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Franc-maçonnerie et Révolution française : vers une nouvelle orientation historiographique

27 Décembre 2012 , Rédigé par Eric Saunier Publié dans #histoire de la FM

« Dans cette révolution française, tout, jusqu’à ses forfaits les plus épouvantables, tout a été prévu, médité, combiné, résolu, statué ; tout a été l’effet de la plus profonde scélératesse, puisque tout a été amené par des hommes qui avoient seuls le fil des conspirations longtemps ourdies dans les sociétés secrètes, & qui ont su choisir & hâter les moments propices aux complots »1. L’affirmation du jésuite Barruel, le « père » de la thèse transformant la Révolution française en complot maçonnique, résume brièvement une théorie qui constitue à la fois l’un des pans les plus importants de l’historiographie blanche, l’un des fondements les plus durables sur lequel s’appuie l’antimaçonnisme et, nolens volens, l’un des aiguillons de la relation entretenue entre l’histoire révolutionnaire et « l’objet maçonnique ». Plus que les supports de la thèse elle-même, c’est la durée de celle-ci qui surprend. Passé en partie au rang d’objet historiographique après la Seconde Guerre mondiale, un barruélisme presque intact resurgit même ici ou là… et pas toujours du côté où l’on l’attend. En septembre 1988, on peut ainsi lire dans Humanisme, la revue d’extériorisation du Grand Orient de France, que « l’abbé Grégoire, avec Condorcet, Sieyès, Pétion et Marat, participa aux travaux de la loge Le Comité secret des Amis Réunis »2. Le fait qu’une précision concernant une structure parfaitement fantasmatique soit apportée par une note de la rédaction rend la chose assez piquante et témoigne de la difficulté à « faire le deuil ».

On comprend pourtant que les célèbres Mémoires pour servir à l’histoire du jacobinisme aient pu rencontrer du succès dans la France de la Restauration. Les nostalgiques de l’Ancien Régime, réfléchissant aux causes du déclenchement de la Révolution, inclinaient naturellement à préférer au providentialisme de Joseph de Maistre la responsabilité moins anonyme de francs-maçons habitués à susciter une curiosité inquiète depuis plus d’un demi-siècle. On rappellera, dans cette perspective, la publication, dès 1742, alors même que la sociabilité maçonnique n’en était qu’à ses premiers succès, de l’ouvrage de l’abbé Pérau, Le secret des francs-maçons. Le latitudinarisme originel de la franc-maçonnerie porté par les Constitutions d’Anderson de 1723 (l’article 1 des Obligations d’un Franc-maçon se contente d’exclure « l’athée stupide et le libertin irréligieux ») et la pratique d’une « liberté en secret » émancipée du pouvoir royal, dont les loges étaient porteuses transformaient de fait les frères en bouc-émissaires idéaux.

  • 3 On rappellera que Joseph de Maistre, à la différence de nombreux acteurs de la période révolutionn (...)

C’est en fait la survie de l’idée du complot ou de l’influence maçonnique sur la Révolution qui semble a priori moins explicable. L’absence évidente de preuves, les amalgames et les faits montés de toutes pièces utilisés par Barruel furent d’ailleurs pointés par ses contemporains. Joseph de Maistre 3, qui était bien informé sur une réalité maçonnique plus complexe que ne le suggérait le jésuite, fit ainsi, dans ses Soirées de Saint-Pétersbourg, la démonstration brillante que celle-ci n’était pas exclusivement pétrie du rationalisme des Lumières censé porter la Révolution. Vaine entreprise pourtant que fut celle du théoricien de la contre-révolution.

  • 4 A ce sujet, cf. Jean-Jacques Goblot, La Jeune France Libérale. Le Globe et son groupe littéraire ( (...)

L’idée originelle du complot allait, il est vrai, rapidement bénéficier du contexte de l’installation de la République dans lequel l’adhésion commune des cléricaux et des républicains unis autour de la croyance en celui-ci allait s’imposer. On rappellera que les raisons majeures de cette communion tiennent à la conjonction de deux facteurs agissant en osmose. Le premier est lié, de façon assez paradoxale, aux incidences provoquées dans la perception de la maçonnerie par les modifications qu’elle rencontre pendant la Révolution française. Laïcisée, subvertie par l’entrée du politique depuis le Directoire, pendant lequel ce lieu de sociabilité servit de support pour pérenniser les nouvelles pratiques politiques inventées au sein d’une « clubomanie » révolutionnaire brisée dans son élan en raison de la fermeture des sociétés populaires en l’an III, resserrée sociologiquement dans la première moitié du xixe siècle autour de groupes qui soutiennent la France Libérale 4puis la République (commerçants, hommes de loi, médecins…), c’est avec un regard faussé par « leur propre représentation de la maçonnerie » que les hommes du xixe s. ont jugé la franc-maçonnerie du xviiie s. Le second facteur tient à la participation active et bien réelle de la maçonnerie aux combats pour la fondation de la IIIe République. Les anti-maçons utilisent en effet le complot pour apporter la preuve d’une « subversion continue », tandis que les francs-maçons et les « frères sans tablier » sont flattés par le rôle honorifique à peu de frais accordé à leurs ancêtres.

  • 5 André Combes, Histoire de la franc-maçonnerie au xixe siècle, Paris-Monaco, éd. du Rocher, 1998-19 (...)
  • 6 Achille Jouaust, Histoire du Grand Orient de France, Paris, 1865. Sur le rôle et l’œuvre de ce per (...)
  • 7 Cf. l’article « Antimaçonnisme » dans : Encyclopédie de la franc-maçonnerie (sous la direction d’E (...)
  • 8 « Franc-maçon défroqué » (Taxil a été initié en 1881 au Temple des amis de l’honneur français avan (...)
  • 9 A ce sujet, cf. DominiqueRossignol, Vichy et les Francs-Maçons. La liquidation des sociétés secrèt (...)

Autour de trois dates, le barruélisme gagne la partie. 1847-1848 : Louis Blanc, dans son Histoire de la Révolution française, accepte en totalité le mythe et fonde celui des origines maçonniques de la devise Liberté, Égalité, Fraternité. Il assure de manière décisive le « passage du complot du côté des Républicains ». 1864-1865 : au moment où les maçons du Grand Orient entrent ouvertement dans le combat pour la République 5et où l’église, par le biais du Syllabus, refuse la Modernité, le Grand Orient de France, par la plume de son historien officiel Achille Jouaust (il est alors membre du Conseil de l’Ordre), officialise la thèse 6. Puis celle-ci devient la vulgate en 1867 lorsque Monseigneur de Ségur 7publie Les Francs-Maçons, un petit opuscule reprenant intégralement les mécanismes de la construction de Barruel, qui est vendu à 120 000 exemplaires en cinq ans ! Les « deux partis » pourront ainsi communier autour du complot lors du Centenaire de la Révolution, Léo Taxil diffuser aisément l’incroyable fable du Diable présent en loge 8entre 1892 et 1897, puis l’antimaçonnisme de Vichy, considérant la maçonnerie comme un élément constitutif de l’Anti-France, développer ses thèses sur le socle encore vivace du barruélisme authentique 9.

  • 10 Ayant entamé en 1952 une étude des loges parisiennes au xviiie siècle, Alain Le Bihan, compulsant (...)
  • 11 André Bouton, Les francs-maçons manceaux et la Révolution, Le Mans, Monnayer, 1958 ; suivi de « Di (...)

Celui-ci aurait dû cependant être battu en brèche par les résultats issus des approches de terrain que le classement opéré par Alain Le Bihan, au milieu des années 1960, allait permettre de multiplier 10. D’André Bouton 11à la constellation de monographies locales portant sur un orient ou sur une loge qui apportent régulièrement leur part de lumière sur les réalités de la période, les résultats de quarante années de recherche ont clairement démontré « l’éclatement des comportements politiques » des frères pendant la période révolutionnaire et mis en évidence une évolution institutionnelle chaotique marquée par un lent déclin structurel à partir de 1791, puis une véritable déliquescence entre la Terreur (la difficile survie de la maçonnerie parisienne au sein du Centre des Amis, l’unique atelier qui parvint à fonctionner en réunissant les débris des loges progressivement détruites, en constitue le signe fort) et le coup d’état du 18 Fructidor auraient dû alors réduire le complot des francs-maçons au rang de mythe historiographique.

  • 12 émile Lesueur publie en 1914 une étude régionale (La franc-maçonnerie artésienne au xviiie siècle) (...)
  • 13 François Furet, Penser la révolution française, Paris, Gallimard, 1978.
  • 14 Ran Halevi, Les loges maçonniques aux origines de la sociabilité démocratique, Paris, Armand Colin (...)
  • 15 Keith Baker, Au tribunal de l’opinion. Essais sur l’imaginaire politique au xviiie siècle, Paris, (...)

C’était sans compter les effets provoqués par la résurgence et l’approfondissement des pistes ouvertes par Augustin Cochin (qui eut plus de chance que les premières approches positivistes qui, bien que contemporaines des siennes, furent rapidement oubliées, bien qu’elles eussent pu dès les années d’avant-guerre décrédibiliser le barruélisme 12) par François Furet et ses émules. Cochin, enquêtant sur la préparation de la Révolution, en Bourgogne puis en Bretagne, à partir de choix méthodologiques novateurs inspirés par la sociologie naissante de Durkheim appliqués à l’histoire des réseaux, allait alors renouveler avec succès la thèse des influences maçonniques sur la Révolution en substituant à l’idée d’une action volontaire des hommes l’idée de la subversion liée à la structure-loge. Presque ignorées en France jusqu’aux années 1970, les pistes cochiniennes, à côté de celles suggérées par Tocqueville, allaient devenir les piliers des positions défendues par François Furet 13.Partant de sa réflexion sur « l’utilité de la Révolution » et du postulat d’une possible fusion des élites nobiliaire et bourgeoise avant 89, la démocratisation de l’institution maçonnique depuis la naissance du Grand Orient de France entre 1771 et 1774 et l’ouverture des ateliers maçonniques aux représentants des trois ordres autour du principe d’égalité plaçaient en effet cette « nouvelle vision » de la maçonnerie, bientôt approfondie par Ran Halévi 14et Keith Baker 15, en position proprement stratégique.

Dans ce contexte, l’atelier maçonnique devenait la « machine à fabriquer de l’opinion » sapant les fondements de l’absolutisme, voire, dans la version proposée par Ran Halévi, l’embryon de la sociabilité jacobine en raison des pratiques épuratoires qui seraient décelables dans les scissions et les crises qui jalonnent la vie des loges à la fin du xviiie siècle. In fine, sous de nouveaux oripeaux, était ainsi amplifiée l’idée que la franc-maçonnerie devait jouer un rôle moteur dans la mise en place du processus révolutionnaire.

L’analyse critique des supports de celle-ci révèle pourtant que barruélisme et cochinisme, bien qu’ils reposent sur une réelle qualité d’information pour le premier et sur des axes méthodologiques et conceptuels novateurs pour le second, ont eu surtout pour fonction de façonner une vision idéalisée et partielle de la maçonnerie dont les effets sont d’avoir privé la communauté des historiens, en posant la question de l’interaction de manière unilatérale, des apports scientifiques liés à l’étude d’un prisme par lequel les formes de la transformation révolutionnaire peuvent pourtant être analysées en profondeur en raison de la richesse des sources. De ce constat découle la mise au jour d’un véritable chantier qu’il reste largement à investir.

De Barruel à Cochin : réalités et mythe

  • 16 Johann August Starck (Schwerin, 1741, Darmstadt, 1816) est une figure majeure de la branche templi (...)

Si l’on en exclut les attendus les plus polémiques, nombre d’éléments de la thèse de Barruel doivent être rétrospectivement considérés avec sérieux. « L’acte d’accusation » soulève en effet de véritables interrogations au sujet du rôle potentiel exercé par la sociabilité maçonnique dans le déclenchement de la Révolution. À défaut d’une initiation revendiquée mais qui ne fut jamais prouvée, on reconnaît d’ailleurs à Barruel une réelle qualité d’information. La correspondance qu’il entretint avec Starck 16et le fait que le jésuite ait eu connaissance des documents publiés par la Cour de Bavière dénonçant l’action de la Secte sont ainsi des éléments importants en raison du caractère stratégique joué par le plaidoyer contre les Illuminés, accusés, en raison de leur pratique d’un recrutement initial parmi les maçons porteurs des trois grades symboliques de la maçonnerie (Apprenti, Compagnon, Maître) dont le cursus constitue le cheminement du maçon lambda, de noyauter l’ensemble de l’Ordre. C’est en effet en partant de cette idée que Barruel construit sa thèse dans laquelle deux idées majeures méritent d’être retenues. La première est le pouvoir prêté à la maçonnerie de « fédérer structurellement les ennemis politiques et religieux du royaume ». Au plan politique, le jésuite dénonce la capacité de la maçonnerie, au moment où les Lumières radicales se développent, à capter, par le biais des Illuminés de Bavière dont le fonctionnement constituerait l’archétype d’une maçonnerie des hauts degrés dont la seule raison d’être serait, non pas de proposer aux initiés la poursuite du cheminement initiatique, mais un simple moyen de manipuler la base, ceux qu’il appelle, dans la troisième partie des Mémoires, les précurseurs des Jacobins et des Babouvistes. Pour cela, il met notamment en exergue le rôle que tiendraient les Amis Réunis, un atelier prestigieux souché à cette académie maçonnique de savoir et d’occultisme que sont les Philalèthes et que met directement en cause Barruel. Son évolution serait exemplaire, selon le jésuite, de la pénétration par la maçonnerie de l’appareil d’État au profit des ennemis de la Monarchie. Dans une perspective religieuse, Barruel, s’appuyant sur l’évolution de la célèbre loge des Neuf Sœurs et accordant notamment la part belle à la captation in extremis du Frère Voltaire par celle-ci, voit dans l’évolution de la sensibilité religieuse des frères la preuve de la capacité des loges à réunir le parti de l’impiété… puis à opérer la liaison entre ce dernier et les « politiques ». Simples élucubrations. Voire.

  • 17 Sur Condorcet et la franc-maçonnerie et sur la politisation de la maçonnerie à la fin de l’Ancien (...)
  • 18 Pour une actualisation du rôle des Illuminés, voir HermannSchüttler,« Die Intervention des deutsch (...)
  • 19 Sur l’importance de cet épisode, voir Charles Porset, Les Philalèthes et les convents de Paris. Un (...)

Les acquis récents de la recherche ont en effet montré la sensibilité croissante de la franc-maçonnerie envers le radicalisme des Lumières. On citera simplement pour preuve, à défaut d’initiation, la conversion intellectuelle de Condorcet qui aurait dû être reçu aux Neuf Sœurs 17à l’occasion de la pompe funèbre de Voltaire. Côté politique, les travaux d’Hermann Schüttler 18ont mis en lumière le succès relatif rencontré par les Illuminés dans leur tentative de subversion. Le voyage de Bode et de Von den Busche, les deux émissaires délégués par les Illuminaten vers Paris (1787), à l’occasion du second Convent des Philalèthes 19, permit ainsi à ces derniers de recruter, via la fondation d’une petite loge des « Philadelphes », quelques maçons français de haut vol intégrés à l’appareil d’état et appartenant aux Amis Réunis. Habile prosélyte, Bode parvint notamment à gagner à sa cause les banquiers Savalette de Langes et Tassin de l’étang et même à mettre en place les bases d’une version française des Illuminés connus sous le nom de « Philadelphes ».

  • 20 En 1796, peu de temps avant la publication des Mémoires… paraissent deux ouvrages (Charles-Louis C (...)

La seconde idée de Barruel consiste, dans le but de crédibiliser l’hypothèse du complot, à prêter aux maçons une main armée. La présence à la tête de l’Ordre du duc d’Orléans, Grand Maître du Grand Orient depuis le 8 mars 1773, incitait, il est vrai, à le croire. Influencé par la thèse alors récente du complot orléaniste 20, Barruel perçoit ainsi la Révolution comme une entreprise issue de ce que Galard de Montjoie appelait « la jonction entre les desseins du duc d’Orléans et les intentions présomptueuses des francs-maçons ». Si l’idée a fait long feu, on sait depuis peu que le futur égalité ne fut point le roi fainéant longtemps présenté au sein de la maçonnerie, mais qu’il mena une activité politique réelle, bien servi par son secrétaire Choderlos de Laclos, et que celle-ci s’opéra au moment où les loges parisiennes furent justement le plus touchées par le radicalisme politique. Preuve est donc faite que les aspects originels du barruélisme méritent réflexion et, dans cette perspective, les postulats d’Augustin Cochin interviennent comme des éléments consolidant l’acte d’accusation.

  • 21 Moisei Ostrogorski, La démocratie et l’organisation des partis politiques, 1903, Paris, Seuil, 197 (...)
  • 22 Ernst Mannheim, Die Träger der öffentlichen Meinung. Studien zur Soziologie der Öffentlichkeit, Br (...)
  • 23 Reinhart Koselleck soutient en 1953 une thèse de doctorat portant sur les problèmes de conscience (...)

Certes l’intention est différente. Il s’agit pour Cochin, alors très attentif aux apports des travaux d’Ostrogorski dans le domaine de la sociologie politique 21, puis pour ses relecteurs d’apporter la preuve que la loge maçonnique est l’une des formes de sociabilité le plus susceptibles de porter la culture politique surgie du rousseauisme. Sa double capacité à fabriquer, lors des tenues, des vérités socialisées comblant le vide laissé par la perte des principes traditionnels provoquée par la crise de l’état absolutiste et à former un appareil directeur prétendant diriger un peuple mythique différent du peuple réel en serait la preuve prégnante. Or, depuis les pistes de réflexions proposées par Ernst Mannheim 22et renouvelées par Jurgen Habermas 23, nombre de travaux portant sur la naissance de l’espace public dans le monde contemporain ont montré de manière convaincante la place importante qu’occupait la sociabilité maçonnique. Fondée sur la privatisation des rapports sociaux, prolongeant par ses pratiques les mutations urbaines entamées aux xvie-xviie siècles, celle-ci s’intègre de fait dans l’ère de la sphère délibérative qui caractérise le siècle de la Philosophie. De ce point de vue, la révolution démocratique des années 1771-1774 qui donne naissance au Grand Orient autour des principes de la représentativité élective et de la rotation des mandats achève bien une évolution qui, sur le plan théorique, pervertit les relations entretenues entre le roi et ses sujets. Si on ajoute à cela la transgression de la barrière des ordres offerte par le regard général porté sur un lieu de sociabilité dans lequel aristocrates et roturiers se côtoient sur un pied d’égalité, l’idée de l’influence maçonnique pourrait être légitimée… si celle-ci ne procédait toutefois d’une représentation idéalisée et partielle de la maçonnerie.

Un mythe construit sur une représentation de la franc-maçonnerie

En effet, si les thèses successives en faveur d’une influence franc-maçonne sur la Révolution posent de vraies questions, les réponses qu’elles donnent ne peuvent emporter l’adhésion, tant il est vrai que ces théories reposent sur une approche partielle de la franc-maçonnerie fondée à la fois au mieux sur l’occultation, au pire sur la négation de la vocation initiatique de cette forme de sociabilité. En outre, elle repose sur l’idée de l’existence d’une identité collective immédiatement conférée par l’affiliation, contraire à l’essence même de la démarche maçonnique. Le caractère individuel et progressif de celle-ci est en effet l’un des traits majeurs du processus de construction de l’identité franc-maçonne, alors que Barruel, Cochin et leurs émules ont de fait été peu attentifs à « l’enveloppe intérieure » qui fonde la maçonnerie, jugeant secondaire ce qui est pourtant au cœur de la construction du processus identitaire. La progressivité, qui impose la mise en place d’un long parcours marqué par le passage des grades comme condition d’accès au statut de maçon à part entière, conduit en effet à considérer avec perplexité une approche prêtant à la maçonnerie d’Ancien Régime, dont l’une des caractéristiques essentielles est le caractère éphémère de nombre de passages en loge, le pouvoir de façonner ipso facto une identité franc-maçonne solide. Elle présente en effet la particularité gênante de placer sur le même plan le maçon assidu ayant suivi le cheminement d’ensemble d’un maçon accompli et celui qui, à l’image de Voltaire, fut une simple étoile filante.

Quant à la question de la dimension individuelle de la démarche initiatique, elle est proprement ignorée, alors qu’elle tend à invalider l’idée de la fabrication d’une idéologie commune que les thèses successives valorisent. La variété des interprétations des vérités offertes à l’initié par l’approche symbolique, la multiplicité des rites qui caractérise la maçonnerie des Lumières et, peut-être plus encore, la pratique d’un langage original qui reste avant tout un métalangage ouvert à toutes les échappées individuelles, cela reste pourtant un facteur clef pour permettre une compréhension globale d’une démarche peu compatible avec les présupposés sur lesquels s’appuie la thèse du complot. De ce point de vue, les schismes et les scissions qui jalonnent la vie des loges à la fin du siècle des Lumières, lorsqu’ils sont remis en perspective par une étude attentive prenant en compte les enjeux de pouvoir et les ambitions sociales qui les sous-tendent, illustrent plus les tensions liées à la variété des interprétations de la maçonnerie par les initiés que la volonté d’anticiper des techniques épuratoires. Au final, l’un des traits les plus remarquables émergeant des conceptions des adeptes de l’influence franc-maçonne sur la Révolution est donc leur volonté récurrente de percevoir la franc-maçonnerie comme un ensemble, quand celle-ci constitue à la fois une forme de sociabilité très souple aux tendances centrifuges et, sociologiquement parlant, un kaléidoscope des composantes de l’élite d’Ancien Régime.

  • 24 Guy Chaussinand-Nogaret, Gens de finance au xviiie siècle, p. 121-146.
  • 25 Reinhart Koselleck, Le Règne de la critique, p. 66.

La manière dont Barruel considère les hauts grades et dont Cochin les ignore est symptomatique de cet état d’esprit. Selon Barruel, les hauts degrés doivent en effet être appréhendés dans une perspective exclusive, celle de l’idéologie porteuse de contestation. Mgr de Ségur ne fera que reprendre l’affaire en remplaçant les Illuminés par les carbonari et en proposant une analyse plus audacieuse de la subversion religieuse portée par la maçonnerie des hauts grades. Pourtant, outre le fait que, sur le plan idéologique, l’irréligiosité de ces derniers peut être aisément contredite par le vécu des frères (les clercs furent nombreux, au xviiie siècle, à les apprécier), la lecture idéologique présente la faiblesse d’occulter la part que l’on doit accorder aux pratiques sociales. L’attraction de la noblesse pour les hauts grades ou la volonté de reproduction des comportements aristocratiques par l’élite du tiers et les anoblis récents montrée par Guy Chaussinand-Nogaret à partir de l’exemple des gens de finance 24,suffisent à montrer que le succès de cette maçonnerie pour happy few est dû autant aux motivations sociales qu’au facteur idéologique, lequel a pourtant été jusqu’à présent largement valorisé par des analyses qui pensent la maçonnerie avant tout comme « l’institution sociale la plus forte du monde moral au xviiie siècle »25.

  • 26 Ran Halevi, « Les représentations de la démocratie maçonnique au xviiie siècle », Revue d’histoire (...)
  • 27 Sur l’analyse de la correspondance des loges, voir nos travaux : Eric Saunier, Révolution et socia (...)
  • 28 Ibid., p. 277-293.

Dans le domaine de l’exclusive, Cochin et ses émules ne procéderont pas différemment. Ainsi, l’approche proposée par Ran Halévi 26de l’idéologie maçonnique à partir des titulatures des loges et des pratiques discursives véhiculent-elle une vision unilatérale d’un ordre jugé porteur d’un projet rationaliste et laïcisant… alors que la correspondance des loges montre de toute évidence, à travers la polysémie des mots, que la liberté d’interprétation des objets proposés à la réflexion et à la vue des maçons construit des identités variées. Des valeurs cardinales, comme l’égalité ou la notion du contrat, sont ainsi l’objet de traductions radicalement différentes selon les composantes sociologiques, religieuses et culturelles des ateliers 27. L’étude que nous avons menée à partir de plus de 200 textes maçonniques, rédigés essentiellement par les orateurs des loges lors de l’installation de celles-ci ou par de simples frères à l’occasion de conflits ou de scissions survenus entre les maçons d’un même orient, montrent d’ailleurs qu’il est impossible d’approcher de manière monolithique ce qui se cache derrière le terme d’égalité pour un maçon ! Dans les ateliers huppés, les définitions données de celle-ci la réduisent à la capacité à réunir les plus distingués alors que les membres des ateliers démocratiques la considèrent, de leur côté, de manière très politique comme un moyen d’abattre les barrières sociales existant 28. L’égalité peut être ainsi pour les frères aussi bien une notion purement abstraite qu’un concept proche de l’égalité des droits des Constituants.

  • 29 Les résultats partiels de cette étude en cours ont été présentés par Daniel Kerjan dans une commun (...)

Le contrat, souvent évoqué par les loges provinciales ayant souvent maille à partir avec le Grand Orient, est l’objet d’interprétations tout aussi variées. Il peut être aussi bien considéré par des maçons comme un contrat féodal obligeant l’atelier et l’obédience autour de la fidélité et de la protection alors que d’autres voient dans celui-ci un lien dont les fondements sont ceux de la philosophie politique de Rousseau. L’abandon du projet originel de parcours sociologique initialement voulu par Cochin au profit d’une démarche idéaliste a d’ailleurs souvent empêché de percevoir la variété des pratiques répondant à cette souplesse idéologique. De la mise en place de pratiques différenciées selon les orients face aux communautés huguenotes à la capacité à attirer aussi bien les négriers des ports de traite que les philanthropes de la Société des Amis des Noirs, la « dispersion » de la maçonnerie à la fin du xviiie siècle préfigure l’éclatement qui apparaît au grand jour dès le début de la Révolution. On ne saurait d’ailleurs réduire celui-ci à la simple diversité des choix politiques montrée par toutes les monographies régionales, aisément explicable en raison de la large ventilation sociale des initiés. En effet, plus que ce constat, l’implosion, à l’intérieur des ordres, comme celle qui touche une noblesse initiée guère plus encline que l’aristocratie profane à épouser les positions libérales, et les divorces survenus au sein des forces du tiers pourtant unies en apparence par une communauté d’intérêts, constituent une chose importante que confirmeront un peu plus les résultats d’une enquête en cours 29sur un terrain breton, ô combien emblématique ! invalident totalement l’idée émise par Cochin d’un appareil directeur fabriqué par les loges.

Des influences maçonniques à la recomposition révolutionnaire : un chantier entrouvert

  • 30 La galaxie maçonnique est, sur le plan géopolitique, divisée en deux ensembles culturels différent (...)
  • 31 Sur ce sujet, cf. André Combes, Histoire de la franc-maçonnerie au xixe siècle, Paris-Monaco, éd. (...)

Fondée sur une représentation de la franc-maçonnerie, la thèse du complot a eu cependant des incidences nombreuses dont la principale est d’avoir entraîné un retard historiographique et méthodologique évident. Il caractérise notre connaissance de l’histoire de la maçonnerie en général, mais plus particulièrement celle de la période révolutionnaire. La conséquence la plus spectaculaire du poids de ces théories successives est sans doute en effet d’avoir empêché, en valorisant l’idée d’une fonction motrice, de concevoir la franc-maçonnerie comme observatoire des mutations culturelles liées au passage de la Révolution. De fait, on se retrouve ainsi aujourd’hui face à une histoire morcelée, peu lisible, qui alimente d’ailleurs la crise identitaire actuelle touchant une « franc-maçonnerie libérale » 30 soucieuse de continuer à s’impliquer dans la cité tout en préservant une identité initiatique que la société civile considère le plus souvent comme étant incompatible avec l’objectif précédent. Dans ce contexte général, la franc-maçonnerie française est de fait tout particulièrement fragilisée non seulement en raison de l’écartèlement idéologique dont elle est l’objet entre attachement au cosmopolitisme originel à laquelle les valeurs maçonniques universelles renvoient, et un cheminement historique dans lequel son affirmation extérieure doit beaucoup, via le prisme du combat pour la République mené à partir de Second Empire, à la valorisation du patriotisme 31, mais aussi parce qu’elle se trouve privée d’une vision globale de son histoire, un facteur pourtant indispensable pour pouvoir répondre au défi de la modernité. En effet, si la contextualisation historique du fait maçonnique au temps des Lumières et durant la seconde moitié du xixe siècle est aujourd’hui concevable, il n’en va pas de même pour la longue période révolutionnaire allant de 1789 à la Seconde République. Or, en raison de son pouvoir d’attraction extraordinaire sur les élites, petites ou grandes, et de la formidable perméabilité aux influences extérieures qu’autorisent l’absence de finalité affichée et la liberté proposée aux initiés, on mesure combien, au-delà de la gêne occasionnée pour les maçons soucieux de comprendre la construction de leur identité, il s’agit d’un manque dommageable pour appréhender la recomposition culturelle et sociale dont la société française est l’objet entre le xviiie siècle et les monarchies censitaires.

  • 32 Maurice Agulhon, Le cercle dans la France bourgeoise (1810-1848). étude d’une mutation de sociabil (...)

Dans son étude classique sur la sociabilité du premier xixe siècle, Maurice Agulhon32avait pourtant suggéré des pistes insuffisamment prospectées. En considérant, en raison de sa plasticité, la maçonnerie comme l’une des sources de la sociabilité des cercles qui permit le développement de la pratique politique telle que les républicains le concevaient, l’historien proposait alors une vision de la maçonnerie valorisant, aux dépens du complot, la « fonction réceptacle ». Et toute l’histoire de la franc-maçonnerie depuis les années 1780 prouve à l’évidence que le prosélytisme des Illuminés sur lequel insistait Barruel, ou la conversion intellectuelle d’un Condorcet constituaient simplement les signes avant-coureurs du pouvoir transformateur exercé par la Révolution sur cette structure de sociabilité.

  • 33 éric Saunier, Révolution et sociabilité en Normandie au tournant des xviiie et xixe siècles : 6 00 (...)
  • 34 Catherine Duprat, Pour l’amour de l’humanité. Le temps des philanthropes. La philanthropie parisie (...)
  • 35 A ce sujet, voir éric Saunier : « Être confrère et franc-maçon à la fin du xviiie siècle : les exe (...)

On peut pourtant saisir la mesure des mutations révolutionnaires à trois niveaux 33. Le premier a trait à la vocation première souhaitée par les loges : le geste philanthropique. Celui-ci, qui était laïcisé depuis les années 1780 à Paris 34mais encore fortement arrimé à l’encadrement chrétien en province (les appartenances communes aux loges et aux confréries en témoignent 35), voit en effet sa nature se transformer par le passage de la culture révolutionnaire. Lors de la reconstruction consulaire, ce sont ainsi de nouveaux initiés, massivement aguerris à une conception utilitaire de la philanthropie en raison de leur participation massive à la mise en place des bureaux de charité ou des comités provisoires, qui arrivent dans une maçonnerie largement resserrée autour des mondes du négoce et des talents. Engagés dans la vie profane dans des œuvres résolument novatrices, comme les comités de vaccination ou les caisses d’épargne, ils utilisent alors l’expérience acquise pendant la Révolution pour mettre en place les pratiques qui fonderont l’identité maçonnique à partir de la Monarchie de Juillet. Cette évolution n’est d’ailleurs sans doute pas étrangère à l’acharnement dont les cléricaux feront preuve dans leur dénonciation des maçons, qu’ils perçoivent alors comme des concurrents laïques menaçant le pouvoir d’encadrement social de l’église.

Plus encore, la Révolution induit une inflexion des comportements religieux. L’érection des Consistoires protestants comme véritables partenaires des loges dans la mise en place des œuvres ou la désertion des clercs des ateliers sont les manifestations les plus visibles du détachement progressif des initiés du cordon catholique et de l’émergence de sensibilités nouvelles. Parmi celles-ci, on retiendra notamment le succès rencontré par la Théophilanthropie auprès des maçons initiés entre le Directoire et le Premier Empire et le progrès de la neutralisation religieuse de la sphère maçonnique. Lors des réceptions des néophytes, on n’hésite plus en effet à présenter les conceptions religieuses différentes des initiés. La chose était peu imaginable avant 1789.

  • 36 Michel Taillefer, La franc-maçonnerie toulousaine sous l’Ancien Régime et la Révolution : 1741-179 (...)
  • 37 Cf. Encyclopédie de la franc-maçonnerie (sous la direction d’éric Saunier), Paris, La Pochothèque, (...)
  • 38 L’atelier encore actif des Trois H a pour titulature originelle Les Trois Haches, référence sans é (...)

Enfin, la période fait émerger un nouveau rapport au politique qui explique l’implication récurrente des loges dans le débat politique à partir de cette date. L’activité des rares ateliers qui survivent sous la Terreur, loin de montrer le bien-fondé de la continuité évolutive entre les loges maçonniques et les nouvelles sociétés politiques à laquelle croyait Cochin, illustre la manière dont les loges furent pénétrées par la culture révolutionnaire. De Toulouse 36et de Paris 37,où l’on observe, par le biais des discours et des règlements, les modifications profondes des pratiques dans les loges révolutionnées au Havre où des radicaux vont jusqu’à fonder une loge « parajacobine » dont la titulature 38montre l’entrée en force de la culture républicaine, on se trouve face à une situation nouvelle dans laquelle la loge est investie définitivement par le politique. Malgré un contexte difficile, dès que l’étau d’un pouvoir autoritaire se desserre (1810-1815) ou devient insupportable à des maçons acquis au libéralisme politique (1820-1830), la politisation des loges est un phénomène récurrent qui trouve son achèvement sous le Second Empire.

De ce tableau ressort ainsi valorisée, partant du complot mais à ses dépens, l’évidente perméabilité de la maçonnerie qui permit à la Révolution d’agir comme un agent transformateur très efficace. C’est sans doute là un paradoxe si nous nous en tenons aux canons longtemps proposés par l’historiographie passionnelle du complot franc-maçon dont l’affaiblissement permet toutefois de commencer à revisiter de nos jours une question qui, bien que souvent rebattue reste, in fine, assez mal connue, bien qu’elle soit tout à la fois assez aisément éclairable et, surtout, réellement éclairante… si l’on veut bien toutefois considérer la réversibilité de l’approche habituellement adoptée comme étant une attitude intellectuellement pertinente.

Source : http://chrhc.revues.org/1672

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Vérités et mythes de la Franc-maçonnerie sur la révolution française

27 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Il me paraît important, avant d'aborder le thème même de mon exposé, de rappeler l'origine même de la Franc-Maçonnerie. Il permettra de com­prendre son caractère évolutif, en rappelant le mot célèbre d'Edgar Faure, qui disait ici-même, au cours d'une tenue blanche fermée, que «l'évolution, c'est la révolution sans en avoir l'R ».

A l'origine même, la loge est le lieu où les ouvriers opératifs et construc­teurs rassemblent leurs outils, et où ils discutent après le travail.

Ces opératifs se groupent en différents groupements, que l'on va appeler effectivement les loges. Ils ont leurs règles, leurs devoirs de solidarité et de fraternité. Ils ont aussi leur légende et leur rituel. Ils possèdent un système hiérarchique, et tout apprenti peut s'élever dans l'échelle sociale, c'est-à- dire devenir un jour Maître.

C'est précisément le jour où cette promotion sociale cessera d'exister que naîtra le Compagnonnage, révolte des ouvriers opératifs, qui aspirent à la promotion sociale.

Le Compagnonnage, qu'il convient de différencier de la Franc- Maçonnerie, est l'une des premières formes du syndicalisme ouvrier, et principalement connu par les poursuites judiciaires dont il est l'objet à l'époque. H n'a pas seulement pour but de préserver le secret de l'Art, niais aussi d'écarter les espions de la police.

La Franc-Maçonnerie opérative se développe particulièrement en Angle­terre, et essentiellement en Ecosse, où vont naître des loges permanentes, alors que les ouvriers opératifs allaient de loge en loge.

Pour diverses raisons, les loges écossaises vont recevoir au début du XVIIe siècle des non-opératifs, que l'on va qualifier de maçons acceptés.

Différentes explications ont été données à cette nouvelle phase évolutive de la Franc-Maçonnerie : le goût du secret, la très grande vogue de l'architec­ture à cette époque, le désir de rassembler des hommes de diverses tendan­ces religieuses à l'époque où apparaissent les premiers conflits religieux, et le goût très prononcé des Anglais pour ce que l'on appelle la convivialité.

Qu'on ne se méprenne pas surtout sur le travail effectué dans ces loges. On ne fait pas de politique, ou même de symbolisme, on se réunit volon­tiers autour d'un alambic, pour célébrer la joie de vivre, en buvant copieusement et en y chantant des chansons souvent paillardes. Un tableau du célèbre peintre Maçon Hogarth montre le retour «d'un Véné­rable Maîtrç » après une tenue plutôt arrosée.

Cependant, on y voit apparaître un nouveau degré maçonnique, dit de Compagnon. Le Maître est toujours le Maître de la loge. Mais les loges écossaises, et ensuite anglaises, vont subir une nouvelle évolution, due à l'influence des philosophes, comme Bayle, et surtout Locke, et également de la Royal Science Academy, et l'un des premiers grands Maîtres ne sera autre que Jean-Théophile Désaguliers, fils d'un pasteur de l'Eglise réfor­mée de La Rochelle, né à Aytre, et réfugié en Angleterre à la suite des per­sécutions à l'encontre des protestants. Fait important, Désaguliers est le secrétaire de Newton.

Les loges anglaises sont de plus en plus influencées par les idées de tolé­rance. Je ne reviendrais pas sur cette époque, qui a fait l'objet de très remarquables travaux d'Henri Tort, passé Grand Maître de la Grande Loge de France.

Si l'on ne pouvait réunir les églises comme le souhaitait Leibnitz, dans sa correspondance avec Bossuet, ne peut-on réunir les hommes de bonne volonté.

Comme on le sait, quatre loges de Londres au nom pittoresque vont se réunir en 1717, pour constituer la Grande Loge de Londres, et sur les instigations du Duc de Montagu, noble mais savant, une commission va être désignée, afin que « l'Histoire, les obligations, les règlements et le droit du Maître fussent imprimées ». Ces constitutions ont un caractère unique dans l'histoire de l'Angleterre, puisque l'Angleterre elle-même n'a pas, sur le plan politique, de constitution. La commission élabora ainsi des constitutions dites « Constitutions d'Anderson », du nom du pasteur James Anderson, qui en fut l'un des principaux auteurs.

Ces constitutions furent proposées en 1723 au nouveau Grand Maître de la Grande Loge de Londres, le Duc de Wharton.

L'article ter de ces constitutions doit être rappelé avec force, car il incarne à lui seul le caractère révolutionnaire de la Franc-Maçonnerie, du moins pour l'époque.

L'article I er donc, concerne Dieu et la religion, et il est ainsi conçu : un maçon est obligé par son engagement, d'obéir à la Loi morale, et s'il com­prend correctement l'Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irreligieux, mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obli­gés, dans chaque pays, d'être de la religion de ce pays, ou nation, quelle qu'elle fut, aujourd'hui il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, lais­sant à chacun ses propres opinions, c'est-à-dire d'être des hommes de bien, et loyaux, ou des hommes d'honneur et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui, elles, allaient dis­tinguer, par suite de quoi la Maçonnerie devient le centre de l'union et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance.

Ces idées, chères aux Maçons anglais, devaient rapidement gagner la France.

Il convient ici de rappeler le rôle particulièrement important dans la diffu­sion des idées nouvelles, de Charles-Louis de Secondat, né le 18 janvier 1689, au Château de la Brede. Un mendiant est son parrain, afin qu'il se rappelle toute sa vie que « Les pauvres sont ses frères ». En 1716, son oncle va lui céder sa charge de Président à mortier, tous ses biens, et il deviendra célèbre sous le nom de Montesquieu, dont on peut regretter d'ailleurs que son tricentenaire soit célébré avec peu d'éclat. Montesquieu donc, est membre de diverses sociétés, et notamment de la fameuse Société Royale de Londres, dont nous avons vu qu'elle est composée de nombreux maçons. Il parcourt l'Europe, fréquente les milieux maçonni­ques avant d'être initié le 16 mai 1730 à la très aristocratique loge «Horn » de Westminster. Il assiste à de nombreuses tenues maçonniques en France, il fera d'ailleurs initier son fils, et notamment reçoit le Grand Maître Désaguliers qu'il qualifie dans une correspondance récemment découverte et publiée par la Revue Littéraire, de Belzebuth.

Montesquieu va inspirer notamment la Constitution des Etats Unis, avec son célèbre principe de la séparation des pouvoirs, qu'il évoque dans « l'Esprit des Lois », le législatif (aux Etats-Unis le Congrès), l'exécutif (le Président), et le judiciaire (la Cour Suprême) ; principe d'ailleurs qui est à la base même de notre organisation maçonnique, puisque le législatif, c'est la Grande Loge, l'exécutif, c'est le Conseil Fédéral de la Grande Loge de France, et le judiciaire, le Jury de la Grande Loge.

Les idées de Montesquieu inspireront non seulement les constitutionnels américains, mais bien entendu les constitutionnels français.

En 1726 environ, naissent en France les premières loges.

Si elles ne vont pas tarder à susciter la méfiance des autorités, et notam­ment du Cardinal Fleury, ce n'est tant pas par leur caractère révolution­naire, que par la crainte que des émigrés Ecossais réfugiés en France com­plotent dans ces loges contre la monarchie Anglaise Orangiste, avec laquelle le Cardinal Fleury s'est allié.

Mais ne nous méprenons pas. Luquet, dans son ouvrage consacré à le Franc-Maçonnerie et l'Etat en France au XVIIIe Siècle, et édité par notre regretté Frère Jean Vitiano, rappelle que les mouches, c'est-à-dire les mouchards de la police, et dans un gazetin, c'est-à-dire un rapport, du 28 mars 1797, on peut y lire :

«Ce que l'on trouve le plus extraordinaire, c'est qu'on prétend qu'au moyen de cinq Louis d'or, toutes personnes sont admises dans cette Confraternité, même jusqu'à des laquais et des artisans, en sorte que ces sortes d'assemblées font présumer au plus grand nombre qu'il s'y passe quelque chose qui pourrait bien être contre le bien de l'Etat, et même contre les bonnes mœurs ».

Dans d'autres gazetins, on parlera même de fronde et de cabale contre l’Etat.

Cependant, une nouvelle forme de l'évolution de la Franc-Maçonnerie va apparaître en France avec l'Ecossisme.

L'Ecossisme, contrairement à son appellation, est né en France. C'est une nouvelle forme de la Franc-Maçonnerie, qui comporte un grand nombre de degrés, avec une origine chevaleresque. L'Ecossisme va avoir un succès prodigieux en France, et va se propager en Europe, et bien plus tard aux Etats-Unis.

On a beaucoup discuté sur l'origine de l'Ecossisme.

L'un des inspirateurs de cette nouvelle forme de maçonnerie devait être le Chevalier de Ramsay, qui devait vivre aux côtés de Fénelon à Cambrai de 1709 à 1715, puis ultérieurement auprès de Madame Guyon. Ramsay devait, par son célèbre discours, donner une origine chevaleresque à la Franc-Maçonnerie, mais il devait aussi développer les idées de Fénelon sur la justice et la paix.

L'importance de Fénelon dans les idées du XVIIIe siècle paraît sous- estimée à notre époque.11 faut cependant souligner le caractère initiatique de « Télémaque », roman à clés, et les efforts incessants de Fénelon pour une Europe pacifique, et mettre ainsi fin aux guerres de Louis XIV qui ont ruiné la France. Face aux partis de la guerre, Fénelon va créer une Confrérie, le «Parti du Pur Amour », où on y rencontrera un certain nombre de grands noms de l'aristocratie européenne. On peut consulter à ce sujet un très beau livre de Claude Frédéric Levy, «Capitalistes et pou­voir au Siècle des Lumières ».

Comme le rappelle également Roger Priouret dans un récent article des Deux Mondes, « Ramsay voulait, comme Désaguliers en Angleterre, et Anderson, donner un contenu doctrinal à la Franc-Maçonnerie française, et définir les quatre buts de l'Ordre : l'humanité, la morale pure, le secret inviolable et le goût des beaux-arts ».

La Franc-Maçonnerie va connaître à l'aube de la Révolution française, un énorme succès en France. Comme pouvait l'écrire Marie-Antoinette à sa mère, l'Impératrice d'Autriche : «Tout le monde en fait partie». Proba­blement pas Marie-Antoinette elle-même, mais sa grande amie, la Prin­cesse de Lamballe.

Son beau-frère, le Comte d'Artois, très probablement le Comte de Pro­vence, Louis XVIII.

L'appartenance de Louis XVI elle, est beaucoup plus douteuse. Mais il ne faut pas se méprendre sur les activités des francs-maçons.

On ne discute nullement de politique dans les Loges, c'est un lieu de ren­contre entre gens de bonne compagnie, où un frère se sent l'égal de l'autre. La loge maçonnique est, comme a pu l'écrire Pierre Chevalier, «le Cercle pour le bourgeois du XIXe siècle, le Rotary ou le Lion's Club pour le cadre du XXe siècle ». On y célèbre la vertu, on y cultive la bienfai­sance, et après les tenues, arrive le moment fort attendu du banquet. On a également l'occasion d'y entendre de la musique, grâce aux colonnes har­moniques.

Si, ainsi, les loges maçonniques vivent paisiblement, se gardant d'atta­quer la royauté et l'église, si de nombreux prêtres fréquentent les loges malgré l'excommunication de 1738, un grade maçonnique introduit vers 1761 en France par le Chevalier Dubarailhe, originaire de Nancy, qui avait été prisonnier en Allemagne, devait permettre d'accréditer la thèse des adversaires de la Maçonnerie, au terme de laquelle les maçons étaient l'ennemi de la royauté et de l'église. C'est le fameux grade de Chevalier Kadosch.

Etienne Gout Président d'Honneur de la Commission d'Histoire de la Grande Loge de France, a retrouvé à la bibliothèque de Lyon, le caté­chisme de ce grade, et les instructions secrètes qui ne devaient pas être divulguées, mais qui ont été conservées par ce collectionneur impénitent Lyonnais, qu'était Jean-Baptiste Willermoz. On y fait allusion à deux abominables personnages, Philippe Le Bel et Bertrand de Got, Archevê­que de Bordeaux, que Philippe Le Bel devait faire Pape. Ces deux person­nages bien connus étaient à l'origine de la destruction de l'Ordre du Tem­ple, et de la mort de Jacques De Molay. Il s'agissait donc pour les maçons, et essentiellement pour les Chevaliers Kadosch, de se venger de la royauté et de l'église. C'est sur ce fait que s'appuie Barruel, dont nous aurons l'occasion de reparler, pour incriminer les hauts grades, et qui confortera les accusations de tous ceux qui affirmeront avec lui que les francs-maçons des premiers degrés furent les dupes et les agents incons­cients des arrières-Loges. C'est ce thème qui va revenir dans tous les écrits des adversaires de la Franc-Maçonnerie.

Ce sont les hauts grades donc, qui ont préparé la révolution, comme le rapporte Albert Lantoine, dans «La Franc-Maçonnerie et la Révolution française », l'abbé Proyart ne fait que reprendre l'opinion de Barruel lorsqu'il écrit : «c'était parmi ces exercices atroces qui se formaient sous le nom d'élus, de Rose-Croix, de chevaliers Kadosch, de frères illuminés, tous ces êtres farouches et ces buveurs de sang que l'on devait voir 25 ans après désoler la France et épouvanter la terre. C'était à l'ombre de ces cavernes que pullulait la scélérate engeance des Jacobins ». (Abbé Proyart, « Louis XVI détrôné avant d'être Roi » cité par Albert Lantoine, dans «La Franc-Maçonnerie et la Révolution française » dans « Histoire de la Franc-Maçonnerie française », «La Franc-Maçonnerie dans l'Etat »).

Est-ce à dire qu'il n'y a pas de Loges qui ont été infiltrées par des mouve­ments pré-révolutionnaires. Le phénomène s'est incontestablement pro­duit en Allemagne, ou plus exactement en Bavière, avec les Illuminés de Bavière, dont le créateur était un professeur de droit nommé Weishaupt. L'organisation était très cloisonnée, elle comportait plusieurs degrés d'initiation, et l'objectif de Weishaupt était d'abolir toutes les lois civiles religieuses, pour supprimer en particulier la propriété. Ancien élève des Jésuites, Weishaupt utilisait leurs méthodes.

Un personnage qui va beaucoup intriguer les historiens de la maçonnerie en France, et qui selon certains, aurait voulu jouer le rôle de Weishaupt, est Nicolas de Bonneville, auteur de l'ouvrage « Les Jésuites chassés de la Franc-Maçonnerie et leur poignard brisé par les Maçons ». Bonneville souhaitait-il infiltrer les loges pour créer un programme anti-religieux et anti-révolutionnaire ? Signalons qu'il devait fonder avec son ami l'Abbé Fauchet, le Cercle Social, la Confédération Universelle des Amis de la Vérité, à laquelle appartenait le célèbre Sieyes.

A la veille de la Révolution, le Grand Orient de France a 629 Loges et 30 000 Maçons. Il existe en outre la Grande Loge de Clermont. Vont-elles jouer un rôle fondamental dans la Révolution ?

Il est bon de rappeler que la Convocation des Etats Généraux est précédée de l'Assemblée des Notables, convoqués par Calonne. Calonne suggère un certain nombre de réformes, pour redresser les finances. Il y a parmi les 59 participants toute la haute noblesse, et une majorité de Maçons, mais comme nous le rapporte Roger Priouret, l'unité de la Maçonnerie éclate à cette occasion. Le Grand Maître, le Duc d'Orléans, le futur Phi­lippe Egalité, se prononce contre Calonne et son projet d'impôts, mais pas pour des motifs nobles. « Savez-vous, dit-il, que cette plaisanterie me coûtera 300 000 Livres de rente ? ».

Le véritable Chef du Grand Orient, c'est-à-dire le Grand Administrateur Général Montmorency Luxembourg, est d'avis d'adopter les projets de Calonne, ainsi, Ô ironie, que le Comte d'Artois, qui soutiendra Calonne jusqu'au bout, mais finalement, le projet devait être rejeté.

Calonne renvoyé, et finalement après de multiples péripéties, Louis XVI se décidait de convoquer les Etats Généraux.

Monsieur Pierre Lamarque a étudié le rôle des Francs-Maçons aux Etats Généraux de 1789, et le bilan de ses travaux est le suivant : l'appartenance maçonnique de 200 députés titulaires, de 37 députés suppléants, la répar­tition entre les trois Ordres est la suivante : Le Clergé 17 ou 18, la noblesse 79, le Tiers-Etat 103 ou 117.

C'est dans la députation de la noblesse que la proportion est la plus éle­vée : 81 Francs-Maçons sur 285 députés, soit 28 %, 6 % pour le Clergé et 17 ou 19 % pour le Tiers-Etat, 107 ou 121 sur 619 élus. Il est bon de rap­peler que l'assemblée était composée de 1165 membres.

Or, dès le départ, les opinions politiques étaient plus fortes que l'influence de la Franc-Maçonnerie, et il en fut de même dans les années suivantes.

On sait que, sur l'instigation de Sieyes, les députés du Tiers-Etat déci­dent de qualifier leur Assemblée d'Assemblée Nationale, et qu'ils sont rejoints par les nobles libéraux, dont la majorité est composée de Maçons.

Le 20 juin 1789, les députés de l'Assemblée Nationale trouvent close la grande salle de l'hôtel des « Menus Plaisirs » à Versailles, où ils devaient se rassembler. C'est dans ces conditions qu'ils vont se rendre dans une salle toute proche, celle du « Jeu de Paume », où ils prononceront le fameux serment du « Jeu de Paume », sous la présidence du frère Bailly. Il faut reconnaître que ce serment a un caractère tout maçonnique, que peut-être les historiens n'ont pas retenu : l'Assemblée Nationale arrête que tous les membres de cette assemblée prêteront à l'instant serment solennel de ne jamais se séparer et de se rassembler partout où les circons­tances l'exigeront, jusqu'à ce que la Constitution du Royaume soit éta­blie, et affermie sur des fondements solides, et que le-dit serment étant prêté, tous les membres et chacun d'eux en particulier confirmeront par leur signature, cette résolution inébranlable.

Le 4 août 1789, c'est le Duc d'Aiguillon, qui faisait partie depuis 1786 de la Société Olympique qui ne comptait que des francs-maçons qui, avec le Vicomte de Noailles, va proposer la suppression des privilèges. Louis- Marie de Noailles avait pris part à la guerre d'Indépendance des Etats- Unis, avec son parent La Fayette, qui lui aussi était maçon.

Il faut cependant rappeler que ces droits féodaux sont rachetés moyen­nant un très faible intérêt.

Les discours de Noailles ou d'Aiguillon sont accueillis par une ovation générale, et c'est l'atmosphère de la joie collective de la célèbre nuit du 4 août.

L'Assemblée Nationale va ensuite proclamer les droits de l'Homme, très inspirés par la déclaration américaine de 1776. Comment, cependant, ne pas y reconnaître des relents maçonniques, lorsqu'on y lit : « Ces droits sont déclarés d'abord naturels et imprescriptibles, et reconnus par l'Assemblée en présence et sous les hospices de l'Etre Suprême ». N'est-ce pas un hommage discret au Grand Architecte de l'Univers : « Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits ». Et puis, ces droits eux- mêmes : la liberté, la propriété, la sureté, et la résistance à l'oppression.

Ainsi naît la « Bible des Temps Nouveaux », pour reprendre l'expression de Furet.

Tous les auteurs s'accordent à dire que si les maçons peuvent être divisés dans leurs divers votes, députés du Tiers-état ou de la noblesse ou du clergé, ils ne veulent pas de la chute du Roi. Ce qu'ils veulent, c'est une monarchie constitutionnelle, qui applique les principes de Liberté, d'Ega­lité et de Fraternité. Les idées de la philosophie des Lumières.

Les maçons seront beaucoup moins nombreux à l'Assemblée Législative. Il faut rappeler que les membres de l'Assemblée Nationale avaient décidé d'eux-mêmes qu'ils ne seraient pas éligibles à l'Assemblée Législative. Sur les 745 députés de l'Assemblée, on compte, selon Monsieur Pierre Lamarque, 70 maçons, dont Muraire Lacepede, et peut-être Vergniaud et Couthon.

Si les Maçons sont nombreux parmi les Girondins de la Convention, les grands ténors n'appartiennent pas à la Franc-Maçonnerie, à l'exception de Marat. Robespierre lui-même, contrairement à la légende, n'est pas maçon, mais il appartient effectivement à une famille de maçons.

La Terreur va de plus en plus arrêter les travaux maçonniques. La Franc- Maçonnerie est pratiquement en sommeil. Les caisses du Grand Orient de France sont pratiquement vides, et le Grand Maître Philippe d'Orléans, qui comme on le sait, a voté la mort du Roi, se fait désormais Egalité.

Ce fut le dimanche 24 février 1793, nous conte Pierre Chevalier, que le Journal de Paris publia dans un supplément à son n° 55, la lettre adressée par « Egalité » au journaliste Milcent :

«Paris, ce 22 février 1793, an II de la République...

Je ne puis, malgré ma dignité de Grand-Maître, vous donner aucun ren­seignement sur ces faits qui me sont inconnus ; mais je peux vous mettre en état de répondre aux réflexions et considérations relatives à moi, qu'a mêlées votre correspondant à ses récits vrais ou faux. «Tu sais qu'il a couru un bruit dans toute la France, que le citoyen Egalité, Grand-Maître de toutes les Loges, avait un grand parti à Paris. »

En effet, dès le mois de juillet 1789, le parti de la Cour répandit ce bruit qu'il croyait apparemment utile à ses vues. Un ramassis de calomniateurs contre-révolutionnaires s'en empara au mois d'octobre de la même année, et depuis un parti d'intrigants a essayé de le rajeunir... Dans un temps où, assurément, personne ne prévoyait notre révolution, je m'étais attaché à la franche-maçonnerie (sic) qui offrait une sorte d'image de l'égalité, comme je m'étais attaché aux parlements qui offrait une sorte d'image de l'égalité ; j'ai depuis quitté le fantôme pour la réalité. Au mois de décem­bre dernier, le secrétaire du Grand-Orient s'étant adressé à la personne qui remplissait auprès de moi les fonctions de secrétaire du Grand-Maître pour me faire parvenir une demande relative aux travaux de cette société, je répondis à celui-ci en date du 5 janvier:

Comme je ne connais pas la manière dont le Grand-Orient est composé, et que d'ailleurs je pense qu'il ne doit y avoir aucun mystère ni aucune assemblée secrète dans une République, surtout au commencement de son établissement, je ne veux plus me mêler en rien du Grand-Orient ni des assemblées de francs-maçons...

Je vous prie, citoyen Milcent, de faire parvenir cette réponse à votre cor­respondant par la voie de votre journal.

Je suis votre concitoyen. »

Un autre maçon, célèbre pour d'autres raisons, Choderlos de Laclos, devait jouer un rôle important dans la campagne de l'ex-Duc d'Orléans, pour s'emparer du Pouvoir. Il contribua à l'élection de ce dernier, comme député de la noblesse, l'accompagna à Londres, le fit admettre au Club des Jacobins, participa à l'agitation des Esprits contre Versailles. Ses «Liaisons Dangereuses» auraient pu lui coûter la vie, mais à la différence de son Maître Egalité, il sauvera sa tête.

Si les loges sont pratiquement en sommeil, la maçonnerie ne fut pourtant jamais interdite. Les loges se réunirent clandestinement, d'autres libre­ment ; parmi les loges qui devaient fonctionner, la Loge Themis à Cam­brai, et surtout la « Parfaite Sincérité » à Marseille, qui devait initier le 8 octobre 1793, un personnage dont on devait entendre parler plus tard, Joseph Bonaparte, dont d'ailleurs le frère, Napoléon, avait été un protégé de Robespierre Le Jeune.

Il est inutile de rappeler tous les excès de la Terreur, et le nombre de victi­mes de la guillotine, qui porte le nom d'un non moins célèbre maçon, le Docteur Guillotin.

Mais parmi les victimes, signalons au passage l'authentique aventure de Jean-Marie Gallot, franc-maçon de la loge de « l'Union » de Laval, qui, ayant refusé le serment de la Constitution Civile en 1791, est emprisonné, et le Tribunal lui ayant proposé de jurer fidélité à la République, il refusa et le Président lui dit sans ambages : « Sois sûr que tu vas être guillotiné

». « Oh, ce sera bientôt fait », répondit le Prêtre-Maçon, et Jean-Marie Gallot a été béatifié avec 18 autres martyrs de la Foi en Mayenne par Pie XII, le 19 juin 1955.

Après Thermidor, les loges se montrent relativement inactives. Cepen­dant, la Grande Loge de Clermont rallume ses feux le 24 juin 1995, et le Grand-Orient de France, en 1796.

En 1798, les loges sont officiellement autorisées.

Le rôle de la maçonnerie dans la révolution française devait provoquer de vives polémiques.

Pour certains, la maçonnerie avait tramé un complot contre la royauté et l'église. Nous avons déjà évoqué cette thèse, à propos de la création en France du grade de Chevalier Kadosch.

En 1798, dans ses mémoires, pour servir à l'Histoire du Jacobisme, parues à Hambourg, le fameux abbé Barruel n'hésitait pas à soutenir que l'exécution de Louis XVI et le renversement de tous les trônes avaient été préparés au Congrès de Wilhemsbad. Il n'hésitait pas non plus à mettre en cause les sociétés de pensée, notamment l'Académie française. L'Aca­démie française seule, métamorphosée en club d'impiété, servit mieux la conjuration des Sophistes contre le Christianisme que n'aurait pu le faire toute la colonie de Voltaire. Elle infecta les gens de lettres, et les gens de lettres infectèrent l'opinion publique.

En 1801, un écrivain, l'ex-conventionnel J.J. Mounier, s'éleva avec force contre les affirmations de Barruel, dans un livre intitulé : «De l'influence attribuée aux philosophes, aux francs-maçons et aux illuminés sur la révo­lution de France», Témoin des débuts de la révolution et acteur dans les événements qui l'ont suivie, il était particulièrement qualifié pour évoquer le sujet.

Comme le rappelle Albert Lantoine, de nombreux francs-maçons applau­dirent à cette thèse, et en 1802, Abraham, dans son «Miroir de la Vérité», combat dans les termes emphatiques du Temps les conclusions de l'abbé Barruel, qui, «a endossé la tunique rouge et dégoûtante de la calomnie, lors même qu'il croyait s'approprier les ailes bleues de la renommée ».

Thory, de la même manière, va s'indigner contre les écrits qui salissent une société paisible dont le but est de pratiquer les vertus sociales, qui dans tous les temps, a donné les preuves du plus entier dévouement au Souverain et au Gouvernement.

Bien entendu, les prétendues révélations de Barruel seront une source iné­puisable pour les anti-maçons. Citons parmi les auteurs récents, Léon de Poncins, «La Franc-Maçonnerie d'après des documents secrets ». Ber­nard Fay, pour sa part, émettait la théorie selon laquelle la maçonnerie anglaise, par ses idées, avait provoqué les ruines traditionnelles de la noblesse française.

Mais le comble, dans cette histoire, c'est que les maçons, après avoir con­testé avec vigueur les idées de Barruel, allaient indirectement les repren­dre, et notamment Gaston Martin, dans son ouvrage «La Franc- Maçonnerie et la préparation de la révolution (1925)». Tout en niant la participation de la Franc-Maçonnerie dans la mort de Louis XVI, Gaston Martin s'efforce de glorifier l'action du Grand-Orient de France dans ce qu'il appelle la préparation de la révolution.

Nous avons, je crois, suffisamment développé la neutralité de la Franc- Maçonnerie à l'occasion de la révolution française. Ainsi que nous l'avons vu, il y avait des maçons dans les deux camps.

Cependant, comme nous l'avons déjà indiqué, et comme le rapportaient les mouches dès le début de la Maçonnerie en France, la maçonnerie était subversive par son existence même. Les hommes qui s'assemblent, même pour un innocent motif, nous rappelle Lantoine, échangent leurs opi­nions. Rien ne les dispose à penser comme la confrontation de ses opi­nions. Le mot de Bossuet assimilant un homme qui pense à un hérétique traduit aussi bien la lame du pouvoir spirituel que du pouvoir temporel. (Albert Lantoine, «La Franc-Maçonnerie et la révolution française»).

Les francs-maçons ont, par ailleurs, aidé à répandre l'idée de fraternité, pour avoir, dans un cercle restreint, réalisé cette idée chrétienne qui la rende plus familière aux esprits.

Une explication très moderne du rôle de la Franc-Maçonnerie et des socié­tés de pensée nous est donnée par le grand spécialiste de la révolution française, François Furet, qui épouse partiellement les thèses de Toque- ville d'une part, et d'Augustin Cochin d'autre part.

Il manque, à la fin dé l'Ancien Régime, des courroies de transmission entre le Pouvoir et ses sujets. La noblesse de Versailles est domestiquée à la Cour, d'où la thèse de ce que Cochin appelle «la Sociabilité politique», d'où un nouveau mode de relations entre les citoyens où sujets et le Pouvoir.

Les loges maçonniques, les clubs de pensée, les cafés et les théâtres ont tissé peu à peu une société de lumière très largement aristocratique et ouverte au talent et à l'argent roturier, cela, et je cite intégralement Cochin rapporté par Furet, jusqu'en 1788 constitue le contre-pouvoir.

Ce qui caractérise pour Cochin, l'opinion philosophique, c'est ce qu'elle constitue au nom des valeurs et des principes destructibles de l'Ancienne Société, une organisation et une force.

Déjà cette force, comme tout pouvoir, ne peut être toute entière publique, et peut l'être d'autant moins qu'elle ne s'avoue pas comme telle. C'est pourquoi elle a sa force cachée, ses cercles intérieurs, et elle a surtout ses sociétés secrètes comme la Franc-Maçonnerie, expression typique et inévi­table d'un pouvoir qui n'assume pas ses contraintes et dont le rôle est de tisser les solidarités et la discipline d'une hiérarchie à partir d'un recrute­ment fondé sur l'opinion.

Si la maçonnerie est si importante dans le monde historique d'Augustin Cochin, ce n'est pas comme dans Barruel parce qu'elle est l'instrument d'un complot contre l'Ancien Régime, c'est parce qu'elle incarne de façon exemplaire la chimie du nouveau pouvoir, transformant du social en politique, et de l'opinion en action. (Furet, «Penser la révolution», page 290 et suivantes).

Et par ailleurs, ce qui me paraît capital, nous nous maçons, et ce que les auteurs pour la plupart peut-être n'ont pas retenu, sauf précisément Furet, c'est que la Maçonnerie, par son rituel religieux, qui touche au plus profond une civilisation chrétienne, sacralise les valeurs morales de la Philosophie des Lumières : la tolérance, la philanthropie, la fraternité humaine.

Elle ouvre les voies d'un réformisme des élites bien plus que d'une révolu­tion des masses, c'est-à-dire qu'elle est un des ciments du Parti National, et je pense précisément à ces réunions des Etats Généraux, à ces scènes enthousiastes, où les nobles maçons abandonnent leurs privilèges, où, dans un enthousiasme général, on vote les Droits de l'Homme sous l'invo­cation de l'Etre Suprême. N'est-ce pas là vraiment une extériorisation du rituel maçonnique.

Si les maçons n'ont pas ainsi inventé «la révolution française », si la devise Liberté, Egalité, Fraternité n'a pas une origine maçonnique (elle a été inventée par Momoro).

Elle sera la devise de la République française en 1748, les loges maçonni­ques ont, par une ironie de l'histoire, propagé des idées chères à la révolu­tion française, par l'intermédiaire des loges militaires napoléoniennes.

Napoléon va conquérir l'Europe, son appartenance maçonnique a fait l'objet de multiples discussions, mais les membres de sa famille et la plu­part des hauts dignitaires sont maçons.

Or, ces loges militaires vont accepter en leur sein des ressortissants des pays conquis par les armées napoléoniennes.

Certes, ces armées ne laissent pas toujours les meilleurs souvenirs, mais ils propagent dans le monde les idées de Liberté d'Egalité et de Fraternité.

«Liberté chérie », chantaient les soldats de l'an II. La Liberté n'a certes pas conquis le monde, mais la Maçonnerie a propagé en effet dans le monde entier, les idéaux de 1789 pour un monde un peu plus juste, un peu meilleur, et un peu plus fraternel.

Conférence prononcée le samedi 18 février 1989 au Cercle Condorcet Brossolette, par Albert Monosson

Publié dans le PVI N° 72 - 1éme trimestre 1989

Source www.ledifice.net

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Révolution Française , une Révolution maçonnique ?

27 Décembre 2012 , Rédigé par Claude Jousseaume Publié dans #histoire de la FM

A SERGE HUTIN

Jurez de briser les liens charnels qui vous attachent encore à père, mère, frères, sœurs, femme, parents, amis, maîtresses, rois, bienfaiteurs, et à tout être quelconque à qui vous auriez promis foi, obéissance ou service.
Alexandre Dumas : « Joseph Balsamo »

Les Illuminés de Bavière


Dès la seconde moitié du dix-septième siècle, il semble que les sociétés secrètes se multiplient de manières surprenantes et significatives en Europe d’alors tel un essaim d’abeilles guerrières préparant leurs aiguillons au« grand combat » tel un grondement d’orage lointain se rapprochant, cris encore confus de millions d’êtres criant vengeance et liberté pour reprendre les termes de Stanislas de Guaïta.
Tout semble à l’origine partir d’Allemagne, plus particulièrement d’un modeste professeur de droit canon à Ingolstadt, Adam Weishaupt né en 1748 franc-maçon, disciple éclairé d’Helvétius, acquis aux idées égalitaires. Recevant bon accueil partout ou il professe, il décide alors de créer une société secrète anti cléricale et anti étatique pour lutter, contre l’influence des jésuites en Bavière. Le recrutement se fait en grande majorité chez les Maçons ayant au moins le grade de Maître, mais pas seulement, ciblant également les sphères des classes dirigeantes et agissantes. L’Ordre qui prend le nom d’Illuminés de Bavière se compose de trois grades à l’instar de la maçonnerie symbolique mais la véritable mission, l’Adeptat pourrait-on dire n’est révélé (et le mot ici n’est pas anodin) que dans le Cercle Intérieur appelé Aréopage.
Weishaupt prend le nom de Spartakus et instaure un groupement de loges aux noms antiques comme Eleusis et Athènes. Une structure de type quasi militaire est mise en place cherchant à faire du prosélytisme dans les hautes instances les infiltrant, visant particulièrement la franc-maçonnerie avant de passer à « l’Action Directe » .
Un texte terrifiant de Weishaupt nous laisse songeur : « Nous devons tout détruire, aveuglément, avec cette seule pensée : le plus possible et le plus vite possible… ».
A la suite d’une trahison l’Ordre est dissous, ses partisans arrêtés et Weishaupt s’enfuit et termine ses jours à Ratisbonne protégé par le duc de Saxe-Gotha.
La structure des Illuminés de Bavière ne semble pas avoir survécu à la répression mais, en ce qui concerne ses idées rien n’est moins sûr. Certains même parlent de la pérennisation de l’Ordre jusqu'à nos jours mais cela est une autre histoire.

Voyage en France maçonnique


La Maçonnerie française se structure vraiment en 1728 sous la houlette d’un anglais, Le duc de Wharton ! Elle est comme le rappelle l’éminent Alain Bauer, très peu engagée dans les débats politiques de l’époque mais s’intéresse fort aux débats sociaux et grandes idées libérales qui traversent l’Europe ; plus tard le Grand Orient de France se construira (pour des raisons internes) sur la base de la démocratie et du suffrage universel, une innovation dans le monde d’alors. A l’orée de la Révolution, les loges, à l’instar de l’Angleterre, se sont regroupées en obédiences.
La principale est le Grand Orient de France, née officiellement en 1773.
Installé rue du Pot de Fer, louant un local aux Jésuites ! Ce groupement d’hommes est fortement inspiré de l’esprit rationaliste des Lumières ; s’y côtoient dans une entente plus ou moins cordiale libres penseurs athées et partisans farouches du Grand Architecte de l’Univers.
A l’époque le Grand Orient compte environ 700 loges et pas loin de 35000 personnes, ce qui fait dire à la princesse de Lamballe interpellée par la reine Marie-Antoinette : « Tout le monde en est… » La pénétration de la Maçonnerie dans les couches agissantes de la société est donc loin d’être négligeable ! Même l’excommunication pontificale de Clément XII et Benoît XIV par les bulles édictées en 1738 et 1751 « In Emminenti et Providas » leur reprochant entre autre de prêter serment sur la bible, d’utiliser des symboles chrétiens et le secret de leurs réunions n’y changeront rien. Ce n’est pas parce que la franc-maçonnerie pratique l’athéisme qu’elle est condamnée mais parce qu’on y pratique un déisme vaguement chrétien !
En effet les particularités de notre France (encore fille ainée de l’Eglise) voulaient que les bulles pontificales soient enregistrées par le parlement de Paris pour avoir quelques effets et êtres appliquées dans le royaume. Cela ne fut jamais fait !
Donc les maçons étaient partout !
Voyez donc 80% des effectifs (entrepreneurs, négociants, fermiers généraux, officiers royaux) appartiennent au Tiers Etat, 5% (curés, vicaires) au Clergé quelquefois mêmes majoritaires dans certains ateliers et 15% font partie de la noblesse, proportionnellement pour ces derniers c’est énorme !
A cette époque, point de travaux, de planches incluant une réflexion comme dans la maçonnerie actuelle, les débats de sociétés ne sont pas présents dans les procès-verbaux (4) qui nous sont parvenus, en dépit de certaines appellations de loges qui pourraient prêter à confusion : « Le Contrat Social, les Préjugés vaincus ou le Nouveau peuple Eclairé ».
Bons nombres d’Ateliers, véritables brassages culturels, sont néanmoins imprégnés de l’idéal égalitaire et souhaitent l’abolition des privilèges. On y parle d’un monde à venir.
Il est pourtant coutume dans certains milieux de croire qu’une frange d’Initiés, réunis par des secrets incommunicables aux profanes, et grâce ou à cause d’un serment prêté dans le sang, s’entendent pour comploter contre l’autorité de l’Etat et s’attèlent à renverser simultanément Pape et Rois !
La base de cette théorie dont les partisans sont encore nombreux de nos jours vient en grande partie d’un ouvrage rédigé, et publié en 1797 : « Mémoires pour servir à l’histoire du Jacobinisme » écrit par un abbé du nom d’Augustin Barruel. L’auteur tente de démontrer le rôle néfaste des philosophes des lumières et leur anticléricalisme sur leurs contemporains par un habile recours à l’amalgame, servi également par une excellente érudition et une connaissance hors pair des rituels et légendes maçonniques, se servant des figures mythiques d’Hiram et de Jacques de Molay, il réussit sans mal à convaincre de nombreuses personnes de l’implication active des francs-maçons dans la révolution française surtout ceux des « arrières loges »  comme il les nomme. Il faut savoir que ces « Mémoires… » sont encore aujourd’hui la référence de tous les délires conspirationnistes; des « Protocoles des Sages de Sion » aux pseudo complots des Illuminatis en passant par les « Reptiliens » ; la trame délirante est la même, tous ces ouvrages reprennent d’une façon ou d’une autre des éléments de ce dangereux best seller. Lisez le « maître » et vous comprendrez mieux les élèves.
Et que dire aussi de cette prose attribuée à l’abbé Lefranc son précurseur, autre ecclésiastique dans « Le voile levé pour les curieux ou le secret de la Révolution de France révélé à l’aide de la Franc-Maçonnerie « publié en 1791 : « Oui je ne crains pas de l’avouer, c’est la franc-maçonnerie qui a appris aux français à envisager la mort de sang froid, à manier le poignard avec intrépidité, à manger la chair des morts, à boire dans leurs crânes et à surpasser les peuples sauvages en barbarie et en cruauté »
Un autre de ces fondements légendaires réside dans une « déviation » de la maçonnerie originelle en particulier dans le rite dit écossais qui comprend nombres de hauts grades aux noms pompeux. Rappelons ici que la maçonnerie dite symbolique comprend trois grades : Apprenti, Compagnon et Maître auxquels on peut pour certains auteurs comme René Guenon, rajouter la « Mark » et le « Royal Arch », même si le cheminement établi par le Rite Français 1783 est loin d’être illogique notamment sur le plan de la qualité initiatique. La Franc-Maçonnerie dans ses « hauts grades », faussement nommés supérieurs recueillit probablement dans des buts plus ou moins louables des bribes de tradition chevaleresque, hermétique, rose croix et alchimique qui sont, somme toute des voies forts diverses. On y trouve des appellations ou dignités aux noms éloquents : « Chevalier d’Orient ou de l’Epée »…, « Maître Secret », « Secrétaire Intime » en passant par le « Souverain Prince Rose Croix », poursuivant vers le « Chevalier Kadosh » jusqu’au » Souverain Grand Commandeur » 33ème degré du REAA. Comme je l’indiquais plus haut une partie de la maçonnerie du rite écossais se réclame, (du moins par certains de ses psychodrames lors de passages de grades), d’une filiation pseudo templière, nous avons déjà par le passé démontré que rien n’est plus faux. Jacques de Molay est d’ailleurs un mot de passe usité par certains Chapitres, alors que ce dernier en chrétien convaincu et fanatique aurait pourfendu les Francs Maçons, s’il les avait cotoyés.
Dans le 30ème degré du rite écossais, on parle d’une vengeance templière, des rituels y font apparaître Squin de Florian (un des dénonciateurs des chevaliers aux blancs manteaux) le nouvel impétrant doit abattre les colonnes du Temple, monte symboliquement une échelle ascendante et descendante aux sept échelons et prête un serment de vengeance poignardant une couronne et une tiare (représentation des pouvoirs temporels et spirituels).
On parle également dans des grades de « vaincre ou mourir ». Au 32ème degré « le Royal Secret » on reconstruit le Temple de Jérusalem pour l’avènement d’une humanité meilleure.

1793 fut la réplique de 1314 : la vengeance de Jacques de Molay !


« Nombreux croient encore qu’une intelligence invisible manipule le destin de l’humanité ».
Guy Tarade

Tout le monde connaît la fin tragique de l’ordre religieux et militaire des Templiers, un des ordres les plus puissants d’Occident, fondé au XIIe siècle dans un contexte de croisade et dont le procès, commencé en 1307 sur les intentions du roi de France Philippe le Bel et de ses conseillers, prendra fin avec la mise au bûcher, le 13 mars 1314, du dernier grand maître de l’ordre. A ce moment, Jacques de Molay aurait prophétisé une vengeance du ciel contre ses bourreaux, le pape Clément V devant mourir dans les quarante jours et le roi de France, la même année. Une partie de l’historiographie consacrée au Temple nous cite cet hypothétique discours de Jacques de Molay, lançant sa malédiction contre le pape, le roi et ses descendants. Même si nous savons aujourd’hui que cet épisode relève de la fiction l’histoire de cette malédiction traversant les siècles à la vie dure, pour beaucoup comme Eliphas Lévi et Stanislas de Guaïta, la révolution fut une lutte entre « adeptes de deux factions relevant d’initiations différentes ». Le régime de la terreur en fut le fruit. Pour l’auteur du « Dogme et Rituel de la haute Magie » … le nœud terrible de 93 est encore caché dans les arcanes des sociétés secrètes dirigées par les Illuminés, préparés dans les arrières loges des maçons ! On dit que la Révolution commença à la Bastille désignée à la vindicte populaire par des initiés parce qu’elle avait été la prison de Jacques de Molay ! l’Arcane invoqué, se termina à la mort du Roi.
Je laisse ici la parole à Eliphas Lévi entendez le narrer; un des plus terribles épisodes de la Révolution ces anecdotes horriblement éloquentes se passent de commentaires : « Le roi était captif au temple et le clergé français en exil. Le canon tonnait sur le pont neuf, et des écriteaux menaçant proclamaient la Patrie en danger. Alors des hommes inconnus organisèrent le massacre. Un personnage hideux, gigantesque, à longue barbe était partout où il y avait des prêtres à égorger. …Et il frappait avec rage, et il frappait toujours, avec le sabre, avec le couperet, avec la massue. Il était rouge de sang de la tête au pied ; sa barbe en était toute collée, et il jurait… qu’il ne la laverait qu’avec du sang….Après la mort de Louis XVI, au moment même où le souverain venait d’expirer sous la hache du sacrificateur…. Il monta sur l’échafaud, prit du « royal sang » et hurla d’une voix terrible : Peuple français, je te baptise au nom de Jacques et de la liberté » Et 1793 vengea 1314 ! »
Plus troublantes encore sont les vaticinations de l’écrivain Jacques Cazotte, l’auteur du « Diable amoureux » ardent partisan de la Révolution qui devait périr dévoré par elle, rectifié par le « couperet égalitaire de la guillotine »
« Il me semble que c'était hier, et c'était cependant au commencement de 1788. Nous étions à table chez un de nos confrères à l'Académie, grand seigneur et homme d'esprit ; la compagnie était nombreuse et de tout état, gens de robe, gens de cour, gens de lettres, académiciens, etc. On avait fait grande chère, comme de coutume. Au dessert, les vins de Malvoisie et de Constance ajoutaient à la gaieté de la bonne compagnie cette sorte de liberté qui n'en gardait pas toujours le ton : on en était venu alors dans le monde au point où tout est permis pour faire rire.
Chamfort nous avait lu de ses contes impies et libertins, et les grandes dames avaient écouté sans avoir même recours à l'éventail. De là un déluge de plaisanteries sur la religion : et d'applaudir. Un convive se lève, et tenant son verre plein : Oui, messieurs, s'écrie-t-il, je suis aussi sûr qu'il n'ya pas de Dieu que je suis sûr qu'Homère est un sot. En effet, il était sûr de l'un comme de l'autre; et l'on avait parlé d'Homère et de Dieu, et il y avait là des convives qui avaient dit du bien de l'un et de l'autre.
La conversation devient plus sérieuse; on se répand en admiration sur la révolution qu'avait faite Voltaire, et l'on convient que c'est là le premier titre de sa gloire : Il a donné le ton à son siècle, et s'est fait lire dans l'antichambre comme dans le salon.
Un des convives nous raconta, en pouffant de rire, que son coiffeur lui avait dit, tout en le poudrant : Voyez-vous, Monsieur, quoique je ne sois qu'un misérable carabin, je n'ai pas plus de religion qu'un autre
On en conclut que la révolution ne tardera pas à se consommer ; qu'il faut absolument que la superstition et le fanatisme fassent place à la philosophie, et l'on en est à calculer la probabilité de l'époque, et quels sont ceux de la société qui verront le règne de la raison. Les plus vieux se plaignent de ne pouvoir s'en flatter, les jeunes se réjouissent d'en avoir une espérance très vraisemblable, et l'on se félicitait surtout l'Académie d'avoir préparé le grand œuvre et d'avoir été le chef-lieu, le centre, le mobile de la liberté de penser.
Un seul des convives n'avait point pris de part à toute la joie de cette conversation, et avait même laissé tomber tout doucement quelques plaisanteries sur notre bel enthousiasme : c'était Cazotte, homme aimable et original, malheureusement infatué des rêveries des illuminés. Son héroïsme l'a depuis rendu à jamais illustre.
Il prend la parole, et du ton le plus sérieux : Messieurs, dit-il, soyez satisfaits; vous verrez tous cette grande révolution que vous désirez tant. Vous savez que je suis un peu prophète, je vous répète : vous la verrez.
On lui répond par le refrain connu : Faut pas être grand sorcier pour ça.»
Soit, mais peut-être faut-il l'être un peu plus pour ce qui me reste à vous dire. Savez-vous ce qui arrivera de cette révolution, ce qui en arrivera pour tous tant que vous êtes ici, et ce qui en sera la suite immédiate, l'effet bien prouvé, la conséquence bien reconnue ?
Ah! Voyons, dit Condorcet avec son air sournois et niais; un philosophe n'est pas fâché de rencontrer un prophète.
Vous, Monsieur de Condorcet, vous expirerez étendu sur le pavé d'un cachot, vous mourrez du poison que vous aurez pris pour échapper au bourreau, du poison que le bonheur de ce temps-là vous forcera de porter toujours sur vous.
Grand étonnement d'abord ; mais on se rappelle que le bon Cazotte est sujet à rêver tout éveillé, et l'on rit de plus belle.
Monsieur Cazotte, le conte que vous faites ici n'est pas si plaisant que votre « Diable Amoureux » ; mais quel diable vous a mis dans la tête ce cachot, ce poison et ces bourreaux ? Qu'est-ce que tout cela peut avoir de commun avec la philosophie et le règne de la raison?
- C'est précisément ce que je vous dis : c'est au nom de la philosophie, de l'humanité, de la liberté, c'est sous le règne de la raison qu'il vous arrivera de finir ainsi, et ce sera bien le règne de la raison, car alors elle aura des temples, et même il n'y aura plus dans toute la France, en ce temps-là, que des temples de la Raison. Par ma foi, dit Chamfort avec le rire du sarcasme, vous ne serez pas un des prêtres de ces temples-là.
- Je l'espère; mais vous, Monsieur de Chamfort, qui en serez un, et très digne de l'être, vous vous couperez les veines de vingt-deux coups de rasoir, et pourtant vous n'en mourrez que quelques mois après. »
On se regarde et on rit encore. Vous, Monsieur Vicq-d'Azir, vous ne vous ouvrirez pas les veines vous-même; mais, après vous les avoir fait ouvrir six fois dans un jour, après un accès de goutte pour être plus sûr de votre fait, vous mourrez dans la nuit. Vous, Monsieur de Nicolaï, vous mourrez sur l'échafaud ; vous, Monsieur de Bailly, sur l'échafaud...
- Ah! Dieu soit béni! dit Roucher, il paraît que monsieur n'en veut qu'à l'Académie ; il vient d'en faire une terrible - exécution; et moi, grâce au Ciel...
-Vous! Vous mourrez aussi sur l'échafaud.
- Oh! C’est une gageure, s'écrie-t-on de toute part, il a juré de tout exterminer.
- Non, ce n'est pas moi qui l'ai juré.
- Mais nous serons donc subjugués par les Turcs et les Tartares? Et encore!...
-Point du tout, je vous l'ai dit : vous serez alors gouvernés par la seule philosophie, par la seule raison. Ceux qui vous traiteront ainsi seront tous des philosophes, auront à tout moment dans la bouche toutes les mêmes phrases que vous débitez depuis une heure, répéteront toutes vos maximes, citeront tout comme vous les vers de Diderot et de « LA PUCELLE »... »
On se disait à l'oreille : Vous voyez bien qu'il est fou (car il gardait le plus grand sérieux) . Est-ce que vous ne voyez pas qu'il plaisante ? et vous savez qu'il entre toujours du merveilleux dans ses plaisanteries.
- Oui, reprit Chamfort; mais son merveilleux n'est pas gai ; il est trop patibulaire. Et quand tout cela se passera-t-il ?
- Six ans ne se passeront que tout ce que je vous dis ne soit accompli...
- Voilà bien des miracles (et cette fois c'était moi-même qui parlais) ; et vous ne m'y mettez pour rien ?
- Vous y serez pour un miracle au moins aussi extraordinaire : vous serez alors chrétien. Grandes exclamations. Ah! reprit Chamfort, je suis rassuré ; si nous ne devons périr que quand La Harpe sera chrétien, nous sommes immortels.
-Pour ça, dit alors Mme la duchesse de Gramont, nous sommes bien heureuses, nous femmes, de n'être pour rien dans les révolutions. Quand je dis pour rien, ce n'est pas que nous ne nous en mêlions toujours un peu ; mais il est reçu qu'on ne s'en prend pas à nous, et notre sexe...
- Votre sexe, Mesdames, ne vous en défendra pas cette fois, et vous aurez beau ne vous mêler de rien, vous serez traitées tout comme les hommes, sans aucune différence quelconque.
- Mais qu'est-ce que vous nous dites donc là, Monsieur Cazotte ? C'est la fin du monde que vous nous prêchez.
- Je n'en sais rien ; mais ce que je sais, c'est que vous, Madame la duchesse, vous serez conduite à l'échafaud, vous et beaucoup d'autres dames avec vous, dans la charrette du bourreau, et les mains liées derrière le dos.
- Ah! j'espère que, dans ce cas-là, j'aurai du moins un carrosse drapé de noir !
- Non, Madame, de plus grandes dames que vous iront comme vous en charrette, et les mains liées comme vous.
- De plus grandes dames ! quoi ! Les princesses du sang ?
- De plus grandes dames encore... Ici un mouvement très sensible dans toute la compagnie, et la figure du maître se rembrunit. On commençait à trouver que la plaisanterie était forte.
Mme de Gramont, pour dissiper le nuage, n'insista pas sur cette dernière réponse, et se contenta de dire du ton le plus léger : « Vous verrez qu'il ne me laissera pas seulement un confesseur !
- Non, Madame, vous n'en aurez pas, ni personne. Le dernier supplicié qui en aura un par grâce sera...
Il s'arrêta un moment. Eh bien, quel est donc l'heureux mortel qui aura cette prérogative ? - C'est la seule qui lui restera : et ce sera le roi de France.
Le maître de la maison se leva brusquement, et tout le monde avec lui. Il alla vers M. Cazotte, et lui dit avec un ton pénétré : Mon cher Monsieur Cazotte, c'est assez faire durer cette facétie lugubre ; vous la poussez trop loin, et jusqu'à compromettre la société où vous êtes et vous-même. » Cazotte ne répondit rien, et se disposait à se retirer, quand Mme de Gramont, qui voulait toujours éviter le sérieux et ramener la gaieté, s'avança vers lui.
« Monsieur le Prophète, qui nous dites à tous notre bonne aventure, vous ne dites rien de la vôtre. »
Il fut quelque temps en silence et les yeux baissés.
Madame, avez-vous lu le siège de Jérusalem dans Josèphe ?
Oh! Sans doute; qu'est-ce qui n'a pas lu ça ? Mais faites comme si je ne l'avais pas lu.
Eh bien, Madame, pendant ce siège, un homme fit sept jours de suite le tour des remparts, à la vue des assiégeants et des assiégés, criant incessamment d'une voix sinistre et tonnante : Malheur à Jérusalem ! Malheur à moi-même ! Et dans le moment une pierre énorme, lancée par les machines ennemies, l'atteignit et le mit en pièces.
Et, après cette réponse, M. Cazotte fit sa révérence et sortit.
Narré par le Chevalier Jean-François de la Harpe dans ses mémoires en 1802.
Jacques Cazotte fut condamné à mort en 1792, les minutes de son procès sont édifiantes, il est interrogé d’égal à égal par le président du tribunal et voyez les questions posées rapportées par le Marquis Stanislas de Guaïta:
Q-Quelle est la secte dans laquelle vous êtes rentré ? Est-celle des Iluminés ?
R- Toutes les sectes sont illuminées, mais celle dont je parle…. J’y suis resté attaché l’espace de trois ans ; … néanmoins j’en suis demeuré l’ami.
La connaissance par les choses occultes est une mer orageuse dont on n’aperçoit pas le rivage.
Et voyez la sentence du tribunal le privant de la vie, chacun des mots y est révélateur : Ecoutes les dernières paroles de tes juges ! Puissent-elles en te déterminant à plaindre le sort de ceux qui viennent de te condamner. Tes pairs t’on entendu, tes pairs t’on condamné… envisage sans crainte le trépas, songe qu’il n’a pas le droit d’effrayer un homme tel que toi. Encore un mot. Tu fut homme, chrétien, philosophe, initié, sache mourir en homme, sache mourir en chrétien ; c’est tout ce que ton pays puisse encore attendre de toi !

Chronologie partielle de la Révolution


On peut dire que la Révolution française débute le 14 juillet 1789 pour la grande majorité des gens par un fait divers tragique : la prise de la Bastille ; la mort de ses défenseurs et la libération des prisonniers retenus ouvrant une brèche dans laquelle s’engouffra la vindicte populaire. Le lendemain Lafayette est nommé commandant de la Garde Nationale, et le jour suivant la forteresse de la Bastille est détruite devant les ossements mis à jour on s’écrie : Le jour de la révélation est arrivé…les os se sont levés à la voix de la liberté française ; ils déposent contre les siècles de l’oppressions et de la mort, prophétisent la régénération de la nature humaine et de la vie des nations.. Partout dans le royaume la révolte gronde et s’installe mélange de peur et d’espoir. Le 04 août c’est l’abolition des privilèges, la déclaration des droits de l’Homme, machine de guerre contre l’ancien régime avec sa représentation ou fleurissent de nombreux symboles maçonniques date du 26 août. Un franc-maçon le docteur Guillotin en octobre, propose d’humaniser la peine de mort et de rendre les exécutions capitales moins barbares son idée une machine destinée à « rafraichir les nuques », elle porte d’abord le nom de Louison mais sera appelé bientôt guillotine. En janvier 1790, Maximilien Robespierre provoque une véritable tempête à l’Assemblée en demandant le suffrage universel, le 21 octobre le drapeau français devient bleu, blanc, rouge (bleu et rouge couleurs de la ville de Paris et blanc la royauté) pourrait-on parler d’une influence des couleurs américaines lors de l’indépendance de 1776 ?
En mars 1791 un message de la reine Marie Antoinette l’Autrichienne comme on la nomme alors, est intercepté, elle y demande de l’aide à son frère l’empereur d’Autriche, la France est encerclée par une coalition. En juin le roi et sa famille tentent de fuir, ils sont interceptés à Varennes. Le 20 juin 1792, une foule rageuse envahit les Tuileries, le roi tente de négocier avec la population furieuse et se coiffe même du bonnet phrygien rouge ! Après cet événement faisant suite à de multiples retournements politiques, le monarque perd toute crédibilité aux yeux des français. Le 22 juillet, la patrie est déclarée en danger, les volontaires affluents c’est l’époque de la naissance de la Marseillaise composée par le Frère Rouget de Lisle. Le 13 août 1792 suite aux nouvelles émeutes des Tuileries le roi et les siens sont emprisonnés à la prison du Temple  ; en septembre probablement en réaction à la défaite de Verdun (la ville s’était rendu aux prussiens) et la peur d’un retour a l’Ancien Régime, des groupes de massacreurs parisiens (mais également en province) investissent les prisons et égorgent tous les prisonniers quels que soient leur condition.
Le 20 septembre à Valmy les troupes révolutionnaires remportent une victoire surprenante contre la coalition européenne, les liens maçonniques entre Brunswick et Dumouriez ont-ils joués un rôle ? .
Deux jours après, la République est proclamée ! En décembre saint Just demande la mort du roi de France : Nul ne put régner innocemment ! Pour lui il faut venger le meurtre du peuple par la mort du roi. Comme nous le rappelle le philosophe Albert Camus, la théocratie fut ébranlée en 1789 et sera tuée en 1793 dans son incarnation humaine ; Dieu jusqu’ici se mêlait à l’histoire par les rois, après la mort de Louis XVI,  il est relégué dans le ciel des principes. Philippe Egalité, ancien Grand Maître du Grand Orient de France et cousin du roi votera sa mort.
Louis Capet seizième du nom monta courageusement à l’échafaud le 21 janvier 1793, celui qui avait raté son règne réussit sa mort.
Il but, selon ses dernières paroles après avoir absous le peuple de France : Peuple, je meurs innocent, je prie Dieu que mon sang ne retombe pas sur la France, le calice jusqu'à la lie !
Les tambours grondèrent, la foule cria, le couperet tomba et la république devint régicide !

LIBERTE EGALITE FRATERNITE !


Alors la révolution de France fut-elle la révolution de la franc-maçonnerie ? En tant que groupe constitué non, il n’y eut pas de conspiration, comme il n’y eut pas de vote franc-maçon, comme nous l’avons rappelé plus avant ; la plus grande partie des activités des tenues d’alors consistait à pratiquer des rituels d’ouverture et fermeture des travaux, à recevoir des visiteurs illustres et moins illustres ; procéder aux initiations et augmentations de salaires ; accomplir des actes de bienfaisances pour enfin terminer par des agapes. Fut-elle comme le racontait des monarchistes « l’agent satanique d’un renversement inopiné » ?.
L’affirmation d’un complot maçonnique fomentant la Révolution en fin de compte arrangea beaucoup de monde parmi les Royalistes pour qui se fut une arme et aussi chez les Républicains francs-maçons qui s’en servirent comme d’un étendard.
La Révolution n’est pas née dans les loges même si par ses idées libérales, les ateliers maçonnique étaient un magnifique laboratoire d’idées, rassemblant des hommes qui sans elles se furent ignorés !
N’oublions pas que la Maçonnerie pratiquait chose rare pour l’époque la fraternité, s’y tenait des élections, on y revendiquait la liberté d’assemblée et la liberté de parole, de réunion et d’association. Les roturiers portent dans les ateliers, le baudrier ou cordon de maître et même l’épée, ce qui leur était interdit au dehors dans le monde « profane ».
Cette recherche d’égalité fit dire à Beaumarchais dans « Figaro », faisant transiter la philosophie du « sang » à celle du « mérite », apostrophant la noblesse : « Vous vous-êtes donné la peine de naître, et rien de plus » peuplant par ces mots les loges maçonniques.
En 1776 a l’indépendance des Etats Unis Lafayette, Washington, Franklin (Vénérable Maître de la loge « les neuf sœurs à Paris) étaient Frères en Initiation .
Pour Alexis de Tocqueville, la Révolution Française fut la terminaison soudaine et violente d’une œuvre à laquelle dix générations d’hommes avaient travaillés, mais pour lui le vieil édifice social serait tombé par lui-même tôt ou tard pièces par pièces.
Les lumières, nées dans les loges maçonniques hâtèrent-elles sa venue ? Ce n’est pas à en douter, rappelons-nous que pratiquement toutes les avancées sociales qui régissent notre monde actuel sont issues pour la plupart de réflexions polies au sein des assemblées de maçons. Ces cercles furent dans le passé innovateurs et à la pointe du progrès.

La franc-maçonnerie fut en sommeil (ou à peu près) pendant la crise révolutionnaire, mais la noble institution, grâce ; au Grand Orient de France laissa à la République cette devise que la France fit sienne un beau mois de juillet :
LIBERTE EGALITE FRATERNITE,  le reste n’est que littérature.

source :
http://lesarchivesdusavoirperdu.over-blog.com/article-18411215.html

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La recomposition du paysage maçonnique français est également celle de l'Europe.(20/12/2012)

26 Décembre 2012 , Rédigé par Raphaël Aurillac le 20 décembre 2012 Publié dans #histoire de la FM

La Grande Loge de France (GLDF),

la Grande Loge Traditionnelle Symbolique Opéra (GLTSO),

la Loge Nationale Française (LNF),

la Grande Loge de l’Alliance Maçonnique Française (GL-AMF)

et la Grande Loge Indépendante de France (GLIF),

qui se sont de nouveau réunies le mardi 18 décembre, ont, dans un communiqué commun daté du 19 décembre 2012, officiellement déclaré leur intention de créer une Confédération de Grandes Loges partageant les mêmes critères de régularité et s’inscrivant dans la Tradition Maçonnique Universelle.

Elles ont convenu de mettre en chantier la constitution d’une Confédération de Grandes Loges marquant ainsi leur volonté de recomposer le paysage maçonnique français conformément à la "déclaration de Bâle".

Les 5 Grandes Loges Françaises qui répondent au vœu des 5 Grandes Loges Continentales, bénéficient d'une conjoncture exceptionnellement favorable car:

la Grande Loge Unie d'Angleterre a annoncé et rappelé il y a cinq jour par son représentant Alan Engelfield, qu'elle n'autorise pas la création de districts en France qui demeure un territoire fermé aux puissances maçonniques étrangères; qu'elle ne reconnaîtrait aucune obédience qu'elle quelle soit avant au moins trois ans et que la Glnf, par ses ordonnances qui maintiennent au pouvoir les anciens Stifaniens, persistait à décevoir Londres;

les 50 Grandes Loges américaines, divisées sur ce thème et pour le moins dubitatives, n'accorderont, elles non plus, aucune reconnaissance avant de longues années. (Voir notre précédent article)

Ainsi la confédération des cinq Grandes Loges Françaises dispose-t-elle d'au moins trois ans pour :

se constituer; (2013)

obtenir la reconnaissance des cinq Grandes Loges européennes signataires de la "déclaration de Bâle"; (fin 2013 ou 2014)

s'imposer sur la scène internationale pour obtenir la reconnaissance anglo-saxonne. (2016 ou au delà)

L'entreprise est parfaitement réalisable dans le temps à la fois bref mais suffisant dont elle dispose.

Dans les deux ans qui viennent nous assisterons à la création d'une forte alliance entre la Confédération française (~ 53000 membres) et les Grandes Loges signataires de la "déclaration de Bâle" : les Grandes Loges régulières de Suisse, d'Allemagne, d'Autriche, de Belgique et du Luxembourg.

Cette puissante coalition ne constituera rien de moins que le nouveau bloc maçonnique de l'Europe continentale qui s'imposera comme une évidence sur la scène mondiale des Grandes Loges régulières.

Tout à chacun doit avoir à cœur d'inscrire son itinéraire maçonnique personnel dans ce grand dessin exaltant qui n'est pas seulement institutionnel mais avant tout moral.

Il s’agit en effet de mettre en œuvre ici et maintenant en Europe une nécessaire revitalisation de notre spiritualité et de nos valeurs, affaiblies outre manche et outre atlantique par l’inexorable érosion du nombre de nos Frères.

Londres ne pourra sans s'isoler, ignorer cette puissance émergente qui lui demandera sa bénédiction avec la révérence fraternelle que nous lui devons tous.

La Glnf divisée et déclinante, non réformée, autoritaire et réactionnaire, ne peut rien et n'est rien face à de tels enjeux qui la dépassent totalement.

Source : http://boaz-jakin.over-blog.com/article-la-recomposition-du-paysage-ma-onnique-fran-ais-est-egalement-celle-de-l-europe-113636642.html

Commentaire : et les autres obédiences ? : GLTF, CLISRU, GODF….

 

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Les Métaux et la Mémoire

26 Décembre 2012 , Rédigé par Marc Labouret Publié dans #histoire de la FM

A la mémoire de Henri Labouret (1879-1970),
numismate éminent,
initié à la Lumière du Nord, à l’Orient de Lille, en 1905.

Le jeton et le méreau apparaissent au Moyen-âge. D’abord synonymes, les deux mots désignent peu à peu deux objets d’usage différent. D’une part, le mot de méreau vient à caractériser essentiellement des monnaies de convention : dans son Dictionnaire historique de l’ancienne langue française, au XVIIIe siècle, La Curne de Saint Palaye en cite quelques usages : A l’église pour constater la présence des moines aux offices, au marché pour prouver l’acquittement d’un droit, dans les travaux, les ateliers, pour représenter à la fin de la semaine le prix des journées. Le méreau est donc, notamment, l’ancêtre du jeton de présence, y compris dans les ateliers maçonniques. D’autre part, les jetons servent d’instrument de calcul : dans ce rôle, ils succèdent au calculus, petit caillou dont usaient les Romains. Ils se posent (se « jettent ») sur des abaques, appelés aussi mérelles (d’où aussi le jeu de marelle), ou comptoirs – le mot est resté. Comme les bouliers orientaux, ils facilitent les opérations complexes, auxquelles les chiffres romains ne se prêtent pas. A partir du XVIe siècle, la diffusion des chiffres arabes prive progressivement les jetons de compte de leur utilité. On trouve pourtant encore trace de leur usage désuet dans Molière ou Sévigné, et on édite jusqu’en 1812 des manuels de comptabilité qui expliquent leur mode d’emploi. Mais ils connaissent une mutation, que Diderot explique parfaitement : L’usage des jettons pour calculer étoit si fort établi que nos rois en faisoient fabriquer des bourses pour être distribuées aux officiers de leur maison qui étoient chargés des états des comptes… Ainsi, ils deviennent récompense royale, rémunération qui ne dit pas son nom pour des serviteurs de l’Etat, dont la noblesse interdit de recevoir un vulgaire salaire. L’aristocratie, les parlements, les villes, les
corporations, imitent le roi, et l’usage se répand d’offrir des jetons en cadeau de prestige. Des milliers de petites œuvres d’art témoignent de cette coutume qui dure de la Renaissance à la Révolution et culmine au XVIIIe siècle.

Dans ce contexte, les obédiences et loges maçonniques frappent jeton comme tout le monde, à partir des années 1770. Le but est d’abord de récompenser l’assiduité du travail maçonnique : en 1784, un jeton de la loge de la Parfaite Union, à l’Orient de Valenciennes, porte la mention LABORIS ASSIDUI PRAEMIUM (Récompense du travail assidu). Ce premier usage avéré reste le plus important jusqu’à nos jours, sous des formes diverses.

Aujourd’hui, on appellerait plutôt médailles les pièces de gratification ou de commémoration que l’Ancien Régime désignait du mot de jetton. Au début du XIXe siècle, on trouve indifféremment les appellations de jeton et de médaille pour les mêmes pièces. Thory dit même explicitement, en 1812, qu’on peut considérer comme des médailles les jetons des loges. De plus, ces jetons sont souvent percés et complétés d’une bélière pour être portés en décoration. Deviennent-ils ainsi médailles ? Cessent-ils d’être jetons ? Et si on leur ajoute un ruban pour les porter à la boutonnière, où s’arrête la numismatique, où commence la phaléristique, voire la « cordonnite » ? Autre type de confusion : l’empreinte métallique du sceau de la loge peut être utilisé comme médaille ou bijou. Souvent, ce sont les dimensions de la pièce qui la font classer parmi les jetons ou parmi les médailles. La distinction n’est pas nette. A tout le moins, la limite est floue. N’attachons pas trop d’importance à la dénomination des pièces. Toutefois, nous écartons le terme de méreau : il ne s’emploie guère que pour les jetons paramonétaires du Moyen-âge et de la Renaissance, d’usage populaire ou ecclésiastique.

A partir de 1820, et surtout 1840, on rencontre la mention jeton de présence, notion qui ne se confond pas avec la précédente. Le jeton de présence, sans prétention esthétique et frappé dans les alliages les plus économiques, est seulement un justificatif de l’assiduité, pour éventuellement la récompenser autrement par la suite. Distribué à l’issue d’une séance, il est en fin d’année déduit de la cotisation annuelle suivante. Après les loges maçonniques, les sociétés industrielles et commerciales s’approprient cet usage. Dans plusieurs loges et même au Grand Orient, des jetons avec valeur faciale s’apparentent aux monnaies de nécessité qui pullulent à la fin du XIXe siècle.

On retrouve une valeur d’échange explicite, d’un tout autre esprit, dans les jetons de bienfaisance, échangeables contre des denrées alimentaires, émis par les loges de la Rochelle et d’Oran.

Il est possible que le jeton maçonnique ait aussi servi de signe d’appartenance et de reconnaissance, comme ces pièces décrites par Hennin : Cette pièce et les deux suivantes servaient aux ouvriers qui travaillaient aux démolitions de la Bastille pour être reconnus à l’entrée de leurs ateliers. Celle-ci était pour les chefs des travaux, la suivante pour les ouvriers, et la dernière pour les manœuvres. On peut se trouver en présence de pratiques comparables quand on lit qu’une loge de Rouen exclut un frère en lui retirant ses trois médailles, celles-ci correspondant peut-être aux grades d’apprenti, compagnon et maître… Cette utilisation expliquerait mieux que les autres, somme toute, pourquoi les beaux jetons du XVIIIe et de la première moitié du XIXe siècle se rencontrent dans différents métaux, et souvent percés ou munis d’une bélière pour être portés ou exposés.

Au XIXe siècle, la numismatique maçonnique se spécialise. Des médailles viennent récompenser des mérites divers. L’ancienneté, certes. Mais on connaît aussi des prix de poésie, de musique, de formation professionnelle, décernés par diverses loges de Paris et de Province.

Enfin, et encore aujourd’hui, la médaille vient commémorer un événement ou célébrer un anniversaire. Une inauguration de temple, un congrès, un anniversaire, sont l’occasion d’avoir recours au graveur pour en fixer dans le métal le durable souvenir. Grâce à ces occasions, la numismatique maçonnique reste vivante, même si on peut regretter qu’elle soit moins imaginative et beaucoup moins féconde qu’aux siècles passés.

Incidemment, il est à noter que le terme médaille a gardé ou pris dans les ateliers maçonniques un sens qui excède la numismatique. En effet, on appelle ainsi tout don, en général d’ordre philanthropique, décidé par une loge. Il va sans dire que ces “ médailles ” prennent de nos jours en général la forme d’un chèque. Il s’ensuit qu’à la lecture des comptes-rendus de tenues maçonniques, il ne faut pas toujours prendre au pied de la lettre le terme quand on apprend qu’une loge a décerné une médaille. Il peut s’agir d’une somme d’argent.    
Le premier intérêt du jeton maçonnique réside dans ses qualités esthétiques. Il séduit le collectionneur par sa variété et l’originalité des sujets et des formes rencontrés. Beaucoup de chefs-d’œuvre témoignent de l’histoire de l’art. On sera peut-être plus sensible au charme des pièces les plus anciennes : allégories de l’Ancien Régime, compositions rayonnantes du Premier Empire, trouvailles raffinées de la Restauration. Mais on trouve encore des exemples de l’esthétique de l’Art Nouveau, parfois de grande qualité. Enfin, l’Art Déco, voire l’abstraction, sont aussi représentés en leur temps. Beaucoup des graveurs sont eux-mêmes francs-maçons : Bernier, Jaley, Coquardon, Brévière, Desnoyers, Tattegrain… On ne s’étonnera pas de voir leur signature sur les compositions les plus originales, marquées par leur personnalité, voire leur ferveur - à la différence de celles où l’artisan se borne à suivre un cahier des charges, pour répondre à une commande dénuée pour lui de signification profonde. Malheureusement, un très grand nombre de jetons et médailles se bornent à un vocabulaire symbolique limité et convenu, voire à du texte sans illustration.

Le curieux trouvera ensuite dans les jetons et médailles maçonniques une illustration de l’histoire symbolique. La numismatique éclaire cette branche bien particulière de l’histoire de la pensée, plus et mieux sans doute que la peinture ou la littérature. Car les jetons, dès l’Ancien Régime, dès la Renaissance même, diffusent un vaste répertoire d’images et de devises, que le petit format oblige à condenser, pour le rendre compréhensible par tous avec un minimum de moyens. La Franc-maçonnerie naissante puise dans ce vocabulaire largement connu et compris, qui est aussi celui de l’héraldique et de la sigillographie : foi, lacs d’amour, ouroboros, pélican, astres, cœurs, grenades... Elle l’ajoute au vocabulaire, réel ou supposé, de la maçonnerie de métier : équerre et compas, perpendiculaire et niveau, truelle et maillet (mais en ignorant la boucharde, pourtant plus utilisée auparavant par les maçons et tailleurs de pierre pour représenter leur métier). Enfin, elle prend à son compte la symbolique mystique baroque (triangle, œil, tétragramme, nuées, pélican encore…) et réinvente une symbolique biblique du Temple. Le numismate, et le « jetonophile » surtout, sont bien placés pour faire la part de ces différents registres, et en observer la généalogie et la postérité.

Les jetons et médailles témoignent en outre de l’histoire événementielle de deux siècles chargés de révolutions et de coups d’Etat. Les relations des francs-maçons à la politique, leurs loyalismes successifs et parfois leur participation aux événements trouvent ici une illustration abondante. De Louis XVI à la Seconde Guerre Mondiale, la présence des francs-maçons est attestée dans les épisodes tourmentés de notre histoire, et, faut-il le rappeler, des deux côtés de chaque barricade.

Enfin, à l’évidence, l’histoire proprement maçonnique s’y retrouve donnée à lire. C’est d’une part l’histoire événementielle des loges et des obédiences, des grades et des rites : rassemblements et divisions entre frères ennemis, querelles et retrouvailles, volontés centripètes et forces centrifuges. C’est d’autre part l’évolution de la pensée maçonnique. Si celle-ci peut s’honorer d’une permanence dans les principes, elle s’est confrontée à des contextes politiques et sociaux en transformation constante, et s’est adaptée sans cesse aux réalités. La numismatique nous le prouve en combinant quatre modes d’information : le nom des loges, les légendes explicites, les motifs représentés et enfin leur support matériel.

Les noms des loges expriment les valeurs fondamentales communes du noyau de frères fondateurs. Si on les met en rapport avec la date de fondation des ateliers, ils révèlent la ligne directrice de l’époque. Par exemple, les titres distinctifs du XVIIIe siècle font souvent appel à la sociabilité, ceux du milieu du XIXe siècle à la bienfaisance, ceux de la Troisième République aux valeurs progressistes… En deux cent cinquante ans, ils passent de l’évocation des saints à la revendication de valeurs républicaines, laïques, voire socialistes.

Cette évolution que les noms des loges suggèrent, le langage de l’image la confirme. Les symboles ne changent pas en eux-mêmes, mais leur sélection et leur mise en scène évoluent. Les mots du vocabulaire restent à peu près les mêmes, mais les changements de la syntaxe expriment, de façon plus ou moins limpide, l’évolution de la pensée des francs-maçons français. On distingue ainsi des présentations attachées à une cohérence spatiale, et d’autres qui préfèrent une simple juxtaposition de symboles, comme coupés du monde matériel. Le rayonnement ou la modestie, le plan centré ou non, la présence ou non d’une base où ils sont posés, révèlent des conceptions différentes du lien entre symbole et réalité, comme de la place de l’institution symbolique (la Franc-maçonnerie) dans le monde et la société. L’index thématique en annexe aidera le lecteur désireux de faire ses propres observations.

L’analyse des légendes et devises d’accompagnement complète celle des dessins : Dispersit superbos (Il disperse les orgueilleux) célèbre la chute de l’Ancien Régime, et Post tenebras lux (La lumière après les ténèbres) la Restauration. Si foederis invenies (cherche et tu trouveras) appelle à l’effort individuel, Liberté égalité fraternité à la solidarité de groupe et l’engagement social.

Le métal utilisé même n’est pas sans signification. C’est un critère délicat, puisque souvent le même jeton est frappé dans des métaux différents, sans qu’on en sache toujours la raison. Néanmoins, on peut raisonnablement considérer que l’usage de l’argent, comme du latin et d’un style décoratif recherché, manifestent l’élitisme, tandis que la simplicité du maillechort ou de l’aluminium invitent à la démocratie, aussi explicitement qu’une devise républicaine.

La Franc-maçonnerie trouvera toujours difficilement sa place dans l’histoire générale. C’est la conséquence de sa volonté de discrétion, souvent imposée par son interdiction, voire les persécutions. Pourtant, elle a laissé des traces, qui appartiennent à tous. Nous espérons pouvoir aider à les lire. La Franc-maçonnerie est tradition. Cela veut aussi dire mémoire, et transmission de la mémoire. Pour cette transmission, la numismatique a son rôle à jouer. Certes, le franc-maçon a coutume de dire qu’il faut laisser les métaux à la porte du Temple, entendant par là que les préjugés, les passions et les intérêts profanes ne doivent pas troubler la recherche du vrai et du bien. Mais tous ces petits morceaux de métal n’évoquent-ils pas aussi la chaîne d’union, ces « anneaux de pur métal » qui unissent, dans le temps comme dans l’espace, les maîtres d’hier aux apprentis de demain ?                               

Notre propos n’est pas d’écrire une histoire de plus de l’Ordre maçonnique en France. Il en existe d’excellentes, auxquelles nous avons puisé abondamment, avec le seul scrupule de citer nos sources. Dans la bibliographie, nous y renvoyons le lecteur désireux d’approfondissement. Plusieurs revues de qualité, nationales ou régionales, publient les recherches actives et fécondes des historiens d’aujourd’hui, auxquelles nous avons aussi trouvé matière. Ici, il s’agit plutôt d’archéologie : nous voulons faire parler les objets. Jetons et médailles nous semblent illustrer à merveille tous ces travaux, parfois les compléter, mais jamais les concurrencer. La numismatique apparaît ici plus que jamais dans sa fonction de « science auxiliaire de l’Histoire ». Notre recherche, comme celle de l’archéologue, a porté sur l’identification et la datation des objets. Un rappel historique succinct, chaque fois que c’est possible et utile, vise à replacer les pièces dans leur contexte. Parfois, une anecdote, pas toujours glorieuse, leur ajoute un peu d’épaisseur humaine. Beaucoup d’entre elles ont été émises par des loges dont le passé mérite qu’on s’en souvienne… D’ailleurs, presque toutes les loges prestigieuses ou historiques ont frappé jeton. Citons dès maintenant Les Neuf Sœurs et la Parfaite Estime sous l’Ancien Régime, le Centre des Amis en pleine Révolution, Le Contrat Social et Anacréon sous le Premier Empire, Les Amis de la Vérité sous la Restauration, Bonaparte sous le Second Empire, Alsace-Lorraine et La Clémente Amitié sous la Troisième République…

Pour réaliser l’inventaire le plus complet possible des jetons et médailles maçonniques français émis jusqu’en 1939, nous nous sommes référé aux ouvrages et catalogues déjà publiés, spécialisés ou non. Les volumes du Hamburgische Zirkel Correspondenz (en abrégé HZC) parus autour de 1900 représentent la source la plus importante, avec la descripton de quatre cents pièces. Ils ne font pas double emploi avec les corpus de Feuardent pour l’Ancien Régime, Hennin pour la Révolution, Bramsen pour l’Empire. Les catalogues des marchands numismates ou des ventes aux enchères, y compris sur internet, témoignent des apparitions épisodiques de pièces sur le marché, voire des dispersions de collections. Notamment, les catalogues de la Maison Platt, et surtout celui de 1997, qui présente trois cents jetons et médailles. De même la vente publique, en 2003, à Cannes, du remarquable ensemble réuni par Michel Bonhomme, grand collectionneur prématurément disparu. Cette littérature permet de connaître environ six cents pièces, avec ou sans reproduction, avec ou sans description. Par ailleurs, nous avons pu avoir accès aux principales collections publiques ou privées : en premier lieu le fonds du Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale, qui rassemble environ six cents références. Les conservateurs des collections du Musée Gadagne et du Musée des Beaux-Arts de Lyon, ainsi que ceux des principales obédiences maçonniques françaises ont bien voulu nous ouvrir leurs vitrines, voire leurs réserves. La Grande Loge de France rassemble plus de deux cents jetons et médailles, dont certains exceptionnels. Le Grand Orient de France en détient près de cent cinquante. Plusieurs collectionneurs privés enfin nous ont aussi sacrifié de leur temps et partagé de leur savoir. Nous arrivons ainsi à quelque huit cent cinquante cotes, presque toutes accompagnées de description et d’illustration. 290 pièces n’avaient pas encore été publiées, dont des jetons et médailles d’Ancien Régime d’un grand intérêt. Celles déjà connues manquaient souvent de description complète ou d’illustration. Sans aucun doute il en reste à découvrir. Merci aux lecteurs qui nous aideront à combler les lacunes, aux collectionneurs qui détiennent des trésors ignorés et qui voudront bien les faire connaître.

Les frontières elles-mêmes ne sont pas toujours faciles à discerner : qu’est-ce qu’un jeton ou une médaille français ? Ce ne sont certes pas les pièces dont les légendes sont écrites en français : il y en a d’indiscutablement françaises qui sont écrites en latin, ou sans légende. Une médaille strasbourgeoise est en allemand : est-elle ou n’est-elle pas française ? Notre choix a été d’écarter les pièces belges et suisses, souvent remarquables, qui méritent des études respectant leurs contextes spécifiques. Nous retenons les jetons et médailles des anciennes colonies. Nous incluons aussi quelques médailles francophones, qui relèvent de la diaspora maçonnique française en terre étrangère, de Londres à Mexico. Enfin, nous intégrons les pièces maçonniques « napoléonides », qui citent l’Empereur, ou ses frères et soeurs. Pour l’essentiel, ce sont celles que Bramsen décrit dans son Médaillier de Napoléon le Grand.

Non sans remords, nous avons intégré au corpus les pièces que d’autres auteurs ou collectionneurs classent à tort, à notre avis, parmi les maçonniques françaises. Nous expliquons au cas par cas pourquoi nous ne les considérons pas maçonniques, ou pas françaises. Parfois, le doute subsiste. On pourra pour diverses raisons contester telle exclusion – ou telle inclusion : nous nous sommes même autorisé de ces mauvais exemples pour intégrer d’autres jetons non maçonniques, au prétexte qu’ils participent de l’histoire de la Franc-maçonnerie : ceux de l’Hôtel de Soissons, par exemple.

Nous ne suivons pas toujours les usages en numismatique. Nous n’indiquons pas le poids des pièces : puisque le même coin a souvent servi à frapper des jetons dans plusieurs métaux différents, ce poids n’est guère ici une indication d’authenticité. D’ailleurs, autant le poids d’un métal précieux est une importante indication de la valeur d’une monnaie, autant cette information est de peu d’utilité pour un jeton ou une médaille dont la valeur est arbitraire ou symbolique. Dans le même esprit, nous ne nous sommes pas attaché à présenter les pièces dans le meilleur état possible. C’est aussi que notre goût personnel nous fait apprécier la charge émotionnelle contenue dans un jeton qui a circulé, dans une médaille qui a été portée par son récipiendaire. Ils ont participé à la vie de leur loge, et transmettent l’empreinte de nos prédécesseurs sur les voies qu’ils ont tracées. Nos descriptions se veulent complètes mais aussi brèves que possibles : l’image est là presque toujours pour pallier leurs éventuelles approximations. Sous la pression de numismates chevronnés, nous mentionnons le ou les métaux pour lesquels nous connaissons des exemplaires de chaque référence ; mais cette mention ne prétend ni à l’exhaustivité, ni parfois à la rigueur scientifique : la patine aidant, le doute est possible entre cuivre et bronze, cuivre jaune et laiton, les différents alliages blancs ou jaunes des jetons les plus récents, ou le métal principal quand il est recouvert de dorure ou d’argenture. Les auteurs les plus professionnels ne sont pas toujours du même avis : ainsi, Gadoury voit souvent du bronze où HZC et Platt voient du cuivre. Pour près de la moitié de son inventaire, HZC ne mentionne pas le métal, ou bien se contente d’indiquer : métal blanc… Bramsen et Hennin n’en font pas état. Nos indications ne sont pas des certitudes. Enfin, nous nous sommes refusé de mentionner valeur ou rareté. Le marché est variable par essence, voire erratique. Notre connaissance en est partielle et partiale. Nous n’avons pas vocation à peser sur les prix, dans quelque sens que ce soit. Et comment évaluer le cours de médailles exceptionnelles ?

Nous avons été tenté par un classement chronologique. Il présentait plusieurs inconvénients. Hennin et Bramsen prouvent qu’un tel principe pousse à bien des choix arbitraires. En effet, de très nombreuses pièces ne sont pas datées. Pire : celles qui sont datées sont rarement datées de leur émission, mais bien plus souvent de la fondation de la loge, fondation parfois mythique ! Saint-Germain-en-Laye en donne le plus bel exemple. Nous devons considérer les dates mentionnées avec prudence, et rechercher l’époque de la gravure et/ou celle de la frappe à travers d’autres indices, d’autres sources. En outre, il est souvent intéressant de voir rassemblées les pièces qu’une même loge a successivement émises, et leur évolution en fonction des régimes politiques ou des modes esthétiques. La loge Saint-Louis de la Martinique en donne un des exemples les plus significatifs, en remplaçant à quelques années d’intervalle le portrait de Louis XVI par l’aigle impériale, puis par une représentation de Saint Louis. La loge des Admirateurs de l’Univers fournit un échantillonnage daté de la dégradation stylistique au XIXe siècle. Ce ne sont pas des cas isolés. Et, comme le fouilleur date une couche de terrain grâce au tesson typique, certain style ou thème nous permet d’approcher la date de gravure ou de frappe avec une marge d’erreur acceptable : la façade de temple entre deux colonnes est Restauration, l’équerre qui germe en feuilles d’acacia est un marqueur des années 1840.

Un classement géographique par région aurait pu être envisagé, si la répartition des pièces était équilibrée. Or, plus de la moitié sont parisiennes. Vingt-huit orients d’Ile-de-France, souvent en proche périphérie de la capitale, ont frappé médaille ou jeton. Les provinces sont très inégalement représentées : quatre villes représentent 36 % de l’ensemble. Lyon et sa région ont une abondante production, de qualité variable, de la Restauration à la Troisième République. La Normandie se distingue par des jetons nombreux et d’un grand intérêt esthétique et historique, de l’Ancien Régime à la Restauration. Le Nord regroupe quelques jetons anciens et remarquables. Toulouse a émis une quantité non négligeable de médailles et jetons, souvent médiocres. A de rares exceptions près, le reste de la France ne présente que des pièces isolées.

Nous avons donc opté pour un classement principal simple, par ville et loge, proche de celui retenu par HZC ou par le Cabinet des Médailles (reprenant certainement l’ordre du médaillier du Grand Orient, d’où provient le fonds maçonnique). Si cet ordre dissocie malheureusement des pièces apparentées dans le temps, dans l’espace ou dans la thématique, il présente en revanche l’avantage de renouveler presque à chaque page l’intérêt esthétique ou la curiosité. De plus, il crée à l’occasion des rapprochements inattendus. Le Duc de Berry côtoie l’Action Socialiste ; la médaille représentant dans toute sa splendeur le duc de Chartres précède le pauvre jeton des Forgerons de l’Avenir ; ces coïncidences ouvrent des perspectives sur l’essence permanente de la maçonnerie – et sa diversité. Ce principe général de classement souffre quelques exceptions qui devraient se justifier d’elles-mêmes. Notamment, nous avons regroupé chronologiquement les jetons et médailles qui retracent fidèlement chaque étape de l’histoire de l’obédience écossaise. Deux « intermèdes » regroupent quelques pièces sur un critère historique : le premier concerne une approche de la numismatique « para-maçonnique » de la Révolution de 1848 ; le second regroupe la série des médailles qui commémorent l’action des francs-maçons pendant la Commune de Paris.

Les francs-maçons ont parfois employé des médailles gravées à d’autres fins. Par exemple, ils ont fait graver le nom d’un récipiendaire au revers d’une effigie de Marianne, comme pouvait le faire sous la Troisième République toute institution publique ou privée qui délivrait des médailles de récompense. Les couronnes de chêne ou de laurier sont innombrables. De même, des coins de médailles maçonniques « banalisées » (faute d’un meilleur terme), portant des symboles maçonniques élémentaires, étaient disponibles sur le marché : le motif le plus typique en est la composition d’outils entremêlés autour du niveau, proche des « armoiries » que se donne le Grand Orient sous le Second Empire. Elle est souvent affligée d’une faute de perspective dans le dessin de l’équerre qui lui donne un angle obtus. Comment recenser les combinaisons d’équerre, compas et acacia ? De tels revers anépigraphes, aux symboles passe-partout, peuvent se retrouver avec des avers différents, personnalisés par les loges. Quand nous le pouvons, nous classons les unes et les autres aux loges utilisatrices, plus soucieux une fois encore d’histoire des loges que de rigueur numismatique. Nous avons exclu, à tort ou à raison, de nombreuses pièces gravées, et non frappées, qui paraissent exceptionnelles et anecdotiques. Nous n’avons inclus que celles qui figurent déjà dans les répertoires de référence, celles qui nous semblent produites en nombre, et parfois certaines qui ajoutent une information à l’histoire des ateliers qui les ont émises. Le numismate s’y retrouvera toujours. Le profane y éprouvera, nous l’espérons, plus de plaisir.

Les annexes peuvent susciter des approches transversales. On y trouvera : un bref lexique des termes peu usités par les profanes en numismatique ou en Franc-maçonnerie ; un index des personnages cités ; un index thématique et stylistique ; une proposition de parcours historique, attentif à l’histoire de l’art comme à l’histoire générale de France ; les principales références bibliographiques commentées ; des tables de concordance qui permettent de retrouver le classement d’une pièce à partir des principales références bibliographiques.

Nous avons voulu ajouter aux descriptions le plus grand nombre possible d’illustrations. Remercions ici ceux qui nous ont permis de colliger cette abondante iconographie, et en premier lieu le Cabinet des Médailles de la Bibliothèque nationale qui a apporté avec bienveillance toute l’aide possible. Les musées de la Grande Loge de France, de la Grande Loge Nationale Française et du Grand Orient de France, le Musée Gadagne et le Musée des Beaux-Arts à Lyon, nous ont permis de photographier leurs collections. Les maisons de numismatique Dijon Numismatique, Gadoury, Palombo, Platt, ont accepté que nous utilisions de leurs archives. Quelques collectionneurs privés enfin, dont il faut respecter l’anonymat, et quelques loges maçonniques qui ont su garder des témoignages de leurs prédécesseurs, ont largement contribué à la richesse de l’illustration. A défaut de photographie de l’objet lui-même, quand sa reproduction a déjà été publiée, nous avons repris celle-ci : on retrouvera l’élégance des reproductions gravées anciennes, reprise dans les livres d’époque de Thory, Hennin, Vanhende, ou les Ephémérides des Loges lyonnaises. On reconnaîtra le grain – et parfois le flou – des photos du Hamburgische Zirkel Correspondenz, repiquées dans le magnifique exemplaire de la bibliothèque du Grand Orient de France.

Nos chaleureux remerciements vont aussi à ceux qui ont aidé à améliorer ce travail par leurs remarques, leurs conseils, leurs encouragements, ou les connaissances qu’ils ont bien voulu partager, et plus particulièrement Joël Creusy, Bernard Dat, François Geissmann, Aimé Imbert, Daniel Ligou, Irène Mainguy, François Rognon. Le résultat leur doit d’être moins imparfait. Sans eux, et quelques autres à l’occasion, l’ouvrage comporterait encore plus d’erreurs et de lacunes. Merci aussi à Christian pour ses traductions du latin, Ludger pour ses traductions de l’allemand, François pour les jeux de mots inavouables, Florent pour quelques trouvailles de vocabulaire (dont gourgandine et ichtyomorphe) et Martin pour son soutien moral. Enfin et surtout, ce livre n’aurait tout simplement pas été possible sans l’accompagnement constant, éclairé et patient de Christian Charlet, Pierre Mollier et Daniel Renaud. Avec toute l’indulgence qu’il faut accorder à l’apprenti, ils ont, plus souvent qu’ils ne le pensent eux-mêmes, orienté les recherches, corrigé des erreurs, indiqué des sources documentaires, levé doutes et interrogations, ouvert la porte à d’autres contacts féconds. Nous espérons ne pas trop décevoir leur confiance. Les remerciements sont aussi insuffisants qu’indispensables. Ils peuvent énumérer des apports techniques, non rendre compte de la qualité humaine de ces multiples rencontres. Elles ont toutes enrichi cette recherche pour en faire une passionnante aventure intellectuelle. Elles l’ont parfois transformée en histoire d’amitié.

Source : http://www.marc-labouret.fr/metaux.html

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Les Ordres d'architecture

26 Décembre 2012 , Rédigé par G\ S\,J\-P\ G\ ,O\C,M\ B\ Publié dans #Planches

L'ordre Dorique


Dans les temps les plus reculés, partout dans le monde, les peuplades nomades se déplaçaient librement en érigeant des pierres dressées, symbole de la flamme céleste,
lumière qui éclaire l'esprit humain. Tous avaient en commun une vision unitaire du monde, du visible, à l'inaccessible à l'esprit humain.
Plus tard l'homme imaginatif doublé de sa ferveur religieuse, donna naissance aux Tumulus, Dolmens et bien d'autres créations.
Puis se dressèrent à travers le monde: pyramides, pagodes, basiliques, temples et
cathédrales: ouvrages des compagnons opératifs
Le 2è voyage initiatique invite les compagnons en devenir, à cultiver les 5 ordres d'architecture que sont: le dorique, l'ionique, le corinthien, le toscan et le composite.
5 ordres représentent 5 marches à gravir dans l'évolution du compagnon en construction.
Pour cela et lors de ce voyage, 2 outils symboliques lui sont offerts: la règle, synonyme de la loi morale, dirige notre conduite et le levier qui nous permettra après ciselage, de poser notre pierre en vue de l'érection du Temple symbolique.
L'architecture de la colonne de pierre du F :.M :. Opératif est comparable à l'architecture du corps humain : une base, un corps de pierres ciselées et empilées et un chapiteau, cette colonne a évolué dans l'histoire. Pour la 2è citée : des pieds, un corps soutenu par 33 vertèbres empilées et une tête dotée d'une intelligence qui doit évoluer dans le temps. Cette colonne multi séculaire du F\ M \ Opératif est riche en enseignements; donnons lui la parole.
L'ordre Dorique est le plus ancien des ordres d'architecture grecque : Le Parthénon en Grèce en est le type (447 AV JC). Harmonie des proportions, il est austère, puissant et robuste. Beauté et raison sont étroitement liées dans la colonne Dorique. Elle repose avec simplicité directement sans base sur le soubassement (stylobate).Elle est courte et massive, elle évoque force et grandeur. Sa hauteur est égale à 8 fois son diamètre de base. Son pourtour est creusé de 20 cannelures formant des crêtes vives, réduites à 16 par les Romains qui ajoutèrent une base. Son chapiteau rectangulaire est peu élevé. En fait, les phénomènes de forme qui sont apparus aux différentes époques dans l'architecture et la décoration dans les différents pays, sont tantôt de l'ordre spirituel, comme les proportions ou les styles, tantôt d'ordre plus matériel comme les éléments ornementaux empruntés tri souvent à la nature. Ils participent à la vie sociale et morale comme des êtres animés. Ils l’expriment dans l'image offerte par l'évolution des goûts comme par l'évolution des meurs. 2 colonnes symboliques prennent une place essentielle dans notre Ordre. C'est Hiram de Tyr qui coula les 2 colonnes d'airain pour le temple de Salomon, nous dit le livre des Rois. Il les nomma Jakin et Boaz. Cet artisan était rempli de sagesse, d'intelligence et de science. L'airain, alliage sacré est synonyme d'immortalité et d'inflexible justice. II est aussi le signe de l'alliance indissoluble du ciel et de la terre. Hiram coula aussi un chapiteau pour chaque colonne, orné de 200 grenades où figuraient des lys, le tout relié par 7 chaînettes festonnée.
Boaz signifie « en force » ; Cette colonne est peinte en bleu considéré comme passive, féminine associé à la lune. Elle se dresse à l'intérieur du temple de la loge, à la porte de l'occident, à gauche en entrant, coté nord. C'est la colonne des apprentis dans le silence et la pénombre du septentrion. Du mot Boaz ressort toute la signification du cabinet de réflexion : descente en soi même vers la source de lumière intérieure et profonde. EN FORCE, c'est la force profonde qui vient de cet approfondissement intérieur. Cette colonne nous parle du travail de l'apprenti ; un peu de lumière naîtra du travail au fond de soi permettant la fermentation intérieure et l'éclosion de l’œuf : renaissance de l'apprenti.
Les grenades, fleurs de lys et chaînettes, préfigurent respectivement ordonnées : le cycle de germination des graines en terre au solstice d'hiver et renaissance de l'apprenti. Puis restitution de l'apprenti à la vie pure et enfin notre chaîne d'union où l'apprenti est soutenu par ses frères dans la lente progression de sa construction, vers la connaissance de soi.
Jakin signifie : « qui établira », qui fondera. Cette colonne est de couleur blanche. Elle est considérée comme active et masculine. Associée au soleil, elle est à droite en entrant dans le temple. C'est la colonne du midi, la colonne des compagnons pèlerins, dans le sillage de la pleine lumière. Grenades, chaînettes et fleurs de lys préfigurent sur cette colonne d'autres aspects symboliques: fécondation du monde ensemencé par l'homme ouvert à l'univers, ardeur du F :.M :; vers un idéal commun et enfin : élévation vers le plus haut de la connaissance, vers la perfection, vers le divin.
Jakin nous parle aussi d'autre chose : c'est l'action de la main, du toucher, du façonnage. C'est la main qui sent et qui crée jusqu'à l'aboutissement final. Cette colonne nous parle bien de l'action qui prend la mesure de l'homme et qui agit sur la création dans une oeuvre de perfectionnement cosmique. C'est à la colonne J que le compagnon peut prendre la parole car il a acquit la capacité intérieure de dire une parole : c'est donc là qu'il reçoit son salaire. Boaz et Jakin symbolise l'accession au spirituel en interaction permanente
Approfondissement intérieure de l'apprenti, expression extérieure et action sur le monde du compagnon en progression vers la maturité féconde.
Après la colonne, laissons parler le coeur : C'est par la Foi qui n'est autre que la lumière de l'esprit nourrie par l'Amour, que nous parviendrons avec sagesse et intelligence à insérer notre pierre ciselée; dans notre temple commun, celui d'une société plus humaine ; La parole est donnée à l'ordre Ionique.

 

L'Ordre Ionique


Le sujet de ce soir m'a permis de me replonger sur mes deux années maçonniques passées à vos côtés. Grâce à cela je vais vous livrer mon sentiment profond, mes pensées actives. Je vous livrerai mon travail intérieur, mon voyage vers mon être le plus profond. Ce voyage qui m'a permis et continue encore à établir mon temple intérieur.
L'ordre d'architecture Ionique ;lorsque je me suis penché sur ce sujet, je suis resté perplexe, profane devant la complexité de cette réalisation.
L'histoire nous donne comme origine :
Les Grecs étant passés dans l'Asie mineure sous la conduite d'Ion, un de leurs chefs, voulurent élever un temple magnifique à Ephèse en l'honneur de Diane. lis cherchèrent, pour décorer ce monument, un nouvel ordre d'Architecture qui, sans être moins régulier que le Dorique, offrit un genre de beauté plus délicate, et qui fût susceptible de recevoir plus d'ornements. Comme l'ordre Dorique avait été déterminé sur le corps de l'homme, ils imaginèrent de régler les proportions du nouvel ordre sur la taille plus délicate des femmes Grecques. Poussant loin l'imitation, ils copièrent les boucles de leurs cheveux, ce qui donna lieu aux volutes du chapiteau, et ils cannelèrent les colonnes pour imiter les plis de leurs vêtements. Ce nouvel ordre fut nommé Ionique.
L'ordre ionique est l'un des trois ordres de l'architecture grecque, caractérisé surtout par un chapiteau orné de volutes et une colonne élancée ornée de cannelures profondes et possédant une base moulurée.
Les ordres d'architectures sont le départ de la construction d'édifices toujours présents de nos jours (Acropole, cathédrales,...). La précision de ces réalisations, les matières nobles employées ont permis de les faire perdurer dans les âges et les différentes générations.
La méthode maçonnique sur cet ordre nous a été transmise par nos frères opératifs.
Je pense qu'il faut prendre en compte plusieurs perceptions qu'offre à notre compréhension cet ordre.
Sur un plan maçonnique je pense que nous pouvons prendre l'inspiration du chapiteau ionique et de sa colonne qui pourrait venir du temple d'AthénaNikè qui me dévoile tout d'abord le sentiment de
    RASSEMBLEMENT: La forme d'ensemble du chapiteau rassemble deux formes, relie la face avant et le face arrière de chaque volute.
Cela nous plonge dans le rassemblement des francs maçons et de leurs idées. Nous sommes tolérant et nous nous acceptons tels que nous sommes. Nous sommes liés par notre serment et par notre existence.
Puis un sentiment
    INCOMMENSURABLE: La synchronisation parfaitement symétrique, bien équilibrée donne à la structure une dimension de grandeur et de gigantisme. La colonne si bien tendu, érigée vers l'infini.
Comme le fil à plomb garant d'une profondeur spatiale du zénith au nadir. De notre existence d'homme vers les étoiles vers l'intouchable ou presque.
Maintenant,
    Expression du CONTINU : Les volutes forment un ensemble de courbe continu qui va de l'une jusqu'à l'autre, mais cette courbe est marquée par des étapes qui sont bien séparées: d'abord elle a la forme d'une spirale, puis elle se transforme en souple horizontale un peu creusé au sommet du chapiteau, puis elle devient la spirale opposé sur l'autre côté du chapiteau.
Ces étapes peuvent être rapportées à celles franchit par le franc-maçon tout au long de son cheminement initiatique, du commencement vers l'infini. Du cabinet de réflexion ou une renaissance à lieu pour perdurer vers une progression lente mais constante.
Voyons maintenant un autre sentiment qui m'est propre
    Expression du LIE : le chapiteau est obtenu au moyen de diverses formes bien séparées visuellement qui sont parfaitement liées ensemble par leur emboîtement mutuel.
Nous sommes comme les doigts d'une seule main, nous sommes liés pour la vie. Quoique différents, comme de diverses formes existantes en architecture, nous nous reconnaissons comme frère. II est donc nécessaire de toujours tailler sa pierre de plus en plus adroitement et finement afin de tenter de devenir un homme libre tant dans sa vie maçonnique que dans sa vie profane afin d'apporter sa pierre à l'édifice.
Cette transmission de savoir et d'allégeance nous permet avec force de passer de l'état de franc maçon opérateur à franc maçon spéculatif. Ce message de la tradition transmis depuis des âges nous permet d'asseoir toute notre logique. Nous utilisons des outils de bâtisseurs. Nous taillons notre pierre brute pour approfondir notre pensée. C'est en participant à la construction de l'édifice, du temple que nous contribuons à consolider la franc maçonnerie.
Ces ordres peuvent se rapprocher aux trois colonnes du temple qui peuvent être symbolisées par la sagesse, force et beauté. La sagesse qui dirige et nous guide, la Force qui nous soutient dans toutes nos difficultés et la beauté qui orne notre conscience
La colonne de mon grade est là pour me guider sur le chemin initiatique du compagnon.
II ne faut pas oublier en conclusion que les cinq ordres, le Toscan, le Dorique, l'Ionique, le Corinthien et le Composite correspondent à la base, à la perpendiculaire, au diamètre, à la circonférence et à l'équerre.

 

L'ordre Corinthien


L'évolution de l'architecture grecque nous amène au 3è ordre fondamental qui apparu au Vè et IVè siècle av JC, l'ordre Corinthien. II se caractérise par une colonne à 24 cannelures et 18 rayons, mais pas de base, son chapiteau orné de feuilles d'acanthe d'où émergent 4 volutes, donne à cette colonne d'origine ionique un couronnement bien venu, par son efflorescence de plus en plus haute et touffue.
Ce chapiteau connaît un vif succès car en plus de son aspect esthétique, il résout le problème du chapiteau ionique qui avait l'inconvénient de ne pas être identique sur toutes ses faces et en particulier aux colonnes d'angle. Ce nouvel ordre allie désormais la force à l'élégance, supplantant le dorique majestueux par la simplicité de sa colonne trapue posée directement sur le soubassement, et l'élégance du ionique due à sa colonne élancée reposant sur une base et son chapiteau décoré de volutes en forme de corne de bélier.
Cette évolution, cet embellissement architectural, me ramène sur un plan maçonnique à notre recherche perpétuelle à nous améliorer en travaillant sur notre pierre cubique, en la façonnant coup après coup aidé du maillet et du ciseau, en effet la connaissance acquise en tant qu'apprenti associé à l'énergie, nous apporte la force pour gommer les aspérités, polir ensuite notre pierre nous ouvrant ainsi peu à peu la voix de la sagesse.
II me reviens sans cesse en tête un des symboles de l'apprenti qu'est la perpendiculaire, ce chemin vers le haut et le bas, qui nous est si bien transmis par Hermes Trismégiste dans la table d'émeraude, dont le but essentiel est de ce connaître soi même, pour trouver sa place dans l'univers, et comprendre que le sens de notre quête est la vie par l'amour. Nous passons de la perpendiculaire au niveau en tant que compagnon, nous avons acquis assez de connaissance de l'intérieur comme vers l'extérieur pour enfin envisager une construction sur des bases solides, qui nous permettrons de nous élever vers le ciel comme les colonnes du temple, les compagnons étaient d'ailleurs appelés au moyen âge, les enfants de Salomon, autrement dit nous suivons l'enseignement de nos maîtres, garant de la tradition maçonnique, au service de cette veuve et de ces orphelins.
Le 1er exemple connu de l'ordre corinthien se trouve au temple d'Apollon de Bassae­Phigalie ( fin du Vè siècle). Callimachus, célèbre sculpteur, serait l'inventeur du style corinthien, et Vitruve qui fut un grand constructeur à l'époque de jules César, nous conte dans son livre IV sur l'architecture la touchante histoire du chapiteau corinthien. II compare les proportions des trois ordres grecs à celles de l'homme, la femme et de la jeune fille. La délicatesse de cette jeune fille à qui l'âge rend la taille plus dégagée et plus susceptible de recevoir les ornements qui peuvent augmenter la beauté naturelle.
C'est une projection de l'être humain, de soi même, de l'intérieur vers l'extérieur, chercher sans cesse au fond de soi le meilleur, et ensuite le partager, l'offrir au monde. Je me rends compte que l'art de l'architecture prend comme source d'inspiration les proportions humaines pour les élever en édifices dédier dans la plupart des cas aux dieux, dans le seul but de rapprocher l'homme de Dieu, mais aussi de rapprocher Dieu de l'homme. Non pas que nous ayons besoin de croire qu'il existe un être supérieur et puissant qui créa l'univers, mais croire simplement que nous pouvons nous élever spirituellement pour mieux comprendre notre univers et accepter que nous ne somme qu'un avec lui, nous servant pour cela de nos 5 sens indispensable à notre croissance et notre recherche.
Ce style corinthien traversera le temps et les époques, il connaîtra différentes phases, tantôt enrichi, mêlé, tantôt simplifié ou abâtardi jusqu'à l'aube du 20 ème siècle. On retrouvera au moyen âge l'emploi de colonnes antiques dans certaines basiliques, voire même la juxtaposition, dans une même file de colonnes, de chapiteaux ioniques, composites et corinthiens, de fûts de diamètre, de hauteur et de types variés. Cette diversité liée d'abord à la difficulté de trouver du marbre en quantité suffisante, devient après l'époque carolingienne un véritable goût, et l'on verra des basiliques italiennes devenir de véritables musés d'art antique. Le chapeau corinthien demeurera longtemps la base du décor monumental.
Nous voyons au centre de notre temple, posée sur le pavé mosaïque, les 3 colonnettes, représentant chacune une style et positionnées en loge suivant un ordre architectural mais aussi symbolique.
En effet, la colonne Dorique qui est la plus ancienne, la plus trapue et la plus résistante était vouée au niveau du rez‑de‑chaussée qui porte le poids de l'édifice, on la retrouve en loge à l'orient face au vénérable qu'elle représente, portant lui‑même le poids de notre atelier.
La colonne tonique, plus qui était destinée aux premier étages des édifices se trouve sur la colonne Boaz et face au 1er surveillant qu'elle représente, lui‑même après le vénérable, supportant une partie du poids de l'édifice et surtout du bon accomplissement du travail des compagnons. Enfin La colonnette corinthienne qui était vouée aux second étages des constructions, placée en loge devant la colonne Jakin, est associé au 2é surveillant qui accompagne les apprentis, et assiste le venérable et le 1er surveillant dans nos travaux de loge.
L'art architectural ne cesse d'évoluer à travers les ages, utilisé pour édifié des temples à la gloire des dieux, s'enrichissant toujours plus par la tradition des siècles passés, cet art nous démontre que les croyances et les idées changent et passent, alors que les lois de l'équilibre et de la géométrie restent à jamais, elles sont la vrai tradition de notre construction personnelle, car elles ont l'avantage d'unir les hommes qui recherchent dans l'harmonie du monde, le modèle de leur équilibre intérieur.

 

Ordre Composite et Ordre Toscan


Je prendrai la suite de mes frères en traitant les ordres architecturaux ou l'on peut trouver deux types d'ordres qui sont :
Les ordres GRECS (dorique, ionique et corinthien) et le sujet de mon travail: les ordres Romains (Composite et Toscan).
Je commencerai par la définition de ces différents ordres, puis je vous donnerai mon sentiment personnel car je pense qu'il est plus intéressant qu'une copie mal faite d'ouvrage. Maintenant, en tin que compagnon, vous m'avez donné le droit à la parole.
C'est avec humilité que je vais la prendre car le verbe en est lié. Nous travaillons dans
des Loges de St‑Jean, l'Evangile selon St jean.
Saint Ignace d’Antioche ne parle‑t‑il parle du « Verbe sorti du Silence » ? ...    

Ordre composite

C'est un mélange savant d'ionique et de corinthien, c'est à dire que nous retrouvons en dessous, la volute ionique et au‑dessus une échine taillée en oves.
C'est au 16eme siècle que les architectes imaginèrent cet amalgame car ils en avaient remarqué un exemple dans l'arc de Titus. (cet arc commémore la prise de Jérusalem 70 ans après JC )

L'ordre composite allie la force dans la beauté, le tout supporté par un pilier lisse, blanc donc vierge et le tout posé sur la terre ou fondation : nos racines, le premier voyage que l'apprenti à vécu.
Le compagnon devra donc faire preuve de beauté dans son action.

Ordre toscan

C'est une imitation de l'ordre dorique Grec. Les Romains l'employèrent avant de faire la conquête de la Grèce. Sa principale caractéristique est l'absence de tout ornement, la pureté simple de l'art.
Durant notre initiation au 2e degrés et pendant notre 2e voyage, deux outils nous sont remis
La règle ‑ représentant la loi morale ‑ et le levier ‑ multipliant nos forces.
Nous retrouvons cet alliage dans le composite ( la force et la beauté, levier et règle ).
Nous sommes au grade de compagnon chacun de nous doit transmettre le savoir acquis pendant la période d'apprentissage.
Je citerai Vitruve « une construction ne tient debout que si les règles sont appliquées ».
Comme dans toute société il y a des lois, des règles à respecter, afin que chacun puisse s'épanouir grâce au bienfait de cette forme de liberté donnée.
Par contre comme nous l'indique le rituel « Ses divers styles se sont succédés dans le temps suivant l'évolution du goût des constructeurs, mais tous ont eu pour objet l'harmonie des édifices qu'ils devaient ériger. »
A nous d'adapter notre savoir par rapport à la situation. La recherche de la vérité n'est pas une science exacte car nous ne sommes confrontés qu'à des êtres vivants donc évoluant eux aussi,
à des civilisations et dans des sociétés tributaires des mêmes éléments.
Un, deux et trois . ....La force, la beauté, la sagesse.
Ces ordres d'architecture nous révèlent encore que tout est symboles; oui, mais je découvre une autre face cachée qui est l'élévation de la pensée par la connaissance que définirai par la naissance de l'être. Je suis encore dans cet état latent, c'est pour cela que l'on ne peut pas parler de maîtrise.
Il faut que j'essaye de tout emboîter pour pouvoir poursuivre mon chemin avant de vouloir le partager.
Nous avons dit, Vénérable Maître.

Source www.ledifice.net

 

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Autre Grand Prieuré : GPCTF

26 Décembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

Grand Prieuré des Ordres Unis Maçonniques, Religieux et Militaires du Temple et du Sépulcre et de l'Hôpital de Saint-Jean de Jérusalem, de Palestine, Rhodes et Malte pour la France (2003).

Grand Prieuré souché sur la GLNF, très discret, dont j’ai été fondateur.  Le site n’est accessible qu’aux membres.

 

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Le Rugby

25 Décembre 2012 , Rédigé par Gérard Durand Publié dans #Planches

L’ordre du jour de ce midi prévoyait une planche sur les dimensions de la vie.

Excusez moi mes frères, mais l’actualité sportive du moment, en l’occurrence, la coupe du monde de rugby, m’incite à oser une comparaison entre ce sport et notre démarche initiatique. 

Je ne parlerai pas en béotien, ayant moi-même, pendant de nombreuses années arpenté les chemins de l’Ovalie au poste de talonneur.

Comme en maçonnerie, c’est un monde où l’on se rencontre plus qu’on ne se croise et qui a tout d’une école de la vie.

Les codes s’acquièrent au fil du temps, sur le pré et dans les vestiaires où la nudité des corps nivelle les différences sociales et révèle peu à peu celle des esprits.

Il s’y raconte des légendes où s’affrontent les grands noms de notre panthéon ; il s’y vit des épopées où les émotions brutales et intenses tissent entre les hommes des liens indéfectibles.

Près de deux siècles après la naissance de ce jeu, novices et initiés partagent une culture faite de règles officielles ou officieuses, d’un langage, de rituels, d’un patrimoine et plus important que tout, un esprit !

Rappelons nous le geste frondeur de l’inventeur opératif du rugby , le jeune William Webb Elis qui , sur un terrain de football prend soudain le ballon à pleine main , et le porte dans les buts adverses , en opposition totale avec les règles du jeu.

Quel culot a-t-il fallut à ce jeune homme pour transgresser ainsi les règles établies de l’Angleterre victorienne !

Quel culot faut-il au franc-maçon dans ce monde moderne, industrialisé, rationalisé, dans ce monde où la technique et la technocratie triomphent pour affirmer que la pensée symbolique garde tout son sens et conserve toute sa valeur, constituant une approche originale de la réalité et que les outils peuvent permettre à l’homme d’aujourd’hui de déboucher sur un mode spécifique de connaissance et permettre de mieux appréhender la vie et de la vivre ?

L’idéal du rugby affirme que «  se mesurer à l’autre fait grandir ».

L’autre, a quinze têtes, trente bras et trente jambes,  est « un partenaire » avec qui l’on se construit dans l’affrontement.

Mais il suffit de coller l’oreille à une porte de vestiaire pour entendre une marée de mots d’une violence inouïe qui nous rappelle que, au rugby, la limite entre partenaire et ennemi est fragile. 

Notre vocabulaire aime jouer avec la métaphore du meurtre et de la guerre :

« Dépecer, découper en tranche, réduire en bouillie, faire de la chair à pâté, broyer, écraser….. » et tant d’autres…..

« Se construire ensemble »…. vraiment ???

Il faut reconnaître que ce combat sportif procède d’un rituel inversé par rapport à la maçonnerie ;

Ainsi devons nous laisser nos métaux (canifs, matraques, poings américains) à l’entrée du temple avant la tenue.

Au rugby, l’adversaire qui nous construit ( ?) devient tout à coup un monstre, très fort , très méchant ou au contraire , nul , vilain et boutonneux…

Mais dès que le match est fini, il est à nouveau un type sympa, plutôt vaillant, avec qui l’on va boire des coups, une bonne ambiance de salle humide en quelque sorte !

La vérité au rugby, comme en maçonnerie, c’est que l’adversaire ou le partenaire nous ressemble terriblement.

Fabien Galthié, célèbre international, répond ainsi à la question :

« Quels joueurs avez-vous le plus admirés » ?

Il en cite quelques uns et termine par ces mot : « Mais en grandissant, les modèles ont disparu. J’ai plutôt cherché à m’accomplir. A partir de 25-26 ans, j’avais surtout, en toute modestie, envie de ressembler à moi-même ». 

La beauté du rugby réside dans l’égalité et la victoire ne vaut que si l’on joue contre un adversaire à sa mesure.

L’idéal du rugby est en cela imprégné des valeurs chevaleresques chères à Coubertin : « Dis moi contre qui tu te bats, je te dirai qui tu es ».

La confrontation avec l’autre permet donc de se situer, de trouver sa place.

On se mesure à un adversaire égal, miroir de soi-même, comme dans le rituel d’initiation, pour affirmer sa propre identité.

L’idéal maçonnique dit : « se construire ensemble » et c’est bien ce qui fait l’essence même du rugby.

En fait, la franc-maçonnerie a joué un rôle déterminant dans l’émergence du sport moderne et l’évolution conjointe du courant humaniste franc-maçon et du rugby dans l’Angleterre du XIX° siècle n’est pas un hasard.

Rappelons pour mémoire qu’en 1723, le Frère James Anderson, écrivit les premières règles ou Principe -les Olds Charges toujours en vigueur aujourd’hui.

Un siècle plus tard , alors que la franc-maçonnerie commençait à exercer son influence dans la société anglaise , un personnage clé établit le lien d’origine entre les francs-maçons et le rugby : Sir Thomas Arnold , proviseur du collège de Rugby de 1828 à 1842 , et franc-maçon de grand rayonnement.

Sous son impulsion, la morale humaniste imprégna le monde de l’éducation en Angleterre, et par extension, le rugby.

Arnold arriva dans une institution affaiblie par une hiérarchie entre élèves très dure : les bizutages étaient violents, les plus jeunes se faisaient régulièrement humilier par leurs aînés qui s’adjugeaient un droit de regard tyrannique sur la vie du collège.

L’école avait reçu de nombreuses plaintes et certains éléments avaient même été exclus à la suite de rébellion contre les professeurs.

Franc-maçon à l’idéal humaniste, Arnold s’employa à changer l’esprit qui prévalait au collège : il mit au cœur de son projet éducatif l’idée d’un code de conduite de gentlemen inspiré des valeurs chrétiennes et adressé à toutes les classes sociales sans distinction de pedigree.

Cependant, s’il perçut l’impératif besoin de réformes, il eut l’intelligence de ne pas s’imposer comme un chef autoritaire et ennemi des étudiants.

Au contraire, convaincu de la justesse de ses principes, il s’appliqua à responsabiliser les élèves, à les considérer comme ses assistants et tenta habilement de changer les mentalités.

Les plus anciens ne devaient par exemple plus considérer  le commandement des plus jeunes comme un droit, mais comme un devoir.

Il fit du rugby un relais indirect de son enseignement.

Sa philosophie de l’éducation influença plusieurs générations d’élèves pour qui le rugby était un aspect essentiel de la vie de l’école.

A la fin de leurs études, les « Arnold’s men » se sentaient presque investis d’une mission messianique et voulaient partager avec la société tout entière les valeurs qui leur avaient été transmises.

Beaucoup d’entre eux continuèrent à prêcher la parole du Head master dans d’autres écoles, d’autres villes, d’autres pays.

Arnold avait de plus toujours encouragé les meilleurs talents à s’expatrier pour établir les principes chrétiens de bon gouvernement dans les nouvelles nations de l’Empire.

Cette dispersion de disciples passionnés de rugby aux quatre coins de la planète explique probablement l’essor du jeu, mais aussi sa survie. 

A Oxford, Cambridge et Rugby, dans toutes les écoles et universités qui connurent les premières le football rugby , le ferment franc-maçon servit de limon nourricier aux pratiquants , insufflant un esprit nouveau à ce sport d’équipe unique.

Dès sa naissance, le rugby s’est confondu avec les valeurs franc-maçonnes de fraternité, liberté et union entre les hommes, aussi différents soient-ils.

Le rugby porte haut et fort ces idéaux, qu’il finit même par incarner.

Il se construit autour d’un pivot moral essentiel chez les maçons : la diversité fait la force.

Une équipe et une Loge n’existent que par la complémentarité des différences, voilà notre fierté.

L’extrême variété des cultures, des morphologies, des tempéraments contribue au bonheur des hommes, à leur épanouissement.

Allons même jusqu’à dire : à leur beauté.

Antoine de Saint Exupéry, lui-même maçon écrivit :

« Si tu diffères de moi, frère, loin de me léser, tu m’enrichis. » 

Dans la pensée maçonnique, la diversité enrichit seulement si les liens se nouent, si l’agrégat, si «  l’égrégore » fait de l’addition des individus, une équipe vivante.

La solidarité, la fraternité, grands idéaux maçonniques sont au cœur du jeu ; impossible de gagner sans l’adhésion totale du groupe, sans le soutien infaillible de ses coéquipiers.

Francs-maçons et rugbymen ont d’ailleurs aussi en commun le plaisir de la fête après l’effort, il y a une grande parenté entre agapes et troisième mi-temps !

Le rugby a pris son élan grâce au souffle des bâtisseurs. Il s’est construit sur leur morale et a trouvé son identité au cœur même de leur langage.

Tout se pense en termes de construction, de poutres maîtresses, de ligne de perspective.

Le vocabulaire rugbystique se colore logiquement de la métaphore architecturale, hautement symbolique de la pensée maçonnique.

En Ovalie, par exemple, on appelle certains stades « les temples » et depuis quelques temps on y construit « des loges » !

Les gens y viennent plus pour faire du business que pour réfléchir ou échanger, mais avouons que la coïncidence est troublante.

Plus sérieusement, la mêlée est souvent appelée « cathédrale » et ce sont bien « des piliers » qui la soutiennent.

Le pilier droit, le numéro 3 est d’ailleurs considéré comme la pierre angulaire de la bâtisse.

La mêlée peut-être envisagée comme l’extension sur le terrain de la loge maçonnique : on s’y prend par les épaules et dans l’obscurité des débats, l’union des forces et des dons produit une alchimie sacrée.

Au sein de ce « tas d’hommes » se partagent les secrets  inaccessibles aux non-initiés.

Sorti de la mêlée, le ballon passe de main en main, saisissante image de la transmission de la connaissance.

Pierre Mac Orlan a dit d’ailleurs :

« Une sortie de mêlée, c’est avec le recul du temps une entrée dans la vie ». 

L’histoire du rugby est en marche, ce jeu d’adolescents crée par des adolescents cristallise les valeurs essentielles pour eux : courage, force physique, fidélité et camaraderie.

Comme le dit l’Evangile de Jean : « on ne verse pas le vin nouveau dans de vieilles outres ».

Le football revisité devient rite initiatique, passage symbolique de l’enfance à l’adolescence et gagne ses premières lettres de noblesses, aux côtés des premiers poils sur le menton, des prix d’excellence et du premier baiser avec la fille du directeur.

Fort de cette place centrale dans la vie du collège, le football rugby modifie les comportements collectifs et les mentalités, d’autant plus que le brassage social vient modifier les recrutements habituels de ces écoles d’aristocrates. 

Vous comprendrez, mes Frères, en ces temps de sports médiatisés, pourquoi j’ai voulu vous faire partager cette belle aventure qui relie depuis près de deux siècles franc-maçonnerie et rugby. 

Pour ma part, à l’adolescence, complexé par ma petite taille et peu sportif, j’ai rencontré un homme qui avait pressenti chez moi une ou deux qualités (mon présentateur en quelque sorte).

Je me suis lancé dans le rugby où j’ai acquis combativité, confiance en moi et cet esprit dont je parlais plus avant et que je revis désormais dans ma Loge.

Vous remarquerez que dans ce sport, les décisions de l’arbitre ne sont pas contestées, pas plus que celles du Vénérable Maître ne le sont dans le Temple.

Bien sûr je fus couvert de bleus , de pansements et de boue ; parfois humilié quand mon équipe se déplaçait au sud de la Loire ; dès Clermont-Ferrand nous n’étions plus de taille , mais qu’importe , nous étions cassés mais indestructibles.

Nous sommes, bien loin des chauvinismes exacerbés, totalement baignés dans les valeurs essentielles de nos Ordres avec en plus, le bonheur et l’enthousiasme du spectateur.

Frères de tous les pays rassemblez vous comme se sont rassemblés les rugby mens de tant de pays ! 

Ah ! Oui, j’oubliais les résultats de la coupe du monde…. 

Cà n’est pas l’essentiel, je suis sûr que la troisième mi-temps mettra tout le monde d’accord !!!

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Tintin et la FM

25 Décembre 2012 , Rédigé par M\ H\ Publié dans #Planches

Vénérable Maître et vous tous mes frères en vos grades et qualités, je vais vous traiter de la planche intitulée, Tintin et la franc-maçonnerie.

Les aventures de Tintin et Milou sont un fil conducteur des âmes et des esprits tendus vers l’équilibre. Elles ont la même force, la même profondeur que les contes, les légendes et les mythes. Le mot aventure a pour racine le sanscrit avantara qui peut se traduire par transformation intérieure, mues, passages.

Le décryptage des dessins d’Hergé constitue un trésor inestimable pour ceux en mal de Sagesse. Il s’agit d’une œuvre qui puise ses sources dans la mythologie, l’alchimie, la franc-maçonnerie et se termine par l’album inachevé, l’Alph-Art, étoile des philosophes.

Il serait trop long de détailler dans cette planche tous les signes qu’Hergé a installé dans ses dessins. J’espère que vous avez en mémoire quelques albums. En ce qui me concerne c’est avec un grand plaisir que je me suis replongé dans les albums de mon enfance, sentant l’odeur un peu moisie des vieux livres d’antan. Nous retiendrons que ceux qui ont un rapport avec notre sujet.

Tout d’abord pour vous convaincre qu’il ne s’agit pas seulement de bandes dessinées pour enfants sages de 7 à 77 ans, nous allons décrire succinctement les personnages essentiels d’Hergé à l’aune de l’Olympe et de ses archétypes. Signalons déjà que les nombres 7 et 77 sont tirés de la Bible et concernent Caïn et sa descendance, en qualité de constructeur de la première ville, l’ancêtre des bâtisseurs.
C’est surtout dans les quatre albums centraux que sont le secret de la licorne, le trésor de rackham le rouge, les 7 boules de cristal et le temple du soleil qu’Hergé a condensé avec humour et profondeur la quête spirituelle d’un homme dégagée de tout dogme et de toute croyance transcendantale.

Tintin c’est Athéna, la déesse au casque d’or à cimier, incarnant la Sagesse, divinité androgyne, dotée d’une éternelle jeunesse, vierge, protectrice des enfants comme Tchang, Abdallah, Zorrino. Tintin est armé dans 18 albums sur 22 comme Athéna, casquée et armée naissant du crâne de Zeus. Il est utile de rappeler que Tintin, avec sa houppe, présente un signe maçonnique évident.

Haddock c’est Dionysos, dieu des défoulements et de l’exubérance, boit-sans-soif et piètre cavalier. Haddock apparaît la première fois dans le crabe aux pinces d’or comme un marin barbu sur un navire noir comme Dionysos surnommé « Pélagios », celui de la mer.

La Castafiore est la déesse Cybèle, vierge et mère à la fois, porteuse d’un nez aquilin et d’une chevelure blonde. Elle chante Faust, opéra ésotérique, dans l’album les bijoux de la Castafiore. Hergé a sélectionné la phrase : « Ah je ris de me voir si belle en ce miroir ». Et lorsqu’elle rit, elle accomplit le rite des mystères, ce fameux « rit » qui unit les F.M. Elle symbolise l’énergie enfermée dans la terre et tient dans sa main droite la fameuse clé qui donne accès aux bijoux, à cet oeuf primordial, cet oeuf d’émeraude, oeuf cosmique, germe primordial.

Tournesol c’est Hermès, dieu coiffé du pétase, chapeau mou, rond à petits bords, à barbe pointue, portant un manteau long de couleur verte. C’est le maître des lettres, des sciences et des inventions, affublées de pieds ailés (patins à réaction), qui tient le caducée à la main, bâton enroulé de serpents ou un parapluie rappel alchimique du principe humide qu’est le mercure. C’est le dieu du discours, Hermès Trismégiste, celui qui a 3 voix, qui est triphone ou « Tryphon ». C’est un dieu lunaire, toujours dans la lune sous le crayon d’Hergé. Tournesol est sourd vis à vis de ce qui ne l’intéresse pas. Les Grecs mettaient l’ouïe sous la tutelle d’Hermès qui était le messager des dieux, sourds aux paroles vulgaires. Hermès conduit les âmes vers la lune pour qu’elles s’y purifient avant de les ramener sur terre pour une nouvelle incarnation. Les aventures du savant sur la lune sont donc prévisibles. Hermès est psychopompe et est comparé à l’Anubis égyptien. Les prêtresses d’Anubis, lors des funérailles du défunt, l’accompagnaient aux cris de « à l’ouest, à l’ouest ». L’obsession du professeur Tournesol pour cette destination s’éclaire. Le pendule de Tournesol est le parfait hiéroglyphe du fil à plomb de Thot-Hermès.
Rastapopoulos est le Ka, qui correspond en Égypte à la force vitale immortelle plus ou moins pure selon le degré de sainteté atteint dans une vie. Ici
Rastapopoulos est au stade le plus bas, celui de l’être instinctif passionnel, représentant hybride de deux dieux, saturne et mars. Il est astro pop(o)ulas, celui qui détruit par la force de l’astre. Dans les cigares du pharaon, très en colère, il lève les deux bras en l’air, signe du ka. Il a le poing fermé, symbolique spécifique de saturne. Dans coke en stock il est en costume blanc, pivoine rouge à la boutonnière, fleur consacrée à Ploutos ou dieu de la terreur, connu sous le nom de Hadès.

Dupond et Dupont ce sont Castor et Pollux, jumeaux nés de l’union d’un dieu et d’une mortelle Léda, dont l’un est d’essence divine, Dupond, fils de Zeus, dios kuroï, Pollux et l’autre d’essence humaine fils de Tundaride, alias Castor. Ils ont une lance, Hergé leur donnent une canne. Ils montent sur deux chevaux, Hergé leur offre une Citroën de même cylindrée. Ce sont des dieux des marins, leur présence sur un bateau était gage de voyage heureux comme dans le trésor de Rackham le Rouge. Ce sont les dieux de l’hospitalité, ils mettaient à l’épreuve les habitants des villes où ils se rendaient en s’y présentant déguisés.

Les Dupondt sont dessinés avec trois poils sur le crâne. Ce sont des maîtres au sens maçonnique du terme, ces derniers étant appelés « trépelus » ou braves à trois poils et portent une canne à la main. Les Dupondt deviennent dans l’or noir, de beaux vénérables à la longue chevelure et à la barbe de prophètes sous l’action de comprimés de N14. Le vénérable dont le nom vient de Vénus, est le Maître qui préside les travaux à la gloire du G.A.D.L.U.

Dans Vol 714 pour Sydney, 714 selon la science kabbalistique des chiffres et des lettres est le G.A.D. L.U.
7 est la septième lettre de notre alphabet, c’est la lettre G.
1 c’est le A
4 c’est le D
L’addition :7+1+4= 12 qui correspond à la lettre L
L’addition : 7+14= 21 qui correspond à la lettre U
C’est bien le G.A.D.L.U.

La connaissance du 714 ne peut se faire qu’au prix d’une très longue initiation. Puisque nous avons que trois ans, nous ne pouvons qu’évoquer ici dans les cigares du pharaon, l’analogie entre l’épisode du tombeau égyptien, ou Tintin frôle la mort et les rites initiatiques aux mystères des prêtres de l’ancienne Egypte.

Un des grands moment du début de l’initiation maçonnique s’appelle le « dépouillement des métaux » qui vient de l’alchimie. Il faut renoncer aux biens terrestres. Ce rôle est attribué dans le secret de la licorne à André Filoselle qui dérobe le portefeuille de Tintin qui se laisse faire. Les Dupondt qui refusent de s’engager sur le chemin dans cet album ont attaché leur porte feuille avec un élastique. Toute l’évolution de l’homme l’amène à passer de l’avidité égoïste à la fraternité. Tintin a cette qualité qui fait discerner chez le profane, le futur initié : il a le « cœur pur », expression fréquente en chevalerie traduisant la pureté des intentions. En termes différents il a le bon profil, c’est-à-dire un désintérêt pour la recherche effrénée de l’argent et du pouvoir.

C’est dans l’île noire, que Tintin sera initié en Ecosse, berceau de la F.M. Il subira les quatre épreuves classiques du feu, de l’air, de l’eau et de la terre. Tintin sera sauvé de la maison en flammes du docteur Muller, qui est un faux-monnayeur. Puis en poursuivant ce dernier, Tintin survivra à un crash aérien. Dans l’île noire, il échappera à la montée de la marée dans la caverne ou il s’est réfugié et en ressortira indemne pour terrasser le « dragon » Ranko. Il s’agit d’une véritable aventure initiatique puisqu’il risque sa vie à chacune de ces étapes. Notons que Tintin se retrouve en écossais après être tombé dans les épines de l’île noire. Il est le lys au milieu des épines, surnom de la vierge. Milou victime des chardons, est initié à l’ordre de St André du Chardon, saint patron de l’Ecosse et patron de l’Ordre de la Toison d’Or.

Le choc est fréquent chez Hergé. Il a une fonction d’éveil brusque qui fait changer de plan.Le choc physique ou mental court-circuite la conscience, et nous branche directement sur l’inconscient. Bas les masques ! En F.M. le choc est essentiel pour passer du monde profane au monde sacré. Les coups de maillet sonores du Vénérable et des deux Surveillants le rappellent aux F.M.

C’est dans l’album les 7 boules de cristal, que Tintin déjà initié va jouer le rôle de parrain du capitaine Haddock dans l’initiation au grade d’apprenti. Il est vrai que la farce cache le message.

Tintin n’hésite pas à forcer l’entrée interdite (au profane) pour rendre visite au général Alcazar dans sa loge car lui seul peut franchir le barrage et conduire son filleul.

Tintin guide Haddock sur les marches d’un escalier à vis, escalier que l’impétrant doit gravir lors de son initiation. En haut de l’escalier, se trouvent un panneau en forme de X, puis une porte à croix en X et un décor en X et une troisième porte en X.

Tintin cherche, demande et frappe comme dans le rituel maçonnique. Tintin frappe quatre coups et la porte s’ouvre sur le général Alcazar, lui-même F.M. qui fait mine de ne pas le reconnaître. Il a beau le dévisager, il ne reconnaît pas son ancien aide de camp. Ce n’est que par l’attouchement spécifique que la mémoire revient à Alcazar.

Hergé va traiter l’initiation de Haddock de façon très drôle. Le capitaine va avaler deux breuvages dont le premier est le breuvage d’amertume, breuvage de l’oubli, conformément au rite. Le futur initié, la vue masquée, le cou ceint d’une corde, oublieux de la notion du temps et de l’espace, fait ses voyages, parsemés d’embûches physiques, et épreuves psychiques.

Il est aidé par un maître, Tintin, qui vérifie que les voyages sont accomplis et surmontés avec courage. Au terme des passages symboliques par la terre, l’air, l’eau, et le feu, il découvre la lumière et reçoit son salaire au pied de la colonne des apprentis.

Hergé dessine la planche à bascule et les fenêtres grillagées typiques de la loge au grade d’apprenti.
Haddock fait son entrée sur la scène du théâtre de couleur bleue, tendue de rouge. Haddock trébuche et tombe dans la timbale, recouvrant la vue, ébloui par l’étoile flamboyante, entouré de ses frères.
Un des serments d’initiation est « j’ai mangé du tambour, et bu de la cymbale et j’ai appris le secret de la religion ». Le tambour, cette grande timbale est le symbole de la cuve d’airain qui se trouvait devant le temple près de la colonne jachin.

Nous n’aborderons pas aujourd’hui en détail dans cette planche au grade d’apprenti, l’album les 7 boules de cristal puisqu’en rentrant dans la villa aux murs verts et tapis verts de M. Bergamotte, nous pénétrons dans une loge verte de Saint André, après un sévère tuilage, décor d’une loge au grade de Maître. Il va s’y dérouler une initiation au troisième degré.

De même dans le Temple du Soleil, Haddock est initié au deuxième degré. Signalons que sur la couverture de l’album les 7 boules de cristal, est dessinée la table d’émeraude qui constitue le texte fondateur de l’alchimie ou Art royal.

Cet album correspond à l’œuvre au blanc, ou petit oeuvre, le Moi se réalise hors de toute tension intérieure, dans la paix avec les autres. Le temple du soleil correspond à l’oeuvre au rouge, ou grand oeuvre, c’est l’aboutissement de l’Homme transcendant les traditions, l’intégration du Soi, l’individu est en communion avec l’Univers.

Ces deux étapes suivent l’étape initiale, l’oeuvre au noir, correspondant à la remise en cause des conditionnements sociaux de l’individu.

Il est donc possible de mettre en parallèle les étapes de l’alchimie et celles d’autres initiations comme celle de la F.M. qui a gardé l’essentiel de la doctrine spirituelle. Toute initiation est une transformation psychique.
Les quatre albums centraux montrent la voie initiatique : la réalisation de l’Homme. Haddock-Tintin-Tournesol, « trois frères unys » en un héros. Tintin est celui qui agit, c’est la main. Haddock est celui qui ressent, c’est le cœur. Tournesol est celui qui pense, invente, c’est le cerveau. Que cherche ce héros ? A s’améliorer lui-même (Haddock), à vivre une spiritualité intense (Tournesol), à agir pour Le Bien , le Vrai, le Juste (Tintin).

Ce héros en trois s’oppose aux faux frères que sont Barnabé et les frères Loiseau. La secte, les pseudos initiations sont les dangers que côtoie Tintin. Pas de pitié pour les membres de la secte Kih-Osh, singerie de l’initiation véritable, mais du respect pour les hommes habités par la quête de la sagesse comme l’inca Huasca.

Hergé établit dans ses quatre albums centraux la construction suivante, constitutive de toute initiation : énigme + voyage + trésor. Hergé nous décrit une énigme : ou est le trésor de Rackham le rouge ? Ou a disparu Tournesol dans les 7 boules de cristal ?
Pour les F.M. l’énigme correspond à l’impétrant enfermé dans le cabinet de réflexion : que va-t-il m’arriver ? Que vais-je faire ?... Il n’y a pas d’initiation sans voyage. Ceux de Tintin présent dans 22 albums sur 24 symbolisent le seul grand voyage qui est intérieur, quête de la sagesse et de l’harmonie.

Le candidat F.M. effectue ses voyages dans le Temple , les yeux bandés du plus difficile au plus calme. Au bout du voyage, le trésor revêt plusieurs formes selon les cultures. Hergé nous montre le trésor de Rackham le rouge dans le château de Moulinsart et le trésor des Incas dans le temple du soleil. Notons que le château de Moulinsart est un lieu symbolique sacré, avatar du temple intérieur, reliant Tintin, Haddock et Tournesol dans la fraternité. Dans le trésor de Rackham le rouge, la crypte du château est agencée comme le temple F.M. c’est-à-dire un carré long avec les colonnes B. et J. et la porte à double battant. Haddock avec sa longue hallebarde ressemble au Maître des cérémonies et Tintin avec son épée, au Couvreur. Tournesol déjà Maître rentre rituellement.

Dans la F.M. le trésor est épuré : Le bandeau tombe du candidat, il découvre la Lumière ! les Frères accueillent leur nouveau frère avec chaleur et attention. Ce frère n’est plus le même car il a franchi victorieusement les épreuves.

De même Haddock n’est plus un marin ivrogne mais un châtelain. Il a mis du temps à tailler sa pierre brute, juguler son ivrognerie.

Le nouvel initié est accueilli comme un enfant dans certaines traditions afin de lui signifier une seconde naissance. La F.M. a gardé ce symbole de l’enfant né à une vie nouvelle. Quand on l’interroge, le jeune apprenti répond : « je ne sais ni lire, ni écrire, je puis qu’épeler... » Hergé reprend ce balbutiement chez certains de ces personnes comme le jeune Zorrino.

Il n’y a pas de véritable initiation sans secret. Tout nouvel initié fait le serment solennel de ne jamais révéler ce qu’il a vu et entendu pendant la cérémonie. Secret et initiation sont liés indissolublement. Ce qu’a découvert l’initié, c’est un trésor. Nos trois amis, Tintin, Haddock et Tournesol prêtent serment de ne jamais révéler le trésor des Incas.
Force est de constater qu’Hergé, alias Georges Remi est un parfait connaisseur du cérémonial F.M. mais aussi de la symbolique rosicrucienne, et de l’alchimie et de C.G. Jung. Il les a manifestement étudiés à fond pour les mettre en scène de façon si déguisée.

Bien sûr nous pourrions évoquer l’hypothèse qu’il ne s’agisse en définitive que d’une oeuvre banale d’un auteur innocent, soumise à notre délire d’interprétation.

Il faut rappeler qu’Hergé a écrit le secret de la licorne pendant la seconde guerre mondiale au moment où des F.M. se faisaient déportés sur dénonciation pour leur appartenance à la F.M. Dans cet album Les Dupondt recherchent la teinturie ou Aristide Filoselle a fait laver sa redingote dans la rue, sous l’enseigne Acacia. Être sous l’acacia c’est être F.M. en exercice dans une loge. Il faut un sacré courage pour signer cet album dans ce contexte.

Je préfère donc l’hypothèse suivante : Hergé est en réalité un Maître, qui déclarait d’ailleurs lors d’une émission de Jacques Chancel : j’ai réalisé l’individuation.

Nous n’avons fait ici qu’effleurer grâce aux auteurs Bertrand Portevin et Jacques Fontaine, l’œuvre secrète d’Hergé tant elle est riche en symboles. Cette oeuvre secrète permet d’éviter de donner des perles aux pourceaux, tout en transmettant de façon inaltérée le message divin. Enfin elle permet d’ensemencer le terreau de la jeunesse pour y faire croître le projet du G.A.D.L.U.

Désormais je ne pourrai plus lire un album d’Hergé sans me demander ce qu’il a bien voulu nous transmettre. Si l’on conserve cet état d’esprit, il peut nous permettre d’aborder notre propre vie, un peu comme un album d’Hergé à la recherche d’événements signifiants, porteurs de sens symbolique et qui nourrissent notre âme.

J’ai dit Vénérable Maître.

Source : www.ledifice.net

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Les différents Suprêmes Conseils en France

25 Décembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Suprême Conseil de France (1804/1821) souché sur la GLDF

Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien et Accepté (1804/1815) souché sur le GODF

Suprême Conseil Universel Mixte souché sur le Droit Humain (1899)

Suprême Conseil  pour la France  souché sur la GLNF (1965)

Suprême Conseil Féminin de France souché sur la GLFF (1972)

 

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