Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Articles récents

Le Secret Maçonnique : qu'est ce que la Franc-Maçonnerie?

18 Mars 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Voici la définition officielle du Larousse :

C'est une "association en partie secrète répandue dans divers pays et dont les membres professent des principes de fraternité, se reconnaissent entre eux à des signes et à des emblèmes, et se divisent en groupes appelés loges".

A la vue de la définition précitée, tout profane serait mené à croire que la Franc-Maçonnerie est, effectivement une société secrète. Mais on peut arguer que la Franc-Maçonnerie est loin d’être une société secrète mis a part les signes, attouchements et mots sacrés elle ne cache pas ses activités encore moins son existence. Combien reste-t-il de Secrets Maçonniques non publiés ? Des écrits qui inondent les librairies et surtout l’internet. Les auteurs sont souvent des profanes avec l’esprit trop fertile mais comprennent aussi d’autres ayant pourvus le public des ouvrages relativement bien documentés et objectifs. Ils comptent aussi parmi eux des Maçons, des anciens et d’autres qui prônent plus d’ouverture. Alors pourquoi insister autant sur le secret… d’autres organisations sont aussi « secrètes » autant que la notre ?

Le Secret Maçonnique, comme tout ce qui est Maçonnique, est avant tout un symbole qu'il faut interpréter. L’origine de ce symbolisme découle de plusieurs sources :

La première étant liée au métier même des bâtisseurs des cathédrales. Ces vrais mâcons avaient un savoir faire prodigieux. Ils étaient dépositaires des secrets relatifs à la construction des édifices, qui des siècles après nous éblouissent toujours. Ainsi tout nouveau mâcon devait prêter serment, sous peine des sanctions les plus sévères de garder inviolables tous les secrets du métier et de ne les révéler qu'à quelqu'un dûment reconnu comme maçon de métier. Pour se faire reconnaître, ces ouvriers du Moyen Âge utilisaient des mots, des signes et des attouchements secrets aussi rustiques – qui sont les nôtres maintenant.

La seconde source est liée aux persécutions que faisaient faces les Mâcons pendant des siècles. La Franc-Maçonnerie, pour se protéger des attaques virulentes de la part de l’église et des organisations antimaçonniques évoluaient en secret. Plus récemment, la Franc Maçonnerie de part ses principes de Liberté, Egalite, Fraternité, était la victime indiqué de ceux prônant le nazisme et le communisme, comme le totalitarisme. Or il convient de mentionner que ceci est relativement à un degré moindre de nos jours. À notre époque, même s’il existe toujours des sentiments antimaçonniques, ils ne sont pas aussi démesurés. Mais néanmoins, ces persécutions ont induit une certaine obsession du secret chez beaucoup des Maçons. Cette obsession a moins de raisons d'être aujourd'hui, mais les habitudes sont prises et il est vrai que, dans certains milieux, s'afficher comme Franc-Maçon peut conduire à des désagréments, notamment professionnels.

La troisième source est l’expression même de l'amour fraternel, la sérénité, la tranquillité d'esprit et d'âme que nous recherchons en nous réunissant en Loge, la durée d’une tenue. Pour créer cet égrégore, il est essentiel d’avoir une certaine intimité.

Mais le vrai secret réside dans l’expérience initiatique qui débute avec notre Initiation. La cérémonie d’Initiation permet au néophyte, symboliquement, de passer du monde profane au monde sacré. Combien ce moment est intense et personnelle ! D’ailleurs nous nous abstenons à commenter sur l’Impression d’Initiation de l’Apprenti. L'introspection qui est provoqué par l’Initiation enclenche, dans les couches les plus profondes de notre âme, un processus de perfectionnement impossible à exprimer à quelqu'un qui ne le vit pas lui-même. Cette expérience initiatique est absolument incommunicable. Il est indispensable de l’avoir vécu pour pouvoir comprendre. En maçonnerie comme tout est symbolique, toute chose est sujette à une interprétation propre du Franc-Maçon en quête de son idéal personnel. L'expérience initiatique personnelle, qui est vécue et développée selon la Méthode Maçonnique repose sur la compréhension et l'utilisation des symboles Maçonniques traditionnels. Par-dessus tout, il existe, dit-on, un secret d'une autre nature et parfaitement inexprimable, qui n'est autre que la révélation intérieure illuminant chacun des initiés au fur et à mesure qu'il progresse dans la voie de la lumière…

Il convient d’ouvrir une parenthèse ici pour mentionner la transition de la Maçonnerie dite “opérative” à celle dite “spéculative”. Avec la diminution dans la construction des cathédrales, les maçons adoptèrent d’autres métiers et s’éloignèrent de l’association. Celle-ci par contre ne cessa pas de s’accroître en recrutant des membres étrangers au métier. Ainsi la notion de la Maçonnerie « spéculative ». Les maçons de métier avaient pour obligation de sauvegarder les secrets du métier. La Maçonnerie“spéculative” est dépourvu de tout aspect physique et la construction n’est que d’ordre intérieur, spirituel. Ceci étant inexprimable, aide à renforcer la perception de secret qui était déjà pressente.

Les profanes pensent que la Franc-Maçonnerie est une société secrète. Ils usent leur imagination pour associer toutes sortes des légendes pour se convaincre de la véracité de leurs spéculations. Comme toutes sociétés, la Franc-Maçonnerie a un nombre limité de membres qui sont choisis selon des critères bien définis – la majorité des gens ne pouvant s’y adhérer. Le mystère entourant la Franc-Maçonnerie aiguise d’avantage le désir des aspirants et ne pouvant y accéder ils concordent toutes sortes de spéculations.

Je suis d’avis que cette perception persiste parce que le peu de secrets qu’on nous exorde de garder sont, pour les profanes, une source d’imagination. Le secret égale connaissance, donc pouvoir. Il n’est pas difficile de voir qu’un Franc-Maçon c’est surtout quelqu’un de bien... il est vertueux et de bonne mœurs. Les introspections qui lui sont imposées de par nos Rituels n’en fait que lui rendre encore meilleur. Ses efforts perpétuels de dégrossir sa pierre brute afin de faire partie de ce grand édifice, qu’est l’Humanité, lui prodiguent aussi des possibilités de surpasser les communs des mortels dans la cité. Et son appartenance apparente à la Franc-Maçonnerie souvent est interpréter comme s’il a bénéficié d’un quelconque soutien occulte. Il m’est souvent arrivé d’entendre qu’untel est Maçon… simplement parce qu’il a réussi dans les affaires ou qu’il a obtenu appointement important. Ce pouvoir peut faire peur jusqu’à amener l’opinion publique à manifester son besoin de savoir, son obsession de transparence.

Le sentiment que la Franc-Maçonnerie est une société secrète est aussi partager par les Maçons de grades inférieurs qui n’ont pas connaissance de ce qui se passe au-dessus de leurs grades.

Les secrets sont prépondérants dans les rituels…

- Le profane est déjà sondé lors de son audition sous le bandeau : « Pensez vous que la Franc Maçonnerie est une société secrète ? »

- Au début même de la rituel d’initiation il est exhorté de prendre son premier serment de silence, de ne rien révéler a quiconque

-Dans son Serment d’Affiliation le frère apprenti prend l’engagement de ne dévoile d’aucune façon les secrets de l’ordre Maçonnique au risque d’être voué a un fin atroce.

-L’or de l’investiture il lui est communiquer les secrets de son grade ; signe, attouchement et mot sacré.

D’ailleurs les Règlements Généraux prévoient des peines aussi sévères que l’exclusion du rite si un Franc-Maçon a été trouvé coupable de divulgation du secret maçonnique à des profanes ou même des maçons d’un grade inférieur.

Ainsi entourer de secrets le néophyte commence son cheminement initiatique. Et au fil des jours il verra que d’autres secrets lui attendent à chaque augmentation.

Il est à noter que le seul secret qu’un Franc-Maçon peut dévoiler c’est sa propre appartenance. Il ne peut sous aucune prétexte divulguer les travaux de la loge, ni les secrets de son grade, signe ou attouchement aux frères de grades inférieurs ou aux profanes.

Le véritable secret est trop sublime pour être exprimable car il ne peut que se vivre. Nos Rituels dans entre les mains d’un profane paraîtrait fade et, pour certains, burlesques. Mais exprimé en Loge, nous vivons des moments intenses qui deviennent une source de rejouvance qui nous permet de quitter les travaux de Loge et faire face aux exigences quotidiennes de la vie profane. Cette magie qui plane sur toutes les activités Maçonniques, qui seraient difficilement explicable et tout aussi incompréhensible du profane. Comment expliquer … l’Égrégore, cette communion parmi les Frères. D’autre part combien de fois ayant rencontré un Frère quelque part on commence a cherché du regard le troisième Frère … et invariablement il apparaît !

Le travail effectué en loge, dans la sérénité et hors d’atteinte de l’agitation du monde, aide les Francs-Maçons - surtout s’ils ne partagent pas le même avis – à s’éclairer les uns les autres pour pouvoir ensuite s’affirmer individuellement en citoyens dans leur vie quotidienne. Cette méthode, expérience unique de travail à la fois individuel et collectif, ne peut se transmettre par le discours - il faut la vivre et la pratiquer pour la connaître.

Le secret partagé par les membres d’une même société les lie, entre autres, en garantissant, en protégeant leur intimité. Divulguer le secret, c’est rompre cette intimité et briser alors le désir de maintenir ces liens avec, à terme, la destruction de ce qui unissaient. Ceci cimente la fraternité parmi les Frères. Joint à l’assiduité lors des tenues, cela permet à créer cette entente magique qui déborde les murs de la Loge.

Nos tenues commencent et se terminent rituellement par une cérémonie, mais le déroulement à l'intérieur du Temple, demeure incommunicable par des écritures. Il nous est impossible de décrire la magie d’une tenue, ceci même, à un frère qui s’était absenté lors de cette tenue.

Mais en réalité, la Franc-Maçonnerie est en fait une superposition de sociétés secrètes dont la base ignore ce qui se passe et ce que l'on décide au sommet. Les apprentis, les compagnons et les maîtres ne sont pas admis dans les ateliers supérieurs, dans les loges des hauts grades, mais seulement dans les ateliers inférieurs dit " loges bleues ". Par contre, les frères des hauts grades participent obligatoirement aux travaux des loges bleues, et se mêlent ainsi à leurs frères des premiers grades, dont ils inspirent, guident ou surveillent les activités.

Je constate qu’il y a toujours des secrets, même pour moi, Maître Maçon. Mais je conçois qu’il soit ainsi. Pour moi ce secret si bien gardé par mes aînés représente la connaissance, le pouvoir sur soi-même, qui m’est défendu maintenant mais qui me deviendraient accessible quand j’aurais fait montre de capacités requises.

Notre Maître Hiram, n’a t-il pas dit aux compagnons qui voulais accaparer des secrets « Insensé ! Ce n’est pas ainsi que je l’ai reçu, ni qu’il doit être demandé … Travaille, persévère, et tu seras récompensé suivant tes mérites ».

T\R\M\, J’ai dit !

source : www.ledifice.net

Lire la suite

Jésuites

17 Mars 2013 , Rédigé par Gabriel Compayré Publié dans #spiritualité

Dès son origine, la Société de Jésus a mis l'éducation de la jeunesse au nombre des articles essentiels de son programme. Elle est incontestablement au premier rang parmi les congrégations enseignantes, quelque jugement que l'on porte d'ailleurs sur l'esprit de sa pédagogie. Ses efforts et ses succès ont suscité une mêlée d'appréciations contraires et passionnées, les unes entièrement louangeuses, les autres défavorables à l'excès. Pour les uns, les jésuites auraient atteint la perfection : « En ce qui regarde l'instruction de la jeunesse, disait Bacon, consultez les classes des jésuites : car il ne se peut rien faire de mieux ». Pour d'autres, les jésuites seraient d'aussi mauvais pédagogues qu'ils sont de redoutables politiques : « En fait d'éducation, disait Leibnitz, les jésuites sont restés au-dessous de la médiocrité ».

Ce qui est dès l'abord incontestable, c'est que les jésuites se sont appliqués à l'éducation avec une ardeur inouïe. Quelque disposé que l'on soit à juger sévèrement les méthodes pédagogiques des disciples de Loyola, comment se retenir d'admirer la ténacité et le zèle d'une Société qui depuis trois siècles, vouée à l'enseignement, résiste à toutes les attaques, suivit aux révolutions qui la proscrivent, aux arrêts d'exil qui la frappent, rouvre ses écoles que les monarchies ou les républiques ont fermées, renaît sans cesse de ses cendres, toujours infatigable et puissante, toujours prête à reparaître et à reprendre le cours interrompu de sa propagande et de ses travaux? Jamais corporation ne fut aussi savamment organisée et ne disposa d'autant de ressources pour le bien ou pour le mal.

Fondée en 1534 par Ignace de Loyola, la Compagnie de Jésus devait être, dans la pensée de son organisateur, une véritable milice de combat, dont le double but serait de conquérir de nouvelles provinces au catholicisme par les missions, et de lui conserver les anciennes par les écoles. La congrégation fut solennellement consacrée par le pape Paul III en 1540. Quelques années après, la Société avait déjà établi des collèges à Billom, à Mauriac, à Rodez, à Pamiers, à Tournon. En 1561, malgré le Parlement qui se dé fiait d'un ordre ultramontain, malgré les évêques qui redoutaient une congrégation directement soumise au pape, malgré l'Université qu'effrayait la concurrence de rivaux aussi actifs, les jésuites s'installaient à Paris même, grâce à la protection du roi. En Italie, ils avaient même succès. Un auteur italien du seizième siècle, Cremonini, raconte en ces ternies leurs débuts dans une ville de ce pays :

« Ils sont venus, pauvres et humbles d'allures. Ils ont commencé par apprendre la grammaire aux enfants ; et ainsi, peu à peu, lentement et graduellement, je ne sais trop par quelles voies, accumulant les richesses et s'insinuant pied à pied, ils sont arrivés à tout enseigner, avec l'intention, à ce que je crois, de devenir à Padoue les monarques du savoir (monarchi del sapere), si tant est qu'ils se contentent de si peu. »

Un instant compromis et expulsés de France, à la suite de l'attentat de Châtel (1594), ils furent rappelés par Henri IV en 1604, et depuis lors, pendant tout le cours du dix-septième siècle, leur histoire ne compte plus que des succès. Dès le commencement du dix-septième siècle, les jésuites réunissaient près de quatorze mille pensionnaires dans leurs collèges de la seule province de Paris. Et parmi ces élèves, que de noms célèbres ou glorieux, qui composent une véritable liste d'honneur : pour la guerre, Condé, Villars ; dans l'épiscopat, Fléchier et Bossuet ; dans le droit, Lamoignon et Seguier ; dans la philosophie, Descartes, plus tard Montesquieu et Voltaire ; dans les lettres, Corneille et Molière! Ajoutons d'ailleurs que quelques-uns de ces élèves ont formellement renié leurs professeurs. Voltaire disait : « Les Pères ne m'ont appris que des sottises et du latin ».

Quoi qu'il en soit, la clientèle de la Société grandissait toujours. C'était dans ses collèges que les classes moyennes et élevées plaçaient de préférence leurs enfants. Vers 1650, les Petites écoles de Port-Royal purent causer quelque ombrage aux jésuites. Mais Port-Royal fut dispersé, ses écoles rasées, et l'influence des jésuites, qui n'avait pas été étrangère à la persécution et à la destruction des jansénistes, devint prépondérante. A la fin du dix-septième siècle, l'ordre entier possédait, soit en France, soit dans les autres pays, 180 collèges, 90 séminaires, 160 résidences et un personnel de 21 000 membres. Le dix-huitième siècle, surtout vers la fin, fut moins favorable aux jésuites. Déjà bannis de la Russie en 1719, du Portugal en 1759, ils le furent de la France «n 1762, et de l'Espagne en 1767. Quelques années plus tard, en 1773, l'ordre tout entier était aboli par le pape Clément XIV. L'Eglise elle-même finissait par se révolter contre l'humeur despotique et les manières arrogantes d'une société dominatrice, véritable monarchie théocratique qui régnait sur le monde entier. Mais il n'y a pas de société plus vivace que la Société de Jésus. Après une éclipse passagère de leur fortune, les Pères furent solennellement rétablis (1801-1814) par le pape Pie VII. Ils reparurent en France sous le nom de Pères de la Foi, et y reprirent vite leur crédit. Cependant la Restauration elle-même, sous le ministère Martignac, fit fermer leurs maisons : les jésuites n'ont pas su se faire tolérer, même par les monarchies. Mais pour n'être pas légalement reconnus en France, les jésuites n'en ont pas moins continué à y vivre: et l'on sait comment, sous le second Empire, grâce a la loi du 15 mars 1850 sur la liberté de l'enseignement, ils en étaient venus peu à peu à. reprendre leur prestige pédagogique et à réunir dans leurs collèges une bonne partie des enfants de la bourgeoisie et presque tous les enfants de la noblesse. L'exécution des décrets de 1880 a eu pour résultat la fermeture de leurs collèges. Mais, malgré leur dispersion apparente, ils sont encore plus puissants qu'on ne le croit, et ce serait une erreur de penser que le dernier mot est dit avec eux.

Un estimable écrivain pédagogique, Louis Burnier, faisait remarquer que les jésuites n'ont presque rien publié sur l'éducation. « Ils ne sont pas de ces précepteurs, ajoute-t il, qui travaillent à se rendre inutiles. Eussent-ils quelques bons secrets de pédagogie, ils les garderont pour eux ou ils ne les confieront qu'en latin à l'usage de leurs adeptes. » Il y a quelque injustice dans ce reproche r si les Pères n'ont pas enrichi de beaucoup d'ouvrages la littérature pédagogique, c'est que, en trois siècles, leur esprit est resté le même et que leurs méthodes n'ont pas beaucoup varié. Par essence, la Société de Jésus est une corporation immobile. La Ratio studiorum ou règlement d'études publié en 1599. qui indique avec une extrême minutie la division dés classes, les matières de l'enseignement, les devoirs et les fonctions de chaque professeur, les règles de la discipline, est restée jusqu'à nos jours la loi suprême des maisons d'éducation dirigées par les Pères. En 1832, le général de l'ordre Roothan y introduisit quelques modifications insignifiantes, rendues nécessaires par les changements survenus dans les études. En 1854, le P. Beckx, autre général de la congrégation, dans une lettre écrite au ministre des cultes de l'empire d'Autriche, déclarait que la Ratio est la règle universelle de la Société et qu'elle ne peut être changée que sur quelques points de détail.

Avec la Ratio, ce sont les Constitutions parues en 1599 qu'il faut consulter surtout pour se faire une idée de la pédagogie des jésuites. Le quatrième livre des Constitutions est consacré tout entier à l'organisation des études. Joignons-y la Ratio docendi et discendi (1711) du P. Jouvency, la Manière de bien penser dans les ouvrages d'esprit (1687) du P. Bouhours, les oeuvres du P. Buffier au dix-huitième siècle ; et, si l'on veut des sources contemporaines, le livré du P. Daniel, les Jésuites instituteurs de la Jeunesse française (1880).

Des trois grands degrés de l'enseignement, primaire, secondaire et supérieur, il est à remarquer que les jésuites n'ont guère cultivé avec succès que l'enseignement secondaire. Pour l'enseignement primaire, ils n'ont volontairement rien fait. Même dans leurs collèges classiques, c'est à des religieux d'un autre ordre qu'ils confient volontiers les classes inférieures. Nulle part ils n'ont organisé d'écoles primaires. Il est facile de comprendre les raisons de cette abstention et de cette indifférence. Donner ses soins à l'instruction élémentaire du peuple, cela suppose qu'on hait l'ignorance, qu'on aime les lumières pour elles-mêmes, qu'on croit à l'obligation d'éclairer et d'agrandir l'humanité par le développement de l'intelligence. Or, les jésuites n'admettent guère la valeur intrinsèque de la culture intellectuelle. Ils ne comprennent cette culture que comme une convenance imposée par le rang à certaines classes de la nation. Loin de l'estimer par-dessus toutes choses, ils s'en défient, ils y voient une arme dangereuse qu'il est bon de ne pas mettre dans toutes les mains. Pour Ignace de Loyola et ses disciples, tout se subordonne à la foi, et là foi du peuple n'a pas de meilleure sauvegarde que son ignorance. Les jésuites n'ont pas compris que c'est le peuple surtout qui a besoin d'être éclairé, si l'on veut défendre sa moralité contre les mauvaises passions. Ils veulent bien reconnaître pourtant, dans les Constitutions, que « ce serait charité d'apprendre à lire et à écrire aux ignorants ». Mais, disent-ils, notre personnel est trop peu nombreux pour suffire à cette tâche : nous ne disposons pas des ressources nécessaires. Faut-il prendre cette excuse au sérieux chez un ordre qui a toujours pu ce qu'il a voulu! Non, la vérité, c'est que les jésuites ne désirent pas l'instruction du peuple. Nous en trouverions la preuve, si cela était nécessaire, dans ce passage des Constitutions : « Nul d'entre ceux qui sont employés à des services domestiques pour le compte de la Société ne devra savoir lire et écrire, ou, s'il le sait, en apprendre davantage : on ne l'instruira pas sans l'assentiment du général de l'ordre, car il lui suffit de servir en toute simplicité et humilité Jésus-Christ notre maître ».

Les jésuites ont fait plus d'efforts du côté de l'enseignement supérieur. Il ne leur déplaisait pas de s'emparer des universités afin de garder la haute main sur l'esprit des hommes. Mais leurs universités n'ont jamais brillé d'un vif éclat. C'est que la haute science vit de liberté, et que les jésuites n'admettent pas que l'esprit s'émancipe : ils le tiennent en tutelle et l'asservissent à des lois immuables.

Il n'y a donc pas lieu de s'étonner de la faiblesse nécessaire des hautes études dans une corporation qui interdisait toute opinion nouvelle, qui semblait vouloir supprimer le "progrès, qui, enfin, était condamnée par ses principes à voir l'idéal de l'enseignement supérieur dans la monotone répétition des mêmes doctrines, rajeunies quelquefois par un verbiage élégant, mais le plus souvent usées et affaiblies par de mesquines interprétations.

Mais les jésuites ont un terrain qui est le leur, le terrain de cette éducation moyenne, de cette instruction classique qui a fait leur réputation, et où ils passent, non sans quelque raison, pour des maîtres. Venus au moment où la Réforme faisait de si rapides conquêtes dans les rangs de la bourgeoisie et de la noblesse françaises, et où, en même temps, la Renaissance paraissait menacer la société chrétienne d'un retour pur et simple aux lettres païennes, les jésuites ont voulu parer à ce double péril. Il n'était plus possible de maintenir dans sa sécheresse et sa raideur la discipline scolastique. L'esprit humain s'était émancipé, les hommes du seizième siècle avaient salué avec émotion leurs ancêtres dans les auteurs grecs et latins. L'étude de la littérature ancienne était devenue une nécessité ; la Réforme et quelques membres des universités lui avaient fait bon accueil. Les jésuites, obéissant au goût du temps, n'hésitèrent pas à introduire les lettres classiques dans les programmes de leur enseignement. Leur effort porta sur la recherche des moyens qui devaient permettre de raviver, d'égayer l'instruction par la variété et le charme des lectures antiques, sans compromettre pourtant la fin suprême de l'éducation, à savoir l'orthodoxie catholique. Accaparer les lettres grecques et latines au profit de la foi, tel fut le but avoué de la Société de Jésus.

On ne saurait disconvenir que les collèges des jésuites se distinguèrent dès le début par une discipline plus régulière, et en même temps plus douce, que celle qui était en usage dans les collèges de l'Université. La Ratio studiorum prescrit aux maîtres de ne recourir aux punitions qu'à la dernière extrémité : « Que le maître, y est-il dit, ne se presse pas de punir, qu'il ne pousse pas les punitions trop loin : qu'il fasse semblant de ne pas s'apercevoir des fautes commises, quand il le peut sans compromettre l'intérêt de l'élève ». Et ailleurs : « On obtiendra plus de bons résultats par l'espoir de l'honneur et des récompenses et par la crainte du déshonneur que par les coups ».

A l'inverse des jansénistes qui bannissaient l'émulation, ce qui faisait dire à Pascal : « Les enfants de Port-Royal, auxquels on ne donne point cet aiguillon d'envie et de gloire, tombent dans la nonchalance », les jésuites multipliaient les récompenses et les divertissements : les récompenses pour exciter l'émulation, les divertissements pour dissiper l'ennui de l'internat. Les récompenses ne consistaient pas seulement en distributions solennelles de prix : on accordait aussi aux meilleurs élèves des croix, des rubans, des insignes, comme on fait encore dans certaines écoles primaires et dans les pensionnats de demoiselles. Il y avait quelque puérilité et une condescendance trop marquée pour la vanité extérieure dans ce système de petites récompenses. Les récréations étaient aussi variées que possible, et sur ce point il faut louer les jésuites. Précisément parce qu'ils imposaient à leurs élèves un internat rigoureux, les jésuites étaient intéressés à rendre agréable, s'il était possible, aux jeunes reclus le séjour de leur prison. Les représentations théâtrales ont toujours été en honneur chez les jésuites. L'Université les avait longtemps pratiquées, mais elle les abandonna à cause de leurs inconvénients manifestes: perte de temps, excitation excessive au plaisir, encouragement prématuré donné au désir de plaire. Ce que les jésuites recherchaient dans ces exercices dramatiques, ce n'était pas seulement une distraction pour les jeunes gens, c'était une école de tenue et de bonnes manières. « La tournure, dit un Père jésuite, est souvent la meilleure des recommandations. » L'élève doit apprendre à tenir la tête, les pieds, les mains. Il saura, par exemple, qu'il n'y a pas de dignité, quand on parle, « à avancer l'index, en fermant les autres doigts ; qu'il est très convenable au contraire de joindre ensemble l'annulaire et le médius en écartant un peu les autres doigts ». La préoccupation du decorum, louable en elle-même, aboutissait chez les jésuites à des minuties ridicules et à une affectation lâcheuse.

Un trait particulier de la discipline jésuitique, c'est l'association des élèves au gouvernement de la classe, leur coopération au maintien du bon ordre. Le principe est excellent, mais les jésuites en ont abusé. Dans chaque classe, ils distinguaient des élèves d'élite qui étaient chargés de recueillir les devoirs, de signaler les absences. Jusque là, tout est bien ; mais ces élèves privilégiés devenaient des espions entre les mains des maîtres. Les jésuites ne craignaient pas la délation : ils l'encourageaient. Ainsi l'élève qui avait fait usage de la langue française, au lieu de parler latin, pouvait être déchargé de la punition encourue, s'il prouvait par témoins que le même jour un de ses camarades avait commis la même faute.

Un autre trait caractéristique du régime des collèges des jésuites, c'est le souci qu'on y prenait de la santé des élèves. La Société de Jésus n'est jamais tombée dans l'erreur, trop commune chez les mystiques, de croire qu'on travaille pour l'âme en mortifiant le corps, en le soumettant à des excès de privation et d'austérité. D'autre part, il ne faut pas imposer à l'intelligence un travail excessif. Le travail prolongé e (fatigant, le travail à la façon des bénédictins, n'a jamais été en honneur chez les jésuites. Défense était faite aux écoliers de travailler plus de deux heures de suite. « Vous devez veiller avec un soin particulier, est-il recommandé aux maîtres, à ce que les élèves n étudient pas au temps où leur santé pourrait en souffrir, donnant au sommeil le temps nécessaire et gardant une juste mesure clans les travaux de l'esprit. » Conseils sages, inspirés par une idée exacte de l'équilibre qu'il convient d'établir entre les forces morales et les forces physiques. Ordre militant avant tout, les jésuites ne songent pas à imiter les ordres purement monastiques : ils savent le prix d'un corps robuste, et estiment, comme elle le mérite, la santé physique.

Les jésuites étaient d'autant plus disposés à récréer leurs élèves dans l'intérieur du collège qu'ils leur permettaient moins de distractions au dehors. Les externes étaient soumis eux-mêmes à une surveillance sévère : on leur interdisait d'assister aux spectacles publics, aux grandes réunions, aux exécutions, sauf aux exécutions d'hérétiques. Ce dernier spectacle était autorisé, et presque recommandé, comme salutaire à la foi!

Le défaut le plus général et le plus grave de la discipline jésuitique, sans parler ici des châtiments corporels (Voir Punitions), c'est qu'elle affaiblit outre mesure, elle supprime presque, l'action des parents. On se plaint souvent du casernement, de la séquestration complète des enfants dans les collèges de l'Université. Ce sont les jésuites qui ont inventé le système. Une fois enfermé dans les quatre murs de l'internat, l'enfant n'a presque plus de relations avec ses parents. Les jésuites lui dorent peut-être plus que d'autres les barreaux de sa prison, et l'amusent davantage dans sa cage ; mais ils prétendent en revanche le dominer tout entier et ne laisser rien à faire à la famille. Dans la Ratio, il n'est question qu'une seule fois des parents : « Dans les cas graves, on pourra faire venir le père et la mère, si l'on croit utile de s'entretenir avec eux de leurs enfants, ou même on ira les trouver chez eux, si le rang des personnes exige cette condescendance ».

Il ne faut pas craindre de le dire, la tendance des jésuites est plutôt de relâcher que de resserrer les liens de l'enfant avec sa famille. Voici quelques traits empruntés à un livre du dix-septième siècle qui, sous ce titre : Portrait du parfait écolier, nous révèle l'idéal rêvé par la Société. Il s'agit d'un jeune Tyrolien, Jean-Baptiste de Schultaus, élevé de 1635 à 1640 dans le collège des jésuites de Trente, et qui devint plus tard membre de l'ordre. « Sa mère lui rendit visite au collège de Trente. Il refusa de lui serrer la main et ne voulut même pas lever les yeux sur elle. Celle-ci, étonnée et affligée, demanda à son fils d'où venait la froideur d'un pareil accueil. « Je » ne te regarde point, non parce que tu es ma mère, » mais parce que tu es femme. » Et. le biographe ajoute : « Ce n'était pas là un excès de précaution ; c'est la femme qui toujours chasse l'homme du Paradis ». Quand la mère de Schultaus mourut, il ne montra pas la moindre émotion, « ayant depuis longtemps adopté la sainte Vierge comme sa vraie mère». Après cet exposé rapide des procédés de discipline en honneur dans les collèges des jésuites, examinons maintenant quel était l'enseignement des Pères et l'esprit de cet enseignement.

Le fond de l'enseignement des jésuites, c'est le grec et le latin, surtout le latin. Les deux langues sont placées au même rang dans la Ratio ; mais, en fait, le latin prenait le dessus et devenait la principale étude. Ecrire en latin, tel était l'idéal désiré et souvent atteint, grâce à des méthodes ingénieuses et efficaces. D'abord la langue maternelle, la langue vulgaire comme on disait alors, est interdite jusque dans les conversations de camarade à camarade. On est puni pour avoir parlé français. C'est seulement les jours de fêle et en guise de récompense que les écoliers étaient autorisés à converser entre eux autrement qu'en latin. De perpétuelles études de grammaire latine, des explications d'auteurs, de longues récitations, enfin des exercices écrits en prose et en poésie latines, tels étaient les moyens principaux employés par les jésuites et transmis par eux aux collèges de l'Université. Sans doute, nous sommes loin de croire que l'instruction secondaire ait pour objet unique ou essentiel l'art d'écrire dans la langue de Cicéron : mais le but une fois admis par hypothèse, il faut reconnaître que les jésuites avaient admirablement combiné leurs méthodes scolaires pour l'atteindre.

Il n'est peut-être pas difficile de devenir un bon latiniste, quand on ne songe à. devenir que cela. Or, pendant tout son séjour au collège, l'élève des jésuites n'a pas d'autre préoccupation que l'étude de la langue latine. La Ratio fait, il est vrai, une petite part à l'érudition, c'est-à-dire aux connaissances historiques. Mais c'est seulement à propos des auteurs expliqués en classe que le professeur entrera dans quelques détails sur les moeurs des peuples, sur les événements de l'histoire. « L'érudition, dit la Ratio, ne sera employée qu'avec mesure, afin d'exciter de temps en temps l'esprit, sans empêcher l'étude de la langue. » L'histoire ne pénétrait donc dans les premiers collèges des jésuites que par une porte de derrière, pour ainsi dire, accidentellement, à propos d'un texte grec ou latin. L'histoire moderne et l'histoire de France étaient entièrement laissées de côté. Un Père a écrit de notre temps : « L'histoire est la perte de celui qui l'étudie ». Ce dédain systématique de l'histoire jette à lui seul un grand jour sur l'inspiration générale des études des jésuites. Les faits historiques, comme tout ce qui constitue un enseignement positif, répugnent à un système de formalisme et d'éducation superficielle.

Les auteurs anciens eux-mêmes n'étaient pas expliqués à fond et en entier : on procédait par morceaux choisis, par extraits. On craignait d'appliquer la méthode que Rossuet pratiquait avec le Dauphin : l'élude d'un auteur poursuivie d'un bout à l'autre de ses ouvrages. En d'autres termes, ce n'étaient pas les auteurs anciens dans leur vérité, dans leur intégrité, que les jésuites faisaient connaître aux jeunes gens. Forcés par le goût du temps de faire entrer les lettres antiques dans leur plan d'éducation, ils espéraient, par les travestissements, par les suppressions qu'ils se permettaient, déguiser assez les auteurs pour que l'élève n'y reconnût pas le vieil esprit humain, l'esprit de la nature. Leur rêve était de transformer les auteurs païens en propagateurs de la foi. « L'interprétation des auteurs, dit le P. Jouvency, doit être faite de telle sorte que, quoique profanes, ils deviennent tous les hérauts du Christ (Christi praecones quodammodo fiant). » Le but de la Société de Jésus, ne l'oublions pas, était exclusivement de faire des catholiques. « On s'occupera des belles-lettres, disent les Constitutions, afin d'arriver plus aisément à mieux connaître et à mieux servir Dieu. »

Allant jusqu'au bout dans cette voie, les jésuites en venaient à considérer dans les auteurs profanes les mots plus que les choses. Même arrangés, en effet, et expurgés par une censure scrupuleuse, les auteurs profanes se prêtaient difficilement au rôle de prédicateurs chrétiens qu'on voulait leur faire jouer. Il fallait donc diriger l'attention des élèves, moins sur l'esprit qui les anime, sur les pensées où se manifestent la fierté, l'indépendance et la dignité humaines, pensées peu conformes à l'esprit de la Société de Jésus, que sur les élégances du langage ou les finesses de l'élocution, sur la forme qui, elle au moins, n'est d'aucune religion et ne pouvait en rien porter atteinte à l'orthodoxie nouvelle. De là est sorti ce qu'on a si justement appelé le formalisme jésuitique, plus préoccupé de la forme extérieure des idées que des idées elles-mêmes. De sorte que, par un détour, l'éducation retombait, avec les jésuites, dans le vice fondamental de la discipline du moyen âge, l'abus de la forme. Seulement, au moyen âge, la forme, c'était le raisonnement, l'argumentation rude et grossière, le barbare syllogisme. Ce que les jésuites mettaient à la place, c'était la forme littéraire, l'élégante rhétorique, avec des tours ingénieux, des procédés brillants, des figures aimables.

Il est donc évident que les jésuites cherchaient dans la lecture des anciens, non un instrument d'éducation morale et intellectuelle, mais simplement une école de beau langage. Sur ce point, les aveux abondent dans leurs écrits ; mais il n'en est pas de plus expressif que celui du général Becks, qui dit en propres termes, dans une lettre déjà citée : « Les gymnases resteront ce qu'ils sont de leur nature, une gymnastique de l'esprit, qui consiste beaucoup moins dans l'assimilation de matières réelles, dans l'acquisition de connaissances diverses, que dans une culture de pure forme ». Il ne s'agit pas, on le voit, de développer l'intelligence proprement dite, c'est-à-dire la faculté qui, après avoir réfléchi sur les pensées des autres, s'émancipe et se risque à penser par elle-même. Ce sont les facultés superficielles de l'esprit que les jésuites cherchent à exercer et à occuper, afin que l'élève se résigne plus facilement à laisser inactives les forces intimes de sa raison et, s'il se peut, qu'il ne les soupçonne même pas. Ils donnent beaucoup de temps aux exercices de mémoire, ils excitent l'imagination, ils disciplinent le goût. Mais ils craignent de remuer les profondeurs de l'âme humaine et d'y faire surgir, d'y évoquer ce redoutable esprit d'examen et de réflexion personnelle auquel Descartes, leur élève pourtant, a fait un appel qui a été entendu ; cette raison affranchie qui cite devant elle toutes les croyances, pour les accepter, si elle y voit luire l'évidence, pour les repousser, si elle ne peut s'en rendre compte et les mettre d'accord avec elle-même. Trouver pour l'esprit des occupations qui l'absorbent, qui le bercent comme un rêve, sans l'éveiller tout à fait ; appeler l'attention sur les mots, sur les tournures, afin. de réduire d'autant la place des pensées ; provoquer une certaine activité intellectuelle prudemment arrêtée à l'endroit où à une mémoire ornée succède une raison réfléchie : en un mot, agiter l'esprit, assez pour qu'il sorte de son inertie et de son ignorance, trop peu pour qu'il agisse véritablement par lui-même, par un déploiement viril de toutes ses facultés, telle est la méthode des jésuites. Elle est bonne pour former, non pas des hommes, mais de grands enfants. « Le plus souvent, dit un de nos contemporains, le comte autrichien François Deyn, l'élève des jésuites restera ce que les jésuites ont fait de lui, un esprit borné, non développé, incapable de se passer de la direction paternelle du jésuitisme. » Les jésuites, dit dans le même sens Macaulay, semblent avoir trouvé le point jusqu'où l'on peut pousser la culture intellectuelle sans arriver à l'émancipation intellectuelle.

Nous en avons dit assez pour caractériser l'enseignement donné par les jésuites, et qui pourrait être résumé ainsi : le moins possible de connaissances positives, rien que des exercices purement formels. Les études scientifiques étaient négligées, comme l'histoire. La philosophie était réduite, ou peu s'en fallait, à la dialectique syllogistique.

Sans doute, il faut tenir compte du temps et reconnaître que dans les siècles suivants les jésuites ont suivi le mouvement général qui a si prodigieusement élargi les cadres de l'enseignement scientifique. Mais ils l'ont fait par nécessité plus que par conviction, parce qu'il fallait se plier aux exigences des programmes d'examen, avec défiance plus qu'avec sympathie, sans bien comprendre, ce semble, le rôle que les études scientifiques doivent jouer dans le développement de l'esprit humain. Les langues anciennes étudiées un peu mécaniquement, voilà, à vrai dire, le seul enseignement que les jésuites aient pratiqué avec amour et avec foi.

Même au dix-huitième siècle, les jésuites persistaient dans leurs anciennes méthodes. Il suffit pour s'en convaincre d'étudier les rapports qui furent présentes, en 1762, au Parlement de Paris par les officiers municipaux ou royaux de toutes les villes où les jésuites possédaient des collèges. On y saisit sur le vif et dans toute sa sincérité l'expression des besoins dont le bon sens populaire reconnaissait l'urgence et que la Société de Jésus se refusait à satisfaire. Presque partout ce sont les mêmes doléances et les mêmes projets de réforme. Donnons-en quelques exemples.

Les officiers du bailliage d'Auxerre se plaignent que les écoliers n'étudient dans les classes que quelques auteurs latins, et qu'ils en sortent sans que jamais on leur ait mis dans les mains un seul auteur français. Les officiers royaux de Moulins insistent pour qu'il y ait par semaine au moins une heure de chaque classe consacrée à l'histoire de France. A Orléans, le mémoire de la municipalité appuie sur la nécessité « de faire enseigner aux enfants la langue française et de la leur apprendre par principes». A Montbrison, de même, on demandait que l'on s'occupât principalement d'apprendre aux enfants leur langue et l'histoire de leur patrie, et que, par le récit des vertus des grands hommes de leur pays, on leur inspirât le désir de leur ressembler ; enfin, « que l'on donnât aux enfants une teinture de géographie, surtout de celle de leur pays ». Ces études modernes de la langue et de la littérature française, et aussi de l'histoire nationale, ces études réelles et nécessaires que l'on réclamait de toutes parts, étaient précisément celles que la Compagnie de Jésus, obstinément asservie à son formalisme, répugnait le plus et répugnera toujours à mettre en leur rang, qui est le premier.

L'intérêt de l'enseignement des jésuites réside donc beaucoup moins dans leurs programmes, dans leurs méthodes, que dans l'esprit général qui domine leur pédagogie et qui en est l'âme. Or les jésuites sont des religieux, mais ils ne ressemblent pas aux autres religieux ; ils appartiennent à la grande famille catholique, mais ils ont leur physionomie personnelle. Au milieu des vastes associations que la foi a semées dans le monde, ils constituent une espèce à part ; de tous les corps de la chrétienté, ils sont le plus discipliné et le plus fort ; ils ont gardé l'empreinte du génie de leur fondateur.

Ignace de Loyola savait, pour avoir lu l'histoire du moyen âge, ou bien avait compris d'instinct, quels ont été, quels peuvent être les défauts inhérents aux institutions monastiques. L'écueil du religieux, c'est que son esprit se perde dans des contemplations, dans des rêveries, fécondes peut-être pour la foi, mais stériles pour l'étude, qui élèvent l'âme individuelle, mais qui la laissent impuissante pour l'action. Aussi Loyola a-t-il interdit à ses disciples l'excès des prières et des méditations. Rien de moins mystique que l'esprit des jésuites ; de là le secret de leur force en ce qui concerne le gouvernement des âmes, et cette opiniâtreté invincible qu'ils apportent dans l'accomplissement de leurs projets. Absorbés dans l'extase, usés. par l'ascétisme, les jésuites auraient-ils pu consacrer à l'oeuvre de l'éducation une attention aussi soutenue et une pareille force de volonté?

Mais ce qui donne surtout à l'enseignement jésuitique sa puissance et son relief, c'est le principe d'obéissance devenu le mot d'ordre de tous les membres de la Société, depuis le plus humble jusqu'au plus éminent. On ne fait de grandes choses dans le monde que par l'accord des volontés. Ce sont les indisciplinés qui agitent l'humanité. Ce sont les disciplinés qui la mènent. Or, jamais le sentiment de la discipline n'a été poussé plus loin que dans la Société de Jésus : « Renoncer à ses volontés propres est plus méritoire que de réveiller les morts. » — « Il faut nous attacher à l'Eglise romaine au point de tenir pour noir un objet qu'elle nous dit noir, alors même qu'il serait blanc. » — « La confiance en Dieu doit être assez grande pour nous pousser, en l'absence d'un navire, à passer les mers sur une simple planche. » — « Quand même Dieu t'aurait préposé pour maître un animal privé de raison, tu n'hésiterais pas à lui prêter obéissance, ainsi qu'à un maître et à un guide, par cette seule raison que Dieu l'a ordonné ainsi. » Quels prodiges de dévouement n'est-on pas en droit d'attendre d'une Société où des milliers de volontés abdiquent tout mouvement propre pour marcher du même pas au même but, pour avancer, sans rébellion d'amour-propre, sans tâtonnements stériles, dans une voie invariable? Le bon ordre, condition essentielle des études ; la suite dans le but et dans les méthodes, sans laquelle on s'égare d'essai en essai, d'expérience en expérience ; la discipline enfin, qui empêche tout écart de la part du maître ; n'est-il pas évident que tous ces avantages sont réalisés dans les collèges d'une Société qui se soumet à la loi de l'obéissance passive, et qui marche comme un régiment?

Disons encore que, inférieurs à leur tâche sous tant de rapports, les jésuites, sur un point, n'ont rien à envier à personne : nous voulons parler de ce dévouement, de ce zèle professionnel, qui supplée souvent à l'insuffisance des méthodes, et qu'on ne saurait leur contester.

Mais à côté du bien, il faut voir le mal : à côté des bons résultats de la discipline jésuitique, que de dangers à craindre ! Le système de l'obéissance absolue, de l'obéissance aveugle, supprime toute liberté, toute spontanéité. L'originalité est interdite. C'est un crime d'ouvrir une voie nouvelle. L'action personnelle vivante d'un maître qui obéit à son génie est chose inconnue chez les jésuites. Une monotonie insipide est souvent le défaut de leurs classes. Qu'on relise les Constitutions, et l'on verra jusqu'à quelle puérilité y est poussée la manie de la réglementation. Il est prescrit d'éviter les plis au front, au nez, afin que la sérénité extérieure rende témoignage de la gaîté de l'âme. Quand on s'entretient avec des personnes de qualité, il faut les regarder non dans le blanc des yeux, mais en dessous. On indique exactement la façon dont il faut tenir la tête, les mains, remuer les yeux, les lèvres. La vie entière est réglementée. Le jésuite ne s'appartient plus. Il est un règlement en action. Son existence mécanique, automatique, est une sorte de mort spirituelle. « Il faut se laisser gouverner par la divine Providence agissant par l'intermédiaire des supérieurs de l'ordre, comme si l'on était un cadavre que l'on peut mettre dans n'importe quelle position et traiter suivant son bon plaisir ; ou encore comme si l'on était un bâton entre les mains d'un vieillard qui s'en sert comme il lui plaît. » Et, comme on craint que l'esprit humain, que le moi ne se révolte un jour ou l'autre contre cet asservissement moral, contre cet esclavage du sentiment et de la pensée, la surveillance la plus minutieuse est organisée. Avant 1762, le général de l'ordre recevait par an six mille cinq cent quatre-vingt quatre rapports. « Nul monarque de la terre, dit un historien, n'est aussi bien renseigné que le général des jésuites. » Que peut être l'éducation dirigée par de tels maîtres, sinon une véritable tyrannie déguisée sous une douceur feinte, un despotisme insinuant qui ravit aux hommes toute liberté? N'est-il pas à craindre que les jésuites, instruments serviles d'une volonté supérieure, ne soient disposés à généraliser l'idéal de vertu qui leur est imposé à eux-mêmes, à le proposer à leurs disciples? N'est-il pas à craindre qu'ils ne tendent à développer l'habitude de l'obéissance irréfléchie, de la souplesse, de l'humilité, plutôt que les fortes vertus du caractère, le sentiment de la dignité personnelle, la conscience du droit, le courage et l'indépendance?

L'éducation jésuitique a été combinée en définitive plutôt pour former des gentilshommes aimables que pour créer des âmes humaines, complètes et en possession de toutes leurs forces : elle n'est pas assez générale. En outre, elle détourne trop l'attention de relève sur des intérêts étrangers aux intérêts du pays : elle n'est pas assez patriotique. Elle a d'autres défauts encore. Le plus grand est peut-être que, pour les jésuites, l'éducation est un moyen, non un but ; un moyen de propagande religieuse et d'influence politique. Les jésuites ne sont pas des pédagogues assez désintéressés pour nous plaire. Il faut à l'éducateur véritable ce détachement des intérêts de parti qui lui permet de ne voir dans l'élève qu'un esprit à cultiver et une âme à former. Et qu'on ne dise pas que l'influence morale de» jésuites est compensée par l'excellence de leurs méthodes d'instruction. Nous avons montré que leurs méthodes sont factices, artificielles et superficielles, et, sur ce point, tous les observateurs impartiaux sont de notre avis.

« Pour l’instruction, dit M. Bersot, voici ce qu'on trouve chez eux : l'histoire réduite aux faits et aux tableaux, sans la leçon qui en sort sur la connaissance du monde, les faits même supprimés ou changés, quand ils parlent trop ; la philosophie réduite à ce qu'on appelle la doctrine empirique, et que M. de Maistre appelait la philosophie du rien, sans danger qu'on s'éprenne de cela ; la science physique réduite aux récréations, sans l'esprit de recherche et de liberté ; la littérature réduite à l'explication admirative des auteurs anciens et aboutissant à des jeux d'esprit innocents. A l'égard des lettres, il y a deux amours qui n'ont de commun que le nom : l'un fait des hommes, l'autre de grands adolescents. C'est celui-ci qu'on trouve chez les jésuites: ils amusent l'âme. »

En résumé, plus on voudra former des hommes, plus on aimera dans l'éducation la franchise, dans l'instruction l'étendue et la profondeur ; plus on recherchera la fermeté de la volonté, l'indépendance de l'esprit, la droiture du coeur, et plus l'enseignement des jésuites perdra de son crédit et de son autorité.

Source : http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand-buisson/document.php?id=2957

Commentaire : ce texte a été écrit avant l’élection du nouveau pape.

En mémoire du RP Riquet jésuite et ami de la Franc-Maçonnerie

 

Lire la suite

Le Secret Maçonnique

16 Mars 2013 , Rédigé par Guy Piau Publié dans #Planches

La question du secret maçonnique est sans conteste celle qui est la plus souvent avancée pour diaboliser la franc-maçonnerie.
La mise en cause de la franc-maçonnerie, en raison du « secret » dont elle se pare n’est pas une nouveauté. Si au 18ème siècle, la franc-maçonnerie est plutôt tournée en dérision par des divulgations fantaisistes et des caricatures humoristiques, elle ne rencontre pas de franche hostilité. Un anti-maçonnisme populaire s’exprime en Angleterre comme en France, qualifiant les loges de repaires d’ivrognes et de libertins.
Paradoxalement, l’ancienne maçonnerie qui gardait jalousement cachées ses pratiques, ne fut jamais interpellée à cause de ses secrets, mais seulement condamnée par l’Eglise catholique apostolique et romaine, à différentes reprises pour les mêmes raisons que celles exposées dans le Décret du Concile d’Avignon, en date du 18 Juin 1326, qui commence ainsi « Dans certains cantons de nos provinces, il y a des gens, le plus souvent des nobles, parfois des roturiers qui organisent des ligues des sociétés, des coalitions interdites, tant par le droit ecclésiastique que par le droit civil. » Cette interdiction, régulièrement rappelée, ne lui est pas réservée mais concerne l’ensemble des associations qui n’ont pas été autorisées par l’Eglise elle-même.
A peine s’est-elle manifestée officiellement, la franc-maçonnerie moderne, dont les statuts ou constitutions sont publiées en 1723, donne lieu à des présentations de ses pratiques, rites ou symboles que l’on peut qualifier de divulgations.
Je n’en citerai que quelques unes :
En 1723, à Londres, est publié dans un Journal « The Flying Post » un texte dénommé depuis « Examen d’un maçon » qui nous renseigne sur les mots, signes, attouchements des francs-maçons et la cérémonie de réception d’un profane .
Puis en 1730, Samuel Prichard, un franc-maçon, membre en exercice ou démissionnaire de la loge « La Tête d’Henry VIII » à Londres, publie, sous le titre « la maçonnerie disséquée » un rituel pratiqué au sein de la Grande Loge de Londres qui comporte pour chacun des grades la description de la cérémonie d’initiation.
En France, le lieutenant de police Hérault rend public les secrets des maçons dès 1737. En 1742, de la Tierce publie « Histoire. Obligations et statut de la très vénérable confraternité des francs-maçons ». Deux autres ouvrages, celui de Louis Travenol, « Catéchisme des francs-maçons », en 1744 et celui du baron Tschoudy « L’Etoile flamboyante ou la société des francs-maçons », en 1766, dévoilent très précisément les règles et pratiques des loges maçonniques.
L’anti-maçonnisme s’exprime dans le libelle de l’abbé Pérau : « L’ordre des francs-maçons trahi et ses secrets révélés » (1742).
Depuis lors, la parution d’ouvrages traitant des rites, symboles et pratiques maçonniques, a été constante.
De même, après la Révolution Française, dont très tôt, furent rendus responsables « les réseaux maçonniques », tant dans ses principes que dans ses outrances, l’anti-maçonnisme s’est exprimé d’une manière constante et brutale.
Les termes pour diaboliser la franc-maçonnerie ont changé ; hier, il s’agissait de la maçonnerie dévoyée, de la maçonnerie luciférienne, du complot judéo-maçonnique, des forces occultes ; aujourd’hui, il s’agit des frères invisibles, des réseaux affairistes.

Le ton des attaques a aussi changé. Autrefois, ce n’était que dérision, injures, menaces, désormais le détracteur se pare de la conscience du juste et procède par allusion, amalgame. Il transforme en informations vraies ce qui n’est que ragots et basses vengeances.

Hier, les francs-maçons étaient les déstabilisateurs d’un ordre social harmonieux, les destructeurs des références morales établies de toute éternité ; aujourd’hui, les voici devenus les pires conservateurs qui puissent exister et les acteurs des affaires les plus louches.
Tout ceci serait dérisoire et pourrait être traité par le mépris si, quelles que soient l’époque et l’expression, le même esprit n’animait les pourfendeurs de la franc-maçonnerie. Il ne s’agit pas seulement de régler ses comptes avec une institution qui vous a refusé l’admission ou vous a exclu ; pas seulement non plus de se construire une notoriété ; mais de s’opposer, par de basses attaques et au besoin par la violence, à un ordre qui plus que tout autre est porteur et missionnaire de l’idéologie de la liberté de conscience et de libération des individus. Il s’agit bien de la manifestation, consciente ou non, du plus pur esprit totalitaire.
Il n’est pas inutile d’indiquer quelques aspects de l’anti-maçonnisme tel qu’il s’est exprimé, par des comités, dans des livres et des revues, à la fin du 19ème siècle et dans la première année du 20ème siècle.
En 1897, se manifeste un Comité anti-maçonnique de Paris qui deviendra l’Association anti-maçonnique de France en 1904, et publiera « La Franc-maçonnerie démasquée » qui paraîtra jusqu’en 1924.
En 1900, un comité dénommé le Groupe des Amis de « A bas les tyrans » devient l’Union française anti-maçonnique, puis la Ligue de défense nationale contre la franc-maçonnerie qui publie « A bas les tyrans » et « La Bastille ».
En 1907, Jean Bidegain, radié du Grand Orient de France, publie « Magistrature et justice maçonnique ». On y trouve des propos de la même veine que ceux exprimés aujourd’hui et que l’avocat Bernard Mery, développe dans « Justice, Franc-maçonnerie, Corruption », à savoir, notamment, qu’un juge franc-maçon ne peut rendre une justice totalement impartiale ni équitable, du fait de son serment.
En 1913, s’établit un Institut anti-maçonnique qui aura une existence éphémère.
En 1926, une revue « Les Cahiers de l’Ordre » qui fera une campagne active aux élections de 1928, voue aux gémonies les francs-maçons qu’elle associe dans la même opprobre aux juifs et aux communistes, initiant l’idée du complot judéo-bolchevique-maçonnique qui deviendra le thème obsessionnel des groupes et groupuscules fascistes.
Il y eut aussi la Revue Internationale des Sociétés Secrètes qui de, 1920 à 1939, s’acharna sur les idées maçonniques et se fit un devoir de dénoncer les réseaux maçonniques.
Je pourrai poursuivre cette énumération des expressions anti-maçonniques de la première moitié du siècle. Peut-on penser qu’aujourd’hui les choses ont changé ? Non, il y eut certes une période d’accalmie mais, depuis quelques temps, l’anti-maçonnisme ressurgit. Il n’est plus besoin désormais d’officines spécialisées, puisque la presse dite d’opinion ouvre largement ses colonnes à tous ceux qui prétendent faire des révélations ou avoir effectué des enquêtes sérieuses dans le monde des francs-maçons.
Bien que depuis ses origines et aujourd’hui plus qu’avant, la franc-maçonnerie ait « pignon sur rue », qu’elle extériorise son action par des rencontres et des colloques ouverts à tous, qu’elle se soit placée sous le régime légal des associations déclarées et que ses rites, pratiques et symboles, soient exposés et commentés dans des centaines d’ouvrages les mettant à la portée et les livrant à la curiosité de tous, des contempteurs de l’ordre maçonnique continuent à prendre pour prétexte les secrets et le serment maçonniques pour diaboliser les francs-maçons.
Au risque de répéter ce qui a déjà été dit et bien dit, je souhaite revenir sur ce sujet . De quels secrets s’agit-il , :le secret d’appartenance, le secret de nos travaux ou le secret initiatique, lorsque les francs-maçons font serment de garder le secret des mystères de la franc-maçonnerie ?
•Le secret d’appartenance

Contrairement à ce qui est dit et répété ici et là, nul maçon n’est tenu de taire son appartenance à la franc-maçonnerie. Il lui est seulement demandé d’être discret et de ne pas dévoiler ou révéler l’appartenance d’un autre que lui-même. Cette double obligation découle de la morale et de la philosophie maçonniques qui sont le respect d’autrui dans ses propres convictions et sa liberté de conscience.
Ce sont le même souci de respect de la libre indépendance de chacun, les mêmes règles éthiques, qui font devoir aux obédiences maçonniques de ne dresser aucun annuaire de l’ensemble de leurs membres qui serait diffusé tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’ordre.
Des clubs-services, Rotary International, Lions’Club le font, des associations d’anciens élèves de grandes écoles également. Mais nombre d’organisations : partis politiques, religions établies ou groupes culturels s’en dispensent et il ne vient à l’idée de personne – et cela est le signe d’un véritable esprit de tolérance démocratique – de demander à un protestant, un musulman, un catholique, un adhérent de tel ou tel parti politique, même si celui-ci s’affiche officiellement, voire à un membre de l’Opus Dei, de déclarer son appartenance lorsqu’il postule à tel ou tel emploi public ou exerce une autorité soit comme fonctionnaire, soit comme magistrat. Or, à nouveau, sous les fallacieux prétextes du secret d’appartenance et du serment maçonnique , un procès d’intention est fait à l’encontre de l’ensemble des francs-maçons. Ceux-ci ne pourraient assumer des charges de hauts fonctionnaires ou de magistrats s’ils ne déclaraient pas leur appartenance.
Des journaux en quête de lecteurs et de prétendus écrivains recherchant la notoriété reprennent la vieille antienne du complot maçonnique, confondant les agissements de quelques affairistes avec l’ordre maçonnique lui-même, et donnant la voix aux faux maçons, anti-maçons et radiés de la franc-maçonnerie.
La méthode n’est pas nouvelle et marque une résurgence des sentiments d’exclusion au sein d’une société qui se déstabilise et perd une partie de ses références démocratiques.
Certains soi-disant spécialistes de la franc-maçonnerie, en mal de règlement de compte ou de reconnaissance, ne manquent pas de trouver en l’ordre maçonnique le bouc émissaire idéal lorsque la communauté nationale manifeste, sous quelque forme que ce soit, son mal être.
Il en fut ainsi dans les années 1935/1940. Au cours de cette période, qui fut sinistre à bien des égards, les partisans d’un ordre nouveau et les nostalgiques de toutes les formes de conservatisme, s’acharnèrent sur les francs-maçons. Il y eut d’abord les accusations lancées contre tel ou tel, appartenant à la fraternité, pour de prétendues complicités ou crimes politiques liés aux scandales financiers des années 1930. Puis,
vint la parution de listes de personnalités, membres ou supposées telles de l’ordre maçonnique. On y trouve les noms aussi bien de hauts dignitaires ecclésiastiques tels les cardinaux Verdier, Dubois et Liénart que de personnages appartenant à la haute administration, ou acteurs de la vie politique, économique et sociale.
Compte tenu de ces révélations sur l’appartenance à la franc-maçonnerie, les nazis crurent même pendant un temps que le Maréchal Pétain avait appartenu à la fraternité, lui qui dès sa prise de pouvoir en juillet 1940, désigna la franc-maçonnerie comme l’une des causes principales de la défaite.
Sous le régime de l’Etat français dont la devise « Travail, Famille Patrie » fut substituée à celle de la République « Liberté, Egalité, Fraternité » l’anti-maçonnisme s’installe et il se manifeste officiellement.
Bernard Fay, dont la revue « Les documents maçonniques » publie, avec un art de l’amalgame saisissant, à côté d’études remarquables sur la maçonnerie du moyen âge, des témoignages émanant de personnes prétendant avoir été ruinées ou empêchées de réussir dans leurs entreprises et leurs fonctions par des francs-maçons, prend la direction du service créé par l'Etat vichyssois pour assumer les basses œuvres de la lutte contre la « pieuvre » maçonnique. Ce service a pour mission de recenser tous ceux qui ont appartenu à la fraternité. Il met « en fiches » soixante mille personnes et le Journal Officiel de l’Etat Français peut publier quinze mille noms de maçons, fonctionnaires, militaires, magistrats, enseignants, dignitaires des obédiences et anciens vénérables de loges. L’occupant, dont l’idéologie nationale-socialiste s’abreuvait des ragots d’un complot judéo-maçonnique, dont les membres étaient les agents de l’impérialisme anglo-saxon, n’eut qu’à puiser dans ces listes pour diligenter des perquisitions, effectuer des arrestations et déporter ceux parmi les francs-maçons qui lui paraissaient dangereux.
C’était le temps des « forces occultes », celui d’une franc-maçonnerie comploteuse et affairiste qu’il convenait d’abattre.
Dans le années 1960, brodant sur le thème « ils sont partout où s’exerce le pouvoir », Roger Peyrefitte, avec le goût de la provocation qu’il cultiva toute sa vie et la finesse de son écriture, publia une histoire romancée de la franc-maçonnerie en son état des soixante premières années du siècle. Si ses propos n’échappent pas à la facilité des révélations sensationnelles destinées à attirer les faux naïfs, le fond demeure bien documenté et les personnalités supposées avoir transmis des informations à l’auteur sont généralement sérieuses.
En outre, Roger Peyrefitte a l’élégance de gratifier les francs-maçons du nom que nous nous donnons nous-mêmes , « les fils de la lumière ».
En notre temps, les francs-maçons, désormais qualifiés de « frères invisibles », sont crédités de nouveaux pêchés. L’époque n’admet plus les anathèmes trop excessifs mais se satisfait de la diffusion subtile de rumeurs et de messages mensongers. De hardis défenseurs d’une morale de la transparence – mais sont-ils eux-mêmes transparents ; qu’en est-il de leurs engagements présents ou anciens dans les domaines politiques, religieux ou philosophiques – découvrent et racontent une franc-maçonnerie qui, du fait de son action secrète, de ses réseaux organisés, est une menace pour la démocratie ainsi que des francs-maçons toujours affairistes mais aussi piètres conservateurs. Roger Peyrefitte, plus sensé que ces nouvelles autorités de la geste anti-maçonnique, avait eu l’intelligence de faire dire à l’un des personnages de son inventaire de la franc-maçonnerie, discutant au sujet des forces occultes : « vous avez vu le film « forces occultes », déclara-t-il. Mais il y a de vraies « forces occultes », elles s’appellent la synarchie ».
Sans doute, il en est de même en notre époque. Il existe des « forces occultes » revanchardes, liberticides, qui se dissimulent sous la parure du juste et qui, par l’intermédiaire de ces nouveaux croisés de la vertu autoproclamée, s’acharnent contre la franc-maçonnerie, lieu d’expression de la libre conscience et du libre arbitre. Ils nous ramènent, consciemment ou non, aux pires époques de l’inquisition, des procès en sorcellerie et des persécutions
Aucune obédience maçonnique n’exige de ses membres qu’ils taisent leur appartenance à la fraternité et la franc-maçonnerie aurait tout à gagner d’inviter ses adeptes à s’afficher comme maçons.

• Le secret des travaux.

Parmi les critiques émises à l’encontre de la franc-maçonnerie, les reproches qui lui sont adressés, figure en bonne place l’impossibilité pour toute personne n’appartenant pas à la fraternité d’être admise aux travaux de loge, de connaître le contenu des délibérations, discussions et échanges qui ont lieu pendant les tenues.
Contrairement à ce qui est dit à ce sujet, la règle du secret des travaux, le devoir de garder le secret est d’ordre général ; elle s’applique à l’égard de tous, jusque et y compris les membres de la loge absents lors de la tenue, quels que soient leurs grades et l’office qu’ils peuvent occuper. Un résumé des travaux du jour fait l’objet d’un compte rendu écrit, dénommé « la planche tracée des travaux » qui est lu lors de la réunion suivante et soumis à l’approbation des frères ou sœurs présents mais ne donne lieu à aucune diffusion.
Il est nécessaire de rappeler que la loge maçonnique est une communauté initiatique. Les évolutions de la conception du rôle et de la place de l’institution maçonnique, ayant abouti à la diversité obédientielle, n’ont pas ôté le caractère initiatique de l’admission et du travail en loge. Il s’ensuit que seules les personnes qui ont été initiées et qui dès lors connaissent les symboles et les pratiques présidant au déroulement des travaux en loge, peuvent participer à ceux-ci. Il ne s’agit pas d’un quelconque principe d’exclusion mais seulement du respect d’une règle traditionnelle qui n’est pas particulière à la franc-maçonnerie, mais est aussi commune à toutes les institutions qui s’inspirent d’une doctrine ou d’un enseignement spiritualiste qu’ils soient d’essence religieuse ou gnostique.
Il convient aussi d’observer que la tradition maçonnique demeure fondamentalement celle d’une transmission orale et que le travail en loge joue à cet égard un rôle essentiel qui ne peut être partagé qu’entre les adeptes de la fraternité. Cette transmission que l’on peut assimiler au « solve et coagula » de l’œuvre alchimique ne peut s’exporter par l’écrit ni être vécu par quiconque n’a pas effectué en lui le passage du temps profane au temps sacré ; passage qui n’est pas donné par l’initiation, mais que l’initiation rend opératoire.
Cependant, la franc-maçonnerie n’est pas un univers clos, une ou des institutions fermées sur elles-mêmes. Quiconque peut visiter un temple maçonnique comme un non catholique peut pénétrer dans une église. Les obédiences, les loges organisent des conférences, des rencontres, des tenues auxquelles sont conviées des personnes non maçonnes. Seuls, les travaux en tenues de loges sont réservées aux adeptes, de même qu’un non musulman ne saurait être admis à l’office de la prière.

• Le serment maçonnique
Le serment maçonnique prêté par toute personne au moment de sa réception au grade d’apprenti et qu’elle est amenée à renouveler lorsqu’elle est reçue aux degrés suivants, est ce qui alimente les incantations des professionnels de l’anti-maçonnisme depuis toujours.
Prenant corps sur une formulation archaïque qui trouve son origine dans les pratiques des anciennes loges et que plusieurs rites ont conservé, nos ennemis s’en donnent à cœur joie.
Il est vrai que les obédiences et les loges qui ont conservé la formulation ancienne devraient en retirer la partie qui fait dire au postulant, sous cette forme ou une autre du même acabit : « je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d’aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d’avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d’être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d’appartenir à la franc-maçonnerie ».
Ce serment qui donne prise à toutes sortes d’interprétation malveillante et justifie les accusations portées à l’encontre des francs-maçons, n’a aucune valeur pratique dès lors qu’il n’est pas dans les usages des institutions maçonniques de faire subir un quelconque châtiment ou d’exercer une vengeance envers ceux qui ont renié leur engagement maçonnique ou qui ont trahi leur idéal ou leurs frères. Il a perdu en outre la force symbolique qu’il pouvait exprimer dans un cadre social différent de celui qui est désormais établi, fondé sur la tolérance et l’idéal démocratique.
Cependant, nous pouvons encore lire des déclarations comme celles-ci, relevées récemment dans un journal qui cherche sa clientèle . « Tout cela n’est que poudre aux yeux. Un maçon, lors de son intronisation, prête serment à la vie, à la mort, de fidélité à sa loge. Ce serment oblige celui qui s’y prête à le préférer à tout autre serment. Rapporté au rang de juge, ce n’est pas concevable, car il y a nécessairement conflit, confrontation entre deux serments, celui que prête le juge à l’Etat républicain et celui que l’individu prête à sa loge. Le second dominera le premier si l’adepte veut encore espérer obtenir un meilleur avancement. Son intérêt lui interdira d’aller contre celui de l’un de ses frères. Qu’il soit justiciable ou juge, il s’interdira de condamner le frère, ou lui accordera ce qu’il réclamera ».
Si je cite ici ce texte, extrait du n° 1 de « Liberté d’Expression », c’est qu’il est très représentatif d’un courant de pensée anti-maçonnique qui tend à faire croire que les francs-maçons, en général, ne pourraient être des citoyens comme les autres.
Or, si l’on excepte le contenu de la phrase que j’ai rappelée ci-dessus, quelle est l’obligation prêtée par le récipiendaire. Avec quelques nuances de style, selon le rite pratiqué, elle est ainsi énoncée : « de ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie, de ne jamais révéler aucun des secrets de la franc-maçonnerie à qui n’a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver, sculpter ou de les reproduire autrement. Je jure d’observer consciencieusement les principes de l’ordre maçonnique, de travailler à la prospérité de ma respectable loge, d’en suivre régulièrement les travaux, d’aimer mes frères et de les aider par mes conseils, et mes actions ».
En outre, il est constamment rappelé aux membres des loges, qu’ils doivent être fidèles aux lois de la République, les respecter et s’ils ont une quelconque fonction publique, les appliquer, suivant en cela la prescription énoncée dans les Constitutions d’Anderson « Le maçon est un paisible sujet vis-à-vis des pouvoirs civils, en quelque endroit qu’il réside ou travaille, et ne doit jamais se mêler aux complots et conspirations contre la paix ou le bien-être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs ».
Mais, le franc-maçon a le devoir de désobéissance, lorsque le gouvernement est exercé par un pouvoir illégal ou que le droit est détourné de son objet par telle ou telle autorité politique. Ce devoir est aussi proclamé par la Constitution de la République et concerne l’ensemble des citoyens.
Le serment du maçon doit être ramené aux justes dimensions de l’engagement d’un homme ou d’une femme libre, auxquels la société maçonnique laisse sa liberté de conscience et sa liberté d’agir, en toutes circonstances mais qui a pris la décision d’appartenir à une institution qui est une communauté initiatique et une société philanthropique et d’en respecter les règles internes qui lui font devoir de travailler à son accomplissement moral, de faire œuvre de solidarité et de conserver en lui-même les secrets de la franc-maçonnerie.
Mais de quels secrets s’agit-il donc ?

• Le secret maçonnique.

Il existe bien un secret maçonnique mais ce secret n’est pas là où les commentateurs mal intentionnés ou mal informés le situent. Ainsi que le note Pierre Simon, dans son essai intitulé « La franc-maçonnerie » : « le secret relève du sacré, qui selon, Mircea Eliade, n’et pas seulement un stade de l’histoire de la conscience humaine, mais est un élément constitutif de la structure de cette conscience »
Le secret maçonnique se réfère à une tradition ésotérique.
Lorsque les francs-maçons sont réunis en loge, que les travaux sont ouverts selon un rituel d’ouverture, l’espace que constitue le temple est devenu sacré. Il se met alors en action une démarche communautaire de nature spirituelle qui se prolonge à l’intérieur de chacun des adeptes et s’y épanouit.
La connaissance que le franc-maçon vient quérir dans la loge, ne peut être placée sur le même niveau que l’ensemble du savoir auquel il peut accéder dans les institutions du monde profane. Si la loge devait fonctionner comme n’importe quel lieu de réunion, d’éducation, d’enseignement et de prise de parole, elle ne serait qu’un cadre de la vie sociale, certes favorable à l’épanouissement de l’homme mais sans singularité, ni caractère initiatique. La loge ne peut se comprendre et n’a de légitimité que dans la mesure où elle est l’espace dans lequel tout individu, homme ou femme, trouve les processus et les outils d’un véritable voyage initiatique.
En cela, le travail en loge établit une pénétration sensible à l’intérieur de chaque adepte qui participe ainsi aux mystères d’un ordre initiatique. Ces mystères, au sens antique du terme, que les francs-maçons nomment aussi les secrets de la franc-maçonnerie et qui se trouvent évoqués lors de la cérémonie d’initiation, notamment lorsqu’il y est dit « … qui demande à être admis aux mystères et privilèges de la franc-maçonnerie » puis ensuite : « au cours de ce voyage, à l’instar des anciens mystères » sont incommunicables puisqu’ils n’existent, ne se manifestent qu’à l’intérieur de chacun et qu’ils sont constitutifs de l’invitation permanente faite au maçon de se connaître soi-même.
L’évocation d’un secret maçonnique, le rappel constant d’un secret qu’il convient de garder en soi, de protéger, de ne pas exposer à l’extérieur, ne sont en fait que l’exaltation de la nécessaire quête à laquelle est convié l’initié et hors laquelle l’initiation n’a pas de sens.
Cette mise en relation avec des mystères n’est pas propre à la franc-maçonnerie qui a su cependant conserver par le symbolisme qu’elle développe un sens réel et profond à l’initiation et faire en sorte que la connaissance initiatique ne soit pas un faux semblant.
Ainsi que Goethe l’a exprimé : « la symbolique transforme le phénomène en idée, l’idée en image, de telle sorte que l’idée reste toujours infiniment active et inaccessible dans l’image et que même dite dans toutes les langes, elle reste indicible ».
Le secret maçonnique réside dans cette particularité propre aux sociétés initiatiques et que la franc-maçonnerie a hérité de l’ensemble des communautés hermétiques et opératives qui l’ont fécondée, à savoir qu’ils ne peut y avoir ni transmission de la connaissance initiatique, ni développement de la quête spirituelle à qui n’a pas reçu pas à pas, mot à mot, lettre à lettre, symbole après symbole, les secrets de l’autre regard sur le monde que celui communément donné à l’homme par l’éducation profane. C’est ce que traduit le « je ne sais ni lire ni écrire, je ne sais qu’épeler » qu’enseignent les rituels maçonniques et que Casanova expose clairement dans ses « Mémoires » lorsqu’il note : « le secret de la maçonnerie est inviolable par sa propre nature puisque le maçon qui le sait ne le sait que pour l’avoir deviné. Il l’a découvert à force d’aller en loge, d’observer, de raisonner et de déduire ».
Toute expérience spirituelle ne peut être qu’intime et se situe dans les profondeurs de l’être.. Elle est à la fois transmissible et incommunicable : transmissibles sont les éléments qui la portent et que nous nommons les symboles ; incommunicable est le rapport sensible qui s’établit entre le symbole et le moi profond de l’adepte. La franc-maçonnerie, comme toutes les sociétés spiritualistes, fournit à ses adeptes des outils et des clés d’accès à la connaissance des mondes ; ces outils et ces clés sont mis en action par l’exposition de symboles. Cependant, les symboles ne s’imposent pas d’eux-mêmes. Ils n’affichent ni ne dictent une quelconque vérité cosmologique, morale ou spirituelle. Il appartient à chaque maçon de les identifier, les reconnaître, les interpréter et de se les approprier.
Le symbole maçonnique n’est ni enseigné ni appris, mais il est seulement présenté et exposé. Chaque adepte doit l’intégrer dans son propre vécu, le faire sien. Mais le symbole ne lui appartient pas et détient la fonction de relier son vécu personnel aux vécus de tous les membres de la communauté. Le symbole n’et pas un agent de communication, il est un instrument de communion et un signe de reconnaissance et d’approfondissement initiatiques. Il existe bien là un domaine qui n’est pas accessible à ceux qui n’appartiennent pas à la franc-maçonnerie et quelles que puissent être les diffusions des rites, des symboles, des légendes et des mystères qui constituent le corps de la tradition maçonnique, leur lecture n’apportera rien à celui qui ne s’est pas conditionné pour être en communion avec l’esprit de la tradition et les secrets restent le secret car il est le secret pour celui qui, selon la parole célèbre, n’a pas les oreilles pour l’entendre.

Guy PIAU
Extrait de son livre "Francs maçons, militants de l'humain" et avec son aimable autorisation.

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Le serment dans tous ses états

15 Mars 2013 , Rédigé par P\ L\ Publié dans #Planches

De nos jours et dans nos campagnes, au marché aux bestiaux, pour conclure une affaire, on tope la main, et cochon qui s’en dédit. Cela peut ressembler à du folklore, mais ce geste remonte aux Grandes Foires du Moyen Age, il traduit depuis le temps, la confiance qu’il y a entre les partenaires et le respect de cette confiance. C’est en quelque sorte un pacte scellé par le serment de confiance, et chacun peut repartir chez lui sereinement.

Depuis la nuit des temps, les sociétés humaines, comme les individus ont eu besoin de la confiance, pour vivre, pour entreprendre, pour conserver les acquis sociaux, culturels, religieux et initiatiques. La confiance devenant l’élément moteur pour exister et se démarquer du monde animal. Cette confiance étant basée essentiellement sur la prestation d’un serment.

Pour donner du sérieux et de la solennité à cette prestation, les sociétés humaines, ont plus que théâtralisé, elles ont ritualisé la prestation du serment, en le sacralisant.

Toutes les confréries, les religions les ordres de toutes sortes, les institutions font appel au Serment, c’est dire que son utilité comme sa nécessité est reconnue comme une valeur importante dans la vie de l’homme. C’est une garantie.

Dans le système féodal, le vassal fait allégeance au suzerain, par un serment rendant l’hommage au suzerain, et de ce fait le vassal est intégré dans la société féodale, il est reconnu comme un maillon indispensable au fonctionnement de la féodalité. Lorsque le suzerain fait appel à l’Host, pour guerroyer, le vassal accoure, et malheur à celui qui ne réponds pas. Il est accusé de félonie, et il encourt le bannissement l’excluant de la société médiévale.

Il en est de même pour les confréries et les guildes, c’est le serment qui uni et qui lie tous les membres à la défense des intérêts de la corporation. Mais il en est de même de nos jours, et même si cela peut prêter à sourire, la Confrérie de la Tripe d’Or, tout comme les Chevaliers du Taste Vin, sont en ligne directe dans la continuité des us et coutumes du Moyen Age. Gare à ceux qui bafouent les règles. Ils sont exclus de la Confrérie, et donc du circuit économique, avec les conséquences que l’on imagine.

Dans les religions c’est la même chose. Pendant l’ordination des Prêtres, l’Eglise demande l’allégeance à ses valeurs et ses principes religieux. Si par malheur, le Prêtre défaille, il devient un curé défroqué, et il est rejeté de la communion universelle.

Dans les institutions, nos hauts fonctionnaires, les magistrats et les officiers ministériels, prêtent serment de respecter et de faire respecter les valeurs institutionnelles, fondement de nos sociétés. La sanction, est la radiation et le déshonneur.

Pour le citoyen qui témoigne, il jure de dire : « toute le vérité ! Rien que la vérité ! » . En cas de faux témoignage, la sanction est très lourde, pour signifier à l’imprudent, l’importance du respect des Lois.

Au USA, les immigrants, pour témoigner de leur désir d’intégrer ce pays, prêtent serment sur la Bible et le drapeau. En contrepartie du pacte ainsi établi, ils deviennent et c’est important, des Citoyens.

Dans les sociétés que l’on dit primitives, le serment ce scelle par le pacte du sang, on devient Frère de sang pour la vie entière. On commence à aborder le domaine du sacré ; car le sang depuis des temps immémoriaux est le symbole de la vie avec une connotation de liquide sacré dans toutes les civilisations. Palsambleu juron du Moyen Age, on lave son honneur dans le sang, buvez ceci est mon sang, là on entre vraiment dans le spirituel et le sacré, on sacrifie soit un animal, soit un humain, pour renouveler le pacte social avec les Dieux, on devient Frères de sang, non pas seulement par les liens familiaux, mais aussi par un pacte signé avec le sang.
On dépasse les liens normaux et familiaux, par le pacte, on établi une fratrie supérieure et transcendante.

On se rapproche de la Maçonnerie, avec le serment des Chevaliers, qui jurent de défendre le faible, la veuve et l’orphelin. Ce serment repose sur l’adoubement, et si le Chevalier manque à ses devoirs, on brise, devant les autres Chevaliers, son épée, symbole de son appartenance à l’Ordre des Chevaliers.

Dans toutes les sociétés initiatiques du passé, comme avec la seule qui existe encore de nos jours, pour appartenir à un ordre initiatique il faut faire acte d’allégeance par un serment approprié. Comme par exemple le fameux serment des Templiers, serment qui causa leur perte et leur condamnation, serment dont en réalité on ne connaît pas grand-chose, la mémoire n’a retenu que la fameuse statuette dite du BAPHOMET.

Venons-en à la Maçonnerie :
Le fonctionnement de la Maçonnerie, tient à l’acceptation par ses membres des valeurs et des principes qui en découlent. Prudente dans son recrutement, elle va tout au cours du rituel d’intégration, présenter ses valeurs, mais en spécifiant à chaque fois, le caractère sacré de l’engagement à prendre par le néophyte.
Dans le déroulement du rituel d’admission, mais pas encore d’intégration du futur maçon, au cours d’une phase du rituel, en soulevant légèrement le bandeau, le néophyte découvre étendu sur le sol, un cadavre couvert de sang, entouré de maçons pointant leurs épées sur le cadavre. Le VM indique au candidat, que ce qu’il vient d’entrevoir, c’est ce qui arrive aux parjures.
Dans d’anciens rituels, le VM, fait appel au Frère chirurgien, pour sceller dans le sang, la parole du néophyte, marquant dans ce geste théâtrale, la gravité et le sacré d’une telle demande. Certes cela reste une caricature, car on ne passe jamais à l’acte, mais on imprègne la mémoire du postulant que son engagement est pris au sérieux par les membres de la Loge, et que ceux-ci en attendent autant du postulant. D’emblée, nous lui faisons confiance.

Au moment de la grande Lumière, l’impétrant ébloui, distingue autour de lui des Hommes en armes, il peut à juste raison s’inquiéter, mais le VM, le rassure en lui disant que les FF autour de lui avec leurs épées sont là, pour le protéger. De la première manifestation des épées, à la seconde, nous sommes passés de la mise en garde et de la crainte, à la sécurité par la protection du groupe. Mais cette confiance ne sera définitivement concrétisée qu’au moment de la prestation du Serment Maçonnique du futur Frère. Car jusqu’à présent le candidat est resté en dehors de la structure initiatique. Donc la main gauche sur le cœur, la droite au dessus des trois grandes lumières, et récitant après le VM la formule consacrant son admission, le candidat devient par sa parole, un maçon, un frère. La main gauche sur le cœur, souligne, à mon sens le caractère sacré du Serment maçonnique, car c’est dans le cœur que circule le sang source de vie physique, mais aussi source de vie spirituelle, la main droite n’étant que pour signifier au nouveau Frère qu’il aura besoin d’outils, pour construire son initiation.
L’installation de l’apprenti en tête de la colonne du Nord marque la fin de son intégration. Maintenant il sait qu’il peut faire confiance aux MM, il a commencé d’ailleurs à comprendre du moins je l’espère, qu’il pouvait être en confiance avec des personnes inconnues, lors des trois voyages. Tout son futur relationnel, va maintenant être basé sur la confiance mutuelle entre lui et la Loge, à la condition qu’il respecte son Serment Maçonnique.
C’est une constante de la vie en société, profane ou initiatique, le socle de cette vie repose sur la confiance, qui pour les Maçons devient de l’Amour Fraternel.

Tout au long de sa vie maçonnique, il devra renouveler son Serment, au cours de sa progression initiatique, afin de lui rappeler que son engagement maçonnique n’est pas une simple formalité, que son entrée dans une société initiatique est un engagement sérieux.
Mais le fait le plus intéressant, en dehors du serment des maffieux, est que le contenu et la teneur du serment est conforme à la morale ambiante, et ceci est valable dans tous les cas de figures énoncées plus haut.
Pour respecter le serment, point besoin d’être un héros antique, mais un individu honnête avec lui-même, donc avec les autres, conscient de ses responsabilités. En maçonnerie, on ne demandera jamais au Maçon le sacrifice ultime, mais c’est arrivé dans des événements troubles de l’Histoire ; des Frère d’eux mêmes, pour protéger l’Ordre ont offert leur vie. Notre serment repose sur deux colonnes, le respect et la défense de nos Valeurs.
Notre confiance en l’autre, c’est le ciment qui uni les pierres du futur Temple et qui en assure la solidité comme la pérennité.

Dans un vieux rituel, il est dit que nous élevons des Temples à la Vertu, et que nous creusons des cachots pour le vice. C’est dire que notre Serment est sélectif.
Malheur à ceux qui transgressent leur parole, non seulement ils trahissent les FFMM, mais ils se déshonorent et n’ont plus leur place sur les colonnes du Temple.
Le serment maçonnique n’est imposé à personne et c’est en toute liberté qu’il est prononcé, et il n’existe que pour défendre des valeurs profondément humaines, c’est toute la différence entre l’homme et l’animal.
« En portant la main droite sur le cœur, je renouvelle l’engagement que j’ai pris devant mes FF, de les secourir, en cas de besoin. »
Extrait d’une planche de compagnon

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

L’engagement maçonnique

14 Mars 2013 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Qui devient maçon en prend l’engagement au cours de son initiation.
Un engagement qu’est-ce?
Et comment naît -il? Voici ce que sera notre propos.
Avoir un gage au jeu, c’est tomber sous le coup d’une obligation plaisante ou pénible.
Un gage, c’est une promesse, une caution. Un engagement, c’est une garantie, une preuve ou un témoignage.
S’engager, c’est se lier à une cause, promettre de la servir et de se soumettre aux obligations qu’elle impose.
Evoquons le contraire pour mieux comprendre: dégager. Coups de sifflets: « dégagez, dégagez » c’est à dire « laissez la voie libre. » Se dégager, c’est se retirer. S’engager, c’est le contraire.
S’engager, c’est entrer dans une voie précise et perdre par la -même une certaine liberté. Ce sont les liens qui nous font libres a dit un prophète.S’ engager, c’est ficeler une partie de sa personne.
Comment y parvient-on ?
Un des premiers graffiti de Mantes était « J’essaie d’exister »
Chacun de nous éprouve ce désir.

On a engrangé au fond de soi-même un certain nombre de valeurs: primauté de la spiritualité, amour des libertés( celle des droits de l’homme), désir d’altruisme, refus d’une existence terne. Ah! que ces intentions sont belles! Encore faut-il les vivre!Commnet allons-nous vers l’engagement? Un travail en profondeur longtemps inconscient agite notre personnalité. Conversations fortuites, rencontres inattendues, lectures diverses, profonde estime pour quelqu’un qui a déjà choisi orientent notre pensée vers ce qui un jour se manifeste avec éclat. Car un jour se produit en nous un déclic, un big-bang de la pensée et çà y est, la décision est prise. Le choix est fait: JE DESIRE ETRE FRANC -MACON
On en est tout surpris soi-même! Pourquoi ce choix? C’est qu’il correspond au désir profond de notre personnalité qu’il satisfait. On a trouvé ce que l’on cherchait.
Et si l’on a choisi la franc-maçonnerie, c’est qu’on a déjà une idée de ce qu’elle est.Sinon pourquoi ne pas avoir choisi l’union rationnaliste ou un parti? L’engagement présuppose une attirance. Pour nous, ce fut l’attrait de la liberté totale de pensée.Alors intervient la volonté de réaliser le choix, la mise en branle d’une force intérieure pour concrétiser la décision prise: démarche, correspondance, contact et enfin acceptation, espoir d’initiation et passage par la porte basse. Vient ensuite le moment crucial, celui où on lit son engagement. Mais à ce moment-là, la lecture se fait machinalement sans prendre conscience réellement de ce qu’on lit, soumis que l’on est à une émotion qui annihile tout esprit critique. C’est pourquoi chaque nouveau F\M\devrait partir avec le texte de son engagement. Mais voilà l’engagement.Quel est-il? A quoi sert-il?A quoi nous sommes-nous engagés?

Pour répondre à ces questions quelques-unes parmi nous ont, durant les vacances, réfléchi sur ce sujet :
Nos SS initiée en Juin 1966, en Mars 1991,en1992et1993,ont un vécu et un cheminement maçonniques évidemment fort différents.

Quand on réalise, que notre Vénérable d’honneur a 30 ans d’engagement maçonnique, qu’elle est une des fondatrices de notre Atelier et que,sauf, pour des raisons de santé, elle est toujours présente sur nos colonnes, signe que sa foi maçonnique est intacte, je lui dis chapeau et, je m’interroge.
Je m’interroge aussi sur cette femme de cette fin du xix eme siècle Maria Deraismes, grande bourgeoise de la première vague féministe de la troisième République qui ne supportait pas l’exclusion des femmes dans aucun domaine et qui, forte de ses convictions, aidée de Georges Henri Martin, n’a pas craint la provocation en étant initiée puis en créant notre obédience « Le Droit Humain. »
Je m’interroge encore devant Nelson Mandela luttant contre l’apartheid et,qui, pour défendre ses convictions a passé de nombreuses années en prison.

Je m’interroge encore sur Khalida Messaoudi, musulmane laïque et républicaine qui s’est dressée contre les fous d’Allah et qui, bien que, condamnée à mort par le F.I.S poursuit son combat dans la clandestinité pour l’égalité des sexes dans son pays. Et combien d’autres encore sont-ils témoins de leur engagement!
Tous ces individus sont des engagés. L’engagement consiste en un lien par une promesse, un serment . L’engagement donne un sens à l’action .C’est un choix décidé en toute liberté qui fixe une ligne de conduite qui doit se perpétuer dans le temps .C’est un principe de vie qui fixe le cheminement que l’on a librement choisi d’adopter.C’est l’engagement vis à vis de soi-même avec une remise en question quotidienne.
Engager, être engagé, c’est croire à des valeurs et oser les exprimer sans prosélytisme mais sans timidité. Les médias, les institutions, les conversations développent des idées négatives sur l’engagement. On fait état d’une crise des valeurs alors qu’il s’agit plus particulièrement d’une crise d’expression de ces valeurs.Il n’y a aucune honte à avoir un idéal et à le soutenir de toutes ses forces.
L’engagement est un acte volontaire et comme tout acte volontaire, il est pris en connaissance des choses et de plein gré. Il est pris de notre propre volonté et non de celle des autres. Nous prenons un engagement avec la volonté de l’honorer, sinon, ce n’est pas un engagement mais simplement un désir, une envie éphémère, une bonne volonté vite oubliée.
L’engagement est avant tout un acte réfléchi, un acte qui responsabilise, qui oblige celui qui le prend à respecter sa parole. Il doit assurer son devoir, il en a l’obligation morale.Prendre un engagement peut être contraignant, pesant mais ne doit pas être oublié.

Aussi pouquoi est-il important de respecter notre engagement maçonnique?
Tout d’abord pourquoi sommes nous venus ici?
Sans aucun doute, le cours de notre vie profane ne nous satisfaisait pas.Sans doute étions-nous épris d’un idéal. Sans doute existe-il à l’extérieur des groupes qui pratiquent la solidarité aussi bien que nous, des groupes qui réfléchissent sur les grands problèmes de société actuels.Alors ? curiosité, besoin de réussite,besoin de distinction, besoin d’autre chose mais quel autre chose, réfléchissons -y!

Ce qui est sûr, c’est notre engagement à nous conformer aux rituels, et ce, même si cela nous paraît désuet,anachronique, démodé. Le temps apprend à apprécier le rituel et à le rendre indispensable. Il est,en fait, indispensable pour laisser les métaux à la porte du temple. Il est important de ne pas être un profane vêtu d’un tablier blanc et gants blancs, qui, toujours,muni de ses idées profanes, juge et critique de manière abrupte comme dans la vie professionnelle, politique, sociale, syndicale.....
Notre engagement nous amène à appliquer les textes en vigueur tels que constitution et règlements généraux et à les respecter.Certes, nous ne les apprécions pas toujours. A nous d’y réfléchir,de tenter de les faire évoluer et,ce en toute sérénité.Nous ne sommes pas un club, pas un parti, pas une secte, pas une église, pas une ligue mais, il nous faut une certaine structure pour pouvoir travailler. C’est pourquoi il est important de régler sa capitation. Cela évite d’avoir un jour ou l’autre à soulever des problèmes d’argent, ce qui n’est pas le propre de nos travaux.

Le serment que nous avons prête le jour de notre initiation nous demande l’assiduité aux tenues.Comment pouvons -nous nous sentir concernés et impliqués dans la vie de notre Atelier si nous ne sommes pas présents! L’augmentation de salaire est d’ailleurs subordonnée à une présence minimale. De même, le frère ou la soeur absent ne peut se faire communiquer les éléments d’une tenue par un autre frère sauf autorisation de notre Venerable. C’est dire l’importance de l’assiduité. Elle conditionne le vécu de notre Atelier et de la Franc-maçonnerie, en général . Le secret de la franc -maçonnerie ne serait-il pas son vécu?
.La franc -maçonnerie n’existe que par son caractère initiatique . Elle a pour réalité de réunir ce qui est épars dans un univers clos c’est à dire nous tous venus avec nos origines diverses, nos personnalités, nos vécus, nos désirs.... notre richesse!.Nous jouissons d’une liberté absolue et les études en loges sous le sceau du secret nous permettent d’envisager toutes les solutions et, ceci sans aucune contrainte, qu’elle soit politique ou religieuse.Nous ne pouvons d’ailleurs progresser nous -mêmes que par un travail assidu en loge.
L’engagement implique des devoirs et s’y déroger nous amène à nous interroger sur nous-mêmes et tout simplement à nous demander pourquoi on ne peut respecter notre engagement. Ainsi,pourquoi serions-nous absents ?
Par un exemple un désintéressement pour la franc -maçonnerie? Celle-ci ne correspond pas à ce que nous attendions ou nous y sommes venus par sympathie pour quelqu’un.

Ai-je bien ma place en maçonnerie? Je reste hermétique au rituel et aux symboles. Je n’ai pas envie de faire les efforts nécessaires à ma progression. Je pourrai engager ma pensée vers d’autres voies.Alors assumons notre erreur. s’il y a doute ou incertitude .Il faut tenter d’en parler soit au Vénérable,soit à l’un des surveillants ou encore à un Maitre. Il serait bien étonnant qu’une oreille attentive ne soit prête à écouter. N’ oublions pas que nul ne prétend être parfait et que chacun a le droit à l’erreur et que bien souvent, un bon entretien remet beaucoup de baume au coeur.Nul n’est de trop pour l’édification du temple de l’humanité
Nous pouvons également être absents pour raisons professionnelles, raisons bien justifiées en cette période de crise économique où beaucoup d’entre nous accomplissent de longs trajets pour se rendre à leur travail et rentrent donc à des heures tardives.Ces Frères et Soeurs, sont toujours désolés de manquer une tenue. Les excuses bien que légitimes demeurent cependant obligatoires et sont une marque de respect et de politesse envers nous tous.

Notre absentéisme peut aussi être dû à des raisons personnelles touchant le plus souvent la famille, en particulier le conjoint, les enfants, les amis sans oublier les vacances. Concilier travail, vie familiale, vie maçonnique et loisirs relève parfois de savantes prouesses.Ce n’est pas par hasard si lorsqu’un profane propose sa candidature, il est soulevé le problème du consentement tacite du conjoint .Si celui-ci n’est pas maçon, il faut lui faire accepter l’idée d’une vie en dehors de la vie commune sans pouvoir lui en donner le contenu. Il peut alors paraître plus simple de rester à la maison, histoire de regarder un film à la télé ou encore de s’offrir une sortie au restaurant . Il est parfois douloureux de quitter ses enfants qui réclament un ultime câlin. Il ne s’agit nullement de léser sa famille et c’est d’ailleurs pour cela qu’existent les réunions familiales .Mais ceci ne nous dégage pas de notre obligations de nos deux réunions mensuelles dont la fréquence ne semble pas être déraisonnable.Il n’est pas logique de venir en tenue simplement parce que l’on n’avait pas quelque chose de mieux à faire.
Parfois d’autres raisons plus graves peuvent être cause d’absences délibérées. Ces raisons sont diverses et multiples allant de l’incompatibilité d’humeur, de vexations, de luttes intestines de formations de clans jusqu’à l’enfantillage tout simplement. Toutes ces raisons sont à bannir. Ne faudrait-il pas mieux tenter de dialoguer? Des divergences d’opinions qui s’opposent ne peuvent-elles donc pas être constructives ? Des conflits qui persistent se doivent de trouver une solution sinon c’est notre propre idéal qui est en danger .Les apprentis recherchent auprès des Compagnons et des Maîtres l’exemple de la sincérité et de la tolérance mais aussi la présence de chacun car l’assiduité est un devoir.

L’engagement pour nous franc-maçons, c’est aussi accepter les obligations afférentes à la charge d’un plateau. Un Maître, qui, sur proposition des autres Maîtres, accepte un poste d’officier, se doit d’accepter les obligations qui en découlent. Prendre un plateau est une responsabilité qu’il faut savoir accepter ou refuser en fonction de ses propres aspirations et de ses propres disponibilités. IL faut prendre cette décision en toute liberté et en toute conscience!C’est la bonne marche d’un atelier qui en dépend.
Etre officier n’est pas uniquement recevoir un honneur de la part des Frères et Soeurs, c’est aussi avoir des devoirs à respecter.
Etre officier, c’est servir et non rendre service.
Avoir une charge d’officier est, en fait,une charge particulière éphémère et transitoire qui n’implique aucune hiérarchie. Il n’y a aucune préséance individuelle à faire valoir.Chaque officier a un rôle bien défini et les Surveillants, gardiens de l’ordre sur nos colonnes, veillent à ce que chaqueOfficier s’acquitte de ses devoirs.

L’engagement maçonnique implique aussi des devoirs de travail,de sincérité, de tolérance et de fraternité Ce travail qu’est-il? sans aucun doute, travail essentiellement sur soi-même. et en toute sincérité.Sincère! Qu’est-ce qu’être sincère?
L’adjectif sincère vient du latin « sincerus . » pur, entier.Sincère veut dire vrai, franc. Etre sincère, c’est parler sans artifice,sans déguisement. C’est être authentique. C’est le contraire d’être menteur, fourbe, trompeur, dissimulé, hypocrite .La sincérité est le désir de ne rien faire croire qui ne soit vrai.; la franchise est la liberté de l’esprit qui dédaigne le mensonge et la dissimulation.
Etre sincère, c’est sans aucun doute, la meilleure possibilité de rendre conforme les actes aux paroles et c’est ce que nous tentons de faire.
Etre tolérant qu’est-ce? C’est être disposé à admettre chez les autres des manières de penser, d’agir différents des siennes . C’est accepter que l’autre ait d’autres opinions tant philosophiques, politiques, sociales que religieuses.... Etre tolérant,c’est se montrer compréhensif,voire indulgent! Ce n’est pas pour autant tout admettre!A l’opposé, l’intolérance peut se traduire par une attitude haineuse et agressive.
Aussi travailler dans la sincérité et la tolérance, c’est d’abord accepter les autres tels quels avec leurs différences et d’ailleurs quelles différences? Aurions-nous la prétention d’être parfaits ou n’aurions nous pas peur de ne pas être aussi bien que nous le prétendions?

« Baissez-vous, cette porte est basse ! » Premières paroles prononcées à l’entrée du temple lors de l’initiation, invitation à l’humilité, invitation à se reconnaître tels que nous sommes et qu’il nous faut continuer d’appliquer car notre travail sur nous-mêmes est constant et permanent.
L’initiation est le point de départ d’un long voyage sans fin avec pour départ le degré zéro de la connaissance en soi .Nos travaux qui se doivent d’être l’aboutissement d’une recherche ou d’une expérience personnelle sont la meilleure preuve de notre thesaurus et provoquent une modification de nos points de vue.L’enrichissement personnel qui en découle ne doit pas simplement être porté en soi comme un collier de diamants mais il doit permettre à celui qui s’en est enrichi d’être transformé en un être différent plus sociable, plus humain, plus responsable, plus respectueux. C’est le travail sur la pierre brute.
Apprendre à se connaître, ce n’est pas faire preuve de nombrilisme, ce n’est pas développer de l’autosatisfaction ou encore de l’égocentrisme.C’est découvrir ses imperfections, ses creux mais c’est surtout prendre de nouvelles forces pour aller de l’avant, pour aider les autres à en faire autant et à s’améliorer .

N’oublions pas que ce sont nos Frères et Soeurs qui nous reconnaissent francs-maçons, preuves qu’ils sont les témoins de notre changement.Le travail maçonnique est un travail en commun à l’amélioration de soi, base de l’amélioration de la société.Notre premier devoir de maçon est donc de nous changer afin que notre comportement nous fasse remarquer aux yeux des autres et, ceci dans le but de faire évoluer notre société. Gardons -nous de ne pas inverser les choses! Chacun est tel un arbre au milieu de la forêt .La forêt de l’humanité sera belle et saine le jour où chaque arbre prendra soin de sa beauté et de sa santé.
Notre utilité est de pouvoir exposer franchement et librement nos idées, d’écouter attentivement les autres pour que les échanges soient vrais et non réduits à des monologues Chacun profite alors pleinement de la richesse des autres et participe au progrès de l’humanité.
La timidité et la pudeur sont parfois un frein à l’expression ou un désir d’instruction en toute modestie. Rappelons que chacun a sa place et que toute opinion est un moyen d’évolution, tant pour soi-même que pour les autres.

Notre travail ne consiste pas simplement à travailler sur soi-même. Nous nous devons également de respecter les serments prêtés et notamment de respecter celui du silence et de la discrétion . Il faut savoir entendre,il faut savoir regarder et ne pas divulguer. Nous avons un engagement de silence envers le monde profane et trahir cet engagement,c’est trahir ses Frères et Soeurs, c’est trahir la franc-maçonnerie elle-même et ce, d’autant que le vécu maçonnique n’est pas communicable. C’est apporter au monde profane, une fausse image, une image qui nous dessert.A ce propos, Georges Henri Martin disait : Nous serons d’autant plus forts et d’autant mieux armés pour le bon combat dans le monde profane, que notre qualité de franc-maçon sera plus ignorée de ceux qui nous entourent.
Ainsi, pouvons -nous nous dévoiler individuellement si cela nous paraît utile mais nous ne devons jamais dévoiler l’un de nos Fréres ou Soeurs.;
Notre engagement de discrétion existe aussi à l’intérieur de la loge. Il ne s’agit pas de colporter à tous les Frères et Soeurs les confidences, interrogations ou réflexions de l’un des nôtres.

Notre travail, c’est également de participer. Nous ne sommes pas là uniquement pour recevoir mais aussi pour donner . Cela implique un travail sous forme de planches individuelles mais aussi collectives et donc des travaux en groupes ou en commissions. Bref, il faut participer. Il n’est pas possible de rester immobile. Chacun a forcement au fond de lui -même quelque chose à dire, quelque chose qui peut ne pas lui paraître utile ou important mais qui se révèle souvent être la base d’un débat fructueux. Et, si nous ne dialoguons pas, que devient notre raison d’être, que devient notre idéal ?
Khalil Gibran, dans son livre « Le Prophète. » nous dit à propos du plaisir :
Allez à vos champs et vos jardins .Là, vous apprendrez que le plaisir de l’abeille est de butiner son miel sur la fleur.
Mais que c’est aussi le plaisir de la fleur de donner son miel à l’abeille.
Pour l’abeille, la fleur est fontaine de vie,
Et pour la fleur, l’abeille est messagère d’amour.
Pour les deux, abeille et fleur, donner et recevoir le plaisir est un besoin et une extase.
Et si nous aussi, nous tentions d’être à la fois abeille et fleur.

Il faut savoir recevoir mais aussi restituer l’enseignement.Cela concerne, bien sûr les Maîtres mais aussi les Compagnons. Nous nous devons d’être tous attentifs aux apprentis afin qu’ils ne se sentent pas isolés et que nous les aidions à répondre aux questions qu’ils se posent.
Cette transmission nous amène à avoir une pensée particuliére pour certains de nos frères et, en particulier pour René Gagnepain dont le petit-fils vient d’être élevé au plateau de Vénérable dans la loge où il fut initié et où il fût lui-même Vénérable ainsi que son fils.
Rassurons-nous, il existe parmi nous, dans notre temple, des frères et soeurs qui se dévouent sans relâche à la cause maçonnique et à la cause de leurs frères et soeurs.

Ceci nous améne donc directement à notre devoir de fraternité. Mais qu’est la fraternité? Nous ne sommes ni un patronage, ni le lions club ou autre et nos échanges ne sont pas limités à du badinage. La force d’une association réside dans la cohésion de ses membres.
Nul doute, c’est ensemble que nous apprenons à nous connaître, à nous apprécier,à nous estimer, à nous comprendre et pour cela plusieurs conditions: tout d’abord être présents et puis aller vers l’autre. C’est parfois une démarche difficile pour cause de timidité ou parce que l’on ne ressent aucune attirance pour l’autre ou encore parce que l’autre nous dérange. Et pourtant la découverte de l’autre est de toute évidence un enrichissement par ce qu’il est, par ce qu’il représente et, n’oublions surtout pas que nous ne sommes pas parfaits, nous non plus.Aussi, tentons d’attirer la sympathie et d’être indulgents en discernant les qualités des autres et en occultant les faiblesses.

Notre besoin d’union et de cohésion est indispensable.Nous le témoignons lors de notre chaîne d’union. En effet, nous avons nos valeurs universelles et humanistes, et le collectif, le groupe, l’atelier, la loge, toi, moi,nous. Nous n’existons qu’à travers le collectif même si notre démarche est isolée.Aussi notre travail, notre assiduité sont des éléments nécessaires à la construction de l’édifice et au progrès de l’humanité.
Nous avons des principes de base communs à ceux de la société profane, ce sont les valeurs de la République : liberté-égalité-fraternité. Ceci nous aide à rayonner à l’extérieur grâce à ce que nous avons appris à l’intérieur .Notre batterie d’allégresse est donc plus qu’un simple cri du coeur. Elle révèle une profonde motivation, celle qui fait de nous, des gens engagés qui ne sont pas hors du temps, des gens qui ne sont pas forcément des militants mais qui ne craignent pas d’afficher ce qu’ils croient.
La fraternité n’est pas une valeur spontanée mais elle s’acquiert. Elle n’implique pas une présence permanente car elle serait alors envahissante.Elle est une écoute, une aide, un secours mais en toute discrétion, en toute parcimonie.N’oublions pas : nous avons promis d’aider nos frères en difficulté que celle-ci soit morale ou matérielle.

Pour terminer, en ce jour de rentrée, comme les écoliers ont repris leurs cartables, nous avons remis gants et tabliers, surs que chacun de nous est l’étincelle indispensable au feu d’artifice
de la franc-maçonnerie. Aussi ce propos ne se veut en aucun cas être une leçon de morale, ou un sermon. Il se veut simplement de nous rappeler notre engagement et ses composantes .
Notre Frére Georges Henri Martin disait que trahir ses engagements est la faute la plus grave que puisse commettre un maçon car c’est dans la fidélité des Soeurs et des Frères à leur serment que réside toute la force morale de l’organisation maçonnique;
Aussi, pour que la joie soit dans les coeurs, pour que la paix régne sur la terre, pour que l’amour règne parmi les hommes, soyons actifs, fraternels, assidus, courageux, bref soyons ENGAGES .

J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Habemus Papam : Prière de St François

13 Mars 2013 , Rédigé par St François d'Assise Publié dans #spiritualité

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix!

Là où il y a de la haine, que je mette l'amour.

Là où il y a l'offense, que je mette le pardon.

Là où il y a la discorde, que je mette l'union.

Là ou il y a l'erreur, que je mette la vérité.

Là où il y a le doute, que je mette la foi.

Là où il y a le désespoir, que je mette l'espérance.

Là où il y a les ténèbres, que je mette ta lumière.

Là où il y a la tristesse, que je mette la joie.

O Seigneur, que je ne cherche pas tant

à être consolé...qu'à consoler

à être compris...qu'à comprendre

à être aimé...qu'à aimer

Car

c'est en donnant...qu'on reçoit

c'est en s'oubliant ...qu'on trouve

c'est en pardonnant...qu'on est pardonné

c'est en mourant...qu'on ressuscite à l'éternelle vie.

Lire la suite

Pénalités des Serments

13 Mars 2013 , Rédigé par B\ V\ Publié dans #Planches

  Tout d'abord je tiens à remercier notre Vénérable Maître qui m'a laissé la liberté du sujet, j'avais déjà traité ce dernier lorsque j'étais compagnon, mais de nombreux éléments me manquaient à cette époque. C'est pourquoi aujourd'hui j’ai plaisir à reprendre ce travail et traiter ce sujet au travers des trois premiers grades de la maçonnerie.
Je vous propose donc de l'aborder de la manière suivante :
- Définition de ce qu'est un serment
- Historique des serments pour les remettre dans leur contexte
- Le serment aux différents grades et son rôle dans l'initiation
- Le serment comme outil de liberté (fidélité à la tradition et engagement librement consenti)

Définition de ce qu'est un serment
Le mot serment, vient du latin sacramentum, qui veut dire Sacré. C'est une affirmation particulière, ou une promesse solennelle faite en invoquant un être ou un objet sacré, en tout état de cause, une valeur morale reconnue, comme gage de sa bonne foi.
Prononcé en public, il est gage de la sincérité et de la fidélité de celui qui l’émet vis-à-vis de ceux qui le reçoivent. Il se pratique dans toutes les sociétés humaines, à travers les âges et civilisations
Le serment doit normalement toujours comporter trois parties :
Une invocation
Une promesse
Une imprécation
L'invocation, du latin « invocare » : Appeler à l'aide par la prière. L’invocation met celui qui prononce le serment en rapport avec la divinité ou les puissances invoquées comme garanties du serment
La promesse, du latin « promissa » : Ce que l’on s’engage à faire. Elle constitue l’objet même du serment
L’imprécation, du latin, « imprécatio » : Souhait de malheur à l'encontre de quelqu’un. Elle définit les châtiments auquel on consent à être soumis au cas où on violerait sa parole
Le serment engage donc celui qui le prononce d’une manière définitive, avec l’impossibilité de revenir, sans parjure, sur l’engagement contracté initialement.
C’est une vieille règle juridique qu’il n’y ait point d’obligation sans sanction. Et à ce propos, le catalogue des supplices est aussi riche et imaginatif qu’ancien.
Dans le rite écossais ancien et accepté, ces serments sont prêtés sur le Volume de la Loi sacrée, l’équerre et le compas, ouverts sur l’autel des serments en tant que symboles, pour inciter l’intéressé à s’engager du plus profond de lui-même, sur ce qu’il a de plus sacré.

Historique de notre serment
Il y a un proverbe africain qui dit : « Si tu ne sais pas où tu vas, regarde d’où tu viens » et il est vrai qu'il est toujours intéressant de remonter aux sources des choses pour bien les comprendre.
Pour ce que j'en ai lu, les premiers écrits (1) datent de 1696 et comportent toutes les pénalités sanctionnant le parjure. On trouve dans le Registre d’Edimbourg (1696) :
« Le parjure serait puni de mort…sous une peine qui ne serait pas moindre que d’avoir ma langue arrachée de sous mon menton et d’être enterré en dessous de la laisse de haute mer, là où personne ne le saura ».
Pourquoi d’aussi sanglantes mutilations, et même la mort !! Pour la révélation de secrets qui aujourd'hui sont accessibles facilement en bibliothèque ? Il semble en effet y avoir la, une disproportion entre la faute et la punition
Cela nous renvoie à la maçonnerie d'avant 1717, lorsque les secrets étaient inaccessibles par la lecture et que la trahison d’un frère pouvait coûter la torture et la mort.
L’Ordre primitif était une confrérie vouée, entre autre, à la mutuelle protection de ses membres, engagés par serment à aider ceux que leurs sentiments ou leurs convictions, mettaient aux prises avec l’Eglise établie. ( N'oublions pas que la maçonnerie fut excommuniée par l'église ) Même si les peines énoncées jouaient sans doute un rôle symbolique, leur seul but était de convaincre l’initié qu’il risquait de terribles sanctions s’il venait à violer son serment.
On retrouve ensuite des sentences à peu près identique dans d'autres manuscrits *, pour arriver au plus élaboré de tous, le manuscrit Wilkinson (1727) dans lequel l'imprécation est la suivante :
« Sous une peine qui ne serait pas moindre que d’avoir la gorge tranchée, ma langue arrachée du fond de la bouche, le cœur arraché du sein gauche et enseveli dans le sable de la mer… mon corps réduit en cendres et dispersées à la surface de la terre, de sorte qu’il n’y ait plus souvenance de moi parmi les Maçons »
Le seul changement notable survenu par la suite, date de 1760. A partir de cette date la pénalité primitive unique, attribuée à l’apprenti, sera divisée en trois parties, après la création et l’usage du grade de Maître, chacune correspondant à un des trois grades de la maçonnerie bleue et à leur signe d’ordre.
Il est intéressant de relever ce point, j'ai en effet souvent été frappé par la cohérence qui existe dans notre rituel, cela s'explique mieux lorsque l'on comprend que c'est le même et unique serment qui a été divisé en trois parties
Le passage progressif de l'opératif au spéculatif a donc non seulement amené une scission du serment en 3 parties, mais a aussi déconnecté l’imprécation de sa réalité première, car il est difficile de croire en l'éventualité de son application, ce qui peut naturellement la faire paraître outrancière mais je reviendrai sur ce point tout à l'heure.
* Chetwode Crawley (1700), Sloane (1700), Manuscrit Dumfries (1710) Kevan (1714).
Cette scission a cependant pour avantage qu’elle donne évidemment au signe « pénal » du grade un sens étroitement lié au type de supplice qu’il est destiné à infliger symboliquement. Le maintien de l'unité première du serment, n'aurait jamais permis cette corrélation.

Le serment aux différents grades
Au premier degré : après que le Vénérable Maître ait dit : « Voyez-vous un inconvénient a prêter votre serment sur le Volume de la Loi Sacrée » le futur initié reprendra :
Si je devais y manquer, d'avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d'être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale est indigne d'appartenir à la franc-maçonnerie
Cette pénalité du premier degré, comme dans les suivants est d'ordre physique, elle est en totale corrélation avec le signe d'ordre qui rappelle dans sa gestuelle le fait de couper la gorge, privant ainsi le parjure de sa capacité à parler, et c'est bien cette dernière qui est visée puisqu’en plus on lui arrachera la langue.
C'est donc le principe même de la parole qui est perverti, et le parjure sera puni par-là même où il a pêché. Il ne pourra donc plus utiliser la parole pour l'usage que devait en faire l’initié, à savoir donner des mots de reconnaissance, et plus tard rechercher la parole perdue, mais c'est aussi la liaison avec le «sacré » qui sera brisé, puisque le Volume de la Loi Sacrée est ouvert au prologue de l'Évangile selon Jean qui commence par ces mots :
« Au commencement était la parole et la parole était avec Dieu et la parole était Dieu »
C'est d'ailleurs seulement une fois que le serment aura été prononcé, que l'impétrant pourra être créé, constitués et reçu franc-maçon, à ce moment-là le récipiendaire qui était impétrant deviendra néophyte
Au deuxième degré : Après que le Vénérable Maître ait dit : « Êtes-vous disposé à prêter ce serment » le récipiendaire dira :
« Si je manquais à ces engagements, de m'arracher le cœur de la poitrine et le jeter aux rapaces de l'air et aux voraces des champs, comme une proie et de disparaître de la mémoire de mes frères »
Cette pénalité, toujours d’ordre physique, garde sa corrélation avec le signe d'ordre, puisque la main droite est posée sur le cœur en forme de griffes, comme pour l'arracher de la poitrine.
On met ainsi l'accent sur le cœur, « Lieu où se concentrent les sentiments d'amour mais aussi le siège de la bonté, de l'esprit et de la résidence divine » Puisque traditionnellement Dieu réside au cœur des hommes.
En s’arrachant le Cœur, « le parjure » n'étant plus relié à ses frères, est en quelque sorte déraciné de son fondement divin ; il devient incapable de s'y relier activement et de partager la lumière, comme il en avait fait le projet en demandant son initiation.
Au troisième degré : le récipiendaire dira
« Si je manquais à ce serment solennel, que mon corps puisse être coupé en deux parties, mes entrailles arrachées et brûlées et les cendres dispersées aux quatre points cardinaux, afin qu'il ne reste aucune trace parmi les humains et en particulier parmi les francs-maçons, d'un homme aussi méprisable »
Nous retrouvons ici bien sûr la corrélation avec le signe d’ordre du grade de maître, le corps est coupé en deux parties, de plus les entrailles sont arrachées et brûlées, les cendres dispersées … !
En s'arrachant les entrailles, ce sont non seulement les instincts, mais aussi la vie dans tout ce qu'elle a d'animal et de premier qui est détruite, c'est donc son « Essence de vie » qui est atteint
Pour le parjure, il est donc détruit non seulement dans tous ce qui faisait sa vie physique, mais comme en plus ses cendres sont dispersées, il est privé de sépulture, ce qui lui dénigre toute possibilité de survie spirituelle, il disparaît ainsi totalement du monde des humains qui en perdent jusqu'à sa mémoire. Il n'a donc plus aucune chance de poursuivre sa quête, ce qui est de la négation même de la démarche initiatique.

Quelle peut donc être le rôle du serment dans notre initiation ?
On a vu qu’il y a bien une grande cohérence entre les différents niveaux de serments prêtés en loge bleue, mais aussi qu'il y a une gradation dans les sanctions, puisque l'on passe de la privation de la parole, à la destruction de sa liaison à Dieu, pour enfin disparaître totalement à toute vie spirituelle.
Je voudrais maintenant revenir sur l'aspect quelque peu outrancier de l'imprécation que nous avions mis en exergue tout à l'heure.
En effet on peut se demander pourquoi les frères qui nous ont précédés, ont tenu à conserver l'énoncé de tels châtiments, alors qu'en basculant de l'opératif au spéculatif, avait été perdue toute nécessité et toute signification de ceux-ci, et que de plus l'éventualité même de leur application ne devenait plus crédible.
L'une des réponses, tient à mes yeux dans la tradition, et il me semble important de garder celle-ci vivace dans notre rituel. En effet, comment pourrions-nous prétendre à un futur, si nous commençons par renoncer à notre passé ? Celui-ci fait partie intégrante notre histoire, et en nous obligeant à retourner aux sources, il nous permet de mieux comprendre la démarche qui s'est opérée.
De plus en passant de l'opératif au spéculatif, même de nos jours, le Serment et ses Pénalités doivent garder un rôle majeur, voir même structurateur au sein de notre rite. Il nous faudra donc aujourd'hui faire une lecture symbolique du contenu de ces pénalités. De plus, quand je parle de son rôle structurateur, la corrélation entre le serment et les différents signes d'ordre ainsi que la hiérarchie des peines correspond bien à la démarche initiatique de notre rite.
La mort même si elle devient symbolique, s'adresse alors à notre spiritualité. C'est celle-ci qui est menacée lorsque l'on viole son serment. Trahir celui-ci témoigne d'un défaut majeur du sens des valeurs qui sont les nôtres.
Si l'on en est conscient, on en souffre ou alors on s'en accommode .. ! ! Mais cela se fera au prix d'une perversion de son jugement et de l'estime de soi, niant par-là même la possibilité d'élévation spirituelle. On devient donc dans ce cas son propre bourreau .. !

Le serment comme outil de liberté :
L'homme se trouve naturellement enfermé dans une bipolarité, tiraillé entre l'animalité qui est sienne et l’aspiration au dépassement de soi et à la grandeur
Érasme disait : L'homme ne naît pas homme, il le devient. Il n'y a donc pas de prédétermination pour l'homme mais un choix donc une liberté
La maçonnerie lui apporte la possibilité de s'engager dans une démarche totalement volontaire, sous-tendue par le REAA, qui l’amènera à travailler sur la verticale, puis sur l'horizontale et enfin le passage de l’Equerre au Compas, toutes ces étapes lui permettant de développer sa connaissance de lui-même, et de son perfectionnement
Si le Franc Maçon veut donc user de sa liberté, il pourra s'engager dans cette démarche, nul ne l'y obligera mais il le fera parce qu'il aura conscience de son imperfection, et qu'il estimera de : Son Devoir de l'entreprendre.
On arrive donc ainsi, grâce au serment qui est un engagement pris devant tous ses frères, à la notion de : Devoir Librement Consenti
Pour un Maître Maçon, la fidélité à son serment, et à la parole qu'il a donnée, n’est que la conséquence de l'usage qu'il fait de sa liberté, pour s'engager dans une démarche de Spiritualité et d'élévation, car il estime qu'il est de son « Devoir » de transcender sa condition d'homme. Il passera ainsi de l'Equerre au Compas
Notre serment devient donc le garant de la sincérité de notre engagement, c'est aussi la clé de notre liberté. Le Maître maçon devra comprendre que la notion de : Devoir et de fidèlité à ce dernier doit être un impératif pour lui, et que ce devoir va bien au-delà d’un simple devoir moral, puisqu'il engage toute sa quête de spiritualité.
On retrouve d'ailleurs cette notion de « Devoir » dans la légende d'Hiram, ce dernier a en effet consenti au sacrifice suprême, car il estimait de son devoir de ne pas révéler à ceux qui ne le méritaient pas encore les secrets qu'ils cherchaient à acquérir par la force plutôt que par le travail et le mérite.
Je voudrais d'ailleurs profiter un peu de cette planche pour parler de cette notion de Devoir. Celle-ci n'est pas l'apanage de la maçonnerie, et on retrouve dans l'histoire d'autres exemples de personnes ayant préféré sacrifier leur vie plutôt que d'échapper à ce qu'ils estimaient être leur devoir. Ce fut ainsi par exemple le cas de Socrate et celui de Jésus.
La grande différence cependant entre la religion où Jésus a estimé de son devoir de mourir pour racheter les péchés des hommes, c'est qu'il a en même temps délivré un message, et que sa parole n'a pas été perdue, elle a donné naissance à toute la religion Chrétienne et à tous les dogmes qu’elle a généré
Avec Hiram, au contraire la parole a été perdue, renvoyant ainsi l'homme à lui-même et à ses propres interrogations, car la maçonnerie se veut justement adogmatique. La recherche de la parole perdue oblige donc que le Franc-maçon à travailler sur lui-même et à rechercher en lui cette part de divinité qui habite l'homme, il pourra ainsi trouver la part de lumière que nous portons en nous, et seule la fidélité à son Devoir lui permettra de partager cette dernière avec ses frères.
En conclusion, le serment est donc bien un des piliers fondamentaux de notre démarche maçonnique, il se transcende vraisemblablement pour le Maître grâce ce la notion de Devoir, car c'est bien la notion de Devoir Librement Consenti qui est le garant de notre liberté, cette dernière permettant d'échapper à notre part d'animalité pour entreprendre une démarche de Spiritualité

J'ai dit Vénérable Maître

    

Lire la suite

Le Compas dans le Serment

12 Mars 2013 , Rédigé par B\ L\ Publié dans #Planches

Nous avons tous vécus notre initiation comme un évènement inoubliable qui marquera à jamais nos vies et ce souvenir, toujours présent, se renforce à chaque initiation d’un nouveau Frère à laquelle nous assistons et participons.
L’initié garde en mémoire, dès le début de sa démarche Maçonnique, les moments qui lui ont paru les plus forts, ces moments peuvent être, selon les frères : le cabinet de réflexion, les voyages, le miroir…mais le Serment ou plutôt les Serments représentent véritablement le point de passage du monde profane vers l’engagement solennel dans la Franc Maçonnerie.

Ce second travail sur le « Compas dans le Serment » m’a conduit à travailler sur et avec le Rituel.
Le Rituel, ce petit recueil de quelques dizaines de pages que l’on croit connaître après l’avoir lu peu de temps après notre initiation et sur lequel l’on revient sans cesse au cours de nos séances d’instruction, et c’est avec le temps que l’on mesure à quel point chaque phrase, chaque mot nous amène à comprendre, découvrir le sens caché des choses, chaque lecture est porteuse d’une nouvelle découverte… C’est pour l’Apprenti un creuset de savoir à la condition de chercher, chercher encore et toujours, le sens des mots et des symboles…

Le serment occupe une part importante pour ne pas dire primordiale dans la cérémonie de réception d’un futur Frère. Par trois fois ce dernier va prêter Serment. Une première fois sur la coupe des libations. Les deux autres fois, avec ou sans bandeau, sur la Bible, l’Equerre et le Compas.
Prêter Serment… ! c’est un acte rare dans une vie…que beaucoup d’hommes ne connaîtront jamais… Certains sont confrontés à des engagements au sein d’un profession, en regard d’une autorité publique : les magistrats, les Officiers ministériels, ou d’une déontologie : les médecins… Tous ces serments peuvent être classifiés comme étant « laïcisés » en s’apparentant à une promesse solennelle, une parole d’honneur, parfois, voire trop souvent oubliée ou trahie… Regrettant le temps passé et l’évolution des mentalités et des comportements Chateaubriand ne disait-t-il pas en son temps que la fidélité au Serment passait encore pour un devoir.

Le Serment Maçonnique ne se formule pas uniquement devant et en regard de l’Ordre et de ses représentants, le Serment Maçonnique est un engagement pris devant Dieu. Si l’on se réfère à l’histoire, et même si les historiens divergent sur certains points, il semblerait que trois textes d’origine écossaise rédigés entre 1696 et 1714 (Le manuscrit des archives d’Edimbourg en 1696, le manuscrit Chetwode Crawley en 1700 et le manuscrit Kevan en 1714/1720) aient servis de base au texte du Serment tel qu’il est prononcé aujourd’hui même si de nombreux manuscrits du 18eme siècle ont été porteurs d’évolutions tant de forme que de fond. Ce qui, a priori apparaît évident, c’est le lien entre la Maçonnerie opérative et spéculative. En effet l’apprenti maçon, bâtisseur de cathédrale, qui allait recevoir des secrets de « fabrication » devait être croyant voire pratiquant puisqu’il consacrait sa vie à la glorification de Dieu au travers de la construction qu’il édifiait. Il pouvait également subir une forte répression morale s’il trahissait son engagement, en outre, quant au châtiment physique s’il a très certainement existé , il a été aboli en Angleterre dès le 18ème siècle.
Les serments dans la Maçonnerie spéculative déterminent la condition préliminaire à la transmission des secrets.

Le premier Serment est prêté par le profane, à genoux devant l’autel des serments. Après avoir entendu du Vénérable Maître les devoirs du Maçon :
o
Garder le silence absolu sur tout ce que l’on entend ou voit tant dans le présent que dans le futur.
o
Combattre les passions.
o
Pratiquer les vertus.
o
Secourir ses Frères.
o
Se conformer aux statuts de la Franc Maçonnerie régulière et aux lois du rite Ancien Ecossais et Accepté.

Le profane, très impressionné, si je me réfère à ma propre expérience, prononce, la main droite sur le cœur le Serment suivant. « Je m’engage sur l’honneur au silence absolu sur tous les genres d’épreuves que l’on pourra me faire subir », puis il boit la Coupe des Libations dont le goût amer qui reste en bouche lui fait immédiatement comprendre combien le remord hanterait son cœur et son âme, mais aussi quelle sanction morale il subirait s’il sombrait dans le parjure.

Les deux autres Serments seront prononcés dans des circonstances assez similaires : sur l’autel des Serments, agenouillé sur le genou gauche, la jambe prenant ainsi la forme de l’Equerre, la main droite sur le Volume de la Loi Sacré, l’Equerre et le Compas. Alors, sous le bandeau, le profane va prononcer l’obligation solennelle dont chaque mot, chaque phrase sont tellement chargés de gravité et d’engagement que l’on ne peut que ressentir à cet instant une émotion intérieure profonde.
« Moi….de ma propre et libre volonté, en présence du Grand Architecte de l’Univers et de cette respectable Loge de francs Maçons, je jure et promets solennellement et sincèrement de ne jamais révéler aucun des mystères de la Franc Maçonnerie qui vont m’être confiés, et de ne m’en entretenir qu’avec de bons et légitimes Maçons ou dans une loge régulièrement constituée.

Je promets d’aimer mes Frères, de les secourir et de leur venir en aide, je préférerais avoir la gorge coupée plutôt que de manquer à mon Serment.
Que le Grand Architecte de l’Univers me vienne en aide et me préserve d’un tel malheur. »
A l’issue de ce Serment on ôtera le bandeau au profane qui, pour la première fois, découvrira dans un environnement faiblement éclairé le Temple, les Frères et leurs épées pointées vers lui et le parjure, allongé sur un drap noir la tête vers l’Occident (vers la mort), sans gants ni tablier (ayant perdu ses habits de Maçon), un linge tâché de sang sur le cœur.
Bien entendu tous ces détails m’ont personnellement échappés en grande partie lors de mon initiation, j’étais impressionné par ce corps étendu, mais la notion de mort en cas de renoncement à mon Serment m’était apparue évidente.

Enfin, l’ultime Serment, dans les mêmes conditions que la « déclaration solennelle » se déroule sans le bandeau. Cette ultime phrase « Je le confirme et je le jure » scelle définitivement l’engagement du nouveau Frère. Je confirme sans restriction le Serment solennel et je jure d’obéir fidèlement aux chefs de notre Obédience. Ces Serments sont, nous l’avons dit, prononcés devant les trois grandes lumières de la Franc Maçonnerie le Livre Sacré de la Loge, l’Equerre et le Compas.
A ce stade, je m’interroge sur la motivation de mon Second Surveillant qui a voulu que mon travail s’oriente plus particulièrement sur le Compas dans le Serment. Pourquoi le Compas ? Pourquoi pas également l’Equerre quasi indissociable du Compas ? Pourquoi pas le Volume de la Loi Sacrée toujours ouvert lors de nos tenues ?
Le Compas – Le mot compas vient du verbe latin « compassare » qui veut dire : mesurer.

D’abord outil opératif, cet outil est adopté par la Maçonnerie spéculative en tant que symbole actif doté de deux branches mobiles articulées autour d’un axe. Il sert à transposer précisément des longueurs, à tracer des circonférences. C’est un des outils les plus anciens inventé par l’homme que l’on retrouve dans d’autre corps de métiers avec des branches différentes selon son utilité. Dans la marine, par exemple, il permet la mesure d’angles horizontaux afin de ne pas « perdre le nord ».

Historiquement, en 1710, dans le quatrième manuscrit Dumfries, il devient l’une des trois colonnes de la Loge avec la Bible et l’Equerre. En 1727, dans la « confession d’un Maçon », il est lié au Serment de l’initié qui le tient alors « ouvert, piqué sur sa poitrine ».

Je me dois de reconnaître que lors de l’initiation le fait de tenir le compas de la main gauche, la pointe posée sur le cœur, est un souvenir particulièrement marquant… Je n’y ai vu tout d’abord que la sanction physique qui serait la mienne si je devenais parjure à mes Serments et la mort qui s’ensuivrait. J’étais sans doute marqué par mes souvenirs d’enfant, le compas étant un instrument que l’on manipulait avec maladresse au début pour tracer un simple cercle, puis qui nous révélait toutes sortes de créations, des rosaces, des figures géométriques qui m’émerveillaient au fur et à mesure que j’acquerrais de plus en plus de dextérité… Mais le compas restait un outil de travail doté d’une connotation mystérieuse et dangereuse ; il ne fallait pas jouer avec car le compas pouvait blesser.. plus particulièrement les yeux, peu de temps après j’ai connu une grande perplexité en entendant l’expression « avoir le compas dans l’œil… ! »

Ce n'est que plus d’une année après qu’un adulte m’a expliqué que le compas était l'emblème de la précision et que certains êtres, souvent des artistes, des peintres, des sculpteurs étaient capables d’évaluer une mesure d’un simple coup d’œil. D’où l’expression que l'on prête à Michel Ange, mesurer en un "clin d'oeil" de façon aussi exacte qu’avec le Compas.

Après un peu plus d’une année d’apprentissage, cette scène du Serment et du Compas reste pour moi la plus forte, même si d’autres l’ont été : les voyages, le miroir. Mais j’ai la sensation ancrée en moi d’avoir ce soir là communiqué avec Dieu, de l’avoir approché comme jamais cela ne s’était produit dans ma vie. Après le premier Serment sur la Coupe des Libations qui symbolise le remord, les deux autres Serments nous emportent dans une dimension nouvelle à laquelle le Vénérable Maître nous prépare en disant « dès lors, vous ne vous appartiendrez plus ». En la circonstance, à qui donc appartiendrions-nous si ce n’est à Dieu par l’intermédiaire de l’Ordre ? Quelques instants après, il est fait référence pour la première fois au Compas dans l'initiation dès lors que le Vénérable Maître informe le profane qu'il va prêter Serment sur les trois grandes lumières qui sont le Volume de la Loi Sacrée, le Compas et l'Equerre. L’ultime Serment sans le bandeau représente un véritable acte de purification, une forme de mort spirituelle du profane qui s’apprête à recevoir la « lumière » lors de la consécration qui va suivre.

Lors de cet ultime Serment le Compas représente bien l’outil de Dieu créateur. Faisant référence à Dieu, Dante écrira dans le « Paradis » (Chant XIX) : « Celui qui de son Compas marque les limites du monde et régla dedans tout ce qui se voit et tout ce qui est caché »
Dans le dessin de William Blake, le Grand Architecte de l’Univers est représenté tenant le Compas de la main droite, traçant et dessinant le monde. Il a ainsi crée le point d’origine de la vie, celui d’un nouvel homme en quête de perfection. N’est ce pas là le symbole parfait de l’homme qui va devenir un Apprenti en quête de vertu ?

Ce Compas tenu appuyé sur le cœur, les branches ouvertes à 90 degrés, comme l’Equerre, représente la rectitude de la régularité de nos devoirs qui se rapportent directement aux paroles énoncées dans le Serment. On parle alors « d’Equerre juste ». Outil actif, il indique symboliquement l’emprise de l’esprit sur la matière (équerre) par l’écartement de ses jambes. A 180 degrés, en ligne droite par conséquent, il n’apporte aucune possibilité effective et nous renvoie aux limites à ne pas dépasser. On comprend mieux alors la symbolique de l'Equerre sur le Compas au grade d'Apprenti où l'esprit est dominé par la matière première.

Si lors de l'initiation il est ouvert à 90°, une pointe vers le cœur et l’autre vers le ciel, n'est ce pas pour faire le lien entre la matière et l’esprit, entre notre cœur et le divin ? Ainsi, ce contact du Compas sur le cœur, centre de tous les sentiments et animé par l'esprit, sera le "centre actif" de l'évolution vers la vertu du futur maçon... Son cœur sera sondé par le Divin et ses Frères le verront peu à peu se transformer.

C’est bien cela que je vivais lors de mon initiation, j’avais prononcé mes Serments et invoqué l’aide du Grand Architecte de l’Univers afin qu’il me protège de ne point faillir en regard de mes engagements. Ce Compas dressé vers le ciel était bien un contact direct avec Dieu, la verticalité de la pointe allait bien au-delà des édifices construits par les hommes : les flèches des Cathédrales, les « grattes ciel ».., Ce Compas-là, il touchait le ciel, ce Compas-là, il fixait un cap, ce Compas-là, il traçait comme lorsque j’étais enfant des spirales dynamiques qui ce soir là s’élevaient jusqu’à Dieu. Une forme de magnétisme s’exerçait entre mon cœur, mon esprit et je le pense, Dieu.
Je sais que tout a changé en moi à ce moment-là.

L’homme en cours de transformation que je suis devenu a, ce soir-là, donné son cœur et son esprit à l’Ordre, à ses Frères et à Dieu. Dans cette communion transcendantale le Compas était une sorte d’antenne ou de paratonnerre fonctionnant à double sens : j’offrais mon cœur, mon esprit et mon âme et en même temps je recevais mille fois plus la « lumière » qui aujourd’hui a fait de moi un homme nouveau, un homme qui s’efforce de devenir meilleur. Le Compas, j’en suis convaincu, peut être un outil de transmission et de réception bénéfique, mais le Serment n’est t’il pas également un lien invisible entre tous les Maçons, un héritage commun ? Cet engagement du Serment restera à jamais la clé de voûte de la transmission Maçonnique et de ses secrets.

Cet engagement mes Frères, nous le renouvelons à chaque tenue où nous jurons de garder le silence sur nos travaux. Ce Serment, à chaque tenue, va au-delà du secret ; il recouvre aussi notre engagement envers nos Frères, l’Ordre et le Grand Architecte de l’Univers à qui nous disons : OUI, nous le voulons ! Nous voulons respecter nos engagements pris solennellement devant Vous afin d’œuvrer toute notre vie à votre gloire.

J’ai dit V\ M\ 

 source : www.ledifice.net

Lire la suite

Promesses et engagements

11 Mars 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Une maçonnerie ne privilégiant que la recherche initiatique, excessivement spiritualisée, risquerait de se trouver confrontée à une forme de dogmatisme qui à force d'idéalisation en arriverait à oublier la dimension humaine. Cela conduirait à un tarissement des fontaines de l’intellect. Une autre maçonnerie qui, elle, n’envisagerait que la réalité, les activités de l'homme, prétendant à l'universalité à travers l'individu et ignorant totalement les valeurs transcendantales et le sacré, ferait abstraction du fait que l'homme est inscrit dans un ensemble cosmique. Les deux courants qui expriment l'un l’idéalisme et la spiritualité, l'autre la réalité et la matérialité sont également utiles à la vie maçonnique et à la vie pratique, chacun avec ses exigences et ses devoirs. Lorsqu'ils se retrouvent au sein d'une même loge, se mélangeant harmonieusement, se complétant, l'un sublimant l'autre et l'autre ramenant l'un à des concepts accessibles à l'homme, on atteint à…l'idéal. La richesse de l’enseignement initiatique, de ses rituels et de son symbolisme, permet au maçon d’oeuvrer à la réalisation de ses idéaux, tout en s'intégrant dans la réalité des actions de la vie. Des hommes peuvent très bien partager les mêmes idéaux maçonniques tout en se retrouvant dans des camps différents de la réalité politique.

L’importance d’être à l’écoute

Lorsque nous formons la chaîne d'union nous unissons nos pensées vers le bien, vers la paix, la compassion, vers des vertus. Cette chaîne répétée à l'infini dans l'universalité de la maçonnerie devrait couvrir notre planète de bonté, d'amour, d'acceptation de l'autre. Dans la réalité, réussissons-nous à empêcher les conflits qui ensanglantent notre planète? Plus près de nous, cette égrégore positive empêchet- elle, désamorce-t-elle, les luttes intestines dans nos loges? La loge est idéalement le creuset qui permet la confrontation fraternelle des caractères de ses membres et une recherche de vérité dans une compréhension mutuelle. Ce devrait être le lieu où l’on s’affranchit de toute contingence sociale ou naturelle, à l'abri des passions profanes. En réalité, ces buts sont-ils vraiment atteints? Qui peut jurer sur le Livre de la loi sacrée que jamais dans son atelier il n'y eut de heurts motivés par des egos obèses et non domestiqués, par des contentieux rancis dont parfois l’origine même est oubliée, par l'incapacité des uns à écouter les autres et accepter que leur opinion fût différente?

Il y a loin de la coupe aux lèvres

Considérons le serment maçonnique, en sachant bien que ces réflexions ne sont que des ébauches. Chacune des promesses suivantes mériterait un développement approfondi. «Je promets de remplir mes devoirs envers ma famille.» L’idéal voudrait que, quoi qu’il arrive, la famille soit toujours la préoccupation primordiale de tout maçon. La réalité est que nous connaissons tous des frères qui, soit dans le domaine maçonnique soit dans le domaine profane, ont négligé leur famille avec de lourdes conséquences. Il est vrai que si l’on applique ce précepte dans toute sa rigueur, il n’est plus possible d’avoir d’autre vie qu’à travers sa famille, il n’est plus possible de répondre aux exigences du monde du travail, il n’est plus possible d’avoir une vie en tant qu’individu. Il convient donc de donner priorité à sa famille mais pas l’exclusivité. «Je promets de remplir mes devoirs envers ma patrie.» Idéalement cela signifie la servir lorsqu’elle l’exige, respecter ses lois, la défendre. Dans la réalité, qui n’a jamais passé de marchandise en fraude à la douane, privant le fisc et donc sa patrie de ressources? Nos frères qui, ici ou là, ont été impliqués dans des affaires en marge des lois ont-ils servi leur patrie? Attention ici aussi à l’idéal poussé à l’absolu, où aimer sa patrie se transforme en nationalisme et en intolérance. «Je promets de remplir mes devoirs envers l’humanité. » Vaste notion, aussi vaste que l’humanité elle-même. Y a-t-il un idéal ou une somme d’idéaux? Lutte contre le racisme, l’exclusion, la faim dans le monde… Chacun de ces thèmes emporte notre adhésion comme idéal à atteindre. Dans la réalité, à la réalisation de combien d’entre eux travaillons-nous effectivement? À combien faudrait-il oeuvrer pour respecter cette clause du serment?

Se rendre disponible et accessible

«Je pratiquerai l’assistance envers les faibles.» Qui sont-ils? Sont-ce les plus faibles que soi, matériellement, intellectuellement et comment l’apprécier? Sont-ce les très faibles, les personnes «sans domicile fixe», par exemple? Idéalement dès que l’on a identifié un «faible», il faudrait l’aider. En réalité combien en avons-nous ignoré parce qu’en toute bonne foi et en fonction de nos propres critères d’évaluation de la faiblesse nous ne les avons pas retenus comme tels? Ces critères, n’étaient-ils pas un peu teintés d’égoïsme, de paresse et d’une forme de lâcheté? «Je pratiquerai la justice envers tous.» Voilà un idéal particulièrement difficile à atteindre parce que la notion même de justice est éminemment variable en fonction des pays, des sociétés, des notions politiques et des individus, selon qu’ils sont justiciers ou justiciables. En réalité essayons de ne pas faire souffrir l’autre, essayons de comprendre ses besoins et ses différences. Compréhension et compassion peuvent avoir une odeur de justice. «Je pratiquerai le dévouement envers mon prochain. » Le dévouement total et donc idéal envers son prochain, qui impliquerait le don total de soi, trouve ses limites dans le respect des engagements précédents. Comment remplir ses devoirs envers sa famille, sa patrie, se préoccuper de justice et des plus faibles, etc? Dans la réalité le don total de soi aux autres n’est pas possible et n’est même pas nécessaire. Il suffirait déjà de respecter les préceptes précédents et de se rendre le plus possible disponible et accessible, pour au moins répondre présent aux appels. «Je pratiquerai la dignité envers moi-même.» Si l’on a pu accomplir pleinement les promesses précédentes, alors celle-ci le sera automatiquement. Dans la réalité, comme on a vu qu’y répondre totalement est impossible, si chaque matin en se rasant face au miroir on peut se dire: «cet homme là, j’en ferais bien mon ami» le but est atteint.

Autant de vérités que d’individus

«Je promets de ne pas demeurer absent des réunions de la loge.» Cet engagement peut et doit être tenu à l’idéal, car on s’engage à quelque chose qui n’est pas du domaine de l’idée et de l’abstraction. Ne pas demeurer absent ne signifie pas être systématiquement toujours présent mais être là chaque fois qu’aucune des promesses précédentes ne risque d’être transgressée. Dans la réalité saura-t-on jamais pour combien de frères le travail, la famille sont des paravents, des excuses pour dissimuler la réalité plus banalement navrante du désintérêt? Interrogeons-nous: n’avonsnous jamais nous-mêmes usé de cet expédient? Il est des plus important, il est vital que cet engagement- là soit respecté au plus haut degré, car quand bien même «sept la rendent juste et parfaite », si la chaîne se réduit de jour en jour en perdant ses maillons, l’énergie diminue et la loge s’étiole, se dessèche et meurt. «Je promets de travailler à mon propre perfectionnement. » Ici l’idéal consisterait à consacrer toute son énergie à son travail sur soi et à le faire avec toute l’ardeur et l’honnêteté devant conduire à une meilleure connaissance de soi afin d’en déduire les actions nécessaires. La réalité est que, précisément, si on fait ce travail avec toute la rigueur voulue, on découvre des choses sur soi. Comme on n’est pas forcément prêt à voir et surtout à admettre certains aspects de nous-mêmes on va avoir tendance à faire ce travail de perfectionnement avec plus ou moins de profondeur, d’ardeur et d’honnêteté. «Je promets de persévérer sans relâche dans la recherche de la vérité.» Cette promesse est idéalement belle. Probablement la plus belle du serment. C’est surtout à la fois la plus facile et la plus difficile à tenir telle qu’elle est formulée. En réalité on peut très bien chercher sans relâche. Là où la réalité explose en une infinité de réalités, c’est qu’il n’existe pas une vérité mais autant qu’il existe d’individus. Et si, pour rester dans une réalité atteignable, si nous voulions nous fixer un idéal réalisable, nous nous disions en la matière: nous ne serons pas loin d’avoir trouver une vérité essentielle à défaut d’avoir trouvé LA vérité si nous parvenons à respecter notre serment maçonnique en tous ses points.

Une mise en application

«Je promets d’observer les lois de la franc-maçonnerie, de travailler à la prospérité de ma loge et de respecter la constitution de la GLSA, d’aimer mes frères et de les aider dans les choses justes et conformes aux règles de l’honneur.» Si l’on se situe dans le droit fil des promesses précédentes, celles-ci en sont un corollaire, une conséquence, une mise en application. «Je promets le silence et la discrétion.» Cet engagement ne souffre pas la comparaison entre idéal et réalité, car là aussi, rien, (comme quelque chose qui échapperait à notre volonté) ne peut venir s’opposer à cette obligation. Dans la réalité, nombreux ont été ceux qui ont rompu cette promesse à travers les siècles et ce dès les débuts de la maçonnerie. Cela ne nous exonère pas, chacun à son niveau, de respecter cet engagement. Sinon pourquoi le prendre? «Idéalement nous aspirons à être des maçons parfaits, en réalité essayons d’être des hommes perfectibles.»

Source : http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/artikel/artikel-2004-10-01.php

Lire la suite

Delta Force

10 Mars 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #Forces spéciales

Création.

Au début des années 1960, le Special Air Service (SAS) britannique et les Special Forces américaines créèrent un programme d'échange par lequel un officier et un sous-officier du 22 SAS allaient au 7th Special Forces Group (SFG) pour une durée d'un an, et réciproquement. Un des premiers participants à ce programme, le capitaine Charles Beckwith des SF, fut extrêmement impressionné par les particularités du SAS (sélection rigoureuse, exercices aussi réalistes que possible avec planification sommaire, drills à balles réelles, etc.) De retour aux États-Unis, il conseilla à l'US Army de créer une unité similaire au SAS, mais ses suggestions répétées ne rencontrèrent aucun écho. Ce n'est qu'à partir de la fin 1975, en étudiant les rôles des différents composantes de l'US Army au sortir de la guerre du Viêt Nam, que les hautes autorités de l'US Army et en particulier son Deputy Chief of Staff for Operations and Plans (DCSOPS), le général Edward C. « Shy » Meyer, réalisent le manque et le besoin d'une force spéciale spécialisée dans les actions commando. À la suite d'un briefing en août 1976, le général William DePuy commandant le Training and Doctrine Command (TRADOC) donna l'ordre au général Robert C. Kingston qui commandait l'US Army John F. Kennedy Center for Military Assistance (USAJFKCENMA, ou plus couramment JFK Center, unité parente des Special Forces) de développer un concept d'une telle unité, et celui-ci confia la tâche à Charles Beckwith, devenu entre-temps colonel.

Beckwith, assisté de quelques hommes, affina le concept de l'unité jusqu'au début de 1977, et, comme il existait déjà au sein des Special Forces les détachements opérationnels Alpha, Bravo et Charlie, décida de l'appeler Delta. Il obtint l'accord du Forces Command(FORSCOM), qui a autorité sur l'affectation du personnel, puis, le 2 juin 1977, l'approbation du général Bernard W. Rogers, Chief of Staff of the Army (CSA). Le 1st Special Forces Operational Detachment-Delta (1st SFOD-Delta, appelée couramment juste « Delta ») est placé sous l'autorité du JFK Center, qui dépend lui-même du XVIIIe corps aéroporté américain, qui dépend du FORSCOM qui est sous l'autorité du DCSOPS, le général Ed Meyer[. Le projet connut une accélération soudaine à la suite de l'opération du GSG 9allemand qui libéra par la force les otages d'un avion de la Lufthansa détourné à Mogadiscio le 13 octobre 1977. L'ordre d'activer Delta, avec alors pour première mission le contre-terrorisme, fut donné le 19 novembre 1977 (Beckwith étant alors en déplacement en Europe, il ne le reçut qu'en décembre). Beckwith prévit qu'il lui faudrait deux ans avant que l'unité ne soit opérationnelle. Cependant, le Readiness Command (REDCOM) qui s'était vu confier la responsabilité de tester et déployer les unités contre-terroristes à la suite du raid d'Entebbe en 1976, avait constaté le besoin d'une unité spécialisée à la suite du détournement de Mogadiscio, et en avait besoin immédiatement. En conséquence, le successeur de Kingston à la tête du JFK Center, le général Jack Mackmull, avec lequel Beckwith avait une mauvaise relation, confia au colonel Bob Mountel, commandant le 5th Special Forces Group (SFG), le soin de créer une unité d'intérim, appelée Blue Light. À tort ou à raison, Beckwith pensa que Mountel avait l'intention de montrer qu'il pouvait créer une unité plus rapidement et pour moins cher que Delta, et un esprit de rivalité s'établit entre les deux unités.

Delta s'installa dans les vieux bâtiments de la Stockade (prison militaire) de Fort Bragg. La liste de son personnel fut classifié par le Military Personnel Center (MILPERCEN). Il lança une campagne de recrutement, décidant de recruter dans toute l'armée et pas uniquement dans l'infanterie, à l'instar du SAS. Cependant, le général Mackmull limita les possibilités de recruter au sein des Special Forces, de crainte que les SFG, déjà en sous-effectif, se vident de leur personnel. Parallèlement, certains officiers du FORSCOM empêchaient les Rangers de participer à la sélection de Delta. Beckwith dut court-circuiter la chaîne de commandement et parler directement au CSA, le général Rogers, pour débloquer la situation. Beckwith demanda que Delta soit rattachée directement au DCSOPS Meyer, mais cela fut impossible par manque de personnel à l'état-major de l'armée. Le général Meyer simplifia néanmoins la chaîne de commandement en ordonnant que pour tout ce qui concerne Delta, Mackmull réponde directement au Département de l'armée. Il ordonna également que les SF et Rangers puissent participer librement aux épreuves de sélection.

Une des premières étapes dans la formation de l'unité fut la création d'un bâtiment d'entraînement derrière la Stockade, où les opérateurs s'exercèrent à entrer dans une pièce, identifier les cibles, et abattre des cibles simulant des terroristes tout en épargnant les otages. Avec l'aide de la Federal Aviation Administration(FAA) et de compagnies aériennes, ils s'entraînèrent également à prendre d'assaut des avions détournés.

Delta chercha également à apprendre toute tactique ou technique utile auprès d'autres services dont le FBI et l'United States Secret Service. À l'époque, le FBI n'avait que des unités type SWAT entraînées pour des arrestations à hauts risques mais pas pour libérer des otages. En cas de prise d'otage impliquant plusieurs terroristes et plusieurs otages, le FBI prévoyait de confier la situation à Delta dès qu'ils auraient l'autorisation présidentielle pour le faire. Delta effectua son premier exercice avec le FBI, nom de code Joshua Junction, dans le Nevada en mai 1978. Des exercices subséquents impliquèrent d'autres services américains, comme le Nuclear Emergency Search Team (NEST).

Delta passa avec succès un exercice de certification initiale en juillet 1978, à l'issue duquel Blue Light n'apparaissait plus nécessaire. Blue Light fut désactivée quelques mois plus tard. La rivalité entre les deux unités était telle qu'aucun membre de Blue Light ne se porta volontaire pour intégrer Delta, ni ne se le vit proposer.

Au cours de l'année 1979, Delta entama des programmes d'échange avec des unités étrangères dont le SAS, le GSG 9 ouest-allemand, le GIGN français et des unités spéciales israéliennes. L'unité s'agrandit, passant à deux escadrons appelés A et B. Beckwith formalisa les tâches, conditions et standards de l'unité servant d'indicateurs pour évaluer son état de préparation, qui serviront aux évaluateurs extérieurs et aux futurs commandants de l'unité. Le document résultant, surnommé « le Livre Noir », énumérait notamment une soixantaine de compétences individuelles, environ vingt-cinq compétences de niveau de la patrouille, huit à dix compétences de niveau de la troupe. Un escadron avait trois compétences : prendre d'assaut un bâtiment, une situation en plein air, et un avion de ligne.

Début novembre 1979, Delta passa son exercice de validation finale, devant un jury comptant l'ambassadeur Anthony Quainton, directeur de l'Office for Combatting Terrorism du Département d'État des États-Unis, des représentant des agences concernées par le terrorisme (FBI, CIA, Secret Service, DoE, FAA, etc.), ainsi que des observateurs étrangers dont le colonel Ulrich Wegener, créateur et commandant du GSG-9, le général Sir Peter de la Billière, commandant du SAS Regiment, le capitaine Christian Prouteau, créateur et commandant du GIGN, et des Israéliens[. Quelques heures plus tard, une foule menée par des étudiants prit en otage le personnel de l'ambassade Américaine de Téhéran, en Iran. La crise iranienne des otageset l'opération Eagle Claw qui fut menée pour tenter de les libérer par la force devait être la première opération de Delta.

Évolutions

Une des conséquences directes de l'échec de l'opération Eagle Claw fut la création d'un commandement d'opérations spéciales interarmées, le Joint Special Operations Command (JSOC), sous les ordres duquel fut placé la Delta Force et une unité de l'US Navy similaire nouvellement créée, le SEAL Team 6. Au début des années 1980, le directeur du FBI William Webster décida de combler l'écart existant entre les unités SWAT et Delta en créant la Hostage Rescue Team. Le colonel Paschall, commandant Delta à l'époque, collabora avec le FBI pour entraîner des agents du bureau dans les tactiques et techniques contre-terroristes.

En 1985, l'unité fit l'objet d'enquêtes de l'armée et du Département de la Justice car un certain nombre de ses hommes avaient détourné des fonds en exagérant leurs notes de frais de déplacements. Le scandale aurait pu menacer l'existence de l'unité, mais son commandant de l'époque, William Garrison, prit leur défense et ne punit que ceux qui avaient commis le plus d'abus. Sept membres de l'unité seraient passés en cour martiale et quatre-vingt autres auraient reçu des sanctions disciplinaires non-judiciaires. Au cours des années 1980, Delta s'agrandit, passant d'une centaine d'hommes répartis en deux escadrons réduits à l'époque d'Eagle Claw, à trois escadrons complets totalisant 200, plus 300 autres personnels de soutien à la fin de la décennie. Delta déménagea en 1987 de la vieille Stockade pour un nouveau QG construit sur mesure pour 75 millions de dollars, et appelé Security Operations Training Facility (SOTF), situé sur le Range 19 de Fort Bragg.

Avec le temps, Delta n'est pas demeurée une unité purement de contre-terrorisme comme à sa création, mais elle est devenue capable d'un large spectre de missions, ce qui était l'idée originale de Beckwith d'après le modèle du SAS britannique. À partir de la fin des années 1980, un des efforts du JSOC a été de réduire les conflits avec les commandements militaires régionaux, et d'intégrer ses différentes unités, à l'esprit très indépendant, entre elles. Au début des années 1990, le JSOC insitua un régime d'entraînement qui forçait Delta et le SEAL Team 6 à s'entraîner ensemble tous les trois mois. La relation entre les deux unités passa de l'animosité à une saine rivalité, et des amitiés se développèrent entre membres des deux unités.

Delta a continué d'augmenter en taille. Au milieu des années 1990, elle comptait environ 800 membres[, et près de 1 000 au début des années 2000.

Missions

Le rôle initial de la Delta Force était le contre-terrorisme, en priorité pour protéger ou secourir les citoyens et intérêts américains à l'étranger. Pour des cas exceptionnels, elle peut intervenir sur le territoire américain, notamment en collaboration avec la Hostage Rescue Team du FBI.

Cependant, l'unité est capable d'opérations extrêmement diverses. Elle peut être chargée d'assurer la protection de hautes autorités militaires américaines (voire alliées dans certains cas) en temps de guerre ou de tensions, d'opérations spéciales diverses (reconnaissances et raids en arrière des lignes ennemies), ainsi que de dispenser des formations spécifiques à des unités étrangères.

Cette diversité, ainsi que la possibilité laissée aux forces spéciales américaines d'agir en civil, fait qu'il peut être difficile de déterminer si une opération est du ressort de la Delta Force, des autres Special Forces US ou du service d'opérations clandestines de la CIA.

Organisation

L'organisation de la « Delta Force » est - comme le reste - secrète. Selon les rares informations disponibles, l'unité est commandée par un colonel et son état-major comprend un commandant adjoint et des officiers d'administration, de renseignement, d'opérations, de logistique, tous ayant le grade de lieutenant-colonel. La force opérationnelle de l'unité est organisée en escadrons désignés par une lettre, sur le modèle du Special Air Servicebritannique : A squadron, B squadron et C squadron. La devise du A squadron est Molon Labe Un D squadron aurait été ajouté à cet organigramme approximativement vers 2005.

Chacun de ces escadrons d'opérateurs a son propre état-major avec un commandant d'escadron, un officier d'opérations, un officier de renseignement, etc. Selon les descriptions les plus récentes, les escadrons comprennent 75 à 85 opérateurs répartis entre deux troops d'assaut d'une trentaine d'hommes, et une troop de reconnaissance et surveillance surnommée recce troop. Les troupes d'assaut sont elles-mêmes divisées en teams de quatre ou cinq opérateurs, et les troupes de reconnaissance et surveillance sont formées de teams de quelques binômes snipers-spotters ayant une expérience antérieure dans une troupe d'assaut. Toutes ces équipes sont généralement désignées par des codes de l'alphabet radio. Les opérateurs ne représentaient qu'environ 250 hommes sur le millier que comptait approximativement l'unité en 2000. Les autres forment une structure de soutien considérable. Un escadron de soutien regroupe le personnel responsable de l'administration, de la finance, de la logistique, de la planification des opérations, etc. Il comprend un détachement de sélection et de formation des recrues (S&T detachment, pour selection and training) dont un psychologue, un détachement médical, un détachement de recherche et développement d'armes et de matériel, un détachement technique et électronique (T&E) pour le matériel d'écoute et de renseignement, etc.. À la Security Operations Training Facility (SOTF), le complexe de la Delta Force à Fort Bragg, sont également affectés un Staff Judge Advocateet un Special Agent in Charge du CID.

L'escadron de soutien comprend également un détachement de renseignement entraîné à opérer clandestinement dans des pays étrangers pour reconnaître des objectifs. Initialement surnommé « Funny Platoon », ce détachement est né d'un long conflit avec l'Intelligence Support Activity(ISA) qui avait le même rôle mais refusait de laisser Delta évaluer ses agents. La Funny Platoon a intégré des soldats féminins à partir de 1990, dans le but d'infiltrer des agents sous la couverture d'un couple mari et femme. Un élément spécialisé s'occupe d'imprimer de faux papiers pour ces opérateurs clandestins. Au début des années 2000, ce détachement comptait une centaine d'opérateurs clandestins et était appelé operational support troop.

À la fin des années 1980, un escadron d'aviation Delta clandestin a été créé, reprenant peut-être le rôle de l'unité Seaspray. Cet escadron était décrit au milieu des années 1990 comme organisé en red, blue et green platoons, et disposant d'une douzaine d'hélicoptères AH-6 et MH-6 Little Birds peints dans de fausses couleurs civiles, utilisés pour des opérations clandestines. Selon des informations plus récentes, l'escadron d'aviation fonctionnerait sous le nom de Flight Concepts Division et serait basé à Fort Eustis en Virginie, près de la fameuse « Ferme » de la CIA à Camp Peary. L'escadron accomplit d'ailleurs des missions pour la CIA.

Recrutement

La plupart des recrues proviennent des Special Forces et du 75th Ranger Regiment, mais certains viennent d'autres unités de l'US Army. Environ 70 % des opérateurs Delta seraient d'anciens Rangers. Bien que l'existence de l'unité ne soit pas reconnue, des annonces de recrutement ont été publiées dans divers journaux d'informations militaires. Ces annonces des années 1990 indiquent que les candidats doivent être volontaires, de service actif, de sexe masculin, avoir la citoyenneté US, avoir au minimum 22 ans, être aptes médicalement et physiquement, et être de grade de sergent (E-5) à Sergeant First Class (E-7) pour les sous-officiers et capitaine ou major ayant 12 mois de commandement satisfaisant pour les officiers. Les recruteurs de l'unité effectuent également des visites pour informer et attirer des recrues potentielles dans les bases militaires américaines de par le monde.

Sélection

La sélection est appelée assessment and selection course, a lieu deux fois par an et dure environ un mois. Elle commence par des tests physiques de base comprenant des pompes, des abdominaux, et un sprint, une épreuve consistant à ramper et une de natation en treillis. Les candidats de sélection sont ensuite testés dans une série de marches de navigation terrestre similaires à celles du Special Air Servicebritannique, dans les Appalaches autour de Camp Dawson en Virginie-Occidentale. Les distances à parcourir et les poids des sacs sont progressivement augmentés et la durée limite de l'épreuve diminuée. Cette « Stress Phase » culmine au bout d'environ un mois par une marche de 40 miles (64 km) sur un terrain ardu avec un sac à dos de 70 livres (30 kg) à effectuer dans une limite de vingt heures. Cette phase de test ne sert pas uniquement à évaluer l'endurance des candidats mais aussi leur détermination et leur autodiscipline. Cela est complété par des évaluations psychologiques. Les hommes passent ensuite face à un jury réunissant des instructeurs Delta, des psychologues et du commandant de l'unité. Ils posent au candidat une série de questions et ensuite dissèquent chaque réponse où le maniérisme du candidat est étudié dans le but de l'épuiser. Le commandant de l'unité s'en rapporte alors au candidat et lui dit s'il a été sélectionné. Le taux de réussite à chaque sélection varie mais est généralement d'environ 10 %.

Formation

Les candidats retenus suivent ensuite l'Operator Training Course (OTC) à Fort Bragg qui dure environ six mois. Celle-ci comprend des centaines d'heures de tir, l'apprentissage de tactiques avancées d'infanterie, et le drill d'assauts de bâtiments et de combat en milieux clos. Ils suivent également des instructions à la conduite de véhicules, à la protection rapprochée et à opérer clandestinement en zone hostile. Les sortants de ce cours sont ensuite affectés en unité où, après 18 mois de formation sur le tas, ils reçoivent le Special Qualification Identifier “T” qui les qualifie d'opérateurs de l'unité.

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Delta_Force

Lire la suite