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Meurs et deviens

9 Février 2013 , Rédigé par Jean Clerbois Publié dans #Planches

Le principe essentiel de l'initiation maçonnique, la mort au monde profane, suivie de résurrection dans le monde de l'esprit, a été exposé dans un poème concis et d'une magnifique plastique par notre F:. Goethe, sage parmi les sages :

Ne le dites à nul autre qu'au sage,
Car la foule est prompte à l'insulte.
Je veux louer le vivant
Qui aspire à mourir dans la
flamme
.

Dans la fraîcheur des nuits d'
amour
,
Où tu reçus la vie, où tu la donnas,
Te saisit un sentiment étrange
Quand luit le flambeau silencieux.

Tu ne restes plus enfermé
Dans l'ombre ténébreuse
Et un désir nouveau t'entraîne
Vers un plus haut hyménée.

Nulle distance ne te rebute,
Tu accours en volant, fasciné
Et enfin, amant de la lumière,
Te voilà, ô papillon consumé.

Et tant que tu n'as pas compris
Ce : « Meurs et deviens »
Tu n'es qu'un hôte obscur
Sur la terre ténébreuse.


Il est difficile de rencontrer un texte affirmant plus fortement l'articulation du spirituel dans le charnel, du charnel dans le spirituel.
N'avons-nous pas l'impérieux devoir de construire la vérité de la vie, la vérité de la mort ?
Le "Manuel d'instruction du 4ème degré" nous rappelle que nous sommes passés de l'équerre (matière) au compas (l'esprit). Et il précise : « ainsi que le géomètre qui passe des lignes droites et des
angles aux grandes courbes et au cercle, nous aspirons à nous élever et à pénétrer dans les hautes régions de la connaissance spirituelle ».
De
son côté, notre F:. Lantoine pose la question : « Que veulent les hommes ? Etre guéris de leurs maux et du mal qui leur semble le plus terrible de tous : la mort ».

Cette question de la mort ne peut laisser personne indifférent. Il y a là un problème angoissant pour celui qui réfléchit, dès qu'il parvient à l'âge où l'on se rapproche du port mystérieux, dont personne n'est jamais revenu et dont, par conséquent, nul ne peut parler avec certitude.
Le mystère de la vie et celui de la mort ne sont-ils pas les aspects complémentaires de la même question ?
En tout temps, en tout lieu, après le déchirement de la séparation, les méditations sur la mort ont conduit au même résultat. La croyance en la survie forme le patrimoine de toutes les civilisations. Elle s'exprime dans la sculpture, la gravure, la peinture, la musique et la
poésie. Elle s'exprime aussi dans toutes les légendes, les religions, les traditions et notamment notre rituel maçonnique. Elle se résume en deux mots : mort et transfiguration
.
Comme l'exprime le vers de Mallarmé : Le mort est devenu, ce qu'en lui-même, enfin l'éternité
le change
.
La vie terrestre, avec son commencement et sa fin, apparaît alors comme un "passage" ; la mort elle-même, comme une nécessité, contribuant à l'ordre universel.
Ce thème de "mort et transfiguration", nous l'avons utilisé dans notre rituel du 3ème degré. Nous en parlerons plus loin.
Constatons qu'on retrouve ce thème à tous les âges de l'humanité.

Que pense du problème de la mort notre F:. René Guénon ?
Dans
son ouvrage Les états multiples de l'être, il affirme que l'état humain n'est qu'un état de manifestation, comme tous les autres et parmi une inifinité d'autres. Il se situe dans la hiérarchie des degrés de l'existence, à la place qui lui a été assignée par sa nature même. Si nous devons envisager cet état plus particulièrement, c'est uniquement parce que c'est celui où nous nous trouvons. C'est donc un point de vue
très contingent.
Pour lui, le fini que nous représentons passe par des états indéfinis pour atteindre l'
Infini
, et il n'y a pas lieu de nier tout ce qui dépasse la mesure de notre compréhension individuelle, plus ou moins étroitement limitée. « Il n'y a pas de choses inintelligibles, mais seulement des choses actuellement incompréhensibles pour la raison, faculté spécifiquement humaine. »
Dans l'un des chapitres du livre Le
symbolisme de la croix
, René Guénon envisage plus particulièrement la position extrême-orientale, où il note l'équivalence métaphysique de la naissance et de la mort.
Il remarque qu'en géométrie, une droite ne peut rencontrer un plan qu'en un seul point. Il en est ainsi, en particulier, de l'axe vertical (assimilé au principe spirituel) par rapport à chaque plan horizontal (assimilé à un état d'existence), d'où René Guénon tire la conclusion qu'on ne repasse jamais par le chemin déjà parcouru.
Il ajoute que la fin d'un cycle quelconque coïncide nécessairement avec le commencement d'un autre. Nous n'employons les mots "naissance" et "mort" que pour désigner les passages entre ces cycles, qu'il s'agisse des mondes aussi bien que des individus.
Ainsi, la naissance humaine est la conséquence d'une mort (à un autre état) ; la mort humaine est la cause d'une naissance (dans un autre état).
Dans L'homme est son devenir selon le Védanta, René Guénon voit une doctrine hindoue, purement métaphysique, ouverte sur des possibilités de
conceptions
illimitées.
« Evidemment, dit-il, il importe de faire la part de l'inexprimable, car les
symboles n'ont pour raison d'être que d'aider à la concevoir, en fournissant des "supports" pour un travail strictement personnel.
»
Il pose la distinction fondamentale du "Soi", la personnalité, ou principe transcendant de l'être, d'avec le "moi", l'individualité, modification transitoire et contingente.
Comment René Guénon envisage-t-il « l'évolution posthume » ? L'individu – ou plus exactement son principe vital –, qui est passé à un autre état supérieur, n'a plus rien de commun avec l'espèce humaine. Il s'en est affranchi. S'il est véritablement transformé – c'est-à-dire au-delà de la forme – il obtient la « Délivrance », ce qui suppose une connaissance intégrale. Nous dirions, en terme maçonnique, l'initiation effective.
A titre de comparaison, si la manifestation formelle est extérieure, périphérique, appartenant à la circonférence, à « la roue des choses », le centre de cette circonférence est le symbole de l'initié parfait, réintégré dans le Principe
primordial
.

A l'époque de l'Egypte antique, et selon Le livre des morts, Hermès Trismégiste adresse cet appel aux initiés : « Ô âme aveugle, arme-toi du flambeau des mystères et, dans la nuit terrestre, tu découvriras ton double lumineux, ton âme céleste. Suis ce guide divin et qu'il soit ton génie, car il tient la clé de tes existences passées et futures. »
On a retrouvé l'inscription suivante, en Grèce, sur le Temple d'
Eleusis : « Les grands mystères qui émanent des dieux font que, pour les mortels, la mort n'est plus un malheur, mais une joie.
»
Je ne vous parlerai pas de Pythagore,
Socrate
ou Platon. Ces philosophes ont fait l'objet de travaux et vous savez que leur système est basé sur l'immortalité de l'âme.
Je n'évoquerai pas davantage et pour les mêmes raisons, la douce figure humaine de Jésus, ni de son fidèle interprète Jean, puisqu'en Loge-mère nous appartenons à Saint Jean, face au dogmatisme de l'
Eglise
, représenté par Pierre.
Et, franchissant allègrement plus de deux millénaires, nous passerons du Temple d'Eleusis aux temples maçonniques, ce qui nous permet de revenir à notre grand F:. Goethe, qui a servi de préface à notre travail.
La dernière période de la vie humaine est dominée par la grande symphonie de la mort. Ayant accompli son
destin sur terre, l'homme se prépare à partir pour de nouveaux espaces. Mais il doit auparavant enseigner et transmettre aux jeunes générations
la sagesse qu'il a acquise pendant sa vie.
Goethe tenait pour absurde l'idée que la mort entraîne la disparition totale de l'être :

Mais tant que tu ne comprendras pas
La loi de mort et de renaissance,
Comme un triste étranger, dans ce monde,
Tu suivras un sentier obscur.


Dans Faust, poème de l'Infini, il a dit : « L'au-delà ne m'inquiète guère ; mets d'abord en pièces ce monde-ci et l'autre paraîtra ensuite. »
Dans Wilhelm Meister, il précise que le passage d'une forme à une autre ne se fait que par la
destruction de la forme précédente. La mort est la condition même de la renaissance, mais la métamorphose implique qu'il subsiste un élément continu : l'arbre de vie, éternellement vert.
Ainsi, dans le fameux Meurs et deviens, le meurs est la condition du deviens.
Et n'oublions pas les dernières paroles de Goethe : « Plus de lumière ».

Si nous sommes en Loge, c'est parce que la science, c'est parce qu'aucune philosophie ne nous a donné le dernier mot du savoir. Ce que nous recherchons est bien au delà : c'est la Connaissance.
Büchner, un des auteurs les plus notoires du matérialisme scientifique, reconnaît que la matière ne peut expliquer l'Univers que si on lui attribue des propriétés qui sont couramment placées dans le domaine de l'
Esprit
. En somme, on pourrait considérer les deux systèmes comme l'envers et l'endroit d'une même conception.
Notre F:. Bédarride, dans son Travail sur la pierre brute, considère que « l'Antiquité, quand elle parlait d'un philosophe, entendait toujours que c'était à la fois un savant et un sage. Notre langage du
Moyen-Age,
dit-il, avait un beau mot : Sapience, qui réunissait à la fois la science et la sagesse en une seule expression verbale. Traduire cete expression synthétique dans la vie, en la dégageant des servitudes dogmatiques, voilà l'œuvre de notre époque.
Dans le cabinet de réflexion,
dit-il encore,
nous faisons connaissance avec le mot "Vitriolum", qu'on traduit par "Visite l'intérieur de la terre et en rectifiant, tu trouveras la Pierre cachée"... rentre en toi-même, fais l'inventaire de tes facultés, de tes sentiments ; connais-toi toi-même, c'est-à-dire prends contact avec ta véritable personnalité, sous le personnage transitoire dont t'ont revêtu ton origine, ton éducation, ta position sociale.
...prends ainsi contact avec la racine même de ton être pensant et conscient, avec le courant de vie spirituelle qui jaillit en toi-même.
...la
Table d'Emeraude nous dit : "Sépare le subtil de l'épais". Il vaux mieux, comme l'écrivait Emerson, "attacher son chariot à une étoile qu'à un misérable poteau qui borne la route".
...à propos de route, il y aussi le chemin qui passe entre les deux colonnes et que doit suivre le vrai Maçon, à égale distance du dogmatisme et du scepticisme ; de la crédulité et du doute excessif, à la recherche de l'équilibre.
»

Illustre entre tous les Maçons, notre F:. Oswald Wirth constate :
« Nous sommes, non les maîtres, mais les jouets de la vie. Elle est supérieure à nous et nous tient sous sa dépendance. Dans ces conditions, ce qui nous importe le plus, c'est de nous initier aux mystères de la vie. Chacun de nous est appelé à se rendre compte de sa participation à une vie plus étendue que celle dont la durée se mesure de l'instant de la
conception
à celui de la mort. Cette vie étroite et transitoire est la manifestation d'une vie plus vaste et plus durable.
...La puissance coordinatrice, qui débrouille le
chaos, agit par l'organe de tous les êtres, même inconscients. Elle s'identifie avec la vie, à laquelle nous assignons un but lorsque nous croyons au progrès. Si l'activité générale aboutit à un progrès, c'est qu'elle ne s'exerce pas d'une manière aveugle : un œil est ouvert au centre du triangle lumineux, connu de tous les F:. M:.
»
Dans son beau Livre de l'Apprenti, Oswald Wirth affirme que : «
Rien ne commence et rien ne finit d'une manière absolue. Il n'y a de commencement et de fin qu'en apparence. En réalité, tout se tient, tout se continue, pour subir d'incessantes transformations qui se manifestent par une série de modes successifs d'existence.
Ces modes sont variés. Tout ce qui se réalise en acte a précédemment existé en puissance. Tout être a donc ses
racines dans l'origine même de toutes choses.
...pour les initiés antiques, la vie intégrale de l'homme comportait des alternatives d'action et de repos. La vie présente est une période d'activité matérielle, mais avant de naître, nous avons déjà vécu dans un état imperceptible à nos sens.
»
« Sachons bien vivre, et la mort ne sera pour nous que le moyen de vivre mieux encore, » ajoute-t-il dans son Livre du Maître.


Le rituel d'initiation au premier degré débute par la mort
symbolique dans le cabinet de réflexion. Ce serait donc une grave erreur d'attribuer à cette partie du rituel la signification d'une renaissance uniquement morale de l'homme. Le secret ultime de la Franc-Maçonnerie, en sa qualité d'Ordre initiatique, consiste, en principe, à préparer l'homme à la mort et à la vie nouvelle qui l'attend.
La mort est la dernière grande épreuve que personne ne peut éviter. L'humanité entière est soumise à cette initiation redoutable, mais combien peu nombreux sont les initiés !
Mourir, c'est la condition pour renaître. C'est ainsi que l'initiation est une "seconde naissance" après la mort du cabinet de réflexion.
Rappelons l'évolution du grain de blé, confié à la terre, et qui doit mourir pour libérer l'énergie, renaître sous forme d'épi. C'est ce que traduit le mot de passe du
Compagnon
: Schibboleth.
Et le mot de Mac Benah, qui met fin à l'existence du Compagnon, ne signifie-t-il pas : « fils de la putréfaction» ?
Ainsi, la vie est l'élément permanent de l'humanité, avant notre naissance et par-delà notre mort.
Le Bouddha disait que « les portes du Nirvâna seront ouvertes à qui, ayant semé les vertus, aura récolté l'amour ». Et il ajoutait : « La mort est un mal qui plonge les créatures dans la terreur et ce mal n'est dû qu'à l'ignorance. Que l'homme est donc faible et misérable qui croit que le grand problème du monde est la mort, oubliant que ce problème est justement celui de la vie. »
Mais, plus près de nous, Marius Lepage évoque la légende d'
Hiram en des termes
que je m'en voudrais de ne pas citer in extenso :
« Nous sommes amenés, dit-il, à voir dans la légende d'Hiram, l'ultime enseignement de la Franc-Maçonnerie. C'est dans ce drame que se trouve la
clef de tous les mystères maçonniques. Si la Maçonnerie nous apprend quelque chose, si elle possède en elle-même une force qu'elle transmet à ses adeptes, si, pour certains d'entre les Maçons, elle est l'alpha et l'omégade toutes leurs démarches spirituelles, c'est dans l'étude de cette légende que nous trouvons la clef de toutes les énigmes et le fil d'Ariane
qui nous guidera jusqu'au terme de nos voyages.
La légende d'
Hiram
justifierait, à elle seule, la présence traditionnelle de la Maçonnerie à une origine remontant à des temps immémoriaux. Il est dit au candidat à la Maîtrise :
- Meurs à toute agitation profane (cou).
- Meurs à toute affection profane (cœur).
- Meurs à toute connaissance profane (front).
L'initiation au 3ème grade se synthétise dans un objet : la branche d'
acacia
et dans un mot hébreu : Mac Benah, qui signifie "fils de la putréfaction".
C'est à une vie toute nouvelle que nous convie le rituel maçonnique. Nous avons dépouillé, au cours des différentes épreuves, tout ce qui constituait l'homme ancien.
La transmutation maçonnique nous prépare très réellement à considérer le monde et les hommes sous des aspects totalement différents, à envisager sous un angle très particulier le déroulement ultérieur de notre propre vie sur terre.
L'acacia a toujours été considéré comme un
arbre sacré. L'arche d'alliance, le tabernacle et l'autel étaient en acacia. Les Egyptiens lui rendaient des honneurs divins. Les peuples anciens en faisaient des guirlandes. Des légendes nous disent que la couronne d'épines et la croix elle-même étaient en acacia. D'après d'autres légendes, le Buisson Ardent aurait été fait de ce bois
.
Mais c'est surtout comme accès au royaume de la mort et comme
symbole d'immortalité qu'il a été introduit dans la légende d'Hiram. Ainsi, en confiant au nouveau Maître la branche d'acacia, l'Ordre lui enseigne le secret dernier qu'il a mission de transmettre aux hommes, ses frères
.
Il faut savoir mourir pour revivre immortel. Quiconque a franchi les portes de la mort a conquis la véritable Maîtrise. Fils de la putréfaction, l'acacia t'est connu.
»

Il est impossible de situer l'homme dans le Cosmos et l'ensemble des cycles, mais une constatation s'impose : la place qu'il occupe apparaît bien réduite. L'évolution de la Terre n'est qu'un épisode de l'évolution cosmique.
Il est naturel que nous, hommes, lui accordions une importance particulière ; mais n'oublions pas que c'est une vue très relative et que la croyance que, dans l'ensemble cosmique, la Terre est à la pointe du progrès évolutif est purement gratuite.
D'autres mondes peuvent être arrivés à un stade beaucoup plus avancé que la
Terre
et la Vie peut y avoir créé des êtres très différents de nous et pourtant très supérieurs à nous, tant intellectuellement que spirituellement.
Evidemment, nul argument ne peut démontrer, de façon péremptoire, notre immortalité. La conscience de notre immortalité est au-delà des bornes de la raison, faculté humaine ; mais n'oublions pas que Louis Lavelle a dit, dans un distinguo essentiel : « La raison – ou équerre – est la plus belle de toutes nos facultés, à condition que l'on n'en fasse pas la faculté qui raisonne, mais la faculté qui mesure. »
C'est ici qu'intervient
le compas
– ou esprit – et nous savons comme je l'ai rappelé au début de ce travail, qu'au quatrième grade, nous sommes passés de l'équerre au compas.
D'autre part, notre F:. René Guénon est l'auteur de cette formule dont la profondeur ne vous échappera pas : « L'intérieur ne peut être produit par l'extérieur, non plus que le centre par la circonférence, ni le supérieur par l'inférieur, non plus que l'esprit par le
corps.
»

Entrant
dans sa 83ème année, un Maçon, interrogé sur sa mort, répondait : « La pensée de la mort me laisse parfaitement tranquille. J'ai la ferme conviction que notre esprit est un être de nature absolument indestructible et qui est actif d'éternité en éternité. »
Et il ajoutait : Si j'agis jusqu'à la fin sans relâche, la nature est tenue de m'assigner une autre forme d'existence quand la présente ne pourra plus suffire à mon esprit. La conviction de notre survie résulte pour moi du concept d'activité. »
De ces paroles empreintes d'une magnifique sérénité, retenons qu'elles sont conformes à nos principes d'
amour
fraternel, de glorification de l'effort, de pérennité de la Vie.
« Le travail du Maçon ne s'arrête jamais ! »

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Irlande et Franç-Maçonnerie

8 Février 2013 , Rédigé par PHL Publié dans #histoire de la FM

L’Irlande et sa longue histoire méritent d’être connues des francs-maçons sous bien des aspects que nous allons aborder ensemble. Quelques mots tout d’abord sur la civilisation mégalithique, qui a connu son apogée entre 3500 et 2500 avant J-C. On ne sait pas grand-chose de ces peuples qui avaient une cosmogonie relativement élaborée. Mais le franc-maçon sera au moins sensible au fait que les alignements de menhirs correspondent habituellement à des données astronomiques (liées au lever et coucher du soleil en rapport avec les solstices et équinoxes, ainsi qu’aux cycles lunaires), alors que les dolmens, cairns et tumulus étaient des tombes, individuelles ou collectives (également orientés de manière précise).  

Les Celtes n’introduiront le druidisme dans les îles britanniques que vers 450 avant J-C, alors que leur civilisation domine l’Europe depuis presque un millénaire. Nous noterons ici que selon l’antique tradition des druides, l’année était divisée en plusieurs périodes correspondant à des évènement solaires (solstices, équinoxes), manifestant le caractère cyclique de la vie. On peut d’ailleurs noter que les anciennes fêtes celtiques restent discrètement présentes dans notre calendrier : Samain, le 30 octobre symbolisait la victoire des hommes sur les attaques des esprits surnaturels, avant de se terminer par la célébration de la nouvelle année. Puis la renaissance du soleil au solstice d’hiver ; c’est la fête de Modra Necht, durant laquelle le druide va cueillir le gui selon un rite précis, en s’exclamant “le blé lève” (O guel an heu , ce qui sera plus tard déformé par “au gui l’an neuf”). Imbolc, dans la nuit du 1er au 2 février, était la fête de la purification druidique, purification de la lumière ascendante et de ses effets sur la sève montant de la Terre-mère. Le 1er mai, Beltainn était la fête du feu de Bel, le dieu solaire, pour lequel on allumait de grands feux purificateurs, comme cela se fera plus tard à la saint Jean. Notons aussi que lors de l’initiation druidique, le postulant était enfermé dans une peau de bête, et que le dieu Lug (dieu de la lumière) se manifestait au travers du chef de clan, détenteur du maillet.  

Nous savons aussi que dans le dernier siècle avant l’ère chrétienne, Rome étend son emprise sur l’Occident et le Moyen-0rient, favorisant la diffusion de deux grandes religions :  

- d’une part le mithraïsme, le culte de l’ancien dieu iranien de la lumière se développant sous une forme d’abord cultuelle puis de plus en plus initiatique.  

- d’autre part le pythagorisme romain mystérique, qui conservait les principes de base de l’Ordre : à son niveau le plus profond, la réalité est gouvernée par les nombres ; la philosophie peut servir à la purification spirituelle ; l’âme peut s’élever jusqu’à s’unir avec le divin ; certains symboles ont une signification mystique ; les membres de l’ordre se doivent loyauté et le respect du secret).  

Ce n’est qu’en 43 après J-C. que l’empereur Claude envoie ses légions en Grande-Bretagne ; elles ramènent rapidement l’ordre en Angleterre, mais l’Écosse continuera à échapper à leur domination. L’Irlande est totalement épargnée et le restera longtemps.  

Selon une légende mythique, la maçonnerie aurait été introduite en Angleterre en l’an 287 après JC,  sous la protection de Carausius 1er, un amiral romain révolté qui s’était proclamé empereur de la Grande Bretagne indépendante. Il s’était attaché Amphibolus, l’architecte grec, et Alban, “homme célèbre dans toutes les sciences et en particulier la géométrie “, représentants des collegiae fabrorum. Carausius leur aurait accordé une charte, permettant (en opposition à la loi Julia ) aux constructeurs de tenir des assemblées et de constituer de nouveaux membres, conformément aux anciennes constitutions de Numa Pompilus et Servius Tullius.  

Au cours du IVème siècle, les celtes irlandais (Scots) s’allient aux tribus écossaises implantées au nord du mur d'Antonin (Pictes) pour multiplier les incursions en Bretagne romaine. En 383, Maximus Clemens, gouverneur romain de Grande-Bretagne, se révolte contre l’empereur Gratien, qui sera vaincu. La région retrouve ainsi son autonomie et en 410, Rome ordonnera le retrait de toutes ses troupes de Grande-Bretagne, ce qui ouvrira la région aux invasions barbares.  

L’évangélisation de l'Irlande par saint Patrick est située en 432. Selon la légende, ce natif des côtes ouest de la Bretagne romaine fut enlevé et réduit en esclavage dans son adolescence par des pirates irlandais. Au bout de six ans passés à Slemish, il s'évada et alla étudier le christianisme dans les monas­tè­res français. Puis il revint en Irlande et après avoir défié les druides et le haut-roi de Tara, il fonda la capitale ecclésiastique d'Armagh. A cette époque, le celtisme irlandais reste très actif, avec de nombreuses légendes spécifiques se rapportant aux anciens héros préceltiques.  

Pour resituer la période, rappelons que tout l’Occident est alors ravagé par les invasions barbares.

La Grande-Bretagne a été conquise par les Angles, les Jutes et les Saxons. Mais notons aussi que les Scots, celtes irlandais du royaume de Dalriada, ont également installé en Ecosse (région d'Argyll) un second Dalriada, qui connaîtra une importante expansion. Avec la chute de l’empire romain d’Occident, l’an 476 marque ainsi le début conventionnel du moyen-âge. La plupart des conquérants barbares se convertissent au christianisme, ce qui va rapidement conduire à la quasi-disparition de la religion celtique.  

En effet, les principes de la société gallo-romaine étaient intrinsè­quement incompatibles avec le druidisme puisque celui-ci fonctionnait selon une dualité entre le druide et le roi ; le druide étant le détenteur initié de la connaissance, de l’autorité spirituelle, responsable du savoir, intermédiaire entre les dieux et les hommes représentés par le roi, qu’il conseille ; ce dernier étant pour sa part le détenteur élu de l’autorité temporelle, garant de la cohésion sociale, qui met en application les conseils du druide ou les sentences de justice qu’il a édictées.  

Certains principes du druidisme resteront toutefois véhiculés, plus ou moins discrètement, dans les traditions chrétiennes d’autant que si les derniers druides sont devenus évêques, les bardes ont continué à véhiculer dans la tradition populaire des milliers de chants et des centaines de contes transmettant leurs valeurs philosophiques. Citons à ce propos la triade bardique des cercles concentriques, figurés sur la croix celtique, de diamètres respectifs 81, 27 et 9 : cercle de Keugant (le chaos, le néant où seul Dieu peut subsister), cercle d’Abred (le destin, l’exis­tence terrestre, la renaissance de la mort en fonction de l’existence précédente) et cercle de Gwenwed (la renaissance de la vie, la libération des cycles de réincarnation, la béatitude près de Dieu).  

Au VIème siècle, trois points méritent à mon sens d’être relevés :  

- en 529 : au mont Cassin, Benoît de Nursie érige un couvent sur l’emplacement d’un temple d’Apollon (et peut être ancien lieu de culte de Mithra). Il énonce la règle bénédictine qui, aux obligations de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, ajoute les principes du travail intellectuel et manuel. Le moine doit obéis­sance à l’abbé (le père de la communauté, chargé d’interpréter la règle) et fait voeu de stabilité, c’est à dire de ne jamais quitter le couvent qui est isolé du monde par la clôture, mais reste en contact avec lui par le lien de l’hospitalité. Le troisième voeu est celui de la "conversion des moeurs", par lequel le moine abandonne son ancien mode de vie. La communauté monastique est liée par le respect dû aux anciens par les jeunes, et à l’affection accordée aux jeunes par les anciens. L’abbé (élu) était communément appelé “vénérable frère” ou “vénérable maître” ; il sera l’archétype du maître d’oeuvre médiéval, qui guide l’alliance entre le travail de la matière, l’intelligence de la main et l’intensité de la foi afin que le travail ainsi sacralisé devienne une prière et une glorification.  

- en 563 : saint Colomba (Colmcille), issu de la noble famille irlandaise des O’Neill, arrive en Écosse après avoir fondé une demi-douzaine de monastères en Irlande. Le moine établit une communauté sur l'île d’Iona, d’où diffusera le christianisme celtique en Écosse. Une légende dit que deux ans plus tard, il sauva miraculeusement un homme de l’emprise d’un monstre sorti des eaux noires du Loch Ness (il faudra ensuite attendre 1933 pour que “Nessie” redevienne un sujet d’intérêt pour les riverains du loch). L'église irlandaise prônait un ascétisme fondé sur une triple acception du "martyre" : martyre blanc (séparation d'avec les proches et la société, voyages d'évangélisation) ; martyre vert (travail dans la pénitence et le repentir)  ; martyre rouge (soumission à la croix et à l'adversité).  

- en 590 : saint Colomban (Colombanus), un irlandais éduqué à l'abbaye de Bangor, fonde le monastère de Luxeuil (évocateur du dieu solaire Lug) sur le site d’un ancien temple de Diane, près de Mulhouse. Il contribuera à la diffusion du christianisme celtique en Bourgogne, en Autriche et en Lombardie. Au IXème siècle, son disciple le moine Ermenrich de Saint-Gall rappellera : “nous ne devons omettre de parler de l’Irlande, car c’est de là que nous vint une grande lumière”.  

Cette même année ; saint Grégoire le Grand devient le premier d’une longue lignée de papes, politiques et juristes, qui exerceront le pouvoir sans apporter d’évolution théologique significative. Il instituera toutefois la liturgie (dans laquelle il introduira les harmoniques du chant grégorien), organisera l’évangélisation de la Grande Bretagne… et tentera de s’opposer au christianisme celtique diffusé par saint Colomban.  

En 627, le prince Edwin de Northumberland réunit un parlement qui aura pour mission de rédiger des lois et concéder des chartes. On peut noter que treize ans plus tôt, reconnaissant la qualité des travaux effectués par les bâtisseurs de l’époque, le pape Boniface IV avait affranchi les maçons de toutes les charges locales et délits régionaux, afin qu’ils puissent se déplacer facilement et à peu de frais. En Grande-Bretagne, les anciennes collegiae  romaines avaient disparu, mais leur influence se serait partiellement maintenue au travers de la secte des culdéens (colitores Dei , les serviteurs de Dieu), inspirés par saint Colomba, surtout répandus en Irlande et en Écosse où ils vivaient par communautés de douze membres sous l’autorité d’un abbé élu. Leur rite différait de celui de Rome sur divers points (date de Pâques, tonsure, consécration épiscopale, baptême, mariage des prêtres, utilisation du gaélique), ce qui leur vaudra quelques conflits avec les bénédictins.  

Ils reconnaissaient la prééminence du pape, mais pas son autorité car selon saint Colomba “le Pape n’est pas celui qui détient les clefs de la vérité absolue et dont les paroles portent le sceau du Saint-Esprit. C’est un évêque, un homme faillible que l’on peut con­seiller ou blâmer. Au dessus de l’autorité de Rome, il y a celle de la vérité ”.  

Il est très probable que les descendant des druides et bardes celtiques aient perpétué certaines de leurs traditions sous le couvert du christianisme celtique d’origine irlandaise, qui se développera en Écosse, au Pays de Galles et en Cornouaille (l’Angleterre proprement dite ayant été évangélisée par l’Église romaine). On dit que dans l’ancienne capitale celtique irlandaise de Tara (près de Dublin), nul n’était admis s’il ne connaissait un art et qu’à Tara, la salle des banquets rituels était dénommée “demeure de la chambre du milieu  “. Lors des réunions de bâtisseurs, les participants auraient porté un tablier ; si l’un d’entre eux interrompait celui qui avait la parole et refusait de se taire, son tablier était tranché en deux et il ne pouvait être réadmis qu’après avoir refait un nouveau tablier.  

La désignation des hauts-rois de Tara procédait d'un rituel précis, dans lequel le candidat devait en particulier franchir deux pierres levées qui "s'écartaient" pour livrer passage à son char, puis son nom devait être proclamé par une troisième pierre levée (Lia Fail ,  la Pierre de la Destinée).  

En Écosse, après plus de trois siècles de batailles incessantes, le royaume scot de Dalriada (qui a donc été fondé par des celtes irlandais) prend l’ascendant sur les Pictes. En 835, Kenneth Mc Alpin s’établit à Scone comme monarque de toute l’Écosse, qui devient royaume d’Alba (et plus tard Scotia). C’est sur la Pierre de Scone que seront ensuite traditionnellement sacrés les rois d’Écosse. Selon certaines des multiples légendes qui entourent cette pierre, il s’agirait de la pierre de Jacob, apportée en Irlande par la princesse Tephi, fille du dernier roi de Juda, à l’époque du prophète Jérémie. Le prince Eochaid d’Ulster aurait renoncé au culte de Bel pour épouser Tephi, et aurait été sacré roi d’Irlande sur cette pierre. Elle aurait ensuite servi au sacre des rois d’Irlande à Tara, puis aurait été conservée dans l’île d’Iona jusqu’à ce que Fergus Mor McErc, devenu roi d’Écosse, la transporte à l’abbaye de Scone autour de l’an 1000. Plusieurs géologues contemporains ont relevé qu'aucune carrière ne correspond à la pierre de Scone dans les régions de Tara ou d'Iona ; par contre, on trouve des gisements de ce type à Béthel, près de la Mer Morte. 

Rappelons ici que selon la légende, la première Grande Loge a été fondée à York en 926 par le prince Edwin, géomètre et maître d’oeuvre, qui aurait colligé tous les actes et écrits se rapportant à la maçonnerie afin de rédiger des constitutions qui auraient commencé en évoquant le “Grand Architecte du ciel et de la Terre, la fontaine et la source de toute bonté qui bâtit de rien sa construction visible ”. Edwin aurait reçu à la même époque une charte de liberté de son père adoptif, le roi Athelstan, pour développer la fraternité. Edwin et son père auraient aussi défini les symboles fondamentaux de l’ordre : une équer­re en or, un compas en argent aux pointes d’or, et une truelle en argent. Au Xème siècle, on trouve bien une évocation des guildes anglaises, où il est question de ban­quets men­suels au cours desquels se discutaient les questions liées au groupement. Pour être admis, il fallait être citoyen de la ville, être de bonne conduite et de moeurs régulières, acquitter des droits d’entrée et se soumettre à un apprentissage (généralement sept ans). Les dirigeants étaient élus lors d’assemblées plénières, géraient toutes les affaires de la corporation et y rendaient la justice. Les membres ne pouvaient pas s’affilier à une autre ligue, étaient tenus de mettre en commun leurs affections et leurs haines, et devaient venger toute insulte faite à un des frères comme si elle avait été faite à tous. A la mort d’un frère, chaque membre devait offrir un morceau de bon pain et prier pour le salut de son âme.  

Un siècle plus tard, en 1109, Étienne Harding devient abbé de Cîteaux. Ce descendant des Vikings aurait été initié au celtisme en Bretagne avant de suivre les enseignements des maîtres de Laon, Reims et Paris. Féru d’ésotérisme, il a également été influencé par l’école kabbalistique de Troyes, toute proche, où Rachi l’aidera à entreprendre une recopie de la Bible, comportant 290 corrections fondées sur les textes hébreux (ce qui explique peut être le goût prononcé dont témoignera saint Bernard pour le texte très symbolique du Cantique des Cantiques).  

Certains auteurs ont remarqué que cet intérêt d’Harding pour la Bible coïncide étrangement avec le retour de Terre Sainte du comte de Champagne, qui rejoindra quelques années plus tard l’Ordre templier.  

Bernard de Fontaine entre à Cîteaux en 1112, à l’âge de 21 ans, Étienne Harding lui révélant la voie mystique. Il quittera l’abbaye 3 ans plus tard, choqué par la trop grande magnificence des églises dépendant de Cluny. Il devient le premier abbé de Clairvaux et se met en devoir de réformer l’ordre cistercien, dont l’architecture devra désormais être extrêmement dépouillée. Sur le plan théologique, Bernard admettait trois degrés pour s’élever vers Dieu : la vie pratique, la vie contemplative et la vie extatique. Il disait de Dieu : “comme toutes choses sont en Lui, Il est aussi en toute chose  (...) Dieu n’a point de forme, Il est la forme, Il n’est point corporé, Il est purement simple “. Quant à la méthode : “... rentre dans ton coeur et apprend à connaître ton esprit  (...) apprend par la connaissance de ton esprit à connaître les autres esprits. Voilà l’entrée, la porte par laquelle on entre dans les choses intimes, l’échelle par laquelle on s’élève aux choses sublimes ”. Et encore : “... connais ta propre mesure. Tu ne dois ni t’abaisser, ni te grandir, ni t’échapper, ni te répandre. Si tu veux conserver la mesure, tiens-toi au centre. Le centre est un lieu sûr : c’est le siège de la mesure, et la mesure est la vertu”.  

C’est ainsi que les abbayes cisterciennes furent le berceau de l’art du Trait, application de la géométrie euclidienne à l’architecture sacrée, constitué d’un ensemble de ”secrets” de métier permettant de tracer les figures géométriques élémentaires à l’aide de règles, d’équerres et de compas.  

C’est dans ce contexte que sera créé l’Ordre du Temple en 1118, et l’on note que parmi ses fondateurs se trouve André de Montbard, qui n’est autre que l’oncle de saint Bernard.  

C’est aussi dans ce contexte qu’en 1124, le celte David 1er fonde le premier véritable royaume féodal d’Écosse. Son règne sera marqué par la pénétration dans le pays de chevaliers normands et flamands, ainsi que de moines cisterciens. Ce roi confie la garde de la vallée d’Anna à un chevalier normand, un certain Robert de Brus (assimilé à un descendant de Robert de Bruges, qui aurait accompagné Mathilde de Flandres et son mari, Guillaume le Conquérant). Il crée par ailleurs la charge héréditaire de régisseur (steward) royal, attribuée à Alan Fitz Alan (ce sera l’origine des Stuart) ; et l’emblème du clan Steward sera constitué par un oiseau nourrissant sa couvée, avec la devise“ Virescit vulnere virtus”.  

En 1126, le comte Hugues de Champagne, donateur de Clairvaux, rejoint l’Ordre du Temple. Deux ans plus tard, au concile de Troyes, saint Bernard remet à vingt-sept chevaliers Templiers leur Règle monastique ; l’année suivante verra la constitution de trois prieurés, comptant chacun vingt-sept chevaliers. Le recrutement des Templiers prend une grande ampleur, les dons pécuniaires et fonciers affluent de toute part. En quelques mois, les Templiers s’installent ainsi en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Espagne et au Portugal.  

Vous comprenez ainsi pourquoi il m’a semblé intéressant de mettre l’accent sur Saint Bernard, qui semble avoir été une sorte de pivot entre le christianisme irlandais, implanté à la fois en Ecosse et dans l’esprit d’Etienne Harding, le maître à penser de celui qui donnera sa Règle à l’Ordre Templier…

Ne faisons toutefois pas de Saint Bernard notre héros. Ainsi, en 1140, au concile de Sens, il fait condamner les thèses de Pierre Abélard. Il reprochait à ce précurseur de Descartes de fonder sa foi sur le doute méthodique, et de penser que le bien et le mal sont à considérer du point de vue de la conscience humaine, éclairée par l’amour de Dieu. Abélard estimait que la raison est plus efficace que le bûcher pour convertir les hérétiques, et prêchait la tolérance religieuse. Philosophe réputé en son temps, l’histoire retiendra surtout sa tragique histoire d’amour avec Héloïse…  

Une autre anecdote : c’est à Clairvaux qu’en 1143, l’archevêque irlandais Malachie aurait rédigé les 112 devises pontificales, résumant la destinée des papes à venir. Si l’on admet leur authenticité (elles ne furent publiées qu’en 1673...) et surtout leur caractère prophétique, Benoît XVI sera l’avant-dernier pape, précédant le retour de Pierre le Romain ; ce cycle de 888 ans (nombre du Christ) débuté en 1144 devrait donc se terminer en 2032.  

Mais on dit aussi que Saint Malachie aurait été l’un des derniers héritiers directs du christianisme celtique des culdéens ; il aurait transmis son savoir à Étienne Harding et à saint Bernard, dont il fut très proche. C’est également lui qui a fondé en 1142 la première abbaye cistercienne irlandaise (Mellifont, la "fontaine de miel"…).  

Dernière anecdote pour ce 12èmesiècle : c’est en 1182 qu’apparaît le Perceval ou le Conte du Graal  de Chrétien de Troyes, qui associe les traditions celtiques (Irlande, Avalon) au christianisme. A noter que Perceval y est d’emblée décrit comme le “fils de la dame veuve”… On sait que mis en présence du Graal dans le château du roi pêcheur, mais refusant de transgresser le conseil de silence donné par son maître en chevalerie, il s’abstiendra de poser la question qui lui aurait permis d’accéder à la royauté du Graal. Il ne pourra dès lors y parvenir qu’au terme d’une longue et éprouvante quête initiatique.  

Le thème sera repris une trentaine d’années plus tard dans le Parzifal du chevalier Wolfram von Eschenbach, qui y développera la symbo­lique alchimique du Graal. Il est savoureux de noter qu’il débutera son oeuvre de vingt-cinq mille vers en affirmant “je ne suis pas un savant, je ne sais ni lire ni écrire”…  

L’existence d’une franc-maçonnerie opérative est désormais incontestable ; on en trouve des traces à Londres en 1212, à Magdebourg en 1215, et en 1221 sur le chantier de la cathédrale d’Amiens.  

Au cours du 13èmesiècle, des idées nouvelles se répandent, véhiculées par les alchimistes ou les kabbalistes. Grégoire IX réplique en instituant la Sainte Inquisition Romaine et Universelle, qui ne sera officiellement abolie qu’en 1965. Thomas d’Aquin s’inspire d’Aristote pour s’opposer à l’averroïsme et à l’école franciscaine, défendant la primauté du sens littéral de la Bible et fondant la doctrine catholique qui restera prédominante jusqu’à nos jours.  

En 1286 s’éteint la première dynastie royale écossaise, qui était donc d’origine celtique irlandaise.  

Ce sera l’origine de plusieurs décennie de guerre entre écossais et anglais, marquée par des personnalité comme James le Stewart, William Wallace et Robert le Bruce.  

Devenu roi d’Écosse en 1306, il est immé­diatement excommunié par Rome, qui craignait probablement la résurgence d’une église celtique. La guerre contre Édouard 1erse poursuit, on observe que Robert le Bruce apprend progressivement à éviter les batailles rangées, préférant les escarmouches (ce que les Templiers avaient appris au contact des sarrasins de Terre Sainte). Dans les années qui suivent, la discipline s’organise, des armes et du matériel arrivent d’Irlande (forcément en transit depuis le continent puisque l’Irlande n’avait pas d’industrie militaire).  

Le vendredi 13 octobre 1307, Philippe le Bel ordonne l’arrestation de tous les Templiers français. Nombre d’entre eux ont pu échapper à la rafle et se réfugier à l’étranger. Les Templiers restants se sont rendus sans résistance mais nul ne trouva trace du trésor ni des archives de l’Ordre. La flotte des Templiers s’est également volatilisée, et il n’est pas impossible qu’une partie ait pu rallier l’Écosse via les grands ports de commerce irlandais de l’époque (Limerick et Galloway).  

A noter que la Bulle de dissolution de l’ordre templier ne fut pas rendue publique en Écosse puisque, Robert le Bruce ayant été excommunié, elle n’avait pas cours sur ses terres. Une légende, affirme même que l’ancien maître de la province templière d’Auvergne Pierre d’Aumont se serait réfugié en Écosse avec deux commandeurs et cinq chevaliers, après s’être déguisé en maçon et avoir changé de nom (pour s’appeler Mac Benac ). Avec George Harris, grand commandeur templier d’Hampton Court, il aurait décidé de maintenir la tradition de l’Ordre sous une forme secrète, en adoptant les symboles et les emblèmes de la maçonnerie.  

Quoi qu’il en soit, après la victoire écossaise de Bannockburn sur les anglais, la fille de Robert le Bruce épouse le fils de James Stewart, tandis que son frère débarque en Irlande où il se fait couronner roi.  

C’est ainsi qu’en 1371 : le petit-fils de Robert le Bruce montera sur le trône d’Écosse sous le nom de Robert II Stewart, et fondera la dynastie des Stuart.  

Là encore, il m’a semblé utile de mettre l’accent sur les relations étroites qui ont uni pendant plusieurs siècles l’Irlande et l’Ecosse.  

Je saute allègrement 400 ans.  

La franc-maçonnerie s’est largement développée en Ecosse, en Angleterre, en France et en Allemagne, mais je n’ai pas grand-chose à dire de l’Irlande pendant cette période.  

Nous arrivons à la fin du XVIIe siècle,  et il faut tout de même dire quelques mots du roi d’Angleterre Jacques II Stuart, qui vient d’avoir un fils en 1688 et qu’il compte bien élever dans la catholicité. Le parlement réagit en proposant le trône à Marie, fille de Jacques et épouse de Guillaume de Nassau, prince d’Orange, chef des protestants néerlandais et ennemi du roi catholique Louis XIV. Marie accepte et débarque en Angleterre. C’est la Glorious Revolution  anglaise, qui entraîne la chute du roi Jacques II et prépare l’installation de la monarchie hano­vrienne orangiste.  

Jacques II se réfugie à Saint Germain en Laye accompagné de six régiments qui auraient chacun eu leur loge : Royal Écossais, d’Albany, O’Gilwy, Dillon (régiment irlandais dont certains officiers seraient à l’origine de La Bonne Foi, fondée vers 1700), Gardes Écossaises et Walsh Irlandais (au sein duquel serait née La Parfaite Égalité, dont le Grand Orient de France a admis en 1777 que ses constitutions dataient de 1688).  

Ce sont les plus anciennes mentions que j’aie pu trouver d’une franc-maçonnerie irlandaise.  

 C’est aussi à Saint Germain qu’aurait été installée la Loge Mère Stuardiste du Rite Jacobite, à laquelle aurait appartenu le chevalier de Ramsay. Cette maçonnerie jacobite aurait pratiqué un degré de Maître Écossais de Saint-André, fondé sur le retour de l’exil à Babylone et la reconstruction du Temple par Zorobabel (ce rituel à double sens aurait permis d’évoquer la restauration des Stuart sur le trône d’Angleterre). Sans anticiper ce que nous diront de prochains conférenciers, on peut aussi noter que le chevalier de Ramsay, fut l’exécuteur testamentaire de Fénelon et le précepteur du fils de Jacques II d’Angleterre, c’est à dire du chevalier de Saint-George, prétendant déchu au trône, père de Charles-Édouard Stuart.  

En 1690, après avoir débarqué en Irlande et assiégé Londonderry sans succès, Jacques II et les catholiques sont à nouveau battus par Guillaume III d’Orange et retourneront en exil en France. Jacques II mourra à Saint-Germain en 1701,  laissant une veuve qui lui survivra dix-sept ans ; certains partisans jacobites en profiteront alors pour se dénommer “les enfants de la veuve”.  

Quant à Guillaume d’Orange, il se fera recevoir maçon en 1694 et présidera des assemblées à Hampton Court. La maçonnerie orangiste protestante se dotera ainsi de statuts supprimant toute référence à une Église, précisant : "votre premier devoir est d’être fidèles à Dieu et d’éviter toutes les hérésies qui le méconnaissent ”. Et en vertu de “l’acte d’établissement” de 1701 qui consacre l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre sous la forme d’une Grande-Bretagne, les princes de la maison de Hanovre accéderont au trône d’Angleterre et favoriseront l’épanouissement de la monarchie parlementaire.  

Revenons en Irlande, en 1710, pour l’anecdote de miss Élisabeth Saint-Léger . On raconte que la future lady Aldworth) s’était endormie dans une pièce contiguë à une loge, et qu’elle assista ainsi à son réveil à une tenue maçonnique. Surprise par son père, il fut décidé que la meilleure façon de garantir son silence était de l’initier, ce qui fut fait sur l’heure. Cette transmission (régulière puisqu’assurée par des maçons réguliers) indique qu’à l’époque pré-andersonienne, l’exclusion des femmes n’était pas un principe intangible, même s’il ne s’est agi en l'occurrence que de s’assurer de la discrétion d’un témoin involontaire.

En 1717, quatre loges andersoniennes s’autoproclament Grande Loge de Westminster, ce qui marque conventionnellement le début de la maçonnerie dite « spéculative ». Huit ans plus tard, ce sera la fondation de la Grande Loge d’Irlande, qui sortira les jeunes loges irlandaises de la clandestinité.  

Le premier franc-maçon irlandais célèbre est Jonathan Swift (Dublin Lodge n° 16) qui publie en 1726  Les voyages de Gulliver. Doyen des chanoines de la cathédrale St Patrick à Dublin, il ne se priva toutefois pas de publier divers pamphlets contre l'Église, la politique et même l'Irlande. Il a consacré un tiers de sa fortune aux pauvres, et un autre tiers à la fondation d'un hôpital psychiatrique.  

En 1730, la Grande Loge d’Irlande se dote des Constitutions de Dublin , globalement basées sur celles d’Anderson mais en y ajoutant la Sainte-Trinité et les Devoirs “au nom de Jésus-Christ, notre seigneur et sauveur”.  L’invocation d’ouverture se faisait au très glorieux seigneur Dieu, Grand Architecte du ciel et de la terre  étant précisé lors des cérémonies d’initiation que le nouveau frère sera gratifié de la divine sagesse  afin qu’il soit capable d’éclaircir, au moyen des secrets de la maçonnerie, les mystères de la piété et du christianisme.  

La même année, dans un contexte marqué par de nombreuses « divulgations » (en particulier la Masonry Dissected  de Pritchard), la Grande Loge de Londres décide d’inverser les moyens de reconnaissance des premier et deuxième degrés afin de ne permettre l’accès des loges qu’aux maçons qu’elle juge réguliers.  

Dans la foulée, cette même Grande Loge de Londres (qui compte déjà plus d’une centaine de loges) commence à manifester des prétentions de supériorité vis-à-vis de la Grande Loge d’Irlande et des loges d’Écosse, se permettant d’émettre des doutes sur leur régularité. “L’inversion anglaise”, susceptible d’être jugée contraire à la tradition, n’a certainement pas contribué à améliorer leurs relations...

Ce sont les prémices de la querelle des Ancients et des Moderns, qui va durer quelques décennies, d’autant que vont rapidement apparaître les premiers « hauts grades ».  

Dès 1743, on trouve en Irlande la première référence connue à la Royal Arch , portée par deux “Excellents Masons” lors d’une procession à la saint Jean d’hiver. L’année suivante, un ouvrage du Dr Dassigny consacré à la maçonnerie irlandaise évoque un grade de Royal Arch , qui était alors réservé aux anciens maîtres de loge (Passing the Chair ), et développera la redécouverte des secrets originels de la maçonnerie, ainsi que les attributs du “roi” Zorobabel, du prophète Aggée et du grand prêtre Josué.  

En 1750 apparaissent deux degrés maçonniques, "Prévôt" et "Juge" qui font référence aux "Harodims", les 3600 menatskhim  nommés par Salomon pour surveiller le chantier du Temple.  

Ces deux grades seront ultérieurement réunis avec le "Maître Irlandais", un degré pratiqué vers 1761 à la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon (autour de la saga biblique de Joseph) et qui deviendra le septième degré du REAA.  

Arrêtons nous un peu sur un personnage important : Lawrence Dermott, irlandais né en 1720 et initié en 1740 à Dublin, vénérable en 1746 avant d’être reçu au Royal Arch. Il rejoint la Grande Loge des Ancients en 1752 et en devient le grand secrétaire quatre jours plus tard ; il occupera cette fonction pendant vingt ans, avant d’être député grand maître. Sous son impulsion, les Ancients  intègrent l’Arche Royale comme extension des grades symboliques, ce degré étant jusqu’alors réservé aux passés-maîtres installés. En 1756, il publie Ahiman Rezon, équivalent des Constitutions pour les Ancients , ouvrage de 238 pages réédité à de multiples reprises et qui sera adopté par de nombreuses grandes Loges se réclamant des Ancients . Il y est précisé que “quiconque, par amour de la connaissance, pour le désir d’étendre son champ d’utilité ou pour tout autre motif vertueux désire devenir franc-maçon, doit être informé qu’il doit croire fermement dans l’existence de la divinité, et qu’il doit l’adorer et lui obéir en tant que Grand Architecte et Gouverneur de l’Univers. Les francs-maçons sont strictement astreints d’observer la loi morale et de fuir les voies de l’immoralité et du vice. Ils doivent également éviter les erreurs grossières du libre penseur, de la bigoterie et de la superstition. Ils doivent faire un usage convenable de leur raison personnelle en vertu de cette liberté par laquelle, en tant que maçons, ils sont faits libres d’en user mais non d’en abuser. Ils sont tenus d’adhérer aux grands principes essentiels de la religion révélée sur laquelle tous les hommes sont d’accord, alors que la façon et les formes d’adoration sont laissées à leur propre jugement. Il s’ensuit que les francs-maçons sont des hommes de bien et loyaux ; hommes d’honneur et de probité, hommes vertueux, quels que soient les noms qui aident à les distinguer. De par ce compte-rendu de la religion du métier, il ne faut pas supposer que la maçonnerie enseigne aux hommes à devenir indifférents envers la religion et l’état futur. C’est le contraire qui est vrai  (...) La bienveillance universelle est la plus grande aspiration morale. Elle constitue l’Étoile Polaire de la maçonnerie. Les influences sectaires et les disputes sont susceptibles de réduire cette gaie sympathie pour tout le genre humain, laquelle est le dessein que notre Ordre cultive et sert. Les disputes religieuses, et non la religion, sont bannies de nos loges  (...) En somme, la moralité et les devoirs religieux du maçon sont contenus dans ce commandement : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, et tes voisins comme toi même”.

C’est sous l’impulsion de Dermott qu’en 1762,  la Grande Loge d’Irlande s’allie officiellement à la Grande Loge des Ancients  

Il faudra attendre 1773 pour que la Grande Loge d’Écosse imite celle d’Irlande et s’allie également à la Grande Loge des Ancients,  dans un contexte de conflit exacerbé entre ces derniers et les Moderns, la légitimité de la Grande Loge de Londres étant alors remise en cause par la moitié des maçons britanniques.  

Laurence Dermott meurt en 1791 ; grâce aux liens étroits tissés avec l’Irlande et l’Écosse, et à l’expansion du Rite outre-mer, il aura donné à la Grande Loge des Ancients des assises suffisamment fortes pour que vingt-deux ans plus tard, l’Acte d’Union des Grandes Loges d’Angleterre (1813) soit négocié sur un pied d’égalité.  

C’est sans doute dans cette esprit que lorsque, le 31 mai 1801, le comte de Grasse-Tilly et John Mitchell fondent à Charleston le Suprême Conseil du Saint-Empire, premier Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la juridiction Sud des États-Unis, les maîtres maçons des deux grands systèmes rivaux y étaient indistinctement acceptés, quelle que soit leur religion.  

Un Suprême Conseil du REAA sera installé en Irlande en 1824, dont la régularité sera confirmée par le convent de Lausanne en 1875.  

Il restera partie prenante de la Déclaration de Principes de Lausanne alors que l’Angleterre et l’Écosse se retireront de la Confédération quelques années plus tard, considérant que le texte ne met pas suffisamment l’accent sur la notion de Dieu personnel.  

C’est néanmoins en concertation avec les Grandes Loges d’Irlande et d’Écosse qu’en 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre annonce qu’elle rompra toutes ses relations avec les obédiences qui ne respectent pas ses Principes fondamentaux pour la reconnaissance des Grandes Loges.  

Depuis, la Grande Loge d'Irlande est restée dans la mouvance de la GLUA ; elle regroupe aujourd'hui 45 000 membres répartis dans environ 900 loges (dont une centaine à l'étranger).

 

Source : Quatrième Cahier de la Loge de Recherche n° 1306 « Mare Nostrum » (GLDF)

avec la permission de l’auteur

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Le cœur au centre du cabinet de réflexion et l'initiation

8 Février 2013 , Rédigé par D\ Ter\ Publié dans #Planches

Depuis que je suis F\M\ je perçois les outils et les symboles d’une manière différente, ils me semblent plus amplifiés de sorte que toute la symbolique de l’initiation a pris avec "l’âge" des aspects plus riches et magnifiques. Il m’apparait donc opportun -avec le recul- de revenir sur certains symboles et moment particuliers dans lesquels s’inscrit le cœur. Je vais donc vous livrer une approche illustrée en donnant un éclairage personnel "du cœur entre du cabinet de réflexion et de l’initiation". Certes il s’agit là d’un sujet largement débattu et analysé dans de nombreuses planches, mais le nouvel éclairage que je vous propose me semble utile car il répond à une caractéristique indéniable qu’est le symbole pour le franc maçon. (Music fin)

En guise d’introduction posons-nous d’abord quelques questions essentielles qui devraient expliquer la démarche du profane.

Pourquoi cherche-t-il à être Initié? Qui l’a-t-il invité dans cette initiative ?

Il est fort probable que son inconscient lui a révélé le but ultime que l’Homme doit chercher à atteindre –à la faveur d’un imperceptible murmure- une petite musique que seul celui qui écoute avec son cœur - peut espérer entendre …Assurément c’est son autre lui-même qui l’invite par nature et par nécessité de se construire dans ce futur voyage fantastique. Et c’est cela qui éclaire mon sujet… son cœur !

Peut-il imaginer ce qui l’attend et les épreuves qu’il devra surmonter avant de recevoir la lumière ? Non, même avec ses connaissances livresques, fussent-elles étendues. Seul son instinct et sa volonté lui laisseront entrevoir -à travers des symboles qu’il va rencontrer- un "changement" qui se prépare déjà au plus profond de lui par l’interrogation dans son propre cabinet de réflexion. En fait, c’est le premier contact avec sa dualité et nos symboles. L’itinéraire qu’il vient d’emprunter est celui de l’Initiation, du commencement, car c’est bien une quête initiatique que celui-ci vient d’entreprendre. Une espèce une " d’auto-maturation " pour arriver de l’état profane au maçon en devenir. C’est dire l’importance que revêt l’adéquation de la démarche volontaire et de l’introspection…. On ne passe pas des ténèbres à la lumière sans détermination...d’ailleurs tout au long des épreuves qui vont suivre il aura à répondre inlassablement de sa volonté vrai de rentrer parmi nous. Materiae prima

Rappelons les faits. Dans la première phase de l'initiation, le profane est introduit et enfermé dans une pièce obscure au décor macabre. Abandonné dans cet antre à l’abri de l’agitation du dehors il est confronté à certains objets symboliques afin de le préparer à mourir au monde profane pour renaître à une nouvelle vie. La première épreuve est assurément ce voyage originel que le profane vivra pour entrer en Franc-maçonnerie, celle de la Terre. Tout est installé pour aller chercher celui avec qui il est né…car ici, tout appelle à la méditation, à l’éveil du doute au travers du langage universel de la symbolique c.à.d. non maçonnique. Puis il va livrer, par le testament, son passé d’abord à lui-même et à la Loge par la suite. Bien qu’il ne sait ni lire ni écrire… on espère qu’il aura tout dit puisqu’il est dans une situation telle qu’il faut délivrer l’ultime et pure pensée avant l’invitation aux voyages. C’est précisément dans ce lieu qu’il faudra « procéder à une sorte d’ajustement intellectuel et moral qui a pour but de débarrasser l’esprit de tout ce qui empêcherait l’étincelle de parvenir jusqu’à lui » car à cet instant précis, il va mourir à sa vie profane, mais avant de renaître et de vivre pleinement sa seconde naissance, il se doit de faire un bilan et de répondre par écrit sur les Devoirs que l’homme doit avoir envers lui-même, envers D.ieu, envers l’Humanité.

On le sait, dans cet étroit cabinet aux murs peints en noir, il n’est pas seul. La seule source lumineuse se trouve être une simple bougie dont la flamme le captivera forcément. Tout les symboles qui l’entourent lui parleront mais, sans les mots. Après une longue méditation, il découvrira un symbole fort dont aucun support matériel ne peut exprimer la présence et qui pourtant est le plus important des symboles, c’est le silence

Il est dit que "quand se taisent les bruyantes passions du monde, le cherchant peut enfin écouter ". Finalement il est invité à faire le silence, afin qu’il puisse écouter au plus profond de lui-même les paroles de sagesse que lui inspire son cœur. Lorsque celui-ci aura fait le calme sur les passions du monde qui l’entoure, il aura atteint une tranquille méditation et commencera à devenir sensible aux messages qui l’entourent. (Métaux à la porte du temple)

Pour que ce rite de vie et de mort puisse être efficace et aboutir à la purification du profane, parce qu’il s’agit bien de cela !, il lui faut encore un puissant symbole, en quelque sorte un "témoin de mariage" psychique permettant de relier les vivants aux morts, un lien puissant exprimant la chaîne ininterrompue entre les Maîtres passés à l’Orient Eternel et le profane qui aspire à reprendre le flambeau en devenant Franc-maçon à son tour, "ce témoin psychique" est un véritable crâne humain posé près du profane et devant lui se trouveront écrit ces mots: "J’étais ce que tu es, tu seras ce que je suis !" Ce sont des mots lourds de significations. Ce crâne, réceptacle des forces supérieures, transmettra alors un dernier message au profane. Elle lui dira : "Ce que tu vas voir, je l’ai déjà vu- ce que tu vas vivre, je l’ai déjà vécu- ce que tu vas entendre, - je l’ai déjà entendu. "Je suis la réalité telle qu’elle apparaît dépouillée de son décor sensible ; la vérité brutale, privée du voile des illusions", Alors courage et bonne route ! Toutefois …ce crane reste à combiner avec la bougie, (qui n’est pas sans rappeler le mythe de la caverne) d’où il ne voit que les ombres de la réalité et, la bougie symbolisera fort justement les ombres de la lumière.

Toujours dans cette situation et face à lui, il découvrira l’inscription énigmatique du Vrai commencement exposé plus haut, celle de l’invitation au voyage au plus profond de lui-même mais consigné par écrit. Sans même le savoir il s’y prêtera, guidé dans sa démarche par le rythme du Silence. V.I.T.R.I.O.L, une énigme indéchiffrable, dont le profane ne comprendra intellectuellement le sens que bien plus tard. Les sept initiales, septénaire mystérieux dont le sens dévoilé révèle une parfaite connaissance des processus qui mènent à l’éveil. Cette pierre que le profane doit trouver se trouve au plus profond de lui même, elle ne se dévoile qu’à ceux qui - par un travail intérieur sincère - sont arrivés au parfait équilibre pour ne faire qu’un : pour faire référence à une planche de notre F\ Philippe », « Tout procède de l’Unité, tout tend vers l’Unité ».

Le ternaire alchimiqueest également présent, car il est indispensable au processus alchimique de formation de la pierre philosophale. L’ensemble : Sel, Soufre, et Mercure expriment le véritable équilibre, auquel le profane doit tendre afin de se ré-générer. (=sel Trinité de la connaissance, symbole de l’esprit accompli Sacrifice (esprit/âme/cœur)

Le sablierqui se trouve posé devant le profane, est un attribut de Saturne, il symbolise le temps. Il représente sur le plan matériel donc terrestre, le temps qui s’écoule et qu’on ne peut inexorablement pas arrêter, chaque grain de sable qui tombe nous rapprochant irréversiblement du jour de notre mort. Le sablier représente encore autre chose, qui pour le profane n’est peut-être pas tout de suite perceptible, ce qui n’enlève rien à sa force évocatoire, car le sablier qui a tout pouvoir sur le plan terrestre (matériel), n’en a aucun sur le plan astral ou cosmique. Ce qui signifie, qu’une fois l’homme libéré des chaînes matérielles du temps terrestre, il pourra enfin réintégrer le temps initial, c’est-à-dire celui du commencement, de la création, l’instant primordial d’avant la chute, là ou le péché et les servitudes n’existaient pas. Bientôt il sera réceptif aux arcanes du temps et régler son horloge symbolique…

Puis le profane, qui peu à peu sortira de sa profonde méditation, lèvera les yeux vers le Coq, symbole solaire qui lui annoncera la fin de sa nuit éternelle, et le triomphe prochain de la lumière sur les ténèbres. Notons que dans ce véritable voyage originel le profane n’a pas d’outil devant lui puisqu’il ne sait pas les utiliser rationnellement, mis à part la faux mais celle-ci est symboliquement associée au blé, en raison de son rôle dans la moisson, en plus de ses liens avec le dieu Saturne. C'est pourquoi avec le grain, la faux manifeste une des fonctions de la Lune car la moisson clôt un cycle de vie inauguré par la mort du grain de blé. Notons que la faux, comme la faucille, marque cette fin positivement en signifiant récolte et alimentation, physique et spirituelle. Elle annonce le symbolisme de la farine, du pain futur et d'autres promesses de transformations ; dirons-nous une double nourriture, physique par le travail et d’élévation on va dire pour la circonstance une fermentation spirituelle (pain)

Il faut rappeler que les symboles qu’il a rencontrés pendant cette partie de sa vie nouvelle font la base de la construction future du franc maçon.

Pour clore ce paragraphe j’ajouterais ceci "Mourir pour renaître à nouveau est une loi universelle " et pour renforcer l’idée je vous propose une phrase tirée de Ev.g.le de Jean chap12 § 24: "En vérité, je vous le dis, si le grain de blé qui est tombé en terre ne meurt, il reste seul ; mais, s’il meurt… il porte beaucoup de fruits"

Voilà la 1ere épreuve terminée et l’instant où le F\Exp\ "habille" le profane c'est-à-dire qu’il va le mettre en conformité avec le parcours qui s’adresse à lui et sa destination: Mi-nu, mi-vêtu, mi-chaussé, mi-pied nu, mi-debout, un peu plus tard…mi-agenouillé. Ses yeux sont couverts car on ne le con-naît pas encore. Ceint d’une corde au cou le profane est paré !

- Serait-ce pour le pendre ? …non point mais pour mourir et renaitre certainement !

- Où est-ce la mort aux préjugés de la vie profane… Certes !

- Ou encore est-ce un lien de fraternité ? …Certainement !,

- Mais la corde est libre… il respire toujours…il est libre…mais l’heure est grave !

- Qui va là ?- Un humble postulant dira t-on d’une voix persuasive!

Le F\ Exp : le conduit vers la 1ère des portes du parcours, il va passer d’un milieu à un autre, pénétrer dans un espace sacré où nul n’a la clé car elle est ouverte à tout le monde, à cet instant… on lui pointe une épée sur le cœur !

- Doit-il verser son sang pour prouver sa volonté d’entrer en FM ?

- Loin de là !... C’est une mise en garde car un jour il aura peut être à donner son sang pour sauver un F\ à l’instar du pélican symbolique qui perce son cœur pour nourrir les siens.

- Ou alors serait-ce pour le punir du parjure Mais qui ? Lui ou son cœur ?

- Privé de lumière oculaire on parle assurément à son cœur et l’épée exprime ici une mise en garde qui s’adresse au "Centre" interface du corps et de l’esprit, car c’est là –précisément- que tout commence : la vie, l’art de la vie, la Lumière, l’Amour. Aussi ; il verra un peu plus loin… quand il sera adoubé par le V\M\que l’épée est aussi un Instrument de vie.

A cet instant de la cérémonie et s’il le désire toujours, ici et maintenant, personne dans le temple ne s’opposera à l’entrée du postulant, bien au contraire, on va l’accueillir comme "un fils prodigue" Puis le V\M\ lui déclare sous forme d’injonction qu’il travaillera sans relâche à notre amélioration avec l’outillage rationnel que l’on trouvera dans la loge et devra lutter contre l’ignorance sous toutes ses formes c.à.d.

· L’ignorance de soi-même qu’il faut dé couvrir (2 syllabes),

· L’ignorance par la culture qu’il faut améliorer pour se construire et construire,

· L’ignorance de l’autre, par l’action de l’écoute active et bienveillante (le regard du cœur)

Le V\M\ ajoute aussi qu’il devra pratiquer la justice, c’est à dire rendre juste son comportement en soumettant cette vertu à son cœur et à son esprit.

Relax water

Voilà la coupe des libations, c’est encore à son cœur qu’on en veut ! En effet main droite sur le cœur, tout est silence…il boit l’eau douce source de vie puis la coupe d’amertume et prononce le 1er serment de sa vie maçonnique et là… la corde disparait. Pour l’instant, il est libre mais des obstacles l’attendent, il doit en effet se battre contre vents et marées. Une main ferme veille à son équilibre sur terre et en même temps on le bouscule. On espère qu’il comprendra vite qu’il est plongé dans le chaos et qu’il doit déjà penser à se mettre à l’ordre…

Attendu au Septentrion…Maillet sur le cœur on lui annonce qu’il a fait son1er voyage celui de la vie humaine par le symbole de l’air qu’il doit accomplir avec prudence.

Attendu à l’Occident… s’ensuit le 2e voyage celui de l’eau celui de la vertu acquise par la persévérance, main gauche plongée dans l’eau puis maillet contre poitrine comme pour sceller la vertu et le cœur. Déclaré libre et de bonnes mœurs il subi l’épreuve à la Gloire du GADLU Voilà l’Alliance du cœur et de la vertu est scellée. A ce moment là tout s’apaise …

Attendu pour le 3ème voyage "l’épreuve du feu". Le rituel prend ici une autre forme symbolique, le récipiendaire frappe 3x sur l’épaule Gauche du VM et toujours le maillet sur la poitrine. Il comprendra que le feu est le symbole de la transmutation du cœur en un amour ardent ? Avec l’Air+Eau+Feu en sémite = on en appelle à l’âme (la transmutation de l’homme commence par le cœur)

(Cortège) Les yeux désilés, vient alors le serment solennel. Nous y voilà ! Le F\ Exp\ remet au récipiendaire un compas qu’il pointe sur son cœur. Espérons qu’il visera bien et qu’il a le compas dans l’œil car l’œil c’est le cœur et le cœur c’est l’âme…avant d’aller plus loin qu’il mesure… comme pour en mesurer l’intelligence…de son cœur !

Après avoir lu et juré sur les 3 grandes Lumières de la Loge il reçoit la Lumière, celle qui émane des F\, celle de l’Autel de serments, celle des Outils symboliques qu’il distingue encore vaguement. Ce moment est une véritable symbiose avec l’union du V\M\ .

Tout ici et maintenant est base vitale, un authentique "creuset" pour aujourd’hui et pour demain. Il est midi ! Maintenant notre F\ A\ est âgé de 3 ans et c’est sur ce nombre symbolique qu’il devra désormais travailler sans relâche pour que demain soit toujours la veille d'un lendemain.

Voilà mes F\ j’ai essayé à ma manière de retracer nos premiers pas en maçonnerie en mettant le symbole en perspective afin que l’on se souvienne que ce dernier est l’Essence et le but de notre cheminement initiatique, traduit par la volonté du Cœur, par le travail et par la recherche.

Si le Cœur pur permet d’atteindre l’éveil des symboles, comme de soi-même d’ailleurs… alors on parvient à une sorte individualisation, une appropriation de l’objet dont on veut réveiller l'idée et dès lors ils se mettent à "dialoguer avec nous"

Mais à quoi servent ce travail et la recherche ? Si ce n’est pas aussi pour voir les choses différemment, sous un autre angle, avec un œil 9 qui redonne cette sensation d’émerveillement.

J’ai dit V\M\

Source : www.ledifice.net

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Le crâne du franc-maçon

7 Février 2013 , Rédigé par Eri.Rom Publié dans #Planches

…ou ma rencontre avec Adam, premier opératif portant un tablier, forcé de gagner sa vie à la sueur de son front

Le crâne est présent dans le cabinet de réflexion, il assiste silencieux à la rédaction de notre testament philosophique. Il est témoin de notre entrée dans les petits mystères. Nous le retrouvons plus tard au tableau de loge du Maître en tant qu’acteur de notre exaltation aux grands mystères. Nous tenterons une approche qui lie le symbolisme du crâne dans l’ésotérisme chrétien à sa perception maçonnique.

Pourquoi lier les deux ? Simplement parce que l’ésotérisme chrétien a toujours dépassé la dimension religieuse pour toucher aux racines de la tradition première.

Nombre de manuscrits maçonniques font une référence expresse au crâne appelé « boîte d’os ».

Le symbole prend toute son épaisseur lorsque vers les années 1735 s’installe dans les rituels de loge, le grade de Maître. La greffe est liée à la légende d’Hiram et au mystère de la triple voie. Le mot nouveau, objet de la quête, est prononcé de manière aussi décomposée que le corps de l’intéressé.

A cette relation triangulaire dans la découverte de la parole perdue s’ajoute bien évidemment la résurrection des corps qui passe précisément par le médium des restes humains, laissant entendre que les os avaient des potentialités latérales occultes.

Le crâne est le symbole des symboles par excellence, cette raison devrait suffire à son étude.

Chacun peut constater que c'est la partie impérissable du corps. Un a priori se greffe alors sur le paradoxe de la mort et de la « survie » du crâne. Le terme survie est choisi précisément s’agissant d’un état qui dépasse le cycle de la vie et qui déborde sur le cycle de la mort. Le crâne en particulier et l’os en général sont des médiums physiques et mentaux de la vie et de la mort voire même de la résurrection. Il sert de support aux trois états correspondants aux trois royaumes : celui des vivants, celui des morts et le paradis.

Le crâne se trouve au sommet du squelette et plus précisément de l’axe formé par la colonne vertébrale. On considère qu’il est le siège de l'âme, tout comme la grotte, la caverne et le cairn sont des demeures de l'Esprit. Le crâne est donc avec le cœur un réceptacle de vie, mais il symbolise aussi la mort physique, étape par laquelle il faut passer pour renaître à un niveau spirituel supérieur.

L’image du crâne inonde l’infra conscience de chacun et il suppose l’idée de finitude de la vie et la naissance du destin. Plus qu’un symbole c’est un verdict auquel chacun tente de se soustraire. Fuite aussi inutile que futile, car ce rappel à la fin des corps de chair introduit la survie de l’esprit. La futilité de la fuite n’implique pas la futilité de la vie.

Entre le corps et l’esprit se situe l’âme, idée aussi incertaine et faible que l’esprit survivrait au corps.

Cette tripartition chrétienne pose le problème des résidus humains survivants au décès clinique. Ce problème est parfaitement illustré par la grande épopée des reliques qui marqua aussi bien le christianisme que le bouddhisme. On peut légitimement s’interroger sur les fondements d’une telle tradition.

Le rattachement à la tradition des reliques de chacune des doctrines poursuit à mon avis deux objectifs. Le devoir de mémoire et le principe résurrectionnel.

Le devoir de mémoire bien connu de francs-maçons implique l’attachement à l’objet en général et aux restes humains en particulier. Saint-Thomas-d'Aquin dit « les objets n’ont de valeur que s’ils conduisent au Christ », « inquantum ducunt ad christum. ».

La résurrection des corps fut l’innovation d’un christianisme conquérant. Poursuivre le chemin en esprit diffère de l’idée de renaître au jour du jugement dernier. Être proche d’une relique d’un saint ou la posséder dans son église assura au culte chrétien notamment, une fréquentation et une abnégation des fidèles. Les reliques sont le fonds de commerce de l’église du Moyen-Âge et particulièrement de l’époque gothique. Nombre de constructions furent financées par le commerce des reliques ou leur mise en valeur en exposition payante auprès des fidèles. Le mercantilisme lié aux reliques développa l’attrait du résidu osseux auprès des croyants et fut l’assise matérielle de l’autorité spirituelle des évêques et du Pape face au pouvoir temporel des rois. Être roi de droit divin imposait que l’on consacrât ces derniers en présence du Pape et des reliques. L’abbaye de Saint-Denis est le témoignage irréfragable de la lignée des reliques.

En ce lieu sont enterrés 153 rois et reines de France dans la lignée mérovingienne, carolingienne, capétienne et des Bourbons. Ils venaient se faire remettre les attributs de leurs pouvoirs temporels par le légat du Pape, soit la couronne et la pourpre, en présence des ancêtres et de la Sainte Ampoule.

 

L’objet devient sacré et se chargeait naturellement de la force mentale et psychique de ses admirateurs. Qu’elle fût authentique ou pas, elle devient ce que les prières et incantations voulaient qu’elle fût. C’est ainsi que les objets ou les lieux se chargent des flux spirituels qui les caractérisent. Ces « chargements » portent sur l’objet d’orfèvrerie (le reliquaire), le reste humain (l’os fragmenté, cheveux, ongles) et le lieu (l’église ou la cathédrale). Ils se conjuguent pour devenir puissance agissante dans la vie du croyant.

Les trois phénomènes conjugués du résidu humain du saint, de la représentation précieuse du reliquaire et du tellurisme du lieu, amplifient le pouvoir de transport et de communication dans les mondes intermédiaires.

Il s’agit bien d’intermédiation entre l’homme et le divin. Au même titre que les anges sont messagers divins, les reliques en appellent au défunt, comme si la mort ne l’avait pas complètement atteint et qu’il pouvait encore intercéder pour nous. Le défunt par ses reliques se trouvait à cheval sur la frontière de la vie et de la mort.

La médiation était le but premier de la vénération des reliques. Face à cette valeur sacrée de la relique officielle, demeure le reste osseux de proximité immédiate qui par son caractère anonyme est fuie comme on fui la mort qu’il représente. Celui-ci n’est pas mis en valeur, il est caché dans les replis de la terre. Hormis certaines professions on se garde bien de fréquenter des ossements.

Le rappel à la mort des ossements justifie leurs présences dans le cabinet de réflexion. Tout ce qui est vivant sur terre finit par mourir sans complètement disparaître. Par le jeu de la putréfaction reste le squelette qui finit par blanchir. Sans crémation le corps laisse une trace bien identifiable. D’instinct on s’interroge sur notre propre fin dont on peut juger de l’esthétique.

C’est tout l’art des « memento mori » ou cabinet de vanité que de rappeler cette échéance. Le christianisme auto flagellant met en avant la tripartition du monde avec le paradis, l'enfer, et la terre. Derrière le thème de la chute se profile le salut de l'âme. Ce système amène la mort au premier plan des préoccupations.

Dans ce contexte, un but moralisateur chrétien s’impose à l’opposé aux thèmes grecs et romains. « Souviens-toi que tu mourras », la phrase était répétée par un esclave au général romain lors de la cérémonie du triomphe dans les rues de Rome.

Debout derrière le général victorieux, un serviteur devait lui rappeler que, malgré son succès d'aujourd'hui, le lendemain serait un autre jour. Le serviteur le faisait en répétant au général qu'il devait se souvenir qu'il était mortel, c'est-à-dire « Memento mori « Une destinée glorieuse n’efface pas la mort. Les Grecs face à la mort avaient imaginé le thème du « carpe diem ». D’après Horace, cette mort devait nous inciter à vivre pleinement : « Maintenant il faut boire, maintenant il faut frapper la terre d'un pied léger ».

S’il existait une vie éternelle après la mort, il fallait en profiter maintenant parce qu'il n'y aura dans ce monde futur ni boisson ni danse.

Vivre le temps présent dans l’oubli de l’au-delà ou vivre l’au-delà dans le temps présent ?

C’est toute la question qui oppose la philosophie grecque au point de vue doctrinaire de l’église. La franc-maçonnerie comme les mythes d’Eleusis autrefois, réussit l’exploit de lier les deux approches dans le grand cycle de la vie et de la mort, tout ce qui périt finit par renaître (symbole de la faux et du blé, mais aussi du sablier.)

L’homme ne se résout pas à sa fin, non pas par manque de sagesse, mais parce qu’il imagine qu’il subsiste quelque chose d’irréductible dans ses derniers restes. Il enterre ses défunts et prévoit ce qu’il faut pour sa nouvelle vie, une épée, des bijoux, des vivres une barque solaire, etc. Il va jusqu'à ériger des pyramides, un tertre, un cairn pour l’honorer et le protéger. Le corps décédé conserve, via sa part irréductible qui est le crâne, une potentialité d’existence dans un état autre, différent et invisible. Cette invisibilité aux vivants se traduit par l’enterrement ou la mise en caverne. Cette dissimulation est à la fois un retour à la matrice, mais surtout la version terrestre de la montagne céleste. Les monts sacrés sont des lieux de contacts et de médiations avec le céleste, la cavité souterraine est le même symbole dans un ordre inférieur. Ainsi céleste, terrestre, et subterrestre sont pris dans un même axe-chemin : L’Axis Mundi.

C’est dans l’os, dernier témoignage de son passage sur terre que ce situe la part résiduelle de l’être. Ainsi l’os est d’une nature autre qu’un simple amas calcifié. La porosité moléculaire du tissu osseux et le pouvoir de représentation mentale qu’il déclenche suggèrent que le reste humain est habité par une forme indéfinissable de présence, entité dégénérée et errante de l’âme ou de l’esprit humain. Face à l’os et plus précisément face au crâne et ses orbites énigmatiques, une présence se dessine…

Quant il est dit « la chair quitte les os » dans la légende d’Hiram ou que le cadavre « pue » ou « commence à sentir », il me semble qu’allusion est faite à la présence d’entité liée à l’os. Ainsi il n’est pas complètement mort, il reste quelque chose de lui qui est d’une nature différente de la chair agissante. Des restes s’exhale quelque chose qui met en éveil nos cinq sens et plus particulièrement notre instinct. Il est possible aussi de faire le rapprochement avec le principe alchimique du solve et coagula, soit la dissolution des chairs pour une nouvelle recomposition de ses éléments. Il y aurait ainsi une purification par la terre, du moins pour notre Hiram. C’est l’œuvre au noir la matière prend la couleur et l’apparence de la Mort. Les restes osseux sont le précipité de l’être. L’enterrement de l’impétrant dans les replis de la terre est l’accomplissement de son « Œuvre au Noir ». Là, hors du temps, il doit se « morfondre », c'est-à-dire se fondre et se dissoudre dans la mort.

Face au principe de la décomposition organique, il existe une autre tradition qui s’appuie non pas sur l’élément terre, mais sur l’élément feu. L’incinération du corps et la calcination étaient supposées purifier le corps et libérer l’âme qui repart vers sa source lumineuse. Le « Caput mortem »est bien signifiant et rayonnant dans le cabinet de réflexion. Il contenait le cerveau, donc la vie s’y cachait. Purifié, ce crâne rectifié-purifié par l’Oeuvre, mérite d’être calciné. Le crâne et la cendre représentent une seule et même matière, à deux stades de son élaboration. Le Livre de la Toison d’or nous annonce le processus :

« Notre corps deviendra premièrement cendre puis sel et après par ses diverses opérations devient enfin le Mercure philosophale, c’est-à-dire, que le métal doit être calciné, réduit en sel et enfin travaillé en sorte qu’on en fasse le mercure philosophal. ».

La légende d’Hiram suivant les rites, propose le transfert de l’esprit d’un corps à l’autre ou du moins l’évocation de la poursuite de l’œuvre inspirée par l’idée du relèvement du maître devenu Hiram. Ce qui est retrouvé dans le reste d’un cadavre c’est une parole qui à défaut d’être prononcée par le décédé peut être qu’épelé par trois frères. L’absence de prononciation en une seule fois n’implique pas la méconnaissance du mot. Simplement il ne peut être prononcé dans ce monde, il appartient à un autre état, supérieur c’est certain. Cette différence d’état de l’existence est validée en franc-maçonnerie par le fait d’épeler, par lettres ou par syllabes.

Donc l’état du corps et le langage pratiqué suggèrent la présence d’un autre état de l’existence.

Le témoignage de cet état réside dans l’os et plus précisément dans le crâne. La médiation entre deux mondes est donc plus que soulignée par le relèvement du maître, fut-il intérieur. De l’horizontalité qui est le domaine des petits mystères, on passe à la verticalité axiale. C’est aussi le passage de la porte basse à la porte étroite. Ce maître squelette est le témoignage d’un autre soi dans une dimension différente et sans chair. C’est l’apanage des grands mystères de mettre en avant la superposition des niveaux d’existence par les différences d’états, de signes ou de langages. C’est une chance que la franc-maçonnerie de tradition ait conservé la mémoire des portes d’accès grâce à l’interprétation symbolique.

Le crâne a ceci de particulier qu’il diffère des autres ossements par la forme et sa fonction.

C’est avant tout une boite. Une boite d’os pour les anciens francs-maçons dans laquelle était dissimulée une clef, la clef de la loge, autrement dit la clef du temple de Salomon, donnant l’accès au Saint et la vision du Saint des Saints. Ce lieu dissimulé au regard profane, conduit aux vérités supérieures.

Il convient donc de poursuivre notre recherche dans les manuscrits anciens des loges opératives d’Angleterre et d’Écosse à une époque où l’hégémonie de la Grande Loge de Londres puis d’Angleterre n’avait pas encore épuré les précieux fonds archaïques et primitifs de nos rites maçonniques.

La relation au Crâne et à l’os est faite constamment avec l’arrivée du mot de maçon à l’issue des statuts de Schaw ]de 1599.

Il est intéressant de constater que déjà certaines loges accueillent des maçons acceptés en leur sein. Ces maçons acceptés sont fort utiles pour la survie des loges, mais ils sont pour la plupart plutôt cultivés et sensibilisés au rosicrucianisme et à l’hermétisme alchimique. C’est d’ailleurs une grande mode dans les cours européennes que de s’intéresser à cet ésotérisme. Il ne sera pas étonnant de retrouver dans les manuscrits maçonniques de l’époque, des traces de leurs apports.

A la lecture des manuscrits, on constate que le crâne est associé au secret contenu dans une boîte dont il faut trouver la clef. Cette clef, finalement semble n’être ni d’or ni d’argent, symboles respectifs de l’autorité spirituelle et du pouvoir temporel, mais d’ivoire. L’ivoire ou la corne a toujours été considéré comme une matière semi-précieuse et hautement symbolique.

Cette matière n’est rien d’autre qu’une référence à une excroissance de l’os dont on connaît les pouvoirs depuis la nuit des temps.

L’ivoire est tiré des dents et des cornes ou défenses. Les cornes sont une excroissance de l'os frontal des cervidés, elles sont ramifiées et évoquent les branches des arbres et finalement la couronne d’un roi.

Cette couronne fait le lien entre le ciel et la terre, avec l’homme roi couronné pour médiateur. La clef d’ivoire ouvre cette médiation axiale à partir du crâne.

Support « latéral » d’une réalité qui dépasse l’apparence d’une vie profane, puissance rayonnante du résidu humain, condensé ou même précipité du corps de l’âme et l’esprit, support de résurrection future, le crâne représente les forces occultes qui soutendent l’action de l’homme sur son destin.

La clef seule ouvre la loge et la loge ou le temple est apparenté au crâne cavité-caverne et boite à secrets. Nous rejoignons ainsi la légende grecque de la boite de pandore, qui une fois ouverte fait échapper les esprits maléfiques qui rendront l’homme à sa jalousie et à son envie.

Nous citons 5 manuscrits anciens qui font apparaître une relation entre la boite d’os, la clef-langue et le cœur.

 

Le manuscrit des archives d'ÉDIMBOURG (1696)

Q. 13 : Où trouverai-je la clef de votre loge ?

R : A trois pieds et demi de la porte de la loge, sous un parpaing et une motte verte. Mais sous le repli de mon foie, là où gisent tous les secrets de mon coeur.

Q. 14 : Qu'est la clé de votre loge ?

R : Une langue bien pendue.

Q. 15 : Où se trouve la clef ?

R : Dans la boîte d'os.

Le Manuscrit CHETWODE CRAWLEY (1700)

Q. 13 : Où trouverai-je la clef de votre loge ?

R : A trois pieds et demi de la (porte de la) (3) loge, sous le parpaing et une motte verte.

Q. 14 : Qu'entendez-vous par un parpaing et (une) motte verte ?

R :      J'entends non seulement sous un parpaing et (une) motte verte, mais sous le repli de mon foie là où gisent cachés tous les secrets de mon cœur.

Q. 15 : Qu'est la clef de votre loge ?

R :      Une langue bien pendue.

Q. 16 : Où se trouve la clef de votre loge ?

R :      Dans la boîte d'os.

Le manuscrit DUMPHRIES : 1710

Q : 10. Où repose la clef de votre loge ?

R : Dans une boîte d'os recouverte d'un poil hérissé.

Q : 11. Donnez les caractéristiques de votre boîte.

R : Ma tête est la boîte, mes dents sont les os, mes cheveux sont le poil, ma langue est la clef.

Le manuscrit DE TRINITY COLLEGE 1711

 

Q : Où gardez-vous la clef de la loge ?

R : Dans une boîte d'os, à un pied et demi de la porte de la loge.

Q : Quelle distance y a-t-il du câble à l'ancre ?

R : Autant que de la langue au coeur.

 

Le manuscrit WILKINSON 1727

 

Q : Où gardez-vous vos secrets en tant que Maçon ?

R : Dans une boîte d'os qui ne s'ouvre ni ne se ferme sans clef d'ivoire ; neuf pouces ou une boucle à ma bouche (la clef d'ivoire est pendue par un câble de neuf pouces ou une boucle. Ce câble ou boucle est la langue.)

Nous conclurons que si la langue est la clef, alors la prononciation du mot est la connaissance. Encore faut-il que la connaissance puisse investir la boite crânienne pour en ressortir en mot prononcé, mais d’après notre tradition, la clef du langage de la connaissance passe par le cœur.

Le Crâne est le lieu de conjonction et d’embouteillage des cinq sens. Nous constaterons que cette boite est certes reliée à l’extérieur, mais reste hermétique et sombre lorsque l’on se place à l’intérieur. Nous touchons alors à la limite étriquée d’une boite protectrice chargée d’interpréter le monde et d’accumuler du savoir dans le cadre de la survie. Le cœur heureusement se chargeant de la vie, élabore la connaissance qui donne une vision fulgurante d’un tout.

Toute la question ésotérique sera de démontrer que le cœur et le crâne vont pouvoir se rejoindre dans une unité de langage (...)

(...)

Il nous faut maintenant détailler cette boite d’os et rechercher dans la qualification de ses parties constitutives, des analogies symboliques avec la tradition maçonnique.

 

Topographie symbolique du crâne :

La boîte crânienne (ou neurocrâne) comprend deux parties constitutives d’un monde en soi. (Nous utilisons la documentation éd Wp Mars 2011, pour adosser nos commentaires symboliques.) :

La voûte crânienne (ou calvaria qui à la même racine que le calvaire sur lequel le Christ fut mis en croix et crucifié) formée de plaques osseuses telles des continents, soudées entre elles par des sutures interdigitées extrêmement solides. La voûte qu'elle fût étoilée comme dans une loge maçonnique ou le tombeau d’un pharaon représente le ciel face au plancher du crâne.

A la naissance, les os de la calvaria sont séparés par les fontanelles, qui permettent la croissance de la boîte crânienne. Certains y voient une image de la porte étroite, comparée au chakra coronal, c'est-à-dire la fontanelle des bébés, par laquelle la conscience (purifiée après tout le trajet de la colonne vertébrale et l'éveil des divers nœuds d'énergie qu'elle supporte) s'échappe au moment de la mort physique.
On notera que c’est sur cette fontanelle que nombre de cérémonies maçonniques imposent l’apposition de l’épée flamboyante en vue de la transmission. La fontanelle est rouverte l’instant d’un éclair par l’épée rayon.

Elle devient clef de voûte et pierre du dôme, lieu du croisement de l’épée sur la tête. C’est aussi un chakra axial qui fait le lien entre la terre et le ciel. Il est intéressant de souligner que la voûte protectrice des regards profanes est présente dans certains grades supérieurs. Dans les légendes européennes et asiatiques, le crâne humain est un homologue de la voûte céleste. Il est une caverne en miniature qui, elle-même, est une représentation en miniature du Ciel.

Comme le cerveau, schématiquement la voûte comprend quatre parties ou pôles, nous sommes donc dans une quadripartition polaire qui nous relie à l’anthropomorphisme cosmogonique. C’est une image du monde que le crâne nous propose. Quatre zones significatives sont à retenir : la zone frontale, à l'avant (formée des os frontaux, ethmoïdes, sphénoïde et percé de cavités pneumatiques creuses : les sinus) ; le pariétal droit et gauche, latéralement (os pariétal et temporal) formant les tempes, zones les plus fragiles de cette boîte ; l'occipital à l'arrière (os occipital).

Le plancher (ou base du crâne), formé de trois fosses crâniennes, il est à noter que Hiram au REP se trouve dans la fosse-cavité, il reste donc deux autres fosses pour Hiram de Tyr et Salomon, correspondantes aux trois montagnes sacrées ou sont enterrés ces trois sages. Ainsi la voie ascendante est balisée tant pour les profanes par la montagne que pour les initiés par la fosse :

Vue endocrânienne du plancher d'un crâne humain avec les trois fosses.

o La fosse crânienne antérieure,

o La fosse crânienne moyenne,

o La fosse crânienne postérieure.

Le plancher est donc limité par l'os occipital en arrière et la partie supraorbitaire de l'os frontal en avant. Il est percé de trous laissant passer les différents éléments innervant ou permettant la circulation sanguine à l’intérieur du crâne. On retrouve selon un axe antéro-postérieur ces nerfs qui sont les liens informatifs avec le milieu extérieur. Cela veut dire que le cerveau seul et non relié à l’extérieur est aussi aveugle que les protagonistes de la caverne socratique. Inversement l’ensemble des informations qui sont captées par les nerfs et les sens, est déformé par les filtres qu’ils sont obligatoirement devenus. Les sens se déversent dans une cavité à perception limitée, car aucune boite à os ne peut avoir une vision globale du tout.

Passent ainsi, le 1er nerf crânien, le canal optique, les nerfs oculomoteurs, le nerf maxillaire, le nerf mandibulaire, l'artère méningée moyenne, les nerfs faciaux, la veine jugulaire interne et par le trou occipital, en continuité avec la colonne vertébrale représentative de l’axis Mundi, pars lequel passe la moelle allongée et les deux artères vertébrales, etc. Le massif facial est formé de 14 os qui identifient socialement l’individu. Le visage est cette partie que l’on masque lorsque l’on ne veut pas être reconnu, c’est aussi cette partie qu’on maquille pour jouer un rôle dans certains théâtres d’ombre et de lumière… Janus nous a appris que l’on peut avoir deux visages.

Le masque, grec ou latin est, plus encore que le costume, un procédé de caractérisation du personnage.
Il permet d'identifier, d'entrée de jeu, le héros antique et de nos jours le personnage joué par l’individu. Ici le moi et l’en soi, l’individu et la personnalité se retrouvent à nu, débarrassés de leurs tissus, et pourtant par leurs intitulés ils expriment les sentiments et les besoins du vivant. Ils sont l’expression même du vivant. La plupart des os du visage sont pairs : Os lacrymaux (pleurer), zygomatiques (rire), nasaux (respirer), maxillaires (goûter se nourrir), et d'autres sont uniques : Vomer, Mandibule (parler)

Face à ce descriptif détaillé, nous constatons que le Crâne est un monde en soi, avec sa géographie propre et ses continents. Il en est de même du cerveau qu’il contenait.

Le crâne-caverne dans lequel se projettent les ombres portées par les nerfs de nos sens trompe notre jugement et nous incite à agir sous de fausses informations. Ce que doit faire le franc-maçon c’est de tenter d’agir dans le monde autrement, avec l’intelligence du cœur. Sauf à rouvrir définitivement cette fontanelle soudée par l’âge et la perte de l’innocence ? il me semble utile de réserver au vase du cœur et à ses pulsations, la décision instinctive qui contribue à la conversion du regard. Le crâne symbolise le temps destructeur et la vanité de tout attachement humain aux choses périssables. Il peut être également l'attribut de la mélancolie ou connoter la repentance, la méditation et la préparation à la mort (Memento mori). Mais le crâne figure aussi aux pieds de Jésus mort sur sa croix. C'est en référence au péché initial qu'il aurait racheté par sa crucifixion suivant la tradition chrétienne. Ce péché est celui d'Adam.

La boucle est bouclée.

C’est ici le point crucial de notre démonstration. La crucifixion du christ pour racheter le péché des hommes et en premier lieu celui d’Adam qui a fauté se déroule sur le Golgotha qui se traduit littéralement par le mont du crâne. L’iconographie religieuse du Moyen-âge et de la Renaissance représente abondamment la scène de la crucifixion avec au pied de la croix le crâne d’Adam.

Cette triple conjonction du crâne porteur de la mémoire fautive d’Adam, du sacrifice du Christ pour le rachat et enfin du Golgotha grotte et montagne, trouve son lien naturel dans le sang qui s’écoule du flanc du christ dans la boite crânienne d’Adam. Ainsi, le sang de Jésus en croix, Nouvel Adam, a pu s’écouler sur le crâne du premier Adam. Cette boite d’os devient alors un calice. Nous savons que la coupe et le calice sont associés par leur forme de triangle descendant, au cœur. Alors est-il possible que le crâne se représente comme le triangle montant ?

Le versement du sang dans ou sur le crâne d’Adam consacre cette superposition de l’un à l’autre, comme les deux triangles superposés et entrelacés du sceau de Salomon. Le centre des deux triangles cerveau et cœur, répond à l’axe du bois de la croix plantée au Golgotha à l’aplomb de la voûte protégeant le crâne. Les deux axes de la croix et de la lance ne feront qu’un. Le percement du flanc et donc symboliquement du cœur du Christ par la lance du légionnaire Longinus vaut pour symétrie symbolique le dernier coup asséné su la fontanelle de Hiram par le troisième des mauvais compagnons. D’ailleurs la terre du tertre du Golgotha se fendit au moment de la crucifixion ramenant l’idée de la réouverture de la fontanelle du crâne d’Adam.

Les coups ainsi portés, frappent simultanément le centre commun aux deux triangles inversés, la tête et le cœur. Ainsi est résolu le rachat du péché originel qui a fait perdre à l’homme l’âge d’Or de l’humanité. Cette relation triangulaire de cause à effets inverse la représentation du crâne d’Adam. Il n’est plus l’expression d’un reste de culpabilité occulte, mais plutôt un signe palpitant d’espoir dans la recomposition des événements, cette fois-ci dans un sens cyclique heureux, ce qui correspond à la signification profonde du sceau de Salomon qui contient un cœur battant au rythme des grands cycles.

Ainsi le crâne du cabinet de réflexion n’est autre que celui du premier homme qui côtoya Dieu au point d’en perdre la proximité. C’est aussi le nôtre. Il est à la fois porteur de la faute originelle, ce qui nous en éloigne instinctivement, mais il reçut le pardon par le sang versé, ce qui nous en rapproche. À notre niveau s’exprime, enfouie dans les profondeurs de notre infra conscience, le souvenir de ces deux instants du cycle. Comme les mouvements d’un cycle, d’instinct nous nous éloignons des restes osseux et du crâne particulièrement, puis fascinés par ce qu’il signifie, nous nous en rapprochons pour n’être que lui. La clef qui ouvre le passage est en lui, mais c’est le cœur qui œuvre…

  

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-le-crane-101549839.html

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L'Initiation

6 Février 2013 , Rédigé par François BRUNIER Publié dans #Planches

Les sociétés secrètes, les groupements ésotériques, ont tous pour caractère spécifique l’Initiation.

Le propre d’une société dite secrète est le caractère toujours particulier de ses rites ou de son rituel, lesquels sont propres à chaque groupement et tenus secrets, cachés au monde profane. La donation de ces secrets se fait au nouvel adepte par une cérémonie qui est précisément l’Initiation. C’est le point de départ d’un partage communautaire, l’intégration d’un élément jusque-là profane, au groupe des initiés.

D’une façon générale, l’Initiation peut se définir comme un processus destiné à réaliser psychologiquement chez l’individu le passage d’un état réputé inférieur de l’être à un état supérieur.

Initium, en latin, signifie commencement, et par extension entrée. L’initié est celui qui est mis sur le chemin. Arrêtons-nous sur cette notion.

L’homme, objet de l’Initiation, est doué d’une individualité. C’est cette individualité qui est prise comme moyen et comme support de la réalisation initiatique. Les rites initiatiques subis vont être différemment réceptionnés par chaque individualité.

La mise sur le chemin une fois faite, que se passe-t-il ?

C’est en réalité à chaque individu que va appartenir l’initiative d’une réalisation qui se poursuivra ultérieurement et qui devrait normalement aboutir à dépasser les possibilités de l’état individuel humain, de rendre effectivement possible le passage à des états supérieurs.

L’Initiation n’est pas seulement quelque chose d’ordre simplement moral ou social. Les philosophes parlent à la raison. Les religions touchent le cœur. L’Initiation émeut la partie spirituelle la plus haute du sens de la vie. C’est une réalisation purement intérieure de l’être humain, réalisation des possibilités que l’individu portait en lui à l’état virtuel.

Nous devons donc constater que la méthode initiatique est une voie essentiellement intuitive. C’est là une des raisons pour lesquelles l’Initiation use de symboles. C’est pour provoquer l’Illumination par voie analogique.

Le langage symbolique, immémorial et universel, permet d’établir, au travers du temps et de l’espace, les relations nécessaires entre le signe et l’idée, la plasticité du symbole épousant chaque aspect de l’évolution et palliant à l’impossibilité qu’a le langage d’exprimer la totalité de la pensée.

Les symboles, supports de l’Initiation, sont essentiels. Ils doivent provoquer l’Illumination qui permet de saisir simultanément les différents aspects de l’idée, de les unifier, d’en faire déceler l’unicité qui les transcendent. Car le problème est de passer du connu à l’inconnu, du visible à l’invisible, du fini à l’infini.

Un point est à signaler. La plupart des mystères initiatiques et des épreuves ésotériques impliquent des thèmes implicites à peu près équivalents. C’est pourquoi il est à noter que toutes les initiations commencent par un voyage dans les ténèbres, au cours duquel des scènes effrayantes sont offertes au récipiendaire.

Il subit également des épreuves, feu, air, eau, qui sont le plus souvent corporellement appliqués et qui sont destinés à lui donner la sensation qu’il meurt. Cette impression de mort est obtenue par des moyens divers, des méthodes plus ou moins brutales, mais elle existe toujours.

Elle est suivie presque toujours et immédiatement d’une remontée vers la Lumière, une Illumination brusque. Ce schéma de descente dans les ténèbres, suivie d’une remontée lumineuse est constant.

C’est qu’en effet l’Initiation est naissance.

Cette seconde naissance à un monde fermé est conséquence ; elle implique donc et d’abord la mort au monde profane. Elle doit déterminer un choc psychique frappant, souvent même des marques physiques indélébiles.

Cette première phase du développement initiatique, partant du psychique, ne constitue qu’un stade ; ce n’est pas le but lui-même. Il n’est que le stade préparatoire de la réalisation des possibilités d’un ordre plus élevé, spirituel. Il faut qu’il y ait passage de l’ordre psychique à l’ordre spirituel. Ce passage que certains d’entre nous ont ressenti, constitue une seconde mort, une troisième naissance. Dans la symbolique maçonnique, ceci correspond à l’Initiation au grade de Maître.

La signification dernière du processus initiatique, à cause même de son universalité, a donné lieu à diverses théories : Les plus intéressantes signalent que les phases de l’Initiation sont la reproduction symbolique de la naissance de l’univers, l’organisation du chaos par la Lumière. Ce serait, par extension, une réintégration, une régénération fictive de l’être, une récupération des prérogatives que l’homme a perdues par la chute adamique. Les initiés sont replacés dans les conditions voulues pour atteindre la Gnose.

Pour réussir ces points, l’Initiation est donc à la fois :

- Une purification. L’être meurt à ses désirs profonds pour tendre vers la perfection.

- Une Illumination. Elle donne le moyen de retrouver la Parole perdue, la Connaissance.

- Une réintégration symbolique. Ceci dans les privilèges de l’être avant la chute. Il est dès lors possible de retrouver cette Sagesse perdue.

D’où l’idée, mainte fois exprimée, d’une Tradition secrète, transmise à travers les âges, sous des formes différentes, par des révélations successives, de telle sorte que toutes les religions, toutes les institutions ésotériques, procèdent au fond de la même source. Cet ésotérisme est quelque chose d’antérieur à la religion établie.

Cet aspect d’une Tradition extrêmement ancestrale est commune à tous les ésotérismes, d’où le problème de la filiation initiatique. Chaque groupement essaye de prouver sa fabuleuse antiquité grâce à l’idée d’une succession régulière et ininterrompue formant une sorte de chaîne.

De cette notion découle le second point important :

L’individu ne peut s’initier lui-même

C’est ce qui le distingue du mystique qui est le plus souvent un isolé.

Le profane ne peut être initié que par une organisation initiatique. Le rattachement à une organisation traditionnelle régulière est une condition nécessaire. L’initié naît à un monde spirituel existant, monde autre que celui où s’exerce l’activité de sa modalité corporelle, monde qui sera dorénavant pour lui le champ de développement de ses possibilités dans une sphère supérieure.

On comprend dès lors que cette sphère, ce monde, doivent être les reflets d’une organisation initiatique traditionnelle, régulière, qui doit avoir qualité pour conférer l’Initiation, c’est à dire pour transmettre cette influence spirituelle sans le secours de laquelle il serait impossible, en dépit de tous les efforts, d’arriver jamais à franchir les limites du monde profane. Il est d’évidence qu’on ne peut transmettre que ce que l’on possède soi-même.

Il est donc nécessaire que l’organisme soit effectivement dépositaire d’une influence spirituelle pour pouvoir la communiquer aux individus qui se rattachent à elle. C’est ce qui fait, par voie de conséquence, que tout être initié ne peut jamais, par aucun moyen, cesser d’y être rattaché, fut-il radié ou démissionnaire.

En effet, l’influence spirituelle conférée l’est une fois pour toute et possède un caractère proprement ineffaçable. C’est là un fait d’ordre intérieur contre lequel nulle formalité administrative ne peut rien.

On a souvent souligné le caractère incommunicable au profane de l’Initiation parce qu’il s’agit d’états à réaliser intérieurement. Ce qui s’enseigne, ce sont seulement des méthodes préparatoires à l’obtention de ces états ; c’est une aide, un appui qui facilite le travail intérieur ; c’est la mise sur le chemin. Ce secret initiatique, inexprimable, est vraiment incommunicable car chacun personnalise les données du symbolisme traditionnel des rites.

Nous pouvons soutenir, sans paradoxe, que le monde profane connaît nos rites jusque dans ses moindres détails, mais le secret maçonnique n’a pu néanmoins être percé et ne peut l’être.

Le mécanisme psychique par lequel opèrent les diverse épreuves de l’Initiation qui paraissent absurdes à celui qui les regarde d’une façon superficielle, est encore assez mal connu. On pense que les rites agissent par imprégnation du subconscient auquel ils donnent une puissance et une efficacité réelle.

Les rites ont pour but de mettre en rapport l’être humain avec quelque chose qui dépasse son individualité, la transcende. Il est évident qu’il n’est pas nécessaire que cette communication soit consciente pour être réelle. Le rite porte son efficacité en lui-même. Il est le support de la transmission d’une influence spirituelle.

Par lui, par l’Initiation, l’être se réalise, fait passer ses possibilités de la puissance à l’acte. Alors que le mystique parvient d’emblée à la plénitude de l’intuition, l’initié n’acquiert, lui, que progressivement la connaissance.

La voie initiatique est active, longue, laborieuse. D’où l’existence d’une hiérarchie dans toutes les organisations initiatiques, les divers grades marquant les étapes successives de ce travail intérieur, les degrés relatifs du perfectionnement auxquels les différents initiés sont parvenus.

Cette hiérarchie est particulière. Ce qui la distingue de toutes les autres hiérarchies, c’est qu’elle est formée essentiellement par des degrés de connaissance, celle-ci étant prise dans son sens total, effectif. C’est en cela que consistent proprement les degrés mêmes de l’Initiation, et aucune considération autre que celle-là ne saurait y intervenir.

Il ne faut jamais confondre ce point de vue avec la hiérarchie des fonctions, car la fonction dont quelqu’un peut être investi, à quelque niveau que ce soit, ne lui confère pas un nouveau degré et ne modifie en rien celui qu’il a en lui, déjà.

L’Initiation mène à la conscience pleinement réalisée et effective du soi. La chaîne initiatique n’est pas faite pour lier l’être, mais pour lui fournir un appui vers l’élévation, le dépassement de ses propres limitations. Une organisation initiatique n’a que faire d’instruments passifs et automatiques ; ce qu’elle doit trouver dans ses membres, c’est une collaboration consciente, impliquant toute la compréhension dont chacun est capable. Nulle véritable hiérarchie ne peut se maintenir sur une autre base que celle-là.

La Franc-Maçonnerie est une société initiatique. A ce titre elle use de symboles et de rites qui lui sont propres. Il nous faut étudier maintenant en quoi la symbolique maçonnique peut aider à l’Initiation. Il s’agit là de juger, en réalité, la valeur de la Maçonnerie en tant que puissance symbolique, en tant que puissance initiatique.

Est-elle dépassée, démodée, inactuelle du fait des courants de pensées en vigueur ? Par extension, doit-on la préserver ou est-il souhaitable de la changer ?

Le caractère original de la Symbolique maçonnique vient de ce que la Franc-Maçonnerie était d’abord opérative ; les outils, les mots employés avaient alors une utilité évidente, un sens clair. Ils étaient les éléments d’un langage à effet constructif, immédiat, direct.

Devenant spéculative, elle a cependant conservé les outils de travail et les mots, dès lors destinés à une construction à effets plus lointains, plus abstraits : l’Architecte de l’homme, l’édification de son esprit, de sa culture, de sa morale, le Temple d’une humanité harmonieuse.

C’est alors qu’entra en jeu le symbole qui est la base de l’Initiation maçonnique spéculative.

Tant qu’un objet ne représente que ce qu’il a de visible, d’immédiatement utilisable, le mot employé par le langage courant le désigne entièrement. Dès qu’il passe sur un plan spirituel, cet objet prend un sens plus profond, une valeur plus diffuse ; il devient symbolique.

Le langage exotérique est fait pour le plus grand nombre ; le mot, de ce fait, devant être compris par tous, est rigide, limité ; il désigne nommément la chose, fixe l’idée. Dès que l’on passe à de plus vastes horizons, on est obligé de recourir au symbolisme.

Est-il possible d’adapter ce symbolisme aux formes actuelles de la vie moderne, aux grands courants de la pensée actuelle ? Cette symbolique maçonnique initiatrice a-t-elle encore une valeur de nos jours ?

La vie moderne est technique, spécialisée, contingentée, planétaire. Les cinquante dernières années ont fait faire un bond fantastique au progrès scientifique ; la société moderne est une société de spécialistes, et de spécialistes poussés. La technique s’est à ce point développée que rien de valable ne peut être entrepris si ce n’est par des techniciens, compartimentés à l’extrême.

Ceci a pour conséquences la naissance d’une quantité de langages spécialisés propres à chaque branche de l’activité moderne, à l’adoption de codes, signes, symboles, voire rites particuliers à chaque activité particulière. La notion de symbole s’est en quelque sorte vulgarisée.

Cette spécialisation a eu pour contre coup de développer le sentiment de relativité d’une branche à une autre, également d’interdépendance d’une discipline à l’autre, aucune ne pouvant assumer, à elle seule, la marche générale de l’ensemble des acquisitions. Tous les hommes de science, tous les techniciens se sentent solidaires, contingents.

L’homme est devenu un rouage, une pièce d’un ensemble complexe. Sa valeur intrinsèque est fonction de l’ensemble social et de la façon dont il assume son rôle. L’individu, bien que spécialisé, s’efface devant une nécessité supérieure, collective.

Contingent sur le plan professionnel, il l’est aussi en tant que simple individu. L’information, la presse, la radio, la TV, dirigés, lui font un psychisme uniformisé. Il s’agit d’une véritable mise en condition générale, renforcée du fait que ces informations touchent la totalité des individus qui, au même moment, vivent le mêmes faits, les mêmes idées inculquées.

De ce fait, l’homme moderne se sent solidaire de tous les autres hommes de la planète. On assiste à la naissance de l’esprit généralisé.

Cette uniformité dans l’acquisition se retrouve dans les conséquences à subir. Standardisation des réflexes, des pensées, des réactions, naissent de cette documentation unique et de portée générale. A cela doivent s’ajouter les acquisitions mondiales et de portée mondiale qui aggravent encore cette standardisation.

Les découvertes nucléaires, la bombe atomique, les missiles, les acquisitions électroniques, la cybernétique, l’automatisation, ont des conséquences immédiates et universelles qui concernent tous les hommes. Même mise en commun pour les acquisitions médicales ou dans le domaine politique : marché commun, ONU, Euratom, Unesco. Jusqu’à l’art qui passe du plan commun au plan planétaire.

La pensée religieuse et philosophique sont de ce fait modifiées. L’universalisme est un mode de voir nouveau car senti à chaque instant. L’Eglise catholique, consciente de ce phénomène, fait actuellement, à la suite de Jean XXIII, par le Concile œcuménique, un effort d’adaptation considérable à ce nouvel aspect de la vie moderne.

Que devient la Maçonnerie dans cette cité nouvelle ?

Les systèmes rationalistes du 19ème siècle craquent de partout. Ils ne correspondent plus à la réalité mouvante du monde actuel. On assiste, on participe à une crise de croissance de l’humanité dans laquelle l’homme cherche un nouvel équilibre et le maçon plus que tout autre.

Ce qui distingue le maçon dans la société nouvelle, c’est précisément son initiation ; ce sont ses symboles. Que représentent-ils, dès lors, en valeur absolue ? En quoi cette Initiation maçonnique, avec sa symbolique, peut-elle nous aider ?

L’Initiation, nous l’avons vu, est surtout un acte d’acquisition spirituelle personnelle. Par elle, le profane doit laisser à l’entrée du Temple tous ses métaux, c’est à dire rejeter les erreurs et les préjugés du monde extérieur, se mettre à l’unisson d’un amour universel, se dégager des obstacles créés par la passion, ne plus tenir en considération les religions, les races, les castes, les clans politiques, les chapelles religieuses.

Cette initiation le rend membre d’une association dont l’angoisse est d’abord et avant tout l’amélioration matérielle et morale de tous les hommes. Libéré par ses symboles, le maçon ne veut plus obéir à un impératif quelconque s’il est d’obligation et étranger à sa conscience. Il méditera sur tout et n’admettra que ce qui lui semblera valable, son critère restant l’amour fraternel de tous les hommes.

Le résultat est que l’initié est dégagé des dogmes qui tuent l’âme, la dessèche, et qui aboutissent nécessairement à l’intolérance, cette source des heurts sociaux, des guerres et des exclusives.

Le maçon doit vivre son initiation, aidé par ses symboles. Renan disait : « Tout ici-bas n’est que symbole ». L’homme du 20ème siècle, à tout moment, sans qu’il s’en doute, nage dans un océan de symboles. Le mathématicien, le physicien, le scientifique, le technicien ont comme instrument de travail leur symbolisme propre. Le maçon aussi a ses rites et symboles, sources se son initiation.

Le point important, c’est que ce symbolisme est à l’inverse du dogme. Or le dogme est le frein essentiel au progrès spirituel. Dans notre siècle de progrès constant, la symbolique maçonnique par l’Initiation se doit de contribuer à ce progrès par le dedans. Essentiellement progressiste, la Franc-Maçonnerie ne peut faillir à ce devoir de promotion humaine.

Le dogme est un symbole qui s’est sclérosé, dévitalisé. Il est imposé comme vérité intangible à des adeptes dont on requiert avant tout l’obéissance aveugle, la foi. On inculque à d’autres des vérités, considérées comme telles par un petit nombre. La faculté de penser, dans ces conditions, est l’apanage d’une caste.

C’est ce que nous constatons dans les symboles et rites religieux. Au départ, l’idée symbolique, vécue par chacun, était une vérité vivante, admise par chacun des adeptes. Dans un deuxième temps, cette idée est devenue une sorte de réflexe conditionné ; à l’église, au Temple, le symbole a créé une attitude rituelle qui est devenue l’essentiel, à la place de l’Idée, peu à peu oubliée.

C’est cela qu’il nous faut éviter ; c’est par là que la symbolique maçonnique peut aider à la véritable Initiation vécue.

En effet, le caractère capital du symbolisme est sa plasticité. C’est une véritable et constante adaptation à la vie. Le mécaniser, c’est le vider de son sens profond ; c’est le perdre comme outil de la pensée critique. Ceci revient à dire que nous devons maintenir vivace, affûtée, prête à l’usage quelle que soit l’époque vécue, l’idée symbolique.

Notre symbolique est une image qui a un pouvoir de projection et d’évocation à contenu variable selon l’individu. Ce n’est jamais une mécanique réflexe, fixée une fois pour toutes.

Cette puissance d’évocation dépend du degré d’intuition, de la justesse de pensée de celui qui le considère, également de l’aptitude du sujet à sentir les rapports profonds des êtres et des choses, bref, de sa faculté initiatique.

L’Initiation maçonnique, née des symboles bien compris, est un merveilleux instrument de travail critique. Nous devons en maintenir l’esprit vivant parmi nous. Les dogmes s’installeront parmi nous quand, par paresse intellectuelle, par manque d’intérêt, nous cesserons de sentir sa valeur profonde. Le symbolisme reste, quelle que soit l’époque, le vrai levier de l’esprit, l’instrument capital de la compréhension intime des individus ou des faits.

La science, pour admettre un fait, exige qu’il soit renouvelable à volonté, qu’il entre dans le cadre de ses lois générales. Or il existe un grand nombre de phénomènes qui ne répondent pas à ces conditions et qui existent, réellement, objectivement. La conséquence est que la science se fige dans ses conceptions. Il y a des dogmes scientifiques, une religion scientifiques. Or, que voyons-nous actuellement ? La science n’est plus qu’une croyance qui s’appuie sur des hypothèses sans cesse renouvelées. Les données les plus ancrées changent de jour en jour. Certes, les résultats sont là, mais il est vain et illusoire de lui demander ce qu’elle ne peut donner : la Connaissance spirituelle.

La Franc-Maçonnerie prouve sa valeur initiatique par tout l’appareil symbolique qu’elle utilise et qu’elle doit conserver. Ce symbolisme, cette Initiation doivent faire évoluer les esprits d’une élite, de façon à les dégager de l’emprise des dogmes, fussent-ils scientifiques, pour les faire aboutir à la libération totale du sens critique et maintenir d’une façon permanente, la possibilité des interprétations multiples qui peuvent être données à chacune des acquisitions de la vie actuelle.

Le résultat sera la possibilité d’éprouver la relativité de ces acquisitions en regard des hautes valeurs morales qui sont les vrais objectifs à préserver. C’est là notre rôle.

Ce problème qui nous occupe n’est jamais que la lutte séculaire de l’Esprit sur la matière.

En résumé,

Rites, symboles, Initiation, qui sont nos bases de vie, nous sont chers car légués par une longue lignée de maçons, eux-mêmes conformes à l’impulsion universalisée de tous les groupes humains ésotériques. Comme nous, tous ces hommes ont eu à s’adapter à leur époque respective.

Cette Initiation, traversant les siècles, vivante, a maintenu les plus hautes valeurs de l’homme, ses valeurs morales, en regard de données scientifiques qui ne doivent rester que des instruments au service de l’homme, non leurs maîtres. Mais ces symboles doivent être compris pour être défendus, comme instruments de base de la liberté conceptuelle. Ils sont l’expression imagée d’un idéal de liberté.

Vivant notre époque, il nous faut nous y intégrer et subir les acquisitions modernes, les comprendre aussi. Les symboles, l’Initiation, seront nos vecteurs, les moteurs essentiels de notre amour de la perfection, les vrais supports de l’esprit maçonnique. A ce titre, ils seront les liens de la réconciliation humaine de l’avenir que nous voyons s’esquisser déjà sous nos yeux.

La force de l’Initiation maçonnique réside dans le fait qu’en face de la diversité des cultes, des milieux sociaux et géographiques, elle peut représenter, par le maintien de ses symboles vécus, une société initiatique faisant bloc et d’adaptant aux modes d’expressions variés qui peuvent lui être opposés. Ces symboles forment une base intangible, un ciment, entre les frères de tous les pays.

Adaptons-nous au progrès par le truchement de nos outils, sans perdre de vue notre Idéal de promotion humaine sur le plan moral et spirituel. Souhaitons aussi que ce travail intérieur, cet idéal, ne restent pas enclos dans le Temple.

Forts de notre Initiation, riches de nos acquisitions, faisons en sorte que tout en nous soit exemple à l’extérieur.

A ce prix seulement, nos efforts, l’acquisition de l’Esprit symbolique, l’Initiation, prouveront que leurs valeurs sont réelles, que le symbolisme maçonnique, comme le symbolisme scientifique, est lui aussi un moyen très authentique pour l’édification de l’humanité de demain.

Source : http://www.hiram-rite.fr/initiation.php?idCat=2

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L'Initiation ultime

5 Février 2013 , Rédigé par GLSA Publié dans #Planches

La vie est notre passage biologique sur cette terre. La vie ayant un début - la naissance - et une fin - la mort -, nous débuterons notre propos par cette idée biologique et symbolique. Selon le dictionnaire la Vie étant un ensemble de phénomènes assurant l’évolution de tous les organismes du règne végétal et animal depuis la naissance jusqu’à la mort, plusieurs symboles sont associés à la notion de cette vie.

ROBERT EDMOND LAVERRIÈRE (Revue maçonnique suisse: novembre 2003)

De l’arbre de vie des légendes en passant par l’eau et la terre, le symbolisme est d’une grande richesse mais très diffus dans les différents thèmes se rapportant à l’idée de la vie.

C’est-à-dire en partant de la naissance ou au début de tout. La mort étant la fin de la vie, elle est en fait un symbole à part entière. Dès la naissance l’idée de la mort devient l’ultime dessein. Parler de la vie en commençant par la fin, soit la mort, est une façon de conjurer les fantômes dans notre mémoire. Encore que vouloir les chasser est une volonté bien mince, car il faudrait employer une sorte de thérapie et se focaliser sur leurs pouvoirs. Afin qu’ils restent là, comme des esprits qui veillent sur nous.

La mort va donc hanter nos rêves, sachant qu’elle est inéluctable. Elle traîne avec elle le lot de frustrations sentimentales et de séparations physiques, alors qu’elle fait partie de la vie. La vie et la mort forment un tout, il s’agit de notre présence terrestre. Ce constat peut s’étendre aux règnes biologiques cités plus haut

La terre, soit le symbole de la vie et de la mort

A l’aube de la Création le magma désorganisé fut le chaos originel. Dans le symbolisme on évoque le mythe de la vie avec l’apparition de l’oeuf du monde ou l’oeuf cosmique. Et l’embryon du monde va surgir des eaux primordiales. La vie va apparaître avec le thème mythique de la destruction. Toutes les traditions des peuples et leurs légendes se réfèrent à l’organisation de la matière par le processus de la création. Soit il s’agit d’une entité androgyne, soit du principe féminin selon la plupart des cosmogonies. La déesse-mère associée à la terre et à la mer, apporte la vie. Le principe féminin va être la lune. La coquille, la mandorle et autre losange vont devenir les emblèmes de la femme et de la vie. Mais pour donner la vie, la dualité demande le couple féminin-masculin. Mais que dire du principe masculin? C’est le soleil, l’air et le feu. Et partant du constat de liaison entre la terre et le ciel, nous avons l’arbre, la colonne et enfin le phallus.

C’est la lune, éternelle Isis qui remonte le Nil dans les roseaux mythiques de l’Egypte ancienne à la recherche du corps épars de son époux Osiris, divinité de la renaissance et du domaine des morts. Le dernier morceau retrouvé dans la légende est le phallus. La vie peut revenir sur terre. La terre glaise est, dans de nombreux mythes, la matière à partir de laquelle les divinités auraient créé l’homme. Dans certaines légendes babyloniennes, c’est la méthode de la poterie qui fut employée. Ces légendes se fondent sur d’autres qui nous viennent de la nuit des temps et remontent au néolithique. Comme la terre se trouve à l’origine et est aussi la fin dans la notion de l’Ouroboros, le serpent de l’éternel retour, elle devient le but de la quête de l’homme. Le contraire de la mort n’est donc pas la vie mais la renaissance. En effet, comme la naissance nous fait passer d’une vie antérieure à la vie terrestre, de même la mort est de fait symboliquement une renaissance à la vie de l’âme. On retrouve ici le sens profond du mot cimetière, qui vient du grec et signifie «chambre nuptiale». La mort est le retour à la terre, elle est une sorte d’inceste sacré qui nous promet une nouvelle naissance. L’homme recherche la terre d’immortalité, avec la terre des vivants et celle des morts, dans sa quête vers le divin. Dans cette vision on trouve l’île d’Avallon celtique, et la descente aux enfers de Demeter. La symbolique végétale de la pomme prend une dimension sacrée.

La terre promise de nos ancêtres va devenir le lieu vers un devenir, l’abstraction du voyage vers un autre pays. Et le cours du temps prend son importance. Ce sont les saisons, avec le symbolisme de la fécondité et de la fertilité. La mort dans la terre devient renaissance pour le grain de blé.

L’eau

En tant qu’élément originel l’eau est considérée dans de nombreux mythes de la création du monde comme la source de toute vie. Elle nous renvoie aussi à la notion de destruction, le déluge étant l’illustration la plus remarquable à ce sujet. Mais il y en a d’autres selon les légendes et l’histoire des peuples. Remarquons que c’est dans l’eau de la mer que plonge chaque soir le soleil à l’Occident, dans le but de réchauffer le royaume des morts pendant la nuit, cela dans l’inconscient des premiers peuples.

Dans la description symbolique l’eau peut être océan, mare, lac, rivière. Elle tombe du ciel dans les orages avec la foudre pour compagne, ou en une pluie bienfaitrice apportant la vie sur la terre. Cela nous renvoie au symbolisme du grain de blé et des connaissances des premiers peuples sédentaires et agricoles. La source, la rivière et le lac deviennent mystère, le lieu des elfes et des démons, les fées sont présentes pour rendre magique cette «source» de vie et de mort. L’homme considère l’eau comme élément passif, lui accordant un statut sacerdotal par le baptême, purification que connaissaient déjà les civilisations antiques.

L’arbre de vie

Le règne végétal va apporter son lot de symbolismes. L’arbre de vie dont les feuilles repoussent au printemps est le plus grand symbole de résurrection. Il relie le monde souterrain, que nous avons un jour quitté, pour rejoindre le ciel, dont les nuages nous envoient la pluie fécondante. Afin d’être la liaison entre le visible et l’invisible. C’est l’échelle pour atteindre l’illumination.

Les arbres sacrés sont nombreux dans les différentes civilisations et selon les climats des régions. Par souci symbolique nous citerons les arbres se rapportant à l’immortalité tels le cyprès - arbre de vie et de mort -, le cèdre - qui fut utilisé dans l’architecture du Temple de Salomon, le chêne des anciens Gaulois, le frêne Yggdrastill des légendes celtes et nordiques. La liste est encore chargée d’acquis divers avec le grenadier, référence aux colonnes J et B du temple maçonnique. Notons pour la petite histoire que les talismans taillés dans les bois de buis, figuier et autres if viennent des anciennes croyances animistes. Enfin, l’acacia nous ramène à notre symbolique sur la vie et la mort.

La mémoire et l’absence

Après la mort virtuelle dans le cabinet de réflexion, sortant de la terre, le passage par l’air redonne la vie à l’impétrant. Ensuite la cérémonie prend une dimension ésotérique par l’eau et le feu. Le passage par les quatre éléments est une renaissance, une nouvelle vie et cette évocation nous est donnée au cours des cérémonies de nos Saints-Jean. Ces derniers sont l’expression du dieu Janus, également placé à la fin et au début de chaque année. Passage obligé du calendrier, son nom est associé au premier mois de l’année. La vie et la mort sont une dualité exprimée lors de nos cérémonies. La mort est vaincue symboliquement de même qu’ésotériquement.

Appréhender le sujet de la mort demande un bref arrêt sur les moments de tristesse que nous avons vécu. Au hasard de sa destinée tout homme fait sa connaissance, il n’est jamais préparé à affronter ce choc émotionnel dans ses sentiments. En donnant la vie terrestre on donne la mort, obligatoirement du point de vue biologique. Cette définition a le mérite de nous obliger à nous pencher un instant sur des considérations sentimentales. Celles-ci, basées sur notre fonction amicale et amoureuse, font appel à ces moments de séparations définitives dans notre existence terrestre. Peut-on croire que le souffle qui était dans ce corps aimé s’est envolé vers un ailleurs insaisissable ? La mort devient l’absence.

La mort est la rupture de nos liens affectifs, ne reste que le souvenir. Et le temps se charge de rendre ce souvenir moins triste, plus acceptable. La mort prend la dimension du mystère. Et l’homme reste devant une inconnue, qui prendra par nécessité intellectuelle une dimension religieuse. L’homme ne pouvant admettre la dure réalité de la vie biologique. La mort ne nous épargne pas ces instants où démunis nous constatons notre imperfection devant la dépouille de celui qui nous précède vers cette éternité et qui nous attend. C’est le départ de ceux qui vous mirent au monde, d’un père, d’une mère, qui avaient parcouru tant de chemin avec nous. C’est la séparation d’avec un ami, un frère, un de ceux qui avait été le compagnon de voyage, partageant les souvenirs d’adolescent et d’adulte. C’est la disparition d’un enfant, d’une épouse, catastrophes sentimentales, séparations sans retour qui laissent l’homme abattu sur le bord de la route. Ce départ est une coupure d’avec le partage de l’existence. Ici le bouleversement devient difficile à supporter, le désarroi est en rapport avec le vide physique et sentimental. L’amour partagé devient souvenir. Celui qui reste doit traîner avec lui la mémoire et l’absence!

L’homme restera toujours un révolté face à la mort

Squelette portant une robe noire, muni d’une faux, celle des agronomes qui fauchaient le blé levé, voilà l’image type de ce genre d’apparition de cauchemar. La mort nous invite à une danse macabre. Symboliquement, la mort désigne la fin absolue. Elle est l’aspect périssable et destructible de l’existence. Elle est l’introductrice aux mondes inconnus des Enfers ou des Paradis. C’est l’ambivalence du rite de passage. La mort est une révélation. Sur ces situations qui relèvent de la douleur incomprise, les poètes du romantisme nous laissent des pages d’une telle intensité que la simple lecture d’un texte nous renvoie, funeste miroir, vers notre mémoire et nos songes. Et nous devons rester avant d’aller dormir dans ces belles allées où le silence demande le recueillement. Combien de pierres tombales renvoient vers des existences, faites de passion et de génie, tombées dans l’oubli du temps. Ici s’estompe la vie, ici s’arrête le bruit, la parole et le souffle de l’autre. Sa présence s’est faite ombre.

La mort est une belle allégorie, assise sur le bord du sentier de notre rêverie, pour une rencontre un soir ou un matin de pluie avec nous. L’imagerie populaire associe par relation la mort soit avec la fin de l’automne, soit avec l’hiver en rapport avec le rythme des saisons. Une ruine, une porte de fer rouillée, un ciel chargé de nuages, conviennent pour l’évocation de la mort. Enfin, la nuit reste le moment privilégié des peurs ancestrales, associée à la mort du soleil qui vient de disparaître à l’Occident sous nos latitudes. Alors les esprit vont sortir de la forêt, autre peur viscérale des premiers hommes, pour venir troubler les vivants. Notre vague à l’âme en écrivant ces lignes ne peut décrire la mort en plein soleil, pour suivre la poésie. Pourtant ce serait beau de partir à midi. Ultime rendez-vous avec la camarde, comme pour tirer une dernière fois sa révérence à une existence riche en moment d’une grande intensité. Savoir qu’une stèle, laissera au détour d’un chemin de cimetière l’épitaphe résumant une vie que le temps et le vent viendront troubler pour mettre une patine, celle de l’oubli. Savoir que d’autres continueront notre travail, et que nul n’est irremplaçable. Savoir que notre vie, lors du bilan final, fut la mieux remplie en fonction de notre position sociale dans cette société d’hommes. Savoir aussi dans notre imagination que nous partons, peut-être pour un voyage. Mais lequel? L’homme restera toujours un révolté face à la mort.

La mort maçonnique

Lors de notre initiation nous sommes confrontés à la situation de mourir à quelque chose. Mourir à la vie profane. Plus rien ne sera semblable après. A commencer par l’acceptation de la mort physique. Certes le nouvel initié avait une approche intellectuelle de la question avant cette fameuse soirée. Mais la chaîne d’union l’avait certainement rassuré. Nous ne sommes que des passants sur la continuité de cette connaissance. Le corps n’a qu’un temps mais l’esprit reste, selon l’instruction de certains rituels. La mort est un passage privilégié dans le rituel maçonnique quels que soient les degrés, mais reste symbolique.

La mort est donc une transition, pour les cherchants et les hommes qui croient en un ailleurs. Sans vouloir en faire une question de principe, appartenant au règne animal, faut-il se rappeler que l’homme au début de la préhistoire, dans sa quête d’absolu décida d’un au-delà en donnant une sépulture à la dépouille des membres du clan. Alors l’homme se posa la question primordiale: quelle Vie après la Mort? L’humanité inventait la religion comme première réponse, et les peuples se mirent en marche vers l’Occident pour suivre la course du soleil. Et nos rituels donnent une idée de ces pérégrinations dans la manière de conduire nos travaux. Quitter cette existence sera l’initiation ultime pour le franc-maçon.

source : http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/artikel/artikel-2003-11-01.php

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1ère Tenue de la RL Loge Laurence Dermott

4 Février 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #histoire de la FM

La RL Indépendante  Laurence Dermott c’est réunie le lundi 4 février 2013 pour la première fois.

Après avoir ouvert à 19h les Travaux au Grand Architecte de l’Univers selon le Rite de Grande Loge, les 12 Frères présents ont travaillé à partir d’un texte tiré d’Ahiman Rezon et de « ce que doit savoir un Maître Maçon » de Papus.

A 20h 45mn, le Vénérable Maître a fermé la Loge et les Frères sont repartis satisfaits.

Prochaine Tenue : le lundi 8 avril sur le thème de la Kabbale.

http://logedermott.over-blog.com

 

 

 

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Conscience et Mort

4 Février 2013 , Rédigé par M\ P\ Publié dans #Planches

Lors d’une tenue funèbre, les trois Lumières nous rappellent : « Les hommes naissent. Leur existence poursuit son cours. Ils meurent. Tous passent et, venant de la terre, leur dépouille retourne à la terre. »
Ainsi tous nous mourrons. Comme les animaux, l’homme est victime de la vieillesse ou d’accidents. Mais il peut aussi se suicider ou donner volontairement la mort, ce qui le distingue des animaux.
Conscience et mort sont les problèmes existentiels de l’homme car il a conscience de son destin de mort.

1.La conscience de la mort

L’homme est un animal pensant qui est depuis fort longtemps sciemment confronté à la mort. Il a célébré le sacrifice humain. Il a été anthropophage et l’est encore en Papousie. Il pratique la guerre. Il condamne à la peine de mort. Certains mammifères comme les cervidés ou les singes se battent entre eux et le vainqueur devient le chef. Mais le combat s’arrête généralement avant la mort du vaincu avec une réelle conscience d’un rituel
L’esprit guerrier de l’homme est grégaire. Un écrivain américain  l’attribue à des réminiscences inconscientes du temps où il était la proie des animaux carnivores contre lesquels il s’est battu. Cette thèse ne résiste pas à l’analyse car la guerre n’est pas une addition de meurtres perpétrés par des individus mais une manifestation du pouvoir des humains.
Evidemment la conscience des hommes pris individuellement a déjà bien évoluée mais que la conscience collective est encore peu développée. Ainsi la définition de crime contre l’humanité est toute récente. Elle est contemporaine de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui stipule à l’article premier que : « tous les êtres humains sont doués de raison et de conscience ».

Les hommes sont doués de conscience sans doute parce qu’ils sont les seuls êtres à concevoir la mort, synonyme de disparition irrémédiable : Ils célèbrent leurs morts, leur construisent des sépultures, des totems ou même des pyramides.
Ainsi le rituel funèbre du GODF énonce que « Les rameaux déposés sur la dalle sont le signe de l’amour fraternel qui unit tous les francs-maçons et qui relie les vivants aux morts. Ils symbolisent la vie qui continue et la pensée, noble étincelle, qui persiste à éclairer nos esprits alors que les cerveaux d’où elle a jailli ne sont plus que poussière. »

« La vie et la mort ne sont que des moments de l’évolution universelle ». En quelques mots, le franc-maçon convient que l’homme est un moment de l’humanité. La mortalité s’inscrit dans le temps. Le Franc Maçon du GODF n’a pas de doctrine métaphysique sur la mort car l’obédience lui garantit la liberté absolue de conscience. Notre constitution considère que « les conceptions métaphysiques relèvent du domaine exclusif de l’appréciation individuelle » et que « la franc-maçonnerie se refuse à toute affirmation dogmatique ». Les instructions pour les candidats proposés à l’initiation maçonnique précisent que « chacun conserve sa totale liberté, il ne lui est demandé que bonne volonté et travail dans la recherche de la Vérité.
Cependant, chacun ayant tendance à découvrir sa propre Vérité, la quête spirituelle du F.M. est aussi le symbole de l’Amour et de la Perfection ».

La quête spirituelle du Franc Maçon rejoint les interrogations du philosophe :
D’où je viens ? Le profane qui sonne à la porte du temple est invité à renaître. L’initiation est une naissance qui l’engage à réfléchir à son passé, à remonter aux sources de l'Universel.
Qui suis-je ? L’initié franc-maçon l’est pour la vie. Il part à la recherche de la Lumière et de la Connaissance. Il travaille « à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité ».
Où vais-je ? Eternelle question du devenir de l’homme après la mort.
Question métaphysique et philosophique malheureusement délaissée aux sages et aux religions.
Toutes les interrogations sur la mort, quelles soient philosophiques ou religieuses, sont indissociables de la place que l’Homme s’attribue dans l’Univers.

2. L’Univers
L’univers - croyons nous aujourd’hui - est âgé d’environ quinze milliards d’années. A l’origine tout est énergie, lumière, ondes. Puis l’énergie devient masse. Alors apparaissent les galaxies. Il y a 4,6 milliards d’années naît notre système solaire. L’eau condensée est source de vie dans la mer puis sur terre.

L’espèce humaine est la dernière espèce de mammifères qui apparaît il y a 4 millions d’années. L’homo sapiens est un animal doué du langage. Il est alors capable d’abstraction. L’intuition devient aussi imagination. Il pense et s’invente des dieux qui donnent du sens à ce qu’il ne comprend pas.

Les religions ont toutes leur propre réponse aux questions métaphysiques existentielles. Et elles intègrent, plus ou moins facilement, les dernières découvertes scientifiques décrivant la genèse de l’homme et son évolution.
L’évolution est représentée par une pyramide de la complexité qui s’est construite dans le temps : La base est constituée par l’énergie originelle.

Le big-bang a généré les particules élémentaires comme les quarks et les électrons puis les neutrons et les protons qui enfin donnent naissance aux atomes puis aux molécules. Des biomolécules naîtra la vie avec les cellules. Les cellules s’organisent en « organismes ». Au sommet pourrait émerger la conscience. Cette pyramide ainsi complétée présente neuf étages. Elle est sagesse et perfection.
Pyramide de la complexité
Big bang Espace Echelle des sciences
? ? ? Etoiles Planètes
Organismes Psychologie
Cellules Biologie
Biomolécules Biochimie
Molécules Chimie
Atomes Physique
Neutrons Protons Mathématiques
Quarks Electrons 8
ENERGIE

Auguste Comte en 1975 a établi une autre échelle dite des sciences. La psychologie qui a trait au mental c’est à dire à la conscience et à l’inconscience coiffe la biologie, la biochimie, la chimie, la physique et les mathématiques.
L’apparition de la vie est le fondement de la biologie. La vie s’inscrit entre la naissance et la mort. Le dernier degré de perfection de la nature est, à ce jour, l’apparition de l’homme dont le niveau de conscience lui permet de comprendre et d’agir sur lui - même et sur son environnement.

3. La conscience
La conscience, l’esprit, l’âme sont des concepts difficiles à définir. Selon le Larousse, l’esprit est principe immatériel, substance incorporelle ou âme. L’âme est principe de vie et de pensée de l’homme. La conscience est perception, perception plus ou moins claire des phénomènes qui nous renseignent sur notre propre existence.
Le dualisme distinguant la matière inconsciente de l’esprit conscient eut son utilité historique. Ce dualisme matière - esprit a permis de soustraire à l’autorité de l’Eglise les travaux des scientifiques sur la matière. En France, la séparation de l'Eglise et de l’Etat en a été l’expression législative.

Le biologiste Francis CRICK dans son ouvrage, intitulé « L’hypothèse stupéfiante : à la recherche de l’âme », explique que toute notre vie mentale est déterminée par ce qui se passe à l’intérieur du crâne. CRICK suggère que l’activation synchronisée des neurones à 40 Hz (de 35 à 75 Hz) pourrait être le corrélât cérébral de la conscience.
Le biologiste Roger PENROSE (4) pense que la réponse au problème de la conscience ne doit pas être recherché au niveau des neurones qui sont trop gros mais du coté de la structure interne des neurones. Le niveau interne ou cytosquelettique des neurones est le siège de phénomènes relevant de la mécanique quantique. Lorsque ce niveau quantique entre en rapport avec le niveau macroscopique des échanges neuronaux, la conscience apparaît.
PENROSE imagine ainsi une dualité onde - corpuscule existant au niveau moléculaire des neurones à l'exemple de la dualité onde / particule ou dualité matière / énergie (fission et fusion thermonucléaire, laser...) qui ont bouleversé le XXème siècle.
Il est admis que la conscience est associée au fonctionnement du cerveau.
Il est courant d’imaginer que les pensées sont une représentation holographique des images mentales, c’est à dire que les images abstraites sont le résultat d’interférences entre des ondes codées.

Pour les matérialistes, la conscience est intrinsèquement liée à la matière du cerveau. Donc la mort du corps annihile la conscience : l’existence s’arrête là.
La majorité des hommes croit cependant que l’esprit qui s’affichait comme la conscience au sens large, est libéré de la matière vivante et peut même se réincarner. L’esprit ou la conscience se réincarne alors le plus souvent en un animal. Cet animal, à son tour, est-il doué de conscience ? L'animal antérieur à l'homme est-il déjà doué de conscience ? Autrement dit la conscience est-elle le propre de l’homme ?

4. La conscience est-elle le propre de l’homme ?
Les animaux savent communiquer. Des singes apprennent le langage des sourds - muets. Les animaux pensent. La barrière entre l’homme et l’animal se fracture de toutes parts. Où se trouve la limite?
L’infériorité des animaux est évidente…comme l’était celle de l’esclave et il n’y a pas si longtemps celle de la femme qui n’avait pas d’âme. Le franc-maçon ne doit-il pas s’interroger sur la supériorité de l'homme ?

La pensée occidentale évolue au point d’admettre maintenant que les animaux, eux aussi mortels, souffrent, éprouvent des sentiments comme de la peur, de la joie, de la jalousie. Hier la loi considérait les animaux comme des « choses » ou des « objets ». Depuis le 6 janvier 1999, selon la loi française 99-5 (articles 24 et 25) les animaux sont maintenant considérés comme des êtres sensibles. De son coté le Conseil Européen a décrété un moratoire sur les xénogreffes ou prélèvements d’organes animaux pour les implanter sur l’homme en raison de la sensibilité des animaux et des risques de transmission de maladies du type de celle de l’ESB, encéphalite spongiforme bovine.

Si les animaux ont un brin de conscience, pouvons-nous nous en nourrir ? Personne d’entre nous ne mange du chien ou du chat dont on connaît les sensibilités. Et pourquoi alors manger du cochon réputé plus intelligent ?
Plus qu’une démonstration, je vous livre quelques citations (5) d’auteurs occidentaux, pensées lourdes de sens s’inscrivant au cœur de notre sujet de la conscience des êtres vivants et de la mort :
Pythagore : « Aussi longtemps que les hommes massacreront les animaux, ils se tueront entre eux ».
Léonard de Vinci : « Le temps viendra où les hommes regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent le meurtre de leurs semblables ».
Tolstoï : « Tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura la guerre ».
Einstein : « Rien ne peut être plus bénéfique à la santé humaine, ni accroître les chances de survie de la vie sur terre, qu’une évolution vers un régime végétarien ».
George Bernard Shaw : « Tant que nous sommes nous-mêmes des tombeaux vivants d’animaux assassinés, comment pouvons-nous espérer des conditions de vie idéales sur cette Terre ? »

La question de la nourriture du corps est évacuée par les occidentaux prompts à préférer le spirituel et les grandes idées au détriment du matériel lorsque cela les arrange. Notre frère anarchiste Elisée Reclus plaidait déjà en 1901 pour le végétarisme dans la revue « La Réforme alimentaire ».
Le Franc Maçon n’ignore pas l’importance de ses moindres actes lorsqu’il affirme que tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas.

Le rite d’affiliation de Menphis Misraïm rappelle au Franc Maçon : « Fils de la Veuve, considérant que la Tradition Hermétique ancienne et la Science Moderne enseignent que la Vie réside très réellement au sein des trois règnes de la Nature : minéral, végétal et animal, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, considérant qu’il est hautement probable que la Nature équilibre au mieux du Plan Universel et de ses différentes finalités, les manifestations vitales en présence, qu’elle harmonise ainsi le cheminement de chacun des trois règnes, nous croyons que l’Homme a des devoirs envers la Nature, envers tous les Etres Vivants, et qu’il lui appartient de s’en montrer le protecteur intelligent. Fils de la Veuve, croyez-vous cela ? » Frères et Sœurs, Fils de la Veuve, croyez-vous cela ?

L’homme parce qu’il a une conscience supérieure à celle des autres êtres vivants a des devoirs, en particulier celui de ne pas rester indifférent car l’indifférence est intolérable comme l’exprimait Einstein : « Le monde est menacé d’avantage par ceux qui tolèrent le mal que par ceux qui s’emploient à le faire ».
La conscience du bien et du mal est une manifestation de l’esprit humain que d’aucuns préféreraient attribuer à une âme. Sans nous engager dans ce débat, considérons maintenant des théories modernes accréditant l’hypothèse d’une conscience supérieure de l’homme ou l’existence d’une entité immatérielle assimilée à l’esprit.

5. La conscience supérieure ou l’Esprit
Le physicien Jean E. CHARON, en 1974  estime que le Vivant ordonne le milieu : il postule que la perte d’entropie de la matière est compensée par l’accroissement de celle du vivant (négentropie). Pour lui, le vivant est un émetteur - récepteur capable de capter et de produire le rayonnement négentropique, rayonnement inconnu qu’il voit néanmoins à l’œuvre.
Il s’interroge alors sur la mort où la structure matérielle se désagrège mais où persisterait « sous une forme quelconque dans la durée une part de nous même comme un phénomène d’espace - temps caractérisé par un rayonnement susceptible d’être un jour décrit par des équations mathématiques ».
Dés 1977, il démontre que certaines particules, comme les électrons qui peuvent être assimilés à des micro trous noirs, sont de micro - univers formés d’un espace - temps particulier, définis comme l’esprit, réunion de la matière et du mental . Il développe alors la théorie de la relativité complexe qui conduit à considérer que les deux faces sensibles de notre Monde sont la Matière et l’Esprit. Mathématiquement, cela consiste à introduire dans la théorie d’EINSTEIN les nombres complexes, nombres constitués d’une partie réelle et d’une partie imaginaire. Il déclare alors : « Oui, frère humain, abandonnes ton anthropocentrisme. Quand tu annonces « je pense », tu devrais dire plus correctement « il pense » comme tu dis « il pleut ». Car ce qui pense en toi, ce sont des milliards d’électrons qui enferment un espace - temps où peuvent se dérouler les processus spirituels ».

Huit ans plus tard  CHARON montre aussi comment notre Moi humain est associé au psychisme propre aux particules entrant dans notre corps, fournissant ainsi un éclairage nouveau à la notion d’inconscient collectif de JUNG.
CHARON a vu dans le paradoxe EPR (Einstein, Podolski et Rosen) la preuve d’une communication entre particules . Rappelons cette expérience réalisée en 1957 : Deux particules associées présentent des spins contraires. Elles sont séparées. Le spin de l’une est inversé et l’on constate que le spin de l’autre s’inverse. Ces expériences ont été récemment reconduites dans l’anneau du CERN à Genève. Le phénomène a été reproduit avec des particules séparées alors de 10 kilomètres.

Pour Alain ASPECT, Professeur à l’Ecole Polytechnique, « ces deux particules éloignées constituent pourtant un tout inséparable » . Même si ce grand problème n’est pas résolu, demain il va servir pour la cryptographie quantique de messages…

Revenons à Jean CHARON qui en 1985 reprend la conception de Teilhard de Chardin  selon laquelle les structures vivantes évolueraient en obéissant à une sorte de loi de complexification - conscience. Le niveau de conscience s’élève par seuils de mémoire hiérarchisant ainsi le minéral, le végétal, l’animal et l’humain. Il laisse alors entrevoir l’évolution vers un ultra humain doué d'une conscience plus développée.
Sans citer CHARON, le Pr Régis DUTHEIL, biophysicien et Brigitte DUTHEIL ébauchent une théorie où existe un second monde parallèle au nôtre.

Dans cet univers, les vitesses des particules sont supérieures à celle de la lumière si bien que la notion de temps n’existe pas. Cet univers « d’espace - temps superlumineux » n’est constitué que d’information et de conscience.
Cet espace non temporel est instantanéité et permanence. Il contient l’ensemble des informations et des significations. Cet espace de la conscience totale qui est conscience individuelle et conscience collective nous est inconnu : nous l’entrevoyons par bribes, par séquences grâce au cerveau qui serait le filtre des échanges entre ces deux univers.
Le cerveau serait le lien sous forme de filtre entre la matière biologique et l’esprit. Il est l’instrument où s’affichent des images de type holographiques.
Notre monde, notre univers visible à l’œil ou avec nos instruments est souslumineux. C’est celui des théories où la vitesse des ondes et particules a pour limite la vitesse de la lumière.
Au delà commence le monde superlumineux que laisse entrevoir cette nouvelle théorie qui bouleverse les notions de naissance et de mort. La mort est alors une sorte de renversement : le corps physique disparaît et la conscience se retrouve libre de toute entrave au delà du mur de lumière.

L’entrée dans le monde de la mort c’est-à-dire dans l’espace - temps superlumineux nécessite le franchissement du mur superlumineux ; mur qui serait celui entrevu dans les expériences aux frontières de la mort dites « NDE », near death experience. Cette conscience superlumineuse ne rappelle-t-elle pas cette assertion maçonnique : « la pensée, noble étincelle, qui persiste à éclairer nos esprits alors que les cerveaux d’où elle a jailli ne sont plus que poussière. » ?
Au rite de Menphis-Misraïm, le Vénérable lors de la Tenue Funèbre déclare que «le Monde Sensoriel n’est que l’une des formes passagères du Fluide Cosmique impondérable, que nous nommons la Grande Ame Universelle, source de toute Harmonie, et dont le détenteur immatériel est le Nombre. C’est pourquoi, couverts par les Ailes de la Dame du Sycomore, votre Protectrice, vous passerez le Seuil, tenant en vos mains la Pierre Lapis, la Croix Ansée et le rameau de Myrte, constellée des narcisses de la Connaissance » .

6. Tradition et modernité
L’étude des symboles, des religions, des témoignages des voyages aux frontières de la mort et celle des expériences mystiques montrent toutes que le passage dans la mort s’accompagne de trois phénomènes: la sensation de transgresser des barrières temporelles et spatiales par le franchissement d’une barrière, l’émerveillement dans un bain de lumière et enfin le sentiment de connaissance totale qui annihile toute velléité de recherche de la vérité. Le franchissement du mur est une initiation qui débouche dans un monde de lumière où règnent la connaissance et la vérité.

Jean Marie TJIBAOU avait entrepris une thèse sur les traditions des kanaks où les défunts s’appellent les Vivants. Je le cite : « L’existence individuelle n’est qu’une période transitoire sans grande signification si elle n’est pas rapportée à la totalité des « échanges » qui, dans ce monde et dans l’autre, confèrent à la société et à l’univers leur sens et leur cohésion. L’esprit d’une personne défunte s’en va d’abord danser dans le pays sous marin des morts, puis, au bout de quelques générations, remonte le long des cours d’eau jusqu’au pays des ancêtres maternels où il vient se confondre avec l’être totémique - animal, plante, pierre ou phénomène atmosphérique… - qui est aux origines de la Vie ».

Les Kongos en Afrique croient à une vie post mortem dans un monde souterrain. Les Indiens comme les Kanaques imaginent le cycle de la vie et de la mort comme celui de l’eau qui va de la pluie à la mer. Au Mexique, les Morts s’en retournent dans les demeures du Soleil. Toutes les traditions accréditent l’idée d’un monde des morts.

Dans le Livre des Morts égyptien, le défunt élu emprunte la barque sacrée.

Les Celtes, les Germains et les Scandinaves croyaient en une vie dans l’au - delà.
L’immortalité est aussi présentée comme un ancien privilège de l’homme, privilège perdu par indiscipline. Il est un dieu déchu ou un pêcheur. La réincarnation et la résurrection sont d’autres possibilités d’immortalité.

La pensée bouddhique vise à l’extinction totale de l’individualité dans le nirvana, afin de fuir le monde régi par la loi du karma. Mais dans la mort la conscience individuelle rejoint le flot de conscience dont elle est issue. Comme l’énergie, la conscience au sens bouddhique, se conserve. La Voie du Pèlerin bouddhiste emprunte la rivière symbolique de la Vie et de la Mort.

En Chine, confucianisme et taoïsme conçoivent l’âme comme mi - céleste, mi - terrestre.

Les philosophes comme Socrate, Platon, Descartes, Spinoza, Leibnitz, Kant, Hegel, et Schopenhauer croyaient en l’immortalité.
La tradition rapporte des cas de réapparition, de voix d’outre tombe. La théorie de la relativité générale a prévu dans des conditions extrêmes le voyage dans le futur ou dans le passé. Enoncé en 1930 comme le paradoxe de Langevin, un voyageur se déplaçant à une vitesse voisine de celle de la lumière pendant un an trouverait à son retour une Terre vieillie d’un siècle. Le voyage dans le passé repose sur l’hypothèse du temps qui s’arrête pour qui voyage à la vitesse de la lumière (18). A son retour sans avoir vieilli, ses enfants seront des grands pères.

Récemment, en 1994, des physiciens ont extrait de l’énergie du vide en imposant une forte tension électrique aux bornes d’un condensateur. Cette énergie négative est justement celle qu’il faudrait pour créer un champ antigravitationnel nécessaire pour maîtriser un jour le champ gravitationnel d’un trou noir .
Le trou noir est la tombe de la matière. Attirée par un énorme champ de gravité, la matière s’effondre sur elle même. Les électrons s’écrasent sur les noyaux. Le vide disparaît. L’espace n’existe plus, ni le temps. Les astrophysiciens observent les trous noirs de l’Univers. D’autres, comme Jean CHARON, les ont imaginé à l’échelle microscopique. Le trou noir comme la mort n’est pas une fin. Dans son allocution de Prix Nobel, SAKAROV considérait le trou noir comme une porte vers un autre univers, un univers d’antimatière.

Les physiciens et les astrophysiciens sont en quelque sorte les alchimistes d’aujourd’hui voire les grand prêtres d'hier.
Autrefois l’alchimie était la seule pratique et pensée métaphysique extra - religieuse. En recherchant l’élixir d’immortalité, elle a engendré la science, enrichi notre connaissance du réel et contribué à l’évolution matérielle de notre temps.
Aujourd’hui les physiciens, à la recherche d’un tout cohérent et d’une théorie générale, prolongent la recherche de la perfection ultime de la connaissance qui s’apparente à la quête de la pierre philosophale par les alchimistes. Un récent numéro de Sciences et Avenir s’en est fait l’écho (20).
Les scientifiques empreints de l’incertitude de la mécanique quantique et de conceptions probabilistes du monde n’ont plus la prétention de tout savoir. L’évolution de la pensée reprend son cours alors que le profane reste encore figé dans une pensée unique.

7. Evolution
L’évolution des consciences est lente: L’homme fut anthropophage, il a été esclavagiste, misogyne au point que la femme n’avait pas d’âme. Les premiers progrès de la science l’ont rendu matérialiste. Aujourd’hui si la science moderne ne peut donner d’explication rationnelle à nos interrogations métaphysiques, elle nous permet d’évoluer avec plus de sérénité et de retrouver plus de sagesse.

Fritjof CAPRA fut l’un des premiers en 1975 à montrer les affinités de la science moderne avec la sagesse orientale . Déjà Niels BOHR au tout début de la physique nucléaire admirait le bouddhisme. On constate que de plus en plus les théories scientifiques modernes rejoignent les croyances ancestrales. L’évolution conforte la tradition et l’enrichit. Les nouvelles hypothèses s’accordent avec de vieilles croyances  comme celle des Sioux dont voici un proverbe : « L’esprit n’est jamais né, l’esprit ne cessera jamais et il n’y eut pas de temps où il n’était pas. Fin et commencement sont des rêves ».
En admettant que le cerveau soit un filtre entre un monde réel de matière et un monde invisible de conscience, il faut convenir que la vie, porteuse de cette conscience, est l’interface entre ces deux mondes. La Vie et en particulier l’Homme se trouveraient à l’intersection d’un monde souslumineux et d’un monde superlumineux. Alors comme le dit Jonathan le Goëlan, « le corps n’est que l’incarnation de la pensée ».
Le monde superlumineux est atemporel comme fixe. Le monde souslumineux temporel tourne. A l’interface se déroule la chaîne de l’humanité.
L’humanité est quelque part atemporelle tandis que l’homme lui est mortel, même s’il veut l’oublier.

La science médicale a fait reculer les limites de la mort que l’on cache car la mort est source d’angoisse pour l’homme moderne dont l’existence n’est synonyme que de vie biologique et matérielle. La mort est le sujet tabou qui remplace celui de la sexualité.
Réhabiliter la mort, c’est pratiquer l’accompagnement des mourants, c’est refuser l’acharnement thérapeutique, c’est l’avènement de l’étude des phénomènes qui précédent et qui suivent la mort. C’est admettre que la mort ne s’oppose pas à la vie mais à la naissance.
La naissance est la porte d’entrée dans ce double univers. Le savoir implique de s’initier par l’apprentissage, par l’enseignement des maîtres aux connaissances du moment.
La vie poursuit son cours. La roue du monde temporel tourne. Celle du monde atemporel attend.

La mort est la porte de sortie obligée. Elle est l’heure de la Vérité.
Tels sont les trois degrés d’évolution de la matière vivante : Naissance. Vie. Mort.
L’Homme conscient évolue : Initiation. Connaissance. Vérité.
Sa « quête spirituelle est aussi le symbole de l’Amour et de la Perfection.
Avec tous les êtres, passés, présents et à venir, il forme la chaîne de l’humanité. Cette chaîne nous lie dans le temps comme dans l’espace, elle nous vient du passé et tend vers l’avenir. »
J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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La symbolique du Sablier : l’initié et la relation au temps

3 Février 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

S’il est un endroit qui marque les consciences des Francs maçons, le cabinet de réflexion peut être cité parmi ceux-ci. Dans la pénombre de ce local exigu, le futur initié est mis en présence de nombreux symboles. Parmi ceux-ci, on peut citer, le coq, les ossements, la formule alchimique du VITRIOL, le sablier, le sel, le mercure, le pain, l’eau, etc.

Dans ce lieux, l’association du sablier aux ossements, à la faulx et au coq, laisse entrevoir au futur initié, une relation avec le temps imparti, la mort prochaine et la résurrection.

Ce midi, V.M. et vous tous mes FF\ je vais vous présenter, dans le cadre de notre thème annuel de réflexion, ma contribution sur le sablier.

Aussi, aborderais-je, dans un premier temps, la symbolique proprement dite du sablier et ensuite j’évoquerai la relation qu’a l’initié avec le temps.

Du symbolisme du sablier.

Défini comme un appareil qui sert à mesurer le temps, composé de deux récipients identiques, en verre, superposés et communiquant entre eux par un conduit étroit où s’écoule du sable fin, le sablier est d’usage fréquents dans certains de nos jeux de société. On l’utilise régulièrement pour réglementer des parties. Il permet ainsi, dans de nombreux cas, de limiter le temps de jeux d’un joueur. Le temps imparti à chaque joueur est nécessaire à la réflexion, à la prise de décision et à la réalisation du jeu. Dans le même temps, l’adversaire est tenu d’attendre.
Le message d’importance véhiculé ici est l’invite à la patience ; à l’effort contenu dans la limite du temps imparti ; à la maîtrise de soi et à la gestion rationnelle du temps.

La symétrie en tous points des deux compartiments par rapport à son centre serait la traduction de l’opposition du ciel et de la terre, de la spiritualité et de la matérialité, du monde invisible et du monde visible, des ténèbre et de la lumière qui fort heureusement peuvent fusionner ou être ramenés en UN, Un le Tout qui intègre l’infiniment petit et l’infiniment grand, grâce à l’Initié symbolisé ici par l’allégorie du conduit étroit.
En cela, les deux compartiments identiques (celui du haut et celui du bas), rappelle l’inscription de la table d’Emeraude : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour le miracle d’une même chose ». L’interpénétration de ces deux mondes, quant à elle, ne peut se faire que par une porte étroite, réservée aux seuls initiés, détenteurs des clés. Le sabliernous enseigne donc, à l’instar du pavé mosaïque, que la loi du binaire ou la dualité régit le monde et que seul les véritables initiés peuvent s’élever au dessus de cette dualité, assurer l’équilibre des contraires afin de ramener cette dualité à l’unité.

La convergence des parois du vase supérieur vers le goulot, entraîne une contraction, dans l’espace et dans le temps, du sable qu’il contient. Cette contraction figure la difficulté, la douleur de l’enfantement, la naissance à venir et par analogie, la dispersion du sable au sortir du goulot, dans le nouvel espace, traduit un mouvement, une libération, donc la vie. De ce point de vue, le sablier nous enseigne que l’espace-temps du monde invisible préfigure l’espace-temps du monde visible.

Le sable fin qui symbolise la vie corporelle, nous enseigne que celle-ci n’est que poussière face à l’immensité de l’univers. Son écoulement progressif, grain par grain, révèle que le temps s’égrène irréversiblement et induit à terme, un arrêt du mouvement, annonciateur de mort. A cela, il faut ajouter que l’écoulement du sable, du haut vers le bas, est induit par la loi naturelle de la pesanteur qui sous tend, nos lourdeurs profanes, c'est-à-dire, les préjugés du vulgaire, nos vices, nos défauts, nos erreurs, etc. Ces lourdeurs profanes qui découlent de notre héritage social, éducatif, scolaire et religieux, empêchent semble t-il, toute élévation et nous entraînent inexorablement vers le bas, donc vers notre mort spirituelle.

Aussi, convient-il de se détacher de ce mouvement descendant en nous dépouillant de nos aspérités, de nos vices, de notre ego pour inverser la tendance et amorcer un mouvement ascendant, synonyme d’élévation spirituelle. Cette inversion de mouvement, à contre courant de l’ordre naturel des choses, ne peut se faire qu’au prix de gros effort sur nous-même et avec l’appui d’une aide ou d’une influence extérieure. Dans ce sens, le retournement du sablier par la main d’une tierce personne, figure l’espérance d’une nouvelle vie que confère l’initiation maçonnique. Ce message d’espérance est également véhiculé par le sable qui s’écoule non pas dans le vide mais dans le vase du bas.
$$$$$ La symbolique tirée du sablier, nous rappelle ici, la comptine pour enfant connue de nous tous et à haute portée initiatique ? celle de la fameuse souris verte qu’on attrape par la queue, donc que l’on retourne, qui est présentée à ces messieurs, c’est à dire qui va subir les épreuves, qui est trempée dans l’eau et huile, donc purifiée, et qui est transformée en escargot chaud, donc née de nouveau. $$$$

La durée invariable de l’écoulement, à chaque retournement, traduit une relativisation du temps entre la naissance et mort, entre le midi et le minuit maçonnique de chacun d’entre nous. Il matérialise également le cycle incessant de la vie et de la mort, de la lumière et des ténèbres.

Quant à l’apparence translucide du sablier, elle recèlerait également un message d’importance. En effet, la visibilité ainsi offerte à celui qui observe l’écoulement du sable, permet à ce dernier d’être fixé sur l’état d’avancement de l’écoulement et lui confère, de fait, la maîtrise du temps et de l’espace.
En cela, le sablier révèle au franc maçon, le caractère de préciosité du temps. Le temps du franc maçon doit être géré rationnellement et mis à profit pour son perfectionnement moral, intellectuel, matériel et pour son élévation vers les hauteurs célestes.

Le temps semble être à tout point de vue, une composante essentielle en Franc-maçonnerie. Mais, quelle relation peut-on alors faire entre le temps et l’initié ?

L’initié et la relation au temps.

Lors des travaux en loge, il est de coutume de s’informer de l’heure au début et à la fin des cérémonies, celles-ci sont invariablement et respectivement et ce quelque soit l’heure réelle: midi et minuit. Les travaux, quant à eux, sont toujours délimités dans un espace compris entre l’Orient et l’Occident, le Septentrion et le Midi.

Ces heures et cet espace conventionnels traduisent une relativisation du temps et de l’espace : le temps et l’espace de travail du franc maçon semble alors figés. Ces délimitations spatio-temporelles, commandent donc à tout franc maçon de maîtriser et d’utiliser rationnellement son temps et l’espace dans lequel il évolue. Elles rappellent également le caractère universel de la franc-maçonnerie.

Les heures de midi et minuit nous enseignent également qu’il n’est jamais midi au même âge pour tous les francs-maçons, il peut être midi, qui à 20 ans, qui à 30 ans, qui à 50 ans, etc. De même, il sera minuit pour chacun, à son âge. A chacun donc son temps : le temps de maturation ne peut être le même pour tous et chacun doit évoluer à son rythme.
Face à ce constat, il nous appartient de nous mettre dans un état de conscience qui intègre cette donne, et de travailler à notre rythme avec sérieux et régularité pour tendre vers l’Etre de lumière, but ultime de tout cherchant.

Le rituel en figeant l’espace et le temps, abolit le temps profane et permet à l’initié de rentrer dans le temps sacré, temps réactualisable et où les actes qui s’y produisent, sont réitérables à souhait, contrairement au temps profane qui s’écoule irréversiblement. Ainsi donc, les maçons d’hier, ceux passés à l’orient éternel, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain vivent dans le même temps et le même espace, il n’y a donc ni temps, ni espace. Le temps et l’espace n’existent pas, ils sont le produit de la conscience des initiés. Le temps sert uniquement à l’initié, comme un «conscientisateur» sur les bornes ou limites de son existence matérielle.

Dans ce contexte, ALBERT JACQUARD confirme que : « Il n’y a pas d’origine, il n’y a que l’éternité » et nous en donne la démonstration : En considérant quelques âges pris dans le système des nombres réels, par exemple 0, 10, 100 ans. Ces âges, pris à l’échelle logarithmique qu’il considère plus proche de la modélisation de l’univers, deviennent respectivement : moins l’infini, 1, 2. On s’aperçoit que l’écart entre 10 et 100 ans s’est considérablement réduit, l’enfant de 10 ans a quasiment le même âge que le vieillard de 100 ans, montrant ainsi que cette durée de vie humaine est infiniment petite face à l’éternité. Dans le même temps, le zéro, supposé être le point de départ est repoussé à moins l’infini, prouvant ainsi qu’il n’y a pas vraiment d’origine ou d’instant ; l’origine n’existe pas.

L’écoulement du sable et le retournement du sablier par un tiers, corroborent la non-existence du temps et révèle à l’initié que le début coïncide avec la fin et vis versa : c’est le serpent qui se mord la queue, l’OROBOUROS, emblème de l’Harmonie Ecossaise, représentée sur la médaille de la loge.
Le temps ne se déplace donc plus sur un plan rectiligne, mais sur une courbe fermée : le passé, le présent et le futur s’en retrouvent liés et n’en font plus qu’Un.

Plus près de chez nous, dans nos sociétés traditionnelles, l’initié au bwiti peut être amené un bref instant, grâce certains rituels, à pénétrer la porte temps pour ne pas dire à transcender le temps profane. Il est dans ce cas, mis en contact avec le passé, le présent et le futur. Le bwitiste devenu UN avec le temps, peut alors, voir au delà des yeux et rencontrer ses ancêtres, survoler certains évènements historiques, réaliser son bilan spirituel et physique et avoir des visions sur l’avenir. A cet instant, l’initié qui fusionne avec le divin rentre dans l’intemporalité. Le temps n’existe plus pour lui : il est dans le Temps, il est le Temps, il est le maître du Temps.
Le temps n’existe donc pas pour l’initié, seule la conscience se déplace vers les états de conscience supérieure pour opérer sa transmutation vers le Divin.

Mais l’écoulement du sable, comme nous l’avons vu supra, rappelle en permanence à l’homme ou à l’initié, une réalité essentielle : la durée limitée de son existence terrestre.
Ces bornes temporelles de notre existence, qui ressemblent fort à une épée de DAMOCLES, forcent chaque franc-maçon dont la période d’insouciance spirituelle s’achève dès son midi maçonnique, de jouir au mieux et ce, sans excès, de l’instant présent, comme si c’était le dernier.

A ce sujet, à l’instar de l’écoulement de plus en plus rapide du sable, à mesure que l’on s’approche de la fin, notre horloge interne, ne nous assujettit-elle pas, avec l’âge, et probablement en raison d’une circulation sanguine plus lente, au sentiment que les années sont de plus en plus courtes ? A n’en point douter, nous le sommes tous, et ceci nous interpelle à faire notre, les sources de sagesse infra :
1 « le temps vaut de l’or et rien ne remplace le temps»,
2 « il ne faut pas toujours remettre à demain»,
L’adoption de ces deux sources de sagesses, devrait nous permettre de mettre à profit le « temps présent » car la vie du corps est inéluctablement soumise à la loi de l’évolution, pour ne pas dire du temps qui impose un vieillissement naturel de nos cellules. Le franc maçon qui a toujours à l’esprit, le caractère de préciosité du temps, se doit donc de tailler sa pierre sans relâche, en vue de son insertion, à sa juste place, dans l’édifice en construction. Ce n’est qu’à ce prix que le maçon marquera son temps et alors les mots qui circulent dans la chaîne d’union lors des tenues funèbres : « rien ne meurt », « tout est vivant » trouveront une résonance particulière. A la disparition de son corps physique, subsistera son souvenir dans la mémoire collective et celle des autres maçons qui poursuivent l’œuvre.

Ainsi, l’inexistence du temps invite l’initié, à se mettre en permanence dans un état de conscience qui lui permet de jouir au mieux de l’instant présent, en rationalisant son temps, en vue de réaliser l’œuvre qui lui est destinée.

CONCLUSION.

En conclusion, V.M. et vous tous mes FF\en vos degré et qualités, le sablier est par excellence le symbole du temps qui passe, il nous met en garde contre nos propres pesanteurs qui induisent à terme, notre mort spirituelle. Il nous commande donc de nous alléger et de nous dépouiller de nos aspérités, en naissant de nouveau par l’initiation et les mystères qu’elle confère en vue d’une véritable ascension vers les hauteurs célestes.
Dans la globalité du cabinet de réflexion, le sablier sous-tend l’espérance de la nouvelle vie d’initié qui se dessine sur les cendres de la vie profane qui, lentement se consume sous les flammes purificatrices de la bougie. La mort du profane induit, dans ce contexte, une mort symbolique qui coïncide avec un changement d’état de conscience traduisant la résurrection, la nouvelle vie, la victoire de la lumière sur les ténèbres symbolisée par le coq ou le retournement du sablier.

Par ailleurs, le sablier nous renseigne sur les cycles immuables que sont la naissance et la mort, contraste d’obscurité et de lumière et la relation primordiale que l’initié a avec le temps. Le temps n’existe pas pour un initié, il est figé, seule sa conscience se déplace dans sa quête et celui-ci doit en permanence se référer au caractère éphémère de son existence terrestre pour œuvrer au mieux à son progrès, à celui de la cité et à celui de l’humanité.

V.M. et vous tous mes FF\, le dernier grain de sable tombe dans le vase du bas et le sablier indique maintenant « MINUIT »

J’ai dit V.M.

source : www.ledifice.net

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Mort initiatique et Orient éternel

2 Février 2013 , Rédigé par José B:. Publié dans #Planches

Pour notre Frère JMG qui a perdu un Frère de sa famille…

C'est toute la vie d'un Franc-maçon qui s'inscrit entre une mort initiatique virtuelle et une mort physique terriblement réelle et redoutée. C'est le parcours d'un voyageur sans bagage : les initiés sait qu'il s'est engagé dans une voie qui ne s'arrêtera qu'avec son dernier souffle et l'espoir d'avoir donné un sens à sa vie. Être initié, c'est apprendre à vaincre ses peurs et c'est faire de cette « maladie mortelle » le moteur de sa vie. C'est en effet la mort et l'impénétrable question qu'elle pose qui donne un sens à la vie.

L'homme primitif ne pouvait concevoir qu'il n'était qu'un être fini dans un univers infini. Alors, il se mit à ensevelir ses morts afin qu'ils puissent continuer de vivre dans l'espoir d'une renaissance. La mort ne pouvait être la fin de la vie, mais en revanche le commencement d'une autre. C'est pourquoi, dans toutes les traditions initiatiques, la mort est au coeur de la vie comme la vie est au coeur de la mort.

La vie et la mort sont comme le jour et la nuit : la nuit n'est pas la fin du jour, elle est le passage entre deux jours. Pour le soleil il n'y a pas de nuit. Pour la vie il n'y a pas de mort. La nuit n'existe que pour celui qui est dans les ténèbres. La mort n'existe pas dans la nature elle n'est qu'une invention de l'homme. La nature ne meurt pas : elle se régénère en permanence. L'arbre s'abat, mais la forêt demeure, de même que si les feuilles tombent, l'arbre, lui, ne meurt pas.

La mort n'existe pas, c'est nous qui existons et qui cessons d'exister le moment venu. La fin est écrite dès le commencement dans chacune de nos cellules. Au terme de sa vie, celui qui s'éteint porte en lui une étincelle de vie qui permettra à la nature de se régénérer 1. Entre ces deux instants, cet être aura eu le désir de vivre, la volonté de bâtir, la force de s'élever, le devoir de se construire et le besoin de donner un sens à sa vie en même temps qu'une direction et un but.

L'initiation fait sortir le profane de ses ténèbres et elle lui ouvre de nouvelle porte sur des vues nouvelles et tente de lui apprendre un regard nouveau sur l'univers et les choses. Elle nous apprend à ne plus mesurer le monde et la vie à l'aune de notre seule existence. Elle nous incite à considérer cette dernière comme un passage entre deux états vers une nouvelle destination que nous ne pouvons concevoir. De même qu'avant de devenir papillon, la chenille ne pouvait imaginer pouvoir vivre parmi les fleurs et voir le monde d'en haut. De même également, l'épi de blé n'a aucunement conscience d'avoir d'abord été un grain qui a pourri dans la terre.

C'est ainsi que l'initiation, pur produit de l'esprit humain qui se veut immortel, s'imposa comme une évidence à celui qui ne voulait pas mourir. C'est pourquoi, si les croyances, les rites et les religions sont différentes, elles débouchent toutes sur une même espérance en une autre forme de vie. Pour les Mésopotamiens c'est la vie terrestre qui primait. Pour les Égyptiens, la vie n'était qu'un bref passage dans l'éternité. Dans les mystères d'Eleusis, on exhortait les fidèles à se purifier avant de rejoindre le séjour bien heureux d'où ils avaient été exilés. Les Gaulois, eux également, croyaient à la réincarnation. Dans la religion celte, la mort était un changement d'existence dans un lieu où le temps n'existait plus. Pour les Incas et les Mayas, la vie d'outre-tombe était basée sur le comportement terrestre du défunt. Dans le Livre des Morts tibétains, il faut utiliser la mort comme une porte pour entrer dans d'autres vies heureuses jusqu'à la libération finale. En Inde, la réincarnation est toujours au centre de la religion. Pour les Orientaux, la mort n'est qu'un état de conscience parmi d'autres inscrits dans un cycle de vie éternelle. Dans la religion chrétienne, l'amour finit par triompher de la mort et l'Eucharistie efface ainsi la malédiction biblique. En Islam on ne meurt pas, puisque l'âme est immortelle, et cette vie se poursuit dans un autre monde.

Ces différentes attitudes face à la mort peuvent être regroupées autour de trois grandes conceptions :
1 -- la vision matérialiste, d'Épicure à l'humanisme athée, qui considère que la mort est absurde et insensée. Elle n'est que l'interruption d'un fonctionnement bio psychique et tout simplement un scandale.
2 -- la vision spirituelle, qui domine en Occident, veut que la vie, la souffrance et la mort ne soit que des épreuves et des passages vers une vie éternelle, dans un lieu hors de l'espace et du temps.
3 -- les visions bouddhistes et hébraïques qui estiment que la mort est le moment le plus sacré de l'existence. Considérée comme illusoire, la mort n'est pas la fin de la vie, mais la fin d'une illusion et le commencement d'une délivrance.
Notre monde occidental moderne s'est coupé des grandes traditions initiatiques qui nous préparaient à la mort. En perdant la pratique de l'Initiation, l'homme moderne perdit le sens de la mort qui l'aidait à trouver le sens de sa vie. D'où l'angoisse métaphysique et la souffrance spirituelle...

À notre époque en effet nous évacuons tout ce qui touche à la mort. Or, elle n'existe que par le regard que l'on porte sur elle. Elle a une signification et un retentissement proportionnel à la profondeur des sentiments que l'on accorde au défunt. L'homme actuel croit que cette vie lui appartient, et se révolte à l'idée que la mort puisse venir la lui reprendre. Il la fuit, alors qu'il devrait l'attendre comme une délivrance. Il met toute son énergie à vouloir mourir le plus tard possible, alors qu'il devrait prendre tout son temps pour se préparer à mourir le moins mal possible.

Alors pourquoi cette peur de la mort ? La peur de la mort contient toutes les peurs : la peur de l'inconnu, celle de l'invisible, la peur du mystère, celle de la solitude, la peur du vide, du châtiment, des dieux infernaux, la peur du néant et de la nuit... Les initiations primitives étaient les rites de passage notamment de l'enfance à l'âge adulte. Une fois initiée l'enfant devait avoir définitivement vaincu la peur de la mort. C'est la voie que propose l'Initiation : affronter la mort plutôt que la redouter. Elle ne nous apprend pas à en triompher mais à chasser la peur qui la précède. La crainte écartée et la mort apprivoisée, les initiés portent alors un nouveau regard sur la vie. Car les rites initiatiques ont tout le même but : faire découvrir les concepts éternels qui animent toutes sortes de vie.

C'est pourquoi au terme des épreuves, les initiés ne craint plus la mort. Il a le sentiment de ne plus être seul et de ne pas être un fruit du hasard ou de la nécessité, mais au contraire d'être venu au monde pour quelque chose avec une mission. C'est le Maître soufi Attar qui disait : « Le seul remède contre la mort et la peur qu'elle engendre, c'est de la regarder constamment en face ». Et Arnaud Desjardins écrivait également dans « l'Audace de vivre » : « La peur de la mort est d'autant plus grande, qu'on n'a pas osé vivre. »C'est aussi Albert Einstein qui écrivait : « ce fut plus beau sentiment que l'on puisse éprouver, c'est le sens du mystère. Celui qui n'a jamais connu cette émotion, qui ne possèdent pas le don d'émerveillement, ni de ravissement, autant vaudrait qu'il fût mort : ses yeux sont déjà fermés. » Belle phrase pour un scientifique de sa taille !

Toutes les initiations commencent par une mort qui est le commencement d'un chemin s'ouvrant sur le Mystère. C'est ce qui va permettre à l'initié son propre dépassement. L'apprenti découvrira que s'il veut trouver sa propre vérité il lui faudra chercher à travers ses morts symboliques sa propre lumière et chasser ses ombres. Devenu compagnon, il connaîtra la violence du fanatisme et de l'ambition ; quant au maître, il ne retournera à la terre que pour revenir à la lumière. En attendant que d'autres épreuves ne le confrontent encore à la mort...

La mort fait de nous tantôt le bourreau, tantôt la victime. Je suis Hiram qu'on assassine, mais je suis également le mauvais compagnon qui assassine. Tous les héros mythiques, les bons et les mauvais sont en nous, tous les personnages se déchirent dans notre monde intérieur : le vice et la vertu le courage et la lâcheté, l'amour et la haine. La sagesse n'est pas non plus très loin de l'égarement... L'Initiation nous ouvre les yeux sur tous les extrêmes dont nous sommes capables. Penser à la mort, c'est avoir toujours à l'esprit que ce que l'on croit être un dû n'est qu'un prêt : c'est donner du prix à la vie.

La mort initiatique nous rappelle la vanité du pouvoir et l'inutilité si des luttes fratricides. De même que le grain qui meurt aura généré une moisson nouvelle, de même le tombeau d'Hiram aura servi de fondation au Temple, et le sacrifice de Jésus aura donné naissance à la religion chrétienne. La mort est fondatrice. Le héros, en franchissant les portes de la mort, entre dans le monde de l'Idée, pour que celle-ci se matérialise et se réalise dans le monde des hommes. La mort n'est pas belle à nos yeux quand tout se désunit. Mais l'oeuvre au noir a commencé son processus pour aboutir à une nouvelle oeuvre au blanc, invisible à nos yeux. Dans la nature tout nous dit que rien ne meure pour rien, et que tout ce qui meurt est appelé à « devenir ».
Ainsi va la vie de l'homme. Pendant que l'âme porte en elle la nostalgie d'une Parole perdue, le corps se raidit, s'essouffle, s'éteint, se désagrège enfin. Et l'on quitte cette terre avec un goût d'inachevé, sans avoir la certitude d'avoir pleinement rempli notre mission.

De la mort initiatique à l'Orient éternel, l'initié se sera préparé à une mort sereine. S'il a bien fait son travail, il pourra alors s'endormir en pensant qu'on n'emporte en mourant que ce que l'on a donné...


Source : Ordo ab Chao numéro 56

Source : http://www.temple-parvis.com/mort-initiatique-et-orient-eternel-2.html

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