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Toute religion comporte un dogme, une morale et un culte.

25 Novembre 2012 , Rédigé par René Guénon Publié dans #spiritualité

Nous dirons que la religion comporte essentiellement la réunion de trois éléments d’ordres divers : un dogme, une morale, un culte ; partout où l’un quelconque de ces éléments viendra à manquer, on n’aura plus affaire à une religion au sens propre de ce mot. Nous ajouterons tout de suite que le premier élément forme la partie intellectuelle de la religion, que le second forme la partie sociale, et que la troisième qui est l’élément rituel, participe à la fois de l’une et de l’autre ; mais ceci exige quelques explications.

Le nom dogme s’applique proprement à une doctrine religieuse ; sans rechercher davantage pour le moment quelles sont les caractéristiques spéciales d’une telle doctrine, nous pouvons dire que, bien qu’évidemment intellectuelle dans ce qu’elle a de plus profond, elle n’est pourtant pas d’ordre purement intellectuel ; et d’ailleurs, si elle l’était, elle serait métaphysique et non plus religieuse. Il faut donc que cette doctrine, pour prendre la forme particulière qui convient à son point de vue, subisse l’influence d’éléments extra-intellectuels, qui sont, pour la plus grande part, de l’ordre sentimental ; le mot même de « croyances », qui sert communément à désigner les conceptions religieuses, marque bien ce caractère, car c’est une remarque psychologique élémentaire que la croyance, entendue dans son acception la plus précise, et en tant qu’elle s’oppose à la certitude qui est tout intellectuelle, est un phénomène où la sentimentalité joue un rôle essentiel, une sorte d’inclination ou de sympathie pour une idée, ce qui d’ailleurs, suppose nécessairement que cette idée est elle-même conçue avec une nuance sentimentale plus ou moins prononcée.

Le même facteur sentimental, secondaire dans la doctrine, devient prépondérant, et même à peu près exclusif, dans la morale, dont la dépendance de principe à l’égard du dogme est une affirmation surtout théorique ; cette morale, dont la raison d’être ne peut-être que purement sociale, pourrait être regardée comme une sorte de législation, la seule qui demeure du ressort de la religion là où les institutions civiles en sont indépendantes.

Enfin, les rites dont l’ensemble constitue le culte ont un caractère intellectuel en tant qu’on les regarde comme une expression symbolique et sensible de la doctrine, et un caractère social en tant qu’on les regarde comme des « pratiques » demandant, d’une façon qui peut être plus ou moins obligatoire, la participation de tous les membres de la communauté religieuse. Le nom de culte devrait proprement être réservé aux rites religieux ; cependant, en fait, on l’emploie aussi couramment, mais quelque peu abusivement, pour désigner d’autres rites, des rites purement sociaux par exemple, comme lorsqu’on parle du « culte des ancêtres » en Chine.

Il est à remarquer que, dans une religion où l’élément social et sentimental l’emporte sur l’élément intellectuel, la part du dogme et celle du culte se réduisent simultanément de plus en plus, de sorte qu’une telle religion tend à dégénérer en un « moralisme » pur et simple, comme on en voit un exemple très net dans le cas du Protestantisme ; à la limite, qu’a presque atteinte actuellement un certain « Protestantisme libéral », ce qui reste n’est plus du tout une religion, n’en ayant gardé qu’une seule des parties essentielles, mais c’est tout simplement une sorte de pensée philosophique spéciale. Il importe de préciser, en effet, que la morale peut-être conçue de deux façons différentes : soit en mode religieux, quand elle rattachée en principe à un dogme auquel elle se subordonne, soit en mode philosophique, quand elle est regardée comme indépendante ; nous reviendrons plus loin sur cette seconde forme.

On peut comprendre maintenant pourquoi nous disions précédemment qu’il est difficile d’appliquer rigoureusement le terme de religion en dehors de l’ensemble formé par le Judaïsme, le Christianisme et l’Islamisme, ce qui confirme la provenance spécifiquement judaïque que ce mot exprime actuellement. C’est que, partout ailleurs, les trois parties que nous venons de caractériser ne se trouvent pas réunies dans une même conception traditionnelle ; ainsi, en Chine, nous voyons le point de vue intellectuel et le point de vue social, d’ailleurs représentés par deux corps de tradition distincts, mais le point de vue moral est totalement absent, même de la tradition sociale. Dans l’Inde également, c’est ce même point de vue moral qui fait défaut : si la législation n’y est point religieuse comme dans l’islam, c’est qu’elle est entièrement dépourvue de l’élément sentimental qui peut seul lui imprimer le caractère spécial de moralité ; quand à la doctrine, elle est purement intellectuelle, c’est-à-dire métaphysique, sans aucune trace non plus de cette forme sentimentale qui serait nécessaire pour lui donner le caractère d’un dogme religieux, et sans laquelle le rattachement d’une morale à un principe doctrinal est d’ailleurs tout à fait inconcevable.

On peut dire que le point de vue moral et le point de vue religieux lui-même supposent essentiellement une certaine sentimentalité, qui est en effet développée surtout chez les Occidentaux, au détriment de l’intellectualité. Il y a donc là quelque chose de vraiment spécial aux Occidentaux, auxquels il faudrait joindre ici les Musulmans, mais encore, sans même parler de l’aspect extra-religieux de la doctrine de ces derniers, avec cette grande différence que pour eux, la morale, maintenue à son rang secondaire, n’a jamais pu être envisagée comme existant pour elle-même ; la mentalité musulmane ne saurait admettre l’idée d’une « morale indépendante », c’est-à-dire philosophique, idée qui se rencontra autrefois chez les Grecs et les Romains, et qui est de nouveau fort répandue en Occident à l’époque actuelle.

Une dernière observation est indispensable ici : nous n’admettons pas du tout, comme les sociologues dont nous parlions plus haut, que la religion soit purement et simplement un fait social : nous disons seulement qu’elle a un élément constitutif qui est d’ordre social, ce qui, évidemment, n’est pas du tout la même chose, puisque cet élément est normalement secondaire par rapport à la doctrine, qui est d’un tout autre ordre, de sorte que la religion, tout en étant sociale par un certain côté, est en même temps quelque chose de plus. D’ailleurs, en fait, il y a des cas où tout ce qui est de l’ordre social se trouve rattaché et comme suspendu à la religion : c’est le cas de l’Islamisme, comme nous avons déjà eu l’occasion de le dire, et aussi du Judaïsme, dans lequel la législation n’est pas moins essentiellement religieuse, mais avec cette particularité de n’être applicable qu’à un peuple déterminé ; c’est également le cas d’une conception du Christianisme que nous pourrions appeler « intégrale », et qui a eu jadis une réalisation effective.

(René Guénon, Introduction générale à l’étude des doctrines hindoues, Extrait du chap.IV : Tradition et religion).

Source : http://esprit-universel.over-blog.com/

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Le dogme

25 Novembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #spiritualité

Grec dogma, du verbe dokeîn: ce qui paraît (par opposition à la réalité), ou ce qui semble vrai, juste, bon après réflexion ou examen. Chez les Grecs, et plus tard chez les Latins, ce mot désigne tantôt les opinions et tantôt les décrets. On l'emploie pour parler des doctrines distinctives des écoles philosophiques. En ce sens, le mot dogma se trouve, par un rapprochement piquant, le synonyme du mot haïresis dont on a fait: hérésie (voir ce mot). Enfin on en vint à l'opposer--tel un axiome--aux manières de voir personnelles et changeantes., Le dogme est ainsi une opinion revêtue d'une autorité qu'on ne discute pas. A Rome, le décret du Sénat [senatus consul-tum) était un dogme.
Dans le N.T. le mot dogme est employé dans le sens de décret ou édit (voir ces mots), qu'il s'applique soit aux ordonnances de Moïse (Eph 2:15,Col 2:14), soit aux édits de César (Lu 2:1,
cf. Ac 17:7), soit aux décisions du Synode de Jérusalem (Ac 16:4). Dans Col 2:20, le verbe dogmatizesthaï (être dogmatisé) signifie: se laisser imposer des prescriptions (légalistes). Jamais le mot dogme n'est employé lorsqu'il s'agit de la doctrine chrétienne, désignée chez les auteurs du N.T. par les molS-: évangile, prédication, parole (de Dieu).
Les Pères de l'Église appliquèrent ce terme dès la fin du II e siècle à l'ensemble de la doctrine et de la morale chrétiennes: «le dogme du Seigneur et des apôtres» (Ignace), «le dogme divin» (Clém. d'Alex.). Plus les siècles avancent et plus le dogme prend un sens restreint. Le dogme c'est la doctrine, par opposition à la morale (Cyrille de Jér., IV e siècle), ou encore l'enseignement systématique, par opposition à la prédication populaire (Basile de Césarée). Enfin, le langage ecclésiastique s'empare du mot dogme pour désigner «les vérités crues et officiellement enseignées dans l'Église, par opposition aux opinions particulières des docteurs et aux fausses doctrines de l'hérésie» (F. Bonifas); ex.: le péché, la rédemption, la divinité de J.-C, la justification par la foi, etc. On voit apparaître ici le double caractère du dogme ecclésiastique. Il tient à la Bible par les faits et les affirmations doctrinales de la
révélation--la grâce et la foi qui sauvent--, et il tient à l'Église, laquelle fournit les formules par lesquelles les vérités de la révélation biblique sont expliquées scientifiquement et exposées systématiquement suivant les lumières de l'époque.
Par la révélation biblique, le dogme a un élément de vérité éternelle; par la science de l'Église, le dogme a un élément humain, changeant; il est mis à l'épreuve du temps qui l'appelle, par la loi du progrès, à se transformer, quelquefois même à devenir désuet. Tel
dogme qui passionnait les anciens conciles et qui fit des martyrs nous laisse aujourd'hui indifférents. Pourquoi? Parce que dans la formule humaine de ce dogme la vérité éternelle mal comprise avait été mal rendue, lésée, trahie. Ceci nous avertit qu'une Église ne vit
pas par ses dogmes, dont la formule n'est pas dans la Bible, mais par le soin qu'elle met à rester fidèle aux faits et aux doctrines qui constituent la révélation biblique. Rejeter tout dogme, sous prétexte que le christianisme se présente à nous comme une vie, une puissance
spirituelle de régénération, est une erreur, car la vie chrétienne n'est pas indépendante des faits et des doctrines que nous présente la révélation biblique. Mais se camper sur un dogme formulé par telle Église ou par tel parti et excommunier les chrétiens qui n'en peuvent admettre la formule est une erreur non moins grave, car on méconnaît par là l'élément humain du dogme, on nie la légitimité du développement dogmatique, on s'inscrit en faux contre une réalité sans cesse démontrée par les faits, à savoir qu'il est difficile de trouver pour toutes les vérités chrétiennes une formule dogmatique qui puisse satisfaire tous les esprits et tous les tempéraments.
Dans la mesure où les dogmes lui sont nécessaires, l'Église doit éviter de les multiplier et se borner à exprimer par eux, sobrement, les faits fondamentaux ou les vérités essentielles que la Bible enseigne clairement et qui forment ensemble les éléments constitutifs de la religion chrétienne.
Quand l'Église, tout en se tenant sur le fondement des Écritures, prétend définir théologique-ment dans des dogmes les mystères de la révélation biblique, tout expliquer scientifiquement, et formuler l'ineffable (ex.: la nature de la divinité de Christ, de ses rapports avec le Père, du Saint-Esprit, etc.), au lieu de préciser la vérité elle la déforme, elle engendre des divisions en confondant la théologie et la religion, et devient persécutrice en confondant l'Église avec l'État (voir la situation de l'Église après le concile de Nicée 325 et celui de Constantinople 381).
Quand l'Église, abandonnant le fondement des Écritures, bâtit des dogmes sur les données de la tradition, elle égare la chrétienté (voir les décisions dogmatiques du concile de Trente 1545-1560, et du concile du Vatican 1870). Les Princes de l'Église sentent si bien la responsabilité encourue qu'ils s'efforcent de présenter les dogmes nouveaux comme implicitement contenus dans les dogmes anciens; le raisonnement est ici d'une remarquable subtilité (cf. Ecclesia,  1927, p. 105): le dogme nouveau, dit-on, n'est que l'épanouissement
d'une vérité déjà renfermée dans le dépôt de la révélation. Seulement, il lui a fallu généralement passer par quatre phases:
la phase de l'obscurité: la vérité est enveloppée, supposée par certaines pratiques, elle n'est vue distinctement de personne ou presque personne;
la phase de la controverse: la vérité se fait jour, mais elle est niée, contredite, elle crée une époque de confusion;
la phase de la croyance universelle: la vérité fait des progrès, gagne des partisans, finit par être reconnue par tous;
la phase de la définition solennelle:  «l'autorité supérieure la proclame comme un dogme de la foi» (Immaculée Conception, infaillibilité du pape, etc.), «et dès lors, un chrétien ne peut plus la nier opiniâtrement sans être rejeté de l'Église». C'est ainsi que le chrétien qui veut rester fidèle aux affirmations de la Bible et s'y tenir, se trouve, de par le dogme de l'Église, constitué hérétique et excommunié.
Le fait que des chrétiens que la même formule dogmatique ne peut réunir manifestent tous les jours dans leur vie qu'ils ont eu part à la même régénération, devrait rappeler aux uns et aux autres que l'Église de Jésus-Christ ne vit pas de la proclamation de tel ou tel dogme, mais de l'esprit de son Chef, qui déborde toutes les formules et sait fort bien, au besoin, se passer de toute spéculation théologique. Pour savoir ce que vaut un dogme et pour être fixé sur
la nécessité de son maintien dans l'Église, il faut l'examiner en fonction de l'Évangile «puissance de salut pour quiconque croit» (Ro 1:16). En effet, «c'est un caractère de tous les
dogmes clairement révélé dans l'Évangile, de tendre tout directement à la pratique...Aucune des vérités révélées dans l'Évangile n'est oisive et de pure spéculation: tout y est pour l'homme, tout y est calculé pour le régénérer, pour le redonner à Dieu» (Vinet).
Dans le langage courant, le mot dogme, comme le mot doctrine, désigne tantôt un point de vérité estimé fondamental et certain, et tantôt, collectivement, l'ensemble des vérités qui forment la croyance de telle philosophie ou de telle religion.
Dogme chrétien et doctrine chrétienne ont un objet semblable; toutefois la doctrine relève de la théologie biblique et le dogme de la théologie systématique. On appelle Dogmatique la discipline théologique qui s'occupe de la systématisation progressive de la vérité chrétienne, des formules où l'Église a exprimé les faits et les doctrines de la révélation biblique. Les fondements de la dogmatique sont: l'exégèse, la critique et la théologie biblique. Elle trouve aussi dans la philosophie des ressources qui lui ont souvent permis de briller d'un vif éclat, mais qui l'ont aussi fréquemment égarée en l'engageant dans des spéculations où la pensée
grecque se substituait aux notions hébraïques et à la révélation des deux Testaments.
L'Histoire des dogmes est la science qui nous raconte les développements de la dogmatique à travers les siècles; bien étudiée, elle doit nous rendre prudents dans nos jugements et larges dans nos convictions, car nous y voyons par combien de tâtonnements s'est accomplie jusqu'ici la systématisation des vérités chrétiennes et combien souvent l'Église, dans ses dogmes, est devenue elle-même hérétique, obligée par la suite de se ressaisir et d'être, réformée pour revenir aux articles de foi essentiels à son développement spirituel. Cette Histoire doit enfin nous mettre en garde contre l'abus des formules abstraites, les dangers d'une scolastique où des mots prétentieux et vides prennent la place de l'expérience de la
foi, et où s'accomplit, dans un vain bruit de vivre, l'intellectualisme d'une orthodoxie morte. Voir Bible (Commentaires sur la), Critique, Doctrine. Alex. W.

Source : http://456-bible.123-bible.com/westphal/1462.htm

 

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L'Idée maçonnique" à "l'ordre maçonnique"

24 Novembre 2012 , Rédigé par Joseph Villat Publié dans #Planches

Cet article n'est ni une présentation, ni une critique des ouvrages d'Henri Tort-Nouguès, ancien Grand-Maître de la Grande Loge de France. Nous inspirant des idées fortes denses de cet auteur, exposées dans les deux livres cités plus loin, nous proposons à nos lecteurs une réflexion originale. Elle symbolise un premier pas contribuant à déterminer pourquoi la Franc-Maçonnerie reste ce qu'elle est et comment elle remplit sa tâche au sein du monde bousculé d'aujourd'hui.

La Franc-Maçonnerie ne forme pas une branche séparée de l'Histoire générale; comme bien d'autres chercheurs nous en sommes convaincus. En conséquence, les études que proposent de nombreux auteurs Francs-Maçons, de même que les livres d'histoire maçonniques publiés dans notre monde occidental, pour une large part ne doivent être considérés que comme des monographies, qui ne mettent en jeu et ne confrontent qu'une part fragmentaire de l'humanité.

Il est vrai que bien des Francs-Maçons prétendent que la Franc-Maçonnerie représente néanmoins une branche séparée, dont la pensée s'est toujours située en nette marge de celle que nous déclarons profane. Ces Francs-Maçons refusent d'admettre que l'Histoire, avec un grand H, est la résultante de l'action ou de la pensée des groupes humains les plus divergents ou les plus antagonistes et que c'est précisément cette interactivité qui permet aux événements de surgir avec assez de force pour imprégner le temps de leur marque.

Dans les pays de langue française, nous ne sommes pas habitués à pareil langage, pourtant logique et évident. Les auteurs anglais Knoop et Jones l'utilisaient cependant il y a plus de cinquante ans et la plupart des chercheurs d'outre-manche s'y adonnent à l'envi.

Naissance de l'idée maçonnique
Philosophe, Henri Tort-Nouguès avait, dès 1991, su montrer comment la Franc-Maçonnerie moderne fut le résultat d'une évolution qui eut pour le moins trois sources:

- les conflits d'idées, dès l'apparition de la Renaissance,
- l'évolution de la pensée des plus grands philosophes,
- enfin la préexistence de ce que nous nommons aujourd'hui la Franc-Maçonnerie opérative.

Les auteurs attribuèrent un peu facilement à l'existence des corporations et des confréries du Moyen-âge la paternité de l'idée maçonnique moderne. On sait aujourd'hui que cette filiation, exposée telle quelle, du moins en Europe continentale, est un leurre, même s'il s'avère exact que le support opératif fut déterminant, grâce à d'imprécis détours, pour concrétiser une idée et une méthode qui allaient connaître tant de résonances.

Tort-Nouguès pose dans ses livres un regard neuf sur la toile d'araignée que représentèrent les influences directes ou indirectes qui permirent cette concrétisation. Il n'est dans l'intention de personne d'oublier, comme prémisses, l'existence de manuscrits aussi célèbres que le REGIUS (1390) ou le (COOKE (1410). Ni de nier l'existence d'une Franc-Maçonnerie avant 1700. Au début du 18e siècle, elle n'existait plus sur le continent; en Grande Bretagne, elle était plutôt à bout de souffle.

Le contexte historique général

Tort-Nouguès situe au 16e siècle le point de départ à ce qu'il nomme sur un plan général "le schisme européen". Deux siècles avant Anderson. En clair, il se réfère aux personnages et faits suivants:

Luther, qui fut excommunié en 1520,
Calvin, qui publie l'" institution de la religion chrétienne " en 1529,
le Concile de Trente (1545-63), " point de départ de l'Église catholique romaine moderne ".

Dès cette époque, les chrétiens sont en état de "rupture totale", annonçant de tragiques turbulences. En France, l'édit de Nantes, qui admettait les protestants en France, permettait un certain calme, sera brisé par Louis XIV par la célèbre révocation de 1685. Pendant ce temps, en Allemagne émergent "divisions politiques" et "clivages religieux". Quant à l'Angleterre, rappelons que Marius Lepage en décrit ainsi l'atmosphère délétère: "Catholiques, protestants, presbytériens et puritains se sont haïs, expropriés, massacrés selon l'humeur et la religion des dirigeants du jour."

L'état de schisme suscite des ruptures, des fractures non seulement entre religions, mais au sein des religions elles-mêmes, faisant surgir d'innombrables doctrines n'ayant en commun que la fin de leur appellation en "isme". (On peut comparer avec la situation actuelle où les doctrines en "isme" créent sans doute le marasme actuel et où la prolifération des sectes de toutes sortes dans tous les domaines n'est certainement pas étrangère à la gabegie). Une fixation, voire une cristallisation des positions, était inévitable.

Ce fut en particulier Bossuet (1627-1704), en tant que garant de l'autorité à la fois catholique et politique. Il imbriqua si parfaitement ces deux autorités l'une dans l'autre, qu'il créa les conditions très idéales de l'absolutisme le plus intransigeant. Un autre théoricien renforcera cette idée du poids de tout son pouvoir de philosophe: Hobbes (1588-1679). On sait l'influence que ces deux hommes eurent sur nombre de penseurs et de gouvernants.

Dans le même temps d'autres, dont Leibniz (1646-1716) prendront le contre-pied en cherchant à unifier les Églises et à pacifier les esprits. Ce qui provoqua une nouvelle riposte de Bossuet. Se déclarant, en 1671, ouvert aux idées pacificatrices et d'union, il étale bien vite au grand jour son sectarisme. Car il affirme du même coup que l'union ne sera possible qu'au moment où les protestants auront abjuré leurs "erreurs". Parmi celles-ci figure en particulier "le droit de libre examen" à l'égard de ce qu'il appelle l'" Église-mère ". C'est l'impasse.

Une totale intolérance

Toute idée de tolérance (ce poison, disait Bossuet) est si éloignée des esprits que, tant du côté catholique que protestant, on ira jusqu'à dénier à l'État la possibilité d'accepter la pratique en parallèle d'autres cultes que celui reconnu par lui. Bien davantage, on ira des deux côtés jusqu'à revendiquer le droit de persécuter l'autre partie.

Ce n'est pas par hasard si le champion de la tolérance, Spinoza (1632-1677), publie son fameux Tractatus en Hollande, pays où les haines religieuses sont modérées. Dans ce traité, il prône la liberté de pensée et de conscience, établissant de façon péremptoire qu'elle n'empêche en aucune façon une foi sincère. Pierre Bayle (1647-1706) lui emboîte le pas. Commentant les évangiles, il y découvrira les fondements de "l'esprit de libre examen", affirmant au surplus nettement que "la vérité n'est plus désormais la vérité de tel homme ou de telle Église mais se réduit à la recherche de la vérité" (Tort-Nouguès, L'Idée maçonnique, p. 37). Ce sera Bayle aussi qui demandera de soumettre toutes les lois morales à l'idée naturelle d'équité. C'est-à-dire à ce qu'Anderson appellera plus tard "la loi morale".

Un climat propice

C'est dans ce climat que surgit, puis se fige peu à peu l'idée maçonnique. Elle ne sortait pas toute faite du néant, tel un deus ex machina, mais bien de l'évolution des idées générales. Remercions nos prédécesseurs; ils surent la découvrir d'abord, puis lui donner sa forme, enfin la propager de telle manière qu'elle devienne une idée-force permanente.

On a beaucoup glosé sur cette cristallisation et aujourd'hui encore, de nombreux FF. se demandent ce qu'ont voulu signifier les premiers maçons, tant dans leurs constitutions ou dans leurs légendes que dans leurs pratiques en Loges. Il est vraisemblable que tout, chez eux, ne démontre que cette constante de l'histoire: il y eut toujours des hommes pour chercher la vérité, il y eut toujours des penseurs d'avant-garde pour chercher à unir peuples et religions. En dépit des tyrans. Malgré ce que Denis de Rougemont appelait "l'ambition naïve d'imposer à la Terre entière une certaine idée unitaire". Ce rôle pacificateur, les Francs-Maçons de l'époque se disaient encore prêts à l'assumer.

C'est sans doute de tels principes qui firent que c'est en Angleterre que naquit la Franc-Maçonnerie spéculative. Ici la situation est différente de celle de la France. L'intolérance n'est pas religieuse, mais avant tout économique. Si les Anglais sont pour la modération et le compromis, c'est par intérêt matériel. Afin de pouvoir développer les affaires. Ce qui les amène "jusqu'à envisager la possibilité de faire coexister des hommes qui appartiennent à des confessions différentes en vue du bien commun". Et Tort-Nouguès de se demander s'il n'y a pas déjà là l'idée de centre de l'Union, qui sera le fondement direct de l'idée maçonnique.

Locke (1632-1704) façonnera et cimentera le développement de telles attitudes dans deux livres qui auront un grand retentissement: L'essai sur la tolérance, puis La lettre sur la tolérance. Pourtant Locke, il est nécessaire de le préciser, ne défendra l'idée de tolérance et de liberté de conscience qu'à l'intérieur de la foi chrétienne, considérant qu'on ne saurait tolérer les athées.

La grande nouveauté

Les années 1717 à 1723 marquent, pour les Francs-Maçons, une très nette coupure avec toutes les idées et tous les comportements précédents, même si certains auteurs y trouvent les traces de la tradition et de la continuité.

La lecture du Livre des Constitutions permet les deux attitudes. En relatant dans ce même Livre l'histoire légendaire des Francs-Maçons, Anderson voulait probablement signifier que de tout temps il y eut des hommes pour rechercher la vérité, quelles que fussent l'idée qu'ils s'en faisaient. En affirmant avoir tenu compte des Anciens Devoirs, ils voulaient signifier la coupure avec les pratiques et la pensée antérieure, constituant ainsi un commencement ou un renouveau. De toute façon, ce qui semble sûr, c'est que la nouvelle approche des rapports sociaux ne rejetait pas la tradition, ni aucun des hommes libres et de bonnes mœurs qui les avaient précédés. Les nouveaux maçons se disaient leurs successeurs.

Une telle ouverture d'esprit, cette attitude franchement neuve succédant à près de deux siècles d'intolérance et de haine, à deux siècles de persécutions et de tourments, ne pouvait pas naître de rien, ni dans un climat hostile. Et c'est ici que nous rejoignons notre idée de départ: l'avènement de la Franc-Maçonnerie moderne en Grande Bretagne au début du 18e siècle ne peut s'expliquer que dans un contexte historique général. C'est celui-ci qui permit son éclosion.

Qu'apportait de réellement neuf l'avènement de la maçonnerie spéculative ? La création de la première Grande Loge, certes. Il s'agissait pourtant ici d'une création structurelle et il n'est pas sûr qu'à elle seule elle pouvait provoquer l'extension rapide qu'elle connut.

Il nous paraît- mais est-ce un leurre ?- que la première OBLIGATION fut une locomotive autrement plus puissante. Elle correspondait au désir et aux souhaits de beaucoup d'hommes, qui en avaient assez des dissensions et de l'instabilité et qui semblaient heureux de découvrir enfin le dérivatif qu'ils attendaient.

La première obligation

Rappelons-en la substance:

"Un maçon est obligé, de par sa tenure, d'obéir à la Loi morale; et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais athée stupide, ni libertin antireligieux. Mais, quoique dans les temps anciens, les maçons fussent tenus dans chaque pays, d'être de la religion, quelle qu'elle fût, de ce Pays ou de cette Nation, néanmoins, il est maintenant considéré plus expédient de seulement les astreindre à cette Religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses propres opinions; c'est-à-dire être hommes de bien et loyaux, ou hommes d'honneur et de probité, quelle; que soient les dénominations ou confessions qui aident à les distinguer; par suite de quoi la Maçonnerie devient leCentre de l'Union"... (Trad. M. Paillard).

L'Obligation première constitua un renversement complet du système de pensée. Les commentateurs n'ont pas assez insisté sur le changement de direction que représentait son contenu. Reconnaissons d'ailleurs franchement que la quasi totalité des commentaires dévia le sens profond de cette obligation et que beaucoup des auteurs y lurent ce qu'ils désiraient y lire eu égard à leur propre pensée, sans vouloir comprendre le sens réel. Aujourd'hui encore, les obédiences concurrentes y lisent que ce qu'elles-mêmes prônent, estimant qu'autrement elles ne retrouveraient pas leurs racines. Même Anderson, en 1738, la transforma pour y introduire un théisme précis.

En quoi consistait le changement de cap de 1717 ? Jusqu'alors il était impossible de fonder la loi morale autrement que sur les données religieuses. Toutes les religions trouvaient la justification de la loi morale dans la croyance à un au-delà, à une autre vie dans cet au-delà, ainsi qu'à une vie éternelle. Certaines assuraient que les corps ressusciteraient. Maniant la carotte et le bâton, les religions affirmaient que les hommes trouveraient la récompense ou le châtiment de leurs actions, proportionnellement à la qualité de leur observation ou de leur refus de la loi morale. Ils disaient cette loi morale contenue dans les dix commandements de la Bible. Et donc: "loi de Dieu".

Régner par la peur, soit. Mais dans l'ombre, certains hommes se référaient déjà à des philosophes qui, tel Socrate, affirmaient que le devoir, c'est-à-dire l'obéissance à une loi morale, doit être évident par soi-même, et donc inviolable, quelle que soit la finalité de la vie. C'est ce que défendaient les premiers Francs-Maçons spéculatifs.

Dès lors les aspects religieux, qui avaient toujours tenu le premier plan, passaient au second et la loi morale prenait la première place. L'Obligation N°1 exige seulement, quoi qu'on en pense, que les hommes soient bons et loyaux, quelles que soient leurs opinions particulières à propos de Dieu et de la religion, quelles que soient les dénominations ou les croyances qui les distinguent. En faire une obligation religieuse, c'est ignorer les maçons de 1723 et se jeter dans les bras des commentateurs intéressés par d'autres principes. C'est aussi négliger l'obligation que la maçonnerie devienne le Centre de l'Union, en réunissant ce qui est épars.

La seconde partie de l'Obligation N°1 est un corollaire indispensable du début. Elle fonde la fraternité sociale universelle. Elle rejoint l'esprit des anciennes corporations, au sein desquelles la fraternité formait le ciment de l'entente et la clé de voûte de l'amour fraternel. Complément de la première partie de l'obligation, présentant l'amour entre frères fondé sur la bonté et la loyauté comme le seul commandement valable, elle façonnait le lien avec les préceptes évangéliques de St Jean. Ces préceptes, Spinoza les avait relevés dans son rappel des principes fondamentaux de la foi chrétienne, qui tous aboutissent à l'amour et fixent clairement que celui qui n'aime pas son frère ne peut pas aimer Dieu.

C'est dans ce sens d'ailleurs que les Francs-Maçons préfèrent, au terme "dieu", substituer celui de Grand architecte de l'Univers, notion plus large où chacun peut se reconnaître. Les religions ont faussé le sens du mot Dieu, en faisant de cette entité immatérielle un super-homme qui récompense et punit, qui se met en colère, qui impose sa volonté ambitieuse et son orgueil, qui se venge et guerroie, qui anéantit jusqu'à sa propre déité. Le Grand architecte, quand à lui, construit le monde et donne à l'homme sa liberté.
Se fondant sur cette liberté, le Franc-Maçon, conscient de sa responsabilité terrestre, cherche la vérité en dehors des religions établies, en ayant constamment devant l'esprit la recherche de cette seule religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord: être des hommes bons et loyaux, quelles que soient les croyances qui les séparent.

L'Ordre maçonnique

L'Ordre a une valeur universelle; il englobe la totalité des Francs-Maçons, quels que soient les obédiences ou les rites auxquels ils appartiennent, pour autant que leur filiation corresponde à la tradition maçonnique. Marius Lepage l'a fort bien démontré.

L'Ordre maçonnique se divise en obédiences et en rites. Certaines obédiences et certains rites se reconnaissent entre eux par la communauté de leur pensée. Les uns et les autres se subdivisent eux-mêmes en Loges, Chapitres, Aréopages, etc.

Pour être à même de remplir sa "mission", l'Ordre maçonnique doit donc disposer d'une règle commune à tous et de structures où les différentes sensibilités puissent s'exprimer.

La structure de base est la Loge. "S'il existe, dit Tort-Nouguès, une véritable universalité maçonnique... c'est dans cette instance qu'elle se reconnaît". Pas d'obédience, pas de Franc-Maçon, pas de rite sans Loge. Que la Loge soit constituée d'emblée au sein d'une structure plus large - l'obédience - ou qu'elle apparaisse spontanément par la volonté d'hommes cherchant à se regrouper (dans ce cas on la dit sauvage), la Loge est indispensable pour qu'il y ait Franc-Maçonnerie. Nul ne peut être Franc-Maçon dans le silence de son sanctum privé, comme d'autres organisations l'admettent pour leurs membres.

Le second élément structurel capital consiste à pratiquer un rituel. Qu'il y ait des rites différents importe peu: le rituel seul donne son sens au travail qui s'exécute en loge. Le Rituel est un "esprit", commun aux Francs-Maçons qui le pratiquent.

La Loge contient des objets (symboles) et le Rituel des séquences irremplaçables pour que l'initiation puisse être vécue.

Un groupe de loges travaillant selon les mêmes principes forme une obédience. L'obédience permet des contacts avec d'autres obédiences et donc le maintien de l'esprit maçonnique.

L'Ordre maçonnique est fondé sur trois degrés: Apprenti Compagnon Maître.

La Loge, comme l'Obédience, comme le Rite, comme l'Ordre maçonnique, tous, chacun à son niveau, cherche, selon la première obligation, à créer le Centre de l'Union.

Certaines loges, oubliant cet objectif essentiel, ont parfois laissé des Francs-Maçons dévier de leur chemin, les fourvoyant sur les voies d'un faux ésotérisme. L'Ordre maçonnique, certains l'oublient trop aisément, est complet par lui-même et son enseignement n'oblige à aucune recherche, sinon documentaire, en dehors de lui. Les Francs-Maçons n'ont ainsi aucune obligation de quémander ailleurs une nourriture spirituelle différente. Si tous les Francs-Maçons de la terre prenaient pleine conscience de ceci, ils constitueraient une force colossale.

Tort-Nouguès résume superbement la chose: "Le projet maçonnique est toujours de réunir ce qui est épars, de rassembler les hommes de bonne volonté au-dessus de tous les clivages partisans, de tous les fanatismes, dans le respect de leur liberté, dans l'affirmation de leurs droits, mais aussi du Devoir, dans l'obéissance à la Loi morale: enfin, dans la recherche de la Vérité, et dans la Tradition qui lui est propre, c'est-à-dire dans la transmission d'une culture, d'une éducation, 1' " éducation du genre humain. "

Actuellement, l'Ordre maçonnique vit dans les marasmes causés par le désordre et la confusion du monde.

Crise de la culture, déclin du monde occidental, désarroi des peuples, fin de la civilisation, un monde sans cap, sont des expressions courantes que les gens atteints de sinistrose chronique ont tendance à accentuer en évoquant la grande peur de l'an 2000, qu'ils fondent sur des prophéties abracadabrantes dont le ridicule n'a d'égal que la superficialité qui les anime.

Dans le monde profane, on assiste à des effondrements de systèmes politiques ou économiques spectaculaires. Les vieux démons réapparaissent. Des clivages se reforment. Entre les pays, mais aussi au sein de pays qui semblaient éternellement promis à une culture commune ou à une progression parallèle éternelle.

Dans les pays dits les plus avancés, on oublie les valeurs culturelles traditionnelles. Dans le Monde diplomatique d'octobre 1995, il est décrit comment les occidentaux remplacent actuellement les Tables de la Loi. Il n'est plus de mise, aujourd'hui, de mettre sa foi dans ce que nos pères appelaient traditionnellement la loi morale, on met aujourd'hui sa foi dans les mécanismes du marché et de l'information. (Voir le rapport du groupe Bangemann au Conseil européen, Bruxelles, mai 1994). A l'alliance avec la divinité formée par les dix commandements mosaiques, qui fondent la Loi morale d'une grande partie de l'Humanité - et qui en outre met en exergue le sens du pardon, on substitue une nouvelle alliance, mais entre le marché ou la technologie, dit le Prof. Riccardo Pelleta de l'Université de Louvain, et l'ensemble de l'humanité.

Dans cette alliance, la seule liberté qui reste à l'homme est celle de se soumettre. A défaut, il périra, sans possibilité de pardon. Les valeurs clés de la nouvelle Loi morale sont désormais fondées sur l'exaltation de l'esprit de compétitivité, entre les hommes, entre les groupes sociaux, entre toutes les communautés territoriales. On oublie totalement l'idée d'Union ou de fraternité.

Les grandes conquêtes technologiques deviennent, dans ce cadre, des fins en soi. La technique n'est plus au service de l'Homme, mais elle se développe par rapport à elle-même. Les hommes, les cités, les pays qui ne peuvent s'adapter, sont abandonnés sans délai à leur impuissance.

Le besoin d'humanisme nouveau

Un nouvel ordre mondial est donc indispensable. Un nouvel humanisme doit surgir. Ceux qui y travaillent sont encore faibles, fragiles, minoritaires. Mais c'est à eux que l'avenir appartient, car ils sont férus d'espoir et de créativité. Les Francs-Maçons ont indéniablement leur place parmi eux.

Il ne s'agit pas de vouloir ralentir, ni anéantir les progrès évidents de la technique, de la communication, de l'évolution matérielle. Bien au contraire. Mais il faut empêcher que cette évolution soit la fin vers laquelle tend l'Homme, il faut au contraire que ces techniques soient au service de l'homme et qu'elles lui permettent de développer toujours plus les valeurs universelles que représentent les vertus que les maçons défendent depuis toujours: la sagesse, la force, la beauté... la fraternité.

Par-dessus tout, l'AMOUR

L'amour qui peut tout, qui crée tout, qui relie tous les hommes, qui permet de savoir que l'homme n'a que peu d'années à vivre et que ce peu d'ans n'a aucune valeur s'il ne repose pas sur l'esprit d'amour et de fraternité humaine. " Toute la Loi est remplie par cette seule parole: Tu aimeras ton prochain comme toi-même" disent en chœur tous les évangélistes.

Au début du 18e siècle, alors que l'humanité semblait inextricablement perdue dans un système dépassé et qui s'essoufflait, des hommes, les Francs-Maçons, apportèrent à ce monde ce que depuis toujours ils pratiquaient entre eux. L'esprit d'union fraternelle se développa et se répandit comme une trainée de poudre dans l'ensemble des terres civilisées. Cet esprit n'était pas nouveau, mais il avait besoin de nouvelles structures pour se manifester. Les Francs-Maçons les lui donnèrent.

Au cours des siècles, les hommes épris d'union universelle ont toujours su s'adapter à l'époque. Au Moyen-âge, ils cultivaient l'amour fraternel au sein de corporations, de confréries, de loges. Au début du 18e siècle, ils créèrent des grandes loges, ils codifièrent leurs principes, ils définirent leurs rites et leurs rituels. En quelques dizaines d'années, ils devinrent une des forces spirituelles les plus stables et les plus efficaces.

En cette fin du 20e siècle, alors que le monde occidental ne peut pas éviter de se restructurer et de se fondre dans la mondialisation, il ne s'agit pas pour nous d'abandonner nos valeurs traditionnelles et universelles, il faut nous donner les moyens de les exercer sans les altérer. Il faut continuer à pratiquer l'humanisme vrai: être le Centre de l'Union en réunissant ce qui est épars.

L'humanisme vrai ne consiste pas à abandonner les idées traditionnelles ou à les modifier au gré de l'évolution circonstancielle; l'humanisme vrai, selon le mot d'Alain, consiste à chercher dans le passé "ce qui est assez solide pour être actuel". Ce n'est rien d'autre que firent les maçons au cours des siècles et c'est encore ce que nous devons faire. Il faut se souvenir, conclut Tort-Nouguès, que la "tâche n'est jamais achevée et jamais accomplie" et que "toute œuvre humaine est toujours en chantier".

Paul Valéry a écrit que "la tradition dans les grandes choses consiste à retrouver l'esprit qui les a faites". Les Francs-Maçons doivent conserver l'esprit universel qui fonde leurs valeurs. Pour rendre efficace la pratique de ces valeurs, les Francs-Maçons de toutes les obédiences, de tous les rites et de toutes les Loges doivent devenir le moyeu qui permet à la roue de tourner dans l'harmonie et la paix. Ainsi, selon le vœu du poète, le soleil luira même la nuit.

Source : http://www.masonica-gra.ch/6_idee_macon_ordre_mac.html

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Naître par une initiation Etre initié par une naissance

24 Novembre 2012 , Rédigé par S.Sudarskis Publié dans #symbolisme

J’aurais pu sur ce sujet vous dire seulement cette pensée de Daniel Pons :

Vivre, c’est prendre des risques, mais le seul risque véritable, c’est de porter en soi le profond désir de mourir " au moins ", pour renaître " au plus ". Toutefois, j’ai eu envie de polir davantage ma pierre jusqu'à ce qu’elle vibre à ses limites comme un miroir.

Ici est une forme de vie, ici est un monde qui se veut celui de la liberté et de la lumière. Ici, vous et nous, nous sommes chez Nous. Et c’est par une cérémonie d’initiation que nous sommes devenus FM

Ah ! Naître par l’initiation. Ah ! Etre initié par une naissance.

On sait que toute initiation comporte une série d’épreuves rituelles qui symbolisent la mort et la résurrection du néophyte. Grâce nous fut faite par la douceur des épreuves. D’autres traditions demandent aux impétrants d’être plus éprouvés ; sont-elles forcément plus opérantes ?

Il s’agit de façon réaliste ou spéculative, par des opérations alchimiques assimilées à des épreuves difficiles, voire à des tortures, il s’agit de la mort et de la résurrection du myste; il s’agit de transmuer, c'est à dire d’obtenir un mode d’être transcendantal. C’est la leçon de toutes les traditions ou de la connaissance de la vie simplement.

Il n’y a aucun espoir de ressusciter à un mode transcendant, sans une mort préalable.

Notre vie fut et sera une succession d’initiations où nous sommes morts à quelque chose, pour devenir autre. Comme les épreuves d’initiation, celle de notre vie témoigne, pour nous seuls, de notre degré d’initiation à la condition humaine.

Ici nous a été proposée une autre Initiation, une autre mort, une autre naissance.

Le passage, par le cabinet de réflexion, inscrit la cérémonie dans la dramaturgie de la matière univers. Selon Paracelse « celui qui veut entrer dans le royaume de Dieu, doit, premièrement, entrer avec son corps dans sa mère et là, mourir »

Ce regressus ad uterum, ceretour aux origines, cette réintégration d’une situation originaire aux confins du chaos primordial, présente aux moins deux significations qui éclairent les significations de la cérémonie d’initiation, significations cosmologiques et initiatiques.

Toute mort rituelle peut être considérée comme une réintégration de la nuit cosmique, du chaos pré-cosmologique et des ténèbres d’où nous sommes revenus, et qui, dans sa dissolution des formes, exprime aussi le stade séminal de l’existence.

Et puis Ordo ab Chao. JB s’accomplissent. Toute création, toute apparition des formes, tout accès à un autre niveau plus transcendant peut s’exprimer par une cosmogénèse. Et la lumière fut !

Notre naissance au monde Maçonnique répète, réitère, comme chaque initiation par la naissance, le spectacle infini de la re-création cosmique, et nous avons été reçus FM comme une graminée d’étoile pour que nous éclairions notre part d’univers.

Cette expérience, où l’on nous a fait vivre la sacralité de l’univers attesté par les quatre éléments réintégrés en nous, nous accouche, comme conscience que le monde n’est pas seulement vivant, mais ouvert, qu’un objet n’est pas jamais simplement lui-même, mais aussi la réceptacle ou le signe d’une réalité qui le transcende.

Cette expérience n’est qu’un commencement, une initiation sur notre propre chemin, vers ce que l’on nomme le Destin et qui est notre être en devenir.

Chaque initiation parle à l’impétrant, et lui parle de lui et de sa propre histoire, dans un langage symbolique, qui n’appartient qu’à lui de décoder.

Le souffle nocturne de sa vie la plus lointaine, ensevelie, indicible, se pose sur lui dans ce plongeon cosmique.

Il n’y a pas un sens fixé ; la vérité du rituel n’est révélée que par l’interprétation, où chacun a le pouvoir de faire exister du sens, de décider des sens. Ce que je ressens et comprends n’engage que moi. Par ce que je suis, je multiplie le monde dans sa métamorphose qui reste cependant, dans son unité holistique complexe.

« Une herméneutique créatrice dévoile des significations qu’on ne saisissait pas avant, ou les met en relief, avec une telle vigueur, qu’après avoir assimilé cette nouvelle interprétation, la conscience n’est plus la même » nous écrit Mircéa Eliade.

Il s’agit donc de faire une expérience avec cette recréation. On peut opposer à ce niveau les expressions : avoir une expérience et faire une expérience.

Avoir renvoie à la possession, au connaître, à l’installation dans la satisfaction, à la confiance que procure l’acquis. Avoir l’expérience d’un rituel de passage serait poser et imposer des significations une fois pour toutes.

Faire l’expérience signifie ne pas savoir à l’avance le résultat de la recherche. Rien ne doit correspondre à notre attente. Pour cela, on ne doit rien dévoiler des cérémonies de type initiatique. Faire une expérience, c’est s’inscrire dans l’ouverture, dans l’au-delà de l’attendu, dans le commencement sans cesse renouvelé.

Comme l’écrit Jankélévitch dans son livre " Quelque part dans l’inachevé " : La prétention de toucher un jour à la vérité est une utopie dogmatique, ce qui importe, c’est d’aller jusqu’au bout de ce qu’on peut faire, d’atteindre à une cohérence sans faille, de faire effleurer les questions les plus cachées, les plus informulables pour en faire un monde lisse.

Ainsi à chaque initiation l’œuvre de la genèse reprend son cours. La création n’est pas faite une fois pour toutes. Chaque naissance l’accomplit ; et c’est dans la lumière que se célèbre l’accomplissement. On peut donc dire que l’enfantement par la porte basse répète l’acte exemplaire de la naissance de l’humanité conçue comme une émersion de la plus profonde caverne chtonienne.

La cérémonie d’initiation Maçonnique, qui après avoir fait réintégrer à l’impétrant l’état premier, l’état germinal de la matière du cabinet de réflexion et l’amène à sa résurrection, à sa renaissance, cette cérémonie correspond sans doute à la création cosmique. Et cette phase de la cérémonie me paraît être tout particulièrement placée sous le signe du féminin parce que maternelle.

La survivance des cultes des vierges noires nous en apporte l’écho. Tout est en place avec elles pour la renaissance du pèlerin, après qu’il soit descendu dans la crypte sacrée où on les gardait.

Ces vierges noires ont nom Cybèle, Isis, Lilith, la Déméternoire de Phygalie en Arcadie, Kali, Marie l’égyptienne ou Sarah la noire ; toutes vierges qui doivent enfanter et qui disent leur appartenance aux forces de la nuit, à une science secrète liée aux profondeurs de la terre et des origines.

Comme dans le livre des morts égyptiens, il faut opérer la traversée toute entière de pilier en pilier, de porte en porte, pour pouvoir espérer la remontée. Mais seul le principe féminin, la mère , la déesse, la Terre parce qu’elle intègre à la fois le pouvoir de donner la vie et le pouvoir de donner la mort peut accompagner la néophyte dans cette trajectoire.

Au commencement, comme à la fin, la Mère est là pour nous bercer, nous prendre dans ses bras, nous aider à réussir tous les passages, à franchir les seuils, ceux du naître et ceux du mourir; ceux de la mort et de la mort de la mort.

On ne peut manquer de faire un parallèle avec la méthode alchimique.

En cherchant la materia prima (racine maternelle) l’alchimiste poursuit la réduction des substances à l’état pré-cosmologique La cathédrale de Paris, nous dit Fulcanelli, ainsi que la plupart des basiliques métropolitaines sont placées sous l’invocation de la benoîte vierge Marie ou Vierge Mère. En France, le populaire appelle ces églises des Notre-Dame.

En Sicile elles portent un nom plus expressif encore, celui de Matrices. Ce sont bien des temples dédiés à la mère (mater), à la matrone dans le sens primitif, qui par corruption devientla Madone(ma donna), Ma Dame et par extension Notre-Dame. La virgo paritura, la vierge qui enfantera, dont on trouve des monuments antérieurs au christianisme, c’est la terre avant sa fécondation, avant que le principe mâle ne vienne l’animer. C’est la mère des dieux dans l’attente de l’esprit.

Alors la cérémonie d'initiation par une naissance répond à la question d’où je viens, où je vais et peut-être qui je suis. Une place de l’homme dans l’univers, que l’on appelle une philosophie, me semble être proposée par la philosophie Maç\ de son initiation.

Je la rattacherai à ce que l’on appelle la science-sagesse-sacrée avec trois propositions fondamentales exprimées dans les ternaires.

· Un principe omniprésent éternel, illimité, inconcevable et immuable, innombrable, que Blavatsky appellerait l’Etre-té ou la Vie-une.

Je dirai que c’est avant même le Aleph auquel le Beth du béreshit nous renvoie, au Ayin , au Rien.

· Une fois sorti de cet absolu, la dualité survient dans le contraste de l’esprit et de la matière qui demeurent, sous deux aspects différenciés, la même chose, le Un. L’esprit est la première manifestation de la matière et la matière est la première manifestation de l’esprit La substance cosmique, l’espace, l’aether grec est aussi appelé la Mère avant son activité cosmique, et le Père-Mère au premier stade de son réveil, dont le mode de mise en mouvement peut-être le Logos, le Verbe.

· L’univers manifesté, qui en est issu ensuite, est donc pénétré par cette dualité. Il en est le fils consubstantiel ; C’est le Fils de la vierge-mère fécondée par l’esprit. Et l’on peut dire : de l’esprit ou Idéation cosmique ou Père, viendrait notre conscience. De la substance cosmique ou Mère viendraient les véhicules dans lesquels cette conscience est individualisée ; tandis que l’énergie du Un dans ses différentes manifestations serait le mystérieux lien d’unité entre l’esprit et la matière, le principe animateur qui donne la vie.

C’est ce que j’ai compris de ce que disent les stances de Dzyan, le plus vieil écrit sacré d’après lequel furent compilés d’autres écrits sacrés plus connus des profanes.

C’est ce que semble dire également Einstein dans « espace, temps, gravitation »

Il écrit : Masse et énergie ne sont qu’une seule chose ou du moins ne sont que deux aspects d’une même chose.

La cérémonie de passage se donne à vivre comme la conception et la naissance spirituelle ou plutôt comme la renaissance de l’individu et sa régénération.

Le profane courbé à l’entrée du temple sanctuaire, prêt à traverser la matrice de la nature-mère, ou prêt à redevenir l’être spirituel primordial devient ainsi l’homme pré-natal.

Cette ployance foétale, c’est une chute de l’esprit dans la matière dirait le sémite, c’est au contraire son retour à sa source primordiale dans laquelle il s’immerge dirait l’aryen. Dans les deux cas il s’agit toujours du UN manifesté en Matière et esprit mais de façon ascendante ou descendante.

En d’autres termes l’initiation Maçonnique, en nous refaisant produire la cosmogénèse, l’anthropogenèse, nous demande de faire de nous-mêmes, une matière humaine, une copie microcosmique, un reflet de la matrice céleste, en un mot un espace femelle dans lequel l’esprit mâle fécondera le germe du fils, celui de l’univers visible parce que lui-même lumière.

C’est ce que l’on peut appeler une mixité universelle.

C’est Beth attendant sa fécondation par Iod qui se fera dans le vase de l’œuvre au noir déversant du cabinet de réflexion le myste comme de l’or naissant.

C’est cela que me raconte entre autre la première partie de la cérémonie d’initiation. Ici s’accomplit ce dont je ne sais pas où est le début, mais c’est l’initiation par la naissance.

Et puis vient la naissance par l’initiation et c’est un autre commencement.

Pour accéder à lui-même l’homme doit se retirer de soi.

Nous sommes le produit d’une préfabrication institutionnelle, une subjectivité préfabriquée dans son environnement et ses acquis socio-économico-psyco-culturel, je dirai aussi moraux. Ici se pose le problème : comment échapper à cette situation, car si l’homme n’est que de l’être impersonnel de l’institution et s’il est impossible de faire advenir son propre monde, la question, je dirai la quête de l’être, n’a plus d’importance puisqu’ainsi pensé, l’homme serait né avant la naissance et la naissance serait un non-sens.

Etre ou ne pas être, naître est la question

Naître permet d’accéder à une parole nouvelle libérée de ceux qui pensent posséder une maîtrise sur leur parole et la parole des autres, naître en tant qu’individu différencié, naître comme œuvre à faire.

C’est cette idée qu’exprime Rabbi Zouzia, peu avant sa mort ; « Dans l’autre monde, On ne me demandera pas, pourquoi n’as-tu pas été Moïse ? On me demandera, pourquoi n’as-tu pas été Zouzya ? »

Chaque homme est une lettre ou une partie d’une lettre. Le livre tout entier est écrit lorsqu’il ne manque aucune lettre. Chaque homme a l’obligation d’écrire sa lettre, de s’écrire, c'est à dire de se créer en renouvelant le sens, son sens.

Le cabinet de réflexion, de réflectivité en tant que miroir, est le face à face qui nous demande de commencer à rechercher notre identité enfouie.

Alors le FM sera un éclat existentiel, une brisure, séparé mais aussi une brillance. L’initié Maçon est ce lieu de lumière qui se retire et rayonne à la fois ; qui existe au sens étymologique (ex sistere) dans cette capacité à sortir de soi, de se dépasser et de d’inscrire dans un mouvement de création. C’est là où l’homme se trouve qu’il doit faire briller la vie cachée de l’absolu.

Rappelons-nous ! Il n’est d’accès à aucune vérité qui ne comporte un renoncement. Le sacrifice verticalise l’être humain. Le supplément maçonnique ou alchimique ou initiatique ne sera donné qu’en échange d’une offrande sacrificielle. Sacrifier ne signifie-t-il pas faire du sacré ? Sans sacrifice, pas de passage vers la transcendance, pas d’initiation ni d’affrontement avec la mort, pas d’accès à la phase suivante. Cette phase qui suit correspondrait sur le plan spirituel à une résurrection et elle se traduit par l’appropriation de certains états de conscience normalement inaccessibles à la condition profane.

Chaque initialisation réactualise, réinitialise une nouvelle loge, dans le ordo ab chao et cette sacralité là, nous l’appelons notre loge-mère, lieu où est ordonné le monde, lieu où se crée le sens qui va structurer la cité fraternelle. Ce sens assurera la cohésion en situant le néophyte dans un cercle magique, dans une hiérarchie non contestée, car elle est aussi une filiation symbolique.

Après le dépouillement, après la saison automnale du cabinet de réflexion, de nos esprits d’où tombent les pensées mortes, renaîtront de vivaces intentions d’ajouter de la valeur humaine. Dans ce lieu de rencontre du COS et du CHIASME ? L’aventure se termine, une autre commence. Une ère a pris fin, une autre s’inaugure dont les acteurs ont accédé, par l’épreuve à la connaissance réservée au voyageur rescapé.

L’homme en quête de sagesse est un homme qui marche, qui est voyageur, vers le pays promis, vers la terre édénique, vers son Amérique, vers ses sources ou vers lui-même.

Entre le départ et l’arrivée, entre l’initialisation et l’accomplissement, le désert, l’océan, le chemin, des solitudes, des épreuves et le voyageur exilé se transforme en pèlerin, et l’errance devient traversée du monde, de soi, de miroirs, et qui menée à bien, ouvre à l’itinérant l’accès à son identité, à sa rédemption .

Par elle accompli, il peut alors se déclarer fils de... dieu, de la veuve, de la putréfaction de l’Univers, fils de ... Les rituels nous exposent à cette dramaturgie du devenir.

« lekh lekha » dit D. à Avram, ce qui signifie va vers toi. C’est pour cela que nous construisons ensemble l’arbre de la connaissance dont chacun est appelé à en devenir un fruit.

Devenir FM par une naissance, c’est inscrire l’action Maçonnique dans la liberté, en soulignant que l’être Maçonnique s’oppose au geste de répétition, que l’homme Maçonnique  est un nouveau commencement, un initiateur. C’est un être pour-la-naissance.

Le FM est vertueux de toutes ses naissances à venir.

Le rituel d’initiation par la naissance nous permet de dire que la F.M.envisage le monde, non pas dans ce qu’il est, mais dans ce qu’il a à être. Avec André Néher, nous disons " la perfection de l’homme est sa perfectibilité ".

Par l’avènement de sa mise au monde, le FM porte en lui la promesse d’un avoir à être. Cela est un des fondements d’une éthique pour un FM

C’est pourquoi chaque initiation est un don qui est fait aux FM qui y participent; don de la vie à ses origines; don de l’espérance qui l’accompagne comme fécondation du monde.

Philosophiquement parlant confirme Mircéa Eliade, l’initiation équivaut à une mutation ontologique du régime existentiel. Les 3 étapes que le récipiendaire aura vécues dans le rituel de passage, « séparation, initiation, résurrection » correspondent dans la bible à la chute, l’exil et la rédemption. La réussite aux épreuves va redéfinir l’impétrant comme F\M\, un homme ou une femme dont les nouveaux rôles et la nouvelle identité justifieront qu’il ose proclamer une existence rénovée, non plus celle que lui imposaient les filiations charnelles et les hasards destinaux, mais celle de la libre déclaration de son origine et l’aveu de sa filiation découverte par lui seul qui le rend F\ ou S\ de l’humanité depuis les origines.

Voilà tout nous fut donné le jour de notre initiation. Il nous reste à répéter, pour nous-mêmes l’apprentissage de notre naissance, de notre vie, de notre mort.

· Mort et renaissance avec la descente au cœur de la terre, la caverne, la nuit obscure des gestations, la terre fécondée, l’eau purificatrice et fertilisatrice, la matrice aveugle et la grotte protectrice, la source, les profondeurs d’où surgit l’être revivifié par le bandeau enlevé

· et puis l’ascension, le dépassement, l’élargissement, la montée vers l’au-delà avec tout ce qui exprime l’élan invincible et toujours recommencé vers l’inaccessible, avec l’Amour qui promeut la vie.

· et encore, les mouvements d’ordre transversal, les voyages, les migrations, les passages, la poursuite méthodique de l’exploration du réel et de l’imaginaire, la marche du connu vers l’inconnu, en un mot, la quête, condition de l’errance féconde.

· et surtout, ce qui a trait au dépouillement, à l’abandon progressif, au renoncement de ce qu’il faut quitter pour laisser place à ce qui compensera la perte de tout le reste.

La FM nous a accueillis pour permettre à l’esprit de sortir de la confusion.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

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1er degré REAA Enquêtes et Parrainages

24 Novembre 2012 , Rédigé par Patrick Carré Publié dans #Rites et rituels

Enquêtes et Parrainages
Enquêtes et parrainages donnent un cadre réglementaire et moral à l’aventure humaine extraordinaire qu’est l’initiation maçonnique. Ils recadrent les premiers pas des postulants et leurs premiers échanges avec leurs Frères présentateurs et parrains. Au delà du principe d’une même règle pour tous, il s’agit de mettre les Maçons présents et futurs en état de transmettre et de recevoir l’initiation dans des conditions optimales, et de permettre à la Loge de croître en préservant son équilibre et son identité.

Les enquêteurs sont les gardiens du seuil de la Loge et de la Maçonnerie en général. Les parrains sont les passeurs et les garants de ceux et celles qui s’intègreront dans la grande Chaîne d’union, et deviendront peut-être un jour à leur tour enquêteurs et parrains d’autres maillons. Cette notion de passeur et de gardien, essentielle pour un groupe initiatique, trouve sa correspondance dans l’esprit de chaque Maçon confronté à des idées et paroles étrangères à ses connaissances, qu’il se doit d’appréhender avant de les intégrer en conscience, ou éventuellement de les écarter pour ne pas déséquilibrer son édifice intérieur.
Les enquêtes
Les enquêtes s’inscrivent dans les procédures précédant les initiations et les affiliations définies dans les art 124 et suivants des Règlements Généraux de la GLDF.
Art 124 : Toute initiation ou affiliation est précédée d’une demande signée par le candidat et contresignée par un Maître Maçon de la Loge …

Art 127 : Lorsque le Vénérable Maître a donné à la Loge connaissance de la demande d’initiation, sans toutefois faire connaître les noms des présentateurs, la Loge délibère sur la prise en considération. S’il n’y a pas d’opposition, cette prise en considération est assimilée à un premier tour de scrutin favorable et le Vénérable Maître désigne les trois enquêteurs …

Art 128 : Les enquêteurs désignés font chacun un rapport écrit dont le Vénérable Maître donne lecture à la Loge sans révéler le nom des auteurs. La signature des enquêteurs est détachée des rapports qui sont conservés au dossier de l’intéressé …

Art 137 : … Les rapports des enquêteurs et le testament du néophyte sont incinérés en présence du nouveau Frère, au cours de son initiation …

Ces articles fixent un cadre à des rencontres et des échanges d’idées entre le candidat et les enquêteurs, chacun jouant un rôle en total décalage par rapport à la vie courante. Il est en effet peu ordinaire de parler de soi à des inconnus qui, même avec bienveillance, peuvent nous interroger sur nous-même et d’emblée soulever les voiles de notre histoire. Pourtant on s’aperçoit après quelques années que l’essentiel de l’aventure maçonnique se concentre là en quelques heures, l’un s’appliquant à connaître l’autre, prémisses d’une approche plus profonde où l’Un dans son unité tendra un jour vers l’Autre dans son universalité.

En invitant les enquêteurs à découvrir les véritables motivations du postulant, les enquêtes permettent en effet d’aller au-delà des premières impressions d’une rencontre et de dépasser les limites d’une conversation ordinaire, et constituent de ce fait un double challenge. Pour le postulant, il s’agit d’être sincère, quelles que soient les questions posées. Mais il ne suffit pas d’être sincère pour être juste, car derrière des dates et des faits objectifs se cachent une dimension subjective et des ressentis qui nuancent souvent le sens du discours. Les idées qui circulent passent par les filtres subjectifs du postulant jusqu’à dessiner des traits de caractères parfois plus intéressants que les idées elles-mêmes. Les idées peuvent passer, mais la personnalité en capacité de porter ou non un projet de vie maçonnique est déjà là.

Pour l’enquêteur, tout en posant les questions recommandées par le formulaire, il s’agit de creuser les réponses, d’y percevoir une cohérence et peut-être même l’indicible. Si les meilleures des paroles sont dites avec le cœur, quel que soit leur contenu, les mots employés sont souvent révélateurs d’idées et de portes qu’il suffit de pousser pour mieux percevoir le candidat. L’enquêteur doit cependant veiller à ne pas aller trop loin dans son questionnement pour ne pas paraître indiscret et préserver ses secrets, pour ne pas dévoiler ce que le postulant doit découvrir lui-même en Maçonnerie, pour ne pas lui révéler ce qu’il recherche au fond de lui sans le savoir. Secret, dévoilement, révélation, trois niveaux d’approches complémentaires qui s’appliquent ici à mots couverts, et s’imposeront plus clairement au cours du cheminement initiatique.

Le ternaire omniprésent en Maçonnerie est déjà à l’œuvre pour construire un contenu et une structure aux enquêtes, les trois enquêteurs formant le premier triangle vivant rencontré par le candidat. Lui-même peut figurer le point central d’un triangle équilatéral vers lequel convergent le regard des enquêteurs placés aux trois points du triangle. Mais quelle part de lui-même peut-elle être visée et perçue conjointement sous trois angles différents : son savoir et ses idées, son parcours personnel et professionnel, même illustrés par un curriculum vitae riche et éloquent ? Le cœur seul peut jouer ce rôle de point focal et rallier à lui harmonieusement les perceptions diverses de ceux qui cherchent à le comprendre vraiment, et mieux encore à le connaître en vérité.

Les parrainages

Dans nos Loges, nous pratiquons généralement la cooptation. C’est le moyen traditionnel du parrainage qui présente l’avantage d’une connaissance préliminaire du candidat. Le Frère qui fait le lien entre lui et la Loge est le présentateur ou le parrain, avec une nuance entre l’un et l’autre. Le présentateur est le Frère Maître de la Loge qui présente un candidat sans forcément bien le connaître. Le parrain, lui, engage sa responsabilité personnelle vis à vis de la Loge. Même si le mot parrain a disparu de nos règlements et rituels avec le contreseing et l’engagement d’un Frère présentateur, Maître et membre de la Loge, l’idée de l’engagement auprès du candidat reste essentielle.

Il arrive aussi fréquemment qu’un Maître veuille présenter un candidat dans une autre Loge que la sienne. Il appartient au Vénérable Maître de cette autre Loge de demander à un Maître de faire sa connaissance en vue d’être prêt, si son opinion est favorable, à devenir son parrain. Si le candidat est accepté par la Loge, l’usage le plus satisfaisant moralement et régulièrement consiste à faire placer le « parrain d’origine » et le présentateur derrière l’impétrant, lors de la scène du miroir pendant l’initiation, puis de les placer tous deux à côté de lui lorsqu’il prête son serment solennel, et enfin que le présentateur prenne l’engagement prévu par le rituel de suivre le nouvel initié dans sa vie maçonnique.
Il y a également un nombre non négligeable de candidats qui se présentent spontanément, après avoir été attirés par ce qu’ils ont lu ou entendu au sujet de la Franc-Maçonnerie. Même s’il existe encore des Loges qui considèrent les candidats spontanés comme un trop grand facteur de risques, elles doivent au moins transmettre la demande au Grand Secrétariat, qui la fera suivre à une Loge proche du candidat. Il appartient à son Vénérable Maître de le confier à l’un des Frères de la Loge durant le temps nécessaire (un mois, six mois, un an), jusqu’à ce que le Frère désigné devienne son présentateur, et donc ipso facto son parrain. Ces candidats spontanés font pour la plupart d’excellents maçons.

L’engagement du parrain est un engagement moral, un acte par lequel il promet d’être présent aux côtés de son filleul pour le soutenir au cours de sa vie maçonnique et de son cheminement initiatique. Plus globalement l’engagement purement moral est un accord passé entre deux personnes qui subordonnent l’exécution de leurs obligations à leur loyauté respective. Si cet engagement moral ne crée pas véritablement un lien de droit, pouvant entraîner des sanctions juridiques en cas de non respect de cet engagement, il crée un lien de devoir tout aussi puissant qui met en devoir le parrain d’éclairer son filleul et de répondre aux questions qui ne trouvent pas de réponse en Loge.

Le parrain légitime surtout le questionnement intérieur du jeune initié, qui est le « pendant » des questions-réponses du rituel et des rapports qu’il entretient au sein de la Loge avec tous ses Frères et en particulier avec son instructeur le Frère Deuxième Surveillant. Au delà de la dimension humaine, des échanges à cœur ouvert et du réconfort parfois nécessaire quand le doute s’installe dans la vie maçonnique, la seule présence du parrain est un rappel permanent à la dimension intérieure du cœur, à l’enracinement de ce qui devient le Devoir, conduisant à passer de manière insensible du devoir faire au devoir être.

Les difficultés rencontrées symbolisées par les épreuves de l’initiation deviennent sous l’œil bienveillant et fraternel du parrain les indices d’un parcours personnel, d’une personnalité tendant à s’affirmer et à imprimer dans la Loge une marque à nulle autre pareille, rayonnant de sa propre lumière et réfléchissant celles des Frères, le tout ordonnancé par le rituel des Tenues et les liens fraternels. Et surtout l’empathie ambiante permet d’accepter et de reconnaître, au-delà des épreuves, les progrès et les changements à réaliser en soi-même, les avancées souhaitées ou promises mais non encore réalisées, et globalement les limites successives de l’évolution intérieure.

Dans une Loge d’hommes libres et de bonnes mœurs, la fraternité conforte l’action, alors que dans le monde profane les relations d’altérité conduisent souvent à la réaction, à la dépendance et aux rapports binaires potentiellement conflictuels. Dans sa Loge l’initié accepte ainsi plus aisément ses limites et reconnaît ses paliers de progression à travers le symbolisme des degrés du Rite auquel il travaille, en particulier ceux du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Et c’est paradoxalement en prenant conscience de ses limites qu’il peut tendre au-delà, l’être à la limite de lui-même révélant un autre être en puissance.

Enquêtes et parrainages se complètent pour donner un cadre pérenne aux prémisses de l’initiation maçonnique, pour que les dimensions humaine et initiatique s’équilibrent harmonieusement dès les premiers pas de l’impétrant. Plus ces « attaches » sont solides et plus les Maçons peuvent avancer d’un pas mesuré et « régulier » et trouvent aisément leurs marques dans leur Loge mère. Le cœur et les symboles s’y relient en permanence pour tracer un espace intermédiaire entre les prémisses de l’initiation et sa finalité, l’alpha et l’oméga de la présence en Loge.

Il appartient à chacun de mettre en lumière cet espace le temps des Tenues, où les moments les plus forts sont vécus lors des transmissions, des initiations en particulier. Tout compte depuis les premiers mots des enquêteurs et des parrains pour que s’accomplissent ces re-naissances.

Source : /www.patrick-carre-poesie.net/

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La réalisation théomorphique chez Martinez de Pasqually

23 Novembre 2012 , Rédigé par Murilo Cardoso de Castro Publié dans #spiritualité

La perception du rapport analogique est peut-être le seul acte réellement fécond dont soit capable l’esprit humain. Elle est à la base de toute la rhétorique et de toutes les opérations de symbolisation, au cœur des trouvailles les plus efficaces de l’image poétique, si l’on accepte la définition célèbre qu’en donnait M. Reverdy, comme des seules démarches vraiment progressives du raisonnement logique, dont le moment essentiel est celui où les prémisses sont choisies et rapprochées en vertu d’une sorte de pressentiment que leur alliance sera féconde. Aussi, une logique de l’analogie, si elle devenait un jour possible sur des bases plus solides que celles de la symbolisation freudienne, nous ferait-elle sans doute apparaître la démonstration mathématique comme un cas particulier de l’image poétique. Il suffira, pour l’instant, que la possibilité idéale d’une telle logique soit entrevue pour que l’on se garde de traiter trop légèrement ceux qui ont fait de l’analogie la démarche ordinaire de leur pensée.

Or, il est un domaine qui paraît réfractaire à tout procédé de spéculation plus précis, et c’est la théologie mystique. L’analogie seule peut nous donner l’espoir de franchir la distance de la nature physique, et de notre nature, à la nature divine, et de réunir les éléments d’une représentation plus ou moins grossière de celle-ci. Reste à se demander en quel sens le rapport analogique de Dieu et de l’homme peut et doit être considéré. Autrement, est-ce de la connaissance de l’homme que l’on s’efforcera d’inférer une connaissance de Dieu, ou est-ce de la connaissance de Dieu que l’on s’efforcera d’inférer une connaissance de l’homme ?

La représentation de Dieu sous une apparence et des caractères humains se rencontre peut-être la première : le mana, si on le considère comme primitif, est du divin senti, mais non représenté ; et la représentation totémique, même chez Durkheim, n’est pas, ou n’est pas encore une représentation de Dieu. C’est ensuite l’anthropomorphisme, c’est-à-dire le système dans lequel, consciemment ou non, on passe de la connaissance de l’homme à la connaissance et à la représentation de Dieu. Le sens du vecteur analogique est de l’homme vers Dieu. On proposera l’appellation de théomorphisme pour les doctrines dans lesquelles ce n’est plus Dieu qui est conçu à l’image de l’homme, mais l’homme qui est conçu comme étant à l’image de Dieu. Le vecteur analogique va ici de Dieu vers l’homme.

Le sens de ce vecteur est bien la caractéristique des deux attitudes. Il va de soi, en effet, qu’entre l’anthropomorphisme de Dieu et le théomorphisme de l’homme, la distinction sera pratiquement fort délicate à établir. Ainsi la référence aux versets 26 et 27 de la Genèse ne suffira pas pour prouver le caractère théomorphique des interprétations courantes de la Bible. Au surplus, c’est toujours l’homme qui nous est donné empiriquement et familièrement, et il paraîtra dès lors peu important à certains de savoir si cet objet de l’expérience est le portrait ou l’original de la divinité à laquelle nous prétendons accéder à travers lui. L’affirmation que l’homme a fait Dieu à son image est une affirmation sceptique, qu’une doctrine religieuse ne professe jamais explicitement. Nous ne pourrons donc la déceler qu’en observant dans quel sens chemine la connaissance à l’intérieur de la doctrine constituée. Si nous nous apercevons que le contenu de sa notion de Dieu n’a pu se former que par des analogies humaines, son caractère anthropomorphique ne pourra plus être sérieusement discuté. C’est ainsi, par exemple, que l’élaboration cartésienne de la divinité comporte au moins une démarche visiblement anthropomorphique, celle où Descartes, qui a établi sa propre existence à partir du fait de sa pensée, établit l’existence de Dieu à partir du sentiment d’imperfection de cette pensée. Car, en ce moment, il considère la pensée, non plus comme un être indéniable et indéterminé, mais comme un état qualifié dont le complément est une qualification toute humaine de Dieu, désormais considéré comme parfait. On sent bien, et Spinoza a très bien senti, le progrès qui serait réalisé par une doctrine dans laquelle la connaissance cheminerait rigoureusement de Dieu vers l’homme.

Est-ce possible, et le théomorphisme n’implique-t-il pas un anthropomorphisme préalable ? Le vecteur part de Dieu, disons-nous, mais comment est-on arrivé à Dieu ? N’est-ce pas par analogie, et par une analogie humaine ? Ce qui reviendrait à faire du théomorphisme une façon différente d’exposer la connaissance de Dieu, mais non de l’acquérir et à l’opposer à l’anthropomorphisme un peu comme on oppose la phase déductive et la phase inductive dans le discours scientifique. Il est évident que nous ne pouvons exclure complètement le raisonnement qui conclut de l’homme à Dieu. Ainsi le maître dont nous allons parler, Martinez de Pasqually, nous signalera comme instructifs des détails de la structure humaine, l’inégalité des cinq doigts de la main, par exemple, et la tendance à utiliser ces analogies, relativement peu marquée dans son Traité de la Réintégration, l’était peut-être davantage dans son enseignement oral et se retrouve très nettement chez son disciple Saint-Martin, même avant qu’elle soit exacerbée par l’influence de Bœhme. Mais il est clair que cette relation analogique doit être conçue comme une relation de signe à chose signifiée. Dieu n’a de main en aucun sens, mais la main de l’homme signifie quelque chose dans le plan divin. Les caractères humains ne sont en rien plus essentiels à la divinité que les caractères d’imprimerie ne sont essentiels à la pensée.

Enfin et surtout, le théomorphisme échappe au reproche d’anthropomorphisme préalable par un coup de force et un coup de génie à la fois : la connaissance ne part pas, en effet, d’une représentation anthropomorphique de la divinité, parce qu’elle ne part d’aucune représentation définie de cette divinité. Dieu est comme une source de lumière que sa luminosité même nous empêche de regarder, si bien que, quoique le sens du vecteur analogique soit de Dieu vers l’homme, ce n’est pas en Dieu que nous le verrons lui-même, mais dans l’homme, miroir plus encore que portrait de la,divinité. Dieu ne commencera à être représenté que par ie reflet de sa propre lumière sur le miroir humain. On voit tout de suite l’extrême délicatesse de la méthode : car il faudra veiller soigneusement à ne renvoyer vers Dieu que la seule lumière venue de lui, et non point une autre qui nous serait propre. Mais on en voit aussi l’intérêt, car si elle est rigoureusement entendue, nulle autre ne pourra concevoir Dieu d’une façon aussi pure, tout en pénétrant le sens du monde phénoménal d’une façon aussi complète.

On retrouverait assez facilement des formes partielles de l’attitude théomorphique : ainsi dans la voie ascétique et mystique qui est celle de l’Imitation de Jésus-Christ, où le rapport de l’homme à Dieu est considéré non tant comme réellement existant dans la morphologie de l’homme que comme devant idéalement exister dans son être spirituel grâce à la morale et à la piété, le corollaire est mis dans une plus grande lumière que le théorème. Et c’est vraisemblablement dans le courant kabbaliste, ou mieux dans Je courant général de l’ésotérisme occidental que nous trouverions l’effort le plus soutenu pour rester fidèle à la méthode ici définie. On se contentera d’en souligner l’emploi dans l’œuvre du maître le plus original de la mystique française au XVIII8 siècle, Martinez de Pasqually.

Nous nous appuierons principalement sur le Traité resté incomplet et publié à la fin du siècle dernier [Traité de la Réintégration des Êtres dans leurs premières propriétés, vertus et puissances spirituelles et divines (Paris, Chacornac, 1899). Cf. naturellement aussi l’ouvrage fondamental de M. Van Rijnberk, Martinez de Pasqually, 2 volumes, Derain-Raclet, Lyon, 1938]. On connaît trop peu ce grand texte : Matter se plaignait que l’on ne pût atteindre Martinez, comme Socrate, qu’à travers son Platon (Saint-Martin) ou son Xénophon (l’abbé Fournie). Le Traité, c’est Socrate lui-même ; avec toute l’ardeur et tout le décousu de l’exposé oral. On croit entendre en le lisant la voix du maître improvisant péniblement son livre dans son mauvais jargon, devant ses disciples, Grainville ou Champoléon, qui le reprennent sur son style, demandent des explications, obligent ainsi sa pensée à faire un effort pour s’expliquer de plus en plus clairement, si bien que l’exposé revient parfois sur ses pas, progresse, propose successivement plusieurs versions qui se contredisent parfois en partie1, avant de s’en tenir à l’explication la plus satisfaisante. Ainsi avons-nous à poursuivre la pensée de Martinez comme celle d’un interlocuteur qui n’arrive pas toujours à se faire comprendre, d’autant plus qu’il écrit pour ses disciples déjà Réau-Croix, c’est-à-dire très préparés, en principe, à le lire et à le saisir à demi-mot.

De prime abord, le traité se présente, on Je sait, comme un commentaire courant et un complément de quelques textes bibliques (presque tout le livre de la Genèse, sauf l’histoire de Joseph ; l’histoire de Moïse et ses instructions ; et quelques pages sur l’histoire de Saül). Bien que s’appuyant ainsi à chaque instant sur le texte biblique inspiré, Martinez reste cependant fidèle à la méthode métaphysique, grâce à son procédé fondamental d’interprétation, la notion de « type ». Selon lui, les épisodes bibliques s’éclairent, en effet, les uns les autres, dès que l’on est capable de les rapprocher convenablement : ils se répètent et symbolisent les uns avec les autres, d’Adam à Jésus-Christ. L’interprétation consistera donc à faciliter ces rapprochements et à les mettre en pleine lumière : l’explication jaillira alors d’elle-même. C’est en cela que consiste le dégagement des types. Le type est en quelque sorte, dans le Traité, la forme canonique du raisonnement par analogie. Il est supérieur à la fois au symbole et à la prophétie, parce qu’il est tourné à la fois vers le passé et vers l’avenir : « Un type est une figure réelle d’un fait passé, de même que d’un fait qui doit arriver sous peu de temps » (Traité, p. 153), alors que le symbole et la prophétie ne concernent que l’avenir, et que la prophétie n’est même qu’une menace sur l’avenir dont la réalisation reste subordonnée à la miséricorde de Dieu et à la conduite de la créature.

L’usage de cette notion de type est constant le long du Traité : Adam, Caïn et Abel font le type du Créateur avec les premiers esprits émanés et Adam (81) ; Adam est le type du vrai Adam ou le Christ ; Abel est type de Celui qui viendra ; Gain, type des prophètes ; Noé fait le type du Créateur ; le déluge et les événements qui suivent font le type de la création universelle ; Abraham avec Ismaël et Isaac répète le type d’Adam avec Caïn et Abel ; Abraham avec Isaac fait le type du Créateur avec le Christ ; Isaac avec Jacob et Esau font le type du Créateur avec les premiers esprits et Adam ; Abraham avec Isaac et Jacob font le type d’Adam avec Abel et Seth ; Esaû est le type de Caïn et de Cham ; Moïse répète les types de Noé ; en différents temps, Moïse présente également le type du Créateur, du fils du Créateur et de l’Esprit divin, etc. [Respectivement : 66, 79, 89-94, 141, 178, 214-216, 222, 223, 236, 240, 290]. Nous avons multiplié les exemples pour montrer la généralité de l’emploi du procédé, très souvent c’est la considération du type qui guide Martinez dans les adjonctions qu’il fait au récit canonique : ainsi nous parle-t-il de la joie qui mondait Eve pendant qu’elle était grosse d’Abel, bien que la Genèse soit muette sur ce point, parce que cet événement a été répété « vers le milieu du temps » par la grossesse de Marie et d’Elisabeth. C’est comme un reflet de la joie du Magnificat qu’il saisit déjà sur le visage de l’hommesse à peine créée. Sur des points de détail comme celui-là, l’imagination poétique de Martinez contribue à accentuer le type en retouchant le récit biblique. Mais ce reproche ne tient pas devant l’immense généralité de l’emploi du procédé. Et si plusieurs de ces analogies sont couramment invoquées par la liturgie romaine, l’originalité de Martinez est de s’en servir pour simplifier l’intelligence du texte sacré. Le type, en effet, réduit prodigieusement la diversité des événements, puisque ceux-ci se représentent les uns les autres. Ainsi voyons-nous les faits se surperposer bien plus exactement que les visages sur les clichés composites de Gaiton, s’emboîter de manière à ne plus offrir finalement à notre esprit qu’un seul fait, une unité au lieu d’une diversité. Puissance singulière d’un procédé de pensée qui fait évanouir la durée jusque de l’histoire et nous libère déjà, autant qu’il est en lui, de ce que nous apprendrons petit à petit à mieux connaître comme la source de toutes nos misères, l’esclavage par rapport au temps.

Et cet unique fait qui devra nous retenir, c’est le rapport de l’homme avec Dieu et l’obscurcissement de ce rapport, si bien que l’histoire n’est plus qu’un perpétuel développement de ce thème et de cette situation, une représentation indéfiniment multipliée de ce qu’il y a d’invariable dans la condition humaine, comme si Dieu avait décidé pour notre plus grand profit de nous en obséder sans cesse.

Il suffît donc de se borner au récit du seul événement, à proprennent parler, qui soit jamais arrivé, c’est-à-dire la chute des premiers esprits et de l’homme, ou encore l’origine de pensées distinctes de la pensée divine. C’est la partie de loin la plus connue de la théologie martinéziste. De Dieu, nous considérerons simplement au départ qu’il est, et qu’il est immuable. Il est, car il est l’être, et il est immuable, car il ne peut jamais revenir sur ses actes, ou plus strictement encore, sur ce qu’il est en acte. L’être ne peut se déjuger sans se défaire. Tout être spirituel existe d’abord en Dieu et comme l’être de Dieu. Dieu se glorifie en établissant les règles immuables d’un culte envers lui-même, c’est-à-dire en définissant son rapport à ces êtres spirituels : ce qui implique leur émanation comme êtres libres et distincts. L’émanation des premiers esprits est fondée sur ces règles, nous dit en effet Martinez ; ce sont donc elles qui entraînent l’individuation de l’être, et la liberté n’est que la faculté de s’y soumettre ou non. La liberté de Dieu est limitée par ces lois, car l’immuable ne peut revenir sur elles ; et des libertés émanées, il est attendu qu’elles s’infléchissent dans le sens du culte. L’émanation ne comporte rien de plus ; en particulier, elle n’entraîne aucune délégation du pouvoir spirituel émanateur. Le système établi entre Dieu et les premiers émanés n’est pas susceptible de se retrouver entre ceux-ci et des êtres qu’ils émaneraient à leur tour. Que quelques esprits libres tentent de singer ainsi leur émanateur, ils abusent de leur liberté, — et dès que cette pensée est conçue en eux, c’est la prévarication et l’origine du mal spirituel, dont Dieu n’est pas responsable, puisqu’il résulte du jeu, par définition imprévisible, de la liberté de ces esprits.

Ici commence le temps. La convention qui fondait les rapports des premiers esprits avec Dieu est violée en ce qui concerne ces prévaricateurs ; leur séparation va être totale, parce que Dieu écarte de lui leur malice. Sur son ordre, certains esprits restés fidèles produisent d’eux-mêmes trois essences spiritueuses, et ils en forment le monde du temps, que nous appelons matériel [Ibid., 354. Il s’agit, on le sait, des esprits inférieurs du cercle ternaire]. Ce sera la prison des prévaricateurs, l’instrument de leur séparation d’avec Dieu. Et pour être leur geôlier, Dieu émane un nouvel être spirituel distinct : Adam. L’émanation d’Adam est donc elle-même d’abord d’essence contractuelle ; Adam a une fonction à remplir. Dieu le charge de connaissances et de puissances : puis il l’abandonne à son libre arbitre et l’émancipé. On sait le reste : le mineur émancipé prêtera une oreille trop complaisante aux suggestions de ses prisonniers. Il a le pouvoir de se donner une postérité purement spirituelle, de corps glorieux comme le sien propre, à condition que, dans cette opération, sa volonté et celle de Dieu soient jointes (comme si, bien qu’émancipé, pour cet acte, et pour cet acte seul, le mineur avait besoin que se joigne à la sienne la volonté de son tuteur). Sous l’influence des esprits pervers dont il a la garde, Adam va essayer à son tour de donner le jour à des êtres spirituels. Il a cette pensée, il l’accomplit : et le résultat, à son grand étonnement, est « une forme ténébreuse et toute opposée à la sienne », à laquelle il donnera ensuite, pour reconnaître sincèrement sa prévarication, le nom de Houva, ou Homesse (Ibid., pp. 27, 53). Cette fois encore l’être émané a rompu le contrat, et Dieu va se séparer de lui. La forme à laquelle il a donné naissance est de nature spiritueuse, et non spirituelle, semblable donc au monde qui sert de prison aux pervers. La forme de l’homme est changée en une forme semblable à celle du fruit de sa faute, — et désormais il devra se servir de celui-ci pour avoir une postérité qui sera une postérité d’hommes et non plus une postérité spirituelle de Dieu. L’homme est envoyé rejoindre ses anciens prisonniers dans le temps et habiter sur la terre « comme le reste des animaux ». Non pas sans espoir toutefois ; par sa sincérité et son repentir, Adam obtiendra sa réconciliation, et Dieu lui restituera en partie ses vertus et puissances et la possibilité de lui rendre un culte selon les nécessités de sa nouvelle forme et de sa nouvelle situation.

On remarque tout de suite quelques particularités de cette interprétation de la Genèse : par exemple, la façon de concevoir le rôle de la femme dans la chute. Eve est la conséquence du mal et le mémorial de la faute beaucoup plus qu’un agent actif ou la collaboratrice du mineur. L’infériorité des postérités femelles, qui est certaine, fient donc à l’origine même de la forme féminine.

D’une façon plus intéressante, on voit que, par une vue profonde, c’est dans une analyse de la puissance créatrice et de l’acte créateur que Martinez, cherche la nature de la faute. Le principe du mal spirituel, c’est la volonté de concurrencer l’œuvre de création ou d’émanation de Dieu. Il est hors de la puissance d’aucun être particulier de rien ajouter à l’être. Toute tentative de création qui ne fait pas la part de la collaboration divine est mauvaise. Ainsi, l’homme, dont l’être est l’être même de Dieu, est capable, s’il se soumet à sa nature profonde, d’avoir une postérité de forme spirituelle et glorieuse, une postérité de Dieu. Mais sa faute, perpétuée dans la hideuse apparence matérielle, est d’avoir manqué à sa vocation et à sa nature, d’avoir déformé Dieu en lui. Le théomorphisme, règle de conduite, est ici absolument inséparable du théomorphisme, principe de structure.

La nature du châtiment enfin nous en apporte la confirmation. La matière en est l’instrument essentiel. Ce que nous appelons ainsi, produit par des principes spiritueux grâce à un être spirituel divin, n’est pas un être radicalement distinct de l’être. La matière n’est pas un être du tout, elle est une apparence. Les formes corporelles sont nées dans une explosion du chaos, par une sorte de refus de l’esprit devant l’être fantomatique de la matière, de constatation de son incompatibilité avec elle. Et « il n’est pas possible de regarder les formes corporelles présentes comme réelles sans admettre une matière innée dans le Créateur divin, ce qui répugne à sa spiritualité ... » [Ibid. 149 ; cf. 161-163]. Distinction qui se complète par celle de la création et de l’émanation : « La création n’appartient qu’à la matière apparente, qui, n’étant provenue de rien, si ce n’est l’imagination divine, doit rentrer dans le néant ; mais l’émanation appartient aux êtres spirituels qui sont réels et impérissables. » [Ibid., 176. II serait de la plus haute importance de savoir ce que devient cette distinction’ dans le texte du manuscrit non publié du Traité, celui du prince Chrétien de Hesse. On sait en effet par M. Van Rijnberk (op. cit., 58) que ce manuscrit porte fréquemment sinon toujours le mot « créé » là où le texte publié par M. Philipon porte le mot « émané »]. Il ne peut donc être question de création, si paradoxal que cela paraisse, que pour les êtres qui ne sont pas. Ainsi Adam a perpétré lui-même en créant Eve le brouillard qui le sépare désormais de l’Eternel. A la fin des temps, la matière générale s’effacera de la présence de l’homme comme un tableau s’efface de l’imagination du peintre (115), mais d’ici là, Adam est emprisonné dans le songe de Dieu et dans son propre mensonge ; il ne pourra plus avoir de postérité que par Eve et à travers Eve, c’est-à-dire qu’il ne pourra plus produire que des œuvres chargées de matière et donc irréelles. Il est corps et âme, une forme apparente qui lui rappelle sa faute, et une forme réelle et éternelle qui s’en repent. Pour Martinez (un peu comme pour Pascal), nous ne pouvons comprendre la nature de l’homme que si nous voyons en lui un mineur en privation auquel la vue de Dieu est dérobée par un fantôme de l’imagination divine — Dieu séparé de Dieu par une divine, mais non tout à fait impénétrable fumée.

Cela peut encore se préciser. Adam, avant la prévarication, est revêtu d’une forme glorieuse, « forme apparente que l’esprit conçoit et enfante selon ses besoins et selon les ordres qu’il reçoit du Créateur. Cette forme est aussi promptement réintégrée qu’elle est enfantée par l’esprit » (Ibid., p. 57). Bien que forme apparente, elle n’est pas d’origine spiritueuse comme la matière, mais purement spirituelle, formée par des esprits, comme la nue qui déroba Moïse sur le Sinaï à la vue d’Israël (283). Elle n’ôte donc rien à l’homme de sa nature de pur esprit, universel dissolvant.

Adam est un esprit qui lit dans l’esprit, il est en Dieu, distinct de Dieu par sa seule fonction : la garde des pervers et le culte à rendre, c’est-à-dire une manière d’être à observer vis-à-vis de la créature et du Créateur. L’individuation, nous l’avons dit, est purement fonctionnelle ; elle se fait par lois, commandements et préceptes, ou, si l’on préfère, par poids, nombres et mesures. Adam est le véritable émule du Créateur, l’homme-dieu. Son privilège essentiel est double : d’abord la communication intégrale et immédiate de toute pensée divine et démoniaque ; et ensuite le pouvoir de se donner à lui-même, sous la réserve du concours de la volonté divine, mais ce concours n’aurait jamais été refusé, une postérité de forme spirituelle semblable à la sienne. Bref, Adam est Dieu-émané (32).

Or, de même que l’être ne s’acquiert ni ne se perd, de même l’homme ne peut avoir cessé d’être Dieu. Quant à son être, il est toujours ce qu’il était, mais il a perdu son double privilège : il a perdu son corps de gloire et son pouvoir de créer une postérité de Dieu. Et surtout, il n’a plus la communication spontanée de la pensée divine. Adam a possédé toutes les sciences et toutes les connaissances spirituelles, mais il a tout perdu, du moment qu’il n’a plus la connaissance transparente de Dieu, que celle-ci est oubliée, effacée de son esprit : « C’est la matérialité qui met en nous l’oubli », disait un philosophe ; séparé de sa forme chaotique le mineur jouirait, en effet, pleinement « de la lumière impassive spirituelle et inaltérable qui est innée en lui-même » (163). C’est notre corps, en somme, qui nous cache la vue de notre âme.

L’état présent de l’homme quant à la pensée s’exprime d’ailleurs en un mot : l’homme n’est plus pensant, il est pensif. Il était pensant lorsqu’il atteignait la pensée par une vue directe. Désormais, il ne peut plus la connaître que par communication : elle lui vient grâce à un être différent de lui, esprit divin qu démoniaque (car le démon, lui, a gardé la faculté de penser : ce qui lui manque c’est la faculté de communiquer désormais avec la pensée divine). La chute a opéré une dégradation de notre faculté de penser comme elle a opéré une dégradation de notre faculté de nous reproduire. Déjà, à l’instant de la prévarication, la pensée du crime n’était point de l’homme, mais du pervers qui le tentait, le chef des démons, « arbre de vie du mal pour une éternité ». La liberté de l’homme n’est donc pas dans la pensée, mais dans son pouvoir d’accepter ou de refuser la pensée qui lui est proposée par l’être bon ou mauvais. La réintégration du mineur dépendra de sa fermeté à repousser l’être mauvais, étranger à lui et à sa forme. On comprend ainsi comment, bien que l’homme soit à l’image de Dieu, il puisse cependant être coupable : c’est qu’il est accessible à la pensée démoniaque ; le mal ne se fait que lorsque l’intellect démoniaque se substitue à nous, le mal ne s’accomplit sur la terre que par des possédés. Ainsi tout le mal se rattache toujours et uniquement à la même première opération mauvaise, puisque c’est de celle-ci que date la dégradation de notre faculté de penser [Il ne peut être question de vérifier psychologiquement la doctrine de Martinez. On noiera cependant ce texte d’un grand mystique possédé, le P. Surin, décrivant son état alors qu’il est possédé à son tour, après avoir essayé d’exorciser les Ursulines de Loudun : « Je ne saurais vous expliquer ce qui se passe en moi durant ce temps, et comme cet esprit s’unit avec le mien sans m’ôter ni la connaissance, ni la liberté de mon âme, et se taisant néanmoins comme un autre moi-même, et comme si j’avais deux âmes, dont l’une est dépossédée de l’usage de mon corps et de ses organes, et se tient à quartier regardant faire celle qui s’y est introduite. Ces deux esprits se combattent en un même champ qui est le corps, et l’âme même est comme partagée et selon une partie de soi est le sujet des impressions diaboliques, et selon l’autre des mouvements qui lui sont propres ou que Dieu lui donne » (apud P. Pourrat, La Spiritualité chrétienne, IV, 97 ; Paris Gabalda, 1928)].

Que pouvons-nous faire pour échapper au mal et remettre en évidence notre caractère divin ? Ou encore en quoi consistera le bien et le culte resté au pouvoir de l’homme déchu ? Il reste évidemment dans l’homme une sorte de base, l’âme, bonne en elle-même, qui tient à son union substantielle avec Dieu ; il a des sagesses, vertus et puissances, qui sont en lui « la pensée, l’image et la ressemblance du Créateur ». Mais ce fond de la nature humaine ne détermine pas nécessairement l’action, puisque celle-ci, chez l’homme tombé, exige toujours deux autres facteurs : la volonté libre et la pensée insinuée en lui par un esprit divin ou démoniaque. Si toutefois l’action bonne est marquée du nombre 3 parce qu’elle exige réellement ces trois facteurs : puissance innée du mineur, la pensée insinuée et la puissance directe de l’esprit divin majeur, l’action mauvaise de son côté est marquée du nombre 2, nombre de confusion, car l’âme s’y abandonne de telle façon à l’intellect démoniaque qu’elle s’identifie à lui jusqu’à devenir « le tombeau de la mort ». Le moment capital qui décide de la qualité de l’action est donc celui de la pensée insinuée ; selon que celle-ci sera bonne ou mauvaise, l’action du mineur le sera aussi : « La liberté enfante la volonté et la volonté adopte la pensée bonne ou mauvaise qu’elle a conçue, et sitôt qu’elle en a obtenu le fruit, le mineur revient sur lui-même et, méditant sur le produit de son opération, il devient lui-même le juge du bien et du mal qu’il a commis » (Ibid., p. 343). Il y aura donc deux espèces de bonnes œuvres : celles que l’homme pourra produire en vertu de sa puissance innée, qui seront faibles et ne pourront être dites lui appartenir, car elles sont directement de Dieu en nous ; et celles que l’homme accomplira lorsque sa propre puissance sera multipliée par le concours d’un esprit majeur bon, actions vives et parfaites qui seront bien au mineur, car ce sera lui qui aura tout fait pour solliciter ce concours de l’esprit majeur et s’y abandonner.

C’est ici le fondement de l’ascèse, de la mystique et de la spéculation martinézistes. Ascèse, car la tâche de l’homme sera de se purifier très profondément, non seulement de la cupidité des biens de la matière, mais encore de la curiosité à leur sujet : « Les formes de cet univers n’existent point réellement en nature, ni d’elles-mêmes, mais seulement par l’être qui les anime, et tout ce qui paraît exister se dissipera... promptement » (256), — la matière, est un songe qui ne doit pas nous retenir comme une réalité. Mystique, car il sera de la plus grande importance de s’assurer ensuite de la collaboration d’un esprit majeur avec le mineur purifié, et ce sera le rôle de la prière et de la théurgie. Et enfin, au-delà, il y a place pour une nouvelle connaissance spéculative : les sciences de la matière sont définitivement condamnées, et il n’est pas question d’y revenir, mais si la matière est un songe, c’est un songe de Dieu, et nous pouvons en quelque sorte le psychanalyser pour remonter à son auteur. En ce sens, toutes les apparences retrouvent une raison d’être comme elles sont, et on peut proposer une interprétation théomorphique même de ce qui n’est pas, comme les formes corporelles et, en particulier, la nôtre ; la pensée n’est plus dupe des variations temporelles et elle retrouve une sorte d’intelligence sub specie aeternitalis.

Dans cette voie spéculative, l’homme sera guidé par la tradition jusqu’à lui des révélations successives. Adam lui-même, s’il a perdu la connaissance directe et le culte spirituel, s’est vu cependant investi de la charge d’un culte nouveau proportionné à ses moyens d’opération ; il a été capable de procréer Abel conformément au plan divin, sans excès charnel, et, grâce à cet enfant, il a été réconcilié. A mesure que l’on s’éloigne de lui, la révélation primitive s’efface de la vue et de la mémoire des hommes ; mais elle a été renouvelée par le mécanisme des types qu’ont fait, au cours des temps, une série de mineurs pensants et non pensifs, députés par l’Eternel : ainsi Enoch, Noé, Melchisedech, etc. ; et enfin par le type qu’a fait le Christ. C’est une perte irremplaçable que l’inachèvement du Traité, et l’on ne peut s’empêcher de rêver à la richesse d’interprétation que Martinez nous aurait dévoilée s’il avait poussé son commentaire jusqu’au Nouveau Testament. Mais l’importance qu’il accordait au Christ n’est point douteuse par ce que nous savons de lui, et par ce que nous possédons de son œuvre (ainsi les pages sur le type du Christ en Abel, 110-117). Esprit doublement puissant, octenaire, Fils et Verbe du Créateur, le Christ a synthétisé tous les types qui pouvaient faire révélation, de manière à peindre à l’homme, avec une clarté aveuglante, encore qu’elle ne soit pas aperçue de tout le monde, son entière condition. Il s’est détourné d’Israël et a appelé tous les hommes (sauf la postérité de Caïn) à la réconciliation. La réalisation théomorphique était chez lui accomplie, puisque son incarnation volontaire n’était pas, comme celle d’Adam, le fruit d’une prévarication. Aussi, bien qu’il ait combattu le démon comme un être pensif, notamment lors de la tentation, il lui a infligé de telles molestations que son état de resserrement est incomparablement plus rigoureux depuis sa venue. Mais, pour nous aussi, le Réconciliateur est venu, et il nous sera demandé bien plus qu’à ceux qui ne le connurent point.

Enfin, si l’intelligence de notre nature et du cryptogramme de la nature physique nous est ainsi suggérée, indépendamment de nos propres expériences, par les secours successifs des mineurs élus et par le secours de l’esprit doublement puissant, nous pourrons encore reconnaître la vérité à son rayonnement. L’assentiment commun et complet est toujours le signe d’une spiritualité distincte de celle des individus : passager et limité, il peut être le fait d’une pensée entièrement démoniaque, mais durable, il se fonde certainement dans la pensée divine. L’œuvre démoniaque est une œuvre de division et de confusion : « Il n’y a pas parmi les hommes de matière, deux pensées, deux actions, deux opérations qui puissent s’accorder... » (111). L’homme abandonné à lui-même ne sera pas capable non plus de réconcilier vingt personnes à sa volonté. Mais si la multiplicité éloigne de la vérité, la vérité, au contraire, unit les esprits ; elle opère dans le sens de l’unité théomorphique à retrouver, en assimilant les esprits les uns aux autres, en restituant autant qu’elle le peut la pensée transparente et sans limites individuelles, hors de la matière et du temps.

On pouvait le prévoir, si la conséquence du péché est la dégradation de notre faculté de penser, le travail devra tendre surtout à remédier à cette infériorité. Il nous faut déchiffrer la pensée avec peine, c’est-à-dire « opérer comme un être purement spirituel temporel, sujet au temps et à la peine du temps » (315). Essayons cependant de remonter vers notre état premier. Il ne paraît guère possible d’y parvenir pendant notre existence temporelle terrestre et de franchir d’un seul bond les trois cercles sensible, visuel et rationnel, qui nous renferment comme les trois cercles dont se servent les voyageurs pour repérer leur position terrestre. Nous n’échapperons pas au purgatoire [Cf. définition, p. 219. La métempsychose est formellement exclue, quoique ait pensé Frank. Cf. notamment 171-172]. Mais quoique toujours pensifs, nous pouvons nous efforcer de n’accueillir que les insinuations provenues de l’arbre de vie du bien. Nous serons ainsi plus fidèles à notre vraie nature divine ; purifié du désespoir, disait Kierkegaard, « le moi plonge à travers sa propre transparence dans la puissance qui l’a posé ». C’est aussi le but de l’ascèse et de la mystique martinézistes. On pourrait d’ailleurs multiplier les rapprochements ; par exemple, entre la réalisation théomorphique et ce que l’on a appelé, à propos de saint Jean de la Croix, l’état théopathique. Sans entrer dans une étude de mystique comparée, on voit que le théomorphisme de l’homme ne nous entraîne pas nécessairement au panthéisme. La mystique martinéziste est même plus proche, pensons-nous, des mystiques de la « nuit » que des mystiques quiétistes. Elle le doit vraisemblablement à son caractère beaucoup plus spéculatif que sentimental. Le progrès essentiel s’accomplit ici dans l’ordre de la pensée, parce que la chute a été avant tout une chute de la faculté de penser. Le démon a de grands pouvoirs et le mineur la faculté de les tenir en échec : la vie intérieure à la poursuite de la réalisation théomorphique en est revêtue d’un caractère profondément dramatique.

Cette réalisation, et donc la conception de l’individualité humaine dont elle découle, est bien la charnière de la pensée de Martinez. La lumière vient de Dieu, mais nous n’en saisissons toute la richesse que lorsque la réflexion sur nous-mêmes nous a purifiés. « Mes jours sont la vapeur des jours de l’Eternel », s’écriera Saint-Martin ; ils ne sont rien d’autre, et il appartient à la pensée d’essayer de restituer les jours de l’Eternel dans notre vie intérieure. Ce faisant, nous comprendrons que la vraie intelligence du monde des apparences nous conduit à l’intelligence du monde des vraies réalités. Le microcosme nous conduit au macrocosme matériel, surcéleste et divin. Mais c’est selon un rapport analogique purifié de toutes les grossièretés de l’anthropomorphisme ; et c’est pour ainsi dire à l’intérieur de tout le divin et de rien d’autre que ce qui est divin que la pensée se meut. Il ne s’agit pas de se dissimuler les contradictions et les faiblesses d’un tel système au regard de la pensée strictement rationnelle. Mais la voie analogique de la pensée mystique ne relève pas de ce tribunal et ne nous intéresse même que dans la mesure où elle relève d’une juridiction d’appel. Pour celle-ci, entre l’anthropomorphisme et le panthéisme, peut-être est-ce l’attitude théomorphique (qui, certes, n’est pas particulière à Martinez de Pasqually) qui paraîtra la plus rigoureuse et la plus instructive.

Source : http://sophia.free-h.net/spip.php?article52

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Les Maîtres secrets de Martinez de Pasqually

23 Novembre 2012 , Rédigé par R. Ambelain 1948 Publié dans #histoire de la FM

La question des initiateurs et des instigateurs de Martinez de Pasqually est restée un des points les plus obscurs du problème martiniste. Nous allons tenter, sinon de la résoudre complètement et définitivement, du moins d'apporter quelques éclaircissement inédits. Il est fort probable que Martinez de Pasqually a imaginé l'histoire de l'aïeul, membre du Tribunal de l'Inquisition, détenteur de ce fait de documents saisis entre les mains d'hérétiques juifs ou arabes.
Selon cette affirmation, que rien ne permet de retenir, ces mêmes documents auraient été à la source de la conversion de son père à une doctrine hétérodoxe qu'il aurait ensuite enseignée à son fils. Il est infiniment plus logique d'admettre que, bien au contraire, nous devons lire entre les lignes, comprendre à demi-mot un langage de pure convention.
Alors, la vérité se rétablit d'elle-même, et nous sommes amenés à envisager l'hypothèse, plus ésotérique, de documents sauvés de l'inquisition, d'origine judéo-arabe, (ce qui renforce cela c'est justement l'origine portugaise de la famille, au pis aller espagnole de fraîche date), transmis et commentés par le père spirituel de Martinez de Pasqually ! En effet, le « maître », dans l'antiquité était dit, en grec, le patros, qui signifie généralement le père, et particulièrement le « père des initiés ».
Martinez de Pasqually (ceci a été à peu près établi par les historiens de l'Ordre et du propagateur) a été à Timor, petite possession portugaise des îles de la Sonde. Peut-être a-t-il aussi été en Chine, comme on le croit. Mais ce n'est ni en ces voyages, ni en un contact immédiat avec la sorcellerie vaudou, à Saint-Domingue, qu'il faut rechercher sa primitive initiation !
Jean Bricaud, dans un numéro spécial de la revue « Le Voile d'Isis », publié en 1927, a exposé l'histoire du mouvement rosicrucien, à partir des premières manifestations de la Fraternité des Rose+Croix, au début du XVIIe siècle. Résumons brièvement cet auteur, (et précisons que sa situation de haut-gradé de l'Ordre, de patriarche de l'église gnostique, le mettait à même d'avoir, soit par archives et documents, soit par traditions verbales, des renseignements de valeur), et complétons-le du résultat de nos investigations personnelles.
Dès le début du XVIe siècle, nous voyons fonctionner l'association secrète de la « Communauté des Mages », fondée par Henri Cornélius Agrippa, association qui groupait les maîtres contemporains de l'alchimie et de la Magie. Lorsqu'Agrippa arriva à Londres, en 1510. il fonda, ainsi qu'il résulte de sa correspondance (Opuscula, t. II, page 1073), Une société secrète semblable à celle qu'il avait fondée en France.
Les membres étaient dotés de signes particuliers de reconnaissance, de c mois » de passage. Ces membres fondèrent alors, dans divers autres états de l'Europe, des associations correspondantes, dénommées Chapitres, pour l'étude des sciences « interdites ».
Si nous en croyons un manuscrit de Michel Maïer, conservé à la bibliothèque de Leipzig, ce serait cette « Communauté des Mages » qui aurait donné naissance, en Allemagne, vers 1570, aux « Frères de la Rose+Croix d'or ».Plus tard, vers 1605, une confrérie mystique nouvelle avait adopté comme paradigme emblématique de ses tendances, la Rose et la Croix. C'était la « Militia Crucifera Evangelica », fondée dès 1598 à Nuremberg, par Simon Studion. Cette confrérie se réunit au début du XVIIe siècle, à la « Fraternité des Rose-Croix ».
A côté des études magiques ou alchimiques, études tant opératives que spéculatives, la plupart des frères poursuivaient également la réforme du Catholicisme, et tentaient de le ramener à sa simplicité et sa pureté primitives, tout en le pénétrant -à l'instar des anciens gnostiques —, les enseignements ésotériques traditionnels.
Le mouvement rosicrucien se nimba différemment, selon les états, les hérédités spirituelles, et la formation Scolastique, des adeptes. En Espagne, il était pus orienté vers un catholicisme romain, d'esprit plus large, et plus mystique aussi. Dans l'est de l'Europe, en Allemagne, ses propagateurs étaient au contraire acquis au protestantisme, tels Valentin Andreae et Michel Maïer. L'un des Chapitres rosicruciens est passé à l'histoire, c'est celui de Cassel, qui y fut fondé par le comte Maurice de Hesse-Cassel et dont Andreae et Maïer faisaient partie. Un autre, le« Palmier », fondé à Weimar, également. C'est en 1614-1615 qu'eurent lieu les fameuses manifestations publiques d'existence des Rose-Croix. L'effet fut considérable. Autour des Fama Fraternitatis et Confessio Fratrum Rosae-Crucis (Ratisbonne 1614), les savants profanes disputèrent à qui mieux !

Une scission entre les deux tendances rosicruciennes

C'est alors qu'en 1616, Michel Maïer, médecin de l'empereur Rodolphe II, (protecteur des hermétistes...), se rendit à Londres, où il prit contact avec Robert Fludd, qui organisa les adeptes d'Angleterre sur le plan rosicrucien. En France, la première manifestation eut lieu en 1623.
Nous renvoyons pour le détail à l'ouvrage de Sédir sur les « Rose+Croix ». Les difficultés du temps nécessitèrent une scission entre les deux tendances rosicruciennes. Deux groupes naquirent alors ; l'un, donnant la prédominance au mysticisme, à l'étude de la Cabale, de la théosophie chrétienne et de l'antique gnosticisme, s'adonna surtout aux exercices de la vie intérieure. C'est de ce groupe que sortit l'initiateur de Jacob Boehme, qui est un des « ascendants » de Claude de Saint-Martin.
Ce groupe rassembla les Frères de la Croix d'Or, ou l’Auris Crucis. Il fut le plus mystérieux des deux. Le second rameau, le plus nombreux, se consacra aux recherches expérimentales, à l'étude de la Nature, ce fut la Rosae Crucis.
En Hollande, en Angleterre (ou Francis Bacon, l'auteur de la Nouvelle Atlantide, — que l'on a pris parfois pour le programme de l'Intelligence Service !...) aida puissamment Robert Fludd, et fut, peut-être, en réalité, le vrai Shakespeare, comme certains historiens l'affirment), Je mouvement se développa rapidement. La tolérance des pouvoirs publics, acquis à la Réforme, lui évita d'ailleurs d'être amené à prendre cette attitude anticléricale qu'on observe dans les pays latins
. Attitude justifiée par les mesures de terreur prises par les pouvoirs publics des états catholiques, dès la connaissance de ce mouvement spiritualiste. C'est le second groupe rosicrucien qui fonda alors, peu après, l'Invisible Collège, édifié sur le plan décrit par Sir Francis Bacon dans la Nova Atlantis, et qui devait plus tard être reconnu officiellement par le roi d'Angleterre Charles II, sous le nom de Royal Society.
La Fama et la Confessio de Valentin Andréas furent traduites en anglais, en 1652, par Thomas Vaughan, l'auteur de l'Anthroposophia Theomagica et de plusieurs autres ouvrages d'occultisme. Bien qu'il s'en soit défendu.
Vaughan fut en réalité un des chefs de la Rose-Croix. (Wood, en son Athenae Oxoniensis, nous dit : «C'était un grand chimiste, un « fils du Feu » distingué, un physicien expert, et un Frère assidu de la Fraternité Rosicrucienne».

 

Là se situe le nœud d'une énigme historique, la naissance de la Franc-maçonnerie spéculative Vers 1645 (1645-1646 furent deux années fécondes en matière d'associations occultes...), un certain nombre de rosicruciens avaient fondé une association ayant pour but avoué l'étude de la Nature, mais dont les principes, l'enseignement, devaient demeurer secrets, accessibles aux seuls initiés, et être présentés d'une manière purement allégorique.
Ce sont Elie Ashmole, Robert Moray, Thomas Warton, Georges Warton, William Oughtred, John Herwitt John Pharson, et William Lilly (l'astrologue).
Les noms de quelques autres ne nous sont point parvenus. Afin de mieux dissimuler et son existence et son action, qu'il voulait purement occulte, intérieure, mystique, l'Ordre décida de ne pas demeurer indépendant.
Et suivant en cela l'instigation d'Élie Ashmole, il décida de s'intégrer dans un milieu moyen, lui permettant de subsister sans qu'on devine son existence. Suivant l’usage du temps, qui imposait à tout citoyen ayant droit de bourgeoisie en la ville de Londres, de faire partie d'un corps de métiers, comme membre accepté (c'est-à-dire honoraire), Elie Ashmole s'affilia à la Confrérie des Maçons constructeurs, placée depuis le Moyen-âge sous le patronage mystique de Saint-Jean. Il sollicita ensuite, pour la Société des Rose+Croix, l'autorisation de se réunir au siège de cette Confrérie des Maçons constructeurs, à Mason's Hall, in Mason's Alley, Basing Hall Street à Londres. Ce fut William Preston, en son ouvrage : « Illustrations of Masonry » (p. 140), qui nous révéla le subterfuge ! Et l'esprit rosicrucien, la force occulte du groupe, aidant, en 1717 l'Ordre mystérieux fondé par les rosicruciens anglais avait pris la tête de la Confrérie des Francs-Maçons, et en 1723, ses membres réussissaient à modifier l'antique structure des maçons opératifs en y adjoignant le grade de « Maître ».
Or, c'est dans la rituelle de ce grade que se révèle en toute son ampleur, l’action des Rose-Croix ! C'est dans le splendide déroulement de la réception à la «Maîtrise», dans l'émouvante mort symbolique du profane, préludant à la résurrection de l’Archétype, que nous retrouvons enfin la marque traditionnelle des antiques initiations, en même temps que la preuve de la survivance de la très vieille Gnose alexandrine.

Et, nous l'avons vu au début de cet ouvrage, c'est justement cette même Maçonnerie anglaise qui avait remis à Martinez de Pasqually, ou plutôt à son «père», la Charte de constitution lui permettant d'établir des Loges...
Qui pourrait alors nier le contact direct, incontestable, entre les Rose+Croix d'Angleterre, successeurs de Robert Fludd, de Cornélius Agrippa, et Martinez de Pasqually ?
Nulle critique de bonne foi assurément. Au début de son attachante étude, Jean Bricaud envisage les précurseurs éventuels des Rose+Croix.
La mystique fraternité a-t-elle réellement été fondée par l'insaisissable Christian Rosencreutz ? Remonte-t-elle au contraire à la Massénie du Saint-Graal, et par là aux Gnostiques anciens ? Est-elle d'origine plus immédiate, et doit-on considérer Paracelse comme son véritable promoteur? Existait-elle déjà en 1484 au Danemark, comme l'affirme Forluyn dans son De Gotharum Historia ? Peut-on attribuer sa fondation à Faustus Socin, comme certaines traditions l'affirment, ou eut-elle pour père Valentin Andreae?
«Autant de questions que je n'essaierai pas de résoudre » nous dit Bricaud. Eh bien, nous allons avancer une hypothèse audacieuse ! Nous croyons qu'elle est, réellement, la survivance directe, ininterrompue, des grands courants hétérodoxes antiques et médiévaux, nous avons nommé les Gnostiques et les Cathares, Nous allons exposer en conclusion nos arguments.

 

Benjamin Fabre et le marquis François de Chefdebien de Saint-Amand, Franciscus Eques A Capite Galeato. Dans ses « Disquisitions », publiées par l'écrivain antimaçonnique Benjamin Fabre (« Un "initié des Sociétés Secrètes Supérieures »)»le marquis François de Chefdebien de Saint-Amand, membre de la plupart des Rites Maçonniques de son époque, et connu dans les Ordres initiatiques contemporains (1753-1814) sous le « nomen » de Franciscus Eques A Capite Galeato, nous dit que Montpellier, patrie de Cambacérès, et une des villes fameuses de l'épopée albigeoise, fut en même temps une des villes de France les plus attachées aux sciences occultes et un des berceaux de la Franc-maçonnerie française. Et il nous rapporte l'épisode suivant, épisode des plus significatifs.
« Dès l'année 1723, Monsieur de Roquelaure découvrit une Secte très curieuse, dite des Multipliants, et apprit que les membres de cette fraternité tenaient leurs assemblées dans une maison appartenant à une certaine femme, dite la Verchand, dans la rue qui va de la Triperie, droit au puits du Temple», On s'empara évidemment des principaux membres de l'organisation, et on saisit leurs papiers.
Le catalogue de ceux de leur Siècle, nous dit d'Aigrefeuille, historien de Montpellier et cousin du marquis de Chefdebien, est daté du 6 Juin 1722. Il a pour titre : « Original des Noms et Surnoms des Enfants de Sion ».
Leur nombre se montait à environ deux cent trente-deux personnes, des divers lieux des Cévennes et des environs de Lunel. Les membres de la fraternité étant tous des artisans (donc rattachés au Compagnonnage...) et de pauvres gens du peuple.
On en eut des preuves convaincantes par leurs propres écrits, qu'ils faisaient la Cène, et que Jean Vesson, en qualité de ministre, l'avait souvent administrée, On trouva l'acte par lequel il avait élevé à cette charge, de simple tonnelier qu'il était auparavant, par l'imposition des mains de toute l'Assemblée. Le grand nombre de visions, de prophéties et de sermons, qui se trouva parmi leurs papiers, donna bien de l'exercice aux Commissaires, tant par la longueur des lectures que par les folies qui s'y trouvèrent. En voici quelques échantillons.
« Dieu m'a fait voir, dit Anne-Robert (c'est la même que la « Verchand), la Parole Magnifique, en présence de quatre témoins. J'ai vu une grande Clarté et une Etoile, et le fil d'or ; et dans une autre plus grande Clarté, j'ai vu une Corde d'Or, et une Colombe, l'Esprit de Vie. Pierre Félix, Pierre Portalez, Suzanne Guérille, sont témoins que j'ai vu le Pnîais de Gloire, le 8 Septembre 1722. « Signé Anne-Robert. »
Une de leurs prêcheuses, parlant de l'Arbre de Vie, dont ils avaient la représentation en leur résidu (c'est ainsi qu'ils « nomment le lieu de leur réunion, ou résidence}, s'explique en ces termes ; Je vous parlerai du premier Homme, nommé Adam, et d'Eve, sortie de son côté, dont mon premier point sera sur l'Arbre. Le second sera sur le Diable, en forme de serpent, le troisième sur l'Homme et la Femme. Jacob, dans un sermon prophétique, du 22 décembre 1722, dît ces paroles honorables pour l'Église Romaine :
Dieu a béni et sacré du plus haut des Cieux les trois Sacrificateurs par le sel et l'huile de la Grâce. Il a choisi la Veuve pour représenter son Église, qu'il veut faire fleurir et triompher sur la terre. Ladite Église Romaine ayant demeuré veuve jusqu'à présent, et asservie au berger de l'Église Romaine ; mais il faut qu'elle soit abattue avec les bergers, et que sa honte se montre à la face de tout le monde, après avoir été cachée aux Rois et aux princes par science humaine. »
Le reste de leurs écrits contient mille extravagances dont ils faisaient auteur le Saint-Esprit. On trouve presque partout : Voici ce que dit l'Esprit Saint, voici ce que le Saint-Esprit « ordonne de vous dire. » Le même historien, d'Aigrefeuille, nous fait connaître l'issue de cette étrange affaire d'hérésie.

 

« Enfin, leur procès se trouva pleinement instruit vers la fin du mois d'avril, par les soins et la diligence du sieur Jérôme Loys, subdélégué de M. de Bernage, intendant, qui avait eu, depuis le commencement de cette affaire, un arrêt d'attribution pour les juges avec les officiers du Présidial de Montpellier. Le grand nombre de coupables sauva la vie à plusieurs : Pierre Gros et Marguerite Verchand furent mis hors de cause et de procès. Victoire Bourlette, Françoise Delort, Suzanne DeJort, Louise et Philippe Comte, renvoyés à un plus amplement acquis ; trois femmes, savoir Anne-Robert, dite la Verchand, Jeanne Mazaurigue, et Suzanne Loubière, furent condamnées à être rasées et emprisonnées pour le reste de leur vie dans une prison ; cinq hommes, savoir Jacques Bourrely, dit Paul, sacrificateur, âgé seulement de seize ans, Pierre Figarul, André Comte et François Baumes, furent envoyés « aux galères ; Jean Vesson, comme ministre, Jacques Bonicel, dit Galantini, le premier des sacrificateurs, et Antoine Comte, « dit Moïse, son collègue, furent condamnés, comme atteints et « convaincus d'avoir tenu des assemblées illicites et contrevenu aux ordres de Sa Majesté sur la Religion, à faire amende honorable devant .la porte de la citadelle, et ensuite à être pendus sur l'esplanade, avec Marie Blainc, dite Marie-Marguerite, convaincue d'avoir fanatisé, et d'être la principale motrice de ces assemblées. Leur sentence, qui est datée du vingt-deuxième d'avril, fut exécutée le même .jour, et peu de temps après, On rasa la maison où ils avaient tenu leurs assemblées, selon des articles de la sentence qui porte qu'elle ne pourra plus être réédifiée.
Benjamin Fabre, écrivain bien-pensant, soi-disant chrétien, aurait pu s'étonner que des hommes et des femmes qui ne péchèrent que par un excès de mystique chrétienne, fussent mis à mort ou enterrés vivants dans des cachots ! Il aurait pu s'étonner du fait que les grandes courtisanes titrées qui, quelques années auparavant, se faisaient célébrer, nues, des messes sacrilèges sur l'abdomen, avec grand renfort d'égorgement de nouveau-nés ou d'enfants volés, n'aient eu pour châtiment que la disgrâce royale ! Non, il ne s'indigne nullement. Il nous dit simplement : « Nous avons retrouvé ces notes curieuses dans les papiers de l'Eques a Capite Galeato. » ...Comme on comprend alors la mentalité qui conduisait les incendiaires de Béziers et les massacreurs de Carcassonne !...

Les Enfants de Sion, dits Multipliants

Le marquis de Chefdebien nous dit ensuite :
« Ce ne sera pas sans surprise que nous reconnaîtrons dans cette Secte la source et le modèle de plusieurs usages, décorations, expressions et principes, qu'on retrouvera dans certains Grades de quelques Régimes Maçonniques. Les Multipliants n'étaient eux-mêmes que les imitateurs, les successeurs ou les disciples, de cette chaîne de novateurs, toujours brisée et toujours renaissante, et qui, sans cesse, a fatigué l'Eglise Romaine, sous le nom de Gnostiques, de Basilidiens, de Manichéens, d'Ariens, de Cathares, de Vaudois, etc.. Revenons aux Multipliants. Madame la Comtesse de Bénévent, qui en ses premières années, a vu les chefs des Multipliants nous les dépeints au jour où ils furent arrêtés, comme de jeunes hommes de bonne mine, bien frisés, revêtus d'aubes blanches, coiffés de bonnets rouges. Elle a ajouté qu'une chaire, dont ces Sectaires faisaient usage, a été donnée à l'église Sainte-Catherine, de Montpellier. Chacun de nous pourra reconnaître, dans l'histoire de ces infortunés, l'origine de certaines couleurs, de certaines expressions, et des instructions allégoriques, dont quelques francs-maçons semblent avoir hérité. »
Les Enfants de Sion, dits Multipliants, datent de 1722-1723. Quelques années plus tard, note Benjamin Fabre, Montpellier se couvrit de Loges maçonniques fréquentées par les officiers, les magistrats, les professeurs et les étudiants de sa célèbre Université.
Cette ville devint même le siège du Directoire de la IIIe Province du Rite de la Stricte-Observance Templière, celle de Septimanie, dont le marquis de Chefdebien fut le représentant unique, au Convent Général de Wilhelmsbad ! Voici donc la survivance indiscutable des Cathares, ou tout au moins d'une secte approchante, retrouvée en plein pays albigeois, au XVIIIe siècle.
Or, Martinez de Pasqually a concentré toute sa vie ses efforts en cette même région. Nous le voyons tour à tour affilié, fondateur, modificateur, de loges maçonniques à Montpellier (Chapitre des « Juges Écossais »), à Toulouse, Marseille, Avignon, Foix, (Temple des Elus Cohen et loge « Josué »), Bordeaux. C'est à Montpellier que Martinez produit pour la première fois sa Charte maçonnique, délivrée le 20 Mai 1738 à son « père », par le Grand-Maître de la Loge de Stuart.

A propos de l'AGLA

Mais on n'a pas assez souligné que ledit père aurait eu alors soixante-huit ans, puisque, nous l'avons vu, il était né en 1671. D'autre part, Martinez est né à Grenoble, en 1727, concluent la plupart des auteurs. Son père aurait donc dû se trouver à Londres l'année suivante.
Ceci n'est pas improbable, mais néanmoins renforce notre hypothèse que le père spirituel de Martinez de Pasqually n'est pas Messire de la Tour de la Case, né à Alicante (Espagne), en 1671...
Un autre fait curieux vient encore étayer notre assertion. Martinez de Pasqually, en ses signatures ésotériques, use de ce qu'il appelle « nos caractères ordinaires ».
Parmi ces paradigmes énigmatiques, figure ce qu'on nomme le quatre de chiffré ». Et ce signe mystérieux figure fréquemment parmi les inscriptions retrouvées par O. Rahn dans les grottes du pays d'Aude, en pleine région légendaire de l'épopée albigeoise, dans les grottes d'Ornolac, de Lombrives notamment, inscriptions attribuées par tous les examinateurs aux Cathares qui se réfugièrent dans lesdites cavernes.
Lorsque les Cathares, survivance gnostique en plein Moyen-âge, furent apparemment disparus, le même « quatre de chiffre » fut alors adopté par une autre grande société de pensée, nous avons nommé l’Agla.
L’Agla fut une société ésotérique, groupant, à l'époque de la Renaissance, les apprentis, compagnons et maîtres des Corporations du Livre : libraires, graveurs, imprimeurs, papetiers et relieurs, ainsi que les cartiers, qui fabriquèrent les premières cartes à jouer et les premiers tarots.
Le « glyphe » collectif de cette vaste association était le « quatre ». Il figurait, accompagné de fioritures ou d'adjonctions distinctives, dans la « marque » particulière de chacun des maîtres de cette vaste confrérie.
Léon Gruel, en son ouvrage, a recueilli des centaines de ces signatures compagnonniques. Fréquemment, il surmonte un tracé secondaire, indiquant assez souvent une seconde association intérieure, à laquelle appartenait le signataire.
C'est ainsi que l'hexagramme, ou Sceau de Salomon, le sceau planétaire de Saturne, le monogramme de Marie, désignent une association s'occupant d'alchimie et d'hermétisme, alors que le cœur, tel que le figurent les cartes à jouer, désigne un autre rameau, dans lequel la Mystique, et plus particulièrement celle de la Cabale, était étudiée et pratiquée.
Et Martinez de Pasqually est un Cabaliste ! C'est à ce dernier groupe qu'appartint le Roi François Ier. C'est pour participer à ses travaux que ce souverain quittait une fois par mois incognito son palais du Louvre, seul, vêtu simplement en bourgeois parisien, pour se rendre rue de l'Arbre-Sec, chez les frères Estienne, jurés de la corporation des imprimeurs et libraires, également affiliés à l’Agla.
Dans le groupe des maîtres-papetiers, s'étaient perpétuées des traditions ésotériques dérivées primitivement des doctrines cathares et albigeoises. Par celui des maîtres-libraires ou imprimeurs, des enseignements issus du Zohar se répandirent, dès que l'imprimerie, l'invention nouvelle, eut profondément bouleversé le monde des enlumineurs. En effet, ces derniers avaient pour tâche principale de copier et de décorer des Livres d'Heures, des Évangéliaires et des Bibles. Ce qui leur était confié était-il toujours bien orthodoxe ?...
Dans le ghetto des principales grandes villes, d'autres enlumineurs, juifs ceux-là, copiaient patiemment, sur les interminables rouleaux de peau les textes sacrés constituant la « Thora ». Des contacts s'établirent entre copistes juifs et enlumineurs chrétiens, contacts qui eurent à l'origine le souci et la curiosité professionnelle, louchant le secret de fabrication des encres, noires ou de couleur, celui de leur dépôt durable sur les fragiles supports ou les parchemins rugueux et durs, la préparation des divers « bols d'Arménie » destinés à supporter l'or et l'argent des enluminures, etc..
Des rencontres communes entre parcheminiers et imprimeurs, achevèrent d'unir l'antique métier de l'enluminure et l'invention nouvelle qu'était l'imprimerie. La presse à bras, facile à dissimuler, aisée à manier clandestinement, était pour les doctrines hétérodoxes un auxiliaire précieux de diffusion. Quantité d'ouvrages qui n'eussent pu décemment voir le jour dans un état catholique, ne pouvant obtenir le « privilège » royal de parution, étaient censés avoir été imprimés dans des états acquis à la Réforme, ou tellement lointains pour l'époque, que nul ne pouvait ou s'avisait d'y aller vérifier quoi que ce soit !
C'est ainsi que des villes comme Amsterdam, Edimbourg, Genève, eurent le parrainage d'ouvrages qui furent clandestinement imprimés en réalité à Paris, à Lyon ou à Bruxelles.
On comprend, par cet aperçu, que tout ce qui était clandestin, hérétique, interdit, devait passer par les mains des imprimeurs, papetiers, graveurs et relieurs, si on le voulait diffuser ! Ces derniers se trouvèrent donc à même de connaître bien des enseignements ésotériques, interdits au vulgaire, et, en vertu de l'attrait du fruit défendu, de s'y rallier...
Ainsi naquit l’Agla, groupe ésotérique s'il en fut, qui recueillit à la Renaissance, l'héritage spirituel des Cathares et des Gnostiques médiévaux. Et voilà comment le « quatre ». Symbole cathare, devint celui de cette confrérie mystique.


source :
http://www.rhedae-magazine.com/Les-Maitres-secrets-de-Martinez-de-Pasqually_a249.html

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Le Rite Écossais Rectifié est-il traditionnel ?

23 Novembre 2012 , Rédigé par Patrick Geay Publié dans #Rites et rituels

Le statut du RER fut autrefois l’objet d’une longue controverse qui opposa, on le sait, J. Tourniac à D. Roman. Nous souhaiterions ici, non pas répéter ce qui a déjà été dit, mais approfondir l’examen des sources problématiques de ce Rite émanant principalement, sur le plan théorique, du « système » de Martinez de Pasqually.

Notre intention n’est pas, précisons le, de mettre en cause la régularitéinitiatique du RER, ni bien sûr ce qu’il a de commun avec les autres Rites maçonniques, pour ce qu’ils ont conservé de l’authentique tradition, mais de montrer en quoi les conceptions de Martinez, que nous estimons étrangères à celle-ci, ont engendré une sorte d’illusion quant à la valeur spirituelle réelle du RER.

Nous ne nous attarderons pas sur les remarques critiques de D. Roman concernant les innovations de Willermoz qu’il convient simplement de rappeler brièvement.

Il y avait tout d’abord le problème fameux du rejet de la filiation templière qui, lors du Convent de Wilhelmsbad, fit l’objet de commentaires et d’attitudes timorées pour le moins légères. Venait ensuite l’évocation de l’influence désastreuse du somnambulisme sur Willermoz qui suivra notamment le conseil de l’Agent (Mlle Rochette) de supprimer la référence à Tubalcaïn. Ce conseil reposait curieusement sur le fait que Tubalcaïn avait été « l’inventeur, le Père de l’art de travailler les métaux », ce qui aurait dû impliquer, en toute logique, l’exclusion du bronzier Hiram (I Roi, 7 : 13 et II Chroniques 2 :12) dont les rituels conservent pourtant le souvenir au RER...

Nous reviendrons plus loin sur d’autres difficultés relevant en particulier des Instructions secrètes pour lesquelles A. Faivre ne dissimulait pas son admiration, donnant ici un bel exemple de « l’histoire "laïque" » qu’il entend prôner, selon R. Dachez (RT, n°103/104, p.155)...

Le point sur lequel nous jugeons utile de nous arrêter à présent concerne les effets pervers des conceptions de Martinez de Pasqually sur la constitution du RER.

Plusieurs auteurs ont bien vu que ce dernier adoptait dans son Traité de la réintégration une vision très négative de la matière plus tard assimilée dans le RER « à un lieu de ténèbre ».

Bien que nous n’ayons pas à faire ici à un encratisme radical relevant du gnosticisme, nous retrouvons dans les spéculations, du reste très confuses, de Martinez et dont la provenance reste très incertaine, un ensemble de conceptions qui explique pourquoi R. Guénon pensait que l’initiation qu’avait reçue l’auteur du Traité était « limitée ».

Nous croyons même devoir ajouter que du point de vue métaphysique certaines idées de Martinez ne sont pas rigoureusement orthodoxes. Le fait de croire les êtres « libres et indépendants » (Traité, p.113) par exemple relève d’une forme de dualisme pouvant confiner au mécanisme. Plus loin, le Traité (p.117) dit clairement en ce sens que « le Créateur ne prend aucune part aux causes secondes spirituelles ». Qui plus est, (Traité, p .135), Martinez semble même borner la Toute Puissance divine puisqu’il n’est pas possible au Créateur « d’arrêter les causes secondes » !

Cette liberté totale d’Adam a d’ailleurs de curieuses conséquences, car afin de manifester « sa puissance orgueilleuse » Adam « créa une forme ténébreuse » qui dans le texte s’avère être « une femme » (Traité, p.141) ! Le nom de celle-ci « Ouva » (Traité, p.175) semble être une déformation d’Ève en hébreu (hawah). Toutefois cette conception n’apparaît nulle part dans la Cabale hébraïque.

Les expressions défavorables à l’égard de la matière apparaissent à de nombreux endroits (Traité, p.185, 189 , 191, 349, 473), « le corps de matière n’ayant aucune part à ce qui s’opère entre l’âme et l’esprit divin » (Traité, p.431), on apprend même que « sans cette prévarication première [ celle des esprits pervers] il n’y aurait point eu une création matérielle temporelle, soit terrestre soit céleste » (Traité, p.505). On mesure ici l’incompatibilité qui existe de fait entre une telle vision du monde sensible et une initiation de métier pour laquelle la transformation de la matière, suivant les lois de l’harmonie, est précisément le moyen d’accès à la vie spirituelle. Toujours est-il que cette vision explique l’hostilité bien connue des fondateur du RER pour l’alchimie que l’Instruction secrète des Profes a d’ailleurs tendance à confondre avec une grossière chimie.

Les conséquences de cette tendance anti-corporelle sont considérables sur le plan initiatique, car elle neutralise, du moins pour les spéculatifs, le processus de transmutation du corps en esprit et de l’esprit en corps qui s’avère être une constante universelle des différentes voies initiatiques.

Un autre problème majeur du Traité réside dans son exclusivisme chrétien faisant de l’histoire sainte, dans une perspective plus théologique qu’ésotérique, une progression lente de la révélation culminant dans le Christ : « tous les cultes passés n’étaient que des figures de ce qu’il a fait » (p.381).

La reprise de Martinez par Willermoz est sur ce point flagrante. Nous citons ici un long passage de l’Instruction secrète des Profes :

« A cette époque il existait sur la terre, comme il existe encore aujourd’hui, plusieurs espèces d’initiations des Gentils ou des Egyptiens, qui n’est qu’un criminel et monstrueux abus de la Science : et enfin l’initiation du Temple, établie par Moïse et perfectionnée par Salomon. C’est la même qui est parvenue jusqu’à nous sous le nom de Franc-maçonnerie. Elle diffère essentiellement de l’initiation chrétienne en ce qu’elle ne peut représenter que figurativement l’histoire de l’homme général et de l’univers ainsi que les rapports qui les unissent, tandis que cette dernière, beaucoup plus parfaite, présente le développement effectif des allégories et l’accomplissement réel des Mystères de la Religion primitive et universelle. »

Les implications de ce texte sont redoutables. D’une part il semble ignorer, malgré une allusion finale à la Religion primitive, la véritable doctrine de l’unité des formes traditionnelles ; ensuite, il confond religion chrétienne et « initiation chrétienne » ; enfin il paraît mettre celle-ci (c’est-à-dire la religion) en deçà de la Maçonnerie, ce qui expliquerait bien des dérives allant dans le sens d’une « exotérisation », mais aussi dans le sens d’une volonté de concevoir un " grade " chevaleresque (celui de CBCS) qui se place au-delà de la Maçonnerie, en quasi rupture avec celle-ci, afin de se consacrer « à la défense de notre sainte religion chrétienne » comme le dit le Convent de Wilhelmsbad (RT, n°103/104, p.167) ! A ne pas en douter il y a là un véritable renversement de l’ordre normal des choses, pour ne pas dire plus...

Le jugement sévère de Guénon sur Willermoz paraît donc tout à fait justifié et l’admiration de Tourniac pour le RER, à l’inverse, complètement disproportionnée.

Bien d’autres anomalies auraient pu être relevées comme l’interversion des mots d’Apprenti et de Compagnon ; le sens négatif que prend le nombre cinq dans le RER etc... Autant d’éléments qui devraient permettre de réviser totalement l’idée d’une conciliation entre « l’essence du Rite Rectifié et l’universalité des principes métaphysiques exposés par Guénon ».

Précisément, comme nous l’avons vu avec le problème du statut de la "matière" chez Martinez ce concordisme est impossible. Bien que les sources du Traité de la réintégration soient encore mal connues il est probable que l’influence d’Origène avancée par J. de Maistre soit réelle, sans être la seule. Son anti-iconisme (Ch. Schönborn, L’icône du Christ, Cerf, 1986, p.77-85) coïncide d’ailleurs assez bien avec les positions martineziennes. Il était d’ailleurs recommandé de lire, entre autres, les œuvres d’Origène dans l’Ordre des Elus Coëns...

Se pose enfin la question de l’origine véritable des pratiques instaurées par Martinez dans son groupe.

Toujours est-il que pour les différentes raisons invoquées dans ce court article, l’orthodoxie traditionnelle du RER doit très sérieusement être mis en doute, et c’est pourquoi nous craignons fortement, contrairement à ce que dit G. Sandri, que ce Rite et ses adhérents ne soient nullement qualifiés pour « corriger et redresser les abus et les relâchements qui se sont glissés dans l’Ordre des Francs-Maçons ».

Pour conclure, on peut donc légitimement s’interroger sur la fidélité du RER à l’Ecossisme jacobite primitif, dont il est issu via la Stricte Observance, et qui revendiquait notamment une « lointaine filiation avec les anciens Templiers »...

  

Source : http://www.regle-abraham.com/francais/regabtext.htm

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Le Chevalier de Ramsay et la naissance de l’Ecossisme

22 Novembre 2012 , Rédigé par J.A. FAUCHER PVI Publié dans #Planches

Le chevalier de Ramsay a-t-il contribué à la naissance de l'Ecossisme ? La réponse est non.

Le chevalier de Ramsay a-t-il donné une définition à l'Ecos­sisme, en a-t-il précisé les principes, a-t-il jeté les bases de son organisation ? C'est indiscutable.

Nous savons qu'il avait rédigé son célèbre Discours pour l'assemblée annuelle du 25 mars 1737 de la Grande Loge Provin­ciale de France — dont il était le Grand Orateur. En réalité, il est établi aujourd'hui que ce discours, dont nous connaissons actuel­lement huit rédactions successives et quelque peu différentes, ne fut jamais prononcé. Le cardinal Fleury, Premier ministre, avait en effet donné trois jours plus tôt au lieutenant de police l'ordre d'interdire toutes les assemblées maçonniques.

Le Discours du chevalier de Ramsay n'ayant pas été prononcé le 24 mars 1737, il n'eut d'influence réelle qu'à partir de 1742, c'est-à-dire après sa publication par La Tierce dans un ouvrage intitulé « Histoire, Obligations et Statuts de la très-vénérable Confrérie des Francs-Maçons ».

Pour quelles raisons le système maçonnique, qui devait s'or­ganiser en Rite Ecossais Ancien et Accepté, a-t-il affiché une référence écossaise ?

Ceux d'entre vous qui, à la Bibliothèque de la Grande Loge de France, auront la curiosité de relire toutes les planches présen­tées en Loge par les dignitaires les plus respectés de notre Ordre et traitant de cette question, trouveront cent explications pour une. On a fait souvent référence à la très vieille Loge de Kilwinning. On a fait référence aux Stuarts. On a fait de la tradition écossaise l'héritière du vieil Ordre écossais du Chardon. J'ai même lu que l'Ecossisme était né dans un château de la Haute-Marche, le château d'Ecosse, et qu'il se rattachait ainsi à la tradition de la Maçonnerie forestière.

Plus sérieuse à coup sûr est l'explication donnée par notre Frère Jean Baylot — qui fut Grand Maître adjoint du Grand Orient de France avant de devenir Grand Surveillant de la Grande Loge Nationale Française. Il rattache, en effet, la tradition écossaise à l'introduction de l'épée dans le rituel des cérémonies maçon­niques.

« Les rituels anglais », a-t-il écrit, « ne l'emploieront que pour la garde symbolique des temples. Au contraire, elle sera d'un emploi très général dans les rituels français, chacun des membres en disposant dans certains cas. La chose est importante. Il faut y voir, dès les débuts, l'évolution de la Franc-Maçonnerie en France vers des caractères chevaleresques. Au contraire, les rites anglais demeureront corporatifs. Là est l'origine première des systèmes de hauts grades, dits écossais. »

Il devait ajouter cependant :

« Ecossais, peut-être parce que, comme le remarque M. Chevalier, ces innovations ont été conçues, ou expérimentées, dans la Loge du Grand Maître Derwentwater. »

« Il semble admis, en effet, que la Loge Saint-Thomas de Derwentwater fut la première à pratiquer un rite aux références chevaleresques. Il est fort possible que ce soit pour combattre cette influence pré-écossaise que la Grande Loge de Londres a créé en 1732, en territoire français, la Loge du bijoutier Coustos qui s'en tient avec rigueur aux pratiques des Loges anglaises. »

Le procès-verbal de la tenue du 12 mars 1737 de la Loge Coustos-Villeroi enregistre les protestations contre certaines innovations pratiquées dans la Loge du Grand Maître Derwentwater
comme de tenir l'épée à la main dans les réceptions ». Cette Loge, fidèle aux traditions anglaises, proclame alors

« L'Ordre n'est pas un Ordre de chevalerie mais de société, où tout homme de probité peut être admis sans porter l'épée, bien que plusieurs seigneurs et principes se fassent un plaisir d'en être. »

L'historien Daniel Ligou, haut dignitaire du Grand Collège des Rites, devait écrire en 1970 dans la revue « Humanisme », éditée par le Grand Orient de France

« Il est malaisé de connaître les finalités de l'Ecossisme : désir de sélection sociale, intellectuelle, spirituelle ? Recherche du « secret » qui paraît sans cesse à portée de la main et qui est toujours inaccessible ? Interférence — à peu près certaine — de l'ésotérisme traditionnel, et peut-être surtout de l'alchimie ? Désir aussi de compléter le mythe d'Hiram ? Incompréhension, déjà visible dans le Discours de Ramsay, d'un opératisme traditionnel que l'on comprend mal parce qu'en France, à l'inverse de l'Angleterre, la Maçonnerie ne s'est pas directement souchée sur les corpora­tions ? »

Il n'est plus possible, aujourd'hui, compte tenu des découvertes historiques, de nier que l'Ecossisme a été adopté par un courant maçonnique qui fut introduit en France dès 1726. Ce courant se voulait gallican, catholique, royaliste et indépendant de la Grande Loge de Londres. Il fut contesté à partir de 1732 par les Loges fondées par l'Obédience anglaise en territoire français.

C'est le courant gallican qui a voulu constituer une Grande Loge de France. Cette Grande Loge a exprimé très vite le désir d'imposer son autorité aux nouveaux grades nés de l'Ecossisme.

Le courant écossais est donc né indiscutablement avant le Discours du chevalier de Ramsay.

La première Loge écossaise, la Loge Saint-Thomas, avait été créée en 1726 par un stuardiste, Lord Derwentwater. L'une des Loges où se précisa le courant gallican, la Loge d'Aubigny, avait été installée le 12 août 1735 dans le château de Louise de Kéroualle, duchesse de Portsmouth.

Ce sont les premières Loges écossaises qui ont désigné le chevalier Maclean, baronnet d'Ecosse, comme Grand Maître en 1735, et Charles Radcliffe, Lord Derwenwater, en 1736.

L'Ecossisme n'est pas né en 1726 par la volonté de quelques Francs-Maçons français épris de modernisme. En fait, ils ne faisaient rien d'autre que de réveiller une tradition chevaleresque qui, en France, était à coup sûr antérieure à la Franc-Maçonnerie d'inspi­ration anglaise.

Entre 1726 et 1735, pour affirmer un courant français indépen­dant de la Franc-Maçonnerie anglaise, il y a eu seulement divulgation du rite ancien dans le but de réformer le système importé d'Angle­terre.

C'est à cette volonté que va répondre le Discours de Ramsay. René Guénon ne s'y trompait pas lorsqu'il écrivait que « la première raison d'être de l',Ecossisme fut précisément de s'opposer aux tendances protestantes et « orangistes n représentées par cette dernière depuis la fondation de la Grande Loge d'Angleterre ».

Jusqu'en 1738, c'est-à-dire jusqu'au moment où Louis Antoine de Pardaillan de Gondrin, duc d'Antin, prince du sang, fut désigné comme Grand Maître de la Franc-Maçonnerie en France, il se développa dans le pays deux courants maçonniques bien distincts : celui des Loges anglicanes et celui des Loges gallicanes.

L'historien Paul Naudon marque bien la différence qui existe dès cette époque entre les Loges anglaises, dépendant de la Grande Loge de Londres, et les Loges écossaises, constituées la plupart du temps par des stuardistes qui auraient vécu et essaimé suivant les rites traditionnels. Il admet cependant que l'opposition entre ces deux Maçonneries doit être envisagée avec beaucoup de nuances, les divergences originelles n'ayant pas exclu, selon les circonstances, des rencontres et des conciliations.

En fait, la création de la Grande Loge de Londres en 1717 n'avait été déjà qu'une réponse des orangistes et des hanovriens à la déviation stuardiste des Loges écossaises. Dès ce moment, l'Ecos­sisme s'implante dans le royaume de France.

Il n'est pas impossible que la démarche du chevalier de Ramsay, en 1737, ait caché des mobiles politiques. Pour faire accepter la Franc-Maçonnerie en France par le pouvoir royal, pour favoriser sa pénétration à la Cour, il fallait à coup sûr présenter un système français échappant à l'influence anglaise.

Le grand mérite de Ramsay fut alors de définir un système maçonnique original, différent du système anglais, le système qu'attendaient les Loges gallicanes pour affirmer leur indépendance.

A la tradition opérative, maintenue dans le rite par la Grande Loge de Londres, il ajoute une tradition chevaleresque, fondée sur la légende templière.

Il conte comment l'Ordre Maçonnique s'était uni en Terre Sainte aux chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem ; comment les rois, les princes et les seigneurs, à leur retour de Palestine, avaient fondé des Loges en Allemagne, en Italie, en Espagne, en France et en Ecosse.

Ici, la légende symbolique interprète l'Histoire mais elle ne la trahit pas, car il est vrai qu'avant et après les Croisades des liens étroits avaient existé entre les Templiers et les confréries de Bâtis­seurs.

Ramsay n'invente pas la tradition chevaleresque. Il se contente de la ressusciter. Il emprunte même à une tradition maçonnique authentique qui survit alors en Angleterre en dehors de la Grande Loge de Londres. C'est ainsi que le grade de Maître Ecossais est apparu à Londres en 1733. Il sera introduit en France vers 1742. Ramsay rattache confusément la Franc-maçonnerie aux mystères de l'Antiquité, ceux de Cérès à Eleusis, d'Isis en Egypte, de Minerve à Athènes, d'Uranie chez les Phéniciens, de Diane en Scythie, et, par eux, à l'ancienne religion de Noé et des Patriarches.

Il ne prétend à aucun moment réformer le ritualisme. Il ne propose aucun grade supplémentaire. Il suggère cependant de façon très nette l'adjonction de la tradition chevaleresque à la tradition opérative.

Il est donc faux de prétendre, comme on l'a souvent fait, qu'il a été le créateur des hauts grades, mais il est vrai qu'il les a en quelque sorte légitimés.

Le Frère Lindsay, qui fut Secrétaire Général du Suprême Conseil d'Ecosse, affirme dans un de ses ouvrages qu'il existait avant 1717 en Angleterre des hauts grades associés à la Maçonnerie bleue :

Ces grades, précise-t-il, étaient chrétiens et comportaient, une cérémonie connue sous la désignation de « Passage du Pont ».

Il demeure que ce fut surtout à partir du Discours de Ramsay que l'on vit naître en France des systèmes de hauts grades écossais. Ce fut d'abord le Chapitre de Clermont, constitué par le chevalier de Bonneville. Ce fut ensuite la Loge Saint-Jean de Jérusalem. Ce fut en 1758 le Conseil des Empereurs d'Orient et d'Occident. Dans les années qui suivirent, de nombreuses Loges de Perfection furent installées dans différentes provinces.

Le premier de ces grades chevaleresques, celui du Chevalier d'Orient ou de l'Epée, apparut vers 1748 à Paris et à Bordeaux. A partir de Ramsay, l'Ecossisme a eu pour mérite essentiel de diffuser dans l'Ordre maçonnique la doctrine de fraternité. Fondé sur l'amour de l'Humanité, il a cherché à créer une sorte de religion universelle. Il enseigne et démontre que les principes de liberté et d'égalité ne peuvent entrer en application qu'avec une hiérarchie fondée sur l'autorité et sur l'intelligence.

Ramsay s'inspire des idées de son maître Fénelon. C'est de lui qu'il tient ses principes sur la solidarité du genre humain auxquels il se réfère pour présenter la Franc-Maçonnerie comme la promesse d'une République universelle, d'une grande nation spirituelle.

Il est en fait le premier à attribuer à la Franc-Maçonnerie universelle un idéal suprême.

Il ne contredit à aucun moment les Constitutions d'Anderson. Il se contente d'en élever l'esprit jusqu'à faire de la Franc-Maçon­nerie une théologie du coeur.

Dès lors, pour nous, il ne fait aucun doute que, contrairement à une idée très répandue, ce n'est pas la création en 1717 de la Grande Loge de Londres qui a assuré le passage historique de la Franc-Maçonnerie opérative à la Franc-Maçonnerie spéculative. C'est la naissance et le développement en France de l'Ecossisme et cette naissance fut considérée comme un schisme par les dignitaires de la Franc-Maçonnerie anglaise.

Source : www.ledifice.net

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Ecossisme

22 Novembre 2012 , Rédigé par P\ M\ G.O. Le Havre 33° Publié dans #Rites et rituels

Avant propos ; ou prolégomènes :
L’écossisme serait le creuset initial de la F.M. dont les origines remonteraient à l’époque du « peuple des poteries cannelées orcadiennes » ( Orcades : archipel de G.B. N.E. de l’Ecosse ) et, aux temps des Egyptiens avec leurs relations à l’astronomie, notamment aux cycles Vénusiens, que l’ancien testament reprend dans ce qu’il appelle « la divine Shékinah » : la sainte lumière ; laquelle donnera le nom aux St Clair d’Ecosse.
La tradition Ecossaise vient donc de l’astronomie et de l’astrologie, toutes deux ayant comme croyance séculaire que la position des astres célestes affectent les actions des individus sur terre. L’écossisme maçonnique, est donc bien antérieur à la création le 24 juin 1717 de la Grande loge unie d’Angleterre ! Il y eut vers 1598, en Ecosse, la création « des statuts et ordonnances devant être observés par tous les maîtres maçons de ce royaume » par William Schaw sous Jacques 6 d’Ecosse, qui devint en 1603 James 1er d’Angleterre.
Cette conception maçonnique, aurait été véhiculée par les templiers, introduite en Ecosse après la mort de Jacques de Molay ; tradition Nazôréenne ( qui est la véritable histoire de J.C.) et, tradition opposée à celle de la G.L. unie d’Angleterre ; car elle prétend ( entre autre) que cette tradition spéculative a façonné des L.L. opératives de bâtisseurs ; il s’en suit l’opposition des « anciens » et des « modernes » où les « anciens sont les L.L. unies d’Angleterre, et les « modernes les L.L. Ecossaises.
Dans l’écossisme, à cause de l’héritage et de la destruction des templiers, on trouve une vive opposition à Rome, au Vatican. Opposition que l’on retrouvera pour d’autres raisons chez les Anglicans. Donc dualité des deux maçonneries ( Anglaise et Ecossaise ) que certains auteurs retrouvent dans la guerre de sécession du Nord contre le Sud en Amérique.
Deux thèses aussi confuses l’une que l’autre sont en concurrence pour l’établissement en France de l’écossisme : celle de l’implantation par le retour de Grasse-tilly et Hacquet venant des Antilles ; et, celle des Jacobites exilés à cause de la prise de pouvoir en 1714 de George de Hanovre .
Si l’on s’intéresse d’un peu près à l’histoire, il paraît évident que la maçonnerie ne date pas de 1717 ; cette date là ; la création de la G.L.U.A. ; ne serait qu’une réaction ; les « anciens » et les « modernes » est une opposition farouche de dynastie Stuarts, Hanovre, Nassau, politique, philosophico-idéologique, scientifique, républicains et traditionalistes théologiques, opposition Anglo - Ecossaise.
Ce que nous appelons aujourd’hui l’écossisme, n’a pas grand-chose à voir avec ce que l’on peut en supposer à l’étude du passé historique ; ( archéologie, histoire, bibliographie)
Pourquoi écossisme :
Une certaine forme de civilisation remonterait à l’époque « du peuple des poteries cannelées orcadiennes ». Ici référence à l’archéologie, et aux datations possibles par les techniques les plus modernes. Peuple situé en Ecosse, Irlande, d’où les recherches font ressortir que leur technologie de construction en pierre est un acte spirituel ; l’astronomie en est leur base calquée sur l’observation du soleil et de Vénus( équinoxes, solstices ) . Une scientifique actuelle soutiens la thèse que les fresques des grottes paléolithiques prouvent les connaissances astronomiques des hommes de la proto histoire.
Cette forme de civilisation est véhiculée vers le moyen orient favorisant l’évolution des Sumériens, puis, l’ensemble des autres sociétés : Egyptiennes, Hébraïques, que les templiers ont fréquentées, vécues et assimilées à leurs rituels ; et, ramenées en Europe, surtout en Ecosse où Hugues de Payns était le gendre de Jaques 6 d’Ecosse.
Le livre d’Enoch reprend les enseignements anciens où Vénus était l’astre suprême, possédait la divine lumière, ce qui a donné : « la divine Sékinah » ; laquelle, fût ensuite associée à l’astre solaire ; le tout formant un ensemble de connaissances détenu par des érudits, « prêtres » druides etc… lequel a été enseigné à des corporations opératives de bâtisseurs, lesquelles se sont organisées en fonction de leurs connaissances : apprentis, compagnons, maîtres. Les templiers ont été les gestionnaires de ces constructions, donc de ces connaissances, de leurs origines, et, plus tard, de ce qu’ils ont dénommé : « la vraie histoire de Jésus » ( de tradition Nazoréenne ) . Ils ont été les dépositaires et les transmetteurs de mythes, de symboles et de rites que ne pouvait accepter le dogme Romain. Cela associé à leur richesse matérielle provoquera la convoitise de la royauté et de la papauté, amenant leur ruine et leur destruction.
Les rescapés se sont réfugiés en Ecosse où les traditions templières étaient vivaces, les familles nobiliaires Ecossaises étant liées aux premiers templiers et à leurs traditions ; à noter que le nom de la famille St Clair, dont la présidence de la grande loge Ecossaise leur revenait de droit, vient de « saint lumière », donc, de la shekinah Hébraïque et du peuple des poteries cannelées.
Une lutte féroce était engagée entre les dynasties des Hanovre, celle des Stuarts, et celle des Nassau pour la domination du royaume : Angleterre et Ecosse. Le terme de Jacobite vient de cette époque où, leurs membres soutiennent Jacques 2 ( 1688 ) contre Guillaume de Nassau ; puis, les Stuarts contre les Hanovre.
En 1714, Georges de Hanovre devint roi de Grande Bretagne, écartant les catholiques Stuarts. Les jacobites s’exilèrent surtout en France et en Europe. Les fissures de la société se reflèteront dans la maçonnerie elle-même, amenant les pro Hanovriens à la dominer pour briser le monopole jacobite en créant en 1717 la G.L.U.A. ; laquelle, n’eut rien de plus urgent que de supprimer tous les anciens écrits, et, de proclamer en 1723 une constitution qui fût celle d’Anderson et de Désagulier que nous connaissons tous .
Les jacobites venus en France et en Europe, ont-ils crée des L.L. avec leur rituel, et, notamment une continuité de grades au-delà du 3ème ? Les membres de ces supposées L.L. étant Ecossais, ont-ils apposé leur titre où ont-ils été qualifiés d’écossais dans leur rite maçonnique ??
Ces Ecossais nobles pour la plus part se sont-ils engagés dans la guerre de sécession Nord Américaine, transportant leurs loges, leurs rites, leur maçonnerie ? Laquelle serait revenue en France avec Grasse Tilly et Hacquet ; il n’y a pas d‘études sérieuses à ce sujet ; d’où, les remarques d’André Doré dans son ouvrage : « vérités et légendes de l’histoire maçonnique ».
En tout état de cause plusieurs remarques s’imposent au sujet de la maçonnerie en général et de l’écossisme en particulier.
 La maçonnerie n’a pas été crée par la G.L.U.A.
On doit en discuter ses origines.
Des origines de ce qu’est l’écossisme et de son installation en France rien n’est clair ; il y a des différences entre ce que l’on peut supposer être l’écossisme et les bases de la G.L.U.A.
Avons-nous conservé certaines de ces différences ?
Dans le contexte de ce qu’est la maçonnerie actuelle et l’écossisme en particulier, des évolutions sont-elles possibles, nécessaires, ou impératives ?
La maçonnerie n’a pas été crée par la G.L.U.A. Quelles sont ses origines :
Dans notre héritage maçonnique, dont le syncrétisme édulcore les origines, s’il ne les falsifie pas, nous n’avons pas comme habitude de nous attarder sur les mythes celtes avec tous leurs symboles relatifs au bois, à la forêt ; notre F. Jacques Brengues a fait une étude sur le sujet dans : « la franc-maçonnerie du bois » ; ce qui n’a en rien modifié nos certitudes : n’allons pas chercher au-delà de 1717 ! ! Il existe bien un « rite forestier des modernes » ; mais, il ne semble pas que nos rituels s’en inspirent. Et …sans chercher à être iconoclaste, pourquoi ne pas se servir des matériaux et outils modernes mêlés aux anciens traditionnels pour définir une autre symbolique en rapport avec notre temps, et compréhensible par tous ?
Nous trouvons dans nos symboles de nombreuses réminiscences nous reliant à la civilisation celtique ; faut-il les méconnaître, faut-il les exalter ?
La chrétienté a été, et, est toujours, étouffante, « castatrice » , dominante, dogmatique. Le maçon doit s’en émanciper sans pour autant la renier; son identification peut être comparée à celle du chêne celtique, chêne sacré aux racines aussi touffues que son feuillage avec toute la symbolique s’y rattachant. Les regards passéistes, traditionalistes conservateurs, sont aussi nécessaires et dangereux que l’évolutionnisme débridé !
La néguentropie est la règle de toute société, si nous n’évoluons pas nous mourrons ; entropie égale sclérose et nécrose.
Reprenons nos bases, nos traditions, jusqu’au plus loin qu’il soit possible, redécouvrons la shékinah, les Celtes, les Egyptiens, et toutes les autres civilisations ; orientales, africaines, ou autres, pour en syncrétiser cet ensemble sur les bases de « la déclaration des droits de l’homme et du citoyen », pour une religion laïque, fraternelle, mondiale. Il parait évident qu’à priori l’on doive définir ce que l’on entend par « Maçonnerie »
Peut-être qu’ici nous devrions parler de « prémisses maçonnique » . Si dans le vécu actuel des diverses obédiences nous rencontrons des constantes ; on peut aussi observer de grandes différences ; avons-nous un « principe originel » ? Oui ; une connaissance ésotérique transmise par initiation, destinée à un cercle fermé , cercle élitiste par excellence ! Connaissances au prime abord astronomiques, qui ont évolué vers l’astrologie, lesquelles ont servi de bases au calcul, aux mathématiques et à l’édification de monuments dévolus à diverses formes de religiosité. Cet ensemble de principes est bien antérieur à 1717 ! Trouve-t-on des documents le prouvant ? Oui ! rarissimes certes, et pourquoi ? Nous l’avons évoqué en cours de Pl.
Les thèses officielles sont que la F.M. ou, « les F.M. » découle(nt) des constitutions d’Anderson, de 1723 suite à la création de la G.L.U.A. en1717 eh bien non !! En Ecosse sous jacques 6 , son confident, et précepteur, William Schaw reçoit le titre de « surveillant général des maçons » et, crée en 1598 : « des statuts et ordonnances devant être acceptés par tous les maîtres maçons de ce royaume » ; statuts et ordonnances consultables dans les actes de la L. N° 1 de Mary’s Chapel à Edimbourg. Suivent ensuite une première « charte St Clair » en 1602, et, une seconde en 1630 qui cite les L.L. de Dundee, de Glasgow, de Ayr, et de Sirling .
Autre document : en 1658 John Mylne « maître maçon, de la L. de Scone » répond à sa majesté Jaques 6 « en tant qu’homme libre, maçon, et compagnon » Ref, « Des templiers aux F.M. » P. 149 Michael Baigent – Richard Leigh
Pourquoi un rejet de ces faits connus, surtout à l’époque ? Nous tombons toujours sur les mêmes raisons ; politiques, religieuses, certainement le sectarisme, l’intégrisme, le pouvoir absolu avec ses conséquences.
La lutte faisait rage entre les dynasties des Stuarts, des Nassau, des Hanovre, et les F.M. soutenant l’un ou l’autre clan ; elles n’étaient issues d’ailleurs que de l’un ou de l’autre clan , et, à peu près exclusivement de nobles. Donc peu après 1723 les « anciens » (Hanovriens) étant établis, détruisirent les documents faisant référence aux « modernes » (Jacobites) .
Des origines de ce qu’est l’écossisme, et de son installation en France, rien n’est clair, il y a des différences entre ce que l’on peut supposer être l’écossisme, et la G.L.U.A.
Des origines de ce qu’est l’écossisme, de son arrivée en France, rien n’est clair ; ce chapitre a été survolé au cours de la Pl. ; André Doré, et, plus tard Jean Petit s’y sont longuement penchés ; c’était la maçonnerie telle que nous la connaissons aujourd’hui qui s’implantait ; un vrai fouillis !!
Entre les origines jacobites et la G.L.U.A. nous trouvons le pouvoir catholique Nazôréen d’héritage templier d’une part ; et, Anglican Hanovrien d’autre part.
Deux conceptions du « pouvoir » ; car ce sont bien de part leur recrutement, des structures de « pouvoir » dont il s’agit. L’une basée sur une tradition qu’il convient de redécouvrir, que l’on a sans doute tenté d’éradiquer ; l’autre sur le dogme Romain classique accommodé à la sauce Anglicane. Les unit ; la croyance en une divinité créatrice et gestionnaire de l’humanité, divinité masculine dogmatique, puisque n’admettant pas que l’on puisse être sincère, honnête, moral, et digne d’intérêt, si l’on n’est pas de sexe masculin, et si le doute nous habite quant à cette forme de croyance.
Avons-nous conservé certaines de ces « différences »et, dans le contexte de ce qu’est la maçonnerie actuelle, et, l’écossisme en particulier, des évolutions sont-elles possibles, nécessaires, ou impératives ?
Quelques références historiques anciennes
Nos rituels sont issus du langage des mythes, lesquels sont magiques et rattachés aux cérémonies religieuses en hommage à la déesse Lune . Ce langage fût corrompu au temps du minoen ( civilisation crétoise ou minoenne du nom du roi Minos, laquelle va de 2700 à 1200 Avt J.C. ) quand le patriarcat substitua le matriarcat ; d’où remodelage et falsification des mythes. La mythologie celtique fût supplantée par celle des Grecs ; elle s’opposa à ces mythes originaux, imposa Apollon comme matière d’illumination spirituelle . Il y a imbrication des anciennes religions celtiques, grecques, et hébraïques ; donc connexion entre les mythes primitifs, hébreux, grecs, et celtes par la conquête du peuple égéen pour en arriver à la prêtrise réservée aux mâles des araméens ou des indo-européens, puis du monothéisme, où Jupiter est le père, Vesta la mère, déesse à identifier à Vénus et Diane à Némi. Jupiter est dieu du chêne ; dans les sociétés primitives le père et la mère dans une cérémonie autour du feu sont représentés par un grand pontife et une prêtresse avec un bâton pointu et un bâton percé.
Une certaine rituélique maçonnique remonte à ces sources par la couleur des décors ; le blanc couleur de la déesse blanche, sa principale couleur, associée à la nouvelle lune, déesse de la naissance et de la croissance ; la pleine lune, déesse rouge, est celle de l’amour et du combat ; la vieille lune, est déesse noire de la mort et de nuit ; les trois menhirs dits « les trois femmes » de Moeltre Hill au pays de Galles rapellent ces 3 couleurs.
Ce culte de la déesse blanche lunaire est à rapprocher de celui de Vénus déesse blanche elle aussi. Puis, le passage du matriarcat au patriarcat, peut, en maçonnerie, être symbolisé par les deux colonnes du temple de Salomon, Jachin et Boaz ; l’un étant la lune, mère ; l’autre, le soleil, père.
En tradition Celtique, jachin associé à la lettre I est synonyme de mort ; nous retrouvons là, la symbolique maçonnique de la mort de l’apprenti, en jachin, pour se transmuter sous le rouge du soleil, du feu, en boaz.
Toute cette mythologie, remonte en terre d’Ecosse, et d’Irlande, pays celtique, et, aussi celui « des poteries cannelées orcadiennes ». Pays des druides, des traditions transmises oralement, et du culte des arbres, de leur utilisation dans les monuments religieux ; et, que nous retrouvons dans la construction du temple de Salomon par les cèdres du Liban ! Nos traditions sont donc bien antérieures à 1723 ; d’où…à penser que l’écossisme serait le gardien de la tradition … ?
Les LL\ dites loges de St Jean font référence au calendrier celte dont la seconde moitié de l’année débutait en Juillet, après 7 jours où l’on avait sacrifié en le brûlant, le chêne roi du 24 Juin.
La maçonnerie du bois nous fait remonter aux celtes où le premier arbre est l’épicéa, arbre femelle, et consacré en Grèce à Artémis, la déesse lune, ( voir une concordance avec la colonne jachin ).
Est-ce que c’est par ce que Vénus séduisit Anchise, pour sa perte, comme la reine des abeilles séduit, et émascule le bourdon, que le monothéisme est devenu patriarcal ?
En certains lieux, selon GRAVES, les dolmens servaient de porte basse sacrée sous lesquels les postulants devaient ramper avant l’initiation, autre coïncidence ! ?
Comme dans le culte des arbres, les forestiers ménageaient une clairière pour leur cérémonie en coupant les « houppiers » ; terme retrouvé dans la houppe dentelée des temples maçonniques.
Les peuples dits « barbares », autres que Grecs ou Romains, dans les périodes 3.500 à 1050 Avt J.C. tels les Lyciens, les Cariens, ou les Egéen, pratiquaient la filiation matrilinéaire, avec prédominance de « la grande prêtresse », la déesse blanche.
D’après James Fraser : « la légende, le dogme, et le rituel chrétien, sont le résultat de l’affinage d’un grand corps de croyances primitives et même barbares ; le seul élément original du christianisme est le personnage de Jésus. »
Dans « le canon hébraïque des arbres » selon Fraser, la grenade fruit du grenadier, est le seul à pouvoir être introduit dans le saint des saints ». Comme ce que l’on trouve au sommet des colonnes du temple de Salomon .
Le patriarcat importé de l’est, apporte le mariage individuel ; il n’existait avant, que des mariages en groupes de tous les membres féminins avec tous les membres masculins d’une même société totémique. Le stade purement patriarcal est celui du judaïsme tardif, puis du judéo-christianisme.
La déesse blanche est cruelle, capricieuse, et inconstante ; la vierge chrétienne est douce, constante, et…chaste ! Donc rien à voir .
Voila des thèmes sur lesquels j’ai tenté d’apporter ma contribution, au cours de diverses Pl. , et qui, méritent de sérieuses réflexions. Est-ce suffisant d’avoir inclus « la liberté absolue de conscience » en 1877 pour faire de la maçonnerie un pôle de rassemblement, de formation, de réflexion, et d’action sur l’individu en particulier, et la société en général ?

Source : www.ledifice.net

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