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Hauts Grades

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L'eau et l'épi

25 Janvier 2013 , Rédigé par R.B Publié dans #Planches

Dans le « Livret du Compagnon » rédigé à l’époque par notre F\ F\ U\, nous trouvons la phrase suivante : « Sch…- qui signifie : l’union fait la force. En hébreu, Sch…signifie épi ». Et plus loin, au même paragraphe : « Le nom et sa signification ne se prêtent guère à l’exégèse ».

Le terme : « Union fait la force » ne correspond pas au sens littéral du mot ; en revanche celle d’épi est tout à fait recevable. Et F\ U\ de ne pas mentionner que Schibboleth se traduit aussi par « cours d’eau », « rivière ». Michel de Saint Gall dans son « Dictionnaire des Hébraïsmes dans le Rite Ecossais Ancien et Accepté » précise que Schibboleth a une double signification : « épi de blé » et aussi « courant d’une rivière ». De la même manière, le « Dictionnaire de la Bible » d’A\ M\. Gérard nous donne la traduction suivante : « fleuve ou épi ». On comprend alors facilement pourquoi l’iconographie maçonnique représente un épi de blé au bord d’un cours d’eau.

L’exégèse devient possible au risque de contredire le Livret du Compagnon précité. Tout d’abord on interprétera ici la relation : « cours d’eau » en imaginant l’Élément Eau non dans un sens profane, mais dans une vision initiatique et alchimique, c'est-à-dire comme une entité indéfinie et subtile présente dans l’homme, trait d’union entre le monde matériel, visible et le monde spirituel, non visible. Le terme Eau, dans son sens ésotérique, se retrouve dans le nom de l’outil du grade, le niveau ou « niv-eau » (selon la kabbale phonétique chère à l’alchimiste Fulcanelli). L’eau a aussi été associée au mot sacré Boaz ou Booz en relation aussi avec la colonne de nuées ou d’eau. Elle s’oppose à la colonne Jakin, ou colonne de feu. Deux colonnes accompagnaient aussi les Juifs lors de la sortie d’Egypte.

Avant d’aborder l’analyse du sens de Schibboleth, un constat : ce mot de passe, incontesté et unique au 2ème grade - alors que la confusion règne pour ceux des 1ers et 3èmes grades - semble le moins bien compris de tous, à tel point que l’on nie souvent toute exégèse possible à son sujet. Son sens peu évident rend-il de prime abord sa compréhension difficile d’accès ? Et l’on se contente de répéter en chœur la leçon du Livret de Compagnon : « Epi fait songer à la moisson et, de là, à l’œuvre du Compagnon qui doit se couronner d’une ample récolte ». Tout au plus évoque-t-on la lente transmutation du germe de blé en épi, le comparant à celle de l’Initié.

Le terme Schibboleth (cette écriture a été choisie mais d’autres sont possibles en français : Siboleth, Chibboleth etc.) est présent dans le Livre des Juges XII - 6. Aucune analyse de ce mot n’est possible sans une étude préalable du contexte biblique. Relisons le texte :

Jephté et le Jourdain. Jephté, originaire de Galaad (se souvenir des héros de la Table Ronde), est juge en Israël. C’est le fils d’une courtisane et d’un vaillant guerrier appelé Galaad (du même nom que la ville). Les demi-frères de Jephté, nés de la femme légitime de Galaad le chassent en disant : « tu n’auras pas de part à l’héritage de notre père, car tu es le fils d’une femme étrangère » (Juges XI - 2/3) . Jephté s’enfuit dans le pays de Tob et rassemble une bande « de gens de rien » qui font des incursions avec lui, du brigandage en quelque sorte. Les chefs de Galaad ne trouvant pas d’autre général capable s’adressent à lui pour combattre les Ammonites : ils seront battus par Jephté. Quelque temps plus tard Jephté est à nouveau en guerre, cette fois contre les Ephraïmites. Après les avoir battus, il leur coupe la retraite dans le gué du Jourdain : « Puis Galaad s’empara des gués du Jourdain avant que ceux d’Ephraïm y fussent arrivés. Et quand un des fugitifs d’Ephraïm disait : - Laissez-moi passer- les gens de Galaad lui disaient : - Es-tu Ephraïmite ? -. Il répondait : - Non - alors ils lui disaient – Et bien, dis le mot Schibboleth ! - et il disait : « Sibboleth » sans parvenir à bien le prononcer. Alors on le saisissait et on l’égorgeait près des gués du Jourdain. Il tomba en ce temps-là quarante-deux mille hommes d’Ephraïm ». (Bible de Jérusalem Juges XII - 6).

RÉALITÉ MAÇONNIQUE.

Numéro hors série de Masonica. Le fleuve diviseur, la rivière fatale. Schibboleth joue ici le rôle de mot de passe lors du « passage d’un cours d’eau » par les Ephraïmites en retraite et, comme par hasard, ce mot fatal, Schibboleth, signifie en hébreu justement : « cours d’eau ». Nous pourrions presque parler de pléonasme, mais la répétition du terme peut signifier qu’il y a un sens caché à découvrir, lié en particulier à la différence de prononciation. On ne peut maîtriser que ce que l’on est capable d’appréhender avec justesse, de nommer. Il y a un lien direct entre ce mot (ou sa prononciation) et le fait de « passer », de « pouvoir passer » un cours d’eau, en l’occurrence le Jourdain.

Car, dans une perspective initiatique, hermétique ou alchimique, quelle est la signification du passage d’un fleuve ou d’une rivière ? On a quelque peu oublié dans nos temps modernes, où le génie civil fait merveille, le caractère infranchissable et dangereux des cours d’eau : leur tracé épousait et épouse toujours de nombreuses frontières. Le passage d’un cours d’eau est perçu comme une épreuve, en particulier celle de la mort, mais aussi de la Mort initiatique. D’autre part en alchimie la Matière première de toute chose est symbolisée souvent par l’eau, un « cours d’eau », une « eau permanente ».

Chez les Grecs de l’Antiquité, la Terre émergée est entourée par un océan primordial, Okéanos, dont un fleuve donne naissance au Ciel et à la Terre. Passer le cours d’eau signifie en alchimie prendre possession de la Matière première, l’ouvrir afin d’en extraire les deux principes spirituels, le Soufre et le Mercure. Ce concept est aussi présent dans une légende chrétienne ; c’est l’image du géant St Christophe (le Mercure) portant sur ses épaules le Christ enfant (le Soufre) afin de l’aider à traverser une rivière. Le Mercure est appelé aussi Mercure double : il est à la fois celui qui transporte hors de l’Eau, hors de la rivière et l’Eau elle-même en tant que véhicule de l’Esprit.

Les deux rives d’un fleuve représentent aussi les L'eau et l'épimondes matériel et spirituel. Ils sont séparés mais forment un tout. Le monde spirituel est dit séparé, car il n’est pas perçu par l’homme en général. L’homme profane n’est pas conscient de l’autre rive. Et pourtant ce monde est en nous. Passer la rivière, faire l’effort d’aller de l’autre côté, signifie dans le domaine initiatique accéder au monde spirituel au péril de sa vie. C’est l’épreuve de l’Eau qui peut dissoudre à jamais notre Etre.

Les exemples sont nombreux dans la mythologie (le passage du Styx, la barque d’Amon, etc.) : il faut traverser un fleuve pour atteindre le royaume des Morts ou celui des Esprits. Goethe propose le même thème dans son conte « Le serpent vert ». En guise de dénouement, le serpent vert, symbolisant à la fois la Matière première et l’Initié lui-même, se transforme en un pont solide reliant définitivement les deux rives et jouant le rôle de pontife. L’Initié vivra alors dans les deux mondes à la fois, le matériel et le spirituel, et les réunira en un seul Etre. La traduction alchimique de ce « pont » est celle de la fixation ou solidification du Mercure, qui est le plus souvent symbolisé par un serpent. Il s’agit de la matérialisation de notre Esprit, jusque-là invisible et insaisissable. Ainsi le cours d’eau (qui peut serpenter) possède des affinités symboliques avec le serpent, car ce dernier est aussi l’agent de la séparation et de la division, tout en procurant la connaissance du Bien et du Mal.

Jephté juge et libérateur de la pierre. Dans le récit biblique la traversée est interdite à ceux qui ne savent pas prononcer juste le mot de passe Schibboleth. Pourquoi ? Le sens des noms utilisés nous donne-t-il des indices ? Jephté signifie : « il ouvrira », « il libérera » ou « Dieu libère ». Galaad signifie « dur, rugueux » ; Ephraïmite vient d’Ephraim, « fécond ». Dans le récit biblique, Jephté délivre les Galaadites de leurs ennemis; dans une vision ésotérique, il est celui qui libère l’homme du joug du matérialisme exclusif en le faisant accéder à l’autre rive, au monde spirituel, à condition qu’il prononce juste un mot, « Schibboleth ».

En fait c’est davantage la connaissance de Schibboleth qui libère ; Jephté n’en est que le contrôleur, le passeur. On retrouve ici le symbolisme du gardien du seuil. Dans son acception alchimique, Galaad (dur, rugueux), fait allusion à la Pierre des Philosophes. Jephté de Galaad est le « libérateur de la Pierre », celui qui fait accéder à la Pierre, qui l’ouvre, l’Initié lui-même. Galaad est aussi le chevalier du cycle arthurien, celui qui a la vision du Graal, vase justement identifié à la Pierre philosophale. Par ailleurs, le rôle de la pierre dans l’oralité se trouve dans la mythologie : c’est l’ingestion par Saturne d’une pierre, qui épargne la vie à Jupiter. L’on dit en alchimie que Saturne est le père de la Pierre et qu’il doit la rejeter (la libérer) après l’avoir avalée. Il symbolise la Matière première brute de laquelle doivent être extraits les Eléments spirituels.

Une prononciation qui tue ou qui sauve. La première lettre de Schibboleth est Schin. C’est elle qui sauve et fait passer. Schin c’est le Feu, le Feu salvateur, le Feu philosophique des alchimistes. Le Feu et l’Eau sont donc les Eléments primordiaux réunis dans le mot Schibboleth. Quel est leur lien? L’alchimie nous donne une réponse : la Matière première n’est qu’un Feu contenu dans l’Eau, un « Feu aqueux » (se souvenir de l’océan primordial Okéanos dont tout procède). Le Grand Œuvre s’accomplit grâce à ce Feu philosophique. Ignis sufficit ou bien Ignis et Azot tibi sufficiunt écrivaient les alchimistes du Moyen Age, sous-entendant : le Feu te suffit, ou encore le Feu et l’Eau mercurielle te suffisent (pour accomplir le Grand Œuvre). Si ce Feu est contenu dans l’Eau, le feu du Schin est aussi contenu dans Schibboleth qui, rappelons-le, signifie cours d’eau. Et c’est bien la prononciation de cette première lettre, Schin, qui fait toute la différence: celle qui permet de passer (Schibboleth) et celle qui tue (Siboleth). Or, en Alchimie, le Grand Œuvre n’est maîtrisé que par la connaissance et une juste utilisation du Feu philosophique. L’on peut affirmer que Schibboleth représente la Matière première et contient le secret du Grand Œuvre !

Les trois lettres mères de la Kabbale. Le Sefer Yetsirah ou Livre de la formation, un des livres clés de la kabbale séfirotique, décrit le rapport Schin - Feu. Schin est l'une des trois lettres mères de l’alphabet hébraïque. Les deux autres sont : Aleph, qui correspond à l’Air, et Mem, qui correspond à l’Eau (Sefer Yetsirah ch. 3-2 version GRA-ARI) : « Trois mères Aleph, Mem, Schin : un grand merveilleux secret, dissimulé, scellé par six anneaux (formes). D’elles émanent l’Air, l’Eau et le Feu... Plus loin : Il fabriqua la lettre Schin afin qu’elle règne sur le feu. Il la couronna. Il la combina avec toutes les autres. Avec elle, il forma le feu dans l’univers, le chaud dans l’année et la tête dans le mâle avec ShAM et la femelle avec ShMa. (Sefer Yetsirah ch. 3-9 v. GRA -ARI). Le Sefer Yetsirah confirme la relation Feu-Schin. Il fait aussi entrevoir les similitudes de la Kabbale et de l’Alchimie en évoquant les quatre Eléments, clés de l’Initiation au premier grade de la Franc-Maçonnerie ».

Les quatre Eléments, l’alchimie et la kabbale du Sefer Yetsira. Les apports alchimiques sont essentiels pour comprendre cette cérémonie maçonnique : le Cabinet de réflexion et les symboles du Temple comme la coupe, les deux Lumières (Lune ou Argent, Soleil ou Or), les voyages et les quatre Eléments. Ceux-ci étaient déjà connus bien avant Aristote, notamment chez le présocratique Héraclite d’Ephèse. Comme en alchimie, la prééminence parmi les quatre Eléments, dans le Sefer Yetsirah, est donnée au Feu et à l’Eau, notamment dans le texte suivant : Trois mères (cf. supra) : Aleph, Mem, Schin, dans l’univers sont l’Air, le Feu et l’Eau. Les cieux sont créés à partir du Feu. La terre est créée à partir des Eaux et l’Air se place ainsi entre les deux. (Sefer Yetsirah 3-4 v. GRA - ARI). Seuls le Feu et l’Eau sont créateurs. La similitude avec les textes alchimiques gréco alexandrins est troublante, mais on sait que la Kabbale a été influencée par le néoplatonisme égyptien.

Le Sefer Yetsirah permet de faire correspondre les trois lettres mères aux trois Principes alchimiques Soufre, Mercure et Sel : Trois mères AMSh air, eau et feu. Le feu est au-dessus, l’eau est en dessous et le souffle de l’air légifère entre eux. Il y a un signe à cela, le feu soutient l’eau. Mem est bourdonnante, Schin est sifflant et Aleph est le souffle de l’air qui les départage (Sefer Yetsirah GRA ARI 6-2). L’Alchimie dispose de trois Principes ou Pères (à faire correspondre aux trois Mères du Sefer Yesirah). Le Soufre est au-dessus et c’est un Feu. Le Mercure est au-dessous et c’est une Eau ; le Sel les unit en les départageant. Il les maintient ainsi prisonniers. Il y a un signe à cela dit le Sefer Yetsirah. Ce signe est retrouvé dans l’Alchimie : le Feu (Soufre) soutient l’Eau (Mercure) ; il lui donne la Lumière qui vient d’en haut. Le Feu vient du haut et descend animer « notre » Eau. C’est le feu soutient l’eau du Sefer Yetsirah. Le Sel, comme l’Air du Sefer Yetsirah, unit et en même temps sépare le Soufre-Feu du Mercure-Eau. En s’unissant à eux il empêche leur réunion, comme le fleuve sépare deux rives. Si les deux Principes sont séparés du Sel, ils peuvent alors interagir et donner une union véritable. Le Soufre, Sel et Mercure sont des symboles de l’âme, du corps et de l’Esprit. Le Soufre et le Mercure, c'est-à-dire l’âme et l’Esprit, sont prisonniers du corps et doivent être libérés.

Le Sefer Yetsirah traite aussi de la génération des quatre Eléments. Trois mères : Aleph, Mem, Schin, dans l’univers sont l’Air, le Feu, l’Eau. Les cieux sont créés du Feu. La terre est créée des Eaux et l’Air se place entre les deux. Le Feu et l’Eau, éléments générateurs, créent respectivement les cieux et la terre. L’Air ne crée rien et se place entre eux deux. C’est une ligne séparatrice. C’est ce qu’affirme l’alchimie à propos du Sel. Le Sel n’a pas d’existence propre. Il n’est qu’un assemblage, une précipitation, l’union terrestre des deux autres Principes qui apparaît sous la forme de Matière ou Corps visible.

Un autre passage du Sefer Yetsirah est à mettre en rapport avec l’absence d’existence propre du Sel en tant « qu’illusion d’une réalité matérielle unique et absolue » : trois mères : Aleph, Mem, Schin ; dans l’année ce sont le Chaud, le Froid, le Tempéré. Le Chaud est créé à partir du Feu. Le Froid est créé à partir des Eaux et le Tempéré deL'eau et l'épi l’Air se place entre les deux. (Sefer Yetsirah 3-5 v.GRA ARI) Le tempéré est à l’image du Sel : il n’existe que par assemblage de chaud (Feu) et de froid (Eau).

La Terre n’a, en Alchimie et dans le Sefer Yetsirah, qu’une importance relative ; elle représente l’Elément le plus matériel des quatre, voué à la désintégration (ou au renversement pour utiliser un terme qui nous est familier !) Pourtant, elle est aussi le réceptacle d’éléments subtils qui ne pourraient sans elle s’incarner et agir. C’est dans les entrailles de la Terre que gisent les Eléments actifs du Grand Œuvre. C’est là qu’ils doivent d’abord être recherchés, dans le Cabinet de réflexion pour l’Initiation maçonnique. Et c’est là aussi le sens de l’épi de Schibboleth : le grain de blé va mourir dans la terre pour renaître sous forme d’épi, grâce au feu et à l’eau. Vu sous cet angle le mot Ephraïmite, qui signifie fécond, trouve un sens dans le récit. Les Ephraïmites tués symbolisent la Mort initiatique nécessaire pour que l’Initié se « féconde » et que germe l’homme nouveau.

Le premier chapitre du Sepher Yetsirah décrit la formation proprement dite de l’univers : du « Souffle d’Elohim Vivant » est issu le Souffle. Les Eaux émanent ensuite du Souffle, puis le Feu émerge des Eaux. Cette vision de la « création » est superposable à celle des textes alchimiques. En alchimie il est fait référence au Souffle divin, descendu sur terre sous forme d’une Eau mais qui devra après être sorti de cette Eau, commencer son ascension sous forme de Feu. Le travail de l’Initié consiste à extraire le Feu de cette Eau ou Matière, extraire le Schin de Schibboleth.

Le Schin, le yod et le serpent d’airain. Le Schin, comme Elément Feu enfoui dans la profondeur des eaux, que l’on doit extraire, est décrit par Annick de Souzenelle dans son ouvrage « La lettre, chemin de vie ». Elle y affirme que le Schin, notre pierre des profondeurs, contient grâce à sa forme le secret du Yod. Or le Yod est la première lettre du tétragramme YHWH. Par extension, le Schin est aussi détenteur du nom secret de chacun de nous, puisque l’Homme est fait à l’image de la divinité. Il est ainsi inséparable du « sem », le NOM. Il est le « sem » caché dans la profondeur des Eaux et du « non accompli »… [4] Dans un autre passage, Annick de Souzenelle commente le terme de « nahas », le serpent qui se termine par un Schin. Le serpent peut ainsi être perçu comme celui qui conduit au Schin. Il permet à l’Homme de conquérir son identité profonde, son noyau.

La parenté symbolique du serpent et du cours d’eau a déjà été évoquée. Reprenons dès lors le texte de l’Exode. « Et Moïse fit un serpent d’airain et quiconque mordu par un serpent, regardait le serpent d’airain, vivait ». Lorsque les Hébreux sont mordus par les serpents et en meurent, Moïse supplie Dieu d’intervenir. Yahvé lui ordonne de faire un « séraphin ». Etymologiquement, un « Séraphin » est un « brûlant » (saraph, qui contient la lettre Shin signifie brûler). Le serpent est ici un « séraphin » (les deux mots français sont de même racine) une créature clé du monde angélique, proche de Dieu - celle qui « enveloppe, recouvre » (suph) le principe (Yod) et diffuse son influence sous forme d’Amour divin. On retrouve ici la fonction protectrice du Schin, mais, de manière symétrique, au plus haut des cieux.

Le serpent d’airain est aussi celui qui « guérit » grâce au Schin. Le séraphin reçoit par ailleurs le feu divin, le transmet aux hiérarchies angéliques inférieures qui, à leur tour, le distribuent à l’Homme. Le séraphin est donc la version hautement bénéfique du serpent qui, s’il amène Dieu à mettre ses distances par rapport au reste de la Création, est un symbole de vie. Ce serpent qui guérit, ce seraphin qui « brûle » c’est le Feu philosophique, principal artisan du Grand Œuvre.

L’ambivalence symbolique du serpent, perverti et séparateur dans la Génèse, salvateur avec Moïse, n’est qu’apparente. Le serpent, comme la rivière, est certes agent de séparation, de mort. Mais si on arrive à le vaincre (traverser la rivière-Schibboleth) c'est-à-dire extraire l’élément positif caché en lui (le Schin) on atteindra l’autre rive et la Vie éternelle. L’image du héros ou de Saint Georges tuant le dragon n’exprime en alchimie que l’action de l’Initié ouvrant la Matière première afin d’en extraire la Quintessence. Et souvent dans les légendes ce dragon cache et protège jalousement des trésors… Cette notion de serpent en tant que « barrière ou épreuve à dépasser » est signifiée par la lettre Tet de Satan. « Le serpent de la Genèse est satan, l’Adversaire ». Dans son nom le Tet est un bouclier symbolisé par un serpent qui se mord la queue… Le serpent forme un rempart, une entité fermée, compacte. Cette dernière barrière éprouvera l’Homme avant sa naissance au Yod, soigneusement caché dans la pierre des profondeurs. Ontologiquement, l’adversaire assume ici une fonction nécessaire.

Le Schin Sauveur. La Pierre des profondeurs est donc bien une Eau primordiale, un Feu aqueux représenté parfois symboliquement par un serpent ou une rivière qui serpente. Annick de Souzenelle confirme ainsi les enseignements de l’Alchimie et du Sefer Yetsirah : le Schin est un Feu, caché dans la profondeur des eaux, qu’il faut extraire de notre Pierre. D’autres noms contenant un Schin sont significatifs. Le soleil se dit « Semes », mot qui contient le Nom (sem) du Schin. En effet il est formé de Schin, Mem, Schin. Le soleil n’est-il pas le feu par excellence ? « Es » est le feu. « Is » (le yod au cœur du feu) est l’époux. « Issah » est l’épouse. « Seh » est l’agneau. « Masiah » est l’oint, donc le Messie. Dans le passé, avant que la distillation de l’alcool soit connue, les parfums et huiles essentielles étaient extraites par et stockées dans l’huile. Or les huiles essentielles des plantes forment le Soufre du règne végétal. « Masiah » sans le Schin est « moah », la mœlle (voir le terme moahbon(e) du Maître Maçon).

Enfin, le nom de Dieu : Jod He Vav He : Yahvé auquel on ajoute un Schin devient, selon Athanasius Kircher et d’autres auteurs, Yod He Schin Vav He soit Jehoshua : le Sauveur. Le Christ est ainsi le Feu philosophique, cosmique et spirituel, qui gît en nous tous tel un mort. Si nous savons le ressusciter, il pourra nous sauver.

En conclusion, le Schin est notre pierre des profondeurs, dont les 3 branches verticales forment les 3 Principes de la Pierre : le Soufre, le Mercure et le Sel. Il est à la fois Pierre, Eau primordiale, Feu aqueux.

Le Schin et le Tarot d’Oswald Wirth. Dans le jeu des Tarots d’Oswald Wirth la lettre Schin est attribuée à la Lame du Fou. On notera la consonance de Fou et de Feu dans la kabbale phonétique. Le Fou est un voyageur ; la carte peut se placer n’importe où. Il est insaisissable. Il ne peut être détruit. Ce sont là des caractéristiques du feu vulgaire, de la flamme, mais aussi du Feu philosophique. Le Feu philosophique en alchimie agit à tous les niveaux du Grand Œuvre. Aussi la carte du Fou est-elle celle du Joker, celle qui n’a pas de numéro. Elle est le Principe omniprésent. Ceux qui le découvrent sont considérés comme fous par le monde profane, car leur comportement ne sera plus le même que celui de tout un chacun.

Le sens caché de 42 mille. Le texte biblique où l’on voit apparaître Jephté, et auquel on se réfère au début, dit que 42'000 Ephraïmites furent tués. On doit s’interroger sur la signification du nombre 42 et sur sa relation avec l’alchimie et la Kabbale. On se souvient de la signification symbolique du nombre 40 : durée de purification, du processus de déstructuration qui précède une restructuration ou renaissance. Les exemples sont nombreux : la quarantaine médicale, la période de convalescence de notre corps, le temps de l’embaumement chez les Egyptiens ; le Carême ou période de purification et pénitence avant Pâques, les 40 jours du déluge, les 40 jours de jeune de Jésus dans le désert, les 40 ans de traversée du désert des hébreux avant d’atteindre la terre promise. En alchimie, l’œuvre au Noir ou Putréfaction dure 40 jours, symboliques bien entendu. Ainsi peut-on raisonnablement extrapoler le récit biblique et affirmer que les 42’000 Ephraïmites tués représentent une totalité de purification, hélas dans un bain de sang – à noter que l’alchimie connaît aussi le récit symbolique du massacre des innocents, relaté en particulier par Nicolas Flamel. 42 comme 40 représente ainsi la totalité des épreuves nécessaires avant d’être sauvé et atteindre l’autre rive qui symbolise le domaine spirituel, et ainsi achever le processus.

42 et l’Apocalypse. Comment différencier plus avant le nombre 42 de 40 (42’000 Ephraïmites tués) ? On retrouve à cet endroit la signification spécifique et particulière du nombre 42, qui se superpose au sens général du nombre 40. En Égypte, par exemple, avant de poursuivre leur chemin, les morts étaient jugés devant 42 juges à la tête desquels trônait Osiris. Dans l’Apocalypse de Jean, le nombre 42 est aussi lié à une durée d’action des éléments destructeurs et purificateurs. En effet, la Bête a une durée d’action de 42 mois. Or, cette durée est exprimée sous trois formes différentes : 1260 jours - 42 mois - un temps, des temps et la moitié d’un temps (trois ans et demi). Le sens y est donc le même que dans l’Ancien Testament, car les 42’000 Ephraïmites restent sur la rive « matérielle » et n’ont pas d’accès au monde spirituel représentant l’autre rive. Ils sont liés à jamais à ce qui est représenté dans l’Apocalypse par la Bête et aux épreuves qu’elle fait subir.

L’Apocalypse est basée en partie sur le système septimal. Le chiffre 7, lié à l’Agneau, y représente l’homme qui accède au monde spirituel et à la perfection. Les trois ans et demi de durée d’action de la Bête n’en sont qu’une division (7 : 2), que l’on peut interpréter comme une division et une négation. L’utilisation du 42 est aussi en opposition au chiffre 7. 42 n’est pas seulement un nombre fragmentaire, il est aussi le produit de 6 x 7 ; si 7 est le chiffre parfait, 6 reste en deçà et leur produit marque l’imperfection, l’inachèvement et, pourquoi pas la pierre d’achoppement. L’on comprend pourquoi ces chiffres sont attribués à la Bête. L’on comprend dès lors aussi pourquoi le texte concernant le passage du Jourdain utilise le 42 pour signifier ceux qui n’ont pu passer.

Un nom divin de 42 lettres. La tradition kabbalistique nous parle du nom divin en 72 lettres, mais aussi celui de 42 lettres. Il est formé par les 42 premières lettres de la Genèse, qui décrivent la création du Ciel et de la Terre. Ce dernier est associé à la rigueur. Par ailleurs, au début du Sefer Yetsirah figure une phrase : « Par trente-deux sentiers merveilleux de la Sagesse s’établit : YAH YHWH TSEVAOTH DIEU D’ISRAEL, ELOHIM VIVANT ROI DE L’UNIVERS EL SHADDAI ». Or cette phrase, englobant la totalité de la divinité, est aussi constituée en hébreu de 42 lettres.

Les lettres Schin et Samek. Quelques auteurs maçonniques ont étudié le sens de Schibboleth. Selon Patrick Négrier , Schibboleth provient de la racine schin, bet, lamed que nous retrouvons dans les mots shoval, shevoul ou shevil et shovel. Le mot shevoul (ou shevil) signifie « chemin, passage » (Psaumes 77, 20 et Jer. 18, 15). Cette interprétation confirme de manière explicite le sens de « passage » du Jourdain. La cérémonie du IIème grade est dite de Passage et le rituel dit parfois : « Passe Schibboleth ». Le texte biblique est traduit ainsi par Patrick Négrier [6] : « Ils lui disent : - prononce : Schibboleth ! - S’il dit : Sibolet, ils le saisissent et l’égorgent sur les passes du Jourdain » (Jug.12, 6.). Patrick Négrier écrit aussi « Or nous savons que la lettre schin joue un rôle symbolique majeur dans la Genèse, car cette lettre se trouve dans les mots homme (Ish) et femme (Ishah). De plus, nous constatons en Gen. 2,23 que c’est l’homme (Ish) qui donne son nom à la femme (Ishah). En donnant son nom (Ishah) à la Femme, l’Homme a donc prononcé la lettre Sh (schin) qui constitue presque l’essentiel de ce nom et de son propre nom. Nous en déduisons que l’incapacité des gens d’Ephraïm à prononcer le Sh (schin) signifie en somme leur incapacité à prononcer tant le nom de l’Homme (Ish) que celui de la Femme (Ishah). Il y a là certainement un fait symbolique à méditer. En effet, le couple formé par l’Homme et la Femme (Androgyne) se superpose symboliquement à l’ensemble du récit biblique de la Création du monde (Gen. 1,1-2,4a) : il a donc un caractère globalisant. Et l’incapacité des gens d’Ephraïm à prononcer le nom de l’Homme (Ish) et de la Femme (Ishah) revient en somme à ne pouvoir assimiler le processus rédempteur symbolisé par le récit de la Création du monde : d’où leur égorgement. Cette interprétation peut être confirmée par le fait qu’en disant Sibolet, les Ephraïmites prononcent un mot extrêmement parent du mot Sivlot qui commence effectivement par un samek (S), signifie « corvées » et apparaît précisément en Exode 1,11 ; 2,11 ; 5,4 ; 6,6. Or les « corvées » subies par les Hébreux en Egypte avant leur Exode symbolisent l’état qui précède toute Création, c’est-à-dire en somme toute Rédemption ».

Samek et la bête de l’Apocalypse. Les Ephraïmites auraient, selon Patrick Négrier, prononcé la lettre Samek (Sibolet) à la place du Schin (Schibbolet), ce qui causa leur perte. L’auteur insiste aussi sur le rapport entre la lettre Samek de valeur 60 et la lettre grecque « Xi » de valeur 60. Cette lettre est représentée 3 fois dans le chiffre apocalyptique de 666, mis en relation avec la Bête. 666 est le « chiffre de la Bête », car le Samek hébraïque (S), modèle phonétique du Xi grec présent dans (666), ne rentre pas dans la composition du mot (Ish) désignant l’Homme. Elle constitue même une défiguration du schin (Sh) qui symbolise cet Homme (Ish). On pourrait même dire que le Samek (S) défigure le schin (Sh) comme la Bête (symbolisée par les lettres Samek et Xi) défigure l’Homme (symbolisé par la lettre schin).

Patrick Négrier affirme donc que la différence de prononciation est due à l’utilisation de deux lettres différentes : Schibboleth commence par Schin et Sibolet par Samek. Cette affirmation est contredite par J\ Y\ Legouas qui précise qu’il ne s’agit pas de deux lettres différentes mais de la même lettre Schin prononcée de manière différente : « En fait, le Schin hébraïque possède les deux prononciations. Les sages ont inventé un système diacritique de vocalisation de l’hébreu, afin, est-il dit, d’en conserver la prononciation originelle, ou pour le moins celle de l’époque de l’invention desdits signes, par les Massorètes (jusqu’au Xème siècle, Saadya Gaon). Il existe, de fait, la possibilité de mettre un point sur la jambe droite ou gauche du Schin, le rendant par Sh ou S. Il semble bien que ce furent en fait les Galaadites, qui prononçaient différemment des tribus à l’Ouest du Jourdain, et non pas les Ephraïmites qui aient eu un défaut ».

Samek et la Pierre brute. L’interprétation de Patrick Négrier est symboliquement séduisante. En effet, si l’on suit son raisonnement dans une perspective alchimique, on constate que Schin est le Feu philosophique (« divin et humain ») ; Samek est le serpent se mordant la queue, la Bête, Satan, Saturne, mais aussi la Matière première à l’état brut, la Pierre brute, la Matière qui emprisonne le Feu philosophique. Ainsi peut-on différencier le Schin du Samek. Ceci se traduit en alchimie par : « ceux qui n’ont pas su extraire le Feu de la Matière première brute ne seront pas sauvés », c'est-à-dire n’accompliront pas le Grand Œuvre. Les Ephraïmites prononcent Siboleth, et restent ainsi attachés à Samek ; ils ne savent pas retrouver le Feu philosophique - Schin dans leur Matière. L’impossibilité d’atteindre l’état d’Ish ou Ishah - l’Androgyne primordial exprimé par Patrick Négrier - se traduit de surcroît en alchimie par l’impossibilité d’atteindre l’état de Pierre Philosophale. En effet la Pierre philosophale consiste en la fusion du Corps et de l’Esprit en un seul Etre et elle est représentée souvent par un androgyne ou un homme à deux têtes.

La lettre Samek est attribuée par Oswald Wirth à la XVème lame des Tarots « Le diable » (O.Wirth - Le Tarot des imagiers du Moyen age) ou Baphomet des Templiers. Annick de Souzenelle, de son côté, interprète le graphisme de Samek en hébreu archaïque comme un arbre à 3 branches horizontales (en opposition aux trois branches verticales de Schin N.d.r.). Samek vient de la même racine que « soutien », « appui ». « Si le vav ce clou de la Création est l’Homme, le samek est l’Arbre, image directe de l’Archétype, colonne vertébrale de la Création sur laquelle s’appuie l’œuvre divine tout entière ». Ainsi, d’après Annick de Souzenelle le Samek est soutien de l’homme, c’est l’arbre de la Tradition, le buisson ardent… Ces aspects positifs contrastent avec l’aspect négatif de la lettre Samek, que j’ai décrit auparavant. On comprend dès lors la signification duelle de Samek, comme celle du serpent. Transformé en Schin il sera bénéfique.

Dans sa forme de « cercle vicieux », celui de « serpent se mordant la queue », il voilera le Schin, d’origine cosmique soit notre nature spirituelle. Dans son aspect positif il représente néanmoins le soutien matériel du spirituel, son véhicule (et non le spirituel lui-même). Comme tel, son importance est grande : il est le substrat matériel du spirituel, sans lequel aucune Opération n’est possible. Il est la clef de l’Œuvre. Ainsi dit le Zohar : « Lorsque le Samek quitta sa place pour se présenter devant le Saint béni soit-il et obtenir de commencer la création du monde, il fut prié de reprendre et de conserver sans défaillance la fonction qui lui était assignée de toute éternité. Le Seigneur soutient ceux qui chancellent-, lui rappelle le Saint, béni soit-il, en clamant le verset du psalmiste, qui commence en hébreu par le verbe « soutien » et donc par le samek. C’est précisément à cause de ta destination que tu dois rester là, car si je t’enlevais de ta place pour opérer la création du monde, qu’adviendrait-il de ceux qui sont près de tomber puisqu’ils s’appuient sur toi ? » [8]

La Matière laide et vulgaire n’est pas à rejeter, disent les alchimistes. C’est d’elle que sortira l’or le plus pur. Schibboleth-Samek contient le Schin. Le but de l’Œuvre est d’extraire le Schin de Samek, afin q’il renouvelle toute notre Nature.

 

Source : www.ledifice.net

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Aleister Crowley & la Franc-Maçonnerie

25 Janvier 2013 , Rédigé par Bram Ha Publié dans #histoire de la FM

Nous vous proposons d’étudier avec nous les connexions entre Aleister Crowley et la Franc-Maçonnerie, débat qui fait rage entre les disciples actuels de la Grande Bête 666 et les Maçons « réguliers » ou même « irréguliers ». Nous allons essayer de donner quelques éléments de réflexion tendant à prouver l’affiliation de Crowley à la Maçonnerie « irrégulière » et de cerner les raisons qui l’ont poussé à y rechercher une quelconque reconnaissance.

La Franc-Maçonnerie n’est pas un ensemble homogène, mais un groupe hétérogène de degrés et de rites. La Maçonnerie est un ordre fraternel et tous les Maçons doivent au moins appartenir à une Loge Bleue qui regroupe les trois premiers grades : Apprenti, Compagnon et Maître. Il y a en outre une multitude de degrés additionnels (que l’on nomme les Hauts Grades) dont le but est de prodiguer un enseignement plus ésotérique et de faire le lien avec des traditions autres que celle des Métiers : la gnose, la Rose-Croix, les Templiers… Seuls les Maîtres Maçons peuvent prétendre à rejoindre ces hauts degrés et l’admission se fait uniquement par cooptation. La Maçonnerie est souvent liée à d’illustres noms ou filiations : Chevalier du Temple, Rose-Croix, Ordre Royal d’Écosse, etc. Il n’est donc pas surprenant que Crowley avec son goût pour le faste et les titres glorieux se soit senti attiré par cette école initiatique.

Crowley nous dit, dans ses « Confessions », qu’en 1904 il a été élevé à la Maîtrise (c’est-à-dire qu’il a été initié au 3e degré) au sein de la Loge Bleue anglo-saxonne N° 343 à Paris. Cette Loge avait au départ été ouverte pour des Anglais expatriés qui ne pouvaient pas s’affilier à la Grande Loge Unie d’Angleterre du fait des standards appliqués à la sélection des candidats (il n’est cependant pas prouvé que cette Loge aurait été un magasin à titres maçonniques bien qu’elle octroyait les trois degrés en l’espace d’un seul week-end).

À cette époque, cette Loge était gouvernée par le Grand Orient de France. Cet organe maçonnique irrégulier n’était pas reconnu par la Grande Loge d’Angleterre et donc ses membres n’étaient pas reconnus par elle comme Maçons. Crowley clama qu’il avait été introduit là par un Passé Grand Chapelain Provincial d’Oxforshire (qui n’aurait jamais participé aux travaux d’une loge irrégulière). Cependant, il n’y a aucune documentation qui puisse servir de preuve pour affirmer ce fait, & il n’a sans doute jamais été initié en Angleterre non plus. Il essayera plus tard d’entrer dans une Loge de Londres mais on lui en refusa l’entrée sur le fait qu’il appartenait à une Loge non reconnue par la Grande Loge Unie d’Angleterre et donc « irrégulière » selon les landmarks.

En 1914 Crowley écrivit à la GLUA en demandant le droit de rejoindre & de participer aux travaux des Loges anglaises, & ceci sur la base de son initiation en France. La réponse fut un refus catégorique du fait, à nouveau, de l’irrégularité de sa Loge mère française.

La raison de ces essais d’entrer dans les Loges régulières anglaises n’est pas très claire. On peut supposer que cela viendrait d’une période critique dans ses activités magickes ou également de l’entrée de l’Equinoxe dans sa phase de « silence », comme cela avait été imposé par Crowley à l’A.·.A.·. suivant un cycle de cinq années. Il se pourrait tout aussi bien que Crowley voulait légitimer ses activités au sein de cercles magickes qu’il visitait – à cette période la Franc-Maçonnerie était un des supports de la monarchie dont certains membres étaient affiliés à la GLUA et offrait donc une couverture honorable. Ainsi, il aurait voulu donner l’impression qu’il avait le soutien et la reconnaissance des autorités de son pays afin de redorer son blason et gagner plus de disciples proches de la GLUA. Ainsi, la reconnaissance de son statut de maçon régulier aurait pu donner un aval à ses activités en « marges » de la maçonnerie.

Il est fort peu probable que Crowley ait vraiment voulu prendre une place régulière au sein de la Maçonnerie car quelques-uns de ses Ordres magickes étaient déjà basés sur un ensemble de Hauts Grades assez complexes & portant des titres ronflants et pompeux que la Maçonnerie ne possédait pas. Il est plus vraisemblable que pour Crowley son entrée au sein de la GLUA était une porte ouverte qui lui permettait d’avoir accès à des degrés de « marges » qu’il aurait pu ajouter à ses titres & qualités, & aussi apporter de nouveaux rituels qu’il aurait pu utiliser pour ses propres besoins. À cette époque, le matériel rituel imprimé était rare voire quasi inexistant et la seule manière de se les procurer était d’entrer dans les Ordres qui les possédaient.

De plus, une activité régulière au sein d’une Loge bleue prend beaucoup de temps libre, pour remplir les offices en Loge il est nécessaire de mémoriser de nombreux morceaux de rituels ce qui, à moins qu’il n’ait été vraiment dévoué à sa tâche, ne l’aurait jamais attiré. En outre, il est parfois assez onéreux de participer activement aux activités des nombreux grades maçonniques et cela n’aurait pu convenir à Crowley au vu de ses problèmes financiers de l’époque.

Il y a un élément qui consolide le fait que Crowley ne considérait pas la Franc-Maçonnerie comme réellement valable si ce n’est pour se procurer des rituels « clé-sur-porte ». Cet élément concerne le Royal Arch, degré additionnel, le seul reconnu par la GLUA et considéré comme le complément du degré de Maître Maçon. Si Crowley considérait les grades bleus comme utile au niveau psycho-spirituel, alors ce grade aurait dû être un des plus essentiels, car il fait table rase des enseignements des 3 premiers degrés et révèle une nouvelle « vérité » occulte & supérieure. Et ceci a été largement répandu par la GLUA qui décrivait le Royal Arch comme la composante essentielle du degré de Maître Maçon. L’ignorance totale de Crowley quant à ce degré dans une optique « orthodoxe » donne crédit à l’argument que son intérêt pour la Franc-Maçonnerie n’était donc qu’une recherche des « signes & attouchements » plutôt que de l’illumination que l’on peut retirer de ses enseignements. En fait, il est fait mention du Royal Arch dans le Liber II de l’OTO où l’on dit que les « secrets » du RA sont compris dans les enseignements de l’OTO. Selon d’autres sources d’information, Crowley aurait pu avoir accès aux rituels du Royal Arch au sein de l’OTO, car il en constitue un des éléments d’un de ses Hauts Grades et comme Crowley était le Grand Maître de l’OTO, il est probable qu’il ait pu accéder à ces rituels. Cependant Crowley ne sera jamais initié aux Hauts Grades de l’OTO du fait de la possession de ses autres qualités maçonniques, qui bien qu’irrégulières selon les standards de la GLUA étaient reconnus par Reuss alors Grand Maître de l’Ordo Templi Orientis. Donc, Crowley n’a jamais reçu les enseignements du Royal Arch sous la lumière de l’initiation et ils sont sans doute restés d’un impact peu important dans son système.

En 1900, Crowley prétend dans ses Confessions qu’il a été initié au 33° degré maçonnique du Rite Écossais Ancien et Accepté. Il semble que cela ait eu lieu à Mexico, par un Suprême Conseil dont on sait peu de choses. À cette époque, en Amérique du Sud, il y avait de nombreuses organisations maçonniques parfois à la vie aussi brève que ténébreuse & aux activités parfois assez diffuses. Me problème avec cette prétention porte sur les dates. En effet, pour être coopté au sein des Hauts Grades, le Maçon doit déjà être en possession du grade de Maître Maçon. Et à cette époque, en 1900, Crowley n’était même pas encore entré comme Apprenti dans une Loge bleue (cfr supra) il y a donc une contradiction – soit Crowley a pris les trois grades avant et ont lui a accordé le 33° sans respecter les délais d’usage ou il a inventé toute cette affaire.

L’histoire de ces événements est relatée dans ses Confessions et Crowley prétend qu’il reçut les initiations suite à une aide apportée à un individu au sein d’un autre ordre mystiqueconnu sous le nom de L.I.L.. Et l’on ne sait rien de plus que ce qu’il en est dit dans ses Confessions pour confirmer ou infirmer ce fait.

Crowley aura toutefois au moins un autre contact avec la Maçonnerie, au travers de John Yarker (1833 – 1913). En 1872, Yarker, un chercheur maçon de renommée, membre de la Loge Quatuor Coronati N°2076, avait constitué un Ordre Maçonnique appelé Rite Ancien & Primitif au travers de la création d’un Grand Conseil des Rites & s’être installé lui-même en tant que Grand Maître.

La Rite Ancien & Primitif était un amalgame de trois différents rites maçonniques : l’Ancien & Accepté, avec ses 33 degrés, le Rite Oriental de Memphis avec ses 96 degrés & le Rite de Mishraïm avec ses 90 degrés. La RA&P sous Yarker était simplifié en 33 degrés qui synthétisaient les 219 degrés des trois Rites de base.

Ce Rite n’était pas reconnu comme régulier par les autres corps maçonniques, mais il n’en continuait pas moins ses activités. Comme résultat, Yarker sera expulsé du Suprême Conseil « officiel » du RA&A mais resta au sein de la Maçonnerie bleue. Le but de cet ordre était, comme il le dit lui-même, « de donner à chaque maçon la chance d’obtenir les hautes initiations maçonniques à un prix raisonnable ».

En 1909, Crowley entra en contact avec Yarker & il en résulta que celui-ci octroya à Crowley les 33°, 90° et 95° degrés par poste ! On ne sait trop si Yarker vendit ces degrés à Crowley comme cela semblait être son habitude. Le diplôme de 33° de Crowley a survécu et on peut le consulter sur le site de PR König.

Yarker était à la fin de sa vie et on a supposé qu’il veuille trouver une personne qui continue son oeuvre au sein du RA&P après sa mort. Bien que l’on ait déjà soulevé le problème du monnayage des grades, on ne peut nier l’intérêt primordial de Yarker pour la Maçonnerie, dans son ensemble, & pour le RA&P en particulier. Donc, nous pouvons supposer qu’il cherchait bien quelqu’un qui puisse reprendre le flambeau après sa mort, personne avec les qualifications, qualités & intérêts dans le RA&P.

Le décès de Yarker le 20 mars 1913 est rapporté dans l’Oriflamme, l’organe officiel de l’OTO sous Reuss et par Crowley dans son Equinox.

Dans le studio de Crowley au 76 Fulham Road à Londres, le 30 juin 1913, une réunion fut tenue par le Souverain Sanctuaire du RA&P. Il devait décider de l’avenir du Rite après la mort de Yarker. Ceux qui étaient présents : Crowley, Reuss, Henri Meyer, Leon Angers Kennedy & William Quilliam. Henry Meyer fut élu valablement à la dignité de Souverain Grand Maître Général du RA&P pour la Grande-Bretagne et l’Irlande. Il semble que Crowley fut élevé au 96° degré du Rite de Memphis et élevé à la dignité de Patriarche Grand Administrateur Général.

Selon la notice nécrologique de Yarker dans l’Equinox, Crowley se donnera pour 97° du Rite de Memphis… Mais il n’y a aucun document qui puisse avaliser cette prétention.

Pour finir dans ce registre, John Symonds rapporte un incident dans sa biographie dédié à Crowley, The King of the Shadow Realm. Il nous dit qu’en 1914, Crowley quitta l’Angleterre pour les USA, porteur d’une Charte qui le proclamait Honorus Magus de la SRIA. Toutefois, Crowley n’était pas membre de la SRIA, ce qui est prouvé par l’absence de son nom dans la Livre d’Or de l’Ordre, un registre qui reprend tous les membres de la SRIA. De plus, le titre d’Honorus Magus ne pouvait être donné que par le Mage Suprême de la SRIA & Crowley n’était pas à cette époque en relations amicales avec personne de la SRIA. Crowley était bien connu de la SRIA mais ses « chefs » le tenait lui & son oeuvre en piètre considération. Cependant, il semblerait que cette patente lui ait été transmise par un ordre américain qui se prétendait être issu la SRIA mais sans aucune charte lui donnant ce droit.

Wynn Westcotttenait la position de Mage Suprême à cette époque, mais il n’a jamais été en termes amicaux avec Crowley & il ne lui aurait jamais donné un quelconque document émanant de la SRIA. Bien que Mathers soit un membre de la SRIA, à cette époque il se battait contre Crowley au sujet du matériel de la GD que celui-ci venait de publier dans son Equinox & il n’aurait jamais aidé Crowley à se procurer un tel certificat. Une preuve supplémentaire peut encore être donnée par le fait que le titre d’Honorus Magus était véritablement un grade honorifique donné comme gage de reconnaissance à d’illustres maçons. Ainsi, F. Hockley, un maçon de haut grade & expert en crystalomancie ne se verra octroyé qu’un IV° grade honoraire pour des conférences données au sein de l’Ordre. Crowley, qui n’avait aucun contact avec l’Ordre, n’aurait jamais reçu un tel honneur.

Les citations suivantes sont tirées des Confessions p. 700 et suivantes. Elles concernent les motifs de Crowley à utiliser ses connaissances maçonniques lors de la révision des rituels de l’OTO.

« Qu’est-ce que la Franc-Maçonnerie ? J’en ai recueilli les rituels et les secrets, comme j’en avais fait avec les religions du monde entier, avec leurs fondements magickes et mystiques… J’ai décidé de définir la Franc-Maçonnerie comme un système de communication de la vérité – religieuse, philosophique, magicke et mystique ; & indiquant les procédés adéquats qui permettent de développer les facultés humaines au moyen d’un langage particulier dont l’alphabet en est le symbolisme de ses rituels. Une Fraternité Universelle & de grands principes moraux, indépendants des préjudices personnels, raciaux & autres, ont formé un coussin qui assure la sécurité individuelle & la stabilité sociale pour tous ses membres ».

« La question se pose alors : Quelles vérités doivent être communiquées et par quels moyens peut-on les promulguer ? Mon premier objectif était d’éliminer des centaines de rituels à ma disposition tous les éléments exotériques. Beaucoup de degrés contiennent des affirmations (souvent fausses) sur des matières bien connues de nos écoliers modernes, bien qu’elles aient pu être importantes quand les rituels furent écrits… Je ne vis aucune raison de surcharger le système avec des informations superflues ».

« Un autre point essentiel était de réduire la masse monstrueuse de matériel à un système compact & cohérent. Je pensais que tout ce qui valait la peine d’être préservé pouvait & devait être présenté sous la forme d’une douzaine de cérémonies tout au plus & que cela devait être à la portée de n’importe quel officier d’apprendre par coeur sa partie durant les heures de loisirs à sa disposition, en un mois tout au plus ».

Afin de donner une idée de l’importance des contacts entre Crowley et la Franc-Maçonnerie, nous devons prendre en considération plusieurs points. Le premier est qu’il pressentait que ce courant mystique pouvait être d’un quelconque bénéfice pour son développement spirituel & psychologique. Mais cela ne semble pas tenir la route si l’on pense qu’il ne prit jamais aucun rôle actif dans aucun de ces ordres & qu’il le progressa jamais comme c’est la norme jusqu’au vénéralat afin d’évoluer vers les autres degrés et rites. Cependant, on peut objecter que Crowley était un personnage assez peu conventionnel & qu’il se considérait lui-même comme au-dessus du commun des mortels & au-dessus des règles mondaines édictées pour les masses. Sa progression & la manière peu orthodoxe dont il reçut ses grades en Maçonnerie peut lui sembler parfaitement acceptable. Peut-être qu’il ne ressentait pas le besoin de suivre le cheminement habituel du fait qu’il était capable d’assimiler l’essence de la Maçonnerie de sa propre manière. Il ne prit certainement jamais à coeur les grands principes de la Franc-Maçonnerie, Amour Fraternel, Charité & Vérité. Il n’a jamais été particulièrement chaleureux avec les autres maçons et il a même eu des réactions hostiles à leur encontre. Ses actes de charité sont quasi inexistants & sa prétention à être un martyr de la vérité, risible. La citation quant au caractère de Fraternité Universelle, bien que louable, était uniquement idéale et Crowley ne la prit jamais à coeur, ou ne la mit activement en pratique.

Le second point est qu’il ressentait le besoin de faire partie de la Maçonnerie afin de se glorifier lui-même & de s’élever aux yeux de ses critiques & acolytes. Comme nous l’avons déjà fait remarquer, la Maçonnerie était très honorable pour un gentleman et il a pu croire que cette facette de ses activités mystiques légitimerait ses activités plus controversées. On peut peut-être en douter si l’on pense que Crowley s’est toujours défendu de donner crédit à ses détracteurs et on peut difficilement croire qu’il a choisi cette voie simplement pour se justifier de ses critiques. Toutefois, on peut estimer que l’image de marque que pouvait conférer la Maçonnerie n’a pas dû laisser Crowley indifférent, d’une part pour lui-même et d’autre part vis-à-vis de ses disciples. Mais on ne peut raisonnablement dire que Crowley voulait utiliser ses qualités maçonniques pour recruter dans le cercle des Loges, car l’irrégularité même de ses initiations maçonniques aurait alors joué contre lui.

Troisièmement, nous devons considérer que la Franc-Maçonnerie et ses différents rites donnaient à Crowley une grande quantité de matériels rituels déjà utilisables pour les cérémonies. Bien que l’A.·.A.·. utilisait les rituels de la GD et de la Maçonnerie pour quelques-uns de ses degrés, ceux-ci n’en représentaient qu’une infime partie. Avec la révision des rituels de l’OTO qui suivit sa nomination en tant que Grand Maître pour le Royaume-Uni, on peut voir que la part prise par les rituels maçonniques est peu importante. Les rituels de l’OTO avaient déjà été basés sur des thèmes maçonniques, le plus bas degré étant repris des Rites de Memphis & Misraïm, et la révision des rituels tendait plus à introduire du matériel qabalistique dans les cérémonies qu’y ajouter des éléments maçonniques. Son utilisation de ses connaissances maçonniques était minime et négligeable & nous pouvons dire qu’il a pu désirer l’initiation maçonnique en vue d’une utilisation potentielle future. Ce qu’il ne fit jamais.

Enfin, il y a le désir d’obtenir des « mots, signes & attouchements » pour le bénéfice de son propre ego ou pour donner à penser qu’il était un maître en toutes matières. Les sectateurs de Crowley vont crier au scandale à la lecture de cette affirmation en prétendant que Crowley n’a jamais fait d’utilisation de ses titres & grades maçonniques de façon régulière et qu’il y ait d’autres raisons à son intérêt envers la Franc-Maçonnerie. Mais l’on sait l’amour que Crowley portait aux « signes, mots & attouchements », ainsi qu’aux autres signes de reconnaissance dans ses correspondances. Cela reste avec l’auto-glorification l’hypothèse la plus valable. Si l’on n’oublie pas les liens actifs de Crowley avec le monde de l’espionnage et du renseignement. Car il est tout aussi possible d’affirmer que Crowley, poussé par Reuss – qui renseignait la police secrète prussienne sur le milieu anarchiste – ait pu vouloir entrer dans cette Maçonnerie qui tissait des liens entre tous les continents du globe. Crowley, à l’instar d’autres « espions », a pu vouloir utiliser le réseau maçonnique dans les années 1914-1918 pour remplir une quelconque obscure mission. Il n’a jamais infirmé de manière absolue que Crowley n’avait pas été un agent des services de renseignements britanniques – certains l’ont même accusé d’être un agent double au service de l’Allemagne. L’hypothèse reste ouverte…

Pour conclure, les chartes reçues par Crowley de Yarker sont valides et le Rite Ancien & Primitif est toujours maçonné dans cette maçonnerie « irrégulière » qui reste un mouvement philosophique majeur en Europe continentale & ailleurs. L’irrégularité maçonnique porte sur le non-respect de certaines règles édictées par la GLUA, règles qui sont refusées par des corps maçonniques comme le Grand Orient de France, la Grande Loge de France, le Rite Ancien Primitif de Memphis & Misraïm & autres… Donc, Crowley était un Maçon même s’il n’en respectait pas du tous les préceptes et il était irrégulier qu’aux yeux des Maçons de la GLUA qui ne représentent qu’une branche de la famille Maçonnique.

Source : http://www.esoblogs.net/4351/aleister-crowley-la-franc-maconnerie/

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Comment Tailler sa Pierre Brute : éloge de la pensée positive

24 Janvier 2013 , Rédigé par Claude P\ T\ Publié dans #Planches

Sans doute avez vous fait ce constat. Chaque jour, les médias nous inondent de mauvaises nouvelles. Que cela soit à la radio quand vous prenez votre petit-déjeuner, dans la journée lorsque vous lisez votre quotidien préféré, ou le soir au Télé-journal.

Un journaliste a recensé 32 conflits armés dans le monde. Bientôt nous en aurons un trente-troisième avec l’Irak. L’humanité connaît la pauvreté, des pays sont confrontés à la famine, on assiste régulièrement à des catastrophes écologiques et je ne vous parle pas des innombrables atteintes aux droits de l’homme.

Il est donc légitime que l’un de nos jeunes frères apprentis ait exprimé récemment son désarroi devant la difficulté à concilier la pratique de l’enseignement maçonnique avec les dures réalités de la vie profane.

Il est vrai que la vie n’est pas un long fleuve tranquille.

Il est également juste de se poser la question de la place qui nous incombe et quel est notre rôle en qualité de franc-maçon dans ce monde malade dans lequel nous vivons.

Certes, nous pouvons participer à des activités philanthropiques ou à des actions humanitaires. C’est bien. Cela nous donne pour le moins bonne conscience, mais l’on soigne les effets, pas les causes des maux de ce monde.

Karl Marx pensait que la société devait être transformée pour que l’homme change. Il pensait à mon avis à l’envers.

Beaucoup de gens estiment que certains individus, certains gouvernements et certains peuples doivent changer, parce que tout le monde pense que se sont les autres qui doivent changer, c’est-à-dire ceux qui, à leurs yeux, ne sont pas parfaits. Et en partant toujours de cette idée, rien ne change ou c’est la guerre.

Voici un petit poème, qui est millénaire et qui nous vient d’Orient:

Si tu veux rétablir l’ordre dans le monde, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans ton pays.

Si tu veux rétablir l’ordre dans ton pays, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les provinces.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les provinces, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les villes.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les villes, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans les familles.

Si tu veux rétablir l’ordre dans les familles, tu dois d’abord rétablir l’ordre dans ta famille.

Si tu veux rétablir l’ordre dans ta famille, tu dois d’abord rétablir l’ordre en toi-même.

Moralité : tout changement doit commencer par soi-même.

Tout le monde est d’accord à ce sujet, mais c’est bien plus facile de demander aux autres de changer.

Ne nous préoccupons pas des autres. Ce qui est important, c’est de changer ce monde et pour ce faire, ce qui doit changer, c’est chacun d’entre nous.

A ce propos, nous autres francs-maçons, nous avons beaucoup de chance, car dans la grande richesse de son enseignement, la franc-maçonnerie nous montre le chemin comment changer soi-même.

Elle nous dit de tailler la pierre brute et elle nous donne les outils pour le faire. Je vous le concède, ce n’est pas facile de passer de la théorie à la pratique.

Aussi, permettez que ce soir, je puisse vous proposer quelques règles, que je m’empresse de préciser ne sont pas personnelles, mais puisées aux sources de notre enseignement maçonnique.

Il faut nous inspirer de notre catéchisme d’apprenti qui nous parle des trois petites lumières, la Sagesse, la Force et la Beauté. Ces lumières vont nous éclairer dans notre réflexion.

Que nous inspire la Sagesse?

La Sagesse, notre sagesse, cela doit être “ Que notre parole soit toujours impeccable”
Cela à l’air très simple, mais attention, la parole est formidablement puissante. Elle possède un pouvoir créateur que des scientifiques ont pu mesurer.
Souvenons-nous du prologue de l’évangile de Jean “ Au commencement était la parole, et la parole était avec Dieu, et la parole était Dieu.
Donc, notre sagesse, c’est que notre parole soit toujours impeccable.
Parce que la parole n’est pas seulement un son, mais une force considérable. Voulez-vous une preuve?
Il n’y a pas si longtemps, un peu plus d’un demi- siècle, un homme très modeste, plâtrier-peintre de son état, a mis le monde à feu et à sang, parce qu’ il a réussi à conduire l’Allemagne à la guerre, uniquement par la puissance de sa parole.
Par sa parole, il a réveillé la peur des gens et la haine. Par sa parole, il a réussi à convaincre des hommes à commettre des actes atroces.
Cet homme s’appelait Adolf Hitler.
L’esprit humain est une terre très fertile. Il n’appartient qu’à nous d’y semer une bonne ou une mauvaise graine.
Soyons des magiciens, faisons bon usage de cette énergie de la parole.

Que signifie impeccable ? Cela vient du latin “ pecatus” qui signifie “ péché” et du radical “ im” qui signifie “ sans ”. Donc “ impeccable” signifie “ sans péché.
En termes religieux, le péché est un acte que l’on commet contre soi. Vu sous cet angle, je peux vous donner un exemple pourquoi notre parole doit toujours être impeccable.
Si je rencontre dans mes activités profanes un individu qui me met en colère et que je le traite d’imbécile, en réalité j’utilise cette parole contre moi.
En effet, il y a de très fortes chances que cet individu me déteste et sa haine ne me fera aucun bien.
Le mauvais usage de la parole est la source de tous les maux du monde. On l’utilise pour critiquer, pour culpabiliser, pour détruire. On l’utilise pour exprimer la colère, la jalousie et la haine.
Que notre parole soit donc toujours impeccable. Cela sera notre sagesse et notre façon de franc-maçon de contribuer à l’édification d’un monde meilleur, à apporter notre pierre au Temple de l’Humanité.
Que peut-on assimiler à la Force?
Et bien la Force, notre force, serait “ de se libérer du regard d’autrui ”.

On ne doit jamais faire une affaire personnelle de ce qui nous est dit. Si on le fait, c’est que l’on en fait une importance personnelle, c’est-à-dire que l’on se donne une importance personnelle.

Et si l’on se donne une importance personnelle et que l’on fait tout un plat d’un petit rien, c’est que l’on a besoin d’avoir toujours raison et donner toujours tort à autrui.

Si l’on vous dit que vous êtes le meilleur, n’en faites pas une affaire personnelle. Si l’on vous dit que vous êtes un imbécile, ne le prenez pas non plus personnellement. Dans un cas, comme dans l’autre, cela ne doit pas vous affecter parce que vous savez très bien qui vous êtes. Vous êtes en réalité confronté qu’à vous-mêmes.

Chaque individu vit dans son propre monde, totalement différent de celui dans lequel vous vivez. Ses jugements à votre égard, ce n’est qu’une projection de ses propres rêves personnels.
C’est sa façon de voir le monde et avec un peu d’expérience vous constaterez que dans le même cas, d’autres auront des opinions différentes sur vous, selon leur propre système de croyances.
N’oublions jamais que nous ne voyons pas les choses comme elles sont, mais plutôt comme nous sommes.
Ne gaspillons donc pas notre force à nous défendre contre le regard d’autrui, mais à les utiliser à tailler notre pierre brute.

La troisième des petites lumières est la Beauté.
Que nous inspire la Beauté?
La Beauté, me fait penser à la pensée positive.

Les recherches les plus récentes, que cela soit en physique nucléaire ou en physique quantique démontrent que la réalité fondamentale n’est pas la matière, mais la vibration/énergie.

On a découvert que tout était vibration, c’est-à-dire énergie et que notamment à chaque pensée correspond une certaine vibration et donc un certain potentiel d’énergie qui émane de l’être humain.
Cela signifie que nos pensées disposent d’une force pouvant affecter le monde extérieur.
Vous vous rendez compte du potentiel qui est en nous. Nous sommes en mesure de changer le monde avec nos pensées.
Si nous pensons agression, le monde sera agressif Si nos pensées sont pleines d’amour, c’est-à-dire positives, le monde deviendra en paix.
Les découvertes scientifiques dans le domaine de la pensée sont bouleversantes et je pourrais vous en parler pendant des heures.

Je me permets de vous proposer de faire l’expérience suivante concernant la pratique de la pensée positive.
Demain matin, en vous réveillant, avant de vous lever, vous allez visualiser tranquillement et positivement le déroulement de votre journée.
En première partie de journée, vous aurez peut-être un conflit à régler entre deux de vos collaborateurs. Vous visualiserez la scène en vous voyant régler harmonieusement ce conflit et vos deux collaborateurs se serrant la main.
Puis, vous aurez sans doute un travail ardu à accomplir, avec de nombreux points à résoudre. Alors, vous visualisez que vous aurez de la facilité à l’accomplir et que vous trouverez toutes les solutions à ce travail.
Sans doute, l’après-midi, vous aurez une réunion importante à tenir avec des interlocuteurs difficiles à convaincre. Et dans ce cas, une fois de plus, vous visualiserez que cette séance se déroulera harmonieusement.
Et lorsque vous ferez le bilan de votre journée, vous serez étonné de constater que tout se sera bien passé, que vous aurez réalisé positivement toutes vos activités.

Nous faisons le monde avec nos pensées.
Vous êtes ce que vous pensez être. Vos collaborateurs sont ce que vous pensez d’eux. Vos clients sont ce que vous pensez d’eux. Votre femme est ce que vous pensez d’elle. Vos enfants sont ce que vous pensez d’eux. Et je peux poursuivre ainsi à l’infini.
Vous aurez compris que la pensée positive, c’est la vie.
Or notre avenir dépend uniquement de ce que nous pensons maintenant, parce que la vie ne se passe ni dans le passé, ni dans l’avenir, mais ici et maintenant.
Il n’existe rien d’autre que maintenant. Je sais que dans notre civilisation actuelle c’est difficile de l’accepter, mais la meilleure chose que l’on puisse faire c’est de lâcher prise avec les principes que l’on nous a inculquer depuis notre enfance et d’accepter le ici et maintenant.
Alors nous serons en accord avec la vie.

Donc, si nous voulons changer notre vie, tailler notre pierre brute, apprenons à vivre le moment présent, à faire ce que nous faisons, ici et maintenant, sachant que notre pensée c’est le pouvoir sur la vie ou la mort.

La nuit passée, j’ai fais un rêve.
Nous étions de nombreux frères à tailler notre pierre brute, dans une grande carrière.
Il y avait des frères plus habiles que d’autres. Alors les plus doués aidaient les moins adroits, leurs donnant des conseils et des encouragements.
Tout à coup, je me suis trouvé en face d’un être resplendissant de lumière.
Je viens te chercher, me dit-il, pour passer ta dernière initiation.
Très surpris, pas du tout préparé, je lui ai demandé qui il était.
Je suis la mort.
J’étais stupéfait, parce que l’on m’avait toujours montré la mort comme un horrible personnage. Mais, mis en confiance par ce personnage lumineux, je le suivi.
Vous le savez, comme chaque fois que l’on rêve, au matin on s’en souvient plus et je ne pourrais malheureusement pas vous décrire cette initiation.
Il me vient cependant à l’esprit qu’à un certain moment, je me suis trouvé en face d’une autre personne. Je ne voyais pas son visage, mais il émanait de cette personne un amour inconditionnel.

Avec mon éducation judéo-chrétienne, je me suis posé en moi-même la question: “ est-ce le fameux juge dont on nous parle tant en bas?”
Ma pensée fut captée et j ‘entendis : “ Je ne suis pas ton juge. Je suis la Tolérance ”.
Alors mis en confiance, il s’engagea entre nous une conversation très agréable au cours de laquelle la Tolérance me demanda ce que j ‘avais fait avec les outils qui m’avaient été donnés.
Je lui ai répondu, très sincèrement, sachant que ce n’était pas mon juge, que je n’étais pas très habile, que j’avais eu beaucoup de peine à tailler ma pierre brute, qu’il y avait encore des outils que je ne maîtrisais pas totalement et que je n’avais pas tout compris les mystères de la vie.
“ Je te félicite pour ta sincérité, me dit la Tolérance, car vois-tu le plus important c’est que chaque matin tu ai mis ton tablier et que tu ai fait l’effort de tailler chaque jour ta pierre brute, même si cela n’étais pas parfait, parce que si tu étais parfait, tu ne serais pas devant moi, mais en moi. Je vais donc te donner ton salaire ”.
Et il me donna un bon salaire.
Et savez-vous ce qu’étais mon salaire?
L’opportunité de faire de nouveaux voyages sur les chemins caillouteux du monde, pour me perfectionner et continuer de tailler ma pierre brute jusqu’au jour où elle sera bien polie.

Et c’est pour cela que je suis parmi vous ce soir à vous lire cette planche.

Source : www.ledifice.net 

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Le Rite Anglais style Emulation : une brève présentation à l'usage des Maçons Français

23 Janvier 2013 , Rédigé par Philippe. R Publié dans #Rites et rituels

Le Rite Anglais Style Emulation n'est pas seulement le rite le plus pratiqué en Angleterre, il est aussi le plus répandu à travers le monde. Il est pourtant très peu présent en France même s’il connaît depuis peu un engouement croissant. Ceci, grâce sans doute à la force de son contenu et aux perspectives nouvelles qu'il offre aux Maçons français.

Les origines

Le Rite Anglais Style Emulation, plus communément appelé Emulation, doit son nom à « l'Emulation Lodge of Improvement ». Cette "Loge de Perfectionnement Emulation" fut, à partir de 1823, l'une des loges chargée d'instruire les frères à propos des pratiques rituelles résultant de l'Union des deux Grandes Loges qui formèrent en 1813, la Grande Loge Unie d'Angleterre.
Revenons donc brièvement sur cet épisode capital et pourtant souvent méconnu des maçons français, qui vit s’affronter durant plus de 60 ans deux grandes Loges rivales en Angleterre.
On a souvent trop tendance à croire que la Grande Loge de Londres créée en 1717 fédéra très vite autour d'elle l'ensemble des pratiques maçonniques anglaises. Il n'en est rien. Si ce nouveau « Corps Maçonnique » connut assez vite (après quelques balbutiements de prime jeunesse tout de même) une croissance importante et surtout une fréquentation de choix, il n'en reste pas moins que prospérèrent d'autres pratiques maçonniques en dehors de son cercle et ce jusque dans Londres même.(1)
En 1751 se constitue une Grande Loge autonome et rivale qui prend le nom de "Grande Loge des Antients"(2). Par opposition et par raillerie, cette Grande Loge des Antients appellera l'autre Grande Loge: les "Modernes", une appellation qui lui restera par la suite. L'affrontement entre les deux grandes loges va être sévère et sans concession. Les Antients (non sans raisons sans doute) reprochent avec véhémence aux Modernes d'avoir modifié le rituel et les pratiques anciennes dont les Antients seraient les seuls dépositaires. Les Modernes contestent ces accusations et prétendent aussi être les seuls garants de la vraie pratique.
Cette Grande Loge des Antients va connaître, elle aussi, un succès certain. Sous l'influence de Laurence Dermott, son Grand Secrétaire pendant 18 ans, elle se dotera de constitutions, Ahiman Rezon, à l'égal de sa concurrente mais elle comprendra aussi que pour pouvoir rivaliser avec elle, il lui faudra pouvoir compter sur la protection et le patronage de nobles de haut rang. Elle trouvera dans les Ducs d'Atholl les protecteurs dont elle avait besoin.
Il faut souligner ici à quel point les querelles incessantes entre les deux grandes Loges vont semer la confusion parmi les maçons non seulement anglais, mais aussi du monde entier. Citons pour exemple une anecdote révélatrice. Benjamin Franklin était membre de la St John Lodge de Philadelphie qui était une Loge Moderne. De retour de l'un de ses voyages en France, il découvrit que sa Loge avait changé de Grande Loge et possédait désormais une patente des Antients. Celle-ci refusa de le reconnaître et lui refusa même les Honneurs Maçonniques pour ses funérailles !
Il faudra attendre les années 1800 pour qu'un rapprochement puisse être envisagé. Après nombre contacts puis négociations, l'Union eut finalement lieu le 27 décembre 1813. On avait préalablement pris le soin d'installer le Duc de Kent dans la chaire du Grand Maître de la Grande Loge des Antients et son frère le Duc de Sussex dans celle de la Grande Loge des Modernes. Le Duc de Sussex fut sans doute l'un des principaux artisans de cette réconciliation mais aussi celui d'un mouvement certain de déchristianisation du rituel. Il restera 30 ans à la tête de la Grande Loge Unie d'Angleterre.

L'Emulation Lodge of Improvement

Les rituels des deux Grandes Loges étaient sensiblement différents et ce ne fut pas sans mal que fut mis au point un rituel commun, acceptable par les deux parties. De plus, l'Arc Royal pratique spécifique des Antients posait un problème presque insoluble, les Antients considéraient l'Arc Royal comme le couronnement de la pratique maçonnique alors que les Modernes refusaient catégoriquement d'ajouter un quatrième grade aux trois existant déjà. Personne ne voulant céder, on résolut alors de s'accorder sur une formulation pour le moins étonnante et qui restera sans doute comme l'un des plus beaux exemples de pragmatisme (ou d'hypocrisie) maçonnique: "La maçonnerie est constituée de trois grades et trois grades seulement, y compris l'Arc Royal". Du grand art...
Une "Lodge of Promulgation" fut formée dès 1809 par les Modernes pour examiner le rituel et faire des recommandations. De 1813 à 1816, une "Lodge of Reconciliation", composée à parité de frères Antients et Modernes fut créée par la nouvelle Grande Loge Unie. Sa mission fut de finaliser un rituel commun et en faire la démonstration aux Loges. Sa mission terminée, celle-ci fut dissoute.
Des Loges d'instruction prirent alors le relais pour la diffusion de ce rituel auprès des loges. La première d'entre elles fut la "Stability Lodge" fondée dès 1817. "L'Emulation Lodge of Improvement" fut constituée le 2 octobre 1823 sous l'impulsion de la Loge des Grands Stewards qui voulait voir éclore une loge d'instruction du plus haut niveau, capable de transmettre le rituel conformément aux standards d'excellence de la Loge des Grands Stewards (Les Grands Stewards sont considérés depuis toujours et jusqu'à aujourd'hui comme les gardiens du rituel dans sa plus pure perfection)
Grâce au travail de Frères comme Peter Gilkes ou George Claret, "l'Emulation Lodge of Improvement" connut un développement important et devint très vite une référence incontestée.
La Grande Loge Unie d'Angleterre ne publia jamais de rituel de référence laissant aux Loges le soin de le transmettre la pratique. Avec le temps, de légères différences se perpétuèrent.
Ceux qui se référaient aux pratiques de "l'Emulation Lodge of Improvement" se réclamèrent d'un "Emulation working" , d'un style, d'une pratique Emulation. Mais Emulation n'est pas le seul "working" pratiqué aujourd'hui en Grande-Bretagne et ailleurs. Il existe aussi un "working" dit Stability (du nom de la Loge d'instruction sus citée) ou d'autres "workings" encore comme l'Oxford, le Standard, le Taylor... Les différences entre ces "workings" sont minimes, mais elles existent.
C'est la raison pour laquelle il est plus juste de parler d'un Rite Anglais pratiqué selon plusieurs "styles". Notre regretté frère Gérard Gefen, grand maçon Emulation s'il en est, avait proposé la terminologie de "Rite Anglais, Style Emulation" dans les années 1980. Elle s'est aujourd'hui imposée avec raison.
"L'Emulation Lodge of Improvement" mettra 146 ans à publier son premier rituel "officiel" (1969). Pour sa part, la Grande Loge Unie d'Angleterre n'a toujours pas publié de rituel "officiel" respectant ainsi les différentes pratiques actuelles.
"L'Emulation Lodge of Improvement" est toujours en exercice aujourd'hui. Elle porte le numéro 256 et se réunit tous les vendredis d'octobre à juin à 18h15 au Freemason's Hall de Londres. Elle n'est ouverte qu'aux maîtres maçons et poursuit son oeuvre d'instruction.

L'esprit du Rite Pour un Maçon français, Emulation est pour le moins dépaysant. Il peut surprendre par sa rigueur, il conquiert par sa force intérieure.
Commençons tout d'abord par revenir sur un poncif trop souvent rabaché. Il est en effet surprenant de lire à chaque fois que l'on parle d'Emulation que sa spécificité première est l'oralité.
En fait, Emulation n'est pas plus caractérisé par l'oralité qu'un autre rite. Bien sûr, Emulation est en général appris par coeur, mais il ne s'agit là que d'une tradition maçonnique ancienne qui s'appliquait autrefois à tous les rituels maçonniques. Cette tradition est aujourd'hui encore perpétrée par les maçons anglo-saxons en général, et ceci en dehors de tout rite particulier. Que ce soit en Australie, au Canada, aux Etats-Unis, en Irlande ou au Japon, au Rite dit "d'York", à Stability mais aussi dans les "hauts-grades" du Scottish Rite, les maçons anglo-saxons pratiquent en général le par cœur.
La véritable spécificité d'Emulation réside bien plus dans l'importance donnée à la gestuelle. Les cérémonies Emulation sont réglées "comme sur du papier à musique". Le rituel doit être suffisamment intégré de façon à libérer celui qui officie et lui permettre de vivre le rituel "de l'intérieur".
La gestuelle joue un grand rôle dans le pouvoir évocateur d'Emulation. Chaque geste compte et chaque détail est signifiant, si bien pour celui qui le réalise que pour celui qui le regarde.
Pour savoir ce que peut signifier une équerre, on peut en chercher la symbolique, en faire des planches et des planches, intellectualiser jusqu'à la glose. C'est une voie. Mais pour celui qui forme l'équerre avec son corps et qui vit intérieurement l'équerre par sa pratique, simplement en réalisant son signe d'ordre parfaitement, en en ressentant profondément la signification, parler devient inutile et réducteur. C'est la voie proposée par Emulation. La rigueur devient alors une ascèse qui rapproche le maçon Emulation de l'acte juste et donc d'une meilleure compréhension de son art, par l'intérieur. Directement, sans nécessité d'intellectualisation
Emulation peut faire penser aux katas des arts martiaux, ces mouvements fondamentaux de l'Aikido, du Judo ou du Kendo que l'on répète inlassablement jusqu'à les maîtriser parfaitement.
Etant jeune, je faisais du tir à l'arc avec un maître qui, à plus de soixante-dix ans, n'y voyait plus grand chose mais ne mettait jamais ses lunettes pour tirer et atteignait pourtant toujours sa cible. Ce qui est important disait-il, ce ne sont ni les yeux, ni la cible, c'est le geste. Le jour où tu maîtriseras le geste, tu maîtriseras le tir à l'arc.
On comprend mieux alors l'intérêt qu'il peut y avoir à savoir son texte par coeur. On peut ainsi se dégager du livret, lever les yeux et entrer dans le rituel par la gestuelle. Une expérience inoubliable.
Une tenue émulation est un moment de très grande intensité, de concentration collective. Voici sans doute pourquoi, dans sa grande sagesse, Emulation a prévu une "2ème mi-temps" qui fait entièrement partie de la tenue et qui possède son rituel propre, mais qui permet une "décompression" progressive dans la bonne humeur : les Agapes (Festive Board en anglais...).

Rites Antients, Rites Moderns

Avant d'aller plus loin et d'entrer dans les spécificités de la pratique Emulation, il est nécessaire de vous révéler enfin qui a"gagné la partie" lors de l'union de 1813. Il faut le reconnaître les Antients l’ont emporté haut la main pour ce qui est de l’influence qu’ils ont imprimée au rituel d’Union (par ailleurs, ils n’ont pas nécessairement gagné en ce qui concerne la course aux pouvoirs internes). Emulation est donc un rituel de type Antient.
On comprend alors mieux pourquoi Emulation paraît aussi exotique à un maçon français qui, lui, pratique un rite de type Moderne.
En effet, le type de maçonnerie qui s’installa en France à la fin des années 1720 fut implantée par des maçons anglais de type Modernes. Cette maçonnerie se développa en France à son rythme et selon une histoire proprement française. Elle ne subit quasiment pas les conséquences de la querelle des Antients et des Modernes à contrario de nombreux pays anglo-saxons. La France perpétua donc sous ses différentes formes de Rites Français des rites de type Modernes. (3)
Nous nous trouvons donc dans une situation de parfaite complémentarité entre Emulation et les Rites Français.
C’est ce qu’avait compris, il y a déjà plus de 40 ans, mon maître René Guilly en bataillant d’un côté pour développer en France Emulation et en reconstruisant patiemment d’un autre le Rite Français Traditionnel. Pour lui, la compréhension de la Maçonnerie ne pouvait se faire que par une pratique de ces deux rites complémentaires. Toutes les recherches maçonniques lui ont donné raison.

La pratique Emulation

Nous nous contenterons ici de survoler quelques particularités spécifiques à Emulation qui pourraient intéresser les maçons français.

Les mots J et B ont été intervertis.
Il s’agit là de l’une des différences importantes entre les rites Antients et Modernes. A Emulation, le mot de l’apprenti est B. et le mot du compagnon est J . . Plusieurs thèses s’affrontent sur les causes et les origines de cette différence. Les thèses les plus couramment admises voudraient que les Modernes aient délibérément interverti les mots, soit pour certains, suite à la divulgation de Samuel Pritchard de 1730, soit pour d’autres, en 1739 ou plus tard même afin d’interdire aux « pré-Antients » de se faire accepter leurs Loges. Il se pourrait bien pourtant qu’une autre thèse bien différente l’emporte. Il pourrait simplement s’agir d’un choix différent fait par les Anglais et les Irlandais au moment ou les deux mots J. et B. se sont « séparés ». Comme chacun sait, le Mot du Maçon était en fait formé au départ des deux mots J. et B., ensemble. Lors de la structuration de la maçonnerie en trois grades Apprenti/Compagnon/Maître, les anglais auraient attribué J. à l’apprenti et B. au compagnon et les irlandais auraient eux fait un choix inverse en donnant B. à l’apprenti et J. au compagnon. Les Irlandais ayant largement influencé les rituels des Antients, ils leur auraient donc apporté cet usage.
Les Surveillants ne sont pas placés aux mêmes endroits que dans les loges françaises. En effet, à Emulation le Premier Surveillant est placé plein Ouest (il indique le soleil à son couchant et ferme la Loge) et le Second Surveillant est lui placé au Sud (il indique le soleil à son plus haut point et appelle les frères au travail). Ils sont placés dans la loge de façon à former avec le Vénérable Maître une équerre virtuelle. Il s’agit là d’une disposition spécifique aux Antients attestée dès 1760 dans la divulgation dite des « Three Distincts Knocks ».
Présence de deux Diacres. Cet office particulier aux Antients est un peu le pendant des Experts dans les rites français. Les Diacres sont chargés de conduire les candidats durant les cérémonies. Ils sont aussi messagers comme le signifient la colombe (autrefois un Hermès ailé) qu’ils portent en bijou. Messager du Vénérable Maître au Premier Surveillant, pour le Premier Diacre et du Premier Surveillant au Second Surveillant pour le Second Diacre.
Cet office de Diacre est très ancien, mais comme le souligne Chetwode Crawley, il ne faut pas confondre les offices des Diacres écossais avec ceux des Diacres irlandais. La maçonnerie écossaise atteste dès les débuts du XVIIème siècle de la présence d’un Diacre qui est en fait celui qui dirige la Loge. Le Diacre Emulation est sans doute plus issu de la tradition Irlandaise ou le diacre est l’officiant.
Pas de chapeau ni d'épée.
Le port du chapeau et de l’épée sont des traditions purement françaises. Au XVIIIème siècle, là ou les anglais, par souci de fraternité ont interdit les épées dans les Loges, les français ont, eux, donné le droit à tous les frères de porter l’épée.
La « filière »
Les prescriptions Emulation n’imposent au futur Vénérable Maître que d’avoir été au moins un an Surveillant actif. Il est pourtant d’usage de respecter une sorte de « filière » qui donne à chaque frère à la fois la possibilité de servir, d’apprendre et de progresser dans sa Loge. Le cursus d’un frère dans la Loge devrait donc être, s’il y a lieu, Apprenti, Compagnon, Maître, puis Couvreur, Second Diacre, Premier Diacre, Second Surveillant, Premier Surveillant, et enfin Vénérable Maître, et ensuite Passé Maître Immédiat. Le Vénérable Maître ne restant en chaire en général qu’un an, on fait avancer chaque officier d’un cran chaque année, jusqu’à ce qu’il reçoive les bienfaits de l’Installation. Bien sûr, rien n’est automatique, il s’agit d’un principe qui peut être modifié selon les besoins de la Loge et la volonté du Vénérable Maître en chaire.
Les autres officiers (Secrétaire, Maître des Cérémonies…) sont nommés à la discrétion du Vénérable Maître. Le Trésorier et le Tuileur sont élus, le premier devant gérer le trésor de la Loge et le second percevoir un salaire pour sa tâche.
La Cérémonie d'Installation Secrète
Emulation confère au Vénérable Maître lors de son installation ce qui ressemble fort à un grade. Les frère Maîtres non-installés, c’est-à-dire qui n’ont jamais accédé au Vénéralat, doivent alors quitter la Loge et c’est en Conseil de Maîtres Installés que le nouveau Vénérable Maître recevra au cours d’une cérémonie secrète, un mot et un signe. Il sera de même instruit d’une légende particulière à cette qualification.

Emulation à la française…

Au terme de cette trop courte visite de ce rite passionnant, je voudrais insister sur tout l’intérêt qu’un maçon français pourra tirer d’Emulation.
Il faut d’abord ne pas regarder Emulation comme un rite anglomaniaque. D’ailleurs, comme on l’a vu, ce rite anglais est en fait très… irlandais, un brin écossais et a sans doute été influencé aussi par des pratiques françaises (Le Rite Français étant lui par contre en réalité d’ascendance très anglaise, il faut bien en convenir…). Emulation n’est pas réservé aux anglais, il n’y a d’ailleurs pas plus « international » qu’Emulation. On peut être français et s’épanouir pleinement dans Emulation. La très grande majorité des frères de ma Loge Mère ne parlent pas un mot d’anglais et connaissent bien mieux l’adresse du troquet le plus proche de notre Loge que celle de la Grande Loge Unie d’Angleterre.
Ce qui me paraît le plus important à souligner ici, c’est surtout la chance qui nous est aujourd’hui offerte en France d’avoir à notre disposition directe si bien un rite Moderne qu’un rite Antient et de pouvoir nous enrichir ainsi de cette complémentarité extraordinaire pour une meilleure compréhension de notre art.
Pour finir, je me permettrais de conseiller aux frères qui veulent aller plus loin dans cette recherche de rendre une petite visite au site internet de la Rudyard Kipling Lodge (http://www.rudyard-kipling.fr). Ils y trouveront, en ligne et en accès libre, de nombreuses informations sur le Rite Anglais Style Emulation, les principaux textes historiques et divulgations, mais surtout, plusieurs années de comptes-rendus de travaux de recherches.

Philippe R.
PM, PMM, PZ, PCN, GS.

Notes :

1.Loges "indépendantes" de constitution plus anciennes ne voulant pas intégrer le "nouveau" système et/ou Loges nouvelles constituées séparément par des maçons que la nouvelle Grande Loge de Londres ne tenait pas à agréger, et/ou maçons "d'importation", notamment maçons Irlandais et Ecossais, l'étude de cette maçonnerie non-intégrée au nouveau système ne cessera de nous surprendre. Mais il s'agit là d'une autre histoire...
2. Notons ici qu'on a longtemps voulu nous faire croire que cette Grande Loge des Antients n'était en fait qu'une scission de la Grande Loge de Londres. Sans doute parce qu'il était plus acceptable de présenter l'histoire comme celle de Frères de la même famille, séparés un temps, qui se retrouverons enfin dans une joyeuse et tout naturelle "Happy-end". Nous savons aujourd'hui qu'il n’en est rien. Ce qui n'exclue d'ailleurs pas que les Antients aient pu aussi être rejoints par un certain nombre de Frères issus de la Grande Loge des Modernes.
3. Le cas du Rite Ecossais Ancien et Accepté est un peu particulier. Au début du XIXème siècle, ce système de hauts grades voulut se doter des 3 premiers grades symboliques. C’est un système de type Antient qui fut retenu, mais avec le temps de très nombreux éléments Modernes issus du Rite Français entrèrent dans ce rite qu’il faut bien l’avouer, est aujourd’hui très composite.


Source : http://www.rudyard-kipling.fr/rite-anglais-style-emulation.html

Commentaire : le Rite le plus pratiqué dans le monde est le Rite York. Celui des Grandes Loges américaines

 

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Légende des 3 mages

22 Janvier 2013 , Rédigé par Rituel RAPMM Publié dans #Rites et rituels

 

Longtemps après la mort d'Hiram et de Salomon, après que les armées de Nabuchodonosor eurent détruit le royaume de Juda, rasé la ville de Jérusalem, renversé le Temple, emmené en captivité ceux qui avaient survécu au massacre des populations ; alors que la montagne de Sion n'était plus qu'un désert aride où paissaient quelques maigres chèvres gardées par des Bédouins faméliques et pillards, un matin trois voyageurs arrivèrent au pas lent de leurs chameaux.

Ces trois voyageurs étaient des Mages, des Initiés de Babylone membres du Sacerdoce Universel, qui venaient en pèlerinage et en exploration aux ruines de l'ancien Sanctuaire. Les Pèlerins parcoururent l'enceinte ravagée. Les vestiges des murs et des fûts des colonnes leur permirent de déterminer les limites du Temple. Ils se mirent ensuite à examiner les chapiteaux gisant à terre, à examiner les pierres pour y découvrir des inscriptions ou des symboles. Pendant qu'ils procédaient à cette exploration, ils découvrirent une excavation sous un pan de mur renversé au milieu des ronces.

C'était un puits situé à l'angle Sud-est du Temple. Ils s'employèrent à en déblayer l'orifice, après quoi l'un d'eux, le plus âgé, se couchant à plat ventre sur le bord, regarda à l'intérieur. On était en été au milieu du jour, le Soleil brillait au Zénith et ses rayons plongeaient presque verticalement dans le puits. Un objet brillant frappa les yeux du Mage. Il appela ses compagnons, qui se placèrent dans la même position et regardèrent. Il y avait là un objet digne d'attention : sans doute un bijou sacré. Les trois pèlerins résolurent de s'en emparer. Ils dénouèrent les ceintures qu'ils avaient autour des reins, les attachèrent bout à bout et en jetèrent une extrémité dans le puits. Alors, deux d'entre eux, s'arc-boutant, se mirent en devoir de soutenir le poids de leur chef qui descendait. Celui-ci, empoignant la corde, disparut par l'orifice.

En remontant jusqu'au meurtre d'Hiram, nous allons vous dire quel était l'objet qui avait attiré l'attention des pèlerins.

Quand le Maître, devant la porte de l'Orient, eût reçu le coup de pince du deuxième mauvais compagnon, il s'enfuit, ainsi que cela vous a été dit lors de votre réception au degré de Maître, pour gagner la porte du Sud; mais, craignant soit d'être poursuivi, soit de rencontrer un troisième mauvais compagnon, il enleva de son cou un bijou qui y était suspendu par une chaîne de 77 anneaux, (Durée de la construction du Temple : 77 mois) et le jeta dans le puits qui s'ouvrait au Sud-est du Temple. Ce bijou était un Delta d'une palme de côté fait du plus pur métal, sur lequel Hiram, avait gravé le nom Ineffable et qu'il portait sur lui, la face en dedans, le revers, seul exposé aux regards, ne montrant qu'une surface unie.

Tandis que, s'aidant des mains et des pieds, le Mage descendait dans la profondeur du puits, il constata que la paroi de celui-ci était divisée en zones ou anneaux faits en pierres de couleurs différentes, chacun d'eux d'une coudée environ de largeur. Quand il fut en bas, il compta ces zones et trouva qu'elles étaient au nombre de dix. Il baissa alors ses regards vers le sol, vit le bijou d'Hiram, le ramassa, le regarda, et constata avec émotion qu'il portait le mot Ineffable qu'il connaissait lui-même, car il était, lui aussi, un Initié parfait. Pour que ses compagnons, qui n'avaient pas comme lui, reçu la plénitude de l'Initiation, ne pussent le lire, il suspendit le bijou à son col par la chaînette, mettant la face en dedans, ainsi qu'avait fait le Maître. Il regarda ensuite autour de lui et constata l'existence, dans la muraille d’une ouverture par laquelle un homme pouvait pénétrer. Il y entra, marchant à tâtons dans l'obscurité. Ses mains rencontrèrent une surface, qu'au contact il jugea être du bronze. Il recula alors, regagna le fonds du puit, avertit ses compagnons pour qu'ils tinssent ferme la corde, et remonta.

En voyant le bijou qui ornait maintenant la poitrine de leur chef, les deux Mages s'inclinèrent devant lui; ils devinèrent qu'il venait de subir une nouvelle consécration. Il leur dit ce qu'il avait vu, leur parla de la porte de bronze. Ils pensèrent qu'il devait y avoir là un mystère; ils délibérèrent et résolurent d'aller ensemble à la découverte. Ils placèrent une extrémité de la corde faite des trois ceintures sur une pierre plate placée près du puits, et sur laquelle on lisait encore le mot "Jakin". Ils roulèrent dessus un fût de colonne où l'on voyait le mot "Boaz", puis s'assurèrent qu'ainsi tenue la corde pouvait supporter le poids d'un homme. Deux d'entre eux firent ensuite du feu Sacré à l'aide d'un bâtonnet de bois dur roulé entre les mains et tournant dans un trou fait en un morceau de bois tendre. Quand le bois tendre fut allumé, ils soufflèrent pour aviver la flamme. Pendant ce temps, le troisième était allé prendre, dans les paquetages attachés en croupe des chameaux, trois torches de résine qu'ils avaient apportées pour écarter les animaux sauvages de leurs campements nocturnes. Les torches furent successivement approchées du bois enflammé et s'enflammèrent elles-mêmes au feu Sacré. Chaque Mage, tenant sa torche d'une main, se laissa glisser le long de la corde jusqu'au fonds du puits.

Là, ils s'enfoncèrent sous la conduite de leur chef, dans le couloir menant à la porte de bronze. Arrivés devant celle-ci, le vieux Mage l'examina attentivement à la lueur de sa torche. Il constata au centre, l’existence d'un ornement en relief ayant la forme d'une couronne royale entourée d'un cercle composé de points au nombre de 22.

Le Mage s'absorba dans une profonde méditation, puis prononça le mot "Malkuth" et la porte s'ouvrit brusquement. Les explorateurs se trouvèrent alors devant un escalier qui s'enfonçait dans le sol ; ils s'y engagèrent, en comptant les marches. Quand ils en eurent descendu trois, ils rencontrèrent un palier triangulaire sur le côté gauche duquel commençait un nouvel escalier. Ils s'engagèrent dans celui-ci et après cinq marches trouvèrent un nouveau palier de mêmes forme et dimension. Cet escalier continuait du côté droit et se composait de sept marches. Ayant franchi un troisième palier, ils descendirent neuf marches et se trouvèrent devant une deuxième porte de bronze. Le vieux Mage l'examina comme la précédente et constata l'existence d'un autre ornement en relief représentant une pierre d'angle, entourée aussi d'un cercle de 22 points. Il prononça le mot "Yesod" et cette porte s'ouvrit à son tour.

Les Mages entrèrent dans une vaste salle voûtée et circulaire, dont la paroi était ornée de neuf fortes nervures partant du sol et se retrouvant au point central du sommet. Ils l'examinèrent à la lueur de leurs torches, en firent le tour pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'autre issue que celle par laquelle ils étaient entrés. Ils n'en trouvèrent point et songèrent à se retirer; mais leur chef revint sur ses pas, examina les nervures les unes après les autres, chercha un point de repère, compta les nervures et soudain, il appela. Dans un coin obscur, il avait découvert une nouvel1e porte de bronze. Celle-là portait comme symbole un soleil rayonnant, toujours inscrit dans un cercle de 22 points. Le chef des Mages ayant prononcé le mot "Hod" elle s'ouvrit encore et donna accès à une deuxième salle.  

Successivement les explorateurs franchirent sept autres portes également dissimulées et passèrent dans de nouvelles cryptes. Sur l'une de ces portes, il y avait une tête de Lion; sur la suivante, une Lune resplendissante; puis ce furent : une règle, une courbe molle et gracieuse, un oeil, un rouleau de la Loi, et, enfin, une couronne Royale.

Les mots prononcés furent: Netsah, Tiphereth, Gueburah, Khesed, Binah, Hochmah et Kether. Quand ils entrèrent dans la neuvième Voûte, les Mages s'arrêtèrent surpris, éblouis, effrayés. Celle-là n'était point plongée dans l'obscurité; elle était, au contraire, brillamment éclairée. Dans le milieu étaient placés trois lampadaires d'une hauteur de onze coudées, ayant trois branches, sur chacune desquelles étaient trois lampes. Ces lampes Qui brûlaient depuis des siècles, malgré la destruction du royaume de Juda, le démantèlement de Jérusalem et l'écroulement du Temple, brillaient d'un vif éclat, illuminant d'une lumière à la fois douce et intense, tous les détails de la merveilleuse architecture de cette Voûte sans pareille, taillée en plein roc.

Les pèlerins éteignirent leurs torches devenues inutiles, ôtèrent leurs chaussures et rajustèrent leur coiffure comme en un lieu saint, puis ils s'avancèrent en s'inclinant neuf fois vers les gigantesques lampadaires. A la base du triangle formé par ceux-ci, était dressé un Autel de marbre blanc cubique de deux coudées de côté. Sur la face est étaient représentés, en or, les outils de la Maçonnerie, la Règle, l'Equerre, le Compas, le Niveau, la Truelle et le Maillet. Sur la face nord, on voyait les figures géométriques, le Triangle, le Carré, l'Etoile a cinq branches, et le Cube. Sur la face latérale sud on lisait les nombres: 27, 48, 343, 729, 1334, 2197.

Enfin sur la face Est, était représenté l'Acacia symbolique. Sur cet autel était posée une pierre d'Agate de trois palmes de côté; au dessus, on lisait, écrit en lettres d'or, le mot "Adonaï".

Les deux Mages disciples s'inclinèrent, adorèrent le nom de Dieu; mais leur chef, relevant au contraire la tête, leur dit : "Il est temps pour vous de recevoir le dernier enseignement qui fera de vous des Initiés complets. Ce nom n'est qu'un vain symbole qui n'exprime pas réellement l'idée de la Conception Suprême".

Il prit alors à deux mains la pierre d'Agate se retourna vers ses disciples en leur disant : "Regardez ! La Conception Suprême, la voilà ! Vous êtes au centre de l'Idée ! "

Les disciples épelèrent les lettres lod, Hé, Vau, Hé, et ouvrirent la bouche pour prononcer le Mot, mais il leur cria : "Silence ! C'est le mot ineffable qui ne doit sortir d'aucune lèvre ! "

Il reposa ensuite la pierre d'Agate, sur l'autel, prit sur sa poitrine le bijou du Maître Hiram et leur montra que les mêmes signes s'y trouvaient gravés. "Apprenez maintenant, continua-t-il, que ce n'est pas Salomon qui fit creuser cette Voûte hypogée, ni construire les huit qui la précèdent, pas plus qu'il n'y cacha la pierre d'Agate. La pierre fut placée par Énoch, le premier de tous les Initiés, l'Initié initiant, qui ne mourut point, et qui survit dans tous ses fils spirituels. Énoch vécut longtemps avant Salomon, avant le Déluge. On ne sait à quelle époque furent bâties les huit premières Voûtes et celle-ci creusée dans le roc vif ".

Cependant les nouveaux Grands Initiés détournèrent leur attention de l'autel et de la pierre d'Agate, regardèrent le ciel de la salle qui se perdait à une hauteur prodigieuse, parcoururent la vaste nef où leurs voix éveillaient des échos répétés. Ils arrivèrent ainsi devant une onzième porte, soigneusement dissimulée et sur laquelle le symbole était un vase brisé. Ils appelèrent leur Maître et lui dirent: "Ouvre-nous encore cette porte, elle doit cacher un nouveau mystère". "Non, leur répondit-il, il ne faut point ouvrir cette porte. Elle cache un mystère, mais un mystère terrible, un mystère de mort ! "- "Oh ! Tu veux nous cacher quelque chose, le réserver pour

toi; mais nous voulons tout savoir, nous l'ouvrirons nous-mêmes, cette porte". Ils se mirent alors à prononcer tous les mots qu'ils avaient entendus de la bouche de leur Maître; puis, comme ces mots ne produisaient aucun effet, ils dirent tous ceux qui leur passèrent par l'esprit. Ils allaient renoncer, quand l'un deux prononça : "Nous ne pouvons pas cependant continuer à l'infini" (EiGn Soph.).

Sur ce mot, la porte s'ouvrit avec violence, les deux imprudents furent renversés sur le sol, un vent furieux souffla dans la Voûte; les lampes magiques en furent éteintes.

Le Maître se précipita sur la porte, s'y arc-bouta, appela ses disciples à l'aide; ils accoururent à la voix, s'arc-boutèrent avec lui; et leurs efforts réunis parvinrent à refermer la porte. - Mais les lumières ne se rallumèrent point; les Mages furent plongés dans les ténèbres les plus profondes. Ils se rallièrent à la voix de leur Maître. Celui-ci leur dit : "Hélas ! cet événement terrible était à prévoir. Il était écrit que vous commettriez cette imprudence. Nous voici en grand danger de périr dans ces lieux souterrains ignorés des hommes. Essayons cependant d'en sortir, de traverser les huit Voûtes et d'arriver au puits par lequel nous sommes descendus. Nous allons nous prendre par la main, nous marcherons jusqu'à ce que nous trouvions une muraille; nous suivrons ensuite celle-ci jusqu'à ce que nous rencontrions la porte de sortie. Nous recommençons dans toutes les salles jusqu'à ce que nous soyons arrivés au pied de l'escalier de vingt-quatre marches. Espérons que nous y parviendrons".

Ainsi firent-ils. Ils passèrent des heures d'angoisse, mais ils ne désespérèrent point. Ils arrivèrent au pied de l'escalier de vingt-quatre marches.

Ils le gravirent en comptant, 9, 7, 5, 3, et se retrouvèrent au fond du puits. Il était minuit; les étoiles brillaient au firmament; la corde pendait toujours.

Avant de laisser remonter ses compagnons, le Maître leur montra le cercle découpé dans le ciel par l'ouverture du puits et leur dit : "Les dix cercles que nous avons vus en descendant symbolisent les neuf Voûtes et l'escalier. La dernière correspond au nombre onze, celle d'où a soufflé le vent du désastre : c'est le Ciel infini et ses luminaires hors de notre portée".

Les trois Initiés regagnèrent l'enceinte du Temple en ruines; ils roulèrent de nouveau le fût de colonne, sans y voir le mot "Boaz" ; ils détachèrent leurs ceintures, s'en enveloppèrent, se mirent en selle, puis, sans échanger de paroles, plongés dans une profonde méditation, sous le ciel étoilé, au milieu du silence de la nuit, ils s'éloignèrent, dans la direction de Babylone, au pas lent de leurs chameaux.

 Source : Rituel RAPMM

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Notes sur le Nom IESHOUAH

22 Janvier 2013 , Rédigé par Robert Ambelain Publié dans #spiritualité

Les notes qui suivent proviennent des carnets d’instructions martinistes d’Ambelain.

Il s’agit bien là d’un Nom Divin fort ancien, bien connu des Kabbalistes surtout chrétiens, aussi bien que des docteurs de l’Eglise primitive.

Saint Jérôme, en son Interprétation mystique de l’alphabet, fait du Shin hébraïque le symbole de la parole, du verbe vivifiant. Elle était déjà, pour les kabbalistes hébreux, l’un des trois lettres mères (avec l’aleph et le mem), et signifiait le Feu.

Nous verrons plus tard Papus, en son livre Martinisme et Franc-Maçonnerie, nous dire que cette lettre Shin renversée dans l’Etoile Flamboyante (Pentagramme), pointe en haut, montre à l’initié rosicrucien l’Incarnation du Verbe Divin dans la Nature Humaine.

Et le Docteur Allendy, en son ouvrage Le symbolisme des nombres, ajoute ceci : « L’adjonction du Shin au Tétragramme sacré marque le passage du Quaternaire au Quinaire pour la production de la créature vivante. Jésus, le Verbe fait chair, représente kabbalistiquement toute créature, et en particulier l’Homme, puisque celui-ci est la plus évoluée des créatures ».

Etant donné que, selon la tradition chrétienne générale, la Nature entière est déchue avec Adam, par la faute de celui-ci, on comprend, en effet, comment la même nature peut remonter avec l’Homme dès le rachat de celui-ci par le Verbe.

Henri-Cornelius Agripa, en sa Philosophie Occulte, nous dit que : « Dans le temps de la loi, la Nom Ineffable de Dieu était de quatre lettres : iod he vav he, en place duquel les Hébreux, par respect, lisaient simplement Adonaï (Seigneur), soit aleph, daleth, noun et iod. Dans le temps de la grâce, la Nom de Dieu est la Pentagramme effable iod he shin vav he, lequel par un mystère qui n’en est pas moins grand, s’invoque aussi en un Nom de trois lettres : iod, shin vav… »

Observons, en passant, que le Nom de Cinq lettres est IESHOUAH, et celui de trois lettres ISHOUH.

Peu après Agripa, Henri Kunrath fera figurer le Nom Divin de cinq lettres, IESHOUAH, au centre de la cinquième planche de son célèbre ouvrage, L’Amphithéâtre de l’Eternelle Sagesse, représentant le Christ en Croix, et sur la douzième et dernière planche, représentant le Pantacledit de Kunrath.

Louis-Claude de Saint-Martin précise sa pensée sur ce Nom en sa Correspondance : « Lorsque le Christ est venu, il a rendu encore la prononciation de ce mot (le Tétragramme) plus centrale ou intérieure, puisque le Grand Nom que ces quatre lettres exprimaient, est l’explosion quaternaire, ou le signal crucial de toute vie. Au lieu que Jésus Christ, en apportant d’en haut le shin des hébreux ou la lettre S, a joint le Saint Ternaire lui-même au Grand Nom Quaternaire dont les trois unités en sont le principe. Sans doute, il y a une grande vertu attachée à cette prononciation véritable, tant centrale (intérieure) qu’orale, de ce Grand Nom et de celui de Jésus Christ, qui est comme la fleur. La vibration de notre Air élémentaire est une chose bien secondaire dans l’Opération par laquelle ces Noms rendent sensibles à ce qui ne l’était pas. Leur vertu est de faire aujourd’hui, et à tout moment, ce qu’ils ont fait au commencement de toutes choses, pour leur donner origine. Et comme ils ont produit toutes choses avant que cet Air n’existât, sans doute qu’ils sont encore au dessus de l’Air quand ils en remplissent les mêmes fonctions ».

On le voit, tous les grands noms de la Kabbale, aux XVI° siècle, XVII° et XVIII° siècle, connurent la profonde valeur du Nom Pentagrammique. Sédir cite en son Histoire et doctrine des Rose-Croix : « Un disciple des Rose-Croix, Wilhem Menens d’Anvers, lequel parle en son Aureum Vollus de la grande force qui est cachée dans le Nom IHSVH ».

Tout ceci montre bien que tous les kabbalistes chrétiens ont connus et utilisés le profond mystère inclus en ce nom divin : IESHOUAH.

C’est à ce titre que le Martinisme de Tradition en a fait sa mystérieuse « Parole », à ce titre qu’il marque la Prière Martiniste d’un caractère réellement ésotérique, et d’une potentialité ineffaçable.

Comme l’Ange conducteur sépare les Israélites des égyptiens lors du passage symbolique de la Mer Rouge, le Shin sépare en deux les quatre lettres du Tétragramme initial, exprimant le Dieu vivant, le Dieu du Monde, le Dieu manifesté. Et les deux valeurs numérales ainsi obtenues sont fort significatives.

Mais combien plus encore significative cette insertion du Shin au centre du même Tétragramme, ce Shin lettre mère désignant le Feu, lorsqu’on se souvient de la Parole des Evangiles : « Je suis le Pain, je suis la Vie… Je suis venu mettre le Feu au sein des choses… ».

Enfin, il est incontestable que ce Nom Divin est à même d’unir la totalité des Martinistes dispersés par le Monde, quelle que soient leur religion ou leurs croyances philosophiques. Et comme tel il est donc facteur d’unité.

Enfin, il est aussi vrai que l’Islam révère comme prophète « sidna Issa », le Seigneur Jésus. Et le Coran nous dit que : « Il n’est que deux êtres que l’aile de Saïtan n’a point touché : Jésus et sa mère ». Et que de ceci : « L’Ange dit à Marie : Dieu t’annonce son Verbe. Il se nommera Jésus ; le Messie, fils de Marie, grand en ce monde et dans l’autre et le confident du Très-Haut » (Coran, IV, 40).

« Dieu dit à Jésus : je t’enverrai la Mort, et je t’élèverai à Moi. Tu seras séparé des infidèles. Et ceux qui t’auront suivi seront élevés au dessus d’eux, jusqu’au jour du jugement » (Coran, IV, 48).

L’Hindouisme moderne, en son ordre de Ramakrishna, connaît la méditationsur le Seigneur Jésus. Et cela au même titre que celle sur Krishna ou Shiva.

Le Bouddhisme peut y voir l’avatar d’un de ses bodhisattvas, très probablement d’Avalokitesvara, celui de la Miséricorde.

Outre ces aspects, la Théosophie y voit le Logos de notre système solaire.

Enfin, les kabbalistes y voient évidemment un des Noms du Mashiah, le Messie.

Il n’est guère que le Magisme rationaliste, voire athée, qui ignore (volontairement) sans doute, la toute puissance du Nom du Réparateur, comme le nomme la Tradition martiniste du XVIII° siècle.

Mais n’oublions pas que ce courant rassemble fréquemment les éléments lucifériens de l’occulte.

Et ceci justifie cela.

Source : http://www.esoblogs.net/1236/notes-sur-le-nom-ieshouah/

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Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824)

21 Janvier 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Introduction

Il me semblait important si ce n'est de rendre hommage, tout au moins de mieux connaître en cette avant dernière tenue avant l'année 2000 de l'ère vulgaire ce constructeur, cet " instituteur " du RER que fut J.B. Willermoz.

Evidemment, la démarche n'est autre que pédagogique .Nous avons connu et connaîtrons encore des travaux autrement plus enthousiasmants et personnels.
Mais il me semble que, après quelques années passées dans cette respectable Loge, les choses ont été faites parfois à l'envers , tout au moins dans un certain désordre, les plus anciens faisant fi bien involontairement des avancées des plus jeunes. Ainsi, nous conversons aisément des M DE Pasqually, des différents rites, et autre Willermoz que l'on ne rencontre que dans les encyclopédies les plus fouillées. Ce travail contient l'ambition modeste de mieux pouvoir mieux appréhender et définir le RER en s'appuyant sur des faits .La place faite à l'interprétation a été réduite à la portion congrue ; Alice Joly fit montre en l'occurrence de beaucoup de rigueur, même si parfois transparaissent un certain engagement et une hauteur de vue un peu plus originale. C'est ainsi que nous pouvons ressentir de sa part une évidente prudence quant à l'approche des thèses martinézistes en général et une indéniable sévérité sur le personnage de Martinez de Pasqually en particulier. Son regard sur Willermoz est beaucoup plus conciliant ; si l'Edificateur du RER y est décrit comme un être persévérant et intègre, son ambition personnelle transparaît au fil de la lecture. JBW n'était pas homme à partager le pouvoir ;mais il était tenace dans la recherche de ce qu'il appelait " le Secret " , convaincu qu'il était de son existence caché. On m'a affirmé qu'Alice Joly ne faisait pas parti de notre Fraternité ; il me semble que c'est un avantage puisqu'à aucun moment du livre, JBW n'ait été raillé, voire déformé. Le souci d'objectivité de l'auteur n' a fait que me conforter dans le choix du livre. C'est d'ailleurs le frère Hervé Adamzak, P Maître de la Respectable Loge Le Sillon à l'Orient de Gravelines qui me conseilla cet ouvrage.

Le but de cette planche n'est autre que celui de pouvoir travailler sur notre Rite si beau, le Vrai rite du Voyage dans le Temps. Le RER est le rite Puissant par la capacité de conduire le maçon au rêve , à la spiritualité, à la méditation, à la découverte de son Ego véritable qui, une fois Révélé retourne à la Terre après s'être épanoui auprès des autres Hommes . L'Histoire est donc le passage obligé pour une appréhension plus fine de nos travaux.

La grande question est :
" que devons faire de la Tradition ? Comment la faire évoluer sans attenter à son intégrité originelle ? "

Alice Joly fut l'épouse d'Henri Joly, conservateur de la Bibliothèque de Lyon. Son travail date de 1936 ; ne s 'appuyant que sur les archives généreusement prêtées par les descendants de Willermoz, elle a tracé un portrait précis et clair du fondateur du RER.

Au fil d'un travail de synthèse, je dois avouer que le Bien  Aimé Jean- Baptiste ne laisse pas indifférent et la source d'informations que contient ce livre est tout simplement unique quant à l'approche du RER ; il est l'ouvrage de base de la vie de ce grand Lyonnais.

Plusieurs points seront à remarquer :
Alice Joly ne s'intéresse que très peu et ce à l'instar de JBW aux événements extérieurs : peu de trace de l'Histoire de France du XVIII siècle.
JBW vécut 94 ans ; il a donc survécu à la France de Louis XV , de LOUIS XVI, à la Révolution, au premier Empire et même à la Restauration. Mais c'est comme si les éléments historiques n'avaient que peu d'emprise sur lui ; aucune influence du Temps n'est venue troublé son entêtement, cette persévérance extraordinaire (au sens propre du terme ).

JBW est un homme attachant qui ressemble à beaucoup d'entre nous. Il n'est pas de Haut rang, mais il représente le Maçon qui cherche sans cesse, qui vit des aventures , qui s'enflamme, qui se brûle les ailes avec , il est vrai, un sens de l'ordre et un goût pour le pouvoir assez prononcé. Vous découvrirez aussi un sens aigu pour la diplomatie .JBW sera l'Homme du consensus. Le RER n'est autre que l'Harmonie de pensées différentes, que la réunion de courants divers .
Il n'a qu'un Vrai Désir , du Courage et de l'Intelligence. Le but de sa Vie est la recherche du Secret Maçonnique qui conduira à l'établissement d'une Maçonnerie épurée symbolisant la société parfaite.

JBW avance inexorablement sur son chemin avec beaucoup d'émotions. Il ne peut être Le Modèle pour le Maçon,
tant son obstination à chercher ne constitue que sa seule et unique raison d'exister.

Pourtant, Etre maçon n'est pas un état de fait, un don du Hasard ou du Ciel. Nous ne pouvons accepter , et pardonnez moi mes Frères de mon insistance, d'avaler 2 fois par mois notre " Becquée Maçonnique ", sans autre satisfaction que celle d'avoir reçu sans jamais rien donner . Le message de JBW est celui de la persévérance dans le travail et dans la réflexion.
VM, j'ai presque envie d'implorer votre patience, car chacun ne trouvera son plaisir dans ce travail de synthèse, mais à coup sûr enrichira son approche du RER par un voyage aux sources de la FM :. Traditionnelle.
Que le Grand Architecte vous soit en aide pour parvenir au but de vos travaux !

1745 : Claude Catherin Willermoz père, marchand mercier donne son fils Jean - Baptiste en apprentissage à Antoine BAGNION , commerçant en soierie à Lyon.
Jean - Baptiste fait partie d'une famille de 13 enfants.
1750 : J B est reçu Franc - Maçon donc à l'âge de 20 ans
. En 1803, il affirmait qu'à l'époque de sa réception, il n'y avait qu'une seule loge à Lyon. Quel était le nom de cette loge ? Ni Casanova (initié à Lyon ) , ni Willermoz ne nous ont transmis le nom de cette Loge ancienne (Petit Elu ? L'Amitié ? )

Dans ses écrits , il traite avec dédain cette Loge, dégoûté qu'il était de l'indiscipline et de la frivolité qui régnaient dans la F M . JBW était attiré par le désir de suivre une certaine mode de fraternisation entre des membres de sociétés différentes, mais plus que tout un motif plus puissant l'avait conquis : le prestige du secret maçonnique.
Les premiers rituels apprenaient à l'Apprenti et au Compagnon la Légende du Temple de Salomon (mais aussi l'histoire d'Hiram , le mot de grade Jéhovah que conserve la Bibliothèque de Lyon ).Faut - il rappeler que la fraternité maçonnique était à cette époque avant tout l'idée toute chrétienne que tous les hommes également rachetés par le sang du Christ sont par cela même EGAUX ?

JBW espérait découvrir le Vrai secret, le sens de la parole perdue transmise aux plus dignes à travers les âges. Une révélation devait se cacher sous ces apparences compliquées et quelque part , il existait des Frères qui en étaient instruits. A 22 ans , JBW remplace le VM qui avait quitté Lyon. Epris d'ordre et de sérieux, il fonde en 1753 avec 9 de ses amis " La Parfaite Amitié " (JBW fut élu VM le jour de la ST Jean Baptiste en 1753 ).Forte de 50 membres , la Loge se fait reconnaître en 1756 par la Grande Loge de France sous la présidence du Comte de Clermont. En 1760, les 3 Loges de Lyon ( La Parfaite Amitié (30) , L'Amitié ( 20) , Les Vrais Amis (12) ) s'unirent à l'instar de Paris. Les 3 VM déclaraient fonder une Loge supérieure destinée à garder les archives et à surveiller le bon fonctionnement de l'Ordre dans la région lyonnaise . La Loge prospère sans histoire ou presque ( on note toutefois l'exclusion d'un dentiste nommé Hébert , l'accueil controversé du frère Zobii, Prince héréditaire dans l'Arabie Heureuse qui n'était qu'un aventurier ou l'indélicatesse du frère Legris qui profitait de sa fonction de trésorier pour offrir à quelques individus de basse classe une réception scandaleuse aux grades Symboliques, suivie d'un dîner peu frugal et dirons nous trop fraternel !JBW fut le GM de la Loge Mère pendant les années 1762 - 1763. Il devient ensuite Garde des Sceaux et archiviste.

Il avait le souci de l'ordre, avait (dixit Alice Joly ) une nature double, mélange de réalisme pratique et d'idéalisme mystique.

En 1760, la Grande Loge de Lyon reconnaissait officiellement 7 grades (Apprenti ,Compagnon , Maître , Maître Elu , Maître Parfait , Maître Ecossais et chevalier d'Orient ).
En fait , la GL de Lyon déclaraient en connaître 25.La liste contient , après les 3 grades symboliques quelques variétés du grade de Maître : Illustre parfait, Irlandais , Secret, Anglais, Favori, puis venaient les titres d'Elu :
Maître Elu, second grade d'Elu , Elu Suprême
.Ces grades illustraient les circonstances de l'arrestation et du supplice de Jacques de Molay . Le cérémonial exploitait la vengeance des Maçons avec " le mauvais goût le plus parfait " (tentures, rubans noirs, accessoires menaçants ou lugubres , poignard, cercueil , cadavres de carton , cœur d'animaux, peinture rouge simulant le sang ).D'autres grades développaient l'histoire du Temple de Jérusalem, leurs rituels attribuant l'Ordre de la Maçonnerie aux successeurs d'Hiram , surtout à ses sages protecteurs et reconstructeurs du Temple de Salomon après la captivité du peuple d'Israël. Descendants supposés des sages israélites, les Franc-maçons devaient s'attendre à trouver dans le secret maçonnique quelque trace de la science d'Israël. C'est à ce désir que s'efforcèrent de répondre les " fabricateurs " des rituels dits Ecossais. Les traits les plus caractéristiques recueillies par la F Maçonnerie furent de vagues principes de calcul cabalistique, l'importance attaché au sens symbolique des nombres et surtout cette croyance que le Nom divin, le Tétragramme Sacré était pour l'Initié un instrument de miracle. Le grade suprême était en 1761 celui d Chevalier de St André .

A cette époque , Lyon considérait les révélations alchimico - cabalistiques comme le sommet de la science maçonnique. JBW analyse son état d'esprit dans une lettre écrite au Baron Von Hund ( Steel Maret : Archives secrètes) :
" Depuis ma 1ère admission dans l'ordre , j'ai toujours été persuadé qu'il renfermait la connaissance d'un but possible et capable de satisfaire l'honnête homme. D'après cette idée , j'ai travaillé sans relâche à la découvrir ; j'y ai trouvé nombre de systèmes tous plus singuliers les uns que les autres. "

En 1761, un échange de lettres le met sur la piste d'un mystère à éclaircir : une Echelle symbolique à 7 échelons . La Loge de Metz possédait le secret de la Grande tradition .Les Frères de la Loge de Lyon ne comprenait rien à cet emblème indispensable . JBW va donc profiter de ses relations d'affaires avec Meunier de Précourt qui va lui confier le secret contre un bénéfice simplement matériel. Il lui envoie le catéchisme de grand Inspecteur Elu avec des explications que peu de personnes possèdent ( délit d'Initié ? ).
" …les Francs Maçons sont les descendants des Chevaliers du Temple et plus particulièrement de ceux qui, connaissant le secret du Grand Œuvre ont contribué à procurer à leur Ordre tant de richesses fameuses. JBW avait encore à apprendre que le but de l'ordre était de venger la mort inique de Jacques de Molay. L'échelle mystérieuse que devait gravir le postulant symbolisait les 7 conditions que Philippe le Bel auraient imposées à Bertrand de Got pour le faire pape. L'échelle était présentée comme un symbole moral représentant les vertus que devaient acquérir un Parfait Maçon. La vengeance que l'on devait exercer n'était dirigée que contre un ennemi tout spirituel : le Péché. Meunier de Précourt n'ignorait pas que son secret vînt d'Outre Rhin. Il cite les Chevaliers Teutoniques et les Rose - Croix allemands comme les intermédiaires entre l'ordre du Temple et la F Maçonnerie. Il sait que des Rose - Croix existent encore en Allemagne et qu'ils sont dépositaires de " mille secrets merveilleux ".Le nom de Rose Croix avait vivement excité la curiosité du siècle précédent. Il paraît être tiré de romans moitié philosophiques, moitié romanesques attribués à Valentin ANDRAE , professeur de Tubingue au début du XVII ème. Ces livres décrivaient une société d'hommes sages et parfaits , dépositaires d'une science cachée. En Angleterre et en Allemagne, de nombreux petits cénacles qui pratiquaient l'Alchimie l'adoptèrent ( en France , peu de gens s'intéressèrent sauf peut - être Descartes , avec insuccès ). Pierre - Jacques Willermoz, frère de JBW , s'était dépensé fiévreusement à essayer de faire de l'Or ( beaucoup de déboires et d'échecs ).

En 1766 , des intrigues se développèrent. Des disputes n'empêchaient nullement
La G Loge de France de continuer d'étendre en province sa juridiction sur le plus grand nombre de Loges possibles. Elle s'efforçait de restreindre la prolifération des Hauts Grades. Devant ces prétentions, la Grande Loge de Lyon des Maîtres Réguliers se fâcha. Ils firent signifier par l'Abbé Rosier leur rupture entière. Le 27 décembre 1766, au lieu de célébrer la St Jean d'Hiver, les Maçons en vinrent aux mains. La police mit fin au désordre en interdisant les réunions de la Grande Loge par un Edit. L'interdiction de se réunir fut respectée.
En 1767, JBW eut connaissance d'un nouveau système maçonnique. Bacon de la Chevalerie l'entretint d'une société nouvelle. Son chef était un certain Don Martinez de Pasqually qui habitait Bordeaux.

La vérité de la doctrine de M D Pasqually se trouvait démontrée dans des faits réels dont les initiés seraient les témoins privilégiés . Ce phénomène est appelé " Passes ". JBW accepta de faire la connaissance du G Maître de l'Ordre et s'y faire recevoir quel qu'en fut le prix. Il entra donc dans la F Maçonnerie des Chevalier Maçons Elus Coens de l'Univers à Versailles.
L'émotion suffit à convaincre Willermoz (seul à genoux, Don Martinez de Pasqually le prit par les épaules puis versa des larmes de joie sur le visage de JBW ).Qui était ce Don M de Pasqually ?

Don M de P de La Tour reste un personnage énigmatique. D'après Foratier , il était juif au moins de famille et de culture, bien que dûment baptisé, d'origine espagnole (famille d' Alicante ) , quoique né à Grenoble .

JBW revint à Lyon avec le grade de commandeur d'Orient et d'Occident , ayant accepté la fonction d 'Inspecteur général de l'Ordre. M de P. est décrit assez sévèrement par Alice Joly comme un médiocre grammairien, ne possédant que superficiellement les commentaires talmudiques , l'Ancien testament , les thèmes cabalistiques ainsi que quelques notions d'hébreu, mais ce qu'il savait , il le savait de tradition et l'exprimait avec une conviction entraînante. Il apportait à ces français catholiques du XVIII un écho de la vie mystique des communautés juives, écho autrement original et vivant que les quelques notions décousues qu'ils avaient pu trouver dans les rituels écossais. A Joly le dépeint également comme un homme singulier, capable de ce mélange de spiritualisme et de fallacieuses prétentions, de convictions et de hâbleries, d'orgueil et de petites habiletés qui viennent de son double caractère.

Le but de l'association est purement mystique. Les espérances que M D P apportait à ses disciples sont tout à fait détachés de tout matériel profit. Il se défendait de pouvoir leur donner un autre pouvoir que celui que leur accorderait la miséricorde de Dieu, car par suite de la faute originelle, l'Homme ne peut rien par lui - même et ne mérite que châtiment. Cependant , grâce à une méthode efficace dont il a le secret, il leur apporterait la possibilité de retrouver l'Etat de Gloire pour lequel l'Homme a été créé. L'Homme n'a qu'à Vouloir, il aura Puissance et Pouvoir. C'est un pouvoir total auquel, malgré l'humilité des formules, doivent arriver les Réau - Croix. Ils deviendront des Hommes - Dieu créés à la ressemblance de Dieu et Dieu les inscrira sur ce registre des Sciences qu'il ouvre aux hommes de désir.

En 1768 , JBW se fit recevoir Réau - Croix Apprenti. Après de multiples tentatives destinées à s'élever dans les Hauts grades des élus Coens, à la suite de multiples questionnaires directs destinés à mieux maîtriser le cérémonial, JBW est en proie au doute . M de P se dérobe , évite les précisions, se réfugie dans l'humilité et un semblant d'ignorance ; il évoque un mystérieux chef de l'Ordre des Coens que trop d'insistance risque d'effaroucher et dont il n'est que l'instrument. Pourtant , l'Ordre s'accroît : 5 nouveaux Frères ont à Lyon délaissé la F M régulière. Ils attendaient de JBW organisation et doctrine. Mais ce dernier ne possédait rien et restait livré à leur décevante attente, ce qui l'irrita au plus haut point. M de P avait des dettes. Il fit solliciter mes plus riches de ses disciples afin de pouvoir éviter le Tapage de ses créanciers.
Cette attente de connaissance, c'est Louis Claude de St Martin qui lui offrira de sa correspondance l'occasion de s'y imprégner et de s'y ordonner.
" …La chute originelle a été générale .La révolte des êtres spirituels a précédé celle de l'Homme. Dieu avait créé ceux - ci pour célébrer sa gloire, mais les ayant émanés de lui, il les avait faits distincts et libres et les avait placés dans un premier cercle où ils lisaient clairement et avec certitude ce qui se passait dans la divinité. Cette contemplation ne leur ayant pas suffi à tous , ni le soin des causes secondes qui leur étaient dévolues , certains voulurent égaler Dieu dans leur volonté criminelle. En punition, Dieu créa l'Univers pour être leur prison, " lieu fixe où ces esprits pervers avaient à agir, à exercer , en privation toutes leurs malices ". L ' Univers créé , Dieu émana un être qui devait en être le gardien et le Maître : l'Homme. Venu après les premiers esprits, il leur était pourtant supérieur de par la Volonté divine : Homme Dieu et Réau - Croix véritable.
Il était le maître de l'Univers et de ses 3 parties : l'Univers , la Terre , le Particulier (comprenant tous les esprits terrestres et célestes). L'Homme primitif était donc le Maître des bons et des mauvais anges. L'Homme aussi était libre et fut grisé de sa puissance. Son choix le porta à entrer dans le plan démoniaque au lieu de suivre le plan divin. Son esprit enfanta le mal. Il essaya d'égaler Dieu. Sa prévarication répète celle des êtres spirituels.
Le résultat fut une forme matérielle qui ressemblait à sa forme glorieuse , mais avec le défaut d'être passive et sujette à la corruption. Le malheureux Adam avait , par son orgueil, opéré la création de sa propre prison. La punition ne se fit pas attendre. Dieu le transmua dans cette enveloppe impure qu'il avait créée et ainsi , au lieu de posséder une postérité spirituelle, en associant sa volonté à celle de son créateur, il n'eut qu'une postérité d'hommes impurs et passifs. Il fut aussi précipité du paradis terrestre, couche glorieuse qui était son domaine , sur la terre qu'il dominait autrefois, pour y habiter comme le reste des animaux. Selon M de P , la chute de l' Homme fut possibles parce que Dieu est au dessus des causes secondes et par là au dessus du Bien et du Mal. Don Martinez tient beaucoup à préciser le libre Arbitre de tous ces êtres émanés ; il insiste sur ce thème , car pour lui , l'Homme ne jouit guère que d'un seul pouvoir : sa VOLONTE. La pensée provient à l'Homme d'un être distinct de lui ; si cette pensée est sainte , elle provient d'un esprit divin, si elle est mauvaise, elle provient d'un démon.

Il ne reste à l'Homme que le choix. Quant à l'œuvre de la Réintégration proprement dite dans ses premières " propriétés, vertus et puissances ", elle dépend évidemment tout d'abord de la volonté de Dieu. En accordant à Adam le pouvoir de faire pénitence , en acceptant son repentir, Dieu lui a fait une très grande faveur ; sans cela le malheureux serait resté " mineur " entre les " mineurs démoniaques ". Il lui était permis d'expier et de pouvoir commencer l’œuvre de réconciliation.

Mais la réintégration n'est pas chose si simple. Il faut à l'homme non seulement une volonté bien dirigée dans les sens de la volonté de Dieu, mais l'aide de ses êtres spirituels intermédiaires, puisque le malheureux " mineur " , empêtré dans la matière, ne peut connaître la volonté de son créateur que par personnes interposées. Il lui faut résister aux attaques du démon : ces êtres pervers ont envers lui une conduite atroce ; la forme de l'homme les excite particulièrement, car elle leur rappelle le pouvoir qu'il avait autrefois. Il font donc l'impossible pour que le " mineur " ne retrouve pas une partie de sa grandeur passée, en devenant " mineur spirituel " et par là , leur maître. La religion ; ce moyen de réconciliation doit donc nous mettre en mesure de communiquer avec les esprits purs et dominer les impurs, afin de nous tenir le plus près possible du Créateur. Il y a dans la théorie de M de P. toute une série de réconciliateurs dont les sacrifices furent acceptés par le Seigneur, pour effectuer le Salut du genre humain : Abel , Enoch, Noé, Isaac, Jacob, Moïse , et surtout SALOMON .

Pour M de P., l'avènement du Christ est le point culminant de ces réconciliations successives et que sa religion est supérieure à toutes les autres. Le malheur veut que les hébreux aient, par des apostasies répétées, perdu le sens vrai du sacerdoce , et que les prêtres chrétiens , tout comme les prêtres israélites, soient en train d'en faire de même et d'oublier la religion de l' " Etre Régénérateur Universel ". M de P. considère en effet que seuls , quelques sages ont le monopole de la vraie religion. Ils sont élus par le seigneur pour la conserver et la transmettre par tradition secrète. Il se disait lui - même Elu. La doctrine de M de P. comprenait une arithmétique et une géométrie mystique qui permettait au Coen de se guider dans le monde des apparences. L es formes matérielles du monde ne devaient être pour lui qu'un aspect trompeur dont la science secrète de son maître décrivait la réalité toute immatérielle. Une cosmologie très précise dessinait même le tableau de l'univers imaginaire où s'était passé le drame de la chute des esprits purs et celle de l'homme où se situait à présent l'œuvre de la réintégration. Il se divisait en 4 zones principales :

1) l'Immensité Divine
2) l'Immensité surcéleste
3) l'Immensité céleste
4) l'Immensité terrestre

Le soleil, la lune, les planètes étaient réparties en différents cercles plus ou moins loin de l'Immensité divine, selon la vertu ou la malignité des esprits qui y habitaient. Ce système complexe, quel que soit son originalité propre, vient des travaux occultes juifs, comme ces commentaires de la Bible viennent du Talmud. C'est une religion étrange qui empruntait les plus antiques traditions et les combinait avec les nouveautés à la mode de la F Maçonnerie.

JBW ne s'en détachera jamais. Il avait espéré en cette révélation avant de la connaître. Certes, pour une part modeste, il contribua à la faire naître en insistant pour recevoir écrites, codifiées, transformées en corps de doctrines, les vaticinations de Don M de Pasqually de la Tour.
Mai 1772 : M de P. quitte Bordeaux pour St Domingue espérant récupérer une donation très importante. De l'autre côté de l'Atlantique, il envoyait toujours conseils , directives , promesses de manuels d'instruction. Avant de partir, il avait délégué son pouvoir à Bacon de la Chevalerie qui procédera à l'Initiation de 5 nouveaux Réau – Croix supérieurs dont Louis Claude de St Martin et JBW.
Ce dernier se désintéresse de plus en plus de la doctrine des Elus Coens .
Un net regain pour la F M régulière se fait jour (retour aux sources ). Pour JBW, le temple des Elus Coens restait une petite chapelle construite sans ciment. JBW rêvait de plus amples édifices et de plans mieux conçus. Justement, après la mort de son G Maître, les partis ennemis s'étaient réconciliés (pour la petite histoire , c'est le futur Philippe Egalité qui accepte la nomination).
Le 15 avril 1772, la G Loge des Maîtres Réguliers se réunit. C'est une résurrection. JBW reprend son activité d'Archiviste et de Chancelier. Les députés représentants la Loge de Lyon à Paris sont 2 de ses amis : l'Abbé Rosier et Bacon de la Chevalerie. JBW aura une très grande influence dans les griefs et aspirations transmises par les 2 Frères au sein du Grand Orient qui commençait sa carrière. La préoccupation de JBW de trouver la société la meilleure dans le meilleur des mondes maçonniques possibles est si vive que certainement il devait se sentir inquiet de revenir, avec ses amis au sein d'une société, dont il blâmait le peu de sérieux, la frivolité , le vide. Aussi se jette - il plein d 'espoir dans une correspondance avec la Loge de La Candeur de Strasbourg qui attire l'attention, en Allemagne , d'une forme maçonnique qui avait tous les avantages et toutes les perfections. 200 loges au moins, au nord de l'Allemagne, bien recrutées et bien disciplinées, s'étaient astreintes à un travail de plus de 10 ans pour perfectionner leur société (princes hommes de talent ). JBW a 42 ans ( le meilleur des âges certainement) ,et il va s'empresser de demander son affiliation. Mais ces informations de la Loge de Strasbourg s'avéraient inexactes (80 loges seulement, pas de princes allemands) Pourtant JBW est enthousiaste et écrit au Baron Von Hund G Maître de l' Ordre de La Stricte Observance. Ce dernier ne lui répondra qu'au bout de 3 mois ou plutôt Weiler ( homme prudent ; tout le contraire d'un esprit sentimental et mystique ). La lettre, outre les conditions drastiques quant à l'autorisation d'affiliation comportait suffisamment de précisions sur le but que se proposait de rétablir l'Ordre, " sans charlataneries ", celui de rétablir l'Ordre du Temple de Jacques de Molay.

Vexé de tant d 'arrogances, JBW n'entendait pas être traité aussi cavalièrement pour un si mince avantage. Il écrivit une longue lettre le 10 avril 1773 où il formulait son indignation. Pourtant, il s'efforça d'accélérer les formalités. Le F Weiler lui adressa toutes sortes d'explications rassurantes : le but de la réforme allemande sous le nom de la Stricte Observance devait s'accorder on ne peut mieux avec les devoirs de chacun, quelle que fût sa religion, son souverain , sa loi sociale et ses devoirs d'état. Elle ne tendait qu'à assurer le bien - être des individus. En juillet 1774 , après bien des problèmes, la Loge lyonnaise de la Stricte Observance vit le jour. JBW ne se désintéresse pas pour autant de la doctrine des Coens, qui en dépit des apparences reste l'affaire majeure. Il reste d'ailleurs un Réau - Croix très zélé, s'occupant activement de ses disciples. Le seul point noir reste l'impossibilité de réussir les " passes " qui l'assureraient de sa réintégration et de ses qualités de " mineur spirituel ".Cet insuccès lui ôte toute assurance. Depuis un an maintenant, Louis Claude de St Martin a pris pension chez JBW. Il y écrira " des erreurs et de la Vérité " sous le pseudonyme du Philosophe Inconnu. Les 2 hommes cohabiteront en toute harmonie.

JBW, fort peu doué pour l'Illumination Intérieure et la méditation, plus capable de juger les faits que les idées, est attaché d'une façon toute formaliste à la doctrine de Don Martinez…,mais son tempérament actif, organisateur, son amour de la perfection, lui font rechercher un système mieux ordonné, plus puissant qui formera pour sa foi un cadre idéal. Il mène de front des projets divers , parce qu'il désire grouper le plus grand nombre de maçons possible dans le meilleur des mondes maçonniques. St Martin n'avait le souci ( dixit A Joly ) que de lui - même. En vrai mystique, il n'était véritablement intéressé que par ce qui pouvait contribuer à enrichir sa Vie Intérieure.

Juillet 1774 : Weiler arrive à Lyon pour entreprendre la rectification, selon les rites allemands, du groupe de Frères que JBW avait réunis (20 frères = 17 séances en 1 mois ).Les F. reçurent leur nom d'ordre en latin (mode de l'époque de tout latiniser), avec des armes, une devise et une inscription latine (JBW = Baptista ab Eremo ).Le repas se fait sous la forme d'un rituel précis ; Weiler compliqua à plaisir la discipline qu'il imposait aux néophytes lyonnais ;il avait compris dès ses premières lettres cet amour de l'ordre qui va jusqu'à la manie de son disciple de Lyon. Le 10 Août JBW est initié dans l'Ordre de La Stricte Observance Templière. Le 20 septembre , M de Pasqually meurt à ST Domingue.

Après le départ de Weiler, JBW se voit le nouveau Maître des destinées de l'Ordre dans le vaste territoire qui lui était confié ; il répondait à cette ambition secrète, ce désir d'augmenter son influence personnelle, à ce goût de diriger qu'il dissimulait aux autres comme à lui - même , sous les dehors d'une humilité appliquée. Tout était à créer ou presque : son activité inlassable pouvait se donner libre cours. On donna à la Loge le nom de " Bienfaisance ". Seulement, la " Bienfaisance " n'a qu'une existence fictive ; elle fonctionnait mal, les réunions étant très rares et peu suivies. JBW déplorera cette indifférence lamentable et dessinera de sa loge un tableau assez piteux. Les réunions étaient rares et peu suivies. Les devoirs de charité et d'Aide Sociale étaient le but ostensible de l'Ordre (Ordre des Hospitaliers ).Malheureusement, il y loin de la théorie à la pratique ; le 25 juin 1775, les Frères, pour palier aux différents manques de solidarité se contentèrent de nommer un Frère Elémosynaire. L'argent leur faisait défaut. Les frais de réfectoire étaient lourds, les frères négligents manquaient le repas sans prévenir (dixit dans le texte ), certains oubliaient de payer leurs cotisations…Bientôt, JBW va se brouiller avec Louis Claude de St Martin qui vivait sous son toit depuis 2 années. Ce dernier ,qui fut le véritable Maître à penser de JBW et également un très grand écrivain (le Philosophe Inconnu : livre de haute volée littéraire :L' Homme de Désir ), lui reproche sinon une demi - trahison à l'Ordre des Elus Coens . N'en était ce pas , en effet que de donner à l'enseignement Cohen une dimension maçonniquement œcuménique. Car c'est bien à cela que JB Willermoz va s'employer .

Martines de Pasqually avait entendu fonder une société ésotérique indépendante, exclusive, non pas un rite maçonnique proprement dit destiné à englober le plus grand nombre possible de loges. Il n'avait pas recherché l'alliance des systèmes écossais, pourtant florissants. Il n'avait élaboré aucun scénario relatif à la manière dont ses connaissances étaient parvenues jusqu'à lui .Mais Willermoz aspirait à une place de choix dans la Maçonnerie ésotérique dont tout l'enseignement symbolique ne fait qu'illustrer la théorie martinésiste, c'est le Rite Ecossais rectifié.

Willermoz réunit en un convent, dit convent des Gaules (Lyon 1778 ), les 3 directoires français rectifiés à l' Allemande, pour leur demander d'homologuer son nouveau rite. Tous trois se trouvèrent pratiquement en marge du contrôle de la Stricte Observance Templière. Le RER gagna tout de suite un nombre grandissant de maçons : dans les 4 années qui suivirent , il fit des progrès en Suisse, en France, en Italie. Au mois de juillet 1782, un grand convent maçonnique se tint à WILLEMSBAD, dans la Hesse ; il adopta globalement le RER. Mais pour des raisons diverses, certains grades ne furent définitivement rédigés que sous l'Empire (1808 1809 ). Le convent de W. dépassa en importance le cadre maçonnique pour influer sur l'histoire des idées politiques, philosophiques et religieuses dans la seconde moitié du siècle en Europe.

A la fin du XVIII e siècle, le RER pénétra en Allemagne, mais dans quelques Loges seulement ; Il eut également une grande influence en Russie où il est appelé " martinisme " en raison des ressemblances avec la doctrine de MD Pasqually.

A la mort de JBW (1824 ), les membres du RER se dispersèrent et disparurent peu à peu, mais d'autres en Suisse, reprirent sa tradition. Une étude attentive de l'histoire de notre rite à travers le XIX siècle et le XX siècle montrerait comment des hommes ont voulu rester fidèles aux principes spiritualistes et au symbolisme de la F M Mystique, malgré une politisation favorisée par l'unification maçonnique, sous l'égide du Grand Orient, dans les premières années du siècle.
Le RER qui s'était surtout maintenu en Suisse, où il est toujours solidement représenté, fût réveillé en France grâce à Camille Savoire et Edouard de Ribeaucourt, ce qui aboutit à la constitution d'une obédience nouvelle, qui prit le nom en 1945 de G loge Nationale Française.
A la suite d'une scission fut créée, une autre GLNF dite Opéra.

Esprit formaliste, plus capable de juger des faits que des idées, Willermoz ne fut pas dépourvu de vanité ni d'ambition. Toutefois, on peut dire qu'il atteignit une assez haute spiritualité et que sa largeur de vue était peu commune. Il se montra doué autant pour la méditation et pour l'illumination Intérieure que pour l'organisation ou l'administration. La révolution a failli être fatale à son œuvre ; mais on le considère toujours comme l'un des plus grands personnages de l'histoire maçonnique. Le symbolisme du Temple de Salomon, auquel Willermoz a conféré une des plus belles significations dans l'Occident moderne , demeure la pierre angulaire de son œuvre philosophique.

J'ai dit. source :
www.ledifice.net

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Histoire du 1er RPIMa

20 Janvier 2013 , Rédigé par 1er RPIMa Publié dans #Forces spéciales

1 - Georges Bergé, le fondateur

Avez-vous des hommes ?
J'en aurai.
Avez-vous des instructeurs, un camp d'entraînement, des moyens ?
J'en aurai. Face à l'amiral Muselier, commandant les forces aériennes françaises libres, le capitaine Georges Bergé se raidit dans sa certitude. Dans sa poche, une simple feuille dactylographiée : son projet de création d'une compagnie de parachutistes. Un mot, un seul, écrit de la main du général de Gaulle, le remplit de joie : « d'accord ». Nous sommes le 15 septembre 1940. Le 29 septembre l'ordre général numéro 765 stipule :

« A compter du 15 septembre 1940 est créée la 1re Compagnie d'Infanterie de l'Air des Forces Françaises Libres. Elle est commandée par le capitaine Bergé ».

La foi inébranlable de Georges Bergé ouvrira la porte à la formidable épopée des parachutistes SAS de la France Libre.
Mais qui est Bergé ? La trentaine, de taille moyenne, trapu et tout en muscles. De son origine gasconne il garde une incroyable ténacité et une certaine malice.
Une immense volonté perce au travers de son regard. Ayant embrassé la carrière militaire, issu de l'école de St Maixent, le lieutenant Bergé a très vite compris l'intérêt de l'arme parachutiste alors à ses balbutiements. Volontaire pour la 601e compagnie de l'air, il doit, le cœur déchiré, quitter en juillet 1937 cette unité suite à une banale opération de l'appendicite. Le voici donc inapte définitif à l'arme aéroportée sans avoir jamais connu l'ivresse d'un premier saut.

En 1939, au début des hostilités, il combat dans les rangs du 13e Régiment d'Infanterie de Nevers. Le 18 juin 1940, capitaine à titre temporaire, il est blessé à trois reprises au cours d'une résistance désespérée qu'il mène dans la région d'Arras à la tête de son unité.

En convalescence à Mimizan dans les Landes, il entend le 17 juin le dramatique message du maréchal Pétain, mettant fin aux hostilités. Le bouillant Gascon ne peut se résoudre à la défaite. Il s'embarque à St Jean de Luz sur un bateau polonais et le 23 juin 1940 il est à Londres.

2 - Premières missions en France

La 1re Compagnie d'Infanterie de l'Air (1re CIA ) comporte moins de trente hommes à la mi-octobre 1940. Issus de toutes les armes ou jeunes évadés de France, ils entament dans les camps britanniques un rude apprentissage de commandos et de parachutistes. Un premier contingent est breveté parachutiste le 25 décembre, puis un autre le 21 février. Dans la nuit du 14 au 15 mars 1941, une équipe de cinq hommes, dont Bergé, est parachuté près d'Elven dans le Morbihan. C'est la mission Savanah, première opération en France occupée. Le 5 avril, Bergé rejoint l'Angleterre à bord du sous-marin Tigris. Un second parachutage a lieu dans la nuit du 11 au 12 juin 1941. Cette opération, Joséphine B, vise la destruction de la centrale électrique de Pessac en Gironde. Elle est une totale réussite. La preuve est ainsi faite de l'efficacité de ces premières « opérations spéciales ». Le 1er mai 1941, l'effectif de la 1re CIA atteint la centaine d'hommes.
Un centre français de préparation d'agents clandestins, la Station 36, est ouvert. Il est alors décidé en juillet de scinder la compagnie en deux parties : une section restera affecté à la Station 36 et formera des agents clandestins sous contrôle du Bureau Central Renseignements Action (BCRA). Deux sections, sous les ordres de Bergé, sont destinées à l'action directe en uniforme. Elles prennent l'appellation de 1re Compagnie Parachutiste qui est rattachée à l'Armée de Terre.

3 - SAS Brigade

 

   

Le long voyage : le 21 juillet une cinquantaine de parachutistes embarquent sur un paquebot britannique transformé pour l'occasion en transport de troupes, le Cameronian. 46 jours de mer pour atteindre Durban en Afrique du Sud. Puis encore l'Océan indien et la Mer Rouge pour finalement débarquer à Suez vers la mi-septembre 1941. Par la route ensuite, ce fut Haïfa, puis Beyrouth par le train, puis enfin Damas où, le 15 octobre 1941, la compagnie repasse sous le contrôle de l'Armée de l'Air sous l'appellation de 1re Compagnie de Chasseurs Parachutistes (1re CCP).

Bergé fait reprendre l'entraînement, s'agite en tous sens pour mener ses hommes au combat. Il fait la connaissance à Damas du lieutenant Jordan, qui deviendra son fidèle adjoint. Enfin il obtient satisfaction et, le 31 décembre, la compagnie fait mouvement sur l'Egypte.

David Stirling, le seigneur de Kabrit

C'est au camp de Kabrit, sur la rive occidentale du canal de Suez que Bergé fait la connaissance du créateur des Special Air Service (SAS) britanniques, le capitaine David Stirling. L'homme est Ecossais, âgé de 26 ans, totalement anticonformiste. De ses 1,98 mètres, il dirige depuis peu la SAS brigade, issue de ses propres conceptions. Le nom est pompeux puisque environ 80 hommes forment l'unité. Mais le concept est révolutionnaire. Les hommes sont soumis à un examen préliminaire avant d'être acceptés. Leurs compétences sont variées et complémentaires. Elles vont de la mécanique aux transmissions, en passant par l'étude des armes étrangères, la navigation de nuit,les connaissances médicales, les explosifs.. Des modules hautement qualifiés de quatre hommes sont ainsi créés. Les missions dévolues sont uniquement stratégiques. Il s'agit d'effectuer des raids dans la profondeur du dispositif ennemi, d'attaquer les centres vitaux, les terrains d'atterrissage, les voies d'approvisionnement et, si l'occasion s'y prête, de recruter, entraîner et armer des éléments de guerrillas locales. Les facteurs « ruse » et « surprise » sont primordiaux. Les SAS doivent être capables d'utiliser tous les moyens de transport, du parachute au sous-marin.

Entre Bergé et Stirling le courant passe instantanément. Les Free French sont acceptés. La brigade passe à 130 hommes.

Who dares Wins (Qui Ose Gagne)

Désormais le French SAS Squadron a trouvé les motifs d'espérer. Ses hommes portent l'insigne du SAS, poignard ailé arborant la devise Who Dares Wins. Ils regardent avec envie le « badge » récompensant les missions menées : une paire d'ailes égyptiennes bleu azur brodées de fil d'argent. L'occasion de combattre va leur être donnée.

Crète

Dans la nuit du 14 au 15 juin 1942, le désormais commandant Bergé avec une équipe de cinq hommes : Mouhot, Sibard, Léostic, le capitaine anglais Jellicoe et le lieutenant Grec Pétrakis débarquent sur les côtes de Crète. Leur mission est de détruire les avions se trouvant à Héraklion et qui, par leurs actions de bombardement sur les convois ravitaillant l'île de Malte, risquent de faire capituler ce pion essentiel allié en Méditerranée. Winston Churchill accorde la plus grande importance à cette mission. Plus de 20 avions sont détruits. C'est une réussite malgré la mort au combat de Pierre Léostic, âgé de 17 ans et la capture du commandant Bergé, de Sibard et de Mouhot: Malte est sauvée.

La guerre du désert

Dans le même temps, en juin et juillet 1942, Stirling lance les SAS contre une dizaine d'aéroports en Cyrénaïque. Après des infiltrations sur les arrières ennemis de plusieurs milliers de kilomètres, les SAS attaquent. Les mitrailleuses Vickers des jeeps font merveille. Plusieurs dizaines d'avions explosent. La victoire est totale mais amère. Les SAS paient leur courage et leur témérité. Le 27 juillet 1942, l'aspirant André Zirnheld, pour ne citer que lui, tombe mortellement blessé par les tirs d'un avion ennemi qui a repéré sa jeep. Plus tard, dans ses papiers personnels, on découvrira un texte qui deviendra la prière des parachutistes :

« Donnez-moi mon Dieu ce qu'il vous reste.
Donnez-moi ce qu'on ne vous demande jamais ».

Les SAS poursuivent le combat sans relâche. Les opérations combinées se poursuivent jusqu'en septembre 1942 avec les attaques de Tobrouk et Benghazi. Désormais, le capitaine Jordan assure le commandement du French Squadron et une deuxième compagnie est créée à partir de la 1re compagnie qui rentre en Angleterre.

En janvier 1943, la 2e Compagnie Parachutiste S.A.S. se bat en Tunisie. Elle force la trouée de Gabès et effectue 34 destructions sur la voie ferrée Sfax-Gabès.

Dans ces derniers combats, le major Stirling et le capitaine Jordan sont capturés. Ils rejoindront le commandant Bergé dans un camp de prisonniers en Allemagne.

4 - Bataillons du ciel

La nouvelle brigade SAS

En novembre 1943 sont créés, les 3e et 4e Bataillons d'Infanterie de l'Air (BIA). Regroupés en Ecosse en janvier 1944, ils vont désormais s'entraîner en prévision de la Libération du sol national. Intégrés à la nouvelle brigade Special Air Service (SAS), composée des 1er et 2e SAS britanniques et de la Compagnie de parachutistes belges indépendante, ils seront, sans encore le savoir, les premiers soldats alliés à toucher le sol de France.

Le 11 mai 1944, le Lord maire d'Edimbourg remet au 4e BIA le drapeau commun des SAS avec l'appellation Forces Aériennes et sur lequel sont inscrites les batailles suivantes : Crète 1942, Libye 1942, Tunisie 1943.

Une nuit avant l'aube

Dans la nuit du 5 au 6 juin 1944, les premiers parachutistes du 4e BIA sautent sur la Bretagne avec pour objectif d'empêcher les forces allemandes de remonter vers la Normandie, lieu de l'opération Overlord. Quatre sticks organisent les bases de Dingson et Samwest. Le premier tué de la Libération sera le caporal Bouétard. Dix huit autres sticks (les cooney-parties) sèment la confusion dans le dispositif ennemi, frappent sans discontinuer convois et infrastructures. Entre le 9 et le 17 juin, le reste du bataillon est parachuté dont son chef le commandant Bourgoin, ancien de Tunisie où il a laissé un bras. Tendresse britannique : son triple parachute est tricolore. Le 4e BIA perdra un quart de son effectif en Bretagne. Des anciens de Libye, comme l'adjudant basque Itthuria, ne verront que l'aube de la Liberté. Les terribles combats du maquis de St Marcel verront combattre au coude à coude maquisards et SAS.

Pour sa part le 3e SAS, sous les ordres du commandant Château-Jobert dit Conan, agit début juillet en Vendée, en Maine et Loire et en Charente. Ils tiennent le front nord de la poche de la Rochelle, multipliant les attaques et les sabotages. Ce seront entre autres les opérations Dickens et Moses. En août, ce sera l'opération Derry dans le Nord Finistère.

La conquête

Dans un élan irrésistible, en avant des forces alliées, les SAS vont s'infiltrer, par jeeps ou par parachutage dans toute la France. On les retrouve sur la Loire, dans le Centre, en Bourgogne, dans la vallée du Rhône. Partout ce ne sont que combats de rencontre, destructions de ponts, de routes, harcèlements d'une folle audace comme ce 4 septembre 1944 à Sennecey le Grand en Saône et Loire où le capitaine Combaud de Roquebrune à la tête de quatre jeeps attaque un convoi dans le village. Il y tue trois cents Allemands mais est mortellement atteint ainsi que ses hommes au cours du second passage dans le village.

Le 1er août 1944, les 4e et 3e SAS se sont transformés en 2e et 3e Régiment de Chasseurs Parachutistes. Le 11 novembre, sous l'Arc de Triomphe, le 2e RCP est cité à l'ordre de la Nation et reçoit la croix de la Libération. Son drapeau reçoit les inscriptions Bretagne 1944 et France 1944. En octobre, les deux régiments sont regroupés à Epernay et Esternay. Tous les parachutistes portent désormais le béret amarante des aéroportés britanniques, offert pour leur bravoure au combat. Du 30 décembre 1944 au 11 janvier 1945, le 2e RCP participe à la contre offensive américaine dans les Ardennes belges. Il libère le village de St Hubert en Belgique et reçoit l'inscription sur son drapeau : Ardennes Belges 1945.

Hollande, le dernier combat

En février 1945, les deux régiments sont regroupés à Owell-Park en Angleterre. Ils pansent leurs plaies et instruisent les jeunes résistants incorporés. Dans la nuit du 7 avril, ils sont parachutés en Hollande avec pour mission de désorganiser le dispositif allemand avant l'attaque du 2e corps d'armée canadien. Cinquante deux sticks sont largués sur 19 zones de saut. C'est l'opération Ahmerst. Deux sticks, à trente kilomètres l'un de l'autre, encerclés, ont refusé de se rendre. Leurs pertes sont lourdes : sept brulés vifs et quatorze blessés. Une nouvelle inscription ornera la soie du drapeau : Hollande 1945.

5 - Indochine : le sang des bérets rouges

Demi-brigade de parachutistes SAS

Le 8 mai 1945, l'Allemagne capitule. Comme à chaque fin de conflit il convient de dissoudre des unités et de rendre à la vie civile les engagés « pour la durée de la guerre ».

Les unités parachutistes passent définitivement sous le contrôle de l'armée de terre. Le 3e Régiment de Chasseurs Parachutistes (3e RCP) est dissous et le lieutenant-colonel de Bollardière prend le commandement du 2e RCP qui se regroupe à Tarbes. Le drapeau reçoit le 27 septembre la fourragère aux couleurs de la Légion d'honneur et est décoré de la Bronze Star Medal US ainsi que de la croix de guerre belge. Quelques années plus tard, en 1950, la Bronzen Leew Hollandaise viendra s'y rajouter. Entre février et avril 1946, deux bataillons SAS sont créés et constitués à 70% d'anciens des 2e et 3e RCP ainsi que d'anciens du 1er RCP. Ils sont immédiatement embarqués pour l'Indochine où ils formeront, en juillet 1946, la Demi-Brigade de Parachutistes SAS. Cette unité prendra pour emblème le drapeau officiel créé en juin 46 par le Service Historique de l'Armée de Terre (SHAT) pour le 2e RCP. Entre le mois de février 1946 et celui de juillet 1948, deux citations sur la croix de guerre des Théâtres d'opérations extérieures viendront récompenser les parachutistes SAS.

Les parachutistes coloniaux

La guerre d'Indochine s'intensifiant et le système des relèves d'unités devant se rôder, le commandement décide dès l'hiver 1947, la création d'un groupement aéroporté colonial au sein de la grande unité qu'est la 25e Division Aéroportée (25eDAP). Après de multiples controverses, l'Etat-Major des Armées (EMA) tranche le 13 août 1948 prévoyant la création pour le 1er octobre à Vannes, en Bretagne de la Demi-Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes. Le colonel Massu en prend le commandement.L'insigne de manche sera la « Chimère » bleu azur sur fond amarante. A partir de cette date, la relève des bataillons d'Indochine est assurée. Ce ne sont pas moins de 13 bataillons, formés à Meucon, à Quimper, et à Saint Brieuc qui iront combattre en terre indochinoise. Sur les plis de leurs fanions, des dizaines de citations à l'ordre de l'armée témoignent de leur bravoure. Dans des combats sans merci contre un ennemi fanatisé, les parachutistes coloniaux écrivent avec leur sang les plus belles pages de l'arme parachutiste. Les noms de Mao Khé, Tu Lé, Bien Hoa, Lang Son, That Khé, Na San, Dien Bien Phu . sont synonymes de sacrifices. Anéantis, recréés, de nouveau détruits, leur histoire est connue de tous. Ils ont pour nom le 1er , le 2, le 3, le 5, le 6, le 7, le 8 sans oublier les Bawouan qui tombèrent en chantant la Marseillaise. Une pensée particulière va au 1er Bataillon de Parachutistes Coloniaux, dernier bataillon parachuté dans la « cuvette » dans la nuit du 2 au 3 mai 1954. Sans oublier aussi le sergent-chef Prigent dit le Mousse du « 6 ». Parachuté en Bretagne en 1944, il avait miraculeusement survécu au peloton d'exécution allemand. Il est mort comme combien d'autres.
En 1950, le général de Linares remet la fourragère aux couleurs de la croix de guerre des Théâtres d'Opérations Extérieurs (TOE) sur le drapeau de la demi-brigade.

La fin d'un empire

Les accords de Genève en milieu de 1954 mettent fin au conflit indochinois. Les troupes françaises rejoignent la métropole.
La demi-brigade quitte Vannes pour Bayonne et Mont de Marsan fin 1953 début 1954. En février 1955 elle devient Brigade de Parachutistes Coloniaux. Elle reçoit sur son drapeau l'inscription : « Indochine 1946-1954 ». Le 14 juillet de la même année, le président Coty le décore de la croix de la Légion d'honneur.
La brigade assure alors la formation et la relève des personnels des régiments de parachutistes coloniaux qui combattent en Algérie où ils stationnent.

En février 1958, elle devient Brigade Ecole de Parachutistes coloniaux et se voit attribuer un nouveau drapeau avec cette inscription.
En 1960, elle devient Brigade de Parachutistes d'Infanterie de Marine. Les régiments retrouvent également leurs appellations de troupes de marine, celles créées par le cardinal Richelieu et qui en plusieurs siècles d'histoire ont servi à travers les océans sur les cinq continents.
Entité administrative, la BPIM se meurt doucement, poussée par le vent de l'histoire. En 1962, elle sera dissoute.

6 - "Qui ose gagne"

« Le régiment c'est l'homme et l'homme c'est le régiment » David Stirling

Avant que la brigade ne se meure, le 1er Régiment de parachutistes d'infanterie de Marine (1er RPIMa) est créé à Bayonne le 1er novembre 1960. Son premier chef, le colonel Moulié est également le dernier SAS en activité à le commander. En octobre 1962, il reprend le drapeau de la Demi Brigade Coloniale de Commandos Parachutistes (DBCCP) avec les souvenirs des SAS et ceux des parachutistes coloniaux.
Bayonne, sa garnison, deviendra le passage obligatoire pour tout engagé parachutiste. Sur les traces des anciens, les jeunes parachutistes verseront leur sueur dans les montagnes basques. L'entrée de la Citadelle par la porte Royale, en petite foulée, est déjà un souvenir impérissable des bérets rouges à ancre d'or. Les douves se prêtent bien aux diverses pistes du risque, aux parcours de tirs et aux démonstrations d'explosifs. Ainsi va le 1er RPIMa dans son rôle d'instruction jusque dans les années 1975. Mais l'armée change. La professionnalisation touche les régiments. Des stages nationaux sont créés pour les cadres et militaires du rang. Les unités assurent elles-mêmes les préparations.
Alors débute pour le régiment une profonde mutation qui le mènera peu à peu à s'orienter vers le renseignement et l'action. La création du Groupement Opérationnel dans les années 1974-1980 ouvre la voie à de nouvelles techniques. Les anciennes sont réactualisées avec des moyens et des procédures nouvelles. Ce nouveau groupement devient discret sans être secret. Il garde une profonde expérience coloniale en s'investissant dans de nombreuses missions d'assistance à des pays frères africains. Il intervient en tête de dispositif dans diverses opérations sous forme de commandos, particulièrement entraînés et autonomes.

En 1991, lors de la guerre du Golfe, il forme un groupement de commandos d'action dans la profondeur qui intervient en Irak sous les ordres de son Chef de Corps, le colonel Rosier.
Au cours de la prise d'As Salman, le sergent Schmitt et le caporal-chef Cordier sont tués. Plus de vingt hommes sont blessés. Une troisième palme sur la croix de guerre des Théâtres d'Opérations Extérieurs (TOE) vient décorer le drapeau qui lui a été confié le 26 janvier 1981.

En 1992, la création du commandement des opérations spéciales fortifie le 1er RPIMa dans ses missions héritées des SAS. Le domaine RAPAS (Recherche AéroPortée et Actions Spécialisées) en fait un régiment sans équivalent dans l'armée de terre.
En juillet 1997, il quitte la 11e Division Parachutiste pour intégrer le Groupement Spécial Autonome qui deviendra deux années plus tard le Commandement des Forces Spéciales Terre et en 2002, la Brigade des Forces Spéciales Terre (BFST) où aux côtés du Détachement ALAT des Opérations Spéciales (DAOS) et du 13e Régiment de Dragons Parachutistes (13e RDP), il poursuit inlassablement ses missions.

Depuis sa création, la liste des interventions auxquelles le 1er RPIMa a participé est longue. Le monde entier reste son champ d'action. Citons sans chronologie les noms qui fleurent bon l'aventure mais également le sang et les larmes : Tchad, RCA, RCI, Zaïre, Congo, Bosnie, Kosovo, Comores, Yémen, Niger, Cambodge, Afghanistan ..

Ainsi, fidèle à son héritage SAS colonial parachutiste, sous la devise « Qui Ose Gagne », le 1er RPIMa est résolument tourné vers l'avenir et sa place, au sein de l'Armée de Terre, est à nulle autre pareille.

 
 

Source : http://www.rpima1.terre.defense.gouv.fr/

 

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Mali : comment fonctionnent les forces spéciales françaises

20 Janvier 2013 , Rédigé par AFP Publié dans #Forces spéciales

Ces unités d'élite sont en première ligne pour ce type d'opération.

Elles combattent en première ligne, mobilisent ce qu'il reste de l'armée malienne et fuient les médias, surtout audiovisuels : les Forces spéciales (FS) sont au coeur de l'engagement français au Mali. Un reporter de l'AFP a rencontré cette semaine certains de ces soldats de l'ombre qui attendaient à Markala, à 270 km au nord-ouest de Bamako, l'arrivée de la première colonne blindée des forces régulières françaises à quitter Bamako pour le nord du Mali.

A condition de ranger l'appareil photo, deux d'entre eux ont donné quelques éléments sur leur mission : d'abord remobiliser des soldats maliens en déroute face à l'offensive des groupes islamistes, qu'ils auraient été dans l'impossibilité d'arrêter sans l'aide des soldats français descendus des avions et des hélicoptères. « Régiment malien... Ouais, si on veut » dit l'un des deux membres des FS. « En fait il n'y a qu'une poignée de courageux qui, quand les barbus attaquent, tiennent une demi-heure et filent ».

Technique et armement moderne

Quand ils sont arrivés, il y a presque une semaine, les forces spéciales françaises ont pris contact avec les soldats maliens qui n'avaient pas fui et leur ont assuré qu'ils n'étaient plus seuls, que des renforts arrivaient. Ils ont été aidés en cela par la campagne aérienne intensive, qui a non seulement arrêté la progression des jihadistes mais a détruit la plupart des bases et des dépôts d'armes des forces islamistes, faisant des dizaines de morts dans leurs rangs.

Et quand il a fallu engager le combat au sol, les Français, leur technique et leur armement moderne ont fait la différence. Quand les premiers Français sont arrivés, tout a changé » a confié à l'AFP le capitaine Cheichné Konaté, de l'armée malienne à Markala. « Le capitaine Benjamin et ses hommes ont été formidables », dit-il, évoquant le premier groupe de FS arrivés dans la région. « Ils nous ont aidés à reconstituer des défenses compactes. Des hommes qui étaient partis sont revenus. Sans eux, c'était fini pour nous ici ».

Souplesse et capacité d'improvisation

Même s'ils ne sont pas nombreux, les membres des FS disposent d'un appui aérien puissant, qui leur permet d'engager le combat avec des forces bien supérieures. « C'est à l'image de ce qui s'est passé en Afghanistan en 2001 avec des poignées de Special Forces américaines envoyés auprès de l'alliance du Nord contre les talibans », rappelle l'ancien chef d'un service français de renseignement, qui demande à rester anonyme. Ces soldats barbus à casquettes, immédiatement entrés dans la légende militaire américaine, montaient à cheval, demandaient qu'on leur parachute des selles et de l'avoine et désignaient, avec leurs pointeurs lasers, les cibles d'Al Qaïda et des talibans aux chasseurs-bombardiers américains.

« On emploie les forces spéciales dans ce genre de situation, quand il y a urgence et que l'on sait que l'on pourra compter sur leur souplesse, leurs capacités d'improvisation », ajoute la même source. « Des unités régulières, plus structurées, organisées, qui ont l'habitude de faire les choses d'une certaine façon auraient plus de mal à s'adapter », selon elle.

Galvanisation et formation

A Markala, les FS ont garé leurs jeeps surmontées de mitrailleuses et leurs 4x4 civils devant l'un des bâtiments d'une base. Comme toujours, ils côtoient les unités classiques qui s'installent, leur servent de guides, coordonnent leurs actions mais ne se mélangent pas à elles. Ils agissent souvent de nuit, discrètement, n'obéissant qu'à leur chaîne de commandement même si les forces régulières sont prévenues de leurs actions pour éviter les méprises. « C'est ce que l'on appelle l'assistance opérationnelle » précise Eric Dénécé, directeur du Centre français sur le renseignement, auteur de plusieurs ouvrages sur les FS.

« Dans ce rôle ils galvanisent, forment, encadrent et accompagnent au combat des forces amies. Ils savent travailler en petites équipes et, grâce à leur soutien aérien, ont un effet multiplicateur. Leur présence conforte et rend plus efficaces des forces locales qui elles connaissent le terrain, c'est primordial ».

Source : http://www.lesechos.fr

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Caïn et Abel, épreuve de la fraternité

20 Janvier 2013 , Rédigé par T\ M\ Publié dans #Planches

J’avais annoncé en premier titre de ce travail Caïn et Abel, échec de la fraternité. Cependant l’annonce faite, un F m’interrogea sur échec ou épreuve ; il venait de corriger le titre et orienter ce travail. Caïn et Abel épreuve de la fraternité.

La question de la fraternité est une question vieille comme la Bible. La Bible est traversée d’histoires de fraternité. Avec le 1er fratricide, c’est l’accent sur la difficulté à coexister qui est mis en avant. La Bible montre que ce sont dans des affaires de sang, de pouvoir et de métaux que se joue la coexistence.

Mon travail s’articule en trois points :

 1 Les Traditions,

 2 Commentaire de Gen4,

 3 Rapprochement à la démarche maçonnique.

CAIN ET ABEL GENESE 4

1 L'homme connut Éve sa femme. Elle devint enceinte, enfanta Caïn et dit: " J'ai procréé un homme, avec le Seigneur. "
2
Elle enfanta encore son frère Abel. Abel faisait paître les moutons, Caïn cultivait le sol.
3 A la fin de la saison, Caïn apporta au Seigneur une offrande de fruits de la terre;

4
Abel apporta lui aussi des prémices de ses bêtes et leur graisse. Le Seigneur tourna son regard vers Abel et son offrande,
5 mais il détourna son regard de Caïn et de son offrande. Caïn en fut très irrité et son visage fut abattu.

6
Le Seigneur dit à Caïn: " Pourquoi t'irrites-tu ? Et pourquoi ton visage est-il abattu ?
7 Si tu agis bien, ne le relèveras-tu pas ? Si tu n'agis pas bien, le péché, tapi à ta porte, te désire. Mais toi, domine-le. "
8 Caïn parla à son frère Abel et, lorsqu'ils furent aux champs, Caïn attaqua son frère Abel et le tua.
9 Le Seigneur dit à Caïn: " Où est ton frère Abel ? " - " Je ne sais, répondit-il. Suis-je le gardien de mon frère ? "
10 " Qu'as-tu fait ? reprit-il. La voix du sang de ton frère crie du sol vers moi.

11
Tu es maintenant maudit du sol qui a ouvert la bouche pour recueillir de ta main le sang de ton frère.
12 Quand tu cultiveras le sol, il ne te donnera plus sa force. Tu seras errant et vagabond sur la terre. "

13
Caïn dit au Seigneur: " Ma faute est trop lourde à porter.
14
Si tu me chasses aujourd'hui de l'étendue de ce sol, je serai caché à ta face, je serai errant et vagabond sur la terre, et quiconque me trouvera me tuera. "
15 Le Seigneur lui dit: " Eh bien! Si l'on tue Caïn, il sera vengé sept fois. " Le Seigneur mit un signe sur Caïn pour que personne en le rencontrant ne le frappe.

16
Caïn s'éloigna de la présence du Seigneur et habita dans le pays de Nod à l'orient d'Éden.
25 Adam connut encore sa femme, elle enfanta un fils et le nomma Seth, " car Dieu m'a suscité une autre descendance à la place d'Abel, puisque Caïn l'a tué ".
26 A Seth, lui aussi, naquit un fils qu'il appela du nom d'Enosh. On commença dès lors à invoquer Dieu sous le nom de Seigneur.

Le texte de Genèse 4 présenté ici est celui de la traduction œcuménique de la Bible. Nul ne peut prétendre épuiser les significations de l’Ecriture, ni les élucider. Nous pouvons noter que selon les différentes traductions, les variations peuvent être d’importance.

1. Cependant des idées fortes se dégagent selon les Traditions :

La tradition juive ancienne développe des commentaires de lecture morale et explique qu’à ce stade de l’humanité, l’anéantissement d’un individu représente une catastrophe. Aucun homme ne peut prétendre vivre de manière autarcique et que l’inter dépendance constitue un des éléments fondamentaux de la vie en société.

La tradition chrétienne néo testamentaire noircit le personnage de Caïn. Jean 3.12 « Caïn était du mauvais et égorgea son frère. Et à cause de quoi l’égorgea t’il ? Parce que ses œuvres étaient mauvaises et celles de son frère justes ». Les siècles suivants verront le délestage du texte biblique de son sens moral au profit d’un sens second, christologique à la coloration anti-juive.

Interprétations gnostiques. C’est ici la notion d’un dieu inférieur, le démiurge qui sera le violeur d’Eve et le père de Caïn et Abel, ignorants et imparfaits, porteurs ainsi une vision pessimiste du monde. Seth fruit lui de l’amour d’Adam et Eve marquera le début d’une descendance non corrompue, victoire du pouvoir de Dieu.

Réflexions musulmanes. Issues de la sourate 5. « Il se trouva de bonnes raisons pour tuer son frère et il le tua. » L’interprétation fera apparaitre la querelle fratricide comme le prélude du refus que les hommes opposeront aux envoyés de Mahomet.

L’Occident Médiéval chrétien marquera une évolution vers un récit fondateur de civilisation. Maitre Eckart retiendra le fait que Caïn et Abel représentent les deux tendances de l’homme plus que l’opposition entre deux types d’hommes. » Les deux fils, le bon et le méchant signifient notre double nature, sensuelle et rationnelle : la nature sensuelle nous pousse vers le mal, c’est l’aliment du péché et le désir charnel. La nature rationnelle nous pousse vers le bien, c’est la voix de la conscience ».

La vision de Luther : Caïn et Abel, le juste et l’hypocrite. Quand on présenta pour la 1ere fois son fils à Martin Luther (1483-1546), il l’embrassa et dit : » Dieu combien Adam dut aimer Caïn, le 1er homme qui soit né ! Et le voila devenu assassin de son frère ! Honte à toi Caïn ! Pour Luther dieu renverse le cours des choses, la promesse ne s’adressait pas à Caïn mais à Abel, et marque le début de l’existence de deux Eglises, la vraie et celle des méchants... Caïn n’est pas damné en fonction de son œuvre mais de son impiété. Luther se reconnait en Abel, il préfère l’autorité divine à celle de l’Eglise caïnite du Pape.

Ensuite au 19°siècle, c’est plutôt Caïn qui inspire, il est l’étendard de la révolte, des rebellions antireligieuses : Byron, Baudelaire « Race de Caïn, au ciel monte, et sur la terre jette Dieu ! », Leconte de Lisle » Celui qui m’a conçu ne m’a jamais souri ! » Hugo lui fera de Caïn la figure germinative du vaste enchainement de ténèbres vivantes qu’est l’histoire humaine. « Pour vous assassiner, justes, l’homme a toujours entre les mains assez du 1er fratricide… ».

Aujourd’hui, l’identité d’Abel représente tout ensemble Jésus et Israël, et plus largement encore toutes les victimes de la violence meurtrière.

Aux lectures traditionnelles lues au fil des époques, il convient de rajouter des lectures d’orientation kabbalistiques qui s’inspirent des noms hébreux, ou alchimiques. Caïn est différent d’Abel dès la naissance. « Elle acquis un homme avec le Seigneur. Elle donna aussi le jour à Abel ». Il n’est pas acquis avec Dieu, il est le fils de sa mère. Différence de principe. Caïn, Qayin, signifie acquérir, Abel, Hevel signifie le souffle .L’ancrage et le mouvement. Sans Abel, Caïn n’est rien, il va juste survivre, mais privé d’âme. La création ne subsiste que par la complémentarité des principes. La postérité humaine se fera par Seth, qui deviendra le Père de l’homme Gen 4.25. Les quatre lettres, quatre consonnes phonétisées mais imprononçables du Tétragramme sacré sont Yod, He, Waw, He, elles ne sont ni un pluriel ni un singulier mais un masculin-féminin. Masculin pour Yod et Waw, Féminin pour He. Le Tétragramme, c’est Père-Mère , principe male, principe femelle.

L’être fondamental est androgyne. Puis selon Gen 1.27 : « Dieu créa l’homme à son image, homme et femme il les créa. » ce qui n’est pas contre dit par Gen 2.22 « Puis de la cote tirée de l’homme, Dieu façonna une femme et l’amena à l’homme ». Un Adam androgyne image de l’androgyne primordial. Dans le jeu des lettres hébraïques Abel, HEVEL contient le He féminin, et Caïn Qayin contient le yod masculin, comme pour Abram qui recevra le HE et deviendra Abraham GEn 17.5 » ton nom sera Abraham, car je te fais père d’une multitude »

Une lecture de Caïn et Abel qui les fait complémentaires de principes avant tout, ce que pourrait traduire l’image de Basile Valentin dans l’AZOTH du Rebis alchimique, matière double exactement équilibrée, au compas en main droite et équerre en main gauche. Vertu aurifique d’Abel.

2.  Suivons maintenant le texte de GEN 4

Le crime, ce meurtre fondamental est une des conséquences de la chute d’Adam et Eve. Il est l’explication totale : le malheur humain suit l’expulsion du lieu idéal où le crime n’existait pas. En Eden la médiation est inutile. Le sacrifice, l’offrande procédera de l’existence d’une distance entre Dieu et les humains, c’est l’aspiration à rétablir la relation.

En 4.1, Eve pense déjà avoir rétablit la relation : » j’ai acquis un homme avec le seigneur » Caïn est le sauveur d’Eve après la Désobéissance. Caïn l’acquis est reconnu, Abel le souffle, aucune louange ne l’accueille, il est ajouté à Caïn. Caïn est lié aux objets, au sol, Abel lui est en charge d’êtres vivants. Abel est régi par le principe de vie, il développe une vertu d’amour.

Viennent ensuite les offrandes. Il faut renouer la relation, faire acte d’allégeance. C’est Caïn qui a l’initiative de l’offrande et qui semble vouloir l’approbation de Dieu. Abel l’imite.

Dieu choisit l’offrande d’Abel. Dieu ne compare pas les offrandes, il indique un choix, un standard. Le troupeau d’ABEL, évoque lui la vie. Caïn réduit le monde au produit de son travail. L’offrande d’Abel choisie provoquera la colère de Caïn. Pour lui, YAHVE a commis une injustice. Caïn ne pouvant assouvir sa vengeance contre Yahve, va se retourner contre Abel. Abel n’est plus le frère, il est le rival. Dieu invite pourtant Caïn à dominer son sentiment de jalousie. Caïn découvre sa fragilité, sa peur d’être menacé par le droit d’autrui à exister ; peur fondamentale de l’humanité.

Caïn comme Adam ne saura pas renouveler le défi, le meurtre sera consommé. Il va éliminer son frère sans comprendre que la simple acceptation de son inconsistance serait elle-même bénédiction. Caïn ne reconnait pas sa faute et se transforme en accusateur. Sa réponse insolente signifie c’est toi Dieu qui n’a pas veillé sur mon frère, c’est toi qui l’as tué. Caïn se place en irresponsabilité, il lui est impossible d’émerger à lui-même. Abel meurt donc, l’Eternel ne la sauve pas. C’est bien à l’homme de veiller sur son frère. Responsabilité de l’un à l’autre, présence de l’un à l’autre.

Survient alors la parole de repentance, demande d’aide à l’Eternel. Caïn ignorant l’interdit du meurtre, Dieu refuse la peine de mort au nom de la vie. Si Caïn a échoué à garder son frère, Dieu gardera Caïn par le signe mystérieux.

EVE dit en GEN 4.25 « Dieu m’a accordé une autre descendance ». La postérité humaine passera ensuite par Seth ancêtre de Noé.C’est ce que dira EVE en GEN 4.25 « Dieu m’a accordé une autre descendance ». Seth signifie le refus de l’alternative entre bourreau et victime. Seth est l’émergence de l’humain dans l’être, il dépasse les limites d’Abel.

Ainsi le récit biblique de GEN 4, n’oppose pas seulement deux frères mais s’attache à éveiller à travers cette histoire notre propre responsabilité envers autrui, condition pour partager l’existence.

Comment Abel, le souffle, l’inconsistant, le second, ce vaniteux peut il prétendre à la bénédiction ? Cette vision de la vanité d’Abel est la notre, à tous. Caïn avait besoin d’Abel pour être complet, il devait être le gardien de ce souffle frère. Notre avenir dépend de l’acceptation de ce souffle qui est en nous et hors de nous. Le point de départ est la constante négation de l’Abel en nous. Nous sommes tous des meurtriers d’Abel, des gardiens de notre frère.

3 .Rapprochons maintenant la lecture de GEN 4 de notre démarche initiatique, de notre engagement maçonnique, chemin de vie, sculpture de soi. La Lumière que nous recevons et qui nous crée FM, est cette Lumière vers laquelle nous voyageons, retour au Principe. Principe créateur porteur du plan, postulat du sens au monde et à la vie. Il est de notre nature d’être obsédé par l’Insaisissable, Principe d’une Recherche, pas d’une Révélation. Différence de la Parole perdue et de la parole révélée. Le volume de la Loi Sacrée n’est pas la traduction de la Parole divine, il est le symbole de la Tradition, de l’histoire commune de l’humanité et qui doit être interprété sous l’angle de l’équerre et du compas, de la droiture de pensée et d’action, ainsi que de la justice. Construire et vivre une humanité apaisée exige l’amélioration de soi par une recherche constante sur notre propre nature et aussi mieux comprendre la nature de l’autre, sans qui nous ressentons que nous ne pouvons être nous même. La FM est une école de vie, une école à être où nous apprenons de Caïn et Abel à être le gardien de l’autre, de l’autre partie de soi-même. La possibilité de l’initiation, c’est rassembler ce qui est épars, c’est reconstituer l’intégralité de son être.

Ecole à être, école à veiller aussi. Etre l’appui, le soutien sur lequel et grâce auquel l’autre voit plus loin. Etre passeur de liberté par le don. Caïn donne avec la main, Abel offre avec le cœur, Caïn donne ce qu’il a, Abel offre ce qu’il est. Le rituel d’instruction au 1er et 3° degré : » Etes vous FM ? » » Mes FF me reconnaissent comme tel. La fraternité est d’abord une reconnaissance. Caïn n’a pas reconnu Abel. Le meurtre pouvait stériliser l’humanité comme la mort d’Hiram pouvait faire péricliter la construction de notre édifice. Les origines du grade de MM peuvent être rapprochées de Caïn et Abel.

Trois tuent Hiram, et trois refont l’unité du Maitre. Le maitre meurt par trois et renait par trois. Comme les deux frères doivent devenir trois par Seth pour refaire leur unité, l’accord avec Dieu, les trois principaux officiers de la Loge relèvent le Maitre. Notre mort symbolique, qui porte notre naissance spirituelle nous permet de refaire notre unité totalité. Le relèvement du Maitre se fait donc par l’action de trois, les cinq points parfaits de la Maitrise et la communication du mot sacré. Prise de Mains en griffe, rapprochement des pieds, des genoux, des cotés puis attraction des cœurs par appui des mains dans le dos, les cinq points parfaits fondent une réanimation successive pour sortir de la dualité du temps. La communication du mot sacré, mot substitué devient le souffle de revitalisation, reflet du souffle de vie d’Abel.

Les assassins d’Hiram, les mauvais compagnons porteurs de l’ignorance, le fanatisme et l’ambition sont des FF jaloux du salaire des MM comme Caïn, concentré des mêmes métaux, pouvait l’être de l’offrande d’Abel.

Les hommes perdent au 3° degré Hiram l’architecte, ils perdent ainsi le lien à la Grande Architecture, au Principe. C’est là la vocation des MM, la construction, la création ; l’homme est à l’image de Dieu, l’humanité est en charge du monde et doit le construire. La parole primitive fécondante est perdue avec la mort du Maitre, il faut une parole substituée et la faire revivre. La faire revivre passe par une élévation, le redressement du corps du Maitre.

Le FF entre dans le Temple à reculons, on l’amène au meurtre. Il remonte aux origines, à Caïn et Abel, s’affranchit-il du temps ? Il doit être reconnu innocent avant de se retourner. Après avoir enjambé le corps dans le cercueil, le FF prendra la place du MM dans le cercueil. L’un remplace l’autre, Maitre Hiram doit devenir un avec le nouveau Maitre. Les deux frères représentent la complétude d’Abel et Caïn. Dualité qui se résorbera dans l’unité du centre : le maitre devient le miroir pour tous les disciples à venir de leur être en devenir.

L’humanité entreprend une quête sans fin, la Parole n’est pas retrouvée une fois pour toutes, c’est une pensée vivante qui ne peut être figée et dont nous devons rassembler les éléments.Caïn et Abel, épreuve de la fraternité

Le nouvel Hiram, comme Seth, devient le germe d’une nouvelle humanité. Ainsi la violence primordiale ne définit pas l’échec de la fraternité, elle en est bien l’épreuve, épreuve toujours renouvelée comme le disent ses quelques mots :

Ici dans ce transport, moi Eve, avec mon fils Abel, si vous voyez mon fils ainé, Caïn fils d’Adam, dites lui que je… le poème n’est pas terminé, il est rapporté par Dan PAGIS, déporté à Auschwitz. Eve mère de tous les vivants, subit le même sort que son fils Abel. Elle est avec lui dans le wagon qui l’emmène au camp de la mort. Caïn a abusé de sa force, Caïn a obéit aux ordres.

L’histoire de l’humanité exige la plus grande vigilance, pour tous les Caïn que nous pouvons être.

TVM, j’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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