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Hauts Grades

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Tubalcain ou Touval-Qayin

15 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Genèse IV 22 : « Sella enfanta aussi Tubalcaïn, qui eut l’art de travailler avec le marteau ; et qui fut habile en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer... »
Tubal-Caïn (Touval-Qayin) est le fils de Lamech, descendant de Caïn et comme tel, il appartient à la dernière génération réprouvée depuis le meurtre fratricide d’Abel.
Genèse IV 24 : « On vengera sept fois la mort de Caïn ... »

Les enfants de Lamech constituent la septième génération, auquel l’age du maître fait référence : « 7 ans et plus » (7 jours de la création sous la forme 6+1).
Il est un rapport entre le meurtre d’Abel par Caïn et celui d’Hiram par les trois mauvais compagnons, car le nom Hiram est la forme apocopée de Ahiram signifiant en hébreu « mon frère est élevé », une référence a la mort primaire considérée comme une exaltation.
La Parole est perdue, mais la Connaissance d’Hiram Abi se retrouve en grande proportion chez Tubalcaïn, cette Connaissance fondamentale est celle de la forge, le travail des métaux, connaissance des réactions chimiques par la chaleur ou par l’exposition aux rayonnements lumineux.

La parole ne chante plus des louanges à la gloire du Très Haut car elle sert un pouvoir éphémère. C’est l'inspiration caractérisant Hiram Abi qui n'est plus, la Déconstruction nécessaire à la résolution de la complexité de la régénération devient Destruction « futile » et apparaît irrémédiable.
La 7ème génération doit cependant clôturer le cycle de la malédiction et pour ce faire elle doit se fondre dans un corps de substitution.

Tubalcaïn, le forgeron
Touval-Qayin étymologiquement « Touval (ou tevel) vient à la fois de yaval (« rivière ») et de balal (« confondre ») ; Quant à Qayin, il signifie « forgeron » et « chanteur ». Touval-Qayin se traduit donc par « confusion du forgeron » et par « confusion du chanteur »
Les lettres MB évoque le forgeron, car le mot sacré prend également la forme de Mak Bena (en syriaque), originellement le marteau, référence au prolongement du bras de Tubalcaïn, qui a la particularité de présenter simultanément une potentialité autant édificatrice « oedificantis percussio » que destructrice, meurtrière « interfectio ».

C’est la connaissance du travail des métaux, qui permet la génération des briques élémentaires nécessaire à l’apparition de la Vie. Car à l’origine de la vie, ces briques chimiques élémentaires ont été obtenues par des très hautes températures (+3000°) appliquées sur des métaux ou formées par photo oxydation du fer ferreux.

La connaissance des métaux (héraldique), par l’attribution de valeurs symboliques suivant leur nature, symbolise la Connaissance Universelle :
Airain : Symbole de jugement Divin, de détermination du Mal, de perception. Argent : Symbole de grâce, de rédemption, de rectification.
Fer : Symbole de servitude, de l’attachement à la matérialité et de l’immanence.
Or : Symbole de ce qui est Divin, de la panacée et de l’immortalité, de la transcendance
Tubalcaïn produit toutes sortes d’objet d’Airain et de Fer, l’Argent et l’Or ne lui sont pas accessibles, là est, sa confusion, qu’il faut traduire par son imperfection.
Cependant la compétence de Tubalcaïn est un pré-requis à toute démarche d’objectivation de la Connaissance.

Le travail de l’Airain, synonyme de Jugement, est intimement en rapport avec la Justice, quant à celui du Fer, synonyme de l’Immanence, il conduit vers la Vérité.
Dans la Tradition ésotérique, Justice et Vérité sont les composantes de la Conscience, qui siège dans le cœur de l’Homme et que le compagnon Maçon cherche à sonder.
La substitution de l’Être parfait
Pour la recomposition de la perfection originelle, le rachat de la 7ème génération, équivaut à l’alliance Tubalcaïn (Touval Qayin) avec ses deux demi-frères issue de l’ombre (leur mère est Ada) Jabel (Yaval) et Jabel (Youval) et sa sœur Noëma (Naamah).
Genèse IV 20 « Ada enfanta Jabel, qui fut père de ceux qui demeurent dans des tentes, et des pasteurs » 21 « Son frère s’appelait Jubal : et il fut le père de ceux qui jouent de la harpe et de l’orgue »

L’Être, assimilable à la perfection, est reconstitué par trois réalités corporelles, Corps physique, Ame et Esprit.

Jabel (Yaval) parce qu’il évoque le fluctuant par la rivière, la mobilité des nomades vivant sous les tentes, est le Corps Physique qui passe, Corps Éthérique. Jubal (Youval) évoque la sensibilité par la musique, l'orgue par son souffle, la harpe par sa résonance sont associés à la musique religieuse, est l’Âme liée aux sentiments, le Corps Animique, Corps Astral.
Tubalcaïn (Touval Qayin) détenteur de la puissance créatrice, est l’Esprit, Corps Mental.
L’isolation de la composante créatrice spirituelle, par le meurtre, par l’action du Mal, est un signe de la proximité de l’Esprit au 3ème Degré du REAA, en même temps qu’elle crée un manque qui justifie la substitution future.
La reconstitution triadique est une constante de la Tradition ésotérique universelle, ont la retrouve par exemple au travers de la divine triade hindoue TRIMURTI.
Là où tout est rupture, conflit et distorsion, la réunion possible et constructive de trois dimensions, la destruction, la conservation et la création est un heureux présage.

Les premiers pas vers la substitution prend la forme d’une conscience des dualités, qu’il faut dépasser, transcender, par une mise en évidence de l’Esprit, puissance créatrice unificatrice, en un mot « Tubalcaïn ».
Tubalcaïn est la Conscience que le Maître Maçon doit acquérir, cette mise en évidence, cette conscientisation, par laquelle nous pouvons avancer dans la construction d’un temple que nous percevons sensible et de moins en moins corporel.

J’ai dit

Source : www.ledifice.net

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Tubalcain

15 Décembre 2012 , Rédigé par C\ M\ Publié dans #Planches

Au seuil du 3ème degré, lorsque le TRM prend les deux mains du récipiendaire pour l’attirer à lui, aidé en cela par les deux surveillants, il lui communique à voix basse un mot de passe symbolique : TUBALCAIN. D’après la légende, c’est le premier qui découvrit l’art de forger les métaux. Tubalcain signifie « Maître du monde ». S’écrit Tubal-Caïn ou Tubalcain. Il correspond à Héphaïstos, chez les Grecs : dieu grec du feu et de la forge ; à Vulcain chez les Romains, à Tvashtri en Inde, PTAH en Egypte, Le Grand Yu en CHINE, OGUN chez les Youbas d’Afrique, Brahmanaspati en Inde.

1. Tubalcain signifie « Maître du Monde »
Dans la Bible, il est un descendant direct de Caïn. La Loi Mosaïque n’étant pas encore née, Caïn ne fut pas tué après son crime fratricide ; il se trouva symboliquement exilé de la terre sacrée et fut renvoyé de l’Orient vers le Nord. Après que Caïn eut bâti la première ville, nommée Henoch, il devint le premier d’une ligne de créateurs. Chaque descendant de Caïn est décrit par son activité : Jubal sera nomade et berger. Dubal sera musicien… Tubalcain s’occupera des métaux et des instruments. La postérité de Caïn fonde la civilisation, le progrès de la technique, des sciences et des arts. Tubalcain appartenait à la 7ème descendance de Caïn . le chiffre 7 ne se trouve pas là par hasard. Le 7 indique une évolution de Tubalcain par rapport à son ancêtre , qu’il avait exploré sa terre, découvert ses métaux et qu’il était passé maître dans l’art et la manière de les utiliser. Le 7 indique également une perfection dynamique et la fin d’un cycle. C’est pourquoi l’on peut dire en maçonnerie : « j’ai 7ans et plus » car il y a d’autres cycles à réaliser. Le 7, c’est encore le 4 du carré de la terre, associé au 3 du triangle, de l’esprit qui descend dans la matière, et qui, lui donnant vie, l’anime.

2. Dans la mythologie

Tubalcain est assimilé à Vulcain pour les Romains et à Héphaïstos pour les Grecs. Homme puissant, installé dans les profondeurs de la terre, il en extrait les substances nécessaires aux plus hauts plans d’évolution. Maître du feu, il forgea l’armure magique d’Achille, qui permit à celui-ci de sortir vainqueur de tous les combats. Il façonna également le trident de Poséidon, dieu des éléments liquides, ainsi que le sceptre de Zeus, symbole de souveraineté complète. Il découvrit dans l’Olympe les secrets du feu et des métaux qui peuvent être solides ou liquides, purs ou alliés entre eux, transformés en armes ou en socs de charrue. Détenteur du secret des transmutations, il paya le prix de sa découverte par un signe visible et permanent sur le plan physique : le forgeron, dans toutes les mythologies, boite, claudique, c’est un être imparfait disent certains ; ou bien cette marque visible est-elle un signe de sa pureté et de son don de clairvoyance ? Avoir saisi le sens de la vie et de l’univers ne laisse-t-il pas une marque indélébile ? De nombreux forgerons sont infirmes : Héphaistos est boiteux et difforme ; Varuna, Tyr, Odm ont tous quelques disgrâces comme si la perte de leur intégrité physique était le prix à payer pour accéder à la Connaissance. Celui qui sait ne peut être heureux, celui qui construit et aime attire forcément la foudre des hommes et des dieux. Ainsi en va-t-il de tous les héros, mais aussi de tous les Créateurs et Etres de Lumière. Gandhi, M.L. King, et bien avant eux les prophètes, les philosophes, Socrate, tous les êtres qui prônent la liberté, la force d’amour, le courage, ceux qui osent être ce qu’ils sont et qui ils sont et déplaisent au vulgaire.

3. Les métaux sont extraits de la terre

La symbolique des métaux comporte un double aspect opposé et complémentaire. Les métaux passent d’un état brut à un autre état purifié. Dans les mythes et traditions primitives, le minerai était régi et protégé au fond de la terre par des dieux puissants et redoutables. Seul un chaman ou un forgeron sorcier était habilité à apaiser les Dieux gardiens du minerai, lui seul pouvait décider du moment opportun pour commencer à forer le sol ; cette « ouverture des travaux » s’effectuait par des rituels bien précis, des rites de purification personnelle, des prières et des méditations. Investi d’une véritable mission à l’égard des Dieux, et aussi des hommes de sa tribu, le forgeron sorcier, s’engageait tout entier dans son œuvre.
Quand le minerai était découvert et extrait, il était dirigé vers les fourneaux. Puis, le forgeron se substituait à la Terre-Mère pour accélérer et parfaire « la croissance » et la maturité du minerai. Il collaborait en quelque sorte à l’ouvre de la nature, intermédiaire entre Dieu et les Hommes. Ainsi, il fabriquait l’outillage en fer dont les cultivateurs et les chasseurs avaient besoin. Il sculptait les images des ancêtres et des génies qui servaient de support aux cultes. Intermédiaire entre le monde des vivants et celui des morts, tantôt méprisé, tantôt respecté, il vivait à l’écart du village en compagnie de sa femme la potière.

Tubalcain, le forgeron, travaille les métaux et s’inscrit spirituellement comme continuateur de la lignée caïnite. Le forgeron fait partie des bâtisseurs et apprend à être par le moyen de la création. Il a la connaissance des 4 éléments : le métal est extrait de la terre ; il est transfiguré par le feu, lui-même attisé par l’air puis trempé par l’eau afin de devenir l’instrument utile aux laboureurs ou aux guerriers. Il forge des épées, œuvre d’initié, car elles sont parfois dotées d’un pouvoir magique qui demande de connaitre et de maitriser les forces contenues dans ces éléments. Le travail de la forge signifie la constitution de l’être à partir du non-être ; la forge est l’allégorie du cœur et les soufflets représentent les poumons. Fondre le métal et le reformer correspond au « salve et coagula » de l’alchimie hermétique, travail créateur par excellence, car créer c’est recréer. Le forgeron maîtrise le feu et grâce à lui transforme les métaux qui viennent des profondeurs de la terre. Son pouvoir est ambivalent : il peut être aussi maléfique que bénéfique. On peut penser que le franc-maçon grâce à l’introspection, extrait des profondeurs de son inconscient, de sa mémoire les mythes qu’il utilise pour comprendre, évoluer et construire un Homme nouveau. Maîtrise des éléments qui signifie Maîtrise de soi. Travailler sur la nature des métaux ou d’autres matières n’est pas seulement une science, mais tout un Art. C’est l’intelligence qui permet d’exercer cet Art avec un maximum d’ingéniosité pour un meilleur résultat. L’intelligence déployée dans l’œuvre, c’est le grand secret du forgeron, du maître d’œuvre ou de l’initié. Secret parce qu’on peut transmettre la science, la méthode de travail, en fonction des outils, la signification des symboles, mais non l’intelligence ou la Sagesse. C’est un secret intime, aérien, sans formes visibles, et rigoureusement intransmissible. Cependant, sans application éclaircie de ce secret, aucune construction, aucun alliage, aucune œuvre ne serait assez solide pour résister aux épreuves du temps. C’est pourquoi l’intelligence vient compléter les 3 phrases du rituel : Que la Sagesse préside à la construction de nos travaux, que la Force l’achève et que la Beauté l’orne. Tubalcain fut associé aux chantiers des dieux pour la construction du monde parce qu’il avait la connaissance, l’intelligence et la sagesse. C’était un maître d’œuvre. Hiram était lui aussi un maître d’œuvre.

4. Hiram proclame Tubalcain, Maître de l’univers

D’après la Bible (Genèse), Hiram est avant tout un métallurgiste. Il exécuta les travaux du temple de Salomon, à savoir les 2 colonnes et leurs ornements dont les grenades, la mer d’airain et les taureaux de sa base. Hiram est né de Caïn, qui le premier a travaillé la terre, dont la lignée s’est réfugiée dans un monde souterrain et a secrètement survécu au déluge. Hiram est un être sombre, éclairé par un feu intérieur et totalement voué au travail. Nous savons tous qu’Hiram ét ait surtout maître de lui, sa manière de vivre et surtout les circonstances de sa mort indiquent bien sa fidélité, son sens du devoir et la pleine conscience de ses responsabilités. Il mourut en quelque sorte « victime du devoir » emportant avec lui ce fameux secret des bâtisseurs, secret qui ne doit pas être mis à disposition de la violence, de l’ignorance, de l’envie, ou du fanatisme symbolisés par les trois compagnons d’HIRAM, le danger de céder à l’orgueil, à l’ambition et au goût du pouvoir étant toujours possible. L’usage que les trois compagnons voulaient faire du secret d’Hiram, n’était pas conforme à l’esprit de l’œuvre des bâtisseurs.

S’ils avaient réussi, les conséquences auraient été aussi désastreuses que celles survenues au Roi Salomon, qui, malgré sa sagesse proverbiale, ne fut pas totalement maître de ses passions. En effet, son penchant pour les femmes l’amena à honorer d’autres dieux que le sien, ce qui entraîna la division de son royaume en deux parties puis la séparation des 12 tribus d’Israël. Cet exemple à ne pas suivre est tout à fait opposé à l’attitude d’Hiram qui resta fidèle « jusqu’à la mort », sachant que cette mort ne serait que la fin d’un état, celui de la forme, ou de la matière apparente. Cette matière après avoir traversé un processus de putréfaction qui aura dissous les éléments, revivra en substance dans d’autres corps qui évolueront à leur tour. C’est le mythe éternel de la mort quant à la chair, et de la résurrection quant à l’esprit. Car dans l’évolution du monde, tout est transformation perpétuelle. On peut comparer cette transmutation du corps humain, à celle des métaux transmutés au centre de l’athanor en 3 étapes distinctes en alchimie :

C’est d’abord l’œuvre au noir du métal brut, comparable à la mort apparente de la matière.
Puis, l’œuvre au rouge, résultant de l’action du feu sur les métaux, comparable à la combustion des passions humaines. Celle-ci engage la responsabilité du forgeron car il utilise des pouvoirs dangereux qu’il doit savoir maîtriser.
Enfin, l’œuvre au blanc du métal purifié, transmué en sa forme nouvelle ; c’est le passage au plan spirituel de la porte des dieux, et le passage d’un degré dans l’évolution de chacun. Pour que l’esprit de l’œuvre soit respecté, on ne doit progresser que dans le sens de la nature, en respectant les lois et dans l’intérêt de tous : c’est l’équerre symbolique.

5 . TUBALCAIN

TUBALCAIN, nous guide vers un manuscrit de la maçonnerie opérative, le manuscrit Cooke, daté de 1400 environ, qui nous fait entrevoir en filigrane derrière les colonnes du Temple de Salomon, deux autres colonnes bien plus anciennes qui, elles aussi, symbolisent la transmission de la connaissance.

Ces deux colonnes ont été fabriquées par Tubalcaïn, ses frères Jabal et Jubal, et sa soeur Naama pour transmettre « les sciences qu’ils avaient toutes inventées » à travers le déluge. Retrouvées l’une par Hermès et l’autre par Pythagore, ces deux colonnes symbolisent en fait deux courants de pensée dont le REAA est l’héritier :
Hermès, l’hermétisme des mystères initiatiques, d’une pensée ésotérique et symbolique familière aux rives orientales de la Méditerranée, et Pythagore, la géométrie à la fois science et mode de perception de l’univers, une des références antiques de la philosophie grecque. Ce sont ces deux courants au confluent desquels se trouve notre Rite, qui lui ont permis de construire, par leur équilibre, une spiritualité spécifique parce que libre.

A la déclaration du Convent du Rite Ecossais Ancien et Accepté, réuni à Lausanne en 1875, rédigée par Adolphe CREMIEUX lui-même : « La
franc-maçonnerie proclame, comme elle l’a proclamé dès son origine, l’existence d’un principe créateur, sous le nom de Grand Architecte de l’Univers. Elle n’impose aucune limite à la recherche de la vérité, et c’est pour garantir à tous cette liberté qu’elle exige de tous la tolérance », viennent s’ajouter deux éléments significatifs pour ce qui nous préoccupe : d’une part la présence sur nos autels du Volume de la Loi Sacrée, et d’autre part la mise à la disposition du nouvel initié de « l’outillage rationnel » qui lui permettra d’avancer sur le chemin initiatique. La référence à un principe de l’architecture de l’univers, et à un Volume de la Loi Sacrée, qui pourrait être le Coran, la Bible, ou la TORA
nous rattachera à l’un de ces deux courants de pensée, et le refus du dogmatisme, l’absence de limite à la recherche de la vérité, au détriment de toute forme de dogme ou de révélation, ainsi que l’outillage rationnel, nous rattachera à l’autre.
Bien que, comme toujours dans la vie et dans l’histoire, ces deux courants puissent s’entremêler quelquefois, globalement l’un trouvera sa floraison dans le siècle des lumières en Europe, et l’autre s’enracine dans un mode de pensée et de perception symbolique, lié à la construction même des langues sémitiques, qui progressera au fil des siècles sur les rives sud et est de la Méditerranée. Savoirs, raison et liberté d’un côté, Connaissance, symbole et amour de l’autre.

Il nous suffit simplement, dans la grande liberté du symbole, de nous référer au Principe de la Grande Architecture de l’Univers. Car notre quête de Vérité et de Parole perdue me semble appartenir à l’héritage de ces hommes, éloignés les uns des autres par les siècles, la langue, ou la religion, mais souvent rapprochés géographiquement par les rives sud de la Méditerranée, et par leur pensée, participant de la Gnose sans être gnostique, proches par leur soif quasi mystique de cette Connaissance, et proches peut-être aussi par les démêlés qu’ils ont eus avec les intégristes de leurs églises respectives.

D’un côté la colonne d’Hermès, « Connaissance, symbole et amour »qui nous guide dans notre quête ésotérique de la Transcendance, et de l’autre la colonne de Pythagore « Science, raison et liberté ; refus d’abdiquer de notre cohérence intérieure » qui nous conduit à « douter des choses qu’on ne peut démontrer et qui ne sont connues que sous le nom de mystères ».

Ainsi sous l’égide de TUBALCAÏN, on peut percevoir le confluent sur lequel est fondée la spiritualité du Rite Ecossais Ancien et Accepté : une quête symbolique et ésotérique de la Transcendance appuyée sur la Tradition, s’alliant au refus « d’accepter toute idée que l’on ne comprenne et que l’on ne juge vraie », et donc bien entendu au refus d’imposer quelque dogmatique que ce soit.

6. CONCLUSION

Les forgerons sorciers de l’Antiquité étaient aussi appelés Vénérables ou Respectables, selon leur âge et leur expérience. Ils étaient itinérants sur les territoires, toujours à la recherche de nouvelles mines, de nouveaux métaux, de nouvelles pierres brutes à travailler : c’est le compas symbolique. Ils étaient fondeurs et créateurs de formes nouvelles, tout comme le Vénérable Maître « Crée, Reçoit et Constitue » le nouvel élément qui viendra enrichir la loge de ses qualités personnelles, pierre parmi les pierres. Le Très respectable Maître doit veiller à la maturation des métaux afin que chaque maître renaisse en Hiram et continue son travail, comme les ouvriers se lèvent et se remplacent dans la loge. Je suis consciente que, maître maçon du REAA, Tubalcain m’a légué un héritage de spiritualité libre que j’ai la charge de transmettre.

Et mon cheminement dans tout cela ? Troublé par le poids des métaux de ce monde capitaliste ; fortement rythmé par le doute, perturbé par les interrogations, les hésitations, mon cheminement me semble en pointillé avec des pauses toutes suivies de redémarrage et ce n’est que maintenant après l’avoir étudié que je réalise que Tubalcain a toujours été ma bouée, mon point d’encrage ; il est mon veilleur de forge et il n’a de cesse de m’amener envers et contre tout vers la sérénité.

En définitive, Je suis mon propre forgeron. Seuls le temps, la patience et la réflexion peuvent me faire connaître une mutation qui va m’élever vers la vie de l’esprit.

J’ai dit TRM.

source :
www.ledifice.net

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À mon Frère Égyptien

15 Décembre 2012 , Rédigé par Émile Di Mattéo, Publié dans #Planches

« Ce livre révèle les secrets des Demeures mystérieuses du Duat (1)» ; il sert de guide d'initiation aux Mystères du Monde Inférieur ; il te permettra de passer à travers des montagnes et de pénétrer dans les vallées mystérieuses où n'aboutit aucun chemin connu ; il monte la garde auprès de l'Esprit Sanctifié, élargit ses enjambées, lorsqu'il marche ; élimine sa surdité et lui permet d'entrer en contact avec les Dieux. [ ... ] Ce livre t'enseignera les Métamorphoses par lesquelles passe l'Âme sous l'effet de la Lumière. En vérité, ce Livre est un Mystère très grand et très profond. Ne le laisse jamais entre les mains du premier venu ou d'un ignorant.
Extrait du Livre de L'au-delà de la Vie,
Chapitre CXC
Traduction de Grégoire Kolpaktchy.

 

Je te connais mieux que tu ne me connais mon Frère. Tu es celui qui est entré par la porte basse, et pas n'importe laquelle ; ce jour là, par-dessus la puissante stature de l'archonte qui semblait t'en interdire l'accès, et malgré le bandeau qui obscurcissait ta vue, tu eus comme moi le temps de lire sur le fronton de cette porte l'acronyme mystérieux de Memphis et de Misraïm. Tu vois bien mon Frè­re Égyptien que je te connais!...
puisque depuis tu n'as de cesse de te poser la même question: Suis-je sur le vrai chemin?... Cette question sous-entend bien entendu qu'après la porte “basse”, existent plusieurs chemins! ... (2)
Ce doute revient souvent hanter ta conscience et tu constates dès lors combien il est dur de s'éloigner du fleuve tranquille de la masse “moutonnante” et de ceux qui pré­tendent chercher la vérité plutôt que d'emprunter le boyau étroit des vrais adeptes de l'Art Royal (3). Il faut
que tu saches, mon Frère, que dé­sormais tu portes un sceau inalté­rable; celui des Caïnites transmis par le feu et que le redressement, s'il doit s'opérer de ton vivant, ne pourra se traduire que par “l'allumage” simultané de tes sept cen­tres de compréhension (4). Il est vraisemblable que si tu étais resté parmi les marchands du temple, tout cela t'aurait paru plus simple, par d'espèces sonnantes, de titres ronflants, d'autoproclamations et de reconnaissances métalliques qui éclairent le chemin des illu­sions. Mais au lieu de cela, tu as choisi un autre chemin !...

Celui du serpent (5) !... Ce chemin, ou plutôt ce sentier, n'est pas jalonné de candélabres d'or, il est même très obscur et escarpé, et tu te de­mandes parfois pourquoi les autres (francs-maçons) ne l'ont-ils pas vu avant toi ?... Je te rassure, ils l'ont bel et bien vu, mais celui-ci leur demandait trop d'efforts pour l'emprunter. Je te connais mieux que tu ne me connais mon Frère, car moi aussi j'ai osé écarter les bran­chages d'acacias qui cachaient ce chemin à la masse. J'ai vu comme toi les précipices sans fins qui le bordaient, les falaises abruptes où plongeaient des cascades écumantes et qu'il fallait contourner et escalader pour accéder au point de vue suivant (6). Comme toi, je me suis consumé dans le feu de l'orgueil, de l'ambition, de l'ignorance (7), et je suis mort sur ce che­min, pour me relever quelque temps plus tard par une sorte “d'aspire”, et me suis retrouvé de l'autre coté de la porte d'ivoire sans serrure. Tu as tressailli comme moi lorsque la nuit t'a enveloppé de ces larmes d'argent, et dans un silence profond que tu apparentais à la solitude, tu doutais une fois de plus.

Et pourtant !... Et pourtant, si tu ouvres bien tes oreilles, et sur­tout ton entendement aux choses supérieures, tu entendras certai­nement à coté de toi un doux bruissement d'ailes (8) qui t'arrachera et t'élèvera au-dessus du plan par­fait ou tu pourras contempler l'éten­due du chemin qu'il reste à accomplir pour accéder à la cita­delle des Bienheureux. Je te connais mieux que tu ne me connais mon Frère. Au point du jour, Te voici arrivé enfin sur un “style” de pro­montoire où tu peux observer au loin l'agitation des égarés puisque la route qu'ils ont choisie se termine par un précipice obscur et sans fond où ces âmes perdues dans le “cône sublunaire” tombent avec d'effroyables cris de tour­mentes. Ne vois-tu pas s'agglutiner ces âmes qui attendent vainement le Soleil et qui recomposent à l'infini cet Adam-Kadmon ?... Que de temps perdu sur le chemin de l'ignorance.

Pourtant c'est par la même porte du Temple que nous sommes passés!... – Ainsi, tour­nant le dos à cette désolation, tu distingues au-dessus du firmament l'Étoile du matin (9), qui dans sa course éternelle t'indique invariablement le chemin de la citadelle, et dans la clarté lunaire, tu perçois au pied de la croix, un pélican nourrissant de ses entrailles des petits. Devant cette vision, comme toi, je fus assailli par une sorte de compassion indé­finissable et prégnante (10). Tu te consumes et tu renais entre l'envie de continuer le chemin et celle de retourner sur tes pas pour aider les égarés à retrouver le chemin. Mais tu te sens bien seul pour prendre une telle décision, et pour­tant, en respectant un profond silence et humant à pleins pou­mons, tu pourras sentir le parfum de “Sainteté” de ceux qui t'ont précédés (11). Et si tu regardes avec un peu plus d'attention, tu verras le
long du chemin de petits lampions que les “veilleurs” ont laissés à ton intention.

Va, cours dans cette direc­tion mon petit Frère – Le corps d'OSIRIS n'est pas loin!... L'aigle bicolore t'aidera de sa vue perçante à retrouver derrière les idées tous les morceaux de ta vraie Nature. Tu vois bien dans le fond, mon Frère, que tu me connais. Car comme toi, au début, mon pas a hésité, par peur du vide, par peur de l'inconnu. Mais dans le fond, est-ce plus effrayant que les horreurs qui jalonnent et croisent notre vie courante ?... Est-ce si dif­ficile de comprendre que la GNOSE appartient dans toute sa simplicité à celui qui la cherche ?... Et somme toute, n'est-ce pas plus simple de pressentir qu'enfin arrivés sur l'esplanade du Temple de l'Éternelle.

Sagesse, magnifique et resplendissant au zénith de la Vérité. Les cœurs des sept anges réunis avec nous, s'unissent dans un concert immense, où mêlant enfin le travail à l'ardente prière, nous pourrons, toi et moi, dorer au feu divin notre argile grossière ?...

Voici la Clé, mon Frère. Je te la transmets, tel qu'on me l'a transmise.
Cherche l'Adepte sur les vallées Égyptiennes et transmet à ton tour.
C'est à ce prix-là que l'Égypte ne sera plus veuve d'Hommes et de DIEU.

1. Douat : Terme égyptien désignant l'autre monde où l'initié doit se rendre après la mort.
2. Il existe en fait deux principaux Rites tous deux issus de l'Égypte au travers de l'école pythagoricienne. Le rite Écossais et celui de la Maçonnerie Égyptienne issu, pour sa part, de l'Italie à travers divers courants ésotériques et Gnostiques. Les autres Rites ne sont que des traductions et interprétations plus ou moins fidèles aux origines.
Voir l'excellent ouvrage de Gérard Galltier, La Maçonnerie égyptienne, Rose Croix et néo­chevalerie.
3. Il suffit de lire les quotidiens où s'affichent assez souvent des francs-maçons où leurs propos nous rappellent que la Véritable Initiation n'est plus dispensée dans ces structures. C'est ainsi que nous pouvons lire dans LE POINT du 22 janvier 2009, une interview du Bibliothécaire d'une Grande
Obédience Française qui nous dit “[ ... ] la Franc-maçonnerie est l'unique façon de se faire des amis d'enfance à 40 ans”.
4. Comprendre que le serpent Cabalistique n'est que le chemin qui doit passer par les sept chakras fondamentaux. Dont les cinq points de la maîtrise ne sont qu'une figura­tion simplifiée du relèvement de l'Adam Kadmon qui représente en fait les cinq niveaux de l'arbre de vie doublé sur un autre plan en Syzygies. Les Séphirothes sont au nombre de 10 – l'une étant le miroir de l'autre.
5. Ici le serpent est défini comme étant l'initiateur “initié”. Une légende Cabalistique nous explique que si nous prenons le serpent par la queue, celui-ci nous entraînera inexorablement sur le vrai chemin qui passera par toutes les Séphirothes, et cela jusqu'à Kether. Ce n'est pas sans raison, que le serpent se mordant la queue est un symbole primordiale de notre Rite.
6. Les différents degrés jalonnant le chemin initiatique ne sont que des “haltes” permet­tant à chacun de prendre un certain recul, d'évaluer, de comprendre et de cristalliser les degrés précédents, ainsi que leurs liai­sons ésotériques. Suivant notre expérience, on comprend aisément que l'on ne devient réellement Apprenti que lorsque l'on accède au grade Compagnon, de Compagnon au grade Maitre, etc., etc. etc.
7. “Voici les vrais Noms des meurtriers d'Hiram”, nous scandait un Frère (Réflexion en mémoire de notre regretté Frère Georges BENYAMIN).
8. Lire ou écouter l'excellent texte de notre Frère Raymond Devos, L'ange qui passe.
9. Cette étoile est appelée VÉNUS – On l'appelle aussi l'“étoile du berger”, car elle peut être visible dans le ciel du matin, avant le lever du Soleil, ou dans le ciel du soir.
Moins fréquemment, on parle de la “planète ardente” à cause de la température élevée qui règne à sa surface. Vénus est associée à vendredi parmi les jours de la semaine. Nous noterons aussi, pour les spécialistes d'astrologie ésotérique, que Venus, en tant qu'étoile du matin, est associée à Lucifer (le porteur de Lumière) et a sa contrepartie, l'ange Mikaël.
10. Le Chevalier Rose-Croix, celui qui porte la croix et la rose en son centre, est un être altruiste doté d'un courage incroyable. Les Chevaliers Rose-Croix ont la capacité de se libérer de la souffrance, mais ils préfèrent assumer en premier la tâche d'en libérer les autres. La compassion de tels êtres est sans bornes et transcende toute pensée de division. Le Chevalier Rose-Croix est l'ami, le serviteur et le parent spirituel de tous sans distinction.
11. Ce sont ceux qui ont contribué à préserver de l'ignorance notre Rite, et qui nous ont transmis les filiations dont nous nous récla­mons. Certains nous sont connus: Bricaud, Chevillon, et bien d'autres sont Anonymes.
Certains ont même tellement “travaillés” pour le Rite que la grandeur de leurs Âmes s'apparente à de la Sainteté. D'après vous, qui entretient la Lumière Éternelle présente sur les Naos de notre Rite ?...

Émile Di Mattéo,
Très Puissant Souverain Grand Commandeur,
Membre du Souverain Sanctuaire Mixte pour la France et les pays associés

Publié dans le Khalam - Bulletin N° 29 - Octobre 2009

Source : www.ledifice.net

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Franc-Maçonnerie, colonisation, colonialisme...

12 Décembre 2012 , Rédigé par JL Turbet Publié dans #histoire de la FM

"Nous sommes les africains qui revenons de loin...", chantent les soldats venus des colonies pour défendre la France Libre dans le film Indigènes.

On a bien du mal à se souvenir aujourd'hui de l'Empire français et de la contribution capitale des habitants des pays de cet Empire à la propérité comme à la défense de la France. De Madagascar au Sénégal, de la Guyane au Tonkin, en passant par l'Algérie, le soleil ne se couchait pas sur l'Empire, comme sur celui de son concurrent britannique.

Que viennent donc faire les francs-maçons dans cette histoire? Ou plutôt dans ces histoires, car la colonisation française connut plusieurs périodes bien distinctes et qui touchèrent des continents différents.

Il faut pour cela en revenir aux origines de la Franc-Maçonnerie... son origine anglaise. L'Angleterre est en effet le pays qui détient la plus grande puissance maritime et donc la plus grande capacité à aller au-delà des mers prendre possession de terres lointaines.

Cela s'est reproduit en France. Après Paris et Lyon, les plus grand centres maçonniques sont Bordeaux, Toulon, Marseille, la Rochelle, ports d'où l'on part volontiers vers des aventures extérieures. Les francs-maçons ont donc été, plus que d'autres catégories, touchés par le phénomène colonial. Il ne faut pas oublier non plus qu'au XVIIIème siècle, les loges initient des frères ayant des professions considérées alors comme peu recommandables mais qui incitent aux voyages : Comédiens, musiciens, danseurs, colporteurs, voyageurs de commerce...

Nous songeons par exemple à Etienne Morin (1717-1771), qui part de Bordeaux le 27 mars 1762 faire du négoce à Saint-Domingue. Initié dans une loge écossaise parisienne, il est porteur d'une Patente signée l'année précédente par la Première Grande Loge de France en son Grand Conseil des Grands Inspecteurs, Grands Élus Chevaliers Kadosh. Il emporte avec lui un système de vingt-quatre grades écossais, ou Ordre du Royal Secret, lentement élaboré à partir du foisonnement des grades de l'Écossisme naissant. Cette série, sera enrichie par un grade terminal, le Sublime Prince du Royal Secret, création personnelle de Morin. Son député Grand Inspecteur Henry Andrew Francken transmettra le système Morin sous le nom de Rite de Perfection, en 25 degrés, à Albany, province de New York. Le rite de Perfection servira de base à l'élaboration du Rite Écossais Ancien Accepté, par adjonction de huit grades, afin d'arriver aux trente-trois que compte le REAA. C'est un autre marin, l'Amiral de Grasse, Marquis de Tilly, qui après avoir participé à la fondation du Suprême Conseil américain à Charleston en 1801, vint fonder le Suprême Conseil des Iles du Vent et sous le Vent, puis le Suprême Conseil de France en 1804 à Paris. Morin, fuyant la révolte des esclaves à Saint Domingue, mourra à la Jamaïque.

On ne compte plus les marins francs-maçons comme l'Amiral Matthews, gouverneur anglais de l'île d'Antigua, le célèbre corsaire français Robert Surcouf (1773-1827), initié en 1796, à la loge "La Triple Espérance", à Port-Louis à l'Ile Maurice et membre, en 1809, de "La Triple Essence", à Saint-Malo, ou l'amiral Nelson.

Les loges maçonniques offraient une sociabilité importante pour des hommes éloignés de chez eux. L'expansion coloniale française a lieu durant cette période en destination du Nouveau Monde (Canada, Louisiane, Guyane, Antilles).

Les francs-maçons furent nombreux à participer à la première guerre anticoloniale, celle de l'Indépendance des Etats-Unis. L'intervention des frères est décisive. A la bataille de Yorktown - qui vit la défaite définitive des anglais, le 19 octobre 1781, pas moins de 11000 français participent aux combats en plus des 9000 volontaires de Washington. Ces français sont commandés par le marquis de La Rouërie, le marquis de La Fayette et le comte de Rochambeau, tous francs-maçons, comme une grande majorité des officiers.

Par ailleurs les francs-maçons américains furent à la tête du mouvement anti-esclavagisme aux Etats-Unis, dès les années 1770 notamment au sein de la Société d'émancipation des Noirs libres et illégalement réduits à la servilité, fondée à Philadelphie. Pendant la Révolution américaine, plusieurs intellectuels ont défendu les droits des Noirs comme le frère Thomas Paine, l'auteur du Sens commun, publié en 1776. Le frère Benjamin Franklin (1706-1790) fut un fervent défenseur de l'abolition de l'esclavage (il libéra ses propres esclaves dès 1772). Thomas Jefferson, les frères George Washington (qui affranchit ses esclaves par testament) et James Madison militèrent au Congrès américain pour la suppression de l'esclavage.

En France aussi, les francs-maçons furent à la tête du combat anti-esclavagiste. Ils sont légion au sein de la Société des amis des Noirs créée par le frère Jacques-Pierre Brissot en 1788 dont l'objectif affirmé est l'interdiction de la traite négrière. Le frère Condorcet (qui publie les Réflexions sur l'esclavage des nègres) réclame un moratoire d'une durée de 70 ans entre la fin de l'esclavage et l'accession des affranchis au statut de citoyen. C'est grâce à l'action de l'Abbé Grégoire (membre de la loge des Neufs Soeurs), que le 4 avril 1792, l'Assemblée nationale décide d'accorder la pleine citoyenneté à tous les libres de couleur. Ce fut le 16 pluviôse an II (4 février 1794) que la Convention abolit l'esclavage en avalisant et généralisant la décision unilatérale du commissaire civil à Saint-Domingue, Léger-Félicité Sonthonax, prise le 12 fructidor an I (29 août 1793).

Rétablit par Bonaparte en 1802, l'esclavage est de nouveau et définitivement abolit par le frère Victor Schoelcher, nommé dans le Gouvernement provisoire de 1848 sous-secrétaire d'État à la Marine et aux Colonies par le ministre (et frère) François Arago. Le Décret d'abolition du 27 avril 1848, signé par tous les membres du gouvernement, paraît au Moniteur, le 5 mars. 250 000 esclaves des colonies françaises sont émancipés.

En ce qui concerne l'expansion française et la franc-maçonnerie, une première loge est créée dès 1781 à St Louis du Sénégal, sous le nom initial de loge «St Jacques des vrais amis rassemblés», devenue aussitôt «St Jacques des trois vertus». En 1823, le GODF créer «La Parfaite Union» sur laquelle, dès 1824, vient se soucher le premier Chapitre en Afrique, portant le même nom que la loge. Elle est créée par le Baron Jacques ROGER, gouverneur du Sénégal, défenseur des Africains et anti-esclavagiste dans la lignée du Frère Schœlcher, qui cherche à former et attirer une élite africaine.

En ce qui concerne l'Algérie dont la conquête débute en 1830, la première loge, «Cimus», loge militaire du 10° régiment d’infanterie légère, s'installe fin 1831. En mai 1833 est créée la loge «Bélisaire» à Alger. En juin 1833 est créée la loge «Ismaël» à Bône, puis en juin 1836 «l’Union Africaine» à Oran. La loge d’Alger joue le rôle de loge-mère par essaimages successifs : à Blida en 1844 «les Frères de l’Atlas», à Cherchell en 1845 «Julia Caesarea».

A Mostaganem en 1844 «les Trinosophes Africains» sont installés sous l’égide de la loge d’Oran. Le nombre de francs-maçons va régulièrement progresser, de 80 frères en 1833 à 850 frères en 1851.

Le Suprême Conseil de France (futur Grande Loge de France) ouvre «Les Frères Unis du Chélif» en février 1856 à Orléansville puis «Les Hospitaliers», en décembre 1861 à Constantine. Cette dernière loge va résister et se maintenir, montrant la voie aux autres loges de la GLDF.

L'émir ABD EL KADER el Hadj (1807-1883) qui fut le grand résistant algérien et le chef de la guerre contre les Français en Algérie de 1832 à 1847 est initié franc-maçon, en 1864, à l'orient d'Alexandrie à la loge "Les Pyramides", du Grand Orient de France, au nom de la loge "Henri IV", de Paris. En effet, l'Emir a sauvé la vie de plusieurs milliers de chrétiens venus se réfugier auprès de lui dans sa résidence de Damas en 1860 alors que les druzes cherchent à les massacrer. L'Emir n'a jamais trouvé de contradiction entre son engagement spirituel en Franc-Maçonnerie et sa profonde foi musulmane soufie.

Le grand homme de la période est incontestablement Adolphe CRÉMIEUX (1796-1890) : Avocat et homme politique, président du Consistoire central et de l'Alliance israélite universelle, il est ministre de la Justice du Gouvernement de Défense Nationale en 1870. Il est l'auteur du décret du 24 octobre 1870, dit Décret Crémieux qui accorde d'office la citoyenneté française aux 37 000 juifs d'Algérie. Ce décret stipule que «les Israëlites indigènes des départements de l'Algérie sont déclarés citoyens français ; en conséquence, leur statut réel et leur statut personnel, seront, à compter de la promulgation du présent décret, réglés par la loi française. Toutes dispositions législatives, décret, règlement ou ordonnance contraires sont abolis».

Adolphe Crémieux, est initié à la franc-maçonnerie en 1818, à la loge le "Bienfait anonyme" de Nîmes, du Grand Orient de France, qu'il quitte en 1860 pour rejoindre le Suprême Conseil de France du Rite écossais ancien et accepté dont il devient le Souverain Grand Commandeur. En 1875, Adolphe Crémieux réunit à Lausanne en Suisse, une assemblée des Suprêmes Conseils du REAA pour harmoniser le Rite Ecossais Ancien & Accepté. Ces règles sont toujours en vigueur aujourd'hui notamment à la Grande Loge de France. Véritable acte fondateur de la franc-maçonnerie moderne, cette déclaration de l'assemblée de Lausanne proclame «l'existence d'un Principe Créateur» appelé «Grand Architecte de l'Univers». Par ailleurs c'est Adolphe Crémieux qui fit l'éloge funèbre de son frère et ami l'Abbé Grégoire.

Au terme de sa longue carrière politique, Crémieux devint sénateur inamovible d'Alger, de 1875 à sa mort en 1880. Il estenterré au Cimetière du Montparnasse.


Au Maroc, en 1867, Haïm Benchimol - drogman de la Légation de France, directeur du journal Réveil du Maroc, directeur de la banque Transat, membre fondateur de l’Alliance Israélite Universelle et de l’Alliance Française au Maroc, correspondant des Compagnies Maritimes et de l’agence Havas - devient président fondateur de la loge maçonnique de Tanger, fondée par les juifs marocains "protégés" ou naturalisés Français, la loge "L'Union 194" au sein de la GLDF. Elle est composée de 73 frères dont le premier initié Marocain, Mohamed Doukali. Se crééeront ensuite "Casablanca 386" créée en pleine médina et affiliée au GO d'Espagne, puis "Le Phare de la Chaouia", toujours à Casablanca, "Moulay Hassan 395" et "Le Réveil du Maghreb" à Rabat, puis bien d'autres loges.

En 1920, le frère Elie Zerbib, libraire, initié à Bélisaire en 1871, fils d'un Grand Rabbin d'Algérie mais converti au protestantisme, participe à la fondation de la loge "Woodrow Wilson n°479" de la GLDF à Mogador. Cette loge, au rite écossais, draine aussitôt les éléments israélites en plus grand nombre que "La Nouvelle Tamusiga". Le même constat peut se faire un peu partout à travers le Maroc, l’argument du rite écossais étant souvent avancé.

En effet, depuis 1877 et l'abandon du Grand Architecte de l'Univers par le Grand Orient de France, et l'option de plus en plus résolument anti religieuse de celui-ci, les frères catholiques, juifs et musulmans se sentent moins à l'aise dans les loges du GODF.

Durant la période allant de 1880 à la fin de la guerre de 1914-1918, les frères du GODF se méfieront même des "élites africaines", formées presque exclusivement dans les écoles de l'église catholique, devenue l'ennemie. Les loges du GODF de cette époque seront presque exclusivement constituées de "blancs laïques". La même méfiance prévaudra envers les musulmans suspectés de "superstition" comme les catholiques.

Pourtant, c'est bien du début des années 1880, que date le renouveau de la politique coloniale française sous l'impulsion de Jules Ferry (1832-1893). Avocat, journaliste et homme politique français, il fut Ministre de l'Instruction publique de 1879 à 1883: il crée l'enseignement primaire obligatoire, gratuit et laïc. Président du Conseil de 1880 à 1881 et de 1883 à 1885, il prend en main les affaires étrangères et les affaires coloniales. Il tente de détourner vers les conquêtes coloniales l'ardeur militaire des Français, jusque là surtout anti-allemande. La défaite de Lang-Son (Tonkin, Indochine, 28 mars 1885) brise sa carrière : il est peu après renversé par les adversaires de sa politique coloniale.

Jules Ferry est initié franc-maçon le 8 juillet 1875, au sein de la loge «La Clémente Amitié», du Grand Orient de France en même temps qu'Emile Littré et Grégoire Wyrouboff. Une grande publicité est faite au discours que Littré prononce à cette occasion, et la presse en donne un large écho. Par la suite, Jules Ferry appartiendra à la loge «Alsace-Lorraine».

Jules Ferry veut émanciper les élites locales de l'influence du clergé et des marchands par une politique ambitieuse en faveur des colonies. D'ailleurs, c'est la droite et l'extrême droite qui s'opposent à sa politique en lui reprochant de dépenser inutilement des sommes importantes au profit des indigènes au lieu de renforcer l'armée et de préparer la revanche de 1870 contre la Prusse. Ferry pense également qu'une politique coloniale ambitieuse est bonne pour la France et que la métropole comme les colonies doivent pouvoir y trouver leur compte. En 1875, quelques mois après avoir été renversé, il prononce à la Chambre son célèbre discours en défense de sa politique coloniale: "Messieurs, il faut parler plus haut et plus vrai ! Il faut dire ouvertement qu'en effet les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures..." (...) "Je répète qu'il y a pour les races supérieures un droit, parce qu'il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures...". "Vous nous citez toujours comme exemple, comme type de la politique coloniale que vous aimez et que vous rêvez, l'expédition de M. de Brazza. C'est très bien, messieurs, je sais parfaitement que M. de Brazza a pu jusqu'à présent accomplir son œuvre civilisatrice sans recourir à la force ; c'est un apôtre; il paie de sa personne, il marche vers un but placé très haut et très loin ; il a conquis sur ces populations de l'Afrique équatoriale une influence personnelle à nulle autre pareille ; mais qui peut dire qu'un jour, dans les établissements qu'il a formés, qui viennent d'être consacrés par l'aréopage européen et qui sont désormais le domaine de la France, qui peut dire qu'à un moment donné les populations noires, parfois corrompues, perverties par des aventuriers, par d'autres voyageurs, par d'autres explorateurs moins scrupuleux, moins paternels, moins épris des moyens de persuasion que notre illustre Brazza, qui peut dire qu'à un moment donné les populations n'attaqueront pas nos établissements ? Que ferez-vous alors
?"

Jules Ferry fait explicitement référence au frère Pierre Savorgnan de BRAZZA (1852-1905) : Explorateur de l'Afrique équatoriale, il organise pacifiquement la colonie du Congo sans jamais employer la force. "Une mémoire pure de sang humain", dit-on de lui. C'est un frère généreux et humain qui a été Initié franc-maçon, en 1888, à la loge "Alsace Lorraine" du Grand Orient de France à Paris.

Dans la lignée humaniste de Ferry on ne peut passer sous silence le rôle important joué par le frère Eugène ÉTIENNE (1844-1921), député puis Sénateur d'Oran, animateur très écouté du "groupe colonial", sous-Secrétaire d'État aux Colonies en 1887 et 1889. Il a été initié franc-maçon, en 1881, à la loge "Le Phare de la Renaissance", de Marseille puis Compagnon à "Union et Persévérance", à Paris dont il fut Vénérable en 1885.

Pendant la Guerre de 1914-1918 il faut noter le rôle essentiel joué par les troupes coloniales et notamment par les tirailleurs sénégalais. C'est le frère Blaise Diagne (1872-1934), député du Sénégal, Maire de Dakar et sous secrétaire d'Etat aux colonies qui mobilise les troupes indigènes.

Initié le 21 septembre 1898 dans la Loge "L'Amitié" du Grand Orient de France à Saint-Denis de la Réunion, il accède à la Maîtrise en 1901 et, selon ses affectations, travaillera dans différents Ateliers comme "l'Indépendance Malgache" de Tamatave, "Les Inséparables du Progrès" à Paris, "l'Union Guyanaise" ou la loge "Pythagore" dont il fut le Vénérable Maître de 1922 à 1926. Blaise Diagne est le premier franc-maçon de couleur à accéder au Conseil de l'Ordre du Grand Orient de France en 1922. Membre du Comité permanent des loges d'outre-mer, créé en 1919, il s'occupe en particulier des loges d'Afrique, et pendant un temps de celles de Madagascar. Il sera jusqu'à sa mort en 1934, un franc-maçon actif.

Après la défaite de 1940, la franc-maçonnerie est interdite et réprimée en France métroplolitaine par le Gouvernement de Vichy. Le frère Félix ÉBOUÉ (1884-1944) joue alors un rôle essentiel. Petit fils d'esclave, il était devenu le premier Gouverneur Général de couleur d'une colonie française (le Tchad en 1938). Dès 1940, il rallie le Congo aux Forces Françaises Libres. Après la guerre, il participe à la décolonisation. Félix Eboué est initié franc-maçon, en 1922, à la Loge "La France Équinoxiale", à Cayenne. Son épouse appartint au Droit Humain et sa fille, Ginette, à la Grande Loge Féminine de France. Le Général de Gaulle rétablit la Franc-Maçonnerie à Alger en 1943 en souvenir du rôle joué par Félix Eboué en 1940.

Si avant la guerre les loges ne remettent à aucun moment en cause le principe de la colonisation elles s'interrogent néanmoins sur l'avenir. Elles souhaitent que "puisse venir le jour où, dans toutes nos colonies, les indigènes, maîtres de leurs destinées, travaillent de pair avec leur tuteurs d’hier au progrès économique et social de leur pays".

Après la Guerre se pose la question de la décolonisation. Le frère Pierre
MENDÈS-FRANCE
(1907-1982), Président du Conseil en 1953, plaide avec force pour des solutions négociées dans les colonies et met fin à la guerre d'Indochine. Pierre Mendès-France a été initié Franc-Maçon, en 1928, à la loge "Union et Progrès", de la Grande Loge de France à Pacy-sur-Eure. Il se mit en sommeil en 1945.

C'est bien l'Indépendance qui deviendra réalité en 1962 avec l'indépendance de l'Algérie. La France n'a plus de colonies en Afrique. Non sans déchirements parfois car beaucoup de frères auraient souhaité qu'une solution pacifique sans effusion de sang soit trouvée. Ce qui a été possible au Maroc ou en Tunisie ne l'a pas été en Algérie.

Les frères des anciennes colonies avaient toujours oeuvré pour l'amélioration des conditions de vie comme pour l'émancipation des population indigènes. Malgré des réticences ponctuelles, ils furent très majoritairement, en métropole comme dans les pays colonisés, favorables aux processus d'Indépendance. La colonisation, avec son cortège d'exploitation, d'humiliation des populations indigènes se devait de cesser. C'est un grand bienfait pour l'Humanité que les peuples puissent disposer d'eux-mêmes. La période de la colonisation est maintenant notre Histoire commune, et pas la plus glorieuse en ce qui concerne la France.

Aujourd'hui la Franc-Maçonnerie a repris force et vigueur en Afrique malgré l'hostilité de certaines franges des populations concernées. Il faut dire que certaines obédiences africaines, créées sous l'égide de la Grande Loge Nationale Française (nous pensons à la Franc-Maçonnerie gabonaise d'Omar Bongo par exemple...) et qui sont sous la dépendance effective de chefs d'Etats qui ont parfois une vision toute personnelle de la démocratie, donnent une image pour le moins brouillée de l'idéal maçonnique.

Pour autant, des francs-maçons sincères rejoignent toujours plus nombreux les loges nords-africaines (je pense au Maroc par exemple), Africaines, Moyen-Orientales et Proche-Orientales (dans les pays où la Franc-Maçonnerie est autorisée comme au Liban ou en Israël) et font rayonner au quotidien les principes et les valeurs immémoriales de l'Ordre, sa spiritualité et son humanisme.

C'est aujourd'hui une autre page qui est ouverte... et ce sont les francs-maçons de ces pays aujourd'hui indépendants qui l'écrivent

Source : http://www.jlturbet.net/article-34264354.html

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Victor Schoelcher

12 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

Né à Paris en 1804, d’un Père fabricant de faïence alsacien. Il s’engagea dans les principaux débats sociaux du XIXe siècle. Son nom est surtout associé à l’émancipation des esclaves des colonies françaises en 1848. Critique d’art, musicologue, partisan de l’abolition de la peine de mort, participant activement au mouvement anticlérical du dernier quart du siècle et prêtant son concours à la » Société pour l’amélioration du sort des femmes « , Victor Schœlcher consacra l’essentiel de ses travaux à la lutte pour l’abolition de l’esclavage et à l’étude de l’évolution des sociétés coloniales.

Il signa le décret d’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises en 1848, fut élu représentant des Antilles françaises à l’Assemblée nationale en 1848 et en 1849, où il siégeait dans les rangs de la Montagne, s’exila en Grande-Bretagne après le coup d’État du 2 décembre 1851 pour ne revenir en France qu’en 1870. Élu à nouveau représentant de la Martinique en 1871 puis sénateur inamovible de cette île en 1875, Schœlcher homme politique se préoccupa jusqu’à sa mort de la défense des droits des citoyens d’outre-mer par leur assimilation à ceux de la France. Il élabora au fil des ouvrages qu’il écrivit sur les sociétés coloniales un projet de réforme sociale post-esclavagiste qui s’inscrit dans une phase fondamentale de l’histoire des Antilles, alors que se développait le processus de suppression de l’esclavage. L’histoire retient son action en tant qu’abolitionniste, signataire du décret d’émancipation des esclaves, homme politique républicain, député et sénateur des Antilles, auteur d’une œuvre maîtresse sur les sociétés esclavagistes et l’histoire de son siècle dans la région des Caraïbes.

Le premier voyage qu’il effectua en 1829-1830 aux Amériques (États-Unis, Mexique, Cuba) inaugura la longue carrière de Schœlcher – facilitée par la rente annuelle que lui procurait la fortune familiale – que ponctuèrent plusieurs autres voyages, dans la région des Caraïbes à nouveau en 1840-1841 et en Afrique, et la publication de nombreux ouvrages. Très tôt affilié à la tendance politique républicaine et à la franc-maçonnerie, Schœlcher collabora à la plupart des journaux républicains parisiens, à La Réforme en particulier. Ses premiers ouvrages, De l’esclavage des noirs et de la législation coloniale (1833), Abolition de l’esclavage; examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des sang-mêlés (1840) stigmatisaient les rapports sociaux qu’il avait observés aux États-Unis et dans les colonies européennes des Caraïbes où sévissait l’esclavage, l’incitant à faire sien le principe énoncé par l’abolitionniste britannique William Wilberforce selon lequel: « La liberté est le principe, l’esclavage, l’exception. » Entre 1841 et 1847, Schœlcher publia Des colonies françaises, abolition immédiate de l’esclavage (1842), ouvrage consacré à la Guadeloupe et à la Martinique, Colonies étrangères et Haïti (1842-1843) dans lequel il rendait compte des premiers effets de l’abolition de l’esclavage dans les colonies britanniques dans l’espoir de convaincre ses lecteurs français puis, après un voyage en Égypte et la parution en 1846 de L’Égypte en 1845, Histoire de l’esclavage pendant les deux dernières années (1847). Bien que le modèle de réorganisation sociale sans esclavage qu’il élabora pendant la première moitié du XIXe siècle fût très empreint des théories du socialisme utopique de son époque, il préfigurait par bien des aspects l’évolution des sociétés antillaises pendant la seconde moitié du siècle. C’est en tant que sous-secrétaire d’État aux Colonies que Schœlcher signa le 27 avril 1848 le décret d’abolition de l’esclavage. Élu au suffrage universel dans les trois colonies françaises des Antilles et de la Guyane, il choisit de représenter la Martinique. Les difficultés engendrées par la crise de l’économie sucrière depuis le début du XIXe siècle et par la transformation des rapports sociaux que supposait la suppression de l’esclavage incitèrent Schœlcher à intervenir de manière plus directe dans la vie sociale et politique des Antilles. Il fut par exemple à l’origine de la fondation du premier journal républicain qui parut en Guadeloupe en 1849-1850, Le Progrès , et publia à Paris une série d’ouvrages ponctuels sur les événements politiques antillais. Le « schœlchérisme » était redouté par les colons, qui craignaient la perte de leurs biens et de leur influence politique face à la supériorité numérique des anciens esclaves devenus « nouveaux citoyens », et par les autorités gouvernementales, qui voyaient en lui l’inspirateur des troubles politiques que connaissait alors la Guadeloupe. S’il prôna la réorganisation des sociétés antillaises par l’instruction gratuite et obligatoire et par l’exercice du droit de vote au suffrage universel, il n’en défendit pas moins avec ardeur des mesures qui lui semblaient être les plus aptes à assurer la prospérité des colonies – et des colons – notamment le versement de leur indemnité après l’émancipation et la construction d’usines sucrières dites « grandes centrales » dont les ouvriers agricoles, employés pendant quatre mois par an, subsisteraient grâce à la mise en valeur de lopins de terre.

Après dix-huit ans d’exil à Londres, Schœlcher rentra en 1870 à Paris où il se rangea, pendant la Commune, aux côtés de conciliateurs. Ses publications d’exil ne concernèrent pas les questions antillaises. Il livra de virulentes attaques contre le gouvernement du Second Empire dans plusieurs ouvrages et publia une Vie de Haendel en 1857. Réélu représentant de la Martinique à l’Assemblée nationale en 1871 puis sénateur inamovible de cette île en 1875, Schœlcher devint président de la Société de secours mutuel des Créoles en 1874 et membre de la Société pour l’amélioration du sort des femmes en 1875. Outre ses interventions sur les questions coloniales, il consacra ses travaux de sénateur à la lutte pour l’abolition de la peine de mort. Il présidait en 1881, avec Maria Deraismes, le congrès anticlérical. Fondateur du Moniteur des colonies en 1882, avec le député guadeloupéen Gaston Gerville-Réache, Schœlcher publia enfin plusieurs ouvrages sur la législation du travail aux Antilles, Polémique coloniale (1882-1886), recueil de ses derniers articles, des études sur l’esclavage aux États-Unis, au Brésil et au Sénégal et, en 1889, une Vie de Toussaint Louverture . Mort à Houilles en 1893, il fut inhumé au cimetière du Père-Lachaise et ses cendres furent transférées au Panthéon en 1949.

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Un Humaniste dans son Siècle : Victor Schoelcher

10 Décembre 2012 , Rédigé par A\ Z\ Publié dans #Planches

Le 19ème Siècle, entre autres événements, a été une période importante dans l'histoire de notre pays. Il fut marqué par le Premier Empire, les conquêtes coloniales en Afrique et en Asie, le retour de la République, la révolution industrielle. Les grands hommes qui ont écrit l'Histoire de cette époque se sont réalisés en prenant un engagement, en ayant un idéal pour lequel ils vont aller jusqu'au bout d'eux-mêmes afin de réaliser le but auquel ils se sont consacrés.
Un de ces hommes, Franc-maçon très jeune puisque ses biographes pensent qu'il a été initié alors qu'il était encore étudiant a concilié jusqu'à la fin de sa vie son idéal de liberté, d'égalité et de fraternité.
Sa longue existence, de 1804 à 1893, le fait apparaître comme un témoin important d'un siècle soumis à bien des bouleversements.
C'est un curieux personnage que ce Victor Schoelcher, né dans un milieu bourgeois et qui consacrera sa vie à l'émancipation des esclaves, alors que rien à l'origine ne pouvait laisser supposer ce destin.
Chaque année, dans nos trois départements d’Outre-mer, Guadeloupe, Guyane, Martinique, des hommages sont rendus à celui dont la mémoire est évoquée à travers des statues, des noms de rues, des écoles.
Personnage dont le nom en Métropole n'est pas complètement oublié, mais dont la vie et l’œuvre politique et écrite est méconnue de nos jours. C'est pour rappeler celui qu'aucune action sociale ne laissait indifférent et dont le poète Aimé Césaire a dit " c'est un homme dont chaque mot est une balle explosive ", que ces quelques lignes sont tracées aujourd'hui.

SA VIE JUSQU'A L'ABOLITION.

Victor Schoelcher nait le 22 juillet 1804 à Paris, rue du Faubourg Saint Denis, de parents d'origine alsacienne. Il est le deuxième des trois garçons qu'eurent ses parents. Son père est un artisan en faïences et porcelaines, qui par la suite créera une fabrique (aujourd'hui on dirait, une P M E) assez prospère.
  On n'a que peu de renseignements sur la scolarité que l'on suppose normale et sans problèmes, du jeune Victor, qu'il passe en partie au Lycée Louis le Grand.
Assez jeune, il est associé aux affaires de son père jusqu'au décès de ce dernier en 1834.
Après le décès de sa mère, survenu en 1839, i1 va se trouver à la tête d'un important capital qui va faire de lui un rentier n'ayant plus le souci de devoir travailler pour subvenir à ses besoins. Ses revenus lui permettent de favoriser ses goûts d'esthète et ainsi de se consacrer à la création de collections de livres, d'objets, et de financer ses propres publications.
Il ne s'est jamais marié et est toujours resté très discret sur ses quelques aventures féminines.
Il fréquente de manière assidue les salons de la bourgeoisie parisienne et s'y fait quelques amis. Ernest Legouvé, professeur à l'Ecole Normale de Sèvres et futur Inspecteur Général de l'Instruction Publique qui sera son ami sa vie durant. Il rencontrera également dans ces salons, Berlioz, Georges Sand, Chopin, Litz avec qui il se lie d'une amitié profonde.
Ces Salons sont des lieux de rencontre d'intellectuels. Des Clubs avant la lettre au sens actuel du mot, faisant suite aux Salons littéraires des Précieuses du 17° S, si brocardées par Molière.
Au cours de toutes ces années il va beaucoup voyager : Mexique et Cuba, qui sont encore des colonies espagnoles, les Caraïbes, l'Europe entre 1831 et 1840,et de nouveau les Caraïbes en 1840-1841,1'Orient en 1844 et 1845,1'Afrique en 1847 et 1848.
C'est au cours de ses premiers voyages au Mexique et à Cuba, ainsi qu'à celui effectué aux Caraïbes en 1829-1830 pour le compte de la Fabrique Schoelcher, qu'il va découvrir et être confronté pour la première fois à l'esclavage et au système colonial. Il va être psychologiquement marqué par ce qu'il a vu et qui l'a profondément indigné.
Dés cet instant il devient un abolitionniste des plus fervents.
Il va publier des comptes rendus de ses voyages dans "la Revue de Paris" et rédige son premier ouvrage :"L’esclavage des Noirs et la législation coloniale", ainsi qu'en annexe, une "charte coloniale", publiée en 1833. Cette dernière, composée de 30 articles, ne préconise pas l'abolition immédiate de l'esclavage, mais amène une suite de recommandations devant permettre d’accéder doucement à l'émancipation des esclaves. Cette charte permet de plus, d'humaniser la relation maitre-esclave.
Sans reproduire tous ses articles, citons entre autres :
- les enfants ne peuvent etre séparés par vente, de leurs parents.
- remise en vigueur du Code Noir établi sous Colbert, et qui oblige les propriétaires à certaines obligations envers leurs esclaves.
- création au profit des esclaves d'une caisse de prévoyance en cas d'incapacité de travailler.
- possibilité à l'esclave de racheter sa liberté.
- liberté de la presse dans les Colonies.( Celle ci est en effet aux mains des colons qui censurent tout ce qui ne va pas dans le sens de la ligne des possédants.)
C'est le second voyage de Schoelcher aux Antilles, en 1840-1841, qui est socialement et politiquement le plus intéressant.
Avant son départ, il a fait parvenir à la Société des Amis des Noirs, un manuscrit Intitulé :
" Examen critique du préjugé contre la couleur des Africains et des Sangs Mêlés ".
Ce document ne reçoit qu'un intérêt assez mitigé des sociétaires qui n'y trouvent pas les solutions permettant de parvenir à une émancipation des esclaves.
Cette Société avait été créée en 1788 par Brissot de Warville, un homme qualifié de radical et d'activiste, qui avait été inspiré par William Pitt et le pasteur anglican Clarkson. Autour de lui il avait réuni l'abbé Grégoire, La Fayette, Talleyrand, Condorcet, Madame Roland, Mirabeau, pour ne citer que les plus connus. Il mourut sur l'échafaud en 1793.
Schoelcher va donc au cours de ce second séjour aux Antilles, rechercher des solutions permettant de résoudre le problème.
Ce voyage va se dérouler entre la Jamaïque, Cuba, la Dominique, (la seule île des Antilles où vivent encore de nos jours, des Indiens Caraïbes) la Guadeloupe et la Martinique, Saint Thomas encore Danoise à cette époque, et Haïti.
A propos des Indiens Caraïbes, je recommande vivement la lecture du livre du Père Jésuite Bartolomé de las Cases :"Très brève relation de la destruction des Indes" qui dénonce les atrocités faites par les Espagnols. Tout en sachant que c'est ce même Las Cases qui recommandait que les esclaves soient pris en Afrique, leur couleur noire prouvant que ce sont des créatures du diable.
Quoique ne recevant qu'un accueil plutôt réservé de la part des colons, Schoelcher va entreprendre une vaste enquête à travers les domaines agricoles insulaires.
Particulièrement en Haïti où l'esclavage a été aboli de manière immédiate dés l’indépendance de l’île obtenue en 1802 grâce à l'action menée par Toussaint Louverture
Cette enquête dans les différentes plantations visitées, va le faire changer d'opinion sur ses premières conclusions.
Au début de son engagement pour la cause abolitionniste, il avait analysé et étudié les systèmes coloniaux. Ce qui l'avait déterminé pour une émancipation progressive avec période d'adaptation. Mais après avoir vu les durs traitements subis par les esclaves, les abus auxquels se livrent les propriétaires, il va être un farouche partisan de l'émancipation immédiate.
Dés son retour de voyage, il écrit son livre "Des colonies françaises : Abolition Immédiate de l'esclavage ". Il y relate les souffrances des esclaves, leurs révoltes, leurs fuites dans les montagnes (marronage), et leur suicide parfois.
Non seulement il y dénonce les méfaits de l'esclavage au point de vue humain, mais également la traite des Noirs entre l'Afrique et l'Amérique. Pour les propriétaires, les esclaves sont un bétail, un instrument de travail. Hommes et femmes accomplissent les mêmes tâches épuisantes. Ils sont abrutis par la fatigue, le manque de nourriture et de soins, écrasés par les coups de fouets des régisseurs.
Il préconise le versement d'un salaire aux anciens esclaves, seul moyen selon lui de maintenir sur place les travailleurs devenus libres et dont le premier geste de liberté aurait été de quitter la plantation. Il faut, dit-il, utiliser d'abord les anciens esclaves et ne recourir à l'immigration de main d’œuvre nouvelle, que si elle vient d'Europe. Bon nombre des idées émises dans cet ouvrage seront reprises plus tard par la Commission d'abolition de l'esclavage.
Il est bien évident que Schoelcher, de par son engagement, subissait des attaques de la part des anti abolitionnistes qui l'accusaient de ne pas s'occuper des ouvriers blancs en France, dont le sort social était peu enviable. Il leur répondait que "s'occuper des nègres n’empêche pas de s'occuper des blancs."
Victor Hugo et Charles Dickens ont admirablement décrit la vie de ces ouvriers du 19ème S. dont la misère fut grande.
Entre 1840 et la fin officielle de l'esclavage en 1848 dans les Colonies françaises, Victor Schoelcher ne va pas cesser de réclamer l'émancipation immédiate, de dénoncer les trafics d'esclaves, de chercher des solutions économiques et de réorganisation sociale d'une économie coloniale. Le 18 juillet 1845 parait une Loi dite "Loi Mackau", du nom de son auteur, destinée à améliorer le sort des esclaves.

C'est un progrès, mais encore trop faible car faisant encore la part belle aux colons.
Schoelcher, dans une nouvelle publication "Histoire de l'esclavage dans les deux dernières années ", va reprendre ses arguments.
En 1845 Il entreprend un voyage en Egypte, en Grece et en Turquie.Au milieu de l'année 1847 il part pour l'Afrique, plus exactement pour le Sénégal, afin de faire une étude aux sources du problème de l'esclavage, et de démontrer que les Noirs " ont été doués de facultés semblables aux notres ".
Ce voyage a également pour but de dénoncer les thèses émises par Cuvier, Virey et d'autres encore, qui tendaient à démontrer la prétendue infériorité de la race noire par rapport à la race blanche.
A son retour, Schoelcher va trouver un nouveau gouvernement dirigeant la France. En effet, la Monarchie de Juillet a été renversée en février.
A sa demande il rencontre François Arago, le nouveau Ministre ayant en charge les Colonies, et le principe d'une abolition de l'esclavage est adopté le 4 mars 1848, de par le fait que "Nulle terre française ne peut plus porter d'esclaves ".
Le 5 mars il est investi de fonctions gouvernementales en tant que Sous Secrétaire d'Etat aux Colonies. Il gardera ce poste jusqu'au 17 Mai.
Il est également nommé Président de la Commission d'Abolition de l'Esclavage.
Cette Commission va pratiquement siéger sans arrêt jusqu'à la mi-avril. Ses travaux donneront lieu à des décrets qui seront adoptés par le gouvernement le 27 avril 1848.
Le premier d'entre eux étant que l'esclavage sera totalement aboli deux mois après la promulgation du décret.
Avec le décalage d'un mois dû au transport, les décrets ne seront connus que fin mai aux Antilles.
Mais devant les manifestations spontanées et les émeutes, le gouverneur de la Martinique décide d'anticiper et l'esclavage est officiellement aboli le 23 mai en Martinique, le 27 mai en Guadeloupe. Il ne le sera que le 10 août en Guyane. Schoelcher a gagné ! Il a enfin réalisé le but qu'il s'était fixé.

SA VIE DE 1848 JUSQU'A SA MORT

L'abolition a pour conséquence de faire des affranchis, des citoyens français à part entière qui de ce fait, peuvent participer à la vie politique.
Sur la base du suffrage universel, des élections ont lieu en août 1848 et Schoelcher est élu représentant à l'Assemblée Constituante, en Guadeloupe et en Martinique. Il optera pour la représentation de la Martinique.
En juin 1849 il sera élu à l'Assemblée Législative pour représenter la Guadeloupe.
Ces élections vont être caractérisées par une opposition très violente entre Schoelcher et Bissette (l’ancien condamné au bagne en 1824). Ce dernier, partisan d'une réconciliation avec les colons blancs, n'hésitera pas à provoquer de graves incidents en Guadeloupe, incidents qui seront attribués aux partisans de Schoelcher et qui auront pour conséquence de faire invalider les élections. En janvier 1850, de nouvelles élections législatives en Guadeloupe donneront 80 % de voix à Schoelcher.
La presse, qui jusqu'alors était soit officielle, soit faite par les colons, va s'enrichir de nouveaux titres : le Progrès, la Liberté.
Cette presse, mettant en avant le courant idéologique de Schoelcher et de ses partisans, est qualifiée de " rouge " par ses adversaires.
Au lendemain de l'émancipation, un problème important se posait, celui du travail dans les exploitations agricoles.
Un nouveau mode d'exploitation va exister pendant quelques mois, celui de l'association. Le propriétaire apporte la terre, les outils, les bâtiments, tout en conservant son droit de propriétaire. L'ouvrier agricole apporte sa force physique.
La production est partagée au tiers ou au quart. Ce tiers ou ce quart étant attribué collectivement à un groupe de travailleurs, à charge pour eux de se le répartir.
Cette formule contribuera dans les premiers mois de liberté à un maintien sur l'exploitation des anciens esclaves, mais elle fera place rapidement, au salariat.
Le 2 décembre 1851 a lieu le coup d'état de Louis-Napoléon Bonaparte qui établira quelques mois plus tard, le Second Empire. Les conséquences politiques en seront que les Assemblées, les représentations des Colonies, le suffrage universel, sont supprimées. Les maires et conseillers ne sont plus élus mais désignés.
L'abolition de l'esclavage se trouve toutefois confirmé, mais par un décret du 13 février 1852, se met en place un système répressif obligeant les travailleurs ruraux (qu’ils soient de Métropole ou des Colonies) d'avoir un engagement d'un an minimum ou d’être porteur d'un livret, sous peine d'amende ou d'emprisonnement.
Ce qui va obliger les ouvriers agricoles à accepter de travailler pour un salaire de misère.
Au lendemain du 2 décembre, Victor Schoelcher fait partie d'un mouvement de résistance au coup d'état, au coté de Victor Hugo, afin d'inciter la population à s'opposer à Louis Napoléon.
A la suite d'une fusillade dans le Faubourg saint Antoine, Schoelcher, traqué par la police, entre en clandestinité et quitte Paris fin décembre pour la Suisse, habillé en prêtre (lui qui était si profondément athée) Le 30 décembre il est à Bruxelles.
Le 9 janvier un décret d'expulsion parait, interdisant le territoire national ainsi que celui des colonies, à un certain nombre de personnes parmi lesquelles ont peut citer entre autres Schoelcher, Victor Hugo, Louis Blanc, Arago, Edgard Quinet, etc...
De Bruxelles il passe à Londres où il séjourne quelques mois, avant de se fixer définitivement à Chelsea.
L'amnistie étant offerte aux proscrits par Napoléon III, il la refuse ne voulant revenir en France que lorsque la République serait rétablie.
Durant les 18 années que va durer son exil, il occupera son temps à entretenir des relations avec les autres proscrits, à rédiger des publications sur le thème central de l ‘esclavage, sur la dénonciation du coup d'état, sur la politique coloniale de la France.
Il publiera également une " Vie de Haendel ".
Son séjour en Angleterre sera entrecoupé de voyages en Hollande, ainsi qu'à Jersey pour y rencontrer son ami Victor Hugo. Ce dernier utilisera d'ailleurs ses services pour faire parvenir du courrier ou des manuscrits vers la Belgique ou la Suisse, lorsqu'il ne pouvait se déplacer lui-même.

De son coté, Schoelcher informait régulièrement Hugo des faits et gestes des autres exilés qu'il ne pouvait recevoir à Jersey ou plus tard, à Guernesey.
En 1870 il quitte Londres pour Paris. Il y fait figure de vieille gloire du passé mais ses partisans se retrouvent vite autour de lui, utilisant pour l'aider, le support des Loges.
Dés son retour il accepte dans le Gouvernement de Défense Nationale, un poste de colonel de la Garde Nationale, fonction qu'il gardera jusqu'à l'armistice de 1871.
En tant qu'Alsacien d'origine, il soutiendra les résistants alsaciens et votera contre l'annexion de l'Alsace et de la Lorraine par la Prusse.
En février 1871, i1 est élu député de la Seine, en même temps que Victor Hugo, Gambetta, Edgard Quinet, Garibaldi, etc. ...
En avril de la même année, il est de nouveau élu député de la Martinique, sans toutefois y retourner, maintenant un contact étroit par courrier avec les journaux locaux et les Loges maçonniques.
En 1875, i1 est élu sénateur inamovible.
En 1882 il fonde avec le Guadeloupéen Gerville-Réache, de la R-L "les Vrais Frères Unis et Philanthropes Réunis", à l'Orient de Paris, le journal politique "le Moniteur des Colonies " dont les correspondants se retrouvent également dans les colonies françaises d'Afrique, d'Océanie et d'Asie.
Durant les années qui vont suivre, il rédigera de nombreuses publications sur la famille, sur l'immigration aux colonies, une étude sur Toussaint Louverture et même une vie de St Paul.
Les dernières années de sa vie se passeront à Houilles, prés de Paris. C'est là qu'il s'éteindra le 25 décembre 1893.
Dés le lendemain de son inhumation au cimetière du Père-Lachaise à Paris à laquelle assistait une foule immense composée de personnalités du monde politique, d'Associations, de journalistes, ainsi que des nombreux anonymes, une souscription était lancée pour l'édification d'un monument, à Saint Pierre, en Martinique.
Ce monument sera malheureusement détruit lors de l'éruption de la Montagne Pelée en 1902.
De nombreux autres comités se créèrent pour rendre hommage à la mémoire de celui qui, appliquant dans sa vie les principes de Liberté, d'Egalité, de Fraternité, développés en Loges, avait rendu sa dignité à l'homme Noir, afin qu'il ne vive plus jamais courbé, mais droit et libre.
Le 20 mal 1949, Victor Schoelcher entrait au Panthéon.
Cet homme dont nous connaissons mieux maintenant le but de sa vie, qui était il vraiment ?

SCHOELCHER TEL QU'EN LUI MEME

L'homme. Le Franc-Maçon
Victor Schoelcher est décrit comme un homme de grande taille, légèrement voûté, mince, au visage orné d'un collier de barbe. Quoique différent, on pourrait presque le comparer physiquement à Abraham Lincoln.
C'était un grand bourgeois, collectionneur averti
musicologue, militant des droits de l'Homme Il se définissait lui-même comme d’extrême gauche et anticlérical.
Il fut très jeune attiré par les idées républicaines, et écrivit des articles dans plusieurs journaux républicains :"La Revue Républicaine", dont il était actionnaire, la "Revue du Progrès Social", "la Réforme", dont le créateur était Ledru-Rollin.
Il rencontra également des hommes tels que Louis Blanc, Bakounine, Karl Marx, et bien d'autres.
Cette influence d'un idéal républicain lui vient des principes de la Révolution de 1789, et sa théorie coloniale est directement inspirée par les idées de la Révolution. D'autres courants d'influence le guideront.
Des écrits et documentations britanniques sur l'esclavage, mais surtout un homme et un livre très critique envers le système colonial, écrit en 1772 : "Histoire politique et philosophique du commerce des européens dans les 2 Indes."
L’auteur, l'Abbé Grégoire.
Ce livre dénonce le système d'exploitation de l'homme par l'homme, et il servira de référence aux débats anti-esclavagistes du 18ème siècle.
Les écrits de l'Abbé Grégoire étaient bien entendus connus de Schoelcher. Citons " Mémoire en faveur des gens de Couleur " où Grégoire reproche à la République d'avoir réservé la Déclaration des Droits de l'Homme aux seuls Blancs.
L'Abbé Grégoire, cher aux F:. M:. puisqu'une Loge porte son nom, est un petit prêtre de Lorraine qui va devenir une figure marquante de l'Assemblée Constituante. En 1789 il a 39 ans et s'est déjà fait remarquer pour avoir pris la défense des Juifs. Il sera un des premiers à rejoindre le Tiers Etat. La découverte du problème de l'esclavage le bouleverse et il se mettra au service de la cause des hommes de couleur. Moins radical que Brissot, il ne parle pas d'abolition, mais de citoyenneté pour tous les hommes libres de couleur.
N'oublions pas mes F:. pour comprendre le climat de cette époque, que des membres de cette Assemblée Constituante qui avait créé notre devise "liberté, égalité, fraternité," écrivaient également en 1791 : - La Déclaration des Droits de l'Homme, c'est le contrat social de la Nation, dont les gens de couleur n'ont jamais fait partie... l'esclavage est une condition nécessaire à l'existence de nos colonies... le préjugé de la couleur est la sauvegarde du système.
On ne peut citer ici toutes les œuvres de l'Abbé, mais signalons que d'autres hommes ont aussi influencé Schoelcher : Simon Bolivar et le géographe Humbolt entre autres. Mais c'est à partir de 1848 que ses différentes fonctions politiques lui permettront de mettre en œuvre ses conceptions républicaines.
Il était profondément anticlérical, déplorant que le clergé français soit à l'opposé du clergé anglican dont il avait apprécié les réalisations dans les colonies anglaises en 1841.
Malgré cela, c'est aux prêtres de l'Instruction Chrétienne de Ploërmel, Congrégation fondée par Lamennais, qu'il confiera la mission d'éduquer les esclaves affranchis après 1848. (Avant la Loi de J. Ferry)
A son retour d'exil, il partipe activement à des réunions anticléricales, et préconise l'école laïque.
Victor Schoelcher fut très tôt Franc-Maçon.
Dés 1831, soit à l’âge de 27 ans, il est inscrit sur le tableau de la Loge "les Amis de la Vérité" puis en 1844, il figure sur celui de "la Clémente Amitié". Il y figure sous la profession d'homme de lettres. Il restera affilié à cette Loge jusqu'en 1846.
Durant son exil, il sera membre de la Loge, "les Philadelphes", à l'Orient de Londres. Loge animée par Louis Blanc.
A son retour d'exil, il fréquente régulièrement la Loge "Renaissance par les Emules d'Hiram" et assistera aux Convents du Grand Orient.
Lors de ses voyages, Schoelcher rencontra de nombreux Maçons, notamment en Haïti où, dit-il : "Il n'est pas de petite ville qui ne possède sa Loge". Parlant d'Haïti, il trouvait que le développement de la Franc-Maçonnerie y était tout à la fois exagéré et inefficace
Tout en étant membre de la Loge "I'Union", à l'Orient de Saint Pierre, en Martinique, c'est parmi les Francs-Maçons des Loges de Guadeloupe que se recrutaient ses plus fervents et plus actifs partisans.
Et en tout premier lieu, la Loge "les Disciples d'Hiram", première Loge à être composée d'hommes de couleur, créée en 1836. Les autres Loges, telles que "la Paix" ou "Saint Jean d'Ecosse" étant plus des Loges de colons ou pour les administrateurs de passage. Les très rares hommes de couleur qui y étaient initiés servaient surtout de domestiques lors des agapes.
Chacune de ces Loges avait des correspondants à Paris.
On a peu de renseignements sur les travaux de ces Loges, leurs archives ayant souvent été détruites.
On sait toutefois que lors de la création du premier journal républicain de la Guadeloupe, "le Progrès", créé en 1849, tous ses rédacteurs étaient membres de la Loge "les Disciples d'Hiram".
Victor Schoelcher a toujours mis ses idées en conformité avec son engagement de Franc-Maçon. Sauf dans les toutes dernières années de sa vie, quand l’âge fut devenu un handicap, il s'est toujours efforcé d’être un membre actif des différentes Loges qu'il fréquentait.

L'ESCLAVAGE A L'EPOQUE DE SCHOELCHER

Sous la Restauration (1814 - 1830), l’esclavage, qui avait été aboli par la Révolution (décret du 16 Pluviose An II) et rétabli par l'Empire (n'oublions pas que Joséphine de Beauharnais est née en Martinique), n’est pas remis en cause et la traite des Noirs se pratique comme au 18ème siècle. Au bénéfice de la Restauration, il faut signaler dés 1815, l’interdiction de la Traite des Noirs, qui aboutira en 1831 à un traité Franco-Anglais déclarant illégal cette sorte de commerce et l'assimilant à un crime. Malgré cela, Nantes reste toujours le point de départ de la traite. Le gouvernement se contentant simplement de recommander un traitement plus humain envers les esclaves.
Ce qui n'empêchera pas de leur part un certain nombre de révoltes se traduisant de part et d'autre par des morts. Citons celle d’août 1791, en pleine guerre civile entre blancs royalistes et républicains, qui fut la première grande révolte, et jetant dans la bataille, prés de 15.000 esclaves.
Dans les colonies le fondement de la société est l'esclavage.
Trois classes distinctes existent et se côtoient : les Blancs, les Libres de couleur, et les esclaves.
En 1781 à Saint Domingue (maintenant Haïti) il y avait 40.000 Blancs pour 20.000 affranchis et 500.000 nègres. Ce terme de nègres voulant dire esclaves, et n’ayant pas le sens péjoratif que certains lui donnent maintenant.
Les esclaves étaient principalement originaires du Dahomey, du Niger ou des Iles du Cap Vert. Ils furent importés vers les Antilles vers 1635 par les Hollandais qui furent ainsi les premiers à inaugurer la traite.
C’est prés de 30.000 Noirs qui chaque année allaient grossir le nombre des esclaves dans les seules colonies françaises.
Les conditions de travail étaient très dures dans les plantations.
Lever à 4 heures, journées de travail se prolongeant bien après la nuit tombée, surtout en période de récolte. Seuls ceux qui servaient directement le maître dans sa maison avaient un sort moins pénible.
La mortalité était d’environ 50%. Un tiers des Noirs importés mourrait dans les 3 ans, notamment ceux qui travaillaient dans la culture du café. Celle ci se faisant sur les pentes des mornes donc dans des conditions climatiques extrêmes pour un Africain.
Lorsqu’il trouve les conditions trop dures ou lorsqu’il est privé de nourritures, l’esclave s’enfuit dans les bois. Il devient marron.
Le marronage trouve un terrain particulièrement propice en Guadeloupe où les mornes
[5]offrent des repaires sûrs.
L’évadé ne peut vivre en ville où il serait vite repris. La montagne est le seul lieu où la survie est possible. On estime entre 1200 et 1500 le nombre d’esclaves réfugiés ainsi sur les hauteurs et organisés en camps.
Le seul jour de repos est le dimanche. L’esclave en profite pour nettoyer sa case et cultiver le tout petit jardin qu’il possède. Car au lieu de leur fournir la nourriture, le maître préfère bien souvent leur donner un bout de terrain, charge à l’esclave d’assurer sa propre subsistance.
Très souvent les esclaves préfèrent cette solution.
Quand ils en ont le loisir et la force, ils chantent et dansent. Au moment des fêtes religieuses, ils dansent devant une foule de spectateurs. Le nom en est resté : la bamboula.
Afin de créer une sorte de résistance aux colons et particulièrement aux régisseurs, les esclaves se regroupent dés 1793 en sociétés secrètes, par nations d’origine, qui prennent le nom de "convois." On connaît ainsi les convois de l’Espérance, des Oeillets, des Roses. Rien qu’à Saint Pierre, on comptait 17 convois en 1830.
Les membres profitent des cérémonies, des événements, pour se transmettre des consignes, faire parvenir des messages.
Nombre de leurs membres usaient du poison pour nuire aux colons. Soit directement contre les membres de leur famille, soit indirectement sur le bétail.
Mais ce qui préoccupe surtout les autorités de cette époque, est le sort des libres de couleur dont le nombre est plus important que celui des Blancs, et qui commencent à réaliser que cette catégorie sociale est une puissance montante.
Pour des raisons faciles à comprendre, la majorité de ceux ci sont des sang-mêlé. Mais la liaison avec un Blanc n'était pas le seul critère d'affranchissement.
Parmi eux il y avait également des Noirs libres, qui l'étaient devenus grâce à leur talent, ou des esclaves affranchis lors de guerres.
Ces libres de couleur, appelés dés le 18ème siècle Mulâtres, libres de fait ou affranchis officiellement, sont traité de façon humiliante. Il leur est interdit par exemple, d’être appelés Monsieur ou Madame dans les actes officiels. A la moindre occasion, ils sont lourdement condamnés juridiquement, et généralement aux travaux forcés à Brest. (Procès Bissette en 1824).
Ce n'est que grâce à un décret de 1790 qu'ils ont pu accéder au rang de personne humaine.
Malgré les pétitions sans cesse renouvelées faites par les libres qui réclament l'égalité des droits avec les Blancs, le gouvernement de la Restauration favorise l'hégémonie des colons blancs et particulièrement celle des grands planteurs sucriers.
Sous la Monarchie de juillet (1830 - 1848), le régime se montre un peu plus libéral. En avril 1833 une loi accorde l'égalité de droit entre les libres de couleur et les Blancs. Toutefois ils sont écartés des Conseils Généraux créés en 1827, très largement dominés par les colons.
A la même période, par ordonnance, les libres de fait peuvent régulariser leur situation et être officiellement affranchis.

Dés 1834 est créée une Société Française pour l'abolition de l'esclavage Cette même année est créée la " Revue des Colonies " animée par Bissette qui a été libéré en 1827. (Il porte gravé dans sa chair au fer rouge les 3 lettres G.A.L : galérien, de sa condamnation en 1824).
Cette revue, et cela se comprend, est violemment anti-esclavagiste.
En janvier 1840, une ordonnance royale permet aux juges et procureurs de vérifier sur place, c’est à dire dans les plantations, du bon respect des règlements relatifs aux esclaves.
En 1842 parait l'ouvrage de Schoelcher :" Des colonies françaises ", dont nous avons déjà parlé.
L'esclavage a aussi ses partisans, et il faut citer le colon Chabert de la Charrière en Guadeloupe, ou Granier de Cassagnac qui s'en prend à ces faux philanthropes et dresse de l'esclavage un tableau plus proche de "Paul et Virginie", que de la réalité.
Par ces avancées au coup par coup (exemple : loi Mackau en 1845), la Monarchie de juillet va aller vers une abolition de l’esclavage, mais ce sera la Seconde République de février 1848, qui officialisera cette abolition et ce, quelques mois après son arrivée au pouvoir.
Lorsque Louis-Napoléon fera son coup d'état en décembre 1851 et que le Second Empire verra le jour, l'abolition de l'esclavage sera confirmée.

Mes F\, vous venez d'entendre ce travail sur notre F\ Schoelcher et au cours de celui ci, plusieurs noms vous ont été cités.
Pour mieux comprendre cette partie de l'Histoire de nos Départements d'Outre Mers, permettez-moi de dire brièvement quelques mots sur les hommes qui ont fait cette Histoire et dont pour beaucoup, le but de leur vie se résumait à un seul mot : Liberté.

TOUSSAINT LOUVERTURE

C'est le père fondateur de la nation haïtienne.
En 1789 il a 45 ans. C’est un esclave affranchi qui sait lire et écrire, ayant été élevé par un bon maître (il y en avait) à qui il sera reconnaissant jusqu'à la fin de sa vie.
A la suite d'une révolution d'esclaves, il en devient très rapidement le chef et ses qualités politiques et militaires sont vite reconnues par la Révolution qui en fera un Général de la République.
Pendant 10 ans le destin de l’île, qui évolue vers l'indépendance, se confond avec le sien.
En 1802 il est fait prisonnier par les troupes napoléoniennes venues rétablir l'esclavage et sera déporté dans le Jura, où il mourra de froid en 1803, dans la solitude et le mépris de ses geôliers.

Le Colonel DELGRES

C'est un libre de couleur qui a obtenu ses galons de colonel en combattant aux frontières avec les soldats de l'an II de la République. Revenu en Guadeloupe, l’armée coloniale se révolte en 1802, suite au rétablissement de l’esclavage et il combat les troupes napoléoniennes. Cerné et vaincu par les troupes de la métropole, il se suicidera et près de 500 personnes suivront son exemple plutôt que de perdre la liberté.

Cap'tain VINCENT

C'est un ancien esclave dont l'une des gloires est d’être mort (et cela est vérifié) à l’âge de 120 ans, en 1780.
Il a obtenu ses galons de capitaine ainsi que sa liberté, à 37 ans, au siège de Carthagène en 1697, où l'avait entraîné son maître.
Présenté à Louis XIV, il sera par la suite Capitaine Général de toutes les milices de couleur.

Aimé CESAIRE

Le maire communiste de Fort de France.
Un très grand poète mondialement reconnu et dont l'influence littéraire est équivalente de celle de Léopold Senghor.

APPENDICE

Le sort des esclaves jusqu'à l'émancipation
" L'esclavage à la Barbade :
Le nombre des esclaves nègres qui sont dans cette île est considérable. On me dit qu'il est de plus de 60.000, ce qui est un nombre exorbitant pour une île comme la Barbade, qui n'a que 25 à 28 lieues de circuit.
Les Anglais ménagent très peu leurs nègres. Ils les nourrissent très mal, ils les poussent à outrance, les battent pour la moindre faute et semblent se soucier moins de la vie d'un nègre que de celle d'un cheval "
(Nouveau voyage aux Iles d’Amériques - R.P. Labat)
Le Code Noir - mars 1685 -(extraits)
Art 9 les hommes libres qui auront un ou plusieurs enfants de leur concubinage avec des esclaves, seront condamnés à une amende de 2000 livres de sucre, et s'ils sont les maîtres de l’esclave, outre l'amende, qu'ils soient privés de l'esclave et des enfants...
S'il n'est point marié et qu'il épouse dans les formes de l'église la dite esclave, celle ci sera affranchie par ce moyen et les enfants rendus libres et légitimes.
Art 12 : les enfants qui naîtront des mariages entre esclaves seront esclaves et appartiendront au maître des femmes esclaves...
Art 16 : défendons aux esclaves appartenant à plusieurs maîtres, de s'attrouper de jour comme de nuit,... à peine de punition du fouet et de la fleur de lys...
Art 29 : déclarons les esclaves ne pouvoir rien avoir qui ne soit à leur maître... sans que les enfants des esclaves y puissent prétendre par succession.
Art 33 : l'esclave qui aura frappé son maître, sa maîtresse ou le mari de celle ci, sera puni de mort.
Art 38 : l'esclave fugitif qui aura été en fuite un mois, aura les oreilles coupées et sera marqué de la fleur de lys sur une épaule. S'il récidive il aura le jarret coupé... la troisième fois il sera puni de mort...
Note : Le Code Noir, dont il faut se souvenir que sa rédaction date de 1685, comporte 60 articles qui sont tous de la même veine. C'étaient des dizaines d'autres interdictions dépouillant l'individu des attributs élémentaires de la personne humaine, en faisant un objet livré pieds et poings liés à la seule discrétion des maîtres. En 150 ans le sort des esclaves ne s'était guère amélioré malgré l'apparition d'une catégorie d'ouvriers, de domestiques et même d'affranchis.
Il reflète le profond mépris dont on tenait des hommes, simplement différents parce que d'une autre race et d'une autre couleur de peau.
Il faut de nos jours continuer à veiller afin que des idées similaires ne puissent de nouveau apparaître.
Décret du 27 avril 1848 (extraits)
Au nom du Peuple Français, le Gouvernement provisoire,
Considérant que l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine. Qu'en détruisant le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir ;
Qu'il est une violation flagrante au dogme républicain Liberté - Egalité - Fraternité
Article 1 : L'esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d'elles- A la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres seront interdites.
Article 6 : les colonies purifiées de la servitude et les possessions de l'Inde, seront représentées à l'Assemblée Nationale.
Article 7 Le principe " que le sol de France affranchit l'esclave qui le touche" est appliqué aux colonies et possessions de la République.
Article 8 A l'avenir, même en pays étranger, il est interdit à tout Français de posséder, vendre ou acheter des esclaves, et de participer soit directement, soit indirectement, à tout trafic ou exploitation de ce genre. Toute infraction à ces dispositions entraînerait la perte de la qualité de citoyen français.
Fait à Paris, en conseil de gouvernement le 27 avril 1848.
Travail présenté devant la Commission d'Histoire de la GLDF
Guadeloupe : À mon arrière arrière grand-mère paternelle, Vénus Fanély, affranchie en 1833
Bruxelles : A mon arrière grand-oncle maternel, ami de Victor Hugo et de Schoelcher.

Source : www.ledifice.net

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Loge des Philadelphes à Narbonne

10 Décembre 2012 , Rédigé par M\ B\ Publié dans #Planches

A la fin du 18ème siècle apparaît à Narbonne un rite maçonnique connu sous le nom de « Rite Primitif » : le Rite des Philadelphes de Narbonne, ou encore le Rite de Narbonne.

Le Rite de Narbonne est d’abord une affaire de famille. Le père et ses six fils en sont les membres fondateurs. Parmi eux, figurent six officiers et un prêtre. Les tenues se déroulent tout simplement à la maison. Les Frères contractent le devoir de « sauver leurs fils, leurs neveux, leurs parents ».

Le Rit a pour adage : « je suis Homme et rien de ce qui est humain ne m’est étranger », qui tend à faire de tous les Hommes un peuple de Frères, ce qui constitue précisément une prétention à l’universalité. Toute une philosophie est contenue dans cette idée : il faut réhabiliter l’Homme, c’est à dire le remettre à la place qu’il a perdue. C’est un fondement du christianisme avec le symbolisme de la chute et, bien avant le christianisme, le but de plusieurs religions et philosophies, tel le platonisme, exprimé dans la phrase : « l’homme est un ange déchu qui se souvient des cieux ».

En 1790 la Loge des Philadelphes fit imprimer une brochure intitulée « Notion générale sur le caractère et l’objet du Rit primitif », et l’on y trouve des renseignements précieux. Le Rit est un mélange de thèmes mystiques empruntés à Martinès de Pasqually, en particulier à la Réintégration de l’Homme spirituel dans son essence originelle. L’initié doit aspirer à se dire de nouveau.

Le Rite Primitif fut pratiqué jusqu’en 1790-91. Dans la nuit du 5 au 6 août 1792, des effractions causèrent la perte des titres, registres et cartons. Les Frères décidèrent alors de supprimer les Tenues, de suspendre les admissions, de ne se réunir que par petits groupes et surtout de ne plus tenir de registres. En avril 1805, ils sollicitent du Grand Orient des lettres d’agrégation. Des difficultés surgirent quand il fallut produire les actes constitutifs du Rit, mais ces documents furent « miraculeusement retrouvés par un profane » et l’affiliation fut accordée le 27 septembre 1806.

Mais le Rite ne tarda pas à s’éteindre…

Le fondateur du Rite de Narbonne fut le marquis François-Marie de Chefdebien, né à Narbonne le 15 avril 1753, sous le règne de Louis XV. Sa famille était installée dans le Midi depuis le treizième siècle. Son arrière-grand-père repose près de l’autel de l’église d’Armissan. Son père, officier du régiment de Piémont-Infanterie fut fait prisonnier au cours de la guerre de Sept Ans et devint franc-maçon au cours de sa captivité, dans un pays en pleine effervescence rosicrucienne, un pays pour lequel son fils éprouva toujours une forte attirance : l’Allemagne.

Nous connaissons peu la jeunesse du marquis. Au hasard d’une lettre de son père nous apprenons « qu’il n’était que lieutenant en 1776 ». Deux ans plus tard son père sollicite pour lui une bourse pour l’Ecole Militaire. Mais cette même année, surprise, le jeune marquis prend la parole au Convent des Gaules qui s’est tenu à Lyon du 25 au 28 décembre 1778, à l’initiative des maçons français affiliés à la Stricte Observance, mais désireux d’acquérir leur autonomie par rapport à cet ordre. Cette prise de parole montre que François-Marie était alors un maçon d’une certaine envergure. Avait-il été initié dans son régiment, qui servait en Corse ? On peut le supposer. Le 29 février de l’année 1778, il fait état de lettres patentes accordées à trois de ses amis pour l’ouverture d’une loge des Hauts Grades, qui devint bientôt le « Chapitre de l’Amitié à l’Epreuve ». Dans ces lettres, il se désigne comme « Grand Inspecteur, Inquisiteur Général des Travaux du Premier, Second et Troisième Temple de Jérusalem ». Mais de quel rite ? Mystère.

Le Convent des Gaules parvint à rompre avec la tradition templière dont se prévalait la Stricte Observance ; Chefdebien, cependant, resta fidèle à l’Ordre du Temple, ce qui était compréhensible dans une famille de militaires. Toute sa vie, il chérira le titre de « Chevalier à la Tête Casquée » conféré au 6ème grade de la Stricte Observance, selon le rituel d’adoubement des chevaliers du Moyen Age.

De cette empreinte maçonnique procède naturellement l’esprit qui préside à la création du Rite Primitif, sous le signe des Philadelphes, par le marquis de Chefdebien, alors âgé de 26 ans, en décembre 1779.

Renseignements collectés sur une planche présentée par un F\

Origine et Histoire

L'origine des rites maçonniques dits « égyptiens » remonte à plus de 200 ans. Ces rites ont revendiqué une première filiation, venant d'un Rite Primitif qui aurait été pratiqué à Paris en 1721, mais dont l'existence n'a jamais été historiquement démontrée. Ils se réclament aussi du Rite Primitif des Philadelphes à Narbonne en 1779.

Cependant leur histoire est plus complexe. Ceci est dû principalement à une triple particularité :

- la légitimité maçonnique y est réputée provenir principalement de la transmission de pouvoirs de dirigeant à dirigeant, via des documents appelés « chartes ».

- leurs dirigeants étaient, jusqu'à la scission de 1998, tous nommés à vie.

- leur pratique ayant toujours été extrêmement minoritaire dans la maçonnerie mondiale, la littérature les concernant est moins fournie et moins facilement accessible que pour d'autres rites.

Explications :

Le Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm, respectant par-dessus tout les principes traditionnels de la Franc-maçonnerie qu’il a maintenus et veut maintenir intacts, tient à déclarer qu’il respecte l’indépendance des autres Rites, et comme il ne s’immisce en rien dans les actes émanant de leur autorité, il entend que les autres Rites agissent à son égard de la même manière.

Le Rite de Memphis-Misraïm est l’héritier des traditions maçonniques du XVIIIe siècle, dont il a gardé les sages principes, la force morale et la discipline. H tire son origine de la Maçonnerie Occulte des Philalètes de Paris, des Frères Architectes Africains de Bordeaux, de l’Académie des Vrais Maçons de Montpellier, du Rite de Pernety d’Avignon, et surtout du Rite Primitif des Philadelphes de Narbonne.

C’est à ce Rite primitif des Philadelphes, établi vers 1779 à Narbonne par le Marquis de Chefdebien, que le Rite ancien et primitif de Memphis-Misraïm fait remonter l’origine de ses principes et la forme de son organisation. Le régime était divisé en trois classes de maçons qui recevaient dix degrés d’instruction. Ces classes ou degrés n’étaient pas la désignation de tels ou tels grades, mais des dénominations de collections pouvant être étendues en un nombre infini de grades. La troisième classe formée de quatre chapitres de Rose-Croix s’occupait de la maçonnerie au point de vue ésotérique et étudiait particulièrement les sciences occultes.

Le Rite primitif de Narbonne fut agrégé au Grand Orient en 1806. Mais, en avril 1815, il y eut, à Montauban, une sorte de renaissance du Rite.

Le Rite primitif de Narbonne avait, en 1798, été importé en Égypte par des officiers de l’armée de Bona parte, qui avaient installé une Loge au Caire. C’est dans cette Loge que fut initié Samuel Honis, lequel, venu en France en 1814, rétablit à Montauban, en 1815, une grande Loge sous le nom Les Disciples de Memphis, avec l’assis tance de Gabriel Marconis de Nègre, du baron Dumas, du marquis de la Roque, de J. Petit et Hippolyte Labrunie, anciens frères du Rite. Le Grand Maître était le F\ Marconis de Nègre.

À la suite d’intrigues, cette grande Loge fut mise en sommeil le 7 mars 1816. Les travaux furent repris en 1826 par une partie de ses membres, mais sous l’obédience du Grand Orient de France.

Quelques années plus tard, plusieurs frères, parmi lesquels Étienne Marconis de Nègre, fils du Grand Maître des Disciples de Memphis et haut gradé du Rite de Misraïm, eurent l’idée de réunir les degrés des divers Rites pratiqués jusqu’alors et de les consolider sur les principes adoptés à Montauban.

Ils examinèrent les degrés des divers Rites, les révisèrent et les encadrèrent d’un certain nombre de degrés rassemblant et expliquant les dogmes religieux des anciens Hiérophantes et des Initiations anciennes, puis ils donnèrent à cette organisation le titre de Rite ancien et primitif de Memphis. Les degrés d’initiation furent divisés en trois séries et sept classes, qui sont bien moins des rangées de degrés que des Écoles, où, comme dans le Rite primitif de Narbonne, sont enseignées les sciences maçonniques.

La première série enseigne la partie morale, reposant sur la connaissance de soi-même. Elle offre l’explication des symboles, des emblèmes et des allégories ; elle dispose les initiés à l’étude de la philosophie maçonnique.

La deuxième série comprend l’étude de l’histoire et des Rites maçonniques les plus universellement répandus, ainsi que des mythes poétiques de l’antiquité et des initiations anciennes.

La troisième série renferme le complément de la partie historique de la philosophie, elle étudie le mythe religieux dans les différents âges, de même que toutes les branches de la science appelée occulte ou secrète ; enfin, relativement à la Maçonnerie, elle en fait connaître la partie mystique et transcendante, composée d’ésotérisme et de grands mystères, et admet les études occultes les plus avancées. Non seulement chacune de ces trois séries est formée de plusieurs divisions dans lesquelles sont conférés tous les degrés maçonniques modernes, mais encore, tout en conduisant progressivement à travers les anciens mystères où se révèle la raison d’existence de ces degrés, la dernière série révèle l’ésotérisme de la Maçonnerie, la Gnose, cette science qui s’est perpétuée de siècle en siècle jusqu’à nous et illumine aujourd’hui notre institution. Telle est l’origine et la constitution du Rite ancien et primitif de Memphis, auquel est venu s’adjoindre, par la suite, le Rite de Misraïm.

D’après ce qui vient d’être dit, on comprendra facile ment que le Rite de Memphis-Misraïm ne peut convenir qu’à un nombre très restreint d’individus, lis se recrutent principalement parmi les étudiants de l’Occultisme et de l’Hermétisme, lesquels, du fait de leurs études, sont plus aptes que les autres à comprendre les secrets maçonniques réels, ainsi que parmi les Maçons studieux qui ne se contentent pas de savoir faire certains signes ou d’apprendre la prononciation de certains mots dont ils ignorent le sens, mais sont désireux de remonter jusqu’à la source réelle de nos institutions et d’étudier la partie occulte et transcendante de la Maçonnerie.

Renseignements trouvés sur internet

Les origines de Memphis

Son origine la plus ancienne est probablement, (au-delà des légendes développées par Marconis de Negre qui font remonter son origine aux Templiers qui auraient eux-mêmes reçu une filiation remontant jusqu’à un sage d’Egypte converti par Saint Marc), la Loge Isis, fondée au Caire en 1798, qui comptait parmi ses membres des savants et des officiers français ainsi que des notables égyptiens initiés aux mystères des Pyramides. Plusieurs auteurs pensent que Napoléon Bonaparte s’est fait initier par Kléber dans cette loge, d’autres qu’il fut l’un des fondateurs. Une autre thèse veut qu’il a été initié à Valette à Malte, et encore une autre, au Caire, au Rite primitif de Narbonne, importé en Egypte. Les soldats appartenant aux divers courants ésotériques dont le Rite des Philadelphes entrent en contact avec les FF\ de la Grande Loge d’Egypte, descendants des R+C de la période constantinienne. Ainsi enrichis les FF\ de retour en France n’allaient certainement pas rester les bras croisés.

Selon d’autres maçons également égyptiens mais français, il aurait existé dès 1720 dans le midi de la France un Rite dit Primitif de Narbonne, issu des sources égyptiennes ou des Rose-Croix.

Ce Rite avait à peu près disparu lorsqu’en 1779 il fut restauré dans sa vigueur primitive par le Marquis de Chefdebien sur le modèle du Rite des Philalèthes et il prit le nom de Rite Primitif des Philalèthes ou Rite Primitif de Narbonne.

En 1798, des officiers de l’armée de Bonaparte, tous membres du Grand Orient de France et disciples du Rite de Narbonne, en mission en Egypte, sont en contact avec des initiés du Soufisme et des Collèges initiatiques Druzes du Liban.

Ils décident de renoncer à la filiation de la Grande Loge d’Angleterre et de créer un nouveau Rite. Ainsi naquit la Loge « Les Disciples de Memphis », au Caire, suivant la tradition du Rite de Narbonne.

A Memphis :
Par ailleurs, le Rite Primitif de Narbonne fut agrégé au grand Orient de France en 1806. Il avait été en 1798 importé de l’Egypte par des officiers de l’armée de Bonaparte. (Il a même été dit que Napoléon y aurait reçu la Lumière selon une circulaire interne du G\ O\ D\ F\) qui avaient installé une loge au caire. Pour notre part nous pensons que le futur Empereur a plutôt reçu une Initiation relevant des Grands Mystères en étant élevé probablement au Grade de Minerval sous les auspices des Illuminés de Bavière ou d’une de leur survivance occulte comme le suggère d’ailleurs une gravure de l’époque.

Source : www.ledifice.net

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La Grande Loge Unie d'Angleterre

9 Décembre 2012 , Rédigé par A. R. Publié dans #histoire de la FM

La Grande Loge Unie d'Angleterre vit le jour en 1813, et résulta de l'union de la Grande Loge des Modernes avec la Grande Loge des Anciens. Bien qu'à première vue la pomme de discorde entre les Modernes et les Anciens ait été le rituel, on sait aujourd'hui que ce sont surtout les différences de nature sociale et religieuse qui ont opposé les membres de ces deux Grandes Loges. En effet, les Modernes avaient un recrutement plus aristocratique que les Anciens, même si ceux-ci ont compté quelques grandes familles comme les Atholl. Les premières tentatives de rapprochement entre les Grandes Loges ne datent que de b dernière décennie du XVIIIe siècle et il semble que les Anciens en aient eu l'initiative, Citons le cas, assez exceptionnel de la Royal Gloucester Lodge constituée en 1772 par ceux-ci, qui demanda en 1792 une patente aux Modernes et qui lesta délibérément affiliée aux deux Grandes Loges jusqu'à leur unification, pratiquant tantôt le Rite Ancien tantôt le Rite Moderne.

Plusieurs raisons expliquent cette fusion. Les Anciens ne pouvaient qu'accroître leur prestige en rejoignant les aristocrates de la Grande Loge des Modernes, en particulier les membres de la famille royale. Les Modernes, quant à eux, souffraient d'une grave crise financière: ils s'étaient endettés pour construire le luxueux Freemasons' Hall. Un assez grand nombre de maçons « Modernes », qui acceptaient difficilement de voir leurs cotisations augmenter pour permettre à la Grande Loge de régler ses dettes, avaient peu à peu rejoint les Anciens. Enfin, le contexte politique donnait à l'unification de la maçonnerie anglaise un caractère urgent. Le gouvernement de Pitt avait suspendu l'Habeas corpus et tentait de s'opposer aux organisations réformistes anglaises, et en particulier aux tout nouveau% syndicats. En 1799, une loi (Combination Act) mit un terme au droit d'association.. Il était donc vital que la franc-maçonnerie montrât un visage uni et proclamât son allégeance au pouvoir royal, ce qu'elle fit. Quatre nobles jouèrent un rôle de premier p]an dans cette réalisation: le duc d'Atholl, pour les Anciens, le comte de Moira-Hastings, pour les Modernes, et deux princes, les ducs de Sussex et de Kent, respectivement Grands Maîtres des Anciens et des Modernes. Les Grandes Loges furent les seules associations épargnées par la loi de 1799.
En 1813, le duc de Sussex prit la tête de cette nouvelle association, qui se trouva ainsi totalement placée sous l autorité de la famille royale. Plusieurs historiens, notamment Robert Freke Gould, se sont penchés sur les Articles d'Union pou r étudier en détail les aménagements du rituel et les compromis effectués. Pour préparer l'union, les Modernes avaient mis en place la Loge de Promulgation, chargée de remettre à l'honneur quelques éléments du rituel abandonnés en 1750. Les Anciens avaient constitué des Loges d'lnstrucion afin d'harmoniser leurs propres rituels. Les articles de 1813 créèrent une nouvelle instance, la Loge de Réconciliation, afin de peaufiner le rituel de la nouvelle Grande Loge. Celle ci reconnut naturellement l'existence des trois degrés de la franc-maçonnerie, mais également celle du Royal Arch*, cher aux Anciens et que les Modernes avaient toujours ignoré. Du point de vue du rite, la victoire revenait aux Anciens, bien que numériquement ils aient été plus faibles. Sur le plan de l'organisation, les articles prévoyaient la répartition équitable de tous les officiers des Modernes et des Anciens dans la nouvelle instance. On désigna même deux Grands Chapelains. Afin de contenter tout le monde, 18 Grands Intendants furent nommés~ soient six de plus qu'auparavant. Certains d'entre eux reçurent le privilège de nommer leur successeur. L'article 8 stipulait que les 388 loges Modernes et les 260 loges Anciennes prendraient rang alternativement sur le registre de la nouvelle {Grande Loge, après tirage au sort pour les plus prestigieuses. Le nouveau registre comporta 647 loges (et non 648). C'est ainsi que la Grand Masters ' Lodge des Anciens, qui regroupait tous les anciens Grands Maîtres, se vit attribuer la première place, tandis que la loge Antiquily n° I des Modernes, non sans une certaine amertume, figura en deuxième place. Symboliquement, la Grande Loge se fixa pour tout premier devoir d'envoyer un message au prince régent? par l'intermédiaire du duc de Kent, l'assurant de son allégeance à la royauté et au gouvernement du pays.
Quatre comités furent créés pour gérer la nouvelle organisation, le comité des affaires générales (Board of General Purposes), le plus important, celui des finances, celui des oeuvres charitables et celui des écoles. En 1818, le comité des Affaires Générales absorba les autres. En 1815 un nouveau livre des Constitutions d'Anderson avait été édité: la partie historique ne fut pas revue. Le changement majeur concerna l'article 1 er, « Concernant Dieu et la religion ». On vit apparaître pour la première fois l'invocation au « Grand Architecte de l'Univers ».
Le duc de Sussex règna 30 ans sur la Grande Loge Unie d'Angleterre, de 1813 à sa mort, en 1843, avec autorité. Ainsi c'est le Grand Maître qui, à partir de 1815, nomma tous les officiers de la Grande Loge, sans que celle-ci ait son mot à dire, sauf pour le choix du trésorier. Afin de concrétiser l' union , le duc de Sussex s'assura du soutien des trois anciens Grands Maîtres Adjoints des Anciens, Perry, qui avait succédé au célèbre Laurence Dermott, Agar et Harper.
Les rois George IV puis Guillaume IV eurent le titre officiel de « Protecteur de l'Ordre ». Comme la Grande Loge des Modernes en son temps, la Grande Loge Unie d'Angleterre ne cessa de se rapprocher de la monarchie en initiant les membres de la famille royale et en participant à tous les jubilés. À la différence du siècle précédent, la famille royale ne se contenta pas d'un rôle honorifique mais occupa réellement les plus hautes fonctions de l'Ordre. Avant de monter sur le trône en 1901, le prince de Galles, le futur Édouard Vll, fut Grand Maître pendant une trentaine d'années. Il avait en effet accédé à cette fonction en 1874, lors d'une cérémonie au Royal Albert Hall. La même année ses deux frères, le duc de Connaught et le duc d'Albany, furent nommés par ses soins Premier et Second Grand Surveillant. Le plus jeune fils de la reine Victoria, le prince Léopold, devint Grand Maître Provincial du comté d'Oxford en 1875. On comprend que la francmaçonnerie ne put guère avoir de secrets pour la reine Victoria, bien qu'elle fût femme... En 1887, 7600 maçons se rassemblèrent au Royal Albert Hall pour fêter le jubilé de son accession au trône. Ils renouvelèrent cette attention dix ans plus lard Chaque fois, la Grande Loge Unie d'Angleterre fut récompensée de ses bons et loyaux services par une donation royale pour ses ouvres. Sans doute victimes de la morale victorienne, les dignitaires de la Grande Loge Unie voulurent se départir de la réputation que Hogarth leur avait faite en peignant des maçons en état d'ébriété à la sortie d'une tenue ayant eu lieu dans une taverne. Pour plaire à leur souveraine, ils décidèrent donc de dissocier le temple maçonnique de la taverne: la construction du nouveau local, Freemasons' Hall, fut même achevée un an avant celle de la taverne, en 1866.
La franc-maçonnerie britannique, fidèle à la tradition paternaliste de l'aristocratie se distingue par la création d'un nombre important d'institutions charitables. Deux écoles maçonniques étaient ainsi gérées par un comité spécial de la Grande Loge en 1814: l'école maçonnique des filles qui comptait à cette époque 62 enfants et celle des garçons, qui en rassemblait 55. Ces deux institutions prospérèrent tout au long du siècle. Lors des jubilés, elles reçurent des dons importants du pouvoir royal. En 1888, c'est le prince de Galles, alors Grand Maître, qui présidera le festival organisé à l occasion du centenaire de l'école maçonnique des filles. La demande formulée par le frère Crucifix (sic) en vue de la création d'un asile de vieillards et d'indigents déplut toutefois au Grand Maître, qui préférait l'ancien système de versements annuels aux familles de maçons démunis. Ce débat est intervenU en 1834, au moment où l'Angleterre votait ses nouvelles lois sur les pauvres qui généralisaient le système des workhouses. Les maçons étaient sensibles aux grands débats sur la pauvreté et hésitaient entre l'attitude paternaliste, la charité privée et le respect des nouvelles mesures gouvernementales en faveur de l'internement des pauvres. Finalement, c'est le projet de Crucifix qui l'emporta et un asile maçonnique fut créé, épargnant ainsi aux maçons les plus pauvres la rigueur des workhouses dans leurs vieux jours. Un hôpital maçonnique, qui pendant la Première Guerre mondiale fut transformé en hôpital militaire pour les soldats francs-maçons, fut ouvert en 1913. En matière de religion, la franc-maçonnerie fit preuve d'une tolérance très relative. Certes, elle prit la défense de ces maçons juifs anglais qui, en 1845 se virent refuser le droit de visite dans une loge de Berlin (la loge Royal York of Friendship) sous prétexte qu'ils n'avaient pas épousé la doctrine chrétienne. Cependant la Grande Loge ne fit pas toujours preuve d'une telle tolérance. Ainsi l'on constate que lorsque le Grand Maître, le marquis de Ripon, se convertit au catholicisme en 1874, il crut de son devoir de démissionner. Or il n'est pas certain que le marquis ait pris cette décision uniquement par fidélité au pape. Lorsqu'en 1877 le Grand Orient de France supprima de ses constitutions la référence au Grand Architecte de l'Univers, la Grande Loge Unie d'Angleterre rompit les relations avec l'obédience française.
Tout au long du XIXe siècle, les effectifs de la Grande Loge s'accrurent. Une augmentation particulièrement forte des effectifs se produisit entre 1844 (723 loges) et 1869 (1299). En 1856 un Comité pour les Colonies (Colonial Board) fut mis place afin de superviser l'expansion de la maçonnerie anglaise dans l'Empire, après quelques incidents survenus au Canada. La Grande Loge Unie d'Angleterre était devenue une institution impériale, soucieuse de servir la famille royale.
Au XXe siècle, fidèle à sa tradition, elle demeura très proche de la monarchie et resta liée aux milieux conservateurs.
Les Grands Maîtres de la Grande Loge Unie d'Angleterre . 1813, S.A.R. le duc de Sussex; 1844, le comte de Zetland; 1870, le marquis de Ripon; 1874, S.A.R. le prince de Galles; 1901, S.A.R. le duc de Connaught; 1939, Georges, duc de Kent; 1942, lord Harewood; 1946, lord Scarborough, 1947, le 10e duc de Devonshire; 1951, le l le. comte de Scarborough; 1969, S.A.R. le duc de Kent.

Source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/

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Apprentif des loges de Lyon (1772)

9 Décembre 2012 , Rédigé par Rituel 1772 Publié dans #Rites et rituels

Lorsque le jour de réception d'un profane est arrivé et que l'heure indiquée a sonné, le Vénérable entre en Loge, précédé de ses deux Surveillants, qui doivent examiner si personne ne s'est glissé et caché dans la Loge. S'en étant bien assuré, ils disent au Maître des Cérémonies de faire entrer tous les Frères en commençant par les plus hauts grades. Lorsque toute la Loge est assemblée, le Vénérable frappe un coup et dit :

« Mes Frères, aidez-moi à ouvrir la Loge. Frère premier Surveillant, quel est le devoir des Surveillants ?»

Le premier Surveillant : « C'est de voir si la Loge est couverte ».

Le Vénérable : « Frère premier Surveillant, assurez-vous de l'intérieur, tandis que le Frère deuxième Surveillant s'assurera de l'extérieur de la Loge.»

Le premier Surveillant dit au deuxième Surveillant :

« Frère deuxième Surveillant, tandis que je vais tuiler l'intérieur, ayez soin de tuiler l'extérieur de la Loge, écartez-en les profanes.»

Le Frère deuxième Surveillant ayant mis la Loge à couvert, frappe trois coups sur l'épaule du premier Surveillant et lui dit :

« Frère premier Surveillant, la Loge est couverte à l'extérieur.»

Le premier Surveillant dit :

« Vénérable, la Loge est parfaitement couverte, tant en dehors qu'en dedans, nul profane ne peut voir ni entendre nos mystères, nous pouvons commencer.»

Le Vénérable frappe trois coups et dit :

« A l'ordre, mes Frères.»

Le premier et le deuxième Surveillants répètent et tous les Frères en apprentif.

     

OUVERTURE DE LA LOGE  

Le Vénérable : «Frère premier Surveillant, que venez-vous faire ici ? »

Le premier Surveillant : «Vénérable, vaincre mes passions, soumettre mes volontés et faire de nouveaux progrès dans la Maçonnerie.»

Le Vénérable : «Etes-vous Maçon ? »

A. : «Mes Frères et compagnons me reconnaissent comme tel.»

D. : «A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ? »

A. : «Au signe, au mot et à l'attouchement.»

D. : «Qu'entendez-vous par signe ?»

A. : «Tout ce qui a rapport à mon obligation, ou bien toute équerre, niveau ou perpendiculaire. »

D. : «Qu'entendez-vous par attouchement ?»

A. : «Certaines manières réglées et mystérieuses prendre la main pour se reconnaître.»

D. : «Qu'entendez-vous par le mot ?»

A. : «Une parole consacrée et mystérieuse qui sert à nous faire reconnaître.»

D. : «Donnez-moi le signe d'appr\ »

On le donne

D. : «Que signifie-t-il ?»

A. : «Il me rappelle mon obligation et la peine à laquelle je me suis soumis qui est d'avoir la gorge coupée au cas que je devienne parjure.»

D. : «Donnez l'attouchement au Frère le plus voisin de colonne pour qu'il me parvienne par le midy. Le Frère deuxième Surveillant fera de même de son côté pour qu'il me parvienne par le septentrion.»

On le fait

Le Vénérable : «Quel est le mot d'app\ ?»

Le premier Surveillant : «Je vous le donnerai comme je l'ai reçu.»

On le donne

Le Vénérable : «Où se tient le Vénérable en Loge ?»

Le premier Surveillant : «A l'Orient.»

Le Vénérable : «Pourquoi ?»

Le premier Surveillant : «Comme le soleil commence sa carrière de ce côté, de même le Vénérable s'y tient pour ouvrir la Loge, I'éclairer et mettre les ouvriers au travail.»

Le Vénérable : «A quelle heure s'ouvre la Loge d'appr\ ? »

Le premier Surveillant : «A midi» (dans quelques Loges, on dit à la première heure).

Le Vénérable : «Quelle heure est-il ?»

Le premier Surveillant : «Midi plein» (la 1ère d'un jour très brillant).

Le Vénérable : «Pourquoi dites-vous cela ?»

Le premier Surveillant : «Parce que le grade d'apprentif est le premier.»

Le Vénérable frappe en app. et dit : «Puisqu'il est midi plein, Frères premier et deuxième Surveillants, avertissez chacun sur votre colonne que la Loge d'app\ est ouverte. »

En disant cela, le Vénérable et tout l'Orient font le signe d'app\

Le premier Surveillant interpelle les Frères qui sont sur sa colonne, chacun par ses qualités et grades, et dit que la Loge d'app\ est ouverte. En disant cela, il fait le signe d'app\ et tout le midy le fait en même temps que lui.

Le Vénérable Surveillant fait de même, ainsi que la colonne du Septentrion.

Le Vénérable et tous les Frères ayant fait ensemble la triple acclamation, s'écrient\\\ ...

 

FORMULE DE RECEPTION

Le Vénérable : «Mes Frères, nous sommes assemblés pour procéder à la réception au grade d'apprentif, de M. N. qui a été admis unanimement par le tenu de la dernière assemblée de laquelle le Frère secrétaire va vous lire le verbal.»

Le Frère secrétaire fait lecture dudit verbal.

Le Vénérable : «Mes Frères je vous prie de réitérer votre consentement si vous persistez dans la même intention. Si quelqu'un de vous a quelques raisons valables d'opposition, qu'il les dise hardiment, nous sommes tous Maçons, par conséquent discrets.»

Le Vénérable frappe un coup pour avertir les Frères de donner leur consentement en étendant la main droite sur le tracé de la Loge. Le consentement étant donné, le Vénérable députe un Frère pour préparer le profane, avant que le Frère Terrible sorte de la Loge.

Le Vénérable dit au Frère proposant : «Le discernement que cette Loge a toujours connu en vous, et le zèle que vous avez témoigné pour le service de l'art royal, nous sont garantie que le sujet proposé vous est parfaitement connu, et que vous nous répondez foi de Maçon des bonnes qualités du récipiendaire. C'est sur votre témoignage qu'il va être introduit, mais souvenez-vous que vous vous engagez formellement pour lui, et que vous nous répondez personnellement de ce profane. N'oubliez pas que vous vous engagez de plus à l'instruire de notre doctrine et de nos mystères. Je vous déclare au nom de cette Loge qu'il ne sera point admis à aucun autre grade, qu'il ne nous ait donné des preuves de sa condition, de sa sagesse, de son zèle. C'est à ces conditions m. c. f. que la Loge vous accepte pour répondant. Allez donc avec le Frère Préparateur le mettre dans l'état convenable à sa réception.»

Le Surveillant Proposant et le Frère Préparateur sortent ensemble et vont auprès du récipiendaire dans la Chambre des réflexions ; ils doivent l'aborder d'un air sérieux et poli. Le proposant lui fait une exhortation et lui dit qu'il espère n'avoir point à rougir de ce qu'il l'a proposé à la Loge. Il lui demande la rétribution prescrite par les règlements et le laisse entre les mains du Frère Préparateur. Il rentre en Loge et remet au Frère Trésorier les droits de réception de la part du Profane.

Le Surveillant Préparateur ayant fait quelques questions au récipiendaire, relatives à la démarche qu'il fait de se présenter pour être reçu, il doit lui présenter le danger des épreuves auxquelles il va être soumis et l'importance des obligations qu'il va contracter. Que la démarche qu'il fait est de la plus grande conséquence ; une fois engagé, il ne pourra plus s'en dédire, qu'il examine sérieusement ses dispositions, ses forces et son courage ; il est encore libre de se retirer, s'il a le moindre regret.

S'il le voit dans une ferme résolution, il lui dira d'un ton ferme :

« Monsieur, êtes-vous déterminé à obéir aveuglément et sans résistance, sur tout ce que je vais exiger de vous ? »

Si le récipiendaire répond OUI, le Surveillant Préparateur poursuit :

« Donnez-moi donc votre épée (s'il en a une), votre argent, votre montre, votre tabatière si elle est en métal, vos bagues, tous vos bijoux, vos boucles de souliers, de jarretière, même ceinture de culotte enfin tout ce que vous avez sur vous de métal sans oublier même les épingles. Cette précaution est absolument nécessaire.

Il ajoute, après avoir fait tout cela :

«Ce n'est pas encore assez Monsieur, il faut ôter vos jarretières, mettre votre soulier gauche en pantoufles, découvrir à nu votre genouil droit, quitter votre habit et votre veste, sortir votre bras gauche hors de la chemise, découvrir votre poitrine et votre mamelle gauche, vous voilà actuellement dans l'état où vous devez vous présenter. Voyez à présent, Monsieur, le cas que nous faisons des parures et des ajustements profanes. En ouvrant sur votre situation actuelle les yeux de l'âme, fermez ceux du corps, vous allez en être privé pour quelque temps. Heureux si le premier usage que vous en ferez est pour apercevoir la véritable lumière. Le bandeau mystérieux dont je vais les couvrir, va vous faire perdre de vue tous les objets qui ont jusqu'à présent fixé vos regards profanes. Etes-vous dans la ferme résolution de faire ce sacrifice à notre ordre ? Vous devez bien sentir que toutes ces préparations nous rendent absolument maîtres de vous. Vous êtes en notre pouvoir. c'est vous-même qui vous y êtes livré de votre propre mouvement, nous sommes assez généreux pour vous remettre en liberté si vous vous repentez de cette démarche. Nous n'exigerons pas même le secret de votre part sur ce qui s'est déjà passé. Ainsi, consultez-vous et ne faites rien dont vous dussiez vous repentir.»

Si le récipiendaire persiste, on lui met le bandeau sur les yeux en lui demandant sa parole d'honneur qu'il ne voit pas. En fait, le Frère Préparateur, le laissant en cet état à sa réflexion, rentre en Loge et vient rendre compte au Vénérable des dispositions du récipiendaire en lui apportant tous ses métaux.

Le Vénérable ayant donné ordre au Frère Préparateur d'aller chercher le profane, il va le prendre dans la Chambre des Réflexions par la main droite, lui fait appuyer de la gauche la pointe de l'épée sur la poitrine, en cet état le conduit jusqu'à la porte de la Loge à laquelle il frappe en Maçon. Le deuxième Surveillant en avertit le premier et celui-ci le Vénérable qui dit de voir ce que c'est. Le Vénérable Surveillant entrouvre et demande qui frappe ? Le Surveillant Préparateur répond : « C'est un gentilhomme profane qui demande à être reçu Maçon ». Le deuxième Surveillant referme et rend cette réponse au Vénérable par le premier Surveillant.

Le Vénérable dit :

«Demandez-lui son nom, son surnom, son pays, son âge, sa profession et sa religion.»

Le Frère Préparateur rend réponse à toutes ces questions.

Le Vénérable : «Demandez-lui encore s'il est dans les dispositions d'être fidèle à la Religion, à son Prince, à l'Etat, à l'Ordre du Maçon, d'aimer et de secourir ses Frères »

On rend réponse  

Le Vénérable : « Demandez au Frère Préparateur si ce profane est en état décent et s'il est soumis à toutes les épreuves que nous lui avons proposées.»

Le deuxième Surveillant lui ayant rendu réponse, le Vénérable frappe en Maçon et dit : «Introduisez le profane en la manière accoutumée.»

Le deuxième Surveillant ouvre la porte. Le Frère Préparateur ayant introduit le récipiendaire entre les deux Surveillants, lui dit : « C'est dans ce moment terrible M. , que vous devez vous armer de courage, j'ai fait tout ce qui a dépendu de moi pour vous mettre en état d'être reçu Maçon, c'est à vous d'achever par votre fermeté et votre constance, la carrière que vous avez commencée. Je vous abandonne à présent pour ne vous plus revoir de ma vie, à moins que vous ne vous rendiez digne de devenir mon Frère. Adieu, Frère Surveillant, je vous remets ce profane, vous en répondez à présent ». Le Frère deuxième Surveillant lui met la main sur l'épaule gauche et lui saisit le bras gauche, il dit alors :

«Frère premier Surveillant, le profane est entre nos mains.»

Le premier Surveillant met sa main gauche sur l'épaule droite du récipiendaire et lui saisit le bras droit. Il dit alors :

«Vénérable, le profane est entre nos mains, nous sommes Maîtres de lui.»

Le Vénérable ayant frappé en Maçon, tous les Frères se lèvent et se tiennent debout sans remuer, cracher ni moucher. Alors, le Vénérable, s'adressant au récipiendaire, lui dit d'un ton ferme et imposant :

«M. N. N., que pensez-vous faire ici ?»

«N'est-ce point la fin de curiosité qui vous amène ici, parlez vrai ?»

«Quel autre motif a pu vous déterminer, vous qui n'avez aucune idée de nos mystères ?»

«Vous sentez-vous assez de force et de courage pour supporter les épreuves par lesquelles il vous faudra nécessairement passer, quelque violente qu'elles puissent être ?»

«Etes-vous dans la disposition sincère d'aimer vos Frères, de les secourir dans leur besoin, les aider de vos lumières et de vos conseils, de votre bourse même, autant que vos moyens vous le permettront et de risquer votre vie pour secourir un de vos Frères en danger de perdre la sienne ?»

«Pouvez-vous, sans indiscrétion et sans nommer personne, ni la donner à connaître, nous confier en nous racontant quelque trait de bienfaisance de votre part ? Vous ne devez pas comprendre sous ce titre l'aumône faite à un pauvre, dont l'importunité a été peut-être l'unique cause, il nous faut des faits réels et que vous puissiez accorder avec la discrétion d'un galant homme.»

Si le récipiendaire a cité quelque action bienfaisante de sa part, le Vénérable lui dira :

«Nous n'attendions par moins, Monsieur, de votre grandeur d'âme et de la noblesse des sentiments qui vous ont ouvert ce Temple de la bénéficience ; ce que vous venez de nous dire est d'un augure très flatteur pour notre Loge, voilà Monsieur, des actions qui nous assurent des qualités de nos candidats. Après une action d'humanité aussi belle, nous ne devons plus avoir de méfiance à votre égard, nos craintes commencent déjà à s'évanouir. Les épreuves qui vous restent à subir vont pour jamais nous attacher à vous par des liens indissolubles. Mais, avant d'aller plus loin, je dois vous assurer que la fausseté des imputations que des ennemis jaloux nous font chaque jour, les foudres du Vatican injustement lancées contre nos temples, en ont respecté les murs : une fausse prévention ayant fait élever des orages contre nous, la sagesse du Maçon les a dissipés, notre conduite et nos œuvres nous ont fait connaître. Etre fidèle à la Religion, à son Prince, à l'Etat, aimer ses Frères, les aider dans leurs besoins, étendre nos vues de bienfaisance jusque sur le profane, fuir et détester le vice, plaindre les vicieux sans les haïr, voilà en abrégé Monsieur quels sont nos devoirs, nos lois, notre morale, si dans la suite vous apercevez le contraire de ce que je vous dis vous pouvez vous devez même le révéler, le publier : ainsi, n'ayez aucun regret de vous engager dans un Ordre respectable, cet honneur et cette faveur insigne sont recherchés tous les jours par des princes, des nobles et des roturiers. Ils se font gloire de se donner le doux nom de Frère. Selon ce que vous venez d'entendre, quelles sont vos dispositions ? Parlez librement, nous ne demandons que des sujets sincères et vrais. Qu'une fausse honte de vous désister de votre entreprise, ne vous engage pas à faire une démarche qui put vous causer un repentir. Vous êtes libre de profiter de ce moment de liberté qui vous reste, elle va expirer et il ne nous sera plus possible de vous la rendre ; voulez-vous vous retirer, partir ? »  

On laisse le profane à ses réflexions pendant un moment, après lequel, s'il persiste, le Vénérable ordonne au Frère deuxième Surveillant de le faire voyager.  

Le deuxième Surveillant prend alors le récipiendaire et le fait voyager trois fois autour de la Loge, en commençant par le Septentrion et finissant par le Midi. Après chaque tour, les Frères secouent leur tablier. Le récipiendaire ayant fini ses voyages, le Vénérable Surveillant dit : « Frère premier Surveillant, je vous remets le profane, commencez vos fonctions, les miennes sont finies.»  

Le Vénérable dit alors au premier Surveillant de reconduire le profane à l'Orient. Le récipiendaire étant alors au pied du trône, le Vénérable lui dit : « Monsieur, les épreuves que vous avez subies sont légères en comparaison de celles que vous avez à essuyer, je vous en avertis afin que vous puissiez agir en pleine liberté ; persistez-vous avec le même courage que vous avez témoigné jusqu'à présent ? »  

Après la réponse du candidat, on le fait asseoir sur un tabouret et le Vénérable lui adresse le discours suivant :

« Monsieur, I'empressement que vous avez montré pour entrer dans le très ancien, très respectable et illustre Ordre des Frères Maçons et le témoignage authentique que notre cher Frère, votre proposant, nous a rendu de vos qualités, nous font un présage heureux que vous possédez les vertus nécessaires pour parvenir au Temple de la Vérité. Mais, avant de vous dévoiler nos mystères sacrés, il faut qu'au nom de cette respectable société, dont j'ai l'avantage d'être le chef, j'entre avec vous dans le détail des qualités qui doivent caractériser un vrai Maçon. Sans chercher à combattre les préjugés répandus contre notre Ordre, préjugés dont la fausseté se démontre au premier examen, je vais m'attacher uniquement à vous rappeler les dispositions que nous exigeons de vous et les règles auxquelles il faudra nécessairement vous soumettre pour arriver à la perfection dont il est le but. Tous les législateurs politiques n'ont pu former des établissements durables ; quelque sages qu'aient été leurs lois, elles n'ont pu s'étendre dans tous les pays et dans tous les siècles. Comme elles avaient dans chaque Etat des vues particulières, elles n'ont pu devenir universelles, ni convenir au goût et au génie de chaque nation. L'amour de la patrie mal entendu et la diversité des intérêts, détruisant bientôt chez les uns et les autres, l'amour de l'humanité. Dès lors, le monde entier, qui dans sa primitive institution ne devait former qu'une république universelle, dont chaque nation était une famille et chaque particulier un enfant, vit la discorde, la haine, la jalousie, l'orgueil, le vil intérêt lui déchirer le flanc ; tous les membres épars de ce grand corps sanguinolent et se détruisant bientôt par eux-mêmes. Ce fut pour faire revivre et répandre ces anciennes maximes, prises dans la nature même de l'homme, que notre Ordre fut établi. Voulant par là, réunir tous les hommes d'un esprit éclairé et d'une humeur douce et agréable, non seulement par l'amour des beaux arts, mais encore plus par les principes de la vertu la plus éprouvée. Telle a été Monsieur, l'intention de nos ancêtres, quelle obligation n'avons-nous pas à ces hommes supérieurs, qui uniquement guidés par le désir d'un bien général, ont imaginé un établissement dont le seul but est la réunion des esprits et des œuvres cimentée par les liens de la plus solide vertu ? La saine morale est l'étude la plus essentielle de notre société. Les beaux arts et la contemplation de la nature viennent ensuite nous distraire agréablement en élevant notre esprit vers le Créateur. Si les Ordres religieux furent établis pour rendre les hommes plus parfaits, les Ordres militaires pour inspirer l'amour de la gloire ; l'Ordre des Francs-Maçons fut institué pour former des hommes aimables, de bons citoyens et de bons sujets, inviolables dans leurs promesses, fidèles observateurs des lois de l'amitié et plus amateurs de la vertu, que des récompenses qui lui sont dues. Nous bannissons de nos Loges toutes disputes pouvant altérer la tranquillité de l'esprit, la douceur des mœurs et les sentiments d'amitié que nous devons à nos Frères. C'est là qu'uniquement occupés du soin de nous instruire, nous pratiquons le bien et démasquons le vice. C'est là que l'orgueil est forcé de plier et qu'une aimable égalité est substituée aux vains titres de grandeur et de noblesse. C'est là enfin, que la Charité, la mère et le principe des autres vertus, y brille dans tout son éclat et embellit un Ordre dont elle est le soutien et le fondement. Loin de rien entreprendre contre les intérêts de la Religion, du Prince et de l'Etat, nos vœux les plus sincères ne tendent qu'à la gloire du suprême architecte de l'univers, qu'à la prospérité du souverain qui nous gouverne et à la splendeur de l'Etat dans lequel nous vivons. Mais un profond silence sur des matières si respectables nous est expressément ordonné, sous peine d'exclusion irrévocable. Enfin, les dernières qualités que nous exigeons encore de vous, sont une discrétion à toute épreuve sur tous les secrets qui vous ont été révélés, une volonté ferme et constante d'aimer vos Frères, de les protéger, de les secourir dans leurs besoins, de les éclairer de vos lumières, de les édifier par vos bons exemples, de sacrifier tout ressentiment personnel, et de rechercher en un mot, tout ce qui peut contribuer à la paix, à la concorde et à l'union de la Société. Je ne sais Monsieur, si j'aurai réussi dans le plan que je viens de vous offrir des obligations que vous allez contracter, mon dessein a été de vous frayer la voie que vous devez suivre, j'espère que l'ardeur que vous témoignez suppléera à tout ce qui me reste à vous dire. Puisse le Grand Architecte de l'Univers, nous accorder toute la satisfaction que nous nous promettons, et que votre initiation s'accomplisse pour la plus grande gloire, la prospérité de l'Ordre et votre avancement dans la perfection. Selon ce que je viens de vous dire, Monsieur, êtes-vous résolu de prononcer avec toute la liberté d'esprit, l'engagement et l'obligation que je vais vous dicter ? Etes-vous dans la ferme résolution et la signer et sceller de votre sang ? En ce cas-là, Monsieur, mettez-vous à genoux, pour venir vous-même, découvrez la place de votre cœur, à nu ; la pointe de ce compas doit reposer dessus, tandis que vous prononcerez le serment redoutable qui va vous ouvrir la porte de notre Temple. Levez la main droite vers le trône de l'Etre Suprême qui vous voit et vous entend, répétez avec moi.»  

A l'instant où le profane va prononcer son engagement, le Vénérable frappe le coup de silence, tous les Frères s'approchent en tournant sur lui la pointe de leurs épées. Le premier Surveillant dit alors brusquement au récipiendaire :

«Arrête, téméraire ! Tu vas prononcer l'arrêt de mort. Tremble dans ce moment redoutable. Si ton cœur n'est pas d'accord avec ta bouche, retire-toi.»

Le Vénérable lui fait répéter mot à mot la formule suivante :

 

FORMULE

«Oui ! grand Dieu, je promets d'être fidèle à ta sainte religion, à mon souverain et à ma patrie, d'aimer et de secourir mes Frères dans leurs besoins, autant que mes facultés et la providence me le permettront. Je promets un attachement et une fidélité inviolables à l'Ordre respectable du Franc-Maçon. Je promets, en homme d'honneur, de garder très étroitement le secret sur les mystères qui me seront confiés, étant résolu fermement, de perdre plutôt la vie que de révéler à un profane, rien de ce qui a rapport à la Maçonnerie. Plutôt que de manquer à ma parole, je préférerai avoir la gorge coupée, mon corps brûlé et mes cendres jetées au vent. Que le Grand Architecte de l'Univers soit à mon aide et me préserve d'oublier mes engagements.»

Le Vénérable dit ensuite :

«Vous voilà maintenant engagé d'une manière irrévocable, il n'est plus en votre pouvoir de vous rétracter, vous nous appartenez bien légitimement, puisque vous vous êtes donné volontairement à nous. Je compte qu'en répétant avec moi, vous avez senti la force et l'étendue des obligations que vous contractiez et que vous êtes bien dans l'intention de les exécuter. Voyons à présent si votre sang est aussi pris que votre volonté.»

En donnant trois coups de maillet sur la tête du compas qui repose sur son cœur, il lui dit :

«Par le pouvoir dont cette respectable Loge m'a revêtu, je vous reçois Maçon. Levez-vous. Le titre de Frère va désormais vous appartenir et je vais proclamer votre admission aux quatre parties de ce Temple.»

«Frères premier et deuxième Surveillants, Vénérables passés Maîtres, Vénérable en exercice, Off. Dign\ M en F\ G\ qui composez cette R\ L\ reconnaissez le F\ N pour apprentif Maçon et applaudissons à son admission.»

On fait la triple acclamation.

«Frère premier Surveillant, reconduisez le Frère à l'Occident et mettez-le en état de voir la Lumière.»

Le premier Frère l'emmène à l'Occident, lui ôte les bandeaux et ne les laisse tomber que lorsque le Vénérable a frappé le troisième coup du signal, à l'instant deux Frères placés aux deux côtés du récipiendaire jettent sur une bougie allumée une pincée de poix résinée, pour faire une grande flamme au moment où il voit le jour. Lorsque le bandeau est levé, le premier Surveillant dit au Vénérable : «Tout est prêt». Les Frères ont eu soin de tourner la pointe de leurs épées contre le récipiendaire et le Vénérable dit : «Mon Frère, ces épées dont vous voyez la pointe dirigée contre votre cœur, vous annoncent le châtiment qui vous serait réservé si jamais vous deveniez indiscret, de même qu'elles vous assurent du secours que vous devez attendre de vos Frères, si vous étiez dans le cas d'en avoir besoin.»

Le Vénérable frappe ou remet les épées : le Patron du récipiendaire vient l'embrasser et le conduit hors de la Loge pour le faire habiller. Il le conduit ensuite entre les deux Surveillants, lesquels avertissent le Vénérable que le récipiendaire demande à être revêtu en Maçon. Le Vénérable ordonne à son Frère premier Surveillant de faire monter les trois marches d'escalier et de faire avancer le récipiendaire par trois pas d'app\. Le récipiendaire étant en face du Vénérable, le Vénérable dit :

« M\ C\ F\ vous entrez dans un nouveau monde, bien différent de celui dont vous sortez. Il faut vous dépouiller de toutes les passions qui pourraient affaiblir les heureuses dispositions que nous avons remarquées en vous, décoré des ornements maçonniques dont nous allons vous revêtir. Faites-nous connaître de plus en plus votre zèle et votre attachement à vos devoirs, que vous êtes digne de la faveur signalée que nous allons vous faire, et justifier notre choix par votre exactitude à les remplir. Je vais commencer à vous dévoiler nos mystères, mais ne croyez pas parvenir tout d'un coup dans le sanctuaire de la vérité. Un voile épais vous la cachera encore longtemps (ou pendant quelque temps), ce n'est que dans le dernier des hauts grades, que vous la verrez toute nue ; nous allons seulement vous confier quelques objets de la Maçonnerie qu'on appelle allégorique, méritez par votre conduite que nos emblèmes vous soient expliqués.»

 

HISTOIRE DU GRADE

«Quoique notre Ordre soit fort ancien, pour des raisons que vous saurez ensuite, nos ancêtres ont jugé à propos de fixer la première époque de la Maçonnerie à la construction du Temple, sous le règne de Salomon. Comme cet édifice était considérable, il était nécessaire d'établir un Ordre pour faire exécuter sans confusion tous les différents ouvrages. Le sage roi établit donc différentes classes d'ouvriers à qui il confia les différents travaux. La première classe était celle des apprentifs. Leur devoir était d'aider les compagnons et de dégrossir les pierres brutes, enfin on les chargea des ouvrages plus aisés, comme de porter les matériaux dont on pouvait avoir besoin. On leur donna un tablier, qui est la marque de tout Maçon, un signe, un attouchement et un mot pour se faire reconnaître, car sans cette précaution, il aurait été impossible de les distinguer des autres pour payer chaque fois le salaire convenu.

«Il fut assigné à chaque classe un lieu où ce payement devait leur être fait. Les apprentifs se rendirent auprès d'une colonne nommée JAKIN, qui était à gauche du parvis du Temple. Là, après avoir donné le signe, le mot et l'attouchement convenus, ils recevaient leurs salaires. Ce sont ces mêmes signes, attouchement et mot qui sont parvenus jusqu'à nous sous le secret le plus inviolable et que je vais vous communiquer.»

Le Vénérable la lui donne

« Je vous revêts de ce tablier, plus noble et plus ancien que le cordon de la Toison d'Or et que vous devrez toujours, porter en Loge. Sa blancheur vous dénote la conduite d'un vrai Maçon. Je vous donne aussi ces gants, symbole de la pureté des mœurs d'un Maçon dont les mains ne doivent jamais se prêter à aucune action malhonnête. Quoique dans nos Loges nous n'admettions pas de femmes, cependant le cœur d'un Maçon est sujet à des faiblesses attachées à notre nature. Il peut aimer, il doit estimer le beau sexe. Je vous remets donc ce gant de femme, M\ F\ R\ à condition que vous ne le donniez qu'à une personne estimable par ses mœurs et en qui vous aurez remarqué des qualités dignes de fixer le cœur d'un galant homme. Etant assuré à présent de la générosité de votre âme, je n'hésite plus à vous rendre vos métaux et vos bijoux, persuadé de la disposition où vous êtes à les sacrifier au soulagement de vos Frères dans le besoin.

«Je vous félicite (en l'embrassant) à présent M\ C\ F\ du bonheur que vous avez d'être Maçon. C'est un avantage bien grand pour vous et vous le reconnaîtrez un jour. Allez vous faire connaître à vos Frères.»

Le Surveillant des Cérémonies conduit le récipiendaire à tous les Surveillants de la Loge auxquels il donne le signe, le mot et l'attouchement. Il revient ensuite le dire au Vénérable qui lui dit : « Il me reste à vous donner le mot de passe pour entrer dans nos Loges : allez vous placer M\ C\ F\ pour entendre l'instruction que va vous donner le C\ F\ orateur, au nom de la Loge».

 

DISCOURS DE L'ORATEUR

Le discours fini, on ramène le récipiendaire entre les Surveillants pour lui expliquer le tableau, ensuite le Vénérable ordonne au Frère premier Surveillant de le faire travailler sur la pierre brute. Il le fait en apprentif, après quoi on applaudit au travail du N\ Récipiendaire.

Le Vénérable ordonne ensuite au Frère Surveillant de faire la lecture des règlements que le N\ doit signer.

S'il n'y a plus de travail à faire, on ferme la Loge de la manière suivante, cependant le Vénérable invite auparavant le récipiendaire à signaler son entrée dans l'Ordre, par quelque aumône en faveur des pauvres ; le récipiendaire ayant donné l'exemple, on fait courir le tronc des pauvres.

     

INSTRUCTION

Le Vénérable D. : «Etes-vous Maçon ?»

Le 1er Surveillant : « Mes Frères et compagnons me reconnaissent pour tel.»

D. : «Pourquoi vous êtes-vous fait recevoir Maçon ?»

N. : «Parce que j'étais dans les ténèbres et que j'ai voulu voir la lumière.»

D. : «Qui vous a engagé à vous faire recevoir Maçon ?»

N. : «Mon propre désir et ma sincère volonté.»

D. : «Que vous en a-t-il coûté ?»

N. : «La Lumière et mes métaux.»

D. : «A quoi connaîtrai-je que vous êtes Maçon ?»

N. : «Au signe, au mot et à l'attouchement.»

D. : «Donnez-moi le signe ; on le donne »

D. : «Que signifie-t-il ?»

N. : «Il me rappelle mon obligation par laquelle j'ai consenti à avoir la gorge coupée, si je deviens parjure à mes engagements.»

D. : «Donnez-moi l'attouchement.»

N. : «On le donne au Vénérable Surveillant.»

D. : «Donnez-moi le mot.»

N. : «Je vous le donnerai comme je l'ai reçu» (on l'épelle).

D. : «Que veut dire ce mot ?»

N. : «Le Seigneur est mon espérance.»

D. : «D'où vient ce mot ?»

N. : «D'une colonne qui était à la gauche du parvis du Temple auprès de laquelle les Apprentifs allaient recevoir leur salaire.»

D. : « Quel est le mot de passe d'Apprentif ?»

N. : « TUBALCAIN.»

D. : «Que veut dire ce mot ?»

N. : «C'est le nom du premier ouvrier dont il soit fait parler dans l'écriture.»

D. : «Qu'entendez-vous par signe ?»

N. : «Tout équerre, niveau ou perpendiculaire.»

D. : «Qu'entendez-vous par attouchement ?»

N. : «J'entends la façon de se prendre la main pour se reconnaître entre Frères.»

D. : «Qu'entendez-vous par parole ?»

N. : «Un mot sacré et mystérieux qui sert à me faire reconnaître pour Apprentif.»

D. : «Quel est le point parfait de votre entrée ?»

N. : C'est la manière de se camper et de marcher en Maçon.»

D. : «Qui vous a introduit en Loge ? »

N. : «Un gentilhomme de mes amis, que j'ai ensuite reconnu pour Maçon.»

D. : «Comment avez-vous été annoncé en Loge ?»

N. : «Par trois grands coups.»

D. : «Que signifient-ils ?»

N. : «Trois passages de l'Ecriture Sainte : Demandez et vous recevrez ; Cherchez et vous trouverez ; Frappez et on vous ouvrira.»

D. : «Que vous ont produit ces trois coups ?»

N. : «Le deuxième Surveillant qui m'a fait voyager 3 fois d'Occident en Orient par le Septentrion et 3 fois d'Orient en Occident par le Midy.»

D. : «Quand êtes-vous entré en Loge, qu'avez-vous vu ?»

N. : «Rien que l'esprit humain puisse comprendre.»

D. : «Pourquoi ?»

N. : «Parce que j'étais privé de la véritable Lumière.»

D. : «Comment étiez-vous habillé, quand on vous a introduit en Loge ?»

N. : «J'étais nu, ni vêtu, ni chaussé, ni déchaussé mais cependant d'une manière décente et séparé de tous métaux.»

D. : «Pourquoi étiez-vous séparé de tous métaux ?»

N. : «Parce que dans le temps où l'on construisit le Temple de Salomon, tous les matériaux étaient taillés et prêts à être mis en œuvre, de sorte que l'on n'entendit frapper aucun coup de marteau.»

D. : «Pourquoi dans ce voyage mystérieux, vous faisait-on lever le pied et baisser la tête ? »

N. : «Parce que lors de la construction, il fallait lever le pied pour passer sur les matériaux et baisser la tête pour passer sous les échafauds.»

D. : «Qu'avez-vous fait après vos voyages ?»

N. : «J'ai contracté une obligation à laquelle je serai fidèle même au péril de ma vie.»

D. : «Où vous a-t-on conduit après cette obligation ?»

N. : «Aux extrémités des ouvrages pour voir la Lumière.»

D. : «Quand on vous a donné la Lumière, qu'avez-vous vu ?»

N. : «Trois grandes Lumières le soleil, la lune et l'étoile flamboyante ou le Vénérable »

D. : «Expliquez-moi cela ?»

N. : «Comme le soleil éclaire pendant le jour et la lune pendant la nuit, de même l'étoile flamboyante ou le Vénérable, préside à la Loge pour l'éclairer de ses sages conseils et de ses lumières.»

D. : «Comment êtes-vous parvenu au Temple ?»

N. : «Par un escalier à 3 marches et par 3 pas en équerre, à la manière des Maçons.»

D. : «Que signifient ces 3 marches et ces 3 pas ?»

N. : «Les 3 voyages mystérieux, ou l'épreuve que l'on m'a fait subir.»

D. : «Comment voyagent les Apprentifs ?»

N. : «D'Occident en Orient pour chercher la Lumière.»

D. : «Comment vous appelez-vous ?»

N. : «HORUS, qui veut dire silence.»

D. : «Quel âge avez-vous ?»

N. : «Trois ans et plus.»

D. : «Qu'est-ce que cela veut dire ?»

N. : «Les années d'épreuve que l'on exigeait jadis avant d'être reçu Maçon.»

D. : «Dans quelle Loge avez-vous été reçu ?»

N. : «Dans une Loge juste et parfaite.»

D. : «Qu'appelez-vous une Loge juste et parfaite ?»

N. : «Trois la forment - Cinq la composent - Sept la rendent juste et parfaite.»

D. : « Comment appelez-vous votre Loge ?»

N. : «La Loge Saint-Jean.»

D. : «Ou est-elle située ?»

N. : «Dans un lieu saint et sacré, tel que la Vallée de Josaphat.»

D. : «Sur quoi est-elle fondée ?»

N. : «Sur trois grandes colonnes : SAGESSE, FORCE et BEAUTE ; sagesse pour entreprendre, force pour exécuter, beauté pour orner.»

D. : «Quelle est la forme de votre Loge ?»

N. : «La même que celle d'un globe.»

D. : «Quelle est sa longueur ?»

N. : «De l'Orient à l'Occident.»

D. : «Quelle est sa largeur ?»

N. : «Du Septentrion au Midi.»

D. : «Quelle est sa profondeur ?»

N. : «Depuis la surface jusqu'au centre.»

D. : «Sa hauteur ?»

N. : «Un espace immense.»

D. : «Qu'entendez-vous par là ?»

N. : «Que le globe terrestre renferme tous les Maçons, lesquels ne composent qu'une seule et même Loge.»

D. : «Où se tient le Vénérable en Loge ?»

N. : «A l'Orient.»

D. : «Pourquoi ?»

N. : «Comme le soleil ouvre sa carrière de ce côté, de même le Vénérable s'y tient pour ouvrir la Loge, mettre les ouvriers en œuvre et les éclairer de sa Lumière.»

D. : «Où se tiennent les Frères Surveillants ?»

N. : «A l'Occident.»

D. : «Pourquoi ?»

N. : «Comme le soleil termine sa carrière de ce côté, de même les Surveillants s'y tiennent pour fermer la Loge, payer les ouvriers et les envoyer contents.»

D. : «Où se tiennent les Apprentifs ?»

N. : «Au Septentrion.»

D. : «Pourquoi ?»

N. : «Afin que de ce côté obscur ils puissent considérer les travaux des compagnons.»

D. : «Avez-vous reçu des gages ?»

N. : «Oui, Vénérable.»

D. : «Où les avez-vous reçus ?»

N. : «A la colonne J.»

D. : «A quelle heure se ferme la Loge ?»

N. : «A minuit.»

D. : «Quelle heure est-il ?»

N. : «Minuit plein.»

Le Vénérable frappe trois coups et dit : «Puisque la Loge se ferme à minuit, et qu'il est minuit plein, Frères premier et deuxième Surveillants, avertissez chacun sur votre colonne que la Loge d'Apprentif est fermée » , en disant cela, le Vénérable et tout l'Orient font le signe d'apprentif.

Le premier Surveillant frappe et annonce que la Loge est fermée. Il fait le signe, de même que la colonne du midy.

On fait la triple acclamation.

Le deuxième Surveillant fait de même avec le Septentrion.

 

(Bibliothèque de Lyon. Fonds Costes. ms 5937 (307)

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Les trois coups distincts (1760)

9 Décembre 2012 , Rédigé par les 3 coups distincts Publié dans #Rites et rituels

Catéchisme caractéristique des Anciens Devoirs de la maçonnerie opérative anglaise, daté de 1760 et intitulé « Les Trois coups distincts »  

Ce texte est le reflet de la tendance religieuse qui animait depuis 1756, la toute débutante maçonnerie spéculative en ce pays (publication à cette date de l’Ahiman Rezon, pamphlet en réaction de la maçonnerie philosophique et non confessionnelle illustrée par les Constitutions d’Anderson de 1720).
A cet égard, il marque une rupture en se positionnant comme un catéchisme symbolique entaché de religiosité. Il donne une nouvelle orientation à la maçonnerie anglaise.
 

« Les Trois coups distincts » est l’un des premiers textes à évoquer un certain nombre de thèmes qui connaîtront une extraordinaire diffusion dans la maçonnerie mondiale au cours des deux siècles suivants, en particulier au Rite Ecossais Ancien et Accepté. Parmi ces thème, retenons entre autres celui très spirituel des oppositions rencontrées sur le chemin.  


Degré d'apprenti

« Le maître : Y a-t-il un lien qui nous unit, mon frère ?
Réponse : Oui vénérable.
Maî.: Quel est ce lien mon frère ?
Rép.: C'est un secret.
Maî.: Quel est ce secret, mon frère ?
Rép.: La maçonnerie.
Maî.: Alors je suppose que vous êtes maçon.
Rép.: Mes frères et mes compagnons me reconnaissent et m'acceptent comme tel.
Maî.: Pouvez-vous me dire quel genre d'homme un maçon doit-il être ?
Rép.: Un homme né d'une femme libre.
Maî.: Où vous êtes-vous d'abord préparé pour devenir maçon ?
Rép.:Dans mon coeur.
Maî.: Comment avez-vous été admis ?
Rép.:Par trois coups distincts.
Maî.: Qu'est-ce qu'on vous a dit ?
Rép.: Qui va là ?
Maî.: Qu'avez-vous répondu, mon frère ?
Rép.: Quelqu'un qui demande à prendre part au bienfait de cette très respectable loge dédiée à saint Jean, comme ont fait beaucoup de frères et compagnons avant moi. Maî.: Comment espérez-vous l'obtenir ?
Rép.: En étant libre et de bonne réputation.
Maî.: Après avoir fait cette prière, qu'est-ce qu'on vous a dit ?
Rép.: On me demanda en qui j'ai mis ma confiance.
Maî.: Qu'avez-vous répondu, mon frère ?
Rép. En Dieu.
Maî. ; Que vous a-t-on dit ensuite ?
Rép.: On me prit par la main droite, on me dit de me lever et de me laisser guider sans crainte d'aucun danger.
Maî.: Après cela, que vous a-t-on demandé de faire ?
Rép.: On me fit faire trois fois le tour de la loge.
Maî.: Où avez-vous rencontré la première opposition ?
Maî.: Que vous a-t-il répondu ?
Rép.: Derrière le second surveillant au midi où je frappai trois coups comme je l'avais fait à la porte.
Maî. : Que vous a-t-il répondu ?
Rép. : Il a dit : Qui va là ?
Maî.: Qu'avez-vous répondu ?
Rép.: J'ai fait la même réponse qu'à la porte : C'est quelqu'un qui demande à être reçu.
Maî.: Où avez-vous rencontré la seconde opposition ?
Rép.: Derrière le premier surveillant à l'ouest où je répétai ce que j'avais dit à la porte. Il dit : Qui va là ? J'ai répondu que c'était quelqu'un qui demandait à être reçu.
Maî.: Où avez-vous rencontré la troisième opposition ?
Rép. :Derrière le maître à l'est, où je répétai la même chose qu'auparavant.
Maî.: Que vous fit faire le maître ?
Rép.: Il m'ordonna de retourner au premier surveillant à l'ouest pour y recevoir des instructions.
Maî.: Dites-moi, mon frère, après que vous avez prêté cette obligation, quelle est la première question qu'on vous a posée ?
Rép.: On me demanda quel était mon plus grand désir ?
Maî.: Et qu'avez-vous répondu ?
Rép.: Recevoir la lumière.
Maî.: Qui vous a conduit à la lumière ?
Rép.: Le maître et le reste des frères.
Mai.: Qu'avez-vous vu en premier lorsque vous avez reçu la lumière ?
Rép.: La Bible, l'équerre et le compas.
Maî.: Vous a-t-on dit ce qu'ils signifiaient ?
Rép.:Les trois grandes lumières de la maçonnerie.
Maî.: Expliquez-les, mon frère.
Rép.: La Bible dirige et gouverne notre foi; l'équerre sert à ajuster nos actions ; le compas doit nous maintenir dans une juste mesure avec tous les hommes, en particulier avec un frère.

Maî.: Que vous a-t-on dit ensuite ?
Rép.: Le maître m'a fait monter à l'angle nord-est de la loge, c'est-à-dire à sa droite.
Maî.:Vous a-t-il remis quelque chose ?
Rép. : Il m'a remis un tablier dont il me revêtit en me disant que c'était un signe d'innocence plus ancien que la Toison d'or ou que l'Aigle romaine, et plus honoré que l'Ordre de la Jarretière, ou que tout autre Ordre existant sous le soleil, qu'on pourrait me conférer à présent ou à l'avenir.
Maî.: Que vous montra-t-on encore ?
Rép.: Je m'assis à la droite du maître et il me montra les outils de l'apprenti entré.
Maî.: Quels étaient ces outils ?
Rép.: La règle à 24 divisions, l'équerre et le marteau ordi­naire ou maillet d'ajusteur.
Maî.: A quoi servent-ils ?
Rép.: L'équerre sert à régler mon travail, la règle à 24 divi­sions à le mesurer, le maillet à éliminer toute la matière superflue afin que l'équerre puisse s'y apposer et s'y ajuster aisément.
Maî.: Mon frère, puisque nous ne sommes pas tous des maçons opératifs, nous appliquons ces outils à nos moeurs; c'est ce que nous appelons spiritualisation. Expliquez cela.
Rép. : La règle à 24 divisions représente les 24 heures du jour.
Maî.: A quoi les passez-vous, mon frère ?
Rép. : Je passe six heures à travailler, six heures à servir Dieu, et six heures à rendre service à un frère ou à un ami tant que cela est en mon pouvoir sans porter préjudice ni à moi-même ni à ma famille.
Maî.: Vous m'avez dit, mon frère, que vous avez donné trois coups distincts à la porte. Pouvez-vous me dire ce qu'ils signifiaient ?
Rép.: Un certain passage de l'Ecriture.
Maî.: Quel est ce passage, mon frère ?
Rép.: Demande et tu recevras, cherche et tu trouveras, frappe et on t'ouvrira.
Maî.: Comment interprétez-vous ce texte en maçonnerie ?
Rép.: J'ai cherché dans mon esprit. J'ai demandé à un ami. J'ai frappé et la porte de la maçonnerie m'a été ouverte.
Maî.: Pourquoi a-t-on touché votre sein gauche dénudé avec une épée, une lance ou quelque autre arme ?
Rép. : Parce que c'est le sein gauche qui se trouve le plus près du coeur.
C'était un aiguillon visant davantage ma conscience que ma chair.
Maî.: Mon frère, nous avons longtemps parlé de loge. Dites-moi, qu'est-ce qui compose une loge ?
Rép. : Un certain nombre de maçons réunis ensemble pour travailler.
Maî.: Pouvez-vous me dire combien composent une loge ?
Rép.: Trois, cinq, sept ou onze.
Maî.: Pourquoi trois composent-ils une loge ?
Rép.: Parce qu'il y eut trois Grands-maîtres à la création du monde ainsi qu'à la création de ce noble morceau d'archi­tecture qu'est l'homme, lequel est si parfait dans ses propor­tions que les anciens conçurent leur architecture d'après les mêmes lois.
Maî.: Quelle est la seconde raison, mon frère ?
Rép.: Il y eut trois Grands-maîtres lors de la construction du temple de Salomon.
Maî.: Pourquoi cinq composent-ils une loge ?
Rép.: Parce que tout homme est pourvu de cinq sens.
Maî.: Quels sont les cinq sens ?
Rép.: L'ouïe, la vue, l'odorat, le goût et le toucher.
Maî.: A quoi vous servent ces cinq sens en maçonnerie ?
Rép.: L'ouïe, la vue et le toucher me sont très utiles.
Maî.: A quoi servent-ils, mon frère ?
Rép. : L'ouïe sert à entendre le mot, la vue à voir le signe, le toucher à sentir l'attouchement. Je peux de la sorte reconnaître un frère tant dans l'obscurité qu'en pleine lumière.
Maî.: Pourquoi sept composent-ils une loge ?
Rép.:Parce qu'il y a sept arts libéraux... /...
Mai.: Pourquoi onze composent-ils une loge, mon frère ?
Rép.: Parce qu'il y avait onze patriarches lorsque Joseph fut vendu en Égypte et considéré comme mort.
Mai.: Quelle est la deuxième raison, mon frère ?
Rép.: Il ne resta que onze apôtres après la trahison du Christ par Judas.
Maî.: Quelle forme a votre loge ?
Rép.: Celle d'un carré long.
Maî.: Quelle est sa longueur, mon frère ?
Rép.:Elle va de l'orient à l'occident.
Maî.: Quelle est sa largeur, mon frère ?
Rép.: Elle va du septentrion au midi.
Maî.: Quelle est sa hauteur, mon frère ?
Rép.: Elle va de la surface de la terre jusqu'au ciel.
Maî.: Quelle est sa profondeur, mon frère ?
Rép.: Elle va de la surface de la terre jusqu'à son centre.
Maî.: Pourquoi dit-on que la loge s'étend de la surface de la terre jusqu'à son centre ?
Rép.: Parce que la maçonnerie est universelle.
Maî.: Pourquoi votre loge est-elle orientée de l'orient à l'occident ?
Rép. : Parce que toutes les églises et chapelles le sont, ou devraient l'être.
Maî.: Pourquoi cela, mon frère ?
Rép.: Parce que l'Évangile a été d'abord prêché en orient avant de s'étendre à l'occident.
Maî.: Qu'est-ce qui soutient votre loge ?
Rép.:Trois grands piliers.
Maî.: Quel est leur nom ?
Rép. :Sagesse, force et beauté.
Maî.: Pourquoi dit-on que votre loge est soutenue par ces trois grands piliers : sagesse, force et beauté ?
Rép. : Parce que la sagesse, la force et la beauté contri­buent à l'achèvement de tout travail, et qu'on ne peut rien accomplir sans elles.
Maî.: Pourquoi en est-il ainsi, mon frère ?
Rép.: Parce que la sagesse conçoit, que la force soutient et que la beauté orne.
Maî.:Votre loge est-elle couverte ?
Rép. : Oui, par un dais orné de nuages de diverses cou­leurs. »

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