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Concours de nouvelles maçonniques

29 Novembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet

!cid ED1A992C-F743-4862-B3BC-4D845EFB93E0À l'occasion du 2e Salon maçonnique du livre et de la Culture de Rennes organisé, les 6/7 avril 2013 par l'I.M.F.-Bretagne sous l’égide de l'Institut maçonnique de France, est lancé un concours de nouvelles maçonniques ouvert à tous, du 1er juillet au 31 décembre 2012.

Pour entrer dans le cadre du concours, la nouvelle doit simplement être consacrée, directement ou indirectement, à un ou des éléments issus des trois premiers degrés de la franc-maçonnerie : que l’un au moins des principaux protagonistes soit franc-maçon, que la nouvelle se déroule dans l’univers de la maçonnerie ou l’évoque, ou qu’elle mette en scène allégoriquement un thème symbolique de la franc-maçonnerie, qu'elle évoque tel ou tel personnage maçonnique historique... Le champ d’expression est large et toute liberté est donnée au candidat pour la rédaction de son texte sans restriction de genre (historique, drame, polar, thriller, comédie…).

L'objectif de ce concours ouvert à tous, maçon comme profane, est, outre la promotion d'un genre littéraire moins développé aujourd’hui, de mettre en scène les valeurs, la culture, le patrimoine ainsi que tout autre aspect plus ou moins connu de la maçonnerie.

Un jury paritaire de 12 membres (50/50 hommes-femmes, maçons-profanes, Rennais-non Rennais, au nombre desquels on trouvera notamment Roger Dachez, Eric Giacometti, Jacques Ravenne, mais aussi des auteurs bretons réputés de polars, des libraires, des éditeurs…) décernera trois  premiers prix et les dix meilleures nouvelles seront publiées dans un recueil.
Le palmarès sera révélé le samedi 6 avril 2013, premier jour du salon. 

   

Caractéristiques techniques des nouvelles : maximum 40 feuillets de 1.500 signes (sans minimum)

Date limite de remise : 31 décembre 2012.


Renseignements, règlement complet et formulaire d’inscription : imf-bretagne@gmail.com ou Institut Maçonnique de France – Bretagne, 31 rue des 3 Maries, 35150 Corps-Nuds 

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L'Egrégore, Chaîne d'Union et fraternité invisible

29 Novembre 2012 , Rédigé par Jean Luc Maxence Publié dans #spiritualité

Charles Baudelaire, expert s'il en est en Fleurs du mal, disait que « la plus belle astuce du Diable est de nous persuader qu'il n'existe pas » . Évidemment, en transposant cette phrase célèbre, on peut écrire que les égrégores diviseurs, souvent, usent de la même malignité que Satan, se font oublier et veulent nous persuader qu'ils n'existent pas, en effet.
Alors, qu'en est-il en réalité ?... Ce qui s'impose, c'est la constatation vérifiable que dans presque toutes les cultures connues, en effet, on observe la présence d'un monde plus ou moins vaste d'êtres bons ou mauvais peuplant cet espace intermédiaire qui présente en même temps la dimension du Réel concret et celle de l'au-delà problématique...

L'homo religiosus a cherché depuis l'origine l'expression ou la personnification de la puissance des forces cachées ... Confronté à des phénomènes naturels qu'il ne savait guère interpréter ou expliquer, phénomènes bénis comme une tombée de pluie dans un désert ou maudit comme un tremblement de terre ou un déluge, il a progressivement inventé la métaphysique. L'homme s'est trouvé alors dans la démarche... créative ô combien...de tenter de capturer et d'influencer l'insaisissable grâce à une représentation sous des figures mythiques et magiques.

Au fond, s'inspirant de Ysé Tardan Masquelier qui introduit le langage symbolique en écrivant « il n'y a pas de symbole sans homme pour le penser » , nous dirons qu'il n'y a pas davantage d'égrégore sans homme pour le penser.

Pourtant, il s'agit de ne pas oublier qu'un symbole quel qu'il soit peut avoir plusieurs contenus de sens, en effet... »Un mythe est une vision unitaire du monde, il instaure des correspondances entre les divers ordres du réel, se fonde sur une intuition analogique, propose une explication globale »... Ainsi, entre la manière dont l'occultiste Eliphas Lévis considérait les égrégores quand il écrivait : « les égrégores sont des dieux ... Les agragores sont des esprits moteurs et créateurs de formes. Ils naissent du respir de Dieu ». Ou encore « les égrégores de la terre sont les génies de la mer et des montagnes ; pour les anciens c'étaient des dieux, pour la kabbale ce sont des esprits mortels ignorants et sauvages, parce que la terre est un monde des plus imparfaits » et ce qu'est devenu en notre siècle le mot d'égrégore lorsqu'il est employé en Loge maçonnique, il y a tout un monde !

Employé couramment dans le Temple, il signifie alors quelque chose comme le résultat hypothétique de la communion des énergies mystiques quand la chaîne d'union, durant une tenue maçonnique, est constituée... C'est opéré ainsi un important et incontestable glissement de signifiant.

Le terme « égrégore », pour les maçons de quelque obédience ou ordre que ce soit, semble, d'apparence tout au moins, faire l'impasse totale sur la presque totalité des données symboliques et mythiques . ... Le mot égrégore occupe souvent la bouche des Francs-maçons réunis en atelier...

Mais qui donc se souvient du récit mythique et significatif des anges qui veillèrent sur le « Mont Hermon » pour leur simple dimension d'être collectif ? ... Il semble bien que ce terme d'égrégore quand il est prononcé dans le cadre d'un rituel maçonnique, et « à couvert », n'a gardé que sa signification immédiate d'effets collectifs, d'énergies communautaires, en quelque sorte.

L'égrégore à raz les pâquerettes, à raz son sens premier, en somme...
Et pourtant, à peu près tous les historiens de la Franc-maçonnerie, savent et évoquent volontiers le véritable danger qu'il y a de négliger les effets qui peuvent être provoqués par une évocation, en quelque sorte « légère » de l'égrégore, par une demande intense et collective de frères espérant sa venue au cœur d'une chaîne d'union... On retrouve dans le souci qu'ils ont d'avertir leurs alter ego des périls ainsi encourus, cet effroi devant le Sacré.

En fait, l'égrégore pour les Francs-maçons est un temps particulièrement rare et privilégié dans la pratique du rituel collectif qui se déroule dans la Loge, moment où les frères présents au cours de la tenue éprouvent le sentiment d'une très intense communication entre eux, quels que soient leurs degrés et qualités, d'une communion fraternelle des énergies et vibrations... En résumé, l'égrégore semble un mot un peu galvaudé que l'on murmure souvent à voix basse, qui veut traduire des minutes d'émotion, la complicité exceptionnelle d'un groupe rassemblée autour d'un tableau de Loge (Naos), lors de la chaîne d'union, laquelle est donc cette figure constituée par l'ensemble des frères réunis, et se tenant par la main dégantée, de manière à former une boucle... Cette chaîne d'union peut être fermée si chacun croise les bras pour que le droit passe toujours par-dessus le gauche... Ce rite si particulier a lieu en général lors de la clôture des cérémonies, et elle est l'occasion d'une exhortation orale prononcée par le Vénérable Maître qui rappelle de façon solennelle le sens de ce geste qui lie fraternellement les personnes présentes ce jour-là dans la Loge à toutes celles qui les ont précédées et à tous les maçons de la terre, et même à ceux qui viendront après.

De même, a la fin des agapes, dans certains rites, les convives seront appelés à former à nouveau la chaîne... Au Rite Ecossais Ancien et Accepté, par exemple, celle-ci est formée à la fin des travaux et complétée par une sorte d' « exhortation-prière » dont les termes sont laissés à l'initiative du Vénérable Maître... En fait, il est presque toujours rappelé que les frères doivent poursuivre au-dehors l'œuvre accomplie en Loge, dans le Temple, et l'égrégore, dans son sens commun de communion des énergies mystiques, s'y fait sentir souvent... Une connivence passe... Une fraternité agissante passe de chacun à chacun...

Alors, Dieu sait quoi d'indéfinissable descend parfois sur l'assemblée... Comme des anges, peut-être ? Comme si le groupe des officiants fort et UN par le certitude de son identité de vue, d'espérance, de pensée... Au fond, en maçonnerie, la chaîne d'union crée aussi, quand le rite est réussi, une force UNE, une entité invisible, peut-être ?...

Spirituel est toujours l'égrégore des Francs-maçons quand ceux-ci sont des initiés dignes de ce nom, c'est-à-dire toujours en quête d'un supplément de connaissance et de sagesse... Soyez Veilleur, souffle en quelque sorte l'égrégore... Et veilleurs jusqu'au bout de la quête que vous avez entreprise... Demeurez comme des dieux attentifs... Comme des dieux et des hommes devenus ainsi qu'un seul dieu par la vertu mystérieuse d'une fusion collective autour d'un même amour mutuel... Ainsi, plus souvent qu'il n'y paraît, en Loge, l'espace formé par la chaîne d'union devient le mont Hermon lui-même... Et les frères qui se transmettent connaissance et enseignement se sentent devenir à la ressemblance des égrégores remplis de la Sagesse des légendes mythiques...

Le collectif se transforme en entité en soi... l'entente est possible... Alors, toute chaîne d'union a son soleil mystique, comme dirait Eliphas Lévis... Tout « atelier » devient créateur et inspirateur d'initiatives de création... Toute entraide s'avère possible... Les apparences du voile sont transpercées de part en part, les visions communes deviennent lucides, le « vous êtes tous frères » s'incarne véritablement... La magie fraternelle opère à plein.

Toutefois, cette fraternité de l'égrégore triomphant, invisible et souvent indéfinissable, ne doit pas être confondue avec une connivence ou une convergence d'intérêts matériels ou, pire, par cette sorte de mafia maçonnique tant de fois dénoncée au-dehors par les profanes !... Si l'égrégore qui jaillit parfois de la chaîne d'union fait des miracles d'unité et de compréhension mutuelle, si elle suscite parfois des actes créatifs exceptionnels, l'égrégore peut être aussi parfois le hideux prétexte aux lâchetés collectives les plus criantes, aux injustices de caste, à l'esprit sectaire même... Les pires aliénations sont hélas possibles, les pires défigurations... Qui veut faire l'ange unitaire et gardien fait parfois le diable paranoïaque !
Il s'agit en somme de discerner l'égrégore qui ouvre vers la métanoïa des mystiques D transformation intérieure) et celui qui incite aux réflexes d'homéostasie, c'est-à-dire au repliement sur soi même et sur ses égoïsmes, y compris collectifs.
Ainsi, comme l'ange Gabriel, l'égrégore peut avoir une aile de lumière et une aile d'ombre.

C'est pour cela sans doute que sa fascination persiste en nos cœurs, que son aimantation se répercute d'un bout à l'autre de la chaîne d'union... L'égrégore, en définitive, fait penser symboliquement au pavé mosaïque de la Loge ... Carrés blancs et carrés noirs y font la vie contrastée et le choix possible...

Alors, au-delà de ses légendes d'origine, l'égrégore ne peut mourir tant que nous l'appelons sincèrement pour des œuvres de lumière...

Extrait du livre de Jean Luc Maxence par JDI

Source : http://esmp.free.fr/Bbilio-Numerique/0004-Egregore.htm

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Les égrégores

29 Novembre 2012 , Rédigé par Jean-Paul Thouny Publié dans #spiritualité

Les égrégore sont des entités produites par de puissants courants de pensées collectives et cohérentes.

L'égrégore est une
forme pensée ou champ énergétique construit par un groupe de personne ayant la même intentionnalité, par exemple : groupe de philatélistes, club sportif, syndicat, église, parti politique… ou tout simplement ensemble de personnes pouvant être disséminées sur la planète mais, vivant les mêmes émotions : amour, haine, colère, compassion…

Un ensemble de personnes qui se focalisent sur un même objet, avec une certaine intensité, déploient une énergie mentale, affective, passionnelle, spirituelle… qu'ils mettent en commun. Cette activité concentrée sur un objet en particulier génère une forme pensée ou, champ énergétique composé d'énergie mentale, d'émotionnelle, d'énergie spirituelle.

L'égrégore est une énergie structurée par l'objet sur lequel elle se finalise, et remplie de toutes les émotions que les participants mettent en commun.

Interaction entre les membres du groupe et l’égrégore

L'égrégore condense, rassemble ce que chaque membre y apporte. Et chaque membre, du coup, reçoit de l’égrégore dans lequel il entre, plus que ce qu'il a apporté. Il y a donc interaction entre les membres du groupe et l’égrégore.

Ce sont les membres rassemblés qui constituent l'égrégore, mais cet égrégore va adombrer les membres. Les membres sont donc sous l'ombre, ou a l'ombre de l'égrégore, qui est comme un nuage au-dessus d'eux. Et il y a bien interaction au sens où le membre nourrit l'égrégore, mais l'égrégore agit sur le membre.

Si nous rejoignons par la pensée un égrégore d'amour, nous recevrons en retour de l'amour. Alors que s'il s'agit de colère, il en sera tout autre et, nous recevrons en retour… de la colère !

L'égrégore est constitué par les personnes qui en sont le facteur déclenchant. La puissance de l'égrégore va s'amplifier en fonction du nombre de participants, mais également en fonction de l'intensité de la recherche, de la focalisation de ses membres sur l'objet et, de leur implication existentielle ou passionnelle. En s'impliquant passionnément dans l'objet d'un égrégore, les membres font un apport important d'énergie à l'égrégore.

L'égrégore est une entité vivante

L'égrégore est un concept vitalisé, réelle entité, qui pour être viable, doit être alimenté régulièrement par les membres du groupe se maintenant tous dans la même énergie vibratoire.

C'est pour cela, que les dirigeants de groupes à l'origine d'égrégores, organisent des meetings, des cultes, des rassemblements… Également, afin d'augmenter le pouvoir de l'égrégore, certains ont recours à des rituels qui peuvent consister en des formules, des symboles, des prières, des invocations, des visualisations d'images concrétisatrices, des courants mentaux, des chaînes d'union, brûler de l'encens...

Chaque membre du groupe devient une "cellule" de l'égrégore. Il vit sur le plan physique par l'intermédiaire des êtres humains membres du groupe, et sur le plan astral par la projection astrale de ceux qui y adhèrent.

La vie matérielle de l'égrégore est assurée par le nombre des membres d'un groupe, par leur discipline, leur union, leur stricte observance des rituels, mais aussi par les courants de sympathie ou d'antipathie du monde...

Forme donnée à l'égrégore

Afin de donner à l'égrégore une forme concrète, on en fait une représentation symbolique, qui sera un support de visualisation. Ce signe représente sa nature, ses buts, ses moyens. Nous aurons donc le sceau-de-salomon, l'étoile de David, le pentagramme, la croix latine, le triangle maçonnique, les symboles du Reiki…

Le symbole porte en lui-même une représentation qui parle immédiatement à l'être humain de façon figurée. Tous ces innombrables signes et sceaux ne sont que des représentations de l'égrégore. Ces signes sont à la fois une protection, un support et un point de contact entre les membres. Ils deviennent alors de véritables pentacles.

L'égrégore peut devenir une entité très puissante qui a sa vie propre et elle se détruit difficilement. Si on désire l'éliminer rapidement, il faut avoir recours à l'incinération de tout ce qui la concerne.

 

Attachement à l'égrégore

Il est également très difficile de se détacher d'un égrégore. Il est prescrit de procéder de façon inverse à celle qui est à l'origine de l'attachement. Ainsi, s'il y a eu une cérémonie d'initiation, lors de la liaison avec l'égrégore, il faudra alors procéder de façon inverse, mais identique pour produire le détachement. Dans la religion catholique, le baptême est annulé par l'excommunication.

Cependant, les réactions de l'égrégore à l'égard de la cellule expulsée sont parfois très dangereuses pour la personne concernée. La meilleure façon de se protéger est d'adhérer à un concept de force équivalente, ne serait-ce que pour un temps… Mais surtout de bien choisir le groupe auquel on adhère, intentionnellement ou non… Les conséquences peuvent être très différentes suivant le groupe.

En tant qu’humain “moyen” ou non initié, la seule chose qu’on puisse faire pour lutter contre un égrégore, c’est savoir se contrôler : sentiments, émotions, pensées. Le fait de penser à un égrégore, on le nourrit. Détester, haïr, aimer, idolâtrer, prier, etc., on le nourrit.

Aspects psychiques et énergétiques de l'égrégore

L’égrégore possède une composante à la foi psychique et énergétique. L’égrégore est une énergie qui contient toutes les vibrations des gens qui le créent, le font vivre… et qui leur échappe.

La concentration des personnes réunies dans un même but, avec les mêmes pensées intenses créées un égrégore qui se constitue, se développe, s’amplifie et devient actif.

Un égrégore est une “boule” d’énergie visualisable dans l’astral qui a été créé la plupart du temps par un groupe d’individus humain. Cette énergie, avec laquelle il est possible d’interagir, possède un caractère qui lui est propre, caractère attribué par ses créateurs. C’est comme un accumulateur d’une énergie possédant ses propres caractéristiques, et motivé par la foi ou la concentration de plusieurs personnes à la fois. Il est alors aisé de comprendre qu’il existe des égrégore de toutes sortes (Égrégore chrétien, égrégore bouddhiste, égrégore islamiste, égrégore sectaire, égrégore satanique, égrégore politique, égrégore syndical, égrégore de guérison, etc.).

Un égrégore peut être perçu comme la résonance vibratoire émise par la psyché d’un groupe de personnes vibrant sur une note déterminée. Les actes, les émotions, les pensées et les idéaux de chaque entité constituant ce groupe, fusionnent pour édifier un tout cohérent, une forme dont les composants sont de nature énergétique. La tradition ésotérique lui donne le nom de « forme pensée aurique».

Bien que d’essence subtile et impalpable, une forme pensée est aussi pénétrante, enveloppante et perceptible qu’une présence matérielle. Ce sont les courants émotionnels, mentaux et spirituels, émanant de l’ensemble des membres d’un groupe qui élaborent une forme pensée, pour ensuite, la structurer.

La notion d’égrégore se rapproche de celle d’inconscient collectif, de conscience collective, de champ morphogénétique ou de champs de conscience opérant entre eux.

Orientation d'un égrégore

Un égrégore est un agrégat de forces constituées de courants vitaux, émotionnels, mentaux et spirituels, suivant la qualité vibratoire de la forme pensée aurique. Ces courants vitaux, créés par le groupe d’individus duquel l’égrégore est issu, pénètrent la conscience du groupe sous forme de désirs, de concepts et d’aspirations.
La patrie, la république, la justice, la guerre, la paix ne sont rien d'autre que des images égrégoriques.

L’égrégore de nature astrale peut être orienté par le mental et nourrit essentiellement par l’énergie émotionnelle, (la forme pensée provoquée par les désirs, les aspirations, les rêves, les décisions, les engagements, les idées, la volonté, d’un ou de plusieurs êtres humains.)
Dans un groupe, on suppose que si les objectifs et les orientations personnelles des participants sont de nature matérielle, les égrégores, leur double subtil, manifestent des intérêts analogues. Si au contraire, les buts et les orientations des personnes constituant un groupe sur le plan physique sont inclusifs, son égrégore sera animé des mêmes intentions.

En se focalisant sur un objectif et en agissant pour lui donner vie, une personne est en mesure de créer un égrégore susceptible de se développer pendant un temps indéterminé. Suivant l’intensité de l’idée émise et du nombre de personnes qui y adhéreront, ce temps peut durer de quelques jours à plusieurs millénaires.

Pour donner deux exemples:
Une association créée par un groupe d’amis, pendant une durée de deux mois autour du projet d’organiser un concert en vue de recueillir des fonds pour réaliser un objectif particulier, va créer un égrégore à durée de vie limitée.

Un égrégore peut être réactivé et transformé au cours des siècles.
L’égrégore de la Franc-Maçonnerie contemporaine, que l’on nomme : spéculative, avait déjà un long passé avant d’être de nouveau réactivé au début du dix-huitième siècle.

La maçonnerie spéculative est un sous-égrégore aurique de celui qui anime l’Esprit de la Maçonnerie qui et beaucoup plus ancien. La Maçonnerie actuelle, fondée en 1717 à Londres, est une émanation aurique de l’Egrégore Maçonnique dont il est difficile de connaître l’origine qui se perd dans la nuit des temps…

Naissance de l'égrégore

L’égrégore est activé par une seule personne à la base et l’idée créatrice fait peut générer l'adhésion d'un nombre important de personnes, lesquelles vont donner vie à l'égrégore.

Selon la recherche ésotérique, un égrégore naîtrait, par exemple, d’une fervente prière collective, d’une thérapie de groupe, d’un projet, d’un rituel qui pourrait être chamanique par exemple. Mais il peut tout autant être la résultante d’extrémismes religieux, politiques ou nationalistes ou même d’un événement traumatisant susceptible d’engendrer une émotion collective puissante et durable tel que les attentats du 11 septembre 2001…

Aspects constructifs de l'égrégore

En Amérique et en Europe, on a expérimenté des “groupes de prières” dans les hôpitaux , qui prient pour la guérison physique des malades qui le leur ont demandé. On s’est aperçu, que des malades atteints de maladies graves, et pour qui priaient ces groupes, se remettaient beaucoup pus rapidement et avaient des chances de guérison beaucoup plus élevées, que des malades qui ne bénéficiaient pas de ces groupes ! Pourquoi ? Tout simplement parce que le “groupe de prières”, par sa dévotion, va canaliser une énergie aurique et faire son propre égrégore que l’on pourrait appeler “énergie de guérison”, et qui va se mêler à l’énergie aurique du malade visé, le rendant ainsi beaucoup plus fort, pour se battre contre la maladie !

Pour le travail, c’est la même chose : vous travaillez dans une entreprise qui vous demande de constituer un groupe afin de réaliser un projet. Si, dans votre groupe, chacun est soudé, “sur la même longueur d’onde aurique”, votre projet sera terminé en un rien de temps, et vous bénéficierez des honneurs de vos employeurs. Par contre, si dans le groupe existent une ou plusieurs “brebis galeuse”, l’énergie développée par votre groupe sera quasiment nulle ou très négative, les idées manqueront, votre travail n’avancera pas et le moral de vos “troupes” sera au plus bas ! Vous essuierez ainsi un cuisant échec auprès de vos responsables. Que se sera-t-il passé ? L’énergie développée par ce groupe à la base “malsain”, sera inexistante, voire malsaine. La meilleure solution aurait donc été que vous fassiez le travail seul, ce qui aurait été plus long, mais beaucoup moins difficile, étant donné que vous n’auriez subi aucune entrave à sa réalisation, contrairement à ce qui se sera passé dans votre groupe aurique négatif.

L’efficacité d’un égrégore repose sur la cohérence du groupe. Cohérence au niveau de l’identité, des objectifs, cohérence dans le temps et par-delà le temps.

Nourriture et mort de l'égrégore

La puissance d’un égrégore dépend de sa « masse psychique concentrée ou mobilisée ». La puissance et la nature de ces courants émis déterminent la qualité de la forme pensée aurique. Plus elle est alimentée et plus son rayonnement s’étend.

En contrepartie, moins elle est nourrie et plus sa force s’affaiblit. C’est ainsi que les égrégore se créent, se développent, puis s’anémient et disparaissent. La durée de vie d’un égrégore dépend des paramètres identiques à ceux de toutes les institutions humaines. Plus elles sont vitalisées auriquement, plus on leur porte de l’intérêt et plus elles se renforcent. Dans le cas contraire, moins elles sont fertilisées et moins elles sont susceptibles de battre des records de longévité.

Faute d’être entretenu et nourri régulièrement, un égrégore se désagrège et meurt car il n’est pas autonome comme on peut le voir.

Source : http://www.energie-sante.net/fr/HP002_les-egregores.php

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La notion "d'égrégore" dans la Tradition Maçonnique

29 Novembre 2012 , Rédigé par J\P\ L\ Publié dans #Planches

Pour nombre d’entre vous, mes Frères , la question de l’égrégore est bien connue grâce, en particulier, à un très beau travail, il y a 2 ans, de notre Frère J\F\ B\ sur cette notion.

Alors ! ,direz-vous, pourquoi revenir sur cette question ?

Pour trois raisons, deux générales et une personnelle :

  1. Tous n’étaient pas présents en janvier 1998 ; il y a aussi les nouveaux Apprentis . D’autre part, chacun ici, sur un sujet, aura son propre apport qui nourrira la réflexion personnelle. C’est ainsi qu’il est, à mes yeux, admirable de voir sur nos Colonnes, des Maçons, toujours présents, ayant entendu au cours de leur vie maçonnique maintes fois traiter un thème et y prendre encore ce que j’appelle " du grain à moudre ".
  2. Et, liée à la précédente raison, le FM ne se donne aucune limite à la recherche de la " Vérité ". Il ne prend pas pour acquis ce qui lui est proposé ; il cherche. Non pas qu’il doute forcément ; non, il s’interroge ; il questionne.
  3. Ainsi, la troisième raison, vient justement de cette interrogation personnelle sur cette notion d’égrégore ; notion floue, bizarre et énigmatique même dans son étymologie que nous rappellerons pour mémoire plus loin. Et le hasard, (ah ! Ah ! ...le hasard...) me fit entrer un jour dans une librairie où j’ai mes habitudes car j’y trouve des écrits maçonniques parfois anciens à petits prix. Et que vois-je, ce jour-là ? Un cahier de Villard de Honnecourt, tome XIV, année 1978. Thème traité, entre autres : " une curieuse énigme : égrégores bibliques et égrégores maçonniques " par notre F\ Ray\ Dev\. Ni une, ni deux, vous vous en doutez ! Et d’ailleurs quelques-uns d’entre vous, Comp\ ont déjà en leur possession cet article de 28 pages qui soulève la question de la réalité ou fiction de cette notion d’égrégore. Je ne vais pas vous asséner la lecture de ce travail fouillé, précis et détaillé. Pour ceux d’entre vous que ça intéresse, le F\ Secrétaire tient sur son plateau, des copies de cet article à votre disposition. J’en reprendrai devant vous quelques éléments, en particulier historiques, pour montrer que cette notion d’égrégore n’est " absolument pas dans la Tradition Maçonnique ". Mais je vous dirai aussi, au travers d’un point de vue personnel, ce que je mets dans cette notion, qui n’existe pas tangiblement, mais qui, après tout, peut très bien faire partie de la Tradition du futur...ou du futur de la Tradition.

Mais d’abord, rappelons quelques points de définitions qui, déjà, montrent que cette notion d’égrégore est plus que mystérieuse...

Dans le Robert, entre " égrener " et " égrillard ", il n’y a pas " d’égrégore ". Dans le dictionnaire historique de la langue française d’Alain Rey, en deux volumes – nouvelle édition, point d’égrégore non plus...Larousse, idem.

En fait, nous dit Ray\ Dev\, le mot " égrégore " est né " d’une succession d’erreurs d’interprétation et de traduction d’un texte araméen et de ces versions grecques ". Il n’existe pas dans les textes bibliques, et s’appuyer sur le livre d’Hénoch, pour y trouver matière à substance, relève plus de " fabulation ou d’ignorance " que de réalité.
Exemple : nous devrions chercher des " égrégores " dans un texte mal traduit qui dit, entre autre, ceci :" Les anges qui, s'étant aperçus que les filles des hommes étaient belles, firent serment de veiller sur le mont HERMON... jusqu’à ce qu'ils les eussent possédées. "

Pour plaisante que paraisse la démarche de ces séraphins quelque peu coquins, il ne semble pas que nous puissions y trouver la source du concept d'éGRéGORE mais bien plutôt l’origine, peut-être, du " sexe des Anges " comme dit le langage populaire...

Nous passerons sur l’origine latine, soit disant, du mot car il nous faudrait faire un tour de passe-passe sémantico-linguistique pour ajouter en préfixe un E à la racine " grex- gregoris " qui donne troupeau et l’adjectif, grégaire. Et par conséquent, nous sommes loin, ici, d’une approche éventuelle d’une quelconque notion maçonnique possible...les Frères n’étant justement pas des moutons formant troupeau à qui l’on pourrait faire accroire que " les vessies sont des lanternes ".

C’est à partir de la racine grecque ancienne " egregoroi ", qui veut dire " veilleur " et non pas " égrégore " ou du verbe " egregoren " qui signifie " être éveillé " que des auteurs, très éveillés eux, voire " illuminés ", ont introduit cette notion d’égrégore.

Occultistes, magiciens, voire soit disant kabbaliste, ces auteurs français du XIXe siècle sont au nombre de trois :

  1. Alexandre Saint-Yves d'Alveydre (1842-1909)
  2. Eliphas Levi, autrement dit Alphonse-Louis Constant (1810-1875)
  3. Stanislas de Guaïta (1861-1898)

Ces 3 auteurs inventent le concept occultiste d’égrégore, concept qui bien sûr n’est jamais présent dans les textes maçonniques antérieurs, ni même dans leurs textes, sinon posthumes comme c’est le cas pour Eliphas Levi.

C’est dire que la question de l’égrégore ne s’inscrit absolument pas dans la Tradition Maçonnique et qu’il faudra même attendre un fameux Maçon, Oswald Wirth, pour trouver le chaînon de transmission dans la FM française, et uniquement française, le mot et le concept occultiste d’égrégore.

Mais avant revenons rapidement sur ces trois auteurs.

Alexandre Saint-Yves d'Alveydre est une sorte de visionnaire qui sera le premier a évoquer, sans jamais la nommer précisément, la notion d’égrégore. Mais c’est à partir de lui, et particulièrement un de ses écrits, "Mission des Juifs ", que sera reprise une idée qu’il développe en dictant cet ouvrage, inspiré qu’il est par " la puissance et les origines surhumaines des juifs ", un être Collectif occulte créé spontanément par le Pouvoir humain et susceptible d'être doué d'une puissance terrifiante. "

Cette notion rappelle curieusement la Shekina du Talmud et de la kabbale hébraïque - signifiant la présence particulière de Dieu en son peuple, présence parfois conçue comme une entité indépendante, intermédiaire, plutôt que comme une " émanation " du peuple juif. Saint-Yves s'en est-il inspiré ? Peut-être.

Toujours est-il que le véritable instigateur, formalisateur du concept occultiste d’égrégore est le deuxième personnage de notre histoire, Eliphas Lévi, autrement dit Alphonse-Louis Constant qui fut magicien, kabbaliste, historien mais aussi FM .

Il écrira plusieurs ouvrages qui auront de l’influence sur des contemporains comme de futurs auteurs. Citons par exemple :
· 1860 – Histoire de la Magie
· 1861 - La clef des grands mystères
· 1865 - Philosophie occulte (2* série)

Mais c’est dans un ouvrage posthume, rédigé vers 1869-1870 " Le livre des Splendeurs " qu’il mentionne pour la première fois les égrégores. Son inspiration vient d’une traduction en anglais d’un texte éthiopien du Livre d’Hénoch " dont nous avons parler tout à l’heure. Il assimile " ces anges " à des " veilleurs " qu’il nomme d’ailleurs " éggrégores " avec deux G.

Voici quelques passages de ce qu’il écrit :
" Or le livre d'Hénoch nous raconte qu'il existait des Eggrégores, c'est-à-dire des génies qui ne sommeillent jamais... "
" Ce que dans nos ouvrages précédents nous avons appelé des larves et des vampires, des coagulations et des projections malsaines de la lumière astrale, ce serait en réalité, suivant le livre d'Hénoch, des âmes hybrides et monstrueuses formées du commerce des Eggrégores avec les prostituées de l'ancien monde ; les âmes des géants exterminés par le déluge, des exhalaisons morbides de la terre et de la bave du serpent Python. "

Dans " Le Grand Arcane, publié, en première édition, en 1898 ", il écrit :

" Ces forces colossales ont parfois pris une figure et se sont présentées sous l'apparence de géants : ce sont les Eggrégores du livre d'Hénoch ; créatures terribles pour qui' nous sommes ce que sont pour nous les infusoires ou les insectes microscopiques qui pullulent entre nos dents et sur notre épiderme. Les égrégores nous écrasent sans pitié parce qu'ils ignorent notre existence,- ils sont trop grands pour nous voir, et trop bornés pour nous deviner. "

Cependant plus loin dans cet ouvrage, il tempère son point de vue, voire fait un virage à 180°:

" Ces éggrégores, s'il fallait admettre leur existence, seraient les agents plastiques de Dieu, les rouages vivants de la machine créatrice, multiformes comme Protée mais enchaînés toujours à leur matière élémentaire... "

" Les Arabes, Poétiques conservateurs des traditions Primitives de l'Orient, croient encore à ces gigantesques génies. Il en est des blancs et des noirs, les noirs sont malfaisants et se nomment les Afrites. Mahomet a conservé ces génies et en a fait des anges si grands que le vent de leurs ailes balayent les mondes dans l'espace. Nous avouons ne pas aimer cette multitude infinie d'êtres intermédiaires qui nous cachent Dieu et semblent le rendre inutile... Nous avons des milliards de dieux à vaincre ou à fléchir sans pouvoir jamais arriver à la liberté et à la paix. C’EST POURQUOI NOUS REJETONS DÉFINITIVEMENT ET ABSOLUMENT LA MYTHOLOGIE EGGRÉGORES ".

"ICI NOUS RESPIRONS LONGUEMENT ET NOUS NOUS ESSUYONS LE FRONT COMME UN HOMME QUI SE RÉVEILLE APRÈS UN RÊVE PÉNIBLE... "
Et, dix lignes plus bas :

" ... TOUTE LA FANTASMAGORIE GIGANTESQUE DE L’ANCIEN MONDE N’EST PLUS QU'UN COLOSSAL ÉCLAT DE RIRE QUI SE NOMME GARGANTUA DANS RABELAIS."

Souvenons-nous que, de son vivant, Lévi disait fréquemment à ses amis, en plaisantant, qu'il était " la réincarnation de Rabelais 1 "

Plus loin, page 164, Éliphas Lévi termine comme suit ses propos sur les "éggrégores" :
" Les véritables eggrégores, c'est-à-dire les veilleurs de nuit, auxquels nous aimons à croire, ce sont les astres du ciel avec leurs yeux toujours étincelants... Nous aimons à Penser aussi que chaque peuple a son ange protecteur ou son génie ... Tout cela est. possible quoique douteux et peut servir aux hypothèses de l'astrologie ou aux fictions de l'épopée ... "

J’ai tenu à reprendre ces citations car vous mesurez mieux ainsi, mes FF\ , dans quoi s’origine cette notion d’égrégore, avec cette fois un seul G.

C’est finalement un autre auteur, Stanislas de Guaïta qui publie dans " La Clef de la Magie Noire (1897) ses réflexions les plus complètes et les plus précises sur les égrégores occultistes.

En voici les textes principaux, dont la pagination est celle de l'édition originale, de 1897 :

Pages 279-280 :
" Il doit nous suffire d'esquisser ici quelles combinaisons souvent fortuites donnant naissance à des êtres collectifs, plus ou moins éphémères ou durables, - sortes de vivantes synthèses, résultats du groupement de plusieurs individualités, sous les conditions requises. "
Page 290 :
" C’est ainsi que, dans l’ordre politique ou social, ou religieux, des millions d’hommes , hiérarchiquement organisés, tant de siècle durant, sous le niveau d’une règle inflexible, ont pu créer –conscients ou non de leur oeuvre dans l’invisible- des êtres virtuels, des entités collectives, en un mot des Dominations fastes ou néfastes, d’une puissance et d’une durée également incalculables "
Page 295 :
" La chaîne magique est un moyen sûr de créer des Potentiels collectifs à qui rien ne résiste" "
Est-ce là une allusion à notre Chaîne d’Union que nous connaissons en FM ? Rien ne le prouve.
Enfin, page 533 :
" Nous rappelons pour mémoire la souveraineté que déploient les êtres collectifs, que nous avons qualifiés d’égrégores. "

Pour l’instant, reconnaissons qu’il est difficile d’identifier dans ces conceptions avancées par ces auteurs, une quelconque relation avec un symbole, un idéal, des outils, voire un vécu maçonniques...

Cependant, un auteur bien connu en FM ,Oswald Wirth, va donner, si je puis dire ses lettres de noblesse à la notion d’égrégore, qui finalement n’apparaît en FM que dans les années 1935 seulement ; autrement dit, mes Frères  nous sommes dans le contemporain, dans notre siècle, rien à voir avec les fondements de la FM ni avec la Tradition Primordiale dont parle René Guénon et sur lequel nous reviendrons brièvement tout à l’heure...

Pour l’instant, il s’agit d’Oswald Wirth qui va conceptualiser pour nous FM cette notion d’égrégore.

Oswald Wirth n’est pas que  FM; il est aussi occultiste et fervent admirateur de Guaïta qu’il exprime dans son ouvrage " L'Occultisme vécu (1887). Toute sa confiance aussi en ses pouvoirs paranormaux.

Wirth déclare que Guaita lui fit remarquer l'existence de l'" esprit ", dit égrégore, que se constitue toute assemblée humaine, grande ou petite. Cette notion occultiste, Wirth l'adopte. Il la fait sienne. Il en fait état bien souvent dans ses livres.

Ainsi dans " le livre du Maître ", réédité en 1972 :

" Faut-il faire remonter au Logos de Platon, à son Grand Architecte ou Démiurge, la Lumière qui éclaire progressivement initié ? Plus modestement nous pouvons nous arrêter à celui que les Maçons appellent leur Maître Hiram. Mais comment nous représentons- nous cette mystérieuse entité ?"

" Loin d'être un personnage, c'est une personnification. Mais de qui? De la Pensée initiatique, de cet ensemble d’idées qui survivent, alors même qu'aucun cerveau n 1 est plus capable de vibrer sous leur influence. Ce qui est précieux ne meurt pas et subsiste comme à l'état latent, jusqu'au jour où s'offrent des possibilités de manifestation... ", je ne peux poursuivre...nous sommes au 1er degré.

A la page 195 du Livre du Maître :
"... La vertu pentaculaire réside dans l’idée, les sentiments d'énergie ou l'état d’âme que l'image évoque... Mais que dire d'un pentacle invisible, tracé par toute une vie d'efforts mis au service d'un idéal supérieur ? Il ne s'agit plus ici d'enfantillages et de grimoire, mais du renforcement de la puissance secrète des Initiés... "

Et plus loin

A la Page 205 :
" L’Initié véritable tend à concentrer sur lui les énergies diffuses d'une vaste ambiance ; il dispose ainsi d'une manière très réelle, d'une puissance illimitée, provenant des dieux, au sens initiatique du mot. Le Maçon, qui s'est voué de toute son intelligence et de tout son cœur à l'exécution du plan de l’architecte Suprême, Peut accomplir un travail de beaucoup supérieur à ses moyens personnels : il n'est pas seul, car avec lui se solidarisent toutes les énergies que stimule la même bonne volonté. La Chaîne d'Union est effective pour tout adepte sincère, qui , ayant réalisé l'équilibre reçoit dans la mesure où il donne, en bénéficiant du courant qu'il a su établir en le transmettant. "

Nous voyons ici qu’Oswald Wirth parle en FM , qu’il s’est emparé de la notion fournie par Guaïta pour la faire vivre dans notre univers maçonnique.

Ainsi donc, Oswald Wirth n'est pas l'introducteur direct du mot égrégore en Franc-Maçonnerie. Il en fut, à partir de Stanislas de Guaita, le premier chaînon transmetteur.

L'introduction proprement dite du mot et du concept allait être opérée principalement par son disciple, Marius Lepage (1901-1972).

Symboliste, occultiste et Franc-Maçon, Marius Lepage fut, à peu près, pour Oswald Wirth ce que fut ce dernier pour Stanislas de Guaita. Sans être le secrétaire, il a été l'ami fidèle et le disciple.

C’est au cours de l’année 1935 que parut, de la plume de Marius Lepage, le premier article maçonnique où intervenait le mot égrégore associé au concept occultiste. Il s'agissait d'une nouvelle étude sur la chaîne d'union dont, sept ans plus tôt, Oswald Wirth avait donné, dans le même périodique, une version inspirée de celle de Guaita mais où l'égrégore de la loge était décrit sans être nommément cité.

Et c’est finalement, notre Frère Jules Boucher (1902-1955) qui allait véritablement donner du corps à ce concept d’égrégore, aujourd’hui :

" On appelle "égrégore" une entité, un être collectif issu d'une assemblée. Toute assemblée d'individus forme un égrégore. Il y a un égrégore pour chaque religion et "cet égrégore est puissant de toute la force des fidèles accumulée au cours des siècles. De même, pour la Franc-Maçonnerie, chaque Loge possède son égrégore ; chaque Obédience a le sien et la réunion de tous ces égrégores forme le grand Égrégore Maçonnique. "

Cette définition demeure imprécise et ne renseigne pas sur la nature intime des égrégores ; dès lors qu'elle ne se situe pas d'emblée dans le fantastique, elle permet des interprétations plus ou moins rationnelles.

" Dans l'actuelle terminologie occultiste, le mot égrégore s'applique aux âmes de collectivités, des groupes humains. Ainsi il y aurait un égrégore de la France, de la Franc-Maçonnerie, pour nous limiter à ces deux exemples. "

Alors, mes Frères , comment devons-nous l’entendre, nous, cette notion d’égrégore ?

Et bien chacun fera son apport lors de notre Agape fraternelle ; il ne s’agit pas de se fermer parce qu’une idée semble farfelue, floue, imprécise, voire irrationnelle.

Je pense que nous touchons, au travers de cette notion, un élément fort de notre vécu maçonnique, à chaque tenue, lors du processus rituel.

Aussi bien dans l’ouverture que dans la fermeture des travaux, mais aussi dans la fameuse " Chaîne d’Union " dont nous parlait Oswald Wirth.

Cette vibration que nous pouvons ressentir, présente, lorsque nous sommes nous-mêmes présents, elle a sa traduction dans des notions que nous connaissons mieux, que nous appréhendons mieux ; je veux parler des notions de fraternité, de tolérance envers nous, mais aussi d’amour fraternel sincère qui nous habite les uns envers les autres et que nous devons cultiver comme un trésor qui n’existe pas, peu s’en faut, dans le monde profane.

Nous sommes " les enfants de la Veuve ". A nous de faire rayonner dans ce monde profane un peu de la Lumière, du moins quelques rayons, entr’aperçus dans ces moments forts que sont nos Tenues.

J’ai dit, VM 

Source : www.ledifice.net

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L'égrégore origine du concept et définitions

29 Novembre 2012 , Rédigé par Michel Seguy Publié dans #Planches

Si je suis venu à l’Orient aujourd’hui, au plateau d’Orateur, ce n’est pas pour
vous faire une planche personnelle sur l’Egrégore mais plutôt pour dévoiler
l’origine du mot et compiler les définitions qui en ont été faite.

Un travail de recherche en quelque sorte avec le souci premier de fournir au
plus jeune d’entre nous, une aide à la compréhension sur un sujet devenu
aujourd’hui incontournable en FM

Vous ne pourrez en trouver aucune trace de ce mot sur les dictionnaires
traditionnels tel que le Larousse, le Robert, ni même le dictionnaire historique
de la langue française en 2 volumes ni même sur le Larousse en 5 volumes.

Vous ne pourrez pas non plus en parler avec vos Frères de rites anglo-saxons tel
qu’émulation ou le rite d’York.

En effet ce mot Egregore ne figure pas non plus dans la tradition Maçonnique, ni
dans aucun rituel.

Pourtant il est fort probable qu’il fasse partie, demain de cette tradition
Maçonnique.

En effet, depuis 141 ans, les auteurs les plus éclairés et les plus prestigieux
F\M\ s’essayent et planchent sur ce sujet magnifiquement abstrait et ésotérique
à souhait. Je veux parler de Guaita, Wirth, Lepage, Boucher et même notre
préstigieuse L\ de recherche Villard de Honnecourt.

Il faut avoir accès à un 24 volumes pour trouver le mot EGGREGOR (avec 2 G).

Les Eggregores avec sont des anges. Membres de la hiérarchie intermédiaire entre
les hommes et Dieu, cousins des Séraphins ou autres des Chérubins.

D’après Raymond DAVIS orateur de Villard de Honnecourt qui a planché en 28 pages
sur ce sujet (tome 14, de l’année 1978)

Le mot Egrégore serait né d’une succession d’erreurs d’interprétation et de
traduction d’un texte araméen traduit vers l’Hébreu puis vers le grec, puis vers
le romain exactement comme le fut la bible, d’ailleurs.
Dans le livre d’Hénoch on trouve donc trace des Eggregores sur le Mont Hermon. :

« S’étant aperçu que les femmes des hommes étaient belles ils décidèrent de
rester là et de veiller jusqu’à ce qu’ils les eussent possédées… »

Un peu coquins les angelots ! En tous cas cette petite phrase nous fait 2
révélations importantes :

Nous découvrons ici le « sexe des anges » qui est le même que le notre… !

Et beaucoup plus sérieusement nous relevons le mot « veiller ».

Une spéculation sémantico-linguistique sur l’origine latine du mot nous envoie à
la racine « Grex-Gregoris » qui donne troupeau.

A l’idée de « veille », vient donc se rajouter l’idée de rassemblement de
plusieurs entités en une seule, en l’occurrence un troupeau.

La racine Grecque « Egregoroi » nous donne veilleur et le verbe Egregoren
signifie être éveillé.

Voilà qui commence à nous donner matière sur les origines du mot mais depuis 1
siècle et demi, le concept, comme la définition à été abondamment mûrie,
méditée, envisagée, conceptualisée.

C’est tout d’abord un occultiste, magicien et kabbaliste « Alexandre St Yves
d’Alveydre » qui fait réapparaître les Egregores au milieu du 19ème siècle dans
un livre intitulé « Mission des Juifs » ouvrage qu’il écrit, je cite : « inspiré
par la puissance et les origines surhumaines des juifs. Cet être collectif
occulte, créé spontanément par le pouvoir humain et susceptible d’être doué
d’une puissance terrifiante »

Peu après ce livre, un autre auteur français : « Alphonse-Louis CONSTANT »
(Historien, Kabbaliste et F\M\) reprend le concept dans différents livres et
tente de faire le lien avec les Eggregores du livre d’Hénoch,

Il voit des génies qui ne sommeillent jamais, des géants doués de forces
colossales qui prennent toutes sortes de formes et d’objectifs.

Tantôt larves nuisibles, vampiriques ou projections malsaines, tantôt agents du
bien, rouages de la machine créatrice.

Pour lui, «Gargantua » était un Eggregore.

Et surtout il émet l’hypothèse que chaque peuple a son ange protecteur ou son
génie. Son Eggregore.

En 1897 Stanislas de GUAÏTA (le fameux), celui là même qui inspira tant Oswald
WIRTH, publie « les clefs de la magie noires » Les réflexions les plus complètes
et les plus précises sur les Egrégores occultistes.

En voici quelques extraits :

« Il doit nous suffire d’esquisser quelques combinaisons, souvent fortuites,
donnant naissance à des êtres collectifs, plus ou moins éphémères ou durables.
Sorte de synthèses vivantes, résultats du groupement de plusieurs
individualités, sous les conditions requises… »

Plus loin :

« C’est ainsi que dans l’ordre politique, social ou religieux, des millions
d’hommes, hiérarchiquement organisés, tant de siècles durant, sous le niveau
d’une règle inflexible, ont pu créer, (conscient ou non de leur œuvre dans
l’invisible) des êtres virtuels, des entités collectives, en un mot, des
dominations fastes ou néfastes, d’une puissance et d’une durée incalculable. »

Plus loin :

« La chaîne magique est un moyen sûr de créer des potentiels collectifs à qui
rien ne résiste »

Faisait-il , là, une allusion à notre chaîne d’union ?

C’est plus tard, en 1935 exactement, que Oswald Wirth va donner à la notion
d’Egregore toutes ses lettres de noblesse.

1935, c’est à dire que nous sommes très loin de la tradition primordiale dont
nous parle René Guenon.

Et pourtant cette notion d’Egregore tel que « De Guaitas ou Wirth » nous
permettent de l’envisager, comment pourrait-on s’en passer demain puisqu’elle
est belle et bien là maintenant, omniprésente, parmi nous…
Nous pouvons presque la toucher !

D’autres auteurs éclairés (ou un peu allumés pour certain), nous parlent de la
présence dans toutes nos tenues, d’un grand Maître de la Grande L\ Blanche qui
se tiendrait au nord, juste derrière les Apprentis.

Celui là ne serait pas le fruit de nos pensés collectives mais peut-être le
garant ou le surveillant de notre Egregore, un peu comme les Maîtres-chiens,
omniprésents et omnipotents sur les terrains des écoles canines…

Dans le livre des Maîtres, notre guide à tous, réédité en 1972, Oswald Wirth
nous dit que Guaita lui fit remarquer l’existence incontestable mais jusque là
non considérée, de l’Esprit collectif, issu de toutes assemblés humaines, grande
ou petite, vibrant à l’unissons.

Et que faisons-nous lorsque nous nous réclamons tous de la légende de Hiram ?

Ne créons nous pas une personnalisation d’un esprit collectif ? Hiram serait-il
devenu un Egregore ?

Je cite Oswald Wirth :

« L’initié véritable tend à concentrer sur lui les énergies diffuses d’une vaste
ambiance ; il dispose ainsi d’une manière très réelle, d’une puissance
illimitée, provenant des Dieux, au sens initiatique du mot.

Le M\ qui s’est voué de toute son intelligence et de tout son cœur à l’exécution
du plan de l’architecte suprême, peut accomplir un travail de beaucoup supérieur
à ses moyens personnels : il n’est pas seul car avec lui se solidarisent toutes
les énergies que stimule la même bonne volonté.

La Chaîne d’Union est effective pour tout adepte sincère, qui, ayant réalisé
l’équilibre reçoit dans la mesure ou il donne, en bénéficiant du courant qu’il a
su établir en transmettant. »

Après Guaita et Wirth, c’est Marius LEPAGE qui repris le concept et qui le
premier, fit entrer le mot dans des articles maçonniques qui traitent de la
Chaîne d’Union .

Puis finalement c’est Jules BOUCHER entérina le concept en lui donnant le corps
d’une définition que voici :

« On appelle EGREGORE, une entité, un être collectif issu d’une assemblée.

Toute assemblée d’individu forme un Egrégore.

Il y a un Egrégore pour chaque religion et cet Egrégore est puissant de toutes
les forces des fidèles accumulées au cours des siècles.

De même pour la FM , chaque Loge possède son Egrégore et la réunion de tous ces
Egrégores forme le grand Egregore Maçonnique. »

Certes cette définition demeure imprécise et dans l’actuelle terminologie
occultiste, le mot Egregore s’applique aux âmes de toutes collectivités, vibrant
à l’unisson, sans distinction de finalité.

Il peut probablement exister aussi un Egrégore pour la France, pour une équipe
de foot pour une association philosophique, ou un mouvement politique rouge ou
noir.

Sa couleur, sa forme et sa finalité sera seulement différente.

Il est fort probable que :

Plus les vecteurs des individus sont similaires, plus leurs buts sont identiques
et moins l’Egrégore sera diffus et informe, plus il sera déterminé et puissant.

La question est :

Existe t’il dans le monde des réunions d’hommes aussi nombreux que les F\M\(nous
sommes des millions) qui se réunissent aussi souvent et depuis si longtemps pour
pratiquer des rituels aussi précis, puisque nous sommes sans équivoque à la
virgule prêt… ?

Il y en a peu !

Si l’on accepte de croire à l’existence immatérielle de ces Egrégores, et si
l’on considère la somme des pensées de tous les maçons de tous les temps alors
nous pouvons imaginer la puissance de l’Egrégore maçonnique.

Si nous le comparons maintenant à une vague, alors nous sommes de milliard de
gouttes d’eau, se ruant toutes dans la même direction.

Je pense que nous touchons avec ce sujet, à l’idée initiale qu’avait eu notre
 VM en début d’année lorsqu’il souhaitait comme thème de l’année, que nous
intégrions notre vécu Maçonnique dans la société actuelle.

Cette vibration que nous pouvons ressentir à l’ouverture des travaux comme dans
la fameuse « Chaîne d’Union » intègre les notions de Fraternité, de tolérance,
d’Amour, de connaissance, de Lumière, de sagesse, de philanthropie, de Force, de
Beauté, de perfection…etc

Telle est la finalité de l’Egregor Maçonnique en un mot c’est la quête de la Gnose.

Et si nous somme cette goutte d’eau, infime partie de la vague immense et
déferlante, alors éclaboussons au dehors l’essence de nos êtres intimes et
toutes les vertus qui caractérisent notre Egrégore.

J’ai dit VM et vous tous mes Frères

Merci de m’avoir écouté.

Source : http://fr.groups.yahoo.com/group/qabalah/message/2026

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Préface (1908)

28 Novembre 2012 , Rédigé par Gustave BORD Publié dans #histoire de la FM

Depuis plus d'un siècle les historiens et les économistes se demandent comment un pays, foncièrement monarchique et catholique comme la France, a pu brusquement changer d'idéal et de foi. Suivant leurs passions politiques ou religieuses, ils ont donné à ce phénomène social les causes les plus diverses.      

Il est hors de toute discussion que la société française était gravement malade à la fin du XVIIIe siècle, puisque de son sein sont sortis les doctrines et les acteurs de la Révolution. Ce qu'il nous paraît important de savoir, ce n'est donc pas si le corps social était contaminé, mais de quel mal il était atteint. Se mourait-il de vieillesse, avait-il une maladie organique, ou était-il en proie à une maladie infectieuse résultat d'une inoculation morbide ? Le mal était-il guérissable ou mortel ?      

Aucun historien de bonne foi n'a mis en doute que l'âme du pays ne fût royaliste et croyante. L'Etat ne succombait pas faute de l'aliment nécessaire à son fonctionnement régulier; le déficit financier n'eut de gravité que parce que les adversaires de la monarchie s'en firent une arme. En réalité le mal, superficiel et passager, n'atteignait pas le gouvernement dans son essence même ; à l'extérieur, la France était puissante et respectée.      

Aucun pays ne jouissait alors de plus de libertés, d'esprit de tolérance, que la France. Son gouvernement paternel était d'une douceur extrême, souvent même débonnaire ; si on le compare au gouvernement anglais qu'on lui oppose sans cesse, il faudra constater que quarante ans s'étaient à peine écoulés depuis la répression féroce de Cumberland en Ecosse et des ministres en Irlande. A la veille de notre Révolution, les catholiques, exclus de toutes les fonctions publiques, étaient traqués dans les rues de Londres par les émeutiers dirigés par le maçon Gordon. Le moindre attorney distribuait, sous des noms différents, des lettres de cachet dont les rois de France se servaient de moins en moins. Le régime barbare des prisons anglaises, comparé au régime de la Bastille est tout à l'avantage de la forteresse royale.      

La jurisprudence anglaise avait, plus que la nôtre, envahi et déformé l'esprit des lois. C'est sur ce dernier point cependant que le gouvernement de la France était le plus attaquable ; mais les parlements étaient plus responsables que le roi et son conseil de cet encombrement judiciaire.      

Dans la Grande Chambre siégeaient officiellement les adversaires les plus déclarés du pouvoir royal. Néanmoins, sans la faiblesse incompréhensible du souverain, la monarchie française, qui avait en maintes circonstances prouvé sa souplesse et son énergie, aurait dominé l'esprit public, mis à la raison les parlements révoltés et vaincu l'inertie de leur résistance.      

Il faut donc qu'un mal plus terrible ait envahi ce qu'on appelait alors l'opinion publique ; le but de cette étude est de prouver que le mal, qui devait contaminer le monde entier, n'était pas seulement la franc-maçonnerie, mais surtout l'esprit maçonnique.      

C'est bien là qu'il faut chercher les véritables causes et l'explication logique de la Révolution : identité des formules et des dogmes de la maçonnerie avec les principes de 1789; les maçons et les jacobins emploient les mêmes manoeuvres et livrent les mêmes combats.      

L'esprit maçonnique enfanta l'esprit révolutionnaire, voilà ce que nous voulons démontrer.        

Je ne puis me dissimuler la difficulté de la tâche que j'ai entreprise : écrire, au milieu de notre époque de luttes ardentes et de haines féroces, une histoire impartiale de la franc-maçonnerie en France, en un mot faire oeuvre d'historien et non de polémiste, semble presque impossible.      

Cependant j'ai voulu, avec intensité, être juste envers ceux qui ne pensent pas comme moi ; par réaction, j'ai peut-être été dur envers mes amis. Je m'en excuse, mais je ne le regrette pas.      

L'étude de la franc-maçonnerie a été l'objet de nombreux travaux depuis une cinquantaine d'années.      

Presque tous sont l'oeuvre d'adversaires déclarés de l'Ordre ; la plupart des auteurs sont plus que des adversaires, ils sont des ennemis acharnés d'une institution qui les irrite, les trouble et les déconcerte d'autant plus que ceux qu'ils attaquent ne répondent jamais, laissent le débat sommeiller, empêchant ainsi la discussion sinon de naître, au moins de prendre corps.      

Les francs-maçons, de leur côté, ont publié divers ouvrages sur l'histoire de leur Ordre ; quelques-uns sont bien faits, mais leurs auteurs ne disent que ce qu'ils savent ou peuvent dire : tels ceux de Ragon, Rebold. Jouaust, Amiable, Daruty, Findel, Gould, etc. La plupart de ces ouvrages paraissent même être des oeuvres de bonne foi. En dehors des documents manuscrits, pour établir ma conviction, j'ai eu souvent recours à leurs aveux et jamais aux accusations de leurs contradicteurs, lorsque celles-ci n'étaient pas justifiées par des preuves indiscutables.      

Malgré tous ces travaux, par suite de la passion des adversaires, plus on a écrit sur la matière, plus on semble avoir fait l'obscurité sur le sujet traité.      

A quelles causes peut-on attribuer de semblables résultats ?      

Est-ce à dire, d'après l'exposé ci-dessus, que la franc-maçonnerie soit injustement attaquée ?      

Après avoir étudié la franc-maçonnerie, adversaire sincère et convaincu de l'idée maçonnique, j'ose le dire, sans parti pris, je crois que les causes de l'imbroglio dans lequel les partis se débattent tiennent aux raisons suivantes :      

Les anti-maçons déterminés cherchent d'une part ce qui n'existe pas : l'origine juive de l'Ordre, ou une direction occulte exclusivement dans les mains de l'Angleterre.      

Les francs-maçons, de leur côté, se taisent sur ces questions, parce qu'ils n'en savent pas plus long sur leur Ordre que leurs adversaires ; beaucoup parmi eux croient même, comme de simples profanes, aux fameux secrets qu'ils espèrent connaître quand ils seront plus avancés dans les hauts grades. D'autre part, les attaques dirigées contre eux ne sont pas faites pour leur déplaire ; elles leur donnent un prestige mystérieux dont ils profitent ; le silence des frères apparaît sous forme de prudence et de discrétion, alors qu'il a son origine uniquement dans leur ignorance qui devient ainsi de l'habileté.      

Quelle définition peut-on donner de la franc-maçonnerie ?      

La franc-maçonnerie est une secte religieuse, qui, après quelques tâtonnements, s'organisa surtout en Europe, vers 1725, professa une doctrine humanitaire internationale et se superposa aux autres religions.      

Son but avoué était de faire arriver les hommes à un état de perfection basé sur leur égalité sous toutes les formes ; indifférente à toutes les religions, elle devait conduire ses adeptes à ne croire à aucune. La généralisation de l'idée égalitaire devait l'amener rapidement à combattre même l'hypothèse d'une supériorité divine et à nier l'existence d'un être supérieur, créateur du monde. Sa définition d'un Dieu simplement architecte de l'univers supprime, en effet, le Dieu créateur, base de toutes les religions révélées. Le Dieu des francs-maçons est simplement la force qui régit la matière, la loi de l'univers dont les hommes ne peuvent percevoir que les manifestations sensibles à leurs sens limités ; un Dieu inconscient du bien et du mal, qui conduit ses adeptes à admettre qu'il n'y a ni bien ni mal absolus en dehors des nécessités de leur propre conservation. Pour la secte, toute autorité est un mal provisoirement nécessaire, qu'on doit tendre à supprimer pour arriver à l'état de perfection. Les prêtres de cette religion d'incroyants sont les initiés actifs ; les fidèles, conscients ou inconscients, sont tous les profanes incroyants et tous ceux imbus des idées égalitaires, car les uns et les autres collaborent au succès du Grand Oeuvre : maçons parfaits, initiés incomplets ou profanes latomisés . Par latomisé nous désignons toutes les personnes, initiées ou profanes, imprégnées de la doctrine maçonnique.      

La franc-maçonnerie ne tend donc pas à un perfectionnement des sociétés existantes en tenant compte de leurs origines, de leur tempérament, de leur situation, mais à un retour à l'état de nature, à une agglomération d'êtres humains, satisfaits d'une vie végétative, pourvu que ses avantages matériels soient également répartis entre tous les citoyens.      

La maçonnerie spéculative, celle qui fera l'objet de cette étude, a emprunté ses idées et ses formules à la maçonnerie professionnelle.      

Cette première forme de la maçonnerie corporative, assurément fort ancienne, correspondait à une société restreinte, à une sélection hiérarchisée dans laquelle on pouvait appliquer utilement les doctrines d'égalité. Lorsque la maçonnerie s'est développée, lorsqu'elle a frappé aux portes de tous les métiers, de toutes les professions, elle est devenue nécessairement destructive de tout ordre social.    

 Sur elle sont venus se greffer tous les esprits curieux chimériques. Cette lutte contre tout principe d'autorité n'était certes pas nouvelle ; au moyen âge, les passionnés de religion naturelle avaient déjà pris toutes les formes : métaphysiciens, ils s'étaient jetés dans la kabbale ; savants, dans l'alchimie ; médecins, dans l'empirisme ; astronomes, dans l'astrologie...      

Plus tard, ces assoiffés de liberté absolue, d'égalité chimérique, de libre examen, ont fait la Réforme, le jansénisme, l'encyclopédisme, la maçonnerie et le jacobinisme.      

Si les jacobins ont été les triomphateurs éphémères de l'entité égalitaire, les francs-maçons en ont été les protagonistes ; ce sont eux qui ont mis les combattants en présence, après avoir préparé le terrain de telle façon, que l'ancienne France devait fatalement succomber.       

La franc-maçonnerie n'est pas née spontanément, elle n'est pas non plus une société secrète antique, ayant traversé et dirigé l'humanité depuis des siècles, et qui ne s'est trahie que lorsque son succès s'est manifesté d'une manière indiscutable. Elle est née lentement, poursuivant tour à tour des buts différents. L'organisation matérielle qui avait présidé à sa constitution prit, à la longue, la forme d'un dogme, puis celle d'une idée sociale transformatrice, lorsque les francs-maçons imaginèrent de réglementer l'humanité sur le modèle de leur Ordre. C'est à partir de ce moment que naquit vraiment la franc-maçonnerie telle qu'elle existe encore de nos jours.      

La franc-maçonnerie est, depuis près de deux siècles, une société secrète dans le sens strict du mot. En effet, quel que soit le but qu'elle poursuit, en admettant que ce but soit celui qu'elle proclame, elle fait tous ses efforts pour tenir cachées aux profanes ses délibérations et ses décisions. Si toutes les fantasmagories initiatiques qu'elle pratique ont un caractère mystérieux d'apparence puérile, le serment du silence a des conséquences beaucoup plus graves, bien que ce serment ait une tare initiale qui ne devrait pas affecter la conscience de ceux qui l'ont prêté, puisqu'on le leur a fait faire au sujet d'engagements imprécis, et même non révélés.      

Le caractère secret de la société maçonnique a entraîné ses adversaires dans une série de fausses déductions. Ils ont défini la franc-maçonnerie, sous prétexte qu'elle cachait ses délibérations : société qui détient un secret religieux, social et politique, ayant un but caché criminel, et ils se sont mis à la recherche de ce secret.      

« Faire croire qu'on dispose d'une puissance occulte, c'est presque la posséder », est un axiome maçonnique. La F:., M:., en effet, a intérêt à laisser croire qu'elle a eu et qu'elle a encore une influence occulte lui permettant d'intervenir dans l'histoire des peuples chaque fois qu'elle le croit nécessaire. L'affirmation est facile à faire et impossible à contrôler ; le maçon mis en mesure de faire la preuve de ses assertions se retranche toujours derrière son fameux secret. Ceux qui l'attaquent sur ce terrain ou sont ses complices, ou font naïvement son jeu .      

Lorsque le dogme maçonnique naquit, ses protagonistes entrevirent-ils les résultats sociaux que devait produire son application ? Assurément non. Aucun esprit n'était assez profond et assez avisé pour prévoir le cataclysme qu'il devait enfanter. On peut même dire que ceux qui soulevèrent la tempête étaient à ce point aveugles qu'ils furent les premières victimes de la tourmente. Cela était logique ; cela était juste. N'est-ce pas ainsi que la Providence, l'Être suprême comme disaient les jacobins, intervient dans les actes collectifs des hommes et fait marcher l'histoire des peuples ?      

Nous aurons donc à prouver, au cours de cet ouvrage, que, pendant tout le XVIIIe siècle, la propagation de l'idée maçonnique fut funeste à la société, et que cette idée, néfaste par essence, entraîna, sans qu'ils s'en soient doutés, la plupart des francs-maçons beaucoup plus loin qu'ils ne l'avaient prévu.      

Mais encore faut-il distinguer les maçons conscients isolés dans une vingtaine de loges, des maçons inconscients qui furent le plus grand nombre : dans les tableaux des loges, nous voyons figurer des représentants de toutes les branches de la société française ; le bataillon serré s'avance, maillets battants, à la conquête de l'autorité pour la supprimer. Côte à côte défilent la noblesse authentifiée par d'Hozier et la noblesse née d'hier, incertaine ou usurpée ; le clergé janséniste et l'armée ; la magistrature et le barreau ; la finance et l'administration; la grande et la petite bourgeoisie ; l'industrie et le commerce...      

Et lorsqu'on commence à entrevoir quelle sera l'issue du combat, la plupart des metteurs en oeuvre se retirent et regrettent l'ouvrage accompli. Parmi les maçons, il faut le reconnaître, parce que c'est la vérité et la justice, il y eut plus de victimes que de bourreaux. Si nous en rencontrons dans les assemblées électorales de 1789, à la Bastille le 14 Juillet et à Versailles les 5 et 6 Octobre, nous en trouvons au Dix Août, aux Tuileries; en Septembre, ils sont foule dans les prisons, et on en rencontre à Coblentz, à Bruxelles et à Londres aussi bien qu'à la Force ou à la Conciergerie...      

Le dogme nouveau, déformation d'une vérité chrétienne, pouvait, il est vrai, séduire des esprits généreux mais superficiels. Mais aussi il développa outre mesure la juste fierté humaine et la transforma en orgueil dégradant et haineux ; transportée du cercle limité d'une loge à l'humanité entière, l'évolution de ce dogme devait conduire les peuples à la haine de toutes les supériorités sur la terre et à la destruction de toute croyance en un Dieu créateur et maître du monde.      

Lorsque le Christ a enseigné l'égalité et l'humilité, il a dit aux despotes qui gouvernaient le monde : Devant mon Père, vous n'êtes pas plus que ceux que vous dominez sur cette terre. Cette idée sublime de l'humble égalité qui régénéra l'humanité, se transforma, sous l'impulsion de la franc-maçonnerie, en une idée abominable, parce que ceux qui la pilotèrent, enseignèrent l'égalité orgueilleuse et qu'ils dirent aussi bien à la brute qu'à l'infortuné : Vous êtes les égaux des plus hautes intelligences, des puissants et des riches et vous êtes le nombre.      

C'est ce dogme, chrétien en apparence, que la franc-maçonnerie répandit. A défaut d'initiés proprement dits, la propagande égalitaire fit des latomisés dont le rôle fut très important : Diderot, d'Alembert, Rousseau, la Baumelle, Maupertuis, n'étaient probablement pas maçons Voltaire ne fut initié que quelques mois avant sa mort, alors que son oeuvre destructrice était faite depuis longtemps.      

Le latomisé fut, à la vérité, un perturbateur tout aussi terrible que l'initié, car sa mentalité était la cause fatale de l'ambiance créée par le dogme égalitaire. La mentalité maçonnique agissait en effet autant sur le latomisé que sur l'initié, et la plupart d'entre eux ne voyaient pas exactement la transformation que la maçonnerie avait produite sur leur intelligence, sur leur volonté et sur leur conscience. Voilà précisément où se trouve la force de la franc-maçonnerie. Là aussi est le danger qu'elle présente.      

Le premier effet de l'initiation est de purifier l'apprenti de toute mentalité chrétienne, s'il en a une ; puis, le compagnon revenu à l'état de nature, sans préjugés religieux et sociaux, sera capable, en devenant maître, d'avoir une mentalité nouvelle.

La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815

 

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Essais sur la Franc-Maçonnerie (1820)

28 Novembre 2012 , Rédigé par Le Tuileur de Vuillaume Publié dans #histoire de la FM

Il nous a semblé convenable de faire précéder un ouvrage consacré à la Maçonnerie, de quelques vues sur cette institution aussi étonnante par son ancienneté que par les ténèbres dont se trouve enveloppée son origine.

 

La Maçonnerie pourrait être comparée aux fameuses pyramides d'Egypte, d'où elle semble sortir. Ces constructions gigantesques, quoique dépouillées des marbres qui les rebâtissaient, quoique leurs issues soient fermées, et leurs souterrains silencieux, ces monument attestent encore, par leur grandeur et leur majesté, la puissance. de leurs fondateurs et leurs connaissances dans les arts et dans les sciences. Les pyramides semblent encore annoncer à l'esprit étonné, les mystères auxquels elles conduisaient ; de même la Maçonnerie, aujourd'hui décolorée, est encore une grande institution, dont l'histoire excite vivement la curiosité, et sur laquelle on ne sait quel jugement porter.

 

Est-ce une institution moderne ? est-ce une suite des anciens mystères ? ou bien, est-ce l'un et l'autre ? Rien n'est écrit dans les archives de la société sur ce sujet; tout est de tradition; comment faire la part de ce qui est antique, et la séparer de ce qui est ou serait moderne ?

 

Nous n'entreprendrons pas de faire cette séparation, nous le laissons à la sagacité du lecteur ; nous nous borneront à présenter là-dessus nos idées, sans prétendre ' imposer à personne notre sentiment pour règle. Petit-être ouvrirons-nous à d'autres une route nouvelle -à parcourir; nous nous estimerons heureux, si nous parvenons à faire jaillir quelques étincelles de lumière nouvelle.

 

On a déjà beaucoup écrit sur la Maçonnerie, sans rien éclairer. Les écrivains non Maçons en ont parlé peut-être avec trop de mépris, et presque toujours dans l'ignorance de la chose. Les écrivains Maçons, les orateurs de loges en ont parlé avec enthousiasme, et souvent avec des préventions qui leur ont fait manquer ou dépasser le but. Ni les uns ni les autres ne nous ont appris ce que l'on désirait de savoir; ils n'ont pu pénétrer dans le secret de l'institution, ou ils ne l'ont pas voulu ; ils se sont tus sur son histoire ; tout paraît muet à cet égard.

 

Ce n'est pas moins une chose bien extraordinaire, que l'on en soit encore à désirer des faits positifs sûr l'histoire d'une société si répandue dans tous les pays civilisés, surtout lorsque l'on apprend qu'elle a compté parmi ses membres les, hommes les plus éclairés de tous les teins, lorsque l'on y voit encore aujourd'hui des hommes justement estimés pour l'étendue de leurs connaissances et de leurs lumières.

 

Comment des savants ( de toutes les nations ont’ils pu participer aux mystères de la Franc-Maçonnerie sans paraître seulement  s'être informés de leur sources ?

Comment, s'ils l'ont fait, et s'ils ont été mis dans le secret, n'en ont-ils laissé aucune trace dans leurs ouvrages ? Ils affectent en général sur ce sujet le silence le plus profond.

 

Serait-ce que, comme les initiés : aux mystères des anciens, la religion du serment les eût arrêtés au moment de parler ? Mais ce serment ne leur interdisait pas les recherches sur

l'histoire de la Maçonnerie; ce n'est donc que le défaut de documents qui les a empêchés de s'en occuper.

 

Et nous, privés de même des matériaux nécessaires, oserons-nous présenter au lecteur nos conjectures sur l'origine de cette noble institution ?

 

Ce n'est certes pas sans une extrême défiance de nous-même que nous allons essayer de soulever un coin du voile épais qui la couvre; mais nous avons pour excuse cette défiance elle-même, et la conscience de nous livrer avec un cœur simple à la recherche de la vérité.

 

Quels que soient les doutes élevés par plusieurs écrivains sur l'ancienneté de la Franc- Maçonnerie, nous ne persistons pas moins à croire qu'elle a son berceau dans les mystères Egyptiens. Les trois grades connus sous le titre de Maçonnerie bleue justifient notre opinion ; mêmes épreuves, même enseignement, mêmes résultats, tout y est semblable, à la différence, cependant, des machines qu'avaient à leur disposition les prêtres initiants de l'antiquité, du temps qu'ils employaient à la préparation du Néophyte, et de celui qui lui était nécessaire pour l'étude des sciences, dont on se borne, dans l'initiation maçonnique, à donner la nomenclature.

 

Nous pouvons juger de ce qu'étaient les obstacles à vaincre dans l'initiation par le beau tableau du VIéme livre de l'Enéïde, où Virgile conduit son héros dans les enfers, tableau qui a été regardé, même du temps d'Auguste, comme la. peinture des épreuves de l'initiation ancienne. On trouve dans L’Anne d’Or d'Apulée des détails très piquants sur la nature de ces épreuves..

 

On trouve enfin dans les voyages de Sethos et dans ceux de Pythagore, ouvrages remplis d'érudition et de recherches curieuses sur les mœurs de l'antiquité, on y trouve, disons-nous, des récits qui paraissent fort exacts, des travaux auxquels on soumettait ceux qui prétendaient à l'initiation. ils étaient si grands, et, les épreuves si terribles, qu'il est dit qu'Orphée y succomba, et qu'il n'obtint sa grâce qu'en faveur des mélodieux accords de sa lyre.

 

Que les Maçons qui veulent comparer et s'instruire, se donnent la peine de lire les ouvrages que nous venons d'indiquer ; ils reconnaîtront que les épreuves modernes sont une

véritable représentation des anciennes auxquelles l'état actuel de nos connaissances, ni les rapports des individus avec la société, ne permettent plus d'assujettir les aspirants.

 

Les prêtres initiant participaient, dans les temps dont nous parlons, au pouvoir du gouvernement; la société civile n'avait ni le droit ni la volonté de leur demander compte des individus qui étaient entrés dans l'intérieur de leurs temples, quelquefois pour n'en sortir

jamais.

 

Ces temples occupaient une vaste étendue de terrain, absolument fermée aux profanés ( On nommait temple, non seulement le lieu où l'on se réunissait pour les cérémonies du culte, mais encore toute l'enceinte des bâtiment occupés par les prêtres destinés à ce service. )

 

A 'aide de la physique, dans laquelle ils étaient instruits, ils pouvaient en imposer à l'imagination, déjà préparée par la terreur et par les dangers réels auxquels on avait exposé le Néophyte.

 

Tout aujourd'hui s'oppose à l'emploi des mêmes moyens ; mais le souvenir en est fidèlement conservé.

 

Comment donc les mystères sont-ils parvenus jusqu'à nous ? A quelle époque les initiés ont- ils pris le nom de Francs-Maçons ? C'est ce qui nous paraît difficile à déterminer; mais cette incertitude ne détruit pas ce que nous avons dit pour prouver que les mystères anciens et la Franc-Maçonnerie sont une même chose; et telle est à cet égard notre persuasion, que nous ne pensons pas que l'on en puisse encore douter.

 

Nous conviendrons avec tout le monde qu'après la Maçonnerie bleue, qui se compose des trois premiers grades ou degrés, le surplus est d'invention moderne, quoique ces additions mêmes nous paraissent appartenir à des temps déjà éloignés. Une grande partie des additions appartient à l'histoire des Templiers; une autre paraît avoir servi de lien aux philosophes hermétiques, lorsqu'ils s'occupaient de la recherche de la pierre philosophale, folie à laquelle nous devons la découverte de la chimie, l'une des sciences les plus belles et les plus utiles. Une autre partie enfin semblerait être due à un reste de judaïsme conservé par les initiés de l'Orient, et que nous regardons comme ceux par qui nous avons reçu les mystères actuels.

 

On demandera peut-être comment la Maçonnerie bleue a emprunté le fond de son système dans la Bible, et employé le langage hébraïque pour ses mots mystérieux ? nous croyons pouvoir donner de ce fait une assez bonne raison.

 

On paraît s'accorder sur l'opinion que les mystères, ou plutôt la Maçonnerie, ont été introduits 'en Europe par les croisés, et ce serait peut-être à cette époque qu'ils auraient pris le nouveau nom. On ne serait pas surpris que ceux qui s'armaient dans la vue de reconquérir la Terre Sainte, d'y planter l'étendard de la foi catholique, ayant trouvé les mystères conservés dans cette partie de l'Asie par le peu de chrétiens qui y étaient encore, les aient adoptés comme un lien qui les unit plus étroitement à des hommes qui pouvaient et qui devaient leur être fort utiles; il ne serait pas étonnant, disons-nous, que les nouveaux initiés eussent adopté, avec la langue des premiers, le projet même de la reconstruction du temple de Jérusalem, reconstruction qui est toujours l'objet des vœux du peuple Juif, et que, par cette raison, ils se fussent désignés sous le titre de Maçons libres, par opposition au métier de maçons proprement dit, qui n'était exercé que par les esclaves ou par les serfs, et parce qu'en effet il fallait être de condition libre pour être admis â l'initiation. Bien ne nous parait plus naturel.

 

Cela posé, il nous semble facile de concevoir comment la Maçonnerie a puisé dans la Bible les moyens et les titres de son organisation, ou plutôt de sa réorganisation. On sait que les premiers chrétiens étaient des Juifs réformés ; qu'avant que la religion nouvelle eût pris une forme extérieure, les réformés n'en suivaient pas moins la loi de Moïse. Les initiés, qui avaient fait la révolution, durent être bientôt dépassés par de nouveaux zélateurs : il y a apparence qu'ils n'adoptèrent pas toutes les innovations ; les schismes dont l'histoire de la religion chrétienne est remplie, en sont la preuve. Les initiés demeurèrent donc Chrétiens-Juifs, la Bible était toujours leur livre sacré, leur loi fondamentale ; et leurs formules restèrent hébraïques.

 

Que les mystères aient subi quelques changements lorsque les Européens furent initiés en assez grand nombre pour former une société à part, cela est possible; mais ils n'auront pas voulu, sans doute, se séparer absolument des Hébreux qui leur avaient enseigné ces mystères, et ils auront pris dans l'histoire de ceux-ci, dans leurs livres canoniques, les mots et les emblèmes de la Maçonnerie ; c'était un moyen certain de continuer à s'entendre et de lier les mystères anciens aux nouveaux. Telle était la destinée de la religion judaïque, de produire toutes les institutions de la catholicité.

 

Mais depuis longtemps, sans doute, les mystères égyptiens avaient dû être accommodés à la croyance et au culte des Hébreux; la Franc-Maçonnerie, que nous ne faisons remonter qu'à l'époque des Croisades, pourrait bien dater de temps plus reculés ; et, dans ce cas, la question posée se trouverait toute résolue, puisque les Hébreux ne devaient pas chercher ailleurs que dans leurs livres les emblèmes avec lesquels ils voulaient familiariser les initiés.

 

Ceux qui, depuis, ont ajouté aux degrés de l'initiation, n'auront eu qu'à suivre le premier thème; et il était tout simple qu'ils puisassent dans les mêmes sources.

 

Les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus sous lé nom de Templiers, ou leurs successeurs Francs-Maçons, paraissent être, comme nous l'avons dit, les auteurs de la majeure partie de ces additions. Nous penserions qu'elles avaient été imaginées par les Templiers dans les teins de leur splendeur pour s'isoler de la foule des initiés, si nous ne remarquions pas que les nouveaux degrés d'initiation ont presque tous pour motif la situation de l'Ordre après sa chute.

 

Nous ne faisons pas de doute, comme on voit, que les Templiers étaient des initiés, même dès leur institution; nous pensons encore que c'est à eux que l'Europe doit la Maçonnerie, et que ce sont là les pratiques secrètes qui ont servi de prétexte à l'accusation d'irréligion et d'athéisme qui les a conduits à une fin si tragique. Tout confirme cette opinion.

 

Les malheurs de ces chevaliers, les persécutions auxquelles ils succombèrent, les forcèrent à chercher un dernier refuge dans ces mêmes mystères, à l'établissement desquels ils avaient tant contribué ; ils y trouvèrent quelques consolations et des secours. Leur situation n'étant pas commune aux autres initiés, ils songèrent à se resserrer entre eux, sans cependant se séparer de la grande famille des Francs-Maçons ; ils formèrent les grades ou degrés que nous voyons ajoutés aux trois premiers, et ne les communiquèrent, sans doute, qu'à ceux des initiés sur l'attachement desquels ils croyaient pouvoir compter.

 

Les Templiers ont disparu dans l'ordre civil ( L'Ordre des Templiers s'est cependant conservé en France, et prouve une succession non interrompue de grands-maîtres depuis J. Molay, qui, avant de périr, désigna J. M. Larmenius pour son successeur. La Charte originale de transmission, et quelques insignes de l'ordre, sont conservés avec soin dans la maison conventuelle qui subsiste à Paris. On compte parmi les grands- maîtres depuis J. Molay plusieurs princes de la Maison de Bourbon.); mais ils ont laissé des successeurs dans la Franc-Maçonnerie, et leurs institutions leur ont survécu.

 

Telle nous paraît être l'histoire et la marche de la Franc-Maçonnerie.

Mais, nous demande-t-on chaque jour, qu'est- ce que la Maçonnerie ? Quels sont donc ses mystères, dont on parle tant aux initiés, et qu'on ne leur. révèle jamais ?

 

Cette question, qui nous a été faite souvent, même par des Francs-Maçons, mérite considération, et. nous allons y 'répondre. Nous ne pouvons cependant nous défendre de quelque surprise, toutes les fois qu'un initié nous interroge sur ce sujet, et nous jugeons qu'il ne s'est pas donné la peine de réfléchir, ou qu'il n'a été frappé que de la superficie des formes.

 

Nous conviendrons, si on l'exige, que la Franc-Maçonnerie, devenue aujourd'hui presque vulgaire n'est plus en effet ce qu'elle était dans ses commencement; mais nous ajouterons qu'il n'est pas nécessaire qu'il en soit autrement, et qu'au surplus, ce n'est pas la faute de l'institution, mais bien celle des hommes et des circonstances, qui ne sont plus et ne doivent plus être les mêmes.

 

Nous avons vu que la Franc-Maçonnerie et les mystères anciens ont un tel rapport entre eux, que l'on peut, sans trop bazarder, considérer l'une comme la succession des autres. Or qu'étaient-ce que les anciens mystères ? qu'y enseignait-on aux initiés? quelle révélation leur était faite ?

 

Si nous consultons lés ouvrages qui ont traité des mystères, nous apprenons que leur secret était la doctrine des sages, des philosophes de l'antiquité, qui, abandonnant au peuple ignorant et stupide l'idolâtrie qui leur paraissait si chère, se réunissaient pour n'adorer qu'un seul Dieu, créateur et conservateur de toutes choses, un Dieu vengeur et rémunérateur, le seul Dieu éternel digne des hommages des hommes.

 

L'initiation était divisée en plusieurs degrés ou époques; l'initié n'était éclairé que successivement et avec précaution, pour ne point trop choquer les préjugés de sa première éducation; il fallait qu'il fût déjà sorti de l'âge des passions; on le persuadait en l'instruisant, et on n'avait garde de lui imposer la croyance par. l'autorité. On le- formait dans les sciences humaines, alors renfermées dans le seul sanctuaire des temples, avant de lui montrer la vérité. C'était seulement après des études qui duraient au moins trois ans, et quelquefois davantage, que l'on conduisait le Néophyte dans l'intérieur, dans la partie la plus secrète du temple, où on lui dévoilait le vrai but de l'initiation.

 

Les initiés regardaient donc avec mépris l'idolâtrie., dont ils avaient appris à connaître l'absurdité ; et si, rendus à la société, ils respectaient les cultes établis, et s'y soumettaient, ce n'était que par déférence pour des opinions qu'il eût été dangereux de combattre ouvertement.

Aussi, à mesure que l'initiation s'est étendue, à mesure que la philosophie et les arts ont éclairé les peuples, le  culte des idoles, a perdu son crédit, et i1 a fini par être absolument oublié.

 

Tel était le but secret des grands mystères, et il a été atteint, mais après des efforts, in-

nombrables.

 

De l'initiation sont sortis tous les philosophes qui ont illustré l'antiquité; à l'extension seule des mystères on a dû le changement qui s'est opéré dans la religion des peuples. Lorsque les mystères sont devenus vulgaires, cette grande révolution a été :faite.

 

Moise, élevé eu Egypte, dans la cour du Pharaon,.et sans doute initié aux mystères égyptiens, est le premier, qui ait, établi le culte public du Dieu des initiés, du vrai Dieu. Son décalogue. n'est autre chose que la loi qui gouvernait les initiés, et sa physique est toute puisée dans les temples de Memphis.

 

Mais la loi de Moïse n'était encore qu'un essai imparfait de;l'application des:principes de l'initiation; les temps n'étaient pas encore venus, où ces principes deviendraient la religion universelle, à cause de cela nommée catholique. Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ce qui s'est opposé à ce que la religion hébraïque ait fait des prosélytes, ni ce qui l'a empêchée de s'étendre hors de la maison d'Israël ; mais après l'accomplissement des temps, on voit sortir du sein de cette religion, et probablement du secret même de ses initiations, une religion nouvelle, plus pure que la première, qui n'appelle plus seulement une famille, une nation, mais tous4les peuples de la terre à la participation de ses mystères.

 

L'initiation ancienne était donc la vraie religion, celle qui, depuis, a été nommée à juste titre catholique, parce qu'elle doit être celle de toutes les nations éclairées de l'univers, la religion qu'avait d'abord enseignée Moïse, celle qu'a prêchée Saint Jean, celle enfin de Jésus. Oui, la religion chrétienne est sortie des mystères de l'initiation, telle qu'elle était dans sa première simplicité ; et c'est cette sainte religion que l'on a conservée avec soin dans les temples de la Franc-Maçonnerie.

 

Nous pourrions, par des rapprochements sans nombre, faire voir que jusqu'aux formes du culte, que jusqu'à la hiérarchie ecclésiastique, tout, dans la religion chrétienne, est tiré des usages et des rituels des initiés, prédécesseurs des Francs-Maçons, si les bornes que nous nous sommes prescrites dans cet Essai nous le permettaient. L'Évangile cet œuvre de la morale la plus douce, la plus pure, ce livre vraiment divin, était le code des initiés, et l'est encore de la Maçonnerie.

 

Si nous avons démontré que la Franc-Maçonnerie est une succession des anciens mystères, (et nous croyons y être parvenus) si, disons-nous, les mystères étaient eux-mêmes la véritable religion de Jésus, il s'ensuit que la Maçonnerie est cette même religion qui, constamment, a combattu le matérialisme de l'idolâtrie, mais qui, avec la même constance, a refusé d'admettre les dogmes mystiques que la superstition, ou bien le zèle enthousiaste de quelques âmes ardentes ont trouvé le moyen d'enter sur l'arbre évangélique.

 

On nous dira peut-être que, cela étant ainsi, les mystères ont dû être sans objet raisonnable, dès le moment de l'établissement et de la profession publique du culte et de la croyance des initiés ; que le secret de leurs assemblées devenait au moins inutile.

 

Nous sentons toute la force de cette objection ; mais qui ne sait que la religion catholique a lutté pendant plus de trois siècles contre le paganisme, qui était le culte dominant, et contre les persécutions sans nombre que cette religion, son ennemie naturelle, a dû lui susciter ? qui ne sentira que le secret lui a été longtemps nécessaire avant d'obtenir seulement la tolérance, et enfin jusqu'au moment où Constantin la plaça sur le trône ? et encore, depuis le triomphe de la religion catholique, qui a été aussi l'époque des plus grands schismes et des disputes théologiques les plus sanglantes, les hommes sages et paisibles qui voulaient conserver pure la science divine, n'ont- ils pas dû se tenir éloignés des disputant, se renfermer de nouveau dans le secret des initiations, et par ce moyen en' transmettre l'esprit dans toute son intégrité ? Il nous semble que c'est ainsi que l'on peut rendre raison de la perpétuité des assemblées secrètes des initiés, et expliquer la transmission de leurs mystères jusqu'à nos jours ; de là les persécutions suscitées contre les Maçons par les ministres d'une religion qui aurait dû les regarder comme ses appuis les plus solides et ses plus fermes soutiens.

 

Quoi qu'il en soit de la succession des mystères, il paraît évident, par les emblèmes qui décorent les Loges des Maçons de tous les rites, que, lors de leur introduction en Europe sous le nom de Franc-Maçonnerie, on y a reconnu un but religieux.. Mais la Maçonnerie avait encore un autre but, c'était celui de l'hospitalité envers les soldats chrétiens, envers les veuves et les orphelins des guerriers morts pour la religion dans les champs de l'Asie; et l'on doit reconnaître dans cette dernière intention la cause du crédit qu'obtint dès l'origine cette institution.. toute philanthropique.

 

L'Europe se lassa enfin d'envoyer périr la fleur de ses citoyens dans un pays si funeste à ses armées; les calamités qui avaient accompagné une guerre éloignée et désastreuse cessèrent; mais l'amour, du. prochain ne cessa point d'animer les initiés. Francs-Maçons ; les liens qui les unissaient ne furent point brisés pour cela, et les malheurs ordinaires de la vie ne manquèrent pas d'offrir à leurs vertus bien des moyens de s'exercer.

 

Une occasion terrible s'en présenta bientôt. Les chevaliers du temple, qu'ils regardaient, avec raison, comme leurs instituteurs, périrent par une catastrophe épouvantable ; ceux qui échappèrent aux échafauds se réfugièrent parmi les Francs-Maçons, qui les accueillirent comme des fils accueillent leur père, les soutinrent et les protégèrent de tout leur pouvoir.

Peu curieux de disputes théologiques, les Francs-Maçons se firent une loi de ne s'occuper jamais d'opinions religieuses; ils oublièrent en quelque sorte que leur institution était le dépôt de la vraie religion catholique ; ils se bornèrent à prêcher dans l'intérieur de leurs temples, la morale de l'Évangile, à recommander la soumission aux lois civiles, à exalter toutes les Vertus sociales et particulièrement l'hospitalité et la bienfaisance.

 

Il ne s'ensuit pas de là, sans doute, que tous les Maçons individuellement soient vertueux; mais la société maçonnique l'est par essence ; elle ne pourrait subsister sans cela. Combien d'actes particuliers de générosité ne pourrions- nous pas citer pour prouver que la Maçonnerie est un véritable bienfait pour la société ! Combien d'établissements de bienfaisance fondés et entretenus par dés loges, ne pourrions-nous pas désigner à la 'reconnaissance publique! Mais ce serait affliger lés Maçons que de lés nommer; la première de leurs maximes est de cacher soigneusement la Main qui donne.

 

Nous avons vu que la Franc Maçonnerie est une institution religieuse et philanthropique.

Sous le premier aspect, la sagesse de ses principes, la pureté et la douceur de sa morale, si conforme à celle de l'évangile, doivent nécessairement en faire l'objet d'un profond respect.

Sous le second rapport, qui la rend si recommandable, c'est une institution que l'on ne peut trop encourager.

 

C'est, n'en doutons pas, par un trait de la plus haute sagesse de la part des Francs-Maçons, que le côté religieux est abandonné à la sagacité des initiés, et que l'on néglige de leur révéler les mystères que cachent aux yeux superficiels les signes emblématiques de la Maçonnerie; tandis que tous les discours, tous les exemples sont dirigés de manière à recommander l'amour de ses semblables comme la vertu distinctive des vrais Maçons.

 

Tel est le véritable but de cette institution si injustement méprisée par ceux qui ne la connaissent pas. Les initiés savent que nous n'avons rien dit que de vrai; si notre bonne foi ne peut persuader les non-initiés, nous espérons au moins de leur esprit de justice qu’ils ne condamneront pas à l'avenir nos frères sans les entendre, et qu'ils avoueront que si nous avons représenté la Maçonnerie telle qu'elle est en effet, elle est digne de l'estime des honnêtes gens.

 

Le Tuileur de Vuillaume

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Rituel et esprit maçonnique dans la Franc-maçonnerie d’aujourd’hui

28 Novembre 2012 , Rédigé par B. C:., 33e Publié dans #Rites et rituels

Après les questions relatives à la nouvelle éthique, et à la possibilité pour les sciences humaines de dire ce qu’elle pourrait être, le Grand Collège avait confié à la Commission III de « Sources » mission de traiter la question « Rituel et esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui » L’exposé des motifs destiné à en préciser le sens était de suivant :

- Quelle est l’originalité de ce qu’on peut appeler l’esprit maçonnique ?

- La Franc-Maçonnerie ne saurait être enfermée dans une seule philosophie. Quelle proposition peut-elle dès lors faire pour répondre aux interrogations philosophiques et éthiques des Francs-Maçons ?

- Quel est le sens du rituel maçonnique ?

- Au fond, quelle est l’essence de la Maçonnerie ?

« Sources » propose un texte d’une ampleur et d’une importance considérables. C’est un texte essentiellement philosophique qui, à première approche, pourrait effrayer nombre de lecteurs peu habitués au langage de l’anthropologie et de la philosophie. Impression assurément trompeuse, car, au prix d’un effort d’attention un peu soutenu, tout homme de bonne culture doit pouvoir en tirer enseignement et profit. La table des matières très complète qui en expose le plan est un fil conducteur très utile.

Néanmoins, il est apparu opportun au Grand Collège qu’en soit faite une présentation qui, en en marquant les points forts, en facilite une lecture qui, seule, pourra révéler toutes ses richesses. En raison même de son importante dimension et de sa densité, il ne saurait être question d’en faire un résumé qui le suivrait d’une façon en quelque sorte linéaire. D’autant plus que le lecteur distrait ou insuffisamment attentif risquerait de considérer comme des redites ce qui est en fait une succession de reprises des mêmes idées, mais chaque fois placées sous un éclairage différent. C’est ainsi que, tout au long de ce texte, on trouvera l’exposé des conceptions du rite et de l’homme. Plusieurs fois également le lecteur trouvera des considérations sûr la méthode à employer pour mener à bien l’étude demandée.

C’est pourquoi nous avons choisi dans cette présentation de dégager les grands thèmes qui courent durant tout l’exposé, et dont la connaissance claire permettra au lecteur d’apprécier toutes les remarques incidentes qui s’y ajoutent et qui, à chaque fois, l’enrichissent de nouvelles facettes.

Nous avons cru bon de distinguer les thèmes suivants: Problèmes de méthode ; examen critique de la thèse de René Girard ; nature du rite et essence de l’homme ; rite et spiritualité maçonnique ; l’homme Franc-Maçon.

Encore ne pourrons-nous pousser trop loin l’analyse, car tous ces thèmes interfèrent les uns avec les autres. Il n’est que trop évident par exemple, que l’idée qu’on peut se faire du rite et de l’homme dépend étroitement du mode de connaissance adopté pour étudier l’un et l’autre. Inversement, on ne saurait cacher que le choix de ce mode de connaissance peut être lui-même largement influencé par l’idée préalable qu’on se fait de l’homme et de son essence.

Problèmes de méthode

S’interroger sur le rituel et l’esprit maçonnique dans la Franc-Maçonnerie d’aujourd’hui invite en effet la pensée à s’engager dans deux voies divergentes, mais non nécessairement opposées. Ou bien à partir d’une étude anthropologique, et qui se veut par conséquent scientifique et objective, des rites, à partir d’une typologie et d’une interprétation fonctionnelle de ceux-ci, on peut essayer de situer les rites maçonniques, d’en dégager la spécificité, et proposer une définition de ce qui fait l’originalité de l’esprit maçonnique. Ou bien, partant au contraire de l’esprit maçonnique, tel que nos pratiques rituelles et symboliques nous le font vivre et connaître, on peut essayer de dégager la métaphysique qui le sous-tend et qui l’anime, et par là même éclairer le sens de nos rites. On peut même aller plus loin. Fort de l’expérience vécue dont on peut penser qu’elle nous révèle sa vraie nature, on peut s’élever à une conception du rite en général, et, à partir de celle-ci, porter un jugement sur les diverses théories qui en proposent une interprétation. Pourquoi pas en effet ? La compréhension d’un certain type de comportement humain, en l’occurrence ici le comportement rituel, devrait-elle donc toujours et exclusivement être cherchée, ainsi que le fait l’anthropologie, dans ses origines oubliées, ou dans des structures inconscientes ? Ne seraient-ce pas plutôt ses formes les plus récentes, et peut-être de ce fait les plus accomplies, qui, soumises à une analyse phénoménologique serrée et lucide, sont susceptibles de nous en faire connaître le vrai sens ?

Il convient d’ouvrir ici une importante parenthèse. Ce n’est pas dévoiler un secret de dire que, depuis la naissance de l’Aréopage, les Frères de « Sources », en dépit des inévitables renouvellements, se partagent à peu près équitablement, lorsqu’il s’agit d’aborder les problèmes humains, entre ceux qui inclinent vers l’étude anthropologique, et ceux qui préfèrent l’approche philosophique. C’est pourquoi il importe de souligner le bel exemple d’esprit maçonnique donné par les Frères anthropologues de « Sources » qui, en présence d’un texte dont ils ne partagent peut-être pas toutes les thèses, ont reconnu l’éminent travail accompli par le Frère Rapporteur, et décidé de le présenter au nom de tous.

Assurément, le texte ne fait aucune concession à l’égard d’une approche anthropologique qui se voudrait exclusive de toute autre. On resterait alors, y est-il dit, tributaire du modèle d’une science de la matière, tel qu’H s’est constitué à partir de la Renaissance finissante, selon lequel penser scientifiquement, c’est penser par structures fermées, progressivement compliquées, et dès que possible mathématisables. Autant dire qu’on ne peut penser par structure que le mort, que ce qui se laisse traiter comme un objet technique, une matière inerte, et soumise au surplus (ce qui révèle la structure comme ne pouvant se poser comme autosuffisante dans l’être) à la loi insurmontable de la dégradation de son énergie d’inertie.

Sont donc récusées les doctrines philosophiques se réclamant du structuralisme qui, s’étant mises à l’école de l’anthropologie, ont proclamé dans le même temps et la mort de la philosophie et la mort de l’homme, et célébré la décadence de l’humanisme. « Le développement des sciences humaines, affirmait il y a vingt ans Michel Foucault, nous conduit beaucoup plutôt à une disparition de l’homme qu’à une apothéose. Elles ne nous découvrent pas l’homme dans sa vérité, dans ce qu’il peut avoir de positif. Ce qu’elles découvrent, c’est de grands systèmes de pensée, de grandes organisations formelles qui sont en quelque sorte comme le sol sur lequel les individualités historiques apparaissent. Nous voulons montrer que ce qu’il y a d’individuel, ce qu’il y a de vécu et de singulier chez l’homme, n’est qu’une sorte d’effet de surface au-dessus des grands systèmes formels sur lesquels flotte de temps en temps l’écume et l’image de l’existence propre ». (Émission télévisée « Lecture pour tous », 1966).

Il est bien évident qu’aborder l’étude des rites selon une telle perspective structuraliste ne peut qu’aboutir à faire voir en eux, ainsi que nous y invitent les dictionnaires, que des choses mortes, des pratiques dont le sens n’apparaît même plus à ceux qui en sont les acteurs, pas plus que n’apparaît au locuteur la façon dont s’organisent les phonèmes de sa parole. Son expérience vécue de Franc-Maçon, ainsi que ses convictions profondément humanistes, aux évidentes résonances existentialistes et personnalistes, commandaient impérieusement au Frère Rapporteur de s’engager dans une toute autre direction. C’est sans doute pour les mêmes raisons que les Frères de « Sources » l’ont suivi et ont voulu procéder avec lui à une herméneutique, c’est-à-dire à une recherche du sens. Recherche du sens des rites en général, et des rites maçonniques, en particulier, sans méconnaître pour autant les enseignements et les apports de l’étude anthropologique.

La thèse de René Girard.

Il rencontrait alors sur sa route une interprétation fonctionnaliste du rite qui eut un succès considérable, il y a une quinzaine d’années, celle que l’anthropologue René Girard a exposée dans son livre « La violence et le sacré ». Sa thèse est simple et tranchée : le rite est essentiellement archaïque ; sa fonction est d’assurer la cohésion sociale. Tous les rites en effet sont d’origine sacrificielle, et le sacrifice a pour fonction de détourner sur une victime émissaire la violence existant dans la société.

La violence a pour origine le désir. A la différence du besoin qui, lui, est inscrit dans la nature physiologique de l’homme, le désir est désir de s’emparer de ce que l’autre désire lui-même et possède. C’est en cela qu’il engendre la violence et la réciprocité des vengeances. Cycle sans fin, car le désir, à la différence du besoin, ne saurait être rassasié, et ne connaît pas de limites. Mais la violence est vite ressentie comme insupportable, et c’est pour en rompre l’enchaînement sans fin, que l’homme archaïque a imaginé le subterfuge de détourner et de concentrer la violence sur une victime émissaire. Ainsi, en même temps qu’elle sera détournée de son objet, la violence sera attribuée à une force étrangère et supérieure à l’homme, c’est-à-dire à la puissance même de la nature, considérée comme divine et sacrée. Mais pour être efficace, ce subterfuge doit demeurer inconscient. Le rite – et non seulement le rite sacrificiel – aurait donc surgi comme instrument magique d’exorcisme, et il serait à l’origine des religions archaïques, et du sentiment du sacré.

Girard ne nie pas pour autant toute transcendance. Mais il est un scientifique chrétien, et il réserve l’authenticité de sa visée à la seule religion chrétienne. Aux religions archaïques, il oppose la seule religion authentique à ses yeux, le christianisme, qui opère sur les hommes un peu à la façon d’une cure psychanalytique. Les hommes ne seront délivrés du désir générateur de violence qu’à partir du moment où il sera sublimé, transcendé, réorienté vers la Rédemption. Le sacrifice du fils de Dieu mettra fin à la longue série des errances violentes qui font la vie des sociétés primitives. En consentant à mourir par violence, le Christ-Dieu force les hommes à reconnaître ce qu’est la violence dans son horreur, et qu’elle est sans force devant l’Amour, seul libérateur et civilisateur.

Ainsi, comme celui de beaucoup de scientifiques chrétiens, le théisme de Girard le conduit au dualisme. Dieu est séparé de la Nature. La Nature physique peut alors être réduite à la seule matière, livrée à l’inertie mécanique et à l’entropie ; la nature humaine être livrée au mimétisme du désir et de la violence, avant de pouvoir être réhabilitée par la Rédemption. Dualisme bien commode pour qui veut concilier les exigences de la science et celles de la religion. Nous sommes loin de nos rites maçonniques qui, dès la première initiation, confient le néophyte aux quatre éléments, aux grandes forces de la Nature : la Terre, l’Eau, l’Air, le Feu.

Mais dénoncer les arrière-pensées de Girard ne suffit pas. Encore faut-il le rencontrer sur le terrain des faits et de leur interprétation. La critique du Frère Rapporteur portera sur deux points essentiels, et lui donnera l’occasion d’esquisser une tout autre conception de l’homme et de son rapport avec les rites : a) le caractère totalitaire et exclusif de la conception du rite selon Girard. b) sa conception du désir.

Peut-on vraiment affirmer que le rite n’a d’autre fonction que de verrouiller la violence afin de restaurer et d’assurer la cohésion d’un groupe ? Même dans le cas du rite sacrificiel, mort de l’animal ou même de l’homme, la mise à mort est-elle toujours recherchée comme éliminatrice d’un mal plus grand ? C’est le « toujours » qui fait ici problème. Ne pourrait-on au contraire la concevoir comme l’envers d’une renaissance ? Il est remarquable que Girard passe sous silence les rites agraires tels que les rogations, dans lesquels l’offrande s’accompagne d’un sacrifice de riz, de maïs, de rameaux ou de fleurs. La mort végétale y est offerte parce qu’elle apparaît comme la condition d’un renouvellement. La mort de la Nature n’est pas indice d’immobilité, mais d’une décomposition ouvrant la voie des germinations recréatrices.

Entrent également difficilement dans l’interprétation de Girard les cinq grands mythes fondateurs qu’on trouve présents dans toutes les sociétés humaines ; mariage, reconnaissance des enfants, entrée dans l’adolescence, élection des chefs, culte des morts. Ils apparaissent bien plutôt comme destinés à conférer à l’existence et à ses rythmes biologiques une valeur proprement humaine en assurant l’émergence de la Culture. D’une culture qui ne saurait être coupée de la nature, puisqu’ils visent tous à situer les actions humaines dans le mouvement des forces de vie de la nature, inséparablement en nous et hors de tous.

En ce qui concerne le désir, Girard a bien vu qu’il est autre chose que le besoin, et qu’il est le propre de l’homme. Certes le désir peut être mimétique et générateur de jalousie, de rivalité, et par conséquent de violence. Mais n’est-il que cela ? Est-il essentiellement cela ? Serait-il le signe de la chute originelle ? En même temps qu’il aurait conféré à l’homme son humanité, aurait-il donc fait de lui un être de faute ?

A ce pessimisme, inspiré par une certaine interprétation du christianisme, le rapport va opposer une conception toute différente du désir, dont les développements permettront de répondre à la question que tout Maçon se pose dans son parcours initiatique « Qu’est-ce que l’homme ? » si l’on se réfère à son étymologie latine « de sidus, sidera », le désir est tendance à refaire en soi l’étoile. Il est la quête d’une étoile, au sens d’une réalité qu’on éprouve symboliquement comme infiniment éloignée en perfection. Ce qui est alors désiré, c’est le déplacement de l’être vers cet objet projeté comme impossible à rejoindre. Le désir ne désire rien d’autre en définitive que lui-même. Le propre du désir est de s inventer selon une fécondité ouvreuse de perspectives d’actions, de raisons de vivre, de buts constitutifs de rôles. Si le désir est donc l’homme même, il fait alors apparaître celui-ci non comme être déjà fait, non comme objet constitué, mais comme surgissement, comme l’acte d’une essence portant en elle une puissance d’infini, et constamment en route sur le chemin de sa réalisation (mire, initium). Par nature, le désir est initiatique.

Une telle conception peut surprendre les esprits qui ne peuvent penser que par concepts aux contours arrêtés ; elle ne fait cependant que rejoindre toutes les grandes philosophies qui ont en effet compris l’homme de cette façon. L’homme est Amour dit le Platon du « Banquet ». Parcelle de l’âme du Monde, il est pneuma, tonos, souffle et tension, disent les anciens Stoïciens. Il est appétit infini de béatitude, dit St Thomas. Il porte en lui l’idée de Parfait, dit Descartes ; il est « mouvement pour aller plus loin », dit Malebranche.

Certes, et de façon plus prosaïque, le désir est aussi demande de biens matériels et finis. C’en est l’instance indispensable destinée à assurer la survie de chacun. De même peut-il se fixer, s’arrêter et s’exaspérer dans la recherche constante et toujours à refaire de ces biens, et devenir avidité. Sur ce point, notre société de consommation caractérisée par la production et par la demande effrénée et jalouse de biens ostentatoires, semblerait donner raison à René Girard. Mais là n’est pas la vérité du désir. C’en est une forme dévoyée. La recherche indéfinie des biens n’est qu’une manifestation décevante de cette puissance d’infini que le désir porte en lui. En fait le désir est l’essence de l’homme. Il est l’amour de soi d’un être qui se crée à travers un amour indissociable des êtres et des choses.

L’homme et le rite

C’est en fonction de cette conception de l’homme qu’on peut maintenant apprécier comme il convient la signification des rites. Tout désir vrai appelle le rite, ou y tend, pour la simple raison qu’il ne saurait exister comme tel sans le rite. C’est dans et par le rite que le désir parvient à affirmer les forces créatrices de la vie. Le rite, c’est le désir lui-même, tendant de soi, à se discipliner selon des figures de gestes et d’actions, capables de suggérer et même de commander des voies de prospection de son être, et par conséquent des voies d’espérance. Selon une perspective taoïste, on pourrait presque dire que si le désir est demande et recherche de la VOIE, le rite en est l’indicateur. Le rite est conducteur d’être et il établit en l’homme une nouvelle nature en l’introduisant dans le domaine de la Culture et de la spiritualité c’est-à-dire dans la vérité de son être. C’est ce que font, nous l’avons vu, les cinq grands rites fondateurs évoqués plus haut.

Et qu’on n’objecte pas l’existence de rites apparemment morts et figés, réduits à l’état de squelettes. Ils sont les vestiges d’un sens perdu qu’il est toujours possible de retrouver, voire de réactualiser, en en faisant une nouvelle lecture, ainsi qu’on le fait pour les oeuvres d’art. Qu’on n’objecte pas non plus l’étrangeté, la cruauté, l’apparente absurdité de certains rites qu’on peut observer dans les sociétés archaïques. Même cruels et aberrants, ils témoignent chez l’homme d’une volonté de renoncement à la primauté du besoin. Peut-être sont-ils aussi une défense contre l’angoisse qu’éprouve l’homme livré à lui-même devant un pouvoir d’innovation qui l’effraie. On peut comprendre qu’il cherche à reconstituer, par le système clos des normes où il tend à se stabiliser, l’équivalent du soutien qu’est l’instinct pour l’animal. Il tend alors à se forger une condition humaine définie par les règles d’un monde le plus possible arrêté.

Mais si les rites archaïques n’étaient que cela, et si eux seuls devaient servir de modèles interprétatifs de tous les rites ; si les rites n’étaient qu’immobilisme et répétition, que viendrions-nous donc chercher en Maçonnerie ? Nous retrouvons ici les problèmes de méthode évoqués plus haut. Pourrions-nous vraiment nous prêter à des pratiques vides de sens, réduites à l’état de mômeries ou de simagrées si nous étions convaincus que l’interprétation qu’en donnent certains anthropologues était la bonne ? Notre connaissance vécue de la pratique rituelle apporte un témoignage de valeur au moins égale à celle des plus minutieuses observations des ethnologues. C’est pourquoi il convient de ne privilégier ni les croyances naïves ni les interprétations savantes qui s’attachent aux pratiques rituelles des sociétés archaïques.

En fait, rites et mythes créent et conservent à la fois. Par sa permanence, le rite semble exclure la nouveauté. Mais c’est oublier que cette permanence n’est là que pour canaliser et orienter dans la bonne voie cette constante mise en question de soi-même, cette exigence de création de soi qu’est le désir. C’est oublier aussi que c’est par le rite et par sa relation à la transcendance que se découvre et se détermine le sens du numineux, du sacré, du religieux, du divin. Nous invite aussi à le penser l’étymologie sanscrite « r’tam » du mot « rite », qui signifie : « ce qui est conforme à l’ordre cosmique «. Est sacré en effet tout ce qui intègre et fait vivre le Tout dans la partie, l’infini dans le fini, l’ordre cosmique dans un être particulier. Ainsi le rite relie-t-il l’individu à la société et à l’univers. Il existe une similitude étonnante entre le caractère ouvert et l’invitation novatrice du rite, et cet appel au dépassement de soi-même, à cette recherche de notre être vrai au delà de ce que nous sommes et de ce que nous paraissons être, qu’on peut considérer comme étant en nous la manifestation du divin.

Le rite introduit l’homme dans le domaine de la spiritualité véritable. Celle-ci ne consiste pas à se perdre dans la contemplation d’un idéal qui nous ferait oublier le réel, mais à faire surgir le pouvoir de transcendance qu’il porte en lui. De même nous introduit-il dans celui de la religiosité authentique. Non pas celle, pervertie ou détournée d’elle-même à laquelle invite le théisme professé par les religions de salut, mais celle qui nous intègre au mystère du Monde et nous fait non seulement participants, mais acteurs de sa force de fécondité et d’organisation. Et peut-être est-ce ainsi qu’il convient d’entendre la célèbre parole, reprise des Psaumes, que St Jean prête à Jésus « Vous êtes tous des dieux » (Jean, X 35). Le Franc-Maçon ne souscrit guère en effet aux saluts extérieurement rapportés. Et s’il veut être chrétien, son christianisme, en se vivant maçonniquement, sera toujours plus celui des ascensions sous la poussée de la force divine qui l’habite, que celui des rachats et des rédemptions condescendantes.

Rites et spiritualité maçonnique

Si telle est bien la nature du rite, il n’y a pas lieu d’établir une différence de nature entre rites prétendument profanes et rites maçonniques. Tous les rites véritables relèvent du sacré. Peut-être faut-il alors voir dans la Franc-Maçonnerie l’Ordre qui s’est donné pour mission, en tant que mainteneur de la Tradition initiatique, de préserver précautionneusement et religieusement une certaine image de l’homme. Rituélie et spiritualité maçonniques sont une seule et même chose. En faisant du rite l’essence même de son être et de sa manifestation, elle est le modèle idéal, le paradigme qui invite chaque homme à s’inventer et à se faire, dans le dialogue, et, plus largement, dans l’entraide des consciences. Elle rappelle que le rite est principiel, qu’il invite l’homme à toujours se recommencer, à toujours renaître, pour mieux se continuer et persévérer dans son être. La spiritualité non dogmatique qui est la sienne indique au postulant, puis à l’adepte, qu’une vie réussie ne peut être qu’une continuelle naissance. Elle lui apprend à se retourner sur son passé, non pour le répudier, ainsi que le voulaient les philosophies de l’histoire du 19e siècle (« … Du passé faisons table rase… »), mais pour le féconder en avenir.

Par ses rites, la Maçonnerie apprend à l’adepte à définir son désir, à chercher et à trouver ce qu’il veut vraiment, car trouver son vrai désir, c’est trouver ce qui libère au mieux les forces de son être. C’est pourquoi l’individu qui entreprend de se chercher selon son vrai désir est prêt à accepter pour sa vie une condition d’apprenti. En entrant en Maçonnerie, il va apprendre à penser par symboles. Il va prendre conscience que rites, symboles et mythes maçonniques, par leur puissance de suggestion métaphorique et imageante, proposent des représentations possibles de ce qui, en lui, est de l’ordre, non du fini, mais de l’infini, et qu’ils répondent ainsi à cette demande de soi, infiniment productrice de l’être même de l’homme, qu’est l’exigence initiatique. C’est une seule et même chose de parler d’exigence initiatique, et d’exigence de spiritualité.

Mais si l’on veut prendre une conscience plus claire de la façon dont la rituélie maçonnique pénètre et façonne la spiritualité maçonnique, et devient rectrice et éducatrice du désir, il convient d’examiner comment les rites opèrent et quelles fonctions ils assument.

On peut en distinguer trois. 1) Nos rites d’ouverture et de fermeture des travaux ont pour fonction de nous introduire dans le Temple, c’est-à-dire dans le Sacré, et ils nous invitent à nous faire nous-mêmes Temple. 2) Nos rites d’initiation proprement dits, c’est-à-dire d’intronisation dans nos différents grades, ont pour fonction, à travers leurs symbolismes successifs, d’ouvrir au sens initiatique de la vie, à inciter à aller toujours plus loin. 3) Quant à nos rites de célébration solsticiale et équinoxiale, ils nous apprennent que cette permanente et constante exigence de novation et de dépassement doit venir s inscrire dans les rythmes profonds de la Nature. Ils nous apprennent aussi que la Nature est en quelque sorte une réalité vivante, qu’elle est autre chose que cette matière, soumise à l’entropie, sur laquelle nous exerçons nos prouesses techniques, afin de la soumettre à notre appétit de puissance.

Trois initiations capitales introduisent l’impétrant dans le coeur de la spiritualité maçonnique, celle du 1er, celle du 3e et celle du 13e degrés.

Au premier degré, l’Apprenti acquiert le sens du Temple. Il lui est révélé que le Sacré et le Divin ne sont pas le monopole des seules religions exotériques, mais qu’ils sont inhérents à l’humanité tout entière. Par la méthode symbolique, il sera délivré d’un anthropomorphisme mal conçu, qui tend à faire de l’Etre, et de la Nature en son principe, une idole à forme humaine.

Avec l’enseignement du Maître Hiram, le troisième degré apprend que nous portons en nous un Etre qui est au delà de nous-mêmes, et auquel il faut savoir, si besoin est, sacrifier sa vie. Cette initiation s’éclaire au quatrième degré comme étant le sens du DEVOIR. Nous comprenons alors que notre être véritable est un devoir-être, qu’il est l’exigence d’un constant recommencement et dépassement de soi.

Ces deux grandes premières initiations portent en elles une conception de l’esprit qui est celle-là même de la grande tradition philosophique de l’Occident. Dans le « cogito », mais plus encore dans le doute méthodique qui le précède, Descartes découvre sa propre imperfection, c’est-à-dire son insuffisance d’être. La réalité de l’esprit se révèle ici comme style d’échappement et de reprise. Mais cette prise de conscience de l’imperfection renvoie à l’idée de l’être parfait, de l’être souverainement réel, c’est-à-dire de Dieu. L’Esprit se révèle à lui-même, non comme une réalité figée et fermée, mais comme un manque, et comme une aspiration à être plus. Quant à cette idée de perfection qui nous est donnée dans le temps même où nous prenons conscience de notre imperfection, elle n’est pas l’attribut d’un être aux contours finis et définitivement arrêtés, puisqu’elle est ce qui inspire et provoque en chaque être la force de transcendance qui l’anime. Spinoza, poussant jusqu’au bout les conséquences de l’analyse cartésienne, abandonne le théisme de son maître, concession aux idées du temps, pour retrouver l’inévitable panthéisme. Dieu est ici reconnu comme substance de tout ce qui est. Il est le Tout de la Nature, présent en chacune de ses modalités, c’est-à-dire en chaque être fini. Chez Bergson, on trouve aussi une conception de l’esprit fort proche, lorsqu’il définit celui-ci comme « une réalité qui est capable de tiret d’elle-même plus qu’elle ne contient, de se créer et de se recréer sans cesse ».

Avec la troisième grande initiation, celle du 13e degré, sont révélées la source et la vocation de l’Esprit. Toute activité vraie de l’Esprit porte en elle l’infinité de la Nature dans laquelle elle prend sa source, de façon, ainsi que le dît le rituel du grade, à permettre à chaque être de s intégrer à l’ordre de l’Univers.

On pourrait penser que cette philosophie de la Nature, sur laquelle débouche la spiritualité maçonnique, nous éloigne du concret, et est bien loin des préoccupations morales de la Franc-Maçonnerie. Il n’en est rien. En ouvrant nos consciences aux dimensions de l’Univers, elle établit au contraire leur fondement. Non seulement elle relativise les conflits qui nous opposent, mais elle fait comprendre à chaque adepte que la richesse de son être est faite de la richesse de tous les autres. En affirmant pour chacun son identité d’être avec l’Univers, elle nous enseigne que tous ensemble nous ne formons qu’un seul être, que nous sommes tous parents, parce que tout est en sympathie de droit dans le vaste univers. Il n’est pas de spiritualité sans exigence éthique. Le moindre acte de charité implique que le sujet s’identifie à une totalité et à une universalité qui le dépassent, et qu’il agisse conformément aux exigences de cette totalité et de cette universalité (cf. Kant, et l’universalisation de la maxime). Agir en homme, c’est agir en citoyen du monde. Tout le projet maçonnique consiste à ne jamais séparer, et même à fondre l’une dans l’autre, libération politique et libération méritée de l’intérieur de chaque personne, communauté d’amélioration matérielle, et communauté d’exigence ou de mise au travail spirituelle des hommes.

Tels sont les enseignements primordiaux du 13e degré. Les degrés suivants ne feront que développer ses conséquences. L’exaltation de l’Amour, qui caractérise le 18e degré, exprime dans un langage et au moyen d’un symbolisme différent cette parenté qui nous unit et qui nous a été révélée au 13e.

Il est naïf de croire que l’esprit maçonnique présente une originalité telle qu’il serait complètement étranger aux enseignements des grandes philosophies. Certes, on ne saurait l’enfermer dans aucune doctrine, mais on ne saurait méconnaître que, par sa recherche même, la Franc-Maçonnerie suppose une philosophie initiatique de l’homme qui présente des affinités profondes avec le platonisme et le stoïcisme, et, plus généralement, avec le climat intellectuel et spirituel de l’hellénisme alexandrin. Panthéisme et naturalisme spiritualiste semblent bien en être les caractéristiques essentielles. Mais aussi bien, n’est-ce pas là que convergent, malgré leurs très apparentes mais en définitive peu profondes différences, les ontologies qui sont restée fidèles à l’esprit même de la philosophie ? N’est-ce pas là aussi que peuvent se rencontrer les pensées et les sagesses de l’Orient et de l’Occident ? A condition bien sûr, qu’elles ne s’enferment, ni dans un spiritualisme refermé sur lui, ni dans un bouddhisme négateur de toute individualité.

Panthéisme et naturalisme, attitudes de pensée, beaucoup plus que doctrines aux contours arrêtés, sont seuls capables de fonder une morale du rôle, dans laquelle la liberté éclairée de chacun apportera sa contribution à la construction de l’ordre du monde et de la société. En tout cas, à la différence du théisme dont se réclament les religions exotériques, et dans lequel elles nous ont trop habitués à voir l’essence du « religieux », ils ne font pas courir le risque de déboucher sur des Révélations diverses et souvent ennemies, invoquées par des hommes qui se prétendront être les seuls vrais dépositaires de la Parole divine. On connaît trop hélas aujourd’hui les tentations totalitaires qui en sont la conséquence.

Il importe en tout cas que les Francs-Maçons soient bien convaincus qu’en accomplissant les rites, ils ne se détournent pas de leurs tâches exotériques et de leur volonté de progrès, pour se complaire dans une répétition stérile du passé. C’est au contraire en dégageant le sens dont ceux-ci sont porteurs, et en ayant la pleine conscience de l’esprit qui les anime, qu’ils comprendront les raisons de leurs actes, et qu’ils recevront de cette compréhension même une énergie supplémentaire dans l’accomplissement de leur devoir d’homme.

L’homme Franc-Maçon

Les considérations qui précèdent vont permettre de répondre de façon plus précise aux questions que tout Franc-Maçon ne manque pas de se poser: Que suis-je venu faire en Maçonnerie ? Qu’y ai-je trouvé que je n’aurais trouvé nulle part ailleurs ? Que devient-on quand on a été reçu Franc-Maçon ? Et d’abord, cette question préliminaire : pourquoi et comment devient-on Franc-Maçon ?

Le caractère ésotérique de la Franc-Maçonnerie, ainsi que celui, limité et élitiste de son recrutement, semblent à première vue peu compatibles avec sa prétention à délivrer un message universel. Y aurait-il une prédisposition à devenir Franc-Maçon, et cela réclamerait-il de l’impétrant des qualités spéciales ? On sait que, concernant l’initiation en général, Guénon répondait affirmativement à cette question. La réponse du rapport est beaucoup plus nuancée. Ce que la Franc-Maçonnerie regarde, dit-il, comme l’aptitude à s’instruire et à recevoir la Lumière, suppose en effet que le candidat présente des dispositions de caractère, autant qu’intellectuelles et culturelles. Mais elle le juge moins, qu’elle ne s’applique à déceler ce que ses qualités passées laissent augurer de ses qualités futures. Ainsi le veut-elle essentiellement loyal et probe, soucieux de la parole donnée et secourable aux hommes. Elle ne saurait accueillir ceux qui croiraient trouver en ses pratiques une espèce de thérapie de groupe destinée à régler des conflits d’existence, ou à compenser les échecs et les insatisfactions de la vie profane. De même devra-t-elle être circonspecte à l’égard de ceux, comme elle en a parfois hâtivement reçus, qui, fermés à l’esprit de la Tradition initiatique, ne consentiraient à ses rites et à ses symboles que pour autant qu’ils ne sont pour eux que des signes de reconnaissance entre membres d’une société secrète visant à établir un pouvoir occulte sur la société et sur l’Etat. L’élitisme avoué du recrutement maçonnique n’a d’autre signification que celle d’une élémentaire prudence à l’égard de ceux qui seront investis de la grave responsabilité de donner l’exemple de ce qu’est l’homme dans son essence et dans sa vérité universelle.

Mais aussi bien, la Franc-Maçonnerie transforme moins les êtres qui participent à ses travaux, qu’ils ne se transforment eux-mêmes, par la fréquentation assidue de la Loge. Les proches d’un Franc-Maçon reconnaissent volontiers que, peu à peu, la vie conduite selon les exigences de la Franc-Maçonnerie, lui ont permis de s’améliorer considérablement. Ses idées se sont élargies, son attitude s’est assouplie, sa démarche et ses intérêts sont apparus plus généreux. En s’ouvrant mieux au sens de l’universel, il a appris à s’interroger, à s’affranchir des passions envieuses qui pouvaient lui être restées, à accepter les différences entre les hommes, et à obtenir en lui, et pour lui-même, qu’elles se fécondent les unes par les autres.

Mais surtout le Franc-Maçon, introduit dans le Temple, et par conséquent dans le domaine du Sacré, accède à cette forme de religiosité qui a été définie plus haut. Tout en prenant conscience du divin qu’il porte en lui, il saura se garder de la tentation de vouloir le nommer et d’en donner une image qui prétendrait être la seule vraie. Distant à l’égard des représentations et des constructions idéologiques sur lesquelles tend à se fixer le besoin d’absolu qu’exige sa raison, il refusera ce que leur diversité et leur particularisme peuvent avoir de négateur. En deçà de ces représentations, il voudra toujours voir la source unique qui les a inspirées, la même qui sourd du plus profond de son être, et de chaque être, et dont nos pratiques rituelles et symboliques lui auront fait comprendre que la force vive qui en émane ne saurait s’arrêter et se fixer sur rien qui soit dicible, sur rien non plus qui justifie les passions fratricides que les hommes ont mis à vouloir les imposer.

Là en effet se situe le Centre d’Union. Aussi, en quête de l’intimité de son être, appliqué à la culture de soi-même, se sentira-t-il concerné par cette même quête qu’il pressent chez les autres, et voudra-t-il former avec eux la République initiatique qui devra servir de modèle à toute tentative de construction d’une république profane. Celle-ci ne peut avoir quelque chance d’exister et de se maintenir dans l’existence, qu’à condition que soit reçue et acceptée l’idée que tout changement social et humain doit commencer par une éducation de l’homme intérieur, et ne doit pas cesser d’en procéder.

Maître de lui-même, citoyen de la République initiatique, et par conséquent citoyen, non seulement de son pays, mais du monde, le Franc-Maçon ne pourra rester indifférent aux symptômes de décadence qui semblent atteindre notre civilisation. Il ne tombera pas dans l’erreur qui fut celle des Ordres spirituels qui, à partir de l’idée juste qu’il faut cultiver et approfondir son intériorité, ont fini par se couper de la vie réelle des hommes. Son action s’inscrira donc dans la continuité de la lutte qu’ont mené les prêtres de Thèbes ou d’Eleusis, Socrate, Jésus, Marc-Aurèle, et d’autres encore, pour faire exister une sociabilité permettant à chaque homme de tenir son rôle et d’accomplir son essence. Comme eux, il cultivera les vertus héroïques, à commencer par la Foi.

Foi que les efforts qu’il fait pour modifier son être intérieur ne sont pas vains, et qu’ils contribuent, ne serait-ce que par leur exemplarité à améliorer l’homme et la société.

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Nous espérons que cet aperçu n’aura pas trahi l’essentiel des idées et des thèmes développés dans le rapport de « Sources » auquel nous avons emprunté beaucoup. Ils ne sauraient surprendre un Franc-Maçon du Grand Collège des Rites qui trouvera dans leur exposé l’expression de ce qu’il savait déjà et qu’il portait en lui de façon plus ou moins claire. Mais, disons-le encore une fois, l’intérêt et la valeur de ce texte résident aussi dans les illustrations, les incidentes, les variations qui gravitent autour de ces thèmes, dans les développements importants que nous avons dû passer sous silence : la femme, la mixité, l’historicisme, la distinction du magique et du religieux, le sociologisme durkheimien, le naturalisme de Frazer… Ils résident dans la langue, dont les constructions, en apparence complexes et savantes, sont en fait toujours très claires, et dont le vocabulaire et les formulations sont d’une densité et d’une richesse qui appellent presque à chaque ligne la méditation. Le lecteur sera récompensé au centuple des efforts auxquels il aura dû consentir.

Ce texte devrait être un document de référence pour tout chercheur, Maçon ou Profane, curieux de connaître et d’approfondir l’esprit et la philosophie de la Franc-Maçonnerie.

Source : http://hiram3330.unblog.fr

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Paysage maçonnique français

27 Novembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Quelqu'un peut-il me dire combien d'obédiences de plus de 1000 Frères ou Soeurs composent la maçonnerie française :

10,20,50, plus ?

Jiri a peut-être la réponse.

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Essai sur les origines des grades et rituels symboliques (2)

27 Novembre 2012 , Rédigé par André DORE 33° Publié dans #histoire de la FM

Nous donnons à cette cérémonie le nom d'initiation, mais pendant des décades il ne s'est agi que d'admission ou de réception, et non d'initiation ; le mot fit son apparition fort timidement d'ailleurs en 1801 dans la préface du « Régulateur Maçon », et seulement dans le cahier du vénérable, qui reproduisait à l'insu du Grand Orient et sous son label, les rituels du Rite français en sept grades et quatre ordres qu'il avait établis en 1786. Etait-ce dû à l'ouvrage paru en 1781 du F... chanoine Jean Baptiste Claude Robin, membre de la Loge « Les Neuf Soeurs », à l'orient de Paris, intitulé « Recherches sur les initiations anciennes et modernes », dont il avait donné connaissance à son atelier au cours d'une tenue mémorable rapportée par la Dixemerie ? On ne saurait en effet, retenir l'expression «... les vrais initiés » rencontrée en italique p. 7 et 12 dans le texte d'un pamphlet anonyme édité à La Haye en 1745. « Le Tonneau jetté ou réflexions sur la prétendue découverte de l'Ordre des Francs-Maçons », réfutation de « l'Ordre des Francs-Maçons trahi » de l'abbé Pérau. Symptomatique également que le convent des Philalèthes organisé de 1785 à 1787 par la Loge « Les Amis Réunis» à l'orient de Paris, consacré à l'étude de la « science maçonnique », à ses origines et à ses fins, n'ait à aucun moment envisagé une recherche sur les initiations ou un rapprochement éventuel avec les « mystères » antiques. Une seule intervention, celle du F.-. Westerholdt, dans la séance du 19 avril 1785, fit mention de leur « ... haute antiquité » et ajoute « ... la franc-maçonnerie ayant une analogie parfaite avec les initiations. » Or cette invitation n'amena aucune réaction de la part d'un auditoire composé des maçons les plus éminents et les plus cultivés de toute l'Europe. Quoi qu'il en soit le mot « Initiation » ne devint officiel, maçonniquement parlant, qu'en 1826, art. 217 de la Constitution du Grand Orient de France.

Quand y eut-il « initiation » au sens initiatique du terme ? Tout au plus peut-on suggérer le cours des années 1780 après les tentatives de codification des rituels, faites d'une part par le Grand Orient de France, 1786, de l'autre par les Convents de Lyon en 1778 et de Wilhemsbad en 1782 du Rite Ecossais rectifié.

Il y eut certainement « initiation » antérieurement à cette dernière date. Mais cela ne touchait que les cercles lyonnais dont le mysticisme avoué s'exprimait sous la forme maçonnique. Dès 1767, Willermoz et ses fidèles s'ingéniaient au travers d'un syncrétisme où se mêlaient les deux systèmes de Saint Martin et de Martinès de Pasqually à instaurer d'étranges cérémonies à la fois religieuses et magiques destinées à réintégrer l'homme déchu, dans sa pureté primitive. Une lettre, conservée à Lyon au fonds W. 5471, datée de 1768, adressée à Jean Baptiste Willermoz par son frère Pierre Jacques, indique « ... on veut vous initier, à la bonne heure. », témoignant ainsi qu'il y avait « initiation ». Elle ne concernait que les Hauts Grades, réservés à une élite soigneusement choisie et donc très réduite. Un document extrêmement secret, accessible à quelques très rares élus, « L'Instruction des Grands Profès » dernier degré du Régime Rectifié de Lyon de 1778, publié récemment par Antoine Faivre dans l'ouvrage de Le Forestier confirme ce fait. (Lyon fonds W. 5475). Ce genre de cérémonies, laissait de côté celles par ailleurs très différentes, relatives aux trois grades symboliques. Cependant, en raison de la minutie et de la rigueur d'exécution du cérémonial d'initiation propre aux hauts grades, rigueur rendue nécessaire par son côté magique, il n'est pas exclu de penser qu'elle ait contribué à affermir et stabiliser la liturgie des réceptions d'apprenti, de compagnon et de maître, appelées par la suite à devenir des initiations.

L'aspect ésotérique de l'enseignement réparti dans ces ateliers à vocation supérieure appliquée à la recherche de l'inconnaissable, et le secret qui s'ensuivait, conduisaient obligatoirement à la sacralisation de la rituélie dans toutes ses modalités. Elle se fit jour insidieusement, morceaux par morceaux, pourrait-on dire et ainsi s'instaura le caractère « initiatique » des réceptions aux trois grades symboliques. Mais alors se pose la question, quelle sorte d'initiation ?

Il n'y a rien que l'homme créée qui ne réponde à un besoin profond de son conscient et plus encore de son inconscient. L'universalité dans le temps et dans l'espace des impulsions qui le motivent illustre la notion d'archétypes inhérents à toute l'espèce. Il semble d'ailleurs que ces derniers s'imposent aux diverses formes de la vie animale. La répétition continuelle des attitudes, gestes, devenus des langages les transforme insensiblement en codes particuliers à chacune d'entre elles. Chez l'homme, l'apparition du mot survenu avec la maîtrise de la voix, puis la pensée qui s'en suivît, le conduisit à une prise de conscience du monde et des innombrables dangers qu'il comporte ; la réflexion analogique et les pratiques magiques qui en découlèrent, s'appliquèrent à les conjurer. L'efficacité de ces dernières reposait sur une rigoureuse exécution de leur gestuelle. La rituélie, avec ses rituels de toutes sortes était née. Sous des formes multiples, elle n'a cessé de se développer, tant dans les rapports sociaux que dans ceux qui concernent les approches du monde non manifesté, substance du « sacré ».

La mort et la disparition qu'elle entraînait devaient apparaître comme le plus grand danger que l'homme pouvait encourir, d'où son angoisse, le refus de les accepter et l'espoir d'une survie dans un au-delà différent. Dès lors, la mort n'était plus qu'un passage conduisant à une renaissance dans ce monde non-manifesté, mais pressenti, et qui était le domaine du sacré, un passage, comme ceux de la naissance à la vie, de l'enfance à l'adolescence, de celle-ci à l'âge d'homme par l'exercice de la sexualité, tous sacralisés au cours de cérémonies rituelles. Le rite étant l'unique moyen d'accéder à ces différents niveaux d'être, toutes les civilisations, des plus primitives aux plus évoluées ont connu et connaissent encore ces pratiques que l'on garde secrètes, car censées apporter une puissance considérable à ceux qui en sont l'objet.

Nous sommes au XVIIIe siècle. Un savoir étrange circulait dans toute l'Europe assoiffée de lumière. L'occulte régnait en maître dans les esprits. Véhiculé par le Rosicrucianisme qui promettait l'immortalité, par l'alchimie, la richesse, l'hermétisme, la puissance, la kabbale, la connaissance, l'ensemble assorti d'un mystère propre à éveiller toutes les curiosités, ce même mystère dont on parait les Loges maçonniques, si anciennes, du moins le croyait-on. La tentation était grande de confronter ces savoirs avec ce que l'on possédait et en acquérir d'autres. En réalité les Loges possédaient peu, très peu et leur pauvreté intellectuelle et ésotérique était décevante. Il fallait donc les nourrir, leur donner une raison d'être autre chose que des sociétés badines. La légende d'Hiram vint à point qui meubla le contenu doctrinal de la maçonnerie spéculative naissante. Nous avons vu plus haut qu'on n'en connaît pas l'origine elle apparut quelque part, en Angleterre ou en Irlande. Elle s'implanta graduellement, prit place en 1738 dans la seconde édition des Constitutions d'Anderson, mais dut attendre les années 1760 pour être admise définitivement, en Grande-Bretagne du moins, car en France le processus d'intégration fut plus rapide. Elle engendra toute la série des Hauts Grades qui submergèrent totalement le monde maçonnique. Il était évident que le meurtre d'Hiram ne pouvait rester impuni. Ainsi naquirent les grades de vengeance et les scènes grand guignolesques auxquelles donnèrent lieu les réceptions qui s'en suivaient, qu'il fallut bien tempérer un jour par l'introduction des grades chevaleresques. Elle s'incorpora dans le grade de maître apparu avant elle par dédoublement de celui de compagnon dont on ne sait ni pourquoi, ni comment cela s'était fait, et l'absorba entièrement.

L'incroyable engouement pour les Hauts Grades, et surtout la dramatisation des admissions eut pour conséquence, une nécessaire structuration de la liturgie propre à la réception des apprentis, par l'apport d'éléments de toutes sortes, apport qui s'échelonna des envions de 1740 jusque vers 1850.

Pas de doctrine proprement dite : rien de la très vague philosophie rosicrucienne, ni même de la mystique juive, introduite furtivement et par bribes dans le rite très chrétien des « Antients » établi en Irlande par Laurence Dermott, puis propagé par lui en Angleterre antérieurement à 1750, en dépit de l'adoption dans les rituels d'un certain nombre de mots hébreux qui posent des problèmes de sémantique encore incomplètement résolus de nos jours.

Seulement des symboles...

Souvent disparates, empruntés çà et là, auxquels on attribua des significations multiples, quelque peu saugrenues, incompatibles avec le moindre raisonnement logique ou même analogique. Certains d'entre eux relèvent typiquement d la magie cérémonielle tel est le cas du maillet du maître, forme spéciale de la baguette, signe de puissance et de souveraineté (rappelons que les outils en tant que symboles, étaient ignorés des maçons opératifs), des « régalia » britanniques, tabliers, cordons, bijoux, ornements, analogues aux robes et aux pentacles, des batteries, des frappements de pieds (aujourd'hui disparus, mais conservés dans le compagnonnage) au cours de la chaîne d'union, des circumbulations de caractère cosmique, des répétitions, véritables « mantras » destinés à s'intégrer dans l'inconscient, de la gestuelle, qui s'identifie aux « mudras » de l'inde (celle du grade de maître se retrouve dans ce pays et figure dans la sculpture de la civilisation précolombienne du Mexique), etc. etc..

On a pli reconstituer les premiers cérémonials de réception des apprentis, compagnons et maîtres de la maçonnerie spéculative. Le manuscrit Graham 1726, deux divulgations, « Maçon's Examination » 1723 et « Masonry Dissected » de Prichard 1730, en fournissent les éléments par questions et réponses, corroborés par la déposition en décembre 1736 de John Coustos, à Lisbonne lors de son procès au Tribunal de l'Inquisition. Ce qui était relativement simple au début se compliqua singulièrement dès 1740 et la France ne fut pas étrangère aux innovations qui suivirent.

Tous les textes insistent sur le fait que le candidat sollicite son admission de sa propre volonté et exigent qu'il fournisse les motifs de sa demande. Il est nécessairement parrainé et la Grande Loge d'Angleterre en fit une obligation le 15 décembre 1730. Lors de sa réception le parrain le mène dans une chambre sans lumière, totalement obscure où ils demeurent ensemble pendant un certain temps et sans qu'un seul mot soit prononcé. A la fin de ce séjour il lui est demandé à deux reprises s'il a la vocation pour être reçu. Sur sa réponse affirmative il est conduit « ... les yeux bandés, dépouillé de ses métaux, ni nu ni vêtu, ni chaussé ni déchaussé, mais pourtant d'une manière décente » devant la Chambre de réception à la porte de laquelle il frappe trois coups qui sont répétés de l'intérieur. Il est alors introduit par le parrain qui le recommande « ... pauvre, sans monnaie, aveugle et ignorant de nos secrets ». et accueilli par le plus jeune apprenti de la Loge.

Le « ni nu ni vêtu » ne se rencontre nulle part chez les opératifs non plus que chez es « acceptés ». Il paraît provenir de la tradition templière et avait sans doute pour but de vérifier le sexe du candidat. Aucune explication pour le pied déchaussé, ni pour le bandeau malgré l'évidence du symbole quant aux métaux ils ont été rejetés par toutes les mythologies et par la Bible elle-même qui les considéraient comme néfastes, ce que semblent ignorer le « Catéchisme » 1740, le « Secret » 1742 et « l'Anti-Maçon » 1748, etc. qui disent « ... dépourvu de tous métaux parce que lorsqu'on envoya les cèdres du Liban pour le Temple (de Salomon) ils étaient tous taillés, et qu'on n'entendit aucun coup de marteau ni d'autres instruments lorsqu'on bâtit cet édifice. » Il est évident qu'il fallait trouver une justification Selon William Preston, « Illustration of Masonry » 1772, l'initiation enlevait tout caractère maléfique aux métaux « ... le métal (la monnaie) ne peut faire de distinction entre les Maçons l'ordre étant fondé sur la paix, la vertu et l'amitié »

La chambre obscure est l'ancêtre du cabinet de réflexion. Il était, et il est encore totalement inconnu de la Maçonnerie anglaise. Il le resta également un certain temps en France. On ne sait où et quand il fut introduit dans la réception, très probablement vers 1765-1770. Les Loges l'utilisaient entre 1776 et 1780 et le Recueil Précieux de la Maçonnerie adonhiramite de Guillemain Saint-Victor, 1783 en donne une description semblable à celle figurant dans les rituels du Grand Orient établis en 1786 Une pièce sombre aux murs noirs, éclairée d'une seule chandelle, un tabouret, une table sur laquelle un crâne et tous les ingrédients, sel, soufre, eau, pain (le vitriol viendra plus tard). Sur les parois, les emblèmes de la mort et une série de sentences inscrites en blanc évoquant la fragilité de la vie et l'inanité des choses terrestres, plus, des menaces si le candidat n'abordait pas son admission avec un coeur pur. Il y a une analogie certaine entre cette retraite silencieuse au sein de la « Chambre obscure » et celle solitaire de l'aspirant chevalier la veille de son adoubement, également l'invitation à rédiger un testament ainsi que le faisait ce dernier. En 1786, un manuscrit émanant du Grand Orient ajoute une innovation, les questions dites « d'ordre » : qu'est-ce qu'un honnête homme se doit à lui-même ? À ses semblables, à sa patrie ? Elles disparurent en 1858 et réapparurent à la fin du XIXe siècle.

Le Dumfries manuscrit n0 4 de 1710 indique que le candidat entrait dans la Loge « la corde au cou ». A la question que lui posait le maître de celle-ci, il répondait : « pour me pendre si je trahis mon serment ». C'est la première mention de ce symbole venant d'une « Loge » d'acceptés. On ne le retrouve qu'en 1760, en Angleterre seulement. Il ne figure en effet dans aucune des gravures de la série des « Réceptions »de 1745, ni dans celle du « Recueil précieux », (édition 1787), déjà cité, ni dans le tableau de Maler, 1786. Réception dans une Loge de Vienne en Autriche, au Kuntshistoriches Museum de cette ville.

La Réception se poursuivait par les voyages ; selon Prichard, 1730, il n'y en avait qu'un, effectué dès l'entrée, dans le sens des aiguilles d'une montre et se terminant par trois pas devant le Maître de la toge pour la prestation du serment. En France, la « Réception d'un Frey-Maçon » en donne trois, « autour de l'espace marqué sur le sol où sont dessinés au crayon un grand J et un grand B », préfiguration du tableau de Loge dont nous avons vu qu'il s'installa définitivement entre 1740 et 1745. Sa décoration variait en fonction du grade, ainsi que la disposition des symboles (l'équerre et le compas en particulier ne trouvèrent leur place définitive qu'au cours du XIXe siècle), mais également selon les auteurs. C'est ainsi que pour celui d'apprenti, nous avons « un tableau de la toge d'apprenti, puis le véritable tableau..., puis le vrai tableau. » etc. chacun renchérissant sur le précédent. L'apport hermétiste y est très net, et l'ouvrage de Lenglet-Dufresnoy, Histoire de la philosophie hermétique, en trois gros volumes, paru en 1742 joua un rôle considérable sur la création et l'évolution d'une pensée ésotérique en gestation. C'est probablement à lui qu'est due la confirmation du caractère cosmique de ce qui devait devenir le Temple maçonnique, avec la présence du soleil, de la lune, de la voûte étoilée, de l'étoile flamboyante, et l'introduction des circumbulations selon la marche apparente du premier. On s'étonne cependant que pas un seul des catéchismes pourtant prolixes dans leurs explications, n'en fournisse une sur le sens des voyages imposés au candidat sans doute n'en avaient-ils pas !

Ce n'est que dans les années 1780 qu'on informa ce dernier que le premier voyage « ... est fait dans les voûtes souterraines, le second, dans les galeries supérieures, le troisième autour du temple », mais sans justification du pourquoi. Et il faudra attendre 1832 pour qu'ils soient assimilés aux trois âges de la vie, par les soins du F... Vassal, dignitaire du Grand Orient, interprétation qui leur est restée.

C'est aussi à cette époque, 1780, que les trois éléments, eau, air et feu furent associés aux voyages. Le processus de dramatisation venu des hauts grades les transforma de suite d'épreuves symboliques et purificatrices, en épreuves réelles, à l'imitation des initiations antiques que l'ouvrage de l'abbé Robin déjà cité avait vulgarisées. Cela se fit sans ordre, sans directives. Rien n'est stabilisé : les variations d'un rituel à l'autre sont nombreuses et le vague des explications accompagnant les voyages révèle l'indigence d'une pensée qui se voudrait initiatique mais qui n'est pas encore affermie. Le sens moral domine, et le but recherché et avoué - est d'intimider le candidat, peut-être pour s'assurer de la fermeté de son caractère. Si le bref contact avec les flammes de l'épreuve du feu pouvait impressionner, celle de l'eau était anodine et celle de l'air n'était qu'une simple menace. Le manuscrit du rituel de la Mère Loge écossaise de Marseille en rend compte ainsi :

« Monsieur vous avez encore (c'est le 3e voyage) une épreuve à subir, beaucoup plus forte et plus pénible que les autres : il faut que vous voyagiez dans les airs. Ne craignez-vous point d'être lancé dans l'atmosphère aérien et n'appréhendez-vous pas les suites funestes d'une chute à laquelle vous allez vous exposer ? »

« Le Récipiendaire ayant répondu que non, tous les frères demandent qu'on l'exempte d'un voyage aussi périlleux ». Il y eut l'empreinte du sceau au fer chaud, un simulacre bien sûr ; l'épreuve du sang avec lequel il fallait signer son serment, est si éprouvante pour le candidat, aux yeux des frères, que l'un de ceux-ci bien intentionné et plein de pitié criait « grâce » à l'instant des préparatifs, ce qui lui était accordé, cette même épreuve qui devint le mélange des sangs, encore pratiquée de nos jours sous une forme symbolique. Il y eut la coupe d'amertume dont l'interprétation ne soulève aucune difficulté. Elle venait d'Allemagne, via le rite Rectifié qui la pratiquait vers 1755. L'épreuve de Terre, vécue dans le cabinet de réflexion n'apparut comme telle que dans le cours du XIXe siècle. Tout cela, complètement ignoré antérieurement, surgit brusquement dans la décade précédant immédiatement la Révolution et se perpétua pendant une trentaine d'années après la reprise de 1794. Le Grand Orient avait fait siennes ces innovations auxquelles il donna un sens exclusivement moral en les codifiant dans son rituel de 1786 repris dans le Régulateur Maçon de 1801, mais sans renoncer à leur caractère d'intimidation.

« Le premier voyage doit être le plus difficile. Il doit se faire à petits pas, très lentement, d'une marche très irrégulière on profitera de la disposition du local pour rendre ce voyage pénible, par des obstacles et des difficultés aménagés avec art, sans cependant employer aucun moyen qui puisse blesser ni incommoder le récipiendaire. On le fera marcher à pas lents, tantôt un peu plus vite. On le fera baisser de temps en temps, comme pour passer dans un souterrain on l'engagera à enjamber comme pour franchir un fossé enfin on le fera marcher en zigzag, en sorte qu'il ne puisse juger de la nature du terrain qu'il parcourt.

Pendant ce voyage, on fera jouer la grêle et le tonnerre afin d'imprimer dans son âme quelque sentiment de crainte ».

Explication de ce voyage, les vicissitudes de la vie humaine. Si jusque-là, la Maçonnerie symbolique avait échappé à la dramatisation outrée des hauts grades écossais, il semble que cette invitation à accumuler les difficultés de la réception au grade d'apprenti eut pour résultat d'ajouter le grotesque à la tragi-comédie.

Une encyclopédie du tout début du XIXe siècle reproduit à l'article Franc-Maçonnerie l'admission d'un candidat. Lors du premier voyage, celui-ci « ... est conduit au bord d'une trappe qu'on lui dit être un précipice on lui propose de s'élancer dans ce trou, s'il refuse, on le pousse, et il tombe de vingt pieds sur dix planchers de papier fort, à deux pieds de distance les uns des autres et qui éclatent successivement en faisant un bruit effroyable au fond se trouvent des matelas pour le recevoir ».

La scène du parjure mériterait d'être jointe à l'anthologie des cérémonies écossaises d'avant la Révolution

« Une table, au milieu de laquelle on a pratiqué un trou rond, est placée dans un coin de la Loge. Elle est couverte d'un tapis pendant jusqu'à terre. Un Frère, ordinairement le plus blême, se place sous cette table, s'agenouille et fait passer sa tête par le trou qui est bordé d'un plat d'étain dont on a enlevé le fond on entoure cette tête d'un linge teint de sang, ce qui produit l'illusion d'une décollation ». Suit la description de la scène au cours de laquelle on retire le bandeau du récipiendaire, avec les commentaires d'usage et la conclusion du rédacteur « cette épreuve terrible fait souvent impression ». L'énormité des faits relatés dans ce récit peut le rendre suspect, bien qu'il soit tiré d'une encyclopédie réputée. Ce sont ces descriptions et quelques autres du même ordre qui ont permis à P. Méjanel, de façon réaliste d'ailleurs, d'illustrer les ouvrages du trop fameux Léo Taxil contre la Franc-Maçonnerie. Et comment ne pas citer l'anecdote stupéfiante rapportée dans la monographie d'une Loge parisienne encore active de nos jours, publiée par ses soins vers 1830, consultable à la Bibliothèque Nationale, qui raconte que au cours d'une initiation dans les années 1806-1810, le candidat fut invité à décapiter un véritable cadavre apporté dans le Temple à cet effet. Il y eut scandale...

Sans vouloir mettre en doute la réalité des faits avancés il serait imprudent de généraliser ces quelques très rares épisodes dont l'exécution, par ailleurs devait soulever des problèmes matériels difficiles à résoudre. Jeu douteux, légèrement pervers, bien propre à une époque où le héros était monnaie courante, ou plus simplement volonté de frapper les esprits en vue de valoriser une pseudo-initiation teintée d'un mysticisme équivoque, à laquelle les acteurs s'identifiaient inconsciemment ?

Plus réservée et fidèle aux instructions du Grand Orient, la Loge Isis Montyon de l'Orient de Paris, spécialiste des initiations à grand spectacle, inventait la planche à boules et l'introduisait avec la bascule en 1810 dans les réceptions d'apprenti !

La Prestation du serment, devenue l'obligation au siècle dernier s'accompagnait de menaces terribles en cas de parjure. Elles étaient l'oeuvre des spéculatifs, car les opératifs n'en avaient jamais proféré. Les manuscrits de 1696 à 1710 indiquent qu'il y a des pénalités dans l'obligation des apprentis enregistrés mais n'en donnent pas la nature, et si l'on s'en tient à la « corde au cou » du Dumfries ms n0 4 (1710) déjà cité, il appert bien qu'elle n'était qu'un symbole.

La langue et le coeur arrachés, la tête coupée du Prichard 1730, et les funérailles imposées entre marée basse et marée haute étaient les peines infligées aux XVIe et XVIIe siècles pour crime de trahison et figuraient encore dans le code pénal britannique de l'époque ; la France qui les reçut, les conserva jusque vers 1780. Il n'y a aucun exemple qu'elles aient été appliquées.

En Angleterre, depuis le début du siècle le serment était prêté sur la Bible. Entre 1727 et 1730 le candidat tenait un maillet dans sa main droite et une truelle dans sa main gauche. En France, il le fut sur la Bible, plus souvent sur les Evangiles ou l'évangile de saint Jean, devant Dieu, selon le « Recueil Précieux. 1782 », généralement devant le Grand Architecte de l'Univers qui restera Dieu fort longtemps avant d'être considéré comme un symbole. En 1786, le Grand Orient ajouta à la suite du Grand Architecte, la formule « ... sur les statuts de l'Ordre et sur ce glaive, symbole de l'honneur ».

Le cérémonial de prestation et la consécration qui suivait subirent de nombreuses variantes. On le rendit solennel les assistants étaient tous levés, l'épée en main. Deux officiers conduisaient le néophyte, les yeux toujours bandés, devant la table du Vénérable (on ne disait pas encore l'autel ou le plateau). Il était debout, le genou droit posé sur un coussin sur lequel était placée une équerre. De la main gauche il tenait un compas ouvert, les pointes sur le sein gauche, la main droite à plat sur le « Livre », parfois levée vers le ciel. Il répétait alors la formule que lui disait le Vénérable.

Pendant tout le XVIIIe siècle le serment était prêté aux trois grades. Il y avait parfois, mais rarement, agenouillement des 2 genoux sur le coussin ci-dessus, souvent inversion, genou gauche, apprenti, genou droit, compagnon, les deux genoux, maître, et même apprenti ; cette diversité dura en Angleterre jusqu'en 1814. Quelquefois les deux mains du récipiendaire étaient posées sur le « Livre » le vénérable tenait alors le compas sur la poitrine de celui-ci. La scène du parjure fut une invention du XIXe siècle. Il ne semble pas qu'elle ait été pratiquée tout au long du XVIIIe, la prestation du serment était renouvelée après la chute du bandeau (Régulateur Maçon, 1801). Celle-ci intervenait après que le candidat ait été reconduit à l'occident. Sur sa demande, et au coup de maillet, on lui donnait la lumière. L'instant pouvait être impressionnant. Quelques frères « portaient des torches garnies de mèches à l'esprit du vin, dans le corps desquelles on avait introduit de la poudre de lycopode. En les secouant, la poudre sortait, ou s'enflammait à l'esprit de vin qui brûlait, ce qui produisait une très grande flamme et une très vive lumière ». Le néophyte découvrait alors l'assemblée de maçons rangés autour de lui et pointant leurs glaives dans sa direction. Après un silence, le Vénérable rassurait le nouvel apprenti en lui disant que cette attitude les rendait garants de l'aide qu'ils lui apporteraient désormais en cas de besoin.

Les assistants ayant regagné leurs colonnes, debout et l'épée en main le Maître de la Loge procédait à la consécration. Elle se faisait selon l'époque, le lieu et la Loge, par le maillet, puis par l'épée, par le maillet et l'épée, quelquefois maillet et compas. Le néophyte debout, ou debout et un genou sur le coussin et l'équerre qui avaient servi pour l'Obligation le Vénérable le constituait apprenti maçon, « à la gloire du Grand Architecte de l'univers » selon une formule à peu près semblable à celle employée de nos jours, puis confirmait son admission dans l'Ordre en le frappant sur la tête de trois ou trois fois trois petits coups de maillet ou d'épée. Accolade, remise du tablier et des gants. A l'époque et pendant tout le XVIIIe siècle la bavette du tablier d'apprenti était rentrée et invisible, celle du compagnon ornée parfois des outils était levée et boutonnée afin de la maintenir, celle du maître, baissée. Jusqu'au moment où le cordon de maître fit son entrée en loge dans les années 1775, seule la position de la bavette permettait de reconnaître le grade d'un frère. Au moyen âge le port des gants était associé aux cérémonies religieuses et militaires.

Chez les opératifs, l'employeur en offrait une paire à «l'apprenti enregistré » lors de sa réception, et sans qu'il y ait explication à ce propos. « The Maçon's examination », 1723, indique que le nouvel admis reçoit deux paires de gants blancs, l'une « pour lui, l'autre pour une femme », sans plus de commentaires. Prichard, 1730, n'en parle pas. Mais Hérault, Réception d'un frey-maçon, 1737, ajoute « ... la seconde paire est pour la femme qu'il estime le plus ». Vers 1760, en les remettant le Vénérable disait : « Un maçon ne doit jamais tremper ses mains dans l'iniquité » et en 1786 « les gants par leur blancheur vous avertissent de la candeur qui doit toujours régner dans l'âme d'un honnête homme, et la pureté de nos actions ». Quant à la femme « ... nous rendons hommage à leurs vertus. » et Goethe montrait que la grande valeur de ce cadeau résidait dans le fait « ... qu'un maçon ne pouvait le faire qu'une seule fois dans toute sa vie ». Habitude devenue tradition, l'offrande des gants s'est perpétuée jusqu'à nos jours.

Puis venaient l'invitation à la reconnaissance du nouvel apprenti, la communication des signes, des pas, de la marche, des mots. La première se faisait par batterie et acclamation, vivat, vivat, et semper vivat, remplacée vers le milieu du siècle par Houzé dans les Loges qui se voulaient écossaises. En Angleterre les travaux étaient interrompus, on portait un toast sur place, au nouveau frère, et les travaux reprenaient. En France une coutume s'était installée qui voulait que le, ou les nouveaux venus offrissent le banquet qui suivait obligatoirement la réception ; les abus furent tels qu'il fallut y renoncer.

L'origine des signes maçonniques reste mystérieuse et leur introduction dans la maçonnerie spéculative inconnue. Le moyen de reconnaissance des maçons opératifs résidait dans le « mot du maçon » et rien n'indique qu'il y ait eu une gestuelle l'accompagnant. Il n'est guère possible de retenir le « signe d'ordre » rencontré çà et là dans la statuaire médiéval comme étant un indice d'une tradition « maçonnique » chez les tailleurs de pierre. Ou alors il faudrait tenir compte de la description très précise qu'en donne Philon d'Alexandrie dans « La Vie contemplative » et Flavius Josèphe dans ses « Antiquités Judaïques », au cours du premier siècle de notre ère. On ne peut même pas le considérer, à l'instar du signe de détresse du Maître, quasiment universel, comme une sorte d'archétype de l'espèce humaine.

Les pas et la marche sont signalés dans les anciens textes de 1724, 1725, 1729 et 1730, mais sans leur description. En 1737 le procès-verbal du procès Coustos à Lisbonne indique qu'on entre en loge par trois pas, non décrits. Il faut attendre 1745 pour savoir qu'en France et en Allemagne, en station debout, les pieds étaient joints talon contre talon et que chaque pas se faisait en équerre, et le « Sceau Rompu » qui donne ces détails, ajoute que la marche du Maître se composait de trois pas en zigzag.« L'Anti-Maçon », 1748, montre dans un schéma trois pas pour chacune des marches, les pieds en équerre mais nettement séparés, en ligne droite pour l'apprenti, en zigzag pour les deux autres avec cette différence que pour la marche du Maître au cours des 2e et 3e pas il n'y avait qu'un pied posé à terre, un point sur lequel nous reviendrons lors de la réception à la maîtrise. En fait rien n'est fixé et la confusion durera jusqu'au delà de 1800. En 1760, le « The Three Distinct Knocks » exposant la pratique des « Antients » indiquait un pas pour les apprentis, deux pour les compagnons, trois pour les maîtres, sans spécifier comment ils se faisaient. Il confirmait ainsi la protestation de Laurence Dermott qui, dans « Ahimon Rezon » s'indignait que les modernes eussent changé la marche, laquelle, si l'on en croit « Jakin and Boaz » 1762, toujours au nom des « Antients » la définissait, dans l'ordre, 1, 2 et 2. D'autres, dans le cours des années qui suivirent donnèrent 1+2+3, ou 3, 5 et 8 ou 12+3, etc. etc. Il n'y eut jamais la moindre explication sur un sens éventuel de la marche des Francs-Maçons...

Nous avons vu l'origine des « mots », descendants illégitimes du mystérieux « Mason's Word » des opératifs, tirés de la Bible vraisemblablement dès la première décade du XVIIIe siècle. Ceux attribués aux trois degrés symboliques ne subirent pas les vicissitudes des autres composantes de l'Ordre maçonnique. L'inversion des colonnes et donc des vocables qui les désignaient, rendue nécessaire pour des motifs de sécurité ne fut qu'un épisode mineur, et ne mérite certainement pas le bruit que firent les « Ecossais » à son propos. Tout au plus peut-on signaler que quelques Loges anglaises choisirent le mot « mahabone » pour le troisième degré au lieu du terme courant venu jusqu'à nous. Et rappelons que le Grand Orient créa le mot de semestre le 23 octobre 1773.

A quel moment les apprentis maçons eurent-ils trois ans et pourquoi ? Tous les catéchismes jusqu'en 1750 leur donnent : « moins de sept ans » ainsi d'ailleurs que les compagnons, moins de sept ans, parce que chez les opératifs c'était le temps qu'il fallait pour passer d'apprenti à compagnon-ouvrier, ou compagnon-maître, celui-ci ayant par voie de conséquence « sept ans et plus ». Un document du 24 juin 1765 fait était d'une formule maintes fois utilisée jusqu'à nos jours, « P... L... N... Q... N... S... C... », par les nombres qui nous sont connus. D'essence pythagoricienne, venue par le canal de l'Hermétisme fort en vogue à cette époque, elle masquait, sous un aspect mystérieux, qui lui donnait de l'importance, une ignorance qui ne semble pas avoir disparu. L'usage s'établit d'accueillir le jeune frère par quelques brèves paroles de bienvenue, la réception se terminait alors. Elle était suivie du banquet déjà cité, dénommé « Loge de Table », laquelle mériterait une étude spéciale approfondie.

Jusqu'à 1730 il n'y eut pratiquement que deux degrés, la réception au second consistait en une obligation, la communication d'un signe non décrit, d'un mot toujours secret, des cinq points du compagnon. Les documents antérieurs à 1727, le Register House Manuscrit d'Edimbourg, 1696, le Trinity Collège Manuscrit de Dublin, 1711, The Mason's examination, 1723, le Graham Manuscrit, 1726, explicitent fort bien le cérémonial de passage de l'apprenti au grade de compagnon ainsi que ceux parus jusque vers 1750 à la suite du Prichard, 1730, en ce qui concerne l'apport symbolique intervenu à partir de cette dernière date. En dehors de l'épisode propre au meurtre d'Hiram, c'est un fait que le troisième degré s'établit par divisions successives des deux premiers grades en s'appropriant plus particulièrement les principaux éléments de celui de compagnon. Quelques-uns parmi eux retourneront plus tard à leur source primitive.

L'aspirant compagnon devait être instruit des « Mystères » de la Maçonnerie. Il était donc interrogé, d'une part sur les circonstances de son admission, le cérémonial utilisé, le pourquoi de celui-ci, d'autre part sur ce qu'il avait appris.

Questions et réponses étaient brèves. En fait, il récitait « par coeur », le catéchisme, soit un strict exercice de mémoire, ne nécessitant aucune réflexion. Les 90 demandes de Prichard concernent l'orientation, l'aspect et le mobilier de la Loge, le rôle de ses officiers, le « secret », la gestuelle. Ce texte révélateur est précieux on y apprend, et ce sera la seule chose à retenir, « Que le fondement de cette chambre sont trois colonnes ou piliers, force, sagesse et beauté », que le plafond « est un ciel de nuées embellies de toute sorte de couleurs », que le pavé « est orné d'ouvrages à la mosaïque », « qu'au centre il y a une comète (l'étoile flamboyante) » et que « le tour de la Chambre est tapissé d'un brocard d'or qui constitue la clôture tout autour », tous ces éléments plus quelques outils étant dessinés sur le tableau de Loge. Egalement, « que Je point, ou point central empêche toute erreur du maître en faisant la circonférence, la ligne une longueur sans largeur, la surface une longueur avec une largeur et qu'un corps compact (volume) entoure le tout ».

Il y a aussi des devinettes. C'est ainsi que le maître est « vêtu d'une jaquette jaune et d'une culotte bleue », (il s'agit du compas qui à l'époque est son attribut), et que les secrets sont cachés « dans la poitrine gauche (du maçon), que la « clef » qui en permet l'accès est enfermée dans une « boette d'or », laquelle « ne s'ouvre et ne se ferme qu'avec une clef d'yvoire », pendue et attachée « à une couroye de six pouces ». Solution du rébus : la bouche, le palais et les dents, et si la langue est la clé d'yvoire (?) c'est qu'elle est « gardienne du verbiage » que sont les paroles.

Un apprenti ne saurait passer compagnon sans avoir « servi son maître », ce qu'il fit « avec de la chaux, des charbons de bois et une pelle de terre », signifiant respectivement «liberté, sérieux et zèle » (traduction édition 1743) ou « avec la craie, le charbon de bois et l'auge », soit « Liberté, ferveur et zèle » (1788). Cette libre interprétation des symboles, expression d'un humour très britannique en l'occurrence, n'avait pas dû tellement satisfaire l'abbé Pérau, dont l'apprenti, dans le « Trahi » 1742, avait travaillé avec « la chaux, la bêche et la brique », c'est-à-dire « liberté, confiance et zèle », car il crut d'ajouter, en note :

« Il faut être maçon pour sentir la justesse de ces emblèmes ». Pourtant, si l'on en croit la préface d'un ouvrage de l'un de ses concurrents en littérature maçonnique, il avait été « initié » d'autorité, et en cette occasion le terme « initié » est adéquat, pour s'être introduit indûment dans une loge, et, découvert, avait été préalablement « placé sous une gouttière ou (une fontaine durant une forte pluie) afin que l'eau le pénètre de la tête jusques aux pieds et que ses souliers en soyent remplis », punition réservée aux indiscrets et formulée dans les catéchismes.

Bien que le « ni nu ni vêtu », moins le bandeau et la corde au cou soit toujours en vigueur au rite émulation, ni les textes ni i'iconographie laissent entendre qu'il en fut ainsi durant la plus grande partie du XVIIIe siècle. Ce dut être un cadeau des « Antients » aux « Modems » dès la seconde moitié, confirmé lors de la fusion en 1813. En France, et tardivement, quelques très rares rituels écossais l'adoptèrent. L'aspirant ayant prouvé qu'il était instruit des mystères maçonniques, apprenait qu'il devenait compagnon « à cause de la lettre G » ou «pour l'amour de la lettre G », et réitérait dans les mêmes formes que précédemment, le serment prononcé lors de son admission au grade d'apprenti.

Il ne semble pas qu'il y ait eu de voyage au cours de la réception au second degré, à moins d'identifier comme tel les cinq pas pratiqués par le Rite Emulation qui les reçut du XVIIIe siècle. Ce qu'en disent les catéchismes n'a pas le caractère de la marche bien spécifique de l'apprenti, mais apparaît purement symbolique.

Avez-vous jamais voyagé ? demande le Grand Maître (qui deviendra le Vénérable)

J'ai fait voyage en Orient et en Occident.
et en une autre version « de l'Est à l'Ouest ».

Avez-vous jamais travaillé ?
oui, à l'édification du Temple.

Où avez-vous reçu votre salaire ?
Dans la chambre du milieu.

Comment avez-vous pu entrer dans la chambre du milieu ?
Par le portique,
ou « en passant au travers d'une antichambre ».

Qu'avez-vous vu en passant ?
Deux grands piliers...

Et le candidat fait alors connaissance avec les deux colonnes de Salomon dont il avait appris les noms sans savoir à qu les appliquer, et leurs dimensions selon la description qu'en fait la Bible (Rois I. ch. 7).

Comment êtes-vous arrivé dans la chambre du milieu ?
Par un escalier dérobé fait en escargot,
ou « par un escalier en spirale à double volée ».

Combien de degrés à cet escalier ?
Sept ou davantage...
« ... parce que sept ou plus composent un collège parfait, ou font une loge juste et parfaite ».

Signe, mot et attouchement sont nécessaires pour franchir la porte, très haute, de la Chambre du milieu, dans laquelle il voit « quelque chose ressemblant à la lettre G ».

Que signifie ce G ?
Géométrie ou la e science.

avait-il été dit au début du catéchisme. Mais cette question ne pouvait pas ne pas amener une autre réponse. Prichard, ou les auteurs des textes, peut-être pris de remords ou d'inquiétude, car éliminer Dieu dans un siècle où les pouvoirs étaient sous la tutelle des églises constituait un danger non négligeable, ajoute un peu plus loin, à la même question

« Le Grand architecte du rond du monde, ou celui qui fut envoyé sur le haut du Temple » (traduction mot à mot de l'Edition de 1743).

ou « le Grand Organisateur de l'Univers, celui qui fut placé au sommet le plus haut du Temple » (traduction de l'Edition de 1788),

Deux phrases qui mériteraient une analyse...

La lettre G était tracée au centre de la Chambre du milieu. En 1740, deux gravures, dans le « Dialogue between Simon and Philip » la représentent, l'une, enfermée dans un contour « de diamants », l'autre au milieu d'un soleil rayonnant qui ne peut être confondu avec l'Etoile flamboyante, laquelle d'ailleurs appartenait à la panoplie du grade d'apprenti. Toutes deux avaient fait leur première apparition en 1726 dans un label annonçant une série de conférences sous le titre de « The Antidiluvian Masonry » destinées à apporter la signification de la lettre G, de l'Etoile flamboyante etc. innovations introduites par Désaguliers et d'autres, et à s'élever contre l'indignité que constituait le fait d'effacer le tableau de Loge avec balai et seau à la fin de la réunion.

L'apparente simplicité de la signification de la lettre G, géométrie, Grand Architecte (God) fait oublier qu'elle est la troisième lettre de l'alphabet hébreu, le nombre 3 étant lui-même celui de la trinité divine, et qu'elle se trouve ainsi rattachée au symbolisme Kabbaliste. Depuis son origine elle est le seul élément stable du second degré et conserve toujours ses deux sens primitifs. On lui en ajouta d'autres : un catéchisme manuscrit antérieur à 1750 la définit : gloire, grandeur, géométrie, la 5 science, « gloire pour le grand architecte, grandeur pour le maître de la Loge, géométrie pour les frères ». Par contre, un autre manuscrit, datant des années 1780, ne cite que la géométrie et élimine le Grand Architecte. Un accident, sans doute, car le rituel émanant du Grand Orient en 1786, repris dans le Régulateur Maçon, 1801, puis dans le Régulateur Symbolique, 1839, indique « qu'elle est le monogramme d'un des noms du Très Haut, source de toute lumière et de toute science ».

Quand l'Etoile flamboyante fut-elle associée à la lettre G ? Une mention en 1726, une seconde qui l'inclut dans le mobilier de la Loge d'apprenti en 1730, une troisième dans le « Dialogue between Simon and Philip » 1740, qui en attribue la paternité à Désaguliers et ses amis, ce qui doit être exact, et -sans aucune signification particulière. Il semble qu'elle ait suivi le chemin de la Voûte étoilée apparue dès 1711. Mais les Rois mages durent flâner en route car le « Trahi », édition de 1767, dans les deux tableaux apprenti-compagnon, montre dans le premier, « Tel qu'il a été publié à Paris, mais inexact », la lettre G dans l'Etoile qui flamboie, et dans le second, «le véritable plan de réception. » l'étoile toujours flamboyante, au-dessus d'une sphère sur pied au-dessous de laquelle est la lettre G. Chez Larudan, « les Francs-Maçons écrasés », 1778, tableaux d'apprenti et de compagnon, l'étoile flamboie, sans la lettre, elle est sans flammes dans celui du Maître, et le G ne figure dans aucun des trois. « L'Etoile mystérieuse » - elle l'est restée - dut acquérir sa notoriété au cours de la période de séparation des deux grades de compagnon et de maître et de la stabilisation de leurs rituels respectifs, vers 1760. Elle la confirma dès l'instant où la tradition hébraïque pénétra en maçonnerie et introduisit le iod en son centre, ce qui la rendit divine. Le Grand Orient la consacra définitivement entre 1773 et 1786, date à laquelle il établit le rite dit « français ».

Parmi la communication au nouveau compagnon des signes et attouchements nous devons accorder une attention spéciale aux « 5 points du maçon », appelés par la suite à devenir les 5 points du maître. En 1730 Prichard les a incorporés dans ce grade.

« Comment fut relevé Hiram ?
Comme tous les maçons quand ils reçoivent le mot de maître.

« Comment cela ?
Par les 5 points de la Confrairie.

« Que sont-ils ?
main contre main 1, pied contre pied 2, joue contre joue 3, genou contre genou 4, et main au dos 5.

Il faut remarquer que ce ne sont pas les gestes faits pour relever le corps d'Hiram qui créent les 5 points, mais que ce sont eux, ceux de la « confrairie », que l'on a employés à cet effet, d'où il ressort qu'ils existaient avant le meurtre du maître. Six textes le prouvent, allant de 1696 à 1727, c'est-à-dire bien avant que l'épisode Hiram s'insère dans la maçonnerie spéculative.

La première description du signe date de 1696, dans le « Edimbourg Register House Manuscrit », lors de la réception au second degré, à l'époque où il n'y en avait que deux. A la question Combien de points du Maçon ?

« 5, soit, pied contre pied, genou contre genou, coeur contre coeur, main contre main, oreille contre oreille ».

Il y a des variantes, tant dans la manière dont on les pratiquait, Sloane manuscrit 3329, circa 1700, Trinity Collège de Dublin ms. 1711, « Mason's Examination » 1723 (lequel en avait six, pied, genou, main, oreille, langue, coeur), « The grand Mystery open » 1726 (pied, genou, poitrine, la main soutenant le dos, joue, visage), que dans l'ordre dans lequel ils se présentent. « The Mason's confession » qui se réfère à une Loge en Ecosse en 1727 commence par « main contre main », le Graham ms. 1726 (pied, genou, poitrine, joue, main).

Aucun document, manuscrit ou imprimé ne fournit la moindre explication, ni sur l'origine, ni sur le sens qu'il faut accorder à cette gestuelle, pour le moins insolite. En 1760, « The Three Distinct Knocks » apportera le premier une signification qui ne résoudra pas le problème car purement symbolique et morale pour chacun des points. Le monde opératif n'a rien connu de cela : matériellement ce ne pouvait être un signe de reconnaissance et les Loges étaient vides d'ésotérisme. Or ce sont les « acceptés » qui, à la fin du XVIIe et au tout début du XVIII e, font état des points du maçon, et il est possible que leur présence soit antérieure à 1696. Pour la plupart, les « acceptés » étaient gens cultivés, souvent érudits, avec la Bible à la base de leur culture. Celle-ci relate deux cas de résurrections opérées au moyen d'un contact très étroit entre le mort et le vivant complètement accolé contre celui-ci afin de la ramener à la vie. Deux prophètes du ixe siècle avant notre ère ressuscitèrent ainsi, l'un Eue, le fus d'une veuve qui l'avait accueilli durant la famine, l'autre Elisée, son successeur, le fils d'une femme de Sunam. Le récit du miracle de ce dernier est explicite. (Livre IV, Rois ch. IV, 34 et 35). « Il monta sur le lit, monta sur l'enfant et il mit sa bouche sur sa bouche ses yeux sur ses yeux et ses mains sur ses mains. Et il se coucha sur lui et la chair de l'enfant fut réchauffée. . Et il remonta sur le lit, et se coucha sur l'enfant et l'enfant bailla sept fois et ouvrit les yeux ».

Les motifs d'incorporation dans une réception maçonnique du procédé « magique » pouvant provoquer un tel événement miraculeux restent obscurs, et même mystérieux. 35 ans au moins, avant que la légende d'Hiram ne se fasse jour, ils apportent une justification plausible au scénario du déroulement des funérailles de son héros. L'état de décomposition du corps, lors de sa découverte survenant plusieurs jours après le meurtre, n'incitait certainement pas à la manoeuvre « pied contre-pied, poitrine contre poitrine, joue contre joue, »en vue de la relevaille. Mais si cette opération avait pour but de ramener le maître d'oeuvre a la vie, et de récupérer ainsi le secret qu'il avait emmené dans la tombe, les « cinq points du maçon » recouvraient alors un sens et une logique dont ils avaient bien besoin. Il est peu probable que le compagnon, puis le maître qui les vivaient, aient eu conscience de leur contenu. C'est le destin des symboles de traverser les siècles, ignorés, habillés d'incompréhension, d'incohérences, puis un jour, de ressurgir de l'oubli et de retrouver leur lumière.

Aucune précision relative à l'entrée du nombre 5 dans le grade de compagnon. La réponse est difficile Les documents manuscrits de la rituélie ne sont pas datés et assez rares jusque vers les années 1770. Les divulgations imprimées reprennent Prichard, Perau, Larudan auxquels s'ajoutent les anglaises parues à partir de 1760. Le « Cinq » n'apparaît nulle part chez ces auteurs avant 1750. L'Etoile à cinq branches, handicapée par sa naissance bâtarde n'a joué aucun rôle jusqu'au moment où l'apport de l'Hermétisme, des doctrines conjointes des Pythagoriciens et des Kabbalistes lui permit de faire carrière. Il y eut l'âge, les voyages, les pas, les marches de l'autel, bien que dans le Régulateur Maçon elles soient sept. Tout fut à peu près stabilisé avec le rituel de 1786 du Grand Orient. Les outils qui accompagnaient les voyages émigrèrent bien de l'un à l'autre au gré des Loges, mais les commentaires qu'ils appelaient, où la morale tenait une large place n'étaient pas sans valeur. Un rituel de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, postérieur à 1770 fait exécuter les cinq voyages sans outils ni explications, mais arrête les compagnons rangés en une chaîne la main droite sur l'épaule gauche de celui qui le précède et les fait frapper la pierre cubique au cours des trois derniers. Partout, arrêt devant l'étoile flamboyante et commentaire. En Angleterre, sciences et arts libéraux font une timide apparition dans les catéchismes d'apprenti du « Three Distinct Knocks » 1760 et du « Jakin and Boaz », 1762, puis passent dans ceux du second degré en 1769. En 1775, William Preston, « Illustration of Masonry » y ajoute de nombreuses explications. La France ne les recevra qu'au début du XIX e siècle, ainsi que les sens qui prendront une place importante au cours des voyages dans lesquels ils seront incorporés.

Si l'on sait de source certaine que le premier degré de la maçonnerie opérative apparut au début du Xe siècle, et le second dans les premières années du XVIe, l'on ne peut fixer avec précision quand naquit le grade de maître. La plus ancienne mention le concernant remonte au 12 mai 1725. Ce jour-là, une société para-maçonnique, la Philo Musicæ et Architecturæ Societas Apollini éleva plusieurs maçons au troisième degré. Elle avait été créée en février 1725 par huit frères, amateurs de musique et d'architecture. Le règlement obligeait ses membres à être Francs-Maçons une fois admis parmi eux, ce qui conduisait à recevoir les profanes en maçonnerie au moment de leur entrée dans la Société. Cette procédure irrégulière amena une protestation qui d'ailleurs resta sans suite, de la part de la Grande Loge d'Angleterre. Là Philo Musicæ disparut en 1727. La seconde mention d'une élévation au troisième grade advint le 25 mars 1726 par la « Lodge Dumbarton Kilwining n0 18 », en Ecosse, fondée le 29 janvier de la même année, suivie le 27 décembre 1728 par la « Lodge Greenock Kilwining n0 12 », qui, à cette occasion introduisit la perception de droits pour élévation aux deux grades. Le système à trois degrés se répandit lentement : la Loge « Antiquity n0 2 », créée en 1717 l'adopta en avril 1737, et la « Dundee Lodge n0 18 », fondée en 1728 en 1748 seulement. Peut-être exista-t-il en Ecosse tout à la fin du XVIIe siècle et en Angleterre aux premières années du XVIII e siècle que laissent entendre d'une part le Sloane ms. 3329, de l'autre la Philo Musicæ..., dont les fondateurs appartenaient à la Loge n0 14 se réunissant à la Queen's Head Tavern à Great Queen's Street, qui le pratiquait au moins en 1724. Le Trinity Collège Dublin ms 1711 prouve qu'il était connu, sinon mis en vigueur, en Irlande à cette dernière époque et son catéchisme donne « les secrets propres à chaque grade ». « The Mason's examination », 1723 fait une brève allusion à l'apprenti, au compagnon et au maître. Ce qu'il faut retenir de cette innovation, et qui est de première importance, c'est que nulle part il n'est question de la légende d'Hiram.

La première version connue de celle-ci vint en 1730 par le canal de Prichard dans sa « Masonry Dissected », et seulement dans le catéchisme, par questions et réponses. La seconde parut en France en 1740 sous la signature de Léonard Gabanon, pseudonyme de Louis Travenol, dans un ouvrage intitulé Le Catéchisme des Francs-Maçons, précédé d'un abrégé de l'histoire d'Adoniram., architecte du Temple de Salomon », plusieurs fois reproduit. Il ajoutait sous forme narrative de nombreux détails ne figurant pas dans le questionnaire de Prichard. Puis, en 1742 survint « L'Ordre des Francs-Maçons trahi », de l'abbé Pérau, qui sans vergogne « pirata »son prédécesseur et, comme de juste, ne put faire mieux que d'enjoliver le récit de quelques incidentes fort importantes, un procédé qui se perpétua au fur et à mesure des éditions successives et fit fureur chez les « Ecossais » nés entre temps. C'est ainsi que, dès 1745, s'établit, illustrée par l'iconographie, la dramatisation d'un catéchisme devenu rituel par l'adoption d'un scénario faisant revivre le meurtre légendaire de l'architecte du Temple de Salomon.

Plus prudente, l'Angleterre s'en tint à peu près à la sobriété de Prichard. Elle s'étonna de l'audace et de l'indépendance de la maçonnerie française, d'autant que la seconde édition des Constitutions d'Anderson, 1738, n'avait accordé qu'une importance relative à la légende d'Hiram. Les Anglais ne l'adoptèrent définitivement que vers 1760. Cette même année, une Neme divulgation, « The Three Distinct Knocks » ajouta de nouveaux éléments au déroulement des cérémonies et l'on apprit enfin les noms des trois meurtriers du maître architecte, l'enquête avait duré 30 ans !

L'origine de la légende est mystérieuse. Où ? Quand ? Comment ? Un manuscrit, le Graham 1726 éclaire très légèrement son apparition au travers d'un récit apparemment biblique, mais dont on ne retrouve pas la correspondance dans l'Ancien Testament.

Les trois fils de Noé, convaincus que leur père, en mourant, avait emporté un secret d'une importance considérable, partirent à la recherche de sa tombe, espérant trouver celui-ci sur lui, ou dans les environs immédiats. Ils convinrent, au cas où ils ne réussiraient pas, que la première chose qu'ils rencontreraient seraient, « pour eux, comme un secret » qu'ils auraient reçu de Dieu lui-même. L'incohérence d'une proposition visant à remplacer un secret dont on ignore la nature par quelque chose sans rapport avec lui, ne semble pas avoir effleuré l'es prit de nos trois personnages. Quoi qu'il en soit, la tombe ouverte sur le cadavre décomposé, ils prennent un doigt qui glisse, puis le poignet, puis le coude, et relèvent le corps « par les cinq points du Maçon ». L'un d'eux dit « Il y a encore de la moelle dans cet os », (marrow in this bone), le second : « mais c'est un os sec », le troisième « il sent (puant teur) ». Et ils décidèrent de donner le nom qui est connu à ce jour de la Franc-Maçonnerie », c'est-à-dire « marrow in the bone ». C'est la première fois qu'est dévoilé un mot de maître

Il subit quelques altérations et devint : « magboe ad Boe » dans « The Whole Institutions of free maçons opened as also their words and signs », imprimé par William Wilmot, 1725, qui indique explicitement sa signification « la mœlle dans l'os, ainsi notre secret est-il caché ». Il figure sous la forme « marrow bone » dans le Sloan 3329 manuscrit et le Trinity Collège Dublin ms 1711. Ainsi donc, cinq ans avant la Divulgation de Prichard - et peut-être plus tôt encore, le grade de maître en gestation offrait le récit d'un secret perdu que l'on s'efforçait de recouvrer au-delà de la mort, par une opération au caractère magique avéré, dont le sens et la finalité échappaient à ses auteurs. Il ne semble pas qu'il fût antérieur à 1700, bien que les cinq points du maçon venus tard dans la seconde moitié du XVIIe siècle peuvent laisser supposer une tentative d'innovation dans cette voie. La légende « Noé » eut un impact certain puisque Anderson qui l'ignorait en 1723 la récupéra en 1738 en faisant des Maçons, devenus « fils de Noé », de « vrais noachides, leur premier nom selon de vieilles traditions ». Vers 1744, le grade anglais de Royal Arch lui emprunta plusieurs éléments.

Comment et par qui s'effectua l'attribution de la légende incomplète de Noé - incomplète car il n'y a pas de meurtre - à celle d'Hiram assassiné par de mauvais compagnons, apparue dans sa quasi totalité en 1730 ? Est-ce cette dernière nouveauté qui attira la vigoureuse réaction contre Prichard, traité d'imposteur par la Grande Loge d'Angleterre qui ne pratiquait à l'époque que les deux grades d'apprenti et de compagnon avec un cérémonial très plat ? Sa lente - introduction dans la liturgie maçonnique ne favorisa certainement pas l'établiss

ement d'un rituel plus vivant que la simple récitation du catéchisme de 1730 qui dura jusque vers 1760.

En France, la réception de maître décrite pour la première fois par Léonard Gabanon dans le « Catéchisme des Francs- Maçons », 1740, reprise par l'abbé Pérau dans le « Trahi », 1742, montre que l'histoire « d'Adonhiram » fut mise en scène dès son arrivée sur le continent. Le candidat à la maîtrise était appelé à vivre intégralement le drame du meurtre dont il répétait chacune des péripéties. Sobre au début, le scénario se compliqua par la suite de détails et d'explications souvent différentes les unes des autres. Le tout parut se stabiliser peu avant la Révolution et le fut complètement pendant le premier quart du XIXe siècle.

« Le récipiendaire était habillé comme bon lui semble, mais sans épée, revêtu du tablier de Compagnon, bavette relevée et boutonnée ». Après avoir frappé trois fois à la porte de la Chambre de Réception, il entre sur l'invitation du premier surveillant, accompagné par un « frère apprenti, compagnon et maître que l'on nomme en ce cas le Frère Terrible ». Seuls les maîtres sont admis. « Dans la Chambre où se fait cette cérémonie on trace sur le plancher la loge de maître, qui est de la for me d'un cercueil entouré de larmes, sur lequel on met une branche d'acacia, et où l'on écrit Jehova qui est l'ancien mot de maître ». Au pied du côté de l'est, un compas ouvert (qui à cette époque était le signe du maître de la Loge), à l'occident une tête de mort et deux os en sautoir, une équerre et les quatre points cardinaux. « On illumine ce dessin de neuf bougies, trois à l'orient, trois au midi, et trois à l'occident, et autour l'on poste trois frères, l'un au septentrion, l'autre au midi et le troisième à l'orient, qui tiennent chacun un rouleau de papier caché sous leurs habits ». Dans le « Trahi », le crâne et les os sont chacun à une extrémité du dessin, on y ajoute les outils, et « à main droite une montagne sur laquelle il y a une branche d'acacia ». Dans quelques gravures la montagne est figurée par un petit tas de pierres situé dans un coin de la Chambre du côté de l'orient. Un peu plus tard, le dessin du crâne est remplacé par un crâne véritable éclairé de l'intérieur par une bougie. » Devant le grand maître de la Loge, appelé très Respectable, un petit autel, l'Evangile et un petit maillet les deux surveillants nommés Vénérables, se tiennent à l'occident debout, vis-à-vis du grand maître, aux deux coins de la Loge, et les autres officiers indifféremment autour de la Loge avec les autres frères. Il y en a un seulement qui se tient à la porte, en dedans de la Loge, une épée nue à chaque main, l'une la pointe en haut, et l'autre la pointe en bas, qu'il tient de la main gauche pour la donner au premier surveillant. » Lors de l'entrée du candidat. Le signe du maître « ... est de porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de le porter ainsi dans le creux de l'estomac ».

On a voulu rendre impressionnante l'introduction du récipiendaire dans la Chambre de réception. Le premier surveillant ouvre brutalement la porte, pointe son épée sur lui, lui enjoint de la tenir de la main droite la pointe contre la poitrine. Il le prend alors par la main gauche, lui fait faire trois fois le tour de la Loge en saluant le Grand Maître à chaque passage, saluts auxquels répondent tous les frères. Revenu 'à l'occident, entre les deux surveillants, le candidat est invité à s'approcher du Très Respectable par la marche du Maître que lui enseigne alors le premier surveillant. Elle débute par la double équerre, - c'est-à-dire, talons joints, pointes des pieds jointes aux deux branches de l'équerre dessinée au sol, puis trois grands pas en triangle, le premier à droite, le second à gauche en franchissant le cercueil, le troisième à droite à l'extrémité de ce dernier, les deux pieds joints de façon à former la double équerre avec le compas. Cette marche qui n'amène aucune explication sur sa signification est dite « de l'équerre au compas ». A chaque pas qu'il fait le candidat reçoit un coup sur les épaules donné par chacun des trois frères porteurs des rouleaux de papier et à l'aide de ceux-ci ; après qu'il ait renouvelé l'obligation prêtée antérieurement, le Grand Maître le frappe de trois petits coups de maillet sur le front et aussitôt après le troisième « ... les deux surveillants qui le tiennent à brasse-corps le jettent en arrière tout étendu sur la forme du cercueil, un autre frère vient qui lui met sur le visage un linge qui semble être teint de sang dans plusieurs endroits différents ». Les frères tirent l'épée, présentent la pointe au corps du récipiendaire (qui ne peut voir), restent un instant dans cette attitude et remettent l'épée au fourreau. Vient alors la scène du relevage minutieusement décrite. « Le Grand Maître s'approche du récipiendaire, le prend par l'index de la main droite, le pouce appuyé sur la première et grosse pointure, fait semblant de faire un effort comme pour le relever, et le laissant échapper volontairement en glissant les doigts, il dit Jakin. Après quoi il le prend encore de la même façon par le second doigt, et le laissant échapper comme le premier, il dit : Boz. Ensuite il le prend par le poignet en lui appuyant les quatre doigts écartés à demi liés en forme de serre sur la jointure du poignet, au-dessus de la paume de la main, son pouce passé entre le pouce et l'index du récipiendaire, il lui donne par là, l'attouchement de maître, et en lui tenant ainsi toujours la main serrée, il lui dit de retirer sa jambe droite vers le corps, et de la plier de façon que le pied puisse porter à plat sur le plancher ; c'est-à-dire que le genou et le pied soient en ligne perpendiculaire autant qu'il est possible. En même temps le Grand Maître approche sa jambe droite auprès de celle du récipiendaire, de manière que le dedans du genou de l'un touche au dedans du genou de l'autre, et ensuite il lui dit de lui passer la main gauche par dessus le col, et le Grand Maître qui en se baissant, passe aussi sa main gauche par dessus le col du récipiendaire, le relève- à l'instant, en lui disant Macbenac, qui est le mot de Maître. »

« Alors on lui ôte le linge de dessus la tête, et on lui dit en mémoire de qui on a fait toute cette cérémonie, en l'instruisant des principaux mystères et des obligations de la maîtrise moyennant cela on le reconnaît parmi les Maçons pour un frère qui a passé par tous les grades de la Maçonnerie, et qui n'a rien à désirer que de savoir parfaitement le catéchisme qui suit. » (Catéchisme des Francs-Maçons, 1740). Comment se fit le passage du simple récit de Prichard, au scénario dramatique de la mort d'Hiram qui se termine par son ensevelissement ? Et quel sens donner à cette dernière puisque rien ne vient à la suite des funérailles ordonnées par Salomon ? Cette histoire ne pouvait rester inachevée elle se poursuivit donc dans les grades de vengeance de l'Ecossisme, mais sur le plan du grade de maître la réponse est laissée en suspens. Il semble que tout au long de l'évolution de la jeune maçonnerie spéculative, ce ne soient pas les symboles qui apparaissent comme vecteurs d'idées, mais plutôt des idées qui cherchent le support de symboles pour s'exprimer. Ce processus à rebours d'une pensée analogique, évident dans le symbolisme des outils, l'est également pour la légende. Il révèle le besoin inconscient de lui apporter une base plus solide, même chargée de mystère, que celle d'une recherche d'un vague secret perdu qu'illustraient les travaux occultistes et alchimiques.

Ramené à nos connaissances actuelles, ce dont il s'agit est un rite de mort et de résurrection à l'aube de son évolution, une nouvelle modalité d'un rite ancestral inhérent à toute l'espèce humaine. Mais qui, sans vouloir diminuer l'intelligence de nos prédécesseurs, et malgré, pour d'aucuns, une approche certaine des auteurs classiques de l'antiquité, qui, était susceptible d'introduire une telle interprétation dans les rituels naissants de ce qui était appelé à devenir l'Ordre maçonnique ? D'où l'indigence, l'incohérence et les tâtonnements présentés par les rares et brèves tentatives d'explications fournies par les textes pendant plus de cent ans et qu'il serait oiseux de relever. Alors, une fois de plus, pourquoi les Loges ?

Le siècle était tout entier au théâtre, un mode d'expression plus approprié, plus accessible et moins fatiguant que le Livre. Le thème de « La chose perdue », dans son contexte dramatique se prêtait fort bien à une affabulation théâtrale et l'occasion trop belle pour ne pas l'exploiter, pimentée qu'elle était par le secret des Maçons un spectacle, et le banquet qui suivait, l'ensemble n'était pas sans charme. Et c'est ainsi que se développa la succession des scénarios qui, peu à peu se transformèrent en rituels.

Cérémonials révélés par les divulgations, divulgations créant des cérémonials ou action réciproque des uns et des autres ? Très certainement les deux. Prichard avait donné l'idée générale de l'épisode Hiram, Léonard Gabanon le canevas (1740), l'abbé Pérau compléta la mise en scène du psychodrame en 1742. Gabriel Louis Calabre Pérau, né en 1700, littérateur fécond, laissa une quarantaine d'ouvrages à sa mort le 31 mars 1767. Il rédigea entre autre 13 volumes de la Vie des hommes illustres de d'Auvigny, publia de nombreuses éditions dont un Bossuet de 20 volumes, etc. C'est dire qu'il était orfèvre en la matière. Il le prouva, et son « Trahi >, paru également sous le titre déjà pris par Gabanon « Le secret des Francs-Maçons », inonda le monde maçonnique de 1742 à 1781. Naturellement il fut copieusement pillé avec des variantes, traduit en anglais par J. Burd en février 1760 sous le titre « A master Key to the Free Masonry » ce qui permit à l'auteur de « Three Distinct Knocks » de lui faire de nombreux emprunts sans le moindre remords.

La réception de maître de Pérau apporte deux innovations importantes. Les trois voyages subsistent (il arrive parfois qu'il y en ait neuf), et l'on ignore toujours dans quel but ils sont effectués. Au cours de la promenade il constate qu'un maître est étendu sur le cercueil, le bras gauche le long du corps, le droit replié sur la poitrine, la main ouverte sur le coeur, les doigts serrés, le pouce en équerre, et couverte par Je tablier relevé à cet effet, le visage caché par un linge teinté de sang. Il assiste au relevage de ce frère par le Grand Maître selon les cinq points du maçon. Le récipiendaire entreprend alors la marche dans la même forme que donnée dans le catéchisme de 1740. Un rituel plus tardif (1780) éclaire singulièrement le sens du franchissement du cercueil. Lorsque le compagnon pénètre dans la Chambre de Réception, on lui arrache brutalement son tablier, car il est soupçonné d'être l'un des meurtriers d'Hiram, ce dont il se défend. C'est alors qu'on lui demande de passer par dessus le corps du maître architecte afin de prouver qu'il n'est pas coupable. Nous sommes là en présence d'une ordalie au cours de laquelle il tombera raide mort s'il a trempé dans le crime. La cérémonie se poursuit par l'obligation, et l'ecclésiastique qu'est l'abbé Pérau accentue une solennité que la teneur du serment n'avait pourtant pas négligée. Le candidat agenouillé, les deux mains sur la bible la baise à trois reprises après avoir répété les châtiments qui le menacent en cas de parjure. Puis, sous les trois coups de maillet du Grand Maître, il est projeté sur le cercueil, le tablier relevé sur le buste, la tête recouverte du linge ensanglanté. Cercle des épées et relevage. On s'interroge sur le rôle des outils factices représentés par les rouleaux de papier servant à porter les coups sur les épaules au cours de la marche « de l'équerre au compas », alors que le meurtre a lieu après l'obligation par le maillet du Vénérable. Or Prichard, 3e édition 1730, indique quels sont les outils employés par les meurtriers, lesquels sont, (traduction mot à mot) un maillet pour la pose, un outil pour la pose, une masse pour la pose. Ce qui n'empêche pas un rituel (qui n'est pas « Pérau ») d'annoncer briques, pierre cubique et maillet. Une édition beaucoup plus tardive rend les deux surveillants et le Vénérable responsables du meurtre, un coup sur la tempe droite, un coup sur la tempe gauche, puis un coup sur le front de la part de ce dernier, lequel demande par la suite « qu'avez-vous fait ? » « Une représentation de notre maître Hiram, tué pour n'avoir pas voulu dévoiler les secrets de la Maçonnerie ».

Le relevage se fait par les cinq points du maçon après les deux échecs de l'index et du second doigt et le mot du maître est donné, Mac Benac, en deux temps, Mac à l'oreille droite, Benac à l'oreille gauche. Mais Pérau en a changé le sens complètement en parlant pour la première fois dans la légende d'Hiram, de la décomposition du corps « La chair quitte les os ». Cet aspect de la légende « Noé » n'y avait pas été repris. Prichard et Gabanon avaient fait glisser la prise des doigts sans en indiquer la cause, et Mac Benac signifiait « Le Maître est frappé », ce que Nicolas de Bonneville, en 1788, dans sa traduction de « Masonry Dissected » donnait « te constructeur est frappé », sens qu'il conserve en Angleterre. Autre innovation due à Gabanon, et reprise par Pérau le signe fait d'une main au-dessus de la tête et qui est le prélude du signe d'horreur à deux mains. Quant au signe actuel. ?

Le choix de l'acacia n'a jamais livré son secret. Son dépôt sur la tombe a soulevé deux explications, l'une pour la reconnaître, l'autre pour l'orner, un souci assez curieux de la part de meurtriers. Or elle était « moussue », donc visible et la verdure la rendait décente. Sans doute les auteurs du récit ont-ils sacrifié inconsciemment à cette vieille coutume de planter fleurs ou arbustes sur les tombes, vestige de cette croyance, des anciens que l'âme des défunts se manifeste par leur canal.

Le rituel de maître subit quelques variations au cours des décades qui suivirent ses premières codifications, mais elles ne concernent que des détails mineurs qui s'estompèrent avec le temps. Stabilisé dans les années 1780. sa signification profonde ne se fit jour que très lentement et au cours du XIXe siècle. Par contre l'histoire d'Hiram, lue lors de la réception, connut de beaux développements au gré de l'imagination des auteurs, et nous avons déjà parlé de la genèse et de l'évolution des hauts grades, corollaires du meurtre de l'architecte de Salomon.

Il ressort de ce qui précède, que la soi-disant tradition initiatique opérative est strictement imaginaire, que, sur ce plan et par conséquence, une filiation « opératifs-spéculatifs » s'avère inexistante.

Que la rituélie maçonnique ne descend pas toute éclose du Ciel, mais que sa création est artificielle, oeuvre humaine, et que, comme toute oeuvre humaine, si son enfantement se fit dans la joie et l'espoir, il fut hésitant, soumis aux erreurs, aux fluctuations de toutes sortes, et souvent pénible.

Il y a « tradition maçonnique », voire initiatique, mais pas au sens guénonien du mot initiation. C'est la noblesse de nos prédécesseurs d'avoir, jour après jour, constitué un « Ordre »en reprenant ce qui, dans les divers ésotérismes, orientaux, grecs, judaïques, chrétiens, voulait aller au-delà des médiocrités du quotidien, d'en avoir fait une règle et, surtout accepté l'effort de s'y conformer.

Et il y a « Initiation » véritable, celle « qui met sur le chemin », celle qui apporte à l'initié virtuel, la puissance de réflexion, de volonté, de vérité et d'espoir accumulée depuis deux siècles et demi par ces frères innombrables et obscurs animés d'une foi invincible en l'Homme et en son devenir.

Le revers de la médaille, l'histoire et sa cruelle vérité.

L'avers de la médaille, l'homme dans son éternelle vérité.

Source : http://sog1.free.fr/Articles/ArtDore179-Operatif.Symbolique.htm

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