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Le crâne du franc-maçon

7 Février 2013 , Rédigé par Eri.Rom Publié dans #Planches

…ou ma rencontre avec Adam, premier opératif portant un tablier, forcé de gagner sa vie à la sueur de son front

Le crâne est présent dans le cabinet de réflexion, il assiste silencieux à la rédaction de notre testament philosophique. Il est témoin de notre entrée dans les petits mystères. Nous le retrouvons plus tard au tableau de loge du Maître en tant qu’acteur de notre exaltation aux grands mystères. Nous tenterons une approche qui lie le symbolisme du crâne dans l’ésotérisme chrétien à sa perception maçonnique.

Pourquoi lier les deux ? Simplement parce que l’ésotérisme chrétien a toujours dépassé la dimension religieuse pour toucher aux racines de la tradition première.

Nombre de manuscrits maçonniques font une référence expresse au crâne appelé « boîte d’os ».

Le symbole prend toute son épaisseur lorsque vers les années 1735 s’installe dans les rituels de loge, le grade de Maître. La greffe est liée à la légende d’Hiram et au mystère de la triple voie. Le mot nouveau, objet de la quête, est prononcé de manière aussi décomposée que le corps de l’intéressé.

A cette relation triangulaire dans la découverte de la parole perdue s’ajoute bien évidemment la résurrection des corps qui passe précisément par le médium des restes humains, laissant entendre que les os avaient des potentialités latérales occultes.

Le crâne est le symbole des symboles par excellence, cette raison devrait suffire à son étude.

Chacun peut constater que c'est la partie impérissable du corps. Un a priori se greffe alors sur le paradoxe de la mort et de la « survie » du crâne. Le terme survie est choisi précisément s’agissant d’un état qui dépasse le cycle de la vie et qui déborde sur le cycle de la mort. Le crâne en particulier et l’os en général sont des médiums physiques et mentaux de la vie et de la mort voire même de la résurrection. Il sert de support aux trois états correspondants aux trois royaumes : celui des vivants, celui des morts et le paradis.

Le crâne se trouve au sommet du squelette et plus précisément de l’axe formé par la colonne vertébrale. On considère qu’il est le siège de l'âme, tout comme la grotte, la caverne et le cairn sont des demeures de l'Esprit. Le crâne est donc avec le cœur un réceptacle de vie, mais il symbolise aussi la mort physique, étape par laquelle il faut passer pour renaître à un niveau spirituel supérieur.

L’image du crâne inonde l’infra conscience de chacun et il suppose l’idée de finitude de la vie et la naissance du destin. Plus qu’un symbole c’est un verdict auquel chacun tente de se soustraire. Fuite aussi inutile que futile, car ce rappel à la fin des corps de chair introduit la survie de l’esprit. La futilité de la fuite n’implique pas la futilité de la vie.

Entre le corps et l’esprit se situe l’âme, idée aussi incertaine et faible que l’esprit survivrait au corps.

Cette tripartition chrétienne pose le problème des résidus humains survivants au décès clinique. Ce problème est parfaitement illustré par la grande épopée des reliques qui marqua aussi bien le christianisme que le bouddhisme. On peut légitimement s’interroger sur les fondements d’une telle tradition.

Le rattachement à la tradition des reliques de chacune des doctrines poursuit à mon avis deux objectifs. Le devoir de mémoire et le principe résurrectionnel.

Le devoir de mémoire bien connu de francs-maçons implique l’attachement à l’objet en général et aux restes humains en particulier. Saint-Thomas-d'Aquin dit « les objets n’ont de valeur que s’ils conduisent au Christ », « inquantum ducunt ad christum. ».

La résurrection des corps fut l’innovation d’un christianisme conquérant. Poursuivre le chemin en esprit diffère de l’idée de renaître au jour du jugement dernier. Être proche d’une relique d’un saint ou la posséder dans son église assura au culte chrétien notamment, une fréquentation et une abnégation des fidèles. Les reliques sont le fonds de commerce de l’église du Moyen-Âge et particulièrement de l’époque gothique. Nombre de constructions furent financées par le commerce des reliques ou leur mise en valeur en exposition payante auprès des fidèles. Le mercantilisme lié aux reliques développa l’attrait du résidu osseux auprès des croyants et fut l’assise matérielle de l’autorité spirituelle des évêques et du Pape face au pouvoir temporel des rois. Être roi de droit divin imposait que l’on consacrât ces derniers en présence du Pape et des reliques. L’abbaye de Saint-Denis est le témoignage irréfragable de la lignée des reliques.

En ce lieu sont enterrés 153 rois et reines de France dans la lignée mérovingienne, carolingienne, capétienne et des Bourbons. Ils venaient se faire remettre les attributs de leurs pouvoirs temporels par le légat du Pape, soit la couronne et la pourpre, en présence des ancêtres et de la Sainte Ampoule.

 

L’objet devient sacré et se chargeait naturellement de la force mentale et psychique de ses admirateurs. Qu’elle fût authentique ou pas, elle devient ce que les prières et incantations voulaient qu’elle fût. C’est ainsi que les objets ou les lieux se chargent des flux spirituels qui les caractérisent. Ces « chargements » portent sur l’objet d’orfèvrerie (le reliquaire), le reste humain (l’os fragmenté, cheveux, ongles) et le lieu (l’église ou la cathédrale). Ils se conjuguent pour devenir puissance agissante dans la vie du croyant.

Les trois phénomènes conjugués du résidu humain du saint, de la représentation précieuse du reliquaire et du tellurisme du lieu, amplifient le pouvoir de transport et de communication dans les mondes intermédiaires.

Il s’agit bien d’intermédiation entre l’homme et le divin. Au même titre que les anges sont messagers divins, les reliques en appellent au défunt, comme si la mort ne l’avait pas complètement atteint et qu’il pouvait encore intercéder pour nous. Le défunt par ses reliques se trouvait à cheval sur la frontière de la vie et de la mort.

La médiation était le but premier de la vénération des reliques. Face à cette valeur sacrée de la relique officielle, demeure le reste osseux de proximité immédiate qui par son caractère anonyme est fuie comme on fui la mort qu’il représente. Celui-ci n’est pas mis en valeur, il est caché dans les replis de la terre. Hormis certaines professions on se garde bien de fréquenter des ossements.

Le rappel à la mort des ossements justifie leurs présences dans le cabinet de réflexion. Tout ce qui est vivant sur terre finit par mourir sans complètement disparaître. Par le jeu de la putréfaction reste le squelette qui finit par blanchir. Sans crémation le corps laisse une trace bien identifiable. D’instinct on s’interroge sur notre propre fin dont on peut juger de l’esthétique.

C’est tout l’art des « memento mori » ou cabinet de vanité que de rappeler cette échéance. Le christianisme auto flagellant met en avant la tripartition du monde avec le paradis, l'enfer, et la terre. Derrière le thème de la chute se profile le salut de l'âme. Ce système amène la mort au premier plan des préoccupations.

Dans ce contexte, un but moralisateur chrétien s’impose à l’opposé aux thèmes grecs et romains. « Souviens-toi que tu mourras », la phrase était répétée par un esclave au général romain lors de la cérémonie du triomphe dans les rues de Rome.

Debout derrière le général victorieux, un serviteur devait lui rappeler que, malgré son succès d'aujourd'hui, le lendemain serait un autre jour. Le serviteur le faisait en répétant au général qu'il devait se souvenir qu'il était mortel, c'est-à-dire « Memento mori « Une destinée glorieuse n’efface pas la mort. Les Grecs face à la mort avaient imaginé le thème du « carpe diem ». D’après Horace, cette mort devait nous inciter à vivre pleinement : « Maintenant il faut boire, maintenant il faut frapper la terre d'un pied léger ».

S’il existait une vie éternelle après la mort, il fallait en profiter maintenant parce qu'il n'y aura dans ce monde futur ni boisson ni danse.

Vivre le temps présent dans l’oubli de l’au-delà ou vivre l’au-delà dans le temps présent ?

C’est toute la question qui oppose la philosophie grecque au point de vue doctrinaire de l’église. La franc-maçonnerie comme les mythes d’Eleusis autrefois, réussit l’exploit de lier les deux approches dans le grand cycle de la vie et de la mort, tout ce qui périt finit par renaître (symbole de la faux et du blé, mais aussi du sablier.)

L’homme ne se résout pas à sa fin, non pas par manque de sagesse, mais parce qu’il imagine qu’il subsiste quelque chose d’irréductible dans ses derniers restes. Il enterre ses défunts et prévoit ce qu’il faut pour sa nouvelle vie, une épée, des bijoux, des vivres une barque solaire, etc. Il va jusqu'à ériger des pyramides, un tertre, un cairn pour l’honorer et le protéger. Le corps décédé conserve, via sa part irréductible qui est le crâne, une potentialité d’existence dans un état autre, différent et invisible. Cette invisibilité aux vivants se traduit par l’enterrement ou la mise en caverne. Cette dissimulation est à la fois un retour à la matrice, mais surtout la version terrestre de la montagne céleste. Les monts sacrés sont des lieux de contacts et de médiations avec le céleste, la cavité souterraine est le même symbole dans un ordre inférieur. Ainsi céleste, terrestre, et subterrestre sont pris dans un même axe-chemin : L’Axis Mundi.

C’est dans l’os, dernier témoignage de son passage sur terre que ce situe la part résiduelle de l’être. Ainsi l’os est d’une nature autre qu’un simple amas calcifié. La porosité moléculaire du tissu osseux et le pouvoir de représentation mentale qu’il déclenche suggèrent que le reste humain est habité par une forme indéfinissable de présence, entité dégénérée et errante de l’âme ou de l’esprit humain. Face à l’os et plus précisément face au crâne et ses orbites énigmatiques, une présence se dessine…

Quant il est dit « la chair quitte les os » dans la légende d’Hiram ou que le cadavre « pue » ou « commence à sentir », il me semble qu’allusion est faite à la présence d’entité liée à l’os. Ainsi il n’est pas complètement mort, il reste quelque chose de lui qui est d’une nature différente de la chair agissante. Des restes s’exhale quelque chose qui met en éveil nos cinq sens et plus particulièrement notre instinct. Il est possible aussi de faire le rapprochement avec le principe alchimique du solve et coagula, soit la dissolution des chairs pour une nouvelle recomposition de ses éléments. Il y aurait ainsi une purification par la terre, du moins pour notre Hiram. C’est l’œuvre au noir la matière prend la couleur et l’apparence de la Mort. Les restes osseux sont le précipité de l’être. L’enterrement de l’impétrant dans les replis de la terre est l’accomplissement de son « Œuvre au Noir ». Là, hors du temps, il doit se « morfondre », c'est-à-dire se fondre et se dissoudre dans la mort.

Face au principe de la décomposition organique, il existe une autre tradition qui s’appuie non pas sur l’élément terre, mais sur l’élément feu. L’incinération du corps et la calcination étaient supposées purifier le corps et libérer l’âme qui repart vers sa source lumineuse. Le « Caput mortem »est bien signifiant et rayonnant dans le cabinet de réflexion. Il contenait le cerveau, donc la vie s’y cachait. Purifié, ce crâne rectifié-purifié par l’Oeuvre, mérite d’être calciné. Le crâne et la cendre représentent une seule et même matière, à deux stades de son élaboration. Le Livre de la Toison d’or nous annonce le processus :

« Notre corps deviendra premièrement cendre puis sel et après par ses diverses opérations devient enfin le Mercure philosophale, c’est-à-dire, que le métal doit être calciné, réduit en sel et enfin travaillé en sorte qu’on en fasse le mercure philosophal. ».

La légende d’Hiram suivant les rites, propose le transfert de l’esprit d’un corps à l’autre ou du moins l’évocation de la poursuite de l’œuvre inspirée par l’idée du relèvement du maître devenu Hiram. Ce qui est retrouvé dans le reste d’un cadavre c’est une parole qui à défaut d’être prononcée par le décédé peut être qu’épelé par trois frères. L’absence de prononciation en une seule fois n’implique pas la méconnaissance du mot. Simplement il ne peut être prononcé dans ce monde, il appartient à un autre état, supérieur c’est certain. Cette différence d’état de l’existence est validée en franc-maçonnerie par le fait d’épeler, par lettres ou par syllabes.

Donc l’état du corps et le langage pratiqué suggèrent la présence d’un autre état de l’existence.

Le témoignage de cet état réside dans l’os et plus précisément dans le crâne. La médiation entre deux mondes est donc plus que soulignée par le relèvement du maître, fut-il intérieur. De l’horizontalité qui est le domaine des petits mystères, on passe à la verticalité axiale. C’est aussi le passage de la porte basse à la porte étroite. Ce maître squelette est le témoignage d’un autre soi dans une dimension différente et sans chair. C’est l’apanage des grands mystères de mettre en avant la superposition des niveaux d’existence par les différences d’états, de signes ou de langages. C’est une chance que la franc-maçonnerie de tradition ait conservé la mémoire des portes d’accès grâce à l’interprétation symbolique.

Le crâne a ceci de particulier qu’il diffère des autres ossements par la forme et sa fonction.

C’est avant tout une boite. Une boite d’os pour les anciens francs-maçons dans laquelle était dissimulée une clef, la clef de la loge, autrement dit la clef du temple de Salomon, donnant l’accès au Saint et la vision du Saint des Saints. Ce lieu dissimulé au regard profane, conduit aux vérités supérieures.

Il convient donc de poursuivre notre recherche dans les manuscrits anciens des loges opératives d’Angleterre et d’Écosse à une époque où l’hégémonie de la Grande Loge de Londres puis d’Angleterre n’avait pas encore épuré les précieux fonds archaïques et primitifs de nos rites maçonniques.

La relation au Crâne et à l’os est faite constamment avec l’arrivée du mot de maçon à l’issue des statuts de Schaw ]de 1599.

Il est intéressant de constater que déjà certaines loges accueillent des maçons acceptés en leur sein. Ces maçons acceptés sont fort utiles pour la survie des loges, mais ils sont pour la plupart plutôt cultivés et sensibilisés au rosicrucianisme et à l’hermétisme alchimique. C’est d’ailleurs une grande mode dans les cours européennes que de s’intéresser à cet ésotérisme. Il ne sera pas étonnant de retrouver dans les manuscrits maçonniques de l’époque, des traces de leurs apports.

A la lecture des manuscrits, on constate que le crâne est associé au secret contenu dans une boîte dont il faut trouver la clef. Cette clef, finalement semble n’être ni d’or ni d’argent, symboles respectifs de l’autorité spirituelle et du pouvoir temporel, mais d’ivoire. L’ivoire ou la corne a toujours été considéré comme une matière semi-précieuse et hautement symbolique.

Cette matière n’est rien d’autre qu’une référence à une excroissance de l’os dont on connaît les pouvoirs depuis la nuit des temps.

L’ivoire est tiré des dents et des cornes ou défenses. Les cornes sont une excroissance de l'os frontal des cervidés, elles sont ramifiées et évoquent les branches des arbres et finalement la couronne d’un roi.

Cette couronne fait le lien entre le ciel et la terre, avec l’homme roi couronné pour médiateur. La clef d’ivoire ouvre cette médiation axiale à partir du crâne.

Support « latéral » d’une réalité qui dépasse l’apparence d’une vie profane, puissance rayonnante du résidu humain, condensé ou même précipité du corps de l’âme et l’esprit, support de résurrection future, le crâne représente les forces occultes qui soutendent l’action de l’homme sur son destin.

La clef seule ouvre la loge et la loge ou le temple est apparenté au crâne cavité-caverne et boite à secrets. Nous rejoignons ainsi la légende grecque de la boite de pandore, qui une fois ouverte fait échapper les esprits maléfiques qui rendront l’homme à sa jalousie et à son envie.

Nous citons 5 manuscrits anciens qui font apparaître une relation entre la boite d’os, la clef-langue et le cœur.

 

Le manuscrit des archives d'ÉDIMBOURG (1696)

Q. 13 : Où trouverai-je la clef de votre loge ?

R : A trois pieds et demi de la porte de la loge, sous un parpaing et une motte verte. Mais sous le repli de mon foie, là où gisent tous les secrets de mon coeur.

Q. 14 : Qu'est la clé de votre loge ?

R : Une langue bien pendue.

Q. 15 : Où se trouve la clef ?

R : Dans la boîte d'os.

Le Manuscrit CHETWODE CRAWLEY (1700)

Q. 13 : Où trouverai-je la clef de votre loge ?

R : A trois pieds et demi de la (porte de la) (3) loge, sous le parpaing et une motte verte.

Q. 14 : Qu'entendez-vous par un parpaing et (une) motte verte ?

R :      J'entends non seulement sous un parpaing et (une) motte verte, mais sous le repli de mon foie là où gisent cachés tous les secrets de mon cœur.

Q. 15 : Qu'est la clef de votre loge ?

R :      Une langue bien pendue.

Q. 16 : Où se trouve la clef de votre loge ?

R :      Dans la boîte d'os.

Le manuscrit DUMPHRIES : 1710

Q : 10. Où repose la clef de votre loge ?

R : Dans une boîte d'os recouverte d'un poil hérissé.

Q : 11. Donnez les caractéristiques de votre boîte.

R : Ma tête est la boîte, mes dents sont les os, mes cheveux sont le poil, ma langue est la clef.

Le manuscrit DE TRINITY COLLEGE 1711

 

Q : Où gardez-vous la clef de la loge ?

R : Dans une boîte d'os, à un pied et demi de la porte de la loge.

Q : Quelle distance y a-t-il du câble à l'ancre ?

R : Autant que de la langue au coeur.

 

Le manuscrit WILKINSON 1727

 

Q : Où gardez-vous vos secrets en tant que Maçon ?

R : Dans une boîte d'os qui ne s'ouvre ni ne se ferme sans clef d'ivoire ; neuf pouces ou une boucle à ma bouche (la clef d'ivoire est pendue par un câble de neuf pouces ou une boucle. Ce câble ou boucle est la langue.)

Nous conclurons que si la langue est la clef, alors la prononciation du mot est la connaissance. Encore faut-il que la connaissance puisse investir la boite crânienne pour en ressortir en mot prononcé, mais d’après notre tradition, la clef du langage de la connaissance passe par le cœur.

Le Crâne est le lieu de conjonction et d’embouteillage des cinq sens. Nous constaterons que cette boite est certes reliée à l’extérieur, mais reste hermétique et sombre lorsque l’on se place à l’intérieur. Nous touchons alors à la limite étriquée d’une boite protectrice chargée d’interpréter le monde et d’accumuler du savoir dans le cadre de la survie. Le cœur heureusement se chargeant de la vie, élabore la connaissance qui donne une vision fulgurante d’un tout.

Toute la question ésotérique sera de démontrer que le cœur et le crâne vont pouvoir se rejoindre dans une unité de langage (...)

(...)

Il nous faut maintenant détailler cette boite d’os et rechercher dans la qualification de ses parties constitutives, des analogies symboliques avec la tradition maçonnique.

 

Topographie symbolique du crâne :

La boîte crânienne (ou neurocrâne) comprend deux parties constitutives d’un monde en soi. (Nous utilisons la documentation éd Wp Mars 2011, pour adosser nos commentaires symboliques.) :

La voûte crânienne (ou calvaria qui à la même racine que le calvaire sur lequel le Christ fut mis en croix et crucifié) formée de plaques osseuses telles des continents, soudées entre elles par des sutures interdigitées extrêmement solides. La voûte qu'elle fût étoilée comme dans une loge maçonnique ou le tombeau d’un pharaon représente le ciel face au plancher du crâne.

A la naissance, les os de la calvaria sont séparés par les fontanelles, qui permettent la croissance de la boîte crânienne. Certains y voient une image de la porte étroite, comparée au chakra coronal, c'est-à-dire la fontanelle des bébés, par laquelle la conscience (purifiée après tout le trajet de la colonne vertébrale et l'éveil des divers nœuds d'énergie qu'elle supporte) s'échappe au moment de la mort physique.
On notera que c’est sur cette fontanelle que nombre de cérémonies maçonniques imposent l’apposition de l’épée flamboyante en vue de la transmission. La fontanelle est rouverte l’instant d’un éclair par l’épée rayon.

Elle devient clef de voûte et pierre du dôme, lieu du croisement de l’épée sur la tête. C’est aussi un chakra axial qui fait le lien entre la terre et le ciel. Il est intéressant de souligner que la voûte protectrice des regards profanes est présente dans certains grades supérieurs. Dans les légendes européennes et asiatiques, le crâne humain est un homologue de la voûte céleste. Il est une caverne en miniature qui, elle-même, est une représentation en miniature du Ciel.

Comme le cerveau, schématiquement la voûte comprend quatre parties ou pôles, nous sommes donc dans une quadripartition polaire qui nous relie à l’anthropomorphisme cosmogonique. C’est une image du monde que le crâne nous propose. Quatre zones significatives sont à retenir : la zone frontale, à l'avant (formée des os frontaux, ethmoïdes, sphénoïde et percé de cavités pneumatiques creuses : les sinus) ; le pariétal droit et gauche, latéralement (os pariétal et temporal) formant les tempes, zones les plus fragiles de cette boîte ; l'occipital à l'arrière (os occipital).

Le plancher (ou base du crâne), formé de trois fosses crâniennes, il est à noter que Hiram au REP se trouve dans la fosse-cavité, il reste donc deux autres fosses pour Hiram de Tyr et Salomon, correspondantes aux trois montagnes sacrées ou sont enterrés ces trois sages. Ainsi la voie ascendante est balisée tant pour les profanes par la montagne que pour les initiés par la fosse :

Vue endocrânienne du plancher d'un crâne humain avec les trois fosses.

o La fosse crânienne antérieure,

o La fosse crânienne moyenne,

o La fosse crânienne postérieure.

Le plancher est donc limité par l'os occipital en arrière et la partie supraorbitaire de l'os frontal en avant. Il est percé de trous laissant passer les différents éléments innervant ou permettant la circulation sanguine à l’intérieur du crâne. On retrouve selon un axe antéro-postérieur ces nerfs qui sont les liens informatifs avec le milieu extérieur. Cela veut dire que le cerveau seul et non relié à l’extérieur est aussi aveugle que les protagonistes de la caverne socratique. Inversement l’ensemble des informations qui sont captées par les nerfs et les sens, est déformé par les filtres qu’ils sont obligatoirement devenus. Les sens se déversent dans une cavité à perception limitée, car aucune boite à os ne peut avoir une vision globale du tout.

Passent ainsi, le 1er nerf crânien, le canal optique, les nerfs oculomoteurs, le nerf maxillaire, le nerf mandibulaire, l'artère méningée moyenne, les nerfs faciaux, la veine jugulaire interne et par le trou occipital, en continuité avec la colonne vertébrale représentative de l’axis Mundi, pars lequel passe la moelle allongée et les deux artères vertébrales, etc. Le massif facial est formé de 14 os qui identifient socialement l’individu. Le visage est cette partie que l’on masque lorsque l’on ne veut pas être reconnu, c’est aussi cette partie qu’on maquille pour jouer un rôle dans certains théâtres d’ombre et de lumière… Janus nous a appris que l’on peut avoir deux visages.

Le masque, grec ou latin est, plus encore que le costume, un procédé de caractérisation du personnage.
Il permet d'identifier, d'entrée de jeu, le héros antique et de nos jours le personnage joué par l’individu. Ici le moi et l’en soi, l’individu et la personnalité se retrouvent à nu, débarrassés de leurs tissus, et pourtant par leurs intitulés ils expriment les sentiments et les besoins du vivant. Ils sont l’expression même du vivant. La plupart des os du visage sont pairs : Os lacrymaux (pleurer), zygomatiques (rire), nasaux (respirer), maxillaires (goûter se nourrir), et d'autres sont uniques : Vomer, Mandibule (parler)

Face à ce descriptif détaillé, nous constatons que le Crâne est un monde en soi, avec sa géographie propre et ses continents. Il en est de même du cerveau qu’il contenait.

Le crâne-caverne dans lequel se projettent les ombres portées par les nerfs de nos sens trompe notre jugement et nous incite à agir sous de fausses informations. Ce que doit faire le franc-maçon c’est de tenter d’agir dans le monde autrement, avec l’intelligence du cœur. Sauf à rouvrir définitivement cette fontanelle soudée par l’âge et la perte de l’innocence ? il me semble utile de réserver au vase du cœur et à ses pulsations, la décision instinctive qui contribue à la conversion du regard. Le crâne symbolise le temps destructeur et la vanité de tout attachement humain aux choses périssables. Il peut être également l'attribut de la mélancolie ou connoter la repentance, la méditation et la préparation à la mort (Memento mori). Mais le crâne figure aussi aux pieds de Jésus mort sur sa croix. C'est en référence au péché initial qu'il aurait racheté par sa crucifixion suivant la tradition chrétienne. Ce péché est celui d'Adam.

La boucle est bouclée.

C’est ici le point crucial de notre démonstration. La crucifixion du christ pour racheter le péché des hommes et en premier lieu celui d’Adam qui a fauté se déroule sur le Golgotha qui se traduit littéralement par le mont du crâne. L’iconographie religieuse du Moyen-âge et de la Renaissance représente abondamment la scène de la crucifixion avec au pied de la croix le crâne d’Adam.

Cette triple conjonction du crâne porteur de la mémoire fautive d’Adam, du sacrifice du Christ pour le rachat et enfin du Golgotha grotte et montagne, trouve son lien naturel dans le sang qui s’écoule du flanc du christ dans la boite crânienne d’Adam. Ainsi, le sang de Jésus en croix, Nouvel Adam, a pu s’écouler sur le crâne du premier Adam. Cette boite d’os devient alors un calice. Nous savons que la coupe et le calice sont associés par leur forme de triangle descendant, au cœur. Alors est-il possible que le crâne se représente comme le triangle montant ?

Le versement du sang dans ou sur le crâne d’Adam consacre cette superposition de l’un à l’autre, comme les deux triangles superposés et entrelacés du sceau de Salomon. Le centre des deux triangles cerveau et cœur, répond à l’axe du bois de la croix plantée au Golgotha à l’aplomb de la voûte protégeant le crâne. Les deux axes de la croix et de la lance ne feront qu’un. Le percement du flanc et donc symboliquement du cœur du Christ par la lance du légionnaire Longinus vaut pour symétrie symbolique le dernier coup asséné su la fontanelle de Hiram par le troisième des mauvais compagnons. D’ailleurs la terre du tertre du Golgotha se fendit au moment de la crucifixion ramenant l’idée de la réouverture de la fontanelle du crâne d’Adam.

Les coups ainsi portés, frappent simultanément le centre commun aux deux triangles inversés, la tête et le cœur. Ainsi est résolu le rachat du péché originel qui a fait perdre à l’homme l’âge d’Or de l’humanité. Cette relation triangulaire de cause à effets inverse la représentation du crâne d’Adam. Il n’est plus l’expression d’un reste de culpabilité occulte, mais plutôt un signe palpitant d’espoir dans la recomposition des événements, cette fois-ci dans un sens cyclique heureux, ce qui correspond à la signification profonde du sceau de Salomon qui contient un cœur battant au rythme des grands cycles.

Ainsi le crâne du cabinet de réflexion n’est autre que celui du premier homme qui côtoya Dieu au point d’en perdre la proximité. C’est aussi le nôtre. Il est à la fois porteur de la faute originelle, ce qui nous en éloigne instinctivement, mais il reçut le pardon par le sang versé, ce qui nous en rapproche. À notre niveau s’exprime, enfouie dans les profondeurs de notre infra conscience, le souvenir de ces deux instants du cycle. Comme les mouvements d’un cycle, d’instinct nous nous éloignons des restes osseux et du crâne particulièrement, puis fascinés par ce qu’il signifie, nous nous en rapprochons pour n’être que lui. La clef qui ouvre le passage est en lui, mais c’est le cœur qui œuvre…

  

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/article-le-crane-101549839.html

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L'Initiation

6 Février 2013 , Rédigé par François BRUNIER Publié dans #Planches

Les sociétés secrètes, les groupements ésotériques, ont tous pour caractère spécifique l’Initiation.

Le propre d’une société dite secrète est le caractère toujours particulier de ses rites ou de son rituel, lesquels sont propres à chaque groupement et tenus secrets, cachés au monde profane. La donation de ces secrets se fait au nouvel adepte par une cérémonie qui est précisément l’Initiation. C’est le point de départ d’un partage communautaire, l’intégration d’un élément jusque-là profane, au groupe des initiés.

D’une façon générale, l’Initiation peut se définir comme un processus destiné à réaliser psychologiquement chez l’individu le passage d’un état réputé inférieur de l’être à un état supérieur.

Initium, en latin, signifie commencement, et par extension entrée. L’initié est celui qui est mis sur le chemin. Arrêtons-nous sur cette notion.

L’homme, objet de l’Initiation, est doué d’une individualité. C’est cette individualité qui est prise comme moyen et comme support de la réalisation initiatique. Les rites initiatiques subis vont être différemment réceptionnés par chaque individualité.

La mise sur le chemin une fois faite, que se passe-t-il ?

C’est en réalité à chaque individu que va appartenir l’initiative d’une réalisation qui se poursuivra ultérieurement et qui devrait normalement aboutir à dépasser les possibilités de l’état individuel humain, de rendre effectivement possible le passage à des états supérieurs.

L’Initiation n’est pas seulement quelque chose d’ordre simplement moral ou social. Les philosophes parlent à la raison. Les religions touchent le cœur. L’Initiation émeut la partie spirituelle la plus haute du sens de la vie. C’est une réalisation purement intérieure de l’être humain, réalisation des possibilités que l’individu portait en lui à l’état virtuel.

Nous devons donc constater que la méthode initiatique est une voie essentiellement intuitive. C’est là une des raisons pour lesquelles l’Initiation use de symboles. C’est pour provoquer l’Illumination par voie analogique.

Le langage symbolique, immémorial et universel, permet d’établir, au travers du temps et de l’espace, les relations nécessaires entre le signe et l’idée, la plasticité du symbole épousant chaque aspect de l’évolution et palliant à l’impossibilité qu’a le langage d’exprimer la totalité de la pensée.

Les symboles, supports de l’Initiation, sont essentiels. Ils doivent provoquer l’Illumination qui permet de saisir simultanément les différents aspects de l’idée, de les unifier, d’en faire déceler l’unicité qui les transcendent. Car le problème est de passer du connu à l’inconnu, du visible à l’invisible, du fini à l’infini.

Un point est à signaler. La plupart des mystères initiatiques et des épreuves ésotériques impliquent des thèmes implicites à peu près équivalents. C’est pourquoi il est à noter que toutes les initiations commencent par un voyage dans les ténèbres, au cours duquel des scènes effrayantes sont offertes au récipiendaire.

Il subit également des épreuves, feu, air, eau, qui sont le plus souvent corporellement appliqués et qui sont destinés à lui donner la sensation qu’il meurt. Cette impression de mort est obtenue par des moyens divers, des méthodes plus ou moins brutales, mais elle existe toujours.

Elle est suivie presque toujours et immédiatement d’une remontée vers la Lumière, une Illumination brusque. Ce schéma de descente dans les ténèbres, suivie d’une remontée lumineuse est constant.

C’est qu’en effet l’Initiation est naissance.

Cette seconde naissance à un monde fermé est conséquence ; elle implique donc et d’abord la mort au monde profane. Elle doit déterminer un choc psychique frappant, souvent même des marques physiques indélébiles.

Cette première phase du développement initiatique, partant du psychique, ne constitue qu’un stade ; ce n’est pas le but lui-même. Il n’est que le stade préparatoire de la réalisation des possibilités d’un ordre plus élevé, spirituel. Il faut qu’il y ait passage de l’ordre psychique à l’ordre spirituel. Ce passage que certains d’entre nous ont ressenti, constitue une seconde mort, une troisième naissance. Dans la symbolique maçonnique, ceci correspond à l’Initiation au grade de Maître.

La signification dernière du processus initiatique, à cause même de son universalité, a donné lieu à diverses théories : Les plus intéressantes signalent que les phases de l’Initiation sont la reproduction symbolique de la naissance de l’univers, l’organisation du chaos par la Lumière. Ce serait, par extension, une réintégration, une régénération fictive de l’être, une récupération des prérogatives que l’homme a perdues par la chute adamique. Les initiés sont replacés dans les conditions voulues pour atteindre la Gnose.

Pour réussir ces points, l’Initiation est donc à la fois :

- Une purification. L’être meurt à ses désirs profonds pour tendre vers la perfection.

- Une Illumination. Elle donne le moyen de retrouver la Parole perdue, la Connaissance.

- Une réintégration symbolique. Ceci dans les privilèges de l’être avant la chute. Il est dès lors possible de retrouver cette Sagesse perdue.

D’où l’idée, mainte fois exprimée, d’une Tradition secrète, transmise à travers les âges, sous des formes différentes, par des révélations successives, de telle sorte que toutes les religions, toutes les institutions ésotériques, procèdent au fond de la même source. Cet ésotérisme est quelque chose d’antérieur à la religion établie.

Cet aspect d’une Tradition extrêmement ancestrale est commune à tous les ésotérismes, d’où le problème de la filiation initiatique. Chaque groupement essaye de prouver sa fabuleuse antiquité grâce à l’idée d’une succession régulière et ininterrompue formant une sorte de chaîne.

De cette notion découle le second point important :

L’individu ne peut s’initier lui-même

C’est ce qui le distingue du mystique qui est le plus souvent un isolé.

Le profane ne peut être initié que par une organisation initiatique. Le rattachement à une organisation traditionnelle régulière est une condition nécessaire. L’initié naît à un monde spirituel existant, monde autre que celui où s’exerce l’activité de sa modalité corporelle, monde qui sera dorénavant pour lui le champ de développement de ses possibilités dans une sphère supérieure.

On comprend dès lors que cette sphère, ce monde, doivent être les reflets d’une organisation initiatique traditionnelle, régulière, qui doit avoir qualité pour conférer l’Initiation, c’est à dire pour transmettre cette influence spirituelle sans le secours de laquelle il serait impossible, en dépit de tous les efforts, d’arriver jamais à franchir les limites du monde profane. Il est d’évidence qu’on ne peut transmettre que ce que l’on possède soi-même.

Il est donc nécessaire que l’organisme soit effectivement dépositaire d’une influence spirituelle pour pouvoir la communiquer aux individus qui se rattachent à elle. C’est ce qui fait, par voie de conséquence, que tout être initié ne peut jamais, par aucun moyen, cesser d’y être rattaché, fut-il radié ou démissionnaire.

En effet, l’influence spirituelle conférée l’est une fois pour toute et possède un caractère proprement ineffaçable. C’est là un fait d’ordre intérieur contre lequel nulle formalité administrative ne peut rien.

On a souvent souligné le caractère incommunicable au profane de l’Initiation parce qu’il s’agit d’états à réaliser intérieurement. Ce qui s’enseigne, ce sont seulement des méthodes préparatoires à l’obtention de ces états ; c’est une aide, un appui qui facilite le travail intérieur ; c’est la mise sur le chemin. Ce secret initiatique, inexprimable, est vraiment incommunicable car chacun personnalise les données du symbolisme traditionnel des rites.

Nous pouvons soutenir, sans paradoxe, que le monde profane connaît nos rites jusque dans ses moindres détails, mais le secret maçonnique n’a pu néanmoins être percé et ne peut l’être.

Le mécanisme psychique par lequel opèrent les diverse épreuves de l’Initiation qui paraissent absurdes à celui qui les regarde d’une façon superficielle, est encore assez mal connu. On pense que les rites agissent par imprégnation du subconscient auquel ils donnent une puissance et une efficacité réelle.

Les rites ont pour but de mettre en rapport l’être humain avec quelque chose qui dépasse son individualité, la transcende. Il est évident qu’il n’est pas nécessaire que cette communication soit consciente pour être réelle. Le rite porte son efficacité en lui-même. Il est le support de la transmission d’une influence spirituelle.

Par lui, par l’Initiation, l’être se réalise, fait passer ses possibilités de la puissance à l’acte. Alors que le mystique parvient d’emblée à la plénitude de l’intuition, l’initié n’acquiert, lui, que progressivement la connaissance.

La voie initiatique est active, longue, laborieuse. D’où l’existence d’une hiérarchie dans toutes les organisations initiatiques, les divers grades marquant les étapes successives de ce travail intérieur, les degrés relatifs du perfectionnement auxquels les différents initiés sont parvenus.

Cette hiérarchie est particulière. Ce qui la distingue de toutes les autres hiérarchies, c’est qu’elle est formée essentiellement par des degrés de connaissance, celle-ci étant prise dans son sens total, effectif. C’est en cela que consistent proprement les degrés mêmes de l’Initiation, et aucune considération autre que celle-là ne saurait y intervenir.

Il ne faut jamais confondre ce point de vue avec la hiérarchie des fonctions, car la fonction dont quelqu’un peut être investi, à quelque niveau que ce soit, ne lui confère pas un nouveau degré et ne modifie en rien celui qu’il a en lui, déjà.

L’Initiation mène à la conscience pleinement réalisée et effective du soi. La chaîne initiatique n’est pas faite pour lier l’être, mais pour lui fournir un appui vers l’élévation, le dépassement de ses propres limitations. Une organisation initiatique n’a que faire d’instruments passifs et automatiques ; ce qu’elle doit trouver dans ses membres, c’est une collaboration consciente, impliquant toute la compréhension dont chacun est capable. Nulle véritable hiérarchie ne peut se maintenir sur une autre base que celle-là.

La Franc-Maçonnerie est une société initiatique. A ce titre elle use de symboles et de rites qui lui sont propres. Il nous faut étudier maintenant en quoi la symbolique maçonnique peut aider à l’Initiation. Il s’agit là de juger, en réalité, la valeur de la Maçonnerie en tant que puissance symbolique, en tant que puissance initiatique.

Est-elle dépassée, démodée, inactuelle du fait des courants de pensées en vigueur ? Par extension, doit-on la préserver ou est-il souhaitable de la changer ?

Le caractère original de la Symbolique maçonnique vient de ce que la Franc-Maçonnerie était d’abord opérative ; les outils, les mots employés avaient alors une utilité évidente, un sens clair. Ils étaient les éléments d’un langage à effet constructif, immédiat, direct.

Devenant spéculative, elle a cependant conservé les outils de travail et les mots, dès lors destinés à une construction à effets plus lointains, plus abstraits : l’Architecte de l’homme, l’édification de son esprit, de sa culture, de sa morale, le Temple d’une humanité harmonieuse.

C’est alors qu’entra en jeu le symbole qui est la base de l’Initiation maçonnique spéculative.

Tant qu’un objet ne représente que ce qu’il a de visible, d’immédiatement utilisable, le mot employé par le langage courant le désigne entièrement. Dès qu’il passe sur un plan spirituel, cet objet prend un sens plus profond, une valeur plus diffuse ; il devient symbolique.

Le langage exotérique est fait pour le plus grand nombre ; le mot, de ce fait, devant être compris par tous, est rigide, limité ; il désigne nommément la chose, fixe l’idée. Dès que l’on passe à de plus vastes horizons, on est obligé de recourir au symbolisme.

Est-il possible d’adapter ce symbolisme aux formes actuelles de la vie moderne, aux grands courants de la pensée actuelle ? Cette symbolique maçonnique initiatrice a-t-elle encore une valeur de nos jours ?

La vie moderne est technique, spécialisée, contingentée, planétaire. Les cinquante dernières années ont fait faire un bond fantastique au progrès scientifique ; la société moderne est une société de spécialistes, et de spécialistes poussés. La technique s’est à ce point développée que rien de valable ne peut être entrepris si ce n’est par des techniciens, compartimentés à l’extrême.

Ceci a pour conséquences la naissance d’une quantité de langages spécialisés propres à chaque branche de l’activité moderne, à l’adoption de codes, signes, symboles, voire rites particuliers à chaque activité particulière. La notion de symbole s’est en quelque sorte vulgarisée.

Cette spécialisation a eu pour contre coup de développer le sentiment de relativité d’une branche à une autre, également d’interdépendance d’une discipline à l’autre, aucune ne pouvant assumer, à elle seule, la marche générale de l’ensemble des acquisitions. Tous les hommes de science, tous les techniciens se sentent solidaires, contingents.

L’homme est devenu un rouage, une pièce d’un ensemble complexe. Sa valeur intrinsèque est fonction de l’ensemble social et de la façon dont il assume son rôle. L’individu, bien que spécialisé, s’efface devant une nécessité supérieure, collective.

Contingent sur le plan professionnel, il l’est aussi en tant que simple individu. L’information, la presse, la radio, la TV, dirigés, lui font un psychisme uniformisé. Il s’agit d’une véritable mise en condition générale, renforcée du fait que ces informations touchent la totalité des individus qui, au même moment, vivent le mêmes faits, les mêmes idées inculquées.

De ce fait, l’homme moderne se sent solidaire de tous les autres hommes de la planète. On assiste à la naissance de l’esprit généralisé.

Cette uniformité dans l’acquisition se retrouve dans les conséquences à subir. Standardisation des réflexes, des pensées, des réactions, naissent de cette documentation unique et de portée générale. A cela doivent s’ajouter les acquisitions mondiales et de portée mondiale qui aggravent encore cette standardisation.

Les découvertes nucléaires, la bombe atomique, les missiles, les acquisitions électroniques, la cybernétique, l’automatisation, ont des conséquences immédiates et universelles qui concernent tous les hommes. Même mise en commun pour les acquisitions médicales ou dans le domaine politique : marché commun, ONU, Euratom, Unesco. Jusqu’à l’art qui passe du plan commun au plan planétaire.

La pensée religieuse et philosophique sont de ce fait modifiées. L’universalisme est un mode de voir nouveau car senti à chaque instant. L’Eglise catholique, consciente de ce phénomène, fait actuellement, à la suite de Jean XXIII, par le Concile œcuménique, un effort d’adaptation considérable à ce nouvel aspect de la vie moderne.

Que devient la Maçonnerie dans cette cité nouvelle ?

Les systèmes rationalistes du 19ème siècle craquent de partout. Ils ne correspondent plus à la réalité mouvante du monde actuel. On assiste, on participe à une crise de croissance de l’humanité dans laquelle l’homme cherche un nouvel équilibre et le maçon plus que tout autre.

Ce qui distingue le maçon dans la société nouvelle, c’est précisément son initiation ; ce sont ses symboles. Que représentent-ils, dès lors, en valeur absolue ? En quoi cette Initiation maçonnique, avec sa symbolique, peut-elle nous aider ?

L’Initiation, nous l’avons vu, est surtout un acte d’acquisition spirituelle personnelle. Par elle, le profane doit laisser à l’entrée du Temple tous ses métaux, c’est à dire rejeter les erreurs et les préjugés du monde extérieur, se mettre à l’unisson d’un amour universel, se dégager des obstacles créés par la passion, ne plus tenir en considération les religions, les races, les castes, les clans politiques, les chapelles religieuses.

Cette initiation le rend membre d’une association dont l’angoisse est d’abord et avant tout l’amélioration matérielle et morale de tous les hommes. Libéré par ses symboles, le maçon ne veut plus obéir à un impératif quelconque s’il est d’obligation et étranger à sa conscience. Il méditera sur tout et n’admettra que ce qui lui semblera valable, son critère restant l’amour fraternel de tous les hommes.

Le résultat est que l’initié est dégagé des dogmes qui tuent l’âme, la dessèche, et qui aboutissent nécessairement à l’intolérance, cette source des heurts sociaux, des guerres et des exclusives.

Le maçon doit vivre son initiation, aidé par ses symboles. Renan disait : « Tout ici-bas n’est que symbole ». L’homme du 20ème siècle, à tout moment, sans qu’il s’en doute, nage dans un océan de symboles. Le mathématicien, le physicien, le scientifique, le technicien ont comme instrument de travail leur symbolisme propre. Le maçon aussi a ses rites et symboles, sources se son initiation.

Le point important, c’est que ce symbolisme est à l’inverse du dogme. Or le dogme est le frein essentiel au progrès spirituel. Dans notre siècle de progrès constant, la symbolique maçonnique par l’Initiation se doit de contribuer à ce progrès par le dedans. Essentiellement progressiste, la Franc-Maçonnerie ne peut faillir à ce devoir de promotion humaine.

Le dogme est un symbole qui s’est sclérosé, dévitalisé. Il est imposé comme vérité intangible à des adeptes dont on requiert avant tout l’obéissance aveugle, la foi. On inculque à d’autres des vérités, considérées comme telles par un petit nombre. La faculté de penser, dans ces conditions, est l’apanage d’une caste.

C’est ce que nous constatons dans les symboles et rites religieux. Au départ, l’idée symbolique, vécue par chacun, était une vérité vivante, admise par chacun des adeptes. Dans un deuxième temps, cette idée est devenue une sorte de réflexe conditionné ; à l’église, au Temple, le symbole a créé une attitude rituelle qui est devenue l’essentiel, à la place de l’Idée, peu à peu oubliée.

C’est cela qu’il nous faut éviter ; c’est par là que la symbolique maçonnique peut aider à la véritable Initiation vécue.

En effet, le caractère capital du symbolisme est sa plasticité. C’est une véritable et constante adaptation à la vie. Le mécaniser, c’est le vider de son sens profond ; c’est le perdre comme outil de la pensée critique. Ceci revient à dire que nous devons maintenir vivace, affûtée, prête à l’usage quelle que soit l’époque vécue, l’idée symbolique.

Notre symbolique est une image qui a un pouvoir de projection et d’évocation à contenu variable selon l’individu. Ce n’est jamais une mécanique réflexe, fixée une fois pour toutes.

Cette puissance d’évocation dépend du degré d’intuition, de la justesse de pensée de celui qui le considère, également de l’aptitude du sujet à sentir les rapports profonds des êtres et des choses, bref, de sa faculté initiatique.

L’Initiation maçonnique, née des symboles bien compris, est un merveilleux instrument de travail critique. Nous devons en maintenir l’esprit vivant parmi nous. Les dogmes s’installeront parmi nous quand, par paresse intellectuelle, par manque d’intérêt, nous cesserons de sentir sa valeur profonde. Le symbolisme reste, quelle que soit l’époque, le vrai levier de l’esprit, l’instrument capital de la compréhension intime des individus ou des faits.

La science, pour admettre un fait, exige qu’il soit renouvelable à volonté, qu’il entre dans le cadre de ses lois générales. Or il existe un grand nombre de phénomènes qui ne répondent pas à ces conditions et qui existent, réellement, objectivement. La conséquence est que la science se fige dans ses conceptions. Il y a des dogmes scientifiques, une religion scientifiques. Or, que voyons-nous actuellement ? La science n’est plus qu’une croyance qui s’appuie sur des hypothèses sans cesse renouvelées. Les données les plus ancrées changent de jour en jour. Certes, les résultats sont là, mais il est vain et illusoire de lui demander ce qu’elle ne peut donner : la Connaissance spirituelle.

La Franc-Maçonnerie prouve sa valeur initiatique par tout l’appareil symbolique qu’elle utilise et qu’elle doit conserver. Ce symbolisme, cette Initiation doivent faire évoluer les esprits d’une élite, de façon à les dégager de l’emprise des dogmes, fussent-ils scientifiques, pour les faire aboutir à la libération totale du sens critique et maintenir d’une façon permanente, la possibilité des interprétations multiples qui peuvent être données à chacune des acquisitions de la vie actuelle.

Le résultat sera la possibilité d’éprouver la relativité de ces acquisitions en regard des hautes valeurs morales qui sont les vrais objectifs à préserver. C’est là notre rôle.

Ce problème qui nous occupe n’est jamais que la lutte séculaire de l’Esprit sur la matière.

En résumé,

Rites, symboles, Initiation, qui sont nos bases de vie, nous sont chers car légués par une longue lignée de maçons, eux-mêmes conformes à l’impulsion universalisée de tous les groupes humains ésotériques. Comme nous, tous ces hommes ont eu à s’adapter à leur époque respective.

Cette Initiation, traversant les siècles, vivante, a maintenu les plus hautes valeurs de l’homme, ses valeurs morales, en regard de données scientifiques qui ne doivent rester que des instruments au service de l’homme, non leurs maîtres. Mais ces symboles doivent être compris pour être défendus, comme instruments de base de la liberté conceptuelle. Ils sont l’expression imagée d’un idéal de liberté.

Vivant notre époque, il nous faut nous y intégrer et subir les acquisitions modernes, les comprendre aussi. Les symboles, l’Initiation, seront nos vecteurs, les moteurs essentiels de notre amour de la perfection, les vrais supports de l’esprit maçonnique. A ce titre, ils seront les liens de la réconciliation humaine de l’avenir que nous voyons s’esquisser déjà sous nos yeux.

La force de l’Initiation maçonnique réside dans le fait qu’en face de la diversité des cultes, des milieux sociaux et géographiques, elle peut représenter, par le maintien de ses symboles vécus, une société initiatique faisant bloc et d’adaptant aux modes d’expressions variés qui peuvent lui être opposés. Ces symboles forment une base intangible, un ciment, entre les frères de tous les pays.

Adaptons-nous au progrès par le truchement de nos outils, sans perdre de vue notre Idéal de promotion humaine sur le plan moral et spirituel. Souhaitons aussi que ce travail intérieur, cet idéal, ne restent pas enclos dans le Temple.

Forts de notre Initiation, riches de nos acquisitions, faisons en sorte que tout en nous soit exemple à l’extérieur.

A ce prix seulement, nos efforts, l’acquisition de l’Esprit symbolique, l’Initiation, prouveront que leurs valeurs sont réelles, que le symbolisme maçonnique, comme le symbolisme scientifique, est lui aussi un moyen très authentique pour l’édification de l’humanité de demain.

Source : http://www.hiram-rite.fr/initiation.php?idCat=2

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L'Initiation ultime

5 Février 2013 , Rédigé par GLSA Publié dans #Planches

La vie est notre passage biologique sur cette terre. La vie ayant un début - la naissance - et une fin - la mort -, nous débuterons notre propos par cette idée biologique et symbolique. Selon le dictionnaire la Vie étant un ensemble de phénomènes assurant l’évolution de tous les organismes du règne végétal et animal depuis la naissance jusqu’à la mort, plusieurs symboles sont associés à la notion de cette vie.

ROBERT EDMOND LAVERRIÈRE (Revue maçonnique suisse: novembre 2003)

De l’arbre de vie des légendes en passant par l’eau et la terre, le symbolisme est d’une grande richesse mais très diffus dans les différents thèmes se rapportant à l’idée de la vie.

C’est-à-dire en partant de la naissance ou au début de tout. La mort étant la fin de la vie, elle est en fait un symbole à part entière. Dès la naissance l’idée de la mort devient l’ultime dessein. Parler de la vie en commençant par la fin, soit la mort, est une façon de conjurer les fantômes dans notre mémoire. Encore que vouloir les chasser est une volonté bien mince, car il faudrait employer une sorte de thérapie et se focaliser sur leurs pouvoirs. Afin qu’ils restent là, comme des esprits qui veillent sur nous.

La mort va donc hanter nos rêves, sachant qu’elle est inéluctable. Elle traîne avec elle le lot de frustrations sentimentales et de séparations physiques, alors qu’elle fait partie de la vie. La vie et la mort forment un tout, il s’agit de notre présence terrestre. Ce constat peut s’étendre aux règnes biologiques cités plus haut

La terre, soit le symbole de la vie et de la mort

A l’aube de la Création le magma désorganisé fut le chaos originel. Dans le symbolisme on évoque le mythe de la vie avec l’apparition de l’oeuf du monde ou l’oeuf cosmique. Et l’embryon du monde va surgir des eaux primordiales. La vie va apparaître avec le thème mythique de la destruction. Toutes les traditions des peuples et leurs légendes se réfèrent à l’organisation de la matière par le processus de la création. Soit il s’agit d’une entité androgyne, soit du principe féminin selon la plupart des cosmogonies. La déesse-mère associée à la terre et à la mer, apporte la vie. Le principe féminin va être la lune. La coquille, la mandorle et autre losange vont devenir les emblèmes de la femme et de la vie. Mais pour donner la vie, la dualité demande le couple féminin-masculin. Mais que dire du principe masculin? C’est le soleil, l’air et le feu. Et partant du constat de liaison entre la terre et le ciel, nous avons l’arbre, la colonne et enfin le phallus.

C’est la lune, éternelle Isis qui remonte le Nil dans les roseaux mythiques de l’Egypte ancienne à la recherche du corps épars de son époux Osiris, divinité de la renaissance et du domaine des morts. Le dernier morceau retrouvé dans la légende est le phallus. La vie peut revenir sur terre. La terre glaise est, dans de nombreux mythes, la matière à partir de laquelle les divinités auraient créé l’homme. Dans certaines légendes babyloniennes, c’est la méthode de la poterie qui fut employée. Ces légendes se fondent sur d’autres qui nous viennent de la nuit des temps et remontent au néolithique. Comme la terre se trouve à l’origine et est aussi la fin dans la notion de l’Ouroboros, le serpent de l’éternel retour, elle devient le but de la quête de l’homme. Le contraire de la mort n’est donc pas la vie mais la renaissance. En effet, comme la naissance nous fait passer d’une vie antérieure à la vie terrestre, de même la mort est de fait symboliquement une renaissance à la vie de l’âme. On retrouve ici le sens profond du mot cimetière, qui vient du grec et signifie «chambre nuptiale». La mort est le retour à la terre, elle est une sorte d’inceste sacré qui nous promet une nouvelle naissance. L’homme recherche la terre d’immortalité, avec la terre des vivants et celle des morts, dans sa quête vers le divin. Dans cette vision on trouve l’île d’Avallon celtique, et la descente aux enfers de Demeter. La symbolique végétale de la pomme prend une dimension sacrée.

La terre promise de nos ancêtres va devenir le lieu vers un devenir, l’abstraction du voyage vers un autre pays. Et le cours du temps prend son importance. Ce sont les saisons, avec le symbolisme de la fécondité et de la fertilité. La mort dans la terre devient renaissance pour le grain de blé.

L’eau

En tant qu’élément originel l’eau est considérée dans de nombreux mythes de la création du monde comme la source de toute vie. Elle nous renvoie aussi à la notion de destruction, le déluge étant l’illustration la plus remarquable à ce sujet. Mais il y en a d’autres selon les légendes et l’histoire des peuples. Remarquons que c’est dans l’eau de la mer que plonge chaque soir le soleil à l’Occident, dans le but de réchauffer le royaume des morts pendant la nuit, cela dans l’inconscient des premiers peuples.

Dans la description symbolique l’eau peut être océan, mare, lac, rivière. Elle tombe du ciel dans les orages avec la foudre pour compagne, ou en une pluie bienfaitrice apportant la vie sur la terre. Cela nous renvoie au symbolisme du grain de blé et des connaissances des premiers peuples sédentaires et agricoles. La source, la rivière et le lac deviennent mystère, le lieu des elfes et des démons, les fées sont présentes pour rendre magique cette «source» de vie et de mort. L’homme considère l’eau comme élément passif, lui accordant un statut sacerdotal par le baptême, purification que connaissaient déjà les civilisations antiques.

L’arbre de vie

Le règne végétal va apporter son lot de symbolismes. L’arbre de vie dont les feuilles repoussent au printemps est le plus grand symbole de résurrection. Il relie le monde souterrain, que nous avons un jour quitté, pour rejoindre le ciel, dont les nuages nous envoient la pluie fécondante. Afin d’être la liaison entre le visible et l’invisible. C’est l’échelle pour atteindre l’illumination.

Les arbres sacrés sont nombreux dans les différentes civilisations et selon les climats des régions. Par souci symbolique nous citerons les arbres se rapportant à l’immortalité tels le cyprès - arbre de vie et de mort -, le cèdre - qui fut utilisé dans l’architecture du Temple de Salomon, le chêne des anciens Gaulois, le frêne Yggdrastill des légendes celtes et nordiques. La liste est encore chargée d’acquis divers avec le grenadier, référence aux colonnes J et B du temple maçonnique. Notons pour la petite histoire que les talismans taillés dans les bois de buis, figuier et autres if viennent des anciennes croyances animistes. Enfin, l’acacia nous ramène à notre symbolique sur la vie et la mort.

La mémoire et l’absence

Après la mort virtuelle dans le cabinet de réflexion, sortant de la terre, le passage par l’air redonne la vie à l’impétrant. Ensuite la cérémonie prend une dimension ésotérique par l’eau et le feu. Le passage par les quatre éléments est une renaissance, une nouvelle vie et cette évocation nous est donnée au cours des cérémonies de nos Saints-Jean. Ces derniers sont l’expression du dieu Janus, également placé à la fin et au début de chaque année. Passage obligé du calendrier, son nom est associé au premier mois de l’année. La vie et la mort sont une dualité exprimée lors de nos cérémonies. La mort est vaincue symboliquement de même qu’ésotériquement.

Appréhender le sujet de la mort demande un bref arrêt sur les moments de tristesse que nous avons vécu. Au hasard de sa destinée tout homme fait sa connaissance, il n’est jamais préparé à affronter ce choc émotionnel dans ses sentiments. En donnant la vie terrestre on donne la mort, obligatoirement du point de vue biologique. Cette définition a le mérite de nous obliger à nous pencher un instant sur des considérations sentimentales. Celles-ci, basées sur notre fonction amicale et amoureuse, font appel à ces moments de séparations définitives dans notre existence terrestre. Peut-on croire que le souffle qui était dans ce corps aimé s’est envolé vers un ailleurs insaisissable ? La mort devient l’absence.

La mort est la rupture de nos liens affectifs, ne reste que le souvenir. Et le temps se charge de rendre ce souvenir moins triste, plus acceptable. La mort prend la dimension du mystère. Et l’homme reste devant une inconnue, qui prendra par nécessité intellectuelle une dimension religieuse. L’homme ne pouvant admettre la dure réalité de la vie biologique. La mort ne nous épargne pas ces instants où démunis nous constatons notre imperfection devant la dépouille de celui qui nous précède vers cette éternité et qui nous attend. C’est le départ de ceux qui vous mirent au monde, d’un père, d’une mère, qui avaient parcouru tant de chemin avec nous. C’est la séparation d’avec un ami, un frère, un de ceux qui avait été le compagnon de voyage, partageant les souvenirs d’adolescent et d’adulte. C’est la disparition d’un enfant, d’une épouse, catastrophes sentimentales, séparations sans retour qui laissent l’homme abattu sur le bord de la route. Ce départ est une coupure d’avec le partage de l’existence. Ici le bouleversement devient difficile à supporter, le désarroi est en rapport avec le vide physique et sentimental. L’amour partagé devient souvenir. Celui qui reste doit traîner avec lui la mémoire et l’absence!

L’homme restera toujours un révolté face à la mort

Squelette portant une robe noire, muni d’une faux, celle des agronomes qui fauchaient le blé levé, voilà l’image type de ce genre d’apparition de cauchemar. La mort nous invite à une danse macabre. Symboliquement, la mort désigne la fin absolue. Elle est l’aspect périssable et destructible de l’existence. Elle est l’introductrice aux mondes inconnus des Enfers ou des Paradis. C’est l’ambivalence du rite de passage. La mort est une révélation. Sur ces situations qui relèvent de la douleur incomprise, les poètes du romantisme nous laissent des pages d’une telle intensité que la simple lecture d’un texte nous renvoie, funeste miroir, vers notre mémoire et nos songes. Et nous devons rester avant d’aller dormir dans ces belles allées où le silence demande le recueillement. Combien de pierres tombales renvoient vers des existences, faites de passion et de génie, tombées dans l’oubli du temps. Ici s’estompe la vie, ici s’arrête le bruit, la parole et le souffle de l’autre. Sa présence s’est faite ombre.

La mort est une belle allégorie, assise sur le bord du sentier de notre rêverie, pour une rencontre un soir ou un matin de pluie avec nous. L’imagerie populaire associe par relation la mort soit avec la fin de l’automne, soit avec l’hiver en rapport avec le rythme des saisons. Une ruine, une porte de fer rouillée, un ciel chargé de nuages, conviennent pour l’évocation de la mort. Enfin, la nuit reste le moment privilégié des peurs ancestrales, associée à la mort du soleil qui vient de disparaître à l’Occident sous nos latitudes. Alors les esprit vont sortir de la forêt, autre peur viscérale des premiers hommes, pour venir troubler les vivants. Notre vague à l’âme en écrivant ces lignes ne peut décrire la mort en plein soleil, pour suivre la poésie. Pourtant ce serait beau de partir à midi. Ultime rendez-vous avec la camarde, comme pour tirer une dernière fois sa révérence à une existence riche en moment d’une grande intensité. Savoir qu’une stèle, laissera au détour d’un chemin de cimetière l’épitaphe résumant une vie que le temps et le vent viendront troubler pour mettre une patine, celle de l’oubli. Savoir que d’autres continueront notre travail, et que nul n’est irremplaçable. Savoir que notre vie, lors du bilan final, fut la mieux remplie en fonction de notre position sociale dans cette société d’hommes. Savoir aussi dans notre imagination que nous partons, peut-être pour un voyage. Mais lequel? L’homme restera toujours un révolté face à la mort.

La mort maçonnique

Lors de notre initiation nous sommes confrontés à la situation de mourir à quelque chose. Mourir à la vie profane. Plus rien ne sera semblable après. A commencer par l’acceptation de la mort physique. Certes le nouvel initié avait une approche intellectuelle de la question avant cette fameuse soirée. Mais la chaîne d’union l’avait certainement rassuré. Nous ne sommes que des passants sur la continuité de cette connaissance. Le corps n’a qu’un temps mais l’esprit reste, selon l’instruction de certains rituels. La mort est un passage privilégié dans le rituel maçonnique quels que soient les degrés, mais reste symbolique.

La mort est donc une transition, pour les cherchants et les hommes qui croient en un ailleurs. Sans vouloir en faire une question de principe, appartenant au règne animal, faut-il se rappeler que l’homme au début de la préhistoire, dans sa quête d’absolu décida d’un au-delà en donnant une sépulture à la dépouille des membres du clan. Alors l’homme se posa la question primordiale: quelle Vie après la Mort? L’humanité inventait la religion comme première réponse, et les peuples se mirent en marche vers l’Occident pour suivre la course du soleil. Et nos rituels donnent une idée de ces pérégrinations dans la manière de conduire nos travaux. Quitter cette existence sera l’initiation ultime pour le franc-maçon.

source : http://www.freimaurerei.ch/f/alpina/artikel/artikel-2003-11-01.php

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1ère Tenue de la RL Loge Laurence Dermott

4 Février 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #histoire de la FM

La RL Indépendante  Laurence Dermott c’est réunie le lundi 4 février 2013 pour la première fois.

Après avoir ouvert à 19h les Travaux au Grand Architecte de l’Univers selon le Rite de Grande Loge, les 12 Frères présents ont travaillé à partir d’un texte tiré d’Ahiman Rezon et de « ce que doit savoir un Maître Maçon » de Papus.

A 20h 45mn, le Vénérable Maître a fermé la Loge et les Frères sont repartis satisfaits.

Prochaine Tenue : le lundi 8 avril sur le thème de la Kabbale.

http://logedermott.over-blog.com

 

 

 

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Conscience et Mort

4 Février 2013 , Rédigé par M\ P\ Publié dans #Planches

Lors d’une tenue funèbre, les trois Lumières nous rappellent : « Les hommes naissent. Leur existence poursuit son cours. Ils meurent. Tous passent et, venant de la terre, leur dépouille retourne à la terre. »
Ainsi tous nous mourrons. Comme les animaux, l’homme est victime de la vieillesse ou d’accidents. Mais il peut aussi se suicider ou donner volontairement la mort, ce qui le distingue des animaux.
Conscience et mort sont les problèmes existentiels de l’homme car il a conscience de son destin de mort.

1.La conscience de la mort

L’homme est un animal pensant qui est depuis fort longtemps sciemment confronté à la mort. Il a célébré le sacrifice humain. Il a été anthropophage et l’est encore en Papousie. Il pratique la guerre. Il condamne à la peine de mort. Certains mammifères comme les cervidés ou les singes se battent entre eux et le vainqueur devient le chef. Mais le combat s’arrête généralement avant la mort du vaincu avec une réelle conscience d’un rituel
L’esprit guerrier de l’homme est grégaire. Un écrivain américain  l’attribue à des réminiscences inconscientes du temps où il était la proie des animaux carnivores contre lesquels il s’est battu. Cette thèse ne résiste pas à l’analyse car la guerre n’est pas une addition de meurtres perpétrés par des individus mais une manifestation du pouvoir des humains.
Evidemment la conscience des hommes pris individuellement a déjà bien évoluée mais que la conscience collective est encore peu développée. Ainsi la définition de crime contre l’humanité est toute récente. Elle est contemporaine de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme de 1948 qui stipule à l’article premier que : « tous les êtres humains sont doués de raison et de conscience ».

Les hommes sont doués de conscience sans doute parce qu’ils sont les seuls êtres à concevoir la mort, synonyme de disparition irrémédiable : Ils célèbrent leurs morts, leur construisent des sépultures, des totems ou même des pyramides.
Ainsi le rituel funèbre du GODF énonce que « Les rameaux déposés sur la dalle sont le signe de l’amour fraternel qui unit tous les francs-maçons et qui relie les vivants aux morts. Ils symbolisent la vie qui continue et la pensée, noble étincelle, qui persiste à éclairer nos esprits alors que les cerveaux d’où elle a jailli ne sont plus que poussière. »

« La vie et la mort ne sont que des moments de l’évolution universelle ». En quelques mots, le franc-maçon convient que l’homme est un moment de l’humanité. La mortalité s’inscrit dans le temps. Le Franc Maçon du GODF n’a pas de doctrine métaphysique sur la mort car l’obédience lui garantit la liberté absolue de conscience. Notre constitution considère que « les conceptions métaphysiques relèvent du domaine exclusif de l’appréciation individuelle » et que « la franc-maçonnerie se refuse à toute affirmation dogmatique ». Les instructions pour les candidats proposés à l’initiation maçonnique précisent que « chacun conserve sa totale liberté, il ne lui est demandé que bonne volonté et travail dans la recherche de la Vérité.
Cependant, chacun ayant tendance à découvrir sa propre Vérité, la quête spirituelle du F.M. est aussi le symbole de l’Amour et de la Perfection ».

La quête spirituelle du Franc Maçon rejoint les interrogations du philosophe :
D’où je viens ? Le profane qui sonne à la porte du temple est invité à renaître. L’initiation est une naissance qui l’engage à réfléchir à son passé, à remonter aux sources de l'Universel.
Qui suis-je ? L’initié franc-maçon l’est pour la vie. Il part à la recherche de la Lumière et de la Connaissance. Il travaille « à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité ».
Où vais-je ? Eternelle question du devenir de l’homme après la mort.
Question métaphysique et philosophique malheureusement délaissée aux sages et aux religions.
Toutes les interrogations sur la mort, quelles soient philosophiques ou religieuses, sont indissociables de la place que l’Homme s’attribue dans l’Univers.

2. L’Univers
L’univers - croyons nous aujourd’hui - est âgé d’environ quinze milliards d’années. A l’origine tout est énergie, lumière, ondes. Puis l’énergie devient masse. Alors apparaissent les galaxies. Il y a 4,6 milliards d’années naît notre système solaire. L’eau condensée est source de vie dans la mer puis sur terre.

L’espèce humaine est la dernière espèce de mammifères qui apparaît il y a 4 millions d’années. L’homo sapiens est un animal doué du langage. Il est alors capable d’abstraction. L’intuition devient aussi imagination. Il pense et s’invente des dieux qui donnent du sens à ce qu’il ne comprend pas.

Les religions ont toutes leur propre réponse aux questions métaphysiques existentielles. Et elles intègrent, plus ou moins facilement, les dernières découvertes scientifiques décrivant la genèse de l’homme et son évolution.
L’évolution est représentée par une pyramide de la complexité qui s’est construite dans le temps : La base est constituée par l’énergie originelle.

Le big-bang a généré les particules élémentaires comme les quarks et les électrons puis les neutrons et les protons qui enfin donnent naissance aux atomes puis aux molécules. Des biomolécules naîtra la vie avec les cellules. Les cellules s’organisent en « organismes ». Au sommet pourrait émerger la conscience. Cette pyramide ainsi complétée présente neuf étages. Elle est sagesse et perfection.
Pyramide de la complexité
Big bang Espace Echelle des sciences
? ? ? Etoiles Planètes
Organismes Psychologie
Cellules Biologie
Biomolécules Biochimie
Molécules Chimie
Atomes Physique
Neutrons Protons Mathématiques
Quarks Electrons 8
ENERGIE

Auguste Comte en 1975 a établi une autre échelle dite des sciences. La psychologie qui a trait au mental c’est à dire à la conscience et à l’inconscience coiffe la biologie, la biochimie, la chimie, la physique et les mathématiques.
L’apparition de la vie est le fondement de la biologie. La vie s’inscrit entre la naissance et la mort. Le dernier degré de perfection de la nature est, à ce jour, l’apparition de l’homme dont le niveau de conscience lui permet de comprendre et d’agir sur lui - même et sur son environnement.

3. La conscience
La conscience, l’esprit, l’âme sont des concepts difficiles à définir. Selon le Larousse, l’esprit est principe immatériel, substance incorporelle ou âme. L’âme est principe de vie et de pensée de l’homme. La conscience est perception, perception plus ou moins claire des phénomènes qui nous renseignent sur notre propre existence.
Le dualisme distinguant la matière inconsciente de l’esprit conscient eut son utilité historique. Ce dualisme matière - esprit a permis de soustraire à l’autorité de l’Eglise les travaux des scientifiques sur la matière. En France, la séparation de l'Eglise et de l’Etat en a été l’expression législative.

Le biologiste Francis CRICK dans son ouvrage, intitulé « L’hypothèse stupéfiante : à la recherche de l’âme », explique que toute notre vie mentale est déterminée par ce qui se passe à l’intérieur du crâne. CRICK suggère que l’activation synchronisée des neurones à 40 Hz (de 35 à 75 Hz) pourrait être le corrélât cérébral de la conscience.
Le biologiste Roger PENROSE (4) pense que la réponse au problème de la conscience ne doit pas être recherché au niveau des neurones qui sont trop gros mais du coté de la structure interne des neurones. Le niveau interne ou cytosquelettique des neurones est le siège de phénomènes relevant de la mécanique quantique. Lorsque ce niveau quantique entre en rapport avec le niveau macroscopique des échanges neuronaux, la conscience apparaît.
PENROSE imagine ainsi une dualité onde - corpuscule existant au niveau moléculaire des neurones à l'exemple de la dualité onde / particule ou dualité matière / énergie (fission et fusion thermonucléaire, laser...) qui ont bouleversé le XXème siècle.
Il est admis que la conscience est associée au fonctionnement du cerveau.
Il est courant d’imaginer que les pensées sont une représentation holographique des images mentales, c’est à dire que les images abstraites sont le résultat d’interférences entre des ondes codées.

Pour les matérialistes, la conscience est intrinsèquement liée à la matière du cerveau. Donc la mort du corps annihile la conscience : l’existence s’arrête là.
La majorité des hommes croit cependant que l’esprit qui s’affichait comme la conscience au sens large, est libéré de la matière vivante et peut même se réincarner. L’esprit ou la conscience se réincarne alors le plus souvent en un animal. Cet animal, à son tour, est-il doué de conscience ? L'animal antérieur à l'homme est-il déjà doué de conscience ? Autrement dit la conscience est-elle le propre de l’homme ?

4. La conscience est-elle le propre de l’homme ?
Les animaux savent communiquer. Des singes apprennent le langage des sourds - muets. Les animaux pensent. La barrière entre l’homme et l’animal se fracture de toutes parts. Où se trouve la limite?
L’infériorité des animaux est évidente…comme l’était celle de l’esclave et il n’y a pas si longtemps celle de la femme qui n’avait pas d’âme. Le franc-maçon ne doit-il pas s’interroger sur la supériorité de l'homme ?

La pensée occidentale évolue au point d’admettre maintenant que les animaux, eux aussi mortels, souffrent, éprouvent des sentiments comme de la peur, de la joie, de la jalousie. Hier la loi considérait les animaux comme des « choses » ou des « objets ». Depuis le 6 janvier 1999, selon la loi française 99-5 (articles 24 et 25) les animaux sont maintenant considérés comme des êtres sensibles. De son coté le Conseil Européen a décrété un moratoire sur les xénogreffes ou prélèvements d’organes animaux pour les implanter sur l’homme en raison de la sensibilité des animaux et des risques de transmission de maladies du type de celle de l’ESB, encéphalite spongiforme bovine.

Si les animaux ont un brin de conscience, pouvons-nous nous en nourrir ? Personne d’entre nous ne mange du chien ou du chat dont on connaît les sensibilités. Et pourquoi alors manger du cochon réputé plus intelligent ?
Plus qu’une démonstration, je vous livre quelques citations (5) d’auteurs occidentaux, pensées lourdes de sens s’inscrivant au cœur de notre sujet de la conscience des êtres vivants et de la mort :
Pythagore : « Aussi longtemps que les hommes massacreront les animaux, ils se tueront entre eux ».
Léonard de Vinci : « Le temps viendra où les hommes regarderont le meurtre des animaux comme ils regardent le meurtre de leurs semblables ».
Tolstoï : « Tant qu’il y aura des abattoirs, il y aura la guerre ».
Einstein : « Rien ne peut être plus bénéfique à la santé humaine, ni accroître les chances de survie de la vie sur terre, qu’une évolution vers un régime végétarien ».
George Bernard Shaw : « Tant que nous sommes nous-mêmes des tombeaux vivants d’animaux assassinés, comment pouvons-nous espérer des conditions de vie idéales sur cette Terre ? »

La question de la nourriture du corps est évacuée par les occidentaux prompts à préférer le spirituel et les grandes idées au détriment du matériel lorsque cela les arrange. Notre frère anarchiste Elisée Reclus plaidait déjà en 1901 pour le végétarisme dans la revue « La Réforme alimentaire ».
Le Franc Maçon n’ignore pas l’importance de ses moindres actes lorsqu’il affirme que tout ce qui est en haut est comme tout ce qui est en bas.

Le rite d’affiliation de Menphis Misraïm rappelle au Franc Maçon : « Fils de la Veuve, considérant que la Tradition Hermétique ancienne et la Science Moderne enseignent que la Vie réside très réellement au sein des trois règnes de la Nature : minéral, végétal et animal, de l’infiniment petit à l’infiniment grand, considérant qu’il est hautement probable que la Nature équilibre au mieux du Plan Universel et de ses différentes finalités, les manifestations vitales en présence, qu’elle harmonise ainsi le cheminement de chacun des trois règnes, nous croyons que l’Homme a des devoirs envers la Nature, envers tous les Etres Vivants, et qu’il lui appartient de s’en montrer le protecteur intelligent. Fils de la Veuve, croyez-vous cela ? » Frères et Sœurs, Fils de la Veuve, croyez-vous cela ?

L’homme parce qu’il a une conscience supérieure à celle des autres êtres vivants a des devoirs, en particulier celui de ne pas rester indifférent car l’indifférence est intolérable comme l’exprimait Einstein : « Le monde est menacé d’avantage par ceux qui tolèrent le mal que par ceux qui s’emploient à le faire ».
La conscience du bien et du mal est une manifestation de l’esprit humain que d’aucuns préféreraient attribuer à une âme. Sans nous engager dans ce débat, considérons maintenant des théories modernes accréditant l’hypothèse d’une conscience supérieure de l’homme ou l’existence d’une entité immatérielle assimilée à l’esprit.

5. La conscience supérieure ou l’Esprit
Le physicien Jean E. CHARON, en 1974  estime que le Vivant ordonne le milieu : il postule que la perte d’entropie de la matière est compensée par l’accroissement de celle du vivant (négentropie). Pour lui, le vivant est un émetteur - récepteur capable de capter et de produire le rayonnement négentropique, rayonnement inconnu qu’il voit néanmoins à l’œuvre.
Il s’interroge alors sur la mort où la structure matérielle se désagrège mais où persisterait « sous une forme quelconque dans la durée une part de nous même comme un phénomène d’espace - temps caractérisé par un rayonnement susceptible d’être un jour décrit par des équations mathématiques ».
Dés 1977, il démontre que certaines particules, comme les électrons qui peuvent être assimilés à des micro trous noirs, sont de micro - univers formés d’un espace - temps particulier, définis comme l’esprit, réunion de la matière et du mental . Il développe alors la théorie de la relativité complexe qui conduit à considérer que les deux faces sensibles de notre Monde sont la Matière et l’Esprit. Mathématiquement, cela consiste à introduire dans la théorie d’EINSTEIN les nombres complexes, nombres constitués d’une partie réelle et d’une partie imaginaire. Il déclare alors : « Oui, frère humain, abandonnes ton anthropocentrisme. Quand tu annonces « je pense », tu devrais dire plus correctement « il pense » comme tu dis « il pleut ». Car ce qui pense en toi, ce sont des milliards d’électrons qui enferment un espace - temps où peuvent se dérouler les processus spirituels ».

Huit ans plus tard  CHARON montre aussi comment notre Moi humain est associé au psychisme propre aux particules entrant dans notre corps, fournissant ainsi un éclairage nouveau à la notion d’inconscient collectif de JUNG.
CHARON a vu dans le paradoxe EPR (Einstein, Podolski et Rosen) la preuve d’une communication entre particules . Rappelons cette expérience réalisée en 1957 : Deux particules associées présentent des spins contraires. Elles sont séparées. Le spin de l’une est inversé et l’on constate que le spin de l’autre s’inverse. Ces expériences ont été récemment reconduites dans l’anneau du CERN à Genève. Le phénomène a été reproduit avec des particules séparées alors de 10 kilomètres.

Pour Alain ASPECT, Professeur à l’Ecole Polytechnique, « ces deux particules éloignées constituent pourtant un tout inséparable » . Même si ce grand problème n’est pas résolu, demain il va servir pour la cryptographie quantique de messages…

Revenons à Jean CHARON qui en 1985 reprend la conception de Teilhard de Chardin  selon laquelle les structures vivantes évolueraient en obéissant à une sorte de loi de complexification - conscience. Le niveau de conscience s’élève par seuils de mémoire hiérarchisant ainsi le minéral, le végétal, l’animal et l’humain. Il laisse alors entrevoir l’évolution vers un ultra humain doué d'une conscience plus développée.
Sans citer CHARON, le Pr Régis DUTHEIL, biophysicien et Brigitte DUTHEIL ébauchent une théorie où existe un second monde parallèle au nôtre.

Dans cet univers, les vitesses des particules sont supérieures à celle de la lumière si bien que la notion de temps n’existe pas. Cet univers « d’espace - temps superlumineux » n’est constitué que d’information et de conscience.
Cet espace non temporel est instantanéité et permanence. Il contient l’ensemble des informations et des significations. Cet espace de la conscience totale qui est conscience individuelle et conscience collective nous est inconnu : nous l’entrevoyons par bribes, par séquences grâce au cerveau qui serait le filtre des échanges entre ces deux univers.
Le cerveau serait le lien sous forme de filtre entre la matière biologique et l’esprit. Il est l’instrument où s’affichent des images de type holographiques.
Notre monde, notre univers visible à l’œil ou avec nos instruments est souslumineux. C’est celui des théories où la vitesse des ondes et particules a pour limite la vitesse de la lumière.
Au delà commence le monde superlumineux que laisse entrevoir cette nouvelle théorie qui bouleverse les notions de naissance et de mort. La mort est alors une sorte de renversement : le corps physique disparaît et la conscience se retrouve libre de toute entrave au delà du mur de lumière.

L’entrée dans le monde de la mort c’est-à-dire dans l’espace - temps superlumineux nécessite le franchissement du mur superlumineux ; mur qui serait celui entrevu dans les expériences aux frontières de la mort dites « NDE », near death experience. Cette conscience superlumineuse ne rappelle-t-elle pas cette assertion maçonnique : « la pensée, noble étincelle, qui persiste à éclairer nos esprits alors que les cerveaux d’où elle a jailli ne sont plus que poussière. » ?
Au rite de Menphis-Misraïm, le Vénérable lors de la Tenue Funèbre déclare que «le Monde Sensoriel n’est que l’une des formes passagères du Fluide Cosmique impondérable, que nous nommons la Grande Ame Universelle, source de toute Harmonie, et dont le détenteur immatériel est le Nombre. C’est pourquoi, couverts par les Ailes de la Dame du Sycomore, votre Protectrice, vous passerez le Seuil, tenant en vos mains la Pierre Lapis, la Croix Ansée et le rameau de Myrte, constellée des narcisses de la Connaissance » .

6. Tradition et modernité
L’étude des symboles, des religions, des témoignages des voyages aux frontières de la mort et celle des expériences mystiques montrent toutes que le passage dans la mort s’accompagne de trois phénomènes: la sensation de transgresser des barrières temporelles et spatiales par le franchissement d’une barrière, l’émerveillement dans un bain de lumière et enfin le sentiment de connaissance totale qui annihile toute velléité de recherche de la vérité. Le franchissement du mur est une initiation qui débouche dans un monde de lumière où règnent la connaissance et la vérité.

Jean Marie TJIBAOU avait entrepris une thèse sur les traditions des kanaks où les défunts s’appellent les Vivants. Je le cite : « L’existence individuelle n’est qu’une période transitoire sans grande signification si elle n’est pas rapportée à la totalité des « échanges » qui, dans ce monde et dans l’autre, confèrent à la société et à l’univers leur sens et leur cohésion. L’esprit d’une personne défunte s’en va d’abord danser dans le pays sous marin des morts, puis, au bout de quelques générations, remonte le long des cours d’eau jusqu’au pays des ancêtres maternels où il vient se confondre avec l’être totémique - animal, plante, pierre ou phénomène atmosphérique… - qui est aux origines de la Vie ».

Les Kongos en Afrique croient à une vie post mortem dans un monde souterrain. Les Indiens comme les Kanaques imaginent le cycle de la vie et de la mort comme celui de l’eau qui va de la pluie à la mer. Au Mexique, les Morts s’en retournent dans les demeures du Soleil. Toutes les traditions accréditent l’idée d’un monde des morts.

Dans le Livre des Morts égyptien, le défunt élu emprunte la barque sacrée.

Les Celtes, les Germains et les Scandinaves croyaient en une vie dans l’au - delà.
L’immortalité est aussi présentée comme un ancien privilège de l’homme, privilège perdu par indiscipline. Il est un dieu déchu ou un pêcheur. La réincarnation et la résurrection sont d’autres possibilités d’immortalité.

La pensée bouddhique vise à l’extinction totale de l’individualité dans le nirvana, afin de fuir le monde régi par la loi du karma. Mais dans la mort la conscience individuelle rejoint le flot de conscience dont elle est issue. Comme l’énergie, la conscience au sens bouddhique, se conserve. La Voie du Pèlerin bouddhiste emprunte la rivière symbolique de la Vie et de la Mort.

En Chine, confucianisme et taoïsme conçoivent l’âme comme mi - céleste, mi - terrestre.

Les philosophes comme Socrate, Platon, Descartes, Spinoza, Leibnitz, Kant, Hegel, et Schopenhauer croyaient en l’immortalité.
La tradition rapporte des cas de réapparition, de voix d’outre tombe. La théorie de la relativité générale a prévu dans des conditions extrêmes le voyage dans le futur ou dans le passé. Enoncé en 1930 comme le paradoxe de Langevin, un voyageur se déplaçant à une vitesse voisine de celle de la lumière pendant un an trouverait à son retour une Terre vieillie d’un siècle. Le voyage dans le passé repose sur l’hypothèse du temps qui s’arrête pour qui voyage à la vitesse de la lumière (18). A son retour sans avoir vieilli, ses enfants seront des grands pères.

Récemment, en 1994, des physiciens ont extrait de l’énergie du vide en imposant une forte tension électrique aux bornes d’un condensateur. Cette énergie négative est justement celle qu’il faudrait pour créer un champ antigravitationnel nécessaire pour maîtriser un jour le champ gravitationnel d’un trou noir .
Le trou noir est la tombe de la matière. Attirée par un énorme champ de gravité, la matière s’effondre sur elle même. Les électrons s’écrasent sur les noyaux. Le vide disparaît. L’espace n’existe plus, ni le temps. Les astrophysiciens observent les trous noirs de l’Univers. D’autres, comme Jean CHARON, les ont imaginé à l’échelle microscopique. Le trou noir comme la mort n’est pas une fin. Dans son allocution de Prix Nobel, SAKAROV considérait le trou noir comme une porte vers un autre univers, un univers d’antimatière.

Les physiciens et les astrophysiciens sont en quelque sorte les alchimistes d’aujourd’hui voire les grand prêtres d'hier.
Autrefois l’alchimie était la seule pratique et pensée métaphysique extra - religieuse. En recherchant l’élixir d’immortalité, elle a engendré la science, enrichi notre connaissance du réel et contribué à l’évolution matérielle de notre temps.
Aujourd’hui les physiciens, à la recherche d’un tout cohérent et d’une théorie générale, prolongent la recherche de la perfection ultime de la connaissance qui s’apparente à la quête de la pierre philosophale par les alchimistes. Un récent numéro de Sciences et Avenir s’en est fait l’écho (20).
Les scientifiques empreints de l’incertitude de la mécanique quantique et de conceptions probabilistes du monde n’ont plus la prétention de tout savoir. L’évolution de la pensée reprend son cours alors que le profane reste encore figé dans une pensée unique.

7. Evolution
L’évolution des consciences est lente: L’homme fut anthropophage, il a été esclavagiste, misogyne au point que la femme n’avait pas d’âme. Les premiers progrès de la science l’ont rendu matérialiste. Aujourd’hui si la science moderne ne peut donner d’explication rationnelle à nos interrogations métaphysiques, elle nous permet d’évoluer avec plus de sérénité et de retrouver plus de sagesse.

Fritjof CAPRA fut l’un des premiers en 1975 à montrer les affinités de la science moderne avec la sagesse orientale . Déjà Niels BOHR au tout début de la physique nucléaire admirait le bouddhisme. On constate que de plus en plus les théories scientifiques modernes rejoignent les croyances ancestrales. L’évolution conforte la tradition et l’enrichit. Les nouvelles hypothèses s’accordent avec de vieilles croyances  comme celle des Sioux dont voici un proverbe : « L’esprit n’est jamais né, l’esprit ne cessera jamais et il n’y eut pas de temps où il n’était pas. Fin et commencement sont des rêves ».
En admettant que le cerveau soit un filtre entre un monde réel de matière et un monde invisible de conscience, il faut convenir que la vie, porteuse de cette conscience, est l’interface entre ces deux mondes. La Vie et en particulier l’Homme se trouveraient à l’intersection d’un monde souslumineux et d’un monde superlumineux. Alors comme le dit Jonathan le Goëlan, « le corps n’est que l’incarnation de la pensée ».
Le monde superlumineux est atemporel comme fixe. Le monde souslumineux temporel tourne. A l’interface se déroule la chaîne de l’humanité.
L’humanité est quelque part atemporelle tandis que l’homme lui est mortel, même s’il veut l’oublier.

La science médicale a fait reculer les limites de la mort que l’on cache car la mort est source d’angoisse pour l’homme moderne dont l’existence n’est synonyme que de vie biologique et matérielle. La mort est le sujet tabou qui remplace celui de la sexualité.
Réhabiliter la mort, c’est pratiquer l’accompagnement des mourants, c’est refuser l’acharnement thérapeutique, c’est l’avènement de l’étude des phénomènes qui précédent et qui suivent la mort. C’est admettre que la mort ne s’oppose pas à la vie mais à la naissance.
La naissance est la porte d’entrée dans ce double univers. Le savoir implique de s’initier par l’apprentissage, par l’enseignement des maîtres aux connaissances du moment.
La vie poursuit son cours. La roue du monde temporel tourne. Celle du monde atemporel attend.

La mort est la porte de sortie obligée. Elle est l’heure de la Vérité.
Tels sont les trois degrés d’évolution de la matière vivante : Naissance. Vie. Mort.
L’Homme conscient évolue : Initiation. Connaissance. Vérité.
Sa « quête spirituelle est aussi le symbole de l’Amour et de la Perfection.
Avec tous les êtres, passés, présents et à venir, il forme la chaîne de l’humanité. Cette chaîne nous lie dans le temps comme dans l’espace, elle nous vient du passé et tend vers l’avenir. »
J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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La symbolique du Sablier : l’initié et la relation au temps

3 Février 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

S’il est un endroit qui marque les consciences des Francs maçons, le cabinet de réflexion peut être cité parmi ceux-ci. Dans la pénombre de ce local exigu, le futur initié est mis en présence de nombreux symboles. Parmi ceux-ci, on peut citer, le coq, les ossements, la formule alchimique du VITRIOL, le sablier, le sel, le mercure, le pain, l’eau, etc.

Dans ce lieux, l’association du sablier aux ossements, à la faulx et au coq, laisse entrevoir au futur initié, une relation avec le temps imparti, la mort prochaine et la résurrection.

Ce midi, V.M. et vous tous mes FF\ je vais vous présenter, dans le cadre de notre thème annuel de réflexion, ma contribution sur le sablier.

Aussi, aborderais-je, dans un premier temps, la symbolique proprement dite du sablier et ensuite j’évoquerai la relation qu’a l’initié avec le temps.

Du symbolisme du sablier.

Défini comme un appareil qui sert à mesurer le temps, composé de deux récipients identiques, en verre, superposés et communiquant entre eux par un conduit étroit où s’écoule du sable fin, le sablier est d’usage fréquents dans certains de nos jeux de société. On l’utilise régulièrement pour réglementer des parties. Il permet ainsi, dans de nombreux cas, de limiter le temps de jeux d’un joueur. Le temps imparti à chaque joueur est nécessaire à la réflexion, à la prise de décision et à la réalisation du jeu. Dans le même temps, l’adversaire est tenu d’attendre.
Le message d’importance véhiculé ici est l’invite à la patience ; à l’effort contenu dans la limite du temps imparti ; à la maîtrise de soi et à la gestion rationnelle du temps.

La symétrie en tous points des deux compartiments par rapport à son centre serait la traduction de l’opposition du ciel et de la terre, de la spiritualité et de la matérialité, du monde invisible et du monde visible, des ténèbre et de la lumière qui fort heureusement peuvent fusionner ou être ramenés en UN, Un le Tout qui intègre l’infiniment petit et l’infiniment grand, grâce à l’Initié symbolisé ici par l’allégorie du conduit étroit.
En cela, les deux compartiments identiques (celui du haut et celui du bas), rappelle l’inscription de la table d’Emeraude : « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas, pour le miracle d’une même chose ». L’interpénétration de ces deux mondes, quant à elle, ne peut se faire que par une porte étroite, réservée aux seuls initiés, détenteurs des clés. Le sabliernous enseigne donc, à l’instar du pavé mosaïque, que la loi du binaire ou la dualité régit le monde et que seul les véritables initiés peuvent s’élever au dessus de cette dualité, assurer l’équilibre des contraires afin de ramener cette dualité à l’unité.

La convergence des parois du vase supérieur vers le goulot, entraîne une contraction, dans l’espace et dans le temps, du sable qu’il contient. Cette contraction figure la difficulté, la douleur de l’enfantement, la naissance à venir et par analogie, la dispersion du sable au sortir du goulot, dans le nouvel espace, traduit un mouvement, une libération, donc la vie. De ce point de vue, le sablier nous enseigne que l’espace-temps du monde invisible préfigure l’espace-temps du monde visible.

Le sable fin qui symbolise la vie corporelle, nous enseigne que celle-ci n’est que poussière face à l’immensité de l’univers. Son écoulement progressif, grain par grain, révèle que le temps s’égrène irréversiblement et induit à terme, un arrêt du mouvement, annonciateur de mort. A cela, il faut ajouter que l’écoulement du sable, du haut vers le bas, est induit par la loi naturelle de la pesanteur qui sous tend, nos lourdeurs profanes, c'est-à-dire, les préjugés du vulgaire, nos vices, nos défauts, nos erreurs, etc. Ces lourdeurs profanes qui découlent de notre héritage social, éducatif, scolaire et religieux, empêchent semble t-il, toute élévation et nous entraînent inexorablement vers le bas, donc vers notre mort spirituelle.

Aussi, convient-il de se détacher de ce mouvement descendant en nous dépouillant de nos aspérités, de nos vices, de notre ego pour inverser la tendance et amorcer un mouvement ascendant, synonyme d’élévation spirituelle. Cette inversion de mouvement, à contre courant de l’ordre naturel des choses, ne peut se faire qu’au prix de gros effort sur nous-même et avec l’appui d’une aide ou d’une influence extérieure. Dans ce sens, le retournement du sablier par la main d’une tierce personne, figure l’espérance d’une nouvelle vie que confère l’initiation maçonnique. Ce message d’espérance est également véhiculé par le sable qui s’écoule non pas dans le vide mais dans le vase du bas.
$$$$$ La symbolique tirée du sablier, nous rappelle ici, la comptine pour enfant connue de nous tous et à haute portée initiatique ? celle de la fameuse souris verte qu’on attrape par la queue, donc que l’on retourne, qui est présentée à ces messieurs, c’est à dire qui va subir les épreuves, qui est trempée dans l’eau et huile, donc purifiée, et qui est transformée en escargot chaud, donc née de nouveau. $$$$

La durée invariable de l’écoulement, à chaque retournement, traduit une relativisation du temps entre la naissance et mort, entre le midi et le minuit maçonnique de chacun d’entre nous. Il matérialise également le cycle incessant de la vie et de la mort, de la lumière et des ténèbres.

Quant à l’apparence translucide du sablier, elle recèlerait également un message d’importance. En effet, la visibilité ainsi offerte à celui qui observe l’écoulement du sable, permet à ce dernier d’être fixé sur l’état d’avancement de l’écoulement et lui confère, de fait, la maîtrise du temps et de l’espace.
En cela, le sablier révèle au franc maçon, le caractère de préciosité du temps. Le temps du franc maçon doit être géré rationnellement et mis à profit pour son perfectionnement moral, intellectuel, matériel et pour son élévation vers les hauteurs célestes.

Le temps semble être à tout point de vue, une composante essentielle en Franc-maçonnerie. Mais, quelle relation peut-on alors faire entre le temps et l’initié ?

L’initié et la relation au temps.

Lors des travaux en loge, il est de coutume de s’informer de l’heure au début et à la fin des cérémonies, celles-ci sont invariablement et respectivement et ce quelque soit l’heure réelle: midi et minuit. Les travaux, quant à eux, sont toujours délimités dans un espace compris entre l’Orient et l’Occident, le Septentrion et le Midi.

Ces heures et cet espace conventionnels traduisent une relativisation du temps et de l’espace : le temps et l’espace de travail du franc maçon semble alors figés. Ces délimitations spatio-temporelles, commandent donc à tout franc maçon de maîtriser et d’utiliser rationnellement son temps et l’espace dans lequel il évolue. Elles rappellent également le caractère universel de la franc-maçonnerie.

Les heures de midi et minuit nous enseignent également qu’il n’est jamais midi au même âge pour tous les francs-maçons, il peut être midi, qui à 20 ans, qui à 30 ans, qui à 50 ans, etc. De même, il sera minuit pour chacun, à son âge. A chacun donc son temps : le temps de maturation ne peut être le même pour tous et chacun doit évoluer à son rythme.
Face à ce constat, il nous appartient de nous mettre dans un état de conscience qui intègre cette donne, et de travailler à notre rythme avec sérieux et régularité pour tendre vers l’Etre de lumière, but ultime de tout cherchant.

Le rituel en figeant l’espace et le temps, abolit le temps profane et permet à l’initié de rentrer dans le temps sacré, temps réactualisable et où les actes qui s’y produisent, sont réitérables à souhait, contrairement au temps profane qui s’écoule irréversiblement. Ainsi donc, les maçons d’hier, ceux passés à l’orient éternel, ceux d’aujourd’hui et ceux de demain vivent dans le même temps et le même espace, il n’y a donc ni temps, ni espace. Le temps et l’espace n’existent pas, ils sont le produit de la conscience des initiés. Le temps sert uniquement à l’initié, comme un «conscientisateur» sur les bornes ou limites de son existence matérielle.

Dans ce contexte, ALBERT JACQUARD confirme que : « Il n’y a pas d’origine, il n’y a que l’éternité » et nous en donne la démonstration : En considérant quelques âges pris dans le système des nombres réels, par exemple 0, 10, 100 ans. Ces âges, pris à l’échelle logarithmique qu’il considère plus proche de la modélisation de l’univers, deviennent respectivement : moins l’infini, 1, 2. On s’aperçoit que l’écart entre 10 et 100 ans s’est considérablement réduit, l’enfant de 10 ans a quasiment le même âge que le vieillard de 100 ans, montrant ainsi que cette durée de vie humaine est infiniment petite face à l’éternité. Dans le même temps, le zéro, supposé être le point de départ est repoussé à moins l’infini, prouvant ainsi qu’il n’y a pas vraiment d’origine ou d’instant ; l’origine n’existe pas.

L’écoulement du sable et le retournement du sablier par un tiers, corroborent la non-existence du temps et révèle à l’initié que le début coïncide avec la fin et vis versa : c’est le serpent qui se mord la queue, l’OROBOUROS, emblème de l’Harmonie Ecossaise, représentée sur la médaille de la loge.
Le temps ne se déplace donc plus sur un plan rectiligne, mais sur une courbe fermée : le passé, le présent et le futur s’en retrouvent liés et n’en font plus qu’Un.

Plus près de chez nous, dans nos sociétés traditionnelles, l’initié au bwiti peut être amené un bref instant, grâce certains rituels, à pénétrer la porte temps pour ne pas dire à transcender le temps profane. Il est dans ce cas, mis en contact avec le passé, le présent et le futur. Le bwitiste devenu UN avec le temps, peut alors, voir au delà des yeux et rencontrer ses ancêtres, survoler certains évènements historiques, réaliser son bilan spirituel et physique et avoir des visions sur l’avenir. A cet instant, l’initié qui fusionne avec le divin rentre dans l’intemporalité. Le temps n’existe plus pour lui : il est dans le Temps, il est le Temps, il est le maître du Temps.
Le temps n’existe donc pas pour l’initié, seule la conscience se déplace vers les états de conscience supérieure pour opérer sa transmutation vers le Divin.

Mais l’écoulement du sable, comme nous l’avons vu supra, rappelle en permanence à l’homme ou à l’initié, une réalité essentielle : la durée limitée de son existence terrestre.
Ces bornes temporelles de notre existence, qui ressemblent fort à une épée de DAMOCLES, forcent chaque franc-maçon dont la période d’insouciance spirituelle s’achève dès son midi maçonnique, de jouir au mieux et ce, sans excès, de l’instant présent, comme si c’était le dernier.

A ce sujet, à l’instar de l’écoulement de plus en plus rapide du sable, à mesure que l’on s’approche de la fin, notre horloge interne, ne nous assujettit-elle pas, avec l’âge, et probablement en raison d’une circulation sanguine plus lente, au sentiment que les années sont de plus en plus courtes ? A n’en point douter, nous le sommes tous, et ceci nous interpelle à faire notre, les sources de sagesse infra :
1 « le temps vaut de l’or et rien ne remplace le temps»,
2 « il ne faut pas toujours remettre à demain»,
L’adoption de ces deux sources de sagesses, devrait nous permettre de mettre à profit le « temps présent » car la vie du corps est inéluctablement soumise à la loi de l’évolution, pour ne pas dire du temps qui impose un vieillissement naturel de nos cellules. Le franc maçon qui a toujours à l’esprit, le caractère de préciosité du temps, se doit donc de tailler sa pierre sans relâche, en vue de son insertion, à sa juste place, dans l’édifice en construction. Ce n’est qu’à ce prix que le maçon marquera son temps et alors les mots qui circulent dans la chaîne d’union lors des tenues funèbres : « rien ne meurt », « tout est vivant » trouveront une résonance particulière. A la disparition de son corps physique, subsistera son souvenir dans la mémoire collective et celle des autres maçons qui poursuivent l’œuvre.

Ainsi, l’inexistence du temps invite l’initié, à se mettre en permanence dans un état de conscience qui lui permet de jouir au mieux de l’instant présent, en rationalisant son temps, en vue de réaliser l’œuvre qui lui est destinée.

CONCLUSION.

En conclusion, V.M. et vous tous mes FF\en vos degré et qualités, le sablier est par excellence le symbole du temps qui passe, il nous met en garde contre nos propres pesanteurs qui induisent à terme, notre mort spirituelle. Il nous commande donc de nous alléger et de nous dépouiller de nos aspérités, en naissant de nouveau par l’initiation et les mystères qu’elle confère en vue d’une véritable ascension vers les hauteurs célestes.
Dans la globalité du cabinet de réflexion, le sablier sous-tend l’espérance de la nouvelle vie d’initié qui se dessine sur les cendres de la vie profane qui, lentement se consume sous les flammes purificatrices de la bougie. La mort du profane induit, dans ce contexte, une mort symbolique qui coïncide avec un changement d’état de conscience traduisant la résurrection, la nouvelle vie, la victoire de la lumière sur les ténèbres symbolisée par le coq ou le retournement du sablier.

Par ailleurs, le sablier nous renseigne sur les cycles immuables que sont la naissance et la mort, contraste d’obscurité et de lumière et la relation primordiale que l’initié a avec le temps. Le temps n’existe pas pour un initié, il est figé, seule sa conscience se déplace dans sa quête et celui-ci doit en permanence se référer au caractère éphémère de son existence terrestre pour œuvrer au mieux à son progrès, à celui de la cité et à celui de l’humanité.

V.M. et vous tous mes FF\, le dernier grain de sable tombe dans le vase du bas et le sablier indique maintenant « MINUIT »

J’ai dit V.M.

source : www.ledifice.net

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Mort initiatique et Orient éternel

2 Février 2013 , Rédigé par José B:. Publié dans #Planches

Pour notre Frère JMG qui a perdu un Frère de sa famille…

C'est toute la vie d'un Franc-maçon qui s'inscrit entre une mort initiatique virtuelle et une mort physique terriblement réelle et redoutée. C'est le parcours d'un voyageur sans bagage : les initiés sait qu'il s'est engagé dans une voie qui ne s'arrêtera qu'avec son dernier souffle et l'espoir d'avoir donné un sens à sa vie. Être initié, c'est apprendre à vaincre ses peurs et c'est faire de cette « maladie mortelle » le moteur de sa vie. C'est en effet la mort et l'impénétrable question qu'elle pose qui donne un sens à la vie.

L'homme primitif ne pouvait concevoir qu'il n'était qu'un être fini dans un univers infini. Alors, il se mit à ensevelir ses morts afin qu'ils puissent continuer de vivre dans l'espoir d'une renaissance. La mort ne pouvait être la fin de la vie, mais en revanche le commencement d'une autre. C'est pourquoi, dans toutes les traditions initiatiques, la mort est au coeur de la vie comme la vie est au coeur de la mort.

La vie et la mort sont comme le jour et la nuit : la nuit n'est pas la fin du jour, elle est le passage entre deux jours. Pour le soleil il n'y a pas de nuit. Pour la vie il n'y a pas de mort. La nuit n'existe que pour celui qui est dans les ténèbres. La mort n'existe pas dans la nature elle n'est qu'une invention de l'homme. La nature ne meurt pas : elle se régénère en permanence. L'arbre s'abat, mais la forêt demeure, de même que si les feuilles tombent, l'arbre, lui, ne meurt pas.

La mort n'existe pas, c'est nous qui existons et qui cessons d'exister le moment venu. La fin est écrite dès le commencement dans chacune de nos cellules. Au terme de sa vie, celui qui s'éteint porte en lui une étincelle de vie qui permettra à la nature de se régénérer 1. Entre ces deux instants, cet être aura eu le désir de vivre, la volonté de bâtir, la force de s'élever, le devoir de se construire et le besoin de donner un sens à sa vie en même temps qu'une direction et un but.

L'initiation fait sortir le profane de ses ténèbres et elle lui ouvre de nouvelle porte sur des vues nouvelles et tente de lui apprendre un regard nouveau sur l'univers et les choses. Elle nous apprend à ne plus mesurer le monde et la vie à l'aune de notre seule existence. Elle nous incite à considérer cette dernière comme un passage entre deux états vers une nouvelle destination que nous ne pouvons concevoir. De même qu'avant de devenir papillon, la chenille ne pouvait imaginer pouvoir vivre parmi les fleurs et voir le monde d'en haut. De même également, l'épi de blé n'a aucunement conscience d'avoir d'abord été un grain qui a pourri dans la terre.

C'est ainsi que l'initiation, pur produit de l'esprit humain qui se veut immortel, s'imposa comme une évidence à celui qui ne voulait pas mourir. C'est pourquoi, si les croyances, les rites et les religions sont différentes, elles débouchent toutes sur une même espérance en une autre forme de vie. Pour les Mésopotamiens c'est la vie terrestre qui primait. Pour les Égyptiens, la vie n'était qu'un bref passage dans l'éternité. Dans les mystères d'Eleusis, on exhortait les fidèles à se purifier avant de rejoindre le séjour bien heureux d'où ils avaient été exilés. Les Gaulois, eux également, croyaient à la réincarnation. Dans la religion celte, la mort était un changement d'existence dans un lieu où le temps n'existait plus. Pour les Incas et les Mayas, la vie d'outre-tombe était basée sur le comportement terrestre du défunt. Dans le Livre des Morts tibétains, il faut utiliser la mort comme une porte pour entrer dans d'autres vies heureuses jusqu'à la libération finale. En Inde, la réincarnation est toujours au centre de la religion. Pour les Orientaux, la mort n'est qu'un état de conscience parmi d'autres inscrits dans un cycle de vie éternelle. Dans la religion chrétienne, l'amour finit par triompher de la mort et l'Eucharistie efface ainsi la malédiction biblique. En Islam on ne meurt pas, puisque l'âme est immortelle, et cette vie se poursuit dans un autre monde.

Ces différentes attitudes face à la mort peuvent être regroupées autour de trois grandes conceptions :
1 -- la vision matérialiste, d'Épicure à l'humanisme athée, qui considère que la mort est absurde et insensée. Elle n'est que l'interruption d'un fonctionnement bio psychique et tout simplement un scandale.
2 -- la vision spirituelle, qui domine en Occident, veut que la vie, la souffrance et la mort ne soit que des épreuves et des passages vers une vie éternelle, dans un lieu hors de l'espace et du temps.
3 -- les visions bouddhistes et hébraïques qui estiment que la mort est le moment le plus sacré de l'existence. Considérée comme illusoire, la mort n'est pas la fin de la vie, mais la fin d'une illusion et le commencement d'une délivrance.
Notre monde occidental moderne s'est coupé des grandes traditions initiatiques qui nous préparaient à la mort. En perdant la pratique de l'Initiation, l'homme moderne perdit le sens de la mort qui l'aidait à trouver le sens de sa vie. D'où l'angoisse métaphysique et la souffrance spirituelle...

À notre époque en effet nous évacuons tout ce qui touche à la mort. Or, elle n'existe que par le regard que l'on porte sur elle. Elle a une signification et un retentissement proportionnel à la profondeur des sentiments que l'on accorde au défunt. L'homme actuel croit que cette vie lui appartient, et se révolte à l'idée que la mort puisse venir la lui reprendre. Il la fuit, alors qu'il devrait l'attendre comme une délivrance. Il met toute son énergie à vouloir mourir le plus tard possible, alors qu'il devrait prendre tout son temps pour se préparer à mourir le moins mal possible.

Alors pourquoi cette peur de la mort ? La peur de la mort contient toutes les peurs : la peur de l'inconnu, celle de l'invisible, la peur du mystère, celle de la solitude, la peur du vide, du châtiment, des dieux infernaux, la peur du néant et de la nuit... Les initiations primitives étaient les rites de passage notamment de l'enfance à l'âge adulte. Une fois initiée l'enfant devait avoir définitivement vaincu la peur de la mort. C'est la voie que propose l'Initiation : affronter la mort plutôt que la redouter. Elle ne nous apprend pas à en triompher mais à chasser la peur qui la précède. La crainte écartée et la mort apprivoisée, les initiés portent alors un nouveau regard sur la vie. Car les rites initiatiques ont tout le même but : faire découvrir les concepts éternels qui animent toutes sortes de vie.

C'est pourquoi au terme des épreuves, les initiés ne craint plus la mort. Il a le sentiment de ne plus être seul et de ne pas être un fruit du hasard ou de la nécessité, mais au contraire d'être venu au monde pour quelque chose avec une mission. C'est le Maître soufi Attar qui disait : « Le seul remède contre la mort et la peur qu'elle engendre, c'est de la regarder constamment en face ». Et Arnaud Desjardins écrivait également dans « l'Audace de vivre » : « La peur de la mort est d'autant plus grande, qu'on n'a pas osé vivre. »C'est aussi Albert Einstein qui écrivait : « ce fut plus beau sentiment que l'on puisse éprouver, c'est le sens du mystère. Celui qui n'a jamais connu cette émotion, qui ne possèdent pas le don d'émerveillement, ni de ravissement, autant vaudrait qu'il fût mort : ses yeux sont déjà fermés. » Belle phrase pour un scientifique de sa taille !

Toutes les initiations commencent par une mort qui est le commencement d'un chemin s'ouvrant sur le Mystère. C'est ce qui va permettre à l'initié son propre dépassement. L'apprenti découvrira que s'il veut trouver sa propre vérité il lui faudra chercher à travers ses morts symboliques sa propre lumière et chasser ses ombres. Devenu compagnon, il connaîtra la violence du fanatisme et de l'ambition ; quant au maître, il ne retournera à la terre que pour revenir à la lumière. En attendant que d'autres épreuves ne le confrontent encore à la mort...

La mort fait de nous tantôt le bourreau, tantôt la victime. Je suis Hiram qu'on assassine, mais je suis également le mauvais compagnon qui assassine. Tous les héros mythiques, les bons et les mauvais sont en nous, tous les personnages se déchirent dans notre monde intérieur : le vice et la vertu le courage et la lâcheté, l'amour et la haine. La sagesse n'est pas non plus très loin de l'égarement... L'Initiation nous ouvre les yeux sur tous les extrêmes dont nous sommes capables. Penser à la mort, c'est avoir toujours à l'esprit que ce que l'on croit être un dû n'est qu'un prêt : c'est donner du prix à la vie.

La mort initiatique nous rappelle la vanité du pouvoir et l'inutilité si des luttes fratricides. De même que le grain qui meurt aura généré une moisson nouvelle, de même le tombeau d'Hiram aura servi de fondation au Temple, et le sacrifice de Jésus aura donné naissance à la religion chrétienne. La mort est fondatrice. Le héros, en franchissant les portes de la mort, entre dans le monde de l'Idée, pour que celle-ci se matérialise et se réalise dans le monde des hommes. La mort n'est pas belle à nos yeux quand tout se désunit. Mais l'oeuvre au noir a commencé son processus pour aboutir à une nouvelle oeuvre au blanc, invisible à nos yeux. Dans la nature tout nous dit que rien ne meure pour rien, et que tout ce qui meurt est appelé à « devenir ».
Ainsi va la vie de l'homme. Pendant que l'âme porte en elle la nostalgie d'une Parole perdue, le corps se raidit, s'essouffle, s'éteint, se désagrège enfin. Et l'on quitte cette terre avec un goût d'inachevé, sans avoir la certitude d'avoir pleinement rempli notre mission.

De la mort initiatique à l'Orient éternel, l'initié se sera préparé à une mort sereine. S'il a bien fait son travail, il pourra alors s'endormir en pensant qu'on n'emporte en mourant que ce que l'on a donné...


Source : Ordo ab Chao numéro 56

Source : http://www.temple-parvis.com/mort-initiatique-et-orient-eternel-2.html

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Communiqué – Consécration de la GLTF le 19 janvier 2013

2 Février 2013 , Rédigé par GLTF Publié dans #histoire de la FM

Rédigé le 30 janvier 2013

La GLNF a traversé la crise la plus grave de l’histoire de la Franc Maçonnerie. Grave sur tous les aspects, mais surtout dans la durée. Devant cette situation inextricable et déshonorante pour leurs cœurs de maçons, de nombreux Frères, lassés des querelles permanentes au sein de leur Obédience, ont manifesté depuis plus d’une année, le désir de tourner la page et de construire un avenir plus serein.

Ces Frères, calmes, responsables et déterminés, écartant toute tentation d’aventure les éloignant des principes fondamentaux régissant la Franc Maçonnerie traditionnelle, ces Frères ont décidé unanimement de créer une nouvelle Obédience, portant le nom de GRANDE LOGE TRADITIONNELLE DE FRANCE (GLTF).

La GLTF, à l’image de ce qu’était la GLNF avant qu’elle ne soit pervertie par les agissements des derniers Grands Maîtres, prône les grands principes intangibles de la Régularité Maçonnique, auxquels elle adhère pleinement.

Fondamentalement respectueuse de la tradition maçonnique, la GLTF travaille donc suivant les principes intangibles de la régularité maçonnique :

·         Croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers

·         Respect des Landmarks

·         Respect des Anciens Devoirs

·         Respect des us et coutumes de l’Ordre

·         Respect de la Règle en 12 points

·         Respect des Obligations des Francs-maçons

 

La consécration le samedi 19 janvier 2013

Moment solennel et indispensable à son existence maçonnique, plus de 500 Frères représentant les 41 Loges pétitionnaires, ont rempli entièrement la Salle du conclave du Palais des papes en Avignon.

Le Grand Maître désigné de la GLTF, Jean-Luc VENTURINO, a pris ses fonctions au cours d’une cérémonie forte et pleine de solennité, respectant bien sûr les anciens usages et coutumes établis suivant la tradition maçonnique. Un moment que tous les Frères présents n’oublieront jamais.

Dans son allocution aux accents maçonniques bienveillants et chaleureux, le Grand Maître de la GLTF a défini les principaux objectifs de cette nouvelle Obédience pour les années à venir :

·         donner à tous les frères en quête de perfectionnement moral et d’élévation spirituelle, le cadre de travail digne de la hauteur de ce qu’ils sont venus chercher en loge.

·         travailler dans la paix et l’harmonie selon les critères de la Franc-maçonnerie régulière et traditionnelle

·         mettre en application, en toutes occasions les préceptes d’exemplarité, de fraternité et de solidarité.

·         développer l’obédience par un choix rigoureux des profanes et un engagement fort des parrains

C’est par une longue ovation que l’assemblée a salué l’élection du TRF Jean-Luc VENTURINO comme premier Grand Maitre de la Grande Loge Traditionnelle de France.

A ce jour, la nouvelle Grande Loge compte 850 Frères pour 41 loges réparties en 3 Provinces : Provence-Méditerranée, Bretagne-Atlantique et Camargue-Languedoc. Une page importante de la Franc Maçonnerie Universelle vient de se tourner, l’Ordre, la Rigueur, la Paix et l’Amour de l’autre sont à nouveau les missions sacrées de cette nouvelle Obédience qui porte le nom de GLTF, l’histoire en gardera la trace …

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Les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie

2 Février 2013 , Rédigé par Gérard REYNAUD Publié dans #Planches

Je voudrais tout d'abord pour commencer cette conférence, rappeler l'énoncé des deux premiers articles de la Déclaration de Principes de la Grande Loge de France, en date du 5 mars 1955 :

"Article Premier : La Grande Loge de France travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

Article Deuxième : Conformément aux traditions de l'Ordre, trois gran­des lumières sont placées sur l'autel des loges : l'Equerre, le Compas et un Livre de la Loi Sacrée. Les obligations des Maçons sont prêtées sur ces Trois Grandes Lumières".

Chacun peut, je pense, à la lecture de ces deux premiers articles, pren­dre conscience de l'importance capitale de ces trois grandes lumières dans la démarche initiatique de la Franc-Maçonnerie.

Dans la Déclaration de Principes, elles viennent juste derrière la men­tion du Grand Architecte de l'Univers, véritable clef de voûte de toute la symbolique maçonnique. Principe fondamental qui donne à l'initiation son caractère traditionnel. L'invocation au Grand Architecte de l'Univers appa­raît comme indispensable pour qu'il y ait véritablement communication du sacré, mise en relation entre ce Principe d'Ordre et le candidat qui contracte une alliance librement consentie, au point culminant de la cérémonie d'ini­tiation, lorsque le récipiendaire va prêter serment.

C'est pourquoi, la Grande Loge de France, rappelle avant toute chose, dans sa Déclaration de Principes qu'elle "travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers".

Une fois ce principe fondamental énoncé, nous allons très rapidement comprendre l'importance et la place des Trois Grandes Lumières. L'article 2 nous apporte trois précisions qu'il importe ici de rappeler brièvement :

Premièrement : il lie les Trois Grandes Lumières à la Tradition de l'Or­dre et précise leur place dans la Loge : sur l'autel, à cet endroit qui est l'un des plus remarquables du point de vue de la "géographie symbolique" de la Loge, là où nous accomplissons lors de l'ouverture et de la fermeture des travaux des gestes rituels d'une très haute signification, mais aussi parce que c'est 1à, que nous nous lions à l'Ordre.

Deuxièmement : les Trois Grandes Lumières se composent de deux caté­gories d'objets : l'Equerre et le Compas, puis le Volume de la Loi Sacrée. L'Equerre et le Compas qui sont les outils nécessaires à toute construction. Outils qui nous ont été transmis par les maçons opératifs constructeurs d'édi­fices sacrés, au Moyen Age. Mais bien que l'Ordre maçonnique soit aujourd'hui totalement spéculatif, l'Equerre et le Compas conservent pour nous toute leur efficacité, car nous aussi nous construisons un Temple, un Temple de pierres vivantes qui doivent être harmonieusement assemblées et disposées selon les règles de la Sagesse, avec l'Energie de la Force et le souci de la Beauté. Chaque franc-maçon est donc invité, à l'aide de l'Equerre et du Compas, à s'améliorer progressivement, à passer de l'état de chaos à celui de l'ordre, à devenir une pierre aux proportions telles qu'elle puisse s'intégrer dans l'édifice commun, sans jamais pour autant perdre sa propre identité, de la même façon que dans les édifices anciens les compagnons- tailleurs de pierre inscrivaient dans leur oeuvre, leur marque distinctive. Car la Franc-Maçonnerie est — ou devrait être — ce lieu privilégié où la per­sonnalité peut véritablement s'épanouir en harmonie avec les autres, et la Loge ne peut en aucun cas ressembler à je ne sais quelle société profane où les hommes s'assemblent par grégarisme.

Le deuxième objet lié au couple Equerre-Compas c'est le Volume de la Loi Sacrée. Au Rite Ecossais ancien et accepté, dans ce Temple de la Grande Loge de France où vous êtes cet après-midi, le Volume de la Loi Sacrée c'est la Bible — Ancien et Nouveau Testament —, Bible que nous avons coutume d'ouvrir au Prologue de l'Evangile selon Saint Jean.

Il y a donc, comme vous le voyez, Trois Grandes Lumières et non pas deux, car les outils de la construction, l'Equerre et le Compas, doivent tra­vailler en vue d'une finalité, conformément à un ordre, à une Loi Morale, étant entendu que le mot morale n'a, ici, rien à voir avec la morale sociale. Sans ce Volume de la Loi Sacrée l’œuvre de construction ne serait pas reliée au Principe qui lui donne son sens et sa finalité initiatiques.

Troisièmement : l'article 2 nous dit que les obligations du franc-maçon sont prêtées sur les Trois Grandes Lumières. Il y a là, je crois une affirma­tion tout à fait essentielle. L'obligation, c'est ce moment décisif, ce moment capital où va se nouer l'alliance entre l'Ordre et le nouvel initié. Cette prise d'Obligation réintègre celui qui entre dans la Loge, dans l'espace et le temps sacralisé de la Loge ouverte, mais aussi dans la Tradition ici représentée par le Volume de la Loi Sacrée. Lors de cette prise d'Obligation, les Trois Gran­des Lumières "concentrent" en elles, toute la Tradition à laquelle le pro­fane va se lier à l'Ordre pour devenir franc-maçon.

Aussi loin que nous remontions dans le temps, en gardant les pieds sur terre, c'est-à-dire texte à l'appui, nous pouvons dire qu'il y a sous une forme implicite ou explicite, présence des Trois Grandes Lumières. Les Manus­crits des Anciens Devoirs, qu'il s'agisse du Régius de 1390, du Cooke de 1410 ou ceux plus tardifs d'Edimbourg de 1696 ou Dumfrier de 1710, mon­trent bien que nos ancêtres les maçons opératifs et ceux qui parmi eux étaient des acceptés, prêtaient leurs Obligations à l'aide des outils du Métier repré­sentant la connaissance et la transmission de cette connaissance, dans le secret de l'initiation et juraient obéissance et fidélité à Dieu et à la Sainte Eglise, en présence de tout ou partie du Livre Sacré. N'oublions pas, en effet, que la Franc-Maçonnerie est fille de la Chrétienté et que toutes les anciennes corporations de métier avaient une règle qui énonçait en préambule la fidé­lité à Dieu et à l'Eglise.

En ce qui concerne la présence du Livre, il est probable qu'avant le XVIe/XVII° siècle nous n'avions qu'un fragment de la Bible, l'un des récits évangéliques par exemple. L'usage intégral de la Bible ne commence vrai­ment qu'avec la Réformation de l'Eglise au XVI° siècle. Le texte de Samuel Prichard "Masonry Dissected" de 1730 atteste la présence de la Bible, dans les Loges spéculatives anglaises de l'époque.

Nous reviendrons sur toutes les questions posées par la présence du Volume de la Loi Sacrée sur l'autel des Loges.

J'en viens maintenant, si vous le voulez bien, à la signification symbo­lique de l'Equerre et du Compas. Je ne ferais qu'évoquer la signification symbolique de ces deux outils, car la véritable compréhension du symbole repose avant tout sur le vécu, dans le cadre du rituel de Loge.

Je n'affirme rien, car on ne peut nommer le symbole dans son essence sans courir le risque de le transformer en un signe sans vie, ou au mieux en une belle allégorie. Il n'y a plus alors, de symbole, mais seulement un signe, ce qui est fondamentalement différent. Il faut également éviter de sépa­rer, d'isoler, ce qui n'a de sens que dans le cadre d'une vision globale. Les symboles ne parlent qu'à celui qui les perçoit dans leur unité, qu'à celui qui lève un coin du voile sur le très complexe réseau de relations analogiques qu'ils entretiennent entre eux. C'est alors seulement qu'ils sont, pour repren­dre l'expression de Goethe, une fenêtre ouverte sur l'ineffable réalité. Gar­dons nous également, par une utilisation répétée et par là trop souvent sim­pliste de priver nos symboles de toute force évocatrice, car ils deviendraient alors le tombeau de notre mémoire. Si j'évoque ici séparément l'Equerre et le Compas, c'est uniquement pour mettre sur une voie, car à aucun moment je n'oublie qu'ils doivent être aussitôt réenvisagés dans leur rela­tion réciproque.

L'Equerre est un instrument fixe qui donne un angle droit. Elle a pour propriété de rendre les corps carrés. Elle est, de tout temps utilisée par les tailleurs de pierre. Quelle peut-être la signification symbolique de l'Equerre pour un franc-maçon spéculatif aujourd'hui ? On peut je pense proposer deux niveaux de réflexion :

Le premier concerne la forme de la loge elle-même, son espace géogra­phique. Les limites de la loge sont tracées à l'aide de l'équerre et cette loge est elle-même symboliquement construite aux dimensions de l'univers. N'ou­blions pas en effet que les anciennes représentations cosmologiques repré­sentaient la terre comme un carré et que dans cette perspective l'Equerre a une double signification : elle est à la fois le symbole de cette terre et l'ou­til qui sert à délimiter, à marquer l'espace terrestre. Il est utile, je crois, de rappeler ici que si ces anciennes représentations cosmologiques de l'univers n'ont plus aucune valeur scientifique depuis longtemps, elles conservent néan­moins pour nous toute leur actualité symbolique si l'on veut bien réfléchir sur les conséquences du rapport analogique des dimensions de la loge comme carré long et de la terre telle qu'elle est figurée dans la géographie des anciens.

L'Equerre est donc à la fois pour nous, la matière et l'instrument ordon­nateur de cette matière. Elle symbolise la nécessaire unité que l'on doit recher­cher par delà la multiplicité des apparences et l'obligation faite au franc- maçon de concilier les contraires pour pouvoir construire selon les normes de l'Ordre universel.

Sans le travail de l'Equerre il n'y a donc pas — symboliquement — de matière ordonnée, donc pas de vie possible selon l'être, car le chaos est toujours synonyme d'indifférenciation et de mort. Ainsi le franc-maçon réac­complit à l'aide de l'Equerre, le geste ordonnateur de Dieu qui dans le récit de la Genèse, sépare et met en place les éléments de l'univers, geste qui rend la vie possible. Cette action ne doit pas toutefois le conduire — du moins je l'espère — à se prendre lui-même pour Dieu !

Ainsi l'Equerre est cet instrument qui harmonise les contraires, unis­sant le passif et l'actif. Voilà pourquoi nous disons qu'elle est symbole d'équité, de rectitude, d'équilibre. C'est pourquoi aussi, elle est le signe du Maître de Loge, car c'est lui qui conduit le travail des ouvriers, de ces ouvriers qui ont pour unique ambition de contenir leurs passions pour s'édifier con­formément aux normes de la sagesse.

Le Compas est quant à lui un instrument de mesure, permettant de tra­cer des cercles, de mesurer, de reporter. Alors que l'Equerre est fixe , il est lui — le Compas — mobile. Il est le symbole actif du potentiel créateur de la pensée et la Tradition en fait le symbole du Grand Architecte lui-même. Alors que l'équerre nous renvoyait à la matière et à l'objet, le compas nous renvoie au sujet et à l'esprit, au dynamisme créateur de la pensée. Toute­fois, souvenons-nous qu'il convient de ne pas oublier la relation existant entre l'Equerre et le Compas. Si nous ne perdons pas de vue la relation réci­proque de ces deux outils, nous voyons qu'il y a des limites à ne pas fran­chir. Le compas ouvert à plus de 90° devient un instrument instable et ino­pérant.

Et il y a là une leçon que nous devons méditer. Il doit toujours y avoir un équilibre de relation entre l'Equerre et le Compas et cet équilibre nous indique les bornes que nous ne saurions franchir, limites au-delà desquelles nous sortons de l'initiation maçonnique proprement dite. La pluralité de sens de nos symboles ne nous autorise pas pour autant à nous lancer dans un pseudo-ésotérisme, qui, évacuant le sain garde-fou de la raison, ressem­ble en fait au délire de la pensée.

Un texte de Bernard Palissy tiré de son Dessin du Jardin Delectable, illustre les mésaventures de celui qui serait amené à considérer les outils en dehors de leurs relations réciproques : "Puisque nous sommes sur le pro­pos de la géométrie, il advint la semaine passée, qu'estant en mon repos sur l'heure de minuit, il m'estoit avis que mes outils de géométrie s'estoient eslevez l'un contre l'autre et qu'ils se débatoyent à qui appartenoit l'hon­neur d'aller le premier. Et estant en ce debat, le Compas disoit : "Il m'ap­partient l'Honneur car c'est moy qui conduit et mesure toutes choses aussi, quand on veut reprouver un homme de sa despense superflue on l'admo­neste de vivre par compas". La Reigle disoit au compas : "Tu ne sais pas ce que tu dis : tu ne saurois rien faire qu'un rond seulement, mais moy, je conduis toutes choses directement et du long et de travers ; et en quelque sorte que ce soit, je fais mon cher droit devant moi. Ainsi, quand un homme est mal vivant, on dit qu'il vit dereiglement qui est autant à dire que, sans moi, il ne peut vivre droitement. Voilà pourquoi l'honneur m'appartient d'aller devant". Lors l'Escarre dit : "C'est à moy à qui l'honneur appar­tient, car pour un besoin, on trouvera deux reigles en moy ; aussi, c'est moy qui conduis les pierres angulaires et principales du coin, sans lesquelles nûl bâtiment ne pourroit tenir".

Ce petit texte illustre parfaitement les dangers qui nous guettent si nous séparons l'Equerre et le Compas, et l'impuissance, l'incapacité qui résulte de cette séparation. C'est pourquoi, d'ailleurs, tous les hommes ne sont pas initiables, car tous ne portent pas en eux cette indispensable "nostalgie" de l'Unité, sans laquelle il n'y a pas, à mes yeux, de démarche initiatique possible.

Retenons pour le moment, qu'à l'image des autres hommes, l'initié n'étant ni ange ni bête pour reprendre l'expression de Pascal, il convient pour lui de s'édifier entre l'Equerre et le Compas. Car cette relation com­plémentaire qui unit l'Equerre et le Compas c'est bien celle qui unit le réel et la pensée, la matière et l'esprit, l'objet et le sujet.

Puisque l'homme n'est ni Dieu ni un pur esprit, le sujet ne peut se con­cevoir, se penser lui-même en dehors d'une relation avec l'objet. Voilà pour­quoi le symbolisme maçonnique place le franc-maçon entre l'Equerre et le Compas, indiquant du même coup que le compas a besoin de l'équerre pour réaliser ce dont il est potentiellement et virtuellement capable de même que l'équerre a besoin du compas pour travailler selon la règle de l'esprit. Ainsi donc je pense que l'on peut affirmer que l'équerre et le compas n'ont véri­tablement de sens que dans le cadre de leur relation réciproque.

Venons-en maintenant au Volume de la Loi Sacrée. Quelle est sa signi­fication dans le cadre de l'initiation maçonnique ? Quelles sont les relations qu'il entretient avec les outils symboliques, l'Equerre et le Compas ? Voilà bien deux questions importantes. Mais je parlerai aussi du rapport entre les Trois Grandes Lumières et le Grand Architecte de l'Univers, car on ne peut les isoler du Principe qui leur donne tout leur sens.

La présence du Volume de la Loi Sacrée sur l'autel des Loges pose plu­sieurs types de problèmes. Le premier d'entre eux peut se résumer par cette simple question : quel livre ? Il faut se souvenir, pour répondre à cette ques­tion, que la Franc-Maçonnerie n'est pas, Dieu merci, un bloc monolithi­que. L'universalité de l'Ordre n'est pas synonyme d'uniformité. J'en veux pour preuve, l'existence à travers le monde de plusieurs rites qui ont chacun leur légitimité traditionnelle. En Franc-Maçonnerie universalité ne veut pas dire uniformité, pas plus que l'idée de diversité ne doit être confondue avec celle de confusion.

Si nous appliquons ce qui vient d'être dit à la présence du Volume de la Loi Sacrée dans la Loge symbolique de tradition écossaise, nous pouvons dire que seule la Bible doit être présente comme Livre Sacré, sur l'autel des Serments. Il n'y a là aucune affirmation sectaire, et encore moins un quel­conque mépris pour d'autres livres sacrés. La raison d'une telle affirmation se situe à un tout autre niveau. Je m'explique : le rite écossais ancien et accepté est très marqué par ses origines judéo-chrétiennes. Qu'il s'agisse des noms symboliques, des noms de certaines pièces du mobilier de la loge, de la référence à la construction du Temple de Salomon comme à celle de l'Évan­gile de Saint Jean, des légendes qui servent de cadre à la transmission de la connaissance initiatique, tout cela est assurément d'origine biblique. La Bible étant prise ici, non pas comme Parole de Dieu révélée, mais comme le Livre de la Loi Morale et le Livre qui contient l'essentiel des symboles du Rite. La présence de la Bible dans la loge écossaise, comme Volume de la Loi Sacrée, relève donc ici de la simple logique. Remarquons aussi que le développement au niveau mondial du rite écossais ancien et accepté, cor­respond grosso-modo à l'espace culturel d'origine judéo-chrétien et il n'y a là, je pense, nul hasard.

La Bible est ici, le Volume de la Loi Sacrée, car il faut bien en dehors de tout critère de foi religieuse — ce qui est le cas à la Grande Loge de France — qu'il y ait un consensus culturel minimum dans lequel tous les hommes de l'esprit, quelles que soient leurs conceptions particulières, reconnaissent dans ce Livre, la présence d'une Loi plus haute que toutes les autres lois. Tous les hommes de bien — en Occident — reconnaîtront je pense la voca­tion de la Bible à exprimer les valeurs du sacré, pour la simple raison que ce Livre est hautement significatif, qu'on le lise comme Parole de Dieu ou comme Livre de sagesse ou d'histoire. On peut même dire qu'il est consubs­tantiel à la civilisation occidentale à laquelle nous appartenons.

Dans la Franc-Maçonnerie de tradition, le Volume de la Loi Sacrée a une double signification. D'une part, il est la référence de toute l'architec­ture symbolique, d'autre part, il exprime la Loi Morale qui s'offre comme étant la Règle de tous ceux qui veulent s'édifier selon l'Esprit par l'initia­tion.

Cette Loi Morale qui transcende l'homme n'est nulle part ailleurs mieux représentée que par le Volume de la Loi Sacrée. Ce sont ces deux raisons qui fondent sa présence dans la loge écossaise. C'est cette présence qui donne à la prise de serment son caractère indélébile, ce qui explique du même coup les terribles châtiments dont parlent presque tous les textes d'Obligations, châtiments auxquels s'exposent le parjure. La rupture du serment est en effet un acte de profanation au niveau ontologique et a pour conséquence un véri­table retranchement du sacré.

La présence du Volume de la Loi Sacrée lors de la prise d'Obligation (mais aussi pendant tous les travaux de loge) est une nécessité absolue, car il n'y a pas de véritable initiation sans communication du sacré sans mise en relation entre le Transcendant et l'Immanent sans alliance entre celui qui aspire A franc-maton et le Principe d'Ordre universel qu'exprime

le Grand architecte de l'Univers, sans volonté et s’intégrer dans cette Loi Morale exprimée da ns le volume de la Loi Sacrée.

Où serait alors, la Tradition de l'Ordre, le lien au Principe, la Loi Morale, si d'aventure nous disposions un simple livre blanc sur l'autel des Serments, ou même le livre des Constitutions d'Anderson ?

Cette question m'amène à vous parler maintenant de deux types de posi­tion que l'on rencontre dans la Franc-Maçonnerie, positions qui sont diffé­rentes de celles de la G.L.D.F. Et il importe de les étudier pour bien com­prendre la position de la Grande Loge de France qui, tout en tenant ferme­ment à l'invocation au Grand Architecte de l'Univers et à la présence du Volume de la Loi Sacrée, refuse l'identification au Dieu révélé pour le Grand Architecte, et la "Volonté exprimée d'En-Haut" pour le Livre de la Loi Sacrée.

La première confusion consiste à identifier le symbolique au religieux. Pour des raisons historiques très complexes, que je ne peux pas analyser ici par manque de temps, la cassure entre le catholicisme romain et la Franc- Maçonnerie en France, essentiellement par la faute de l'Eglise romaine du XIXe siècle a amené le développement d'une Maçonnerie assez largement anti-cléricale quand elle n'était pas tout simplement anti-religieuse. Une Maçonnerie largement ouverte aux idées philosophiques positivistes, appe­lée à rapidement se séparer de tout ce qui pouvait être considéré comme une réminiscence suspecte d'un passé religieux détesté. Le Grand Architecte de l'Univers fit les frais de l'opération et à partir de 1877 bon nombre de Loges françaises s'en séparèrent. Le Volume de la Loi Sacrée disparut lui aussi, car voyez-vous, le Grand Architecte de l'Univers et le Volume de la Loi Sacrée, sont deux inséparables. L'un ne va pas sans l'autre. Cette situation, qui je le répète est le point d'aboutissement d'un mouvement qui parcourre le XIXe siècle, depuis le Concordat de 1802, mouvement qu'il faut analyser, non dans un esprit de polémique mais plutôt de compréhension afin d'en tirer les leçons pour nous aujourd'hui, aboutit à un changement fondamen­tal dans l'orientation d'un grand nombre de loges. Elles devinrent alors, ces loges, des sociétés axées sur la réflexion politique, des forces de propo­sition dans le domaine législatif, ce qui me semble contraire à la vocation traditionnelle de l'Ordre qui ne doit se préoccuper ni de politique ni de reli­gion. Je crois de plus qu'en politique l'efficace est à rechercher, entre autre dans l'Unité de pensée et d'action. Or la loge — selon la Tradition — doit être le milieu le plus hétérogène qu'il soit, socialement, politiquement, reli­gieusement, philosophiquement, faute de quoi elle ne peut jouer son rôle de centre de l'union.

Inutile de rappeler également que la disparition des Trois Grandes Lumières, entraîne dans ce cas, une désagrégation lente mais certaine de la pratique du rituel, pourtant indispensable pour accéder au contenu initiati­que de l'ordre. .,,..,. .

La deuxième confusion réside dans l'identité entre le religieux et le symbolique. Attitude d'origine anglo-saxonne qui s'éclaire lorsque l'on remonte aux origines de la Maçonnerie spéculative, née au début du XVIIIe siècle en Angleterre. Deux courants s'opposent : celui de la première Grande Loge de Londres que l'on reconnaît avec les Constitutions d'Anderson de 1723. Celui dit des Anciens qui va se constituer en Grande Loge à partir de 1756.

Le passage à une Maçonnerie totalement spéculative au début du XVIIIe siècle pose aux Maçons londoniens plusieurs questions sur la con­servation des traditions du Métier dans la situation nouvelle et la possibilité pour la Maçonnerie de survivre au métier opératif. Les Constitutions de James Anderson de 1723 vont répondre à ces questions et poser comme prin­cipe, dans cette Angleterre saignée par les conflits politiques et religieux, la nécessité pour la Maçonnerie de jouer le rôle de centre de l'union. La référence au Dieu de tel ou telle religion particulière va alors disparaître dans les Obligations du Franc-Maçon pour céder la place à l'énoncé d'une loi morale sur laquelle tous les hommes qui demandent l'initiation peuvent et doivent être d'accord : ce sera le fameux article 1 "Concernant Dieu et la Religion" :

"Un maçon est obligé, par son engagement d'obéir à la Loi Morale et, s'il comprend bien l'art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux. Mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obli­gés, dans chaque pays d'être de la religion de ce pays ou nation, quelle qu'elle fût, aujourd'hui, il a été considéré plus commode de les astreindre seulement. à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opinions, c'est-à-dire d'être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les déno­minations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la Maçonnerie devient le centre de l'Union et le Moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance".

On le voit, il n'y a plus de référence explicite au Dieu du christianisme, puisque c'est de lui dont il était question dans les Manuscrits des Anciens Devoirs. Seuls ceux qui refusent l'évidence rationnelle — pour le XVIII° siècle d'un ordre universel, "les athées stupides" et les libertins sont écartés de l'Ordre.

Nous sommes assez proche, somme toute du déisme philosophique, bien qu'Anderson et Désaguliers n'ont jamais été des déistes. N'oublions pas qu'ils étaient pasteurs et que comme tels, ils sont toujours restés attachés aux dog­mes de la religion chrétienne, qui n'ont pas grand chose à voir avec le déisme philosophique.

Mais comme Maçons, ils ont oeuvré pour l'alliance la plus large possi­ble, au-delà des croyances particulières. Ceci apparaît dans l'édition de 1738 des Constitutions, où l'on parle du maçon comme devant être un bon noa­chite. Or l'alliance de Dieu avec Noé est l'alliance la plus universelle qui soit. Il suffit pour s'en convaincre de se reporter au chapitre 9 de la Genèse : verset 11 :

"J'établis mon alliance avec vous, il n'arrivera plus que toute chair soit retranchée par les eaux du déluge et il n'y aura plus de déluge".

Puis il établit le signe de cette alliance : verset 12 :

"Dieu dit : Voici le signe de l'alliance que je place entre moi et vous ainsi que les êtres vivants qui sont avec vous pour les générations à venir."

L'alliance noachite est si universelle qu'elle s'applique en fait à tous les êtres vivants, humains et autres qui vivent sur la terre. Anderson sug­gère donc que tout homme, si il est un homme juste, un homme d'honneur et de probité entre de fait dans le cadre de cette alliance universelle contrac­tée entre Dieu et Noé. Car c'est bien parce qu'il est un homme juste que Noé est sauvé des eaux du déluge.

Ainsi vous le voyez : nulle obligation de foi dans cet article Pr. Vous allez voir qu'il en est tout autrement avec la Constitution dite Ahiman Rezon, rédigée par Laurence Dermott qui sera Grand Maître de la Grande Loge dite des Anciens, après 1756. Je cite :

"Un maçon est obligé, de par sa tenue de croire fermement et d'adorer fidèlement le Dieu éternel aussi bien que les enseignements sacrés que les Dignitaires et Pères de l'Eglise ont rédigés et publiés pour l'usage des hom­mes sages, de telle sorte qu'aucun de ceux qui comprennent bien l'Art puis­sent possiblement marcher sur le sentier irréligieux du malheureux libertin ou être induit à suivre les arrogants professeurs d'athéisme ou de déisme, ni a être souillé par les erreurs grossières de l'aveugle superstition, mais qu'il puisse avoir la liberté d'embrasser la foi qu'il jugera convenable pourvu qu'en tous instants il témoigne du respect dû à son Créateur, et agisse dans le monde avec honneur et honnêteté, prenant pour règle permanente de ses actes le précepte d'or qui engage chacun à faire à autrui ce qu'il voudrait qu'on lui fit".

On le voit les deux textes s'opposent franchement. A une Maçonnerie — Centre de l'Union basée sur une alliance la plus universelle possible, on oppose une Maçonnerie ouvertement théiste qui exige le préalable de la foi, rejetant du même coup tous les hommes de l'esprit qui ne s'inscrivent pas dans une démarche de foi religieuse. Si l'on ne perd pas de vue ces deux textes, on comprendra du même coup l'évolution ultérieure, qui aboutit en 1929 à l'énoncé de règles terriblement restrictives, par la Grande Loge Unie d'Angleterre — entre temps auto-proclamée Grande Loge Mère du Monde — règles devant servir à la délivrance de patentes dites de "régularité".

Comment en est-on arrivé là ? Tout simplement par la Constitution d'une rigoureuse orthodoxie maçonnique qui va se développer à partir de l'acte d'union de 1813 qui vit la naissance de la Grande Loge Unie d'Angle­terre. Les Modernes, le courant andersonien, animés qu'ils étaient par un profond désir d'unité, firent de telles concessions, qu'ils obtinrent une union au profit quasi exclusif des "Anciens", qui finirent par imposer, grâce à une habile politique, leur point de vue sur à peu près tous les points.

Dès lors on ira de restriction en restriction. La Grande Loge à l'image de l'Angleterre impériale deviendra très victorienne. En 1929 paraît une nou­velle édition des "landmarks" revus et corrigés devant servir à la reconnais­sance des Grandes Loges étrangères.

Citons, dans le cadre de notre travail les articles 2 et 3 :

Article 2 : Que la croyance au Grand Architecte de l'Univers et en sa Volonté révélée sont les conditions essentielles à l'admission des membres.

Article 3 : Que tous les initiés doivent prêter leur obligation sur le Livre de la Loi Sacrée, ou les yeux fixés sur ce Livre ouvert, par lequel est expri­mée la Révélation d'En-Haut par laquelle la conscience de l'individu qu'on initie est irrévocablement lié".

Ce texte représente même une régression considérable par rapport aux Constitutions Ahiman Rezon de la Grande Loge des Anciens.

Comment situer alors tous les hommes de foi, qui de par le monde se rattachent à des religions qui ne connaissent pas l'idée de révélation ?

On voit donc, par cette approche historique très approximative, par manque de temps, que le rite écossais ancien et accepté est doublement fidèle à la tradition andersonienne.

L'obligation de la croyance en Dieu, telle qu'elle est définie par les textes anglais de 1929 n'existe pas dans les Constitutions d'Anderson. Et ce qui est inacceptable ce n'est pas l'affirmation d'une telle obligation, mais plu­tôt de prétendre qu'elle est le critère de la seule et unique Maçonnerie (celle qui est admise par les Anglais, naturellement !).

La défense d'une telle position peut aussi mener à l'énoncé de la thèse de la "révélation au-delà des croyances", thèse qui n'est pas sans soulever de nombreux problèmes d'ordre théologique, que je ne vais pas débattre ici.

S'il est exact que la foi n'est pas la croyance, je crois qu'il y a quelque danger à vouloir les opposer systématiquement, et l'on risque de transfor­mer la notion de révélation en une idée générale et abstraite alors que la révélation est au contraire un processus concret inscrit dans une histoire, un temps et un espace déterminés. Ne risque-t-on pas non plus d'aboutir à l'idée que la Maçonnerie serait en quelque sorte une super-religion qui unifie ou qui prétend unifier toutes les religions particulières ? On tombe alors dans un syncrétisme qui ne peut en aucun cas satisfaire les croyants des différentes religions.

La Franc-Maçonnerie est un Ordre initiatique et n'a pas de ce fait à se préoccuper des dogmes religieux, qui ne sont pas de son domaine. Elle n'impose pas à ses membres de déclaration préalable de foi, car elle a pour unique préoccupation, dans le cadre de sa démarche de permettre à ses adep­tes d'accéder au contenu initiatique de l'Ordre par "la pratique scrupuleuse du rituel et du symbolisme". Elle tient les différentes démarches religieuses dans un même respect, mais elle s'interdit toute ingérence dans ce domaine.

Nous avons vu que la double présence du symbole du Grand Archi­tecte de l'Univers et des Trois Grandes Lumières, assure dans la Loge, la communication du sacré sans laquelle il n'y a pas d'initiation régulière.

Nous savons également que la Bible comme Volume de la Loi Sacrée est le témoin de cette Transcendance universelle, de cette Tradition, de cette Loi Morale qui donne son sens et sa finalité à l'initiation maçonnique.

Puisque l'on parle de cette Loi morale dans laquelle tous les hommes de bonne volonté qui sont initiables doivent se reconnaître, comment la carac­tériser ?

Un premier principe nous apprend que si nous construisons dans la sépa­ration, nous construisons en vain, car la séparation nous pousse à travailler les uns contre les autres. Tout est alors promis au néant et à la mort. C'est bien ce que veut nous dire Saint Jean, dans sa première Epitre : "Celui qui aime son frère demeure dans la Lumière et ne risque pas de tomber. Mais celui qui a de la haine pour son frère est dans les ténèbres : il marche dans les ténèbres et ne sait où il va, parce que les ténèbres ont rendu ses yeux aveugles".

La Loi Morale que "nous portons dans nos coeurs avec la voûte étoilée au-dessus de nos têtes" pour reprendre l'expression de Kant c'est donc bien fondamentalement la loi d'amour, sans laquelle il n'y a pas de construction possible en Franc-Maçonnerie. Cette loi d'amour par laquelle toute chose s'édifie en conformité avec le plan du grand Architecte de l'Univers, cette loi dont le Volume disposé sur l'autel de la loge est le symbole vivant, doit être le principe même de toute notre action.

Ainsi compris, je crois que le Volume de la Loi Sacrée demeure l'un des plus important symboles de cette Tradition maçonnique que chaque initié à le devoir de transmettre. Il est, avec l'Equerre et le Compas, le témoin de cette Lumière du Grand Architecte de l'Univers avec lequel le maçon veut collaborer dans l'oeuvre de construction universelle.

L'Equerre, le Compas et le Volume de la Loi Sacrée, ne peuvent être séparés. Sans le Livre, pas d'obligation au caractère irrévocable, mais aussi pas de guide pour les outils de la construction. Pas de sens, pas de finalité à cette construction. Sans les outils, pas de rencontre possible entre le haut et le bas, le Transcendant et l'Immanent. Pas d'équilibre entre méditation et action.

Quelle peut être alors, pour parler maintenant sur un plan plus géné­ral, la signification des Trois Grandes Lumières pour le franc-maçon en dehors de la loge ?

D'emblée je disais qu'elles nous invitent à prendre conscience de la tri­ple dimension de l'homme, composé de corps, âme, esprit pour reprendre les termes de l'anthropologie biblique. Cette prise de conscience est lourde de conséquences.

Elle nous permet d'échapper à la tentation si moderne de réduire l'homme à l'unidimensionnalité. La réduction par les vus des besoins de l'homme à leur seule dimension économique et sociale, l'acharnement à vou­loir privatiser toute expression de la spiritualité, l'envahissement du politi­que dans tous les domaines de la vie humaine, conduisent les hommes à la perte de la liberté, à l'esclavage idéologique, à la perte de la mémoire historique, à l'exaltation toujours plus effrénée de faux besoins matériels, comme unique objet, comme unique sens de la vie.

Les doctrines matérialistes du XXe siècle, sont à coup sûr, "l'opium du peuple" le plus raffiné que l'esprit humain divisé contre lui-même, ait inventé jusqu'à présent.

Il me plaît ici de rappeler ces admirables paroles d'Henri de Lubac, car elles expriment bien l'état de délabrement spirituel dans lequel végète l'homme d'aujourd'hui, après avoir été enfermé dans la camisole de force du matérialisme : "Qu'est-il devenu cet homme, qui je vous le rappelle est celui d'aujourd'hui assez largement. Trop souvent hélas un être que l'ose appeler encore "être". Une chose qui n'a plus de dedans, une cellule toute entière immergée dans une masse en devenir. Homme social et historique dont il ne reste rien qu'une pure abstraction en dehors des rapports sociaux et de la situation dans la durée par quoi il se définit. Qu'on y cherche donc pas quelque retraite inviolable, qu'on y prétende pas découvrir quelque valeur imposant à tous le respect. Rien n'empêche en fait — et les idéologues tou­tes catégories ne s'en privent pas — de l'utiliser comme un matériel, comme un outil. Rien n'empêche même de le rejeter comme inutilisable. Il a beau se laisser concevoir sur des types fort différents, selon que prédomine tel ou tel système d'explication. Mais sous ses diversités l'on retrouve toujours le même caractère fondamental ou plutôt l'on constate la même absence. Cet homme est, à la lettre, dissous. En réalité et dans un tel cas, je n'hésite­rais pas à dire qu'il n'y a plus d'homme parce qu'il n'y a plus rien qui dépasse l'homme".

En face de cela la Franc-Maçonnerie de tradition affirme que le Maçon est situé entre ciel et terre, entre l'Equerre et le Compas, entre l'ordre de la nature et celui de l'esprit.

La présence des Trois Grandes Lumières nous indique alors ce lieu vers lequel nous devons marcher, ce point au centre du cercle, qui renferme la Lumière, point vers lequel nous avançons progressivement par l'initiation, point qui réside à l'intérieur de nous-mêmes et qu'il convient de dégager la nuée ténébreuse qui l'entoure pour qu'il puisse réaliser les virtualités qui sont en lui.

C'est cette Lumière que nous cherchons dans l'initiation. C'est par cette recherche que nous passons de la matière à l'esprit. C'est par ce patient tra­vail que nous devenons maître de nous-mêmes et que nous nous intégrons dans cet ensemble harmonieux qu'est le Temple maçonnique ayant accédé à la compréhension de cette Loi Universelle pour pouvoir agir ensuite en conformité avec cette Loi.

Je dirais pour finir, en reprenant le propos du T.R.G.M. Henri Tort ­Nouguès que "cette Equerre, ce Compas, posés sur le Volume de la Loi Sacrée, ces Trois Grandes Lumières, c'est pour nous Francs-Maçons Ecos­sais, la Franc-Maçonnerie dans son Essence et sa pérennité".

(*) Conférence prononcée par Gérard REYNAUD dans le cadre du Cercle Condorcet-Brossolette, au Grand Temple de la G.L.D.F. le samedi 21 janvier 1984.

PVI

Source : www.ledifice.net

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Le Franc-Maçon est-il un Utopien qui s'ignore?

1 Février 2013 , Rédigé par Emmanuel Publié dans #Planches

La récente affaire de la "levée des excommunications" par Benoît XVI et les remous qu'elle a provoqués dans les milieux catholiques nous a conduit à suivre l'évolution de divers blogs et autres forums d'obédience catholique. Non que nous soyons très concernés par ces décisions papales mais parce qu'elles furent en de nombreuses occasions celle de remuer à nouveau la sauce infernale du chaudron du complot judéo-maçonnique.

A côté des grands organes de presse tels que Le Pèlerin, La Vie, La Croix qui s'efforcent de présenter sur le sujet des dossiers aussi objectifs que possible et, pour cela, sont souvent qualifiés de "presse de gauche, progressiste et moderniste" par tout ce que la catholicité compte de +- intégriste, on trouve de nombreux sites de cette mouvance où le réductionnisme, le révisionnisme, voire le négationnisme, et le culte idolâtre de la papauté romaine se montrent en plein jour accompagnés des habituels refrains anti-maçonniques.

Sur l'un de ces forums nous avons eu l'occasion de suivre les écrits de suppôts d'un catholiscisme crispé sur ses vieilles lunes et rengaines. Opposition frontale où les accusations de collusion entre maçonnerie et nazisme révèlent bien vers quoi penchent les é-mules de l'évêque Williamson. Inclination qui tend à imputer insidieusement à la FM le génocide juif, en raison de la signature d'un accord de coopération entre le régime nazi et le gouvernement français de l'époque qui comptait quelques francs-maçons, ou, à imputer au franc-maçon américain Roosevelt les 100 millions de morts du communisme, au motif qu'il aurait attendu quatre ans après l'ouverture du premier camp de concentration avant d'intervenir contre le nazisme. Et, au passage, à remercier les Japonnais de leur action contre Pearl Abour. Le tout bien sûr en oubliant de mentionner le Concordat du 20 juillet 1933 signé par l'ECAR avec les nazis qui procura à l'église d'Allemagne quelques avantages notables. Concordat, disons plutôt alliance avec le régime, dont l'un des buts cachés était de faire, avec quelques raisons, obstacle à l'extension du communisme bolchevique. De très nombreux catholiques allemands rachetèrent par leur conduite de résistance exemplaire ce triste épisode.

Beaucoup plus intéressant est le débat entre certains membres d'un de ces forums sur le thème de la levée des excommunications Au départ ce fil se constituait d'échanges, de commentaires sur la décision du pape et le positionnement des intégristes de la FSSPX. Progressivement, par un glissement assez fréquent, on vit apparaître des petits bouts de phrases mettant en cause la FM, puis on commença à parler de la laïcité comme source de tous les maux de la société. On vit sortir des noms : Besancenot, Laguiller..., des juxtapositions hasardeuses comme le nazisme et le sionnisme, le communisme et ses 100 millions de morts comparé aux 6 millions de juifs du nazisme etc...

Et cela continua avec apparition de-ci, de là, d'un discours intégriste pur et dur avec des petites phrases du genre ".../... La Shoah est une conséquence de l’antisémitisme des Lumières.../... Elle est le fruit de la sécularisation encouragée aujourd’hui par certains Juifs.../... Le camp du faux progrès est en train de comprendre que cette réconciliation tant attendue entre catholiques sonne la fin de ses victoires contre la famille (comprendre par ex le divorce, le pacs, l'homosexualité...), la vie (comprendre par ex l'IVG, le droit de mourir dans la dignité...) et la liberté (comprendre par ex : la suppression de l'éducation religieuse obligatoire, la laïcité opposée à la théocratie...)...". Petites phrases qualifiées de "mises au point claires et nettes" précédant de peu une tentative de justification des propos de l'évêque négationniste.

Un seconf fil dérivé du précédent fut ouvert sous l'intitulé "Le revisionnisme communiste". Très intéressant il éclaire bien la manière dont ces révisio-négationnistes procèdent. Ainsi il est fréquent de lire des mises en // macabres opposant les 100 millions de morts du communisme et les 6 millions de juifs condamnés par le nazisme. Comme si le crime de l'un était de même nature que celui de l'autre, comme si les morts de l'un étaient quantité négligeable comparés au nombre des morts de l'autre.

Le procédé est subtil pour qui lit trop rapidement ces textes. Textes qui n'ont qu'un but pour ces catholiques aveuglés par les écrits d'un Léon XIII contre le modernisme, le socialisme, le progrès social... ou par ceux du sinistre évêque Jouin violemment antisémite et anti maçonnerie. Il s'agit en effet rien moins que de faire ressortir l'horreur (réelle) des crimes lénino-marxistes, bolcheviques et staliniens, en guerre ouverte contre l'ECAR, pour banaliser ceux du nazisme avec qui elle a su trouver de nombreux acommodements, comme elle a su en trouver avec les régimes fascistes de Franco, Salazar et récemment Pinochet, quitte à tuer par des mots des lumières comme Mgrs Romero ou Camara et la théologie de la libération ou les prêtres ouvriers.

C'est une de ces macabres comparaisons qui a enclenché la polémique dans laquelle un de nos frères tentait de faire ressortir la différence de nature entre le nazisme et le communisme. Un autre intervenant faisant du nazisme un avatar mineur du bolchevisme dans le but d'en minimiser les horreurs.

S'efforçant de toujours distinguer entre "l'idée" communiste des philosophes les plus éclairés et sa dramatique "application" marxiste-léniniste et bolchevico-stalinienne, notre frère exposait que l'idée du communiste utopique plonge ses racines au plus profond de l'histoire des hommes, se serait nourrie des principes du Christianisme et des Lumières jusqu'à la "rupture de sens" marxiste qui allait aboutir à la dictature du prolétariat, en réalité celle d'une nomenklatura au moins aussi calamiteuse que la précédente tsariste. A l'appui de sa thèse, il faisait état des très nombreuses tentatives de vie communautaire telles que le monachisme, différents phalanstères, les Utopiens qui, à la suite de Thomas More (saint catholique), tentèrent de développer la cité idéale, Gaston Ledoux, génial architecte des Salines Royales d'Arc-et-Senans, Baboeuf... jusqu'au constat établi par de nombreux philosophes matérialistes comme Karl Marx ou Blanqui (à qui l'on doit d'ailleurs l'invention de la formule "lutte des classes") qui constatèrent que cette idée généreuse ne pourrait trouver à se réaliser que par le moyen d'une révolution violente destinée à renverser l'ordre du monde dominé par les grands possédants.

C'est contre cette idée généreuse, mais dévoyée en doctrine violente par le triste constat de l'état de la société, que s'éleva un Léon XIII, pape romain, et que prit corps la pensée catholique formulée dans "La Doctrine Sociale de L'Eglise" qui, sans rien remettre en cause de l'ordre social établi, affirme que "c'est par volonté divine que les puissants le sont et commandent, que les pauvres sont pauvres et doivent remercier Dieu de l'état qui est le leur". Il y a bien sûr de grands passages exaltant les vertus du partage. Mais depuis ces cent dernières années on a vu ce qu'en firent les classes dirigeantes et de quel prix les travailleurs ont payé leurs "acquis sociaux", sans que cela entraine de vigoureuses condamnations de qui s'érige, au dessus de tous, en conscience du monde.

C'est dans cette volonté de renverser l'ordre du monde de façon violente que réside la "rupture de sens" entre l'idée d'un communiste philosophique, noble, et son application marxiste-léniniste et stalinienne, sauvage, notamment sous l'impulsion des bolcheviques qui conduisit aux 100 millions de morts par la famine, emprisonnement, torture et autres moyens dégradants et criminels.

Autre est l'idée que notre frère se fait de l'origine du nazisme. Ainsi qu'il l'expose cette idéologie est profondément perverse dès son origine car directement inspirée du vieux mythe païen et germanique de la race supérieure, élue, ainsi que de la volonté de refonder la nation allemande humiliée par la défaîte de 1918 et le Traité de Versailles. Et ce quand bien même le national-socialisme traîne derrière lui quelques bribes de politique sociale.

A la différence du communisme utopique, il n'y a pour le nazisme aucune "rupture de sens" entre son idée fondamentale et son application dans les faits puisqu'aussi bien, et par principe, il ne peut y avoir en même temps cohabitation de deux races supérieures, de deux races élues. Ainsi le juif, du peuple de dieu, devient-il d'emblée le "bouc émissaire" chargé de toutes les tares, coupable de tous les maux du monde et par là justiciable (sic) de tous les châtiments, en réalité de tous les crimes même les plus horribles.

Et c'est bien là que s'établit la distinction entre les crimes de masses et de classes commis par les bolcheviques au nom d'une dictature provisoire, au moins dans l'esprit des auteurs communistes et marxisants, nécessaire passage de l'idée à l'application réussie d'une société sans classe, et le génocide conçu, planifié, organisé et conduit par les nazis dont le Reich devait durer au moins 1 000 ans .

Force est de constater que ce n'est pas l'approche de ces intégristes révisionnistes qui amalgament sans distinction l'idée généreuse du communisme idéologique et ses applications désastreuses et font du nazisme un petit frère du communisme idéologique alors qu'il n'est au mieux que l'avorton du bolchevisme. Nous disons "au mieux" car il évident que même cette idée est inexacte puisque l'inspiration paganiste du nazisme n'a rien à voir avec celle du communisme philosophique (qui, rappelons-le ne doit pas être confondu avec ses déviations mauvaises que sont le bolchevisme, le léninisme et le stalinisme).

Le procédé est ici commode pour ceux qui veulent minimiser le génocide juif et le faire passer pour pas grand chose à côté des grands crimes soviétiques. Pour qui s'inscrit, malgré les repentances actuelles, dans la lignée de cette fraction de l'église catholique porteuse pendant près de deux millénaires de l'infâme accusation d'un peuple juif "déicide". Accusation qui est à la source du racisme et du complotisme juif et judéo-maçonnique des temps modernes. Pour qui veut à la suite de l'évêque Williamson faire preuve de réductionnisme voire même de complet négationnisme.

Ici deux questions se posent :

Quand l'église romaine se donnera-t-elle les moyens de réduire au silence ces malades de la conscience lobotomisés par deux millénaire d'évangélisation mal comprise?

Quelle est la position maçonnique sur ces questions touchant aux idées?

Nous laissons à l'église romaine le soin de répondre à la question qui lui revient.

Quant à la seconde il va de soi que, dans ce qui va suivre, nous n'engageons que nous et en aucun cas aucun de nos frères en maçonnerie de quelque appartenance qu'il soit. Cependant, pour ce que nous en connaissons, il est très clair qu'aucun maçon ne peut avoir de sympathie ni pour le nazisme ni pour les déviations bolcheviques, léninistes et staliniennes issues de l'idée du communisme utopique. Aucun d'entre-nous ne peut approuver ni ces régimes ni, et encore moins, leurs crimes.

Mais que peut-il en être de l'idée d'un communiste philosophique d'avant les matérialistes dont le principe est, comme dans le Christianisme, fondé sur le volontariat en vue : de la mise en commun, du partage, de l'exercice de la fraternité?

Se pourrait-il que les francs-maçons réunis en loge sans distinction de classes sociales, entraînés à partager la connaissance, les savoirs, le temps, le silence, le travail, le pain et le vin, à donner à manger à qui a faim, à boire à qui a soif, appliqués à mettre en actes une solidarité active, bien loin du simple copinage, de l'entremise et du lobbying, soient des "utopiens", voire des "communistes utopiques" qui s'ignorent?

Porter au dehors ce que nous recevons au dedans des loges n'est-ce pas chercher à impégner la société des idéaux de liberté, d'égalité, de fraternité, qui sont fondamentalement des valeurs évangéliques et républicaines, afin de parvenir sans violence à cette société idéale dont beaucoup de nos ainés ont tant rêvé? Pour laquelle un grand nombre a donné sa vie?

Le chemin est certes encore long, et nous sommes ouvriers malhabiles, mais, comme le disait un de nos vieux maîtres : "il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre" et, chaque jour, de remettre l'ouvrage sur le métier.

Gardons-nous cependant de céder à la tentation du pouvoir effectif.

C'est en effet par l'exemple que nous devons agir et non par ce qui ne manquerait pas une fois encore de dériver, après l'inéluctable "rupture de sens" entre l'idée et l'application, vers l'absurde et l'horreur. Et ce afin que, jamais, au grand jamais, quiconque puisse dire "qu'un mal affreux est sorti de nos loges et de la société des maçons".

Pour qu'au contraire les hommes soient dans la connaissance qui seule rend libre, dans le partage qui seul rend égaux et dans la fraternité puisqu'aussi bien, et ainsi que le proclament et les Evangiles et la maçonnerie depuis son origine, nous n'avons qu'un seul Père.

Une question demeure : Et Dieu ou le GADL'U:. dans tout ça?

Faisons en sorte que la Sagesse préside à la construction de notre Temple, que la Force le soutienne et que la Beauté l'orne, que l'Amour soit parmi les hommes, que la Paix soit sur terre et que la Joie soit dans les coeurs.

Dieu et le GADL'U:. devraient y trouver leur compte. 

Source : http://lodgamour.blogspirit.com/tag/nazisme

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