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Hauts Grades

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Les 5 Points Parfaits de la Maîtrise

13 Février 2013 , Rédigé par D\ A\R\ Publié dans #Planches

La méthode maçonnique nous confronte, à chaque degré, à une représentation symbolique et mythique dont nous devons chercher la signification intérieure qui nous est propre. Dans cette recherche nous sommes aidés par nos frères pendant les Tenues, ce qui nous permet d’enrichir, de développer et d’assurer nos interprétations personnelles. Ce soir mes frères, je vous propose d’échanger des idées sur mes interprétations concernant un des symboles du troisième degré : les 5 Points Parfaits de la Maîtrise.

Maître Hiram, notre modèle de conduite, a été abattu en affrontant les trois plus grands ennemis de la Franc-maçonnerie. Notre héros mythique gît sous l’Acacia, symbole de régénération, ce qui nous indique que nous sommes prêts pour une nouvelle transformation. Symboliquement nous sommes au fond de nous-mêmes au centre d’une mort dynamique et une nouvelle forme de vie nous attend… Mais nous ne pouvons pas nous mettre sur la voie par nous-mêmes. La chair a quittée les os, tout se désuni, et le squelette ne peut pas se relever tout seul.

Le V.M. , aidé par deux frères, relève le cadavre par les 5 points parfaits de la maîtrise. La posture finale scelle une alliance entre deux êtres qui n’en font plus qu’UN : le V.M. et le frère qui représente Hiram. Le nouveau Maître est encore faible. Seule la vie végétative est présente en lui. L’esprit est encore engourdi et pour le réveiller des paroles de Vie sont prononcées.

Le Mémento du Maître nous dit : « Question : Quelles sont les véritables marques (les traits distinctifs) d’un Maître ? » « Réponse : La Parole et les cinq points parfaits de la maîtrise ». Je crois que ceci permet d’affirmer que les Cinq Points Parfaits et la communication du mot substitué forment un tout : le Relèvement ! D’autre part si nous considérons que le nouveau Maître ne reste pas dans la mort, le Rituel semble nous indiquer que la légende d’Hiram est composée par deux phases indissociables : la Mort et le Relèvement. Notre rituel nous dit : « …Hiram renaît ainsi dans ses disciples et, en particulier, dans le Maître nouvellement initié… » Le nouveau Maître est debout maintenant et un homme debout est symbolisé par le nombre UN.

Le Nombre UN est un symbole unificateur : il tend à unifier les contraires et à réaliser une synthèse des opposés. Le nouveau Maître régénéré est alors censé être capable d’accomplir en lui l’harmonie, l’équilibre et la cohabitation des contraires. Il peut se placer, donc, au Centre de l’Union, et travailler à réunir ce qui est épars. Pour moi mes frères, à ce moment là, le nouveau Maître se trouve dans le point qui constitue le centre du cercle. Le point où se rejoignent tous les processus de retour et de convergence de recherche l’unité. Quand on parle d’unité je pense ce soir aux deux aspects de la dynamique qui est au centre de nous-mêmes en tant que Francs-Maçons la Mort Initiatique et la Vie Initiatique. Je vois, aussi, notre jeune Maître au centre d’une croix, dont chaque branche a deux dimensions : A la verticale : une dimension intellectuelle et une dimension spirituelle. A l’horizontale une dimension philosophique et une dimension social.

Pour moi la philosophie est bien plus qu’un discours théorique. Comme dans la Grèce classique je crois que la philosophie a un aspect vital, existentiel et que c’est un mode de vie. Ainsi sur le plan du Niveau le Franc-maçon a un rôle en société. Dans ce rôle il est censé être animé par la Lumière qui éclaire le Temple. Dans cette dimension horizontale je distingue aussi deux cercles. Un premier constitué par la famille, les amis et la Franc-maçonnerie. Le deuxième formé par l’activité au niveau professionnel, associatif et politique. Chaque frère choisi librement s’il agit dans les deux cercles ou s’il préfère le plus restreint. Celui de la cité n’attire pas forcement tous les Francs-Maçons.

Le travail à la Perpendiculaire, d’autre part, implique une activité en vue de notre transformation. Les rituels du premier et du deuxième degré nous indiquent l’ensemble d’exercices moraux et intellectuels à suivre en vue de notre perfectionnement en tant qu’Initiés Francs-Maçons. Lors de l’Initiation au premier degré les épreuves nous indiquent que les préjuges profanes doivent cesser d’animer notre intellect et que nous sommes censés acquérir des nouvelles habitudes morales, des nouvelles connaissances et renforcer notre volonté. Puis, en tant que Compagnon cette dimension intellectuelle est approfondie par les sujets de méditation des 5 voyages et par le renforcement de notre capacité à : donner à notre raisonnement une limite, à ramener les faits à leurs proportions réelles, à donner aux mots leurs sens propre, à donner aux rapports entre les choses une mesure et enfin à considérer toutes les choses en leur relativité. (Plantagenêt) Dans le troisième degré nous rencontrons les 5 points parfaits de la maîtrise. Le nombre 5 évoque l’homme accompli, ainsi les cinq points sont « parfaits » parce qu’ils unissent la nature humaine et la nature spirituelle du nouveau Maître. Les cinq points peuvent symboliser aussi ce qui permet, aux Maîtres Francs-Maçons, l’articulation à la force qui anime l’Univers et qui nous transcende.

Ce qui nous transcende et la spiritualité dont je vous parle, mes frères, est à faire en dehors de tout contexte ecclésiastique. Religion vient du latin unir, relier. Le sentiment d’union vient du cœur de l’Homme. L’être humain cherche à comprendre et à connaître ce qui le relie à toutes les espèces vivantes et à la création, car il a comprit que tout ce qui l’entoure vit et meure comme lui. Dans nos Rituels dans le travail à la Perpendiculaire, la spiritualité est présente au premier degré avec la Mort symbolique au monde profane et au deuxième degré avec le symbolisme de la lettre G. Pour moi, « la spiritualité » est la mise en action de la partie immatérielle de l’être humain. C’est l’activité de l’ensemble de nos facultés psychiques et intellectuelles. Par conséquent, je considère que la spiritualité d’un Franc-maçon ne peut pas être circonscrite seulement à ce qui est de l’ordre de l’âme en tant que principe immortel subsistant après la mort. Je laisse cela aux théologiens.

La spiritualité d’un Franc-maçon peut être considérée comme humaniste, car nous sommes engagés dans la recherche de la vérité et de la moralité par l'intermédiaire des moyens humains et en solidarité avec l'humanité. La spiritualité maçonnique soutient une morale universelle fondée sur la communauté de la condition humaine. Enfin, elle nous suggère aussi que les solutions aux problèmes sociaux et culturels sont de caractère humain et ne doivent pas être égoïstes. Pour moi un Maître Franc-maçon doit chercher à se dépasser et je trouve, là, le lien avec la transcendance. « La transcendance », est quelque chose de plus qu’un simple phénomène de notre conscience. Elle est ce qui dépasse le subjectif dans notre Conscience. Elle est l’objet vers lequel la Conscience entreprend l’action de faire mieux qu’à l’ordinaire. La transcendance est dans le Vivant et elle est, donc, accessible à l’Homme. Pour moi c’est l’Etoile Flamboyante que nous sommes censés guetter et trouver dans notre propre vie. Et, en tant que Maîtres au centre du cercle. D’autre part, je pense que l’immanence est aussi une dimension humaine et donc liée à la transcendance dans l’Homme. C’est pourquoi je crois que la voie initiatique de la Franc-maçonneries nous permet de trouver le chemin vers la Connaissance qui est immanente en nous. Je crois, aussi, trouver là un des buts de la pratique des nos rituels : la découverte, en nous-mêmes, de ces deux dimensions, sans que cela implique nécessairement l'adhésion à un corpus de croyances religieuses-ecclésiastiques. Par conséquent, je crois que nous pouvons considérer la spiritualité maçonnique comme transcendante et humaniste : sans dogmes ni cultes mais uniquement des règles morales. Nous sommes des laïques ayant pris leur spiritualité en main.

Quand le Compagnon frappe à la porte de la Chambre du Milieu il entre dans un lieu de tristesse et il trouble les Maîtres dans leur deuil. Après le Relèvement la Lumière revient, la douleur des Maîtres s’estompe et le Temple devient resplendissant. Hiram est régénéré dans le nouveau Maître. Pour moi ceci symbolise le travail spirituel à mettre en route au centre de nous même. Et nous trouvons le 1er des 5 points parfaits : le pied droit avancé, symbole de la marche vers un but unique. Je pense qu’à partir du 3ème degré la voie spirituelle est inévitable pour le Maître Franc-maçon qui veut continuer à développer cette dimension de sa Conscience.

La Conscience en tant que force qui permet l’intégration de tous les éléments et structures physiques et psychiques de l’existence de l’être humain. En développant notre Conscience nous pouvons harmoniser non seulement le corps et l’esprit mais aussi les différentes facultés de l’esprit et par conséquent l’immanence et la transcendance présentes dans l’être humain. Sans Loge il n’y a pas de Travail maçonnique, le nouveau chemin qui se présente au nouveau Maître est favorisé par la réflexion collective en Loge en alliance avec nos frères. Nous rencontrons, maintenant, deux autres points parfaits : Le 3ème point parfait : Les mains droites entrelacées, symbole de l’union nos efforts qui tendent vers le même but. Et, le 5ème point : La main gauche sur l’épaule droite qui symbolise l’entraide dans la recherche de la Vérité. Ce chemin ne reste pas moins une voie personnelle, intérieure, silencieuse et nous voilà toujours en plein dans le Secret maçonnique.

Cette voie secrète n’est constituée que par l’éphémère empreint de notre navigation dans l’océan de notre Conscience. Mais à force de persévérance le sens spirituel de la Tradition progressivement finira peut-être par se dévoiler au Maître Franc-maçon. Et, le 2ème point nous apparaît: Le genou droit plié symbole du culte du travail. Mais il s’agit de l’hommage au travail initiatique c'est-à-dire sans la moindre intention d’obtenir une récompense. Cette voie où nous partons à la recherche des choses derrière les formes et au-delà des apparences je crois qu’elle s’accompli dans l’action et la morale et c’est la recherche de la raison d’être de notre Existence.

Enfin, le symbole du 4ème point parfait de la maîtrise se présente à nous : Nos poitrines se touchent et nous partageons nos sentiments à travers nos cœurs spirituels. Ainsi, avec le renforcement de la spiritualité, structure de notre Conscience, animée par des valeurs personnelles et maçonniques ; avec la solidité et la force minérale de la pierre cubique ; placés au centre de nous-mêmes et au centre de l’Union nous pourrons, en tant que Maîtres Francs-Maçons, donner un dynamisme « autre » à notre comportement en Loge à notre agir à l’extérieur du Temple et à notre modeste contribution personnelle «…au perfectionnement intellectuel et social de l’Humanité ».

J’ai dit, V.M.

Source : www.ledifice.net

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Citation de René Désaguliers

12 Février 2013 , Rédigé par René Désaguliers Publié dans #Rites et rituels

Le régime Ecossais rectifié ne saurait être considéré comme un rite maçonnique ordinaire. Seul sans doute de son espèce, c’est un rite de pensée, de pensée spirituelle et théosophique. C’est délibérément que les fondateurs – et entre tous J.B. Willermozont tenté sur le tronc vigoureux mais désordonné et creux de la Maçonnerie française du XVIIIe siècle la pensée mystique et théurgique de Martines de Pasqually. Par cet acte, le devenir d’une partie de la FM s’est trouvé engagé dans une voie différente, difficile, mais ô combien exaltante. C’est un fait historique qu’il faut reconnaitre. C’est une donnée de la Maçonnerie française qu’il est dangereux, surtout lorsqu’on prétend appartenir à ce régime, de méconnaitre. Que s’écartent ceux qui s’indignent ou s’effraient. Que les autres cherchent, travaillent et méditent.

René Désaguliers, Renaissance Traditionnelle, n°10, avril 1961.

Source : http://initiationetvoyages.wordpress.com/tag/rer/

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Willermoz et Cagliostro

12 Février 2013 , Rédigé par A.Joly Publié dans #histoire de la FM

« Willermoz a conté ses entrevues avec Cagliostro à Charles de Hesse (Lettre du 6 au 8 novembre 1784. (« Il venait dans le désir d'établir le rite égyptien en France et son chef-lieu à Lyon. Il avait jeté les yeux pour cela sur la Loge de la Bienfaisance de Lyon ») ; il en fit part aussi, d'une façon plus officielle, au duc d'Havré de Croy, le 13 décembre 1785 (Lyon, ms. 5458, pièce 11). Ils eurent ensemble quatre entretiens longs et graves, dont le dernier ne dura pas moins de cinq heures. La dernière conversation porta sur la nature de Jésus-Christ. « Il parut, écrit Willermoz, embarrassé et hésita. Il termina cependant par déclarer que Jésus-Christ n'est pas Dieu, qu'il était seulement fils de Dieu, comme lui Cagliostro, et un philosophe. Je lui demandai comment donc il expliquait tels et tels passages de l'Évangile qu'il avait nommés quelquefois. Il prétendit que tous ces versets étaient faux et ajoutés au texte. Il me demanda à son tour quelle était ma croyance sur ce point. Je lui fis ma profession de foi. » (Willermoz, Lettre à Ch. de Hesse, 8, 9 novembre 1784).L'aventurier sentit que la partie était perdue. Mais il était homme à chercher avantage même d'une défaite. Celle-là lui permettait de revenir sur ses embarrassantes promesses. Il allégua qu'étant donnée cette différence de croyance, il lui était impossible de donner aucune preuve de son pouvoir. À quoi l'autre répliqua qu'une différence d'opinion n'empêchait pas les faits. Cagliostro persista dans son refus. Willermoz fit remarquer que c'était manquer à la parole donnée. Cagliostro prétendit qu'on la lui avait extorquée. Willermoz se fâcha devant une mauvaise foi aussi impudente." (A. Joly, Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie, 1730-1824, Protat Frères, 1938, pp. 209- 211).

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Lettre de JB Willermoz au Duc de Havré et de Croy (1785)

11 Février 2013 , Rédigé par JBW Publié dans #histoire de la FM

MS fg 5.458 Page 11 bibliothèque de lyon

Lettre du F :. Willermoz ainé, membre du directoire écossais d’auvergne séant à Lyon, et chancelier général du ressort provincial, au TRF Duc De Havré et de Croy grand maître provincial du ressort et vénérable maître de la respectable loge de la bienfaisance à l’orient de paris ; l’an de la vrai lumière le 13 décembre 5785. A Lyon  

TRF

C’est depuis dix jours seulement que j’ai reçu la lettre daté du 25 gbre dernier que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser pour le directoire. J’y ai présenté aussitôt les divers objets mentionné dans votre lettre et sur lesquels vous désirez connaitre sa manière de pensée.

La séance a été employée plutôt en examen et réflexions sur les questions proposées qu’en délibération positive. C’est la substance de ces réflexions que je suis chargé de vous présenter T.R.F.

Le directoire n’a point été étonné de voir par ces à coté de vos propositions, le vif intérêt que vous paraissez prendre a la satisfaction de la respectable loge que vous présidez et celle de tous ses en particulier ; mais comme vous avez donné constamment en toute occasion des preuves non équivoques de votre zèle et de votre attachement pour le Régime rectifié et pour le maintien des lois qui peuvent rendre ce régime particulièrement utile à tous ses membres successivement, le Directoire se flatte que son illustre Maître Provincial ne désapprouvera pas pour l’accomplissement d’un but si important il soit sur quelques uns des points proposés d’un avis différent de celui du Vénérable Maître de la Respectable loge de la bienfaisance à paris.

Les réflexions du Directoire ont eu pour base la connaissance de l’esprit du régime rectifié ; connaissance qui vous est trop familière pour avoir besoin d’être rappelée ici, puisque ce ne serait qu’au nom d’un corps dont vous êtes le chef et l’organe ; et si je le fais, c’est plutôt pour ceux à qui vous jugerez à propos dans un temps ou dans l’autre de le faire connaitre, afin qu’ils voient alors que c’est moins votre opinion que celle du corps entier,  que vous lui présenterez.

Le Régime rectifié a un but général qui lui est commun avec tous les autres régimes maçonniques. Ce but est le point de ralliement de tous les régimes : voila pourquoi il y a entre les uns et les autres des rapports respectifs. Mais ce but n’est pas exclusif : il est même le moindre, car il n’explique ni les symboles ni les emblèmes maçonniques, qui cependant doivent être un jour expliqués dans leurs vérités ;  et tous les régimes qui n’ont pas les lumières nécessaires pour les expliquer ainsi à ceux dont le temps est venu, sont des régimes arbitraires qui ne sont point dans la vérité maçonnique.

Ce n’est point à nous à juger aucun cas ces régimes, mais nous pouvons dire avec confiance que c’est aux fruits qu’ils portent eux même, et à ceux qu’ils font produire dans leur sein que tout homme réfléchi pourra fort aisément les juger .On est aussi fondé à juger que tout homme qui porte le titre de maçon, s’il ne manifeste pas en lui les fruits de la vérité, n’est pas dans un régime vrai, ou est, quel qu’il soit, indigne d’y être.

Le but de bienfaisance tout louable qu’il est, n’exigeant par lui-même ni mystère ni serment et n’expliquant rien, ne peut être le vrai but de l’initiation maçonnique.

Le régime rectifié a un but plus essentiel celui de former des hommes vertueux qui le soient non par pure spéculation, comme cela arrive si souvent mais d’une manière active qui les rende capables de connaître ensuite et quand il plaira à Dieu, tout ce qui peut faire ou commencer ici bas le vrai bonheur de l’homme. Ainsi il admet dans les loges tous les hommes vertueux et tous ceux qui désirent de bonne foi de le devenir, pour leur en procurer en leur temps  les fruits.

Mais tous ceux qui ne se rangent eux même par l’effet d’une volonté propre et ferme dans l’une de ses classes, y sont déplacés et ne doivent point être étonné de si voir oubliés, jusqu’à ce qu’ils soient élevés eux même convenablement.

Quoiqu’il soit interdit dans le régime rectifié comme dans tous les autres, de se livrer dans nos assemblées à aucune discussion dogmatique il n’en est pas moins vrai que le régime ne reconnait pas de véritable vertu, si elle n’est fondée sur les bases sacrées de la religion et comme aussi il n’y a pas deux religions vraies le Sérénissime Grand Maître général de l’ordre rectifié eut raison d’inscrire dans sa lettre circulaire de 1779 ces paroles remarquables

Et qui dit un vrai Maçon,

Dit un vrai chrétien.

 Car ces deux titres sont inséparables dans la vraie et primitive institution maçonnerie qui a été si fort défigurée par tous.

Ces principes dont je viens de faire une exposition sommaire, et qui seront mieux développés dans le nouveau code des règlements maçonniques, qui paraîtra (j’espère) dans le courant de l’année prochaine, sont l’unique et inviolable base de toutes les opérations du Directoire général du ressort provincial, soit pour les délibération journalières, soit pour les constitutions des nouveaux établissement maçonniques, et l’avancement des F.F. dans les hauts grades du régime, comme il ne marche jamais que tenant à la main une règle positive, qui manque presque partout ailleurs, il est moins exposé à errer qu’on ne l’est ailleurs, ou l’arbitraire suppléé forcement au défaut de loi positive. Il ne pourrait s’écarter de la sienne sans s’exposer au danger de manquer le but, et s’il le manquait devenu par la indigne du dépôt de lumière qui lui est confié pour préparer successivement le bien de tous, ce dépôt lui serait bientôt retiré, et il mériterait dès lors le reproche juste et amer de tous ceux qui entrant successivement dans la même carrière, se verraient privés de la portion de lumière qui leur était destinée et qu’ils devraient recevoir par lui.

Car se sont les grades les plus élevés sans les instructions qui les accompagnent et qui les expliquent et qui ne se trouvent pas partout ? Voila la cause de cette inflexibilité qu’on a tenté quelque fois de reprocher au régime, et pour lui au Directoire, qui uni a son chef provincial, en est l’organe, lorsqu’il a résisté à des considérations particulières ou locales, qui paraissent être d’un grand poids aux yeux de chaque prétendant, mais qui n’étaient rien aux yeux d’une administration éclairée, qui ne doit considérer dans l’homme prétendant , quelque décoré qu’il puisse être, que l’homme même, tel qu’il est aux yeux de la divinité.

L’administration Directoriale vient d’en faire dans le courant de cette l’année, une pénible expérience envers un illustrissime frère déjà très avancé dans les hauts grades du régime, et frère d’un roi régnant actuellement en Europe, qui présumant que le régime possédait des lumières essentielles qui ne sont pas ailleurs, demandant un aveu sur ce point et s’il pouvait y participer, elle eut le courage et dut l’avoir de lui dire verbalement par ses députés qu’elles existaient, mais qu’il ne pouvait pas y participer, parce qu’il y avait en lui des défauts personnels qui y mettaient obstacle ; qu’il devait travailler à les détruire, que lorsqu’il y aurait réussi , on lui offrirait ce qu’il désirait actuellement s’il y était destiné ; mais qu’il ne devait pas le demander, avant qu’on le lui offrit. On a aujourd’hui la satisfaction d’apprendre qu’il y travaille sérieusement.

Il y a bien des régimes différents dans la maçonnerie, on peut cependant la réduire à quatre classes principales.

Il y en a de bons (c'est-à-dire) les régimes qui dirigent les maçons vers un vrai but, bon et essentiel, qui est le seul fondamental, tel est le régime rectifié, qui est peut-être aujourd’hui le seul de cette classe.

Il y en a des nuls, c'est-à-dire, qui n’ont ni vices ni systèmes dangereux, mais aussi qui manquent de tous moyens et lumières nécessaires pour conduire les maçons au vrai but fondamental ;  tel sont le régime national français et peut-être aussi tous les régimes nationaux.

Il y en a d’illusoires et dangereux : illusoires en ce qu’ils ne peuvent donner, dangereux en ce qu’ils excitent la cupidité et la curiosité pour le merveilleux, et comme il y a plus de Maçons curieux que de vraiment vertueux, ils détournent la multitude du gout et de la recherche du vrai but fondamental.

Enfin il y en a qui sont essentiellement mauvais et corrompus ; mais heureusement le nombre en est rare,  surtout en Europe, où ce régime existe plutôt chez des individus pervertis que dans des sociétés entières.

Le régime que Cagliostro a voulu établir en France,  sous le nom de rit Egyptien,  est mixte et participe aux deux dernières classes. Il est illusoire et trompeur en plusieurs points sur lesquels il veut s’en faire « accroire » ; dangereux et mauvais en quelques autres qui pourraient avoir plus de réalité, mais heureusement pour ses sectateurs, le moderne instituteur de ce régime mixte, n’est pas assez savant en cette partie,  pour le rendre aussi mauvais qu’il aurait pu le devenir entre ses mains, et la Divine providence, qui veille au bien des humains, en a arrêté les progrès dés sa naissance. Je puis parler pertinemment de cet homme et de ses principes.

 Arrivé à Lyon en octobre 1784, il avait projeté d’empoisonner le Régime Rectifié, par le Directoire de Lyon, dont il me savait membre, en m’offrant de m’établir personnellement dépositaire général de tout son savoir et de tous ses secrets, si je voulais favoriser la propagation de son régime.

Je ne m’en défiais encore aucunement parce qu’il m’avait fait inviter le lendemain de son arrivée, sous un nom qui m’était inconnu, ce qui donna lieu à plusieurs longues conférences, après lesqu’elles ayant reconnu les dangers et la perversité de ses principes, je lui tournai le dos en l’assurant qu’il ne me verrait plus.

D’après cet exposé sommaire, il est aisé de conclure que les loges réunies n’ont rien à gagner hors de leur propre régime, qu’elles ne peuvent que s’affaiblir en contractant trop d’affinité avec les régimes nuls, et qu’elles ne peuvent que perdre avec les autres, mais comme il existe un traité d’union entre les Directoires de France et le grand Orient de France , le Directoire ne veut y mettre aucun obstacle, mais ceux qui fréquentent les loges françaises n’ont pas encore bien senti la différence.

L’on ne peut recevoir les hauts grades que là où il y a Régence Ecossaise, or  il n’y a encore à Paris, ni collège, ni Régence, il faut donc se transporter où il y en a et plus on différera de s’y transporter jusqu'à ce que le nombre soit complet, plus aussi on retardera la formation de ses collèges, et de la Régence Ecossaise à Paris.

Les hommes s’accoutument à se créer des obstacles factices, comme ils se créent des besoins factices. Mais si tous ceux qui sont dignes des hauts grades ne sont pas assez  libres pour se déplacer, il convient que ceux qui sont plus libres le fassent les premiers ; c’est toujours un acheminement pour la formation de l’ensemble.

Signé   Willermoz

Chancelier Général du Ressort Provincial  

Transcription d’après original Olivier Kummer

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Jean-Baptiste Willermoz et les visions de Mademoiselle Rochette, 22 avril 1785

11 Février 2013 , Rédigé par Marjorie Larquey Publié dans #histoire de la FM

En 1785, Jean-Baptiste Willermoz décrivait Lyon comme « l’un des principaux centre de l’illuminisme et des sociétés secrètes, le confluent de tous les rites ». Lui-même a fortement contribué à la construction de l'imaginaire magique et mystérieux attaché à la ville. Né en 1730 dans le quartier de Saint-Nizier à Lyon, ce mystique a joué un rôle clé dans la constitution du système des hauts grades maçonniques. A vingt ans déjà, J.B. Willermoz entre dans sa première loge et poursuit dès lors l’œuvre maçonnique jusqu’à sa mort. Lyon est réputée comme étant le berceau des sciences occultes grâce aux nombreuses figures emblématiques qui y ont vécu tout en y inscrivant leurs rites. On compte parmi eux Cagliostro qui fit de l’ombre à J.B. Willermoz : se démarquant par son rite égyptien, il fonda la loge de La Sagesse Triomphante dont il fut le Grand Cophte. Elle fut le théâtre d’apparitions énigmatiques qui échauffèrent les esprits.

Parallèlement à l’éparpillement des sociétés secrètes, Lyon est touchée par l’influence du magnétisme animal dont F.A. Mesmer est le fondateur. Selon lui, l’univers baigne dans un fluide magnétique permettant la propagation de courants d’énergie qui pénètrent tous les corps vivants ; la santé ou les maux de chacun sont liés à des déséquilibres de ce fluide dont il est nécessaire de contrôler la circulation harmonieuse. C’est dans ce contexte de l’apogée du mesmérisme que ces sociétés mystiques expérimentent une nouvelle pratique, celle du somnambulisme magnétique, fondé par le marquis de Puységur. Selon cette méthode, un médecin, par le magnétisme, plongeait dans un état de sommeil une jeune femme – naturellement plus sensible disait-on. En raison de ses vertus thérapeutiques, le somnambulisme magnétique était prescrit pour soigner et traiter les maux les plus persistants. Ses adeptes, insérés dans des courants spiritualistes issus de l’illuminisme et des mouvements théosophiques, s’intéressèrent aussi aux propriétés du somnambulisme. Ils étaient en quête d’un message divin, de signes de l’au-delà. Ces somnambules devinrent en leurs mains d’étranges outils théologiques, des instruments aptes répondre aux questions métaphysiques.

Le 8 novembre 1784, Willermoz écrit : « Il s’est formé à Lyon une société magnétisante sur des principes plus harmonieux et plus certains que ceux de M. Mesmer ». Il s’agit de La Concorde, société dans laquelle une douzaine de francs-maçons travaillaient à la guérison d’autrui. Dès l’automne 1784, quatre jeunes filles, dont Jeanne Rochette, furent présentées à La Concorde pour y recevoir des soins.

Tout commença pour cette jeune femme lorsque la famille Sabots de Pizay l’emmena prendre les eaux du Mont Dore, pour la soigner de ses crises nerveuses, en même temps que leur fils qui souffrait du cœur. Ce dernier mourut en octobre 1784 et Mme de Pizay n’eut pas d’autre choix que de mettre la jeune femme entre de meilleures mains pour la guérir par cure magnétique. Dans un premier temps, Jeanne Rochette fut confiée au doyen du chapitre de Saint-Jean, le comte Castellas, qui la magnétisa dès le 6 novembre 1784. Peu après, l’histoire de la demoiselle prit soudainement une nouvelle tournure. Dès février 1785, d’après les témoins qui eurent la possibilité de l’observer, la somnambule aurait eu des sommeils « plus tranquilles et plus intéressants » dans la mesure où ils commencèrent à « fixer l’attention sur divers objets dont elle avait vaguement la vision » précise Willermoz. Ce dernier fut alors convié aux crises et décida de prendre en note les « sommeils » de Mlle Rochette – dont le nom est ici raturé – durant deux ans, de mars 1785 à août 1787. Bien qu’irrégulières, les séances furent toutes retranscrites méticuleusement, constituant ainsi « onze cayers », consultables à la Bibliothèque Municipale de Lyon. Seul un petit groupe d’élus pouvait participer aux crises somnambuliques ; on compte parmi eux J.B Willermoz et son frère, le médecin Pierre-Jacques Willermoz. Ce docteur en médecine de la faculté de Montpellier avait remporté un concours de chimie en 1761. Bien que ses capacités scientifiques aient été largement prouvées, il s'intéressa tout de même aux questions paranormales. Pour les autres spectateurs, l’occasion d’assister aux séances se fit plus rare ; ils devaient présenter une requête précise, soumise à l’accord de Jeanne Rochette. C’est de cette manière que « Mme Pizay mère » eut le droit de participer à la séance du 22 avril 1785, en raison de la mort récente de son fils.

Les récits de ses sommeils étaient assez décousus et farfelus. S’y mêlaient aussi bien des éléments de la vie réelle que des entités de l’au-delà. Le sommeil du 22 avril 1785 en est un parfait exemple. La visionnaire voit en apparition des anges et des saints, côtoyant les proches de ceux qui l’observent. Les parents, les membres de la famille, les disparus, les amis morts des personnes présentes aux crises somnambuliques occupent les sommeils de Jeanne Rochette. La somnambule évoque d’ailleurs le cadavre du jeune Sabot de Pizay, qu’elle aperçoit suspendu. Elle voit les proches de son entourage entourés de flammes, comme l’oncle de J.B. Willermoz, mais elle peut tout aussi bien les voir baignés de lumière. Elle les dit « délivrés », comme la mère de J.B. Willermoz, ou encore dans le tourment.

Pour assister aux sommeils, une condition était nécessaire, voire indispensable et Jeanne Rochette était intransigeante à ce sujet. La somnambule devait pouvoir faire entièrement confiance aux témoins. Plus qu’un futile caprice, la confiance avait, d’après elle, un impact direct sur la qualité de ses sommeils et par conséquent de ses révélations. La jeune femme fait référence deux fois à cette notion de confiance le 22 avril. Elle explique qu’elle a été limitée dans ses visions parce que Mme de Pizay et le médecin Willermoz ont manqué de confiance. A l’inverse, elle affirme à J.B. Willermoz qu’elle a pu lui faire part de ce qui se passait entre ce dernier et sa mère, parce qu’il a pleinement eu confiance en elle .

D’après J.B. Willermoz, il s'agit de bien plus qu’un récit fantastique où cohabitent le réel et le mystique et dans lequel se déroulent des événements curieux : la visionnaire aurait vraiment un don de clairvoyance. Le magnétiseur raconte lui-même que la somnambule lui a assurément prédit des événements qui avaient eu lieu entre sa mère et lui. Finalement, plus qu’un simple rôle de visionnaire, Jeanne Rochette revêt un nouveau statut : celui d’un oracle délivrant un enseignement spirituel.

En raison du succès qu’elle suscite auprès de ses élus, de leur écoute attentive et obéissance suprême, Jeanne Rochette acquiert un certain aplomb et devient une sorte d’intercesseur entre les vivants et les morts. La somnambule délivre une instruction morale, une initiation à ses assistants. Dès avril 1785, elle se présente comme investie de la mission de ramener ces hommes à Dieu. Au fur et à mesure des séances, une doctrine sur le somnambulisme magnétique semble se constituer par les recommandations que fait la jeune femme durant ses sommeils. Elle établit une sorte de code, de règles à respecter et, devenant très exigeante, elle demande une participation active au groupe de disciples qui s’est formé autour d’elle, notamment la prière pour les morts. Dans sa relation aux personnes qui la magnétisent ou l’observent, on constate qu’elle s’attribue les mêmes fonctions qu’un prêtre : elle conseille, bénit, et remet même les fautes, ou plutôt annonce le pardon au nom des saints patrons.

Source : http://atelier-histoire.ens-lyon.fr/AtelierHistoire/episodes/view/46

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Moi, le Franc-Maçon et le Chômage

10 Février 2013 , Rédigé par G.L Publié dans #Planches

Que peut-on développer sur un sujet aussi grave ? Déjà dans le monde profane, c’est très dur à vivre. Je compare ceci à une vaste gare S N C F dont le parvis serait un espace ménagé devant la porte d’un labyrinthe insondable : « la descente aux enfers ».
Tu rentres dans le royaume de « Hadès » ? L’invisible, selon une étymologie douteuse, est, chez les Grecs, le Dieu des morts. Cela se retrouve bien dans le monde profane. Pour la majorité des gens tu es Mort, tu ne peux plus apporter. Tu es une chose inutile, le petit grain de sable qui dérange leur petite vie. Je crois rêver parfois des propos que l’ont me tient. Ça relève du plus grand guignol, de l’oscar des plus grands imbéciles imbus de leur petite personne. Comme les anciens, ils ont peur. Tu es le pestiféré. Une fois rentré dans ce cycle, nul n’ose plus prononcer ton nom, de crainte d’exciter ta colère, car dans leur inconscient, tu es Hadès ? Ou autre ? Et ils préfèrent alors te le faire paraître autrement, te donner un surnom ami. Affreuse dérision plutôt qu’euphémisme, pour désigner l’Ami d’avant, le compagnon de sorties, d’agapes, de conseil, « lui bien sûr, aller le voir, il va tout faire, il connaît, sans problème, l’homme qui sait ». La dérision devient macabre quand on met entre les bras de Pluton une corne d’abondance. En symbolique, toutefois, le souterrain est le lieu de riches gisements, des métamorphoses, des passages de la mort à la vie de germination.

Mais que peut-on faire contre ces gens là disait un grand Poète. Sont-ils des Héliotropes de mauvais augures, symboles de la lumière mobile, végétaux solaires ? Puisent-ils leurs bêtises intellectuelles en permanence dans la face noire du soleil ? Au contraire de cette plante, qui symbolise l’attitude de l’âme qui tourne continuellement son regard et sa pensée vers l’être aimé, pour le soutenir, le guider, vers une présence contemplative et unitive. Fleur solaire elle chante, selon Proclus, la louange du chef de la série divine à laquelle appartiennent louanges spirituelles et louanges raisonnables ou physiques ou sensibles. Pour Proclus, l’Héliotrope, en sa couleur de ciel, prie parce qu’il se tourne toujours, en une insigne fidélité, vers son seigneur. (Corbin cite : « Chaque être connaît le mode de prière et de glorification qui lui est propre ».)

Pourquoi vos amis, du jour au lendemain, se retournent-il ainsi ? Je voudrais savoir de ce qui leur fait peur en vous, que représente pour ces gens là le mot le CHOMEUR ?... LES NOUVEAUX BANNIS DE CETTE FIN DE SIECLE.
Ne savent-ils pas que du jour au lendemain, ils peuvent être à votre place ? Sauf certains privilégiés. Ne voulant pas entamer de polémiques, je ne citerai personne. Il y a deux catégories en France ceux qui sont obligés de « la fermer », et ceux qui peuvent « gueuler » en ne risquant rien pour leur job, et c’est bien souvent dans cette catégorie de gens que se trouvent vos grands amis ?? Dommage pour ces personnes ! Elles ne connaissent rien de la vie : ni les files à l’ANPE, ni les longues attentes aux Assedic, ni les papiers qui ne vont jamais, ni la virgule que vous avez oubliée de mettre à la bonne place, ni votre gueule, ce jour là, qui ne revient pas, ni vos habits qui commencent à reluire à force de les mettre, ni les chaussures qui vous entrecroisent les pieds en passant devant un cordonnier par honte, ni le regard soupçonneux des gens qui vous croisent dans la rue. En fait, vous avez en permanence accroché au dos un warning, comme les pauvres lépreux du Moyen Age qui avaient une cloche. Comment pouvez-vous vivre avec en moyenne 2 400f par mois quand vous êtes chômeur de longue durée et âgé ? De ce fait, il y a deux sortes de personnes : ceux qui ont et qui regardent toujours en l’air ceux qui tirent la langue. Les premiers forment donc un microcosme. Gallien affirmait : « des anciens versés dans l’étude de la nature disent que le vivant est comme un microcosme » et dans les très riches heures du Duc de Berry, la planche intitulée « l’homme anatomique » montre la correspondance qui existe entre les douze constellations du zodiaque et les différents membres du corps humain. Le corps humain est un petit monde ou microcosme pour trois raisons.

La vérité
D’abord parce que les divers éléments constitutifs du cosmos (axe polaire - ourses célestes -constellations zodiacales et arctiques, quatre points cardinaux, cycles naturels et en particulier ceux du soleil, enfin sept planètes errantes, constellations australes et étoiles filantes) symbolisent traditionnellement des éléments ayant un rapport étroit avec la nature de l’homme, que ces éléments soient d’ordre ontologique, éthique ou psychologique, Diodore de Sicile a souligné la correspondance qui existe entre la symbolique cosmique et l’Homme. La réalité compte les cinq parties élémentaires dont nous avons déjà parlé : le souffle, le feu, le sec, et encore l’humide et enfin l’air. De même que chez l’homme nous comptons la tête (je crois que ces gens ne l’ont pas ou alors il leur manque les yeux et le cerveau) ; les mains (dans les poches quant ils vous croisent) ; les pieds (pour marcher plus vite) et les autres parties, d’une manière identique, le corps du Monde. Pauvres gens ! Je crois que là-haut, les portes ne seront que trop petites pour les laisser passer tous.

Ensuite, parce que comme l’indiqua Platon dans sa conception de l’apprentissage philosophique comme acte de mémoire, les mystères spirituels se trouvent ontologiquement inscrits comme des traces dans le corps humain (c’est à dire dans la sensibilité), à qui il suffit de se les remémorer pour en prendre conscience. Comme l’affirmait d’expérience, par conséquent avec raison, Don Juan Matus : « Toutes les facultés, les possibilités et les réalisations de la sorcellerie, des plus simples aux plus ahurissantes, étaient dans le corps humain lui même ».

Enfin, parce que c’est dans les phénomènes naturels, liés aux fonctions et à la vie de son propre corps, que tout être humain « Homme et Femme » peut découvrir, par analogie, les divers mystères ontologiques, éthiques et psychologiques en question.
Je ne crois pas qu’une certaine couche de la société bénéficie de cet apport de qualités, sinon nous les chômeurs ne serions pas traités de la sorte, avec tant de dédain. Combien de fois serions nous morts devant certains regards ! Il faudrait pourtant faire quelque chose, de la rééducation de l’âme. Les forcer une fois par mois à aller au restau du cœur pour voir la vie de tous les jours, parler à ces gens que leur regard ne croise jamais. Il doit y avoir une solution à ce problème mais je croie qu’ils ne pensent qu’à leur portefeuille. Il faudrait les passer au miroir.
Mais pas n’importe quel miroir, car pour voir le côté obscur de leur âme, il faut un vrai traitement de choc. Quelque chose qui les bouscule. Il faut faire peur. Mettre leur nez dedans. Leur faire toucher de toute la main, pourquoi pas des deux, la Misère que cela engendre, tant au point de vue physique de l’individu, que de son âme. Voir la détresse morale qui peu à peu vous envahi et vous terrasse totalement, vous fait perdre toute notion de la vie. En fait pour ces gens là, nous sommes la 4ème dimension ; des ectoplasmes surréalistes. Mais le plus dramatique dans tout ceci, c’est qu’ils en redemandent. Quoi de plus naturel de parader devant la télévision, en disant bien fort : « il faut faire ceci, cela. Je suis prêt à m’engager. » Il faut que cette situation cesse. Tout cela est inadmissible. Nous rentrons en l’an 2000 ? ? 3.000.000 de chômeurs ! Ah ces pauvres gens ! Bande de lâches. Paroles, paroles ! De toute façon, eux, ils ne tournent pas la tête devant une vitrine ; ils rentrent. Faudra-t-il rééditer 1789 ? Après tout pourquoi pas. Peut-être que cela leur apprendra à vivre un certain temps.

Mais en France, un problème demeure l’égoïsme individualisé, les castes, les corporations etc.… ?
Comment peut-on vivre avec tant d’égoïsme ? En soi, il faudrait que le miroir fasse son office. Mais sont-ils à même de comprendre le sens réel de ce symbole ? Mais quel miroir ? Une seule image, deux images, trois images ?
Pourtant dans le miroir se trouve beaucoup de choses : la Vaniteuse, la Déesse Amaterasu, l’Amour, la Prudence, la Connaissance de ses Vertus, le rendu à chacun de son dû, l’analyse de soi, sa réelle personnalité. Mais je crois qu’il faudra énormément de travail pour que leur image, se reflète avec une bonne aura. Car la signification des miroirs, par-delà leur fonction propre, provient de l’ancienne croyance selon laquelle l’image et son modèle sont liés par une correspondance magique. Les miroirs peuvent, par conséquent, retenir l’âme ou la force vitale de la personne qui s’y réfléchit ; c’est pourquoi on recommande, dans les coutumes populaires, de recouvrir les miroirs à la mort d’une personne pour ne point retenir son âme.
Ont-ils une âme ? Là est la question ???? Je crois plutôt que, comme les démons et les êtres surnaturels accompagnés de leur Bêtise, ils n’ont pas de reflet. Seul, peut être, celui de la bêtise vaniteuse. Pour ne pas dire autre chose de plus explicite et bien placé à leur encontre.

Eux, incarnations diaboliques, ne peuvent supporter leur propre image et meurent lorsqu’il leur arrive de se regarder. Mais malgré tout, les miroirs sont également des amulettes qui protègent des êtres et des forces sataniques. A l’origine, cette conception était rattachée à la surface de l’eau, qui servait aussi de moyen de divination, car elle semblait mettre en évidence une sorte d’anti-monde. C’est à dire nous les chômeurs. Je pense que côte à côte regardant la surface de l’eau, nous pourrions avoir deux visions différentes de la vie. L’une, où apparaissent des choses étranges non demandées, souvent plus étranges et plus profitables que celles que nous désirons contempler. Vont-ils comprendre la signification du reflet ou bien ne pas voir l’autre vision, celle de la vraie vie, celle que moi je vois dans le miroir : le dur combat permanent de chaque jour, du matin au soir. L’angoisse quasi permanente qui vous ronge comme une maladie insurmontable. La peur au quotidien qui vous tenaille les tripes. Le néant qui règne dans votre âme la question lancinante qui revient toujours. Vais-je pouvoir lutter ce jour ? Combien de fois faut-il se battre contre soi même ? Ça ils ne peuvent pas tout simplement l’effleurer au moins une fois. Pauvres gens ! Combien de fois passerez-vous à coté de la vraie richesse humaine ? Cela fait peur l’exclusion, la mise à l’index. Il me semble pourtant que l’Histoire a déjà frappé durement des êtres qui ne demandaient qu’à survivre dans l’Honneur tout simplement.

Sont-ils comme Frodon, le héros porteur de l’anneau qui vit au fond d’un ruisseau, dans une vallée sombre du pays de Lothorien, se former l’œil unique qui allait lui permettre dans une révélation terrifiante de tout savoir. Je pose la question : savoir quoi ? La Vérité Divine, la Science infuse, le pouvoir de diriger le monde, le pouvoir de vous marcher sur le corps, au sens propre et au sens figuré. Peut être que le miroir revêt pour eux une signification particulière comme dans la tradition Shinto. Attribut de la déesse du soleil Amaterasu, conservé dans le sanctuaire d’Ise où il demeure protégé des simples mortels. Fleur de lotus à huit pétales. Sont-ils intronisés à la naissance avec cet emblème à la main ? Croient-ils accéder au trône de la Vérité ? Mais selon une tradition que l’on ne peut vérifier, il porterait l’équivalent de l’inscription hébraïque de la révélation divine : « Je suis Celui qui Suis » cela veut tout dire.

Sont-ils comme Dionysos, le Dieu qui s’étant regardé et ayant contemplé sa propre image, se mit à créer la pluralité. Le reflet de ces gens là est donc le mode par lequel ils s’expriment dans l’apparence. Proclus précise d’ailleurs que les théologiens anciens ont proposé le miroir comme symbole de la conformité à la perfection intellectuelle de l’univers. C’est en tant que tel qu’il est repris par ces gens là.

Pourtant le miroir évoque le cycle de l’œuvre alchimique. A Notre Dame de Paris, l’initiateur présente d’une main un miroir et de l’autre la Corne d’Abondance. Tandis qu’à ses côtés, se voit l’arbre de Vie. Pourtant malgré leurs soit disant connaissances est ce qu’ils Savent que la matière première que l’homme doit élire pour commencer le Grand œuvre est appelé miroir de l’Art, parce qu’elle enseigne la composition des métaux dans les veines de la terre.
Le miroir marque donc le début pour eux du travail de leur esprit, pour essayer de retrouver ce que la nature a enfoui dans la plus profonde face sombre cachée de leur âme. Eux seraient plutôt du courant hermétiste, qui veut spiritualiser les corps et corporifier les esprits ; qui offre plutôt, quant à lui, l’idée d’un miroir double, composant l’invisible à partir du visible, de façon à faire apparaître ce qui est occulte et caché, dit Hermès dans les Sept Chapitres. C’est une réflexion réciproque entre le ciel et la terre, le corps et l’âme, l’esprit, la nature et Dieu, qui est ici proposée. Ramenant l’idée de la Création à celle de Connaissance. Les Soufis retrouvent une conception largement identique lorsqu’ils comparent l’Univers à un ensemble de miroirs dans lesquels l’essence infinie se contemple sous de multiples formes ou qui reflètent à divers degrés l’irradiation de l’Etre Unique. Se pourrait-il que ces gens là, se croient investis d’une mission divine, part rapport à nous les « sans » ? Je pose la question ?

Sont-ils à ce point barbaresques, aveugles, imbus de MOI, le seul mot qui est un sens pour eux. Ne faudrait-il pas leur faire retrouver la clé spéculative qui permet de réintégrer toutes les dualités existantes dans l’Unité de l’Essences Spirituelle, pour qu’ils puissent ouvrir les yeux sur la misère qu’ils peuvent engendrer. « Dans le tableau ou la vision de Dieu », ils pourraient se servir de cette leçon : « Nourris-moi de ton regard, Seigneur, et enseigne-moi comment ton regard voit tout : ce qui est invisible et ce qui est visible », la misère, l’âme morte que nous portons en nous car la solitude, l’effet d’être un fantôme de la vie devient vite un très lourd chariot à traîner ; et il arrive très souvent que les roues se cassent, pratiquement toujours, et là, pas de mains charitables ! « Et tout acte de la vision et toute puissance voyante de toute puissance visible et tout ce qui relève de ces formes de voir, puisque voir, pour toi c’est être la cause de ce qui est ».

Encore faut-il que la question soit posée : ne pas le faire, c’est implicitement reconnaître. D’une certaine façon, c’est ce que nous expliquons quand nous disons qu’avec Tout ceci, correspond, de fait, à ce que l’on peut appeler LA MISERE.
Donc la philosophie de ce qu’on a appelé : « philosophie des miroirs » consiste finalement dans l’unicité même du principe où, par derrière les effets de miroir, se révèle une même chose que de voir, d’être vu et d’exercer la vision. Au-delà des mots et des formules et slogans, moult problèmes sont posés Tout cela est loin d’être anodin Ceux qui souffrent eux-mêmes de ce conflit lancent leurs appels pour que cesse cette mascarade.
Faut-il leur rappeler la symbolique du travail, après lequel nous aspirons ? N’est ce pas de la dignité que nous recherchons à leurs yeux ? Sommes-nous vraiment des parias de l’humanité ? Et ceci est valable pour des initiés qui osent se nommer ainsi ! Comme pour des profanes, qui eux au moins ont une excuse.
Je vais donc là rappeler le symbole du travail.

Dans les idées et le langage de la # FRANC-MACONNNERIE #, le travail est un concept d’une dimension symbolique particulière. Il désigne la participation des loges à l’édification du « TEMPLE » de la philanthropie universelle ou temple de l’humanité. Le Maître allume tout d’abord la bougie située sur la colonne de la Sagesse en disant que la Sagesse dirige ces travaux. Ce sur quoi le Premier et le Deuxième surveillants allument les autres Lumières et déclarent que la Force les guide et que la Beauté les achève. Ce travail des loges ou travail du Temple, qui vise à l’élaboration d’un monument idéal, est porteur de bénédiction spirituelle. C’est un mystère qui fait naître une fraternisation spirituelle. L’Activité liée à un culte, libère et élève l’âme, de même que l’activité artistique. Elle sert le dieu qui est en nous et contribue ainsi, indirectement à la divinisation du Monde.

Dans la légende grecque du déluge, le couple humain survivant, Deucalion et Pyrrha, crée à partir des pierres, « les os de la Terre Mère » qu’ils jettent derrière leur dos, une nouvelle race humaine pour remplacer l’ancienne.
Devrons-nous faire pareil pour nous faire reconnaître de ces gens là ? Je pose la question ! Je pense qu’ils ne connaissent pas la grande vie symbolique de la « Pierre » qui mérite une attention spéciale. Dans la symbolique Maçonnique, la pierre brute représente le grade de l’apprenti, l’objectif à atteindre est la pierre taillée, que l’on pourra intégrer à la construction du Temple de l’humanité. Cette symbolique remonte aux chantiers de construction des cathédrales où le travail de la pierre était essentiel. Les clefs de voûte étaient souvent pourvues des signes de maîtrises des tailleurs de pierre, dont certains rappellent les dessins des runes. En tout état de cause, le passage de la pierre brute à la pierre taillée représente généralement le progrès de l’esprit et de l’âme. Je crois que ces gens là en sont très loin. Ils sont au stade de la poussière cosmique bien avant le big bang.

Ils nous considèrent comme la parabole christique de la Pierre dans la symbolique chrétienne. La pierre est souvent rattachée à la lapidation que les anciens pratiquaient envers les blasphémateurs. En faisons nous partie à leurs yeux, méprisés par les bâtisseurs. Mais malgré tout, nous sommes appelés à devenir comme les autres, une pierre angulaire qui permet à tout l’édifice de tenir. Mais je crois qu’il faut ajouter, l’équivalence du discours sur les Béatitudes à leur profit « Heureux les pauvres en esprit, car le Royaume des cieux est à eux ». Etant bien entendu que cette pierre angulaire est en fait la clef de voûte inébranlable où pourra s’appuyer la communauté. Où les portes de l’hadès ne tiendront pas contre elle.
Ne pourrait-on pas leur faire savoir que c’est leur cœur qui est de pierre. Allez donc voir le grand Liborius de Paderborn qui était censé aider à guérir les pierres qui se trouvent dans le corps humain, car on le représente avec trois pierres posées sur un livre.
Je crois savoir et pouvoir les comparer, au moine Narcisse qui ne quitte pas son couvent en pierre, se dédie à la spéculation intellectuelle, à la méditation de son Moi, À l’approche du regard qu’ils pourront nous lancer car malheureusement ils seront obligés de nous croiser dans la vie de tous les jours. En grec, Narkissos, héros de la mythologie grecque, était le fils du dieu–fleuve que Némésis fit boire à une source de l’Hélicon, la montagne des Muses et comme lui, au renvoi du reflet dans l’eau de son visage, ils en tombèrent désespérément amoureux. Pauvres gens. Comment nous perçoivent-ils ? Veulent-ils faire comme chez les Egyptiens, effacer de nos tombeaux le nom de nos familles, pour supprimer toutes traces ce qui conduit à la destruction et au néant.

Selon le Popol-Vuh des mayas, dans la première étape de la création du monde, les premiers hommes étaient incapables de dire le nom des Dieux et donc de les adorer. Les Dieux, furieux de cette ignorance, renvoyèrent les hommes à la boue primordiale. Veulent-ils agir comme eux et nous éliminer pour pouvoir recommencer la création ?
Nous sommes vraiment les handicapés de la société. Nous voulons êtres reconnus dans nos droits, pour ne pas êtres obligés de recourir à une mendicité, une charité dégradante, humiliante. Nous voulons du travail, pas de la pitié ! Mais que peut-on faire contre la rentabilité du portefeuille.
Je terminerai par ceci. Némésis, dont le nom signifie colère, personnifiait dans la mythologie grecque la révolte contre l’injustice. Elle était la Déesse de la vengeance et le juge impartial, ayant pour attributs la balance, l’épée et la règle graduée. En tant que Déesse, elle tient le Destin dans ses mains, et aide les hommes qui ont fait l’expérience d’un bonheur immérité et perdu le sens de la réalité à le retrouver.

Le nombre augmente tous les jours
Et combien vont mourir cet hiver, à la veille de l’an 2000.

Un peu d’humour : la santé est le plus beau cadeau de la vie. Quand on est riche et bien portant !

Source : www.ledifice.net

Commentaire : un très beau texte, un peu ancien qui parlera à ceux qui ont connu, où qui sont au chômage. Par moment et souvent le matin au réveil, on pense que la vie est foutue et que pour faire survivre sa famille, pour ôter la pression des prêts bancaires il suffit de se sacrifier et donc de se suicider pour faire jouer les assurances décès. Camus écrivait : « le sacrifice demeure la solution de ce qui n’a pas de solution". Le suicide comme « dépôt de bilan personnel » pour effacer les dettes bancaires voilà une solution pour celui qui a lu St Jean : « il n’y a pas de plus grand Amour que de donner sa Vie pour ses amis » (pour ceux qu’on aime).

Vu l’état de la société et une certaine misère humaine et financière qui s’installe le choix sera simple : que vais-je pouvoir faire pour épargner à ma famille la précarité et les angoisses du lendemain ? La révolution avec notre Frère Mélenchon ou le sacrifice ?

 

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Meurs et deviens

9 Février 2013 , Rédigé par Jean Clerbois Publié dans #Planches

Le principe essentiel de l'initiation maçonnique, la mort au monde profane, suivie de résurrection dans le monde de l'esprit, a été exposé dans un poème concis et d'une magnifique plastique par notre F:. Goethe, sage parmi les sages :

Ne le dites à nul autre qu'au sage,
Car la foule est prompte à l'insulte.
Je veux louer le vivant
Qui aspire à mourir dans la
flamme
.

Dans la fraîcheur des nuits d'
amour
,
Où tu reçus la vie, où tu la donnas,
Te saisit un sentiment étrange
Quand luit le flambeau silencieux.

Tu ne restes plus enfermé
Dans l'ombre ténébreuse
Et un désir nouveau t'entraîne
Vers un plus haut hyménée.

Nulle distance ne te rebute,
Tu accours en volant, fasciné
Et enfin, amant de la lumière,
Te voilà, ô papillon consumé.

Et tant que tu n'as pas compris
Ce : « Meurs et deviens »
Tu n'es qu'un hôte obscur
Sur la terre ténébreuse.


Il est difficile de rencontrer un texte affirmant plus fortement l'articulation du spirituel dans le charnel, du charnel dans le spirituel.
N'avons-nous pas l'impérieux devoir de construire la vérité de la vie, la vérité de la mort ?
Le "Manuel d'instruction du 4ème degré" nous rappelle que nous sommes passés de l'équerre (matière) au compas (l'esprit). Et il précise : « ainsi que le géomètre qui passe des lignes droites et des
angles aux grandes courbes et au cercle, nous aspirons à nous élever et à pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle ».
De
son côté, notre F:. Lantoine pose la question : « Que veulent les hommes ? Etre guéris de leurs maux et du mal qui leur semble le plus terrible de tous : la mort ».

Cette question de la mort ne peut laisser personne indifférent. Il y a là un problème angoissant pour celui qui réfléchit, dès qu'il parvient à l'âge où l'on se rapproche du port mystérieux, dont personne n'est jamais revenu et dont, par conséquent, nul ne peut parler avec certitude.
Le mystère de la vie et celui de la mort ne sont-ils pas les aspects complémentaires de la même question ?
En tout temps, en tout lieu, après le déchirement de la séparation, les méditations sur la mort ont conduit au même résultat. La croyance en la survie forme le patrimoine de toutes les civilisations. Elle s'exprime dans la sculpture, la gravure, la peinture, la musique et la
poésie. Elle s'exprime aussi dans toutes les légendes, les religions, les traditions et notamment notre rituel maçonnique. Elle se résume en deux mots : mort et transfiguration
.
Comme l'exprime le vers de Mallarmé : Le mort est devenu, ce qu'en lui-même, enfin l'éternité
le change
.
La vie terrestre, avec son commencement et sa fin, apparaît alors comme un "passage" ; la mort elle-même, comme une nécessité, contribuant à l'ordre universel.
Ce thème de "mort et transfiguration", nous l'avons utilisé dans notre rituel du 3ème degré. Nous en parlerons plus loin.
Constatons qu'on retrouve ce thème à tous les âges de l'humanité.

Que pense du problème de la mort notre F:. René Guénon ?
Dans
son ouvrage Les états multiples de l'être, il affirme que l'état humain n'est qu'un état de manifestation, comme tous les autres et parmi une inifinité d'autres. Il se situe dans la hiérarchie des degrés de l'existence, à la place qui lui a été assignée par sa nature même. Si nous devons envisager cet état plus particulièrement, c'est uniquement parce que c'est celui où nous nous trouvons. C'est donc un point de vue
très contingent.
Pour lui, le fini que nous représentons passe par des états indéfinis pour atteindre l'
Infini
, et il n'y a pas lieu de nier tout ce qui dépasse la mesure de notre compréhension individuelle, plus ou moins étroitement limitée. « Il n'y a pas de choses inintelligibles, mais seulement des choses actuellement incompréhensibles pour la raison, faculté spécifiquement humaine. »
Dans l'un des chapitres du livre Le
symbolisme de la croix
, René Guénon envisage plus particulièrement la position extrême-orientale, où il note l'équivalence métaphysique de la naissance et de la mort.
Il remarque qu'en géométrie, une droite ne peut rencontrer un plan qu'en un seul point. Il en est ainsi, en particulier, de l'axe vertical (assimilé au principe spirituel) par rapport à chaque plan horizontal (assimilé à un état d'existence), d'où René Guénon tire la conclusion qu'on ne repasse jamais par le chemin déjà parcouru.
Il ajoute que la fin d'un cycle quelconque coïncide nécessairement avec le commencement d'un autre. Nous n'employons les mots "naissance" et "mort" que pour désigner les passages entre ces cycles, qu'il s'agisse des mondes aussi bien que des individus.
Ainsi, la naissance humaine est la conséquence d'une mort (à un autre état) ; la mort humaine est la cause d'une naissance (dans un autre état).
Dans L'homme est son devenir selon le Védanta, René Guénon voit une doctrine hindoue, purement métaphysique, ouverte sur des possibilités de
conceptions
illimitées.
« Evidemment, dit-il, il importe de faire la part de l'inexprimable, car les
symboles n'ont pour raison d'être que d'aider à la concevoir, en fournissant des "supports" pour un travail strictement personnel.
»
Il pose la distinction fondamentale du "Soi", la personnalité, ou principe transcendant de l'être, d'avec le "moi", l'individualité, modification transitoire et contingente.
Comment René Guénon envisage-t-il « l'évolution posthume » ? L'individu – ou plus exactement son principe vital –, qui est passé à un autre état supérieur, n'a plus rien de commun avec l'espèce humaine. Il s'en est affranchi. S'il est véritablement transformé – c'est-à-dire au-delà de la forme – il obtient la « Délivrance », ce qui suppose une connaissance intégrale. Nous dirions, en terme maçonnique, l'initiation effective.
A titre de comparaison, si la manifestation formelle est extérieure, périphérique, appartenant à la circonférence, à « la roue des choses », le centre de cette circonférence est le symbole de l'initié parfait, réintégré dans le Principe
primordial
.

A l'époque de l'Egypte antique, et selon Le livre des morts, Hermès Trismégiste adresse cet appel aux initiés : « Ô âme aveugle, arme-toi du flambeau des mystères et, dans la nuit terrestre, tu découvriras ton double lumineux, ton âme céleste. Suis ce guide divin et qu'il soit ton génie, car il tient la clé de tes existences passées et futures. »
On a retrouvé l'inscription suivante, en Grèce, sur le Temple d'
Eleusis : « Les grands mystères qui émanent des dieux font que, pour les mortels, la mort n'est plus un malheur, mais une joie.
»
Je ne vous parlerai pas de Pythagore,
Socrate
ou Platon. Ces philosophes ont fait l'objet de travaux et vous savez que leur système est basé sur l'immortalité de l'âme.
Je n'évoquerai pas davantage et pour les mêmes raisons, la douce figure humaine de Jésus, ni de son fidèle interprète Jean, puisqu'en Loge-mère nous appartenons à Saint Jean, face au dogmatisme de l'
Eglise
, représenté par Pierre.
Et, franchissant allègrement plus de deux millénaires, nous passerons du Temple d'Eleusis aux temples maçonniques, ce qui nous permet de revenir à notre grand F:. Goethe, qui a servi de préface à notre travail.
La dernière période de la vie humaine est dominée par la grande symphonie de la mort. Ayant accompli son
destin sur terre, l'homme se prépare à partir pour de nouveaux espaces. Mais il doit auparavant enseigner et transmettre aux jeunes générations
la sagesse qu'il a acquise pendant sa vie.
Goethe tenait pour absurde l'idée que la mort entraîne la disparition totale de l'être :

Mais tant que tu ne comprendras pas
La loi de mort et de renaissance,
Comme un triste étranger, dans ce monde,
Tu suivras un sentier obscur.


Dans Faust, poème de l'Infini, il a dit : « L'au-delà ne m'inquiète guère ; mets d'abord en pièces ce monde-ci et l'autre paraîtra ensuite. »
Dans Wilhelm Meister, il précise que le passage d'une forme à une autre ne se fait que par la
destruction de la forme précédente. La mort est la condition même de la renaissance, mais la métamorphose implique qu'il subsiste un élément continu : l'arbre de vie, éternellement vert.
Ainsi, dans le fameux Meurs et deviens, le meurs est la condition du deviens.
Et n'oublions pas les dernières paroles de Goethe : « Plus de lumière ».

Si nous sommes en Loge, c'est parce que la science, c'est parce qu'aucune philosophie ne nous a donné le dernier mot du savoir. Ce que nous recherchons est bien au delà : c'est la Connaissance.
Büchner, un des auteurs les plus notoires du matérialisme scientifique, reconnaît que la matière ne peut expliquer l'Univers que si on lui attribue des propriétés qui sont couramment placées dans le domaine de l'
Esprit
. En somme, on pourrait considérer les deux systèmes comme l'envers et l'endroit d'une même conception.
Notre F:. Bédarride, dans son Travail sur la pierre brute, considère que « l'Antiquité, quand elle parlait d'un philosophe, entendait toujours que c'était à la fois un savant et un sage. Notre langage du
Moyen-Age,
dit-il, avait un beau mot : Sapience, qui réunissait à la fois la science et la sagesse en une seule expression verbale. Traduire cete expression synthétique dans la vie, en la dégageant des servitudes dogmatiques, voilà l'œuvre de notre époque.
Dans le cabinet de réflexion,
dit-il encore,
nous faisons connaissance avec le mot "Vitriolum", qu'on traduit par "Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la Pierre cachée"... rentre en toi-même, fais l'inventaire de tes facultés, de tes sentiments ; connais-toi toi-même, c'est-à-dire prends contact avec ta véritable personnalité, sous le personnage transitoire dont t'ont revêtu ton origine, ton éducation, ta position sociale.
...prends ainsi contact avec la racine même de ton être pensant et conscient, avec le courant de vie spirituelle qui jaillit en toi-même.
...la
Table d'Emeraude nous dit : "Sépare le subtil de l'épais". Il vaux mieux, comme l'écrivait Emerson, "attacher son chariot à une étoile qu'à un misérable poteau qui borne la route".
...à propos de route, il y aussi le chemin qui passe entre les deux colonnes et que doit suivre le vrai Maçon, à égale distance du dogmatisme et du scepticisme ; de la crédulité et du doute excessif, à la recherche de l'équilibre.
»

Illustre entre tous les Maçons, notre F:. Oswald Wirth constate :
« Nous sommes, non les maîtres, mais les jouets de la vie. Elle est supérieure à nous et nous tient sous sa dépendance. Dans ces conditions, ce qui nous importe le plus, c'est de nous initier aux mystères de la vie. Chacun de nous est appelé à se rendre compte de sa participation à une vie plus étendue que celle dont la durée se mesure de l'instant de la
conception
à celui de la mort. Cette vie étroite et transitoire est la manifestation d'une vie plus vaste et plus durable.
...La puissance coordinatrice, qui débrouille le
chaos, agit par l'organe de tous les êtres, même inconscients. Elle s'identifie avec la vie, à laquelle nous assignons un but lorsque nous croyons au progrès. Si l'activité générale aboutit à un progrès, c'est qu'elle ne s'exerce pas d'une manière aveugle : un œil est ouvert au centre du triangle lumineux, connu de tous les F:. M:.
»
Dans son beau Livre de l'Apprenti, Oswald Wirth affirme que : «
Rien ne commence et rien ne finit d'une manière absolue. Il n'y a de commencement et de fin qu'en apparence. En réalité, tout se tient, tout se continue, pour subir d'incessantes transformations qui se manifestent par une série de modes successifs d'existence.
Ces modes sont variés. Tout ce qui se réalise en acte a précédemment existé en puissance. Tout être a donc ses
racines dans l'origine même de toutes choses.
...pour les initiés antiques, la vie intégrale de l'homme comportait des alternatives d'action et de repos. La vie présente est une période d'activité matérielle, mais avant de naître, nous avons déjà vécu dans un état imperceptible à nos sens.
»
« Sachons bien vivre, et la mort ne sera pour nous que le moyen de vivre mieux encore, » ajoute-t-il dans son Livre du Maître.


Le rituel d'initiation au premier degré débute par la mort
symbolique dans le cabinet de réflexion. Ce serait donc une grave erreur d'attribuer à cette partie du rituel la signification d'une renaissance uniquement morale de l'homme. Le secret ultime de la Franc-Maçonnerie, en sa qualité d'Ordre initiatique, consiste, en principe, à préparer l'homme à la mort et à la vie nouvelle qui l'attend.
La mort est la dernière grande épreuve que personne ne peut éviter. L'humanité entière est soumise à cette initiation redoutable, mais combien peu nombreux sont les initiés !
Mourir, c'est la condition pour renaître. C'est ainsi que l'initiation est une "seconde naissance" après la mort du cabinet de réflexion.
Rappelons l'évolution du grain de blé, confié à la terre, et qui doit mourir pour libérer l'énergie, renaître sous forme d'épi. C'est ce que traduit le mot de passe du
Compagnon
: Schibboleth.
Et le mot de Mac Benah, qui met fin à l'existence du Compagnon, ne signifie-t-il pas : « fils de la putréfaction» ?
Ainsi, la vie est l'élément permanent de l'humanité, avant notre naissance et par-delà notre mort.
Le Bouddha disait que « les portes du Nirvâna seront ouvertes à qui, ayant semé les vertus, aura récolté l'amour ». Et il ajoutait : « La mort est un mal qui plonge les créatures dans la terreur et ce mal n'est dû qu'à l'ignorance. Que l'homme est donc faible et misérable qui croit que le grand problème du monde est la mort, oubliant que ce problème est justement celui de la vie. »
Mais, plus près de nous, Marius Lepage évoque la légende d'
Hiram en des termes
que je m'en voudrais de ne pas citer in extenso :
« Nous sommes amenés, dit-il, à voir dans la légende d'Hiram, l'ultime enseignement de la Franc-Maçonnerie. C'est dans ce drame que se trouve la
clef de tous les mystères maçonniques. Si la Maçonnerie nous apprend quelque chose, si elle possède en elle-même une force qu'elle transmet à ses adeptes, si, pour certains d'entre les Maçons, elle est l'alpha et l'omégade toutes leurs démarches spirituelles, c'est dans l'étude de cette légende que nous trouvons la clef de toutes les énigmes et le fil d'Ariane
qui nous guidera jusqu'au terme de nos voyages.
La légende d'
Hiram
justifierait, à elle seule, la présence traditionnelle de la Maçonnerie à une origine remontant à des temps immémoriaux. Il est dit au candidat à la Maîtrise :
- Meurs à toute agitation profane (cou).
- Meurs à toute affection profane (cœur).
- Meurs à toute connaissance profane (front).
L'initiation au 3ème grade se synthétise dans un objet : la branche d'
acacia
et dans un mot hébreu : Mac Benah, qui signifie "fils de la putréfaction".
C'est à une vie toute nouvelle que nous convie le rituel maçonnique. Nous avons dépouillé, au cours des différentes épreuves, tout ce qui constituait l'homme ancien.
La transmutation maçonnique nous prépare très réellement à considérer le monde et les hommes sous des aspects totalement différents, à envisager sous un angle très particulier le déroulement ultérieur de notre propre vie sur terre.
L'acacia a toujours été considéré comme un
arbre sacré. L'arche d'alliance, le tabernacle et l'autel étaient en acacia. Les Egyptiens lui rendaient des honneurs divins. Les peuples anciens en faisaient des guirlandes. Des légendes nous disent que la couronne d'épines et la croix elle-même étaient en acacia. D'après d'autres légendes, le Buisson Ardent aurait été fait de ce bois
.
Mais c'est surtout comme accès au royaume de la mort et comme
symbole d'immortalité qu'il a été introduit dans la légende d'Hiram. Ainsi, en confiant au nouveau Maître la branche d'acacia, l'Ordre lui enseigne le secret dernier qu'il a mission de transmettre aux hommes, ses frères
.
Il faut savoir mourir pour revivre immortel. Quiconque a franchi les portes de la mort a conquis la véritable Maîtrise. Fils de la putréfaction, l'acacia t'est connu.
»

Il est impossible de situer l'homme dans le Cosmos et l'ensemble des cycles, mais une constatation s'impose : la place qu'il occupe apparaît bien réduite. L'évolution de la Terre n'est qu'un épisode de l'évolution cosmique.
Il est naturel que nous, hommes, lui accordions une importance particulière ; mais n'oublions pas que c'est une vue très relative et que la croyance que, dans l'ensemble cosmique, la Terre est à la pointe du progrès évolutif est purement gratuite.
D'autres mondes peuvent être arrivés à un stade beaucoup plus avancé que la
Terre
et la Vie peut y avoir créé des êtres très différents de nous et pourtant très supérieurs à nous, tant intellectuellement que spirituellement.
Evidemment, nul argument ne peut démontrer, de façon péremptoire, notre immortalité. La conscience de notre immortalité est au-delà des bornes de la raison, faculté humaine ; mais n'oublions pas que Louis Lavelle a dit, dans un distinguo essentiel : « La raison – ou équerre – est la plus belle de toutes nos facultés, à condition que l'on n'en fasse pas la faculté qui raisonne, mais la faculté qui mesure. »
C'est ici qu'intervient
le compas
– ou esprit – et nous savons comme je l'ai rappelé au début de ce travail, qu'au quatrième grade, nous sommes passés de l'équerre au compas.
D'autre part, notre F:. René Guénon est l'auteur de cette formule dont la profondeur ne vous échappera pas : « L'intérieur ne peut être produit par l'extérieur, non plus que le centre par la circonférence, ni le supérieur par l'inférieur, non plus que l'esprit par le
corps.
»

Entrant
dans sa 83ème année, un Maçon, interrogé sur sa mort, répondait : « La pensée de la mort me laisse parfaitement tranquille. J'ai la ferme conviction que notre esprit est un être de nature absolument indestructible et qui est actif d'éternité en éternité. »
Et il ajoutait : Si j'agis jusqu'à la fin sans relâche, la nature est tenue de m'assigner une autre forme d'existence quand la présente ne pourra plus suffire à mon esprit. La conviction de notre survie résulte pour moi du concept d'activité. »
De ces paroles empreintes d'une magnifique sérénité, retenons qu'elles sont conformes à nos principes d'
amour
fraternel, de glorification de l'effort, de pérennité de la Vie.
« Le travail du Maçon ne s'arrête jamais ! »

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Irlande et Franç-Maçonnerie

8 Février 2013 , Rédigé par PHL Publié dans #histoire de la FM

L’Irlande et sa longue histoire méritent d’être connues des francs-maçons sous bien des aspects que nous allons aborder ensemble. Quelques mots tout d’abord sur la civilisation mégalithique, qui a connu son apogée entre 3500 et 2500 avant J-C. On ne sait pas grand-chose de ces peuples qui avaient une cosmogonie relativement élaborée. Mais le franc-maçon sera au moins sensible au fait que les alignements de menhirs correspondent habituellement à des données astronomiques (liées au lever et coucher du soleil en rapport avec les solstices et équinoxes, ainsi qu’aux cycles lunaires), alors que les dolmens, cairns et tumulus étaient des tombes, individuelles ou collectives (également orientés de manière précise).  

Les Celtes n’introduiront le druidisme dans les îles britanniques que vers 450 avant J-C, alors que leur civilisation domine l’Europe depuis presque un millénaire. Nous noterons ici que selon l’antique tradition des druides, l’année était divisée en plusieurs périodes correspondant à des évènement solaires (solstices, équinoxes), manifestant le caractère cyclique de la vie. On peut d’ailleurs noter que les anciennes fêtes celtiques restent discrètement présentes dans notre calendrier : Samain, le 30 octobre symbolisait la victoire des hommes sur les attaques des esprits surnaturels, avant de se terminer par la célébration de la nouvelle année. Puis la renaissance du soleil au solstice d’hiver ; c’est la fête de Modra Necht, durant laquelle le druide va cueillir le gui selon un rite précis, en s’exclamant “le blé lève” (O guel an heu , ce qui sera plus tard déformé par “au gui l’an neuf”). Imbolc, dans la nuit du 1er au 2 février, était la fête de la purification druidique, purification de la lumière ascendante et de ses effets sur la sève montant de la Terre-mère. Le 1er mai, Beltainn était la fête du feu de Bel, le dieu solaire, pour lequel on allumait de grands feux purificateurs, comme cela se fera plus tard à la saint Jean. Notons aussi que lors de l’initiation druidique, le postulant était enfermé dans une peau de bête, et que le dieu Lug (dieu de la lumière) se manifestait au travers du chef de clan, détenteur du maillet.  

Nous savons aussi que dans le dernier siècle avant l’ère chrétienne, Rome étend son emprise sur l’Occident et le Moyen-0rient, favorisant la diffusion de deux grandes religions :  

- d’une part le mithraïsme, le culte de l’ancien dieu iranien de la lumière se développant sous une forme d’abord cultuelle puis de plus en plus initiatique.  

- d’autre part le pythagorisme romain mystérique, qui conservait les principes de base de l’Ordre : à son niveau le plus profond, la réalité est gouvernée par les nombres ; la philosophie peut servir à la purification spirituelle ; l’âme peut s’élever jusqu’à s’unir avec le divin ; certains symboles ont une signification mystique ; les membres de l’ordre se doivent loyauté et le respect du secret).  

Ce n’est qu’en 43 après J-C. que l’empereur Claude envoie ses légions en Grande-Bretagne ; elles ramènent rapidement l’ordre en Angleterre, mais l’Écosse continuera à échapper à leur domination. L’Irlande est totalement épargnée et le restera longtemps.  

Selon une légende mythique, la maçonnerie aurait été introduite en Angleterre en l’an 287 après JC,  sous la protection de Carausius 1er, un amiral romain révolté qui s’était proclamé empereur de la Grande Bretagne indépendante. Il s’était attaché Amphibolus, l’architecte grec, et Alban, “homme célèbre dans toutes les sciences et en particulier la géométrie “, représentants des collegiae fabrorum. Carausius leur aurait accordé une charte, permettant (en opposition à la loi Julia ) aux constructeurs de tenir des assemblées et de constituer de nouveaux membres, conformément aux anciennes constitutions de Numa Pompilus et Servius Tullius.  

Au cours du IVème siècle, les celtes irlandais (Scots) s’allient aux tribus écossaises implantées au nord du mur d'Antonin (Pictes) pour multiplier les incursions en Bretagne romaine. En 383, Maximus Clemens, gouverneur romain de Grande-Bretagne, se révolte contre l’empereur Gratien, qui sera vaincu. La région retrouve ainsi son autonomie et en 410, Rome ordonnera le retrait de toutes ses troupes de Grande-Bretagne, ce qui ouvrira la région aux invasions barbares.  

L’évangélisation de l'Irlande par saint Patrick est située en 432. Selon la légende, ce natif des côtes ouest de la Bretagne romaine fut enlevé et réduit en esclavage dans son adolescence par des pirates irlandais. Au bout de six ans passés à Slemish, il s'évada et alla étudier le christianisme dans les monas­tè­res français. Puis il revint en Irlande et après avoir défié les druides et le haut-roi de Tara, il fonda la capitale ecclésiastique d'Armagh. A cette époque, le celtisme irlandais reste très actif, avec de nombreuses légendes spécifiques se rapportant aux anciens héros préceltiques.  

Pour resituer la période, rappelons que tout l’Occident est alors ravagé par les invasions barbares.

La Grande-Bretagne a été conquise par les Angles, les Jutes et les Saxons. Mais notons aussi que les Scots, celtes irlandais du royaume de Dalriada, ont également installé en Ecosse (région d'Argyll) un second Dalriada, qui connaîtra une importante expansion. Avec la chute de l’empire romain d’Occident, l’an 476 marque ainsi le début conventionnel du moyen-âge. La plupart des conquérants barbares se convertissent au christianisme, ce qui va rapidement conduire à la quasi-disparition de la religion celtique.  

En effet, les principes de la société gallo-romaine étaient intrinsè­quement incompatibles avec le druidisme puisque celui-ci fonctionnait selon une dualité entre le druide et le roi ; le druide étant le détenteur initié de la connaissance, de l’autorité spirituelle, responsable du savoir, intermédiaire entre les dieux et les hommes représentés par le roi, qu’il conseille ; ce dernier étant pour sa part le détenteur élu de l’autorité temporelle, garant de la cohésion sociale, qui met en application les conseils du druide ou les sentences de justice qu’il a édictées.  

Certains principes du druidisme resteront toutefois véhiculés, plus ou moins discrètement, dans les traditions chrétiennes d’autant que si les derniers druides sont devenus évêques, les bardes ont continué à véhiculer dans la tradition populaire des milliers de chants et des centaines de contes transmettant leurs valeurs philosophiques. Citons à ce propos la triade bardique des cercles concentriques, figurés sur la croix celtique, de diamètres respectifs 81, 27 et 9 : cercle de Keugant (le chaos, le néant où seul Dieu peut subsister), cercle d’Abred (le destin, l’exis­tence terrestre, la renaissance de la mort en fonction de l’existence précédente) et cercle de Gwenwed (la renaissance de la vie, la libération des cycles de réincarnation, la béatitude près de Dieu).  

Au VIème siècle, trois points méritent à mon sens d’être relevés :  

- en 529 : au mont Cassin, Benoît de Nursie érige un couvent sur l’emplacement d’un temple d’Apollon (et peut être ancien lieu de culte de Mithra). Il énonce la règle bénédictine qui, aux obligations de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, ajoute les principes du travail intellectuel et manuel. Le moine doit obéis­sance à l’abbé (le père de la communauté, chargé d’interpréter la règle) et fait voeu de stabilité, c’est à dire de ne jamais quitter le couvent qui est isolé du monde par la clôture, mais reste en contact avec lui par le lien de l’hospitalité. Le troisième voeu est celui de la "conversion des moeurs", par lequel le moine abandonne son ancien mode de vie. La communauté monastique est liée par le respect dû aux anciens par les jeunes, et à l’affection accordée aux jeunes par les anciens. L’abbé (élu) était communément appelé “vénérable frère” ou “vénérable maître” ; il sera l’archétype du maître d’oeuvre médiéval, qui guide l’alliance entre le travail de la matière, l’intelligence de la main et l’intensité de la foi afin que le travail ainsi sacralisé devienne une prière et une glorification.  

- en 563 : saint Colomba (Colmcille), issu de la noble famille irlandaise des O’Neill, arrive en Écosse après avoir fondé une demi-douzaine de monastères en Irlande. Le moine établit une communauté sur l'île d’Iona, d’où diffusera le christianisme celtique en Écosse. Une légende dit que deux ans plus tard, il sauva miraculeusement un homme de l’emprise d’un monstre sorti des eaux noires du Loch Ness (il faudra ensuite attendre 1933 pour que “Nessie” redevienne un sujet d’intérêt pour les riverains du loch). L'église irlandaise prônait un ascétisme fondé sur une triple acception du "martyre" : martyre blanc (séparation d'avec les proches et la société, voyages d'évangélisation) ; martyre vert (travail dans la pénitence et le repentir)  ; martyre rouge (soumission à la croix et à l'adversité).  

- en 590 : saint Colomban (Colombanus), un irlandais éduqué à l'abbaye de Bangor, fonde le monastère de Luxeuil (évocateur du dieu solaire Lug) sur le site d’un ancien temple de Diane, près de Mulhouse. Il contribuera à la diffusion du christianisme celtique en Bourgogne, en Autriche et en Lombardie. Au IXème siècle, son disciple le moine Ermenrich de Saint-Gall rappellera : “nous ne devons omettre de parler de l’Irlande, car c’est de là que nous vint une grande lumière”.  

Cette même année ; saint Grégoire le Grand devient le premier d’une longue lignée de papes, politiques et juristes, qui exerceront le pouvoir sans apporter d’évolution théologique significative. Il instituera toutefois la liturgie (dans laquelle il introduira les harmoniques du chant grégorien), organisera l’évangélisation de la Grande Bretagne… et tentera de s’opposer au christianisme celtique diffusé par saint Colomban.  

En 627, le prince Edwin de Northumberland réunit un parlement qui aura pour mission de rédiger des lois et concéder des chartes. On peut noter que treize ans plus tôt, reconnaissant la qualité des travaux effectués par les bâtisseurs de l’époque, le pape Boniface IV avait affranchi les maçons de toutes les charges locales et délits régionaux, afin qu’ils puissent se déplacer facilement et à peu de frais. En Grande-Bretagne, les anciennes collegiae  romaines avaient disparu, mais leur influence se serait partiellement maintenue au travers de la secte des culdéens (colitores Dei , les serviteurs de Dieu), inspirés par saint Colomba, surtout répandus en Irlande et en Écosse où ils vivaient par communautés de douze membres sous l’autorité d’un abbé élu. Leur rite différait de celui de Rome sur divers points (date de Pâques, tonsure, consécration épiscopale, baptême, mariage des prêtres, utilisation du gaélique), ce qui leur vaudra quelques conflits avec les bénédictins.  

Ils reconnaissaient la prééminence du pape, mais pas son autorité car selon saint Colomba “le Pape n’est pas celui qui détient les clefs de la vérité absolue et dont les paroles portent le sceau du Saint-Esprit. C’est un évêque, un homme faillible que l’on peut con­seiller ou blâmer. Au dessus de l’autorité de Rome, il y a celle de la vérité ”.  

Il est très probable que les descendant des druides et bardes celtiques aient perpétué certaines de leurs traditions sous le couvert du christianisme celtique d’origine irlandaise, qui se développera en Écosse, au Pays de Galles et en Cornouaille (l’Angleterre proprement dite ayant été évangélisée par l’Église romaine). On dit que dans l’ancienne capitale celtique irlandaise de Tara (près de Dublin), nul n’était admis s’il ne connaissait un art et qu’à Tara, la salle des banquets rituels était dénommée “demeure de la chambre du milieu  “. Lors des réunions de bâtisseurs, les participants auraient porté un tablier ; si l’un d’entre eux interrompait celui qui avait la parole et refusait de se taire, son tablier était tranché en deux et il ne pouvait être réadmis qu’après avoir refait un nouveau tablier.  

La désignation des hauts-rois de Tara procédait d'un rituel précis, dans lequel le candidat devait en particulier franchir deux pierres levées qui "s'écartaient" pour livrer passage à son char, puis son nom devait être proclamé par une troisième pierre levée (Lia Fail ,  la Pierre de la Destinée).  

En Écosse, après plus de trois siècles de batailles incessantes, le royaume scot de Dalriada (qui a donc été fondé par des celtes irlandais) prend l’ascendant sur les Pictes. En 835, Kenneth Mc Alpin s’établit à Scone comme monarque de toute l’Écosse, qui devient royaume d’Alba (et plus tard Scotia). C’est sur la Pierre de Scone que seront ensuite traditionnellement sacrés les rois d’Écosse. Selon certaines des multiples légendes qui entourent cette pierre, il s’agirait de la pierre de Jacob, apportée en Irlande par la princesse Tephi, fille du dernier roi de Juda, à l’époque du prophète Jérémie. Le prince Eochaid d’Ulster aurait renoncé au culte de Bel pour épouser Tephi, et aurait été sacré roi d’Irlande sur cette pierre. Elle aurait ensuite servi au sacre des rois d’Irlande à Tara, puis aurait été conservée dans l’île d’Iona jusqu’à ce que Fergus Mor McErc, devenu roi d’Écosse, la transporte à l’abbaye de Scone autour de l’an 1000. Plusieurs géologues contemporains ont relevé qu'aucune carrière ne correspond à la pierre de Scone dans les régions de Tara ou d'Iona ; par contre, on trouve des gisements de ce type à Béthel, près de la Mer Morte. 

Rappelons ici que selon la légende, la première Grande Loge a été fondée à York en 926 par le prince Edwin, géomètre et maître d’oeuvre, qui aurait colligé tous les actes et écrits se rapportant à la maçonnerie afin de rédiger des constitutions qui auraient commencé en évoquant le “Grand Architecte du ciel et de la Terre, la fontaine et la source de toute bonté qui bâtit de rien sa construction visible ”. Edwin aurait reçu à la même époque une charte de liberté de son père adoptif, le roi Athelstan, pour développer la fraternité. Edwin et son père auraient aussi défini les symboles fondamentaux de l’ordre : une équer­re en or, un compas en argent aux pointes d’or, et une truelle en argent. Au Xème siècle, on trouve bien une évocation des guildes anglaises, où il est question de ban­quets men­suels au cours desquels se discutaient les questions liées au groupement. Pour être admis, il fallait être citoyen de la ville, être de bonne conduite et de moeurs régulières, acquitter des droits d’entrée et se soumettre à un apprentissage (généralement sept ans). Les dirigeants étaient élus lors d’assemblées plénières, géraient toutes les affaires de la corporation et y rendaient la justice. Les membres ne pouvaient pas s’affilier à une autre ligue, étaient tenus de mettre en commun leurs affections et leurs haines, et devaient venger toute insulte faite à un des frères comme si elle avait été faite à tous. A la mort d’un frère, chaque membre devait offrir un morceau de bon pain et prier pour le salut de son âme.  

Un siècle plus tard, en 1109, Étienne Harding devient abbé de Cîteaux. Ce descendant des Vikings aurait été initié au celtisme en Bretagne avant de suivre les enseignements des maîtres de Laon, Reims et Paris. Féru d’ésotérisme, il a également été influencé par l’école kabbalistique de Troyes, toute proche, où Rachi l’aidera à entreprendre une recopie de la Bible, comportant 290 corrections fondées sur les textes hébreux (ce qui explique peut être le goût prononcé dont témoignera saint Bernard pour le texte très symbolique du Cantique des Cantiques).  

Certains auteurs ont remarqué que cet intérêt d’Harding pour la Bible coïncide étrangement avec le retour de Terre Sainte du comte de Champagne, qui rejoindra quelques années plus tard l’Ordre templier.  

Bernard de Fontaine entre à Cîteaux en 1112, à l’âge de 21 ans, Étienne Harding lui révélant la voie mystique. Il quittera l’abbaye 3 ans plus tard, choqué par la trop grande magnificence des églises dépendant de Cluny. Il devient le premier abbé de Clairvaux et se met en devoir de réformer l’ordre cistercien, dont l’architecture devra désormais être extrêmement dépouillée. Sur le plan théologique, Bernard admettait trois degrés pour s’élever vers Dieu : la vie pratique, la vie contemplative et la vie extatique. Il disait de Dieu : “comme toutes choses sont en Lui, Il est aussi en toute chose  (...) Dieu n’a point de forme, Il est la forme, Il n’est point corporé, Il est purement simple “. Quant à la méthode : “... rentre dans ton coeur et apprend à connaître ton esprit  (...) apprend par la connaissance de ton esprit à connaître les autres esprits. Voilà l’entrée, la porte par laquelle on entre dans les choses intimes, l’échelle par laquelle on s’élève aux choses sublimes ”. Et encore : “... connais ta propre mesure. Tu ne dois ni t’abaisser, ni te grandir, ni t’échapper, ni te répandre. Si tu veux conserver la mesure, tiens-toi au centre. Le centre est un lieu sûr : c’est le siège de la mesure, et la mesure est la vertu”.  

C’est ainsi que les abbayes cisterciennes furent le berceau de l’art du Trait, application de la géométrie euclidienne à l’architecture sacrée, constitué d’un ensemble de ”secrets” de métier permettant de tracer les figures géométriques élémentaires à l’aide de règles, d’équerres et de compas.  

C’est dans ce contexte que sera créé l’Ordre du Temple en 1118, et l’on note que parmi ses fondateurs se trouve André de Montbard, qui n’est autre que l’oncle de saint Bernard.  

C’est aussi dans ce contexte qu’en 1124, le celte David 1er fonde le premier véritable royaume féodal d’Écosse. Son règne sera marqué par la pénétration dans le pays de chevaliers normands et flamands, ainsi que de moines cisterciens. Ce roi confie la garde de la vallée d’Anna à un chevalier normand, un certain Robert de Brus (assimilé à un descendant de Robert de Bruges, qui aurait accompagné Mathilde de Flandres et son mari, Guillaume le Conquérant). Il crée par ailleurs la charge héréditaire de régisseur (steward) royal, attribuée à Alan Fitz Alan (ce sera l’origine des Stuart) ; et l’emblème du clan Steward sera constitué par un oiseau nourrissant sa couvée, avec la devise“ Virescit vulnere virtus”.  

En 1126, le comte Hugues de Champagne, donateur de Clairvaux, rejoint l’Ordre du Temple. Deux ans plus tard, au concile de Troyes, saint Bernard remet à vingt-sept chevaliers Templiers leur Règle monastique ; l’année suivante verra la constitution de trois prieurés, comptant chacun vingt-sept chevaliers. Le recrutement des Templiers prend une grande ampleur, les dons pécuniaires et fonciers affluent de toute part. En quelques mois, les Templiers s’installent ainsi en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Espagne et au Portugal.  

Vous comprenez ainsi pourquoi il m’a semblé intéressant de mettre l’accent sur Saint Bernard, qui semble avoir été une sorte de pivot entre le christianisme irlandais, implanté à la fois en Ecosse et dans l’esprit d’Etienne Harding, le maître à penser de celui qui donnera sa Règle à l’Ordre Templier…

Ne faisons toutefois pas de Saint Bernard notre héros. Ainsi, en 1140, au concile de Sens, il fait condamner les thèses de Pierre Abélard. Il reprochait à ce précurseur de Descartes de fonder sa foi sur le doute méthodique, et de penser que le bien et le mal sont à considérer du point de vue de la conscience humaine, éclairée par l’amour de Dieu. Abélard estimait que la raison est plus efficace que le bûcher pour convertir les hérétiques, et prêchait la tolérance religieuse. Philosophe réputé en son temps, l’histoire retiendra surtout sa tragique histoire d’amour avec Héloïse…  

Une autre anecdote : c’est à Clairvaux qu’en 1143, l’archevêque irlandais Malachie aurait rédigé les 112 devises pontificales, résumant la destinée des papes à venir. Si l’on admet leur authenticité (elles ne furent publiées qu’en 1673...) et surtout leur caractère prophétique, Benoît XVI sera l’avant-dernier pape, précédant le retour de Pierre le Romain ; ce cycle de 888 ans (nombre du Christ) débuté en 1144 devrait donc se terminer en 2032.  

Mais on dit aussi que Saint Malachie aurait été l’un des derniers héritiers directs du christianisme celtique des culdéens ; il aurait transmis son savoir à Étienne Harding et à saint Bernard, dont il fut très proche. C’est également lui qui a fondé en 1142 la première abbaye cistercienne irlandaise (Mellifont, la "fontaine de miel"…).  

Dernière anecdote pour ce 12èmesiècle : c’est en 1182 qu’apparaît le Perceval ou le Conte du Graal  de Chrétien de Troyes, qui associe les traditions celtiques (Irlande, Avalon) au christianisme. A noter que Perceval y est d’emblée décrit comme le “fils de la dame veuve”… On sait que mis en présence du Graal dans le château du roi pêcheur, mais refusant de transgresser le conseil de silence donné par son maître en chevalerie, il s’abstiendra de poser la question qui lui aurait permis d’accéder à la royauté du Graal. Il ne pourra dès lors y parvenir qu’au terme d’une longue et éprouvante quête initiatique.  

Le thème sera repris une trentaine d’années plus tard dans le Parzifal du chevalier Wolfram von Eschenbach, qui y développera la symbo­lique alchimique du Graal. Il est savoureux de noter qu’il débutera son oeuvre de vingt-cinq mille vers en affirmant “je ne suis pas un savant, je ne sais ni lire ni écrire”…  

L’existence d’une franc-maçonnerie opérative est désormais incontestable ; on en trouve des traces à Londres en 1212, à Magdebourg en 1215, et en 1221 sur le chantier de la cathédrale d’Amiens.  

Au cours du 13èmesiècle, des idées nouvelles se répandent, véhiculées par les alchimistes ou les kabbalistes. Grégoire IX réplique en instituant la Sainte Inquisition Romaine et Universelle, qui ne sera officiellement abolie qu’en 1965. Thomas d’Aquin s’inspire d’Aristote pour s’opposer à l’averroïsme et à l’école franciscaine, défendant la primauté du sens littéral de la Bible et fondant la doctrine catholique qui restera prédominante jusqu’à nos jours.  

En 1286 s’éteint la première dynastie royale écossaise, qui était donc d’origine celtique irlandaise.  

Ce sera l’origine de plusieurs décennie de guerre entre écossais et anglais, marquée par des personnalité comme James le Stewart, William Wallace et Robert le Bruce.  

Devenu roi d’Écosse en 1306, il est immé­diatement excommunié par Rome, qui craignait probablement la résurgence d’une église celtique. La guerre contre Édouard 1erse poursuit, on observe que Robert le Bruce apprend progressivement à éviter les batailles rangées, préférant les escarmouches (ce que les Templiers avaient appris au contact des sarrasins de Terre Sainte). Dans les années qui suivent, la discipline s’organise, des armes et du matériel arrivent d’Irlande (forcément en transit depuis le continent puisque l’Irlande n’avait pas d’industrie militaire).  

Le vendredi 13 octobre 1307, Philippe le Bel ordonne l’arrestation de tous les Templiers français. Nombre d’entre eux ont pu échapper à la rafle et se réfugier à l’étranger. Les Templiers restants se sont rendus sans résistance mais nul ne trouva trace du trésor ni des archives de l’Ordre. La flotte des Templiers s’est également volatilisée, et il n’est pas impossible qu’une partie ait pu rallier l’Écosse via les grands ports de commerce irlandais de l’époque (Limerick et Galloway).  

A noter que la Bulle de dissolution de l’ordre templier ne fut pas rendue publique en Écosse puisque, Robert le Bruce ayant été excommunié, elle n’avait pas cours sur ses terres. Une légende, affirme même que l’ancien maître de la province templière d’Auvergne Pierre d’Aumont se serait réfugié en Écosse avec deux commandeurs et cinq chevaliers, après s’être déguisé en maçon et avoir changé de nom (pour s’appeler Mac Benac ). Avec George Harris, grand commandeur templier d’Hampton Court, il aurait décidé de maintenir la tradition de l’Ordre sous une forme secrète, en adoptant les symboles et les emblèmes de la maçonnerie.  

Quoi qu’il en soit, après la victoire écossaise de Bannockburn sur les anglais, la fille de Robert le Bruce épouse le fils de James Stewart, tandis que son frère débarque en Irlande où il se fait couronner roi.  

C’est ainsi qu’en 1371 : le petit-fils de Robert le Bruce montera sur le trône d’Écosse sous le nom de Robert II Stewart, et fondera la dynastie des Stuart.  

Là encore, il m’a semblé utile de mettre l’accent sur les relations étroites qui ont uni pendant plusieurs siècles l’Irlande et l’Ecosse.  

Je saute allègrement 400 ans.  

La franc-maçonnerie s’est largement développée en Ecosse, en Angleterre, en France et en Allemagne, mais je n’ai pas grand-chose à dire de l’Irlande pendant cette période.  

Nous arrivons à la fin du XVIIe siècle,  et il faut tout de même dire quelques mots du roi d’Angleterre Jacques II Stuart, qui vient d’avoir un fils en 1688 et qu’il compte bien élever dans la catholicité. Le parlement réagit en proposant le trône à Marie, fille de Jacques et épouse de Guillaume de Nassau, prince d’Orange, chef des protestants néerlandais et ennemi du roi catholique Louis XIV. Marie accepte et débarque en Angleterre. C’est la Glorious Revolution  anglaise, qui entraîne la chute du roi Jacques II et prépare l’installation de la monarchie hano­vrienne orangiste.  

Jacques II se réfugie à Saint Germain en Laye accompagné de six régiments qui auraient chacun eu leur loge : Royal Écossais, d’Albany, O’Gilwy, Dillon (régiment irlandais dont certains officiers seraient à l’origine de La Bonne Foi, fondée vers 1700), Gardes Écossaises et Walsh Irlandais (au sein duquel serait née La Parfaite Égalité, dont le Grand Orient de France a admis en 1777 que ses constitutions dataient de 1688).  

Ce sont les plus anciennes mentions que j’aie pu trouver d’une franc-maçonnerie irlandaise.  

 C’est aussi à Saint Germain qu’aurait été installée la Loge Mère Stuardiste du Rite Jacobite, à laquelle aurait appartenu le chevalier de Ramsay. Cette maçonnerie jacobite aurait pratiqué un degré de Maître Écossais de Saint-André, fondé sur le retour de l’exil à Babylone et la reconstruction du Temple par Zorobabel (ce rituel à double sens aurait permis d’évoquer la restauration des Stuart sur le trône d’Angleterre). Sans anticiper ce que nous diront de prochains conférenciers, on peut aussi noter que le chevalier de Ramsay, fut l’exécuteur testamentaire de Fénelon et le précepteur du fils de Jacques II d’Angleterre, c’est à dire du chevalier de Saint-George, prétendant déchu au trône, père de Charles-Édouard Stuart.  

En 1690, après avoir débarqué en Irlande et assiégé Londonderry sans succès, Jacques II et les catholiques sont à nouveau battus par Guillaume III d’Orange et retourneront en exil en France. Jacques II mourra à Saint-Germain en 1701,  laissant une veuve qui lui survivra dix-sept ans ; certains partisans jacobites en profiteront alors pour se dénommer “les enfants de la veuve”.  

Quant à Guillaume d’Orange, il se fera recevoir maçon en 1694 et présidera des assemblées à Hampton Court. La maçonnerie orangiste protestante se dotera ainsi de statuts supprimant toute référence à une Église, précisant : "votre premier devoir est d’être fidèles à Dieu et d’éviter toutes les hérésies qui le méconnaissent ”. Et en vertu de “l’acte d’établissement” de 1701 qui consacre l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre sous la forme d’une Grande-Bretagne, les princes de la maison de Hanovre accéderont au trône d’Angleterre et favoriseront l’épanouissement de la monarchie parlementaire.  

Revenons en Irlande, en 1710, pour l’anecdote de miss Élisabeth Saint-Léger . On raconte que la future lady Aldworth) s’était endormie dans une pièce contiguë à une loge, et qu’elle assista ainsi à son réveil à une tenue maçonnique. Surprise par son père, il fut décidé que la meilleure façon de garantir son silence était de l’initier, ce qui fut fait sur l’heure. Cette transmission (régulière puisqu’assurée par des maçons réguliers) indique qu’à l’époque pré-andersonienne, l’exclusion des femmes n’était pas un principe intangible, même s’il ne s’est agi en l'occurrence que de s’assurer de la discrétion d’un témoin involontaire.

En 1717, quatre loges andersoniennes s’autoproclament Grande Loge de Westminster, ce qui marque conventionnellement le début de la maçonnerie dite « spéculative ». Huit ans plus tard, ce sera la fondation de la Grande Loge d’Irlande, qui sortira les jeunes loges irlandaises de la clandestinité.  

Le premier franc-maçon irlandais célèbre est Jonathan Swift (Dublin Lodge n° 16) qui publie en 1726  Les voyages de Gulliver. Doyen des chanoines de la cathédrale St Patrick à Dublin, il ne se priva toutefois pas de publier divers pamphlets contre l'Église, la politique et même l'Irlande. Il a consacré un tiers de sa fortune aux pauvres, et un autre tiers à la fondation d'un hôpital psychiatrique.  

En 1730, la Grande Loge d’Irlande se dote des Constitutions de Dublin , globalement basées sur celles d’Anderson mais en y ajoutant la Sainte-Trinité et les Devoirs “au nom de Jésus-Christ, notre seigneur et sauveur”.  L’invocation d’ouverture se faisait au très glorieux seigneur Dieu, Grand Architecte du ciel et de la terre  étant précisé lors des cérémonies d’initiation que le nouveau frère sera gratifié de la divine sagesse  afin qu’il soit capable d’éclaircir, au moyen des secrets de la maçonnerie, les mystères de la piété et du christianisme.  

La même année, dans un contexte marqué par de nombreuses « divulgations » (en particulier la Masonry Dissected  de Pritchard), la Grande Loge de Londres décide d’inverser les moyens de reconnaissance des premier et deuxième degrés afin de ne permettre l’accès des loges qu’aux maçons qu’elle juge réguliers.  

Dans la foulée, cette même Grande Loge de Londres (qui compte déjà plus d’une centaine de loges) commence à manifester des prétentions de supériorité vis-à-vis de la Grande Loge d’Irlande et des loges d’Écosse, se permettant d’émettre des doutes sur leur régularité. “L’inversion anglaise”, susceptible d’être jugée contraire à la tradition, n’a certainement pas contribué à améliorer leurs relations...

Ce sont les prémices de la querelle des Ancients et des Moderns, qui va durer quelques décennies, d’autant que vont rapidement apparaître les premiers « hauts grades ».  

Dès 1743, on trouve en Irlande la première référence connue à la Royal Arch , portée par deux “Excellents Masons” lors d’une procession à la saint Jean d’hiver. L’année suivante, un ouvrage du Dr Dassigny consacré à la maçonnerie irlandaise évoque un grade de Royal Arch , qui était alors réservé aux anciens maîtres de loge (Passing the Chair ), et développera la redécouverte des secrets originels de la maçonnerie, ainsi que les attributs du “roi” Zorobabel, du prophète Aggée et du grand prêtre Josué.  

En 1750 apparaissent deux degrés maçonniques, "Prévôt" et "Juge" qui font référence aux "Harodims", les 3600 menatskhim  nommés par Salomon pour surveiller le chantier du Temple.  

Ces deux grades seront ultérieurement réunis avec le "Maître Irlandais", un degré pratiqué vers 1761 à la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon (autour de la saga biblique de Joseph) et qui deviendra le septième degré du REAA.  

Arrêtons nous un peu sur un personnage important : Lawrence Dermott, irlandais né en 1720 et initié en 1740 à Dublin, vénérable en 1746 avant d’être reçu au Royal Arch. Il rejoint la Grande Loge des Ancients en 1752 et en devient le grand secrétaire quatre jours plus tard ; il occupera cette fonction pendant vingt ans, avant d’être député grand maître. Sous son impulsion, les Ancients  intègrent l’Arche Royale comme extension des grades symboliques, ce degré étant jusqu’alors réservé aux passés-maîtres installés. En 1756, il publie Ahiman Rezon, équivalent des Constitutions pour les Ancients , ouvrage de 238 pages réédité à de multiples reprises et qui sera adopté par de nombreuses grandes Loges se réclamant des Ancients . Il y est précisé que “quiconque, par amour de la connaissance, pour le désir d’étendre son champ d’utilité ou pour tout autre motif vertueux désire devenir franc-maçon, doit être informé qu’il doit croire fermement dans l’existence de la divinité, et qu’il doit l’adorer et lui obéir en tant que Grand Architecte et Gouverneur de l’Univers. Les francs-maçons sont strictement astreints d’observer la loi morale et de fuir les voies de l’immoralité et du vice. Ils doivent également éviter les erreurs grossières du libre penseur, de la bigoterie et de la superstition. Ils doivent faire un usage convenable de leur raison personnelle en vertu de cette liberté par laquelle, en tant que maçons, ils sont faits libres d’en user mais non d’en abuser. Ils sont tenus d’adhérer aux grands principes essentiels de la religion révélée sur laquelle tous les hommes sont d’accord, alors que la façon et les formes d’adoration sont laissées à leur propre jugement. Il s’ensuit que les francs-maçons sont des hommes de bien et loyaux ; hommes d’honneur et de probité, hommes vertueux, quels que soient les noms qui aident à les distinguer. De par ce compte-rendu de la religion du métier, il ne faut pas supposer que la maçonnerie enseigne aux hommes à devenir indifférents envers la religion et l’état futur. C’est le contraire qui est vrai  (...) La bienveillance universelle est la plus grande aspiration morale. Elle constitue l’Étoile Polaire de la maçonnerie. Les influences sectaires et les disputes sont susceptibles de réduire cette gaie sympathie pour tout le genre humain, laquelle est le dessein que notre Ordre cultive et sert. Les disputes religieuses, et non la religion, sont bannies de nos loges  (...) En somme, la moralité et les devoirs religieux du maçon sont contenus dans ce commandement : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, et tes voisins comme toi même”.

C’est sous l’impulsion de Dermott qu’en 1762,  la Grande Loge d’Irlande s’allie officiellement à la Grande Loge des Ancients  

Il faudra attendre 1773 pour que la Grande Loge d’Écosse imite celle d’Irlande et s’allie également à la Grande Loge des Ancients,  dans un contexte de conflit exacerbé entre ces derniers et les Moderns, la légitimité de la Grande Loge de Londres étant alors remise en cause par la moitié des maçons britanniques.  

Laurence Dermott meurt en 1791 ; grâce aux liens étroits tissés avec l’Irlande et l’Écosse, et à l’expansion du Rite outre-mer, il aura donné à la Grande Loge des Ancients des assises suffisamment fortes pour que vingt-deux ans plus tard, l’Acte d’Union des Grandes Loges d’Angleterre (1813) soit négocié sur un pied d’égalité.  

C’est sans doute dans cette esprit que lorsque, le 31 mai 1801, le comte de Grasse-Tilly et John Mitchell fondent à Charleston le Suprême Conseil du Saint-Empire, premier Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la juridiction Sud des États-Unis, les maîtres maçons des deux grands systèmes rivaux y étaient indistinctement acceptés, quelle que soit leur religion.  

Un Suprême Conseil du REAA sera installé en Irlande en 1824, dont la régularité sera confirmée par le convent de Lausanne en 1875.  

Il restera partie prenante de la Déclaration de Principes de Lausanne alors que l’Angleterre et l’Écosse se retireront de la Confédération quelques années plus tard, considérant que le texte ne met pas suffisamment l’accent sur la notion de Dieu personnel.  

C’est néanmoins en concertation avec les Grandes Loges d’Irlande et d’Écosse qu’en 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre annonce qu’elle rompra toutes ses relations avec les obédiences qui ne respectent pas ses Principes fondamentaux pour la reconnaissance des Grandes Loges.  

Depuis, la Grande Loge d'Irlande est restée dans la mouvance de la GLUA ; elle regroupe aujourd'hui 45 000 membres répartis dans environ 900 loges (dont une centaine à l'étranger).

 

Source : Quatrième Cahier de la Loge de Recherche n° 1306 « Mare Nostrum » (GLDF)

avec la permission de l’auteur

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Le cœur au centre du cabinet de réflexion et l'initiation

8 Février 2013 , Rédigé par D\ Ter\ Publié dans #Planches

Depuis que je suis F\M\ je perçois les outils et les symboles d’une manière différente, ils me semblent plus amplifiés de sorte que toute la symbolique de l’initiation a pris avec "l’âge" des aspects plus riches et magnifiques. Il m’apparait donc opportun -avec le recul- de revenir sur certains symboles et moment particuliers dans lesquels s’inscrit le cœur. Je vais donc vous livrer une approche illustrée en donnant un éclairage personnel "du cœur entre du cabinet de réflexion et de l’initiation". Certes il s’agit là d’un sujet largement débattu et analysé dans de nombreuses planches, mais le nouvel éclairage que je vous propose me semble utile car il répond à une caractéristique indéniable qu’est le symbole pour le franc maçon. (Music fin)

En guise d’introduction posons-nous d’abord quelques questions essentielles qui devraient expliquer la démarche du profane.

Pourquoi cherche-t-il à être Initié? Qui l’a-t-il invité dans cette initiative ?

Il est fort probable que son inconscient lui a révélé le but ultime que l’Homme doit chercher à atteindre –à la faveur d’un imperceptible murmure- une petite musique que seul celui qui écoute avec son cœur - peut espérer entendre …Assurément c’est son autre lui-même qui l’invite par nature et par nécessité de se construire dans ce futur voyage fantastique. Et c’est cela qui éclaire mon sujet… son cœur !

Peut-il imaginer ce qui l’attend et les épreuves qu’il devra surmonter avant de recevoir la lumière ? Non, même avec ses connaissances livresques, fussent-elles étendues. Seul son instinct et sa volonté lui laisseront entrevoir -à travers des symboles qu’il va rencontrer- un "changement" qui se prépare déjà au plus profond de lui par l’interrogation dans son propre cabinet de réflexion. En fait, c’est le premier contact avec sa dualité et nos symboles. L’itinéraire qu’il vient d’emprunter est celui de l’Initiation, du commencement, car c’est bien une quête initiatique que celui-ci vient d’entreprendre. Une espèce une " d’auto-maturation " pour arriver de l’état profane au maçon en devenir. C’est dire l’importance que revêt l’adéquation de la démarche volontaire et de l’introspection…. On ne passe pas des ténèbres à la lumière sans détermination...d’ailleurs tout au long des épreuves qui vont suivre il aura à répondre inlassablement de sa volonté vrai de rentrer parmi nous. Materiae prima

Rappelons les faits. Dans la première phase de l'initiation, le profane est introduit et enfermé dans une pièce obscure au décor macabre. Abandonné dans cet antre à l’abri de l’agitation du dehors il est confronté à certains objets symboliques afin de le préparer à mourir au monde profane pour renaître à une nouvelle vie. La première épreuve est assurément ce voyage originel que le profane vivra pour entrer en Franc-maçonnerie, celle de la Terre. Tout est installé pour aller chercher celui avec qui il est né…car ici, tout appelle à la méditation, à l’éveil du doute au travers du langage universel de la symbolique c.à.d. non maçonnique. Puis il va livrer, par le testament, son passé d’abord à lui-même et à la Loge par la suite. Bien qu’il ne sait ni lire ni écrire… on espère qu’il aura tout dit puisqu’il est dans une situation telle qu’il faut délivrer l’ultime et pure pensée avant l’invitation aux voyages. C’est précisément dans ce lieu qu’il faudra « procéder à une sorte d’ajustement intellectuel et moral qui a pour but de débarrasser l’esprit de tout ce qui empêcherait l’étincelle de parvenir jusqu’à lui » car à cet instant précis, il va mourir à sa vie profane, mais avant de renaître et de vivre pleinement sa seconde naissance, il se doit de faire un bilan et de répondre par écrit sur les Devoirs que l’homme doit avoir envers lui-même, envers D.ieu, envers l’Humanité.

On le sait, dans cet étroit cabinet aux murs peints en noir, il n’est pas seul. La seule source lumineuse se trouve être une simple bougie dont la flamme le captivera forcément. Tout les symboles qui l’entourent lui parleront mais, sans les mots. Après une longue méditation, il découvrira un symbole fort dont aucun support matériel ne peut exprimer la présence et qui pourtant est le plus important des symboles, c’est le silence

Il est dit que "quand se taisent les bruyantes passions du monde, le cherchant peut enfin écouter ". Finalement il est invité à faire le silence, afin qu’il puisse écouter au plus profond de lui-même les paroles de sagesse que lui inspire son cœur. Lorsque celui-ci aura fait le calme sur les passions du monde qui l’entoure, il aura atteint une tranquille méditation et commencera à devenir sensible aux messages qui l’entourent. (Métaux à la porte du temple)

Pour que ce rite de vie et de mort puisse être efficace et aboutir à la purification du profane, parce qu’il s’agit bien de cela !, il lui faut encore un puissant symbole, en quelque sorte un "témoin de mariage" psychique permettant de relier les vivants aux morts, un lien puissant exprimant la chaîne ininterrompue entre les Maîtres passés à l’Orient Eternel et le profane qui aspire à reprendre le flambeau en devenant Franc-maçon à son tour, "ce témoin psychique" est un véritable crâne humain posé près du profane et devant lui se trouveront écrit ces mots: "J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis !" Ce sont des mots lourds de significations. Ce crâne, réceptacle des forces supérieures, transmettra alors un dernier message au profane. Elle lui dira : "Ce que tu vas voir, je l’ai déjà vu- ce que tu vas vivre, je l’ai déjà vécu- ce que tu vas entendre, - je l’ai déjà entendu. "Je suis la réalité telle qu’elle apparaît dépouillée de son décor sensible ; la vérité brutale, privée du voile des illusions", Alors courage et bonne route ! Toutefois …ce crane reste à combiner avec la bougie, (qui n’est pas sans rappeler le mythe de la caverne) d’où il ne voit que les ombres de la réalité et, la bougie symbolisera fort justement les ombres de la lumière.

Toujours dans cette situation et face à lui, il découvrira l’inscription énigmatique du Vrai commencement exposé plus haut, celle de l’invitation au voyage au plus profond de lui-même mais consigné par écrit. Sans même le savoir il s’y prêtera, guidé dans sa démarche par le rythme du Silence. V.I.T.R.I.O.L, une énigme indéchiffrable, dont le profane ne comprendra intellectuellement le sens que bien plus tard. Les sept initiales, septénaire mystérieux dont le sens dévoilé révèle une parfaite connaissance des processus qui mènent à l’éveil. Cette pierre que le profane doit trouver se trouve au plus profond de lui même, elle ne se dévoile qu’à ceux qui - par un travail intérieur sincère - sont arrivés au parfait équilibre pour ne faire qu’un : pour faire référence à une planche de notre F\ Philippe », « Tout procède de l’Unité, tout tend vers l’Unité ».

Le ternaire alchimiqueest également présent, car il est indispensable au processus alchimique de formation de la pierre philosophale. L’ensemble : Sel, Soufre, et Mercure expriment le véritable équilibre, auquel le profane doit tendre afin de se ré-générer. (=sel Trinité de la connaissance, symbole de l’esprit accompli Sacrifice (esprit/âme/cœur)

Le sablierqui se trouve posé devant le profane, est un attribut de Saturne, il symbolise le temps. Il représente sur le plan matériel donc terrestre, le temps qui s’écoule et qu’on ne peut inexorablement pas arrêter, chaque grain de sable qui tombe nous rapprochant irréversiblement du jour de notre mort. Le sablier représente encore autre chose, qui pour le profane n’est peut-être pas tout de suite perceptible, ce qui n’enlève rien à sa force évocatoire, car le sablier qui a tout pouvoir sur le plan terrestre (matériel), n’en a aucun sur le plan astral ou cosmique. Ce qui signifie, qu’une fois l’homme libéré des chaînes matérielles du temps terrestre, il pourra enfin réintégrer le temps initial, c’est-à-dire celui du commencement, de la création, l’instant primordial d’avant la chute, là ou le péché et les servitudes n’existaient pas. Bientôt il sera réceptif aux arcanes du temps et régler son horloge symbolique…

Puis le profane, qui peu à peu sortira de sa profonde méditation, lèvera les yeux vers le Coq, symbole solaire qui lui annoncera la fin de sa nuit éternelle, et le triomphe prochain de la lumière sur les ténèbres. Notons que dans ce véritable voyage originel le profane n’a pas d’outil devant lui puisqu’il ne sait pas les utiliser rationnellement, mis à part la faux mais celle-ci est symboliquement associée au blé, en raison de son rôle dans la moisson, en plus de ses liens avec le dieu Saturne. C'est pourquoi avec le grain, la faux manifeste une des fonctions de la Lune car la moisson clôt un cycle de vie inauguré par la mort du grain de blé. Notons que la faux, comme la faucille, marque cette fin positivement en signifiant récolte et alimentation, physique et spirituelle. Elle annonce le symbolisme de la farine, du pain futur et d'autres promesses de transformations ; dirons-nous une double nourriture, physique par le travail et d’élévation on va dire pour la circonstance une fermentation spirituelle (pain)

Il faut rappeler que les symboles qu’il a rencontrés pendant cette partie de sa vie nouvelle font la base de la construction future du franc maçon.

Pour clore ce paragraphe j’ajouterais ceci "Mourir pour renaître à nouveau est une loi universelle " et pour renforcer l’idée je vous propose une phrase tirée de Ev.g.le de Jean chap12 § 24: "En vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt… il porte beaucoup de fruits"

Voilà la 1ere épreuve terminée et l’instant où le F\Exp\ "habille" le profane c'est-à-dire qu’il va le mettre en conformité avec le parcours qui s’adresse à lui et sa destination: Mi-nu, mi-vêtu, mi-chaussé, mi-pied nu, mi-debout, un peu plus tard…mi-agenouillé. Ses yeux sont couverts car on ne le con-naît pas encore. Ceint d’une corde au cou le profane est paré !

- Serait-ce pour le pendre ? …non point mais pour mourir et renaitre certainement !

- Où est-ce la mort aux préjugés de la vie profane… Certes !

- Ou encore est-ce un lien de fraternité ? …Certainement !,

- Mais la corde est libre… il respire toujours…il est libre…mais l’heure est grave !

- Qui va là ?- Un humble postulant dira t-on d’une voix persuasive!

Le F\ Exp : le conduit vers la 1ère des portes du parcours, il va passer d’un milieu à un autre, pénétrer dans un espace sacré où nul n’a la clé car elle est ouverte à tout le monde, à cet instant… on lui pointe une épée sur le cœur !

- Doit-il verser son sang pour prouver sa volonté d’entrer en FM ?

- Loin de là !... C’est une mise en garde car un jour il aura peut être à donner son sang pour sauver un F\ à l’instar du pélican symbolique qui perce son cœur pour nourrir les siens.

- Ou alors serait-ce pour le punir du parjure Mais qui ? Lui ou son cœur ?

- Privé de lumière oculaire on parle assurément à son cœur et l’épée exprime ici une mise en garde qui s’adresse au "Centre" interface du corps et de l’esprit, car c’est là –précisément- que tout commence : la vie, l’art de la vie, la Lumière, l’Amour. Aussi ; il verra un peu plus loin… quand il sera adoubé par le V\M\que l’épée est aussi un Instrument de vie.

A cet instant de la cérémonie et s’il le désire toujours, ici et maintenant, personne dans le temple ne s’opposera à l’entrée du postulant, bien au contraire, on va l’accueillir comme "un fils prodigue" Puis le V\M\ lui déclare sous forme d’injonction qu’il travaillera sans relâche à notre amélioration avec l’outillage rationnel que l’on trouvera dans la loge et devra lutter contre l’ignorance sous toutes ses formes c.à.d.

· L’ignorance de soi-même qu’il faut dé couvrir (2 syllabes),

· L’ignorance par la culture qu’il faut améliorer pour se construire et construire,

· L’ignorance de l’autre, par l’action de l’écoute active et bienveillante (le regard du cœur)

Le V\M\ ajoute aussi qu’il devra pratiquer la justice, c’est à dire rendre juste son comportement en soumettant cette vertu à son cœur et à son esprit.

Relax water

Voilà la coupe des libations, c’est encore à son cœur qu’on en veut ! En effet main droite sur le cœur, tout est silence…il boit l’eau douce source de vie puis la coupe d’amertume et prononce le 1er serment de sa vie maçonnique et là… la corde disparait. Pour l’instant, il est libre mais des obstacles l’attendent, il doit en effet se battre contre vents et marées. Une main ferme veille à son équilibre sur terre et en même temps on le bouscule. On espère qu’il comprendra vite qu’il est plongé dans le chaos et qu’il doit déjà penser à se mettre à l’ordre…

Attendu au Septentrion…Maillet sur le cœur on lui annonce qu’il a fait son1er voyage celui de la vie humaine par le symbole de l’air qu’il doit accomplir avec prudence.

Attendu à l’Occident… s’ensuit le 2e voyage celui de l’eau celui de la vertu acquise par la persévérance, main gauche plongée dans l’eau puis maillet contre poitrine comme pour sceller la vertu et le cœur. Déclaré libre et de bonnes mœurs il subi l’épreuve à la Gloire du GADLU Voilà l’Alliance du cœur et de la vertu est scellée. A ce moment là tout s’apaise …

Attendu pour le 3ème voyage "l’épreuve du feu". Le rituel prend ici une autre forme symbolique, le récipiendaire frappe 3x sur l’épaule Gauche du VM et toujours le maillet sur la poitrine. Il comprendra que le feu est le symbole de la transmutation du cœur en un amour ardent ? Avec l’Air+Eau+Feu en sémite = on en appelle à l’âme (la transmutation de l’homme commence par le cœur)

(Cortège) Les yeux désilés, vient alors le serment solennel. Nous y voilà ! Le F\ Exp\ remet au récipiendaire un compas qu’il pointe sur son cœur. Espérons qu’il visera bien et qu’il a le compas dans l’œil car l’œil c’est le cœur et le cœur c’est l’âme…avant d’aller plus loin qu’il mesure… comme pour en mesurer l’intelligence…de son cœur !

Après avoir lu et juré sur les 3 grandes Lumières de la Loge il reçoit la Lumière, celle qui émane des F\, celle de l’Autel de serments, celle des Outils symboliques qu’il distingue encore vaguement. Ce moment est une véritable symbiose avec l’union du V\M\ .

Tout ici et maintenant est base vitale, un authentique "creuset" pour aujourd’hui et pour demain. Il est midi ! Maintenant notre F\ A\ est âgé de 3 ans et c’est sur ce nombre symbolique qu’il devra désormais travailler sans relâche pour que demain soit toujours la veille d'un lendemain.

Voilà mes F\ j’ai essayé à ma manière de retracer nos premiers pas en maçonnerie en mettant le symbole en perspective afin que l’on se souvienne que ce dernier est l’Essence et le but de notre cheminement initiatique, traduit par la volonté du Cœur, par le travail et par la recherche.

Si le Cœur pur permet d’atteindre l’éveil des symboles, comme de soi-même d’ailleurs… alors on parvient à une sorte individualisation, une appropriation de l’objet dont on veut réveiller l'idée et dès lors ils se mettent à "dialoguer avec nous"

Mais à quoi servent ce travail et la recherche ? Si ce n’est pas aussi pour voir les choses différemment, sous un autre angle, avec un œil 9 qui redonne cette sensation d’émerveillement.

J’ai dit V\M\

Source : www.ledifice.net

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Le crâne du franc-maçon

7 Février 2013 , Rédigé par Eri.Rom Publié dans #Planches

…ou ma rencontre avec Adam, premier opératif portant un tablier, forcé de gagner sa vie à la sueur de son front

Le crâne est présent dans le cabinet de réflexion, il assiste silencieux à la rédaction de notre testament philosophique. Il est témoin de notre entrée dans les petits mystères. Nous le retrouvons plus tard au tableau de loge du Maître en tant qu’acteur de notre exaltation aux grands mystères. Nous tenterons une approche qui lie le symbolisme du crâne dans l’ésotérisme chrétien à sa perception maçonnique.

Pourquoi lier les deux ? Simplement parce que l’ésotérisme chrétien a toujours dépassé la dimension religieuse pour toucher aux racines de la tradition première.

Nombre de manuscrits maçonniques font une référence expresse au crâne appelé « boîte d’os ».

Le symbole prend toute son épaisseur lorsque vers les années 1735 s’installe dans les rituels de loge, le grade de Maître. La greffe est liée à la légende d’Hiram et au mystère de la triple voie. Le mot nouveau, objet de la quête, est prononcé de manière aussi décomposée que le corps de l’intéressé.

A cette relation triangulaire dans la découverte de la parole perdue s’ajoute bien évidemment la résurrection des corps qui passe précisément par le médium des restes humains, laissant entendre que les os avaient des potentialités latérales occultes.

Le crâne est le symbole des symboles par excellence, cette raison devrait suffire à son étude.

Chacun peut constater que c'est la partie impérissable du corps. Un a priori se greffe alors sur le paradoxe de la mort et de la « survie » du crâne. Le terme survie est choisi précisément s’agissant d’un état qui dépasse le cycle de la vie et qui déborde sur le cycle de la mort. Le crâne en particulier et l’os en général sont des médiums physiques et mentaux de la vie et de la mort voire même de la résurrection. Il sert de support aux trois états correspondants aux trois royaumes : celui des vivants, celui des morts et le paradis.

Le crâne se trouve au sommet du squelette et plus précisément de l’axe formé par la colonne vertébrale. On considère qu’il est le siège de l'âme, tout comme la grotte, la caverne et le cairn sont des demeures de l'Esprit. Le crâne est donc avec le cœur un réceptacle de vie, mais il symbolise aussi la mort physique, étape par laquelle il faut passer pour renaître à un niveau spirituel supérieur.

L’image du crâne inonde l’infra conscience de chacun et il suppose l’idée de finitude de la vie et la naissance du destin. Plus qu’un symbole c’est un verdict auquel chacun tente de se soustraire. Fuite aussi inutile que futile, car ce rappel à la fin des corps de chair introduit la survie de l’esprit. La futilité de la fuite n’implique pas la futilité de la vie.

Entre le corps et l’esprit se situe l’âme, idée aussi incertaine et faible que l’esprit survivrait au corps.

Cette tripartition chrétienne pose le problème des résidus humains survivants au décès clinique. Ce problème est parfaitement illustré par la grande épopée des reliques qui marqua aussi bien le christianisme que le bouddhisme. On peut légitimement s’interroger sur les fondements d’une telle tradition.

Le rattachement à la tradition des reliques de chacune des doctrines poursuit à mon avis deux objectifs. Le devoir de mémoire et le principe résurrectionnel.

Le devoir de mémoire bien connu de francs-maçons implique l’attachement à l’objet en général et aux restes humains en particulier. Saint-Thomas-d'Aquin dit « les objets n’ont de valeur que s’ils conduisent au Christ », « inquantum ducunt ad christum. ».

La résurrection des corps fut l’innovation d’un christianisme conquérant. Poursuivre le chemin en esprit diffère de l’idée de renaître au jour du jugement dernier. Être proche d’une relique d’un saint ou la posséder dans son église assura au culte chrétien notamment, une fréquentation et une abnégation des fidèles. Les reliques sont le fonds de commerce de l’église du Moyen-Âge et particulièrement de l’époque gothique. Nombre de constructions furent financées par le commerce des reliques ou leur mise en valeur en exposition payante auprès des fidèles. Le mercantilisme lié aux reliques développa l’attrait du résidu osseux auprès des croyants et fut l’assise matérielle de l’autorité spirituelle des évêques et du Pape face au pouvoir temporel des rois. Être roi de droit divin imposait que l’on consacrât ces derniers en présence du Pape et des reliques. L’abbaye de Saint-Denis est le témoignage irréfragable de la lignée des reliques.

En ce lieu sont enterrés 153 rois et reines de France dans la lignée mérovingienne, carolingienne, capétienne et des Bourbons. Ils venaient se faire remettre les attributs de leurs pouvoirs temporels par le légat du Pape, soit la couronne et la pourpre, en présence des ancêtres et de la Sainte Ampoule.

 

L’objet devient sacré et se chargeait naturellement de la force mentale et psychique de ses admirateurs. Qu’elle fût authentique ou pas, elle devient ce que les prières et incantations voulaient qu’elle fût. C’est ainsi que les objets ou les lieux se chargent des flux spirituels qui les caractérisent. Ces « chargements » portent sur l’objet d’orfèvrerie (le reliquaire), le reste humain (l’os fragmenté, cheveux, ongles) et le lieu (l’église ou la cathédrale). Ils se conjuguent pour devenir puissance agissante dans la vie du croyant.

Les trois phénomènes conjugués du résidu humain du saint, de la représentation précieuse du reliquaire et du tellurisme du lieu, amplifient le pouvoir de transport et de communication dans les mondes intermédiaires.

Il s’agit bien d’intermédiation entre l’homme et le divin. Au même titre que les anges sont messagers divins, les reliques en appellent au défunt, comme si la mort ne l’avait pas complètement atteint et qu’il pouvait encore intercéder pour nous. Le défunt par ses reliques se trouvait à cheval sur la frontière de la vie et de la mort.

La médiation était le but premier de la vénération des reliques. Face à cette valeur sacrée de la relique officielle, demeure le reste osseux de proximité immédiate qui par son caractère anonyme est fuie comme on fui la mort qu’il représente. Celui-ci n’est pas mis en valeur, il est caché dans les replis de la terre. Hormis certaines professions on se garde bien de fréquenter des ossements.

Le rappel à la mort des ossements justifie leurs présences dans le cabinet de réflexion. Tout ce qui est vivant sur terre finit par mourir sans complètement disparaître. Par le jeu de la putréfaction reste le squelette qui finit par blanchir. Sans crémation le corps laisse une trace bien identifiable. D’instinct on s’interroge sur notre propre fin dont on peut juger de l’esthétique.

C’est tout l’art des « memento mori » ou cabinet de vanité que de rappeler cette échéance. Le christianisme auto flagellant met en avant la tripartition du monde avec le paradis, l'enfer, et la terre. Derrière le thème de la chute se profile le salut de l'âme. Ce système amène la mort au premier plan des préoccupations.

Dans ce contexte, un but moralisateur chrétien s’impose à l’opposé aux thèmes grecs et romains. « Souviens-toi que tu mourras », la phrase était répétée par un esclave au général romain lors de la cérémonie du triomphe dans les rues de Rome.

Debout derrière le général victorieux, un serviteur devait lui rappeler que, malgré son succès d'aujourd'hui, le lendemain serait un autre jour. Le serviteur le faisait en répétant au général qu'il devait se souvenir qu'il était mortel, c'est-à-dire « Memento mori « Une destinée glorieuse n’efface pas la mort. Les Grecs face à la mort avaient imaginé le thème du « carpe diem ». D’après Horace, cette mort devait nous inciter à vivre pleinement : « Maintenant il faut boire, maintenant il faut frapper la terre d'un pied léger ».

S’il existait une vie éternelle après la mort, il fallait en profiter maintenant parce qu'il n'y aura dans ce monde futur ni boisson ni danse.

Vivre le temps présent dans l’oubli de l’au-delà ou vivre l’au-delà dans le temps présent ?

C’est toute la question qui oppose la philosophie grecque au point de vue doctrinaire de l’église. La franc-maçonnerie comme les mythes d’Eleusis autrefois, réussit l’exploit de lier les deux approches dans le grand cycle de la vie et de la mort, tout ce qui périt finit par renaître (symbole de la faux et du blé, mais aussi du sablier.)

L’homme ne se résout pas à sa fin, non pas par manque de sagesse, mais parce qu’il imagine qu’il subsiste quelque chose d’irréductible dans ses derniers restes. Il enterre ses défunts et prévoit ce qu’il faut pour sa nouvelle vie, une épée, des bijoux, des vivres une barque solaire, etc. Il va jusqu'à ériger des pyramides, un tertre, un cairn pour l’honorer et le protéger. Le corps décédé conserve, via sa part irréductible qui est le crâne, une potentialité d’existence dans un état autre, différent et invisible. Cette invisibilité aux vivants se traduit par l’enterrement ou la mise en caverne. Cette dissimulation est à la fois un retour à la matrice, mais surtout la version terrestre de la montagne céleste. Les monts sacrés sont des lieux de contacts et de médiations avec le céleste, la cavité souterraine est le même symbole dans un ordre inférieur. Ainsi céleste, terrestre, et subterrestre sont pris dans un même axe-chemin : L’Axis Mundi.

C’est dans l’os, dernier témoignage de son passage sur terre que ce situe la part résiduelle de l’être. Ainsi l’os est d’une nature autre qu’un simple amas calcifié. La porosité moléculaire du tissu osseux et le pouvoir de représentation mentale qu’il déclenche suggèrent que le reste humain est habité par une forme indéfinissable de présence, entité dégénérée et errante de l’âme ou de l’esprit humain. Face à l’os et plus précisément face au crâne et ses orbites énigmatiques, une présence se dessine…

Quant il est dit « la chair quitte les os » dans la légende d’Hiram ou que le cadavre « pue » ou « commence à sentir », il me semble qu’allusion est faite à la présence d’entité liée à l’os. Ainsi il n’est pas complètement mort, il reste quelque chose de lui qui est d’une nature différente de la chair agissante. Des restes s’exhale quelque chose qui met en éveil nos cinq sens et plus particulièrement notre instinct. Il est possible aussi de faire le rapprochement avec le principe alchimique du solve et coagula, soit la dissolution des chairs pour une nouvelle recomposition de ses éléments. Il y aurait ainsi une purification par la terre, du moins pour notre Hiram. C’est l’œuvre au noir la matière prend la couleur et l’apparence de la Mort. Les restes osseux sont le précipité de l’être. L’enterrement de l’impétrant dans les replis de la terre est l’accomplissement de son « Œuvre au Noir ». Là, hors du temps, il doit se « morfondre », c'est-à-dire se fondre et se dissoudre dans la mort.

Face au principe de la décomposition organique, il existe une autre tradition qui s’appuie non pas sur l’élément terre, mais sur l’élément feu. L’incinération du corps et la calcination étaient supposées purifier le corps et libérer l’âme qui repart vers sa source lumineuse. Le « Caput mortem »est bien signifiant et rayonnant dans le cabinet de réflexion. Il contenait le cerveau, donc la vie s’y cachait. Purifié, ce crâne rectifié-purifié par l’Oeuvre, mérite d’être calciné. Le crâne et la cendre représentent une seule et même matière, à deux stades de son élaboration. Le Livre de la Toison d’or nous annonce le processus :

« Notre corps deviendra premièrement cendre puis sel et après par ses diverses opérations devient enfin le Mercure philosophale, c’est-à-dire, que le métal doit être calciné, réduit en sel et enfin travaillé en sorte qu’on en fasse le mercure philosophal. ».

La légende d’Hiram suivant les rites, propose le transfert de l’esprit d’un corps à l’autre ou du moins l’évocation de la poursuite de l’œuvre inspirée par l’idée du relèvement du maître devenu Hiram. Ce qui est retrouvé dans le reste d’un cadavre c’est une parole qui à défaut d’être prononcée par le décédé peut être qu’épelé par trois frères. L’absence de prononciation en une seule fois n’implique pas la méconnaissance du mot. Simplement il ne peut être prononcé dans ce monde, il appartient à un autre état, supérieur c’est certain. Cette différence d’état de l’existence est validée en franc-maçonnerie par le fait d’épeler, par lettres ou par syllabes.

Donc l’état du corps et le langage pratiqué suggèrent la présence d’un autre état de l’existence.

Le témoignage de cet état réside dans l’os et plus précisément dans le crâne. La médiation entre deux mondes est donc plus que soulignée par le relèvement du maître, fut-il intérieur. De l’horizontalité qui est le domaine des petits mystères, on passe à la verticalité axiale. C’est aussi le passage de la porte basse à la porte étroite. Ce maître squelette est le témoignage d’un autre soi dans une dimension différente et sans chair. C’est l’apanage des grands mystères de mettre en avant la superposition des niveaux d’existence par les différences d’états, de signes ou de langages. C’est une chance que la franc-maçonnerie de tradition ait conservé la mémoire des portes d’accès grâce à l’interprétation symbolique.

Le crâne a ceci de particulier qu’il diffère des autres ossements par la forme et sa fonction.

C’est avant tout une boite. Une boite d’os pour les anciens francs-maçons dans laquelle était dissimulée une clef, la clef de la loge, autrement dit la clef du temple de Salomon, donnant l’accès au Saint et la vision du Saint des Saints. Ce lieu dissimulé au regard profane, conduit aux vérités supérieures.

Il convient donc de poursuivre notre recherche dans les manuscrits anciens des loges opératives d’Angleterre et d’Écosse à une époque où l’hégémonie de la Grande Loge de Londres puis d’Angleterre n’avait pas encore épuré les précieux fonds archaïques et primitifs de nos rites maçonniques.

La relation au Crâne et à l’os est faite constamment avec l’arrivée du mot de maçon à l’issue des statuts de Schaw ]de 1599.

Il est intéressant de constater que déjà certaines loges accueillent des maçons acceptés en leur sein. Ces maçons acceptés sont fort utiles pour la survie des loges, mais ils sont pour la plupart plutôt cultivés et sensibilisés au rosicrucianisme et à l’hermétisme alchimique. C’est d’ailleurs une grande mode dans les cours européennes que de s’intéresser à cet ésotérisme. Il ne sera pas étonnant de retrouver dans les manuscrits maçonniques de l’époque, des traces de leurs apports.

A la lecture des manuscrits, on constate que le crâne est associé au secret contenu dans une boîte dont il faut trouver la clef. Cette clef, finalement semble n’être ni d’or ni d’argent, symboles respectifs de l’autorité spirituelle et du pouvoir temporel, mais d’ivoire. L’ivoire ou la corne a toujours été considéré comme une matière semi-précieuse et hautement symbolique.

Cette matière n’est rien d’autre qu’une référence à une excroissance de l’os dont on connaît les pouvoirs depuis la nuit des temps.

L’ivoire est tiré des dents et des cornes ou défenses. Les cornes sont une excroissance de l'os frontal des cervidés, elles sont ramifiées et évoquent les branches des arbres et finalement la couronne d’un roi.

Cette couronne fait le lien entre le ciel et la terre, avec l’homme roi couronné pour médiateur. La clef d’ivoire ouvre cette médiation axiale à partir du crâne.

Support « latéral » d’une réalité qui dépasse l’apparence d’une vie profane, puissance rayonnante du résidu humain, condensé ou même précipité du corps de l’âme et l’esprit, support de résurrection future, le crâne représente les forces occultes qui soutendent l’action de l’homme sur son destin.

La clef seule ouvre la loge et la loge ou le temple est apparenté au crâne cavité-caverne et boite à secrets. Nous rejoignons ainsi la légende grecque de la boite de pandore, qui une fois ouverte fait échapper les esprits maléfiques qui rendront l’homme à sa jalousie et à son envie.

Nous citons 5 manuscrits anciens qui font apparaître une relation entre la boite d’os, la clef-langue et le cœur.

 

Le manuscrit des archives d'ÉDIMBOURG (1696)

Q. 13 : Où trouverai-je la clef de votre loge ?

R : A trois pieds et demi de la porte de la loge, sous un parpaing et une motte verte. Mais sous le repli de mon foie, là où gisent tous les secrets de mon coeur.

Q. 14 : Qu'est la clé de votre loge ?

R : Une langue bien pendue.

Q. 15 : Où se trouve la clef ?

R : Dans la boîte d'os.

Le Manuscrit CHETWODE CRAWLEY (1700)

Q. 13 : Où trouverai-je la clef de votre loge ?

R : A trois pieds et demi de la (porte de la) (3) loge, sous le parpaing et une motte verte.

Q. 14 : Qu'entendez-vous par un parpaing et (une) motte verte ?

R :      J'entends non seulement sous un parpaing et (une) motte verte, mais sous le repli de mon foie là où gisent cachés tous les secrets de mon cœur.

Q. 15 : Qu'est la clef de votre loge ?

R :      Une langue bien pendue.

Q. 16 : Où se trouve la clef de votre loge ?

R :      Dans la boîte d'os.

Le manuscrit DUMPHRIES : 1710

Q : 10. Où repose la clef de votre loge ?

R : Dans une boîte d'os recouverte d'un poil hérissé.

Q : 11. Donnez les caractéristiques de votre boîte.

R : Ma tête est la boîte, mes dents sont les os, mes cheveux sont le poil, ma langue est la clef.

Le manuscrit DE TRINITY COLLEGE 1711

 

Q : Où gardez-vous la clef de la loge ?

R : Dans une boîte d'os, à un pied et demi de la porte de la loge.

Q : Quelle distance y a-t-il du câble à l'ancre ?

R : Autant que de la langue au coeur.

 

Le manuscrit WILKINSON 1727

 

Q : Où gardez-vous vos secrets en tant que Maçon ?

R : Dans une boîte d'os qui ne s'ouvre ni ne se ferme sans clef d'ivoire ; neuf pouces ou une boucle à ma bouche (la clef d'ivoire est pendue par un câble de neuf pouces ou une boucle. Ce câble ou boucle est la langue.)

Nous conclurons que si la langue est la clef, alors la prononciation du mot est la connaissance. Encore faut-il que la connaissance puisse investir la boite crânienne pour en ressortir en mot prononcé, mais d’après notre tradition, la clef du langage de la connaissance passe par le cœur.

Le Crâne est le lieu de conjonction et d’embouteillage des cinq sens. Nous constaterons que cette boite est certes reliée à l’extérieur, mais reste hermétique et sombre lorsque l’on se place à l’intérieur. Nous touchons alors à la limite étriquée d’une boite protectrice chargée d’interpréter le monde et d’accumuler du savoir dans le cadre de la survie. Le cœur heureusement se chargeant de la vie, élabore la connaissance qui donne une vision fulgurante d’un tout.

Toute la question ésotérique sera de démontrer que le cœur et le crâne vont pouvoir se rejoindre dans une unité de langage (...)

(...)

Il nous faut maintenant détailler cette boite d’os et rechercher dans la qualification de ses parties constitutives, des analogies symboliques avec la tradition maçonnique.

 

Topographie symbolique du crâne :

La boîte crânienne (ou neurocrâne) comprend deux parties constitutives d’un monde en soi. (Nous utilisons la documentation éd Wp Mars 2011, pour adosser nos commentaires symboliques.) :

La voûte crânienne (ou calvaria qui à la même racine que le calvaire sur lequel le Christ fut mis en croix et crucifié) formée de plaques osseuses telles des continents, soudées entre elles par des sutures interdigitées extrêmement solides. La voûte qu'elle fût étoilée comme dans une loge maçonnique ou le tombeau d’un pharaon représente le ciel face au plancher du crâne.

A la naissance, les os de la calvaria sont séparés par les fontanelles, qui permettent la croissance de la boîte crânienne. Certains y voient une image de la porte étroite, comparée au chakra coronal, c'est-à-dire la fontanelle des bébés, par laquelle la conscience (purifiée après tout le trajet de la colonne vertébrale et l'éveil des divers nœuds d'énergie qu'elle supporte) s'échappe au moment de la mort physique.
On notera que c’est sur cette fontanelle que nombre de cérémonies maçonniques imposent l’apposition de l’épée flamboyante en vue de la transmission. La fontanelle est rouverte l’instant d’un éclair par l’épée rayon.

Elle devient clef de voûte et pierre du dôme, lieu du croisement de l’épée sur la tête. C’est aussi un chakra axial qui fait le lien entre la terre et le ciel. Il est intéressant de souligner que la voûte protectrice des regards profanes est présente dans certains grades supérieurs. Dans les légendes européennes et asiatiques, le crâne humain est un homologue de la voûte céleste. Il est une caverne en miniature qui, elle-même, est une représentation en miniature du Ciel.

Comme le cerveau, schématiquement la voûte comprend quatre parties ou pôles, nous sommes donc dans une quadripartition polaire qui nous relie à l’anthropomorphisme cosmogonique. C’est une image du monde que le crâne nous propose. Quatre zones significatives sont à retenir : la zone frontale, à l'avant (formée des os frontaux, ethmoïdes, sphénoïde et percé de cavités pneumatiques creuses : les sinus) ; le pariétal droit et gauche, latéralement (os pariétal et temporal) formant les tempes, zones les plus fragiles de cette boîte ; l'occipital à l'arrière (os occipital).

Le plancher (ou base du crâne), formé de trois fosses crâniennes, il est à noter que Hiram au REP se trouve dans la fosse-cavité, il reste donc deux autres fosses pour Hiram de Tyr et Salomon, correspondantes aux trois montagnes sacrées ou sont enterrés ces trois sages. Ainsi la voie ascendante est balisée tant pour les profanes par la montagne que pour les initiés par la fosse :

Vue endocrânienne du plancher d'un crâne humain avec les trois fosses.

o La fosse crânienne antérieure,

o La fosse crânienne moyenne,

o La fosse crânienne postérieure.

Le plancher est donc limité par l'os occipital en arrière et la partie supraorbitaire de l'os frontal en avant. Il est percé de trous laissant passer les différents éléments innervant ou permettant la circulation sanguine à l’intérieur du crâne. On retrouve selon un axe antéro-postérieur ces nerfs qui sont les liens informatifs avec le milieu extérieur. Cela veut dire que le cerveau seul et non relié à l’extérieur est aussi aveugle que les protagonistes de la caverne socratique. Inversement l’ensemble des informations qui sont captées par les nerfs et les sens, est déformé par les filtres qu’ils sont obligatoirement devenus. Les sens se déversent dans une cavité à perception limitée, car aucune boite à os ne peut avoir une vision globale du tout.

Passent ainsi, le 1er nerf crânien, le canal optique, les nerfs oculomoteurs, le nerf maxillaire, le nerf mandibulaire, l'artère méningée moyenne, les nerfs faciaux, la veine jugulaire interne et par le trou occipital, en continuité avec la colonne vertébrale représentative de l’axis Mundi, pars lequel passe la moelle allongée et les deux artères vertébrales, etc. Le massif facial est formé de 14 os qui identifient socialement l’individu. Le visage est cette partie que l’on masque lorsque l’on ne veut pas être reconnu, c’est aussi cette partie qu’on maquille pour jouer un rôle dans certains théâtres d’ombre et de lumière… Janus nous a appris que l’on peut avoir deux visages.

Le masque, grec ou latin est, plus encore que le costume, un procédé de caractérisation du personnage.
Il permet d'identifier, d'entrée de jeu, le héros antique et de nos jours le personnage joué par l’individu. Ici le moi et l’en soi, l’individu et la personnalité se retrouvent à nu, débarrassés de leurs tissus, et pourtant par leurs intitulés ils expriment les sentiments et les besoins du vivant. Ils sont l’expression même du vivant. La plupart des os du visage sont pairs : Os lacrymaux (pleurer), zygomatiques (rire), nasaux (respirer), maxillaires (goûter se nourrir), et d'autres sont uniques : Vomer, Mandibule (parler)

Face à ce descriptif détaillé, nous constatons que le Crâne est un monde en soi, avec sa géographie propre et ses continents. Il en est de même du cerveau qu’il contenait.

Le crâne-caverne dans lequel se projettent les ombres portées par les nerfs de nos sens trompe notre jugement et nous incite à agir sous de fausses informations. Ce que doit faire le franc-maçon c’est de tenter d’agir dans le monde autrement, avec l’intelligence du cœur. Sauf à rouvrir définitivement cette fontanelle soudée par l’âge et la perte de l’innocence ? il me semble utile de réserver au vase du cœur et à ses pulsations, la décision instinctive qui contribue à la conversion du regard. Le crâne symbolise le temps destructeur et la vanité de tout attachement humain aux choses périssables. Il peut être également l'attribut de la mélancolie ou connoter la repentance, la méditation et la préparation à la mort (Memento mori). Mais le crâne figure aussi aux pieds de Jésus mort sur sa croix. C'est en référence au péché initial qu'il aurait racheté par sa crucifixion suivant la tradition chrétienne. Ce péché est celui d'Adam.

La boucle est bouclée.

C’est ici le point crucial de notre démonstration. La crucifixion du christ pour racheter le péché des hommes et en premier lieu celui d’Adam qui a fauté se déroule sur le Golgotha qui se traduit littéralement par le mont du crâne. L’iconographie religieuse du Moyen-âge et de la Renaissance représente abondamment la scène de la crucifixion avec au pied de la croix le crâne d’Adam.

Cette triple conjonction du crâne porteur de la mémoire fautive d’Adam, du sacrifice du Christ pour le rachat et enfin du Golgotha grotte et montagne, trouve son lien naturel dans le sang qui s’écoule du flanc du christ dans la boite crânienne d’Adam. Ainsi, le sang de Jésus en croix, Nouvel Adam, a pu s’écouler sur le crâne du premier Adam. Cette boite d’os devient alors un calice. Nous savons que la coupe et le calice sont associés par leur forme de triangle descendant, au cœur. Alors est-il possible que le crâne se représente comme le triangle montant ?

Le versement du sang dans ou sur le crâne d’Adam consacre cette superposition de l’un à l’autre, comme les deux triangles superposés et entrelacés du sceau de Salomon. Le centre des deux triangles cerveau et cœur, répond à l’axe du bois de la croix plantée au Golgotha à l’aplomb de la voûte protégeant le crâne. Les deux axes de la croix et de la lance ne feront qu’un. Le percement du flanc et donc symboliquement du cœur du Christ par la lance du légionnaire Longinus vaut pour symétrie symbolique le dernier coup asséné su la fontanelle de Hiram par le troisième des mauvais compagnons. D’ailleurs la terre du tertre du Golgotha se fendit au moment de la crucifixion ramenant l’idée de la réouverture de la fontanelle du crâne d’Adam.

Les coups ainsi portés, frappent simultanément le centre commun aux deux triangles inversés, la tête et le cœur. Ainsi est résolu le rachat du péché originel qui a fait perdre à l’homme l’âge d’Or de l’humanité. Cette relation triangulaire de cause à effets inverse la représentation du crâne d’Adam. Il n’est plus l’expression d’un reste de culpabilité occulte, mais plutôt un signe palpitant d’espoir dans la recomposition des événements, cette fois-ci dans un sens cyclique heureux, ce qui correspond à la signification profonde du sceau de Salomon qui contient un cœur battant au rythme des grands cycles.

Ainsi le crâne du cabinet de réflexion n’est autre que celui du premier homme qui côtoya Dieu au point d’en perdre la proximité. C’est aussi le nôtre. Il est à la fois porteur de la faute originelle, ce qui nous en éloigne instinctivement, mais il reçut le pardon par le sang versé, ce qui nous en rapproche. À notre niveau s’exprime, enfouie dans les profondeurs de notre infra conscience, le souvenir de ces deux instants du cycle. Comme les mouvements d’un cycle, d’instinct nous nous éloignons des restes osseux et du crâne particulièrement, puis fascinés par ce qu’il signifie, nous nous en rapprochons pour n’être que lui. La clef qui ouvre le passage est en lui, mais c’est le cœur qui œuvre…

  

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-le-crane-101549839.html

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