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Hauts Grades

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Préface (1908)

28 Novembre 2012 , Rédigé par Gustave BORD Publié dans #histoire de la FM

Depuis plus d'un siècle les historiens et les économistes se demandent comment un pays, foncièrement monarchique et catholique comme la France, a pu brusquement changer d'idéal et de foi. Suivant leurs passions politiques ou religieuses, ils ont donné à ce phénomène social les causes les plus diverses.      

Il est hors de toute discussion que la société française était gravement malade à la fin du XVIIIe siècle, puisque de son sein sont sortis les doctrines et les acteurs de la Révolution. Ce qu'il nous paraît important de savoir, ce n'est donc pas si le corps social était contaminé, mais de quel mal il était atteint. Se mourait-il de vieillesse, avait-il une maladie organique, ou était-il en proie à une maladie infectieuse résultat d'une inoculation morbide ? Le mal était-il guérissable ou mortel ?      

Aucun historien de bonne foi n'a mis en doute que l'âme du pays ne fût royaliste et croyante. L'Etat ne succombait pas faute de l'aliment nécessaire à son fonctionnement régulier; le déficit financier n'eut de gravité que parce que les adversaires de la monarchie s'en firent une arme. En réalité le mal, superficiel et passager, n'atteignait pas le gouvernement dans son essence même ; à l'extérieur, la France était puissante et respectée.      

Aucun pays ne jouissait alors de plus de libertés, d'esprit de tolérance, que la France. Son gouvernement paternel était d'une douceur extrême, souvent même débonnaire ; si on le compare au gouvernement anglais qu'on lui oppose sans cesse, il faudra constater que quarante ans s'étaient à peine écoulés depuis la répression féroce de Cumberland en Ecosse et des ministres en Irlande. A la veille de notre Révolution, les catholiques, exclus de toutes les fonctions publiques, étaient traqués dans les rues de Londres par les émeutiers dirigés par le maçon Gordon. Le moindre attorney distribuait, sous des noms différents, des lettres de cachet dont les rois de France se servaient de moins en moins. Le régime barbare des prisons anglaises, comparé au régime de la Bastille est tout à l'avantage de la forteresse royale.      

La jurisprudence anglaise avait, plus que la nôtre, envahi et déformé l'esprit des lois. C'est sur ce dernier point cependant que le gouvernement de la France était le plus attaquable ; mais les parlements étaient plus responsables que le roi et son conseil de cet encombrement judiciaire.      

Dans la Grande Chambre siégeaient officiellement les adversaires les plus déclarés du pouvoir royal. Néanmoins, sans la faiblesse incompréhensible du souverain, la monarchie française, qui avait en maintes circonstances prouvé sa souplesse et son énergie, aurait dominé l'esprit public, mis à la raison les parlements révoltés et vaincu l'inertie de leur résistance.      

Il faut donc qu'un mal plus terrible ait envahi ce qu'on appelait alors l'opinion publique ; le but de cette étude est de prouver que le mal, qui devait contaminer le monde entier, n'était pas seulement la franc-maçonnerie, mais surtout l'esprit maçonnique.      

C'est bien là qu'il faut chercher les véritables causes et l'explication logique de la Révolution : identité des formules et des dogmes de la maçonnerie avec les principes de 1789; les maçons et les jacobins emploient les mêmes manoeuvres et livrent les mêmes combats.      

L'esprit maçonnique enfanta l'esprit révolutionnaire, voilà ce que nous voulons démontrer.        

Je ne puis me dissimuler la difficulté de la tâche que j'ai entreprise : écrire, au milieu de notre époque de luttes ardentes et de haines féroces, une histoire impartiale de la franc-maçonnerie en France, en un mot faire oeuvre d'historien et non de polémiste, semble presque impossible.      

Cependant j'ai voulu, avec intensité, être juste envers ceux qui ne pensent pas comme moi ; par réaction, j'ai peut-être été dur envers mes amis. Je m'en excuse, mais je ne le regrette pas.      

L'étude de la franc-maçonnerie a été l'objet de nombreux travaux depuis une cinquantaine d'années.      

Presque tous sont l'oeuvre d'adversaires déclarés de l'Ordre ; la plupart des auteurs sont plus que des adversaires, ils sont des ennemis acharnés d'une institution qui les irrite, les trouble et les déconcerte d'autant plus que ceux qu'ils attaquent ne répondent jamais, laissent le débat sommeiller, empêchant ainsi la discussion sinon de naître, au moins de prendre corps.      

Les francs-maçons, de leur côté, ont publié divers ouvrages sur l'histoire de leur Ordre ; quelques-uns sont bien faits, mais leurs auteurs ne disent que ce qu'ils savent ou peuvent dire : tels ceux de Ragon, Rebold. Jouaust, Amiable, Daruty, Findel, Gould, etc. La plupart de ces ouvrages paraissent même être des oeuvres de bonne foi. En dehors des documents manuscrits, pour établir ma conviction, j'ai eu souvent recours à leurs aveux et jamais aux accusations de leurs contradicteurs, lorsque celles-ci n'étaient pas justifiées par des preuves indiscutables.      

Malgré tous ces travaux, par suite de la passion des adversaires, plus on a écrit sur la matière, plus on semble avoir fait l'obscurité sur le sujet traité.      

A quelles causes peut-on attribuer de semblables résultats ?      

Est-ce à dire, d'après l'exposé ci-dessus, que la franc-maçonnerie soit injustement attaquée ?      

Après avoir étudié la franc-maçonnerie, adversaire sincère et convaincu de l'idée maçonnique, j'ose le dire, sans parti pris, je crois que les causes de l'imbroglio dans lequel les partis se débattent tiennent aux raisons suivantes :      

Les anti-maçons déterminés cherchent d'une part ce qui n'existe pas : l'origine juive de l'Ordre, ou une direction occulte exclusivement dans les mains de l'Angleterre.      

Les francs-maçons, de leur côté, se taisent sur ces questions, parce qu'ils n'en savent pas plus long sur leur Ordre que leurs adversaires ; beaucoup parmi eux croient même, comme de simples profanes, aux fameux secrets qu'ils espèrent connaître quand ils seront plus avancés dans les hauts grades. D'autre part, les attaques dirigées contre eux ne sont pas faites pour leur déplaire ; elles leur donnent un prestige mystérieux dont ils profitent ; le silence des frères apparaît sous forme de prudence et de discrétion, alors qu'il a son origine uniquement dans leur ignorance qui devient ainsi de l'habileté.      

Quelle définition peut-on donner de la franc-maçonnerie ?      

La franc-maçonnerie est une secte religieuse, qui, après quelques tâtonnements, s'organisa surtout en Europe, vers 1725, professa une doctrine humanitaire internationale et se superposa aux autres religions.      

Son but avoué était de faire arriver les hommes à un état de perfection basé sur leur égalité sous toutes les formes ; indifférente à toutes les religions, elle devait conduire ses adeptes à ne croire à aucune. La généralisation de l'idée égalitaire devait l'amener rapidement à combattre même l'hypothèse d'une supériorité divine et à nier l'existence d'un être supérieur, créateur du monde. Sa définition d'un Dieu simplement architecte de l'univers supprime, en effet, le Dieu créateur, base de toutes les religions révélées. Le Dieu des francs-maçons est simplement la force qui régit la matière, la loi de l'univers dont les hommes ne peuvent percevoir que les manifestations sensibles à leurs sens limités ; un Dieu inconscient du bien et du mal, qui conduit ses adeptes à admettre qu'il n'y a ni bien ni mal absolus en dehors des nécessités de leur propre conservation. Pour la secte, toute autorité est un mal provisoirement nécessaire, qu'on doit tendre à supprimer pour arriver à l'état de perfection. Les prêtres de cette religion d'incroyants sont les initiés actifs ; les fidèles, conscients ou inconscients, sont tous les profanes incroyants et tous ceux imbus des idées égalitaires, car les uns et les autres collaborent au succès du Grand Oeuvre : maçons parfaits, initiés incomplets ou profanes latomisés . Par latomisé nous désignons toutes les personnes, initiées ou profanes, imprégnées de la doctrine maçonnique.      

La franc-maçonnerie ne tend donc pas à un perfectionnement des sociétés existantes en tenant compte de leurs origines, de leur tempérament, de leur situation, mais à un retour à l'état de nature, à une agglomération d'êtres humains, satisfaits d'une vie végétative, pourvu que ses avantages matériels soient également répartis entre tous les citoyens.      

La maçonnerie spéculative, celle qui fera l'objet de cette étude, a emprunté ses idées et ses formules à la maçonnerie professionnelle.      

Cette première forme de la maçonnerie corporative, assurément fort ancienne, correspondait à une société restreinte, à une sélection hiérarchisée dans laquelle on pouvait appliquer utilement les doctrines d'égalité. Lorsque la maçonnerie s'est développée, lorsqu'elle a frappé aux portes de tous les métiers, de toutes les professions, elle est devenue nécessairement destructive de tout ordre social.    

 Sur elle sont venus se greffer tous les esprits curieux chimériques. Cette lutte contre tout principe d'autorité n'était certes pas nouvelle ; au moyen âge, les passionnés de religion naturelle avaient déjà pris toutes les formes : métaphysiciens, ils s'étaient jetés dans la kabbale ; savants, dans l'alchimie ; médecins, dans l'empirisme ; astronomes, dans l'astrologie...      

Plus tard, ces assoiffés de liberté absolue, d'égalité chimérique, de libre examen, ont fait la Réforme, le jansénisme, l'encyclopédisme, la maçonnerie et le jacobinisme.      

Si les jacobins ont été les triomphateurs éphémères de l'entité égalitaire, les francs-maçons en ont été les protagonistes ; ce sont eux qui ont mis les combattants en présence, après avoir préparé le terrain de telle façon, que l'ancienne France devait fatalement succomber.       

La franc-maçonnerie n'est pas née spontanément, elle n'est pas non plus une société secrète antique, ayant traversé et dirigé l'humanité depuis des siècles, et qui ne s'est trahie que lorsque son succès s'est manifesté d'une manière indiscutable. Elle est née lentement, poursuivant tour à tour des buts différents. L'organisation matérielle qui avait présidé à sa constitution prit, à la longue, la forme d'un dogme, puis celle d'une idée sociale transformatrice, lorsque les francs-maçons imaginèrent de réglementer l'humanité sur le modèle de leur Ordre. C'est à partir de ce moment que naquit vraiment la franc-maçonnerie telle qu'elle existe encore de nos jours.      

La franc-maçonnerie est, depuis près de deux siècles, une société secrète dans le sens strict du mot. En effet, quel que soit le but qu'elle poursuit, en admettant que ce but soit celui qu'elle proclame, elle fait tous ses efforts pour tenir cachées aux profanes ses délibérations et ses décisions. Si toutes les fantasmagories initiatiques qu'elle pratique ont un caractère mystérieux d'apparence puérile, le serment du silence a des conséquences beaucoup plus graves, bien que ce serment ait une tare initiale qui ne devrait pas affecter la conscience de ceux qui l'ont prêté, puisqu'on le leur a fait faire au sujet d'engagements imprécis, et même non révélés.      

Le caractère secret de la société maçonnique a entraîné ses adversaires dans une série de fausses déductions. Ils ont défini la franc-maçonnerie, sous prétexte qu'elle cachait ses délibérations : société qui détient un secret religieux, social et politique, ayant un but caché criminel, et ils se sont mis à la recherche de ce secret.      

« Faire croire qu'on dispose d'une puissance occulte, c'est presque la posséder », est un axiome maçonnique. La F:., M:., en effet, a intérêt à laisser croire qu'elle a eu et qu'elle a encore une influence occulte lui permettant d'intervenir dans l'histoire des peuples chaque fois qu'elle le croit nécessaire. L'affirmation est facile à faire et impossible à contrôler ; le maçon mis en mesure de faire la preuve de ses assertions se retranche toujours derrière son fameux secret. Ceux qui l'attaquent sur ce terrain ou sont ses complices, ou font naïvement son jeu .      

Lorsque le dogme maçonnique naquit, ses protagonistes entrevirent-ils les résultats sociaux que devait produire son application ? Assurément non. Aucun esprit n'était assez profond et assez avisé pour prévoir le cataclysme qu'il devait enfanter. On peut même dire que ceux qui soulevèrent la tempête étaient à ce point aveugles qu'ils furent les premières victimes de la tourmente. Cela était logique ; cela était juste. N'est-ce pas ainsi que la Providence, l'Être suprême comme disaient les jacobins, intervient dans les actes collectifs des hommes et fait marcher l'histoire des peuples ?      

Nous aurons donc à prouver, au cours de cet ouvrage, que, pendant tout le XVIIIe siècle, la propagation de l'idée maçonnique fut funeste à la société, et que cette idée, néfaste par essence, entraîna, sans qu'ils s'en soient doutés, la plupart des francs-maçons beaucoup plus loin qu'ils ne l'avaient prévu.      

Mais encore faut-il distinguer les maçons conscients isolés dans une vingtaine de loges, des maçons inconscients qui furent le plus grand nombre : dans les tableaux des loges, nous voyons figurer des représentants de toutes les branches de la société française ; le bataillon serré s'avance, maillets battants, à la conquête de l'autorité pour la supprimer. Côte à côte défilent la noblesse authentifiée par d'Hozier et la noblesse née d'hier, incertaine ou usurpée ; le clergé janséniste et l'armée ; la magistrature et le barreau ; la finance et l'administration; la grande et la petite bourgeoisie ; l'industrie et le commerce...      

Et lorsqu'on commence à entrevoir quelle sera l'issue du combat, la plupart des metteurs en oeuvre se retirent et regrettent l'ouvrage accompli. Parmi les maçons, il faut le reconnaître, parce que c'est la vérité et la justice, il y eut plus de victimes que de bourreaux. Si nous en rencontrons dans les assemblées électorales de 1789, à la Bastille le 14 Juillet et à Versailles les 5 et 6 Octobre, nous en trouvons au Dix Août, aux Tuileries; en Septembre, ils sont foule dans les prisons, et on en rencontre à Coblentz, à Bruxelles et à Londres aussi bien qu'à la Force ou à la Conciergerie...      

Le dogme nouveau, déformation d'une vérité chrétienne, pouvait, il est vrai, séduire des esprits généreux mais superficiels. Mais aussi il développa outre mesure la juste fierté humaine et la transforma en orgueil dégradant et haineux ; transportée du cercle limité d'une loge à l'humanité entière, l'évolution de ce dogme devait conduire les peuples à la haine de toutes les supériorités sur la terre et à la destruction de toute croyance en un Dieu créateur et maître du monde.      

Lorsque le Christ a enseigné l'égalité et l'humilité, il a dit aux despotes qui gouvernaient le monde : Devant mon Père, vous n'êtes pas plus que ceux que vous dominez sur cette terre. Cette idée sublime de l'humble égalité qui régénéra l'humanité, se transforma, sous l'impulsion de la franc-maçonnerie, en une idée abominable, parce que ceux qui la pilotèrent, enseignèrent l'égalité orgueilleuse et qu'ils dirent aussi bien à la brute qu'à l'infortuné : Vous êtes les égaux des plus hautes intelligences, des puissants et des riches et vous êtes le nombre.      

C'est ce dogme, chrétien en apparence, que la franc-maçonnerie répandit. A défaut d'initiés proprement dits, la propagande égalitaire fit des latomisés dont le rôle fut très important : Diderot, d'Alembert, Rousseau, la Baumelle, Maupertuis, n'étaient probablement pas maçons Voltaire ne fut initié que quelques mois avant sa mort, alors que son oeuvre destructrice était faite depuis longtemps.      

Le latomisé fut, à la vérité, un perturbateur tout aussi terrible que l'initié, car sa mentalité était la cause fatale de l'ambiance créée par le dogme égalitaire. La mentalité maçonnique agissait en effet autant sur le latomisé que sur l'initié, et la plupart d'entre eux ne voyaient pas exactement la transformation que la maçonnerie avait produite sur leur intelligence, sur leur volonté et sur leur conscience. Voilà précisément où se trouve la force de la franc-maçonnerie. Là aussi est le danger qu'elle présente.      

Le premier effet de l'initiation est de purifier l'apprenti de toute mentalité chrétienne, s'il en a une ; puis, le compagnon revenu à l'état de nature, sans préjugés religieux et sociaux, sera capable, en devenant maître, d'avoir une mentalité nouvelle.

La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815

 

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Essais sur la Franc-Maçonnerie (1820)

28 Novembre 2012 , Rédigé par Le Tuileur de Vuillaume Publié dans #histoire de la FM

Il nous a semblé convenable de faire précéder un ouvrage consacré à la Maçonnerie, de quelques vues sur cette institution aussi étonnante par son ancienneté que par les ténèbres dont se trouve enveloppée son origine.

 

La Maçonnerie pourrait être comparée aux fameuses pyramides d'Egypte, d'où elle semble sortir. Ces constructions gigantesques, quoique dépouillées des marbres qui les rebâtissaient, quoique leurs issues soient fermées, et leurs souterrains silencieux, ces monument attestent encore, par leur grandeur et leur majesté, la puissance. de leurs fondateurs et leurs connaissances dans les arts et dans les sciences. Les pyramides semblent encore annoncer à l'esprit étonné, les mystères auxquels elles conduisaient ; de même la Maçonnerie, aujourd'hui décolorée, est encore une grande institution, dont l'histoire excite vivement la curiosité, et sur laquelle on ne sait quel jugement porter.

 

Est-ce une institution moderne ? est-ce une suite des anciens mystères ? ou bien, est-ce l'un et l'autre ? Rien n'est écrit dans les archives de la société sur ce sujet; tout est de tradition; comment faire la part de ce qui est antique, et la séparer de ce qui est ou serait moderne ?

 

Nous n'entreprendrons pas de faire cette séparation, nous le laissons à la sagacité du lecteur ; nous nous borneront à présenter là-dessus nos idées, sans prétendre ' imposer à personne notre sentiment pour règle. Petit-être ouvrirons-nous à d'autres une route nouvelle -à parcourir; nous nous estimerons heureux, si nous parvenons à faire jaillir quelques étincelles de lumière nouvelle.

 

On a déjà beaucoup écrit sur la Maçonnerie, sans rien éclairer. Les écrivains non Maçons en ont parlé peut-être avec trop de mépris, et presque toujours dans l'ignorance de la chose. Les écrivains Maçons, les orateurs de loges en ont parlé avec enthousiasme, et souvent avec des préventions qui leur ont fait manquer ou dépasser le but. Ni les uns ni les autres ne nous ont appris ce que l'on désirait de savoir; ils n'ont pu pénétrer dans le secret de l'institution, ou ils ne l'ont pas voulu ; ils se sont tus sur son histoire ; tout paraît muet à cet égard.

 

Ce n'est pas moins une chose bien extraordinaire, que l'on en soit encore à désirer des faits positifs sûr l'histoire d'une société si répandue dans tous les pays civilisés, surtout lorsque l'on apprend qu'elle a compté parmi ses membres les, hommes les plus éclairés de tous les teins, lorsque l'on y voit encore aujourd'hui des hommes justement estimés pour l'étendue de leurs connaissances et de leurs lumières.

 

Comment des savants ( de toutes les nations ont’ils pu participer aux mystères de la Franc-Maçonnerie sans paraître seulement  s'être informés de leur sources ?

Comment, s'ils l'ont fait, et s'ils ont été mis dans le secret, n'en ont-ils laissé aucune trace dans leurs ouvrages ? Ils affectent en général sur ce sujet le silence le plus profond.

 

Serait-ce que, comme les initiés : aux mystères des anciens, la religion du serment les eût arrêtés au moment de parler ? Mais ce serment ne leur interdisait pas les recherches sur

l'histoire de la Maçonnerie; ce n'est donc que le défaut de documents qui les a empêchés de s'en occuper.

 

Et nous, privés de même des matériaux nécessaires, oserons-nous présenter au lecteur nos conjectures sur l'origine de cette noble institution ?

 

Ce n'est certes pas sans une extrême défiance de nous-même que nous allons essayer de soulever un coin du voile épais qui la couvre; mais nous avons pour excuse cette défiance elle-même, et la conscience de nous livrer avec un cœur simple à la recherche de la vérité.

 

Quels que soient les doutes élevés par plusieurs écrivains sur l'ancienneté de la Franc- Maçonnerie, nous ne persistons pas moins à croire qu'elle a son berceau dans les mystères Egyptiens. Les trois grades connus sous le titre de Maçonnerie bleue justifient notre opinion ; mêmes épreuves, même enseignement, mêmes résultats, tout y est semblable, à la différence, cependant, des machines qu'avaient à leur disposition les prêtres initiants de l'antiquité, du temps qu'ils employaient à la préparation du Néophyte, et de celui qui lui était nécessaire pour l'étude des sciences, dont on se borne, dans l'initiation maçonnique, à donner la nomenclature.

 

Nous pouvons juger de ce qu'étaient les obstacles à vaincre dans l'initiation par le beau tableau du VIéme livre de l'Enéïde, où Virgile conduit son héros dans les enfers, tableau qui a été regardé, même du temps d'Auguste, comme la. peinture des épreuves de l'initiation ancienne. On trouve dans L’Anne d’Or d'Apulée des détails très piquants sur la nature de ces épreuves..

 

On trouve enfin dans les voyages de Sethos et dans ceux de Pythagore, ouvrages remplis d'érudition et de recherches curieuses sur les mœurs de l'antiquité, on y trouve, disons-nous, des récits qui paraissent fort exacts, des travaux auxquels on soumettait ceux qui prétendaient à l'initiation. ils étaient si grands, et, les épreuves si terribles, qu'il est dit qu'Orphée y succomba, et qu'il n'obtint sa grâce qu'en faveur des mélodieux accords de sa lyre.

 

Que les Maçons qui veulent comparer et s'instruire, se donnent la peine de lire les ouvrages que nous venons d'indiquer ; ils reconnaîtront que les épreuves modernes sont une

véritable représentation des anciennes auxquelles l'état actuel de nos connaissances, ni les rapports des individus avec la société, ne permettent plus d'assujettir les aspirants.

 

Les prêtres initiant participaient, dans les temps dont nous parlons, au pouvoir du gouvernement; la société civile n'avait ni le droit ni la volonté de leur demander compte des individus qui étaient entrés dans l'intérieur de leurs temples, quelquefois pour n'en sortir

jamais.

 

Ces temples occupaient une vaste étendue de terrain, absolument fermée aux profanés ( On nommait temple, non seulement le lieu où l'on se réunissait pour les cérémonies du culte, mais encore toute l'enceinte des bâtiment occupés par les prêtres destinés à ce service. )

 

A 'aide de la physique, dans laquelle ils étaient instruits, ils pouvaient en imposer à l'imagination, déjà préparée par la terreur et par les dangers réels auxquels on avait exposé le Néophyte.

 

Tout aujourd'hui s'oppose à l'emploi des mêmes moyens ; mais le souvenir en est fidèlement conservé.

 

Comment donc les mystères sont-ils parvenus jusqu'à nous ? A quelle époque les initiés ont- ils pris le nom de Francs-Maçons ? C'est ce qui nous paraît difficile à déterminer; mais cette incertitude ne détruit pas ce que nous avons dit pour prouver que les mystères anciens et la Franc-Maçonnerie sont une même chose; et telle est à cet égard notre persuasion, que nous ne pensons pas que l'on en puisse encore douter.

 

Nous conviendrons avec tout le monde qu'après la Maçonnerie bleue, qui se compose des trois premiers grades ou degrés, le surplus est d'invention moderne, quoique ces additions mêmes nous paraissent appartenir à des temps déjà éloignés. Une grande partie des additions appartient à l'histoire des Templiers; une autre paraît avoir servi de lien aux philosophes hermétiques, lorsqu'ils s'occupaient de la recherche de la pierre philosophale, folie à laquelle nous devons la découverte de la chimie, l'une des sciences les plus belles et les plus utiles. Une autre partie enfin semblerait être due à un reste de judaïsme conservé par les initiés de l'Orient, et que nous regardons comme ceux par qui nous avons reçu les mystères actuels.

 

On demandera peut-être comment la Maçonnerie bleue a emprunté le fond de son système dans la Bible, et employé le langage hébraïque pour ses mots mystérieux ? nous croyons pouvoir donner de ce fait une assez bonne raison.

 

On paraît s'accorder sur l'opinion que les mystères, ou plutôt la Maçonnerie, ont été introduits 'en Europe par les croisés, et ce serait peut-être à cette époque qu'ils auraient pris le nouveau nom. On ne serait pas surpris que ceux qui s'armaient dans la vue de reconquérir la Terre Sainte, d'y planter l'étendard de la foi catholique, ayant trouvé les mystères conservés dans cette partie de l'Asie par le peu de chrétiens qui y étaient encore, les aient adoptés comme un lien qui les unit plus étroitement à des hommes qui pouvaient et qui devaient leur être fort utiles; il ne serait pas étonnant, disons-nous, que les nouveaux initiés eussent adopté, avec la langue des premiers, le projet même de la reconstruction du temple de Jérusalem, reconstruction qui est toujours l'objet des vœux du peuple Juif, et que, par cette raison, ils se fussent désignés sous le titre de Maçons libres, par opposition au métier de maçons proprement dit, qui n'était exercé que par les esclaves ou par les serfs, et parce qu'en effet il fallait être de condition libre pour être admis â l'initiation. Bien ne nous parait plus naturel.

 

Cela posé, il nous semble facile de concevoir comment la Maçonnerie a puisé dans la Bible les moyens et les titres de son organisation, ou plutôt de sa réorganisation. On sait que les premiers chrétiens étaient des Juifs réformés ; qu'avant que la religion nouvelle eût pris une forme extérieure, les réformés n'en suivaient pas moins la loi de Moïse. Les initiés, qui avaient fait la révolution, durent être bientôt dépassés par de nouveaux zélateurs : il y a apparence qu'ils n'adoptèrent pas toutes les innovations ; les schismes dont l'histoire de la religion chrétienne est remplie, en sont la preuve. Les initiés demeurèrent donc Chrétiens-Juifs, la Bible était toujours leur livre sacré, leur loi fondamentale ; et leurs formules restèrent hébraïques.

 

Que les mystères aient subi quelques changements lorsque les Européens furent initiés en assez grand nombre pour former une société à part, cela est possible; mais ils n'auront pas voulu, sans doute, se séparer absolument des Hébreux qui leur avaient enseigné ces mystères, et ils auront pris dans l'histoire de ceux-ci, dans leurs livres canoniques, les mots et les emblèmes de la Maçonnerie ; c'était un moyen certain de continuer à s'entendre et de lier les mystères anciens aux nouveaux. Telle était la destinée de la religion judaïque, de produire toutes les institutions de la catholicité.

 

Mais depuis longtemps, sans doute, les mystères égyptiens avaient dû être accommodés à la croyance et au culte des Hébreux; la Franc-Maçonnerie, que nous ne faisons remonter qu'à l'époque des Croisades, pourrait bien dater de temps plus reculés ; et, dans ce cas, la question posée se trouverait toute résolue, puisque les Hébreux ne devaient pas chercher ailleurs que dans leurs livres les emblèmes avec lesquels ils voulaient familiariser les initiés.

 

Ceux qui, depuis, ont ajouté aux degrés de l'initiation, n'auront eu qu'à suivre le premier thème; et il était tout simple qu'ils puisassent dans les mêmes sources.

 

Les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus sous lé nom de Templiers, ou leurs successeurs Francs-Maçons, paraissent être, comme nous l'avons dit, les auteurs de la majeure partie de ces additions. Nous penserions qu'elles avaient été imaginées par les Templiers dans les teins de leur splendeur pour s'isoler de la foule des initiés, si nous ne remarquions pas que les nouveaux degrés d'initiation ont presque tous pour motif la situation de l'Ordre après sa chute.

 

Nous ne faisons pas de doute, comme on voit, que les Templiers étaient des initiés, même dès leur institution; nous pensons encore que c'est à eux que l'Europe doit la Maçonnerie, et que ce sont là les pratiques secrètes qui ont servi de prétexte à l'accusation d'irréligion et d'athéisme qui les a conduits à une fin si tragique. Tout confirme cette opinion.

 

Les malheurs de ces chevaliers, les persécutions auxquelles ils succombèrent, les forcèrent à chercher un dernier refuge dans ces mêmes mystères, à l'établissement desquels ils avaient tant contribué ; ils y trouvèrent quelques consolations et des secours. Leur situation n'étant pas commune aux autres initiés, ils songèrent à se resserrer entre eux, sans cependant se séparer de la grande famille des Francs-Maçons ; ils formèrent les grades ou degrés que nous voyons ajoutés aux trois premiers, et ne les communiquèrent, sans doute, qu'à ceux des initiés sur l'attachement desquels ils croyaient pouvoir compter.

 

Les Templiers ont disparu dans l'ordre civil ( L'Ordre des Templiers s'est cependant conservé en France, et prouve une succession non interrompue de grands-maîtres depuis J. Molay, qui, avant de périr, désigna J. M. Larmenius pour son successeur. La Charte originale de transmission, et quelques insignes de l'ordre, sont conservés avec soin dans la maison conventuelle qui subsiste à Paris. On compte parmi les grands- maîtres depuis J. Molay plusieurs princes de la Maison de Bourbon.); mais ils ont laissé des successeurs dans la Franc-Maçonnerie, et leurs institutions leur ont survécu.

 

Telle nous paraît être l'histoire et la marche de la Franc-Maçonnerie.

Mais, nous demande-t-on chaque jour, qu'est- ce que la Maçonnerie ? Quels sont donc ses mystères, dont on parle tant aux initiés, et qu'on ne leur. révèle jamais ?

 

Cette question, qui nous a été faite souvent, même par des Francs-Maçons, mérite considération, et. nous allons y 'répondre. Nous ne pouvons cependant nous défendre de quelque surprise, toutes les fois qu'un initié nous interroge sur ce sujet, et nous jugeons qu'il ne s'est pas donné la peine de réfléchir, ou qu'il n'a été frappé que de la superficie des formes.

 

Nous conviendrons, si on l'exige, que la Franc-Maçonnerie, devenue aujourd'hui presque vulgaire n'est plus en effet ce qu'elle était dans ses commencement; mais nous ajouterons qu'il n'est pas nécessaire qu'il en soit autrement, et qu'au surplus, ce n'est pas la faute de l'institution, mais bien celle des hommes et des circonstances, qui ne sont plus et ne doivent plus être les mêmes.

 

Nous avons vu que la Franc-Maçonnerie et les mystères anciens ont un tel rapport entre eux, que l'on peut, sans trop bazarder, considérer l'une comme la succession des autres. Or qu'étaient-ce que les anciens mystères ? qu'y enseignait-on aux initiés? quelle révélation leur était faite ?

 

Si nous consultons lés ouvrages qui ont traité des mystères, nous apprenons que leur secret était la doctrine des sages, des philosophes de l'antiquité, qui, abandonnant au peuple ignorant et stupide l'idolâtrie qui leur paraissait si chère, se réunissaient pour n'adorer qu'un seul Dieu, créateur et conservateur de toutes choses, un Dieu vengeur et rémunérateur, le seul Dieu éternel digne des hommages des hommes.

 

L'initiation était divisée en plusieurs degrés ou époques; l'initié n'était éclairé que successivement et avec précaution, pour ne point trop choquer les préjugés de sa première éducation; il fallait qu'il fût déjà sorti de l'âge des passions; on le persuadait en l'instruisant, et on n'avait garde de lui imposer la croyance par. l'autorité. On le- formait dans les sciences humaines, alors renfermées dans le seul sanctuaire des temples, avant de lui montrer la vérité. C'était seulement après des études qui duraient au moins trois ans, et quelquefois davantage, que l'on conduisait le Néophyte dans l'intérieur, dans la partie la plus secrète du temple, où on lui dévoilait le vrai but de l'initiation.

 

Les initiés regardaient donc avec mépris l'idolâtrie., dont ils avaient appris à connaître l'absurdité ; et si, rendus à la société, ils respectaient les cultes établis, et s'y soumettaient, ce n'était que par déférence pour des opinions qu'il eût été dangereux de combattre ouvertement.

Aussi, à mesure que l'initiation s'est étendue, à mesure que la philosophie et les arts ont éclairé les peuples, le  culte des idoles, a perdu son crédit, et i1 a fini par être absolument oublié.

 

Tel était le but secret des grands mystères, et il a été atteint, mais après des efforts, in-

nombrables.

 

De l'initiation sont sortis tous les philosophes qui ont illustré l'antiquité; à l'extension seule des mystères on a dû le changement qui s'est opéré dans la religion des peuples. Lorsque les mystères sont devenus vulgaires, cette grande révolution a été :faite.

 

Moise, élevé eu Egypte, dans la cour du Pharaon,.et sans doute initié aux mystères égyptiens, est le premier, qui ait, établi le culte public du Dieu des initiés, du vrai Dieu. Son décalogue. n'est autre chose que la loi qui gouvernait les initiés, et sa physique est toute puisée dans les temples de Memphis.

 

Mais la loi de Moïse n'était encore qu'un essai imparfait de;l'application des:principes de l'initiation; les temps n'étaient pas encore venus, où ces principes deviendraient la religion universelle, à cause de cela nommée catholique. Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ce qui s'est opposé à ce que la religion hébraïque ait fait des prosélytes, ni ce qui l'a empêchée de s'étendre hors de la maison d'Israël ; mais après l'accomplissement des temps, on voit sortir du sein de cette religion, et probablement du secret même de ses initiations, une religion nouvelle, plus pure que la première, qui n'appelle plus seulement une famille, une nation, mais tous4les peuples de la terre à la participation de ses mystères.

 

L'initiation ancienne était donc la vraie religion, celle qui, depuis, a été nommée à juste titre catholique, parce qu'elle doit être celle de toutes les nations éclairées de l'univers, la religion qu'avait d'abord enseignée Moïse, celle qu'a prêchée Saint Jean, celle enfin de Jésus. Oui, la religion chrétienne est sortie des mystères de l'initiation, telle qu'elle était dans sa première simplicité ; et c'est cette sainte religion que l'on a conservée avec soin dans les temples de la Franc-Maçonnerie.

 

Nous pourrions, par des rapprochements sans nombre, faire voir que jusqu'aux formes du culte, que jusqu'à la hiérarchie ecclésiastique, tout, dans la religion chrétienne, est tiré des usages et des rituels des initiés, prédécesseurs des Francs-Maçons, si les bornes que nous nous sommes prescrites dans cet Essai nous le permettaient. L'Évangile cet œuvre de la morale la plus douce, la plus pure, ce livre vraiment divin, était le code des initiés, et l'est encore de la Maçonnerie.

 

Si nous avons démontré que la Franc-Maçonnerie est une succession des anciens mystères, (et nous croyons y être parvenus) si, disons-nous, les mystères étaient eux-mêmes la véritable religion de Jésus, il s'ensuit que la Maçonnerie est cette même religion qui, constamment, a combattu le matérialisme de l'idolâtrie, mais qui, avec la même constance, a refusé d'admettre les dogmes mystiques que la superstition, ou bien le zèle enthousiaste de quelques âmes ardentes ont trouvé le moyen d'enter sur l'arbre évangélique.

 

On nous dira peut-être que, cela étant ainsi, les mystères ont dû être sans objet raisonnable, dès le moment de l'établissement et de la profession publique du culte et de la croyance des initiés ; que le secret de leurs assemblées devenait au moins inutile.

 

Nous sentons toute la force de cette objection ; mais qui ne sait que la religion catholique a lutté pendant plus de trois siècles contre le paganisme, qui était le culte dominant, et contre les persécutions sans nombre que cette religion, son ennemie naturelle, a dû lui susciter ? qui ne sentira que le secret lui a été longtemps nécessaire avant d'obtenir seulement la tolérance, et enfin jusqu'au moment où Constantin la plaça sur le trône ? et encore, depuis le triomphe de la religion catholique, qui a été aussi l'époque des plus grands schismes et des disputes théologiques les plus sanglantes, les hommes sages et paisibles qui voulaient conserver pure la science divine, n'ont- ils pas dû se tenir éloignés des disputant, se renfermer de nouveau dans le secret des initiations, et par ce moyen en' transmettre l'esprit dans toute son intégrité ? Il nous semble que c'est ainsi que l'on peut rendre raison de la perpétuité des assemblées secrètes des initiés, et expliquer la transmission de leurs mystères jusqu'à nos jours ; de là les persécutions suscitées contre les Maçons par les ministres d'une religion qui aurait dû les regarder comme ses appuis les plus solides et ses plus fermes soutiens.

 

Quoi qu'il en soit de la succession des mystères, il paraît évident, par les emblèmes qui décorent les Loges des Maçons de tous les rites, que, lors de leur introduction en Europe sous le nom de Franc-Maçonnerie, on y a reconnu un but religieux.. Mais la Maçonnerie avait encore un autre but, c'était celui de l'hospitalité envers les soldats chrétiens, envers les veuves et les orphelins des guerriers morts pour la religion dans les champs de l'Asie; et l'on doit reconnaître dans cette dernière intention la cause du crédit qu'obtint dès l'origine cette institution.. toute philanthropique.

 

L'Europe se lassa enfin d'envoyer périr la fleur de ses citoyens dans un pays si funeste à ses armées; les calamités qui avaient accompagné une guerre éloignée et désastreuse cessèrent; mais l'amour, du. prochain ne cessa point d'animer les initiés. Francs-Maçons ; les liens qui les unissaient ne furent point brisés pour cela, et les malheurs ordinaires de la vie ne manquèrent pas d'offrir à leurs vertus bien des moyens de s'exercer.

 

Une occasion terrible s'en présenta bientôt. Les chevaliers du temple, qu'ils regardaient, avec raison, comme leurs instituteurs, périrent par une catastrophe épouvantable ; ceux qui échappèrent aux échafauds se réfugièrent parmi les Francs-Maçons, qui les accueillirent comme des fils accueillent leur père, les soutinrent et les protégèrent de tout leur pouvoir.

Peu curieux de disputes théologiques, les Francs-Maçons se firent une loi de ne s'occuper jamais d'opinions religieuses; ils oublièrent en quelque sorte que leur institution était le dépôt de la vraie religion catholique ; ils se bornèrent à prêcher dans l'intérieur de leurs temples, la morale de l'Évangile, à recommander la soumission aux lois civiles, à exalter toutes les Vertus sociales et particulièrement l'hospitalité et la bienfaisance.

 

Il ne s'ensuit pas de là, sans doute, que tous les Maçons individuellement soient vertueux; mais la société maçonnique l'est par essence ; elle ne pourrait subsister sans cela. Combien d'actes particuliers de générosité ne pourrions- nous pas citer pour prouver que la Maçonnerie est un véritable bienfait pour la société ! Combien d'établissements de bienfaisance fondés et entretenus par dés loges, ne pourrions-nous pas désigner à la 'reconnaissance publique! Mais ce serait affliger lés Maçons que de lés nommer; la première de leurs maximes est de cacher soigneusement la Main qui donne.

 

Nous avons vu que la Franc Maçonnerie est une institution religieuse et philanthropique.

Sous le premier aspect, la sagesse de ses principes, la pureté et la douceur de sa morale, si conforme à celle de l'évangile, doivent nécessairement en faire l'objet d'un profond respect.

Sous le second rapport, qui la rend si recommandable, c'est une institution que l'on ne peut trop encourager.

 

C'est, n'en doutons pas, par un trait de la plus haute sagesse de la part des Francs-Maçons, que le côté religieux est abandonné à la sagacité des initiés, et que l'on néglige de leur révéler les mystères que cachent aux yeux superficiels les signes emblématiques de la Maçonnerie; tandis que tous les discours, tous les exemples sont dirigés de manière à recommander l'amour de ses semblables comme la vertu distinctive des vrais Maçons.

 

Tel est le véritable but de cette institution si injustement méprisée par ceux qui ne la connaissent pas. Les initiés savent que nous n'avons rien dit que de vrai; si notre bonne foi ne peut persuader les non-initiés, nous espérons au moins de leur esprit de justice qu’ils ne condamneront pas à l'avenir nos frères sans les entendre, et qu'ils avoueront que si nous avons représenté la Maçonnerie telle qu'elle est en effet, elle est digne de l'estime des honnêtes gens.

 

Le Tuileur de Vuillaume

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Rituel et esprit maçonnique dans la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui

28 Novembre 2012 , Rédigé par B. C:., 33e Publié dans #Rites et rituels

Après les questions relatives à la nouvelle éthique, et à la possibilité pour les sciences humaines de dire ce qu’elle pourrait être, le Grand Collège avait confié à la Commission III de « Sources » mission de traiter la question « Rituel et esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui » L’exposé des motifs destiné à en préciser le sens était de suivant :

- Quelle est l’originalité de ce qu’on peut appeler l’esprit maçonnique ?

- La Franc-Maçonnerie ne saurait être enfermée dans une seule philosophie. Quelle proposition peut-elle dès lors faire pour répondre aux interrogations philosophiques et éthiques des Francs-Maçons ?

- Quel est le sens du rituel maçonnique ?

- Au fond, quelle est l’essence de la Maçonnerie ?

« Sources » propose un texte d’une ampleur et d’une importance considérables. C’est un texte essentiellement philosophique qui, à première approche, pourrait effrayer nombre de lecteurs peu habitués au langage de l’anthropologie et de la philosophie. Impression assurément trompeuse, car, au prix d’un effort d’attention un peu soutenu, tout homme de bonne culture doit pouvoir en tirer enseignement et profit. La table des matières très complète qui en expose le plan est un fil conducteur très utile.

Néanmoins, il est apparu opportun au Grand Collège qu’en soit faite une présentation qui, en en marquant les points forts, en facilite une lecture qui, seule, pourra révéler toutes ses richesses. En raison même de son importante dimension et de sa densité, il ne saurait être question d’en faire un résumé qui le suivrait d’une façon en quelque sorte linéaire. D’autant plus que le lecteur distrait ou insuffisamment attentif risquerait de considérer comme des redites ce qui est en fait une succession de reprises des mêmes idées, mais chaque fois placées sous un éclairage différent. C’est ainsi que, tout au long de ce texte, on trouvera l’exposé des conceptions du rite et de l’homme. Plusieurs fois également le lecteur trouvera des considérations sûr la méthode à employer pour mener à bien l’étude demandée.

C’est pourquoi nous avons choisi dans cette présentation de dégager les grands thèmes qui courent durant tout l’exposé, et dont la connaissance claire permettra au lecteur d’apprécier toutes les remarques incidentes qui s’y ajoutent et qui, à chaque fois, l’enrichissent de nouvelles facettes.

Nous avons cru bon de distinguer les thèmes suivants: Problèmes de méthode ; examen critique de la thèse de René Girard ; nature du rite et essence de l’homme ; rite et spiritualité maçonnique ; l’homme Franc-Maçon.

Encore ne pourrons-nous pousser trop loin l’analyse, car tous ces thèmes interfèrent les uns avec les autres. Il n’est que trop évident par exemple, que l’idée qu’on peut se faire du rite et de l’homme dépend étroitement du mode de connaissance adopté pour étudier l’un et l’autre. Inversement, on ne saurait cacher que le choix de ce mode de connaissance peut être lui-même largement influencé par l’idée préalable qu’on se fait de l’homme et de son essence.

Problèmes de méthode

S’interroger sur le rituel et l’esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui invite en effet la pensée à s’engager dans deux voies divergentes, mais non nécessairement opposées. Ou bien à partir d’une étude anthropologique, et qui se veut par conséquent scientifique et objective, des rites, à partir d’une typologie et d’une interprétation fonctionnelle de ceux-ci, on peut essayer de situer les rites maçonniques, d’en dégager la spécificité, et proposer une définition de ce qui fait l’originalité de l’esprit maçonnique. Ou bien, partant au contraire de l’esprit maçonnique, tel que nos pratiques rituelles et symboliques nous le font vivre et connaître, on peut essayer de dégager la métaphysique qui le sous-tend et qui l’anime, et par là même éclairer le sens de nos rites. On peut même aller plus loin. Fort de l’expérience vécue dont on peut penser qu’elle nous révèle sa vraie nature, on peut s’élever à une conception du rite en général, et, à partir de celle-ci, porter un jugement sur les diverses théories qui en proposent une interprétation. Pourquoi pas en effet ? La compréhension d’un certain type de comportement humain, en l’occurrence ici le comportement rituel, devrait-elle donc toujours et exclusivement être cherchée, ainsi que le fait l’anthropologie, dans ses origines oubliées, ou dans des structures inconscientes ? Ne seraient-ce pas plutôt ses formes les plus récentes, et peut-être de ce fait les plus accomplies, qui, soumises à une analyse phénoménologique serrée et lucide, sont susceptibles de nous en faire connaître le vrai sens ?

Il convient d’ouvrir ici une importante parenthèse. Ce n’est pas dévoiler un secret de dire que, depuis la naissance de l’Aréopage, les Frères de « Sources », en dépit des inévitables renouvellements, se partagent à peu près équitablement, lorsqu’il s’agit d’aborder les problèmes humains, entre ceux qui inclinent vers l’étude anthropologique, et ceux qui préfèrent l’approche philosophique. C’est pourquoi il importe de souligner le bel exemple d’esprit maçonnique donné par les Frères anthropologues de « Sources » qui, en présence d’un texte dont ils ne partagent peut-être pas toutes les thèses, ont reconnu l’éminent travail accompli par le Frère Rapporteur, et décidé de le présenter au nom de tous.

Assurément, le texte ne fait aucune concession à l’égard d’une approche anthropologique qui se voudrait exclusive de toute autre. On resterait alors, y est-il dit, tributaire du modèle d’une science de la matière, tel qu’H s’est constitué à partir de la Renaissance finissante, selon lequel penser scientifiquement, c’est penser par structures fermées, progressivement compliquées, et dès que possible mathématisables. Autant dire qu’on ne peut penser par structure que le mort, que ce qui se laisse traiter comme un objet technique, une matière inerte, et soumise au surplus (ce qui révèle la structure comme ne pouvant se poser comme autosuffisante dans l’être) à la loi insurmontable de la dégradation de son énergie d’inertie.

Sont donc récusées les doctrines philosophiques se réclamant du structuralisme qui, s’étant mises à l’école de l’anthropologie, ont proclamé dans le même temps et la mort de la philosophie et la mort de l’homme, et célébré la décadence de l’humanisme. « Le développement des sciences humaines, affirmait il y a vingt ans Michel Foucault, nous conduit beaucoup plutôt à une disparition de l’homme qu’à une apothéose. Elles ne nous découvrent pas l’homme dans sa vérité, dans ce qu’il peut avoir de positif. Ce qu’elles découvrent, c’est de grands systèmes de pensée, de grandes organisations formelles qui sont en quelque sorte comme le sol sur lequel les individualités historiques apparaissent. Nous voulons montrer que ce qu’il y a d’individuel, ce qu’il y a de vécu et de singulier chez l’homme, n’est qu’une sorte d’effet de surface au-dessus des grands systèmes formels sur lesquels flotte de temps en temps l’écume et l’image de l’existence propre ». (Émission télévisée « Lecture pour tous », 1966).

Il est bien évident qu’aborder l’étude des rites selon une telle perspective structuraliste ne peut qu’aboutir à faire voir en eux, ainsi que nous y invitent les dictionnaires, que des choses mortes, des pratiques dont le sens n’apparaît même plus à ceux qui en sont les acteurs, pas plus que n’apparaît au locuteur la façon dont s’organisent les phonèmes de sa parole. Son expérience vécue de Franc-Maçon, ainsi que ses convictions profondément humanistes, aux évidentes résonances existentialistes et personnalistes, commandaient impérieusement au Frère Rapporteur de s’engager dans une toute autre direction. C’est sans doute pour les mêmes raisons que les Frères de « Sources » l’ont suivi et ont voulu procéder avec lui à une herméneutique, c’est-à-dire à une recherche du sens. Recherche du sens des rites en général, et des rites maçonniques, en particulier, sans méconnaître pour autant les enseignements et les apports de l’étude anthropologique.

La thèse de René Girard.

Il rencontrait alors sur sa route une interprétation fonctionnaliste du rite qui eut un succès considérable, il y a une quinzaine d’années, celle que l’anthropologue René Girard a exposée dans son livre « La violence et le sacré ». Sa thèse est simple et tranchée : le rite est essentiellement archaïque ; sa fonction est d’assurer la cohésion sociale. Tous les rites en effet sont d’origine sacrificielle, et le sacrifice a pour fonction de détourner sur une victime émissaire la violence existant dans la société.

La violence a pour origine le désir. A la différence du besoin qui, lui, est inscrit dans la nature physiologique de l’homme, le désir est désir de s’emparer de ce que l’autre désire lui-même et possède. C’est en cela qu’il engendre la violence et la réciprocité des vengeances. Cycle sans fin, car le désir, à la différence du besoin, ne saurait être rassasié, et ne connaît pas de limites. Mais la violence est vite ressentie comme insupportable, et c’est pour en rompre l’enchaînement sans fin, que l’homme archaïque a imaginé le subterfuge de détourner et de concentrer la violence sur une victime émissaire. Ainsi, en même temps qu’elle sera détournée de son objet, la violence sera attribuée à une force étrangère et supérieure à l’homme, c’est-à-dire à la puissance même de la nature, considérée comme divine et sacrée. Mais pour être efficace, ce subterfuge doit demeurer inconscient. Le rite – et non seulement le rite sacrificiel – aurait donc surgi comme instrument magique d’exorcisme, et il serait à l’origine des religions archaïques, et du sentiment du sacré.

Girard ne nie pas pour autant toute transcendance. Mais il est un scientifique chrétien, et il réserve l’authenticité de sa visée à la seule religion chrétienne. Aux religions archaïques, il oppose la seule religion authentique à ses yeux, le christianisme, qui opère sur les hommes un peu à la façon d’une cure psychanalytique. Les hommes ne seront délivrés du désir générateur de violence qu’à partir du moment où il sera sublimé, transcendé, réorienté vers la Rédemption. Le sacrifice du fils de Dieu mettra fin à la longue série des errances violentes qui font la vie des sociétés primitives. En consentant à mourir par violence, le Christ-Dieu force les hommes à reconnaître ce qu’est la violence dans son horreur, et qu’elle est sans force devant l’Amour, seul libérateur et civilisateur.

Ainsi, comme celui de beaucoup de scientifiques chrétiens, le théisme de Girard le conduit au dualisme. Dieu est séparé de la Nature. La Nature physique peut alors être réduite à la seule matière, livrée à l’inertie mécanique et à l’entropie ; la nature humaine être livrée au mimétisme du désir et de la violence, avant de pouvoir être réhabilitée par la Rédemption. Dualisme bien commode pour qui veut concilier les exigences de la science et celles de la religion. Nous sommes loin de nos rites maçonniques qui, dès la première initiation, confient le néophyte aux quatre éléments, aux grandes forces de la Nature : la Terre, l’Eau, l’Air, le Feu.

Mais dénoncer les arrière-pensées de Girard ne suffit pas. Encore faut-il le rencontrer sur le terrain des faits et de leur interprétation. La critique du Frère Rapporteur portera sur deux points essentiels, et lui donnera l’occasion d’esquisser une tout autre conception de l’homme et de son rapport avec les rites : a) le caractère totalitaire et exclusif de la conception du rite selon Girard. b) sa conception du désir.

Peut-on vraiment affirmer que le rite n’a d’autre fonction que de verrouiller la violence afin de restaurer et d’assurer la cohésion d’un groupe ? Même dans le cas du rite sacrificiel, mort de l’animal ou même de l’homme, la mise à mort est-elle toujours recherchée comme éliminatrice d’un mal plus grand ? C’est le « toujours » qui fait ici problème. Ne pourrait-on au contraire la concevoir comme l’envers d’une renaissance ? Il est remarquable que Girard passe sous silence les rites agraires tels que les rogations, dans lesquels l’offrande s’accompagne d’un sacrifice de riz, de maïs, de rameaux ou de fleurs. La mort végétale y est offerte parce qu’elle apparaît comme la condition d’un renouvellement. La mort de la Nature n’est pas indice d’immobilité, mais d’une décomposition ouvrant la voie des germinations recréatrices.

Entrent également difficilement dans l’interprétation de Girard les cinq grands mythes fondateurs qu’on trouve présents dans toutes les sociétés humaines ; mariage, reconnaissance des enfants, entrée dans l’adolescence, élection des chefs, culte des morts. Ils apparaissent bien plutôt comme destinés à conférer à l’existence et à ses rythmes biologiques une valeur proprement humaine en assurant l’émergence de la Culture. D’une culture qui ne saurait être coupée de la nature, puisqu’ils visent tous à situer les actions humaines dans le mouvement des forces de vie de la nature, inséparablement en nous et hors de tous.

En ce qui concerne le désir, Girard a bien vu qu’il est autre chose que le besoin, et qu’il est le propre de l’homme. Certes le désir peut être mimétique et générateur de jalousie, de rivalité, et par conséquent de violence. Mais n’est-il que cela ? Est-il essentiellement cela ? Serait-il le signe de la chute originelle ? En même temps qu’il aurait conféré à l’homme son humanité, aurait-il donc fait de lui un être de faute ?

A ce pessimisme, inspiré par une certaine interprétation du christianisme, le rapport va opposer une conception toute différente du désir, dont les développements permettront de répondre à la question que tout Maçon se pose dans son parcours initiatique « Qu’est-ce que l’homme ? » si l’on se réfère à son étymologie latine « de sidus, sidera », le désir est tendance à refaire en soi l’étoile. Il est la quête d’une étoile, au sens d’une réalité qu’on éprouve symboliquement comme infiniment éloignée en perfection. Ce qui est alors désiré, c’est le déplacement de l’être vers cet objet projeté comme impossible à rejoindre. Le désir ne désire rien d’autre en définitive que lui-même. Le propre du désir est de s inventer selon une fécondité ouvreuse de perspectives d’actions, de raisons de vivre, de buts constitutifs de rôles. Si le désir est donc l’homme même, il fait alors apparaître celui-ci non comme être déjà fait, non comme objet constitué, mais comme surgissement, comme l’acte d’une essence portant en elle une puissance d’infini, et constamment en route sur le chemin de sa réalisation (mire, initium). Par nature, le désir est initiatique.

Une telle conception peut surprendre les esprits qui ne peuvent penser que par concepts aux contours arrêtés ; elle ne fait cependant que rejoindre toutes les grandes philosophies qui ont en effet compris l’homme de cette façon. L’homme est Amour dit le Platon du « Banquet ». Parcelle de l’âme du Monde, il est pneuma, tonos, souffle et tension, disent les anciens Stoïciens. Il est appétit infini de béatitude, dit St Thomas. Il porte en lui l’idée de Parfait, dit Descartes ; il est « mouvement pour aller plus loin », dit Malebranche.

Certes, et de façon plus prosaïque, le désir est aussi demande de biens matériels et finis. C’en est l’instance indispensable destinée à assurer la survie de chacun. De même peut-il se fixer, s’arrêter et s’exaspérer dans la recherche constante et toujours à refaire de ces biens, et devenir avidité. Sur ce point, notre société de consommation caractérisée par la production et par la demande effrénée et jalouse de biens ostentatoires, semblerait donner raison à René Girard. Mais là n’est pas la vérité du désir. C’en est une forme dévoyée. La recherche indéfinie des biens n’est qu’une manifestation décevante de cette puissance d’infini que le désir porte en lui. En fait le désir est l’essence de l’homme. Il est l’amour de soi d’un être qui se crée à travers un amour indissociable des êtres et des choses.

L’homme et le rite

C’est en fonction de cette conception de l’homme qu’on peut maintenant apprécier comme il convient la signification des rites. Tout désir vrai appelle le rite, ou y tend, pour la simple raison qu’il ne saurait exister comme tel sans le rite. C’est dans et par le rite que le désir parvient à affirmer les forces créatrices de la vie. Le rite, c’est le désir lui-même, tendant de soi, à se discipliner selon des figures de gestes et d’actions, capables de suggérer et même de commander des voies de prospection de son être, et par conséquent des voies d’espérance. Selon une perspective taoïste, on pourrait presque dire que si le désir est demande et recherche de la VOIE, le rite en est l’indicateur. Le rite est conducteur d’être et il établit en l’homme une nouvelle nature en l’introduisant dans le domaine de la Culture et de la spiritualité c’est-à-dire dans la vérité de son être. C’est ce que font, nous l’avons vu, les cinq grands rites fondateurs évoqués plus haut.

Et qu’on n’objecte pas l’existence de rites apparemment morts et figés, réduits à l’état de squelettes. Ils sont les vestiges d’un sens perdu qu’il est toujours possible de retrouver, voire de réactualiser, en en faisant une nouvelle lecture, ainsi qu’on le fait pour les oeuvres d’art. Qu’on n’objecte pas non plus l’étrangeté, la cruauté, l’apparente absurdité de certains rites qu’on peut observer dans les sociétés archaïques. Même cruels et aberrants, ils témoignent chez l’homme d’une volonté de renoncement à la primauté du besoin. Peut-être sont-ils aussi une défense contre l’angoisse qu’éprouve l’homme livré à lui-même devant un pouvoir d’innovation qui l’effraie. On peut comprendre qu’il cherche à reconstituer, par le système clos des normes où il tend à se stabiliser, l’équivalent du soutien qu’est l’instinct pour l’animal. Il tend alors à se forger une condition humaine définie par les règles d’un monde le plus possible arrêté.

Mais si les rites archaïques n’étaient que cela, et si eux seuls devaient servir de modèles interprétatifs de tous les rites ; si les rites n’étaient qu’immobilisme et répétition, que viendrions-nous donc chercher en Maçonnerie ? Nous retrouvons ici les problèmes de méthode évoqués plus haut. Pourrions-nous vraiment nous prêter à des pratiques vides de sens, réduites à l’état de mômeries ou de simagrées si nous étions convaincus que l’interprétation qu’en donnent certains anthropologues était la bonne ? Notre connaissance vécue de la pratique rituelle apporte un témoignage de valeur au moins égale à celle des plus minutieuses observations des ethnologues. C’est pourquoi il convient de ne privilégier ni les croyances naïves ni les interprétations savantes qui s’attachent aux pratiques rituelles des sociétés archaïques.

En fait, rites et mythes créent et conservent à la fois. Par sa permanence, le rite semble exclure la nouveauté. Mais c’est oublier que cette permanence n’est là que pour canaliser et orienter dans la bonne voie cette constante mise en question de soi-même, cette exigence de création de soi qu’est le désir. C’est oublier aussi que c’est par le rite et par sa relation à la transcendance que se découvre et se détermine le sens du numineux, du sacré, du religieux, du divin. Nous invite aussi à le penser l’étymologie sanscrite « r’tam » du mot « rite », qui signifie : « ce qui est conforme à l’ordre cosmique «. Est sacré en effet tout ce qui intègre et fait vivre le Tout dans la partie, l’infini dans le fini, l’ordre cosmique dans un être particulier. Ainsi le rite relie-t-il l’individu à la société et à l’univers. Il existe une similitude étonnante entre le caractère ouvert et l’invitation novatrice du rite, et cet appel au dépassement de soi-même, à cette recherche de notre être vrai au delà de ce que nous sommes et de ce que nous paraissons être, qu’on peut considérer comme étant en nous la manifestation du divin.

Le rite introduit l’homme dans le domaine de la spiritualité véritable. Celle-ci ne consiste pas à se perdre dans la contemplation d’un idéal qui nous ferait oublier le réel, mais à faire surgir le pouvoir de transcendance qu’il porte en lui. De même nous introduit-il dans celui de la religiosité authentique. Non pas celle, pervertie ou détournée d’elle-même à laquelle invite le théisme professé par les religions de salut, mais celle qui nous intègre au mystère du Monde et nous fait non seulement participants, mais acteurs de sa force de fécondité et d’organisation. Et peut-être est-ce ainsi qu’il convient d’entendre la célèbre parole, reprise des Psaumes, que St Jean prête à Jésus « Vous êtes tous des dieux » (Jean, X 35). Le Franc-Maçon ne souscrit guère en effet aux saluts extérieurement rapportés. Et s’il veut être chrétien, son christianisme, en se vivant maçonniquement, sera toujours plus celui des ascensions sous la poussée de la force divine qui l’habite, que celui des rachats et des rédemptions condescendantes.

Rites et spiritualité maçonnique

Si telle est bien la nature du rite, il n’y a pas lieu d’établir une différence de nature entre rites prétendument profanes et rites maçonniques. Tous les rites véritables relèvent du sacré. Peut-être faut-il alors voir dans la Franc-Maçonnerie l’Ordre qui s’est donné pour mission, en tant que mainteneur de la Tradition initiatique, de préserver précautionneusement et religieusement une certaine image de l’homme. Rituélie et spiritualité maçonniques sont une seule et même chose. En faisant du rite l’essence même de son être et de sa manifestation, elle est le modèle idéal, le paradigme qui invite chaque homme à s’inventer et à se faire, dans le dialogue, et, plus largement, dans l’entraide des consciences. Elle rappelle que le rite est principiel, qu’il invite l’homme à toujours se recommencer, à toujours renaître, pour mieux se continuer et persévérer dans son être. La spiritualité non dogmatique qui est la sienne indique au postulant, puis à l’adepte, qu’une vie réussie ne peut être qu’une continuelle naissance. Elle lui apprend à se retourner sur son passé, non pour le répudier, ainsi que le voulaient les philosophies de l’histoire du 19e siècle (« … Du passé faisons table rase… »), mais pour le féconder en avenir.

Par ses rites, la Maçonnerie apprend à l’adepte à définir son désir, à chercher et à trouver ce qu’il veut vraiment, car trouver son vrai désir, c’est trouver ce qui libère au mieux les forces de son être. C’est pourquoi l’individu qui entreprend de se chercher selon son vrai désir est prêt à accepter pour sa vie une condition d’apprenti. En entrant en Maçonnerie, il va apprendre à penser par symboles. Il va prendre conscience que rites, symboles et mythes maçonniques, par leur puissance de suggestion métaphorique et imageante, proposent des représentations possibles de ce qui, en lui, est de l’ordre, non du fini, mais de l’infini, et qu’ils répondent ainsi à cette demande de soi, infiniment productrice de l’être même de l’homme, qu’est l’exigence initiatique. C’est une seule et même chose de parler d’exigence initiatique, et d’exigence de spiritualité.

Mais si l’on veut prendre une conscience plus claire de la façon dont la rituélie maçonnique pénètre et façonne la spiritualité maçonnique, et devient rectrice et éducatrice du désir, il convient d’examiner comment les rites opèrent et quelles fonctions ils assument.

On peut en distinguer trois. 1) Nos rites d’ouverture et de fermeture des travaux ont pour fonction de nous introduire dans le Temple, c’est-à-dire dans le Sacré, et ils nous invitent à nous faire nous-mêmes Temple. 2) Nos rites d’initiation proprement dits, c’est-à-dire d’intronisation dans nos différents grades, ont pour fonction, à travers leurs symbolismes successifs, d’ouvrir au sens initiatique de la vie, à inciter à aller toujours plus loin. 3) Quant à nos rites de célébration solsticiale et équinoxiale, ils nous apprennent que cette permanente et constante exigence de novation et de dépassement doit venir s inscrire dans les rythmes profonds de la Nature. Ils nous apprennent aussi que la Nature est en quelque sorte une réalité vivante, qu’elle est autre chose que cette matière, soumise à l’entropie, sur laquelle nous exerçons nos prouesses techniques, afin de la soumettre à notre appétit de puissance.

Trois initiations capitales introduisent l’impétrant dans le coeur de la spiritualité maçonnique, celle du 1er, celle du 3e et celle du 13e degrés.

Au premier degré, l’Apprenti acquiert le sens du Temple. Il lui est révélé que le Sacré et le Divin ne sont pas le monopole des seules religions exotériques, mais qu’ils sont inhérents à l’humanité tout entière. Par la méthode symbolique, il sera délivré d’un anthropomorphisme mal conçu, qui tend à faire de l’Etre, et de la Nature en son principe, une idole à forme humaine.

Avec l’enseignement du Maître Hiram, le troisième degré apprend que nous portons en nous un Etre qui est au delà de nous-mêmes, et auquel il faut savoir, si besoin est, sacrifier sa vie. Cette initiation s’éclaire au quatrième degré comme étant le sens du DEVOIR. Nous comprenons alors que notre être véritable est un devoir-être, qu’il est l’exigence d’un constant recommencement et dépassement de soi.

Ces deux grandes premières initiations portent en elles une conception de l’esprit qui est celle-là même de la grande tradition philosophique de l’Occident. Dans le « cogito », mais plus encore dans le doute méthodique qui le précède, Descartes découvre sa propre imperfection, c’est-à-dire son insuffisance d’être. La réalité de l’esprit se révèle ici comme style d’échappement et de reprise. Mais cette prise de conscience de l’imperfection renvoie à l’idée de l’être parfait, de l’être souverainement réel, c’est-à-dire de Dieu. L’Esprit se révèle à lui-même, non comme une réalité figée et fermée, mais comme un manque, et comme une aspiration à être plus. Quant à cette idée de perfection qui nous est donnée dans le temps même où nous prenons conscience de notre imperfection, elle n’est pas l’attribut d’un être aux contours finis et définitivement arrêtés, puisqu’elle est ce qui inspire et provoque en chaque être la force de transcendance qui l’anime. Spinoza, poussant jusqu’au bout les conséquences de l’analyse cartésienne, abandonne le théisme de son maître, concession aux idées du temps, pour retrouver l’inévitable panthéisme. Dieu est ici reconnu comme substance de tout ce qui est. Il est le Tout de la Nature, présent en chacune de ses modalités, c’est-à-dire en chaque être fini. Chez Bergson, on trouve aussi une conception de l’esprit fort proche, lorsqu’il définit celui-ci comme « une réalité qui est capable de tiret d’elle-même plus qu’elle ne contient, de se créer et de se recréer sans cesse ».

Avec la troisième grande initiation, celle du 13e degré, sont révélées la source et la vocation de l’Esprit. Toute activité vraie de l’Esprit porte en elle l’infinité de la Nature dans laquelle elle prend sa source, de façon, ainsi que le dît le rituel du grade, à permettre à chaque être de s intégrer à l’ordre de l’Univers.

On pourrait penser que cette philosophie de la Nature, sur laquelle débouche la spiritualité maçonnique, nous éloigne du concret, et est bien loin des préoccupations morales de la Franc-Maçonnerie. Il n’en est rien. En ouvrant nos consciences aux dimensions de l’Univers, elle établit au contraire leur fondement. Non seulement elle relativise les conflits qui nous opposent, mais elle fait comprendre à chaque adepte que la richesse de son être est faite de la richesse de tous les autres. En affirmant pour chacun son identité d’être avec l’Univers, elle nous enseigne que tous ensemble nous ne formons qu’un seul être, que nous sommes tous parents, parce que tout est en sympathie de droit dans le vaste univers. Il n’est pas de spiritualité sans exigence éthique. Le moindre acte de charité implique que le sujet s’identifie à une totalité et à une universalité qui le dépassent, et qu’il agisse conformément aux exigences de cette totalité et de cette universalité (cf. Kant, et l’universalisation de la maxime). Agir en homme, c’est agir en citoyen du monde. Tout le projet maçonnique consiste à ne jamais séparer, et même à fondre l’une dans l’autre, libération politique et libération méritée de l’intérieur de chaque personne, communauté d’amélioration matérielle, et communauté d’exigence ou de mise au travail spirituelle des hommes.

Tels sont les enseignements primordiaux du 13e degré. Les degrés suivants ne feront que développer ses conséquences. L’exaltation de l’Amour, qui caractérise le 18e degré, exprime dans un langage et au moyen d’un symbolisme différent cette parenté qui nous unit et qui nous a été révélée au 13e.

Il est naïf de croire que l’esprit maçonnique présente une originalité telle qu’il serait complètement étranger aux enseignements des grandes philosophies. Certes, on ne saurait l’enfermer dans aucune doctrine, mais on ne saurait méconnaître que, par sa recherche même, la Franc-Maçonnerie suppose une philosophie initiatique de l’homme qui présente des affinités profondes avec le platonisme et le stoïcisme, et, plus généralement, avec le climat intellectuel et spirituel de l’hellénisme alexandrin. Panthéisme et naturalisme spiritualiste semblent bien en être les caractéristiques essentielles. Mais aussi bien, n’est-ce pas là que convergent, malgré leurs très apparentes mais en définitive peu profondes différences, les ontologies qui sont restée fidèles à l’esprit même de la philosophie ? N’est-ce pas là aussi que peuvent se rencontrer les pensées et les sagesses de l’Orient et de l’Occident ? A condition bien sûr, qu’elles ne s’enferment, ni dans un spiritualisme refermé sur lui, ni dans un bouddhisme négateur de toute individualité.

Panthéisme et naturalisme, attitudes de pensée, beaucoup plus que doctrines aux contours arrêtés, sont seuls capables de fonder une morale du rôle, dans laquelle la liberté éclairée de chacun apportera sa contribution à la construction de l’ordre du monde et de la société. En tout cas, à la différence du théisme dont se réclament les religions exotériques, et dans lequel elles nous ont trop habitués à voir l’essence du « religieux », ils ne font pas courir le risque de déboucher sur des Révélations diverses et souvent ennemies, invoquées par des hommes qui se prétendront être les seuls vrais dépositaires de la Parole divine. On connaît trop hélas aujourd’hui les tentations totalitaires qui en sont la conséquence.

Il importe en tout cas que les Francs-Maçons soient bien convaincus qu’en accomplissant les rites, ils ne se détournent pas de leurs tâches exotériques et de leur volonté de progrès, pour se complaire dans une répétition stérile du passé. C’est au contraire en dégageant le sens dont ceux-ci sont porteurs, et en ayant la pleine conscience de l’esprit qui les anime, qu’ils comprendront les raisons de leurs actes, et qu’ils recevront de cette compréhension même une énergie supplémentaire dans l’accomplissement de leur devoir d’homme.

L’homme Franc-Maçon

Les considérations qui précèdent vont permettre de répondre de façon plus précise aux questions que tout Franc-Maçon ne manque pas de se poser: Que suis-je venu faire en Maçonnerie ? Qu’y ai-je trouvé que je n’aurais trouvé nulle part ailleurs ? Que devient-on quand on a été reçu Franc-Maçon ? Et d’abord, cette question préliminaire : pourquoi et comment devient-on Franc-Maçon ?

Le caractère ésotérique de la Franc-Maçonnerie, ainsi que celui, limité et élitiste de son recrutement, semblent à première vue peu compatibles avec sa prétention à délivrer un message universel. Y aurait-il une prédisposition à devenir Franc-Maçon, et cela réclamerait-il de l’impétrant des qualités spéciales ? On sait que, concernant l’initiation en général, Guénon répondait affirmativement à cette question. La réponse du rapport est beaucoup plus nuancée. Ce que la Franc-Maçonnerie regarde, dit-il, comme l’aptitude à s’instruire et à recevoir la Lumière, suppose en effet que le candidat présente des dispositions de caractère, autant qu’intellectuelles et culturelles. Mais elle le juge moins, qu’elle ne s’applique à déceler ce que ses qualités passées laissent augurer de ses qualités futures. Ainsi le veut-elle essentiellement loyal et probe, soucieux de la parole donnée et secourable aux hommes. Elle ne saurait accueillir ceux qui croiraient trouver en ses pratiques une espèce de thérapie de groupe destinée à régler des conflits d’existence, ou à compenser les échecs et les insatisfactions de la vie profane. De même devra-t-elle être circonspecte à l’égard de ceux, comme elle en a parfois hâtivement reçus, qui, fermés à l’esprit de la Tradition initiatique, ne consentiraient à ses rites et à ses symboles que pour autant qu’ils ne sont pour eux que des signes de reconnaissance entre membres d’une société secrète visant à établir un pouvoir occulte sur la société et sur l’Etat. L’élitisme avoué du recrutement maçonnique n’a d’autre signification que celle d’une élémentaire prudence à l’égard de ceux qui seront investis de la grave responsabilité de donner l’exemple de ce qu’est l’homme dans son essence et dans sa vérité universelle.

Mais aussi bien, la Franc-Maçonnerie transforme moins les êtres qui participent à ses travaux, qu’ils ne se transforment eux-mêmes, par la fréquentation assidue de la Loge. Les proches d’un Franc-Maçon reconnaissent volontiers que, peu à peu, la vie conduite selon les exigences de la Franc-Maçonnerie, lui ont permis de s’améliorer considérablement. Ses idées se sont élargies, son attitude s’est assouplie, sa démarche et ses intérêts sont apparus plus généreux. En s’ouvrant mieux au sens de l’universel, il a appris à s’interroger, à s’affranchir des passions envieuses qui pouvaient lui être restées, à accepter les différences entre les hommes, et à obtenir en lui, et pour lui-même, qu’elles se fécondent les unes par les autres.

Mais surtout le Franc-Maçon, introduit dans le Temple, et par conséquent dans le domaine du Sacré, accède à cette forme de religiosité qui a été définie plus haut. Tout en prenant conscience du divin qu’il porte en lui, il saura se garder de la tentation de vouloir le nommer et d’en donner une image qui prétendrait être la seule vraie. Distant à l’égard des représentations et des constructions idéologiques sur lesquelles tend à se fixer le besoin d’absolu qu’exige sa raison, il refusera ce que leur diversité et leur particularisme peuvent avoir de négateur. En deçà de ces représentations, il voudra toujours voir la source unique qui les a inspirées, la même qui sourd du plus profond de son être, et de chaque être, et dont nos pratiques rituelles et symboliques lui auront fait comprendre que la force vive qui en émane ne saurait s’arrêter et se fixer sur rien qui soit dicible, sur rien non plus qui justifie les passions fratricides que les hommes ont mis à vouloir les imposer.

Là en effet se situe le Centre d’Union. Aussi, en quête de l’intimité de son être, appliqué à la culture de soi-même, se sentira-t-il concerné par cette même quête qu’il pressent chez les autres, et voudra-t-il former avec eux la République initiatique qui devra servir de modèle à toute tentative de construction d’une république profane. Celle-ci ne peut avoir quelque chance d’exister et de se maintenir dans l’existence, qu’à condition que soit reçue et acceptée l’idée que tout changement social et humain doit commencer par une éducation de l’homme intérieur, et ne doit pas cesser d’en procéder.

Maître de lui-même, citoyen de la République initiatique, et par conséquent citoyen, non seulement de son pays, mais du monde, le Franc-Maçon ne pourra rester indifférent aux symptômes de décadence qui semblent atteindre notre civilisation. Il ne tombera pas dans l’erreur qui fut celle des Ordres spirituels qui, à partir de l’idée juste qu’il faut cultiver et approfondir son intériorité, ont fini par se couper de la vie réelle des hommes. Son action s’inscrira donc dans la continuité de la lutte qu’ont mené les prêtres de Thèbes ou d’Eleusis, Socrate, Jésus, Marc-Aurèle, et d’autres encore, pour faire exister une sociabilité permettant à chaque homme de tenir son rôle et d’accomplir son essence. Comme eux, il cultivera les vertus héroïques, à commencer par la Foi.

Foi que les efforts qu’il fait pour modifier son être intérieur ne sont pas vains, et qu’ils contribuent, ne serait-ce que par leur exemplarité à améliorer l’homme et la société.

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Nous espérons que cet aperçu n’aura pas trahi l’essentiel des idées et des thèmes développés dans le rapport de « Sources » auquel nous avons emprunté beaucoup. Ils ne sauraient surprendre un Franc-Maçon du Grand Collège des Rites qui trouvera dans leur exposé l’expression de ce qu’il savait déjà et qu’il portait en lui de façon plus ou moins claire. Mais, disons-le encore une fois, l’intérêt et la valeur de ce texte résident aussi dans les illustrations, les incidentes, les variations qui gravitent autour de ces thèmes, dans les développements importants que nous avons dû passer sous silence : la femme, la mixité, l’historicisme, la distinction du magique et du religieux, le sociologisme durkheimien, le naturalisme de Frazer… Ils résident dans la langue, dont les constructions, en apparence complexes et savantes, sont en fait toujours très claires, et dont le vocabulaire et les formulations sont d’une densité et d’une richesse qui appellent presque à chaque ligne la méditation. Le lecteur sera récompensé au centuple des efforts auxquels il aura dû consentir.

Ce texte devrait être un document de référence pour tout chercheur, Maçon ou Profane, curieux de connaître et d’approfondir l’esprit et la philosophie de la Franc-Maçonnerie.

Source : http://hiram3330.unblog.fr

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Paysage maçonnique français

27 Novembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Quelqu'un peut-il me dire combien d'obédiences de plus de 1000 Frères ou Soeurs composent la maçonnerie française :

10,20,50, plus ?

Jiri a peut-être la réponse.

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Essai sur les origines des grades et rituels symboliques (2)

27 Novembre 2012 , Rédigé par André DORE 33° Publié dans #histoire de la FM

Nous donnons à cette cérémonie le nom d'initiation, mais pendant des décades il ne s'est agi que d'admission ou de réception, et non d'initiation ; le mot fit son apparition fort timidement d'ailleurs en 1801 dans la préface du « Régulateur Maçon », et seulement dans le cahier du vénérable, qui reproduisait à l'insu du Grand Orient et sous son label, les rituels du Rite français en sept grades et quatre ordres qu'il avait établis en 1786. Etait-ce dû à l'ouvrage paru en 1781 du F... chanoine Jean Baptiste Claude Robin, membre de la Loge « Les Neuf Soeurs », à l'orient de Paris, intitulé « Recherches sur les initiations anciennes et modernes », dont il avait donné connaissance à son atelier au cours d'une tenue mémorable rapportée par la Dixemerie ? On ne saurait en effet, retenir l'expression «... les vrais initiés » rencontrée en italique p. 7 et 12 dans le texte d'un pamphlet anonyme édité à La Haye en 1745. « Le Tonneau jetté ou réflexions sur la prétendue découverte de l'Ordre des Francs-Maçons », réfutation de « l'Ordre des Francs-Maçons trahi » de l'abbé Pérau. Symptomatique également que le convent des Philalèthes organisé de 1785 à 1787 par la Loge « Les Amis Réunis» à l'orient de Paris, consacré à l'étude de la « science maçonnique », à ses origines et à ses fins, n'ait à aucun moment envisagé une recherche sur les initiations ou un rapprochement éventuel avec les « mystères » antiques. Une seule intervention, celle du F.-. Westerholdt, dans la séance du 19 avril 1785, fit mention de leur « ... haute antiquité » et ajoute « ... la franc-maçonnerie ayant une analogie parfaite avec les initiations. » Or cette invitation n'amena aucune réaction de la part d'un auditoire composé des maçons les plus éminents et les plus cultivés de toute l'Europe. Quoi qu'il en soit le mot « Initiation » ne devint officiel, maçonniquement parlant, qu'en 1826, art. 217 de la Constitution du Grand Orient de France.

Quand y eut-il « initiation » au sens initiatique du terme ? Tout au plus peut-on suggérer le cours des années 1780 après les tentatives de codification des rituels, faites d'une part par le Grand Orient de France, 1786, de l'autre par les Convents de Lyon en 1778 et de Wilhemsbad en 1782 du Rite Ecossais rectifié.

Il y eut certainement « initiation » antérieurement à cette dernière date. Mais cela ne touchait que les cercles lyonnais dont le mysticisme avoué s'exprimait sous la forme maçonnique. Dès 1767, Willermoz et ses fidèles s'ingéniaient au travers d'un syncrétisme où se mêlaient les deux systèmes de Saint Martin et de Martinès de Pasqually à instaurer d'étranges cérémonies à la fois religieuses et magiques destinées à réintégrer l'homme déchu, dans sa pureté primitive. Une lettre, conservée à Lyon au fonds W. 5471, datée de 1768, adressée à Jean Baptiste Willermoz par son frère Pierre Jacques, indique « ... on veut vous initier, à la bonne heure. », témoignant ainsi qu'il y avait « initiation ». Elle ne concernait que les Hauts Grades, réservés à une élite soigneusement choisie et donc très réduite. Un document extrêmement secret, accessible à quelques très rares élus, « L'Instruction des Grands Profès » dernier degré du Régime Rectifié de Lyon de 1778, publié récemment par Antoine Faivre dans l'ouvrage de Le Forestier confirme ce fait. (Lyon fonds W. 5475). Ce genre de cérémonies, laissait de côté celles par ailleurs très différentes, relatives aux trois grades symboliques. Cependant, en raison de la minutie et de la rigueur d'exécution du cérémonial d'initiation propre aux hauts grades, rigueur rendue nécessaire par son côté magique, il n'est pas exclu de penser qu'elle ait contribué à affermir et stabiliser la liturgie des réceptions d'apprenti, de compagnon et de maître, appelées par la suite à devenir des initiations.

L'aspect ésotérique de l'enseignement réparti dans ces ateliers à vocation supérieure appliquée à la recherche de l'inconnaissable, et le secret qui s'ensuivait, conduisaient obligatoirement à la sacralisation de la rituélie dans toutes ses modalités. Elle se fit jour insidieusement, morceaux par morceaux, pourrait-on dire et ainsi s'instaura le caractère « initiatique » des réceptions aux trois grades symboliques. Mais alors se pose la question, quelle sorte d'initiation ?

Il n'y a rien que l'homme créée qui ne réponde à un besoin profond de son conscient et plus encore de son inconscient. L'universalité dans le temps et dans l'espace des impulsions qui le motivent illustre la notion d'archétypes inhérents à toute l'espèce. Il semble d'ailleurs que ces derniers s'imposent aux diverses formes de la vie animale. La répétition continuelle des attitudes, gestes, devenus des langages les transforme insensiblement en codes particuliers à chacune d'entre elles. Chez l'homme, l'apparition du mot survenu avec la maîtrise de la voix, puis la pensée qui s'en suivît, le conduisit à une prise de conscience du monde et des innombrables dangers qu'il comporte ; la réflexion analogique et les pratiques magiques qui en découlèrent, s'appliquèrent à les conjurer. L'efficacité de ces dernières reposait sur une rigoureuse exécution de leur gestuelle. La rituélie, avec ses rituels de toutes sortes était née. Sous des formes multiples, elle n'a cessé de se développer, tant dans les rapports sociaux que dans ceux qui concernent les approches du monde non manifesté, substance du « sacré ».

La mort et la disparition qu'elle entraînait devaient apparaître comme le plus grand danger que l'homme pouvait encourir, d'où son angoisse, le refus de les accepter et l'espoir d'une survie dans un au-delà différent. Dès lors, la mort n'était plus qu'un passage conduisant à une renaissance dans ce monde non-manifesté, mais pressenti, et qui était le domaine du sacré, un passage, comme ceux de la naissance à la vie, de l'enfance à l'adolescence, de celle-ci à l'âge d'homme par l'exercice de la sexualité, tous sacralisés au cours de cérémonies rituelles. Le rite étant l'unique moyen d'accéder à ces différents niveaux d'être, toutes les civilisations, des plus primitives aux plus évoluées ont connu et connaissent encore ces pratiques que l'on garde secrètes, car censées apporter une puissance considérable à ceux qui en sont l'objet.

Nous sommes au XVIIIe siècle. Un savoir étrange circulait dans toute l'Europe assoiffée de lumière. L'occulte régnait en maître dans les esprits. Véhiculé par le Rosicrucianisme qui promettait l'immortalité, par l'alchimie, la richesse, l'hermétisme, la puissance, la kabbale, la connaissance, l'ensemble assorti d'un mystère propre à éveiller toutes les curiosités, ce même mystère dont on parait les Loges maçonniques, si anciennes, du moins le croyait-on. La tentation était grande de confronter ces savoirs avec ce que l'on possédait et en acquérir d'autres. En réalité les Loges possédaient peu, très peu et leur pauvreté intellectuelle et ésotérique était décevante. Il fallait donc les nourrir, leur donner une raison d'être autre chose que des sociétés badines. La légende d'Hiram vint à point qui meubla le contenu doctrinal de la maçonnerie spéculative naissante. Nous avons vu plus haut qu'on n'en connaît pas l'origine elle apparut quelque part, en Angleterre ou en Irlande. Elle s'implanta graduellement, prit place en 1738 dans la seconde édition des Constitutions d'Anderson, mais dut attendre les années 1760 pour être admise définitivement, en Grande-Bretagne du moins, car en France le processus d'intégration fut plus rapide. Elle engendra toute la série des Hauts Grades qui submergèrent totalement le monde maçonnique. Il était évident que le meurtre d'Hiram ne pouvait rester impuni. Ainsi naquirent les grades de vengeance et les scènes grand guignolesques auxquelles donnèrent lieu les réceptions qui s'en suivaient, qu'il fallut bien tempérer un jour par l'introduction des grades chevaleresques. Elle s'incorpora dans le grade de maître apparu avant elle par dédoublement de celui de compagnon dont on ne sait ni pourquoi, ni comment cela s'était fait, et l'absorba entièrement.

L'incroyable engouement pour les Hauts Grades, et surtout la dramatisation des admissions eut pour conséquence, une nécessaire structuration de la liturgie propre à la réception des apprentis, par l'apport d'éléments de toutes sortes, apport qui s'échelonna des envions de 1740 jusque vers 1850.

Pas de doctrine proprement dite : rien de la très vague philosophie rosicrucienne, ni même de la mystique juive, introduite furtivement et par bribes dans le rite très chrétien des « Antients » établi en Irlande par Laurence Dermott, puis propagé par lui en Angleterre antérieurement à 1750, en dépit de l'adoption dans les rituels d'un certain nombre de mots hébreux qui posent des problèmes de sémantique encore incomplètement résolus de nos jours.

Seulement des symboles...

Souvent disparates, empruntés çà et là, auxquels on attribua des significations multiples, quelque peu saugrenues, incompatibles avec le moindre raisonnement logique ou même analogique. Certains d'entre eux relèvent typiquement d la magie cérémonielle tel est le cas du maillet du maître, forme spéciale de la baguette, signe de puissance et de souveraineté (rappelons que les outils en tant que symboles, étaient ignorés des maçons opératifs), des « régalia » britanniques, tabliers, cordons, bijoux, ornements, analogues aux robes et aux pentacles, des batteries, des frappements de pieds (aujourd'hui disparus, mais conservés dans le compagnonnage) au cours de la chaîne d'union, des circumbulations de caractère cosmique, des répétitions, véritables « mantras » destinés à s'intégrer dans l'inconscient, de la gestuelle, qui s'identifie aux « mudras » de l'inde (celle du grade de maître se retrouve dans ce pays et figure dans la sculpture de la civilisation précolombienne du Mexique), etc. etc..

On a pli reconstituer les premiers cérémonials de réception des apprentis, compagnons et maîtres de la maçonnerie spéculative. Le manuscrit Graham 1726, deux divulgations, « Maçon's Examination » 1723 et « Masonry Dissected » de Prichard 1730, en fournissent les éléments par questions et réponses, corroborés par la déposition en décembre 1736 de John Coustos, à Lisbonne lors de son procès au Tribunal de l'Inquisition. Ce qui était relativement simple au début se compliqua singulièrement dès 1740 et la France ne fut pas étrangère aux innovations qui suivirent.

Tous les textes insistent sur le fait que le candidat sollicite son admission de sa propre volonté et exigent qu'il fournisse les motifs de sa demande. Il est nécessairement parrainé et la Grande Loge d'Angleterre en fit une obligation le 15 décembre 1730. Lors de sa réception le parrain le mène dans une chambre sans lumière, totalement obscure où ils demeurent ensemble pendant un certain temps et sans qu'un seul mot soit prononcé. A la fin de ce séjour il lui est demandé à deux reprises s'il a la vocation pour être reçu. Sur sa réponse affirmative il est conduit « ... les yeux bandés, dépouillé de ses métaux, ni nu ni vêtu, ni chaussé ni déchaussé, mais pourtant d'une manière décente » devant la Chambre de réception à la porte de laquelle il frappe trois coups qui sont répétés de l'intérieur. Il est alors introduit par le parrain qui le recommande « ... pauvre, sans monnaie, aveugle et ignorant de nos secrets ». et accueilli par le plus jeune apprenti de la Loge.

Le « ni nu ni vêtu » ne se rencontre nulle part chez les opératifs non plus que chez es « acceptés ». Il paraît provenir de la tradition templière et avait sans doute pour but de vérifier le sexe du candidat. Aucune explication pour le pied déchaussé, ni pour le bandeau malgré l'évidence du symbole quant aux métaux ils ont été rejetés par toutes les mythologies et par la Bible elle-même qui les considéraient comme néfastes, ce que semblent ignorer le « Catéchisme » 1740, le « Secret » 1742 et « l'Anti-Maçon » 1748, etc. qui disent « ... dépourvu de tous métaux parce que lorsqu'on envoya les cèdres du Liban pour le Temple (de Salomon) ils étaient tous taillés, et qu'on n'entendit aucun coup de marteau ni d'autres instruments lorsqu'on bâtit cet édifice. » Il est évident qu'il fallait trouver une justification Selon William Preston, « Illustration of Masonry » 1772, l'initiation enlevait tout caractère maléfique aux métaux « ... le métal (la monnaie) ne peut faire de distinction entre les Maçons l'ordre étant fondé sur la paix, la vertu et l'amitié »

La chambre obscure est l'ancêtre du cabinet de réflexion. Il était, et il est encore totalement inconnu de la Maçonnerie anglaise. Il le resta également un certain temps en France. On ne sait où et quand il fut introduit dans la réception, très probablement vers 1765-1770. Les Loges l'utilisaient entre 1776 et 1780 et le Recueil Précieux de la Maçonnerie adonhiramite de Guillemain Saint-Victor, 1783 en donne une description semblable à celle figurant dans les rituels du Grand Orient établis en 1786 Une pièce sombre aux murs noirs, éclairée d'une seule chandelle, un tabouret, une table sur laquelle un crâne et tous les ingrédients, sel, soufre, eau, pain (le vitriol viendra plus tard). Sur les parois, les emblèmes de la mort et une série de sentences inscrites en blanc évoquant la fragilité de la vie et l'inanité des choses terrestres, plus, des menaces si le candidat n'abordait pas son admission avec un coeur pur. Il y a une analogie certaine entre cette retraite silencieuse au sein de la « Chambre obscure » et celle solitaire de l'aspirant chevalier la veille de son adoubement, également l'invitation à rédiger un testament ainsi que le faisait ce dernier. En 1786, un manuscrit émanant du Grand Orient ajoute une innovation, les questions dites « d'ordre » : qu'est-ce qu'un honnête homme se doit à lui-même ? À ses semblables, à sa patrie ? Elles disparurent en 1858 et réapparurent à la fin du XIXe siècle.

Le Dumfries manuscrit n0 4 de 1710 indique que le candidat entrait dans la Loge « la corde au cou ». A la question que lui posait le maître de celle-ci, il répondait : « pour me pendre si je trahis mon serment ». C'est la première mention de ce symbole venant d'une « Loge » d'acceptés. On ne le retrouve qu'en 1760, en Angleterre seulement. Il ne figure en effet dans aucune des gravures de la série des « Réceptions »de 1745, ni dans celle du « Recueil précieux », (édition 1787), déjà cité, ni dans le tableau de Maler, 1786. Réception dans une Loge de Vienne en Autriche, au Kuntshistoriches Museum de cette ville.

La Réception se poursuivait par les voyages ; selon Prichard, 1730, il n'y en avait qu'un, effectué dès l'entrée, dans le sens des aiguilles d'une montre et se terminant par trois pas devant le Maître de la toge pour la prestation du serment. En France, la « Réception d'un Frey-Maçon » en donne trois, « autour de l'espace marqué sur le sol où sont dessinés au crayon un grand J et un grand B », préfiguration du tableau de Loge dont nous avons vu qu'il s'installa définitivement entre 1740 et 1745. Sa décoration variait en fonction du grade, ainsi que la disposition des symboles (l'équerre et le compas en particulier ne trouvèrent leur place définitive qu'au cours du XIXe siècle), mais également selon les auteurs. C'est ainsi que pour celui d'apprenti, nous avons « un tableau de la toge d'apprenti, puis le véritable tableau..., puis le vrai tableau. » etc. chacun renchérissant sur le précédent. L'apport hermétiste y est très net, et l'ouvrage de Lenglet-Dufresnoy, Histoire de la philosophie hermétique, en trois gros volumes, paru en 1742 joua un rôle considérable sur la création et l'évolution d'une pensée ésotérique en gestation. C'est probablement à lui qu'est due la confirmation du caractère cosmique de ce qui devait devenir le Temple maçonnique, avec la présence du soleil, de la lune, de la voûte étoilée, de l'étoile flamboyante, et l'introduction des circumbulations selon la marche apparente du premier. On s'étonne cependant que pas un seul des catéchismes pourtant prolixes dans leurs explications, n'en fournisse une sur le sens des voyages imposés au candidat sans doute n'en avaient-ils pas !

Ce n'est que dans les années 1780 qu'on informa ce dernier que le premier voyage « ... est fait dans les voûtes souterraines, le second, dans les galeries supérieures, le troisième autour du temple », mais sans justification du pourquoi. Et il faudra attendre 1832 pour qu'ils soient assimilés aux trois âges de la vie, par les soins du F... Vassal, dignitaire du Grand Orient, interprétation qui leur est restée.

C'est aussi à cette époque, 1780, que les trois éléments, eau, air et feu furent associés aux voyages. Le processus de dramatisation venu des hauts grades les transforma de suite d'épreuves symboliques et purificatrices, en épreuves réelles, à l'imitation des initiations antiques que l'ouvrage de l'abbé Robin déjà cité avait vulgarisées. Cela se fit sans ordre, sans directives. Rien n'est stabilisé : les variations d'un rituel à l'autre sont nombreuses et le vague des explications accompagnant les voyages révèle l'indigence d'une pensée qui se voudrait initiatique mais qui n'est pas encore affermie. Le sens moral domine, et le but recherché et avoué - est d'intimider le candidat, peut-être pour s'assurer de la fermeté de son caractère. Si le bref contact avec les flammes de l'épreuve du feu pouvait impressionner, celle de l'eau était anodine et celle de l'air n'était qu'une simple menace. Le manuscrit du rituel de la Mère Loge écossaise de Marseille en rend compte ainsi :

« Monsieur vous avez encore (c'est le 3e voyage) une épreuve à subir, beaucoup plus forte et plus pénible que les autres : il faut que vous voyagiez dans les airs. Ne craignez-vous point d'être lancé dans l'atmosphère aérien et n'appréhendez-vous pas les suites funestes d'une chute à laquelle vous allez vous exposer ? »

« Le Récipiendaire ayant répondu que non, tous les frères demandent qu'on l'exempte d'un voyage aussi périlleux ». Il y eut l'empreinte du sceau au fer chaud, un simulacre bien sûr ; l'épreuve du sang avec lequel il fallait signer son serment, est si éprouvante pour le candidat, aux yeux des frères, que l'un de ceux-ci bien intentionné et plein de pitié criait « grâce » à l'instant des préparatifs, ce qui lui était accordé, cette même épreuve qui devint le mélange des sangs, encore pratiquée de nos jours sous une forme symbolique. Il y eut la coupe d'amertume dont l'interprétation ne soulève aucune difficulté. Elle venait d'Allemagne, via le rite Rectifié qui la pratiquait vers 1755. L'épreuve de Terre, vécue dans le cabinet de réflexion n'apparut comme telle que dans le cours du XIXe siècle. Tout cela, complètement ignoré antérieurement, surgit brusquement dans la décade précédant immédiatement la Révolution et se perpétua pendant une trentaine d'années après la reprise de 1794. Le Grand Orient avait fait siennes ces innovations auxquelles il donna un sens exclusivement moral en les codifiant dans son rituel de 1786 repris dans le Régulateur Maçon de 1801, mais sans renoncer à leur caractère d'intimidation.

« Le premier voyage doit être le plus difficile. Il doit se faire à petits pas, très lentement, d'une marche très irrégulière on profitera de la disposition du local pour rendre ce voyage pénible, par des obstacles et des difficultés aménagés avec art, sans cependant employer aucun moyen qui puisse blesser ni incommoder le récipiendaire. On le fera marcher à pas lents, tantôt un peu plus vite. On le fera baisser de temps en temps, comme pour passer dans un souterrain on l'engagera à enjamber comme pour franchir un fossé enfin on le fera marcher en zigzag, en sorte qu'il ne puisse juger de la nature du terrain qu'il parcourt.

Pendant ce voyage, on fera jouer la grêle et le tonnerre afin d'imprimer dans son âme quelque sentiment de crainte ».

Explication de ce voyage, les vicissitudes de la vie humaine. Si jusque-là, la Maçonnerie symbolique avait échappé à la dramatisation outrée des hauts grades écossais, il semble que cette invitation à accumuler les difficultés de la réception au grade d'apprenti eut pour résultat d'ajouter le grotesque à la tragi-comédie.

Une encyclopédie du tout début du XIXe siècle reproduit à l'article Franc-Maçonnerie l'admission d'un candidat. Lors du premier voyage, celui-ci « ... est conduit au bord d'une trappe qu'on lui dit être un précipice on lui propose de s'élancer dans ce trou, s'il refuse, on le pousse, et il tombe de vingt pieds sur dix planchers de papier fort, à deux pieds de distance les uns des autres et qui éclatent successivement en faisant un bruit effroyable au fond se trouvent des matelas pour le recevoir ».

La scène du parjure mériterait d'être jointe à l'anthologie des cérémonies écossaises d'avant la Révolution

« Une table, au milieu de laquelle on a pratiqué un trou rond, est placée dans un coin de la Loge. Elle est couverte d'un tapis pendant jusqu'à terre. Un Frère, ordinairement le plus blême, se place sous cette table, s'agenouille et fait passer sa tête par le trou qui est bordé d'un plat d'étain dont on a enlevé le fond on entoure cette tête d'un linge teint de sang, ce qui produit l'illusion d'une décollation ». Suit la description de la scène au cours de laquelle on retire le bandeau du récipiendaire, avec les commentaires d'usage et la conclusion du rédacteur « cette épreuve terrible fait souvent impression ». L'énormité des faits relatés dans ce récit peut le rendre suspect, bien qu'il soit tiré d'une encyclopédie réputée. Ce sont ces descriptions et quelques autres du même ordre qui ont permis à P. Méjanel, de façon réaliste d'ailleurs, d'illustrer les ouvrages du trop fameux Léo Taxil contre la Franc-Maçonnerie. Et comment ne pas citer l'anecdote stupéfiante rapportée dans la monographie d'une Loge parisienne encore active de nos jours, publiée par ses soins vers 1830, consultable à la Bibliothèque Nationale, qui raconte que au cours d'une initiation dans les années 1806-1810, le candidat fut invité à décapiter un véritable cadavre apporté dans le Temple à cet effet. Il y eut scandale...

Sans vouloir mettre en doute la réalité des faits avancés il serait imprudent de généraliser ces quelques très rares épisodes dont l'exécution, par ailleurs devait soulever des problèmes matériels difficiles à résoudre. Jeu douteux, légèrement pervers, bien propre à une époque où le héros était monnaie courante, ou plus simplement volonté de frapper les esprits en vue de valoriser une pseudo-initiation teintée d'un mysticisme équivoque, à laquelle les acteurs s'identifiaient inconsciemment ?

Plus réservée et fidèle aux instructions du Grand Orient, la Loge Isis Montyon de l'Orient de Paris, spécialiste des initiations à grand spectacle, inventait la planche à boules et l'introduisait avec la bascule en 1810 dans les réceptions d'apprenti !

La Prestation du serment, devenue l'obligation au siècle dernier s'accompagnait de menaces terribles en cas de parjure. Elles étaient l'oeuvre des spéculatifs, car les opératifs n'en avaient jamais proféré. Les manuscrits de 1696 à 1710 indiquent qu'il y a des pénalités dans l'obligation des apprentis enregistrés mais n'en donnent pas la nature, et si l'on s'en tient à la « corde au cou » du Dumfries ms n0 4 (1710) déjà cité, il appert bien qu'elle n'était qu'un symbole.

La langue et le coeur arrachés, la tête coupée du Prichard 1730, et les funérailles imposées entre marée basse et marée haute étaient les peines infligées aux XVIe et XVIIe siècles pour crime de trahison et figuraient encore dans le code pénal britannique de l'époque ; la France qui les reçut, les conserva jusque vers 1780. Il n'y a aucun exemple qu'elles aient été appliquées.

En Angleterre, depuis le début du siècle le serment était prêté sur la Bible. Entre 1727 et 1730 le candidat tenait un maillet dans sa main droite et une truelle dans sa main gauche. En France, il le fut sur la Bible, plus souvent sur les Evangiles ou l'évangile de saint Jean, devant Dieu, selon le « Recueil Précieux. 1782 », généralement devant le Grand Architecte de l'Univers qui restera Dieu fort longtemps avant d'être considéré comme un symbole. En 1786, le Grand Orient ajouta à la suite du Grand Architecte, la formule « ... sur les statuts de l'Ordre et sur ce glaive, symbole de l'honneur ».

Le cérémonial de prestation et la consécration qui suivait subirent de nombreuses variantes. On le rendit solennel les assistants étaient tous levés, l'épée en main. Deux officiers conduisaient le néophyte, les yeux toujours bandés, devant la table du Vénérable (on ne disait pas encore l'autel ou le plateau). Il était debout, le genou droit posé sur un coussin sur lequel était placée une équerre. De la main gauche il tenait un compas ouvert, les pointes sur le sein gauche, la main droite à plat sur le « Livre », parfois levée vers le ciel. Il répétait alors la formule que lui disait le Vénérable.

Pendant tout le XVIIIe siècle le serment était prêté aux trois grades. Il y avait parfois, mais rarement, agenouillement des 2 genoux sur le coussin ci-dessus, souvent inversion, genou gauche, apprenti, genou droit, compagnon, les deux genoux, maître, et même apprenti ; cette diversité dura en Angleterre jusqu'en 1814. Quelquefois les deux mains du récipiendaire étaient posées sur le « Livre » le vénérable tenait alors le compas sur la poitrine de celui-ci. La scène du parjure fut une invention du XIXe siècle. Il ne semble pas qu'elle ait été pratiquée tout au long du XVIIIe, la prestation du serment était renouvelée après la chute du bandeau (Régulateur Maçon, 1801). Celle-ci intervenait après que le candidat ait été reconduit à l'occident. Sur sa demande, et au coup de maillet, on lui donnait la lumière. L'instant pouvait être impressionnant. Quelques frères « portaient des torches garnies de mèches à l'esprit du vin, dans le corps desquelles on avait introduit de la poudre de lycopode. En les secouant, la poudre sortait, ou s'enflammait à l'esprit de vin qui brûlait, ce qui produisait une très grande flamme et une très vive lumière ». Le néophyte découvrait alors l'assemblée de maçons rangés autour de lui et pointant leurs glaives dans sa direction. Après un silence, le Vénérable rassurait le nouvel apprenti en lui disant que cette attitude les rendait garants de l'aide qu'ils lui apporteraient désormais en cas de besoin.

Les assistants ayant regagné leurs colonnes, debout et l'épée en main le Maître de la Loge procédait à la consécration. Elle se faisait selon l'époque, le lieu et la Loge, par le maillet, puis par l'épée, par le maillet et l'épée, quelquefois maillet et compas. Le néophyte debout, ou debout et un genou sur le coussin et l'équerre qui avaient servi pour l'Obligation le Vénérable le constituait apprenti maçon, « à la gloire du Grand Architecte de l'univers » selon une formule à peu près semblable à celle employée de nos jours, puis confirmait son admission dans l'Ordre en le frappant sur la tête de trois ou trois fois trois petits coups de maillet ou d'épée. Accolade, remise du tablier et des gants. A l'époque et pendant tout le XVIIIe siècle la bavette du tablier d'apprenti était rentrée et invisible, celle du compagnon ornée parfois des outils était levée et boutonnée afin de la maintenir, celle du maître, baissée. Jusqu'au moment où le cordon de maître fit son entrée en loge dans les années 1775, seule la position de la bavette permettait de reconnaître le grade d'un frère. Au moyen âge le port des gants était associé aux cérémonies religieuses et militaires.

Chez les opératifs, l'employeur en offrait une paire à «l'apprenti enregistré » lors de sa réception, et sans qu'il y ait explication à ce propos. « The Maçon's examination », 1723, indique que le nouvel admis reçoit deux paires de gants blancs, l'une « pour lui, l'autre pour une femme », sans plus de commentaires. Prichard, 1730, n'en parle pas. Mais Hérault, Réception d'un frey-maçon, 1737, ajoute « ... la seconde paire est pour la femme qu'il estime le plus ». Vers 1760, en les remettant le Vénérable disait : « Un maçon ne doit jamais tremper ses mains dans l'iniquité » et en 1786 « les gants par leur blancheur vous avertissent de la candeur qui doit toujours régner dans l'âme d'un honnête homme, et la pureté de nos actions ». Quant à la femme « ... nous rendons hommage à leurs vertus. » et Goethe montrait que la grande valeur de ce cadeau résidait dans le fait « ... qu'un maçon ne pouvait le faire qu'une seule fois dans toute sa vie ». Habitude devenue tradition, l'offrande des gants s'est perpétuée jusqu'à nos jours.

Puis venaient l'invitation à la reconnaissance du nouvel apprenti, la communication des signes, des pas, de la marche, des mots. La première se faisait par batterie et acclamation, vivat, vivat, et semper vivat, remplacée vers le milieu du siècle par Houzé dans les Loges qui se voulaient écossaises. En Angleterre les travaux étaient interrompus, on portait un toast sur place, au nouveau frère, et les travaux reprenaient. En France une coutume s'était installée qui voulait que le, ou les nouveaux venus offrissent le banquet qui suivait obligatoirement la réception ; les abus furent tels qu'il fallut y renoncer.

L'origine des signes maçonniques reste mystérieuse et leur introduction dans la maçonnerie spéculative inconnue. Le moyen de reconnaissance des maçons opératifs résidait dans le « mot du maçon » et rien n'indique qu'il y ait eu une gestuelle l'accompagnant. Il n'est guère possible de retenir le « signe d'ordre » rencontré çà et là dans la statuaire médiéval comme étant un indice d'une tradition « maçonnique » chez les tailleurs de pierre. Ou alors il faudrait tenir compte de la description très précise qu'en donne Philon d'Alexandrie dans « La Vie contemplative » et Flavius Josèphe dans ses « Antiquités Judaïques », au cours du premier siècle de notre ère. On ne peut même pas le considérer, à l'instar du signe de détresse du Maître, quasiment universel, comme une sorte d'archétype de l'espèce humaine.

Les pas et la marche sont signalés dans les anciens textes de 1724, 1725, 1729 et 1730, mais sans leur description. En 1737 le procès-verbal du procès Coustos à Lisbonne indique qu'on entre en loge par trois pas, non décrits. Il faut attendre 1745 pour savoir qu'en France et en Allemagne, en station debout, les pieds étaient joints talon contre talon et que chaque pas se faisait en équerre, et le « Sceau Rompu » qui donne ces détails, ajoute que la marche du Maître se composait de trois pas en zigzag.« L'Anti-Maçon », 1748, montre dans un schéma trois pas pour chacune des marches, les pieds en équerre mais nettement séparés, en ligne droite pour l'apprenti, en zigzag pour les deux autres avec cette différence que pour la marche du Maître au cours des 2e et 3e pas il n'y avait qu'un pied posé à terre, un point sur lequel nous reviendrons lors de la réception à la maîtrise. En fait rien n'est fixé et la confusion durera jusqu'au delà de 1800. En 1760, le « The Three Distinct Knocks » exposant la pratique des « Antients » indiquait un pas pour les apprentis, deux pour les compagnons, trois pour les maîtres, sans spécifier comment ils se faisaient. Il confirmait ainsi la protestation de Laurence Dermott qui, dans « Ahimon Rezon » s'indignait que les modernes eussent changé la marche, laquelle, si l'on en croit « Jakin and Boaz » 1762, toujours au nom des « Antients » la définissait, dans l'ordre, 1, 2 et 2. D'autres, dans le cours des années qui suivirent donnèrent 1+2+3, ou 3, 5 et 8 ou 12+3, etc. etc. Il n'y eut jamais la moindre explication sur un sens éventuel de la marche des Francs-Maçons...

Nous avons vu l'origine des « mots », descendants illégitimes du mystérieux « Mason's Word » des opératifs, tirés de la Bible vraisemblablement dès la première décade du XVIIIe siècle. Ceux attribués aux trois degrés symboliques ne subirent pas les vicissitudes des autres composantes de l'Ordre maçonnique. L'inversion des colonnes et donc des vocables qui les désignaient, rendue nécessaire pour des motifs de sécurité ne fut qu'un épisode mineur, et ne mérite certainement pas le bruit que firent les « Ecossais » à son propos. Tout au plus peut-on signaler que quelques Loges anglaises choisirent le mot « mahabone » pour le troisième degré au lieu du terme courant venu jusqu'à nous. Et rappelons que le Grand Orient créa le mot de semestre le 23 octobre 1773.

A quel moment les apprentis maçons eurent-ils trois ans et pourquoi ? Tous les catéchismes jusqu'en 1750 leur donnent : « moins de sept ans » ainsi d'ailleurs que les compagnons, moins de sept ans, parce que chez les opératifs c'était le temps qu'il fallait pour passer d'apprenti à compagnon-ouvrier, ou compagnon-maître, celui-ci ayant par voie de conséquence « sept ans et plus ». Un document du 24 juin 1765 fait était d'une formule maintes fois utilisée jusqu'à nos jours, « P... L... N... Q... N... S... C... », par les nombres qui nous sont connus. D'essence pythagoricienne, venue par le canal de l'Hermétisme fort en vogue à cette époque, elle masquait, sous un aspect mystérieux, qui lui donnait de l'importance, une ignorance qui ne semble pas avoir disparu. L'usage s'établit d'accueillir le jeune frère par quelques brèves paroles de bienvenue, la réception se terminait alors. Elle était suivie du banquet déjà cité, dénommé « Loge de Table », laquelle mériterait une étude spéciale approfondie.

Jusqu'à 1730 il n'y eut pratiquement que deux degrés, la réception au second consistait en une obligation, la communication d'un signe non décrit, d'un mot toujours secret, des cinq points du compagnon. Les documents antérieurs à 1727, le Register House Manuscrit d'Edimbourg, 1696, le Trinity Collège Manuscrit de Dublin, 1711, The Mason's examination, 1723, le Graham Manuscrit, 1726, explicitent fort bien le cérémonial de passage de l'apprenti au grade de compagnon ainsi que ceux parus jusque vers 1750 à la suite du Prichard, 1730, en ce qui concerne l'apport symbolique intervenu à partir de cette dernière date. En dehors de l'épisode propre au meurtre d'Hiram, c'est un fait que le troisième degré s'établit par divisions successives des deux premiers grades en s'appropriant plus particulièrement les principaux éléments de celui de compagnon. Quelques-uns parmi eux retourneront plus tard à leur source primitive.

L'aspirant compagnon devait être instruit des « Mystères » de la Maçonnerie. Il était donc interrogé, d'une part sur les circonstances de son admission, le cérémonial utilisé, le pourquoi de celui-ci, d'autre part sur ce qu'il avait appris.

Questions et réponses étaient brèves. En fait, il récitait « par coeur », le catéchisme, soit un strict exercice de mémoire, ne nécessitant aucune réflexion. Les 90 demandes de Prichard concernent l'orientation, l'aspect et le mobilier de la Loge, le rôle de ses officiers, le « secret », la gestuelle. Ce texte révélateur est précieux on y apprend, et ce sera la seule chose à retenir, « Que le fondement de cette chambre sont trois colonnes ou piliers, force, sagesse et beauté », que le plafond « est un ciel de nuées embellies de toute sorte de couleurs », que le pavé « est orné d'ouvrages à la mosaïque », « qu'au centre il y a une comète (l'étoile flamboyante) » et que « le tour de la Chambre est tapissé d'un brocard d'or qui constitue la clôture tout autour », tous ces éléments plus quelques outils étant dessinés sur le tableau de Loge. Egalement, « que Je point, ou point central empêche toute erreur du maître en faisant la circonférence, la ligne une longueur sans largeur, la surface une longueur avec une largeur et qu'un corps compact (volume) entoure le tout ».

Il y a aussi des devinettes. C'est ainsi que le maître est « vêtu d'une jaquette jaune et d'une culotte bleue », (il s'agit du compas qui à l'époque est son attribut), et que les secrets sont cachés « dans la poitrine gauche (du maçon), que la « clef » qui en permet l'accès est enfermée dans une « boette d'or », laquelle « ne s'ouvre et ne se ferme qu'avec une clef d'yvoire », pendue et attachée « à une couroye de six pouces ». Solution du rébus : la bouche, le palais et les dents, et si la langue est la clé d'yvoire (?) c'est qu'elle est « gardienne du verbiage » que sont les paroles.

Un apprenti ne saurait passer compagnon sans avoir « servi son maître », ce qu'il fit « avec de la chaux, des charbons de bois et une pelle de terre », signifiant respectivement «liberté, sérieux et zèle » (traduction édition 1743) ou « avec la craie, le charbon de bois et l'auge », soit « Liberté, ferveur et zèle » (1788). Cette libre interprétation des symboles, expression d'un humour très britannique en l'occurrence, n'avait pas dû tellement satisfaire l'abbé Pérau, dont l'apprenti, dans le « Trahi » 1742, avait travaillé avec « la chaux, la bêche et la brique », c'est-à-dire « liberté, confiance et zèle », car il crut d'ajouter, en note :

« Il faut être maçon pour sentir la justesse de ces emblèmes ». Pourtant, si l'on en croit la préface d'un ouvrage de l'un de ses concurrents en littérature maçonnique, il avait été « initié » d'autorité, et en cette occasion le terme « initié » est adéquat, pour s'être introduit indûment dans une loge, et, découvert, avait été préalablement « placé sous une gouttière ou (une fontaine durant une forte pluie) afin que l'eau le pénètre de la tête jusques aux pieds et que ses souliers en soyent remplis », punition réservée aux indiscrets et formulée dans les catéchismes.

Bien que le « ni nu ni vêtu », moins le bandeau et la corde au cou soit toujours en vigueur au rite émulation, ni les textes ni i'iconographie laissent entendre qu'il en fut ainsi durant la plus grande partie du XVIIIe siècle. Ce dut être un cadeau des « Antients » aux « Modems » dès la seconde moitié, confirmé lors de la fusion en 1813. En France, et tardivement, quelques très rares rituels écossais l'adoptèrent. L'aspirant ayant prouvé qu'il était instruit des mystères maçonniques, apprenait qu'il devenait compagnon « à cause de la lettre G » ou «pour l'amour de la lettre G », et réitérait dans les mêmes formes que précédemment, le serment prononcé lors de son admission au grade d'apprenti.

Il ne semble pas qu'il y ait eu de voyage au cours de la réception au second degré, à moins d'identifier comme tel les cinq pas pratiqués par le Rite Emulation qui les reçut du XVIIIe siècle. Ce qu'en disent les catéchismes n'a pas le caractère de la marche bien spécifique de l'apprenti, mais apparaît purement symbolique.

Avez-vous jamais voyagé ? demande le Grand Maître (qui deviendra le Vénérable)

J'ai fait voyage en Orient et en Occident.
et en une autre version « de l'Est à l'Ouest ».

Avez-vous jamais travaillé ?
oui, à l'édification du Temple.

Où avez-vous reçu votre salaire ?
Dans la chambre du milieu.

Comment avez-vous pu entrer dans la chambre du milieu ?
Par le portique,
ou « en passant au travers d'une antichambre ».

Qu'avez-vous vu en passant ?
Deux grands piliers...

Et le candidat fait alors connaissance avec les deux colonnes de Salomon dont il avait appris les noms sans savoir à qu les appliquer, et leurs dimensions selon la description qu'en fait la Bible (Rois I. ch. 7).

Comment êtes-vous arrivé dans la chambre du milieu ?
Par un escalier dérobé fait en escargot,
ou « par un escalier en spirale à double volée ».

Combien de degrés à cet escalier ?
Sept ou davantage...
« ... parce que sept ou plus composent un collège parfait, ou font une loge juste et parfaite ».

Signe, mot et attouchement sont nécessaires pour franchir la porte, très haute, de la Chambre du milieu, dans laquelle il voit « quelque chose ressemblant à la lettre G ».

Que signifie ce G ?
Géométrie ou la e science.

avait-il été dit au début du catéchisme. Mais cette question ne pouvait pas ne pas amener une autre réponse. Prichard, ou les auteurs des textes, peut-être pris de remords ou d'inquiétude, car éliminer Dieu dans un siècle où les pouvoirs étaient sous la tutelle des églises constituait un danger non négligeable, ajoute un peu plus loin, à la même question

« Le Grand architecte du rond du monde, ou celui qui fut envoyé sur le haut du Temple » (traduction mot à mot de l'Edition de 1743).

ou « le Grand Organisateur de l'Univers, celui qui fut placé au sommet le plus haut du Temple » (traduction de l'Edition de 1788),

Deux phrases qui mériteraient une analyse...

La lettre G était tracée au centre de la Chambre du milieu. En 1740, deux gravures, dans le « Dialogue between Simon and Philip » la représentent, l'une, enfermée dans un contour « de diamants », l'autre au milieu d'un soleil rayonnant qui ne peut être confondu avec l'Etoile flamboyante, laquelle d'ailleurs appartenait à la panoplie du grade d'apprenti. Toutes deux avaient fait leur première apparition en 1726 dans un label annonçant une série de conférences sous le titre de « The Antidiluvian Masonry » destinées à apporter la signification de la lettre G, de l'Etoile flamboyante etc. innovations introduites par Désaguliers et d'autres, et à s'élever contre l'indignité que constituait le fait d'effacer le tableau de Loge avec balai et seau à la fin de la réunion.

L'apparente simplicité de la signification de la lettre G, géométrie, Grand Architecte (God) fait oublier qu'elle est la troisième lettre de l'alphabet hébreu, le nombre 3 étant lui-même celui de la trinité divine, et qu'elle se trouve ainsi rattachée au symbolisme Kabbaliste. Depuis son origine elle est le seul élément stable du second degré et conserve toujours ses deux sens primitifs. On lui en ajouta d'autres : un catéchisme manuscrit antérieur à 1750 la définit : gloire, grandeur, géométrie, la 5 science, « gloire pour le grand architecte, grandeur pour le maître de la Loge, géométrie pour les frères ». Par contre, un autre manuscrit, datant des années 1780, ne cite que la géométrie et élimine le Grand Architecte. Un accident, sans doute, car le rituel émanant du Grand Orient en 1786, repris dans le Régulateur Maçon, 1801, puis dans le Régulateur Symbolique, 1839, indique « qu'elle est le monogramme d'un des noms du Très Haut, source de toute lumière et de toute science ».

Quand l'Etoile flamboyante fut-elle associée à la lettre G ? Une mention en 1726, une seconde qui l'inclut dans le mobilier de la Loge d'apprenti en 1730, une troisième dans le « Dialogue between Simon and Philip » 1740, qui en attribue la paternité à Désaguliers et ses amis, ce qui doit être exact, et -sans aucune signification particulière. Il semble qu'elle ait suivi le chemin de la Voûte étoilée apparue dès 1711. Mais les Rois mages durent flâner en route car le « Trahi », édition de 1767, dans les deux tableaux apprenti-compagnon, montre dans le premier, « Tel qu'il a été publié à Paris, mais inexact », la lettre G dans l'Etoile qui flamboie, et dans le second, «le véritable plan de réception. » l'étoile toujours flamboyante, au-dessus d'une sphère sur pied au-dessous de laquelle est la lettre G. Chez Larudan, « les Francs-Maçons écrasés », 1778, tableaux d'apprenti et de compagnon, l'étoile flamboie, sans la lettre, elle est sans flammes dans celui du Maître, et le G ne figure dans aucun des trois. « L'Etoile mystérieuse » - elle l'est restée - dut acquérir sa notoriété au cours de la période de séparation des deux grades de compagnon et de maître et de la stabilisation de leurs rituels respectifs, vers 1760. Elle la confirma dès l'instant où la tradition hébraïque pénétra en maçonnerie et introduisit le iod en son centre, ce qui la rendit divine. Le Grand Orient la consacra définitivement entre 1773 et 1786, date à laquelle il établit le rite dit « français ».

Parmi la communication au nouveau compagnon des signes et attouchements nous devons accorder une attention spéciale aux « 5 points du maçon », appelés par la suite à devenir les 5 points du maître. En 1730 Prichard les a incorporés dans ce grade.

« Comment fut relevé Hiram ?
Comme tous les maçons quand ils reçoivent le mot de maître.

« Comment cela ?
Par les 5 points de la Confrairie.

« Que sont-ils ?
main contre main 1, pied contre pied 2, joue contre joue 3, genou contre genou 4, et main au dos 5.

Il faut remarquer que ce ne sont pas les gestes faits pour relever le corps d'Hiram qui créent les 5 points, mais que ce sont eux, ceux de la « confrairie », que l'on a employés à cet effet, d'où il ressort qu'ils existaient avant le meurtre du maître. Six textes le prouvent, allant de 1696 à 1727, c'est-à-dire bien avant que l'épisode Hiram s'insère dans la maçonnerie spéculative.

La première description du signe date de 1696, dans le « Edimbourg Register House Manuscrit », lors de la réception au second degré, à l'époque où il n'y en avait que deux. A la question Combien de points du Maçon ?

« 5, soit, pied contre pied, genou contre genou, coeur contre coeur, main contre main, oreille contre oreille ».

Il y a des variantes, tant dans la manière dont on les pratiquait, Sloane manuscrit 3329, circa 1700, Trinity Collège de Dublin ms. 1711, « Mason's Examination » 1723 (lequel en avait six, pied, genou, main, oreille, langue, coeur), « The grand Mystery open » 1726 (pied, genou, poitrine, la main soutenant le dos, joue, visage), que dans l'ordre dans lequel ils se présentent. « The Mason's confession » qui se réfère à une Loge en Ecosse en 1727 commence par « main contre main », le Graham ms. 1726 (pied, genou, poitrine, joue, main).

Aucun document, manuscrit ou imprimé ne fournit la moindre explication, ni sur l'origine, ni sur le sens qu'il faut accorder à cette gestuelle, pour le moins insolite. En 1760, « The Three Distinct Knocks » apportera le premier une signification qui ne résoudra pas le problème car purement symbolique et morale pour chacun des points. Le monde opératif n'a rien connu de cela : matériellement ce ne pouvait être un signe de reconnaissance et les Loges étaient vides d'ésotérisme. Or ce sont les « acceptés » qui, à la fin du XVIIe et au tout début du XVIII e, font état des points du maçon, et il est possible que leur présence soit antérieure à 1696. Pour la plupart, les « acceptés » étaient gens cultivés, souvent érudits, avec la Bible à la base de leur culture. Celle-ci relate deux cas de résurrections opérées au moyen d'un contact très étroit entre le mort et le vivant complètement accolé contre celui-ci afin de la ramener à la vie. Deux prophètes du ixe siècle avant notre ère ressuscitèrent ainsi, l'un Eue, le fus d'une veuve qui l'avait accueilli durant la famine, l'autre Elisée, son successeur, le fils d'une femme de Sunam. Le récit du miracle de ce dernier est explicite. (Livre IV, Rois ch. IV, 34 et 35). « Il monta sur le lit, monta sur l'enfant et il mit sa bouche sur sa bouche ses yeux sur ses yeux et ses mains sur ses mains. Et il se coucha sur lui et la chair de l'enfant fut réchauffée. . Et il remonta sur le lit, et se coucha sur l'enfant et l'enfant bailla sept fois et ouvrit les yeux ».

Les motifs d'incorporation dans une réception maçonnique du procédé « magique » pouvant provoquer un tel événement miraculeux restent obscurs, et même mystérieux. 35 ans au moins, avant que la légende d'Hiram ne se fasse jour, ils apportent une justification plausible au scénario du déroulement des funérailles de son héros. L'état de décomposition du corps, lors de sa découverte survenant plusieurs jours après le meurtre, n'incitait certainement pas à la manoeuvre « pied contre-pied, poitrine contre poitrine, joue contre joue, »en vue de la relevaille. Mais si cette opération avait pour but de ramener le maître d'oeuvre a la vie, et de récupérer ainsi le secret qu'il avait emmené dans la tombe, les « cinq points du maçon » recouvraient alors un sens et une logique dont ils avaient bien besoin. Il est peu probable que le compagnon, puis le maître qui les vivaient, aient eu conscience de leur contenu. C'est le destin des symboles de traverser les siècles, ignorés, habillés d'incompréhension, d'incohérences, puis un jour, de ressurgir de l'oubli et de retrouver leur lumière.

Aucune précision relative à l'entrée du nombre 5 dans le grade de compagnon. La réponse est difficile Les documents manuscrits de la rituélie ne sont pas datés et assez rares jusque vers les années 1770. Les divulgations imprimées reprennent Prichard, Perau, Larudan auxquels s'ajoutent les anglaises parues à partir de 1760. Le « Cinq » n'apparaît nulle part chez ces auteurs avant 1750. L'Etoile à cinq branches, handicapée par sa naissance bâtarde n'a joué aucun rôle jusqu'au moment où l'apport de l'Hermétisme, des doctrines conjointes des Pythagoriciens et des Kabbalistes lui permit de faire carrière. Il y eut l'âge, les voyages, les pas, les marches de l'autel, bien que dans le Régulateur Maçon elles soient sept. Tout fut à peu près stabilisé avec le rituel de 1786 du Grand Orient. Les outils qui accompagnaient les voyages émigrèrent bien de l'un à l'autre au gré des Loges, mais les commentaires qu'ils appelaient, où la morale tenait une large place n'étaient pas sans valeur. Un rituel de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, postérieur à 1770 fait exécuter les cinq voyages sans outils ni explications, mais arrête les compagnons rangés en une chaîne la main droite sur l'épaule gauche de celui qui le précède et les fait frapper la pierre cubique au cours des trois derniers. Partout, arrêt devant l'étoile flamboyante et commentaire. En Angleterre, sciences et arts libéraux font une timide apparition dans les catéchismes d'apprenti du « Three Distinct Knocks » 1760 et du « Jakin and Boaz », 1762, puis passent dans ceux du second degré en 1769. En 1775, William Preston, « Illustration of Masonry » y ajoute de nombreuses explications. La France ne les recevra qu'au début du XIX e siècle, ainsi que les sens qui prendront une place importante au cours des voyages dans lesquels ils seront incorporés.

Si l'on sait de source certaine que le premier degré de la maçonnerie opérative apparut au début du Xe siècle, et le second dans les premières années du XVIe, l'on ne peut fixer avec précision quand naquit le grade de maître. La plus ancienne mention le concernant remonte au 12 mai 1725. Ce jour-là, une société para-maçonnique, la Philo Musicæ et Architecturæ Societas Apollini éleva plusieurs maçons au troisième degré. Elle avait été créée en février 1725 par huit frères, amateurs de musique et d'architecture. Le règlement obligeait ses membres à être Francs-Maçons une fois admis parmi eux, ce qui conduisait à recevoir les profanes en maçonnerie au moment de leur entrée dans la Société. Cette procédure irrégulière amena une protestation qui d'ailleurs resta sans suite, de la part de la Grande Loge d'Angleterre. Là Philo Musicæ disparut en 1727. La seconde mention d'une élévation au troisième grade advint le 25 mars 1726 par la « Lodge Dumbarton Kilwining n0 18 », en Ecosse, fondée le 29 janvier de la même année, suivie le 27 décembre 1728 par la « Lodge Greenock Kilwining n0 12 », qui, à cette occasion introduisit la perception de droits pour élévation aux deux grades. Le système à trois degrés se répandit lentement : la Loge « Antiquity n0 2 », créée en 1717 l'adopta en avril 1737, et la « Dundee Lodge n0 18 », fondée en 1728 en 1748 seulement. Peut-être exista-t-il en Ecosse tout à la fin du XVIIe siècle et en Angleterre aux premières années du XVIII e siècle que laissent entendre d'une part le Sloane ms. 3329, de l'autre la Philo Musicæ..., dont les fondateurs appartenaient à la Loge n0 14 se réunissant à la Queen's Head Tavern à Great Queen's Street, qui le pratiquait au moins en 1724. Le Trinity Collège Dublin ms 1711 prouve qu'il était connu, sinon mis en vigueur, en Irlande à cette dernière époque et son catéchisme donne « les secrets propres à chaque grade ». « The Mason's examination », 1723 fait une brève allusion à l'apprenti, au compagnon et au maître. Ce qu'il faut retenir de cette innovation, et qui est de première importance, c'est que nulle part il n'est question de la légende d'Hiram.

La première version connue de celle-ci vint en 1730 par le canal de Prichard dans sa « Masonry Dissected », et seulement dans le catéchisme, par questions et réponses. La seconde parut en France en 1740 sous la signature de Léonard Gabanon, pseudonyme de Louis Travenol, dans un ouvrage intitulé Le Catéchisme des Francs-Maçons, précédé d'un abrégé de l'histoire d'Adoniram., architecte du Temple de Salomon », plusieurs fois reproduit. Il ajoutait sous forme narrative de nombreux détails ne figurant pas dans le questionnaire de Prichard. Puis, en 1742 survint « L'Ordre des Francs-Maçons trahi », de l'abbé Pérau, qui sans vergogne « pirata »son prédécesseur et, comme de juste, ne put faire mieux que d'enjoliver le récit de quelques incidentes fort importantes, un procédé qui se perpétua au fur et à mesure des éditions successives et fit fureur chez les « Ecossais » nés entre temps. C'est ainsi que, dès 1745, s'établit, illustrée par l'iconographie, la dramatisation d'un catéchisme devenu rituel par l'adoption d'un scénario faisant revivre le meurtre légendaire de l'architecte du Temple de Salomon.

Plus prudente, l'Angleterre s'en tint à peu près à la sobriété de Prichard. Elle s'étonna de l'audace et de l'indépendance de la maçonnerie française, d'autant que la seconde édition des Constitutions d'Anderson, 1738, n'avait accordé qu'une importance relative à la légende d'Hiram. Les Anglais ne l'adoptèrent définitivement que vers 1760. Cette même année, une Neme divulgation, « The Three Distinct Knocks » ajouta de nouveaux éléments au déroulement des cérémonies et l'on apprit enfin les noms des trois meurtriers du maître architecte, l'enquête avait duré 30 ans !

L'origine de la légende est mystérieuse. Où ? Quand ? Comment ? Un manuscrit, le Graham 1726 éclaire très légèrement son apparition au travers d'un récit apparemment biblique, mais dont on ne retrouve pas la correspondance dans l'Ancien Testament.

Les trois fils de Noé, convaincus que leur père, en mourant, avait emporté un secret d'une importance considérable, partirent à la recherche de sa tombe, espérant trouver celui-ci sur lui, ou dans les environs immédiats. Ils convinrent, au cas où ils ne réussiraient pas, que la première chose qu'ils rencontreraient seraient, « pour eux, comme un secret » qu'ils auraient reçu de Dieu lui-même. L'incohérence d'une proposition visant à remplacer un secret dont on ignore la nature par quelque chose sans rapport avec lui, ne semble pas avoir effleuré l'es prit de nos trois personnages. Quoi qu'il en soit, la tombe ouverte sur le cadavre décomposé, ils prennent un doigt qui glisse, puis le poignet, puis le coude, et relèvent le corps « par les cinq points du Maçon ». L'un d'eux dit « Il y a encore de la moelle dans cet os », (marrow in this bone), le second : « mais c'est un os sec », le troisième « il sent (puant teur) ». Et ils décidèrent de donner le nom qui est connu à ce jour de la Franc-Maçonnerie », c'est-à-dire « marrow in the bone ». C'est la première fois qu'est dévoilé un mot de maître

Il subit quelques altérations et devint : « magboe ad Boe » dans « The Whole Institutions of free maçons opened as also their words and signs », imprimé par William Wilmot, 1725, qui indique explicitement sa signification « la mœlle dans l'os, ainsi notre secret est-il caché ». Il figure sous la forme « marrow bone » dans le Sloan 3329 manuscrit et le Trinity Collège Dublin ms 1711. Ainsi donc, cinq ans avant la Divulgation de Prichard - et peut-être plus tôt encore, le grade de maître en gestation offrait le récit d'un secret perdu que l'on s'efforçait de recouvrer au-delà de la mort, par une opération au caractère magique avéré, dont le sens et la finalité échappaient à ses auteurs. Il ne semble pas qu'il fût antérieur à 1700, bien que les cinq points du maçon venus tard dans la seconde moitié du XVIIe siècle peuvent laisser supposer une tentative d'innovation dans cette voie. La légende « Noé » eut un impact certain puisque Anderson qui l'ignorait en 1723 la récupéra en 1738 en faisant des Maçons, devenus « fils de Noé », de « vrais noachides, leur premier nom selon de vieilles traditions ». Vers 1744, le grade anglais de Royal Arch lui emprunta plusieurs éléments.

Comment et par qui s'effectua l'attribution de la légende incomplète de Noé - incomplète car il n'y a pas de meurtre - à celle d'Hiram assassiné par de mauvais compagnons, apparue dans sa quasi totalité en 1730 ? Est-ce cette dernière nouveauté qui attira la vigoureuse réaction contre Prichard, traité d'imposteur par la Grande Loge d'Angleterre qui ne pratiquait à l'époque que les deux grades d'apprenti et de compagnon avec un cérémonial très plat ? Sa lente - introduction dans la liturgie maçonnique ne favorisa certainement pas l'établiss

ement d'un rituel plus vivant que la simple récitation du catéchisme de 1730 qui dura jusque vers 1760.

En France, la réception de maître décrite pour la première fois par Léonard Gabanon dans le « Catéchisme des Francs- Maçons », 1740, reprise par l'abbé Pérau dans le « Trahi », 1742, montre que l'histoire « d'Adonhiram » fut mise en scène dès son arrivée sur le continent. Le candidat à la maîtrise était appelé à vivre intégralement le drame du meurtre dont il répétait chacune des péripéties. Sobre au début, le scénario se compliqua par la suite de détails et d'explications souvent différentes les unes des autres. Le tout parut se stabiliser peu avant la Révolution et le fut complètement pendant le premier quart du XIXe siècle.

« Le récipiendaire était habillé comme bon lui semble, mais sans épée, revêtu du tablier de Compagnon, bavette relevée et boutonnée ». Après avoir frappé trois fois à la porte de la Chambre de Réception, il entre sur l'invitation du premier surveillant, accompagné par un « frère apprenti, compagnon et maître que l'on nomme en ce cas le Frère Terrible ». Seuls les maîtres sont admis. « Dans la Chambre où se fait cette cérémonie on trace sur le plancher la loge de maître, qui est de la for me d'un cercueil entouré de larmes, sur lequel on met une branche d'acacia, et où l'on écrit Jehova qui est l'ancien mot de maître ». Au pied du côté de l'est, un compas ouvert (qui à cette époque était le signe du maître de la Loge), à l'occident une tête de mort et deux os en sautoir, une équerre et les quatre points cardinaux. « On illumine ce dessin de neuf bougies, trois à l'orient, trois au midi, et trois à l'occident, et autour l'on poste trois frères, l'un au septentrion, l'autre au midi et le troisième à l'orient, qui tiennent chacun un rouleau de papier caché sous leurs habits ». Dans le « Trahi », le crâne et les os sont chacun à une extrémité du dessin, on y ajoute les outils, et « à main droite une montagne sur laquelle il y a une branche d'acacia ». Dans quelques gravures la montagne est figurée par un petit tas de pierres situé dans un coin de la Chambre du côté de l'orient. Un peu plus tard, le dessin du crâne est remplacé par un crâne véritable éclairé de l'intérieur par une bougie. » Devant le grand maître de la Loge, appelé très Respectable, un petit autel, l'Evangile et un petit maillet les deux surveillants nommés Vénérables, se tiennent à l'occident debout, vis-à-vis du grand maître, aux deux coins de la Loge, et les autres officiers indifféremment autour de la Loge avec les autres frères. Il y en a un seulement qui se tient à la porte, en dedans de la Loge, une épée nue à chaque main, l'une la pointe en haut, et l'autre la pointe en bas, qu'il tient de la main gauche pour la donner au premier surveillant. » Lors de l'entrée du candidat. Le signe du maître « ... est de porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de le porter ainsi dans le creux de l'estomac ».

On a voulu rendre impressionnante l'introduction du récipiendaire dans la Chambre de réception. Le premier surveillant ouvre brutalement la porte, pointe son épée sur lui, lui enjoint de la tenir de la main droite la pointe contre la poitrine. Il le prend alors par la main gauche, lui fait faire trois fois le tour de la Loge en saluant le Grand Maître à chaque passage, saluts auxquels répondent tous les frères. Revenu 'à l'occident, entre les deux surveillants, le candidat est invité à s'approcher du Très Respectable par la marche du Maître que lui enseigne alors le premier surveillant. Elle débute par la double équerre, - c'est-à-dire, talons joints, pointes des pieds jointes aux deux branches de l'équerre dessinée au sol, puis trois grands pas en triangle, le premier à droite, le second à gauche en franchissant le cercueil, le troisième à droite à l'extrémité de ce dernier, les deux pieds joints de façon à former la double équerre avec le compas. Cette marche qui n'amène aucune explication sur sa signification est dite « de l'équerre au compas ». A chaque pas qu'il fait le candidat reçoit un coup sur les épaules donné par chacun des trois frères porteurs des rouleaux de papier et à l'aide de ceux-ci ; après qu'il ait renouvelé l'obligation prêtée antérieurement, le Grand Maître le frappe de trois petits coups de maillet sur le front et aussitôt après le troisième « ... les deux surveillants qui le tiennent à brasse-corps le jettent en arrière tout étendu sur la forme du cercueil, un autre frère vient qui lui met sur le visage un linge qui semble être teint de sang dans plusieurs endroits différents ». Les frères tirent l'épée, présentent la pointe au corps du récipiendaire (qui ne peut voir), restent un instant dans cette attitude et remettent l'épée au fourreau. Vient alors la scène du relevage minutieusement décrite. « Le Grand Maître s'approche du récipiendaire, le prend par l'index de la main droite, le pouce appuyé sur la première et grosse pointure, fait semblant de faire un effort comme pour le relever, et le laissant échapper volontairement en glissant les doigts, il dit Jakin. Après quoi il le prend encore de la même façon par le second doigt, et le laissant échapper comme le premier, il dit : Boz. Ensuite il le prend par le poignet en lui appuyant les quatre doigts écartés à demi liés en forme de serre sur la jointure du poignet, au-dessus de la paume de la main, son pouce passé entre le pouce et l'index du récipiendaire, il lui donne par là, l'attouchement de maître, et en lui tenant ainsi toujours la main serrée, il lui dit de retirer sa jambe droite vers le corps, et de la plier de façon que le pied puisse porter à plat sur le plancher ; c'est-à-dire que le genou et le pied soient en ligne perpendiculaire autant qu'il est possible. En même temps le Grand Maître approche sa jambe droite auprès de celle du récipiendaire, de manière que le dedans du genou de l'un touche au dedans du genou de l'autre, et ensuite il lui dit de lui passer la main gauche par dessus le col, et le Grand Maître qui en se baissant, passe aussi sa main gauche par dessus le col du récipiendaire, le relève- à l'instant, en lui disant Macbenac, qui est le mot de Maître. »

« Alors on lui ôte le linge de dessus la tête, et on lui dit en mémoire de qui on a fait toute cette cérémonie, en l'instruisant des principaux mystères et des obligations de la maîtrise moyennant cela on le reconnaît parmi les Maçons pour un frère qui a passé par tous les grades de la Maçonnerie, et qui n'a rien à désirer que de savoir parfaitement le catéchisme qui suit. » (Catéchisme des Francs-Maçons, 1740). Comment se fit le passage du simple récit de Prichard, au scénario dramatique de la mort d'Hiram qui se termine par son ensevelissement ? Et quel sens donner à cette dernière puisque rien ne vient à la suite des funérailles ordonnées par Salomon ? Cette histoire ne pouvait rester inachevée elle se poursuivit donc dans les grades de vengeance de l'Ecossisme, mais sur le plan du grade de maître la réponse est laissée en suspens. Il semble que tout au long de l'évolution de la jeune maçonnerie spéculative, ce ne soient pas les symboles qui apparaissent comme vecteurs d'idées, mais plutôt des idées qui cherchent le support de symboles pour s'exprimer. Ce processus à rebours d'une pensée analogique, évident dans le symbolisme des outils, l'est également pour la légende. Il révèle le besoin inconscient de lui apporter une base plus solide, même chargée de mystère, que celle d'une recherche d'un vague secret perdu qu'illustraient les travaux occultistes et alchimiques.

Ramené à nos connaissances actuelles, ce dont il s'agit est un rite de mort et de résurrection à l'aube de son évolution, une nouvelle modalité d'un rite ancestral inhérent à toute l'espèce humaine. Mais qui, sans vouloir diminuer l'intelligence de nos prédécesseurs, et malgré, pour d'aucuns, une approche certaine des auteurs classiques de l'antiquité, qui, était susceptible d'introduire une telle interprétation dans les rituels naissants de ce qui était appelé à devenir l'Ordre maçonnique ? D'où l'indigence, l'incohérence et les tâtonnements présentés par les rares et brèves tentatives d'explications fournies par les textes pendant plus de cent ans et qu'il serait oiseux de relever. Alors, une fois de plus, pourquoi les Loges ?

Le siècle était tout entier au théâtre, un mode d'expression plus approprié, plus accessible et moins fatiguant que le Livre. Le thème de « La chose perdue », dans son contexte dramatique se prêtait fort bien à une affabulation théâtrale et l'occasion trop belle pour ne pas l'exploiter, pimentée qu'elle était par le secret des Maçons un spectacle, et le banquet qui suivait, l'ensemble n'était pas sans charme. Et c'est ainsi que se développa la succession des scénarios qui, peu à peu se transformèrent en rituels.

Cérémonials révélés par les divulgations, divulgations créant des cérémonials ou action réciproque des uns et des autres ? Très certainement les deux. Prichard avait donné l'idée générale de l'épisode Hiram, Léonard Gabanon le canevas (1740), l'abbé Pérau compléta la mise en scène du psychodrame en 1742. Gabriel Louis Calabre Pérau, né en 1700, littérateur fécond, laissa une quarantaine d'ouvrages à sa mort le 31 mars 1767. Il rédigea entre autre 13 volumes de la Vie des hommes illustres de d'Auvigny, publia de nombreuses éditions dont un Bossuet de 20 volumes, etc. C'est dire qu'il était orfèvre en la matière. Il le prouva, et son « Trahi >, paru également sous le titre déjà pris par Gabanon « Le secret des Francs-Maçons », inonda le monde maçonnique de 1742 à 1781. Naturellement il fut copieusement pillé avec des variantes, traduit en anglais par J. Burd en février 1760 sous le titre « A master Key to the Free Masonry » ce qui permit à l'auteur de « Three Distinct Knocks » de lui faire de nombreux emprunts sans le moindre remords.

La réception de maître de Pérau apporte deux innovations importantes. Les trois voyages subsistent (il arrive parfois qu'il y en ait neuf), et l'on ignore toujours dans quel but ils sont effectués. Au cours de la promenade il constate qu'un maître est étendu sur le cercueil, le bras gauche le long du corps, le droit replié sur la poitrine, la main ouverte sur le coeur, les doigts serrés, le pouce en équerre, et couverte par Je tablier relevé à cet effet, le visage caché par un linge teinté de sang. Il assiste au relevage de ce frère par le Grand Maître selon les cinq points du maçon. Le récipiendaire entreprend alors la marche dans la même forme que donnée dans le catéchisme de 1740. Un rituel plus tardif (1780) éclaire singulièrement le sens du franchissement du cercueil. Lorsque le compagnon pénètre dans la Chambre de Réception, on lui arrache brutalement son tablier, car il est soupçonné d'être l'un des meurtriers d'Hiram, ce dont il se défend. C'est alors qu'on lui demande de passer par dessus le corps du maître architecte afin de prouver qu'il n'est pas coupable. Nous sommes là en présence d'une ordalie au cours de laquelle il tombera raide mort s'il a trempé dans le crime. La cérémonie se poursuit par l'obligation, et l'ecclésiastique qu'est l'abbé Pérau accentue une solennité que la teneur du serment n'avait pourtant pas négligée. Le candidat agenouillé, les deux mains sur la bible la baise à trois reprises après avoir répété les châtiments qui le menacent en cas de parjure. Puis, sous les trois coups de maillet du Grand Maître, il est projeté sur le cercueil, le tablier relevé sur le buste, la tête recouverte du linge ensanglanté. Cercle des épées et relevage. On s'interroge sur le rôle des outils factices représentés par les rouleaux de papier servant à porter les coups sur les épaules au cours de la marche « de l'équerre au compas », alors que le meurtre a lieu après l'obligation par le maillet du Vénérable. Or Prichard, 3e édition 1730, indique quels sont les outils employés par les meurtriers, lesquels sont, (traduction mot à mot) un maillet pour la pose, un outil pour la pose, une masse pour la pose. Ce qui n'empêche pas un rituel (qui n'est pas « Pérau ») d'annoncer briques, pierre cubique et maillet. Une édition beaucoup plus tardive rend les deux surveillants et le Vénérable responsables du meurtre, un coup sur la tempe droite, un coup sur la tempe gauche, puis un coup sur le front de la part de ce dernier, lequel demande par la suite « qu'avez-vous fait ? » « Une représentation de notre maître Hiram, tué pour n'avoir pas voulu dévoiler les secrets de la Maçonnerie ».

Le relevage se fait par les cinq points du maçon après les deux échecs de l'index et du second doigt et le mot du maître est donné, Mac Benac, en deux temps, Mac à l'oreille droite, Benac à l'oreille gauche. Mais Pérau en a changé le sens complètement en parlant pour la première fois dans la légende d'Hiram, de la décomposition du corps « La chair quitte les os ». Cet aspect de la légende « Noé » n'y avait pas été repris. Prichard et Gabanon avaient fait glisser la prise des doigts sans en indiquer la cause, et Mac Benac signifiait « Le Maître est frappé », ce que Nicolas de Bonneville, en 1788, dans sa traduction de « Masonry Dissected » donnait « te constructeur est frappé », sens qu'il conserve en Angleterre. Autre innovation due à Gabanon, et reprise par Pérau le signe fait d'une main au-dessus de la tête et qui est le prélude du signe d'horreur à deux mains. Quant au signe actuel. ?

Le choix de l'acacia n'a jamais livré son secret. Son dépôt sur la tombe a soulevé deux explications, l'une pour la reconnaître, l'autre pour l'orner, un souci assez curieux de la part de meurtriers. Or elle était « moussue », donc visible et la verdure la rendait décente. Sans doute les auteurs du récit ont-ils sacrifié inconsciemment à cette vieille coutume de planter fleurs ou arbustes sur les tombes, vestige de cette croyance, des anciens que l'âme des défunts se manifeste par leur canal.

Le rituel de maître subit quelques variations au cours des décades qui suivirent ses premières codifications, mais elles ne concernent que des détails mineurs qui s'estompèrent avec le temps. Stabilisé dans les années 1780. sa signification profonde ne se fit jour que très lentement et au cours du XIXe siècle. Par contre l'histoire d'Hiram, lue lors de la réception, connut de beaux développements au gré de l'imagination des auteurs, et nous avons déjà parlé de la genèse et de l'évolution des hauts grades, corollaires du meurtre de l'architecte de Salomon.

Il ressort de ce qui précède, que la soi-disant tradition initiatique opérative est strictement imaginaire, que, sur ce plan et par conséquence, une filiation « opératifs-spéculatifs » s'avère inexistante.

Que la rituélie maçonnique ne descend pas toute éclose du Ciel, mais que sa création est artificielle, oeuvre humaine, et que, comme toute oeuvre humaine, si son enfantement se fit dans la joie et l'espoir, il fut hésitant, soumis aux erreurs, aux fluctuations de toutes sortes, et souvent pénible.

Il y a « tradition maçonnique », voire initiatique, mais pas au sens guénonien du mot initiation. C'est la noblesse de nos prédécesseurs d'avoir, jour après jour, constitué un « Ordre »en reprenant ce qui, dans les divers ésotérismes, orientaux, grecs, judaïques, chrétiens, voulait aller au-delà des médiocrités du quotidien, d'en avoir fait une règle et, surtout accepté l'effort de s'y conformer.

Et il y a « Initiation » véritable, celle « qui met sur le chemin », celle qui apporte à l'initié virtuel, la puissance de réflexion, de volonté, de vérité et d'espoir accumulée depuis deux siècles et demi par ces frères innombrables et obscurs animés d'une foi invincible en l'Homme et en son devenir.

Le revers de la médaille, l'histoire et sa cruelle vérité.

L'avers de la médaille, l'homme dans son éternelle vérité.

Source : http://sog1.free.fr/Articles/ArtDore179-Operatif.Symbolique.htm

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Essai sur les origines des grades et rituels symboliques (1)

27 Novembre 2012 , Rédigé par André DORE 33° Publié dans #histoire de la FM

Ignorances et incertitudes sont les obstacles majeurs auxquels se heurtent les chercheurs penchés sur l'histoire de la Franc-Maçonnerie, d'où les singulières complaisances que s permettent tant de soi-disant historiens avec une vérité obstinée à se camoufler derrière une succession de légendes religieusement répétées depuis deux siècles et demi, légendes opérative, templière, salomonnienne, rosicrucienne, hermétiste, etc. Car, en dépit de quelques faits précis, tout reste obscur sur l'origine de l'Ordre maçonnique, ce qui conduit à mettre devant de trop nombreuses propositions « Il semble que .».

Ce qu'on nomme Maçonnerie spéculative s'organisa à Londres en 1717. On la dit fille de la Maçonnerie opérative. En réalité, elle succéda à une Maçonnerie « acceptée » qui se créa en tant que telle dès la fin du 16 siècle par admission au sein des confréries de maçons de personnages étrangers au métier et que l'on désigna dans la seconde moitié du 16e siècle sous le terme de « Maçons acceptés ». Il est certain que les Loges, car il y avait loges au sein de la corporation, s'agrégèrent volontiers un protecteur, noble de préférence, ou clerc, chargé du travail administratif qu'exigeait la gestion du chantier, les ouvriers étant presque en totalité analphabètes, et parfois, un chapelain, puis, plus tard, ceux qui, fournisseurs, gravitaient autour de l'entreprise. Ce processus prit naissance en Ecosse mais alors que dans ce pays les maçons acceptés ne formèrent qu'une petite minorité durant le 17e siècle, l'Angleterre vit au contraire se créer des Loges strictement « acceptées » et ce dès les premières années, c'est-à-dire ne comprenant plus aucun homme de métier. Il semble que la plus ancienne remonte à 1600, mais dès le second quart de ce siècle, leur existence est attestée par des documents indiscutables. Elles cohabitaient avec celles qui, mi-opératives, mi « acceptées » voyaient peu à peu disparaître les professionnels de leur effectif en raison de la diminution des grands chantiers de constructions religieuses et féodales, se transformèrent à quelques exceptions près, en loges spéculatives entre 1700 et 1730. Alors se pose la question : quelle justification apporter au fait de voir des hommes étrangers au métier s'intégrer dans des groupements professionnels, qu'à celui &e loges n'ayant plus, et même n'ayant jamais eu le support du métier ?

Les documents n'y répondent pas, mais leur contenu confronté au climat intellectuel de l'époque dans laquelle ils s'insèrent, suggère des explications probablement exactes. Quatre sortes de documents, rigoureusement authentifiés

D'abord les manuscrits, 150 environ, relatant les conditions et les règles qui présidaient à la vie des confréries de maçons, disons opératifs, ce terme étant venu tard dans le vocabulaire maçonnique, à la fin du 18e siècle. Ils s'étalent du 15e au début du 18e siècle et c'est d'eux que la Grande Loge Unie d'Angleterre fera sortir les fameux et sacro-saints « Landmarks ».

Puis les Minutes des Procès-Verbaux des trois Grandes Loges, la Mère Loge de Kilwining à dater de 1598, la Grande Loge d'Edimbourg de 1696 à nos jours, sans interruption ; la Grande Loge d'Angleterre de 1723 à aujourd'hui, auxquelles s'ajoutent les archives de très nombreuses Loges, dès le début du 18e siècle.

Suivent les ouvrages connus sous le nom de « divulgations », qui prétendent révéler les secrets maçonniques. Très souvent pamphlétaires ils demandent une critique sévère de leur contenu.

Enfin toute la série des rituels, tous manuscrits que l'on compte par centaines pour la seule période allant des années 1750, date de leur apparition, à 1800, et dont l'exégèse révèle trop souvent des liturgies aberrantes.

On n'a jamais élucidé les mobiles profonds qui, fin juin 1717, poussèrent quelques membres de quatre Loges de Londres à les constituer en Grande Loge de Londres qui se transformera très tôt en Grande Loge d'Angleterre. On ignore tout de l'origine de ces ateliers, sauf leur existence, l'une en 1696, les autres après 1700, uniquement « acceptées » ainsi que le montrent les Minutes des Procès-Verbaux de la Grande Loge d'Angleterre qui reproduit leur tableau en 1723. Trois d'entre elles n'étaient composées que d'artisans et de commerçants dont aucun n'avait droit, à la suite de son nom, de la mention « Esquire », indicative d'un niveau social au-dessus du commun. Par contre, la quatrième Loge comportait 2 ducs, 3 comtes, un marquis, trois lords, un baron, quatre chevaliers militaires de hauts rangs, des ministres religieux, 24 « Esquires », George Payne, Desaguliers et Anderson qui ne figure nulle part avant cette date. Parmi ceux-là, de nombreux savants, membres de la Très Scientifique Royal Society où siégeait encore Newton. Qui dira pourquoi ces nobles personnages s'associèrent à de « petites gens » sans que ce terme ait rien de péjoratif, et pourquoi, pour ce faire, empruntèrent-ils la voie si modeste des humbles tailleurs de pierre ? Et pourquoi 1717 ?

Peut-être était-ce afin d'éviter une confusion qui risquait de s'installer en raison du nombre croissant de Loges qui se répandaient en Angleterre surtout.

Ou « être le Centre de l'union » ainsi que l'écrira quelques années plus tard, le pasteur Anderson, sous la direction de Payne et de Désaguliers, ce qui répondait à un besoin latent de sociabilité après les tourmentes qui avaient secoué le pays pendant les décades immédiatement précédentes7

Ou le désir de donner une doctrine à ces groupuscules pratiquement isolés, mais qui se réclamaient d'une même identité sous couvert d'un secret illusoire et inexistant et se réunissaient pour banqueter, participant ainsi à l'engouement général impressionnant que connut l'époque pour les sociétés badines et bachiques.

Ou bien découvrir ce secret en spécifiant quelque chose de très flou venu du passé et susceptible de rattacher les esprits à des certitudes sécurisantes.

Car c'étaient des savants ces hommes de la Loge « au Gobelet et au Raisin », soumis déjà à une certaine forme de discipline scientifique qui les conduisait nécessairement à centraliser, organiser, diriger. Mais l'énigme reste entière.

Quoi qu'il en soit, la Grande Loge d'Angleterre se répandit très rapidement dans tout le Royaume, soit qu'elle créât de nouvelles Loges, soit qu'elle rassemblât celles, éparses, qui l'avaient précédée. Entre temps elle étouffa la Grande Loge d'York, opérative et moribonde, et de suite elle exporta.

Il semble bien que la France fut le premier pays à bénéficier de la nouvelle mode. Ce fut d'abord par les soins de stuardistes, des Ecossais en exil. Selon le mémoire de De Lalande, longtemps suspect mais réhabilité par Pierre Chevallier à la suite de recherches récentes, quatre maçons anglais, partisans de Charles-Edouard Stuart, connus et bien identifiés constituèrent une Loge à Paris, soit en 1725, soit en 1726, sous le nom de Saint-Thomas, en souvenir de Thomas Beckett. Charles Radclyffe, futur comte de Derwentwater en 1731, qui deviendra Grand Maître des Loges françaises par la suite en fut l'animateur et probablement le Maître de Loge. On n'a jamais su où il avait été reçu maçon, ni même s'il l'avait été. On a laissé entendre que Ramsay lui aurait donné cette qualité. Or celui-ci a été admis en mars 1731 à la Loge Horn de Londres, et Radclyffe né en 1693 avait quitté l'Angleterre en 1716. Quant à Maclean, également Grand Maître après le duc de Wharton (1728 à 1731) - et avant Derwentwater qui le fut en 1736, il était né à Calais, séjourna à Edimbourg jusqu'à 1721, puis à Paris de 1721 à 1726, retourna en Ecosse de 1726 à 1728, rentra en France où il servit dans l'armée française. On ne sait où il a été reçu maçon.

L'implantation de la Maçonnerie se fit lentement au cours des années qui suivirent la création de la Loge Saint-Thomas. Elle reste toujours très confuse. Si l'on s'en tient aux seuls documents authentiques, deux nouvelles loges naquirent, l'une en 1729, les Arts Sainte-Marguerite, l'autre en 1730. Selon le Registre de la Grande Loge d'Angleterre du 17 mars 1731 et constituée régulièrement le 3 avril 1732, sous le numéro 90 et le nom de « The King's Head » butcher Row at Paris ce que l'on peut traduire par « à l'enseigne du Roi » rue de la Boucherie. On voit en elle la Loge Saint-Thomas au Louis d'Argent, ou Saint-Thomas n° 2, car elle provenait d'un essaimage de la première Loge du même nom, ou encore « Au Louis d'Argent », du fait que King's Head et Louis d'Argent doivent tirer leur identité de la pièce de monnaie en argent en cours à l'époque, qui portait gravée l'effigie du Roi de France. Puis viennent la Loge du Duc de Richmond dont on sait qu'elle travaillait en 1734, soit à Paris, soit à Aubigny-sur-Nère dans le Berri chez Louise de Keroualle, duchesse de Portsmouth où elle reçut Desaguliers, Montesquieu et quelques autres, en 1735 la Loge de Bussy-Aumont, en 1736 la Loge Constos-Villeroy du nom de ses deux vénérables successifs.

Quant à la province, nous trouvons Bordeaux 1732, Valenciennes 1733 Metz 1735, etc. Selon le Tableau des Loges du Royaume de France établi le 6 novembre 1744, il y avait eu à cette date et depuis 1726 20 Loges à Paris, 19 en province et, assez surprenant, 5 Loges militaires, soit 44 au total. Et c'est à partir de cet instant que ce qui devait devenir l'Ordre Maçonnique en France, prit son essor.

On ne peut dire quand fut constituée la première Grande Loge de France. Le plus ancien document connu daté de 1705 ne la mentionne pas : son titre : « Règles et devoirs de l'Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France. » dans lequel Mac Lean est qualifié de « présent Grand Maître de la Très Honorable Fraternité des Francs-Maçons du Royaume de France » et son prédécesseur, le duc de Wharton « Grand Maître des Loges du Royaume de France ». Et si le texte qui donne pouvoir au Baron Scheffer de constituer des Loges en Suède indique « ... qu'elles seront subordonnées à la Grande toge de France », il y a lieu de rappeler que lorsqu'elles s'assemblaient « en Grande Loge », ce n'était que la réunion des officiers maîtres et surveillants de tout ou partie des Loges de Paris sous la présidence du Grand Maître. Or, ni les règlements de 1743, ni les constitutions accordées à la Loge de Lodève en 1744, ni les statuts de 1745 dressés par la Loge Saint-Jean de Jérusalem de Paris, non plus que ceux de 1755 ne mentionnent une Grande Loge de France en tant qu'autorité directrice suprême. Les Loges, dans leur presque totalité, et surtout celles de province, se plaçaient d'elles-mêmes sous l'obédience du Grand Maître dont elles sollicitaient la protection et plus encore la garantie de régularité, critère majeur à l'époque. Cette tendance se généralisa à partir de 1743, après que le comte de Clermont eût accédé à la Grande Maîtrise. Est-ce à son instigation que fut établi « ... le deuxième jour de la première semaine du troisième mois de l'an de la Lumière 5747 et de l'ère vulgaire 1747 » ce document qui voulait consacrer l'hégémonie d'un organisme central directeur de l'ensemble des Loges du Royaume de France, et qui paraît avoir échappé à la sagacité des chercheurs ?

« Règlements de la Très Respectable Grande Loge de France, dressés pour toutes les Loges régulières du Royaume, sous les auspices du Très Sérénissime Frère, Louis de Bourbon, comte de Clermont, Grand Maître de l'Ordre en France ». C'est un manuscrit de 15 pages foliotées 36 à 50, comportant 121 articles numérotés de 1 à 121, qui se termine par les mentions suivantes :

« Délibéré statué et arrêté (sic) (a) la T.R Loge de France assemblée régulièrement le deuxième jour.

Copie collationné (sic) par nous secrétaire général sur l'original, par mandement signé, Labadie.

Extrait sur la copie envoyée à la Loge de la Douce Egalité de lorient davignon ».

On ne sait rien de la Loge La Douce Egalité, cependant attestée par deux autres documents - Labadie (ou Labbady, ou Labady) maître de la Loge l'Ecossaise de Salomon, personnage connu et remuant, était substitut pour la province du secrétaire général de la Grande Loge de France Zambault en 1765. On ne saurait, avec ces simples renseignements, fixer une date précise à cette copie. Le texte de 1747 est important en ce sens qu'il détermine pour la première fois une procédure destinée à recenser l'ensemble des Loges du Royaume et de leurs membres, à leur donner « ... des constitutions et des règlements généraux pour établir l'uniformité du Travail » à charge pour elle, Grande Loge, de répercuter le Tableau général de l'Obédience à ses composantes. Plus, une série de mesures fixant minutieusement le fonctionnement des Loges, les rapports qu'elles pouvaient avoir entre elles, ainsi qu'avec la Grande Loge, les conditions de leur régularité et q elle des maçons. Au travers des articles un embryon de secrétariat administratif avec six inspecteurs circulant dans toute la France, et défrayés de leurs dépenses, trésorier, secrétaire etc.

Le texte de 1747 n'a rien de commun dans sa rédaction avec ceux de 1755 et 1760, ni d'ailleurs dans ses principales dispositions, et ces deux derniers statuts semblent ignorer qu'il y ait une Grande Loge de France. Il faudra attendre le 19 mai 1763 pour que soit créé le premier sceau en même temps que l'arrêt de nouveaux statuts qui institutionnalisera la Grande Loge de France. Ce qui n'empêchera pas que, jusqu'au moment où le Grand Orient, qui lui succèdera, s'installera le 12 août 1774 en location dans les locaux du Noviciat des Jésuites, elle ne possédera pas de secrétariat permanent ni un quelconque endroit pour ses archives. Les réunions se faisaient au domicile de celui de ses membres qui voulait bien lui donner asile.

Bien qu'elle soit venue d'Angleterre, à aucun moment la maçonnerie française ne connut une Grande Loge anglais de France, c'est-à-dire une Grande Loge Provinciale de France sous la dépendance de la Grande Loge d'Angleterre, ce dont cette dernière ne manqua pas de se plaindre. Autre constatation, et quelque peu étrange : nulle part, dans la succession des statuts et règlements on ne trouve le moindre article établissant l'Ordre maçonnique en lui donnant un but ou une finalité. Tous les textes ne visent qu'à fixer les conditions de régularité administrative des Loges et de leurs membres. Même les « statuts de l'Ordre Royal de la maçonnerie en France »premier acte législatif du Grand Orient de France en 1773, ni ceux de 1777 et 1787 de la seconde Grande Loge de France dite de Clermont, dissidence du Grand Orient survenue à la suite de la suppression par ce dernier de l'inamovibilité des Maîtres de Loge, ni les textes de celui-ci de 1806 ne font état d'une vocation de la Franc-Maçonnerie. Peut-être se contentait-on de ce que disait le Livre des Constitutions d'Anderson dont il ne semble pas que l'on se soit beaucoup préoccupé. Est-ce pour cette raison, qu'en 1776, une circulaire du Grand Orient proclamait « Le but que nous poursuivons consiste à établir entre nos prosélytes une communication active du sentiment de fraternité et de secours en tous genres, à faire revivre les vertus sociales, à en rappeler les pratiques, enfin à rendre notre association utile à chacun des individus qui la composent, utile à l'Humanité même ». Pourtant, ce ne sera qu'en 1826 qu'un texte statutaire précisera officiellement la finalité de l'Ordre : « De la Constitution, art. 1er. L'Ordre des Francs-Maçons a pour objet l'exercice de la bienfaisance, l'étude de la morale universelle, des Sciences et des Arts, et la pratique de toutes les vertus. »

Cela voudrait-il dire que pendant un siècle les loges fonctionnaient à vide ? Les procès-verbaux qui rendent compte de l'activité des ateliers Et de l'obédience font justice de cette crainte. La solidarité à l'égard des frères dans le besoin fut réelle et les actes de bienfaisance s'étendirent rapidement en faveur des pauvres et des déshérités. Avec l'évolution des rituels, la récitation des catéchismes introduira l'affirmation de règles morales que les maçons s'obligeront théoriquement tout au moins - à observer. Par contre il n'apparaît pas qu'il y eût des Travaux au sens maçonnique moderne de ce terme. Seuls, et tardivement, quelques rares accueils des frères orateurs appellent un désir de réflexion sans qu'ils soulèvent de réponse. Tout, au contraire, montre que la vie profane ne perdait aucun de ses attributs.

Et se pose alors la question sur la nature du message que la Maçonnerie apportait aux hommes et qui était capable de les attirer, quelle que soit leur condition, pour en faire des francs-maçons ? Ce qui nous ramène en arrière, très loin dans le temps.

Les Confréries de métier existaient dès le haut Moyen-Âge, chargées d'organiser la profession, de protéger ses membres et de les aider lorsque le besoin s'en faisait sentir. Celles des constructeurs ont laissé de nombreuses traces dont quelques-unes remontent jusqu'au 11e siècle. Depuis le milieu du 14e jusqu'au début du 18e, il est possible de suivre leur évolution sans interruption notable. Aucune justification ne permet de dire, selon une légende qui a toujours cours, qu'elles descendent des Collèges Romains, où plus tard, des Comacini, filiation réfutée par celui-là même qui l'avait avancée. Il ne s'agit ici que des associations britanniques, puisque liées, même superficiellement à la maçonnerie spéculative. Il n'y a aucune trace en France de quelque chose qui puisse ressembler à ce qui advint Outre-Manche. La Confrérie des Tailleurs de pierre et des maçons de Strasbourg, les Steinmezten, n'a pas manqué d'attirer l'attention. Elle groupait les travailleurs de la partie ouest des territoires allemands et laissa en 1459 une charte dite de Ratisbonne, qui réglementait les rapports des membres de l'Association dans l'exercice de leur profession, tant entre eux qu'entre leurs employeurs Une modification apportée en 1628 permettait « aux hommes pieux » de s'y intégrer. On ne sait rien de plus sur l'activité interne de l'Association.

Les chantiers, qu'ils soient religieux ou civils, étaient très importants et le nombre d'ouvriers souvent considérable. D'ou la nécessité d'un choix de par la nature même des choses. Quatre catégories de travailleurs les journaliers, les apprentis, les apprentis « acceptés », les compagnons, tous sous la direction d'un maître d'œuvre, lequel désignait un ou deux surveillants pour l'assister. Ce système ne fut établi solidement que vers la fin du 16e siècle. Chaque chantier installait une « Loge » qui servait tout à la fois d'atelier, bien que les pierres fussent taillées sur le lieu de leur extraction, de réfectoire et de club, où se discutaient les événements de la journée et où chacun recevait les instructions concernant sa tâche. La Loge constituait ainsi une unité avec ses propres règles établies de concert entre le maître d'œuvre, le chapitre ou celui qui avait passé la commande. Souvent elle changeait d'un chantier à l'autre bien qu'il y eût obligation de terminer celui qui avait été entrepris. Le manque d'argent interrompait fréquemment les travaux, entraînant avec le déplacement du chantier la dispersion partielle des membres de la Loge. La vie collective que celle-ci impliquait, l'entraide mutuelle que les ouvriers se portaient, l'injonction faite au plus habile d'enseigner le moins habile, suscitaient des sentiments de solidarité rapidement transformés en véritable fraternité. Des coutumes s'instauraient qui avaient force de loi, relativement uniformes, mais différentes dans les détails. Elles réglementaient l'usage et la possession des outils, les conditions de travail, les avantages en nature attribués en plus du salaire. Les journaliers, pris sur place et presque toujours par voie de réquisition, restaient en-dehors de la Loge. Les apprentis, sous contrat, subissaient un stage de probation à la fin duquel ils étaient ou rejetés et devenaient journaliers, ou admis mais toujours comme apprentis, cette admission pour laquelle ils devaient payer, étant concrétisée par une réception. Celle-ci, très simple, avait lieu à huis-clos, par le Maître de la Loge, devant les compagnons et les apprentis précédemment reçus, assemblés. Elle comportait en premier la lecture des règles régissant le métier, puis la prestation du serment qui obligeait l'apprenti « enregistré » on « accepté » au secret le plus absolu, la communication d'un « mot », le « mot du maçon », que murmurait ensuite et ensemble chacun des présents, les signes de reconnaissance, et pour terminer, un banquet. Des textes laissent entendre qu'avant ou au cours de ce repas, il était procédé à une sorte de « bizutage » ou brimade à l'encontre du nouvel admis. Elle perdura chez les opératifs jusque vers 1710 et l'on reprocha à Desaguliers de l'avoir supprimée, comme incompatible avec la dignité des personnages « acceptés ».

Le manuscrit n° 1 à la Grande Loge d'Angleterre, daté de 1583 donne la procédure du serment : « ... l'un des anciens tient le Livre et celui ou ceux qui prêtent l'obligation placent leurs mains dessus, et les préceptes sont lus ». Le Livre en question n'est pas précisé. Le terme reste donc ambigu et un doute subsiste sur son identité, Bible ou Règlement de la profession, mais plus probablement ce dernier. La première référence indubitable sur la présence de là Bible figure un siècle plus tard en 1685, sur le manuscrit Colne n° 1. Nulle part, les plus anciens procès-verbaux de la Grande Loge d'Edimbourg remontant à 1598, ni ceux de a loge Saint Mary's Chapel en 1599, ni ceux de la mère Loge de Kilwining n° 0, 1642, indiquent qu'il y ait eu une Bible dans le matériel de la Loge. Ceci confirmé par les textes plus récents des loges restées opératives, Aldwick 1701, Swalwell 1725, etc. la première mention relevée d'un achat de Bible, accompagnée de deux recueils de chansons, figure dans un ordre donné en 1766 par la Mère Loge de Kilwining, bien que la proposition en eût été faite en 1726, 1744, 1749, et soit restée sans suite. Et si Prichard la signale dans sa divulgation de 1730, son emploi ne se généralisera que dans les années 1750 - 1760. En France, elle fut souvent remplacée par les Evangiles. Le Recueil Précieux de la maçonnerie adonhiramite de Guillemain Saint Victor, 1781, indique que « .... le serment est prononcé main droite sur l'Evangile » alors qu'un manuscrit de la fin du XVIIIe siècle donne « ... sur les saints Evangiles ». Le Grand Orient, dans les Rituels du Rite français qu'il établit en 1782, ne l'a pas retenue et l'obligation est prêtée sur le Livre des Constitutions.

Deux sortes de secrets, ceux qui relevaient du métier et que l'apprenti découvrait au fur et à mesure de sa qualification professionnelle et ceux consistant dans les moyens et signes de reconnaissance, et plus particulièrement dans le « mot » du maçon. Les premiers concernaient la taille très précise de la pierre, l'assemblage des blocs, la construction des arcades, voûtes, coupoles, etc. Ils étaient distincts de la géométrie pure dont les compagnons pourtant se servaient pour préparer les dessins et les plans. Les maçons « acceptés » n'avaient que faire de cet enseignement dont les éléments se perdirent peu à peu ; au début du XVIIIe siècle les « acceptés spéculatifs » ne conservaient que quelques bribes de ces secrets qu'ils « habillèrent » en leur infligeant, soit un sens moral, soit une signification symbolique issus de toute la masse de science étrange qui inondait l'Europe. Les secrets opératifs n'ont laissé aucune trace de connaissance spéculative de caractère ésotérique.

« The Mason's Word » n'a cessé d'intriguer les historiens anglais de la Maçonnerie. L'usage d'un « mot » est très ancien, puisqu'on le trouve dans les traditions égyptiennes, hébraïque, et même védique ; au Moyen-Âge les hommes du métier se reconnaissaient par lui. Il est d'origine écossaise et il n'y a aucune certitude qu'il existait dans les Loges anglaises « acceptées » du premier quart du XVIIIe siècle en-dehors de la région immédiatement frontalière avec l'Ecosse. Sa présence est assurée chez les « acceptés opératifs » dans les Loges Saint Mary's Chapel, Aïtksonhaven, Dunblanc, etc. dès le 16e siècle. Nous avons vu que sa communication était l'un des éléments essentiels de la Réception des Apprentis. Il était unique pour l'ensemble des membres. Avec le temps, il émigra en Angleterre au travers des échanges ininterrompus de travailleurs entre les deux pays. Les « acceptés » le dédoublèrent, peut-être pour se démarquer des opératifs. Ils en firent un pour les apprentis (ou le conservèrent), un pour les compagnons, et, plus tard, devenus spéculatifs, un pour les maîtres. Cette déviation du « mot » d'origine écossaise, rappelons-le, et qui ne portait lui non plus, aucune valeur ésotérique, engendra, à partir des années 1735-1740 toute la série des vocables dit « sacrés » qu'empruntèrent les innombrables grades venus par la suite et qui constituèrent ce que l'on nomme l'Ecossisme. De moyen de reconnaissance il se mua en symbole, celui d'une « vérité perdue », d'une « parole perdue », rejoignant ainsi les trop fameuses formules orales rencontrées dans les contes de fées, dont la puissance mystérieuse ouvre toutes les portes. En 1753, le virulent propagateur irlandais de la Maçonnerie dite des « Antients », Laurense Dermott la définissait « la mœlle de la maçonnerie ».

La maçonnerie opérative ne connut que deux grades, plus une fonction, celle de maître de Loge, choisi par ses compagnons et ce jusqu'à 1710 au moins. La présence du Temple de Salomon dans la légende de l'Ordre s'inscrit dans le cadre des énigmes non résolues. Des 150 versions manuscrites déjà citées, deux seulement en parlent, le Régius, 1390, poème en vers et le Cooke, plus explicite que son aîné, est la plus ancienne référence aux « Devoirs des opératifs ». Il narre très brièvement l'histoire de la maçonnerie-métier, en reprenant partiellement ce qu'en dit la Bible. Il accorde une place beaucoup plus importante à la Tour de Babel et à Nemrod qu'à Salomon et à son Temple. 76 lignes de texte contre 28, et mentionne longuement les deux piliers sur lesquels étaient gravés les sept arts libéraux des sciences et des arts (dont, entre parenthèses nous retrouvons la trace au 30e degré du Rite Ecossais). Ces deux piliers dont l'un ne pouvait briller et l'autre sombrer, afin de protéger les précieuses connaissances de l'époque de la destruction ou de la vengeance de Dieu. Ce n'est que tout au début des années 1700 qu'ils reviendront timidement dans les très rares « Old Charges » encore en cours, mais pour disparaître aussitôt au bénéfice des deux colonnes de Salomon. A la même période, le registre de la Grande Loge d'Edimbourg, à la question : « ... où était la première loge » ? répond « ... dans le porche du Temple de Salomon ». Juste avant 1700 la Grande Loge d'York mentionne les fêtes célébrées lors de l'inauguration du célèbre Temple et la mort d'Hiram, son architecte, sans qu'il soit question de son assassinat. Dix ans plus tard, le Dunfries manuscrit n0 4 donne aux deux colonnes sorties de l'ombre un sens religieux chrétien qui sera repris plus tard.

Alors, pourquoi Salomon ? Et pourquoi après un silence total qui dura 300 ans ?

Y a-t-il eu cause à effet de ce que, en 1765 à Londres, un juif espagnol, Jacob Jéhu de Léon, exposa une fort jolie maquette du Temple de Salomon qui attira une énorme attention, exposition qui se poursuivit avec le même succès jusqu'en 1765, soit pendant un siècle ?

Ou par la parution en 1688 d'un ouvrage « Le Temple de Salomon spiritualisé » de l'écrivain anabaptiste John Bunyan, auteur connu et réputé ?

Venant après ces deux événements, il semble bien que ce soit George Payne, un instant grand Maître de la Grande Loge de Londres qui, en 1721, en présentant le manuscrit Cooke de 1410, à la Tenue de la Saint Jean d'Eté, fut l'initiateur d'une légende salomonnienne que ne connurent ni les opératifs écossais, ni les « acceptés » anglais du 17e siècle. Nous sommes là, 1720-1730, à l'orée d'une maçonnerie spéculative dont la symbolique ne connaîtra plus de limites avant la fin du premier quart du XIXe siècle.

Paradoxale et étrange, l'anomalie que constitue l'absence complète de mention des outils du métier dans les manuscrits relatant la réception des apprentis et compagnons. Ils apparaissent pour la première fois en 1696 dans le procès-verbal du Registre d'Edimbourg, à propos du serment : « je jure, par Dieu, l'Equerre et le Compas. » formule répétée dans les mêmes termes en 1710 et 1714. En 1710 le Dunfries manuscrit n0 4 en citant également pour la première fois trois piliers sans aucun rapport avec les deux colonnes de Salomon, indique qu'ils avaient pour significations Equerre, Compas et Bible. Etait-ce le prélude aux Trois Lumières que nous rencontrerons un peu plus loin ? Et c'est entre 1720 et 1730 que s'introduit toute la gamme des outils, règle, ciseau, maillet, marteau, fil à plomb, niveau, truelle, etc. qui, par la grâce des spéculatifs se transformèrent en symboles que, pendant des siècles, ceux qui, quotidiennement par métier, manièrent leurs supports ont totalement méconnus. Il en est de même pour les deux symboles fondamentaux de la maçonnerie, la pierre brute et la pierre cubique taillée. Ils n'ont jamais existé, tant chez les opératifs que chez les acceptés, et les premières loges spéculatives du XVIIIe siècle les ignorèrent. Ils durent naître en France, aux environs de 1740. Timidement divulgués postérieurement et sans qu'une signification leur soit donnée. Tout au plus est-il indiqué « ... une pierre sur laquelle les outils sont affûtés », et c'est surtout l'iconographie qui nous fait part de leur existence.

Que reste-t-il donc de la légende qui veut que nous soyons les héritiers et le véhicule d'une tradition opérative ancestrale et symbolique à laquelle nous nous référons non sans quelque fierté et vénération ?

Le maçon « accepté » a été le lien entre l'opératif et le spéculatif, mais déjà au 17e siècle les « usages » et non les rites, différaient sensiblement entre opératifs et acceptés, et l'écart s'accentua jusqu'à ce qu'ils deviennent pratiquement étrangers les uns aux autres. Seuls les Ecossais paraissent avoir conservé plus longtemps des éléments anciens très simples d'ailleurs, qu'ils ont tenté de maintenir au sein des Loges anglaises. C'est probablement cet apport renouvelé au cours du temps à la faveur des déplacements des maçons écossais qui permet de penser que, par analogie avec ce qui s'était passé antérieurement, les nouveaux grades apparus en Angleterre vers 1730 - et dans lesquels ils n'étaient pas impliqués - aient été attribués à la maçonnerie écossaise. On leur donna le qualificatif d'Ecossais et dès cet instant ce vocable recouvrit tous ceux qui par la suite surgirent au-delà de l'apprenti, du compagnon et du maître.

Quelle maçonnerie apportaient donc en juin 1726 Charles J Radclyffe et ses amis ? Rien d'autre que ce qui existait à l'époque et décrit soit par le Registre de la Grande Loge d'Edimbourg, soit par les Constitutions d'Anderson en 1723. Une maçonnerie à deux degrés à la symbolique à peine ébauchée, mais déjà pourvue d'une finalité très vague il est vrai, « Etre le Centre de l'Union », un système administratif relativement structuré, mais limité aux critères de régularité, éventuellement une légende historique glorieuse qui lui conférait sa noblesse, le tout assorti d'un secret mystérieux sur la nature duquel tout le monde se perdait y compris ceux qui le possédaient.

Le manuscrit d'Edimbourg décrit le déroulement des réunions : un minimum de formalités l'appel des membres, la mise à l'amende des absents, les admissions dont le cérémonial perpétuait celui des opératifs donné ci-dessus, le bizutage en moins, la collation des amendes antérieures, éventuellement le jugement des délits, les prêts d'argent pour assistance, annuellement l'élection des officiers, et pour terminer, le banquet. Cette procédure avait été fixée définitivement en 1640 elle était encore appliquée dans les premières années du 18e siècle. Dans quelques Loges la réception s'était accrue d'une lecture de l'histoire - légendaire - de la maçonnerie. L'obligation restait sobre ; sans menace de sanction en cas de violation du serment. Le Chetwode Crawley manuscrit vers 1700, le Haugfoot 1702, le Kewan 1714, etc. qui révèlent cette procédure sont d'un très grand intérêt, car ils montrent la transition intervenue entre les derniers « acceptés opératifs » et les premiers spéculatifs : aucun manuscrit antérieur ne leur est comparable, et il n'y en aura plus d'autres après eux.

Il ne semble pas qu'il en fût autrement en France ; et nous n'avons pas de documents qui confirment ou infirment, d'ail leurs comment cela aurait-il pu être différent ? Une Loge en 1726, une seconde en 1729, une troisième en 1730, toutes d'origine anglaise. Admettons donc cette simplicité d'autant plus facilement qu'elle sera de très courte durée et ne saurait être comparée avec ce qui apparaîtra dans les dix années à venir.

Ce qui n'était « qu'usages » deviendra « rituels ». Leur prolifération désordonnée engendrera les rites. Crédulité, vanité, trop souvent cupidité et l'imagination aidant, la raison perdra ses droits. La symbolique maçonnique va s'engager sur une voie démentielle, parfois dogmatique dont elle ne sortira qu'au bout d'un siècle non sans en conserver quelques séquelles. Et comme une telle affirmation exige une justification, rappelons que le tuileur de Ragon qui fut dignitaire du Grand Orient dénombre plus de 1450 grades avec 1450 rituels différents, intégrés dans 48 rites pratiqués par 54 ordres maçonniques dont 24 androgynes et 6 académicies. L'histoire des rituels est extrêmement complexe, tant par la diversité des éléments qu'ils vont s'incorporer que par l'ignorance dans laquelle nous sommes de leur origine, de la date et du lieu de leur apparition. Deux exemples frappants : l'intégration de légende salomonienne citée plus haut, et celle de la légende d'Hiram, clé de toute la maçonnerie spéculative écossaise, complètement ignorée des deux maçonneries opérative et « acceptée », dont le meurtre est étranger à la Bible, dont on ne sait ni quand, ni par qui elle se fit jour. Or c'est elle qui suscita le système à trois degrés de la maçonnerie symbolique, et son prolongement dans les Hauts Grades du Rite Ecossais ancien et accepté, sans qu'on n'ait jamais pu déterminer les conditions précises dans lesquelles il s'installa.

On peut, sans crainte d'erreur, fixer le point de départ de la maçonnerie spéculative aux années 1720. Ce que nous savons de leurs premières cérémonies provient de « divulgations ». Tout ce qui est mystérieux attire ; elles reçurent un énorme succès et leur nombre ne cessa de croître. Quant au contenu, plus il révèle, plus il est suspect, et ce qui n'exclut pas cependant qu'une analyse rigoureuse des textes permette de dégager ce qui est authentique de ce qui ne l'est pas. Elles se pillèrent sans vergogne, renchérissant les unes sur les autres. Elles servaient d'aide-mémoire, et au travers de leur diffusion il est probable qu'elles contribuèrent grandement à l'établissement des rituels dont l'élaboration s'étendit sur des années, par l'apport d'éléments plus ou moins symboliques venus de tous les horizons et qui se fixèrent dans l'esprit des maçons.

La première apparut dans un journal de Londres, le « Flying Post » dès il - 13 avril 1723 sous le titre de « A mason's examination ». Ce pamphlet sans grande portée fut reproduit en affiches placardées dans les rues de la ville. Suivit, en 1724 « le Grand Mystère dévoilé », qui fut réédité en 1725, en même temps qu'une version imprimée d'une prétendue « Old Charges » connue sous le nom de « Briscoe Text » et complètement absurde.

Beaucoup plus sérieux fut en 1730 l'ouvrage de Prichard, reçu maçon par la suite « The Masonry dissected ». Ce qu'il révélait gêna certainement la Grande Loge d'Angleterre car elle le taxa immédiatement d'imposture. Il apportait de nombreux éléments, reconnus valables plus tard, sous la forme de questions et réponses, avec, et pour la première fois, une version très simple de la Légende d'Hiram. L'ensemble comprenait tout ce qui aurait pu constituer un rituel à trois degrés. En 1735, une édition pirate des Constitutions d'Anderson de 1723 parut sous le titre de « Pocket companion » qui n'apportait rien de nouveau. Le livre de Prichard, maintes fois réédité, fut la seule « divulgation » anglaise pendant les 30 années qui suivirent, soit jusqu'en 1760.

La France fut beaucoup plus prolifique tant par le nombre d'ouvrages, que par la diversité des révélations qu'ils apportaient. Le premier, « La Réception d'un Frey-Mason », édité en 1737, par Hérault, lieutenant de police, eût un grand retentissement. C'était l'extrait d'un rapport établi sur les dires de la Carton, danseuse à l'Opéra, qui avait obtenu ses informations de son amant, Lenoir de Cintré. si ce texte est assez insignifiant parce que peu de nouveautés, la dizaine de divulgations qui suivit dévoila la presque totalité des « secrets » entre guillemets, de la Franc-Maçonnerie, secrets dont beaucoup étaient inconnus des maçons anglais eux-mêmes, ce qui n'est pas sans saveur.

Citons, après Hérault 1737, et sous le même titre

La Réception des Francs-Maçons 1738 ;

La Réception mystérieuse des Francs-Maçons, 1738

Le catéchisme des Francs-Maçons, 1740 (revu et corrigé 1749) ;

L'Almanach des cocus, 1741

Le Secret des Francs-Maçons, 1742

Le Sceau rompu, 1745

L'Ordre des Francs-Maçons trahi, 1745

Les Francs-Maçons écrasés, 1747

Certains donnèrent lieu à plusieurs rééditions. Le « Trahi »à lui seul en connut une bonne trentaine, et plus encore de plagiats. La bibliographie maçonnique de langue française, pour la période de 1730 à 1790, contient plus de 900 ouvrages.

D'aucuns eurent droit à traduction en anglais et en allemand et s'en allèrent grossir la symbolique maçonnique étrangère qui n'en avait nul besoin.

Pas de rituels sous la forme que nous leur connaissons, mais des narrations claires au travers desquelles il est facile de reconstituer le cérémonial des réunions. Les catéchismes, questions réponses, qui deviendront les « Instructions » basés sur celui de Prichard 1730 s'augmenteront régulièrement, à chaque édition, d'éléments nouveaux, parmi lesquels, « les mots » avec le motif de leur introduction et leur signification symbolique. Au début du siècle le plus ancien catéchisme ne posait que quinze questions. En 1730, le seul grade d'apprenti en exigeait une centaine.

L'Iconographie débute vers 1740, tableaux de Loge aux différents grades, gravures de réception, précieuse par tout ce qu'elle apporte de complément aux textes. Celles extraites de l'Ordre des Francs-Maçons trahi 1742, du Catéchisme des Francs-Maçons 1749 et de la Franc-Maçonnerie démasquée 1751 enrichiront tous les ouvrages parus par la suite. Hogarth, Watson, dévoilent des aspects peu connus, mais parfois devinés, de la vie des Loges en Angleterre. A partir de 1750, les tabliers des maçons, magnifiquement brodés, révéleront, véritables « Livres muets » à la sagacité des curieux, toute la symbolique de leur époque.

1700 - 1725, les Loges se réunissent dans les tavernes dont elles portent d'ailleurs le nom. En France, elles se mirent de suite sous la protection d'un saint, le plus souvent celui dont le maître de la Loge portait le prénom, et cela débuta dès 1735. Le monde profane ne pouvait convenir pour les assemblées et il fallait donc sacraliser des locaux dans lesquels les quelques éléments hérités du siècle précédent n'existaient pas. On y remédia par le tableau de Loge. La date de son apparition est incertaine. Mais des textes indiquent que, dans le premier quart du XVIIe siècle on dessinait à la craie et au charbon, à même le sol, l'image de la Loge que l'on effaçait à la fin de la réunion. Elle était en forme de croix et devint « oblongue » avec « ... les innovations dernièrement introduites par le Docteur Desaguliers et quelques autres modernes » (fin d'une citation de 1726).

Sacrilèges, ils remplacèrent craie et charbon par des rubans, clous et lettres mobiles. Les moquettes des demeures seigneuriales où se tenaient les Loges de certains hauts personnages expliquent sûrement la nouvelle procédure. Selon un catéchisme de l'époque « les rubans étaient blancs et cloués, les lettres, E pour East, S pour South. » Plus tard, ce décor fit place à un tapis, puis à un tableau : on y voyait les colonnes de Salomon, le soleil, la lune, des outils du métier, les deux pierres, etc., sans que cela soit réglementé par un texte.

Si, dans le temps des « acceptés » la loge était éclairée par une flamme sortant d'une terrine « triangulaire » dans laquelle brûlait de l'esprit de vin ; les spéculatifs utilisaient des flambeaux. A noter au passage que les opératifs et les acceptés du 17e siècle n'ont jamais utilisé le triangle comme symbole et que la terrine signalée ci-dessus devient une innovation. Selon les manuscrits 1700 - 1720, les flambeaux appelés à devenir « Les Lumières » étaient toujours au nombre de trois, jamais plus. Pour Edimbourg qui est le premier à les citer, 1698. Ils représentent le maître, le surveillant et le compagnon. Le Sloan, manuscrit 1700, donne une autre version, le soleil, le maître et l'équerre. Pour le Dunfries, 1710, ces trois flambeaux devenus trois piliers sont l'équerre, le compas et la Bible. Deux textes de 1724 et 1725 disent qu'il s'agit du Père, du Fils et du Saint-esprit. Puis un groupe de trois textes propose hardiment douze lumières qui sont, dans l'ordre le Père, le Fils, le Saint-esprit, le soleil, la lune, le maître maçon, l'équerre, la règle et les outils dénombrés à cette époque. Remarquons l'absence très importante de la bible et du compas.

Elles croîtront en nombre, et vers le milieu du siècle un grade écossais en disposera de quatre-vingt une. Leur position au sein de la Loge varie constamment. Prichard 1730 et le Wilkinson manuscrit 1730, les font voyager et leur attribuent le soleil, la lune et le maître de la loge. C'est ainsi que la France les interprétera de 1730 à 1760. Nouvelle variation à partir de cette date : elles seront six, trois grandes lumières, bible, équerre et compas, trois petites lumières, soleil, lune et le maître de la Loge.

Peut-être y en avait-il déjà six en 1730, car Prichard et Wilkinson, à l'instant cités, disent : « trois piliers supportent la Loge : sagesse, force et beauté », formule que l'on aperçoit pour la première fois dans un texte maçonnique. Sentence purement symbolique, surajoutée au groupe des trois lumières, soleil, lune et maître maçon, avec lesquelles ils ne se confondent pas. La destination de ces symboles ne deviendra définitive qu'en 1760 lorsqu'ils seront rattachés respectivement au maître de la Loge, aux premier et second surveillant. A cette époque nombre de diplômes de Loges délivrés à leurs membres portent la maxime « Force et Stabilité » il semble qu'elle s'applique à l'Eglise en vue d'assurer sa pérennité, mais on ne la trouve qu'en France et dans ce seul genre de document.

Nous n'avons aucune explication satisfaisante pour la présence du pavé mosaïque dans la Loge en dépit d'un symbolisme assez évident. Il semble qu'à l'époque où l'on dessinait le tableau de Loge sur le sol, il y ait eu nécessité de diviser ce dernier, sans doute pour situer officiers, compagnons et apprentis, et que furent ainsi tracés des carrés noirs et blancs pour distinguer les emplacements, ce qui n'a rien de probant.

En Angleterre le tapis mosaïque était bordé de bleu et dentelé rouge, terminé aux quatre coins par un gland. Y a-t-il rapprochement avec la houppe dentelée qui illustre le Catéchisme des Francs-Maçons » édition de 1747, représentée par une longue corde terminée par deux glands et qui entoure la partie supérieure du tableau ? Hiram était le fils d'une veuve. Nous, ses frères, sommes « les Enfants de la Veuve ». En héraldique française les armes d'une veuve sont entourées de la même corde décrite ci-dessus, et le cadre du tableau de ces armes bordé de triangles noirs et blancs. Ainsi pourrait s'éclairer le sens de ce symbole qui nous est parvenu dans une obscurité relative.

Dès leur origine les maçons spéculatifs s'inscrivirent dans l'Ordre cosmique. Témoins : le soleil, la lune, les quatre points cardinaux dessinés sur les tableaux de Loge et l'orientation de celle-ci, les directions dans lesquelles les maçons sont censés se déplacer : d'où venez-vous ? Où allez-vous ? les voyages effectués i cours de la réception d'un candidat à l'admission dans le sens de la rotation du soleil, l'Etoile flamboyante du second degré, la voûte étoilée, un baldaquin bleu nuit, parsemé d'étoiles. Tout cela concrétise la volonté de faire de la Loge une représentation de l'Univers. Dès 1710, le Dunfries manuscrit n0 4, celui du Trinity College de Dublin 1711. Le catéchisme de Prichard 1730, etc. le confirment, qui, à la question : « Quelle est la hauteur de la Loge ? » répondent : « aussi incommensurable que celle du firmament et de ses étoiles. »

Le mobilier de la Loge était des plus réduits. La table du Vénérable de plain pied. L'estrade à trois marches viendra beaucoup plus tard avec le maître et le livre ; au bas de celle-ci, une petite table basse sur laquelle étaient placés l'équerre et le compas : au moment de l'obligation, le candidat posait le genou droit sur ces deux outils, qui formait ainsi équerre avec l'autre jambe.

Le tableau de Loge déjà cité et les flambeaux - trois ou trois groupes de trois, disposés indifféremment aux angles du tapis, selon l'époque et le lieu. Ni chaises, ni tables. Les frères étaient debout, le vénérable assis. Tard dans le siècle, les surveillants bénéficièrent également d'une table chacun et d'une colonnette de 25 centimètres environ.

Lorsque les circonstances le permettaient, les deux colonnes de Salomon encadraient la porte d'entrée : elles étaient surmontées d'un chapiteau (la Bible, Roi III - 15 dit deux) couvert de grenades. Salomon avait nommé la première, celle de gauche, Booz, qui paraît avoir été un de ses ancêtres, l'autre Jakin, mais le texte ne fournit aucune explication. Gauche -droite, droite - gauche ? L'inversion eût lieu en Angleterre, entre 1730 et 1735, sur injonction à la suite de la révélation de ces mots sacrés dans le monde profane afin de pallier leur utilisation par des personnages qui n'auraient pas été admis régulièrement.

Une gravure anglaise, vers 1750, montre une table, immense occupant la presque totalité de la pièce, autour de laquelle les frères debout, tête nu assistent à la réception d'un apprenti : le vénérable, maillet en main, et coiffé d'un tricorne siège à une extrémité, livre, équerre devant lui. Trois petits flambeaux en triangle aux coins de la table. L'attitude des frères, revêtus d'un tablier long, bavette baissée est assez désinvolte indiscutablement ils ne savent quoi faire de leurs mains qu'ils mettent alors dans leurs poches. Plus tardif, 1787, un tableau célébré représente la remise d'un prix au F... Robert Burns, poète et écrivain, au cours d'une tenue solennelle de la Cannongate Lodge d'Edimbourg. Les frères, très nombreux, sont disséminés dans la salle. On n'ose dire le temple, bien qu'il y ait un orient avec estrade surélevée et trois plateaux. Debout, assis ou négligemment allongés, devisant autour des tables éparpillées un peu partout. Curieuse image d'une réunion maçonnique qui s'apparente beaucoup plus à une réception très mondaine de la gentry, mais ils étaient revêtus de leur tablier et sans cordon.

Les tabliers étaient de peau blanche, bordés d'un ruban de couleur bleue ou blanche ainsi en avait décrété la Grande Loge d'Angleterre, le 17 mars 1731. Antérieurement, le 27 juin 1726, elle avait ordonné que les maîtres de Loge et les surveillants « porteraient les bijoux de la maçonnerie » pendus à un ruban blanc passé autour du cou, les maîtres l'équerre, les surveillants le niveau et le fil à plomb ». Le 17 mars 1731 ces bijoux devaient être en or ou dorés et le ruban bleu. Cette décision ne fut pas toujours respectée, et en 1739 la Loge Antiquity conservait le « cordon vert selon les anciennes coutumes ». Pour d'autres il était jaune, et le tablier blanc mais bordé de rouge. Le compas-bijou est signalé dans le Dunfries manuscrit n0 4 en 1710 et le frontispice des Constitutions d'Anderson 1723 montrent le Duc de Montaigu, grand maître de la Grande Loge le passant au Duc de Wharton, son successeur. La couleur des pointes en cuivre du compas et celle du corps en acier détermineront que désormais le collier sera jaune et bleu, ce que le « Trahi » de 1745 confirme également. Il deviendra bleu par la suite et celui du maître des banquets continuera d'être rouge ainsi que son tablier. En 1742, le vénérable porte l'Equerre et le compas, les autres officiers seulement ce dernier. Ce n'était pas impératif, mais c'est la première mention en France de ce qui se perpétue de nos jours.

Le cordon n'avait qu'un but : suspendre les bijoux et distinguer ainsi les officiers : ils ne possédait aucun sens symbolique. En 1759, une gravure montre qu'on le portait de gauche à droite, ce qui tend à dire qu'il n'était pas le symbole du port de l'épée en loge, donc symbole d'Egalité. Aucun des personnages, officiers compris, représentés sur les gravures, ne porte de gants.

Deux questions à propos du rituel. Le mot n'apparaît dans aucun des statuts et règlements des Grandes Loges. Il semble découler de soi-même, de la nature des « événements » maçonniques décrits dans les narrations fournies par les « Divulgations ». Quant à la « chose » rituelle, c'est-à-dire l'ordonnancement des cérémonies elle paraît avoir été codifiée tard dans le siècle, en France tout au moins.

La plus grosse difficulté que l'on rencontre dans l'étude des rituels vient du fait que, jusqu'en 1858 leur impression en était interdite, et que par conséquent ils sont tous manuscrits, jamais datés et sans origine. La seule édition imprimée avant cette date fut celle du Régulateur maçon, 1801, reproduisant très exactement les rituels établis par le Grand Orient en 1782 pour le rite français, mais qui le fut à l'insu de celui-ci. A partir de 1800 un certain nombre de « Thuileur » parurent, sous la signature de maçons souvent éminents, mais maçonniquement parlant, illégalement. Reconnaissons aussi qu'aucune étude « scientifique » de la rituélie maçonnique n'a jamais été faite et que son approche reste toujours délicate.

L'ouverture et la clôture de la Loge ne furent établies qu'entre 1742 et 1760, et d'abord en France. Le vénérable, maître de la Loge, et dont le nom fut emprunté à l'Ordre des Bénédictins, faisait avertir par les surveillants qu'elle allait être ouverte. Il était seul couvert et retirait son chapeau au moment de l'ouverture, puis le remettait. Mais le « Trahi » de 1745 donne deux gravures où tous les assistants sont coincés. Puis venait la récitation du catéchisme par les officiers. En 1730, à la question « Etes-vous franc-maçon ? » le surveillant répondait « on me tient pour tel », puis « où se trouve le 1er surveillant ? Quel est son devoir ? Et ainsi de suite pour chacun des officiers. Les visiteurs étaient « Tuilés » (le terme paraît avoir existé à l'époque), à deux reprises, avant d'entrer, ensuite dans la Loge avant qu'il puisse prendre place. La présence d'un profane, même dans les parvis, était signalée par la formule « il pleut ». En Angleterre, et tard dans le siècle la réunion était interrompue par les rafraîchissements, annoncés par l'un quelconque des surveillants qui couchait la petite colonne dont il disposait et citée plus haut. Le « travail » entre guillemets, s'arrêtait, les boissons étaient servies sur place, et parfois le repas. Puis la tenue reprenait au lever de la colonne. Il ne semble pas qu'à l'époque la France ait connu ce processus remplacé - avantageusement pourrait-on dire - par les loges de table et leur rituel particulier. A partir de 1786 les travaux ne commencent qu'après que les surveillants aient réclamé aux frères les mots, signes et attouchements. C'est également à cette date que fut introduite la lecture du tracé des travaux précédents et son adoption après les observations du frère orateur, un officier que l'Angleterre a toujours ignoré jusqu'à aujourd'hui. La clôture de la Loge fut plus rapidement ritualisée que l'ouverture parce que, d'une part l'on faisait une chaîne d'union - rencontrée pour la première fois en 1744 - et que de l'autre on se séparait sous le « Chant des apprentis » qui venait des Constitutions d'Anderson. En 1760 « ... à la fin de chaque vers chanté, ils joignaient les mains croisées de façon à former une chaîne, les secouaient de haut en bas, tout en frappant fortement le sol du pied, ce qui n'était pas sans surprendre les étrangers. »

Catéchisme, bienfaisance, réceptions étaient le gros de l'activité des Loges, et pendant longtemps, plus encore le banquet. Vers 1750 s'instaura la lecture de l'histoire de la franc-maçonnerie, reprenant une coutume des anciens opératifs. L'imagination débridée et enthousiaste, aidée en cela par la prolifération aberrante des hauts grades s'en donna à cœur joie. Si l'on veut bien admettre à la rigueur que le célèbre discours de Ramsay (1737), affirmant l'influence des Croisés sur l'origine de l'Ordre et sur le développement de sa symbolique, ait pu fournir une thèse plausible à cette histoire (Émile Mâle a démontré leur apport indiscutable dans le domaine de l'art), nous perdons la raison devant Dieu installant sa loge personnelle, pour lui seul, ou même devant Adam constituant la sienne, pour être sans aucun doute « le Centre de l'Union ».

Par contre, ce qui n'est pas niable, c'est l'influence que les divagations étonnantes des hauts grades de l'Écossisme en pleine évolution eurent sur l'établissement de la liturgie des trois grades symboliques, particulièrement dans les deux réceptions apprentis et maîtres, deux psychodrames qu'il convient d'examiner dans leurs vicissitudes.

Que sont devenues chez les spéculatifs du XVIII e siècle la réception si simple de l'apprenti dans les Loges opératives et celle tout aussi dépouillée des « maçons acceptés » du 17e.

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Les Origines du rite et des constitutions

27 Novembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

Mes Frères, quel est le lien qui nous unit ? C'est la franc-maçonnerie. Qu'est ce que la franc-maçonnerie ? C'est une alliance universelle d'hommes éclairés, réunis pour travailler en commun au perfectionnement spirituel, moral, matériel et intellectuel de l'humanité. Ces mots, ces phrases, sont ceux que nous apprenons tous par cœur durant notre apprentissage.

Bien souvent, nous les oublions après, non pas que nous nous sentions débarrasser d'une corvée, mais logiquement, plus le temps passe, plus nous vieillissons et plus nous nous élevons. Le résultat fait qu’automatiquement, nous nous éloignions de la base. Alors pour un instant, redescendons. Juste un peu d'histoire afin de situer la franc-maçonnerie dans le temps et les époques. Tout d'abord, pour une société qui serait prétendument secrète, la franc-maçonnerie détient un record singulier, c'est celui de la bibliographie. En 1925, déjà ¾ de siècle, un érudit allemand du nom de WOLFSTIEG avait déjà dénombré (Toutes œuvres confondues) plus de 54.000 titres traitant du sujet Imaginez vous ¾ de siècle après, à l'aube du nouveau millénaire, et avec les récentes affaires, ce que cela peut donner en plus comme articles, brochures et livres divers.

Cette planche n'a pas pour but de les connaître ni de les énumérer, mais plus simplement, je dirais qu'il s'agit ici d'un résumé de notre histoire, de ses bases et des origines de nos Constitutions.

Au commencement, à la sortie de l'âge des cavernes, dès qu'il se trouva des hommes pour extraire la pierre, au moyen de la construction ils élevèrent des murs et posèrent dessus un toit pour s'abriter. Dès cet instant, l'ARCHITECTURE était née. L'Architecture est la mère de toutes les civilisations. Elle est la condition première car sans elle, nulle pensée créatrice ne peut prendre forme. Cette inspiration émane directement du Grand Architecte de l'Univers et elle en est l'expression humaine. Dans sa forme originelle et de part sa source, elle justifie sa prééminence sur les autres arts pour faire entendre et comprendre ce qu'était la vie et les aspirations des peuples qui bâtissaient.

Bien des siècles plus tard se dresseraient dans les cieux européens les grandes cathédrales qui pour MICHELET étaient « de gigantesques actes de Foi ». Au Moyen âge, il s'est trouvé des architectes, des tailleurs de pierre, des appareilleurs et des imagiers pour donner à l'ART ROYAL sa destination la plus haute : La gloire de Dieu, Incréé et Créateur, à la fois géniteur et asexué, en un mot : Le Grand Architecte de l'Univers. Lorsque vers 1145, le moine cistercien Garin de Troyes appartenant à l'abbaye de Fontenay, réussi a appliquer à la géométrie les « Postulats d'Euclide », il venait d'inventer l'art du Trait, qui permettrait aux Compagnons du Devoir d'élever les constructions que nous connaissons encore de nos jours
La franc-maçonnerie, née au cours du 12ème siècle, est issue du milieu des bâtisseurs. Ils étaient à l'époque les seuls capables de construire ces cathédrales. En somme, ils étaient les représentants de la haute technologie de leur temps. Si nous pouvons connaître quel monastère forma les premiers d'entre eux, ce que nous ignorons encore, c'est où et comment ils ont été recrutés et sur quelles bases ils le furent pour être plus précis.

Tous ces hommes étaient organisés en confréries. Détachés des structures sociales et politiques de leur temps, ouvert à tous ceux qui en acceptent les règles, la confrérie unit les hommes épris d'un même idéal. On trouvait dans leurs rangs des Maîtres, des Compagnons et des Apprentis. Ils furent les premiers FRANCS-MACONS. J'ouvre ici une brève parenthèse. Il faut savoir que le mot franc maçon est français. Au temps des constructeurs, c'est à dire au 11ème siècle, c'était le terme exact pour désigner ceux qui appartenaient à des confréries ou des corporations qui bénéficiaient d'une franchise. Voyez la Franche-Comté qui était en fait une Comté Franche, ou encore les francs bourgeois.

De nos jours existent encore des ports francs. Rappelons nous de discussions entre Frères qui faisaient remarquer que le terme Franc Maçon venait de l'anglais Free Masson, mais n'oublions pas non plus que nos Chers Frères d'outre-Manche placent la charrue avant les bœufs. Il nous suffit de faire comme pour le mot V\ I\ T\ R\ I\ O\ L\ rectifier. Cette franchise donc, permettait de libérer un homme, un vilain, de son servage. Le seigneur de son fief lui accordant alors le droit de devenir autre chose que sa condition première ne lui aurait pas permis. En quelque sorte naissait l'homme nouveau. On peut comprendre également le terme Franc-maçon dans le sens de maçon travaillant la pierre franche, celle que l'on taille et que l'on sculpte. Le franc-maçon est l'artisan qui par son habileté et sa compétence a su devenir un homme libre, libre d'esprit et j'irai jusqu'à dire de libre pensée puisque son propre créateur, affranchi de sa servitude par son travail, délivrant par son art de travailler la matière, un message de liberté intellectuelle et de pure spiritualité.

La hiérarchie pyramidale est basée sur le Maître d'œuvre appelé également Vénérable, qui est respecté, non pour sa personne mais pour sa fonction, ses qualités spirituelles et son expérience. Il est chargé outre l'organisation générale du travail sur le chantier, de veiller à l'évolution spirituelle de tous les membres. Dans sa tâche, il est secondé par les autres Maîtres, les Surveillants, qui dirigent les équipes sur le chantier. Ces équipes sont formées par des Compagnons auxquels sont adjoints les Apprentis.

Assujetti aux rudes épreuves du service sur le chantier, le postulant se voit astreint aux tâches les plus basses et soumis aux railleries de la part de ses aînés. Tout est mis en œuvre pour éprouver sa volonté et le dissuader d'intégrer la confrérie. S'il parvient à faire preuve de patience et de stoïcisme, il sera accepté et subira les épreuves de l'initiation. Une fois admis, outre l'application au métier, une conduite irréprochable sera exigée de lui ainsi que le strict respect des lois de la confrérie.

Celui qui transgresse les lois de l'ordre est sévèrement puni et en cas de faute grave, de divulgation des rites et des secrets au profane, il peut-être exclut à vie de l'ordre. Il ne nous faut pas comprendre les soucis du secret avec une volonté déterminée d'occulter les connaissances, mais l'enseignement ésotérique (du grec Eisio pour ce qui est en dedans) dispensé dans les ateliers à pour but d'éviter la dissolution des connaissances et surtout les mauvaises transmissions qui en résulteraient. Seul celui qui a réussi les épreuves peut apprendre et transmettre. C'est le principe même de la confrérie ; la transmission de l'enseignement avec le souci que ce dernier survive aux hommes. Souvenons-nous d'Archimède pendant que Syracuse tombait. Alors qu'il allait être frappé à mort par le soldat romain, il lui aurait dit : « Tue-moi mais n'efface pas çà ».

Hormis l'aparté sur Archimède, tous les éléments que j'ai cités seront, comme nous le verrons, repris plus tard par Anderson pour l'établissement des Constitutions. J'ai utilisé le mot YMAGIER et non pas YMAGEUR en l'écrivant avec un Y pour initiale comme dans sa forme en français de l'époque. J'aurais plutôt dû employé à la place le terme barbare d'IMAGINEUR car « TOUT EST IMAGINATION ». Ces ouvriers étaient en fait des OEUVRIERS. Ayant la charge de faire naître sous leurs mains les statues, ils faisaient appel à leur imagination ainsi qu'à leur interprétation symbolique des Ecritures. Ils créaient une œuvre en taillant leur pierre. Ce n'étaient aucunement des illettrés comme nous pourrions le penser, mais des gens simples, instruits sur les chantiers pour la plupart, et à qui l'ont communiquaient la CONNAISSANCE.

« Un maçon est obligé par sa tenure d'obéir à la Loi morale, et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux ». (Art 1 des Anciennes Obligations). Des querelles virent le jour entre Francs Maçons appartenant aux confréries et les autres, maçons grossiers, appartenant aux corporations et n'ayant pas eu accès aux Arcanes du Métier, n'entendant pas l'utilisation du compas, de l'équerre et de la règle. Elles ne servirent qu'à creuser le fossé entre eux. Les Confréries de Francs Maçons apparurent en Occident aux environs du 10ème siècle sans que cette période puisse être vraiment retenue comme authentique.

Dans « LA FRANC-MACONNERIE, HISTOIRE ET INITIATION », Christian JACQ nous rapporte la légende suivante, tirée du Manuscrit « Cooke » : « Durant le 10ème siècle vivait en Angleterre un roi du nom de ATHELSTAN. Ce roi régna jusqu'aux environs de l'An 940. Ce serait sous son règne que Saint Alban fit construire par des maçons la ville qui porte son nom. L'un des fils du roi prénommé Edwin voulant faire partie des constructeurs, il devint géomètre et Maître d'œuvre après avoir franchi toutes les étapes de l'Initiation Maçonnique. Elu Grand Maître, il aurait fondé à York la première Grande Loge et réunit une Assemblée Plénière en 925 ou 926, assemblée qui devait ensuite se tenir tous les ans et qui de nos jours fait partie de nos Traditions ».

La légende toujours, raconte qu'Edwin aurait voulu procéder à la rédaction de Constitutions propres aux Maçons. Pour ce faire et par souci d'honnêteté, il aurait réuni tous les Rituels Maçonniques accessibles dans toutes les langues de l'époque. Les Maçons des diverses régions du globe lui auraient fait parvenir des écrits en Grec, en Latin, en Français et en Allemand. Edwin en fit faire une compilation et désormais un Livre des Constitutions serait remis à chaque nouveau Franc Maçon. La phrase qui débutait l'ouvrage aurait été : « GRAND ARCHITECTE DU CIEL ET DE LA TERRE, FONTAINE ET SOURCE DE TOUTE BONTE, QUI BATIT DE RIEN SA CONSTRUCTION VISIBLE ».

(Référence Manuscrit COOKE. Vers 1410/1420). Réalité, légende, la plupart des historiens ne jugent pas sérieuse l'histoire d'Edwin, fils de roi, architecte, géomètre et franc-maçon. Le haut moyen âge, je devrais plutôt dire le Grand moyen âge, celui des cathédrales, meurt avec le 14ème Siècle et la Disparition de l'ordre du Temple. Les Francs Maçons ne jouissent plus en France de la puissante protection de l'ordre. La période fin 15èmè Siècle début du 16ème voit encore les Francs Maçons beaucoup voyager. (Ils auraient été alors plus de 30.000). Ils sont allé partout, aussi bien dans le monde occidental que dans le monde oriental. Leurs constructions témoignent pour eux en Angleterre, en France, en Espagne, au Portugal, en Allemagne, en Italie, en Palestine, à Chypre. C'est également cette époque qui voit naître le récit selon lequel un passant observant 3 ouvriers sur un chantier leur aurait posé cette question : « Que faites vous ? ».

Le premier aurait répondu : « Je gagne ma vie », le deuxième « Je taille une pierre », le troisième, « Je construit une cathédrale ». Seul celui-là aurait été un Initié. Le 16ème siècle voit les non maçons entrer en Loge. Dans les débuts, se ne sont pas encore des intellectuels ni des philosophes mais plutôt des hermétistes. Ces « Maçons » dits « Acceptés » seront de plus en plus nombreux dans les Ateliers. Cette période de la fin du 16è et du début du 17ème verra la venue des bourgeois, puis celle des prêtres et des nobles. La réaction en sera que les Opératifs et les Manuels quitteront les Loges et la fracture se fera entre les Francs Maçons et les Compagnons.

Frères utérins d'une même mère « LA CONNAISSANCE » ayant œuvré pour un même but « LE PERFECTIONNEMENT » dans le respect d'une même Règle, « LA TRADITION ». Ce ne sera que quelques siècles plus tard que de timides rapprochements auront lieu. En 1535, l'Evêque de Cologne Monseigneur HERMAN estime que le destin des constructeurs est menacé et qu'il faudrait de nouveau définir le rôle de la Francs Maçonnerie par rapport aux grands problèmes du temps. Pour cela, il provoque la réunion de Cologne où des délégations de Francs maçons viennent des toutes les capitales européennes. Leur premier travail devra être une charte où sera affirmée l'antiquité de l'Institution et son originalité. Décision sera prise de conserver les signes et les mots rituels, le patronage de Saint Jean étant toujours de mise. Cette charte stipule qu'une Loge désirant initier un profane doit obligatoirement comprendre 7 Frères, placés sous la direction d'un Maître. Ainsi, les bases de l'ordre sont conservées dans leur ensemble.

En 1599 Des documents maçonniques Administratifs comme les Procès-verbaux de la Loge Saint Mary's Chapel à Edimbourg, sont connus. (Le premier procès-verbal d'une initiation daterait du 9 Janvier 1598). Le nouvel initié ayant pour nom Alexandre CERBIE. Les Loges étant fixées dans les villes, elles deviennent plus accessibles aux profanes. La Tradition étant conservée par des Artisans, souvent se sont eux qui dirigent les Loges. C'est sans doute pour cela que la maçonnerie dite « ECOSSAISE » est considérée comme la plus respectueuse des idéaux primitifs.

L'année 1688 aurait vu la création à Saint Germain en Laye d'une Loge fondée par le Roi Jacques II Stuart, alors en exil en France. C'est cette première Loge fondée en 1688 qui aurait introduit la maçonnerie écossaise détentrice des Rites les plus anciens, inspirés des initiations de Bâtisseurs et de la Tradition Templière.

1717 marques la naissance de la Franc Maçonnerie moderne ou « SPECULATIVE ». Un pouvoir maçonnique centralisateur est constitué ; une Logé Mère s'arrogeant la toute puissance législative.

En 1718, le Grand Maître PAYNE demanda aux Frères d'apporter en Grande Loge toute pièce d'archives concernant la Fraternité, et à plusieurs reprises au cours de tenues trimestrielles de Grande Loge, plusieurs documents lui furent présentés.

En 1721, Payne put soumettre un règlement contenant 39 articles ainsi que les textes dont il s'était servi. 29 Septembre 1721. Une tenue de Grande Loge chargea le Révérend ANDERSON de « mettre en ordre dans une nouvelle méthode » les Anciennes Constitutions.

Le 25 Mars 1722, Création d'une commission de 14 Frères (2x7) qui rapporta. 25 Mars 1722. Sur ordre du Duc de MONTAIGU alors Grand Maître de la Grande Loge d' Angleterre, le pasteur James ANDERSON fait imprimer et éditer le livre intitulé : « DES MACONS FRANCS ET ACCEPTES » ; Recueilli par lui dans les Anciennes Archives. Ces Anciennes Obligations sont LE LIVRE DE LA LOI des Maçons Spéculatifs. Elles énoncent quels sont les Devoirs et Obligations envers l'ordre, La Loge, Les Frères ainsi que la conduite qu'un maçon doit tenir chez lui. Elles seront dans le Livre des Constitutions.

Ces Anciennes Archives ou Old Charges sont en grande partie tirées du Manuscrit COOKE. Le manuscrit Cooke se présente comme un poème anonyme daté aux environs de 1410. Ce manuscrit dont l'érudition laisse à penser qu'il est le fruit de la collaboration de plusieurs auteurs, comme son modèle immédiat le REGIUS, aborde d'une manière neuve l'éloge des ARTS LIBERAUX et l'histoire légendaire du Métier de Bâtisseur. L'histoire relatée par le manuscrit Cooke est un véritable enseignement voilé sous un manteau d'allégories. Si nous l'examinons dans le détail, les différents aspects du manuscrit sont :

a) La Maçonnerie comme fondement des Arts Libéraux. Ce trait de pensée s'appuie sur l'Universalité de l'Architecture qui fait appel à l'ensemble des Arts Libéraux et sur le fait que, d'après la Genèse : (Chapitre 4, 17). Je cite : « Caïn connu sa femme, qui conçut et enfanta Hénok. Il devint un constructeur de ville ». Si je lis bien, l'invention de la maçonnerie précéda et prépara peut-être l'invention des autres Arts Libéraux, le trivium (Grammaire, rhétorique, dialectique) et le quadrivium. (Arithmétique, géométrie, astrologie et musique) Poursuivons notre citation. Nous lisons : (Genèse 4, 18-19). « A Hénok naquit Irad, et Irad engendra Mehuyaël, et Méhuyaël engendra Métushaël, et Métushaël engendra Lamek. Lamek prit deux femmes ; le prénom de la première était Ada et le nom de la seconde Cilla et encore : (Genèse 4, 22) : Cilla enfanta TUBAL-CAÏN ; il fut l'ancêtre de tous les forgerons en cuivre et en fer ».

b) Les « Patrons» du métier de Bâtisseur. Les « Patrons » cités en référence dans le manuscrit REGIUS daté de 1390, sont remplacés dans la rédaction du manuscrit Cooke par la référence aux « Patrons Testamentaires » du Métier, Testamentaires par référence à l'Ancien Testament. Ces 'anciens patrons' étaient : SEVERIN, SEVERE, CARNOPHORE et VICTORIN.

Quatre tailleurs de pierre martyrisés. Ils sont représentés sur une clef de voûte de l'église de Chars. Appelés également « LES QUATRE COURONNES », ils représentent symboliquement les 4 points cardinaux, rayonnant à partir d'un centre qui est l'initié lui même et en qui tout se trouve. Ces « nouveaux Patrons » cités dans la Bible sont : Genèse 4, 20-21 Caïn et Jabel « Patrons » des maçons ; Jubal « Patron » des musiciens ; Tubal-Caïn « Patron » des forgerons et Naamah, sœur de Tubal-Caïn « Patronne » des tisseuses et des fileuses. (Sic) Réf. Manuscrit Cooke.

Puisque je cite à nouveau Tubal-Caïn en temps que « patron » des forgerons, il me paraît nécessaire de rappeler que beaucoup considèrent les « Opératifs » originels comme ayant été des orfèvres en la matière, que se soit en matière d'architecture, de taille de pierre et de sculpture. Or si nous analysons le terme « orfèvre », qu'y trouvons-nous ? Tout d'abord le préfixe « OR », du Latin Aurum, métal noble et précieux, et ensuite le suffixe « FEVRE », qualificatif vieux français, qui s'est fait 'patronyme' et a pris les formes de « FAVRE ». « LEFEVRE » ; « FABRE » ; « LEFEBURE » avec un V\ ou avec un B\ ou même les deux, le V\ s'étant transformé au moment de la révolution pour devenir un U\. Toutes ces formes d'un même mot variant selon la région d'origine et qui signifient « FORGERON ». Le tout réuni établissant le qualificatif de « FORGERON DE L'OR ». Bien qu'étant placé sous le patronage de Saint Eloi, il est quand même l'expression d'un travail du métal, comme il se trouve exprimé avec Tubal-Caïn pour la franc-maçonnerie dans le manuscrit Cooke.

c) Les 2 COLONNES de LA CONNAISSANCE. Toujours selon le Cooke, ces 2 Colonnes étaient destinées à échapper au Déluge et dessus auraient été inscrites les connaissances propres aux Arts Libéraux, par opposition à Flavius Josèphe dans ces « ANTIQUITES JUIVES ». Reprises dans le Manuscrit REGIUS sur l'épisode de la Tour de Babel, les auteurs du Régius et du Cooke intègrent ces 2 colonnes dans leur texte en raison de leur analogie avec les 2 colonnes JAKIM et BOAZ du Temple de Salomon. Je cite : « Il dressa les colonnes devant le vestibule du sanctuaire ; il dressa la colonne de droite et lui donna pour nom : YAKIM ; il dressa la colonne de gauche et lui donna pour nom : BOAZ. Ainsi fut achevée l'œuvre des colonnes » (1 er Livre des Rois, 7, 21-22). Dans « le Cantique des Cantiques », hymne à l'amour attribué à Salomon, nous trouvons au 5ème poème : « Ses jambes sont comme des colonnes d'albâtre, posées sur des bases d'or pur ». Il est certain qu'alors Salomon ne parlait pas des colonnes du Temple, mais qui sait, peut-être La connaissance était-elle au bout.

d) L'IMPORTATION DE LA MACONNERIE. Du chantier du Temple de Salomon, en Angleterre, via la France, cette importation exprimée dans le Cooke est une allégorie servant à signifier un fait bien connu de l'Architecture ; à savoir que l'Art Gothique des Cathédrales apparut en Ile de France avant d'être importé au 12ème siècle en Angleterre. Des textes existent, prouvant l'envoi d'architectes français aux 12 et 13ème siècle en Angleterre. Le manuscrit Cooke prouve que les maçons, principalement formés aux arts mécaniques, étaient également instruits et mêmes lettrés à l'égal des savants instruits des arts libéraux.

17 JANVIER 1723. Adoption du texte des « ANCIENNES OBLIGATIONS » comme Loi de la Maçonnerie par la G.L.d'Angleterre. Année 1728 : Création de la 1 ère G\ L\ D\ F\ « Mise en sommeil en 1767 ». 1894 Recréation de la G\ L\ D\ F\ La Constitution fut votée par l'Assemblée Générale des 10, 11, 12 Mai 1895, avec élection du Grand Maître et des Grands Officiers.

Après l'histoire, passons au Rite. La terminologie de ce mot a deux sens différents selon qu'il est écrit avec un R majuscule ou avec un R minuscule. Est appelé Rite avec une majuscule, une branche particulière de la Franc Maçonnerie. (Rite Ecossais Ancien et Accepté, Rite Ecossais Rectifié, Rite Français). Est appelé rite avec une minuscule, un acte cérémoniel dont la forme a été réglée à l'avance en vue de sa finalité initiatique. Au grade d'Apprenti, il suffit de se souvenir du moment où l'on dépouille de ses métaux le futur Frère. Dans un sens comme dans l'autre, le terme RITE ne doit jamais être employé comme un synonyme de « PRINCIPE ETABLI » ou bien de « SYMBOLE ». La religion catholique possède plusieurs liturgies auxquelles la terminologie a donné le nom de Rite. En effet, il y a le Rite Romain, le Rite Maronite des chrétiens du Proche Orient, le Rite Orthodoxe des grecs et des slaves. Un Rite peut donc se définir comme une présentation dont le caractère le distingue des autres par la forme. Il est impossible de citer tous les Rites et toutes les Religions. Par des événements encore présents dans les esprits et dans les chairs, nous avons eu à connaître en Europe, une nouvelle guerre de religions. C'est dire combien peut-être dure parfois, la coexistence de différents rites.

Qu'on le nomme Dieu, Yawhé, Allah, l'Eternel, l'Ineffable, ou la Grand Architecte, tous ces noms ne sont que l'expression d'une même chose ; un concept qui dépasse l'entendement du commun des mortels. Au delà de tout dogme, c'est la représentation que l'homme s'est fait de ce qu'il ne peut toucher ou voir mais qu'il essaie encore et toujours d'appréhender Eternelle dualité de l'esprit et de la Lettre. Qu'il soit juif ou chrétien, catholique ou protestant, musulman sunnite ou chi'ite, l'homme à toujours le même devoir envers les autres ; La Charité. Le partage est le début de la connaissance de soi. La charité est un devoir, mais qui ne doit pas s'exercer au préjudice des siens, comme pour un Franc Maçon. Elle doit se faire, sans ostentation. N'importe qui peut en bénéficier. Qu'il soit animiste, chrétien ou juif, la charité ne saurait faire preuve de distinction dans la pauvreté et le besoin. Le tronc de La Veuve détenu par l'hospitalier peut-être réclamé par qui veut. Il peut-être versé à qui le mérite, sans distinction de nationalité, de race ou de religion s'il est F\ M\. N'oublions pas que le mot hospitalier vient du mot hospice d'où dérive le mot hôpital. L'ordre des Hospitaliers, rival de celui du Temple et l'un des bénéficiaires de la dissolution de ce dernier, avait été crée pour venir en aide aux pauvres en Terre Sainte.

Qui veut venir en Loge vient, celui qui ne veut pas venir, reste. Si un Rite ne plaît pas ou s'il est mal vécu, liberté est d'en changer afin d'en pratiquer un autre. J'ai volontairement soustrait de mon travail, les vicissitudes ainsi que toutes les péripéties qui ont entourées l'établissement du Rite Ecossais Ancien et Accepté en France, ces dernières mériteraient à elles seules plusieurs planches, de très longues heures de lecture, et de jouer les rats de bibliothèque, afin de pouvoir consulter tous les écrits, Décrets, et Circulaires du Suprême Conseil de France, ainsi que les Archives du Grand Orient. Donc, je me contenterai juste de citer les plus pratiqués en France.

Commençons par celui que nous connaissons et pratiquons le Rite ECOSSAIS, ANCIEN ET ACCEPTE, le Rite EMULATION, le Rite FRANÇAIS, Le Rite ECOSSAIS RECTIFIE. Depuis 1938, existent à la Grande Loge de France des ateliers qui travaillent au Rite rectifié.
Le Rite Ecossais Rectifié serait le prolongemenLes Origines du rite et des constitutionst de la maçonnerie qui aurait existé en Angleterre avant 1717. Créé officiellement en 1778, il résulte qu'il est certainement la forme la plus ancienne de la maçonnerie spéculative. Il a conservé dans son rituel un archaïsme qui le distingue des formes modernes que nous connaissons et qui lui donne une valeur initiatique très estimable. En Europe, il est surtout pratiqué en Suisse.

Le Rite français ou Moderne. Rite pratiqué par le Grand Orient de France. La plupart des ses Ateliers travaillent avec ce Rite. Il ne comprend que sept degrés mais le Grand Collège des Rites confère tous les grades de l'écossisme jusqu'au 33 è. Bien qu'étant cataloguée « Obédience irrégulière », la Grande Loge de France et les Loges qui lui sont fédérées, n'en travaillent pas moins au Rite Ecossais Ancien et Accepté. D'autres Ateliers dans d'autres Obédiences utilisent ce rituel mais parfois, celui-ci ayant été 'adaptés' sur différents points, il peut s'en suivre de notables différences. « Celui qui a reçu l'initiation dans une Loge régulièrement constitué est un maçon « régulier » ».

A la Grande Loge de France, nous travaillons surtout au Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ici, l'ostracisme est absent. Nous acceptons tous les Frères, de toutes les Obédiences. Nous sommes autant F\ M\ qu'eux. Ils peuvent venir assister à nos travaux, nos outils sont les leurs. Nous tendons tous vers les mêmes buts ; notre perfectionnement, le perfectionnement de l'homme, le bien-être de l'humanité, normalement. Quand le Rite est bon et bien fait, il est facile pour le franc-maçon de travailler avec ses outils et ses symboles - c'est-à-dire l'intelligence de sa main et la beauté de son cœur - à son perfectionnement, pour la joie de ses Frères et de son Atelier.

Le chemin offre tout et bien plus encore, mais rien n'y est gratuit. Les réponses sont en nous. Faisons le premier pas, le chemin fera le reste. Le passé avec ses clivages a permis que s'établisse la séparation entre les racines, le tronc et les branches. Ne continuons pas à débiter « l'arbre merveilleux » même pour en faire de belles planches, sinon que nous restera t il de l'héritage originel des bâtisseurs ?

Nous sommes tous des ENFANTS DE LA VEUVE. Cette veuve est la Connaissance. Connaissance de Soi, connaissance des Autres, connaissance de l'Univers « CONNAIS-TOI TOI MEME ET TU CONNAITRAS L'UNIVERS ET LES DIEUX ». Nous disparaîtrons tous un jour, telle est la Loi de la nature et de la Vie. Hâtons-nous de nous connaître et de connaître les autres. Construisons maintenant afin que nos descendants n'est peut-être pas à le faire à leur tour, et s'ils devaient chercher, qu'ils trouvent et comprennent pourquoi nous cherchions et ce que nous tentions de construire : L'Homme et l'Humanité.

Lorsque nous pénétrons pour la première fois dans un Temple maçonnique, nous ne savons pas très bien comment va se passer l'apprentissage. Evidemment, qui dit apprentissage, dit formation. Arrêtons- nous un instant sur le verbe Former. Il signifie que quelque chose va changer de forme, va se transformer. Donc, nous avons une matièLes Origines du rite et des constitutionsre. Que celle-ci soit végétale ou minérale, durant l'apprentissage, nous allons la façonner, tout d'abord comme le veut le Maître puis sans bien nous en apercevoir, nos mains et nos pensées vont agir selon notre cœur. Et bien cette matière qui insidieusement nous change, nous transforme, c'est le Rite. Il est à la fois actif et passif, présent actuel et passé futur. Le Rite est comme l'air qui nous entoure ; impalpable mais essentiel. Nous ne pouvons ni le voir, ni l'étreindre mais lui nous baigne.

La première fois, nous ne saisissons pas tout. Nous faisons des gestes, nous prenons des attitudes sans bien saisir toutes leurs significations. Au fur et à mesure que le temps passe, nous sommes de plus en plus pénétrés par ce que nous vivons. En fait, la matière qui a évolué c'est nous.

Je terminerai ici mon bref survol de l'histoire des origines, en souhaitant qu'il se rapproche le plus possible de la vérité historique, et qu'en même temps, il soit conforme à la beauté de la légende de notre confrérie. Si tel n'était pas le cas, veuillez m'excuser par avance des erreurs ou omissions que j'aurai pu faire.

Au moyen âge, un ordre chevaleresque avait une très belle devise, qui malheureusement a disparu avec lui et les événements. Il s'agit de la devise de l'ordre des Pauvres Chevaliers du Temple de Salomon. Permettez-moi de vous la restituer en la visitant et en la rectifiant.

Pas pour nous grande architecte. Pas pour nous. Mais pour le gloire de ton nom.

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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Les origines de la maçonnerie spéculative

27 Novembre 2012 , Rédigé par Roger Dachez Publié dans #histoire de la FM

De tous les débats relatifs à l'histoire de la Maçonnerie celui qui concerne les origines de la Maçonnerie spéculative est, à n’en pas douter, l’un des plus fondamentaux. Or, en France, il n’est apparu comme tel qu’à une date relativement récente. Je crois avoir modestement contribué à cette prise de conscience en publiant en 1989, dans la revue Renaissance Traditionnelle, deux longs articles montrant précisément que sur cette question il pouvait et devait y avoir débat, et exposant pour la première fois en langue française l’essentiel des études effectuées jusque là en Angleterre, mais aussi en Écosse, depuis le début des années soixante-dix. Le simple fait de poser la question des origines de la Maçonnerie spéculative, et pour dire les choses clairement, d’évoquer l’absence de filiation directe avec la Maçonnerie opérative médiévale comme une hypothèse simplement envisageable, avait alors suscité dans divers milieux, dans diverses revues, des réactions réservées ou franchement hostiles, parfois jusqu’à la déraison. J’observe que depuis lors plusieurs auteurs, dans différentes revues d’études et quelques ouvrages, ont estimé utile de mentionner ce débat, désormais considéré comme
inévitable, et que les théories de substitution à la théorie classique de la transition sont généralement jugées dignes d’être au moins examinées. C’est là, évidemment, un progrès considérable, même si des oppositions se manifestent encore volontiers ici ou là. Toutefois, l’émoi soulevé par ce problème nouveau et le fait même qu’il y ait eu en quelque sorte “débat sur le débat”, me contraignent, avant d’aborder le
cœur de mon sujet, à revenir, en guise de préambule nécessaire, à quelques considérations méthodologiques qui valent du reste pour l’ensemble de ce colloque.
Notre revue, depuis trente ans, a fait sienne la position définie dès 1947 par deux grands historiens anglais de la Maçonnerie, Knoop et Jones, dans la préface à la première édition de leur ouvrage majeur The Genesis of Freemasonry :

« En premier lieu, avertissaient les auteurs, bien qu’il ait été jusqu’ici habituel de penser l’histoire maçonnique comme quelque chose d’entièrement à part de l’histoire ordinaire, appelant ainsi et justifiant un
traitement spécial, nous pensons qu’il s’agit d’une branche de l’histoire sociale, de l’étude d’une institution sociale particulière et des idées qui structurent cette institution, et qu’on doit l’aborder et l’écrire exactement de la même façon que l’histoire des autres institutions sociales. »

Nous n’avons rien à reprendre à ces propos que nous approuvons sans réserve, convaincus qu’il n’est pas d’autre voie possible dans la recherche historique. C’est là un choix évidemment majeur et selon nous incontournable, mais qui est loin d’être unanimement partagé par nombre d’auteurs qui se mêlent à l’occasion d’histoire maçonnique. De même que l’histoire de certaines religions, de certaines églises, traitée avec l’objectivité parfois douloureuse de l’historien, entraîne des contestations vives de certains fidèles qui refusent de regarder leur histoire, de même ce que nous appellerons plaisamment “l’histoire laïque” de la Maçonnerie n’a pas encore rallié tous les esprits. C’est un écueil dont l’historien de la Maçonnerie doit être simplement conscient. Voici près d’une quinzaine d’années, l’érudit anglais John Hamill, qui fut longtemps bibliothécaire de la Grande Loge Unie d’Angleterre, et conservateur de ses fabuleuses archives et de son musée, dans son ouvrage simplement intitulé The Craft, republié en 1994 sous une forme révisée et le titre History of English Freemasonry, exprimait clairement cette difficulté :
« Il y a donc, écrit John Hamill, deux principaux types d’approches de l’histoire maçonnique : l’approche dite “authentique” ou scientifique, selon laquelle une théorie est fondée ou développée à partir de faits véri-
fiables ou de documents ; et une approche dite “non-authentique” qui s’efforce de replacer la Franc-Maçonnerie dans le contexte de la tradition du Mystère, en cherchant des liens entre les enseignements, les allégories et le symbolisme de la Maçonnerie d‘une part, et ceux de diverses traditions ésotériques d’autre part. L’absence de certaines connaissances sur la période des origines de la Maçonnerie, et la diversité des approches possibles expliquent sans doute pourquoi ce problème demeure encore si captivant. […] Savoir si nous découvrirons jamais les véritables origines de la Franc-Maçonnerie demeure une question sans réponse. »

C’est dans cet esprit que j’envisage de vous livrer aujourd’hui quelques réflexions sur le problème des origines de la Maçonnerie spéculative. Plus qu’un lourd et fastidieux catalogue de théories plus ou moins fondées et de faits ou de documents scrupuleusement analysés, c’est aussi une sorte de synthèse de dix années de travail, de réflexions et de recherches personnelles sur ce sujet que je souhaite vous proposer.

Une Vulgate maçonnique : la théorie de la transition

La thèse la plus ancienne et la plus répandue, celle que véhiculent la plupart des ouvrages consacrés à l’histoire maçonnique en France, et que partagent spontanément l’immense majorité des Maçons qui ne se sont pas nécessairement penchés sur la question, est la théorie dite de la transition.
Même au sein de la rigoureuse École historique anglaise de la Maçonnerie, fondée à la fin du siècle dernier par Gould et Hughan, cette théorie fut longtemps révérée et enseignée. Dans les dernières décennies, son partisan le plus brillant fut l’érudit Harry Carr, lequel possède du reste, de nos jours encore, en Angleterre, une estimable postérité intellectuelle. Cette théorie affirme qu’au sortir du Moyen Âge, la Maçonnerie opérative, qui possédait alors une organisation, des loges et des usages rituels, a subi un certain déclin, du fait des transformations économiques ayant affecté les métiers du bâtiment.
En Grande-Bretagne, et notamment en Écosse, se serait alors, à la fin de la Renaissance, et plus précisément encore dans le courant du XVIIe siècle, produite une transformation insensible de l’institution. Des hommes étrangers au Métier, occupant souvent des charges civiles importantes, des intellectuels, volontiers portés aux spéculations issues du courant alchimiste, néo-platonicien né à Florence au XVe siècle, et de la tradition de la Rose-Croix, diffusée à partir du début du XVIIe, auraient fait leur entrée dans des loges presque moribondes. Ces Maçons acceptés, peu à peu, auraient vu leur nombre augmenter et leur influence grandir, au point de devenir majoritaires, et d’évincer en quelque sorte, les opératifs, devenus ainsi étrangers dans leur propre institution. Cette Vulgate, car c’en est une, comporte des variantes, et intègre parfois ce que l’on pourrait appeler des légendes complémentaires. La première de ces légendes est celle, par exemple, des Maîtres Comacins, ces mystérieux maçons italiens qui, en vertu de franchises réputées leur avoir été conférées par le Pape – et qui justifieraient du reste l’expression franc-maçon – auraient traversé l’Europe, répandant leur savoir tout à la fois architectural, géométrique et ésotérique, fécondant ainsi les premiers germes de la Maçonnerie spéculative. J’ai montré ailleurs, il y a quelques années, d’où provient cette fable sans aucun fondement documentaire, et par quel jeu de recopiages successifs sans vérification des sources, elle avait pu acquérir une apparence de vérité.
Une autre composante, souvent confuse, mais vivace, de la théorie de la transition, est l’hypothèse compagnonnique. Le lieu n’est pas ici d’en montrer dans le détail les contradictions et les invraisemblances. Il reste qu’elle repose en grande partie, et c’est ce point que nous soulignerons, sur une grave mais fréquente confusion entre la Maçonnerie opérative, telle qu’elle a pu exister, sous des formes extrêmement diversifiées du reste, dans l’Europe du Moyen Âge, en France, en Grande-Bretagne et en Allemagne, par exemple, avec des statuts souvent bien différents, et le Compagnonnage proprement dit, organisation d’origine essentiellement et longtemps presque exclusivement française, dont les origines historiques semblent attestées vers le XVe siècle, mais sur les usages de laquelle, rappelons-le, nous possédons peu de renseignements substantiels ou fiables avant la fin du XVIIIe siècle ! Quoiqu’il en soit, il importe au moins d’insister sur le fait que la Maçonnerie spéculative s’est formée, dans des conditions encore incertaines, au cours du XVIIe siècle, en Grande-Bretagne, qui n’a jamais connu le Compagnonnage, du moins à cette époque fondatrice. Qu’on puisse repérer entre des organisations liées aux métiers du bâtiment – mais pas exclusivement pour le Compagnonnage – des similitudes de formes et d’usages, n’a pas de quoi surprendre, mais selon l’adage que doit toujours conserver à l’esprit tout historien scrupuleux : « comparaison n’est pas raison »…

Une critique radicale de la transition

Il fallut attendre les années 1970 pour qu’une critique décisive fût portée contre la théorie de la transition. Ce fut notamment l’œuvre d’un remarquable chercheur anglais, Eric Ward. La critique d’Eric Ward repose notamment sur la remise en cause de la signification classiquement attribuée à certains des mots-clés utilisés par la théorie de la transition. J’en citerai quelques exemples.

Freemason, Free-Mason

L’origine et la signification du mot freemason fournissent ainsi un bon exemple des ambiguïtés exploitées par la théorie classique. E.Ward a pu démontrer de manière définitive que, contrairement à toutes les étymologies fantaisistes qui courent encore à l’occasion, le mot freemason n’est, au Moyen Âge, qu’une forme contractée des mots freestone mason, maçon de pierre franche, désignant un ouvrier qui travaille électivement une certaine qualité de pierre tendre que l’on peut tailler et ouvrager de
façon très fine. Or, si nous envisageons les premiers témoignages concernant les Maçons non-opératifs anglais du XVIIe siècle, nous observons que ces Accepted Masons sont aussi indifféremment désignés par les mots Free Masons, ou Free-Masons, avec ou sans tiret mais toujours en deux mots. Il apparaît alors clairement que dès la fin du XVIIe et le début du XVIIIe les termes Accepted et Free devinrent équivalents pour désigner des Maçons non-opératifs.Mais, comme le fit observer E.Ward, dans une analyse très fine, freemason n’est pas Free-Mason. Le mot Free, dans Free Mason ou Free and Accepted Mason fait simplement référence au fait que ces « nouveaux » Maçons sont « libres » à l’égard du Métier, c’est-à-dire tout simplement étrangers au Métier… En résumé, l’identité phonétique et la proximité morphologique des mots freemason (mot très ancien, dérivé de l’anglo-normand, et lié à la pratique opérative) et Free-Mason, ne doivent pas faire oublier leur réelle dissemblance sémantique, et ne peuvent nous autoriser à inférer
une quelconque parenté entre des hommes qui, à des époques diverses, ont porté ces noms pour des raisons à l’évidence très différentes.

Des loges opératives anglaises ?


Un autre problème est soulevé par le fait que la franc-maçonnerie spéculative est apparue en Angleterre – au sens strict du terme. Or, nous savons qu’il n’existe aucun document témoignant que des personnes étrangères au Métier aient jamais été admises dans les loges opératives anglaises. Du reste, la réalité des loges opératives elles-mêmes – au sens que nous pouvons donner au mot loge, à la lumière de la Maçonnerie spéculative : une structure permanente, réglementant et contrôlant le Métier en tous points du territoire, pourvue d’usages rituels spécifiques – est tout à fait problématique en terre anglaise : il n’en demeure simplement aucune trace. Plus encore, les quelques rares loges opératives, très tardives curieusement, connues en Angleterre, demeurèrent opératives jusqu’à leur disparition. On ne peut, aujourd’hui encore, que renvoyer à l’étude magistrale de Knoop et Jones, The Medieval Mason, dont la première édition parut en 1933 et qui, à ma connaissance, n’a pas été surpassée. Il est remarquable que cet ouvrage ait été publié par des historiens professionnels, en dehors des cercles habituels de l’érudition maçonnique. C’est tardivement, dans les années soixante-dix comme je l’ai indiqué, qu’il a pu exercer son influence sur ces derniers, alors que les données étaient disponibles depuis une quarantaine d’années. La seule chose à peu près certaine est que, dès leur origine, les loges maçonniques qui apparaissent en Angleterre sont purement spéculatives. La Loge de Chester, en effet opérative, mais signalée seulement au milieu du XVIIe siècle et très bien étudiée par les historiens anglais, n’eut qu’une existence éphémère, et constitue pratiquement un hapax dans l’histoire maçonnique anglaise.
Même en ce qui concerne la peut-être trop fameuse Acception de Londres, au XVIIe siècle, indûment qualifiée de loge, car ce terme n’apparaît jamais dans ses annales, et abusivement citée comme un témoignage de la transition spéculative, nul ne sait qui prit l’initiative de la fonder, ni pour quel motif. Ce cercle constitué en marge de la Compagnie des Maçons de Londres, qui fut la seule guilde organisée connue en Angleterre pour le métier de maçon, et dont l’autorité ne dépassa jamais le ressort de Londres, l’Acception laisse dans l’histoire deux minces traces documentaires, en 1610, puis en 1686, en rapport du reste avec Elias Ashmole. Aucune autre structure comparable n’est connue en Angleterre à cette époque ni plus tard. Il semble s’être agi d’une sorte de club recevant,selon la formule très classique du patronage que connaîtra aussi l’Écosse, des notables et des personnalités susceptibles de favoriser le Métier. Rappelons surtout que les opératifs eux-mêmes devaient y être admis,
qu’ils ne la contrôlaient pas et n’en étaient pas membres de droit. Alors que la Compagnie des Maçons de Londres a persisté jusqu’à nos jours, l’Acception a bel et bien disparu sans laisser aucune descendance connue. On peut certes objecter que les choses semblent se présenter de manière très différente en Écosse, où, dès le début du XVIIe siècle, l’entrée de notables dans des loges opératives organisées paraît certaine. Nous aurons l’occasion de revenir plus loin sur le cas, en effet très intéressant, de l’Écosse. Observons pour l’instant que l’Écosse était, jusqu’au début du XVIIe, un pays étranger et même ennemi de l’Angleterre, que très peu de relations existaient entre eux, et que, de toute façon, l’existence de loges opératives à Édimbourg ou Kilwinning ne peut, à elle seule, rendre compte des circonstances d’apparition d’une Maçonnerie purement spéculative, vers la même époque, dans le
sud de l’Angleterre.

L’hypothèse de l’emprunt

De cette critique assez vive de la théorie, est née, au début des années 1970, ce que l’on peut appeler une contre-théorie. Essentiellement négative, pourrait-on dire, elle ne propose pas de résoudre positivement la question des origines de la Maçonnerie, mais suggère que la Maçonnerie spéculative, contrairement à ce qu’affirme la théorie de la transition, aurait à l’origine délibérément emprunté des textes et des pratiques appartenant ou ayant appartenu aux opératifs, mais de façon tout à fait indépendante, sans filiation directe ni autorisation. La Maçonnerie spéculative n’aurait plus dès lors entretenu, depuis sa fondation même, que des liens purement nominaux et tout au plus allégoriques avec les bâtisseurs des cathédrales.
Laissant en quelque sorte la Maçonnerie spéculative orpheline de sa tradition fondatrice, la remise en cause suscitée par E.Ward a conduit l’érudition anglaise à rechercher un modèle de substitution à la théorie de la transition, désormais insoutenable dans sa formulation classique. Ce chantier est toujours en cours.

Nouveaux regards sur les Anciens Devoirs

À cette première mise en cause est venue s’en ajouter une autre, plus positive dans une certaine mesure, nous le verrons : celle proposée en 1986 par le très grand érudit anglais Colin Dyer. Cette théorie repose en premier lieu sur le réexamen de la filiation de ces textes fondamentaux de la tradition maçonnique anglaise que sont les Anciens Devoirs (« Old Charges »). On sait en effet, qu’entre les deux plus anciennes versions connues, le Regius et le Cooke, toutes deux situées aux alentours de 1400, et les versions suivantes – il en existe plus de 130 actuellement répertoriées jusqu’au cœur du XVIIIe siècle – se place une période documentaire muette de 150 ans environ. On note en revanche à partir des années 1580, une quantité croissante de textes des Anciens Devoirs. Or, nous savons, grâce par exemple à la mention portée au dos du Ms Sloane 3848, qui servit presque certainement à l’initiation d’Elias Ashmole en 1646 à Warrington, qu’un exemplaire des Anciens Devoirs était à cette époque l’instrument de travail essentiel des loges
spéculatives anglaises, notamment pour la réception, alors très simple, d’un candidat. Ce fait très généralement admis, doit être surtout rapproché de la constatation qu’à la même époque, soit vers la fin du XVIe siècle, il n’existait apparemment plus aucune loge opérative susceptible de s’en servir. L’hypothèse de travail proposée par C. Dyer est donc d’étudier le contenu de ces nouvelles versions des Anciens Devoirs, afin d’en retirer un témoignage sur l’esprit et les usages des spéculatifs anglais qui, dès confondant plus son développement avec celui, bien distinct, de la Maçonnerie écossaise. C’est précisément de ce dernier côté qu’est venue une théorie nouvelle.

La clé écossaise : David Stevenson, The Origins of Freemasonry


En 1988, parurent successivement deux ouvrages de l’érudit écossais David Stevenson10. Ces études ont apporté à leur tour un renouvellement complet de la question controversée des sources de la Maçonnerie spéculative. Il n’est guère possible de résumer brièvement la thèse soutenue par l’auteur à l’aide d’une documentation abondante et sûre. Nous en retracerons ici les lignes essentielles. En 1598-1599, un important officier de la Couronne écossaise, William Schaw, Surveillant Général des Maçons et Intendant des Bâtiments du Roi, édicta une série de règlements qui organisaient sur des bases totalement nouvelles le Métier de Maçon en Écosse. Les Statuts Schaw créaient un réseau de loges territoriales, dont la juridiction était géographiquement définie, et donnaient à ces loges, dont les modalités de fonctionnement étaient bien fixées, la charge de conférer aux ouvriers les deux grades de leur Métier : celui d’Apprenti-Entré (Entered-Apprentice), le plus souvent au terme d’un apprentissage simple de sept ans environ, grade qui leur permettait de chercher librement de l’embauche auprès d’un Maître, c’est-à-dire d’un employeur ; celui de Compagnon du Métier (Fellowcraft) qui affirmait non seulement leur totale maîtrise du Métier, mais surtout leur permettait de postuler éventuellement à l’entrée dans la Guilde des Maîtres, dénommée Incorporation, distincte de la loge, organisation purement civile et politique, et qui se présentait comme une sorte de syndicat des employeurs, gouvernant à la fois le Métier et la Cité.
Dans un travail remarquable et scrupuleux, D. Stevenson a bien montré que cette organisation était profondément novatrice et strictement propre à l’Écosse. Jamais, ni en Écosse, ni en Angleterre auparavant, un tel système n’avait existé. En dotant la loge d’un statut juridique et d’une personnalité morale, d’une réelle permanence, en
définissant le rôle de ses Officiers (le Warden ou Garde, et le Deacon, ou Diacre), les Statuts Schaw, c’est une évidence, ont jeté les bases structurelles de ce qui devait être plus tard – et ailleurs qu’en Écosse – la Maçonnerie spéculative.
L’apport le plus remarquable de D. Stevenson, cependant, est de montrer que contrairement à la version propagée par les théories classiques, le phénomène de l’acceptation, empruntant du reste une expression purement anglaise, jamais utilisée en Écosse, phénomène réputé avoir permis la substitution progressive des spéculatifs aux opératifs dans les loges, ne s’est simplement jamais produit en Écosse au XVIIe siècle. En analysant soigneusement les listes des membres de ces loges, et scrutant leur histoire sur plusieurs décennies, D. Stevenson, a montré que ces loges écossaises sont restées, pour l’essentiel, très longtemps,
purement opératives. En revanche, et c’est là encore un point nouveau et essentiel, il montre que dès l’origine, certaines personnalités, dont le fameux Robert Moray, incontestablement proches du courant de pensée hermétiste, néo-platonicien et rosicrucien – quelle qu’ait été la signification de cette dernière étiquette –, se sont penchées, en Écosse, sur ces loges. Leur organisation relativement discrète sinon secrète, l’existence connue de certains rites, les ont intéressés, même si leurs incursions documentées dans ces loges sont, tout au long du siècle, extrêmement rares et le plus souvent éphémères. Il reste, et c’est sans doute l’acquis majeur des travaux de D. Stevenson, que la pratique exceptionnelle, mais incontestable, de recevoir à titre de membres honoraires des personnes étrangères au Métier dans ces loges – où ces nouveaux ne revenaient généralement plus jamais –, a pu créer une population sans doute numériquement faible, mais bien réelle et vivante, de « maçons libres », pouvant tout à leur gré véhiculer et transmettre une Maçonnerie qu’il leur était loisible de transformer en fonction de leurs propres préoccupations intellectuelles. Il est alors excessivement intéressant de noter que Robert Moray, l’un des premiers « spéculatifs » connus dans la Maçonnerie, fut reçu en 1640 dans une loge temporaire constituée en marge d’une guerre, en territoire anglais. Il faut alors noter que l’énigmatique et tout aussi temporaire loge de Warrington qui reçut Ashmole six ans plus tard, en marge de la même guerre, se situe très au nord de l’Angleterre…
L’Écosse n’a donc pas inventé la Maçonnerie spéculative. Elle a créé, sous l’impulsion de William Schaw, les structures d’une Maçonnerie opérative organisée qui servira incontestablement de modèle à la Maçonnerie spéculative organisée du début du XVIIIe siècle. Elle a surtout fait quelques Maçons non-opératifs qu’elle n’a jamais intégré en son sein, mais qui, nantis de ce viatique fragile, ont pu en faire un autre usage. Ayant franchi la « frontière du nord » (Northern Border), et prenant pied sur le sol anglais, ils eurent sans doute le loisir de l’y répandre. On peut ainsi comprendre que la Maçonnerie du XVIIe anglais soit d’emblée spéculative…

 Vers une théorie synthétique

Beaucoup de questions demeurent en suspens sur ce sujet complexe, on l’aura compris. Beaucoup d’énigmes restent à résoudre, et beaucoup de points sont encore obscurs. On peut cependant affirmer qu’à présent, nous possédons les éléments d’une théorie synthétique des origines de la Maçonnerie spéculative dont, pour ma part, j’appelle la formulation depuis plusieurs années. Je voudrais aujourd’hui me risquer à en jeter les bases devant vous, conscient de proposer ainsi un modèle soumis à la critique et qu’il faudra nécessairement amender. La Maçonnerie opérative, en Grande-Bretagne comme dans le reste de l’Europe, s’est développée dans une civilisation peu communicante, structurée autour de pouvoirs locaux, à une époque où les organismes à vocation nationale, comme nous les qualifierions aujourd’hui, ne pouvaient avoir aucun sens. Il y avait en Angleterre des ouvriers, plus ou moins qualifiés, expérimentés, des chefs, des Maîtres d’œuvre. Il y avait des chantiers, qui pouvaient occuper toute la vie d’un maçon, pour qui le Métier se
résumait à l’édification d’une cathédrale dont il n’avait pas vu poser la première pierre, et dont il ne verrait pas l’achèvement. Il y avait nécessairement transmission de savoir sur les chantiers, et les plus anciens, les Compagnons, formaient les plus jeunes, les Apprentis. Ces hommes étaient simples, illettrés, ne possédaient pas encore de patronyme : c’était John le Bâtisseur, ou Edwin de Chester. Il y avait des loges, c’està- dire des bâtisses adossées à l’édifice en construction, où l’on rangeait les outils, où l’on se reposait, où l’on parlait des problèmes du chantier et des projets du lendemain. Nous en possédons quelques descriptions. On y faisait aussi des plans, sur le sol égalisé qui servait à tracer les épures ou les gabarits. Il y avait un ordre social et religieux, où les clercs jouaient un rôle essentiel. Pour organiser le peuple maçon, ils rédigèrent des textes, des règlements, et pour donner un sens au travail de ces hommes, ils fouillèrent dans les vieilles chroniques, dont Pierre Comestor et le Polychronicon, pour rédiger une histoire qui serait celle des Maçons. On sait ainsi que le poème Regius fut très probablement rédigé par un prêtre du Prieuré de Lanthony. C’est en cela que consistait le fameux enseignement des loges opératives, en dehors, bien sûr, et c’est tout naturel et sans mystère, des connaissances propres à l’exercice du métier lui-même. Il y avait aussi quelques usages, quelques cérémonies de caractère religieux, car tout était ainsi dans l’Europe du Moyen Âge.
Un ouvrier reçu dans un chantier jurait de respecter Dieu, la Sainte Église, son Roi et le Maître du chantier, et on lui présentait la Bible. Voilà tout ce que l’on sait des loges opératives anglaises au Moyen Âge c’est-à-dire des chantiers qui duraient des années, voire des dizaines d’années, où naissaient, vivaient et mouraient des maçons. C’est tout ce que nous savons, car c’est très certainement tout ce qu’il y a à savoir. L’hypothèse d’un réseau inconnu de loges initiatiques et secrètes, dont l’existence et les enseignements auraient échappé au regard de l’historien, est absolument insoutenable, du moins si l’on s’efforce précisément de demeurer dans le champ de l’histoire. À partir du XVe siècle, puis au XVIe, avec la Réforme, le Métier subit une transformation profonde : plus de grands chantiers, plus de cathédrales, et les maçons servirent de plus en plus les particuliers, seuls ou avec quelques compagnons. L’employeur s’appelait alors le Maître. La loge n’avait plus de raison d’être, puisque le nouveau type des chantiers ne la rendait plus nécessaire. C’est bien pour cela que les loges opératives n’ont laissé aucune trace en Angleterre : parce qu’il n’y en avait plus… Tout n’était pas simple cependant, car il restait bien des maçons, en ces époques rudes où la maladie frappait à tout moment, où aucune protection sociale n’existait, en dehors de celle de l’Église, qui ne pouvait pourvoir à tout. C’est pourquoi, partout en Europe, dans tous les métiers, pas seulement celui des maçons, dans tous les bourgs, dans toutes les villes, se développèrent des solidarités naturelles, le plus souvent fondées sur une occupation professionnelle ou un statut social identique : c’est la base des confréries. Leur principal objet était l’entraide mutuelle et la bienfaisance. On mettait de l’argent en commun, et l’on pouvait ainsi procurer à un défunt une inhumation décente et soutenir dans une certaine mesure sa veuve et ses enfants. On pouvait aussi chercher de l’emploi pour ceux qui en étaient momentanément privés. C’est sans doute cela que Sir Robert Plot évoque, en 1686, dans son livre Histoire naturelle du Staffordshire, lorsqu’il mentionne, témoignage presque unique pour l’époque, une organisation dénommée Masonry et qu’il dit « répandue dans tout le pays ». La description qu’il en donne est bien celle d’une fraternelle d’entraide mutuelle de travailleurs précaires. Il n’évoque du reste rien d’autre. À Londres, la puissante Compagnie des Maçons, spécificité de la capitale, accueillait même, dans le courant du XVIIe siècle, des bienfaiteurs, choisis parmi les notables de la cité, pour enrichir ses fonds de secours. Ces confréries municipales existent encore pour certaines d’entre elles, et n’ont pas modifié leur vocation initiale : elles ne sont plus opératives, mais elles ne sont pas pour autant devenues spéculatives, car l’alternative est trop sommaire.
Voilà ce qu’était la situation vers la fin du XVIIe siècle en Angleterre. À Londres, dans les premières années du XVIIIe siècle, peu avant la première réunion de la Première Grande Loge, nous trouvons quelques rares loges – il n’y en aura que quatre en juin 1717 –, dont la composition et l’activité semblent en tous points correspondre au schéma évoqué à l’instant, mutualiste et charitable. Nous ignorons
pour cette époque quels usages rituels elles suivaient. Tout laisse à penser qu’ils étaient fort simples, comme ceux de la loge qui reçut Elias Ashmole en lui lisant un manuscrit des Anciens Devoirs et en lui faisant prêter un serment. Et puis, il y avait l’Écosse, lointaine et brumeuse, ennemie héréditaire et si différente de l’Angleterre. On ne sait trop comment s’étaient organisés les maçons dans ce petit pays très peu peuplé et assez pauvre, où les cathédrales n’étaient pas légions : probablement comme en Angleterre. On sait toutefois que vers la fin du XVIe siècle, un grand commis de l’État écossais,William Schaw, conçut une organisation administrative radicalement nouvelle, réglementant de façon très précise les groupements de maçons et légiférant aussi sur leurs relations avec les Maîtres, les employeurs, regroupés dans les puissantes guildes municipales dénommées Incorporations. Les Maçons ne furent plus libres dans l’organisation de Schaw, car ils devaient nécessairement se rattacher à une section territoriale, au ressort précis, que, reprenant un vieux mot présent dans la tradition du Métier, on décida de nommer loge, en lui donnant cependant une signification et un sens profondément nouveaux.
Comme leurs collègues anglais, les Ecossais avaient l’habitude de recevoir dans leurs loges, en qualité de patrons, de protecteurs, de bienfaiteurs, des personnalités qui ne revenaient plus jamais, et à qui du reste on ne le demandait pas, mais qui pouvaient aider le Métier, ne serait-ce qu’en donnant du travail aux ouvriers. Ces Gentlemen Masons, comme on les appelait en Écosse, et jamais d’un autre nom, n’avaient aucun lien durable avec les loges, n’avaient rien à y faire au demeurant, et n’auraient eu aucun intérêt à assister à leurs réunions qui d’ailleurs étaient rares, puisque les loges écossaises se réunissaient une ou deux
fois par an, au plus, pour régler des affaires administratives. L’Écosse est un pays singulier, gagné dès 1560 par un calvinisme radical, mais aussi habité par des hommes souvent curieux, passionnés de philosophie et de mystique, souvent dans l’entourage du roi, dont William Schaw lui-même, ou encore, vers le milieu du siècle suivant, Robert Moray. Certains d’entre eux figurèrent parmi les Gentlemen
Masons et comme les autres, ne remirent jamais les pieds dans la loge qui les avait reçus. Ils y avaient cependant découvert quelque chose qui les intéressa vivement : un rituel et une tradition. À cette époque dans les Iles britanniques, comme sur le continent, c’étaient là des éléments essentiels de la vie sociale. Beaucoup d’événements sociaux étaient ritualisés, souvent avec une évidente connotation
religieuse. Ainsi les Maçons écossais recevaient-ils les Apprentis et les Compagnons à l’aide d’un rituel au demeurant très rudimentaire, que nous connaissons très bien, engageant à protéger les secrets de reconnaissance qui permettaient de réserver le privilège de l’emploi et la protection de l’entraide aux seuls maçons dûment enregistrés, et non aux maçons sauvages, que l’on appelait en Écosse les Cowans. Tout le secret se justifiait de cette façon, purement utilitaire, mais essentielle dans un petit pays où la vie était dure et l’emploi souvent rare. Quelques Gentlemen Masons, férus de recherches philosophiques, sensibles à l’écho de la Renaissance néoplatonicienne, aux proclamations mystérieuses des premiers manifestes Rose-Croix, dans la deuxième décennie du XVIIe siècle, voulurent se réunir pour en faire l’objet de leurs travaux. Par souci de discrétion peut-être, par goût du mystère, par attrait pour les rites étranges et anciens qu’ils avaient connus, ils décidèrent peut-être de se regrouper en empruntant les formes symboliques et rituelles des maçons écossais qui, eux aussi, partageaient un secret, même si ce secret, ils le savaient bien, n’avait jamais été qu’un secret professionnel et opératif. Ces groupes étaient errants, fort peu nombreux, sans lien entre eux. Telle était sans doute la situation en Écosse, mais aussi vers le nord de l’Angleterre comme en témoigne le cas Ashmole, vers le milieu ou la fin du XVIIe siècle. Observons ici que le problème essentiel est alors d’expliquer comment, au début du XVIIIe siècle, à Londres, apparaît, presque sortie du néant documentaire, une Maçonnerie non-opérative, en ce sens qu’elle n’était déjà plus liée à l’exercice du métier de maçon, mais organisée selon des schémas très proches de ceux de la Maçonnerie écossaise. Le chaînon manquant doit être trouvé. Il y eut un jour rencontre de maçons libres, car sans loges, comme Ashmole ou Moray, de filiation écossaise directe ou indirecte, et de loges libres, celles de la Masonry anglaise décrite à la fin du XVIIe siècle par Robert Plot. Remarquons en effet que si, dans un jeu de transparents, on superpose ces deux aspects, d’origines pourtant si profondément dissemblables, on obtient un portrait assez juste de la première Maçonnerie anglaise dans les années 1717-1723.
Indiquons qu’une date importante, 1707, ne doit pas être négligée. C’est celle de l’Acte d’Union, qui fit définitivement de l’Écosse et de l’Angleterre un seul et unique Royaume, et permit enfin une réelle quoique lente et méfiante ouverture des deux pays l’un à l’autre. Rappelons enfin, ne serait-ce que pour ouvrir une ultime piste et risquer encore un rapprochement, que l’un des acteurs, sinon le plus important, du moins le mieux connu de cette première Maçonnerie anglaise, fut un certain Pasteur Anderson, écossais d’origine, natif d’Aberdeen, et dont le père avait lui-même appartenu à la loge de cette ville d’Écosse…
Je m’arrête ici. J’ai voulu, après avoir étudié les archives, les documents et les témoignages, vous conter une histoire, en espérant qu’elle ne serait pas trop éloignée de l’histoire. Des ombres ont passé devant nos yeux, des siècles se sont écoulés, des générations anciennes ont vécu sans nous livrer tout à fait leur mystère. Si le voile s’est en partie soulevé, une part d’obscurité demeure : sachons la respecter et gardons-nous de la sacrifier à des chimères. La quête des origines est toujours éprouvante : il arrive que l’historien doive renoncer provisoirement à tout comprendre, mais rien n’interdit à l’homme, qu’il est aussi, de continuer à tout espérer.

  

Source : http://www.ordre-de-lyon.com/accueil.html

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Le mystère des origines de la Franc-maçonnerie

26 Novembre 2012 , Rédigé par Jean-Michel Mathonière Publié dans #histoire de la FM

C'est un lieu commun de la plupart des ouvrages consacrés à la franc-maçonnerie que d'affirmer qu'elle provient directement des « bâtisseurs de cathédrales ». Les légendes, quant à elles, renvoient jusqu'à la construction du temple de Jérusalem sous le règne de Salomon, voire à l'époque antédiluvienne.

Les bâtisseurs de cathédrales ? Une simple hypothèse…

En fait, l'hypothèse d'une filiation directe avec les loges médiévales flatte le sentiment d'enracinement dans une tradition multiséculaire et sert merveilleusement bien l'obsession de « régularité » des obédiences maçonniques.

Mais cette théorie émane d'une école d'historiens aujourd'hui très critiquée, dont l'origine remonte au XVIIIe s. Telle qu'elle est complaisamment véhiculée et amplifiée aujourd'hui encore, elle a pour grave défaut d'ignorer les travaux menés depuis plusieurs décennies par d'autres écoles. Cela ne signifie pas qu'elle soit sans fondement et totalement contraire à la vérité : les travaux récents énoncent davantage de nouvelles hypothèses qu'ils n'exposent de découvertes venant radicalement infirmer cette théorie.

Si la question des origines de la franc-maçonnerie est en réalité particulièrement complexe, c'est qu'elle souffre non seulement de lacunes documentaires, mais aussi d'un flou conceptuel et lexicologique quant à la nature même de la tradition ancienne.

Car le problème initial que posent les origines de la franc-maçonnerie moderne n'est pas tant celui de son lien avec les loges médiévales que, en supposant ce lien réel, celui des modalités ayant permis la mutation des loges « opératives » – terme consacré pour désigner ce qui est relatif à la pratique réelle du métier – en loges « spéculatives » – c'est-à-dire se servant du métier comme d'un support allégorique et ne le pratiquant plus.

Speculative or not speculative ?

En 1717, quatre loges londoniennes établies de « temps immémorial » et « quelques frères anciens » s'associent pour créer la première Grande Loge de Londres et jeter ainsi les bases d'un centralisme qui aboutira, après plusieurs décennies et bien des péripéties, à la franc-maçonnerie moderne.

Si l'on peut s'accorder à voir dans cet événement la naissance de la franc-maçonnerie moderne, s'agit-il pour autant de celle de la Maçonnerie spéculative ? Il est évident que non : l'initiative de ces loges vient sanctionner un état de fait – leur caractère spéculatif – et non le créer. Sont-elles spéculatives depuis longtemps et comment le sont-elles devenues (en admettant qu'elles aient jamais été opératives) ? L'interrogation demeure car aucun document ne permet d'attester de leur existence avant ce coup d'éclat…

Cependant, le « spéculatif » possède des exemples plus anciens. Des acceptations par les loges opératives (ou supposées telles) de personnes étrangères au métier sont attestées tout au long du XVIIe s., tel l'érudit et hermétiste Elias Ashmole en 1646. De semblables exemples sont également connus en Écosse, dès le début du XVIIe s.

Mais le problème reste finalement entier : d'où venaient ces loges du XVIIe et quelle est la cause de cette mutation ?

Les débuts de l'organisation du Métier en Grande-Bretagne

En Angleterre…

Le plus ancien témoignage concernant l'organisation du métier de maçon en Angleterre remonte à 1356, à Londres. Un conflit opposait les « maçons de taille » aux « maçons de pose ». Les autorités municipales édictèrent un règlement qui précise que jusqu'alors, le métier n'en avait pas eu.

Un nouveau règlement est édicté en 1481. L'organisation est déjà relativement élaborée : la Compagnie des Maçons exerce le contrôle du métier à Londres ; elle enregistre notamment les apprentis, lesquels, au terme de leur apprentissage, peuvent comparaître devant une commission de la Compagnie et, après avoir prêté serment de fidélité et de loyauté envers le métier, la ville et la couronne, devenir « hommes libres du métier ».

Cependant, le cas de la Compagnie des Maçons de Londres reste unique en Angleterre. On ne trouve dans le royaume aucune autre organisation exerçant une autorité équivalente sur le métier. Par ailleurs, aucun document de cette époque ne mentionne l'existence de « secrets » ou de grades. Plus encore, le mot « loge » n'est pas employé.

… et en Écosse

Ce mot caractéristique est attesté à partir du XIIIe s. pour désigner la bâtisse édifiée sur le chantier où les ouvriers rangent leurs outils, travaillent, prennent leurs repas et se reposent. A partir du début du XVe, il désigne l'ensemble des maçons d'un chantier, mais sans qu'il soit fait mention d'un contrôle du métier par cette communauté. C'est seulement au XVIe s., en Écosse, que le mot est attesté comme désignant une juridiction permanente réglant l'organisation du métier.

Cet aspect juridique se situe dans le cadre du système des « Incorporations » qui apparaissent en Écosse au début du XVe siècle pour assurer l'organisation des métiers dans les cités. Les maçons écossais obtiennent leur charte d'Incorporation en 1475, mais elle ne mentionne pas le mot « loge ».

C'est en 1598, que William Shaw, Maître des ouvrages du Roi et Surveillant général de l'Incorporation des Maçons, publie de nouveaux Statuts. Ceux-ci traduisent une évolution sensible : désormais c'est une « loge » qui contrôle l'entrée des apprentis et leur accès au rang de Compagnon, règle les différents et punit les manquements au règlement.

Mais la différence fondamentale, c'est que les maçons écossais de 1598 partagent des « secrets », notamment le « mot du Maçon », qui leur sont communiqués au cours d'une cérémonie après qu'ils aient prêté serment de discrétion.

Les « Olds Charges » en Angleterre

Parmi les autres témoignages nous permettant d'étudier le substrat légendaire et historique de la Maçonnerie, les Olds Charges occupent une position privilégiée.

Environ 120 textes de ces « Anciens Devoirs » sont actuellement connus. S'échelonnant de la fin du XIVe s. au premier tiers du XVIIIe, ils sont tous d'origine anglaise. Les plus anciens sont les manuscrits Regius (vers 1390) et Cooke (vers 1420).

Ces textes sont structurés en deux parties : d'une part, une histoire légendaire du métier ; d'autre part, un code réglementant la conduite des maçons et leurs relations avec les apprentis et les maîtres – ce terme désignant alors les employeurs.

Ces règlements diffèrent sensiblement de ceux de l'Écosse ; en particulier, ils ne prévoient pas de dispositions laissant présager d'une coexistence avec un autre système réglementant le métier (cas de la loge vis-à-vis de l'Incorporation) et ils donnent une large part à des prescriptions à caractère moral et religieux, n'ayant aucun rapport direct avec le métier.

De l'opératif au spéculatif, mais comment ?

Sur la base de ces données historiques – dont n'est donné ici qu'un très bref aperçu – diverses théories s'affrontent.

La théorie de la transition

La première partie du Livre des Constitutions (1723), « l'Histoire » compilée par Anderson à partir des « Anciens Devoirs » qu'il avait pu réunir – en modifiant sensiblement leur contenu à l'occasion – ne vise en réalité d'autre but que de prouver que la première Grande Loge de Londres, qui souhaite imposer son autorité sur toutes les loges, procède d'une tradition « immémoriale » et ininterrompue, c'est-à-dire qu'elle est parfaitement légitime.

C'est là l'origine de la théorie d'une parfaite continuité entre les loges opératives et les loges spéculatives, théorie dite de la transition qui, au XXe siècle, trouva dans l'historien anglais Harry Carr son meilleur défenseur. Rassemblant toutes les données historiques et les envisageant comme autant de fragments successifs d'une longue histoire, il s'efforça d'en restituer l'évolution continue.

Selon cette théorie, c'est l'acceptation de membres étrangers au métier qui amena graduellement la transformation des loges opératives en loges spéculatives, sans hiatus.

La théorie de l'emprunt

Cette théorie est actuellement battue en brèche par plusieurs chercheurs. Ainsi, Eric Ward formula en 1977 une contre-théorie : celle d'un « emprunt » par les spéculatifs de textes (les Olds Charges) et de pratiques appartenant ou ayant appartenu aux opératifs, mais sans filiation directe (et donc sans légitimité !).

Selon lui, l'on doit considérer les attestations documentaires discontinues non comme des « étapes », ainsi que le fait la théorie de la transition, mais comme autant de témoignages d'organisations plus ou moins distinctes, n'ayant pas nécessairement de liens entre elles – ce que tend effectivement à démontrer leur analyse et leurs origines géographiques. De fait, le lien de la Maçonnerie moderne avec les loges opératives serait purement nominal et allégorique.

La politique, la religion et la sociabilité

D'autres hypothèses ont été formulées, offrant des alternatives à ces deux théories ou en affinant les modalités. Ces hypothèses peuvent se résumer en trois tendances :

– une théorie politique, centrée sur les troubles que connut la Grande-Bretagne sous Cromwell entre 1648 et 1660. La constitution de loges aurait permis aux royalistes et aux républicains modérés de travailler discrètement à la restauration de la paix civile.
– une théorie religieuse, centrée sur les conflits religieux au XVIe s. Les loges auraient constitué un abri aux persécutions.
– une théorie sociale, qui voit dans les loges pré-spéculatives une « Friendly Society », c'est-à-dire une société d'entraide fraternelle et charitable. De telles sociétés, empruntant des couverts très variés et parfois pittoresques, sont en effet largement attestées au XVIIIe s. et sont, aujourd'hui encore, typiques de la sociabilité anglaise.
Toutes ces théories considèrent la forme maçonnique des loges spéculatives comme étant peu ou prou un emprunt fait par nécessité ou commodité. De plus, elles n'envisagent qu'une origine anglaise.

L'hypothèse écossaise

En 1988, David Stevenson, un historien non Maçon (le fait est assez rare pour être souligné), exposa une théorie nouvelle, celle de l'origine écossaise de la Maçonnerie spéculative.

Selon lui, la première phase du mouvement spéculatif remonte aux Statuts Shaw de 1598. Ce que décrivent ces statuts, c'est en effet un système nouveau qui ne résulte pas d'une simple transformation des anciennes institutions du métier. Ces loges sont orientées vers une organisation globale de celui-ci, mais elles possèdent également des fondements spirituels et religieux.

Ce point essentiel s'expliquerait par le contexte intellectuel très particulier de la Renaissance : l'architecte et les spéculations liées à l'architecture y occupent une place prépondérante, celle-ci n'étant pas simplement une technique répondant aux nécessités matérielles mais, au travers de la Géométrie (et les techniques de l'Ars memorandi), un Art libéral, c'est-à-dire une discipline intellectuelle susceptible de donner à l'homme une explication du monde et, par là même, de Dieu.

L'intégration à ces loges de personnes étrangères au métier, phénomène au demeurant marginal, serait de ce fait logique : le maçon n'est plus seulement un habile ouvrier, il peut être un « artiste » voire un gentleman davantage préoccupé par la dimension intellective de l'architecture que par sa pratique et venant enrichir la loge de ses connaissances.

La phase suivante se serait produite en Angleterre à la fin du XVIIe s. et durant le XVIIIe, parallèlement à la constitution de la Maçonnerie moderne. Selon Stevenson, la presque totalité de ce qui caractérise la Maçonnerie spéculative anglaise à ses débuts provient de la Maçonnerie « opérative » écossaise ; peu d'éléments proviennent en fait des Olds Charges – la forêt de textes qui cache l'arbre. Il s'agirait donc d'un emprunt qui pourrait s'expliquer par la proximité de certains des premiers spéculatifs anglais d'avec l'Écosse ainsi que par l'émigration de gentlemen-masons écossais en Angleterre.

Cette hypothèse est d'autant plus crédible qu'elle est pratiquement la seule à fournir une explication rationnelle à certains aspects de la tradition maçonnique qui, malgré leur dimension spéculative, appartiennent nettement à un substrat opératif.

Mais, que l'on admette ou non son hypothèse, ce que Stevenson met en réalité en évidence, c'est la nécessité de sortir de la dualité simpliste entre « opératif » et « spéculatif », à peine modérée par la notion de « pré-spéculatif ». L'exemple écossais illustre l'existence d'une notion intermédiaire fondamentale : « opératif non opératif » ou, plus exactement, « opératif spéculant ».

Les origines continentales de la Maçonnerie spéculative

Le miroir de l'Architecture

Si l'on peut admettre que le mouvement spéculatif britannique tire son origine du système institué par William Shaw, cela ne signifie pas qu'il l'ait inventé de toutes pièces.

L'intérêt pour l'architecture et pour l'Antiquité, caractéristique fondamentale de la Renaissance, trouve son symbole dans la redécouverte, en 1486, du De Architectura, le traité de Vitruve, architecte romain du Ier s. av. J.-C. Très rapidement, de nombreuses traductions voient le jour dans toute l'Europe.

Le portrait de l'architecte idéal selon Vitruve est celui d'un homme universel, connaissant non seulement la géométrie, les mathématiques et le bon usage des matériaux, mais possédant également une connaissance aussi vaste que possible de la météorologie, de l'astronomie, de la musique, de la médecine, de l'optique, de la philosophie, de l'histoire, de la jurisprudence, etc.

Nous avons là un programme d'études qui est à peu près celui que doit, symboliquement, parcourir l'Apprenti franc-maçon lors de son passage au grade de Compagnon. C'est en fait la base même du caractère spéculatif de la Maçonnerie. Cette évidence mérite d'être soulignée : car ce n'est pas tant l'absence de pratique du métier qui rend la Maçonnerie moderne « spéculative » que son symbolisme « opératif » lui-même.

Les Compagnonnages français et germaniques

Mais l'Angleterre et l'Écosse n'ont pas le monopole des organisations initiatiques de tailleurs de pierre et maçons. Pour ne citer que les deux exemples dont on connaît le mieux l'existence, il existe aujourd'hui encore en France un Compagnonnage de tailleurs de pierre (une autre branche s'est éteinte) et il existait jusqu'au siècle dernier dans les pays germaniques une semblable organisation, la Bauhütte dont le siège suprême était la loge (Hütte) de la cathédrale de Strasbourg.

Si, pour la France, rien ne permet actuellement de prouver l'existence de ce Compagnonnage avant le début du XVIIe s., il n'en est pas de même pour la Bauhütte germanique : ses plus anciens règlements généraux remontent à 1459 et ils évoquent, comme les Statuts Shaw, l'existence de pratiques secrètes, à caractère initiatique.

A défaut d'autres preuves documentaires, divers indices laissent cependant présager de l'existence de ces Compagnonnages de tailleurs de pierre en France et en Allemagne dès le XIIIe, voire avant. Or, dans les deux cas, il existe des similitudes avec la tradition maçonnique britannique – ce qui n'exclut d'ailleurs pas des différences importantes. Au stade actuel des recherches, ce serait aller trop vite en besogne que d'affirmer que toutes ces organisations initiatiques de tailleurs de pierre procèdent d'un tronc commun datant de l'époque médiévale, voire plus ancien (pour ne pas dire biblique). Néanmoins, cette piste de recherche ne doit pas être rejetée.

Une origine française ?

En effet, pour ne prendre qu'un seul exemple, elle trouve un écho troublant dans les légendaires des Olds Charges : ceux-ci présentent souvent la transmission de la Maçonnerie à l'Angleterre depuis l'Antiquité comme s'étant opéré via la France, du temps de Charles Martel. Or, c'est du même personnage que se revendiquent au XIIIe s. les tailleurs de pierre parisiens pour faire enregistrer leur exemption du guet lors de la rédaction du Livre des métiers. Le fait n'est peut-être pas strictement historique, mais cela démontre néanmoins l'existence de racines légendaires communes.

D'autres indices d'une possible origine française ou, en tous les cas, continentale, existent dans les Olds Charges. Cela n'a au fond rien d'étonnant si l'on tient compte de l'influence qu'exerça la France sur le développement de l'architecture gothique en Europe, influence due, entre autres facteurs, à l'exportation d'équipes entières de bâtisseurs et aux voyages des architectes (par exemple Villard de Honnecourt). Une semblable exportation, notamment de tailleurs de pierre, s'est répétée dans les décennies qui précèdent la naissance de la Grande Loge de Londres, suite au grand incendie qui ravagea la cité en 1666. Rien n'interdit de penser que des échanges autres que technologiques se seraient produits à ces occasions.

Par ailleurs, il apparaît au travers des recherches les plus récentes que les Compagnons Passants tailleurs de pierre français sous l'Ancien Régime formaient un milieu possédant une culture « vitruvienne ». Il serait d'autant moins étonnant de constater que ces opératifs « spéculaient » qu'ils côtoyaient assidûment non seulement la noblesse et le clergé – leurs commanditaires – mais semble-t-il également les graveurs, imprimeurs et autres gens du Livre, un milieu passionné d'architecture (plusieurs la pratiquent) dont on sait qu'il joua, à l'échelle européenne, un rôle considérable dans l'épanouissement de l'hermétisme aux XVIe et XVIIe siècles.

Les rosicruciens du XVIIe siècle

Il apparaît donc une nouvelle fois que la distinction entre « spéculatif » et « opératif » est certes commode pour les nécessités de l'analyse et de l'exposé, mais sans fondement solide dès lors que l'on s'écarte d'une vision « ouvriériste » des organisations opératives.

En 1992, Joy Hancox publiait une étude sur une étonnante collection de 516 dessins géométriques, architecturaux et symboliques, datant du XVIIe et du tout début du XVIIIe s. et réunie vers 1725 par John Byrom (1691-1763), membre de la Royal Society et Maçon. Ces dessins, très « spéculatifs », renvoient explicitement à des thèmes et à des personnages qui appartiennent précisément au milieu que je viens d'évoquer, celui des gens du Livre, des architectes et des hermétistes européens, tels Johann Theodore de Bry (graveur et éditeur de la plupart des grands textes hermétiques du début du XVIIe), Michel le Blon, Salomon de Caus (architecte et ami intime d'Inigo Jones, revendiqué en 1738 par Anderson dans ses Constitutions comme ayant été un Grand Maître de la Maçonnerie), Athanasius Kircher, Heinrich Khunrath, Michaël Maïer, Robert Fludd, Isaac Newton, etc.

Ce milieu s'ordonne autour des idées de l'Alchimie et de la Kabbale chrétienne (où les spéculations arithmo-géométriques et cosmologiques occupent une place de choix) et il culmine, au tout début du XVIIe s., avec le courant rosicrucien, se manifestant dans les contrées germaniques mais possédant de fortes racines et répercussions en Angleterre, notamment au travers du mariage, en 1613, de la princesse Élisabeth avec Frédéric V, l'Électeur palatin, et la fondation, parachevée en 1662, de la Royal Society.

Parmi les références à la franc-maçonnerie datant du XVIIe s., plusieurs font le rapprochement entre celle-ci et les mystérieux Rose-Croix. Ainsi, la plus ancienne mention connue du « mot du Maçon » apparaît-elle dans un poème publié à Édimbourg en 1638 :

« Ce que nous présageons n'est pas à négliger
Car nous sommes Frères de la Rose-Croix
Nous avons le mot maçonnique et la seconde vue
Et nous pouvons prédire à l'avance les choses à venir. »

Elias Ashmole, l'un des premiers spéculatifs anglais attesté, et Robert Moray, l'un des « spéculatifs » écossais, se sont tous les deux beaucoup intéressés à l'hermétisme et aux Rose-Croix. Cet intérêt est au demeurant caractéristique de la majorité de ces spéculatifs de la première heure.

Cette hypothèse d'un rapport étroit avec le rosicrucianisme n'a pas seulement pour mérite d'expliquer en profondeur le caractère spéculatif de la Maçonnerie : ce courant possède une dimension méta-politique considérable, dont l'alliance entre l'Angleterre et le Palatinat fut une tentative de réalisation. En effet, le thème central des textes rosicruciens, c'est la description d'une société harmonieuse, dirigée par un cénacle d'initiés – thème qui sera exposé en Angleterre par Francis Bacon (1561-1626) dans sa Nova Atlantis. C'est précisément là, on le lui a souvent reproché, l'un des autres aspects caractéristiques de la Maçonnerie moderne…

Un retour aux sources ?

Au terme de ce rapide (et incomplet) tour d'horizon des hypothèses, il apparaît comme probable que la franc-maçonnerie moderne est née non pas dans le sillage direct des bâtisseurs de cathédrales gothiques, mais dans celui de ces hermétistes, rosicruciens et kabbalistes, passionnés d'architecture et presque tous impliqués dans la fondation de la Royal Society. C'est d'ailleurs le substrat intellectuel et mystique sur lequel proliféreront, dans la seconde partie du XVIIIe s. et tout particulièrement en France et en Allemagne, les Hauts Grades maçonniques.

Le rapide développement de la Maçonnerie spéculative sur le continent pourrait d'ailleurs s'expliquer par le fait qu'il ne s'agissait pas d'une nouveauté anglaise « à la mode », mais d'un retour aux sources. Car, outre la naissance des Hauts Grades, ce développement s'est accompagné d'une profonde mutation du contenu des grades « opératifs » – mutation à caractère essentiellement… opératif. La Maçonnerie britannique aurait-elle rencontré sur son chemin des survivances d'une Maçonnerie « opérative » continentale ou les Compagnonnages de tailleurs de pierre ? C'est, avec la question de l'articulation entre les loges médiévales et celles de la Renaissance, l'un des nombreux mystères qui restent encore à éclaircir.

Source : http://www.compagnonnage.info/ressources/origines-franc-maconnerie.htm

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De la « révélation » maçonnique

26 Novembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Cette Pl. se veut utile, interrogative pour ceux qui refusent la croyance religieuse à cause de ses faiblesses ; et, cherche à donner un sens à la vie et au monde en dehors de ce phénomène social ambigu, chaotique, et, si souvent catastrophique qu’est la religion.

La maçonnerie est « une forme d’œcuménisme » qu’on appelle laïcité.
La F.M. s’identifie et s’authentifie à partir d’une référence mythique symbolisée pour s’attribuer un statut universel, une sorte d’état civil.

Y aurait-il une forme d’enseignement premier maçonnique, un mythe initial « cléricaliste » empêchant par déficit de tolérance un universalisme ; une «rigidification » des structures et des rites, donc un déficit d’ouverture vers les autres civilisations, vers toutes formes de philosophies, exception faite des totalitaires ?

Affirmation :

« La F.M. a été fondée pour être le centre de l’union. » Mais bien sûr, en refusant ceux qui ne prêtent pas serment sur la bible ; et en refusant les femmes.
« Pour le G.O. la tolérance est un article capital de notre constitution. » Eh oui, en imposant nos conceptions occidentales chrétiennes !

Ne faisons-nous pas preuve d’hypocrisie ? Par conditionnement ; par refoulement ; par réflexe Pavlovien ?
Conditionnement par le dire abusif, « Vous êtes le sel de la terre » ; « de haute valeur morale », mais tu n’es qu’un homme mon F. ; et, tu le sais bien ; aussi tu refoules, tu te fais du cinéma, ton imaginaire prend le pas sur la réalité, et, à la clochette qui sonne, Pavlov revient au galop ! Hypocrite va !
La maçonnerie est le produit de la civilisation occidentale ; civilisation dominante, colonisatrice ; mais, à l’heure actuelle confrontée à l’apport d’autres ethnies, d’autres cultures. Elle a été habituée, par tradition, ronron des habitudes, paresse d’esprit critique, à accepter le théisme subliminal, le déisme énoncé, donc, le refus de l’athée, de l’agnostique. Les changements sont à notre porte car elle va épouser la nouvelle culture, la nouvelle civilisation ; étant son produit : le brassage ethnique, multiculturel va obligatoirement modifier, société, culture, et traditions. La maçonnerie suivra, et sera enfin conforme à ses objectifs, de « réunir ce qui est épars », « d’être le centre de l’union », et, « universaliste ».

Quelques citations de bon sens : elles sont toutes du philosophe Alain B.L. Gérard
L’idée de Dieu, est ici celle des divers monothéismes

« C’est à la religion de se justifier face à l’incroyance, et non l’inverse »
« Avec l’incroyance, départ et arrivée de la connaissance sont inversés. »
« La croyance est certitude, …l’existence est aléatoire et doute. »
« La croyance n’est pas innée, elle est acquisition. » Dans le monothéisme : Révélation
« La principale raison d’incroyance n’est pas tant logique ou mécanique que morale. »
« Si dieu existe, dieu est maladroit…dieu est cruel…le monde est plein de souffrances, de gaspillages, …l’amour est en l’homme. »
« La religion rend inextricables tous les conflits. »

Les monothéismes ; leurs origines

Certains font remonter le monothéisme au pharaon Akhenaton adorateur d’Aton où,
Aton = soleil = Ré = Ra
Fabre d’Olivet dans « la langue hébraïque restituée », fait la démonstration que la langue hébraïque a ses origines en Egypte ; elle est le langage de la bible et le langage des pharaons de la bible, où l’on voit que Aton peut vouloir dire soit dieu, soit seigneur, soit soleil. La bible ; origine écrite des monothéismes, ne peut remonter que vers le 8ème siècle avt J.C. puisque l’écriture syllabique Phénicienne et proto-hébraïque n’apparaît que vers ces dates là.
Que peut-on dire de Salomon que les datations traditionnelles font remonter soit pour certains au 16ème ou 17ème Avt J.C. soit pour d’autres au 10ème ou 11éme avt. J.C. ?
Et, que peut-on retenir des diverses traductions de la bible après avoir pris connaissance des travaux de Bernard Dubourg : « l’invention de Jésus » où il défend la thèse d’un original des évangiles en Hébreu ; thèse reprise d’une part par Maurice Mergui dans « un étranger sur le toit » puis « comprendre les origines du christianisme ». Et, aussi, par Sandrick Le Maguer dans « portrait d’Israël en jeune fille, genèse de Marie ».
Ces auteurs expliquent comment le nouveau testament est un MIDRASH ; c’est-à-dire : il faut d’abord savoir qu’en Hébreu , donc dans la Torah , il n’y a pas de pensée historique : PAS DE PRESENT, PAS DE PASSE, PAS DE FUTUR, dans le midrash ; qui est une herméneutique descriptive, un récit, un exposé détaillé, construit sur des paraboles, des allégories, des métaphores, des homonymies, la gématrie ; il n’est absolument pas traduisible en Grec, puis en latin, et ensuite dans nos diverses langues. Donc là tout est SYMBOLES .
Qui plus est, lorsque l’on connaît à peu près, le temps de latence entre les faits exposés et leur relation par les évangiles, quel crédit peut-on leur attribuer ?
Le but de cette Pl. n’est pas de faire une déconstruction des divers monothéismes, simplement d’en faire toucher du doigt leur incohérence, tel que le démontre Frédéric Lenoir dans « comment Jésus est devenu Dieu ». Et aussi notre F. Jacques Rolland dans :
« Genèse de l’univers et intuition maçonnique »

Idée de l’être, ( l’homme ) et de dieu.

Avant que de tenter de définir ce que peut être, ( pour un maçon libéral ) « le sens » ; sens de la vie, de l’homme, du monde, il convient de faire un détour par ce que nous sommes ; qu’est l’homme ? Qu’est-ce « qu’être » ? Ce qui nous permettra d’entrevoir ce que d’aucuns appèlent dieu . Le principe de Protagoras est incontournable : « L’homme mesure de toute chose ». Donc doit-on inclure dans les buts à atteindre : Liberté- Egalité- Fraternité ; Dignité, et… sécurité économique ? Ensuite : conception téléologique ( définition du droit par ses buts ) « Juste mesure » ; et noétique ?
A noter que la conception de la G.L .N.F. est narcissique, individualiste, et archéo-conservatrice.
Citation :
« Il y a des gens comme nous, les classes éduquées, qui ont été dans les bonnes écoles, qui ont un bon enseignement, qui ont été endoctrinées à ne pas voir certaines choses. C’est ce que l’on peut appeler l’autorefoulement. Parfois consciemment, parfois inconsciemment ; nous filtrons ce que nous ne voulons pas voir, parce que ça nous met trop mal à l’aise. » Noam Chomsky
C’est aussi : « l’échec au réel » de J. Claude Guilbaud au sujet du néo-capitalisme ; et à transposer à l’archéo-conservatisme.

Ici, à nouveau, je vous assène une liste de citations ( toutes aussi de Alain B.L. Gérard ) qui, bien mieux que toute description, vont circonscrire la question.

« L’être est le théâtre du sens dans sa totalité, dans sa globalité. »
« Qu’est-ce que le sens ? L’absence de sens est peut-être, malgré tout, notre sens fondamental. »
« Le sens du monde que nous demandons, n’est jamais qu’un sens pour l’homme. »
« Nous sommes ce qui permet au monde de savoir qu’il est. »
« C’est-à-dire, que, ce que l’on attribue à dieu, ne se trouve qu’en soi-même. »
« La conscience crée l’être, et le sens a une donnée significative individuelle. »
Pour définir l’homme, ici, l’idée de dualité est exclue. Il n’y a donc pas « spiritualité » à proprement parler. L’homme « étant » se trouve être créateur ; ceci en opposition aux conceptions de métempsycose de Platon, des bouddhiques, ou des brahmaniques ; perpétuel retour avec élévation pour en arriver au pur esprit. Ici la conception divine est une forme de panthéisme ; dieu nature ou univers. Mais univers cyclique par contraction et expansion tel que l’enseigne le Tao. Cette conception n’a en rien imprégné la maçonnerie, exception faite de la vision séphirotique , mais où l’on ne trouve pas l’idée de cycle. Où se situe notre universalisme, même au niveau du symbole ? Nous en conservons une signification première, élémentaire qui n’ébauche en rien la philo moderne du quantique et des cordes.

Nous voilà en présence d’une complexité sans doute indéfinissable puisque, pour définir le monde, nous devons auparavant , définir ce que nous sommes ; c’est nous, notre conscience, notre être, qui définissons ce qu’est le monde et, dieu !!

Citations « globalisées » de Maître Eckart et Spinoza :

« Je suis le monde, le monde est moi, je ne suis pas séparé du monde, je suis monde dans le monde. »
« Si âme il y a …..il y a séparation ; …impossible, puisque JE SUIS, et les problèmes du monde ne cessent de se poser à moi ; il n’y a donc pas séparabilité !! »
Le substantif « l’être » désigne le fait d’avoir une réalité.
Heidegger écrivait « l’être » en le raturant, signifiant par là que « l’être » n’ « est » pas .
Quand on parle d’un être vivant, la philosophie utilise le terme « un étant ».
Ce que l’on désigne comme « être », n’est donc pas « un étant ».
Il me faut un moi pour savoir que je suis ; dieu n’existe qu’à travers moi. Donc, l’homme est seul, c’est l’homme qui crée dieu ; autrement dit : dieu sans « l’être » n’est plus dieu du tout ; dieu n’est donc plus qu’une idée !
« Le concept « d’être » ne peut s’appliquer à dieu, pour l’homme il doit rester une simple idée. » Alain B.L. Gérard
La création du moi, de l’être, de ce que je suis, de ma conscience, de la réalité, pose une sacrée question philosophique, ou d’anthropolâtrie.
« L’univers n’existe pour un individu ( et donc l’existence de dieu ) qu’au travers de ce dont il est conscient. »
Mais, paradoxalement, « l’incroyance peut parfaitement s’accommoder de la croyance en un au-delà de la mort. »
« Si, la conscience cesse avant la vie, la vie peut-elle cesser avant la conscience ? »
Peut-on aborder la thèse d’un déplacement d’existence ? Ce serait alors, un déplacement d’énergie …ou autre … plus rapide que la lumière ; tentative d’explication du paradoxe E.P.R. , de la théorie des cordes, et, d’une éventualité de translation d’une corde à une autre. ?? Enorme point d’interrogation, nous entraînant loin des préoccupations de ce jour.
Lesquelles nous incitent à penser que : « pour sa philosophie, l’incroyant n’a pas besoin du religieux. »

La vérité ; la réalité ?

Ce que nous appelons vérité repose entièrement sur l’analyse des sensations ; donc, la vérité dépend du sujet pensant, donc de la conscience. Conscience et réalité forment un couple inséparable . Nos sensations sont quelque chose d’inexplicable. Cela revient à dire qu’est-ce « qu’être » ? Peut-on parler de « niveaux de réalité » comme de « niveaux de conscience » ? Que devient la conscience après la mort ? Est-elle matière ou esprit ? Et au regard du quantique, qu’est-ce que la matière et l’esprit, qu’est-ce qui les différencie ?

Maçonnerie et … « révélation » :

Tentons d’aborder la maçonnerie à partir de ces constatations :
Point n’est besoin de citer une « foultitude » d’auteurs ayant relaté les relations directes du judéo-christianisme avec nos rituels .
Nous allons tenter de les aborder , en prenant bien soin d’avoir toujours en mémoire : « qu’ici tout est symbole » . Donc essentiellement transposable . Avec tout de même cette remarque : l’on trouve toujours des personnes ( ici des FF. ) qui prennent les symboles à la lettre, sans aucune possibilité de les interpréter !! Je les appelle « les traditionalistes conservateurs ».
Concernant la tradition :la fidélité à la tradition, n’implique pas d’arrêter l’histoire, mais bien au contraire, de trouver dans l’intelligence du passé les moyens de comprendre le présent et de se projeter dans l’avenir. Imiter le passé, et faire du passé table rase, est un même et unique défaut ; c’est un enfouissement normatif du sens, et ( ou ) une résurgence stricto sensus de cette forme de sens.
La tradition est à la maçonnerie ce que portes et fenêtres sont à l’architecture ; elle doit à la fois protéger et s’ouvrir sur l’extérieur. Ouvertures aux autres civilisations, et conservatisme, dans un cadre un peu différent, des mythes pouvant s’y inclure. Une nouvelle génération d’utopistes est nécessaire, qui allient avant-gardisme et tradition ; règles à ne pas transgresser, et buts à atteindre.
Si nous avons un peu de raison, et, quelques connaissances, nous nous rendons bien compte de ce qu’est la bible, et de ce que sont les racines des divers monothéismes ayant engendré notre civilisation occidentale. Et …donc ce que sont les racines de nos rituels.
Vous trouverez dans les références bibliographiques toutes les informations relatives à ces constats .

Je tiens à insister sur l’analyse suivante

Nous savons tous qu’en maçonnerie TOUT est symbole, comme déjà dit ; mais nous oublions bien souvent que la symbolique est libre d’interprétation, et, que pour quelques-uns d’entre nous la tendance est à la signification primaire et même totalitaire du symbole ; oubliant, ou ignorant, que la définition même maçonnique est la tolérance, la recherche du centre de l’union, l’union de ce qui est épars, et, même allant plus loin, l’oubli de la prescription chrétienne de mettre un couvert en bout de table pour le passager, le visiteur, quel qu’il soit !
Ma réflexion sera même plus intransigeante en avançant que, compte tenu de ce qui a été dit de la bible, elle ne peut être considérée que comme un message SYMBOLIQUE, donc vouloir la signifier, conduit à un rejet de l’autre, à une césure, à une forme de communautarisme. J’invite la maçonnerie à se pencher sur ce sujet.
Le problème qui va automatiquement se poser à nous est le suivant :
Est-ce que dans nos rituels nous ne rencontrons pas, à cause de leurs références originelles, une signification primaire de la symbolique utilisée ? (oui si l’on se réfère à la gnose au 2ème degré)
En un mot comme en cent : est-ce toujours à l’incroyant à faire la transposition, de faire la démarche intérieure intellectuelle vers une signification large du symbole énoncé ?
L’inverse ne comporte-t-il pas une part d’hypocrisie conservatrice ?
N’oublions jamais, surtout en maçonnerie, que l’incroyance est un état d’interrogation de base qui sous-tend et précède toute croyance ; c’est donc au croyant pétri de certitude, de se justifier, et non l’inverse ; il en est de même dans la rédaction de nos rituels.
Quant à aborder l’évolution de la tradition, est, pour la majeure partie des F.F. un sujet de « péché mortel ». Tenter de dire que notre vie, tant sociale , culturelle, philosophique, instrumentale, relationnelle, et, par voie de conséquence, maçonnique, n’est en rien ce qu’elle était il y a 300 ans, est pour certains choquant, destabilisant. Nous vivons ici comme ailleurs une époque de transition, de mutations, prétendre que la maçonnerie en est exclue est un contresens. Sommes-nous prêts à faire face ( comme l’ont fait nos aînés) à ces défis en apportant des idées et des structures nouvelles en rapport avec nos valeurs ? Tous les hommes sont égaux et ont les mêmes droits quels qu’ils soient.

De là à vouloir tout modifier, il y a un grand pas ; mais, les croyants n’ont aucun droit à vouloir imposer leurs conceptions à ceux qui ne les partagent pas.
Or dans le cas qui nous intéresse, il faut être aveugle pour ne pas remarquer l’orientation systématique et même inconditionnelle de la transposition, à tel point que la question d’ostracisme ou de rejet en vers l’incroyant n’est-elle pas « subliminalement » une triste réalité ? En référence à : « l’athée stupide »
Il convient de ne pas oublier que la religion ( et donc les religieux ) cherche à maintenir son emprise sociale et culturelle ( ici face aux incroyants ). Elle a donc crée des conventions sociales et même des rites qui lui sont propres, et sont devenus facteurs d’ostracisme et même de communautarisme ou de colonialisme.
Cette remarque peut être utilisée à l’identique dans le domaine maçonnique.
Faut-il regimber contre la culture du religieux dans le domaine maçonnique ? Peut-être pas ; car, telles sont les choses depuis nos origines, et, personne ne contraint l’impétrant à signer son engagement, mais à mon sens il y a fausse donne, car le contenu est fort différent du contenant ; je veux dire par là que les textes des rituels ( rituels de A à Z que tout un chacun peut se procurer en librairie ) ; quoi qu’on en dise, sont à connotation religieuse, alors que les 7 premiers articles de la constitution du G.O. laissent entendre qu’il n’en est rien. Et que dire de la lettre G avec référence à la Gnose au 2ème degré ?
Ne nous impose-t-on pas une conception déiste ou panenthéiste de la maçonnerie ? Je dis bien déiste et non théiste, donc un G.A.D.L.U. ; cette façon de vivre n’est-elle pas une croyance, telle que la définit Caroline Fourest , et, non pas seulement une conviction ; car « la croyance est une fin de non recevoir de l’autre, tandis que la conviction peut se débattre. » Cette Gnose imposée au 2ème degré fait du maçon un croyant et non un convaincu !
En deux mots qu’est-ce que la Gnose ? « De façon très générale, la Gnose ( du latin Gnôsis : connaissance) désigne un concept philosophico-religieux dans lequel le salut de l’âme ( où sa libération du monde matériel) passe par une connaissance (expérience ou révélation) directe de la divinité, et donc par une connaissance de soi. » Wikipédia . La Kabbale peut être considérée comme une forme de Gnose malgré une définition mal aisée du point de vue historique. Mais, « la Gnose semble fondée sur l’obtention du salut par la connaissance » Henri-Charles Puech . Je laisse aux F.F. le soin de trouver dans leurs divers rituels toutes les autres marques du déisme imposé. D’où l’intitulé de cette Pl.

Source : www.ledifice.net

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