mystère entourant la Franc-Maçonnerie aiguise d’avantage le désir des aspirants et ne pouvant y accéder ils concordent toutes sortes de spéculations.

Je suis d’avis que cette perception persiste parce que le peu de secrets qu’on nous exorde de garder sont, pour les profanes, une source d’imagination. Le secret égale connaissance, donc pouvoir. Il n’est pas difficile de voir qu’un Franc-Maçon c’est surtout quelqu’un de bien... il est vertueux et de bonne mœurs. Les introspections qui lui sont imposées de par nos Rituels n’en fait que lui rendre encore meilleur. Ses efforts perpétuels de dégrossir sa pierre brute afin de faire partie de ce grand édifice, qu’est l’Humanité, lui prodiguent aussi des possibilités de surpasser les communs des mortels dans la cité. Et son appartenance apparente à la Franc-Maçonnerie souvent est interpréter comme s’il a bénéficié d’un quelconque soutien occulte. Il m’est souvent arrivé d’entendre qu’untel est Maçon… simplement parce qu’il a réussi dans les affaires ou qu’il a obtenu appointement important. Ce pouvoir peut faire peur jusqu’à amener l’opinion publique à manifester son besoin de savoir, son obsession de transparence.

Le sentiment que la Franc-Maçonnerie est une société secrète est aussi partager par les Maçons de grades inférieurs qui n’ont pas connaissance de ce qui se passe au-dessus de leurs grades.

Les secrets sont prépondérants dans les rituels…

- Le profane est déjà sondé lors de son audition sous le bandeau : « Pensez vous que la Franc Maçonnerie est une société secrète ? »

- Au début même de la rituel d’initiation il est exhorté de prendre son premier serment de silence, de ne rien révéler a quiconque

-Dans son Serment d’Affiliation le frère apprenti prend l’engagement de ne dévoile d’aucune façon les secrets de l’ordre Maçonnique au risque d’être voué a un fin atroce.

-L’or de l’investiture il lui est communiquer les secrets de son grade ; signe, attouchement et mot sacré.

D’ailleurs les Règlements Généraux prévoient des peines aussi sévères que l’exclusion du rite si un Franc-Maçon a été trouvé coupable de divulgation du secret maçonnique à des profanes ou même des maçons d’un grade inférieur.

Ainsi entourer de secrets le néophyte commence son cheminement initiatique. Et au fil des jours il verra que d’autres secrets lui attendent à chaque augmentation.

Il est à noter que le seul secret qu’un Franc-Maçon peut dévoiler c’est sa propre appartenance. Il ne peut sous aucune prétexte divulguer les travaux de la loge, ni les secrets de son grade, signe ou attouchement aux frères de grades inférieurs ou aux profanes.

Le véritable secret est trop sublime pour être exprimable car il ne peut que se vivre. Nos Rituels dans entre les mains d’un profane paraîtrait fade et, pour certains, burlesques. Mais exprimé en Loge, nous vivons des moments intenses qui deviennent une source de rejouvance qui nous permet de quitter les travaux de Loge et faire face aux exigences quotidiennes de la vie profane. Cette magie qui plane sur toutes les activités Maçonniques, qui seraient difficilement explicable et tout aussi incompréhensible du profane. Comment expliquer … l’Égrégore, cette communion parmi les Frères. D’autre part combien de fois ayant rencontré un Frère quelque part on commence a cherché du regard le troisième Frère … et invariablement il apparaît !

Le travail effectué en loge, dans la sérénité et hors d’atteinte de l’agitation du monde, aide les Francs-Maçons - surtout s’ils ne partagent pas le même avis – à s’éclairer les uns les autres pour pouvoir ensuite s’affirmer individuellement en citoyens dans leur vie quotidienne. Cette méthode, expérience unique de travail à la fois individuel et collectif, ne peut se transmettre par le discours - il faut la vivre et la pratiquer pour la connaître.

Le secret partagé par les membres d’une même société les lie, entre autres, en garantissant, en protégeant leur intimité. Divulguer le secret, c’est rompre cette intimité et briser alors le désir de maintenir ces liens avec, à terme, la destruction de ce qui unissaient. Ceci cimente la fraternité parmi les Frères. Joint à l’assiduité lors des tenues, cela permet à créer cette entente magique qui déborde les murs de la Loge.

Nos tenues commencent et se terminent rituellement par une cérémonie, mais le déroulement à l'intérieur du Temple, demeure incommunicable par des écritures. Il nous est impossible de décrire la magie d’une tenue, ceci même, à un frère qui s’était absenté lors de cette tenue.

Mais en réalité, la Franc-Maçonnerie est en fait une superposition de sociétés secrètes dont la base ignore ce qui se passe et ce que l'on décide au sommet. Les apprentis, les compagnons et les maîtres ne sont pas admis dans les ateliers supérieurs, dans les loges des hauts grades, mais seulement dans les ateliers inférieurs dit " loges bleues ". Par contre, les frères des hauts grades participent obligatoirement aux travaux des loges bleues, et se mêlent ainsi à leurs frères des premiers grades, dont ils inspirent, guident ou surveillent les activités.

Je constate qu’il y a toujours des secrets, même pour moi, Maître Maçon. Mais je conçois qu’il soit ainsi. Pour moi ce secret si bien gardé par mes aînés représente la connaissance, le pouvoir sur soi-même, qui m’est défendu maintenant mais qui me deviendraient accessible quand j’aurais fait montre de capacités requises.

Notre Maître Hiram, n’a t-il pas dit aux compagnons qui voulais accaparer des secrets « Insensé ! Ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu, ni qu’il doit être demandé … Travaille, persévère, et tu seras récompensé suivant tes mérites ».

T\R\M\, J’ai dit !

source : www.ledifice.net

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Jésuites

17 Mars 2013 , Rédigé par Gabriel Compayré Publié dans #spiritualité

Dès son origine, la Société de Jésus a mis l'éducation de la jeunesse au nombre des articles essentiels de son programme. Elle est incontestablement au premier rang parmi les congrégations enseignantes, quelque jugement que l'on porte d'ailleurs sur l'esprit de sa pédagogie. Ses efforts et ses succès ont suscité une mêlée d'appréciations contraires et passionnées, les unes entièrement louangeuses, les autres défavorables à l'excès. Pour les uns, les jésuites auraient atteint la perfection : « En ce qui regarde l'instruction de la jeunesse, disait Bacon, consultez les classes des jésuites : car il ne se peut rien faire de mieux ». Pour d'autres, les jésuites seraient d'aussi mauvais pédagogues qu'ils sont de redoutables politiques : « En fait d'éducation, disait Leibnitz, les jésuites sont restés au-dessous de la médiocrité ».

Ce qui est dès l'abord incontestable, c'est que les jésuites se sont appliqués à l'éducation avec une ardeur inouïe. Quelque disposé que l'on soit à juger sévèrement les méthodes pédagogiques des disciples de Loyola, comment se retenir d'admirer la ténacité et le zèle d'une Société qui depuis trois siècles, vouée à l'enseignement, résiste à toutes les attaques, suivit aux révolutions qui la proscrivent, aux arrêts d'exil qui la frappent, rouvre ses écoles que les monarchies ou les républiques ont fermées, renaît sans cesse de ses cendres, toujours infatigable et puissante, toujours prête à reparaître et à reprendre le cours interrompu de sa propagande et de ses travaux? Jamais corporation ne fut aussi savamment organisée et ne disposa d'autant de ressources pour le bien ou pour le mal.

Fondée en 1534 par Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus devait être, dans la pensée de son organisateur, une véritable milice de combat, dont le double but serait de conquérir de nouvelles provinces au catholicisme par les missions, et de lui conserver les anciennes par les écoles. La congrégation fut solennellement consacrée par le pape Paul III en 1540. Quelques années après, la Société avait déjà établi des collèges à Billom, à Mauriac, à Rodez, à Pamiers, à Tournon. En 1561, malgré le Parlement qui se dé fiait d'un ordre ultramontain, malgré les évêques qui redoutaient une congrégation directement soumise au pape, malgré l'Université qu'effrayait la concurrence de rivaux aussi actifs, les jésuites s'installaient à Paris même, grâce à la protection du roi. En Italie, ils avaient même succès. Un auteur italien du seizième siècle, Cremonini, raconte en ces ternies leurs débuts dans une ville de ce pays :

« Ils sont venus, pauvres et humbles d'allures. Ils ont commencé par apprendre la grammaire aux enfants ; et ainsi, peu à peu, lentement et graduellement, je ne sais trop par quelles voies, accumulant les richesses et s'insinuant pied à pied, ils sont arrivés à tout enseigner, avec l'intention, à ce que je crois, de devenir à Padoue les monarques du savoir (monarchi del sapere), si tant est qu'ils se contentent de si peu. »

Un instant compromis et expulsés de France, à la suite de l'attentat de Châtel (1594), ils furent rappelés par Henri IV en 1604, et depuis lors, pendant tout le cours du dix-septième siècle, leur histoire ne compte plus que des succès. Dès le commencement du dix-septième siècle, les jésuites réunissaient près de quatorze mille pensionnaires dans leurs collèges de la seule province de Paris. Et parmi ces élèves, que de noms célèbres ou glorieux, qui composent une véritable liste d'honneur : pour la guerre, Condé, Villars ; dans l'épiscopat, Fléchier et Bossuet ; dans le droit, Lamoignon et Seguier ; dans la philosophie, Descartes, plus tard Montesquieu et Voltaire ; dans les lettres, Corneille et Molière! Ajoutons d'ailleurs que quelques-uns de ces élèves ont formellement renié leurs professeurs. Voltaire disait : « Les Pères ne m'ont appris que des sottises et du latin ».

Quoi qu'il en soit, la clientèle de la Société grandissait toujours. C'était dans ses collèges que les classes moyennes et élevées plaçaient de préférence leurs enfants. Vers 1650, les Petites écoles de Port-Royal purent causer quelque ombrage aux jésuites. Mais Port-Royal fut dispersé, ses écoles rasées, et l'influence des jésuites, qui n'avait pas été étrangère à la persécution et à la destruction des jansénistes, devint prépondérante. A la fin du dix-septième siècle, l'ordre entier possédait, soit en France, soit dans les autres pays, 180 collèges, 90 séminaires, 160 résidences et un personnel de 21 000 membres. Le dix-huitième siècle, surtout vers la fin, fut moins favorable aux jésuites. Déjà bannis de la Russie en 1719, du Portugal en 1759, ils le furent de la France «n 1762, et de l'Espagne en 1767. Quelques années plus tard, en 1773, l'ordre tout entier était aboli par le pape Clément XIV. L'Eglise elle-même finissait par se révolter contre l'humeur despotique et les manières arrogantes d'une société dominatrice, véritable monarchie théocratique qui régnait sur le monde entier. Mais il n'y a pas de société plus vivace que la Société de Jésus. Après une éclipse passagère de leur fortune, les Pères furent solennellement rétablis (1801-1814) par le pape Pie VII. Ils reparurent en France sous le nom de Pères de la Foi, et y reprirent vite leur crédit. Cependant la Restauration elle-même, sous le ministère Martignac, fit fermer leurs maisons : les jésuites n'ont pas su se faire tolérer, même par les monarchies. Mais pour n'être pas légalement reconnus en France, les jésuites n'en ont pas moins continué à y vivre: et l'on sait comment, sous le second Empire, grâce a la loi du 15 mars 1850 sur la liberté de l'enseignement, ils en étaient venus peu à peu à. reprendre leur prestige pédagogique et à réunir dans leurs collèges une bonne partie des enfants de la bourgeoisie et presque tous les enfants de la noblesse. L'exécution des décrets de 1880 a eu pour résultat la fermeture de leurs collèges. Mais, malgré leur dispersion apparente, ils sont encore plus puissants qu'on ne le croit, et ce serait une erreur de penser que le dernier mot est dit avec eux.

Un estimable écrivain pédagogique, Louis Burnier, faisait remarquer que les jésuites n'ont presque rien publié sur l'éducation. « Ils ne sont pas de ces précepteurs, ajoute-t il, qui travaillent à se rendre inutiles. Eussent-ils quelques bons secrets de pédagogie, ils les garderont pour eux ou ils ne les confieront qu'en latin à l'usage de leurs adeptes. » Il y a quelque injustice dans ce reproche r si les Pères n'ont pas enrichi de beaucoup d'ouvrages la littérature pédagogique, c'est que, en trois siècles, leur esprit est resté le même et que leurs méthodes n'ont pas beaucoup varié. Par essence, la Société de Jésus est une corporation immobile. La Ratio studiorum ou règlement d'études publié en 1599. qui indique avec une extrême minutie la division dés classes, les matières de l'enseignement, les devoirs et les fonctions de chaque professeur, les règles de la discipline, est restée jusqu'à nos jours la loi suprême des maisons d'éducation dirigées par les Pères. En 1832, le général de l'ordre Roothan y introduisit quelques modifications insignifiantes, rendues nécessaires par les changements survenus dans les études. En 1854, le P. Beckx, autre général de la congrégation, dans une lettre écrite au ministre des cultes de l'empire d'Autriche, déclarait que la Ratio est la règle universelle de la Société et qu'elle ne peut être changée que sur quelques points de détail.

Avec la Ratio, ce sont les Constitutions parues en 1599 qu'il faut consulter surtout pour se faire une idée de la pédagogie des jésuites. Le quatrième livre des Constitutions est consacré tout entier à l'organisation des études. Joignons-y la Ratio docendi et discendi (1711) du P. Jouvency, la Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit (1687) du P. Bouhours, les oeuvres du P. Buffier au dix-huitième siècle ; et, si l'on veut des sources contemporaines, le livré du P. Daniel, les Jésuites instituteurs de la Jeunesse française (1880).

Des trois grands degrés de l'enseignement, primaire, secondaire et supérieur, il est à remarquer que les jésuites n'ont guère cultivé avec succès que l'enseignement secondaire. Pour l'enseignement primaire, ils n'ont volontairement rien fait. Même dans leurs collèges classiques, c'est à des religieux d'un autre ordre qu'ils confient volontiers les classes inférieures. Nulle part ils n'ont organisé d'écoles primaires. Il est facile de comprendre les raisons de cette abstention et de cette indifférence. Donner ses soins à l'instruction élémentaire du peuple, cela suppose qu'on hait l'ignorance, qu'on aime les lumières pour elles-mêmes, qu'on croit à l'obligation d'éclairer et d'agrandir l'humanité par le développement de l'intelligence. Or, les jésuites n'admettent guère la valeur intrinsèque de la culture intellectuelle. Ils ne comprennent cette culture que comme une convenance imposée par le rang à certaines classes de la nation. Loin de l'estimer par-dessus toutes choses, ils s'en défient, ils y voient une arme dangereuse qu'il est bon de ne pas mettre dans toutes les mains. Pour Ignace de Loyola et ses disciples, tout se subordonne à la foi, et là foi du peuple n'a pas de meilleure sauvegarde que son ignorance. Les jésuites n'ont pas compris que c'est le peuple surtout qui a besoin d'être éclairé, si l'on veut défendre sa moralité contre les mauvaises passions. Ils veulent bien reconnaître pourtant, dans les Constitutions, que « ce serait charité d'apprendre à lire et à écrire aux ignorants ». Mais, disent-ils, notre personnel est trop peu nombreux pour suffire à cette tâche : nous ne disposons pas des ressources nécessaires. Faut-il prendre cette excuse au sérieux chez un ordre qui a toujours pu ce qu'il a voulu! Non, la vérité, c'est que les jésuites ne désirent pas l'instruction du peuple. Nous en trouverions la preuve, si cela était nécessaire, dans ce passage des Constitutions : « Nul d'entre ceux qui sont employés à des services domestiques pour le compte de la Société ne devra savoir lire et écrire, ou, s'il le sait, en apprendre davantage : on ne l'instruira pas sans l'assentiment du général de l'ordre, car il lui suffit de servir en toute simplicité et humilité Jésus-Christ notre maître ».

Les jésuites ont fait plus d'efforts du côté de l'enseignement supérieur. Il ne leur déplaisait pas de s'emparer des universités afin de garder la haute main sur l'esprit des hommes. Mais leurs universités n'ont jamais brillé d'un vif éclat. C'est que la haute science vit de liberté, et que les jésuites n'admettent pas que l'esprit s'émancipe : ils le tiennent en tutelle et l'asservissent à des lois immuables.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de la faiblesse nécessaire des hautes études dans une corporation qui interdisait toute opinion nouvelle, qui semblait vouloir supprimer le "progrès, qui, enfin, était condamnée par ses principes à voir l'idéal de l'enseignement supérieur dans la monotone répétition des mêmes doctrines, rajeunies quelquefois par un verbiage élégant, mais le plus souvent usées et affaiblies par de mesquines interprétations.

Mais les jésuites ont un terrain qui est le leur, le terrain de cette éducation moyenne, de cette instruction classique qui a fait leur réputation, et où ils passent, non sans quelque raison, pour des maîtres. Venus au moment où la Réforme faisait de si rapides conquêtes dans les rangs de la bourgeoisie et de la noblesse françaises, et où, en même temps, la Renaissance paraissait menacer la société chrétienne d'un retour pur et simple aux lettres païennes, les jésuites ont voulu parer à ce double péril. Il n'était plus possible de maintenir dans sa sécheresse et sa raideur la discipline scolastique. L'esprit humain s'était émancipé, les hommes du seizième siècle avaient salué avec émotion leurs ancêtres dans les auteurs grecs et latins. L'étude de la littérature ancienne était devenue une nécessité ; la Réforme et quelques membres des universités lui avaient fait bon accueil. Les jésuites, obéissant au goût du temps, n'hésitèrent pas à introduire les lettres classiques dans les programmes de leur enseignement. Leur effort porta sur la recherche des moyens qui devaient permettre de raviver, d'égayer l'instruction par la variété et le charme des lectures antiques, sans compromettre pourtant la fin suprême de l'éducation, à savoir l'orthodoxie catholique. Accaparer les lettres grecques et latines au profit de la foi, tel fut le but avoué de la Société de Jésus.

On ne saurait disconvenir que les collèges des jésuites se distinguèrent dès le début par une discipline plus régulière, et en même temps plus douce, que celle qui était en usage dans les collèges de l'Université. La Ratio studiorum prescrit aux maîtres de ne recourir aux punitions qu'à la dernière extrémité : « Que le maître, y est-il dit, ne se presse pas de punir, qu'il ne pousse pas les punitions trop loin : qu'il fasse semblant de ne pas s'apercevoir des fautes commises, quand il le peut sans compromettre l'intérêt de l'élève ». Et ailleurs : « On obtiendra plus de bons résultats par l'espoir de l'honneur et des récompenses et par la crainte du déshonneur que par les coups ».

A l'inverse des jansénistes qui bannissaient l'émulation, ce qui faisait dire à Pascal : « Les enfants de Port-Royal, auxquels on ne donne point cet aiguillon d'envie et de gloire, tombent dans la nonchalance », les jésuites multipliaient les récompenses et les divertissements : les récompenses pour exciter l'émulation, les divertissements pour dissiper l'ennui de l'internat. Les récompenses ne consistaient pas seulement en distributions solennelles de prix : on accordait aussi aux meilleurs élèves des croix, des rubans, des insignes, comme on fait encore dans certaines écoles primaires et dans les pensionnats de demoiselles. Il y avait quelque puérilité et une condescendance trop marquée pour la vanité extérieure dans ce système de petites récompenses. Les récréations étaient aussi variées que possible, et sur ce point il faut louer les jésuites. Précisément parce qu'ils imposaient à leurs élèves un internat rigoureux, les jésuites étaient intéressés à rendre agréable, s'il était possible, aux jeunes reclus le séjour de leur prison. Les représentations théâtrales ont toujours été en honneur chez les jésuites. L'Université les avait longtemps pratiquées, mais elle les abandonna à cause de leurs inconvénients manifestes: perte de temps, excitation excessive au plaisir, encouragement prématuré donné au désir de plaire. Ce que les jésuites recherchaient dans ces exercices dramatiques, ce n'était pas seulement une distraction pour les jeunes gens, c'était une école de tenue et de bonnes manières. « La tournure, dit un Père jésuite, est souvent la meilleure des recommandations. » L'élève doit apprendre à tenir la tête, les pieds, les mains. Il saura, par exemple, qu'il n'y a pas de dignité, quand on parle, « à avancer l'index, en fermant les autres doigts ; qu'il est très convenable au contraire de joindre ensemble l'annulaire et le médius en écartant un peu les autres doigts ». La préoccupation du decorum, louable en elle-même, aboutissait chez les jésuites à des minuties ridicules et à une affectation lâcheuse.

Un trait particulier de la discipline jésuitique, c'est l'association des élèves au gouvernement de la classe, leur coopération au maintien du bon ordre. Le principe est excellent, mais les jésuites en ont abusé. Dans chaque classe, ils distinguaient des élèves d'élite qui étaient chargés de recueillir les devoirs, de signaler les absences. Jusque là, tout est bien ; mais ces élèves privilégiés devenaient des espions entre les mains des maîtres. Les jésuites ne craignaient pas la délation : ils l'encourageaient. Ainsi l'élève qui avait fait usage de la langue française, au lieu de parler latin, pouvait être déchargé de la punition encourue, s'il prouvait par témoins que le même jour un de ses camarades avait commis la même faute.

Un autre trait caractéristique du régime des collèges des jésuites, c'est le souci qu'on y prenait de la santé des élèves. La Société de Jésus n'est jamais tombée dans l'erreur, trop commune chez les mystiques, de croire qu'on travaille pour l'âme en mortifiant le corps, en le soumettant à des excès de privation et d'austérité. D'autre part, il ne faut pas imposer à l'intelligence un travail excessif. Le travail prolongé e (fatigant, le travail à la façon des bénédictins, n'a jamais été en honneur chez les jésuites. Défense était faite aux écoliers de travailler plus de deux heures de suite. « Vous devez veiller avec un soin particulier, est-il recommandé aux maîtres, à ce que les élèves n étudient pas au temps où leur santé pourrait en souffrir, donnant au sommeil le temps nécessaire et gardant une juste mesure clans les travaux de l'esprit. » Conseils sages, inspirés par une idée exacte de l'équilibre qu'il convient d'établir entre les forces morales et les forces physiques. Ordre militant avant tout, les jésuites ne songent pas à imiter les ordres purement monastiques : ils savent le prix d'un corps robuste, et estiment, comme elle le mérite, la santé physique.

Les jésuites étaient d'autant plus disposés à récréer leurs élèves dans l'intérieur du collège qu'ils leur permettaient moins de distractions au dehors. Les externes étaient soumis eux-mêmes à une surveillance sévère : on leur interdisait d'assister aux spectacles publics, aux grandes réunions, aux exécutions, sauf aux exécutions d'hérétiques. Ce dernier spectacle était autorisé, et presque recommandé, comme salutaire à la foi!

Le défaut le plus général et le plus grave de la discipline jésuitique, sans parler ici des châtiments corporels (Voir Punitions), c'est qu'elle affaiblit outre mesure, elle supprime presque, l'action des parents. On se plaint souvent du casernement, de la séquestration complète des enfants dans les collèges de l'Université. Ce sont les jésuites qui ont inventé le système. Une fois enfermé dans les quatre murs de l'internat, l'enfant n'a presque plus de relations avec ses parents. Les jésuites lui dorent peut-être plus que d'autres les barreaux de sa prison, et l'amusent davantage dans sa cage ; mais ils prétendent en revanche le dominer tout entier et ne laisser rien à faire à la famille. Dans la Ratio, il n'est question qu'une seule fois des parents : « Dans les cas graves, on pourra faire venir le père et la mère, si l'on croit utile de s'entretenir avec eux de leurs enfants, ou même on ira les trouver chez eux, si le rang des personnes exige cette condescendance ».

Il ne faut pas craindre de le dire, la tendance des jésuites est plutôt de relâcher que de resserrer les liens de l'enfant avec sa famille. Voici quelques traits empruntés à un livre du dix-septième siècle qui, sous ce titre : Portrait du parfait écolier, nous révèle l'idéal rêvé par la Société. Il s'agit d'un jeune Tyrolien, Jean-Baptiste de Schultaus, élevé de 1635 à 1640 dans le collège des jésuites de Trente, et qui devint plus tard membre de l'ordre. « Sa mère lui rendit visite au collège de Trente. Il refusa de lui serrer la main et ne voulut même pas lever les yeux sur elle. Celle-ci, étonnée et affligée, demanda à son fils d'où venait la froideur d'un pareil accueil. « Je » ne te regarde point, non parce que tu es ma mère, » mais parce que tu es femme. » Et. le biographe ajoute : « Ce n'était pas là un excès de précaution ; c'est la femme qui toujours chasse l'homme du Paradis ». Quand la mère de Schultaus mourut, il ne montra pas la moindre émotion, « ayant depuis longtemps adopté la sainte Vierge comme sa vraie mère». Après cet exposé rapide des procédés de discipline en honneur dans les collèges des jésuites, examinons maintenant quel était l'enseignement des Pères et l'esprit de cet enseignement.

Le fond de l'enseignement des jésuites, c'est le grec et le latin, surtout le latin. Les deux langues sont placées au même rang dans la Ratio ; mais, en fait, le latin prenait le dessus et devenait la principale étude. Ecrire en latin, tel était l'idéal désiré et souvent atteint, grâce à des méthodes ingénieuses et efficaces. D'abord la langue maternelle, la langue vulgaire comme on disait alors, est interdite jusque dans les conversations de camarade à camarade. On est puni pour avoir parlé français. C'est seulement les jours de fêle et en guise de récompense que les écoliers étaient autorisés à converser entre eux autrement qu'en latin. De perpétuelles études de grammaire latine, des explications d'auteurs, de longues récitations, enfin des exercices écrits en prose et en poésie latines, tels étaient les moyens principaux employés par les jésuites et transmis par eux aux collèges de l'Université. Sans doute, nous sommes loin de croire que l'instruction secondaire ait pour objet unique ou essentiel l'art d'écrire dans la langue de Cicéron : mais le but une fois admis par hypothèse, il faut reconnaître que les jésuites avaient admirablement combiné leurs méthodes scolaires pour l'atteindre.

Il n'est peut-être pas difficile de devenir un bon latiniste, quand on ne songe à. devenir que cela. Or, pendant tout son séjour au collège, l'élève des jésuites n'a pas d'autre préoccupation que l'étude de la langue latine. La Ratio fait, il est vrai, une petite part à l'érudition, c'est-à-dire aux connaissances historiques. Mais c'est seulement à propos des auteurs expliqués en classe que le professeur entrera dans quelques détails sur les moeurs des peuples, sur les événements de l'histoire. « L'érudition, dit la Ratio, ne sera employée qu'avec mesure, afin d'exciter de temps en temps l'esprit, sans empêcher l'étude de la langue. » L'histoire ne pénétrait donc dans les premiers collèges des jésuites que par une porte de derrière, pour ainsi dire, accidentellement, à propos d'un texte grec ou latin. L'histoire moderne et l'histoire de France étaient entièrement laissées de côté. Un Père a écrit de notre temps : « L'histoire est la perte de celui qui l'étudie ». Ce dédain systématique de l'histoire jette à lui seul un grand jour sur l'inspiration générale des études des jésuites. Les faits historiques, comme tout ce qui constitue un enseignement positif, répugnent à un système de formalisme et d'éducation superficielle.

Les auteurs anciens eux-mêmes n'étaient pas expliqués à fond et en entier : on procédait par morceaux choisis, par extraits. On craignait d'appliquer la méthode que Rossuet pratiquait avec le Dauphin : l'élude d'un auteur poursuivie d'un bout à l'autre de ses ouvrages. En d'autres termes, ce n'étaient pas les auteurs anciens dans leur vérité, dans leur intégrité, que les jésuites faisaient connaître aux jeunes gens. Forcés par le goût du temps de faire entrer les lettres antiques dans leur plan d'éducation, ils espéraient, par les travestissements, par les suppressions qu'ils se permettaient, déguiser assez les auteurs pour que l'élève n'y reconnût pas le vieil esprit humain, l'esprit de la nature. Leur rêve était de transformer les auteurs païens en propagateurs de la foi. « L'interprétation des auteurs, dit le P. Jouvency, doit être faite de telle sorte que, quoique profanes, ils deviennent tous les hérauts du Christ (Christi praecones quodammodo fiant). » Le but de la Société de Jésus, ne l'oublions pas, était exclusivement de faire des catholiques. « On s'occupera des belles-lettres, disent les Constitutions, afin d'arriver plus aisément à mieux connaître et à mieux servir Dieu. »

Allant jusqu'au bout dans cette voie, les jésuites en venaient à considérer dans les auteurs profanes les mots plus que les choses. Même arrangés, en effet, et expurgés par une censure scrupuleuse, les auteurs profanes se prêtaient difficilement au rôle de prédicateurs chrétiens qu'on voulait leur faire jouer. Il fallait donc diriger l'attention des élèves, moins sur l'esprit qui les anime, sur les pensées où se manifestent la fierté, l'indépendance et la dignité humaines, pensées peu conformes à l'esprit de la Société de Jésus, que sur les élégances du langage ou les finesses de l'élocution, sur la forme qui, elle au moins, n'est d'aucune religion et ne pouvait en rien porter atteinte à l'orthodoxie nouvelle. De là est sorti ce qu'on a si justement appelé le formalisme jésuitique, plus préoccupé de la forme extérieure des idées que des idées elles-mêmes. De sorte que, par un détour, l'éducation retombait, avec les jésuites, dans le vice fondamental de la discipline du moyen âge, l'abus de la forme. Seulement, au moyen âge, la forme, c'était le raisonnement, l'argumentation rude et grossière, le barbare syllogisme. Ce que les jésuites mettaient à la place, c'était la forme littéraire, l'élégante rhétorique, avec des tours ingénieux, des procédés brillants, des figures aimables.

Il est donc évident que les jésuites cherchaient dans la lecture des anciens, non un instrument d'éducation morale et intellectuelle, mais simplement une école de beau langage. Sur ce point, les aveux abondent dans leurs écrits ; mais il n'en est pas de plus expressif que celui du général Becks, qui dit en propres termes, dans une lettre déjà citée : « Les gymnases resteront ce qu'ils sont de leur nature, une gymnastique de l'esprit, qui consiste beaucoup moins dans l'assimilation de matières réelles, dans l'acquisition de connaissances diverses, que dans une culture de pure forme ». Il ne s'agit pas, on le voit, de développer l'intelligence proprement dite, c'est-à-dire la faculté qui, après avoir réfléchi sur les pensées des autres, s'émancipe et se risque à penser par elle-même. Ce sont les facultés superficielles de l'esprit que les jésuites cherchent à exercer et à occuper, afin que l'élève se résigne plus facilement à laisser inactives les forces intimes de sa raison et, s'il se peut, qu'il ne les soupçonne même pas. Ils donnent beaucoup de temps aux exercices de mémoire, ils excitent l'imagination, ils disciplinent le goût. Mais ils craignent de remuer les profondeurs de l'âme humaine et d'y faire surgir, d'y évoquer ce redoutable esprit d'examen et de réflexion personnelle auquel Descartes, leur élève pourtant, a fait un appel qui a été entendu ; cette raison affranchie qui cite devant elle toutes les croyances, pour les accepter, si elle y voit luire l'évidence, pour les repousser, si elle ne peut s'en rendre compte et les mettre d'accord avec elle-même. Trouver pour l'esprit des occupations qui l'absorbent, qui le bercent comme un rêve, sans l'éveiller tout à fait ; appeler l'attention sur les mots, sur les tournures, afin. de réduire d'autant la place des pensées ; provoquer une certaine activité intellectuelle prudemment arrêtée à l'endroit où à une mémoire ornée succède une raison réfléchie : en un mot, agiter l'esprit, assez pour qu'il sorte de son inertie et de son ignorance, trop peu pour qu'il agisse véritablement par lui-même, par un déploiement viril de toutes ses facultés, telle est la méthode des jésuites. Elle est bonne pour former, non pas des hommes, mais de grands enfants. « Le plus souvent, dit un de nos contemporains, le comte autrichien François Deyn, l'élève des jésuites restera ce que les jésuites ont fait de lui, un esprit borné, non développé, incapable de se passer de la direction paternelle du jésuitisme. » Les jésuites, dit dans le même sens Macaulay, semblent avoir trouvé le point jusqu'où l'on peut pousser la culture intellectuelle sans arriver à l'émancipation intellectuelle.

Nous en avons dit assez pour caractériser l'enseignement donné par les jésuites, et qui pourrait être résumé ainsi : le moins possible de connaissances positives, rien que des exercices purement formels. Les études scientifiques étaient négligées, comme l'histoire. La philosophie était réduite, ou peu s'en fallait, à la dialectique syllogistique.

Sans doute, il faut tenir compte du temps et reconnaître que dans les siècles suivants les jésuites ont suivi le mouvement général qui a si prodigieusement élargi les cadres de l'enseignement scientifique. Mais ils l'ont fait par nécessité plus que par conviction, parce qu'il fallait se plier aux exigences des programmes d'examen, avec défiance plus qu'avec sympathie, sans bien comprendre, ce semble, le rôle que les études scientifiques doivent jouer dans le développement de l'esprit humain. Les langues anciennes étudiées un peu mécaniquement, voilà, à vrai dire, le seul enseignement que les jésuites aient pratiqué avec amour et avec foi.

Même au dix-huitième siècle, les jésuites persistaient dans leurs anciennes méthodes. Il suffit pour s'en convaincre d'étudier les rapports qui furent présentes, en 1762, au Parlement de Paris par les officiers municipaux ou royaux de toutes les villes où les jésuites possédaient des collèges. On y saisit sur le vif et dans toute sa sincérité l'expression des besoins dont le bon sens populaire reconnaissait l'urgence et que la Société de Jésus se refusait à satisfaire. Presque partout ce sont les mêmes doléances et les mêmes projets de réforme. Donnons-en quelques exemples.

Les officiers du bailliage d'Auxerre se plaignent que les écoliers n'étudient dans les classes que quelques auteurs latins, et qu'ils en sortent sans que jamais on leur ait mis dans les mains un seul auteur français. Les officiers royaux de Moulins insistent pour qu'il y ait par semaine au moins une heure de chaque classe consacrée à l'histoire de France. A Orléans, le mémoire de la municipalité appuie sur la nécessité « de faire enseigner aux enfants la langue française et de la leur apprendre par principes». A Montbrison, de même, on demandait que l'on s'occupât principalement d'apprendre aux enfants leur langue et l'histoire de leur patrie, et que, par le récit des vertus des grands hommes de leur pays, on leur inspirât le désir de leur ressembler ; enfin, « que l'on donnât aux enfants une teinture de géographie, surtout de celle de leur pays ». Ces études modernes de la langue et de la littérature française, et aussi de l'histoire nationale, ces études réelles et nécessaires que l'on réclamait de toutes parts, étaient précisément celles que la Compagnie de Jésus, obstinément asservie à son formalisme, répugnait le plus et répugnera toujours à mettre en leur rang, qui est le premier.

L'intérêt de l'enseignement des jésuites réside donc beaucoup moins dans leurs programmes, dans leurs méthodes, que dans l'esprit général qui domine leur pédagogie et qui en est l'âme. Or les jésuites sont des religieux, mais ils ne ressemblent pas aux autres religieux ; ils appartiennent à la grande famille catholique, mais ils ont leur physionomie personnelle. Au milieu des vastes associations que la foi a semées dans le monde, ils constituent une espèce à part ; de tous les corps de la chrétienté, ils sont le plus discipliné et le plus fort ; ils ont gardé l'empreinte du génie de leur fondateur.

Ignace de Loyola savait, pour avoir lu l'histoire du moyen âge, ou bien avait compris d'instinct, quels ont été, quels peuvent être les défauts inhérents aux institutions monastiques. L'écueil du religieux, c'est que son esprit se perde dans des contemplations, dans des rêveries, fécondes peut-être pour la foi, mais stériles pour l'étude, qui élèvent l'âme individuelle, mais qui la laissent impuissante pour l'action. Aussi Loyola a-t-il interdit à ses disciples l'excès des prières et des méditations. Rien de moins mystique que l'esprit des jésuites ; de là le secret de leur force en ce qui concerne le gouvernement des âmes, et cette opiniâtreté invincible qu'ils apportent dans l'accomplissement de leurs projets. Absorbés dans l'extase, usés. par l'ascétisme, les jésuites auraient-ils pu consacrer à l'oeuvre de l'éducation une attention aussi soutenue et une pareille force de volonté?

Mais ce qui donne surtout à l'enseignement jésuitique sa puissance et son relief, c'est le principe d'obéissance devenu le mot d'ordre de tous les membres de la Société, depuis le plus humble jusqu'au plus éminent. On ne fait de grandes choses dans le monde que par l'accord des volontés. Ce sont les indisciplinés qui agitent l'humanité. Ce sont les disciplinés qui la mènent. Or, jamais le sentiment de la discipline n'a été poussé plus loin que dans la Société de Jésus : « Renoncer à ses volontés propres est plus méritoire que de réveiller les morts. » — « Il faut nous attacher à l'Eglise romaine au point de tenir pour noir un objet qu'elle nous dit noir, alors même qu'il serait blanc. » — « La confiance en Dieu doit être assez grande pour nous pousser, en l'absence d'un navire, à passer les mers sur une simple planche. » — « Quand même Dieu t'aurait préposé pour maître un animal privé de raison, tu n'hésiterais pas à lui prêter obéissance, ainsi qu'à un maître et à un guide, par cette seule raison que Dieu l'a ordonné ainsi. » Quels prodiges de dévouement n'est-on pas en droit d'attendre d'une Société où des milliers de volontés abdiquent tout mouvement propre pour marcher du même pas au même but, pour avancer, sans rébellion d'amour-propre, sans tâtonnements stériles, dans une voie invariable? Le bon ordre, condition essentielle des études ; la suite dans le but et dans les méthodes, sans laquelle on s'égare d'essai en essai, d'expérience en expérience ; la discipline enfin, qui empêche tout écart de la part du maître ; n'est-il pas évident que tous ces avantages sont réalisés dans les collèges d'une Société qui se soumet à la loi de l'obéissance passive, et qui marche comme un régiment?

Disons encore que, inférieurs à leur tâche sous tant de rapports, les jésuites, sur un point, n'ont rien à envier à personne : nous voulons parler de ce dévouement, de ce zèle professionnel, qui supplée souvent à l'insuffisance des méthodes, et qu'on ne saurait leur contester.

Mais à côté du bien, il faut voir le mal : à côté des bons résultats de la discipline jésuitique, que de dangers à craindre ! Le système de l'obéissance absolue, de l'obéissance aveugle, supprime toute liberté, toute spontanéité. L'originalité est interdite. C'est un crime d'ouvrir une voie nouvelle. L'action personnelle vivante d'un maître qui obéit à son génie est chose inconnue chez les jésuites. Une monotonie insipide est souvent le défaut de leurs classes. Qu'on relise les Constitutions, et l'on verra jusqu'à quelle puérilité y est poussée la manie de la réglementation. Il est prescrit d'éviter les plis au front, au nez, afin que la sérénité extérieure rende témoignage de la gaîté de l'âme. Quand on s'entretient avec des personnes de qualité, il faut les regarder non dans le blanc des yeux, mais en dessous. On indique exactement la façon dont il faut tenir la tête, les mains, remuer les yeux, les lèvres. La vie entière est réglementée. Le jésuite ne s'appartient plus. Il est un règlement en action. Son existence mécanique, automatique, est une sorte de mort spirituelle. « Il faut se laisser gouverner par la divine Providence agissant par l'intermédiaire des supérieurs de l'ordre, comme si l'on était un cadavre que l'on peut mettre dans n'importe quelle position et traiter suivant son bon plaisir ; ou encore comme si l'on était un bâton entre les mains d'un vieillard qui s'en sert comme il lui plaît. » Et, comme on craint que l'esprit humain, que le moi ne se révolte un jour ou l'autre contre cet asservissement moral, contre cet esclavage du sentiment et de la pensée, la surveillance la plus minutieuse est organisée. Avant 1762, le général de l'ordre recevait par an six mille cinq cent quatre-vingt quatre rapports. « Nul monarque de la terre, dit un historien, n'est aussi bien renseigné que le général des jésuites. » Que peut être l'éducation dirigée par de tels maîtres, sinon une véritable tyrannie déguisée sous une douceur feinte, un despotisme insinuant qui ravit aux hommes toute liberté? N'est-il pas à craindre que les jésuites, instruments serviles d'une volonté supérieure, ne soient disposés à généraliser l'idéal de vertu qui leur est imposé à eux-mêmes, à le proposer à leurs disciples? N'est-il pas à craindre qu'ils ne tendent à développer l'habitude de l'obéissance irréfléchie, de la souplesse, de l'humilité, plutôt que les fortes vertus du caractère, le sentiment de la dignité personnelle, la conscience du droit, le courage et l'indépendance?

L'éducation jésuitique a été combinée en définitive plutôt pour former des gentilshommes aimables que pour créer des âmes humaines, complètes et en possession de toutes leurs forces : elle n'est pas assez générale. En outre, elle détourne trop l'attention de relève sur des intérêts étrangers aux intérêts du pays : elle n'est pas assez patriotique. Elle a d'autres défauts encore. Le plus grand est peut-être que, pour les jésuites, l'éducation est un moyen, non un but ; un moyen de propagande religieuse et d'influence politique. Les jésuites ne sont pas des pédagogues assez désintéressés pour nous plaire. Il faut à l'éducateur véritable ce détachement des intérêts de parti qui lui permet de ne voir dans l'élève qu'un esprit à cultiver et une âme à former. Et qu'on ne dise pas que l'influence morale de» jésuites est compensée par l'excellence de leurs méthodes d'instruction. Nous avons montré que leurs méthodes sont factices, artificielles et superficielles, et, sur ce point, tous les observateurs impartiaux sont de notre avis.

« Pour l’instruction, dit M. Bersot, voici ce qu'on trouve chez eux : l'histoire réduite aux faits et aux tableaux, sans la leçon qui en sort sur la connaissance du monde, les faits même supprimés ou changés, quand ils parlent trop ; la philosophie réduite à ce qu'on appelle la doctrine empirique, et que M. de Maistre appelait la philosophie du rien, sans danger qu'on s'éprenne de cela ; la science physique réduite aux récréations, sans l'esprit de recherche et de liberté ; la littérature réduite à l'explication admirative des auteurs anciens et aboutissant à des jeux d'esprit innocents. A l'égard des lettres, il y a deux amours qui n'ont de commun que le nom : l'un fait des hommes, l'autre de grands adolescents. C'est celui-ci qu'on trouve chez les jésuites: ils amusent l'âme. »

En résumé, plus on voudra former des hommes, plus on aimera dans l'éducation la franchise, dans l'instruction l'étendue et la profondeur ; plus on recherchera la fermeté de la volonté, l'indépendance de l'esprit, la droiture du coeur, et plus l'enseignement des jésuites perdra de son crédit et de son autorité.

Source : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2957

Commentaire : ce texte a été écrit avant l’élection du nouveau pape.

En mémoire du RP Riquet jésuite et ami de la Franc-Maçonnerie

 

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Le Secret Maçonnique

16 Mars 2013 , Rédigé par Guy Piau Publié dans #Planches

La question du secret maçonnique est sans conteste celle qui est la plus souvent avancée pour diaboliser la franc-maçonnerie.
La mise en cause de la franc-maçonnerie, en raison du « secret » dont elle se pare n’est pas une nouveauté. Si au 18ème siècle, la franc-maçonnerie est plutôt tournée en dérision par des divulgations fantaisistes et des caricatures humoristiques, elle ne rencontre pas de franche hostilité. Un anti-maçonnisme populaire s’exprime en Angleterre comme en France, qualifiant les loges de repaires d’ivrognes et de libertins.
Paradoxalement, l’ancienne maçonnerie qui gardait jalousement cachées ses pratiques, ne fut jamais interpellée à cause de ses secrets, mais seulement condamnée par l’Eglise catholique apostolique et romaine, à différentes reprises pour les mêmes raisons que celles exposées dans le Décret du Concile d’Avignon, en date du 18 Juin 1326, qui commence ainsi « Dans certains cantons de nos provinces, il y a des gens, le plus souvent des nobles, parfois des roturiers qui organisent des ligues des sociétés, des coalitions interdites, tant par le droit ecclésiastique que par le droit civil. » Cette interdiction, régulièrement rappelée, ne lui est pas réservée mais concerne l’ensemble des associations qui n’ont pas été autorisées par l’Eglise elle-même.
A peine s’est-elle manifestée officiellement, la franc-maçonnerie moderne, dont les statuts ou constitutions sont publiées en 1723, donne lieu à des présentations de ses pratiques, rites ou symboles que l’on peut qualifier de divulgations.
Je n’en citerai que quelques unes :
En 1723, à Londres, est publié dans un Journal « The Flying Post » un texte dénommé depuis « Examen d’un maçon » qui nous renseigne sur les mots, signes, attouchements des francs-maçons et la cérémonie de réception d’un profane .
Puis en 1730, Samuel Prichard, un franc-maçon, membre en exercice ou démissionnaire de la loge « La Tête d’Henry VIII » à Londres, publie, sous le titre « la maçonnerie disséquée » un rituel pratiqué au sein de la Grande Loge de Londres qui comporte pour chacun des grades la description de la cérémonie d’initiation.
En France, le lieutenant de police Hérault rend public les secrets des maçons dès 1737. En 1742, de la Tierce publie « Histoire. Obligations et statut de la très vénérable confraternité des francs-maçons ». Deux autres ouvrages, celui de Louis Travenol, « Catéchisme des francs-maçons », en 1744 et celui du baron Tschoudy « L’Etoile flamboyante ou la société des francs-maçons », en 1766, dévoilent très précisément les règles et pratiques des loges maçonniques.
L’anti-maçonnisme s’exprime dans le libelle de l’abbé Pérau : « L’ordre des francs-maçons trahi et ses secrets révélés » (1742).
Depuis lors, la parution d’ouvrages traitant des rites, symboles et pratiques maçonniques, a été constante.
De même, après la Révolution Française, dont très tôt, furent rendus responsables « les réseaux maçonniques », tant dans ses principes que dans ses outrances, l’anti-maçonnisme s’est exprimé d’une manière constante et brutale.
Les termes pour diaboliser la franc-maçonnerie ont changé ; hier, il s’agissait de la maçonnerie dévoyée, de la maçonnerie luciférienne, du complot judéo-maçonnique, des forces occultes ; aujourd’hui, il s’agit des frères invisibles, des réseaux affairistes.

Le ton des attaques a aussi changé. Autrefois, ce n’était que dérision, injures, menaces, désormais le détracteur se pare de la conscience du juste et procède par allusion, amalgame. Il transforme en informations vraies ce qui n’est que ragots et basses vengeances.

Hier, les francs-maçons étaient les déstabilisateurs d’un ordre social harmonieux, les destructeurs des références morales établies de toute éternité ; aujourd’hui, les voici devenus les pires conservateurs qui puissent exister et les acteurs des affaires les plus louches.
Tout ceci serait dérisoire et pourrait être traité par le mépris si, quelles que soient l’époque et l’expression, le même esprit n’animait les pourfendeurs de la franc-maçonnerie. Il ne s’agit pas seulement de régler ses comptes avec une institution qui vous a refusé l’admission ou vous a exclu ; pas seulement non plus de se construire une notoriété ; mais de s’opposer, par de basses attaques et au besoin par la violence, à un ordre qui plus que tout autre est porteur et missionnaire de l’idéologie de la liberté de conscience et de libération des individus. Il s’agit bien de la manifestation, consciente ou non, du plus pur esprit totalitaire.
Il n’est pas inutile d’indiquer quelques aspects de l’anti-maçonnisme tel qu’il s’est exprimé, par des comités, dans des livres et des revues, à la fin du 19ème siècle et dans la première année du 20ème siècle.
En 1897, se manifeste un Comité anti-maçonnique de Paris qui deviendra l’Association anti-maçonnique de France en 1904, et publiera « La Franc-maçonnerie démasquée » qui paraîtra jusqu’en 1924.
En 1900, un comité dénommé le Groupe des Amis de « A bas les tyrans » devient l’Union française anti-maçonnique, puis la Ligue de défense nationale contre la franc-maçonnerie qui publie « A bas les tyrans » et « La Bastille ».
En 1907, Jean Bidegain, radié du Grand Orient de France, publie « Magistrature et justice maçonnique ». On y trouve des propos de la même veine que ceux exprimés aujourd’hui et que l’avocat Bernard Mery, développe dans « Justice, Franc-maçonnerie, Corruption », à savoir, notamment, qu’un juge franc-maçon ne peut rendre une justice totalement impartiale ni équitable, du fait de son serment.
En 1913, s’établit un Institut anti-maçonnique qui aura une existence éphémère.
En 1926, une revue « Les Cahiers de l’Ordre » qui fera une campagne active aux élections de 1928, voue aux gémonies les francs-maçons qu’elle associe dans la même opprobre aux juifs et aux communistes, initiant l’idée du complot judéo-bolchevique-maçonnique qui deviendra le thème obsessionnel des groupes et groupuscules fascistes.
Il y eut aussi la Revue Internationale des Sociétés Secrètes qui de, 1920 à 1939, s’acharna sur les idées maçonniques et se fit un devoir de dénoncer les réseaux maçonniques.
Je pourrai poursuivre cette énumération des expressions anti-maçonniques de la première moitié du siècle. Peut-on penser qu’aujourd’hui les choses ont changé ? Non, il y eut certes une période d’accalmie mais, depuis quelques temps, l’anti-maçonnisme ressurgit. Il n’est plus besoin désormais d’officines spécialisées, puisque la presse dite d’opinion ouvre largement ses colonnes à tous ceux qui prétendent faire des révélations ou avoir effectué des enquêtes sérieuses dans le monde des francs-maçons.
Bien que depuis ses origines et aujourd’hui plus qu’avant, la franc-maçonnerie ait « pignon sur rue », qu’elle extériorise son action par des rencontres et des colloques ouverts à tous, qu’elle se soit placée sous le régime légal des associations déclarées et que ses rites, pratiques et symboles, soient exposés et commentés dans des centaines d’ouvrages les mettant à la portée et les livrant à la curiosité de tous, des contempteurs de l’ordre maçonnique continuent à prendre pour prétexte les secrets et le serment maçonniques pour diaboliser les francs-maçons.
Au risque de répéter ce qui a déjà été dit et bien dit, je souhaite revenir sur ce sujet . De quels secrets s’agit-il , :le secret d’appartenance, le secret de nos travaux ou le secret initiatique, lorsque les francs-maçons font serment de garder le secret des mystères de la franc-maçonnerie ?
•Le secret d’appartenance

Contrairement à ce qui est dit et répété ici et là, nul maçon n’est tenu de taire son appartenance à la franc-maçonnerie. Il lui est seulement demandé d’être discret et de ne pas dévoiler ou révéler l’appartenance d’un autre que lui-même. Cette double obligation découle de la morale et de la philosophie maçonniques qui sont le respect d’autrui dans ses propres convictions et sa liberté de conscience.
Ce sont le même souci de respect de la libre indépendance de chacun, les mêmes règles éthiques, qui font devoir aux obédiences maçonniques de ne dresser aucun annuaire de l’ensemble de leurs membres qui serait diffusé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’ordre.
Des clubs-services, Rotary International, Lions’Club le font, des associations d’anciens élèves de grandes écoles également. Mais nombre d’organisations : partis politiques, religions établies ou groupes culturels s’en dispensent et il ne vient à l’idée de personne – et cela est le signe d’un véritable esprit de tolérance démocratique – de demander à un protestant, un musulman, un catholique, un adhérent de tel ou tel parti politique, même si celui-ci s’affiche officiellement, voire à un membre de l’Opus Dei, de déclarer son appartenance lorsqu’il postule à tel ou tel emploi public ou exerce une autorité soit comme fonctionnaire, soit comme magistrat. Or, à nouveau, sous les fallacieux prétextes du secret d’appartenance et du serment maçonnique , un procès d’intention est fait à l’encontre de l’ensemble des francs-maçons. Ceux-ci ne pourraient assumer des charges de hauts fonctionnaires ou de magistrats s’ils ne déclaraient pas leur appartenance.
Des journaux en quête de lecteurs et de prétendus écrivains recherchant la notoriété reprennent la vieille antienne du complot maçonnique, confondant les agissements de quelques affairistes avec l’ordre maçonnique lui-même, et donnant la voix aux faux maçons, anti-maçons et radiés de la franc-maçonnerie.
La méthode n’est pas nouvelle et marque une résurgence des sentiments d’exclusion au sein d’une société qui se déstabilise et perd une partie de ses références démocratiques.
Certains soi-disant spécialistes de la franc-maçonnerie, en mal de règlement de compte ou de reconnaissance, ne manquent pas de trouver en l’ordre maçonnique le bouc émissaire idéal lorsque la communauté nationale manifeste, sous quelque forme que ce soit, son mal être.
Il en fut ainsi dans les années 1935/1940. Au cours de cette période, qui fut sinistre à bien des égards, les partisans d’un ordre nouveau et les nostalgiques de toutes les formes de conservatisme, s’acharnèrent sur les francs-maçons. Il y eut d’abord les accusations lancées contre tel ou tel, appartenant à la fraternité, pour de prétendues complicités ou crimes politiques liés aux scandales financiers des années 1930. Puis,
vint la parution de listes de personnalités, membres ou supposées telles de l’ordre maçonnique. On y trouve les noms aussi bien de hauts dignitaires ecclésiastiques tels les cardinaux Verdier, Dubois et Liénart que de personnages appartenant à la haute administration, ou acteurs de la vie politique, économique et sociale.
Compte tenu de ces révélations sur l’appartenance à la franc-maçonnerie, les nazis crurent même pendant un temps que le Maréchal Pétain avait appartenu à la fraternité, lui qui dès sa prise de pouvoir en juillet 1940, désigna la franc-maçonnerie comme l’une des causes principales de la défaite.
Sous le régime de l’Etat français dont la devise « Travail, Famille Patrie » fut substituée à celle de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » l’anti-maçonnisme s’installe et il se manifeste officiellement.
Bernard Fay, dont la revue « Les documents maçonniques » publie, avec un art de l’amalgame saisissant, à côté d’études remarquables sur la maçonnerie du moyen âge, des témoignages émanant de personnes prétendant avoir été ruinées ou empêchées de réussir dans leurs entreprises et leurs fonctions par des francs-maçons, prend la direction du service créé par l'Etat vichyssois pour assumer les basses œuvres de la lutte contre la « pieuvre » maçonnique. Ce service a pour mission de recenser tous ceux qui ont appartenu à la fraternité. Il met « en fiches » soixante mille personnes et le Journal Officiel de l’Etat Français peut publier quinze mille noms de maçons, fonctionnaires, militaires, magistrats, enseignants, dignitaires des obédiences et anciens vénérables de loges. L’occupant, dont l’idéologie nationale-socialiste s’abreuvait des ragots d’un complot judéo-maçonnique, dont les membres étaient les agents de l’impérialisme anglo-saxon, n’eut qu’à puiser dans ces listes pour diligenter des perquisitions, effectuer des arrestations et déporter ceux parmi les francs-maçons qui lui paraissaient dangereux.
C’était le temps des « forces occultes », celui d’une franc-maçonnerie comploteuse et affairiste qu’il convenait d’abattre.
Dans le années 1960, brodant sur le thème « ils sont partout où s’exerce le pouvoir », Roger Peyrefitte, avec le goût de la provocation qu’il cultiva toute sa vie et la finesse de son écriture, publia une histoire romancée de la franc-maçonnerie en son état des soixante premières années du siècle. Si ses propos n’échappent pas à la facilité des révélations sensationnelles destinées à attirer les faux naïfs, le fond demeure bien documenté et les personnalités supposées avoir transmis des informations à l’auteur sont généralement sérieuses.
En outre, Roger Peyrefitte a l’élégance de gratifier les francs-maçons du nom que nous nous donnons nous-mêmes , « les fils de la lumière ».
En notre temps, les francs-maçons, désormais qualifiés de « frères invisibles », sont crédités de nouveaux pêchés. L’époque n’admet plus les anathèmes trop excessifs mais se satisfait de la diffusion subtile de rumeurs et de messages mensongers. De hardis défenseurs d’une morale de la transparence – mais sont-ils eux-mêmes transparents ; qu’en est-il de leurs engagements présents ou anciens dans les domaines politiques, religieux ou philosophiques – découvrent et racontent une franc-maçonnerie qui, du fait de son action secrète, de ses réseaux organisés, est une menace pour la démocratie ainsi que des francs-maçons toujours affairistes mais aussi piètres conservateurs. Roger Peyrefitte, plus sensé que ces nouvelles autorités de la geste anti-maçonnique, avait eu l’intelligence de faire dire à l’un des personnages de son inventaire de la franc-maçonnerie, discutant au sujet des forces occultes : « vous avez vu le film « forces occultes », déclara-t-il. Mais il y a de vraies « forces occultes », elles s’appellent la synarchie ».
Sans doute, il en est de même en notre époque. Il existe des « forces occultes » revanchardes, liberticides, qui se dissimulent sous la parure du juste et qui, par l’intermédiaire de ces nouveaux croisés de la vertu autoproclamée, s’acharnent contre la franc-maçonnerie, lieu d’expression de la libre conscience et du libre arbitre. Ils nous ramènent, consciemment ou non, aux pires époques de l’inquisition, des procès en sorcellerie et des persécutions
Aucune obédience maçonnique n’exige de ses membres qu’ils taisent leur appartenance à la fraternité et la franc-maçonnerie aurait tout à gagner d’inviter ses adeptes à s’afficher comme maçons.

• Le secret des travaux.

Parmi les critiques émises à l’encontre de la franc-maçonnerie, les reproches qui lui sont adressés, figure en bonne place l’impossibilité pour toute personne n’appartenant pas à la fraternité d’être admise aux travaux de loge, de connaître le contenu des délibérations, discussions et échanges qui ont lieu pendant les tenues.
Contrairement à ce qui est dit à ce sujet, la règle du secret des travaux, le devoir de garder le secret est d’ordre général ; elle s’applique à l’égard de tous, jusque et y compris les membres de la loge absents lors de la tenue, quels que soient leurs grades et l’office qu’ils peuvent occuper. Un résumé des travaux du jour fait l’objet d’un compte rendu écrit, dénommé « la planche tracée des travaux » qui est lu lors de la réunion suivante et soumis à l’approbation des frères ou sœurs présents mais ne donne lieu à aucune diffusion.
Il est nécessaire de rappeler que la loge maçonnique est une communauté initiatique. Les évolutions de la conception du rôle et de la place de l’institution maçonnique, ayant abouti à la diversité obédientielle, n’ont pas ôté le caractère initiatique de l’admission et du travail en loge. Il s’ensuit que seules les personnes qui ont été initiées et qui dès lors connaissent les symboles et les pratiques présidant au déroulement des travaux en loge, peuvent participer à ceux-ci. Il ne s’agit pas d’un quelconque principe d’exclusion mais seulement du respect d’une règle traditionnelle qui n’est pas particulière à la franc-maçonnerie, mais est aussi commune à toutes les institutions qui s’inspirent d’une doctrine ou d’un enseignement spiritualiste qu’ils soient d’essence religieuse ou gnostique.
Il convient aussi d’observer que la tradition maçonnique demeure fondamentalement celle d’une transmission orale et que le travail en loge joue à cet égard un rôle essentiel qui ne peut être partagé qu’entre les adeptes de la fraternité. Cette transmission que l’on peut assimiler au « solve et coagula » de l’œuvre alchimique ne peut s’exporter par l’écrit ni être vécu par quiconque n’a pas effectué en lui le passage du temps profane au temps sacré ; passage qui n’est pas donné par l’initiation, mais que l’initiation rend opératoire.
Cependant, la franc-maçonnerie n’est pas un univers clos, une ou des institutions fermées sur elles-mêmes. Quiconque peut visiter un temple maçonnique comme un non catholique peut pénétrer dans une église. Les obédiences, les loges organisent des conférences, des rencontres, des tenues auxquelles sont conviées des personnes non maçonnes. Seuls, les travaux en tenues de loges sont réservées aux adeptes, de même qu’un non musulman ne saurait être admis à l’office de la prière.

• Le serment maçonnique
Le serment maçonnique prêté par toute personne au moment de sa réception au grade d’apprenti et qu’elle est amenée à renouveler lorsqu’elle est reçue aux degrés suivants, est ce qui alimente les incantations des professionnels de l’anti-maçonnisme depuis toujours.
Prenant corps sur une formulation archaïque qui trouve son origine dans les pratiques des anciennes loges et que plusieurs rites ont conservé, nos ennemis s’en donnent à cœur joie.
Il est vrai que les obédiences et les loges qui ont conservé la formulation ancienne devraient en retirer la partie qui fait dire au postulant, sous cette forme ou une autre du même acabit : « je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d’aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d’avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d’être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d’appartenir à la franc-maçonnerie ».
Ce serment qui donne prise à toutes sortes d’interprétation malveillante et justifie les accusations portées à l’encontre des francs-maçons, n’a aucune valeur pratique dès lors qu’il n’est pas dans les usages des institutions maçonniques de faire subir un quelconque châtiment ou d’exercer une vengeance envers ceux qui ont renié leur engagement maçonnique ou qui ont trahi leur idéal ou leurs frères. Il a perdu en outre la force symbolique qu’il pouvait exprimer dans un cadre social différent de celui qui est désormais établi, fondé sur la tolérance et l’idéal démocratique.
Cependant, nous pouvons encore lire des déclarations comme celles-ci, relevées récemment dans un journal qui cherche sa clientèle . « Tout cela n’est que poudre aux yeux. Un maçon, lors de son intronisation, prête serment à la vie, à la mort, de fidélité à sa loge. Ce serment oblige celui qui s’y prête à le préférer à tout autre serment. Rapporté au rang de juge, ce n’est pas concevable, car il y a nécessairement conflit, confrontation entre deux serments, celui que prête le juge à l’Etat républicain et celui que l’individu prête à sa loge. Le second dominera le premier si l’adepte veut encore espérer obtenir un meilleur avancement. Son intérêt lui interdira d’aller contre celui de l’un de ses frères. Qu’il soit justiciable ou juge, il s’interdira de condamner le frère, ou lui accordera ce qu’il réclamera ».
Si je cite ici ce texte, extrait du n° 1 de « Liberté d’Expression », c’est qu’il est très représentatif d’un courant de pensée anti-maçonnique qui tend à faire croire que les francs-maçons, en général, ne pourraient être des citoyens comme les autres.
Or, si l’on excepte le contenu de la phrase que j’ai rappelée ci-dessus, quelle est l’obligation prêtée par le récipiendaire. Avec quelques nuances de style, selon le rite pratiqué, elle est ainsi énoncée : « de ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, de ne jamais révéler aucun des secrets de la franc-maçonnerie à qui n’a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver, sculpter ou de les reproduire autrement. Je jure d’observer consciencieusement les principes de l’ordre maçonnique, de travailler à la prospérité de ma respectable loge, d’en suivre régulièrement les travaux, d’aimer mes frères et de les aider par mes conseils, et mes actions ».
En outre, il est constamment rappelé aux membres des loges, qu’ils doivent être fidèles aux lois de la République, les respecter et s’ils ont une quelconque fonction publique, les appliquer, suivant en cela la prescription énoncée dans les Constitutions d’Anderson « Le maçon est un paisible sujet vis-à-vis des pouvoirs civils, en quelque endroit qu’il réside ou travaille, et ne doit jamais se mêler aux complots et conspirations contre la paix ou le bien-être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs ».
Mais, le franc-maçon a le devoir de désobéissance, lorsque le gouvernement est exercé par un pouvoir illégal ou que le droit est détourné de son objet par telle ou telle autorité politique. Ce devoir est aussi proclamé par la Constitution de la République et concerne l’ensemble des citoyens.
Le serment du maçon doit être ramené aux justes dimensions de l’engagement d’un homme ou d’une femme libre, auxquels la société maçonnique laisse sa liberté de conscience et sa liberté d’agir, en toutes circonstances mais qui a pris la décision d’appartenir à une institution qui est une communauté initiatique et une société philanthropique et d’en respecter les règles internes qui lui font devoir de travailler à son accomplissement moral, de faire œuvre de solidarité et de conserver en lui-même les secrets de la franc-maçonnerie.
Mais de quels secrets s’agit-il donc ?

• Le secret maçonnique.

Il existe bien un secret maçonnique mais ce secret n’est pas là où les commentateurs mal intentionnés ou mal informés le situent. Ainsi que le note Pierre Simon, dans son essai intitulé « La franc-maçonnerie » : « le secret relève du sacré, qui selon, Mircea Eliade, n’et pas seulement un stade de l’histoire de la conscience humaine, mais est un élément constitutif de la structure de cette conscience »
Le secret maçonnique se réfère à une tradition ésotérique.
Lorsque les francs-maçons sont réunis en loge, que les travaux sont ouverts selon un rituel d’ouverture, l’espace que constitue le temple est devenu sacré. Il se met alors en action une démarche communautaire de nature spirituelle qui se prolonge à l’intérieur de chacun des adeptes et s’y épanouit.
La connaissance que le franc-maçon vient quérir dans la loge, ne peut être placée sur le même niveau que l’ensemble du savoir auquel il peut accéder dans les institutions du monde profane. Si la loge devait fonctionner comme n’importe quel lieu de réunion, d’éducation, d’enseignement et de prise de parole, elle ne serait qu’un cadre de la vie sociale, certes favorable à l’épanouissement de l’homme mais sans singularité, ni caractère initiatique. La loge ne peut se comprendre et n’a de légitimité que dans la mesure où elle est l’espace dans lequel tout individu, homme ou femme, trouve les processus et les outils d’un véritable voyage initiatique.
En cela, le travail en loge établit une pénétration sensible à l’intérieur de chaque adepte qui participe ainsi aux mystères d’un ordre initiatique. Ces mystères, au sens antique du terme, que les francs-maçons nomment aussi les secrets de la franc-maçonnerie et qui se trouvent évoqués lors de la cérémonie d’initiation, notamment lorsqu’il y est dit « … qui demande à être admis aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie » puis ensuite : « au cours de ce voyage, à l’instar des anciens mystères » sont incommunicables puisqu’ils n’existent, ne se manifestent qu’à l’intérieur de chacun et qu’ils sont constitutifs de l’invitation permanente faite au maçon de se connaître soi-même.
L’évocation d’un secret maçonnique, le rappel constant d’un secret qu’il convient de garder en soi, de protéger, de ne pas exposer à l’extérieur, ne sont en fait que l’exaltation de la nécessaire quête à laquelle est convié l’initié et hors laquelle l’initiation n’a pas de sens.
Cette mise en relation avec des mystères n’est pas propre à la franc-maçonnerie qui a su cependant conserver par le symbolisme qu’elle développe un sens réel et profond à l’initiation et faire en sorte que la connaissance initiatique ne soit pas un faux semblant.
Ainsi que Goethe l’a exprimé : « la symbolique transforme le phénomène en idée, l’idée en image, de telle sorte que l’idée reste toujours infiniment active et inaccessible dans l’image et que même dite dans toutes les langes, elle reste indicible ».
Le secret maçonnique réside dans cette particularité propre aux sociétés initiatiques et que la franc-maçonnerie a hérité de l’ensemble des communautés hermétiques et opératives qui l’ont fécondée, à savoir qu’ils ne peut y avoir ni transmission de la connaissance initiatique, ni développement de la quête spirituelle à qui n’a pas reçu pas à pas, mot à mot, lettre à lettre, symbole après symbole, les secrets de l’autre regard sur le monde que celui communément donné à l’homme par l’éducation profane. C’est ce que traduit le « je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler » qu’enseignent les rituels maçonniques et que Casanova expose clairement dans ses « Mémoires » lorsqu’il note : « le secret de la maçonnerie est inviolable par sa propre nature puisque le maçon qui le sait ne le sait que pour l’avoir deviné. Il l’a découvert à force d’aller en loge, d’observer, de raisonner et de déduire ».
Toute expérience spirituelle ne peut être qu’intime et se situe dans les profondeurs de l’être.. Elle est à la fois transmissible et incommunicable : transmissibles sont les éléments qui la portent et que nous nommons les symboles ; incommunicable est le rapport sensible qui s’établit entre le symbole et le moi profond de l’adepte. La franc-maçonnerie, comme toutes les sociétés spiritualistes, fournit à ses adeptes des outils et des clés d’accès à la connaissance des mondes ; ces outils et ces clés sont mis en action par l’exposition de symboles. Cependant, les symboles ne s’imposent pas d’eux-mêmes. Ils n’affichent ni ne dictent une quelconque vérité cosmologique, morale ou spirituelle. Il appartient à chaque maçon de les identifier, les reconnaître, les interpréter et de se les approprier.
Le symbole maçonnique n’est ni enseigné ni appris, mais il est seulement présenté et exposé. Chaque adepte doit l’intégrer dans son propre vécu, le faire sien. Mais le symbole ne lui appartient pas et détient la fonction de relier son vécu personnel aux vécus de tous les membres de la communauté. Le symbole n’et pas un agent de communication, il est un instrument de communion et un signe de reconnaissance et d’approfondissement initiatiques. Il existe bien là un domaine qui n’est pas accessible à ceux qui n’appartiennent pas à la franc-maçonnerie et quelles que puissent être les diffusions des rites, des symboles, des légendes et des mystères qui constituent le corps de la tradition maçonnique, leur lecture n’apportera rien à celui qui ne s’est pas conditionné pour être en communion avec l’esprit de la tradition et les secrets restent le secret car il est le secret pour celui qui, selon la parole célèbre, n’a pas les oreilles pour l’entendre.

Guy PIAU
Extrait de son livre "Francs maçons, militants de l'humain" et avec son aimable autorisation.

Source : www.ledifice.net

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Le serment dans tous ses états

15 Mars 2013 , Rédigé par P\ L\ Publié dans #Planches

De nos jours et dans nos campagnes, au marché aux bestiaux, pour conclure une affaire, on tope la main, et cochon qui s’en dédit. Cela peut ressembler à du folklore, mais ce geste remonte aux Grandes Foires du Moyen Age, il traduit depuis le temps, la confiance qu’il y a entre les partenaires et le respect de cette confiance. C’est en quelque sorte un pacte scellé par le serment de confiance, et chacun peut repartir chez lui sereinement.

Depuis la nuit des temps, les sociétés humaines, comme les individus ont eu besoin de la confiance, pour vivre, pour entreprendre, pour conserver les acquis sociaux, culturels, religieux et initiatiques. La confiance devenant l’élément moteur pour exister et se démarquer du monde animal. Cette confiance étant basée essentiellement sur la prestation d’un serment.

Pour donner du sérieux et de la solennité à cette prestation, les sociétés humaines, ont plus que théâtralisé, elles ont ritualisé la prestation du serment, en le sacralisant.

Toutes les confréries, les religions les ordres de toutes sortes, les institutions font appel au Serment, c’est dire que son utilité comme sa nécessité est reconnue comme une valeur importante dans la vie de l’homme. C’est une garantie.

Dans le système féodal, le vassal fait allégeance au suzerain, par un serment rendant l’hommage au suzerain, et de ce fait le vassal est intégré dans la société féodale, il est reconnu comme un maillon indispensable au fonctionnement de la féodalité. Lorsque le suzerain fait appel à l’Host, pour guerroyer, le vassal accoure, et malheur à celui qui ne réponds pas. Il est accusé de félonie, et il encourt le bannissement l’excluant de la société médiévale.

Il en est de même pour les confréries et les guildes, c’est le serment qui uni et qui lie tous les membres à la défense des intérêts de la corporation. Mais il en est de même de nos jours, et même si cela peut prêter à sourire, la Confrérie de la Tripe d’Or, tout comme les Chevaliers du Taste Vin, sont en ligne directe dans la continuité des us et coutumes du Moyen Age. Gare à ceux qui bafouent les règles. Ils sont exclus de la Confrérie, et donc du circuit économique, avec les conséquences que l’on imagine.

Dans les religions c’est la même chose. Pendant l’ordination des Prêtres, l’Eglise demande l’allégeance à ses valeurs et ses principes religieux. Si par malheur, le Prêtre défaille, il devient un curé défroqué, et il est rejeté de la communion universelle.

Dans les institutions, nos hauts fonctionnaires, les magistrats et les officiers ministériels, prêtent serment de respecter et de faire respecter les valeurs institutionnelles, fondement de nos sociétés. La sanction, est la radiation et le déshonneur.

Pour le citoyen qui témoigne, il jure de dire : « toute le vérité ! Rien que la vérité ! » . En cas de faux témoignage, la sanction est très lourde, pour signifier à l’imprudent, l’importance du respect des Lois.

Au USA, les immigrants, pour témoigner de leur désir d’intégrer ce pays, prêtent serment sur la Bible et le drapeau. En contrepartie du pacte ainsi établi, ils deviennent et c’est important, des Citoyens.

Dans les sociétés que l’on dit primitives, le serment ce scelle par le pacte du sang, on devient Frère de sang pour la vie entière. On commence à aborder le domaine du sacré ; car le sang depuis des temps immémoriaux est le symbole de la vie avec une connotation de liquide sacré dans toutes les civilisations. Palsambleu juron du Moyen Age, on lave son honneur dans le sang, buvez ceci est mon sang, là on entre vraiment dans le spirituel et le sacré, on sacrifie soit un animal, soit un humain, pour renouveler le pacte social avec les Dieux, on devient Frères de sang, non pas seulement par les liens familiaux, mais aussi par un pacte signé avec le sang.
On dépasse les liens normaux et familiaux, par le pacte, on établi une fratrie supérieure et transcendante.

On se rapproche de la Maçonnerie, avec le serment des Chevaliers, qui jurent de défendre le faible, la veuve et l’orphelin. Ce serment repose sur l’adoubement, et si le Chevalier manque à ses devoirs, on brise, devant les autres Chevaliers, son épée, symbole de son appartenance à l’Ordre des Chevaliers.

Dans toutes les sociétés initiatiques du passé, comme avec la seule qui existe encore de nos jours, pour appartenir à un ordre initiatique il faut faire acte d’allégeance par un serment approprié. Comme par exemple le fameux serment des Templiers, serment qui causa leur perte et leur condamnation, serment dont en réalité on ne connaît pas grand-chose, la mémoire n’a retenu que la fameuse statuette dite du BAPHOMET.

Venons-en à la Maçonnerie :
Le fonctionnement de la Maçonnerie, tient à l’acceptation par ses membres des valeurs et des principes qui en découlent. Prudente dans son recrutement, elle va tout au cours du rituel d’intégration, présenter ses valeurs, mais en spécifiant à chaque fois, le caractère sacré de l’engagement à prendre par le néophyte.
Dans le déroulement du rituel d’admission, mais pas encore d’intégration du futur maçon, au cours d’une phase du rituel, en soulevant légèrement le bandeau, le néophyte découvre étendu sur le sol, un cadavre couvert de sang, entouré de maçons pointant leurs épées sur le cadavre. Le VM indique au candidat, que ce qu’il vient d’entrevoir, c’est ce qui arrive aux parjures.
Dans d’anciens rituels, le VM, fait appel au Frère chirurgien, pour sceller dans le sang, la parole du néophyte, marquant dans ce geste théâtrale, la gravité et le sacré d’une telle demande. Certes cela reste une caricature, car on ne passe jamais à l’acte, mais on imprègne la mémoire du postulant que son engagement est pris au sérieux par les membres de la Loge, et que ceux-ci en attendent autant du postulant. D’emblée, nous lui faisons confiance.

Au moment de la grande Lumière, l’impétrant ébloui, distingue autour de lui des Hommes en armes, il peut à juste raison s’inquiéter, mais le VM, le rassure en lui disant que les FF autour de lui avec leurs épées sont là, pour le protéger. De la première manifestation des épées, à la seconde, nous sommes passés de la mise en garde et de la crainte, à la sécurité par la protection du groupe. Mais cette confiance ne sera définitivement concrétisée qu’au moment de la prestation du Serment Maçonnique du futur Frère. Car jusqu’à présent le candidat est resté en dehors de la structure initiatique. Donc la main gauche sur le cœur, la droite au dessus des trois grandes lumières, et récitant après le VM la formule consacrant son admission, le candidat devient par sa parole, un maçon, un frère. La main gauche sur le cœur, souligne, à mon sens le caractère sacré du Serment maçonnique, car c’est dans le cœur que circule le sang source de vie physique, mais aussi source de vie spirituelle, la main droite n’étant que pour signifier au nouveau Frère qu’il aura besoin d’outils, pour construire son initiation.
L’installation de l’apprenti en tête de la colonne du Nord marque la fin de son intégration. Maintenant il sait qu’il peut faire confiance aux MM, il a commencé d’ailleurs à comprendre du moins je l’espère, qu’il pouvait être en confiance avec des personnes inconnues, lors des trois voyages. Tout son futur relationnel, va maintenant être basé sur la confiance mutuelle entre lui et la Loge, à la condition qu’il respecte son Serment Maçonnique.
C’est une constante de la vie en société, profane ou initiatique, le socle de cette vie repose sur la confiance, qui pour les Maçons devient de l’Amour Fraternel.

Tout au long de sa vie maçonnique, il devra renouveler son Serment, au cours de sa progression initiatique, afin de lui rappeler que son engagement maçonnique n’est pas une simple formalité, que son entrée dans une société initiatique est un engagement sérieux.
Mais le fait le plus intéressant, en dehors du serment des maffieux, est que le contenu et la teneur du serment est conforme à la morale ambiante, et ceci est valable dans tous les cas de figures énoncées plus haut.
Pour respecter le serment, point besoin d’être un héros antique, mais un individu honnête avec lui-même, donc avec les autres, conscient de ses responsabilités. En maçonnerie, on ne demandera jamais au Maçon le sacrifice ultime, mais c’est arrivé dans des événements troubles de l’Histoire ; des Frère d’eux mêmes, pour protéger l’Ordre ont offert leur vie. Notre serment repose sur deux colonnes, le respect et la défense de nos Valeurs.
Notre confiance en l’autre, c’est le ciment qui uni les pierres du futur Temple et qui en assure la solidité comme la pérennité.

Dans un vieux rituel, il est dit que nous élevons des Temples à la Vertu, et que nous creusons des cachots pour le vice. C’est dire que notre Serment est sélectif.
Malheur à ceux qui transgressent leur parole, non seulement ils trahissent les FFMM, mais ils se déshonorent et n’ont plus leur place sur les colonnes du Temple.
Le serment maçonnique n’est imposé à personne et c’est en toute liberté qu’il est prononcé, et il n’existe que pour défendre des valeurs profondément humaines, c’est toute la différence entre l’homme et l’animal.
« En portant la main droite sur le cœur, je renouvelle l’engagement que j’ai pris devant mes FF, de les secourir, en cas de besoin. »
Extrait d’une planche de compagnon

Source : www.ledifice.net

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