Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog
Hauts Grades

Articles récents

Communiqué – Consécration de la GLTF le 19 janvier 2013

2 Février 2013 , Rédigé par GLTF Publié dans #histoire de la FM

Rédigé le 30 janvier 2013

La GLNF a traversé la crise la plus grave de l’histoire de la Franc Maçonnerie. Grave sur tous les aspects, mais surtout dans la durée. Devant cette situation inextricable et déshonorante pour leurs cœurs de maçons, de nombreux Frères, lassés des querelles permanentes au sein de leur Obédience, ont manifesté depuis plus d’une année, le désir de tourner la page et de construire un avenir plus serein.

Ces Frères, calmes, responsables et déterminés, écartant toute tentation d’aventure les éloignant des principes fondamentaux régissant la Franc Maçonnerie traditionnelle, ces Frères ont décidé unanimement de créer une nouvelle Obédience, portant le nom de GRANDE LOGE TRADITIONNELLE DE FRANCE (GLTF).

La GLTF, à l’image de ce qu’était la GLNF avant qu’elle ne soit pervertie par les agissements des derniers Grands Maîtres, prône les grands principes intangibles de la Régularité Maçonnique, auxquels elle adhère pleinement.

Fondamentalement respectueuse de la tradition maçonnique, la GLTF travaille donc suivant les principes intangibles de la régularité maçonnique :

·         Croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers

·         Respect des Landmarks

·         Respect des Anciens Devoirs

·         Respect des us et coutumes de l’Ordre

·         Respect de la Règle en 12 points

·         Respect des Obligations des Francs-maçons

 

La consécration le samedi 19 janvier 2013

Moment solennel et indispensable à son existence maçonnique, plus de 500 Frères représentant les 41 Loges pétitionnaires, ont rempli entièrement la Salle du conclave du Palais des papes en Avignon.

Le Grand Maître désigné de la GLTF, Jean-Luc VENTURINO, a pris ses fonctions au cours d’une cérémonie forte et pleine de solennité, respectant bien sûr les anciens usages et coutumes établis suivant la tradition maçonnique. Un moment que tous les Frères présents n’oublieront jamais.

Dans son allocution aux accents maçonniques bienveillants et chaleureux, le Grand Maître de la GLTF a défini les principaux objectifs de cette nouvelle Obédience pour les années à venir :

·         donner à tous les frères en quête de perfectionnement moral et d’élévation spirituelle, le cadre de travail digne de la hauteur de ce qu’ils sont venus chercher en loge.

·         travailler dans la paix et l’harmonie selon les critères de la Franc-maçonnerie régulière et traditionnelle

·         mettre en application, en toutes occasions les préceptes d’exemplarité, de fraternité et de solidarité.

·         développer l’obédience par un choix rigoureux des profanes et un engagement fort des parrains

C’est par une longue ovation que l’assemblée a salué l’élection du TRF Jean-Luc VENTURINO comme premier Grand Maitre de la Grande Loge Traditionnelle de France.

A ce jour, la nouvelle Grande Loge compte 850 Frères pour 41 loges réparties en 3 Provinces : Provence-Méditerranée, Bretagne-Atlantique et Camargue-Languedoc. Une page importante de la Franc Maçonnerie Universelle vient de se tourner, l’Ordre, la Rigueur, la Paix et l’Amour de l’autre sont à nouveau les missions sacrées de cette nouvelle Obédience qui porte le nom de GLTF, l’histoire en gardera la trace …

Lire la suite

Les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie

2 Février 2013 , Rédigé par Gérard REYNAUD Publié dans #Planches

Je voudrais tout d'abord pour commencer cette conférence, rappeler l'énoncé des deux premiers articles de la Déclaration de Principes de la Grande Loge de France, en date du 5 mars 1955 :

"Article Premier : La Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

Article Deuxième : Conformément aux traditions de l'Ordre, trois gran­des lumières sont placées sur l'autel des loges : l'Equerre, le Compas et un Livre de la Loi Sacrée. Les obligations des Maçons sont prêtées sur ces Trois Grandes Lumières".

Chacun peut, je pense, à la lecture de ces deux premiers articles, pren­dre conscience de l'importance capitale de ces trois grandes lumières dans la démarche initiatique de la Franc-Maçonnerie.

Dans la Déclaration de Principes, elles viennent juste derrière la men­tion du Grand Architecte de l'Univers, véritable clef de voûte de toute la symbolique maçonnique. Principe fondamental qui donne à l'initiation son caractère traditionnel. L'invocation au Grand Architecte de l'Univers appa­raît comme indispensable pour qu'il y ait véritablement communication du sacré, mise en relation entre ce Principe d'Ordre et le candidat qui contracte une alliance librement consentie, au point culminant de la cérémonie d'ini­tiation, lorsque le récipiendaire va prêter serment.

C'est pourquoi, la Grande Loge de France, rappelle avant toute chose, dans sa Déclaration de Principes qu'elle "travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers".

Une fois ce principe fondamental énoncé, nous allons très rapidement comprendre l'importance et la place des Trois Grandes Lumières. L'article 2 nous apporte trois précisions qu'il importe ici de rappeler brièvement :

Premièrement : il lie les Trois Grandes Lumières à la Tradition de l'Or­dre et précise leur place dans la Loge : sur l'autel, à cet endroit qui est l'un des plus remarquables du point de vue de la "géographie symbolique" de la Loge, là où nous accomplissons lors de l'ouverture et de la fermeture des travaux des gestes rituels d'une très haute signification, mais aussi parce que c'est 1à, que nous nous lions à l'Ordre.

Deuxièmement : les Trois Grandes Lumières se composent de deux caté­gories d'objets : l'Equerre et le Compas, puis le Volume de la Loi Sacrée. L'Equerre et le Compas qui sont les outils nécessaires à toute construction. Outils qui nous ont été transmis par les maçons opératifs constructeurs d'édi­fices sacrés, au Moyen Age. Mais bien que l'Ordre maçonnique soit aujourd'hui totalement spéculatif, l'Equerre et le Compas conservent pour nous toute leur efficacité, car nous aussi nous construisons un Temple, un Temple de pierres vivantes qui doivent être harmonieusement assemblées et disposées selon les règles de la Sagesse, avec l'Energie de la Force et le souci de la Beauté. Chaque franc-maçon est donc invité, à l'aide de l'Equerre et du Compas, à s'améliorer progressivement, à passer de l'état de chaos à celui de l'ordre, à devenir une pierre aux proportions telles qu'elle puisse s'intégrer dans l'édifice commun, sans jamais pour autant perdre sa propre identité, de la même façon que dans les édifices anciens les compagnons- tailleurs de pierre inscrivaient dans leur oeuvre, leur marque distinctive. Car la Franc-Maçonnerie est — ou devrait être — ce lieu privilégié où la per­sonnalité peut véritablement s'épanouir en harmonie avec les autres, et la Loge ne peut en aucun cas ressembler à je ne sais quelle société profane où les hommes s'assemblent par grégarisme.

Le deuxième objet lié au couple Equerre-Compas c'est le Volume de la Loi Sacrée. Au Rite Ecossais ancien et accepté, dans ce Temple de la Grande Loge de France où vous êtes cet après-midi, le Volume de la Loi Sacrée c'est la Bible — Ancien et Nouveau Testament —, Bible que nous avons coutume d'ouvrir au Prologue de l'Evangile selon Saint Jean.

Il y a donc, comme vous le voyez, Trois Grandes Lumières et non pas deux, car les outils de la construction, l'Equerre et le Compas, doivent tra­vailler en vue d'une finalité, conformément à un ordre, à une Loi Morale, étant entendu que le mot morale n'a, ici, rien à voir avec la morale sociale. Sans ce Volume de la Loi Sacrée l’œuvre de construction ne serait pas reliée au Principe qui lui donne son sens et sa finalité initiatiques.

Troisièmement : l'article 2 nous dit que les obligations du franc-maçon sont prêtées sur les Trois Grandes Lumières. Il y a là, je crois une affirma­tion tout à fait essentielle. L'obligation, c'est ce moment décisif, ce moment capital où va se nouer l'alliance entre l'Ordre et le nouvel initié. Cette prise d'Obligation réintègre celui qui entre dans la Loge, dans l'espace et le temps sacralisé de la Loge ouverte, mais aussi dans la Tradition ici représentée par le Volume de la Loi Sacrée. Lors de cette prise d'Obligation, les Trois Gran­des Lumières "concentrent" en elles, toute la Tradition à laquelle le pro­fane va se lier à l'Ordre pour devenir franc-maçon.

Aussi loin que nous remontions dans le temps, en gardant les pieds sur terre, c'est-à-dire texte à l'appui, nous pouvons dire qu'il y a sous une forme implicite ou explicite, présence des Trois Grandes Lumières. Les Manus­crits des Anciens Devoirs, qu'il s'agisse du Régius de 1390, du Cooke de 1410 ou ceux plus tardifs d'Edimbourg de 1696 ou Dumfrier de 1710, mon­trent bien que nos ancêtres les maçons opératifs et ceux qui parmi eux étaient des acceptés, prêtaient leurs Obligations à l'aide des outils du Métier repré­sentant la connaissance et la transmission de cette connaissance, dans le secret de l'initiation et juraient obéissance et fidélité à Dieu et à la Sainte Eglise, en présence de tout ou partie du Livre Sacré. N'oublions pas, en effet, que la Franc-Maçonnerie est fille de la Chrétienté et que toutes les anciennes corporations de métier avaient une règle qui énonçait en préambule la fidé­lité à Dieu et à l'Eglise.

En ce qui concerne la présence du Livre, il est probable qu'avant le XVIe/XVII° siècle nous n'avions qu'un fragment de la Bible, l'un des récits évangéliques par exemple. L'usage intégral de la Bible ne commence vrai­ment qu'avec la Réformation de l'Eglise au XVI° siècle. Le texte de Samuel Prichard "Masonry Dissected" de 1730 atteste la présence de la Bible, dans les Loges spéculatives anglaises de l'époque.

Nous reviendrons sur toutes les questions posées par la présence du Volume de la Loi Sacrée sur l'autel des Loges.

J'en viens maintenant, si vous le voulez bien, à la signification symbo­lique de l'Equerre et du Compas. Je ne ferais qu'évoquer la signification symbolique de ces deux outils, car la véritable compréhension du symbole repose avant tout sur le vécu, dans le cadre du rituel de Loge.

Je n'affirme rien, car on ne peut nommer le symbole dans son essence sans courir le risque de le transformer en un signe sans vie, ou au mieux en une belle allégorie. Il n'y a plus alors, de symbole, mais seulement un signe, ce qui est fondamentalement différent. Il faut également éviter de sépa­rer, d'isoler, ce qui n'a de sens que dans le cadre d'une vision globale. Les symboles ne parlent qu'à celui qui les perçoit dans leur unité, qu'à celui qui lève un coin du voile sur le très complexe réseau de relations analogiques qu'ils entretiennent entre eux. C'est alors seulement qu'ils sont, pour repren­dre l'expression de Goethe, une fenêtre ouverte sur l'ineffable réalité. Gar­dons nous également, par une utilisation répétée et par là trop souvent sim­pliste de priver nos symboles de toute force évocatrice, car ils deviendraient alors le tombeau de notre mémoire. Si j'évoque ici séparément l'Equerre et le Compas, c'est uniquement pour mettre sur une voie, car à aucun moment je n'oublie qu'ils doivent être aussitôt réenvisagés dans leur rela­tion réciproque.

L'Equerre est un instrument fixe qui donne un angle droit. Elle a pour propriété de rendre les corps carrés. Elle est, de tout temps utilisée par les tailleurs de pierre. Quelle peut-être la signification symbolique de l'Equerre pour un franc-maçon spéculatif aujourd'hui ? On peut je pense proposer deux niveaux de réflexion :

Le premier concerne la forme de la loge elle-même, son espace géogra­phique. Les limites de la loge sont tracées à l'aide de l'équerre et cette loge est elle-même symboliquement construite aux dimensions de l'univers. N'ou­blions pas en effet que les anciennes représentations cosmologiques repré­sentaient la terre comme un carré et que dans cette perspective l'Equerre a une double signification : elle est à la fois le symbole de cette terre et l'ou­til qui sert à délimiter, à marquer l'espace terrestre. Il est utile, je crois, de rappeler ici que si ces anciennes représentations cosmologiques de l'univers n'ont plus aucune valeur scientifique depuis longtemps, elles conservent néan­moins pour nous toute leur actualité symbolique si l'on veut bien réfléchir sur les conséquences du rapport analogique des dimensions de la loge comme carré long et de la terre telle qu'elle est figurée dans la géographie des anciens.

L'Equerre est donc à la fois pour nous, la matière et l'instrument ordon­nateur de cette matière. Elle symbolise la nécessaire unité que l'on doit recher­cher par delà la multiplicité des apparences et l'obligation faite au franc- maçon de concilier les contraires pour pouvoir construire selon les normes de l'Ordre universel.

Sans le travail de l'Equerre il n'y a donc pas — symboliquement — de matière ordonnée, donc pas de vie possible selon l'être, car le chaos est toujours synonyme d'indifférenciation et de mort. Ainsi le franc-maçon réac­complit à l'aide de l'Equerre, le geste ordonnateur de Dieu qui dans le récit de la Genèse, sépare et met en place les éléments de l'univers, geste qui rend la vie possible. Cette action ne doit pas toutefois le conduire — du moins je l'espère — à se prendre lui-même pour Dieu !

Ainsi l'Equerre est cet instrument qui harmonise les contraires, unis­sant le passif et l'actif. Voilà pourquoi nous disons qu'elle est symbole d'équité, de rectitude, d'équilibre. C'est pourquoi aussi, elle est le signe du Maître de Loge, car c'est lui qui conduit le travail des ouvriers, de ces ouvriers qui ont pour unique ambition de contenir leurs passions pour s'édifier con­formément aux normes de la sagesse.

Le Compas est quant à lui un instrument de mesure, permettant de tra­cer des cercles, de mesurer, de reporter. Alors que l'Equerre est fixe , il est lui — le Compas — mobile. Il est le symbole actif du potentiel créateur de la pensée et la Tradition en fait le symbole du Grand Architecte lui-même. Alors que l'équerre nous renvoyait à la matière et à l'objet, le compas nous renvoie au sujet et à l'esprit, au dynamisme créateur de la pensée. Toute­fois, souvenons-nous qu'il convient de ne pas oublier la relation existant entre l'Equerre et le Compas. Si nous ne perdons pas de vue la relation réci­proque de ces deux outils, nous voyons qu'il y a des limites à ne pas fran­chir. Le compas ouvert à plus de 90° devient un instrument instable et ino­pérant.

Et il y a là une leçon que nous devons méditer. Il doit toujours y avoir un équilibre de relation entre l'Equerre et le Compas et cet équilibre nous indique les bornes que nous ne saurions franchir, limites au-delà desquelles nous sortons de l'initiation maçonnique proprement dite. La pluralité de sens de nos symboles ne nous autorise pas pour autant à nous lancer dans un pseudo-ésotérisme, qui, évacuant le sain garde-fou de la raison, ressem­ble en fait au délire de la pensée.

Un texte de Bernard Palissy tiré de son Dessin du Jardin Delectable, illustre les mésaventures de celui qui serait amené à considérer les outils en dehors de leurs relations réciproques : "Puisque nous sommes sur le pro­pos de la géométrie, il advint la semaine passée, qu'estant en mon repos sur l'heure de minuit, il m'estoit avis que mes outils de géométrie s'estoient eslevez l'un contre l'autre et qu'ils se débatoyent à qui appartenoit l'hon­neur d'aller le premier. Et estant en ce debat, le Compas disoit : "Il m'ap­partient l'Honneur car c'est moy qui conduit et mesure toutes choses aussi, quand on veut reprouver un homme de sa despense superflue on l'admo­neste de vivre par compas". La Reigle disoit au compas : "Tu ne sais pas ce que tu dis : tu ne saurois rien faire qu'un rond seulement, mais moy, je conduis toutes choses directement et du long et de travers ; et en quelque sorte que ce soit, je fais mon cher droit devant moi. Ainsi, quand un homme est mal vivant, on dit qu'il vit dereiglement qui est autant à dire que, sans moi, il ne peut vivre droitement. Voilà pourquoi l'honneur m'appartient d'aller devant". Lors l'Escarre dit : "C'est à moy à qui l'honneur appar­tient, car pour un besoin, on trouvera deux reigles en moy ; aussi, c'est moy qui conduis les pierres angulaires et principales du coin, sans lesquelles nûl bâtiment ne pourroit tenir".

Ce petit texte illustre parfaitement les dangers qui nous guettent si nous séparons l'Equerre et le Compas, et l'impuissance, l'incapacité qui résulte de cette séparation. C'est pourquoi, d'ailleurs, tous les hommes ne sont pas initiables, car tous ne portent pas en eux cette indispensable "nostalgie" de l'Unité, sans laquelle il n'y a pas, à mes yeux, de démarche initiatique possible.

Retenons pour le moment, qu'à l'image des autres hommes, l'initié n'étant ni ange ni bête pour reprendre l'expression de Pascal, il convient pour lui de s'édifier entre l'Equerre et le Compas. Car cette relation com­plémentaire qui unit l'Equerre et le Compas c'est bien celle qui unit le réel et la pensée, la matière et l'esprit, l'objet et le sujet.

Puisque l'homme n'est ni Dieu ni un pur esprit, le sujet ne peut se con­cevoir, se penser lui-même en dehors d'une relation avec l'objet. Voilà pour­quoi le symbolisme maçonnique place le franc-maçon entre l'Equerre et le Compas, indiquant du même coup que le compas a besoin de l'équerre pour réaliser ce dont il est potentiellement et virtuellement capable de même que l'équerre a besoin du compas pour travailler selon la règle de l'esprit. Ainsi donc je pense que l'on peut affirmer que l'équerre et le compas n'ont véri­tablement de sens que dans le cadre de leur relation réciproque.

Venons-en maintenant au Volume de la Loi Sacrée. Quelle est sa signi­fication dans le cadre de l'initiation maçonnique ? Quelles sont les relations qu'il entretient avec les outils symboliques, l'Equerre et le Compas ? Voilà bien deux questions importantes. Mais je parlerai aussi du rapport entre les Trois Grandes Lumières et le Grand Architecte de l'Univers, car on ne peut les isoler du Principe qui leur donne tout leur sens.

La présence du Volume de la Loi Sacrée sur l'autel des Loges pose plu­sieurs types de problèmes. Le premier d'entre eux peut se résumer par cette simple question : quel livre ? Il faut se souvenir, pour répondre à cette ques­tion, que la Franc-Maçonnerie n'est pas, Dieu merci, un bloc monolithi­que. L'universalité de l'Ordre n'est pas synonyme d'uniformité. J'en veux pour preuve, l'existence à travers le monde de plusieurs rites qui ont chacun leur légitimité traditionnelle. En Franc-Maçonnerie universalité ne veut pas dire uniformité, pas plus que l'idée de diversité ne doit être confondue avec celle de confusion.

Si nous appliquons ce qui vient d'être dit à la présence du Volume de la Loi Sacrée dans la Loge symbolique de tradition écossaise, nous pouvons dire que seule la Bible doit être présente comme Livre Sacré, sur l'autel des Serments. Il n'y a là aucune affirmation sectaire, et encore moins un quel­conque mépris pour d'autres livres sacrés. La raison d'une telle affirmation se situe à un tout autre niveau. Je m'explique : le rite écossais ancien et accepté est très marqué par ses origines judéo-chrétiennes. Qu'il s'agisse des noms symboliques, des noms de certaines pièces du mobilier de la loge, de la référence à la construction du Temple de Salomon comme à celle de l'Évan­gile de Saint Jean, des légendes qui servent de cadre à la transmission de la connaissance initiatique, tout cela est assurément d'origine biblique. La Bible étant prise ici, non pas comme Parole de Dieu révélée, mais comme le Livre de la Loi Morale et le Livre qui contient l'essentiel des symboles du Rite. La présence de la Bible dans la loge écossaise, comme Volume de la Loi Sacrée, relève donc ici de la simple logique. Remarquons aussi que le développement au niveau mondial du rite écossais ancien et accepté, cor­respond grosso-modo à l'espace culturel d'origine judéo-chrétien et il n'y a là, je pense, nul hasard.

La Bible est ici, le Volume de la Loi Sacrée, car il faut bien en dehors de tout critère de foi religieuse — ce qui est le cas à la Grande Loge de France — qu'il y ait un consensus culturel minimum dans lequel tous les hommes de l'esprit, quelles que soient leurs conceptions particulières, reconnaissent dans ce Livre, la présence d'une Loi plus haute que toutes les autres lois. Tous les hommes de bien — en Occident — reconnaîtront je pense la voca­tion de la Bible à exprimer les valeurs du sacré, pour la simple raison que ce Livre est hautement significatif, qu'on le lise comme Parole de Dieu ou comme Livre de sagesse ou d'histoire. On peut même dire qu'il est consubs­tantiel à la civilisation occidentale à laquelle nous appartenons.

Dans la Franc-Maçonnerie de tradition, le Volume de la Loi Sacrée a une double signification. D'une part, il est la référence de toute l'architec­ture symbolique, d'autre part, il exprime la Loi Morale qui s'offre comme étant la Règle de tous ceux qui veulent s'édifier selon l'Esprit par l'initia­tion.

Cette Loi Morale qui transcende l'homme n'est nulle part ailleurs mieux représentée que par le Volume de la Loi Sacrée. Ce sont ces deux raisons qui fondent sa présence dans la loge écossaise. C'est cette présence qui donne à la prise de serment son caractère indélébile, ce qui explique du même coup les terribles châtiments dont parlent presque tous les textes d'Obligations, châtiments auxquels s'exposent le parjure. La rupture du serment est en effet un acte de profanation au niveau ontologique et a pour conséquence un véri­table retranchement du sacré.

La présence du Volume de la Loi Sacrée lors de la prise d'Obligation (mais aussi pendant tous les travaux de loge) est une nécessité absolue, car il n'y a pas de véritable initiation sans communication du sacré sans mise en relation entre le Transcendant et l'Immanent sans alliance entre celui qui aspire A franc-maton et le Principe d'Ordre universel qu'exprime

le Grand architecte de l'Univers, sans volonté et s’intégrer dans cette Loi Morale exprimée da ns le volume de la Loi Sacrée.

Où serait alors, la Tradition de l'Ordre, le lien au Principe, la Loi Morale, si d'aventure nous disposions un simple livre blanc sur l'autel des Serments, ou même le livre des Constitutions d'Anderson ?

Cette question m'amène à vous parler maintenant de deux types de posi­tion que l'on rencontre dans la Franc-Maçonnerie, positions qui sont diffé­rentes de celles de la G.L.D.F. Et il importe de les étudier pour bien com­prendre la position de la Grande Loge de France qui, tout en tenant ferme­ment à l'invocation au Grand Architecte de l'Univers et à la présence du Volume de la Loi Sacrée, refuse l'identification au Dieu révélé pour le Grand Architecte, et la "Volonté exprimée d'En-Haut" pour le Livre de la Loi Sacrée.

La première confusion consiste à identifier le symbolique au religieux. Pour des raisons historiques très complexes, que je ne peux pas analyser ici par manque de temps, la cassure entre le catholicisme romain et la Franc- Maçonnerie en France, essentiellement par la faute de l'Eglise romaine du XIXe siècle a amené le développement d'une Maçonnerie assez largement anti-cléricale quand elle n'était pas tout simplement anti-religieuse. Une Maçonnerie largement ouverte aux idées philosophiques positivistes, appe­lée à rapidement se séparer de tout ce qui pouvait être considéré comme une réminiscence suspecte d'un passé religieux détesté. Le Grand Architecte de l'Univers fit les frais de l'opération et à partir de 1877 bon nombre de Loges françaises s'en séparèrent. Le Volume de la Loi Sacrée disparut lui aussi, car voyez-vous, le Grand Architecte de l'Univers et le Volume de la Loi Sacrée, sont deux inséparables. L'un ne va pas sans l'autre. Cette situation, qui je le répète est le point d'aboutissement d'un mouvement qui parcourre le XIXe siècle, depuis le Concordat de 1802, mouvement qu'il faut analyser, non dans un esprit de polémique mais plutôt de compréhension afin d'en tirer les leçons pour nous aujourd'hui, aboutit à un changement fondamen­tal dans l'orientation d'un grand nombre de loges. Elles devinrent alors, ces loges, des sociétés axées sur la réflexion politique, des forces de propo­sition dans le domaine législatif, ce qui me semble contraire à la vocation traditionnelle de l'Ordre qui ne doit se préoccuper ni de politique ni de reli­gion. Je crois de plus qu'en politique l'efficace est à rechercher, entre autre dans l'Unité de pensée et d'action. Or la loge — selon la Tradition — doit être le milieu le plus hétérogène qu'il soit, socialement, politiquement, reli­gieusement, philosophiquement, faute de quoi elle ne peut jouer son rôle de centre de l'union.

Inutile de rappeler également que la disparition des Trois Grandes Lumières, entraîne dans ce cas, une désagrégation lente mais certaine de la pratique du rituel, pourtant indispensable pour accéder au contenu initiati­que de l'ordre. .,,..,. .

La deuxième confusion réside dans l'identité entre le religieux et le symbolique. Attitude d'origine anglo-saxonne qui s'éclaire lorsque l'on remonte aux origines de la Maçonnerie spéculative, née au début du XVIIIe siècle en Angleterre. Deux courants s'opposent : celui de la première Grande Loge de Londres que l'on reconnaît avec les Constitutions d'Anderson de 1723. Celui dit des Anciens qui va se constituer en Grande Loge à partir de 1756.

Le passage à une Maçonnerie totalement spéculative au début du XVIIIe siècle pose aux Maçons londoniens plusieurs questions sur la con­servation des traditions du Métier dans la situation nouvelle et la possibilité pour la Maçonnerie de survivre au métier opératif. Les Constitutions de James Anderson de 1723 vont répondre à ces questions et poser comme prin­cipe, dans cette Angleterre saignée par les conflits politiques et religieux, la nécessité pour la Maçonnerie de jouer le rôle de centre de l'union. La référence au Dieu de tel ou telle religion particulière va alors disparaître dans les Obligations du Franc-Maçon pour céder la place à l'énoncé d'une loi morale sur laquelle tous les hommes qui demandent l'initiation peuvent et doivent être d'accord : ce sera le fameux article 1 "Concernant Dieu et la Religion" :

"Un maçon est obligé, par son engagement d'obéir à la Loi Morale et, s'il comprend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux. Mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obli­gés, dans chaque pays d'être de la religion de ce pays ou nation, quelle qu'elle fût, aujourd'hui, il a été considéré plus commode de les astreindre seulement. à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opinions, c'est-à-dire d'être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les déno­minations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la Maçonnerie devient le centre de l'Union et le Moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance".

On le voit, il n'y a plus de référence explicite au Dieu du christianisme, puisque c'est de lui dont il était question dans les Manuscrits des Anciens Devoirs. Seuls ceux qui refusent l'évidence rationnelle — pour le XVIII° siècle d'un ordre universel, "les athées stupides" et les libertins sont écartés de l'Ordre.

Nous sommes assez proche, somme toute du déisme philosophique, bien qu'Anderson et Désaguliers n'ont jamais été des déistes. N'oublions pas qu'ils étaient pasteurs et que comme tels, ils sont toujours restés attachés aux dog­mes de la religion chrétienne, qui n'ont pas grand chose à voir avec le déisme philosophique.

Mais comme Maçons, ils ont oeuvré pour l'alliance la plus large possi­ble, au-delà des croyances particulières. Ceci apparaît dans l'édition de 1738 des Constitutions, où l'on parle du maçon comme devant être un bon noa­chite. Or l'alliance de Dieu avec Noé est l'alliance la plus universelle qui soit. Il suffit pour s'en convaincre de se reporter au chapitre 9 de la Genèse : verset 11 :

"J'établis mon alliance avec vous, il n'arrivera plus que toute chair soit retranchée par les eaux du déluge et il n'y aura plus de déluge".

Puis il établit le signe de cette alliance : verset 12 :

"Dieu dit : Voici le signe de l'alliance que je place entre moi et vous ainsi que les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir."

L'alliance noachite est si universelle qu'elle s'applique en fait à tous les êtres vivants, humains et autres qui vivent sur la terre. Anderson sug­gère donc que tout homme, si il est un homme juste, un homme d'honneur et de probité entre de fait dans le cadre de cette alliance universelle contrac­tée entre Dieu et Noé. Car c'est bien parce qu'il est un homme juste que Noé est sauvé des eaux du déluge.

Ainsi vous le voyez : nulle obligation de foi dans cet article Pr. Vous allez voir qu'il en est tout autrement avec la Constitution dite Ahiman Rezon, rédigée par Laurence Dermott qui sera Grand Maître de la Grande Loge dite des Anciens, après 1756. Je cite :

"Un maçon est obligé, de par sa tenue de croire fermement et d'adorer fidèlement le Dieu éternel aussi bien que les enseignements sacrés que les Dignitaires et Pères de l'Eglise ont rédigés et publiés pour l'usage des hom­mes sages, de telle sorte qu'aucun de ceux qui comprennent bien l'Art puis­sent possiblement marcher sur le sentier irréligieux du malheureux libertin ou être induit à suivre les arrogants professeurs d'athéisme ou de déisme, ni a être souillé par les erreurs grossières de l'aveugle superstition, mais qu'il puisse avoir la liberté d'embrasser la foi qu'il jugera convenable pourvu qu'en tous instants il témoigne du respect dû à son Créateur, et agisse dans le monde avec honneur et honnêteté, prenant pour règle permanente de ses actes le précepte d'or qui engage chacun à faire à autrui ce qu'il voudrait qu'on lui fit".

On le voit les deux textes s'opposent franchement. A une Maçonnerie — Centre de l'Union basée sur une alliance la plus universelle possible, on oppose une Maçonnerie ouvertement théiste qui exige le préalable de la foi, rejetant du même coup tous les hommes de l'esprit qui ne s'inscrivent pas dans une démarche de foi religieuse. Si l'on ne perd pas de vue ces deux textes, on comprendra du même coup l'évolution ultérieure, qui aboutit en 1929 à l'énoncé de règles terriblement restrictives, par la Grande Loge Unie d'Angleterre — entre temps auto-proclamée Grande Loge Mère du Monde — règles devant servir à la délivrance de patentes dites de "régularité".

Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement par la Constitution d'une rigoureuse orthodoxie maçonnique qui va se développer à partir de l'acte d'union de 1813 qui vit la naissance de la Grande Loge Unie d'Angle­terre. Les Modernes, le courant andersonien, animés qu'ils étaient par un profond désir d'unité, firent de telles concessions, qu'ils obtinrent une union au profit quasi exclusif des "Anciens", qui finirent par imposer, grâce à une habile politique, leur point de vue sur à peu près tous les points.

Dès lors on ira de restriction en restriction. La Grande Loge à l'image de l'Angleterre impériale deviendra très victorienne. En 1929 paraît une nou­velle édition des "landmarks" revus et corrigés devant servir à la reconnais­sance des Grandes Loges étrangères.

Citons, dans le cadre de notre travail les articles 2 et 3 :

Article 2 : Que la croyance au Grand Architecte de l'Univers et en sa Volonté révélée sont les conditions essentielles à l'admission des membres.

Article 3 : Que tous les initiés doivent prêter leur obligation sur le Livre de la Loi Sacrée, ou les yeux fixés sur ce Livre ouvert, par lequel est expri­mée la Révélation d'En-Haut par laquelle la conscience de l'individu qu'on initie est irrévocablement lié".

Ce texte représente même une régression considérable par rapport aux Constitutions Ahiman Rezon de la Grande Loge des Anciens.

Comment situer alors tous les hommes de foi, qui de par le monde se rattachent à des religions qui ne connaissent pas l'idée de révélation ?

On voit donc, par cette approche historique très approximative, par manque de temps, que le rite écossais ancien et accepté est doublement fidèle à la tradition andersonienne.

L'obligation de la croyance en Dieu, telle qu'elle est définie par les textes anglais de 1929 n'existe pas dans les Constitutions d'Anderson. Et ce qui est inacceptable ce n'est pas l'affirmation d'une telle obligation, mais plu­tôt de prétendre qu'elle est le critère de la seule et unique Maçonnerie (celle qui est admise par les Anglais, naturellement !).

La défense d'une telle position peut aussi mener à l'énoncé de la thèse de la "révélation au-delà des croyances", thèse qui n'est pas sans soulever de nombreux problèmes d'ordre théologique, que je ne vais pas débattre ici.

S'il est exact que la foi n'est pas la croyance, je crois qu'il y a quelque danger à vouloir les opposer systématiquement, et l'on risque de transfor­mer la notion de révélation en une idée générale et abstraite alors que la révélation est au contraire un processus concret inscrit dans une histoire, un temps et un espace déterminés. Ne risque-t-on pas non plus d'aboutir à l'idée que la Maçonnerie serait en quelque sorte une super-religion qui unifie ou qui prétend unifier toutes les religions particulières ? On tombe alors dans un syncrétisme qui ne peut en aucun cas satisfaire les croyants des différentes religions.

La Franc-Maçonnerie est un Ordre initiatique et n'a pas de ce fait à se préoccuper des dogmes religieux, qui ne sont pas de son domaine. Elle n'impose pas à ses membres de déclaration préalable de foi, car elle a pour unique préoccupation, dans le cadre de sa démarche de permettre à ses adep­tes d'accéder au contenu initiatique de l'Ordre par "la pratique scrupuleuse du rituel et du symbolisme". Elle tient les différentes démarches religieuses dans un même respect, mais elle s'interdit toute ingérence dans ce domaine.

Nous avons vu que la double présence du symbole du Grand Archi­tecte de l'Univers et des Trois Grandes Lumières, assure dans la Loge, la communication du sacré sans laquelle il n'y a pas d'initiation régulière.

Nous savons également que la Bible comme Volume de la Loi Sacrée est le témoin de cette Transcendance universelle, de cette Tradition, de cette Loi Morale qui donne son sens et sa finalité à l'initiation maçonnique.

Puisque l'on parle de cette Loi morale dans laquelle tous les hommes de bonne volonté qui sont initiables doivent se reconnaître, comment la carac­tériser ?

Un premier principe nous apprend que si nous construisons dans la sépa­ration, nous construisons en vain, car la séparation nous pousse à travailler les uns contre les autres. Tout est alors promis au néant et à la mort. C'est bien ce que veut nous dire Saint Jean, dans sa première Epitre : "Celui qui aime son frère demeure dans la Lumière et ne risque pas de tomber. Mais celui qui a de la haine pour son frère est dans les ténèbres : il marche dans les ténèbres et ne sait où il va, parce que les ténèbres ont rendu ses yeux aveugles".

La Loi Morale que "nous portons dans nos coeurs avec la voûte étoilée au-dessus de nos têtes" pour reprendre l'expression de Kant c'est donc bien fondamentalement la loi d'amour, sans laquelle il n'y a pas de construction possible en Franc-Maçonnerie. Cette loi d'amour par laquelle toute chose s'édifie en conformité avec le plan du grand Architecte de l'Univers, cette loi dont le Volume disposé sur l'autel de la loge est le symbole vivant, doit être le principe même de toute notre action.

Ainsi compris, je crois que le Volume de la Loi Sacrée demeure l'un des plus important symboles de cette Tradition maçonnique que chaque initié à le devoir de transmettre. Il est, avec l'Equerre et le Compas, le témoin de cette Lumière du Grand Architecte de l'Univers avec lequel le maçon veut collaborer dans l'oeuvre de construction universelle.

L'Equerre, le Compas et le Volume de la Loi Sacrée, ne peuvent être séparés. Sans le Livre, pas d'obligation au caractère irrévocable, mais aussi pas de guide pour les outils de la construction. Pas de sens, pas de finalité à cette construction. Sans les outils, pas de rencontre possible entre le haut et le bas, le Transcendant et l'Immanent. Pas d'équilibre entre méditation et action.

Quelle peut être alors, pour parler maintenant sur un plan plus géné­ral, la signification des Trois Grandes Lumières pour le franc-maçon en dehors de la loge ?

D'emblée je disais qu'elles nous invitent à prendre conscience de la tri­ple dimension de l'homme, composé de corps, âme, esprit pour reprendre les termes de l'anthropologie biblique. Cette prise de conscience est lourde de conséquences.

Elle nous permet d'échapper à la tentation si moderne de réduire l'homme à l'unidimensionnalité. La réduction par les vus des besoins de l'homme à leur seule dimension économique et sociale, l'acharnement à vou­loir privatiser toute expression de la spiritualité, l'envahissement du politi­que dans tous les domaines de la vie humaine, conduisent les hommes à la perte de la liberté, à l'esclavage idéologique, à la perte de la mémoire historique, à l'exaltation toujours plus effrénée de faux besoins matériels, comme unique objet, comme unique sens de la vie.

Les doctrines matérialistes du XXe siècle, sont à coup sûr, "l'opium du peuple" le plus raffiné que l'esprit humain divisé contre lui-même, ait inventé jusqu'à présent.

Il me plaît ici de rappeler ces admirables paroles d'Henri de Lubac, car elles expriment bien l'état de délabrement spirituel dans lequel végète l'homme d'aujourd'hui, après avoir été enfermé dans la camisole de force du matérialisme : "Qu'est-il devenu cet homme, qui je vous le rappelle est celui d'aujourd'hui assez largement. Trop souvent hélas un être que l'ose appeler encore "être". Une chose qui n'a plus de dedans, une cellule toute entière immergée dans une masse en devenir. Homme social et historique dont il ne reste rien qu'une pure abstraction en dehors des rapports sociaux et de la situation dans la durée par quoi il se définit. Qu'on y cherche donc pas quelque retraite inviolable, qu'on y prétende pas découvrir quelque valeur imposant à tous le respect. Rien n'empêche en fait — et les idéologues tou­tes catégories ne s'en privent pas — de l'utiliser comme un matériel, comme un outil. Rien n'empêche même de le rejeter comme inutilisable. Il a beau se laisser concevoir sur des types fort différents, selon que prédomine tel ou tel système d'explication. Mais sous ses diversités l'on retrouve toujours le même caractère fondamental ou plutôt l'on constate la même absence. Cet homme est, à la lettre, dissous. En réalité et dans un tel cas, je n'hésite­rais pas à dire qu'il n'y a plus d'homme parce qu'il n'y a plus rien qui dépasse l'homme".

En face de cela la Franc-Maçonnerie de tradition affirme que le Maçon est situé entre ciel et terre, entre l'Equerre et le Compas, entre l'ordre de la nature et celui de l'esprit.

La présence des Trois Grandes Lumières nous indique alors ce lieu vers lequel nous devons marcher, ce point au centre du cercle, qui renferme la Lumière, point vers lequel nous avançons progressivement par l'initiation, point qui réside à l'intérieur de nous-mêmes et qu'il convient de dégager la nuée ténébreuse qui l'entoure pour qu'il puisse réaliser les virtualités qui sont en lui.

C'est cette Lumière que nous cherchons dans l'initiation. C'est par cette recherche que nous passons de la matière à l'esprit. C'est par ce patient tra­vail que nous devenons maître de nous-mêmes et que nous nous intégrons dans cet ensemble harmonieux qu'est le Temple maçonnique ayant accédé à la compréhension de cette Loi Universelle pour pouvoir agir ensuite en conformité avec cette Loi.

Je dirais pour finir, en reprenant le propos du T.R.G.M. Henri Tort ­Nouguès que "cette Equerre, ce Compas, posés sur le Volume de la Loi Sacrée, ces Trois Grandes Lumières, c'est pour nous Francs-Maçons Ecos­sais, la Franc-Maçonnerie dans son Essence et sa pérennité".

(*) Conférence prononcée par Gérard REYNAUD dans le cadre du Cercle Condorcet-Brossolette, au Grand Temple de la G.L.D.F. le samedi 21 janvier 1984.

PVI

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Le Franc-Maçon est-il un Utopien qui s'ignore?

1 Février 2013 , Rédigé par Emmanuel Publié dans #Planches

La récente affaire de la "levée des excommunications" par Benoît XVI et les remous qu'elle a provoqués dans les milieux catholiques nous a conduit à suivre l'évolution de divers blogs et autres forums d'obédience catholique. Non que nous soyons très concernés par ces décisions papales mais parce qu'elles furent en de nombreuses occasions celle de remuer à nouveau la sauce infernale du chaudron du complot judéo-maçonnique.

A côté des grands organes de presse tels que Le Pèlerin, La Vie, La Croix qui s'efforcent de présenter sur le sujet des dossiers aussi objectifs que possible et, pour cela, sont souvent qualifiés de "presse de gauche, progressiste et moderniste" par tout ce que la catholicité compte de +- intégriste, on trouve de nombreux sites de cette mouvance où le réductionnisme, le révisionnisme, voire le négationnisme, et le culte idolâtre de la papauté romaine se montrent en plein jour accompagnés des habituels refrains anti-maçonniques.

Sur l'un de ces forums nous avons eu l'occasion de suivre les écrits de suppôts d'un catholiscisme crispé sur ses vieilles lunes et rengaines. Opposition frontale où les accusations de collusion entre maçonnerie et nazisme révèlent bien vers quoi penchent les é-mules de l'évêque Williamson. Inclination qui tend à imputer insidieusement à la FM le génocide juif, en raison de la signature d'un accord de coopération entre le régime nazi et le gouvernement français de l'époque qui comptait quelques francs-maçons, ou, à imputer au franc-maçon américain Roosevelt les 100 millions de morts du communisme, au motif qu'il aurait attendu quatre ans après l'ouverture du premier camp de concentration avant d'intervenir contre le nazisme. Et, au passage, à remercier les Japonnais de leur action contre Pearl Abour. Le tout bien sûr en oubliant de mentionner le Concordat du 20 juillet 1933 signé par l'ECAR avec les nazis qui procura à l'église d'Allemagne quelques avantages notables. Concordat, disons plutôt alliance avec le régime, dont l'un des buts cachés était de faire, avec quelques raisons, obstacle à l'extension du communisme bolchevique. De très nombreux catholiques allemands rachetèrent par leur conduite de résistance exemplaire ce triste épisode.

Beaucoup plus intéressant est le débat entre certains membres d'un de ces forums sur le thème de la levée des excommunications Au départ ce fil se constituait d'échanges, de commentaires sur la décision du pape et le positionnement des intégristes de la FSSPX. Progressivement, par un glissement assez fréquent, on vit apparaître des petits bouts de phrases mettant en cause la FM, puis on commença à parler de la laïcité comme source de tous les maux de la société. On vit sortir des noms : Besancenot, Laguiller..., des juxtapositions hasardeuses comme le nazisme et le sionnisme, le communisme et ses 100 millions de morts comparé aux 6 millions de juifs du nazisme etc...

Et cela continua avec apparition de-ci, de là, d'un discours intégriste pur et dur avec des petites phrases du genre ".../... La Shoah est une conséquence de l’antisémitisme des Lumières.../... Elle est le fruit de la sécularisation encouragée aujourd’hui par certains Juifs.../... Le camp du faux progrès est en train de comprendre que cette réconciliation tant attendue entre catholiques sonne la fin de ses victoires contre la famille (comprendre par ex le divorce, le pacs, l'homosexualité...), la vie (comprendre par ex l'IVG, le droit de mourir dans la dignité...) et la liberté (comprendre par ex : la suppression de l'éducation religieuse obligatoire, la laïcité opposée à la théocratie...)...". Petites phrases qualifiées de "mises au point claires et nettes" précédant de peu une tentative de justification des propos de l'évêque négationniste.

Un seconf fil dérivé du précédent fut ouvert sous l'intitulé "Le revisionnisme communiste". Très intéressant il éclaire bien la manière dont ces révisio-négationnistes procèdent. Ainsi il est fréquent de lire des mises en // macabres opposant les 100 millions de morts du communisme et les 6 millions de juifs condamnés par le nazisme. Comme si le crime de l'un était de même nature que celui de l'autre, comme si les morts de l'un étaient quantité négligeable comparés au nombre des morts de l'autre.

Le procédé est subtil pour qui lit trop rapidement ces textes. Textes qui n'ont qu'un but pour ces catholiques aveuglés par les écrits d'un Léon XIII contre le modernisme, le socialisme, le progrès social... ou par ceux du sinistre évêque Jouin violemment antisémite et anti maçonnerie. Il s'agit en effet rien moins que de faire ressortir l'horreur (réelle) des crimes lénino-marxistes, bolcheviques et staliniens, en guerre ouverte contre l'ECAR, pour banaliser ceux du nazisme avec qui elle a su trouver de nombreux acommodements, comme elle a su en trouver avec les régimes fascistes de Franco, Salazar et récemment Pinochet, quitte à tuer par des mots des lumières comme Mgrs Romero ou Camara et la théologie de la libération ou les prêtres ouvriers.

C'est une de ces macabres comparaisons qui a enclenché la polémique dans laquelle un de nos frères tentait de faire ressortir la différence de nature entre le nazisme et le communisme. Un autre intervenant faisant du nazisme un avatar mineur du bolchevisme dans le but d'en minimiser les horreurs.

S'efforçant de toujours distinguer entre "l'idée" communiste des philosophes les plus éclairés et sa dramatique "application" marxiste-léniniste et bolchevico-stalinienne, notre frère exposait que l'idée du communiste utopique plonge ses racines au plus profond de l'histoire des hommes, se serait nourrie des principes du Christianisme et des Lumières jusqu'à la "rupture de sens" marxiste qui allait aboutir à la dictature du prolétariat, en réalité celle d'une nomenklatura au moins aussi calamiteuse que la précédente tsariste. A l'appui de sa thèse, il faisait état des très nombreuses tentatives de vie communautaire telles que le monachisme, différents phalanstères, les Utopiens qui, à la suite de Thomas More (saint catholique), tentèrent de développer la cité idéale, Gaston Ledoux, génial architecte des Salines Royales d'Arc-et-Senans, Baboeuf... jusqu'au constat établi par de nombreux philosophes matérialistes comme Karl Marx ou Blanqui (à qui l'on doit d'ailleurs l'invention de la formule "lutte des classes") qui constatèrent que cette idée généreuse ne pourrait trouver à se réaliser que par le moyen d'une révolution violente destinée à renverser l'ordre du monde dominé par les grands possédants.

C'est contre cette idée généreuse, mais dévoyée en doctrine violente par le triste constat de l'état de la société, que s'éleva un Léon XIII, pape romain, et que prit corps la pensée catholique formulée dans "La Doctrine Sociale de L'Eglise" qui, sans rien remettre en cause de l'ordre social établi, affirme que "c'est par volonté divine que les puissants le sont et commandent, que les pauvres sont pauvres et doivent remercier Dieu de l'état qui est le leur". Il y a bien sûr de grands passages exaltant les vertus du partage. Mais depuis ces cent dernières années on a vu ce qu'en firent les classes dirigeantes et de quel prix les travailleurs ont payé leurs "acquis sociaux", sans que cela entraine de vigoureuses condamnations de qui s'érige, au dessus de tous, en conscience du monde.

C'est dans cette volonté de renverser l'ordre du monde de façon violente que réside la "rupture de sens" entre l'idée d'un communiste philosophique, noble, et son application marxiste-léniniste et stalinienne, sauvage, notamment sous l'impulsion des bolcheviques qui conduisit aux 100 millions de morts par la famine, emprisonnement, torture et autres moyens dégradants et criminels.

Autre est l'idée que notre frère se fait de l'origine du nazisme. Ainsi qu'il l'expose cette idéologie est profondément perverse dès son origine car directement inspirée du vieux mythe païen et germanique de la race supérieure, élue, ainsi que de la volonté de refonder la nation allemande humiliée par la défaîte de 1918 et le Traité de Versailles. Et ce quand bien même le national-socialisme traîne derrière lui quelques bribes de politique sociale.

A la différence du communisme utopique, il n'y a pour le nazisme aucune "rupture de sens" entre son idée fondamentale et son application dans les faits puisqu'aussi bien, et par principe, il ne peut y avoir en même temps cohabitation de deux races supérieures, de deux races élues. Ainsi le juif, du peuple de dieu, devient-il d'emblée le "bouc émissaire" chargé de toutes les tares, coupable de tous les maux du monde et par là justiciable (sic) de tous les châtiments, en réalité de tous les crimes même les plus horribles.

Et c'est bien là que s'établit la distinction entre les crimes de masses et de classes commis par les bolcheviques au nom d'une dictature provisoire, au moins dans l'esprit des auteurs communistes et marxisants, nécessaire passage de l'idée à l'application réussie d'une société sans classe, et le génocide conçu, planifié, organisé et conduit par les nazis dont le Reich devait durer au moins 1 000 ans .

Force est de constater que ce n'est pas l'approche de ces intégristes révisionnistes qui amalgament sans distinction l'idée généreuse du communisme idéologique et ses applications désastreuses et font du nazisme un petit frère du communisme idéologique alors qu'il n'est au mieux que l'avorton du bolchevisme. Nous disons "au mieux" car il évident que même cette idée est inexacte puisque l'inspiration paganiste du nazisme n'a rien à voir avec celle du communisme philosophique (qui, rappelons-le ne doit pas être confondu avec ses déviations mauvaises que sont le bolchevisme, le léninisme et le stalinisme).

Le procédé est ici commode pour ceux qui veulent minimiser le génocide juif et le faire passer pour pas grand chose à côté des grands crimes soviétiques. Pour qui s'inscrit, malgré les repentances actuelles, dans la lignée de cette fraction de l'église catholique porteuse pendant près de deux millénaires de l'infâme accusation d'un peuple juif "déicide". Accusation qui est à la source du racisme et du complotisme juif et judéo-maçonnique des temps modernes. Pour qui veut à la suite de l'évêque Williamson faire preuve de réductionnisme voire même de complet négationnisme.

Ici deux questions se posent :

Quand l'église romaine se donnera-t-elle les moyens de réduire au silence ces malades de la conscience lobotomisés par deux millénaire d'évangélisation mal comprise?

Quelle est la position maçonnique sur ces questions touchant aux idées?

Nous laissons à l'église romaine le soin de répondre à la question qui lui revient.

Quant à la seconde il va de soi que, dans ce qui va suivre, nous n'engageons que nous et en aucun cas aucun de nos frères en maçonnerie de quelque appartenance qu'il soit. Cependant, pour ce que nous en connaissons, il est très clair qu'aucun maçon ne peut avoir de sympathie ni pour le nazisme ni pour les déviations bolcheviques, léninistes et staliniennes issues de l'idée du communisme utopique. Aucun d'entre-nous ne peut approuver ni ces régimes ni, et encore moins, leurs crimes.

Mais que peut-il en être de l'idée d'un communiste philosophique d'avant les matérialistes dont le principe est, comme dans le Christianisme, fondé sur le volontariat en vue : de la mise en commun, du partage, de l'exercice de la fraternité?

Se pourrait-il que les francs-maçons réunis en loge sans distinction de classes sociales, entraînés à partager la connaissance, les savoirs, le temps, le silence, le travail, le pain et le vin, à donner à manger à qui a faim, à boire à qui a soif, appliqués à mettre en actes une solidarité active, bien loin du simple copinage, de l'entremise et du lobbying, soient des "utopiens", voire des "communistes utopiques" qui s'ignorent?

Porter au dehors ce que nous recevons au dedans des loges n'est-ce pas chercher à impégner la société des idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité, qui sont fondamentalement des valeurs évangéliques et républicaines, afin de parvenir sans violence à cette société idéale dont beaucoup de nos ainés ont tant rêvé? Pour laquelle un grand nombre a donné sa vie?

Le chemin est certes encore long, et nous sommes ouvriers malhabiles, mais, comme le disait un de nos vieux maîtres : "il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre" et, chaque jour, de remettre l'ouvrage sur le métier.

Gardons-nous cependant de céder à la tentation du pouvoir effectif.

C'est en effet par l'exemple que nous devons agir et non par ce qui ne manquerait pas une fois encore de dériver, après l'inéluctable "rupture de sens" entre l'idée et l'application, vers l'absurde et l'horreur. Et ce afin que, jamais, au grand jamais, quiconque puisse dire "qu'un mal affreux est sorti de nos loges et de la société des maçons".

Pour qu'au contraire les hommes soient dans la connaissance qui seule rend libre, dans le partage qui seul rend égaux et dans la fraternité puisqu'aussi bien, et ainsi que le proclament et les Evangiles et la maçonnerie depuis son origine, nous n'avons qu'un seul Père.

Une question demeure : Et Dieu ou le GADL'U:. dans tout ça?

Faisons en sorte que la Sagesse préside à la construction de notre Temple, que la Force le soutienne et que la Beauté l'orne, que l'Amour soit parmi les hommes, que la Paix soit sur terre et que la Joie soit dans les coeurs.

Dieu et le GADL'U:. devraient y trouver leur compte. 

Source : http://lodgamour.blogspirit.com/tag/nazisme

Lire la suite

Kabbalah et vie moderne

31 Janvier 2013 , Rédigé par Rav Itzhaq Ginsburgh Publié dans #spiritualité

INTRODUCTION
Les 7 lois noahides sont les commandements que Dieu a transmis à Adam, puis à Noé et à tous ses descendants après l'époque du déluge. Les 7 lois noahides existent depuis la genèse de la création et concernent toute l'humanité. A l'origine, elles faisaient partie de la « Torah », « la Loi », que Dieu donna au peuple d'Israël sur le Mont Sinaï. La Torah représente la source première de ces 7 commandements. Elle impose au peuple d'Israël l'obligation de les enseigner à toutes les nations du monde. Tout homme qui s'engage à suivre les 7 lois noahides reconnaît de facto que le but ultime de sa vie est de servir Dieu et de rétablir la paix dans le monde.

LA NATURE DE L'AME
Chaque âme humaine possède 10 « sephirot », les 10 pouvoirs spirituels d'expression de l'âme. Les 3 premières sephirot sont intellectuelles, et les 7 suivantes relèvent des émotions. Les 3 premiers pouvoirs liés à l'intellect représentent la force de motivation première de l'élément divin de l'âme. Les 7 autres pouvoirs émotionnels représentent la force de motivation première de l'élément animal de l'âme.
A l'état naturel de l'âme animale, les 3 pouvoirs de l'intellect sont au service des désirs terre-à-terre des 7 pouvoirs des émotions. La fonction essentielle des 7 lois noahides est de rectifier cet état. Pour un être humain, un recadrage spirituel implique le raffinement de ses 7 pouvoirs émotionnels innés, en s'engageant à appliquer les 7 commandements noahides. La nature primitive d'un homme va être ainsi transformée en une seconde nature, régénérée et rectifiée, lui permettant alors d'accéder aux 3 niveaux supérieurs de son âme et d'avoir une nouvelle vision du monde. Cette vision est la porte d'accès à la connaissance de l'unité divine. Une telle perception entraîne alors les 7 pouvoirs émotionnels à se mettre au service des 3 pouvoirs intellectuels de l'âme, aboutissant ainsi à la rectification de l'état naturel de l'âme.
Si un individu néglige ses obligations quant à l'observance des 7 lois noahides, il restera toujours dans l'incapacité d'accéder à la véritable unité divine et risquera perpétuellement de sombrer dans un panthéon de cultes païens : le culte du spectacle, de l'argent, du pouvoir, de la dépravation des mœurs , le culte de l'homme, de la nature, de l'autodiscipline, etc. Tous ces cultes ont pour but la négation du service des 3 pouvoirs intellectuels de l'âme au profit de la connaissance de l'unité divine. En bref, l'idolâtrie peut être définie comme le culte de n'importe quoi ou n'importe qui, autre que la véritable unité divine.
Le chiffre 7 a aussi une signification spéciale dans la tradition biblique. Il est chargé d'un caractère affectif. Selon les sages d'Israël, tous les septièmes sont « chéris ». A l'opposé, chez les nations, le chiffre 7 représente généralement la réalité séculaire. Par exemple, le septième jour de la création n'aura qualitativement rien de différent des six autres jours de la création. Il restera un jour de travail et d'activité matérielle, comme tous les autres jours. Tandis que pour les Juifs, c'est un jour de repos et de rupture de toute activité matérielle créatrice. Le septième jour va permettre à l'homme de vivre l'expérience du dévoilement de la transcendance divine. Le chiffre 7 symbolise, dans le Judaïsme, l'unité, tandis que dans la culture universelle, il représente la pluralité.

LES 7 LOIS NOAHIDES
Les 7 commandements noahides correspondent aux 7 pouvoirs émotionnels de l'âme, qui correspondent eux-mêmes aux 7 parties du corps principales.

HESSED = l'amour ; la bonté et la générosité gratuites

Interdiction de l'adultère, l'inceste, l'homosexualité et toute forme de débauche

BRAS DROIT

GUEVOURA = la force

Interdiction du meurtre

BRAS GAUCHE

TIPHERET = la beauté

Interdiction du vol

TORSE

NETSAH = la victoire

Interdiction du culte des idoles

JAMBE DROITE

HOD = splendeur, reconnaissance, remerciement

Interdiction du blasphème

JAMBE GAUCHE

YESSOD = fondement

Interdiction de consommer un membre arraché à un animal encore vivant

ORGANES SEXUELS

MALKHOUT = royauté

Etablissement d'une justice équitable

BOUCHE

La dépravation sexuelle représente la dégradation et la transformation en mal de la qualité de bonté et de générosité.
Le meurtre représente la dégradation et la transformation en mal de la qualité de la force.
La beauté est une qualité qui facilite l'intérêt et la considération dans les rapports sociaux. La dégradation de cette qualité et sa transformation en mal est représentée par le vol.
La foi en Dieu représente la victoire ultime de l'homme contre le mal (dont le seul pouvoir réel représente sa faculté à dévier la foi en Dieu). Elle ouvre la porte à l'éternité. La transformation en mal de la foi est le culte des idoles.
Le blasphème est le « partenaire » du culte des idoles. Il représente la transformation en mal de la gratitude à l'égard de Dieu.
Les 5 premiers des commandements noahides, ainsi que le 7ème, ont été donnés à Adam à l'origine. Le 6ème commandement a été donné à Noé, après le déluge. La Torah se réfère à Noé, comme étant le « Tsadik » (juste) et le « Yessod » (fondement) de sa génération. Les 10 premières générations de l'humanité avaient reçu de Dieu l'ordre d'être végétariens. Après le déluge, Dieu autorisa Noé et ses descendants à manger de la viande. Il leur interdit néanmoins de consommer un membre arraché à un animal encore vivant, ainsi que du sang provenant d'un animal encore vivant.
Le 7ème commandement noahide est le seul qui soit positif. Il consiste à établir un pouvoir exécutif destiné à juger toutes les transgressions liées aux 6 commandements précédents. Son but est de créer une société droite et juste. Il correspond à la royauté, représentant le fondement de tout gouvernement. La qualité de royauté reçoit un influx de tous les autres pouvoirs de l'âme. Dans le corps humain, cette faculté de régner correspond à la bouche, dont la fonction principale est de diriger et contrôler la société.

LES 7 PRINCIPES DE LA FOI
Chacune des 7 lois noahides contient une dimension interne reliée aux 7 principes du service de Dieu. Le « Tikoun » ou « réparation de l'univers » dépend de l'application des 7 lois noahides par les non-Juifs. Ayant reçu la Torah sur le Mont Sinaï depuis plus de trois mille ans, le peuple juif détient la responsabilité de transmettre à l'humanité l'héritage de ces 7 lois. Ainsi, un non-Juif ne pourra jamais accéder au rang d'un être vertueux par le mérite des 7 lois s'il ne ressent aucune affinité avec le peuple d'Israël, même si cet individu possède une grande finesse de caractère lui conférant un comportement des plus humanistes. De la relation d'un non-Juif avec un Juif dépendra donc le redressement spirituel de l'univers.
Lorsqu'un homme ressent une profonde affinité pour les Juifs, il reçoit un influx d'inspiration divine issue de l'âme même du peuple d'Israël. Il devient alors animé de la ferme motivation d'être un homme digne, dans toutes ses relations avec autrui, et de consacrer sa vie au service de Dieu. Le redressement total du monde va dépendre du degré d'inspiration et de spiritualité qu'il recevra par le biais du peuple juif jouant un rôle de prêtre parmi les nations, et
oeuvrant en faveur du bien de la société.
Quand les nations respecteront strictement les 7 commandements noahides, les hommes seront attirés les uns vers les autres, dans une relation d'amitié sincère et d'amour gratuit, et ce, dans un sentiment existentiel d'humilité vis-à-vis de son prochain. Le monde acceptera alors le joug de la royauté céleste, tel qu'il est défini dans la Torah, et accédera à une vision authentique de la vie.
La fonction initiale de chacun des 7 principes de la foi et du service divin pour les hommes est d'élever leur conscience à un niveau supérieur. Ce résultat sera forcément accompagné d'une plus grande capacité d'expression du libre arbitre.
Chacun des 7 pouvoirs émotionnels de l'âme, à savoir l'amour du bien, la force, la beauté, la victoire, la splendeur, le fondement, et la royauté, possède une dimension sous-jacente. Ce sont, respectivement : l'amour, la peur, la miséricorde, la confiance, la sincérité, la vérité et l'humilité. Nous allons examiner ci-après comment chacun des 7 pouvoirs conduit l'homme à un état déterminé de conscience, et à la mise en application d'un principe défini de la foi et du service divin.

L'AMOUR OU LA RECREATION PERPETUELLE DE L'UNIVERS
Il n'est pas nécessaire d'avoir une intelligence hors du commun pour se rendre compte que D. ieu a créé l'univers. Aucune entité ne peut se créer elle-même.
L'esprit humain étant toujours rattaché à la notion de temps, il faut rappeler que la genèse de la création du monde semble se situer dans un passé lointain. Depuis cet instant-là, l'univers a été porté à l'existence, avec sa quantité globale de matière et d'énergie. Il continue, certes, à exister et à évoluer naturellement, mais seule sa forme subit une transformation. Selon les lois de la physique, il n'y a nulle part création nouvelle de matière ou d'énergie, mais transformation de matière ou transformation d'énergie, à partir d'une matière ou d'une énergie déjà existantes.
Or, la conscience de l'existence de la présence divine débute par la perception du principe de la REcréation perpétuelle de l'univers, par Dieu. Si Dieu n'était pas impliqué dans un tel processus (comme Il l'a été depuis l'instant zéro), en réinsufflant dans le monde une impulsion créatrice à chaque instant, l'univers entier retournerait au néant primitif d'où il a été créé. Pour comprendre correctement ce processus de REcréation perpétuelle de l'univers, il faut apprécier l'amour infini que le Créateur porte à chacune de ses créatures, comme l'exprime le Psalmiste : « Le monde est construit à partir de l'amour du bien gratuit » (Psaumes, 89-3). Le prototype de l'amour du bien gratuit est représenté dans la Torah par le personnage d'Abraham. En hébreu, le nom propre AB-RA-HAM contient les même lettres que le mot HI-BAR-AM (= « lors de leur création »). Il y a donc similitude d'identité entre le bien gratuit et la création du monde.
En outre, la Bible établit clairement qu'Abraham et son épouse ont littéralement « créé » des individus vertueux en détournant des hommes païens du culte des idoles et en les guidant vers la connaissance et le service de Dieu. Or, cet amour infini que Dieu porte à la création, s'identifie, dans son essence, à la racine suprême de l'âme d'Abraham, le premier individu juif dans l'histoire de l'humanité. Par conséquent, si un non-Juif reconnait que son existence propre, ainsi que celle de toute entité matérielle réelle, dépend perpétuellement de ce même amour divin infini, il sera automatiquement attiré à aimer le peuple d'Abraham.
Le verbe « créer » contient, dans la langue hébraïque, les mêmes lettres que celles de l'adjectif « sain ». Etant donné que Dieu continue perpétuellement à « recréer » l'univers, Il continue aussi perpétuellement à insuffler en lui un courant de guérison. En d'autres termes, faire attention au processus de REcréation perpétuelle revient à attirer dans son existence personnelle une force de guérison divine. Une telle conscience permet de se guérir soi-même et d'acquérir le pouvoir de guérir les autres.
En résumé, le point de départ de la réparation spirituelle de l'humanité est la perception du processus de REcréation perpétuelle de l'univers.

TOUT EST ENTRE LES MAINS DU CIEL, SAUF LA CRAINTE DU CIEL
Tout homme possède un libre-arbitre lui permettant de choisir librement d'appliquer ou d'ignorer les 7 commandements noahides. Néanmoins, les sages d'Israël enseignent que tout est entre les mains du ciel, sauf la crainte du ciel. Le libre arbitre de l'homme se rapporte essentiellement à la crainte du ciel que l'homme ressentira.
Ce précepte se réfère directement à la manière de servir Dieu. Le livre des Psaumes aborde ce sujet dans deux versets distincts. L'un dit : « Servez Dieu dans la joie » (Psaumes, 100-2) et l'autre énonce : « Servez Dieu dans la crainte » (Psaumes, 2-11). En fait, le premier verset s'adresse à ceux qui font partie du « peuple des serviteurs de Dieu », tandis que le second verset concerne ceux qui n'en font pas encore partie. Néanmoins, chaque être humain est libre de gravir les échelons de l'échelle de la foi. N'importe quelle personne dotée d'une âme motivée peut atteindre l'absolu divin, faire partie du peuple des serviteurs de Dieu et être considéré comme l'un de ses enfants à part entière.
Il existe de nombreux niveaux de la crainte divine. Le niveau le plus courant se réfère à la crainte du châtiment divin, qui va induire l'homme à s'abstenir de pécher. Chez un serviteur de Dieu, le niveau basique se réfère à la crainte du Roi de l'univers omnipotent. S'il est vrai que ces deux niveaux se réfèrent invariablement au pouvoir de Dieu de décréter la vie ou la mort, le premier niveau ne se focalise nullement sur le Roi tout-puissant lui-même, mais seulement sur la menace de la sanction divine. Lorsque le niveau de crainte divine éprouvée par un homme rejoint le niveau correspondant chez un serviteur de Dieu, ce même homme devient lui aussi apte à expérimenter une approche du Roi lui-même, et à s'adresser à lui dans ce même esprit de crainte. Cette étape représente l'origine essentielle du pouvoir de l'âme à agir sous l'emprise du libre-arbitre. Le seul et unique choix véritable qu'une personne fait dans sa vie est de s'adresser ou non à Dieu. A l'extrême, un serviteur de Dieu se tourne vers Dieu dans une relation d'amour l'amour qu'un fils porte à son père. Un homme se tourne vers Dieu dans une relation de crainte la crainte qu'un serviteur ressent pour son maître. Néanmoins, c'est le sentiment de crainte divine de l'âme d'un serviteur de Dieu qui va permettre au sentiment de crainte divine d'un homme de s'élever.
Le plus grand exemple, cité dans la Bible, d'une société se tournant vers Dieu est l'histoire du repentir de la cité de Ninive, relatée dans le livre de Jonas. Les Juifs font la lecture publique de cette histoire, au point culminant de la journée la plus sainte de l'année : le Yom Kippour ou « Jour du Grand Pardon ». Ce livre se réfère à l'action d'une seule âme juive, celle du prophète Jonas, qui devint un instrument entre les mains du Tout-Puissant afin d'inciter une multitude d'âmes à revenir sincèrement à Dieu et amender leur conduite. Il apparaît dans ce texte biblique que les habitants de Ninive étaient motivés, au début, par la crainte du châtiment divin. Cependant, après avoir entendu le miracle vécu par Jonas, ils reçurent une inspiration d'une dimension nouvelle et purent, à leur tour, ressentir une crainte du D. ieu d'Israël, d'un niveau supérieur.

LA MISERICORDE DIVINE ACCOMPLIT DES MIRACLES
Au commencement, Dieu avait l'intention de créer le monde selon le principe de justice : chaque individu serait alors jugé et rétribué en accord avec le mérite de ses intentions et de ses actes. Mais il vit que le monde ne pourrait alors subsister. Aussi Dieu fit-il passer au premier plan l'attribut de miséricorde et l'associa à l'attribut de justice, et ce fut ainsi qu'il put créer un univers durable.
L'ordre naturel de la création reflète l'attribut de rigueur divine, tandis que la miséricorde divine s'exprime sous forme de miracles qui viennent dépasser et remplacer les lois naturelles au sens strict du terme. La miséricorde divine s'étend sur toutes ses créatures, comme l'exprime le Psalmiste : « L'Eternel est bon pour toute la création, et sa miséricorde s'étend sur toutes ses
oeuvres » (Psaumes, 145-9).
Le processus de REcréation perpétuelle représente pour Dieu un acte d'amour gratuit. Les lois naturelles parfaitement établies, et qui restent vraies au-delà de la création de l'espace-temps, sont le reflet de l'attribut divin de toute-puissance et de jugement. La règle fondamentale de la rigueur divine est celle de « mesure pour mesure ». Dans son infinie miséricorde (qui représente la dimension profonde de l'attribut divin lié à la beauté), Dieu permet au règne du surnaturel de se manifester.
La reconnaissance de l'attribut divin de miséricorde et du désir et du pouvoir que Dieu a de changer le cours naturel des choses (sans rapport direct avec les mérites de l'homme) réveille dans le coeur de l'homme le désir de se tourner vers le Créateur et se consacrer à son service. Dans le langage des sages d'Israël, la prière est définie comme « une requête de miséricorde ». Nous prions que Dieu nous guérisse « miraculeusement » de toute maladie, qu'il pourvoit aux besoins des pauvres et gratifie les couples stériles d'une progéniture. Nous prions aussi Dieu qu'il nous accorde un esprit saint et un corps pur afin de le connaître et d'être apte à imiter son comportement.
Les sages d'Israël enseignent que le meilleur moyen pour « réveiller » la miséricorde divine est d'adopter soi-même un comportement de miséricorde, de sympathiser avec autrui et de faire preuve de miséricorde envers tous. En d'autres termes : « Quiconque témoigne de la miséricorde envers les autres sera lui-même jugé avec miséricorde par le Ciel ».
Si un homme analyse l'histoire du monde, des temps antiques à nos jours, il sera surpris de constater à quel point Dieu a fait preuve de miséricorde envers les enfants d'Israël. Même pendant les périodes d'extermination de l'exil, leur flambeau ne s'est jamais éteint. Lorsqu'on constatera un tel phénomène, on pourra avoir une approche véritable de ce que représente réellement l'attribut de miséricorde dans la manière de servir Dieu.
Dans les prophéties bibliques, le Messie est décrit comme un mendiant implorant la miséricorde humaine au seuil de l'entrée d'une maison. Seul un tel individu pourra apporter le salut à l'humanité entière. C'est seulement en reconnaissant la miséricorde divine et les actes miséricordieux dont l'Eternel gratifie toute la création que les hommes pourront se connecter avec l'âme du véritable sauveur de toute l'espèce humaine.

LA VICTOIRE (= LA CONFIANCE) OU L'AUTO-TRANSFORMATION
Dans le service de Dieu, la victoire ultime de l'âme humaine représente le triomphe du bon penchant de l'homme sur son mauvais penchant. Pour atteindre la victoire dans cette guerre spirituelle, il faut passer par une phase de métamorphose de sa personnalité.
La Torah demande à l'homme un changement de son comportement afin de devenir un individu vertueux. Les hommes qui acceptent les 7 lois noahides comme un héritage transmis par la Torah à l'humanité entière, par l'intermédiaire de Moïse le serviteur de Dieu, subissent alors ce changement souhaité et atteignent un niveau supérieur de libre-arbitre.
Comme pour tous les pouvoirs cachés de l'âme, la victoire possède une dimension cachée : le pouvoir de mettre toute sa confiance en Dieu. Lorsqu'un individu médite sur l'influence permanente de D. ieu sur le monde, combien le Créateur pourvoit continuellement aux besoins de chaque être humain et lui accorde toutes les ressources spirituelles nécessaires à l'amélioration de sa conduite et de ses traits de caractère, lui permettant ainsi de se transformer en une créature nouvelle, lorsqu'il médite sur tous ces bienfaits, un sentiment de confiance en Dieu va naître dans son âme.
La qualité de la victoire dérive de l'amour du bien gratuit. Dans le service divin, un tel amour correspond à la conscience du processus de REcréation perpétuelle. La victoire est envisageable lorsque l'on garde la conviction qu'il est toujours possible, et par conséquent jamais trop tard pour qui que ce soit de redresser son comportement et se transformer.
La victoire suit les 3 états précédents de conscience :
Conscience de l'amour du bien gratuit
Conscience de la crainte
Conscience de la miséricorde
Lorsqu'on a goûté à l'expérience de l'amour que Dieu nous porte (par exemple, lorsqu'il nous « crée » à nouveau à chaque seconde), nous allons nous tourner vers lui sous le dévoilement de la crainte, qui représente le cachet de l'expression du libre arbitre, et en venir finalement à reconnaître sa miséricorde. Le plus grand miracle opéré par Dieu est ce cadeau offert à l'homme de pouvoir s'améliorer. Si un homme suit le processus de semi-transformation de sa personnalité en un modèle d'être humain vertueux, processus nécessaire à l'obtention du titre de « juste parmi les nations », il brise son emprisonnement spirituel issu des niveaux obscurs inhérents à son âme animale (représentant l'état de l'être humain imprégné d'un mélange de bien et de mal) et accède au niveau de l'âme divine. Il dévoile ainsi l'attribut de victoire, et devient à son tour un homme « victorieux ».

LA SINCERITE : « JE SUIS LE SERVITEUR D'ABRAHAM » (Genèse, 24-34)
Tout homme est destiné à devenir un serviteur de Dieu. La conscience de la servitude est identifiée dans la Kabbalah à l'attribut divin de la « splendeur », dont la dimension cachée est la « sincérité ». Ainsi, un serviteur sincère se tiendra devant son maître dans un état de soumission totale. Cet état de soumission sincère va créer une auréole de « splendeur » qui réunira à la fois le maître et le serviteur.
La sincérité dérive de la crainte. Lorsqu'un homme acquiert les qualités de soumission et d'auto-engagement, il en vient à servir Dieu avec crainte et joie simultanément.
La victoire et la splendeur donc la confiance et la sincérité agissent comme deux partenaires. Ces deux qualités représentent deux formes d'auto-transformation. La victoire correspond soit à une transformation totale de l'âme animale, soit à un processus de semi-transformation requis afin de devenir un individu vertueux. La splendeur correspondra à la conversion totale à une identité de serviteur fidèle à Dieu.
Dans la Bible, un exemple classique de serviteur vertueux et fidèle à Dieu est Eliézer le Cananéen, serviteur d'Abraham. Par égard à sa vocation totale au service de son maître, Abraham l'a placé intendant sur toute sa maison. Dans sa dévotion sincère et absolue à la volonté d'Abraham, Eliézer a mérité se séparer du monde maudit pour entrer dans le monde béni. A travers l'exemple d'Eliézer, nous nous trouvons en présence d'un cas de réparation spirituelle de l'âme d'un homme, concernant l'interdiction noahide de blasphémer (la 5ème des 7 lois noahides), qui correspond à la qualité de la splendeur ou de la reconnaissance.
Eliézer proclame : « Je suis le serviteur d'Abraham » (Genèse, 24-34). Il ne se réfère pas à lui-même en citant son propre nom. Il a donc déjà atteint le niveau d'une prise de conscience existentielle : celle de n'exister qu'à travers l'identité de son maître Abraham.

LA VERITE : LA PROVIDENCE DIVINE
Les sages d'Israël se réfèrent à l'attribut divin de « vérité » comme étant le « sceau » de Dieu dans la création. Exactement à la manière d'un peintre qui signe son nom sur une de ses
oeuvres, Dieu a apposé son « emblème » par l'intermédiaire de l'attribut de vérité sur tout élément réel de la création. L'éternelle sensation de la présence de Dieu et de sa providence dans le monde, c'est cela la « signature » de Dieu sur l'oeuvre de sa création. Concrètement, Dieu et sa providence sont omniprésents. Dieu crée le monde avec l'attribut d'amour. Il opère des miracles avec celui de la miséricorde. Il fait connaître à toute la création sa présence et sa providence, grâce à l'attribut de vérité.
La providence divine est comparée, dans la Bible, aux « yeux du Créateur ». Elle observe avec vigilance et détermine le cours immédiat comme l'avenir à long terme de n'importe quel élément de la création, fut-il le plus minuscule. C'est elle qui jauge et module le « pouls de la vie » dans chaque créature vivante, dispensant continuellement le processus de la vie.
Il existe deux niveaux de conscience dans l'approche de la providence divine. Le premier niveau consiste à reconnaître le souci que Dieu porte au sort de chacune de ses créatures. Le second niveau consiste à reconnaître pleinement et totalement que le sort de chaque élément de la création, et de toutes les créatures, est invariablement lié à un processus d'évolution de l'univers divin vers un objectif déterminé et des buts bien définis. Chaque événement ou phénomène se réalisant dans le cosmos, du microsome au macrocosme, est intrinsèquement lié à un autre événement ou phénomène, ou même à d'autres événements qui contribuent tous à l'objectif ultime de Dieu : « lui façonner une résidence, ici-bas ». Après que le plus bas niveau de réalité matérielle a reconnu l'influence de cette lumière transcendante qui irradie l'univers et a fusionné avec elle, seulement alors la présence divine peut venir « résider » parmi nous.

LA MODESTIE : UNE DEMEURE POUR DIEU
Toutes les étapes du processus créateur (l'évolution des mondes, leur interaction et leur réunification ultime) dépendent de la dynamique du don et de la réception. La volonté de donner et celle de recevoir représentent les deux grandes forces cosmiques fondamentales de l'univers. La volonté de « donner » représente le principe « mâle » de la création, tandis que celle de « recevoir » en représente le principe « femelle ».
Se rendre compte du caractère « vide » de ses « récipients » propres, c'est expérimenter sa modestie existentielle. Cette qualité représente la dimension cachée de l'attribut divin de « royauté », le septième et dernier des pouvoirs émotionnels de l'âme. En conclusion de toute expérience émotionnelle, la sensation de modestie implique une dépendance totale envers la bienveillance divine.
Le désir ultime de Dieu en créant le monde est d'amener notre niveau de réalité le plus modeste à servir d'emplacement à la résidence divine, de demeure dans laquelle l'essence de Dieu puisse être révélée. La qualité de modestie désigne, dans l'âme, l'état de référence à ce « domicile ».
Toutes les âmes aspirent à s'élever, du niveau de l'animal à celui de l'homme, et d'acquérir le statut de fils premier-né de Dieu, et ce, comme si Dieu lui-même y avait apposé son sceau. En d'autres termes, c'est le receveur lui-même qui va attirer, depuis le niveau d'en bas où il est reclus, la volonté du donneur de descendre et de franchir le seuil de la demeure créée à son intention. Ce processus définit la mission de l'humanité : faire de ce monde une demeure plaisante, un domicile digne où la présence divine descendra illuminer la réalité toute simple et y apporter la bénédiction.
La relation entre les Juifs et les non-Juifs dans le processus de réparation spirituelle de l'humanité est un véritable partenariat, semblable au partenariat existant dans la vie d'un couple homme/femme. Dieu est le troisième « partenaire » dans tout mariage. C'est par son pouvoir que le couple s'accomplira et pourra porter ses fruits.

CHARTE SYNOPTIQUE DES 7 LOIS NOAHIDES

LA CRAINTE
La crainte du ciel
Le libre arbitre position en état de crainte vis-à-vis de Dieu
L'AMOUR DU BIEN GRATUIT
Vivre l'expérience du processus de la REcréation perpétuelle
l'amour, énergie créatrice
LA MISERICORDE
Se tourner vers Dieu par la prière
Implorer sa miséricorde
Reconnaître la vraie source de toutes les bénédictions
LA SINCERITE
Le service du roi
Le simple serviteur
Et le serviteur fidèle
LA VERITE
La providence divine
Le salut de l'homme et de l'animal
LA MODESTIE
Devenir un réceptacle
Le pouvoir inhérent à un récipient : « s'élever de son niveau inférieur »

Source : http://www.galenai.fr/index.php/7-lois-de-noe

Lire la suite

Un texte d'actualité (1744)

30 Janvier 2013 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

MES FRERES,
Je ne sçaurois plus longtems vous dissimuler la douleur dont mon cœur est saisi, à la vue du brigandage, qui déshonore la Maçonnerie. Cet astre bien faisant, à peine a-t-il été levé sur notre tête, à peine nous sommes nous réjouis à sa lumière naissante, qu'il a commencé de s'obscurcir ; que de taches n'a-t-il pas contractées insensiblement ! & dans ces momens qu'il devroit briller comme en son midi, il souffre, hélas ! Une éclypse totale, dont je ne prévois pas sitôt la fin ; mais parlons sans figure, il semble que nous travaillons, de concert avec nos ennemis, pour nous aliéner les cœurs. Les Prophanes se scandalisent avec raison ;

1°. de notre peu de délicatesse dans le choix des sujets ;

2°. du trafic honteux des initiations ;

3°. de la somptuosité de nos repas ;

4°. de notre peu de conformité avec les Loges si recommandables des Provinces ;

& 5°. enfin de l'imposture d'une Maçonnerie hermaphrodite & bâtarde, qui fera bientôt le rendez-vous du crime, & sous les ruines de laquelle nous sommes menacés d'être ensevelis. Voilà les maux dont le Public n'est que trop instruit ; en voici d'autres qu'il connoît moins.

1°. On ne lit jamais dans nos Loges les beaux Règlemens de celles d'Angleterre, qui seroient si capables de nous réformer ; ne seroit-ce pas parce que cette lecture seroit trop humiliante pour nous ?

2°. La plupart des Frères ne sçait presque rien de notre art, parce qu'on néglige leur instruction.

3°. Le nombre des Maîtres n'est pas en proportion avec celui des Maçons, tel Maître compte cinq cent Maçons, & plus de sa Loge, comment lui seroit-il possible de les assembler tous à la fois ? Il faut que les neuf dixièmes soient à attendre leur tour, qui vient à peine par semestre.

4°. L'ignorance est si générale que la plupart des Maîtres & des Surveillans ne sçavent pas encore que la Maçonnerie est composée de sept grades, & la Loge générale même a décidé à l'aveugle le 11 Décembre 1743, qu'elle ne regarderoit les Maçons du quatrième, c'est-à-dire, les Maîtres Ecossois, que comme de simples Apprentis & Compagnons.

5°. L'administration des fonds n'est ni ordonnée, ni justifiée, la recette & la dépense se font sans contrôle, sans reddition de compte, elles passent par des mains prodigues, ou infidèles. De là, que de profusions ! Que de déprédations ! Que de maçons pauvres abandonnés à leur indigence, faute de fonds pour les secourir ! Que de Prophanes qui fuyent une initiation, laquelle dans le besoin ne leur procureroit pas plus de ressource, qu'ils en trouvent dans le monde non-Maçon ! Voilà les maux qui nous attireront bientôt le mépris du Public & les défenses du Gouverneur, si nous différons de nous corriger ; je vous les expose, la larme à l'œil, & m'en remets à vous, qui êtes sages & zélés, pour y apporter les remèdes qu'ils demandent, afin qu'il ne soit point dit un jour, à notre honte, que nous ayions fait périr, par notre faute, l'établissement du monde le plus avantageux à la Société.

Non, ce n'est pas de moi mais avouez que ce texte est assez d'actualité !!! Il est tiré de "La Franc-maçonne ou Révélation des mystères des Francs-maçons", pseudo divulgation de 1744 (rituel complètement erroné) mais dont l'intérêt réside principalement dans le texte que je viens de vous livrer... D'une part du fait des critiques que nous pourrions reprendre à notre compte aujourd'hui et d'autre part sur l'allusion aux 7 Grades dès 1744...

Il s'agit sinon d'un délicieux petit roman libertin du XVIII° :-)
 

Publié par Philippe Michel dans « Musée de la Franc-Maçonnerie (groupe officiel)

Lire la suite

L’architecture morale

30 Janvier 2013 , Rédigé par Oswald Wirth Publié dans #spiritualité

Pour construire matériellement, il convient de déblayer le terrain choisi et de l'aplanir, afin qu'il puisse se prêter aux opérations géométriques déterminatives de l'orientation et du plan du futur édifice. Il faut ensuite creuser le sol jusqu'aux couches résistantes du terrain, puis dresser des échafaudages s'élevant jusqu'à la hauteur assignée à la construction. Enfin les blocs extraits de la carrière sont charriés sur place et taillés selon leur destination. Il est indispensable qu'ils puissent s'ajuster entre eux dans la perfection, qu'ils soient alignés en assises horizontales et celles-ci superposées verticalement. N'oublions pas le ciment qui relie les matériaux et réalise l'unité de l'ensemble.

L'art de bâtir procède d'une manière analogue dans le domaine humain. Substituez des hommes aux blocs de pierre et vous ne les unirez pas autrement qu'en les conformant à la place qu'ils sont destinés à tenir dans une société humaine harmonique et sagement coordonnée, comme un édifice bien construit.

La philosophie des anciens constructeurs matériels s'est complue à transporter dans le domaine de l'
esprit les opérations architecturales. Le déblaiement du terrain s'est ainsi traduit par le rejet hors de l'entendement des idées encombrantes, impropres à la construction mentale projetée. Dans son Discours sur la Méthode, Descartes s'est inspiré d'une nécessité constructive, en prescrivant au chercheur de vérité de commencer par faire table rase de toutes ses idées préconçues et de tous les préjugés reçus de son milieu. Répudiant l'artificiel et tout ce qui est artificiellement acquis, il faut revenir à la simplicité de nature, disent les disciples d'Hermès, pour entrer dans la voie de régénération qui conduit à la Lumière et à la Vie. Débarrassons-nous de ce qui est faux
, suspect ou douteux, si nous entendons bâtir spirituellement notre sanctuaire de certitude.

Le besoin de bâtir individuellement ne s'impose pas au bénéficiaire d'un abri, église ou école ; lui épargnant le souci de la recherche hasardeuse du Vrai. Qui s'estime éclairé ne part pas à la conquête de la Lumière ; mais il est des esprits inquiets, en méfiance à l'égard de fausses clartés. Plutôt que de consentir à la duperie qu'ils soupçonnent, ils s'élancent dans les ténèbres, en se fiant à la lumière qu'ils croient porter en eux-mêmes. Ce sont là les profanes parmi lesquels se rencontrent les initiables.

Ceux-ci trouvent le chemin du Temple qui se construit et se font instruire par les bâtisseurs. Avec eux, ils purgent leur mentalité, puis creusent leur propre sol, afin de pénétrer en eux-mêmes, car il leur faut descendre jusqu'aux assises solides de leur certitude.

De quoi sommes-nous certains, en dernière analyse ? De notre existence individuelle, de notre faculté de sentir, de penser et de vouloir. Cette constatation fondamentale devient la pierre d'
angle
d'une construction qui s'exécute pierre à pierre, sous le contrôle des instruments d'un art éprouvé, perfectionné au cours des siècles.

Le constructeur ne se contente pas d'établir des fondations solides, puisqu'il est appelé à bâtir en hauteur. Après avoir fouillé les profondeurs du sol, il affronte le vertige des élévations dont il est l'artisan. L'ouvrier du bâtiment évite la chute matérielle qui lui serait fatale. Il n'en est pas de même du constructeur philosophique, qui retombe volontairement des
altitudes vertigineuses, où son activité ne saurait trouver un emploi fécond. Quand il a posé la pierre concluante au sommet de la tour du système conçu, il redescend pour tailler les autres blocs du chantier. Il travaille au milieu de compagnons qui s'instruisent réciproquement en déployant leur habileté. C'est dire que le penseur reste en communion avec ceux qui travaillent comme lui humanitairement, non en vue de poursuivre des chimères ou pour se singulariser par l'originalité de leurs conceptions, mais dans le désir de penser juste, en se trompant le moins possible, afin de contribuer à aider tous les êtres pensants à penser mieux et à juger plus sainement. L'Initié constructeur n'aspire pas à la Gnose
intégrale, révélatrice de tous les secrets. Il est modeste, en ne sollicitant que la lumière lui permettant de bien travailler. Voulant bien faire, faire le mieux possible, il se sent le droit d'être éclairé en conséquence.

Je suis dans la vie pour devenir meilleur et contribuer à l'amélioration de l'existence terrestre. Des spéculations sur ce qui peut m'attendre après la mort n'ont pas à me distraire de ma tâche constructive humaine, tant que je ne suis pas appelé à un autre travail. J'ignore le sort qui me sera réservé au sortir du mode actuel de mon existence et je refuse de me préoccuper de ce qui échappe à ma possibilité de connaître. Honnête ouvrier, j'use pour le mieux des outils qui sont à ma
disposition
et j'ai confiance en la Vie, à l'œuvre de laquelle je me suis associé. Quand elle m'appellera à travailler sur un autre plan, elle m'outillera et m'éclairera en vue de la nouvelle tâche qu'elle m'assignera.

Telle est la conviction de l'
adepte
constructeur. Il ne condamne ni le rêve, ni la métaphysique, mais s'en tient aux règles de son métier positif et terrestre. Ce n'est pas dans les nuages de l'abstraction qu'il exerce l'architecture : il construit sur le sol résistant, où peuvent s'aligner et se superposer les matériaux humains.

Nous voici loin des révélations surnaturelles, gages de félicités posthumes. Chacun est libre d'adhérer aux doctrines les plus capables de le maintenir dans la moralité. Les doctrines ont cependant l'inconvénient de s'opposer les unes les autres et d'être discutées en même temps que la morale qu'elles préconisent. N'est-il pas louable, en ces conditions, de s'efforcer d'offrir à la morale une base indiscutable ? Le Maçonnisme ambitionne de donner satisfaction à cet égard.

Il est, lui aussi, un enseignement ; mais il se propose, sans prétendre s'imposer. Sa conception fondamentale est simple, autant que vraisemblable, dans toute la mesure des exigences humaines. Des
esprits
exigeants s'en déclarent satisfaits en tous les pays, abstraction faite des manières de voir individuelles. Construire une humanité meilleure, en enseignant aux individus à se perfectionner eux-mêmes, c'est tout le programme du Maçonnisme, contre lequel ne saurait s'élever aucune objection sensée. Car il est permis de qualifier d'insensé le pessimisme, qui nie la perfectibilité humaine et considère la vie comme une infernale duperie.

Assurément, les constructeurs sont des hommes de foi : ils ont foi en la Vie et leur foi est agissante. Or, la Vie n'est pas une chimère, une abstraction métaphysique : c'est la réalité objective et subjective qui s'impose le plus irrésistiblement à nous. Donc, rien de plus certain que la Vie dont nous ne serons jamais dupes, si nous savons la comprendre.

Mais tout est là : correctement comprendre la Vie !

Le Maçonnisme nous y aide, sans exiger autre chose qu'un travail de réflexion. Assimilons-nous l'idée constructive et poursuivons-la en ses conséquences. Nous construirons ainsi mentalement notre Maçonnisme, en accomplissant par ce fait notre première tâche de constructeurs spirituels.

Celui qui se sera préparé, en son intelligence et en son cœur, au métier de constructeur obtiendra d'être instruit des traditions de l'Art. Encore lui faudra-t-il faire preuve de sagacité, pour dégager l'esprit vivifiant d'un enseignement dont un
symbolisme muet fait les frais essentiels. L'initiation ne s'adresse qu'à ceux qui s'en montrent dignes ; elle reste fictive pour le récipiendaire superficiel, jouet d'une mise en scène dont il ne saisit pas la portée. C'est dire que les vrais Initiés se sont toujours distingués de la foule mystifiée des amateurs de mystères. Il y a fatalement mystification, quand le myste manque de pénétration initiatique et trompe l'attente de ses initiateurs. Ceux-ci ne rejettent que les matériaux manifestement impropres à l'œuvre et se montrent indulgents au moindre indice d'éducabilité. La sélection définitive s'effectue au cours des épreuves, qui ne sont pas uniquement symboliques. Le récipiendaire qui ne les subit que symboliquement demeure initié symbolique et s'en tient au symbole
de ce qu'il devrait être en réalité.

On ne saurait assez y insister : l'Initiation est chose intérieure, qui dépend des qualités intellectuelles et morales du récipiendaire et non de la consécration rituelle,
administrée par une association initiatique. L'initiateur peut aider l'initiable à se développer initiatiquement ; mais, si elle ne s'applique pas à un germe
vivant, la plus savante culture ne conduit à aucun résultat. Il faut naître à à la vie initiatique pour en vivre et s'épanouir sous l'action de cette vie supérieure. Rien n'est artificiel en Initiation : elle ne saurait s'acheter, ni se conférer autrement qu'en image.

Une image fidèle est d'ailleurs précieuse à qui sait en pénétrer le sens.
Rites et symboles instruisent le récipiendaire méditatif, capable d'en discerner la signification. Il n'est donc pas vain de connaître la tradition, telle que nous l'ont transmise les philosophes hermétiques en décrivant les opérations du Grand-Œuvre et telle qu'elle s'offre à nous dans le symbolisme de la Franc-Maçonnerie
.

Le secret ne s'impose plus à cet égard. Il fut rompu dès la publication, en 1911, de notre essai sur le
Symbolisme hermétique dans ses rapports avec l'Alchimie et la Franc-Maçonnerie
. Depuis, les Mystères de l'Art Royal ont achevé de lever le voile, non pour les curieux indiscrets, mais en faveur des initiables appelés à conquérir la Lumière.

Ce qui est écrit, prononcé ou montré n'a pas le pouvoir de trahir ce qui demande à être discerné. Il est donc superflu de lire, si l'esprit du lecteur ne travaille pas pour découvrir ce qui se cache sous les mots, les
symboles et les allégories. Il faut deviner ; mais la conception
fondamentale du constructivisme met aisément sur la voie.

La Vie construit ; chacun de nous est son œuvre demeurée inachevée, car, sachant discerner et vouloir, nous devons appliquer nos facultés à nous perfectionner, afin d'achever par nous-mêmes ce que la Vie a commencé en nous. En nous perfectionnant, nous nous associons à l'œuvre du perfectionnement général, qui est la raison même de l'existence.

Cette base est universellement acceptable. Sur elle peut s'ériger la religion visant à mettre d'accord tous les hommes réfléchis et unis dans l'
amour
du bien.

Pour nous convertir à cette foi, rentrons en nous-mêmes et songeons à construire le mieux au milieu des décombres de l'imperfection humaine : la vocation de l'architecture morale fera le reste.

Lire la suite

Le chemin de l'Initiation

29 Janvier 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Le sujet que j’ai été invité à traiter a pour titre, comme vous savez, « le chemin de l’initiation ». La planche que j’ai tracée ne pourra évidemment rien vous apprendre. Que dire parmi vous que chacun ne sache déjà, quelle connaissance vous livrer sinon celle de notre inconnaissance commune?

Essayons malgré tout. Si j’étais romancier, en souvenir du F :. Stendhal, ce chemin serait l’occasion de vous « tendre un miroir » comme l’auteur du Rouge et Noir a prétendu le faire : c’était dans l’épigraphe de son chapitre XIII (« Un roman : c’est un miroir qu’on promène le long d’un chemin. ») En vous disant ce que j’ai vu sur mon chemin, il y a grande chance pour que je vous raconte aussi votre « voyage ». Et certes j’aperçois bien l’inanité de ce projet, le pléonasme constitutif de cette démarche : tant pis ! je m’apprête à vous raconter votre « vécu », fût-ce à travers le mien ! Dans le domaine spéculatif, des livres comme ceux de Richard Dupuy, de Jean Mourgues, de Michel Barat (La Conversion du regard), d’Alain Pozarnick, pour ne citer que ceux-là, que j’ai un peu pratiqués, évoquent la question de l’initiation avec une admirable pertinence. Si je vous y renvoie, qu’aurai-je encore à dire ? Dans cet instant où j’ai à vous parler, à combien d’impasses me conduit donc notre voie, pourtant « royale » voie !
Il faut, me suis-je dit, que je me laisse conduire par l’image du chemin, et tout d’abord par son ambivalence. Le chemin est en même temps voie de communication reliant différents lieux repérables, et pour le marcheur le mouvement qu’il est en train d’accomplir en se déplaçant d’un lieu à l’autre. Le voyageur « fait » du chemin en même temps qu’il le suit : découverte géographiquement « objective », si l’on veut, mais subjective aussi, « existentielle », ce qui implique décision, mise en mouvement, arrêts parfois, attentes, hésitations, résolution nouvelle, en somme tout un univers psychique prévisible, sinon codifié, et susceptible d’être analysé.

Tiré de ma perplexité, quand je me suis replongé dans l’étude la plus simple, dans le B A BA de nos livrets d’Apprenti, de Compagnon et de Maître, ou en re- parcourant les rituels des trois premiers degrés du Rite Ecossais Ancien Accepté, je me suis intéressé aux moments les plus significatifs (du moins à mes yeux) de ce que nous nommons notre « initiation », au cours desquels nous prenons conscience d’une avancée, dans les sens les plus variés que puisse prendre ce terme - physique, mental, symbolique - et nous savons qu’à l’instar du « chemin » l’initiation est également susceptible d’ambivalence : moment solennel où nous sommes reçus dans le Temple, elle est aussi ce lent processus de métamorphose qui a lieu dans l’athanor de notre intime alchimie spirituelle. Nous avons tous été candidat à l’initiation, puis « sujet » de celle-ci, recevant notre augmentation de salaire en passant du grade d’apprenti à celui de compagnon pour être ensuite élevé à la maîtrise.

Mon propos se limitera pourtant à l’évocation des grands moments émotifs associés aux principales découvertes symboliques de l’initiation au grade d’Apprenti, tant il me semble juste de penser que cet initium de l’initiation contient tout le reste.
Je parlerai d’abord des « préludes », de la présentation du candidat au temple, puis des épreuves par les quatre éléments avant de m’arrêter sur le symbole du delta lumineux et de commenter pour finir la sorte d’extase induite par tout ce que nous suggère l’idée même de Lumière en maçonnerie.

I SUR LE PARVIS DU TEMPLE

L’obscurité est la condition première, celle que suggère le « passage sous le bandeau », en prélude aux « voyages » de la cérémonie initiatique du premier degré, également effectués en aveugles, avant le recouvrement de la vue face au delta lumineux. Les raisons « profanes » invoquées devant le candidat auditionné dans la loge pour justifier sa temporaire cécité - devoir de discrétion et de prudence, nécessité d’éviter toute distraction visuelle pour se concentrer sur les réponses - ne peuvent encore rien dire du combat des ténèbres et de la lumière dont la dramaturgie, le soir de l’initiation, ranime un lointain fond gnostique. Cependant, il avait bien fallu, auparavant, que l’impétrant « frappe à la porte du temple » pour qu’elle lui soit ouverte et qu’il demande à être éclairé, afin que la lumière lui soit donnée, comme disent les instructions de l’Apprenti.

« Tu ne me chercherais pas, si tu ne m’avais déjà trouvé » : ces paroles du Christ, que Pascal rappelle dans ses Pensées, rejoignent le paradoxe platonicien du Ménon suivant lequel l’on ne saurait éprouver de désir pour ce que l’on ignore. Comment désirer en effet ce dont on n’aurait jamais entendu parler ? Toi qui frappes à la porte du Temple, sans en connaître l’intérieur, tu en as vu au moins l’entrée. Quelles que soient les circonstances ou les amis qui t’y ont poussé, tu as déjà fait ce premier pas, ce premier geste. Primum movens. Un mal être actuel et un pari sur l’avenir t’y ont sans doute déterminé : l’initiable se reconnaît au fait qu’il est un « homme de désir », suivant l’expression de Louis Claude de Saint-Martin ; il est mu par l’espoir de donner une « direction » à sa vie – mot qui nous fait ressouvenir de l’existence, jadis, de « directeurs de conscience » qui instruisaient leurs ouailles des principes moraux du christianisme dans une société – celle de la deuxième moitié du XVIIe siècle par exemple – qui semblait de moins en moins encline à les respecter. Mutatis mutandis : en frappant à la porte du temple maçonnique, n’avons – nous pas cherché à conférer à notre vie une droiture nouvelle, à la « redresser », à l’aide du « fil à plomb », pour compenser la courbure ou le pli d’anciennes habitudes, pour liquider un « vieil homme » en nous... Mais nous n’apprendrons qu’après avoir été admis à quelles intenses secousses sismiques il nous consentir à exposer notre personne, quelle « mort » nous devons même réclamer pour notre « moi » afin que, décapé, décomposé, il renaisse « plus vivant que jamais » au sortir du tombeau de Maître Hiram.

Quelles angoisses avons-nous commencé à souffrir sous ce bandeau, dans cette mise à nu de nos motivations ! Et si cette assemblée de francs-maçons nous avait jugé(s) indigne(s) de la rejoindre !.. Ce soir-là, sous le feu des questions, faciles ou ardues, bienveillantes ou gênantes, je sais que je ressentis encore plus vivement le désir d’être admis aux « mystères et privilèges de la franc-maçonnerie » : une attirance magnétique polarisait déjà mon existence, faisait vibrer mon cœur. Mes parrains – m’avaient-ils oublié ? – m’imposèrent toutefois une longue période d’attente avant de me prévenir que j’avais été jugé capable de rejoindre leur corps spirituel. Je traversai les dernières semaines avant l’événement dans une joie mêlée d’anxiété. Mais déjà la couleur de ma vie avait changé, était soumise à un processus d’intensification qui me faisait pressentir et espérer un bouleversement proche. Je ne le sus qu’après : avec le passage sous le bandeau un début d’initiation m’avait mis en marche.

II FRANCHIR LE SEUIL DU TEMPLE

Une porte qui s’ouvre. L’accueil courtois d’un homme dont on apprendra bientôt qu’il est « Expert ». L’enfermement dans un cabinet sombre. Non loin de vous, un deuxième impétrant. Personne ne parle. La mise en garde que vous lisez vous fait souhaiter de n’être pas pris pour un vulgaire curieux, alors que vous êtes dévoré de curiosité, nécessairement : mais l’acception de ce mot se transforme par le simple fait que vous pensez être là, devant ce crâne, face à l’image de ce coq « hermétique » et du mot V.I.T.R.I.O.L. bizarrement écrit, parmi des accessoires – soufre, mercure et sel, que vous identifierez plus tard comme les bases du grand œuvre alchimique – vous pensez être là pour des motivations bien différentes de celles que dénonce l’avertissement placardé sous vos yeux. Voici un premier choc : la curiosité est aussi un « péché » aux yeux de la franc-maçonnerie, comme elle le fut aux origines de l’humanité, lorsque, selon le mythe biblique, Eve et Adam succombèrent à la tentation de goûter au fruit de l’arbre de la connaissance. Le chemin de votre initiation débute donc par le détour d’une situation totalement originelle, pour le dire avec l’adjectif qui qualifie la faute de nos premiers parents. Il convenait précisément, au départ de notre renaissance initiatique – de notre résurrection consciente – de ne pas commencer cette nouvelle vie par un « péché originel ». Et puis vous écrivez votre testament, comme si vous risquiez effectivement de mourir lors de votre initiation : l’heure ne saurait être plus solennelle.

Un chemin dans le noir. Des voyages dans le noir, les yeux aveuglés comme la première fois par un bandeau. Tu es « manipulé » - tu redeviens un tout petit enfant – mais tu es guidé. Il te faut absolument faire confiance à celui qui est ton Hermès – ton Hermès psychopompe, le conducteur d’âmes – pour un soir. Dans l’abandon de tout orgueil, de toute velléité d’indépendance, tu acceptes l’emprise de celui qui sait et qui voit à ta place. Dans quel boyau on t’oblige à t’accroupir lorsque voici venu le moment de faire ton entrée dans le temple ? Tu retournes à l’état fœtal, nourrisson de la Loge initiatrice.

III PAR LE CHEMIN DES EPREUVES

Le chemin balisé de la cérémonie initiatique avait donc été précédé d’un repos, d’un séjour, d’une attente méditative dans les profondeurs de la terre : la terre est effectivement le moins mobile, le moins dynamique des quatre éléments.

Quelle étrangeté ensuite !

Le « voyage de l’air », pourtant le plus vital de ces éléments et le plus « naturel » pour les animaux bipèdes que nous sommes, celui qui nous a fait pousser notre premier cri lors de notre première naissance, est cependant le plus agité et le plus bruyant, avec un parcours nettement plus accidenté que les deux autres. Ce n’est pas le moindre paradoxe que les difficultés aillent s’atténuant à mesure que les éléments paraissent moins « naturels » et plus redoutables au regard profane : l’eau nous convient certes moins bien qu’aux poissons et le feu provoque un mouvement instinctif de recul pour peu qu’il nous en cuise. Ainsi sommes-nous peut-être conviés à découvrir une des vérités profondes du voyage : c’est se mettre en chemin, c’est partir qui est le plus difficile : courir les risques d’une aventure spirituelle dont il est impossible d’imaginer la fin (au double sens de sa destination et de son achèvement).

Les perturbations sur le chemin de l’air, qui est encore sinistrogire, à l’inverse de ce que seront les chemins de l’eau et du feu, dextrogires comme tous nos déplacements ultérieurs en loge, m’instruisent sur le monde que je quitte, sur l’esclavage passionnel que j’y subissais, auquel nul n’échappe ( les saints religieux en ont su quelque chose : Saint Augustin avant sa conversion, les ermites comme Saint Antoine torturés au désert par leur hallucinations érotiques…) Quelle paix lorsque le vacarme s’arrête ! Et bientôt, dans quelques jours, quelques semaines, quelle différence dans la météo de ton caractère ! Maintenant que tu sens ton esprit adossé à la force puissante de la Fraternité maçonnique, il te semble que tu pourras affronter avec sérénité les coups de vent ordinaires ou les tempêtes plus violentes que te réserve la vie.

Au sujet du voyage de l’eau, quelques phrases de Victor Hugo dans Les Travailleurs de la mer peuvent nous convaincre aisément de sa valeur formatrice : « Navigation, c’est éducation, écrit le poète. La mer, c'est la forte école. Le voyageur Ulysse fait plus de besogne que le batailleur Achille La mer trempe l'homme; le soldat n'est que de fer, le marin est d'acier » L'aventure maritime est effectivement recherchée par les populations entreprenantes, mais on peut également inférer que l'eau est la gouvernante de la sensualité, l'éducatrice de la sensibilité. La "salle humide" n’est-elle pas le lieu ou chacun de nous peut se recréer après les tenues, en même temps que nous pouvons cultiver de façon informelle les affinités que nous nous découvrons avec nos Frères ? L’eau est, des quatre Eléments, celui qui a le plus de rapport avec l’expression du Désir si nous désignons par ce mot un vaste registre d'attirances qui s’étagent de la sexualité à la soif de l'âme dont il est question dans le langage de la spiritualité, comme on l’a vu en citant tout à l’heure une formule de Louis Claude de Saint-Martin. Si ce symbole est un « transformateur de libido » selon une autre expression, qui est de C.G. Jung, il n'est pas étonnant que l'eau soit le plus parlant d’entre eux. Significateur de féminité, de maternité. Eau matricielle : nous avions déjà constaté sa présence dans l'obscurité utérine du cabinet de réflexion, à moins que cette familière cruche n’ait été destinée à nous éviter la grande soif qui caractérise la mort selon les mythologies égyptienne, mésopotamienne ou syriaque…­Dans l’Evangile de Jean, ouvert à son prologue sur l’autel des Serments, Jésus dit à Nicodème : « Nul, s’il ne naît d’Eau et d’Esprit, ne peut entrer dans le royaume de Dieu » Etre né de l’eau signifie métaphoriquement : être né du sein de la mère, et l’expression toute entière semble désigner la conjonction de la matière et de l’esprit, par spiritualisation de la première et par l’incarnation du second. L’eau nous fait donc renaître, mais c’est parce qu’elle a le pouvoir de nous réintégrer passagèrement dans l’indistinct, de nous faire rentrer dans le sein de la mère, pour nous y dissoudre et ainsi nous purifier. Ce nouveau « baptême », si je ne force pas trop le sens du mot, induit la mort initiatique permettant l’accès à la nouvelle vie. Observons que le déluge, condition nécessaire à une seconde création, comporte au plan cosmique la même signification que le baptême au niveau de la personne. Or les eaux du déluge sont porteuses de l'arche de Noé salvatrice ‑ et de façon peut‑être comparable les eaux de la mort, les eaux du Styx, le fleuve des enfers dans la mythologie gréco‑latine et dans l'au‑delà selon Dante, sont traversées par la barque des âmes, conduite par Caron. Il y a toujours, sur l’eau diluviale ou sur l’eau de la mort une nef qui sauve l’essentiel de ce qu’il fallait transmettre pour qu’un avenir demeure possible. Car le voyage de l’eau a de très anciennes connotations mortuaires ; songeons par exemple aux riverains du Rhône qui, en amont d'Arles, confiaient leurs défunts au courant du fleuve, en les enfermant dans des tonneaux pour qu'ils allassent dormir leur dernier sommeil dans la terre miraculeuse des Alyscamps protégée par Saint Trophime . Voyons s’éloigner la silencieuse barque funèbre des Egyptiens, qui remontait le Nil avec son chargement d'âmes…Suivons l’intuition de Gaston Bachelard pour qui le cercueil est, non pas la dernière, mais "la première barque". « La mort ne serait pas le dernier voyage. Elle serait le premier voyage ». Aussi « le héros de la mer est-il un héros de la mort ». « Le premier matelot est le premier homme vivant qui fut aussi courageux qu'un mort . » Et Bachelard écrit encore : « Quand des enfants abandonnés à la mer dans leurs berceaux, étaient rejetés vivants sur la côte, quand ils étaient sauvés des eaux (comme Moïse ), ils devenaient facilement des êtres miraculeux. Ayant traversé les eaux, ils avaient traversé la mort. Ils pouvaient alors créer des villes, sauver des peuples, refaire un monde.» Pour l’heure, l’Apprenti que l’on va inviter à travailler sa pierre brute, et non pas à entreprendre des actions démiurgiques dépassant le plan humain, doit cependant avoir été aguerri par une épreuve de l'eau analogique des « aventures » au cours desquelles Ulysse fit son apprentissage d'Homme . Il affronta plus d’une fois la mort (par les éléments « air » et « eau » déchaînés, par l’enfermement -chtonien-dans la caverne du Cyclope) mais en outre il fut confronté au divers périls et séductions de la féminité (de Circé en Calypso et en Sirènes, de Nausicaa en Pénélope), et ainsi pouvons- nous également interpréter le « chemin » de l'eau comme celui qui nous a révélé ce qu'il y a de féminin dans le monde, et aussi en nous-même, qui dépendons par la suite, en tant qu’apprentis, de l’influence lunaire, spécifiquement féminine. Notre animus se sera d’abord voué à la conquête consciente de son anima. Et de fait, l’aspect maternel de l’eau coïncide encore avec la nature de l'Inconscient, si ce dernier est regardé comme la mère, la matrice de la conscience. La perpendiculaire du F:. Second Surveillant nous rappelle incessamment que l'écoulement de l'eau tend à la verticalité, vers les profondeurs de la terre : pour l’aller puiser, nous devons forer notre puits, surmonter la peur de nos abîmes, fouiller par l’introspection la couche inférieure de l'être, à la recherche de nos sources.

Du chemin de feu que dirai-je ?

La sacralité de cet élément est d’une évidence physique, ainsi que le suggère l’étymologie de l’adjectif « sacré », en latin sacer, qui veut dire à peu près « intouchable », ou « tenu à l’écart ». Le feu, qui se fait naturellement « respecter », inspire aussi de l’horreur, quand au lieu de nous réchauffer de son foyer il propage l’incendie. Mais l’initiation nous fait surtout entendre son analogie avec l’amour. Il porte à la fusion des corps et des âmes comme à celle des métaux aux forges de Vulcain. Il est vrai que, depuis longtemps, Cupidon porte l’arc et la torche. De puis que la littérature existe, Eros n’a jamais cessé de s’exprimer en termes ardents, en déclarations enflammées de sentiments brûlants. Comme le feu est Amour, il est également Parole : identité de l’Amour, de la Lumière et du Verbe. Les langues de feu venues voltiger sur la tête des apôtres, lorsque la Pentecôte rachète, rédime la malédiction de Babel, sont l’indice de la présence de l’Esprit saint, une des manifestations du divin Principe. A la fin de Comédie dite « divine », l’exigence d’une purification complète fait traverser à Dante une muraille de flammes, dont il se trouve enveloppé (comme l’affirme la phrase du rituel nous confirmant que notre épreuve du feu a bien été par nous vécue, alors même que nous n’en étions guère persuadés, quelquefois, sur le plan technique). Au-delà du rempart de flammes, le poète guidé par Béatrice contemple dans le ciel de feu qu’est l’empyrée un feu plus brillant encore et d’abord aveuglant, qui est l’éternelle lumière principielle, celle d’un Dieu que nous aimons fréquenter sous son titre de « Grand Architecte de l’Univers ».

Dans le continuum qui va de l’amour profane à l’amour sacré, le feu, outil de la grâce, est donc l’épreuve purificatrice par excellence. Il détruit mais opère la renaissance du Phénix. Et lui aussi, à l’instar de l’eau, tend vers la verticale, mais – conjonction des opposés – il ne descend pas, il s’élève, il se volatilise en pure transcendance. Il alimente en l’apprenti son projet d’ascension, son rêve de sublimation.

Pour l’alchimiste, pour l’artisan du Grand Œuvre, le feu est emblématisé dans la figure d’un delta. C’est un delta qui se dévoile aux yeux du néophyte, lorsque après toutes ces épreuves, la Lumière lui est enfin donnée.

IV LE BANDEAU DE TON AME AUJOURD’HUI EST LEVE


Et voici que tu vois un regard qui te voit.
C’est la première image qui a frappé notre vue, lorsque au troisième coup de maillet administré par le Premier Surveillant nous avons regardé le Temple au devant de nous. Juste en dessous, il y eut comme une aurore aux dardantes épées, tendues pour nous porter secours, rayons chevaleresques de la vigilante Fraternité.
Cette lumière enfin donnée nous observe, constatons-nous aussitôt, autant que nous l’observons. L’œil inscrit dans le delta lumineux est le garant d’une sorte de réponse immanente à la question de la Transcendance recherchée. Cet œil peut avoir été l’occasion de notre « coup de foudre » avec la Franc-Maçonnerie, tant il est vrai qu’il y a toujours un échange de regards à la naissance de l’amour.

L’œil est ambivalent, comme tout symbole : organe de perception, en tant que tel « passif », il est aussi un moyen « actif » d’investigation, de connaissance et de capture. La silhouette humaine dessinée dans la pupille au centre du triangle est à la fois comme notre reflet dans un miroir – nous nous mirons, nous sommes reflétés par cet œil – et comme la forme humanisée que revêt la Lumière le traversant, invoquée pour éclairer nos travaux.. Cet œil impératif requiert évidemment notre propre humanisation. Ni droit, ni gauche, mais central ou frontal, il est ce « troisième œil » dont font état les traditions orientale et islamique sous l’appellation d’œil « du cœur ». Luminaire primordial, il est situé entre nos deux luminaires physiques, Soleil et Lune, comme l’œil droit et l’œil gauche, respectivement « actif », tourné vers le futur, et « passif », tourné vers le passé. Il réalise ainsi la synthèse du Temps, autant que des forces actives et passives, ce qui nous permet de transcender la durée profane, de passer dans un temps sacré. Œil plus que solaire et lunaire, œil de l’Idée par où transite le feu des éternels principes, hiéroglyphe du Grand Architecte à la Gloire duquel nous oeuvrons. Clef de voûte du Regard, point de convergence de nos regards, il opère en nous une ouverture, il dessille en nous la paupière de l’œil du cœur et de l’esprit propre à chacun.

Ne serait-ce pas le moment d’entendre chanter, en nous immergeant dans une tradition millénaire, le poète Orphée célébrant jadis une Lumière identique à celle que vient de nous révéler notre initiation ?

Viens, [ clame le Chanteur], bienheureux Péan, Phoibos Apollon, vainqueur de Tithyon,
Dieu de Memphis, bienfaiteur, révéré, guérisseur,
Flamme et vivante Lyre, ensemenceur céleste, seigneur pythien,
Devin, porte‑flambeau, vivant Éclat, glorieux infant,
Meneur des Muses, maître danseur, Archer souverain,
Seigneur de Délos à l'oeil omnivoyant, dieu traversier
D'or tout nimbé quand tu délivres oracles et prophéties,
Écoute la juste prière que je t’adresse au nom des peuples
Car des hauteurs où tu habites, tu vois toute l'étendue
De l'éther infini et celle de la terre fortunée
Et lorsque sur le monde tombe la nuit aux yeux d'étoiles
Tu perçois tout en bas les racines et les confins de l'univers
Puisque tu es début et puisque tu es fin de toutes choses.
Tu règles avec ta lyre l'universel destin des hommes
Et tu sais répartir en deux durées égales et l'hiver et l'été,
Et susciter aussi la floraison dorienne du printemps.
C'est pourquoi les humains t'invoquent sous le nom de Seigneur,
Ô Pan à double corne, maître des vents sifflants,
Toi qui détiens le sceau des formes universelles.
Écoute‑moi, apporte le salut aux mystes suppliants.

Cet hymne orphique, que j’ai cité partiellement, est dédié , on l’a bien compris, à Apollon, le Seigneur de la lumière pour les Grecs, né aussitôt après sa sœur jumelle Artémis - déesse lunaire – sur l’île de Délos. Garante de l’universelle harmonie, sa lyre d’or régule les saisons et les destins des hommes. Son action est en rapport (mystérieux) avec l’origine du monde, et sa finalité. Tous les êtres, de la pierre qui tombe selon les lois de la pesanteur au végétal qui s'adapte et se reproduit, à l'animal qui se meut et à l'homme qui désire ou qui veut, sont comme des degrés d'objectivation de sa volonté incessamment constructrice ; et si le voile de Maya, pour parler comme dans l’hindouisme, revêt de ses couleurs infiniment variées l’infinie diversité de la manifestation, le maître de la lumière primordiale nous appelle et nous rappelle à l’unité profonde de la création. Un Saint François d’Assise, tout comme un Bouddha, peut donc chanter « Mon frère le Soleil, ma sœur la Lune, mes cousins les oiseaux ».

C’est pour être ses témoins que nous sommes devenus, le jour de notre initiation des « fils de la lumière ». L’hymne d’Orphée imprègne lointainement l’hommage que nous lui rendons. «Fils de la lumière», disons-nous, mais aussi, selon une autre appellation, complémentaire, «Enfants de la veuve», tout comme Hiram, fils d’« une veuve de la tribu de Nephtali » : aussi savons-nous également ce que nous devons aux ténèbres; ce dualisme très ancien, on l’a déjà dit, très zoroastrien (celui que Mozart évoque dans la Flûte Enchantée) ne nous fait pas négliger le risque, encouru en permanence par chacun, de recommencer à errer par des chemins d'ombre.

Cependant les hautes paroles qui résonnent le soir de notre initiation dans l'enceinte du Temple nous ont redonné, si nous l'avions perdue, une sorte de confiance dans le langage. N’avons-nous pas décidé de nous reconstruire à la clarté des «instructions » que nous avons reçues à ce moment là et des conseils que dispensent les maîtres aux apprentis sur le chantier ? Des phrases venues du fond des âges ont la vertu de produire à l'oreille du néophyte l'effet d'une complète et bouleversante nouveauté. Quelque chose lui est en effet confié, qu'il prend en charge et qui part, et qui parle, de l'Origine. « En lui [dans le Verbe] était la vie et la vie était la Lumière des hommes. » dit le prologue de Saint Jean.

«La lumière est le premier aspect du monde informel», remarque un analyste de l'image et du rêve. «En s'engageant vers elle, on s'engage dans un chemin qui semble pouvoir mener au-delà de la lumière, c'est-à-dire au-delà de toute forme, mais encore au-delà de toute sensation et de toute notion ». Si telle est bien la signification de la lumière comme symbole, on comprend que notre obédience, et quelques autres, sinon la totalité des Francs-maçons de par le monde, se refusent à déterminer ou à identifier le Grand Architecte de l'Univers à quelque dieu que ce soit parmi les religions établies.

Maçons de tous les pays, épris d’universalité, nous ne risquons donc pas de voir un jour s’écrouler sur nous quelque Tour de Babel dogmatique. Et délivrés du « dogme », mais assurés de l'existence de la Lumière, nous ne perdons pas, même de nuit, même dans l’obscurité des épreuves qui n’ont pas de raison de nous être plus épargnées qu’au reste de l’humanité souffrante, la confiance en un principe lumineux sur lequel nous savons pouvoir compter, ainsi que demeure l'admirable ciel étoilé au-dessus de la conscience de Kant. « Deux choses remplissent le coeur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique, dit le philosophe de Koenisberg : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi... »

Une vérité aussi originaire que celle qui éblouit Kant, entraîne, sur le chemin de l’initiation, notre adhésion par le cœur. Elle ne satisfait pas d'emblée aux exigences de notre raison «raisonnante» : la raison en effet réclame d'asseoir ses convictions sur des preuves, et l'initiation n'en procure pas. Le verbe initiatique est lumineux par lui-même, hors de toute démonstration conceptuelle comme est aussi le langage poétique et, en règle générale, celui de tous les arts, à la pratique desquels le grade de compagnon nous ramènera, selon une gradation, conforme aux enseignements de l’anthropologie, qui nous fait évoluer de la nature - nature profonde mesurée avec la perpendiculaire – à la culture que le niveau voit s’étendre à travers les arts libéraux et les aspects divers de la Tradition.

En sollicitant les termes du côté de leur origine, constatons enfin que les paroles de l'initiation - et le langage gestuel qui les complète ou les souligne - constituent une « poésie » au sens où ils sont également une «poiesis » (vocable grec désignant, comme vous savez, le processus d'une fabrication ou d'une production). Par la «poiesis » initiatique le néophyte se trouve, presque à son insu, recréé, et accède au statut (avec droits et devoirs) de «fils de la lumière». Cette lumière, on l'a bien compris, est une source de transfiguration située au-delà ou en amont du phénomène lumineux dans sa manifestation physique. Lumière «scyalythique», comme pourraient dire les chirurgiens, elle ne fait pas d'ombre. Toutefois si elle aide à mieux voir et à mieux vivre, elle-même tend à se soustraire, par l'éblouissement qu'elle provoque, à notre capacité de saisie rationnelle. Acceptons alors, résignons-nous d'abord à cette perte de contrôle intellectuel, comme le suggère la parole d'un poète à qui nous laissons, sans le nommer, l’avant-dernier mot :

«Voir clair signifie aussi que l'on accepte l'énigme de la clarté, quelquefois plus énigmatique encore que l'obscurité».

Le chemin de l’initiation, s’il ne conduisait qu’à la nuée d’inconnaissance, est toutefois lumineux comme numineux. Il en est de cette lumière comme de la connaissance du 3e genre, invoquée par Spinoza comme une source de béatitude, et qui est cause et index de sa propre vérité. Qui l'a profondément ressentie ne saurait l'oublier: notre raison en réclamait l'existence, l'initiation nous en a montré la réalité. On dit que les gens sortis d'un coma profond, qui ont connu une N.D.E (Near Death Expérience), prétendent quelquefois avoir été aspirés par le vide, en direction d'une lumière que nos yeux de chair n'ont jamais vue. Lorsqu'on demande à certains de ces expérimentateurs d'un état proche de la mort de caractériser cette lumière, ils répondent qu'elle était faite d'Amour.

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

L'Évolution de la Cérémonie et du Rituel d’Installation secrète du Maître Elu

28 Janvier 2013 , Rédigé par Harry Carr Publié dans #Rites et rituels

Cette publication est parue initialement dans la Revue Ars Quatuor Coronatorum vol 89 de 1976 (pages 32 à 59) sous le titre "The Evolution of the Installation Ceremony and Ritual" et a été exposée par Harry Carr à la Loge éponyme le 19 Février 1976. René Désaguliers en 1991, nous propose dans cet article la traduction de ce travail, qui constitue une œuvre colossale relativement peu controversée. De plus, la Cérémonie secrète étant très répandue en France, on peut comprendre l’intérêt d’en étudier les sources. Toutefois Harry Carr mène son étude uniquement sur les sources anglaises, alors que, souligne Désaguliers, les sources irlandaises paraissent intéressantes. Notons qu’en 1976 et encore plus près de nous en 1991 donc, quand René Guilly alias René Désaguliers traduit ce texte, les notions qui sont ainsi exposées sont complètement nouvelles. Tout d’abord Harry Carr fait remonter l’histoire de la maçonnerie anglaise à 600 ans, incluant donc la maçonnerie opérative, et constate qu’on ne trouve trace de cérémonies d’installation ou d’élection avant la maçonnerie spéculative de 1717, même en ce qui concerne les diacres, les surveillants ou les maîtres. Les Constitutions d’Anderson de 1723 décrivent en revanche la manière de constituer, de créer une nouvelle Loge. On y trouve également, la Cérémonie d’Installation de Wharton. Nous parlons là du Duc de Wharton, Grand Maître de la Grande Loge de Londres et de Westminster en 1722-1723. C’est la plus ancienne description d’installation du Maître d’une nouvelle Loge, et que nous apprend-elle ? Tout d’abord que c’est le Grand Maître qui fait examiner le "candidat" par son député. Ce candidat est un compagnon du métier, de bonne moralité et de grande expérience, il est placé à la gauche du Grand Maître, et après un consentement unanime des frères, la nouvelle Loge est constituée, les devoirs du maître lui sont présentés et il est installé. Hélas on ne connaît ni ces devoirs, ni la cérémonie d’installation proprement dite. Puis, tous les membres s’inclinent tour à tour pour le saluer, en gage de soumission. La première des constatations est que la maçonnerie de 1723 se fait bien en deux grades, même si l’on ne sait pas dans ce cas précis, à quel grade est ouverte la cérémonie. Les membres sont sans doute maîtres et compagnons du Métier, et aucune obligation de Maître élu n’est retrouvée, pas plus qu’un signe, un attouchement ou un mot… Harry Carr par la plume de René Désaguliers pense que cette cérémonie ne fut pas un grand succès, ne servant vraisemblablement qu’à constituer des Loges dans laquelle le Maître Élu "prenait la Chaire en conséquence". Notons enfin que si les minutes ne décrivent pas la cérémonie, elles insistent toutefois sur les "Droits d’Honneur", à savoir le montant à régler pour avoir l’honneur d’accéder à la charge. Ce sont Les Trois Coups Distincts de 17601, qui décrivent la première cérémonie d’Installation hors d’une cérémonie de constitution d’une nouvelle Loge. On parle là de "l’obligation des officiers d’une loge", avec en premier, celle du Maître pour la chaire. La Loge semble ouverte au 3ème grade, on ne sait rien de l’élection ni des devoirs, le texte se focalisant dit Désaguliers, sur la partie ésotérique de la cérémonie. Le futur Maître est agenouillé sur ses deux genoux au sud, et prête une obligation qui reprends les idées classiques : de ne pas révéler le mot et l’attouchement, de respecter les devoirs de sa charge, et d’œuvrer pour le bien de la maçonnerie, etc, etc… sous peine de recevoir les châtiments d’Apprenti Entré, de Compagnon du Métier et de Maître Maçon ! Il est relevé par la poignée de main de Maître, l’installateur glisse alors jusqu’au coude en lui murmurant le mot et on présume, qu’il est alors installé dans la chaire. Puis a lieu l’applaudissement du Maître, décrit comme le grand signe d’un Maitre Maçon qui se fait en levant les mains au dessus de la tête, puis en claquant le tablier et en frappant en même temps le plancher des deux pieds. Un point très important est relevé par René Guilly, il semble que les Anciens et les Modernes utilisaient le même rituel d’Installation, puisque "Les Trois Coups distincts" et "J et B"2 présentent en 1762 la même cérémonie et surtout que John Pennel reprends la cérémonie de Wharton en pour sa rédaction du Livre des Constitutions Irlandaises, mais toutefois, en sans citer Wharton… De la même manière Lawrence Dermott installé Maître à Dublin en 1746, reprends lui aussi à quelques modifications près la même cérémonie dans sa publication de "Ahiman Rezon" en 1756. En 1775, c’est William Preston dans son "Illustration of Freemasonry" qui montre une nouvelle évolution. Il reprend l’Installation de Wharton et y insère le premier texte complet des Devoirs du Maître, très proche de celui utilisé aujourd’hui. On remet au nouveau Maître l’insigne de son office, les lettres patentes, on lui présente le Volume de la Loi Sacrée, le livre des Constitutions, les outils et les bijoux des officiers à installer, et il est félicité selon l’usage. Dès 1801 on a des traces de cette Installation, en revanche chez William Preston on ne trouve pas de mot, pas de signe, d’attouchement ou de pénalités. Ce n’est qu’à partir de 1822 dans les minutes de la Loge l’Antiquité3 que l’on voit apparaître une nouveauté. En fait à un moment donné de la cérémonie, les Frères Maîtres Installés se retirent, et ce point va donc conforter la notion d’Installation Ésotérique. Preston emploie souvent la notion de "salle voisine", salle dans laquelle le Maître Élu est présenté au Maître Installateur, on fait l’apologie des ses qualités et de ses mérites, le secrétaire lit les Anciens Devoirs et les règlements et le Maître Élu prête son obligation. Concrètement, il en ressort qu’on ne sait pas s’il y a ou non ouverture et fermeture de cette cérémonie, et qu’elle doit se faire en présence de trois Maîtres Installés au moins. Le nouveau Maître ressort ensuite de la salle revêtu de son insigne et il est placé dans la chaire et acclamé. Puis en procession, les membres rendent hommage, marquant leur soumission, la Loge est fermée au 3ème et au 2ème grade et l’on redescend au 1er où tous les officiers sont installés.

Léger retour dans le temps, nous sommes en 1810 avec l’Installation dans la Loge de Promulgation, s’il semble selon Harry Carr, que les Modernes avaient fortement délaissé cette cérémonie, l’inverse était de mise avec les Anciens placés sous la houlette de Lawrence Dermott. En effet cette Cérémonie d’Installation fut considérée comme l’un des "Landmarks" visant à la réunification, Landmark que Désaguliers traduit volontiers par le terme "définition". Progressivement on va constater par les minutes qui nous sont parvenues que l’enseignement des Cérémonies d’Installation va se développer, du moins en théorie, car en fait il y a peu ou pas d’éléments qui permettent de dire si elles furent réellement pratiquées… L’évolution suivante est relevée dans le MS Turk de 1816, qui constitue la troisième Instruction de William Preston dont on connaît cinq versions manuscrites, le MS Turk est la seule version complète connue. On y constate que le Maître Élu est présenté à la Loge au 2ème grade, on lui présente toujours les Anciens Devoirs, les règlements généraux, il prend son engagement qu’il signe et scelle puis les Maîtres Maçons et les Passés maîtres se retirent dans une salle d’Installation où les travaux sont ouverts au 3ème grade, puis les Maîtres Maçons se retirent, ne reste alors que le "Conseil des Maîtres Installés". Le Maître Élu est à nouveau présenté et il reçoit le "bienfait de l’Installation", il s’agenouille sur les deux genoux, et là deux Maitres Installés joignent les mains et font une voûte au dessus de lui, tous les frères s’agenouillent. A la suite de quoi une invocation est faite au Père Tout Puissant, dont il faut noter que c’est en fait la plus ancienne version d’un rituel d’Installation contenant une prière d’ouverture, qui n’est d’ailleurs que très légèrement différente de celle d’aujourd’hui. Reprenons le cours de la cérémonie, le maître Installé, prête son obligation, il est mis dans la chaire par l’attouchement et le mot, il est salué, enfin le Conseil est fermé, plus exactement ajourné. Notons ici que les notions de travaux ouverts et ajournés ne prouvent pas l’existence d’un rituel spécifique. Les Maîtres sont réintroduits et la Loge est fermée au 3ème grade, tous retournent dans la salle de la Loge proprement dite où les travaux sont fermés eux aussi.

En fait cette Installation reprend en les améliorant celle des "Three Distinct Knocks" et de "J et B". Notons aussi que s’il y a bien dans cette cérémonie un signe d’appel et un attouchement spécifique, on ne trouve pas ici chez William Preston l’histoire qui accompagne ce signe et cet attouchement. On peut penser que si Preston a formalisé cette cérémonie, elle était peut-être pratiquée mais très peu, ou très mal, ou même pas du tout… Alors avec le temps, en 1827, le Grand Maître du personnellement intervenir afin d’uniformiser les cérémonies dans le pays, voire afin d’installer comme il se devait des Maîtres de Loges déjà en exercice. Dix frères furent nommés dont le Grand Secrétaire et le Grand Archiviste pour former une commission spéciale dite "Loge ou Conseil des Maîtres Installés" qui eut pour but de tenir régulièrement des Loges d’Instruction de Maîtres Installés, ce Conseil pouvant lui-même installer des Maîtres Élus. En 1991 lorsque René Désaguliers écrit cet article dans Renaissance Traditionnelle, il n’existe qu’un seul document concernant le travail de cette structure de maîtres Installés, il s’agit des minutes du 24 Février 1827, de cette Loge ou Conseil de Maîtres Installés qui sont retranscrites pages 24 à 26. En fait on voit par ce texte que même si les points du rituel des cérémonies aux trois grades sont connus avant cet écrit, les minutes de la Loge de Maîtres Installés en fixent le déroulement. En ce qui concerne le Conseil de Maîtres Installés, proprement dit, on retiendra aussi et surtout dans ce texte les interrogations des membres de l’assemblée, aussi bien que les points restés sans réponses tout au moins pour nous (pages 28 et 29) et qui sont sous la plume de René Désaguliers :

1. La façon de forme, déclarer ou constituer un Conseil de Maitres Installés, ainsi que l’ouverture et la fermeture des travaux.

2. Le mot du Maitre en chaire et sa forme de communication éventuelle.

3. La clause pénale de l’obligation

4. L’inspection du Temple par Salomon et le rôle d’Adonhiram

5. Le salut donné par l’assemblée aux trois grades dans la Cérémonie.

Pour répondre à ces interrogations, il faut consulter ce que René Guilly regroupe sous le terme de Documents Plus Tardifs et notamment les "Henderson Notebook" littéralement : le carnet d’Henderson, qui est un manuscrit de 350 pages. En 1832, John Henderson était Député Maître de L’Antiquity n°2, et président en 1836-37 du Bureau des Affaires Générales de la Grande Loge Unie d’Angleterre. Dans le sillage des travaux du Conseil des Maitres Installés, il décrypte entre autre, dans son carnet, la troisième instruction de William Preston d’après le MS Turk que nous avons vus. De la même manière 1838, voit la publication du Rituel pour le 3ème grade et la Cérémonie d’Installation de Georges Claret, qui est en quelque sorte le précurseur ou le père des rituels imprimés tels que ceux que nous connaissons aujourd’hui.

Reprenons donc en guise de conclusion de cette première partie ces deux apports historiques pour répondre aux cinq interrogations précédentes.

1. Les deux textes confirment qu’après l’ouverture de la Loge aux 3 grades les Maîtres Maçons se retirent et au moins trois Maîtres Installés constituent par une simple déclaration et un simple coup de maillet, le Conseil des Maîtres Installés, il n’y a donc pas de cérémonie d’ouverture pas plus que de fermeture.

2. Si le mot de Maître Installé semble omis dans les minutes de 1827, on peut tout simplement penser que c’est volontaire pour des raisons de prudence.

3. Pour le signe pénal, l’omission est-elle de même nature prudente ? En fait on peut s’accorder à penser qu’il n’existe pas avant 1827 car Henderson et Claret eux, sont les premiers à y faire carrément allusion.

4. Pour l’inspection du Temple par Salomon, il n’y a rien avant 1827 si ce n’est une référence au "signe et au salut d’un Maître ès Arts et ès Sciences". Henderson parle du signe et du salut et peu de l’histoire qui va avec, Claret lui la donne en entier, introduisant aussi la Reine de Saba.

5. Enfin, la salutation au Maître Installé par les participants, semble être une innovation récente car Claret et Henderson n’évoquent qu’ne simple salutation du Maître Installateur.

Pour comprendre l’intérêt de la mise en valeur de la pratique de ces cérémonies aujourd’hui, pour en connaître l’histoire et pour en ressentir la portée symbolique, je ne pouvais terminer ce résumé qu’en citant totidem verbis René Désaguliers, alors écoutons le : "L’Installation est, par-dessus tout le plus haut honneur qu’une Loge puisse conférer, impliquant des devoirs et des responsabilités d’une profonde signification pour l’heureux récipiendaire et la cérémonie est toujours intéressante et belle pour autant qu’elle est conduite avec la dignité et la bienséance qui s’imposent".

Renaissance Traditionnelle N°85 - Janvier 1991. p 1 – Tome XXII

Source : http://aprt.biz/

Lire la suite

Blog "Hauts Grades" et RL Laurence Dermott

26 Janvier 2013 , Rédigé par T.D

Le blog « Hauts Grades » avec ses 1127 abonnés à la newsletter servira de relais aux premières publications de la Loge de Recherche Laurence Dermott.

Le nombre de textes publiés sur le blog http://logedermott.over-blog.com va augmenter par rapport à ceux publiés sur le blog « Hauts Grades », c’est pourquoi je vous conseille de vous inscrire sur la newsletter de la Loge Dermott.

En ce moment je publie des textes sur la Kabbale, textes trouvés après beaucoup de recherche et je redécouvre ce sujet fondamental pour comprendre la Franc-Maçonnerie : de Willermoz au REAA en passant par le RAPMM…

Lire la suite

Précisions sur la RL de Recherche Laurence Dermott

26 Janvier 2013 , Rédigé par T.D

Quelques éléments :  

La Loge possède un Fonds de Recherche numérique de 12800 textes, rituels, ebooks et vidéos (2340 planches et + de 1000 rituels). Ce fonds est à la disposition des Frères de la Loge (80Go)  

Le Blog de Recherche comporte + de 400 textes    

La Loge à un but : former pour chercher. En tant que Loge de Recherche virtuelle elle cherche sur le net tous les documents maçonniques importants et elle les regroupe par thèmes.  

Ces thèmes seront étudiés la première année pour permettre ensuite de faire des publications en fonction de l’intérêt des Frères.  

Travaillant de façon transversale sur des sujets de la Franc-Maçonnerie et de son ésotérisme, nous ne sommes en aucun cas une Loge d’Instruction. En effet la plupart des Loges d’Instruction travaillent sur leur Rite, ce qui ne sera pas notre cas.  

Engagement : chaque Frère qui sortira d’une Tenue de notre Loge en saura plus qu’en y entrant.  

Nous n’avons aucun but ni envie de concurrencer quelque Loge que ce soit, nous sommes simplement réunis pour apprendre, comprendre et transmettre. Cette Loge existe de façon virtuelle depuis plusieurs années. S'il s'avère que ses buts, son programme et ses Tenues ne correspondent pas aux besoins de suffisamment de Frères, elle continuera son travail sur le net avec le soutien et la fidélité de ses 283 abonnés.

Lire la suite