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Naissance de la Maçonnerie spéculative : la Bible, la tolérance

4 Janvier 2013 , Rédigé par Michel BARAT Publié dans #Planches

Comme André Glucksmann le souligne dès l'ouverture de son der­nier livre consacré à René Descartes, l'homme du doute est aussi celui qui, comme militaire, assiste à la bataille de la Montagne Blanche où les troupes impériales de Ferdinand II écrasent celles de l'électeur du Palatinat, roi de Bohème, Frédéric V. Sans doute s'agit-il là d'un événement capital dans l'histoire des nations euro­péennes mais il s'agit aussi d'un événement symbolique de l'histoire de la pensée. Frédéric V, homme de tolérance et de culture, gardait en son esprit et essayait, tant faire se peut, de réaliser l'idéal éras­mien du mouvement évangélique, continuateur de l'esprit et de la tradition antique, pour qui "l'amour de la sagesse est aussi sagesse de l'amour". Ainsi s'était-il entouré des membres de sociétés occul­tistes s'efforçant de concilier en pratique le progrès des sciences et le progrès moral dans la tolérance et l'amour fraternel. Commenius adepte de la secte des Frères Moraves illustre cette tendance. Peut- être s'agit-il là de l'expression la plus noble de l'utopie mais, quoi qu'il en soit, la bataille de la Montagne Blanche met fin à ce rêve dans les faits. L'ère de la déception et du doute s'ouvre : l'amour de la sagesse divorce d'avec la sagesse de l'amour. Pourtant la maçonnerie spéculative naissante au XVIIIe siècle prolongeant la modification déjà apportée à la maçonnerie ancienne par la maçon­nerie acceptée veut renouveler ce pari sur l'accord de la raison et du coeur : c'est ainsi que dans les Loges se retrouvent tout autant des rationalistes rigoureux, fidèles à l'esprit de l'Encyclopédie que des "illuminés" (terme alors nullement péjoratif) annonciateurs du romantisme tel qu'il se développera en Allemagne. Or ces Frères font référencé à un Volume de la Loi Sacrée qui se trouve être la Bible. Cela demande réflexion car le rationalisme des uns et le mysticisme des autres en faisaient l'objet de la colère des institu­tions religieuses, d'autant plus que se retrouvaient dans le même lieu des protestants latitudinaires et des catholiques libéraux.

Il apparaît alors nécessaire de réfléchir sur la présence de la Bible comme Volume de la Loi sacrée dans le cadre de la double spécifi­cité maçonnique qu'est la quête du sacré et l'affirmation de la tolé­rance. Peut-être faut-il inscrire l'originalité de la démarche maçon­nique à partir de l'exigence spirituelle de la recherche toujours renouvelée d'une vérité qui fait sens, mais sans jamais l'atteindre possessivement ; en un mot, il s'agit d'une quête du sacré et d'une exigence éthique de la tolérance comme fondement de la dignité et de la liberté du sujet humain. Or, au XVIIIe siècle, la question sur la Bible s'inscrit non pas dans la pure perspective religieuse mais comme l'aboutissement d'un affrontement idéologique entre parti­sans d'une dogmatique fermée et partisans de la tolérance entendue non seulement comme liberté de conscience mais encore comme liberté de penser. Ici, il faut apporter une précision : la liberté de conscience ouvre la possibilité d'adhérer ou non selon son libre arbitre à telle ou telle religion. La liberté de conscience, au sens strict du terme, s'inscrit donc dans la sphère de la question de la liberté religieuse. La liberté de penser, plus large encore, confère à l'homme la possibilité d'user de sa raison pour pousser sa recherche du vrai jusqu'où il le peut sans rencontrer aucune entrave, fût elle religieuse. Ainsi du XVIIe siècle au XVIIIe siècle les défenseurs de la liberté de conscience comme Bayle et ceux de la liberté de penser comme Spinoza s'inspirent soit de références bibliques soit de la critique scriptuaire naissante pour affirmer non seulement le droit à la liberté de conscience et de penser mais encore la nécessité de cette liberté pour le progrès de l'homme. L'originalité de la maçonnerie spéculative consiste précisément à affirmer cette double nécessité mais dans le cadre d'une quête spirituelle.

Aussi il semble permis d'interpréter la présence de la Bible en tant que Volume de la Loi Sacrée comme le symbole de la double exi­gence initiatique et tolérante qui détermine la pratique de la Maçonnerie spéculative telle qu'elle se dégage de la Maçonnerie opérative par l'intermédiaire de la Maçonnerie acceptée. Ainsi se pose la question du serment pris sur la Bible, Volume de la Loi Sacrée indépendamment de la référence au Grand Architecte de l'Univers. En cela le Grand Architecte de l'Univers et Bible consti­tuent des références fondamentales de la pratique maçonnique mais ils n'entretiennent pas entre eux la même relation que Dieu et les Saintes Ecritures entretiennent entre eux dans le cadre des pen­sées religieuses. Il apparaît que c'est là un des points qui génèrent la suspicion des églises intégristes sur la Maçonnerie, hier comme aujourd'hui.

Cette absence de liaison organique entre le Grand Architecte et la Bible peut se montrer par le simple fait que le Grand Orient de 1787 à 1878 travaillait bien à la gloire du Grand Architecte, sans pour autant demander au néophyte de prêter serment sur la Bible. En poussant l'analyse, il faut comprendre les Constitutions d'Anderson comme l'oeuvre d'un pasteur latitudinaire cherchant à dépasser les querelles religieuses et à rencontrer dans une libre quête de la vérité les catholiques libéraux. Ce processus semble s'élargir dans l'his­toire tant de la Maçonnerie que de la pensée par le passage de la liberté de conscience à la liberté de penser. Nous nous proposons d'examiner comment à sa naissance la Maçonnerie spéculative s'inscrit dans le combat pour la liberté de conscience puis de pen­ser, et cela dans la sphère spirituelle et non pas dans celle de la pure religion ou inversement dans celle de la pure philosophie : ce qui veut dire que la quête libre du sacré par le Maçon ne le conduit pas plus vers le Dieu des Religions que vers celui des philosophes, par le simple fait que cette quête demeure constamment ouverte et que son questionnement se renouvelle constamment, sans pour autant lui interdire loin de là une interprétation religieuse ou philosophi­que.

Pour ce faire il faut d'abord indiquer qu'elles étaient les positions des adversaires de la liberté de conscience et la manière dont ils s'inspiraient de la Bible comme le font tout autant leurs partisans. Encore faut-il ici bien définir ce qu'est la liberté de conscience dans cette perspective, il ne s'agit pas de la simple liberté de conscience privée, mais de la liberté de conscience civile. Des penseurs catholi­ques à l'image de Bossuet pour qui "la foi sert de science au chré­tien" affirme non seulement le droit mais le devoir du Prince à imposer sa religion à son peuple : la raison en est que la souverai­neté n'est point ici populaire mais divine, et qu'il ne saurait y avoir d'autre raison que la raison de Dieu se faisant raison d'Etat, que le logos divin. C'est une pensée où aucune autonomie n'est laissée à la raison humaine, où toute philosophie ne peut être qu'ancillia theo­logiae. Ainsi, en 1685, dans un texte intitulé "Conformité de l'Eglise de France pour ramener les protestants avec celle de l'Eglise d'Afrique pour ramener les donatistes de l'Eglise catholi­que", Goibaud-Dubois interprète-t-il tant l'histoire de l'Ancien Testament que celle du Nouveau et plus particulièrement les textes pauliniens comme une légitimation du point de vue augustinien pour qui "Felix necessitas quae ad meliora compelli" 1°). La démarche maçonnique affirme l'inverse, il ne saurait y avoir de contrainte heureuse et même plus la démarche qui conduit vers une meilleure saisie du sacré ne peut être que le choix volontaire d'un libre arbitre. L'interprétation dogmatique s'inspire bien de la Bible : elle commente l'histoire de Paul contraint par Dieu à se convertir sur le chemin de Damas ou rappelle encore des formules comme celle des Nombres 16-45 : "Il a dompté par des châtiments très sévères la rébellion de son peuple". Face à la liberté de conscience revendi­quée, une certaine partie des Eglises réaffirme le compellere intrare d'Augustin en en faisant parfois un compellere remanere (2).

S'inspirer ainsi de la Bible c'est interdire toute autre lecture de ce Livre que celle du recueil de la Parole révélée. Est ici révélée la dif­férence entre une Bible, uniquement et totalement Livre de la Parole révélée et une Bible Volume de la Loi Sacrée qui appelle une interprétation de la raison humaine selon le libre arbitre d'un sujet doué d'une volonté autonome. Tel était d'ailleurs l'enjeu qui oppo­sait à l'époque, les savants historiens et philosophes qui s'adon­naient à la critique biblique, les philosophes plus tard de la Lumière aux partisans du littéralisme et du dogmatisme stricts : la critique savante, en effet, suppose pour le moins, le libre usage de la raison.

Face à cette position le philosophe français, Bayle, défenseur de la liberté de conscience argumente pour montrer que l'engagement religieux dans une direction non orthodoxe ne peut être réduit à un péché contre l'esprit. La position intolérante consistait à affirmer selon Paul (Galates V) que l'erreur et l'errance en religion venaient du trouble de l'esprit par la chair. Ainsi Bayle affirme : "l'adhésion à la fausseté qu'on croit être vérité n'est pas avoir de la fausseté". Apparaît tin droit à l'erreur, un droit à l'errance qui définit bien la conception de la liberté de conscience. Aussi faut-il s'adonner, dit Bayle, à une lecture allégorique et métaphorique des propos de la Bible. De plus la Bible est aussi livre d'histoire ce qui entraîne le droit et le .devoir d'user de la raison critique pour démêler le mes­sage sacré de la transmission historique : David persécute ses enne­mis en roi guerrier et non en roi prophète. Ainsi avec Bayle nous arrivons à la conclusion que "le persécuté peut ne rien valoir mais que le persécuteur est toujours injuste". Cependant il ne s'agit encore que d'une liberté de conscience et nullement d'une liberté de penser : la première est une liberté négative du droit à l'erreur donc à l'errance, la seconde est une liberté positive du droit à la recher­che et à la quête. C'est précisément cette libre recherche du sacré qui constitue l'originalité de la pensée maçonnique transformant ainsi l'errance libre fondée sur le droit à l'erreur en une libre quête fondée sur le droit à penser. Ce passage sera accompli par l'affir­mation de la liberté de philosopher de Spinoza et par l'oeuvre des philosophes de la Lumière tel que Locke.

Dans le Traité Theologico Politicus dès 1670, Spinoza s'était efforcé de montrer non seulement le bien fondé de la tolérance civile mais sa nécessité en vue de l'affirmation de la libertas philo­sophandi. Sa lecture de la Bible, jugée blasphématoire par certains, s'articule en deux points essentiels à partir d'une étude critique phi­lologique et historique : le peuple d'Israël a été élu par Dieu parce qu'il avait atteint un certain développement et non pas le peuple d'Israël connut la victoire par l'élection divine et par sa fidélité à Dieu, de plus, loin d'autoriser la contrainte l'histoire du peuple juif enseigne la liberté car il a contracté avec Dieu par une alliance libre. Mais le Traité va plus loin : "Si les hommes pouvaient régler toutes leurs affaires suivant un dessein arrêté ou encore si la fortune leur était toujours favorable, ils ne seraient jamais prisonniers de la superstition. Mais souvent réduits à une extrémité telle qu'ils ne savent plus que résoudre, et condamnés par leur désir sans mesure des biens incertains de fortune, à flotter presque sans répit entre l'espérance et la crainte, ils ont très naturellement l'âme encline à la plus extrême crédulité". Seul donc le libre usage de la raison c'est- à-dire la pensée libre leur permet une liberté de philosopher qui les met sur la route de ce qui est vrai en leur donnant la maîtrise de leurs désirs et en combattant leur crédulité au nom de la connais­sance. Aussi Spinoza résumera-t-il dans le chapitre vingtième : "Nous avons montré :

1°/ qu'il est impossible d'enlever aux hommmes la liberté de dire ce qu'ils pensent ;

2°/ que cette liberté peut-être reconnue à l'individu sans danger pour l'autorité du souverain et que l'individu peut la conserver sans danger pour ce droit, s'il n'en tire point licence de changer quoi que ce soit aux droits de l'Etat ou de ne rien entreprendre contre les lois établies ;

3°/ que l'individu peut posséder cette liberté sans danger pour la paix de l'Etat et qu'elle n'engendre pas d'inconvénients dont la réduction soit aisée ;

4°/ que la jouissance de cette liberté donnée à l'individu est sans danger pour la piété ;

5°/-que les lois établies sur les matières d'ordre spéculatif sont du tour inutiles ;

6°/ nous avons montré enfin que non seulement cette liberté peut être accordée sans que la paix de l'Etat, la piété et le droit du souve­rain soient menacés mais que, pour leur conservation, elle doit l'être."

Je vous engage fermement à comparer ces conclusions de Spinoza avec celles des titres I et II des Constitutions d'Anderson concer­nant Dieu et la Religion et du Magistrat civil et subordonné. Nous ne pourrons qu'y reconnaître le même esprit, avec plus de prudence certes, l'esprit non seulement de la liberté de conscience mais encore celui de la liberté de penser. Cet esprit est celui de Locke dont la Lettre sur la Tolérance et le traité Du Caractère raisonnable du Christianisme tel qu'il est proposé par les Ecritures et conclut à une quasi religion naturelle et à l'affirmation morale, condition de la spéculation libre : "Faites aux autres tout ce que vous voulez qui vous fût fait à vous-même", formule morale que nous reprenons dans un de nos rituels. Ainsi la Bible est posée comme Volume de la Loi Sacrée c'est-à-dire comme livre où la conscience éthique se retrouve, se ressource et non comme livre de la parole révélée sans pour autant interdire, loin de là, sa lecture comme parole révélée. Nous touchons ici le point essentiel de la pensée maçonnique spécu­lative qui quitte en continuité la tradition opérative du métier juré des anciennes obligations pour affirmer que la libre disposition de notre raison à la découverte du sacré n'est possible que par un engagement éthique dont nous prenons le serment, en tant qu'homme "libre et de bonnes mœurs" sur le Volume de la Loi sacrée, source du Droit qui donc ne saurait se réduire à une consti­tution puisque cette constitution doit fonder sa légitimité dans une source sacrée fondant à la fois la dignité du sujet en quête et le sens de cette quête et encore moins dans un livre blanc qui ne saurait affirmer la liberté de penser et d'interpréter puisqu'il n'y aurait là rien à interpréter. Nous retrouvons ici l'un des principes que Spi­noza dégage de sa lecture de la Bible : "le culte de Dieu et l'obéis­sance à Dieu consistent en la seule justice et charité." Par la libre philosophie et par la libre quête du sacré qui se veut une forme supérieure de la foi, le sage est sur la voie de la connaissance des principes et peut agir pour le bien de l'humanité par une spécula­tion libre et éclairée.

En resituant historiquement par rapport au mouvement général de la pensée la naissance de la Franc-Maçonnerie spéculative, nous nous apercevons qu'elle transforme la tradition du métier juré des anciennes obligations de la maçonnerie opérative liée à la construc­tion de l'édifice matérielle s'enracinant, comme le montrent les dif­férents textes à notre disposition, dans une perspective chrétienne et catholique en une quête spéculative fondée à la fois sur la recher­che d'une transcendance faisant sens et sur la liberté de penser, signe de la dignité du sujet humain pour autant qu'il travaille à la recherche de ce sens. Certes, ce mouvement était déjà amorcé par la maçonnerie acceptée mais il devient irréversible avec la maçonnerie andersonienne et la maçonnerie purement spéculative. L'avenir de cette tradition reprise au XVIIIe siècle semble avoir voulu s'inscrire dans deux directions : la première insistant sur la quête de la trans­cendance, l'autre sur la liberté de penser. La première aurait donc tendance à retourner à un symbolisme strict par delà les Constitu­tions d'Anderson et faisant signe aux Anciennes Obligations, l'autre mettant entre parenthèses la Bible se tourne vers le seul humanisme voire vers une désacralisation. Il semble à mes yeux que ces deux tendances, habituellement signalées par les études maçon­niques telles que celles de Ligou, en fait atrophient l'authentique démarche maçonnique qui, en particulier à la Grande Loge de France, se définit comme la prise volontaire d'un engagement moral et éthique sur les Trois Grandes Lumières, dont le Volume de la Loi Sacrée qui ne saurait être ici que la Bible, pour une recher­che transformant l'errance de l'homme en une quête. Il s'agit d'un double pari sur le sens transcendant et sur la liberté de penser. Ainsi à mes yeux la tradition de la Grande Loge, parfois baptisée du terme maladroit de troisième voie, constitue la continuation de la tradition maçonnique la plus pure si on veut admettre qu'une tradition est en soi évolutive puisqu'elle s'inscrit et parcourt l'his­toire.

1°) Heureuse nécessité qui contraint au meilleur.
2°) Forcer à entrer - forcer à rester.

Source : www.ledifice.net

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La Tolérance Manifestation de l’équilibre et de l’harmonie

4 Janvier 2013 , Rédigé par P\ C\ Publié dans #Planches

 TOLERANCE : Nom, féminin
Fait de tolérer quelque choses ; ce qui est tolérer, l’excédent de bagage est une tolérance sur certaines lignes aériennes,
.Tolérance grammaticale : possibilité de ne pas appliquer strictement une règle dans certains cas.
Maison de tolérance, de prostitution.

Attitude qui consiste à accepter des idées et des comportements qui ne sont pas les siens, même s’ils paraissent erronés, excessif ; largeur d’esprit en matière religieuse (surtout), philosophique, etc.… Faculté d’un organisme de supporter sans troubles morbides une substance (médicament) ou un traitement.
C’est ainsi que la tolérance est définie par le dictionnaire.

S’il est un sujet sur lequel les ressources bibliographiques ne manquent pas c’est bien celui de la tolérance, les philosophes du siècle des Lumières ont été plus que prolixes et diversifiés sur le thème, plutôt que d alourdir cette planche et de la rendre intolérable pour les auditeurs attentifs et passionnés que vous êtes, je me contenterai d’indiquer, en annexe, mes références livresques ce qui permettra à chacun un travail de recherche plus approfondi. Il me semble plus intéressant de vous livrer mes réflexions pêle-mêle, sans docte discours.

Pour moi, l’homme est tolérant, sur ses actes, ses principes, ses idées.
Là ou le bas blesse, c’est que l’homme, dans son désir de perfection voudrait qu’autrui soie comme lui, qu’autrui adopte les mêmes comportements, agisse de la même façon, pense les mêmes choses, se vêtisse à l’identique etc.…

Seulement chaque être est unique, à partir de ce moment, l’homme doit faire l’effort pour s’adapter, accepter l’autre tel qu’il est avec ses défauts, ses qualités, ses spécificités, son

Identité, accepter l’autre tel qu il est, quelque soit sa langue, sa couleur de peau, son handicap visible ou invisible… sa culture … etc.…

Pour se faire, l’homme doit effectuer un travail sur lui-même et trouver un modus vivendi acceptable.

Pourquoi acceptable parce que je crois que chaque être humain à des limites et des seuils de tolérance.

La liberté de chacun s’arrête au moment où elle nuit à un autre. Pour l’autre ce moment là devient son seuil d’intolérance.

Peut-on ? Doit-on tout tolérer ? Je ne le pense pas ! Il est des raisonnements, des pratiques, des actes qui ne peuvent être accepter, parce qu’ils sont négatifs, néfastes. Toute la question est de savoir à partir de quels moments ils peuvent être considérés comme tel ?

Il est évident que le racisme, le fascisme, les extrêmes, la peine de mort, l’esclavagisme sont intolérables…

Etre tolérant c’est trouver l’équilibre, le juste milieu.

L’équilibre est la situation où les forces en présence sont égales, de telle sorte qu aucunes ne surpasse l’autre.

Cet état du système permet toutes les évolutions, dont l’équilibre stable, l’équilibre instable sont en quelque sorte deux extrêmes.

Je ne peux m’empêcher de penser au funambule sur son fil, sans cesse à rechercher son équilibre.
L’équilibre peut sembler a priori être opposé au mouvement, mais dans les situations réelles il n y a généralement pas d’équilibre sans mouvement.

On retrouve cette association de l’équilibre dan la tradition orientale

Il est le principe du YI-KING dont le grand livre est dédié à l’étude de cette « succession de situation », d’équilibre en équilibre, au service de la transformation d l’énergie dans la durée, de cycles en cycle.

GALILEE, dans la pensée scientifique occidentale, énonce que le mouvement c’est comme l’immobilité.

Tout comme NEWTON , avec la « méthode des première et dernière raisons » se garde bien de séparer philosophie et mécanique

Dans la bible, par l’incarnation du Christ, pour avancer dans notre monde, il faut un équilibre – bien et mal -, - plus et moins - . Mais il faut aussi un point de départ, notre état actuel, et un but.

Les religions ont créées leurs règles, en fonction de leurs concepts qui au moment de la création, je me plait à le penser, étaient réfléchies et sûrement bien adaptées à l’époque. Très vite, les acteurs devant faire respecter ces règles, ont voulu les adapter… et… ont déviés… le besoin de pouvoirs… les intérêts… la politique… les ont faits dériver vers les persécutions, l’inquisition, les guerres de religion… les intégrismes. Il est effrayant de remarquer que pour 80% des conflits et des guerres, le motif principal en est la religion ou l’idéologie.

Si l’homme, en tant que personne est normalement intolérant, le groupe multiplie de façons impressionnantes et irraisonnées l’intolérance.

En Franc-Maçonnerie, le symbole du pavé mosaïque et l’équerre nous remémorent cette notion d’équilibre. L’équerre marie harmonieusement le plan verticale et le plan horizontal,

Réalisant ainsi la synthèse entre deux dimensions ayant souvent des difficultés à se rencontrer. Le Maître Secret porte un tablier de couleur blanche et à bordure noire.
L opposition du blanc et du noir symbolise aussi le conflit perpétuel existant dans l’univers des choses et dans l’âme de tout homme, entre la Lumière et l’Ombre, le bien et le mal, la vérité et l’erreur.

La vie, au fur et à mesure de nos recherches et expériences nous permet d’acquérir l’équilibre et de définir et nous concentrer vers notre but, L’équilibre et le but donne un équilibre dynamique. En quelque sorte une harmonie.

Le mot Harmonie renvoie généralement aux simultanéités sonore dans la musique. Ce terme peut cependant recevoir plusieurs autres sens, en relation ou non avec la musique et les sons. Il est dérivé du grec armonia, signifiant « arrangement », « ajustement », et désignant plus précisément la manière d’accorder la lyre.

Dans son acception la plus courante, relative aux simultanéités dans la musique, l’harmonie a suscité une abondante littérature, depuis Platon et Aristote, jusqu’à Hindemith ou Messiaen. Cependant même dans ce domaine précis, le terme peut revêtir différentes significations.

Dans ces homonymie, l’harmonie des sphères est une théorie ésotérique d’origine pythagoricienne mêlant musique et astronomie
En linguistique l’harmonie vocalique est une modification phonétique concernant les voyelles d’un même mot ou syntagme.
Dans la mythologie grecque, Harmonie est l’épouse de Cadmos et la reine de Thèbes
En astronomie, Harmonie est un astéroïde.

En composition picturale, en peinture, l’harmonie des couleurs est l’ensembles des théories sur l’assemblage de couleur pour la création d’une œuvre quelle que soit la technique.

Pour nous Francs Maçons, la colonne d’harmonie, nous permet justement, par les choix judicieux du Maître qui la dirige, d’entrer justement en symbiose avec la parole qui vient d’être énoncée dans une planche ou nous préparer au passage du monde profane au Sacré.

Si nous reprenons le premier chapitre des Constitutions d’Anderson de 1723, nous y lisons que le Franc-maçon doit se soumettre seulement à cette religion que tous les hommes acceptent, laissant à chacun son opinion particulière… quelles que soient les dénominations ou croyance qui puissent les distinguer.

En d’autres termes, dès le départ, la Franc-maçonnerie spéculative accepte la pluralité légitime des confessions.
Pour se faire, on comprend la nécessité de la tolérance, qui fait de la Franc-maçonnerie un véritable centre d’union entre les hommes.
Dans sa quête de vérité, le Franc-maçon sait qu’il ne pourra jamais atteindre la vérité absolue. La vérité ne peut être perçue dans son intégralité. La quête du Franc-maçon écossais, fondée sur la foi en un Principe Créateur et sur la raison, ne peut s’appuyer que sur le demi-jour de la probabilité ?
Selon l’expression de LOCKE dans son essai sur l’entendement humain. C’est pour cette raison qu’il doit pratiquer la tolérance, mais une tolérance bien comprise. Nous devons faire preuve d’humilité face à notre ignorance mutuelles, et donc de ne pas rejeter les autres comme des êtres obstinés, têtus, ou pervers parce qu’ils ne veulent pas ou ne peuvent pas abandonner leurs opinions pour embrasser les nôtres. La tolérance est tout le contraire du sectarisme et de l’intégrisme, qui est la négation de la liberté de conscience ?

Il faut savoir que « conscience » est pris dans son terme étymologique de « connaissance » à laquelle on parvient par un acte qui consiste à séparer le vrai du faux, le contingent de l’essentiel. Elle repose sur la connaissance intime des êtres et des choses à commencer par la connaissance de soi.

Ce que je viens d’énoncer est l’idéal, une telle attitude positive n’est pas à la portée de tous les hommes, ni même, hélas de tous les francs-maçons. Pourtant, en tant que loge de St. Jean, ce but, n’est pas insurmontable, lisons attentivement le IV eme évangile et appliquons le dans la vie de tous les jours. Au chapitre 14 – verset 2 : Jean cite une parole de Jésus aux Apôtres « Il y a plusieurs demeures dans la maison du Père »
N’est ce pas un message de tolérance ? C’est la tradition dans sa forme ésotérique : elle est unique, mais, elle a suivi diverses voies spirituelles – L’Inde sublime le Sacrifice – Le Bouddhisme célèbre la Charité – Le Judaïsme et l’Islam prônent l’unité – - Le Taoïsme et le Zen glorifient la simplicité – Le Christianisme exalte l’Amour.

L’étude de ces différentes religions, nous montre que la Franc-maçonnerie du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui est un des derniers dépositaires de la tradition, reprend sous une forme syncrétique toutes ces approches pour en faire un système initiatique universel. La tolérance y est inhérente, la recherche de l’harmonie et de l’équilibre permanente.

Source : www.ledifice.net

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Retour en France du système écossais sous la forme du Rite Écossais Ancien et Accepté (1802-1821)

3 Janvier 2013 , Rédigé par SCPLF Publié dans #histoire de la FM

Auguste de Grasse-Tilly débarque à Bordeaux avec sa famille le 29 juin 1804. Ils rejoindront Paris dans les jours qui suivent et de Grasse-Tilly, dans l’attente de son affectation dans l’armée, va s’efforcer d’implanter les nouveaux degrés au sein des loges écossaises.

Le Suprême Conseil du 33ème degré en France est créé le 20 octobre 1804. Auguste de Grasse-Tilly en est le Souverain Grand Commandeur. Les loges écossaises parisiennes (La Parfaite Union, La Réunion des Etrangers, Les Elèves de Minerve, Le Cercle Oriental des Philadelphes, Saint Alexandre d’Écosse) qui sont en conflit sérieux avec le Grand Orient de France saisissent l’occasion pour réagir ; les vénérable et officiers de ces loges se réunissent le 22 octobre 1804 dans le local de la loge Saint-Alexandre d’Écosse et constituent une « Grande Loge Générale Écossaise du Rit ancien et accepté ». Le Prince Louis Bonaparte est investi de la dignité de Grand Maître et de Grasse devient son député. Le comité général qui est constitué considère « qu’il est important que le Rit écossais d’Heredom soit rigoureusement et scrupuleusement conservé dans tous les ateliers, les grades du Régime écossais étant les seuls connus dans les orients étrangers et ceux au moyen desquels les francs-maçons de tout l’univers peuvent correspondre et fraterniser, ceux du Rite moderne n’étant admis en aucun pays ».

Mais dans un souci d’apaisement, des tractations s’instaurent entre la Grande Loge Écossaise et le Grand Orient en vue de préparer un projet d’union.

Le 27 novembre, Joseph Bonaparte devient Grand Maître du Grand Orient de France, son frère cadet Louis Bonaparte est Grand-Maître adjoint et le 1er décembre,… Napoléon est sacré Napoléon 1er, empereur des Français par le Pape Pie VII.

Le 3 décembre, les commissaires du Grand Orient de France et de la Grande Loge Générale Écossaise, réunis chez le maréchal Kellermann, entérinent et signent un « Acte d’Union et Concordat » qui unit les deux obédiences, et définit un nouvel Ordre maçonnique destiné à administrer de manière cohérente les différents degrés, allant du 1er au 33e, des deux obédiences. Dans les jours qui suivent, la Grande Loge Générale Écossaise (regroupant une douzaine d’ateliers) sera amenée, naturellement, à proclamer la cessation de ses activités tandis que le Grand Orient de France tiendra son Assemblée générale en vue d’examiner et entériner le projet d’organisation commun du Grand Orient et des loges et chapitres du Rit ancien et accepté.
L’Acte d’union ou Concordat qui « réunit désormais dans un seul foyer toutes les lumières maçonniques et tous les rites » sera signé par les dignitaires des deux obédiences.

Dans les premiers mois de 1805, les relations se tendent entre Auguste de Grasse Tilly et Alexandre Louis de Roëttier de Montaleau, tous deux représentants du Grand Maître du Grand Orient de France. Le 21 juillet le Grand Orient de France informe ses loges de la création d’un Grand Directoire des Rites, entraînant une certaine émotion au sein du Suprême Conseil, car non prévu par le Concordat de 1804. Les maçons écossais, réagissent comme on pouvait s’y attendre et envisagent d’abord dans le cadre d’une réunion constituée en Grand Consistoire le 6 septembre, que face à ce qu’ils considèrent comme une rupture du Concordat il y a lieu de rétablir la Grande Loge Générale Écossaise. On se contentera en définitive, lors d’une réunion tenue le 19 septembre, placée sous la présidence du maréchal Kellermann, avec la participation de Grasse Tilly et de Roëttiers de Montaleau, de modifier le Concordat en reconnaissant que « l’établissement du Directoire est reconnu utile, sauf les modifications suivantes qui ont été arrêtées :
- le Grand Directoire Général du Rite est composé de représentants des rits au nombre de trois ou cinq pour chaque Rit,
- chaque Rite forme une section particulière,
- toutes les questions ou affaires dogmatiques soumises au Grand Orient seront renvoyées par lui à la section du Rit que l’affaire concerne, etc ».

Auguste de Grasse Tilly, en poste à Strasbourg depuis le 23 novembre 1804, mais en réalité toujours à Paris, est affecté en Italie qu’il rejoint en août 1806 et se démet de ses fonctions de Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil du 33° degré en France. C’est le prince archichancelier de l’Empire Jean-Jacques Régis de Cambacérès, futur duc de Parme et pair de France qui le remplace. Dans cette période, l’action de de Grasse a permis l’installation à Milan, le 5 mars 1806, du Suprême Conseil du 33° degré dans le Royaume d’Italie, dont il est membre honoraire et dont le prince Eugène de Beauharnais, vice roi d’Italie en devient Grand Commandeur.
On fait état pour la première fois du Rite écossais ancien et accepté dans des textes de réorganisation interne du Suprême Conseil du 33° degré en France élaborés le 27 novembre 1806.
Jean-Jacques Régis de Cambacérès, est nommé Grand Maître du Rite Écossais philosophique (15) le 4 mars 1807.
En 1809, de Grasse contribue à la création à Naples d’un Suprême Conseil des Deux-Siciles. Le 4 juillet 1811, il participe à la création du Suprême Conseil des Espagnes dont il est membre honoraire. A la même époque, à Paris, 14 des 91 loges du Grand Orient sont de rite écossais.
Le 13 juin 1814, de Grasse Tilly rentre à Paris.
Le 26 août 1815, le Suprême Conseil du 33° degré pour la France annonce par circulaire « qu’il vient de consacrer définitivement l’indépendance du Rite Écossais ancien et accepté, par l’arrêté qu’il a pris dans sa séance du 18 de ce mois » précisant notamment qu’il n’y a pas lieu à la « centralisation des rites proposé par le Grand Orient de France ».
Le 1er avril 1817, de Grasse accorde des constitutions pour la création d’un Suprême Conseil du Royaume des Pays-Bas à Bruxelles, qui fusionnera le 6 décembre 1817 avec celui installé le 16 mars 1817 par le général Rouyer au nom du Suprême Conseil de France.

Le 3 septembre 1818, le Suprême Conseil adopte et promulgue les Statuts Généraux de la Maçonnerie du Rite Écossais ancien et accepté. Quelques jours plus tard, le 15 septembre, il nomme, sur proposition du comte de Grasse, le T.Ill.F. Comte Decazes, pair de France, ministre secrétaire d’État, T.P.S.Grand Commandeur pro-tempore.

Le 1er janvier 1821, après deux années de sommeil, sinon de l’Écossisme, au moins du Suprême Conseil, ce dernier adresse à ses ateliers une circulaire débutant ainsi (16) : « Les travaux du Suprême Conseil, longtemps suspendus par l’effet de circonstances impérieuses, vont enfin reprendre force et vigueur ». En cette année 1821, s’opère une véritable réorganisation du Rite, aux plans organisationnel (le Comte de Valence est nommé Grand Commandeur et le Comte de Ségur Lieutenant Grand Commandeur), administratif et financier. Le 24 juin sont organisées d’imposantes cérémonies : inauguration du Suprême Conseil complété à 21 membres, intronisation du nouveau Grand Commandeur, installation des nouveaux officiers du Suprême Conseil, installation de la Loge de la Grande Commanderie, célébration de la Fête de l’Ordre de la Saint Jean d’été.

Source : http://www.scplf-reaa.org/Historique/18021821RetourenFranceduREAA.aspx

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Les origines écossaises de la FrancMaçonnerie

3 Janvier 2013 , Rédigé par D\ S\ Publié dans #Planches

Les questions historiques simples appellent souvent des réponses complexes, et à l’évidence appellent parfois des réponses dépourvues de certitude absolue. La difficulté à répondre peut être causée par la façon de définir les termes de la question, les documents disponibles, souvent fragmentaires ou contradictoires, et des problèmes de parti-pris, car l’historien totalement objectif n’existe pas. Je suis, par exemple, écossais, de culture protestante, j’appartiens à la classe moyenne et je ne suis pas Franc-Maçon. L’ensemble affecte inévitablement mon approche des questions historiques telles que celle qui nous occupe ce soir : le lieu et la période d’origine de la Franc-Maçonnerie.

Mes recherches sur ce sujet ont débuté presque par erreur. En effectuant des recherches sur un tout autre sujet, je découvris des preuves de l’existence de Francs-Maçons au début du 17ème siècle en Ecosse et que beaucoup de preuves existantes avaient été négligées par les historiens universitaires. Mes recherches sur ces documents m’ont conduit à la conclusion que la Franc-Maçonnerie commence en Ecosse.

Mon hypothèse de travail quant aux composantes essentielles de la Franc-Maçonnerie était la suivante :

  • l’existence d’institutions bénévoles ou de clubs, appelés Loges, ayant des activités rituelles et conviviales,
  • le postulat que, même si les Loges s’autogouvernaient, elles appartenaient toutes à un mouvement plus vaste, aux pratiques et croyances partagées,
  • la fondation de la structure des Loges et du rituel sur les traditions et mythes des maçons opératifs médiévaux,
  • la revendication pour le métier de maçon de la première place parmi tous les métiers, parce que l’architecture était la reine des Arts et était basée sur des principes mathématiques ou scientifiques,
  • l’enseignement de la morale, au moyen d’un rituel basé sur les pratiques opératives, illustrées par un symbolisme utilisant leurs outils de travail,
  • la possession de « secrets ».

La Franc-Maçonnerie d’Ecosse au 17ème siècle

Je prétends que le mouvement qui apparut dans l’Ecosse du 17ème siècle correspond à tous ces critères. La grande époque de la Franc-Maçonnerie était sans doute encore à venir, au 18ème siècle, où elle est identifiée aux Lumières, mais ce mouvement naquît à partir d’une période antérieure de grandes réalisations culturelles, la Renaissance.

Dans la mesure où on peut dire que la Franc-Maçonnerie, qui devait syncrétiser la culture de nombreuses époques, eut un fondateur, ce fut William Schaw. Schaw était Maître des Travaux du Roi d’Ecosse, Jacques VI, et cherchait, en tant que représentant de la couronne, à placer tous les maçons opératifs d’Ecosse sous son contrôle. Il s’intitulait Surveillant Général des Maçons et fut le premier Maître des Travaux à s’attribuer le titre d’« Architecte du Roi », répandant ainsi sur les maçons une partie de la gloire qui au cours de la Renaissance s’était associée à l’architecture, envisagée comme la Reine des Sciences, ainsi que le plus grand triomphe des mathématiques appliquées au monde. Et les mathématiques étaient de plus en plus perçues comme une clé pour comprendre le monde.

A l’évidence, Schaw croyait que les maçons étaient —ou devaient être— non pas de simples artisans, mais des hommes ayant un rôle dans le progrès des mathématiques. De plus, il croyait que cette importance devait être reconnue au moyen de leur organisation et du rituel. Nous avons là, je pense, deux points significatifs. Schaw appartenait à la génération qui suivit l’apport du Protestantisme en Ecosse par la Réforme. Et Schaw lui-même était catholique (romain) fidèle à une religion interdite, et n’échappa à la persécution que grâce à l’attitude relativement tolérante de la Cour, qui l’employait. Les maçons avec lesquels Schaw travaillait étaient presque tous Protestants, mais cependant, il se peut que, comme d’autres artisans, ils aient ressenti une perte en raison de la Réforme. Auparavant, leurs guildes de métiers remplissaient d’importantes fonctions rituelles et cérémonielles. Elles avaient leurs Saints patrons, leurs processions publiques lors des fêtes de leurs Saints et leurs autels dans les églises. Les guildes étaient en partie des fraternités religieuses.

Tout cela disparut avec la Réforme. Les guildes ne furent plus concernés que par les problèmes pratiques d’organisation des règles de travail des maçons et la supervision de leur formation. Je suggère que Schaw souhaitait restaurer une partie de cette vie rituelle perdue aux maçons, au moyen des loges qu’il patronnait mais qu’il eut soin de dire clairement que la religion n’était pas impliquée, car cela eût été inacceptable dans l’Ecosse Protestante. La fierté et les mythologies des maçons médiévaux pouvaient être ressuscitées et adaptées et les Saints patrons laïcisés furent repoussés à l’arrière-plan. Les rituels et les symboles étaient voués à la morale plutôt qu’au culte, et le statut était fourni par la référence aux mathématiques et à l’architecture.

Les documents sont fragmentaires, mais Schaw établit un système de loges maçonniques en Ecosse, parallèle aux guildes officielles. En 1598 et 1599, il édicta pour elles deux ensembles de règlements, les « Statuts Schaw » régissant essentiellement la vie professionnelle des maçons, mais indiquant clairement qu’en devenant membres des loges, il y avait beaucoup à mémoriser et à garder secret. Afin de faciliter cela, on devait utiliser « l’art de la mémoire ». Il s’agissait d’un technique mnémonique dérivée de la Grèce antique et particulièrement appropriée aux maçons car elle était basée sur la création d’une construction imaginaire, au sein de laquelle on se déplaçait mentalement, en utilisant ses différentes parties comme rappels des idées ou des faits qu’elle contenait. La Renaissance était fascinée par l’Art de la mémoire, et on lui prêtait des pouvoirs quasi magiques. C’était donc pour Schaw une valeur intellectuelle significative à intégrer aux nouvelles loges rituelles qu’il créait.

Exactement au même moment que les Statuts Schaw, les premières archives écrites de loges commencent à apparaître, les plus anciennes étant de 1599. Elles révèlent un système à deux grades, apprenti et compagnon (appelé alternativement maître). Ce n’est qu’un siècle plus tard que le troisième grade apparaît (à nouveau en Ecosse) au moyen d’une séparation de compagnon et maître en deux grades distincts.

Dès le milieu du 17ème siècle, des hommes n’appartenant pas aux loges connaissent leur existence, ainsi que l’existence de leurs secrets, mystère connu sous le nom de « Mot de Maçon ». Dès la fin du siècle, nous savons ce qu’étaient certains secrets, car certains membres des loges commencent à les coucher par écrit, nous fournissant des « catéchismes maçonniques » qui soulignent les rituels d’initiations. Dès 1710, nous connaissons 25 loges en Ecosse, et les procès-verbaux d’un certain nombre d’entre elles ont survécu. En Ecosse, la Franc-Maçonnerie est, semble-t-il, bien établie. Il est vrai qu’après la mort de W. Schaw en 1602, l’organisation centrale s’est perdue, mais les loges se considèrent nettement comme étant liées les unes aux autres, et ayant un but commun.

En Angleterre, par contre, il n’existe aucune trace d’un mouvement maçonnique avant 1700. Il existe quelques références à l’initiation, mais la meilleure interprétation de celles-ci est de dire que quelques anglais commencent à être informés de l’existence de la Franc-Maçonnerie écossaise et en font l’expérience plutôt que d’affirmer qu’une Franc-Maçonnerie anglaise existe déjà.

Appartenance
Cependant, j’ai laissé de côté un aspect essentiel pour les origines de la Franc-Maçonnerie, et certains diraient que cela oriente la démonstration à l’avantage de l’Ecosse.
Qui étaient les membres des premières loges écossaises ? Très majoritairement, des maçons de métier, des travailleurs et leurs employeurs. Certains historiens en ont déduit que cela signifie que les loges écossaises étaient de simples organisations de métier. Ils avaient des idées et des pratiques grossières qui allaient être incorporées à la véritable Franc-Maçonnerie, mais celle-ci n’aurait fait son apparition qu’avec la création de loges fondées par des gentlemen, dominées par des gentlemen. Cet argument, me semble-t-il, fait de la Franc-Maçonnerie une affaire de classe sociale. Les premières loges anglaises du 18ème siècle copièrent les noms de leurs officiers, les noms de leurs grades, et leurs rituels sur les loges écossaises… Mais seule la pratique de ces rituels par des gentlemen les transformeraient en « Franc-Maçonnerie » !

Non seulement cet argument « Franc-Maçonnerie = snobisme » est étrange pour une organisation qui défend un idéal d’égalité, mais il peut être démonté par des preuves écossaises. Dès les années 1640, les loges écossaises recrutaient des membres qui n’étaient pas des opératifs. Certains étaient artisans d’autres corps de métier, mais il y avait aussi des « gentlemen », soldats, négociants et nobles. Et dès les années 1690, des loges commencent à être fondées en Ecosse par des « gentlemen » et dont les membres sont, pour la plupart, des « gentlemen ».

La Franc-Maçonnerie, me semble-t-il, a évolué en Ecosse, à partir du métier de maçon. Puis, remarquablement vite, elle est devenue à la mode dans l’Angleterre du 18ème siècle, et l’initiative de l’évolution ultérieure était désormais anglaise. L’Ecosse avait apporté sa contribution. En Angleterre, la Franc-Maçonnerie fut, dès ses débuts, un mouvement destiné aux élites sociales, sans lien aucun avec les maçons de métier.

Les origines différentes des Maçonneries anglaise et écossaise sont toujours visibles aujourd’hui. En Angleterre, la maçonnerie est toujours l’affaire des élites, hommes d’affaires et professions libérales, aristocratie. En Ecosse, ces élites sont présentes, et souvent importantes, mais il existe aussi de nombreuses loges dont les membres sont principalement des travailleurs. La Franc-Maçonnerie d’Ecosse s’est développée à partir d’organisations de travailleurs, et continue de les inclure. La Franc-Maçonnerie d’Angleterre fut importée toute faite d’Ecosse par des « gentlemen » pour leur usage propre, et ils n’avaient aucun lien avec les opératifs, ni une quelconque intention d’entrer en contact avec des gens aussi humbles.

Source : www.ledifice.net

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Le bon samaritin : un texte d'actualité

2 Janvier 2013 , Rédigé par Evangile selon St Luc Publié dans #spiritualité

"Un docteur de la loi se leva et dit à Jésus, pour l'éprouver : Maître, que dois-je faire pour hériter la vie éternelle ? Jésus lui dit : Qu'est-il écrit dans la loi ? Qu'y lis-tu ? Il répondit : Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme, de toute ta force, et de toute ta pensée ; et ton prochain comme toi-même. Tu as bien répondu, lui dit Jésus ; fais cela et tu vivras. Mais lui, voulant se justifier, dit à Jésus : Et qui est mon prochain ? Jésus reprit la parole et dit : Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho. Il tomba au milieu des brigands, qui le dépouillèrent, le chargèrent de coups, et s'en allèrent, le laissant à demi mort. Un sacrificateur, qui par hasard descendait par le même chemin, ayant vu cet homme, passa outre. Un Lévite, qui arriva aussi dans ce lieu, l'ayant vu, passa outre. Mais un Samaritain, qui voyageait, étant venu là, fut ému de compassion lorsqu'il le vit. Il s'approcha et banda ses plaies en y versant de l'huile et du vin ; puis il le mit sur sa propre monture, le conduisit à une hôtellerie et prit soin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers, les donna à l'hôte, et dit : Aie soin de lui, et ce que tu dépenseras de plus, je te le rendrai à mon retour. Lequel de ces trois te semble avoir été le prochain de celui qui était tombé au milieu des brigands ? C'est celui qui a exercé la miséricorde envers lui, répondit le docteur de la loi. Et Jésus lui dit : Va, et toi, fais de même".

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La Franc-Maçonnerie Ecossaise de l'année terrible à la grande guerre

2 Janvier 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #histoire de la FM

L'insurrection de Paris avait conduit les Francs-Maçons, pour la première fois dans l'histoire, à intervenir dans le cours des événements, au nom de l'idéal humanitaire et pacifique de l'Ordre, en s'interposant entre le Gouvernement et la Commune pour tenter d'arrêter l'effusion du sang.

L'Année terrible ne devait cependant ni interrompre, ni préci­piter l'évolution interne que connaissait, depuis un demi-siècle, la Maçonnerie en France. Si attachée que celle-ci demeurât à ses traditions, le progrès dans son sein des idées libérales, puis des conceptions positivistes qui se répandaient dans la société fran­çaise avait été grandement favorisé par les condamnations pontifi­cales répétées qui avaient peu à peu dissuadé les catholiques conservateurs de demander à entrer dans les Loges. Le point de non-retour avait été atteint en 1865, quand Pie IX, sur de faux rapports de sa nonciature à Paris, avait violemment reproché à l'archevêque Mgr Darboy d'avoir présidé aux obsèques du Maré­chal Magnan, Grand Maître du Grand Orient, et avait dénoncé la Maçonnerie comme une secte diabolique d'impiété, de vice et de subversion.

Or le règne de ce Pontife, le plus long de l'histoire ne devait prendre fin qu'en 1878. Lorsqu'il s'acheva, l'Eglise catholique avait pris en France, pour un demi-siècle, figure d'inspiratrice d'un » ordre moral » réactionnaire, clérical et étouffant. La Franc- Maçonnerie était devenue, par contre-coup, le parti de la Répu­blique et le champion de la laïcité. Elle allait le demeurer pendant toute la durée de la Ille République. Mais l'obédience écossaise n'en devait pas moins connaître une évolution différente de celle du Grand Orient de France.

LE CONVENT DES SUPREMES CONSEILS A LAUSANNE (1875)

On se rappelle que dès 1802, sitôt organisé en une hiérar­chie de 33 degrés par le Suprême Conseil des Etats-Unis séant à Charleston, le Rite Ecossais Ancien et Accepté avait affirmé sa vocation universelle dans une Circulaire aux Maçons des deux hémisphères. Ses grandes Constitutions donnaient pouvoir à tout Inspecteur Général du 33e degré d'établir un Suprême Conseil en tout pays où il n'y en avait pas encore un, accordant par avance à ce Collège indépendance et souveraineté sur les Hauts grades dans toute l'étendue de sa juridiction. C'est en application de ces principes que l'infatigable Comte de Grasse-Lilly, membre dès 1802 du Suprême Conseil des Etats-Unis, avait successive­ment établi ceux des Iles françaises d'Amérique au Cap Français (1802), des Indes Occidentales anglaises à Kingston (Jamaïque) en 1803, de France (1804), d'Italie (1805), d'Espagne (1811) et des Pays-Bas (1817).

Doyen des Suprêmes Conseils de l'Ancien Monde, celui de France avait saisi toute occasion d'établir des relations fraternelles avec ses homologues des autres pays. Dès le 23 février 1834 il avait conclu, à Paris, un traité d'alliance avec le Suprême Conseil de Belgique et des Pays-Bas, celui du Brésil, et le Suprême Conseil Uni de l'Hémisphère Occidental (dont l'irrégularité avait dû lui échapper). Par la suite, au fil des années, il avait noué ou renoué avec le Suprême Conseil d'Ecosse (1846), le Directoire Suprême helvétique romand (1848), les Suprêmes Conseils de Charleston et du Mexique (1861), de Lima (1863), de Smyrne (1865), d'Angleterre, d'Irlande, des Antilles espagnoles, de Palerme (1868) ; cependant que les deux Suprêmes Conseils réguliers des Etats-Unis, juridiction Sud à Charleston, juridiction Nord à Boston, rompaient avec le Grand Orient de France qui avait reconnu un troisième Suprême Conseil américain érigé en Louisiane au mépris des Grandes Constitutions du Rite.

C'est alors que le Suprême Conseil de France lança l'idée de réunir pour la première fois dans l'histoire, un Convent uni­versel des Suprêmes Conseils, afin de resserrer l'unité du Rite Ancien et Accepté et de réviser les Grandes Constitutions, tom­bées en désuétude sur plusieurs points.

Cette suggestion recueillit un large assentiment. Le Suprême Conseil de Charleston proposa d'abord qu'on se réunit à Washing­ton, et celui de Lima, à Paris. Puis l'un et l'autre s'en remirent au Suprême Conseil de France pour le choix du lieu et l'envoi des invitations ; le Suprême Conseil pour la Suisse, récemment issu du Directoire helvétique romand, accepta de donner l'hospitalité au Convent, et les travaux purent être ouverts le 6 septembre 1875, à Lausanne, par son Grand Commandeur Jules Besançon.

Le Convent tint onze séances, du 6 au 22 septembre 1875. Sur vingt-deux Suprêmes Conseils alors régulièrement établis, onze y furent représentés : ceux d'Angleterre, de Belgique et des Pays-Bas, de Colon-Cuba, d'Ecosse, de France, de Grèce, de Hongrie, d'Italie (Turin), du Pérou, du Portugal et de Suisse. En outre le Chili avait adhéré par avance aux décisions qui seraient prises ; l'Argentine, la Colombie, avaient approuvé la conférence, mais n'avaient pu envoyer de délégués. Enfin ceux qu'avait désignés le Grand Commandeur Albert Pike, du Suprême Conseil de Char­leston, ne purent malheureusement arriver en temps utile.

Le Convent accomplit une oeuvre considérable. Il mit à jour les Grandes Constitutions de 1786, élabora une Déclaration de Principes, un Traité d'alliance et de confédération, adopta le Tuileur du Rite écossais en vigueur en France depuis 1821, en laissant à chaque Suprême Conseil toute latitude pour adapter les rituels et la formule des serments aux besoins de sa juridiction. Enfin, dans son ultime séance, il adopta à l'unanimité, sur la proposition d'Adolphe Crémieux, un Manifeste qui exprimait avec mesure et dignité la réaction de l'Ecossisme aux attaques des ennemis de l'Ordre, au premier rang desquels la hiérarchie catholique. En voici le préambule, suivi de la Déclaration de principes :

Manifeste du Convent de Lausanne

Depuis trop longtemps, et dans ces derniers temps surtout, la Maçonnerie a été l'objet des plus injurieuses attaques.

Au moment où le Convent, après l'examen le plus attentif des anciennes Constitutions du Rite écossais ancien et accepté, conser­vant avec un religieux respect les sages dispositions qui le protè­gent et le perpétuent, délivre la Maçonnerie de vaines entraves et veut la pénétrer de plus en plus du souffle de liberté qui anime notre époque ; au moment où, sur des bases inébranlables, il sanc­tionne une intime alliance entre les Maçons du monde entier, le Convent ne peut se séparer sans répondre par une éclatante mani­festation à de déplorables calomnies et à d'énergiques anathèmes.

Avant tout, aux hommes qui, pour les présenter à la Franc- Maçonnerie, veulent connaître ses principes, elle les proclame par la déclaration suivante, qui est son programme officiel et dont les expressions ont été arrêtées par le Convent.

Déclaration de principes

La Franc-Maçonnerie proclame, comme elle a proclamé dès son origine, l'existence d'un principe créateur, sous le nom de Grand Architecte de l'Univers.

Elle n'impose aucune limite à la recherche de la vérité, et c'est pour garantir à tous cette liberté qu'elle exige de tous la tolérance.

La Franc-Maçonnerie est donc ouverte aux hommes de toute nationalité, de toute race, de toute croyance.

Elle interdit dans les ateliers toute discussion politique et religieuse ; elle accueille tout profane, quelles que soient ses opinions en politique et en religion, dont elle n'a pas à se préoccu­per, pourvu qu'il soit libre et de bonnes mœurs.

La Franc-Maçonnerie a pour but de lutter contre l'ignorance sous toutes ses formes ; c'est une école mutuelle dont le pro­gramme se résume ainsi : obéir aux Lois de son pays, vivre selon l'honneur, pratiquer la justice, aimer son semblable, travailler sans relâche au bonheur de l'humanité et poursuivre son émancipation pacifique et progressive.

La suite du Manifeste commentait cette Déclaration, également adoptée à l'unanimité au cours de la dernière séance.

LE GRAND ARCHITECTE DE L'UNIVERS

ET LE RITE ECOSSAIS UNIVERSEL (1875-1877)

Cependant le Frère Mackersy, délégué du Suprême Conseil d'Ecosse et mandataire de celui de Grèce, avait dû quitter Lausanne dès le 9, et d'Edimbourg il avait écrit au Convent qu'il ne pouvait approuver la Déclaration de principes dans le texte rédigé en Commission. Il estimait que les termes de « Force Supérieure » et de « Principe créateur », retenus pour définir le Grand Architecte de l'Univers, n'affirmaient pas assez nettement la croyance en un Dieu personnel.

Le Suprême Conseil d'Angleterre mit les choses au point par une circulaire adressée le 26 mai 1876 aux ateliers de sa juri­diction, et signée de ses deux représentants à Lausanne. « Si le délégué écossais était resté jusqu'à la fin de la Conférence, écrivaient ceux-ci, il n'aurait pas osé émettre la déclaration insou­tenable que le Congrès n'avait pas exprimé sa croyance en un Dieu personnel. » Et d'observer que le Manifeste final, dans le commentaire qu'il donnait de la Déclaration de principes, désignait le Grand Architecte sous le nom du Créateur Suprême.

L'année suivante les représentants des Suprêmes Conseils des Etats-Unis (juridiction Sud), d'Ecosse, de Grèce, d'Irlande et d'Amérique Centrale, réunis à Edimbourg, demandèrent que l'inter­prétation donnée par le Suprême Conseil d'Angleterre fût reconnue par l'ensemble des participants au Convent de Lausanne. Et ceux- ci acceptèrent de s'y rallier, à l'invitation du Suprême Conseil de Suisse, chargé de l'exécution des décisions du Convent (1).

L'unité du Rite Ecossais Ancien et Accepté était donc préser­vée, sur la base de la Déclaration de Lausanne, dont on doit estimer, avec Naudon, qu'elle définit valablement l'idéal et les objectifs de l'Ordre maçonnique, tels que ce Rite les conçoit. Cependant le Traité d'alliance et de confédération demeura lettre morte, faute d'avoir été ratifié par l'ensemble des Suprêmes Conseils. Certains de ceux-ci n'avaient pas non plus adopté les modifications appor­tées par le Convent aux Grandes Constitutions, bien que la plupart d'entre elles ne fissent que consacrer une pratique devenue géné­rale. Mais si la répugnance traditionnelle des Anglo-Saxons à se lier par des textes précis n'a pas permis au Rite de se doter des structures juridiques prévues, l'initiative d'Adolphe Crémieux, les travaux du Convent de Lausanne, l'esprit de tolérance et d'unani­mité fraternelles qui l'avait animé n'en ont pas moins porté des fruits durables. Les Suprêmes Conseils du monde entier sont, sauf accidents, restés unis, et comme il avait été décidé ont tenu périodiquement des Conférences universelles pour confronter leurs vues et émettre des recommandations, dans le respect de la sou­veraineté de chacun d'eux.

LE GRAND ARCHITECTE DE L'UNIVERS ET LA FRANC-MAÇONNERIE EN FRANCE

Après comme avant la tenue du Convent de Lausanne, une vive effervescence continuait de régner en France au sein de nombreuses Loges de l'un et de l'autre obédience ; et la situation politique n'était pas faite pour la calmer.

En 1873 la décision de vouer la France au Sacré-cœur avait institué une sorte de dévotion d'Etat, et fait naître par contre-coup un fort courant anticlérical. Le deuxième cabinet de Broglie, à dominante monarchiste, entreprenait de faire régner un « ordre moral », et en 1874 donnait ordre à la police de surveiller les Loges. L'année suivante le Frère Peyrat, ami de Gambetta, lançait la formule : « le cléricalisme, voilà l'ennemi... » En 1877 six loges de Toulon étaient fermées par arrêté préfectoral. Le 16 mai de Broglie renvoyait son ministre de l'Instruction publique Jules Simon, membre du Suprême Conseil, un républicain modéré, qui avait pris position contre les congrégations enseignantes. Le 22 mai il dissol­vait la Chambre, et la hiérarchie catholique ne craignait pas de prendre ouvertement parti dans les élections. Gambetta affirmait que la lutte était désormais « entre les agents de la théocratie romaine alliée avec la droite conservatrice et réactionnaire », et les fils de 1789... Enfin les électeurs allaient définitivement fonder la République en envoyant à l'assemblée, contre 199 conservateurs, 315 députés républicains, parmi lesquels de nombreux Frères.

C'est dans ce climat politique d'emprise cléricale et de me­naces contre l'Ordre qu'il convient de situer l'évolution interne de celui-ci au cours de cette période.

A) Le Rite Ecossais

On a relaté qu'à la veille de la guerre de 1870, après de vifs incidents, une Commission chargée par la Grande Loge Cen­trale de réviser les Règlements, et présidée par Henri Brisson, avait contre l'avis de ce dernier décidé de maintenir les dispositions statutaires touchant la glorification du Grand Architecte de l'Uni­vers.

Le 2 décembre 1873 le Suprême Conseil, « considérant que, comme témoignage de la communauté des sentiments qui unissent tous les Maçons, il convient d'affirmer la devise Maçonnique :

« Liberté, Egalité, Fraternité », rendait un décret prescrivant pour tous les documents de l'obédience un nouvel en-tête ainsi conçu :

A LA GLOIRE DU GRAND ARCHITECTE DE L'UNIVERS,
Au nom et sous les auspices du S.C. pour la France et ses dépendances,
(Nom de l'atelier et son n°)
LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE

Les Frères Henri Brisson et Charles Floquet protestèrent au nom des Loges les Elus d'Hiram, la Justice, l'Harmonie, les Hospi­taliers de Saint-Ouen et la Mutualité contre ce Décret, en tant qu'il maintenait l'obligation de la formule : A la Gloire du Grand Archi­tecte de l'Univers. Seule, selon eux, sa suppression pouvait appor­ter pleine et entière satisfaction à toutes les aspirations, « sans en appeler à aucune conception métaphysique ou théologique c'est-à-dire sans opposer à la Liberté réelle de conscience l'idée d'aucun principe philosophique ou religieux capable de soulever des discussions et de semer la division au sein des ateliers. »

Mais le 3 mars 1874 le Suprême Conseil, à l'unanimité,

« considérant que la reconnaissance du G.A.D.L.'U. est consa­crée par les Constitutions qui régissent le Rite Ecossais et for­ment la clef de voûte de la Maçonnerie Ecossaise, considérant que cette formule se trouve en tête de tous les actes échangés entre les Suprêmes Conseils confédérés comme sur les Diplômes, Brefs et Patentes délivrés aux Maçons de tous grades ; qu'il n'y a donc là aucune innovation attentatoire à la liberté de conscience des Maçons qui ont accepté cette formule du jour où ils sont librement entrés dans la Grande Famille », décidait qu'il n'y avait pas lieu de modifier son décret.

Quelques semaines plus tard il mettait en sommeil trois des ateliers protestataires, qui ne s'y étaient point conformés, auto­risait les deux autres à suspendre leurs travaux pour six mois, et indiquait qu' « en proclamant un principe philosophique reconnu de tout temps comme la base de la Maçonnerie tout entière, [il avait] laissé toute latitude à l'indépendance morale et à la libre pensée de tous les Maçons... »

Le ter mai 1874, en Grande Loge Centrale, le Grand Orateur Malapert constatait : « Nos Loges sont bouleversées en ce moment par le vent de la discorde ». Mais le Suprême Conseil avait ouvert la voie dans laquelle allait le suivre le Convent de Lausanne, en conciliant autant qu'il le pouvait deux principes fonda­mentaux de la Maçonnerie : la reconnaissance du Grand Archi­tecte de l'Univers, le respect de la Liberté de conscience.

B) Le Grand Orient de France

Le Suprême Conseil, s'il avait toujours refusé de reconnaître le droit que s'était arrogé le Grand Orient, depuis 1815, de prati­quer les Hauts Grades de l'Ecossisme, entretenait néanmoins des relations fraternelles avec la plus ancienne et la plus importante des obédiences françaises, dont le Conseil de l'Ordre était alors présidé par le Frère de Saint-Jean.

Cette belle harmonie allait d'abord être troublée par le Convent de Lausanne, qui n'avait naturellement pas reconnu le Grand Orient comme puissance maçonnique écossaise. Il avait décidé pourtant, à la demande de la délégation française, que « chaque Suprême Conseil pourrait continuer à entretenir des relations amicales avec des corps maçonniques non reconnus, mais établis avant le Convent. »

Mais c'est la décision historique prise en 1877, dans le climat politique qu'on a décrit, par le Convent du Grand Orient de France, qui allait conduire de nombreuses puissances maçonniques à rompre toutes relations avec cette obédience.

Son Convent de 1865 avait, on l'a noté adopté des Statuts aux termes desquels la Franc-Maçonnerie « a pour principe : l'exis­tence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la solidarité humaine, regarde la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme, et n'exclut personne pour ses croyances. »

Celui de 1867 avait maintenu, à une très large majorité, l'ar­ticle des Statuts qui imposait la formule : A la gloire du Grand Architecte de l'Univers.

Mais au Convent de 1875 la loge de Villefranche-sur-Saône dépose un voeu n° IX tendant à supprimer, à l'article ter des Sta­tuts, l'affirmation de l'existence de Dieu et de l'immortalité de l'âme. Rejeté par le Conseil de l'Ordre, ce voeu fut pris en considé­ration par le Convent de 1876 et renvoyé à l'étude des loges. En septembre 1877 enfin, malgré l'opposition du Président Saint-Jean, il fut adopté par le Convent sur le rapport du pasteur Desmons, un protestant libéral, Vénérable de la loge de Saint-Geniès dans le Gard (4). Desmons n'avait pas manqué de faire état des aver­tissements de ceux qui craignaient que l'adoption du voeu n'isolât le Grand Orient dans la Maçonnerie universelle. Mais, se référant aux précédents créés par la Grande Loge de Buenos Aires, celle de Hongrie et le Grand Orient d'Italie, il jugeait — bien à tort — ces craintes chimériques. « Laissons aux théologiens, concluait-il, le soin de discuter les dogmes. Laissons aux Eglises autoritaires le soin de formuler leur syllabus. — Mais que la Maçonnerie reste ce qu'elle doit être, c'est-à-dire une institution ouverte à tous les progrès, à toutes les idées morales et élevées, à toutes les aspi­rations larges et libérales... ». — Finalement le Convent adopta pour l'article ler des Statuts la rédaction suivante :

« La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthro­pique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l'étude de la morale universelle, des sciences et des arts, et l'exercice de la bienfaisance.

Elle a pour principe la liberté absolue de conscience et la solidarité humaine.

La Maçonnerie n'exclut personne pour ses croyances.

Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité. »

L'avant-dernier alinéa avait été ajouté au texte de la commis­sion à la demande du Dr de Saint-Jean.

Le vote du Convent de 1877 provoqua peu de réactions dans les ateliers du Grand Orient de France. Mais en l'espace de quel­ques mois les Grandes Loges et les Suprêmes Conseils d'Irlande et de Grande-Bretagne décidèrent de cesser toutes relations et toute correspondance avec lui et avec tous ses membres. Jamais ils ne devaient revenir sur cette décision, qui devait au contraire être imitée par nombre d'autres obédiences étrangères.

Le Suprême Conseil de France, fidèle au Grand Architecte de l'Univers, conservait au contraire ses relations internationales. Mais il allait devoir faire face à la rébellion d'une notable partie de ses ateliers symboliques.

LA CRISE INTERNE DU RITE ECOSSAIS EN FRANCE, DE 1877 A 1896

Les Grandes Constitutions dites de 1786 autorisaient chaque Suprême Conseil à déléguer son autorité sur les ateliers écossais du 1» au 17e degré, tout en proclamant son droit « imprescriptible » de les régir directement. En fait, dans les pays anglo-saxons, les Suprêmes Conseils s'étaient toujours bornés à gouverner les « additionnai degrees ». Ils les conféraient à des Maîtres Maçons relevant des Grandes Loges symboliques établies, qui n'étaient pas de Rite écossais.

En France il y avait, depuis le XVIlle siècle, des loges bleues pratiquant ce Rite. Proscrites en 1802 par le Grand Orient, elles avaient en 1804 érigé face à lui une Grande Loge symbolique écossaise, au moment même où le comte de Grasse fondait le Suprême Conseil de France. Mais par la volonté de l'Empereur elles avaient dû réintégrer le Grand Orient, auquel le Suprême Conseil avait de surcroît délégué la collation des Hauts Grades jusqu'au 18e degré. Seule donc la mainmise opérée en 1815 par le Grand Orient sur l'ensemble du Rite, dans une conjoncture politique qui ne permettait pas de rétablir une Grande Loge symbo­lique écossaise, avait conduit les loges bleues rebelles à cette mainmise à se placer sous l'autorité du Suprême Conseil d'Amé­rique, puis en 1821 sous celle du Suprême Conseil de France.

Elles s'en étaient fort bien accommodées jusque dans les années 1860, où certaines d'entre elles commencèrent, on l'a vu, à trouver pesante la tutelle d'un Suprême Conseil attaché à pros­crire toute politisation des ateliers, et à maintenir l'invocation au Grand Architecte de l'Univers.

A partir de 1877 leur impatience fut exacerbée par le vote du Convent du Grand Orient, et aussi par la décision prise au même moment par les Suprêmes Conseils du groupe d'Edimbourg de s'interdire, quant à eux, de créer ou de gouverner des loges sym­boliques, ou bleues.

C'est justement ce qu'avait demandé, dès 1875, la loge l'Union des peuples : Aux Suprêmes Conseils l'administration des Hauts Grades, aux Grandes Loges le gouvernement des Ateliers Symbo­liques. Ce mot d'ordre fut repris en 1879 dans une circulaire lancée à tous les ateliers par La Justice, ce qui valut à celle-ci d'être mise en sommeil, aux signataires (parmi lesquels le frère Gustave Mesureur), d'être suspendus de leurs droits.

Rien n'y fit, et le 12 février 1880 une Grande Loge symbolique écossaise, érigée par douze loges dissidentes, faisait connaître à toute la fraternité sa création, « dernier acte de la lutte engagée depuis des années par les loges écossaises contre l'autorité despo­tique (sic) du Suprême Conseil. »

La Grande Loge symbolique écossaise allait déployer une grande activité pendant seize ans, au terme desquels elle était composée de trente-six loges. Au jugement d'Albert Lantoine (5), elle comptait des hommes d'une foi sincère, donc agissante, pour qui la Franc-Maçonnerie avait une mission profane de défense de la République et de lutte contre le cléricalisme. Elle avait naturel­lement abandonné toute référence au Grand Architecte ; et cette obédience « écossaise » ressemblait beaucoup au Grand Orient de ce temps, à cela près que n'admettant pas de Hauts grades elle ne se composait, elle, que de loges bleues... Elle se sentait néan­moins « gardienne solitaire et responsable d'une tradition sécu­laire », ce qui la conduisit à rejeter de son sein la loge Les Libres Penseurs du Pecq, qui voulait initier une femme, et à nouer des relations fraternelles avec diverses obédiences étrangères, avec le Grand Orient de France, et même, pour finir, avec le Suprême Conseil, moins despotique apparemment qu'on ne l'avait affirmé naguère...

Fermement attaché aux traditions fondamentales de l'Ordre, soucieux de garder le contact avec l'Ecossisme universel, ce dernier n'était en effet nullement rétrograde. A la Saint-Jean d'hiver de 1877, son Grand Orateur Malapert avait, par exemple, prononcé un discours significatif :

« J'entrevois, disait-il, une amélioration très considérable, qui s'accomplit peu à peu.

Autrefois les entretiens des Frères étaient ou des causeries légères, assaisonnées d'un esprit bienveillant, ou des discours sur des idées générales. Les vers, les dissertations purement litté­raires ont leur charme, personne ne vous conseillera d'y renoncer. J'en dirai tout autant des discours sur les principes ou vérités fondamentales. Il est bon, surtout à l'heure des initiations, que nous affirmions nos croyances. Mais ces discours ont leurs conclu­sions forcées. Quand ils reviennent trop souvent, l'intelligence des auditeurs, qui connaît d'avance où l'on veut en venir, aspire au moment où l'orateur aura terminé.

Je constate donc avec satisfaction que des Frères ont spécialisé leurs études, et fait dans leurs Ateliers des conférences fort instructives sur des sujets divers (6)... »

Et de conclure :

« Unissons-nous pour dresser les temples de l'instruction, de l'industrie et des Beaux-Arts. »

Ainsi, voilà tout juste cent ans, le Suprême Conseil encou­rageait les ateliers de son obédience à former enfin cette société de pensée qu'avaient rêvée les premiers dirigeants de la Grande Loge de Londres, (si proches de la Royal Society), et clairement définie le chevalier Ramsay. C'était, par un retour aux sources, donner le feu vert à une évolution, féconde autant qu'irrésistible, des loges écossaises de France.

Avec le même souci de répondre aux aspirations nouvelles des frères sans rompre avec la règle et les traditions de l'Ordre, le Suprême Conseil jugea en 1894 le moment venu d'émanciper les loges bleues, qui lui étaient demeurées fidèles. Par un décret du 7 novembre, il délégua ses pouvoirs sur les trois premiers degré à une Grande Loge de France, qui serait constituée par la fédération de ces loges. Il ne se réservait que la prérogative de délivrer — à la gloire du Grand Architecte de l'Univers ! — les patentes constitutives des nouveaux ateliers qu'il plairait à la Fédération de s'intégrer.

La Grande Loge de France fut effectivement constituée le 23 février 1895 par l'Assemblée des députés de toutes les loges de l'obédience, qui élut séance tenante un Conseil fédéral de neuf membres. Elle engagea aussitôt des pourparlers avec la Grande Loge symbolique écossaise, qui le 10 août 1896 décidait de mettre fin à la dissidence en fusionnant avec la Grande Loge de France.

Le 24 juillet 1904 enfin, le Suprême Conseil devait par un nouveau Décret rompre le dernier lien par lequel la Grande Loge lui demeurait encore administrativement subordonnée, en renon­çant à délivrer les patentes constitutives des nouvelles Loges. La Grande Loge de France était ainsi définitivement constituée com­me puissance symbolique écossaise indépendante et souveraine.

Source : www.ledifice.net

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La Franc-Maçonnerie Écossaise 1864-1871

2 Janvier 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #histoire de la FM

La Franc-Maçonnerie sous l’Empire Libéral

L'Empire autoritaire avait voulu protéger et favoriser la Ma­çonnerie française, mais en l'asservissant, ce qui avait entraîné une stagnation de l'Ordre. Sous l'Empire libéral, celui-ci va con­naître au contraire un intense bouillonnement d'idées et une vita­lité accrue, cependant qu'une vive tension va naître et se déve­lopper dans ses rapports avec l'Eglise catholique.

1. L'unité italienne et le raidissement du Saint-Siège contre l'Ordre.

C'est l'époque en effet où se propage rapidement dans les milieux cultivés de France, l'influence du positivisme scientiste, dont le héraut est Emile Littré ; l'époque aussi où les progrès de l'unité italienne entretiennent dans la Rome des papes une véri­table psychose obsidionale, portant au paroxysme l'hostilité de Pie IX envers un Ordre dont la branche italienne, avec Garibaldi, joue un rôle de premier plan dans le Risorgimento. En 1864, le Syllabus dénonce les « erreurs modernes » avec une intransi­geance nouvelle. Après la convention conclue en septembre de la même année, entre l'Empire français et le jeune Royaume d'Italie, Rome ne tardera pas à diriger ses foudres contre la Maçonnerie française. Alors s'ouvre dans l'histoire de celle-ci une période marquée par une vive lutte d'idées. Cette lutte se poursuivra au sein du Grand-Orient jusqu'au Couvent de 1877, qui apportera à la Constitution de l'obédience une modification lourde de consé­quences. Elle se prolongera dans les Loges relevant du Suprême Conseil Ecossais jusqu'en 1894, date de leur émancipation par l'érection de l'actuelle Grande Loge de France.

Déjà certes, sous l'Empire autoritaire, il y avait bien eu quel­ques escarmouches entre l'Eglise de France et certaines loges. A Caen, le 31 mai 1856, le prêtre qui célébrait les funérailles d'un Maçon, s'étant aperçu que des assistants portaient des branches d'acacia, avait exigé qu'ils se retirent, cet emblème étant celui « d'une société secrète et antireligieuse ». L'année suivante l'évê­que de l'île Maurice avait refusé la sépulture religieuse à plusieurs frères, mais le Grand-Orient avait pu faire célébrer à Notre-Dame de Paris, une cérémonie de réparation. En 1861, la circulaire de Persigny, si favorable à l'Ordre, avait excité la colère de quelques évêques, notamment de celui de Nîmes, auquel un frère de Mar­seille avait répondu en publiant une lettre qui s'achevait par cette évangélique invocation : « Mon Père, pardonnez-leur, car ils ne savent ce qu'ils font ! »

Mais tout cela n'allait pas bien loin. Et dans le même temps le Suprême Conseil de France s'était, en 1860, donné pour Lieute­nant Grand Commandeur le frère Guiffrey père, salué par le Jour­nal des Initiés comme « le type bien rare du vrai catholique sin­cèrement libéral ». Trois ans plus tard, il avait admis dans son sein Georges Guiffrey fils, marguillier de la paroisse Saint-Eugène et président d'une section de la Société de Saint-Vincent-de-Paul, entré dans l'Ordre avec la pleine approbation de l'archevêque de Paris, Monseigneur Affre.

C'est le successeur de cet infortuné prélat, mortellement blessé sur les barricades de juin 48 en tentant de séparer les combattants, c'est Monseigneur Darboy, qui avant d'être lui-même pris comme otage et fusillé sous la Commune devait, en 1865, subir le premier contre-coup de la colère de Pie IX contre les Francs-Maçons.

Le Maréchal Magnan, triomphalement réélu Grand-Maître du Grand-Orient au Convent de 1864, était mort à la veille de celui de 1865, le 29 mai. Ses funérailles avaient été célébrées à Saint-

Louis des Invalides sous la présidence de Monseigneur Darboy, qui avait donné l'absoute. La nonciature n'aimait pas l'archevêque, qui était homme de caractère et d'un esprit fort libéral. Elle fit rapport au Vatican, en prétendant qu'on avait exposé les insignes maçonniques du défunt sur le catafalque, entouré de frères pareil­lement décorés. Il est fort probable qu'il n'en était rien, et les lettres échangées par la suite entre le curé de Saint-Louis et l'ar­chevêque (1) prouvent en tout cas que ni l'un ni l'autre n'avait rien vu de tel. Par un bref du 26 octobre 1865, Pie IX n'en reproche pas moins à ce dernier d'avoir causé « par sa présence et sa coo­pération, l'étonnement et la douleur profonde qu'en ont ressentis avec raison tous les vrais catholiques... Les sectes d'impiété (ajou­tait-il), diverses de nom, liées pourtant entre elles par la compli­cité néfaste des plus cruels desseins, enflammées de la plus noire des haines contre notre sainte religion et le Saint-Siège aposto­lique, s'efforcent tant par des écrits pestilentiels distribués au loin et dans tous les sens que par des manœuvres perverses et toutes sortes d'artifices diaboliques, de corrompre partout les mœurs et l'esprit, de détruire toute idée d'honnêteté, de vérité et de justice, de répandre en tous lieux des opinions monstrueuses, de couver et de propager des vices abominables et des scéléra­tesses inouïes ; d'ébranler l'Empire de toute autorité légitime, de renverser, si cela était possible, l'Eglise catholique et toute so­ciété civile, et de chasser Dieu lui-même du ciel... » !

La passion avec laquelle est écrit ce morceau de rhétorique — commente à bon droit M. Pierre Chevallier — étonne aujour­d'hui le lecteur qui se veut libre de tout préjugé. Sans doute faut-il la mettre sur le compte de l'angoisse provoquée à Rome par la perte imminente du pouvoir temporel. Mais elle témoigne aussi d'une méconnaissance totale de l'esprit qui animait alors la grande majorité des Maçons français.

La même incompréhension et la même violence éclatent dans l'allocution consistoriale Multiplices inter machinationes du 25 sep­tembre 1865 où, dénonçant « la synagogue de Satan », Pie IX met le pouvoir civil en garde contre « ces loups dont le Christ Notre Seigneur a prédit qu'ils viendraient, couverts de peaux de brebis, pour dévorer le troupeau » ! A quoi les Francs-Maçons lyonnais répondent, dès le 5 octobre, par une lettre « Au Souverain Pontife de la religion Catholique, Apostolique et Romaine », que critiquera l'évêque de Montpellier... La voici :

« Très Saint-Père,

« Les Francs-Maçons, ennemis des manifestations bruyantes, étaient calmes et presque ignorés, quand une agression inouïe est venue les atteindre. La violence réussit mal dans notre pays. Votre allocution du 25 septembre nous vaudra simplement l'estime et la bienveillance de ceux qui ne nous connaissaient pas encore.

Et malgré vos anathèmes, pas un des nôtres ne désertera l’œuvre de justice et de paix à laquelle il a librement associé sa vie. »

Les frères de Lyon ont vu juste. L'outrance de l'attaque dis­pose favorablement l'opinion publique envers un Ordre que le pouvoir, de son côté, voit toujours d'un aussi bon oeil. Les évê­ques concordataires de France, soucieux de rester en bons termes avec l'autorité civile, paraissent eux-mêmes plutôt gênés par une condamnation à laquelle une vingtaine d'entre eux, tout au plus, feront écho, non sans provoquer de nouvelles protestations des Loges. L'émotion de celles-ci sera portée à son comble par une brochure retentissante intitulée Les Francs-Maçons, que publie en 1867 un prélat de la maison de Sa Sainteté, Monseigneur de Ségur. Proche parent du défunt Grand Commandeur du Suprême Conseil écossais, l'auteur de ce triste pamphlet n'hésite cependant pas à solliciter les textes, ni à se faire l'écho des calomnies les plus invraisemblables. Il donne ainsi le ton à la basse propagande anti­maçonnique qui sévira en France jusqu'à la Libération de 1944.

2. L'évolution des esprits et des statuts dans les obédiences.

Ces attaques multipliées eurent pour premier effet d'élargir rapidement l'audience, jusque-là fort restreinte, de ceux qu'au sein de l'Ordre on appelait maintenant les novateurs.

Ils avaient pour organe Le Monde maçonnique, dirigé par un membre du Rite Ecossais, le frère Favre. Un de leurs principaux chefs de file était un vénérable du Grand-Orient, le biterrois Massol, un ancien Saint-Simonien animé d'un idéalisme intransigeant. Massol défendait ardemment une conception démocratique de l'Or- dre fondée sur le respect de la personne humaine et sur « une mo­rale indépendante qui n'ait rien à demander à aucune théologie, à aucune métaphysique ».

Les partisans d'une Maçonnerie déiste et spiritualiste s'expri­maient dans le Journal des Initiés, du frère Riche-Gardon, membre du Grand-Orient, non moins attaché que Massol à défendre les « li­bertés naturelles » des Loges, notamment leur liberté d'expression, contre les tendances centralisatrices de l'obédience.

A — LE GRAND-ORIENT

Le Convent de 1864, avant de procéder à l'élection de Magnan, avait décidé que celui de 1865 aurait à réviser la Constitution. L'ar­ticle 1 er donna lieu, tout au long de l'année, à une ardente bataille. Le Monde maçonnique, soutenu par la Chaîne d'Union, que publiait à Londres le frère Hubert, avait proposé d'emblée une rédaction tota­lement agnostique : « La Maçonnerie a pour objet l'inviolabilité de la personne humaine, fondement de la morale universelle résumée dans la formule : Liberté, Egalité, Fraternité ». Le projet présenté au Convent par le Conseil de l'Ordre maintenait, à la demande ex­presse de Magnan, qu' « elle a pour principes : l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la solidarité humaine ». Le texte finale­ment adopté par le Convent, en l'absence de Grand-Maître, fut le suivant :

« La Franc-Maçonnerie, institution essentiellement philanthro­pique, philosophique et progressive, a pour objet la recherche de la vérité, l'étude de la morale universelle, des sciences et des arts, et l'exercice de la bienfaisance.

Elle a pour principe : l'existence de Dieu, l'immortalité de l'âme et la solidarité humaine.

Elle regarde la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme et n'exclut personne pour ses croyances.

Elle a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité. »

Comme l'ont souligné à l'envi Jean Baylot et M. Pierre Che­vallier, il y avait dans ce texte de compromis une certaine am biguïté, voire une contradiction entre le deuxième et le troisième alinéas. Certes, il était conforme à la plus pure tradition ander­sonienne, sinon à la doctrine romaine du temps, de « regarder la liberté de conscience comme un droit propre à chaque homme ». Mais le Grand-Orient pouvait-il à la fois affirmer comme il le fai­sait depuis 1849, que la Franc-Maçonnerie « a pour principes l'existence de Dieu et l'immortalité de l'âme », et décider de « n'exclure personne pour ses croyances », fussent-elles incompa­tibles avec les principes ainsi proclamés ? En fait, les novateurs furent loin de considérer comme un succès l'adoption du nouveau texte, qui ne souleva guère de remous dans la Franc-Maçonnerie universelle.

Aussi bien, le vote une fois acquis, le Convent élirait-il à la Grande-Maîtrise un vieux Maçon, le Général Mellinet, dont le pre­mier soin fut de rappeler par circulaire aux ateliers, qu'aux ter­mes de l'article 24 des Statuts, leurs planches devraient toujours être intitulées de cette formule : « A la gloire du Grand Architecte de l'Univers. » Au nom et sous les auspices du Grand-Orient de France.

Le frère Massol, également candidat, n'avait obtenu que trente voix sur deux cents votants environ. Les novateurs étaient tou­jours minoritaires. Cependant, la suppression des Hauts-Grades, qu'ils avaient aussi demandée, ne fut repoussée que par trois voix de majorité.

La minorité novatrice ne se découragea donc pas, et comme on l'a dit, ses efforts pour laïciser le Grand-Orient allaient être puissamment secondés par les attaques déclenchées par Rome contre l'Ordre au lendemain même du Convent de 1865. A celui de 1867, les « tolérants absolus », comme on les appelait main­tenant, proposèrent la suppression de l'article des Statuts qui prescrivait l'invocation traditionnelle au Grand Architecte de l'Uni­vers ; mais « Initiés » et « Modérés » s'unirent pour repousser cette proposition par cent quatre-vingts voix contre soixante-sept, et les candidats des « novateurs » ne furent pas élus au Conseil de l'Ordre, ce qui amena Massol, qui en était membre, à donner sa démission.

La guerre d'usure continua aux Convents de 1868 et de 1869. Celui-ci fut dominé par la question de l' « Anti-Concile » qu'il était envisagé de réunir à Naples le 8 décembre, jour où devait s'ouvrir le Concile du Vatican. La proposition d'y participer ne fut rejetée que par cent quatre-vingts voix contre cent vingt-quatre. L'année suivante, le libéral Grand-Maître Mellinet, donnait sa démission et était remplacé, à la veille de la guerre franco-allemande, par un homme politique assez marqué à gauche, l'avocat charentais Babaud-Laribière, qui avait annoncé son intention... de faire sup­primer la Grande-Maîtrise.

B — LE RITE ECOSSAIS

Cependant, qu'à l'inverse du Grand-Orient, le Rite de Mis­raïm décidait en 1868 que « la croyance en Dieu et en l'immor­talité de l'âme étant la base fondamentale de notre institution, tout profane qui ne professe point cette croyance ne peut en faire partie », une effervescence comparable à celle qui régnait rue Cadet, gagnait les Loges placées sous l'obédience du Suprême Conseil de France. Aussi bien, sous la Grande-Maîtrise de Melli­net, les rapports s'étaient-ils grandement améliorés entre les deux puissances, et pour la première fois depuis la rupture de 1815, le Grand Commandeur écossais avait été invité à assister à la fête solsticale du Grand-Orient, le 15 juin 1867 ; la politesse avait été rendue, et une députation du Conseil de l'Ordre avait été cha­leureusement accueillie, le jour de la Saint-Jean d'hiver, à la fête solsticiale du Suprême Conseil.

On a rappelé naguère ici-même (2) comment après la création par le Grand-Orient de France, en 1815, d'un Suprême Conseil des Rites, la proclamation par le Suprême Conseil de France de l'in­dépendance du Rite Ecossais, et son entrée en sommeil pour six ans, les Loges symboliques de ce Rite qui refusaient de s'in­cliner devant le coup de force du Grand-Orient, ne pouvant sous la Terreur blanche ériger, comme en 1804, une Grande Loge sym­bolique écossaise, avaient été amenées à se placer sous l'obé­dience du Suprême Conseil d'Amérique repris en main par le comte de Grasse. Le Conseil ayant été absorbé par le Suprême Conseil de France réveillé en 1821, depuis ce temps les Loges bleues du Rite Ancien et Accepté étaient donc directement sou­mises à l'autorité du Suprême Conseil du 33e degré de ce Rite.

Cette situation singulière avait été fort bien acceptée pen­dant un demi-siècle, le prestige et le libéralisme des dirigeants aidant. C'est un membre du Grand-Orient, Riche-Gardon, qui le constatait encore en 1863: « Le Suprême Conseil est un pouvoir aristocratique, mais il laisse ses Loges jouir de leurs libertés na­turelles. » Il n'en avait pas moins toujours veillé à ce qu'en soient bannies toutes discussions politiques et religieuses. Or, sous l'Em­pire libéral, nombre de frères commençaient à trouver gênante cette règle fondamentale de l'Ordre, et pesante la tutelle même du Suprême Conseil.

De plus, le Rite était alors régi par les Règlements généraux promulgués le 1 er juin 1846, dont l'article ter était ainsi conçu :

« L'Ordre maçonnique se partage en différents Rites recon­nus et approuvés, qui, bien que divers, sont tous sortis de la mê­me source et tendent au même but.

Adoration du G... A.. de l'Un.., Philosophie, Morale, Bien­veillance envers les hommes, voilà tout ce qu'un vrai Maçon doit étudier sans cesse et s'efforcer constamment de pratiquer. »

Ici comme au Grand-Orient, la référence au Grand Architecte de l'Univers allait bientôt être contestée par les « novateurs », ainsi que la hiérarchie des Hauts-Grades.

Si, à défaut d'avoir pu consulter pour cette période les livres d'architecture du Suprême Conseil et de la Grande Loge centrale, on se réfère au Mémorandum imprimé qui donne le résumé de leurs travaux, il apparaît que les hostilités commencèrent dans le premier semestre de 1868.

Le 12 juin, le Suprême Conseil, toujours présidé par Viennet, prononce la radiation de quatre Loges parisiennes qui avaient en­freint la règle fondamentale ci-dessus rappelée : l'Alliance, la Ruche écossaise, le Héros de l'Humanité et l'Alliance fraternelle. Le 27, la Grande Loge centrale est envahie par des « visiteurs » protestataires, et le Lieutenant Commandeur Allegri doit suspen­dre la réunion. Là-dessus Viennet meurt le 10 juillet, Allegri lui succède aussitôt, et choisit pour Lieutenant « celui qui par son caractère, sa haute position, sa science, son dévouement maçon­nique a si bien conquis toutes les sympathies » : il s'agit d'Adolphe Crémieux, ancien membre du gouvernement provisoire en 1848, et qui bientôt, ministre de la Justice dans le gouvernement de la Défense Nationale, attachera son nom au décret de 1870 qui confé­rera la nationalité française aux Juifs d'Algérie.

En août, cependant qu'on prépare la révision des Règlements généraux de 1846, Crémieux demande « l'effacement complet des faits graves qui ont jeté le trouble au sein du Rite Ecossais, l'oubli des injures prodiguées au Suprême Conseil, et la rentrée des Loges et des Maçons exclus ». Sa proposition est adoptée, et le Grand Commandeur Allegri adresse à tous les ateliers une circu­laire d' « oubli général ».

Mais bientôt se produisent de la part de divers Maçons de nouvelles attaques « incessantes et déplorables » contre le Su­prême Conseil. Le 5 mars 1869, Allegri rappelle à tous les ateliers que la Maçonnerie « a surtout pour règle dans l'Ecossisme la glo­rification du Grand Architecte de l'Univers », puis démissionne de sa charge, ainsi que Crémieux et le Grand Orateur Genevay. Le 8 mars, le Suprême Conseil accepte toutes les démissions, décide que dorénavant — comme jusqu'à la nomination du duc Decazes — tous les Offices seront pourvus par la voix de l'élec­tion, et élit aussitôt Crémieux Grand Commandeur à l'unanimité. Il lui adjoint comme Lieutenant, le baron Taylor, le philanthrope bien connu, et réélit Genevay Grand Orateur. Crémieux publie une Déclaration où il constate que bien des dissidents espèrent de lui « un sage développement dans les règlements de l'Ordre », mais rappelle que « l'obéissance au devoir n'est jamais un escla­vage quand on a signé un contrat ». Il conclut par un appel à l'union, suivi de ces mots : « Fraternité, Liberté, Egalité, Cha­rité ».

Le nouveau Grand Commandeur n'était pas au bout de ses peines. Mais l'estime dont il jouissait, son zèle inlassable pour l'Ordre, son caractère ferme et souple à la fois allaient lui per­mettre et de rétablir, non sans mal, l'union dans sa juridiction, et d'assurer à celle-ci une place de premier plan dans l'Ecossisme universel.

En juin 1869, ayant pris connaissance des travaux des com­missions chargées de préparer la révision des Règlements géné­raux de 1846, Crémieux soumettait au Suprême Conseil un projet de rédaction qui fut mis au point le 7 juillet. Le 2e alinéa de l'ar­ticle ler, dont on a lu le texte plus haut, était remplacé par ces lignes :

« Il — l'Ordre maçonnique — se fonde sur le principe de la liberté religieuse, sur les règles de la plus pure morale, sur les doctrines les plus élevées de la philosophie. Il proclame le senti­ment de la dignité humaine, c'est-à-dire de l'égalité entre tous les hommes, qui se doivent appui mutuel. Il a pour devise : Liberté, Egalité, Fraternité. »

Ce texte n'affirmait rien qui fût contraire à la tradition ma­çonnique, mais pas plus que dans les Constitutions d'Anderson, le Grand Architecte de l'Univers n'y était nommé. Communiqué le 15 juillet à la grande Loge Centrale, il y fut l'objet d'une dis­cussion fort orageuse. Le Grand Commandeur « affecté par cette opposition aussi vive qu'inattendue... renvoya le projet à l'examen ultérieur d'une Commission à prendre dans les trois Sec­tions » (3).

En décembre de nouvelles péripéties conduisirent le Grand Commandeur et le Grand Orateur Genevay à donner à nouveau leur démission. Mais le 29 décembre la Grande Loge Centrale chargeait les Présidents des trois Sections d'inviter Crémieux à reprendre la sienne, ce qu'il fit. Le 29 janvier 1870, réunie sous sa présidence, la Grande Loge Centrale confiait le travail de révision à une commission de 9 membres, qui se donna pour président le futur président de la Chambre des députés, le frère Henri Bris­son. La Commission tint dix réunions de mars à juin 1870. Elle dis­cuta essentiellement du maintien — ou de la suppression — de la glorification du Grand Architecte de l'Univers, des Hauts Grades, et de la Commission administrative du Suprême Conseil. La majorité se prononça pour le maintien des dispositions sta­tuaires concernant ces trois points, avec les modifications pro­posées par le Grand Conmmandeur. Ces décisions de conséquence, prises contre l'avis du président Brisson, amenèrent celui-ci à se décharger du rapport, qui fut confié à un membre de la majorité, le frère Bagary (4).

Là-dessus, le 15 juillet, éclata la guerre franco-allemande, et les choses restèrent en l'état.

Les Francs-Maçons, la guerre Franco Allemande et la Commune

Cependant que les hostilités, puis l'envahissement d'une gran­de partie du territoire allait mettre en veilleuse l'activité maçon­nique, les événements politiques consécutifs au désastre de Sedan mirent bientôt en vedette de nombreux frères des deux principaux Rites.

Sous l'Empire finissant, en effet, il y avait dans la majeure partie des loges des frères engagés dans l'action politique, mem­bres pour la plupart de l'opposition libérale ou républicaine. Cer­tains, comme Désiré Bancel, Jules Simon, Gambetta, étaient en­trés au Corps législatif aux élections de 1869. Les noms de plu­sieurs d'entre eux, ceux de Garnier-Pagès et du Grand Comman­deur Adolphe Crémieux, avaient figuré au bas du Manifeste de la gauche lors du plébiscite du 8 mai 1870. On n'est donc pas sur­pris de les retrouver, le 3 septembre, parmi les signataires de la proposition de Jules Favre réclamant la déchéance de Napoléon III et de sa dynastie. Ces Libéraux n'en sont pas moins des hommes d'ordre, et le lendemain 4 septembre, quand le Palais-Bourbon sera envahi par la foule parisienne aux cris de « Vive la République », on entendra Crémieux et Gambetta demander en vain qu'on res­pecte la Liberté du Corps législatif. Aux Tuileries, le général Mel­linet, qui commande la garde, protège la fuite de l'Impératrice. A l'Hôtel de Ville le futur frère Jules Favre salue par un discours l'avènement de la République. Les membres du Gouvernement pro­visoire sont presque tous Maçons — tel Crémieux, Arago, Eugène Pelletan, Garnier-Pagès, Ernest Picard, Rochefort et Jules Simon — ou futurs Maçons comme Jules Ferry ; mais ils en remettent la présidence à un catholique breton, le général Trochu, gouverneur militaire de Paris. La plupart seront écartés du pouvoir après l'ar­mistice, l'élection de l'Assemblée des « ruraux » et la constitu­tion du gouvernement de M. Thiers, qui gardera cependant, outre Jules Favre, Ernest Picard et Jules Simon.

Le 18 mars, c'est l'insurrection de Paris. La capitale n'avait pas accepté la capitulation du 28 janvier, et l'appel au peuple lancé ce jour-là par les délégués des arrondissements portait les signa­tures des frères Lucipia, futur Président du Conseil de l'Ordre du Grand-Orient, Benoît Maton et Jules Vallès, membre du Rite Ecos­sais. Le 8 février, Paris avait voté à gauche, envoyant à l'Assem­blée, avec Jules Favre, les frères Gambetta, Félix Pyat et... Gari­baldi, ancien Grand Commandeur Grand-Maître du Suprême Conseil Grand-Orient d'Italie séant à Palerme.

Maintenant c'est la Commune, et l'on va voir, comme toujours en ces périodes troublées, les frères opter politiquement suivant leur conscience et leurs convictions personnelles, en l'absence de toutes consignes des autorités maçonniques. Mais l'on verra aussi — fait exceptionnel dans notre histoire — de nombreux Maçons parisiens s'assembler spontanément, lancer des appels à la popu­lation, multiplier démarches et manifestations pour tenter d'arrê­ter l'effusion du sang entre Français.

Le clivage politique entre les frères se dessina quand le ter mars, à Bordeaux, l'Assemblée se prononça pour l'acceptation des conditions très dures du traité de paix. Parmi les 107 oppo­sants républicains figuraient les Maçons Emmanuel Arago, Louis Blanc, Benoît Malon, Félix Pyat, Gambetta, Rochefort, Arthur Ranc... Les cinq derniers nommés quittèrent l'Assemblée, Félix Pyat ex­pliquant ainsi sa décision à la tribune : « L'Assemblée est dissoute de droit par son vote ; je n'y rentrerai plus tant que votre parri­cide ne sera pas annulé. »

Le 26 mars sont élus les 90 membres de la Commune. Une quinzaine d'entre eux sont Maçons, parmi lesquels on retrouve Félix Pyat et Benoît Malon, et aussi les frères Tirard, Jourde, Beslay, Léo Meillet, Eudes, Jules Vallès, Ranvier, Gustave Mourens. Quand la Commune prend séance le frère Charles Beslay, doyen d'âge, définit ainsi son programme :

C'est par la liberté complète de la Commune que la Répu­blique va s'installer chez nous. Paix et Travail ! Voilà notre avenir, voilà la certitude de notre revanche et de notre régénération so­ciale. A la Commune tout ce qui est local, aux départements, tout ce qui est régional, au gouvernement tout ce qui est national... »

Un nouveau clivage se produit entre révolutionnaires et mo­dérés quand Jules Vallès demande que les députés membres de la Commune choisissent entre elle et l'Assemblée. Le frère Tirard choisit alors Versailles, les autres restent à Paris...

Et rien n'illustre mieux la parfaite neutralité politique de la Maçonnerie écossaise que la diversité des options de nos mem­bres, en tant que citoyens, au cours de cette crise.

Le Grand Commandeur Adolphe Crémieux, alors âgé de 76 ans, est dans sa propriété de Nîmes. Au nom du Suprême Conseil le Grand Orateur Malapert, avocat à Paris, a précisé par lettre aux frères et à la presse que les chefs du Rite ne donnaient aucune consigne à ses membres. Et tandis que Jules Simon reste au gou­vernement, et Henri Brisson à Versailles, les frères Elie May, Goupil, Eudes, Jules Vallès, Raspail, se voient confier par la Com­mune des fonctions importantes. Les trois derniers nommés sont membres de la Loge écossaise parisienne de la Justice, comme Arthur Ranc, qui adopte une position intermédiaire entre le parti de l'Ordre et la Révolution, comme le futur président du Conseil Charles Floquet, qui revient de Versailles à Paris et s'active à la tête des conciliateurs...

Aussi bien les frères les plus engagés dans l'action ne per­dent-ils pas de vue les principes d'humanité et de solidarité de leur Ordre. Au lendemain de l'insurrection du 18 mars Léo Meillet, membre de la Commune, sauve la vie au général Chanzy, prison­nier du Comité central. Il cache chez lui le député maçon de l'Aisne Edmond Turquet, qui lui rendra la pareille après l'entrée à Paris des Versaillais. A ce moment Jourde et Vallès protesteront — en vain — contre l'exécution des otages de la Commune.

L'intervention des Francs-Maçons parisiens entre la Commune et Versailles a été racontée maintes fois, avec plus ou moins d'exactitude. M. Pierre Chevallier a récemment fait à ce sujet une excellente mise au point (5) que nous allons suivre de très près.

Il a établi que l'initiative en fut prise par un atelier du Grand- Orient de France, la Loge française Les Disciples du Progrès, qui dès le 7 avril 1871, sous la présidence de son Vénérable Sauge, décidait « de tenter une démarche de conciliation auprès de la Commune, pour arrêter l'effusion du sang qui coule », et convo­quait tous les Vénérables du Rite à se réunir le lendemain au Grand-Orient pour en délibérer.

De cette réunion de Vénérables du 8 avril sortit le texte d'un Manifeste de la Franc-Maçonnerie dont les signataires, s'adressant à la fois au gouvernement et aux membres de l'Assemblée d'une part, aux membres de la Commune d'autre part, leur disait :

« Nous ne venons pas vous dicter un programme, nous nous en rapportons à votre sagesse ; nous vous disons simplement : Arrêtez l'effusion de ce sang précieux qui coule des deux côtés, et posez les bases d'une paix définitive qui soit l'aurore d'un ave­nir nouveau. »

Ce manifeste d'une inspiration généreuse et purement huma­nitaire était signé, à titre personnel, par les frères Montanier et Bécourt, membres du Conseil de l'Ordre, et treize Vénérables du Grand-Orient. Il fut unanimement approuvé le lendemain au cours d'une assemblée où étaient représentées la plupart des Loges parisiennes de cette obédience. On décida de faire remettre par délégués le Manifeste au gouvernement de Versailles et à la Com­mune de Paris, de l'afficher à quatre mille exemplaires, et de de­mander aux Loges des départements d'y adhérer.

Les jours suivants les réunions de Maçons se succédèrent rue Cadet. De nombreuses Loges du Rite Ecossais y sont main­tenant représentées et adhèrent au Manifeste, ainsi que la plupart des membres du Conseil de l'Ordre du Grand-Orient, son président Saint-Jean en tête.

Le 19 avril, lecture est donnée du rapport rédigé par Montanier au retour de la délégation qu'il a conduite à Versailles, et qui a été reçue le 11 par le frère ministre Jules Simon. L'entretien a porté notamment sur les franchises communales, la loi municipale ré­cemment votée par l'Assemblée de Versailles ayant dressé contre elle non seulement la Commune, mais la grande majorité des pari­siens. La délégation n'a rien obtenu. Un frère propose alors « qu'un programme politique, tracé par la Franc-Maçonnerie, soit nommé à l'appréciation des belligérants ». Montanier demande aussitôt si l'Ordre doit, oui ou non, faire de la politique, en faisant « pres­sentir la division des Francs-Maçons si l'on sort de la règle fonda­mentale ». Finalement, sans trancher la question, l'assemblée una­nime décide qu'une nouvelle délégation sera envoyée à Versailles.

Les membres en sont choisis le samedi 22 au matin. L'assem­blée accepte que l'accompagnent deux délégués de la Chambre syndicale du commerce. Le frère May, membre de la Commune et futur membre du Suprême Conseil écossais, propose « de nous rendre en corps, décorés, au-devant de la délégation, à son retour de Versailles pour apprendre la réponse du gouvernement » mais le président Saugé écarte cette première suggestion d'une mani­festation publique, qui sera reprise avec succès quelques jours plus tard.

M. Thiers reçut la délégation immédiatement « avec une poli­tesse froide à laquelle notre impartialité nous commande de ren­dre hommage », écriront les frères dans leur compte-rendu. Sur la demande d'un armistice pour permettre l'évacuation des popu­lations de Neuilly, des Ternes et de Sablonville, Thiers fut inflexi­ble, mais consentit à une suspension d'armes dont le général Ladmirault règlerait la durée. Sur l'épineux problème des fran­chises municipales, il se refusa catégoriquement tout amendement à la loi votée par l'Assemblée. Il reprocha ensuite aux « cent cin­quante mille neutres », c'est-à-dire aux Maçons « de n'avoir pas aidé le gouvernement à comprimer par la force ce qu'il appelle l'insurrection parisienne ». Comment aurions-nous pu, répondirent les frères, prendre les armes contre des citoyens ? Mais « donnez- nous seulement une bonne parole, laissez-nous l'assurance qu'il nous sera permis de nous concilier sur le terrain des franchises municipales, et nous nous efforcerons d'être les instruments de la pacification ». N'ayant pu obtenir cette bonne parole, les délé­gués demandèrent à Thiers s'il était donc résolu à sacrifier Paris. La réponse fut : « Il y aura quelques maisons de trouées, quelques personnes de tuées, mais force restera à la loi. » Il promit seule­ment que tous les combattants qui poseraient les armes auraient la vie sauve.

Cette prise de position rigide allait influencer de façon déci­sive sur le comportement des frères qui s'étaient engagés dans l'ceuvre de la conciliation.

Une assemblée avait été convoquée pour le 24 au siège du Suprême Conseil, 35, rue Jean-Jacques-Rousseau, mais la salle dite de la Redoute apparut bientôt trop exiguë. A l'instigation de May, les frères se transportèrent au théâtre du Châtelet « en ordre, décorés et bannières en tête ». Le frère Hamel présenta le rapport de la délégation. La réponse du chef de l'exécutif annonçant le bombardement de Paris provoqua « un cri unanime de réproba­tion et d'indignation ». Le frère Ranvier, membre de la Commune, déclara : « Ce ne sont plus des supplications qu'il faut employer, mais faire un appel aux armes et marcher résolument sur Ver­sailles pour en finir. » Mais la plupart des frères entendaient rester sur le terrain des moyens maçonniques, demander en tout cas l'avis des Loges de province. Un membre de la délégation, le frère Baumann, proposa « l'intervention de la Franc-Maçonnerie qui se poserait entre les belligérants, tous les frères décorés et bannières déployées ». Finalement, l'on vota une résolution pro­testant contre le refus du gouvernement de Versailles d'accepter les franchises municipales de Paris, et déclarant que, « pour ob­tenir les franchises, [les Francs-Maçons] emploieront, à partir de ce jour, tous les moyens qui sont en leur pouvoir ».

Le texte improvisé paraissait assigner pour objectif à l'action entreprise non plus la cessation d'une lutte fratricide, mais la réforme de la récente loi municipale. C'était évidemment parce qu'à l'audition du rapport de Hamel il était apparu que le texte de cette loi était l'obstacle majeur à la conciliation. La résolution ne s'en écartait pas moins de la règle maçonnique, ce qui amena très vite Montanier, Hamel, Baumann et d'autres à se retirer du mouvement.

Le 26 avril une nouvelle assemblée générale se tint au Châ­telet. Elle était toujours présidée par Saugé, mais l'office d'ora­teur était tenu par Charles Floquet, et les travaux furent ouverts au Rite Ecossais. La séance fut dominée par l'éloquente interven­tion d'un autre membre de ce Rite, le frère Thirifocq, ancien Véné­rable de la Jérusalem écossaise, qui au sein des commissions chargées de préparer la réunion des Règlements de son obédience avait ardemment défendu la cause du Grand Architecte de l'Univers. « Peignant le rôle de Paris dans la civilisation universelle, il sou­tient que l'existence de la Liberté dans le monde dépendra du succès que l'idée libérale obtiendra dans la lutte actuelle. Paris (s'écrie-t-il) est à l'égard du monde ce que le monde maçonnique est à l'égard du monde profane. L'un et l'autre projettent la lu­mière ; supprimez-les, et les ténèbres se feront... Nous avons le moyen d'empêcher un crime pareil : c'est de défendre la Com­mune par tous les moyens possibles. » Et de conclure : « Il faut dire à Versailles qui si dans les quanrante-huit heures on n'a pas pris une résolution tendant à la pacification, on plantera les dra­peaux maçonniques sur les remparts, et que si un seul est troué par un boulet ou par une balle, nous courrons tous aux armes pour venger cette profanation. »

Appelé comme Orateur à se prononcer sur cette proposition, Floquet rappelle que, député de Paris, il a donné sa démission lors du premier bombardement, ne voulant pas continuer à faire partie d'une assemblée « qui fait brûler la ville qu'il représente ». Mais si, à ses yeux, les aspirations de Paris sont légitimes, il se prononce contre le recours aux armes, et il persiste à suivre la voie de la conciliation. Prendre les armes est un acte politique, et il est inutile de faire le jeu des Prussiens.

Entre les attitudes préconisées, en leur âme et conscience, par les deux Ecossais, l'assemblée est déchirée. Le président Saugé demande qu'elle se prononce à propos des bannières à planter sur les remparts, et Floquet propose une résolution ainsi conçue : « L'assemblée des Francs-Maçons réunie au Châtelet, émet le vœu que les Loges veuillent bien porter leurs bannières sur les remparts comme signe de protestation... » Mais le tumulte devient général, et Saugé doit clore les travaux.

Après la clôture, cependant, un frère propose une réunion générale pour le dimanche suivant, dans la cour du Louvre. Il est acclamé, et une délégation se rend aussitôt à l'Hôtel de Ville, bannière en tête, pour faire part de ce projet de manifestation publique. Les membres de la Commune descendent dans la cour pour la recevoir. Jules Vallès remercie les députés, remet son écharpe rouge à Thirifocq ; on l'attache à la bannière, et une délé­gation de la Commune reconduit les frères rue Cadet.

Le 28 se tient une dernière réunion des Vénérables du Grand- Orient. Sur la proposition de Montanier, elle décide à la faible ma­jorité de huit voix contre six de faire placarder dans la nuit, dans la cour du Louvre, des affiches pour contremander la manifesta­tion publique et la sortie des bannières. Le lendemain 29, au ma­tin, le Conseil de l'Ordre désavoue à son tour la manifestation et les assemblées du Châtelet, par une note remise à la presse.

Mais les dés sont jetés. La veille, la Commune a fait porter rue Cadet une décision ainsi conçue :

« TT\ CC\ FF\,

La Commune de Paris a l'honneur de vous faire part que demain samedi, la Commune en Corps ira vous prendre au Louvre pour la réception officielle à l'Hôtel de Ville.

Toutes les dispositions sont prises pour que la réception soit à hauteur de votre mission. »

Aussi bien soixante-seize Loges des départements ont-elles, entre temps, donné leur adhésion au Manifeste.

Le 29 avril donc, dès huit heures du matin, s'assemblent dans la cour du Louvre d'importantes délégations de la plupart des Loges de Paris et de la banlieue, avec leurs bannières. A dix heures et demie, arrivent cinq membres de la Commune désignés par le sort, parmi lesquels Félix Pyat, Jean-Baptiste Clément, l'auteur du Temps des Cerises, et celui de l'internationale, Eugène Pottier. Musique en tête, le cortège se rend à l'Hôtel de Ville. Du haut de l'escalier d'honneur Félix Pyat harangue ses frères, disant :

« Aux hommes de Versailles, vous allez tendre une main désarmée, mais pour un moment — et nous, les mandataires du peuple et les défenseurs de ses droits, nous les élus du vote, nous voulons nous joindre à vous tous, les élus de l'épreuve, dans cet acte fraternel. »

Léo Meillet leur remet « un beau drapeau rouge frangé d'or », le drapeau de la Commune, pour qu'ils le placent « au-devant de leurs bannières et devant les balles homicides de Versailles ». C'est le Vénérable Thirifocq « vieillard à la barbe blanche », qui le prend en main « gage d'union indissoluble entre la Franc- Maçonnerie, non seulement de Paris, mais du monde entier et la Commune ».

Le cortège se met en marche aux accents de la Marseillaise. Il est fort de « cinq ou six mille hommes graves et recueillis », appartenant pour la plupart à l'élite de la population ouvrière. Il se rend d'abord en pélerinage à la Bastille, puis se dirige en bon ordre vers le pont de Neuilly par les boulevards et le Faubourg Saint-Honoré. La foule étonnée l'acclame aux cris de « Vive la Commune », mais surtout de « Vive la République ».

A l'arrivée des délégués en vue des lignes versaillaises, le tir s'arrêta. Au pont de Neuilly, Thirifocq et deux autres frères furent conduits auprès du commandant du secteur, le général Montaudon, qui était lui-même Franc-Maçon. Celui-ci leur déclara qu'il avait pris sur lui d'ordonner un cessez-le-feu, mais qu'il ne

IT. pouvait accorder une bien longue trève sans l'accord du gouver­nement. Les frères Thirifocq et Fabreguette se rendirent alors à Versailles auprès de M. Thiers, tandis que les porte-bannières passaient la nuit auprès de leurs étendards, plantés de cent mè­tres en cent mètres aux portes de Paris.

Le dimanche 30 avril, à six heures du matin, Thirifocq et Fabreguette revenaient de Versailles, n'ayant rien obtenu. Le feu reprit entre les deux camps en fin de journée, et plusieurs des bannières restées sur les remparts furent trouées par les balles.

Le ter mai, dans le Cri du peuple, Jules Vallès publiait sous le titre Les Maçons aux remparts un article où il appréciait en ces termes l'ultime tentative d'une partie des frères parisiens pour mettre fin à l'effusion du sang :

« En sortant de ses ateliers mystiques pour porter sur la place publique son étendard de paix, qui défie la force, en affir­mant en plein soleil les idées dont elle gardait les symboles dans l'ombre depuis des siècles, la Franc-Maçonnerie a réuni au nom de la Fraternité la bourgeoisie laborieuse et le prolétariat héroï­que... Merci à elle. Elle a bien mérité de la République et de la Révolution. »

Le même jour, cependant, le Grand Orateur du Suprême Conseil Malapert protestait — à bon droit — dans une lettre aux journaux que le Rite écossais ne pouvait être engagé par « toutes résolutions arrêtées en dehors de la Grande Loge centrale ».

Le Grand-Orient alla beaucoup plus loin. Dès le 29 mai, au lendemain de la sanglante victoire de Versailles, une circulaire du Conseil de l'Ordre condamnait « absolument les manifestations auxquelles s'est livré ce groupe de Francs-Maçons, ou soi-disant tels, recrutés pour la plupart on ne sait où, et dont la majeure partie, nous sommes heureux de le constater, n'appartenaient pas à l'obédience du Grand-Orient ». (Cette dernière allégation est pour le moins invraisemblable.) Le ter août enfin, le Grand-Maître Babaud­Laribière, que la République avait nommé Préfet de la Charente, écrivait à son tour aux ateliers du Grand-Orient

« La Franc-Maçonnerie est restée parfaitement étrangère à la criminelle sédition qui a épouvanté l'univers, en couvrant Paris de sang et de ruines ; et si quelques hommes indignes du nom de Maçons ont pu tenter de transformer notre bannière pacifique en drapeau de guerre civile, le Grand-Orient les répudie comme ayant manqué à leurs devoirs les plus sacrés... »

Cent ans plus tard, le 24 avril 1971, plus de trois mille Francs- Maçons parisiens du Grand-Orient de France n'en devaient pas moins — le recul de l'histoire aidant — défiler silencieusement devant le Mur des Fédérés, en présence des dignitaires de l'obé­dience. Et le soir, rue Cadet, leur Grand-Maître Jacques Mitterrand honorait dans une cérémonie anniversaire la Commune de Paris, et saluait ses morts.

Source : www.ledifice.net

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La Franc Maçonnerie Ecossaise Du coup d’Etat à l’année terrible

1 Janvier 2013 , Rédigé par PVI Publié dans #histoire de la FM

Le Second Empire a été une période décisive dans l'histoire de la Franc-Maçonnerie française. Dans les dernières années du règne les Loges allaient pour la plupart s'engager, pour longtemps, dans des voies nouvelles. Dans l'esprit de nombreux Frères la défense des libertés — liberté de conscience et libertés politiques —, le culte de la raison et du progrès scientifiques allaient rejeter au second plan la religiosité d'antan, l'attachement aux symboles et aux rites traditionnels. Cette mutation, dont les premiers pro­dromes étaient apparus dès la Restauration, s'accomplit par l'effet de causes multiples, que pour la clarté de l'exposé on analysera tour à tour : politique du pouvoir issu du Coup d'Etat, durcisse­ment de l'attitude de la hiérarchie catholique, progrès dans l'opinion française de la philosophie positiviste.

LA FRANC-MAÇONNERIE ET L'ETAT DE 1851 A 1870

A) L'Empire autoritaire et le Grand Orient.

On se rappelle que sitôt après le Deux Décembre le Grand Orient de France unanime avait offert au prince Lucien Murat, cousin germain de Louis-Napoléon, la Grande Maîtrise vacante

depuis qu'en 1814 il avait hâtivement « démissionné » d'office de cette charge le roi Joseph.

Le Prince Président avait confié l'Intérieur à son fidèle compagnon Victor Fialin, le futur duc de Persigny, qui était Maçon. Dès le 25 mai 1852, dans une circulaire aux Préfets, Fialin s'em­ployait à rassurer les Frères sur les dispositions du pouvoir envers l'Ordre ; il déclarait compter sur son nouveau chef pour ramener à la règle les Loges « égarées », l'autorité publique ne devant intervenir qu'en dernier ressort. Aussitôt Murat lui faisait écho, en rappelant aux Maçons du Grand Orient son devoir « de frapper sévèrement tous ceux qui mettraient en danger par une conduite contraire à nos règlements l'existence de notre Ordre tout entier ». Bref, chaussant les bottes de son oncle, le Prince Président ne demandait qu'à protéger la Maçonnerie, par napo­léonide interposé, pourvu qu'elle se cantonnât dans des activités purement philanthropiques.

Mais on n'était plus en 1804, et Lucien Murat n'était pas Cambacérès.

On a dit quels profonds échos les idéaux humanitaires de la Révolution de février avaient naguère éveillés dans les Loges.

Après le Deux Décembre, nombre de Maçons avaient été proscrits en tant que républicains ; aussi les avances de Persigny furent-elles généralement accueillies avec défiance. Au sein du Grand Orient, le malaise s'aggrava rapidement devant l'autorita­risme et les initiatives souvent discutables du Grand Maître : telles la révocation du chef du secrétariat Hubert, un Frère uni­versellement estimé, ou l'acquisition de l'hôtel de Richelieu, rue Cadet, qui allait pour longtemps obérer les finances. Mais sur­tout Muiat s'était mis en tête de réformer les Constitutions que l'obédience s'était données en 1849. Conformément aux tradi­tions de la Maçonnerie symbolique, celles-ci réunissaient tous les pouvoirs entre les mains du Grand Orient, c'est-à-dire des Vénérables ou Députés des ateliers ; le pouvoir législatif était exercé directement par l'Assemblée générale, l'administration confiée à des chambres créées dans son sein, le pouvoir exécutif délégué au Grand Maître assisté d'un Conseil. Or Murat vint à bout de faire voter par un Convent constituant, en octobre 1854. un article aux termes duquel le Grand Maître devenait « le chef suprême de l'Ordre..., le pouvoir exécutif, administratif et diri­geant ».

Ce devait être une victoire à la Pyrrhus. Déjà de nombreux ateliers, réfractaires à la mainmise du gouvernement sur l'obé­dience, avaient cessé de se réunir ou de cotiser au Grand Orient, et dès avril 1855 le nouveau Conseil du Grand Maître devait en suspendre 74 pour ces motifs. D'autre part, pour accéder au pou­voir suprême, Murat avait dû accepter que le Grand Maître fut désormais élu non plus à vie, mais pour sept ans.

Son septennat devait donc prendre fin le 30 octobre 1861. Le Grand Orient ne comptait plus alors que 175 loges en activité, cent de moins qu'en 1852 ; et l'absolutisme du Grand Maître, son obstination à réduire l'Ordre au rang d'une simple société de secours mutuels, suscitaient une opposition croissante. Un inci­dent étranger à la Franc-Maçonnerie allait mettre le feu aux poudres. Le ter mars 1861, au Sénat, Murat se prononçait ouver­tement en faveur du pouvoir temporel du Pape. C'était son droit ; mais c'était aussi le droit du Grand Orient de se donner un Grand Maître dont les conceptions fussent mieux en harmonie avec celles de ses membres et de l'opinion libérale, généralement acquise à la cause de l'unité italienne : par exemple le prince Jérôme- Napoléon, le populaire Plonplon. Peu avant le convent convoqué pour le 20 mai 1861, le traditionaliste Journal des Initiés du Frère Riche-Gardon préconisait en ces termes la candidature de ce dernier :

« Elire pour Grand Maître le prince Napoléon, qui soutient dans les pouvoirs de l'Etat les principes les plus rapprochés de ceux de notre sainte institution ; ou élire le prince Murat, lequel s'est déclaré itérativement pour un pouvoir qui fait mettre les Francs-Maçons aux galères, partout où son influence peut l'obte­nir : voilà l'alternative. »

Murat n'hésite pas à suspendre aussitôt Riche-Gardon, la loge dont il était le Vénérable, et d'autres Frères coupables de lui préférer un autre candidat. Dès l'ouverture du Convent il apparut qu'il avait fait la quasi-unanimité contre lui, et l'on décida de commencer par élire le futur Grand Maître. Murat suspendit l'Assemblée et fit appel à la police ; les députés passèrent outre, et Jérôme-Napoléon fut élu à une majorité écrasante. Murat osa annuler le vote, et le 23 mai fit reporter l'élection à fin octobre... par arrêté du Préfet de Police ! Le 10 octobre, un nouvel arrêté préfectoral la renvoyait au printemps suivant.

Une délégation alla aussitôt protester auprès de Persigny. Elle fut bien accueillie ; et le 16 une circulaire ministérielle invi­tait les Loges à solliciter du gouvernement leur reconnaissance et une autorisation officielle, les Préfets à les autoriser sans délai et à les protéger, au même titre que les conférences de Saint- Vincent de Paul et d'autres sociétés catholiques.

Murat cependant réussit encore à faire entériner par Persigny la nomination de cinq Grands Conservateurs, chargés par lui d'assurer l'intérim de la Grande Maîtrise après l'expiration de son septennat. Or cette mission revenait statutairement au Conseil du Grand Maître, qui principalement composé de membres élus par le Convent refusa de s'incliner et protesta derechef. Persigny jugea alors à bon droit qu'une telle situation, apparemment issue d'une compétition entre deux princes de la famille impériale, ne pouvait s'éterniser sans scandale. Il y mit fin par une initiative inouïe — mais bien dans la manière de l'Empire autoritaire —, en faisant signer par l'Empereur, le 11 janvier 1862, le décret que voici :

« Article 1 — Le Grand Maître de l'Ordre maçonnique en France, jusqu'ici élu pour trois ans (sic) en vertu des statuts de l'Ordre, est nommé directement par nous pour la même période.

« Article 2. — Son Excellence le maréchal Magnan est nommé Grand Maître du Grand Orient de France. »

Magnan, qui n'était pas Maçon, se vit conférer le jour même les 33 degrés de l'Ecossisme. Deux loges seulement refusèrent de se soumettre à son autorité ; et Riche-Gardon lui-même, tout en publiant une « Manifestation pour réserver les droits sécu­laires de l'initiation maçonnique en présence du décret impérial... », ne voulut voir en celui-ci qu' « une erreur toute de bienveillante sollicitude ». Une fois éliminé l'impopulaire Murat, la mainmise du gouvernement sur un Grand Orient à la vérité amoindri parais­sait donc plus assurée que jamais...

B) Le Rite Ecossais sous l'Empire autoritaire.

D'une telle emprise le Suprême Conseil avait su jusque-là préserver les ateliers de son obédience, en veillant, comme il l'avait toujours fait, à ce qu'ils ne se mêlassent point de politique, et en adoptant quant à lui une attitude réservée, mais courtoise, à l'égard de pouvoir civil : c'est ainsi qu'en 1858, à la suite de l'attentat d'Orsini, il avait adressé au ministre de l'Intérieur 300 F pour l'Asile impérial de Vincennes, et autant pour l'Orphelinat du Prince impérial... Et il ne semble pas qu'en dix ans il eut été amené à prendre d'autres sanctions que la suspension « pour trois lunes », en avril 1855, de la loge écossaise parisienne consti­tuée deux ans plus tôt sous le titre distinctif de Saint Vincent de Paul. Surtout préoccupé de bienfaisance et de questions propre­ment maçonniques — révision du rituel du 18° Degré, réglemen­tation des loges d'adoption — le Rite avait pendant toute cette période étendu — on y reviendra;— ses relations internationales, et poursuivi la croissance régulière amorcée sous le règne de Louis-Philippe : constituant en dix ans seize nouveaux ateliers à Paris, dix-sept en province, trois dans les possessions françaises d'Outre-Mer, et sept en divers pays étrangers. Quand le sage et libéral duc Decazes, Grand Commandeur depuis 1838, s'était éteint en octobre 1860, son Lieutenant l'académicien Viennet, légitimiste et voltairien, lui avait succédé de plein droit, lui-même remplacé par le Frère Guiffrey qui était, selon le Journal des Initiés (3), « le type bien rare du catholique sincèrement libéral », marguillier de sa paroisse et président d'une conférence de Saint-Vincent de Paul... Bref, sous l'Empire autoritaire, l'obédience écossaise avait réussi, en se tenant à distance du pouvoir et de la politique, à vivre en paix et à se développer harmonieusement : c'est ce que Viennet constatait à la fête de la Saint-Jean d'hiver de 1861. Aussi bien le Préfet de Police venait-il de lui confier « que le gouverne­ment avait décidé de laisser aller le Rite Ecossais tant qu'il serait de ce monde, et qu'après cela on aviserait ». Il est vrai que Viennet était alors âgé de quatre-vingt-sept ans... Mais ce solide langue­docien, ancien officier de cavalerie, homme de caractère, n'avait rien perdu de sa combativité ni de son habileté tactique. Il allait lui être donné d'en administrer la preuve, en consolidant défini­tivement l'indépendance du Rite en France.

* * *

On se rappelle que par son décret du 11 janvier 1862 l'Empe­reur se réservait la nomination « du Grand Maître de l'Ordre maçonnique en France », puis nommait le maréchal Magnan Grand Maître « du Grand Orient de France ».

Dès le 1 er février Magnan, s'appuyant sur l'article ter, ordon­nait aux Loges Ecossaises de l'obédience du Suprême Conseil de se réunir à celles du Grand Orient. Viennet répondit aussitôt : « Que l'Empereur explique son décret suivant vos désirs, je me démets à l'instant de mes fonctions... mais tant qu'il restera un Maçon du trente-troisième degré, il deviendra le chef de l'Ordre... En définitive l'autorité publique aura seule le pouvoir d'inter­rompre cette succession. Alors la soumission sera immédiate, car nos statuts nous imposent l'obligation de nous soumettre. »

Les choses en restèrent là pour un temps. Mais au cours d'une audience que Viennet avait sollicitée en sa qualité de directeur de l'Académie française, Napoléon III lui témoigna son désir d'une fusion entre les deux obédiences. Viennet répondit intrépidement que les Constitutions du Rite s'y opposaient, mais que l'Empereur avait le pouvoir d'en prononcer la disso­lution. Sa Majesté « eut la bonté de ne pas agréer ce moyen, en ajoutant qu'elle préférait une fusion. »

Le 30 avril, Magnan adressait par-dessus la tête de l'intrai­table vieillard une circulaire « aux Vénérables et Présidents d'Ateliers de l'ex-Suprême Conseil » (sic), en indiquant que la fusion serait un fait accompli le 8 juin.

Viennet répliqua le 14 mai par une circulaire circonstanciée aux ateliers du Rite, qui fut contresignée par tous les membres du Suprême Conseil. Le 23, Magnan lui communiquait un décret par lequel il prononçait lui-même la dissolution de celui-ci. Le 25, Viennet répondait en ces termes, dont M. Chevallier note à bon droit l'imperatoria brevitas

« Monsieur le Maréchal,

Vous me sommez, pour la troisième fois, de reconnaître votre autorité maçonnique, et cette dernière sommation est accom­pagnée d'un décret qui prétend dissoudre le Suprême Conseil du Rite Ecoss.. Anc,.. et Acc... Je vous déclare que je ne me rendrai pas à votre appel et que je regarde votre arrêté comme non avenu [...]. L'Empereur seul a le pouvoir de disposer de nous. Si Sa Majesté croit devoir nous dissoudre, je me soumettrai sans protestation ; mais comme aucune loi ne nous oblige d'être Maç.. malgré nous, je me permettrai de me soustraire, pour mon compte, à votre domination. »

Dès le lendemain la Grande Loge Centrale du Rite approuvait son attitude et celle du Suprême Conseil. Le Grand Orateur Genevay avait « ajouté quelques chaleureuses paroles en faveur de la Liberté de conscience menacée par les prétentions du maréchal Magnan ». « Cette discussion, observait-il, va plus loin que la Franc-Maçonnerie ! » Et de noter que le Temps, la Presse,. le Siècle, l'Opinion nationale et la Gazette de France avaient mani­festé leur sympathie au Suprême Conseil.

Au sein même du Grand Orient plusieurs trouvaient que le maréchal avait été trop loin, et l'on parla de démission. Au cours de la réunion tenue le 3 juin par le Conseil du Grand Maître, Magnan refusa pourtant de se retirer ; mais il reconnaît l'échec de ses tentatives pour annexer les loges de l'obédience du Suprême Conseil, et aussi celles du Rite de Misraïm, qui lui avait répondu à peu près dans les mêmes termes que Viennet.

C) La libéralisation de l'Empire

Bien meilleur diplomate que Murat, Magnan dès son instal­lation avait su se faire pardonner l'irrégularité de sa désignation en annulant toutes les sanctions prononcées par son prédéces­seur, en protestant de sa volonté d'être « un Grand Maître très constitutionnel..., bienveillant, affectueux pour tous, et, en un mot, un véritable Maçon ». Il devait tenir sa promesse de faire rentrer les Frères du Grand Orient « dans tous leurs droits ».

Dès juin 1862 l' « Assemblée législative » révisait les Consti­tutions autoritaires de 1854 en confiant les pouvoirs d'administration et de contrôle à un Conseil de l'Ordre de 33 membres, tous élus. Magnan avait déclaré que ce serait faire de lui « un Grand Maître fainéant », mais qu'il se soumettrait à la décision de la majorité.

L'année suivant Magnan, autorisé par le Conseil de l'Ordre, demandait la reconnaissance du Grand Orient comme association d'utilité publique. En lui conférant la personnalité civile, cette reconnaissance eût permis à l'obédience de contracter un emprunt qui eût assaini sa situation financière, obérée par l'achat de l'hôtel de la rue Cadet. Le gouvernement ne demandait qu'à l'accorder, jouant ainsi un bon tour à plusieurs oeuvres catho­liques. Mais au dernier moment la demande fut retirée par Magnan à la suite d'un vote hostile du Convent, peu soucieux de sou­mettre l'Ordre à la tutelle légale du gouvernement.

En 1864 enfin le maréchal obtint de l'Empereur qu'il rendît à l'Assemblée du Grand Orient son droit séculaire d'élire le Grand Maître. Le Convent, reconnaissant, le confirme aussitôt dans son office à l'unanimité moins trois voix.

De ce jour le pouvoir impérial, — dont la politique générale prenait alors une orientation plus libérale — cessa pratiquement de s'immiscer dans la vie des loges et des obédiences. C'est d'ailleurs qu'allaient venir les orages.

Source : www.ledifice.net

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"Les Origines de l'implantation du REAA en France"

30 Décembre 2012 , Rédigé par Christian Gras Publié dans #histoire de la FM

Les historiens sont toujours un peu mal à l’aise dans ce genre de réunions, parce qu’on les invite à des commémorations, on les invite à exalter les mythes fondateurs mais le rôle des historiens, c’est du moins comme cela que je l’entends est plutôt d’égratigner les mythes fondateurs. Alors si au passage, j’égratigne, ne m’en veuillez pas, c’est en quelque sorte une partie de mon métier. Ce texte dont nous fêtons le bicentenaire, c’est le texte du concordat, c’est un texte très administratif, ennuyeux à lire. Mais c’est un texte décisif dans la mesure où il va marquer sinon l’introduction du R\E\A\A\en France, ce qui a déjà été évoqué, du moins son implantation quasi définitive mais surtout sa reconnaissance par le Grand Orient de France. Grosso modo c’est un texte qui préfigure l’organisation que nous connaissons c’est à dire les 3 premiers degrés régis par le Grand Orient de France, les autres, jusqu’au 33ème, étant régis par les organismes écossais. L’organisation de tout ceci a été laborieuse, l’enfantement a été véritablement douloureux, laborieux, et si’il n’y avait pas eu les travaux d’André Doré d’une part, et de Pierre Mollier d’autre part, j’aurais été incapable de comprendre l’ensemble de l’opération. A Vrai dire, je crois avoir mis de l’ordre dans la chose, je ne suis pas sûr d’être tout à fait dans la vérité, mais voilà la vérité telle que je crois quelle s’est passée.

Il y a deux étapes dans toute cette affaire. La première est la crise des années 1802 – 1804 et la deuxième est la réconciliation forcée de l’année 1804. Alors commençons par le bouillonnement des années 1802 – 1804. Vous savez tous que la maçonnerie d’ancien régime était une franc maçonnerie nombreuse, très influente, si influente qu’une partie des royalistes, notamment les royalistes émigrés ont soutenu la thèse du complot maçonnique. L’abbé Barruel en tête, est un des grands auteurs qui a écrit sur la question. Pour ces gens là, c’est le complot des francs maçons, le complot maçonnique qui a organisé et déclenché la révolution française. Les historiens ont balayé depuis longtemps ces plaisanteries et d’ailleurs, la tourmente révolutionnaire a quasiment balayé la franc maçonnerie, notre frère nous a expliqué quels ont été les malheurs des écossais de Marseille : des exécutions, des noyades pendant des fuites, des disparitions, etc… donc on voit bien que ces gens là n’avaient pas organisé la révolution, bien au contraire, puisque leur milieu social d’origine est loin d’être jacobin ou sans culotte. Le résultat, c’est qu’en 1796 en France, il n’y a plus que 18 loges au total qui se réunissent à peu près régulièrement et encore, je dis bien à peu près. C’est seulement en fin de siècle quand la politique s’est apaisée, quand on est passé de la révolution à la civilisation puis à quelque chose qui ressemble fort à une contre révolution, c’est seulement en fin de siècle que la franc maçonnerie française se réorganise. D’abord la Grand Loge de Clermont s’est réunifié avec le Grand Orient de France, ensuite pour les hauts grades, chaque loge de quelque importance s’est dotée d’un chapitre qui lui est intimement lié, puisque les membres de la loge et les seuls membres de la loge peuvent être membres du chapitre. Finalement le chapitre, c’est l’atelier supérieur de la loge. On passe de l’un à l’autre de façon régulière, sinon à l’ancienneté au moins à la notoriété et par la cooptation. A Paris existe un Chapitre Général de France qui regroupe, rassemble, essaie de coordonner l’action des différents chapitres.

En 1802, dans cette atmosphère qui semble apaisée ou en cours d’apaisement, le frère Abraham d’une loge parisienne « les Elèves de Minerve », publie un texte qui est une sorte de brûlot très véhément qui commence par les mots : »Israël, Israël, revient au Seigneur ». On l’a compris, dans la pensée d’Abraham, Israël est la franc maçonnerie et le Seigneur, c’est l’écossisme. Alors que dit Abraham ? D’abord il affirme bien haut et bien fort sa fidélité au Grand Orient de France. Il dit tout de même que le Grand Orient de France veut liquider le rite écossais entre guillemets (il faut employer beaucoup de guillemets dans cette affaire). Il veut liquider le rite écossais au moment même où ce rite écossais est en train de renaître grâce à des frères, grâce à un certain nombre de loges qui, dit-il, ont cru étendre leurs lumières sans remonter à la source des connaissances maçonniques, les ont trouvées dans l’écossisme. Qu’est ce que cet écossisme ? Qu’entend il par écossisme ? C’est extrêmement difficile à dire .Il y a une grande confusion au niveau des mots, au niveau des concepts. Evidemment, quand les mots et les concepts sont confus, le résultat est d’une confusion totale. De quoi peut on être surs ? Avant tout, quand ces gens là parlent d’écossisme, il s’agit bien, au départ, des hauts grades, ce sont les hauts grades qui sont concernés. Avec une totale sincérité, ils ont une double conviction profonde.

La première, c’est que la source originelle de la franc maçonnerie vient d’Ecosse. Tout vient d’Ecosse. La deuxième, c’est que par conséquent, il ne faut pas s’éloigner de l’Ecosse, il faut sans cesse revenir à l’Ecosse, à l’écossais, à l’écossisme. Par conséquent, revenons sans cesse au système écossais, au système de la Mère Loge Ecossaise de Marseille dont on vient de parler, autour de 1760 les trois grades bleus, plus quatre grades supérieurs (Maître Parfait, l’Elu, l’Ecossais, le Chevalier d’Orient). Pour la majorité de ces amateurs d’Ecosse, l’essentiel est d’avoir un grade, de porter un titre où figure le mot écossais, Sans trop se préoccuper du contenu. Pierre Mollier dit de façon très plaisante : « tout le monde veut être écossais de ceci ou de cela », ce qui est une formule tout à fait amusante mais très caractéristique. Il a relevé qu’au gré des lieux, au gré des endroits, des loges, il y a au moins 22 loges qui portent dans leur titulature le nom écossais. Il en cite un certain nombre : Petit Ecossais, Ecossais des Trois Points, Ecossais de Clermont, Ecossais Trinitaire, Sublime Ecossais, Grand Ecossais, (il n’y a pas de Moyen Ecossais…) Enfin il y a 22 grades d’écossais dans la nature. Le Grand Orient, sans doute un peu décontenancé par cette attaque d’Abraham, va répondre qu’il a le plus grand respect pour l’écossisme, qu’il est tout à fait prêt à faire les adaptations nécessaires pour que tout le monde se sente bien dans son sein, qu’il est prêt à discuter mais que tout de même, il faut bien mettre un peu d’ordre dans ce qu’il appelle le désordre, le chaos écossais. Rien n’y fait. Ceux que j’appellerai par commodité les écossais d’Abraham pour les distinguer du deuxième groupe qui interviendra ensuite, organisent en août 1802 une assemblée générale dont le prétexte est la remise en activité de la loge Saint Alexandre d’Ecosse. Assemblé Générale, c’est beaucoup dire. Ils ne sont pas plus de 5 ou 6, ils n’arrivent même pas à ouvrir les travaux, ce qui est très gênant et donne une idée de la faiblesse numérique de départ. Très laborieusement, ils vont arriver à entraîner autour d’eux la loge Parisienne du frère Abraham, « les Elèves de Minerve », puis une loge de Douai qui depuis longtemps, avait des contacts fréquents avec « les Elèves de Minerve », qui s’appelle « la Parfaite Union », deux loges parisienne dont notamment « la Réunion des Etrangers ». Ceci n’est pas négligeable car cette loge a une certaine notoriété dans le milieu maçonnique parisien.

Comme la querelle ne s’apaise pas, au contraire, le Grand Orient décide de prendre des sanctions. En réalité, il se rend compte que derrière cet amour immodéré de l’Ecosse, apparaît une menace. Il craint que les amis d’Abraham ne veuillent battre en brèche son autorité sur les hauts grades. Par conséquent il annonce qu’il va déclarer irrégulières les loges qui trempent dans cette affaire. Il frappe d’abord celles qui est le plus en vue : La Réunion des Etrangers et passe ensuite aux Enfants de Minerve. Rien n’y faisant, le Grand Orient va utiliser ce qu’il a toujours considéré comme son arme suprême : le maîtrise des locaux. Quand vous interdisez à quelqu’un de venir dans votre local, vous l’obligez à s’installer ailleurs avec tous les frais et les complications que ceci entraîne. Bref, c’est la bombe atomique du Grand Orient. Les écossais rebelles en sont réduits, pour leurs réunions, à louer la cave d’un restaurant qui se trouve à Paris rue Poissonnière. A ce niveau de la querelle, vous imaginez la disproportion des forces, d’un coté, ceux que j’appellerai plaisamment les écossais de la cave à vin, et de l’autre la grande puissance renaissante qui est le Grand Orient de France. Apparemment, l’issue ne fait aucun doute. A ce moment là deux évènements de sens contraire vont intervenir, qui vont d’abord envenimer puis clore définitivement la querelle. D’une part, il y a l’irruption de ceux que j’appellerai les américains, je m’expliquerai là dessus, qu’il faudrait en fait appeler les anciens d’Amérique, qui viennent renforcer puis supplanter les premiers rebelles. D’autre part, l’intervention de l’autorité impériale qui impose à tout le monde une réconciliation rapide. C’est donc l’année 1804 et l’irruption des américains. Alors, avec les américains ressurgit une querelle qui est celle des anciens et des modernes qui n’est pas dans mon propos. Manifestement elle est la derrière, sous jacente, elle a sérieusement agité le milieu maçonnique français au XVIIIème mais surtout elle a agité énormément les milieux maçonniques anglais et américains. Quand on parle des américains, il ne s’agit évidemment pas d’une sorte d’impérialisme maçonnique des 13 états d’Amérique. Il s’agit en réalité des suites de l’indépendance en 1803 de l’île de Saint Domingue, actuellement Haïti et la République Dominicaine. Saint Domingue était une colonie française et la vie maçonnique y était tout à fait importante, tout à fait intense. Les planteurs et les aristocrates blancs de l’île durent fuir devant la révolte noire. Une partie d’entre eux sont passés soit en Pennsylvanie, soit en Caroline du Sud. Pourquoi si près ? parce qu’ils sont persuadés que les choses vont se tasser et qu’ils pourront retourner dans l’île. Par conséquent, ils ne s’éloignent pas trop dans l’espoir de venir récupérer un jour leurs terres, leurs biens, leurs esclaves. En 1804……

…..Les américains, c’est en quelque sorte les anciens maçons de Saint Domingue. Ils sont relativement nombreux, et comme ils se concentrent à Paris, ils vont pouvoir créer deux loges : La Triple Unité et le Phénix. Le mot de Phénix est très caractéristique. C’est quelque part, un jour, le Saint Domingue de papa renaîtra. Ces américains ont une très grande expérience maçonnique à la fois dans le temps et dans l’espace. Certains d’entre eux ont déjà été initiés en France, avant la révolution. Le plus flamboyant dont on parlera sans cesse est Grasse Tilly. Il a été initié en 1783 alors qu’il avait 19 ans. Ils ont donc le souvenir de la tradition de la vieille maçonnerie de l’ancien régime. A Saint Domingue même, ils ont pratiqué dans les grades bleus, le rite des anciens ou ancien et accepté, directement importé des Etats d’Amérique. Dans les hauts grades, ils ont pratiqué à Saint Domingue le Rite de Perfection avec une vingtaine de grades (ou de degrés). Arrivés aux Etats-Unis d’Amérique, ils ont retrouvé les grades auxquels ils étaient déjà habitués, dans les loges, ils ont retrouvés des gens qui étaient du même groupe social qu’eux, il s’agit bien d’aristocrates, planteurs, propriétaires d’esclaves. La seule différence qui est évidemment importante c’est que eux sont ruinés alors que ceux qui sont aux Etats Unis ont conservé tous leurs biens. C’est la même catégorie sociale, la même forme de penser. Ils n’ont donc aucune peine à s’insérer dans la vie maçonnique américaine et même à y briller. Grasse Tilly, toujours lui, va devenir Grand Maître des Cérémonies de la Grande Loge des Anciens de Caroline du Sud laquelle pratique une maçonnerie à 33 degrés.

De retour en France, ces gens là sont accueilli avec une certaine circonspection par le Grand Orient tout de même un peu étonné par leur rite inconnu, un peu irrité par leurs titres véritablement ronflants et qui estime qu’après tout, il n’a pas de leçon d’écossisme à recevoir de qui que ce soit. C’est là qu’il faut faire intervenir la personnalité de Grasse Tilly. Vous savez que les historiens considèrent en général que le rôle des grands hommes dans l’histoire, tout ceci a été balayé par l’école marxiste il y a bien longtemps, pour les grands mouvements de fond de l’histoire, la personnalité ne joue pas beaucoup. Mais là, il ne s’agit pas d’un grand mouvement de fond mais d’un milieu extrêmement fermé, extrêmement étroit et la personnalité de Grasse Tilly va jouer. Mollier considère qu’il y a une cinquantaine de maçons impliqués dans cette querelle qui fait un bruit énorme et qui ne concerne qu’une cinquantaine de personnes. Cinquante personnes, une personnalité importante, vous voyez donc que Grasse Tilly peut jouer un rôle important. C’est incontestablement le plus flamboyant des américains, ce n’est pas le seul, il serait injuste de l’oublier. Un autre frère qui s’appelait Germain Hacquet, lui aussi revenu de Saint Domingue a eu lui aussi un rôle relativement important dans le sens de la modération et de l’organisation. Grasse Tilly, de grande famille provençale, était le fils de l’Amiral de Grasse, héros de la guerre d’indépendance d’Amérique, à l’égal de Lafayette. A l’époque, l’amiral de Grasse est aussi connu, aussi célèbre et aussi adulé quasiment que Lafayette, c’est un très grand nom de France et il a un formidable réseau de relations qui va lui rendre d’immenses services.

Grasse Tilly est lui un désargenté perpétuel. Pour différentes raisons qui n’ont rien à voir avec ses qualités, il a évidemment perdu dans la guerre d’indépendance de Saint Domingue ses plantations qui lui venaient de son père, comble de malchance, il est arrivé à rassembler tous ses biens (mobiliers, etc, etc…) il les a embarqué, mais un corsaire anglais a attaqué et coulé le bateau. Grasse Tilly est donc complètement ruiné. On dit tout le temps qu’il agit dans le monde maçonnique sous la pression de la nécessité. Une formule élégante pour dire qu’il a de grands besoins d’argent et que la maçonnerie lui rend pas mal de services dans le domaine financier.

Ce qui est tout a fait caractéristique, c’est que chaque fois qu’il s’attribue une charge, il se nomme (lui même en général) ad vitam. Il va pouvoir continuer à bénéficier jusqu’à la fin des avantages de sa charge Il fait mieux, lorsqu’il va lancer son rite, il va émettre des actions, 80 actions de 100 livres, ce qui fait 8 000 livres ce qui représente une somme considérable pour l’époque. Il émet des actions, il les fait souscrire à ses amis, leur promet un intérêt de 5%, et pour le remboursement, le texte porte : « dès que possible », ce qui n’engage à rien. Je ne sais pas s’il a remboursé, je suis un peu sceptique. Vous voyez le personnage avait des problèmes financiers graves. Quoi qu’il en soit, c’est ce Grasse Tilly qui va souder l’alliance entre les écossais d’Abraham dont on vient de parler et les anciens d’Amérique qu’il va représenter. Il rassemble quelques mécontents des organisations maçonniques. Au total, il va regrouper et rassembler un nombre important de loges. Les deux ou trois écossaises du départ, les deux loges américaines, Saint Alexandre d’Ecosse, Saint Jean d’Ecosse, La Parfaite Union, etc… et pour clore la liste, La Saint Napoléon, il faut insister sur les Saints Napoléon, la flagornerie maçonnique de l’époque napoléonienne dépasse tout ce qu’on peut imaginer. Il y a même une loge qui fait partie de l’affaire, c’est la Saint Joséphine. Il s’agit bien de Joséphine de Beauharnais. Lorsqu’on connaît la vie, les mœurs, les habitudes de Joséphine de Beauharnais, ça paraît tout à fait extraordinaire.

Dans une première étape, Grasse Tilly affirme qu’il est Grand Commandeur Ad Vitam d’un Suprême Conseil des Iles du Vent et Sous le Vent qui pratiquerait le R\E\A\A\ à 33 degrés, cette organisation étant sortie de son imagination très fertile. La dessus, il fait mine de ne s’intéresser qu’aux hauts grades et lui même se met à conférer des hauts grades par communication et à tour de bras. Il est en France début juillet, fin juillet il a déjà fait dix sept 33ème. La promotion est rapide, laisse rêveur. Un de ses amis est fait 18ème fin septembre 1804, est fait 32ème début octobre et 33ème fin octobre. Il a besoin de troupes dans ces hauts grades et fabrique donc des 33èmes. Trois mois après son retour en France, le voilà en mesure de fonder une organisation écossaise qu’il appelle la Grande Loge Générale Ecossaise. Il laisse murmurer dans Paris que c’est le frère du 1er Consul, Louis Napoléon Bonaparte qui va devenir Grand Maître et lui se nomme naturellement représentant du Grand Maître évidemment Ad Vitam. Comme il a des relations, il va embarquer dans son affaire, (j’emploie à son égard des termes parfois trop critique, mais je n’ai pas d’autre terme sur la langue) des personnalités éclatantes ; Il a quatre maréchaux d’empire, (Kellermann, Masséna, Lefèvre, Serrurier) il a le Grand Chancelier de l’Ordre de la Légion d’Honneur, des membres du conseil d’état… On se demande comment il est arrivé à faire tout ça en deux mois. Il est arrivé à mettre sur pied une organisation qui menace incontestablement l’autorité du grand Orient sur les hauts grades. Le problème de Grasse Tilly, c’est ce qui lui vaudra ses déboires, c’est qu’il est complètement à contre courant du mouvement politique général. On est en 1804, Napoléon remet de l’ordre dans tout le pays, il sort le Code Civil, il organise le contrôle politique strict et même policier de la nation, il se fait sacrer empereur le 2 décembre, j’insiste sur cette date du 2 décembre, vous verrez ce qui s’ensuit. Napoléon ne s’intéresse pas du tout aux querelles maçonniques, la seule chose qui est, les militaires dans la salle m’excuseront, c’est que c’est un militaire et il n’a envie de voir qu’une seule tête , qu’un seul responsable . Un dirigeant, une organisation, dans le fond, il veut contrôler la maçonnerie, parce que la Maçonnerie est un des pilotis de sa domination sur la France et sur l’Europe. Dans ces conditions là, quand le maréchal Kellermann se rend auprès de l’archichancelier de l’empire Cambacérès et lui présente Grasse Tilly, il lui demande de bien vouloir désigner un Grand Maître pour la nouvelle puissance maçonnique, Cambacérès lui répond que l’empereur désire que les deux puissances maçonniques se rapprochent. Les désirs de Napoléon étant des ordres, il n’y a plus qu’à s’exécuter. Ce qui veut dire que l’équipée de Grasse Tilly s’achève en 3 ou 4 jours, le 2 décembre l’empereur est sacré, le 3 décembre, les représentants de l’organisation de Grasse Tilly et ceux du Grand Orient se réunissent à l’hôtel de Kellermann, ils décident de la réunification. Le 5 décembre, ils désignent des membres de leurs instances dirigeantes pour travailler au texte de réunification. Elles se réunissent séparément et approuvent un texte. Il y a des va et vient. C’est le fameux texte du concordat dont nous fêtons le bicentenaire. Avant de sortir le texte, l’avis de l’empereur a été demandé qui a dit allez voir Cambacérès. Cambacérès est d’accord, le dit à l’empereur, tout le monde étant d’accord, il n’y a plus qu’à officialiser le texte. Dans une certaine mesure, les écossais d’Abraham, les anciens d’Amérique, les gens de Grasse Tilly ont été à Canossa : Ils ont été obligés d’aller signer la réconciliation, le texte du concordat dans les locaux du Grand Orient. Quand on se déplace, on est en position de faiblesse. On y a cependant mis les formes : reçus par les 9 lumières sous la voûte d’acier, maillets battants. On se jure mutuellement : « réunion absolue franche et éternelle dans l’enthousiasme de la joie et de la confiance ». Belle rhétorique maçonnique ! Ils n’ont tout de même pas tout perdu pour la raison suivante : au Grand Orient, on maintient un Grand Chapitre Général au 32ème. Mais ce Chapitre Général est coiffé par un Suprême Conseil au 33ème dont le rôle est de s’occuper des plus hautes connaissances mystiques et d’en régler les travaux. Vous savez qu’on a retrouvé aux Etats Unis récemment et que Mollier a publié dans « Renaissance traditionnelle » le livre d’architecture de ce Suprême Conseil ?

Quant à Grasse Tilly, il devient Grand Commandeur de ce Suprême Conseil avec cette petite différence qu’il n’est plus ad vitam . Il est à terme et au bout de deux ans, il est débarqué. Pour conclure, je dirai que dans une certaine mesure, si je peux me permettre un horrible anachronisme, cette négociation, ce texte de 1804 est en quelque sorte un compromis historique entre le R\E\A\A\ et le Grand Orient de France. Dorénavant, le Grand Orient déclare qu’il ouvrira sa porte et professera tous les rites. Naturellement, il y aura des difficultés d’application. Il y aura des retours en arrière, ruptures suivies de réconciliations suivies de nouvelles ruptures. En tous les cas, on a jeté les bases de l’organisation actuelle : les trois premiers degrés au Grand Orient, les autres aux organismes écossais. J’ajouterai pour finir que cette stabilisation du système permettra l’expansion internationale du R\E\A\A\où Grasse Tilly continue à s’agiter et à agir. En Italie, il y aura un Suprême Conseil du Royaume d’Italie dont la capitale est Milan qui sera dirigé par le prince Eugène Napoléon ; il y aura un Suprême Conseil du Royaume de Naples dirigé par le roi Joachim Napoléon, qui en réalité est Murat, adopté par la famille Bonaparte ; en Espagne, le Suprême Conseil sera dirigé par le roi Joseph Napoléon. L’expansion continue donc dans l’empire Napoléonien. Cette organisation va ensuite continuer à se développer dans les zones d’influence française en Méditerranée aux XIXème et XXème siècles. Voilà ce que j’avais à vous dire sur les origines de notre concordat de 1804.

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Grasse-Tilly

30 Décembre 2012 , Rédigé par Y. H.M. Publié dans #histoire de la FM

Alexandre de {Versailles, 1 765-Paris, 1845) Alexandre François Auguste, comte de Grasse, marquis de Tilly, fils de François Joseph Paul, comte de Grasse, lieutenant général des armées navales, et d'Antoinette Rosalie Accaron, né le 14 février 1765, est initié le 8 janvier 1783, dans la loge Saint-Lazare devenue Le Contra! Social. Il figure au tableau de la loge jusqu'en 1787. Il est à ce moment lieutenant, puis capitaine au régiment d'infanterie du roi. Fin 1789, Grasse-Tilly débarque à Saint-Domingue pour recueillir la succession de son père, décédé en janvier 1788, à savoir une importante plantation.

Le 17 septembre 1792, il épouse Anne Sophie Delahogue, fille d'un notaire alors maître dans l'atelier La Verité, sis au Cap Français. La révolte des Noirs le conduit à quitter l'île le 28 juillet 179:S pour Charleston, non sans avoir perdu ses biens, le brick Le Thomas qui le transporte ayant été pillé.

Dans cette ville, il fait partie des fondateurs de La Candeur (juillet 1796), intégrée en 1798 au sein de la Grande Loge des Maçons Francs et Acceptés de Caroline du Sud sous le nU 12. Sur son tableau du 27 décembre 1798, Crasse-Tilly figure comme vénérable  et « Grand Commandeur du Temple et Prince Maçon ". L'année suivante, en août, il démissionne de La Candeur pour rejoindre l'autre Grande Loge rivale, Ancien York Masons, et fonder La Réunion Française (août 1800). Ce changement d'obédience n'est pas sans rapport avec la « création » du Suprême Conseil de Charleston en mai 1801.

Citoyen américain le 17 juin 1799, mais sans ressources, Crasse-Tilly reprend du service dans l'armée française, à Saint Domingue. Dans l'île il reste au Cap Français jusqu'à la reddition du fort du Picolet qu'il commandait, le 29 novembre 1803. D'après le registre Bideau, il est porté sur « le tableau des membres du Suprême Conseil au 33° établis aux Isles françaises de l'Amérique » le 21 février 1802. Si l'orthographe d'« établis » est exacte, il faut comprendre qu'il s'agit de l'établissement des Grands Inspecteurs Généraux du Suprême Conseil aux Isles et non le Suprême Conseil des Isles des Grands Inspecteurs Généraux.

Prisonnier des Britanniques, il est libéré comme Américain au début de 1804. Il regagne Charleston, puis rentre en France, une décision du 10 juin 1804 le mettant à la disposition du ministre de la Guerre. Il débarque à Bordeaux  le 4 juillet et arrive à Paris à la fin du mois. Il devient vénérable de la loge écossaise parisienne Saint-Napoléon, établit le 22 septembre 1804 le Suprême Conseil, sis à Paris, retrouve son ancienne loge mère réveillée sous le nom de Saint-Alexandre d'Écosse et, à partir d'elle? constitue le 22 octobre 1804 la Grande Loge Générale Écossaise sous l'autorité de Kellermann  et Masséna, et du ministre des Relations extérieures de la République italienne, Mareschalchi, la Grande Maîtrise ad vitam ayant été offerte au prince Louis Bonaparte.

A partir du 1() novembre, la nouvelle obédience commence à délivrer des constitutions et à se poser en rivale du Grand Orient , mais le nouveau régime désigne Cambacérès comme Grand Maître de la Grande Loge Générale Écossaise. Le 10 juin 1806, on oblige donc Grasse-Tilly, alors à Strasbourg, à abandonner sa charge de Souverain Grand Commandeur et, le 1 er juillet 1806, Cambacérès lui Succède. Il est installé le 13 août suivant alors que Grasse-Tilly est en campagne depuis 1804-1805 comme aide de camp du frère Eugène de Beauharnais, vice-roi d'ltalie. Le 5 mars 1805, il constitue le Suprême Conseil d'ltalie, sis à Milan, dont il devient Grand Commandeur, avant de céder le 11 juin cette charge au prince Eugène. En 1806, Grasse-Tilly est muté en Espagne, comme aide de camp de Kellermann ou d'Augereau. Durant l'été de 1809, le Suprême Conseil d'Amérique se reconstitue sous l'autorité de son beaupère, Delahogue. Il est toujours Grand Commandeur ad vitam de l'institution qui passe un accord, flou, avec le Grand Orient. Le 4 juillet 1811? Grasse-Tilly complète la hiérarchie écossaise dans la péninsule Ibérique en créant un Suprême Conseil des Espagnes et des Indes dont il sera Grand Commandeur jusqu'en 1812, date à laquelle il est fait prisonnier par les Britanniques. La chute de l'Empire provoque un sommeil de facto du Suprême Conseil de France.

Le Grand Orient croit alors pouvoir s'approprier la totalité de l'écossisme, d'autant que la majorité des membres de l'ex-Suprême Conseil l'a rejoint. Le 16 août 1814, il charge sept de ses membres de définir les moyens de centraliser tous les rites, mais une fraction du Suprême Conseil, autour du comte Muraire, refuse l'absorption. Le 13 novembre 1814, malgré tout, le Grand Orient proclame la centralisation des rites. Le 96 août 1815, une circulaire signée par cinq dignitaires écossais, dont Jean-Baptiste Pyron, fait connaître la protestation de Muraire mais,
le 12 septembre 1815, le Grand Orient forme « en son sein le Grand Consistoire des Rites », inauguré officiellement le 22 novembre. Sa deuxième section est la seule habilitée à conférer le 33° du Rite Écossais Ancien et Accepté.

Mais c'est sans compter avec Crasse-Tilly qui, libéré après le premier traité de Paris, occupe ses semaines en vaines démarches et sollicitations auprès du ministre de la Guerre. Après avoir suivi Louis XVIII à Gand lors des Cent-Jours, il retourne en France après Waterloo. Mis en demi solde le 1er janvier 1816 par le licenciement de la garde de la porte du roi il est pensionné jusqu'au 30 septembre 1824. Utilisant le fait qu'il est toujours Grand Commandeur du Suprême Conseil des îles françaises d'Amérique, il déclare cette obédience apte à gérer provisoirement le Rite Écossais Ancien et Accepté en France et, le 21 novembre 1814, constitue un Grand Orient Écossais pour administrer loges et ateliers supérieurs.

Très rapidement, des rivalités entraînent la formation de deux conseils: le Suprême Conseil dit de Pompéi (galerie, 36, rue Neuve-des-Petits-Champs}, resté fidèle à Grasse-Tilly, et le Suprême Conseil dit de Prado {30, place du Palais-de-Justice, dans l'île de la Cité}. Au Conseil dit de Pompéi, la réorganisation de l'obédience est menée par le Lieutenant Grand Commandeur, le général comte César de Fernig et, le 3 septembre 1818, cette obédience décide de supprimer les charges ad vitam, ce qui permet de destituer Grasse-Tilly  de sa charge de Grand Commandeur du Suprême Conseil. Il est remplacé, le 15 septembre 1818, par le comte Decazes .

Après de nombreuses tractations, Pompéi et Prado se réconcilient au printemps 1821, la réunion officielle ayant lieu le 7 mai. Le Suprême Conseil de France est ainsi recréé {ou créé). Une Grande Commanderie, pour gérer les loges bleues est formée le 6 juin 1821 et devient, le 12 juillet 1822, la Grande Loge Centrale. Pour présider la nouvelle obédience réunifiée, Decazes est remplacé par Cyrus de Timbrune-Thiembronne, comte de Valence, et Grasse-Tilly ne fait plus partie du Suprême Conseil. Il prend une retraite civile et maçonnique, et rédige une Notice sur l'amiral-comte François Joseph Paul de Grasse, son père. II meurt en l'hôtel des Invalides, le 10 juin 1845.

Source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/Maconnieke%20Encyclopedie/Franc-M/fra-g-06.htm

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