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Hauts Grades

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Je vous crée, constitue et reçois, Apprenri Franc-Maçon, premier degré du REAA

15 Janvier 2013 , Rédigé par Henri B Publié dans #Planches

Mes Frères Apprentis, en frappant à la porte du Temple vous avez manifesté votre désir d'être admis aux "mystères et privilèges de la Franc-Maçonnerie".
Vous étiez sans doute soucieux de vous affranchir des limites d'un monde profane marqué par le matérialisme, un appauvrissement de la spiritualité et la perte du Sacré et vous aspiriez à une vie intérieure plus intense.
Cherchant à aller plus loin, vous tentiez d'apporter une réponse aux questions fondamentales sur votre nature et votre destinée et vous pressentiez que seul un effort de dépassement de vous-même rendrait possible l'accès aux états multiples de votre être, et vous ferait mieux comprendre votre dimension originelle.
Hommes « nés, libres et de bonnes moeurs » guidés par votre destin, à la recherche d'un équilibre, d'un dialogue avec vous-même et avec les autres, vous souhaitiez répondre à cet appel profond en vous engageant dans une démarche de spiritualité à l'image de celle proposée par un Ordre Initiatique et Traditionnel.
Ainsi au sein de l'atelier maçonnique vous alliez recevoir la Lumière, « naître une seconde fois », selon un processus mettant en oeuvre un riche symbolisme et grâce au vécu d'un Rite constitué de règles codifiées dans des rituels utilisés comme vecteurs de l'influence spirituelle.
A la Grande Loge de France le Rite exclusivement pratiqué est le Rite Ecossais Ancien et Accepté dont le premier des degrés fournit un mode d'accès à la Connaissance fondé sur l'étude des Lois qui régissent l'homme et la nature.
Mais, si à l'identique des autres Rites maçonniques le Rite que nous pratiquons utilise la méthode classique de l'Initiation, de "la mise sur la voie", il est le seul à offrir, pour atteindre cet objectif, une magistrale synthèse des grands courants de la pensée traditionnelle, un éclectisme qui explique et justifie ses 33 degrés. Il est un vaste conservatoire des


initiations, un lieu où l'on garde, conserve, protège mais aussi un endroit où l'on pratique et où l'on fait vivre.
Le dépôt traditionnel, auquel il est fait référence ici, est constitué d'archétypes, de mythes, de personnages et d'évènements légendaires, liés entre eux par des Lois de correspondance et d'analogie, où les plans cosmique et humain sont en étroite relation.
L'idée selon laquelle macrocosme céleste et microcosme humain ont été conçus par un Principe créateur selon des Nombres et des Lois universelles, est aux sources de la spiritualité connue dans le monde Occidental et Proche Oriental.
Ce corpus symbolique qui remonte à des temps immémoriaux sera recueilli et transmis notamment par les corporations, guildes ou communautés professionnelles du Moyen Age, et sera conservé dans une série de textes appelés « Old Charges », "Anciens Devoirs".
C'est pourquoi, tout naturellement, les premiers Francs Maçons, parce qu'ils savaient mesurer tout ce qui est sur la terre et dans le ciel ", comme le précise le Manuscrit Régius de 1390, se fixèrent pour devoir d'imiter dans leurs propres constructions, les proportions retenues par le Principe créateur, en référence au précepte contenu dans la Table d'Emeraude d'Hermès le Trismégiste : "Tout ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour accomplir le mystère de l'Unité".
Cette volonté allait se traduire par la construction de nombreux édifices dédiés à la divinité, et "architecturés" à l'image du Cosmos.
Autant de Temples, dont le plus mythique demeure celui construit à Jérusalem par le Roi Salomon, autant de lieux sacralisés où se développèrent sacerdoce et rituels, où méditation et recueillement favorisèrent l'émergence d'une idée nouvelle selon laquelle, "construire c'est aussi se construire".
La maçonnerie va s'organiser tant bien que mal autour de ce concept jusqu'à ce qu'intervienne un changement majeur.
En 1598, en Ecosse, William Shaw, Maître des ouvrages du Roi, publie de nouveaux Statuts dans lesquels il est précisé que désormais c'est dans une Loge, constituée à cette fin, que les apprentis seront reçus et qu'ils accèderont, selon leurs mérites, au grade de Compagnon, après avoir prêté un serment de discrétion et s'être partagés des secrets communiqués sous le signe de l'Equerre, d'où le nom de « Square Masonry » .
La plus ancienne loge maçonnique connue, structurellement distincte de la corporation de maçons opératifs, est la Loge Mary's Chapel, fondée en 1599 sous l'autorité de William de Saint Clair, à l'Orient d'Édimbourg.
Il convient de souligner sur ce point que si les Loges de cette époque étaient tournées vers une organisation globale du « Métier », elles n'en possédaient pas moins des fondements spirituels et religieux.
Les recherches liées à l'Architecture, qui y occupaient une place prépondérante, ne résultaient pas simplement d'une technique répondant à des nécessités matérielles mais, au travers de la Géométrie, Art royal de construire, d'une discipline susceptible de donner à l'homme une explication du monde et de Dieu.
C'est donc pour l'essentiel, aux anciens maçons d'Ecosse que les Francs Maçons d'aujourd'hui doivent d'avoir reçu en dépôt ces usages et traditions des bâtisseurs gothiques, tombées en désuétude à la fin du 16° siècle, ce qui explique pourquoi l'Ecosse occupe une place prépondérante dans la conservation de la Tradition, à laquelle notre Rite fait référence.
Au milieu du 17° siècle, la Franc - Maçonnerie commence alors à compter dans ses rangs des membres qualifiés d' "acceptés", c'est à dire étrangers au métier, dont le plus emblématique est le Frère Elias Ashmole, savant érudit membre de la Royal Society.
Et si elle continue à se rattacher, par son symbolisme et ses Rituels, à des textes regroupés dans les "Anciens Devoirs", cette maçonnerie spéculative naissante ne reste pas insensible aux valeurs "ésotériques" d'une époque, la Renaissance, où étaient réapparus, l'hermétisme de la Haute Antiquité, les oeuvres des Cabalistes et des Alchimistes du Moyen Age, des manifestes d'auteurs Rosicruciens et néo templiers, ou bien encore des textes mentionnant la doctrine des "Fidèles d'Amour".
Parmi les maçons "acceptés", certains qui se proclamaient "écossais" et "anciens", s'opposaient à la maçonnerie anglaise telle que réorganisée, en 1723, par des protestants anglais regroupés autour du pasteur James Anderson et du scientifique Jean Théophile Désaguliers.
Ils reprochaient à cette Maçonnerie, bien dans l'esprit des "clubs" anglais, d'avoir rejeté l'aspect religieux de la tradition de métier, "déchristianisé" les rituels, abandonné certaines pratiques rituelliques, et modifié l'orientation de la Loge, lui faisant perdre sa nature d'espace sacré.
Exprimant le souhait de maintenir les "anciens usages", ils voulaient rappeler la nécessité pour les frères de s'engager dans une démarche de perfectionnement spirituel et de partir pour cela à la quête d'une Parole originelle perdue.
D'où, en 1751, la création de "la très honorable Fraternité des maçons libres et acceptés dite Grande Loge des "Anciens" qui se veut fidèle "aux anciens usages de la Confrérie", et donc, en opposition avec celle londonienne de 1717, dite "Moderne".
De ces deux sensibilités maçonniques, celle des "Moderns" se présente dans une perspective moraliste, scientifique, alors que l'autre, celles des "Ancients", vise en toute priorité à une réalisation spirituelle de l'initié, grâce à des structures hiérarchisées de perfectionnement et à des formes rituelles très élaborées.
Dans les deux décennies qui précèdent la Révolution française, ces deux courants de la Maçonnerie vont progressivement émerger dans notre pays :
- en référence aux Moderns, celui du Grand Orient tenant d'un Rite français dénué de tout caractère initiatique où la pratique des Loges est essentiellement tournée vers la philanthropie, la philosophie, voire déjà la politique,
- en référence aux Anciens, celui du REAA qui, en complémentarité à la Tradition de Métier, se tourne vers l'intégration des systèmes initiatiques et ésotériques des siècles précédents.
En 1688 est introduit en France le « Rite Écossais Primitif » avec les Loges des régiments écossais et irlandais ayant suivi le roi Jacques II Stuart d'Angleterre exilé à Saint-Germain-en-Laye, et en 1725, des Francs-Maçons ayant appartenus à sa Cour créent les premières loges jacobites à Paris.
Dans cette Maçonnerie d'Ancien Régime figurent des maçons opératifs écossais de vieille souche mais aussi ceux qui revendiquent un héritage chevaleresque et templier, sans doute celui de "l'Ordre très ancien et très noble du Chardon".
Le Rite Ecossais s'organise progressivement dans cette mouvance et ce non sans difficulté si l'on considère la multiplicité de systèmes concurrents en présence, à cette époque.
Progressivement vont alors apparaître de nouveaux grades à Bordeaux, Paris, Avignon, Marseille où la " Mère Loge écossaise de St Jean d'Écosse", forte de ses 400 frères, exporte en France et dans le monde son Rite en sept degrés.
Le terme "écossais" devient alors synonyme de "Hauts grades".
En 1761 le frère Etienne Morin fondateur de la Loge écossaise Saint Jean de Jérusalem à l'Orient de Bordeaux », reçoit lettre patente du Conseil des Empereurs d'Orient pour aller fonder en "toute partie du monde" des ateliers conférant les Hauts Grades de la "Sublime Maçonnerie" développés en France au milieu du 18° siècle.
Mais il faudra attendre l'année 1801, pour que le Rite Ecossais Ancien et Accepté soit crée à Charleston ( Caroline du Sud ), au sein du premier Suprême Conseil pour les Etats Unis d'Amérique par des Grands Inspecteurs Généraux détenant leurs pouvoirs du Frère Morin.
Ce nouveau Rite est désigné comme « Ecossais » car ce système était constitué de Hauts grades écossais.
Il est appelé « Ancien » car il admettait des Maîtres maçons de la Grande Loge des Maçons Anciens d'York.
Il est dénommé « Accepté » parce qu'il reçoit également des Maîtres de la Grande Loge des Maçons Francs et Acceptés, dits Modernes.
En Octobre 1804, le Comte Auguste de Grasse-Tilly, fonde le Suprême Conseil de France, deuxième Suprême Conseil au monde, détenteur historique, gardien et conservateur du Rite Ecossais Ancien et Accepté pour la France, qui eut à affronter, dès sa création, la volonté hégémonique des tenants du Rite français qui décident, en 1877, de supprimer de leurs rituels la mention traditionnelle du Grand Architecte de l'Univers et accentuent de plus en plus leurs prises de position dans le domaine politique.
Depuis sa création en 1894, c'est la GLDF qui a pour mission d'administrer les 3 premiers degrés de l'Ecossisme.
Avec le SCDF, elle a pour devoir de garantir la meilleure qualité de la pratique individuelle et collective du Rite à tous ceux qui travaillent dans les ateliers dont elle a la responsabilité.
« Je vous crée, constitue et reçois Apprenti Franc Maçon, Premier degré du REAA » est la phrase prononcée par le Vénérable Maître au cours de la cérémonie d'initiation au Premier degré. Les trois impositions symboliques de l'adoubement ont pour fonction d'attirer l'énergie spirituelle sur l'aspirant initié.
Au-delà de la transmission de l'initiation de métier, l'indication est donnée ici du passage à la vie adulte, de l'entrée du nouvel apprenti dans un ordre qualifié de « chevalerie de l'esprit » dont les vertus sont destinées à faire de lui un homme remarquable par son courage, son honneur et sa probité.
Comme dans tous les Rites maçonniques le Premier degré du REAA est celui de la mort au monde profane et de la renaissance à celui d'une vie nouvelle, à la vie de l'esprit, dans une Loge placée sous le patronage des deux Saint-Jean, porteurs et témoins de la Lumière, dont les membres travaillent « sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers, au nom et sous les auspices de la Grande Loge de France ».
La voie du métier de constructeur s'ouvre au nouvel apprenti qui se positionne désormais à la fois comme pierre et comme ouvrier. Et de même qu'au temps de la construction des cathédrales, la toute première formation portait sur le maniement physique des outils afin d'en posséder la maîtrise, dans la Loge, le premier travail consiste à s'entraîner à l'utilisation correcte des outils, au plan moral et symbolique.
Dés ce premier grade, l'initiation écossaise affirme sa spécificité au travers de l'ordonnancement du Temple maçonnique, de son orientation et également par la dimension ésotérique donnée à l'ouverture des travaux, moment où se recrée symboliquement l'Univers.
Placé en fait au début d'un processus de perfectionnement, le Premier Degré du Rite fait ressentir que le lieu où se déroule le travail maçonnique est un microcosme reflet du macrocosme.
En effet, c'est en portant son regard vers la Voûte étoilée, ou bien encore dans la direction de l'Orient où figurent le soleil et la lune, que se dévoile progressivement la représentation des principes qui régissent l'Univers, la base d'une cosmogonie où la Création doit être comprise comme l'acte par excellence de construire, d'édifier, d'ordonnancer.
Dans toutes les traditions, la constitution de l'Univers est la résultante de trois mondes qui s'interpénètrent dans le concept créateur : le monde divin ou des principes, le monde des lois ou des formes, et enfin le monde sensible.
Ainsi, après que tout se soit opposé, fractionné, dispersé, ce qui était épars se rassemble par l'action conjuguée de trois forces naturelles répertoriées par les scientifiques contemporains comme gravitationnelles, électromagnétiques et nucléaires.
Le Cosmos, à savoir le cadre dans lequel se déroule l'évolution de l'humanité, apparaît donc ternaire dés le commencement : chaos, organisation, ordre / essence, manifestation, substance / Principe, Verbe, Homme.
Sur ce point, le mémento du ler Degré rappelle qu'au ternaire qui constitue la représentation intelligible de l'Unité principielle fait écho l'âge symbolique de l'Apprenti qui cherche à transcender le Binaire avec ses pôles positif et négatif'.
Et parce que ce mystère initial est relaté dans le premier chapitre de la Genèse et dans le prologue de l'Evangile de Saint Jean, c'est la Bible qui est ouverte en Loge sur l'Autel des Serments. Avec les deux autres Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie que sont le Compas et l'Equerre, elle sert de référence aux principes fondamentaux de la Maçonnerie traditionnelle à laquelle se réfère le REAA.
C'est donc par l'étude approfondie du "Volume de la Loi sacrée", considéré comme symbole majeur de spiritualité parce qu'il est l'expression de la Parole, que peuvent être mieux appréhendés dans une vision unique, le matériel et le spirituel, le fini et l'infini.
La force créatrice s'extériorise, dans ses premières manifestations, au travers de la Lumière :
« Alors Elohim dit : qu'il y ait lumière et il y eut lumière ».
« Au commencement était la Parole et la Parole était avec Dieu En elle était la vie et la vie était la Lumière des hommes ».
Dans ces premiers temps du monde manifesté, l'obscurité est repoussée dans ses derniers retranchements, sans toutefois disparaître pour autant.
La Lumière, symbole universel de la spiritualité, est sortie du néant : « Que demandez vous pour lui ? Qu'il voit et qu'il contemple. Que la Lumière lui soit donnée à mon troisième coup de maillet ».
La Lumière qu'attend le néophyte et qui lui est donnée, la présence à l'Orient du Delta lumineux, les grandes et les petites lumières : le signe tangible de l'initiation est bien, lui aussi, celui de la Lumière.
Mais quelle identité retenir pour cette Energie à l'origine de l'Univers, ce Chaos d'où l'Ordre est sorti ? Pourquoi l'homme est-il en quête de transcendance ? Que doit-il faire pour utiliser au mieux ce bref instant qu'est la vie humaine devant l'éternité des temps cosmiques ? A quelle expérience renvoie le langage symbolique ?
C'est en se posant ces questions que l'Apprenti naît à la spiritualité et qu'il situe son travail dans sa double vocation opérative et spirituelle où "l'essence précède l'existence".
Le Rite Ecossais Ancien et Accepté fait sienne la reconnaissance de ce Principe à l'origine de toutes choses et à sa proclamation sous la dénomination de Grand Architecte de l'Univers, symbole transcendant reconnu comme hors de portée de la nature humaine et qui apparaît nettement moins réducteur que le Dieu révélé des religions.
Au début du cheminement initiatique proposé par le Rite, l'esprit s'accorde à la reconnaissance de l'existence de cette puissance supérieure qui par nature échappe aux conceptions humaines mais dont il faut tenter progressivement d'en percevoir le sens.
Il s'agit en l'occurrence d'un simple essai de compréhension, sans certitude définitive. Pour connaître ne faut-il pas douter ?
Parallèlement il est rappelé dans les Rituels le respect total de liberté qu'il convient de laisser à chacun dans sa démarche de perfectionnement personnel, liberté de conscience, liberté de pensée, liberté d'action.
Sur ce point essentiel, si on le compare aux autres Rites maçonniques parmi les plus pratiqués, le REAA ne leur est pas identique.
De son côté, le Rite français a supprimé dans ses rituels, toute référence à un Principe transcendant.
Le Rite Ecossais Rectifié a, quant à lui, adopté une doctrine exclusivement basée sur l'adoration du Dieu révélé de la religion chrétienne.
Animé d'une exigence de spiritualité, et d'une volonté d'humanisme, notre Rite, souligne ainsi le souci constant de laisser le « cherchant » à l'écart de toute approche dogmatique et invite l'invite à rechercher, sans limites, la Vérité, notamment en poursuivant l'étude du Volume de la Loi sacrée :
Après qu'il eut crée l'univers :
« Dieu appela la Lumière : jour
Et les ténèbres il appela nuit
Et il y eu soir et il y eut matin : un jour ».
Jour, nuit, solstices, travail, récréation, naissance, vie, mort : l'apprenti est appelé à adopter un nouveau positionnement et sa vie se partage désormais en fonction du temps fixé par la Règle à vingt quatre divisions.
Il découvre un monde nouveau divisé en un espace- temps profane et un espace-temps sacré.
Cette volonté de se situer dans cet espace/temps est exprimée, comme un véritable leitmotiv dans la plupart de nos rituels : Quelle heure est-il ? A quelle heure commencent nos travaux ? Puisqu'il est l'heure et que nous avons l'âge. Il est Midi plein. Il est Minuit ».
Si au commencement tout devait être perfection, après la création de la vie dans le monde divin apparaissent les formes et l'animalité vivante.
Adam, l'homme universel, est créé pour contempler la Vérité mais, en recherche d'intelligence, il découvre le secret de l'arbre de la Connaissance du bien et du mal, et perd le rang qui lui est attribué dans la Création, pour tomber dans le monde sensible.
L'histoire de l'initiation en général et de l'initiation proposée par le REAA en particulier, c'est en quelque sorte l'histoire de cette rupture symbolique et légendaire : l'homme est avec le Principe, l'homme est en privation de Lumière, puis l'homme tente de se réconcilier avec le Principe en contractant des alliances avec lui.
La distance ainsi créée entre l'état primitif et l'état présent de l'homme ne peut être franchie que par un long cheminement sur la voie de l'initiation, selon une spiritualité qui n'a pas été, contrairement aux religions inventées par l'homme, mais qui apparaît avec lui lorsqu'il sort de son état d'animalité, qu'il contemple sa propre nature et celle qui l'entoure.
Mais, pour parvenir à cette réconciliation, l'homme initié doit revêtir l'habit du héros et affronter les dangers qui l'attendent au cours des nombreux voyages auxquels il est convié par le Rite et qui le conduisent successivement à découvrir et à vivre les différents aspects de l'initiation.
Une Connaissance primordiale, une perfection initiale à la base de la création de l'univers, une Parole aujourd'hui disparue doivent être retrouvées.
Cette idée fait prendre graduellement conscience que l'homme et l'humanité se situent dans une lignée qui puise sa source dans la transcendance de la Nature, d'une même Vérité fondamentale qui est celle de l'Unité.
Elle permet de conserver une foi constante en l'homme, en sa perfectibilité et en son avenir.
Le REAA propose de faire retrouver, symboliquement, la nature première de l'homme avant la perte du Logos, dans sa pureté originelle.
Pour atteindre cet objectif il ne fournit aucun contenu doctrinal mais propose une démarche progressive de dévoilement qui s'appuie sur des Principes de Régularité
- la progression vers la connaissance par le perfectionnement personnel, au plan moral et spirituel,
- l'invocation du GADLU,
- les trois grandes lumières présentes sur l'autel des serments,
- le respect de la démarche initiatique, de la Tradition et des Rituels, - le principe de non mixité,
- l'interdiction de discussion politique ou religieuse en Loge,
Par son caractère intemporel et universel, le Rite Ecossais Ancien et Accepté, étroitement lié avec ce qui est immuable en l'Homme et dans l'Univers, reste l'outil indispensable pour les appréhender dans leur plénitude et leur finalité tout en laissant à chacun sa part d'imagination et de rêve.
Il demeure aujourd'hui encore, grâce à cette démarche spécifique le situant au-delà de tous les courants culturels, spirituels, sociaux ou politiques, et malgré les nombreux aléas et vicissitudes de son histoire, en capacité de réunir les hommes de bonne volonté. Il représente, à ce titre, un des derniers remparts contre la perte des valeurs de la Tradition.
Mes frères Apprentis, en prenant appui sur les éléments fondateurs qui constituent notre Rite, vous partirez à la découverte de votre vérité intérieure, vous gagnerez de nouveaux espaces de liberté dans le « vaste domaine de la pensée et de l'action », où la Raison et la Foi, parce qu'elles cohabitent harmonieusement, vous feront retrouver l'indispensable aspiration métaphysique et renaître à la vie spirituelle.
Vous êtes aujourd'hui simples spectateurs de ce qui se passe en Loge, mis en condition de réceptivité, à l'écoute de ce que vous entendez, attentifs à ce que vous voyez, en attente de connaître la suite mais déjà en situation de poursuivre à l'extérieur le travail commencé dans le Temple, d'offrir au monde la Lumière que vous portez, sans toutefois la laisser exposée au regard des profanes.
Vous êtes au début d'un cheminement qui est l'histoire de toute une vie. De toute votre vie.
En empruntant cette voie du métier de constructeur, qui s'annonce longue et sinueuse mais stimulante pour l'esprit et vivifiante pour le coeur, vous n'êtes pas devenu membre d'un club philanthropique où d'une association humanitaire mais adepte d'un Ordre initiatique traditionnel basé sur la fraternité dont la vocation n'est pas de réformer la société mais de permettre à l'homme de s'améliorer en s'élevant spirituellement et participer ainsi au progrès de l'Humanité.
Tout esprit qui s'élève, élève le monde.
Loin d'être coupés de la réalité, vous serez au contraire en possession des moyens pour mieux y faire face, parce que plus lucides, plus libres d'esprit, plus conscients de votre condition, de vos faiblesses et de vos capacités.
Parce qu'au-delà des contingences matérielles votre regard portera sur notre idéal intemporel commun vous serez en mesure de progresser dans des niveaux de conscience de plus en plus élevés.
Cette quête donnera du sens à votre existence dans une espérance qui vous apportera sans cesse la preuve que votre vie n'est ni un mouvement à vide, ni une course au bonheur individuel mais qu'elle contribue au Grand Oeuvre universel.

Source : http://www.stella-maris-gldf.com/

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Consécration de la Grande Loge Indépendante de France

14 Janvier 2013 , Rédigé par Jean-Laurent Turbet Publié dans #histoire de la FM

La Grande Loge Indépendante de France (GLIF), l’une des nouvelles obédiences maçonniques françaises issues de la Grande Loge Nationale Française (GLNF) a donc été consacrée lors d’une tenue solennelle le samedi 12 janvier 2013.

Vous découvrez ici pour la première fois le Grand-Maître de la GLIF, Jean-François BUHERNE, qui a été solennellement installé et a pu lui-même installer les Grands Officiers de son obédience.

Cette tenue a eu lieu au Temple Franklin Roosevelt de la Grande Loge de France (GLDF) qui affichait complet en cette après-midi de janvier.

Les représentants des 17 loges pétitionnaires fondatrices de la nouvelle obédience, comme les dignitaires de la GLIF étaient présents dans une ambiance à la fois très solennelle et très fraternelle.

La Grande Loge Indépendante de France est l’une des cinq obédiences françaises (GLDF, GLTSO, LNF, GLIF, GL-AMF) qui ont signé le communiqué du 12 décembre 2012. Ce communiqué annonce le début du processus de création d’une Confédération des Grandes Loges Régulières de France destinée à renouer les relations fraternelles avec les Cinq Grandes Loges européennes signataires de la déclaration de Bâle du 10 juin 2012.

La tenue de consécration était organisée sous la haute main d’Alexandre DOUENIAS (ci-contre) grâce à qui la Grande Loge Indépendante de France a pu voir le jour. Celui-ci gardera d’ailleurs la charge des relations extérieures de l’obédience.

Les obédiences amies de la future Confédération étaient présentes ou excusées. Roger DACHEZ pour la Loge Nationale Française était excusé. Le Grand Expert de la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF) représentait le Grand-Maître, Alain JUILLET. Le Grand-Maître de la Grande Loge Traditionnelle et Symbolique Opéra, Jean DUBAR était présent. Le passé Grand-Maître de la Grande Loge de France, Alain-Noël DUBART, représentait le Grand-Maître Marc HENRY qui était retenu en province. Il était accompagné par une délégation de la Grande Loge de France composée du Grand-Chancelier Jean-Jacques ZAMBROWSKI, du Grand-Orateur Hugues FEBVAY et du passé Grand-Orateur Alain PIGEAU.

Pour la première fois depuis 1913, des frères issus de la Franc-Maçonnerie Régulière reconnue et des frères issus de la Franc-Maçonnerie Régulière mais qui n’était pas reconnue se sont retrouvés officiellement, lors d’une tenue maçonnique solennelle à caractère initiatique. C’était donc une première avec une valeur symbolique extrêmement forte. Tous les participants l’ont d’ailleurs bien ressenti comme tel.

La Grande Loge Indépendante de France, installée et consacrée va pouvoir maintenant prendre toute sa place dans le processus de constitution de la Confédération et de relation avec les cinq Grandes Loges européennes.

Elle peut également penser à son développement qu’elle veut harmonieux et axé sur la qualité des nouvelles recrues.

Bonne chance à la Grande Loge Indépendante de France qui fait partie intégrante du paysage maçonnique français.

Source : http://www.jlturbet.net/article-la-grande-loge-independante-de-france-est-consacree-114345234.html

 

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Les Colonnes J et B et l’Hébreu en Maçonnerie tel que je la pratique

14 Janvier 2013 , Rédigé par Sam Echad Publié dans #Planches

En épelant les mots Sacrés aux grades du rite bleu, l’on profite de l’une des caractéristiques de l’écriture hébraïque.
À savoir que l’on écrit les consonnes mais jamais les voyelles.
Transmettre le “ Secret “, c’est transmettre les voyelles de la prononciation.
Contrôler si quelqu’un connaît le mot Sacré, c’est vérifier s’il connaît les voyelles, donc la juste prononciation du mot.
Car les consonnes lui sont peut-être connues par la lecture, mais la prononciation exacte des voyelles de ce mot, ne peut que lui avoir été communiquée par voie orale.
Cela se passe lors d’une initiation, s’il en a la connaissance, il livre la preuve qu’il est un initié.
Car lors des initiations, le candidat au 1er degré reçoit deux voyelles et en donne deux autres au 2e degré.

Pourquoi l’emploi du nom des colonnes situées de part et d’autre de l’entrée d’un temple maçonnique ?
Ceci s’explique pour moi, par le fait que les noms des colonnes sacrées “ JAKIN + BOAZ “ citées dans la Bible ( I Roi VII, 21 ) ont comme valeur respective, 90 (18x5) + 85 (17x5) = 175, qui après réduction théosophique = 1+7+5 = 13, valeur des mots hébraïques, UN - AMOUR - HARMONIE, puis 1+3 = 4, c’est la valeur de la lettre Daled = porte c.à d. : la porte initiatique, celle qui ouvre la route vers la “CONNAISSANCE ULTIME“, ... La “LUMIÈRE“, La “PAROLE PERDUE“, ... Le “NOM DIVIN”, ... Le “YOD-HEH-VAV-HEH“, ... etc, etc.

Cette manière de procéder avec les mots Sacrés, s’est développée en Angleterre puis en France vers le 17e siècle, en même temps que l’usage généralisé de mots hébreux et de la Kabbale en maçonnerie, suite à l’acceptation depuis +/- 1600 déjà , (A la loge d’Edimbourg), de maçons spéculatifs ( accepted masons ), dont des alchimistes, des kabbalistes et des mystiques juifs.

Nous n’en connaissons avec certitude que deux, Menashe ben Israël (1662) et Jacob-Leon-Yehouda Ben Monida ( 1680 ), tous deux descendants de Marannes ( Faux convertis ), survivants de l’épuration ethnique perpétrée par la Sainte Isabelle et Ferdinand, les très catholiques souverains d’Espagne, en l’an 1492.

Pour rappel : presque tous les mots de passes ou sacrés ainsi que les noms de personnages à tous les grades et dans la plupart des Rites sont en hébreu, proviennent de la bible, et en plus ont comme valeur kabbalistique 13 - 4 ( voir ci-haut) ou 5 = Héh = Esprit Sacré ou Souffle de VIE ou un multiple de ceux-ci.

Mais d’où vient donc cet engouement pour des mots hébreux en maçonnerie ?
Voici une hypothèse !

On sait qu’au début du 17e siè cle, c.à d. à la fin de l’ère ou la Maçonnerie opérative agonisante des constructeurs de Cathédrales, ces Bibles de pierres, se transforma en Maçonnerie spéculative, le Temple de Salomon, spiritualisé avait pris figure allégorique dans la littérature anglaise éprise non seulement de récits authentiquement bibliques mais de biblisme.
N’oublions pas que les racines de la Maçonnerie, tel que nous la connaissons aujourd’hui, sont surtout Chrétiennes.
Déjà Origène (185-254 ) dans ses commentaires sur les deux testaments et plus tard St.Augustin ( 354-430 ) dans ses “Soliloques” et les Cités de Dieu, prétendaient que l’Hébreu était la langue Divine et universelle infuse dans l’homme depuis la Création ( Un Dieu - Une Création - Un Univers - Une Humanité - Une Langue ) et cela jusqu’a l’époque de la Tour de Babel, (Bavel=confusion), ou suivant la Bible ( Gen.XI,10 ) Dieu créa la confusion des langues.

Donc pour arriver à comprendre Dieu, Ses Lois et Préceptes, il fallait étudier la Bible dans sa langue originelle, l’Hébreu, langue parlée par Dieu avec les anges, avec Adam et Eve et d’autres Hommes privilégiés et puis par la révélation de la Bible au Sinaï , avec tous les hommes.
Cette idée de base et de discussions dans la Chrétienté à l’époque du Haut Moyen-âge ( 476-1456 ) prit de l’ampleur et devient un sujet d’étude poussé de la kabbale la Renaissance ( XIVe au XVIe siècle ), pour arriver à un syncrétisme universel, comme si la Kabbale, concue comme une révélation Divine au Sinaï , serait la clef de toutes les religions, et de toutes les philosophies, et ainsi essayer de prouver la Divinité de Jésus, par les écrits du judaïsme même et par l’alchimie, de trouver la Pierre mystique et philosophale.

Le sujet étant trop vaste pour pouvoir couvrir ce courant de pensée en quelques pages, voici donc une petite liste non limitative des principaux hommes d’église, savants et écrivains qui ont étudié la Kabbale avec l’aide de rabbins juifs convertis, s’ils n’en étaient pas eux-mêmes.
Raymond Lulle ( 1235 -1315 ), Jean Reuchlin (1455-1522), De Verbo Mirifico et Di Arte cabbalistica, Elijah Ben moses Abba Delmedigo (1460-1497), Pic de la Mirandola (1463-1494) et son Corpus Hermeticum ainsi que ses Conclusiones Cabalisticas, basées sur la Kabbale dont est tirée cette phrase : « Aucune science n’est capable de nous donner plus de certitude de la divinité du Christ, que la magie et la Kabbale »,
Cornelius Agrippa (1486-1535) et son livre Kabbala Denudata, Flavius Mithidates ( 1486-?), Paracelse ( 1496-1541 ) et ses écrits, l’Astronomia Magna, le Paragranum et De vita longa, Guillaume Postel (1510-1581) De orbis terrae concordia, Jacob Boehme (1575-1624) Epistolae théosophicae, Raymond Blaise de Vigenère (1523-1586) Traité du Feu et du Sel, Traité des chiffres, Johan Busetorff (1599-1644) De l’antiquité de la langue Hébraïque, Claude Duret (1613-?) Trésors de l’histoire des langues, traité originel de l’Hébreu avant la Tour de Babel, Christian Claude Von Rosenroth (1636-1681) écrit une autre Kabbala Denudata en 1677, réimprimée en 1684, J.L. Buddeus, un Belge publie à Halle en 1702, Introductio ad historiam philosophiae Ebraeorum, qui met en lumiè re les rapports entre la Kabbale et le Gnosticisme.
Pour en arriver au début de la Maçonnerie dite moderne et à quelques-uns de ses écrivains Kabbalistes : J.B.Willermoz (1730-1824), ami de Martinès de Pasqually, (1727-1774) et de son élève, Louis Claude de St.Martin, Eliphas Levi alias Alphonse Louis Constant (1810-1878), Papus alias Gérard d’Encausse (1868-1916). Jean de Pauly dans nos contrées, Frater Perdurado, alias Aleister Crowley (1875-1946) en Angleterre et Umberto Eco de nos jours dans son étude “The search for the Perfect Language in European Culture”.

Pour terminer, le Fr Robert Gould ( 1836-1915) un des fondateurs de la Loge Quatuor Coronati, dans son livre “ A concise history of Freemasonry “, nous parle entre-autres, de Laurence Dermott (1720-1791 ), un maçon irlandais - Grand Secrétaire de la Grande Loge dite des “ ANTIENTS “(fondée en 1751), auteur du livre-pamphlet, anti “ MODERNS “ (fondée elle, en 1717), “ AHIMAN REZON “ (1756, 1778 et 1787 ) et qu’il signe même en hébreu sous ce pseudonyme.
Féru d’hébreu et de bible, l’ami d’un rabbin nommé Léon Temple, nous lui devons de nombreux rituels et surtout l’élaboration du rituel du grade du “ ROYAL ARCH “.
Et tel que rapporté par le Fr Maurice Cock ( T P S ) en 1951 dans son livre “ Les Secrets de la Franc-Maçonnerie ( pages 6 & 7 ) “ je citerais encore Robert Gould : « Qu’antérieurement à 1620, un certain nombre de frères, membres de la Compagnie des Francs maçons, se réunissaient en Loge à Masons Hall, à Londres, avec d’autres personnes étrangères aux métiers et qui étaient connues sous le nom de “ Maçons Acceptés ».

Je continue, par honnèteté intellectuelle, mais à contre-coeur, vu mes origines juives et la perte de +/- 300 des miens pendant l’holocauste 1940 -1945, en citant d’autres extraits du livre du Fr Maurice Cock 33° ( écrit en 1951 ? ) :
« Donc, pendant un siècle au moins, les antiques corporations maçonniques virent entrer dans leurs rangs des hommes de tous niveaux sociaux et de toutes formations.
Parmi eux, il y avait : des catholiques, des protestants, des théosophes, des Hermétistes, des Cabbalistes, des rose-croix, des amateurs de philosophie et de science, des hommes politiques, des officiers et des princes ».

Nous passerons rapidement en revue certains de ces divers éléments.

« Les Cabbalistes, à la recherche des mots magiques, les alchimistes la recherche de la pierre philosophale, venaient chercher dans la corporation, un asile, à l’abri duquel ils pouvaient se livrer à leurs études, souvent entachées d’hérésie.
C’est surtout en leur sein que l’on comptait certains juifs.
Ces juifs, écrit le Frère M. Marques-Rivière, honnis et maudits par la Chrétienté du moyen-âge, possédaient une science secrète et avaient, parmi eux des aventuriers et des chercheurs de mystère.
Voyageant continuellement, en contact permanent avec les proche Orientaux, ils étaient naturellement les détenteurs des manuscrits « maudits de magie arabe, de sorcellerie juive, de théosophie gnostique.
Les amateurs de mystère, les magiciens, les apprentis sorciers chrétiens, s’adressèrent aux cabalistes redoutés de ghetto du moyen âge.
Ainsi les traditions hermétiques de l’Orient, les gnoses d’Egypte, les hérésies arabes, les révoltés « et les rancœurs sociales s’infiltraient, par les sociétés secrètes, en Occident.
C’est à eux que la Maçonnerie doit d’avoir emprunté la légende symbolique du Temple de Salomon et celle d’Hiram, et sans doute celle des Templiers.
C’est également auprès des Cabbalistes et de ces hermétistes que les Maçons spéculatifs iront, dans la suite, puiser des idées pour rédiger des rituels actuellement employés par la maçonnerie, « rituels dans lesquels on retrouve tout au long la marque de la Cabale juive. »
Fin de citations ! ...

J’arrête donc ici, cette bien trop courte étude, sur la question qui me hantait :
L’Hébreu en Maçonnerie, pourquoi ? Comment ? Depuis quand ? Par qui ?
J’espère avoir trouvé la réponse.

Car je pense personnellement que l’Amour, l’Intuition, l’Introspection et l’Imagination, ainsi que l’étude et la force des valeurs cabalistiques et symboliques des lettres hébraïques qui forment les mots, nous ouvrent les portes de l’initiation effective et réelle, cachées par nos prédécesseurs dans nos rituels maçonniques.

En tous cas, je serais reconnaissant à tout Frère qui pourrait m’apporter de l’eau supplémentaire mon moulin.

 

Source : www.ledifice.net

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L'Epiphanie

13 Janvier 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Dans « La Crise du Monde Moderne » R. Guenon a écrit : « le hasard n'existe pas, dire qu'un événement s'est produit par hasard, voudrait dire qu'il peut se produire sans cause ».

Et lorsque j'ai commencé à travailler sur le thème de ce soir, j'ai réalisé que le jour de l'Épiphanie coïncidait, à l'aube de ce siècle, avec le cinquantenaire de son retour à l'Orient éternel...
Aussi ne m'en voudrez vous pas si je fais appel à sa recherche pour éclairer d'une lumière particulière le symbolisme de l'événement, même si elle émane d'un personnage plus que controversé, au moins dans son comportement…mais à qui on ne peut nier le mérite d'avoir été un « cherchant ».
Ainsi, il n'aurait pu voir de réelle coïncidence dans la survenance, en cet espace de 12 jours (nombre en soi symbolique) qui sépare l'Épiphanie de la Nativité, de Hannoukah, la fête juive des Lumières, ni de l’Aïd El Fitr, la fête qui marque la fin du ramadan, ni même de Kumbha Mela, que célèbrent 30 millions d'hindous à l'occasion d'une conjonction stellaire unique, telle celle de nos bergers et de nos mages rendant grâce à la lumière.

En effet, la quête de René Guénon et de ses disciples de l' « Ecole Traditionnaliste » a été celle d'une « tradition primordiale », qui transcenderait toutes les autres, et ferait la synthèse ésotérique de toute tradition spirituelle, - dont les religions constituent l'exotérisme, essentiellement les 3 religions du Livre, mais aussi bien le Mazdaisme, le Taoisme, le Bouddhisme et l'hindouisme, toutes ainsi réunies dans leur fondement.

Concernant l'Épiphanie, qui, rappelons-le, ne fait l'objet que de 16 phrases en 12 versets du seul Matthieu (2-1-12), René Guénon -repris par Jean Tourniac dans « Melkitsedeq ou la tradition primordiale »- en fait ainsi une fête porteuse d'un message universel, en s'appuyant « simplement » sur la symbolique des Rois/mages :

Dans la tradition chrétienne, la fête de l'Épiphanie célèbre la manifestation (sens étymologique) du Christ/logos aux nations, celui qui, dans sa gloire, « vient -selon Luc (1-68)- visiter son peuple ».

Nul ne sait d'où viennent les 3 rois/mages, guidés par une étoile flamboyante, ni où ils repartent, une fois leur mission accomplie.
Pour Guénon, si, le jour de l'épiphanie, ces rois/mages viennent rendre hommage au Christ, c'est en tant que représentants de la « tradition primordiale », en tant que chefs de l'Agartha.
L'Agartha est le lieu symbolique -déjà traçé par Zoroastre- où se conserve la tradition primordiale, et la résidence du Roi du monde, Melkitsedeq, principe personnalisé de cette Tradition, et personnalisation du logos - le « verbe », expression même de Yahwé - dans le cycle Abrahamique.

Et si les 3 rois/mages viennent rendre hommage au Christ, c'est qu'il vient de naître dans les trois mondes qui sont leur domaine respectif, cette trinité primordiale transcendant le Christianisme naissant:
Melchior, Gaspar, Balthazar sont respectivement roi, prêtre, et prophète, les trois fonctions suprêmes symbolisées par les 3 cadeaux offerts au Christ que sont l’or,l'encens,et la mirrhe.
Melchior en hébreu : c'est Melki, (ou Melek pour les Veda), l'or ou roi de la lumière. Le Roi c'est (Kshatriya), celui qui dirige les causes des événements présents (attributs bibliques : l’épée, la couronne et la balance de justice).
Gaspar est le prêtre, (Brahmane) celui qui parle à Dieu face à face (attributs bibliques: l'encens qui s'échappe des plateaux de la balance dont le fléau est l'épée)
Balthazar est le prophète, maître spirituel par excellence, (Mahatma) celui qui connaît les événements de l'avenir (le laurier symbolisant la gloire, attribut du prophète), qui offre la myrrhe, baume d'incorruptibilité (Amrita), en lequel on peut voir l'annonce de la mort physique du Christ.

Ils représentent respectivement la terre (Bhu), l'air (Bhuvas) et le ciel (swar), les 3 niveaux de responsabilité des rois, prêtres et prophètes, soit le monde de la manifestation corporelle, le monde de la manifestation psychique, et le monde principiel non manifesté, ou encore le règne, la puissance et la gloire, (les 3 expressions de ces fonctions suprêmes) (cf : « car c'est à toi qu'appartiennent le règne,la puissance et la gloire » du Pater des Chrétiens).

Cette triade serait aussi celle des 3 tau, lettre grecque chère à notre école symbolique, le tau reliant le monde de la matière au monde invisible, la branche de la croix correspondant au monde transcendantal ne pouvant apparaître aux yeux physiques, et le nombre de 3 reproduisant celui des 3 règnes ainsi rassemblés sur le triangle sacré.

Pour faire vite, je vous épargne les surprenantes corrélations de cette symbolique avec les traditions non seulement hébraïque (et même Babylonienne, où elle prend sa source), mais aussi islamique et hindoue, qui viennent à l'appui de cette thèse.

L'essentiel est qu’en ce jour de l'Epiphanie, l'Agartha, lieu symbolique de la « tradition primordiale », rend visite à JérusalemVille de David », où l'Ange du Seigneur conduit les bergers, lieu non moins symbolique à l'égard des 3 formes de monothéisme), et non pas à Béthléem, où seul Matthieu situe la naissance du Christ. Jérusalem est (étymologiquement) la ville de la Paix, et Melkitsedeq est le roi de justice et de paix, dont la capitale au pays de Canaan est Salem, ou Shalem (la paix).
Le « Salem » de Jéru-salem évoque le personnage de Melkitsedeq ; la première fois que Salem est mentionné, c’est par rapport à lui. Melkitsedeq, qui signifie « roi de la justice », est roi (de Salem, c’est-à-dire de paix) et est par ailleurs désigné comme « prêtre pour l’éternité ». On comprend donc le prestige que connut cette figure du prêtre-roi dans la tradition juive. Celle-ci y a vu la plupart du temps un type du Messie, l’identifiant selon la terminologie de Philon au « Logos éternel ».
Jérusalem est donc d’abord la ville dont le nom ancien « Salem » résonne de paix, la ville d’où venait Melkitsedeq (Genèse 14 : 8 ; cf. Hébreux 7 : 1), roi de justice qui avait béni et soutenu Abraham dans ses combats (Genèse 14 : 18).

Dans cette perspective, la prophétie d'Isaïe prend un sens nouveau : « Debout, Jérusalem! Resplendis... les nations marcheront vers ta lumière ».

Mais, dans cette tradition Abrahamique, la représentation de Melkitsedeq - à la fois Roi, Prêtre et Prophète - implique l'homogénéité des pouvoirs la constituant : Melkitsedeq les possède tous les trois (règne, puissance et gloire), mais dans l'unité et avant leur distinction.

L'Épiphanie est donc à la fois message de paix et d'universalisme, volonté de nous ramener en amont du monothéisme, vers la tradition primordiale dont chacune des 3 religions du Livre est issue. Cet volonté d'universalisme qui se retrouverait sous forme exotérique dans l'imagerie chrétienne, où les Rois/mages réunissent aussi, autour de l'Enfant-Roi, prêtre et prophète, l'Afrique, l'Europe et l'Asie…

A mon humble avis, cette interprétation de l'Épiphanie illustre bien la notion de tradition telle qu'elle a été redéfinie par René Guénon. Dans son essence, celle-ci désigne toutes formes révélées dont la fonction est de transmettre la totalité d'un Message divin à travers le temps. Dans le contexte particulier des monothéismes ce message comprend une dimension secrète, ésotérique, et une dimension religieuse exotérique, formant un tout indissociable. L'exemple de la Cabale dans le judaïsme ou du soufisme en Islam fait état de ce lien profond qui unit ces deux composantes de la Révélation.
Cela dit, chaque forme traditionnelle peut également être envisagée comme étant la manifestation adaptée et spécifique d'une Tradition originelle, véritable Dépôt primordial de la Science Sacrée. Ainsi la Tradition est-elle à la fois immuable et soumise aux lois cycliques, ce qui nécessite en conséquence la prise en compte des contingences par la Providence et par les instances spirituelles chargées de la représenter dans notre monde.

Qu'en penser ?
Permettez-moi de revenir à une vision à la fois plus classique et plus personnelle…

L' « Epiphaneia » grecque, littéralement « apparition », décrivait la visite solennelle d'un roi, et par extension, les illuminations, fêtes et réjouissances qui s'ensuivaient.
Fixée aux environs du 11eme siècle au 6 janvier, cette date fut a l'origine instituée en Orient à la fin du IIème Siècle pour marquer une triple célébration, celle de la Nativité, du baptême du Christ et du miracle de Cana, les 3 premières « manifestations du Christ » (épiphanies ou théophanies) au monde.

Cette solennité des orientaux supplantait a une date identique les rites associés chez les égyptiens a la crue du Nil, temps ou l'on puisait avec faste et splendeur l'eau du fleuve bienfaiteur. Elle intégrait également la grande fête païenne du soleil, qui chez les romains marquait le solstice d'hiver, instant transcendant du « Sol invictus » où la lumière triomphait des ténèbres, et chez les Grecs la naissance du dieu Aïon (identifié avec Hélios, le soleil), enfanté d'une vierge.

L'Orient chrétien, en reprenant a son compte l'ensemble de ces thèmes symboliques, christianisera le 6 janvier par la célébration de l'Épiphanie, à la fois fête du premier jour de l'an nouveau, commémoration du baptême du Christ, et évocation du miracle de l'eau changée en vin aux Noces de Cana.
Dans l'Église Orthodoxe, le 6 janvier demeurera l'un des temps forts du calendrier liturgique en associant a cette date la bénédiction des eaux et le baptême, signe de renaissance.
Par contre, l'Église Latine, en fixant plus particulièrement son attention sur les Mages, fruit de l'évolution de sa tendance populaire, s'attachera principalement a l'aspect second de l'Épiphanie, au détriment de la réalité initiale de cette fête. Le 6 janvier deviendra seulement la fête des rois.

Et s'il était encore besoin d'en rajouter, les dernières reformes de la liturgie romaine ont récemment reporté d'une manière très profane, la fête de l'Épiphanie au dimanche placé entre le 2 et le 8 janvier, occultant par la même toute l'importance symbolique des 12 jours se situant du 25 décembre au 6 janvier.

…et même si le prosaïsme commercial en a occulté le mystère, Il n'en demeure pas moins que le récit de la Manifestation de Jésus Christ aux Rois Mages venus l'adorer traduit ésotériquement pour le chercheur de vérité l'Épiphanie de Dieu, c'est a dire :

· La manifestation glorieuse du Verbe
· La Lumière en son commencement
· L'Universalité en sa finalité

Au-delà de tout dogme, cette trilogie de principes dévoile et révèle l'Épiphanie comme l'alpha et l'oméga de toute réintégration a l'Unité.
Ce sont les apocryphes, textes postérieurs de 1 siècle aux évangiles, plus prolixes que Matthieu sur le sujet, qui apportent le plus d'information et de renseignements sur la singulière aventure de ces rois de l'Épiphanie.

Figure emblématique de nombreux contes, coutumes et folklores, les Rois Mages, ces exotiques voyageurs, ne furent pas admis cependant sans peine dans le légendaire chrétien.
Au 9eme siècle, ils sont assimilés à des charlatans s'adonnant à la sorcellerie, et leur présence dans la crèche relève alors d'un sacrilège.
Quelques siècles plus tard, a la fin du Moyen Âge, ils seront voués à la malédiction par nombre de théologiens, au motif que leur fête donnait lieu a des libations voire a des débauches, peu en accord avec une célébration sacrée.
Mais anathèmes et condamnations restèrent néanmoins sans effet, car les Rois Mages demeurèrent toujours porteurs de ce merveilleux, dont l'imagination populaire nourrit le sentiment religieux.

Des le 14eme siècle, « l'adoration des Mages » était devenue l'une des scènes les plus représentatives de la tradition chrétienne.

Selon la version officielle, les Mages, avertis de la naissance de Jésus par une grande étoile, furent dès lors guidés jusqu'à Bethleem. Ils portaient en offrande des dons précieux : de l'encens, de l'or et de la myrrhe.
L'évangile ne fixe pas le nombre des Mages, mais la tradition, avec Origène, admet depuis le début de l'ère chrétienne qu'ils étaient trois. Quasiment a la même époque Tertullien en fera des rois conformément a la prophétie d’Isaie (60-3) : « les nations vont marcher vers ta Lumière et les Rois vers la clarté de ton lever. »

Dans leur traduction, les noms de Melchior, Balthazar et Gaspard sont d'origine orientale.
Ces dénominations sont citées pour la première fois dans les Évangiles de l'enfance, texte rédigé au 9eme siècle d'après un original syriaque daté de 590.

Mais d'ou viennent-ils ?

D'Orient, indication pour le moins bien vague, puisque précisément a l'est du Jourdain ne s'étend que le vaste désert d'Arabie.
L'Evangile dit qu'ils vinrent adorer le roi des Juifs parce qu'ils avaient vu son étoile en Orient –« Ex oriente lux »-, preuve qu'ils en attendaient le signe. Képler a montré que l'an 747 de Rome, qui pourrait être la date vraie de la naissance de Jésus, a vu en conjonction les planètes Saturne et Jupiter dans le signe des Poissons et que, l'année suivante, Mars est venu se joindre à ces planètes. Réunion rarissime des planètes dites supérieures,…comme celle du Kumbha Mela hindou.

Et c'est le même Matthieu qui nous dit (24,29-30) :
« Comme l'éclair part du levant et brille jusqu'au couchant, ainsi en sera-t-il de l'avènement », de même qu'il prédit pour le retour du Messie, le phénomène symétrique : « Alors apparaîtra au ciel le signe du Fils de l'Homme ».

« Ex oriente lux », dans sa formulation, semble aussi indiquer, dans sa symbolique première, le siège de la Lumière incréée. Le levant, ce lieu où la lumière originelle commence à paraître, le levant, cet espace sacré d'ou émerge le point central de la spiritualité, source de toute démarche initiatique…
Sous le couvert de la voûte étoilée, la voie à suivre vers l'Orient va se préciser, même si les premiers pas se doivent d'être, dans un premier temps, difficiles et hésitants…

Ces Mages, qui sont-ils ?

Le mot lui-même, dans sa sémantique n'est pas indifférent : Maga en persan - Mag en hébreu-, signifie « Don » au sens de « Révélation ». Les Mages sont Prêtres-Rois de la religion mazdéenne, 7 siècles avant Jésus Christ, Zoroastre fut en Perse l'initiateur et le prophète.
Son texte fondateur annonçait ainsi :
« A la fin des temps, au moment de la dissolution qui les termine, un enfant sera conçu et formé avec tous ses membres dans le sein d'une vierge, sans qu'un homme l'ait approché.
On verra une étoile brillante au milieu du ciel, sa lumière l'emportera sur celle du soleil.
Quand se lèvera l'astre dont j'ai parlé, que des courriers soient envoyés par tous, chargés de présents pour l'adorer et lui faire offrande. »

A la prophétie de Zoroastre fait écho le Ps 72,10 de David : « les rois de Tarsis,…de Sheba et de Seba lui apporteront des dons. »

…Mais aussi une légende plus archaïque :
Adam, chassé du paradis, avait trouvé refuge dans une caverne creusée au flanc du Mont Victoriel, aux confins de l'Iran et de l'Afghanistan d'aujourd'hui.
Il aurait, en ce lieu privilégié, caché les seuls trésors sauvegardés après sa chute : de l'encens, de l'or et de la myrrhe.
C'est sur cette montagne que les Mages astrologues guettaient de saison en saison dans l'espace céleste, la manifestation de l'Astre prévue par le prophète.
Lorsque apparut l'Étoile, ces maîtres initiés firent aussitôt prévenir les Rois qui régnaient sur l'Orient.
Ils étaient trois, se partageant les terres :
Le premier, Melchior, étendait sa domination sur la Nubie et l'Arabie.
Le second, Balthazar, régnait sur l'antique royaume de Saba.
Le troisième, Gaspard, dominait les terres du pourtour de la Perse.

Telle est apparemment transmise par la légende, la souveraineté de ces trois Rois qui vont, chacun de leur côte, se mettre en route, pour marcher ensemble vers la Palestine, a la rencontre de l'unité symbolisée par l'enfant Roi.

La tripartition géographique ne pourrait-elle pas ici symboliser les trois plans de l'homme, ces trois degrés de connaissance que notre Ordre suggère:

CORPUS - ANIMUS - SPIRITUS ?

N'est-ce pas le but de toute initiation, et plus particulièrement de la nôtre, que d'atteindre au plein éveil par la prise de conscience progressive de ces trois états ?
Il ne s'agit pas, bien entendu, de parties juxtaposées et indépendantes les unes des autres, car l'homme est un tout dans lequel ces trois composantes s'interpénètrent.
Mais il est du destin de l'Être, et plus particulièrement du devoir de l'initié, d'observer, d'analyser et de rassembler en lui ce qui apparemment est épars.

Dans l'avancée sur cette voie royale, la quête spirituelle des Rois de l'Épiphanie est une aventure aux jalons hautement symboliques.

Le Moyen Âge, dans son imagerie traditionnelle, en a eu, semble-t-il, profondément conscience :

Elle décrit ainsi l'homme dans les trois âges de sa vie :
Melchior à la longue barbe est le vieillard a cheveux blancs.
Balthazar dans la plénitude de sa maturité porte barbe noire.
Gaspard, l'adolescent imberbe, débute son périple terrestre.

Par les trois couleurs différentes de leur peau, ils incarnent également les trois branches de l'humanité, issue des fils de Noé : Japhet - Sem - Cham.
En eux, réside manifestement l'universalité de l'espèce humaine toute entière.

Le message ésotérique qu'ils transmettent semble tout aussi évident :

Chacun, en étant tout d'abord revêtu d'un long manteau, indique clairement par le port de ce vêtement symbolique leur quête de la sagesse.
De plus, la teinte dominante de leur habit, noir pour le premier, blanc pour le second, et rouge pour le troisième, reflète la succession des trois couleurs principales de la transmutation alchimique dans le travail du Grand Œuvre.
En arrivant au lieu de la naissance, dans le sein de la crèche, ils parviennent jusqu'au cœur de la matière « rectifiée », au point central ou se cache le petit Roi, que les adeptes d'Hermès appellent « Regulus », l'or de la pierre philosophale.

Se prosternant, en signe d'hommage et d'adoration, ils offrent les présents, messages éloquents de ce qu'ils voient en cet enfant :
· L'or, emblème de la royauté, pour le Roi dont le « Royaume n'est pas de ce monde ».
· L'encens, symbole du sacerdoce, pour le Dieu.
· La myrrhe, métaphore du sacrifice, pour l'Homme qui doit souffrir, mourir et être enseveli.

Guillaume Apollinaire sublimera cet instant magique en écrivant pour l'homme banal que nous sommes : « Nous ne portons pas pour beaux présents la myrrhe, l'or et l'encens mais le sel, le soufre et le mercure. »

Sur ce sentier souvent fleuri d'erreurs, gardons aussi en mémoire le récit de Marco Polo relatant dans un de ses carnets de voyage une légende transmise par un lointain pays d'Orient.
Elle raconte que l'enfant, après avoir reçu les trois offrandes donna aux trois Rois une boite close.
Regagnant leur contrée d'origine, les Mages l'ouvrirent.
Elle contenait une pierre.
Sur cette voie du retour, au milieu du chemin, (le « nel mezzo del camine » de Dante), une pierre brute, la mienne, la vôtre.

Et s'il m'était donné, en ce début d'année, de formuler un voeu, je nous souhaiterais que cette pierre se taille, afin de devenir le caillou blanc de l'Apocalypse (2-17) que celui qui se définit lui-même comme « le Premier et le Dernier » donne à celui qui vaincra : « un caillou portant gravé un nom nouveau que nul ne connaît, sinon celui qui le reçoit. »

En tant que seul et unique ennemi de nous-mêmes, Vaincre, c'est nous vaincre, en acceptant de vivre à ce qui nous fait mourir.

Dans ce « De Profundis » se retrouve et s'inscrit le nom de celui qui « Est ».

Et même si je préfère, à titre personnel, à l'adoration des mages celle des bergers qui étaient si petits que le Mystère leur fut révélé par des anges, et qui n'avaient à offrir que l'unique trésor qui leur appartînt - leur cœur -
Melchior, Balthazar, Gaspard, 2 000 ans nous séparent, mais votre légende, dans toute la magnificence de son Épiphanie, emplit notre cœur d'espérance :
Il y a en chacun de nous une étoile pour nous révéler la lumière.

J'ai dit, VM\

Notes :

Donc au moins quarante jours après la Nativité (Lévitique XII, 2-4). L'Enfant n'était déjà plus dans la crèche, mais dans une maison (MATTHIEU II, 11). D'autre part, LUC (II, 39) mentionne un voyage de la Sainte Famille à Nazareth après la présentation ; les mages seraient donc arrivés après le retour à Béthléhem. D'ailleurs, l'Évangile dit formellement (MATTHIEU II, 13) que c'est après le départ des mages que Joseph, divinement averti, s'enfuit en Egypte pour soustraire l'Enfant à la fureur d'Hérode.

Matthieu, qui nous raconte cette histoire, semble se plaire, tout au long de son Évangile, à nous présenter comme modèles de croyants, non pas les Juifs, fidèles jusqu’à l’esclavage à la loi de Moïse, mais le centurion romain, dont il guérit le fils, la samaritaine, la siro-phéniienne, le publicain Zachée et la prostituée Madeleine. Et il mettra dans la bouche d’un soldat romain, dès le moment de la mort de Jésus, le cri de foi : « Vraiment celui-ci était fils de Dieu ».

N’oublions pas que lorsque Matthieu écrit son Évangile, vers les années 80, soulignant la manifestation universelle de Jésus, dont les premiers adorateurs sont des mages venus d’Orient, l’Église vient tout juste de surmonter sa première crise profonde, causée par l’ouverture de sa prédication aux nations païennes.
C’est le même message déstabilisateur et quelque peu ironique – comme celui de Matthieu – que lançait Isaïe, écrivant au moment où les Juifs, à peine de retour de l’exil, sont occupés à reconstruire la Cité Sainte, et leur montrant toutes les nations païennes s’ouvrant à sa lumière.
Pour nous, Chrétiens d’aujourd’hui, c’est là une invitation, non seulement à enseigner le Christ et son message à toutes les nations, mais aussi à savoir reconnaître la manifestation (l’épiphanie) de Dieu dans le cœur de toute personne de bonne volonté, de quelque religion qu’elle soit, qui cherche Dieu sincèrement en suivant l’étoile apparue dans son cœur et dans sa conscience.

À l’aube du troisième millénaire, alors que l’universalisme culturel, idéologique et technologique est devenu un fait de tous les jours, l’universalisme religieux devient chaque jour plus important. C’est là la réalisation de la prophétie d’Isaïe.

À l'origine donc, elle célébrait l'anniversaire du baptême du Christ. Dans les Églises occidentales, l'Épiphanie commémore la révélation faite aux Gentils de la messianité de Jésus-Christ comme l'annonçait la venue des trois Mages (cfr St Matthieu, II, 1-12) apportant de l'or, le présent des rois, de l'encens, utilisé pour le culte et de la myrrhe, pour préparer le corps à l'embaumement… L'Épiphanie, observée depuis 194 apr. J.-C., est plus ancienne que Noël et a toujours été une fête de la plus haute importance.
Les Rois Mages arrivent en fait ce jour là auprès de Jésus, de retour d’Egypte où il avait fui pour échapper au massacre.

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Voltaire avocat de la Tolérance contre l’Obscurantisme

12 Janvier 2013 , Rédigé par J\ M\ Publié dans #Planches

Pour les étymologistes, tolérance vient du latin tolerare : supporter. Ce verbe « supporter », dans son sens propre, signifie : soutenir par dessous et dans son sens figuré : résister à, endurer, voire même : souffrir avec patience. Ces définitions nous apportent une notion de contrainte, un peu de violence sur soi.

L’esprit de tolérance est plus complexe. La tolérance est un concept de vie et de morale qui est un point d’orgue de la pensée subjective d’un individu. Elle dépend de son éducation familiale, civile, religieuse, de ses sentiments, de ses habitudes, de son environnement. Elle définit la capacité d’un individu à accepter une chose, avec laquelle il n’est pas en accord. Et par extension moderne, l’attitude d’un individu face à ce qui est différent de ses valeurs.

Elle apporte une notion de respect de la liberté d’autrui, de ses manières, de ses pensées, de sa façon d’agir, de ses opinions politiques et religieuses. Mais cette liberté est limitée, elle est accordée à quelqu’un en certaines circonstances ; ce n’est pas un droit, c’est une tolérance. La tolérance est couplée avec la liberté individuelle. Elle s’arrête lorsqu’elle atteint où aliène la liberté de l’autre.

La tolérance est un vaste sujet en lui-même, et vis-à-vis d’autres comportements humains, soit qu’on l’oppose : à l’intolérance, soit qu’on la juge par rapport : à l’indifférence, à la soumission , à l’indulgence, à la permissivité, au respect, voire même à la lâcheté.

J’ai donc souhaité limiter mon étude à la tolérance politique et à la tolérance religieuse qui ont connu leurs lettres de noblesse en Europe, à partir du XVII ième et au XVIII ième siècles. Les philosophes de ces siècles, en particulier ceux du Siècle des Lumières, le XVIII ième, se sont mobilisés pour imposer ces deux tolérances, souvent indissociables (ex :le cas d’une République Islamique) .

Leurs engagements en défense n’étaient pas faciles. Car les libertés de penser, d’écrire étaient étroites, et se heurtaient d’un côté à l’autorité sans concession de la monarchie absolue, avec la menace des « lettres de cachet », et de l’autre côté au fanatisme religieux qui trouvait son paroxysme dans l’inquisition.

Pour le centenaire de la mort de Voltaire, le 30 mai 1878, Victor Hugo écrivait :
« Avant la Révolution, la construction sociale était ceci :

- En bas le peuple
- Au-dessus du peuple, la religion représentée par le clergé
- A côté de la religion, la justice représentée par la magistrature.
Et, à ce moment de la société humaine,
Qu’était-ce que le Peuple ? C’était l’ignorance.
Qu’était-ce que la religion ? C’était l’intolérance.
Qu’était-ce que la justice ? C’était l’injustice ».
Dans ce climat oppressant, les philosophes, les écrivains, les scientifiques, vont apporter la connaissance qui va libérer l’homme. C’est le Siècle des Lumières dont l’aboutissement sera 1789, qui imposera l’Abolition des Privilèges et instaurera la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen.

Pourquoi ce titre à « mon morceau d’architecture » ?
Parce que Voltaire, avec ses écrits, est le philosophe qui a défendu ardemment des causes dans lesquelles des individus avaient été condamnés à tort, sur les bases des fanatismes religieux et qu’il a présenté des réquisitoires contre les superstitions associées aux religions.

Voltaire 1694-1778, né et mort à Paris, de son vrai nom François Marie Arouet, écrivain et philosophe, occupe une place particulière dans la mémoire collective des français. Il inaugure, en effet, la figure de l’intellectuel engagé au service de la vérité, de la justice et de la liberté de penser.
Symbole des lumières, chef de file du parti philosophique, son nom reste attaché à son combat contre « l’Infâme », nom qu’il donne au fanatisme religieux et à son combat pour le progrès et la tolérance. Il est déiste et son idéal reste celui d’une monarchie modérée et libérale, éclairée par les « philosophes ». Il agit auprès des élites éclairées de l’Europe des Lumières, en se servant de son immense notoriété et prend seul la défense des victimes de l’intolérance religieuse et de l’arbitraire dans les affaires qui l’ont rendu célèbre (Calas, Sirven, Chevalier de la Barre, Comte de Lally Tollendal).

A la fin de sa vie en 1778, Voltaire est au sommet de sa gloire. La loge du Grand Orient de France : « Les Neuf Sœurs », ayant appris, à sa grande surprise, que Voltaire n’était pas Franc-Maçon, le contacte pour frapper un grand coup en faveur de son propre prestige. Elle l’initie et cette initiation a un grand retentissement qui devient pour certains le symbole de l’union des Lumières et de la Franc-Maçonnerie. Cette initiation précèdera sa mort de quelques mois. Il portera le tablier du philosophe Helvétius.

Tout le long de sa vie, Voltaire fréquente les grands et courtise les monarques. Mais il aura deux mauvaises expériences : sa déception lors de son séjour à Berlin auprès de Frédéric II de Prusse, et sa querelle avec le Chevalier de Rohan. Ces expériences vont rendre sa plume acide, vis-à-vis des puissants et de leur pouvoir.
Il nourrit son rejet du fanatisme religieux de son passage au lycée Louis le Grand , tenu par les Jésuites qu’il exécrera par la suite. Il trouvera son goût du libéralisme d’Etat lors de son exil anglais à l’âge de 32 ans. Il y fut impressionné par la liberté et le pluralisme politique et religieux de la Société Anglaise. Il estime que là où croît l’intensité des échanges marchands et intellectuels grandit l’aspiration des peuples à plus de liberté et de tolérance.

Il s’installe à Londres en novembre 1726. Il rencontre des écrivains, des philosophes, des savants. Londres est une pépinière d’intellectuels et n’oublions pas que la Franc-Maçonnerie spéculative est née le 24 juin 1717 dans le Pub « L’Oie et le Grill » à côté de la Cathédrale Saint Paul !
En fait, comme toute la Société Anglaise de cette époque, il va être sous l’influence du grand philosophe anglais John Locke, instigateur du libéralisme et de la tolérance
Voltaire tire de la doctrine de John Locke, la ligne directrice de sa morale : la tâche de l’homme est de prendre en main sa destinée, d’améliorer sa condition, d’assurer, d’embellir sa vie par la science, l’industrie, les arts et par une bonne police des sociétés.

John Locke 1632-1704 est considéré comme l’un des premiers et des plus grands penseurs du Siècle des Lumières. Sur une base empirique, il va imposer deux richesses indissociables pour l’homme : la connaissance et la tolérance.

Pour notre sujet, nous retiendrons de John Locke la « Lettre sur la Tolérance ». L’argument central de cette lettre est la distinction de l’Etat et de l’Eglise, de par leurs différences quant à leur fins temporelles ou spirituelles et les moyens employés (force ou persuasion).

Pour John Locke, il est bien clair que seul le magistrat à la charge du pouvoir temporel, qui consiste à maintenir par la loi un ordre public, assurant le bien public et la paix civile. Le magistrat n’a aucun droit sur les intérêts spirituels des individus, car chacun est libre de choisir la manière de vivre dont il estime qu’elle lui assurera le salut. Chacun peut donc adhérer librement aux dogmes qui lui plaisent. Les sociétés religieuses doivent être libres et volontaires, mais n’ont aucune légitimité quant à l’usage de la force, pas plus qu’elles n’ont le droit d’influencer les décisions de l’action politique publique.

La mission temporelle de l’Etat exige de lui qu’il protège les droits de tous les hommes quelles que soient leurs croyances et précisément afin que chaque homme puisse mener sa vie selon les croyances qu’il juge les meilleures et dont il est de droit le seul juge.

Voltaire va aussi s’inspirer d’un contemporain italien : Cesare Beccaria Bonesana (1738-1794) qui fait autorité comme juriste, philosophe, économiste et homme de lettres. Celui-ci, comme Voltaire, subit d’abord, selon ses propres dires : « huit années d’éducation fanatique et servile » dans un collège Jésuite pour jeunes aristocrates à Parme.

Il signe son chef d’œuvre à 26 ans « Des délits et des peines » qui nous pose les bases de la réflexion moderne en matière de droit pénal.
Il y établit les bases et les limites du droit de punir et recommande de proportionner la peine au délit. Beccaria pose, ainsi en principe, la séparation des pouvoirs religieux et judiciaires.

Il juge « barbare » la pratique de la torture et de la peine de mort.
« Ce n’est pas le spectacle terrible, mais passager, de la mort du scélérat qui est le frein le plus fort contre les délits » Maître Badinter s’inspira de l’œuvre de Beccaria, lors de sa croisade contre la peine de mort.
Il préconise la prévention par rapport à la répression et avance la notion de présomption d’innocence.

En France dans ce XVIII ième siècle, Diderot, élève des Jésuites du collège d’Harcourt à Paris, fut aussi un trublion par sa fécondité de semeur d’idées, ce qui lui valut la prison pour un article dans l’Encyclopédie. Il secoua lui aussi le harnais de l’absolutisme et du fanatisme religieux. Diderot s’enthousiasma jusqu’aux larmes, jusqu’au délire pour le bien, pour le beau, pour les sentiments communs de l’humanité : l’amour, l’esprit de famille. Cet enthousiasme ne peut s’exprimer, pour lui, que dans un climat sans contrainte, dans la tolérance.

Certes un froid glacial les a toujours séparés, mais dans la conquête de la liberté, de la tolérance Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) a une place prépondérante avec une œuvre qui est un monument de la littérature. Dans « L’Emile », bible de l’éducation pour certains, nous retiendrons l’éveil religieux dans le chapitre « Profession de foi du vicaire savoyard ». Rousseau y éduque Emile face à la nature en le portant vers la méditation, l’adoration, en exposant les principes de la religion naturelle. C’est un éveil de la conscience où Rousseau forme un homme riche d’une santé physique et morale à l’abri de toute contagion. Pour Rousseau l’homme naît foncièrement bon, c’est son environnement qui le rend méchant et intolérant.

Bien sûr d’autres écrivains ont aidé à l’émancipation des esprits : Montesquieu (Les Lettres Persanes, L’Esprit des Lois), Malebranche (La recherche de la vérité, Les méditations chrétiennes et métaphysiques). L’Académie Française créée par Richelieu en 1634, l’Hôtel de Rambouillet, les salons mondains étaient des lieux ouverts vers de nouvelles influences de pensées et vers la conquête de la tolérance.

Bien que vivant au XVII ième siècle, on ne peut pas passer sous silence en Angleterre Thomas Hobbes (1588-1679) qui publie une œuvre majeure le : « Leviathan », inspirateur d’un contrat social qui fonde les bases de la société civile, en définissant la légitimité du pouvoir des dirigeants, sur une autre base que la religion ou la tradition.

De même en France, René Descartes (1596-1650) avec son œuvre maîtresse « Le discours de la méthode » va apporter le raisonnement reposant sur le bon sens, lequel va mettre en difficulté l’autoritarisme, c’est-à-dire vivre sur les thèmes imposés (monarchie absolue, religion cultivant le fanatisme). Il va libérer l’esprit avec son fameux « cogito, ergo sum » (je pense donc je suis).

Concomitamment, les loges maçonniques se développent en France dans l’esprit qui a trouvé naissance au cours de la soirée du 24 juin 1717 dans le Pub : The Groose and Gridiron. Un prêtre presbytérien, James Anderson, a reçu de la Grande loge la mission d’écrire une histoire de la Franc-Maçonnerie et d’en définir les règles. Ceci aboutit au Livre des Constitutions dont voici un extrait : « Autrefois les maçons étaient obligés dans chaque pays d’être de la religion de ce pays ou de cette nation, quelle que soit cette religion, mais il est considéré maintenant comme approprié de ne les obliger qu’à la religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, et de leur laisser à eux-mêmes leurs propres opinions ; c’est-à-dire à être des hommes bons et véridiques ou des hommes d’honneur et d’honnêteté, quelles que soient les dénominations ou les croyances qui puissent les distinguer ».

Il s’agissait là d’une doctrine d’avant-garde. Et, dans un article de la Déclaration de Principe du Convent de Lausanne (septembre 1875), la Franc- Maçonnerie affirme :
« Celle-ci (La Franc-Maçonnerie) n’impose aucune limite à la recherche de la vérité et c’est pour garantir à tous cette liberté qu’elle exige de tous la Tolérance ».

Dès l’origine la Franc-Maçonnerie spéculative accepte la pluralité légitime des confessions. L’essence même de la Franc-Maçonnerie est la quête de la vérité tout en pensant qu’elle n’atteindra jamais la vérité absolue. La Franc-Maçonnerie écossaise est fondée sur la foi en un Principe-Créateur et sur la raison.

En communion avec John Locke, dans son essai « L’Entendement humain » , le Franc-Maçon doit pratiquer la tolérance. Il doit faire preuve d’humilité, en acceptant pour base l’ignorance mutuelle, et donc ne pas rejeter les autres comme des Etres obstinés, têtus, parce qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas abandonner leurs opinions, pour embrasser les nôtres. La tolérance est le contraire du sectarisme et de l’intégrisme qui sont la négation de la liberté de conscience.

Le Siècle des Lumières va illuminer la Franc- Maçonnerie avec son mouvement intellectuel, philosophique et politique. Ce siècle s’est caractérisé par la croyance dans la science et la raison plutôt que dans la foi et la superstition.

La Franc-Maçonnerie a attiré à elle de nombreux philosophes, hommes de sciences et … membres de familles royales. C’est à partir de cette époque que la popularité de la Franc Maçonnerie a tout d’abord explosé, puis s’est étendue au monde entier.

Dans ce XVIII ième siècle tous ces esprits cherchent une liberté pour l’homme dans laquelle la tolérance trouve sa place. Mais la société est sous tutelle, avec une monarchie absolue qui règne et une religion intransigeante.
On situe le début de la monarchie absolue avec l’arrivée du Roi Henri IV. Les Bourbons Vendôme succèdent aux Valois. Le 13 avril 1598, l’Edit de Nantes est promulgué avec la liberté de culte pour les protestants. Cette monarchie absolue est une autocratie. Le roi concentre tous les pouvoirs. Louis XIV, très marqué par la Fronde, porte à son apogée cette gouvernance, « l’Etat c’est moi ».

Dans la chrétienté, l’Edit de Nantes n’a pas solutionné le problème catholique – protestant. Si les guerres de religions sont terminées, la lutte est cependant larvée.
Au XVII ième et au XVIII ième siècle, on voit s’affirmer de nouvelles croyances ou religions qui mettent en émoi le catholicisme et la papauté : le Piétisme cher à Kant, le Déisme cher à Voltaire, le Jansénisme de l’abbaye Port Royal cher à Racine, le Theisme cher à Auguste Comte et le concept de Grand Architecte de l’Univers que l’on trouve en particulier chez Liebniz, Wolff et Calvin, et que James Anderson empruntera.

Contre ce qu’elle considère comme une hérésie, l’église s’est dotée, sous l’impulsion du Pape Innocent III, de tribunaux particuliers ou juridictions spécialisées : l’inquisition. Les Franciscains, les Dominicains y font souvent office d’inquisiteurs. On connaît les épisodes des Cathares, des Templiers, de Jan Hus, de Jérôme Savonarole, de Giordano Bruno etc… qui se terminent sur le bûcher.

L’inquisition par la violence de son système de contrôle de la liberté de penser, de son système de terreur et en particulier par ses grands autodafés publics a durablement marqué l’imaginaire collectif.
Ces tribunaux d’exception prononcent la sentence qui est exécutée par le bras séculier. Très rarement le Roi intervient pour modifier la sentence et on peut même dire que les monarques utilisent quelquefois l’inquisition pour se débarrasser de personnes encombrantes !
En 1685 Louis XIV révoque l’Edit de Nantes en promulguant l’Edit de Fontainebleau et persécute les communautés protestantes pour l’exercice de leur culte avec les fameuses dragonnades ou « missions bottées de Louvois ».

On comprend qu’en cette fin de XVII ième siècle et en ce début de XVIIl ième siècle, la tolérance ne trouve pas sa place. Pourtant en 1260 Thomas d’Aquin, dominicain, écrivait : « Si un chrétien voit un conflit entre le dogme et sa conscience, il doit suivre sa conscience et non le dogme » et en 1100 Bernard de Clairvaux avait formulé : « La foi doit être persuadée, non imposée ».

Certes tous ces beaux esprits se réunissaient, écrivaient, mais il fallait entrer dans « l’arène », contre ces deux pouvoirs autoritaires et solidaires : une monarchie absolue et une religion sans concession.
A l’abri des puissants, sur sa frontière Franco- Suisse, Voltaire, « l’Ermite de Ferney », jouissait d’une liberté, agrémentée d’une grande notoriété européenne.
Voltaire va devenir l’avocat des condamnés face à l’obscurantisme du pouvoir et de la religion.
Il se passionne pour quatre affaires :
· l’affaire Calas 1762
· l’affaire Sirven 1764
· l’affaire du Chevalier de la Barre 1766
· l’affaire du Comte Lally Tollendal 1768

Ses convictions, sa recherche de la tolérance sont contenues dans cette citation qu’on lui prête :
« Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire ».
C’est un préalable qui introduit chez Voltaire la notion de tolérance, laquelle trouve son origine et sa vigueur dans l’affaire Calas.

Son œuvre le « Traité sur la Tolérance » fait suite au procès et à la condamnation à mort de Jean Calas à Toulouse, en 1763. Jean Calas appartient à une famille protestante à l’exception de sa servante catholique et de son fils converti au catholicisme. Suite au suicide de ce fils, la famille Calas se trouve faussement accusée d’homicide volontaire. Elle est mise aux fers et le père Jean Calas, à la demande du tristement célèbre Capitoul (nom des anciens magistrats municipaux de Toulouse) David de Beaudrigue, est condamné au supplice de la roue, puis étranglé et brûlé, ceci sans preuves avérées. Le contexte historique est alors encore fortement marqué par les guerres de religions françaises, des siècles précédents. La grâce de Jean Calas avait été demandée à Louis XV, sans succès. Grâce à Voltaire la famille Calas sera réhabilitée.

De même il va plaider pour la réhabilitation du Chevalier François Jean Lefèvre de la Barre, exécuté sans preuve, à Abbeville, suite à une dégradation de la statut du Christ dans cette ville. En fait, c’est surtout la simple découverte chez ce Chevalier, du « Dictionnaire philosophique » de Voltaire qui l’amène au bûcher. Statufié à Abbeville, ainsi que devant la basilique du Sacré Cœur, puis dans le square Nadar, ce Chevalier va devenir l’icône des tenants de la laïcité.
A la même époque à Castres, un couple de protestants, les Sirven, est accusé d’avoir assassiné leur fille, qui a fait un séjour dans un couvent catholique. Il est condamné à mort par contumace. Voltaire fait innocenter la famille.

Enfin, dans une soi-disant affaire de trahison, sans preuves majeures, le général Comte Lally Tollendal fut condamné à mort et exécuté. Voltaire plaida sa réhabilitation, d’abord accordée puis retirée.
Avec le « Traité sur la Tolérance », Voltaire engage un combat contre les superstitions et le fanatisme religieux. Le terme « Superstition » est pris dans son premier sens : déviation du sentiment religieux, fondée sur la crainte et l’ignorance et qui prête un caractère sacré à certaines pratiques.
Voltaire plaide pour une tolérance au sein des religions et entre les religions. Il illustre ses écrits par divers exemples historiques, religieux et même comiques.
Il souhaite l’éveil de l’homme par l’acquisition des connaissances qui éclairent son raisonnement et le sortent d’un abêtissement né de l’ignorance, dans laquelle l’Etat en place et la religion se complaisent à le laisser.

Ces expressions littéraires sont très fortes :
« Il faut hardiment chasser aux bêtes puantes, nous entendons par là l’Infâme, ce monstre que représente toute religion établie, et en particulier, la religion chrétienne dans ce qu’elle a de plus cruellement oppresseur. A la sévérité accrue du pouvoir doit maintenant répondre une véritable mobilisation contre toutes les formes du fanatisme, cette hydre à plusieurs têtes ».

Dans son œuvre « L’ingénu » faisant allusion à l’affaire Calas il écrit :
« Avec une indifférence inhumaine, un homme en place, signe la destruction d’une famille et avec quelle joie, plus barbare, des mercenaires l’exécutent ! ».

Le 30 mai 1878 pour le centenaire de Voltaire, Victor Hugo louait les qualités de pourfendeurs des injustices et du fanatisme religieux, de cet apôtre de la tolérance. Voici un extrait de cet hommage :
« Il y a cent ans aujourd’hui un homme mourait. Il mourait illustre. Il s’en est allé chargé d’années, chargé d’œuvres, chargé de la plus illustre et de la plus redoutable des responsabilités, la responsabilité de la conscience humaine avertie et rectifiée. Il s’en est allé maudit et béni, maudit par le passé, béni par l’avenir, et ce sont là, Messieurs les deux formes superbes de la gloire ».
« En présence de cette société froide et lugubre, Voltaire, seul, ayant là sous les yeux toutes ces forces réunies, la cour, la noblesse, la finance, cette puissance inconsciente, cette effroyable magistrature, si lourde aux sujets, si docile au maître, ce clergé sinistrement mélange d’hypocrisie et de fanatisme, Voltaire, seul, déclara la guerre à cette coalition de toutes les iniquités sociales, à ce monde énorme et terrible et il accepte la bataille. Et quelle était son arme ? Celle qui a la légèreté du vent et la puissance de la foudre : une plume .
Avec cette arme, il a combattu, avec cette arme il a vaincu ».

A travers Voltaire on sent poindre les prémices de la future révolution. Il combat pour la tolérance, petite sœur de la liberté. Il combat l’obscurantisme, cet état d’esprit réfractaire à la raison et au progrès, le système de ceux qui ne veulent pas voir l’instruction pénétrer dans les masses populaires.

Avec Voltaire un cycle nouveau commence. On sent que la puissance gouvernante du genre humain sera la pensée.
Victor Hugo poursuit :
« La civilisation obéissait à la force, elle obéira à un idéal. Plus d’autre souveraineté que la loi pour le peuple et la conscience pour l’individu. Pour chacun de nous les deux aspects du progrès se dégagent nettement et les voici :
- exercer son droit, c’est-à-dire, être un homme,
- exercer son devoir, c’est-à-dire, être un citoyen ».

Homme du XVIII ième siècle, Voltaire : « chaos des idées » pour les uns, « démolisseur de l’ancien régime » pour les autres, incarne les préoccupations majeures de l’homme. Il dénonce les impostures de la religion, en dévoilant les mensonges qui servent d’assise à l’autorité politique et spirituelle. Il a donné ses fondements à un exercice de la raison. Il apparaît comme le symbole le + incisif de « l’esprit français ».

Au Panthéon des grands philosophes, Voltaire serait-il fier de notre monde aujourd’hui ?

J’ai dit Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

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La Franc-Maçonnerie Maison de Tolérance ou Ecole d’Amour ?

11 Janvier 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Est volontairement ambiguë dans son énoncé, afin de marquer l’esprit de nos Frères de ces deux qualités Maçonniques que sont la Tolérance et l’Amour avec un Grand « A ». Vertus théologales et cardinales.
Commençons par la Tolérance :
Pour tolérer, il faut implicitement qu’il y ait choix. Sans alternative nous sommes en présence de l’intégrisme ou de la dictature.
Le mot vient du latin « tolo » et de la racine sanscrite « tla » qui toutes deux ont le sens de porter, supporter. (Exemple : « Atlas » qui supporte la Voûte Céleste).

Il existe plusieurs acceptations du terme Tolérance :
Respect et reconnaissance des choix de l’autre.
Ex : J’accepte que l’autre choisisse de mourir en fumant.
Renoncement à ses droits par esprit de Tolérance.
Ex : J’accepte que l’autre fume et m’intoxique.
Latitude admise par rapport à une règle, une loi
Ex : J’accepte qu’il fume mais à partir du dessert.
Maison de Tolérance
Ex : L’autre peut y fumer ce qu’il veut.
Où encore, celle qui nous intéresse en Franc-Maçonnerie :
Laisser l’autre exprimer des opinions que l’on ne partage pas ou faire des choses que nous ne ferions certainement pas.

Dans la vie Profane les pensées d’une personne qui ne m’est rien, pourraient m’être totalement indifférentes, me conduisant à l’ignorer et donc à faire preuve d’une sorte « tolérance » qui de fait serait de l’intolérance déguisée.
Si maintenant, cette personne je la nomme mon Frère car elle ne m’est pas indifférente, il ne me sera plus possible de l’ignorer. De plus je serai obligé de tout faire pour tolérer ses idées.
La Fraternité peut conduire à une sorte de fanatisme et au gourou si l’on y prend pas garde.
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas pour autant de renoncer à nos règles, nos idées et nos croyances et ainsi de renier toute une vie de réflexion, mais d’écouter l’autre et ce qu’il a à dire afin de comparer le résultat de sa quête à la nôtre et ainsi s’enrichir de nos mutuelles différences, de nos expériences, de nos savoirs.

Le mot « mutuelles » n’est pas gratuit. Il implique une ouverture, un échange, un partage.
Accepter ses faiblesses, conduit à Tolérer l’autre. Je préfère cette citation de Raymond Lulle :
« L’Ami se regardait lui-même afin d’être un miroir dans lequel il vit son aimé ».
Tout cela s’apprend, ce n’est pas inné.
C’est le résultat d’une approche, d’une compréhension progressive.
La somme de tous nos « savoirs » ne nous permettra, cependant pas d’approcher de la « Connaissance ».

Nous pourrions dire que nous accordons toujours le bénéfice du doute à un Frère avant qu’il s’exprime, ce que notre Rituel traduit par :
- Qu’apportez-vous en Loge ?
- Bienveillance à mes Frères.
Ou
- Serriez-vous disposé à leur tendre la main et à oublier le passé ?
Ou
- Sur quoi travaillent les Apprentis ?
- A dégrossir la Pierre Brute afin de la dépouiller de ses aspérités et à la rapprocher d’une forme en rapport avec sa destination.
Première des Tolérances, celle vis-à-vis de soi.

Mais notre Tolérance est-elle sans limite ? Sommes-nous donc laxistes ?
La réponse est différente pour chacun d’entre nous.
Nous avons tous nos règles du « jeu », celles que nous nous sommes données :
- En qui mettez-vous votre confiance ?
- En Dieu.
et celles que nous avons librement acceptées, faute de ne pouvoir faire autrement.
- Nul n’est censé ignorer la Loi.

Est-il laxiste celui qui accepte tout, même ce qui heurte ses convictions les plus profondes ?
A l’inverse, est-il intégriste celui qui rejette tout ce qui n’est pas en accord avec ce qu’il croît ?
Entre le noir et le blanc du Pavé Mosaïque, il y a ce boulevard sur lequel, lors de l’épreuve du Feu, vous avez marché droit, purifiés.
Là, il n’y avait ni laxisme, ni intégrisme, car la plume de Maat au nom du G\A\D\L\U\, avait équilibré les extrêmes afin de vous donner une seconde chance et l’accès à cette nouvelle vie, faisant ainsi preuve de tolérance, car c’est à ce moment qu’elle a lue les règles qui régissent la vie, vérifiée que vous étiez bien en conformité avec elles et acceptée vos écarts par rapport à la Loi Unique.

Avec la complémentarité du blanc et du noir, vous avez vécu le troisième terme qui permet de passer du binaire au ternaire.
Nos limites sont : La Loi Unique.
Lorsque nous disons que le G\A\D\L\U\ a créé l’homme à l’image de Dieu, je pense que l’ensemble des hommes est à peine équivalent à cette image et que donc les milles facettes différentes en sont toutes acceptables.
Les limites ne nous en sont pas connues et jamais ne le serons.
« Tout ce que je sais, c’est que je ne sais rien. » (Socrate)

En conséquence, il nous faut toujours écouter l’autre, car il nous fait découvrir une facette de Dieu, G\A\D\L\U\ que nous aurions ignorée sans lui et qui pourtant était en nous puisque nous sommes tous à Son image…
En ce sens, la Tolérance est infinie et évolutive, totalement libre, et donc, n’est pas un droit figé dans une règle.
A la limite, être Tolérant c’est vivre une ascèse.
Dois-je tendre la joue gauche au nom de la Tolérance ?
Oui, et si je veux aller au bout de l’échange, je tends la joue droite, car je suis en position de Force par rapport à celui qui est commandé par ses muscles alors que je suis commandé par l’Esprit.
Rien ne m’empêche ensuite de conclure l’échange avec une droite sur le nez, pour lui apprendre que l’on « ne fait pas à autrui ce que l’on ne voudrait pas qu’il nous fut fait ».
Etre ni faible, ni servile.
Etre compréhensif mais pas aveugle, car malheureusement nous ne roulons pas tous pour la même écurie et il arrive que sous l’apparence de l’ange, attend le plus terrible des démons, prêt à nous sauter dessus dès que nous abattons nos défenses…

Aux cours de nos libres conversations avec les Apprentis, je leur ai posé cette question :
Christ ayant quasiment tout pardonné, était-il laxiste ?
Je vous laisse y réfléchir.
Cette question me servira de lien avec l’autre composante de ma planche qui porte sur l’Amour.
Car au centre de la Croix, se rencontrent la Connaissance et l’Amour en une seule et même Réalité.
Elles se fondent en l’Un, comme nous devons le faire avec l’autre, en Amour, abolissant la dualité pour n’en retenir que la complémentarité.

La base de notre approche tolérante, ne peut se faire que grâce à la Loi d’Amour. Sans elle il est impossible d’approcher l’autre.
L’Amour a cette particularité d’être totalement incontrôlable. Il « est ».
Celui qui aborde l’autre en état d’Amour, n’a aucun a priori, aucune défense.
Il est totalement ouvert et réceptif.
A noter que là encore il faut être deux pour qu’il y ait Amour.
Les termes utilisés pour la Tolérance sont également valables pour l’Amour.
Par exemple, et sans grivoiserie, le langage amoureux nous parle de se fondre en l’autre afin de ne plus faire qu’un. Instant magique de l’Union ! !
L’homme ne peut pas se passer d’Amour.

Une des particularités de l’Amour, c’est que c’est inépuisable. Plus on le donne, plus il grandi.
Un dicton dit que « l’Amour est aveugle » et nous savons tous que c’est vrai, car l’Amoureux ne voit pas les défauts de l’autre, mais n’en voit que les qualités.
Au delà du banal quotidien, il est bon de remarquer que c’est exactement la démarche attendue de nous pour appréhender l’autre. Condition nécessaire et sans a priori de l’ouverture totale.

Il est intéressant de remarquer qu’il est impossible de raisonner une personne amoureuse.
La Raison et l’Amour sont antinomiques. La première est le fruit d’une analyse froide par l’intellect, résultat de choix, donc intolérante quelque part, alors que le second est spontané, total et échappe à tout contrôle.
Il est intéressant de noter que l’intolérance combat par la Force et que la Force de l’Amour est celle qui lui répond.
Est-ce pour cela que notre Rituel, à la clôture des Travaux fait dire à notre Frère Premier Surveillant gardien du Pilier Force : « Que l’Amour règne parmi les Hommes » ?
Le premier est par définition finie, alors que le second est infini. Infini, car plus on Aime et plus on se rapproche de la Connaissance.

L’Oeil du Cœur est le catalyseur qui fait prendre conscience des liens qui unissent nos sens, nos observations et réflexions. L’Amour nous bouleverse intérieurement et il ne nous est pas possible d’ignorer cet état extraordinaire résultat à l’intérieur d’un événement extérieur.
La réflexion qui s’en suit conduit au fameux :
« Connais-toi toi-même et tu connaîtras l’Univers et les Dieux ».

Je ne peux m’empêcher de citer cette chanson de Jean Férat « Aimer à perdre la raison » qui nous invite à écouter les poètes, ces êtres qui comme nous sont des artistes, des adeptes d’un art, dans notre cas l'Art Royal. Tous, nous avons en commun l’intuition qui nous vient du Divin, cette intuition qui régit nos pensées et se traduit parfois en Paroles extraordinaires.
Dans cet Atelier où l’Amour des Frères est chose normale, j’espère que l’esprit de Tolérance qui y règne, vous rendra cléments et que vous m’aurez pardonné mes erreurs et lacunes.
Pour conclure, j’attire votre attention sur le fait que dans notre Loge, il n’est pas possible de se parler directement et que nous devons toujours passer par le Vénérable Maître, le médiateur, le souteneur (de la racine tla) de cette Maison de Tolérance.

Source : www.ledifice.net

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Tolérance et Fraternité?

10 Janvier 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

A force d’être rabâchées, certaines notions, pourtant essentielles, en arrivent à perdre jusqu'à leur sens, voire à en devenir presque l’antithèse…

Constatation introductive

L’objet de cette réflexion est de se pencher sur deux notions qui semblent pratiquement constitutives de la franc-maçonnerie, au point que certains esprits n’hésitent pas à en faire des sortes de "propriétés intellectuelles" de notre Ordre, les plaçant au cœur d’une phraséologie mielleuse dont des chercheurs de lumière – donc aussi, suivant l'étymologie lux, de lucidité – gagneraient beaucoup à s’affranchir.

Pourtant il vaut la peine, plutôt que d’entonner le couplet rassurant de ce qu’il faut bien appeler la "langue de bois" maçonnique, de tenter d’approfondir ces deux notions.

Car la fraternité est bien plus que le fait d’être "gentil" avec tout le monde et en particulier avec ses Frères et/ou ses Sœurs, sous prétexte de ne pas leur faire de peine ; de les caresser dans les sens du poil afin de ne surtout pas interrompre le doux ronronnement qui n’est pas toujours absent de nos Loges.

Quant à la tolérance, elle est aux antipodes de la tendance à tout entendre et tout laisser dire, des plus vaines âneries aux plus ineptes approximations.

La méthode, une fois de plus, consiste à tenter de revenir à l’essentiel des choses, à l’élémentaire au sens propre du terme.

Alors, ces deux notions vont pouvoir révéler ce qu’elles sont, à celui qui, comme Rabelais le préconise, osent rompre l’os pour en déguster la "substantifique moelle".

Un "discours de la méthode"

Outre l’occasion de partager des agapes plus ou moins abondantes et souvent bien arrosées, le tout émaillé de propos dont la hauteur de vue forcerait l’admiration de bien des commentateurs sportifs, la franc-maçonnerie est aussi une voie initiatique ésotérique. C’est-à-dire qu’elle propose un instrumenta qui doit nous permettre à la fois de nous transmuter et d’aller au-delà des apparences.

L’ésotérisme, en effet, s’oppose à l’exotérisme en ce sens que non seulement il ne s’adresse pas à tous, mais constitue encore une démarche intérieure, qui nous appelle notamment à aller plus loin que ce qui tombe sous les sens, afin de mettre en évidence la dimension cachée de ce sur quoi se pose notre regard.

En outre, ce qui fait la spécificité de la voie maçonnique est l’utilisation des symboles, dont une bonne approche est constituée, à mon sens, par la définition issue de l’étymologie (on se souvient que le terme, originellement en Grèce antique, désigne les deux parties d’un tesson, partagé en signe d’alliance) : "quelque chose de visible qui conduit à quelque chose d’invisible."

Ainsi que nous y encourage le rituel, qui nous rappelle que "tout est symbole", nous allons donc tenter de considérer les deux notions de "fraternité" et de "tolérance" comme des symboles, dont il conviendra d’essayer de mettre en lumière la partie cachée, ou à tout le moins peu évidente, ce vers quoi ils conduisent, et dont nous savons que le langage est impuissant à rendre compte dans sa totalité.

En conclusion, nous tenterons de tirer quelques conséquences des constatations que nous aurons faites.

La tolérance

Une étude passionnée du moyen-âge nous a conduit à nous intéresser de près à un texte riche de nombreux symboles : La Quête du Graal. Les non médiévistes apprendront sans doute avec plaisir qu'il est disponible en français moderne, dans l'excellente traduction d’Albert Béguin et Yves Bonnefoy, aux éditions du Seuil, dans la collection "Points Sagesses".

Allons au commencement de la Quête : les "compagnons" de la Table Ronde (notez le terme, c’est celui du texte) sont réunis à Camaalot le jour de la Pentecôte, qui est, premier signe, la commémoration de la descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres.

Au cours du repas, le Graal apparaît et passe devant chacun, lui servant exactement les mets qu’il désire. Alors, le bouillant Gauvain fait le serment d’entrer en Quête un an et un jour, jusqu'à ce qu’il ait retrouvé le Graal et éclairci son mystère. Naturellement, les autres Chevaliers, ne voulant passer pour des couards, s’empressent de prêter eux aussi le même serment.

Comme le Vénérable accompagne un Frère hors de la Loge de certaine cérémonie, le Roi chemine alors avec les compagnons jusqu'à l’orée d’une forêt : « Puis ils se séparèrent, le Roi s’en alla vers Camaalot, et les compagnons entrèrent dans la forêt. Et ils chevauchèrent tant qu’ils parvinrent au castel de Vagan. Ce Vagan était un prud’homme de bonne vie, qui avait été un des bons chevaliers du monde tant que dura sa jeunesse. Lorsqu’il vit les compagnons passer dans les rues de son castel, il fit fermer toutes les portes et dit que, puisque Dieu lui avait fait l’honneur de les mettre en son pouvoir, ils ne s’en iraient pas avant qu’il les eût comblés de tout ce qu’il avait. Il les retint de force, les fit désarmer et les dota de tant d’honneurs et de richesses qu’ils se demandaient d’où il pouvait tenir tout cela. Cette nuit-là, ils se consultèrent sur ce qu’il leur convenait de faire. Ils résolurent de se séparer et de suivre chacun son chemin, parce qu’on leur ferait honte s’ils allaient tous ensemble. Au matin, sitôt que le jour parut, les compagnons se levèrent, prirent leurs armes, et allèrent ouïr la messe dans une chapelle. Puis ils montèrent à cheval, recommandèrent à Dieu le seigneur de céans, et le remercièrent de l’honneur qu’il leur avait fait. Ils quittèrent alors le castel et se séparèrent comme ils l’avaient décidé, puis se dispersèrent dans la forêt, pénétrant là où elle était la plus épaisse, sans chemin ni sentier. Au moment de cette séparation, on vit pleurer ceux qui croyaient avoir le cœur dur et orgueilleux. « 

Ce court passage, riche de symboles – comme tout le livre d’ailleurs – apporte à la conception que l’on peut se faire de la tolérance un éclairage nouveau.

Il en ressort, à notre sens, que la tolérance consiste uniquement à accepter que ceux qui sont, comme nous, en quête de leur Graal, poursuivent une voie aussi valable que la nôtre, quelle que soit la direction qu’ils empruntent, car la même quête de la Lumière nous unit… pour autant que nous cherchions tous la Lumière…

Ce qui permet aussi aux compagnons de la quête de se séparer sans dommage est le fait que tous sont unis, vivifiés par la même Tradition : ils ont tous "ouï la messe".

Cela nous semble fixer avec clarté le cadre où s’exerce la tolérance, et en marquer assez bien les limites : la tolérance semble se jouer dans un double mouvement :

·    d’une part dans l’origine commune, le partage des mêmes sources ;

·    d’autre part dans la quête d’un but commun lui aussi, mais que chacun cherche à sa propre manière.

Notons enfin, pour stimuler l’esprit d’aventure qui devrait animer les initiés, que chaque compagnon pénètre dans la forêt "là où elle était la plus épaisse, sans chemin ni sentier." Il s’agit, bien entendu, du point d’entrée dans la quête, car plusieurs chevaliers seront amenés à se rencontrer au cours de l’aventure. Mais l’injonction est claire d’avoir à sortir des sentiers battus, du train-train rassurant du connu, pour oser affronter les profondeurs du mystère…

Mais la maçonnerie étant "un sport individuel qui se pratique en équipe", il convient maintenant d’explorer le second point, la fraternité.

La fraternité

L’une des images qui nous a le plus frappé dans l'un des ouvrages qu’Oswald Wirth a consacrés à notre Ordre, fut l’ouroboros entourant la devise grecque "en to pan", que l’on peut traduire littéralement – le verbe être est implicite dans les propositions prédicatives – par "le tout est un".

Si l’initiation est une voie qui doit nous permettre de nous transmuter, lorsque nous prenons conscience intérieurement de cette unité profonde du réel – dont la science moderne montre assez le processus dans le plan de la matière –, nous savons alors que nous sommes reliés essentiellement à tout ce qui est.

Dès lors, comment ne pas voir se modifier de l’intérieur, petit à petit et à la mesure de l’intériorisation de cette prise de conscience, notre manière d’être au monde et, partant, nos relations avec autrui, comme avec tout ce qui est.

L’extérieur en devient non plus "l’autre", l’ennemi potentiel, mais une modalité de ce qui est, une part du Tout dons nous sommes aussi partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent "compassion", marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ces dernières deviendront l’expression d’une conscience, d’une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique.

La caractéristique d'une telle voie, est qu'elle devient le pivot même de notre existence, la source d'une vie nouvelle... qui génère ipso facto un vécu de la fraternité propre à cette voie et à ce point commun essentiel des cherchants.

On l'aura compris, la tolérance aussi bien que la fraternité, n'ont dans une perspective réellement initiatique, rien à voir avec leur assimilation moraliste, mais constituent des "effets secondaires" de l'Initiation.

Fraternellement à tous.

Source : http://www.masonic.ch/pages/editos/edito_04.htm

 

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La tolérance

9 Janvier 2013 , Rédigé par X Publié dans #Planches

La tolérance est une notion relativement récente et son concept même est encore bien loin d'être considéré comme une vertu dans notre monde actuel.

Passé ce constat sur lequel nous reviendrons, il nous faut, avant toute chose, définir cette tolérance, à laquelle nous adhérons et que nous nous efforçons de pratiquer, cultiver et propager.

Définitions de la Tolérance.

Je n'aime guère commencer une planche par la citation d'un article du dictionnaire. Je trouve cette méthode un peu réductrice par sa tendance à encadrer la réflexion et, par là même, imposer des limites à la pensée personnelle. J'ai cependant cédé et j'ai ouvert les livres. Je dis "les" livres car j'ai recueilli ainsi plusieurs définitions établies à des périodes différentes. Bien m'en a pris, car cela m'a confirmé ce que je pressentais:

- La tolérance est une notion moderne, elle a considérablement évolué dans sa forme et dans sa pratique et reste aujourd'hui capable de muter encore, ce qui lui donne le paradoxe de demeurer tout à la fois forte et fragile.

- La tolérance n'est pas un sentiment inné. L'homme, comme les autres êtres organisés, n'est pas tolérant par nature.

Mais puisque j'ai évoqué les définitions livresques, je vous en livre quelques unes :

- Augustin la définissait ainsi à la fin du IVème siècle :

"Ce qui est appelé tolérance n'a lieu d'être qu'envers les maux" .

- Antoine Furetière (Dictionnaire universel de 1684) :

" Tolérance : patience par laquelle on souffre, on dissimule quelque chose, la tolérance qu'on a pour les vices est souvent cause de leur augmentation" .

" Tolérer: souffrir quelque chose, ne pas s'en plaindre, n'en pas faire la punition. Il faut tolérer les défauts de ceux avec qui nous avons à vivre. On tolère à Rome les lieux de débauche, mais on ne les approuve pas. Il faut tolérer les abus quand on ne peut pas les retrancher tout à fait; tolérer les crimes qu'on ne peut pas punir"

L'exemple cité n'est pas sans rappeler la célèbre phrase "La tolérance, il y a des maisons pour cela! ". Son auteur, Paul Claudel s'est-il inspiré de cette définition? Toujours est-il qu'il nous renvoie à "la case départ" à une époque, 1921, où le concept de tolérance était assez proche de ce qu'il est aujourd'hui. Cette position réactionnaire illustre assez bien le côté force et fragilité que j'évoquais précédemment.

Le Grand Larousse de1927 nous offre le texte suivant :

" Tolérance : Action de tolérer, supporter avec indulgence ce qui est contraire à nos sentiments, à notre manière de voir" .

Et enfin, en 2000, le Petit Larousse illustré nous dit :

" Tolérance : respect de la liberté d'autrui, de ses manières de penser et d'agir, de ses opinions politiques et religieuses.

" Tolérant : indulgent dans les relations sociales" .

Que de différences en l'espace de quelques siècles ! Pour mieux comprendre cette évolutions, les définitions ne suffisent pas, il nous faut connaître l'histoire de la Tolérance.

Histoire de la Tolérance.

C'est en France que la Tolérance se manifeste pour la première fois de manière officielle, codifiée et formelle. Nous sommes en 1598, l'église catholique romaine en est alors à son maximum d'intolérance et dans deux ans, Giordano Bruno sera livré au bûcher…

La France est , selon la formule: "la fille aînée de l'église" et le pouvoir séculier est au main d'un monarque qui tient son pouvoir, toujours selon la formule: "de la grâce de Dieu".

Depuis près de 36 ans, catholiques et protestants se déchirent et s'entretuent. Le roi d'alors s'appelle Henri IV, c'est un homme intelligent, bien conseillé et bien entouré. Il a une volonté réelle de mettre un terme à cet affrontement entre catholiques et protestants. Habile et fin politique, il multiplie les tentatives par un engagement personnel considérable : né protestant en 1553, il abjure en 1572, se rétracte en 1576 et enfin se convertit en 1593. Sa célèbre phrase "Paris vaut bien une messe" lui vaudra de paraître comme opportuniste et il aurait ainsi maintenu cette image s'il n'avait été plus loin.

Henri IV constate alors que les voies de la rigueur et de la douceur ont échoué à faire disparaître le protestantisme du royaume, il va alors tenter de permettre la permanence, dans cette France "Très chrétienne", de la R.P.R. (Religion Prétendue Réformée). Il se fonde alors sur la conception d'alors de la tolérance : " Acceptation d'un mal que l'on ne peut pas empêcher". Le roi Henri va alors créer ce qui constitue le véritable texte fondateur de la Tolérance : l'édit de Nantes. L'édit de Nantes est promulgué en trois étapes les 3 avril, 30 avril et 2 mai 1598.

L'édit de Nantes est un ensemble de 95 articles dont certains règlent d'une manière extrêmement précise les droits et devoirs des deux communautés en présence. Hostile à tout compromis, le Pape Clément VIII proteste auprès de l'ambassadeur de France et nombreuses sont les manifestations contre cet acte régalien.

Un certain Langlet Le Poirier tente d'assassiner le roi en août 1589; il est dénoncé avant de concrétiser son projet et est ensuite condamné à mort et exécuté. 21 ans plus tard, et pour les mêmes raisons, un nommé Ravaillac parviendra à ses fins et connaîtra le même supplice. Henri IV aura payé son audace de sa vie.

Revenons à l'édit de Nantes… Dans le droit de l'ancien régime, la loi du roi n'a de réelle valeur qu'une fois qu'elle a été enregistrée par les parlements régionaux. Ainsi et selon les régions, l'édit n'est enregistré qu'entre 1599 pour les premiers et 1609 pour les plus réfractaires (Rouen), ce qui représente 11 ans entre la promulgation et la prise d'effet! C'est donc peu dire que les réticences et les résistances ont été vives.

Obstacles à l'application, manifestations, protestations, tentatives homicides puis régicide abouti, toutes ces réactions prouvent, s'il en était besoin, combien l'édit royal bouleverse les sociétés en présence et combien il est difficile de faire admettre les idées novatrices et les principes progressistes.

Quoiqu'il en fut, la loi est appliquée et les protestants peuvent désormais jouir des mêmes droits civils, publics et privés que les catholiques. Ils acquièrent également la liberté de culte et de réunion.

Citons l'article 6 de l'édit de Nantes :

"Et pour ne laisser aucune occasion de troubles et de différends entre nos sujets, avons permis et permettrons à ceux de ladite RPR, vivre et demeurer par toutes les villes de notre royaume et pays de notre obéissance, sans être enquis, vexés, molestés ni astreints à faire quelque chose pour le fait de la religion contre leur conscience, ni pour raison d'icelle être recherché ès maisons et lieux où ils voudront habiter, en se comportant au reste selon qu'il est contenu en notre présent édit".

Hélas, toutes les histoires ne se terminent pas comme les contes de fées, et, moins de cent ans plus tard, en 1685, l'édit du "Bon roi Henri" était révoqué par son propre petit fils, un certain Louis, quatorzième du nom.

Mais la première pierre était posée et le concept de la tolérance allait évoluer malgré les obstacles que tous les humanistes acharnés à le faire progresser allaient rencontrer. L'édit de Nantes peut être considéré comme le texte fondateur de la liberté de conscience et de la tolérance.

Les Anglais, alors en pleine difficulté avec leur monarchie et l'affrontement des communautés reprennent l'idée de tolérance, rapprochent l'édit de Nantes des écrits de Thomas Moore (L'utopie) et définissent la tolérance dans un sens innovant : non plus un pis aller, mais une nécessité inhérente à l'homme naturel et politique. Le pas était fait, né du besoin de concorde religieuse, la tolérance devient le moteur de la concorde religieuse et de la concorde civile. C'est véritablement à ce moment qu'apparaît le sens moderne de la tolérance et précisément en mai 1689 par le vote du "Toleration Act". Soit quatre ans après que la France eut révoqué l'édit de Nantes….

Au XVIIIème siècle, face aux églises, Voltaire et les autres philosophes du siècle des lumières semblent avoir de la peine à pratiquer la vertu de tolérance. En 1763, l'apologie mise en scène dans le "Traité sur la Tolérance" révèle une morale très claire, Elle révèle une tentation face aux religions: celle de ne faire de la tolérance qu'une entreprise de réduction de l'autre au semblable.

La tolérance entre confessions est toutefois possible et Voltaire, dans les "Lettres anglaises " ne dit-il pas :" un Anglais, comme un homme libre va au ciel comme il lui plaît" et il ajoute : "s'il y avait, en Angleterre qu'une religion, le despotisme serait à craindre; s'il y en avait deux, elles se couperaient la gorge; mais il y en a trente et elles vivent en paix et heureuses". Et l'encyclopédie conclut, en 1765, par cette définition : " La tolérance est en général la vertu de tout être faible destiné à vivre avec des êtres qui lui ressemblent."

Sur le terrain politique, et après bien des batailles, un édit qualifié de "Tolérance" est promulgué en 1787. Il correspond aux revendications de Voltaire issues de son combat lors de l'affaire Callas mais reste très en-deçà des édits de pacifications et de l'édit de Nantes. Le roi Louis XVI y accorde à ses sujets qui ne professent point la religion catholique, les droits que la nature ne cesse de réclamer en leur faveur.

Le point le plus important et le plus novateur de cet édit est qu'il crée un état civil laïque pour les sujets non catholiques ; les déclarations de naissance, de mariage et de décès peuvent être faites, pour ces derniers, devant un officier de justice en lieu et place du curé de la paroisse. Deux ans avant la révolution! C'est la préparation à la laïcisation de l'état civil français.

C'est ensuite 1789 et les révolutionnaires sont très partagés quant à la tolérance. Laborde et Mirabeau s'affrontent à ce propos le 22 août 1789. On est en pleine discussion sur la déclaration des droits de l'homme qui sera publiée le 26 août. Celle-ci est peu explicite sur la liberté de religion et la confond avec la liberté d'opinion qu'elle formule ainsi dans son article 10 : "Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi" . On ne peut nier l'esprit tolérant de ce texte que l'on peut qualifier d'article de tolérance de la déclaration des droits de l'homme.

Mettant fin à la révolution, le premier consul Bonaparte signe, le 16 juillet 1801 le concordat avec le pape Pie VII. Les disposition en sont promulguées par la loi d'avril 1802 et étendues aux cultes réformés et luthériens puis au culte "israélite" (selon le terme de l'époque).

On peut interpréter le régime concordataire comme l'aboutissement de la tolérance civile, fondée sur la neutralité active de l'état qui, loin d'être indifférent, accorde son aide à tous les cultes reconnus et n'en privilégie aucun.

Ce premier pas qui va de la tolérance vers une véritable laïcité est repris par Jules Ferry en 1881 et trouve son apogée le 9 décembre 1905 au moyen de la loi de séparation de l'église et de l'état. La république assure, de manière formelle, la liberté de conscience et garantit le libre exercice des cultes.

Mais si la tolérance est un chemin qui mène à la laïcité, il n'est pas le seul et il convient de ne pas considérer tolérance et laïcité comme synonymes.

Très rapidement, nous venons de parcourir un peu plus de quatre siècles de notre histoire moderne et nous avons vu naître et évoluer le concept de tolérance. De cette épopée, il apparaît qu'il s'agisse davantage d'une histoire de l'intolérance que d'une histoire de la tolérance.

De l'intolérance à la tolérance.

La tolérance n'est ni innée ni spontanée, c'est une démarche née de son contraire, c'est à dire venue par réaction face à l'intolérance. Réaction issue à la fois de volontés politiques et de principes humanistes. L'homme est intolérant, chacun croit détenir la vérité et dénie ce droit à l'autre. L'homme est un animal grégaire, sa constitution en sociétés est un facteur important dans le développement de son intolérance. L'intolérance individuelle devient alors intolérance sociétale, corollaire du sentiment d'appartenance et rejet commun des dissemblables.

Permettez-moi d'ouvrir une parenthèse et vous donner un exemple : J'ai toujours été troublé de ce que les groupes humains, possédant leur propre langage, ont inventé un mot pour désigner l'autre et, par là même, souligner sa non-appartenance au groupe.

Ainsi :

Pour un nudiste, je suis un "Textile" .
Pour un normand, je suis un "Horsain".
Pour un corse, je suis un "Pinzzuti".
Pour un juif, je suis un "Goy".
Pour un gitan, je suis un "Gadjio".

La liste n'est pas exhaustive, cherchez bien, il y en a d'autres. D'ailleurs, nous, francs-maçons, ne qualifions nous pas de "profane" celui ou celle qui n'appartient pas à notre assemblée ? Sans commentaire.

Je n'aurai pas l'outrecuidance d'affirmer que toute société qu'elle se constitue autour de principes religieux, d'origines ethniques, de tradition de culture ou tout à la fois, est par nature intolérante, mais je pense que toute religion, toute société porte en elle les germes de l'intolérance et que la tolérance n'est autre que l'anticorps qu'il nous faut activer et développer à la manière d'un système immunitaire.

La tolérance s'est tout d'abord appliquée au plan des religions avant d'être étendue à la liberté civile. Il s'agit bien d'une extension et non d'une substitution et au poids considérables des religions se sont ajoutés ce que j'appellerai les dogmes athées, pensons à Hitler, Staline ou Pol Pot…

Quant aux religions, si la Saint Barthélemy nous paraît bien lointaine et si nos regards se tournent volontiers vers Gaza ou Kaboul, n'oublions pas aussi de regarder ce qui perdure à Belfast.

L'affirmation de Voltaire : "l'intolérable, c'est le fanatisme" paraît ainsi toujours d'actualité. Mais comment distinguer, à travers expressions et manifestations, le fanatisme intolérable et la conviction tolérable?

La tolérance aujourd'hui.

Aujourd'hui, la tolérance reste l'instrument indispensable au progrès de l'humanité. La tolérance continue de faire face à l'intolérant, à la fois son ennemi et son géniteur.

En ce XXIème siècle naissant, deux autres dangers menacent la tolérance:

Trop de tolérance tue la tolérance.

Dans les propos publics de nombre d'hommes politiques, une expression s'est faite jour: "tolérance zéro" utilisée principalement à propos de délinquance et d'incivilité. C'est une dérive sémantique perverse qui tend à faire de la tolérance le synonyme de laxisme, permissivité ou angélisme. Toutes choses que la tolérance n'est pas. Toutes choses qui lui font perdre du terrain.

Les égoïsmes et l'indifférence de nos société modernes constituent également une menace: "Je suis tolérant" tend aussi à signifier, aujourd'hui, qu'on ne souhaite pas y regarder de trop près. "A chacun sa vérité" devient alors "Chacun pour soi" et l'on aboutit très rapidement à ce que j'appellerai la tolérance de "Dupont-la-joie" illustrée par la célèbre brève de comptoir : "Les arabes, ils ne dérangent pas pourvu qu'ils restent chez eux".

La tolérance et la franc maçonnerie.

La tolérance n'est vraiment incontestable que dans la maçonnerie libérale, les maçonneries dogmatiques, dites "régulières" restent marquées, sinon d'intolérance, du moins d'une tolérance qu'elles ne conçoivent qu'en second lieu après la croyance obligatoire. Sachons également qu'aux Etats Unis, il existe des Loges pour noirs et des Loges pour blancs.

Comme on a pu le voir, la tolérance ne doit pas être l'attitude restrictive qui supporte la différence parce qu'il est impossible de faire autrement. La tolérance exprime le fait positivement contraire du concept d'intolérance que tous les maçons doivent réprouver. La tolérance exige courage et lucidité.

La maçonnerie, conçue pour être le centre de l'union, a su poser la vraie définition de la tolérance. Rappelons nous l'article premier de notre Constitution : " ….elle a pour principe la tolérance mutuelle…" En ajoutant l'adjectif "mutuelle", l'indispensable est dit car la tolérance ne vaut que par le partage. La tolérance n'est pas une attitude univoque de ceux qui en sont adeptes, la tolérance ne s'exprime véritablement que grâce aux prosélytes.

Comment pratiquer et répandre cette tolérance qui constitue le véritable moteur de l'éthique maçonnique ? Nous disposons pour cela d'outils symboliques. L'équerre et le compas se trouvent parfaitement associés pour cet exercice.

L'équerre nous donnera les limites de la tolérance, car il y en a. L'équerre est la mesure même de l'acceptable, hors de sa rectitude, commence l'intolérable. Le compas, plus souple, plus ou moins ouvert, s'adapte aux situations, donne la dimension exacte du comportement. Et ce n'est pas un hasard si le compas, situé sous l'équerre au degré d'apprenti, commence à émerger aux compagnons et finit au premier plan pour les maîtres.

Alors, unissons nos efforts et continuons à pratiquer cette tolérance qui unit nos dissemblances. Continuons avec mesure, lucidité et humilité notre quête vers l'inaccessible.

Et puisqu'il est question de lucidité, je conclurai, très provisoirement, en citant cette réflexion de Jankelevitch :

"La tolérance, si peu exaltant que soit le mot, est une solution passable; en attendant mieux, c'est à dire en attendant que les hommes puissent s'aimer, ou simplement se connaître ou se comprendre, estimons nous heureux s'ils commencent par se supporter" .

Source : www.ledifice.net

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La méthode maçonnique peut-elle participer à la construction d’un monde meilleur?

9 Janvier 2013 , Rédigé par V.G. Publié dans #Planches

Le but d’une méthode est de substituer une idée claire, exacte et complète à une notion confuse, superficielle et incomplète.
Le but de la méthode maçonnique est de substituer une humanité dans laquelle l’acceptation de l’autre avec toutes ses différences serait une évidence et naturelle à une humanité dans laquelle l’acceptation de l’autre est exception.

Pour atteindre ce but le Grand Orient de France met à disposition de ses membres des moyens et une méthode :
Des moyens qui sont définis par l’article 1° de sa constitution
Une méthode qui consiste:

  • à tenter de polir « l’être » en taillant le « moi » par un travail assidu, qu’il soit individuel ou collectif.
  • à répandre au dehors les vérités qu’il aura ainsi acquises.
  • à préparer, l’avènement d’une humanité meilleure et mieux éclairée dans laquelle règnera la tolérance et où les valeurs de Justice, de Liberté, de Solidarité, de Fraternité et d’amour ne seront plus des mots dont on se gargarise mais une volonté ferme et résolue. Ce travail de tout les instants qui, prenant appuis sur le passé, forge le présent et prépare l’avenir.

Alors, cette méthode peut-elle participer à construction d’un monde meilleur ?

Certainement… mais, quel monde ? Le monde physique? Le monde vivant? Ou de façon plus restrictive celui des Humains qui pensent égoïstement que la construction d’un monde meilleur pour eux est, de facto, meilleur pour tous. Mais cette dimension seule, à notre sens, ne pourra pas résister encore longtemps sans y englober les autres tant aujourd’hui leur interdépendance est étroite.
Nous n’aborderons pas le sujet sous cet angle aujourd’hui, en considérant que « Le monde » évoqué par la question ne concerne que l’humain car la franc-maçonnerie, crée par l’homme et pour l’homme, n’a d’autre objectif que de s’occuper de celui–ci dans sa dimension sociale, créative et spirituelle.
En cela, nous prendrons le sujet dans sa globalité en ne dissociant pas l’esprit et les objectifs de l’idéal maçonnique du G.O.D.F définis par les moyens mis à disposition, de la méthode qui est le vecteur qui en assure leur diffusion.
Car il va sans dire que si la méthode structure pour diffuser c’est tout de même le contenu des valeurs qu’elle permet de véhiculer qui peuvent participer de la construction d’un monde meilleur.
Le présent travail, sans vouloir méconnaitre l’importance que peuvent revêtir l’étude du sacré et l’apport de l’art dans le perfectionnement intellectuel et l’amélioration morale de l’humanité, en fera toutefois abstraction afin d’en souligner sa dimension sociale.

A ce stade de notre réflexion et afin d’en éclairer l’approche, il nous apparaît nécessaire d’effectuer un bref rappel historique :
Au 17 et 18° siècle le contexte politique social et religieux entretenait des conflits partout en Europe. Les intellectuels mettaient en cause les certitudes religieuses et la paix sociale nécessitait une plus grande tolérance dans le domaine des religions. Cette préoccupation, qui agitait les esprits, se retrouvait aussi dans maçonnerie spéculative naissante. Au début du 19ème siècle, dans tous les rituels publiés, l’invocation au Grand Architecte De L’Univers ne figurait que dans la prestation de serment. Il semble cependant que l’interprétation divine du G.A.D.L.U. était la plus généralement acceptée pour se conformer à ce que souhaitaient les gouvernants de l’époque. Plus tard en 1849 la majorité conservatrice du convent, troublée par les événements de 1848 fait adopter et intégrer dans la constitution « le Principe de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme ». Cette affirmation venait en opposition avec la notion de liberté de conscience et de tolérance. A compter de 1860 et presque à tous les convents, des batailles sont livrées pour aboutir en 1877 à la révision de l’article 1°. A compter de cette date et afin de permettre à chaque maçon d’y trouver sa place, l’assemblée conventuelle précise que la Franc Maçonnerie n’est ni déiste, ni athée, ni même positive. Et, qu’en tant qu’institution affirmant et pratiquant la solidarité humaine, elle EST étrangère à tout dogme et à tout crédo religieux.

En conséquence, le Convent de 1877 décide le remplacement du principe de l’existence de Dieu et de l’immortalité de l’âme par le principe unique « De la liberté absolue de conscience » permettant ainsi à chacun de ses membres, l’exercice d’une spiritualité à l’abri de toute contrainte autre que celle librement consentie par l’acceptation des principes généraux de l’ordre définis par l’article 1° de la constitution dont lecture ci après :

« La franc maçonnerie, institution essentiellement PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE et PROGRESSIVE, a pour objet

  • LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ
  • L’ÉTUDE DE LA MORALE
  • LA PRATIQUE DE LA SOLIDARITÉ.

Elle travaille à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité.
Elle a pour principes :

  • LA TOLÉRANCE MUTUELLE
  • LE RESPECT DES AUTRES ET DE SOI -MÊME
  • LA LIBERTÉ ABSOLUE DE CONSCIENCE.

Considérant les conceptions métaphysiques comme étant du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de ses membres, elle se refuse à toute affirmation dogmatique.
Elle a pour devise : LIBERTÉ ÉGALITÉ FRATERNITÉ. »

Les moyens ainsi définis, et ayant déjà une réponse sur le pour qui (l’humanité), essayons succinctement d’approcher le sens du pourquoi (l’idéal) afin de déterminer si le comment (la méthode) peut participer de la construction d’un monde meilleur.
INSTITUTION ESSENTIELLEMENT PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE ET PROGRESSIVE .
La franc-maçonnerie se définit comme une institution, c’est à dire une réunion d’hommes ayant des buts et des aspirations communs. Même si la démarche du franc maçon se conçoit d’abord comme individuelle, elle se réalise surtout avec et au contact d’autres. Il s’agit bien d’un parcours initiatique « en réunion » car la franc-maçonnerie serait inexistante et inopérante sans cette interdépendance, cette symbiose, et cet égrégore qui règnent entre les frères. Si la personnalité de chacun est essentielle, être franc maçon c’est également faire partie d’un tout, d’un édifice dans lequel chaque pierre, qu’elle soit brute ou polie, est un élément indispensable à son équilibre et à son maintien.
Elle se veut essentiellement PHILANTHROPIQUE, PHILOSOPHIQUE et PROGRESSIVE,

La philanthropie, mérite que l’on s’y attarde un instant car elle est la base de l’action maçonnique, elle est une vertu douce, patiente et désintéressée qui utilise la connaissance de sa propre faiblesse pour compatir à celle d’autrui et ne demande que le bien de l’humanité.
Mais bien que la philanthropie, dans son sens premier soit synonyme de charité ou amour de l’humanité nous assistons aujourd’hui à un détournement de celui-ci. Sous son couvert nous subissons le développement de l’action de puissantes fondations à travers le monde dont le but plus ou moins avoué ne s’inscrit pas dans une démarche humaniste mais dans une forme d’engagement qui invite à reconsidérer assez sérieusement ce principe de solidarité qui nous est si cher afin de le remplacer par un principe de charité privée dans lequel la sensibilité de celui qui reçoit sera soumise aux impératifs de l’égo de celui qui donne lui-même soumis à l’influence de ses options philosophiques ou religieuses.
Au même titre que les valeurs portées par la méthode maçonnique peuvent subir l’influence de ces mêmes options dont elle se réclame et dans lesquelles elle évolue.
Mais qu’est ce que la philosophie et à quoi sert- elle ?

Reprenons à notre compte la maxime d’Epicure : La philosophie est une activité qui, par des discours et des raisonnements nous procure la vie heureuse …..
Les discours et les raisonnements, nous savons faire et eux aussi participent de la méthode maçonnique, mais contribuent- ils à construire un monde meilleur ?

Alors essayons de ne pas êtres dupes des petits bonheurs faciles et trompeurs qui s’obtiennent en cachant la réalité. Chacun de nous ressent bien que :
-« l’avoir » ne nous est pas suffisant et que « l’être » nous est indispensable.
-la recherche de cette exigence de perfection qui nous a conduits dans ce temple, nous apprend que philosopher c’est préférer la vérité même si elle est contraire à nos espérances.
-philosopher c’est la recherche de la connaissance, c’est tenter d’approcher la sagesse, c’est apprendre à vivre et à aimer la vie.
-aimer la vie c’est aimer les joies qu’elle procure et en accepter les drames qu’elle fait subir, c’est chercher à changer les choses qui dépendent de nous pour les améliorer et c’est aussi accepter, sans colère inutile et avec tolérance, celles qui n’en dépendent pas.
Et en ce sens La Franc-maçonnerie est progressive car elle oblige le franc-maçon à agir en homme conscient de ses droits et de ses devoirs, acteur d’un progrès sans cesse à inventer dans la recherche du vrai, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité.

LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ

Afin de ne pas réduire l’anthropologie à une seule étude physique ou historique de l’humanité, Kant a jugé nécessaire d’établir une anthropologie philosophique,élément indispensable et indissociable dont la sagesse prend en compte le perfectionnement de l’humanité, c’est à dire le progrès dans cette société « où l’homme se civilise, se moralise par l’art et les sciences »
Or, ces développements ne sont rendus possibles que par le caractère transcendantal de l’homme lui permettant de s’élever au dessus des lois de la nature. Ces lois il les découvre, essaie de les comprendre et les utilise. Cet homme que Voltaire désigne comme « Un animal pas comme les autres », est ainsi capable de découvrir et de dévoiler l’ordre du monde grâce à la raison qui le destine à mettre en jeu toutes ses puissances mentales pour acquérir une connaissance VRAI.
Alors s’il est vrai que l’homme est essentiellement « pensée et liberté », si exister pour lui, signifie donner un sens à tout et si, pour ce faire, il s’interroge et cherche à comprendre sans relâche le pourquoi de son interrogation , alors nous pouvons entrevoir la nature de son désir et son but. Ce désir que Platon dans le « banquet » nous fait appréhender comme « vouloir la chose dont on ne dispose pas encore » est pour chacun ce besoin vital et nécessaire d’accéder au VRAI à LA VÉRITÉ. Et nous savons que pour cela nous devrons livrer bataille car si la vérité est à découvrir, à dévoiler, elle n’est jamais donnée elle est toujours conquise.
« Nous devons gagner à la sueur de notre front, le pain de notre esprit » disait Malebranche.
Mais qu’est ce que la vérité ? Où et comment la trouver ? En suis je capable ?
Voilà les questions que se pose le franc-maçon et auxquelles nous n’apporterons pas de réponse car si la vérité philosophique se définit comme la conformité de ce que je dis avec ce qui est , nous savons tous que sa recherche est subjective et que chacun de nous doit toujours garder présent à l’esprit cette phrase d’André GIDE:
« Croyez ceux qui cherchent la vérité, doutez de ceux qui la trouvent »

L’ÉTUDE DE LA MORALE

L’étude des règles qui dirigent l’activité libre des hommes n’est pas le fait du hasard si elle constitue un élément important de l’objet du G.O.D.F. Il relève du débat permanent au sein de la loge ,que la recherche de la connaissance vrai de la morale n’est jamais définitive et ne doit relever d’aucun dogme.
Ces règles librement consenties hors du dogme délimitent cet espace de liberté, dans lequel chacun de nous évolue sans entraves ni interdits. Elles marquent le degré de civilisation d’une société et participent du bien vivre ensemble.
Là où les morales religieuses s’affirment, sans autres soucis d’explications que celles relevées dans les écrits livrés à l’interprétation d’un clergé, nous constatons à la lumière d’évènements récents qu’il n’est pas nécessaire de rapporter combien cet espace de liberté peut être restreint.
En franc maçonnerie, quand elle se juge et se commande, la morale n’est que l’affirmation de la liberté. Elle répond à la question « que dois-je faire » et ignore totalement le « que doivent faire les autres » soulignant ainsi les devoirs et les obligations que nous nous sommes fixés.
Et c’est parce qu’elle participe à une certaine conception du bien et du mal de l’autorisé et de l’interdit, de l’admissible et de l’inadmissible que la morale est en perpétuelle évolution. Toute règle librement consentie a une relation de soi à autrui bien entendu mais elle s’impose d’abord à soi comme le dit COMTE SPONVILLE pour qui « la morale n’est légitime qu’à la première personne sinon l’on n’est pas moral mais moralisateur ce qui est sensiblement différent. »
Les conséquences de la crise économique que nous vivons ne viennent – elles pas illustrer quotidiennement cet écart entre le discours moralisateur de ceux pour qui la loi morale est la cupidité et le cynisme et la pratique d’une entraide, d’un altruisme, bref d’une fraternité et d’une solidarité entre ceux qui souffrent.

LA PRATIQUE DE LA SOLIDARITÉ

Le rituel du rite français précise ainsi qu’il suit les termes de l’obligation prêtée par le nouvel initié :
« Je promets … et de mettre en pratique, en toutes circonstances, la grande loi de solidarité humaine qui est la doctrine de la franc-maçonnerie »
« Je pratiquerai l’assistance envers les faibles, la justice envers tous, le dévouement envers ma famille, ma patrie et envers l’humanité, la dignité envers moi-même. »
C’est aujourd’hui, dans ce monde en tourmente et qui souffre, dans ce monde qu’il soit physique vivant ou humain, que nous pouvons mesurer toute l’importance de cette valeur, de cette règle morale qu’est la solidarité. La franc-maçonnerie l’a voulue seulement humaine et l’a érigée en doctrine, mais ne serait-il pas nécessaire d’en étendre ses bienfaits aux mondes physique et vivant afin de ne pas en épuiser les ressources et d’en protéger les espèces.
La pratique de la solidarité, sous toutes ses formes, chacun de nous se doit au sein de la maçonnerie d’en faire une règle morale incontournable car c’est en partie par elle et la diffusion de cette chaleur humaine que nous puisons dans le travail en loge que nous pourrons participer à l’amélioration matérielle et morale, au perfectionnement intellectuel et social de l’humanité. Cette chaleur humaine qui s’alimente des principes capitaux de notre ordre que sont la tolérance mutuelle, le respect des autres et de soi-même, et la liberté absolue de conscience

LA TOLÉRANCE

Tolérer c’est :

  • accepter l’opinion contraire,
  • laisser faire ce que l’on pourrait empêcher ou combattre,
  • c’est renoncer, sans abandonner, à une part de sa force, de son pouvoir, de sa colère,
  • c’est déposer et non abandonner ses métaux à l’extérieur comme à l’intérieur du temple.

La tolérance intervient quand la connaissance fait défaut en nous laissant dans le domaine des opinions. Elle fait abstraction du « moi » au bénéfice d’autrui. Elle nous oblige à nous remettre en question en nous laissant entrevoir que ce que nous tenions pour vrai ne l’est sans doute pas plus que la vérité de l’autre. Elle ne peut se concevoir que si l’action ou l’opinion tolérée n’est pas contraire à la règle morale où à la loi.

La tolérance mutuelle, est un principe fondateur de la franc-maçonnerie. Elle est le fruit d’un respect et d’une confiance réciproque entre les frères. Mais d’une confiance encore modérée dans son action dans le monde profane. Confiance modérée car dans ce monde où le cynisme et l’égoïsme règnent en maitre, le respect et l’indulgence apparaissent encore comme une faiblesse. Ce monde dans lequel la souffrance de l’autre, qu’elle soit physique ou morale, est intolérable et inacceptable pour un maçon. Son acceptation devient soit cruauté, soit égoïsme ou même indifférence.
Cependant poussée à sa limite, la tolérance finirait par se nier elle même et deviendrait faiblesse ou laxisme, servant de terreau au développement de l’intolérance. C’est ce que Karl Popper philosophe des sciences contemporain appelait le paradoxe de la tolérance et qu’il exprimait ainsi « Si l’on est d’une tolérance absolue, même envers les intolérants et que l’on ne défende pas la société tolérante contre leurs assauts, les tolérants seront anéantis et la tolérance avec eux. »
Pourtant, la maçonnerie ne nous enseigne-t-elle pas que c’est par l’acceptation de l’opinion de l’autre, le respect et l’instauration d’une confiance réciproque que nous progresserons vis à vis de ceux qui ne la respecte pas. Il s’agit donc et dans tout les cas, d’une évaluation des risques où si l’on préfère, du degré de respect et de confiance que nous devons accorder. Tolérer devient avant out une démonstration de force. Que nous abordions sa dimension politique, morale, ou religieuse, la tolérance n’existe que parce que nous permettons ce que nous sommes en mesure d’interdire ou en tout cas capable d’affronter efficacement. Il m’est facile de tolérer une opinion différente de la mienne si je me sens suffisamment fort pour ne pas être mis en danger
En voici un exemple : Je cite :
«
Tous ceux qui ne se soumettent pas à la vérité sur le bien et sur le mal moral, vérité établie par la loi divine, norme universelle et objective de la moralité, tous ceux là vivent dans le péché.
Il n’y a de liberté ni en dehors de la vérité ni contre elle.
La vérité morale s’impose à tous et ne saurait dépendre ni des cultures, ni de l’histoire, ni d’une quelconque autonomie de l’homme ou de la raison. C’est la voix de Jésus Christ, la voie de la vérité sur le bien et le mal qu’on entend dans la réponse de l’église
»
Ces paroles sont extraites de l’encyclique « veritatis splendor » publiée par Jean Paul II en 1993.
Cet exemple, en tant que maçons du G.O.D.F, il m’est facile de le tolérer car son affirmation se heurte à la force de mes convictions forgées dans le principe de liberté absolue de conscience et au refus de toute affirmation dogmatique.
Ce principe même et cette affirmation qui rendent à l’homme sa liberté de choisir le cadre dans lequel il souhaite que celle- ci s’exerce, m’incitent devant les propos d’une rare violence tenus récemment par la même institution à pratiquer l’intolérance et à prolonger mon action dans une laïcité qui, au regard de ce qui précède, ne peut être que la forme institutionnalisée de la tolérance.

LE RESPECT DES AUTRES ET DE SOI MÊME- LA LIBERTÉ ABSOLUE DE CONSCIENCE – REFUS DE TOUTE AFFIRMATION DOGMATIQUE

Nous avons évoqué un peu plus haut que le respect des autres était une composante indispensable à la tolérance pour tisser ce lien de confiance nécessaire à l’épanouissement des relations humaines. Le respect c’est considérer l’autre dans un rapport d’égalité, établir une distance suffisante pour ne pas empiéter sur ses convictions, ou son intimité. Le respect c’est également l’accepter dans ses différences.
Se respecter soi-même c’est avoir conscience du respect que devons aux autres.

Et maintenant, une fois n’est pas coutume, si nous parlions un peu du G.A.D.LU!
Comme nous l’avons indiqué dans notre bref rappel historique la volonté du convent de 1877, de rejoindre l’esprit initial des constitutions d’ANDERSON, œuvre pour une liberté absolue de conscience en précisant que les conceptions métaphysique sont du domaine exclusif de l’appréciation individuelle de chacun.
Le fait de ne pas croire en un dieu révélé ne signifie pas que nous sommes contre toute spiritualité religieuse, contre toute métaphysique. Mais bien au contraire pour une spiritualité résultant du fonctionnement du cerveau qui permet dans ces domaines une évolution par l’interprétation. Cette évolution dont notre frère PROUDHON un des chefs spirituels de l’anarchisme nous en montre le chemin.
Replaçons-nous à son époque (1809- 1865) et écoutons son propos le jour de son initiation à la R.L SPUCAR à l’orient de Besançon. Au cours de l’épreuve du cabinet de réflexion à la question d’usage à cette époque qui était : quels sont vos devoirs envers Dieu ? Il répondait « GUERRE A DIEU ».
C’est lui qui quelques temps plus tard, écrivait, dans une apostrophe devenue célèbre « Nous étions comme des Néants devant ta majesté invisible à laquelle nous donnions le ciel comme dais et la terre comme escabeau; et maintenant te voilà détrôné et déchu. Ton nom, le dernier mot du savant, la sanction du juge, la force du prince, l’espoir du pauvre, le refuge du coupable, ce nom désormais voué au mépris et à l’anathème, sera sifflé parmi les hommes; car dieu c’est hypocrisie et mensonge, Dieu c’est tyrannie et misère ; Dieu c’est le mal ».
Et ce même PROUDHON après avoir été initié aux symboles de la maçonnerie, n’hésita pas à écrire je cite :
« Après avoir subi les épreuves, ….Par delà un cérémonial dont quelques détails peuvent être discutables, il est une PHILOSOPHIE, supérieure qui ne COMMUNIQUE POINT, et que je ne puis révéler, bien qu’elle constitue selon moi le véritable mystère de la Franc-Maçonnerie: le conceptualisme, la négation de toute phénoménalité, l’affirmation de l’absolu, tel est le caractère fondamental de toutes les doctrines religieuses. Le G.A.D.L.U n’est ni substance, ni cause, ni créateur, ni rédempteur, ni Satan, ni rien de ce qui correspond à un concept TRANSCENDANT. Toute métaphysique est ici écartée. C’est la personnification de l’équilibre universel, il tient le compas, le niveau, l’équerre et le marteau. Dans l’ordre moral, il est la justice. La maçonnerie n’est pas une église. Elle ne repose pas sur un dogme ni sur une adoration, elle n’affirme rien que la raison ne puisse pas comprendre.

Sous le BÉNÉFICE DE CETTE INTERPRÉTATION, je consens à rendre gloire au G.A.D.L.U dont le lumineux triangle, plus précieux pour moi que le nom d’un Jehova cruel et vindicatif m’a révélé toutes ces choses » Mais PROUDHON ajoutait
« Il faut être étrangement pauvre d’esprit, ce me semble, pour ne pas voir que le rationalisme tolérant de la F.M fondé sur le dédain de toute théologie et sur la substitution d’une idée positive et réelle au concept métaphysique, est la négation même de l’élément religieux, remplacé par l’idée de Justice dans la conscience du F.M. »
C’est sans contestation une évolution chez PROUDHON, mais le fond de sa pensée rejette toujours toute transcendance, pour se loger dans l’immanent, dans le présent, dans le réel, dans ce que la raison peut clairement comprendre.
Alors mes frères concentrons notre esprit sur la réalité de notre contact avec l’univers dont nous sommes partie intégrante et poursuivons la recherche de la vérité, l’étude de la morale et la pratique de la solidarité. Ainsi l’article 1° de notre constitution, enrichi des commentaires qui l’accompagnent, rattache la franc-maçonnerie, tout au long de son histoire, au domaine des valeurs morales et nous fait entrer avec celui de la sagesse qui englobe l’expérience spirituelle de l’humanité. Cette sagesse qui couvre un champ plus vaste que la spiritualité inclus des chemins profanes plus laïques.
Appliquons nous à réaliser une Franc-Maçonnerie collée aux réalités de l’univers et de la planète, ne poursuivons pas d’infructueuses cogitations apparemment métaphysiques sur lesquelles ni notre esprit, ni nos neurones n’auront prises. Tout cela nous détournerait de notre tâche d’amélioration de la société. Même si, chronologiquement, avant ou après la création de l’univers, à côté de notre hypothétique fonction d’architecte, de maitre d’œuvre, il y avait un maitre d’ouvrage, aujourd’hui son existence relèverait du domaine exclusif des conceptions métaphysiques et dogmatiques ce qui, de mon point
de vue, l’exclurait du champ de la Franc-Maçonnerie.
Pour conclure, nous dirions que « la méthode maçonnique » n’est autre que celle que nous venons d’appliquer à la rédaction de cette planche. Elle consiste en un tout dans lequel l’analyse est inséparable de la synthèse. Méthode, dans laquelle partant d’un principe général nous essayons d’en déduire toutes les idées que ce principe contient, d’en extraire les plus fécondes, et d’en étendre leur bienfait à l’humanité par une action tant individuelle que collective avec l’aide des moyens de communication moderne en faisant apparaître une franc maçonnerie sans mystères au service de l’homme.
En ce sens la méthode maçonnique participe à la construction d’un monde meilleur.
Si nous avions à la définir par un seul mot, Nous l’appellerions philanthropie

-car comme elle, c’est par l’apprentissage et l’utilisation de la connaissance de nos propres faiblesses que nous parvenons à laisser nos métaux à la porte du temple.
-Car comme elle, la maçonnerie se pratique comme une vertu patiente et désintéressée.
-Car comme elle, elle ne demande que le bien de l’humanité

Nous terminerons en citant une phrase de DESCARTES dont la maçonnerie, un siecle plus tard, s’est emparée et a instituée en méthode :
« L’on s’écoutera parler les uns les autres avec douceur et respect, sans faire paraître jamais de mépris pour ce qui sera dit dans l’assemblée. L’on ne s’étudiera point à se contredire, mais seulement à rechercher la vérité«

Source : http://www.franc-maconnerie-godf-cannes.org

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Tolérance et exclusion

8 Janvier 2013 , Rédigé par Bernard P Publié dans #Planches

Je tiens à préciser que cette planche n’est pas une planche d’actualité et en aucun cas elle ne traite de l’exclusion du maçon reconnu comme tel par ses Frères mais de l’exclusion du profane à être reconnu par nous pour devenir l’un des nôtres.

Je me demande, encore aujourd’hui, les raisons qui m’ont poussées à traiter d’un sujet aussi « brûlant » et épineux.

Il est question, entre autre, de la gestuelle imposée dans nos rituels et à laquelle ne peuvent pas se conformer, entre autres, les personnes infirmes.

A première vue, les termes « Tolérance » et « Exclusion » sont, on ne peut plus antinomiques. Qui dit Tolérance, di acceptation de l’autre, de ses défauts, de sa différence.

Le franc-maçon est Tolérant. Il est dit, dans les Constitutions d’Anderson, « qu’un maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale ; et s’il entend bien l’Art Royal, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. » Plus loin, « que les personnes reçues membres d’une Loge doivent être des Hommes bons et sincères, nés libres, d’âge mûr et discret, et non des esclaves, des femmes, ni des hommes immoraux ou scandaleux, mais de bonne réputation. »

Une certaine exclusion apparaît dans cette phrase, pour ce qui concerne les femmes. Ramsay disait : « ce n’est point un outrage à sa fidélité ; mais on craint que l’amour entrant avec ses charmes ne produise l’oubli de la Fraternité. Nombres de Frères et d’amis seraient de faibles armes pour garantir les cœurs de la rivalité. »

En ce qui concerne les hommes immoraux ou scandaleux, cela me semble logique et sans appel.

Les esclaves ; pourquoi pas ? Et encore !!!

Qu’en est-il aujourd’hui dans nos obédiences, dans nos loges ?

Je ne citerai pas la « seule » obédience dite « régulière » qui rejette d’un bloc tout ce qui le lui appartient pas et ceux qui ne pensent pas comme elle. Elle ne m’intéresse vraiment pas car, dans celle-ci, ne règne qu’exclusion et intolérance.

En ce qui concerne les femmes, la situation s’est bien améliorée et cela est bien, à l’exception de l’obédience préalablement citée pour qui la femme n’est bonne qu’à procréer, et encore.

Mais chez nous, Frères tolérants et fraternels, la porte de nos temples est-elle accessible à tous ?

Sommes-nous prêts à accueillir tout homme libre et de bonnes mœurs ? Même s’il est pauvre, malade, muet, aveugle, infirme ou ex-bagnard ? Jean Valjean eut-il été admis chez nous à son époque ?

Je pense que, si ce postulant est tout cela en même temps, il y a lieu d’hésiter un moment. Mais prenons un profane qui frappe à notre porte après avoir franchi dans le bon sens celle de Fresnes ou toute autre prison. Imaginons que son casier judiciaire est chargé après avoir purgé une peine de prison conséquente suite au meurtre de l’assassin de sa femme et de ses enfants. Cet homme, rejeté par la société, par ses amis peut-être, doit-il être rejeté par nous, nous qui, du jour au lendemain, pouvons être confrontés à une situation analogue ? Cet homme ayant purgé sa peine, ayant toujours été un excellent père de famille, n’est-il plus libre et de bonnes mœurs ? Doit-on lui jeter l’opprobre et ne rien faire pour soulager sa souffrance et pour l’aider à se retrouver, à retrouver son « moi » ? La main tendue n’existe-t-elle pas pour lui ?

Autre exemple d’exclusion de nos temples : le fric ! Ce fric responsable de tous les maux de l’humanité. Le Smicart, le Rmiste, le SDF a-t’il une chance d’entrer chez nous ? Il peut être libre et de bonnes mœurs, avoir un Q.I. respectable et de ce fait, pouvoir participer à nos travaux sans problème, nous apporter ses connaissance. La valeur de ses raisonnements nous serait vraisemblablement très profitable, mais malheureusement à la sempiternelle question des frères enquêteurs « pourrez-vous payer vos cotisations ? » S’il répond par trois fois : « Non ! » ; une partie peut-être, et en me privant terriblement : je renonce ! Quel serait le résultat du vote ? Bien sûr, nous ne sommes pas une œuvre de charité, mais ne nous privons pas d’une si belle pierre qui rendrait notre édifice encore plus beau et plus solide.

Je pense du fond du cœur, qu’un atelier se disant tolérant et rejetant l’exclusion sous toutes ses formes devrait pouvoir accueillir de telles situations et œuvrer à l’aider à s’en sortir en sein de sa fraternité. Le tronc de la veuve existe pour subvenir aux besoins d’un Frère ou de sa famille dans la détresse. N’est-il pas tentant d’imaginer un « tronc d’accueil d’amour » permettant de tendre la main à cet homme qui aurait pu être notre Frère ? Réfléchissez, ce n’est vraisemblablement pas une utopie.

Un autre cas d’école : un maçon est un homme debout, mais cela est incompatible avec le fauteuil roulant du tétraplégique ou même de l’hémiplégique. Notre rituel, nos déplacements en loge sont incompatibles avec ce genre de véhicule. Et pourtant… Cet homme que la maladie, l’accident, a diminué pour toujours au regard de la société, de son entourage, n’a-t’il plus le droit non plus de s’élever parmi nous dans la sagesse, la recherche de lui-même ?

Même l’initiation lui est interdite : comment voyager ? Comment prêter serment sur les 3 grandes lumières de la franc-maçonnerie ? Comment donner l ‘accolade fraternelle ? Comment enfin, entrer dans la chaîne d’union et serrer avec vigueur et tendresse les mains des Frères qu’il n’aura jamais ? Et au fait, que fait-on du Frère en pleine santé à qui cela arrive ? je ne sais pas et je suis certain que l’un d’entre vous me le dira à la fin de ma planche. Pour illustrer mon propos, je vous raconterai la belle histoire suivante : il y a quelques temps, j’ai visité un atelier et je ne regrette pas ce voyage car j’ai eu le bonheur de constater la beauté de l’amour et de la fraternité. Dans cet atelier, j’ai découvert une chose surprenante : le deuxième surveillant, troisième lumière de la loge, ne pouvait pas se déplacer dans la loge du fait d’un handicap sévère à une jambe. A chaque tenue, un Frère volontaire exécutait à sa place les déplacements d’ouverture et de fermeture des travaux suivant les invocations que ce Frère, privé de ses jambes, lançait de son plateau. Quelle émotion de voir évoluer de voir évoluer ces deux Frères en symbiose totale. L’un étant le geste, l’autre la parole, pour que la lumière rayonne sur l’ensemble es Frères de l’atelier et que les travaux puissent vivre. Qu’est-ce que l’égrégore sinon cela ?

Je poursuivrai par l’homme noble de cœur et d’esprit, parfaitement adapté à devenir une superbe pierre polie de belle qualité, mais non-voyant. Comment, tout d’abord, peut-il recevoir la Lumière ? Cela peut paraître simple car cette Lumière est en nous, vacillante dans notre corps profane, mais visible même dans les ténèbres de la cécité pour qui sait la recevoir et surtout la découvrir au plus profond de lui-même.

Mais nos ateliers et nos rituels ne sont pas fait pour celui qui est entouré de ténèbres. Notre cabinet de réflexion nous est dévoilé « sans le bandeau ». Comment imaginer ce cabinet sans la petite flamme de la bougie qui permet à l’impétrant de découvrir, sans pour cela comprendre, les multiples symboles qu’il découvre le jour de son initiation et qui porterons sa réflexion à venir ? Comment ce même aveugle pourra-t-il reconnaître cet ennemi hypothétique à qui il devra essayer de pardonner ? Comment pourra-t-il découvrir et assimiler tous ces symboles qui jalonnent notre chemin initiatique ? Comment pourra-t-il suivre nos rituels ? Comment, deuxième ou premier surveillant, pourra-t-il « voir » la main levée de ce Frère qui souhaite la parole pour demander au Vénérable-Maître le départ de celui qui ne l’a jamais vu ?

« Gémissions ! Gémissons ! Gémissions, mais espérons ! »

Je pourrais continuer cette liste terrible des exclus de nos temples et l’intolérance qui parfois y règne (« il n’a pas de voitures pour venir en tenue » ; « il a des horaires trop irréguliers dans sa profession pour être assidu » ; « il n’a rien lu sur la Franc-Maçonnerie » ; « il n’a pas assisté à des conférences, ni écouté la Grande-Loge vous parle à la T.S.F. » ; « il est pédé comme un foc » ; « il est flic » ; etc…). Mais, pour conclure cette planche, même si tous les cas dont j’ai parlé sont en fait de faux problèmes et que tous peuvent venir auprès de nous, qu’il serait beau de voir, même et surtout du monde profane, une loge qui se composerait comme suit :

Trois Frères la dirigeraient :

Le Vénérable-Maître ; ancien du Front National : ayant reçu la Lumière, ferait rayonner plus que quiconque la tolérance et le respect de l’autre dans une fraternité sans plus aucune exclusion.

Le premier Surveillant ; tétraplégique : dirigerait par sa voie d’éveil le jeune Maître malhabile dans l’ouverture et la fermeture des travaux.

Le second Surveillant ; S.D.F : offrirait les richesses de son cœur aux jeunes apprentis en leur apprenant l’humilité.

Cinq l’éclaireraient :

L’Orateur ; repris de justice : ferait respecter les lois de la franc-maçonnerie en général et de la fraternité en particulier.

Le Secrétaire ; aveugle : pour qui la planche tracée de nos travaux serait en braille et de ce fait donnerait plus de relief à ceux-ci.

Sept la rendraient juste et parfaite :

L’Expert ; sourd : lisant sur les lèvres et les yeux de son Vénérable-Maître toute la sagesse de la loge afin de mener au mieux sa tâche.

Le Couvreur ; muet à toute tentation de corruption de profanes venant forcer la porte de notre temps, mais reconnaissant les siens à la chaleur fraternelle de leurs mains.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/

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