Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Résultat pour “Noé”

Salomon dans les traditions ésotériques

16 Décembre 2012 , Rédigé par X Publié dans #fondements bibliques de la FM

La personnalité de Salomon, son existence et sa geste, ses multiples dons de pacificateur, de constructeur, de magicien, auront été repris dans les traditions les plus variées, les domaines les plus étranges. Le fils du roi David apparaît dans les mythes du compagnonnage puis dans ceux de la franc-maçonnerie, développés par les savants oxoniens du XVIIe siècle, comme Elias Ashmole, admis dans une loge opérative, ou plusieurs membres éminents de la Société Asiatique, au XIXe siècle. Peut-être avaient-ils suivi les consignes exprimées par Jung : « Les légendes ont remplacé les outils rationnels : on y recherche les correspondances des personnages et des événements par une étude historique, biblique, l’archéologie, la philosophie dans un souci de l’appliquer à soi-même. La légende, au plan ésotérique, est une composante de la Tradition, une révélation exemplaire et sacrée, constituant un modèle pour la recherche humaine ».

I – Salomon dans l’histoire

Salomon n’est pas mentionné dans les annales mésopotamiennes. La tradition phénicienne est légendaire, Salomon aurait vendu à l’Etat Tyrien la ville de Khorbat Khozli et la Plaine d’Acre pour 120 talents d’or, et aurait eu recours au professionnalisme d’un bronzier tyrien, Hiram (cf Bible, 1R7, 15-47). Les relations avec l’Egypte, qui de toute façon, à l’époque, était la puissance dominante, et Salomon dut accepter de se placer dans l’orbite politique de ce pays qui imposait la pax egyptica, sont relevées dans la Bible uniquement, même le mariage de Salomon avec la fille du Pharaon Siamoun (976-954) de la XXe dynastie. Une trace littéraire cependant, les Cantiques des Cantiques, ou chant de Salomon à la Soulamite parait influencée par les poèmes d’amour égyptiens de la XVIIIe dynastie (autour de 1500 avant J.C.). Quant au Yemen et à la Reine de Saba, les Sabéens commenceront à être connus hors de leurs frontières au VIIIe siècle avant J.C. seulement.
Des doutes sont émis par les deux spécialistes sur l’authenticité des textes bibliques. Le « Livre des Rois », qui traite abondamment de la construction du palais de Salomon, de celle du temple et de son mobilier, de l’établissement de douze préfectures, quadrillant les territoires s’étendant de l’Oronte ( ?) à Gaza, est rédigé dans une langue tardive qui souligne les additions nombreuses présentant un aspect légendaire ou moralisateur : la sagesse de Salomon par rapport à la conduite désordonnée de ses successeurs (Roboam entre autres), avec le partage entre deux Etats (Juda et Israël), conséquence des fautes de Salomon. Les « Psaumes » attribués à Salomon seraient du Ier siècle avant J.C. et « Le Livre des Chroniques » du 2e siècle avant J.C., puisqu’il met en valeur la préséance de la classe sacerdotale de cette époque. En fait en 63 avant J.C., une fièvre eschatologique se répand en Judée, préfigurant la destruction définitive du Temple (74 après J.C.).

II - Mondialisation de la symbolique salomonienne

A)Dans le domaine religieux
Salomon se trouve présent dans les représentations iconographiques des Chrétiens d’Occident comme d’Orient, dans la fresque de Piero Della Francesca intitulée « La rencontre de Salomon avec la Reine de Saba » ou dans cette église Saint-Clément à Ohrid, en Macédoine (début du XIVe siècle) où autour du Pantocrator on découvre avec Adam, les deux ancêtres de Jésus, le roi David barbu et son fils imberbe le Roi Salomon. Au cours du Colloque, il aura été évoqué le roi de Bretagne Salomon, et Salomon le Savoyard. On connaît le rôle politique des prétendues dynasties salomoniennes en Ethiopie, et la présence constante de Salomon, représenté en Constantin, dans les psautiers ou le rôle qu’on lui fait jouer, associé au roi des forgerons, parfois privé de trône par un démon (source coranique), dans l’art talismanique des sceaux et des étoiles à huit branches dans ce pays.
Les références à Salomon, particulièrement vénéré dans le monde islamique, sont au nombre de 17, dans 8 sourates. S’il n’est pas associé à la construction du Temple, M. L. de Premare a montré cependant que la sourate 52, versets 1 à 8, rappelait le livre des Rois I, 7, 3 et la sourate 36, le Livre de Jérémie. Avant même l’apparition de l’Islam, le poète arabe Dabira fait l’éloge du roi de Hira en le comparant à Salomon. Là aussi, ses dons de magicien, de manipulateur des djinns, reconnus dans le Coran influencèrent les occultistes arabes qui semblent avoir créé le mythe du sceau de Salomon. La plupart des pays musulmans évoquent cette personnalité prophétique, spirituelle, voire magique, comme au Yemen (M. Christian Robin), en Iran (M.Assadallah Melikian-Chirvani), en Afghanistan et à la cour des Empereurs Moghols (Mme Corinne Lefèvre), et en Asie Centrale où M.Thierry Zarcone a recensé les lieux dédiés au fils de David.

B)Dans le domaine du compagnonnage
Dans chaque ville médiévale, s’étaient établies des corporations, chargées de défendre les intérêts professionnels des artisans et ouvriers, et qui étaient dirigées par les « maîtres de métiers ». Parallèlement à ces organismes locaux, des ouvriers itinérants, indépendants, se regroupèrent dans des sociétés compagnonniques (le terme de « frère » pour cet emploi était apparu dès 842), qui établirent des règles strictes garantissant la défense mais aussi la compétence de ses membres. Le terme de « compagnonnage » était apparu dès 779 et les différentes promotions dans les corps de métier s’effectueront par initiation tenue à l’abri des regards étrangers. Le « Compagnon Fini » est celui qui a passé toutes les épreuves et est devenu « maître » dans sa profession. Le terme apparaît en 1080, celui d’apprenti en 1175. Les apprentis et les compagnons font l’objet d’un enseignement initiatique basé sur des légendes tirées de la Bible. Ainsi des chérubins (ceux qui gardent l’entrée du devir, le lieu le plus secret du temple de Jérusalem) sont sculptés sur le couvercle du cercueil des compagnons menuisiers. Le patronage de Saint Jean Baptiste est également invoqué en liaison avec le « Quatuor Coronati », quatre tailleurs de pierre exécutés par Dioclétien vers 300. Les confréries qui apparaissent à la fin du XIIIe siècle conservent une orientation professionnelle en même temps que charitable, dans l’esprit catholique également.
Les textes fondateurs du Compagnonnage sont disséminés dans 130 manuscrits rédigés aux XIIIe et XIVe siècles et que la revue de la Grande Loge de Londres, « Ars Quatuor Coronatorum » a publiés.
Ainsi, en 1268, « Le Livre des Métiers » d’Etienne Boileau recense cent un métiers, et la promotion interne qui les gère, soit les apprentis, les compagnons et les maîtres. La construction des cathédrales s’appuie sur trois métiers principaux, les tailleurs de pierre, les menuisiers et les forgerons ; leurs membres se réunissent dans des « loges », installées, soit dans la crypte des cathédrales, soit dans un bâtiment annexe comme à Strasbourg. En 1283, Louis IX nomme Grand Maître de la maçonnerie opérative son compagnon croisé Guillaume de Saint-Petbus. Les membres de cette maçonnerie opérative, appelés parfois « gavots » adoptent le nom de « Enfants de Salomon » (comme le signale Villard de Honnecourt à l’époque). C’est que pour eux, la construction d’une cathédrale est une réplique de la construction du Temple de Jérusalem. Le document appelé « Regius » (1390) décrit les sept « arts libéraux » et a comme titre « Ici commencent les statuts de l’enseignement de la géométrie selon Euclide » . « Géométrie » a le sens de « maçonnerie ». On enseigne aux apprentis que la « géométrie » a été préservée du déluge, retrouvée par Hermès, petit-fils de Noé, et qu’elle a été révélée à Charles Martel, dont un des architectes de la cour aurait participé à l’édification du temple de Jérusalem. Ainsi le mythe de Salomon se trouve adopté par la philosophie compagnonnique.
Le Mouvement va connaître un certain nombre de scissions. En 1400, à Orléans, au moment de la reconstruction d’une des tours, un affrontement entre compagnons et moines surgit, et les « indépendantistes » prennent le nom d’Enfants de Maître Jacques (référence au Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay ?) ou « Compagnons du Saint-Devoir de Dieu » tandis que les catholiques fervents s’intitulent « Enfants du Père Soubise (référence à un bénédictin du XIIIe siècle ou à un « maître artisan » de Salomon) ». En 1404, le roi Charles V réforme les corps de métiers parisiens relatifs aux compagnons maçons et charpentiers. Un autre texte constitutif des « anciens devoirs » paraît en 1410 sous le titre de « Manuscrit Cook ».
Au XVIe siècle des intellectuels comme François Rabelais (1483-1553) ou des inventeurs comme Bernard Palissy (1510-1590) vont être reçus en loge opérative comme « maçon accepté ». Dans le « Tiers Livre », Rabelais évoque la légende de Renaud de Montauban, qui aurait tué un neveu de Charlemagne, et se serait réfugié sur le chantier de la future cathédrale de Strasbourg. Il se serait conduit comme un excellent ouvrier, mais victime de la jalousie de ses collègues, aurait été assassiné. Ce thème sera repris dans la maçonnerie du XVIIIe siècle avec l’allusion au meurtre d’Hiram, l’architecte en chef de Salomon.
Au XVIIe siècle, s’instaure une tradition écossaise de la maçonnerie opérative, particulièrement à Kilwinning. Un ouvrage polémique « Le Mot du Maçon », publié en 1637 décrit la forme primitive de ce rite maçonnique. On sait que la maçonnerie spéculative écossaise jouera un rôle important dans le développement de la maçonnerie française avec l’exil des partisans de la dynastie Stuart en France.
En 1646, à Oxford, Elias Ashmole (1617-1692) alchimiste célèbre, est également initié à la maçonnerie opérative, et plusieurs personnalités scientifiques oxoniennes joueront un rôle dans la création de la Grande Loge de Londres, à laquelle appartiendront 24 membres de la fameuse « Royal Society ».
A Perth, en 1658, les diplômes de maître maçon (« freeman ») et de compagnon de métier font référence au « Temple de Salomon », comme source des métiers. A la fin du siècle, à Aberdeen, on voit sur les tableaux de deux personnalités de la ville, Alexandre Petersen, diacre, et président de la Corporation d’Aberdeen, et Patrick Whyte, maître-serrurier, qu’ils sont peints, entourés des deux colonnes symboliques du Temple de Salomon.
La Franc Maçonnerie spéculative va emprunter un certain nombre de références aux métiers et aux héros mythiques des « Anciens Devoirs » du Compagnonnage. Dans les Constitutions d’Andersen (voir plus loin), sont mis en parallèle « l’architecte » pour son travail théorique et le « tailleur de pierres » pour son travail manuel. Les appellations d’ « apprenti » et de « compagnon » sont conservées. Les instruments de métier sont reproduits sur le « tableau de loge » (dessin d’abord reproduit à la craie, sur le sol, puis sur un tapis mobile) : l’équerre, évoquant la croix (serment de l’apprenti), le compas du Maître de Loge, la truelle « pour cacher les défauts des frères » ; le fil à plomb (échelle de Jacob), la règle (loi morale de la Franc-Maçonnerie), le niveau (égalité fraternelle) sont mentionnés dans la Bible.
Quant aux trois éminentes personnalités associées à la direction d’une loge, Salomon, Hiran roi de Tyr, et Hiram l’Architecte, elles seront le legs du compagnonnage à la maçonnerie spéculative naissante.

C) Dans le domaine de la Chevalerie
Charlemagne, lui aussi aurait été perçu comme un nouveau Salomon. A son époque, la Bretagne (on l’a vu plus haut) sera fière de son roi Salomon, béatifié par la suite.
Les Chansons de geste vont magnifier le mythe du Graal, apparu vers 1180, avec le Roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde.
Chrétien de Troyes, poète de la Cour de Champagne, crée le mythe d’une chevalerie légendaire avec ses héros Lancelot, Perceval, Eric, ainsi que Wolfram von Eschenbach (1210) avec son Parzival, dont le genre de vie et les aventures ont été analysées récemment en liaison avec les rois éponymes iraniens. Cette tradition va être adoptée au moment des Croisades par les Ordres Chevaleresques, les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui donneront naissance à l’Ordre de Malte, et dont le mythe survivra dans les loges dites de « Saint-Jean », les Chevaliers Teutoniques (créés en 1112 à Saint-Jean d’Acre) et dont la Stricte Observance Templière Allemande au XVIIIe siècle constituera la version maçonnique, et les Chevaliers du Temple, symbole de confraternité universelle, dont plusieurs, au moment de leur persécution en France, se réfugieront auprès des Compagnons du Devoir. Ramsay, maçon écossais, attaché aux Stuart, dans un discours célèbre de 1736 rappellera l’antériorité de ces Ordres médiévaux (« Nos ancêtres les croisés voulurent réunir dans une seule confraternité les sujets de toutes les nations ») par rapport à la Franc-Maçonnerie qui adoptera dans son « Rite Ecossais Ancien et Accepté » le principe du Templier, porteur de truelle et d’épée, et institutionnalisera dans les grades supérieurs les plus élevés le titre de « Chevalier Kadosh » (sanctifié), même si des mises en garde officielles relativiseront ces emprunts : « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier », pourra-t-on lire dans la littérature maçonnique.
En tout cas, la franc-maçonnerie française s’ouvrira de fait à la haute noblesse, attentive à l’esprit chevaleresque. Le premier Grand-Maître français sera le duc d’Antin, en 1738, le deuxième le comte de Clermont en 1743. Le pouvoir ne tracassera presque pas la maçonnerie. En 1789, cette dernière comptera 629 loges et 30 000 maçons auxquels il convient d’ajouter les loges d’adoption féminines, dont la Grande Maîtresse sera la Duchesse de Bourbon. Une enquête portant sur la recension de 268 maçons en 1780 dénombrera parmi eux 78 % appartenant au Tiers-Etat, 18 % à la Noblesse et 4 % au Clergé.

III – Textes constitutifs de la Franc-Maçonnerie

L’intention de l’auteur n’est bien sûr pas de dévoiler des secrets déjà publiés d’ailleurs dans toutes sortes d’ouvrages destinés au grand public mais d’examiner l’instrumentalisation du mythe de Salomon, telle qu’on la découvre, comme on l’a vu, dans la structure initiatique opérative du compagnonnage, et comme on va le voir dans la structure initiatique philosophique de la Franc Maçonnerie. Patrick Négrier, David Stevenson, après Mircea Eliade, sont en mesure de nous apporter sur ce terrain des ouvertures très précieuses.
Tout d’abord, il semble que la tradition hermétique écossaise, évoquée plus loin, ait parfois conduit à une ambiguïté sémantique . En effet l’ancien nom d’Ecosse, « Calédonie » a été rapproché abusivement de « Chaldée », sans doute par référence biblique et l’utilisation de personnages historiques iraniens comme Cyrus dans le rituel des hauts grades ; il ne faut pas oublier qu’à l’élaboration des rituels maçonniques participaient des intellectuels latinistes et hellénistes, mais aussi des chercheurs qui avaient pu lire les récits de voyage en Orient et s’étaient intéressés à l’histoire de l’Orient ancien et moderne. Ramsay lui-même écrivit un ouvrage consacré à Cyrus.
Cette tradition « calédonienne » en tout cas rappelait que trois « degrés » d’initiation avaient été préservés depuis l’antiquité, un niveau opératif, celui des artisans, le niveau spéculatif des druides, enfin le niveau hermétique de l’architecture sacrée, dont un représentant illustre était Vitruve, qui avait été le maître à penser de Marc Aurèle. La référence à l’écossisme se retrouvait tout au long du Moyen Age avec Clément Scot, conseiller de Charlemagne, Jean Scot Erigene, conseiller de Charles le Chauve, Michel Scot de l’empereur Henri II, et un autre Michel Scot, conseiller de l’Empereur Frédéric II.
Dans le texte de ses « Constitutions » (1723), évoquées plus haut, Andersen décrit de manière lyrique le Temple de Salomon : « Celui-ci fut commencé et achevé, à l’étonnement du monde entier, dans le court espace de temps de 7 ans et 6 mois, par cet Homme très sage, ce très glorieux Roi d’Israël, ce Prince de la Paix et de l’Architecture que fut Salomon, fils de David ». Une description de plusieurs pages va suivre et l’auteur va directement relier la tradition salomonienne à la franc-maçonnerie « De sorte qu’après l’édification du Temple de Salomon, la Maçonnerie fut améliorée dans toutes les nations voisines, car les nombreux artistes employés par Hiram Abif se dispersèrent, après son achèvement, en Syrie, Mésopotamie, Assyrie, Chaldée, Babylone, chez les Mèdes, en Perse, Arabie, Afrique, Asie Mineure, en Grèce et dans les autres pays d’Europe où ils enseignèrent leur Art libéral aux Fils nés libres des Personnages éminents…Mais pas une nation, seule ou unie aux autres, ne pouvait rivaliser avec les Israélites, et encore moins les surpasser en Maçonnerie ; et leur Temple resta le constant modèle ».
Les Constitutions d’Andersen n’évoquent que les deux premiers grades de la Maçonnerie, apprenti et compagnon. Il semble que ce soit vers 1725 que pour parachever la hiérarchie des grades, on introduisit un troisième degré, celui de « Maître » ; c’est ce qui ressort d’un ouvrage polémique publié, à Paris, en 1726, sous le titre « Le Maçon Antédiluvien ». Le mythe salomonien de la construction toujours renouvelée du Temple bénéficie de la présence de l’architecte du temple, Hiram, dont le nom est en tout cas cité dans le Livre des Rois.
Il faut dire que l’institution maçonnique introduit dans son rituel le mythe du meurtre fondamental traditionnel. En Egypte, le meurtre d’Osiris, en Phénicie de Melqart (le roi Hiram de Tyr aura fait construire un temple à Melqart), à Rome entre Romus et Romulus, souligne le thème de la lutte du bien contre le mal. Mais le concept était déjà présent dans le compagnonnage. Un document d’Edimbourg de 1696 parle du « relèvement du cadavre d’Hiram par les cinq points du compagnonnage ». Les « cinq points » correspondaient aux « cinq points » du calvinisme tels qu’ils avaient été adoptés par le Synode de Dordrecht (1618-1619). Le catéchiste Graham avait souhaité assimiler les rois d’Angleterre des XVIe et XVIIe siècles à Salomon, Hiram représentant la communauté calviniste. On avait là une implication conjoncturelle.
Le 3e degré de la maçonnerie va donc expliciter les différentes fonctions de Salomon, du roi de Tyr Hiram, et de l’architecte Hiramabi, et annoncer les degrés suivants, dits de « perfection », de tradition salomonienne et qui vont apparaître vers 1738. Le rituel de loge sera dorénavant inspiré par le meurtre d’Hiram, comme l’indique le Manuscrit Wilkinson (1730) : « La loge est un carré long. C’est la forme de la tombe de notre Grand Maître Hiram ». La loge reconstitue le chantier du temple de Jérusalem, et celui qui la préside est un Hiram ressucité.
L’Hiram de la Bible apparaît donc dans le « Livre des Rois et les Chroniques ». Salomon (II Chroniques II, 2) s’adresse à Hiram roi de Tyr pour lui expédier des cèdres. Ce dernier lui répond : « Je t’envoie un homme sage, possédant l’intelligence, Hiram Abi ». Dans le « Livre des Rois » (VII,13-14), on apprend qu’Hiram Abi est fils d’un Tyrien et d’une Juive, qu’il érigera les deux colonnes de cuivre Jakin et Boaz devant l’entrée du Temple, qu’il construira la « Mer d’Airain » (bassin des ablutions) et qu’il terminera tous les travaux ». Mais il n’est pas mentionné dans le texte biblique qu’il était architecte et qu’il fut tué.
Dans la légende d’Hiram adoptée par la tradition maçonnique, Hiram devient le prototype de l’homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort. Il refuse en effet de livrer des secrets à trois contremaîtres du chantier du Temple qui veulent être promus le plus vite possible, et il est assassiné par ces trois « mauvais compagnons », que douze autres contremaîtres poursuivront et tueront également. Bien sûr, dans l’esprit religieux de l’époque, existait une corrélation entre Hiram et Jésus, condamné par trois personnages, Caïphe, Hérode et Pilate. Cet assassinat d’autre part préfigure négativement la destruction du Temple, mais aussi positivement, la nomination d’un nouveau maître. Sur le tableau de loge, au grade de maître, figurent un crâne représentant le drame du Golgotha et le meurtre d’Hiram, et des larmes exprimant le repentir de Pierre et le chagrin de l’injuste destinée d’Hiram.
Ces interprétations et ces rapprochements considérés comme hasardeux de symboles religieux et philosophiques conduit Rome à publier, en 1735, une bulle antimaçonnique « In Eminenti » reprochant aux participants catholiques en loge de fréquenter des non-catholiques, et regrettant la présence d’ecclésiastiques dans ces réunions. En 1781, l’évêque de Grenoble Mgr de Bouteville est ouvertement franc-maçon, et la loge « La Parfaite Union de Rennes », en 1785, compte qu’un cinquième de ses membres est composé de religieux. M.Thierry Zarcone a d’ailleurs montré que même des musulmans avaient été initiés dans des loges européennes.
Comme nous l’avons vu plus haut, et grâce à Ramsay, le personnage de Cyrus sera instrumentalisé dans le rituel maçonnique dans les hauts grades . Le 15e degré évoque la Cour de Cyrus et le 20e degré lui donne un rôle important. C’est que le Roi Perse, en libérant les Israélites de Babylonie, permettra la construction du deuxième Temple de Jérusalem (cf les livres d’Esdras et de Néhémi dans la Bible).
Ces hauts grades, établis par Etienne Morin en 1761, dans le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté, seront au nombre de 33. Ils vont à plusieurs reprises évoquer l’action mythique du roi Salomon.

IV – Le mythe de Salomon dans la franc-maçonnerie

Salomon apparaît dans plusieurs livres de la Bible, outre les Chroniques et le Livre des Rois, dans le Livre des Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclesiaste, la Sagesse, les Psaumes. Ce sont ses connaissances scientifiques qui sont soulignés : la phytologie (La Sagesse 4, 4-5 ; 6, 15), la zoologie (Proverbes 6, 6-11 ; 26, 11 ; 28, 15 ; l’Ecclésiaste 3, 19-21 ; 9, 12 ; La Sagesse 5, 11), la cosmologie et l’astronomie (l’Ecclésiaste 1, 7 ; 3, 1-8 ; 11, 3 ; La Sagesse 2, 2-5 ; 19, 18-21 ; les Proverbes, 25, 23). Ainsi que son approche philosophique (1 Rois 5, 13 ; La Sagesse 7, 15-21) par le symbolisme des sept planètes errantes.
La Bible le fait voir en homme sage, voire exemplaire par son don du discernement afin de juger équitablement et son esprit de tolérance puisqu’il autorisera, à la fin de son règne, la pratique des cultes de ses épouses, moabites, hittites ou sidonites. Ce qui entraîne le problème de la responsabilité, cher aux francs-maçons. Son nom en hébreu Schlomo est à rapprocher de Shalom, paix, qui génère un état d’harmonie et de prospérité ; le Coran reprendra ce thème de correspondance entre « Suleyman » et « Salam » (la paix). A un plan supérieur, il est hissé au niveau de « prophète » (comme dans le Coran), les commentateurs rappelant qu’il n’y a pas d’autre prophète déclaré vivant à son époque. Certains ont pu le comparer à Jésus (cf Nathan, 2 et Samuel 7, 14) : « Je serai pour lui un Père, dit Yahvé, et lui sera pour Moi un fils », et dans les Psaumes 2, V ; 7, on lit ces autres paroles de Yahvé qui lui sont adressées : « Tu es mon fils, Moi aujourd’hui, Je t’ai engendré ».
Le rôle de bâtisseur de Salomon est aussi souligné à l’occasion de l’érection du Temple de Jérusalem (1 Rois 10, 1) qui prit 77 mois et dont la façade aurait imité le modèle fourni par les anciennes huttes des bergers mésopotamiens comme la famille d’Abraham. La Genèse (33, 17) parle de hutte « bâtie » par Jacob, et si l’Exode est présenté comme une quête de pâturage, la construction d’un Temple pour abriter l’Arche d’Alliance jusque là itinérante, souligne la sédentarisation des Hébreux (en arabe « Aber », celui qui parcourt les espaces, comme toutes les langues sémitiques). Sur une terrasse de 110 mètres de long sur 88 mètres de large, l’édifice aura 33 mètres de long, 11 mètres de large et 16,5 mètres de hauteur. Les rochers qui affleurent servirent d’autel des sacrifices pour les trois temples successifs ; ils seront recouverts par la « Coupole du Rocher » par le Calife Abdelmalek (685-691) et réintroduits dans l’imaginaire musulman avec l’empreinte d’un pied attribué à Mohammed au moment de son ascension céleste. Ce temple sera détruit en 586 avant J.C. par les Perses ; un deuxième temple sera érigé par Zorobabel en 450 avant J.C.. Ezechiel aura été missionné pour décrire le temple de Jérusalem aux Juifs de Babylone, insistant sur sa représentation du personnage créateur, du cosmos et de chaque être humain, notions instrumentalisées par les Francs-Maçons dans leur loge. Le troisième temple sera construit par Hérode le Grand, détruit par Titus en 70, et rasé par Hadrien en 135 de notre ère.
Dès le grade d’apprenti, la symbolique du Temple de Jérusalem apparaît dans le vestibule qui leur est réservé, rappelant les 15 marches extérieures du temple, le « heykal » ou partie centrale, où s’assemblent les maçons, et que l’on considère comme « centre du monde », transformable parfois au niveau des Maîtres, en « Dévir » ou « Chambre du milieu ». L’architecture intérieure et le mobilier, évoqués dans la Bible sont présents dans la loge , les deux colonnes du temple encadrent le « dévir », le tableau de loge symbolise les marches d’entrée du Temple, les fenêtres à cadres et à grilles ; la pierre rappelle le 1er Livre des Rois (V,32) : « Les maçons de Salomon, de Hiram et les guiblins (de Byblos) équarissaient et façonnaient le bois et la pierre pour l’édification du Temple » ; les grenades figurant sur le chapiteau des colonnes représentent, comme l’indique Patrick Négrier « la multiplicité des principes comportant l’Etre », le chandelier (ménara) à sept branches (cf Genèse, 1, 11 à 13) et enfin le pavé mosaïque évoquant la terre sainte du Sinaï.
Salomon est souvent présent dans le rituel maçonnique ; s’il clôt le premier des cycles de l’initiation, il ouvre les degrés dits salomoniens. Au 4e degré, la loge est présidée par Salomon, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, et la Bible, présente sur « l’autel » est ouverte au premier livre des Rois ; les maçons déplorent la mort d’Hiram. Au 6e degré, Salomon et Hiram président les activités de la loge, et par une référence souchée sur le Livre des Rois (LX 11 à 13), Salomon pardonnera à un visiteur curieux, en fait l’impétrant, d’être venu s’informer en toute bonne foi. Au 8e degré, Salomon recherche un responsable pour le nommer à la tête des cinq ordres d’architecture. Les 9e, 10e et 11e degrés décrivent des rites de vengeance décidés par Salomon. La légende développée au 13e degré où le Président représente Salomon a été décrite dans le « Manuscrit Francken », présenté en France, comme on l’a vu plus haut, par Etienne Morin, en ces termes : « Ce roi vertueux (Salomon), supposant qu’avant le Déluge un temple avait peut-être été érigé sur ce lieu, et craignant que ce ne fût au culte de quelque faux dieu… ne voulut pas le construire là. Il partit donc et choisit la plaine d’Arunia (ou « Ornan »). C’est la légende du temple souterrain d’Henoch que reprendra le texte du rite maçonnique. Le président de loge représente encore Salomon au 14e degré. Au 27e degré, le mot de passe sera encore « Salomon ». Ainsi ce dernier apparaît comme garant symbolique de la maîtrise sans défaut, du secret, et de l’influence spirituelle de celui qui, élu par ses pairs, dirige une loge maçonnique.
Cette instrumentalisation européenne de ce personnage biblique de Salomon, dans les rites initiatiques, d’abord compagnonniques, puis chevaleresques, puis maçonniques, ne diffère pas, dans un triple rôle mis en valeur par la Bible, de roi, de prophète et de grand prêtre, de ce qu’il peut représenter dans des cérémonies exclusivement religieuses, comme l’ont montré plusieurs intervenants spécialisés dans d’autres régions du monde, asiatiques et africaines. En tout cas, la remarque de Jung « On ne fabrique pas un symbole, on le découvre », s’applique bien à l’appropriation, par les sociétés initiatiques, du mythe salomonien.

Source : http://grandorientarabe.blogspot.fr/

Lire la suite

Discours Sur la Mythologie

4 Novembre 2012 , Rédigé par PVI Publié dans #Planches

André-Michel chevalier de Ramsay n'a certes jamais fondé de rite ni de grades. Mais cet Ecossais est sans doute le plus grand docteur de ce courant qui, au sein de la franc-maçonnerie universelle, se plaît à expliciter le caractère initiatique, ésotérique, en même temps que traditionnel, de l'Ordre, et qu'on nomme « écossais », sans que la référence géogra­phique ait d'autre sens que celui d'un hommage rendu au premier pays des gentlemen-masons. Le grade de maître écossais naquit à Londres, le courant écossais naquit en France.

Le discours de Ramsay est fameux. Il a été publié ici même dans une édition critique (1) et l'on a sou­ligné que si, souvent, en effet, l'auteur développe, il demeure fidèle à l'histoire légendaire de la franc- maçonnerie, telle que James Anderson la mit au point en tête des premières constitutions de la maçon­nerie moderne.

« Universae religionis vindex et martyr », « défen­seur et martyr de la religion universelle » : c'est l'épi­taphe que Ramsay lui-même s'était composée. Cette religion universelle », cette « religion catholique », selon l'expression synonyme d'Anderson — l'accord reste entier —, cette religion commune à tous les maçons, Ramsay en donne la plus juste idée dans son

Discours sur la mythologie qui sera réédité ci-après .

Mon premier dessein avait été d'insérer dans mon Livre des Notes détachées : mais comme la lecture de ces remarques cri­tiques détourne trop l'attention de l'Histoire principale, j'ai cru devoir les réunir dans un discours suivi, que je divise en deux parties.

Dans la première, je montrerai que les Philosophes de tous les temps, et de tous les pays, ont eu l'idée d'une Divinité suprême, distincte et séparée de la matière. La seconde servira à faire voir que les vestiges des principaux dogmes de la Religion révélée, sur les trois états du monde, se rencontrent dans la Théologie de toutes les Nations.

PREMIERE PARTIE

De la Théologie des païens

Je commence d'abord par les Mages ou les Philosophes per­sans. Selon le témoignage d'Hérodote, les anciens Perses n'avaient ni statues, ni temples, ni autels. « Ils appellent folie, dit cet auteur, de croire comme les Grecs que les Dieux ont une figure, et une origine humaine. Ils montent sur les plus hautes montagnes pour sacrifier. Il n'y a chez eux ni libations, ni musique, ni offrandes. Celui qui fait le sacrifice, mène la victime dans un lieu pur, et invoque le Dieu auquel il veut sacrifier, ayant la tiare couronnée de myrthe. Il n'est pas permis au sacrificateur de prier pour lui en particulier ; mais, il doit avoir pour objet le bien de toute la Nation, et il se trouve ainsi compris avec tous les autres. »

Strabon rend le même témoignage aux anciens Perses. « Ils n'érigeaient ni statues, ni autels, dit cet Historien. Ils sacrifiaient dans un lieu pur, et fort élevé, où ils immolaient une victime couronnée. Quand le Mage en avait divisé les parties, chacun prenait sa portion. Ils ne laissaient rien pour les Immortels, disant que Dieu ne veut autre chose que l'âme de la victime. »

Les Orientaux persuadés de la Metempsychose, croyaient que la victime était animée d'une intelligence, dont les peines expia­trices finissaient par le sacrifice.

Il est vrai que les Perses, ainsi que les autres païens, ado­raient le feu, le soleil et les astres ; mais on verra qu'ils les regar­daient uniquement comme des images visibles et des symboles d'un Dieu suprême, qu'ils croyaient être le seul maître de la nature.

Plutarque nous a laissé dans son traité d'Isis et d'Osiris, un fragment de la Théologie des Mages. Cet historien philosophe nous assure qu'ils définissaient le grand Dieu Oromaze, le principe de lumière qui a tout opéré, et tout produit. Ils admettaient encore un autre Dieu, mais subalterne, qu'ils nommaient Mythras ou le dieu Mitoyen. Ce n'était pas un Etre coéternel avec la Divinité suprême, mais la première production de sa puissance, qu'il avait préposé pour être le Chef des Intelligences.

La plus belle définition de la Divinité qui se trouve parmi les anciens, est celle de Zoroastre. Elle nous a été conservée par Eusèbe dans sa Préparation évangélique. Cet auteur n'était pas trop favorable aux païens. Il cherchait sans cesse à dégrader leur philosophie. Cependant il dit avoir lu mot pour mot les paroles suivantes dans un Livre de Zoroastre qui existait de son temps, et qui avait pour titre « Recueil sacré des Monuments persans ».

« Dieu est le premier des incorruptibles, éternel, non engendré. Il n'est point composé de parties. Il n'y a rien de semblable ni d'égal à lui. Il est auteur de tout bien, désintéressé, le plus excellent de tous les êtres excellents, et la plus sage de toutes les Intelligences. Le père de la justice et des bonnes lois ; instruit par lui seul, suffisant à lui-même, et premier producteur de la Nature. »

Les auteurs modernes des Arabes et des Persans, qui nous ont conservé ce qui reste de l'ancienne doctrine de Zoroastre parmi les Guebres et les Ignicoles, assurent que les premiers Mages n'admettaient qu'un seul principe éternel.

Abulfeda, cité par le célèbre Docteur Pocok, dit que selon la primitive doctrine des Perses « Dieu était plus ancien que la lumière et les ténèbres et qu'il avait existé de tout temps, dans une solitude adorable, sans compagnon et sans rival. »

Saristhani, cité par M. Hydde, « dit que les premiers Mages ne regardaient point le bon et le mauvais principe comme coéternels, mais qu'ils croyaient que la lumière était éternelle, et que les ténèbres avaient été produites par l'infidélité d'Ahriman, chef des Génies. »

M. Bayle dit dans son dictionnaire que les anciens Perses étaient tous Manichéens. Il aurait sans doute abandonné ce senti­ment, s'il avait consulté les auteurs originaux. C'est ce que ce célèbre critique ne faisait pas toujours. Il avait un génie capable de tout approfondir ; mais il écrivait quelquefois à la hâte, et se contentait d'effleurer les matières les plus graves. D'ailleurs on ne peut justifier cet auteur d'avoir trop aimé l'obscurité désolante du Pyrrhonisme. Il semble dans ses ouvrages être toujours en garde contre les idées satisfaisantes sur la religion. Il montre avec art et subtilité tous les côtés obscurs d'une question, mais il en présente rarement le point lumineux, d'où sort l'évidence. Quels éloges n'eût-il pas mérité, s'il avait employé ses rares talents plus utilement pour le genre humain !

Telle est la Théologie des anciens Perses, que j'ai mise dans la bouche de Zoroastre. Les Egyptiens avaient à peu près les mêmes principes que les Orientaux. Rien n'est plus absurde que l'idée qu'on nous donne ordinairement de leur théologie. Rien aussi n'est plus outré que le sens allégorique que certains auteurs ont voulti trouver dans leurs hiéroglyphes.

D'un côté il est difficile de croire que la nature humaine puisse jamais être assez aveuglée pour adorer des insectes, des reptiles, et des plantes qu'on voit naître et périr tous les jours, sans y attribuer certaines vertus divines, ou sans les regarder comme des symboles de quelque puissance invisible. Dans les pays les plus barbares, on trouve quelques connaissances d'un Etre supérieur, qui fait l'objet de la crainte, ou de l'espérance des sauvages les plus grossiers. Quand on supposerait qu'il y a des peuples tombés dans une ignorance assez profonde pour n'avoir aucun sentiment de la Divinité ; il est certain que l'Egypte ne saurait être accusée de cette Ignorance. Tous les historiens sacrés et profanes parlent de ce peuple comme de la plus sage de toutes les Nations ; et l'un des éloges que le Saint-Esprit donne à Moïse et à Salomon, est qu'ils étalent instruits dans toutes les sciences des Egyptiens. L'Esprit divin aurait-il loué ainsi la sagesse d'une Nation tombée dans une barbarie assez grossière pour adorer les oignons, les cro­codiles et les reptiles les plus méprisables.

D'un autre côté certains auteurs modernes veulent trop exal­ter la théologie des Egyptiens, et trouver dans leurs hiéroglyphes tous les mystères du christianisme. Après le déluge, Noé ne laissa point sans doute ignorer à ses enfants, les grands principes de la religion sur les trois Etats du monde. Cette tradition a pu se répandre de génération en génération parmi tous les peuples de la terre ; mais il ne faut pas conclure de là que les païens eussent des idées aussi claires sur la Nature divine et sur le Messie qu'en avaient les Juifs. Cette supposition, loin de rendre hommage aux Livres sacrés, les dégrade. Je tâcherai de garder le juste milieu entre ces deux extrémités.

Plutarque dans son Traité d'Isis et d'Osiris, nous apprend que la théologie des Egyptiens avait deux significations. L'une sainte et symbolique. L'autre vulgaire et littérale, et par conséquent que les figures des animaux qu'ils avaient dans leurs temples et qu'ils paraissaient adorer, n'étaient que des hiéroglyphes, pour repré­senter les attributs divins.

Suivant cette distinction, il dit qu'Osiris signifie le principe actif ou le Très-saint ; Isis, la sagesse ou le terme de son opé­ration ; Orus, la première production de la puissance, le modèle selon lequel il a tout produit, ou l'archétype du monde.

Il serait téméraire de soutenir que les païens aient jamais eu aucune connaissance d'une trinité de personnes distinctes, dans l'Unité indivisible de la Nature divine. Mais il est constant que les Chaldéens et les Egyptiens croyaient que tous les attributs de la Divinité pouvaient se réduire à trois : Puissance, Intelligence et Amour. Ils distinguaient aussi trois sortes de mondes : le monde sensible, le monde aérien et le monde étheréen. Dans chacun de ces mondes ils reconnaissaient encore trois principales propriétés, figure, lumière et mouvement ; matière, forme et force. C'est pour cela que les anciens philosophes regardaient le nombre de trois comme mystérieux.

En lisant avec attention le Traité de Plutarque, les ouvrages de Jamblique, et tout ce qui nous reste sur la religion des Orientaux et des Egyptiens, on verra que la mythologie de ces peuples regarde principalement les opérations internes, et les attributs de la divinité ; comme celle des Grecs, ses opérations externes, ou les propriétés de la Nature. Les Orientaux et les Egyptiens avaient l'esprit plus subtil et plus métaphysique que les Grecs et les Romains. Ces derniers aimaient mieux les sciences qui sont du ressort de l'imagination et du sentiment. Cette clef peut servir beaucoup à l'intelligence des anciennes mythologies.

Plutarque conclut ainsi son Traité d'Isis et d'Osiris : « Comme l'on dit que celui qui lit les Ouvrages de Platon, lit Platon ; et celui qui joue la comédie de Ménandre, joue Ménandre ; de même les anciens ont appelé du nom des Dieux les différentes productions de la Divinité. Plutarque avait dit plus haut qu'il faut prendre garde de ne pas transformer, dissoudre et dissiper la Nature divine en rivières, en vents, en végétations, en formes et en mouvements corporels ; ce serait ressembler à ceux qui croient que les voiles, les câbles, les cordages et l'ancre sont le pilote ; que le fil, la trame et la navette sont le tisserand.

Par cette conduite insensée on blasphémerait contre les Puissances célestes, en donnant le nom de Dieu à des natures insensibles, inanimées et corruptibles. Rien de ce qui n'a point d'âme, poursuit-il, rien de matériel et de sensible ne peut être Dieu.

Il ne faut pas croire non plus que les Dieux soient différents selon les différents pays, Grecs et Barbares, Septentrionaux et Méridionaux. Comme le Soleil est commun à tous, quoiqu'on l'appelle de divers noms en divers lieux ; de même il n'y a qu'une seule Intelligence souveraine, et une même Providence qui gouverne le monde, quoiqu'on l'adore sous différents noms, et quoiqu'elle ait établi des puissances inférieures pour ses ministres. Voilà, selon Plutarque, la doctrine des premiers Egyptiens sur la Nature divine. »

Origène qui était contemporain de Plutarque, suit les mêmes principes dans son livre contre Celse. Ce philosophe païen se vantait de connaître la religion chrétienne, parce qu'il en avait vu quelques cérémonies, mais il n'en pénétrait point l'esprit. Origène s'exprime ainsi : « En Egypte les philosophes ont une science sublime et cachée sur la Nature divine, qu'ils ne montrent au peuple que sous l'enveloppe de fables et d'allégories. Celse ressemble à un homme qui, ayant voyagé dans ce pays, et qui n'ayant jamais conversé qu'avec le vulgaire grossier, croirait entendre la religion égyptienne. Toutes les Nations orientales, ajoute-t-il, les Perses, les Indiens, les Syriens cachent des mystères secrets sous leurs fables religieuses. Le Sage de toutes ces religions en pénètre le sens, tandis que le vulgaire n'en voit que le symbole extérieur et l'écorce. »

Ecoutons à présent Jamblique qui avait étudié à fond la reli­gion des Egyptiens. Il vivait au commencement du troisième siècle, et était disciple du fameux Porphyre, selon le témoignage de S. Clément et de S. Cyrille d'Alexandrie. On lisait encore alors plu­sieurs livres égyptiens qui n'existent plus aujourd'hui. Ces livres étaient respectés par leur antiquité. On les attribuait à Hermès Trismégiste, ou à quelqu'un de ses premiers disciples. Jamblique avait lu ces livres que les Grecs avaient fait traduire. Voici ce qu'il dit de la théologie qu'ils enseignaient.

« Selon les Egyptiens, le premier Dieu exista dans son unité solitaire avant tous les êtres. Il est la source et l'origine de tout ce qui est intelligent ou intelligible. Il est le premier principe, suffisant à lui-même, incompréhensible et le père de toutes les essences. »

Hermès dit encore, continue Jamblique, « que ce Dieu suprême a proposé un autre Dieu nommé Emeph, comme chef de tous les esprits éthéréens, empyréens et célestes ; que ce second Dieu qu'il appelle conducteur, est une sagesse qui transforme et qui convertit en elle toutes les intelligences. Il ne préfère à ce Dieu conducteur que le premier intelligent et le premier intelligible, qu'on doit adorer dans le silence. »

Il ajoute « que l'Esprit producteur a différents noms, selon ses différentes propriétés ou opérations ; qu'on l'appelle en langue égyptienne Amoun, en tant qu'il est sage ; Ptha, en tant qu'il est la vie de toutes choses, et Osiris, en tant qu'il est l'auteur de tout bien. »

Telle est, selon Jamblique, la doctrine des Egyptiens ; par-là il est manifeste qu'ils admettaient un seul principe et un Dieu Mitoyen somblable au Mythras des Perses.

L'idée d'un esprit préposé par la divinité suprême pour être le chef et le conducteur de tous les esprits, est très ancienne. Les docteurs hébreux croyaient que l'âme du Messie avait été créée dès le commencement du monde et préposée à tous les ordres des intelligences. Cette opinion était fondée sur ce que la Nature finie ne peut pas contempler sans cesse les splendeurs de l'essence divine ; qu'elle est obligée d'en détourner quelquefois la vue, pour adorer le Créateur dans ses productions, et que dans ces moments il fallait un chef qui conduise les esprits par toutes les régions de l'immensité, pour leur en montrer les beautés et les merveilles.

***

Pour connaître à fond la théologie des Orientaux et des Egyp­tiens, examinons celle des Grecs et des Romains qui en dérive originairement. Les philosophes de la Grèce allaient étudier la sagesse en Asie et en Egypte. Thalès, Pythagore, Platon, y ont puisé leurs plus grandes lumières : les traces de la tradition orientale sont presque effacées aujourd'hui • mais on nous a conservé plu­sieurs monuments de la théologie des Grecs. Jugeons des maîtres par leurs disciples.

Il faut distinguer les dieux des poètes d'avec ceux des philoso­phes. La poésie divinise toutes les différentes parties de la Nature, et donne tour à tour de l'esprit au corps, et du corps aux Esprits. Elle exprime les opérations et les propriétés de la matière par les actions et les passions des Puissances invisibles, que les païens supposaient conductrices de tous les mouvements et de tous les événements qu'on voit dans l'univers. Les poètes passent subitement de l'allégorie au sens littéral, et du sens littéral à l'allé­gorie, des Dieux réels aux Dieux fabuleux ; c'est ce qui cause le mélange de leurs images, l'absurdité de leurs fictions, et l'indé­cence de leurs expressions justement condamnées par les philo­sophes.

Malgré cette multiplicité de Dieux subalternes, ces poètes reconnaissaient cependant qu'il n'y avait qu'une seule divinité suprême ; c'est ce que nous allons voir dans les très anciennes traditions qui nous restent de la philosophie d'Orphée. Je suis bien éloigné de vouloir attribuer à ce poète les ouvrages qui por­tent son nom. Je crois avec le célèbre Grotius, que les pythagori­ciens qui reconnaissaient Orphée pour leur maître, sont les auteurs de ces livres. Quoiqu'il en soit, comme ces écrits sont plus anciens qu'Hérodote et Platon et qu'ils étaient fort estimés parmi les païens, nous pouvons juger par les fragments qui nous en restent de l'ancienne théologie des Grecs.

Voici l'abrégé que fait Timothée cosmographe de la doctrine d'Orphée ; cet abrégé nous a été conservé dans Suidas, Cedrenus et Eusèbe.

« Il y a un Etre inconnu, qui est le plus élevé et le plus ancien de tous les Etres, et le Producteur de toutes choses, même de l'Ether et de tout ce qui est au-dessous de l'Ether. Cet Etre sublime est Vie, Lumière, Sagesse ; ces trois noms marquent la même et unique Puissance qui a tiré du néant tous les Etres visibles et invisibles. »

Il paraît par ce passage que l'idée de la création, c'est-à-dire de la production des substances, n'était pas inconnue aux philoso­phes païens ; nous la trouverons bientôt dans Platon.

Proclus nous a conservé encore ce merveilleux passage de la théologie d'Orphée : « L'univers a été produit par Jupiter. L'Empyrée, le profond Tartare, la Terre et l'Océan, les Dieux immortels et les Déesses, tout ce qui est, tout ce qui a été, tout ce qui sera, était contenu originairement dans le sein fécond de Jupiter et en est sorti. Jupiter est le premier et le dernier, le commencement et la fin. Tous les Etres émanent de lui. Il est le Père primitif et la Vierge immortelle. Il est la vie, la cause et la force de toutes choses. Il n'y a qu'une seule Puissance, un seul Dieu, et un seul Roy universel de tout. »

Je finis la théologie d'Orphée par ce passage fameux de l'au­teur des Argonautiques, qui a suivi la doctrine d'Orphée. « Nous chanterons d'abord un hymne sur l'ancien chaos, comment le ciel, la mer et la terre en furent formés. Nous chanterons aussi l'amour parfait, sage et éternel, qui a débrouillé ce chaos. »

Il paraît par la doctrine de la théogonie, ou la naissance des Dieux qui est même que la cosmogonie, ou la génération de l'univers, que les anciens poètes rapportaient tout à un premier Etre de qui tous les autres émanaient. Le poème de la théogonie d'Hesiode parle de l'amour comme du premier principe qui débrouilla le Chaos. « De ce chaos sortit la nuit ; de la nuit, l'Ether ; de l'Ether, la lumière ; ensuite les étoiles, les planètes, la terre, et enfin les Dieux qui gouvernent tout. »

Ovide parle aussi le même langage dans le premier livre de ses Métamorphoses : « Avant qu'il y eut, dit-il, une mer et une terre ; avant qu'il y eut un ciel qui enveloppât le monde, toute la nature était une masse informe et grossière que l'on nomme le Chaos. Les semences de toutes choses étaient dans une perpétuelle discorde ; mais une divinité bienfaisante termina tous ces différends. » Il est évident par ces paroles que le poète latin, qui a suivi la tradition grecque, distingue entre le chaos et Dieu qui le débrouilla avec intelligence.

Je dois remarquer ici cependant que la mythologie grecque et romaine sur le chaos est bien plus imparfaite que celle des Orien­taux et des Egyptiens, qui nous enseignent qu'un état heureux et parfait a précédé le chaos ; que le bon principe n'a pu rien pro­duire de mauvais ; que son premier ouvrage ne pouvait pas être la confusion et le désordre ; et enfin que le mal physique n'a été qu'une suite du mal moral. L'imagination des poètes grecs enfanta d'abord la monstrueuse doctrine de Manès sur les deux principes coéternels ; une intelligence souveraine et une matière aveugle ; la lumière et les ténèbres ; un chaos informe et une divinité qui se débrouille.

Je quitte Hesiode et Ovide, pour parler de la théologie d'Ho­mère et de Virgile son imitateur. Quiconque lira attentivement ces deux poètes épiques verra que le merveilleux qui règne dans leurs fables est fondé sur ces trois principes : 1° Qu'il y a un Dieu suprême qu'ils appellent partout le Père et le Maître souverain des hommes et des dieux, l'Architecte du monde ; le prince et le gou­verneur de l'univers, le premier Dieu et le grand Dieu. 2° Que toute la Nature est remplie d'intelligences subalternes qui sont les minis­tres de cette divinité suprême. 3° Que les biens et les maux, que les vertus et les vices, que les connaissances et les erreurs vien­nent de l'action et de l'inspiration différente des bons et des mau­vais génies qui habitent l'air, la mer, la terre et le ciel.

Les poètes tragiques et lyriques parlent comme les poètes épiques. Euripide reconnaît hautement la dépendance de tous les êtres d'un seul principe : « O I Père et Roy des hommes et des dieux, dit-il, pourquoi croyons-nous, misérables mortels, savoir ou pouvoir quelque chose ; notre sort dépend de votre volonté. »

Sophocle nous représente la divinité comme une intelligence souveraine qui est la vérité, la sagesse et la loi éternelle de tous les esprits : « La nature mortelle, dit-il, n'a point engendré les lois : elles viennent d'en haut : elles descendent du ciel même. Jupiter olympien en est le seul Père. »

Pindare dit « que Chiron apprenait à Achille à adorer au-dessus de tous les autres dieux, Jupiter qui lance la foudre. »

Plaute introduit un dieu subalterne parlant ainsi : « Je suis citoyen de la cité céleste, dont Jupiter, père des dieux et des hommes, est le chef. Il commande aux nations, et nous envoie par tous les royaumes pour connaître les mœurs et les actions, la piété et la vertu des hommes. C'est en vain que les mortels tâchent de le corrompre par les offrandes et les sacrifices. Ils perdent leur peine, car il a en horreur le culte des impies. »

« Muses, dit Horace, célébrez en premier lieu, selon la coutume de nos pères, le grand Jupiter qui gouverne les mortels et les immortels, la terre, les mers et tout l'univers. Il n'y a rien « de plus grand que lui, rien de semblable, rien d'égal à lui. »

Je finis ce que j'ai à citer des poètes par ce passage merveil­leux de Lucain. Lorsque Caton arrive au temple de Jupiter Ammon, après avoir traversé les déserts de la Lybie, Labienus veut le per­suader de consulter l'oracle. Voici la réponse que le poète met à la bouche de ce

philosophe Heros : « Pourquoi me proposez-vous, ô Labienus, de demander à l'oracle si l'on doit mieux aimer mourir libre les armes à la main, que de voir la tyrannie triompher dans sa Patrie ; si cette vie mortelle n'est que le retardement d'une immortalité heureuse ; si la violence peut nuire à un homme de bien ; si la vertu ne nous rend point supérieurs aux malheurs et si la vraie gloire dépend des succès : nous savons déjà ces vérités et l'oracle ne peut pas nous faire des réponses plus claires que celles que Dieu nous fait à tout moment dans le « fond de notre cœur. Nous sommes tous unis à la divinité, elle n'a pas besoin de paroles pour se faire entendre et elle nous a « dit en naissant tout ce que nous avons besoin de savoir. Elle n'a pas choisi les fables arides de la Lybie pour y ensevelir la « vérité, afin qu'elle ne soit entendue que d'un petit nombre de personnes. Elle le fait connaître à tous. Elle remplit tous les « lieux, la terre, la mer, l'air, le ciel. Elle habite surtout dans l'âme des justes. Pourquoi la chercher plus loin ? »

Passons des poètes aux philosophes, et commençons par Tha­lès Milesien, chef de l'école ionique. Il vivait plus de six cents ans avant l'ère chrétienne. Nous n'avons aucun de ses ouvrages ; mais voici quelques-unes de ses maximes, qui nous ont été conservées par les auteurs les plus respectables de l'antiquité.

« Dieu est le plus ancien de tous les Etres. Il a produit l'uni vers plein de merveilles. Il est l'intelligence qui a débrouillé le chaos. Il est sans commencement et sans fin et rien ne lui est caché. Rien ne peut résister à la force du destin ; mais ce destin n'est autre que la raison immuable et la puissance éter­« nelle de la Providence. »

Ce qu'il y a de plus surprenant en Thalès, c'est la définition de l'âme. Il l'appelle « un principe ou une nature que se meut elle même, pour la distinguer de la matière. »

Pythagore est le second grand philosophe après Thalès, et le chef de l'école italique.

On sait l'abstinence, le silence, la retraite et la grande pureté de mœurs qu'il exigeait de ses disciples. Il avait senti que l'esprit seul ne peut atteindre à la connaissance des choses divines, à moins que le cœur ne soit épuré de ses passions. Voici les idées qu'il nous donne de la divinité.

« Dieu n'est ni sensible, ni passible, mais invisible, purement intelligible et souverainement intelligent. Par son corps, il ressemble à la lumière, et par son âme à la vérité. Il est l'Esprit uni­versel qui pénètre et qui se répand par toute la Nature. Tous les êtres reçoivent leur vie de lui. Il n'y a qu'un seul Dieu, qui n'est pas, comme quelques-uns se l'imaginent, placé au-dessus du monde, hors de l'enceinte de l'univers : mais étant tout entier en soi, il voit tous les êtres qui remplissent son immensité. Principe unique, lumière du ciel, père de tous, il produit tout, il arrange tout, il est la raison, la vie et le mouvement de tous les êtres. »

Il enseignait qu'outre le premier principe, il y avait trois sortes d'intelligences, les dieux, les héros et les âmes. Il regardait les premiers comme les images inaltérables de la souveraine intelli­gence ; les âmes humaines comme les moins parfaites des susbs­tances raisonnables ; et les héros comme des êtres mitoyens pla­cés entre les deux, pour élever les âmes à l'union divine.

Il nous représente ainsi l'immensité comme remplie d'esprits de différents ordres. Thalès avait la même idée. Ces deux sages avaient puisé cette doctrine en Egypte, où l'on croyait que c'était borner la puissance divine, que de la supposer moins féconde en intelligences, qu'en objets matériels.

C'est là le vrai sens de cette expression fameuse attribuée aux pythagoriciens, que l'unité a été le principe de toutes choses, et que de cette unité était sortie une dualité infinie. On ne doit pas entendre par cette dualité deux des personnes de la Trinité chrétienne, ni les deux principes de Manès ; mais un monde d'intel­ligence et de corps qui est l'effet dont l'unité est la cause. C'est là le sentiment de Porphyre. Il doit être préféré à celui de Plutar­que, qui veut attribuer à Pythagore le système manichéen, sans en donner aucune preuve.

Pythagore définissait l'âme comme Thalès, un principe qui se meut lui-même. Il soutenait de plus « qu'en sortant du corps, elle se réunit à l'âme du monde ; qu'elle n'est pas un Dieu, mais l'ouvrage d'un Dieu éternel et qu'elle est immortelle à cause de son principe. »

Ce philosophe croyait que l'homme était composé de trois parties, de l'esprit pur d'une manière éthérée, qu'il appelait le char subtil de l'âme et d'un corps mortel ou grossier. Il était encore redevable de cette idée aux Egyptiens, qui l'avaient donnée peut être aux Hébreux, dont la théologie distingue l'esprit pur, le corps céleste et le corps terrestre.

Les pythagoriciens appellent souvent le char subtil ou le corps céleste, l'âme, parce qu'ils la regardent comme la vertu active qui anime le corps terrestre. C'est ce qui fait croire à ceux qui n'approfondissent point leur philosophie, qu'ils regardaient la subs­tance pensante comme matérielle. Rien n'est plus faux. Ils distin­guaient toujours entre l'entendement ou l'esprit pur et l'âme ou le corps éthéréen. Ils regardaient l'un comme la source de nos pensées ; l'autre comme la cause de nos mouvements et les croyaient deux substances différentes. Anaxagore, comme nous verrons bientôt, redressa cette erreur.

Les anciens poètes grecs avaient déguisé cette opinion. Ils appelaient le corps céleste le simulacre, l'image ou l'ombre, parce qu'ils s'imaginaient que ce corps subtil en descendant du ciel pour animer le corps terrestre, en prenait la forme, comme la fonte prend celle du moule où on la jette. Ils disaient qu'après la mort, l'esprit revêtu de ce char subtil s'envolait vers les régions de la Lune, où ils avaient placé les champs Elysées. Selon eux, il arri­vait là une seconde mort par la séparation de l'esprit pur d'avec son char. L'un se réunissait aux Dieux et l'autre restait dans le séjour des ombres ; c'est pour cela qu'Ulysse dit dans l'Odyssée,

« qu'il aperçut dans les champs Elysées le divin Hercule, c'est-à‑dire son image (continue le poète), car pour lui il est avec les Dieux immortels et assiste à leurs festins. »

Pythagore n'adoptait point la fiction poétique de la féconde mort. Il enseignait que le pur esprit et son char subtil étant nés ensemble, étaient inséparables et retournaient après la mort à l'astre d'où ils étaient descendus.

Je ne parle point ici de la métempsychose, elle ne regardait que les âmes qui s'étaient dégradées et corrompues dans les corps mortels. J'en parlerai dans la seconde partie de ce discours.

Je finis l'article de Pythagore par le sommaire que saint Cyrille fait de la doctrine de ce philosophe. Nous voyons clairement, dit ce Père, que Pythagore soutenait qu'il y avait « un seul Dieu, principe et cause de toutes choses, qui éclaire tout, qui anime tout, de qui tout émane, qui a donné l'être à tous et qui est l'origine du mouvement. »

Après Pythagore vient Anaxagore de la secte ionique, né à Clazomene, et maître de Périclès, héros athénien. Ce philosophe fut le premier après Thalès dans l'école ionique qui sentit la néces­sité d'introduire une souveraine intelligence pour la formation de l'Univers. Il rejetta avec mépris et réfuta avec force la doctrine de ceux qui soutenaient que la nécessité aveugle, et les mouve­ments fortuits de la matière avaient produit le monde. Il tâcha de prouver qu'une intelligence pure et sans mélange préside à l'Uni­vers.

Selon le rapport d'Aristote, les raisonnements d'Anaxagore étaient fondés sur deux principes : 1° « que l'idée de la matière ne renfermant pas celle de force, le mouvement ne peut pas être une de ses propriétés. Il faut par conséquent, disait-il, chercher ailleurs la cause de son activité. Or ce principe actif, en tant que la cause du mouvement, il l'appelle l'Ame, parce qu'il anime l'Univers. »

2° « Il distinguait entre ce principe universel du mouvement et le principe pensant, il appelait ce dernier entendement. Il ne voyait rien dans la matière qui fût semblable à cette propriété, de là il concluait qu'il y avait dans la Nature une autre substance que la matière. Mais il ajoutait que l'âme et l'esprit étaient la même substance, qu'on distinguait selon les opérations et que de toutes les essences, elle était la plus simple, la plus pure et la plus exempte de mélange. »

Ce philosophe passait à Athènes pour un athée parce qu'il niait que les astres et les planètes fussent des dieux. Il soutenait que les premiers étaient des soleils et les autres des mondes habitables. Le système de la pluralité des mondes est très ancien.

Platon accuse Anaxagore d'avoir expliqué tous les phénomènes de la Nature par la matière et le mouvement. Descartes n'a fait que renouveler ce sentiment. Il me semble que c'est avec grande injustice qu'on attaquerait le philosophe de Clazomene, ou son imitateur, puisque l'un et l'autre posent pour principe que le mouvement n'est pas une propriété de la matière et que les lois du mouvement sont établies avec connaissance et dessein. En supposant ces deux principes, il me paraît que c'est avoir une idée plus noble et plus digne de la divinité, de soutenir qu'étant présente à son ouvrage, elle donne la vie, l'être et le mouvement à toutes les créatures ; que d'imaginer avec les péripatéticiens des intelligences subalternes, des formes substantielles, des êtres mitoyens et indéfinissables, qui produisent tous les différents arrangements de la matière. Aristote et son école, en multipliant les causes fécondes, ont dérobé à la cause première sa puissance et sa gloire.

Socrate suit de près Anaxagore. On dit vulgairement qu'il a été martyr de l'Unité divine, pour avoir refusé son hommage aux Dieux de la Grèce ; mais c'est une erreur. Dans l'apologie que Platon fait de ce philosophe, Socrate reconnaît des Dieux subal­ternes et enseigne que les astres 'et le soleil sont animés par des intelligences à qui il faut rendre un culte divin. Le même Platon dans son dialogue sur la sainteté, nous apprend que Socrate ne fut point puni pour avoir nié qu'il y eût des Dieux inférieurs, mais parce qu'il déclamait hautement contre les poètes qui attribuaient à ces divinités des passions humaines et des crimes énormes.

En supposant plusieurs divinités inférieures, Socrate n'admet­tait cependant qu'un seul principe éternel. Xénophon nous a laissé un excellent abrégé de la théologie de ce philosophe. C'est peut- être le plus important morceau qui nous reste de l'antiquité. Il contient les entretiens de Socrate avec Aristodème qui doutait de l'existence de Dieu. Socrate lui fait remarquer d'abord tous les caractères de dessein, d'art et de sagesse répandus dans l'univers, et surtout dans la mécanique du corps humain. « Croyez-vous, dit-il ensuite à Aristodème, croyez-vous que vous soyez le seul être intelligent ? Vous savez que vous ne possédez qu'une petite parcelle de cette matière qui compose le monde, une petite portion de l'eau qui l'arrose, une étincelle de cette flamme qui l'anime ; l'intelligence vous appartient-elle en propre ? L'avez-vous tellement retirée et renfermée en vous-même, qu'elle ne se trouve nulle part ailleurs ? Le hasard fait-il tout, sans qu'il y ait aucune sagesse hors de vous ? »

Aristodème ayant répliqué qu'il ne voyait point ce sage Archi­tecte de l'Univers, Socrate lui répond : « Vous ne voyez pas non plus l'âme qui gouverne votre corps et qui règle tous ses mouvements ; vous pourriez aussi bien conclure que vous ne faites rien avec dessein et raison, que de soutenir que tout se fait par hasard dans l'Univers. »

Aristodème ayant reconnu un Etre souverain, doute cependant de la Providence, parce qu'il ne comprend pas comment elle peut tout voir à la fois. Socrate lui réplique : « Si l'Esprit qui réside dans votre corps, le meut et le dispose selon sa volonté ; pourquoi la Sagesse souveraine qui préside à l'Univers ne peut-elle pas aussi régler tout comme il lui plaît ? Si votre oeil peut voir les objets à la distance de plusieurs stades, pourquoi l’œil de Dieu ne peut-il pas tout voir à la fois ? Si votre âme peut penser en même temps à ce qui est à Athènes, en Egypte et en Sicile ; pourquoi la Sagesse divine ne peut-elle pas avoir soin de tout, étant présente partout à son ouvrage ? »

Socrate sentant enfin que l'incrédulité d'Aristodème venait plutôt de son coeur que de son esprit, conclut par ces paroles :

« O ! Aristodème, appliquez-vous sincèrement à adorer Dieu ; il vous éclairera et tous vos doutes se dissiperont bientôt. »

Platon disciple de Socrate suit les mêmes principes. Il vivait dans un temps où la doctrine de Démocrite avait fait de grands progrès à Athènes. Le dessein de toute la théologie est de nous donner des sentiments nobles de la Divinité ; de nous montrer que les âmes n'ont été condamnées à animer des corps mortels que pour expier les fautes commises dans un état précédent et d'en­seigner enfin que la religion est le seul moyen de nous rétablir dans notre première grandeur. Il méprise tous les dogmes de la superstition athénienne et tâche d'en purger la religion. Le prin­cipal objet de ce philosophe est l'homme immortel. Il ne parle de l'homme politique que pour montrer que le plus court chemin de l'immortalité est de remplir pour l'amour du beau les devoirs de la société civile.

Platon dans un de ses Dialogues définit Dieu la cause pro­ductrice qui fait exister ce qui n'était pas auparavant. Il semble par-là qu'il ait eu une idée de la création. La matière selon lui n'était éternelle que parce qu'elle était produite de tout temps. Il ne l'a jamais regardée comme indépendante de Dieu, ni comme une émanation de la substance ; mais comme une véritable pro­duction. Il est vrai que dans son Timée Locrien il appelle quel­quefois la substance divine une matière incréée mais il la dis­tingue toujours de l'univers sensible, qui n'en est qu'un effet et une production.

Il n'est pas surprenant que Platon aidé de la seule lumière naturelle ait connu la création. Cette vérité ne renferme aucune contradiction. En effet quand Dieu crée, il ne tire pas l'être du néant comme d'un sujet sur lequel il opère ; mais fait exister ce qui n'était pas précédemment. L'idée de puissance infinie suppose nécessairement celle de pouvoir produire de nouvelles substances, aussi bien que de nouvelles formes. Faire exister une substance qui n'existait pas auparavant, ne paraît pas plus inconcevable que de faire exister une forme qui n'était pas auparavant ; puisque dans l'un et l'autre cas on produit un être nouveau. Ce passage du néant à l'être embarrasse également dans tous les deux. Or comme on ne nie pas qu'il y ait une force mouvante, quoiqu'on ne conçoive pas comment elle agit, de même il ne faut pas nier qu'il y ait une puissance cicatrisante, parce que nous n'en avons pas une idée claire.

Revenons à Platon. « Il appelle Dieu le souverain Architecte qui a créé l'Univers et les Dieux et qui fait tout ce qu'il lui plaît dans le ciel, sur la terre, et aux enfers. »

Il considère la Divinité dans la solitude éternelle avant la production des êtres finis. Il dit souvent après les Egyptiens « que cette première source de la Divinité est environnée de ténèbres épaisses ; que nul mortel ne peut les pénétrer et qu'il ne faut adorer ce Dieu caché que par le silence. C'est ce premier principe qu'il appelle en plusieurs endroits l'Etre, l'Unité, le Bien souverain. Le même dans le monde intelligent, que le soleil dans le monde visible ». C'est selon Platon cette fontaine de la Divinité que les poètes nommaient Coelus.

Ce philosophe nous représente ensuite le premier être comme sortant de son unité pour considérer toutes les différentes maniè­res par lesquelles il peut se dépeindre au dehors. Par-là se forme dans l'entendement divin le monde intelligible contenant les idées de toutes choses et les vérités qui en résultent. Platon distingue toujours entre le Bien suprême et cette sagesse qui n'en est que l'émanation. « Ce qui nous présente la vérité, dit-il, et ce qui nous donne la raison, est le Bien suprême. Cet Etre est la cause et la source de la vérité. Il l'a engendrée semblable à lui-même.

Comme la lumière n'est pas le Soleil, mais son émanation ; de même, la vérité n'est pas le premier principe, mais son émanation. Comme le Soleil non seulement éclaire les corps et les rend visibles, mais encore qu'il contribue à leur génération, et à leur accroissement ; de même le Bien suprême fait non seule ment connaître les créatures, mais il leur donne aussi leur être et leur existence. » C'est cette émanation qu'il appelle Saturne; ou le fils de Cœlus.

Il considère enfin la cause productrice comme animant l'Uni­vers et lui donnant la vie et le mouvement. Dans le dixième livre de ses Lois il prouve que la cause du mouvement ne peut pas être corporelle, parce que la matière n'est point active par elle-même et suppose un autre principe pour la mouvoir. Il nomme ce premier moteur l'Ame du monde et Jupiter, ou le fils de Saturne. On voit par-là que la Trinité de Platon ne renferme que trois attributs de la divinité et nullement trois personnes.

Aristote disciple de Platon et prince des philosophes péripa­téticiens, appelle Dieu « l'Etre éternel et vivant, le plus noble de tous les Etres, une substance totalement distincte de la matière, sans étendue, sans division, sans parties et sans succession, qui comprend tout par un seul acte, qui demeurant immobile en soi remue tout et qui possède en lui-même un bonheur parfait, parce qu'il se connaît lui-même et se contemple avec un plaisir infini.

Dans la métaphysique il pose pour principe « que Dieu est une intelligence souveraine qui agit avec ordre, proportion et dessein et qu'il est la source du bon, du beau et du juste. »

Dans son Traité de l'âme, il dit que « l'Intellect suprême est par la nature le plus ancien de tous les Etres, qu'il a une domi­nation souveraine sur tous. Il dit ailleurs que le premier Principe n'est ni le feu, ni la terre, ni l'eau, ni rien de sensible, mais que l'esprit est la cause de l'univers et la source de tout l'ordre et de toutes les beautés, aussi bien que de tous les mouve­ments et de toutes les formes qu'on y admire. »

Ces passages prouvent qu'Aristote ne soutenait l'éternité du monde que comme d'une émanation postérieure en nature à l'In­telligence divine, qui étant tout acte et toute énergie, ne pouvait pas demeurer dans l'oisiveté.

Outre cette substance première et éternelle, il reconnaît plu­sieurs autres intelligences qui président aux mouvements des sphères célestes. « Il n'y a, dit-il, qu'un seul premier moteur et plusieurs dieux subalternes. Tout ce qu'on a ajouté sur la forme humaine de ces divinités, sont des fictions faites exprès pour instruire la multitude et pour faire observer les bonnes lois. Il faut réduire tout à une seule substance primitive et à plusieurs substances subordonnées, qui gouvernent sous elle. Voilà la pure doctrine des Anciens échappée du naufrage des erreurs vulgaires et des fables poétiques. »

(à suivre)

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Texte Cathare

30 Août 2005 Publié dans #spiritualité

 

L'Église de Dieu

traduction de Anne Brenon.

Au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit.
Nous voulons rassembler quelques témoignages des Saintes Écritures, pour faire comprendre et connaître ce qu'est l'Église de Dieu.

Cette Église n'est pas de pierre, ni de bois, ni de rien qui soit fait de main d'homme. Car il est écrit dans les Actes des Apôtres (Act 7.48) que : «Le très haut ne demeure pas en chose faite de main d'homme». Mais cette sainte Église est assemblée des fidèles et des saints, dans laquelle Jésus-Christ se tient et se tiendra jusqu'à la fin des siècles, ainsi que le dit Notre Seigneur dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 28.28) : «Voici : je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles». Et dans l'Évangile de Saint Jean, il dit (Jo 14.23) : «Si quelqu'un m'aime, il gardera ma parole et mon Père l'aimera et nous viendrons à lui et nous demeurerons auprès de lui». Et il dit encore (Jo 14.15-18) : «Si vous m'aimez gardez mes commandements et je prierai le Père et il vous donnera un autre consolateur, qui sera avec vous pour l'éternité, Esprit de vérité que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit ni ne le connaît ; mais vous, vous le connaîtrez, car il se tiendra en vous et il sera en vous ; je ne vous laisserai pas orphelins, je viendrai à vous.»
Et de cette sainte Église, saint Paul dit aux Corinthiens (1Cor 3.16-17) : «Ainsi, vous ne savez pas que vous êtes temple de Dieu et que l'Esprit de Dieu habite en vous ? Mais si quelqu'un corrompt le temple de Dieu, Dieu le détruira, car le temple est saint et c'est vous qui êtes ce temple». Et il dit encore (1Cor 6.19) : «Ainsi, vous ne savez pas que vous-mêmes, avec vos membres, vous êtes temple du saint Esprit, qui est en vous, que vous tenez de Dieu ?» Et il dit encore (2Cor 6.16-18) :«Vous êtes temple du Dieu vivant, ainsi que Dieu l'a dit : je me tiendrai en eux et j'irai et je serai leur Dieu et ils seront mon peuple ; pour cette raison, sortez du milieu d'eux et tenez-vous à l'écart et ne touchez à rien de souillé,et je vous recevrai et je serai pour vous un père et vous serez pour moi d es fils et des filles, ainsi dit le Seigneur Dieu tout puissant».
Et saint Paul dit encore à Timothée (1Tim 3.14-15) : «Je t'écris ces choses en espérant aller bientôt ver s toi ; mais si je tardais, il faut que tu saches de quelle manière il convient que tu te comportes dans la maison du Dieu vivant, colonne et support de vérité». Et il dit encre aux Hébreux (Héb 3.6) : «Le Christ est comme un fils dans sa maison, et cette maison, c'est nous».
Et de cette Église, le Christ dit à Saint Pierre dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 16.18) : «Tu es Pierre, et sur cette pierre j'édifierai mon Église et les portes de l'enfer ne pourront rien contre elle». Et Saint Luc dit dans les Actes des Apôtres (Act 9.31) : «Assurément, l'Église avait la paix par toute la Judée, la Galilée et la Samarie, et elle s'était édifiée dans la crainte du Seigneur et elle était comblée de la consolation du Saint Esprit». Et Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.15-17) : «Si ton frère vient à pécher contre toi, va le réprimander seul à seul et s'il t'écoute tu auras gagné ton frère ; mais s'il ne t'écoute pas, fais-toi accompagner d'un ou deux autres, si bien que de la bouche de deux ou trois témoins sorte toute parole ; mais s'il ne les écoute pas, dis-le à l'Église et s'il n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain». Tout cela, l'Église du Christ ne pourrait l'accomplir si elle était une de ces maisons que les gens appellent des églises, car de telles maisons ne peuvent marcher, écouter ni parler.
Mais de cette sainte Église du Dieu vivant, Saint Paul dit aux Éphésiens (Éph 5.25.27) : «Le Christ a aimé l'Église au point de se livrer pour elle, au point de la sanctifier en la purifiant par le bain de l'eau, la parole de vie, pour qu'elle puisse lui apparaître comme une Église de gloire, sans tache ni ride ni rien de cette sorte, mais sainte et immaculée». Une telle Église, sainte et immaculée, est demeure du saint Esprit, comme il sera montré plus loin. Le Christ en dit (Mt 10.20) :«Ce n'est pas vous qui parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous».

Cette Église de Dieu dont nous parlons a reçu tel pouvoir de Notre Seigneur Jésus-Christ que par sa prière sont pardonnés les péchés, comme le dit le Christ dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 20.22-23) : «Recevez le Saint Esprit et, ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et, ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus». Et Saint Matthieu dit (Mt 20.1) : «Il leur donna le pouvoir de chasser les mauvais esprits ». Et Saint Marc dit (Mc 3.15): «Il leur donna le pouvoir de guérir les langueurs et de chasser les démons». Et Saint Luc dit (Lc 9.1) : «Il leur donna pouvoir sur tous les démons».
Et le Christ, dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.17-20) : «Si ton frère n'écoute pas l'Église, qu'il soit pour toi comme un païen et un publicain ; car je vous le dis en vérité, toutes les choses que lierez sur la terre seront liées dans le ciel, et toutes les choses que vous délierez sur la terre seront déliées dans le ciel ; et derechef je vous le dis, si deux d'entre vous unissent leurs voix sur la terre, toute chose qu'ils demanderont seront accomplie pour eux par mon Père qui est au ciel ; car là où deux ou trois se trouvent assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux».
Et Saint Pierre dit en son épître (1Pe 3.12) : «Car le Seigneur a les yeux sur les justes, et tend l'oreille à leur prière». Et Saint Jacques dit (5.16) : «La prière fervente du juste a beaucoup de pouvoir». Et le Christ dit dans l'Évangile de Saint Marc (Mc 11.24) : «C'est pourquoi je vous dit : tout ce que vous demanderez par la prière, croyez que vous le recevrez,et cela vous sera accordé». Et il dit encore (Mc 16.17-18) : «Voici les signes qui accompagneront ceux qui seront les croyants : en mon nom, ils chasseront les démons et ils parleront en langues nouvelles, et il écarteront les serpents et ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci en seront mieux». Mais à propos de ces infirmes, c'est-à-dire de la maladie du péché, Saint Jacques montre de quelle manière doit être guérie l'infirmité de l'âme, quand il dit (Jac 5.13-15) :«Si l'un de vous est malade, amenez les prêtres de l'Église et qu'ils prient sur lui, l'oignant d'huile au nom du Seigneur ; la prière de la foi sauvera la malade et le Seigneur le relèvera, et s'il est en état de péché, ses péchés lui seront pardonnés».
Ainsi, pour toutes ces raisons et pour beaucoup d'autres, il est manifeste que ce n'est que par la prière de la sainte Église du Christ que sont pardonnés les péchés, comme le dit le Christ (Jo 17.19-21) : «Ceux à qui vous pardonnerez leurs péchés, ils leur seront pardonnés et ceux à qui vous les retiendrez, ils leur seront retenus». Mais si quelqu'un était aveugle et mal enseigné au point de prétendre qu'un tel pouvoir n'avait été donné qu'aux Apôtres, et n'avait été reçu que par eux, qu'il regarde dans l'Évangile de Saint Jean, ce que dit le Christ (Jo 17.20-21) : «Ô Père, je ne te prie pas seulement pour ceux-là, afin que tous soient un». Et le Christ dit encore dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 18.20) : «Voici, je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles». Et il dit encore (Mt 24.34) : «Cette génération ne passera pas, que toutes choses ne soient accomplies». Pour de telles raisons,il est certain que, ce pouvoir que l'Église du Christ possédait, de la même manière elle le tient et le tiendra jusqu'à la fin.

Cette Église se garde de tuer et ne consent à aucun meurtre. Notre Seigneur Jésus-Christ dit en effet (Mt 19.16et18) :«Si tu veux entrer en vie (éternelle), tu ne tueras point». Et il dit encore (Mt 5.21-22) : «Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : tu ne tueras pas, car celui qui tue sera inculpé judiciairement, mais moi je vous dis :quiconque tient en haine son frère, en répondra au tribunal». Et Saint Paul dit (Rom 13.9) : «Tu ne tueras pas». Et saint Jean dit en son épître (1Jo3.15) : «Vous savez qu'aucun meurtrier n'a en lui la vie éternelle». Et dans l'Apocalypse,il dit (Apoc 22.15) : «Les assassins seront jetés hors de la cité sainte». Et il dit encore (Apoc 21.8) : «La part des meurtriers sera dans l'étang brûlant de feu et de soufre».
Et Saint Paul dit aux Romains, qui étaient pleins de l'envie de meurtre, de dispute, de tromperie et méchanceté (Rom 1.32) : Ceux qui font de telles choses sont dignes de mort, et non seulement ceux qui les font, mais aussi ceux qui approuvent ceux qui les font».

Cette Église se garde de l'adultère et de toute souillure, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit (Mt 19.18) : «Tu ne commettras pas l'adultère». Et il dit à nouveau dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 5.27-28) : «Vous avez entendu qu'il a été dit aux anciens : tu ne commettras pas l'adultère ; mais moi je vous dis : quiconque regardera la femme en la désirant,il aura déjà commis avec elle l'adultère en son cœur». Et il dit encore (Mt 15.19-20) : «C'est du cœur que sortent les mauvaises pensées, adultère et fornication, et c'est cela qui souille l'homme». Et au livre de Sagesse il est écrit (Prov6.32) : «Celui qui est fornicateur perdra son âme par manque de cœur».
Et Saint Paul dit aux Philippiens (Éph 5.3) : «Que les noms de fornication ni souillure ne soient prononcés par vous». Et il dit encore (Eph 5.5) : «Mais sachez-le bien : aucun fornicateur, débauché ni avare n'a droit à l'héritage dans le royaume du Christ». Et aux Galates il dit encore (Gal 5.19-21) : «Les œuvres de la chair sont manifestes : ce sont fornication, souillure, débauche, luxure etc. Et ceux qui commettent de telles choses n'atteindront pas le royaume de Dieu». Et il dit encore aux Hébreux (Héb 13.4) : «Car Dieu jugera les fornicateurs et les adultères». Et dans l'Apocalypse, il est écrit (Apoc 22.15) que : «Ceux qui ne sont pas chastes seront jetés hors de la cité sainte». Et encore (Apoc 21.8) : «La part des adultères sera dans l'étang ardent de feu et de souffre», qui signifie leur propre mort.

Cette Église se garde de commettre ni vol ni malhonnêteté, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 19.18) : «Tu ne voleras pas». Et Saint Paul dit aux Éphésiens (Éph 4.28) : Que celui qui volait ne vole plus,mais travaille plutôt, œuvrant de ses propres mains, ce qui est bien, pour qu'il ait de quoi donner». Et il dit également aux Romains (Rom 13.9) : «Tu ne voleras pas, ni ne désireras ce qui appartient à ton prochain». Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 4.15) : «Qu'aucun de vous n'ait à souffrir comme meurtrier, comme malfaiteur, ou comme avide de biens étrangers».

Cette Église se garde de mentir ou de porter de faux témoignages, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit (Mt 19.18) : «Tune porteras pas de faux témoignages». Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 3.10) : «Celui qui veut aimer la vie et connaître des jours heureux, qu'il garde sa langue du mal et que ses lèvres ne prononcent pas de paroles trompeuses». Et Saint Paul dit aux Romains (Rom 13.9) : «Tu ne porteras pas de faux témoignages». Et il dit encore Éphésiens (Eph 4.25) : «Pour cette raison, rejetant le mensonge, que chacun d'entre vous dise la vérité à son prochain». Et dans l'Apocalypse (Apoc 21.27), le Christ dit : «En la cité sainte, ne pénétrera rien de souillé, ni ceux qui commettent abomination et mensonge». Et il dit également (Apoc 22.15) que : «Tous ceux qui mentent, leur part sera dans l'étang de eu ardent». Et pour cette raison, saint Paul dit aux collossiens (Col 3.9) : «N'acceptez pas le mensonge entre vous». Et au livre de la Sagesse, il est écrit (Sap 1.11): «La bouche qui ment tue l'âme».

Cette Église se garde de jurer, car Notre Seigneur Jésus-Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 5.34-36) :«Il ne faut absolument pas jurer, ni par le ciel, qui est la demeure de Dieu, ni par la terre qui est l'escabeau sous ses pieds, ni par ta propre tête, car tu ne peux y faire un cheveu blanc ou noir». Mais, après avoir interdit de jurer il enseigna comment on doit parler, en disant (Mt 5.37) : «Que vote parole soit : oui, oui ; non, non». Il entend ainsi que, ce que tu as lu dans le cœur, tu ne l'exprimes que par des paroles, sans serment. Le Christ dit en effet (Mt 5.37) : «Ce qu'on dit en plus vient du mal», c'est-à-dire du diable, lequel est appelé mal, et à propos duquel nous prions Dieu, dans l'Oraison, qu'il nous délivre de lui, quand nous disons : «mais libère-nous du mal» (Mt 6.10).
Mais à l'encontre de ces vérités, la mauvaise Église romaine dit et affirme qu'on doit jurer ; et elle prétend que Dieu a juré ainsi que l'ange ; mais même s'ils ont effectivement juré, ce n'est pas une raison pour que nous devions nous-mêmes jurer, car ce n'est pas à Dieu ni à l'ange que fut donné loi ou commandement de ne pas jurer. Saint Paul dit en effet (Rom 4.15)que : «En l'absence de loi, il n'y a pas de transgression». Et c'est pour cela que l'homme ne doit pas jurer, car c'est à lui qu'a été fait commandement de ne pas jurer. Car si l'homme jure, il pourra souvent se parjurer, comme il est manifeste que plus de cent mille parjures ont été commis par la mauvaise Église.
C'est pour cette raison que l'apôtre Saint Jacques, qui avait entendu la vérité de la bouche de Notre Seigneur Jésus-Christ, dit dans son épître (Jac 5.12) : «Mais avant toute chose, mes frères, ne consentez à jurer ni par le ciel, ni par la terre, ni par quelque autre serment ; mais que votre parole soit : oui, oui, non, non, de façon à ce que vous ne tombiez pas sous le jugement». C'est pour cette raison que l'Église du Christ ne veut pas jurer, car si elle jurait, elle transgresserait la loi du Christ qui dit ne pas jurer.

Cette Église se garde de blasphémer et de maudire, car Saint Jacques dit (Jac 1.27) : «Si quelqu'un pense être religieux sans retenir sa langue du mal, mais en trompant son propre cœur, sa religion est vaine». Et Saint Paul dit aux Éphésiens(Éph 4.29) : «Qu'aucune mauvaise parole ne sorte de votre bouche». Et il dit encore (Éph 4.31) : «Amertume, colère,indignation, emportement et blasphème, tout cela doit être extirpé de vous». Et il dit aux Colossiens (Col 3.8) :« Désormais, déposez toute colère, indignation et blasphème, et de votre bouche vous ne lancerez pas de mauvaise parole».Et Saint Pierre dit dans son épître (1Pe 3.9-10) : «Veuillez ne pas rendre insulte pour insulte, mais au contraire, bénissez car vous avez été appelés à posséder la bénédiction en héritage. Si quelqu'un veut aimer la vie et connaître de bons jours,qu'il garde sa langue du mal et ses lèvres des paroles trompeuses ».
Mais le Christ dit dans l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 12.36-37) : «Je vous le dit en vérité, toute parole oiseuse que diront les hommes, il en rendront raison au jour du jugement ; car de tes paroles tu seras justifié, et de tes paroles tu seras condamné». Et c'est pour cette raison que les justes, qui usent de bénédiction, au jour du jugement seront appelés du nom de bénits ; et que les méchants, qui usent de malédiction, seront appelés du nom de maudits ; c'est ce que montre l'Évangile de Saint Matthieu (Mt 25.31-32) : «Quand le Christ prendra place sur son siège de Majesté, il séparera les mauvais des bons» ;et le Christ dira aux bons (Mt 25.34) : «Venez, bénits de mon Père, prendre possession du royaume préparé pour vous» ; et aux méchants il dira (Mt 25.41) : «Écartez-vous de moi, maudits, dans le feu éternel».

Cette Église garde et tient tous les commandements de la loi de vie, car Saint Jacques dit dans son épître (Jac 2.10-11) : «Celui qui respectera toute la loi mais s'en écartera sur un point, il sera inculpé de tout ; car celui qui a dit : tu ne commettras pas l'adultère, a dit aussi : tu ne tueras pas. Donc, si tu ne commets pas l'adultère mais que tu en viennes à tuer, te voilà transgresseur de la loi». Et le Christ dit (Mt 12.33) : «Ou tu fais le bon arbre, et son fruit est bon,ou tu fais le mauvais arbre, et son fruit est mauvais». Et c'est pour cela que l'Église de Dieu veut faire en sorte que tout son fruit soit bon pour ressembler à son bon maître et pasteur Jésus-Christ, car tout ce qu'il enseignait aux autres, il le faisait et l'accomplissait d'abord en actes, de manière à ce que celui qui ne voulait pas croire en lui pour ses paroles, croie en lui pour ses bonnes œuvres. De cela il dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 10.38) : «Si vous ne voulez pas croire aux paroles, croyez aux œuvres». C'est pour cela que Saint Pierre dit (1Pe 2.21-22) : «Le Christ subit la passion pour nous,pour nous laisser à suivre l'exemple de son comportement, lui qui ne commit pas un péché et dont la bouche ne fut jamais trompeuse».
C'est ainsi que la sainte Église de Dieu, qui est dite corps du Christ, veut suivre son chef Jésus-Christ. Ce dont Paul dit (Éph 1.22-23) : «Toutes choses sont soumises sous les pieds du Christ et lui-même constitue la tête de toute l'Église, qui est son corps». Et il dit encore (1Cor 12.27) : «Vous êtes le corps du Christ». Et encore (1Cor 6.15) : «Vos corps sont membres du Christ, etc.»
Donc, comme les vrais chrétiens sont membres du Christ, il convient qu'ils soient saints, purs, chastes et ne soient souillés d'aucun péché, comme leur chef Jésus-Christ. Saint Jean dit en effet (1Jo 3.6) : «Quiconque demeurera en lui ne pèche pas,et quiconque pèche ne l'a vu ni ne l'a connu». Et il dit encore (1Jo 2.6) : «Si nous disons que nous sommes de sa compagnie et que nous marchons dans les ténèbres, nous mentons et ne faisons pas vérité ; mais si nous marchons dans la lumière,nous sommes de sa compagnie». C'est pour cela qu'il dit (1Jo 3.7) : «Quiconque pratique la justice est juste, comme Lui est juste.»

Cette Église souffre les persécutions, les tribulations et le martyre pour le nom du Christ, car lui-même les souffrit dans la volonté de racheter et sauver son Église et lui montrer en actes comme en paroles que, jusqu'à la fin des siècles,elle devrait souffrir persécution, honte et malédiction, comme il le dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 15.20) : «S'ils mont persécuté, ils vous persécuteront aussi». Et dans l'Évangile de Saint Matthieu il dit (Mt 5.10-12) : «Bienheureux ceux qui souffrent les persécutions pour la justice, car le royaume du ciel leur appartient. Vous serez bénis quand, pour moi, les hommes vous maudiront, vous persécuteront et diront contre vous toute la malfaisance de leurs mensonges ; donc réjouissez-vous et exultez, car votre récompense est abondante dans le ciel ; car ainsi ils persécutèrent auparavant les prophètes». Et il dit encore (Mt 10.16) : «Voyez, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups». Et encore (Mt 10.22-23) : «Vous serez haïs par tous les hommes à cause de mon nom ; celui qui persévérera jusqu'à la fin, celui-là sera sauvé. Et quand ils vous persécuteront dans une cité, fuyez dans une autre».
Notez à quel point toutes ces paroles du Christ contredisent la mauvaise Église romaine ; car celle-ci n'est pas persécutée,ni pour le bien ni pour la justice qu'il y aurait en elle ; mais au contraire, c'est elle qui persécute et met à mort quiconque ne veut pas consentir à ses péchés et à ses forfaitures. Et elle ne fuit pas de cité en cité, mais elle a seigneurie sur les cité et les bourgs et les provinces, et elle siège majestueusement dans les pompes de ce monde, et elle est redoutée des rois, des empereurs et des autres barons. Elle n'est nullement comme les brebis parmi les loups, mais comme les loups parmi les brebis et les boucs ; et elle fait tout pour imposer son empire sur les païens, les Juifs et les Gentils ; et surtout, elle persécute et met à mort la sainte Église du Christ, laquelle souffre tout en patience, comme le fait la brebis qui ne se défend pas du loup. C'est pour cela que Saint Paul dit (Rom 8.36) : «Car pour Toi, chaque jour, nous sommes mis à mort ; on nous traite comme des moutons à l'abattoir».
Mais à l'encontre de tout cela, les pasteurs de l'Église romaine n'éprouvent aucune honte à dire que ce sont eux les brebis et les agneaux du Christ, et ils disent que l'Église du Christ, celle qu'ils persécutent, est l'Église des loups. Mais c'est là une chose insensée, car de tout temps les loups ont poursuivi et tué les brebis, et il faudrait qu'aujourd'hui tout soit retourné à l'envers, pour que les brebis soient enragées au point de mordre, poursuivre et tuer les loups, et que les loups soient patients au point de se laisser manger par les brebis !
Mais l'Église romaine dit encore : «nous ne persécutons pas les hérétiques pour ce qu'ils font de bien, mais pour leur foi : car ils ne veulent pas croire en notre foi». Remarquez comme il est évident ici qu'ils sont bien les héritiers de ceux qui ont tué le Christ et les apôtres ; en effet ils les ont tués et persécutés, et ils le feront jusqu'à la fin,pour la raison que les saints portent la contradiction de leurs propres péchés et leur annoncent la vérité, qu'ils ne veulent pas entendre. Le Christ le leur dit dans l'Évangile de Saint Jean (Jo 10.32) : «Je vous ai montré beaucoup de bonnes œuvres de mon Père ; pour laquelle d'entre vous me lapidez-vous ?» Et ils lui répondirent (Jo 10.33) : «Nous ne te lapidons pas pour tes bonnes œuvres, mais pour le blasphème.»
Ainsi, il est manifeste que depuis le commencement les loups poursuivent et tuent les brebis, les mauvais persécutent les bons et les pécheurs persécutent les saints. Et pour cette raison Saint Paul dit (2Tim 3.12) : «Quiconque voudra vivre dans le bien en Christ souffrira la persécution». Notez bien qu'il ne dit pas : persécutera, mais : souffrira la persécution. Et Jésus-Christ, dans l'Évangile de Saint Jean, dit à sa sainte Église (Jo 16.2) : «L'heure vient où quiconque vous persécutera pensera servir Dieu». Notez bien qu'il ne dit pas : l'heure vient où vous persécuterez et tuerez des hommes pour servir Dieu. Et le bon Jésus-Christ dit encore aux persécuteurs (Mt 23.34) : «Voyez, je vous enverrai des scribes et des sages, et vous en tuerez, et vous les tourmenterez et les battrez et les poursuivrez de cité en cité». Et dans les Actes des apôtres, les apôtres déclaraient (Act 14.22) : «Il nous faut passer par bien des tribulations et des persécutions pour entrer au royaume du ciel». Et c'est pour cela que l'apôtre Saint Jean dit (Jo 13.13) : «Ô frères,ne vous étonnez pas que le monde vous haïsse».

Cette Église pratique le baptême spirituel, c'est-à-dire l'imposition des mains, par lequel est donné le Saint Esprit ; Jean-Baptiste dit (Mt 3.11) : «Celui qui doit venir après moi, celui-là vous baptisera dans le Saint Esprit». Et ainsi, quand Notre Seigneur Jésus-Christ fut venu du siège de la grandeur pour sauver son peuple, il enseigna à sa sainte Église qu'elle baptise les autres de ce baptême, comme il le dit dans l'évangile de Saint Matthieu (Mt 28.19) : «Allez et enseignez toutes les nations, et baptisez les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit». Et dans l'Évangile de saint Marc,il leur dit (Mc 16.15-16) : «Allez dans le monde entier, prêchez l'Évangile à toutes les créatures, et celui qui croira et sera baptisé sera sauvé ; et celui qui ne croira pas sera condamné.»
Mais la mauvaise Église romaine, comme la menteuse et semeuse de mensonges qu'elle est, dit que le Christ entendait par là le baptême de l'eau matérielle, que pratiquait Jean-Baptiste avant que le Christ ne prêche. Ce que l'on peut réfuter par de multiples raisons ; car si le baptême pratiqué par l'Église romaine était celui que le Christ avait enseigné à son Église, alors tous ceux qui ont reçu leur baptême seraient condamné». Or, ils baptisent les petits enfants qui ne peuvent ni croire ni savoir ce qu'est le bien et le mal ; donc, par leur parole, ils les condamnent.
De plus, si par le baptême de l'eau temporelle les gens étaient sauvés, le Christ serait venu mourir pour rien ; car,avant lui, on avait déjà le baptême de l'eau. Mais il est chose certaine que l'Église du Christ baptisait d'un autre baptême que celui de Jean-Baptiste, ainsi que le montre saint Jean l'évangéliste, lorsqu'il dit (Jo 4.1-2) : «Mais quand Jésus connut que les pharisiens avaient entendu dire qu'il avait fait quelques disciples et baptisait différemment de Jean, Jésus ne baptisa plus ses propres disciples». Et Jean-Baptiste lui-même le démontrait clairement, quand il disait (Mc 1.8) : «Pour moi je vous baptise dans l'eau, mais lui vous baptisera par le Saint Esprit.»
Mais Jean était venu baptiser dans la seule eau, pour inviter les gens à croire dans le baptême du Christ, et c'est pour cela qu'il porta un ferme témoignage du Christ, dont il prêchait la venue ; en effet, de tous ceux que Jean baptisait, sur aucun d'entre eux ne devait venir le Saint Esprit, sinon sur Jésus lui-même, afin qu'ainsi Jean reconnaisse celui-ci comme le Christ, lequel devait baptiser en Saint Esprit ; car autrement, Jean n'aurait pas su qui était le Christ, comme il le montre dans l'Évangile de Saint Jean, en disant (Jo 1.31-34) : «Et moi je ne le connaissais pas,mais c'est pour qu'il soit manifesté à Israël que je suis venu baptiser dans l'eau ; car je vis l'Esprit descendre du ciel comme un colombe et demeurer au-dessus de lui ; et je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser d'eau,celui-là m'avait dit : celui sur lequel tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est celui qui baptisera dans le Saint Esprit. Et j'ai vu, et je porte témoignage que celui-ci est le Fils de Dieu». Et c'est pour cela que Jean baptisait car, baptisant dans l'eau, il devait reconnaître le Christ pour montrer au peuple qu'il était bien celui qui devait faire l'autre baptême.
Mais de ces deux baptêmes, Saint Paul démontra qu'un seulement apportait le salut, en disant (Éph 4.5) : «Une foi, un Seigneur, un baptême, etc.» Et Saint Luc révèle, dans les Actes des Apôtres, quel est le baptême que pratiquait l'Église de Dieu, en montrant bien quel peu de prix [les Apôtres] accordaient au baptême d'eau, disant (Act 19.1-6) : «Quand Paul fut venu à Éphèse, il y trouva quelques disciples et il leur demanda s'ils croyaient avoir reçu le Saint Esprit, et ils lui répondirent : mais nous n'avons jamais entendu dire qu'il y avait un Saint Esprit ; Et Paul leur dit : en quoi avez-vous donc été baptisés ? Ils répondirent : du baptême de Jean. Paul leur dit alors : Jean baptisait le peuple du baptême de pénitence, disant croire en celui qui devait venir après lui, c'est-à-dire en Jésus. Et quand ils eurent entendu ces paroles, ils furent baptisés au nom du Seigneur Jésus ; et quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit Saint vint sur eux.»
Mais saint Luc démontre une autre fois ce fait, en disant (Act 8.14-17) : «Quand les Apôtres, qui étaient à Jérusalem,eurent entendu dire que la Samarie avait reçu la Parole de Dieu, ils envoyèrent auprès des Samaritains Pierre et Jean, lesquels, quand ils furent venus, prièrent pour eux afin qu'ils reçoivent le Saint Esprit : car il n'était pas encore venu sur aucun d'entre eux, ils avaient seulement été baptisés au nom du Seigneur Jésus ; les Apôtres imposèrent donc les mains sur eux et ils reçurent le Saint Esprit.» Et Saint Paul dit à Timothée qu'il avait baptisé de ce même baptême (2Tim 1.6) : «Je t'admoneste à raviver la grâce de Dieu, qui est en toi par l'imposition de mes mains».
Et Ananie lui aussi en baptisa Saint Paul (Act 9.17). Et de beaucoup d'autres, qui ne furent pas Apôtres, il advint qu'ils pratiquèrent ce saint baptême comme ils l'avaient reçu de la sainte Église : car l'Église du Christ l'a maintenu sans interruption, et le maintiendra jusqu'à la fin du monde, ainsi que le Christ le dit aux Apôtres (Mt 28.19-20) : (Baptisez-les au nom du Père et du Fils et du Saint Esprit et voici : je suis avec vous pour toujours jusqu'à la consommation des siècles.»
Et Saint Pierre montre bien que sans ce baptême on ne peut être sauvé, quand il dit (1Pe 3.20-21) : «De la même manière que, du temps de Noé, un petit nombre de personnes – c'est-à-dire huit – furent sauvées par l'arche, ainsi vous sauve le baptême,etc.» Ce qui signifie que tout homme qui n'est pas baptisé de ce baptême ne peut être sauvé, de la même manière que tous ceux qui étaient hors de l'arche furent noyés par le déluge, car il dit : «de la même manière que le baptême vous fait sauf» etc.
Suficiat modo de batismo

 

Lire la suite

Des noms de personnages bibliques en relation avec la Franc-Maçonnerie

20 Mai 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

La Table des noms propres utilisés au R.é.A.A... a pour but de faciliter la tâche des chercheurs en leur apportant une information rapide au moyen des concordances bibliques et maçonniques de chaque nom propre utilisé dans les différents degrés de l’échelle maçonnique du Rite écossais Ancien et Accepté.

S’il veut bien comprendre l’Art, chaque Maçon d’un Atelier de Perfection devrait avoir lu, au cours de sa carrière maçonnique, cette Bible qui a fait couler beaucoup d’encre, puisque c’est de la Bible que proviennent la base des légendes thématiques et presque tous les noms propres utilisés dans notre Ordre. La Bible fait donc partie intégrante des Outils symboliques de la Franc-Maçonnerie et c’est pourquoi, vu son importance, elle est même considérée comme la première des trois Grandes Lumières au R.é.A.A...

Il faut savoir que la Bible comprend plus de quatre mille noms propres, de personnages, de tribus, de lieux, de rivières, etc., noms qui proviennent de diverses origines qui parfois ont été « hébraïsés ou grécisés », que d’autres ont subi des modifications de dialecte et d’autres aussi des accidents de lecture et de transmission. De nombreux noms de personnages sont utilisés pour signifier des régions et des tribus et quelques-uns servent même à couvrir (déguiser) d’autres personnages.

Les diverses généalogies mentionnées dans la Bible ne sont pas que des extraits d’état civil; ils soulignent la cohésion de tous les clans hébreux à vivre en solidarité de destin et, par exemple, la Table des Peuples, de Genèse 10, contient une valeur spirituelle indéniable en annonçant la vocation de tous les peuples à entrer dans la postérité d’Abraham, qui s’appelait Abram, descendant de Sem, fils de Noé. Cet Abraham « par qui se béniront tous les clans de la terre ».

Dans la Bible, ainsi que dans l’Antiquité orientale, les noms de personnes ont presque toujours un sens profane ou un sens religieux. Les uns sont en rapport avec les circonstances de la naissance, d’autres avec l’aspect physique, le caractère ou le tempérament. Il y en a aussi qui ont un rapport avec les animaux, des noms d’arbres, de fleurs, de fruits, etc. Certains enfin ont une portée symbolique, par exemple: Jésus (Sauveur) ou Emmanuel (Dieu avec nous), etc.

En lisant les listes de noms que l’on rencontre dans plusieurs des livres de la Bible, il est à remarquer que les grands personnages « qui ont fait l’histoire », donc les plus importants, ne sont souvent mentionnés que d’une manière insignifiante, parmi les autres. Par exemple: Abraham, Moïse, Esdras, etc.

Pour ce qui concerne la Franc-Maçonnerie, a côté des chefs de tribus ou de familles, nous devons être attentifs, spécialement aux groupes de chefs, des hauts fonctionnaires, des prêtres, lévites et de prophètes. Mais il y a aussi d’autres fonctions qui sont indiqués et qui concernent notre Ordre: Boaz l’agriculture, Tubal-caïn le fondateur de métaux, Hiram le bronzier, Oholiab (Ooliab) l’artiste ciseleur, etc.

C’est dans la Bible aussi que nous rencontrons notre Abiram, qui y est mentionné comme un pur contestataire de l’autorité vis-à-vis deMoïse (mais non comme l’assassin de notre légende d’Hiram).

De même que la manifestation de notre Ordre a évolué depuis 1717, selon les circonstances particulières à chaque époque, de même aussi les Francs-Maçons, de la fin du xxe siècle ont une vue beaucoup plus générale et plus approfondie du symbolisme maçonnique, cela grâce à nos éminents écrivains qui ont su nous exposer d’une manière concordante les diverses périodes sociale, philanthropique, politique et religieuse sitôt après la guerre (1939-1945), période qui nous amena sur la voie plus spiritualiste que nous connaissons aujourd’hui dans nos Ateliers.

Alors ne serait-il pas temps que les nombreuses déformations qui se sont produites un peu partout dans les divers rituels, et spécialement avec l’orthographe des noms propres, soient enfin rectifiés et qu’à l’intérieur du Rite, les Suprêmes Conseils harmonisent pour chacun des 33 degrés les âges, les mots de passé et les mots sacrés qui devraient être les mêmes en France, en Belgique, en Allemagne, en Turquie et, pourquoi pas? sur toute la Terre, puisque le Rite écossais Ancien et Accepté est universel.

Car n’oublions pas que les noms propres, et spécialement ceux que nous utilisons en Maçonnerie, sont tous porteurs d’un message et d’un enseignement, orientés et confirmés par des Nombres correspondant, Nombres auxquels nous devons attacher une importance particulière dans nos Ateliers de Perfection.

Ce n’est que petit à petit au cours des générations précédentes que sont apparues certaines différences, facilitées par certaines contradictions ou des erreurs de certains traducteurs ou copistes de la Bible, où par exemple nous trouvons Hiram (Huram, et Hirom) ou Jakin (Yakin), ou Adoniram (Adonhiram ou Adoram), etc., puis ensuite aussi dues aux erreurs de non copistes de rituels qui ont souvent interverti certaines lettres de noms hébreux compliqués, ou les ont même « francisés ou germanisés » par simple goût de simplification, sans se soucier que tel ou tel nom est le substitut d’une personnalité qui participe à l’essence même des êtres et des choses.

Et c’est ainsi que de nombreux Ateliers maçonniques, à tous les degrés, véhiculent des mots erronés, soi-disant comme une Tradition, qui non seulement déforment la démarche initiatique, mais souvent encore lui enlèvent totalement sa substance. Plus vite l’on rectifiera, mieux cela vaudra !

Dans nos Ateliers de Perfection, il nous appartient de chercher à discerner, plus encore que par le passé, la pluralité des sens contenus dans les légendes et les symboles de nos rituels, afin de découvrir l’esprit caché sous la lettre, dans les noms propres, au moyen des Nombres relatifs à chacun d’eux personnellement, que nous devons déchiffrer pour bien comprendre le langage du symbolisme maçonnique et passer graduellement des plans inférieurs et intermédiaires jusqu’au plan supérieur de l’ésotérisme traditionnel.

Travaillons avec ardeur ! cherchons avec foi ! soyons fidèles ! car la Franc-Maçonnerie a besoin de nous tous, puisqu’elle n’aura pas terminé son oeuvre tant qu’il restera à la raison humaine une vérité à découvrir.

AVANT –PROPOS

Qu’on l’admettre ou non, il n’en subsiste pas moins que la période de notre naissance influencera pour toujours notre conformation de pensée.

Cela est présent dans l’enseignement de notre Ordre et principalement dans les degrés dits « de Perfection » du Rite écossais Ancien et Accepté. Par contre, cela n’a malheureusement pas encore été suffisamment approfondi jusqu’à présent.

Il est facile de concevoir que les personnages qui parcourent les légendes de nos divers degrés n’ont pas été placés là au hasard. Chacun d’eux porte un nom signifiant et possède un nombre correspondant qui augmente ou amoindrit telle ou telle qualité.

Il est donc important, non seulement de savoir le nom de chacun de nos personnages, mais également l’orthographe initiale de ce nom et de déchiffrer les caractéristiques qui lui sont attribuées.

Malgré l’opinion de nos prédécesseurs du xixe siècle qui ne connurent que la première période morale et philanthropique de la Franc-Maçonnerie, tous les degrés de notre hiérarchie ont été conçus sciemment avec une intention bien déterminée, selon la clé qu’il importe de retrouver dès le 4e degré de notre Rite.

Voici par exemple une seule opinion parmi plusieurs du même genre qui étaient courantes au cours des années 1805-1836, qui furent les premières années de mise en pratique de nos 33 degrés du R.é.A.A., émanant « d’un Maçon réputé instruit et de bons sens par une foule de Maçons distingués », le Frère de l’Aulnaye:

« On ne peut nier que plusieurs de ces grades ne soient fort oiseux; ils n’ont avec la science maçonnique que des rapports très éloignés. Nous en pouvons signaler vingt-un comme absolument inutiles et étrangers au vrai but de l’écossisme. La filiation n’en est pas toujours raisonnablement établie et ne présente point une déduction constante de l’un à l’autre grade, ainsi que cela devrait être. »

Il paraît évident qu’à cette époque où les Maçons avaient limité le but de la Maçonnerie à la morale et à la philanthropie, le Système des Hauts Grades à trente-trois degrés pouvait paraître bien inutile ! Et pourtant, notre Rite naquit, sortant comme de la putréfaction et du fumier des plus bas instincts de l’homme, car il fallait qu’il pousse et grandisse, afin d’être assez fort plus tard pour traverser les nouvelles époques sociale puis scientifique, pour arriver à maturité, à la période que nous vivons aujourd’hui.

Mais si nous, Maçons de XXIe, voulons être dignes de notre mission, il nous appartient d’abord de débarrasser la Maçonnerie actuelle des scories de l’antagonisme des différents Rites, malheureusement hérité de nos prédécesseurs, puisque les Rites sont simplement des expressions différentes de notre Idéal commun.

Nous devrions chacun bien concevoir que tous les hommes, malgré leur relative ressemblance physique, ne sont nullement tous conformés d’une manière identique et qu’il existe autant de « catégories » ou de types différents qu’il y a de signes du Zodiaque spirituel qui en sont la manifestation dans l’espace et l’expression où se lisent toutes les faces de la pensée universelle, donc de la pensée cosmique, de la vie pensante de l’Univers, donc également de chaque être humain qui en possède en lui une goutte et qui fut l’objet de la contemplation des Anciens lorsqu’ils ressentaient le cela pense en moi.

Toutefois, cette expérience est-elle aujourd’hui conciliable avec l’individualisme, avec la liberté « du Maçon libre dans la Loge libre » ? On peut se demander: « Suis-je encore libre dans ma pensée si la conformation de mon esprit est due à l’action d’un signe zodiacal, si la nuance d’idée qui surgit en moi résulte du passage d’une planète dans ce signe ?… » Ne nous méprenons pas sur ce mot: « Liberté ».

L’action exercée par la pensée cosmique sur la pensée de l’individu ne limite pas le champ de la liberté; elle ne réduit pas sa part de responsabilité dans l’usage qu’il fait de la pensée. Il faut seulement ne pas introduire la liberté dans un domaine où elle n’a rien à faire. La liberté n’est pas ce qui permet de penser n’importe quoi n’importe comment, car la pensée est un moyen d’entrer en rapport avec ce qui est; donc, pour être vraie, la pensée humaine doit nécessairement adhérer à la pensée cosmique.

Bien entendu, nous restons libres de prendre ou de rejeter ce moyen de communion avec l’univers; mais si nous le prenons, nous devons nous assujettir à ses lois. La pensée est le fruit de notre liberté et non pas son champ d’exercice. Elle commence avec l’usage que nous décidons d’en faire.

Nous nous sommes donc pas libres de penser n’importe comment, parce que le fonctionnement de notre pensée n’a de valeur que s’il est en concordance avec les lois cosmiques. Et nous ne sommes pas davantage libres de penser n’importe quoi, parce qu’il faut savoir distinguer entre les idées qui contiennent une réalité de nature ou d’esprit et celles qui possèdent encore, pour ainsi dire, leur chair vive.

A notre époque de pleine mutation, il n’y a pas de problème plus actuel que celui de la pensée si nous ne voulons pas nous laisser périr dans l’absurdité et la violence et si nous voulons retrouver le chemin qui conduira la pensée humaine vers la Pensée cosmique pour une nouvelle Alliance.

Afin de mieux comprendre la diversité des différentes conformations de la pensée humaine, voici quatre descriptions, sur les douze fondamentales qui existent, exposées par R. Steiner au cours de ses conférences.

Point de vue matérialiste

« Certains hommes sont ainsi faits qu’il leur est impossible de trouver le chemin de l’esprit. Il sera toujours difficile de prouver à ceux-là l’existence du spirituel. Ils en restent à ce qu’ils savent, à ce qu’ils sont capables de savoir. Ils en restent – disons-le – à ce qui fait sur eux l’impression la plus forte, la plus frappante: au matérialisme. Or les arguments apportés par les matérialistes pour défender leur position ne sont pas toujours stupides: on a beaucoup écrit sur ce sujet et de façon très intelligente. Ces arguments restent valables, sur le terrain de la vie matérielle, pour le monde matériel et ses lois. »

Point de vue spiritualiste

« D’autres hommes sont prédisposés par une certaine vie intérieure à ne voir dans tout ce qui est matériel qu’une manifestation du spirituel. Ils savent, naturellement, tout
aussi bien que les matérialistes, que la matière, existe extérieurement,mais ils disent qu’elle n’est qu’une manifestation de l’élément spirituel qui en constitue le fondement .
Ces hommes-là ne s’intéressent peut-être pas spécialement au monde matériel et à ses lois. Du fait qu’ils se complaisant à tout ce qui est représentation de l’esprit, ils passent à travers la vie en pensant que l’unique chose, vraie, supérieure, et méritant qu’on s’en occupe, c’est l’esprit qui seul a une véritable réalité; la matière ne serait qu’illusion, fantasmagorie extérieure. Voilà un point de vue extrême, mais il peut exister et peut mener à une négation totale de la vie matérielle. De ces hommes, nous devrions dire qu’ils reconnaissent ce qui est en effet le plus réel: l’esprit. Mais ils sont bornés, car ils nient l’importance de la matière et de ses lois. Il faut beaucoup de subtilité pour soutenir cette conception de l’univers. Appelons-là: spiritualisme.

« Peut-on dire que les spiritualistes ont raison? En ce qui concerne l’esprit, leurs affirmations pourront fournir des aperçus tout à fait justes, mais au sujet de la matière et de ses lois, ils ne pourront sans doute rien découvrir d’important. Peut-on dire que les affirmations des matérialistes sont justifiées ? Oui ; en ce qui concerne la matière et ses lois, ils pourront certainement apporter des éléments utiles et précieux ; mais, s’il est question de l’esprit, ils ne diront peut-être que des sottises. Concluons, donc que les partisans de ces différentes conception sont raison chacun dans son domaine. »

Point de vue réaliste

Il peut aussi y avoir des hommes qui se dirent : «En réalité, tout n’est-t-il que matière ou qu’esprit, nous ne pouvons rien en savoir ; les facultés humaines sont incapables d’en décider. Une seule chose est Claire, c’est qu’il existe un monde qui s’étend autour de nous; nous ne savons pas s’il est base ou non sur ce que les chimistes appellent les atomes matériels. Mais nous percevons ce monde qui nous entoure, nous le voyons et nous pouvons y appliquer notre pensée. Nous n’avons aucun motif particulier de supposer qu’il soit fondé sur l’esprit et nous nous en tenons à ce que nous voyons.”

« Ces hommes-là, on peut les appeler “réalistes" et réalisme la conception qu’ils se font de l’univers. De même qu’on peut mettre une infinie perspicacité à defender aussi bien le matérialisme que le spiritualisme (tout en disant, selon en cas, des absurdités au sujet de l’esprit ou de la matière), ainsi l’on peut fournir les raisons les plus probantes au réalisme que je viens d’exposer et qui n’est ni l’un ni l’autre. »

Point de vue idéaliste

« Une autre catégorie de personnes dit: “ Autour de nous s’étend la matière et le monde des apparences matérielles. Or ce monde des apparences matérielles n’a par lui-même aucun sens; il n’a aucun véritable sens s’il ne contient pas une tendance à aller de l’avant, s’il ne naît pas de lui quelque chose vers quoi l’âme humaine peut se diriger et qui n’est pas contenu dans le monde qui nous entoure.”

« D’après ce point de vue, le monde doit contenir un élément idéel, un idéal. Ceux qui l’adoptent reconnaissent la réalité des phénomènes de l’univers. Ils ne sont pourtant pas des réalistes, car ils sont d’avis que la vie réelle doit être doublée d’une vie idéelle qui seule lui donne un sens.

« Dans l’envolée d’un état d’âme analogue, Fichte a dit un jour: “ Tout l’univers qui s’étend autour de nous, c’est la condition matérialisée pour l’accomplissement du devoir”, ou encore: “ Le monde est la substance matérialisée du devoir.”

Le défenseurs de ce système , pour lequel tout dans l’univers n’est qu’un moyen au service des idées qui imprègnent tous les phénomènes, sont des idéalistes et l’on peut appeler idéalisme leur conception de l’univers. On a dit de bien belles et grandes choses en faveur de cet idéalisme. Toutes ont concouru à prouver que l’univers n’aurait ni but ni raison si les idées n’étaient que des images fantaisistes créées par les hommes et ne prenaient pas vraiment racine dans le processus universel. Sur ce terrain, l’idéalisme a parfaitement sa raison d’être. Mais il ne permet pas d’expliquer par exemple la réalité extérieure, l’existence des choses réelles. Il y a donc lieu de le distinguer des autres systèmes du monde.

« Voici donc quatre théories dont chacune a sa raison d’être et son sens dans son domaine particulier: Matérialisme, Spiritualisme, Réalisme, Idéalisme. »

Et, il conclut ainsi:

« Il n’existe pas une conception du monde, seule défendable, ayant seule sa raison d’être; il y en a douze. Et il faut bien l’admettre: s’il y a de bonnes raisons en faveur de l’une d’entre elles, on peut en trouver autant en faveur de chacune des onze autres. L’univers ne se laisse pas enfermer dans une vue unique et partiale, dans une seule conception, une seule idée: il ne se dévoile qu’à celui qui sait qu’il faut les parcourir toutes, de même que le soleil passe à travers les signes du Zodiaque afin d’éclairer la terre de douze points différents…»

Tel est aussi l’enseignement de certaines degrés du Rite écossais Ancien et Accepté qui ne formule jamais aucun dogme, se limitant à éviter les pensées profonds de tous les Maçons , quelle que soit leur conception innée , pour leur perfectionnement personnel .

A chacun de comprendre que sa propre conception n’est valable que pour lui-même et qu’en échange de l’apport de notre Ordre . il lui appartient de communiquer à ses frères le fruit de son expérience pour les aider aussi à lutter contre l’étroitesse d’esprit .

A l’aube des temps historiques , la Chine , l’ Inde et la Perse faisaient état d’une Tradition que leurs prêtres proclamaient déjà plusieurs fois millénaire et dont la trame

Est identique à celle de la loi Moïse que la Christ est venu accomplir .

Puis le symbolisme des religions pharaonique et juive resta rigoureusement relié à une notion astronomique , positive et rationnelle , dépourvue de toute métaphysique.

C’est , sous une certaine forme, ce qui est exprimé par les trois premiers degrés de la Franc- Maçonnerie symbolique et qui est ensuite plus approfondi dans les atelier de perfection, de 4e du 14e degré du rite Ecossais Ancien et Accepté.

C’est justement pour aller encore plus loin que notre Rite a organisé son enseignement en utilisant de nombreux personnages bibliques dont les noms sont d’origine hébraïques .

Le Tuileur de Vuillaume reproduit l’alphabet hébraïque avec la prononciation des mots tires de la Bible, car l’hébreu n’est pas une langue comme les autres .Elle n’a jamais varié depuis son origine et en hébreu , il n’y a pas des chiffres ; ce sont les vingt-deux lettres de l’alphabet qui ont des valeurs numérales:

- Les neuf premières lettres représentent les unités

- Les neufs suivantes les dizaines

- Les quatres dernières les centaines.

Depuis 1717, la Maçonnerie est bien toujours la perpétuation de l’ancienne Maçonnerie du Moyen Age, mais elle a toutefois abandonné la voie tracée par nos prédécesseurs pour ce qui concerne le mode d’enseignement et sa teneur .

Sitôt qu’elle se propage en Europe et en Amérique , la Maçonnerie spéculative de 1717 se plaça presque exclusivement sur le plan l’amériolation morale et sociale par l’ennoblisment de l’homme , afin d’agir ensuite sur la masse des peuples à la matière d’un levain .

Alors le but spirituel de la Maçonnerie, qui avait été temporairement abandonné , obligea certains Maçons de créer des Ateliers supérieurs dénommés Atelier de Perfection , qui firent éclore notre Rite Écossais Ancien et Accepté, avec un but spirituel , la recherche de l’Unité sous l’appellation du Grand Architecte de l’Univers , afin de compléter l’enseignement de la Franc-Maçonnerie symbolique des trois premiers degrés qui était devenu strictement exotérique .

Mais les temps ont bien changé depuis le XVIIIe siècle et la compréhension du symbolisme et de l’enseignement ésotérique et de sa finalité ont tellement évolué parmi nos Maçons de la fin XXe siècle qu’il devient urgent de remettre de l’ordre dans la chaos des éléments traditionnels qui composent notre enseignement .

En effet , les âges , les batteries, les mots de passe et les mots sacrés des divers ateliers des Suprêmes Conseils européens ont souvent été modifiés , intervertis ou faussement retransmis d’une génération à l’autre et continuent ainsi à se transmettre comme une véritable tradition . Pour remédier à de telles erreurs , le Tuileur de Vuillaume , qui date du début de la création , de notre Rite à 33 degrés , peut se révéler comme une aide efficace .

Quant au langage allégorique des légendes de nos divers degrés , nous savons qu’il est incompréhensible si on ne l’étudie qu’au point de vue extérieur et matériel . Loin de nous aider à les comprendre , le seul raisonnement intellectuel devient plutôt un obstacle , car c’est avec nos « oreilles spirituelles » que nous devons écouter ce langage pour qu’il devienne plus clair et rempli de sagesse .

Or , dans la plupart des rituels de nos degrés intermédiaires (quand il y en a ) peut-être par tradition mal comprise, les commentaires sont restés ceux du moralisme affligeant du XVIIIe siècle se limitant à n’exprimer comme but essentiel que les seuls problèmes du bien et du mal , de la justice ou de la charité , pour lesquels les trois ateliers de la Maçonnerie symbolique sont pourtant largement suffisants !

Essayant d’être conscients et réalistes. Avec les progrès scientifiques et les énormes moyens d’information dont nous disposons , les Maçons du XXe siècle ont acquis une plus claire compréhension des aspects symboliques généraux et métaphysiques que nos prédécesseurs des XVIIIe siècles , qui ne connurent que la première période humanitaire et philanthropique de la Franc-Maçonnerie .

Et depuis 1717 , la Franc-Maçonnerie a aussi évolué . Elle a passé de la philanthropie et de l’humanisme jusqu’au plan supérieur par les apports spirituels de l’ésotérisme , de la Cabale dont l’étude s’est propagée même parmi les chrétiens , de l’alchimie et de l’occultisme bien compris auxquels l’on revient aujourd’hui .

C’est dans l’optique de cette évolution de cette générale des connaissances qu’au deuxième degré déjà , notre Rite nous demande d’étudier les Arts Libéraux et les Sciences ; il n’est nullement question d’essayer de transformer nos compagnons ou, au 30e degré , nos Chevaliers Kadoch en savants de tous les Arts de notre Echelle et encore moins de toutes les Sciences . Car l’Initiation serait plutôt , au contraire un agent modérateur de l’escalade des connaissances « interdites » et un catalyseur des sentiments affectifs les plus nobles .

Si l’Initiation était la Science Pure, i serait alors impossible de la concilier avec la notion d’Amour , qui est à la base de l’enseignement maçonnique. Mais malgré cela, il est indéniable que l’Initiation a quand même un certain caractère scientifique, apportant à l’humanité une connaissance valable, même si elle est voilée par le symbole .

L’Initiation est la recherche de la Vérité par une remontée au commencement de l’Hérédité et de la Tradition . Elle est la connaissance , non de la fabrication de l’or ou de la sagesse sulfureuse qu’apporterait le Grand Œuvre , mais la connaissance de ce que fut l’histoire et de ce que peut être son destin dans le cadre de l’Univers perceptible où il s’intègre.

L’Initiation implique un dépassement de toutes les valeurs, une sorte d’accès à l’état d’indifférence transcendante, qui est celui de sage, du saint tel que le conçoit notre Chevalier Kadosh . L’illumination , figure explicite d’une plénitude intérieure qui confine au vide , est un aboutissement qui réduit toutes les voies à l’insignifiance . Quiconque atteint au but n’existe plus en tant qu’individu , en tant que particularité de l’être ; il se confond avec Être Universel , et son histoire est finie. C’est comme s’il retrouvait l’éternité en perdant la vie .

Bien sûr , seuls ceux qui ont connu l’accomplissement peuvent dire s’il est possible . Mais ceux-là sont hors d’état de dire quoi que ce soit . Et le caractère indicible de l’Initiation achevée interdit tout témoignage .

Le Rite Écossais 

Ancien et Accepté

Sa Création

D’après plusieurs écrivains maçonniques , et en résumé, notre Rite fut d’abord connu en France sous le nom de Rite de Perfection . Il ne prit le titre de Rite Écossais qu’après la fondation du premier Suprême Conseil à Charleston .

Ainsi il naquit en France au moment où la Maçonnerie anglaise , régénérée , commença à se répandre sur le continent.

De nombreuses loges y furent crées , en effet , par des émigrés anglais , écossais et irlandais, partisans des Stuarts chassés du trône d’Angleterre en 1688.

C’est ainsi qu’en 1726, trois gentilshommes anglais fondèrent à Paris la Loge Saint-Thomas qui prit un rapide essor et qui , à son tour , créa d’autres Ateliers, trois:

la Loge Goustand , la Loge Les Arts-Sainte-Marguerite et la Loge Louis-d’Argent , qui , avec elle, devinrent les éléments constitutifs de la Grande Loge provinciale de France en 1735 .

C’est au cours de la première assemblée générale de cette Grande Loge que l’orateur , le Chevalier Ramsay, docteur de l’Université d’Oxford et précepteur de Jacques III Stuart, chaud partisan du Rite écossais tel qu’il était pratiqué par la Grande Loge d’Edimbourg, prononça un discours dont le retentissement fut grand . Il y affirma que l’Écosse possédait une Maçonnerie plus complète que l’Angleterre et beaucoup de Maçons français entendirent parler pour la première fois de grandes loges symboliques .

Ce rite Ecossais préconisé par Ramsay connut un immense succès et se développa en divers systèmes qui prirent une extension considérable . Ce fut une floraison de Hauts Grades qui tous furent qualifies d’Ecossais , quoique nés en France.

Parmi les corps maçonniques qui apparurent à cette époque , il convient de citer le Chapitre de Clermont , à Paris , qui , fondé en 1754, possédait un Rite de perfection avec 7 grades dont 4 supérieurs,. Il s’efforçait de faire revivre le système de Ramsay et représentait ouvertement les Maçons comme des descendants des Templiers.

Ce Rite fut absorbé en 1758 par le Rite des Empereurs d’Orient et d’Occident qui comprenait 25 degrés . c’est ce rite qui confia à l’un de ses membres , Stephan Morin , appelé en Amérique pour affaires , une patente le nommant Grand Inspecteur et l’autorisant « à travailler régulièrement pour l’avantage et l’avancement de l’Art Royal et à constituer des frères aux sublimes grades de perfection » .

Morin établit son quartier général à Saint-Domingue et créa de nombreux Inspecteurs généraux . L’un de ceux-ci, Isaac da Costa , fonda la Loge de perfection de Charleston , dans l’Etat de la caroline de Sud . Sept nouveaux degrés furent ajoutés aux 25 existants , ce qui donna un rite à 32 degrés .

Les Américains inventèrent peu après un nouveau grade auquel ils donnèrent le n° 33, et c’est ainsi que fut créé le Rite Ecossais Ancien et Accepté et le premier Suprême Conseil , le 31 mai 1801 .

En 1804 , le compte de Grasse , Marquis de Tilly , ancien officier de l’armée royale , arriva à Paris , porteur d’une patente délivrée par le Suprême Conseil de Charleston lui conférant le droit de créer des Maçons du nouveau Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il y créa un Suprême Conseil du 33e degré, consacrant ainsi le Rite Ecossais Ancien et Accepté en Europe . Ce Rite devait se développer rapidement dans les deux continents , Européen et américain .

Des Rites et des Degrés

Les rites sont pour notre Ordre ce que sont les habitudes dans la famille , les us et coutumes dans l’Etat , les mœurs et les formalités consacrés dans la vie profane , les cérémonies liturgiques dans l’Eglise .

Ils sont en quelque sorte une codification dans le temps , des règles générales de vie que la Franc-Maçonnerie propose à ses adeptes , règles qui s’expriment sous une forme symbolique au travers des grades ou degrés , variables en nombres selon les systèmes .

Mais ces règles obéissent toutes cependant à un certain nombre de grands principes qui , selon les moments de l’histoire , l’esprit ou les tendances de ceux qui s’y référaient , ont pris des dehors différents , sans que changent pourtant les bases essentielles sur lesquelles elles reposent .

Les Rites et les Degrés forment donc un tout , ceux-ci étant la forme concrète , l’expression en quelques sorte matérielle des tendances de ceux-là .

Un rite maçonnique , quelle qu’il soit , ne vaudra jamais que par l’esprit qui l’anime et l’ésotérisme qui y est implicitement inclus . Le placer, comme l’a fait le Rite Ecossais Ancien et Accepté , sous l’égide de Grand Architecte de l’Univers, c’était le préserver des préoccupations profanes , sources de conflits et de divisions .

Le placer aussi sous les trois grandes Lumières (volume de la loi sacrée , compas , équerre ) c’était lui donner , dans le temps et dans l’espace , une constance qui , s’appuyant sur le passé, préparait l’universalité de la Franc-Maçonnerie dans une Unité à retrouver .

Il est évident que notre Maçonnerie symbolique , dans ses trois degrés initiatiques , reste l’élément fondamental et nécessaire de notre Ordre , pour autant qu’elle sache rester fidèle à ses « Landmarks » , c’est à dire aux principes de base qui peuvent assurer son universalité et sa pérennité .

Seul le respect de ces principes fondamentaux peut , comme l’à écrit le Frère Triaca , de la Grande Loge de France , dans son intéressante brochure A propos des Landmarks , la faire différente « de très nombreuses associations culturelles , philosophiques , humanitaires , religieuses , etc... Qui partagent avec la Franc-Maçonnerie certaines tendances » .

Malheureusement , la plupart des adeptes de l’Art Royal se contentent de recevoir les trois premiers degrés symboliques , mais ils ne les possèdent jamais effectivement . Ils détiennent un trésor , mais ils en ignorant la valeur et n’en tirent aucun parti .

Or les Hauts Grades n’ont d’autre mission que de faire progressivement saisir l’ésotérisme des trois Degrés fondamentaux de la Franc-Maçonnerie. Ils n’ont pas la prétention de révéler de nombreux secrets , étrangers à la Maçonnerie symbolique ; toute leur ambition se borne , au contraire , à bien faire comprendre celle-ci , à la mettre en valeur dans l’esprit de ses adeptes , à qui il importe de faire effectivement leur apprentissage , afin qu’ils puissent devenir de réels Compagnons , capable d’aspirer à la Maîtrise véritable . Ce degré nécessairement ultime correspond à un idéal qui nous est propose, auquel nous devons tender, mais dont la réalisation n’est pas dans nos moyens . Notre Temple ne sera jamais achevé et nul ne peut s’attendre à voir ressusciter en lui l’authentique et éternel Hiram.

Sa méthode

L’éducation maçonnique est lente et progressive ; différente de toutes les autres institutions , la Maçonnerie commence par l’étude de l’homme , des devoirs qu’il a à remplir envers ses semblables et envers lui-même .

La première vérité qu’elle enseigne , c’est l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers , auteur de tout ce qui est ; la première obligation qu’elle impose , c’est l’amour du prochain .

De ces enseignements résulte nécessairement la conservation physique, morale et la perfection intellectuelle.

Le deuxième degré indique les moyens d’atteindre ce but. Il présente à l’initié le secret se son organisation et la fin qu’il doit se proposer ; l’étude des sciences et des arts lui est indiquée , non pour amasser des connaissances individuelles et , par conséquent , inutiles à l’homme collectif , mais une science vraie et féconde, puisqu’elle a pour résultat la Vérité.

Mais la science a ses dangers ; quand il fut instruit, l’homme , qui avait été libre, choisit et s’égara. L’orgueil lui fit oublier et méconnaître ses devoirs; il oublia que, place au centre de la nature spirituelle . Alors , de lui-même, il se fit dieu et le mal prévalut ; de là date sa chute. Tel est le symbole troisième degré.

Hiram est le symbole de la lumière, de la vérité et de la justice que l’ignorance , le mensonge et l’ambition combattent et cherchent à détruire . L’homme ainsi déchu , le mal régnant sur la terre à la place de l’amour du prochain , des efforts successifs furent tentés pour conduire l’humanité à sa régénération . Des institutions diverses se formèrent et si l’unité ne se retrouve plus, ni dans leurs principes, ni dans leur enseignement , c’est que l’orgueil humain avait substitué la lettre à l’esprit et que les disputes sur les mots avaient fini par être le seul but qu’on se proposait.

La Maçonnerie, qui n’est pas le dernier mot de la science mais qui résume tous les systèmes philosophiques, a compris que l’homme ne pouvait être rendu à sa destination première que par une initiation primitive, par une éducation ascendante ; elle a compris surtout , et c’est une vérité qui servait de base aux anciens mystères , que l’égalité intellectuelle n’existe pas plus, parmi les hommes, que l’égalité physique.

Aussi a-t-elle divisé son enseignement par classes , contenant chacune un nombre plus ou moins grand de degrés , elle a voulu par là se révéler aux initiés suivant la force de leur intelligence .

Cette explication indique pourquoi, aux trois premiers degrés symboliques, sont venus se grouper les trente autres degrés de L’Écossisme.

Par cette division , qui dans la nomenclature des classes a conservé le septénaire de l’antique initiation , le Maçon dont l’âme est susceptible de s’ouvrir aux aspirations les plus élevées peut espérer soulever le voile dont la nature s’enveloppe aux yeux des profanes .

Puisque la franc-maçonnerie est un temple ouvert à tous les bons sentiments, à toutes les nobles pensées et à toutes les aspirations de l’homme, elle est la sentinelle avancée du progrès et de la civilisation .

 Source : http://www.orientdecanaan.com

Lire la suite

Le roi Salomon fondateur de la Franc-Maçonnerie universelle

20 Mai 2012 , Rédigé par Christian Lochon Publié dans #fondements bibliques de la FM

SALOMON DANS LES TRADITIONS ESOTERIQUES

La personnalité de Salomon, son existence et sa geste, ses multiples dons de pacificateur, de constructeur, de magicien, auront été repris dans les traditions les plus variées, les domaines les plus étranges. Le fils du roi David apparaît dans les mythes du compagnonnage puis dans ceux de la franc-maçonnerie, développés par les savants oxoniens du XVIIe siècle, comme Elias Ashmole, admis dans une loge opérative, ou plusieurs membres éminents de la Société Asiatique, au XIXe siècle. Peut-être avaient-ils suivi les consignes exprimées par Jung : « Les légendes ont remplacé les outils rationnels : on y recherche les correspondances des personnages et des événements par une étude historique, biblique, l’archéologie, la philosophie dans un souci de l’appliquer à soi-même. La légende, au plan ésotérique, est une composante de la Tradition, une révélation exemplaire et sacrée, constituant un modèle pour la recherche humaine ».

I – Salomon dans l’histoire

Salomon n’est pas mentionné dans les annales mésopotamiennes. La tradition phénicienne est légendaire, Salomon aurait vendu à l’Etat Tyrien la ville de Khorbat Khozli et la Plaine d’Acre pour 120 talents d’or, et aurait eu recours au professionnalisme d’un bronzier tyrien, Hiram (cf Bible, 1R7, 15-47). Les relations avec l’Egypte, qui de toute façon, à l’époque, était la puissance dominante, et Salomon dut accepter de se placer dans l’orbite politique de ce pays qui imposait la pax egyptica, sont relevées dans la Bible uniquement, même le mariage de Salomon avec la fille du Pharaon Siamoun (976-954) de la XXe dynastie. Une trace littéraire cependant, les Cantiques des Cantiques, ou chant de Salomon à la Soulamite parait influencée par les poèmes d’amour égyptiens de la XVIIIe dynastie (autour de 1500 avant J.C.). Quant au Yemen et à la Reine de Saba, les Sabéens commenceront à être connus hors de leurs frontières au VIIIe siècle avant J.C. seulement.

Des doutes sont émis par les deux spécialistes sur l’authenticité des textes bibliques. Le « Livre des Rois », qui traite abondamment de la construction du palais de Salomon, de celle du temple et de son mobilier, de l’établissement de douze préfectures, quadrillant les territoires s’étendant de l’Oronte ( ?) à Gaza, est rédigé dans une langue tardive qui souligne les additions nombreuses présentant un aspect légendaire ou moralisateur : la sagesse de Salomon par rapport à la conduite désordonnée de ses successeurs (Roboam entre autres), avec le partage entre deux Etats (Juda et Israël), conséquence des fautes de Salomon. Les « Psaumes » attribués à Salomon seraient du Ier siècle avant J.C. et « Le Livre des Chroniques » du 2e siècle avant J.C., puisqu’il met en valeur la préséance de la classe sacerdotale de cette époque. En fait en 63 avant J.C., une fièvre eschatologique se répand en Judée, préfigurant la destruction définitive du Temple (74 après J.C.).

II - Mondialisation de la symbolique salomonienne

A) Dans le domaine religieux

Salomon se trouve présent dans les représentations iconographiques des Chrétiens d’Occident comme d’Orient, dans la fresque de Piero Della Francesca intitulée « La rencontre de Salomon avec la Reine de Saba » ou dans cette église Saint-Clément à Ohrid, en Macédoine (début du XIVe siècle) où autour du Pantocrator on découvre avec Adam, les deux ancêtres de Jésus, le roi David barbu et son fils imberbe le Roi Salomon. Au cours du Colloque, il aura été évoqué le roi de Bretagne Salomon, et Salomon le Savoyard. On connaît le rôle politique des prétendues dynasties salomoniennes en Ethiopie, et la présence constante de Salomon, représenté en Constantin, dans les psautiers ou le rôle qu’on lui fait jouer, associé au roi des forgerons, parfois privé de trône par un démon (source coranique), dans l’art talismanique des sceaux et des étoiles à huit branches dans ce pays.

Les références à Salomon, particulièrement vénéré dans le monde islamique, sont au nombre de 17, dans 8 sourates. S’il n’est pas associé à la construction du Temple, M. L. de Premare a montré cependant que la sourate 52, versets 1 à 8, rappelait le livre des Rois I, 7, 3 et la sourate 36, le Livre de Jérémie. Avant même l’apparition de l’Islam, le poète arabe Dabira fait l’éloge du roi de Hira en le comparant à Salomon. Là aussi, ses dons de magicien, de manipulateur des djinns, reconnus dans le Coran influencèrent les occultistes arabes qui semblent avoir créé le mythe du sceau de Salomon. La plupart des pays musulmans évoquent cette personnalité prophétique, spirituelle, voire magique, comme au Yemen (M. Christian Robin), en Iran (M.Assadallah Melikian-Chirvani), en Afghanistan et à la cour des Empereurs Moghols (Mme Corinne Lefèvre), et en Asie Centrale où M.Thierry Zarcone a recensé les lieux dédiés au fils de David.

B) Dans le domaine du compagnonnage

Dans chaque ville médiévale, s’étaient établies des corporations, chargées de défendre les intérêts professionnels des artisans et ouvriers, et qui étaient dirigées par les « maîtres de métiers ». Parallèlement à ces organismes locaux, des ouvriers itinérants, indépendants, se regroupèrent dans des sociétés compagnonniques (le terme de « frère » pour cet emploi était apparu dès 842), qui établirent des règles strictes garantissant la défense mais aussi la compétence de ses membres. Le terme de « compagnonnage » était apparu dès 779 et les différentes promotions dans les corps de métier s’effectueront par initiation tenue à l’abri des regards étrangers. Le « Compagnon Fini » est celui qui a passé toutes les épreuves et est devenu « maître » dans sa profession. Le terme apparaît en 1080, celui d’apprenti en 1175. Les apprentis et les compagnons font l’objet d’un enseignement initiatique basé sur des légendes tirées de la Bible. Ainsi des chérubins (ceux qui gardent l’entrée du devir, le lieu le plus secret du temple de Jérusalem) sont sculptés sur le couvercle du cercueil des compagnons menuisiers. Le patronage de Saint Jean Baptiste est également invoqué en liaison avec le « Quatuor Coronati », quatre tailleurs de pierre exécutés par Dioclétien vers 300. Les confréries qui apparaissent à la fin du XIIIe siècle conservent une orientation professionnelle en même temps que charitable, dans l’esprit catholique également.

Les textes fondateurs du Compagnonnage sont disséminés dans 130 manuscrits rédigés aux XIIIe et XIVe siècles et que la revue de la Grande Loge de Londres, « Ars Quatuor Coronatorum » a publiés.

Ainsi, en 1268, « Le Livre des Métiers » d’Etienne Boileau recense cent un métiers, et la promotion interne qui les gère, soit les apprentis, les compagnons et les maîtres. La construction des cathédrales s’appuie sur trois métiers principaux, les tailleurs de pierre, les menuisiers et les forgerons ; leurs membres se réunissent dans des « loges », installées, soit dans la crypte des cathédrales, soit dans un bâtiment annexe comme à Strasbourg. En 1283, Louis IX nomme Grand Maître de la maçonnerie opérative son compagnon croisé Guillaume de Saint-Petbus. Les membres de cette maçonnerie opérative, appelés parfois « gavots » adoptent le nom de « Enfants de Salomon » (comme le signale Villard de Honnecourt à l’époque). C’est que pour eux, la construction d’une cathédrale est une réplique de la construction du Temple de Jérusalem. Le document appelé « Regius » (1390) décrit les sept « arts libéraux » et a comme titre « Ici commencent les statuts de l’enseignement de la géométrie selon Euclide » . « Géométrie » a le sens de « maçonnerie ». On enseigne aux apprentis que la « géométrie » a été préservée du déluge, retrouvée par Hermès, petit-fils de Noé, et qu’elle a été révélée à Charles Martel, dont un des architectes de la cour aurait participé à l’édification du temple de Jérusalem. Ainsi le mythe de Salomon se trouve adopté par la philosophie compagnonnique.

Le Mouvement va connaître un certain nombre de scissions. En 1400, à Orléans, au moment de la reconstruction d’une des tours, un affrontement entre compagnons et moines surgit, et les « indépendantistes » prennent le nom d’Enfants de Maître Jacques (référence au Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay ?) ou « Compagnons du Saint-Devoir de Dieu » tandis que les catholiques fervents s’intitulent « Enfants du Père Soubise (référence à un bénédictin du XIIIe siècle ou à un « maître artisan » de Salomon) ». En 1404, le roi Charles V réforme les corps de métiers parisiens relatifs aux compagnons maçons et charpentiers. Un autre texte constitutif des « anciens devoirs » paraît en 1410 sous le titre de « Manuscrit Cook ».

Au XVIe siècle des intellectuels comme François Rabelais (1483-1553) ou des inventeurs comme Bernard Palissy (1510-1590) vont être reçus en loge opérative comme « maçon accepté ». Dans le « Tiers Livre », Rabelais évoque la légende de Renaud de Montauban, qui aurait tué un neveu de Charlemagne, et se serait réfugié sur le chantier de la future cathédrale de Strasbourg. Il se serait conduit comme un excellent ouvrier, mais victime de la jalousie de ses collègues, aurait été assassiné. Ce thème sera repris dans la maçonnerie du XVIIIe siècle avec l’allusion au meurtre d’Hiram, l’architecte en chef de Salomon.

Au XVIIe siècle, s’instaure une tradition écossaise de la maçonnerie opérative, particulièrement à Kilwinning. Un ouvrage polémique « Le Mot du Maçon », publié en 1637 décrit la forme primitive de ce rite maçonnique. On sait que la maçonnerie spéculative écossaise jouera un rôle important dans le développement de la maçonnerie française avec l’exil des partisans de la dynastie Stuart en France.

En 1646, à Oxford, Elias Ashmole (1617-1692) alchimiste célèbre, est également initié à la maçonnerie opérative, et plusieurs personnalités scientifiques oxoniennes joueront un rôle dans la création de la Grande Loge de Londres, à laquelle appartiendront 24 membres de la fameuse « Royal Society ».

A Perth, en 1658, les diplômes de maître maçon (« freeman ») et de compagnon de métier font référence au « Temple de Salomon », comme source des métiers. A la fin du siècle, à Aberdeen, on voit sur les tableaux de deux personnalités de la ville, Alexandre Petersen, diacre, et président de la Corporation d’Aberdeen, et Patrick Whyte, maître-serrurier, qu’ils sont peints, entourés des deux colonnes symboliques du Temple de Salomon.

La Franc Maçonnerie spéculative va emprunter un certain nombre de références aux métiers et aux héros mythiques des « Anciens Devoirs » du Compagnonnage. Dans les Constitutions d’Andersen (voir plus loin), sont mis en parallèle « l’architecte » pour son travail théorique et le « tailleur de pierres » pour son travail manuel. Les appellations d’ « apprenti » et de « compagnon » sont conservées. Les instruments de métier sont reproduits sur le « tableau de loge » (dessin d’abord reproduit à la craie, sur le sol, puis sur un tapis mobile) : l’équerre, évoquant la croix (serment de l’apprenti), le compas du Maître de Loge, la truelle « pour cacher les défauts des frères » ; le fil à plomb (échelle de Jacob), la règle (loi morale de la Franc-Maçonnerie), le niveau (égalité fraternelle) sont mentionnés dans la Bible.

Quant aux trois éminentes personnalités associées à la direction d’une loge, Salomon, Hiran roi de Tyr, et Hiram l’Architecte, elles seront le legs du compagnonnage à la maçonnerie spéculative naissante.

C) Dans le domaine de la Chevalerie

Charlemagne, lui aussi aurait été perçu comme un nouveau Salomon. A son époque, la Bretagne (on l’a vu plus haut) sera fière de son roi Salomon, béatifié par la suite.

Les Chansons de geste vont magnifier le mythe du Graal, apparu vers 1180, avec le Roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde.

Chrétien de Troyes, poète de la Cour de Champagne, crée le mythe d’une chevalerie légendaire avec ses héros Lancelot, Perceval, Eric, ainsi que Wolfram von Eschenbach (1210) avec son Parzival, dont le genre de vie et les aventures ont été analysées récemment en liaison avec les rois éponymes iraniens. Cette tradition va être adoptée au moment des Croisades par les Ordres Chevaleresques, les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui donneront naissance à l’Ordre de Malte, et dont le mythe survivra dans les loges dites de « Saint-Jean », les Chevaliers Teutoniques (créés en 1112 à Saint-Jean d’Acre) et dont la Stricte Observance Templière Allemande au XVIIIe siècle constituera la version maçonnique, et les Chevaliers du Temple, symbole de confraternité universelle, dont plusieurs, au moment de leur persécution en France, se réfugieront auprès des Compagnons du Devoir. Ramsay, maçon écossais, attaché aux Stuart, dans un discours célèbre de 1736 rappellera l’antériorité de ces Ordres médiévaux (« Nos ancêtres les croisés voulurent réunir dans une seule confraternité les sujets de toutes les nations ») par rapport à la Franc-Maçonnerie qui adoptera dans son « Rite Ecossais Ancien et Accepté » le principe du Templier, porteur de truelle et d’épée, et institutionnalisera dans les grades supérieurs les plus élevés le titre de « Chevalier Kadosh » (sanctifié), même si des mises en garde officielles relativiseront ces emprunts : « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier », pourra-t-on lire dans la littérature maçonnique.

En tout cas, la franc-maçonnerie française s’ouvrira de fait à la haute noblesse, attentive à l’esprit chevaleresque. Le premier Grand-Maître français sera le duc d’Antin, en 1738, le deuxième le comte de Clermont en 1743. Le pouvoir ne tracassera presque pas la maçonnerie. En 1789, cette dernière comptera 629 loges et 30 000 maçons auxquels il convient d’ajouter les loges d’adoption féminines, dont la Grande Maîtresse sera la Duchesse de Bourbon. Une enquête portant sur la recension de 268 maçons en 1780 dénombrera parmi eux 78 % appartenant au Tiers-Etat, 18 % à la Noblesse et 4 % au Clergé.

III – Textes constitutifs de la Franc-Maçonnerie

L’intention de l’auteur n’est bien sûr pas de dévoiler des secrets déjà publiés d’ailleurs dans toutes sortes d’ouvrages destinés au grand public mais d’examiner l’instrumentalisation du mythe de Salomon, telle qu’on la découvre, comme on l’a vu, dans la structure initiatique opérative du compagnonnage, et comme on va le voir dans la structure initiatique philosophique de la Franc Maçonnerie. Patrick Négrier, David Stevenson, après Mircea Eliade, sont en mesure de nous apporter sur ce terrain des ouvertures très précieuses.

Tout d’abord, il semble que la tradition hermétique écossaise, évoquée plus loin, ait parfois conduit à une ambiguïté sémantique . En effet l’ancien nom d’Ecosse, « Calédonie » a été rapproché abusivement de « Chaldée », sans doute par référence biblique et l’utilisation de personnages historiques iraniens comme Cyrus dans le rituel des hauts grades ; il ne faut pas oublier qu’à l’élaboration des rituels maçonniques participaient des intellectuels latinistes et hellénistes, mais aussi des chercheurs qui avaient pu lire les récits de voyage en Orient et s’étaient intéressés à l’histoire de l’Orient ancien et moderne. Ramsay lui-même écrivit un ouvrage consacré à Cyrus.

Cette tradition « calédonienne » en tout cas rappelait que trois « degrés » d’initiation avaient été préservés depuis l’antiquité, un niveau opératif, celui des artisans, le niveau spéculatif des druides, enfin le niveau hermétique de l’architecture sacrée, dont un représentant illustre était Vitruve, qui avait été le maître à penser de Marc Aurèle. La référence à l’écossisme se retrouvait tout au long du Moyen Age avec Clément Scot, conseiller de Charlemagne, Jean Scot Erigene, conseiller de Charles le Chauve, Michel Scot de l’empereur Henri II, et un autre Michel Scot, conseiller de l’Empereur Frédéric II.

Dans le texte de ses « Constitutions » (1723), évoquées plus haut, Andersen décrit de manière lyrique le Temple de Salomon : « Celui-ci fut commencé et achevé, à l’étonnement du monde entier, dans le court espace de temps de 7 ans et 6 mois, par cet Homme très sage, ce très glorieux Roi d’Israël, ce Prince de la Paix et de l’Architecture que fut Salomon, fils de David ». Une description de plusieurs pages va suivre et l’auteur va directement relier la tradition salomonienne à la franc-maçonnerie « De sorte qu’après l’édification du Temple de Salomon, la Maçonnerie fut améliorée dans toutes les nations voisines, car les nombreux artistes employés par Hiram Abif se dispersèrent, après son achèvement, en Syrie, Mésopotamie, Assyrie, Chaldée, Babylone, chez les Mèdes, en Perse, Arabie, Afrique, Asie Mineure, en Grèce et dans les autres pays d’Europe où ils enseignèrent leur Art libéral aux Fils nés libres des Personnages éminents…Mais pas une nation, seule ou unie aux autres, ne pouvait rivaliser avec les Israélites, et encore moins les surpasser en Maçonnerie ; et leur Temple resta le constant modèle ».

Les Constitutions d’Andersen n’évoquent que les deux premiers grades de la Maçonnerie, apprenti et compagnon. Il semble que ce soit vers 1725 que pour parachever la hiérarchie des grades, on introduisit un troisième degré, celui de « Maître » ; c’est ce qui ressort d’un ouvrage polémique publié, à Paris, en 1726, sous le titre « Le Maçon Antédiluvien ». Le mythe salomonien de la construction toujours renouvelée du Temple bénéficie de la présence de l’architecte du temple, Hiram, dont le nom est en tout cas cité dans le Livre des Rois.

Il faut dire que l’institution maçonnique introduit dans son rituel le mythe du meurtre fondamental traditionnel. En Egypte, le meurtre d’Osiris, en Phénicie de Melqart (le roi Hiram de Tyr aura fait construire un temple à Melqart), à Rome entre Romus et Romulus, souligne le thème de la lutte du bien contre le mal. Mais le concept était déjà présent dans le compagnonnage. Un document d’Edimbourg de 1696 parle du « relèvement du cadavre d’Hiram par les cinq points du compagnonnage ». Les « cinq points » correspondaient aux « cinq points » du calvinisme tels qu’ils avaient été adoptés par le Synode de Dordrecht (1618-1619). Le catéchiste Graham avait souhaité assimiler les rois d’Angleterre des XVIe et XVIIe siècles à Salomon, Hiram représentant la communauté calviniste. On avait là une implication conjoncturelle.

Le 3e degré de la maçonnerie va donc expliciter les différentes fonctions de Salomon, du roi de Tyr Hiram, et de l’architecte Hiramabi, et annoncer les degrés suivants, dits de « perfection », de tradition salomonienne et qui vont apparaître vers 1738. Le rituel de loge sera dorénavant inspiré par le meurtre d’Hiram, comme l’indique le Manuscrit Wilkinson (1730) : « La loge est un carré long. C’est la forme de la tombe de notre Grand Maître Hiram ». La loge reconstitue le chantier du temple de Jérusalem, et celui qui la préside est un Hiram ressucité.

L’Hiram de la Bible apparaît donc dans le « Livre des Rois et les Chroniques ». Salomon (II Chroniques II, 2) s’adresse à Hiram roi de Tyr pour lui expédier des cèdres. Ce dernier lui répond : « Je t’envoie un homme sage, possédant l’intelligence, Hiram Abi ». Dans le « Livre des Rois » (VII,13-14), on apprend qu’Hiram Abi est fils d’un Tyrien et d’une Juive, qu’il érigera les deux colonnes de cuivre Jakin et Boaz devant l’entrée du Temple, qu’il construira la « Mer d’Airain » (bassin des ablutions) et qu’il terminera tous les travaux ». Mais il n’est pas mentionné dans le texte biblique qu’il était architecte et qu’il fut tué.

Dans la légende d’Hiram adoptée par la tradition maçonnique, Hiram devient le prototype de l’homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort. Il refuse en effet de livrer des secrets à trois contremaîtres du chantier du Temple qui veulent être promus le plus vite possible, et il est assassiné par ces trois « mauvais compagnons », que douze autres contremaîtres poursuivront et tueront également. Bien sûr, dans l’esprit religieux de l’époque, existait une corrélation entre Hiram et Jésus, condamné par trois personnages, Caïphe, Hérode et Pilate. Cet assassinat d’autre part préfigure négativement la destruction du Temple, mais aussi positivement, la nomination d’un nouveau maître. Sur le tableau de loge, au grade de maître, figurent un crâne représentant le drame du Golgotha et le meurtre d’Hiram, et des larmes exprimant le repentir de Pierre et le chagrin de l’injuste destinée d’Hiram.

Ces interprétations et ces rapprochements considérés comme hasardeux de symboles religieux et philosophiques conduit Rome à publier, en 1735, une bulle antimaçonnique « In Eminenti » reprochant aux participants catholiques en loge de fréquenter des non-catholiques, et regrettant la présence d’ecclésiastiques dans ces réunions. En 1781, l’évêque de Grenoble Mgr de Bouteville est ouvertement franc-maçon, et la loge « La Parfaite Union de Rennes », en 1785, compte qu’un cinquième de ses membres est composé de religieux. M.Thierry Zarcone a d’ailleurs montré que même des musulmans avaient été initiés dans des loges européennes.

Comme nous l’avons vu plus haut, et grâce à Ramsay, le personnage de Cyrus sera instrumentalisé dans le rituel maçonnique dans les hauts grades . Le 15e degré évoque la Cour de Cyrus et le 20e degré lui donne un rôle important. C’est que le Roi Perse, en libérant les Israélites de Babylonie, permettra la construction du deuxième Temple de Jérusalem (cf les livres d’Esdras et de Néhémi dans la Bible).

Ces hauts grades, établis par Etienne Morin en 1761, dans le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté, seront au nombre de 33. Ils vont à plusieurs reprises évoquer l’action mythique du roi Salomon.

IV – Le mythe de Salomon dans la franc-maçonnerie

Salomon apparaît dans plusieurs livres de la Bible, outre les Chroniques et le Livre des Rois, dans le Livre des Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclesiaste, la Sagesse, les Psaumes. Ce sont ses connaissances scientifiques qui sont soulignés : la phytologie (La Sagesse 4, 4-5 ; 6, 15), la zoologie (Proverbes 6, 6-11 ; 26, 11 ; 28, 15 ; l’Ecclésiaste 3, 19-21 ; 9, 12 ; La Sagesse 5, 11), la cosmologie et l’astronomie (l’Ecclésiaste 1, 7 ; 3, 1-8 ; 11, 3 ; La Sagesse 2, 2-5 ; 19, 18-21 ; les Proverbes, 25, 23). Ainsi que son approche philosophique (1 Rois 5, 13 ; La Sagesse 7, 15-21) par le symbolisme des sept planètes errantes.

La Bible le fait voir en homme sage, voire exemplaire par son don du discernement afin de juger équitablement et son esprit de tolérance puisqu’il autorisera, à la fin de son règne, la pratique des cultes de ses épouses, moabites, hittites ou sidonites. Ce qui entraîne le problème de la responsabilité, cher aux francs-maçons. Son nom en hébreu Schlomo est à rapprocher de Shalom, paix, qui génère un état d’harmonie et de prospérité ; le Coran reprendra ce thème de correspondance entre « Suleyman » et « Salam » (la paix). A un plan supérieur, il est hissé au niveau de « prophète » (comme dans le Coran), les commentateurs rappelant qu’il n’y a pas d’autre prophète déclaré vivant à son époque. Certains ont pu le comparer à Jésus (cf Nathan, 2 et Samuel 7, 14) : « Je serai pour lui un Père, dit Yahvé, et lui sera pour Moi un fils », et dans les Psaumes 2, V ; 7, on lit ces autres paroles de Yahvé qui lui sont adressées : « Tu es mon fils, Moi aujourd’hui, Je t’ai engendré ».

Le rôle de bâtisseur de Salomon est aussi souligné à l’occasion de l’érection du Temple de Jérusalem (1 Rois 10, 1) qui prit 77 mois et dont la façade aurait imité le modèle fourni par les anciennes huttes des bergers mésopotamiens comme la famille d’Abraham. La Genèse (33, 17) parle de hutte « bâtie » par Jacob, et si l’Exode est présenté comme une quête de pâturage, la construction d’un Temple pour abriter l’Arche d’Alliance jusque là itinérante, souligne la sédentarisation des Hébreux (en arabe « Aber », celui qui parcourt les espaces, comme toutes les langues sémitiques). Sur une terrasse de 110 mètres de long sur 88 mètres de large, l’édifice aura 33 mètres de long, 11 mètres de large et 16,5 mètres de hauteur. Les rochers qui affleurent servirent d’autel des sacrifices pour les trois temples successifs ; ils seront recouverts par la « Coupole du Rocher » par le Calife Abdelmalek (685-691) et réintroduits dans l’imaginaire musulman avec l’empreinte d’un pied attribué à Mohammed au moment de son ascension céleste. Ce temple sera détruit en 586 avant J.C. par les Perses ; un deuxième temple sera érigé par Zorobabel en 450 avant J.C.. Ezechiel aura été missionné pour décrire le temple de Jérusalem aux Juifs de Babylone, insistant sur sa représentation du personnage créateur, du cosmos et de chaque être humain, notions instrumentalisées par les Francs-Maçons dans leur loge. Le troisième temple sera construit par Hérode le Grand, détruit par Titus en 70, et rasé par Hadrien en 135 de notre ère.

Dès le grade d’apprenti, la symbolique du Temple de Jérusalem apparaît dans le vestibule qui leur est réservé, rappelant les 15 marches extérieures du temple, le « heykal » ou partie centrale, où s’assemblent les maçons, et que l’on considère comme « centre du monde », transformable parfois au niveau des Maîtres, en « Dévir » ou « Chambre du milieu ». L’architecture intérieure et le mobilier, évoqués dans la Bible sont présents dans la loge , les deux colonnes du temple encadrent le « dévir », le tableau de loge symbolise les marches d’entrée du Temple, les fenêtres à cadres et à grilles ; la pierre rappelle le 1er Livre des Rois (V,32) : « Les maçons de Salomon, de Hiram et les guiblins (de Byblos) équarissaient et façonnaient le bois et la pierre pour l’édification du Temple » ; les grenades figurant sur le chapiteau des colonnes représentent, comme l’indique Patrick Négrier « la multiplicité des principes comportant l’Etre », le chandelier (ménara) à sept branches (cf Genèse, 1, 11 à 13) et enfin le pavé mosaïque évoquant la terre sainte du Sinaï.

Salomon est souvent présent dans le rituel maçonnique ; s’il clôt le premier des cycles de l’initiation, il ouvre les degrés dits salomoniens. Au 4e degré, la loge est présidée par Salomon, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, et la Bible, présente sur « l’autel » est ouverte au premier livre des Rois ; les maçons déplorent la mort d’Hiram. Au 6e degré, Salomon et Hiram président les activités de la loge, et par une référence souchée sur le Livre des Rois (LX 11 à 13), Salomon pardonnera à un visiteur curieux, en fait l’impétrant, d’être venu s’informer en toute bonne foi. Au 8e degré, Salomon recherche un responsable pour le nommer à la tête des cinq ordres d’architecture. Les 9e, 10e et 11e degrés décrivent des rites de vengeance décidés par Salomon. La légende développée au 13e degré où le Président représente Salomon a été décrite dans le « Manuscrit Francken », présenté en France, comme on l’a vu plus haut, par Etienne Morin, en ces termes : « Ce roi vertueux (Salomon), supposant qu’avant le Déluge un temple avait peut-être été érigé sur ce lieu, et craignant que ce ne fût au culte de quelque faux dieu… ne voulut pas le construire là. Il partit donc et choisit la plaine d’Arunia (ou « Ornan »). C’est la légende du temple souterrain d’Henoch que reprendra le texte du rite maçonnique. Le président de loge représente encore Salomon au 14e degré. Au 27e degré, le mot de passe sera encore « Salomon ». Ainsi ce dernier apparaît comme garant symbolique de la maîtrise sans défaut, du secret, et de l’influence spirituelle de celui qui, élu par ses pairs, dirige une loge maçonnique.

Cette instrumentalisation européenne de ce personnage biblique de Salomon, dans les rites initiatiques, d’abord compagnonniques, puis chevaleresques, puis maçonniques, ne diffère pas,dans un triple rôle mis en valeur par la Bible, de roi, de prophète et de grand prêtre, de ce qu’il peut représenter dans des cérémonies exclusivement religieuses, comme l’ont montré plusieurs intervenants spécialisés dans d’autres régions du monde, asiatiques et africaines. En tout cas, la remarque de Jung « On ne fabrique pas un symbole, on le découvre », s’applique bien à l’appropriation, par les sociétés initiatiques, du mythe salomonien.

 source : www.grandorientarabe.org

Lire la suite

Le Rite de Misraïm

21 Mai 2012 , Rédigé par JLR et Rite de Misraïm Publié dans #Rites et rituels

INTRODUCTION

De même que l'on attribue à l'Ordre Maçonnique en général des origines légendaires, le Rite de Misraïm n'échappe pas à cette règle. Il tient en plus dans la grande famille maçonnique une place particulière due en grande partie à une échelle d'instruction qui comporte 90 Degrés.
Marc BEDARRIDE, l'un des trois frères propagandistes du Rite en France, va même jusqu'à dire dans son ouvrage -l'Ordre Maçonnique de Misraïm- publié en 1848, que, la Maçonnerie est aussi ancienne que le monde. Ce qui, néanmoins, en réfléchissant bien à notre engagement, est intrinsèquement loin d'être absurde. Pour cela, il s'en réfère à l'Ancien Testament. Selon lui, c'est Adam lui-même qui aurait créé avec ses enfants la Première Loge de l'humanité ; Seth succéda à son père ; Noé la fit échapper au déluge ; Cham l'établit en Egypte, sous le nom de Mitzraïm, c'est-à-dire des Egyptiens (je reviendrai un peu plus loin sur l'étymologie de Misraïm). C'est donc de ce peuple seul que doit venir la tradition secrète de l'ésotérisme.

Et toujours selon Marc BEDARRIDE, et ses frères, le dernier maillon de cette chaîne ininterrompue est leur propre père, Gad BEDARRIDE, maçon initié en 1771 à Avignon, qui aurait reçu en 1782 la visite d'un mystérieux Initiateur égyptien à Cavaillon et dont on ne connaît que le nom mystique : « Le Sage ANANIAH ». Cet envoyé l'ouvrit à la Maçonnerie Egyptienne et lui conféra toute une série de « hauts grades ». Signalons que ceci n'est pas la première allusion historique au passage d'un Supérieur Inconnu de la Maçonnerie Egyptienne. Le Frère VERNHES dans son plaidoyer pour le Rite de Misraïm, paru en 1822, signalait déjà le passage du missionnaire ANANIAH dans le midi de la France en 1782. Soulignons que si la version « BEDARRIDE » en ce qui concerne les origines de la Maçonnerie Egyptienne est pure fantaisie, l'Egypte est, dans l'histoire des traditions ésotériques, un courant original, totalement distinct du courant judaïque comme du courant judéo-chrétien et l'on comprend que chaque auteur maçonnique essaie de se rattacher à une source aussi antique que possible. Il faut se souvenir que l'Egypte est connue depuis l'époque des Croisades et que l'intérêt pour la tradition égyptienne et ses « Mystères » ne s'est pratiquement depuis jamais démenti. L'Académie platonicienne de Florence, traitant doctement de l'Egypte et des Egyptiens fut fondée en 1450. Traduit pour la première fois du grec en latin en 1471 par Marsile Ficin, le Corpus Herméticum, ensemble de textes attribués à Hermès, et dont le plus célèbre est connu sous le titre de la «Table d'Emeraude », prétend révéler l'antique sagesse égyptienne. Ces textes assurèrent la floraison des sciences dites depuis hermétiques (d'Hermès), telles que : la Magie, l'Alchimie et l'Astrologie.

Puis on s'intéressa de plus en plus aux hiéroglyphes. Il est maintenant trop souvent oublié que dès 1650, l'abbé Athanase KIRCHER proposa une explication des inscriptions trouvées sur les principaux obélisques rapportés d'Egypte. Son grand travail est regroupé dans les 4 volumes d'Oedipus Aegyptiacus. Mais ses traductions vont par la suite se révéler inexactes. Mais tout cela relève de l'époque Egypto-grecque, à peine antérieure à notre Ere et il faut attendre BONAPARTE, la campagne d'Egypte et donc la découverte de la pierre de Rosette qui permit à CHAMPOLLION les Travaux que l'on sait.(A tout hasard, permettez-moi de rappeler que la pierre de Rosette, du nom du lieu ou elle fut trouvée par le capitaine Bouchard, comporte un décret écrit en trois langues : en hiéroglyphes, en égyptien démotique, c'est-à-dire en écriture cursive et en grec. C'est en rapprochant ces trois textes que Champollion, linguiste et expert es-langues orientales (plus communément appelées de nos jours langues mortes), déchiffre et traduit le sens des hiéroglyphes, ouvrant de la sorte l'étude scientifique de l'Egypte dite pharaonique.)
Par ailleurs, l'Antiquité, il faut le dire est très liée à la Franc-Maçonnerie spéculative du XVIIIème siècle, et c'en est une des composantes du discours maçonnique (au même titre que la Chevalerie ou le plaisir de l'Amitié). Point je crois, n'est besoin de vous rappeler, entr'autres et surtout, « La Flûte Enchantée » de notre Frère MOZART, Opéra évoquant les Anciens Mystères Initiatiques Egyptiens.

A la fin de ce siècle donc, on voit apparaître une nouvelle science des religions avec des auteurs tels que COURT de GIBELIN, CHARLES-FRANCOIS DUPUIS ou ALEXANDRE LENOIR qui à travers de vastes encyclopédies démontrent que l'origine de toutes les religions se trouve en Egypte. Ces ouvrages, écrits par des Maçons, eurent un très grand succès à l'époque.
Cette mode égyptienne se trouva exacerbée à la Révolution quand il y eut plusieurs tentatives pour créer une nouvelle religion « laïque » universelle en se basant sur les mythes égyptiens. Elle fut ensuite couronnée par la campagne d'Egypte de BONAPARTE. Campagne qui rétablit un lien charnel direct avec la terre égyptienne. Mais la campagne d'Egypte eut une autre conséquence. L'enthousiasme, cette fois général, pour l'Egypte amena de nombreuses Loges Maçonniques du continent à modifier le cadre mondain dans lequel les Maçons anglais organisaient rituels et travaux de table. La Maçonnerie introduite par les britanniques qui se réunissaient non dans des Temples mais dans des restaurants se bornait à réciter les Rituels par cour en les ouvrant et les fermant par des cantiques. D'importants Travaux de bouche suivaient.

La campagne d'Egypte favorisa un mouvement déjà présent sur le continent dont l'ambition était la pratique de Rites efficaces, par des Initiés assemblés dans un local rappelant les Temples antiques. L'Initié commença a y être considéré comme une pierre vivante dont la taille s'effectuait au fil des Travaux dans une ambiance d'étude et d'affection mutuelle. Sur un plan Maçonnique, en cette fin de XVIIIème siècle, existent en France certains petits Rites Egyptiens aujourd'hui disparus.
Citons :
Le Rite des Architectes Africains crée en Allemagne et qui eu une ramification à Bordeaux ;
Le Rite Egyptien de CAGLIOSTRO ;
Le Rite Sacré des Sophisiens ;
Les Parfaits Initiés d'Egypte ;
La Souveraine Pyramide des Amis du Désert de Toulouse.

De véritables fables maçonniques couraient sur l'Egypte. Ses initiations sacerdotales étaient décrites de façon romanesque et invraisemblable.
Déjà au XVIIème siècle, circulait un traité secret d'Initiation Egyptienne qui contenait des allusions transparentes au Grand'Oeuvre. Ce même traité vers 1760 fut connu dans les milieux maçonniques allemands sous le nom de CRATA REPOA où il était considéré comme une véritable initiation égyptienne. Traduit et publié en France en 1821, par le F\ Antoine BAILLEUL, ce traité décrit cette Initiation antique donnée dans la Grande Pyramide. Elle est fidèlement reproduite par une réception symbolique à 7 degrés successifs, et l'on peut au gré de sa lecture retrouver tout un cheminement assez familier. Néanmoins, cette mode des « Initiations à l'Egyptienne » qui avait d'ailleurs conquis Paris, devait provoquer l'inquiétude, puis ultérieurement la réaction sévère des autorités maçonniques de l'époque. Autorités maçonniques cantonnées au Grand Orient. Ce qui en partie explique l'ostracisme dont fut au cours de la première moitié XIXème siècle victime notre Rite de Misraïm, auquel j'arrive maintenant.

GENÈSE DU RIT

Après cette brève introduction, venons-en à l'histoire de ce Rit de Misraïm qui passe bien souvent pour un Rit hybride et mystérieux, qui a été discrédité maintes fois dans le passé et qui pourtant a respecté et respecte toujours par dessus tout les principes traditionnels de la Franc-Maçonnerie et qui a toujours maintenu sa spécificité.

Maintenant que nous venons de quitter le XVIIIème siècle, portons-nous naturellement au début du XIXème, ce qui ne nous ramène que deux cents ans en arrière par rapport à aujourd'hui, interrogeons des contemporains et demandons leur ce qu'ils savent du Rit de Misraïm au moment ou celui-ci est en passe de « territorialiser » la France. Je dis bien territorialiser et vous verrez un peu plus loin que qu'en raison de son implantation de l'époque le terme n'est pas trop fort.

LEVESQUE, qui rédigea en 1821, un « Aperçu Général Historique » des courants maçonniques de son temps parle en ces termes :
« Il y a, je crois, cinq ou six ans que ce Rite de Misraïm est venu s'établir à Paris. Il venait d'Italie et jouissait de quelque considération dans les Iles Ioniennes et sur les bords du Golfe Adriatique. Il a pris naissance en Egypte ». Voyons ce qu'en dit le Frère THORY qui dans ses deux tomes des « Acta Latomorum » et notamment dans sa « Nomenclature des Principaux Rites » précise : « Cette Institution (Misraïm) qui ne date en France que de quelques années, était très en vigueur à Venise et dans les Iles Ioniennes. Il existe plusieurs Chapitres de Misraïm dans les Abruzzes et dans les Pouilles ».Laissons maintenant la parole à l'historien maçonnique CLAVEL (par ailleurs membre, comme l'était son père, de Misraïm) qui écrit dans son « Histoire Pittoresque de la Maçonnerie », parue en 1843, ce qui, en l'état de mes connaissances, me parait être une des « sources sures » de notre Rite : «Les degrés d'instruction de Misraïm étaient empruntés de l'Ecossisme, du Martinisme, de la Maçonnerie Hermétique et des différentes réformes autrefois en vigueur en Allemagne et en France, et dont les cahiers ne se trouvaient plus que dans les archives de quelques curieux. C'est en 1805 que plusieurs Frères, n'ayant pu être admis dans la composition du Suprême Conseil Ecossais qui s'était fondé en cette année à Milan, imaginèrent le Régime misraïmite. Un Frère LECHANGEUR fut chargé d'en recueillir les éléments, de les classer, de les coordonner et de rédiger un projet de Statuts Généraux. Au début, les postulants ne pouvaient arriver qu'au 87ème Degré. Les trois autres Degrés qui complétaient le système, étaient réservés à des Supérieurs Inconnus et les noms même de ces Degrés étaient cachés aux Frères des Degrés inférieurs. C'est avec cette organisation que le Rite de Misraïm se répandit dans le Royaume d'Italie et le Royaume de Naples. Il fut adopté notamment par un Chapitre de Rose+Croix appelé « La Concorde » qui avait son siège dans les Abbruzes. Au bas d'un diplôme délivré en 1811 par ce Chapitre au Frère B. CLAVEL (il semble qu'il s'agisse du père de l'auteur), commissaire des guerres, figure la signature d'un des chefs actuels du Rite, le Frère Marc BEDARRIDE qui n'avait alors que le 77ème Degré.
Les Frères JOLY et BEDARRIDE apportèrent en France le Misraïmisme en l'année 1814. Il fut propagé postérieurement en Belgique, en Irlande et en Suisse. »

J'ai tiré cet extrait d'une conférence donnée en 1986 par Gérard GALTIER sur les origines du Rite de Misraïm à la R\ L\ de Recherche CONSTANT CHEVILLON de l'Ordre de Memphis Misraïm. Depuis le Frère GALTIER a reçu l'Initiation et a publié en 1989 « Maçonnerie Egyptienne, Rose-Croix et Néo-Chevalerie », ouvrage dont une partie fait aujourd'hui référence pour la connaissance des Rites de Misraïm et de Memphis. Une autre source, fait revenir un peu en arrière de cet exposé. En effet, lorsque je disais en introduction que la version de Marc BEDARRIDE, faisant remonter l'origine de la Maçonnerie et du Rit à ADAM, paraissait fantaisiste, voire farfelue, c'était le cas jusqu'à la filiation de Gad BEDARRIDE, son père. Il semble que celui-ci ait bien été un des précurseurs du Rit. Déjà Maçon de haute recherche il fut initié aux Secrets Egyptiens par le Savant Patriarche ANANIAH, Grand Conservateur Egyptien et grand voyageur lors de son passage à Cavaillon en 1782. Il transmit à ses trois «louveteaux », ses fils Marc, Michel, et Joseph, avec une partie de ses connaissances, le goût de la recherche ésotérique.

Les BEDARRIDE étaient de religion juive. Hors à l'époque, avant la Révolution, et avant qu'elle ne soit rattachée à la France, Cavaillon était l'une des quatre villes du Comtat Venaissin ou les Juifs avaient droit de résidence.
Les études de Kabbale étaient donc à l'honneur dans les communautés juives du Comtat et les Rites Maçonniques Hermétistes y étaient florissants, notamment le Rite des Elus Cohen de MARTINEZ de PASQUALLY, auquel me semble avoir été initié Gad BEDARRIDE ? le Rite des Illuminés de PERNETY ? et le Rite Ecossais Philosophique.

Une troisième source, fait apparaître le Rit pour la première fois à Venise en 1788, ou un groupe de Maçons Sociniens (secte protestante, antitrinitaire) demanda une patente de constitution à CAGLIOSTRO, lors de son séjour dans cette cité (On peut donc aisément supposer que le Frère TASSONI, dont je vais parler ensuite, fut le dépositaire de cette Loge Esotérique vénitienne).
Toutefois, les Membres de ce groupe ne voulant pas pratiquer la rituélie magico-cabalistique de CAGLIOSTRO, choisirent de travailler aux premiers Degrés du Rite Templier. CAGLIOSTRO, leur donna donc seulement la Lumière maçonnique. Il tenait les trois premiers Degrés de la Maçonnerie anglaise, et les Degrés supérieurs de la Maçonnerie allemande, très marquée de la tradition templière. Il est souvent dit que le nom de Misraîm est le pluriel d’égyptien. C'est plutôt celui d'Egypte, dans le sens des deux pays, des deux royaumes, symbolisé sur la coiffure de pharaon par le cobra, l'uraeus, pour le Nord royaume rouge de Bouto, et par le vautour pour le Sud royaume blanc d'El Kab).

A l'époque le nom de Misraïm est la seule référence égyptienne de ce Rit, hormis dans les « hauts grades » (comme était l'appellation de l'époque, toute empreinte de militarisme et comme malheureusement certains nomment encore de nos jours, avec une certaine emphase, ce qui est tout simplement pour ceux qui en ont le désir, le cheminement vers les Degrés de perfectionnement. Tout du moins est-ce ainsi que je le perçois). Il essaima rapidement à Milan, Gênes, Naples, et apparut en France avec un des frères BEDARRIDE (Marc ou Michel ?), qui avait reçu les pouvoirs magistraux en 1810, soit à Naples, du Frère De LASSALLE ou soit à Milan du Frère CERBES (mes lectures et recherches actuelles ne me permettent pas de pencher pour l'un ou pour l'autre).

Arguant de ces trois sources, l'on peut recréer avec assez de certitude et nominativement la naissance du Rit :
Tout d'abord le Frère TASSONI, (italien) qui aurait entretenu à Venise un petit Rit de Misraïm constitué depuis 1750 et structuré en 10 ou 20 Degrés.
Puis le Frère LECHANGEUR, (français résidant en Italie) initiateur du Rit de Misraïm en 70 Degrés avec l'apport, entr'autres, de Degrés du « Style Ecossais », et ami de TASSONI.
Ensuite De LASALLE, (français) Grand Maître de Misraïm pour le Royaume de Naples. Membre de vieux Rits Napolitains et apportant au Rit des Degrés Napolitains, y compris est-il évoqué par le Frère GALTIER, les « Arcana Arcanorum » du 87ème au 90ème Degré.
Enfin CERBES, (français) Grand Maître de Misraïm pour Milan (capitale alors de l'Etat Cisalpin), détenant ses pouvoirs du Frère LECHANGEUR. C'est lui qui aurait donné Patente à Michel BEDARRIDE, ce qui permit ensuite la constitution de la Grande Loge de Misraïm en France.

Comme on le voit, l'origine du Rit est indubitablement latine. Ecoutons notre Frère GALTIER dans son explication sur la genèse de Misraïm. Il faut réaliser qu'il y a en Italie toute une tradition hermétiste assez ancienne et cela reste ignoré en France. C'est une tradition que l'on peut appeler néo-platonicienne et pythagoricienne. L'Italie n'est pas très éloignée de la Grèce (et eu même des Colonies grecques très importantes) et cette tradition ancienne s'est largement mêlée au XVIIIème siècle à la Franc Maçonnerie italienne.

D'autre part il y eu dès cette époque des Loges d'Esprit Libéral et des Loges d'Esprit Esotérique. Or en Italie, les Loges d'Esprit Esotérique existèrent essentiellement à Venise et à Naples, qui sont on l'a vu deux villes importantes pour le Rit de Misraïm.
Ce qui est intéressant de voir, c'est que ces Loges Vénitiennes et Napolitaines s'affilièrent à tous les grands systèmes occultistes et templiers de l’époque, que ce soit la Stricte Observance Templière ou le Rite Ecossais Rectifié de Lyon, le Rite de la Loge Mère Ecossaise de Marseille ou le Rite Ecossais Philosophique d'Avignon.
Ce qui fait qu'à la veille de la Révolution française, ces quelques Loges étaient devenues le dépôt de toute une série de systèmes de Degrés.
On le voit donc, le Rit de Misraïm est en partie issu de la synthèse de ces systèmes qui s'était opérée dans ces Loges de Venise et de Naples.

Sur un plan historico-géographique, je rappelle rapidement que nous sommes en fin XVIIIème/début XIXème et que l'Italie est constituée d'Etats indépendants et que son unité n'interviendra que près d'un siècle plus tard. La spécificité donc à l'époque, et strictement conservée depuis, du Rite de Misraïm, avant que de se dire égyptien, réside dans ses 90 Degrés, divisés en dix sept Classes et quatre Séries.
1er au 33ème Degré -1ère à 6ème Classe, 1ère Série symboliste
34ème à 66ème Degré -7ème à 10ème Classe, 2ème Série philosophique
67ème à 77ème Degré -11ème à 14ème Classe, 3ème Série mystique
78ème au 90ème Degré -15ème à 17ème Classe, 4ème Série ésotérique ou hermétique (et notamment du 87ème au 90ème les Arcana Arcanorum du Régime de Naples).

Voyons maintenant le développement du Rit en France au XIXème siècle.

MISRAIM en FRANCE au XIXème siècle.

Les dates d'apparition, puis d'implantation du Rit en France divergent légèrement d'un auteur à l'autre.
Ce qui est certain, c'est que dès 1803 Michel ; Marc et Joseph BEDARRIDE créent plusieurs ateliers symboliques et en particulier le Conseil des Chevaliers Grands Kadosch (65° Degré). Dois-je en déduire que leur élévation ne leur permettait pas alors d'aller au-dessus ? Puis de 1810 à 1813, les trois frères BEDARRIDE, développent le Rite avec succès, et quasiment sous la protection du Rite Ecossais. En effet, il compte des noms maçonniques illustres à sa tête : le compte MURAIRE, Souverain Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien Accepté, le duc DECAZES, le duc de SAXE-WEIMAR, le duc de LECEISTER, le Lieutenant Général baron TESTE, etc...

En 1813, nous trouvons la G\ L\ de l'Arc en Ciel, Orient de Paris, professer le Rite de Misraïm. Son Gd\ M\ est l'Ill\ F\HAYERE. Le nombre des Ateliers est de 3 (Buisson Ardent et Pyramides).

Je rappelle que toujours de nos jours trois LL\ peuvent créer une G\ L\. Et le 12 février 1814, le comte MURAIRE et un certain nombre de GG\ Dignitaires tous 33° Degré du R\E\A\A\ pour la France, se réunirent chez Marc BEDARRIDE, logé alors à l'Hôtel des Indes, rue du Mail, pour créer le Suprême Grand Conseil Général du 90° Degré du Rit de Misraïm. Mais ce n'est que le 9 avril 1815 qu'il fut décidé officiellement qu'à dater de ce jour, le Suprême Grand Conseil Général des Sages, Grands Maîtres ad-vitam, 90° Degré est établi et constitué à la Vallée de Paris pour régir l'Ordre Maçonnique de Misraïm en France.

Laissant libre cours à mon imagination vagabonde, je me met à penser que le Rit arrive en France sous le Consulat, s'implante sous l'Empire et se constitue sous les Cent jours. Comme nous allons le voir : pas très royaliste tout çà ! Rapidement le Rite connaît un grand succès, et en 1822 il groupe des Loges et Conseils dans 24 villes françaises, 22 à Paris dont notre R\ L\ Mère Arc en Ciel, 6 à Lyon, 6 à Metz, 5 à Toulouse, 3 à Bordeaux,1 à Lille, St-Omer, Marseille, Rouen, Strasbourg, Clermond-Ferrand, Nancy, Besançon, Montpellier, Carcassonne, Montauban, Moissac, Roanne, Tarare, Nantes, Sedan, Nîmes, ainsi qu'en Angleterre, Suisse et Belgique. J'ai concernant Lille un compte-rendu des Travaux (extrait du Livre d'Or de Misraïm) en date du 29ème jour du 2ème mois 5826, correspondant au 29 avril 1822 disant que : « Le Représentant de la R\L\, sous le titre distinctif d'Osiris, Vallée de Lille a réclamé de la Puissance Souveraine pour qu'elle soit portée régulièrement sur le Grand Livre d'Or. La proposition a été unanimement adoptée. »
Ceci expliquant cela, voilà pourquoi j'ai voulu que lors de notre installation en Loge Juste et Parfaite, soit accolé à notre nom de Kemet celui d'Osiris, formant de la sorte un pont avec nos Frères de cette époque. J'en profite au passage pour vous donner la signification de Kemet.

En opposition à « Desret » qui a donné naissance à désert, terres rouges arides, Kemet, ou Kemit s'agit des terres noires alluvionnaires déposées lors des crues du Nil. Et comme ces crues irriguaient le delta, il ne m'a fallu franchir qu'un pas pour traduire Kemet en « terre fertile du Nord ». Ce qui me paraissait être de bon augure en souhaitant notre réimplantation septentrionale.

Revenons au sujet.
Quant à la composition de ces Loges et Conseils le recrutement en est assez composite. On y trouve on l'a vu de hautes personnalités, généralement dignitaires du Rite Ecossais, puis des amateurs de doctrines ésotériques ou de « hauts-grades » attirés par la « hiérarchie » des 90 Degrés et par l'origine supposée égyptienne du Rit et enfin des Bonapartistes et des Républicains parfois Carbonari, à la recherche d'une couverture.

On s'en doute cela ne plaît pas beaucoup au Grand Orient de France qui tient à contrôler l'ensemble de la Maçonnerie française, qui est hostile au système des « hauts grades » et à la recherche ésotérique et qui ne tient pas à ce que le gouvernement de LOUIS XVIII interdise la Maçonnerie en tant que mouvement politique adversaire de la Monarchie. Aussi, dès le début, le Grand Orient manifeste une très forte opposition au Rit de Misraïm. Dès 1817, le Maréchal de BURNONVILLE, Grand Maître du Grand Orient fait interdire tout contact de ses Membres,
sous peine d'exclusion, avec ceux de Misraïm.

Par ailleurs, et ce qui est tout à fait tristement banal de nos jours, des dissensions éclatent au sein du Rit (le Frère JOLY initié à Misraïm en Italie, revendiquant la Grande Maîtrise du Rit en France, il fut d'ailleurs soutenu par Jean-Marie RAGON). Egalement certains Frères reprochant aux BADARRIDE d'utiliser Misraïm comme étant leur propriété personnelle. Mais les ennuis principaux viennent surtout du Gouvernement.
C'est en effet l'époque ou les Carbonari se développent dans toute l'Europe Méridionale et en France.

Je vous rappelle en deux mots ce qu'était le mouvement des Charbonniers. Il s'agissait d'une société politique secrète, formée en Italie (comme c'est étrange !), qui avait pour but le triomphe des idées libérales. Dans cette société se retrouvaient de nombreux étudiants et membres de professions libérales, formant l'élément le plus actif au niveau de l'organisation et de la propagande. La Charbonnerie, voulait renverser la monarchie, appeler une assemblée constituante, obtenir des garanties de liberté et des élections libres, exiger le vote annuel des contributions, l'indépendance de la justice, et bien sûr, instituer la liberté de la presse et des cultes.

Après des dénonciations, et le rapport Duplay (Simon Duplay était fonctionnaire de police, et je n'ai pas cherché quel était son niveau dans la hiérarchie) classant le Rit parmi les sociétés secrètes constitutives de la Charbonnerie, l'on accuse Misraïm d'être l'une des principales couvertures utilisées par les Carbonari, et, en 1823 à peu près au moment du complot des 4 Sergents de la Rochelle et de leur condamnation, l'Ordre est interdit en France. Le fait qu'il est clairement supposé que chacun des Frères Bedarride ait été Carbonaro, explique la remarque de Pierre Mariel, à savoir que : « L'extravagance des origines du Rit, fait de Misraïm la plus troublante énigme de la Maçonnerie française car, comme le suggère Gaston Martin. » Il est permis de se demander si ce tissu d'absurdités n'était pas une plaisanterie destinée à masquer un but fort différent. En fait le Rit de Misraïm se recrutait parmi les Maçons les plus en vue...il semble que nous soyons en présence d'une Maçonnerie à fins secrètes et sans doute politique (certainement bonapartiste). Je me plais à croire que rien de cela ne va à l'encontre de cette éthique maçonnique qui m'est si chère, surtout dans le contexte bouillonnant de l'époque.
Donc, violemment anticlérical, mais cependant foncièrement déiste et spiritualiste, antiroyaliste et plutôt bonapartiste, la police de la Restauration n’a pas grand mal a obtenir la dissolution du Rit. Clandestin pendant une quinzaine d'années, il est restauré en 1838. Cette année voit la création par Jacques Etienne MARCONIS de NEGRE du Rite de Memphis.

En avançant sur la pointe des pieds, mes lectures et documents m'autorisent à penser qu'il s'agit d'une scission d'avec Misraïm, MARCONIS de NEGRE ayant été deux fois membre de Misraïm. Une première fois à Paris en 1833 et une seconde fois en tant que Vénérable de la Loge « la Bienveillance » à Lyon de 1835 à 1838. Selon notre défunt Frère Albert COOLS, son père Gabriel Mathieu ayant été lui-même Grand Hiérophante de Misraïm en 1816 et par ailleurs fondateur de la Loge des « Disciples de Memphis » de Montauban. Après la mort de Marc BEDARRIDE en 1846 et de Michel BEDARRIDE en 1856, leur succéda le Frère HAYERE qui communiqua un nouvel essor au Rite de Misraïm et sut lui rendre un caractère nettement initiatique. Caractère initiatique que le Rite n'avait pas ou peu. En effet, lors des Travaux consignés dans le Grand Livre d'Or dont j'ai fait mention ci avant, il est souvent fait rappel aux Frères élevés ou reçus à un Degré supérieur d'avoir à s'affilier à une Loge du Rite. En 1862, le Maréchal MAGNAN, Grand Maître du Grand Orient de France, d'accord avec son Conseil de l'Ordre, adresse à toutes les Obédiences, une circulaire en vue de l'unité Maçonnique en France. Le Frère HAYERE, Supérieur Grand Conservateur et Grand Maître du Rite de Misraïm qui a reçu la demande d'union, lui répond : « Le Rite de Misraïm tient trop à son indépendance, pour reconnaître vos pouvoirs et subir votre domination. Si l'Empereur croit devoir nous supprimer, qu'il le fasse, mais nous ne nous soumettrons jamais. »

Bien sur cette parfaite et fière réponse ne facilita pas les rapports avec le Grand Orient, et dans l'art de s'en faire un ami, on peut faire mieux ! (Il est à noter que Memphis souscrivit à la demande, et que depuis cette époque les liens se sont maintenus entre les deux Ordres, même si c'est Memphis Misraïm qui l'a repris à son compte).
Ces temps-ci, selon certains propos dont je ne suis pas très sûr, les rapports ne seraient plus tout à fait les mêmes, le Grand Orient s'étant inquiété de l'orientation prise par Memphis-Misraïm (éclaté en trois courants (Gérard KLOPPEL, Georges VIEILLEDENT et Marcel LAPERRUQUE), alors que notre Rite serait « toléré ». (C'est beau la tolérance maçonnique !). Quelle chance nous avons !

Après la mort du Frère HAYERE en 1876, lui succéda le Frère GIRAULT jusqu'en 1884, puis le Frère OSSELIN père. Ce dernier très lié avec le Grand Commandeur du Rite Ecossais Ancien et Accepté Louis PROAL, su faire reconnaître, pratiquement pour la première fois, sur un pied d'égalité le Rite de Misraïm. Et le 04 août 1889 lorsque le Rite célèbre sa fête d'Ordre, c'est en présence des Frères PROAL et OPPORTUN (le bien nommé), membre du Conseil de l'Ordre du Grand Orient. En cette même année, le Rite compte 3 Loges à Paris, 8 en province, 2 à New-York, 1 à Buenos-Aires et 1 à Alexandrie. Ceci sous la juridiction française, sans compter la juridiction italienne qui était indépendante à cette époque. Mais en 1890, un nouveau conflit éclate entre une minorité de Spiritualistes et une majorité de Laïcisants qui conduits par le Grand Secrétaire Henri CHAILLOUX se rallièrent au Grand Orient. Le Frère CHAILLOUX avait en effet annoncé dans un discours : « Si on peut lire dans notre déclaration de principe, imprimée en 1885 : Base fondamentale et immuable, l'existence de l'être suprême, l'immortalité de l'âme et l'amour du prochain; aujourd'hui on peut lire dans notre Constitution réformée : Autonomie de la personne humaine, justice et altruisme ».

Une telle prise de position à l'encontre totale des Statuts et des Principes du Rite en excluait ipso-facto son auteur. Néanmoins le rite de Misraïm perdura dirigé par le Grand Président Osselin et avec une seule Loge, Arc en Ciel (Loge Mère du Rite) et ce jusqu'en début de ce siècle. En étaient membres des ésotéristes de haute valeur, et c'est sous son patronage à cette époque que parut la « Bibliothèque Rosicrucienne » qui rééditait un certain nombre de grands classiques de l'occulte.

C'est aussi à cette époque que certains Martinistes en furent membres. En particulier SEDIR et Marc HAVEN. PAPUS (Dr Gérard ENCAUSSE) y sollicita par deux fois son admission en 1896 et en 1897. Admission qui lui fut chaque fois refusée. Ses convictions martinistes (de Louis-Claude de SAINT-MARTIN le Philosophe Inconnu) venant en opposition de celles martinésistes (de MARTINES DE PASQUALY) du Vénérable Abel HAATAN. SEDIR, Marc HAVEN et quelques autres Martinistes quittèrent alors le Rite et allèrent rejoindre Memphis-Misraïm (dont PAPUS devint Grand Maître en 1908).

MISRAIM en FRANCE au XXème siècle

Quelques mots sur la création de Memphis Misraïm vous serviront à mieux comprendre l'existence actuelle de Misraïm. En 1881 il y avait eu une alliance entre les Souverains Sanctuaires de Memphis des Etats-Unis, de Grande Bretagne et de Roumanie et le Souverain Sanctuaire de Misraïm de Naples dirigé par Jean-Baptiste PESSINA. C'est le Général Joseph GARIBALDI qui fut nommé Grand Hiérophante de l'ensemble. Ce qui dura peu, car il mourut en 1882. C'est de cette union que datent d'abord la réunion de Memphis et de Misraïm, puis la création du Rite de Memphis-Misraïm. Or la branche française du Rite de Misraïm ne participa pas à cette opération et conserva son indépendance. Le fait que Misraïm se soit mis en sommeil dès le début de notre siècle fit tomber cela dans l'oubli et l'on prit l'habitude de considérer que seul existait Memphis-Misraïm. Notre réveil actuel est dû à feu notre T\ Ill\ F\ Robert AMBELAIN Grand Conservateur des Rites Unis de Misraïm et de Memphis et dont il a transmis Patentes en 1994 à Jean-Marc FONT, actuel Sérénissime Grand Maître Général et Passé Maître Immédiat de la Loge Arc en Ciel de Paris. Il est toutefois à noter qu'il exista entre 1973 et 1978 une Loge « Les Sergents de la Rochelle » travaillant au Rite de Misraïm au sein de l'Obédience de Memphis-Misraïm, et dont le premier Président fut Robert AMBELAIN.

Misraïm continuant à cultiver le paradoxe, nous sommes fiers d'être à la fois Membres d'un des Rits les plus anciens et à ce titre porteurs d'un vieil et riche héritage et de l'Obédience sans doute la plus jeune. Le Présent ne peut envisager l'Avenir sans les enseignements du Passé. C'est ce Passé qui nous intéresse afin d'éviter que notre Avenir puisse cesser de n'en être que la répétition des erreurs. Notre Rite, issu de notre Rit, doit poursuivre sa volonté Initiatique et tous, Membres de cette noble Institution, nous devons nous engageons à respecter le credo de cette Maçonnerie belle et simple faite de Fraternelle Tolérance non sélective et de Compréhensive et Studieuse Recherche. Toutefois toute la spécificité de Misraïm, outre l'égyptianisation dont nos rituels des trois premiers Degrés sont empreints de nos jours, existe toujours par ses « Hauts Grades » succédant aux Degrés de Perfection du 4° au 33°, mais point ne sont l'Heure et l'Age d'en parler ici.

Comme disait notre Frère Rudyard Kipling « Ceci est une autre histoire ». Si vous le voulez bien, je vais maintenant vous parler quelques instants des spécificités propres à notre Rituel. Toutefois je serai très bref car ainsi que j'ai déjà eu l'occasion de le dire : Un Rituel ne se raconte pas; il se vit. Donc pour nos FF\ non « Misraïmites » : bien venue ultérieurement sur nos CCol\.

J'ai dit

J\L\ R\

Source : www.ledifice.net

LES GRADES DU RITE DE MISRAÏM

1ère SÉRIE - 1ère CLASSE
1er Apprenti
2ème Compagnon
3ème Maître

2ème CLASSE
4ème Maître Secret
5ème Maître Parfait
6ème Maître par Curiosité ou Secrétaire Intime
7ème Maître en Israël ou Prévôt et Juge
8ème Maître Anglais

3ème CLASSE
9ème Élu des Neuf
10ème Élu de l'Inconnu dit de Pérignan
11ème Élu des Quinze
12ème Élu Parfait
13ème Illustre Élu de la Vérité

4ème CLASSE
14ème Écossais Trinitaire
15ème Écossais Compagnon
16ème Écossais Maître
17ème Écossais Panissière
18ème Maître Écossais
19ème Écossais des 3 "J"
20ème Écossais de la Voûte Sacrée de Jacques VI et de la Voûte Secrète
21ème Écossais de Saint André

5ème CLASSE
22ème Petit Architecte
23ème Grand Architecte
24ème Architecte
25ème Apprenti Parfait Architecte
26ème Compagnon Parfait Architecte
27ème Maître Parfait Architecte
28ème Parfait Architecte
29ème Sublime Écossais
30ème Sublime Écossais de Hérodom

6ème CLASSE
31ème Grande Royale Arche
32ème Grand Hache ou Ordre Intérieur du Temple
33ème Sublime Chevalier du Choix

2ème SÉRIE - 7ème CLASSE
34ème Chevalier du Sublime Choix
35ème Chevalier Prussien
36ème Chevalier du Temple
37ème Chevalier de l'Aigle
38ème Chevalier de l'Aigle Noir
39ème Chevalier de l'Aigle Rouge
40ème Chevalier de l’Orient Blanc
41ème Chevalier d'Orient

8ème CLASSE
42ème Commandeur d'Orient
43ème Grand Commandeur d'Orient
44ème Architecte des Sublimes Commandeurs du Temple
45ème Prince de Jérusalem

9ème CLASSE
46ème Sublime Prince Rose-Croix de Kilwinning etd’Hérédom
47ème Chevalier d'Occident
48ème Sublime Philosophe
49ème Chaos 1er Discret
50ème Chaos 2ème Sage
51ème Chevalier du Soleil

10ème CLASSE
52ème Suprême Commandeur des Astres
53ème Philosophe Sublime
54ème Clavi Maçonnique : 1er grade mineur
55ème Clavi Maçonnique : 2ème grade laveur
56ème Clavi Maçonnique : 3ème grade souffleur
57ème Clavi Maçonnique : 4ème grade fondeur
58ème Vrai Maçon Adepte
59ème Élu Souverain
60ème Souverain des Souverains
61ème Grand Maître des Loges Symboliques
62ème Très Haut et Très Puissant Grand Sacrificateur
63ème Chevalier de la Palestine
64ème Gand Chevalier de l'Aigle Blanc et Noir
65ème Grand Elu Kadosh
66ème Grand Inquisiteur Commandeur, Chef de la 2ème série

3ème SÉRIE - 11ème CLASSE
67ème Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte
68ème Chevalier de l'Arc-en-ciel
69ème Chevalier de la Hanouka dit Hinaroth
70ème Très Sage Prince Israélite

12ème CLASSE
71ème Souv :. Prince Talmudim du Sub:. Trib:. des Souv:. Pr:. du Talmud
72ème Souverain Prince du Sublime Consistoire des Princes Zadikim
73ème Suprême Conseil Général des Princes Grand Haram

13ème CLASSE
74ème Suprême Conseil des Souverains Princes Haram
75ème Souverain Prince Hassid

14ème CLASSE
76ème Souverain Grand Prince Hassid
77ème Illustre Grand Inspecteur Intendant Régulateur de l'Ordre

4ème SÉRIE - 15ème CLASSE
78ème Souverain Prince du Suprême Conseil des Docteurs du Feu Sacré
79ème Souverain Prince du Souverain Tribunal
80ème Suprême Conseil du Souverain Prince Clairvoyant
81ème Chevalier du Sublime Triangle Lumineux

16ème CLASSE
82ème Sublime Chevalier du Sadah Redoutable
83ème Souv:. Prince du Gr:. Consistoire des Ill:. Souv:. Princes Chevaliers
84ème Souv:. Prince du Supr:. Gr:.Trib:. des Ill:. Princes Che:. Gr:. Insp:.
85ème Grand Défenseur de l'Ordre
86ème Souv:. Prince du Sénat des Sublimes Maîtres de l’Anneau Lumineux

17ème CLASSE
87ème Grand Ministre Puissant Maître Chef de la 1ère Série
88ème Subl:. Pontife Souv:. Prince Puis:. Gr:. Maître Chef de la 2ème Série
89ème Subl:. Pontife Souv:. Prince Puis:. Gr:. Maître Chef de la 3ème Série
90ème Souverain Grand Maître Absolu Chef de 4ème Série

Lire la suite

Judaïsme et Franc-Maçonnerie

20 Mai 2012 , Rédigé par Tradition et Fraternité Publié dans #fondements bibliques de la FM

Roi de Judée et d’Israël fils de David, Salomon règne sur un territoire qui va de l’Euphrate à l’Egypte. Au Xe siècle avant notre ère, la capitale du royaume est déjà Jérusalem, là où Salomon fait construire le premier Temple des juifs grâce à la main-d’œuvre d’esclaves taillables et corvéables à merci. Le roi est le roi, son autorité est sans partage, son jugement supposé inspiré de Dieu. Les ouvriers sont légion: dix mille hommes coupent les cèdres du Liban, cent cinquante mille hommes portent et taillent les pierres; comme il se doit, une minorité, trois mille trois cents hommes, surveillent ceux qui travaillent. Le Temple est bâti en une trentaine d’années, sur le mont Moriah, la montagne de Sion. « Vanité des vanités, tout est vanité», dit cependant la Bible.

Le Temple est endommagé plusieurs fois, avant d’être détruit en -586 par Nabuchodonosor. Au retour de captivité des juifs de Babylone vers -536 le temple est reconstruit, puis Hérode le Grand le fit agrandir et embellir, jusqu’à ce que Titus, au 1 siècle de notre ère, le réduise définitivement en cendres. Rome a raison de Jérusalem.

Dix-sept siècles plus tard, des Européens un peu fous rêvent de reconstruire le temple de Salomon. Toutefois, ils ne sont ni juifs ni ouvriers. Ils décrètent donc que la reconstruction

sera symbolique. Pour ce faire, il faut des outils. Ceux des maçons sont là : l’équerre, le compas, le fil à plomb, la truelle, le maillet, le ciseau. Des outils trop lourds à porter cependant, trop difficiles à manier pour des intellectuels. Qu’à cela ne tienne, ils seront déclarés « symboles ».

Ces Européens, Anglais et Ecossais pour la plupart, s’appellent francs-maçons entre eux et veulent que le monde les reconnaisse comme tels. Salomon pouvait compter sur l’aide d’un habile fondeur, un dénommé Hiram. Au XVIIIe siècle, Hiram n’est plus, il faut le remplacer. Mais que faire d’un fondeur, même s’il peut ériger les colonnes du Temple? Mieux vaut s’adjoindre un architecte digne de ce nom, un maître ès constructions.

D’autant que le projet de reconstruction a pris cette fois des proportions démesurées, proprement titanesques : ce n’est plus seulement le temple de Salomon qu’on ambitionne de construire à nouveau, c’est l’humanité tout entière! Une véritable utopie, un vent de folie qui souffle sur le Vieux Continent.

Pour un temps, Rome l’avait emporté sur Jérusalem. Les temples étaient détruits, anéantis.

Les Romains avaient tué Jésus, le roi des Juifs. Mais c’était sans compter sur les francsmaçons, qui allaient prendre le relais, épouser la cause des juifs, devenir comme eux le vecteur de l’histoire. Reconstruire l’humanité! Il faut des centaines et des centaines, des milliers et des milliers d’architectes, des clones d’Hiram qui forment la chaîne d’union, de génération en génération, qui se transmettent le message. Reconstruire l’humanité! Eh quoi! II y a bel et bien une alliance objective entre juifs et francs-maçons! Rien à voir avec la judéo maçonnerie chère aux antis maçons et aux antisémites de tous poils. Rien à voir avec un complot ourdi dans le secret des loges ou dans les arrière-salles des synagogues. Juifs et maçons devaient se rencontrer, se prêter main-forte, unir leurs efforts pour qu’advienne la Jérusalem céleste... terrestre et universelle à la fois.

La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise», disent ensemble l’évangile de Jean et le rituel maçonnique. Longtemps, les chrétiens n’ont pas reconnu les juifs. Longtemps, les maçons ont été chrétiens. Mais que des frères bénéficiaires d’une élection humaine n’aient pas vu tout de suite dans les juifs leurs frères, bénéficiaires d’une élection divine, voilà peut-être le paradoxe biblique. Elire, c’est choisir. Choisis par Dieu ou choisis par les hommes, sortis du lot de la commune humanité, juifs et maçons ne pouvaient que susciter l’incompréhension et la jalousie, avant d’être les victimes de la haine meurtrière.
C’est le sort réservé aux minorités actives, naturellement élitistes parce que élues. Les dictateurs et les dogmatiques de tous les temps ne s’y sont pas trompés: en pourchassant juifs et maçons d’une même vindicte, ils ont donné corps à leurs fantasmes. Investis d’une mission qui les dépasse et qu’ils ne parviennent pas à remplir, les boucs émissaires sont désignés coupables. Coupables de n’avoir pu reconstruire le Temple, coupables de n’avoir pu arracher l’humanité à l’ignorance, au fanatisme, à la superstition.

Justement, mon F, parle nous de la rencontre des Juifs et des FM. Fut elle d’emblée harmonieuse?

Tordons d’emblée le cou à une idée reçue : entre juif et FM, la tolérance fut loin d’être une vertu naturelle qui s’imposa spontanément lors de la création de la FM, une institution pourtant fondée au début du XVIII siècle sur cette idée généreuse. Et pour cause… la difficulté de la pratique de la tolérance vient en réalité de ce qu’elle met en jeu l’acceptation de l’Autre, du différent, du dissemblable. L’étranger est étrange. Tolérer c’est accepter ce qui nous est étranger.

Lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois, juifs et francs-maçons ne se reconnaissent pas d’emblée. Leurs yeux mettent du temps à se dessiller. Des rabbins s’étonnent que certains de leurs coreligionnaires souhaitent sortir des murs étroits de leur ghetto. Parce qu’ils sont juifs.

Des chrétiens rechignent à initier des juifs. C’est à croire que tous feignent d’ignorer que les rituels maçonniques sont construits autour d’épisodes bibliques, que des hébraïsmes sont utilisés à foison, que le calendrier maçonnique s’inspire de la chronologie juive, que la Kabbale est juive avant d’être chrétienne. Au XVIIIe siècle, il était de bon ton d’être francmaçon, si l’on avait de l’estime pour soi-même et si l’on voulait tenir son rang. Princes et nobles, philosophes et scientifiques, prélats et religieux, tous voulaient en être : on payait cher quelquefois les passages à des degrés supérieurs. Pour cette élite en mal de fraternité, l’égalité n’était qu’un mythe. Pour les juifs de l’Ancien Régime qui voulaient compter dans la société, l’entrée dans une loge maçonnique constituait un vecteur d’émancipation en même temps qu’un lieu de sociabilité hors du commun. Pour eux, la franc-maçonnerie aura été ce creuset idéologique et philosophique où se préparaient leur émancipation et l’acquisition de leurs droits civiques. Que les trois siècles d’histoire de la maçonnerie soient jalonnés de préjugés anti-juifs et de réactions antisémites ne doit pas cacher cette réalité.

Reprenons d’ailleurs l’origine de la franc-maçonnerie spéculative

Elle a vu le jour au XVIII siècle, dans l’Europe du siècle des Lumières. Ce n’est pas un hasard. Sous la forme qui était la sienne alors, et qui annonçait le visage qu’elle offre aujourd’hui, elle n’aurait pu qu’au prix d’insurmontables difficultés naître un siècle ou deux plus tôt. Seule l’émergence des Lumières a pu permettre l’éclosion d’une société aussi originale et novatrice. Pour autant, si la maçonnerie est fille des Lumières, elle conserve une place singulière au sein du large mouvement d’affranchissement des esprits qui caractérise cette époque. C’est qu’elle s’affiche comme résolument pluraliste, ainsi que l’ambitionnent ses fondateurs, les protestants Anderson, Desaguliers et l’équipe qui, avec eux, travaille à la rédaction dès Constitutions de 1723.

Rappelle nous le texte de l’article premier de la deuxième partie des Constitutions, les « obligations» du maçon.

Cet article célèbre, intitulé «concernant Dieu et la religion », renseigne sur la conception de la franc-maçonnerie naissante que partageaient les fondateurs. Il évoque en particulier l’orientation philosophique et religieuse de la jeune société maçonnique. On comprend dès lors qu’il concerne au premier chef l’étude des rapports entre judaïsme et franc- maçonnerie.
Très souvent cité et abondamment commenté, il mérite d’être reproduit ici in extenso «Un Maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale, et s’il comprend correctement l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. Mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obligés, dans chaque pays, d’être de la religion de ce pays ou nation, quelle qu’elle fût, aujourd’hui, il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire d’être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d’honneur et de probité quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la maçonnerie devient le Centre de l’Union et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance.»

Que nous enseigne ce texte fondateur ?

Ce texte comprend deux idées essentielles et fondatrices. Il y est dit d’une part que la franc-maçonnerie naissante est une institution qui ambitionne de réunir des personnes diverses dans une fraternité pluraliste et d’autre part que la religion du maçon est le déisme.
Les Constitutions consacrent à leur façon le principe de la religion naturelle en n’ouvrant les loges qu’à ceux qui partagent «la religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord».
Les ateliers maçonniques sont alors composés de chrétiens de toutes confessions, de quelques rares juifs et de musulmans, et les athées y sont plutôt rares au XVIII siècle. Mais on aurait tort de n’expliquer le caractère relativement pluraliste de la nouvelle société maçonnique que par le seul jeu du déisme partagé peu ou prou par tous les membres.

Mon F peux tu m’expliquer pourquoi certains éléments bibliques se trouvent présents dès les origines de la franc-maçonnerie ? En effet comment nier ou ignorer cette influence au regard des éléments symboliques proprement juifs, des hébraïsmes qui donnent aux rituels un accent particulier et qui empêchent de concevoir la maçonnerie comme une société exclusivement chrétienne et par ailleurs n’y a-t-il qu’une influence de la tradition juive

Il ne faut pas sous-estimer l’influence du protestantisme en ce domaine. Au XVIII siècle, l’Ancien Testament est à l’honneur, les prénoms bibliques à la mode et le pluralisme théologique encouragé, sur fond de tolérance sur le terrain du déisme moralisateur, judaïsme et christianisme réformé peuvent facilement se rejoindre l’Alliance» bien proche de celle du judaïsme. Dans ce contexte, on peut concevoir que les fondateurs de la franc-maçonnerie moderne soient des protestants pétris de culture biblique pour lesquels l’hébreu n’est point une langue incompréhensible, ni la Bible juive un livre qui ne peut être lu et interprété qu’à la lumière du Nouveau Testament.

Cette influence ne se fait elle pas plus sentir aux degrés supérieurs ?

En effet, aux différents degrés de la franc-maçonnerie, les références aux textes sacrés restent des références d’ordre traditionnel, sans aucune liaison à la pratique d’une quelconque religion. Les rituels maçonniques et leurs récits initiatiques et légendaires trouvent une authenticité dans un rattachement à des textes sacrés, mais c’est l’interprétation ésotérique et non religieuse, qui prime et leur donne une haute valeur symbolique »
Au rite écossais ancien et accepté, cinq degrés se référent à la construction du temple de Salomon : le maître secret (4e), le maître parfait (5e), le secrétaire intime (6e), le prévôt et juge (7e) et l’intendant des bâtiments (8e). Le treizième degré du rite écossais ancien et
accepté est celui de Royale Arche ou chevalier de Royal-Arche. De quelle arche parle- t-on?
De celle de Noé, mais aussi de l’arche d’alliance de Moïse et de l’arche du saint des saints du temple de Salomon. On trouve aussi dans ce degré des références multiples à la Kabbale, notamment à « l’arbre des sefirot ». Lors de l’initiation à ce degré, les noms des sefirot sont prononcés en hébreu. Le treizième degré est sans doute celui qui est le plus empreint de la tradition ésotérique juive.
Au trente-deuxième degré du rite écossais ancien et accepté, le Sublime Prince du Royal Secret, le nom sacré de l’Eternel est évoqué.
La Bible servira de cadre au déroulement rituel et graduel de la maçonnerie, mais aussi les légendes nées autour des événements bibliques. Parmi ces légendes : Hiram, la reine de Saba, le forgeron Tubalcaïn et le roi Salomon dont il est question dans des rituels anglo-saxons, la
franc-maçonnerie constitue une des formes d’expression de la tradition judéo-chrétienne au sens où elle unit le judaïsme et le christianisme, les deux Testaments :
L’usage de l’hébreu pour les mots sacrés, les continuelles références aux temples de Salomon et de Zorobabel, le calendrier lunisolaire, le travail tête couverte au 3e degré, la datation rituelle coïncidant à peu de chose près avec la datation hébraïque, tous ces indices et bien d’autres sont là pour attester l’importance du trésor symbolique hérité des fils de l’ancienne alliance.

Peux tu nous expliquer quelle différence y a- t- il entre le calendrier maçonnique et le calendrier juif ?

Le calendrier maçonnique fait débuter l’année au ler mars de l’année civile ou profane à laquelle on ajoute 4000. Ainsi, le ler mars 2000 est-il le ler jour du 1er mois de l’an 6000 pour les maçons alors que pour les juifs il représente le 24e jour du mois d’Adar de l’an 5760, qui
s’écrit Adar 24, 5760. Dans le calendrier maçonnique, cette adjonction de 4000 ans serait due à Anderson lui-même qui fait remonter la création du monde à quatre millénaires avant Jésus-Christ. Dans le calendrier juif, des calculs savants basés sur les données bibliques ont amené des rabbins, dès avant le IX siècle, à fixer la date de la création du monde à 3761 ans avant notre ère.

Que peut on dire des hébraïsmes dans la franc-maçonnerie ?

Les hébraïsmes dans la franc-maçonnerie, qui se bousculent au gré des degrés pratiqués, et dont la présence semble incongrue tant leur signification échappe à la plupart de ceux qui les utilisent? C’est une question qui taraude les esprits des maçons depuis le siècle précédent.
Certes, la critique historique aurait tôt fait, aujourd’hui, de démonter l’hypothèse mythique d’une origine templière, hébraïque ou égyptienne de la maçonnerie.

Certains auteurs prétendent trouver l’origine des mystères de la FM en remontant à l’époque des croisés.

En effet , on ne serait pas surpris que ceux qui s’armaient en vue de reconquérir la Terre sainte, d’y planter l’étendard de la foi catholique, ayant trouvé les mystères conservés dans cette partie de l’Asie par le peu de chrétiens qui y étaient encore, les aient adoptés comme un lien qui les unissait plus étroitement à des hommes qui pouvaient et qui devaient leur être fort utiles.Il ne serait pas étonnant, disons-nous, que les nouveaux initiés eussent adopté, avec la langue des premiers, le projet même de la reconstruction du temple de Jérusalem, construction qui est toujours l’objet des voeux du peuple juif, et que, par cette raison, ils se fussent désignés sous le titre de maçons libres. Cela posé, il nous semble facile de concevoir comment la maçonnerie a puisé dans la Bible les moyens et les titres de son organisation, Certains termes ont été empruntés au Zohar ou à d’autres livres majeurs de la Kabbale.
Souvent, les mots hébreux présents dans les rituels sont déformés, les rendant incompréhensibles pour un hébraïsant. Pour celui qui ne connaît pas l’hébreu, ce qui devrait être le cas pour une majorité de maçons, de telles déformations ne font pas obstacle à une compréhension qui demeure, de toute façon, pour le moins difficile...
Le Grand Architecte de l’Univers pourra lui être représenté par l’étoile flamboyante à cinq branches, ou encore par un triangle, le delta lumineux, qui figure à l’orient, au-dessus de l’autel du vénérable. Pareil symbole n’est pas une création maçonnique. On trouve par exemple sur le fronton de l’église Notre-Dame des Victoires à Paris un triangle renfermant le Tétragramme divin.

Mon cher F, tu viens de nous dire que certains termes ont été emprunter à la kabbale peut on parler d’une influence de la kabbale sur la FM ?

En réalité il est difficile d’affirmer que la kabbale telle quelle est ait une influence directe sur la FM
D’abord parce que les juifs ne furent admis dans les loges que tardivement et en tout cas après la formation de la FM spéculative, laquelle hérita d’un corpus spirituel et philosophique déjà forme, ensuite pour cette raison que nul ne peut pénétrer la kabbale sérieusement sans un bagage religieux et linguistique adéquat hors ce n’était pas le cas de la majorité des mâcons du XVIII siècles.

Pour juger de la place réservée à la Kabbale dans la franc maçonnerie, de l’usage qui en est fait, et déterminer comment cette tradition va affleurer dans le monde maçonnique, il importe de retracer rapidement les grandes étapes de son histoire.
Tradition ou transmission : c’est ce que signifie littéralement la Kabbale (du mot hébreu Qabbalah), Mais le mot vient aussi d’un verbe hébreu (qibbel qui signifie « recevoir par tradition». Réception et transmission forment bien la trame de toute tradition. La Kabbale s’est donc constituée au fil des siècles, enrichissant son patrimoine littéraire, charriant au passage son cortège de légendes et de mythes.
En réalité, la Kabbale n’est rien d’autre que la principale tradition mystique du judaïsme, tradition souterraine, ésotérique, réservée d’abord à une poignée d’initiés, transmise oralement de maître à disciple, et qui quelque fois s’achoppe à l’orthodoxie et aux autorités rabbiniques.
Elle est donc aussi une gnose, une connaissance de type ésotérique, marquée par le secret

Quelles sont les oeuvres importantes de la K

Il existe un nombre considérable d’œuvres mais les plus importantes restent le Livre de la Création (Sefer Yetsirah), et le Zohar ou Livre des splendeurs.
C’est dans le livre de la création, difficile à dater, où, pour la première fois, il est question des fameux sefirot sur lesquels les kabbalistes des siècles futurs spéculeront à l’envi : le Dieu créateur exprime sa volonté au moyen de trente-deux mystérieux sentiers de la sagesse, qui sont les dix sefirot et les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque. Les dix sefirot sont partout à l’oeuvre: on les retrouve dans la création du monde, dans les dix commandements, et jusque dans le corps de l’homme, animé par la volonté, l’intelligence et la pensée (la tête), la grâce et la victoire (le bras et la jambe droits), la rigueur et la soumission (le bras et la jambe gauches), enfin l’harmonie, le fondement et la royauté (le cœur et le sexe). D’autres traductions françaises des termes hébreux donnent : la Couronne suprême, la sagesse, l’intelligence, la bonté, la force, la beauté, la royauté, le fondement des âmes, le triomphe et la majesté. Remarquons déjà que le triptyque maçonnique Sagesse - Force - Beauté, désignant les trois piliers qui soutiennent la loge, est bel et bien présent...
Mais l’événement le plus considérable dans l’histoire de la kabbale est l’apparition vers 1270 en Espagne d’un livre fameux qui rapidement et pour longtemps va devenir la bible des kabbalistes le Zohar ou livre des splendeurs .
Son influence sur toute la tradition ésotérique occidentale va être déterminante jusqu'à nos Jours

Alors où chercher le chaînon manquant, comment les maçons sont ils rentrés en contact avec la kabbale ?

Par la kabbale chrétienne bien entendu, des chrétiens, des humanistes de la renaissance ont importé la kabbale que l’on revisité a partir du XV siècle ,les italiens Jean Pic de la Mirandole , Paul Ricci un juif converti , le français guillaume Postel traducteur du Zohar s’en servent à des fins apologétiques pour tenter de prouver la véracité de la seule religion chrétienne et partant pour convaincre les juifs de la nécessité de se convertir . Ainsi tentent ils de prouver par le jeu des valeurs numériques des lettres hébraïques que le christ est bien le messie. On se trouve manifestement ici devant des lectures de la K qui tiennent davantage d’une tentative de récupération que d’une exégèse authentique De nombreuses exploitations de la kabbale par des traditions qui lui sont étrangères vont se faire jour :

Alors que dés le siècle des lumières elle commence à sentir le souffre, que le XIX siècle la tient pour un vestige de l’obscurantisme, certains ésotéristes s’en emparent sous sa forme chrétienne principalement pour l’intégrer dans leur construction hasardeuse d’un occultisme de bazar ou se mêlent, magie, tarot, spiritisme et divination.

Qu’est ce que la kabbale peut en définitif enseigner au mâcon ?

Peut être comme le disait Léon Ashkenazi, fin connaisseur de cette tradition : une morale pratique plus qu’une métaphysique abstraite.

Quel sort était réservé aux juifs dans la maçonnerie de la France de l’Ancien Régime?

Après l’expulsion des juifs d’Espagne en 1492, on assiste au retour des juifs en France, qui en avaient été chassés en 1394. Ce sont des séfarades qui, dans une semi clandestinité, viennent s’établir dans le sud du pays. Au XVIII siècle, la France contrôle l’Alsace, puis la Lorraine en 1766.
Nonobstant l’acceptation des principes généraux de la FM, la question des juifs n’est pas résolue pour autant. On se demande alors si la religion juive est ou non un obstacle à l’assimilation et à l’intégration de ceux qui la pratiquent .
De la même façon, les Devoirs enjoints aux Maçons libres (1735), «premier texte constitutionnel de la maçonnerie française », transforment le texte d’Anderson concernant Dieu et la religion dans un sens exclusivement chrétien.
Les statuts du comte de Clermont affichent un catholicisme des plus orthodoxes et n’admettent en loge que «des gens d’une naissance honnête, de bonne vie et moeurs, craignant Dieu et ayant le baptême ». Faut-il y voir une marque d’ostracisme vis-à-vis des nonchrétiens, des juifs et des musulmans en particulier? Nullement Pierre Chevallier n’explique cette évolution, pour le moins étonnante, que par le changement qui s’est opéré alors dans le recrutement des loges. A Paris, la bourgeoisie a pris la place de l’aristocratie et cette bourgeoisie est «catholique romaine, pieuse, voire dévote, sinon janséniste ».

Une autre publication marquante dont il faut tenir compte est L’Etoile flamboyante (1766) du baron Théodore de Tschoudy.

En effet, conseiller d’honneur au parlement de Metz, vénérable d’une loge de la même ville, Tschoudy écrit à propos des futurs initiés: «Il sera requis en eux qu’ils soient au moins convaincus des mystères saints de la religion chrétienne.» Ce qui laisse évidemment peu de latitude aux juifs qui voudraient entrer dans ce type de loge écossaise, même si Tschoudy ajoute : «Ce n’est qu’exceptionnellement, par respect pour l’Ancien Testament, qu’un juif peut être, en de rares occasions, admis à y prendre part.»
Attachante est la personnalité d’un théosophe d’envergure, d’un mystique même, Martines de Pasqually, un catholique d’origine juive sans doute, qui entend animer les loges d’un nouveau souffle mystique. Pour atteindre ce but, il fonde un ordre des Chevaliers maçons élus Cohen de l’univers (en hébreu, le mot Cohen signifie prêtre). S’il n’est plus juif, Pasqually ne manifeste pas pour autant une stricte orthodoxie catholique.

En 1773, la création du Grand Orient de France, obédience qui allait s’inscrire dans un courant nettement plus rationnel et libéral, puis en 1791 l’octroi de la citoyenneté manifestent une évolution déterminante et irréversible vers une coexistence beaucoup plus heureuse entre les mondes juif et maçonnique, et, d’une certaine manière, entre mondes juif et chrétien. En même temps, ces événements se distinguent nettement des réactions négatives observées dans d’autres pays et font figure de précurseurs.
Par conséquent, on peut affirmer que, en dépit du tournant nettement chrétien pris par la Grande Loge de France et de quelques rares épisodes de conflits, l’admission des juifs au sein des loges françaises ne semble pas, la plupart du temps, avoir été prétexte à controverses et à débats au cours du XVIII siècle.

A la fin du XVIII siècle, trois événements d’une portée considérable vont définir l’évolution ultérieure de l’histoire des juifs.
D’abord les partages successifs de la Pologne.
Ensuite, la Déclaration d’indépendance américaine.
Enfin la Révolution française. Elle va accorder à son tour l’égalité civile et politique aux juifs. En Angleterre et dans les colonies, où le fait précéda le droit, l’émancipation fut plus une question de mentalités que de légalité.

Peut on affirmer alors que la FM et le judaïsme libéral partage les mêmes valeurs ?

Dans le cas de la France, Jean-Marc Chouraqui considère qu’il existe un lien évident entre le discours éthique et les valeurs communes que partagent la franc- maçonnerie et le judaïsme libéral.
Aux yeux de ce dernier, accorder le judaïsme avec les nécessités de la vie moderne, c’était notamment interpréter la loi en la confrontant à la raison et à la science.

Et il n’est pas étonnant de retrouver ici la marque de la franc- maçonnerie, qui partageait avec le mouvement libéral et réformateur du judaïsme une même inclination vers l’universel. De surcroît, la franc- maçonnerie, comme certains éléments du judaïsme libéral et du protestantisme, visait à un dépassement des clivages confessionnels pour atteindre une religion unique, universelle suivant des voies variables selon qu’elle fût spiritualiste ou
positiviste.

On constate donc une normalisation progressive de l’accès des juifs à la franc-maçonnerie dans les pays d’émancipation après 1830, dans un siècle et des régions où la francmaçonnerie devient véritablement universaliste. C’est le cas en France, où dominera sur la scène juive et sur la scène maçonnique la figure d’Adolphe Crémieux.
C’est le cas enfin en Grande Bretagne, où Moses Montefiore, qui donnera son nom à plusieurs loges, devient le deuxième parlementaire juif anglais et se donne la stature d’un dirigeant juif international - il dirigera le Board of Deputies of British Jews de 1838 à 1874.

La Grande-Bretagne a cette particularité de connaître des loges juives : il en est ainsi peut-être de la loge Hiram, de la United City Lodge et de la Mount Moriah - dans laquelle Moses Montefiore sera initié en 1812 - et certainement de la Lodge of Israël, la plus ancienne loge dite juive enregistrée par la Grande Loge d’Angleterre Fondée en 1793, elle accueille des membres juifs - surtout ashkénazes - et non juifs, mais ne se réunit ni durant le shabbat ni durant les fêtes juives et respecte les interdits alimentaires du judaïsme.

En France, avec le saint-simonisme - rappelons au passage qu’Adolphe Crémieux fut l’avocat des saint-simoniens -, la franc-maçonnerie demeura longtemps un des seuls cadres de sociabilité réels pour les juifs. Dans une société encore marquée par le critère de l’appartenance ethnique et religieuse, les salons, les cercles littéraires, les clubs restent en réalité relativement fermés aux juifs.

Un autre maçon, juif et marocain, le docteur Samuel Guitta, représente une figure importante de cette époque. Pendant vingt-cinq ans, ce président honoraire de la Ligue des droits de l’homme est le vénérable de la loge Morayta, rattachée au Grand Orient espagnol. Cette loge va connaître une scission : plusieurs frères, juifs et non juifs, vont quitter l’atelier, dénonçant la mainmise de frères juifs sur les fonctions d’officiers de la loge! Ils s’en iront fonder la loge Samuel Guitta n° 360 à Casablanca.

Un épisode révélateur de l’antisémitisme en France, l’affaire Dreyfus, devenue l’Affaire, tant elle a ébranlé le pays tout entier. En toile de fond, un antisémitisme issu des milieux conservateurs et cléricaux, symbolisé par la parution, en 1886, d’un livre de Drumont ; dans La France juive, Edouard Drumont tente de faire croire que juifs, protestants et francs-maçons sont unis dans une même volonté de détruire la France bien-pensante des traditions catholiques et nationalistes qui s’accommode mal de la laïcité républicaine.

Comment les maçons français vont-ils réagir face à l’Affaire?

Alors que la Grande Loge de France se retranche dans le mutisme de l’indifférence, le Grand Orient de France s’engage activement, bien qu’avec un peu de retard, dans la défense du capitaine lors du convent de septembre 1898.

Peut on imaginer une influence quelconque de la FM sur le judaïsme ?

L’influence de la franc-maçonnerie sur l’évolution religieuse du judaïsme au XIXe siècle n’est peut-être pas négligeable. La réforme religieuse juive fut proche, sur le plan esthétique comme sur le plan doctrinal, de ce que professait alors la franc-maçonnerie. L’on retrouve des parentés dans les références symboliques, dans l’orientalisme, dans l’usage même du terme de temple, qui montre certes une évidente analogie avec le protestantisme, mais qui peut aussi être interprété comme une référence au temple de Salomon, patrimoine partagé avec la maçonnerie. Le discours libéral juif semble lui aussi marqué du sceau de la franc-maçonnerie, par la promotion de l’universalisme et d’une seule religion idéale de l’humanité, par le rapprochement au sein d’une alliance religieuse universelle aussi, par le pont que jeta la franc-maçonnerie entre protestantisme libéral et judaïsme libéral enfin.

Outre le grand rabbin Elie Aristide Astruc en Belgique ou Samuel Hirsch, affilié aux Enfants de la Concorde fortifiée -dont il est orateur entre 1845 et 1854 et grand rabbin de Luxembourg -de nombreux rabbins réformés furent maçons, L’influence supposée de la maçonnerie sur la réforme du judaïsme se lit aussi dans l’esthétique nouvelle - temple, symbolisme, orientalisme - du judaïsme LIBERAL, qui n’est pas exclusivement marquée par l’empreinte chrétienne. L’influence de la franc-maçonnerie, en particulier de l’adoption maçonnique, est aussi sensible dans les formes et l’esprit de la cérémonie religieuse juive de l’initiation telle qu’elle est pratiquée par nombre de communautés israélites modernistes dès le début du XIXe siècle.

Même si elle correspond autant à la volonté délibérée d’acculturer une partie de la liturgie et de l’esthétique du culte, en puisant dans le cérémonial des cultes chrétiens, qu’à celle de confiner la pratique traditionnelle de la bar mitsvah au domaine privé, cette cérémonie peut selon nous avoir une
réelle inspiration maçonnique.

Dans le cadre du judaïsme traditionnel quelles furent les réactions du judaïsme à la présence de juifs en maçonnerie, et en particulier l’attitude des rabbins à cet égard ?

Il est difficile de l’établir. Le peu d’éléments connus témoignent sans doute du fait que cette présence ne constitua en rien un enjeu dans la vie juive.

D’autre part le judaïsme, organiquement, n’était pas appelé à se prononcer à ce sujet. N’étant ni structuré ni hiérarchisé
à l’image du catholicisme romain, le judaïsme n’eut pas d’attitude globale à faire entendre, n’eut pas d’excommunication à prononcer au même titre que l’Eglise. En réalité, il se marqua toujours beaucoup plus par un silence sympathique à l’égard de la maçonnerie - en raison même du nombre de rabbins et de responsables communautaires juifs en son sein - que par une réprobation bruyante.

Il est toutefois probable, sinon sûr, que les préventions des rabbins, à quelques exceptions près, devaient demeurer importantes, surtout au XVIII eme siècle et au début du XIXe siècle.
En effet, non seulement la maçonnerie pouvait paraître contribuer à éloigner socialement certains juifs de leur communauté d’origine, mais encore elle constituait une sorte de substitut qui transcendait les clivages religieux traditionnels - à la fois imposés par les aléas de l’histoire mais aussi facteurs de contrôle social. Comme pour les catholiques et les protestants, l’élément rabbinique traditionaliste ne devait sans doute que modérément apprécier qu’une forme de spiritualité ou à tout le moins d’accomplissement spirituel s’exerçât en dehors du cadre religieux habituel.

Car si certains juifs francs-maçons eurent à subir les foudres de certains rabbins ou des courants conservateurs au sein de leur propre communauté, en raison de leurs opinions modernistes, il est fort difficile de faire la part des reproches qui leur étaient adressés. Le fait qu’ils fussent maçons n’ajoutait vraisemblablement rien ou presque au catalogue des blâmes qu’ils encouraient.
Par ailleurs, la présence de symboles a priori chrétiens dans la maçonnerie a peut-être découragé certains candidats juifs à l’initiation, non tellement pour des raisons religieuses, mais en raison de l’impact très profond sur les consciences juives du temps des conversions au christianisme.

Le mythe du complot judéo-maçonnique

La théorie du complot est une figure dominante de nos sociétés contemporaines. Toute menace intérieure ou extérieure, toute atteinte à l'ordre moral inspiré par l'Eglise, tout vecteur de la modernisation de la société ont systématiquement été perçus par l'opinion réactionnaire, depuis la Révolution française, comme les effets d'une puissance occulte qu'il s'agissait de diaboliser. La franc-maçonnerie fut particulièrement visée de ce point de vue.

Avec les années 1860, en Allemagne puis en France, le discours antimaçonnique va s'emparer de la thématique juive pour fustiger la conspiration antichrétienne qui serait à l'oeuvre dans la modernité européenne. L'antijudéo-maçonnisme sera d'abord essentiellement théologique puis, avec l'encyclique papale Humanum genus (1884), qui en lancera le mot d'ordre, se fera politique.

C'est en effet avec l'encyclique de Léon XIII, qui se donnait pour objectif de mettre bas les masques, que le discours antijudéo-maçonnique sera popularisé, jusqu'à la caricature. Il nous a semblé utile d'interroger ici les figures de ce discours sur le complot, là où Juifs et maçons sont associés pour incarner la coalition diabolique chargée de mettre à mal la civilisation chrétienne : la Synagogue de Satan, métaphore du lieu du secret des maçons et du lieu du pouvoir des Juifs, sert de fil rouge à un discours où Juifs et francs-maçons sont visés comme vecteurs d'une oeuvre diabolique de trahison de l'ordre social.

L'expression Synagogue de Satan, qui est appliquée à la franc-maçonnerie avec l'encyclique Etsi Multa de Pie IX (1873), sert ainsi ce discours sur le secret, l'obscur, le souterrain, le démoniaque, cette vision crépusculaire du monde : c'est le combat du monde visible contre le monde invisible. Le dévoilement du complot se fait en sondant les ténèbres : Mgr. Meurin en fera le titre d'un de ses ouvrages (La Franc-maçonnerie, Synagogue de Satan - 1893), qui connut une grande diffusion. Il popularisera l'expression en la fixant dans l'imaginaire catholique, servant une mobilisation politique et théologique qui visait à faire du Juif l'incarnation du maçon, celui que le secret ne permettait pas d'identifier.

Dans cette triste mouvance disons quelque mots du non moins triste « Protocole des Sages de Sion »

Les Protocoles des Sages de Sion apparaissent au tout début du XXe siècle. Ce document se présente sous la forme de vingt-quatre conférences comme une copie d'un plan de campagne, méthodique, cynique, mis sur pied par les juifs dans le but de détruire les sociétés existantes.

Ce plan est accompagné du programme de l'ordre nouveau que ce peuple imposerait au monde, après le chaos général. Les Protocoles dévoileraient l'objectif caché du peuple juif : Asseoir une domination sans partage sur le monde.

Le document rapporte, dans le plus grand désordre, les moyens que les juifs seraient amenés à utiliser pour parvenir à leurs fins. Il s'agirait pour eux de discréditer la religion, la franc-maçonnerie étant l'un des fers de lance de ce combat - de répandre des idées subversives, pour entretenir la haine entre les classes sociales - d'encourager le luxe, pour abattre les capacités de résistance - de développer l'industrie, pour anéantir l'agriculture et l'aristocratie traditionnelle - d'entretenir des crises économiques, pour encourager les révoltes - de faire main basse sur l'or, pour acquérir de la puissance - de posséder les organes de presse, pour manipuler l'opinion - de répandre la doctrine libérale, pour corrompre le peuple et désagréger les nations - d'instrumentaliser les partis politiques, pour instiller les mêmes idées - de diriger l'enseignement, pour endoctriner la jeunesse - de faire éclater un conflit mondial, pour hâter le règne des chefs d'Israël... Une fois ces manœuvres accomplies, les conjurés n'auraient plus qu'à récolter les fruits de la déstabilisation générale et à prendre les rennes du pouvoir mondial.

La force de ce document réside dans sa simplicité. En focalisant l'attention sur un groupe humain particulier, il donne une explication unique aux maux dont souffre la société. Il rend l'histoire contemporaine " intelligible ", selon le mot de Taguieff, en expliquant le passé récent, en rendant possible le décryptage du présent et en permettant le déchiffrement de l'avenir. Le tout en stimulant l'imagination. Un autre de ses atouts est de se présenter comme écrit par les chefs juifs eux-mêmes, les Sages de Sion. Ce serait un document de première main, un aveu émanant des comploteurs. La France fut, avec l'Allemagne, l'un des pays où les Protocoles rencontrèrent le plus vif succès. La Libre Parole d'Edouard Drumont, la Vieille France d'Urbain Gohier, La Revue internationale des sociétés secrètes de Mgr Jouin, tous trois férocement antisémites, en firent leurs choux gras. Léon Daudet, dans la royaliste Action Française, crut également à leur authenticité.
Les Protocoles furent traduits en suédois, en danois, en roumain, en espagnol, en arabe... Henri Rollin, en 1939, écrivait : « On peut donc considérer les Protocoles comme l'ouvrage le plus répandu dans le monde après la Bible »

Nous dirons quelques mots de la maçonnerie en Israël.

Il y aurait aujourd’hui en Israël plus de trois mille maçons et plus de soixante-dix loges.
Pourtant, la franc-maçonnerie s’y est implantée avec quelque difficulté, et seulement depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

Dans les années 1860, Robert Morris, un maçon américain qui fut grand maître de la Grande Loge du Kentucky, se met en tête de rechercher des traces de l’existence de loges maçon niques à l’époque biblique. Pour tenter d’asseoir une si brillante intuition, il se rend en Terre sainte. Las, non seulement il ne découvre aucun indice d’une quelconque présence maçonnique aux temps bibliques, mais en outre il ne rencontre sur son chemin aucun maçon ni aucune loge en activité. Morris fait contre mauvaise fortune bon coeur: puisqu’il n’y a pas la moindre franc-maçonnerie en Palestine, il va la mettre sur pied. A Jaffa, il aperçoit le bateau Lord Clyde de la marine britannique et va aussitôt à la rencontre du capitaine et de ses officiers. Cette fois, son intuition le sert: il se trouve bel et bien des frères parmi eux. Et que font des maçons en déplacement à l’étranger lorsqu’ils se rencontrent? Ils tentent d’organiser une tenue maçonnique.

C’est ainsi que le 13 mai 1868 se tient sans doute la première réunion maçonnique à Jérusalem, dans la grotte de Sédécias située près de la porte de Damas et dont l’entrée ne fut découverte qu’en 1852. Cette caverne - située à l’emplacement des fondations du Temple! -, on la connaît sous le nom des carrières du roi Salomon...

Aujourd’hui encore s’y déroule chaque année une tenue internationale des maîtres de la Marque. Mais Morris ne s’arrête pas en si bon chemin. Il faut aller de l’avant, donner un caractère permanent à la loge. Ce sera chose faite en 1873.

La première loge maçonnique implantée sur le territoire d’Israël est donc celle du Roi Salomon, reconnue en 1873 par la Grande Loge du Canada.

La plupart de ses membres sont des colons américains de Jaffa appartenant à l’Eglise du Messie, un mouvement chrétien à tendance sectaire. Elle accueille aussi des résidents palestiniens. Elle cesse cependant ses activités au début du siècle. Puis, a Jaffa, autour de 1890, des frères arabes et juifs fondent la loge Le Port du temple du roi Salomon, travaillant en français. C’est un atelier qui va connaître un certain succès auprès des ingénieurs français venus construire la première ligne de chemins de fer en Israël celle qui relie Jaffa à Jérusalem.

Avant l’indépendance de l’Etat d’Israël en 1948, il se trouve donc déjà des loges qui travaillent soit en hébreu, soit en anglais et qui sont rattachées soit à la Grande Loge d’Egypte, soit à la Grande Loge d’Ecosse ou à la Grande Loge unie d’Angleterre, soit encore au Grand Orient de France. Fondées pour la plupart dans les années trente, elles se réunissent à Jérusalem, à Haïfa, à Tel-Aviv ou à Jaffa. La première obédience maçonnique en Israël la Grande Loge nationale de Palestine, est constituée en 1932 mais les loges anglophones refusent de s’y rallier.

La Grande Loge de l’Etat d’Israël voit le jour le 20 octobre 1953, elle a son siège à Tel-Aviv, où se réunissent régulièrement 22 ateliers. La plupart travaillent en hébreu (14 exactement), tandis que les autres loges se réunissent en anglais, en français, en espagnol, en turc et même en roumain.

Notons la présence d’une loge d’expression française à Jérusalem, la bien nommée France, fondée en janvier 1993 en présence du grand maître de la Grande Loge nationale française (obédience régulière). Au total, on peut dire que la majorité des maçons d’Israël sont juifs (orthodoxes ou non), mais qu’il est aussi des maçons chrétiens, musulmans ou Druzes

On retrouve cet esprit de tolérance jusque dans le rituel des loges où ce sont trois volumes de la Loi sacrée qui sont ouverts côte à côte : la Bible hébraïque (Tanakh), la Bible chrétienne et le Coran. Sur le sceau de la Grande Loge de l’Etat d’Israël figurent la croix chrétienne, le croissant musulman et l’étoile de David. Et il y a au sein de la direction de l’obédience trois chapelains : un juif, un chrétien et un musulman. Cette harmonie s’est par ailleurs concrétisée en 1981 par l’élection d’un Arabe chrétien à la fonction de grand maître. Enfin, la loge n° 16 dite Elie le Prophète, à Haïfa, a pour tradition de travailler aussi bien en hébreu qu’en arabe.

En conclusion quels sont les points de vue communs entre le judaïsme et la FM

Après tout, il n’est pas interdit de tenter de trouver des points communs entre la franc-maçonnerie et le judaïsme... Réhabilitons le concordisme, mais de manière douce, sans forcer les interprétations convergentes. Si donc l’on veut bien s’attarder sur les similitudes de nature entre la franc-maçonnerie et le judaïsme, on découvre au moins trois thèmes à explorer.

D’abord la valeur du travail

On sait que le maçon est invité à travailler sur lui-même, à polir sa pierre brute, à se perfectionner avant de songer à améliorer le monde. La symbolique maçonnique, avec les outils du constructeur et le tablier, témoigne de cette orientation primordiale. Mieux, tout l’appareil symbolique de la franc-maçonnerie est d’abord là pour enseigner des vérités morales. Trois siècles de littérature maçonnique témoignent de la fonction moralisatrice du symbolisme maçonnique Le judaïsme connaît lui aussi cette valorisation du travail, qui prend évidemment sa source dans la Torah. Avant même d’être chassé du jardin d’Eden et de devoir travailler à la sueur de son front, Adam devait déjà entretenir le jardin. Alexandre Safran peut écrire, dans une étude sur la conception juive du travail, que «le travail n’a pas été conçu uniquement pour répondre aux nécessités immédiates de l’homme, pour lui assurer sa subsistance, pour lui donner un gagne-pain, mais pour lui permettre d’atteindre un but moral, qui concerne autrui et se projette dans l’avenir qui est le Bien ».
En découle une foi commune en la perfectibilité de l’homme. La franc-maçonnerie constitue une formidable utopie de la modernité, elle croit que l’homme peut s’améliorer et améliorer le monde, en dépit de la notion de progrès qui, depuis Auschwitz et Hiroshima, a du plomb dans l’aile. La franc-maçonnerie a souvent inscrit cette notion de progrès dans ses textes fondateurs. Le judaïsme reconnaît semblable ment que si l’homme est corruptible il est néanmoins tourné vers le bien. L’homme travaille à son perfectionnement éthique. Juifs et francs-maçons affichent une même foi en l’avenir de l’humanité, qui ne trouve certes point la même origine. «Fidèle à l’action prophétique, le judaïsme, écrit le grand rabbin Safran, ne saurait admettre que l’homme renonce à instaurer le royaume de Dieu sur terre. E...] Mais les jours du Messie s’édifient dans la vie présente »

Enfin l’absence de dogme
ou l’adogmatisme. La franc- maçonnerie ne propose ni n’impose aucun dogme. Elle a même érigé en dogme cette aversion pour le dogme! La francmaçonnerie n’a pas de doctrines, elle n’est qu’une méthode d’appréhension de soi et du monde. Elle n’est en rien théologique. Elle se contente de favoriser le cheminement et la réflexion personnels, au départ de l’initiation. Elle veut faire de l’initié un nouvel homme, même si elle n’y parvient pas toujours... Le judaïsme n’a pas plus de dogmes. La Torah n’est pas un traité théologique, elle relate seulement des expériences religieuses. C’est encore Alexandre Safran qui écrit « Le judaïsme ne saurait avoir de dogmes; il se propose de connaître la volonté de Dieu, et non Sa nature; il n’impose donc pas aux croyants de vérité ni de foi toute faite; il encourage la recherche personnelle de la foi »

Nous voudrions terminer sur cette note, qui n’a rien de moralisateur : judaïsme et franc-maçonnerie sont condamnés à s’entendre et à unir leurs efforts pour réaliser un monde meilleur. Si les francs-maçons veulent bien reconnaître que leur société est née en terre chrétienne et qu’elle demeure un véhicule de la symbolique judéo-chrétienne, ils comprendront alors sans peine l’idée centrale émise par Franz Rosenzweig (1886-1929) dans son grand livre L’Etoile de la rédemption: c’est par l’amour que le monde sera sauvé. Or la vie juive est au cœur de l’étoile de la rédemption, tandis que les chrétiens en constituent les rayons. Ne peut-on imaginer que les maçons soient les nouveaux rayons de l’amour fraternel, et qu’ils doivent tout faire pour que le cœur de l’étoile continue à battre? Voilà qui dessinerait ainsi les contours du visage de la « judéo-maçonnerie» du je siècle.

Au total, le bilan historique est largement positif, si tant est que l’on puisse établir une comptabilité en pareil domaine. La plupart du temps, juifs et francs-maçons ont harmonieusement cohabité, réunis dans le partage de mêmes valeurs. Si l’idéal fédérateur de la maçonnerie n’a que partiellement réussi à faire éclater les murs de la méconnaissance et de l’incompréhension, au moins a-t-il patiemment construit une école de la tolérance. Là où, dans la société globale, chrétiens et juifs se méprisaient ou s’ignoraient, dans les ateliers maçonniques ils apprenaient au moins à se connaître. Le résultat n’est pas mince. Peut-être faut-il y voir une résurgence du dialogue inter religieux auquel seules quelques figures de proue avaient jusque-là participé. A ceci près que ces rencontres prennent, dans le cadre maçonnique, un caractère relativement stable, non éphémère, à défaut d’être institutionnel.

A l’heure où les vieux démons de la droite la plus bête et la plus extrême ne cessent de se réveiller dans une Europe amnésique et balbutiante, il est urgent de faire mémoire d’un passé lourd d’incompréhensions et de restituer le visage d’un présent porteur d’espoir

Loge : Tradition et Fraternité – Orient de Paris

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Histoire du REAA, Rite Ecossais Ancien et Accepté

21 Janvier 2016 , Rédigé par C\ L\ Publié dans #Planches

Le hasard n’existe pas, c’est Dieu qui voyage incognito » disait Albert EINSTEIN…N.B. cette planche évoque un rituel en 33 grades mais l’auteur est parfaitement conscient qu’il s’adresse ce soir à un auditoire au premier degré et fera son possible pour ne rien laisser paraître qui ne concernerait pas strictement le grade d’Apprenti… Pourquoi ce sujet de planche ? L’histoire du REAA est à mes yeux essentiel puisque c’est le rite que nous tous maçons de la Grande Loge De France pratiquons et pour lequel nous avons prêté serment sur le Volume de la Loi Sacrée lors de notre initiation ! En retracer l’historique est aussi passionnant, chaque question, chaque lecture, chaque fait, tel une découverte archéologique entrainant par ricochet une autre question, une envie d’aller voir plus loin… Enfin parce qu’il est sujet à polémique, notamment au sein de la Franc Maçonnerie Française où au moins trois rituels principaux coexistent et sont concurrents, ce qui est à mes yeux n’est pas maçonnique ni universel, sans vouloir prétendre que le REAA est le seul, l’unique, l’authentique, ce qui serait assurément contre-productif et totalement imbécile osons le mot. C’est à mon sens le seul rituel qui propose une vraie démarche initiatique, lente et progressive où seuil compte le travail individuel, la quête d’un absolu, on lira avec intérêt l’ouvrage de Jean-Jacques PREVOT et de Béatrice L. « Grandir au REAA, l’ambition du bonheur » (cf. bibliographie).

Mise au point sur l’histoire du REAA :

Résultat d’une méconnaissance historique, mais aussi parfois d’un manque d’objectivité et de probité intellectuelles, de fausses assertions sur les débuts de l’écossisme et du REA tendent à s’imposer dans les esprits. La répétition de contre-vérités, la réinterprétation de faits historiques, l’occultation, voire même la falsification de documents ou d’évènements avérés mais dérangeants, font que l’on assiste depuis trop longtemps à une réécriture tendancieuse de l’Histoire de l’Ordre. Ainsi on a vu par exemple la Grande Loge Unie d’Angleterre et le Grand Orient de France faire croire à l’idée que la maçonnerie spéculative serait issue de la réforme de 1717 et que les constitutions d’Anderson seraient la référence commune obligée de tous les maçons du globe. Ces allégations réitérées depuis des décennies faisant l’impasse sur la Maçonnerie des « Anciens » (Ecossais de la Grande Loge d’Ecosse, « antients » de la Grande Loge d’Irlande, Maçons de Rite Ecossais Ancien et Acceptés) risquent de devenir des vérités historiques pour des personnes insuffisamment informées puisque l’on constate que, même dans nos rangs, que de nombreux frères, et non les moindres, les ont crues, les agréent, voire les professent encore. Voilà le pourquoi de cette planche ce soir… Le REAA est l’un des rites maçonniques le plus répandus dans le monde. Il a officiellement été fondé en 1801 à Charleston en Caroline du Sud aux Etats Unis, sous l’impulsion des Frères John MITCHELL et Frédéric DALCHO, sur la base des Grandes Constitutions de Berlin, en 1786, attribuées au Roi Frédéric II de Prusse, grand ami et protecteur de Voltaire, à la suite du « Discours » du Chevalier De Ramsay en 1738 et des Constitutions dites « de Bordeaux » de 1762. Composé de 33 degrés, il est habituellement pratiqué dans le cadre de deux organismes complémentaires mais distincts : Une « obédience maçonnique », qui fédère des loges des trois premiers degrés grades de la Franc-maçonnerie de Loge Bleue, à savoir Apprenti, Compagnon et Maître, qui travaillent toutes au même rite, en ce qui nous concerne le REAA car nous verrons lors d’une prochaine planche qu’il en existe beaucoup d’autres… Une « juridiction » de Hauts Grades maçonniques, qui un prolongement de la Maîtrise, dirigée par « un Suprême Conseil », qui regroupe des ateliers du 4ème degré au 33ème degré en ce qui concerne le REAA. La Grande Loge de France, fondée en 1738, travaille exclusivement au REAA, totalement en indépendance du Suprême Conseil de France depuis 1907, le Suprême Conseil de France ayant de son côté été fondé en 1804 et régissant toujours les Hauts Grades…

La naissance de la maçonnerie spéculative :

La maçonnerie « moderne », le mot à toute son importance, souvenons-nous-en, naît officiellement à ce que l’on dit le 24 Juin 1717 à l’Auberge de « L’Oie et du Gril » avec la création de la Grande Loge de Londres et de Westminster. Celle-ci est constituée de la fédération de 4 ateliers qui portent des noms très colorés et imagés, ayant pris selon la légende le nom de l’endroit où ils se réunissant, à savoir des arrières salles de tavernes, puisqu’il n’y avait plus guerre de chantiers de cathédrale auxquels adosser la loge comme de tradition. The Goose and The Giridon (L’Oie et le Gril) The Crown (La Couronne) The Apple-Tree ( Le Pommier) profitons pour nous mettre en mémoire Isaac NEWTON et la Royal Society, même si plus proche de nous il serait sympathique et symbolique de lancer un petit clin d’œil à Guillaume TELL… The Rummer and The Grapes (La Coupe et les Raisins) Personne ne peut dire avec certitude si cette date et ces faits sont réels ou mythiques car ils ne sont décrits que dans la seconde version des « Constitutions d’Anderson », celle de 1738, 21 ans plus tard ! (La première mouture des Constitutions d’Anderson date de 1723 et n’y faisait pas référence, ce qui est surprenant à tout le moins !) Il se trouve même certains auteurs pour mettre en doute l’existence même de plusieurs de quatre loges initiales, évoquant que pour se constituer une Grande Loge en Angleterre (mais cela aurait pu tout à fait être le cas n’importe où ailleurs) a besoin de se fédérer sur quelque chose, un message historique, un mythe, une légende, une tradition…pour être crédible tout simplement... On va le voir avec le corpus des 33 degrés qui empruntent aux bâtisseurs du Moyen âge, à l’Antiquité Egyptienne, Grecque et Romaine, à la Renaissance, à la Rose Croix, à l’Hermétisme, à la Kabbale, à la Chevalerie et bien entendu à l’Alchimie, le tout sur un fond d’Ancien Testament car première certitude, ne nous méprenons pas, la Franc Maçonnerie a été développée sur un fort corpus judéo-chrétien, base de la civilisation occidentale de l’époque et encore très présente de nos jours. Anderson dans la version de 1738 de ses Constitutions indique qu’une réunion préparatoire de quatre loges aurait eu lieu en 1716 pour « s’unir sous un Grand Maître comme un Centre d’Union et d’Harmonie ». Dans un ouvrage de 1763, « Le Franc Maçon accompli ou Multa Paucis pour les amateurs de secrets » (tout un programme !), on parle de six loges dont les maîtres et les surveillants se réunirent au Pommier, le Jour de la Saint Jean, pour cette réunion fondatrice. Plus controversée encore la genèse de cette maçonnerie spéculative : Les « tenants de la continuité », se basant sur des textes anciens, affirment que les loges de la maçonnerie opérative avaient admis en leur sein de plus en plus d’étranger au métier de bâtisseur, devenant par le fait des « maçons acceptés », c’est-à-dire des notables « qui n’étaient pas du bâtiment » comme on dirait aujourd’hui, mais qui, pour divers motifs, caritatifs notamment se voyaient admis, d’autant plus que dans le même temps la « fièvre bâtisseuse » du Moyen Age et de La Renaissance déclinant, le nombre de chantiers diminuait de façon spectaculaire, de même que le nombre des gens de métiers, ce qui aurait conduit les loges à devenir progressivement purement spéculatives. L’admission de maçons acceptés permis ainsi, toujours selon les adeptes de la filiation, de perpétuer la tradition et sa symbolique de construction, passant de l’édification « matérielle » à une dynamique de développement de soi au travers d’un groupe, grâce à un canevas symbolique rituel qu’on pourrait qualifier de « multicartes ». La première entrée certaine d’un membre « accepté » dans une loge encore opérative est celle de Sir John BOSWELL d’Auchinleek à la loge d’Edimbourg, en Ecosse, en date du 8 Juin 1600. Survient à une certaine distance l’agrégation de Sir Robert MURAY en 1641 à Newcastle et celle d’Elias ASHMOLE en 1646, personnage influant dans cette période car il fut le fondateur de la Royal Society et éminent rosicrucien. En 1688, le Maître des Maçons de Londres était un architecte de grand renom, Sir Christopher WREN, qui fut pendant 35 ans occupé à l’édification de la Cathédrale Saint Paul de Londres. Il pouvait à juste titre être considéré comme un maçon opératif tout en faisant figure de spéculatif puisqu’également géomètre et astronome. Il entretint une correspondance sur la cycloïde avec Blaise PASCAL et fut professeur à l’Université d’Oxford., et lui aussi, membre de la Royal Society. Il reste en fonction jusqu’en 1695 puis revint en 1702 pour qu’en 1703 sa loge dite Loge de Saint Paul affirma sa transformation en loge désormais spéculative par une décision qui stipule que « les privilèges de la maçonnerie ne seront plus désormais réservés aux seuls ouvriers constructeurs mais, ainsi que cela se passait déjà, ils seront étendus aux personnes de tous états qui voudront y prendre part ». Les loges étaient devenues nombreuses et prenaient un tour amical puisque l’accession s’y faisait par parrainage. Depuis les travaux d’Eric WARD, chercheur anglais de la Franc Maçonnerie, qui publia une étude très fouillée semble-t-il en 1978, les historiens de la Franc Maçonnerie admettent plus volontiers la théorie dite de« l’emprunt » : les loges spéculatives ne descendraient pas en droite ligne des loges opératives mais auraient été créées de novo, ex nihilo, par des maçons « acceptés » et auraient empruntés leurs rituels à « l’ancienne maçonnerie » opérative donc, le terme ancien là aussi revêt toute son importance puisqu’on parle de Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ces anciens rituels et règlements empruntés sont très connus, nous avons : Une première période avec les trois principaux « Anciens Devoirs (Old Charges) » de la Maçonnerie opérative du XIVème jusqu’au XVIème siècle, qui est alors une corporation professionnelle chrétienne (Les Manuscrits REGIUS de 1390 et COOKE de 1410, ainsi que le manuscrit GRAND LODGE n°1 daté de 1583. Une seconde période dite de transition de 1599 à 1722, où les loges opératives admirent en leur sein de maçons acceptés, étrangers aux métiers du bâtiment. C’est à cette époque qu’apparaissent les références à l’art de mémoire (Les Statuts SHAW de 1599), l’initiation maçonnique primitivement appelée Mason Word (1637) et les premiers catéchismes symboliques (Edimbourg, 1696), le manuscrit SLOANE 3329 de 1700, le manuscrit DUMFRIES n°4 de 1710, le manuscrit du Trinity College de 1711 et le manuscrit Graham de 1726… Et enfin une dernière période, dite spéculative, de 1723 à nos jours, où la Franc Maçonnerie est devenue une initiation non confessionnelle (laïque) et où les loges se composent principalement d’hommes étrangers à la construction, et où apparaissent les deux chartes de la Franc Maçonnerie moderne, les Constitutions d’Anderson en 1723 puis en 1738 ainsi que le Discours du Chevalier de RAMSAY, en 1736 et 1737. Et justement, des auteurs de plus en plus nombreux, David STEVENSON en Angleterre qui publia en 1993 « Les origines de la Franc Maçonnerie - Le Siècle Ecossais 1570 - 1710 » et en France les éminents Alain BERNHEIM, Roger DACHEZ, André KERVELLA, Patrick NEGRIER (Références en bibliographie) s’accordent pour avancer que c’est en Ecosse qu’il faut rechercher l’origine des rituels, c’est la théorie du « zigzag » entre Ecosse et Angleterre, qui paraît donc la plus crédible. Selon Roger DACHEZ : « Le mot ECOSSAIS semble simplement traduire le fait que parmi les premiers maçons, en France autant qu’en Angleterre, le souvenir demeurait du rôle majeur joué par l’Ecosse dans la maturation finale du système maçonnique spéculatif. Les mots ECOSSAIS et ECOSSISME en vinrent alors à désigner tout ce que la Maçonnerie désignait come éminent, choisi, particulièrement digne de respect et d’honneur, sans qu’il faille y voir une origine proprement liée à l’Ecosse elle-même » en tant que pays… Cette théorie est certes très simple mais il faut à mon sens indéniablement replacer cette appellation d’Ecossais dans le contexte précis fruit de l’histoire du Royaume Uni et de la France aux XVIIème et XVIIIème siècles… En effet, nous l’avons vu en préambule, la maçonnerie « moderne » naît donc à Londres vers 1710-1717, mais il ne faut pas oublier, c’est le cas de le dire, que tout se déroule dans un contexte politico-religieux bien spécifique et qu’il existe de par les documents fondamentaux cités plus hauts (Manuscrits REGIUS, COOKE, DUMFRIES), une tradition maçonnique en Ecosse de longue date, appelée à devenir le creuset de la F\ M\ telle qu’on la pratique aujourd’hui à la Grande Loge de France notamment. Le métier de maçon en Ecosse, est organisé depuis 1599 où les maçons d’une même ville sont rassemblés au sein d’une loge comprenant des apprentis (Apprentice) et des compagnons-maîtres (Fellowcraft) (Masters). Petite parenthèse, on voit qu’il n’existe pas alors de grade de maitre à proprement parler, ce qui a toute son importance car le REAA se construira bientôt avec l’apparition du grade de Maître et surtout ses prolongements par les Hauts Grades, c’est ce que l’on verra plus loin. De grands bouleversements surviennent dès 1560 en Ecosse dont l’histoire est compliquée de longue date puisque l’Angleterre y a toujours eu des velléités de conquêtes (on en parlera rapidement plus loin au sujet de l’origine templière de la F\ M\ selon certains auteurs et de l’histoire du moyen âge écossais magnifiquement dépeint dans le film BRAVEHEART de Mel GIBSON en 1995, avec notamment la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, fondatrice de l’indépendance de l’Ecosse jusqu’au début du XVIIIème siècle...) C’est en effet avec l’avènement de la Réforme religieuse venue des thèses de Martin LUTHER (1483-1546), moine allemand, qui édicta en 1517 ses fameuses « Quatre Vingt Quinze Thèses » de réforme de la religion catholique, instigateur du protestantisme avec d’autres auteurs tels Jean CALVIN (1509 - 1564), cher à notre voisine cité genevoise. La Réforme religieuse qui apparaît aussi en Ecosse va faire que les chantiers sont de plus en plus rares alors qu’ils étaient déjà peu nombreux, puisque la Réforme plaide pour que la BIBLE soit le seul dépositaire de la parole divine, tout le reste, notamment les constructions ostentatoires n’étant selon les protestants que de pure inutilité.

Le Rite des Anciens Devoirs (Old Charges)

Lorsque la Guerre de Cent Ans débuta pour l’Angleterre en 1337, le besoin de soldats et d’argent fit fermer les chantiers gothiques coûteux et obligea à créer un syndicat pour fournir du travail aux maçons non partis à la guerre qui étaient au chômage et se créa ainsi une Franc Maçonnerie Opérative en 1356 : Règlements pour les maçons de Londres. Cette société alors composée uniquement de compagnons et de maitres de métier ne recevait en son sein que des apprentis. Cette réception se faisait au cours d’un rite : le rite des Anciens Devoirs au cours duquel on lisait au récipiendaire un livre consignant l’histoire légendaire du métier, un éloge des sept arts libéraux et les diverses règles morales à respecter dans le métier et dans sa vie de citoyen. Ce premier rite maçonnique nous est connu par les manuscrits REGIUS et COOKE et demeura en vigueur jusqu’en 1729, préconisait une spiritualité née d’une sorte de synthèse entre La République de PLATON qui fondait l’élévation morale sur l’apocalyptique et la règle monastique de Saint Benoît.

Les Statuts SHAW :

Les loges de bâtisseur vont ainsi s’étioler et finir par disparaitre dans tous les pays protestants sauf en Ecosse car le roi d’alors, Jacques VI STUART a une très grande idée d’organiser la corporation. La corporation des maçons et tailleurs de pierres a atteint son apogée sous l’égide de l’Eglise Catholique, commanditaire des chantiers de construction des cathédrales, des églises paroissiales, des abbatiales et des bâtiments monastiques et l’arrivée de la Réforme protestante signe quasiment sont arrêt de mort où en tout cas l’entrée dans une période léthargique…jusqu’en 1583… Jacques VI est un roi catholique et il cherche pour renforcer sa légitimité et son pouvoir, des appuis notamment auprès de l’Eglise Catholique (Rappelons que l’Angleterre voisine est Anglicane depuis HENRI VIII TUDOR (1491-1537) et sa vie conjugale mouvementée qui a abouti à sa rupture avec l’Eglise de Rome suite au refus d’un de ses divorces par le Pape en 1527 alors qu’il était jusque-là un fervent catholique et la création de l’Eglise d’Angleterre en 1534, toujours en place à ce jour. Cette organisation est régie par les statuts Shaw du nom de son auteur, William SHAW. Jacques VI ne s’est pas trompé en nommant William SHAW en 1583, à la fonction de Maître des Travaux du Roi, puisqu’il crée comme cela le terreau de la continuation des loges de bâtisseurs, de façon institutionnelle officielle et en gestion directe, ce qui évite à l’Eglise Catholique écossaise de perdre la face car ne pouvant plus assumer ni assurer les dépenses de construction. William SHAW, né en 1549 ou 1550 dans une famille catholique proche de la cour du Roi d’Ecosse accède ainsi à une fonction de responsable de la construction, de la réparation et de l’entretien des châteaux et palais royaux. Responsabilité dont il s’acquitte certainement on ne peut mieux puisque quinze plus tard, en 1598, il est nommé Surveillant Général des maçons par le Roi, à sa demande, appuyé semble-t-il par d’autres maîtres maçons. Ce titre supplémentaire traduisait la volonté de révolutionner le métier et démontre surtout le souci de William SHAW de clarification et de codification, qu’il établit en 1598-1599 sous la forme de ses statuts, qui ne furent redécouverts qu’en 1860 et mis de côté sans doute parce qu’ils risquaient de venir bouleverser la tranquille croyance jusque-là universellement validée quant aux origines de la Franc Maçonnerie spéculative, surtout d’un point de vue de la Grande Loge d’Angleterre (tiens donc !) puisqu’elle situe ses débuts officiels le 24 Juin 1717, on l’a vu plus haut, avec 4 ateliers surgit de nulle part ? Pour la première fois ces textes organisent les maçons d’Ecosse donc écossais en entités appelées loges et les soumettent à des obligations administratives. Parmi ces obligations, une qui est majeure est l’obligation de garder des registres écrits, une aubaine pour l’historien d’aujourd’hui. Lorsque l’on se réfère à l’importance de l’écrit dans ses dimensions symboliques et sacrées pour des civilisations fondées sur l’initiation telles celles de l’Inde, de la Chine ou de l’Egypte Ancienne on peut considérer la fonction de support de l’écrit comme l’une des raisons d’être de la construction de pierre. Auparavant on avait une tradition principalement orale et l’avènement de l’imprimerie avec Johannes GUTENBERG (1400-1468) va révolutionner la diffusion des informations, c’est le cas pour partie du succès de la Réforme Protestante et de la diffusion de la Maçonnerie Spéculative avec ces embryons de rituels et de Règlements Généraux. Désormais les loges écossaises vont se fixer en entités géographiques, vont garder des traces de ce qu’elles font et vont donc se constituer tout à la fois une identité, une histoire et une mémoire. Elles vont codifier leurs rites, leurs usages et les rendre du même coup pérennes. Les statuts SHAW dessinent un réseau territorial de loges et en fixent le fonctionnement, en particulier l’ascension par degrés. Gravi en sept années, le premier permet le passage d’apprenti (Entered Apprentice) à compagnon (Fellowcraft). La loge est désormais dotée d’un statut juridique et moral, et confortée par une hiérarchie interne (surveillants gradés), ce qui marque l’institutionnalisation de ce qui allait plus tard former l’ossature de la maçonnerie spéculative, qui diffuera d’abord en Angleterre puis sur le continent du fait de l’histoire très mouvementée du XVIIème siècle en Europe sur un plan politique et religieux, c’est la théorie du zig zag déjà citée plus haut. Cette théorie du zig zag se vérifie avec le manuscrit SLOANE, de 1700, qui semble être anglais et fait pour la première fois référence à trois gardes d’Apprenti (Entered Apprentice) de Compagnon (Felllowcraft) et de Maitre (Master). William SHAW permet le passage d’une maçonnerie de pur métier à une maçonnerie d’acceptation, sans interruption dans le temps pour la branche écossaise, à la différence de l’Angleterre on l’a vu qui est plus une maçonnerie d’emprunt. La loge devient une entité permanente et fixe. C’est une rupture décisive avec les loges du Moyen Age qui n’avaient de durée que celles des chantiers auxquels elles étaient adossées. Les loges « SHAW » sont fondées au début du XVIIème siècle avec une apogée vers 1670. William SHAW est mort en 1602 et la fonction de Maître des Travaux du Roi a disparu en 1630, mais la graine avait pris ! A partir de 1630 chaque loge évolue de manière autonome et se réunit en moyenne une à trois fois par an. William SHAW avait tellement l’estime de la famille régnante pour son travail que la Reine ANNE a tenu en 1602, à la mort de SHAW, à ce qu’il soit inhumé dans la sépulture des rois d’Ecosse, en l’Abbaye de Dumferline, un privilège et un honneur rares. Les tenants d’une origine anglaise de la Franc Maçonnerie spéculative soulignent que les statuts SHAW ne concernant que l’organisation du métier de maçons opératifs et n’ont donc rien à voir avec la Franc Maçonnerie spéculative moderne telle qu’elle est apparue au XVIIIème siècle, même s’il n’est plus guère contesté que celle-ci a eu pour précurseurs certaines loges écossaises de la fin du XVIème siècle. On a là l’explication du terme Ancien du REAA et par ailleurs on met le doigt sur un dilemme quant à la régularité maçonnique puisque l’Angleterre n’aurait con peut être pas la primauté ! Juste après William SHAW, le premier des grands architectes classiques anglais était Inigo JONES (1573 – 1652) Surveillant des Travaux du Roi Jacques Ier d’Angleterre. Il a beaucoup voyagé en Italie, notamment en Toscane et a ramené en Angleterre l’architecture de la Renaissance italienne et il a restauré dans la langue anglaise l’usage du titre d’architecte qu’il s’attribue. Il a travaillé à l’édition anglaise du « Vitruvius Britanicus »,traduction du « De Architectura » de Vitruve (Les 10 livres d’architecture, classique de la littérature romaine) et a publié en 1620 une étude sur le Temple de Stonehenge. Après lui on verra à la place de Surveillant des Travaux du Roi le Grand Christopher WAREN dont on parlera plus loin. Bien avant SHAW, JONES et WREN, on retrouve en Ecosse William SINCLAIR (1402-1482), fondateur de la chapelle de Rosslyn, premier Grand Maître des Maçons nommé par le Roi James II en 1441. Ce titre sera défendu à titre héréditaire par son descendant Sir William SINCLAIR of ROSSLYN en 1601 avec l’assentiment de William SHAW, puis en 1628.C’est encore un William SINCLAIR of ROSSLYN qui deviendra le premier Mrand Maître de la Grande Loge d’Ecosse en 1736-1767, année de sortie du Discours de RAMSAY !

Le Rite du Mot de Maçon (Mason Word) :

Le Mason Word est le Rite du Mot de Maçon, daté de 1637, qui aurait été communiqué lors des cérémonies de réception aux deux degrés alors pratiqués d’Apprenti et de Compagnon - Maître. Il serait une conséquence des Statuts SHAW et devait servir de garantie de formation et de compétence. Selon Patrick NEGRIER, ce rite serait apparu entre 1628 et 1637 : la loge alors servi à donner le mot de Maçon (J et B) avec une poignée de main spécifique de la main droite, la griffe. La cérémonie devient secrète, l’art de la mémoire et l’art du métier sont contrôlés et le renouvellement du serment est demandé une fois l’an. Le Compagnon reçoit une paire de gants et le serment est pris non plus sur le livre des anciens devoirs mais sur la BIBLE, car ce rite d’origine calviniste ne connaît d’engagement que s’il est souscrit sur le Livre Saint. Le Rite du Mot de Maçon se serait développé de façon exponentielle dès 1690-1691 avec l’arrivée des Stuarts en France et sera la base des rites ultérieurs, même anglais. Il n’y a pas encore d’initiation au sens actuel du mot. Il y aura ensuite un véritable catéchisme de questions/réponses et l’apparition d’un signe ou posture et d’un attouchement spécifique pour chacun des deux grades. On ne distingue pas encore Compagnon et maître, la maîtrise alors semble ne pas être un degré mais une fonction, un office. Le nom de la loge est Kilwinning et ne prendra le nom de saint jean que plus tard avec le manuscrit DUMFRIES de 1710. La loge Kilwinning n°0 existe toujours dans cette petite ville de 8000 habitants du Nord Est de l’Eglise et se targue d’être la plus vielle loge d’Ecosse voire du monde avec une origine opérative du XIIème siècle et serait la première fédérée par William SHAW.

Changement de dynastie :

L’Ecosse et l’Angleterre jusqu’au début du XVIIème siècle sont des pays étrangers, voire ennemis. Avant de mourir, en 1603, la reine Elisabeth Ière (1553-1603) a pris une étrange et remarquable décision : elle a désigné pour lui succéder sur le trône d’Angleterre quelqu’un qui n’est autre que, tout à la fois, le fils de sa pire ennemie, Marie Ière d’Ecosse qu’elle a emprisonnée en 1568 et fait décapiter en 1587...et de surcroît un écossais de pure souche, au demeurant déjà roi d’Ecosse depuis plus de trente ans…et c’est ainsi que Jacques VI d’Ecosse (vous vous rappelez ? …le mentor de William SHAW, mort en 1602) devient Jacques Ier d’Angleterre, instaurant en ce pays la dynastie STUART et associant désormais les destinées communes de l’Ecosse et de l’Angleterre, sans oublier l’Irlande, pour fonder le Royaume Uni dont l’Irlande (EIRE) n’en deviendra indépendante qu’en 1921 et dont l’Irlande du Nord (ULSTER) est toujours partie prenante, expliquant l’IRA entre autre et on le verra plus loin le défilé Orangiste annuel, en hommage à Guillaume III d’Angleterre, Prince d’Orange-Nassau (1650 - 1702) (pour la parenthèse ce nom explique la couleur officielle des maillots des footballeurs bataves), prince hollandais venu combattre le roi d’Angleterre Jacques II en 1688 avec 25000 hommes et prendre le pouvoir et la couronne d’Angleterre, d’Ecosse et d’Irlande de 1689 à 1702, amenant au pouvoir la dynastie de la maison allemande des Hanovre, SAXE-COBURG - GOTHA, nom de famille ; officie de la famille régnante d’Angleterre encore à ce jour même si ce dernier a été changé en 1917 par la reine Victoria Ière (1819 - 1901) en car elle était la Grand-mère de Guilhaume II (1859-1941), empereur allemand et son ennemi lors de la guerre de 14-18, qui abdiquera d’ailleurs en 1918 et partira en exil aux Pays è) bas où il est mort en 1941. Depuis 1917 la famille royale d’Angleterre porte le nom de Windsor. Pour revenir à Jacques Ier d’Angleterre, les déboires de la maison des STUART vont vite devenir difficiles à gérer. En effet, en début de XVIIème siècle l’Ecosse ne connaît pas le genre de monarchie à l’anglaise où les prérogatives royales sont extrêmes encadrées par le Parlement et ses lois. Les écossais vivent depuis des siècles sous des rois au pouvoir fort qui ont défendu l’indépendance du pays, lui évitant le sort misérable de l’Irlande sous domination anglaise. Le problème est que, en cette période où de grands états se fortifient en adoptant momentanément la monarchie absolue (Louis XIV, le roi soleil français), les rois Stuarts se veulent monarques absolus en matière politique, quand les anglais refusent la monarchie absolue, mais tolérants en matière religieuse, quand le Parlement anglais rejette cette tolérance... Les conditions sont alors réunies pour une révolution. Elle éclate en 1642 et Charles Ier STUART y laissera sa tête puisqu’il sera décapité en 1649. Suivent dix ans de dictature d’Olivier CROMWELL qui ne donnera pas de bons résultats dans un pays devenu ingouvernable sinon par l’abus de pouvoir, puis avec CHARLES II, fils de Charles Ier, une restauration de la dynastie STUART…qui ne restaure guère l’autorité royale. D’autorité, Jacques II, frère et successeur de Charles II, est bien décidé à en faire preuve lorsqu’il accède au trône en 1685… En 1688 une nouvelle révolution éclate et le contraint alors à se réfugier en France et c’est l’avènement sur le trône de Guillaume d’Orange dont on a parlé juste un peu plus haut. Avec son jeune fils, une petite cour et quelques fidèles, il sera accueilli par Louis XIV et hébergé au château de Saint Germain en Laye. On estime à près de 50 000 personnes le nombre d’écossais et d’irlandais qui vont ainsi se réfugier en France, dont près de 4500 militaires et officiers qui vont aller grossier les ramées de Louis XIV et surtout créer des atelier maçonniques dans toutes les villes de garnisons dont VAUBAN dote les frontière avec ses forteresses et qu’apparaissent des rituels nouveaux, à Avignon, Narbonne, les Elus COHEN, Bordeaux, à Metz, à Lyon... Qui seront pétris de légendes et de mythes, d’emprunts mystiques et bibliques, ce qui va conduire à la structuration pour toute la France avec création d’une Grande Loge de France et développement progressif d’un rituel de référence, le REAA. Ainsi les archives du Grand Orient de France valide en 1777 la constitution de la loge attachée au régiment des Royals Gards Irlandais en 1688. Cette loge subsista et, devenue civile, pris en 1752 le nom de Parfaite Egalité, plus ancienne loge reconnue par le GODF. Les STUARTS tenteront avec l’aide de la France en 1690, 1715 puis 1745 de débarquer en Angleterre pour reprendre le pouvoir avec leur armée mais sans succès. C’est ainsi que, presque vingt ans avant la création de la Franc Maçonnerie « Moderne » anglaise, la Franc Maçonnerie « Ancienne » écossaise fait son apparition en France dans l’entourage d’un souverain en exil. On parle donc de l’origine stuartiste, « jacobite » (JACQUES II) de la Franc Maçonnerie. C’est ce qu’affirment certains et que contestent d’autres ! Les historiens à ce sujet sont loin de trouver un terrain d’entente. Il reste indéniable qu’après la création des Grandes Loges de Londres puis d’Angleterre, une franc maçonnerie d’origine anglaise s’est développée en France, parallèlement à celle d’origine écossaise, puis que les deux finirent par se confondre. Les loges « écossaises » sont d’esprit traditionnel (ancien !) et d’affirmation catholique prononcée et les plus nombreuses et les plus florissantes. Les loges « anglaises » (modernes !) se heurtent à plus de difficultés dans les milieux français, tiens donc ! C’est cependant dans la mouvance stuartiste que nous allons maintenant rencontrer un personnage que certains auteurs n’hésitent pas à qualifier de « parrain » de l’Ecossisme. Tout le monde n’est évidemment pas d’accord… Et en plus il était écossais ! Il s’agit du Chevalier de RAMSAY.

Un Ecossais bien peu tranquille :

Andrew - Michael RAMSAY (1686 - 1743), dit le chevalier de RAMSAY, dont on dit qu’il était fils de boulanger (mais rien n’est moins sûr), et qui sera titré chevalier de Saint Lazare par le régent de France en 1724, et baronnet d’Ecosse par Jacques III STUART en 1730, est né à Ayr en Ecosse le 9 Juillet 1686 où il commença des études qu’il poursuivit ensuite à Edimbourg. En 1706 on le retrouve en Hollande où il rencontre un personnage aujourd’hui bien oublié mais qui exerça en son temps une influence certaine sur la vie spirituelle : le pasteur Pierre POIRET, qui a publié les œuvres de Madame De GUYON (1648 -1717) qui ont conduit cette dernière à un séjour de 5 ans à la Bastille de 1698 à 1703. En 1709, il devient le secrétaire de FENELON (1651 - 1715), homme d’Eglise, théologien et écrivain français, alors archevêque de Cambrai, qui le baptise et fait de lui son exécuteur testamentaire, jusqu’en 1714 où FENELON l’envoie alors à Blois auprès de Madame De GUYON FENELON s’opposa à BOSSUET (1627 - 1704), lui aussi homme d’Eglise et écrivain français, précepteur du Dauphin, fils de Louis XIV, de 1670 à 1680, et tomba en disgrâce lors de la querelle du quiétisme, et surtout après la publication de son roman « Les aventures de Télémaque » en 1699, considéré comme une critique de la politique de Louis XIV et dont l’influence littéraire fut considérable pendant plus de deux siècles. Le quiétisme est une doctrine mystique consistant en un itinéraire spirituel de « cheminement vers Dieu », très répandue aux XVIIème et XVIIIème siècles. Le quiétisme vise à la perfection chrétienne, à un état de quiétude « passive » et confiante. Cet itinéraire passe par un désir continuel de « présence de Dieu », de quiétude et d’union avec Dieu aboutissant au terme du cheminement à un dépassement mystique des étapes qui ont permis le cheminement lui-même (pratiques ascétiques et respect des contraintes de la vie liturgiques). Pour les quiétistes l’union à Dieu bien avant la mort est le but de la vie chrétienne. Après un débat théologique, le quiétisme est condamné en 1687 par l’Eglise Catholique Romaine comme hérétique. FENELON, RAMSAY et Madame De GUYON ont été des écrivains adeptes du quiétisme. Ainsi le Chevalier De RAMSAY, personnage fondamental dans l’histoire de la franc maçonnerie baigne alors en plein mysticisme chrétien, ce qui peut surprendre aujourd’hui mais ne le devrait pas car loin de s’opposer à la religion, la franc maçonnerie naissante affirme au contraire le respect dû à Dieu et au Roi comme premier devoir du franc-maçon. Sa doctrine, d’abord chrétienne puis expressément catholique, contrairement à la Grande Loge de Londres qui est protestante, jour un rôle déterminant dans l’adhésion aux loges. Le courant catholique auquel adhère RAMSAY fait d’ailleurs preuve d’une grande tolérance religieuse. Madame De GUYON dont il est secrétaire à partir de 1714 anime à Blois le « cercle quiétiste » prônant la doctrine du « pur amour », qui rassemble aussi binez des catholiques que des protestants. RAMSAY passera ensuite au service du Duc De BOUILLON (descendant de Godefroy de BOUILLON), du Comte de Sassenage près de Grenoble puis du prétendant Jacques III STUART. Fin 1724 il est de retour en Ecosse chez le Duc D’ARGYLE. En 1730 il est reçu docteur à l’université d’OXFORD et présente la même année sans succès sa candidature à l’Académie Française puisqu’il a alors publié une demi-douzaine de livres allant de l’essai politique au roman philosophique et notamment une « Histoire de la vie de Fénelon » qua fait autorité, émanant d’un témoin direct. Passé 1730 il semble qu’il ait beaucoup voyagé à travers l’Europe. Il se marie à l’âge de 49 ans en 1735 et on pense qu’il a été reçu franc maçon probablement avant 1728. Il mourra en 1743 au Château de Saint Germain en Laye, où réside la Cours des STUART en exil qui le feront inhumer dans leur tombeau familial. RAMSAY est surtout l’auteur d’un fameux « Discours » dont on ne sait précisément s’il fut prononcé en 1736, 1737 ou 1738, mais qui fut imprimé en 1741 et qui constitue sans nul doute le premier exposé doctrinal de la Franc Maçonnerie Française. Il y parle d’un « Jacques STUART Lord d’Ecosse, Grand Maitre d’une loge établie à Kilwinning en Ecosse en l’an 1286 ; ce seigneur reçut les Francs-Maçons dans sa Loge, les Comtes de Gloucester et d’Ulster, l’un anglais l’autre irlandais… » et il évoque ensuite le roi d’Angleterre Edouard III, qui se fit le protecteur de l’Ordre maçonnique, il « lui accorda de nouveaux privilèges, et alors les membres de cette confraternité prirent le nom de Francs-Maçons à l’exemple de leurs ancêtres. Depuis ce temps la Grande Bretagne fut le siège de notre Ordre, la conservatrice de nos lois et la Dépositaire de nos secrets. Les fatales discordes de religion qui embarrassèrent et déchirèrent l’Europe dans le XVIème siècle, firent dégénérer l’Ordre de la Noblesse de son origine. On déguisa, on changea plusieurs de nos rites et usages qui étaient contraires aux préjugés du temps ». RAMSAY souhaite une rénovation de l’Ordre alors qu’il n’est en théorie pas si ancien et il passe pour avoir confié à ses intimes que pour y parvenir il suffisait de rétablir les cérémonies anciennes de la Franc-maçonnerie négligées en Angleterre, à cause du caractère bas et matériel des maçons anglais. On a là la racine de la querelle entre « Antients et Moderns » et RAMSAY soulève là un point essentiel : la Franc-maçonnerie est une branche de l’initiation remontant bien plus loin que sa refondation londonienne en 1717, on l’a vu plus haut, légiférée ensuite par les Constitution d’Anderson de 1723 (dont une nouvelle version sera élaborée en 1738, comme une réponse au Discours de RAMASAY…tiens donc)… C’est aux anciens rituels, oubliés ou abâtardis par les Anglais, qu’il faut revenir. Avec RAMSAY on peut donc rapprocher deux mots, écossais (de nationalité, de rituels et jacobite) et anciens pour les rituels qu’il veut « réactiver », remettre en vigueur, il plaide pour un retour de la Franc Maçonnerie à son ancienne dimension symbolique et philosophique, est-ce là l’essence de l’Ecossisme ? Le contenu de son Discours est également très imprégné de l’Esprit des Lumières, on est rappelons-nous à peine 50 ans avant la Révolution Française ! De plus dans son Discours il est question (et ce sera une rhétorique tout au long du XVIIIème siècle) d’une « Maçonnerie de Bouillon » qui remonterait donc aux croisadeset rappelons-le il fut proche entre 1724 et 1730 du Duc de BOULLON, descendant du croisé Godefroy De BOUILLON (1058-1100) premier souverain du Royaume de Jérusalem à l’issue de la première croisade. Son idée est la suivante : « Il y a eu dans l’Antiquité Juive un intérêt certain pour une maçonnerie à la fois opérative et spéculative, au sens où l’art de bâtir des temples de façon très matérielle renvoyait à une conception métaphysique de l’homme et de l’univers. L’un soutenait l’autre, et réciproquement. Qui savait organiser les constructions savait dans le même temps interpréter le système du monde. C’est le mythe Salomonien. Après la prise de Jérusalem par Titus en 70 et la destruction du Temple, cette maçonnerie tomba en sommeil et ne dut son réveil qu’à l’effort des croisés et par là même des templiers, des chevaliers de l’Ordre du Temple. Mais les croisades finirent elles-mêmes par échouer et, se retirant en Angleterre, les initiés se seraient établis en Angleterre sous la protection du prince Edward, fils d’Henry III. Quand Edward succéda à son père, il prit le titre de grand maître et leur accorda des privilèges et franchises, ce pourquoi ils s’appelèrent désormais francs-maçons ». RAMSAY fait part enfin « qu’après la dernière croisade, Lord Jacques Stewart d’Ecosse joua le rôle de précurseur de la maçonnerie en devenant grand maître de la loge n°0 de Kilwinning et y reçut les comtes de Gloucester et d’Ulster, l’un anglais et l’autre irlandais. Pour le principal les écossais seraient ainsi restés les seuls à avoir su conserver intact l’esprit des croisés, eux-mêmes héritiers de la science salomonienne » …d’où une possible filiation templière de la franc maçonnerie… « Cependant au XVIème siècle, les guerres de religion ont provoqué une sorte de crise et des frères auraient alors dénaturé les valeurs traditionnelles avec des oublis, des désordres » …exigeant un retour à la première institution ! Qui ne voit que celle-ci est la Maçonnerie propre à RAMSAY, c’est-à-dire le courant écossais, stuartiste et catholique s’opposant à la Maçonnerie protestante issue de la Grande Loge de Londres, celle de DESAGULIERS et ANDERSON ? Dans une lettre datée du 1er Avril 1737, RAMSAY expose qu’il existe en Franc Maçonnerie « trois sortes de confrères : les novices ou les apprentis ; les compagnons ou les profès, les maîtres ou les adeptes ». La Franc Maçonnerie apprend« aux premiers les vertus morales et philanthropes ; aux seconds les vertus héroïques et intellectuelles ; aux derniers les vertus surhumaines ou divines ». RAMSAY affirme que « les fameuses fêtes de Cérès à Eleusis, d’Isis en Egypte, de Minerve à Athènes, d’Uranie et de Diane, avaient bien des rapports avec celles des francs-maçons. On y célébrait des mystères où se trouvaient des vestiges de l’ancienne religion Noachite (de Noé) et des patriarches ». Il fera la proposition de l’adjonction de trois « grades chevaleresques » au-delà du grade de Maître :

Maître Ecossais
Novice
Chevalier du Temple
Et ajoutera enfin Royal Arch

Ces proposions resterons au début lettre mortes mais progressivement vont trouver un écho avec les incitations templières et rosicriciennes de RAMSAY et de plus en plus d’adeptes vont créer des grades supplémentaires…pour approfondit la démarche initiatique, la quête spirituelle, la progression vers la Sagesse et la Connaissance…

La légende templière

(On ne s’attardera pas sur ce paragraphie tant cette hypothèse est passionnante et méritant largement une voire plusieurs planches, si ce n’est un ouvrage. A ce titre on se penchera avec intérêt sur le livre de Jean jacques GABUT « Survivances chevaleresque dans la F\ M\ du REAA » et sur les ouvrages de Pierre MOLLIER…) Il faut cependant évoquer le fait que c’est le Chevalier de RAMSAY qui a, le premier, formulé cette légende avec précision. Il apparait toutefois qu’elle avait été esquissée antérieurement, et qu’elle circulait dans les loges anglaises vers 1720. On s’efforce aujourd’hui de lui donner une valeur historique mais à ce jour il se semble qu’au texte probant, reconnu valable part les experts, ne soit disponible. Selon les tenants de cette légende, les Templiers d’Europe occidentale, traqués, emprisonnés et spoliés par le Roi Philippe V « Le Bel » en 1307 et condamnés par le Pape Clément V en 1306 pour hérésie, n’auraient pas tous péris, puisque persécutés, emprisonnés, torturés voire exécutés principalement dans le royaume de France. Une partie de ces chevaliers aurait ainsi pu s’échapper et reconstituer l’Ordre en divers pays donc les souverains n’auraient pas accepté la condamnation par le pape d’Avignon, prononcée sous la pression du Roi de France. Une partie d’entre eux aurait été intégrée en Espagne à la Chevalerie de CALATRAVA pour continuer le combat contre les infidèles jusqu’en 1492, chute de Grenade et du Royaume musulman d’Espagne. Une autre partie en Allemagne a rejoint les Chevaliers Teutoniques. D’autres enfin aurait pu gagner l’Ecosse et y être protégés par les rois Robert et Edouard BRUCE (cf. le film de Ml GIBSON, BRAVEHEART en 1995) puisqu’on parle d’un intervention décisive d’une charge de chevaliers depuis le camp écossais contre l’armée anglaise lors de la bataille de BANNOCKBURN le 24 Juin 1314, alors que les écossais n’avaient pas de cavalerie habituellement ! Ici vient se placer une autre légende selon laquelle les templiers auraient été auparavant architectes et maçons de leurs propres commanderies et forteresses, notamment en Terre Sainte (Krak des chevaliers…) et qu’une fois réfugiés en Ecosse ils auraient été reçus dans les organisations opératives au titre d’ouvriers et de maîtres d’œuvre et auraient ainsi prolongé leur existence au sein de la Franc-maçonnerie, pour y bâtir la Jérusalem céleste puisque les velléités de la construire matériellement avaient disparu avec la chute du royaume chrétien de Jérusalem. Ce serait même une des raisons pour lesquelles la Maçonnerie écossaise devint naturellement spéculative, son Secret ne serait autre que le « Secret des templiers », rigoureusement conservé, la Parole Perdue ? On trouve des tombes templaro-maçonniques dans leur symbolique en Ecosse mais aussi dans l’ancien Royaume de Jérusalem où des équerres, des compas et des crânes sont très fréquemment sculptés. On a ainsi des rituels templiers en Franc Maçonnerie, et la présence de « templarisme » dans le REAA des Hauts Grades et dans d’autres obédiences, pratiquant le Rite Ecossais Rectifié notamment et la Stricte Observance Templière, mais c’est une autre histoire et prétexte à une nouvelle planche…

Le mythe RosiCrucien

Selon les exégètes du XIXème siècle, une société secrète de savants, érudits, médecins, physiciens, chimistes…se serait constituée en Europe au milieu du XVIème siècle, aurait fleuri au XVIIème siècle et aurait disparu au XVIIIème siècle, se fondant d’une manière naturelle à l’intérieur de la Franc maçonnerie. La seule certitude à ce sujet est que certains philosophes, écrivains ésotéristes et alchimistes, se sont affirmés « Rose-Croix » ou tout au moins « Rosicruciens ». La seule chose positive, c’est l’existence, dans certains textes, dans les correspondances écrites en latin, qu’ont échangé beaucoup de savants à travers l’Europe au XVIIème siècle, de certaines formules cursives (techniques, mathématiques, alchimiques), qui, encore mal déchiffrées, peuvent laisser supposer que ces personnes s’adonnaient à des recherches de physique, de physiologie et d’alchimie. On suppose aussi que nombreux érudits anglais, qui étaient francs-maçons, ont utilisé ces formes cursives et les ont intégrées au rituel maçonnique. La Rose-Croix, constituées sur ces conjonctures, était une Fraternité donc les membres se donnaient le nom de frères et se communiquaient « leurs secrets » soigneusement gardés pour tous les autres. La Royal Society serait née sur ces bases, puisque de grands maçons anglais tels qu’Elias ASHMOLE, fondateur de la Royal Society, aurait introduit des notions de rosicrucianisme dans les loges et y auraient développé des recherches d’hermétisme, d’astrologie, de magnétisme, de spiritisme… Le Chevalier de RAMSAY et ses continuateurs dont Etienne MORIN (cf. plus loin) ont réussi à faire inscrire dans les rituels des Hauts Grades des éléments de rosicrucianisme et même un garde de Chevalier Rose Croix, le 18ème degré du REAA. On trouve aussi une omniprésence rosicrucienne dans les hauts grades du Rite Français, pratiqué au Grand Orient de France (cf. annexes)…

James ANDERSON et René DESAGULIERS, les Constitutions

James ANDERSON (vers 1678-1739) était un pasteur écossais presbytérien et franc-maçon, qui a joué un rôle capital dans la Franc-maçonnerie « Moderne », dite spéculative, par sa contribution à l’ouvrage connu aujourd’hui sous le nom de Constitutions d’Anderson. Son père était vitrier et membre de la loge d’Aberdeen en Ecosse, qui pratiquait le Rite du Mot de Maçon, d’origine calviniste. James ANDERSON était Vénérable Maître d’une loge maçonnique et fut chargé en 1721 par le Duc de MONTAGU, Grand Maître de la Grande Loge de Londres, de rédiger des statuts, initialement intitulés : « Constitutions, Histoire, Lois, Obligations Ordonnances, Règlements et Usages de la Très Respectables Confrérie des Francs-Maçons Acceptés »… Il fut assisté dans sa mission du huguenot Jean Théophile DESAGULIERS, fils d’un pasteur français réfugié en Angleterre en 1683, peu de temps avant la révocation de l’Edit de Nantes par Louis XIV. La famille DESAGULIERS s’est installé à Londres en 1692 et Jean Théophile, scolarisé, a appris le latin, le grec et étudié les classiques. Il deviendra membre de la Royal Society en 1710 sous la présidence d’Isaac NEWTON de 1703 à 1727), dont il fut très proche. En 1717 il créera avec James ANDERSON la Grande Loge de Londres par fusion de quatre loges de cette ville (cf. plus haut). Ils abandonnent la maçonnerie opératives pour lui substituer définitivement ma maçonnerie spéculative moderne. Il est le premier à percevoir l’ampleur d la révolution newtonienne tant pour la physique que pour la représentation du monde. Il développe ses idées et les fait connaître du grand public dans son Cours de Philosophie Expérimentale. Cette philosophie naturaliste (rappelons-nous FENELON ne France, dont le Chevalier de RAMSAY fur le secrétaire !) inspire fortement les Constitutions des Francs-Maçons qui sont compilées par le pasteur James ANDERSON. C’est le texte que la toute jeune Grande Loge de Londres, dont il sera élu Grand Maître en 1719, adoptera pour règle en 1723, fondant ainsi le courant de la Franc Maçonnerie Moderne. Ce texte sera remplacé en 1815 par les « Nouvelles Constitutions » dont se dote la Grande Loge Unie d’Angleterre, crée par la fusion en 1813 avec l’autre courant, d’origine écossaise et opératif, selon l’Union Act déjà cité plus haut. Les idées de DESAGULIERS ont eu une influence majeure sur la France des Lumières et sur la théorie que la Franc Maçonnerie aurait inspiré la Révolution Française. Il aura une influence déterminante sur Benjamin FRANKLIN qui par ailleurs éditera et publiera els Constitutions d’ANDERSON à Philadelphie en 1734.

Les « Anciens » et les « Modernes »

On peut voir dans les Constitutions d’ANDERSON « sous l’obligation du simple déisme de la religion naturelle, une proclamation de tolérance »mais même circonscrite aux divers cultes chrétiens, et bien qu’étant une innovation majeure, ce concept pour beaucoup fut une preuve de renoncement, voire de reniement et la Grande Loge de Londres n’eut de ce fait pendant longtemps qu’une influence restreinte, sa juridiction étant limitée aux seules cités de Londres et de Westminster et à leurs banlieues. La plupart des loges surtout en province, étaient réticentes à aliéner leur indépendance et elles continuaient à respecter les anciennes obligations du métier. Ainsi en 1722, en même temps qu’était élaboré le texte d’Anderson, paraissait à Londres une éditions des Anciennes Constitutions dont l’article premier stipule « je dois vous exhorter à honorer Dieu dans a Sainte Eglise, à ne pas vous laisser aller à l’hérésie, au schisme et à l’erreur dans vos pensées ou dans l’enseignement d’hommes discrédités »démenti cinglant à ANDDRESON et DESAGULIERS un an avant la parution du texte ! Un des « centres de résistance » était la vieille Loge d’York. Les ateliers, qualifiés alors « Antients » n’étaient groupés en aucune formation obédientielle, bien que la Loge d’York prit en 1725 le titre de Grande Loge de Toute l’Angleterre, correspondant alors plus à son rôle de « loge-mère » qu’à un véritable pouvoir obédientiel. En 1751, les opposants à la Grande Loge de Londres, décidés à lutter contre elle en force et avec les mêmes armes constituèrent une véritable organisation rivale « La Grande Loge des Francs et Acceptés Maçons selon les vieilles Institutions » ou plus sommairement « Grande Loge des Anciens Maçons », qualifiant alors la loge concurrente de Londres de « Moderns », leur reprochant d’avoir dénaturé la vraie Franc Maçonnerie en la dépouillant de tout ou presque (rituel, déchristianisation, ignorance des deux Saint Jean… Ces ateliers sont très souvent constitues d’immigrés irlandais catholiques ayant été initiés en Irlande mais n’étant pas admis dans les loges plus aristocratiques de la Grande Loge d’Angleterre. De même l’innovation de tolérance fut bien moins accueillie dans les ateliers de la Grande Loge d’Ecosse, entre autre pour des raisons dynastiques puisque beaucoup de maçons restaient attachés à la cause des STUARTS et au seul catholicisme. La Grande Loge des Anciens, moins élitiste que sa rivale, noue vite des relations avec la Grande Loge d’Ecosse et avec la Grande Loge d’Irlande et se développe rapidement, passant de 6 loges en 1751 à 36 en 1754 et 180 en 1793 alors que dans le même temps après à peine vingt ans d’existence la Grande Loge de Londres voit fondre ses effectifs, passant de 189 loges en 1741 à 157 en 1748 et 86 en 1756. Pour faire face à cette « désertion massive » elle renforça alors son élitisme, intégrant beaucoup de membres de la Royal Society, développa ses loges à l’étranger, interdisant les visites aux loges de l’obédience rivale et en entamant la construction du prestigieux FREEMASON’S HALL. Elle conserve également la tolérance religieuse de ses origines, se distinguant de sa rivale en ce qu’elle condamne l’athéisme tout en restant encore ouverte à toutes les religions. Déisme = du latin deus (= Dieu), croyance ou doctrine qui affirme l’existence d’un dieu et influence dans la création de l’Univers, sans pour autant s’appuyer sur des textes sacrés ou dépendre d’une religion révélée. Le déisme prône une « religion naturelle » qi se vit par l’expérience individuelle et qui ne repose pas sur une tradition écrite. Croyance directe, individuelle et irréligieuse. Théisme = du grec theos (= Dieu) est un terme qui désigne toute croyance ou doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu et son influence dans l’Univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. La relation de l’homme avec Dieu passe par un intermédiaire, la religion. Il est opposé à l’athéisme.

Trois grades et deux degrés

L’une des particularités de la Franc - Maçonnerie des « Anciens » est d’avoir renoué le fil d’une initiation en trois grades dont on sait qu’elle était déjà pratiquée dans l’Antiquité en Egypte et dans la plupart des civilisations traditionnelles. En 1646, le grade d’Apprenti dans les loges fondées sur les statuts SHAW est remanié pour devenir à peu près celui que l’on confrère depuis dans les loges écossaises et anglaises. Puis vers 1648 apparait le garde de Compagnon et enfin, en 1650, le grade de Maître, dont les allégories tendraient selon certains auteurs à rappeler souvenir de la mort de Charles Ier, décapité le 30 Janvier 1649, et dont mes maçons écossais, partisans des STURATS, travaillent en secret à rétablir le trône en faveur de son fils, Charles II. Ainsi voit-on se mettre en place les éléments du puzzle… Mais s’agit-il d’une redécouverte…ou d’une transmission ? Et qui, alors, aurait transmis ? On sait qu’il existe en Irlande de façon bien antérieure à la création de la Grande Loge de Londres d’une franc maçonnerie chrétienne d’ascendance celtique, proche de la maçonnerie écossaise, catholique. Il y a ainsi dans les manuscrits du Trinity College de Dublin mention d’une loge d’étudiants en 1688 et un autre manuscrit daté de 1711 fait référence à un système en trois étapes. On a le récit d’une procession publique en Irlande en 1725 et en 1730 sont publiées les Constituions de PENNEL, proches de celles d’ANDERSON, à cette différence d’importance qu’elle mentionnent le garde de maitre, ce qui n’est pas le cas dans le texte anglais de 1723. Finalement les deux Franc-maçonneries des « Antients » et des « Moderns » finirent par se réunir en 1813 par l’Acte d’Union. La querelle entre les deux résidait selon les auteurs entre autre envers le grade complémentaire de Royal Arch que pratiquaient les « Antients » au point d’en faire une des pièces maîtresses de l’édifice maçonnique alors que les « Moderns » refusaient de le reconnaître. Quand le schisme cessa en 1813, la déclaration préliminaire de l’Acte d’Union stipulait : « La Maçonnerie pure et ancienne consiste en trois degrés, sans plus, à savoir ceux d’Apprenti, de Compagnon et de Maître Maçon y compris l’Ordre Suprême de la Sainte Arche Royale ». On voit donc se constituer une forme d’initiation maçonnique fondée sur trois grades, avec l’existence de degrés complémentaires, qui ne sont pas à proprement parler des grades. La réunion des Anciens et des Modernes s’est faite pourtant sur la base d’un compromis qui allait compromettre toute l’évolution de la Franc-maçonnerie puisque si les Anciens avaient semble-t-il réussi à imposer leurs formes rituelles, c’est finalement l’approche initiatiquement discutable des Modernes qui allait prévaloir dans la Franc-maçonnerie obédientielle. En Amérique la première date d ‘une fondation de loge dans les colonies anglaises d’Amérique remonte à 1733 avec les mêmes dissensions que dans la mère patrie. Pendant la guerre d’indépendance des Etats Unis, les Antients seront partisans des insurgés indépendantistes alors que les Moderns restaient partisans de la couronne d’Angleterre. Dans la dernière décennie du XVIIIème siècle, les Etats-Unis, indépendants depuis 1776, virent Antients et Moderns finalement rejoindre les même grandes loges. Mais dans ce petit état particulièrement rebelle qu’est la Caroline du Sud cependant la lutte entre les deux tendances durera presque vingt ans de plus que dans les autres états et qu’en Angleterre, la Caroline du Sud précisément… (Près d’un siècle plus tard, c’est la Caroline du Sud qui sera le premier Etat proclamera sa séparation d’avec l’Union, le 12 Avril 1861, provoquant ainsi la Guerre de Sécession).

Date d’apparition des gardes bleus du Rite Ecossais Ancien et Accepté :

Poser le problème ainsi, c’est imposer que la pratique rituelle correspondante n’apparaisse qu’après la première utilisation du terme « Rite Ecossais Ancien et Accepté » : or celle-ci apparait pour la première fois en 1804 dans l’article V des dispositions générales du Concordat et donc postérieure à l’existence d’un système écossais en trente-trois degrés qui, lui, apparait pour la première fois à Charleston, en Caroline du Sud (USA) le 31 Mai 1801 et inaugure le REAA en quelque sorte. L’apparition « officielle » d’un système en 33 degrés ne signifie pas pour autant dire que les pratiques rituelles du Rite aux trois premiers degrés tels que nous les utilisons ne sont pas antérieures à cette date. Les spécificités du REAA (cf. plus loin) : position et fonction astronomiques des surveillants, position des colonnes, énonciation des Trois Grandes Lumières, circulation du mot…sont avérés dès 1696 en Ecosse (Manuscrit de l’Edimburg Register House) avec l’existence des diacres, tout à fait spécifique des « antients » alors que la Grande Loge Unie d’Angleterre ne les adoptés que lors de l’Union Act de 1813. Ils sont présents dans les statuts SHAW (voir plus loin), attestés par la Loge Kilwinning n°0 en 1762. Les Grandes Loges d’Ecosse et d’Irlande à priori en ont toujours été dotés dès leur fondation jusqu’à nos jours. Le premier rituel imprimé du REAA date de 1804 et en comporte. Lorsque la Grande Loge des « Antients » se constitue en 1751 entre autre par réaction aux « innovations » que les andersoniens avaient introduites dans la maçonnerie. C’est que précisément les pratiques antérieures étaient différentes et vraisemblablement analogues à celles qu’ils prônaient. Les « moderns » ont cherché délibérément à faire croire qu’ils étaient à la base de tout alors que ce n’est pas le cas. Il y a eu une tentative délibérée de manipulation historique ! Il ressort donc : Que la Maçonnerie écossaise et des « antients » préexistait à la Maçonnerie des « Moderns », c’est-à-dire à la réforme andersonienne de 1717 ; Que la Maçonnerie écossaise était pratiquée en France selon le modèles apportés par les jacobites et que ce n’est que secondairement que la Maçonnerie des « Moderns » a été pratiquée dans le royaume. Qu’il existait en France, jusqu’à la Révolution et l’Empire, et malgré les vicissitudes des temps, des Loges symboliques qui pratiquaient cette Maçonnerie écossaise, malgré l’ostracisme des « Moderns » et les persécutions du Grand Orient de France... Que l’apparition du Guides des Maçons en 1805, qui rend compte des rituels des trois premiers degrés du REAA, n’est pas une innovation rituelle mais simplement un changement d’enseigne pour des pratiques qui existaient depuis l’introduction de la maçonnerie sur le continent, ainsi la création de la Grande Loge de Londres en 1717 n’est que la conséquence de l’avènement des spéculatifs dans les loges opératives en Angleterre. En 1717 il existait au moins 20 loges en Ecosse, dont celle de Kilwinning n°0, antérieure à 1599, que les historiens font remonter au XIIIème et au XIVème siècle ! Les loges écossaises se sont fédérées en 1736 pour devenir la Grande Loge d’Ecosse. Il existait, avant cette date, un Grand Maître Héréditaire de la Maçonnerie et des loges écossaises sans qu’il existe une Grande Loge d’Ecosse. Ce statut était antérieur à William SHAW et c’est Lord Sinclair de Roslin qui a remis son mandat héréditaire à l’assemblée de la Grande Loge et que celle-ci se dota alors d’un Grand Maître élu chaque année. En France la première loge attestée date de 1725 si on ne retient pas l’existence de Loges jacobites à Saint Germain En Laye au XVIIème siècle, dont il est probable qu’elles eurent existé sans qu’on en ait la preuve formelle. Le Duc de WHARTON, Grand Maître de la Grande Loge de Londres en 1723, arrive en France en 1728 et fut vraisemblablement Grand Maître des Loges du Royaume de France de cette date (Création de la Grande Loge De France) à 1730 puisqu’il décède en Espagne en 1731… Après une vacance de quelques mois la Grande maîtrise fut ensuite occupée par le jacobite MAC LEAN jusqu’en 1735-1736 puis par le non moins jacobite DERWENTWATER de 1736 à 1738. On trouve alors 4 à 5 loges à Paris, regroupées en Grande Loge de France, composée de Vénérables Maîtres parisiens et de ceux de province de passage à Paris. Le Cardinal de Fleury renverse alors les alliances de la France et abandonne les Stuart d’Ecosse au profit des Hanovre d’Angleterre. Il s’ensuit une méfiance envers les écossais, réputés jacobites, en France, donc ennemis et une persécution de la Maçonnerie en 1737 et on vit alors être élu le premier Grand Maître français, le Duc d’Antin, puis de 1743 à 1771 le Duc de CLERMONT… Il y eut alors un coup d’état interne après la mort du Grand Maître en 1771, les loges de province s’allièrent au Duc de Montmorency-Luxembourg et se créa ainsi en 1773 le Grand Orient de France actuel, tandis que perdurait, considérablement amputée, certes, mais fidèle à ses origines, la Grande Loge De France… La Grande Loge de France est donc née en 1728 et le Grand Orient de France en 1773 contrairement à ce qu’il déclare depuis 2002 ! « Etienne MORIN, prestige d’un homme, genèse d’un système », selon le titre éponyme du livre d’André KERVELLA (cf. bibliographie) L’Ecossisme, qui maintenant imprègne avec certes des variantes, les principaux Ordres Maçonniques résulte d’une aventure singulière (même si certains historiens y voient aussi un développement motivé par l’appât du gain car chaque grade se payait et donc la multiplication des degrés était aussi source de profit…avec parfois un intérêt initiatique et spirituel limité, puisqu’on a vu proliférer parfois des rituels en 38 voire 99 grades...où l’imagination bat son plein et le syncrétisme volontairement affiché confine parfois à une bien commode et facile manière de réaliser un « fourre-tout » inextricables, sans queue ni tête pourrait-on dire aussi… « à la limite du délire de l’artiste » parfois…mais ne cédons pas à la facilité. L’Ecossisme qui nous intéresse été nous préoccupe ce soir pour sa part est issu cependant des cogitations personnelles d’un homme assez exceptionnel qui avait un curieux esprit syncrétique. Le syncrétisme se rencontre fréquemment dans l’histoire des religions. Aucune n’en est exempte à ma connaissance. Il consiste à tenter la fusion, en une doctrine unique, de plusieurs doctrines différentes. Mais si de telles synthèses sont constatées, elles ne se font le plus souvent que lentement, voire très lentement, par contacts, imprégnations latérales, par l’effort successif et continu de certains théologiens. On rencontre ici cette « anomalie » : en moins de soixante ans l’effort de trois personnages successifs aboutit au résultat. Le premier est le Chevalier de RAMSAY, dont on a longuement parlé plus haut, que l’on appellera l’inventeur. Le dernier est le Comte de GRASSE-TILLY, qu’on appellera l’instigateur. Le second, pièce maîtresse, véritable apôtre, est le passeur, il s’agit d’Etienne MORIN. On l’a vu, le Chevalier de RAMSAY est l’inventeur de l’idée de grades successifs, d’inspirations multiples. Etienne MORIN (1717 – 1771) fut un franc maçon travaillant principalement entre Bordeaux et les Antilles de par sa profession de négociant surtout connu pour avoir joué un rôle central dans la genèse du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Au début des années 1740 il semble être établi à Fort Royal, la future Fort-De-France mais ses activités commerciales l’amènent à voyager très souvent dans les Caraïbes. On ne sait pas précisément quand il fut initié en Franc-maçonnerie, mais on sait qu’il fonda en 1745 une loge à Bordeaux et qu’en 1744 il fut reçu à Antigua par William MATTHEWS, gouverneur général des Iles Anglaises Sous Le Vent qui lui conféra un des plus anciens gardes maçonniques puisqu’il est alors initié au grade de l’Arche Royale, garde qu’il transmet aussitôt rentré à Fort Royal. Louis XV déclare la guerre à l’Angleterre et à l’Autriche le 15 Mars 1744 et MORIN est alors fait prisonnier et débarqué à Londres où il jouit d’une relative liberté. Il revient en France en 1745 et y fonde le 8 Juillet la loge écossaise des « Elus Parfaits » ? Il continue à voyager et participera à la fondation d’une loge à Saint Domingue en 1748. Le 27 Août 1761 il reçoit une patente signée des officiers de la Grande Loge De France le nommant « Grand Inspecteur pour toutes les parties du monde », délivrée par le Conseil des Empereurs d’Orient et d’Occident de la Grande et Souveraine Loge de Saint Jean de Jérusalem. C’est ce conseil qui, en 1758, avait élaboré le Rite de Perfection en vingt-cinq Hauts Grades et qui aurait donc autorisé MORIN à transmettre ces Hauts Grades à travers le Monde. L’original de cette patente n’a jamais été retrouvé, on n’en connait que des copies plus tardives, qui pourraient avoir été embellies par MORIN lui-même, même si à priori ce n’était pas son genre… MORIN quitta pour la dernière fois la France au printemps de 1762 avec l’intention de retourner aux Antilles. Il est alors à nouveau capturé par les anglais et retourne à Londres où sa patente sera reconnue et où i sera de ce fait autorisé à transmettre les Hauts Grades aux Antilles anglaises puis par ricochet aux futures USA puisqu’il est régulier de part la reconnaissance londonienne de sa patente. Il se fixe alors à Kingston, en Jamaïque où il se lira d’amitié avec Henry FRANCKEN, et c’est avec l’aide de son ami qu’il va développer, à partir du Rite de Perfection en 25 grades le Rite Ecossais Ancien et Accepté en 33 grades. Nous sommes en terre anglaise, le rite se développe alors donc dans les colonies anglaises jusqu’aux Amériques qui deviendront plus tard els Etats-Unis. En 1767, on retrouve FRANCKEN à Albany, dans l’Etat de New York où il fonde une Loge de Perfection sous le nom d’Ineffable. Avant de rentrer en Jamaïque en 1768, Franken nomme un député inspecteur à New York, Moses Mickael HAYES. MORIN meurt en 1771 et Franken dirige alors seul le rite, nomme des députés inspecteurs qui essaime le rite partout. En 1783 il investit un certain David SMALL et lui remet un document, connu encore de nos jours sous le nom de Manuscrit Francken. C’est certainement dans cette dynamique que fut créé le Suprême Conseil des Etats-Unis d’Amérique le 31 Mai 1801, à Charleston, en Caroline du Sud, en grande pompe par deux frères, John MITCHELL et Frederick DALCHO. Le 4 Décembre 1802, une circulaire portait à la connaissance du monde maçonnique de la création à Charleston d’un Suprême Conseil des Souverains Grands Inspecteurs Généraux, 33ème et dernier degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Parmi les fondateurs se trouve le Comte Alexandre de GRASSE-TILLY, Souverain Grand Commandeur du Suprême Conseil des Indes Occidentales Françaises, ou des Iles Française d’Amérique sous le Vent et dans le Vent. De retour en France, le Comte de GRASSE-TILLY installe la Loge Mère de l’Ecossime à l’Orient de Paris, la « Mère Loge Ecossaise de France ». En 1804, il instaure une Grande Loge Générale Ecossaise du Rite Ancien et Accepté. Le rite possède déjà d’autres loges à Paris et en province dont deux à Lyon. Le nombre de hauts dignitaires lui paraissant suffisant, il réunit tous les adeptes un 33ème degré dans un Suprême Conseil de France. En 1813 un second Suprême Conseil est constitué à New York, il y a ainsi une juridiction « Sud » et une juridiction « Nord ».

Conclusion

Hermétique, rosicrucien, chevaleresque, kabbaliste, chrétien mais aussi celtique et sans doute bien d’autres choses encore, on pourrait ainsi aussi le dire pythagoricien et isiaque, le symbolisme véhiculé par le REAA et ses Hauts Grades est divers, sinon disparate qu’il contient n’est pas uniformément intéressant, mais il permet une initiation progressive, graduelle. Son histoire est riche, et traditionnelle au sens de tout le corpus qui s’y rattache. C’est par l’approfondissement des trois premiers degrés symboliques, et principalement le troisième, le grade du Maître qu’on lui trouve son principal attrait. Il est riche d’une matière première au travail, encore faut-il vouloir travailler !

V\ M\ et vous tous mes F\ en vos degrés et qualités,

J’ai dit.

C\ L\

Source : www.ledifice.net

Lire la suite

Le Tablier

8 Octobre 2012 , Rédigé par Franck Bailly Publié dans #Planches

Le tablier est plein de signification symbolique, même sous sa forme actuelle d'origine récente.
Ceux qui le conçoivent ont une connaissance profonde du symbolisme. Dans la 1ère partie du 18ème siècle les tabliers sont semblables à ceux employés par les maçons opératifs. Ils sont grands , viennent bien haut et atteignent vers le bas aux genoux, sont fréquemment de forme tout à fait irrégulière. Dans la 2ème partie du 18ème siècle, certains des frères décorent leurs tabliers avec le soleil, des étoiles, la lune, les outils. Il n'y a aucune tentative d'uniformité ; chaque membre a le sien. Cela dure jusqu'à l'union des deux grandes Loges en 1813.
Historiquement, le port du tablier sert à distinguer la maçon qualifié du main d'œuvre comme l'atteste le contrat passé en 1685 entre Symon Bond et John Cooke of Harboury, maçon du comté de Warwick qui doit en doter son apprenti en reconnaissance de sa qualification.
Certains règlements comme ceux en vigueur dans une paroisse du Suffolk en 1430 prévoit que l'employeur doit procurer un tablier et une paire de gant blanc en cuir à tout maçon oeuvrant sur son chantier.
En 1837, Olivier s'attache à une sacralisation du tablier : " le principal objectif du tablier est d'illustrer la division du corps humain en 2 parties distinctes séparant la noble portion qui contient la tête et le cœur, siège de la raison et de l'affection, des parties corporelles qui sont simplement vouées à accomplir les fonctions charnelles de la nature …. Le maçon ainsi revêtu est une remarquable emblème de vérité, d'innocence et d'intégralité.

D'après certains, le tablier maçonnique est d'origine éssenienne, égyptienne ou gauloise.
Pour Jules Boucher, le tablier constitue l'essentiel du décor du Maçon. Il se compose d'un rectangle et d'une bavette triangulaire. Il est l'emblème du travail ; ce tablier rappelle au maçon qu'il doit toujours avoir une vie active et laborieuse.
Pour lui le travail n'est douleur que si il est égoïste ; si il est aimé pour lui même, il est source de joie
Wirth précise que pour le penseur, le tablier est le symbole physique de l'enveloppe matérielle dont l'esprit doit se revêtir pour participer à la construction universelle.
On accorde aussi au tablier la vocation de protéger des ondes nocives : il couvre simplement le bas ventre ; il isole les organes corporels où la tradition reconnaît le siège de l'affectivité, des passions (plexus solaire et génital ) et signifie que seule la partie supérieure du corps, celle qui est le siège des parties raisonnables et spirituelles doit participer au travail
Le tablier est aussi là pour protéger des éclats que sont symboliquement les passions, les imperfections, les vices.
Il est une preuve de l'engagement du maçon et de la consécration qui en a été la réponse.

I - LE TABLIER D'APPRENTI

Le tablier d'apprenti est là pour le protéger lors des travaux ; logiquement il est plus grand que celui du maître car il est sensé être plus malhabile

I1 - La couleur

Le blanc rappelle à l'apprenti maçon sa virginité initiatique, sa pureté et son ignorance. Le fonds blanc rappelle aussi à tout maçon que le travail ne doit pas être de mobile dégradant.
En le conservant ainsi chacun peut, à son niveau, réaliser la perfection à laquelle il aspire.
Le blanc synthétise toutes les couleurs ; il a la propriété de diffuser la totalité du flux lumineux qu'il reçoit de la source dans toute l'étendue du spectre visible.
Ce spectre correspond aux faisceaux lumineux de toutes les couleurs : violet, bleu, vert, jaune, orange et rouge. Le blanc est le reflet de l'absolu.
Le blanc, couleur qui est souvent associée avec le soleil, la lumière, l'unité, est à l'origine également la couleur du linceul. Anne de Bretagne, par caprice, introduit le noir dans la liturgie funéraire. Quand on utilise le blanc comme la couleur de l'habit du catéchumène au moment de son baptême, ce n'est pas pour accentuer son innocence, mais en référence à l'unité, à la lumière.
I2 - La matière

Elle est faite de peau d'agneau et rappelle la tunique de peau dont la légende biblique revêt Adam et Eve avant de quitter le Paradis et d'être voué à la douleur. La peau est considérée comme un isolant, un protecteur.

I3 - La bavette relevée

Elle protège l'épigastre qui correspond au chakra ombilical dont dépendent sentiments et émotions contre lesquels l'apprenti doit se protéger pour atteindre la sérénité d'esprit. Restant isolés, ces sentiments ne risquent plus de gêner la paix profonde du temple dans lequel il est admis. Ce risque est sensé être supprimé chez le compagnon et le maître ; ces derniers peuvent abaisser la bavette de leur tablier.
Avec ses 5 côtés, le tablier de l'apprenti peut être mis en relation avec les 5 sens.
On interprète le tablier comme le quaternaire surmonté du ternaire.
Un certain Wimrust voit dans la bavette l'âme planant au dessus du corps

I4 - Le chiffre 3

Dans le chiffre 3, un des éléments est neutre, qu'il soit le générateur indéterminé ou le médiateur indéfinissable de la Triade divine.
Selon la vraie, l'exacte connaissance, une ou deux forces ne peuvent jamais produire un phénomène. La présence d'une 3ème force est nécessaire pour que les 2 premières puissent produire un phénomène sur n'importe quel plan.
Elles apparaissent actives, passives ou neutres seulement où elles entrent en relation avec les autres.
Autre loi du ternaire, les deux atomes identiques sont attirés par le 3ème , lequel à son tour est attiré par eux.
Dans la religion chrétienne, la 1ère Triade est la Sainte Trinité : le Père, le Fils, le Saint Esprit : un seul Dieu en 3 personnes.
Chez les kabbalistes, l'arbre séphirotique se présente sous la forme de 3 triangles superposés ; la 1ère pointe en haut reflète la Sainte Trinité et les 2 suivants inversés s'enfoncent dans des milieux plus denses.
Chez les islamistes, il est admis qu'Islam signifie : " paix, protection, délivrance ".
Chez l'alchimiste, en possession lucide de l'âme (le soufre ), l'adepte régénère l'esprit (mercure ) et transforme la matière individualisée en corps glorieux (le sel sublime ).
Il existe aussi pour lui 3 pierres : brute (naître ), cubique (vivre ), philosophale (mourir ).

Les francs- maçons ont une devise ternaire dans de nombreux pays européens : " liberté, égalité, fraternité "
Il y a 3 grades symboliques : apprenti, compagnon, maître comme il y a 3 voyages.
Outre le triangle qui domine le portail, 2 outils complémentaires ( compas et équerre ) correspondent au carré et au cercle de la Grande Triade. Le carré représente la terre et le cercle, le ciel. Entre les deux, il y a l'Etoile flamboyante.
Il y a 3 bijoux mobiles : l'équerre, le niveau, la perpendiculaire.
Selon une source non précisée, l'accolade devrait se donner ainsi : joue droite, joue gauche, front.

Dans le tarot, l'arcane n°3 est l'arcane de l'affirmation de la personnalité. Il demeure l'idéalité parce qu'il est complémentarité harmonieuse et complétive du quaternaire qui doit conduire à l'unité.
Involué, cette arcane correspond au triangle renversé : la matière domine l'esprit, la quantité domine la qualité.
Maléfiquement, c'est la masse sans cerveau qui écrase sans pitié.

I5 - Le chiffre 4

Le nombre 4 est symbolisé par le carré qui révèle l'angle droit. L'Homme, l'animal ou la plante dans leur position verticale forment un angle droit par rapport à la fixité de la terre.
Il est le chiffre sacré de ce monde, de la terre des Hommes. Il s'inscrit à égale distance de l'unité impénétrable (4 - 1 = 3 ) et du septénaire ( 7 - 4 = 3 ) qui exprime son union à la Triade divine.
Cette situation définit la vocation de l'Homme : issu de l'Unité, il s'en distingue comme créé du créateur mais est appelé à retourner au créateur et à s'unir à lui, manifestant ainsi sa puissance, son intelligence, son amour.
Le quaternaire symbolise une situation évolutive ; l'Homme est placé sur terre dans une dynamique intéressant tout l'Univers. Le 4 symbolise le terrestre, la totalité du créé et du révélé. Il enferme toute la création ; c'est la nature naturante et naturée.
L'Homme vient en 4ème position dans la création après le minéral, le végétal, l'animal. Ceci ramène toute la création à l'Unité ( 1 + 2 + 3 + 4 = 10 Þ 1 + 0 = 1).
Cette somme des 4 premiers chiffres est la Tétraktys pythagoricienne qui correspond aux éléments connus : Feu, Air, Eau, Terre, qui symbolisent dans le même ordre : le Créateur, la Matière, l'Esprit (force vibratoire ) et la manifestation sensible.
Dans son apocalypse, Saint Jean traite des 4 animaux et de leurs correspondances harmoniques :
- le lion = St Marc = le Feu = oser
- le taureau = St Luc = la Terre = vouloir
- l'homme = St Matthieu = l'Air = savoir
- l'aigle = St Jean = l'Eau = se taire
La Kaaba a pour symbole un bloc carré exprimant le nombre 4 reconnu par les arabes comme celui de la stabilité.
Pour Jung, la Trinité - Quadruple (cercle / carré ) est l'archétype fondamental de la plénitude.
4 est aussi le chiffre de la 4ème dimension et de la 4ème colonne qui existent sans pouvoir les définir et reste insaisissables car hors du temps et de l'espace. Elle est cette inconnue sans lequel le connu n'existerait pas.
Enfin, dans le tarot, le 4 est le symbole du mouvement dans l'espace et de l'infini dans le temps. C'est le nombre réalisateur.
Le quaternaire est le nom le plus mystérieux car il renferme en lui tous les mystères de la nature. Il est symbolisé par l'Empereur qui signifie puissance, stabilité, l'ordre dans l'action, la volonté, l'autorité.

Les mystères qui suivent ne s'adressent pas à nos frères apprentis, je vous demande, Vénérable Maître d'inviter nos frères apprentis à quitter l'atelier pour que nous puissions continuer nos travaux.

II - LE TABLIER DE COMPAGNON

II1 - L'étoile

L'étoile flamboyante est au compagnon ce que le delta lumineux est à l'apprenti. Elle est l'emblème du génie qui élève aux grandes choses, elle est le symbole de ce feu sacré, de cette portion de lumière divine dont le Grand Architecte de l'Univers forme nos âmes, aux rayons de laquelle nous pouvons distinguer, connaître et pratique la justice et la vérité.
Elle symbolise le macrocosme (l'univers ) et le microcosme (l'Homme ) ; un sage a dit : " le monde apparaît comme un grand homme et l'homme comme un petit monde.
La lettre " G " symbolise la " géométrie " et le " Grand Architecte de l'Univers " ; on lui accorde les significations suivantes : Gravitation, Génération, Génie, Gnose.

II2 - La bavette rabaissée

Rabaissée, la bavette symbolise que l'âme se trouve dans le corps et en fait son instrument

II3 - La couleur rouge

Le rouge est une des 3 couleurs primaires : pure comme le feu, c'est aussi la couleur de la connaissance et de l'amour.
Sous son aspect négatif, le rouge est couleur de la haine, des massacres. Initiatiquement, le rouge est couleur de l'amour des cœurs avides de connaissance spirituelle, du feu intérieur de la Connaissance.
Le rouge, couleur du sang, du principe vital, met l'accent sur l'importance de la vie et de la réalisation du vivant.
Le rouge enfin est la couleur du feu de l'esprit et de la passion.
Le rouge dans la Tradition, est surtout la couleur du sang; de la vie animale, mais aussi du danger, de la révolution, de la transformation et de la mutation.
C'est la couleur du charbon ardent (à ne pas confondre avec le feu qui est jaune) avec lequel on transforme les minerais en métaux.
II4 - Le chiffre 5

Il est formé du 3 et du 2 donc du 1er nombre pair et du 1er nombre impair. 5, nombre de l'expansion a pour symbole le pentagramme, l'image de l'Homme après la chute.
5 symbolise l'animation de la matière par l'Esprit de Vie ; il symbolise aussi la connaissance.
Le sens du 5 est justice ou rigueur ; de ce nombre émane toute puissance réalisatrice ; il est le symbole de la Terre.
Si l'on place l'Etoile à l'envers, elle devient le visage de Satan et est donc maléfique parce que les 2 cornes (binaire ) dominent le ternaire or le binaire est à double face.
Le 5 c'est aussi les 5 sens.
Dans le Tarot, c'est le pape ; il détient la doctrine avec l'harmonie de l'arcane 2 (la Papesse ) ou la Sainte Science Secrète ; c'est le triomphe initiatique.
En 5, les défauts sont faits pour être corrigés ; il faut donc les avouer à l'admoniteur ou en tout cas se réjouir quand celui ci découvre des défauts. Il faut travailler à les faire disparaître. Les passions sont faites pour être maîtrisées. Cet arcane représente aussi l'évolution morale et physique.
5 symbolise le guide, le protecteur, le directeur spirituel qui donne des espoirs, évite les illusions malsaines, éclaire avec douceur.
Chez les maçons qui vient géographiquement en 5ème position après le Vénérable Maître, le Secrétaire, l'Orateur, le Trésorier et l'Hospitalier ? le 2ème surveillant …

II5 - Le chiffre 2

Il est né de la loi de la dualité. Le Un recherche sa complémentarité dans l'opposition manifestée.
Selon Pythagore, " du moment que Dieu se manifeste, il est double : essence invisible et substance divine, principe masculin - actif - animateur et principe féminin, passif ou matière plastique animée.
La Monade représente l'essence de Dieu et la Dyade sa faculté génératrice et reproductive.
FOU HI caractérise cette multitude d'opposition en deux classes :
- le YO ou YING représente la construction, la pesanteur, la force centripète
- le IN ou INN ou YANG représente la dilatation, la force d'ascension, la force centrifuge.
Ces 2 forces sont opposés et jamais séparées.

Le 2 c'est aussi :
- le Bien et le Mal
- l'Homme et la Femme
- la Symétrie par rapport à un plan, un axe, un point ; la symétrie c'est l'harmonie et donc l'équilibre ; c'est la répétition d'un même organe, d'un même objet. Elle est binaire en 1er lieu avant de se manifester ou d'un même motif dans plusieurs directions ou à l'infini.
- c'est aussi le Rythme
- la copulation du temps et de l'espace qui engendre le " Hic et nunc semper " : l'ici et maintenant toujours.
- c'est la croix : symbole divin binaire et quaternaire à sens métaphysique multiple ; elle est le plus souvent composé de 2 branches se coupant perpendiculairement à la verticale et à l'horizontal. C'est la représentation géographique de l'être humain ramené à son centre originel : point de départ de l'extension corporelle, intellectuelle sur un plan de réflexion représentée symboliquement par la surface des eaux : branche horizontale et verticale. C'est le point de départ de l'exaltation vers le sublime, vers une spiritualité éthérée dans une orientation vers les mondes supérieures (branches verticales ).

En maçonnerie, les outils associés à la symbolique fait partie du binaire :
- l'Equerre formée par une horizontale et une verticale peut symboliser l'équilibre résultant de l'union de l'actif et du passif. Deux équerres aux angles opposés forment une croix.
- le Compas est un instrument mobile à deux branches rappelant la figure humaine à une tête et deux bras c'est à dire s'écartant à volonté. En leur plus grand écartement, ils mesurent le domaine que peut atteindre le génie humain, le connu au delà duquel s'étend l'immensité mystérieuse de l'inexploré provisoirement inconnaissable.
L'équerre est le symbole de la matière ; le compas celui de l'esprit et de son pouvoir sur la matière.
Le ciseau (binaire ) est pour le maçon ce qu'est l'épée aux héros mythologiques ou de chevalerie. Il se rapporte à l'inébranlable esprit de décision sans laquelle rien ne se réalise en Initiation.
Sachons ce que l'on veut pour prendre d'irrévocables décisions (cela s'appelle se procurer un bon ciseau, émoussable, que le vrai maçon sait remettre en état et retremper ). Le ciseau est binaire car il ne peut rien sans le maillet ; les plus belles résolutions (ciseaux ) ne se réalisent pas sans la volonté (maillet ). C'est le binaire en action.
Tous les éléments du 4 ont un double pôle : positif et négatif.
Le binaire d'opposition nous entoure : blanc / noir, conscient / inconscient, sommeil / état de veille, Dieu / Satan, bien / mal, vice / vertu…

Dans le tarot, le 2 est la Papesse qui représente l'Eglise, la sainte science, la sainte doctrine.
L'arcane II est celui de l'intuition puisqu'en relation avec la science ouverte (intérieure et non codifiée par le savoir officiel ) ; c'est celui de la sage femme par opposition au savoir- homme

Les mystères qui suivent ne s'adressent pas à nos frères compagnons, je vous demande, Vénérable Maître d'inviter nos frères compagnons à quitter l'atelier pour que nous puissions continuer nos travaux.

III - LE TABLIER DE MAITRE

Le passage du compagnon au maître nécessite d'enlever le tablier car le passage demande la mise à nu de l'âme ; Or le tablier symbolise le vêtement de travail, témoin de l'œuvre accomplie.

La ceinture qui attache le tablier peut symboliser l'âme. Le Triangle représente l'esprit de l'homme comme penseur. Le carré symbolise le corps de l'homme. Quand le tablier est mis le carré est surmonté du Triangle et soutenu par le Cercle. La forme carrée du tablier avec ses 4 angles droits nous enseigne que la pureté, la vérité, la Sincérité et l'honnêteté sont les bases de la moralité. Ses 4 côtés nous rappellent qu'il faut pratiquer les 4 vertus cardinales. Tempérance dans le mot et l'action. Force dans un but noble. Prudence en jugeant, et justice pour notre semblable tant humble que grand.
Les 4 éléments sont présent sur le Tablier: le carré de base représente la Terre, le bord bleu l'air, les trois rosaces en forme de triangle tourné vers le haut, le feu et le rabat triangulaire vers le bas, l'eau.
III0 - Les rubans

Les deux rubans verticaux rappellent les deux colonnes B et J. A chacun de ces deux rubans sont attachés sept breloques pour nous rappeler qu'aucune Loge n'est parfait sans que 7 Frères ne soient présents, qu'au temps anciens on pensait que les sept âges de l'homme étaient influencés par les sept planètes alors connus, et qu'aucun MM n'est considéré efficace à moins d'avoir quelque connaissances des sept arts et sciences libéraux"
Ils peuvent représenter encore les deux St. Jean.
III1 - Les ronds ou rosettes et chaînettes dorées

III11 - Les rosettes

Les 3 rosaces peuvent correspondre aux 3 aspects (royal, sacerdotal et prophétique) de la démarche initiatique, et aux trois "mondes" (physique, mental et spirituel) dans lesquels nous travaillons sur nous.
Ces Trois Rosaces représentent, peut-être, également les Trois Grands Piliers, symbolisant ce que doivent être les Qualités du Maître Maçon " Sagesse, Force, Beauté " : la Sagesse dans sa conduite, la Force dans l'union avec ses Frères et la Beauté dans son caractère.

Les 3 rosettes du tablier de Maître nous donnent l'occasion de préciser ce postulat :
piquées en triangle, ce sont symboliquement des anneaux qui pourraient être rapprochés ou entrelacés pour former une Tri-Unité qui se trouve être Septénaire.

Croquis à l'appui pour une meilleure compréhension : (qui aura été distribué aux F\avant la lecture de la Planche)
Rien de plus simple que ce tracé muet, évocateur de concepts philosophiques dont l'exposé est fastidieux.
Examinons simplement les indications précises destinées à guider ceux qui aspire à la maîtrise intellectuelle.

1. Cercle d'or. --- Soleil ¤, centre immuable et fixe d'où rayonne toute activité. Esprit qui anime la matière. Le Souffre des alchimistes s. Feu intérieur individuel. Générateur de couleur rouge : sang, action, chaleur et lumière.
2. Cercle d'argent. --- Lune C astre changeant, miroir réceptif des influences ; moule déterminant toute formation. Le Mercure des hermétistes D , véhicule de l'activité spirituelle qui pénètre toutes choses. L'espace couleur bleue : air, sentiment, sensibilité.
3. Cercle d'airain ou de plomb. --- Saturne V , le dieu précipité du ciel, qui règne sur tout ce qui est pesant. Matérialité, positivisme, lourdeur réalisante. Couleur jaune qui tend à s'obscurcir en tournant au brun puis au noir. La charpente osseuse, la base solide de toute construction, le roc qui fournit la pierre brute, point de départ du Grand Œuvre.
4. Surface d'interférence de 1 et 2

Cercles d'or et d'argent.

Le Fils, né du mariage du Père et de la Mère. Jupiter H a qui est consacré l'étain, le plus léger des métaux. Opposé à Saturne V qu'il détrône, ce dieu correspond à la spiritualité. C'est lui qui décide et ordonne en projetant la foudre du courant volontaire.

5. Surface d'interférence de l'espace central

Cercles d'or, d'argent et d'airain.

Espace central où les trois couleurs primitives se synthétisent en lumière blanche. Etoile flamboyante, Mercure des Sages D , quintessence. Le lien subtil de la personnalité. Ether vivant sur qui tout retentit. Le fluide des magnétiseurs, le grand agent magique.

6. Surface d'interférence de 2 et 3

Cercles d'argent et d'airain.

Vénus E, le cuivre, la vitalité, l'humidité génératrice des êtres. Couleur verte : douceur, tendresse, sensibilité physique.

7. Surface d'interférence de 1 et 3

Cercles d'or et d'airain.

L'activité matérielle, Mars G le fer, le besoin d'action, la motricité qui dépense et qui consume l'énergie vitale. Le feu dévorant, couleur de flamme, jaune rouge écarlate : instinct de conservation, égoïsme, férocité, mais aussi puissance inlassable de réalisation.

On remarquera à l'analyse de l'interpénétration des circonférences des 3 cercles, que :

    1 (Orgueil/Soleil) s'oppose à 6 (Envie /Mercure)

    2 (Paresse/Lune) s'oppose à 7 (Colère /Mars)

    3 (Avarice/Saturne) s'oppose à 4 (Gourmandise/Jupiter)

    5 (Envie/Mercure) n'est en opposition avec personne en particulier, tout en assurant l'équilibre général.

Ne dit-on pas que le Maître maçon est au " Centre du cercle ", qu'il évolue entre l'Equerre et le Compas, entre la Terre et le Céleste, la matière et l'esprit , la manifestation et le manifesté, la créature et le Créateur ?
Fils de la Veuve, enfant de la mort, il se situe au point intermédiaire de la transformation, de la régénération, à mi-chemin entre " ce qui n'est plus " et " ce qui sera ".

Des livres prophétiques de l'Ancien Testament, les commentateurs font ressortir qu'il émane de l'Eternel trois sphères colorées correspondant aux trois cieux qui peuvent eux-mêmes être mis en rapport avec les trois mondes.

Ces trois mondes ne doivent pas être considérés comme des lieux matériels, mais comme des états ou des modalités de l'être. Pour reprendre la terminologie utilisée par René Guénon, ces trois mondes seraient le monde hylique qui est le monde des manifestations corporelles et matérielles, le monde psychique ou monde des manifestations subtiles, le monde pneumatique ou monde du non manifesté et du principiel. Les trois sphères colorées qui leurs correspondent étant : la sphère de la Création à laquelle est dévolue la couleur verte, la sphère de la Sagesse dont la couleur est le bleu et la sphère d'Amour de couleur rouge vif.

III12 - Les chaînettes ou breloques

Les 14 chaînettes dorées renvoient au 2 X 7 colonnes d'or du temple (en plus de B et J), et symbolisent aussi les grenades: symbole de fertilité, rappel du 1er degré mais aussi montrant la capacité du MM de parrainer un profane.
Les 2 fois 7 chaînettes dorées avec les 3 rosaces nous renvoient à PI (3,14116) et au cercle au centre duquel le Maître se trouve.
Quel cercle ? celui formé par les 9 lors de leurs voyages autour de lui.
Les sept breloques pour nous rappeler qu'aucune Loge n'est parfait sans que 7 Frères ne soient présents, qu'au temps anciens on pensait que les sept ages de l'homme étaient influencés par les sept planètes alors connus, et qu'aucun MM n'est considéré efficace à moins d'avoir quelque connaissances des sept arts et sciences libéraux.
Les chaînettes au nombre de 7 résument les 4 côtés du tablier et les 3 côtés du triangle rabattu au grade de Compagnon, le mariage de la Matière et de l'Esprit.
III13 - Les lettres : " M:. B:. ".

Le Symbole en est très clair : elles représentent le MOT SACRÉ, qui ne peut être communiqué que dans la Position des " Cinq Points Parfaits de la Maîtrise "
Ce MOT SACRÉ, " M:. B:. ", signifie " Fils du Père ", " Fils de la Putréfaction ", " Vie Nouvelle ".
Est à dire, que ce MOT SACRÉ est, en fait, un MOT SACRÉ SUBSTITUÉ ( la Parole est perdue ),. mais, plus qu'un Mot, il est un Véritable SOUFFLE DE VIE ( le Maître reparaît, plus radieux que jamais ).

D'ou savons nous que les lettres M.*. B.*. sur certain tabliers maçonniques signifient en réalité ces 2 mots la ?
Si on en croit l'ouvrage de notre très estimé Frère Sam (Eched), Mac - Benac ne signifie rien en hébreu ( même si mac - en vieil hébreu pourrait se traduire par pourriture ) mais que faire de Benac ?
Matabon ressemble à une déformation des mots hébreux = Met-Haboneh = l'architecte est mort!
Pourquoi les 9 maîtres ayant découvert le corps de H-A auraient-ils dit: "Vie nouvelle" ou "Fils du père" ?
Il y aurait plusieurs interprétations :
" l'architecte est mort " ou " l'Architecte est frappé ".
Ce qui est fort éloigné de " Fils du Père " ou de " Vie Nouvelle ", tel que le précise " l'Instruction au Troisième Degré " du Rituel du REA&A ( version " Cerbu " ).
Cela serait plausible s'il s'agissait d'une remarque faite par les 9 Maîtres lorsqu'ils retrouvent le Corps d'Hiram, mais " M:. B:. " n'est jamais prononcé à ce moment là par les 9 Maîtres.
" M:. B:. " est dit ( ou, plus exactement, soufflé ) beaucoup plus tard, après que :
. trois Frères aient été laissés à la garde de la Tombe,
. les six autres Frères soient allés rendre compte,
. le TVM se soit fait conduire près du Corps, ait reconnu l'Architecte, compris dans quelle classe d'ouvriers il était nécessaire de rechercher les coupables et décidé de transporter les Restes d'Hiram à l'intérieur du Temple.
Ce n'est qu'après avoir relevé Hiram - par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise - et découvert que " Notre Maître a revu le jour, il renaît dans la personne de notre Très Cher Frère ... ", qu'est prononcé le Mot Sacré Substitué : " M:. B:. ".
N'exprime-t-il pas, alors :
. non pas, une constatation " l'architecte est mort " ?
. mais bien, une exclamation annonçant la Renaissance, la " Vie Nouvelle " ?

M.B a une version, une analyse plus historique :

Les moabites, peuple sémite vivent à l'est de la mer Morte et ses incursions sont redoutées par les Israélites. Le royaume de Moab À la fin du IIe millénaire av. J.-C., les Moabites occupent, en qualité de cultivateurs et d'éleveurs sédentarisés, le pays de Moab, situé au sud-est de la Palestine et formant un vaste plateau fertile à l'est de la mer Morte. Le mont Nébo domine la contrée, traversée par la rivière de l'Arnon.
Les Moabites sont étroitement liés aux Israélites, comme l'attestent les généalogies conservées dans les livres du Pentateuque. Cette proximité n'exclut pas des relations tendues, voire hostiles; on peut, en effet, avancer que leurs rapports passent par une constante alternance de soumission et de domination.
Ainsi, après avoir dominé les tribus voisines de Manassé et de Ruben, les Moabites sont vaincus par le "juge" Ehoud, qui tue leur roi Églon.
L'avènement du roi David provoque une nouvelle soumission de Moab. Après la division du royaume de Salomon, Moab dépend du "royaume du Nord", Israël, et cela jusqu'à l'avènement du roi Mésa, qui reprend le contrôle de tout le plateau à l'est de la mer Morte. Ce roi non seulement établit les limites de son royaume, mais il bâtit une nouvelle capitale: Dîbôn. Une coalition des royaumes d'Édom, de Juda et d'Israël entraîne la défaite de Moab. L'affaiblissement puis le déclin du royaume du Nord, au 8ème siècle av. J.-C., n'assurent qu'un court répit aux Moabites, bientôt contraints de se soumettre à la souveraineté assyrienne. Le passage de la loi assyrienne à la domination babylonienne ne change rien au statut du royaume de Moab: il continue à payer tribut et à fournir des troupes à son nouveau maître.
L'effondrement du système de défense babylonien sur le front du désert entraîne la dévastation des régions de Transjordanie, livrées au pillage et aux raids des nomades.

III14 - La couleur bleu

Le bleu clair est couleur de la Vierge ; il suffit de regarder les peintures anciennes pour se rendre compte que la Vierge Marie, la plupart du temps est habillée d'un manteau bleu foncé, doublé de rouge. Elle représente la Materia Prima qui porte en elle la vie animale.

"La couleur bleue qui entoure le tablier blanc démontre qu'il n'y a point de vertu solide et durable si elle n'est soutenue par une religion, une croyance, une philosophie qui, seule, peut attirer sur nous les faveurs célestes.".
Le bleu-clair est la couleur favorite d'Isis. C'est aussi la couleur favorite de la Vierge Marie. La couleur bleu-clair est féminine ou passive. C'est la couleur de l'amitié universelle.
Dans les mystères antiques le bleu figure l'épreuve de l'air correspondant à la régénération spirituelle. Ne symbolise-t-il pas dans les écrit zohariques le Ruach Elohim, le respir Divin insufflé dans l'homme ?
Cet azur, couleur céleste par excellence, est la couleur de l'accession à la véritable maîtrise, celle qui ne peut être réalisée qu'après que l'ego ait été non pas dissout mais dominé. Il est couleur de l'au-delà du monde de la matière, couleur de l'épanouissement spirituel et seuil de la dernière phase du grand oeuvre. Il évoque l'accession à l'unité. Il est symbole de la Justice dans l'échelle des vertus. Il est couleur de la paix.

III15 - La couleur violette

Couleur pourpre ou violette (complémentaire du jaune) c'est l'idéalité, la conscience, la responsabilité, le gouvernement de soi.

III16 - Les couleurs

Dans la démarche alchimique,
1°) calcination : noire - destruction des différence- extinction des désirs, réduction à l'état premier de la matière
2°) putréfaction : blanche - albedo - séparation jusqu'à a totale dissolution les éléments calcinés - la solution d'une matière totalement purifiée
3°) Distillation puis conjonction : rouge Rubedo - union des opposés
4°)Sublimation : jaune ou couleur de soleil pleinitude l'être chaleur et lumière
5°) Fixation solve et coagula

Au REAA, on intégre aussi la démarche alchimique : on part de la materia prima, de l'oeuvre au noir, qui s'opère dans le cabinet de réflexion, on poursuit par l'oeuvre au blanc (couleur du tablier de l'Apprenti et du Compagnon) pour finir, tout naturellement, par l'oeuvre au rouge, couleur du tablier de Maître.

III3 - Le serpent

Le serpent ne présente pas un archétype mais un complexe archétypal lié à la froide, gluante et souterraine nuit des origines ; ils forment une unique multiplicité primordiale, une indémembrable chose primordiale qui ne cesse de se détortiller, de disparaître, de renaître : la vie. Elle est le réservoir, le potentiel d'où proviennent toutes les manifestations.
Il est le symbole de l'âme et de la libido.

Dans la symbolique catholique, le serpent est celui d'Eve, condamné à ramper et le serpent ou dragon cosmique dont Saint Jean dans l'Apocalypse ne conteste pas l'antériorité mais proclame la défaite : " on le jeta donc, l'énorme dragon, l'antique serpent, le Diable ou Satan, comme on l'appelle, le séducteur du monde entier, on le jeta sur la terre et les Anges furent jetés avec lui ".Apocalypse 12 /9
Le séducteur devient répugnant ; ses pouvoirs, sa science sont contestés dans leur origine ; on les considére comme fruit d'un vol et deviennent illégitimes, maudits et le serpent qui nous habite n'engendre plus que nos vices.
Le bon côté du serpent n'apparaît que dans sa fonction chthonienne d'exécuteur de la justice divine.
Il est aussi l'obstacle qu'il faut surmonter.
Dans la mythologie " celte ", le serpent est un animal au symbolisme chthonien (fils de la terre ), possesseur de la Connaissance et du pouvoir de vie et de mort dont les différentes apparences (dragons, lézards ) illustrent les niveaux ou phases initiatiques où il intervient. Dans la tradition, le serpent lové est une image de la spirale ce qui ajoute à l'infini de son symbolisme ; en effet, la spirale est l'illustration du mouvement cyclique infini (cosmique ) ou retour sur soi- même (centre et caverne intérieure ), signe de fécondité physique et spirituelle et symbole d'évolution.
La légende celte de Perdur ou Perceval raconte comment il triomphe du Serpent Noir du Tertre Douloureux, possesseur redoutable de la Pierre de Richesse. Cette pierre, qu'elle soit brute ou travaillé est toujours un matériaux sacré, un lieu de mémoire

La ceinture dorée, dans la symbolique chrétienne, correspond à la pureté

III4 - Le chiffre 7

Le Septénaire :

Sept est présenté comme un nombre parfait. Pour quelle raison ? Il n'est pas ce que les Grecs appelaient un "Arithmos Téléios " n'ayant que le diviseur 1 et le contenu 1.
La force créatrice des solides ne commence qu'avec le nombre 3 ; ce n'est qu'avec des triangles que l'on peut commencer à construire des corps dans l'espace.
Trois est bien le nombre propre de l'espace.

7, cristallise le passage de la corporéité à la non-corporéité. Pour orienter un corps dans l'espace, un septénaire de données est nécessaire . La 7ème donnée sera une donnée de temps ou d'angle à l'extérieur du cube pour qu'il prenne une position précise dans l'espace.
Parmi les polygones réguliers, l'heptagone est le 1er à ne pas pouvoir être construit avec la règle et le compas. On ne le trouve du reste ni directement ni indirectement dans l'architecture grecque.

L'action cachée du 7, ce que Goethe appelle une "anastomose spirituelle " a été bien explicitée dans sa métamorphose des plantes, la "plante originelle " où l'essence se trouve en rapport étroit avec le nombre 7 qui pousse une polarité vers la suivante, l'élève, l'affine.

7 est le nombre de la perfection. Henri Corneille Agrippa l'a évoqué au 9ème chapitre de son ouvrage "De la Philosophie Occulte " : " Un septénaire qui est formé de trois, marque la jonction de l'âme et du corps, il correspond à la force génératrice de l'homme. "

Après 7 mois, l'enfant est mûr pour venir au monde.

Tout comme sa vie le fut, la mort du Christ fut aussi parcourue de l'esprit du nombre 7. On le retrouve chez Matthieu, Marc, Luc et Jean à propos de la structure des 7 paroles prononcées sur la Croix. L'ordre interne correspond à la division du nombre 7 en 2 triades avec une Unité au milieu.

Si le septénaire ne procédait que des 7 planètes et des 7 métaux connus des anciens, il n'y aurait plus actuellement à en faire grand cas. Mais il se justifie beaucoup plus par l'étude de l'homme que par des observations astronomiques primitives ou par un métallurgie encore dans l'enfance.

Les chiromanciens et les astrologues nous ont conservé des traditions que nous devons intégrer, car elles font application d'une loi générale du Septénaire, dont les Initiés doivent saisir toute la portée. Ils ne parviendront à la Maîtrise que s'ils se rendent compte que tout est à la fois "Un ", " Triple " et " Septuple ".
C'est le nombre de la perfection ; il est impair et donc qualifié des Dieux.
La perfection, nombre de la transformation, il est l'image de l'union de la Divinité à la nature humaine.
Le Septénaire ainsi esquissé se retrouve jusque dans les 7 péchés capitaux, dont la distribution repose sur des données initiatiques :

1. L'orgueil, nuisible lorsqu'il procède d'une vanité frivole, se rattache au Soleil qui éblouit les faibles.

2. La paresse, provient de la passivité lunaire, alanguie en inertie abusive.

3. L'avarice, est le vice des saturniens, prévoyants et prudents à l'excès.

4. La gourmandise, se reproche par contre aux jupitériens, gens hospitaliers et généreux qui ne s'oublient pas eux-mêmes.

5. L'envie tourmente les mercuriens agités qui ne sont jamais satisfaits et ne peuvent s'empêcher d'ambitionner avec véhémence ce qu'ils ne possèdent pas.

6. La Luxure, naît de l'exagération des qualités de Vénus.
7. La colère, enfin, est le défaut de Mars, dont elle exalte la violence et les emportements.

Le 7 est le nombre des temps.

Il y a 3 systèmes de 7 :

- 6 + 1 c'est la clé de la circulation de la force divine dans la nature
- 5 + 2 se rapporte à l'Homme sur un plan terrestre ; c'est le pentagramme avec sa double couleur blanche et noire indiquant la polarité positive et négative.
- 4 + 3 indique la victoire de l'esprit sur la matière

" A travers le candélabre à 6 branches (3 de chaque côté ) monté sur un pivot qui se détacheront puis tu fabriqueras au nombre de 7 les lampes qui doivent garnir le candélabre " Moïse veut symboliser le septenaire de la création.

7 c'est aussi :
- les 6 jours de la création plus le jour de repos
- les 7 planètes : Jupiter, Mars, Soleil, Vénus, Mercure, Lune, Saturne
- les 7 séphiroths : Hesed, Geburah, Tiphereth, Netsach, Hod, Yesod, Malkuth
- les 7 esprits de Dieu qui se reflètent dans l'Homme avec son corps physique, ethérique, astral, mental, causal, buddhi, atmique.
- une unité puisque tous les chiffres additionnés ramènent à 28 donc à 1
- les 7 églises qui seraient les 7 époques ou civilisation post- atlantéennnes dans l'Apocalypse de St Jean.
- pour Paracelse, la spiritualité agissante
L'arcane 7 donne la qualité du triomphe ; elle symbolise aussi l'équilibre, l'harmonie, ma maîtrise sur soi. Il symbolise aussi le sens artistique

Le 7 symbolise enfin le tout possible.

Symboliquement
* 7, selon Ambroise, correspond à l'Ancien Testament; il le voit aussi comme représentant la virginité. Thibaut De Langres lui accorde aussi cet attribut car il est le seul des 9 premiers nombres qui n'engendre pas et le seul qui ne soit pas engendré. Il est considéré comme vierge et représentatif de l'Esprit- Saint auxquels sont attribuées les mêmes propriétés. Macrobe y va dans le même sens disant qu'il symbolise Minerve, née de son père sans passer par une mère.
*7 indique le sens d'un changement après un cycle accompli et d'un renouvellement positif.
* c'est le nombre parfait, symbole de l'abondance divine, il est selon la Bible le nombre du châtiment, de la purification et de la pénitence. Il est attribué à Satan qui s'efforce de copier Dieu se faisant le singe de Dieu. Ainsi la bête infernale de l'Apocalypse (Ap 13,1) a sept têtes.
*7 est le nombre de l'homme parfait, complet, parfaitement réalisé en tant que somme du 4 femelle et du 3 mâle.
* Symbole de la totalité de l'Univers créé ? 3 le ciel + 4 la terre ? il exprime la création au sein de laquelle l'homme évolue.
* St Augustin voit le 7 comme la perfection de la Plénitude. Il en fait le nombre de la créature, considérant non la vie de celle-ci mais son devenir, l'évolution.
* Symbole de l'infini nombré dans son retour au principe, celui du serpent qui se mord la queue. Il est le chiffre de l'accomplissement dans l'espace? temps.
* Nombre de l'initiation, c.a.d l'union du manifesté avec l'infini.
* Symbole de vie éternelle chez les Égyptiens: il symbolise un cycle complet, une perfection dynamique.
* Chez les Indiens de la prairie et les Indiens Pueblo, il représente les coordonnées cosmiques de l'homme.
* En Afrique et pour les Bambaras du Sénégal, 7 est symbole de perfection et d'unité. Les Dogons considèrent le 7 comme le symbole de l'union des contraires, de la résolution du dualisme, donc comme symbole d'unicité et de perfection. Il est la marque du maître de la parole.
* 7 symbolise la croix avec ses six directions plus le centre ? étendues indéfinies se dirigeant vers le haut, le bas, la droite, la gauche, en avant et en arrière.

* Les 7 demandes dans la prière du Notre? Père.
* Les 7 paroles de Jésus prononcées sur la croix:

Mon Père, mon Père, pourquoi m'avez? vous abandonné? (Mt 27,46)
Te seras aujourd'hui avec moi dans le paradis ? au bon larron. (Lc 23,43)
Père, je remets mon âme entre tes mains. (Lc 23,46)
Père, pardonnez? leur, car ils ne savent ce qu'ils font. (Lc 23,34)
Mère, voilà ton fils, (à Jean): Voilà ta mère. (Jn 19,26)
J'ai soif. (Jn 19,28)
Tout est consommé. (Jn 19,30)

* Il revient souvent dans l'Apocalypse: les 7 candélabres d'or, le mystère des 7 étoiles ,les 7 sceaux, les 7 lettres adressées aux 7 églises, les 7 trompettes, les 7 fléaux des 7 coupes , etc. "Buisson d'épine", au cours de l'une de ses apparitions, a compris un jour que les 7 lampes et les lampadaires dont il est fait mention dans l'Apocalypse, représentaient les 7 principales Églises ou Croyances, c'est-à-dire: catholique romaine, orthodoxe, musulmane, anglicane, protestante, etc.
* Les 7 dons de l'Esprit de Yahvé: Sagesse, Intelligence ou Discernement, Conseil, Force ou Vaillance, Science ou Connaissance, Piété, Crainte de Dieu. (Is 11,2?3)
* L'Ecclésiatique, énumère 7 sens chez l'homme qui sont, en plus des cinq sens connus, ceux de l'intelligence et de la parole (Si 17,5). Ce verset apparaît seulement dans quelques manuscrits grecs.
* Il y a 7 patriarches: Abraham, Isaac, Jacob, Moïse, Aaron, Joseph et David.
* La construction du Temple bâti par Salomon dure 7 ans ? de la 4ème année à la 11ème année de son règne. Il comporte 3 parvis et 7 enceintes. (1 R 6,38)
* Les 7 vaches grasses et maigres, ainsi que les 7 épis pleins et vides, vues en songe par le Pharaon et interprété par Joseph comme étant 7années d'abondance et 7 années de disette. (Gn 41,17)
* Les 7 couples de chaque espèce de bétail entrant dans l'arche de Noé et sont sauvés du déluge.
* Le 7ème jour, le sabbat, Dieu chôma. (Gn 2,2)
* Les 7 vertus. 3 théologales: foi, espérance, amour ? ou charité. 4 cardinales: force, justice, prudence et tempérance.
* Les 7 péchés capitaux, correspondant aux 7 désirs matériels: l'orgueil, l'avarice, l'impureté, l'envie, la gourmandise, la colère et la paresse.
* Les 7 mondes dans le purgatoire, appelés aussi le bas astral, ou séjour des morts, ou l'Hadès, ou Champs d'Elisé.
* Jésus enseigne quelles sont les 7 questions que le prêtre doit avoir à l'esprit lorsqu'un pécheur vient le voir pour se confesser:

Qui: Qui a péché?
Quoi: Quelle est la matière du péché?
Où: En quel lieu?
Comment: En quelles circonstances?
Avec quoi ou avec qui: L'instrument ou la créature qui a été la matière du péché?
Pourquoi: Quelles sont les impulsions qui ont créé l'ambiance favorable au péché?
Quand: Dans quelles conditions ou avec quelles réactions, et si c'est accidentellement ou par suite d'habitude malsaines?
* Selon l'évangile de Barnabé, Abraham a 7 ans quand il commençe à chercher Dieu.
* Dans la langue hébraïque, le même mot signifie 7 signifie et "faire serment".
* Les Bambaras, le bouddhique et le Talmud comptent 7 niveaux, ou degrés de la perfection, du ciel.
* Les 7 chemins au paradis, chacun devant être parcouru par le corps, le cœur et l'esprit en une communion unique.
* Les 7 "Dormants d'Ephèse". Selon une légende d'origine syrienne, dans la mythologie chrétienne et islamique - Coran 18 -, ce sont 7 jeunes gens qui, retirés dans une caverne, furent miraculeusement sauvés des persécutions des chrétiens à l'époque de Dèce - 250 après le Christ - par un sommeil prolongé. Ce sommeil dura près de deux siècles, et c'est vers 447, sous l'empereur bien chrétien Théodore, que les 7 jeunes gens se réveillèrent.
* Dans la religion islamique: le Coran comporte 7 sens ésotériques, selon les mystiques musulmans ? il est parfois question de 70 sens; il y a 7 consonnes, appelés sawakit, qui ne se trouvent pas dans la première sourate du Coran; il y a 7 tours composant les circumambulations de La Mecque; lors du pèlerinage à la Mecque, on doit effectuer 7 tours de la Ka'ba et 7 parcours entre les monts Cafâ et Marmia; l'âme des morts demeure 7 jours auprès de la tombe et le nouveau?né reçoit son nom le 7e jour; les chats et les chiens ont sept vies; la Fatiha compte 7 versets ? sourates ouvrant le Coran; les 7 portes que possèdent l'Enfer qui sont en relation avec les différents supplices qu'il renferme, et il y aurait aussi 7 enfers: Géhennan, Ladha, Hatorna, Saïr, Sakar, Jahim et Hawiyat; le Coran dit qu'Allah a créé 7 cieux et autant de terres.
* L'homme est composé de 7 âmes selon Platon et aussi selon les hindous.
* Les 7 emblèmes du Bouddha.
* La grosseur des lobes d'oreille déterminerait le degré d'affinité spirituelle d'un individu. Lao-tseu, le fondateur du taoïsme, avait dit-on des oreilles de 7 pouces, ce qui lui vaut le surnom de "longues-oreilles". Dans l'iconographie orientale, Bouddha est toujours représenté avec des lobes excessivement longs.
* Le Soufisme nomme 7 plans cosmiques: Zat, le non? manifesté; Ahadiat, la conscience; Vahdat, le soi intérieur; Vahdamiat, la lumière intérieure; Arwah, le plan spirituel; Ajsam, le plan astral; Insaam, le plan physique. Il reconnaît également 7 aspects de la manifestation: les étoiles, la lune, le soleil, le règne minéral, végétal, animal et humain.
* L'homme comparativement à un arbre est pourvu de 7 racines ? nombre de forces terrestres qui l'alimentent ? et de 7 branches ? dans l'éther.
* Chacune des quatre périodes lunaires dure 7 jours.
* Les 7 chakras ? appelés roues, Lotus ou centres subtils ? selon les hindouistes:
coccygien interne: Muladhara
sacré: Swadhistana
solaire: Manipura
cardiaque: Anahata
laryngé: Vishuddha
frontal: Ajna
coronal: Sahasrara
* La Terre est composée de 7 chakras et se situe dans le 7ème super ? univers.
* L'homme a 7 corps: physique, éthérique ou vital, émotionnel ou astral, causal, mental, corps de vitalité divine ou bouddhique, et le corps d'esprit divin ou atmique.
* Le corps éthérique de l'homme est totalement développé et installé vers l'âge de 7 ans.
* Les 7 couleurs symboliques du Tarot.
* Les 7 piliers de la Sagesse.
* Un des 12 travaux d'Hercule consiste à couper d'un seul coup les 7 têtes de l'hydre de Lerne.
* Les 7 cordes de la lyre d'Hermès et les 7 cordes que possède le vînâ, instrument hindou.
* Les 7 sages de la Grèce antique: Thalès de Milet, Solon d'Athène, Chilo de Lacédémone, Pittacos de Mitylène, Bias de Priène, Cléobule de Lindos et Périandre de Corinthe. S'il faut tourner 7 fois sa langue dans sa bouche avant de parler, c'est possiblement parce que 7 était le chiffre de ces sages.
* Les 7 ampchaspands ou grands génies selon les Perces.
* En Égypte, sur les inscriptions des temples de Edfou et de Dendara, 7 en écriture hiéroglyphe est représenté sous la forme d'une tête humaine, sans doute pour le nombre de ses orifices: deux oreilles, deux yeux, deux narines et une bouche.
* Les 7 voyelles grecques utilisées par les gnostiques: alpha, epsilon, êta, iota, omicron, upsilon, omega.
* Les alchimistes distinguent 7 métaux dérivés d'un principe unique, formés sous l'influence des planètes, auxquels sont attribuées une divinité et une couleur fondamentale: or, argent, mercure, étain, fer, cuivre et plomb.
* Les 7 notes fondamentales, ou modulations, de la gamme musicale.
* Les 7 couleurs de l'arc?en?ciel ? spectre du visible seulement. [12]
* Un homme ne peut posséder plus de 7 lignes transversales sur son front.
* Les 7 monuments historiques ou merveilles du monde:

1. Les Pyramides d'Égypte
2. Le phare d'Alexandrie
3. Les Jardins suspendus de Babylone
4. La Statue de Jupiter Olympien
5. Le Temple de Diane à Ephèse
6. Le Colosse de Rhodes
7. Le Tombeau de Mausole

*Les 7 configurations cristallines possibles: triclinique, monoclinique, orthorhombique, rhomboédrique, quadratique, hexagonale, cubique.
* La chute d'une pierre dans l'eau provoque 7 ondes importantes, après quoi elles deviennent plates, et ce, quelque soit la masse de l'objet et la nature du fluide.
* Les 7 branches de l'arbre cosmique et sacrificiel du chamanisme.
* Le Bouddha aurait pris la mesure de l'univers en faisant 7 pas dans chacune des quatre directions.
* Une tradition hindoue attribue au soleil 7 rayons.
* En Iran, au moment de l'accouchement, on place sur une nappe une lampe allumée et on garni la nappe de 7 sortes de fruits et de 7 espèces de graines aromatiques. L'enfant recevait généralement son nom le septième jour.
* Chez les Maya?Quiéhé, le grand Dieu du Ciel se fait aussi Dieu?Sept, ou septième, entouré de six soleils: il constitue ainsi le groupe des dieux agraires.
* Chez les Mayas, le septième jour, placé au milieu de la semaine de treize jours, est un jour faste.
* La déesse Sept, appelée 7serpents ou 7 épis, placée au milieu de la série 1 à 13, symbolise le coeur de l'homme et du maïs.
* Dans le temple de Coricancha à Cuzco, où était résumé tout le panthéon des Incas, un mur portait près de l'arbre cosmique, un dessin représentant 7 yeux nommés 'les yeux de toutes choses'.
* Le dieu souverain Faro, dieu d'Eau et de Verbe, habite le septième ciel avec l'eau féconde qu'il dispense sous forme de pluie.
* En Perse, c'était un nombre sacré avec ses 7 grades initiatiques du culte de Mithra: corbeau, griffon, soldat, lion, perse, héliodrome ? courrier du soleil -, père. L'échelle cérémonielle avait 7 échelons, chaque échelon étant fait d'un métal différent. En gravissant cette échelle cérémonielle, l'initié parcourait les 7 cieux, s'élevant ainsi jusqu'à l'Empyrée.
* 7 est le nombre de l'initiation féminine, dans la légende du Graal, qui présente 7 pucelles défendues par 7 chevaliers affrontant le héros Galaad.
* Les 7 cieux de Zoroastre.
* Les 7 boeufs tirant le char du soleil dans les légendes nordiques.
* Les 7 rites Sioux: la garde de l'âme, le rite de purification, l'imploration d'une vision, la danse face au soleil, les rites de puberté, l'apparentement et les jeux de la balle.
* Rome ne cessa de s'agrandir jusqu'à ce qu'elle eut renfermé dans son sein les 7 collines.
* Le solstice d'été a lieu quand le soleil passe dans le 7e signe zodiacal, le solstice d'hiver quand il a parcouru sept signes à partir de ce dernier. Il y a 7 signes d'un équinoxe à l'autre. Ce qui recouvre la totalité du cycle solaire.
* Les 7 os composant le tarse du squelette humain et les 7 orifices de la tête de l'homme.

Nous pouvons noter aussi que, si l'on supprimait l'un des sept péchés capitaux, le monde cesserait d'exister. rien ne démontre mieux l'importance du Septénaire tel que le conçoivent les initiés.

Vénérable maître, en réalisant cette planche à 3 niveaux, j'ai souhaité mettre tout l'atelier en action en permettant les entrées et sorties à chacun des degrés.
J'aimerait aborder l'aspect profane de mon morceau d'architecture et la conclusion en présence de nos frères compagnons comme de nos frères apprentis. Je vous remercie, Vénérable Maître d'inviter nos frères apprentis et compagnons à rejoindre l'atelier pour que nous puissions continuer et clore nos travaux.

IV - LE TABLIER DANS LE MONDE PROFANE

Maçon nous sommes, maçons nous resterons.
Permettez moi cette interrogation est ce le maçon qui fait le tablier ou le tablier qui fait le maçon ?
Autorisez moi à vous faire une réponse de jésuite.
Toute personne a au moins, une fois dans sa vie, porté le tablier, usé d'un tablier :
Dans la vie profane :
· L'élève met son tablier
· Le maître d'école porte un tablier
· La femme de ménage porte un tablier
· Tout homme de bouche porte un tablier (boucher, cuisinier …
· Le jardinier porte un tablier
· Le légionnaire porte un tablier
· L'Homme de médecine porte un tablier même si la profession lui donne un autre nom (blouse …)
En observant ce phénomène, je me suis pris à m'interroger sur les raisons de cet emploi :
· Est ce pour se protéger du monde extérieur ?
· Est ce pour séparer ce que nous sommes de ce que nous faisons ?
· Est ce pour y mettre des outils dont nous avons besoins ?
· Est pour rester propre sur nous ?

Dans la vie profane, le mot " tablier " n'a pas qu'une consonance vestimentaire ; elle a aussi une consonance :
· Gastronomique : le tablier de sapeur : tripes gratinées ( à vous d'imaginer ce que représente le gratin )
· Une recherche dans le Littré nous donne encore à réfléchir sur les 13 sens que comporte le mot " tablier "

1° Anciennement, la table, de tous les jeux qui se jouent avec des pièces mobiles sur une surface plane.
Petite table distinguée par des carrés de deux différentes couleurs pour jouer aux échecs aux dames.
2° La totalité d'un trictrac, divisée en deux parties subdivisées chacune en deux tables.
3° Parquet d'un pont suspendu.
Ensemble des poutres et des planches qui forment une des travées d'un pont de charpente
Partie supérieure d'un pont militaire, sur laquelle se fait le passage.
4° Support en bois ou en pierre sur lequel pose une ruche.
5° Terme de sculpture. Ornement sculpté sur la face d'un piédestal.
6° Anciennement, nom donné à des bureaux de recette des droits du roi, en certaines provinces. Et la nouvelle imposition qui fut établie en 1599.... elle a été créée pour être levée de tablier en tablier, et lesdits tabliers sont composés de certain nombre de paroisses [hors desquelles les marchandises ne peuvent sortir sans payer le droit], Édit, sept. 1664.
7° Pièce de toile, de serge, de cuir, etc. que les femmes et les artisans mettent devant eux pour ne point gâter leurs habits. ...je vois venir sur le soir, Du plus haut de son aphélie, Notre astronomique Émilie [Mme du Châtelet], Avec un vieux tablier noir Et la main d'encre encor salie, VOLT. Ép. 45. Enfants, voici les boeufs qui passent ; Cachez vos rouges tabliers, v. HUGO, Ball. 13.
Droit de tablier, droit que dans quelques métiers les apprentis qui passent ouvriers payent à leurs nouveaux camarades.
Rôle à tablier, rôle d'artisan dans l'opéra-comique, et rôle de soubrette pour les femmes.
Cette actrice a pris le tablier, elle joue les rôles de soubrette.

8° Carré long de taffetas, de laine, d'indienne, que les femmes portent sur le devant de leurs robes pour les ménager, et qu'elles garnissent quelquefois de manière à être un ornement.
Fig. On dit qu'une fille a crainte que le tablier ne lève, pour exprimer qu'elle se défend des tentatives amoureuses d'un homme, de peur des suites. Se trouvant plus heureux qu'il n'avait espéré, il [Caderousse] tâcha de profiter de sa bonne fortune ; Mlle de Toussi avait pour le moins autant d'impatience que lui de le satisfaire, mais elle avait les raisons du tablier, qui est un obstacle terrible pour les amants, BUSSY-RABUTIN, France galante, p. 305, éd. POITEVIN, 1857.
9° Tablier de timbale, morceau d'étoffe enrichi de broderie qui se met autour d'une timbale.

10° Morceau de cuir attaché sur le devant d'un cabriolet ou autre voiture pour garantir de la pluie ou des éclaboussures.
11° Terme de marine. Doublure que l'on met à certaines voiles pour les garantir du frottement des hunes et des barres.
Sorte de sac à l'usage du servant d'une bouche à feu.
12° Morceau de peau cloué à la table qui enchâsse la pierre des batteurs d'or.
Morceau de toile qu'on suspend sous le ventre des béliers pour les empêcher de saillir les brebis.
13° Terme d'anatomie. Prolongement des lèvres de la vulve chez quelques hordes du midi de l'Afrique.
Ensemble des pièces qui voilent les organes sexuels de quelques araignées.
Terme de botanique. Division inférieure, ordinairement pendante, de l'enveloppe florale des plantes orchidées.

· Les superstitions donnent enfin au mot tablier des références que nous pouvons là encore méditer
- Mettre son tablier à l'envers par inadvertance porte chance et annonce une visite inattendue.
Lorsqu'une journée s'annonce mal, on peut le retourner pour modifier le cours des choses.
Si on fait de même à la nouvelle lune en formulant un vœu, il a toutes les chances de se réaliser.
- En Europe, il est en général maléfique que le tablier d'une jeune fille se défasse tout seul et tombe ; en France, elle sera abandonnée par son fiancé ; en Belgique wallonne, elle peut être sur qu'on la trompe

ou qu'on oublie les serments qu'on lui a jurés maintes fois.
A l'inverse, en Hollande et dans certains comtés d'Angleterre (Lincolnshire, Herefordsire ), c'est le signe que son amoureux pense à elle alors qu'en Oxfordshire la chute d'un tablier annonce une naissance dans l'année ;
- Un homme qui se frotte les mains sur le tablier d'une jeune fille en tombe éperdument amoureux (ce qui est sans doute à rapprocher du rôle de " protège- sexe " du tablier selon le folkloriste Van Gennep qui affirme en outre que l'enlever ou se le laisser enlever est poir ainsi dire se mettre à nue et se livrer. Toutefois, il ne devrait pas le faire si il s'agit de elui de sa fiancée car cela entraîne une querelle.
- Aux Etats Unis, une employée de maison qui fait un trou en le brûlant ne restera pas longtemps dans la famille ; on prétends aussi qu'une ménagère qui se sert de son tablier pour saisir un objet n'est pas bonne cuisinière.
- Dans un hôpital ou une clinique, une infirmière qui, en mettant son tablier, en emmêle les cordons doit s'attendre à de nouvelles responsabilités.
- Dans certaines régions d'Alsace, les femmes ne devaient pas sortir de chez elles sans tablier pendant la semaine sainte sous peine d'être enlevée par le diable.
- Dans le Périgord, on faisait toucher aux gens souffrant d'un kyste le tablier des jeunes mariés.
- En Bretagne, une personne victime d'étourdissement doit respirer le cordon brûlé d'un tablier     

CONCLUSION

Je crois qu'il ne faut pas perdre de vue qu'il n'y a jamais qu'une ou deux interprétations "officielles" d'un symbole donné, ce qui en limiterait singulièrement la portée, mais que toutes sont valides. L'objet, en définitif, est de prendre conscience qu'autour de cette multiplicité d'idées l'unité est là, toujours ; cette approche nous renvoie directement à la démarche maçonnique elle-même...

Quand notre frère Fernand Dolisy m'a demandé de faire ce morceau d'architecture sur le tablier, je me suis demandé ce qui m'arrivait.
Le Breton que je suis 'est alors rappelé que l'eau et en particulier la mer pouvait saper des falaises ou transformer des pierres brutes en galets.
J'ai donc décidé de mettre mon sujet dans mon océan personnel et de laisser tranquillement agir la mer pour qu'elle roule la pierre brute et en fasse un galet aux formes aussi arrondies que possibles.
Tout au long de ce travail, je t'ai sincèrement remercié mon frère Fernand pour le cadeau que tu m'a fait :
- j'aime le travail et tu m'as fait travailler
- j'aime le voyage et j'ai voyagé ; grâce à toi, je suis entré en contact avec d'autres frères pour trouver des réponses que je ne pouvais pas trouver et ai provoqué sans le vouloir une participation chaleureuse sur un site. Beaucoup de frères ont réagi de belle manière, un certain nombre allant jusqu'à me demander une copie de mon travail ce que je ferais avec joie.

J'ai découvert des mondes qui m'ont attiré, enrichis et donner encore plus envie de voyager, de travailler.
Quand je suis arrivé à la fin de mon travail, quelques vers d'un poème de Ronsard me sont venus en mémoire :
" Heureux qui comme Ulysse
A fait un beau voyage
Et comme c'estui là
Qui concquit la toison
Et qui plein d'usage et raison
Est revenu à la maison
Vivre le reste de son âge " .

Eh oui mon frère, tu m'as fait faire un beau voyage ; grâce à toi, j'ai fais une belle campagne de pêche ; mes filets se sont remplis de réflexions et d'actions.
Comme le filet, j'ai filtré ma pêche.
Aujourd'hui, je rentre à la maison content et fatigué ; je souhaite me reposer quelques temps en attendant la prochaine campagne de pêche que l'on voudra bien me confier ou que j'initierais.

Permet moi de nous rappeler à tous ce symbole : le tablier est avant tout le symbole le plus visible du travail que nous avons à réaliser sur nous même comme à l'intérieur de nous même
Visible dans le temple, ce tablier est virtuel dans notre monde profane mais il existe car notre travail est de tous les jours comme de tous les instants, à l'intérieur comme à l'extérieur du temple.

J'ai dit Vénérable Maître

Source : http://www.franckbailly.fr/deh/www/Documents/planches/1/tablier/tablier.htm

Lire la suite
<< < 10 20