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Hauts Grades

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A la recherche de l'Arche de Noé

5 Décembre 2012 , Rédigé par La plume et le rouleau Publié dans #spiritualité

LES TENTATIVES SERIEUSES D’ASCENSION COMMENCENT AU XIXEME SIECLE

Au XIXème siècle, le site du Mont Ararat fait partie de l’empire ottoman. C’est à partir de cette époque que les tentatives vont s’enchaîner à un rythme effréné. En 1800, l’américain Claudius James Rich tente l’aventure. Sans succès. En 1829, c’est le tour de l’arménien (c’est bien le moins) Khatchadour Abovian : nouvel échec. La même année, l’alpiniste estonien Friedrich Parrot de Dorpat, fort de son succès au Mont Rose (Alpes françaises) et au Mont Perdu (Pyrénées) se lance à son tour à l’assaut du Mont : il est le premier à parvenir au sommet.Au plan de l’alpinisme, c’est un beau succès. Au plan de l’archéologie, c’est un fiasco : car d’arche, point…Pourtant, en 1833, une patrouille militaire turque revient en assurant avoir vu « la proue d’un très grand vaisseau sortant d’un glacier » (rappelons que l’Ararat est un volcan recouvert par les glaces).En 1876, un anglais du nom de Viscount James Bryce, homme politique, diplomate et professeur de droit, redescend, triomphant, du Mont Ararat : un morceau de bois de 1 m X 20 cms à la main ! Son récit a tout d’une affabulation : aucune société scientifique ni religieuse ne se donne même la peine de l’examiner… Le même scepticisme et la même déconvenue attendent également le glaciologue britannique Gascoyne qui revient, en 1883, avec un récit douteux de « restes d’un antique vaisseau pris dans la glace ». En 1893, c’est un ecclésiastique qui tente de nouveau l’aventure : l’archidiacre de Jerusalem et de Babylone Jean Joseph Nouri escalade le Mont. Il en revient enthousiaste, ayant vu là-haut (avec les yeux de la foi ?) un assemblage de « poutres d’un rouge sombre, d’un bois très épais » dont il prétend qu’il constitue les restes de la célèbre embarcation.De riches américains proposent alors de financer une expédition avec l’ambition d’exposer le trophée lors de l’exposition universelle de Chicago de 1896 : peine perdue, les autorités ottomanes refusant un éventuel visa… d’exportation !C’est au début du XXème siècle que le décollage (c’est le cas de le dire) de nouvelle technologie va donner un nouvel essor aux espoirs des explorateurs bibliques de tout poil. C’est qu’avec les progrès de l’aviation, on peut désormais voir les choses de haut et disposer de points de vue inaccessibles à de simples pèlerins pédestres. En 1916, l’aviateur russe Vladimir Roskovitski survole l’Ararat sur son versant oriental et aperçoit l’auguste vestige qu’il photographie ! Hélas, le cliché n’est pas rendu public assez vite et disparait dans les tourments de la révolution bolchevique !L’entre-deux-guerres voit une période de relative accalmie sur le front diluvien mais, dès 1949, les expéditions reprennent. Le docteur Smith, missionnaire américain en retraite et qui se dit appelé par Dieu lui-même (c’est une manie chez les Américains), se lance à la recherche de l’arche, avant de renoncer lamentablement. Les expéditions ultérieures sont cependant compliquées par la Guerre Froide : la Turquie adhère à l’OTAN en 1952 et sa frontière avec l’Union Soviétique devient dès lors hautement « sensible ».L’année 1955 est marquée par une expédition à la couverture médiatique d’une rare intensité (spécialement en France). Un dénommé Fernand Navarra, 41 ans, démolisseur de bateau de profession, avait déjà tenté, sans succès, l’ascension en 1952 et 1953. En 1955, il s’élance de nouveau à l’assaut de l’Ararat en compagnie de son fils de 11 ans. Dans des conditions de difficultés et de risque invraisemblables, Navarra, s’attaque à la glace et, le 6 juillet exactement, à 7 heures du matin (Paris Match le raconte avec emphase), Navarra extrait de la glace un morceau de bois de 1,50 m ! « Refoulant ses larmes » et « gorgé de fierté » nous narre l’hebdomadaire qui ne recule pas devant le poids des mots, il crie « j’ai trouvé ! » (On s’en serait douté).Il revient en France, triomphant, et n’hésitera pas à découper le morceau de bois en divers morceaux qu’il offrira à des hôtes qui lui sembleront dignes de recevoir la précieuse relique… Pour divers archéologues qui se penchent sur le morceau, celui-ci se situe dans une « fourchette » de 3 000 à 5 000 ans : celle du Déluge ! Mais, depuis 1940, on a découvert le « carbone 14 » : cet « isotope » radioactif de carbone. Simplifions-en la compréhension. Un organisme vivant assimile les atomes de carbone de toute nature mais, durant sa vie, la proportion de radiocarbone « 14 » par rapport au carbone « normal » est de 0,000000000001 pour 1. À partir de l'instant où cet organisme meurt, la quantité de radiocarbone qu'il contient ainsi que son activité radiologique décroissent au cours du temps selon une loi exponentielle. Un échantillon de matière organique issu de cet organisme peut donc être daté en mesurant, à un instant t le rapport entre « carbone 14 » et « carbone normal », ce qui permet de déduire par calcul l’année de la mort de l'organisme.On soumet donc le morceau de bois de Navarra à l’examen. Le verdict est sans appel : moins de 1 300 ans...

LE SITE DE « DURUPINAR », NOUVEAU GRAAL DILUVIEN

C’est en 1959 que survient un évènement qui va entrainer, un an plus tard, l’expédition la plus spectaculaire jamais organisée et dont nous allons découvrir le suspense haletant. En 1959, donc, un capitaine de l'armée turque du nom d'Ilhan Durupinar identifie, lors d'une mission aérienne de cartographie menée pour le compte de l’OTAN, un étrange site montagneux situé au nord-est du pays, dans les monts Tenderuk. Ce site avait été mis fortuitement à jour une dizaine d’années auparavant, en 1948, suite à de fortes pluies combinées à trois séismes qui avaient débarrassé l’endroit de la couche de boue qui le recouvrait. Vu de loin (et de haut), il s’agirait de la forme d’un bateau ! Certes, si l’on se réfère à la lettre exacte de la Bible, le site n’est pas directement sur l’Ararat. Mais il n’en est pas loin : il se situe près d'un village appelé Uzengili, à environ trois kilomètres au nord de la frontière turco-iranienne, dans la province d’Agri et à seulement à vingt-deux kilomètres au sud de l’Ararat. Une broutille, à l’échelle biblique. Informé, le gouvernement turc décide donc d’envoyer, en 1960, une expédition en direction du « site de Durupinar », laquelle comprend notamment un pasteur protestant du nom de George E. Vandeman, le capitaine turc Ilhan Durupinar et des archéologues et géologues. Quand le petit groupe arrive enfin sur le site (1 804 mètre d’altitude), il y a bel et bien là une forme immense (près de 200 mètres de long), en forme de barque pointue à l’avant ! C’est l’étonnement, l’incrédulité, l’émotion qui frappent les hardis explorateurs. Toucherait-on enfin au but ? Les explorateurs arpentent le site et se mettent à creuser. Objectif : trouver des morceaux de bois. Quant aux bords de ce « bateau » sont-ils en pierre ou en minéral issu d’une fossilisation ? Car, dans ce cas, compte tenu de la lenteur de la transformation d’une matière minérale en pierre (plusieurs millions d’années !), l’« arche » serait aussi vieille que cela ? Est-ce réaliste ? Evidemment, non. Rappelons à cet égard quelques éléments simples (et grossiers) de chronologie historique :

- 13 000 000 000 d’années : formation de l’univers (« Big Bang »)

- 4 600 000 000 d’années : formation de la Terre

- 3 600 000 000 d’années : apparition de la vie (premiers organismes primitifs simplifiés)

- 200 000 000 d’années : les dinosaures

- 65 000 000 d’années : disparition des dinosaure

- 3 000 000 d’années : l’homo habilis (l‘hominidé tient un outil dans sa main pour travailler

- 100 000 d’années : l’homo sapiens (il enterre ses morts)

- 70 000 ans : Néolithique (« La guerre du Feu »…)

- 40 000 ans : la grotte de Lascaux

- 4 000 : les alignements de Carnac

- 3 761 : date présumée de la Création du monde selon les calculs fondés sur les données bibliques

- 2 200 ans : La pyramide de Chéops

- 800 : Bouddha

- 769 : Fondation de Rome

- 430 : apogée d’Athènes, construction du Parthenon sur l’Acropole

- 200 : La Grande Muraille de Chine

- 52 : Alésia

« 0 » : naissance de Jésus Christ (date conventionnelle compte tenu des incertitudes de comput)

1000 : an Mil

2006 : Ouverture du blog des chroniques de la Plume et du Rouleau (c’est important aussi)

Vous aurez observé au moins trois choses :D’abord que la présence de l’homme sur la Terre est un phénomène extrêmement récent et, à l’échelle de l’univers, largement anecdotique : un peu de modestie, donc…Ensuite qu’il a fallu longtemps pour passer de l’anthropopithèque qui s’est mis debout dans la savane (« Lucie ») à l’homme (vaguement) civilisé que nous sommes devenus : 3 millions d’années soit 1 500 fois le laps de temps qui nous sépare de Jésus ! Enfin que, à l’évidence, les données littérales bibliques ne correspondent pas du tout aux réalités archéologiques et scientifiques. Pendant deux jours, les géologues creusent le site de Durupinar. Ils dynamitentmême le sol à l'intérieur de la formation à l'allure de bateau. Mais l'équipe est déçue : elle ne trouve que de la terre et des rocs. De bois, aucun. Il faut se rendre à l’évidence qui corrobore les premières constatations : le site est uniquement le fruit d'un caprice de la nature, sans intervention humaine. C’est un site naturel. Curieux, certes, mais naturel...Inutile de dire que cette conclusion géologique n’a pas convaincu les forcenés les plus irréductibles qui, régulièrement, vont visiter ce site aisément accessible et qui voient dans l’étonnant vaisseau de pierre la véritable arche de Noé à jamais pétrifiée. Pour d’autres, la déception a été à la mesure de l’attente mais a bien vite laissé place, de nouveau, au fol espoir : si l’arche n’est pas là, c’est qu’elle est (forcément) ailleurs ! Et les expéditions reprennent : 1962, 1963, 1966, 1973, 1977 notamment, avec Ron Wyatt et David Fasold, deux protestants fondamentalistes américains qui tentent, sans convaincre personne, de mettre en avant des résultats positifs de recherche de métal sur le site…. Dans les années 1980, un astronaute américain, James B. Irwin, tente lui aussi l’aventure. Sans succès : « J’ai fait tout ce qui m’était possible mais l’arche continue à nous échapper » reconnaît-il piteusement… La quête de l’arche de Noé n’est pas sans péril : en 1990, l’australien Allen Roberts est même kidnappé quelque temps par la guérilla kurde ! Depuis lors, chaque année ou presque apporte son lot de marcheurs et de chercheurs qui reviennent invariablement bredouilles. Aux morceaux de bois parfois rapportés triomphalement et sans rapport avec les dimensions imposantes de l’Arche, le quotidien arménien Azg a trouvé une réponse globale : « L’arche de Noé n’est pas le seul bateau échoué sur Ararat (…) De nombreux pécheurs avaient aussi construit leurs propres embarcations en même temps que Noé, si bien que lors du Déluge, toute une flotte s’est échouée sur l’Ararat » ! (Azg, 6 août 2007). Il est en effet habituel que, à l’issue d’une tempête, tous les bateaux s’échouent à la même place, non ? (Sans même parler de la capacité de ces pauvres diables de pêcheurs à survivre 200 jours dans leur barcasse…) Devant ces échecs cent fois essuyés, et à partir des années 1990, de nouvelles technologies sont sollicitées : les satellites ! En 1995, l’armée américaine déclassifie une série de clichés initialement pris en 1949 et qui avaient révélé une « anomalie » située à l'extrémité nord-ouest du plateau occidental du mont Ararat, à 4 724 mètres d'altitude, à environ 2 kilomètres du sommet et au bord d’une pente très abrupte. En 2004, un riche homme d'affaires américain, Daniel McGivern acoquiné avec un professeur turc autrefois accusé de falsifications de photos, annonce alors avec force médiatisation une expédition coûteuse (900 000 dollars) afin d'établir la vérité sur l' « anomalie d'Ararat ».Il rassemble des images satellitaires spécialement réalisées mais ne reçoit finalement pas l’autorisation de la part des Turcs de gravir le sommet. Ses photos seront alors examinées par la CIA qui conclura prosaïquement à des « couches linéaires de glace recouvertes par de la glace et de la neige crûment, en tout cas : d’arche de Noé, point ! plus récemment accumulées ». Espérons toutefois que ces spécialistes américains n’étaient pas les mêmes qui jurèrent, en 2003, que le dictateur irakien Saddam Hussein fabriquaient des armes de destruction massives. Disons-le Redevenons sérieux. Place à l’érudition. La vraie.

A LA RECHERCHE DE L’EAU DU DELUGE…

Et commençons par une constatation basique : avant de chercher l’arche, préoccupons-nous du Déluge dont les traces, logiquement, devraient inscrites dans le sol. Quand le déluge a-t-il eu lieu ? Les exégètes juifs ont calculé, à rebours, le nombre des générations supposées entre David et Moïse pour arriver à une « fourchette ». Ramenée à l’aune du calendrier chrétien (pour que tout le monde comprennent), le Déluge aurait eu lieu entre 3 402 av. JC et 2 462 av. JC. Qu’en disent les archéologues et les géologues ? Rétablissons la chronologie, une fois de plus. La dernière des grandes glaciations a lieu il y a 100 000 ans et entraine une baisse du niveau des océans de l’ordre de 120 mètres. Par voie de conséquence, la Mer Noire, par exemple (nord de la Turquie) devient « endoréique » (= elle est alimentée par le Danube, le Don et le Dniepr et les eaux de pluie mais n’a pas d’écoulement extérieur, ses eaux s’évaporant simplement, comme la mer Caspienne actuelle). A l’époque, la Mer Noire ne communique plus avec l’actuelle Mer de Marmara dont elle est séparée par une langue de terre (un isthme) ni, bien sûr, avec la Mer Méditerranée. Le niveau de l’eau sur les rives de la Mer Noire est alors d’environ 100 mètres plus bas que celui d’aujourd’hui et, évidemment, les pêcheurs s’installent au plus près de l’eau. Environ 80 000 ans plus tard (c’est long !), le climat se réchauffe. Il y a donc 10 à 17 000 ans, les glaciers fondent, le niveau des mers et des lacs monte progressivement et oblige les civilisations établies sur les rives à s’installer plus haut. Le processus est lent. A la fin des années 1990, pourtant, des géologues américains (William Ryan et Walter Pitman) affirment que la région de la Mer Noire a été brutalement inondée il y a environ 7 500 ans. Cet évènement inopiné et inédit aurait, selon eux, fortement marqué les esprits des civilisations contemporaines et aurait contribué à forger le mythe du Déluge. Cette thèse n’a jamais fait l’objet d’un consensus de l’ensemble de la communauté scientifique internationale. Un universitaire français comme René Létolle, par exemple, a calculé que, même sur la base d’une débâcle des glaciers et d’une crue de fleuves telle que celle que l’on observe pour le Yukon (Canada) ou l’Indus (Inde), la montée des eaux aurait pris au moins vingt ans. Et « si cette hypothèse était confirmée, on devrait trouver des traces de telles crues postglaciaires, ce qui n’est pas le cas » dit-il (L’Histoire n° 251). Nous n’entrerons pas dans ce débat de spécialistes. L’essentiel est ailleurs. Depuis la fin du XIXème siècle, la recherche sur la bible a considérablement progressé du point de vue archéologique. Les « littéralistes », ceux qui tiennent la Bible pour un livre écrit d’un bout à l’autre dans un temps très court, sur l’inspiration de Dieu, et qu’il faut donc prendre au « pied de la lettre » sont de moins en moins nombreux et leur influence, réelle aux Etats-Unis, reste largement cantonnée à cette zone. Curieusement, ce sont des ecclésiastiques qui, parmi les premiers, se mettent à douter sérieusement de la Bible… ! Ainsi que le dit Luc Malterre (Les collections de L’Histoire – n°13), « c’est dans le catholicisme que naît l’exégèse critique moderne ». En 1890, Marie-Joseph Lagrage, un « dominicain » (l’ordre religieux de Saint Dominique est pourtant le plus « puriste » en matière de dogme chrétien) se rend à Jérusalem et y fonde un établissement d’enseignement qui prendra plus tard le nom d’« Ecole biblique de Jérusalem ». Son objectif : arpenter les lieux saints pour y retrouver les endroits où se sont déroulés les évènements mentionnés dans la Bible. Pourtant, rapidement, Lagrange déchante : il reconnaît que Moïse ne peut, par exemple, avoir objectivement vécu quarante ans avec quelques centaines ou milliers de personnes, femmes et enfants dans un désert où rien de pousse ! Alors ? Alors Lagrange propose une autre lecture, plus symbolique et moins littérale de la Bible : c’est un avant-gardiste. Trop. Bientôt taxé alors de « moderniste » par le pape Pie X en 1907, son ouvrage « commentaire sur la Genèse » est interdit de publication ! Mais en 1943, le pape Pie XII reconnait, dans son encyclique « Divino Afflante Spiritu » « la légitimité du discernement des genres littéraires dans l’Ecriture » : une position réaffirmée par le Concile de « Vatican II » (1962), lequel donne une impulsion décisive à la lecture non exclusivement littéral du texte biblique. Quant au père Lagrange, à l’heure où nous écrivons ces lignes, il fait l’objet d’un « procès en béatification » (= destiné à être admis au rang de « saint ») : une belle revanche... Ainsi, depuis 118 ans, l'École prestigieuse fondée par Lagrange mène à la fois des recherches archéologiques de haut niveau en Israël et dans les territoires et pays adjacents, et l'exégèse des textes bibliques avec pour objectif d’« Accepter que foi et raison débattent et s'éclairent mutuellement et de comprendre et faire comprendre la Bible, en étant attentif à son contexte, celui d’autrefois et celui d’aujourd’hui » (page d’accueil du site internet de l’école).

LA BIBLE, SYNTHESE DE MYTHES RELIGIEUX A DESTINATION DU PEUPLE JUIF

L’on sait désormais que la Bible est « un ensemble de livres composés, peu à peu, dans le milieu de la communauté juive, au cours du 1er millénaire avant l’ère chrétienne (…) On pense aujourd’hui que les éléments les plus anciens de la Bible peuvent remonter au IXème – VIIIème siècle av. JC. (…) L’époque de la domination perse sur le Moyen Orient, de 539 av. JC à 333 av. JC est un moment crucial dans l’histoire de la rédaction de la bible. C’est le moment où elle est rédigée comme un ensemble cohérent qui répond à une nécessité historique précise : trouver une forme d’identité aux Juifs pour que ceux-ci ne se dissolvent pas dans la masse des sujets de l’immense empire perse. Au peuple d’Israël, la Bible donne une histoire commune construite sur un schéma sans cesse renouvelé : le peuple se montre infidèle à Dieu qui lui envoie un oppresseur, puis Dieu lui pardonne et lui envoie un sauveur. » (François Briquel-Chatonnet, Les collections de L’Histoire n°13). La Bible est donc, pour les Juifs de l’empire perse, le moyen de ne pas se faire assimiler. S’adressant aux peuples du Proche Orient, la Bible s’approprie notamment des récits (le mythe d’un déluge et d’un navire salvateur) qui peuplent déjà tout un fonds mythologique préexistant. Ainsi en est-il de l’« épopée d’Atrahasis » écrite en akkadien (la langue de l’ancienne Babylone vers 1640 av. JC) où le dieu Enki demande au héros Atrahasis de démanteler sa maison pour construire un bateau en roseau afin d’échapper au déluge qu’un autre dieu, Enlil, va envoyer pour éradiquer l’humanité. Ainsi en est-il également de la « légende de Zizudra », écrite à la même époque mais en sumérien. Ainsi en est-il encore de la légende de Gilgamesh (roi d’Uruk) qui date de 2000 av. JC mais à laquelle on incorpore un épisode « diluvien » vers 1300 av. JC…Et ce récit de la survenance d’un déluge et la construction d’un bateau par un héros central va se décliner progressivement dans l’ensemble des cultures de l’humanité tout entière : on retrouve ainsi un récit de déluge dans la mythologie grecque (dont le « Noé » s’appelle Deucalion), en Inde (où il s’appelle « Manu ») ou même en Amérique du Sud. Partout, dans toutes les civilisations, la force symbolique de ce récit et sa violence frappent les imaginations : Dieu est en colère, il massacre ses propres créatures en n’accordant que parcimonieusement son pardon à quelques rares élu(e)s. Son pittoresque, aussi, frappe les imaginations : un bateau énorme, des animaux qui y rentrent deux par deux, des pluies torrentielles, un oiseau lâché et qui ne revient pas (signe qu’il a trouvé une terre où se poser)…Que faut-il en conclure ? Que, pour s’établir, une société a besoin de mythes fondateurs : des légendes merveilleuses, des actes héroïques, des batailles, des couronnements, des révolutions, des martyrs, du sang, des larmes, des drames … A cet égard, toutes les religions prennent part à cette entreprise de fondation en fournissant aux sociétés auxquelles elles sont attachés ce type d’évènements et la Bible, de par ses épisodes particulièrement romanesques, offre une mine inépuisable d’évènements édificateurs pour les croyants. Elle répond ainsi aux besoins de l’âme humaine qui, pour échapper à la tristesse matérielle du quotidien, à l’incompréhension née des malheurs et des circonstances accablantes, réclame, pour pouvoir survivre, du merveilleux, du surnaturel, des apparitions, des anges, des transformations, des miracles…. De l’espérance, quoi. Le Déluge et l’arche de Noé constituent l’un de ces mythes, et probablement celui le plus connu de l’ouvrage lui-même le plus connu de l’histoire de l’humanité. Mais en chercher la trace matérielle et tangible serait comme tenter de retrouver un poil de la barbe de Charlemagne ou un fil de la culotte du roi Dagobert…Car nous savons, ainsi que nous l’explique Antoine de Saint-Exupéry dans son livre « Le petit prince » : « On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux ».

La Plume et le Rouleau © 2008 Tous droits réservés

Source : http://laplumeetlerouleau.over-blog.com/article-16376821.html

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Sens ésotérique de la nudité de Noé Introduction au Rite du relèvement

4 Décembre 2012 , Rédigé par jk Publié dans #fondements bibliques de la FM

« La vigne que Noé planta, et son ivresse, et sa nudité, et la suite de ce récit, tout cela est rempli de mystères et voilé de figures ». Saint-Augustin

Introduction :


La Franc-maçonnerie est l’exemple même d’une Tradition totalement réinventée et la preuve que le concept de Tradition ne recouvre pas celui de traditionalisme. Il est évident que la nouvelle maçonnerie qui se forme à Londres sous l’impulsion d’un petit groupe est une oeuvre originale sans précédent. Elle a besoin de s’adosser à d’autres traditions pour assoir son autorité et bénéficier d’une légitimité.

Notre interprétation démontre que le message initial de la Franc-maçonnerie est resté largement incompris jusqu’à ce jour, détouné au profit d’entreprises politiques qui sont sans rapport avec sa mission première. Il s’agit sans doute de l’un des hold up les plus importants de l’histoire contemporaine et aussi des plus méconnus !... A celà quelques raisons parmi lesquelles : l’obscurantisme des hauts grades, pur parasitisme et liseron des premières roses écossaises ; le choix de ne travailler qu’au premier degré (erreur herméneutique lourde de conséquence) et l’absence de toute réflexion originale : l’actuelle Franc-maçonnerie a des semelles de plomb et elle est la moins habilitée à déchiffrer son propre récit qui doit être lu de façon rétroactive à partir du mythe d’Hiram et non à partir du premier degré. En renversant le point de vue et partant du haut vers le bas, tout s’éclaire. C’est ce que nous tentons de mettre en place au travers de ces quelques articles qui précéderont un ouvrage complet à paraître. JK.


Le mythe d’Hiram repose sur trois strates voulues par ses architectes. Noé et la généalogie des meurtriers (Abel et caïn -> Tubalcain), Moïse et le meurtre fondateur civilisationnel (à venir) et la passion du Christ, bouc émissaire et victime substituée qui clot le cycle antique de la Violence. Dans la recherche d’un nouveau contrat social indéfectible voulu par ses idéologues, Hiram intégrera l’ensemble des ces trois séries pour créer le champ de profondeur et la théatralisation nécessaire au siècle des lumières issu en droite ligne de la révolution cartésienne du XVIIème siècle : "la" lumière naturelle. Nous développerons plus loin pourquoi le concept de représentation sera ainsi mis en scène par les auteurs du mythe qui apparait d’ors et déjà comme le " Dogme " fondateur de l’Occident, le lieu de la circulation et de l’échange des signes qu’ils soient économiques, linguistiques ou juridiques. Nous pouvons donc dire à présent sans crainte d’être détrompé que le mythe d’Hiram est le mythe fondateur de l’Occident ayant étendu son ombre à la planète entière.

" Noé commença à cultiver la terre, et planta de la vigne. Il but du vin, s’enivra, et se découvrit au milieu de sa tente. Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père, et il le rapporta dehors à ses deux frères. Alors Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père ; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père. Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet. Et il dit : Maudit soit Canaan ! [1]) qu’il soit l’esclave des esclaves de ses frères !"

Noé ou le mariage des anges
On peut se pose la question : pourquoi Noé avait-il été choisi pour construire l’Arche et pour être sauvé avec sa famille ? Et pourquoi est-ce sa descendance qui a été choisie pour repeupler le nouveau monde ?

Un texte apocryphe de la Genèse trouvé à Qùmran et un texte extrait du Livre d’Hénoch, version Ethiopienne apportent de nouveaux éclairages (à sa naissance, Noé avait une particularité. Il ressemblait à un Ange) :

Extraits des textes :

Différence de Noé à sa naissance :

"...Et sa chair était blanche comme la neige et rouge comme la fleur de la rose ; et le poil de sa tête et sa chevelure étaient blancs comme la laine ; et ses yeux étaient beaux (...) et son père Lamech fut pris de frayeur devant lui, et il s’enfuit et se rendit auprès de son père Mathusalem et il lui dit : Moi j’ai mis au monde un enfant différent ; il n’est pas comme les hommes, mais il ressemble à un enfant des anges du ciel."

La nudité de Noé correspond à un sentiment de honte "Alors Sem et Japhet prirent un manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père ; leur visage étant détourné, ils ne virent pas la nudité de leur père" suite à une manifestation sexuelle incontrolée, ici relative à la boisson.

A quoi donc est due la colère de Noé ?

Au fait qu’il a été vu nu par son fils cadet ou que celui-ci ai raillé son ivresse ? Ou peut-être les deux ! La seule pudeur de Noé ne peut expliquer à elle seule la violence de la malédiction prononcée, non à l’égard de son fils, mais de son petit fils, c’est-à-dire de la lignée de Cham.

En fait Noé incarne la transgression et c’est à ce titre qu’il est un personnage sacré. On peut donc voir dans la nudité un sens exotérique apparent, celui de la transgression sexuelle d’où la condamnation violente de Cham par son père mais aussi un sens ésotérique : ainsi le vin se dit en hébreu "Yayin" avec la valeur numérique de 70 ce qui apparente ce mot à "sod", le secret. L’ivresse doit alors être interprétée comme une extase mystique, une connaissance d’un rang supérieur qu’il convient de voiler ou de protéger dans une arche (theba). Dans cette seconde interprétation, la nudité de Noé n’est pas son sexe, mais le symbole d’une révélation qui en fait un véritable initié. C’est en celà que la figure de Noé servit de prototype à celle d’Hiram. On peut aussi affirmer que le Noachisme à l’inverse d’une interprétation erronée ne fait pas d’Hiram le premier Haut Grade mais bien plutôt le premier grade fondateur des trois premiers qui a postériori y trouvent là tout leur sens.

Manuscrit Graham et la figure prototypale Hiram-Noé
Rituel de relèvement (Raising) : marrow in the bone [2]

Faire coincider la cérémonie d’élévation au 3ème grade avec le relèvement d’un cadavre est la pari de cette nouvelle maçonnerie construite par nos deux pasteurs. On en trouve la traçe notamment dans le manuscrit dit "Graham" :

" Ces trois hommes avaient déjà convenu que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret lui-même, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Ils n’avaient pas de doute, mais croyaient très fermement que Dieu pouvait et aussi voudrait révéler sa volonté, par la grâce de leur foi, de leur prière et de leur soumission ; de sorte que ce qu’ils découvriraient se montrerait aussi efficace pour eux que s’ils avaient reçu le secret dès le commencement, de Dieu en personne, à la source même.

Ils arrivèrent donc à la tombe et ne trouvèrent rien, si ce n’est le cadavre déjà presque entièrement corrompu. Ils saisirent un doigt qui se détacha et ainsi de suite de jointure en jointure jusqu’au poignet et au coude. Alors, ils redressèrent le corps et le soutinrent en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos, et s’écrièrent : « Aide-nous, ô Père ! » Comme s’ils avaient dit : « O Père du ciel aide-nous à présent, car notre père terrestre ne le peur pas. » Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant que faire. L’un d’eux dit alors : « Il y a encore de la moelle dans cet os », et le second dit : « Mais c’est un os sec » ; et le troisième dit : « Il pue ».

Ils s’accordèrent alors pour donner à cela un nom qui est encore connu de la Franc-Maçonnerie de nos jours. Puis ils allèrent à leurs entreprises et par la suite leurs ouvrages tinrent bon. Cependant, il faut supposer et aussi comprendre que la vertu ne provenait pas de ce qu’ils avaient trouvé ou du nom que cela avait reçu, mais de la foi et de la prière. Ainsi allèrent les choses, la volonté soutenant l’action."

Manuscrit Graham (1726)

Passage de la tente au tombeau :

Il est intéressant de suivre la mutation qui s’opère entre le passage biblique des trois frères qui rentrent à reculons dans la tente avec l’extrait cité plus haut du manuscrit Graham situant l’action cette fois autour d’un tombeau. Nous n’avons plus affaire aux trois mauvais compagnons mais à trois Maitres confirmés : Sem, Cham et Japhet ne mettent pas à mort l’architecte ni ne tentent de lui arracher un quelconque secret. Ici nous sommes en présence d’un pacte autour d’une tombe, d’un acte fondateur. L’arche de Noé s’est transformée en sépulture mais est-ce vraiment un hasard ou ne faut-il pas y voir le fameux lien "soma-seme", (signe-tombeau). Contrairement au texte biblique, Cham ne surprend pas son père en état d’ivresse mais accède selon la formule "à la source même"... Le rite se fonde au nom d’une triple voix qui scelle l’alliance entre cette jeune et nouvelle tradition et les arcanes de la Bible : Traduttore, traditore ...

Le Noachisme

"La Franc-Maçonnerie est bien la résurrection de la religion noachite, celle du patriarche Noé, cette religion antérieure à tout dogme et qui permet de dépasser les différences et les oppositions de confession" Chevalier de Ramsay

Dieu parla ainsi à Noé et à ses fils : "Voici que j’établis mon alliance avec vous et avec vos descendants après vous, et avec tous les êtres animés qui sont avec vous : oiseaux, bestiaux, toutes bêtes sauvages avec vous, bref tout ce qui est sorti de l’arche, tous les animaux de la terre. J’établis mon alliance avec vous : tout ce qui est ne sera plus détruit par les eaux du déluge, il n’y aura plus de déluge pour ravager la terre."

Lamech engendra Noé. Son nom "Menahem" signifie apaisement. Il le reçut après avoir inventé les outils nécessaires à la culture du sol, lequel n’avait jusque là donné que des chardons et des épines. Ce faisant Noé "apaisa" le sol avant d’apaiser le Genre humain. Il convient donc d’apaiser la terre pour apaiser les hommes : son symbole étant la branche d’olivier car l’huile d’olive apaise les flots et rend la mer lisse en la transformant en eau d’huile précisément. Le "Middrasch Rabba (XXV,2) dans son commentaire interprète ainsi l’étymologie du nom du patriarche. En restaurant le pouvoir de l’homme sur toute chose et qui avait été anéanti par la faute d’Adam, le fils de Lamech "apaisa" le Genre humain.

Le Noachisme se définit comme l’alliance retrouvée avec tout ce qui fait Sens. De fait tout noachite est un artisan au service du ré-enchantement du monde et se veut constructeur de nouvelles alliances. Pour autant derrière une façade fusionnelle et consensuelle, rien n’est moins facile que le noachisme car il reste encore - malgré les déclarations de principe d’Anderson-Désaguliers largement à inventer. Sa démarche consistant à n’astreindre les hommes " qu’à cette religion sur laquelle ils sont tous d’accord " reste bien plus un point d’interrogation qu’une réponse.

Parmi les questions : comment Noé fut-il - et pourquoi - l’archétype et le prototype du meurtre d’Hiram, les rapports Noé-Centre du Monde (Voir Guénon Paul Vuillaud), Noé-Lamech...

A Noé fut confié l’ensemble de la création. Aujourd’hui il nous faut nous intérroger :quelle gouvernance pour quel gouvernement ? La planète que Noé nous a confié et transmise en héritage implique aussi la responsabilité de ne pas provoquer d’autres déluges. Ouvrons donc le dossier et tâchons de découvrir la polysémie qui se cache derrière une façade de convenance car le Noachisme reste bien - comme le bonheur - une idée neuve pour les architectes de l’avenir.

la terre en héritage : quels chantiers pour la jeunesse : de nouveaux mondes à faire naitre avec de nouvelles solidarités
les créatures en héritage : comment marier la recherche génétique avec la préservation de l’intégrité du vivant (OGM et recherche sur le génome humain) ?
la beauté et la diversité (arc en ciel) de la création en héritage : comment préserver les diversités de la création qu’elles soient biologiques ou culturelles (biodiversité) ?
l’homme en héritage : quel humanisme (de l’Autre homme avec son concept de "responsabilité" tel qu’il fut amorcé par Hanna Arendt / Emmanuel Levinas) ?


Source : http://antahkarana.forumzen.com/t1261-noe

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Nudité de Noé dans la Bible

4 Décembre 2012 , Rédigé par Bible Publié dans #fondements bibliques de la FM

Sem, Cham et Japhet étaient les fils de Noé qui sortirent de l’arche; Cham, c’est le père de Canaan. Ce furent les trois fils de Noé, c’est à partir d’eux que toute la terre fut peuplée. Noé fut le premier agriculteur. Il planta une vigne et il en but le vin, s’enivra et se trouva nu à l’intérieur de sa tente.

Cham, père de Canaan, vit la nudité de son père et il en informa ses deux frères au-dehors. Sem et Japhet prirent le manteau de Noé qu’ils placèrent sur leurs épaules à tous deux et, marchant à reculons, ils couvrirent la nudité de leur père. Tournés de l’autre côté, ils ne virent pas la nudité de leur père.

Lorsque Noé, ayant cuvé son vin, sut ce qu’avait fait son plus jeune fils, il s’écria : « Maudit soit Canaan, qu’il soit le dernier des serviteurs de ses frères! » Puis il dit : « Béni soit le Seigneur, le Dieu de Sem, que Canaan en soit le serviteur! Que Dieu séduise Japhet, qu’il demeure dans les tentes de Sem, et que Canaan soit leur serviteur! » (Genèse 9,18-27)

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Blog de la Loge de Recherche Dermott

4 Décembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

     

Le blog de la Loge de Recherche Dermott est de nouveau opérationnel à l'adresse :

http://logedermott.over-blog.com

Frat

Thomas

 
 
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Les Lois Noa'hides

2 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Après le déluge, qui marqua la fin d'une humanité sans valeurs, Dieu demande à l'espèce humaine de respecter sept lois, quintessence de la morale et de l'ethique...

AU COMMENCEMENT...

Dès l'aube de la création du monde, Dieu a décrété que l'homme devra observer six lois éthiques fondamentales. Ces six lois ont été créées afin de permettre la fondation d'une société unifiée fonctionnant harmonieusement, et elles ont été données en premier lieu à Adam et Eve et à leur progéniture dans le Jardin d'Eden. Ce sont les interdictions générales de l'idolâtrie, du blasphème, de l'homicide, des relations sexuelles illicites, du vol, et le commandement actif d'établir des institutions chargées de rendre la justice. Malheureusement, dix générations de l'humanité, depuis celle d'Adam jusqu'à celle de Noé, se sont révoltées délibérément contre ces six lois de Dieu. A la suite de leur transgression, Dieu a puni l'humanité avec le Déluge, qui a commencé le 17ème jour du deuxième mois ('hechvan) de l'année 1656 (2105 avant l'ère commune). Ce n'est que par la grâce de Dieu que Noé le juste et sa famille ont survécu au Déluge . Noé et ses fils ont bâti une arche selon des spécifications de Dieu, une arche dans laquelle ils ont trouvé refuge contre les eaux mortelles du Déluge.

NOé ET LE DELUGE

Après le Déluge, l'abattage d'animaux pour leur viande a été permis pour la consommation humaine. Noé et sa famille, ainsi que tous les animaux et les autres créatures vivantes qu'ils avaient embarqués à bord de l'arche avant le Déluge, sont restés dans l'arche pendant une année solaire. Le 27 'hechvan de l'année 1657 (2104 avant l'ère commune), Noé, sa famille, et tous les habitants de l'arche sont sortis de l'arche et ont mis pied sur le sol ferme. Noé s'est rendu au mont Moria, situé dans ce qui deviendra plus tard la Terre d'Israël, il y construisit un autel et offrit un sacrifice de reconnaissance à Dieu. Dieu ordonna à l'humanité, cette fois encore, non seulement de garder et d'observer les six lois, mais il ajouta un septième commandement, l'interdiction de consommer le membre d'une créature vivante. Avant le Déluge, les hommes n'avaient pas le droit de manger de la viande. Après le Déluge, l'abattage d'animaux pour leur viande a été permis pour la consommation humaine. A la suite de l'ajout de cette septième loi, l'ensemble est devenu ce que l'on a appelé les chéva' mitsvoth benei noa'h (" Sept lois des enfants de Noé "), également connues sous l'appellation des sept lois noa'hides. Dieu a ordonné à Noé et à tous ses descendants d'obéir à ces sept injonctions. C'est à ce moment-là que Dieu a révélé l'arc-en-ciel et en a expliqué la signification à Noé.

LE SYMBOLE DE L'ARC-EN-CIEL

Dieu a fait de l'arc-en-ciel une partie de Son Alliance avec Noé, ses descendants, et la terre, et Il a promis à l'ensemble de la création qu'Il ne la détruira plus jamais à cause des péchés de l'humanité. Dieu, par le mérite de la vertu de Noé, a conclu l'alliance de l'arc-en-ciel. Cette alliance est une alliance de vie éternelle. C'est ainsi que la vue de l'arc-en-ciel et de ses sept couleurs sert à nous rappeler notre obligation d'observer les " Sept lois des enfants de Noé ". Les sept lois noa'hides contiennent des privilèges à la fois spirituels et matériels qui leur sont appropriés, et elles constituent la voie toute tracée vers le sentier du non-Juif vertueux. Pour hériter de la vie éternelle dans le monde à venir, le non-Juif doit observer les sept lois universelles d'éthique et de moralité, basées sur une croyance en Dieu et en Sa Torah.
Concrètement, les " Sept lois des enfants de Noé " sont un plan garanti de paix mondiale. Si elles étaient observées, l'humanité pourrait vivre dans l'harmonie et dans la paix. En fait, leur observance procure à toute humanité le mérite de son ultime rédemption…

LA VOIE NOA'HIDE

L'accomplissement des sept lois noa'hides exige une connaissance et une compréhension fondamentales de certains préceptes et principes. Les non-Juifs dans le monde ont un devoir religieux, une obligation qui, si elle est remplie, amènera la paix et l'harmonie dans le monde et donnera au non-Juif vertueux une part dans le monde à venir. Dieu a donné à l'humanité deux sentiers par lesquels l'humanité peut réaliser son unité. L'un de ces sentiers est le judaïsme, l'autre le noa'hisme. Cela nous le savons, et en avons pleine conscience, parce que le judaïsme a préservé la connaissance et la pédagogie du sentier du non-Juif vertueux : les " Sept Lois des Enfants de Noé ". Il incombe par conséquent au non-Juif d'acquérir la conscience de ce que représente son devoir religieux et de la manière de l'accomplir. Pour cela il lui faut prendre conscience du fait que Dieu a institué les saintes autorités rabbiniques comme des instruments pour la protection et l'enseignement de cette antique doctrine . Pourquoi devons-nous accepter les rabbins et la sainteté de leur autorité ? Parce qu'il n'existe aucune source en dehors du Talmud et des enseignements ultérieurs des rabbins qui délimitent les sept lois noa'hides. Nous ne pouvons les apprendre et savoir comment les accomplir qu'auprès des Juifs de stricte observance. L'accomplissement des sept lois noa'hides exige une connaissance et une compréhension fondamentales de certains préceptes et principes. Le non-Juif doit avoir conscience, en particulier, de l'existence d'un seul vrai Dieu, de ce que la Torah a été donnée à toute l'humanité, de ce que l'éthique et la morale doivent devenir une partie intégrante de la vie ; et enfin que l'humanité doit se lier dans l'unité, dans la croyance dans l'unité de Dieu et dans l'unité de l'humanité. Nous espérons que cette unité permettra à tous les peuples, aux Juifs comme aux non-Juifs, de s'approcher de Dieu dans la paix et l'harmonie, et elle apportera la paix à Jérusalem .
Le non-Juif a un rôle spirituel spécifique dans ce monde, et un but spécifique pour sa création et son existence mêmes. Par l'observance fidèle des sept commandements noa'hides on peut accomplir ce but, et lutter avec les enfants d'Israël pour rendre ce monde meilleur.

OBLIGATION ET LIBRE-ARBITRE

C'est l'homme qui, en définitive, a la responsabilité d'observer les commandements de Dieu, et il jouira du mérite de leur avoir obéi. La foi en un seul vrai Dieu est nécessaire pour le non-Juif. Dès lors qu'il croit dans le Dieu d'Israël, il saura qu'il lui a été ordonné d'observer sept lois universelles d'ordre éthique basées sur une croyance en D.ieu. Le mot hébreu pour un commandement est mitsvah (au pluriel : des mitsvoth). Les sept sois noa'hides sont des mitsvoth pour toute l'humanité. Les Juifs aussi doivent les observer, car elles font partie des 613 mitsvoth que D.ieu a ordonnées à Israël. Les sept lois noa'hides sont une partie de l'alliance de vie éternelle (l'alliance de l'arc-en-ciel), elles représentent les exigences fondamentales que Dieu a prescrites à tous les descendants de Noé, dont l'observance doit assurer un monde paisible et civilisé. Que le non-Juif fasse choix d'observer les sept lois noa'hides est un autre problème, celui du libre-arbitre. Dieu a créé l'homme avec l'attribut intrinsèque du libre-arbitre. Rien d'autre dans la création de D.ieu n'a été imprégné de cette caractéristique. L'homme est libre de choisir d'observer les commandements de D.ieu. Certains choisissent de le faire, d'autres de ne pas le faire. Le choix de certains de ne pas observer les sept lois noa'hides ne contredit pas l'existence de ces lois. C'est l'homme qui, en définitive, a la responsabilité d'observer les commandements de Dieu, et il jouira du mérite de leur avoir obéi, ou au contraire sera puni pour s'en être abstenu délibérément. La clé est d'observer les commandements parce que D.ieu les a ordonnés, et c'est là que réside notre récompense. Par exemple, on peut choisir de ne pas commettre d'homicide parce qu'on sent que c'est, du point de vue éthique, la bonne chose à faire. Cela ne procurera aucun mérite, car on se sera institué comme le juge suprême, appréciant selon sa propre fantaisie si un acte donné est éthiquement correct ou mauvais. Cela revient à nier Dieu, et à Le remplacer, à Dieu ne plaise ! par sa propre idole : soi-même. Cela, bien sûr, est interdit. Nous devons choisir de faire ce que D.ieu veut. Cela comporte un enseignement : plus grand est celui qui fait quelque chose parce qu'on le lui a ordonné que celui qui le fait sans qu'on le lui ait ordonné .  Faire ce que Dieu ordonne est la seule chose qui importe.

LES SEPT LOIS NOA'HIDES

Après que le non-Juif a reconnu l'unité de Dieu, et a admis que l'observance du mitsvoth est ce qui unit l'humanité, il comprendra comment il peut s'unir à Dieu et obtenir une part dans le monde à venir. " Quand une personne devient séparée de péché et accepte sur elle le joug du Ciel, alors cette personne devient Mienne. "

L'idolâtrie

L'essence des " Sept lois des enfants de Noé " est l'interdiction de l'idolâtrie. En adorant une autre divinité que le Créateur on nie l'essence de la religion. Il nous est interdit de servir ou d'adorer toute créature, être humain, ange, plante, étoile, ni les quatre éléments fondamentaux (terre, eau, feu, et air), ni rien de ce qui en émane. Pour observer l'interdiction de l'idolâtrie, on doit devenir conscient de l'unité de Dieu.

Le blasphème

Le blasphème consiste à maudire le Créateur ou à utiliser Son Nom pour maudire quelque chose de Sa Création. Nous ne devons pas faire mauvais usage de la faculté de nous exprimer et de communiquer que Dieu a créée en nous. Le blasphème est l'expression d'une foi incomplète en Dieu, ou une croyance incomplète en Son unité absolue. Il y a blasphème, par exemple, lorsque l'on enseigne qu'il y a deux pouvoirs et deux royaumes : ceux de Dieu et ceux de Satan, ou dans toute théologie analogue qui nie que Dieu seul est le Seigneur et le Maître de tout.

L'homicide : Si cependant on est poursuivi, ou si l'on voit quelqu'un en danger de mort, il est permis de se mesurer au poursuivant.

Il nous est interdit de commettre un homicide. Il nous est interdit de tuer un être humain, même un fœtus dans la matrice de sa mère (sauf dans le cas extrême où il s'agit de sauver la vie de la mère). Même si l'on est réduit à l'extrémité de devoir " tuer ou être tué ", quelles qu'en soient les conséquences, il ne nous est pas permis de commettre un meurtre. Cela signifie que si on nous dit de tuer quelqu'un, ou sinon c'est nous-même qui serons tué (ou aurons un proche blessé ou tué), il ne nous est pas permis de tuer. Si cependant on est poursuivi, ou si l'on voit quelqu'un en danger de mort, il est permis de se mesurer au poursuivant. Cependant, on doit rester très attentif, même dans ce cas, à ne pas commettre d'homicide. L'abrègement par pitié d'une maladie douloureuse (euthanasie) et le suicide sont considérés comme des meurtres, et sont donc interdits. La peine capitale - quand elle est appliquée selon la loi de la Torah - est commandée par D.ieu, et n'est pas considérée comme un meurtre.

Les relations sexuelles illicites

L'inconduite sexuelle est interdite ; Dieu a enjoint à l'humanité d'avoir des rapports et un comportement sexuels corrects. A l'intérieur de la Création, il n'existe aucune règle qui permette à un individu de rompre les lois sexuelles à cause de sa " véritable propre nature ". Le Rabbin Yirmeyahu Bindman, auteur des " Sept couleurs de l'arc-en-ciel ", observe : " Il n'y a ni plus ni moins dans un adultère ou dans l'homosexualité que dans un vol. " Si l'on veut vraiment agir selon la volonté de Dieu, on doit être capable de résister à la tentation d'un comportement aberrant. Les lois spécifiques sur l'inceste, l'adultère, l'homosexualité et la bestialité sont très claires, et elles peuvent être étudiées ailleurs.

Le vol

Il nous est interdit de voler de l'argent, ou tout objet - qu'il soit animé, comme dans le cas du viol ou de la séduction d'une femme, ou inanimé, comme les objets physiques, ou même le temps de son employeur - ou de causer un préjudice physique ou psychologique, ou de ravir une personne. L'interdiction du vol est peut-être, en fait, celle des sept lois noa'hides à laquelle il est le plus difficile d'obéir, car les occasions de commettre un vol se présentent presque en permanence.

Le membre d'une créature vivante : toutes les interdictions alimentaires dans la Torah ont une signification mystique profonde.

Cette interdiction est la dernière à avoir été donnée à l'humanité. Elle n'a rien à voir avec l'hygiène ou la santé corporelle. Elle concerne la constitution spirituelle, parce que la consommation de viande vivante est à l'origine de la cruauté et de l'égoïsme. Manger la moindre parcelle de viande vivante, c'est-à-dire de la viande arrachée à un animal vivant, qu'elle soit cuite ou crue, contrevient à l'interdiction. Cette interdiction n'a pas pour but de promouvoir des pratiques végétariennes. Avant le Déluge, toutes les viandes étaient interdites comme nourritures. Après le Déluge, Dieu a dit à Noé que la viande lui était désormais permise sous la seule réserve de l'obéissance à cette prescription. Toutes les interdictions alimentaires dans la Torah ont une signification mystique profonde, et l'interdiction de manger de la chair arrachée à un animal vivant est explicite, comme il est écrit dans Genèse 9, 3-4 : " Tout ce qui se meut et qui est vivant, vous sera pour nourriture. Comme l'herbe qui verdoie, je vous donne tout. Toutefois aucune chair avec sa vie, son sang vous ne mangerez. "

Etablissement d'institutions chargées de rendre la justice

Les hommes ont l'obligation d'établir des tribunaux, chargés de faire observer les " Sept lois des enfants de Noé ". Il est inutile de les appeler des " lois " s'il n'y a pas de juges pour les faire appliquer si nécessaire. Cependant, il est très difficile, voire impossible, d'observer ce commandement dans les Etats qui, en garantissant la " liberté de religion ", donnent droit de cité aux pratiques idolâtres. Il n'est pas possible, en effet, dans ces pays, d'instituer des juridictions chargées de punir l'ensemble des sept lois noa'hides.

 source : http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=554

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- 3 500 : Les aventuriers de l'Arche de Noé (1)

2 Décembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #spiritualité

Cher(e)s Ami(e)s et abonné(e)s des chroniques de la Plume et du Rouleau,
Nous revoici réunis pour de nouvelles aventures et digressions historico-épistolaires !

II s’agira aujourd’hui d’évoquer une quête presqu’aussi vieille que le monde (évidemment !) A pied, à dos d’âne, en avion et même à coups de satellites : ils furent nombreux ceux qui voulurent laisser leur nom dans l’histoire de l’humanité en découvrant ce dont on parle, sur tous les continents, dans toutes les langues et dans quasiment toutes les religions sous une forme ou sous une autre, depuis près de trois mille ans et qu’un texte mille fois lu et relu situe dans une région bien précise sans que nul, pourtant, n’ait jamais réussi à le localiser : l’arche de Noé !

« Rien n’aura plus fouetté la curiosité des explorateurs que l’Arche de Noé » nous dit le journaliste Philippe Testard-Vaillant de « Science et Vie » (2006). De fait, le nombre des explorateurs, partis sur les traces de ce mythique vaisseau et sur la foi (c’est le cas de le dire) des travaux énormes produits au cours des trente derniers siècles par des bataillons entiers de théologiens issus des trois religions monothéistes est impressionnant.

Afin de faire aboutir notre modeste quête de compréhension et de connaissance :

Nous rappellerons les FAITS (le récit du Déluge…)

Nous verrons ensuite COMMENT les évolutions politiques intervenues sur plus de 2 000 ans ont modifié la façondont les contemporains successifs ont appréhendé le récit biblique.

Nous découvrirons QUI est parti à sa recherche des témoignages matériels de ce récit.

Nous verrons enfin avec QUELS succès (passés et futurs)…

Bienvenue à bord de cette chronique qui mêlera histoire, exégèse biblique et alpinisme !

Reportons-nous d’abord aux Saintes Ecritures et plus précisément à ce que les Chrétiens nomment l’« Ancien Testament » (par opposition au « Nouveau Testament», lequel rassemble ce qui a trait à l’enseignement de Jésus). Le nom général de ce recueil de textes est plus connu sous son nom le plus simple : la « Bible ». Ce mot de « bible » est issu du grec « biblion » (livre), lequel dérive lui-même d’un terme grec plus ancien : « byblos » (papyrus).

Rappelons que la Bible est divisée en trois parties :

la « Torah » : cette partie regroupe en fait 5 livres (la Genèse, l’Exode, le Lévitique, les Nombres, le Deutéronome)

les « Prophètes » (deux séries de textes qui traitent de divers personnages, lesquels sont divisés entre prophètes « antérieurs » et « postérieurs »)

les « écrits » (un ensemble hétérogène qui regroupe des textes liturgiques, narratifs, poétiques ou sapientiaux : c’est-à-dire qui « apportent de la sagesse »…)

La partie qui nous intéresse présentement est celle des chapitres 6 à 9 de la Genèse. Dans la Genèse, certainement l’ouvrage le plus connu de l’ensemble de ceux qui composent la Bible, il est raconté la création du monde par Dieu (en sept jours), la création de l’Homme (Adam) puis de la Femme (Eve, à partir de la côte du premier), de la désobéissance de ceux-ci à Ses commandements, de leur exclusion du Paradis originel et des multiples péripéties leur descendance... Car c’est là, en fait (et donc, hélas, quasiment dès le départ !) que les ennuis commencent…

Car au bout de quelque temps, Dieu observe que ses créatures, et notamment les hommes se comportent très mal : impiété, violence, perversité règnent sur la Terre. Alors le Seigneur, excédé, prend une décision radicale. Mais avant d’agir, il s’en ouvre à Noé, un vieil homme (de 600 ans !) qu’il considère, (contrairement au reste de la racaille) comme « juste et intègre ».

On retiendra ici les meilleurs passages (sélectionnés par les Chroniques de la Plume et du Rouleau). 

EN VERITE, JE VOUS LE DIS : LISONS LA BIBLE, MES BIEN CHERS FRERES… 

« Dieu dit à Noé : « La fin de toute chair est arrivée, je l’ai décidé car la terre est pleine de violences à cause des hommes et je vais les faire disparaître de la terre. Fais-toi une arche en bois résineux (…) Pour moi, je vais amener le déluge (…) Tout ce qui est sur la terre doit périr. » Dieu précise cependant que Noé et sa femme, leurs trois fils et leurs épouses devront monter dans l’arche et y faire entrer un couple de chaque espèce « pour les garder en vie ». Comme Dieu a des idées très précises, il indique même les dimensions de l’immense canot de sauvetage de Noé : « 300 coudées pour la longueur, 50 coudées pour sa largeur, 30 coudées pour sa hauteur ». (Genèse chap. 6)

Le dessein de Dieu est clair (pour une fois !) : il s’agit d’exterminer l’espèce humaine (sauf Noé et sa famille) mais de conserver l’espèce animale à travers un couple de chaque famille d’animaux. « Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien » pourrait donc dire le Seigneur qui, de façon brutale, a décidé de remettre les compteurs à zéro.

Alors, « en l’an 600 de la vie de Noé, le 2nd mois, le 17ème jour du mois [c’est précis !] (…) les écluses du ciel s’ouvrirent (…) Il y eut le déluge pendant 40 jours et 40 nuits. (…) Les eaux montèrent sur 15 coudées et recouvrir jusqu’au sommet des montagnes (…) Ainsi disparurent tous les êtres qui étaient à la surface du sol. (…) La crue des eaux sur la terre durant 150 jours. » (Genèse chap. 7)

Mais ce n’était pas fini.

« Au 7ème mois, au 17ème jour du mois, l’arche s’arrêta sur les monts d’Ararat ». Noé décide d’abord de lâcher un corbeau puis une colombe. Celle-ci revient avec une branche d’olivier dans le bec : elle a trouvé un arbre, signe que les eaux ont commencé à refluer. Puis il la relâche de nouveau quelque temps après. Elle ne revient pas : signe qu’elle a trouvé un endroit pour se poser. La colère de Dieu a pris fin (ouf !)

Certes, il faut encore que Noé patiente trois mois avant que les eaux ne baissent suffisamment et que le sommet des montagnes puisse apparaître. C’est seulement au terme de cette attente que Noé et tous ses passagers peuvent sortir (« Toutes les bêtes sortirent de l’arche, une espèce après l’autre » Genèse chap. 8)» Quoiqu’il en soit, le drame s’achève.

Une ère nouvelle s’ouvre pour l’humanité, à travers le devenir des premiers descendants de Noé. Rappelons en effet (pour situer encore mieux les choses) que Noé avait 3 fils. De l’un d’eux, nommé Sem, descendra le célèbre Abraham. Or Abraham, à son tour, aura deux fils.

Le fils aîné sera adultérin (avec sa servante Agar) : nommé Ismaël, il partira vers les terres actuelles d’Arabie. Il fondera une tribu qui s’installera à la Mecque et dont sera issu, bien plus tard, un nommé… Mahomet. Les musulmans se rattachent donc au peuple élu originel (même si c’est par un lien extraconjugal !…)

Le fils cadet sera légitime (avec son épouse Sarah) : il s’appellera Isaac et les tribulations du peuple d’Israël se poursuivront avec lui.

Les évangiles du « Nouveau Testament » (Matthieu, I, 1-17 ; Luc, III, 23-38), feront pour leur part également remonter l’ascendance du prophète Jésus à Abraham et son fils Isaac via une généalogie dont nous parlerons plus tard. Six siècles après, l’Islam, incorporant tout cela à son tour, présentera Mahomet comme le prophète ultime, le porteur d’un message désormais abouti : un message délivré il y a près de 3 000 ans sur la rive est de la Méditerranée…

La Bible apparaît donc bien (et nul le conteste) comme le livre fondateur de trois religions : le Judaïsme, le Christianisme et l’Islam. Et l’épisode de l’arche de Noé reste, parmi tous les passages de la Bible, celui qui reste probablement le plus connu. Alors revenons à l’arche de Noé, désormais inutile, échouée quelque part et désormais abandonnée de ses passagers… Echouée, mais où ? Nul ne le sait vraiment. Et, à vrai dire, au départ, nul ne s’en soucie encore.

En revanche, l’épisode spectaculaire du Déluge lui-même donne lieu à de nombreux commentaires. Rappelons que, durant, mille ans, la seule religion monothéiste du bassin méditerranéen est le judaïsme. C’est donc aux premiers rabbins que revient le redoutable honneur de commenter et d’expliciter le sens de la catastrophe diluvienne à travers des textes rabbiniques que l’on appelle des « midrash ».

LE JUDAÏSME EST A L’ORIGINE DES PREMIERS COMMENTAIRES SUR L’EPISODE DU DELUGE 

Au plan de la datation, les exégètes juifs calculent, à rebours, le nombre des générations supposées entre David et Moïse pour arriver à une « fourchette ». Ramenée à l’aune du calendrier chrétien (pour que tout le monde comprennent), le Déluge aurait eu lieu entre 3 402 av. JC et 2 462 av. JC. La création du monde, elle, aurait eu lieu en 3 761 av. JC.

Mais les rabbins vont aussi embellir l’histoire de Noé en y ajoutant des précisions souvent fort pittoresques. Citons-en quelques exemples.

Certains « midrash » précisent donc que Noé avait prévenu ses contemporains, devenant ainsi le premier prophète de la parole divine. Noé n’étant guère prophète en son pays (comme d’habitude), des malfaisants avaient tenté de s’en prendre à lui. Dieu, alors, l’avait protégé en plaçant des lions à l’entrée de l’arche !

Nous savons que, dans la religion juive (comme dans l’Islam, plus tard), le caractère « pur » ou « impur » des aliments et des êtres tient une grande place. Mais comment Noé, s’il voulait être « judaïquement correct », pouvait-il distinguer les animaux « purs » des « impurs » ? Des « midrash » y répondent en racontant que Dieu pourvut à ce que seuls les animaux « purs » s’agenouillent devant Noé lors de leur arrivée au bateau…

D’autres « midrash », eux, s’intéressèrent à des détails plus prosaïques en précisant comment les animaux s’abstinrent de toute procréation durant la « traversée » (afin qu’il y ait le même nombre d’animaux à l’entrée et à la sortie du navire !). Ils évoquèrent également la gestion des déchets (stockés selon certains dans le pont inférieur et selon d’autres sur le pont supérieur) avant d’être balancés par-dessus bord.

Et la lumière ? Comment y en avait-il dans les cales de ce navire où il devait faire aussi sombre que dans un four sénégalais ? Des « midrash » nous apportent la réponse : elle provenait de pierres précieuses, qui brillaient comme en plein jour…

Le christianisme, religion qui naît alors que l’Empire romain est à son apogée, entend à son tour s’approprier l’héritage direct du judaïsme en y apportant un « plus » (de taille) : le prophète tant attendu par les Juifs et que ceux-ci n’ont pas su reconnaître sur le moment. Jésus, quoi.

D’ailleurs, nous précise Luc dans son évangile (Luc 3, 23 -38) « Jésus était fils de Joseph, lui-même fils d'Héli, lui-même fils de Matthat, lui-même fils de Lévi, lui-même fils de Melchi, lui-même fils de Jannaï, lui-même fils de Joseph, lui-même fils de Mattathias, lui-même fils d'Amos, lui-même fils de Naoum, lui-même fils d'Esli, lui-même fils de Naggaï, lui-même fils de Maath, lui-même fils de Mattathias, lui-même fils de Sémeîn, lui-même fils de Joseph, lui-même fils de Joda, lui-même fils de Joanam, lui-même fils de Résa, lui-même fils de Zorobabel, lui-même fils de Salathiel, lui-même fils de Néri, lui-même fils de Melchi, lui-même fils d'Addi, lui-même fils de Kosam, lui-même fils d'Elmadam, lui-même fils d'Er, lui-même fils de Jésus, lui-même fils d'Eliézer, lui-même fils de Jorim, lui-même fils de Maththat, lui-même fils de Lévi, lui-même fils de Siméon, lui-même fils de Juda, lui-même fils de Joseph, lui-même fils de Jonam, lui-même fils d'Eliakim, lui-même fils de Méléa, lui-même fils de Menna, lui-même fils de Mattatha, lui-même fils de Nathan, lui-même fils de David, lui-même fils de Jessé, lui-même fils de Jobed, lui-même fils de Booz, lui-même fils de Sala, lui-même fils de Naasson, lui-même fils d'Aminadab, lui-même fils d'Admîn, lui-même fils d'Arni, lui-même fils de Hesron, lui-même fils de Pharès, lui-même fils de Juda, lui-même fils de Jacob, lui-même fils d'Isaac, lui-même fils d'Abraham. » Ouf.

Or, on se rappelle qu’Abraham descendait lui-même de Noé. On comprend donc pourquoi les théologiens des premiers temps du christianisme voulurent, eux aussi, apporter leur pierre édificatrice au récit du Déluge… 

LE CHRISTIANISME REPREND A SON COMPTE L’HERITAGE BIBLIQUE 

Or, malgré sa simplicité (biblique !) apparente, l’histoire de Noé peut donner lieu à de nombreuses questions de compréhension de la part du fidèle de base… Ces questions ne vont pas manquer et les premiers théologiens vont s’embarquer (c’est le cas de le dire) dans des commentaires de plus en plus élaborés… Prenons l’exemple d’Origène (182 – 251 ap. JC), un des « Pères de l’Eglise » qui se trouve aux prises avec un contradicteur qui émet des doutes sur le fait qu’un bateau ait pu contenir toutes les espèces animales.

Origène (l’un des premiers « cadres ecclésiastiques » et qui officie à une époque où le christianisme est encore persécuté par le pouvoir romain, se lance dans un argumentaire extrêmement technique sur les dimensions de l’arche de Noé et sur la question des « coudées ». Vous vous rappelez que Dieu ordonna à Noé de construire une arche de « 300 coudées » en longueur, « 50 coudées » en largeur et « 30 coudées » en hauteur. Mais c’est quoi, une « coudée biblique » ? Origène ne l’ignore pas, la « coudée » antique est loin d’être une mesure fixe. A son époque (1er siècle ap. JC), la « coudée de Jérusalem » est de 52,3 cm. Mais la « coudée assyrienne » (700 av. JC) était de 54,9 cm tandis que la « coudée babylonienne » (1 500 ans av. JC) était de 53 cm… Origène, se référant à la tradition selon laquelle la Genèse aurait été rédigée par Moïse lui-même (dont nous savons, grâce aux Dix Commandements hollywoodiens de Charlton Heston qu’il était né en Egypte avant d’en faire sortir son peuple) conclut donc logiquement que la « coudée » dont parle Bible est la coudée… égyptienne (2 650 av. JC) : 52,4 cm !

Ce qui donne donc à l’arche de Noé une longueur de 157,2 mètres, une largeur de 26,2 mètres et une hauteur de 15,7 mètres.Mais Origène n’en reste pas là. Développant sa réponse, il affirme alors, au terme d’une savante étude que l’arche de Noé était un bateau au centre duquel était placée une… pyramide rectangulaire (et tronquée) et dont le somment faisait lui-même une coudée de large. Ce niveau de précision laisse pantois.

Plus généralement, les penseurs chrétiens insistent sur le caractère allégorique et symbolique du récit biblique. Jérôme de Stridon (« saint Jérôme », 347 - 420), exégète biblique très pointu et également « Père de l’Eglise », introduit l’opposition entre l’infâme corbeau (qui ne revient pas auprès de Noé car il a trouvé une charogne) et la blanche colombe (qui revient à Noé avec une branche d’olivier pour lui montrer qu’elle a rempli sa mission). Avec Jérôme, l’incarnation du Saint-Esprit dans la colombe fait son entrée dans la pensée chrétienne. Le symbole de paix qui est le sien aujourd’hui en dérive.

Augustin d’Hippone (Saint Augustin, 354 – 430), contemporain de saint Jérôme, affirme que l’arche avait des proportions idéales pour la navigation (forcément, on n’imagine pas Dieu indiquant à Noé une cote mal taillée…). Par construction, l’arche rassemblant le peuple de Dieu. Pour Saint Augustin, on pouvait la rapprocher de la figure même du Christ et donc, bien sûr, de l’Eglise…

Incidemment et d’une façon générale, en dépit de tous ces commentaires, les lecteurs de la Bible (ils sont peu nombreux à l’époque) butent sur des problèmes de traduction de l’hébreu autant que sur la question de l’existence (hypothétique) d’un texte originel. Prenons-en un exemple. L’hébreu parle, pour qualifier le matériau employé par Noé, de bois « gofer » : du bois résineux mais ce mot hébreu est-il issu de l’assyrien « giparu » (roseau) ou du babylonien « gushure » « cèdre) ? On en débat. Et encore aujourd’hui !

DES LE IVEME SIECLE, LES PREMIERS AVENTURIERS SE LANCENT A LA RECHERCHE DE L’ARCHE DE NOE

Mais foin des spéculations intellectuelles : les fidèles veulent du concret ? Les théologiens entendent leur en donner : dès le IIIème siècle après JC, on décide de partir à la recherche de l’arche de Noé ! La Bible évoque « les montagnes d’Ararat » au pluriel. Alors on part, direction : le Mont Ararat, situé à l’est de l’actuelle Turquie (1 000 kms d’Ankara) et aux confins de l’Arménie (40 kms d’Erevan). Mais le mont est redoutable : ce n’est pas une montagne, c’est un volcan au sommet recouvert de glaces, balayé par les vents et qui culmine à 5 145 mètres d’altitude. Il peut se réveiller à tout instant et il règne au sommet un froid intense : - 35 degrés ! De son pied (la plaine d’Erevan) à son sommet, l’Ararat se place même au premier rang de toutes les montagnes du monde avec plus de 4 000 mètres de dénivelés. Personne n’a jamais gravi ce monolithe dont le gigantisme écrase les pauvres mortels qui le contemplent… Sans doute un site aussi impressionnant ne peut-il être que celui qui garde en ses flancs les vestiges de la première colère de Dieu…

Le premier aventurier de l’arche de Noé est le patriarche de Nisbis, en 330 ap. JC. Il tente courageusement l’ascension. Mais, hélas, sa foi ne suffit pas à soulever la montagne et ce pionnier de la randonnée biblico-pédestre doit, au bout d’un certain temps, rebrousser chemin. Ses fidèles ont de quoi être déçus ? Pas du tout, répond le patriarche ! Car celui-ci affirme que, pour prix de sa peine, sur son trajet, un ange lui est apparu et lui a donné un morceau de bois de la vraie arche. L’honneur est donc sauf pour ce randonneur qui ne revient pas bredouille : son trophée est, depuis lors, conservé et affiché en relique à Etchmiadzine (à 20 kms d’Erevan, actuelle Arménie), siège de l’Eglise arménienne apostolique.

Un siècle plus tard, l’un des premiers chroniqueurs de culture arménienne, Faust de Byzance (Vème siècle) affirme lui aussi que « Ararat » désigne l’antique royaume d’Urartu, fondé 1 000 ans av. JC dans l’actuel Turquie orientale et qui englobait une partie de la région arménienne, dont le fameux Mont Ararat. Dès le Vème siècle, l’idée selon laquelle l’Arche de Noé s’est échouée sur les flancs de cette montagne invaincue s’enracine donc définitivement.

Cette certitude va certes exciter les imaginations. Mais, compte tenu des difficultés de l’entreprise, le Mont Ararat ne va plus susciter de vocations ni encourager d’ardeurs durant un assez long temps. De nombreux siècles s’écoulent alors sans que nul chrétien ni juif ne tente désormais de retrouver l’arche de Noé. Même Marco Polo (1254 – 1324), un aventurier pourtant audacieux, renoncera lui aussi à l’ascension lorsqu’il traversera la Turquie en direction de l’orient, nous dit la chronique de ses voyages (publiée en 1298). Qu’importe ! Entre-temps, l’avènement de l’Islam (à partir du VIIème siècle ap. JC.) aura enraciné un peu plus l’épisode diluvien dans le fonds culturel monothéiste du bassin méditerranéen. 

L’ISLAM INTEGRE L’EPISODE DE L’ARCHE DANS SON CORPUS DOCTRINAL 

Cette tentative de récupération ne va échapper à personne. Le Coran considère Noé (« Nuh ») en arabe comme l’un des cinq prophètes de l’Islam (« Islam » = soumission, à Dieu, évidemment). Ses aventures sont l’illustration d’une morale simple : malheur à qui refuse d’écouter la Parole du Tout Puissant. Les versets 27 à 51 de la sourate 11 l’évoquent ainsi que la sourate 29 qui décrit le bateau de façon plus précise que la Bible : une « safina » (un bateau ordinaire) ou encore (sourate 54) un « objet de planches et de clous ». Mais le récit islamique, surtout, diffère des précédents en précisant (selon le maître Al Masudi, mort en 956) que l’arche a entamé son voyage depuis la ville de Koufa (actuel Irak), et a navigué… jusqu’à la Mecque où elle a fait le tour de la « Kaaba ».

Or, que fait un musulman autour de la Kaaba ? Il tourne. La Kaaba, précisons-le, est un des lieux sacrés de l’Islam. Les musulmans y vénèrent une pierre (aujourd’hui enchâssée dans un cercle d’argent) donnée à Adam par l’ange Gabriel à l’endroit où le premier homme de la Création avait voulu bâtir un temple à la gloire de Dieu. Blanche à l’origine (couleur de la pureté), elle a progressivement noirci au fil des péchés dont les millions de musulmans se sont déchargés, en la touchant, lors du pèlerinage qu’ils doivent impérativement effectuer dans cette ville sainte une fois dans leur vie.

Après cela, l’arche s’est arrêtée sur le Mont Joudi, une colline située… près de la ville de Mossoul, dans l’actuel Irak. Al Masudi précise joliment que, à la fin du Déluge, Allah ordonna à la terre d’absorber l’eau. Mais certains territoires n’exécutèrent pas immédiatement les instructions. Rapidement sanctionnés par le Seigneur, ils devinrent dès lors secs et arides : paf !

Vers l’an 1000 (ap. JC) donc, l’arche de Noé est bien considérée comme une réalité par les trois religions monothéistes, quoiqu’elles ne s’accordent pas entre elles sur la localisation de son échouage. Mais, pour l’heure, que ce soit sur les Monts Ararat ou Joudi, nul ne se préoccupe plus de chercher l’Arche. L’essentiel n’est pas dans le matériau mais dans la Parole, l’important n’est pas dans l’objet mais dans l’Idée. Le fidèle n’a pas à faire de l’archéologie : il se contente d’être un croyant. Point.

Le XIIème siècle est le tournant des représentations iconographiques chrétiennes. De même que c’est à cette époque que se fixe la représentation désormais traditionnelle de la crèche (avec le bœuf et l’âne) c’est à cette époque que la représentation de l’arche prend sa forme définitive : un bateau avec une boite rectangulaire et un toit en pente, selon l’image que nous avons tous désormais en tête...

Le XVIème siècle et la Renaissance vont accélérer le questionnement du récit biblique. Mais avec le XVème siècle, siècle des "Grandes Découvertes", les certitudfes vont commencer à vaciller;On sait désormais que la Terre est ronde. Des navigateurs explorent les côtes de l’Afrique (les Portugais atteignent la Guinée en 1460), d’autres rallient le contient américain (Christophe Colomb en 1492) ou atteignent l’Inde (Vasco de Gama contourne le cap de Bonne Espérance en 1498). Tout naturellement, les progrès techniques maritimes incitent à comparer les performances des navires existants avec les dimensions du bateau de Noé reportées dans la Bible.Avec 300 coudées (égyptiennes, pour simplifier) de long, rappelons en effet que l’Arche avoisine 157 mètres. Par comparaison, le Titanic fera 269 mètres en 1912 et le France 315 mètres en 1961. Pour l’heure, ces dimensions sont très au-delà des navires du XVème siècle tels que ceux de Christophe Colomb (30 mètres pour la caravelle). Les navigateurs se lancent alors dans des calculs complexes reposant sur des questions simples : Quel « tirant d’eau » pouvait avoir l’arche (= profondeur de coque immergée) ? Quelle hauteur de bordée (hauteur entre le niveau de l’eau et le bastingage) ? Y avait-il une quille pour assurer sa stabilité ? Quel volume était celui de l’Arche et quel était son poids, une fois chargée ? Comment un tel bâtiment a-t-il pu être manœuvré par huit personnes seulement, dont quatre femmes ? De questions en questions, les réflexions s’affinent sans jamais trouver dans les textes sacrés de réponse satisfaisante : comment Noé a-t-il fait pour rassembler un couple de chaque « espèce » ? N’a-t-il pas plutôt rassemblé un couple de chaque « genre » (félin, canidé, etc…) ? Comment les besoins nutritifs des animaux ont-ils été assurés ? Comment a-t-on empêché les prédateurs de dévorer les autres espèces ? Comment a-t-on contrôlé la température, la ventilation à l’intérieur du navire ? Comment les poissons d’eau de mer ont-ils survécu alors que la Terre était recouverte d’eau de pluie (donc douce) ?Certes, l’on peut toujours objecter que Dieu est grand et pourvoie à tout : nul acte, qui nous apparaitrait à nous, pauvres mortels, « surnaturel » ne lui est impossible, à Lui. Mais, pour des marins aguerris, la navigabilité d’un bateau ne peut reposer sur la simple foi…Il ne s’agit certes pas (encore) de contester les textes sacrés. De façon « chrétiennement correcte », on cherche à concilier le récit biblique avec les techniques existantes et les observations naturalistes. La lecture de la Bible reste encore « littérale » : le récit est pris au « pied de la lettre ». Mais les questions ne s’accumulent pas moins au fil des nouvelles connaissances.Le développement du naturalisme et de la botanique suscite des interrogations qui contribuent en même temps au développement de la biogéographie : si les hommes se sont dispersés en compagnie des animaux à la fin du Déluge, pourquoi ceux-ci ne se sont-ils pas répartis de façon homogène sur tous les territoires ? Plus prosaïquement, la découverte d’espèces de plus en plus nombreuses, sur tous les continents qui sont désormais explorés, pose un problème de contenance de l’arche...A partir des années 1650, plus aucun scientifique ne soutient sérieusement qu’un bateau de 157 mètres de long ait pu un jour contenir toutes les espèces de la Terre. « C’est de cette époque (le XVIIème siècle ndlr), soutient le prêtre Jean-Robert Armogathe, aumônier de l’Ecole Normale Supérieure, que date l’éclatement entre la foi et la science ». Pour lui, « les mathématiques, avec Galilée, Descartes puis Newton, deviennent l’outil de référence des scientifiques. Or les mathématiques constituent un système autonome. La mathématisation du monde permet ainsi à la science de se détacher de la révélation biblique » (LHistoire, n° 328). Avec les Lumières et le XVIIIème siècle, on s’éloigne résolument d’une conception littérale de la Bible pour en privilégier progressivement une lecture symbolique.Dès lors, puisque les descriptions matérielles de l’Arche apparaissent sinon fantaisistes, du moins largement peu réalistes, on aurait pu imaginer que la réalité même de l’existence de l’arche, logiquement, fût mise en cause ? Il n’en fut rien. Au contraire ! Le Mont Ararat fascine et attire moult aventuriers qui rêvent de se mesurer à lui. Et chacun y monte pour trouver l’arche, même si la réalité de son échouage là-haut paraît maintenant largement discutable. Il n’y a plus désormais aucune rationalité : il y a seulement le mythe, le rêve et l’on sait combien ceux-ci sont un puissant moteur de l’âme humaine.

Source : http://laplumeetlerouleau.over-blog.com/article-16376821.html

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Les 7 lois noahides

2 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Les 7 lois noahides

ne pas manger de viande qui a été sectionnée d’un animal encore vivant
- ne pas blasphémer
- ne pas voler
- installer des tribunaux
- ne pas transgresser d’interdictions sexuelles
- ne pas faire d’idolâtrie
- ne pas assassiner

source : http://www.leava.fr/questions-reponses.php?aff=2&id=130

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Le P-51 Mustang

2 Décembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

Considéré comme l'un des meilleurs chasseurs de la Seconde Guerre Mondiale, le P-51 Mustang est en réalité un avion qui a été conçu à la "va-vite". Son histoire commence en 1940 lorsque les Anglais commencent à avoir du mal à rivaliser avec la Luftwaffe plus déterminée que jamais à envahir l'île anglaise. Les anglais font donc appel aux Etats-Unis qui pour l'instant , rappelons le, ne sont pas entrés dans la guerre (attaque du Japon à Pearl Harbor en Décembre 41) et disposent donc de toute leur énergie. Ayant besoin d'un appareil capable de rivaliser avec les chasseurs allemands dans les mois qui suivent, les Anglais leur donnent à peine 120 jours pour réaliser l'avion, le constructeur North American décide de relever le défi.

L'appareil pris l'air le 26 octobre 1940 après avoir rencontré des problèmes à la mise au point du moteur Allison de 1100 ch. Appelé à ses débuts NA-73, le Mustang, après avoir subi le programme d'évaluation qu'il réussit avec succès , fut commandé en 320 exemplaires qui furent livrés en Grande-Bretagne en Novembre 1941. A basse altitude, la première version du Mustang affichait de remarquables performances mais celles-ci faiblissaient en approchant les 3650 mètres causées par des déficiences du moteur à haute altitude. De ce fait, l'avion était mal adapté aux missions d'interception et fut donc utilisé pour les missions à basse altitude : reconnaissance et attaque au sol. Le Mustang Mk1 entre en service en Grande-Bretagne en Avril 42 et équipe 23 unités.

De plus, les Etats-Unis ayant réalisé le potentiel de l'appareil, 300 appareils sont commandés chez le constructeur North American. Conscient du problème à haute altitude, l'US Air Force équipa par la suite une nouvelle version du Mustang (XP-51B), d'un moteur Packard-Merlin de 1430ch. Avec ses six mitrailleuses de 12,7 mm, il pouvait sans problème engager un chasseur allemand.

La plus réussie des versions du Mustang est la D. En effet, équipé d'une verrière en "goutte d'eau" qui optimise la vision, un arrière de fuselage modifié et une très bonne autonomie, le P-51D escorte sans problème les bombardiers alliés en Allemagne. Il fût pendant des années encore utilisé par beaucoup de pays et dans beaucoup de conflits.

On le retrouve sous le nom de F-51 en Corée (La dénomination P pour Poursuit fût abandonné et remplacé par le F pour Fighter). On trouve plusieurs modifications du Mustang comme le A-36 Apache spécialisé dans l'attaque au sol, développé au début de la guerre par l'US Air Force, qui n'était pas réellement intéressé par le Mustangdéveloppé au début de la guerre par l'US Air Force, qui n'était pas réellement intéressé par le Mustang destiné aux Anglais. Le P-82 Twin Mustang développé par l'USAAF vers la fin de la guerre, n'était ni plus ni moins comme son nom l'indique, deux Mustang collés l'un à l'autre par une aile centrale. Il devait être utilisé pour escorter les bombardiers et frapper encore plus loin en Allemagne. Mais la guerre prit fin avant sa réelle mise en service.

Le Mustang ne fût retiré du service qu'après la guerre de Corée (dépassé comme tous les avions à hélices de l'époque, par les avions à réaction), mais de nombreuses années plus tard il fût utilisé pour l'entraînement, et par les pays les moins riches ne pouvant s'équiper d'avions à réaction. Aujourd'hui, près de 150 Mustang volent encore, entretenus par des centaines de passionnés qui viennent en souvenir du bon vieux temps, parader dans les meetings aériens.
 
mustang
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La FM en France : l'Idée maçonnique et les grades (1908)

2 Décembre 2012 , Rédigé par Gustave BORD Publié dans #histoire de la FM

Une des erreurs les plus répandues parmi les profanes est d'assimiler les grades maçonniques aux grades dans l'armée, alors qu'ils devraient être plutôt assimilés aux grades universitaires.

Les grades symboliques, les seuls classiques en maçonnerie : apprenti, compagnon et maître, correspondent dans une certaine mesure aux grades de bachelier, licencié et agrégé.

L'obtention de ces grades témoigne de connaissances maçonniques plus ou moins avancées, mais ne confère pas ipso facto à ceux qui les obtiennent une autorité sur ceux qui ont des grades inférieurs.

Au XVIIIe siècle, la complication des grades était extrême ; chaque régime avait sa série spéciale qui n'était pas reconnue par le régime voisin.

Chaque grade correspondait à un avancement dans la science ou mieux dans l'art maçonnique qu'on appelait alors l'Art Royal, ce qui voulait dire pour les uns l'art de restaurer les Stuarts, pour les autres l'art par excellence. Qu'était donc cet Art suprême ?

Pour les uns c'était l'étude de l'homme : ses origines, son existence, son but ; pour les autres c'était l'art de mener les hommes, la première solution étant seulement l'étape nécessaire pour arriver à la seconde.

Au premier abord, de semblables études n'ont rien de répréhensible; la curiosité en pareilles matières ne peut être que fort louable.

On peut à la vérité s'étonner cependant que, pour se livrer à ces études profondes, on s'enferme avec un soin jaloux et qu'on fasse prêter à ceux qu'on admet à y participer le serment de garder le secret. Il semblerait au contraire que, par amour de l'humanité, on devrait propager les lumières et transformer le temple en Soleil dont les Etoiles extérieures pourraient augmenter l'éclat. »

On serait en droit de s'étonner aussi que des gens d'un modeste intellect et d'une instruction sommaire soient appelés à collaborer à des travaux qui demandent du temps, une intelligence supérieure et des connaissances approfondies. Étudier en effet les origines de l'homme, c'est étudier l'origine de l'humanité, et étudier l'origine de l'humanité, c'est étudier l'origine du monde. Pour rester dans le domaine des sciences exactes, c'est connaître la cosmogonie, la cosmographie, la géologie, la paléontologie et l'anatomie aussi bien que la métaphysique, la chimie et la physique. Je sais plus d'un maçon du XVIIIe siècle qui s'est livré à ces études avec un acharnement et une sincérité vraiment édifiantes. Leurs correspondances, que j'ai été à même de parcourir, en font foi. Ils échangeaient entre eux des vues bizarres, de temps en temps, pas souvent, des combinaisons ingénieuses, mais, en résumé, aucune idée digne d'être retenue.

On a beau leur enseigner que la maçonnerie est l'habileté de la nature, l'intelligence du pouvoir qui est dans la nature et ses diverses opérations ». On a beau leur expliquer que l'habileté de la nature est d'engendrer, que l'intelligence du pouvoir qui est dans la nature est la Nature-Dieu, et que les différentes opérations de la nature sont la génération universelle, quels secrets révèle-t-on, quelles idées fait-on naître, si ce n'est que l'Acte générateur est l'acte d'un Dieu, que le Feu sacré est la semence universelle de tous les êtres, que la Parole est la faculté de produire, ainsi qu'on l'enseigne au compagnon ?

Comme ils ne trouvaient pas la solution avec leurs propres moyens, beaucoup recherchaient le secret perdu. L'homme primitif savait, croyaient-ils. Quelques-uns, élevés cependant dans la foi chrétienne, oubliaient que l'homme avait été puni pour avoir voulu savoir ce qu'il ne pouvait et ne devait pas savoir : le mystère de sa création et son avenir. Quel est l'homme qui supporterait la vie s'il connaissait son lendemain ?

Comme naturellement ces chercheurs ne trouvaient rien, beaucoup parmi eux s'en prenaient à l'auteur de toutes choses et arrivaient rapidement à conclure que s'ils ne trouvaient rien c'est qu'il n'y avait rien, et pour se consoler de la désespérance de ce néant, ils déclaraient indifférent le problème des origines.

Comme ils avaient trouvé vide la première chapelle de leur temple, ils frappaient à la porte de la seconde.

Là, au moins, ils trouveraient la clef du mystère de notre être. L'homme est-il ou n'est-il pas ? Qu'est-ce que son corps ? Qu'est-ce que son âme ? Il est certain qu'il a un corps, mais a-t-il une âme ? Et ils recommençaient à agiter tous ces problèmes, revenant toujours malgré eux à l'origine du corps et de l'âme, et ils trouvaient la seconde chapelle vide comme la première.

Ces étapes sont celles que doit parcourir le maçon pour se perfectionner dans l'art, pour gagner ses grades. Si sa patience n'est pas à bout, s'il a les loisirs de s'occuper de spéculations métaphysiques qui ne nourrissent pas son corps, il sera prêt à entrer dans la troisième chapelle, et les frères qui en ont déjà franchi la porte lui permettront de la franchir. Là, on lui apprendra que tout ce qu'il a fait jusqu'ici n'a aucun intérêt, que ces études ne conduisent à rien, mais qu'il était nécessaire qu'il connût par lui-même ces vérités négatives. Ce qui est intéressant et ce qu'il faut qu'il apprenne, c'est comment on conduit les hommes, comment on les fait concourir, malgré eux, à la prospérité de l'Ordre. On leur explique comment un petit groupe organisé en aristocratie secrète mène la foule non organisée ; comment un pouvoir occulte, irresponsable mais actif, mène le pouvoir responsable et le rend le principal artisan de sa décadence et de sa mort. On leur apprend que les vices de l'humanité sont les grands leviers des habiles ; que, dans la pratique, on ne rencontre qu'un obstacle : la révolte de la conscience humaine, cette chose qu'ils n'ont pu saisir ni comprendre dans les deux premières chapelles, et que tout l'art consiste à endormir cette conscience pour l'empêcher de se révolter. On leur apprend que lorsqu'il suffira à l'homme de déposer un bulletin anonyme dans une urne pour entretenir ses vices et flatter son orgueil, il le mettra.

Lorsque l'initié saura tout cela, il sera un maçon parfait ; sa mentalité maçonnique sera parachevée. En aucune circonstance, il ne sera nécessaire de lui donner un ordre compromettant, il agira de lui-même et il fera agir, conformément à la doctrine maçonnique, il coopérera consciemment ou inconsciemment au Grand Oeuvre.

Voilà ce qu'au XVIIIe siècle on appelait le travail de loge. Voilà comment, au nom de l'égalité, le maçon escamotait cette égalité à son profit. Il veut l'égalité entre initiés, il veut l'égalité entre profanes, mais il ne veut pas l'égalité entre initié et profane. Comme il connaît la puissance des groupements organisés et silencieux, il s'organise et commande le silence. Pour empêcher l'ennemi de naître, il s'attaque à tous les groupements qui se créent. Autant que possible, il les absorbe et, s'il est impuissant à triompher par ce moyen, il les détruit. De tous les groupements, les plus puissants sont les groupements religieux. Contre eux la lutte a été permanente et il est curieux de suivre le combat entamé contre le groupement ennemi par excellence : la Papauté. Contre elle, tout d'abord, les maçons ne luttent pas de front, ils ne l'attaquent pas dans ses dogmes, mais dans sa discipline. Dans la correspondance des maçons, comme dans celle de Willermoz par exemple, on constate qu'autour de lui on veut revenir à la primitive Église ; on reconnaît la divinité du Christ qui avait mis l'humanité dans sa vraie voie. Mais cet homme pieux, même dévot, a l'horreur de la Papauté; c'est elle qui a tout perdu, c'est d'elle que vient tout le mal. Gallicans, jansénistes et parlementaires pensent comme lui, aussi gallicans et jansénistes et parlementaires encombrent-ils les loges. Ils feront plus tard le clergé constitutionnel.

A la vérité, ils étaient peu nombreux, les maçons qui se livraient à ce travail ; beaucoup, partis pleins d'ardeur à la conquête du feu sacré, nouveaux Argonautes, sombraient en route ou succombaient comme Prométhée. Hiérophantes de nouveaux mystères, quelques-uns se retiraient découragés ; quelques autres, comme le duc d'Havré, écoutaient leur conscience tressaillir, et abandonnaient la partie.

Mais les cerveaux de la grande masse des maçons étaient modifiés par l'ambiance ; les mots perpétuellement murmurés par ceux qu'ils savaient plus avancés dans l'étude de l'Art les impressionnaient; ils croyaient que ceux-là savaient ; ils retenaient leurs lambeaux de révélations, suivaient leurs conseils. Ceux-là, demi-dupes, à leur tour faisaient le travail du dehors, la propagande de la doctrine maçonnique. Si un adversaire se présentait, on le tuait moralement, on tâchait, au nom de l'humanité, de l'anéantir ; s'il donnait prise à la critique, on le poussait tout doucement dans un piège, on ameutait l'opinion contre lui. A la veille de la Révolution, on l'accuse d'accaparement : le procédé réussit toujours ; si le coupable résiste il est tué, comme Berthier ou Foulon. C'est la foule des profanes ameutés qui aura commis l'assassinat légal. Le meurtre anonyme et collectif échappe à la justice. L'ouvrier du crime lui-même sera épargné. Les auteurs vraiment responsables auront eu individuellement une si petite part à l'attentat, que leur conscience ne s'agitera pas. Bien plus, pour beaucoup d'entre eux, la victime seule est coupable. Pourquoi a-t-elle résisté à l'opinion publique ? Pourquoi s'est-elle mise dans un mauvais cas ? Et je sais des maçons, fort honnêtes gens pour le reste, qui ont ainsi pensé en 1789 !

Comme nous l'avons dit, le plus grand nombre des maçons ne se livrait pas au travail de loge transcendant. A côté des loges exclusivement aristocratiques comme la Candeur, le Contrat social, Saint-Louis du régiment du Roi, Montmorency-Luxembourg du régiment de Hainaut, etc., il y avait, et celles-là étaient les plus nombreuses, les loges de menus employés, de petits commerçants, de clercs de procureurs, d'huissiers... L'objectif des membres des premières était la recherche du plaisir, celui des secondes était la satisfaction de la vanité. La pratique et l'abus des plaisirs démoralisa les uns ; le besoin de satisfaire l'orgueil incita les autres à la haine. Lorsque le cataclysme éclatera, l'aristocratie sera découragée, les autres seront forts de toute la puissance de leur haine exaspérée. La maçonnerie est bien l'art de conduire les hommes.

A côté de la Papauté un autre corps organisé attirera dès le début les attaques de la maçonnerie. Les jésuites sont puissants ; ils sont riches ; ils sont intelligents; ils sont unis. Il faut les détruire. Avec quelle habileté on crée les dangers sous leurs pas ! avec quelle virtuosité on tire parti du procès de la Chalotais et de celui du Père La Valette ! On forme contre eux l'opinion : dans les loges, dans les salons, dans les sociétés littéraires, dans les pamphlets, dans la rue. Le maçon ne cesse de crier à la persécution à l'occasion des procès-verbaux dressés chez des marchands de vin, pendant que Choiseul chasse les jésuites de France, pour que le maçon martyr s'installe dans le noviciat de leur ordre, rue du Pot-de-Fer ; et le courant de l'opinion est tellement violent que personne ne s'aperçoit de la supercherie ! Cette proscription est tellement une tactique générale, que les jésuites sont chassés de tous les royaumes catholiques, de l'Espagne, du Portugal et, ce qui est plus extraordinaire, de Rome même ! Voilà comment on conduit les hommes.

Pour remporter toutes ces victoires, y a-t-il une volonté unique, y a-t-il un comité directeur ? un chef ou des chefs inconnus ? Est-ce une nation ? est-ce une race qui mène le branle ? Albion ou Israël ?

Non, la FM n'a pas de semblables chefs, parce que les régimes sont trop différents, trop nombreux, souvent trop ennemis les uns des autres. C'est l'idée maçonnique qui, en évoluant, mène tout ce monde à l'insu même du plus grand nombre. Tantôt elle lie partie avec une nation, tantôt avec une autre ; tantôt elle prête son concours à une émeute, tantôt à une autre, suivant que son instinct la pousse d'un côté ou de l'autre. Jusqu'en 1771, la grande loge anglaise n'a probablement constitué que cinq loges, tant à Paris qu'à Bordeaux, à Valenciennes, à Aubigny et à Grenoble ; si celle de Bordeaux en a constitué à son tour une dizaine, les deux autres n'en ont pas constitué une seule. Toutes les autres loges sont d'origine jacobite ; un petit nombre seulement a adopté les régimes allemands. Comment peut-on admettre qu'avec une semblable origine la f? m? ait été une société exclusivement anglaise ? Est-elle juive ? Pas davantage. Des polémiques ont été engagées sur ce sujet entre adversaires de la FM Les partisans de l'origine juive ont tout juste trouvé dans une loge de Bayonne quelques juifs avec lesquels leurs frères refusaient de travailler. Il faut vraiment peu connaître la société française du XVIIIe siècle pour émettre une semblable hypothèse. Socialement parlant, le juif n'existait pas avant 1790. Il n'y a pas lieu de s'attarder sur ce sujet tant que l'on n'aura pas donné la preuve de la présence des juifs dans les loges.

Ces hypothèses gratuites, inventées pour les besoins d'une petite église, n'ont aucune valeur historique.

Pourquoi s'acharner à trouver des êtres humains là où il n'y a qu'une idée ? pourquoi s'acharner à trouver un secret là où on ne peut trouver que l'évolution de cette idée ?

Il y a cependant dans la FM une autre source de danger : les symboles des cérémonies initiatiques, dans lesquelles on parle constamment de vengeances à exercer, d'actes matériels à accomplir en immolant une victime. Ces fantasmagories ne sont pas sans influence ; elles éduquent le cerveau et la conscience ; elles peuvent, à un moment donné, provoquer chez des sujets spéciaux des résolutions coupables. On connaît la légende du meurtre d'Hiram, l'architecte du temple de Salomon ; la mort du templier Jacques Molay et l'exécution du roi Charles 1er. Suivant les régimes, c'est l'un ou l'autre de ces meurtres qu'il faut venger. Bien entendu, en langage symbolique, Hiram, Molay, Charles 1er, veulent dire laFM .A tous les degrés de l'échelle maçonnique on fait allusion à cette vengeance. Les initiations aux grades symboliques ont été maintes fois racontées, nous ne nous y attarderons pas .

Mais nous entrerons dans des détails plus précis sur le rituel de Rose-Croix tel qu'il était suivi à la veille de la Révolution par les membres du Contrat social. Nous verrons, par l'énoncé des doctrines adoptées et par les rites indiqués, comment le maçon du XVIIIe siècle est le descendant direct de l'alchimiste, de l'astrologue et du kabbaliste.

Le document que nous avons sous les yeux est des plus précieux. Il fait partie d'un recueil de rituels en usage dans les loges du rite écossais philosophique.

En tête, une gravure à la sépia représente un soleil dont les rayons, traversant un triangle, sont limités par un cercle encadré par un carré concentrique entouré de branches d'acacia dans lesquelles circule un ruban portant en haut la légende Si fodieris invenies, et sur les côtés : Loge du Contrat social de Saint-Jean à l'Orient de Paris. Les rituels datés du 21 février 1784 (21e jour du 12e mois 5783) sont signés : La Rochefoucauld-Bayer, Brommer, Lafisse, Grant de Blaërfindy, Bertolio, de Leutre et Laborde.

Le rituel donne dans les plus grands détails la description des salles et les costumes des membres du chapitre. Nous résumerons toutes ces descriptions pour faire voir à quelles puérilités s'attachaient des gens qui tournaient en dérision les cérémonies du culte catholique. 

Le grade de Rose-Croix est conféré en chapitre. Le chef du chapitre s'appelle souverain GM; son premier surveillant prince grand prieur ; le second, prince grand surveillant. Les officiers, tels que l'orateur, secrétaire, trésorier, économe, sont qualifiés princes commandeurs, et les autres frères simplement princes ou chevaliers.

Le but du chapitre en ce grade est, pour tous les chevaliers, d'attendre l'arrivée du soleil dans les douze maisons ou figures du zodiaque et de tirer des quatre éléments et des trois règnes de la nature, alliés ensemble, le fameux Alkaest des alchimistes.

La salle où l'on tient chapitre est un carré long, plus étendu de l'Orient à l'Occident que du Midi au Nord, à cause du soleil qui éclaire plus de ce côté. Dans le centre, on figure un grand cercle, autour duquel sont représentées les douze figures du zodiaque, lesquelles renferment le cadavre d'Hiram-Abif, symbole de la nature morte que le Grand Oeuvre doit faire revivre. Au-dessus se trouve la grande pentacule de Salomon, lame d'or de forme triangulaire capable de tout vivifier par sa vertu divine ; d'un côté une clef, de l'autre une balance. Le zodiaque est entouré de nuages. On y voit d'un côté un grand aigle qui désigne un gardien terrible et de l'autre un soleil qui marque le but du grade de Rose-Croix et la recherche du soleil de vie. A l'Occident est le Mont Ebron, où est censé être le corps d'Hiram. La planche à tracer de maître y est figurée ; c'est l'image du premier travail des philosophes qui opère la vie en produisant la vraie pierre cubique, dite pierre bénite ou des philosophes.

A l'entrée deux grandes colonnes, Jackin et Booz, symbolisent l'apprentissage dans le Grand oeuvre ; un coq représente la vigilance et la force dans les opérations ; une étoile flamboyante indique le commencement de l'oeuvre prenant couleur ; la lune est le symbole des sacrés mystères de l'Ordre. Une pierre brute désigne la matière informe et une pierre cubique pyramidale cette matière développée par le sel et le soufre. De plus, une équerre, un niveau, un fil à plomb et un maillet. On remarque encore un grand autel enflammé par le feu élémentaire tiré du ciel ; un grand bassin pour purifier les trois règnes de la nature ; un castor, image du travail continuel du vrai philosophe, et enfin une chouette, emblème du secret et du silence dans lequel on doit opérer.

Pour procéder à la réception d'un Rose-Croix, la salle du conseil doit être tendue de noir et décorée de douze colonnes corinthiennes de marbre blanc veiné de noir, avec des chapiteaux et des socles en or (deux à l'Orient, deux à l'Occident, quatre au Nord et quatre au Midi). Sur le milieu de chaque colonne est suspendu un cartouche entouré de festons et de guirlandes de feuilles, de fleurs et des pierres précieuses attribués à chaque mot dans le Grand Oeuvre. Ces douze cartouches représentent les douze maisons célestes correspondant aux douze noms de Dieu n'en composant qu'un seul. On écrira aussi sur les cartouches en lettres d'or les douze noms de l'Être suprême et des esprits qui sous sa puissance président à chaque mois de l'année, enfin les douze signes du zodiaque qui y correspondent. Le tout sera disposé de la façon suivante : 

1° A l'Orient du côté du Nord : Marchidiel, Jehova, Mars, le Bélier ;

2° A l'Orient du côté du Midi : Asmodel, Emmanuel, Avril, le Taureau ;

3° A l'Occident du côté du Nord : Ambriel, Tétragrammaton, Mai, les Gémeaux ;

4° A I'Occident du côté du Midi : Mariel, Jeha, Jesas, ou Jesus, Juin, le Cancer;

5° Au Midi du côté de l'Orient : Verchiel, Messias, Juillet, le Lion ;

6° Au Midi : Kormaliel, Orpheton, Août, la Vierge ;

7° Au Midi : Zuriel, Anasbona, Septembre, la Balance;

8° Au Midi : Barbiel, Erigion, Octobre, le Scorpion;

9° Au Nord du côté de l'Occident : Adnakiel, Jersemon, Novembre, le Sagittaire;

10° Au Nord : Hamdel, Eloym, Décembre, le Capricorne ;

11° Au Nord : Gabriel, Agla, Janvier, le Verseau ;

12° Au Nord : Acchiel, Meleck, Février, les Poissons.

Le trône du souverain grand maître est placé entre les deux colonnes de l'Orient et élevé sur trois marches. Le dais aux tentures rouges galonnées d'or est surmonté d'un grand aigle d'or becqué, membré et couronné en noir, tenant dans ses serres d'un côté une balance, de l'autre une clef d'or. Le trône est noir et or. Au fond du dais, une étoile flamboyante d'or ornée du Yoth. A gauche du trône un autel triangulaire en or portant une Bible, un compas, une clef et un maillet. Au milieu du plancher la balance kabbalistique de Salomon et au-dessous une balance réelle.

La salle du conseil est éclairée sur les quatre faces par dix bras de métal doré, ayant chacun trois branches et placés entre les colonnes deux à l'Orient, deux à l'Occident, trois au Midi et trois au Nord.

Le pavé est également éclairé à l'Orient du côté du Midi et de chaque côté de l'Occident par un chandelier à deux branches, au centre par un chandelier à une branche. Toutes les bougies sont jaunes et n'ont servi qu'une fois, parce que tous les matériaux employés au Grand Œuvre doivent être vierges, non mixtes. Pour les allumer, il faut autant que possible employer de l'amadou enflammé au soleil et, à son défaut, la pierre et l'acier, mais jamais le feu commun et ordinaire.

Le prince grand prieur et le prince grand surveillant sont assis dans de petits fauteuils d'or élevés sur un degré, ayant devant eux une petite table triangulaire couverte d'un tapis d'or pour pouvoir frapper du maillet.

L'orateur et le secrétaire sont assis de la même manière, niais avec des ornements proportionnés à leurs charges.

Tous les princes sont assis sur des chaises bleues filetées de noir ; chacune d'elles porte les armoiries de son titulaire. On devra faire usage de maillets noirs filetés de jaune.

Les princes sont vêtus de noir, chapeau uni à plumet blanc sur la tête, l'épée au côté, garde ornée d'un ruban feu au lieu de l'écharpe ordinaire. Leur tablier blanc est bordé et doublé de rouge ; une broderie ou un dessin, représentant sur son milieu un grand aigle noir pareil à celui qui orne la salle ; sur sa bavette, renversée pour la circonstance, la lettre J est figurée en noir. Ils portent à la troisième boutonnière de leur habit une rosette de ruban rouge à laquelle pend un aigle d'or. Les gants doivent être bordés et doublés de rouge ; sur le dessus de la main droite est brodée en noir une balance et une clef au-dessus de la gauche.

Les princes sont décorés de trois bijoux : un compas couronné appuyé par son ouverture sur un quart de cercle portant au milieu une croix tirée de la balance kabbalistique de Salomon, à ses pieds un pélican avec sept petits et de l'autre côté un aigle les ailes éployées. Une branche d'acacia circule entre ces ornements. Ce bijou est l'emblème des trois règnes de la nature qui entrent dans le travail de la vraie science. Le second bijou est un triangle équilatéral, autrement dit pentacule du roi Salomon. Ce bijou renferme toute la science kabbalistique dont chaque lettre renferme une puissance dans l'opération du Grand Oeuvre ; le dernier bijou est l'aigle noir dont nous avons déjà parlé. Il est le symbole du rang suprême de l'Ordre où on l'emploie.

Pour être à l'ordre dans le chapitre, on porte les trois doigts du milieu de la main droite sur le coeur, en tenant le pouce et le petit doigt dans le creux de la main.

Pour la réception d'un aspirant Rose-Croix, la chambre de réflexion est dépouillée de tout ornement ; aussi obscure que possible, elle sera éclairée seulement par une petite lumière posée sur une table noire sur laquelle on a placé un pot d'eau, du sel, un pain et du soufre. Au-dessus de la table est pendu au mur un tableau représentant un coq et un sablier, portant écrit au-dessus en gros caractères : Patience et persévérance. Devant la table, un trépied percé par le fond sert de siège au récipiendaire.

Le rituel de l'ordre du Chevalier de l'Aigle noir ou Souverain prince Rose-Croix débute par un aperçu historique qui mérite d'être intégralement reproduit :

« Tout bon maçon instruit des mystères de l'Ordre, possédant les hauts grades, doit s'être imaginé que la maçonnerie a un but qui doit encore exister, que le travail ne portait pas seulement à élever des édifices au vrai Dieu, qu'il ne se bornait pas non plus aux seules vertus morales ; quelque autre motif avait donné naissance à un ordre aussi sublime ; oui, mes TT? CC? FF?, la vraie philosophie connue et mise en pratique par le roi Salomon, c'est la base sur laquelle la maçonnerie est bâtie ; cet homme doué de sapience et le plus sage des rois de son temps, ne pouvant travailler seul, choisit dans ses États un nombre de sujets selon son coeur; il se les attacha par les bienfaits en les regardant comme ses ff? et les initia dans les secrets les plus cachés de l'art kabbalistique ; qu'il serait à souhaiter, mes TT? CC? FF?, que cet art nous fût parvenu dans toute sa clarté; mais nos anciens maçons, soit par prudence ou par d'autres raisons, nous ont caché les points les plus importants de cet art divin sous des types qui ne présentent que des énigmes ; heureux celui d'entre nous qui sera assez laborieux pour faire, par ses recherches et son travail, la découverte de ces sublimes vérités, il pourra être assuré d'avoir trouvé la vraie félicité à laquelle un mortel puisse aspirer, car sa santé sera conservée, ses jours prolongés et ses moeurs exemptes d'être corrompues par les vices où l'indigence et l'infirmité ne conduisent que trop l'espèce humaine. Réfléchissons, MM? TT? CC? FF?, sur tous les objets qui vous auront affectés dans les différents grades par où vous aurez passé, et vous verrez que c'étaient autant de signes et de mystères dont vous deviez un jour avoir la clef, c'est-à-dire apprendre au vrai à quoi ils devaient s'appliquer.

« Cet éminent grade les renferme tous, il en fait l'analyse, il vous présente du travail à entreprendre; c'est à vous, MM? TT? CC? FF?, à entrer dans sa carrière munis de l'amour de la vérité et de la persévérance. Ce grade, qui compte un ordre de parfaits maçons, a été mis en lumière par le f? R? Qui l'a tiré du trésor kabbalistique du Docteur et Rabbin Néamuth, chef de la synagogue de Leyde en Hollande, qui en avait conservé les précieux secrets et le costume ainsi qu'on va voir les uns et les autres dans le même ordre qu'il les a mis dans son Talmud mystérieux. »

Plus loin on explique que si les Chevaliers de l'Aigle noir sont appelés Roses-Croix ,c'est parce que « Raymond Lulle grand maçon et philosophe hermétique, ayant trouvé par la science kabbalistique le vrai salut de vie par le mariage des six métaux, il en composa un parfait appelé or ; il le présenta au roi d'Angleterre qui en fit fabriquer de la monnaie, où d'un côté était une croix symbole des quatre éléments, et de l'autre une rose, symbole du triomphe du Travail et le prix des sages, l'épine n'appartenant qu'aux vrais trompeurs et aux sots.

Raymond Lulle fut fait chevalier et, depuis lui, tous ceux qui travaillent à la science kabbalistique ou art royal sont appelés chevaliers Roses-Croix.

« Ce sublime grade est en vénération dans toutes les cours du Nord et en Prusse, où le souverain en est le protecteur et le G?M? C'est pour cela qu'il lui a même donné le nom d'Aigle noir comme roi des oiseaux et le seul fait pour voler au devant du soleil et en fixer la lumière.

« Le but de ce grade est la science sublime des connaissances de la nature et d'en tirer un travail utile au genre humain, soit dans la purification des métaux imparfaits pour les transmuer en or, seule production parfaite de la nature et comme telle l'emblème de la divinité qui n'a en soi ni impuretés, ni commencement, ni fin ; aussi l'or se trouve-t-il toujours en même poids et valeur dans tel feu que vous puissiez le mettre ; c'est aussi le fond du mystère de la salamandre qui vit dans le feu et du phénix qui renaît de ses cendres. Il n'est point ici compris parmi les six autres impurs parce que physiquement il est tout esprit et par ce moyen est incorruptible. De ce métal pur et rendu potable vous en tirez magnétiquement la médecine universelle, dont l'existence ne peut se nier, attendu tout ce qui est dit dans l'Écriture sacrée et dans tous les philosophes hermétiques et notamment (Le diadème des sages, 1782), par le premier but de l'association des chanoines de Paris et autres officiers ecclésiastiques qui sont venus après les druides ou prêtres des anciens Gaulois, desquels ils tenaient cette science par tradition, ce qui se trouve aisément dans les annales de Paris.

« Ces ecclésiastiques qui, suivant les anciens apôtres, étaient médecins des corps et des âmes, soignaient les malades et les traitaient avec beaucoup d'humanité et de charité. Ce qui était admirable, c'est qu'ils guérissaient toutes les maladies et infirmités (si Dieu n'en ordonnait autrement) par des remèdes naturels, dont ils avaient la connaissance philosophique acquise par l'usage et l'étude de la sage nature qui les fournit en profusion à ceux qui sont ses scrutateurs, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à des secours étrangers, impuissants et destructeurs. C'est pourquoi ils avaient leur école de médecine près de leur église, rue de la Bûcherie, laquelle existe encore aujourd'hui. Et comme l'amour de Dieu et du prochain faisait tout leur devoir et leur mérite, en ces temps de sagesse et de simplicité, ils obtinrent de faire construire près d'eux un hôtel de charité, où l'on apportait, recevait et traitait les infirmes et malades avec tous les soins et secours dont par esprit d'institution et d'état ils étaient capables, et s'en faisaient un point essentiel de religion. Ils opéraient des cures et guérisons miraculeuses et si surprenantes que cet hôpital d'infirmerie fut alors appelé Hôtel de Dieu et par corruption Hôtel-Dieu, ainsi qu'on peut le voir dans Nicolas Flamel ».

Nous sommes entrés dans tous les détails qui accompagnaient les initiations et nous avons choisi la plus curieuse d'entre elles ; nous avons également donné in extenso le type d'un balustre (discours) tel qu'il était d'usage d'en prononcer, afin que le lecteur puisse se rendre compte de la phraséologie amphigourique alors en usage, et enfin qu'il soit un exemple des formules employées pour faire allusion au mystère de la création. Nous en avons assez dit précédemment pour qu'il soit inutile d'insister sur l'étoile flamboyante et la parole perdue.

Nous allons voir maintenant comment on ouvrait un chapitre et comment se faisait la réception d'un aspirant Rose-Croix.

Le souverain GM après s'être fait assurer des portes et de la valeur maçonnique des ff? présents, frappait un grand coup de maillet sur l'autel. Aussitôt tous les princes se tenaient debout et à l'ordre. Lorsque les deux surveillants avaient à leur tour frappé un coup de maillet, le souverain GM prenait la parole :

Princes chevaliers de l'Aigle noir, prince grand prieur, prince grand surveillant et officiers dignitaires, aidez-moi à ouvrir le chapitre .

On échangeait alors le signe, puis le prince grand prieur et le prince grand surveillant présentaient la pointe de leur épée au souverain GM et tous les princes se mettaient à l'ordre ; le souverain GM reprenait alors la parole.

D. Prince grand prieur, quelle heure est-il ?

R. Souverain GM l'étoile du matin paraît.

D. Prince grand prieur, que devons-nous faire ?

R. Nous devons reprendre nos travaux.

D. Prince grand surveillant, quel est votre devoir ?

R. S? GM c'est de voir si le chapitre est scellé hermétiquement, si les matériaux sont prêts, si les éléments se distinguent, si le noir fait place au blanc et le blanc au rouge.

D. Prince grand surveillant, voyez si tout est prêt.

R. S?GM tout est prêt, vous pouvez commencer l'oeuvre ; tout est prêt, le feu prend couleur, tout est prêt.

D. Prince grand prieur et prince grand surveillant, quittez le fer, prenez vos maillets et disposez les princes dans leurs postes.

R. Princes chevaliers qui habitez le zodiaque, observez dans vos travaux d'être exacts à nous procurer les trois règnes de la nature, c'est-à-dire : les animaux, les végétaux et les minéraux, subordonnés à chaque signe et à chaque mois de l'année, et renfermez tous vos métaux dans la maison du soleil.

D. Princes, que le bruit de vos outils retentisse d'un pôle à l'autre et que l'Orient et l'Occident dirigent désormais le cours des planètes.

Le Souverain GM frappe ensuite trois fois deux coups de maillet, les deux surveillants font de même.

D. Princes chevaliers, le chapitre est ouvert ; faisons notre devoir.

Les deux surveillants répètent ces paroles, tous les assistants font les signes ; on applaudit sept fois (six et un) en disant trois fois Vivat, puis chacun prend sa place et l'on procède à la réception.Le parrain, assisté d'un chevalier préparateur, va chercher le récipiendaire dans la chambre de réflexion et lui demande s'il désire toujours avec ardeur se faire recevoir chevalier de l'Aigle noir. Sur sa réponse affirmative, le préparateur, après lui avoir bandé les yeux, l'introduit en le prenant par la main dans un appartement tendu de noir dans lequel se trouve étendu sur une table le dernier chevalier reçu, couché sur le dos, contrefaisant le mort ; on fait toucher le corps au récipiendaire, et pendant qu'on lui fait faire des voyages autour de la chambre, le chevalier étendu sur la table se retire sans bruit et l'on met à sa place un coeur de boeuf ou de mouton, une tête de mort et une lumière.

On demande au récipiendaire s'il est toujours décidé à poursuivre sa course et à anéantir tout ce qu'on lui ordonnera. Dès qu'il a répondu affirmativement, on le conduit armé d'un poignard près du coeur de boeuf et on lui dit :

- Frappez et n'hésitez pas ; malheur à vous si vous vous repentez du coup que vous aurez porté.

L'aspirant perce le coeur et y tient le poignard plongé.

- Savez-vous ce que vous venez de faire? lui demande le préparateur,-Je ne sais rien. Tout ce que je puis croire, c'est que j'ai frappé quelque corps, mais je ne m'en repens pas, et pour preuve de ce que j'avance, je suis prêt à recommencer.

On retire le bandeau qui couvrait les yeux de l'aspirant, afin qu'il puisse contempler la lumière, le coeur et la tête de mort. Au bout d'un instant, le préparateur reprend :

- Emportez ce coeur au bout de votre poignard et suivez-moi.

Arrivé à la porte du chapitre, le parrain frappe deux coups irréguliers, auxquels le prince grand surveillant répond par une batterie semblable, et s'adressant à son collègue ;- Prince grand prieur, on frappe en profane à la porte du chapitre.

Celui-ci en prévient le souverain GM qui ordonne au prince grand surveillant qui frappe de lui en rendre compte. Après avoir parlementé avec le préparateur, le prince grand surveillant assure au souverain GM que le trophée que l'aspirant va lui présenter sera une garantie suffisante en sa faveur.

On demande au parrain le nom, l'âge du candidat, les grades par lesquels il a passé pour oser prétendre au sublime grade de Rose-Croix.

On l'introduit ensuite à l'occident du chapitre, le parrain et le préparateur remettent le récipiendaire au souverain GM et vont reprendre leurs places.

Après avoir posé à l'aspirant des questions sur son passé maçonnique, le souverain GM lui explique que le trophée représenté par le coeur a pour objet de lui rappeler que lorsqu'il a été reçu apprenti il a prêté le serment solennel, et qu'il a consenti à avoir le cœur arraché s'il devenait parjure à ses engagements. Comme, de plus, dans le grade de Rose-Croix, il faut des hommes résolus sur lesquels on puisse compter dans le besoin, on a voulu éprouver son courage. L'aspirant profite de la circonstance pour assurer qu'il est prêt à exécuter les ordres du souverain GM de quelque nature qu'ils soient.

Lorsqu'il a reçu cette assurance, le souverain GM autorise l'aspirant à venir jusqu'au pied de son trône en exécutant la marche des quatre éléments, qui se fait par les quatre points cardinaux en partant par l'Occident passant par le Centre, allant au Nord, traversant de nouveau le Centre pour arriver au Midi, puis à l'Orient et enfin aux pieds du souverain G?M?, devant lequel il se met à genoux en posant la main droite sur le plat de la Bible.

Le récipiendaire prête alors son serment.

- Je promets et jure, dit-il, devant le Suprême et Grand Architecte de l'Univers et devant le souverain chapitre ici assemblé de sceller, garder et ne jamais révéler les secrets des chevaliers de l'Aigle noir, dits Roses-Croix, à aucun des profanes ou maçons inférieurs à ce grade, sous quelque prétexte que ce puisse être ; de n'en parler qu'en chapitre et lors du travail. Si j'y manque et que je devienne parjure, je consens et je pardonne ma mort à ceux des chevaliers qui me la donneront de quelque manière que ce soit, par le fer, le feu ou le poison ; que ma mémoire soit en horreur parmi les Roses-Croix et les maçons répandus dans le monde entier ; priez pour moi, mes frères, que Dieu me soit en aide et me préserve de manquer à mon obligation.

Le serment prêté, le grand prieur fait relever le candidat, le présente au souverain GM qui le fait passer à sa droite et le décore sur-le-champ des bijoux, gants et tablier de l'ordre ; puis il lui donne les signes, mots et attouchements.

- Le signe, dit-il, se fait dans l'appel en portant l'index de la main droite sous le nez, ensuite sur la joue jusqu'à l'oreille, puis en le descendant le long du cou jusqu'à la clavicule afin de former l'équerre. On répond par le même signe, mais avec la main gauche.

- L'attouchement se donne en s'embrassant réciproquement : chacun avance son pied droit et se donne un coup de talon. Le mot sacré est Messias, qui veut dire trésor des philosophes. Celui de passe ou d'entrée est Och, qui signifie semence de tous les métaux.

Le candidat va se faire reconnaître par tous les princes, puis est reçu par le souverain GM qui lui dit :

- Par le pouvoir que j'ai reçu et du consentement unanime de cette auguste assemblée, je vous reçois prince maçon par le T? P? grade de Chev. de l'Aigle noir de Rose-Croix d'Allemagne dont vous êtes revêtu et devenu membre.

L'orateur lui dévoile alors en ces termes les mystères du grade :

- La figure de cette loge tracée est un carré long plus étendu de l'Orient à l'Occident que du Midi au Nord, parce que le soleil éclaire plus le globe terrestre dans le premier sens que dans le second, puisqu'il ne sort jamais au delà des tropiques.

Vous voyez ici, dans le centre, un grand espace circulaire composé de nuages renfermant les cercles du zodiaque où sont contenues les douze maisons du soleil, gardées chacune par un des douze mois de l'année ; chaque mois vous devez rentrer dans la chambre qui le représente pour y travailler et attirer la visite de l'astre lumineux vivifiant toute la nature et toute la matière.

Le soleil doit être reçu par les quatre éléments que vous inviterez à vous tenir compagnie, car sans eux la maison serait triste ; vous ferez banqueter le soleil des mets tirés des animaux et des fruits, qui sont nourris dans l'intérieur de chaque maison céleste. Si vous observez toutes ces choses, vous opérerez avec fruit.

Dans le cours de notre travail, il faut considérer la matière comme morte ; le cadavre d'Hiram en est l'emblème. Il faut le vivifier et le faire renaître de ses cendres, ce que vous obtiendrez par la végétation de l'arbre de vie représenté par la branche d'acacia ; mais vous ne saurez opérer avec fruit, si vous vous écartez de l'équerre et du compas qu'il faut sans cesse avoir devant vous.

Ces deux bijoux ne sont pas les seuls dont vous devez faire usage ; ils sont accompagnés des deux instruments indispensables : la balance et la clef. Vous ne pouvez non plus vous passer de la pentacule, qui renferme toutes les vertus célestes.

Abandonnons pour un moment, MM? VV? CC? FF?, le centre mystique de notre loge, traversons la lune qui doit couvrir nos sacrés mystères et parcourons l'espace qui l'environne. A l'Occident nous trouverons le mont Ebron, sur le sommet duquel on éleva les deux grandes colonnes Jackin et Booz, c'est-à-dire Force et Beauté, premier principe du grand oeuvre que vous allez entreprendre. La force est représentée par les matériaux que vous devez employer et la beauté par l'ouvrage qu'ils nous produiront.

La colonne Jackin était dédiée à Dieu, tout venant de lui ; c'est ce que vous êtes présentement, puisque vous allez commencer à travailler. Vous deviendrez compagnons quand vous commencerez à connaître la beauté de la matière élémentaire ; enfin, vous deviendrez maîtres quand vous aurez placé dans votre planche la route fixe du soleil.

A l'Orient, nous voyons un grand aigle, roi des animaux de l'air, le seul qui puisse fixer l'astre radieux, car la matière de sa nature n'a point de forme; c'est la forme qui développe la couleur ; le noir, c'est la matière hors d'oeuvre. Change-t-elle de couleur ? elle reprendra une forme nouvelle, et un soleil des plus brillants en sortira. De même que la naissance du soleil est annoncée par l'étoile du matin, l'étoile flamboyante dans sa rougeur est accompagnée par la fraîcheur argentine de la lune.

Dans le plan de la loge, vous découvrirez une pierre brute, matière informe qu'il faut préparer, une pierre cubique à sommet pyramidal, et la matière développée : le sel et le soufre.

L'équerre, le niveau, la perpendiculaire et le maillet vous serviront à construire les maisons du soleil par où vous devez faire passer la matière informe. Aussi faudra-t-il les construire avec règle et préparation ; sans cela l'esprit de vie ne saurait s'y loger.

Avec tous ces instruments vous construirez le grand autel sur lequel brûlera le feu tiré du ciel, et le grand bassin servira à vous purifier les mains, le corps et tout ce que vous toucherez pour opérer avec fruit. Soyez laborieux comme le castor et cachez-vous comme la chouette, afin de bien travailler à l'abri des regards des curieux. 

Le souverain GM ajoute à son tour : 

- Chevaliers, princes nouveaux reçus dans l'ordre des chevaliers de l'Aigle noir, lorsqu'on vous mit en réflexion, vous aperçûtes du pain, de l'eau, du sel, du soufre, un coq et un sablier, avec ces mots : Patience et persévérance ; matières symboliques et faciles à expliquer.

Par le pain et l'eau, on vous marque la sobriété dans vos repas ; par le sel, les bonnes moeurs que vous devez avoir pour vous conserver parmi les hommes ; par le soufre, l'ardeur secrète que vous devez avoir de parvenir à la science kabbalistique en formant votre esprit à savoir promptement tous les instants où la lumière vous éclairera ; par le coq, la vigilance dans toutes vos oeuvres, et le sablier désigne le temps que l'on doit employer au travail qui doit être compté par heures et par minutes. Aidons donc les nouveaux chevaliers à découvrir le principe de vie renfermé dans le coeur de la matière première connue sous le nom d'Alkaest.

Puis le souverain GM fait l'instruction du grade par un dialogue avec les surveillants. De ce dialogue il résulte que le souverain GM se tient à l'Orient pour y attendre l'arrivée du soleil et l'accompagner dans ses douze maisons célestes dont les honneurs sont faits par le Grand Architecte de l'Univers lui-même, sous douze noms sacrés, tirés chacun des douze lettres du grand nom de Dieu en hébreu: Getimoaljeam. Les douze maisons sont partagées en quatre parties égales qui sont les quatre saisons de l'année, qui expliquent l'utilité du travail.

Dans ce travail on doit employer les quatre éléments et les trois règnes de la nature qui, pour être utilisés convenablement, doivent être pris dans leurs vraies saisons, pour que le genre humain puisse y trouver d'immenses trésors.

Adonaï, le plus puissant nom de Dieu, met tout l'univers en mouvement ; le chevalier qui serait assez heureux pour le prononcer kabbalistiquement aurait à sa disposition les puissances qui habitent les quatre éléments et les esprits célestes ; il posséderait aussi toutes les vertus utiles à l'homme et parviendrait avec leur concours à la découverte du premier des métaux qui est le soleil, qui provient de l'alliance intime des six métaux inférieurs, dont chacun contient la semence, et la fournit dans le lit nuptial.

Les six métaux inférieurs, le plomb, l'étain, le fer, le cuivre, le mercure et l'argent, sont symbolisés par Saturne, Jupiter, Vénus, Mercure et la Lune ; l'or-soleil, le premier des métaux, est placé en leur centre, bien que physiquement il ne soit point un métal, car il est tout esprit et par là incorruptible, et c'est pour ces raisons qu'il est l'emblème de la Divinité, incapable d'aucune altération .

Pour parvenir à allier les six métaux et à n'en faire qu'un seul qui ne soit point un métal, on se sert de la règle et de la balance que Salomon a laissées dans son traité précieux de ses Clavicules kabbalistiques. La Kabbale est la pratique secrète des hautes sciences ou connaissance des secrets de la nature et de la grandeur de Dieu.

Pour sa balance, Salomon se servait de 25 nombres sous-divisés de la façon suivante : 1, 2, 3, 4, 5, qui contient 25 fois l'unité ; 12 fois 2, 8 fois 3, 6 fois 4 et 5 fois 5.

Sept philosophes ont donné la clef de cette balance : Albumasaris, Pythagore, Ptolémée, Antidonis, Platon, Aristote et Hali. Chacun d'eux s'est attaché à un métal, ils en ont fait un traité et en ont donné la mesure, la règle et la balance pour les mettre en oeuvre, et chaque traité est sous la domination d'un génie élémentaire. Les métaux et les génies correspondants sont: Plomb, Aratron ; Etain, Retor ; Fer, Phalech ; Or, Och ; Cuivre, Hagit ; Mercure, Aphiel, et Argent, Hali.

Pour fabriquer l'Alkaest, esprit ou dissolvant, inventé par Van Helmont, il faut commencer par travailler à l'alliance des quatre éléments simples dont tous les êtres sont composés et les trois règnes de la nature chacun dans leur saison, renfermés dans chacune des maisons du soleil en commençant par celle de Mars, parce que c'est par elle que commence l'année dans la philosophie hermétique et en astronomie. On prépare mystérieusement les trois productions de la nature avec le feu élémentaire tiré de la matière première par attraction et force centripète des mixtes, mises en digestion dans le fourneau économique allumé par les quatre vents.

Ce trésor produit des trésors immenses pour l'humanité et qui dureront autant que le monde. Il n'y a que les vrais maçons qui puissent participer au Grand oeuvre, et encore bien peu y parviennent-ils.

Si étrange que cela puisse nous paraître, des gens qui n'étaient pas stupides ni de mauvaise foi s'amusaient à ce jeu étrange à la fin du XVIIIe siècle ; le marquis de la Rochefoucauld-Bayer un des auteurs de ce rituel, était un fort honnête homme, qui ne songea pas un instant à fronder la royauté, ni à attaquer la religion. Et cependant, depuis 1776, il était GM du rite écossais philosophique. En 1780, il était membre de la Candeur à l'Orient de Paris, et en 1787 député au GO de Saint-Jean-d'Ecosse de l'Indulgente Amitié à l’O? de Barbezieux, et vénérable du Contrat social à l’O? de Paris ; il est vrai que, l'année suivante, il fut remplacé dans ces dernières fonctions par le comte de Gand.

Quelque singulière que soit l'initiation au grade de Rose-Croix ordinaire, celle des Réaux-Croix, autre variété du même grade, est encore plus bizarre. Dans sa correspondance avec le prince Charles de Hesse et avec le duc Ferdinand de Brunswick, Willermoz, qui avait été admis Réau-Croix par Bacon de la Chevalerie, délégué de Martines de Pasqually, définira ce grade, et une lettre de Pasqually expliquera comment on devait le conférer

Pour les Réaux-Croix, l'Angleterre est bien la patrie de la FM et Cromwell aurait trouvé l'ancien institut des architectes d'Orient, conservé dans le palais de Whitehall, mais il l'aurait mal interprété. Cet institut avait été fondé par les F. R. A. C. X. (Fratres Roseæ et aureae crucis Christiani) qui font remonter leur origine à un prêtre de Sérapis, nommé Ormus, qui vivait vers l'an 46, au temps où saint Marc évangélisait l'Egypte. Ormus ayant été baptisé, adapta les doctrines secrètes des Egyptiens aux enseignements du christianisme.

En l'an 151, des Esséniens et des juifs convertis et savants dans les sciences occultes, se joignirent aux Ormusiens conservateurs des mystères de Moise, de Salomon et d'Hermès. Ces doctrines furent transformées au VIème et au VIIème siècle et n'ont pas changé depuis. En 1188, quand Jérusalem fut reprise, trois adeptes vinrent en Ecosse et perpétuèrent l'Ordre, qui ne comportait que peu d'initiés. Cromwell aurait été Réau-Croix. D'après Charles de Hesse, les R.+ d'Occident ainsi que les Frères moraves étaient sortis d'une branche de ces Réaux +, mais ils avaient des connaissances très inférieures à celles des Réaux-Croix, qui étaient infiniment sublimes.

Willermoz donne de curieux détails dans une lettre qu'il adresse au prince de Hesse, le 20 octobre 1780.

Il explique que, bien qu'ayant fait suivre sa signature du signe R. +, il n'est pas Rose-Croix, mais Réau-Croix : « J'admets, écrit-il, beaucoup des connaissances des Roses-Croix, mais leur base est toute de la nature temporelle ; ils n'opèrent que sur la matière mixte, c'est-à-dire mélangée du spirituel et du matériel ; et ont par conséquent des résultats plus apparents que ceux des Réaux-Croix, qui n'opèrent que sur le spirituel temporel et dont les résultats se présentent sous forme de hiéroglyphes ».

Dans chaque groupe de Réaux-Croix il y a un chef plus puissant que les autres. Sur toute la surface de la terre il n'y a que 7 chefs, sans compter le chef suprême. Pasqually en aurait connu un en Italie et un autre en Asie. Willermoz dit ne posséder sur tout que des connaissances théoriques , son initiateur (Pasqually) l'ayant élevé rapidement et l'ayant, peu après, quitté pendant de longues années : « Il devait revenir en France pour achever mon instruction, quand il mourut. Celui que je crois son légitime successeur (le fils de Pasqually) a encore bien des années à attendre pour reconnaître les vertus qui ont été mises en lui et encore plus pour être utile aux autres, étant encore très jeune.

« J'ai été établi pour conserver le dépôt qui m'a été confié, et plusieurs, par mon ministère, ont eu des signes certains que la route que je leur traçais était sûre, et moi-même, quoique moins virtuel pour mon propre compte que je l'ai été pour autrui, j'en ai reçu quelquefois des signes si positifs, si évidents, si convaincants que je ne puis douter de la vérité des principes ».

Pour Willermoz, c'est dans l'ordre des Réaux-Croix que réside l'ordre par excellence dans toute la force du terme (Réau, puissant prêtre). Les connaissances perdues par la chute de l'homme et rendues par le Christ, auraient été perdues par les papes. Les vrais Réaux seuls ont gardé la puissance d'ordination sacerdotale du culte primitif. Ceux ainsi ordonnés s'appellent Coëns.

Voyons maintenant comment on était admis parmi les Réaux-Croix. C'est Pasqually qui l'explique dans une lettre à Bacon de la Chevalerie ; nous la reproduisons textuellement, y compris les fautes d'orthographe caractéristiques.

« A Bordeaux, le 2 mai 1768.

« Je réponds T. H. T. R. M. aussi promptement que je le peut à la demande que vous me faites touchant le grade de Réau croix que vous voulez donner à notre T. H. T. R. M. De Villermoz. Je ne me refuserais jamais pour que ce R. M. soit récompensé à tout égards et même avec satisfaction, personne plus que lui le mérite davantage. Vous me permettrez P. M. de vous faire les observations secrètes de notre loy abstraite à ce sujet. Vous ne devez point ignorer que nous ne jouissons en notre qualité d'hommes, d'Image et de ressemblance divine que de deux choses qui sont réellement en notre pouvoir qui sont les différents actes cérémoniaux de nos opérations qui sont au nombre de quatre auxquelles il nous est donné une seule puissance a chaque, qui font quatre puissances ce qui complète avec les quatre cérémonies le nombre infini de huit. Toutes ces choses nous sont données avec précision d'heures, de jours, de semaines, de mois, de lunes et d'années. Et que par ce moyen en suivant scrupuleusement ce qui nous est prescrit par Dieu même, nous osons nous attendre à un succès plus considérable de nos travaux que lorsque nous en sortirons.

Vous savez que je vous ai toujours dit qu'il n'était point en mon pouvoir de satisfaire entièrement l'homme à ce sujet et qu'à Dieu seul appartenait cette sublime opération.

A toutes ces choses prés, T. P. M. comment pouvoir nous promettre quelque succès en faveur du candidat que vous voulez admettre à une opération hors de son tems, un fruit prématuré est hors de saison, une opération de principe faite hors de son tems est sans fruit. Vous me répondrez à tous cela comment faire ? Je lui ai promis. Je dirai a cela tempis, vous avez mal promis, ces sortes de choses sont-elles en votre pouvoir ? Indifféremment cela ne se peut d'aucune façon si nous ne suivons scrupuleusement ce qui nous est prescrit. La précision de la cérémonie ne suffit pas seule, il faut encore une exactitude et une sainteté de vivre au chef qui mène les cercles d'adoption inllecte (sic) il lui faut donc une préparation spirituelle faite par la prière, la retraite et la moration, vous avez sçu comment je me suis comporté a Paris a cet égard. Cependant je ferai mes efforts pour abandonner mes affaires domestiques afin de me disposer a vous fortifier dans votre opération, pour récompenser le zèle et les travaux laborieux au R. M. De Willermoz, que je crois être digne du succès que je lui désire dans cette opération, il ne dépendra pas de moi pour qu'il soit satisfait. Qu'il vous souvienne que c'est le dernier et le premier. Vous observerez pour cette cérémonie de faire les mêmes cercles que je fis pour la réception du T. P. M. de Luzignem, vous attaquerez l'angle de l'Ouest comme votre chef angle. Il ne vous est point permis d'attaquer a l'Est directement, ce tens étant passé. Vous ferez toutes les mêmes cérémonies, tant en prières qu'en parfum ; vous n'offrirez d'autre holocauste d'expiation que la tête d'un chevreuil mâle, que vous ferez acheter indifféremment au marché, laquelle tête sera avec sa peau velue. Vous la préparerez ainsi que l'on prépare le chevreuil avant de l'égorger. Ensuite vous dresserez trois feux nouveaux. Dans celui qui sera au nord vous mettrez la tête sans langue ni cervelle mais bien avec les yeux, Dans celui qui sera au midi vous y mettrez la cervelle. Dans celui qui sera à l'Ouest vous y mettrez la langue. Lorsque le tout brûlera le candidat jettera trois grains de sel assez gros dans chaque feu. Ensuite il passera ses mains par trois fois sur chaque flamme de chaque feu en signe de purification. Il aura le genout droit à terre et l'autre debout et dira ensuite ce mot ineffable que vous trouveriez marqué dans l'écrit cy joint ainsi que leur nombre caractères et hiéroglyphes lesquels seront tracés devant chaque feu tel qu'ils sont marqués. 

« Si on ne peut avoir une tête de chevreuil, on prendra la tête d'un agneau couverte de sa peau. Il faut absolument que sa peau soit noire sinon l'holocauste serait action de grâce et non d'expiation. Le candidat fera la cérémonie de la tête d'agneau ou de chevreuil avant tout autre cérémonie. Les cercles et l'appartement où l'on fait l'opération, seront entièrement préparés ainsi que nous avons jadis fait. Vous aurez de l'eau comme il convient, vous commencerez votre opération le onze du courant, vous suivrez le 12 et finirez le 13 pour que vous vous rencontriez aux jours relatifs ou manquement de la saison. Par le nombre des jours que je vous fixe, vous remarquerez le nombre de confusion par 1   1.  Le nombre 2 terrestre et corporel par  1   2  et par  1   3  puissance. 3   4

Ensuite vous ferez commencer par les invocations ordinaires et conjurations entre lesquelles vous joindrez celle du commandeur d'Orient. joindrez à celle que je vous ai donné. Après les trois jours d'opérations faites, vous ramasserez soigneusement les cendres des trois feux que vousavez crée. Vous donnerez au candidat un scapulaire pareil a celui des autres R. +. Vous lui ferez faire un talisman égal aux autres, vous assemblerez pareillement vos deux P. M. R. + dont l'un et l'autre feront chaque jour une opération et vous ferez la dernière, il est égal qui des deux commence. Vous observerez de faire dire au candidat la prière qui est a la suite des mots d'abord qu'il aura passé les mains ouvertes sur le feu de l'holocauste, vous aurez de toutes nécessité deux réchauds un peu grands pour faire consommer la langue et la cervelle, et celui qui sera sous la cheminée de la Chambre figurera le Nord, les deux réchauds figurerons le midi et l'Ouest conformément à l'ancien usage, ou l’on portait des caisses grillés pour faire les holocaustes en campagne. Voilà T. P. M. tout ce que je puis faire en faveur du zèle du R. M. De Willermoz, Dieu fasse qu'il l'entende et qu'il retire de cette opération tout l'avantage et le succès qu'il mérite. J'abandonne avec plaisir mes propres affaires pour sa satisfaction ne comptant pas beaucoup sur la propagation de l'ordre par la lenteur q

ue je lui voie. Je vous prie d'assurer le R. P. M. de Willermoz de mon sincère attachement.

« Ne faites fautes de prévenir tous les R. R. M. M. Réaux Croix de l'opération que vous allez faire à l'extraordinaire, n'importe qu'ils soient ou non avertis quinze jours d'avance comme il convient. Si vous n'agissiez point, comme je vous le dis, les R. + pourraient très bien vous refuser la reconnaissance du R. + que vous auriez fait et m'en porter leurs plaintes pour qu'il ne fût point inscrit dans mes circonférences secrètes ainsi que dans mon répertoire universel. Faites écrire par un des R. P. R. + aux T. P. M. de Champoleon, au T. P. M. de Grainville, au T. P. M. de Luzignem pour éviter toutes sortes de discussion.

« Vous n'oublierez point de faire boire le calice en cérémonie après la réception et vous donnerez le pain mystique ou cimentaire a manger a votre Réau + nouvellement reçu dans la même cérémonie que vous m'avez vu faire ».

On a vraiment peine à croire qu'en plein XVIIIe siècle il y avait encore des gens se livrant à ces pratiques surannées et ridicules, surtout lorsqu'on constate que Willermoz n'était pas parmi les plus exagérés, et qu'en dehors de la maçonnerie c'était un brave homme, un honnête commerçant et un bon père de famille.

Il est un autre rituel également intéressant, c'est celui de chevalier Kadosch, dont nous n'avons pu trouver aucun exemplaire ancien aussi explicite que ceux de Rose-Croix et de Réau-Croix que nous venons de citer. Cependant nous en avons rencontré un qui pour être moins ancien n'en est pas moins intéressant, attendu que s'il faut en croire l'auteur, le Frère Fabien 30e, le texte qu'il donne est la reproduction d'un « Rituel ancien formulé à nouveau suivant la pratique moderne (1) ». Dans ce rituel il est expliqué que «  dans les grades philosophiques, le maçon ne reçoit plus l'impulsion de personne. Dans la première série, il façonne les coeurs, dans la seconde il façonne les esprits ; voici que dans la troisième, il façonne les volontés » 

Puis il explique au candidat que l'échelle maçonnique a sept échelons, qui symbolisent: la probité, l'expérience, la fermeté, la persévérance, la religion, la science, et enfin le septième échelon « est », dit-il, « celui que tu gravis maintenant en groupant les sciences et les vertus qui peuvent te rendre apte à gouverner la volonté des autres en lui faisant accepter ton autorité » (p. 16 et 17). En conséquence, les échelons descendants symbolisent : les lettres, les sciences proprement dites, les arts, l'agriculture, l'industrie, le commerce et la politique.

 

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Dissertation sur les Grades (1836)

2 Décembre 2012 , Rédigé par Tuileur de Delaunay Publié dans #histoire de la FM

La Franche-Maçonnerie fut, dès son origine, une institution de haute portée. Elle renfermait une de ces idées-mères- frappent les esprits, les éclairent et, les gouvernent.

Plus la Franche-Maçonnerie fut connue, plus on comprit ce qu'elle avait de grand, de noble et de beau dans ses, principes ; de profond dans ses mystères, d'ingénieux dans ses formes.

Elle est restée pour, les adeptes ce qu'elle parut à ceux qui, les premiers., mirent en pratique ces principes), ces mystères, ces formes : tout, en elle, est encore respecté et conservé malgré un siècle et plus d’existence, malgré les révolutions qui se sont faites dans les choses et dans les esprits depuis 40 années.

C'est que pour les bons. Esprits, on ne refait pas des doctrines parfaites c'est que par eux et pour eux, les vieux et saints monuments sont toujours des objets,sacrés.

Et qu'on ne conteste pas cette vérité dont la fable nous offre un exemple. Minerve sortit tout armée du cerveau de Jupiter. Aucune divinité de l'Olympe n'imagina de refaire l’œuvre du maître des dieux, et nul mortel, dans sa sagesse ou dans sa folie, ne rêva qu'il pouvait rivaliser avec Jupiter. Minerve est donc acquise aux siècles païens, et Minerve est toujours pour l'imagination et la poésie l'image de la Sagesse.

La Franche-Maçonnerie est l'allégorie de la sagesse divine et humaine, inspirée à l'homme par Dieu lui-même, ou créée par l'homme en puisant dans les perfections qui font l'attribut de la divinité et en réunissant à elles toutes les vertus qui peuvent appartenir à l'humanité elle-même.

Cette célèbre institution de la Franche-Maçonnerie n'a pas paru toutefois à des imaginations sombres, singulières, folles ou gracieuses, une création en harmonie avec leurs intérêts ou leurs dispositions diverses.

Ne pouvant rien inventer de mieux, de plus remarquable, de plus fait pour inspirer la confiance, pour frapper l'imagination, ils ont conservé la Franche-Maçonnerie, mais en la dénaturant pour l'approprier au but qu'ils se proposaient.

C'est ainsi que l'Illuminisme, le Carbonarisme, la Fenderie, la Tabacologie et la Maçonnerie des dames sont, pour les Francs-Maçons, la Franche-Maçonnerie altérée ou parodiée, et, pour les illuminés, les :Charbonniers les Fendeurs, les Priseurs et les partisans des Loges d'adoption, selon leurs vues, les terne et les circonstances, des modelions mystérieuses, la Franche-Maçonnerie perfectionnée, même la vraie Franche-Maçonnerie.

Nos lecteurs comprendront bien toute la différence qui existe entre la Franche-Maçonnerie et ces associations toutes diverses, toutes particulières ; ils comprendront mieux encore quand ils auront, avec nous, porté un regard sur la Franche-Maçonnerie et sur ces associations.

La Franche Maçonnerie tend à l'amélioration des hommes, des institutions et des mœurs; elle parle à l'esprit, au cœur, à tous les sentiments nobles et généreux; elle se propose la fraternité universelle ; elle recommande, comme première vertu, la philanthropie; en elle, tout est lumière et humanité. Désintéressée dé toute opinion politique et religieuse, elle prêche la paix et la tolérance. Elle calme les passions, éclaire les esprits et rapproche les cœurs. Elle veut tout mêler pour tout épurer. Dans ce creuset moral, l'alliage c'est-à-dire les passions violentes, les vices, sont rejetés sans retour, car à ses yeux aucune passion violente, aucun vice ne peut s'allier avec ses principes.

Voilà Franche-Maçonnerie !

Voyons les autres associations.

L’illuminisme, secte d’extravagants ou de chevaliers d'industrie, et, comme conséquence inévitable, d'esprits, faibles et de dupes, n'est pas de notre époque. Le charlatanisme et la déception ne prennent plus de voiles aussi mystérieux., ne s'entourent pas des mêmes prestiges., ne cherchent pas de routes aussi longues et aussi difficile a à parcourir ; ils ne font plus tant de façons, disons-le familièrement, pour s'emparer de l'esprit et de la fortune de ceux qui semblent nés pour être trompés. L’illuminisme n'a guère été connu en France qu'à l'époque où Cagliostro y vivait, il y a plus d'un demi-siècle. Ce charlatan Illuminé ne tira parti de ses connaissances dans cette secte que dans l’intérêt de sa fortune. On doute même que l'Illuminisme existe encore en Allemagne, cette terre classique du néologisme et de toutes les spéculations intellectuelles, moins, en général, la friponnerie..

Le Carbonarisme, secte politique, a particulièrement existé en Italie sous la domination française de la République et de l'Empire; il était hostile aux vainqueurs, alors c'était l'esprit national, et les vainqueurs seuls pouvaient s'en plaindre,et s'efforcer de le réprimer. La chute de l'Empire Français  ne l'a point éteint ; l'ancien gouvernement rétabli dans les différents états, d'Italie, l'a persécuté. Il ne l'a pas détruit non plus ; il l'a seulement forcé de se cacher davantage. En France, depuis 1814 jusqu'en 1830, le Carbonarisme n'a point été conspirateur en action, mais en théories politiques. Il était dangereux pour les hommes à systèmes rétrogradables; Ique par les idées. La révolution de juillet 1830 a frappé de mort dans nos contrées. Le procès récemment jugé à Toulouse a prouvé- qu'en voulant le faire revivre, on n'avait réussi qu'à le rendre misérable et ridicule.

Dieu nous garde de ses efforts de pygmées qui se croient des géants, qui voudraient &ire du mal et ne font que des sottises ; qui se tourmentent, heureusement, sans tourmenter les autres.

La Fenderie, espèce de Carbonarisme par les lieux et un peu par les termes, bien antérieure au Carbonarisme, et qui n'existe plus depuis trente ans, avait un objet louable, aider les voyageurs qui, dans les forêts et sur les routes, pouvaient courir- des dangers. An moyen de paroles et de signes ils appelaient à leur secours les Fendeur ou Bons, Cousine, et s'il s'en trouvait à leur portée, ils en recevaient défense et secours. En ville comme dans les bois, les Bons Cousins se prêtaient assistance, se secouraient mutuellement.

Rien n'était plus original, plus gai, plus fou que leu réceptions dans la Fonderie. C'était une parodie des plus plaisantes de la Franche-Maçonnerie. Mais si la Fenderie amusait, elle était utile. Les Francs-Maçons ne dédaignaient pas de se faire admettre dans ses Chantiers. Ils étaient de droit Bons Cousins ; il leur suffisait de prêter serment de fidélité à l'association et d'en remplir loyalement tous les devoirs. Ce serment, ils le prêtaient volontiers et le tenaient comme l'un principe maçonnique.

La Tabacologie ou société des Priseurs avait au lieu de Loges et de Chantiers, des Manufactures. L'une d'elles était établie, il y a 20 ans dans l'emplacement de l'ex-théâtre Molière, rue Saint-Martin, disposé, décoré et avec tout ce qui était nécessaire aux réceptions et aux pratiques de la société. La culture, la manipulation et l'usage du tabac dans toutes les manières de l'employer et de le consommer, formaient l'étude de la société Tabacologique, qui avait aussi ses mots, ses signes de reconnaissance. A ces choses matérielles se rattachaient des idées morales et une assistance mutuelle. C'était une société de personnes honorables, presque toutes appartenant aux sociétés maçonniques. Si elle existe encore elle est concentrée dans un cercle d'amis. Elle peut offrir du charme, du bonheur, mais non ce qui soutient les sociétés et les hommes, la magie de l'éclat et de la célébrité.

La Maçonnerie des Dames n'a pu être créée que par des Francs-Maçons, non parce que la Franche- Maçonnerie ne leur suffisait pas, mais parce qu'il était contre leur esprit, leur caractère, leurs habitudes d'avoir exclusivement des assemblées, comme Francs-Maçons, où les dames n'assistaient pas. Il y avait bien aussi un autre motif, celui d'une sage prudence.

Les femmes des Francs-Maçons voyaient les longues et fréquentes absences de leurs époux avec peine, avec mécontentement. Peine et mécontentement ne se concentraient pas dans l'âme de ces dames. Ces deux sentiments fâcheux s'exhalaient en plaintes, en observations plus on moins vives et piquantes; menaces graves s'y joignaient parfois. Les attaqués n'étaient pas indifférents aux dangers qu'un mouvement de dépit, un mot un peu équivoque faisaient entrevoir. Il est sage aux hommes de ne pas donner lieu au courroux des dames; il est très judicieux de ne pas négliger . les bons avis-qu'elles donnent parfois et il y avait dans tout cela un point si délicat, que les hommes aussi excellents Maçons qu'excellents maris; révèrent.

Un rêve heureux, salutaire, consolateur se réalisa dans la Maçonnerie des Dames.

La:Franche-Maçonnerie fut créée par des sages. Des FF.·. ingénieux et spirituels se dirent : Que la Maçonnerie des Dames se fasse, et la Maçonnerie des Dame fut faite.

Il y a eu plus que de l'inspiration il y a eu du génie dans cette création qui rapproche les deux Maçonneries sans les confondre.

Le Paradis terrestre, le fruit défendu, un serpent tentateur, un sexe charmant tenté, du bonheur, du plaisirs dit la morale, des réunions belles et nombreuses dés. mystères, des épreuves de jolies récipiendaires, des femmes qui gouvernent, des cavaliers qui ne sont jamais qu'en seconde ligne, un banquet brillant, un bal enchanteur, voilà ce qu'on offrit aux dames, voilà ce qui leur plut, et ce qui leur plaira toujours à tous lés âges, car tous les âgés y sont admis et tous y sont convenablement placés.

La Maçonnerie des Dames, est à elles, elles en sont les inspiratrices, les directrices, les souveraines.

Tous les hommes leur sont soumis, jusqu'au maris...quand même. 

Nous nous sommes un peu laissé entrainer dans cet examen des institutions ou associations qui n'auraient existé si la Franche-Maçonnerie n'eut pas été inventée.

Laissons de côté l'origine de la Franche-Maçonnerie ; qu'elle soit antédiluvienne, qu'elle soit une dérivation des mystères chez les les anciens, qu'elle ait pour type l'exécution morale de la construction matérielle du temple de Salomon, ou qu'elle nous vienne des Anglais qui auraient spiritualisé l'une des corporation d'artisans ( les maçons au propre ) si ancienne et si célèbre et si nationale chez eux, il est historique que la franche-Maçonnerie fut introduite en France en 1727 par des Anglais qui, les premiers y tinrent des Loges et admirent à l'initiation quelques uns de leurs compatriotes et des Français. 

Pendant plusieurs années les Loges en Français furent Anglo-Françaises ; longtemps ces Loges relevèrent de la grande Loge d'Angleterre ; mais enfin une grade Loge Française s'établit ; la grande Loge d'Angleterre la reconnut et cessa toute action patronale sur les Loges de France.

Les Anglais instituèrent la Maçonnerie sans distinction de rite, c'est à dire qu'il n'y avait qu'une Maçonnerie qu'on qualifiait à Londres ou à Paris ni d'Anglaise ni de Française et encore moins d'Ecossaise.  

Cette Maçonnerie se bornait à trois grades , à Londres comme à Paris ; on ne distinguait pas même ces trois grades par la qualification de grades symboliques.

Ce ne fut que lorsque le docteur Ramsay,  Ecossais, et ses partisans eurent  crées et répandu leurs grades dits supérieurs que l'on classa la seule Maçonnerie qui existait alors, en Maçonnerie symbolique pour désigner la Maçonnerie des trois premiers grades, et qu'on qualifia de grades capitulaires  les grades des nouveaux qu'on tenait en chapitres, et des grades supérieurs , nommés depuis grades philosophiques, les grades que l'on communiquait dans les conseils consistoires.

Alors l'ancienne, Maçonnerie introduite par les Anglais, celle des trois premiers grades, reçut la dénomination de rite Français, grades symboliques ; on comprit également sous le titre de rite Français les quatre ordres ou grades capitulaires  que les Français créèrent en opposition aux 25 ou 33 degrés du rite Ecossais dus à l’imagination de Ramsay.

Les trois premiers grades du rite Français et les trois premiers du rite Ecossais, se traitent avec une parfaite égalité ; c'est à dire que les Maçons de l'un de ces rites sont admis dans l'autre.

Mais. le rite Écossais ne fait pas la même concession au rite Français dans les grades plus élevés.

Tout le rite Français, ses grades symboliques et ses grades capitulaires ne sont admis dans le rite Ecossais que jusques et compris le 18° degré. Les Ecossais gardèrent d'abord pour eux 7 grades de plus, et en ajoutèrent 8 pour faire le compte de 33, où ils se fixèrent irrévocablement.

A l'origine de toutes ces choses, la grande Loge de France à laquelle le G.·.O.·. succéda, résista longtemps au torrent de tant de grades; mais elle fut emportée; c'est-à-dire que ses principaux membres suivirent les nouvelles bannières.

Il y eut schisme, il y eut lutte ; en 1814 le G.·.O.·. fit avec l'association Écossaise un concordat où tous les discords fixent pacifiés. Le concordat fut bientôt déchiré, chaque partie accusant l'autre de n'y être pas fidèle.

Mais en,1814 le Grand Orient, prenant enfin en sérieuse considération sa position de chef d'Ordre de la Maçonnerie en France, d'administrateur, de législateur, de directeur, de responsable, et comme tel, ayant le consentement de tous les Ateliers de son obédience, pratiqua le rite Ecossais et en conféra tous les degrés, malgré l'opposition des chefs de ce rite, qui., du reste, n'avaient jamais bien justifié de leur, droit à une possession exclusive.

Le Succès légitima la détermination.

Un autre incident survint.

En 1817 un nouveau rite, le rite de Misraïm ou d'Egypte chercha à s'implanter à la souche des rites Français et Ecossais. Ce n'était ni 7 grades ni 33 degrés qu'il apportait ; c'était une masse de 90.

Quatre-vingt dix degrés ! quand les Écossais eux-mêmes, dans leurs trente-trois, en confèrent à peine sept ou huit, et que dans le rite Français sur sept grades on peut en donner trois par communication, il y avait là une étrangeté qui frappa tous les esprits.

La Maçonnerie fut en émoi ; le G.·.O.·. douta de la réalité du fait dont on parlait dans la plupart des Loges. Ce doute cessa bientôt. Les importateurs du rite de Misraïm vinrent lui demander droit de cité.

La demande et les titres, ou prétendus tels du nouveau rite furent examinés avec un soin particulier par la grande Loge de conseil et d'appel formée en grand directoire des rites.

Le travail de cet Atelier supérieur fut mis sous les yeux des deux Grands-Maîtres adjoints de l'Ordre, les maréchaux Beurnonville et Macdonald, et fut approuvé par eux ; mais il fallait pour lui donner toute son action, la discussion dans le Grand Orient et la sanction de ce corps suprême.

Le maréchal Beurnonville, qui portait à la Maçonnerie un intérêt de trente années, qui s'était rendu garant près du roi Louis XVIII de l'esprit invariable de l'institution fraternelle i de la conduite toujours loyale des Maçons, de la sagesse du Grand Orient, présida en Personne; et comme il le faisait dans toutes Les assemblées générales, la célèbre séance où la discussion. est lieu et ou le sort du rite de Misraïm fut décidé.

Cet acte est trop important pour n'être pas rappelé ici comme document historique. Nous le transcrivons d'après une des circulaires imprimées qui furent adressées par le Grand Orient à chaque atelier de sa correspondance. Voici cet arrêté :  

Le Grand Orient de France,

Sur les conclusions du F.·.G.·.Orat.·. conformément à l'avis de la Gr.·. L.·. de conseil et d'appel, et au rapport de la commission nommée dans sa séance du 14éme jour du 114 mois de l'an de la V. L... 5816, conformément à l'art, 3 de la section 3 du chap. 11 des statuts généraux de l'Ordre Maç.·. en France, page 190, pour examiner les titres du rit dit de Misraïm, et les instructions relatives au but et à la moralité de ce rite, dont l'admission est demande an G.·.0.·..

Attendu que les impétrants n'ont point fourni les titres et les instructions exigées par l'article pré-cité des statuts-généraux ;

Attendu qu'il résulte de ce défaut de production, que l'origine et l'authenticité de ce rite ne sont point prouvées;

Attendu subsidiairement que les communications partielles faites à la commission ont prouvé que les 90 degrés dont le rite impétrant est supposé se composer, 68 au moins appartiennent au rite dèja connu et pratiqué par le G.·.0.·. et ne peuvent faire partie d'un rite Egyptien, que l'addition de ces degrés faite arbitrairement et sans droit, par les inventeurs du rite de Misraïm, contredit l'antiquité qu'ils lui attribuent, et pressent de se mettre en garde contre le surplus des degrés, désignés en termes hébraïques ou par une simple numérotation, puisque sous ce voile peuvent encore être cachés d'autres degrés également empruntés aux rites déjà connus.

Attendu que l'assertion de l'introduction de ce rite déjà connu en Italie sous le pontificat de Léon X dans le 16éme siècle, par Jamblique, philosophe Platonicien, qui vivait dans le 4e siècle, 1100 ans avant Léon X étant détruit par le seul rapprochement des dates, il n'est plus permis d'ajouter foi à la pratique actuelle de ce rite à Alexandrie et au Grand Caire, ou l'existence publique et avouée d'une semblable institution ne saurait être ignorée du G.·.O.·. si elle était réelle.

Attendu que les fictions dont il a plu aux inventeurs de ce rite de s'environner , loin de lui donner plus de prix aux yeux des hommes censés, leur inspirent la loi du doute le plus étendu.

Qu'ainsi, s'est en vain que les sectateurs annoncent que le but moral de leur rite est la bienfaisance, la philanthropie et le développement des loi de la nature, par ses grands agents comme par ses puissances secondaires; que sa discipline reconnait pour principes généraux ceux qui régissent tous les rites, le silence gardé sur le dogme, base essentielle de tout rite vis-à-vis le F.·.G.·., dont on ne peut pas plus révoquer en doute la bonne foi que la puissance, est la plus forte présomption de la non conformité de ce dogme avec ceux que la raison avoue, ou. du manque de mission des impétrants ;

Attendu enfin que dans cet état des choses, le G.·.O.·. ne doit point laisser plus longtemps les Maç.·. en erreur sur la confiance à donner au rit de Misraïm ;

Arrête à l'unanimité : .

ART. I. Le rite dit de Misraïm ; pour la présentation duquel il n'a pas été satisfait à ce que prescrivent, les statuts généraux de l'Ordre Maç.·. en France, page 190, n'est point admis.

MT. 2. I1 est interdit à tout Maç.·., tout At.·. sous quelque dénomination qu'il puisse être dans l'étendue de l'obédience du G.·.O.·. de pratiquer ce rite à peine d'irrégularité.

ART. 3. Tout At.·., tout Maç.·., soit à Paris, soit dans les départements qui feraient partie des adhérents de ce rite, sont tenus; sous la même peine d'irrégularité, d'en cesser les pratiques le jour même de la réception du présent  arrête, qui sera transcrit textuellement sur les livres d'or ou d'architecture des At.·., et d'y renoncer formellement et explicitement, par une déclaration signée manu proprid et envoyée au G.·.O.·.dans les 38 jours de la notification, ainsi que la copie du procès-verbal de réception.

ART.4 Les arrêtés du G.·.O.·. étant obligatoire pour ses membres, du jour même de leur date, ceux d'entre-eux qui, présents à l'O.·. de Paris, appartiendraient aujourd'hui à ce rite, et qui dans les 21 jours n'auront point adressé leur déclaration seront réputés démissionnaires, sans préjudice de l’application qui leur sera faite de la peine portée en l'art. 2.

ART. 5. Les membres du G.·.O.·. absent de l'O.·. de Paris, jouiront du bénéfice du délai de 33 jours accordé audit art. 3.

ART. 6. Lors même que le rite dit de Misraïm viendrait à être présenté de nouveau au G.·.O.·., la prohibition actuelle de son exercice continuera d'avoir son effet, sous les mêmes peines indiquées aux articles précéderas, jusqu'à la promulgation de l'arrêté qu'il plaira au G.·.O.·. de prendre sur cette nouvelle requête.

ART. 7. Le présent arrêté sera imprimé et adressé à tous lis Off.·. et membres du G.·.O.·., à tous les At.·. de sa correspondance et au Gr.·. Consistoire des rites.

 

Signé à la minute, le maréchal de Beurnonville, 1er Gr.·.Maît.·. adjoint; le maréchal duc de Tarente, 2e Gr.·.M.·. adjoint ; Roetiers de Montaleau, représentant particulier du G.·.M.·. de Poissy,

Rampon, G.·. de Beaumont-Bouillon, et par tous les Officiers en exercice Officiers honoraires, Députés nés et élus et visiteurs présents.  

Un rite, quelque singulier, bizarre ou extravagant qu'il soit, ne meurt pas de suite pour être repoussé ou proscrit, il végète; pour qu'il s'anéantisse tout-à-fait, il finit encore du temps.

C'est ce qui arriva au rite de Misraïm. Ne pouvant se maintenir à Paris, il se réfugia en province ; mais il ne fut admis dans aucune loge dépendant du Grand-Orient. Il ne fut pratiqué que par quelques soi-disant Maçons, gens habiles à profiter dans un intérêt de vanité puérile ou dans, un intérêt privé qu'il ne nous appartient pas de caractériser, de tout ce qui parle à la curiosité, à l’ignorance et à la bonne foi.

Une question souvent mise en discussion par les Maçons les plus instruits, est celle de savoir, non s'il faut augmenter le nombre des grades comme le prétendent les importateurs du rite de Misraïm, et comme pourraient le désirer certains esprits à inventions eu à prédilection pour les grades en plus grand nombre possible, mais s'il faut conserver les 33 degrés en les sollicitant et en les conférant.

Les partisans de la réduction des grades, ceux qui prétendent que toute la Maçonnerie est renfermée dans les trois premiers grades ou degrés, disent :

A quoi bon ne pas se contenter de ces 3 grades qui sont simples, faciles à comprendre, remarquables par leur unité, et qui offrent le système Maçonnique le plus satisfaisant ?

Pourquoi des grades supérieurs qui n'ajoutent rien à la morale, qui n'ont qu'un éclat de titre et de cordons et qui embarrassent l'esprit et la mémoire par une foule de mots, de signes, de marches et d'accessoires, que dix personnes ne retiendraient pas sur cent ?

Quelle utilité y a-t-il réellement à avoir 83 degrés quand sept ou huit seulement sont conférés ?

Ces observations sont toutes sur la partie matérielle des grades. Les observations sous d'autres rapports peuvent être faites par les FF.·. qui, par la connaissance des hauts deg.·., l'instruction et l'expérience, sont capables de juger sainement et de donner leur opinion comme une autorité que tôt ou tard chacun reconnaîtrait sans doute.

Les autres Maç.·. qui ne veulent pas non plus de l'augmentation des grades, tiennent à la pratique et à la conservation dès 33 degrés.

Ils disent que le nombre et la diversité des grades supposent et renferment réellement la science Maçonnique qui ne s'acquiert que par la connaissance et la méditation de l'histoire des anciens peuples, et des rapporta de cette histoire avec les faits qui forment la base de tous les degrés et particulièrement des degrés supérieurs ; que l'étude de ces degrés familiarise les Maçons avec la science des anciens gouvernements, avec la connaissance des lois, des mœurs des usages des peuples d'alors : étude qui devient importante et agréable, et qui est nécessaire à tous les hommes, surtout aux Maçons, qui, en général appartenant aux classes bourgeoises et populaires, n'ont pas fait ou entièrement fait leurs études classiques.

Ils ajoutent qu'en toutes les choses de ce monde il faut une hiérarchie, parce qu'il y a une hiérarchie dans les classes de la société, dans le talent et le mérite des hommes; que la hiérarchie dans la Maçonnerie est nécessaire, inévitable ; que les Maçons élevés aux plus hauts grades ne se croient pas pour cela des princes et n'ont pas d'aristocratie parce qu'ils sont Chev.·. Kad.·., P.·.D.·.. Roy..·. Sec.·. ou G.·.J.·.G.·.. L'aristocratie des grades, si dans les grades il y a une aristocratie, ne donne pas cette aristocratie à ceux qui en sont revêtus.

Ils disent encore que l'apprenti sent bien par ce qu'on lui enseigne, qu'il y a une instruction au dessus de son grade ; il désire le Compagnonnage et la Maîtrise.. Le Maître, comme l'Apprenti et le Compagnon, conçoit qu'après son grade il y en a de plus élévés, partant, plus d'instruction et de connaissances. Comme l'Apprenti qui veut devenir Maître, lui Maître, veut devenir Rose-Croix; lui, Rose-Croix, veut devenir Kad.·. et successivement atteindre au 33e degré.

Ce désir d'obtenir lei grades les plus élevés entretient parmi les Maç.·., l'émulation qui n'existerait pas s'il n'y avait que 3 grades. La Maçonnerie sans l'émulation, s'éteindrait rapidement. Les loges sans cette stimulation des cordons et des titres Maçonniques, perdraient de leur éclat, de leur variété, de leur magisme. L'imagination, qui a une grande action dans la Maçonnerie, n'aurait plus d'aliment, d'excitation; la Maçonnerie deviendrait un simple cours de morale; les loges, des salles de conférences ou des prêches; et comme la Maçonnerie n'est pas une religion, à laquelle on façonne l'individu dès son enfance comme on façonne le Catholique-né, le Protestant-né, l'Israélite-né, le Mahométan-né, etc., on délaisserait ces cours de morale, ces prêches Maçonniques comme on délaisse les temples religieux où l'on ne revient, du moins en général, que lorsque les intérêts mondains, la vieillesse ou les infirmités y ramènent les hommes politiques, les infirmes, les vieillards ou les consciences chargées qui croient servir leurs vues ici-bas ou s'assurer le repos dans un monde à venir : espérance et consolation de leurs fautes, de leurs douleurs et de leur âge avancé.

Quant à cette magie des grades supérieurs et avec eux les titres et cordons, elle est et sera en Maçonnerie comme elle est dans le monde profane. Les homme sont toujours superbes et vains; il leur faut des temples religieux, des palais de rois, des salons de grands seigneurs, des cercles distingués, des théâtres... Les Maçons, pour rechercher et pratiquer les vertus maçonniques, ne cessent pas pour cela d’être des hommes. Erraré humanum est.

Passez un peu de vanité aux Maç.·. qui aiment à pratiquer les vertus maçonniques. Le bien l'emporte sur le mal. Le bien est grand : le mal est peu de chose.

Les partisans dès grades Maç.·. supérieurs seront toujours les plus nombreux, les plus forts. Les grades Supérieurs seront donc toujours un point de mire, un but que l'on voudra atteindre.

Le Tuileur-Expert, donne quelques idées pour arriver à conférer les trente-trois degrés dans chacun de ces degrés. Ces idées, sommairement exprimées, appellent la Méditation des FF.·. instruits et zélés. Nous en exprimerons une que nous recommandons à ces mêmes Maçons, et aux grands Corps maçonniques,

L'Ecossisme est répandu non seulement en France, mais encore dans la Grande Bretagne, dans les Etats-Unis, etc., etc.

Tous les degrés n'y sont pas vus de la même manière.; il y a des modifications, des différences, des

grades qui ne correspondent pas entre eux:

Les Grands Orients ou Gr.·. Loges qui ont dans leur sein, ou près desquels sont établis des suprêmes Conseils de Gra.·. Inspecteurs généraux ou puissances maçonniques équivalentes ne pourraient ils pas par le concours de leurs chefs ou par les Maç.·. les plus instruits, examiner, retoucher, remanier à ne sonde leurs lois de leurs, mœurs et de leurs usages, les hauts grades depuis le 4° jusqu'au 33e et dernier ?

Puis, toutes ces puissances maçonniques formant un grand Conseil Européen, ne pourraient-elles pas se communiquer réciproquement les cahiers de leurs grades, et se soumettre, dans un intérêt d'unité pour toute la Maçonnerie, leurs travaux respectifs ? Ces travaux fondus ensemble, co-ordonnés, amèneraient un système uniforme pour les 33 degrés.

De cette manière le 33éme reçu à Paris, et tout grade au-dessous, serait le même ou l'égal du 33° etc. reçu à Dublin, à New-York, à Charles-Town, au Brésil, etc., etc.

Et dans le cas où la fusion que nous proposons ne pourrait avoir lieu dans le grand Conseil Européen des puissances maçonniques, par des considérations qu'il est inutile de développer ici, chacune de ces puissances conservant les 33 degrés si elle le juge convenable, ne pourrait-elle pas solennellement arrêter et déclarer à toutes les autres puissances maçonniques, que tout F.·. revêtu des grades supérieurs, du 4° au 33° (les trois 1er sont les mêmes partout) qui justifiera d'une patente régulière et de l'instruction suffisante, sera admis dans les Atel.·. supérieurs du R.·.C.·. ou 18° deg.·., de Kad.·. 30e, de P.·. de Roy.·. Sec.·.32°, de J.·. G.·.33éme, comme s'il eût reçu ces grades, ainsi que nous venons de le dire, dans l'O.·. de la puissance maçonnique où il se présente ?

On concevra tout de suite la haute importance de cette mesure uniforme pour le système général des 33 degrés, le bienfait pour la Maçonnerie entière, et l'avantage particulier pour les Maçons voyageurs.

Puissent ces observations être lues par les FF.·. qui sont en position de les bien sentir et de leur faire recevoir une exécution qui assurerait à jamais l'existence de I' Ecossisme, et préserverait l'univers maçonnique des innovations qui ne peuvent que lui être funestes.

Nous avons cette confiance, nous avons aussi l'espérance que tôt ou tard notre voix sera entendue.

Le Tuileur de Delaunay

Source : www.ledifice.net

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