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Hauts Grades

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Salomon dans les traditions ésotériques

16 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #fondements bibliques de la FM

La personnalité de Salomon, son existence et sa geste, ses multiples dons de pacificateur, de constructeur, de magicien, auront été repris dans les traditions les plus variées, les domaines les plus étranges. Le fils du roi David apparaît dans les mythes du compagnonnage puis dans ceux de la franc-maçonnerie, développés par les savants oxoniens du XVIIe siècle, comme Elias Ashmole, admis dans une loge opérative, ou plusieurs membres éminents de la Société Asiatique, au XIXe siècle. Peut-être avaient-ils suivi les consignes exprimées par Jung : « Les légendes ont remplacé les outils rationnels : on y recherche les correspondances des personnages et des événements par une étude historique, biblique, l’archéologie, la philosophie dans un souci de l’appliquer à soi-même. La légende, au plan ésotérique, est une composante de la Tradition, une révélation exemplaire et sacrée, constituant un modèle pour la recherche humaine ».

I – Salomon dans l’histoire

Salomon n’est pas mentionné dans les annales mésopotamiennes. La tradition phénicienne est légendaire, Salomon aurait vendu à l’Etat Tyrien la ville de Khorbat Khozli et la Plaine d’Acre pour 120 talents d’or, et aurait eu recours au professionnalisme d’un bronzier tyrien, Hiram (cf Bible, 1R7, 15-47). Les relations avec l’Egypte, qui de toute façon, à l’époque, était la puissance dominante, et Salomon dut accepter de se placer dans l’orbite politique de ce pays qui imposait la pax egyptica, sont relevées dans la Bible uniquement, même le mariage de Salomon avec la fille du Pharaon Siamoun (976-954) de la XXe dynastie. Une trace littéraire cependant, les Cantiques des Cantiques, ou chant de Salomon à la Soulamite parait influencée par les poèmes d’amour égyptiens de la XVIIIe dynastie (autour de 1500 avant J.C.). Quant au Yemen et à la Reine de Saba, les Sabéens commenceront à être connus hors de leurs frontières au VIIIe siècle avant J.C. seulement.
Des doutes sont émis par les deux spécialistes sur l’authenticité des textes bibliques. Le « Livre des Rois », qui traite abondamment de la construction du palais de Salomon, de celle du temple et de son mobilier, de l’établissement de douze préfectures, quadrillant les territoires s’étendant de l’Oronte ( ?) à Gaza, est rédigé dans une langue tardive qui souligne les additions nombreuses présentant un aspect légendaire ou moralisateur : la sagesse de Salomon par rapport à la conduite désordonnée de ses successeurs (Roboam entre autres), avec le partage entre deux Etats (Juda et Israël), conséquence des fautes de Salomon. Les « Psaumes » attribués à Salomon seraient du Ier siècle avant J.C. et « Le Livre des Chroniques » du 2e siècle avant J.C., puisqu’il met en valeur la préséance de la classe sacerdotale de cette époque. En fait en 63 avant J.C., une fièvre eschatologique se répand en Judée, préfigurant la destruction définitive du Temple (74 après J.C.).

II - Mondialisation de la symbolique salomonienne

A)Dans le domaine religieux
Salomon se trouve présent dans les représentations iconographiques des Chrétiens d’Occident comme d’Orient, dans la fresque de Piero Della Francesca intitulée « La rencontre de Salomon avec la Reine de Saba » ou dans cette église Saint-Clément à Ohrid, en Macédoine (début du XIVe siècle) où autour du Pantocrator on découvre avec Adam, les deux ancêtres de Jésus, le roi David barbu et son fils imberbe le Roi Salomon. Au cours du Colloque, il aura été évoqué le roi de Bretagne Salomon, et Salomon le Savoyard. On connaît le rôle politique des prétendues dynasties salomoniennes en Ethiopie, et la présence constante de Salomon, représenté en Constantin, dans les psautiers ou le rôle qu’on lui fait jouer, associé au roi des forgerons, parfois privé de trône par un démon (source coranique), dans l’art talismanique des sceaux et des étoiles à huit branches dans ce pays.
Les références à Salomon, particulièrement vénéré dans le monde islamique, sont au nombre de 17, dans 8 sourates. S’il n’est pas associé à la construction du Temple, M. L. de Premare a montré cependant que la sourate 52, versets 1 à 8, rappelait le livre des Rois I, 7, 3 et la sourate 36, le Livre de Jérémie. Avant même l’apparition de l’Islam, le poète arabe Dabira fait l’éloge du roi de Hira en le comparant à Salomon. Là aussi, ses dons de magicien, de manipulateur des djinns, reconnus dans le Coran influencèrent les occultistes arabes qui semblent avoir créé le mythe du sceau de Salomon. La plupart des pays musulmans évoquent cette personnalité prophétique, spirituelle, voire magique, comme au Yemen (M. Christian Robin), en Iran (M.Assadallah Melikian-Chirvani), en Afghanistan et à la cour des Empereurs Moghols (Mme Corinne Lefèvre), et en Asie Centrale où M.Thierry Zarcone a recensé les lieux dédiés au fils de David.

B)Dans le domaine du compagnonnage
Dans chaque ville médiévale, s’étaient établies des corporations, chargées de défendre les intérêts professionnels des artisans et ouvriers, et qui étaient dirigées par les « maîtres de métiers ». Parallèlement à ces organismes locaux, des ouvriers itinérants, indépendants, se regroupèrent dans des sociétés compagnonniques (le terme de « frère » pour cet emploi était apparu dès 842), qui établirent des règles strictes garantissant la défense mais aussi la compétence de ses membres. Le terme de « compagnonnage » était apparu dès 779 et les différentes promotions dans les corps de métier s’effectueront par initiation tenue à l’abri des regards étrangers. Le « Compagnon Fini » est celui qui a passé toutes les épreuves et est devenu « maître » dans sa profession. Le terme apparaît en 1080, celui d’apprenti en 1175. Les apprentis et les compagnons font l’objet d’un enseignement initiatique basé sur des légendes tirées de la Bible. Ainsi des chérubins (ceux qui gardent l’entrée du devir, le lieu le plus secret du temple de Jérusalem) sont sculptés sur le couvercle du cercueil des compagnons menuisiers. Le patronage de Saint Jean Baptiste est également invoqué en liaison avec le « Quatuor Coronati », quatre tailleurs de pierre exécutés par Dioclétien vers 300. Les confréries qui apparaissent à la fin du XIIIe siècle conservent une orientation professionnelle en même temps que charitable, dans l’esprit catholique également.
Les textes fondateurs du Compagnonnage sont disséminés dans 130 manuscrits rédigés aux XIIIe et XIVe siècles et que la revue de la Grande Loge de Londres, « Ars Quatuor Coronatorum » a publiés.
Ainsi, en 1268, « Le Livre des Métiers » d’Etienne Boileau recense cent un métiers, et la promotion interne qui les gère, soit les apprentis, les compagnons et les maîtres. La construction des cathédrales s’appuie sur trois métiers principaux, les tailleurs de pierre, les menuisiers et les forgerons ; leurs membres se réunissent dans des « loges », installées, soit dans la crypte des cathédrales, soit dans un bâtiment annexe comme à Strasbourg. En 1283, Louis IX nomme Grand Maître de la maçonnerie opérative son compagnon croisé Guillaume de Saint-Petbus. Les membres de cette maçonnerie opérative, appelés parfois « gavots » adoptent le nom de « Enfants de Salomon » (comme le signale Villard de Honnecourt à l’époque). C’est que pour eux, la construction d’une cathédrale est une réplique de la construction du Temple de Jérusalem. Le document appelé « Regius » (1390) décrit les sept « arts libéraux » et a comme titre « Ici commencent les statuts de l’enseignement de la géométrie selon Euclide » . « Géométrie » a le sens de « maçonnerie ». On enseigne aux apprentis que la « géométrie » a été préservée du déluge, retrouvée par Hermès, petit-fils de Noé, et qu’elle a été révélée à Charles Martel, dont un des architectes de la cour aurait participé à l’édification du temple de Jérusalem. Ainsi le mythe de Salomon se trouve adopté par la philosophie compagnonnique.
Le Mouvement va connaître un certain nombre de scissions. En 1400, à Orléans, au moment de la reconstruction d’une des tours, un affrontement entre compagnons et moines surgit, et les « indépendantistes » prennent le nom d’Enfants de Maître Jacques (référence au Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay ?) ou « Compagnons du Saint-Devoir de Dieu » tandis que les catholiques fervents s’intitulent « Enfants du Père Soubise (référence à un bénédictin du XIIIe siècle ou à un « maître artisan » de Salomon) ». En 1404, le roi Charles V réforme les corps de métiers parisiens relatifs aux compagnons maçons et charpentiers. Un autre texte constitutif des « anciens devoirs » paraît en 1410 sous le titre de « Manuscrit Cook ».
Au XVIe siècle des intellectuels comme François Rabelais (1483-1553) ou des inventeurs comme Bernard Palissy (1510-1590) vont être reçus en loge opérative comme « maçon accepté ». Dans le « Tiers Livre », Rabelais évoque la légende de Renaud de Montauban, qui aurait tué un neveu de Charlemagne, et se serait réfugié sur le chantier de la future cathédrale de Strasbourg. Il se serait conduit comme un excellent ouvrier, mais victime de la jalousie de ses collègues, aurait été assassiné. Ce thème sera repris dans la maçonnerie du XVIIIe siècle avec l’allusion au meurtre d’Hiram, l’architecte en chef de Salomon.
Au XVIIe siècle, s’instaure une tradition écossaise de la maçonnerie opérative, particulièrement à Kilwinning. Un ouvrage polémique « Le Mot du Maçon », publié en 1637 décrit la forme primitive de ce rite maçonnique. On sait que la maçonnerie spéculative écossaise jouera un rôle important dans le développement de la maçonnerie française avec l’exil des partisans de la dynastie Stuart en France.
En 1646, à Oxford, Elias Ashmole (1617-1692) alchimiste célèbre, est également initié à la maçonnerie opérative, et plusieurs personnalités scientifiques oxoniennes joueront un rôle dans la création de la Grande Loge de Londres, à laquelle appartiendront 24 membres de la fameuse « Royal Society ».
A Perth, en 1658, les diplômes de maître maçon (« freeman ») et de compagnon de métier font référence au « Temple de Salomon », comme source des métiers. A la fin du siècle, à Aberdeen, on voit sur les tableaux de deux personnalités de la ville, Alexandre Petersen, diacre, et président de la Corporation d’Aberdeen, et Patrick Whyte, maître-serrurier, qu’ils sont peints, entourés des deux colonnes symboliques du Temple de Salomon.
La Franc Maçonnerie spéculative va emprunter un certain nombre de références aux métiers et aux héros mythiques des « Anciens Devoirs » du Compagnonnage. Dans les Constitutions d’Andersen (voir plus loin), sont mis en parallèle « l’architecte » pour son travail théorique et le « tailleur de pierres » pour son travail manuel. Les appellations d’ « apprenti » et de « compagnon » sont conservées. Les instruments de métier sont reproduits sur le « tableau de loge » (dessin d’abord reproduit à la craie, sur le sol, puis sur un tapis mobile) : l’équerre, évoquant la croix (serment de l’apprenti), le compas du Maître de Loge, la truelle « pour cacher les défauts des frères » ; le fil à plomb (échelle de Jacob), la règle (loi morale de la Franc-Maçonnerie), le niveau (égalité fraternelle) sont mentionnés dans la Bible.
Quant aux trois éminentes personnalités associées à la direction d’une loge, Salomon, Hiran roi de Tyr, et Hiram l’Architecte, elles seront le legs du compagnonnage à la maçonnerie spéculative naissante.

C) Dans le domaine de la Chevalerie
Charlemagne, lui aussi aurait été perçu comme un nouveau Salomon. A son époque, la Bretagne (on l’a vu plus haut) sera fière de son roi Salomon, béatifié par la suite.
Les Chansons de geste vont magnifier le mythe du Graal, apparu vers 1180, avec le Roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde.
Chrétien de Troyes, poète de la Cour de Champagne, crée le mythe d’une chevalerie légendaire avec ses héros Lancelot, Perceval, Eric, ainsi que Wolfram von Eschenbach (1210) avec son Parzival, dont le genre de vie et les aventures ont été analysées récemment en liaison avec les rois éponymes iraniens. Cette tradition va être adoptée au moment des Croisades par les Ordres Chevaleresques, les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui donneront naissance à l’Ordre de Malte, et dont le mythe survivra dans les loges dites de « Saint-Jean », les Chevaliers Teutoniques (créés en 1112 à Saint-Jean d’Acre) et dont la Stricte Observance Templière Allemande au XVIIIe siècle constituera la version maçonnique, et les Chevaliers du Temple, symbole de confraternité universelle, dont plusieurs, au moment de leur persécution en France, se réfugieront auprès des Compagnons du Devoir. Ramsay, maçon écossais, attaché aux Stuart, dans un discours célèbre de 1736 rappellera l’antériorité de ces Ordres médiévaux (« Nos ancêtres les croisés voulurent réunir dans une seule confraternité les sujets de toutes les nations ») par rapport à la Franc-Maçonnerie qui adoptera dans son « Rite Ecossais Ancien et Accepté » le principe du Templier, porteur de truelle et d’épée, et institutionnalisera dans les grades supérieurs les plus élevés le titre de « Chevalier Kadosh » (sanctifié), même si des mises en garde officielles relativiseront ces emprunts : « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier », pourra-t-on lire dans la littérature maçonnique.
En tout cas, la franc-maçonnerie française s’ouvrira de fait à la haute noblesse, attentive à l’esprit chevaleresque. Le premier Grand-Maître français sera le duc d’Antin, en 1738, le deuxième le comte de Clermont en 1743. Le pouvoir ne tracassera presque pas la maçonnerie. En 1789, cette dernière comptera 629 loges et 30 000 maçons auxquels il convient d’ajouter les loges d’adoption féminines, dont la Grande Maîtresse sera la Duchesse de Bourbon. Une enquête portant sur la recension de 268 maçons en 1780 dénombrera parmi eux 78 % appartenant au Tiers-Etat, 18 % à la Noblesse et 4 % au Clergé.

III – Textes constitutifs de la Franc-Maçonnerie

L’intention de l’auteur n’est bien sûr pas de dévoiler des secrets déjà publiés d’ailleurs dans toutes sortes d’ouvrages destinés au grand public mais d’examiner l’instrumentalisation du mythe de Salomon, telle qu’on la découvre, comme on l’a vu, dans la structure initiatique opérative du compagnonnage, et comme on va le voir dans la structure initiatique philosophique de la Franc Maçonnerie. Patrick Négrier, David Stevenson, après Mircea Eliade, sont en mesure de nous apporter sur ce terrain des ouvertures très précieuses.
Tout d’abord, il semble que la tradition hermétique écossaise, évoquée plus loin, ait parfois conduit à une ambiguïté sémantique . En effet l’ancien nom d’Ecosse, « Calédonie » a été rapproché abusivement de « Chaldée », sans doute par référence biblique et l’utilisation de personnages historiques iraniens comme Cyrus dans le rituel des hauts grades ; il ne faut pas oublier qu’à l’élaboration des rituels maçonniques participaient des intellectuels latinistes et hellénistes, mais aussi des chercheurs qui avaient pu lire les récits de voyage en Orient et s’étaient intéressés à l’histoire de l’Orient ancien et moderne. Ramsay lui-même écrivit un ouvrage consacré à Cyrus.
Cette tradition « calédonienne » en tout cas rappelait que trois « degrés » d’initiation avaient été préservés depuis l’antiquité, un niveau opératif, celui des artisans, le niveau spéculatif des druides, enfin le niveau hermétique de l’architecture sacrée, dont un représentant illustre était Vitruve, qui avait été le maître à penser de Marc Aurèle. La référence à l’écossisme se retrouvait tout au long du Moyen Age avec Clément Scot, conseiller de Charlemagne, Jean Scot Erigene, conseiller de Charles le Chauve, Michel Scot de l’empereur Henri II, et un autre Michel Scot, conseiller de l’Empereur Frédéric II.
Dans le texte de ses « Constitutions » (1723), évoquées plus haut, Andersen décrit de manière lyrique le Temple de Salomon : « Celui-ci fut commencé et achevé, à l’étonnement du monde entier, dans le court espace de temps de 7 ans et 6 mois, par cet Homme très sage, ce très glorieux Roi d’Israël, ce Prince de la Paix et de l’Architecture que fut Salomon, fils de David ». Une description de plusieurs pages va suivre et l’auteur va directement relier la tradition salomonienne à la franc-maçonnerie « De sorte qu’après l’édification du Temple de Salomon, la Maçonnerie fut améliorée dans toutes les nations voisines, car les nombreux artistes employés par Hiram Abif se dispersèrent, après son achèvement, en Syrie, Mésopotamie, Assyrie, Chaldée, Babylone, chez les Mèdes, en Perse, Arabie, Afrique, Asie Mineure, en Grèce et dans les autres pays d’Europe où ils enseignèrent leur Art libéral aux Fils nés libres des Personnages éminents…Mais pas une nation, seule ou unie aux autres, ne pouvait rivaliser avec les Israélites, et encore moins les surpasser en Maçonnerie ; et leur Temple resta le constant modèle ».
Les Constitutions d’Andersen n’évoquent que les deux premiers grades de la Maçonnerie, apprenti et compagnon. Il semble que ce soit vers 1725 que pour parachever la hiérarchie des grades, on introduisit un troisième degré, celui de « Maître » ; c’est ce qui ressort d’un ouvrage polémique publié, à Paris, en 1726, sous le titre « Le Maçon Antédiluvien ». Le mythe salomonien de la construction toujours renouvelée du Temple bénéficie de la présence de l’architecte du temple, Hiram, dont le nom est en tout cas cité dans le Livre des Rois.
Il faut dire que l’institution maçonnique introduit dans son rituel le mythe du meurtre fondamental traditionnel. En Egypte, le meurtre d’Osiris, en Phénicie de Melqart (le roi Hiram de Tyr aura fait construire un temple à Melqart), à Rome entre Romus et Romulus, souligne le thème de la lutte du bien contre le mal. Mais le concept était déjà présent dans le compagnonnage. Un document d’Edimbourg de 1696 parle du « relèvement du cadavre d’Hiram par les cinq points du compagnonnage ». Les « cinq points » correspondaient aux « cinq points » du calvinisme tels qu’ils avaient été adoptés par le Synode de Dordrecht (1618-1619). Le catéchiste Graham avait souhaité assimiler les rois d’Angleterre des XVIe et XVIIe siècles à Salomon, Hiram représentant la communauté calviniste. On avait là une implication conjoncturelle.
Le 3e degré de la maçonnerie va donc expliciter les différentes fonctions de Salomon, du roi de Tyr Hiram, et de l’architecte Hiramabi, et annoncer les degrés suivants, dits de « perfection », de tradition salomonienne et qui vont apparaître vers 1738. Le rituel de loge sera dorénavant inspiré par le meurtre d’Hiram, comme l’indique le Manuscrit Wilkinson (1730) : « La loge est un carré long. C’est la forme de la tombe de notre Grand Maître Hiram ». La loge reconstitue le chantier du temple de Jérusalem, et celui qui la préside est un Hiram ressucité.
L’Hiram de la Bible apparaît donc dans le « Livre des Rois et les Chroniques ». Salomon (II Chroniques II, 2) s’adresse à Hiram roi de Tyr pour lui expédier des cèdres. Ce dernier lui répond : « Je t’envoie un homme sage, possédant l’intelligence, Hiram Abi ». Dans le « Livre des Rois » (VII,13-14), on apprend qu’Hiram Abi est fils d’un Tyrien et d’une Juive, qu’il érigera les deux colonnes de cuivre Jakin et Boaz devant l’entrée du Temple, qu’il construira la « Mer d’Airain » (bassin des ablutions) et qu’il terminera tous les travaux ». Mais il n’est pas mentionné dans le texte biblique qu’il était architecte et qu’il fut tué.
Dans la légende d’Hiram adoptée par la tradition maçonnique, Hiram devient le prototype de l’homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort. Il refuse en effet de livrer des secrets à trois contremaîtres du chantier du Temple qui veulent être promus le plus vite possible, et il est assassiné par ces trois « mauvais compagnons », que douze autres contremaîtres poursuivront et tueront également. Bien sûr, dans l’esprit religieux de l’époque, existait une corrélation entre Hiram et Jésus, condamné par trois personnages, Caïphe, Hérode et Pilate. Cet assassinat d’autre part préfigure négativement la destruction du Temple, mais aussi positivement, la nomination d’un nouveau maître. Sur le tableau de loge, au grade de maître, figurent un crâne représentant le drame du Golgotha et le meurtre d’Hiram, et des larmes exprimant le repentir de Pierre et le chagrin de l’injuste destinée d’Hiram.
Ces interprétations et ces rapprochements considérés comme hasardeux de symboles religieux et philosophiques conduit Rome à publier, en 1735, une bulle antimaçonnique « In Eminenti » reprochant aux participants catholiques en loge de fréquenter des non-catholiques, et regrettant la présence d’ecclésiastiques dans ces réunions. En 1781, l’évêque de Grenoble Mgr de Bouteville est ouvertement franc-maçon, et la loge « La Parfaite Union de Rennes », en 1785, compte qu’un cinquième de ses membres est composé de religieux. M.Thierry Zarcone a d’ailleurs montré que même des musulmans avaient été initiés dans des loges européennes.
Comme nous l’avons vu plus haut, et grâce à Ramsay, le personnage de Cyrus sera instrumentalisé dans le rituel maçonnique dans les hauts grades . Le 15e degré évoque la Cour de Cyrus et le 20e degré lui donne un rôle important. C’est que le Roi Perse, en libérant les Israélites de Babylonie, permettra la construction du deuxième Temple de Jérusalem (cf les livres d’Esdras et de Néhémi dans la Bible).
Ces hauts grades, établis par Etienne Morin en 1761, dans le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté, seront au nombre de 33. Ils vont à plusieurs reprises évoquer l’action mythique du roi Salomon.

IV – Le mythe de Salomon dans la franc-maçonnerie

Salomon apparaît dans plusieurs livres de la Bible, outre les Chroniques et le Livre des Rois, dans le Livre des Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclesiaste, la Sagesse, les Psaumes. Ce sont ses connaissances scientifiques qui sont soulignés : la phytologie (La Sagesse 4, 4-5 ; 6, 15), la zoologie (Proverbes 6, 6-11 ; 26, 11 ; 28, 15 ; l’Ecclésiaste 3, 19-21 ; 9, 12 ; La Sagesse 5, 11), la cosmologie et l’astronomie (l’Ecclésiaste 1, 7 ; 3, 1-8 ; 11, 3 ; La Sagesse 2, 2-5 ; 19, 18-21 ; les Proverbes, 25, 23). Ainsi que son approche philosophique (1 Rois 5, 13 ; La Sagesse 7, 15-21) par le symbolisme des sept planètes errantes.
La Bible le fait voir en homme sage, voire exemplaire par son don du discernement afin de juger équitablement et son esprit de tolérance puisqu’il autorisera, à la fin de son règne, la pratique des cultes de ses épouses, moabites, hittites ou sidonites. Ce qui entraîne le problème de la responsabilité, cher aux francs-maçons. Son nom en hébreu Schlomo est à rapprocher de Shalom, paix, qui génère un état d’harmonie et de prospérité ; le Coran reprendra ce thème de correspondance entre « Suleyman » et « Salam » (la paix). A un plan supérieur, il est hissé au niveau de « prophète » (comme dans le Coran), les commentateurs rappelant qu’il n’y a pas d’autre prophète déclaré vivant à son époque. Certains ont pu le comparer à Jésus (cf Nathan, 2 et Samuel 7, 14) : « Je serai pour lui un Père, dit Yahvé, et lui sera pour Moi un fils », et dans les Psaumes 2, V ; 7, on lit ces autres paroles de Yahvé qui lui sont adressées : « Tu es mon fils, Moi aujourd’hui, Je t’ai engendré ».
Le rôle de bâtisseur de Salomon est aussi souligné à l’occasion de l’érection du Temple de Jérusalem (1 Rois 10, 1) qui prit 77 mois et dont la façade aurait imité le modèle fourni par les anciennes huttes des bergers mésopotamiens comme la famille d’Abraham. La Genèse (33, 17) parle de hutte « bâtie » par Jacob, et si l’Exode est présenté comme une quête de pâturage, la construction d’un Temple pour abriter l’Arche d’Alliance jusque là itinérante, souligne la sédentarisation des Hébreux (en arabe « Aber », celui qui parcourt les espaces, comme toutes les langues sémitiques). Sur une terrasse de 110 mètres de long sur 88 mètres de large, l’édifice aura 33 mètres de long, 11 mètres de large et 16,5 mètres de hauteur. Les rochers qui affleurent servirent d’autel des sacrifices pour les trois temples successifs ; ils seront recouverts par la « Coupole du Rocher » par le Calife Abdelmalek (685-691) et réintroduits dans l’imaginaire musulman avec l’empreinte d’un pied attribué à Mohammed au moment de son ascension céleste. Ce temple sera détruit en 586 avant J.C. par les Perses ; un deuxième temple sera érigé par Zorobabel en 450 avant J.C.. Ezechiel aura été missionné pour décrire le temple de Jérusalem aux Juifs de Babylone, insistant sur sa représentation du personnage créateur, du cosmos et de chaque être humain, notions instrumentalisées par les Francs-Maçons dans leur loge. Le troisième temple sera construit par Hérode le Grand, détruit par Titus en 70, et rasé par Hadrien en 135 de notre ère.
Dès le grade d’apprenti, la symbolique du Temple de Jérusalem apparaît dans le vestibule qui leur est réservé, rappelant les 15 marches extérieures du temple, le « heykal » ou partie centrale, où s’assemblent les maçons, et que l’on considère comme « centre du monde », transformable parfois au niveau des Maîtres, en « Dévir » ou « Chambre du milieu ». L’architecture intérieure et le mobilier, évoqués dans la Bible sont présents dans la loge , les deux colonnes du temple encadrent le « dévir », le tableau de loge symbolise les marches d’entrée du Temple, les fenêtres à cadres et à grilles ; la pierre rappelle le 1er Livre des Rois (V,32) : « Les maçons de Salomon, de Hiram et les guiblins (de Byblos) équarissaient et façonnaient le bois et la pierre pour l’édification du Temple » ; les grenades figurant sur le chapiteau des colonnes représentent, comme l’indique Patrick Négrier « la multiplicité des principes comportant l’Etre », le chandelier (ménara) à sept branches (cf Genèse, 1, 11 à 13) et enfin le pavé mosaïque évoquant la terre sainte du Sinaï.
Salomon est souvent présent dans le rituel maçonnique ; s’il clôt le premier des cycles de l’initiation, il ouvre les degrés dits salomoniens. Au 4e degré, la loge est présidée par Salomon, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, et la Bible, présente sur « l’autel » est ouverte au premier livre des Rois ; les maçons déplorent la mort d’Hiram. Au 6e degré, Salomon et Hiram président les activités de la loge, et par une référence souchée sur le Livre des Rois (LX 11 à 13), Salomon pardonnera à un visiteur curieux, en fait l’impétrant, d’être venu s’informer en toute bonne foi. Au 8e degré, Salomon recherche un responsable pour le nommer à la tête des cinq ordres d’architecture. Les 9e, 10e et 11e degrés décrivent des rites de vengeance décidés par Salomon. La légende développée au 13e degré où le Président représente Salomon a été décrite dans le « Manuscrit Francken », présenté en France, comme on l’a vu plus haut, par Etienne Morin, en ces termes : « Ce roi vertueux (Salomon), supposant qu’avant le Déluge un temple avait peut-être été érigé sur ce lieu, et craignant que ce ne fût au culte de quelque faux dieu… ne voulut pas le construire là. Il partit donc et choisit la plaine d’Arunia (ou « Ornan »). C’est la légende du temple souterrain d’Henoch que reprendra le texte du rite maçonnique. Le président de loge représente encore Salomon au 14e degré. Au 27e degré, le mot de passe sera encore « Salomon ». Ainsi ce dernier apparaît comme garant symbolique de la maîtrise sans défaut, du secret, et de l’influence spirituelle de celui qui, élu par ses pairs, dirige une loge maçonnique.
Cette instrumentalisation européenne de ce personnage biblique de Salomon, dans les rites initiatiques, d’abord compagnonniques, puis chevaleresques, puis maçonniques, ne diffère pas, dans un triple rôle mis en valeur par la Bible, de roi, de prophète et de grand prêtre, de ce qu’il peut représenter dans des cérémonies exclusivement religieuses, comme l’ont montré plusieurs intervenants spécialisés dans d’autres régions du monde, asiatiques et africaines. En tout cas, la remarque de Jung « On ne fabrique pas un symbole, on le découvre », s’applique bien à l’appropriation, par les sociétés initiatiques, du mythe salomonien.

Source : http://grandorientarabe.blogspot.fr/

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Pourquoi un Franc-Maçon doit s'intéresser à l'Islam?

16 Décembre 2012 , Rédigé par Christian Lochon Publié dans #Planches

Cette modeste étude comparative porte sur quatre points de convergence qui peuvent rapprocher des intellectuels musulmans des idéaux maçonniques. D’abord les structures médiévales des corporations et confréries musulmanes dont Louis Massignon, Henri Corbin, René Guénon, Faouzi Skali ont montré les ressemblances avec les organisations sœurs comme le compagnonnage en Europe. La philosophie mutazilite peu connue en Occident a été très audacieuse et revient en première ligne. Le mouvement démocratique dans le monde musulman s’est développé malgré l’autoritarisme des régimes ; le printemps arabe de 2011 en est un épigone. Enfin, la création de loges au Proche et Moyen Orient s’est effectuée au XVIIIe siècle en même temps qu’en Europe ou en Amérique lorsque les franc-maçonneries ottomane, égyptienne, arabe auront tissé des contacts très approfondis avec les loges-mères anglaise, française ou italienne. C’est que, dans cette interaction culturelle entre Proche-Orient et Europe, plusieurs mythes sont communs ; le drame d’Hiram aurait un antécédent en Egypte, vers 1500 av .J.C. lorsqu’un architecte fut assassiné dans des circonstances obscures, tel que relaté sur des ostracas, ou en Iran où le meurtre de Zoroastre sera repris dans la commémoration annuelle chiite de celui de Hussein petit fils du Prophète à Kerbela (Irak).
I- Corporations et confréries en Islam
La structure initiatique des corporations est attribuée à un héros éponyme, Salman Al Farisi, mazdéen converti à l’islam. Devenu barbier du Prophète, il serait revenu comme gouverneur à Mada’in (Ctesphon), en Irak où il aurait organisé les corporations de 51 métiers reconnus, qui existaient dans la culture mazdéenne et auxquelles il donnera des bases musulmanes. Salman établit une doctrine de l’honneur artisanal, appelée « futuwwa » dont la base reposait sur un consensus hiérarchique, un rituel initiatique et la qualité du travail bien fait. On eut ainsi un maillage presque complet de toutes les catégories professionnelles d’artisans reconnus, qui assuraient une formation professionnelle mais aussi humaniste, à l’image de celle des « Compagnons du Devoir » d’Europe. Elle s’étendait aux non-musulmans, chrétiens, juifs, mazdéens, sabéens, hindous très présents dans les métiers d’orfèvrerie, de la décoration, ou comme médecins.
. Le calife Al Nasser (1180-1224) créera à l’intention des hauts fonctionnaires une corporation d’honneur dont les membres prêtaient serment d’allégeance au calife lui-même qui leur donnait le mot secret et les associait, par un système hiérarchisé qui remontait à la tête de l’Etat, dans une assistance inter fraternelle, un échange de services, dans l’esprit de pureté morale. Le sultan ottoman Mourad 1er (1360-1389) fera de même, établissant pour la dynastie ottomane une tradition de compagnonnage adoptée par ses successeurs.
L’esprit corporatif s’étendit aux métiers susceptibles d’entacher la pureté des croyants tels les crieurs publics, les maquignons, les changeurs, les cambistes, les huissiers du tribunal, les courtiers d’esclaves, les éleveurs de pigeons, les danseurs, les baladins, les indicateurs, les femmes, les courtisanes, les pleureuses (aux enterrements), les entremetteuses. Les corporations furent toujours hiérarchisées et organisées ; à leur tête un Maître, qui représentait la profession devant les autorités locales ; puis les maîtres propriétaires d’atelier, les compagnons vêtus d’un tablier distinctif, et les apprentis. Les corporations organisaient des défilés pour célébrer la circoncision des fils du sultan, le mariage de ses filles, les victoires de ses troupes. Pendant plusieurs années consécutives, le débutant (mubtadi) ne percevait aucun salaire ; mais appartenir à un corps était en soi un privilège car cela permettait d’être reconnu capable de produire un travail de haute qualité et d’ouvrir leur propre atelier.
L’entrée dans la corporation était solennisée : le cheikh passait un châle autour du la taille de l’impétrant et le nouait par des torsions successives. Une coupe d’eau salée devait être absorbée trois fois par le récipiendaire exprimant son intention de dire vrai (charia), de voir vrai (tariqa), de devenir vrai (haqiqa). A la fin de la cérémonie d’initiation on lui remettait un pantalon bouffon, puis une cordelière, ceinture de tablier (shadd) ou un baudrier. Puis on lui enseignait les signes de reconnaissance et les mots de passe. Les apprentis devaient également « voyager » en se rendant sur les tombes des Grands Maîtres de la corporation et suivre un enseignement des symboles, relatifs aux Prophètes du Coran. Les rituels s’accompagnaient de chants allusifs au Prophète et à ses compagnons.
Thierry Zarcone a montré que les loges ouvertes dans l’empire ottoman au XVIIIe siècle avaient emprunté aux corporations, et aussi aux confréries, leur lexique particulier. Les appellations des 3 premiers degrés étaient celles des corporations : « chirak » (apprenti), « kalfa » (compagnon), « osta » (maître) ; le tablier « peshtemal » dans les ateliers opératifs ; garda ce nom dans la maçonnerie. Chez les Bektachis, on peut trouver les mêmes réponses dans les Instructions (turques) pour le degré d’apprent maçoni et le questionnaire de la confrérie. L’extinction de beaucoup de métiers manuels sont venues à bout de l’esprit corporatif qui aura duré jusque dans les années 193O. Par contre des Compagnons français du Devoir, tailleurs de pierre, s’étant rendus à Damas en 1988, découvrirent que leurs homologues syriens utilisaient des instruments oubliés en Europe, comme la « lombarde », qui servit comme signature de compagnons sur les murs des cathédrales. Le Pr. Massignon souligna l’influence que les corporations musulmanes ont pu avoir en Europe dans le développement des « villes franches ». Ainsi, à Paris, la corporation des bateliers fut assez puissante pour imposer leur symbole comme armes de la ville.
Pour les confréries, c’est à Baghdâd que le Cheikh Abdelqader El Jilani (XIIe siècle) crée la première confrérie (tariqa) qui conserve encore aujourd’hui une réelle influence. Les membres des confréries se retrouveront dans les mosquées, particulièrement le vendredi après-midi, ou dans des locaux, appelés « zaouïa » au Maghreb, « ribât » (« Rabat » au Maroc) ou « khanqa » au Proche-Orient et en Asie Centrale. La confrérie des Chaziliya sera fondée au Maroc au XIIIe siècle, celle des Mevlevis par Jalaleddine Roumi (m. 1273) à Konya, l’Ordre des Naqchbandiyya en Asie Centrale par le Cheikh Behaeddine Naqchbandi au XVe siècle, celui des Tijaniyya au Maroc (XVIIIe siècle). Au XIXe siècle, les Senousiyya en Libye, les Mirghaniyya au Soudan, les Rifaïyya en Somalie seront constitués en confréries par trois disciples d’un même cheikh marocain à la Mecque. Les « tariqas » pratiquent l’initiation progressive à 4 degrés : mourid, mouqadem, nasib et cheikh, soumis au respect du secret. L’initié modèle est le Prophète lui-même qui proclame : « Je ne sais pas lire ». L’épreuve dans une caverne de la révélation des premiers versets est comparée à une initiation soufie, car Mohamed en ressort prophète. La translation qui le conduira de Médine à Jérusalem, et de Jérusalem au 7e ciel permet d’acquérir le plus haut grade dans la hiérarchie confrérique. Le voyage est décrit dans Le Livre de l’Echelle de Mohamed ensemble de récits arabes relatant l’ascension jusqu’à Dieu. Les rituels principaux des mystiques soufis sont des litanies, des répétitions d’oraisons, de « remémorations » (dhikr) scandées pour souligner la présence de Dieu ». Comme les yogis de l’Inde, certains disciples ont appris des techniques respiratoires qui les conduisent dans des états de transe spectaculaires. Les initiés se voient remettre un chapelet de 33 grains ( Qadiris), de 66 ou 99 ( Naqchbandis), basés sur la valeur numérique du nom « Allah » qui, en lettres arabes est l’équivalent de 66. Certaines confréries utilisent la danse ; 9 disciples représentent les planètes et tournent autour du Maître-Soleil comme en Turquie, à Konya, les « derviches tourneurs ». Atatürk interdira les confréries en 1924, mais elles ont repris leurs activités et beaucoup d’hommes politiques turcs sont proches de la Confrérie Naqchbandiyya opposée aux radicaux islamistes du nouveau régime AKP.
D’un pays à l’autre, le confrérisme prend des formes très différentes selon l’histoire et l’évolution politique de chaque pays mais il assure, plus que l’islam officiel, une unité certaine des croyants.
II-La Philosophie islamique ; le Mutazilisme
La découverte de la philosophie grecque dans les manuscrits traduits en syriaque puis en arabe sous les premiers souverains abbasside conduira à la formation d’une école « mutazilite » qui essaiera d’imposer une nouvelle exégèse coranique construite à partir d’une grille de lecture philosophique .Ce mouvement qui se forme à Bassorah (Irak) puis à Bagdad est encouragé par le pouvoir abbasside qui admet la supériorité du raisonnement sur les diktats de la foi religieuse. Le philosophe Al Kindi (m.866) l’exprime en ces termes : « Nous ne devons pas avoir honte de la vérité et de la faire nôtre quelle qu’en soit la source ». C’est qu’à l’époque théologiens musulmans, chrétiens et juifs argumentent en toute liberté et les moutazilites vont ainsi s’opposer à un enseignement rigoriste et expliquant les dogmes selon une méthode rationnelle donnant ainsi à la religion musulmane une aisance susceptible de rivaliser avec d’autres idéologies. La doctrine mutazilite affirme deux thèses qui seront contestées violemment une vingtaine d’années plus tard lorsque les juristes salafistes convaincront un nouveau Calife plus faible de les interdire, la non-éternité du Coran : comme tout ce qui est extérieur à Dieu est créé, le Coran, passant par l’audition et la retranscription s’inscrit donc dans l’histoire de l’humanité ; hypothèse en contradiction avec le dogme officiel du Coran incréé puisque c’est la parole de Dieu même. La 2e thèse porte sur le libre-arbitre de l’homme créé comme être responsable et libre, alors que le dogme stipule que tous les actes de l’homme sont accomplis par Dieu…Considérés comme porteurs d’une dérive interprétative, les mutazilites durent s’enfuir en Asie Centrale ou au Yémen où cette philosophie , adoptée plus tard par des chiites, s’est perpétuée malgré les risques. Aujourd’hui le mouvement néo-mutazilite, développé en Tunisie, en Egypte, et dans les universités occidentales reprend force et vigueur et ses adeptes sont parmi les promoteurs intellectuels du Printemps arabe. La défense du libre-arbitre notamment les rapproche de la maçonnerie. Les frères lillois qui baptisèrent leur loge « Averroès » et ceux parisiens, musulmans et non musulmans qui nommèrent leur loge « Emir Abdelqader » ont voulu souligner qu’ils croyaient réellement à un substrat spiritualiste et philosophique commun.
III Les mouvements démocratiques en Islam
Depuis les indépendances, des démocrates arabes démontent le mécanisme du faux retour aux sources, idéalisant le régime islamique de la première époque, prétendant que sa réintroduction dans nos sociétés modernes pallierait les problèmes socioéconomiques contemporains. Ils nous font ainsi découvrir l’utilisation politicienne de leur religion. C’est pourquoi, le Pr. émérite Ali Mérad souhaite redonner à l’exégèse renouvelée ou « ijtihad » l’importance qu’elle avait au Xe siècle. Le Pr Mohamed Arkoun, récemment décédé, argumente de même dans sa Critique de la Raison islamique (1984). L’historien marocain Abdallah Laroui dans son Islam et Modernité montre que l’Etat islamique à l’état pur n’a jamais existé ; en fait l’Etat sultanien abbasside a soumis la Loi à son intérêt séculier, réservant l’appareil califal au domaine de l’utopie, comme l’avait fait Ibn Khaldoun (XVe siècle) : « L’expression « Etat islamique » est en fait contradictoire en elle-même ». Mohamed Charfi qui fut ministre de l’Education en Tunisie n’hésitait pas à dire publiquement : « L’islam de demain implique que la religion soit conjuguée aux temps de la liberté, de l’égalité et de la démocratie avec la révision du droit musulman que cela nécessite ». Khadija Chérif, militante tunisienne des droits de l’homme, à la même époque (1995), s’exprime ainsi dans la presse : « Pour moi, femme, nos premiers adversaires sont les intégristes. En opposant au régime de la charia une démocratie réelle, nous rendrions impossible la contamination islamique ». L’universitaire marocaine, Fatema Mernissi , avec un grand courage , se moque des salafistes : « Cet intégrisme politico-religieux tourne à l’ubuesque puisque pour les islamistes, si l’on sépare l’islam de l’Etat, plus personne ne croirait à Allah, ce qui voudrait dire que l’islam, sans la police, n’a rien à offrir ! ». Le grand poète syro-libanais Adonis regrattait (08/11/1995) que : « L’Islam se soit transformé dans l’esprit de la plupart des musulmans d’aujourd’hui en chaînes et prisons. » L’espace manque ici pour citer le combat mené dans chaque pays musulman malgré la lourde répression que l’on a enfin pu découvrir sur les écrans télévisés cette année même.
L’image de l’islam en Europe souffre des excès antidémocratiques de ses intégristes qui essaient à nouveau de prendre le pouvoir en 2011 en bafouant le « Printemps arabe ». Des universitaires français comme le Pr Mohammed Ferjani se sont mis en disponibilité pour aller soutenir le réveil démocratique de leur pays d’origine. Beaucoup de citoyens de culture musulmane en Europe souhaitent pratiquer leur religion à titre privé et soutiennent ceux des leurs qui mènent le combat de la démocratie et de la laïcité, qui ne sont pas l’apanage exclusif du Nord méditerranéen mais sont aussi puisés dans le fonds culturel arabo-musulman.
IV-Musulmans francs-maçons du XVIIIe siècle à 2011
Les débuts de l’établissement de la Franc-Maçonnerie au Proche-Orient ont bénéficié de facteurs favorables dès le début de l’Islam. La mise en place de confréries religieuses souvent liées à des corporations de métier a conduit les différents peuples de l’Empire abbasside (VIIIe au XIIIe siècle), puis ottoman (XVe au XXIe siècle) à choisir l’expérience initiatique. C’est à Smyrne , en 1738, qu’est ouverte la première loge de l’Empire ottoman puis la Grande Loge de Londres et la Mère Loge écossaise de Marseille ouvriront des loges à Istanbul, Salonique, puis dans les échelles du Levant. D’autre part, Arméniens et Grecs comme les Turcs, chrétiens comme musulmans seront à égalité dans les loges ; le Sultan qui en 1850 établira par décret l’égalité de tous les sujets sera franc-maçon. Il le paiera de sa vie ! A la fin du XIXe siècle, le Grand Vizir Riza Tevfik , dignitaire bektachi, sera également Grand-Maître du Grand-Orient ottoman. Une loge est créée à Alep en 1738 puis en 1760 ; Au Liban, la première loge émanant du personnel cosmopolite de l’Université américaine, en 1873, est présidée par le Libanais Amine Beyhoum. En Egypte, une première loge était apparue à Alexandrie en 1748 puis Bonaparte introduisit les loges militaires qui initièrent des chrétiens, des juifs et des mamelouks musulmans. Plus tard la loge alexandrine Les Pyramides procéda à l’initiation de l’Emir algérien Abdelqader, en 1864, pour remercier cet important dignitaire de la Confrérie Qadiriyya d’avoir sauvé avec 200 de ses compatriotes plusieurs milliers de chrétiens du massacre effectué à Damas en 1860 par les Turcs et la population locale. En Iran, dès le premier quart du XIXe siècle, des intellectuels, conduits par Mirza Malcom Khan créent des loges qui ne seront fermées qu’en 1979 par le régime mollahcratique. Lorsque Jamaleddine El Afghani, réformateur musulman iranien, initié dans une loge stambouliote se rendra en 1882 à Paris et à Londres, des appuis maçonniques lui feront rapidement rencontrer des universitaires, des savants et des hommes politiques .Comme en Egypte, les premières loges algériennes seront militaires ( Bugeaud, Cavaignac, Pélissier, Chanzy, Lamoricière) puis encadrées par des musulmans, le Saint-Simonien Ismaïl Urbain ou le Général Yusuf. La Tunisie plus cosmopolite aura eu, dès 1773 une loge livournaise ; en 1885, le Grand-Orient allumera les feux de la célèbre « Nouvelle Carthage » qui, depuis une quinzaine d’années, soutient un triangle tunisois.
Aujourd’hui même, les frères (et sœurs) peuvent se réunir à Beyrouth, à Amman et à Rabat. Au Caire les maçons se retrouvent discrètement sous le couvert du Rotary ; les frères algériens ou d’autres pays arabes ne peuvent assister à des tenues qu’en France ou dans le reste de l’Europe. C’est pourquoi les maçons européens libres doivent apporter toute leur aide pour soutenir leurs homologues moins favorisés et qui risquent beaucoup s’ils étaient découverts .C’est que les Saoudiens ont traduit en arabe dans les années 1970 le pamphlet anti-maçonnique de Léo Taxil et le diffusent largement dans la presse quotidienne populaire.
En Orient, longtemps, les artisans adhérèrent à des ordres soufis. Aujourd’hui, toutes les classes sociales se retrouvent dans des confréries. De même des membres de confréries adhèrent à des loges maçonniques, n’y voyant aucune contradiction.
Qu’on se rende bien compte, le citoyen du sud ou de l’est de la Méditerranée qui souhaite entrer en maçonnerie y sera poussé par sa propre culture basée sur la recherche initiatique et de ce fait sera en butte aux attaques des islamistes qui n’admettent ni le libre-arbitre ni le refus de l’endoctrinement dogmatique. Est-il si différent de son homologue du Nord qui, pendant des siècles, aura subi les mêmes contraintes ? D’ailleurs, à Annonay, en 1788, le musulman, qui rejoignit la loge locale, s’était déjà rendu compte que sa pratique du culte n’était pas incompatible avec l’adoption d’un rituel maçonnique.
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Source : http://grandorientarabe.blogspot.fr/2012/01/

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Le Rite Œcuménique

16 Décembre 2012 , Rédigé par Kaddour Belkhamsa ( 33° ), Publié dans #Rites et rituels

Ce Rite plonge ses racines dans le Rite Écossais Ancien et Accepté (Reaa) et étend sa ramure vers les différentes voies initiatiques islamiques.

Comme toute voie initiatique, se caractérisant par la transmission d’un sens caché obtenu au cours de rituels vécus, le Reaa, apparu au XVIIIème siècle, voile par ses mythes ceux de la Torah et des Évangiles. Les voies initiatiques islamiques en font de même pour le Coran.

En effet, depuis Abra[h]am jusqu’à Muhammad, toute Révélation, telle une vague qui flue puis reflue apporte avec elle ce qui émane du Principe à destination de tous, et laisse en se retirant, l’écume destinée à certains d’entre eux. Ce double visage exo-ésotérique (ceux qui sont placés sous l’influence du Centre et ceux qui entrent dans des « voyages » vers lui) constitue l’unité de cette Révélation, paradigme de l’unité Principielle.

Chaque voie initiatique est complète et totale dans le sillage de la Révélation dans laquelle elle a pris racine. Néanmoins, la succession des Révélations issues du même Centre, reprenant, amplifiant, et transcendant l’univers commun des mythes et des symboles, a de tout temps posé plus de problèmes à ceux qui sont dans la forme extérieure (la religion en fait) qu’à ceux dont le cheminement vers le Centre éloigne petit à petit de l’apparence.

Le XIIème siècle, fut une des rares périodes d’harmonie des voies initiatiques issues de la Torah, des Évangiles, et du Coran. En effet, chacune d’elle, dans le respect de sa propre spécificité, se rapprochait l’une de l’autre, à chaque fois qu’elles se rapprochaient du Centre commun. Pierre le Vénérable, abbé de Cluny dont le nom sera promis à un bel avenir, en tirera profit à Tolède pour enrichir le substrat chrétien, qui se cristallisera dans l’Ordre du Temple, première apparition initiatique organisée dans le monde catholique.

La destruction de l’Ordre du Temple marqua la fin de l’unité entre l’exotérisme et l’ésotérisme catholique, et laissa la place à un morcellement de cette voie en différents courants. Ces derniers, tous excommuniés par l’église, ne cessèrent, jusqu’à ce jour, de revendiquer la détention de la « régularité », au nom de laquelle ils continuent d’exclure, sans autre forme de procès, les autres.

Au XVIIIème siècle, autre période de fracture du monde occidental, apparurent, sans ordre apparent ni intention évidente, un certain nombre de degrés initiatiques qui furent intégrés, classés, et adaptés dans des systèmes maçonniques. L’un d’eux fut le Reaa, dont certains degrés sont les plus pratiqués dans le monde aujourd’hui.

Le Reaa propose une remontée du temps, des cathédrales gothiques à MelkiTsedeqen passant par les ruines du Temple d’Hénoch, la Jérusalem des Temples, la Jérusalem céleste, le Tabernacle de Moïse, la Tour de Babel, etc. N’étant pas, comme la Qabale ou le Soufisme, un ordre initiatique adoubé à une Révélation, le Reaa propose une spirale de vagues fluantes et refluantes permettant une « réintégration » au Centre sans passer par l’exotérisme d’une religion. Il est, en ce sens, laïque, non pas dans le rejet des religions, mais dans une intégration, qui lui est propre, de leurs chemins initiatiques. Cela, bien entendu, n’empêche pas ses membres de pratiquer leur religion. Mais, ceux qui voudraient, en plus, suivre les voies initiatiques de leur religion (Qabale ou Soufisme) risquent de ne parvenir qu’à un état syncrétique.

La révélation Islamique apportée par Muhammad reprend et conclue l’ensemble des Révélations depuis MelkiTsedeq, en y intégrant le rôle messianique du Christ. Le Dieu de l’Islam se présente ainsi comme étant le Dieu de tous les Prophètes de la Torah et de celui du Christ. Il « réactualise » ainsi les Révélations passées tout en y mettant un terme. La pratique du Soufisme conduit ses membres vers le même Centre, dans l’intégration complète des deux aspects complémentaires de l’Islam.

L’affirmation de la fin des Révélations concerne au premier chef notre Ordre.

En effet, le Reaa propose un chemin spiralique, par vagues successives, des cathédrales gothiques à MelkiTsedeq. La fin du cycle des Révélations ne peut être que la fin d’un cyclique provoquant « un basculement des pôles». Ceci permet de refermer la chaîne restée ouverte à la Vierge noire, par l’ensemble des vagues mythiques spécifiques au Coran, en offrant un second chemin spiralique vers MelkiTsedeq passant par la Pierre noire (Kaaba).

Ces deux ailes des « karoubim», partant de la cathédrale gothique et remontant vers ce « vide» que le Créateur a fait en son sein, permettent d’atteindre le début et la fin de l’être.

Le Rite Œcuménique se propose ainsi de « boucler la boucle » en quelque sorte.

Source : http://grandorientarabe.blogspot.fr/2011/03/le-rite-cumenique.html

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Du Rite Oecuménique

16 Décembre 2012 , Rédigé par Goao Publié dans #Rites et rituels


Il est un constat désolant pour des défenseurs de la fraternité, c'est que très peu de français et européens de confession musulmane fréquentent les loges maçonniques, toutes obédiences confondues. Cette échec à la fraternité s'explique par de nombreuses raisons, mais il est évident que les rituels que la maçonnerie propose, les décors qui ornent nos locaux et les récits historiques ou mythologiques (Hiram) qui les soutiennent n'ont aucun point commun avec le monde Islamique. Les rappels à la symbolique chrétienne ou judaïque de nos rituels sont nombreux et parfois très explicitent (cf. le chevaleresque RER, le rite d'York...).
- Un frère (ou une sœur) de confession musulmane est forcément en perte totale de repères culturels. Rien, en effet, ne vient conforter son regard ou tisser un lien avec son passé, son histoire sociale et religieuse.
- Nos rituels occidentaux relatent des chroniques anciennes de la Bible, du Talmud ou nous parlent de kabbale dans une débauche de termes hébraïques et de références chrétiennes. Et plus l'on monte dans les hauts grades, plus cela se vérifie.
- Depuis l'affaire Dreyfus au XIXe siècle, l'image du « complot judéo-maçonnique » à laissé des traces persistantes qui évoquent trop souvent le juif comme une origine du mal, de la délinquance morale ou financière. N'est pas Satan qui veut, mais le juif de ces caricatures ne travaille pas seul puisqu'il fait corps avec le franc-maçon, qui élabore sans cesse d'infâmes complots contre la république dans la pénombre de ses ateliers.
- Tout ceci enfin tisse un lien fort avec l'état d'Israël où la maçonnerie aux racines juives est une machine assurément sioniste et anti-islamique, qui travaille à la gloire du judaïsme.
- Précisons encore que le protestantisme est largement représenté, depuis le texte fondateur des Constitutions d'Anderson au tout début du XVIIIe siècle, avec son lot de pré-requis non négociables sur la croyance en Dieu, celui des chrétiens naturellement.
Le rite Œcuménique est inspiré du Rite Écossais Ancien et Accepté et de l'ancienne maçonnerie musulmane opérative, ainsi que des branches initiatiques de l'Islam (soufis, druzes et ismaéliens). Il fait toujours appel aux symboles et références communs au judéo-christianisme mais emprunte également à la symbolique musulmane (comme, par exemple, des signes de reconnaissance, une symbolique des couleurs en Islam ou du voyage initiatique du Prophète). Les trois grandes religions du Livre sont ainsi également représentées afin que chacun s'enrichisse des pensées de l'autre. Il s’agit bien ici, et uniquement, d’instaurer des repères culturels communs afin que chacun trouve sa place dans le déroulement d’une tenue.

Il est composé de sept degrés*, précédés d'un état d'Aspirant / Mourid.
- Le 1° degré (Apprenti/Mubtad'i) est l'équivalent du 1° degré du REAA
- Le 2° degré (Compagnon/Mouqadem) est l'équivalent du 2° degré du REAA
- Le 3° degré (Maître/Nassib) est l'équivalent du 3° degré du REAA
- Le 4° degré (Maître Secret/Saïs= Vénérable) est l'équivalent du 4° degré du REAA
- Le 5° degré (Chevalier Rose-Croix /Naqib) est l'équivalent du 18° degré du REAA
- Le 6° degré (Chevalier Kadosch/Cheikh Aql) est l'équivalent du 30° degré du REAA
- Le 7° degré (Grand Commandeur / Al Qutb Al A'Azam) est l'équivalent au 33° degré du REEA

De son origine :
Le G.O.A.O. partage avec les obédiences maçonniques actuelles, l'héritage de nos pères fondateurs européens et se veut complémentaire car il est le seul, par son rite Œcuménique, à tisser un lien fort entre l'Orient et l'Occident. Il est en particulier l'héritier du Grand Orient Arabe
* Le Rite Oecuménique est composé de 7 degrés parceque le chiffre 7 est le plus haut degré de la Perfection:
- les premiers Grecs l'appelaient Septas ou Vénérable.
- Cicéron, initié dans les sciences des nombres,assure, dans le Songe de Scipion, qu'il n'est presque aucune chose dont ce nombre soit le noeud.
Il symbolise, dans la maîtrise, la chaîne morale qui unit la science maçonnique à la civilisation et au bonheur du genre humain.
- Suivant le Timée de Platon, l'origine de l'âme du monde y est renfermée.
- Les planètes étaient au nombre de 7; la lune qui occupait le 7ème rang parmi ces sphères est soumise à l'action du 7e nombre; sa révolution s'achève en 28 jours, total de l'addition des 7 premiers nombres; elle offre 4 phases principales de chaque 7 jours etc..
Chez les "Ismaéliens" où "Septimans"et autres "Batiniyyin" ( ésotériques) tout s'articule autour du chiffre 7 :
- 7 degrés d'émanation
- 7 cycles pour le temps
- 7 Prophètes ou "Nâtiqs" ( parleurs ):Adam, Noé, Abraham,Moïse,Jésus,Mohammed et l'Imam
- 7 sont les degrés de l'initiation
L'initiation Egyptienne avait 7 grades ou degrés:
1e degré: Pastophoris
2e degré: Néocoris
3e degré: La Porte de la mort
4e degré : Christophoris
5e degré: Balahate
6e degré: L'astronome devant la porte des Dieux
7e degré: Prophéta ou Sahénath Pancah
et bien d'autres particularités du 7 , qu'il devient le nombre sacré de la maîtrise maçonnique.

source : www.goao.org

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Tubalcain

15 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Au Rite Français Rétabli (RFR), nous apprenons l’existence de Tubalcaïn dans le Rituel de Réception au grade d’Apprentie : « c’est le nom du premier ouvrier en métaux » déclare la TV ;

« c’est le nom de celui qui inventa l’art de travailler les métaux » répond le nouvel initié, aux questions posées successivement par les FF\1ère et 2ème Surveillants.

Dans le Régulateur du Maçon, datant de 1801, le VM dit : « nous avons un mot de passe qui sert parmi nous pour nous assurer encore plus particulièrement que celui qui se présente est maçon ».

Ce mot de passe fait partie des secrets qui vont être confiés à la nouvelle initiée pour avoir accès aux mystères de la F\M\.

D’après la Bible :

Tubalcaïn est le fils de Lamech et un descendant de Caïn et comme tel, il appartient à la septième (et dernière) génération maudite depuis le meurtre d’Abel.

Tubalcaïn (ou Toubal-Caïn) inventa l’Art de travailler le métaux.

Au nom primitif Toubal ou Touval (nom de la tribu d’où il venait) l’élément Caïn aurait été ajouté car dans plusieurs langues sémitiques il signifie « forgeron ».

Dans la mythologie, Tubalcaïn est assimilé à Vulcain pour les romains, et à Héphaistos pour les grecs. Mêmes personnages symboliques et mêmes activités.

A partir de Prométhée, qui déroba le feu aux Dieux pour le donner aux hommes, et, ainsi, améliorer leurs conditions de vie, les forgerons sont estropiés.

La perte de leur intégrité physique est le prix de leur science, ils ont subi la colère d’un Dieu jaloux de leurs privilèges.

Dans les mythes le pouvoir n’est pas tendre avec celui qui connaît les secrets et les divulgue aux dominés ou aux dissidents afin de leur permettre de se libérer.

C’est ainsi que les forgerons sont souvent représentés boiteux, bossus, unijambistes ou nains. Ils furent souvent des parias dans leur communauté car, disait-on, ils devaient pactiser avec le diable pour transformer le minerai dans leur forge, assimilée elle-même à l’enfer.

Ce mot de passe de l’apprenti est différent du mot sacré du 1er degré que le nouvel initié, qui « ne sait encore ni lire ni écrire, ne peut qu’épeler », il fait partie de ce qu’on appelle les « transmissions », c'est-à-dire les gestes ou les mots de reconnaissance. Ce mot de passe a pour but de vérifier si le grade possédé correspond bien à celui des travaux du jour en loge.

Tubalcaïn est « Le Passeur » d’une vie à une autre vie, « l’Initiateur » qui accompagne l’apprentie puis la compagnonne vers le dépouillement, et la transformation vers la re-naissance.

Il fait passer de la grotte / chambre de réflexion, symboles de la mort et de la vie, de la descente en soi, à l’espace sacré qu’est le Tem\.

C’est donc dans l’ombre de la chambre de réflexion que nous nous dirigeons vers la lumière du feu de la forge : symbole de notre Temple, creuset d’initiation et de transmutation.

Pour cette transformation, cette métamorphose, le forgeron débarrasse le métal de ses scories pour lui donner une nouvelle identité, il est l’Alchimiste qui maîtrise l’art de la transmutation et en ce sens il est celui qui permet le passage d’un état à un autre, une nouvelle création.

De même, Ptah, dieu funéraire égyptien, est celui qui, après la pesée de l’âme du défunt, s’occupe de la renaissance de son âme dans la vie d’après la mort.

Le forgeron est un personnage craint et respecté ; craint parce qu’il a le pouvoir de transformer la matière et de maîtriser le feu, et respecté car les instruments créés rendent son activité nécessaire à tous.

Mais ce passeur, ce forgeron qui brise les métaux et les jette au feu en transpirant, en peinant parfois pour les unifier à nouveau, n’est-il pas finalement aussi une représentation de nous même, de notre propre cheminement et de notre conscience tendue vers un idéal qui nous transcende?

Le travail de purification peut s’avérer éprouvant.

Notre imperfection, notre infirmité même de profane boiteuse, nous avons pu la mesurer lors de l’initiation.

Lors de la cérémonie de réception, la néophyte effectue ses voyages en titubant, elle est elle-même « boiteuse », car elle a un pied nu.

Tubalcaïn ne serait-il pas alors le condensé symbolique de notre démarche maçonnique nous donnant à la fois ce vers quoi tendre et les outils pour y parvenir.

Tubalcaïn est un des premiers à transformer la matière en respectant les lois de la nature et non par un quelconque dogme ou par la magie des Dieux. C’est par son propre travail et sa propre création, c’est son intelligence qui le guide.

Les métaux sont extraits de la terre, ils passent d’un état brut à un état purifié, et leur forme est renouvelée en passant par la souffrance, la mort, la transformation et la renaissance en outil, bijou, arme, ou autre matériel.

Travail de force difficile pour faire d’une matière brute un outil très utile dans la vie quotidienne, ou un objet d’Art, les forgerons étaient indispensables dans les villages.

Ce travail de métallurgiste tel qu’il est compris dans Tubalcaïn, nécessite l’emploi du feu afin de parvenir à la fusion qui permet de séparer le métal pur de tous les autres matériaux, chacun ayant un point de fusion différent, et d’écarter ainsi toutes les scories qui l’entourent.

La fusion est le passage d’un corps solide à l’état liquide.

Séparer, purifier, puis, réunir ce qui est épars pour obtenir un nouveau produit, (Ou un nouvel Etre)

Ce travail de métallurgiste est à rapprocher du travail que doit faire l’APP\.

Ainsi on retrouve dans l’initiation les différents éléments :

Le forgeron extrait de la Terre, la matière première,

Il utilise le marteau (ou maillet) pour dominer la matière,

Le feu permet de chauffer les minerais pour diriger la fusion.

L’air active la puissance du feu pour modeler le métal.

L’eau, élément passif permet à la matière transformée, de conserver sa forme en refroidissant la pièce.

Le forgeron domine les feux de l’enfer dans sa forge.

L’initié doit dominer les feux de la passion pour éviter sa destruction, tout est dans la mesure.

C’est ainsi que le travail va progresser pour devenir son œuvre.

L’œuvre au noir : du métal brut, de la mort apparente de la matière.

L’œuvre au rouge : action du feu sur les métaux, symbole de l’embrasement des passions humaines.

L’œuvre au blanc : Métal purifié, unifié, transmué en sa forme nouvelle.

En F\M\, l’Art de travailler les métaux crée la Beauté, intérieure et extérieure, et lorsque nous nous assimilons à Tubalcaïn, c’est de notre œuvre personnelle qu’il s’agit.

Les métauxont aussi leur symbolique.

Tubalcaïn, nous dit la Genèse, travaillait l’airain et le fer. Souvenons-nous que les colonnes du Temple de Salomon étaient en airain.                                                                                                    

- L’airain (alliance de différents métaux dont le cuivre forme la base) est le symbole du jugement divin, d’un jugement capable de percevoir et de définir le Mal.

- Le fer est le symbole de la servitude, de l’attachement à la matérialité, et de l’immanence c'est-à-dire : le non Etre : état de celui qui n’existe que par identification à un autre.

Tubalcaïn n’a pas accès aux métaux nobles comme l’argent ou l’or. Il travaille à partir du réel de sa vie profane avec ses aspects positifs et négatifs. Comme nous il est capable du pire comme du meilleur.

- L’argent est le symbole de la grâce, de la rectification, de la rédemption.                   

- L’or représente ce qui est divin, il est symbole d’immortalité et de transcendance (contraire de l’Immanence).

En maçonnerie les métaux représentent les préoccupations matérielles, le monde profane.

La« confusion » de Tubalcaïn est donc bien son « imperfection ».

Cependant, le travail qu’il conduit est un préalable à tout accès à la Connaissance.

Nous-mêmes sommes souvent engluées dans la confusion de notre être, nous essayons de sortir de nous, de nous comprendre, de faire le tri de l’intime, de l’authentique et de ce qui relève du comportement social, de l’apparence. Il nous est bien difficile d’accéder à notre Etre profond.

Le travail de l’airain, le travail sur le jugement ouvre les portes de la justice.

Le travail du fer, le combat contre l’Immanence renvoie à la recherche de la Vérité.

La recherche de la Vérité et de la Justice sont des composantes essentielles de l’état de conscience qui siège au cœur de l’homme.

Nous ne sommes pas des dieux. Sans renier nos aspirations à nous élever, il faut «raison garder », rester humble, apprendre à connaître nos limites et à trouver le juste équilibre entre les choses.

On comprend mieux alors pourquoi le nom de Tubalcaïn signifie « possession du monde », mais de quel monde si ce n’est notre monde intérieur qui permet ensuite avec force d’affirmer notre identité et nos convictions pour construire un monde de beauté.

La manière dont Tub\domine le feu est la confirmation de cette hypothèse.

Les métaux que nous laissons à la porte du Tem\, ce n’est pas notre passé entier, mais tout ce qui alourdit notre liberté de penser, notre capacité à ressentir, à vivre notre réception, physiquement et moralement.

Les métaux que l’on nous restitue, parce que les voyages ont eu lieu, ont été transmués, puisqu’ils servent à faire le bien, ce qui est notre but.

EN FM on est reçu et on nous donne les moyens de nous initier.

L’Apprenti est le forgeron de son devenir :

au premier grade, il doit utiliser les quatre éléments pour travailler sur ses métaux

Puis compagnon :

au deuxième grade il perfectionnera son travail avec sagesse, force et beauté

Enfin, Maitre :

au troisième grade il rencontrera Hiram et ses mauvais compagnons et devra poursuivre son œuvre.

Tubalcaïn,désigné comme le premier forgeron, le premier de la lignée des fondeurs dans laquelle s’inscrira Hiram, le transformateur des minerais et des métaux, travaillant dans les profondeurs de la terre, accède au rang de maître du feu, celui qui exploite l’énergie primitive libérée, la chaleur et la puissance de l’action. Le Rite Mac\

Source : http://anck131.over-blog.com/article-tubalcain-1-2-113024439.html

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Tubalcain ou Touval-Qayin

15 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Genèse IV 22 : « Sella enfanta aussi Tubalcaïn, qui eut l’art de travailler avec le marteau ; et qui fut habile en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer... »
Tubal-Caïn (Touval-Qayin) est le fils de Lamech, descendant de Caïn et comme tel, il appartient à la dernière génération réprouvée depuis le meurtre fratricide d’Abel.
Genèse IV 24 : « On vengera sept fois la mort de Caïn ... »

Les enfants de Lamech constituent la septième génération, auquel l’age du maître fait référence : « 7 ans et plus » (7 jours de la création sous la forme 6+1).
Il est un rapport entre le meurtre d’Abel par Caïn et celui d’Hiram par les trois mauvais compagnons, car le nom Hiram est la forme apocopée de Ahiram signifiant en hébreu « mon frère est élevé », une référence a la mort primaire considérée comme une exaltation.
La Parole est perdue, mais la Connaissance d’Hiram Abi se retrouve en grande proportion chez Tubalcaïn, cette Connaissance fondamentale est celle de la forge, le travail des métaux, connaissance des réactions chimiques par la chaleur ou par l’exposition aux rayonnements lumineux.

La parole ne chante plus des louanges à la gloire du Très Haut car elle sert un pouvoir éphémère. C’est l'inspiration caractérisant Hiram Abi qui n'est plus, la Déconstruction nécessaire à la résolution de la complexité de la régénération devient Destruction « futile » et apparaît irrémédiable.
La 7ème génération doit cependant clôturer le cycle de la malédiction et pour ce faire elle doit se fondre dans un corps de substitution.

Tubalcaïn, le forgeron
Touval-Qayin étymologiquement « Touval (ou tevel) vient à la fois de yaval (« rivière ») et de balal (« confondre ») ; Quant à Qayin, il signifie « forgeron » et « chanteur ». Touval-Qayin se traduit donc par « confusion du forgeron » et par « confusion du chanteur »
Les lettres MB évoque le forgeron, car le mot sacré prend également la forme de Mak Bena (en syriaque), originellement le marteau, référence au prolongement du bras de Tubalcaïn, qui a la particularité de présenter simultanément une potentialité autant édificatrice « oedificantis percussio » que destructrice, meurtrière « interfectio ».

C’est la connaissance du travail des métaux, qui permet la génération des briques élémentaires nécessaire à l’apparition de la Vie. Car à l’origine de la vie, ces briques chimiques élémentaires ont été obtenues par des très hautes températures (+3000°) appliquées sur des métaux ou formées par photo oxydation du fer ferreux.

La connaissance des métaux (héraldique), par l’attribution de valeurs symboliques suivant leur nature, symbolise la Connaissance Universelle :
Airain : Symbole de jugement Divin, de détermination du Mal, de perception. Argent : Symbole de grâce, de rédemption, de rectification.
Fer : Symbole de servitude, de l’attachement à la matérialité et de l’immanence.
Or : Symbole de ce qui est Divin, de la panacée et de l’immortalité, de la transcendance
Tubalcaïn produit toutes sortes d’objet d’Airain et de Fer, l’Argent et l’Or ne lui sont pas accessibles, là est, sa confusion, qu’il faut traduire par son imperfection.
Cependant la compétence de Tubalcaïn est un pré-requis à toute démarche d’objectivation de la Connaissance.

Le travail de l’Airain, synonyme de Jugement, est intimement en rapport avec la Justice, quant à celui du Fer, synonyme de l’Immanence, il conduit vers la Vérité.
Dans la Tradition ésotérique, Justice et Vérité sont les composantes de la Conscience, qui siège dans le cœur de l’Homme et que le compagnon Maçon cherche à sonder.
La substitution de l’Être parfait
Pour la recomposition de la perfection originelle, le rachat de la 7ème génération, équivaut à l’alliance Tubalcaïn (Touval Qayin) avec ses deux demi-frères issue de l’ombre (leur mère est Ada) Jabel (Yaval) et Jabel (Youval) et sa sœur Noëma (Naamah).
Genèse IV 20 « Ada enfanta Jabel, qui fut père de ceux qui demeurent dans des tentes, et des pasteurs » 21 « Son frère s’appelait Jubal : et il fut le père de ceux qui jouent de la harpe et de l’orgue »

L’Être, assimilable à la perfection, est reconstitué par trois réalités corporelles, Corps physique, Ame et Esprit.

Jabel (Yaval) parce qu’il évoque le fluctuant par la rivière, la mobilité des nomades vivant sous les tentes, est le Corps Physique qui passe, Corps Éthérique. Jubal (Youval) évoque la sensibilité par la musique, l'orgue par son souffle, la harpe par sa résonance sont associés à la musique religieuse, est l’Âme liée aux sentiments, le Corps Animique, Corps Astral.
Tubalcaïn (Touval Qayin) détenteur de la puissance créatrice, est l’Esprit, Corps Mental.
L’isolation de la composante créatrice spirituelle, par le meurtre, par l’action du Mal, est un signe de la proximité de l’Esprit au 3ème Degré du REAA, en même temps qu’elle crée un manque qui justifie la substitution future.
La reconstitution triadique est une constante de la Tradition ésotérique universelle, ont la retrouve par exemple au travers de la divine triade hindoue TRIMURTI.
Là où tout est rupture, conflit et distorsion, la réunion possible et constructive de trois dimensions, la destruction, la conservation et la création est un heureux présage.

Les premiers pas vers la substitution prend la forme d’une conscience des dualités, qu’il faut dépasser, transcender, par une mise en évidence de l’Esprit, puissance créatrice unificatrice, en un mot « Tubalcaïn ».
Tubalcaïn est la Conscience que le Maître Maçon doit acquérir, cette mise en évidence, cette conscientisation, par laquelle nous pouvons avancer dans la construction d’un temple que nous percevons sensible et de moins en moins corporel.

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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Tubalcain

15 Décembre 2012 , Rédigé par C\ M\ Publié dans #Planches

Au seuil du 3ème degré, lorsque le TRM prend les deux mains du récipiendaire pour l’attirer à lui, aidé en cela par les deux surveillants, il lui communique à voix basse un mot de passe symbolique : TUBALCAIN. D’après la légende, c’est le premier qui découvrit l’art de forger les métaux. Tubalcain signifie « Maître du monde ». S’écrit Tubal-Caïn ou Tubalcain. Il correspond à Héphaïstos, chez les Grecs : dieu grec du feu et de la forge ; à Vulcain chez les Romains, à Tvashtri en Inde, PTAH en Egypte, Le Grand Yu en CHINE, OGUN chez les Youbas d’Afrique, Brahmanaspati en Inde.

1. Tubalcain signifie « Maître du Monde »
Dans la Bible, il est un descendant direct de Caïn. La Loi Mosaïque n’étant pas encore née, Caïn ne fut pas tué après son crime fratricide ; il se trouva symboliquement exilé de la terre sacrée et fut renvoyé de l’Orient vers le Nord. Après que Caïn eut bâti la première ville, nommée Henoch, il devint le premier d’une ligne de créateurs. Chaque descendant de Caïn est décrit par son activité : Jubal sera nomade et berger. Dubal sera musicien… Tubalcain s’occupera des métaux et des instruments. La postérité de Caïn fonde la civilisation, le progrès de la technique, des sciences et des arts. Tubalcain appartenait à la 7ème descendance de Caïn . le chiffre 7 ne se trouve pas là par hasard. Le 7 indique une évolution de Tubalcain par rapport à son ancêtre , qu’il avait exploré sa terre, découvert ses métaux et qu’il était passé maître dans l’art et la manière de les utiliser. Le 7 indique également une perfection dynamique et la fin d’un cycle. C’est pourquoi l’on peut dire en maçonnerie : « j’ai 7ans et plus » car il y a d’autres cycles à réaliser. Le 7, c’est encore le 4 du carré de la terre, associé au 3 du triangle, de l’esprit qui descend dans la matière, et qui, lui donnant vie, l’anime.

2. Dans la mythologie

Tubalcain est assimilé à Vulcain pour les Romains et à Héphaïstos pour les Grecs. Homme puissant, installé dans les profondeurs de la terre, il en extrait les substances nécessaires aux plus hauts plans d’évolution. Maître du feu, il forgea l’armure magique d’Achille, qui permit à celui-ci de sortir vainqueur de tous les combats. Il façonna également le trident de Poséidon, dieu des éléments liquides, ainsi que le sceptre de Zeus, symbole de souveraineté complète. Il découvrit dans l’Olympe les secrets du feu et des métaux qui peuvent être solides ou liquides, purs ou alliés entre eux, transformés en armes ou en socs de charrue. Détenteur du secret des transmutations, il paya le prix de sa découverte par un signe visible et permanent sur le plan physique : le forgeron, dans toutes les mythologies, boite, claudique, c’est un être imparfait disent certains ; ou bien cette marque visible est-elle un signe de sa pureté et de son don de clairvoyance ? Avoir saisi le sens de la vie et de l’univers ne laisse-t-il pas une marque indélébile ? De nombreux forgerons sont infirmes : Héphaistos est boiteux et difforme ; Varuna, Tyr, Odm ont tous quelques disgrâces comme si la perte de leur intégrité physique était le prix à payer pour accéder à la Connaissance. Celui qui sait ne peut être heureux, celui qui construit et aime attire forcément la foudre des hommes et des dieux. Ainsi en va-t-il de tous les héros, mais aussi de tous les Créateurs et Etres de Lumière. Gandhi, M.L. King, et bien avant eux les prophètes, les philosophes, Socrate, tous les êtres qui prônent la liberté, la force d’amour, le courage, ceux qui osent être ce qu’ils sont et qui ils sont et déplaisent au vulgaire.

3. Les métaux sont extraits de la terre

La symbolique des métaux comporte un double aspect opposé et complémentaire. Les métaux passent d’un état brut à un autre état purifié. Dans les mythes et traditions primitives, le minerai était régi et protégé au fond de la terre par des dieux puissants et redoutables. Seul un chaman ou un forgeron sorcier était habilité à apaiser les Dieux gardiens du minerai, lui seul pouvait décider du moment opportun pour commencer à forer le sol ; cette « ouverture des travaux » s’effectuait par des rituels bien précis, des rites de purification personnelle, des prières et des méditations. Investi d’une véritable mission à l’égard des Dieux, et aussi des hommes de sa tribu, le forgeron sorcier, s’engageait tout entier dans son œuvre.
Quand le minerai était découvert et extrait, il était dirigé vers les fourneaux. Puis, le forgeron se substituait à la Terre-Mère pour accélérer et parfaire « la croissance » et la maturité du minerai. Il collaborait en quelque sorte à l’ouvre de la nature, intermédiaire entre Dieu et les Hommes. Ainsi, il fabriquait l’outillage en fer dont les cultivateurs et les chasseurs avaient besoin. Il sculptait les images des ancêtres et des génies qui servaient de support aux cultes. Intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts, tantôt méprisé, tantôt respecté, il vivait à l’écart du village en compagnie de sa femme la potière.

Tubalcain, le forgeron, travaille les métaux et s’inscrit spirituellement comme continuateur de la lignée caïnite. Le forgeron fait partie des bâtisseurs et apprend à être par le moyen de la création. Il a la connaissance des 4 éléments : le métal est extrait de la terre ; il est transfiguré par le feu, lui-même attisé par l’air puis trempé par l’eau afin de devenir l’instrument utile aux laboureurs ou aux guerriers. Il forge des épées, œuvre d’initié, car elles sont parfois dotées d’un pouvoir magique qui demande de connaitre et de maitriser les forces contenues dans ces éléments. Le travail de la forge signifie la constitution de l’être à partir du non-être ; la forge est l’allégorie du cœur et les soufflets représentent les poumons. Fondre le métal et le reformer correspond au « salve et coagula » de l’alchimie hermétique, travail créateur par excellence, car créer c’est recréer. Le forgeron maîtrise le feu et grâce à lui transforme les métaux qui viennent des profondeurs de la terre. Son pouvoir est ambivalent : il peut être aussi maléfique que bénéfique. On peut penser que le franc-maçon grâce à l’introspection, extrait des profondeurs de son inconscient, de sa mémoire les mythes qu’il utilise pour comprendre, évoluer et construire un Homme nouveau. Maîtrise des éléments qui signifie Maîtrise de soi. Travailler sur la nature des métaux ou d’autres matières n’est pas seulement une science, mais tout un Art. C’est l’intelligence qui permet d’exercer cet Art avec un maximum d’ingéniosité pour un meilleur résultat. L’intelligence déployée dans l’œuvre, c’est le grand secret du forgeron, du maître d’œuvre ou de l’initié. Secret parce qu’on peut transmettre la science, la méthode de travail, en fonction des outils, la signification des symboles, mais non l’intelligence ou la Sagesse. C’est un secret intime, aérien, sans formes visibles, et rigoureusement intransmissible. Cependant, sans application éclaircie de ce secret, aucune construction, aucun alliage, aucune œuvre ne serait assez solide pour résister aux épreuves du temps. C’est pourquoi l’intelligence vient compléter les 3 phrases du rituel : Que la Sagesse préside à la construction de nos travaux, que la Force l’achève et que la Beauté l’orne. Tubalcain fut associé aux chantiers des dieux pour la construction du monde parce qu’il avait la connaissance, l’intelligence et la sagesse. C’était un maître d’œuvre. Hiram était lui aussi un maître d’œuvre.

4. Hiram proclame Tubalcain, Maître de l’univers

D’après la Bible (Genèse), Hiram est avant tout un métallurgiste. Il exécuta les travaux du temple de Salomon, à savoir les 2 colonnes et leurs ornements dont les grenades, la mer d’airain et les taureaux de sa base. Hiram est né de Caïn, qui le premier a travaillé la terre, dont la lignée s’est réfugiée dans un monde souterrain et a secrètement survécu au déluge. Hiram est un être sombre, éclairé par un feu intérieur et totalement voué au travail. Nous savons tous qu’Hiram ét ait surtout maître de lui, sa manière de vivre et surtout les circonstances de sa mort indiquent bien sa fidélité, son sens du devoir et la pleine conscience de ses responsabilités. Il mourut en quelque sorte « victime du devoir » emportant avec lui ce fameux secret des bâtisseurs, secret qui ne doit pas être mis à disposition de la violence, de l’ignorance, de l’envie, ou du fanatisme symbolisés par les trois compagnons d’HIRAM, le danger de céder à l’orgueil, à l’ambition et au goût du pouvoir étant toujours possible. L’usage que les trois compagnons voulaient faire du secret d’Hiram, n’était pas conforme à l’esprit de l’œuvre des bâtisseurs.

S’ils avaient réussi, les conséquences auraient été aussi désastreuses que celles survenues au Roi Salomon, qui, malgré sa sagesse proverbiale, ne fut pas totalement maître de ses passions. En effet, son penchant pour les femmes l’amena à honorer d’autres dieux que le sien, ce qui entraîna la division de son royaume en deux parties puis la séparation des 12 tribus d’Israël. Cet exemple à ne pas suivre est tout à fait opposé à l’attitude d’Hiram qui resta fidèle « jusqu’à la mort », sachant que cette mort ne serait que la fin d’un état, celui de la forme, ou de la matière apparente. Cette matière après avoir traversé un processus de putréfaction qui aura dissous les éléments, revivra en substance dans d’autres corps qui évolueront à leur tour. C’est le mythe éternel de la mort quant à la chair, et de la résurrection quant à l’esprit. Car dans l’évolution du monde, tout est transformation perpétuelle. On peut comparer cette transmutation du corps humain, à celle des métaux transmutés au centre de l’athanor en 3 étapes distinctes en alchimie :

C’est d’abord l’œuvre au noir du métal brut, comparable à la mort apparente de la matière.
Puis, l’œuvre au rouge, résultant de l’action du feu sur les métaux, comparable à la combustion des passions humaines. Celle-ci engage la responsabilité du forgeron car il utilise des pouvoirs dangereux qu’il doit savoir maîtriser.
Enfin, l’œuvre au blanc du métal purifié, transmué en sa forme nouvelle ; c’est le passage au plan spirituel de la porte des dieux, et le passage d’un degré dans l’évolution de chacun. Pour que l’esprit de l’œuvre soit respecté, on ne doit progresser que dans le sens de la nature, en respectant les lois et dans l’intérêt de tous : c’est l’équerre symbolique.

5 . TUBALCAIN

TUBALCAIN, nous guide vers un manuscrit de la maçonnerie opérative, le manuscrit Cooke, daté de 1400 environ, qui nous fait entrevoir en filigrane derrière les colonnes du Temple de Salomon, deux autres colonnes bien plus anciennes qui, elles aussi, symbolisent la transmission de la connaissance.

Ces deux colonnes ont été fabriquées par Tubalcaïn, ses frères Jabal et Jubal, et sa soeur Naama pour transmettre « les sciences qu’ils avaient toutes inventées » à travers le déluge. Retrouvées l’une par Hermès et l’autre par Pythagore, ces deux colonnes symbolisent en fait deux courants de pensée dont le REAA est l’héritier :
Hermès, l’hermétisme des mystères initiatiques, d’une pensée ésotérique et symbolique familière aux rives orientales de la Méditerranée, et Pythagore, la géométrie à la fois science et mode de perception de l’univers, une des références antiques de la philosophie grecque. Ce sont ces deux courants au confluent desquels se trouve notre Rite, qui lui ont permis de construire, par leur équilibre, une spiritualité spécifique parce que libre.

A la déclaration du Convent du Rite Ecossais Ancien et Accepté, réuni à Lausanne en 1875, rédigée par Adolphe CREMIEUX lui-même : « La
franc-maçonnerie proclame, comme elle l’a proclamé dès son origine, l’existence d’un principe créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. Elle n’impose aucune limite à la recherche de la vérité, et c’est pour garantir à tous cette liberté qu’elle exige de tous la tolérance », viennent s’ajouter deux éléments significatifs pour ce qui nous préoccupe : d’une part la présence sur nos autels du Volume de la Loi Sacrée, et d’autre part la mise à la disposition du nouvel initié de « l’outillage rationnel » qui lui permettra d’avancer sur le chemin initiatique. La référence à un principe de l’architecture de l’univers, et à un Volume de la Loi Sacrée, qui pourrait être le Coran, la Bible, ou la TORA
nous rattachera à l’un de ces deux courants de pensée, et le refus du dogmatisme, l’absence de limite à la recherche de la vérité, au détriment de toute forme de dogme ou de révélation, ainsi que l’outillage rationnel, nous rattachera à l’autre.
Bien que, comme toujours dans la vie et dans l’histoire, ces deux courants puissent s’entremêler quelquefois, globalement l’un trouvera sa floraison dans le siècle des lumières en Europe, et l’autre s’enracine dans un mode de pensée et de perception symbolique, lié à la construction même des langues sémitiques, qui progressera au fil des siècles sur les rives sud et est de la Méditerranée. Savoirs, raison et liberté d’un côté, Connaissance, symbole et amour de l’autre.

Il nous suffit simplement, dans la grande liberté du symbole, de nous référer au Principe de la Grande Architecture de l’Univers. Car notre quête de Vérité et de Parole perdue me semble appartenir à l’héritage de ces hommes, éloignés les uns des autres par les siècles, la langue, ou la religion, mais souvent rapprochés géographiquement par les rives sud de la Méditerranée, et par leur pensée, participant de la Gnose sans être gnostique, proches par leur soif quasi mystique de cette Connaissance, et proches peut-être aussi par les démêlés qu’ils ont eus avec les intégristes de leurs églises respectives.

D’un côté la colonne d’Hermès, « Connaissance, symbole et amour »qui nous guide dans notre quête ésotérique de la Transcendance, et de l’autre la colonne de Pythagore « Science, raison et liberté ; refus d’abdiquer de notre cohérence intérieure » qui nous conduit à « douter des choses qu’on ne peut démontrer et qui ne sont connues que sous le nom de mystères ».

Ainsi sous l’égide de TUBALCAÏN, on peut percevoir le confluent sur lequel est fondée la spiritualité du Rite Ecossais Ancien et Accepté : une quête symbolique et ésotérique de la Transcendance appuyée sur la Tradition, s’alliant au refus « d’accepter toute idée que l’on ne comprenne et que l’on ne juge vraie », et donc bien entendu au refus d’imposer quelque dogmatique que ce soit.

6. CONCLUSION

Les forgerons sorciers de l’Antiquité étaient aussi appelés Vénérables ou Respectables, selon leur âge et leur expérience. Ils étaient itinérants sur les territoires, toujours à la recherche de nouvelles mines, de nouveaux métaux, de nouvelles pierres brutes à travailler : c’est le compas symbolique. Ils étaient fondeurs et créateurs de formes nouvelles, tout comme le Vénérable Maître « Crée, Reçoit et Constitue » le nouvel élément qui viendra enrichir la loge de ses qualités personnelles, pierre parmi les pierres. Le Très respectable Maître doit veiller à la maturation des métaux afin que chaque maître renaisse en Hiram et continue son travail, comme les ouvriers se lèvent et se remplacent dans la loge. Je suis consciente que, maître maçon du REAA, Tubalcain m’a légué un héritage de spiritualité libre que j’ai la charge de transmettre.

Et mon cheminement dans tout cela ? Troublé par le poids des métaux de ce monde capitaliste ; fortement rythmé par le doute, perturbé par les interrogations, les hésitations, mon cheminement me semble en pointillé avec des pauses toutes suivies de redémarrage et ce n’est que maintenant après l’avoir étudié que je réalise que Tubalcain a toujours été ma bouée, mon point d’encrage ; il est mon veilleur de forge et il n’a de cesse de m’amener envers et contre tout vers la sérénité.

En définitive, Je suis mon propre forgeron. Seuls le temps, la patience et la réflexion peuvent me faire connaître une mutation qui va m’élever vers la vie de l’esprit.

J’ai dit TRM.

source :
www.ledifice.net

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À mon Frère Égyptien

15 Décembre 2012 , Rédigé par Émile Di Mattéo, Publié dans #Planches

« Ce livre révèle les secrets des Demeures mystérieuses du Duat (1)» ; il sert de guide d'initiation aux Mystères du Monde Inférieur ; il te permettra de passer à travers des montagnes et de pénétrer dans les vallées mystérieuses où n'aboutit aucun chemin connu ; il monte la garde auprès de l'Esprit Sanctifié, élargit ses enjambées, lorsqu'il marche ; élimine sa surdité et lui permet d'entrer en contact avec les Dieux. [ ... ] Ce livre t'enseignera les Métamorphoses par lesquelles passe l'Âme sous l'effet de la Lumière. En vérité, ce Livre est un Mystère très grand et très profond. Ne le laisse jamais entre les mains du premier venu ou d'un ignorant.
Extrait du Livre de L'au-delà de la Vie,
Chapitre CXC
Traduction de Grégoire Kolpaktchy.

 

Je te connais mieux que tu ne me connais mon Frère. Tu es celui qui est entré par la porte basse, et pas n'importe laquelle ; ce jour là, par-dessus la puissante stature de l'archonte qui semblait t'en interdire l'accès, et malgré le bandeau qui obscurcissait ta vue, tu eus comme moi le temps de lire sur le fronton de cette porte l'acronyme mystérieux de Memphis et de Misraïm. Tu vois bien mon Frè­re Égyptien que je te connais!...
puisque depuis tu n'as de cesse de te poser la même question: Suis-je sur le vrai chemin?... Cette question sous-entend bien entendu qu'après la porte “basse”, existent plusieurs chemins! ... (2)
Ce doute revient souvent hanter ta conscience et tu constates dès lors combien il est dur de s'éloigner du fleuve tranquille de la masse “moutonnante” et de ceux qui pré­tendent chercher la vérité plutôt que d'emprunter le boyau étroit des vrais adeptes de l'Art Royal (3). Il faut
que tu saches, mon Frère, que dé­sormais tu portes un sceau inalté­rable; celui des Caïnites transmis par le feu et que le redressement, s'il doit s'opérer de ton vivant, ne pourra se traduire que par “l'allumage” simultané de tes sept cen­tres de compréhension (4). Il est vraisemblable que si tu étais resté parmi les marchands du temple, tout cela t'aurait paru plus simple, par d'espèces sonnantes, de titres ronflants, d'autoproclamations et de reconnaissances métalliques qui éclairent le chemin des illu­sions. Mais au lieu de cela, tu as choisi un autre chemin !...

Celui du serpent (5) !... Ce chemin, ou plutôt ce sentier, n'est pas jalonné de candélabres d'or, il est même très obscur et escarpé, et tu te de­mandes parfois pourquoi les autres (francs-maçons) ne l'ont-ils pas vu avant toi ?... Je te rassure, ils l'ont bel et bien vu, mais celui-ci leur demandait trop d'efforts pour l'emprunter. Je te connais mieux que tu ne me connais mon Frère, car moi aussi j'ai osé écarter les bran­chages d'acacias qui cachaient ce chemin à la masse. J'ai vu comme toi les précipices sans fins qui le bordaient, les falaises abruptes où plongeaient des cascades écumantes et qu'il fallait contourner et escalader pour accéder au point de vue suivant (6). Comme toi, je me suis consumé dans le feu de l'orgueil, de l'ambition, de l'ignorance (7), et je suis mort sur ce che­min, pour me relever quelque temps plus tard par une sorte “d'aspire”, et me suis retrouvé de l'autre coté de la porte d'ivoire sans serrure. Tu as tressailli comme moi lorsque la nuit t'a enveloppé de ces larmes d'argent, et dans un silence profond que tu apparentais à la solitude, tu doutais une fois de plus.

Et pourtant !... Et pourtant, si tu ouvres bien tes oreilles, et sur­tout ton entendement aux choses supérieures, tu entendras certai­nement à coté de toi un doux bruissement d'ailes (8) qui t'arrachera et t'élèvera au-dessus du plan par­fait ou tu pourras contempler l'éten­due du chemin qu'il reste à accomplir pour accéder à la cita­delle des Bienheureux. Je te connais mieux que tu ne me connais mon Frère. Au point du jour, Te voici arrivé enfin sur un “style” de pro­montoire où tu peux observer au loin l'agitation des égarés puisque la route qu'ils ont choisie se termine par un précipice obscur et sans fond où ces âmes perdues dans le “cône sublunaire” tombent avec d'effroyables cris de tour­mentes. Ne vois-tu pas s'agglutiner ces âmes qui attendent vainement le Soleil et qui recomposent à l'infini cet Adam-Kadmon ?... Que de temps perdu sur le chemin de l'ignorance.

Pourtant c'est par la même porte du Temple que nous sommes passés!... – Ainsi, tour­nant le dos à cette désolation, tu distingues au-dessus du firmament l'Étoile du matin (9), qui dans sa course éternelle t'indique invariablement le chemin de la citadelle, et dans la clarté lunaire, tu perçois au pied de la croix, un pélican nourrissant de ses entrailles des petits. Devant cette vision, comme toi, je fus assailli par une sorte de compassion indé­finissable et prégnante (10). Tu te consumes et tu renais entre l'envie de continuer le chemin et celle de retourner sur tes pas pour aider les égarés à retrouver le chemin. Mais tu te sens bien seul pour prendre une telle décision, et pour­tant, en respectant un profond silence et humant à pleins pou­mons, tu pourras sentir le parfum de “Sainteté” de ceux qui t'ont précédés (11). Et si tu regardes avec un peu plus d'attention, tu verras le
long du chemin de petits lampions que les “veilleurs” ont laissés à ton intention.

Va, cours dans cette direc­tion mon petit Frère – Le corps d'OSIRIS n'est pas loin!... L'aigle bicolore t'aidera de sa vue perçante à retrouver derrière les idées tous les morceaux de ta vraie Nature. Tu vois bien dans le fond, mon Frère, que tu me connais. Car comme toi, au début, mon pas a hésité, par peur du vide, par peur de l'inconnu. Mais dans le fond, est-ce plus effrayant que les horreurs qui jalonnent et croisent notre vie courante ?... Est-ce si dif­ficile de comprendre que la GNOSE appartient dans toute sa simplicité à celui qui la cherche ?... Et somme toute, n'est-ce pas plus simple de pressentir qu'enfin arrivés sur l'esplanade du Temple de l'Éternelle.

Sagesse, magnifique et resplendissant au zénith de la Vérité. Les cœurs des sept anges réunis avec nous, s'unissent dans un concert immense, où mêlant enfin le travail à l'ardente prière, nous pourrons, toi et moi, dorer au feu divin notre argile grossière ?...

Voici la Clé, mon Frère. Je te la transmets, tel qu'on me l'a transmise.
Cherche l'Adepte sur les vallées Égyptiennes et transmet à ton tour.
C'est à ce prix-là que l'Égypte ne sera plus veuve d'Hommes et de DIEU.

1. Douat : Terme égyptien désignant l'autre monde où l'initié doit se rendre après la mort.
2. Il existe en fait deux principaux Rites tous deux issus de l'Égypte au travers de l'école pythagoricienne. Le rite Écossais et celui de la Maçonnerie Égyptienne issu, pour sa part, de l'Italie à travers divers courants ésotériques et Gnostiques. Les autres Rites ne sont que des traductions et interprétations plus ou moins fidèles aux origines.
Voir l'excellent ouvrage de Gérard Galltier, La Maçonnerie égyptienne, Rose Croix et néo­chevalerie.
3. Il suffit de lire les quotidiens où s'affichent assez souvent des francs-maçons où leurs propos nous rappellent que la Véritable Initiation n'est plus dispensée dans ces structures. C'est ainsi que nous pouvons lire dans LE POINT du 22 janvier 2009, une interview du Bibliothécaire d'une Grande
Obédience Française qui nous dit “[ ... ] la Franc-maçonnerie est l'unique façon de se faire des amis d'enfance à 40 ans”.
4. Comprendre que le serpent Cabalistique n'est que le chemin qui doit passer par les sept chakras fondamentaux. Dont les cinq points de la maîtrise ne sont qu'une figura­tion simplifiée du relèvement de l'Adam Kadmon qui représente en fait les cinq niveaux de l'arbre de vie doublé sur un autre plan en Syzygies. Les Séphirothes sont au nombre de 10 – l'une étant le miroir de l'autre.
5. Ici le serpent est défini comme étant l'initiateur “initié”. Une légende Cabalistique nous explique que si nous prenons le serpent par la queue, celui-ci nous entraînera inexorablement sur le vrai chemin qui passera par toutes les Séphirothes, et cela jusqu'à Kether. Ce n'est pas sans raison, que le serpent se mordant la queue est un symbole primordiale de notre Rite.
6. Les différents degrés jalonnant le chemin initiatique ne sont que des “haltes” permet­tant à chacun de prendre un certain recul, d'évaluer, de comprendre et de cristalliser les degrés précédents, ainsi que leurs liai­sons ésotériques. Suivant notre expérience, on comprend aisément que l'on ne devient réellement Apprenti que lorsque l'on accède au grade Compagnon, de Compagnon au grade Maitre, etc., etc. etc.
7. “Voici les vrais Noms des meurtriers d'Hiram”, nous scandait un Frère (Réflexion en mémoire de notre regretté Frère Georges BENYAMIN).
8. Lire ou écouter l'excellent texte de notre Frère Raymond Devos, L'ange qui passe.
9. Cette étoile est appelée VÉNUS – On l'appelle aussi l'“étoile du berger”, car elle peut être visible dans le ciel du matin, avant le lever du Soleil, ou dans le ciel du soir.
Moins fréquemment, on parle de la “planète ardente” à cause de la température élevée qui règne à sa surface. Vénus est associée à vendredi parmi les jours de la semaine. Nous noterons aussi, pour les spécialistes d'astrologie ésotérique, que Venus, en tant qu'étoile du matin, est associée à Lucifer (le porteur de Lumière) et a sa contrepartie, l'ange Mikaël.
10. Le Chevalier Rose-Croix, celui qui porte la croix et la rose en son centre, est un être altruiste doté d'un courage incroyable. Les Chevaliers Rose-Croix ont la capacité de se libérer de la souffrance, mais ils préfèrent assumer en premier la tâche d'en libérer les autres. La compassion de tels êtres est sans bornes et transcende toute pensée de division. Le Chevalier Rose-Croix est l'ami, le serviteur et le parent spirituel de tous sans distinction.
11. Ce sont ceux qui ont contribué à préserver de l'ignorance notre Rite, et qui nous ont transmis les filiations dont nous nous récla­mons. Certains nous sont connus: Bricaud, Chevillon, et bien d'autres sont Anonymes.
Certains ont même tellement “travaillés” pour le Rite que la grandeur de leurs Âmes s'apparente à de la Sainteté. D'après vous, qui entretient la Lumière Éternelle présente sur les Naos de notre Rite ?...

Émile Di Mattéo,
Très Puissant Souverain Grand Commandeur,
Membre du Souverain Sanctuaire Mixte pour la France et les pays associés

Publié dans le Khalam - Bulletin N° 29 - Octobre 2009

Source : www.ledifice.net

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Franc-Maçonnerie, colonisation, colonialisme...

12 Décembre 2012 , Rédigé par JL Turbet Publié dans #histoire de la FM

"Nous sommes les africains qui revenons de loin...", chantent les soldats venus des colonies pour défendre la France Libre dans le film Indigènes.

On a bien du mal à se souvenir aujourd'hui de l'Empire français et de la contribution capitale des habitants des pays de cet Empire à la propérité comme à la défense de la France. De Madagascar au Sénégal, de la Guyane au Tonkin, en passant par l'Algérie, le soleil ne se couchait pas sur l'Empire, comme sur celui de son concurrent britannique.

Que viennent donc faire les francs-maçons dans cette histoire? Ou plutôt dans ces histoires, car la colonisation française connut plusieurs périodes bien distinctes et qui touchèrent des continents différents.

Il faut pour cela en revenir aux origines de la Franc-Maçonnerie... son origine anglaise. L'Angleterre est en effet le pays qui détient la plus grande puissance maritime et donc la plus grande capacité à aller au-delà des mers prendre possession de terres lointaines.

Cela s'est reproduit en France. Après Paris et Lyon, les plus grand centres maçonniques sont Bordeaux, Toulon, Marseille, la Rochelle, ports d'où l'on part volontiers vers des aventures extérieures. Les francs-maçons ont donc été, plus que d'autres catégories, touchés par le phénomène colonial. Il ne faut pas oublier non plus qu'au XVIIIème siècle, les loges initient des frères ayant des professions considérées alors comme peu recommandables mais qui incitent aux voyages : Comédiens, musiciens, danseurs, colporteurs, voyageurs de commerce...

Nous songeons par exemple à Etienne Morin (1717-1771), qui part de Bordeaux le 27 mars 1762 faire du négoce à Saint-Domingue. Initié dans une loge écossaise parisienne, il est porteur d'une Patente signée l'année précédente par la Première Grande Loge de France en son Grand Conseil des Grands Inspecteurs, Grands Élus Chevaliers Kadosh. Il emporte avec lui un système de vingt-quatre grades écossais, ou Ordre du Royal Secret, lentement élaboré à partir du foisonnement des grades de l'Écossisme naissant. Cette série, sera enrichie par un grade terminal, le Sublime Prince du Royal Secret, création personnelle de Morin. Son député Grand Inspecteur Henry Andrew Francken transmettra le système Morin sous le nom de Rite de Perfection, en 25 degrés, à Albany, province de New York. Le rite de Perfection servira de base à l'élaboration du Rite Écossais Ancien Accepté, par adjonction de huit grades, afin d'arriver aux trente-trois que compte le REAA. C'est un autre marin, l'Amiral de Grasse, Marquis de Tilly, qui après avoir participé à la fondation du Suprême Conseil américain à Charleston en 1801, vint fonder le Suprême Conseil des Iles du Vent et sous le Vent, puis le Suprême Conseil de France en 1804 à Paris. Morin, fuyant la révolte des esclaves à Saint Domingue, mourra à la Jamaïque.

On ne compte plus les marins francs-maçons comme l'Amiral Matthews, gouverneur anglais de l'île d'Antigua, le célèbre corsaire français Robert Surcouf (1773-1827), initié en 1796, à la loge "La Triple Espérance", à Port-Louis à l'Ile Maurice et membre, en 1809, de "La Triple Essence", à Saint-Malo, ou l'amiral Nelson.

Les loges maçonniques offraient une sociabilité importante pour des hommes éloignés de chez eux. L'expansion coloniale française a lieu durant cette période en destination du Nouveau Monde (Canada, Louisiane, Guyane, Antilles).

Les francs-maçons furent nombreux à participer à la première guerre anticoloniale, celle de l'Indépendance des Etats-Unis. L'intervention des frères est décisive. A la bataille de Yorktown - qui vit la défaite définitive des anglais, le 19 octobre 1781, pas moins de 11000 français participent aux combats en plus des 9000 volontaires de Washington. Ces français sont commandés par le marquis de La Rouërie, le marquis de La Fayette et le comte de Rochambeau, tous francs-maçons, comme une grande majorité des officiers.

Par ailleurs les francs-maçons américains furent à la tête du mouvement anti-esclavagisme aux Etats-Unis, dès les années 1770 notamment au sein de la Société d'émancipation des Noirs libres et illégalement réduits à la servilité, fondée à Philadelphie. Pendant la Révolution américaine, plusieurs intellectuels ont défendu les droits des Noirs comme le frère Thomas Paine, l'auteur du Sens commun, publié en 1776. Le frère Benjamin Franklin (1706-1790) fut un fervent défenseur de l'abolition de l'esclavage (il libéra ses propres esclaves dès 1772). Thomas Jefferson, les frères George Washington (qui affranchit ses esclaves par testament) et James Madison militèrent au Congrès américain pour la suppression de l'esclavage.

En France aussi, les francs-maçons furent à la tête du combat anti-esclavagiste. Ils sont légion au sein de la Société des amis des Noirs créée par le frère Jacques-Pierre Brissot en 1788 dont l'objectif affirmé est l'interdiction de la traite négrière. Le frère Condorcet (qui publie les Réflexions sur l'esclavage des nègres) réclame un moratoire d'une durée de 70 ans entre la fin de l'esclavage et l'accession des affranchis au statut de citoyen. C'est grâce à l'action de l'Abbé Grégoire (membre de la loge des Neufs Soeurs), que le 4 avril 1792, l'Assemblée nationale décide d'accorder la pleine citoyenneté à tous les libres de couleur. Ce fut le 16 pluviôse an II (4 février 1794) que la Convention abolit l'esclavage en avalisant et généralisant la décision unilatérale du commissaire civil à Saint-Domingue, Léger-Félicité Sonthonax, prise le 12 fructidor an I (29 août 1793).

Rétablit par Bonaparte en 1802, l'esclavage est de nouveau et définitivement abolit par le frère Victor Schoelcher, nommé dans le Gouvernement provisoire de 1848 sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies par le ministre (et frère) François Arago. Le Décret d'abolition du 27 avril 1848, signé par tous les membres du gouvernement, paraît au Moniteur, le 5 mars. 250 000 esclaves des colonies françaises sont émancipés.

En ce qui concerne l'expansion française et la franc-maçonnerie, une première loge est créée dès 1781 à St Louis du Sénégal, sous le nom initial de loge «St Jacques des vrais amis rassemblés», devenue aussitôt «St Jacques des trois vertus». En 1823, le GODF créer «La Parfaite Union» sur laquelle, dès 1824, vient se soucher le premier Chapitre en Afrique, portant le même nom que la loge. Elle est créée par le Baron Jacques ROGER, gouverneur du Sénégal, défenseur des Africains et anti-esclavagiste dans la lignée du Frère Schœlcher, qui cherche à former et attirer une élite africaine.

En ce qui concerne l'Algérie dont la conquête débute en 1830, la première loge, «Cimus», loge militaire du 10° régiment d’infanterie légère, s'installe fin 1831. En mai 1833 est créée la loge «Bélisaire» à Alger. En juin 1833 est créée la loge «Ismaël» à Bône, puis en juin 1836 «l’Union Africaine» à Oran. La loge d’Alger joue le rôle de loge-mère par essaimages successifs : à Blida en 1844 «les Frères de l’Atlas», à Cherchell en 1845 «Julia Caesarea».

A Mostaganem en 1844 «les Trinosophes Africains» sont installés sous l’égide de la loge d’Oran. Le nombre de francs-maçons va régulièrement progresser, de 80 frères en 1833 à 850 frères en 1851.

Le Suprême Conseil de France (futur Grande Loge de France) ouvre «Les Frères Unis du Chélif» en février 1856 à Orléansville puis «Les Hospitaliers», en décembre 1861 à Constantine. Cette dernière loge va résister et se maintenir, montrant la voie aux autres loges de la GLDF.

L'émir ABD EL KADER el Hadj (1807-1883) qui fut le grand résistant algérien et le chef de la guerre contre les Français en Algérie de 1832 à 1847 est initié franc-maçon, en 1864, à l'orient d'Alexandrie à la loge "Les Pyramides", du Grand Orient de France, au nom de la loge "Henri IV", de Paris. En effet, l'Emir a sauvé la vie de plusieurs milliers de chrétiens venus se réfugier auprès de lui dans sa résidence de Damas en 1860 alors que les druzes cherchent à les massacrer. L'Emir n'a jamais trouvé de contradiction entre son engagement spirituel en Franc-Maçonnerie et sa profonde foi musulmane soufie.

Le grand homme de la période est incontestablement Adolphe CRÉMIEUX (1796-1890) : Avocat et homme politique, président du Consistoire central et de l'Alliance israélite universelle, il est ministre de la Justice du Gouvernement de Défense Nationale en 1870. Il est l'auteur du décret du 24 octobre 1870, dit Décret Crémieux qui accorde d'office la citoyenneté française aux 37 000 juifs d'Algérie. Ce décret stipule que «les Israëlites indigènes des départements de l'Algérie sont déclarés citoyens français ; en conséquence, leur statut réel et leur statut personnel, seront, à compter de la promulgation du présent décret, réglés par la loi française. Toutes dispositions législatives, décret, règlement ou ordonnance contraires sont abolis».

Adolphe Crémieux, est initié à la franc-maçonnerie en 1818, à la loge le "Bienfait anonyme" de Nîmes, du Grand Orient de France, qu'il quitte en 1860 pour rejoindre le Suprême Conseil de France du Rite écossais ancien et accepté dont il devient le Souverain Grand Commandeur. En 1875, Adolphe Crémieux réunit à Lausanne en Suisse, une assemblée des Suprêmes Conseils du REAA pour harmoniser le Rite Ecossais Ancien & Accepté. Ces règles sont toujours en vigueur aujourd'hui notamment à la Grande Loge de France. Véritable acte fondateur de la franc-maçonnerie moderne, cette déclaration de l'assemblée de Lausanne proclame «l'existence d'un Principe Créateur» appelé «Grand Architecte de l'Univers». Par ailleurs c'est Adolphe Crémieux qui fit l'éloge funèbre de son frère et ami l'Abbé Grégoire.

Au terme de sa longue carrière politique, Crémieux devint sénateur inamovible d'Alger, de 1875 à sa mort en 1880. Il estenterré au Cimetière du Montparnasse.


Au Maroc, en 1867, Haïm Benchimol - drogman de la Légation de France, directeur du journal Réveil du Maroc, directeur de la banque Transat, membre fondateur de l’Alliance Israélite Universelle et de l’Alliance Française au Maroc, correspondant des Compagnies Maritimes et de l’agence Havas - devient président fondateur de la loge maçonnique de Tanger, fondée par les juifs marocains "protégés" ou naturalisés Français, la loge "L'Union 194" au sein de la GLDF. Elle est composée de 73 frères dont le premier initié Marocain, Mohamed Doukali. Se crééeront ensuite "Casablanca 386" créée en pleine médina et affiliée au GO d'Espagne, puis "Le Phare de la Chaouia", toujours à Casablanca, "Moulay Hassan 395" et "Le Réveil du Maghreb" à Rabat, puis bien d'autres loges.

En 1920, le frère Elie Zerbib, libraire, initié à Bélisaire en 1871, fils d'un Grand Rabbin d'Algérie mais converti au protestantisme, participe à la fondation de la loge "Woodrow Wilson n°479" de la GLDF à Mogador. Cette loge, au rite écossais, draine aussitôt les éléments israélites en plus grand nombre que "La Nouvelle Tamusiga". Le même constat peut se faire un peu partout à travers le Maroc, l’argument du rite écossais étant souvent avancé.

En effet, depuis 1877 et l'abandon du Grand Architecte de l'Univers par le Grand Orient de France, et l'option de plus en plus résolument anti religieuse de celui-ci, les frères catholiques, juifs et musulmans se sentent moins à l'aise dans les loges du GODF.

Durant la période allant de 1880 à la fin de la guerre de 1914-1918, les frères du GODF se méfieront même des "élites africaines", formées presque exclusivement dans les écoles de l'église catholique, devenue l'ennemie. Les loges du GODF de cette époque seront presque exclusivement constituées de "blancs laïques". La même méfiance prévaudra envers les musulmans suspectés de "superstition" comme les catholiques.

Pourtant, c'est bien du début des années 1880, que date le renouveau de la politique coloniale française sous l'impulsion de Jules Ferry (1832-1893). Avocat, journaliste et homme politique français, il fut Ministre de l'Instruction publique de 1879 à 1883: il crée l'enseignement primaire obligatoire, gratuit et laïc. Président du Conseil de 1880 à 1881 et de 1883 à 1885, il prend en main les affaires étrangères et les affaires coloniales. Il tente de détourner vers les conquêtes coloniales l'ardeur militaire des Français, jusque là surtout anti-allemande. La défaite de Lang-Son (Tonkin, Indochine, 28 mars 1885) brise sa carrière : il est peu après renversé par les adversaires de sa politique coloniale.

Jules Ferry est initié franc-maçon le 8 juillet 1875, au sein de la loge «La Clémente Amitié», du Grand Orient de France en même temps qu'Emile Littré et Grégoire Wyrouboff. Une grande publicité est faite au discours que Littré prononce à cette occasion, et la presse en donne un large écho. Par la suite, Jules Ferry appartiendra à la loge «Alsace-Lorraine».

Jules Ferry veut émanciper les élites locales de l'influence du clergé et des marchands par une politique ambitieuse en faveur des colonies. D'ailleurs, c'est la droite et l'extrême droite qui s'opposent à sa politique en lui reprochant de dépenser inutilement des sommes importantes au profit des indigènes au lieu de renforcer l'armée et de préparer la revanche de 1870 contre la Prusse. Ferry pense également qu'une politique coloniale ambitieuse est bonne pour la France et que la métropole comme les colonies doivent pouvoir y trouver leur compte. En 1875, quelques mois après avoir été renversé, il prononce à la Chambre son célèbre discours en défense de sa politique coloniale: "Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures..." (...) "Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures...". "Vous nous citez toujours comme exemple, comme type de la politique coloniale que vous aimez et que vous rêvez, l'expédition de M. de Brazza. C'est très bien, messieurs, je sais parfaitement que M. de Brazza a pu jusqu'à présent accomplir son œuvre civilisatrice sans recourir à la force ; c'est un apôtre; il paie de sa personne, il marche vers un but placé très haut et très loin ; il a conquis sur ces populations de l'Afrique équatoriale une influence personnelle à nulle autre pareille ; mais qui peut dire qu'un jour, dans les établissements qu'il a formés, qui viennent d'être consacrés par l'aréopage européen et qui sont désormais le domaine de la France, qui peut dire qu'à un moment donné les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d'autres voyageurs, par d'autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre Brazza, qui peut dire qu'à un moment donné les populations n'attaqueront pas nos établissements ? Que ferez-vous alors
?"

Jules Ferry fait explicitement référence au frère Pierre Savorgnan de BRAZZA (1852-1905) : Explorateur de l'Afrique équatoriale, il organise pacifiquement la colonie du Congo sans jamais employer la force. "Une mémoire pure de sang humain", dit-on de lui. C'est un frère généreux et humain qui a été Initié franc-maçon, en 1888, à la loge "Alsace Lorraine" du Grand Orient de France à Paris.

Dans la lignée humaniste de Ferry on ne peut passer sous silence le rôle important joué par le frère Eugène ÉTIENNE (1844-1921), député puis Sénateur d'Oran, animateur très écouté du "groupe colonial", sous-Secrétaire d'État aux Colonies en 1887 et 1889. Il a été initié franc-maçon, en 1881, à la loge "Le Phare de la Renaissance", de Marseille puis Compagnon à "Union et Persévérance", à Paris dont il fut Vénérable en 1885.

Pendant la Guerre de 1914-1918 il faut noter le rôle essentiel joué par les troupes coloniales et notamment par les tirailleurs sénégalais. C'est le frère Blaise Diagne (1872-1934), député du Sénégal, Maire de Dakar et sous secrétaire d'Etat aux colonies qui mobilise les troupes indigènes.

Initié le 21 septembre 1898 dans la Loge "L'Amitié" du Grand Orient de France à Saint-Denis de la Réunion, il accède à la Maîtrise en 1901 et, selon ses affectations, travaillera dans différents Ateliers comme "l'Indépendance Malgache" de Tamatave, "Les Inséparables du Progrès" à Paris, "l'Union Guyanaise" ou la loge "Pythagore" dont il fut le Vénérable Maître de 1922 à 1926. Blaise Diagne est le premier franc-maçon de couleur à accéder au Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France en 1922. Membre du Comité permanent des loges d'outre-mer, créé en 1919, il s'occupe en particulier des loges d'Afrique, et pendant un temps de celles de Madagascar. Il sera jusqu'à sa mort en 1934, un franc-maçon actif.

Après la défaite de 1940, la franc-maçonnerie est interdite et réprimée en France métroplolitaine par le Gouvernement de Vichy. Le frère Félix ÉBOUÉ (1884-1944) joue alors un rôle essentiel. Petit fils d'esclave, il était devenu le premier Gouverneur Général de couleur d'une colonie française (le Tchad en 1938). Dès 1940, il rallie le Congo aux Forces Françaises Libres. Après la guerre, il participe à la décolonisation. Félix Eboué est initié franc-maçon, en 1922, à la Loge "La France Équinoxiale", à Cayenne. Son épouse appartint au Droit Humain et sa fille, Ginette, à la Grande Loge Féminine de France. Le Général de Gaulle rétablit la Franc-Maçonnerie à Alger en 1943 en souvenir du rôle joué par Félix Eboué en 1940.

Si avant la guerre les loges ne remettent à aucun moment en cause le principe de la colonisation elles s'interrogent néanmoins sur l'avenir. Elles souhaitent que "puisse venir le jour où, dans toutes nos colonies, les indigènes, maîtres de leurs destinées, travaillent de pair avec leur tuteurs d’hier au progrès économique et social de leur pays".

Après la Guerre se pose la question de la décolonisation. Le frère Pierre
MENDÈS-FRANCE
(1907-1982), Président du Conseil en 1953, plaide avec force pour des solutions négociées dans les colonies et met fin à la guerre d'Indochine. Pierre Mendès-France a été initié Franc-Maçon, en 1928, à la loge "Union et Progrès", de la Grande Loge de France à Pacy-sur-Eure. Il se mit en sommeil en 1945.

C'est bien l'Indépendance qui deviendra réalité en 1962 avec l'indépendance de l'Algérie. La France n'a plus de colonies en Afrique. Non sans déchirements parfois car beaucoup de frères auraient souhaité qu'une solution pacifique sans effusion de sang soit trouvée. Ce qui a été possible au Maroc ou en Tunisie ne l'a pas été en Algérie.

Les frères des anciennes colonies avaient toujours oeuvré pour l'amélioration des conditions de vie comme pour l'émancipation des population indigènes. Malgré des réticences ponctuelles, ils furent très majoritairement, en métropole comme dans les pays colonisés, favorables aux processus d'Indépendance. La colonisation, avec son cortège d'exploitation, d'humiliation des populations indigènes se devait de cesser. C'est un grand bienfait pour l'Humanité que les peuples puissent disposer d'eux-mêmes. La période de la colonisation est maintenant notre Histoire commune, et pas la plus glorieuse en ce qui concerne la France.

Aujourd'hui la Franc-Maçonnerie a repris force et vigueur en Afrique malgré l'hostilité de certaines franges des populations concernées. Il faut dire que certaines obédiences africaines, créées sous l'égide de la Grande Loge Nationale Française (nous pensons à la Franc-Maçonnerie gabonaise d'Omar Bongo par exemple...) et qui sont sous la dépendance effective de chefs d'Etats qui ont parfois une vision toute personnelle de la démocratie, donnent une image pour le moins brouillée de l'idéal maçonnique.

Pour autant, des francs-maçons sincères rejoignent toujours plus nombreux les loges nords-africaines (je pense au Maroc par exemple), Africaines, Moyen-Orientales et Proche-Orientales (dans les pays où la Franc-Maçonnerie est autorisée comme au Liban ou en Israël) et font rayonner au quotidien les principes et les valeurs immémoriales de l'Ordre, sa spiritualité et son humanisme.

C'est aujourd'hui une autre page qui est ouverte... et ce sont les francs-maçons de ces pays aujourd'hui indépendants qui l'écrivent

Source : http://www.jlturbet.net/article-34264354.html

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Victor Schoelcher

12 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

Né à Paris en 1804, d’un Père fabricant de faïence alsacien. Il s’engagea dans les principaux débats sociaux du XIXe siècle. Son nom est surtout associé à l’émancipation des esclaves des colonies françaises en 1848. Critique d’art, musicologue, partisan de l’abolition de la peine de mort, participant activement au mouvement anticlérical du dernier quart du siècle et prêtant son concours à la » Société pour l’amélioration du sort des femmes « , Victor Schœlcher consacra l’essentiel de ses travaux à la lutte pour l’abolition de l’esclavage et à l’étude de l’évolution des sociétés coloniales.

Il signa le décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848, fut élu représentant des Antilles françaises à l’Assemblée nationale en 1848 et en 1849, où il siégeait dans les rangs de la Montagne, s’exila en Grande-Bretagne après le coup d’État du 2 décembre 1851 pour ne revenir en France qu’en 1870. Élu à nouveau représentant de la Martinique en 1871 puis sénateur inamovible de cette île en 1875, Schœlcher homme politique se préoccupa jusqu’à sa mort de la défense des droits des citoyens d’outre-mer par leur assimilation à ceux de la France. Il élabora au fil des ouvrages qu’il écrivit sur les sociétés coloniales un projet de réforme sociale post-esclavagiste qui s’inscrit dans une phase fondamentale de l’histoire des Antilles, alors que se développait le processus de suppression de l’esclavage. L’histoire retient son action en tant qu’abolitionniste, signataire du décret d’émancipation des esclaves, homme politique républicain, député et sénateur des Antilles, auteur d’une œuvre maîtresse sur les sociétés esclavagistes et l’histoire de son siècle dans la région des Caraïbes.

Le premier voyage qu’il effectua en 1829-1830 aux Amériques (États-Unis, Mexique, Cuba) inaugura la longue carrière de Schœlcher – facilitée par la rente annuelle que lui procurait la fortune familiale – que ponctuèrent plusieurs autres voyages, dans la région des Caraïbes à nouveau en 1840-1841 et en Afrique, et la publication de nombreux ouvrages. Très tôt affilié à la tendance politique républicaine et à la franc-maçonnerie, Schœlcher collabora à la plupart des journaux républicains parisiens, à La Réforme en particulier. Ses premiers ouvrages, De l’esclavage des noirs et de la législation coloniale (1833), Abolition de l’esclavage; examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés (1840) stigmatisaient les rapports sociaux qu’il avait observés aux États-Unis et dans les colonies européennes des Caraïbes où sévissait l’esclavage, l’incitant à faire sien le principe énoncé par l’abolitionniste britannique William Wilberforce selon lequel: « La liberté est le principe, l’esclavage, l’exception. » Entre 1841 et 1847, Schœlcher publia Des colonies françaises, abolition immédiate de l’esclavage (1842), ouvrage consacré à la Guadeloupe et à la Martinique, Colonies étrangères et Haïti (1842-1843) dans lequel il rendait compte des premiers effets de l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques dans l’espoir de convaincre ses lecteurs français puis, après un voyage en Égypte et la parution en 1846 de L’Égypte en 1845, Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années (1847). Bien que le modèle de réorganisation sociale sans esclavage qu’il élabora pendant la première moitié du XIXe siècle fût très empreint des théories du socialisme utopique de son époque, il préfigurait par bien des aspects l’évolution des sociétés antillaises pendant la seconde moitié du siècle. C’est en tant que sous-secrétaire d’État aux Colonies que Schœlcher signa le 27 avril 1848 le décret d’abolition de l’esclavage. Élu au suffrage universel dans les trois colonies françaises des Antilles et de la Guyane, il choisit de représenter la Martinique. Les difficultés engendrées par la crise de l’économie sucrière depuis le début du XIXe siècle et par la transformation des rapports sociaux que supposait la suppression de l’esclavage incitèrent Schœlcher à intervenir de manière plus directe dans la vie sociale et politique des Antilles. Il fut par exemple à l’origine de la fondation du premier journal républicain qui parut en Guadeloupe en 1849-1850, Le Progrès , et publia à Paris une série d’ouvrages ponctuels sur les événements politiques antillais. Le « schœlchérisme » était redouté par les colons, qui craignaient la perte de leurs biens et de leur influence politique face à la supériorité numérique des anciens esclaves devenus « nouveaux citoyens », et par les autorités gouvernementales, qui voyaient en lui l’inspirateur des troubles politiques que connaissait alors la Guadeloupe. S’il prôna la réorganisation des sociétés antillaises par l’instruction gratuite et obligatoire et par l’exercice du droit de vote au suffrage universel, il n’en défendit pas moins avec ardeur des mesures qui lui semblaient être les plus aptes à assurer la prospérité des colonies – et des colons – notamment le versement de leur indemnité après l’émancipation et la construction d’usines sucrières dites « grandes centrales » dont les ouvriers agricoles, employés pendant quatre mois par an, subsisteraient grâce à la mise en valeur de lopins de terre.

Après dix-huit ans d’exil à Londres, Schœlcher rentra en 1870 à Paris où il se rangea, pendant la Commune, aux côtés de conciliateurs. Ses publications d’exil ne concernèrent pas les questions antillaises. Il livra de virulentes attaques contre le gouvernement du Second Empire dans plusieurs ouvrages et publia une Vie de Haendel en 1857. Réélu représentant de la Martinique à l’Assemblée nationale en 1871 puis sénateur inamovible de cette île en 1875, Schœlcher devint président de la Société de secours mutuel des Créoles en 1874 et membre de la Société pour l’amélioration du sort des femmes en 1875. Outre ses interventions sur les questions coloniales, il consacra ses travaux de sénateur à la lutte pour l’abolition de la peine de mort. Il présidait en 1881, avec Maria Deraismes, le congrès anticlérical. Fondateur du Moniteur des colonies en 1882, avec le député guadeloupéen Gaston Gerville-Réache, Schœlcher publia enfin plusieurs ouvrages sur la législation du travail aux Antilles, Polémique coloniale (1882-1886), recueil de ses derniers articles, des études sur l’esclavage aux États-Unis, au Brésil et au Sénégal et, en 1889, une Vie de Toussaint Louverture . Mort à Houilles en 1893, il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise et ses cendres furent transférées au Panthéon en 1949.

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