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Résultat pour “Noé”

Quelques réflexions sur Hiram et le Grade de Maître

29 Mai 2012 , Rédigé par C\ G\ Publié dans #Planches


La première étape par laquelle le profane que nous fumes tous un jour, est mis sur le chemin de l’initiation c’est l’épreuve de la terre, qui se déroule dans le cabinet de réflexion.

Son symbolisme fort, le plus fort sans doute de l’initiation au premier degré, mais qui n’est pas forcément compris alors comme tel par le candidat, réside dans la mort du vieil homme et dans sa « résurrection », comme initié mis sur le chemin.

Des années plus tard, s’il a bien travaillé et franchi les étapes, le franc-maçon va à son tour mourir pour renaître, mais cette fois intégré à un mythe qui le transcende celui de la mort d’HIRAM, et devenir comme lui un Maître maçon.

Il m’a paru intéressant, à l’occasion de cette chambre du milieu, de revenir sur l’origine de notre grade, mes frères, et plus particulièrement sur cette légende d’HIRAM devenu le héros primordial de la Franc maçonnerie.

Toute association humaine a besoin d'un mythe fondateur pour se développer. Le mythe fondateur de la franc-maçonnerie spéculative est l'assassinat d'Hiram par trois mauvais compagnons.

Hiram est d’abord brièvement mentionné dans la Bible au premier « Livre des rois » : Le roi Salomon fit venir de Tyr Hiram qui travaillait sur l'airain. Hiram était rempli de sagesse, d'intelligence et de savoir. Il arriva auprès du roi Salomon et il exécuta tous ses ouvrages. (I Rois, VII, 13-14).

Trois siècles plus tard, il apparaît dans « Les chroniques » et il est grandi : de simple spécialiste du bronze il est devenu l’artisan, expert dans toutes les modalités de la matière. : je t’envoie un homme habile, habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes de teintes en pourpre et en bleu en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d’objet d’art qu’on lui donne à exécuter.
La base biblique est, on le voit, très succincte et nulle part il n’est fait mention de la mort tragique d’Hiram, de sa passion.
Rien ne justifie donc bibliquement la légende de notre troisième degré, et ce n’est qu’au XVIIIème siècle comme nous allons le voir, et pour les besoins d’un symbolisme initiatique d’une très haute portée qu’il fut promu architecte

Les rituels maçonniques ont donc considérablement développé le texte initial en créant la légende de l'assassinat d'Hiram.

L’histoire maçonnique contemporaine, à peu près unanime, considère que la Légende d’Hiram a été introduite dans le rituel aux environs de 1730.

Cela ne signifie évidemment pas qu’elle fut inventée de toute pièce à cette époque.

Les propositions, interprétations, élucubrations même ne manquent pas quant à l’origine de la Légende et toutes les mythologies et religions antiques, égyptiennes, grecques, romaines, voire celtiques ont été appelées à la rescousse.

Certes ces antécédents lointains peuvent être invoqués comme autant d’archétypes du héros, du dieu qui meurt et renaît.

Mais pourquoi s’attacher ou feindre de croire que la légende qui nous occupe viendrait du fond des ages alors que ces sources mythiques ou légendaires sont sans rapport avec le Métier ?


Elle résulte plus certainement de la refonte, réalisée par substitution et juxtaposition, de plusieurs récits, dont ceux de Noé et de Betsaléel.

A cet égard, nous nous réfèrerons à un texte maçonnique de 1726, le manuscrit Graham, qui, à bien des égards tranche sur toutes les autres sources alléguées et approximatives.

Il décrit le redressement du corps de Noé par ses 3 fils Sem, Cham et Japhet, au moyen de cinq points, alors qu’ils sont à la recherche d’un secret lié à une révélation divine.

Il dépeint également la personnalité de Bétsaléel, artiste plein de sagesse, de connaissances et de savoir faire, possesseur de secrets liés au métier, connus seulement de 3 personnes, lui-même et les deux frères du Roi Alboin.

A sa mort il les emporta avec lui dans sa tombe et il apparaît que les deux Princes ne trouvèrent personne pour reformer avec eux la triple voix et révéler les secrets de la maçonnerie.

Enfin, le manuscrit Graham évoque le Hiram des « Rois », fils d’une veuve de la tribu de Nephtali qui vint auprès du roi Salomon et exécuta tous ses travaux.

Troublante coïncidence, ou source indiscutable de l’origine du mythe ?

Mais la toute première édition de la légende d'Hiram telle que nous la connaissons aujourd’hui se trouvait dans Masonry dissected (1730) de Samuel Pritchard.

Ce texte, dit de divulgation, et diffusé par un maçon « renégat » constitue la première révélation d’une organisation maçonnique en 3 grades culminant avec le grade de Maître, mais propose aussi la première version connue et cohérente de la Légende qui devait désormais constituer le cœur du grade, la Légende d’Hiram.

Dans la maçonnerie opérative telle que nous la connaissons à travers les Old Charges anglais et les Stuart Shaws écossais il n’existait traditionnellement que deux degrés celui d’apprenti et celui de compagnon ; un seul mot de passe, un seul signe de reconnaissance y étaient enseignés et le mythe d’Hiram y était inconnu.

Le Maître, alors, c’était soit le patron, soit un compagnon remplissant les fonctions de chef de chantier.
Avec le document de Prichard, il apparaît qu’un élément essentiel de la cérémonie du deuxième grade d’un système en deux grades (les 5 points du compagnonnage) attestés dès 1696 dans les textes écossais pour la réception de Compagnon du Métier, est transféré dans le troisième grade d’un nouveau système en trois grades.

Le lien entre l’apparition du grade de Maître et la Légende d’Hiram est incontestable.

Ce récit est d’évidence allégorique car nulle part dans la Bible il n’est fait allusion à sa fin.

La signification profonde de la Légende c’est d’abord, et avant tout, bien sur, la lutte de la Lumière contre les Ténèbres.

Cette conception originelle et primordiale a donné lieu à de nombreuses déclinaisons.

Rapporté au plan profane, Hiram serait le symbole de la Liberté.

Pour la maçonnerie chrétienne il représente le Christ crucifié, victime du fanatisme, de l’intolérance et de la vengeance et les mauvais compagnons sont identifiés à Hérode, Pilate et au Grand Prêtre Caïphe.

Certains ont pu y voir aussi une allégorie du soleil qui durant les 3 mois de l’hiver, symbolisés par les 3 mauvais compagnons, est en quelque sorte enchaîné, avant de reparaître dans tout son éclat après le solstice.

Pour nous F
M, Hiram est le symbole de l’homme valeureux, qui a résisté à la tentation et aux persécutions et qui a vaincu ses faiblesses et ses passions.

Ainsi il s’est rapproché de la perfection vers laquelle doit tendre l’espèce humaine.

Ses assassins ce sont les vices qui nous empêchent de parvenir à cet état : l’ignorance, le fanatisme, l’ambition déréglée.

Le vrai maçon, le Maître Maçon demeure fort dans la tentation et sait supporter la haine, la calomnie et les offenses, afin de demeurer fidèle à lui-même et à autrui.

Hiram est le symbole du devoir, de celui qui préfère mourir plutôt que de faillir à sa tache et à ses engagements.

Rien ne l’intimide, ni la menace, ni la souffrance, et ses ennemis ne pourront rien contre le bien dont il est le défenseur généreux.

La vérité malgré les embûches finit toujours par triompher et celui qu’on a cru abattre naît un jour à une vie nouvelle et meilleure.

Que ce retour à la justice tarde à se produire et d’autres hommes se lèveront et se feront les défenseurs du droit écrasé et de l’idéal méconnu car la force de l’idée est indestructible.

L’idée est immortelle et elle se poursuit à travers les siècles et les générations alors même que ceux qui l’ont exprimée pour la première fois sont morts et oubliés depuis longtemps.

Hiram est également un symbole de l’idée d’immortalité, que chacun peut du reste concevoir à sa manière : elle peut conforter celui qui croit à la vie de l’âme dans l’au-delà, mais aussi satisfaire celui qui voit dans cette idée l’expression de la constance de l’énergie dans ce monde.

Au plan cosmique la mort est une nécessité et l’homme qui aura appris à contempler les choses sous cet angle saura se soumettre à l’inéluctable loi.

Ainsi le cercueil et le tombeau ne sont pas seulement des symboles de mort, mais dans une mesure égale des symboles de vie.

Dans la mort d’Hiram nous voyons notre propre renaissance à une vie plus parfaite.

Les anciens Grecs enseignaient que tout est immortel et impérissable dans l’Univers, dans le Kosmos vivant. La mort physique n’est pour eux qu’un passage naturel d’un état à un autre ; aucun de nos atomes ne peut se perdre ou s’anéantir ; tout vit à jamais, c’est là l’image d’une Maîtrise éternelle.

Un Maître maçon sait qu’il vivra au delà de sa mort puisque rien ne se perd dans l’univers et que ses actes lui survivront ; car le Maître agit et se placer à l’ordre de Maître c’est dire « Me voici, je suis prêt à agir »

Enfin il se souviendra de la parole qui lui a été prononcée à l’oreille à l’heure de son élévation : « il vit dans le fils », une des interprétations de Mohabon.

C’est dans nos fils, dans nos disciples que les idées et les expériences dont nous avons-nous même été les réceptacles continueront de vivre
Ceux qui viendront après nous poursuivront notre travail à l’édification du temple de l’humanité.

D’autres suivront encore afin que la chaîne sacrée ne se brise jamais.
Entre nos mains est placée la dignité de l’humanité, à nous de la conserver.

Il ne saurait être question ici, dans le cadre de cette courte planche d’épuiser un sujet aussi vaste que l’étude des symboles contenus dans le mythe et qui font de notre grade le plus beau et le plus enrichissant de nos divers degrés symboliques.

Mais tout dans la Légende invite à l’approfondissement personnel, comme :
- l’acacia immortel au bois dur et solide mais hérissé d’épines,
- la parole perdue, que l’on recherche sans relâche,
- la marche du Maître qui enjambe trois fois le cercueil,
- ou encore le signe du Maître, qui se coupe le ventre comme le compagnon s’est arraché le cœur, afin que l’esprit domine les appétits et les passions.

C’est Oswald Wirth qui disait : « Hiram ne ressuscite pas en nous parce que nous avons extérieurement joué son rôle ; en initiation ne compte que ce qui s’accomplit intérieurement »

Et en effet, il ne suffit pas de relever le candidat par les 5 points parfaits de la Maîtrise pour que d’office il soit devenu Hiram lui-même !

On ne devient pas Maître en un seul instant ; un petit d’homme mis au monde doit encore grandir et le nouveau Maître doit comprendre que s’il a sans doute « 7 ans et plus » c’est le « et plus » qui doit surtout retenir son attention.

Efforçons nous donc, Vénérables Maîtres symboliques, de transformer le symbole en réalité.

En esquisse de conclusion j’emprunterai cette citation de notre frère Goethe

« Qui ignore le meurs et deviens, n’est qu’un morne passager sur une terre ténébreuse »

Et bien mes frères, nous qui croyons avoir vu l’Etoile flamboyante et qui prétendons connaître l’Acacia, ne soyons pas de ces mornes passagers mais voyageons, voyageons de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient et par toute la terre, afin de répandre partout la Lumière.

J
ai dit, T\R
\F\ Inspecteur et vous tous, Vénérables Maîtres.

Source : www.ledifice.net

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Le vif saisit le mort

6 Août 2012 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Il y a deux sortes d’initiations : les initiations de ce monde, préparatoires ; et celles de l’autre, qui achèvent les premières ».

Olympiodore

On n’en disconviendra pas, nous avons des secrets ! Ce sont des signes figuratifs empruntés d’abord à l’outillage des bâtisseurs, puis à la symbolique du parvis du Temple de Salomon, ce sont des paroles sacrées (des hébraïsmes empruntés à la Bible ), et ce sont des attitudes instaurées par les rituels. Ces secrets composent un langage, tantôt muet et tantôt très éloquent, pour communiquer, pour nous reconnaître. Ces signes, ces paroles et ces postures rappellent le souvenir de quelque vertu morale ou de quelques mystères de notre foi de maçons. Ce n’est qu’aux adeptes que l’on en dévoile le sens.

Aujourd’hui, il reste de la forme archaïque des premiers rituels fondateurs de la maçonnerie un symbolisme correspondant à un ensemble de rites de reconnaissance mutuelle, et il reste aussi des rites porteurs d’exégèse, celle d’un catéchisme allégorique conduisant aux mystères du Christ, tels qu’ils furent divulgués au commencement ; commencements marqués par le calvinisme. En effet, le calvinisme apparaît historiquement comme fondateur des débuts de la maçonnerie spéculative. Les références au temple de Salomon n’étaient pas seulement des références à des réalités du passé en tant que temple de Jérusalem ou du corps du Christ, c’était aussi une référence à une réalité future espérée : l’Eglise presbytérienne dont il fallait poursuivre et parachever l’édification.

Dans la cérémonie d’élévation, quel est l’objet de la substitution par le rituel, objet qui est aussi en l’espèce un sujet ? Quel est le sens de ce qui hante énigmatiquement les signes qui se donnent comme symboles ?

De l’identité primitive, que vivons-nous aujourd’hui avec la cérémonie d’élévation ?

On est élevé, je dirai relevé, révélé, Maître par les cinq points du compagnonnage, en entendant le mot secret du Maître et en recevant connaissance du signe de reconnaissance.

Avant de tenter de donner une explication à ce cérémoniel, voyons d’abord comment les cinq points du compagnonnage furent préconisés à travers les traces des textes fondateurs les évoquant.

ADans le manuscrit d’Edimbourg de1696, qui date donc de la période de transition dela Maçonnerie opérative àla Maçonnerie spéculative,( il est à l'heure actuelle, en Ecosse et dans le monde, le plus ancien document connu de caractère rituel. C'est ce qui fait son intérêt exceptionnel) on trouve le passage suivant :

Q. 2 : Combien y a-t-il de points du compagnonnage ?

R. : Cinq, à savoir : pied à pied, genou à genou, cœur à cœur, main à main et oreille à oreille.Faites alors le signe du compagnonnage, et serrez la main [de votre interrogateur], et vous serez reconnu pour un véritable maçon. Les mots sont dans le premier livre des Rois, ch. 7, v. 2l (Il dressa les colonnes dans le portique du temple; il dressa la colonne de droite, et la nomma Jakin; puis il dressa la colonne de gauche, et la nomma Boaz.) et dans le deuxième livre des Chroniques, ch. 3, dernier verset (Il dressa les colonnes sur le devant du temple, l'une à droite et l'autre à gauche; il nomma celle de droite Jakin, et celle de gauche Boaz).

A Dans « le Sloane »,un Manuscrit datant de +/- 1700 (British Museum), il est écrit :

Ils ont un autre mot qu'ils appellent le mot de maître, et c'est Mahabyn, qu'ils divisent toujours en deux mots. Ils se tiennent debout l'un contre l'autre, poitrine contre poitrine, les chevilles droites se touchant par l'intérieur, en se serrant mutuellement la main droite par la poignée de main de maître, l'extrémité des doigts de la main gauche pressant fortement les vertèbres cervicales de l'autre ; ils restent dans cette position le temps de se murmurer à l'oreille l'un Maha et l'autre, en réponse, Byn.

A Dans le manuscrit Graham de 1726, qui est catéchisme maçonnique, se présentent des parallèles certains avec d’autres écrits du même genre, comme " The whole institutions of free-masons opened" de 1725. Il s’y rappelle trois légendes dont celle de l’histoire de la découverte du cadavre de Noé par ses fils. Sem, Cham et Japhet, les trois fils de Noé, se rendent à la tombe de leur père pour tenter d’y découvrir quelque chose à son sujet, qui les guiderait jusqu’au puissant secret que détenait ce fameux prédicateur. Ces trois hommes étaient déjà convenus que s’ils ne trouvaient pas le véritable secret, la première chose qu’ils découvriraient leur tiendrait lieu de secret. Arrivés à la tombe, ils ne trouvent rien d’autre que le corps de leur père, corrompu, et dont la main et l’avant-bras se détachent en morceau ; ils le relèvent alors « en se plaçant avec lui pied contre pied, genou contre genou, poitrine contre poitrine, joue contre joue et main dans le dos », selon la méthode que l’on apprend plus loin être celle des « cinq points des compagnons francs-maçons » « Aide-nous, 0 Père ».Comme s’ils avaient dit : « 0 Père du ciel aide-nous maintenant, car notre père terrestre ne le peut pas. » Ils reposèrent ensuite le cadavre, ne sachant qu’en faire. L’un d’eux dit alors : «Marrow in this bone (II y a de la moelle dans cet os) », le second dit : « Mais c’est un os sec » et le troisième dit : « il pue ». Ils s’accordèrent alors pour donner à cela un nom qui est encore connu de la Franc-Maçonnerie de nos jours et qui est le mot du M.

Pour mémoire, la troisième légende concerne Hiram, il y achève le Temple mais ne meurt pas de mort violente.

ADans le catéchisme irlandais « les 3 coups distincts » du rite d’York de 1760, représentant l’usage des anciens, on peut lire: Ils enfoncèrent les cinq doigts de leur main droite dans le poignet de sa main droite (ce qui constitue l’attouchement du M ) et en tirant de toute leur force, leur pied droit contre son pied droit, leur genou droit contre son genou droit, leur sein droit contre son sein droit, leur main gauche soutenant son dos et susurrant dans son oreille le mot Mahhabone qui signifie à peu près, pourri jusqu’à l’os et constitue le mot du M

A Dans la version, complétée par Jean-Baptiste WILLERMOZ, du rituel du Régime Ecossais Rectifié, rédigé au Convent Général de l'Ordre en l'an 1782, il est dit : Enfin, le Vénérable Maître lui prend le poignet droit avec sa main droite, lui passe sa main gauche sous l'épaule gauche, tenant le pied droit contre le pied droit du candidat, genou contre genou, et poitrine contre poitrine. Dans cette attitude, et aidé par les deux Surveillants, il le relève entièrement, disant d'une voix élevée : Il recevra la vie dans le sein de la mort.

ADans le rituel du Rite Français du 18ème siècle, on trouve :

2° S. : Très Respectable, j'ai cru pouvoir le relever par l’attouchement d’Apprenti, mais la chaire quitte les os.

1° S. : Très Respectable, j’ai cru pouvoir le relever par l’attouchement de Compagnon, mais la chaire quitte les os.

TR. : Ne savez-vous pas que vous ne pouvez rien sans moi et que nous pouvons tout à nous trois.

Il s’approche du Récipiendaire, pose le pied droit contre le sien, genoux contre genoux ; de la main droite il lui enserre le poing, de façon que les paumes des deux mains soient l’une contre tous l’autre, et lui passe le bras gauche sous l’omoplate droite, ayant par ce moyen, estomc contre estomac ; puis à l’aide des deux Surveillants, il le relève et lui dit à l’oreille, en lui donnant l’accolade par trois, les trois syllabes du mot. Machaben.

Que ce soit dans le Cooke, 1400-1410, le Sloane environ 1700, le Dumfries 1711, le Wilkinson 1724-1730, le Graham 1726, tous les rituels fondateurs font référence à des corps à corps, âme dans âme, pour la cérémonie d’acceptation du maçon à sa maîtrise. Juste une remarque : Ce n'est qu'avec la deuxième édition des "Constitutions d’Anderson", publiées en 1738, que la maîtrise sera formellement intégrée comme troisième degré hiérarchique.

Voici pour les textes fondateurs.

Quant à l’interprétation, les courants maçonniques divergent. Retenons en cinq, sans prétention à l’exhaustivité.

1 - La fraternité comme code moral

C’est l’explication qu’en donne le « catéchisme des trois coups distincts » de 1760 : Premièrement, main contre main, signifie que je tendrai toujours la main à un Fpour l’aider, tant que cela sera en mon pouvoir. Deuxièmement, pied contre-pied, signifie que je n’aurai jamais peur de m’écarter de mon chemin pour rendre service à un frère. Troisièmement, genou contre genou, signifie que lorsque je m’agenouille pour faire ma prière, je ne dois jamais oublier de prier aussi bien pour mon frère que pour moi-même. Quatrièmement, poitrine contre poitrine sert à montrer que je garderai les secrets de mon frère comme les miens propres. Cinquièmement la main gauche qui soutient le dos signifie que je serai toujours prêt à soutenir un frère tant que cela sera en mon pouvoir.

2 - Le rappel ecclésiologique et spirituel du calvinisme

La doctrine calviniste exprimant les fondements de la foi presbytérienne fut présentée et définie en cinq points, je dirai même en cinq contre-points de la réfutation de l’arminianisme au synode de Dordretch en 1618. Ces cinq points résumés par l’acronyme anglais TULIP (Total depravity, Unconditonal election, Limited atonement, Irresistible grace, Perseverance of the saints) portaient essentiellement sur le primat et les modalités de la grâce et constituaient par là les clefs de la rédemption en vue du salut éternel. Ils représentaient des instruments de la résurrection des corps. Le pouvoir résurrecteur des cinq points du calvinisme suggéra aux rédacteurs du Graham en 1726 l’idée de relever un cadavre, probablement celui de Noé.

Par ailleurs le « Contrat de la loge écossaise » de Perth, qui décrit en 1658 le rite calviniste des cinq points du compagnonnage, développait l’attouchement originel de la griffe. Cette griffe était à considérer d’une part – ut singuli - comme un double instrument d’union fraternelle et d’onction spirituelle, et d’autre part – ut universi –comme référence au double symbolisme ecclésiologique et spirituel du temple de Salomon. La communion fraternelle engendrant l’onction spirituelle, l’onction spirituelle engendrant la communauté fraternelle.

Le relèvement est donc à interpréter, ici, comme l’affirmation en la foi presbytérienne.

Ce n’est qu’en 1730, sur fond d’opposition religieuse, quela Grande Loge d’Angleterre, en majorité anglicane, remplace Noé par le cadavre d’un meurtre, Hiram : par réaction, la légende d’Hiram, occulta l’interprétation calviniste, allant même jusqu’à identifier les calvinistes aux assassins du bâtisseur.

3 – La connaissance du métier des compagnons.

Le manuscrit Graham 1726 se termine en insistant sur le nombre cinq.

Outre les cinq points physiques qui sont pied contre pied, etc…, le manuscrit faisait référence aux cinq ordres d’architecture* et aux cinq ordres de la maçonnerie*, affirmant qu’ils tirent leur force de cinq figures primitives : une divine et quatre temporelles qui sont comme suit : premièrement le Christ, le chef et la pierre d’angle, deuxièmement Pierre appelé Képhas, (nom signifiant rocher), troisièmement Moïse qui grava les commandements (sur deux tables de pierre), quatrièmement Betsal’el le meilleur des maçons (qui construisit le sanctuaire à l’époque de l’exode), cinquièmement Hiram qui était rempli de sagesse et d’intelligence. Ici l’interprétation « lithocentrique » du métier des bâtisseurs s’impose confirmée par la question-réponse 24 du Graham : Qu'est-ce qu'un maçon ? Un ouvrier de la pierre.

4 - Je voudrais juste effleurer l’interprétation Alchimique car dans quelques manuscrits anciens, on trouve de cet art plusieurs définitions desquelles il importe que nous parlions ici. Hermès dit : " L'Alchimie est la science immuable qui travaille sur les corps à l'aide de la théorie et de l'expérience, et qui, par une conjonction naturelle, les transforme en une espèce supérieure plus précieuse ». C’est essentiellement le Rite de l'Etoile Flamboyante dont on retrouve trace dans le " Système philosophique des Anciens Mages égyptiens dévoilé par les prêtres hébreux sous l'emblème maçonnique " vers 1750 qui développa en franc-maçonnerie cette interprétation. Ce Rite est réellement alchimique. Son catéchisme est une description du Grand Oeuvre avec en parallèle l'explication alchimique des principaux symboles maçonniques.

5 - L’interprétation christique

On ne peut ignorer l’influence réelle d’une culture religieuse catholique dans la maçonnerie française du 18ème siècle

La posture de relèvement et d’accueil du nouveau Maître est une invitation à déchiffrer le sens de la légende d’Hiram dont la première version parut en 1730 dans l’ouvrage de Samuel Prichard intitulé « La Maçonnerie disséquée ». C’était une divulgation du rituel de la Grande loge de Londres de 1730. Analysant les deux sources immédiates de cette légende (le Graham de 1726 et le Wilkinson de 1727), il est permis de montrer que la figure d’Hiram était une figure allégorique renvoyant à une réalité bien précise : Jésus. Et c’est en ce même sens allégorique sans équivoque que le rituel de la Grande loge de Londres reprit la figure d’Hiram, la superposant à celle de Noé, pour élaborer sa légende, afin d’entamer une herméneutique biblique à l’abri des clergés. La légende maçonnique d’Hiram n’avait rien d’irréel ou d’irrationnel, elle n’avait rien d’arbitraire ou d’artificiel car elle exprimait une interprétation spirituelle, et non charnelle, de la résurrection des morts tout en invitant les maçons à s’interroger sur la notion mystérieuse d’attouchement corporel.

Selon la théologie chrétienne : « C’est Dieu le Fils lui-même, le Verbe de Dieu, qui se ressuscite Lui-même à partir de son corps mort. Son âme resurgit donc et la forme glorieuse de ce corps réanime victorieusement son cadavre. Il est le Médiateur en Son corps de Sa résurrection !

Le sens réel de résurrection, en tant que promesse placée devant nous dans les écritures, a été très généralement perdu de vue, en partie parce que ce terme est employé de diverses manières.

- Dans l’usage courant, il n’est pas rare d’utiliser ce terme au sens figuré. En disant ressusciter pour réveiller, revigorer, faire sortir de sa torpeur, ranimer, rendre force tant à des objets, des idées que des personnes.

- Dans l’usage biblique, il y a une autre confusion terminologique entre un simple réveil et une résurrection pleine et entière hors la mort.

Les chrétiens parlent de la résurrection de Lazare « sors d’ici », de la résurrection du fils de la veuve de Naïn « jeune homme lève toi », de la résurrection de la fille de Jaïrus « Jeune agnelle, debout ». Ils donnent à ce vocable le même sens qu'aux promesses eschatologiques. A remarquer le terme d’agnelle préfigurant le sacrifice de l’agneau Jésus. Or il n'est pas vrai que Lazare et les autres furent ressuscités ; ils furent simplement réveillés, ranimés. Réveiller signifie simplement faire fonctionner à nouveau l'organisme de la vie. Ranimation, « Ressuscitation » ou « ressuscitement » c'est ce qui fut fait pour Lazare ou pour le fils de la veuve de Naïn ou pour la fille de Jaïrus. Ils étaient encore soumis à la sentence de mort, et n'obtinrent qu'une brève prolongation des conditions de la vie mourante. Ils ne furent pas relevés, sortis de la mort pour entrer dans des conditions de vie parfaite.

On trouvait déjà chez les prophètes de l’Ancien Testament ce thème de résurrection et pour mémoire :Elie s'étendit trois fois sur l'enfant, invoqua l'Éternel, et dit : Éternel, mon Dieu, je t'en prie, que l'âme de cet enfant revienne au dedans de lui ! (1 Rois 17:17-24)

Elisée monta, et se coucha sur l'enfant ; il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains, et il s'étendit sur lui. Et la chair de l'enfant se réchauffa. (2 Rois 4.34).

Et comme on enterrait un homme, voici, on aperçut une de ces troupes, et l'on jeta l'homme dans le sépulcre d'Élisée. L'homme alla toucher les os d'Élisée, et il reprit vie et se leva sur ses pieds. (2 Rois 13.21)

Le terme « résurrection », tel qu'on le trouve dans le Nouveau Testament, vient du mot grec anastasis. Anastasis ou anistèmi (de histèmi se tenir debout après s’être couché et du préfixe ana de bas en haut). Il se trouve quarante-trois fois dans le Nouveau Testament et signifie se tenir debout à nouveau, ou se relever. On ne l'emploie, cependant, jamais pour désigner le relèvement debout d'un cadavre dans un tombeau, pas plus pour désigner la simple reviviscence ou une remise en fonction de l'organisme de la vie. Il signifie quelque chose de beaucoup plus important. Il est employé comme l'antithèse, ou l'opposé, de la mort — le rétablissement hors de la mort. Pour avoir une idée exacte de la signification du terme anastasis, il faut d'abord que nous ayons une idée exacte de ce qui constitue la vie du point de vue divin. Il nous faut ensuite comprendre ce qui constitue l'état mourant et la mort. Ayant ces deux pensées bien à l'esprit, il nous est possible de saisir la pensée de résurrection, ou de relèvement hors de la mort pour entrer dans la pleine perfection de vie dont nous sommes tous déchus en Adam, selon la doctrine chrétienne.

Il n'y a que deux hommes qui aient jamais possédé cette vie parfaite: le premier, Adam, avant sa transgression, avant qu'il n’ait attiré sur lui la malédiction ou la sentence de mort; et le second, l'homme Christ Jésus. A l'instant où la sentence de mort fut prononcée contre Adam, sa vie fut perdue, le processus de mort commença son œuvre. Adam était dans la mort, il n'était donc plus en vie.

La postérité d'Adam n'a jamais eu la vie, l'étincelle qui vacille pendant quelques années n'étant pas considérée par Dieu comme étant la vie, étant donné que la sentence de mort demeure sur tous, et que ceux qui naissent dans le monde ne reçoivent pas la vie dans le plein sens de ce terme, mais simplement une vie mourante. Dieu ne reconnaît comme ayant la vie parfaite que ceux-là seuls qui s’uniront au Fils de Dieu, Rédempteur des hommes, Donateur de vie.

Le sens du terme anastasis est à comprendre comme voulant dire un rétablissement, un relèvement à la condition d'avant la chute, à la condition de perfection dans laquelle Adam fut créé. C'est à cette condition de perfection que Dieu se propose d'amener tous ceux des humains qui le voudront par l'intermédiaire du Christ, étant admis que, lorsqu'ils seront amenés à la connaissance de la Vérité , ils devront accepter la faveur divine, et prouver leur loyauté par l'obéissance à l'esprit de la Loi divine.

Une fois acceptée que anastasis signifie relèvement complet hors de la mort, il reste à s’interroger sur son caractère soit instantané, soit graduel. En ce qui concerne la résurrection de Jésus vue par les théologiens chrétiens, il est certain qu'elle fut instantanée, de la mort à la vie parfaite, tandis que, pour les hommes, elle sera une résurrection graduelle, ou un relèvement à la vie, qui prendra plusieurs années destinées à cette oeuvre de résurrection, ou de rétablissement. Anastasis ne change pas non plus la nature de l'être qui sera relevé, car l'être relevé sera de la même nature que quand il mourut.

Dans des études des textes 18ème siècle, on peut retrouver ce même esprit d’actualisation de la foi chrétienne à travers le mimodrame du relèvement d’Hiram, en particulier dans le signe de Maître au Rite du Mot de Maçon

Pour interpréter correctement le signe de maître au rite du Mot de maçon, il faut d’abord commencer par le pratiquer correctement, c’est à dire conformément à la manière dont il était pratiqué à l’origine, et non pas, comme l’affirme Patrick Négrier, de la manière fantaisiste et contre-traditionnelle qu’on voit aujourd’hui pratiquée par exemple au rite dit écossais ancien et accepté.

De fait nous lisons dans le texte de 1745 de l’abbé Gabriel-Louis PERAU « L’Ordre des francs-maçons trahi »: Le signe de maître... est de porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de la porter ainsi dans le creux de l’estomac ». L’abbé poursuit quelques pages plus loin : « Le signe de maître est de faire l’équerre avec la main, de la façon qui a été déjà expliquée plusieurs fois ; de l’élever horizontalement à hauteur de la tête, et d’appuyer le bout du pouce sur le front ; et de la descendre ensuite dans la même position au-dessous de la poitrine, en mettant le bout du pouce dans le creux de l’estomac.

Dans le contexte de l’interprétation implicite de la légende hiramique en tant que Passion/résurrection de Jésus de Nazareth, ce signe de maître faisait référence par sa forme d’équerre à la croix de Jésus, et le coup donné par la main en équerre dans le creux de l’estomac faisant penser, non pas aux femmes et aux autres témoins de la crucifixion qui se frappèrent la poitrine (Lc 23,27.48) mais aux coups physiques donnés à Jésus lors de son procès (Mt. 26,67-68 ; Mc 14,65 ; Lc 22,63-64 ; Jn 18,22-23 ; 19,3) et plus particulièrement au coup de lance infligé par l’un des soldats au côté de Jésus décédé sur la croix (Jn 19,34).

C’est bien-là l’interprétation d’un abbé !

Nous pourrions poursuivre avec l’analyse des origines du mot secret ou encore avec celle de l’art diagrammatique du tableau de loge, au grade de maître. Je laisserai pour le moment ces études pour être gravées sur d’autres planches. A travers les textes fondateurs, il y apparaîtra clairement que le rituel maçonnique représentait une liturgie judéo-chrétienne dont les éléments devaient servir de support à l’instruction spirituelle et d’encouragement à la pratique spirituelle d’une manière analogue aux liturgies religieuses des églises chrétiennes.

Alors de l’essence biblique qu’est-ce qui s’impose à nous dans la praxis de la cérémonie ?

Trois plans s’interfèrent où l’opposition mort-vie est renouée dans la résurrection : la putréfaction ranimée, le vifs saisit le mort et le salut éternel.

·         la putréfaction ranimée par la résurrection du compagnon qui fera dire : Notre maître Hiram est ressuscité nous interroge. Le nouveau M est-il devenu Hiram ? Est-il la réincarnation du Maître ? Il sera nommé vénérable par ses frères et soeurs, qu’est-ce que cela signifie ?

·         Le vif saisit le mort par la grippe ; c’est une résurrection semblable à celles relatées dans la Bible. Redonne-t-elle une nouvelle vie au nouveau M ? Et laquelle ? Cela n’est pas sans rappeler que, par l’épée flamboyante, le VM a donné renaissance à l’impétrant en le faisant apprenti FM

·         Le salut éternel par la résurrection de Jésus engendrée par lui-même et la promesse de la résurrection en Jésus car ne dit-il pas à Marthe la sœur de Lazare : « Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi vivra, quand même il serait mort » n’est-il pas au cœur de l’instant de l’élévation. N’est-elle pas, alors, l’affirmation du dogme chrétien de la foi en l’éternité de Jésus ? Le cordon représenterait-il alors la descente de l’esprit saint ?

Chacun répondra avec ses croyances et sa façon de dominer les paradoxes de nos rituels;

Au-delà du rôle sacramentel du respectable Maître qui, à cet instant de don innocent de la dette, offre un dépassement de l’expérience de la perte, il s’agit alors, non de recevoir, mais d’accueillir « Mac Benah » ou « Moha Ben » comme la substitution de l’esprit au corps. Et c’est sur nos tabliers que seront tatoués les stigmates de la passion qui a fait de nous des M FM .

Alors advient le récit où la voix, cassée de consonnes, se lie de voyelles. Alors advient l’histoire, ce tissu d’évènements choisis. Le sublime est bien cet effort indéfini vers le sens de ce qui échappe à la représentation, et qui cependant s'y révèle.

Il nous est rendu, alors, ce qui ne peut plus pourrir, la lumière.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/



 

 

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Cérémonie de réception de maître secret Coën

5 Juillet 2012 , Rédigé par Rituel Elus Coën Publié dans #Rites et rituels

Le maître bleu avant d’être introduit dans la loge sera examiné sur tous les points des trois grades qu’il doit avoir reçu, c’est à dire d’Apprentif, de compagnon et de maître bleu ou symbolique, par un frère expert qui le trouvant orthodoxe en rendra compte en frappant sept coups à la porte de la loge annoncera un maître bleu qui désire être reçu maître secret et qu’il a les qualités requises qui lui fait mériter cette grâce.

Adoniram rendra compte au très puissant de la demande du récipiendaire et ajoutera qu’il répond de la capacité et zèle et constance

Le très puissant ordonne de l’introduire puisqu’il répond de lui. L’expert introduira le candidat et lorsqu'il entre en loge, il fera successivement le signe d’apprentif, de compagnon et de maître.

Adoniram le fera se prosterner ensuite le genou droit en terre, la tête baissée comme s’il était ébloui d’une éclatante lumière et pendant que le candidat est dans cette situation, le très puissant parle ainsi :

Vous n'avez vu jusqu’à ce moment mon frère que le voile épais qui vous cachait le Saint des Saints du Temple du vrai Dieu.

Votre fidélité, zèle et constance vous a mérité la faveur que je vous accorde et vous fera voir nos trésors en vous introduisant dans ce lieu saint et sacré, venez à moi en maître maçon contracter de nouveaux engagements.

Le frère Adoniram le fait relever, lui ordonne de marcher en maître bleu et se mettre à genoux au pied de l’autel pour y contracter son obligation qui est la même que celle du maître bleu, etc. etc.

Après l’obligation, le récipiendaire restant toujours à genoux, le très puissant descend une marche et lui met une couronne sur la tête mêlée de feuilles de laurier et d’olivier, en lui disant :

«Je vous reçois maître secret. Ce laurier représente la victoire que vous avez remportée sur vos passions. L’olivier est le symbole de la paix et de l’union qui doit régner parmi nos frères. Il ne tiendra qu’à vous de mériter la grâce que Dieu seul peut vous donner, c’est celle d'espérer de parvenir un jour dans le lieu saint pour y contempler le pilier de la beauté.

Je vous décore de cette clé d’ivoire suspendue au cordon bleu et triangulaire, bijou symbole de votre fidélité et de votre discrétion.

Ce tablier blanc et ces gants doublés de même marquent la candeur des maîtres secrets que vous avez mérité à juste titre.

Le cercle qui environne la lettre J\ initiale du nom sacré de l'Éternel est tracée sur la bavette de votre tablier.

Je vous donne en cette qualité rang parmi les lévites pour devenir dans la suite le gardien fidèle du saint des Saints et vous mets du nombre des sept pour remplacer le poste de notre cher maître Hyram Abiff et conduire les ouvrages que nous élevons à la divinité.

Votre mot de passe est Zizon mot hébreu qui signifie balustrade*(voir renvoi 1)

Notre signe est celui du silence répété, il se fait en portant l’index et le médius de la main droite sur les lèvres, répété de chaque main.

L’attouchement est de se prendre réciproquement la main droite ; porter en même temps la main gauche au coude et se balancer par sept (7) fois l’un l’autre.

On doit croiser les jambes pendant cette cérémonie (voir renvoi 2)

Les mots sacrés et mystérieux sont job, Adonaï, iua. Ces mots sont les trois noms que Dieu s'est donné en se manifestant pour la première fois sur la montagne de Sinaï. Ce grand mot de maître est celui que Moïse grava en dernier par une lame d’or triangulaire en caractères hébraïques lorsqu’il lui parla sur la montagne à la troisième fois.

Cette parole sacrée et mystérieuse ne vous sera communiquée que lorsque la providence divine le permettra.

Dieu défendit à Moïse de jamais prononcer ce nom ineffable.

Sélec, (renvoi 3), Aron et Salomon auront la faculté seulement de l’épeler dans la suite, lettre par lettre, sans jamais rassembler les syllabes.

Les neuf noms qu'il a plu à Dieu de se donner en dérivent et chacun de ces neuf (9) noms par ces neuf (9) voyelles ont huit (8) attributs se rapportant à la divinité ce qui ensemble fait 72 noms.

Ces mêmes noms constituent 888 lettres renfermées dans ces neuf (9) voyelles suivant les cabalistes et ces neuf (9) noms sont :

Eloah ; Adonaï ; Jeheva ; Job ; Aloïm ; Javhë ; Achab ; Ozem ; Jesoÿs.

Le récipiendaire sera conduit par le frère expert à tous les frères afin qu’il donne les mots de passe, signes, attouchements et paroles après quoi il se placera au milieu de la loge pour y entendre les instructions cy après :


Doctrine pour les maîtres secrets.

D : Êtes-vous maître secret ?

R : oui, je le suis et en fais gloire.

D : comment avez-vous été reçu ?

R : j’ai passé de l’équerre au compas.

D : où avez-vous été reçu ?

R : sous le laurier et l’olivier.

D : dans quel lieu avez-vous été reçu ?

R : dans le Saint des Saints.

D : Qui vous a reçu ?

R : Salomon aidé d’Adoniram inspecteur des ouvrages du temple.

D : Qu’avez-vous aperçu en entrant ?

R : Les traces de la majesté divine.

D : n’avez-vous rien aperçu de plus ?

R : j’ai aperçu le grand cercle, le delta au milieu et ce qu’il renferme placé au milieu de l’étoile flamboyante qui m’a ébloui d’un saint respect.

D : que représentent les caractères hébraïques qui sont renfermés dans le delta ?

R : des choses au-dessus de la portée des faibles humains que je n’ose prononcer.

D : nous sommes en loge et cela vous est permis.

R : j’ai vu la grande clarté éblouissante.

D : Que renfermait cette grande clarté ?

R : le nom ineffable du grand architecte de l’univers. Moïse seul en avait appris la vraie prononciation du grand architecte lui-même. Il fut défendu par une loi que Moïse fit publier de jamais prononcer ce nom mystérieux de sorte que l’on perdit la véritable prononciation et que nous sommes fort incertains aujourd’hui sur le nombre des syllabes qui composent ce nom sacré et redoutable.

D : qu’avez-vous aperçu de plus ?

R : Neuf (9) autres mots en caractères hébraïques.

D : où étaient-ils placés ?

R : dans les neuf rayons qui partaient du delta lumineux et flamboyant.

D : Que signifient ces neuf (9) noms ?

R : Ce sont les neuf (9) noms que Dieu s’est donné lui-même en parlant à Moïse sur le mont Sinaï.

D : Donnez-moi les neuf (9) noms avec leur signification.

R : Eloah, Adonaï, Jeheva, Javhé, Job, Aloïm, Achab, Ozem, Jesoÿs. Ces neuf (9) noms ont chacun 8 attributs de la divinité et qui en tout comprennent 888 lettres qui forment 72 noms qui sont pris comme les noms de la divinité selon l’alphabet des anges et l’arbre cabalistique.

D : que représente le cercle qui environne le delta ?

R : Il représente l’immensité de la présence de Dieu qui n’a ni commencement ni fin.

D : Que représente l’étoile flamboyante ?

R : c’est le météore qui doit nous guider à la divine providence.

D : Que signifie la lettre G qui est dans le centre ?

R : elle signifie gloire, grandeur et goméz.

D : Qu’entendez-vous par là ?

R : par la gloire, j’entends Dieu, par la grandeur, j’entends l’homme qui peut être grand par la perfection. Goméz, mot hébreu qui veut dire : « je rends grâce à Dieu de sa suprême puissance» Ce fut la première parole que prononça notre père commun en voyant Ève (renvoi note 4) à son réveil. (renvoi note 5)

D : Que signifient les cinq (5) rayons de l’étoile flamboyante ?

R : les cinq (5) ordres d’architectures qui furent employés à la construction du temple de Salomon ; les cinq 5 sens de nature au défaut d’un desquels l’homme ne saurait être parfait.

D : Qu’avez-vous vu de plus dans le Saint des Saints ?

R : L’arche d’alliance, le chandelier d’or à sept (7) branches et la table des pains de proposition.

D : Où était placée l’arche d’alliance ?

R : au milieu du Saint des Saints sous l’étoile flamboyante

D : que représente l’arche avec l’étoile flamboyante ?

R : tout de même que l’arche était l’emblème de l’alliance que Dieu avait faite avec son peuple et qu’elle avait été mise à l’ombre des ailes des chérubins, tout de même le cercle, le triangle ou delta renfermés dans l’étoile flamboyante sont l’emblème de la nouvelle alliance des francs-maçons.

D : Quelle était la forme de l’arche ?

R : un carré long.

D : de quoi était-elle ?

R : de bois de setim ou de cèdre couverte d’or au dehors et en dedans et surmontée d’une couronne d’or tout à l'entour et soutenue par douze chérubins d’or.

D : comment s’appelait la couverture de l’arche ?

R : le propitiatoire ou le lien qui servait pour apaiser la colère de Dieu.

D : que contenait l’arche ?

R : les témoignages que Dieu donna à Moïse autrement dit les tables de la loi.

D : que contenaient les tables ?

R : elles étaient de marbre blanc et contenaient dix (10) commandements en caractères hébraïques.

D : quels étaient ces dix (10) commandements ?

R : c’était le décalogue gravé par Moïse et dicté par le tout-puissant. La première table les quatre (4) commandements divins ; la seconde table contenait les 6 humains qui ne doivent regarder que les devoirs d’homme à homme.

D : comment les distingue-t-on ?

R : par les commandements de la loi divine et par les commandements de la loi humaine

D : dites-moi les quatre premiers qui regardent la divinité

D : à quoi servait la table ?

R : à y mettre douze (12) pains appelés de proposition qui doivent être toujours en la présence de Dieu ainsi qu’il l’avait ordonné.

D : de quoi étaient les pains ?

R : de la plus pure farine.

D : comment étaient-ils placés ?

R : six (6) à la droite et six (6) à la gauche formant deux piles.

123 123 123

D : que mettait-on au-dessus ?

R : de l’encens très luisant et du plus pur

D : pourquoi ?

R : pour qu’ils fussent un monument de l’oblation faite au seigneur

D : comment appelait-on le saint des saints en hébreu ?

R : dabir

D : que signifie ce mot ?

R : parole

D : pourquoi l’appelait-on de même

R : parce que c’était là où résidait la divinité et où il rendait ses oracles

D : qui construisit l’arche ?

R : lorsque moïse eut reçu l’ordre de Dieu pour construire l’arche, il fit choix de Bezeleer de la tribu de Juda, fils d’Uré et de Marie sœur de Moïse et Eliab fils d’Izamach de la tribu de Dan fort habiles

Le peuple témoigna tant d’ardeur pour cet ouvrage et offrit avec tant ??? son travail et son bien que Moïse fut obligé par l’avis même de ceux qui avaient la conduite de cet ouvrage de faire publier à son de trompe qu’il n’avait pas besoin de davantage

On commença donc à travailler à cet ouvrage selon le dessein et le modèle que Dieu lui-même avait donné à Moïse qui marqua aussi le nombre des vaisseaux ??? qu’on devaient mettre dans ce tabernacle pour servir aux sacrifices.

D : quel rapport ont les 7 branches du chandelier ?

R : le nombre représente celui des 7 planètes

D : qu’y avait-il au haut (bout) des 7 branches ?

R : il y avait à chacune une lampe et toutes ces lampes regardaient orient et midi [[est/sud[[

D : de combien de parties était composé le chandelier à 7 branches ?

R : de 70 parties

D : que signifie ce nombre de parties ?

R : ce nombre nous représente les 12 signes par lesquelles les 7 planètes font leur cours et les lampes ??? ces 7 planètes

D : que représente l’oeil toujours tracé dans nos loges ?

R : une seule lumière qui nous éclaire

D : comment montait-on aux galeries du temple ?

R : par un escalier en forme de vis que l’on montait par 3, 5 et 7 pratiqué dans l’épaisseur du mur dans la partie du nord

D : comment se nommait cet escalier ?

R : coquille

D : combien y avait-il de portes au saint des saints ?

R : une seule du côté de l’orient qu’on appelait ZARA [[la porte [sha"ar 2][[ couverte d’un tissu de pourpre d’hyacinthe d’or et d’azur

D : que nous représentent ces couleurs ?

R : les quatre éléments

D : quel âge avez-vous ?

R : trois fois vingt sept ans accompli 81

D : Quel est votre mot de passe ?

R : zizon

D : que veut dire ce mot ?

R : balustrade

Pour fermer la loge

D : frère inspecteur, quelle heure est-il ?

R : la fin du jour

D : Que vous reste-t-il à faire ?

R : pratiquer le bien, fuir le vice et rentrer dans le silence

D : puisqu’il ne nous reste plus rien à faire qu’à pratiquer le bien et fuir le vice rentrons dans le silence que la volonté de dieu soit accomplie ; il est temps de se reposer

Frère inspecteur, avertissez les frères que je vais fermer la loge par les nombres mystérieux

R : le frère inspecteur répète à tous les frères la volonté du très puissant qui frappe 7 coups avec ses mains qui sont répétés par tous les frères de la loge

On se retire et la loge est fermée

Grand discours de Moïse : Sinaï, tableau réel de l'univers entier.

Cette montagne(sinaï) est le tableau réel de l'univers entier. Elle se divise en sept parties connues sous le nom des sept cieux céleste universels, et les quatre cercles dont je viens de te parler sont appelés surcélestes parce qu'ils bornent et dirigent l'action des sept principaux agents de la création universelle. C'est dans le surcéleste que s’opèrent la pensée et la volonté divines, c'est de là que proviennent l'ordre, la vertu et la puissance d'action de tous les esprits qui actionnent dans l'univers. Les sept cieux reçoivent du surcéleste toutes leurs vertus et tous leurs pouvoirs, et ensuite les communiquent au corps général terrestre. Tel est l'ordre qui règne entre ces trois mondes.

Second discours de Moïse : Le nom conventionnel de Bethzaléel.

Israël, je t'ai laissé ignorer le véritable nom de l'ouvrier constructeur de ce redoutable tabernacle et tu ne l'as connu que sous le nom temporel de Bethzaléel. Ce surnom n'est que conventionnel, il n'annonce que l'origine reproductive des formes corporelles et n'enseigne point le vrai nom de celui ou de ceux qui les habitent. Il faut donc te dire que le véritable nom spirituel de cet ouvrier est Beth, qui veut dire opérant l'action de la pensée divine, ce qui est indiqué par la seconde lettre de l'alphabet hébreu, car la première, qui est l'aleph, exprime la pensée divine et la seconde, qui est la beth, exprime son action.

Second discours de Moïse : Le nom de Seth et le nom de Bethzaléel.

Après t'avoir expliqué, Israël, l'origine du nom spirituel que l'Eternel a donné à l'âme, de même que le changement du nom originel en celui spirituel, tu désirerais peut-être que je te donnasse l'explication du nom de Seth. Je te dis en vérité que ce nom signifie être admis au vrai culte divin, ou exécuteur parfait de la manifestation de la gloire et de la justice divines. Ainsi la postérité de Seth fut nommée enfants de Dieu et non pas enfants des hommes. Ce titre d'enfants des hommes fut réservé pour la postérité femelle de Caïn, qui fut enfantée par l'opération des démons, parce que son origine corporelle première provient de la seule faculté de l'opération du premier homme, qui fut le sujet de sa prévarication. Si tu désirais encore savoir de moi pourquoi l'homme constructeur du redoutable tabernacle a opéré toutes ses oeuvres temporelles sous un nom originel, je te répondrais que le nom originel de Bethzaléel a resté ainsi à cet homme, pour faire entendre à toute la postérité d'Adam la liaison intime de l'esprit avec la matière première, toutefois sans admettre de confusion entre l'un et l'autre.

Les biens empruntés par les Hébreux aux Egyptiens, dont leurs idoles matérielles.

Apprenez donc que tous ces vases, tous ces métaux et ces ustensiles d’or et d’argent n’ont servi à d’autres usages chez Israël qu’à la décoration du temple ou de l’arche d’alliance que Moïse éleva à la gloire du créateur, pour y opérer les différents cultes divins.

Second discours de Moïse : Confusion et dispersion des tribus d'Israël.

Mais, Israël, cette transmission n'est-elle pas un nouvel indice que l'héritage de la terre promise ne sera pas toujours chez toi ? Oui, cet exemple doit t'apprendre pour un temps immémorial que le véritable culte de l'Éternel sera également transmis, à ton préjudice, aux nations étrangères et, pour lors, ta mémoire sera si fortement obscurcie que tu ne te souviendras plus ni du nom de l'Éternel ni de ton propre nom animal spirituel. Ta dispersion sera entière et servira d'exemple à toute la terre, tu entreras une seconde fois en esclavage et en servitude de la terre d'Égypte, d'où tu ne sortiras plus qu'à la fin des temps. C'est alors que la manifestation de la gloire et de la justice du Tout-Puissant s'opérera pour la satisfaction des justes, à la honte des démons criminels et à celle des coupables mineurs non réconciliés. Il faut savoir néanmoins qu'avant ces derniers temps, il y aura grande confusion dans les tribus d'Israël. La désolation qui sera parmi elles les forcera de se séparer les unes des autres : le nombre supérieur se retirera très loin du nombre inférieur, qui sera subdivisé encore de son premier héritage, pour être un exemple frappant de la justice que l'Éternel a manifestée contre les enfants d'Israël, et leur terre promise restera inculte et stérile. Tu sais, Israël, que le nombre septénaire, 7, est un nombre spirituel temporel et que le nombre quinaire, 5, est un nombre spirituel matériel, susceptible de confusion et de malversation spirituelle divine ; c'est donc ce nombre supérieur septénaire des tribus qui se détachera du nombre inférieur quinaire et sera relégué dans un lieu de cet univers apparent que les mortels ordinaires ne pourront découvrir. Là, ces peuples justes achèveront de payer le tribut que le crime d'Israël doit encore à la justice divine et, par là, ils opéreront la juste réconciliation des enfants d'Israël. L'arche d'alliance d'Israël avec le Seigneur marchera aussi avec ce nombre septénaire, conjointement avec toutes les vertus et puissances spirituelles divines dont il est dépositaire, et les autres tribus dégénéreront en êtres de ténèbres.

L'arc-en-ciel, le rameau d'olivier

Cette branche d'olivier, prise par la colombe de préférence à tout autre bois, enseignait aux hommes le fruit dont ils se serviraient pour l'onction et la marque des puissants signalés, préposés par le Créateur pour la manifestation de son culte, ainsi qu'on l'a pratiqué chez Israël et parmi tous les sages.

Adam, au paradis terrestre, a mésusé de son verbe de création. Balustrade = appui ?

Par les six cercles, le Créateur représentait au premier homme les six immenses pensées qu'il avait employées pour la création de son temple universel et particulier. Le septième cercle, joint aux six premiers, annonçait à l'homme la jonction que l'esprit du Créateur faisait avec lui pour être sa force et son appui. Mais, malgré les précautions puissantes que le Créateur employa pour prévenir et soutenir l’homme contre ses ennemis, cet homme ne laissa pas d’agir selon sa propre volonté, par laquelle il se détermina à opérer une oeuvre impure.

Grand discours de Moïse : Opérations du monde surcéleste.

Tu vois donc, Israël, que l'action des habitants du surcéleste est infiniment plus considérable que celle de tout être spirituel occupé aux actions et aux opérations des deux mondes inférieurs ; tu le vois, dis-je, par les rayons de feu sortant des différentes circonférences qui constituent l'immensité du surcéleste et cette supériorité d'action ne doit pas t'étonner, puisque l'espace de l'immensité surcéleste est plus étendu que l'espace des deux mondes inférieurs qui, quand même il serait réuni, n'en approcherait jamais.

Examen du culte rendu par Énoch.

Pour cet effet, il fit parmi eux une élection de dix sujets, auxquels il déclara la volonté du Créateur et auxquels il prescrivit un cérémonial et une règle de vie pour pouvoir invoquer l'Eternel en sainteté. Il admit ces dix sujets à la connaissance de ses travaux listiques chaotiques (on donnera dans son lieu l'interprétation précise de ces deux mots, qui appartiennent aux sciences spirituelles divines). Il leur fit ensuite élever un édifice qui n'avait qu'un seul appartement, ou enceinte, dans laquelle se plaçaient ces dix sujets qu'Enoch avait choisis pour l'assister dans ses saintes opérations. Il donna à chacun d'eux une lettre initiale des saints noms de Dieu, ce qui formait en tout dix lettres, afin qu'ils suivissent avec régularité et précision toute espèce d'opérations agréables au Créateur et avantageuses pour les mineurs réconciliés. Après cette première opération, il les renvoya chacun dans leur tente, ou le quartier qu'il leur avait assigné lui-même, ainsi que Moïse l'a représenté depuis par le campement des Lévites autour de l'arche. Enoch tint cette assemblée d'opérations divines avec ses dix élus, de dix en dix semaines, et leur transmit dans chaque assemblée une nouvelle lettre initiale du saint nom de Dieu, de sorte qu'après sept assemblées chacun d'eux eut en son particulier deux mots puissants avec lesquels ils commandaient toute chose créée, depuis la surface terrestre jusqu'à la surface céleste. Ces deux mots consistaient en sept lettres dont quatre formaient le nom redoutable, puissant et invincible de l'Eternel, qui gouvernait et soumettait tout être créé dans le corps céleste, et les trois autres lettres formaient un nom saint qui assujettissait et gouvernait tout être créé sur le corps terrestre. Ces dix chefs, remis par les secours d'Enoch dans leurs premières vertus et puissances spirituelles divines, firent, par leurs opérations saintes, des prodiges si grands, qu'ils ramenèrent à eux plusieurs sujets de leur famille et qu'ils instruisirent les mineurs vraiment appelés par l'esprit saint dans les sciences qu'ils possédaient par le pouvoir et le ministère d'Enoch, type de réconciliation du genre humain.

La règle de la lettre B.

Cette marque de Jacob est dans sa postérité, pour un temps immémorial, une preuve de la prévarication d'Israël. C'est depuis cette époque qu'il a été défendu de la part de l'Eternel, soit dans le temple de Moïse, soit dans celui de Salomon, qu'aucune personne marquée à la lettre B de naissance ne fût admise au culte divin sous quelque prétexte que ce fût. Cette loi, qui a été donnée sous les peines les plus sévères, a été confirmée par le Christ, afin que tous ceux qui seraient et qui sont aujourd'hui chargés de faire opérer le culte divin dans son temple spirituel observassent cette ordonnance avec la plus grande exactitude.

Type de Noé flottant sur les eaux, tel le Créateur.

Les postérités de Caïn et de Seth ayant poussé leurs abominations non seulement jusqu'à abandonner le Créateur et son culte, mais encore jusqu'à commettre les fornications les plus immondes et auxquelles on ne peut penser sans frémir, le Créateur s'éleva contre ces prévaricateurs et contre les démons qui les avaient séduits. Il suscita à Noé, son fidèle élu, de se disposer à construire une arche en bois de cèdre, dans laquelle serait renfermé le témoignage de la justice divine qui allait s'exercer contre la terre et ses habitants. Ce bâtiment portait le nom d'arche, parce qu'il flottait sur les eaux et son fondement avait la forme comme le dessous du ventre d'un canard. Cette arche n'avait ni mâture ni voilure ni rames.

Pâtiments d'Adam, pâtiments de Noé ainsi que des brutes.

On ne peut concevoir quelles étaient ces peines que ressentait Adam, lorsque après avoir été entièrement libre et sans bornes, par sa nature d'être pur spirituel pensant, il se trouvait dans une prison de matière et qu'il était assujetti au temps. Il employa, en effet, quarante ans à gémir sur son crime, en réfléchissant sur ce qu'il avait été dans son premier principe, sur ce qu'il était devenu et sur ce qu'il devait devenir par la suite. Par ses lamentations, il se disposa à obtenir miséricorde du Créateur, et l'obtint, en effet, au bout des quarante ans de peines et de pâtiments nécessaires pour opérer son expiation. Il ne pouvait obtenir sa réconciliation qu'au bout de ces quarante ans, puisque c'était au bout de ce temps que devait naître, de lui et d'Eve, l'holocauste spirituel qui effacerait l'horreur de son crime et punirait l'abomination des démons séducteurs, et les pâtiments qu'Adam endura pendant tout ce temps nous sont clairement figurés par les pâtiments que les animaux ressentirent tant qu'ils furent sous la justice divine, et par les quarante jours que Noé passa avec ces animaux sur le mont Ararat nommé mont d'Arménie, d'autant mieux que Noé passa tout ce temps à rendre grâce au Créateur de ce qu'il l'avait bien voulu préserver, lui et le res te des animaux, du fléau qui venait de tomber sur la terre et sur tous ses habitants. Vous pourriez me demander ce qu'a de commun la prévarication des animaux raisonnables avec la conduite des animaux irraisonnables et pourquoi les uns et les autres sont confondus dans la même punition. Je vous répondrai à cela que non seulement les hommes de ces temps-là avaient abjuré le Créateur et adopté entièrement les insinuations des démons, mais qu'ils avaient encore poussé l'abomination jusqu'à jouir des brutes comme des femmes et à jouir également entre eux des passions contre nature. Ces crimes nous ont été retracés depuis par Sodome et Gomorrhe, qui ont laissé leur nom à ces horribles prévarications. Voyez à présent si vous devez être étonnés que le Créateur ait exercé sa justice sur les animaux irraisonnables, ainsi que sur les animaux raisonnables. Le Créateur a fait la même chose en punissant les deux villes que je viens de nommer que lorsqu'il frappa la terre du déluge. Il faut savoir, de plus, que le feu que l'Eternel fit tomber sur ces deux villes annonce celui qui doit mettre fin à la création universelle, ainsi que je l'expliquerai ailleurs.

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La chevalerie et la Franc-maçonnerie

12 Août 2012 Publié dans #histoire de la FM

L’évolution française de la Franc-maçonnerie fut l’occasion de lier deux voies initiatiques : la voie matérielle représentée par l’art royal et la voie guerrière représentée par la chevalerie. Il ne s’agit pas pour nous de confirmer l’historicité des allégations reliant la franc-maçonnerie aux tailleurs de pierre ou aux templiers. La part légendaire et mythique fait partie intégrante de l’effet initiatique recherché dans la société des francs-maçons.

Dans les deux cas, nous assistons à la transformation de l’individu soit par le travail de la matière et l’identification de « l’œuvrier » à son objet, soit par l’art de la guerre et l’esprit de sacrifice dans un désintéressement total. Par analogie, l’une ou l’autre voie initiatique, fait éclore la dimension spirituelle et divine de l’être. Ainsi, travailler la matière consiste à en libérer ou délivrer cette parcelle divine qui y réside ; en parallèle, la solitude du chevalier dans une quête d’un Grall aussi hypothétique qu’intérieure soutient l’image de l’amour d’un Dieu, moins anthropomorphique que johannique, qui transcende la destinée de son propre corps. Cette double démarche ne pouvait que remporter un vif succès, tant il est vrai que l’aspiration au sublime dépasse les aspects religieux et schismatiques. Ce goût du sacrifice et de la mission à accomplir complète admirablement la base maçonnique des trois degrés.

Le premier a apporter la richesse chevaleresque et Templière en complément de l’art royal, fut le Chevalier André-Michel Ramsay. Ce dernier fut qualifié de« Universae religionis vindex et martyr » soit « Défenseur et martyr de la religion universelle ».

C’est de spiritualité dont il s’agit, car toute cette hiérarchie codifiée et traditionnelle n’était là que pour servir la tradition et donc protéger la Terre Sainte. À ce titre, elle noue de contacts avec l’Orient au cours des nombreuses croisades et favorisa l’enrichissement des gens de mestier, dans l’art de bâtir notamment. La truelle et l’épée vont se retrouver dans les mêmes lieux, pour les mêmes causes, dans une communion de sacrifice, ce qui cimentera leur destinée.

Témoin et acteur du génie français, cinquante ans après l’implantation des premières loges en France, cet homme aux multiples facettes, a su poser la pierre d’angle du système français qui, loin de renier son grand frère anglais, va apporter une source mythique nouvelle à la franc-maçonnerie continentale. Il est, avec Charles Radclyffe, l’un des fervents propagateurs de la franc-maçonnerie à la française. Tirant les leçons de la constitution (sous la protection royale de Georges 1er) de la Grande Loge de Londres, on peut imaginer qu’il souhaite ne pas soumettre l’ordre à la férule du pouvoir royal.

Le promoteur de L'Écossisme est de nos jours considéré comme une grande figure de la franc-maçonnerie spéculative. L’Homère de la franc-maçonnerie est initié à la "Horn Lodge" de Londres en mars 1730, où fut aussi initié Montesquieu, le Chevalier de Ramsay fut l'orateur bien connu de la Loge "Le Louis d'Argent", à l'Or. de Paris.

Sa vie ne fut pas qu’un tissu de réussites. On notera qu’il fut traité de plagiaire par Voltaire pour avoir repris dans ses différents écrits des fractions d’auteurs antérieurs sans les citer. Le voyage de Cyrus en fut l’exemple. Montesquieu lui aussi franc maçon dira de lui « C’était un homme fade

Son système à l’instar de celui d’Anderson et Désaguliers repose sur un œcuménisme maçonnique visant à réunir ce qui, d’une certaine façon, est devenu épars, en dominant les oppositions latentes des différentes religions. Les temps difficiles ont provoqué guerres et dissensions entre les hommes des mêmes peuples : « Au delà des peuples et des frontières nous réunirons des hommes épris de symbolisme et de traditions antiques immémoriales, antédiluviennes et noachites, mus par l’idée que la connaissance combat les antagonismes engendrés de l’ignorance et que l’origine des savoirs et des croyances naît d’une seule source, la religion universelle. »

Les similitudes avec Anderson sont telles qu’on parlera de l’Anderson français qui minorant la filiation des bâtisseurs maçon, prétend à une filiation plus noble, vers la chevalerie des croisades, sans pour autant que le terme templier soit prononcé. Depuis John Locke la tolérance est de mise, les guerres de religion et les tentatives de coups d’État qui perdurent durant plusieurs décennies font avancer l’idée à la suite de la Royale Society, que l’art de vivre ensemble repose sur la tolérance et l’universalisme.

André-Michel de Ramsay est né à Ayr, en Écosse, en 1686. Il est d'origine noble. Son père était calviniste ; sa mère anglicane. Studieux, renfermé, écartelé par des parents de confessions différentes qui manifestement ne partageaient pas la même vérité religieuse. Ce fut là sa première épreuve reposant sur un antagonisme familial dont le traumatisme conduit le jeune Ramsay à élaborer de manière plus ou moins consciente une technique de réappropriation, en épousant lui-même vingt ans plus tard, une troisième voie catholique. Terminant brillamment ses études en théologie à Glasgow et à Édimbourg, nous le retrouvons bientôt aux Pays-Bas, havre de liberté religieuse. Hanté par les problèmes spirituels qui avaient marqué ses jeunes années, il fréquente le milieu " rosicrucien " qui tenait Jacob Böhme en haute estime. Le cordonnier Jacob fut l’inspirateur d’un dimensionnement ésotérique qui n’était déjà plus enseigné dans les différentes confessions. Maîtrisant parfaitement le français, il devient en 1709 le familier de Fénelon, l’archevêque, dont il subit l’influence et se convertit au catholicisme.

L’inquiétude de son âme l’incite à une tolérance partisane. Il devient franc-maçon et écrit de nombreuses lettres à Salignac avec l’intitulé, « Mon Très Cher Frère... ». Ramsay devient précepteur des grands. Il est aussi écrivain et agent diplomatique des Stuarts chassés de Grande-Bretagne. En 1723, le Régent le crée Chevalier de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, soit le plus ancien ordre hospitalier, fondé à l’origine en 1120 pour porter assistance aux pèlerins en route pour les lieux Saints. Cette appartenance ne sera pas sans conséquences sur la théorie Templiere et chevaleresque des origines maçonniques. En 1724, il réside à Rome pendant dix mois auprès de Jacques III, en qualité de précepteur de son fils Charles-Edouard. Dans la même année, Ramsay est à Paris, coresponsable du Club de l'Entresol. C’est l’époque des clubs dans l’imitation des clubs anglais, qui réunissent des bourgeois, des nobles et intellectuels, dont Montesquieu, pour examiner les grands problèmes de société. La police du Régent considère cette société comme contraire aux intérêts du pouvoir et le Club de l'Entresol est fermé. En 1727, Ramsay publie son Voyage de Cyrus, qui fit l’objet d’un grand tirage. Il est déjà franc maçon, ayant était reçu d’après P.Chevalier dans la Loge Saint Thomas n°1 de Lord Derwenwater.

Le voyage de Cyrus, est une imitation dans le goût de Télémaque écrit par son mentor Fénelon. Au cours de ses voyages, le jeune Cyrus est instruit par des Sages de l'Antiquité et plusieurs chapitres contiennent de claires allusions maçonniques. Pour être succincts, nous remarquons la présence de Pythagore, l’éloge du silence via Harpocrate. L’initiation maçonnique est illustrée par la captivité et la libération d’Aménophis .Il s’agit d’après nous d’une transposition du rituel de Maître, car on y voit défiler la scénographie Hiramique dans la plupart de ses détails. Dans un courrier adressé au Marquis de Caumont en Avignon le 25 novembre 1729, il écrit : « j’ai développé plusieurs dogmes de l’antiquité et plusieurs points de la théologie et de la mythologie des anciens qui ont un rapport avec nos sacrés mystères » plus loin « je confirme de plus en plus que toutes les traditions anciennes…sont des rayons et des écoulements de la religion primitive de Noé « 

La date de 1727 semble correspondre à l’arrivée du troisièmegrade de la Franc-maçonnerie spéculative. Ramsay se trouve à nouveau à un carrefour historique. En 1728, nous retrouvons le Stuartiste catholique Michel de Ramsay en Angleterre, où il obtient quelques soutiens, ce qui reste étrange dans le contexte politique. En effet, il est admis dans deux compagnies scientifiques de la plus haute renommée : The Gentlemen's Society et la Royal Society. Cette dernière ayant été fondée au précédent siècle par Elias Ashmole et quelques autres rose-croix. Pendant ce séjour à Londres, Ramsay fut aussi l'ami d'Anderson, fondateur de la Mother Lodge de 1717. Certains ont pu affirmer que le chevalier avait joué un double jeu, voir même qu’il avait trahi la cause Stuartiste. Ensuite, il retourne sur le continent et joue un rôle prépondérant dans les loges françaises Stuardistes qui avaient précédé le phénomène Orangiste Anglais. Il devient, par sa double culture maçonnique anglaise et écossaise stuartiste, le promoteur de l’adaptation française, inaugurant l’écossisme qui fera florès. Il est potentiellement le trait d’union pacificateur des deux maçonneries. Même si les loges anglaises et écossaises se fréquentent, elles furent dans la période précédente, des lieux de conspiration. Il ne faut pas perdre de vue que les Stuarts ne désespèrent pas de reconquérir le pouvoir détenu par les Hanovriens, jusqu’aux environs de 1750.
Est-ce pour mener à bien la mission secrète dont il est chargé par les Stuarts que Ramsay, en 1730, accepte de devenir précepteur dans l'illustre famille de Bouillon ? Le duc régnant comptait parmi ses ancêtres Godefroy de Bouillon et Turenne, famille dont il rédigera les mémoires. Ladite famille avait fait partie de la fronde et se retrouvait mise à l’index par le pouvoir absolu du roi. Les grandes familles du Royaume avaient supporté impatiemment le joug pesant de Versailles. La régence et donc l’affaiblissement relatif du pouvoir royal favorisent la renaissance de l’esprit de la Fronde. La famille de Bouillon qui régnait sur une principauté indépendante dans les Ardennes, était un acteur important du mouvement, fier de son sang, allié des Stuarts, avec lesquels le duc partageait une tradition ésotérique très ancienne. Sa généalogie rivalisait avec celle des Bourbons. Le duc régnant était grand-maître de l'Orient de Bouillon, maçonnerie à tendances spiritualistes et même magiques, qui groupait des personnalités de premier rang et fédérait un grand nombre de loges militaires. Ainsi, l'armée du roi de France portait en son sein une maçonnerie non française par ses origines. Les loges militaires reprenaient les usages des loges régimentaires Écossaises et Irlandaises. Ramsay, précepteur du prince de Turenne, fonde une loge à Château-Thierry, fief de son maître. Certains considèrent qu’il fut à l’origine de la création du rite de Bouillon ou du rite de Ramsay.Cette affirmation est reprise aujourd’hui par un certain nombre de Loges qui s’en réclament. En 1735, âgé de quarante-six ans, il épouse Marie de Nairne, vingt-quatre ans, fille d'un noble Écossais de haut lignage, le baron David de Nairne, héraut d'armes de l'Ordre du Chardon, ordre chevaleresque des Stuarts. (Ceci accrédite la connexion Templière dans l’établissement et la pratique d’un éventuel rituel de Ramsay). Cet ordre avait été créé en 1314 par le roi d'Écosse Robert Bruce, après sa victoire de Bannockburn, afin de récompenser les Templiers qui, réfugiés dans ses États après l'inique procès, avaient largement contribué à la défaite des Anglais.

Dès 1735 commence de circuler, sous le manteau, ce fameux Discours de Ramsay qui est, en quelque sorte, la charte de la Maçonnerie moderne. Les idées ici développées sont innovantes voir gênantes pour l’institution ... D'abord, Ramsay signale l'universalisme de l'Ordre. Le franc-maçon y apparaît pour la première fois comme un citoyen du monde. Avec une certaine audace en cette première moitié du XVIIIe siècle, il blâme l'esprit de conquête et le patriotisme guerrier. L’origine chevaleresque et croisée de l’ordre est mise en avant, réfutant la thèse opérative de son ami Anderson. Par extension on parlera d’origine Templière. Il s’appuie sur l’encyclopédie des savoirs et connaissances donnant à la démarche maçonnique son esprit et sa fonction universelle.
Ainsi Ramsay, tout en sollicitant la protection des princeslance un appel à tous les francs-maçons par delà les frontières. Il s’agit de ménager le pouvoir en place, sans lui être inféodé.

Cet élan est emprunté à Fénelon son mentor religieux, dont il est utile de rappeler deux citations : « Je préfère ma famille à moi-même, ma patrie à ma famille, et le genre humain à ma patrie ». Dans Télémaque on relève : « Tout le genre humain n’est qu’une famille dispersée sur la face de toute la terre. Tous les peuples sont frères et doivent s’aimer comme tels. »

Nous pensons que le chevalier Ramsay n’avait ni l’envergure ni le talent pour fonder un système de sa propre volonté. C’est d’autres frères, en quête d’une filiation autre que l’Anglaise issue du système des « moderns », qui s’emparèrent d’un discours qui ne fut probablement pas lu par son auteur, le cardinal Fleury , ministre du Roi, l’en ayant dissuadé.

Michel de Ramsay meurt à Saint-Germain-en-Laye, le 7 mai 1743. L'acte de décès est signé du Comte de Derwenwater venu enterrer son Grand Orateur et du comte d'Engletown, tous deux " frères " d’une des premières loges spéculatives de France.

La première version du discours avait vocation à être lue devant les Loges Jacobites parisiennes réunies le 26 décembre 1736 dans la Loges Saint Thomas 1er, la veille de l’élection de Charles Radclyff, Lord Derwenwater son ami, au poste de Grand Maître des loges Jacobites.

Cette version cristallise les fondamentaux de l’écossisme ramsayen dont nous produisons ici quelques extraits :

«Le goût suprême de l'Ordre et de la symétrie et de la projection ne peut être inspiré que par le grand Géomètre architecte de l'Univers dont les idées éternelles sont les modelles du vray Beau »

«Noé doit être regardé comme l'auteur et l'inventeur de l'architecture navale aussi bien que le grand maître de notre ordre»

Tout comme Anderson, il s’appuie sur le mythe fondateur connu des francs-maçons. Il prend le contre-pied d'Anderson pour qui la Franc-maçonnerie se développe en Angleterre jusqu’aux constitutions de 1723, Ramsay la fait passer de Grande-Bretagne en France qui va devenir le centre de l'Ordre.

«... Noé, Abraham, les patriarches, Moyse, Salomon, Cyrus avaient été les premiers grands Maîtres. Voilà, Messieurs, nos anciennes traditions ; voici maintenant notre véritable histoire. Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs princes, seigneurs et artistes entrèrent en société, firent vœu de rétablir les temples des chrétiens dans la terre sainte »,

« Rappelèrent tous les signes anciens et les paroles mystérieuses de Salomon, pour se distinguer des Infidèles et se reconnaître mutuellement... dès lors nos loges portèrent le nom de loges de Saint-Jean »… .

« Cette union se fit en imitation des Israëlites lorsqu'ils rebâtirent le second temple ; pendant que les uns maniaient la truelle et le compas, les autres les défendaient avec l'épée et le bouclier» …

«Depuis ce temps, la Grande-Bretagne devint le siège de la Science arcane, la Conservatrice de nos dogmes et la dépositaire de tous nos secrets. Des Iles Britanniques «L'antique science» commence à passer dans la France, la nation la plus spirituelle de l'Europe va devenir le centre de l'Ordre et répandra sur nos statuts, les grâces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un ordre dont la base est la Sagesse, la Force et la Beauté du génie. »…

Nous donnons dans l’article suivant la deuxième version. Celle-ci devait être soumise au Cardinal de Fleury qui la désapprouve et ne fut publié qu’après sa mort. Nous sommes toujours dans la période de régence. C’est le Cardinal de Fleury qui dirige le royaume compte tenu de l’âge de Louis XV. Celui-ci est hostile à l’ouverture d’un front anti- Hanovrien cristallisé dans la franc-maçonnerie Stuartiste. L’ambiance générale est assez hostile à la franc-maçonnerie, des descentes de police sont organisées dans les loges, de nombreux nobles en font partie et déjà la Hollande et la Suède prennent des mesures d’interdiction. Suite à une enquête de quatre mois, le Cardinal de Fleury interdit la Franc-maçonnerie le 2 août 1737. Le Vatican emboîte le pas avec la publication de la bulle papale « in eminenti apostolatus specula » le 24 avril 1738, qui interdit à tous les francs-maçons d’appartenir à une loge, sous peine d’excommunication. Cette hostilité du Pape fut contre productrice. La bulle affaiblit les loges Stuartistes catholiques au profit des loges orangistes favorable au pouvoir en place à Londres. Le soutien recherché auprès des autorités par Ramsay fut un échec. Le Cardinal de Fleury avait fait savoir son désaccord. Cependant, les deux discours vont rester la plate-forme intellectuelle de l’ensemble d’une Franc-maçonnerie en France et à l’étranger, qui ne se retrouve pas dans le dictat de Londres.

Note de synthèse N°1- préalable à l'etude de la chevalerie maçonnique-( E.°. R.°. RL ecossais de saint jean)

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org

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Quel sens donner aux chiffres dans la Bible ?

9 Août 2012 , Rédigé par JÉRÔME MARTINEAU Publié dans #spiritualité

Lorsque nous lisons dans le journal qu'un homme est mort à 38 ans, ou qu'un incendie a ravagé un immeuble de 7 étages, nul d'entre nous n'éprouve de doute concernant la signification de ces chiffres. Ils expriment avec précision l'âge de cet homme et le nombre d'étages que comportait cet immeuble. Par contre, si nous lisons dans l'évangile que Jésus a guéri un homme malade depuis 38 ans ou qu'on recueillit 7 corbeilles de morceaux, après la multiplication des pains, les choses sont un peu différentes. Ici, nous ne sommes plus tellement sûrs que les chiffres correspondent vraiment au nombre d'années durant lesquelles l'homme a été malade, ou à la quantité de corbeilles de pain, ramassées ce jour-là.

C'est que, pour nous, le chiffre a une signification bien différente de celle qu'il revêtait pour les Orientaux de l'antiquité. Alors que nous l'utilisons normalement pour préciser la quantité, le chiffre, dans la mentalité biblique, peut désigner trois réalités nettement distinctes, à savoir : la quantité, le symbole et le message gématrique.

Le sens quantitatif

Le sens premier du chiffre, dans la Bible, est celui des quantités. En cela, il ne diffère pas de celui auquel nous nous référons couramment. La Bible nous dit, par exemple, que le prophète Élie prédit une sécheresse de 3 ans en Israël, que le roi Josias régna 31 ans à Jérusalem, que Salomon nomma 12 préfets, chargés, chacun durant un mois, d'approvisionner le palais, que Béthanie, le bourg où Jésus ressuscita Lazare, est situé à une distance de 15 stades (3 km), de Jérusalem. Il est évident qu'ici, aucun de ces chiffres n'a un sens symbolique ou une valeur de message. Tous se réfèrent purement et simplement au nombre d'années et de personnes, ou à la distance dont il est question dans le texte.

On peut trouver dans la Bible, bien d'autres chiffres qui, comme ceux-ci, sont utilisés pour nous fournir des informations et des données historiques concrètes, et qui servent uniquement à préciser la quantité. Pas de confusion possible à ce sujet : ce que dit le chiffre est exactement ce que l'auteur lui-même veut dire.

Le sens symbolique

Cependant, les chiffres bibliques peuvent avoir un deuxième sens : le sens symbolique. Un chiffre symbolique est celui qui exprime, non pas une quantité, mais une idée, un message distinct de lui, qui le dépasse et le déborde.

Il n'est pas toujours possible de savoir pourquoi tel chiffre signifie telle chose. L'association qui est faite d'une réalité avec l'autre est parfois incompréhensible. C'est pourquoi ces chiffres ne peuvent être dits rationnels et restent difficiles à interpréter pour nous, occidentaux, prisonniers de la logique. Mais les Sémites, eux, s'en servent tout naturellement pour transmettre des idées, des messages ou des clefs.

Bien que la Bible n'explique jamais ce que symbolise chacun des chiffres, les spécialistes ont réussi à découvrir certaines de leurs significations symboliques et ont pu ainsi éclairer de nombreux épisodes bibliques qui, du coup, sont devenus plus compréhensibles.

La valeur symbolique de 1, 2, 3, 4 et 5

Le chiffre 1 symbolise Dieu, qui est unique. Pour cette raison, il sert à exprimer l'exclusivité, la primauté, l'excellence. Ainsi quand Jésus répond au jeune homme riche : « Qu'as-tu à m'interroger sur ce qui est bon? Un (1) seul est le Bon. » (Mt 19, 17 Ou encore, quand il dit : « Le Père et moi, nous sommes un (1) » (Jn 10,30). De même, quand saint Paul déclare : « Il n'y a qu'un (1) seul Seigneur, une (1) seule foi, un (1) seul baptême, un (1) seul Dieu » (Eph 4,5). Dans tous ces cas, le chiffre 1 symbolise l'environnement divin.

Par contre, le chiffre 2 représente l'homme, en qui il existe toujours une dualité, une division intérieure, conséquence du péché. Et cela permet de résoudre certaines énigmes contenues dans l'Évangile. Par exemple, à Jéricho, selon Marc, un seul aveugle, nommé Bartimée, est guéri ; selon saint Matthieu, il y avait 2 aveugles. Au cours du procès de Jésus, quelques faux témoins se présentèrent, nous dit Marc ; Matthieu, quant à lui, affirme qu'il s'en présenta 2. Qui dit la vérité? Tous les deux. En effet, Marc nous livre la version historique des faits et Matthieu recourt au chiffre symbolique.

Le chiffre 3 exprime la totalité, sans doute parce qu'il y a 3 dimensions du temps : le passé, le présent et l'avenir. Dire 3 équivaut à dire « la totalité » ou « toujours ». Ainsi, les 3 fils de Noé représentent la totalité de ses descendants. Les 3 fois où Pierre renia Jésus symbolisent toutes les fois où Pierre a été infidèle à son Maître. Les 3 tentations que Jésus subit de la part du diable, représentent toutes les tentations auxquelles il dut faire face, au cours de son existence terrestre. Et quand l'Ancien Testament appelle Dieu le 3 fois saint, c'est pour signifier qu'il possède la plénitude de la sainteté.

Le chiffre 4, dans la Bible, symbolise le cosmos, le monde, vu qu'il existe 4 points cardinaux. Aussi, quand on y lit que 4 fleuves arrosaient le jardin d'Eden, cela signifie qu'avant le péché d'Adam et d'Eve, tout le cosmos était un paradis. Autrement dit, il ne s'agit pas ici d'un endroit déterminé, comme le pensent certains qui continuent à chercher l'Eden quelque part en Orient. Et quand Ezéchiel demande à l'Esprit de venir des 4 vents pour souffler sur les ossements desséchés, cela ne signifie pas qu'il existe que 4 vents, mais qu'il est fait appel à tous les vents du monde entier. De même, lorsque l'auteur de l'Apocalypse parle du trône de Dieu, entouré de 4 vivants, il veut dire que Dieu domine le monde et que la Terre toute entière est son trône.

Le chiffre 5 signifie « quelques-uns », un « certain nombre », une quantité indéterminée. Ainsi, nous dit-on que Jésus, lors de la multiplication des pains, prend 5 pains (quelques pains); que sur le marché, 5 moineaux (quelques moineaux) se vendent deux sous ; qu'Élizabeth, la mère de Jean-Baptiste, après avoir conçu, se tient cachée dans sa maison durant 5 mois (quelques mois); que la Samaritaine du puits de Jacob avait eu 5 maris (plusieurs maris). Maintes fois, dans ses paraboles, Jésus emploie le chiffre 5 en lui donnant ce sens indéterminé : les 5 vierges sages et les 5 vierges imprévoyantes, les 5 talents, les 5 paires de boeufs achetés par des invités au banquet, les 5 frères du riche Sybarite. Et saint Paul, parlant du don des langues, déclare : « Je préfère dire 5 mots (quelques mots) pour instruire les autres que 10 000 en langues ».

La valeur symbolique de 7, le 10 et le 12

Le chiffre 7 a une signification symbolique bien connue de tous. Il représente la perfection. C'est pourquoi Jésus dira à Pierre qu'il doit pardonner à son frère jusqu'à 70 fois. Ce chiffre peut aussi désigner la perfection dans le mal, ou le mal suprême, comme c'est le cas lorsque Jésus enseigne que, si un esprit immonde sort d'un homme, il peut revenir avec 7 autres esprits plus mauvais, ou quand l'Évangile nous apprend que le Seigneur a délivré Magdeleine de 7 démons.

Étant donné qu'il exprime la perfection, ce chiffre apparaît très souvent en relation avec les choses de Dieu. L'auteur de l'Apocalypse est celui qui y recourt le plus fréquemment : 54 fois, pour décrire symboliquement des réalités divines : les 7 Églises d'Asie, les 7 esprits autour du trône de Dieu, les 7 trompettes, les 7 candélabres, les 7 cornes et les 7 yeux de l'agneau, les 7 tonnerres, les 7 plaies, les 7 coupes déversées. Nombreux sont ceux qui font erreur, en voyant dans ce chiffre l'expression d'une quantité ou d'un temps réel.

La Tradition chrétienne est restée fidèle à ce symbolisme, en fixant à 7 le nombre de sacrements, des dons du Saint Esprit et des vertus.

Le nombre 10, pour sa part, a une valeur mnémotechnique; en effet, il est facile de se le rappeler, en se référant aux 10 doigts de la main. C'est ce qui explique qu'on trouve 10 commandements donnés par Dieu à Moïse (peut-être furent-ils plus nombreux), et 10 plaies qui affligèrent l'Egypte. Pour cette raison, on ne relève que 10 ancêtres entre Adam et Noé, et 10 entre Noé et Abraham, alors que nous savons qu'il y en eut bien davantage.

Un autre nombre symbolique est le nombre 12. Il sert à exprimer l'élection. Ainsi parlera-t-on des 12 tribus d'Israël, bien qu'en fait l'Ancien Testament en signale plus de 12; mais ce qu'on veut signifier, c'est que ces tribus sont élues. De même, on ramène à 12 le nombre des prophètes mineurs de l'Ancien Testament. L'Évangile, à son tour, mentionne 12 apôtres de Jésus et les nomme Les Douze, parce qu'ils sont les élus du Seigneur. On lit également que Jésus assure de tenir à sa disposition 12 légions d'anges. L'Apocalypse, quant à elle, parlera des 12 étoiles qui couronnent la Femme, des 12 portes de la Jérusalem céleste, des 12 anges et des 12 fruits de l'arbre de Vie.

Autres nombres porteurs de messages

Le nombre 40 a, lui aussi, une valeur symbolique : il représente le remplacement d'une période par une autre ou les années qui constituent la durée d'une génération. Ainsi le Déluge se prolonge pendant 40 jours et 40 nuits c'est-à-dire le temps du passage à une humanité nouvelle. Les Israélites séjournent 40 ans dans le désert, le temps nécessaire pour que la génération infidèle soit remplacée par une autre, nouvelle. Moïse reste 40 jours sur le mont Sinaï et Elie marche durant 40 jours pour y parvenir le temps au terme duquel leurs vies seront modifiées. Le prophète Jonas passe 40 jours à annoncer la destruction de Ninive afin de donner aux habitants le temps de changer de vie. Jésus jeûnera 40 jours pour marquer son passage de la vie privée à la vie publique.

Quant au nombre 1000, il désigne une grande quantité, une multitude. Dans le livre de Daniel, on nous apprend que le roi Balthazar organisa une grande fête, à laquelle prirent part 1000 invités. Le psaume 90 assure que, pour Dieu, 1000 de nos années sont comme un jour. Salomon à Gabaon offre 1000 holocaustes et son harem se compose de 1000 femmes.

Parfois ce nombre entre en combinaison avec d'autres. C'est le cas dans l'Apocalypse, où il est dit qu'à la fin du monde, 144 000 personnes seront sauvées. Ce nombre résulte de la combinaison suivante : 12 x 12 x 1000, c'est-à-dire, les élus de l'Ancien Testament 12, les élus du Nouveau 12 et la multitude 1000 pour un total de 144 000.

Enfin, on rencontre quelques autres nombres qui ont un sens symbolique mais à un degré moindre. Par exemple, quand Luc nous dit que Jésus désigne 70 disciples pour les envoyer dans toutes les villes et localités où lui-même devait se rendre, il ne s'agit pas d'un nombre réel mais symbolique, car, selon la Genèse, la somme totale des peuples et nations répartis dans le monde s'élevait à 70. Luc, homme de mentalité universaliste, en affirmant que Jésus envoya 70 missionnaires, veut simplement dire qu'il leur confie le soin de faire parvenir l'évangile à toutes les nations du monde.

Saint Jean, lui aussi, transmet un message, lorsqu'il nous raconte qu'à l'occasion de la pêche miraculeuse, les apôtres récoltèrent 153 poissons. Pourquoi tant de soin à noter ce détail sans importance? Une possibilité est que, dans l'antiquité et dans le milieu de la pêche, on croyait que les mers étaient peuplées de 153 espèces de poissons. Pour les lecteurs, le message est clair : Jésus est venu pour sauver les hommes de toutes les nations, de toutes les races et de tous les peuples du monde.

Tous les nombres bibliques n'ont cependant pas une valeur symbolique. Pour chacun d'entre eux, il convient de se demander : ce nombre indique-t-il une quantité ou renferme-t-il un message ?

Ainsi quand nous lisons que 4 hommes amenèrent le paralytique étendu sur une civière, il est évident que le chiffre 4 n'est pas symbolique, mais traduit une réalité : la civière avec 4 poignées, ce qui était le moyen le plus pratique pour la transporter. De même, quand il est dit que Paul s'embarqua à Philippes et parvint à Troas 5 jours plus tard, nous ne devons pas voir dans le chiffre 5 un symbole; en effet, à l'époque, c'était bien le temps requis pour effectuer le voyage entre ces deux villes.

Le sens gématrique : un alphabet pour compter

En plus du sens quantitatif et symbolique, le troisième sens qu'un nombre peut avoir dans la Bible est le sens « gématrique ». Qu'est-ce que cela veut dire? C'est là une particularité des langues hébraïque et grecque. Alors que chez nous on utilise certains signes pour représenter les chiffres (1,2,3) et d'autres signes pour représenter les lettres (a,b,c), l'hébreu et le grec recourent aux lettres mêmes de l'alphabet pour désigner les chiffres. Ainsi, le 1 est la lettre a, le 2 la lettre b, etc. De sorte qu'avec les lettres d'un mot, quel qu'il soit, on peut toujours former un nombre. Le nombre ainsi obtenu est qualifié de gématrique. Cette possibilité qu'offrent les langues bibliques, donne lieu à des jeux ingénieux et des passe-temps originaux, du fait que chaque nombre peut cacher un mot. La Bible fournit maints exemples de ces jeux.

Ainsi, le chapitre 14 de la Genèse raconte l'invasion de la Palestine par quatre armées puissantes, venues de l'Orient, qui emmenèrent, comme prisonnier, Lot, neveu d'Abraham. Quand le patriarche en fut informé, il rassembla 318 hommes, se mit à la poursuite des ravisseurs et parvint à leur infliger une défaite et à libérer Lot. Fort bien. Mais comment imaginer qu'Abraham, ne disposant que de 318 hommes, ait vraiment pu vaincre les quatre puissantes armées de Mésopotamie? Il faut être naïf pour le croire. À moins que ce nombre n'ait une signification spéciale. Effectivement, nous savons qu'Abraham avait un serviteur nommé Eliézer, qu'il avait constitué héritier de tous ses biens. Si nous prenons les nombres qui correspondent aux lettres hébraïques de ce nom, nous obtenons : e=1 + l=30 + i=10 + e=70 + z=7 + r=200 = 318. Ce qui voudrait dire qu'Abraham partit combattre avec tous ses héritiers, et que ces héritiers, autrement dit les descendants du patriarche, triompheront toujours de leurs ennemis.

Le livre des Nombres nous fournit un autre exemple. Il nous raconte qu'à l'occasion de l'Exode, on vit sortir d'Egypte 603 550 hommes, sans compter les lévites, les vieillards, les femmes et les enfants. Si cela est vrai, il faudrait évaluer le nombre de ceux qui quittèrent l'Egypte à quelques trois millions de personnes. Un nombre exorbitant et qui probablement ne fut jamais atteint par la population d'Israël, au cours de toute son histoire. Mais si, aux lettres qui composent la phrase « tous les fils d'Israël », nous substituons les valeurs numériques correspondantes, nous obtenons précisément le nombre 603 550. En disant que 603 550 hommes sortirent, l'auteur entend affirmer que « tous les fils d'Israël » quittèrent l'Égypte.

Saint Matthieu se livre également à cette sorte de jeu. Il répartit les ancêtres de Jésus en trois séries de 14 générations chacune, et il conclut : « Le total des générations est donc : d'Abraham à David, 14 générations ; de David à la déportation de Babylone, 14 générations ; de la déportation de Babylone au Christ, 14 générations ». Voilà qui est impossible. En effet, Matthieu se borne à citer trois noms pour couvrir les 430 ans d'esclavage en Égypte et ne signale que deux ascendants pour combler l'intervalle de trois siècles entre Salomon et Jessé. C'est qu'à dessein, il compose artificiellement ces listes, afin qu'elles se limitent à 14 générations, car 14 est le nombre gématrique du roi David (d=4 + v=6 + d=4 = 14). Et comme on espérait que le Messie serait un descendant de David, l'évangéliste veut démontrer que Jésus est, en quelque sorte, le triple David et donc, le Messie dans sa plénitude, véritable descendant du Roi-Prophète.

Le jeu biblique de gématrie le plus célèbre est celui que l'on trouve dans l'Apocalypse, concernant le chiffre 666, qui est censé désigner la Bête. L'auteur affirme qu'il s'agit là d'un chiffre d'homme. Celui qui se cache derrière ce chiffre n'est autre que l'empereur Néron. En effet, si nous transcrivons : n=50 + r=200 + w=6 + n=50 + q=100 + s=60 + r=200 = 666.

Aucun chrétien ne trouve étrange que la Parole de Dieu se soit faite homme en la personne de Jésus. Moins encore s'étonne-t-il de ce que Jésus ait vécu en homme de son temps. Au contraire, il trouve normal de se le représenter vêtu d'une tunique, comme on en portait au Ier siècle, mangeant les aliments communs à cette époque et utilisant les moyens techniques et de déplacement dont on disposait alors.

Par contre, beaucoup ont peine à admettre que la Bible, qui est aussi la Parole de Dieu, se soit incarnée, si l'on peut dire, dans la culture et la langue du moment. Ils s'imaginent qu'elle parle comme nous, avec nos expressions et notre mentalité. En fait, il n'en est rien. De même que le Christ est apparu comme un homme d'il y a 2000 ans, ainsi la Bible s'exprime comme les gens d'il y a 2000 ans. S'il serait ridicule de se représenter un Jésus en veston et cravate, circulant en taxi dans Jérusalem et transmettant ses messages par la radio, il ne l'est pas moins d'interpréter la Bible de manière littérale, selon nos catégories mentales, comme le font bien des gens. Nous devons nous situer dans la mentalité et la culture des Juifs de l'époque.

En conséquence, lorsque en lisant la Bible, nous nous trouvons en face de chiffres ou de nombres, il convient de nous demander s'ils représentent une quantité, ou s'ils ont une signification symbolique ou gématrique. Cela nous permettra de mieux saisir le sens de la Parole de Dieu et, en même temps, le message qu'elle recèle, et qui peut enrichir notre propre vie.

Source : http://www.interbible.org/interBible/ecritures/symboles/2008/sym_080307e.html

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Chevalerie et Franc-maçonnerie. L'apport du chevalier RAMSAY

8 Septembre 2012 , Rédigé par E.°. R.°. Publié dans #Chevalerie

L’évolution française de la Franc-maçonnerie fut l’occasion de lier deux voies initiatiques : la voie matérielle représentée par l’art royal et la voie guerrière représentée par la chevalerie. Il ne s’agit pas pour nous de confirmer l’historicité des allégations reliant la franc-maçonnerie aux tailleurs de pierre ou aux templiers. La part légendaire et mythique fait partie intégrante de l’effet initiatique recherché dans la société des francs-maçons.

Dans les deux cas, nous assistons à la transformation de l’individu soit par le travail de la matière et l’identification de « l’œuvrier » à son objet, soit par l’art de la guerre et l’esprit de sacrifice dans un désintéressement total. Par analogie, l’une ou l’autre voie initiatique, fait éclore la dimension spirituelle et divine de l’être. Ainsi, travailler la matière consiste à en libérer ou délivrer cette parcelle divine qui y réside ; en parallèle, la solitude du chevalier dans une quête d’un Grall aussi hypothétique qu’intérieure soutient l’image de l’amour d’un Dieu, moins anthropomorphique que johannique, qui transcende la destinée de son propre corps. Cette double démarche ne pouvait que remporter un vif succès, tant il est vrai que l’aspiration au sublime dépasse les aspects religieux et schismatiques. Ce goût du sacrifice et de la mission à accomplir complète admirablement la base maçonnique des trois degrés.

Le premier a apporter la richesse chevaleresque et Templiere en complément de l’art royal, fut le Chevalier André-Michel Ramsay. Ce dernier fut qualifié de« Universae religionis vindex et martyr » soit « Défenseur et martyr de la religion universelle ».

C’est de spiritualité dont il s’agit, car toute cette hiérarchie codifiée et traditionnelle n’était là que pour servir la tradition et donc protéger la Terre Sainte. À ce titre, elle noue de contacts avec l’Orient au cours des nombreuses croisades et favorisa l’enrichissement des gens de mestier, dans l’art de bâtir notamment. La truelle et l’épée vont se retrouver dans les mêmes lieux, pour les mêmes causes, dans une communion de sacrifice, ce qui cimentera leur destinée.

Témoin et acteur du génie français, cinquante ans après l’implantation des premières loges en France, cet homme aux multiples facettes, a su poser la pierre d’angle du système français qui, loin de renier son grand frère anglais, va apporter une source mythique nouvelle à la franc-maçonnerie continentale. Il est, avec Charles Radclyffe, l’un des fervents propagateurs de la franc-maçonnerie à la française. Tirant les leçons de la constitution (sous la protection royale de Georges 1er) de la Grande Loge de Londres, on peut imaginer qu’il souhaite ne pas soumettre l’ordre à la férule du pouvoir royal.

Le promoteur de L'Écossisme est de nos jours considéré comme une grande figure de la franc-maçonnerie spéculative. L’Homère de la franc-maçonnerie est initié à la "Horn Lodge" de Londres en mars 1730, où fut aussi initié Montesquieu, le Chevalier de Ramsay fut l'orateur bien connu de la Loge "Le Louis d'Argent", à l'Or. de Paris.

Sa vie ne fut pas qu’un tissu de réussites. On notera qu’il fut traité de plagiaire par Voltaire pour avoir repris dans ses différents écrits des fractions d’auteurs antérieurs sans les citer. Le voyage de Cyrus en fut l’exemple. Montesquieu lui aussi franc maçon dira de lui « C’était un homme fade ».

Son système à l’instar de celui d’Anderson et Désaguliers repose sur un œcuménisme maçonnique visant à réunir ce qui, d’une certaine façon, est devenu épars, en dominant les oppositions latentes des différentes religions. Les temps difficiles ont provoqué guerres et dissensions entre les hommes des mêmes peuples : « Au delà des peuples et des frontières nous réunirons des hommes épris de symbolisme et de traditions antiques immémoriales, antédiluviennes et noachites, mus par l’idée que la connaissance combat les antagonismes engendrés de l’ignorance et que l’origine des savoirs et des croyances naît d’une seule source, la religion universelle. »

Les similitudes avec Anderson sont telles qu’on parlera de l’Anderson français qui minorant la filiation des bâtisseurs maçon, prétend à une filiation plus noble, vers la chevalerie des croisades, sans pour autant que le terme templier soit prononcé. Depuis John Locke la tolérance est de mise, les guerres de religion et les tentatives de coups d’État qui perdurent durant plusieurs décennies font avancer l’idée à la suite de la Royale Society, que l’art de vivre ensemble repose sur la tolérance et l’universalisme.

André-Michel de Ramsay est né à Ayr, en Écosse, en 1686. Il est d'origine noble. Son père était calviniste ; sa mère anglicane. Studieux, renfermé, écartelé par des parents de confessions différentes qui manifestement ne partageaient pas la même vérité religieuse. Ce fut là sa première épreuve reposant sur un antagonisme familial dont le traumatisme conduit le jeune Ramsay à élaborer de manière plus ou moins consciente une technique de ré-appropriation, en épousant lui-même vingt ans plus tard, une troisième voie catholique. Terminant brillamment ses études en théologie à Glasgow et à Édimbourg, nous le retrouvons bientôt aux Pays-Bas, havre de liberté religieuse. Hanté par les problèmes spirituels qui avaient marqué ses jeunes années, il fréquente le milieu " rosicrucien " qui tenait Jacob Böhme en haute estime. Le cordonnier Jacob fut l’inspirateur d’un dimensionnement ésotérique qui n’était déjà plus enseigné dans les différentes confessions. Maîtrisant parfaitement le français, il devient en 1709 le familier de Fénelon, l’archevêque, dont il subit l’influence et se convertit au catholicisme.

L’inquiétude de son âme l’incite à une tolérance partisane. Il devient franc-maçon et écrit de nombreuses lettres à Salignac avec l’intitulé, « Mon Très Cher Frère... ». Ramsay devient précepteur des grands. Il est aussi écrivain et agent diplomatique des Stuarts chassés de Grande-Bretagne. En 1723, le Régent le crée Chevalier de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, soit le plus ancien ordre hospitalier, fondé à l’origine en 1120 pour porter assistance aux pèlerins en route pour les lieux Saints. Cette appartenance ne sera pas sans conséquences sur la théorie Templiere et chevaleresque des origines maçonniques. En 1724, il réside à Rome pendant dix mois auprès de Jacques III, en qualité de précepteur de son fils Charles-Edouard. Dans la même année, Ramsay est à Paris, coresponsable du Club de l'Entresol. C’est l’époque des clubs dans l’imitation des clubs anglais, qui réunissent des bourgeois, des nobles et intellectuels, dont Montesquieu, pour examiner les grands problèmes de société. La police du Régent considère cette société comme contraire aux intérêts du pouvoir et le Club de l'Entresol est fermé. En 1727, Ramsay publie son Voyage de Cyrus, qui fit l’objet d’un grand tirage. Il est déjà franc maçon, ayant était reçu d’après P.Chevalier dans la Loge Saint Thomas n°1 de Lord Derwenwater.

Le voyage de Cyrus, est une imitation dans le goût de Télémaque écrit par son mentor Fénelon. Au cours de ses voyages, le jeune Cyrus est instruit par des Sages de l'Antiquité et plusieurs chapitres contiennent de claires allusions maçonniques. Pour être succincts, nous remarquons la présence de Pythagore, l’éloge du silence via Harpocrate. L’initiation maçonnique est illustrée par la captivité et la libération d’Aménophis. Il s’agit d’après nous d’une transposition du rituel de Maître, car on y voit défiler la scénographie Hiramique dans la plupart de ses détails. Dans un courrier adressé au Marquis de Caumont en Avignon le 25 novembre 1729, il écrit : « j’ai développé plusieurs dogmes de l’antiquité et plusieurs points de la théologie et de la mythologie des anciens qui ont un rapport avec nos sacrés mystères » plus loin « je confirme de plus en plus que toutes les traditions anciennes…sont des rayons et des écoulements de la religion primitive de Noé »

La date de 1727 semble correspondre à l’arrivée du troisième grade de la Franc-maçonnerie spéculative. Ramsay se trouve à nouveau à un carrefour historique. En 1728, nous retrouvons le Stuartiste catholique Michel de Ramsay en Angleterre, où il obtient quelques soutiens, ce qui reste étrange dans le contexte politique. En effet, il est admis dans deux compagnies scientifiques de la plus haute renommée : The Gentlemen's Society et la Royal Society. Cette dernière ayant été fondée au précédent siècle par Elias Ashmole et quelques autres rose-croix. Pendant ce séjour à Londres, Ramsay fut aussi l'ami d'Anderson, fondateur de la Mother Lodge de 1717. Certains ont pu affirmer que le chevalier avait joué un double jeu, voir même qu’il avait trahi la cause Stuartiste. Ensuite, il retourne sur le continent et joue un rôle prépondérant dans les loges françaises Stuardistes qui avaient précédé le phénomène Orangiste Anglais. Il devient, par sa double culture maçonnique anglaise et écossaise stuartiste, le promoteur de l’adaptation française, inaugurant l’écossisme qui fera florès. Il est potentiellement le trait d’union pacificateur des deux maçonneries. Même si les loges anglaises et écossaises se fréquentent, elles furent dans la période précédente, des lieux de conspiration. Il ne faut pas perdre de vue que les Stuarts ne désespèrent pas de reconquérir le pouvoir détenu par les Hanovriens, jusqu’aux environs de 1750.
Est-ce pour mener à bien la mission secrète dont il est chargé par les Stuarts que Ramsay, en 1730, accepte de devenir précepteur dans l'illustre famille de Bouillon ? Le duc régnant comptait parmi ses ancêtres Godefroy de Bouillon et Turenne, famille dont il rédigera les mémoires. Ladite famille avait fait partie de la fronde et se retrouvait mise à l’index par le pouvoir absolu du roi. Les grandes familles du Royaume avaient supporté impatiemment le joug pesant de Versailles. La régence et donc l’affaiblissement relatif du pouvoir royal favorisent la renaissance de l’esprit de la Fronde. La famille de Bouillon qui régnait sur une principauté indépendante dans les Ardennes, était un acteur important du mouvement, fier de son sang, allié des Stuarts, avec lesquels le duc partageait une tradition ésotérique très ancienne. Sa généalogie rivalisait avec celle des Bourbons. Le duc régnant était grand-maître de l'Orient de Bouillon, maçonnerie à tendances spiritualistes et même magiques, qui groupait des personnalités de premier rang et fédérait un grand nombre de loges militaires. Ainsi, l'armée du roi de France portait en son sein une maçonnerie non française par ses origines. Les loges militaires reprenaient les usages des loges régimentaires Écossaises et Irlandaises. Ramsay, précepteur du prince de Turenne, fonde une loge à Château-Thierry, fief de son maître. Certains considèrent qu’il fut à l’origine de la création du rite de Bouillon ou du rite de Ramsay . Cette affirmation est reprise aujourd’hui par un certain nombre de Loges qui s’en réclament. En 1735, âgé de quarante-six ans, il épouse Marie de Nairne, vingt-quatre ans, fille d'un noble Écossais de haut lignage, le baron David de Nairne, héraut d'armes de l'Ordre du Chardon, ordre chevaleresque des Stuarts. (Ceci accrédite la connexion Templière dans l’établissement et la pratique d’un éventuel rituel de Ramsay). Cet ordre avait été créé en 1314 par le roi d'Écosse Robert Bruce, après sa victoire de Bannockburn, afin de récompenser les Templiers qui, réfugiés dans ses États après l'inique procès, avaient largement contribué à la défaite des Anglais.

Dès 1735 commence de circuler, sous le manteau, ce fameux Discours de Ramsay qui est, en quelque sorte, la charte de la Maçonnerie moderne. Les idées ici développées sont innovantes voir gênantes pour l’institution ... D'abord, Ramsay signale l'universalisme de l'Ordre. Le franc-maçon y apparaît pour la première fois comme un citoyen du monde. Avec une certaine audace en cette première moitié du XVIIIe siècle, il blâme l'esprit de conquête et le patriotisme guerrier. L’origine chevaleresque et croisée de l’ordre est mise en avant, réfutant la thèse opérative de son ami Anderson. Par extension on parlera d’origine Templière. Il s’appuie sur l’encyclopédie des savoirs et connaissances donnant à la démarche maçonnique son esprit et sa fonction universelle.
Ainsi Ramsay, tout en sollicitant la protection des princes, lance un appel à tous les francs-maçons par delà les frontières. Il s’agit de ménager le pouvoir en place, sans lui être inféodé.

Cet élan est emprunté à Fénelon son mentor religieux, dont il est utile de rappeler deux citations : « Je préfère ma famille à moi-même, ma patrie à ma famille, et le genre humain à ma patrie ». Dans Télémaque on relève : « Tout le genre humain n’est qu’une famille dispersée sur la face de toute la terre. Tous les peuples sont frères et doivent s’aimer comme tels. »

Nous pensons que le chevalier Ramsay n’avait ni l’envergure ni le talent pour fonder un système de sa propre volonté. C’est d’autres frères, en quête d’une filiation autre que l’Anglaise issue du système des « moderns », qui s’emparèrent d’un discours qui ne fut probablement pas lu par son auteur, le cardinal Fleury , ministre du Roi, l’en ayant dissuadé.

Michel de Ramsay meurt à Saint-Germain-en-Laye, le 7 mai 1743. L'acte de décès est signé du Comte de Derwenwater venu enterrer son Grand Orateur et du comte d'Engletown, tous deux " frères " d’une des premières loges spéculatives de France.

La première version du discours avait vocation à être lue devant les Loges Jacobites parisiennes réunies le 26 décembre 1736 dans la Loges Saint Thomas 1er, la veille de l’élection de Charles Radclyff, Lord Derwenwater son ami, au poste de Grand Maître des loges Jacobites.

Cette version cristallise les fondamentaux de l’écossisme ramsayen dont nous produisons ici quelques extraits :

«Le goût suprême de l'Ordre et de la symétrie et de la projection ne peut être inspiré que par le grand Géomètre architecte de l'Univers dont les idées éternelles sont les modelles du vray Beau»..

«Noé doit être regardé comme l'auteur et l'inventeur de l'architecture navale aussi bien que le grand maître de notre ordre».

Tout comme Anderson, il s’appuie sur le mythe fondateur connu des francs-maçons. Il prend le contre-pied d'Anderson pour qui la Franc-maçonnerie se développe en Angleterre jusqu’aux constitutions de 1723, Ramsay la fait passer de Grande-Bretagne en France qui va devenir le centre de l'Ordre.

«... Noé, Abraham, les patriarches, Moyse, Salomon, Cyrus avaient été les premiers grands Maîtres. Voilà, Messieurs, nos anciennes traditions ; voici maintenant notre véritable histoire. Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs princes, seigneurs et artistes entrèrent en société, firent vœu de rétablir les temples des chrétiens dans la terre sainte »,

« Rappelèrent tous les signes anciens et les paroles mystérieuses de Salomon, pour se distinguer des Infidèles et se reconnaître mutuellement... dès lors nos loges portèrent le nom de loges de Saint-Jean »… .

« Cette union se fit en imitation des Israëlites lorsqu'ils rebâtirent le second temple ; pendant que les uns maniaient la truelle et le compas, les autres les défendaient avec l'épée et le bouclier» …

«Depuis ce temps, la Grande-Bretagne devint le siège de la Science arcane, la Conservatrice de nos dogmes et la dépositaire de tous nos secrets. Des Iles Britanniques «L'antique science» commence à passer dans la France, la nation la plus spirituelle de l'Europe va devenir le centre de l'Ordre et répandra sur nos statuts, les grâces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un ordre dont la base est la Sagesse, la Force et la Beauté du génie. »…

Nous donnons dans l’article suivant la deuxième version. Celle-ci devait être soumise au Cardinal de Fleury qui la désapprouve et ne fut publié qu’après sa mort. Nous sommes toujours dans la période de régence. C’est le Cardinal de Fleury qui dirige le royaume compte tenu de l’âge de Louis XV. Celui-ci est hostile à l’ouverture d’un front anti- Hanovrien cristallisé dans la franc-maçonnerie Stuartiste. L’ambiance générale est assez hostile à la franc-maçonnerie, des descentes de police sont organisées dans les loges, de nombreux nobles en font partie et déjà la Hollande et la Suède prennent des mesures d’interdiction. Suite à une enquête de quatre mois, le Cardinal de Fleury interdit la Franc-maçonnerie le 2 août 1737. Le Vatican emboîte le pas avec la publication de la bulle papale « in eminenti apostolatus specula » le 24 avril 1738, qui interdit à tous les francs-maçons d’appartenir à une loge, sous peine d’excommunication. Cette hostilité du Pape fut contre productrice. La bulle affaiblit les loges Stuartistes catholiques au profit des loges orangistes favorable au pouvoir en place à Londres. Le soutien recherché auprès des autorités par Ramsay fut un échec. Le Cardinal de Fleury avait fait savoir son désaccord. Cependant, les deux discours vont rester la plate-forme intellectuelle de l’ensemble d’une Franc-maçonnerie en France et à l’étranger, qui ne se retrouve pas dans le dictat de Londres.

Note de synthèse N°1- préalable à l'etude de la chevalerie maçonnique-( E.°. R.°. RL ecossais de saint jean)

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org

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La chevalerie et la Franc-maçonnerie

1 Novembre 2012 , Rédigé par E.°. R.°. Publié dans #Chevalerie

L’évolution française de la Franc-maçonnerie fut l’occasion de lier deux voies initiatiques : la voie matérielle représentée par l’art royal et la voie guerrière représentée par la chevalerie. Il ne s’agit pas pour nous de confirmer l’historicité des allégations reliant la franc-maçonnerie aux tailleurs de pierre ou aux templiers. La part légendaire et mythique fait partie intégrante de l’effet initiatique recherché dans la société des francs-maçons.

Dans les deux cas, nous assistons à la transformation de l’individu soit par le travail de la matière et l’identification de « l’œuvrier » à son objet, soit par l’art de la guerre et l’esprit de sacrifice dans un désintéressement total. Par analogie, l’une ou l’autre voie initiatique, fait éclore la dimension spirituelle et divine de l’être. Ainsi, travailler la matière consiste à en libérer ou délivrer cette parcelle divine qui y réside ; en parallèle, la solitude du chevalier dans une quête d’un Grall aussi hypothétique qu’intérieure soutient l’image de l’amour d’un Dieu, moins anthropomorphique que johannique, qui transcende la destinée de son propre corps. Cette double démarche ne pouvait que remporter un vif succès, tant il est vrai que l’aspiration au sublime dépasse les aspects religieux et schismatiques. Ce goût du sacrifice et de la mission à accomplir complète admirablement la base maçonnique des trois degrés.

Le premier a apporter la richesse chevaleresque et Templiere en complément de l’art royal, fut le Chevalier André-Michel Ramsay. Ce dernier fut qualifié de« Universae religionis vindex et martyr » soit « Défenseur et martyr de la religion universelle ».

C’est de spiritualité dont il s’agit, car toute cette hiérarchie codifiée et traditionnelle n’était là que pour servir la tradition et donc protéger la Terre Sainte. À ce titre, elle noue de contacts avec l’Orient au cours des nombreuses croisades et favorisa l’enrichissement des gens de mestier, dans l’art de bâtir notamment. La truelle et l’épée vont se retrouver dans les mêmes lieux, pour les mêmes causes, dans une communion de sacrifice, ce qui cimentera leur destinée.

Témoin et acteur du génie français, cinquante ans après l’implantation des premières loges en France, cet homme aux multiples facettes, a su poser la pierre d’angle du système français qui, loin de renier son grand frère anglais, va apporter une source mythique nouvelle à la franc-maçonnerie continentale. Il est, avec Charles Radclyffe, l’un des fervents propagateurs de la franc-maçonnerie à la française. Tirant les leçons de la constitution (sous la protection royale de Georges 1er) de la Grande Loge de Londres, on peut imaginer qu’il souhaite ne pas soumettre l’ordre à la férule du pouvoir royal.

Le promoteur de L'Écossisme est de nos jours considéré comme une grande figure de la franc-maçonnerie spéculative. L’Homère de la franc-maçonnerie est initié à la "Horn Lodge" de Londres en mars 1730, où fut aussi initié Montesquieu, le Chevalier de Ramsay fut l'orateur bien connu de la Loge "Le Louis d'Argent", à l'Or. de Paris.

Sa vie ne fut pas qu’un tissu de réussites. On notera qu’il fut traité de plagiaire par Voltaire,  pour avoir repris dans ses différents écrits des fractions d’auteurs antérieurs sans les citer. Le voyage de Cyrus en fut l’exemple. Montesquieu lui aussi franc maçon dira de lui « C’était un homme fade ».

Son système à l’instar de celui d’Anderson et Désaguliers repose sur un œcuménisme maçonnique visant à réunir ce qui, d’une certaine façon, est devenu épars, en dominant les oppositions latentes des différentes religions. Les temps difficiles ont provoqué guerres et dissensions entre les hommes des mêmes peuples : « Au delà des peuples et des frontières nous réunirons des hommes épris de symbolisme et de traditions antiques immémoriales, antédiluviennes et noachites, mus par l’idée que la connaissance combat les antagonismes engendrés de l’ignorance et que l’origine des savoirs et des croyances naît d’une seule source, la religion universelle. »

Les similitudes avec Anderson sont telles qu’on parlera de l’Anderson français qui minorant la filiation des bâtisseurs maçon, prétend à une filiation plus noble, vers la chevalerie des croisades, sans pour autant que le terme templier soit prononcé. Depuis John Locke la tolérance est de mise, les guerres de religion et les tentatives de coups d’État qui perdurent durant plusieurs décennies font avancer l’idée à la suite de la Royale Society, que l’art de vivre ensemble repose sur la tolérance et l’universalisme.

André-Michel de Ramsay est né à Ayr, en Écosse, en 1686. Il est d'origine noble. Son père était calviniste ; sa mère anglicane. Studieux, renfermé, écartelé par des parents de confessions différentes qui manifestement ne partageaient pas la même vérité religieuse. Ce fut là sa première épreuve reposant sur un antagonisme familial dont le traumatisme conduit le jeune Ramsay à élaborer de manière plus ou moins consciente une technique de ré-appropriation, en épousant lui-même vingt ans plus tard, une troisième voie catholique. Terminant brillamment ses études en théologie à Glasgow et à Édimbourg, nous le retrouvons bientôt aux Pays-Bas, havre de liberté religieuse. Hanté par les problèmes spirituels qui avaient marqué ses jeunes années, il fréquente le milieu " rosicrucien " qui tenait Jacob Böhme en haute estime. Le cordonnier Jacob fut l’inspirateur d’un dimensionnement ésotérique qui n’était déjà plus enseigné dans les différentes confessions. Maîtrisant parfaitement le français, il devient en 1709 le familier de Fénelon, l’archevêque, dont il subit l’influence et se convertit au catholicisme. 

L’inquiétude de son âme l’incite à une tolérance partisane. Il devient franc-maçon et écrit de nombreuses lettres à Salignac avec l’intitulé, « Mon Très Cher Frère... ». Ramsay devient précepteur des grands. Il est aussi écrivain et agent diplomatique des Stuarts chassés de Grande-Bretagne. En 1723, le Régent le crée Chevalier de l’ordre de Saint-Lazare de Jérusalem, soit le plus ancien ordre hospitalier, fondé à l’origine en 1120 pour porter assistance aux pèlerins en route pour les lieux Saints. Cette appartenance ne sera pas sans conséquences sur la théorie Templiere et chevaleresque des origines maçonniques. En 1724, il réside à Rome pendant dix mois auprès de Jacques III, en qualité de précepteur de son fils Charles-Edouard. Dans la même année, Ramsay est à Paris, coresponsable du Club de l'Entresol. C’est l’époque des clubs dans l’imitation des clubs anglais, qui réunissent des bourgeois, des nobles et intellectuels, dont Montesquieu, pour examiner les grands problèmes de société. La police du Régent considère cette société comme contraire aux intérêts du pouvoir et le Club de l'Entresol est fermé. En 1727, Ramsay publie son Voyage de Cyrus, qui fit l’objet d’un grand tirage. Il est déjà franc maçon, ayant était reçu d’après P.Chevalier dans la Loge Saint Thomas n°1 de Lord Derwenwater.

Le voyage de Cyrus, est une imitation dans le goût de Télémaque écrit par son mentor Fénelon. Au cours de ses voyages, le jeune Cyrus est instruit par des Sages de l'Antiquité et plusieurs chapitres contiennent de claires allusions maçonniques. Pour être succincts, nous remarquons la présence de Pythagore, l’éloge du silence via Harpocrate. L’initiation maçonnique est illustrée par la captivité et la libération d’Aménophis. Il s’agit d’après nous d’une transposition du rituel de Maître, car on y voit défiler la scénographie Hiramique dans la plupart de ses détails. Dans un courrier adressé au Marquis de Caumont en Avignon le 25 novembre 1729, il écrit : « j’ai développé plusieurs dogmes de l’antiquité et plusieurs points de la théologie et de la mythologie des anciens qui ont un rapport avec nos sacrés mystères » plus loin « je confirme de plus en plus que toutes les traditions anciennes…sont des rayons et des écoulements de la religion primitive de Noé » 

La date de 1727 semble correspondre à l’arrivée du troisièmegrade de la Franc-maçonnerie spéculative. Ramsay se trouve à nouveau à un carrefour historique. En 1728, nous retrouvons le Stuartiste catholique Michel de Ramsay en Angleterre, où il obtient quelques soutiens, ce qui reste étrange dans le contexte politique. En effet, il est admis dans deux compagnies scientifiques de la plus haute renommée : The Gentlemen's Society et la Royal Society. Cette dernière ayant été fondée au précédent siècle par Elias Ashmole et quelques autres rose-croix. Pendant ce séjour à Londres, Ramsay fut aussi l'ami d'Anderson, fondateur de la Mother Lodge de 1717. Certains ont pu affirmer que le chevalier avait joué un double jeu, voir même qu’il avait trahi la cause Stuartiste. Ensuite, il retourne sur le continent et joue un rôle prépondérant dans les loges françaises Stuardistes qui avaient précédé le phénomène Orangiste Anglais. Il devient, par sa double culture maçonnique anglaise et écossaise stuartiste, le promoteur de l’adaptation française, inaugurant l’écossisme qui fera florès. Il est potentiellement le trait d’union pacificateur des deux maçonneries. Même si les loges anglaises et écossaises se fréquentent, elles furent dans la période précédente, des lieux de conspiration. Il ne faut pas perdre de vue que les Stuarts ne désespèrent pas de reconquérir le pouvoir détenu par les Hanovriens, jusqu’aux environs de 1750.
Est-ce pour mener à bien la mission secrète dont il est chargé par les Stuarts que Ramsay, en 1730, accepte de devenir précepteur dans l'illustre famille de Bouillon ? Le duc régnant comptait parmi ses ancêtres Godefroy de Bouillon et Turenne, famille dont il rédigera les mémoires. Ladite famille avait fait partie de la fronde et se retrouvait mise à l’index par le pouvoir absolu du roi. Les grandes familles du Royaume avaient supporté impatiemment le joug pesant de Versailles. La régence et donc l’affaiblissement relatif du pouvoir royal favorisent la renaissance de l’esprit de la Fronde. La famille de Bouillon qui régnait sur une principauté indépendante dans les Ardennes, était un acteur important du mouvement, fier de son sang, allié des Stuarts, avec lesquels le duc partageait une tradition ésotérique très ancienne. Sa généalogie rivalisait avec celle des Bourbons. Le duc régnant était grand-maître de l'Orient de Bouillon, maçonnerie à tendances spiritualistes et même magiques, qui groupait des personnalités de premier rang et fédérait un grand nombre de loges militaires. Ainsi, l'armée du roi de France portait en son sein une maçonnerie non française par ses origines. Les loges militaires reprenaient les usages des loges régimentaires Écossaises et Irlandaises. Ramsay, précepteur du prince de Turenne, fonde une loge à Château-Thierry, fief de son maître. Certains considèrent qu’il fut à l’origine de la création du rite de Bouillon ou du rite de Ramsay.
Cette affirmation est reprise aujourd’hui par un certain nombre de Loges qui s’en réclament. En 1735, âgé de quarante-six ans, il épouse Marie de Nairne, vingt-quatre ans, fille d'un noble Écossais de haut lignage, le baron David de Nairne, héraut d'armes de l'Ordre du Chardon, ordre chevaleresque des Stuarts. (Ceci accrédite la connexion Templière dans l’établissement et la pratique d’un éventuel rituel de Ramsay). Cet ordre avait été créé en 1314 par le roi d'Écosse Robert Bruce, après sa victoire de Bannockburn, afin de récompenser les Templiers qui, réfugiés dans ses États après l'inique procès, avaient largement contribué à la défaite des Anglais.

Dès 1735 commence de circuler, sous le manteau, ce fameux Discours de Ramsay qui est, en quelque sorte, la charte de la Maçonnerie moderne. Les idées ici développées sont innovantes voir gênantes pour l’institution ... D'abord, Ramsay signale l'universalisme de l'Ordre. Le franc-maçon y apparaît pour la première fois comme un citoyen du monde. Avec une certaine audace en cette première moitié du XVIIIe siècle, il blâme l'esprit de conquête et le patriotisme guerrier. L’origine chevaleresque et croisée de l’ordre est mise en avant, réfutant la thèse opérative de son ami Anderson. Par extension on parlera d’origine Templière. Il s’appuie sur l’encyclopédie des savoirs et connaissances donnant à la démarche maçonnique son esprit et sa fonction universelle.
Ainsi Ramsay, tout en sollicitant la protection des princes
lance un appel à tous les francs-maçons par delà les frontières. Il s’agit de ménager le pouvoir en place, sans lui être inféodé.

Cet élan est emprunté à Fénelon son mentor religieux, dont il est utile de rappeler deux citations : « Je préfère ma famille à moi-même, ma patrie à ma famille, et le genre humain à ma patrie ». Dans Télémaque on relève : « Tout le genre humain n’est qu’une famille dispersée sur la face de toute la terre. Tous les peuples sont frères et doivent s’aimer comme tels. »

Nous pensons que le chevalier Ramsay n’avait ni l’envergure ni le talent pour fonder un système de sa propre volonté. C’est d’autres frères, en quête d’une filiation autre que l’Anglaise issue du système des « moderns », qui s’emparèrent d’un discours qui ne fut probablement pas lu par son auteur, le cardinal Fleury , ministre du Roi, l’en ayant dissuadé.

Michel de Ramsay meurt à Saint-Germain-en-Laye, le 7 mai 1743. L'acte de décès est signé du Comte de Derwenwater venu enterrer son Grand Orateur et du comte d'Engletown, tous deux " frères " d’une des premières loges spéculatives de France.

La première version du discours avait vocation à être lue devant les Loges Jacobites parisiennes réunies le 26 décembre 1736 dans la Loges Saint Thomas 1er, la veille de l’élection de Charles Radclyff, Lord Derwenwater son ami, au poste de Grand Maître des loges Jacobites.

Cette version cristallise les fondamentaux de l’écossisme ramsayen dont nous produisons ici quelques extraits :

«Le goût suprême de l'Ordre et de la symétrie et de la projection ne peut être inspiré que par le grand Géomètre architecte de l'Univers dont les idées éternelles sont les modelles du vray Beau»

«Noé doit être regardé comme l'auteur et l'inventeur de l'architecture navale aussi bien que le grand maître de notre ordre»

Tout comme Anderson, il s’appuie sur le mythe fondateur connu des francs-maçons. Il prend le contre-pied d'Anderson pour qui la Franc-maçonnerie se développe en Angleterre jusqu’aux constitutions de 1723, Ramsay la fait passer de Grande-Bretagne en France qui va devenir le centre de l'Ordre.

«... Noé, Abraham, les patriarches, Moyse, Salomon, Cyrus avaient été les premiers grands Maîtres. Voilà, Messieurs, nos anciennes traditions ; voici maintenant notre véritable histoire. Du temps des guerres saintes dans la Palestine, plusieurs princes, seigneurs et artistes entrèrent en société, firent vœu de rétablir les temples des chrétiens dans la terre sainte »,

« Rappelèrent tous les signes anciens et les paroles mystérieuses de Salomon, pour se distinguer des Infidèles et se reconnaître mutuellement... dès lors nos loges portèrent le nom de loges de Saint-Jean »… .

« Cette union se fit en imitation des Israëlites lorsqu'ils rebâtirent le second temple ; pendant que les uns maniaient la truelle et le compas, les autres les défendaient avec l'épée et le bouclier» …

«Depuis ce temps, la Grande-Bretagne devint le siège de la Science arcane, la Conservatrice de nos dogmes et la dépositaire de tous nos secrets. Des Iles Britanniques «L'antique science» commence à passer dans la France, la nation la plus spirituelle de l'Europe va devenir le centre de l'Ordre et répandra sur nos statuts, les grâces, la délicatesse et le bon goût, qualités essentielles dans un ordre dont la base est la Sagesse, la Force et la Beauté du génie. »…

Nous donnons dans l’article suivant la deuxième version. Celle-ci devait être soumise au Cardinal de Fleury qui la désapprouve et ne fut publié qu’après sa mort. Nous sommes toujours dans la période de régence. C’est le Cardinal de Fleury qui dirige le royaume compte tenu de l’âge de Louis XV. Celui-ci est hostile à l’ouverture d’un front anti- Hanovrien cristallisé dans la franc-maçonnerie Stuartiste. L’ambiance générale est assez hostile à la franc-maçonnerie, des descentes de police sont organisées dans les loges, de nombreux nobles en font partie et déjà la Hollande et la Suède prennent des mesures d’interdiction. Suite à une enquête de quatre mois, le Cardinal de Fleury interdit la Franc-maçonnerie le 2 août 1737. Le Vatican emboîte le pas avec la publication de la bulle papale « in eminenti apostolatus specula » le 24 avril 1738, qui interdit à tous les francs-maçons d’appartenir à une loge, sous peine d’excommunication. Cette hostilité du Pape fut contre productrice. La bulle affaiblit les loges Stuartistes catholiques au profit des loges orangistes favorable au pouvoir en place à Londres. Le soutien recherché auprès des autorités par Ramsay fut un échec. Le Cardinal de Fleury avait fait savoir son désaccord. Cependant, les deux discours vont rester la plate-forme intellectuelle de l’ensemble d’une Franc-maçonnerie en France et à l’étranger, qui ne se retrouve pas dans le dictat de Londres.

Note de synthèse N°1- préalable à l'etude de la chevalerie maçonnique-( E.°. R.°. RL ecossais de saint jean)

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org

              

 

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Kabbalah et vie moderne

31 Janvier 2013 , Rédigé par Rav Itzhaq Ginsburgh Publié dans #spiritualité

INTRODUCTION
Les 7 lois noahides sont les commandements que Dieu a transmis à Adam, puis à Noé et à tous ses descendants après l'époque du déluge. Les 7 lois noahides existent depuis la genèse de la création et concernent toute l'humanité. A l'origine, elles faisaient partie de la « Torah », « la Loi », que Dieu donna au peuple d'Israël sur le Mont Sinaï. La Torah représente la source première de ces 7 commandements. Elle impose au peuple d'Israël l'obligation de les enseigner à toutes les nations du monde. Tout homme qui s'engage à suivre les 7 lois noahides reconnaît de facto que le but ultime de sa vie est de servir Dieu et de rétablir la paix dans le monde.

LA NATURE DE L'AME
Chaque âme humaine possède 10 « sephirot », les 10 pouvoirs spirituels d'expression de l'âme. Les 3 premières sephirot sont intellectuelles, et les 7 suivantes relèvent des émotions. Les 3 premiers pouvoirs liés à l'intellect représentent la force de motivation première de l'élément divin de l'âme. Les 7 autres pouvoirs émotionnels représentent la force de motivation première de l'élément animal de l'âme.
A l'état naturel de l'âme animale, les 3 pouvoirs de l'intellect sont au service des désirs terre-à-terre des 7 pouvoirs des émotions. La fonction essentielle des 7 lois noahides est de rectifier cet état. Pour un être humain, un recadrage spirituel implique le raffinement de ses 7 pouvoirs émotionnels innés, en s'engageant à appliquer les 7 commandements noahides. La nature primitive d'un homme va être ainsi transformée en une seconde nature, régénérée et rectifiée, lui permettant alors d'accéder aux 3 niveaux supérieurs de son âme et d'avoir une nouvelle vision du monde. Cette vision est la porte d'accès à la connaissance de l'unité divine. Une telle perception entraîne alors les 7 pouvoirs émotionnels à se mettre au service des 3 pouvoirs intellectuels de l'âme, aboutissant ainsi à la rectification de l'état naturel de l'âme.
Si un individu néglige ses obligations quant à l'observance des 7 lois noahides, il restera toujours dans l'incapacité d'accéder à la véritable unité divine et risquera perpétuellement de sombrer dans un panthéon de cultes païens : le culte du spectacle, de l'argent, du pouvoir, de la dépravation des mœurs , le culte de l'homme, de la nature, de l'autodiscipline, etc. Tous ces cultes ont pour but la négation du service des 3 pouvoirs intellectuels de l'âme au profit de la connaissance de l'unité divine. En bref, l'idolâtrie peut être définie comme le culte de n'importe quoi ou n'importe qui, autre que la véritable unité divine.
Le chiffre 7 a aussi une signification spéciale dans la tradition biblique. Il est chargé d'un caractère affectif. Selon les sages d'Israël, tous les septièmes sont « chéris ». A l'opposé, chez les nations, le chiffre 7 représente généralement la réalité séculaire. Par exemple, le septième jour de la création n'aura qualitativement rien de différent des six autres jours de la création. Il restera un jour de travail et d'activité matérielle, comme tous les autres jours. Tandis que pour les Juifs, c'est un jour de repos et de rupture de toute activité matérielle créatrice. Le septième jour va permettre à l'homme de vivre l'expérience du dévoilement de la transcendance divine. Le chiffre 7 symbolise, dans le Judaïsme, l'unité, tandis que dans la culture universelle, il représente la pluralité.

LES 7 LOIS NOAHIDES
Les 7 commandements noahides correspondent aux 7 pouvoirs émotionnels de l'âme, qui correspondent eux-mêmes aux 7 parties du corps principales.

HESSED = l'amour ; la bonté et la générosité gratuites

Interdiction de l'adultère, l'inceste, l'homosexualité et toute forme de débauche

BRAS DROIT

GUEVOURA = la force

Interdiction du meurtre

BRAS GAUCHE

TIPHERET = la beauté

Interdiction du vol

TORSE

NETSAH = la victoire

Interdiction du culte des idoles

JAMBE DROITE

HOD = splendeur, reconnaissance, remerciement

Interdiction du blasphème

JAMBE GAUCHE

YESSOD = fondement

Interdiction de consommer un membre arraché à un animal encore vivant

ORGANES SEXUELS

MALKHOUT = royauté

Etablissement d'une justice équitable

BOUCHE

La dépravation sexuelle représente la dégradation et la transformation en mal de la qualité de bonté et de générosité.
Le meurtre représente la dégradation et la transformation en mal de la qualité de la force.
La beauté est une qualité qui facilite l'intérêt et la considération dans les rapports sociaux. La dégradation de cette qualité et sa transformation en mal est représentée par le vol.
La foi en Dieu représente la victoire ultime de l'homme contre le mal (dont le seul pouvoir réel représente sa faculté à dévier la foi en Dieu). Elle ouvre la porte à l'éternité. La transformation en mal de la foi est le culte des idoles.
Le blasphème est le « partenaire » du culte des idoles. Il représente la transformation en mal de la gratitude à l'égard de Dieu.
Les 5 premiers des commandements noahides, ainsi que le 7ème, ont été donnés à Adam à l'origine. Le 6ème commandement a été donné à Noé, après le déluge. La Torah se réfère à Noé, comme étant le « Tsadik » (juste) et le « Yessod » (fondement) de sa génération. Les 10 premières générations de l'humanité avaient reçu de Dieu l'ordre d'être végétariens. Après le déluge, Dieu autorisa Noé et ses descendants à manger de la viande. Il leur interdit néanmoins de consommer un membre arraché à un animal encore vivant, ainsi que du sang provenant d'un animal encore vivant.
Le 7ème commandement noahide est le seul qui soit positif. Il consiste à établir un pouvoir exécutif destiné à juger toutes les transgressions liées aux 6 commandements précédents. Son but est de créer une société droite et juste. Il correspond à la royauté, représentant le fondement de tout gouvernement. La qualité de royauté reçoit un influx de tous les autres pouvoirs de l'âme. Dans le corps humain, cette faculté de régner correspond à la bouche, dont la fonction principale est de diriger et contrôler la société.

LES 7 PRINCIPES DE LA FOI
Chacune des 7 lois noahides contient une dimension interne reliée aux 7 principes du service de Dieu. Le « Tikoun » ou « réparation de l'univers » dépend de l'application des 7 lois noahides par les non-Juifs. Ayant reçu la Torah sur le Mont Sinaï depuis plus de trois mille ans, le peuple juif détient la responsabilité de transmettre à l'humanité l'héritage de ces 7 lois. Ainsi, un non-Juif ne pourra jamais accéder au rang d'un être vertueux par le mérite des 7 lois s'il ne ressent aucune affinité avec le peuple d'Israël, même si cet individu possède une grande finesse de caractère lui conférant un comportement des plus humanistes. De la relation d'un non-Juif avec un Juif dépendra donc le redressement spirituel de l'univers.
Lorsqu'un homme ressent une profonde affinité pour les Juifs, il reçoit un influx d'inspiration divine issue de l'âme même du peuple d'Israël. Il devient alors animé de la ferme motivation d'être un homme digne, dans toutes ses relations avec autrui, et de consacrer sa vie au service de Dieu. Le redressement total du monde va dépendre du degré d'inspiration et de spiritualité qu'il recevra par le biais du peuple juif jouant un rôle de prêtre parmi les nations, et
oeuvrant en faveur du bien de la société.
Quand les nations respecteront strictement les 7 commandements noahides, les hommes seront attirés les uns vers les autres, dans une relation d'amitié sincère et d'amour gratuit, et ce, dans un sentiment existentiel d'humilité vis-à-vis de son prochain. Le monde acceptera alors le joug de la royauté céleste, tel qu'il est défini dans la Torah, et accédera à une vision authentique de la vie.
La fonction initiale de chacun des 7 principes de la foi et du service divin pour les hommes est d'élever leur conscience à un niveau supérieur. Ce résultat sera forcément accompagné d'une plus grande capacité d'expression du libre arbitre.
Chacun des 7 pouvoirs émotionnels de l'âme, à savoir l'amour du bien, la force, la beauté, la victoire, la splendeur, le fondement, et la royauté, possède une dimension sous-jacente. Ce sont, respectivement : l'amour, la peur, la miséricorde, la confiance, la sincérité, la vérité et l'humilité. Nous allons examiner ci-après comment chacun des 7 pouvoirs conduit l'homme à un état déterminé de conscience, et à la mise en application d'un principe défini de la foi et du service divin.

L'AMOUR OU LA RECREATION PERPETUELLE DE L'UNIVERS
Il n'est pas nécessaire d'avoir une intelligence hors du commun pour se rendre compte que D. ieu a créé l'univers. Aucune entité ne peut se créer elle-même.
L'esprit humain étant toujours rattaché à la notion de temps, il faut rappeler que la genèse de la création du monde semble se situer dans un passé lointain. Depuis cet instant-là, l'univers a été porté à l'existence, avec sa quantité globale de matière et d'énergie. Il continue, certes, à exister et à évoluer naturellement, mais seule sa forme subit une transformation. Selon les lois de la physique, il n'y a nulle part création nouvelle de matière ou d'énergie, mais transformation de matière ou transformation d'énergie, à partir d'une matière ou d'une énergie déjà existantes.
Or, la conscience de l'existence de la présence divine débute par la perception du principe de la REcréation perpétuelle de l'univers, par Dieu. Si Dieu n'était pas impliqué dans un tel processus (comme Il l'a été depuis l'instant zéro), en réinsufflant dans le monde une impulsion créatrice à chaque instant, l'univers entier retournerait au néant primitif d'où il a été créé. Pour comprendre correctement ce processus de REcréation perpétuelle de l'univers, il faut apprécier l'amour infini que le Créateur porte à chacune de ses créatures, comme l'exprime le Psalmiste : « Le monde est construit à partir de l'amour du bien gratuit » (Psaumes, 89-3). Le prototype de l'amour du bien gratuit est représenté dans la Torah par le personnage d'Abraham. En hébreu, le nom propre AB-RA-HAM contient les même lettres que le mot HI-BAR-AM (= « lors de leur création »). Il y a donc similitude d'identité entre le bien gratuit et la création du monde.
En outre, la Bible établit clairement qu'Abraham et son épouse ont littéralement « créé » des individus vertueux en détournant des hommes païens du culte des idoles et en les guidant vers la connaissance et le service de Dieu. Or, cet amour infini que Dieu porte à la création, s'identifie, dans son essence, à la racine suprême de l'âme d'Abraham, le premier individu juif dans l'histoire de l'humanité. Par conséquent, si un non-Juif reconnait que son existence propre, ainsi que celle de toute entité matérielle réelle, dépend perpétuellement de ce même amour divin infini, il sera automatiquement attiré à aimer le peuple d'Abraham.
Le verbe « créer » contient, dans la langue hébraïque, les mêmes lettres que celles de l'adjectif « sain ». Etant donné que Dieu continue perpétuellement à « recréer » l'univers, Il continue aussi perpétuellement à insuffler en lui un courant de guérison. En d'autres termes, faire attention au processus de REcréation perpétuelle revient à attirer dans son existence personnelle une force de guérison divine. Une telle conscience permet de se guérir soi-même et d'acquérir le pouvoir de guérir les autres.
En résumé, le point de départ de la réparation spirituelle de l'humanité est la perception du processus de REcréation perpétuelle de l'univers.

TOUT EST ENTRE LES MAINS DU CIEL, SAUF LA CRAINTE DU CIEL
Tout homme possède un libre-arbitre lui permettant de choisir librement d'appliquer ou d'ignorer les 7 commandements noahides. Néanmoins, les sages d'Israël enseignent que tout est entre les mains du ciel, sauf la crainte du ciel. Le libre arbitre de l'homme se rapporte essentiellement à la crainte du ciel que l'homme ressentira.
Ce précepte se réfère directement à la manière de servir Dieu. Le livre des Psaumes aborde ce sujet dans deux versets distincts. L'un dit : « Servez Dieu dans la joie » (Psaumes, 100-2) et l'autre énonce : « Servez Dieu dans la crainte » (Psaumes, 2-11). En fait, le premier verset s'adresse à ceux qui font partie du « peuple des serviteurs de Dieu », tandis que le second verset concerne ceux qui n'en font pas encore partie. Néanmoins, chaque être humain est libre de gravir les échelons de l'échelle de la foi. N'importe quelle personne dotée d'une âme motivée peut atteindre l'absolu divin, faire partie du peuple des serviteurs de Dieu et être considéré comme l'un de ses enfants à part entière.
Il existe de nombreux niveaux de la crainte divine. Le niveau le plus courant se réfère à la crainte du châtiment divin, qui va induire l'homme à s'abstenir de pécher. Chez un serviteur de Dieu, le niveau basique se réfère à la crainte du Roi de l'univers omnipotent. S'il est vrai que ces deux niveaux se réfèrent invariablement au pouvoir de Dieu de décréter la vie ou la mort, le premier niveau ne se focalise nullement sur le Roi tout-puissant lui-même, mais seulement sur la menace de la sanction divine. Lorsque le niveau de crainte divine éprouvée par un homme rejoint le niveau correspondant chez un serviteur de Dieu, ce même homme devient lui aussi apte à expérimenter une approche du Roi lui-même, et à s'adresser à lui dans ce même esprit de crainte. Cette étape représente l'origine essentielle du pouvoir de l'âme à agir sous l'emprise du libre-arbitre. Le seul et unique choix véritable qu'une personne fait dans sa vie est de s'adresser ou non à Dieu. A l'extrême, un serviteur de Dieu se tourne vers Dieu dans une relation d'amour l'amour qu'un fils porte à son père. Un homme se tourne vers Dieu dans une relation de crainte la crainte qu'un serviteur ressent pour son maître. Néanmoins, c'est le sentiment de crainte divine de l'âme d'un serviteur de Dieu qui va permettre au sentiment de crainte divine d'un homme de s'élever.
Le plus grand exemple, cité dans la Bible, d'une société se tournant vers Dieu est l'histoire du repentir de la cité de Ninive, relatée dans le livre de Jonas. Les Juifs font la lecture publique de cette histoire, au point culminant de la journée la plus sainte de l'année : le Yom Kippour ou « Jour du Grand Pardon ». Ce livre se réfère à l'action d'une seule âme juive, celle du prophète Jonas, qui devint un instrument entre les mains du Tout-Puissant afin d'inciter une multitude d'âmes à revenir sincèrement à Dieu et amender leur conduite. Il apparaît dans ce texte biblique que les habitants de Ninive étaient motivés, au début, par la crainte du châtiment divin. Cependant, après avoir entendu le miracle vécu par Jonas, ils reçurent une inspiration d'une dimension nouvelle et purent, à leur tour, ressentir une crainte du D. ieu d'Israël, d'un niveau supérieur.

LA MISERICORDE DIVINE ACCOMPLIT DES MIRACLES
Au commencement, Dieu avait l'intention de créer le monde selon le principe de justice : chaque individu serait alors jugé et rétribué en accord avec le mérite de ses intentions et de ses actes. Mais il vit que le monde ne pourrait alors subsister. Aussi Dieu fit-il passer au premier plan l'attribut de miséricorde et l'associa à l'attribut de justice, et ce fut ainsi qu'il put créer un univers durable.
L'ordre naturel de la création reflète l'attribut de rigueur divine, tandis que la miséricorde divine s'exprime sous forme de miracles qui viennent dépasser et remplacer les lois naturelles au sens strict du terme. La miséricorde divine s'étend sur toutes ses créatures, comme l'exprime le Psalmiste : « L'Eternel est bon pour toute la création, et sa miséricorde s'étend sur toutes ses
oeuvres » (Psaumes, 145-9).
Le processus de REcréation perpétuelle représente pour Dieu un acte d'amour gratuit. Les lois naturelles parfaitement établies, et qui restent vraies au-delà de la création de l'espace-temps, sont le reflet de l'attribut divin de toute-puissance et de jugement. La règle fondamentale de la rigueur divine est celle de « mesure pour mesure ». Dans son infinie miséricorde (qui représente la dimension profonde de l'attribut divin lié à la beauté), Dieu permet au règne du surnaturel de se manifester.
La reconnaissance de l'attribut divin de miséricorde et du désir et du pouvoir que Dieu a de changer le cours naturel des choses (sans rapport direct avec les mérites de l'homme) réveille dans le coeur de l'homme le désir de se tourner vers le Créateur et se consacrer à son service. Dans le langage des sages d'Israël, la prière est définie comme « une requête de miséricorde ». Nous prions que Dieu nous guérisse « miraculeusement » de toute maladie, qu'il pourvoit aux besoins des pauvres et gratifie les couples stériles d'une progéniture. Nous prions aussi Dieu qu'il nous accorde un esprit saint et un corps pur afin de le connaître et d'être apte à imiter son comportement.
Les sages d'Israël enseignent que le meilleur moyen pour « réveiller » la miséricorde divine est d'adopter soi-même un comportement de miséricorde, de sympathiser avec autrui et de faire preuve de miséricorde envers tous. En d'autres termes : « Quiconque témoigne de la miséricorde envers les autres sera lui-même jugé avec miséricorde par le Ciel ».
Si un homme analyse l'histoire du monde, des temps antiques à nos jours, il sera surpris de constater à quel point Dieu a fait preuve de miséricorde envers les enfants d'Israël. Même pendant les périodes d'extermination de l'exil, leur flambeau ne s'est jamais éteint. Lorsqu'on constatera un tel phénomène, on pourra avoir une approche véritable de ce que représente réellement l'attribut de miséricorde dans la manière de servir Dieu.
Dans les prophéties bibliques, le Messie est décrit comme un mendiant implorant la miséricorde humaine au seuil de l'entrée d'une maison. Seul un tel individu pourra apporter le salut à l'humanité entière. C'est seulement en reconnaissant la miséricorde divine et les actes miséricordieux dont l'Eternel gratifie toute la création que les hommes pourront se connecter avec l'âme du véritable sauveur de toute l'espèce humaine.

LA VICTOIRE (= LA CONFIANCE) OU L'AUTO-TRANSFORMATION
Dans le service de Dieu, la victoire ultime de l'âme humaine représente le triomphe du bon penchant de l'homme sur son mauvais penchant. Pour atteindre la victoire dans cette guerre spirituelle, il faut passer par une phase de métamorphose de sa personnalité.
La Torah demande à l'homme un changement de son comportement afin de devenir un individu vertueux. Les hommes qui acceptent les 7 lois noahides comme un héritage transmis par la Torah à l'humanité entière, par l'intermédiaire de Moïse le serviteur de Dieu, subissent alors ce changement souhaité et atteignent un niveau supérieur de libre-arbitre.
Comme pour tous les pouvoirs cachés de l'âme, la victoire possède une dimension cachée : le pouvoir de mettre toute sa confiance en Dieu. Lorsqu'un individu médite sur l'influence permanente de D. ieu sur le monde, combien le Créateur pourvoit continuellement aux besoins de chaque être humain et lui accorde toutes les ressources spirituelles nécessaires à l'amélioration de sa conduite et de ses traits de caractère, lui permettant ainsi de se transformer en une créature nouvelle, lorsqu'il médite sur tous ces bienfaits, un sentiment de confiance en Dieu va naître dans son âme.
La qualité de la victoire dérive de l'amour du bien gratuit. Dans le service divin, un tel amour correspond à la conscience du processus de REcréation perpétuelle. La victoire est envisageable lorsque l'on garde la conviction qu'il est toujours possible, et par conséquent jamais trop tard pour qui que ce soit de redresser son comportement et se transformer.
La victoire suit les 3 états précédents de conscience :
Conscience de l'amour du bien gratuit
Conscience de la crainte
Conscience de la miséricorde
Lorsqu'on a goûté à l'expérience de l'amour que Dieu nous porte (par exemple, lorsqu'il nous « crée » à nouveau à chaque seconde), nous allons nous tourner vers lui sous le dévoilement de la crainte, qui représente le cachet de l'expression du libre arbitre, et en venir finalement à reconnaître sa miséricorde. Le plus grand miracle opéré par Dieu est ce cadeau offert à l'homme de pouvoir s'améliorer. Si un homme suit le processus de semi-transformation de sa personnalité en un modèle d'être humain vertueux, processus nécessaire à l'obtention du titre de « juste parmi les nations », il brise son emprisonnement spirituel issu des niveaux obscurs inhérents à son âme animale (représentant l'état de l'être humain imprégné d'un mélange de bien et de mal) et accède au niveau de l'âme divine. Il dévoile ainsi l'attribut de victoire, et devient à son tour un homme « victorieux ».

LA SINCERITE : « JE SUIS LE SERVITEUR D'ABRAHAM » (Genèse, 24-34)
Tout homme est destiné à devenir un serviteur de Dieu. La conscience de la servitude est identifiée dans la Kabbalah à l'attribut divin de la « splendeur », dont la dimension cachée est la « sincérité ». Ainsi, un serviteur sincère se tiendra devant son maître dans un état de soumission totale. Cet état de soumission sincère va créer une auréole de « splendeur » qui réunira à la fois le maître et le serviteur.
La sincérité dérive de la crainte. Lorsqu'un homme acquiert les qualités de soumission et d'auto-engagement, il en vient à servir Dieu avec crainte et joie simultanément.
La victoire et la splendeur donc la confiance et la sincérité agissent comme deux partenaires. Ces deux qualités représentent deux formes d'auto-transformation. La victoire correspond soit à une transformation totale de l'âme animale, soit à un processus de semi-transformation requis afin de devenir un individu vertueux. La splendeur correspondra à la conversion totale à une identité de serviteur fidèle à Dieu.
Dans la Bible, un exemple classique de serviteur vertueux et fidèle à Dieu est Eliézer le Cananéen, serviteur d'Abraham. Par égard à sa vocation totale au service de son maître, Abraham l'a placé intendant sur toute sa maison. Dans sa dévotion sincère et absolue à la volonté d'Abraham, Eliézer a mérité se séparer du monde maudit pour entrer dans le monde béni. A travers l'exemple d'Eliézer, nous nous trouvons en présence d'un cas de réparation spirituelle de l'âme d'un homme, concernant l'interdiction noahide de blasphémer (la 5ème des 7 lois noahides), qui correspond à la qualité de la splendeur ou de la reconnaissance.
Eliézer proclame : « Je suis le serviteur d'Abraham » (Genèse, 24-34). Il ne se réfère pas à lui-même en citant son propre nom. Il a donc déjà atteint le niveau d'une prise de conscience existentielle : celle de n'exister qu'à travers l'identité de son maître Abraham.

LA VERITE : LA PROVIDENCE DIVINE
Les sages d'Israël se réfèrent à l'attribut divin de « vérité » comme étant le « sceau » de Dieu dans la création. Exactement à la manière d'un peintre qui signe son nom sur une de ses
oeuvres, Dieu a apposé son « emblème » par l'intermédiaire de l'attribut de vérité sur tout élément réel de la création. L'éternelle sensation de la présence de Dieu et de sa providence dans le monde, c'est cela la « signature » de Dieu sur l'oeuvre de sa création. Concrètement, Dieu et sa providence sont omniprésents. Dieu crée le monde avec l'attribut d'amour. Il opère des miracles avec celui de la miséricorde. Il fait connaître à toute la création sa présence et sa providence, grâce à l'attribut de vérité.
La providence divine est comparée, dans la Bible, aux « yeux du Créateur ». Elle observe avec vigilance et détermine le cours immédiat comme l'avenir à long terme de n'importe quel élément de la création, fut-il le plus minuscule. C'est elle qui jauge et module le « pouls de la vie » dans chaque créature vivante, dispensant continuellement le processus de la vie.
Il existe deux niveaux de conscience dans l'approche de la providence divine. Le premier niveau consiste à reconnaître le souci que Dieu porte au sort de chacune de ses créatures. Le second niveau consiste à reconnaître pleinement et totalement que le sort de chaque élément de la création, et de toutes les créatures, est invariablement lié à un processus d'évolution de l'univers divin vers un objectif déterminé et des buts bien définis. Chaque événement ou phénomène se réalisant dans le cosmos, du microsome au macrocosme, est intrinsèquement lié à un autre événement ou phénomène, ou même à d'autres événements qui contribuent tous à l'objectif ultime de Dieu : « lui façonner une résidence, ici-bas ». Après que le plus bas niveau de réalité matérielle a reconnu l'influence de cette lumière transcendante qui irradie l'univers et a fusionné avec elle, seulement alors la présence divine peut venir « résider » parmi nous.

LA MODESTIE : UNE DEMEURE POUR DIEU
Toutes les étapes du processus créateur (l'évolution des mondes, leur interaction et leur réunification ultime) dépendent de la dynamique du don et de la réception. La volonté de donner et celle de recevoir représentent les deux grandes forces cosmiques fondamentales de l'univers. La volonté de « donner » représente le principe « mâle » de la création, tandis que celle de « recevoir » en représente le principe « femelle ».
Se rendre compte du caractère « vide » de ses « récipients » propres, c'est expérimenter sa modestie existentielle. Cette qualité représente la dimension cachée de l'attribut divin de « royauté », le septième et dernier des pouvoirs émotionnels de l'âme. En conclusion de toute expérience émotionnelle, la sensation de modestie implique une dépendance totale envers la bienveillance divine.
Le désir ultime de Dieu en créant le monde est d'amener notre niveau de réalité le plus modeste à servir d'emplacement à la résidence divine, de demeure dans laquelle l'essence de Dieu puisse être révélée. La qualité de modestie désigne, dans l'âme, l'état de référence à ce « domicile ».
Toutes les âmes aspirent à s'élever, du niveau de l'animal à celui de l'homme, et d'acquérir le statut de fils premier-né de Dieu, et ce, comme si Dieu lui-même y avait apposé son sceau. En d'autres termes, c'est le receveur lui-même qui va attirer, depuis le niveau d'en bas où il est reclus, la volonté du donneur de descendre et de franchir le seuil de la demeure créée à son intention. Ce processus définit la mission de l'humanité : faire de ce monde une demeure plaisante, un domicile digne où la présence divine descendra illuminer la réalité toute simple et y apporter la bénédiction.
La relation entre les Juifs et les non-Juifs dans le processus de réparation spirituelle de l'humanité est un véritable partenariat, semblable au partenariat existant dans la vie d'un couple homme/femme. Dieu est le troisième « partenaire » dans tout mariage. C'est par son pouvoir que le couple s'accomplira et pourra porter ses fruits.

CHARTE SYNOPTIQUE DES 7 LOIS NOAHIDES

LA CRAINTE
La crainte du ciel
Le libre arbitre position en état de crainte vis-à-vis de Dieu
L'AMOUR DU BIEN GRATUIT
Vivre l'expérience du processus de la REcréation perpétuelle
l'amour, énergie créatrice
LA MISERICORDE
Se tourner vers Dieu par la prière
Implorer sa miséricorde
Reconnaître la vraie source de toutes les bénédictions
LA SINCERITE
Le service du roi
Le simple serviteur
Et le serviteur fidèle
LA VERITE
La providence divine
Le salut de l'homme et de l'animal
LA MODESTIE
Devenir un réceptacle
Le pouvoir inhérent à un récipient : « s'élever de son niveau inférieur »

Source : http://www.galenai.fr/index.php/7-lois-de-noe

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Les quatre voyages du rituel de consécration d'une loge

2 Août 2012 Publié dans #Planches

Etude de la symbolique des quatre espèces : le Bible, le Vin, l'Huile et le Sel.

 

Il y a presque un an se déroulait la cérémonie de consécration de cette RL, beaucoup d’entre-nous y assistait et ont donc pu apprécier le déroulement de ce rituel, tout à fait particulier à la Maçonnerie régulière, qui est en ce qui me concerne l'un des plus beaux et des plus riches en symboles que nous ayons à pratiquer. Peut­ être parce qu'il recrée l'ordonnancement de cérémonies religieuses telles qu'elles étaient pratiquées au Temple du temps de Salomon, maintenant ainsi un lien étroit entre la Franc ­Maçonnerie et le sacré.

Pour éviter toute personnalisation excessive de cette réflexion je précise tout de suite que n’ayant rien pu inventer qui ne fut dit et écrit avant moi sur le sujet j’ai bien sur travaillé à la lumière de divers auteurs dont Pierre BENZAQUEN dont je ne sais rien d’autre sur l’identité mais qui a signé l’essentiel de ce travail remarquable sur le sujet dans un article publié par les cahiers de Villard de Honnecourt.

Nous évoquerons, à travers les quatre voyages de ce rituel, tous les thèmes qui fondent la réalité de la Franc-Maçonnerie d'aujourd'hui, celle qui s'appuie sur des symboles dont le message, clair et compris de tous, doit pouvoir se lire dans nos actes de chaque jour. La force du rite est de construire l'histoire et de façonner la mémoire. Nous, maçons théistes, nous avons la mémoire originelle. Elle doit donc, par les symboles que nous avons en commun, nous permettre de vivre de façon particulière notre fraternité universelle.

Le rituel de consécration d’une Loge et son déroulement. Au début de la cérémonie le TRGMP précise « Cette cérémonie n’est pas un arrangement improvisé. Elle a une profonde signification. Elle rappelle que l’entreprise de former une Loge tire sa valeur maçonnique d’un rappel des efforts de ceux qui entreprirent la construction du Temple de Jérusalem, à l’appel du roi Salomon. Elle évoque les personnages légendaires du Roi Salomon, D’Hiram, d’Hiram Habi, de Jakin et de Boaz. Elle regroupe et énonce les textes bibliques qui s’y rapportent, extraits essentiellement du livre des Rois ».

Ayant beaucoup perdu de ma pratique de l’hébreu gâchée par une vie intense de lecture de documents administratifs pourtant réputés rédigés souvent dans cette langue, les citations bibliques le seront en français. Donc à l’ouverture après que les F\ F\ pétitionnaires rangés autour de la planche tracée aient entendu la pétition et regagné leurs places le F Hospitalier citant le Psaume l33 de David dit : (Oh! qu'il est agréable, qu'il est doux pour des frères de demeurer ensemble).

Puis c'est avec la lecture du passage du Second Livre des Chroniques que se met en place toute la symbolique de la Consécration : construire un Temple à la Gloire de l'Eternel. Pour ceux qui l'auraient oublié, rappelons que ce Temple avait pour vocation d'abriter l'Arche d’Alliance. Quand l'Arche d'Alliance était nomade, la Parole de Dieu n'avait pour tout abri dans le désert qu'une tente bien fragile. La Parole était alors tout près des hommes, elle marchait avec eux.

Et voilà qu'en construisant un Temple à la Gloire de l'Eternel, on va donner une Maison à la Loi, on va la sédentariser. Quel enseignement pouvons-nous tirer de cette révolution considérable ? Si, en effet, la Loi a eu besoin de se fixer, n'est-ce pas pour permettre aux hommes de prendre le relais et d'être à leur tour les traducteurs vivants et itinérants de la Parole en actes ?

Les quatre voyages que vont entreprendre les Grands Officiers Installateurs ne sont pas sans nous rappeler les voyages et les épreuves que va subir le futur initié. Cependant, il faut noter que les quatre espèces qui sont invoquées dans le rituel de consécration viennent toutes de la terre : le blé, le vin, l'huile et le sel. Nous pouvons déjà dire que tout ce qui vient de la terre et par-là même du travail des hommes-ne doit pas être compris comme notre propriété, mais comme le fruit du partage. Thème que nous retrouverons tout au long de cet exposé.

C'est donc dans cet esprit d’Eucharistie et sa traduction hébraïque qui signifie louange que nous allons accompagner le Grand Maître, qui porte la corne d'abondance contenant le blé, et le premier Grand Surveillant, qui porte l'amphore contenant le vin, dans les deux premiers voyages de Consécration. Durant ces voyages on parle d'une légende où pleuvaient le blé, le vin et l'huile. Cette manne nous apparaît donc comme celle dispensée par Dieu lors de l'exode dans le désert (manne se traduit en hébreu par « qu'est-ce que c'est »). Ne peut-on pas imaginer que les Hébreux aient, pendant quatre ans dans le désert, mangé du « qu'est-ce que c'est », consommé du « questionnement ». Alors, apprenons à notre tour, comme eux, à goûter de la question. Puisque nous puisons notre symbolique dans ces épisodes bibliques, il faut savoir que la manne ne devait satisfaire que les besoins vitaux quotidiens, les réserves n'étant pas permises. On pourrait donc résumer ces voyages par l'adage bien connu : « aide-toi, le ciel t'aidera ».

Avant d'étudier chacune des espèces, analysons ce couple tout à fait particulier entre le produit du blé qu'est le pain et le produit de la vigne qu'est le vin. Le pain apparaît pour la première fois dans la Genèse (3,19) quand Dieu dit à Adam : « Tu mangeras du pain à la sueur de ton visage. Le vin est évoqué un peu plus loin avec Noé dans la Genèse (9,21) : Il planta une vigne et il en but le vin, s'enivra et se trouva nu. Le pain et le vin apparaissent donc séparément et dans des contextes particulièrement négatifs. Puis, au chapitre 1,4, ils apparaissent ensemble, en même temps que Melkitsedeq (le Roi de Justice, melekh : roi et tsedek justice) quand il offre à Abram (qui n'est pas encore Abraham) le pain et le vin en guise d'hospitalité. Pour certains d’entre-nous, un peu de nostalgie, rappelons nous la pratique du rite de Melkisedeq sur le parvis après nos tenue du RER à Epinal. Dans ce chapitre, le pain et le vin forment un couple tout à fait particulier, aussi liés entre eux que le ciel et la terre. Un Maître du Zohar écrivait d'ailleurs que les cieux et la terre ont été engendrés par le pain et le vin. Nous verrons comment ce couple pain/vin va nous apprendre à appréhender avec prudence l'homme qui se pose comme sujet premier de l'histoire, comme s'il occultait sa mémoire et la mémoire des leçons de la Création. La religion, dans son sens de religare, nous incite à ne pas nous fier seulement à la mémoire de l'autre, mais à travailler notre propre mémoire d'histoire pour élaborer un projet de vie commune. Ce travail est à faire chaque fois que nous devons entrer dans l'Alliance. Dans ce cas, c'est le bon vin qui fait travail de mémoire ; le mauvais vin l'efface. Le pain, lui, construit l'histoire, il est l'art du partage du monde, il tisse le lien social et permet de « faire l'histoire ensemble ». Ce couple pain-vin devient donc nécessaire pour briser l'individualisme, celui créé par le manque de transmission et qui nous fait nous demander que faire de la parole des pères ? »

Nous devons donc apprendre à ne pas couper l'arbre mémoire des racines de l'histoire et comment envisager, dans le principe de partage, de donner sens à la communauté et à l'aspect inaltérable du lien social. Pour bien comprendre ce symbole du partage, de la brisure, on part de la préparation du pain et du vin. Pour faire le pain, on sépare l'écorce de la graine et pour faire le vin, on sépare la pulpe de la peau. On ne peut donc obtenir ces produits que par séparation. Il s'agit là d'un thème majeur, car le paradoxe de la séparation, de la brisure, c'est l'Alliance (Alliance et brisure s'entendent en association dans le mot hébreu Brith-mila).

On retrouve d'ailleurs ce paradoxe dans l'étymologie du mot symbole : sum-bolon : remettre ensemble ce qui était séparé, comme la brisure qui appelle à la reconstitution, à l'alliance. Voilà pourquoi à l'opposé de « symbolique apparaît diabolique », mot qui vient de dia-bolon : laisser séparé ce qui est séparé, ce qui implique cette impossibilité diabolique d'être ensemble. De la même manière, avec le couple pain-vin nous allons apprendre à réconcilier les phases du temps. Le pain est le symbole du temps présent, il a une durée de vie limitée, il doit être consommé dans l'instant ; le vin au contraire a besoin du temps, il a besoin de vieillir, il est comme la sagesse, le symbole du futur. On peut ainsi mieux comprendre, peut-être, le sens du symbole : Ce n'est pas le principe de totalité, mais bien la brisure qui permet toutes les réconciliations possibles : être ensemble, harmoniser le temps, associer les couleurs et les sentiments, etc. Nous existons dans ces espaces que suggère le dialogue, nous nous construisons dans les silences du Texte.

Essayons maintenant de comprendre la signification de chacune des espèces, à travers les différents voyages.

Premier Voyage. Le Grand Maître répand du blé en signe de fécondité et d'abondance.

Tiré du psaume 72, de la catégorie des psaumes royaux, l'épi de blé symbolise le roi Salomon ses attributs divins et, dans ce premier voyage Il est représenté par le TRGMP qui, tel une divinité de la fécondité, va rendre la Loge fertile. « Je répands du blé dans cette Loge en signe de fécondité et d’abondance. Puissent les bienfaits de la morale s’accroître sous ces auspices et fructifier au centuple ».

Pratiquement toutes les traditions ont donné un sens au blé ou à l'épi de blé :

- L'épi de blé représente l'Arbre de la Connaissance, dans tout ce qu'il implique comme symbole du cycle mystique de la mort et de la résurrection.

- On le retrouve comme emblème d'Osiris, dieu mort et ressuscité.

- Les mystères d'Eleusis l'évoquent à travers le personnage fabuleux de Déméter.

- Jean, dans sa parabole du grain de blé, le représente comme germe de mort et de vie éternelle.

Le blé peut être compris comme un rite de manque plus que de présence ; il est rite du manque de Dieu. En effet, dès les moissons on rappelle l'absence par une symbolique particulière, les gerbes tombées des charrettes à blé ne doivent pas être relevées, elles appartiennent aux pauvres. Du blé, après qu'il a été moulu, doit être prélevée la dîme et, quand le pain est cuit, doit se faire le partage. Tous ces rites marquent l'absence. Le monde ne m'appartient pas et en obéissant aux lois je me dépossède du pouvoir absolu. C'est le sentiment d'absence qui est divin en Dieu, plus que sa présence.

Le blé, évoqué 106 fois dans la Bible, doit aussi être interprété à partir du produit de sa séparation, à savoir le pain. Le pain est fait pour être partagé, il n'est pas ma propriété absolue. Sa fraction est une qualité essentielle, car le pain ne peut m'appartenir que dans le partage. Manger le pain me ramène à la manducation de l'Arbre de la Connaissance : manger me permet de satisfaire un besoin, connaître me permet de m'ouvrir à quelque chose au-delà de moi-même. Manger du pain, c'est donc dénouer cette confusion entre satisfaire un besoin et connaître pour transmettre.

Tout le rituel a pour objectif de sortir de la gratification du quant-à-soi pour entrer dans le souci de l'autre. Tous ceux qui dans l'histoire se sont rassasiés ont disparu, parce qu'ils ont mélangé manger et connaître. De la même manière, le pain, dans la tradition chrétienne, représente la présence de Dieu. Le partage permet la construction de la communauté qui devient, comme dans l'Eucharistie, le corps de la Parole de Dieu. Avec la Cène, on apprend que Jésus fractionna le pain azyme, celui de la Pâque juive qu'il célébrait, et le partagea avec ses disciples. Puis, avec le levain de chaque communauté, ensemble ils firent lever le pain. Ainsi le pain engage dans une relation à l'autre par le partage, c'est la notion de transmission qui est enjeu.

La Parole de Jésus Faites-le en souvenir de moi est évoquée une seule fois pour le pain par Luc (22,19) et deux fois pour le pain et le vin par Paul (Epître aux Corinthiens 11,23). Se souvenir se dit, dans l'hébreu de Jésus, zekher ; c'est le rappel d'un devoir ou l'invocation de la Parole. Invoquer la Parole par le souvenir, c'est donc lui rendre sa signification symbolique par le rituel, qui évoque ce qui est en moi sans que je l'aie oublié.

Quand je pratique le rituel de Pessah en souvenir de la Sortie d'Egypte, comme cela fut fait lors de la Cène, je donne toute sa signification au pain azyme, au pain sans levain. Je fais revivre la mémoire de la transition entre l'esclavage et la liberté, celle qui me contraint à m'assumer.

Le pain azyme symbolise la rupture d'avec tout ce qui était la pâte d'hier, car tout pain levé implique qu'il a perdu toutes les autres manières de lever par l'effet d'un seul levain. Faire lever la pâte humaine, c'est encore un moyen d'interpréter la Parole comme les façons infinies de faire lever le pain. C'est avec le levain des autres, dans la communauté, que je peux participer au lever de la pâte, au polissage de ma pierre pour qu'elle prenne sa place parmi les autres pierres de l'édifice. Mais fraction et partage ne se conçoivent qu'à partir de ce que l'on a vu du rituel, qui est à la fois résurrection et signification, au-delà de la mémoire, comme le double sens donné au mot religion : relire et relier, c'est-à-dire savoir transmettre tout ce qui nous relie par la relecture.

Deuxième Voyage : Le Vin.

Pendant que le Grand Hospitalier lit Néhémie 10-39, le Premier Grand Surveillant dit « Je verse du vin dans cette Loge, en signe de joie et d'allégresse ». Là aussi toutes les traditions se sont emparées du vin et de sa symbolique, aussi riche que délirante. Dans des rituels anciens, il symbolise l'intelligence, Il est le « sang de la vigne », breuvage plein du feu vital, 3000 ans avant J.C. il représente les « yeux d'Horus » :

- Avec Dionysos ou Bacchus, il relevait d'une pratique cultuelle et devait provoquer l'union avec le dieu de I 'Extase.

- Sous la devise « in vino veritas », il servait à démasquer les menteurs.

- Les alchimistes appellent parfois Hermès le vendangeur de l'élixir de longue vie et ils nomment le vin eau de vie qui brûle. Cette conjonction de deux principes antagonistes de l'eau qui brûle, renvoie à la définition des deux éléments, l'eau et le feu, et au thème de l'androgyne primordial et éternel.

En Islam, s'il est un don malfaisant des anges, il permet aux élus d'Allah de s'abreuver au fleuve du Paradis d'où coule le vin qui ne rend pas ivre :

- Cependant chez les mystiques soufis, le vin est exalté comme le symbole de l'accès à l'amour de la divinité. Un grand soufi disait : « avant qu'il y eut en ce monde un jardin, une vigne et du raisin, notre âme était déjà enivrée du vin immortel ».

- Enfin dans la Bible, le vin est employé 209 fois, 177 fois dans le Premier Testament et 32 fois dans le Deuxième. Nous allons donc essayer de déchiffrer quelques-uns des symboles et des allégories qui s'y rattachent.

Comme nous l'avons vu en introduction, le vin apparaît pour la première fois dans la Genèse (9). Noé découvre la vigne et s'enivre de vin au moment où toute la Création est sous les eaux du Déluge. Alors que devenir, que transmettre après la catastrophe ?

Une des possibilités serait de fuir, de quitter l'histoire des hommes, mais Noé choisit de fuir dans l'ivresse, comme pour prendre distance d'avec la complexité du monde. De plus, au lieu d'aider ses enfants, Sem, Ham et Japhet à supporter l'après Déluge, il fait comme ses ancêtres, Adam face à Eve et Cain face à Abel, il ne parle pas, il dort, il offre le silence. Pour rattraper ce dysfonctionnement, le vin sera interprété plus tard comme une réparation. Le vin est donc à la fois un dysfonctionnement et une thérapie, à la fois confusion, puis rémission des péchés.

Voilà comment, après l'histoire de Noé, le vin sera plus tard étroitement lié à la volonté de réhabiliter l'identité paternelle, le sang de la descendance. Ne plus boire, c'est transformer le vin en sang. « Ceci est mon sang a dit Jésus, comme pour inscrire la Parole dans l'ordre de la transmission. Le commentaire talmudique dit que le vin est une nourriture unique qui alimente en même temps le corps et l'esprit. Tout comme la respiration dans sa double fonction : à l'inspiration je reçois et à l'expiration je transmets. Le relais se passe donc entre la mémoire, celle du souffle, et l'histoire, celle de la transmission. Concernant la transformation de l'eau en vin, évoquée seulement par Jean (2,1-12) dans son récit des noces de Cana, on constate que la transformation s'est opérée dans six jarres. Pourquoi 6 quand on sait que c'est le chiffre 7 qui définit l'accomplissement ? Les six jarres seraient donc, comme les six Jours de la Création, le signe de l'inaccompli. Il appartient donc aux disciples, ceux de Jésus comme ceux de l'humanité, de parachever l’œuvre divine. C'est par l'acte des serviteurs » que les miracles s'accomplissent.

Chaque épisode miraculeux a ses relais entre la Parole et ceux qui exécutent la Parole. L'homme est l'artisan de l'histoire. Ainsi, la transformation de l'eau du Nil en sang est exécutée par Moïse ; la multiplication des pains et la transformation de l'eau en vin fut faite grâce à la médiation des disciples, etc.

Le Talmud dit que le monde futur est celui dans lequel on retrouvera le goût du vin gardé dans les grains de raisin depuis la Création. Et comme, aujourd'hui, le goût du jus que nous avons dans la bouche n'est pas celui qui est dans le grain, nous devons viser à retrouver le goût originel. Telle est la leçon du 2eme voyage du rituel de Consécration.

Troisième Voyage : L’huile.

Lorsque le Grand Hospitalier prononce les versets 25 et 26 du chap. 30 du Livre de l'Exode, le deuxième Grand Surveillant déclare : « Je donne à cette Loge l'onction d'huile comme symbole de paix et de concorde ». L'huile fut aussi symbole de lumière, comme, par exemple, avec la fête juive de Hanoucca, mais nous resterons dans cette étude à l'évocation de l'onction, comme symbole également d'abondance, de fécondité ou de purification. En effet, à l'époque biblique, tous les objets destinés à une fonction rituelle étaient consacrés par une onction d'huile ; les prêtres faisaient de même lors des cérémonies d'initiation à la fonction royale ou prophétique. Jacob versa de l'huile sur les colonnes du site d'une révélation divine. La pierre sur laquelle Jacob reposa sa tête et eut la vision de l'Echelle s'appelle la Pierre de l'Onction, Jacob la consacra en l'oignant d'huile. Le Temple de Jérusalem fut oint intégralement, comme le furent la tente d'Assignation et l'Arche du Témoignage. Chez les Grecs il y eut des pierres commémoratives ointes d'huile, comme la pierre de Kronos à Delphes.

L'Evangile de Marc évoque l'acte des Apôtres qui versaient de l'huile sur les malades avant de les guérir. C'est d'ailleurs en se fondant sur cet exemple que l'Eglise fit dans sa liturgie une grande place aux onctions (par exemple avec le saint chrême, cette huile spécialement consacrée). L'eau de la cérémonie chrétienne du baptême va remplacer l'huile de l'onction sacrée. Mais, là encore, les auteurs de notre rituel de Consécration ont voulu marquer profondément la présence de Dieu par ce symbole de l'huile parfumée.

« Tu feras une huile pour l'onction sainte, composition de parfums selon l'art du parfumeur ». L'odorat revêt ici une importance particulière, qui ne manque pas de rappeler le souffle de Dieu dans les narines d'Adam. C'est par les narines que l'homme primordial, l'Adam Kadmon, va recevoir l'âme. Le souffle divin, c'est l'esprit donné à l'homme. Le parfum révèle donc tant la présence divine que l'histoire de l'homme sorti de la glaise pour entrer dans le temps sacre. L'art du parfumeur, celui qui officie pour la composition de l'onction sainte nous montre l'importance de la « praxis ». Cette symbolique nous enseigne « l'art royal », celui qui désigne la Maçonnerie, que certains associent à « l'art sacré » et qui fait transparaître le travail qu'il faut accomplir pour parvenir à la perfection de l'Art. Même emprunté à la maçonnerie opérative, nous devons trouver là toute la force du message de notre Maçonnerie spéculative traditionnelle. Si on retrouve l'huile citée 223 fois dans la Bible, l'onction en tant que telle n'a plus aucune fonction dans le rituel juif depuis la période du Second Temple et n'a plus jamais été utilisée par la suite.

Quatrième Voyage : Le sel.

Le Grand Hospitalier prononce le verset 13 du chap. 2 du Lévitique et le Grand Maître dit: « Je répands du sel dans cette Loge pour symboliser l'hospitalité et l'amitié. Puissent la prospérité et le bonheur régner dans cette Loge jusqu 'à la fin des siècles ». Parmi les quatre espèces, le sel est celui qui est le moins cité dans la Bible, puisqu'il n'apparaît que quatre fois, mais il n'en revêt pas moins une grande importance effective et symbolique. Le sel, qui doit accompagner toute offrande (Lév 2,13), a une vertu de conservation. Mais « stériliser », dans le sens de purifier, a pu aussi être interprété dans le sens négatif de « stérilité ». Certains conquérants répandaient du sel sur les terres conquises pour les rendre à jamais stériles. La transformation de la femme de Loth en statue de sel pouvait, elle aussi, signifier cette volonté de « stériliser » la mémoire des temps de Sodome et Gomorrhe et ce dans les deux sens : purifier le temps de l'histoire et rendre stérile l'espace de l'avilissement de l'homme.

Le sel rentre également dans cet esprit de partage que nous avons évoqué pour le pain : Tu partageras le pain et le sel. Si le pain a une durée de vie éphémère, le sel, par sa capacité à conserver, vient apporter le complément indispensable à tout élément duel. Le couple pain-sel trouve ainsi sa justification dans le cadre de l'hospitalité, celle du partage dans la durée. Le sel avait sa chambre dans le Temple ; il servait à chaque sacrifice : l'offrande devait être saupoudrée pour la conserver. Ainsi, dans la mesure où le sel est l'espèce qui permet de conserver, une alliance éternelle est décrite, dans le Livre des Nombres, comme « une alliance par le sel ».

La Loi juive exige de saupoudrer de sel le pain mangé au début d'un repas. Outre la justification que nous pouvons trouver dans ce nouveau couple pain et sel, selon l'explication populaire il s'agit d'un acte symbolique qui, après la destruction du Temple, fait de la table du repas un substitut de l'autel où l'on salait les sacrifices. Le sacrifice étant un « repas » offert à Dieu, il devait avoir le goût du sel, tout comme la saveur de l'Alliance éternelle, dans son esprit de conservation-purification perpétuelle. C'est la saveur du sel qui dure dans le temps. On pourrait noter que l'hospitalité et l'amitié sont souvent prétextes à de savoureux repas. Dans le Deuxième Livre des Rois, Elisée purifie une source en y jetant du sel et Jésus, dans son Sermon sur la montagne, dit à ses disciples vous êtes le sel de la terre ; cependant que saint Jérôme appelle le Christ lui-même « sel de la délivrance ».

Le sel apparaît dans pratiquement toutes les mythologies. Homère le considérait comme une substance divine ; il était employé dans les sacrifices expiatoires en signe de purification symbolique, considéré comme l'offrande la plus agréable aux dieux. Les mythes syriens rapportent que l'homme a appris l'usage du sel par les dieux eux-mêmes. Les démons sont censés détester le sel. Le langage alchimique assimile le sel à un troisième principe originel principe neutre, celui de la cristallisation qui représente la partie stable de l'Etre, du point de vue intellectuel, moral et physique.

En alchimie, le sel est aussi appelé sel universel et il est parfois opposé à l'esprit, à son aspect évanescent. Et Si le sel figure parmi les « instruments » du Cabinet de Réflexion, il justifie alors pleinement, pour le futur Initié, le symbole d'hospitalité que nous venons d'évoquer et il sera plus tard pour lui symbole de pondération.

Les mots français « salaire » et anglais « salary » découlent de l'expression « salarium argentium », par laquelle on désignait les rations de sel spéciales dont étaient munis les soldats romains. Ne vient t’on pas en maçonnerie pour pour y recevoir notre salire, rappelons nous la fermeture des travaux au REAA « F\ Second Surveillant où les apprentis reçoivent-ils leur salaire ? »

Puis cette partie de la consécration se poursuivra par le rituel de l’encensement du Temple qui atteste la présence de Dieu au sein de la Loge, présence « cachée » comme doivent rester cachés le Visage et le Nom de Dieu. La cérémonie se terminera par la deuxième partie de la prière dédicatoire.

En conclusion il me semble qu’ils nous appartient de toujours nous considérer comme les symboles que nous « manipulons » pour mieux connaître notre propre spécificité. Et chacun de nos actes doit en permanence nous laisser dans cette perspective de signifier les attributs, les évocations ou les descriptions de ces symboles. Si nous ne faisons que les évoquer lors de la « récitation » de nos rituels sans en sentir le sens profond et sans les intégrer pleinement, nous manquons notre mission de Maçons.

En consacrant notre Loge, le Grand Maître et ses Grand Officiers Installateurs ne font que nous rappeler notre condition d'hommes ouverts au partage, à l'hospitalité, dans la joie, la paix, la concorde et la fraternité.

source : www.ledifice.net

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Portraits de chanoinesses, avec de nouveaux documents sur l'Agent Inconnu

22 Juillet 2014 , Rédigé par Françoise HAUDIDIER Publié dans #Rites et rituels

"Où ai-je appris à écrire ? Dans le Silence d’une retraite, accablée d’une longue maladie et ne considérant qu’un dépérissement prochain. J’ai cru à la batterie qui me surprit et effraya ma raison. Seule, et en présence du Tout-Puissant, j’ai invoqué mon ange gardien, et la batterie m’a répondu. Voilà le commencement. Alors je le confesse, et je me le suis souvent reproché".

Marie Louise de Vallière à Jean-Baptiste Willermoz, 26 Juillet 1806

Nous sommes, tard dans la nuit, le Mardi 5 Avril 1785, Jean-Baptiste Willermoz et deux de ses proches : l’imprimeur éditeur Perisse Duluc et, car on ne le saura jamais, soit Paganucci comptable de son état, soit le lieutenant-colonel Gaspard de Savaron, ces trois personnes, reçoivent ce soir là, une bien étrange visite assortie d’une bien étrange révélation, qui encore aujourd’hui marque le Régime Ecossais Rectifié…

En effet, un messager, qui n’est autre que Pierre-Paul-Alexandre de Monspey se présente à eux. C’est un gentilhomme beaujolais, Commandeur de l’Ordre de Malte, membre de la Loge La Bienfaisance, Loge créée par Jean-Baptiste Willermoz, il est Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte (Paulus eques a Monte Alto) et Grand Profès. Il apporte à Willermoz 11 cahiers rédigés par sa sœur Marie-Louise de Monspey dite Madame de Vallière, qui sous l’emprise d’une force extranaturelle et sous l’emprise de ce qu’elle appelle des "batteries", sortes de coups qu’elle reçoit dans son corps, écrit ce qu’un être supérieur lui fait écrire. Ces cahiers sont destinés à Willermoz lui-même, qui dans un premier temps est surpris, mais qui très vite eu égard à la foi qui est la sienne, eu égard à ses croyances et aux pratiques qui lui ont été enseignées par Martines de Pasqually ne peut douter de la véracité de ce miracle, qui de plus tombe bien, dans un contexte où en 1785 son système maçonnique est encore loin d’être stable…

Tout d’abord, parlons de Remiremont, c’est une petite ville de 8000 habitants aujourd’hui, et qui se trouve près d’Épinal. Cette petite ville présente la caractéristique de pouvoir suivre sans interruption, son histoire pendant quatorze siècles, depuis le monastère fondé au début du VIIème siècle dans cette montagne vosgienne, en passant par le plus prestigieux chapitre féminin noble d’Europe du XVIIIème siècle jusqu’à la ville actuelle. Abbesses et chanoinesses, " les Nobles Dames de Remiremont " ont laissé partout dans la ville leur empreinte prestigieuse…

En ce qui concerne l’histoire de Remiremont et de son Chapitre, je vous renvoie bien sur, pour ceux que cela intéressera, à l’article de Renaissance Traditionnelle : "Portrait de Chanoinesses" qui reprend le travail de Françoise Haudidier et vous pourrez trouver en notes, une histoire abrégée de ce même chapitre. Alors, que nous dit cet article, en fait le Chapitre était "une maison d’éducation pour filles qui n’avaient pas forcément la vocation religieuse, qui constituait un refuge pour des veuves, des amoureuses déçues, des princesses sans fortune, mais à qui l’abbaye dispensait à toutes, les honneurs dus à leur rang." Mais revenons à cette étude lorsqu’elle traite des chanoinesses de Monspey, car Mme de Vallière est l’une des ces Chanoinesses.

Elles sont filles du comte Joseph-Henry de Monspey originaire de Vallière en Beaujolais. Vous allez voir dans la présentation des cinq sœurs les difficultés de recherche, car les prénoms des sœurs sont très proches les uns des autres… On apprend de plus, que la seconde, va fonder une sorte, nous dit Françoise Haudidier, une sorte de république pastorale inspirée de l’Astrée ce roman fleuve du XVIIème, donnant pour rajouter un peu plus à la confusion, des surnoms de bergers ou de héros à chacune de ses sœurs ! Confusion renforcée par le fait qu’outre les prénoms ressemblant, le père leur donnera aussi un nom correspondant à l’une de ses terres. On retrouve donc :

  • Marie-Louise de Monspey dite "Eglé de Vallière" ou encore Madame de Vallière. C’est, je dirai, celle qui nous intéressera par ailleurs, elle est l’ainée des cinq sœurs qui toutes entreront au Chapitre et feront preuve à l’image des fameux cahiers d’une foi catholique puissante. Elle nait en 1731, mais n’entrera que la dernière au Chapitre en 1776.
  • Marie-Louise-Catherine de Monspey dite "Bergère Annette" ou "Annette de Charentey", née en 1734 et qui entre au chapitre en 1765
  • Marie-Reine-Aimée de Monspey ou "Laure de Vury", née en 1736 et entre au chapitre en 1766.
  • Pauline de Monspey ou "Pauline d’Arma" devenue chanoinesse en 1772, et
  • Catherine-Elise de Monspey ou "Sylvie d’Arigny" entrée elle en 1775 où elle succombera 7 ans plus tard de brûlures…

Les cinq sœurs passent pour avoir été des poétesses, la Maison de Monspey étant dite "chérie des muses" par Alice Joly, on sait leur intérêt pour la culture et la lecture de l’époque. Ce sont à la fois des bienfaitrices, qualifiées de "Bonnes fées" des pauvres, mais aussi de, on peut le dire avec une connotation qui nous est chère, de véritables "cherchantes", curieuses de tout en ce temps des Lumières. Elles lisent Buffon, "grattent" du côté des expériences de Lavoisier ou de celui des expériences de physique de l’abbé Nollet. Elles portent aussi et surtout, pour nous, un grand intérêt aux sociétés Mystiques Lyonnaises, au sein desquelles : les courants s’intéressant au magnétisme et aux guérisseurs, courants dans lesquels Mesmer, le Marquis de Puysegur et autres Cagliostro occupent une part prépondérante.

Nous l’avons dit Marie-Louise de Monspey entre au chapitre en 1776, elle est âgée de 45 ans, on sait qu’elle ne fait que de courts séjours à Remiremont.

Nous avons donc vu dans la première partie de ce travail, les liens entre Jean-Baptiste Willermoz et l’Agent Inconnu. Nous avons également parlé de l’épisode qui vit la substitution du mot du premier grade Tubalcaïn par Phaleg. Pourquoi sur plus d’une centaine de propositions Willermoz n’a-t-il quasiment retenu que celle là ? Alors intéressons nous de plus près, à la fois à l’aspect historique de cette substitution et bien sur à l’aspect symbolique de ce mot de ce nom devrait-je dire, tant en regard de l’histoire Biblique, de l’enseignement de Martines de Pasqually et de la transmission de cet enseignement par le vecteur Jean-Baptiste Willermoz, au Régime Ecossais Rectifié.

Alors tout d’abord et tout simplement en terme historiques, souvenons nous quelques instants de ce que dit l’Agent Inconnu à Willermoz au sujet de Tubalcaïn : "c’est un nom d’abomination", car Tubalcaïn est "coupable des plus honteuses prévarications", qu’il n’apprit l’art du travail des métaux et la maîtrise du feu que par des voies profanatrices et sataniques. Alors que se passe-t-il lorsque Willermoz reçoit cette injonction de l’Agent Inconnu de changer le mot ? Willermoz se plonge une nouvelle fois dans les Cahiers des Grades maçonniques, ce sont ceux qui avaient été définis au Convent des Gaules en 1778, et confirmés au Convent de Wilhemsbad en 1782. En fait Willermoz parait ennuyé avec cette révélation, on peut penser que déclarer ouvertement ce changement eut été montrer que tout le travail effectué depuis des années, l’avait été sous le sceau de l’esprit pervers. Alors il va tenter la substitution "en douce", arguant que la décision avait été prise à Wilhemsbad, et donc le dimanche 5 mai 1785 le Directoire Provincial d’Auvergne avec à sa tête le Chevalier Gaspard de Savaron officialise la décision. Avant cela Savaron lu la communication de Willermoz en vue de cette substitution, écoutons le Mystique Lyonnais :

"C’est que Tubalcain qui fut fils de Lamech le Bigame et de Stella fut le premier qui ait connu l’art de travailler avec le marteau et fut habile en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer, c’est pourquoi il est appelé l’inventeur, le Père de l’art de travailler les métaux… Mais on n’a pas remarqué que c’est une contradiction de donner à l’apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous ses métaux qui sont l’emblème des Vices. En effet d’un côté on lui apprend que ce n’est point sur les métaux que le vrai maçon doit travailler ; et de l’autre on le met dans le cas de croire que Tubalcain le père et l’inventeur du travail sur les métaux serait le premier instituteur de la maçonnerie élevée. Si Tubalcain fut le fondateur d’une initiation quelconque, on voit quel devrait être l’objet, et le but par ce qu’en dit l’Ecriture, et dans ce siècle où tant de maçons s’occupent de l’Alchimie, un Régime qui en connaît les dangers ne doit pas conserver un nom qui ne s’est perpétué que par l’ignorance, ou le défaut de plusieurs qui n’ont pas aperçu ce rapport et cette inconséquence, et sont encore par là liés à ceux qui s’occuperaient à imiter Tubalcain qui le premier a touché les métaux. Si de cette observation on pousse à l’examen du temps, auquel vécut Tubalcain, on voit que c’est avant le Déluge, fléau par lequel Dieu voulut effacer de dessus la terre les ouvrages des hommes. Tout ce qui remonte à cette époque ne doit pas paraître pur, et l’on doit craindre de tenir à quelques-uns de ceux qui ont attiré la colère de Dieu sur les hommes. Si l’initiation de Tubalcain s’est propagée, elle est impure, et il paraîtra important de rompre tous les rapports avec lui, puisqu’on fait quitter aux maçons tous les métaux, emblème vrai et retenu de tous les régimes, comme pour les séparer… C’est donc après le Déluge au temps de la confusion des langues qu’on trouve la raison de la fondation d’une initiation secrète qui a dû se perpétuer et qui est l’objet de la recherche des maçons. Une étude de la vérité faite dans des intentions pures a conduit à apprendre que c’est dans les documents de Sem qu’il faut chercher la fondation de la vraie initiation. Sem fut béni par Noé et l’on est fondé à croire que Phaleg, fils d’Heber et descendant de Sem, qui fut père de Tous les enfants de Geber, est le fondateur de la seule vraie initiation et ce motif parait déterminant pour substituer au nom de Tubalcain, celui de Phaleg. Cham, maudit par Noé, aura eu son initiation : tout l’atteste, et que son mot de ralliement ait été Tubalcain. Il est l’emblème des vices, et il convient aux enfants de Chanaan qui l’auront transmis ; mais on doit se rappeler qu’il est dit : "- Que Chanaan soit maudit, qu’il soit à l’égard de ses frères l’esclave des esclaves."

Jaloux de descendre de Sem les vrais maçons doivent s’empresser de se séparer à jamais des enfants de Chanaan…" Nous pourrions donc arrêter notre travail historico-symbolique, tellement tout est dit… Mais continuons un peu, et notamment avec la lecture du compte rendu du Directoire qui arrête unanimement, définitivement et pour toujours : "Que le nom de Tubalcain serait supprimé et remplacé par celui de Phaleg dont on donnerait l’explication vraie à l’apprenti, que ce changement aurait lieu pour la première assemblée de la Loge de la Bienfaisance et le plus tôt possible dans celle du district. Qu’à l’avenir il ne sera plus demandé ce mot de passe aux FF visiteurs, parce qu’on ne pourrait pas sans inconséquences les recevoir en donnant un mot proscrit. On se contentera des mots du Grand Orient de France plus secrets que celui de Tubalcain, en usant de tous les ménagements et remplissant les égards que la fraternité commande, ils se retireront et useront en tout de toutes les précautions que la prudence leur suggérera pour ne point blesser les Loges qui ne verraient pas le même danger à conserver ce mot proscrit parmi les frères du district.

Afin que les Loges constituées par le Directoire n’en prétendent cause d’ignorance et ayant à s’y conformer, expédition en forme sera envoyée à chacune d’elles, les invitant à ne point s’écarter sous quelque prétexte que ce puisse être de cet arrêté fait en connaissance de cause, comme aussi à déclarer dans un court délai si elles ont mis en exécution le changement dont il s’agit.

Arrêté que la présente délibération sera envoyée à S.A.S. le Sérénissime Grand Maître Général de l’Ordre, le Frère Prince Ferdinand Duc de Brunswick et à S.A.S. le Sérénissime Frère Prince Charles de Hesse-Cassel, persuadé que ces deux illustres frères de ce district dans le changement de mot de passe s’emploieront de tout leur pouvoir pour le faire adopter dans tous les établissements du Régime. Pareil envoi sera fait à sa grandeur le Maître Provincial du Ressort, le Sérénissime Frère Duc d’Havré et de Croÿ qui a approuvé les délibérations des Directoires, ayant eu communication particulière des motifs qui doivent le déterminer, le priant d’en maintenir de tout son pouvoir l’exécution.

Enfin comme ce changement tend à établir une différence essentielle, dans les recherches de la vérité maçonnique et que le mot de Tubalcain a été conservé sans y avoir fait beaucoup d’attention dans ce Régime, pour qu’il n’y ait point de différence, les autres Directoires seront invités à prendre en considération les motifs ci-dessus allégués, et à cet effet, copie en forme leur sera adressée par le Chancelier Général du Ressort, ce qui fera connaître la raison d‘un changement qui à défaut de motif pourrait paraître arbitraire et trop précipité ; le Directoire d’Auvergne cherchant tous les moyens de rapprochement de la vérité, et à entretenir les liens de fraternité".

C’est signé Willermoz aîné. Et suivi de la mention : "Expédition pour être déposée dans les archives de la respectable Loge de la Triple Union à l’Orient de Marseille, que je certifie conforme et véritable".

Ainsi aujourd’hui encore au Régime Ecossais Rectifié, et depuis 1785, puisque dans le rituel de 1782 il n’apparaît pas encore, "le mot des Apprentis qui leur sert de mot de reconnaissance est Phaleg", c’est ce mot qu’il faudrait utiliser en cas de tuilage par le Maître de Cérémonie. En effet les instructions par demande et réponses nous le rappellent : "c’est le nom du fondateur des bonnes et véritables Loges", mais surtout, il "sert aux Apprentis […] à leur faire obtenir l’entrée en Loge». Nous pouvons poser là le problème du mot de tuilage à répondre lors d’une visite dans une Loge qui ne serait pas rectifiée… Certes le Frère ou la Sœur Tuileur, Couvreur ou Expert garant de la couverture de cette Loge est censé connaître tous les mots de semestres de toutes les obédiences et tous les mots spécifiques de chaque rite, mais nous savons que la perfection n’est pas de ce monde, et souvent afin de faciliter l’accès, il convient de donner le mot d’Apprenti, à savoir pour l’Ordre Rectifié : Jakin. Et c’est ainsi à peu près tout ce que l’on trouve dans le rituel, les instructions, l’instruction morale sur Phaleg…

Nous l’avons vu, l’adoption de Phaleg n’est pas apparue lors d’un Convent, elle n’a été ratifiée par aucune autorité réellement légiférante, ainsi au sein même du Régime Ecossais Rectifié contemporain, il est des courants de pensée, dont Jean Saunier se fit le porte parole, tendant à vouloir supprimer purement et simplement Phaleg pour un retour à Tubalcaïn… Mais encore faudra-t-il avoir l’aplomb de s’opposer à Jean-Baptiste Willermoz…

Enfin, si l’on veut approfondir le symbolisme de ce nom, il nous faut nous tourner vers "la loi qui était conservée dans le sanctuaire du temple, et que tout franc-maçon doit méditer" à savoir la Bible, et sa lecture faite par Martines de Pasqually dont nous le savons, Willermoz fit l’enseignement sous-tendu de notre Régime Rectifié…

Alors voyons qui est Phaleg que l’on rencontre aussi sous la forme Péleg. C’est dans Genèse X et XI que l’on rencontre Phaleg de la lignée de Sem qui est l’un des trois fils de Noé, mais qui surtout appartient à la lignée de Seth dont "la postérité fut nommée enfants de Dieu et non pas enfants des hommes » nous dit Martines de Pasqually. Phaleg est fils de Héber, celui là même nous dit Serge Caillet qui aurait donné l’hébreu. Arrêtons-nous un instant, car nous avons vu et nous comprenons aisément l’intérêt de se démarquer de la lignée Kaïnite porteuse d’un lourd fardeau. De la même manière, si l’on considère comme Chauvet que "le récit du Déluge, correspond à la partie finale, à l’effectuation du monde, qui devait se faire sous le d’Adamqui ayant failli à sa mission, sera remplacé par Noé, qui réalisera la Création telle que l’Eternel l’a voulue", ainsi on comprend aussi pourquoi c’est le Patronage d’un descendant de Sem et non pas d’un membre de la lignée de Cham qui va être choisi. On peut noter également au passage que si l’on prend pour an 1 de référence l’assassinat d’Abel par Caïn que Phaleg nait en 1757, soit 100 ans après la fin du Déluge. Au sujet de Phaleg, les grandes lignes que l’on rencontre dans la littérature, sont les suivantes : le nom tout d’abord selon l’origine hébraïque signifie alternativement : séparer, diviser (FaLaG) ; ruisseau, cours d’eau (FéLeG) ; moitié, fraction (FéLèG) ou enfin cours d’eau, courant, groupe ou à nouveau division, schisme (FéLaGaH), on pourra aussi voir dan la racine Phal la notion d’élection et de germination. La valeur numérique de Pélèg est 113, mais comme j’en suis bien incapable je n’insisterai pas sur les notions de valeurs numériques de type arithmosophie ou de type Guematria liées au nom de Phaleg, d’autres l’ont fait bien avant et bien mieux… Toutefois il est un élément qu’il nous faut envisager à ce point, c’est le lien entre Phaleg et la Tour de Babel dont il fut contemporain, sans en être en aucun cas comme cela peut être écrit parfois, l’architecte. Parlons brièvement de la Tour : on trouve dans la Genèse qu’elle fut construite afin de relier la terre et le ciel, par l’humanité qui devait être unie par une seule et même langue, et en l’occurrence celle d’Adam... Dieu prenant ombrage de cet excès de zèle, multiplia les langues, ce qui fait aussi de Héber nous l’avons vu, le père de l’Hébreux: dans la confusion, les hommes ne se comprenant plus, la construction s'arrêta, et les hommes furent dispersés à la surface de la terre. En fait dans la tradition juive, Phaleg, ancêtre d’Abram qui deviendra Abraham, père des croyants, Phaleg donc, prophétise ce que nous venons de décrire, à savoir la dispersion des constructeurs et ses conséquences… Phaleg est ainsi un rappel de ce que nous devons éviter, mais aussi de ce que nous avons à racheter, comme l’est "adhuc stat", comme l’est la Perpendiculaire, comme l’est l’axe Justice-Clémence Car outre le mystère de la naissance des langues, et épisode nous montre une nouvelle fois une application de la Justice Divine à la suite d’une nouvelle prévarication… En effet, une nouvelle fois nous touchons du doigt les dangers de vouloir se placer à l'égal de Dieu, de le défier par notre recherche de la connaissance. Notons toutefois ici, que cette fois la Chute n’est pas le fait d’une personne, comme Adam ou Caïn, mais d’œuvre d’un collectif, qui n’est ici rien d’autre que l’Humanité… Alors, on nous dit souvent au Régime Ecossais Rectifié, que ce travail sur la Pierre Brute que nous sommes tous individuellement, cette recherche de la Vérité, cette quête de ce qu’il y a dans notre Cœur, va nous aider égoïstement à nous réintégrer plus vite individuellement. J’ai ici la prétention de penser, que quelque part, ce travail individuel de la pratique des Vertus, même si pour quelques uns d’entre nous ne nous permettra pas d’être canonisés, ne sera en tous cas nullement inutile, dans le sens où quelque part il contribuera à la Réintégration, même lente, de l’humanité toute entière.

Source : Renaissance Traditionnelle N°48 – Octobre 1981. p 258 – Tome XII

Commentaires : Willermoz influencé par l’ « Agent Inconnu » ?.... Entre les « opérations » de Martines de Pasqually et les « batteries » de Marie Louise de Vallière il est facile de se perdre… La question est de savoir pourquoi un Frère aussi brillant s’est fourvoyé dans des élucubrations aussi farfelues.

Une autre question : Pourquoi Willermoz, entouré d’aristocrates et possédant des liens privilégiés avec un Duc et un Prince n’est jamais devenu Chevalier à minima ou noble ? Ne me dites pas que c’est parce qu’il ne l’a pas voulu ! Après avoir lu les livres d’Alice Joly et de René Le Forestier, je sais que Willermoz était ambitieux, pour la Franc-Maçonnerie et pour lui-même. Alors qui a la réponse ?

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