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Hauts Grades

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La Cène

22 Juin 2015 , Rédigé par P\ A\ Publié dans #Planches

Très Sage A……, et vous tous mes FF\ Chevalier Rose+Croix, pour ma première intervention à notre grade, Notre Très Sage, m'a proposé de faire une planche avec pour thème: « La Cène ». Quel défi pour un frère élevé dans la plus pure tradition judéo-chrétienne par sa famille et avec l’aide appuyée des Frères des Écoles Chrétiennes et ensuite des Jésuites et pour qui la Foi reste une valeur spirituelle essentielle dans sa vie, que de traiter dans cet illustre chapitre d’un symbole aussi « chrétien » que la Cène. Mais il est des chemins comme des hommes, souvent plein de paradoxe et de contradictions qui permettent, du moins je l’espère, de faire progresser les uns par la connaissance et le partage avec les autres, le tout dans l’Amour fraternel, car tel est notre loi. Tous les Chevaliers Rose-Croix au Rite Écossais Ancien et Accepté, connaissent la cérémonie de la cène qui se pratique ou devrait se pratiquer à la fin de chaque tenue. Tous les premiers rituels connus, dès le début des années 1760, en font déjà mention et la décrivent, pratiquement telle que nous la connaissons aujourd’hui.
La Cène :
Dans le manuscrit de la « Maçonnerie Adhonhiramite » de 1787, on trouve précisé que le 3eme point du Rose Croix est la Cène et se déroule toujours après un chapitre.
Lors de la réception d’un nouveau chevalier, le rituel de la cène, ou troisième point de sa réception, marque l’intégration d’un nouveau chevalier dans le cercle des anciens. Il est le plus souvent décrit ainsi : « Tous les chevaliers se rangent autour de la Table. Le TS fait face à l’Occident, les surveillants, ayant encadré le candidat entre eux, se placent en face du TS Quand le cercle est formé, le TS rompt le pain, en prend un morceau et le mange. Il passe ensuite le plateau à l’Orateur qui est à sa droite et dit : « Prenez et mangez ; donnez à ceux qui ont faim ». Le plateau passe successivement aux mains de tous les Chevaliers qui en prennent chacun un morceau. Quand le plateau revient au TS, il le pose sur la table. Il verse ensuite du vin dans le verre et en boit et le présente à l’Orateur en disant : » Prenez et buvez ; donnez à boire à ceux qui ont soif ». Le verre passe successivement aux mains de tous les chevaliers et lorsqu’il revient au TS, celui-ci le verse dans le réchaud le reste du vin. »
Irène Mainguy pense que « la pratique de la Cène » en chapitre tire son origine d’un enseignement caritatif tel que celui qui apparaît dans les proverbes 25 :21-22 et dans l’Épitre aux romains 12 :20 « Si ton ennemi a faim, donne lui à manger, s’il a soif, donne lui à boire »
Notre rituel maçonnique a une autre traduction de la Cène :

Comme souvent, le rituel est la source de l'enseignement du Franc-maçon et à notre grade, celui du Chevalier Rose Croix. Les phrases prononcées par le Très Sage au moment de la Cène et le décor ont leur importance. Je vais tenter d'en capter le sens. Le Très Sage explique la suspension des travaux et la mission du Chevalier R+C est fixée : « répandre hors de notre Temple, notre message d'Amour de la Vérité et d'Amour de l'Humanité ». Les grandes lignes de notre Grade sont données. Notre mission : parler d'Amour, non pas d'amour charnel, mais d'Amour de la Vérité, qui est notre mission première en maçonnerie et aussi Amour de l'Humanité. Nous sommes ceux dont le travail est de répandre ces Amours. La Vérité, nous la cherchons en permanence, comme l'amélioration de l'humanité. Mais le mot Amour est mis en avant, ce qui démontre la passion, la sincérité, la profondeur avec laquelle nous devons travailler et je ne peux que constater que notre chapitre le démontre à chaque tenue….. Le Très Sage nous parle ensuite de la canne, baguette qui nous a été remise à chacun de nous pour la Cène. Il s'agit la d'un autre rappel de notre rôle dans la Franc-maçonnerie « elle doit servir dans vos voyages. Emblème de la vigilance, elle aussi le signe du commandement et du droit de l'exercer ». Si jusqu'à maintenant, nous devions répandre les vérités que nous avons acquises désormais, le Très sage nous explique que nous devons être vigilant : la définition de ce mot est intéressante « Qui veille avec beaucoup de soins ou de dévouement sur quelqu'un ou quelque chose. » et « Qui est exercé avec grand soin, avec une attention soutenue ». La vigilance, notre grade nous en parle pour la première fois. Cette canne est donc le symbole de celui qui a pour mission de voyager et de surveiller, d'être attentif à ce qui se passe. Et cela sous entendu en permanence. Le Très Sage explique aussi que nous avons tout pouvoir, que nous sommes ceux qui commandent. Nous ne commandons surement pas d'autres FF.°. au sens de hiérarchie, mais je crois, surtout, que nous détenons une certaine autorité morale avec les obligations qui vont avec, et que cela doit s'appliquer à chacun de nous. Notre chemin initiatique nous autorise à avoir une perception plus fine de ce qu'est la Franc-maçonnerie, et surtout, nous avons l'obligation de voyager et cette baguette, qui rappelle le bâton du Compagnon, pourrait nous donner du pouvoir, car symbole d'une fonction, mais aussi un moyen pratique de se faire reconnaître. « Mes FF.°. me reconnaissent comme tel » finalement, cette reconnaissance doit exister : à notre comportement, nos FF.°. doivent percevoir notre expérience, notre cheminement maçonnique. Le bâton du Chevalier R+C est surtout celui du pouvoir moral, plutôt celui du Sage qui peut répondre aux questions, celui qui est prêt à aider.. Quand nous voyageons aujourd'hui, et j'entends par voyage, voyage dans le monde maçonnique, autant que dans le monde profane, nous n'avons pas ce bâton. Mais ce symbole, comme les autres symboles, nous le détenons en nous, nous l'avons intégré, nous finissons par faire comme si nous l'avions en permanence. Le regard que nous devons porter sur notre mission est d'être vigilant. Pourquoi? Mais parce que tel est notre devoir à ce stade de notre chemin initiatique. Nous avons appris, nous avons plus ou moins assimilé. Le décantage de notre apprentissage nous permet d'avoir une vue plus élevée de ce que doit être le travail maçonnique. Notre situation actuelle de Chevalier R+C est de ne plus être en bas, de ne pas être encore en haut, mais d'être entre deux étages, si je peux dire. A la fois au dessus mais largement en dessous. Le signe et le contre signe, qui montre l'infiniment grand et l'infiniment petit, me semble confirmer notre position.

Mais continuons le rituel :

« Nous allons échanger nos accolades fraternelles et faire circuler le message de paix grâce au pain et au vin. Ainsi nous renforcerons d'avantage les liens qui nous unissent et notre amour fraternel en sera fortifié ». Le pain et le vin et nos accolades sont donc le ciment de notre action. Le rituel nous donne donc la force qui nous portera en dehors du temple : il s'agit, comme toute construction et comme nous l'avons appris depuis notre initiation, d'avoir des bases solides : ces bases sont celles des liens qui nous unissent, liens qui sont tout le cheminement que nous avons fait, pas forcément ensemble, mais dans nos temples et dans nos loges, à des dates différentes, mais toujours sur le même chemin initiatique. Nos liens sont prioritaires. Cela veut dire aussi, que sans cela, nous serions inefficaces. Sans nos bases, c'est à dire, sans tout ce que nous avons appris en loge, nous ne sommes rien, nous devons, nous avons l'obligation en plus être unis. L'Amour fraternel est une obligation et un vrai travail, c'est comme cela que je le ressens aujourd'hui.
Poursuivons le rituel :

« Prenez et manger et donnez à manger à ceux qui ont faim »
« Prenez et buvez et donnez à boire à ceux qui ont soif »
Ces 2 phrases sont claires et sont pleine d'amour : elles rappellent la Cène d'origine, mais la, le message n'est pas de se souvenir du Christ, il donne et définit une de nos missions : donner à manger à ceux qui ont faim et à boire à ceux qui ont soif. Cette tache est vaste.
L'un des symboles du grade Chevalier Rose Croix est le pélican. Son choix a été de s'ouvrir le flan pour donner à ses petits son sang. Jésus, en offrant le vin qui symbolisait son sang et le pain qui symbolisait son corps, a-t-il la même volonté? Dans le rituel de la Cène, nous, chevalier R+C, nous ne le disons pas, mais ce message est sous entendu : nous sommes prêts à aller jusqu'au don de soi pour donner à manger et donner à boire à ceux qui sont dans le besoin. Ceci signifie que sommeille en nous un pélican et qu'il est prêt à s'éveiller à tout moment. Prêt au sacrifice de soi après avoir cherché l'Amour en suivant la trilogie de notre grade, Foi, Espérance et Charité. Mais lors de cette Cène, avant ces 2 phrases, un message est transmis à chacun des F.°. à charge qu'il revienne sans faute : il s'agit du mot de passe du grade : E….. et sa réponse P… P…. Pourquoi, dans la Cène, le mot de passe et sa réponse doivent-ils circuler? La Cène raconte l'histoire de Jésus et de son dernier repas. E….., en hébreu, signifie Dieu est avec nous. Nous francs- Maçons, en tant que Chevalier R+C, nous avons atteint la conscience de ce que nous sommes et que nous considérons avoir retrouvé la parole perdue. E……. est aussi le premier nom donné à Jésus par les bergers de Bethléem, car dans la prophétie d'Isaïe, il était annoncé que la mère enceinte donnerait ce prénom à son fils. P….P…… ou La Paix avec Vous ou en Vous, cette réponse, semble contenir ce que doit être le chevalier R+C : par le sens Dieu est avec nous, nous, Francs-Maçons, nous pouvons penser autre chose, comme Grand Architecte de L'Univers ou aussi comme Force Cosmique, ou Puissance au dessus de tout ou tout autre appellation qui indiquerait quelque chose de supérieur. Supérieur parce qu'à une autre échelle, celle de l'Univers. Le fait d'être conscient de ce que nous sommes et de ce que représentons à l'échelle de l'infiniment grand, est le signe du bon cheminement et de l'évolution nécessaire que tout homme, après avoir été initié et suivi le cheminement dans son temple intérieur, peut affirmer que l'univers, l'immensément grand est aussi dans l'infiniment petit. Et réciproquement. La conséquence : une forme de sérénité. Une vision du monde plus claire, vue d'un niveau un peu plus élevé que l'homme ordinaire. Un sens du devoir.

Continuons à lire le rituel :

Après le retour du mot de passe que le Gardien de la Tour a bien reçu venant des 2 côtés, le Très Sage dit « Que ce pain nous maintienne en force et santé! Que ce vin nous élève ! ». Le Très Sage émet alors ce qui ressemble à un vœux : que le pain nous maintienne en force et santé : la nourriture terrestre – ce qui représente, dans la Cène, le corps de Jésus, et cela afin de nous maintenir en force et en santé pour poursuivre notre mission. Le pain représente la matière. Le vin nous élève, le vin représente alors l'esprit. Dans la Cène, elle représente le sang du Christ. Cet esprit que nous récupérons en buvant ce vin, nous élève. Élévation spirituelle nécessaire aussi pour continuer notre mission. Nous retrouvons ici, à un autre niveau, l'équerre et le compas. La domination de l'esprit sur la matière. Mais jamais l'un sans l'autre. Une grande précision : c'est ce pain et ce vin là, ici pendant la Cène, à cette occasion, le pain et le vin que nous prenons ensemble. N'importe qui peut manger du pain et boire du vin chez lui. Nous Chevalier R+C, nous mangeons et buvons ensemble. Ceci contribue à nous unir et à maintenir entre nous le lien fort. Le symbole d'un acte commun et collectif de pensée et de deux actions, boire et manger, représente l'importance donnée à un travail maçonnique de chacun mais tous ensembles. « Et maintenant mes FF\, prenez et mangez et donnez à manger à ceux qui ont faim, prenez et buvez et donnez à boire à ceux qui ont soif » Dans cette phrase, le Très Sage redit ce qu'il a déjà dit avant la circulation du mot de passe. S'agit-il d'une manière de commencer et de finir, ce qui veut dire que ce qui est important est ce qu'il y a entre les deux phrases ? Je remarque tout simplement que la demande du très Sage est de prendre et de manger d'abord et de donner à manger après et de prendre et de boire avant de donner à boire... Cela me rappelle qu'il faut d'abord travailler sur soi-même et la pierre brute avant de pouvoir prétendre transmettre quelques choses à d'autres. Les bases de notre temple intérieur doivent être solidement implantées. Faisons attention aux dernières paroles du Très Sage après avoir frappé les 7 coups avec sa canne : « Tout est consommé... Mes FF\, retirons-nous en Paix et souvenons nous que nous avons juré de propager toutes les vertus qui naissent de la Fraternité. » Tout est consommé.... : une phrase étonnante : à première écoute, j'ai envie de dire ben oui, nous avions faim en cette fin de matinée et il ne reste plus rien ! Mais le sens n'est pas celui-là. Jésus, sur la croix, l'aurait dit cette phrase et pour lui, cela annonçait la fin de sa mission sur terre. En allant sur la croix, il a terminé la dernière étape de sa mission, qui l'amène ou le ramène auprès de Dieu. Mais si tout est consommé, cela veut dire que ce que nous avons en nous, après cette Cène, après avoir rompu le pain , l'avoir mangé et bu le vin, que tout ce qui est en nous, constitue une intégration importante de la fin d'un événement. Ces 2 éléments forment ensemble le corps et l'esprit et, en nous rassasiant d'abord, indique que, si notre travail commence par nous-mêmes, nous sommes prêts, par la suite à aider les autres. Un peu de Aides toi et le ciel t'aidera? Non, notre travail a un sens, même si on comprend un but, mais je dirais un sens de fonctionnement. Depuis l'apprentissage jusqu'au grade de Chevalier Rose+Croix, le travail est fait sur nous-mêmes pour mieux le faire sur les autres. Un parallèle avec Jésus, qui a fait tout un cheminement pour partir de sa naissance jusqu'à sa mort, mais en laissant un message très fort et très riche. La Cène se termine par un rappel à notre serment de Chevalier R+C, toujours avec cette insistance sur la Fraternité qui est notre force et toutes les conséquences de cette Fraternité. En guise de conclusion de cette planche imparfaite, je dirais que la Cène est un symbole fondamental qui remonte à la plus ancienne antiquité, elle n’est certes pas l’apanage de la tradition chrétienne, le partage du pain et du vin se retrouve dans l’Agapé antique. Il faut voir dans la pratique de la Cène, un pacte d’union entre les frères Chevaliers Rose Croix et un encouragement à pratiquer une charité fraternelle active. Également, nous pouvons assimiler cette pratique à une chaine d’union beaucoup plus intense que celles des loges bleues, puisqu’il y a partage réel du pain et du vin. En fait cette pratique devrait être étendue à tout être humain, maçon ou non, ce qui permettrait d’entendre au dehors les nobles valeurs et l’ethnique maçonnique. Mais ne rêvons pas, il nous faut d’abord appliquer à nous-mêmes ces principes pour pouvoir être capables de les porter au dehors de nos temples. A la fin de la Cène, Jésus ne dit-il pas « A ceci, tous vous reconnaitront pour mes disciples, a cet amour que vous aurez les uns pour les autres (Jean 13 :35)
Alors notre chemin est encore long…

Source : www.ledifice.net

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Les Colonnes J & B

14 Juin 2015 , Rédigé par P\ P\ Publié dans #Planches

Je vais vous rendre compte, dans ma planche, de mes modestes recherches sur les 2 Colonnes ornant le Tapis de Loge au grade d'AA\ en particulier et décorant l’entrée du Temple Maçonnique en général. Tout d'abord pourquoi avoir choisi ces Colonnes plutôt qu'un autre élément du Tapis de Loge?
1 - parce qu’elles sont le premier symbole que nous rencontrons en pénétrant dans le
Temple ;
2 - parce qu'elles représentent la dualité régissant l’homme et le monde ;
3 - parce qu'elles nous préparent à la découverte du nombre 3.
Je vous propose le cheminement suivant:
1 - rappel et commentaires de la description biblique
2 - les Colonnes et la bipolarité
3 - les Colonnes et la Mer de bronze
4 - Colonnes et hindouisme
5 - les Colonnes et le parcours de l’AA\
1 – Rappel et commentaires de la description biblique
Les Colonnes J\ & B\ sont mentionnées dans la Bible au 1er livre des Rois, chapitre 7, versets 13 à 22: « Verset 13 : Le roi Salomon avait fait venir de Tyr Hiram, ouvrier en airain, fils d’une veuve de la tribu de Nephtali et d’un père tyrien ». Hiram est phénicien et est en contact avec la triade divine phénicienne Melqart, Astarté et Baal. Hiram connaît donc les magnifiques temples que son homonyme, le roi Hiram, a fait ériger en l’honneur de Melqart, Astarté et Baal. Melqart est la puissance tutélaire de la cité de Tyr et deux piliers ornent l’entrée du temple qui lui est consacré. « Verset 14 : Il était rempli de sagesse, d’intelligence et d’habileté pour faire toute espèce d’ouvrages en airain. Il se rendit donc auprès du roi Salomon et il exécuta tout le travail.» Hiram est un expert dans son domaine, c’est un « architecte ». « Verset 15 : Il fabriqua 2 colonnes d’airain ; la première avait 18 coudées de hauteur, et un cordon de 12 coudées mesurait la circonférence de la seconde. » Qu’est-ce qu’une colonne ? Le mot vient du latin columna et du grec columen, c’est ce qui s’élève, un soutien, un pilier. Les colonnes se retrouvent dans le totem des indiens d’Amérique et dans l’arbre de vie égyptien. Elles relient le haut et le bas. Elles sont un pont entre ciel et terre. L’airain est une appellation ancienne du bronze, un alliage de cuivre et d’étain ou d’argent. Si l’argent est communément associé à la Lune, la mythologie grecque associe l’étain à Jupiter, le roi des dieux et le cuivre à Vénus, déesse de l’amour. L’airain unit donc symboliquement des éléments complémentaires, la chaleur de Jupiter et le froid de la Lune, la vie extérieure et la vie intérieure, les mouvements ascendants et descendants, le principe Bois et le principe Eau de la tradition chinoise. Il est symbole d’incorruptibilité, d’immortalité et d’inflexible justice. « Verset 16 : Il fondit 2 chapiteaux d’airain pour les placer sur le sommet des colonnes : la hauteur d’un chapiteau était de 5 coudées, et la hauteur de l’autre était également de 5 coudées. » Une hauteur totale de 23 coudées pour chaque colonne et son chapiteau. 2 plus trois font 5, le chiffre de l’homme. 23 multipliés par 2 font 46. La valeur des lettres hébraïques composant le nom d’Adam donne aussi 46. L’inverse de 46, c’est 64 comme le nombre de cases du pavé mosaïque, comme la valeur des lettres hébraïques du mot Eden. « Verset 17 : Des treillis en forme de réseaux, des festons en forme de chaînettes décoraient les chapiteaux placés au sommet des colonnes ; il y avait 7 festons pour chacun des 2 chapiteaux. » 7 est le nombre parfait et symbole de l'abondance divine, il est aussi selon la Bible le nombre du châtiment, de la purification et de la pénitence. Il est aussi attribué à Satan qui s'efforce de copier Dieu, se faisant le singe de Dieu. Ainsi la bête infernale de l'Apocalypse (chapitre 13, verset 1) a sept têtes. 7 est également le symbole de vie éternelle chez les Égyptiens: il représente un cycle complet, une perfection dynamique. Pour nous, 7 MM :. Rendent la Loge juste et parfaite… « Verset 18 : Hiram fit passer autour de ces treillis deux rangées de grenades pour orner chacun des chapiteaux qui surmontaient les colonnes. » Pour Oswald Wirth, les grenades sont les signes de l’amitié parce que le rangement symétrique des graines fait songer à la famille maçonnique dont tous les membres sont harmonieusement reliés par l’esprit d’ordre et de fraternité. Dans la mythologie grecque, Perséphone mange le pépin de grenade comme Eve croque la pomme, c’est donc aussi le fruit défendu. « Verset 19 : Les chapiteaux qui surmontaient les colonnes, dans le portique, figuraient des lis de 4 coudées de hauteur. » Le lis est synonyme de blancheur, de pureté, d’innocence mais aurait aussi des vertus aphrodisiaques. Pour Angelo de Gubernatis, l’odeur du lis est un mélange de miel et de poivre. Dualité quand tu nous tiens… La forme toutefois rappelle le nombre 3. « Verset 20 : Les chapiteaux placés sur les 2 colonnes s’élevaient immédiatement au-dessus d’un renflement qui précédait les treillis ; 200 grenades disposées sur 2 rangs entouraient les 2 chapiteaux. » 200 correspond à la lettre hébraïque "resch", elle-même associée au 20ème arcane du Tarot: le Jugement, c'est-à-dire le bouleversement et l'antagonisme. « Verset 21 : Hiram dressa les colonnes dans le portique du temple. Il dressa la colonne de droite et la nomma Jakin ; puis il dressa la colonne de gauche et la nomma Boaz. » On peut se poser la question de savoir par rapport à quel axe la Bible situe la droite et la gauche. D’est en ouest ou d’ouest en est ? La question ne semble pas avoir de réponse clairement tranchée, cela se traduit aujourd’hui par des emplacements des colonnes différents selon les rites. Ce qui semble sûr, par-contre, c’est que les colonnes soient placées à l’extérieur du temple de Salomon. Les dimensions du Temple mentionnées dans la chronique d’Ezéchiel – chapitre 41 combinées à deux rectangles solsticiaux et à un peu de trigonométrie permettent de calculer que les deux colonnes se trouvent à 1.4 coudée du mur frontal. Jakin vient de Jah Iachin, Jéhovah et signifie qu’il établisse, qu’il affermisse. La Colonne J :. symbolise le soufre, l’énergie expansive ; elle est masculine, rouge. Boaz signifie avec force, dans la force, en lui la force. La Colonne B :., c’est le mercure, la réceptivité, l’assimilation et la gestation ; elle est féminine, blanche ou noire. « Verset 22. Au sommet des colonnes était un ouvrage en forme de lis. Ainsi fut achevé le travail des colonnes »
2- les Colonnes et la bipolarité
La Colonne J\ s’identifie avec le soufre des alchimistes, elle symbolise le foyer générateur, l’énergie expansive qui, de l’intérieur, exerce son influence sur l’extérieur. Elle est donc masculine, elle éveille l’idée de lutte, d’action stabilisatrice. Le nom qu’elle porte signifie stabilité – fermeté ou encore « il établit, il fonde ». Mais, de même que le mercure s’oppose au soufre et le calme à l’impétuosité, la Colonne J\ se complète par la Colonne B\. Celle-ci signifie initiatiquement « en lui la force » ; force n’est pas ici synonyme de violence, elle évoque au contraire l’irrésistible puissance du travail persévérant que nul obstacle ne rebute, le travail sage et pondéré, qui est le seul que puissent apprécier et poursuivre avec fruit les maçons. La correspondance alchimique de B :. Est le mercure qui marque l’influence de l’extérieur sur l’intérieur. B\ est le symbole de la réceptivité passive, de l’assimilation, de la rectification et de la gestation, phénomènes qui précèdent la naissance de la Lumière et qui sont caractéristiques de la féminité. Celle-ci conserve et perpétue ce que la masculinité sème, établit ou fonde. J\ et B\ sont le complément l’une de l’autre et sont indissociablement liées ; elles font du terme « deux », du binaire, le principe fondamental, essentiel de l’existence du monde sensible et de la vie du genre humain. Elles correspondent aux antithèses suivantes : sujet-objet, agent-patient, actif-passif, positif-négatif, mâle-femelle, père-mère, donner-recevoir, agir-sentir, esprit-matière, soleil-lune, abstrait-concret. Les colonnes symboliques rappellent les obélisques couverts d’hiéroglyphes qui se dressaient devant les temples égyptiens. On les retrouve dans les deux tours du portail des cathédrales gothiques. Ce sont les colonnes d’Hercule qui marquent les limites entre lesquelles se déplacent l’esprit de l’homme. Le domaine de ce qui nous est connu a pour image le voile d’Isis, tendu entre les deux colonnes. Ce rideau nous dérobe la vue de la Réalité vraie, qui se renferme dans le mystère de l’Unité. Nous sommes là le jouet de Maya, la déesse de l’Illusion ; la Vérité soulève le voile de Maya dans la carte de tarot intitulée « le monde ». Pour se défaire de son influence, l’homme aspirant à la liberté ne doit accorder qu’une valeur relative aux entités antagonistes que nous imaginons. Le Vrai et le Faux, le Bien et le Mal, le Beau et le Laid se rapportent à des extrêmes qui n’existent que dans notre esprit. Ce sont les bornes factices du monde qui nous est connu, nous sommes séduits par les reflets chatoyants du voile d’Isis. Ce voile suspendu entre les colonnes du Temple en masque l’entrée et doit être soulevé par le penseur qui veut y pénétrer. L’Initié, après avoir subi les épreuves et reçu la lumière, laisse ce voile derrière lui. Il se tient alors entre les deux colonnes, debout sur le pavé mosaïque, une autre représentation du binaire. Deux est le nombre de l’esprit, du discernement, qui procède par analyse en établissant des distinctions incessantes, sur lesquelles rien ne saurait se baser. L’esprit qui s’obstine à poursuivre dans cette direction se condamne à la stérilité du doute systématique, à l’opposition impuissante, à la contestation perpétuelle. Ce Binaire est celui de Méphistophélès, le contradicteur qui toujours nie. Le maçon sait conjurer le démon après l’avoir évoqué car l’Unité radicale ne se dédouble à ses yeux que pour se reconstituer trinitairement. Deux révèle Trois et le Ternaire n’est qu’un aspect plus intelligible de l’Unité.
3 – les Colonnes et la Mer de bronze
On considère souvent que J\ et B\ se suffisent à elle-même, qu’elles sont seules. En fait, elles sont complétées par un troisième élément à l’extérieur du temple.
Hiram réalise également la Mer de bronze, vasque contenant 40.000 litres d’eau pour les ablutions des prêtres. Il est intéressant de voir que cette vasque est soutenue par 12 bœufs, répartis en 4 groupes de 3, orientés vers les 4 points cardinaux. 12 est le nombre de ce qui est achevé, qui forme un tout, un ensemble harmonieux et parfait. Dans les civilisations judaïques et orientales antiques, il correspond à la plénitude, à l'achèvement et à l'intégralité d'une chose. Pour le psychanalyste René Allendy, il exprime l'idée que l'Univers forme un tout associé à l'idée de différenciation – c’est 10 + 2. 12 représente la manifestation de la Trinité aux quatre coins de l'horizon - 3 x 4, comme les 3 groupes de 4 bœufs. Mais est-ce que les bœufs de la Mer de bronze sont bien des bœufs ? Est-ce qu’il ne s’agit pas plutôt d’une résurgence du culte du Taureau, proscrit par Yahvé ? Salomon bâtit un temple à la gloire de l’Eternel, celui-là même qui a défendu à Moïse d’adorer des dieux de métal fondu (Exode 34, verset 17) et il fait reposer l’instrument de purification des prêtres sur le dieu Taureau ! Si la mer de bronze sert à purifier, à laver le corps, les Colonnes J\ et B\ ne servent-elles pas à purifier l’âme ? Ou bien ont-elles pour fonction de dissiper les perturbations cosmiques ? Quel est l’effet de leur bipolarité sur notre esprit, sur notre âme ?
Voilà quelques pistes que je me propose de suivre lors d’un prochain travail de dégrossissage de ma pierre brute.

4 – Colonnes et hindouisme
Le Temple de Salomon est divisé en 3 lieux essentiels en relation aussi bien avec le macrocosme ou monde cosmique qu’avec le microcosme ou monde individuel :
- Le Vestibule (Oulam), relié à la Terre et au corps humain, est inondé par la lumière du jour.
- Le Saint Lieu (Hikal), associé à l’Atmosphère et l’âme humaine, reçoit la lumière du jour réfléchie.
- Le Saint des Saints (Debir), représentant le Ciel ou l’Esprit, est plongé dans l’obscurité.
Sur les 2 côtés du Vestibule se tiennent les Colonnes J\ et B\, disposées le long d’un axe « vertical » qui a son équivalent tant dans le macrocosme que dans le microcosme.
L’axe du microcosme : il symbolise la voie spirituelle suivie par celui qui entend s’élever et atteindre la pleine réalisation. Cette direction, appelée sushumnâ, s’étend depuis la base de la colonne vertébrale à la couronne de la tête et se prolonge au-delà. Le long de sushumnâ se trouvent les chakras, centres subtils de l’individu. Leur éveil successif correspond aux différentes étapes vers la pleine réalisation. Le passage d’un état à un autre consiste toujours en une mort au cycle précédent et une naissance au cycle suivant. Ce processus d’initiation a symboliquement lieu dans la caverne cosmique. Les principales étapes sont : - -- la naissance physique
- la deuxième naissance au domaine des possibilités subtiles de l’individualité humaine. C’est une régénération psychique produisant un être humain centré. Elle correspond à l’initiation aux petits mystères, accessibles par la porte des hommes.
- la troisième naissance est d’ordre spirituel. Elle donne accès au domaine des possibilités supra-individuelles à travers la porte des dieux. C’est l’initiation aux grands mystères.
En franchissant la porte des hommes, l’être humain pourra accéder à l’état d’être primordial, intermédiaire entre l’homme ordinaire et l’Etre spirituel. A moins d’avoir atteint la régénération psychique complète, il repassera la porte des hommes et se retrouvera dans un nouveau cycle du monde manifesté. Pour passer du monde individuel au monde spirituel, il empruntera la porte des dieux et quittera définitivement la caverne cosmique, c’est le but ultime de l’initiation. L’axe du macrocosme : la sphère céleste et l’horizon sont des représentations des mondes céleste et terrestre. Ils sont reliés par un axe vertical dénommé axe du monde. Le point associé au soleil levant se déplace le long de l’horizon en direction du nord terrestre quand le soleil de midi s’élève vers le nord céleste. Inversement, quand le soleil de midi descend vers le sud céleste, le point du soleil levant glisse le long de l’horizon en direction du sud terrestre. La phase ascendante est associée à la voie des dieux (dêva-yâna) et la descendante à la voie des ancêtres (pitri-yâna). La phase ascendante, allant du solstice d’hiver au solstice d’été en direction du Nord céleste, correspond à la voie de la clarté ; la phase descendante, menant du solstice d’été au solstice d’hiver en direction du sud céleste, s’apparente à la voie obscure. La Bhagavad-Gitâ dit bien : « feu, lumière, jour, lune croissante, semestre ascendant du soleil vers le nord sont les signes lumineux qui mènent à Brahma ; fumée, nuit, lune décroissante, semestre descendant du soleil vers le sud sont les sombres signes de la voie du retour au monde manifesté ». La porte des hommes est associée au solstice d’été et la porte des dieux au solstice d’hiver. L’angle formé par les deux directions associées au lever du soleil aux solstices d’hiver et d’été dépend de la latitude du lieu de l’observateur. En prenant la valeur de cet angle pour Jérusalem (56°) et en la combinant avec les dimensions du Temple, on peut montrer que les deux colonnes indiquent exactement la position du lever du soleil aux solstices d’hiver et d’été.
La Colonne J\ serait ainsi associée à la porte des dieux et la Colonne B\ à la porte des hommes.
5 - les Colonnes et le parcours de l’AA\.
Lorsque vous m’avez reçu parmi vous, vous m’avez soumis, après le cabinet de réflexion, à 3 épreuves dans le Temple : l’air, l’eau et le feu. Ces voyages débutent et se terminent à l’Occident, et, je me l’imagine, peut-être même entre les Colonnes J :. & B :.. Elles représentent la première porte à franchir sur le chemin de la découverte de soi-même ; elles sont le premier symbole que nous rencontrons lorsque nous nous mettons à l’ordre, lorsque nous nous préparons au travail. Elles marquent symboliquement la transition entre le monde profane et l’univers des initiés, induisant la transformation de celui qui franchit cette limite.
Le symbolisme de la Porte est de tout temps présent dans la tradition des civilisations. Du toril, précédent l’entrée des temples shintoïstes au portique grec, des Portes de pierre égyptiennes, dans les mastabas, improprement appelées “fausses portes” alors qu’elles sont des portes de Vérité, au jubé des cathédrales, chacune de ces représentations est une invite à tenter un passage. Car c’est bien une incitation à changer de nature que propose le symbole. A savoir : oser franchir et passer dans une nature inconnue, oser affronter un monde invisible non exempt de dangers. En F :. M :., celui que l’on est appelé à découvrir derrière la porte n’est rien d’autre que soi-même, c’est-à-dire l’être vrai, dépouillé de tout artifice social, qui est en chacun de nous. Il arrive aussi, parfois, que l’on ne sache ou ne veuille reconnaître cet être, autrement dit naître effectivement de nouveau avec lui. Pourtant l’une des plus belles significations de la Porte est peut-être l’homme lui-même. Car si l’homme est porteur de sa densité charnelle bien concrète, avec tous les aléas que cela peut comporter, il est également fait d’une abstraction nommée âme qui peut lui permettre de se transcender. En d’autres termes, de franchir en lui-même des Portes successives de réalité et de conscience. Les Colonnes J\ & B\ me rappellent constamment que le binaire n’est qu’apparence, que le monde, que la vie, que l’homme ne sont pas uniquement blancs ou noirs, pas uniquement vrais ou faux, pas uniquement bons ou mauvais. Les Colonnes me permettent de progresser car elles m’indiquent la voie du ternaire stabilisateur, la voie du delta lumineux. Père et mère deviennent enfant ; force et matière deviennent mouvement ; raison et imagination deviennent intelligence. Je vous remercie fraternellement mes TT\ CC\ FF\ de m’avoir aidé à franchir les Colonnes J :. & B :. et de m’avoir ainsi donné la possibilité d’ouvrir la porte de la première étape d’un voyage que je ressens à la fois difficile et passionnant. Je vous remercie de m’avoir permis de redécouvrir la joie d’apprendre, la difficulté de l’effort et le plaisir à surmonter l’obstacle. En tant qu ’A :. et pour autant que vous me donniez à nouveau la parole, je serai heureux de vous faire part et de vous rendre compte de la poursuite des mes travaux sur la symbolique de la Porte. Ils porteront sur l’emplacement, le sens des Colonnes placées dans notre Temple et sur leur présence dans le monde contemporain : N’a-t-on pas affirmé dans les colonnes de la revue Alpina que les tours du World Trade Center étaient les Colonnes J\ & B\ de l’Amérique ?
Vén\ M\ en Ch\, mes TT\ CC\ FF\, je vous remercie de votre bienveillance. J'espère aujourd'hui avoir fait un premier dégrossissage de ce sujet et je me réjouirais de vos apports et compléments.
J’ai dit, Vén\ M\

Source : www.ledifice.net

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La Porte d’Occident

12 Juin 2015 , Rédigé par M.N Publié dans #Planches

A la gloire du Grand Architecte de l’Univers

Le Temple est désert et dans l’obscurité....
La porte d’Occident s’ouvre et les Apprentis entrent en silence et prennent leur place sur la Colonne du Nord, ou du Septentrion. Ensuite les Compagnons entrent à leur tour et viennent habiter la Colonne du Midi, celle du Sud. Enfin les Maîtres se placent où ils veulent, venant compléter l’occupation de l’espace. Puis c’est le tour des Officiers et, en dernier, le V.·.M.·. qui s’installent à chacun de leurs plateaux. L’Atelier se met alors à vivre, il a été créé... Cela ne vous rappelle t’il rien ? Il n’y avait rien, le monde était silencieux et vide, puis il y eut la création, qui s’est expansée, occupant tout l’espace à partir de ce big-bang initial, ou du désir de création de l’Architecte des Mondes comme nous l'appelons dans notre rituel !
N' est-ce pas ainsi, donc, que les astrophysiciens comme les partisans d’une création délibérée par une transcendance ont défini comment le monde s’est créé et comment il s’est expansé ? Dans l’hindouisme, c’est BRAHMA qui, en un jour de sa vie, représentant en réalité plusieurs milliers d’années, expire d' abord puis inspire ensuite pour créer le monde et le détruire, passant par 4 âges différents, les Yuga, et, actuellement, nous serions dans le Yuga du fer, le dernier du cycle, celui qui va voir la fin de celui-ci. Dans le Kabbalisme on retrouve également, du reste, cette idée de cycle, appelée SCHEMITTA, et il y aurait 7 SCHEMITTOTH avant la fin du monde manifesté. Ces évocations me font penser à une théorie qui m’est propre et que j’ai eu plusieurs fois l’occasion de développer et que j’ai nommé : " Que le dernier ferme la porte et éteigne la lumière en partant ... ". Je m’explique : le monde s’expanse à partir du big-bang ou de toute autre cause (dans la KABBALE c’est la théorie de la densification) et va disparaître dans le big-crash, le retour au point de départ. Et bien si l’on regarde l’histoire que nous connaissons de l’humanité, il me semble évident que nous avons connu l’époque de l’expansion, celle où les hommes, les animaux et les plantes ont cru - du verbe croître -, les civilisations se sont multipliées, les religions furent innombrables et les langues d’un foisonnement incroyable. Et puis ne sommes-nous pas, en accord avec la théorie hindouiste, dans le dernier cycle, celui dans lequel tout va se résorber ? Combien d’animaux demeurent, combien de plantes ? Vous pouvez lire partout les statistiques de disparitions quotidiennes d’animaux et de plantes ! Les civilisations se réduiront à une seule, celle que nous nommons anglo-saxonne, phénomène lié à la prédominance de la langue internationale anglaise, - d' après un linguiste du Collège de France, Claude HAGEGE, 25 langues meurent aujourd’hui par an sur notre planète, et sur les 5000 encore pratiquées la moitié auront disparu en 2100 pour n’en laisser qu’au plus une centaine, et encore…-, et la religion mondiale devient une espèce de salmigondis lié au New Age. Et puis, par la pollution et le contrôle des naissances, la population devrait stagner d' abord, puis se réduire, laissant, symboliquement, au bout de tout çà, un homme seul, dernier survivant d' une belle histoire, qui sera celui qui, comme je l' ai dit plus haut, fermera la porte du monde avant de disparaître... Mais comme je suis optimiste, je pense qu’après avoir éteint la lumière et fermé la porte, de l’autre côté s’ouvrira à lui un champ magnifique de possibilités qui seront les débuts d’une nouvelle ère... On pourrait appeler cet homme ADAM ? Alors, dès le début de cette réflexion, la porte m’apparaît comme un symbole très riche, qui ouvre - sans jeu de mots - sur des interprétations poétiques, philosophiques ou métaphysiques magnifiques. Mais revenons dans notre Temple maçonnique ! Et bien le Temple, comme le vide avant la Création, est l’image symbolisé du Cosmos, avec son carré long représentant la Terre et son ciel étoilé, et qui n’est rien tant que les FF.·. ne sont pas entrés et ont permis qu’il se mette à vivre. Et par où la création se fait elle, c’est-à-dire où est le point initial contenant toute la potentialité de la création, la tête d’épingle des astrophysiciens, la pensée illimitée de BRAHMA des Hindous, l'AÏN SOPH AOR des Kabbalistes, le DIEU sans nom des Chrétiens ou des Musulmans ? Pour nous Francs-Maçons c’est la porte d’Occident, porte qui semble, pour un observateur situé dans le Temple, contenir toute cette force qui va venir remplir l’espace et créer la vie. Et de cette porte, banale parce qu’objet qui semble faire partie obligatoire du décor, et justement parce que faisant obligatoirement partie du décor et donc du rituel et de la symbolique du Temple, je veux vous en parler ce soir afin que dorénavant, et c’est mon ambition, vous la regardiez différemment, en partie active de la Loge, et non passive comme je la voyais moi-même avant d’avoir fini ma réflexion. Souvenez-vous d' abord de vos premiers pas ici, que vous a t’on fait faire, alors que vos yeux étaient clos par un bandeau ? D'abord frapper sur cette porte, de la façon habituelle qui était la votre avant de connaître nos mots et nos gestes, prenant, par ces coups, conscience de l’existence d’un obstacle physique à franchir, mais aussi du premier symbole attaché à cet obstacle, c’est-à-dire un point où il allait vous être demandé des comptes : que veniez-vous faire là ? Qui vous avait donné autant d’audace de vouloir frapper à la porte du Temple ? On n' entrait donc dans un Temple qu' après avoir satisfait à beaucoup d' obligations : répondre à des questionnaires nombreux, attendre, subir l' épreuve du Cabinet de réflexion - qui, beaucoup plus tard, vous serait expliqué comme étant le retour à la terre-mère, au ventre de la mère, où vous deviez connaître la désintégration de votre être afin de vous présenter nouveau à l' initiation, opération marquée par la rédaction d' un testament - , attendre à nouveau puis enfin venir frapper. L’enfant qui va naître est aussi dans le ventre de sa mère et soudain, mû par un besoin irrésistible, il demande à sortir, à être initié à la vie, et il va franchir le dernier obstacle, celui que les psychanalystes affirment laisser une trace ineffaçable dans la mémoire même si pas consciemment perçu. De la même façon la porte est aussi le dernier obstacle avant l’accouchement, celui où le bébé est coincé, serré, poussé, tiré, la porte est utérus pour la naissance de l’Initié. Pour rappeler ce symbole le profane est du reste appelé à passer la porte qui a été réduite et qui est appelée alors la porte étroite ou la porte basse. Ensuite il peut s’épanouir, se relever et commencer ses voyages. Mais la porte n’est pas seulement sexe féminin, elle peut aussi être sexe masculin, issue d’un canal par où arrivent les éléments qui vont venir féconder la Loge, lui donner vie. Avant l’arrivée des FF.·. la Loge est vide, vierge, le jaillissement des FF.·. vient lui donner la vie. Et cette porte est à l’Occident, c’est-à-dire face au soleil levant, l’Orient. Tout peuple en marche, dans l’histoire de l’Humanité, a marché vers le soleil, pensant qu’il trouverait dans cette direction le lieu magique où il fait toujours beau, toujours chaud. Et la porte de l' Occident symbolise alors la potentialité des cherchant, de ceux qui ne se contentent pas de ce qu' ils ont, mais qui veulent savoir, qui veulent connaître la Vérité sur la vie et qui sont prêts à se brûler aux feux du soleil, qui sont prêts à mettre en jeu leur vie pour découvrir l' autre face des choses, qui prennent en main le levier pour retourner leur pierre. Cette porte est donc, pour ceux qui sont en Loge, le symbole de la richesse potentielle de l’avenir : sans porte et sans ceux qui attendent derrière et qui vont venir y frapper, l’Atelier est un monde fini, déclinant, comme ces Sociétés anciennes - ou modernes - qui ont refusé ou refusent aujourd’hui d’accepter les étrangers. Elle ne doit pas être barrière infranchissable, elle doit, au contraire être l’étoile qui brille dans l’obscurité et qui permet à ceux qui cherchent de trouver le chemin. Dans les Temples anciens la porte, par exemple celui de SALOMON à JÉRUSALEM était entourée de 2 colonnes, à l’extérieur, ces colonnes que nous avons mis à l’intérieur par erreur, surmontée par un chapiteau, orné du delta et de l' oeil divin. Tout spectateur extérieur savait que derrière commençait une autre dimension et que rien ne lui interdisait d’y aller voir. Il fallait toutefois y mettre le prix ! Cette porte était le point de passage entre les parvis, le OULAM, et la première salle du temple, le HEKAL. Passer de l’un à l’autre signifiait, comme cela l’est aussi chez nous, passer des ténèbres à la lumière. Mais cela est plus : c’est passer du noir au blanc, donc, en Alchimie, commencer le phénomène de recomposition après la phase de décomposition. Les parvis, le OULAM, le Cabinet de réflexion, sont le lieu de l’Œuvre au noir, et la matière en décomposition, l’homme qui s’y trouve, va devoir ensuite passer dans le Temple, où va pouvoir se réaliser l'Œuvre au blanc. Ce passage mystérieux, ce moment magique où les choses basculent, c’est la porte qui va le symboliser. Il y a un avant et un après la porte, mais la porte n’apporte rien dans le processus, sinon qu’elle retient le phénomène de l’œuvre au noir tant qu’il n’est pas réalisé, et pour nos esprits qui ont encore besoin de repères objectifs, elle signifie la transition entre les deux moments. Les Alchimistes assimilent, par ailleurs, la porte et la clé, entrées, dit DOM PERNETY, ou moyens d’opérer dans tout le cours de l’Œuvre. Mais cette porte unique de notre Temple n’est pas universelle, au sens où ce n’est pas la règle unique dans tous les temples du monde. Au Rite Ancien et Primitif de MEMPHIS - MISRAÏM, à un Rite très voisin du votre, il doit y avoir aussi une porte à l’Orient, derrière le Vénérable Maître. L’existence de celle-ci ouvre bien sûr sur plusieurs spéculations, la mienne étant que notre Loge est un maillon d’une chaîne ininterrompue de Loges qui parcourent le Monde et que derrière une porte à l'Orient s' ouvre une autre Loge dont cette porte constitue celle de l’Occident, et ainsi de suite. Et cette symbolique me ramène à une planche gravée il y a déjà quelque temps et qui traitait de l’office de Couvreur. Dans beaucoup de rituels cette fonction, dévolue au Passé Vénérable Maître, est définie comme modeste et symbolisant la vanité des honneurs. Or j' y avais vu, bien au contraire, un poste marquant une progression dans la démarche maçonnique puisque celui qui le tenait, après avoir franchi toutes les étapes qui depuis l' initiation, l' avaient vu vieillir, passer d' abord sur la Colonne du Midi, puis devenir Maître, avant d' occuper divers plateaux pour enfin prendre en charge la direction de l' Atelier, celui-là donc suivre le soleil qui s' en va vers l' Occident, et pouvoir porter, à l' extérieur du Temple comme dans d' autres Orients, les Vérités qu' il a acquises au sein de sa respectable Loge. Cette fonction ne pouvait être confiée qu’à un Maître accompli et la porte d’Occident symbolise alors, non plus la barrière qui nous sépare du monde profane ignorant de nos Mystères, mais, au contraire, notre avenir, le monde dans lequel nous allons avoir à travailler, après s’être formé sur notre chantier. Je m’oppose, en cela, à un auteur souvent cité dans nos Temples, PLANTAGENET, qui lui, au contraire, voit dans la porte d’Occident l’endroit où le soleil se couche, c’est-à-dire où la Lumière s’éteint. Cette vision limitée, pessimiste, ne devrait pas être la notre, et, en tous cas, n’est pas la mienne. Nous savons évidemment que, d' une part le Soleil ne disparaît pas mais qu’il continue son voyage, de façon inlassable, et, d' autre part, qu’il va aller éclairer d’autres Orients. Le Maçon ne s’arrête pas à la porte de son Atelier, face intérieure, mais il doit aller au-delà. A ce moment je parle de face intérieure, mais, bien sûr, et j’enfonce là une porte ouverte si je peux me permettre cette légère plaisanterie, la porte a bien sûr 2 faces - physiques - mais la face qui nous intéresse, celle que l'on voit depuis l' intérieur , a également aussi 2 visages. C’est une sorte de pavé mosaïque, unissant des contraires, sas incontournable avec la vie qui nous entoure. J’y vois également un symbole de l’enfermement, si l’on peut dire puisqu' ils restent à l’extérieur, des métaux que nous y avons laissés. Chaque fois qu’un F.·. a le sentiment qu' il est en train de réintégrer ses métaux à l' intérieur du temple, il devrait, comme d' autres tournent 7 fois leur langue dans leur bouche, regarder la porte, se souvenir que ses métaux de subjectivité, de certitude, d' ambition, d' amour-propre, ont été déposés en entrant de l' autre côté et que, non, décidément non, il est hors de question de les avoir à sa disposition pour intervenir dans les débats en cours... Cette porte, que jusqu' à la gravure de cette planche, moi-même je ne voyais pas vraiment, commence ainsi à prendre une place importante dans la Loge ! Et à partir du moment où j’ai choisi de réfléchir sur elle j’ai découvert encore de nombreuses richesses de symbolisme : J’ai ainsi lu que, au-delà de son état évident de passage entre 2 mondes, 2 états, elle avait aussi une valeur dynamique, psychologique : elle invite celui qui est devant à la franchir, à aller vers un ailleurs inconnu ! Elle s’adresse donc toujours à des cherchant, à des insatisfaits qui veulent savoir ce qu’il y a de l’autre côté du miroir, ou de la porte. Et ceci quelque soit le côté où on se trouve. Dans beaucoup de Traditions ou dans d’autres civilisations, la porte d’entrée d’un Temple est souvent gardée par des gardiens féroces, monstres, animaux ou hommes. Chez nous c’est encore le Couvreur qui occupe cette fonction, même s’il est rarement féroce ou monstrueux ! Quoique....Mais il devrait être intransigeant et tuiler régulièrement tous les prétendants au franchissement de la porte, connus ou inconnus, ce qui, par ailleurs, permet de vérifier les connaissances maçonniques de tous, et ce n'est pas toujours inutile. On peut alors ajouter à notre porte un rôle pédagogique. Maître ECKHART distingue la porte elle-même de ses gonds. L’une, mobile par son va et vient, symbolise l’homme apparent, cherchant sa voie, les autres, immobiles par définition, symbolisent l’homme intérieur, bien établi dans sa verticalité autour de son axe. Cet exemple ouvre sur toutes les portes du monde, très diverses bien entendu : par exemple les torii japonais - simples porches ouverts, sans battant, placés dans la Nature, hors du temple lui-même en tant que construction fermée - ou les gopuras hindous - le portail principal du Temple surmonté d’une tour, toujours ouvert à l’Orient et cette orientation opposée à la notre peut s’expliquer par le besoin de voir le soleil se lever, c’est-à-dire la lumière se révéler. L’orientation de la porte est diverse, et, dans beaucoup de temples, les portes sont multiples, souvent au nombre de 4, présentes à chacun des points cardinaux. Dans le temple de JÉRUSALEM lui-même, au temps de sa construction, si l’on en croit une certaine légende, il y aurait eu 3 portes, par lesquelles le Maître a tenté de sortir, une nuit de malheur... Si l’on revient sur le temple hindou, la porte, aussi appelée TORANA figure la gueule d’un monstre, symbolisant, d' une part le passage de la vie à la mort, mais ensuite, de la mort à la délivrance. Ici encore on rencontre la double face de la porte. Mais JANUS n’était il pas le gardien d’une porte, celle du solstice, soit le passage entre une phase de renaissance du soleil et une de déclin ? En CHINE, 2 idéogrammes sont utilisés pour la porte : l' un - K' OUEN, principe passif, définit la porte fermée et est associé à la Terre, l’autre - K' IEN - principe actif, associé au Ciel, définit la porte qui s'ouvre. Le passage de l’un à l’autre exprime le rythme de l’Univers, l’alternance du YIN et du YANG. On y associe également le rythme respiratoire, homologue microcosmique de la Manifestation. Dans le Judaïsme comme dans le Christianisme, la porte est omniprésente. Une invocation adressée à DIEU par un mystique chrétien, Guillaume de SAINT THIERRY pourra ainsi dire : O vous qui avez dit : " JE suis la porte ", montrez nous avec évidence de quelle demeure vous êtes la porte, à quel moment et quels sont ceux auxquels vous l’ouvrirez ! Marc écrit, évoquant le retour du Christ : " Le Fils de l’Homme est à la porte ... " et dans le Cantique des Cantiques, il est dit : " Voici, JE me tiens à la porte et frappe. Si quelqu' un entend ma voix et ouvre la porte, J’entrerai et JE prendrai la Cène avec lui et lui avec moi " Même la Vierge Marie est appelée PORTE CLOSE d’ÉZÉCHIEL, PORTE de l’ORIENT ou PORTE du CIEL. Ailleurs, et je rapporte ici ce que j’ai lu pour préparer cette planche, dans une société africaine, les SENOUFI, la porte sculptée équivaut à un enseignement en images. L’image doit être comprise non pour ce qu’elle représente, mais pour l’évocation symbolique qu’elle permet. Elle est le symbole d’une cosmogonie. Et puis, pour finir ce trop rapide et bien sûr trop incomplet tour du monde, revenons à la Tradition dont notre Rite se dit l’héritier, la Tradition égyptienne : Dans le processus de momification, dans le rituel, il était dit : " Celui qui est chargé d’ouvrir les deux battants de la porte du Ciel, il t’entrouvre la bouche durant la nuit divine " définissant ainsi la bouche de l’homme comme une porte qui permet à l’âme de sortir et de rejoindre son Créateur. Ensuite, dans toute le voyage de l’âme, décrit dans ce que nous avons traduit: Le LIVRE des MORTS Égyptien, à chaque étape on rencontre des portes, souvent qualifiées de redoutables parce que chargées, à travers des épreuves, d'orienter le mort vers des chemins plus ou moins agréables. A un moment elle arrive dans la crypte divine et y pénètre par la porte de l’Ouest pour en ressortir par celle de l’Est (n’est-ce pas là quelque chose de connu ?) Du reste dans les rares rituels d’initiation qui nous sont parvenus - notamment par le papyrus dit de Leiden, l’entrée dans le Temple se fait également par ce même Occident. A la porte, si l’on en croit la traduction de ce texte, le postulant est interpellé et on lui demande son dessein : ainsi donc il ose vouloir entrer dans le Saint des Saints ! Et le postulant répond : " Qu’on m’ouvre la porte ! Je n’ai pas pu répéter ce que je ne sais encore pas, mais je suis quelqu' un qui sait conserver un secret ! " Étrange proximité avec nos propres paroles... Et ensuite, ce postulant, subi une très longue initiation qui passe, entre autres étapes, par le lavage dans le bassin de la renaissance, pour arriver au moment suprême, celui où il lui est dit : " Pour toi s'ouvrent les portes de l'horizon de l'autre monde " mais malheureusement personne - ou cela reste inconnu - n’a pu définir ce que cachait cet horizon de l’autre monde ! Mais les portes sont bien la, objets indispensables de l’initiation, toujours présentes, souvent ignorées parce que, on l’a vu plus haut, semblant naturellement placées où elles sont. Ici, je voudrais rappeler ce rituel qui nous est cher, pour la cérémonie d’Initiation, à la première entrée dans le Temple du Postulant. Il lui est dit : " quittant la chambre de réflexion et son appareil funèbre, vous traversez ainsi qu’en un mauvais rêve, le sombre Amenti, l’Illadès, le Royaume des Morts. Guidé par l’Hermès souterrain, conducteur des âmes dans l’Au-delà, vous vous dirigez en aveugle vers la Lumière ineffable, et ce, sous sa seule conduite. Que ceci vous fasse pénétrer l’ésotérique enseignement de notre Rituèlie : sans nulle intervention providentielle, sans quelque occulte et mystérieuses prédestination, il y a peu de chance pour que l'âme humaine, enténébrée, retrouve le chemin de sa Liberté première. Tel est l’enseignement de la Gnose... " La porte d’occident, à laquelle le Profane va frapper, est donc bien encore une fois un passage mystérieux vers lequel il a été mystérieusement guidé. Avant de terminer ce travail, je ne voudrais pas manquer d’évoquer la lettre hébraïque d -DALETH - la 4ème lettre de l’alphabet hébraïque et dont la signification est justement porte. Aucun de vous n’ignore toute la symbolique qui est attachée à chacune des 22 lettres de cet alphabet si étonnant. Et bien le 4 est un symbole d’arrêt, d’épreuve, de prison même, et pourtant, DALETH nous dit qu’elle est une porte, et donc une ouverture, une libération. Un Kabbaliste peut donc affirmer que DALETH est à la fois une épreuve qui se révèle ensuite être une matrice, car, dans la profondeur, ce qui est apparemment sans issue est une porte pour qui sait voir... Et l’échelle de JACOB, dans sa vision globale est, elle-même, une porte. Et chaque échelon parcouru par les anges est, en soi, lui aussi, une porte. C’est par le passage par toutes ces portes, ces matrices, que nous nous souviendrons de ce que nous sommes. Souvenir et non apprendre, car, derrière la première porte, il y a le Créateur. Et ces portes seront de plus en plus étroites, c’est-à-dire que nous devrons nous dépouiller progressivement, nous dépouiller de nos certitudes, de nos métaux. Et cette même lettre d - DALETH - est au centre d’un nom que j’ai évoqué au début de mon cheminement méditatif, ADAM, ADAM qui s’écrit, en hébreu, avec 3 lettres: a - ALEPH - la première lettre de l'alphabet - l' - énergie qui fut à l' origine de la Création - d DALETH donc en son centre, et m -MEM à qui sont liées les idées d’eau et de matrice, donc d’eau primordiale. Et puisque nous sommes aux frontières de la Kabbale qu' il me soit aussi permis d' évoquer les SEPHIROTH KETHER et MALKUTH, toutes 2 sortes de portes, l' une qui a permis au non-nommable, AÏN SOPH AOR, de commencer son émanation et donc sa création, et l' autre, MALKUTH, qui ferme le cycle, mais aussi, cache l' existence des QUILIPPOTH, ces sphères du mal qui existent malgré tout.
Je ne voudrais pas terminer cette réflexion sans revenir sur le temple de SALOMON que j’ai eu l’occasion de citer à plusieurs reprises. Bien que nous affirmions toujours que notre Temple soit la reproduction du Temple de SALOMON à JÉRUSALEM, il faut connaître une différence majeure : le Temple de JÉRUSALEM était orienté à l'inverse, c'est-à-dire que l'on y entrait par la porte d’Orient et que le ROI s’y tenait à l’Occident, afin, est-il dit, de pouvoir se lever le soleil. La porte d’Occident prend alors, une toute autre valeur, c’est la porte par laquelle va apparaître le Roi, celle d' où va venir la Sagesse. Encore une fois l’ambivalence de cette porte... Et donc, à l’interruption de ce travail, je voudrais répéter combien j’ai été surpris de la richesse symbolique et initiatique de cette porte. Je n’en ai évidemment pas fait le tour et j’attends de vous maintenant, mes FF.·., les compléments qui viendront orner cette planche, comme les dorures et les clous viennent orner la porte en bois. Planche, porte, objets voisins ? oui, mais j' arrête... car il faut qu' une planche soit inachevée ou terminée, comme une porte soit ouverte ou fermée...
j' ai dit

M.N

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La porte du temple

10 Juin 2015 , Rédigé par Bru.°. Pel.°. Publié dans #Planches

La Porte

La porte délimite deux espaces, l'un d'où l'on vient, que l'on a vu et celui où l'on va donc extérieur et l'autre intérieur, ou vice versa. Dans l'espace de vie créé dans le monde profane, il ne peut pas ne pas y avoir de portes, pour délimiter les différents espaces, et lieux de vie, ou de travail, ou de loisirs. Il y une multitude de portes, de différentes tailles et de différents acabits, et leur franchissement est ressentit différemment à chaque fois, car lieux et causes différents. Sans porte tout ne serait que murs infranchissables et rien ne serait possible, le cloisonnement, comme un château fort imprenable, mais qui aurait son pont levis, sans accès, sur un plan existentiel tel que nous en avons reçu le concept, cela reste chose impossible, car même chez les indiens vivant dehors, le dedans est nécessaire, il y a une possibilité de refuge dans un lieu clos par une tente avec une entrée ouverte ou fermée, au visiteur cherchant chaleur et écoute. Même un sans-abri ne peut survivre sans un abri de fortune,(cartons, bâches, bois)et une délimitation même très mince d'un lieu individuel ou la sensation de replis sur soi pour un bien être, même illusoire puisse être vécu, avoir son chez soi trouve là même dans la misère une signification justifiée pour trouver le repos dans la tourmente de la vie. Ou bien imaginons un monde sans murs ou il ne pourrait y avoir de bâtisses. Tout serait donc ballotté par les éléments extérieurs, mus par les forces de la nature et que cela soit les meubles, les objets, et les outils. Tout y serait corrodé et ne résisteraient pas longtemps aux intempéries, et nous aurions nous aussi du mal à vivre sans être malade et mal à l'aise ainsi, sans être à l'abri, et chercherions même sous des cartons ce "un peu de chez soi" si nécessaire à un sommeil réparateur, et ne pourrions pas avoir l'espérance de vie donnée par les médias pour monsieur tout le monde...Le règne animal lui-même ne vit pas sans refuge. Concernant le va-et-vient de la porte, maître Eckhart fait de la porte le symbole de l'homme extérieur et du gond celui de l'homme intérieur non atteint par le mouvement du dehors. Dans les traditions juives et chrétiennes, la porte donne accès à la révélation. Christ est, pour les chrétiens, la porte par laquelle on accède au royaume des cieux. La porte évoque une idée de transcendance accessible ou interdite selon qu'elle est ouverte ou fermée, franchie ou regardée. Selon Dom Pernety, pour les alchimistes elle signifie la même chose que clef, entrée, ou moyens d'opérer dans tout le cours de l'œuvre. Elle est la communication de l'outil caché, de l'instrument secret. Elle permet de passer d'un stade à un autre, de changer l'état de la matière dans le domaine philosophique, le moi ne se connaît pas et nous nous devons de nous connaître nous même c'est l'œuvre de toute une vie. Elle signifie séparation ou relation, c'est indéniable selon si elle s'ouvre, au visiteur inconnu du locataire qui doit faire preuve de confiance pour l'ouvrir, ou reste fermée par une volonté de ne pas être dérangé par un importun, car il se trouve peut être que le visiteur tombe à un moment mal choisi, pour rendre visite. Une porte c'est la découverte, faire de nouvelles connaissances, amitiés, fraternités, adhésions, c'est l'ouverture vers un lieu qui nous était inconnu, on peut dire que l'on passe du stade d'ignorant de ce qui est derrière la porte à connaissant, et pour connaître un milieu tel qu'il soit, du domaine professionnel, associatif ou initiatique, seul le temps permet une imprégnation. Petite citation de Françoise Leclercq que j'ai bien aimé : « Quand je marche dans une ville, je regarde les portes. Derrière elles, il y a des gens qui vivent, qui s’aiment, qui se disputent, qui sont tristes ou joyeux ; il y a des meubles et des objets, des bruits de voix, des odeurs de soupe…, tout un univers clos et mystérieux pour celui qui passe ou qui attend sur le seuil après avoir frappé ou poussé sur le bouton de sonnette. » Le seuil, la porte, le passage sont si liés entre eux qu’il est difficile de les séparer comme on démonterait un objet en ses différentes pièces. Ce que l’on pourrait dire du seuil peut se répéter pour la porte : elle se présente aussi comme une limite, une frontière. Mais elle est plus que cela. Évidemment, la porte délimite un dehors et un dedans, sépare le sacré du profane, comme le seuil qui la précède, mais aussi induit d’autres significations : Il y en des portes...Des automatiques pour faciliter l'entrée dans des halls de marchands, et des blindées pour accéder aux coffres de banques, des vitrées pour laisser au visiteur même boutique fermée le libre choix de pouvoir voir ce qui lui plairait à acheter ultérieurement. Elles correspondent par leurs anatomies à différentes utilisations préétablies par leurs concepteurs, et sont le fruit de différentes volontés, elles sont donc toutes sans exception produites par une action de pensée créatrice. Les portes sont donc de différentes compositions, et de formes et de taille. Dans la vie courante, la porte est souvent synonyme de renouveau, un nouvel emploi, nouvel appartement, nouvelle rencontre, nouvelle phase de notre vie, et cætera... Ou d'enfermement si une porte est fermée et ne permet pas de sortir, le paroxysme de la porte fermée est la porte de prison ou seule une fin de peine permet l'ouverture vers une liberté regagnée par le temps passé. Pour l'entrée d'une église ou d'un temple, on rentre déjà dans le symbolisme dont le seuil délimité par une ligne imaginaire, mais pourtant si réelle reste invisible séparant le visiteur du monde extérieur d'où il provient à celui de l'intérieur ou se trouve sous forme créée un message, encodé des bâtisseurs. Franchir le seuil d'un lieu sacré c'est et cela doit être un acte de soumission et de respect des anciens et de leurs legs,( ne se baisse t'on pas pour entrer en loge?) On ressent tous un sentiment d'intrusion dans un espace donné lors d'une visite dans un lieu sacré, on sent que l'on accède à un quelque chose d'invisible, mais d'omniprésent, même en étant encore un profane, ce quelque chose nous attire et attire une multitude de visiteurs, comme dans la cathédrale de Notre Dame, haut lieu symbolique, ou se croisent des visiteurs venus du monde entier, attirés comme des millions d'abeilles vers une ruche symbole personnifié remplie de miel. Le seuil et le parvis de Notre Dame est chargé. Elle, est la personnification du symbolisme que cela soit dans son concept, son architecture, sa situation géographique, ses sculptures et ses peintures. Sa porte est une quintessence créative, que cela soit dans ses battants ou ses linteaux. À l'initiation après que le vieil homme symbolique soit mort et que nous ayons rendu notre testament philosophique, on ne peut nous faire sortir de la cellule de réflexion qu'en frappant à la porte, c'est un pas à franchir pour aller vers l'inconnu, et franchir un seuil sombre dont on sort pour aller par un parcours initiatique vers un autre seuil, qui lui est rempli de lumière. La sensation en portant le bandeau lors des trois voyages qui sont faits de vent, d'eau et de feu, permets un travail opérant un changement d'état de la matière primordiale se rapportant à l'élément terre, le glébeux que nous sommes pour devenir actif sur soi et non plus passif. Le seuil du portique a été franchi, l'opération a commencé, et le serment prononcé. L'initié passe de l'ombre à la lumière, du profane à l'éclairé. Il appréhendera le symbolisme d'un œil neuf et se doit d'acquérir une ouverture d'esprit progressive le menant à la métanoïa puis à l'individuation, une libération de soi, menant à des changements d'état de conscience, dont on ne peut en dire plus au premier degré. La porte peut être comparée à une progression, une suite de pièces où l'opérant, fera petit à petit, par le nombre de ses vertèbres, monter son flux vital pour tendre vers la couronne, la porte d'or à franchir pour rejoindre l'astral. Pour une porte fermée, il faut une clé pour l'ouvrir ou bien il y a un gardien pour lequel il faut un mot de passe, donc une clé symbolique à fournir, sinon le franchissement vers ce qui paraît à découvrir reste impossible. C'est pour cela que même les diffusions par caméra cachée dans des loges ne peuvent en aucun cas altérer ce qui s'y passe, car ce n'est qu'un film fait de platitude, le secret est ailleurs, mais encore faut-il pour le comprendre avoir du cœur. Ce qui est perçu par un œil profane n'est pas la réalité elle n'est que suggestive engoncée dans des stéréotypes trompeurs, on peut représenter le profane comme un non-voyant en quelque sorte, d'où le port du bandeau d'un point de vue symbolique. Alors malgré le tapage médiatique aucune inquiétude de voir disparaître la force initiatique les curieux peu enclins à défendre la cause, sortiront comme ils sont rentrés, c'est-à-dire sans rien voir, entendre ni comprendre.

La porte :

Ne dit-on pas passer le pas de la porte ?

Dans l'autre dimension en quelque sorte.

Tout en enjambant cette ligne imaginaire,

Que l'on ne voit, mais on imagine par terre.

Séparant le monde profane de l'initiatique,

Passer par les deux colonnes c'est magique.

On ne peut y entrer sans y être autorisé,

Car il faut frapper pour Y être enfin invité.

Il faut être "saint d'esprit", avoir le coeur pur,

Prêt à mourir à soi-même et c'est très dur.

Rien ne se perdra, car tout se transforme

Passer d'un état d'esprit à une autre forme.

Plancher enfin sur une vie nouvelle créatrice,

Sortir des statuts quo sortir de cette matrice.

Devenir complet avec ce que cela engendre,

Vivre ce que d'autres ne peuvent comprendre.

Heureux sommes-nous d'avoir pu donc un jour,

Devenir légers comme l'air que de rester lourds.

Bru.°. Pel.°.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-la-porte-du-temple-115621724.html

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La Porte du Temple

8 Juin 2015 , Rédigé par C\ B\ Publié dans #Planches

Si j’ai choisi ce sujet de travail, c’est qu’un jour sur la route de ma vie profane, alors que je traversais un moment très difficile, une porte s’est profilée devant moi, la porte du Temple de la Franc Maçonnique et ce fut comme une révélation je devais aller frapper à ses battants, intuitivement je savais que des possibilités de perfectionnement et de bonheur m’y attendaient. « Demandez et vous recevrez, cherchez et vous trouverez, frappez et on vous ouvrira » La porte, et les éléments qui s’y rattachent : le seuil, l'huis, l'entrée, renforcent l'idée de franchissement.la clef et la maison, donnent l’image de la protection. La porte est investie d’une mission car elle traduit le sens, le projet de ses bâtisseurs En architecture les portes sont l’objet d’attention particulière. Elles annoncent la nature, la fonction voir même le statut social des occupants de cet édifice. Elles peuvent être monumentales ou fortifiées ou étroites, voir dérobées. Dans tous les cas le fonctionnement de la porte est double :

• une porte peut être largement ouverte et laisser pénétrer les hommes, les idées, les valeurs, spirituelles ou matérielles.

• une porte peut être fermée ou refermée, dans une attitude prudente, protectrice, voir peureuse.

La porte indique en effet la notion de passage. La porte se situe entre le dedans et le dehors, l'intérieur et l'extérieur, et dans la littérature fantastique, la connexion possible entre le monde ordinaire et celui du mystère. Le mot porte est doublement important car s’il désigne ici l’entrée du temple , il symbolise de même la transition entre le monde profane et le monde sacré, entre la lumière reçue lors de l’initiation et les ténèbres de l’ignorance , entre la richesse de la vérité et la nudité d’une vie stérile , entre la naissance de l’initiée et sa mort à la vie profane . C’est l’expression de la rupture. La porte marque une limite, physique c’est à dire, elle est la frontière entre deux lieux mais aussi le lien entre soi et le reste du monde, en Maçonnerie entre la nouvelle initiée et les sœurs de l’atelier, entre la protection d’un monde familier et le risque de l’inconnu. Car tourner la clef pour entrer ne suffit pas, il faut faire preuve d’audace pour en franchir le seuil. La porte est liée à la maison, et symboliquement à l’utérus maternel qui accueille et protège C’est la porte de l’amour, c’est l’hymen déchiré qui permet à l’être d'accéder à la vie, c’est la porte du premier temple de l’Homme, le ventre de la femme. En franchissant la porte du col de l’utérus, cette nouvelle vie permettra d’établir une prolongation entre toutes les portes entrouvertes par les parents. Il faut donc voir à travers les symboles de la porte, non seulement le passage mais aussi la continuité. Ce passage ne s’effectue pas instantanément lors de l’initiation mais il se continue tout au long de la vie maçonnique. La première porte qui s’est ouverte devant moi fut celle du cabinet de réflexion. Porte qui s’est rapidement refermée sur un monde de solitude, de silence, d’obscurité et d’immobilité. Univers inconnu, hors du temps, qui m’a permis de connaitre ma première introspection. Un peu plus tard, je fus amenée devant une nouvelle porte où trois grands coups furent frappés Il m’a semblé que cette porte s’entre baillait et je fus surprise d’entendre ces mots « qui va là »Ils me parurent durs et inhospitaliers alors que j’étais confiante et prête à être reçue en fraternité Aujourd’hui ils me font penser à une des maximes que j’ai lu dans le cabinet de réflexion « Si la curiosité seule t’a conduite ici va-t-en » Pour pouvoir franchir cette porte, la récipiendaire doit être née libre .c'est-à-dire avoir l’entière liberté de ses choix, et être de bonnes mœurs. Quand j’ai franchi la porte du temple lors de mon initiation, j’avais les yeux bandés, j’entrais dans l’inconnu, j’ignorais tout des rites et des symboles. La porte ne représentait qu’une barrière interdisant l’accès aux non initiés On m’a demandé de me baisser pour passer une porte étroite et basse Ainsi, la porte basse, celle qui nous fait plier les genoux, baisser la tête et resserrer le corps pour passer de l’autre côté de son battant, symbolise la difficulté du passage d’un monde dans un autre, comme le bébé a de la peine à naître., elle nous oblige à nous courber donc à faire preuve d’humilité. Cette position incommode traduit les difficultés que la profane rencontrera lors de son passage du monde profane au monde initiatique.. Comme toute naissance, ce passage ne s’effectue qu’une seule fois, sans possibilité de retour. Cette gêne à passer, aveuglées, courbées, pieds nus, mains enchainées, d’un monde à l’autre, symbolise cette difficulté que l’être éprouve à changer d’état Toutes nous sommes placées dans la même situation de simplicité quelque soit notre milieu social familial ou culturel L’initiation est une renaissance, la porte ouverte à une nouvelle vie. La porte comme le sablier dans le cabinet de réflexion nous invite à méditer sur la fuite du temps, sur l’éphémère : nous ne faisons que passer dans l’infini du temps. L’initiation telle une porte est l’épreuve qui introduit dans une autre phase de la vie, un nouveau commencement. La porte est bien ce lieu binaire à la fois d’arrivée et de départ. La porte a le pouvoir d’ouverture ou de fermeture, d’échange ou de rupture. Une infinité de sens et de dualités s’en dégage. Ceux-ci sont représentés dans la plupart des civilisations. Dans la mythologie grecque la porte de corne symbolisait la sortie des songes véridiques et la porte d’ivoire les songes menteurs. Janus, divinité latine était le Dieu des portes Avec l’aide des heures, il gardait les portes du ciel et du domaine des Dieux. Au seuil de l’ouverture et des opportunités, Janus se montrait toujours avec deux visages : l’un tourné vers la droite, le passé, le recommencement et l’autre tourné vers la gauche, vers l’avenir vers le futur, sans espoir de retour en arrière; Janus se présentait comme l’image du passage d’un monde à l’autre, d’un temps à l’autre. Ses sanctuaires étaient tout logiquement érigés aux portes des villes. A Rome, son temple avait la particularité d’avoir les portes ouvertes en temps de guerre, pour signifier que le Dieu était parti au combat, et fermées en temps de paix car Janus regagnait alors son lieu de culte pour y veiller sur la ville. Etant le dieu des portes il était donc tout logiquement le dieu des départs et des retours et par extension le dieu des ports il prenait dans ce cas là le nom de Portunus. Janus était également le dieu des commencements Janus ou Januarius peut se traduire par janvier ou mois de Janus, le premier mois de notre calendrier, mois arrivant après le solstice d’hiver. La porte du temple est à l’occident, c’est à son seuil que le soleil se couche, c’est-à-dire que la lumière s’éteint Au dehors règnent les ténèbres par conséquent le monde profane. La porte d’Occident nous protège à l’intérieur du temple, des intrusions extérieures malveillantes Tout comme Janus, au double visage, surveille le dehors et l’intérieur du logis ; .la gardienne de la porte, la couvreuse, dans le Temple, remplie cet office. Avant chaque Tenue, sur le parvis j’aime l’instant de recueillement en attendant , que la Maitresse des cérémonies, comme une maîtresse de maison nous ouvre les portes du Temple Mais pour en franchir les battants il nous faut , à l’image de la clef de notre demeure , donner à l’Experte les mots de semestre. Apprenties nous entrons les premières et je me sens petite face à la grandeur du Temple. La porte du Temple maçonnique s’ouvre sur les deux colonnes qui, selon la bible, marquaient l’endroit où devaient fusionner l’homme et le divin. la Loge est orientée selon l'axe est ouest, à l'instar des églises du Moyen Âge Les deux colonnes sont respectivement placées au sud-ouest et au nord-ouest. Comme dans le Temple du Roi Salomon, la colonne J, celle de notre 2° surveillante, peut être assimilée au solstice d'hiver et la colonne B au solstice d'été.

• La porte des dieux, en relation avec le solstice d'hiver, période ou le soleil reprend sa course ascendante est associée à Jean l’Evangéliste.
• La porte des hommes, solstice d'été, moment où le soleil descend, est associée à Jean Le Baptiste.

Ces deux colonnes, ces deux portes, comme les deux visages de Janus sont indissociables Les deux solstices sont des moments importants du calendrier maçonniques, car ils relient le passé et l’avenir. La maçonne doit donc regarder en arrière et en avant, mais aussi savoir s’arrêter entre les deux battants de la porte, pour vivre et apprécier le moment présent. Ici l’initiée après avoir été reçue en loge par trois grands coups, meurt à la vie profane pour renaître Les colonnes sont placées à cet endroit pour que tout être, qui entre dans le Temple, réintègre en lui ou en elle leur orientation : la verticalité mais surtout le questionnement. Le temple est le lieu où l’Homme doit être debout, c'est-à-dire parlant et questionnant. Lieu ou l’initiée ouvre les portes de son Temple intérieur. C’est pourquoi encore, la maçonne avant de franchir la porte du Temple doit se débarrasser de ses métaux, faire taire ses passions et oublier jusqu’à ses intérêts personnels, s’imprégner d’humilité. Le corps, le cœur et l’esprit sont les trois portes que la maçonne doit apprendre à franchir pour obtenir le discernement ,accéder à un nouveau degré de compréhension du monde, et pour atteindre un meilleur perfectionnement personnel et permettre une transposition de celui-ci, dans le monde profane. Il est important enfin de penser aux portes qui s’ouvriront le jour de notre mort, La mort, le trépas sont un passage, une porte qui s’ouvre, pour certaines sur un autre monde, pour d’autres sur le néant, pour nous francs maçonnes, en quête de la sagesse ultime, c’est le passage à l’Orient Eternel. Aujourd’hui, pour moi, la porte représente aussi le symbole de la transformation de l’esprit, la première et non la dernière des étapes d’une longue quête personnelle. . La porte est bien ce lieu à la fois d’arrivée et de départ pour un recommencement ; elle est un accès possible à autre chose.

J’ai dit Vénérable Maîtresse

C\ B\

Source : www.ledifice.net

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Etre le gardien du temple

31 Mai 2015 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Tout voyage demeure, au final, un détour ; et le plus important n’est peut-être pas de partir mais de revenir. Mais Qui revient après un long détour ? Qui deviens-tu, F S. après les 3 voyages de l’initiation ? Il semblerait que tu aies déjà choisi, dans le monde profane une voie, que je dirai être celle d’un chevalier. La voie du guerrier, c’est l’esprit du Samouraï en Orient, la chevalerie des épopées mystique de la Perse Islamique pour le croyant, tandis qu’en Europe, la quête du Graal et l’épopée templière incarneront cet idéal. Le mythe chevaleresque allait de part et d’autre exalter les hommes au théâtre de la guerre. C'est ainsi que l'esprit chevaleresque a fini par fusionner avec la quête du Temple achevé grâce aux efforts des bâtisseurs. Il y a bien eu des tentatives de restauration de la chevalerie notamment au travers de la constitution d’une épopée chevaleresque au sein des grades maçonniques mais, comme l’avait signalé Karl Marx, on ne répète pas l’histoire sauf en faire une vaste mascarade tragi-comique ! Dans le Roi Pêcheur, la pièce de Julien Gracq, le Graal jouit, conformément à la tradition littéraire, d’un intérêt exceptionnel de la part des personnages qui peuplent l’univers mythique. Le Graal est considéré comme un objet aux propriétés miraculeuses; voilà pourquoi c’est vers lui que convergent les désirs de tous les acteurs du mythe. Le récipient précieux est protégé avec un soin exceptionnel dans l’espace du royaume du Roi Pêcheur, Amfortas, frappé d’une double souffrance, corporelle et spirituelle. Plusieurs indices permettent de supposer que le Graal constitue le centre d’une carte imaginaire inscrite dans un cercle. Enfermé dans un «tabernacle», le Graal est caché dans une salle particulière du château de Montsalvage, «la salle du Graal». L’accès au château est conditionné par le passage à travers la forêt, parce que c’est justement la forêt qui est sans cesse surveillée par les chevaliers du Graal afin d’empêcher les intrus d’entrer dans le royaume ensorcelé. Le trésor de la franc-maçonnerie ne s’apparente-t-il pas pour toi à un graal ? Poursuivons l’histoire. Si Perceval parvient sans grande difficulté jusqu’à la frontière de la forêt ensorcelée, l’ayant franchie, il doit affronter la dernière étape de sa quête pavée d’épreuves, cette fois non plus d’ordre physique, mais d’ordre spirituel, en direction du Graal. Cependant, si l’existence du Graal n’est pas mise en doute par les protagonistes du drame, l’estime qui lui est réservée dépend des pouvoirs que ces derniers lui attribuent. Pour Perceval, sa quête y est considérée comme un comble des aventures terrestres, ce qui réduit la coupe précieuse à un trophée désignant le meilleur chevalier du monde. Aux yeux des compagnons le récipient mystérieux se matérialise dans l’objet oscillant entre un talisman féerique et une sainte relique qui permet, grâce à ses propriétés miraculeuses supposées, de parvenir, ici-bas, à «la terre promise», à «un paradis sur terre». C’est Perceval, chevalier de la Table Ronde, qui récite la somme des caractéristiques, traçant des contours du Graal arthurien: «Il est dans le monde un trésor captif dans un château enchanté, un objet de grande merveille, le Graal. Pour qui le voit, ses yeux s’ouvrent et ses oreilles entendent, il comprend le chœur des mondes et le langage des oiseaux. Le Graal est suffisance, extase et vie meilleure. Il est soif et étanchement, dépouillement et plénitude, possession et ravissement ». C’est pour se voir décerner ce prix du meilleur chevalier que Perceval entre sur le terrain interdit du royaume du Graal, espérant, dans la bataille suprême de sa vie, une fameuse victoire de sa force virile. Pour le royaume du roi pêcheur, il s’agit d’un Graal différent, un Graal aux pouvoirs mystérieux, éteints toutefois par la faute du roi indigne. Le pays entier agonise avec son souverain, il pourrit, lentement mais inexorablement, comme la blessure d’Amfortas. L’existence déplorable du royaume d’Amfortas se pose ainsi comme une antithèse d’un âge d’or perdu, mais qui a la chance d’être retrouvé. L’heure de la délivrance doit venir avec l’arrivée d’un nouvel Élu, d’un nouveau Pur, qui rallumera le feu salutaire du Graal et deviendra le nouveau roi du Graal. Une image évangélique du Graal est esquissée par le jeune chevalier qui dit : « A un seul il est donné de conquérir le Graal, s’il est assez pur et assez sage, et si parvenu après de longues aventures en sa présence, il sait poser la seule question qui délivre. Je veux être celui là ! ». L’exclamation passionnée du jeune chevalier met le vieux roi en colère: «La gloire du Christ n’est pas remise entre tes mains, qui que tu sois, Perceval. Il commande que chacun fasse son salut, humblement, à la place où le sort l’a mis. Le christ a pris le sort de tous en charge dans ses bras ouverts sur la croix. Ce n’est pas pour que le premier aventurier venu cède aux imaginations de sa cervelle vide, et se croie personnellement chargé de faire lever le soleil sur l’humanité. Tous sont appelés, Perceval, et non point toi singulièrement ». Le Graal demeurera éteint, Perceval n’ayant pas osé prononcer la question magique, par manque de simplicité. Perceval quitte à la fin du dernier acte le château de Montsalvage, frappé par les révélations brutales d’Amfortas, mais non écrasé. Quittant le château, en hâte et discrètement, il laisse derrière lui la bataille la plus rude de sa vie. Cette fuite du jeune chevalier, peut-elle être interprétée comme un échec, comme un nouveau naufrage, provoqué par les charmes du Graal? Il paraît être son contraire, un triomphe sur le Graal, pourtant discret et sans pathos, qui provoque l’éruption des passions incontrôlables, retirées sous le seuil de la conscience maîtrisée. Perceval vit devant nos yeux sa maturation difficile et, en acceptant ses limites, sa condition, il découvre en lui, non plus un dieu, mais rien moins qu’un homme. L’enfant est mort pour revivre en homme. Voilà, jeune chevalier S., il en est de même ici. Les épreuves proposées ne semblent des victoires ou des défaites que dans un temps et un espace mythique où tout est symbole, et la voie que tu as choisie n’a pas, cependant, aboutit dans un royaume fermé. La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos ; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité. L'initiation fonde la fraternité. En effet, c'est par la réalisation de la construction d'un temple que se fait la fraternité des compagnons et le compagnon lui-même. C'est en travaillant sur lui-même et par ses actes que le FM construit une fraternité opérative qui le relie à ses F et S et qu'il peut, à partir de là, poursuivre la construction de la fraternité des hommes, où chaque homme est un vecteur de la vérité universelle. Les hommes sont irréductibles dans leur singularité et là il y a une égalité absolue en dignité. C'est en affirmant cela que la FM affirme en même temps que la personne est porteuse d'universalité. Le FM est celui qui est capable de reconnaître l'universalité en tout autre. Pour un FM la différence n'est pas revendiquée pour elle-même (cela porterait en soi le risque d'une barbarie sauvage) mais la différence est, pour lui, les aspects différenciés de l'universalité. Ici, une loi nous est donnée, pour renouveler en ce sens notre liberté : c’est la constitution de l’Ordre qui nous propose des catégories de pensées pour nous organiser en groupe, œuvrant aux progrès de l'humanité. Nous venons de te reconnaître comme FM, mon bien aimé FN., mais c’est dans le monde profane, que tu seras un homme, un frère en humanité avec tous les hommes, là où tu rencontreras tous les autres dont l’humanité a besoin pour que se lève l’aurore de la lumière que tu appelles l’espoir.

Solange Sudarskis

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com

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Vous avez la Parole Mon Frère !

28 Mai 2015 , Rédigé par Y\ D\ Publié dans #Planches

Le choix de ce sujet n’est pas du au hasard ! La Prise de Parole en Loge !
Ce choix me rappelle un de nos Frères qui avait l’habitude de dire : « Assis sur les Colonnes j’ai toujours la tête pleine d’idées, mais une fois debout, mes idées ne m’ont pas suivis, elles sont restées sur la chaise et je suis là à ne pas savoir quoi dire ! » Quand à moi, j’avais un rapport avec la parole sinon douloureux au moins problématique parfois. Il suffirait d’interroger quelques Frères présent sur les colonnes, et qui sourient déjà, pour en être convaincus, et c’est pour cette raison que j’ai choisi ce sujet. J’ai simplement voulu approfondir l’étude de cet outil afin que nous essayions tous de comprendre que la prise de parole en Loge n’est pas une chose simple et pour rappeler que nous sommes ici pour essayer de progresser sur le chemin de la connaissance grâce aux interventions de chaque frère. Ici l’égrégore prend tout son sens. Par ce travail j’ai simplement voulu approfondir l’étude de cet outil afin qu’il puisse nous être utile à tous et par voie de conséquence d’améliorer notre rapport aux hommes et au monde ! Je souhaite faire un retour en arrière pour vous rapporter le conseil qui m’avait été donné par un vieux Frère :
« Apprenti : il reste au fond de ta besace un outil précieux. Tu ne l’a pas encore vu, il y a ton mouchoir dessus : c’est la Parole, elle te sera rendue après ton passage au second degré. Sois persuadé que c’est un outil. Apprends à t’en servir comme tel. N’ai pas de crainte, profite que tu es en âge où on pardonne les maladresses pour t’entraîner, car c’est un outil dangereux. Il peut à tout moment ce retourner contre toi. Et surtout lorsqu’elle te sera redonnée, ne la perd pas, ça ferait toute une histoire ! » Quelle importance et qu’elle gravité surtout à propos de cet outil.nul doute que cela est justifié, seul un réel apprentissage permet une vigilance de tous les instant quand à son bon usage. Voyant le Silence avant la prise de Parole par l’Apprenti un proverbe dit : « La parole est d’argent, et le silence est d’or ! » L’Apprenti siège au septentrion, dans une position de retrait qui lui a été imposé. Il observe et écoute dans la faible Lumière lunaire. Il opère silencieusement ses pérégrinations intérieures. Il apprend d’abord, dans une 1ère phase primordiale, à entrer en communication avec lui-même, c’est ka descente le long du fil à plomb, afin de pouvoir utiliser, le moment venu, la Parole juste avec les autres. Il écoute et réfléchit, pense à tout ce qu’il devrait dire ou ne pas dire, à tout ce qu’il dira plus tard et quelqu’un le dira, sans doute, à un moment ou à autre, à sa place…Il analyse tout ce qu’il entend, engrange ce qu’il ne comprend pas forcement, pour mieux le méditer par la suite, trouve ceci ou cela utile, redondant, déplacé ou parfois émouvant, il va a la rencontre de l’autre par l’écoute et sans le silence, il se sent peut-être perturbé, angoissé ou révolté à certains moments, mais il s’épanouit à d’autres, dans la quiétude et la tranquillité du retrait. Il faut dire tout de même, que le silence a de réelles vertus indispensables, vitales même, que chacun peut apprécier, au moment du repos par exemple ou d’un temps de loisir ! Il peut aussi être assorti d’une forme de solitude délibérément choisie, ou confortablement acceptée.
Cette situation est de toute façon toujours nécessaire. L’Apprenti le découvrira bientôt s’il ne l’a déjà fait ! On pourrait penser que je dévie de mon sujet, mais il est difficile de parler de la Parole sans faire allusion au silence, qui est un peu, en quelque sorte, son complément, son articulation ! Le silence est aussi un temps d’arrêt, ou le travail intérieur prépare l’action, un peu comme un compositeur écrit sa partition avant de la jouer ! « La Parole est d’argent, et le Silence est d’or ! »

Si je comprends bien le terme de ce proverbe, j’en déduis que la Parole a de la Valeur, mais que le Silence a plus de valeur encore.
Autrement dit, qu’il vaut mieux savoir se taire que de parler pour ne rien dire. C’est probablement vrai, car d’abord en se taisant, on ne dit pas de mises et on ne fait pas d’erreur, ensuite parce qu’on ne prend pas le risque de blesser quelqu’un ou déplaire, mais il y a une contrepartie non négligeable. Le silence est un refuge et entraîne parfois, dans ce cas une attitude passive, de caution, de lâcheté même, que l’on retrouve dans un autre proverbe : « Qui dit mot, consent ! »Reprenons le thème de ma Planche : « Vous avez la Parole Mon Frère ! »Il est impressionnant de dresser la liste des qualificatifs que l’on peut lui attribuer. J’en citerai quelques uns :
La Parole peut-être sensé, absurde, vaine, directe, naïve, simple, équivoque, a double sens, hypocrite, menteuse, caressante, touchante, douce, mère, de conciliation ou de réconciliation, de paix, diffamatoire, blasphématoire, acerbe, mordante, irréparable, injurieuse, grossière, obscènes, blessante ou tout simplement bonne ! La Parole, nous dit le Robert, est l’ensemble de sons articulés, exprimant la pensée, sous forme de mots, expressions, discours, propos. Nous pouvons dire que la Parole est le propre de l’homme ! Indéfiniment différente du cri instinctif de la bête ! « Intellectuelle », structurée par l’usage de la langue, la parole humaine donne sens à nos activités. Chacun peut y loger sa passion, ou toute valeur foncière humaine. C’est la parole existentielle ou poétique, tournée vers l’intérieur, vers une trame prise au sens spirituelle dynamisée par des réalités intérieures qui projette notre humain à l’extérieur de lui-même, en opposition à la parole technique ou scientifique ! Le singe, malgré un apprentissage minutieux, ne sait pas employer le langage, ni même utiliser des signes. Les mécanismes d’apprentissage de la parole sont encore inconnus. On sait juste que tous les bébés sont programmés pour apprendre n’importe quel langage, que celui-ci part d’une relation privilégiée avec autrui, et lui permet, au détriment de la perte de la communication préverbale, d’établir un lien avec une autre personne avec qui rentrera en relation ! Les petits aiment jouer et le langage est un support privilégié : gazouillis, baillage, puis comptines à l’âge de la maternelle. C’est cette dernière forme du langage qui aboutira au langage existentiel. Nous pouvons également voir que le bébé communique d’abord avec lui-même, avant de communiquer avec les autres.

La comparaison avec l’Apprenti parait facile ! La parole humaine est mixte, c’est son originalité ! Nous venons de voir qu’elle vient du dedans de l’âme, mais qu’elle s’exprime aussi hors de l’homme pour énoncer les choses ou les sentiments que les êtres humains ressentent, échangent. Elle exprime une réalité vivante. Elle est médiatrice, elle circule et fait communiquer chacun avec soi-même et avec les autres. Le Franc-maçon est depuis toujours homme de discourt, et la Loge, le lieu d’expression et de conservation de l’art de la rhétorique. A l’opposé du griot africain, garant de la pérennité d’une tradition d’une manière strictement orale, le Franc-maçon perpétue la tradition en utilisant la parole pour lire les écrits. Le Travail en Loge passe systématiquement par des prises de paroles réglementées (émanant d’écrits historiques ou rituels) ou des prises de paroles improvisées lors d’intervention individuelles, et qui seront conservées par écrit. Cette réglementation est à considérer aussi comme une préparation et un garde fou. En Loge, un Frère s’annonce au Surveillant de sa Colonne comme désirant prendre la parole. Celui-ci transmet sa demande au Vénérable qui permet au Surveillant de la lui donner. A ce moment seulement, le Surveillant donne la parole au Frère. Elle évite à la fois le caractère impulsif de la prise de parole, et empêche une répartie trop épidermique à une intervention. Elle pourrait s’illustrer de ce conseil que tout le monde connaît : « Il faut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler ! » La communication entre les êtres est toujours délicate ! Des professionnels y sont formés. Fréquemment, des situations font que les participants sont dans un rapport de force où chacun cherche à persuader l’autre qu’il a raison. En conclusion, Vénérable Maître et vous tous Mes Frères je suis persuadé que la bonne mise en œuvre de l’Apprentissage devrait éviter les mésententes, car un conflit est toujours un échec de la Parole !

J’ai dit !

Y\ D\

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De la circulation de la parole en Loge

26 Mai 2015 , Rédigé par P\ V\ Publié dans #Planches

Préambule : de l’importance de la parole : L’origine du mot « Parole » vient du latin « Parabola » et du grec « Logos » et peut donc se traduire par intelligence et sens profond d’un être. Ainsi le Verbe éclaire les intelligences réceptives et la voie de la Connaissance nous est ouverte. Selon Rousseau, « la Parole distingue l’homme entre les animaux », ce que reprend David Lodge qui précise : « La langue fait de nous des êtres conscients capables de pratiquer les arts, les sciences, tout ce qui fait la civilisation ». D’après Pythagore : « Nul ne peut parfaire son initiation que par la révélation directe de l’Esprit Universel qui est la voix qui parle de l’intérieur ». Silence et Parole : indissociables dans notre quête d’harmonie et de recherche. Le silence le plus profond est une parole, de même que l’immobilité constitue un vrai mouvement. Enfin, il est des mots chargés de silence… Le rythme de la parole exprimée n’existerait pas sans le silence. Approche du thème et plan retenu pour le sujet traité. Le présent travail se limitera à tenter d’aborder l’organisation de la prise de parole dans nos Temples. Seront donc exclus les aspects afférents à la Parole Divine, à la Parole Perdue, le silence de l’A\. Il conviendra tout d’abord de définir les différents aspects de la parole, d’aborder ensuite les particularités de la circulation de la parole en L\ avant d’approfondir cette étude en traitant de la triple triangulation de la parole, de la gestuelle et de l’espace-temps rituels.

  • Différents aspects de la parole

Selon le Larousse, c’est la faculté ou l’action d’exprimer sa pensée par langage articulé (mots et sons) adressé à ceux qui veulent bien écouter. La parole est donc symbole d’union entre émetteur et récepteur(s). Elle est l’outil du dialogue qui régit les relations humaines et dans le mot dialogue il y a le chiffre deux qui représente le partage. La parole peut être source de paix ou génératrice de conflits… Il convient donc de recourir à l’art de la prudence dans son utilisation. La parole engage celui qui la donne. Il faut donc parler calmement, avec des mots justes, en se contrôlant. On parle alors avec droiture et rectitude. La parole vient de l’âme mais exprime une réalité vivante : elle est médiatrice, circule et fait communiquer chacun avec soi-même et les autres. La parole est une structure vivante : elle passe de l’un à l’autre, se donne et se transforme de nous avoir traversés : elle est l’aspect visible de notre invisible intégrant le vécu de chacun d’entre nous... La parole d’un orateur est créée de son souffle : elle représente à la fois son accomplissement et ses limites puisque celui qui discourt ne peut gérer l’interprétation que l’on fera de ses mots, ni nous imposer sa vision des choses. La parole nous a été donnée non seulement pour parler mais aussi pour entendre en retour ce que l’autre a la possibilité de dire. Il s’agit là de la vertu libératrice de la parole qui peut s’enrichir de la contradiction, de la complémentarité des réponses apportées : elle devient alors vecteur d’expériences et d’échanges constructifs. Enfin, la parole est un outil essentiel de la transmission orale. Le savoir absolu n’existant pas, tout maître a besoin d’un disciple à qui offrir des données essentielles à compléter et à diffuser.

  • « Généralités sur la « prise » de parole en L\ »

La F\ M\ est une société du verbe caractérisée par la mise en œuvre d’un mutisme provisoire qui sera la condition d’accès à la parole. La Franc-maçonnerie a su créé, un mode opératoire sur une organisation des échanges verbaux. L’acte de parler en Loge diffère totalement de la prise de parole dans le monde profane car régie par le Rituel qui organise un véritable filtre par le jeu de la triangulation de la parole associée à une gestuelle appropriée. La parole en L\ n’est pas prise : elle est donnée, distribuée. Tout F\ M\ doit demander l’autorisation de parler au surveillant qui dirige sa colonne en levant la main. Celui-ci frappe un petit coup de marteau et l’indique au V\ M\ qui la donne ou pas… Nul ne peut prendre librement la parole en L\ sans avoir obtenu préalablement l’autorisation du V\ M\. Ainsi les conversations croisées sont impossibles et chacun peut être entendu dans le calme. De plus celui qui parle s’adresse à la Loge toute entière via le V\ M\ et le fait debout en se tenant à l’ordre. On n’interrompt pas celui qui parle, on ne manifeste d’aucune façon son approbation ou sa désapprobation pendant les paroles dites. Le V\ M\ dirige les débats : on parle donc de débats organisés, formalisés permettant à chacun de s’exprimer en maîtrisant ses émotions et en respectant les opinions de chacun. Parler en L\ est un acte important car ce n’est possible qu’un nombre de fois limité à la discrétion du V\ M\. Dans ces conditions il s’avère nécessaire de ne parler qu’au moment opportun pour exprimer des idées mûrement réfléchies. Il en découle un rythme plus lent dans une ambiance de sérénité et de calme. Le Rituel maçonnique est l’école de la Tolérance : l’organisation de la circulation de la parole évite les polémiques, elle est source d’échanges libres, constructifs.

  • Triangulation de la parole en L\

La L\ maçonnique est un lieu où la prise de parole en public est rigoureusement codifiée, dotée d’une charge symbolique très importante. Chaque chose est à sa place, chaque discours vient en son temps et une telle distribution garantit la cohérence d’une totalité harmonieuse. En L\ on ne prend pas la parole, on la demande et pour ce faire on ne s’adresse pas directement au V\ M\ seul habilité à l’accorder, mais à l’un de ses deux intermédiaires (1er ou 2ème surveillant). Celui-ci va alors transmettre cette requête au F\ qui dirige la L\ qui pourra accorder la parole en passant par cet intercesseur, lequel relaie l’information au demandeur. Ce dernier s’exprime alors et nul ne peut l’interrompre si ce n’est le «Véné » en cas de propos intolérants ou injurieux méritant censure. La triangulation de la parole, procédée de médiation, a pour but d’éviter toute communication interpersonnelle et donc de tisser un lien collectif. Le mot communication signifie étymologiquement « mettre en commun » et implique la notion de partage. Le Rituel maçonnique est conjonctif car il institue une union entre celui qui s’exprime et l’ensemble des F\ de la L\ où règne un esprit de fraternité (lacs d’amour, chaîne d’union, agapes). Le rituel écarte tout ce qui divise les esprits pour laisser place à tout ce qui unit les cœurs pour devenir source de concorde et d’égrégore. Pour ce faire le rituel établit une véritable discipline pouvant aller à l’encontre de notre inclinaison naturelle à parler librement en des postures de relâchement. Il nous impose un cadre mental nous séparant du monde profane et ce pour élever nos cœurs et nos esprits. Le rituel est un outil de régulation favorisant l’ordre et la pondération dans l’usage de la parole. Eliminant toute spontanéité, il nous contraint à une maturation de nos réflexions en nous imposant une règle d’attente de tour de parole, règle à laquelle est associé un jeu gestuel.

  • Triangulation de la gestuelle

Le rituel organise également la communication non verbale, langage de signes codés et signifiants, via notre enveloppe charnelle. La gestuelle d’accompagnement est constituée de tous les gestes qui encadrent toute communication orale en loge. Tout F\ M\ apprend un système de signes et codes qu’il se doit de reproduire sciemment et d’adapter au contexte rencontré. Les gestes doivent être précis, maîtrisés pour mettre son corps en conformité avec son esprit. Ainsi, le F\ à qui est donnée la parole la prendra en se tenant à l’ordre, posture inconfortable certes mais qui le tiendra dans un état d’esprit de rigueur physique et limitera tout dérapage verbal. Cette position dite de l’ordre est un garde fou contre tout retour à des habitudes ancrées en nous, en provenance du monde profane (« laissons nos métaux à la porte du temple »). Cette tension physique, liée à des gestes et des positions peu familières requiert une attention soutenue propice à l’effort et au travail. Cette concentration a un effet structurant. On peut alors parler d’interaction corps-esprit. Le corps est plus qu’un vecteur de communication il devient langage : « quand faire, c’est dire ». Cette gestuelle contraignante règlemente l’externalisation de la pensée via la parole : elle empêche tout autre geste et donc toute véhémence, elle pondère nos propos et ce d’autant plus qu’elle se déroule en un lieu et un temps sacré.

  • Triangulation espace/temps

L’espace dans le temple définit des fonctions spécifiques (Orient/Occident, emplacement des plateaux, du pavé mosaïque…) La triangulation de la parole et de la gestuelle s’enracine en une triangulation spatiale : celui qui demande la parole s’adresse au surveillant situé à l’opposé de la colonne où il est placé. Cet emplacement des 3 intervenants (le F\ sollicitant la parole, le Surveillant concerné, le V\ M\) forme un triangle humain visible. Comme l’espace de la L\, le temps maçonnique est sacré : les travaux débutent à Midi et s’achèvent à Minuit, périodes transitoires entre apogée du jour et de la nuit et de leur déclin imminent. La triangulation du temps se retrouve lors de l’ouverture et de la fermeture des travaux avec l’allumage et l’extinction des 3 bougies sur les colonnettes Sagesse, Force et Beauté, moment symbolique indiquant le passage des ténèbres à la Lumière, du monde profane au monde sacré et vice versa. De même le temps rituel est marqué par les 3 coups de maillets frappés successivement par la triade VM/S1/S2 qui constitue un rythme ternaire. Enfin le Delta Lumineux n’est-il pas le lien entre Passé, Présent et Avenir ? Je tiens à remercier les FF\, les SS\ et auteurs qui ont pu me permettre de bâtir ce travail par leurs planches, morceaux d'architectures, articles ou ouvrages et notamment Céline Bryon-Portet pour son apport très riche sur la triangulation maçonnique

J’ai dit.

P\ V\

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Pour éclairer le chemin des loges bleues

22 Mai 2015 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Tu es un oiseau…
Mais je n’ai pas d’ailes !
Tes ailes, ce sont des mots.
Parle ! Envole-toi ! Traverse l’espace et le temps ! Brise les chaînes d’une histoire qui ne t’appartient pas, qui n’a pas le droit de t’alourdir et de te retenir.
Fais éclater l’horizon! Retrouve l’instant précieux du déchirement créateur, où, soudain, dans un paysage inconnu, les choses revêtent un autre aspect.
Souviens-toi que les hommes, même s’ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir mais pour changer, innover, s’ouvrir à la naissance et à la renaissance.
Et le Rabbi Nahman de Braslav ajoutait : Ne demande jamais ton chemin à quelqu’un qui le connaît…Tu ne pourrais pas t’égarer… Le vocabulaire est une porte qu’il faut franchir pour accéder à la compréhension de la franc-maçonnerie où tout s’annonce comme symbole. Ni jargon, ni pédanterie, le langage utilisé se révèle, dans sa sémantique, comme un véritable outil de progression pour les francs-maçons. Le passage d’une culture vernaculaire à une approche, a priori, hermétique, oblige les frères et sœurs à surmonter une naturelle difficulté, celle des mots constitutifs d’une manière de vivre en franc-maçonnerie, celle de la compréhension des paroles entendues dans les échanges entre francs-maçons, celle de l’interprétation de ce qui est entendu au cours des rituels. La spécificité lexicale n’est pas dans la terminologie mais dans l’usage qui en est fait et cela constitue véritablement un langage. Le raccordement nourricier est essentiellement la langue française, mais des termes latins, hébreux, anglais… trouvent leur place parce qu’ils indiquent les traces historiques ou les sources intellectuelles et spirituelles de la franc-maçonnerie. L’unité linguistique est fondée, d’abord, sur le regard et l’écoute auxquels ont accès les jeunes francs-maçons : il s’agit, ainsi, de décrire l’environnement à l’intérieur du Temple, les cérémonies qui y ont lieu, le fonctionnement des tenues, les rituels, l’organisation des obédiences, les décors visibles à chaque degré, les termes de reconnaissance dans le monde profane... L’évolution au sein des loges bleues suppose trois niveaux successifs de sens. Il faut tout d’abord entendre, c’est-à-dire se mettre en situation d’écoute pour enregistrer une parole, retenir un acte, imprimer un écrit ; c’est un état d’être qui nécessite un exercice, un entraînement, une discipline. Il faut ensuite comprendre afin d’intégrer en soi ce qui a été reçu de l’extérieur ; ce qui suppose, cette fois-ci, une herméneutique, c’est-à-dire une méthode d’interprétation qui permet de traduire le dépôt reçu en acte d’être. Il faut enfin transmettre, c’est-à-dire rendre compréhensible, non plus seulement à soi mais aussi aux autres, la chose reçue car il n’existe pas de témoin esseulé, de témoin solitaire. La difficulté de la formation des apprentis est de trouver un bagage sémantique suffisamment léger, pour être assimilé par le novice, mais qui n’écarte pas la profondeur des expressions symboliques ; c’est le 2nd surv\ qui est tout particulièrement le guide de ce commencement de voyage vers l’être en devenir. Certains mots, certains thèmes sont davantage à développer, soulignant leur importance dans la démarche initiatique. Ils exposent des réflexions analytiques puisées aux sources de la Tradition des frères et sœurs qui se sont essayés à dévoiler le sens ésotérique dissimulé derrière l’apparence du vocabulaire, tentant de faire remplir aux mots les fonctions qu'on attend d’eux. Les réflexions ne sont pas figées. Ici tout est symbole. Ne pas être idolâtre, c’est rester dans la recherche du sens du symbole et ne pas tomber dans le piège de la pétrification d’un « ceci signifie cela, et cela seulement ». Le symbole est une mise en mouvement ; à partir de son silence, un chemin s’ouvre vers notre parole. Le symbole est plein d’énigmes. Il est ouvert, aussi permet-il de sortir de notre raideur, c’est-à-dire de la certitude de notre monde, de l’opiniâtreté de notre inertie. Le symbole, dans son secret, sa profondeur, son infini vivier de sens, est une source de rencontres où se croisent et se focalisent nos questionnements, nos sensibilités. User de symboles, c'est donner à chacun la possibilité, mais aussi la nécessité, de rechercher, par l'effort et la tension du questionnement, l'ouverture aux sens, la quête de nos possibilités par l'interprétation et le respect des possibilités de l'autre. C'est rendre les mots communs propres à chacun. Chacun apporte aux mots son histoire individuelle, son développement mental et intellectuel, son bagage d'expérience et de réflexion. Mais en même temps, l’apprenti doit trouver une libération de son être, càd qu’il témoigne d’une capacité de se dégager du déterminisme de ses conditionnements historiques, éducatifs et sociaux. Le symbole est un médiateur, une représentation, une évocation qui dissimule, dans un signifié, un signifiant sédimenté par le questionnement ontologique de ceux qui se penchent sur le mystère de l’Être. Le symbole ne recouvre pas d'obscurantisme, il dévoile, il révèle une connaissance du monde toujours plus vaste qu'une parole enfermerait et réduirait dès lors qu'elle se donnerait à entendre sous forme de discours. Parce que le symbole condense en lui un nombre illimité de significations, il est par excellence le support de toute pensée effectivement synthétique et l'instrument de ceux qui travaillent sur eux-mêmes à effacer la coupure qui sépare la réalité du Réel. Les symboles délivrent des messages. Ils sont des ponts entre la réalité vécue et celle de l’univers, des ponts de compréhension, des ponts de sensibilité. Ils permettent de prendre contact avec ce que l’intelligence, dans sa finitude, ne peut pas comprendre. Le signifiant, c'est la moitié visible du symbole. Le signifié, ce à quoi renvoie le signifiant, c'est la moitié invisible, ineffable, ce qui positivement ne peut être vu, nommé, mais seulement évoqué, suggéré. Ainsi tout symbole a deux caractères : il est à la fois fragmentaire et complémentaire. Le symbole est un fragment de vérité qui renvoie à la Vérité, un fragment d'être qui renvoie à l'Être. Et si dans notre vie quotidienne nous vivons dans le fini, la pensée symbolique permet d'accéder à l'Infini. Les symboles sont des catégories de pensée, ils sont indicateurs de comportement. Les symboles, souvent associés aux mythes, disent la voracité, la maternité, la haine, l’amour, la peur, la solitude et même le meurtre, ils disent aussi l’équilibre, la fraternité, l’harmonie, le mystère. Ils montrent l’homme dans son rapport avec lui-même, avec les autres, et avec le cosmos. Les symboles ne sont que les vêtements qui habillent les énergies qu'ils représentent. Leur polyvalence les rend toujours délicats à utiliser et l'usage de la seule raison est souvent insuffisant. Il est habituel dans le cadre de l'initiation d'apporter au nouvel initié un référentiel symbolique traditionnel. Si un sens lui est proposé, cela ne devrait pas être de manière définitive, mais plutôt comme une invitation à parcourir un nouveau chemin, dont la pertinence ne lui apparaîtra que plus tard par son travail personnel, avec une perspective infinie car toute catégorie d'existants est, de proche en proche, en relation de correspondance avec toutes les autres. Chaque décor, chaque mot, chaque geste à l’intérieur du temple recèlent encore d’innombrables richesses qui attendent d’être recueillies. La construction d'un langage qui rend possible cette pensée est difficile, son acquisition progressive est ardue et sa préservation infiniment précieuse. L’apprenti mesurera son chemin parcouru grâce à sa nouvelle familiarité avec le vocabulaire de son degré, à sa compréhension du rituel, à son appropriation intellectuelle et spirituelle du lieu si particulier qu’est le temple ; il constatera les changements survenus dans sa manière de penser et de se conduire. Cependant, s’il a reçu un minimum de connaissances et d'initiations, ce qui demeure nécessaire mais encore insuffisant, il ne s'étonnera pas de devoir passer d’autres épreuves, donc de subir des bouleversements mentaux, lesquels produisent des modifications cognitives et, surtout, des évolutions d'état d'être qui n'existeraient pas sans elles. Vers 1737, le rituel de Compagnon s'est enrichi de « L'Étoile flamboyante » formant un pentagone avec, en son cœur, la lettre « G ». Les deux degrés d'Apprenti et de Compagnon formaient, en réalité, un tout dont le premier degré est une représentation, tandis que second en est la réalisation. Les cinq voyages d'initiation du Compagnon maçon n'ont plus alors le caractère d'épreuves des voyages de l'apprenti mais figurent des étapes de la Connaissance. Ainsi, au compagnon vont être offertes de nouvelles voies de la Connaissance, les nombres, leur nature et leur adéquation aux lois de l’univers, l'étoile flamboyante avec la lettre « G », la pierre cubique à pointe, le nom de la colonne du grade, les significations des rituels, les outils de métier, le sens de la marche, l’hermétisme et la parole. On ne peut manquer de remarquer, dans la symbolique du 2ème degré, des voies de connaissance analytiques et logiques, mais aussi des systèmes symboliques, voies de connaissance holistiques et analogiques avec des traces du métier, du pythagorisme, de l’ésotérisme johannique, de la gnose, de l’hermétisme, de l’alchimie, de la kabbale. Là où la pensée analytique scanne en quelque sorte le réel, étudiant chaque plan à part avec des outils conceptuels différents et cloisonnés, la pensée analogique est au contraire verticale et transversale. En abritant les vestiges des antiques traditions, la franc-maçonnerie manifeste l’intérêt qu’elle leur accorde. Ces voies de la Connaissance nous donnent le vertige d’assister à l’énigme même de l’univers. Il y a dans leur compréhension des espaces qui sont comme un désir métaphysique de transcendance. Les œuvres d’art qui en témoignent, plus que tout autre langage, projettent sur nous des lumières insoupçonnées, des lumières arrachées à tous les interstices de la pensée pour donner naissance à de multiples voûtes étoilées. Chaque degré maçonnique possède une spécificité et une plénitude qui lui sont propres. Le grade de compagnon est sans doute le plus opératif des degrés de la franc-maçonnerie ; le travail intellectuel, quand il est vraiment réussi, atteint presque la valeur du travail manuel, écrivait le franc-maçon Oscar Wilde. Le terme opératif ne doit pas être considéré exactement comme un équivalent de « pratique » en tant que ce dernier terme se rapporte toujours à l’action ; en réalité, il s’agit de cet accomplissement de l’être qu’est la réalisation initiatique, avec tout l’ensemble des moyens des diverses voies de la Connaissance qui peuvent être employés à cette fin. Entre « or riant et oxydant », le mot « œuvre », vocable de la construction, n’est-il pas tout autant usité dans la terminologie alchimique ? Mais surtout, le chantier devient le lieu de la fraternité sans laquelle le compagnon ne peut se prévaloir de progrès initiatiques. En remontant aux Anciens Devoirs de la Maçonnerie, on découvre, insérée de façon plus ou moins voilée dans les règles normatives qui y sont énumérées, une indication précieuse pour les recherches du compagnon : il y est affirmé que l’amour fraternel constitue la pierre de fondation et la clef de voûte, le ciment et la gloire de cette antique Fraternité, méthode qui vise au dépassement des barrières limitatives qui entourent le moi vis-à-vis des autres. Recherche pour ton Frère soixante-dix excuses, et si tu ne les trouves pas, reviens vers ton âme avec suspicion et dis-lui: ce que tu vois en ton Frère, c’est ce qui est caché en toi ! A la construction en pierre se substitue l'idéal d'une mise en chantier allégorique. Il s'agit ainsi de promouvoir les valeurs morales et spirituelles, qui conduisent à un perfectionnement individuel au sein d’un atelier d’ouvrage dans lequel le nouveau compagnon, ayant déjà inséré sa pierre, doit la faire vibrer, tant par la parole, par ses actes que par ses savoirs, pour se montrer digne de devenir un maître. Le Compagnon doit devenir un Maître avant qu'il ait fini son temps de compagnonnage. C'est parce qu'il sera devenu un maître qu'on l'élèvera à la Maîtrise. Ce n'est qu'avec la deuxième édition des Constitutions d’Anderson, publiée en 1738, que la maîtrise sera formellement intégrée comme troisième degré hiérarchique de la franc-maçonnerie. James George Frazer a soutenu, à partir d’exemples australiens, que l’essence des cérémonies initiatiques consiste à enlever au jeune homme son âme pour la faire passer dans son totem par un rituel de mort, puis à lui infuser une vie nouvelle, celle de son totem, par un autre rituel de résurrection ; il s'agirait en quelque sorte d'un échange d'âme. Leo Frobenius, frappé surtout par le rôle des déguisements et des masques, y voit une technique spéciale pour transformer les individus en esprits des ancêtres et de la brousse et leur faire ainsi acquérir des pouvoirs surnaturels. Emile Durkheim, dans une perspective analogue, mais pour les seules sociétés tribales totémiques, pense que des déformations corporelles ont pour objet de donner au récipiendaire, sous une forme plus ou moins symbolique, l'aspect de son totem. Ces conceptions valent sans doute, en partie, pour les initiations religieuses, magiques, tribales, étrangement elles pourraient s'appliquer aux initiations au grade de maître. Avec la mise en place du grade de maître, les rituels adoptés développent un psychodrame. Le drame, au grade de maître, réside dans la transmission de la Tradition interrompue par un meurtre. Il reste le mot substitué et les symboles, outils de l’inconscient, qui vont permettre, malgré cette interruption malheureuse, de construire un être nouveau, un initié, capable d’agir sur lui-même, d’être l’auteur de sa propre transformation. La mort n’est plus vécue comme un évènement mais comme un avènement. La cérémonie de passage au grade de maître met en scène des personnages masqués qui s’interfèrent comme cadavre, meurtrier, assassiné et psychopompe. Un même personnage peut recouvrir des significations antithétiques. Par exemple, le « rôle » joué par le très respectable maître se situe à deux niveaux : la présidence de l’atelier (Salomon dans sa chaire) et un des trois assassins d’Hiram, en fait celui qui achève l’architecte. L’impétrant est désintégré dans sa putréfaction, puis, son corps rassemblé, relevé lui donne une nouvelle naissance au cours de laquelle il devient (ou remplace) Maître Hiram. Il est fait Homme debout entre Ciel et Terre, entre équerre et compas. C’est une époptie, funèbre par son étalage mortuaire, qui s’achève par un cri de joie éclatant à l’accomplissement de la renaissance du maître qui ramène la lumière. A la résurrection s’ajoute l’effulgence. Au risque de contrarier les libres penseurs, la franc-maçonnerie a longtemps labouré le même terrain que la mystique juive et celle de l’alchimie ; il en reste des herméneutiques empruntant aux symboles judéo-chrétiens. Au-delà de l’image messianique, Hiram est à la fois l’Homme et le paradigme du corps enseveli dans le tombeau qui doit s’en libérer et ressusciter. Pour revenir à la légende d’Hiram telle qu’elle est contée, s’agit-il de l’exécution d’un maître dont on veut s’emparer des secrets ou bien de la mise à mort d’un compagnon qui dépasserait le maître, comme celle de Talos (dont le génie inventa le compas) par Dédale son maître et son oncle ? Dans un cas nous parlons des moyens de faire un martyr, dans l’autre d’interrompre une quête. Dans les deux cas, cependant, il s’agit d’un personnage majeur abattu en raison de ses relations avec les secrets du monde et dont le voyage dans l’au-delà sera le moyen de transmettre la Connaissance. Le degré de maître est considéré comme un achèvement de la formation du franc-maçon. Cependant, il est à remarquer que les rituels, modestement, n’utilisent pas le terme d’initié en tant que substantif et ce, bien que la franc-maçonnerie se proclame initiatique et progressive. C’est une façon de reconnaître que l’initiation maçonnique propose avant tout une méthode, des moyens de progression et de transformation, mais qu’elle ne fabrique pas, clés en mains, un initié. Réservé au grade de maître, le Rituel particulier de la Marque (RDLM), en parallèle du RÉAA, constitue une addition heureuse à la franc-maçonnerie traditionnelle. Par une cérémonie d’avancement, ce rite achève l’initiation du compagnon bâtisseur et constructeur, sans psychodrame mortifère, où seul l’excellence du travail promeut le compagnon vers le grade de maître. Aux mots résumant les degrés initiatiques, pour le premier, introspection et humilité, pour le deuxième, exploration et fraternité, s’ajoutent mort et transfiguration au 3ème et dernier degré des loges bleues. Les travaux en franc-maçonnerie ont, ainsi, pour but de montrer, par l’étude de la vie et de la mort, que c’est l’intelligence seule qui constitue l’homme, et que, pour conserver toute notre intégrité, il faut résister, toujours et quand même de toutes nos forces, aux attaques mortelles de l’ignorance, de l’hypocrisie et de l’ambition. Le neurologue Paul Macleen a pu observer et mettre en évidence que, dans les lobes frontaux, l’introspection était connectée à l’empathie, intimement liée aux valeurs altruistes, à l’action sociale. Au fur et à mesure que je descends en moi-même, je deviens plus tolérant, plus ouvert, j’accepte davantage l’altérité. Dans le temple et au cours de la tenue je cherche, je découvre et je porte à l’extérieur ce qui a été vivifié en moi. La quête initiatique est une façon d'habiter le monde. C'est admettre et vouloir s'orienter, c'est vouloir sortir du chaos; c'est faire un pari existentiel sur le sens contre l'absurde et c'est au cœur d'une telle démarche que se construit aussi la fraternité. La franc-maçonnerie n'est ni une religion, ni son substitut, même si la démarche maçonnique intègre, dans sa réflexion, les traditions populaires, mythologiques, hermétiques et religieuses, afin d’y rechercher ce qui peut révéler le sens de la destinée de l’homme et la signification de l’aventure humaine. Bruno Etienne nous disait : il y a société initiatique lorsque les 10 variables suivantes sont réunies, après acceptation des mots, rites, symboles et mythes : 1- Une légende de base justifiant le rite. 2- Un dépouillement physique vestimentaire accompagné d’une réclusion. 3- La présence d’époptie dévoilée pour la contemplation des symboles et des mytho-drames, c'est-à-dire le rite fondateur. 4- La présence des 4 éléments. 5- Un ou plusieurs voyages unidirectionnels. 6- Un rapport chute-élévation. 7- Une guidance, c'est-à-dire une utopie voire une eschatologie. 8- Une uchronie. 9- Une eurythmie en rapport avec les types de temps et d’espace séparés donc sacrés. 10- Des épreuves physiques réelles ou symboliques liées au passage, à la mort et à la résurrection. A ces titres, la franc-maçonnerie est bien une société initiatique, aux francs-maçons à œuvrer pour devenir dignes d’elle. Oser, ce n’est pas d’emblée adopter, c’est s’autoriser une pensée autre, un espace de recherche. Se spiritualiser n'est pas acquérir un esprit religieux ni croire au(x) Dieu(x) des religions. C'est simplement tourner son âme vers l'esprit, admettre que notre corps n'est pas notre unique composant et que nous sommes reliés à une réalité qui nous échappe, vers laquelle nous voulons nous élever. Dans cette vision, matière et esprit ne sont pas opposés mais font tout deux partie du Tout qui est en même temps le Un. Je terminerai par cette parole de Michel Zéraffa : Le cosmos est un cryptogramme qui contient un décrypteur, l’homme, en rajoutant que la franc-maçonnerie stimule et encourage les frères et les sœurs à être cet homme-là.

Solange Sudarskis

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

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René Guénon - Parole perdue et mots substitués

20 Mai 2015 , Rédigé par René Guénon Publié dans #Planches

On sait que, dans presque toutes les traditions, il est fait allusion à une chose perdue ou disparue, qui, quelles que soient les façons diverses dont elle est symbolisée, a toujours la même signification au fond ; nous pourrions dire les mêmes significations, car, comme dans tout symbolisme, il en est plusieurs, mais qui sont d’ailleurs étroitement liées entre elles. Ce dont il s’agit en tout cela, c’est toujours, en réalité, l’obscuration spirituelle survenue, en vertu des lois cycliques, au cours de l’histoire de l’humanité ; c’est donc avant tout la perte de l’état primordial, et c’est aussi, par une conséquence directe, celle de la tradition correspondante, car cette tradition ne fait qu’un avec la connaissance même qui est essentiellement impliquée dans la possession de cet état. Nous avons déjà indiqué ces considérations dans un de nos ouvrages (1), en nous référant plus spécialement au symbolisme du Graal, dans lequel se trouvent d’ailleurs très nettement les deux aspects que nous venons de rappeler, se rapportant respectivement à l’état primordial et à la tradition primordiale. À ces deux aspects, on pourrait encore en ajouter un troisième, concernant le séjour primordial ; mais il va de soi que la résidence dans le « Paradis terrestre », c’est-à-dire proprement au « Centre du Monde », ne diffère en rien de la possession même de l’état primordial. D’autre part, il faut remarquer que l’obscuration ne s’est pas produite subitement et une fois pour toutes, mais que, après la perte de l’état primordial, elle a eu plusieurs autres étapes successives, correspondant à autant de phases ou d’époques dans le déroulement du cycle humain ; et la « perte » dont nous parlons peut aussi représenter chacune de ces étapes, un symbolisme similaire étant toujours applicable à ces différents degrés. Ceci peut s’exprimer ainsi : à ce qui avait été perdu tout d’abord, il a été substitué quelque chose qui devait en tenir lieu dans la mesure du possible, mais qui, par la suite, fut aussi perdu à son tour, ce qui nécessita encore d’autres substitutions. On peut l’entendre notamment de la constitution de centres spirituels secondaires lorsque le centre suprême fut caché aux regards de l’humanité, tout au moins dans son ensemble et en tant qu’il s’agit des hommes ordinaires ou « moyens », car il y a nécessairement toujours des cas d’exception sans lesquels, toute communication avec le centre étant rompue, la spiritualité elle-même à tous ses degrés aurait entièrement disparu. On peut dire aussi que les formes traditionnelles particulières, qui correspondent précisément aux centres secondaires dont nous venons de parler, sont des substituts plus ou moins voilés de la tradition primordiale perdue ou plutôt cachée, substituts adaptés aux conditions des différents âges successifs ; et, qu’il s’agisse des centres ou des traditions, la chose substituée est comme un reflet, direct ou indirect, proche ou éloigné suivant les cas, de celle qui a été perdue. En raison de la filiation continue par laquelle toutes les traditions régulières se rattachent en définitive à la tradition primordiale, on pourrait encore dire qu’elles sont, par rapport à celle-ci, comme autant de rejetons issus d’un arbre unique, celui-là même qui symbolise l’« Axe du Monde » et s’élève au centre du « Paradis terrestre », comme dans les légendes du moyen âge où il est question de divers rejetons de l’« Arbre de Vie » (2). Un exemple de substitution suivie d’une seconde perte se trouve notamment dans la tradition mazdéenne ; et, à ce sujet, nous devons dire que ce qui a été perdu n’est pas représenté seulement par la coupe sacrée, c’est-à-dire par le Graal ou quelqu’un de ses équivalents, mais aussi par son contenu, ce qui se comprend d’ailleurs sans peine, car ce contenu, par quelque nom qu’il soit désigné, n’est en définitive pas autre chose que le « breuvage d’immortalité », dont la possession constitue essentiellement un des privilèges de l’état primordial. C’est ainsi qu’il est dit que le soma vêdique devint inconnu à partir d’une certaine époque, de sorte qu’il fallut alors lui substituer un autre breuvage qui n’en était qu’une figure ; il semble même bien, quoique ce ne soit pas formellement indiqué, que ce substitut dut ultérieurement se perdre à son tour (3). Chez les Perses, où le haoma est la même chose que le soma hindou, cette seconde perte, par contre, est expressément mentionnée : le haoma blanc ne pouvait être recueilli que sur l’Alborj, c’est-à-dire sur la montagne polaire qui représente le séjour primordial ; il fut ensuite remplacé par le haoma jaune, de même que, dans la région où s’établirent les ancêtres des Iraniens, il y eut un autre Alborj qui n’était plus qu’une image du premier ; mais, plus tard, ce haoma jaune fut perdu à son tour et il n’en resta plus que le souvenir. Pendant que nous en sommes à ce sujet, nous rappellerons que le vin est aussi, dans d’autres traditions, un substitut du « breuvage d’immortalité » ; c’est d’ailleurs pourquoi il est pris généralement, ainsi que nous l’avons expliqué ailleurs (4), comme un symbole de la doctrine cachée ou réservée, c’est-à-dire de la connaissance ésotérique et initiatique. Nous en viendrons maintenant à une autre forme du même symbolisme, qui d’ailleurs peut correspondre à des faits s’étant produits très réellement au cours de l’histoire ; mais il est bien entendu que, comme pour tous les faits historiques, c’est leur valeur symbolique qui en fait pour nous tout l’intérêt. D’une façon générale, toute tradition a normalement pour moyen d’expression une certaine langue, qui revêt par là même le caractère de langue sacrée ; si cette tradition vient à disparaître, il est naturel que la langue sacrée correspondante soit perdue en même temps ; même s’il en subsiste quelque chose extérieurement, ce n’est plus qu’une sorte de « corps mort », son sens profond n’étant plus connu désormais et ne pouvant plus l’être véritablement. Il dut en être ainsi tout d’abord de la langue primitive par laquelle s’exprimait la tradition primordiale, et c’est pourquoi on trouve en effet, dans les récits traditionnels, de nombreuses allusions à cette langue primitive et à sa perte ; ajoutons que, quand telle ou telle langue sacrée particulière et actuellement connue paraît cependant, comme il arrive parfois, être identifiée à la langue primitive elle-même, il faut seulement entendre par là qu’elle en est effectivement un substitut, et qu’elle en tient par conséquent la place pour les adhérents de la forme traditionnelle correspondante. D’après certains des récits qui s’y rapportent, il semblerait pourtant que la langue primitive ait subsisté jusqu’à une époque qui, si éloignée qu’elle puisse paraître relativement à nous, n’en est pas moins fort éloignée des temps primordiaux : c’est le cas de l’histoire biblique de la « confusion des langues », qui, autant qu’il est possible de la rapporter à une période historique déterminée, ne peut guère correspondre qu’au début du Kali-Yuga ; or il est certain que, bien antérieurement, il y eut déjà des formes traditionnelles particulières, dont chacune dut avoir sa propre langue sacrée ; cette persistance de la langue unique des origines ne doit donc pas être entendue littéralement, mais plutôt en ce sens que, jusque-là, la conscience de l’unité essentielle de toutes les traditions n’avait pas encore disparu (5). Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage de cette tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement. Pour nous en tenir à l’exemple le plus connu, nous citerons seulement la tradition hébraïque, où l’on trouve précisément l’un et l’autre de ces deux cas : après la captivité de Babylone, une nouvelle écriture dut être substituée à l’ancienne qui s’était perdue (6), et, étant donnée la valeur hiéroglyphique inhérente aux caractères d’une langue sacrée, ce changement dut forcément impliquer quelque modification dans la forme traditionnelle elle-même, c’est-à-dire une réadaptation (7). D’autre part, lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin (8), désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; dès lors que celui-ci n’existait plus, la tradition hébraïque devenait irrémédiablement incomplète, comme le prouve d’ailleurs suffisamment la cessation des sacrifices, c’est-à-dire de ce qui constituait la partie la plus « centrale » des rites de cette tradition, de même que le Tétragramme, lui aussi, y occupait une position véritablement « centrale » par rapport aux autres noms divins ; et, effectivement, c’est bien le centre spirituel de la tradition qui était perdu (9). Il est d’ailleurs particulièrement manifeste, dans un exemple comme celui-là, que le fait historique lui-même, qui n’est aucunement contestable comme tel, ne saurait être séparé de sa signification symbolique, en laquelle réside au fond toute sa raison d’être, et sans laquelle il deviendrait complètement inintelligible. La notion de la chose perdue, sous l’un ou l’autre de ses différents symboles, existe, comme on a pu le voir par ce qui précède, dans l’exotérisme même des diverses formes traditionnelles ; et l’on pourrait même dire que c’est à ce côté exotérique qu’elle se réfère, plus précisément et avant tout, car il est évident que c’est là que la perte s’est produite et est véritablement effective, et qu’elle peut être considérée en quelque sorte comme définitive et irrémédiable, puisqu’elle l’est en effet pour la généralité de l’humanité terrestre tant que durera le cycle actuel. Il est quelque chose qui, par contre, appartient en propre à l’ordre ésotérique et initiatique : c’est la recherche de cette chose perdue, ou, comme on disait au moyen âge, sa « queste » ; et cela se comprend sans peine, puisque l’initiation, dans sa première partie, celle qui correspond aux « petits mystères », a en effet pour but essentiel la restauration de l’état primordial. Il faut d’ailleurs remarquer que, de même que la perte n’a eu lieu en réalité que graduellement et en plusieurs étapes, ainsi que nous l’avons expliqué, avant d’en arriver finalement à l’état actuel, la recherche devra aussi se faire graduellement, en repassant en sens inverse par les mêmes étapes, c’est-à-dire en remontant en quelque sorte le cours du cycle historique de l’humanité, d’un état à un autre état antérieur, et ainsi, de proche en proche, jusqu’à l’état primordial lui-même ; et à ces différentes étapes pourront naturellement correspondre autant de degrés dans l’initiation aux « petits mystères » (10). Nous ajouterons tout de suite que, par là même, les substitutions successives dont nous avons parlé peuvent également être reprises alors dans un ordre inverse ; c’est ce qui explique que, dans certains cas, ce qui est donné comme la « parole retrouvée » ne soit pourtant encore en réalité qu’un « mot substitué », représentant l’une ou l’autre des étapes intermédiaires. Il est d’ailleurs bien évident que tout ce qui peut être communiqué extérieurement ne saurait être véritablement la « parole perdue », et que ce n’en est qu’un symbole, toujours plus ou moins inadéquat comme toute expression des vérités transcendantes ; et ce symbolisme est souvent très complexe, en raison même de la multiplicité des sens qui y sont attachés, ainsi que des degrés qu’il comporte dans son application. Il y a, dans les initiations occidentales, au moins deux exemples bien connus (ce qui ne veut certes pas dire qu’ils soient toujours bien compris de ceux qui en parlent) de la recherche dont il s’agit : la « queste du Graal » dans les initiations chevaleresques du moyen âge, et la « recherche de la parole perdue » dans l’initiation maçonnique, qu’on pourrait prendre respectivement comme types des deux principales formes de symbolisme que nous avons indiquées. En ce qui concerne la première, A. E. Waite a fait remarquer avec raison qu’il s’y trouve beaucoup d’allusions plus ou moins explicites à des formules et à des objets substitués ; du reste, ne pourrait-on pas dire que la « Table Ronde » elle-même n’est en définitive qu’un « substitut », puisque, bien qu’elle soit destinée à recevoir le Graal, celui-ci n’y prend pourtant jamais place effectivement ? Cela ne signifie d’ailleurs pas, comme certains pourraient être tentés de le croire trop facilement, que la « queste » ne peut jamais être terminée, mais seulement que, même alors qu’elle l’est pour quelques-uns en particulier, elle ne peut pas l’être pour l’ensemble d’une collectivité, quand bien même celle-ci possède le caractère initiatique le plus incontestable. La « Table Ronde » et sa chevalerie, comme nous l’avons vu ailleurs (11), présentent toutes les marques qui indiquent qu’il s’agit bien de la constitution d’un centre spirituel authentique ; mais, redisons-le encore, tout centre spirituel secondaire, n’étant qu’une image ou un reflet du centre suprême, ne peut jouer réellement qu’un rôle de « substitut » par rapport à celui-ci, de même que toute forme traditionnelle particulière n’est proprement qu’un « substitut » de la tradition primordiale. Si nous en venons à la « parole perdue » et à sa recherche dans la Maçonnerie, nous devons constater que, tout au moins dans l’état actuel des choses, ce sujet est entouré de bien des obscurités ; nous ne prétendons assurément pas les dissiper entièrement, mais les quelques remarques que nous formulerons seront peut-être suffisantes pour faire disparaître ce qui risquerait d’être pris au premier abord pour des contradictions. La première chose qu’il y a lieu de remarquer à cet égard, c’est que le grade de Maître, tel qu’il est pratiqué dans la Craft Masonry, insiste sur la « perte de la parole », qui y est présentée comme une conséquence de la mort d’Hiram, mais paraît ne contenir aucune indication expresse quant à sa recherche, et qu’il y est encore moins question de la « parole retrouvée ». Cela peut sembler vraiment étrange, puisque la Maîtrise, étant le dernier des grades qui constituent la Maçonnerie proprement dite, doit nécessairement correspondre, tout au moins virtuellement, à la perfection des « petits mystères », sans quoi sa désignation même serait d’ailleurs injustifiée. On peut, il est vrai, répondre que l’initiation à ce grade, en elle-même, n’est proprement qu’un point de départ, ce qui est en somme tout à fait normal ; mais encore faudrait-il qu’il y ait dans cette initiation même quelque chose qui permette d’« amorcer », si l’on peut s’exprimer ainsi, la recherche constituant le travail ultérieur qui devra conduire à la réalisation effective de la Maîtrise ; or nous pensons que, malgré les apparences, il en est bien réellement ainsi. En effet, le « mot sacré » du grade est manifestement un « mot substitué », et il n’est d’ailleurs donné que comme tel ; mais, en outre, ce « mot substitué » est d’une sorte très particulière : il a été déformé de plusieurs façons différentes, au point d’en être devenu méconnaissable (12), et on en donne des interprétations diverses, qui peuvent présenter accessoirement quelque intérêt par leurs allusions à certains éléments symboliques du grade, mais dont aucune ne peut se justifier par une étymologie hébraïque quelconque. Maintenant, si l’on restitue la forme correcte de ce mot, on s’aperçoit que son sens est tout autre que ceux qui lui sont ainsi attribués : ce mot, en réalité, n’est pas autre chose qu’une question, et la réponse à cette question serait le vrai « mot sacré » ou la « parole perdue » elle-même, c’est-à-dire le véritable nom du Grand Architecte de l’Univers (13). Ainsi, la question étant posée, la recherche est bien « amorcée » par là même comme nous le disions tout à l’heure ; il appartiendra dès lors à chacun, s’il en est capable, de trouver la réponse et de parvenir à la Maîtrise effective par son propre travail intérieur. Un autre point à considérer est celui-ci : la « parole perdue » est, le plus généralement, en conformité avec le symbolisme hébraïque, assimilée au Nom tétragrammatique ; il y a là, si l’on voulait prendre les choses à la lettre, un anachronisme évident, car il est bien entendu que la prononciation du Nom ne fut pas perdue à l’époque de Salomon et de la construction du Temple. Cependant, on aurait tort de regarder cet anachronisme comme constituant une difficulté réelle, car il ne s’agit nullement ici de l’« historicité » des faits comme tels, qui, à ce point de vue, importe peu en elle-même, et le Tétragramme n’y est pris que pour la valeur de ce qu’il représente traditionnellement ; il peut d’ailleurs fort bien n’avoir été lui-même, en un certain sens, qu’un « mot substitué », puisqu’il appartient en propre à la révélation mosaïque et que, à ce titre, il ne saurait, non plus que la langue hébraïque elle-même, remonter réellement jusqu’à la tradition primordiale (14). Si nous avons signalé cette question, c’est surtout pour attirer l’attention sur ceci, qui est beaucoup plus important au fond : dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est, comme nous l’avons déjà dit précédemment, un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte ; là est en somme, exprimée symboliquement d’une façon assez frappante, une des différences fondamentales qui existent entre le point de vue exotérique et le point de vue initiatique (15). Avant d’aller plus loin, une digression est nécessaire pour que la suite puisse être bien comprise : l’initiation maçonnique, se rapportant essentiellement aux « petits mystères » comme toutes les initiations de métier, s’achève par là même avec le grade de Maître, puisque la réalisation complète de celui-ci implique la restauration de l’état primordial; mais on est alors amené à se demander quels peuvent être, dans la Maçonnerie, le sens et le rôle de ce qu’on appelle les hauts grades, dans lesquels certains, pour cette raison précisément, n’ont voulu voir que des « superfétations » plus ou moins vaines et inutiles. En réalité, il faut ici faire avant tout une distinction entre deux cas (16) : d’une part, celui des grades qui ont un lien direct avec la Maçonnerie (17), et, d’autre part, celui des grades qui peuvent être considérés comme représentant des vestiges ou des souvenirs (18), venus se greffer sur la Maçonnerie ou se « cristalliser » en quelque sorte autour d’elle, d’anciennes organisations initiatiques occidentales autres que celle-ci. La raison d’être de ces derniers grades, si on ne les considère pas comme n’ayant qu’un intérêt simplement « archéologique » (ce qui serait évidemment une justification tout à fait insuffisante au point de vue initiatique), est en somme la conservation de ce qui peut encore être maintenu des initiations dont il s’agit, de la seule façon qui soit restée possible après leur disparition en tant que formes indépendantes ; il y aurait certainement beaucoup à dire sur ce rôle « conservateur » de la Maçonnerie et sur la possibilité qu’il lui donne de suppléer dans une certaine mesure à l’absence d’initiations d’un autre ordre dans le monde occidental actuel ; mais ceci est entièrement en dehors du sujet que nous étudions présentement, et c’est seulement l’autre cas, celui des grades dont le symbolisme se rattache plus ou moins étroitement à celui de la Maçonnerie proprement dite, qui nous concerne ici directement. D’une façon générale, ces grades peuvent être considérés comme constituant proprement des extensions ou des développements du grade de Maître ; il n’est pas contestable que, en principe, celui-ci se suffit à lui-même, mais, en fait, la trop grande difficulté qu’il y a à dégager tout ce qui s’y trouve contenu implicitement justifie l’existence de ces développements ultérieurs (19). Il s’agit donc d’une aide apportée à ceux qui veulent réaliser ce qu’ils ne possèdent encore que d’une façon virtuelle ; du moins est-ce là l’intention fondamentale de ces grades, quelles que soient les réserves qu’il pourrait y avoir lieu de faire sur la plus ou moins grande efficacité pratique de cette aide, dont le moins qu’on puisse dire est que, dans la plupart des cas, elle est fâcheusement diminuée par l’aspect fragmentaire et trop souvent altéré sous lequel se présentent actuellement les rituels correspondants ; nous n’avons à envisager que le principe, qui est indépendant de ces considérations contingentes. À vrai dire, d’ailleurs, si le grade de Maître était plus explicite, et aussi si tous ceux qui y sont admis étaient plus véritablement qualifiés, c’est à son intérieur même que ces développements devraient trouver place, sans qu’il soit besoin d’en faire l’objet d’autres grades nominalement distincts de celui-là (20). Maintenant, et c’est là que nous voulions en venir, parmi les hauts grades en question, il en est un certain nombre qui insistent plus particulièrement sur la « recherche de la parole perdue », c’est-à-dire sur ce qui, suivant ce que nous avons expliqué, constitue le travail essentiel de la Maîtrise ; et il en est même quelques-uns qui donnent une « parole retrouvée », ce qui semble impliquer l’achèvement de cette recherche ; mais, en réalité, cette « parole retrouvée » n’est jamais qu’un nouveau « mot substitué », et, par les considérations que nous avons exposées précédemment, il est facile de comprendre qu’il ne puisse en être autrement, puisque la véritable « parole » est rigoureusement incommunicable. Il en est notamment ainsi du grade de Royal Arch, le seul qui doive être regardé comme strictement maçonnique à proprement parler, et dont l’origine opérative directe ne puisse soulever aucun doute : c’est en quelque sorte le complément normal du grade de Maître, avec une perspective ouverte sur les « grands mystères » (21). Le mot qui représente dans ce grade la « parole retrouvée » apparaît, comme tant d’autres, sous une forme assez altérée, ce qui a donné naissance à des suppositions diverses quant à sa signification ; mais, suivant l’interprétation la plus autorisée et la plus plausible, il s’agit en réalité d’un mot composite, formé par la réunion de trois noms divins appartenant à autant de traditions différentes. Il y a là tout au moins une indication intéressante à deux points de vue : d’abord, cela implique évidemment que la « parole perdue » est bien considérée comme étant un nom divin ; ensuite, l’association de ces différents noms ne peut s’expliquer que comme une affirmation implicite de l’unité fondamentale de toutes les formes traditionnelles ; mais il va de soi qu’un tel rapprochement opéré entre des noms provenant de plusieurs langues sacrées n’est encore que tout extérieur et ne saurait en aucune façon symboliser adéquatement une restitution de la tradition primordiale elle-même, et que, par conséquent, ce n’est bien réellement qu’un « mot substitué » (22). Un autre exemple, qui est d’ailleurs d’un genre très différent, est celui du grade écossais de Rose-Croix, dans lequel la « parole retrouvée » se présente comme un nouveau Tétragramme devant remplacer l’ancien qui a été perdu ; en fait, ces quatre lettres, qui ne sont du reste que des initiales ne formant pas un mot à proprement parler, ne peuvent exprimer ici autre chose que la situation de la tradition chrétienne vis-à-vis de la tradition hébraïque, ou le remplacement de l’« Ancienne Loi » par la « Nouvelle Loi », et il serait difficile de dire qu’elles représentent un état plus proche de l’état primordial, à moins qu’on ne veuille l’entendre en ce sens que le Christianisme a accompli une « réintégration » ouvrant certaines possibilités nouvelles pour le retour à celui-ci, ce qui est d’ailleurs vrai en quelque façon pour toute forme traditionnelle constituée à une certaine époque et en conformité plus particulière avec les conditions de cette époque même. Il convient d’ajouter que, à la signification simplement religieuse et exotérique, il se superpose naturellement ici d’autres interprétations, d’ordre principalement hermétique, qui sont loin d’être sans intérêt en elles-mêmes ; mais, outre qu’elles s’éloignent de la considération des noms divins qui est essentiellement inhérente à la « parole perdue », c’est là quelque chose qui relève de l’hermétisme chrétien beaucoup plus que de la Maçonnerie proprement dite, et, quelles que soient les affinités qui existent entre l’un et l’autre, il n’est cependant pas possible de les considérer comme identiques, car, même lorsqu’ils font jusqu’à un certain point usage des mêmes symboles, ils n’en procèdent pas moins de « techniques » initiatiques notablement différentes à bien des égards. D’autre part, la « parole » du grade de Rose-Croix se réfère manifestement au seul point de vue d’une forme traditionnelle déterminée, ce qui nous laisse en tout cas bien loin du retour à la tradition primordiale, qui est au-delà de toutes les formes particulières ; sous ce rapport comme sous beaucoup d’autres, le grade de Royal Arch aurait assurément plus de raisons que celui-là de s’affirmer comme le nec plus ultra de l’initiation maçonnique. Nous pensons en avoir dit assez sur ces « substitutions » diverses, et, pour terminer cette étude, nous devrons maintenant revenir au grade de Maître, afin de chercher la solution d’une autre énigme qui se pose à son sujet et qui est celle-ci : comment se fait-il que la « perte de la parole » y soit présentée comme résultant de la mort du seul Hiram, alors que, d’après la légende même, d’autres que lui devaient la posséder également ? Il y a là, en effet, une question qui rend perplexes beaucoup de Maçons, parmi ceux qui réfléchissent quelque peu sur le symbolisme, et certains vont même jusqu’à y voir une invraisemblance qu’il leur paraît tout à fait impossible d’expliquer d’une façon acceptable, alors que, comme on le verra, il en est tout autrement en réalité. La question que nous posions à la fin de la précédente partie de cette étude peut se formuler plus précisément ainsi : lors de la construction du Temple, la « parole » des Maîtres était, suivant la légende même du grade, en la possession de trois personnages qui avaient le pouvoir de la communiquer : Salomon, Hiram, roi de Tyr, et Hiram-Abi ; ceci étant admis, comment la mort de ce dernier peut-elle suffire pour entraîner la perte de cette parole ? La réponse est que, pour la communiquer régulièrement et dans la forme rituelle, il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle ; et ce n’est pas là, comme pourraient le penser ceux qui n’ont pas une habitude suffisante de certaines correspondances symboliques, une simple comparaison ou un rapprochement plus ou moins imaginatif et dénué de fondement réel. En effet, une Loge opérative ne peut être ouverte que par le concours de trois Maîtres (23), ayant en leur possession trois baguettes dont les longueurs respectives sont dans le rapport des nombres 3, 4 et 5 ; c’est seulement quand ces trois baguettes ont été rapprochées et assemblées de façon à former le triangle rectangle pythagoricien que l’ouverture des travaux peut avoir lieu. Cela étant, il est facile de comprendre que, d’une façon similaire, un mot sacré peut être formé de trois parties, telle que trois syllabes (24), dont chacune ne peut être communiquée que par un des trois Maîtres, de sorte que, en l’absence d’un de ceux-ci, le mot aussi bien que le triangle resterait incomplet, et que rien de valable ne pourrait plus être accompli ; nous reviendrons d’ailleurs tout à l’heure sur ce point. Nous signalerons incidemment un autre cas où l’on retrouve aussi un symbolisme du même genre, du moins sous le rapport qui nous intéresse présentement : dans certaines corporations du moyen âge, le coffre qui contenait le « trésor » était muni de trois serrures, dont les clefs étaient confiées à trois officiers différents, si bien qu’il fallait la présence simultanée de ceux-ci pour que ce coffre put être ouvert. Naturellement, ceux qui n’envisagent les choses que d’une façon superficielle peuvent ne voir là qu’une mesure de précaution contre une infidélité possible ; mais, comme il arrive toujours en pareil cas, cette explication tout extérieure et profane est tout à fait insuffisante, et, même en admettant qu’elle soit légitime dans son ordre, elle n’empêche aucunement que le même fait ait une signification symbolique autrement profonde et qui en fait toute la valeur réelle ; penser autrement équivaut à méconnaître entièrement le point de vue initiatique, et, du reste, la clef a par elle-même un symbolisme assez important pour justifier ce que nous disons ici (25). Pour revenir au triangle rectangle dont nous parlions plus haut, on peut, d’après ce que nous avons vu, dire que la mort du « troisième Grand-Maître » le laisse incomplet ; c’est à quoi correspond en un certain sens, et indépendamment de ses significations propres en tant qu’équerre, la forme de l’équerre du Vénérable, qui est à branches inégales, et normalement dans le rapport de 3 à 4, de sorte qu’elles peuvent être considérées comme les deux côtés de l’angle droit de ce triangle, dont l’hypoténuse est alors absente ou, si l’on veut, « sous-entendue » (26). Il est à remarquer que la reconstitution du triangle complet, tel qu’il figure dans les insignes du Past Master, implique, ou du moins devrait théoriquement impliquer, que celui-ci est parvenu à accomplir la restitution de ce qui était perdu (27). Quant au mot sacré qui ne peut être communiqué que par le concours de trois personnes, il est assez significatif que ce caractère se rencontre précisément pour celui qui, au grade de Royal Arch, est considéré comme représentant la « parole retrouvée », et dont la communication régulière n’est effectivement possible que de cette façon. Les trois personnes dont il s’agit forment elles-mêmes un triangle, et les trois parties du mot, qui sont alors les trois syllabes correspondant à autant de noms divins dans des traditions différentes, ainsi que nous l’avons expliqué précédemment, « passent » successivement, si l’on peut dire, de l’un à l’autre des côtés de ce triangle, jusqu’à ce que la parole soit entièrement « juste et parfaite ». Bien que ce ne soit là encore en réalité qu’un « mot substitué », le fait que le Royal Arch est, sous le rapport de la filiation opérative, le plus « authentique » de tous les grades supérieurs, n’en donne pas moins à ce mode de communication une importance incontestable pour confirmer l’interprétation de ce qui reste obscur à cet égard dans le symbolisme du grade de Maître tel qu’il est pratiqué actuellement. À ce propos, nous ajouterons encore une remarque en ce qui concerne le Tétragramme hébraïque : puisque celui-ci est un des noms divins qui sont le plus souvent assimilés à la « parole perdue », il doit s’y retrouver aussi quelque chose qui correspond à ce que nous venons de dire, car le même caractère, dès lors qu’il est vraiment essentiel, doit exister en quelque manière dans tout ce qui figure cette parole d’une façon plus ou moins adéquate. Ce que nous voulons dire par là, c’est que, pour que la correspondance symbolique soit exacte, la prononciation du Tétragramme devait être trisyllabique; comme d’autre part il s’écrit naturellement en quatre lettres, on pourrait dire que, suivant le symbolisme numérique, 4 se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole (en tant que celle-ci est écrite, ou épelée conformément à l’écriture qui joue le rôle d’un « support » corporel), et 3 à son aspect « essentiel » (en tant quelle est prononcée intégralement par la voix qui seule lui donne l’« esprit » et la « vie »). Il résulte de là que, tout en ne pouvant aucunement être regardé comme la vraie prononciation du Nom, qui n’est plus connue de personne, la forme Jehovah, par là même qu’elle est en trois syllabes, la représente du moins beaucoup mieux (ce que son ancienneté même, en tant que transcription approximative dans les langues occidentales, pourrait du reste déjà donner à penser) que la forme purement fantaisiste Yahveh, inventée par les exégètes et les « critiques » modernes, et qui, n’ayant que deux syllabes, est évidemment impropre à une transmission rituelle comme celle dont il s’agit. Il y aurait assurément beaucoup à dire encore sur tout cela, mais nous devons arrêter là ces considérations déjà trop longues, et qui, redisons-le encore en terminant, n’ont d’autre prétention que d’éclairer un peu quelques-uns des aspects de cette question si complexe de la « parole perdue ».

(1) Le Roi du monde, chap. V.
(2) Il est assez significatif à cet égard que, d’après certaines de ces légendes, ce soit d’un de ces rejetons qu’aurait été tiré le bois de la croix.
(3) Il est donc parfaitement vain de chercher quelle pouvait être la plante qui produisait le soma ; aussi sommes-nous toujours tenté, indépendamment de toute autre considération, de savoir quelque gré à un orientaliste qui, en parlant du soma, nous fait grâce du « cliché » conventionnel de l’asclepias acida ?
(4) Le Roi du Monde, ch. VI.
(5) On pourrait remarquer à ce propos que ce qui est désigné comme le « don des langues » (voir Aperçus sur l’Initiation, ch. XXXVII) s’identifie à la connaissance de la langue primitive entendue symboliquement.
(6) Il est à peine besoin de faire remarquer combien la chose serait invraisemblable si l’on voulait la prendre à la lettre : comment une courte période de 70 ans aurait-elle pu suffire pour que personne n’ait plus gardé le souvenir des anciens caractères ? Mais ce n’est certes pas sans raison que cela se passait à cette époque de réadaptations traditionnelles que fut le VIe siècle avant l’ère chrétienne.
(7) Il est très probable que les changements survenus à plusieurs reprises dans la forme des caractères chinois doivent aussi s’interpréter de la même façon.
(8) Cette transmission est exactement comparable à celle d’un mantra dans la tradition hindoue.
(9) Le terme de diaspora ou « dispersion » (en hébreu galûth) définit très bien l’état d’un peuple dont la tradition est privée de son centre normal.
(10) Sur ce point, voir Aperçus sur l’Initiation, ch. XXXIX.
(11) Le Roi du Monde, ch. IV et V.
(12) Ces déformations ont même fourni deux mots soi-disant distincts, un « mot sacré » et un « mot de passe » interchangeables suivant les différents rites, et qui en réalité ne sont qu’un.
(13) Nous n’avons pas à chercher si les déformations multiples, tant en ce qui concerne le mot lui-même que sa signification, ont été voulues ou non, ce qui serait sans doute difficile, faute de précisions sur les circonstances où elles se sont produites en fait ; mais ce qui est certain en tous cas, c’est qu’elles ont pour effet de dissimuler entièrement ce qu’on peut regarder comme le point le plus essentiel du grade de Maître, dont elles ont fait ainsi une sorte d’énigme sans aucune solution apparemment possible.
(14) Sur le « premier nom de Dieu » suivant certaines traditions initiatiques, voir La Grande Triade, ch. XXV.
(15) Nous signalerons incidemment que, dans le grade de Maître, il n’y a pas seulement un « mot substitué », mais aussi un « signe substitué » ; si la « parole perdue » est identifiée symboliquement au Tétragramme, certains indices donnent lieu de supposer que, corrélativement, le « signe perdu » devrait l’être à celui de la bénédiction des Kohanim. Là encore, il ne faudrait pas voir l’expression littérale d’un fait historique, car, en réalité, ce signe n’a jamais été perdu ; mais on pourrait du moins se demander légitimement si, lorsque le Tétragramme ne fut plus prononcé, il a pu conserver encore effectivement toute sa valeur rituelle.
(16) Nous laissons naturellement de côté les grades, trop nombreux dans certains « systèmes », qui n’ont qu’un caractère plutôt fantaisiste et ne reflètent manifestement que les conceptions particulières de leurs auteurs.
(17) On ne peut cependant pas dire strictement qu’ils en fassent partie intégrante, à la seule exception du Royal Arch.
(18) Nous ajoutons ici le mot « souvenirs » pour n’avoir à entrer dans aucune discussion sur la filiation plus ou moins directe de ces grades, ce qui risquerait de nous entraîner bien loin, surtout en ce qui concerne les organisations se rattachant à diverses forme de l’initiation chevaleresque.
(19) Il faut ajouter aussi, tout au moins comme raison subsidiaire, la réduction à trois des sept grades de l’ancienne Maçonnerie opérative : ceux-ci n’étant pas tous connus des fondateurs de la Maçonnerie spéculative, il en est résulté de graves lacunes qui, malgré certaines « reprises » postérieures, n’ont pas pu être comblées entièrement dans le cadre des trois grades symboliques actuels ; et il est quelques hauts grades qui paraissent avoir été surtout des tentatives pour remédier à ce défaut, bien qu’on ne puisse d’ailleurs pas dire qu’ils y aient pleinement réussi, faute de posséder la véritable transmission opérative qui aurait été indispensable à cet effet.
(20) Le Maître, par là même qu’il possède « la plénitude des droits maçonniques », a notamment celui d’accéder à toutes les connaissances incluses dans la forme initiatique à laquelle il appartient ; c’est ce qu’exprimait d’ailleurs assez nettement l’ancienne conception du « Maître à tous grades », qui semble complètement oubliée aujourd’hui.
(21) Nous renverrons à ce que nous avons déjà dit sur ce sujet en diverses occasions, et surtout dans notre étude sur La pierre angulaire (nos d’avril et mai 1940).
(22) Il doit être bien entendu que ce que nous disons ici se rapporte au Royal Arch du Rite anglais, qui, malgré la similitude de titre, n’a qu’assez peu de rapport avec le grade appelé Royal Arch of Henoch, dont une des versions est devenue le 13ème degré du Rite Écossais Ancien et Accepté, et dans lequel la « parole retrouvée » est représentée par le Tétragramme lui-même, inscrit sur une plaque d’or déposée dans la « neuvième voûte » ; l’attribution de ce dépôt à Hénoch constitue d’ailleurs, en ce qui concerne le Tétragramme hébraïque, un anachronisme évident, mais elle peut être prise comme l’indice d’une intention de remonter jusqu’à la tradition primordiale ou tout au moins « antédiluvienne ».
(23) Les Maîtres sont ici ceux qui possèdent le septième et dernier degré opératif, auquel appartenait primitivement la légende d’Hiram ; c’est d’ailleurs pourquoi celle-ci était inconnue des Compagnons « acceptés » qui fondèrent de leur propre initiative la Grande Loge d’Angleterre en 1717, et qui ne pouvaient naturellement transmettre rien de plus que ce qu’ils avaient eux-mêmes reçu.
(24) La syllabe est l’élément réellement indécomposable de la parole prononcée ; il est d’ailleurs à remarquer que le « mot substitué » lui-même, sous ses différentes formes, est toujours composé de trois syllabes qui sont énoncées séparément dans sa prononciation rituelle.
(25) Nous ne pouvons insister sur les différents aspects du symbolisme de la clef, et notamment sur son caractère « axial » (voir ce que nous en avons dit dans La Grande Triade, ch. VI) ; mais nous devons du moins signaler ici que, dans les anciens « catéchismes » maçonniques, la langue est représentée comme la « clef du cœur ». Le rapport du cœur et de la langue symbolise celui de la « Pensée » et de la « Parole », c’est-à-dire, suivant la signification kabbalistique de ces termes envisagés principiellement, celui des deux aspects intérieur et extérieur du Verbe ; c’est de là que résultait aussi, chez les anciens Égyptiens (qui d’ailleurs faisaient usage de clefs de bois ayant précisément la forme d’une langue), le caractère sacré de l’arbre perséa, dont le fruit a la forme d’un cœur et la feuille celle d’une langue (cf. Plutarque, Isis et Osiris, 68 ; traduction Mario Meunier, p.198).
(26) À titre de curiosité, nous signalerons à ce propos que, dans la Maçonnerie mixte ou Co-Masonry, on a jugé bon de faire l’équerre du Vénérable à branches égales pour représenter l’égalité de l’homme et de la femme, ce qui n’a pas le moindre rapport avec sa véritable signification ; c’est là un assez bel exemple de l’incompréhension du symbolisme et des innovations fantaisistes qui en sont l’inévitable conséquence.
(27) Cf. La Grande Triade, pp. 110 et 146.

[René Guénon, Parole perdue et mots substitués, revue Études Traditionnelles n° juil.-déc. 1948. Repris dans le recueil posthume Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, tome II.]

René Guénon

Source : http://esprit-universel.over-blog.com

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