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Résultat pour “Noé”

COLONNES et TRADITION

6 Avril 2012 , Rédigé par robert Publié dans #Planches

Refaisons le point :

Afin de ne pas se noyer dans un amas de faits au point de n’y plus s’y retrouver, avant d’aller plus loin faisons donc le point.

Qu’avons nous établi à ce point de ce bref survol du symbolisme zodiacal ?

D’abord, Moïse se servait certainement du symbolisme zodiacal car on ne peut pas mettre sur le compte du pur hasard ( au sens matérialiste) un aussi grand nombre de concordances ;

Ensuite Moïse avait non seulement observé que le soleil d’équinoxe se levait, de son temps, dans le Bélier ( c’était facile), mais il avait certainement compris le mécanisme de la précession, grâce auquel du temps d’Apis, le soleil de printemps se levait dans le Taureau…… ;et dans les gémeaux au temps de Noé ;

Puis, les données historiques et le raisonnement scientifique montrent que ce mécanisme, connu de Moïse n’était plus connu des prêtres de Pharaon ;

Et enfin que Moïse avait ajouté le fignolage du « veau, fils du taureau »

Peut-on alors déduire de tout cela qu’il n’y a aucune différence entre le symbolisme du « Dieu hébreu » et celui du « Dieu pharaonique », et de là à conclure que le « Dieu chrétien », identique au « Dieu hébreu » n’est qu’un avatar du « Dieu pharaonique » ?

Essayons :

 

Le Dieu chrétien

Lorsque le point vernal sort du bélier, il entre dans les Poissons. Lorsque le passage de bélier en Poisson approche, il suffit d’être « mage » pour chercher « l’étoile » à partir de laquelle on pourra crier : «  Hosanna, nous voilà dans les Poissons ! »

Ces mages sont trois, leur aventure est connue. Ils annoncent l’entrée dans le « jour » de la Nouvelle Alliance………..et brandissent le symbolisme zodiacal qui n’a pas varié depuis les origines de la religion d’Apis.

Le Christ prend pour symbole principal les Poissons, et pour symbole annexe……opposé……..la Vierge !

On pourrait s’étonner que la Vierge soit présente dans le symbolisme chrétien…….;si prude….D’ailleurs, Calvin en tête, tous les penseurs dont s’enorgueillit la Renaissance en ont fait des gorges chaudes et nous ont légué des plaisanteries d’un goût pas toujours très sûr…..Quand on réfléchit un tant soit peu, il est possible que l’on soit obligé de donner raison à ces humanistes renaissants ; la Vierge est aussi incongrue que l’Arc dans la nue ; que le Scorpion chez Apis ; que la balance pour figurer la Justice chez Moïse……Oui, on ne peut leur donner tort…et pourtant…tout laisse à croire qu’ils ne savent pas de quoi ils parlent !.

La Vierge est nécessaire comme annexe aux Poissons dans la symbolique de cette religion zodiacale qu’est le christianisme……et simplement incongrue uniquement si le christianisme n’est pas une religion zodiacale. !

Je pense qu’il est bon ici de rappeler un détail qui échappe souvent à bon nombre d’amateurs de théologie : tout comme la sortie d’Egypte répétait un thème traditionnel, la naissance de Jésus répète celle de Dionysos, fils de Sémélé, vierge de sang royal et de Zeus…..La Nouvelle Alliance tenait à s’apparenter à la Tradition grecque en même temps qu’à l’Hébraïque ( j’en ai déjà parlé dans mon petit commentaire portant sur les sources du mysticisme)

On trouve d’ailleurs, à ce que je viens d’énoncer, une « confirmation sous forme de démenti » ; C’est dans les écritures : Les Pharisiens refusent la Nouvelle Alliance. Ils refusent à Jésus le droit de « prendre sur lui la peine des hommes ». En ce sens, ils se cramponnent au symbolisme des Poissons…….Ils soutiennent que c’est au Peuple Elu entierde se « disperser à la surface de la Terre, comme les Poissons dans la mer »…….Reste la Vierge…

Pas question pour les Pharisiens d’accepter Marie dont les Esséniens hellénisés ont fait un avatar de Sémélé. Pour les Pharisiens, la Vierge, c’est Eve…….son rôle pendant le « jour » des Poissons sera simplement « d’enfanter ……..le Messie du Verseau ! »

Sommes nous à ce stade de ce pensum dans des sables mouvants, de l’imagination libérée par Freud qui voit un phallus dans tout ce qui est droit, et un vagin dans tout ce qui est arrondi, qui trouverait à justifier n’importe quel symbole pour n’importe quelle démonstration ?…….Non, pas du tout…..d’ailleurs :

Eve en hébreu cela s’écrit en trois lettre : heith, waw, hé, dont la valeur numérale totale est 19.

Pendant les 19 siècles écoulés entre la Dispersion d’Israël à la surface de la terre en l’an 70 et la délivrance de Jérusalem – en 1967 avec la guerre du kippour – nous avons deux interprétations du symbolisme zodiacal, ce qui donnerait raison aux humanistes patentés a qui la pensée médiévale ( pourtant détentrice de la vrai Tradition) hérisse le poil…….uniquement si les deux interprétations n’étaient parfaitement parallèles :

Or :

-          -l’Eglise n’a jamais cessé d’affirmer que le Christ est venu afin de prendre sur lui la peine des hommes

-          -la Dispersion du peuple qui refuse de se décharger de sa peine sur le Christ aura duré 19 siècles !

Ces deux interprétations sont donc restées parallèles 19 siècles durant.

Israël n’est plus ( presque) dispersé, l’Etat d’Israël a ( presque) retrouvé Jérusalem. Pour la «  branche pharisienne » tout se passe comme prévu au programme par le symbolisme zodiacal…..

Et l’Eglise ? Pour que le parallélisme rigoureux ( les parallèles ne se rencontrent pas, quand le parallélisme est rigoureux) qui est évident au long des 19 siècles de la Dispersion, reste rigoureux, il faudrait que l’Eglise envisage un « événement » comparable, pour sa théologie, à l’événement théologique qu’est pour Israël la délivrance de Jérusalem……… Quoi donc alors ?…….la ……Parousie peut être ?

( à suivre

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Pratique des différents Rites Maçonniques connus

24 Novembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Rites et rituels

Intitulé     Rite Nb Rituels Réponses au sondage Pourcentage

Rite Ecossais Ancien et Accepté REAA 79 394 70,74

Rite Français RF 18 76 13,64

Rite Ecossais Rectifié RER 54 27 4,85

Rite de Memphis Misraïm RMM 3 25 4,49

Rite Emulation RE 29 15 2,69

Rite Français Groussier RFG - 4 0,72

Rite Opératif de Salomon ROS 3 4 0,72

Rite Français Moderne RFM - 3 0,54

Rite Français Moderne Rétabli RFMR 13 3 0,54

Rite de la Stricte Observance Templière RSOT 7 2 -

Rite d'Ambelain RA - 1 -

Rite Moderne Belge RMB - 1 -

Rite d'York RY 8 1 -

Rituel 1820 R 1820 3 - -

Rituels Divers R Div 7 - -

Rituel "Luguet" R Luguet 3 - -

Rite Ancien et Accepté RAA 3 - -

Rite Anglais Ancien Accepté RAAA 3 - -

Rite Anglais de Bristol RAB 3 - -

Rite Anglais d'Oxfordshire RAO 4 - -

Rite Croix Rouge de Constantin RCRC 1 - -

Rituels du Duc de Chartes 1784 RDC 1784 3 - -

Rite Ecossais 1800 RE 1800 35 - -

Rite Emulation Hauts Grades RE HG 23 - -

Rite Ecossais Philosophique RE PH 3 - -

Rite Ecossais Primitif RE PR 15 - -

Rite Ecossais Primitif H.G. RE PR HG 6 - -

Rite Ecossais Ancien et Accepté H. G. REAA HG 93 - -

Rite Ecossais Ancien et Accepté "Molay" REAA M 19 - -

Rite Elu Coën REC 33 - -

Rite Ecossais Rectifié H.G. RER HG 18 - -

Rite Ecossais Théurgique RET 3 - -

Rite Ecossais Théurgique Hauts Grades RET HG 10 - -

Rite Français 1783 RF 1783 4 - -

Rite Français 1783 Hauts Grades RF 1783 5 - -

Rite Français 1818 RF 1818 3 - -

Rite Français 1818 Hauts Grades RF 1818 4 - -

Rite Français Cérémonies RF C 4 - -
Rite Français Hauts Grades RF HG 32 - -

Rite Forestier / Carbonari RFC 5 - -

Rite de la Grande Loge de l'Etat d'Israël RGLEI 3 - -

Rite Grades Maçonniques Alliés RGMA 4 - -

Rite Irlandais RI - - -

Rituel des Loges de Lyon 1772 RLL 1772 1 - -

Rite de Misraïm RM 15 - -

Rite de Misraïm 1820 RM 1820 3 - -

Rite Martiniste Rma 5 - -

Rite Martiniste Hauts Grades Rma HG 4 - -

Rite Martinisme "Baylot" RMaB 26 - -

Rituels du Marquis de Gages 1763 RMG 1763 3 - -

Rite de Memphis Misraïm H.G. RMM HG 32 - -

Rituel de Maître Marin de Noé RMMN 1 - -

Rite de Memphis Misraïm Rétabli RMMR 25 - -

Rite Maîtres Royaux Choisis RMRC 1 - -

Rite de Misraïm Venise RMV 3 - -

Rite de Misraïm Venise 1788 RMV 1788 90 - -

Rituel Naasènees RN 1 - -

Rite Nautoniers de l'Arche Royale RNAR 1 - -

Rituel de l'Ordre des Fendeurs - 18éme ROF - - -

Rite Opératif de Salomon Hauts Grades ROS HG 1 - -

Rituel du Prince de Clermont RPC 3 - -

Rite Rose-Croix A.M.O.R.C. RRCAMOR 27 - -

Rite Scottish Craft Rituals RSCR 11 - -

Rite Standard d'Ecosse RSE 12 - -

Rite Standard d'Ecosse Hauts Grades RSE HG 4 - -

Rite de la Stricte Observance Templière HG RSOT HG 5 - -

Rite de Venise RV 3 - -

Rite York H.C. RY HC 9 - -

Rite d'York Hauts Grades RY HG 13 - -

Rite d'York Arche Royale Américaine RYARA 6 - -

Rite d'York Croix Rouge de Constantin RYCRC 3 - -

Rite York Maîtres Royaux Choisis RYMRC 8 - -

Rite d'York Nautoniers de l'Arche Royale RYNAR 1 - -

 

Source : http://www.ledifice.net

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FILIATIONS APOSTOLIQUES DE L’EGLISE GALLICANE APOSTOLIQUE

17 Mars 2012 Publié dans #spiritualité

1 Saint Pierre, Apôtre 38

2 Evodius 40

3 Ignace I, martyr 43

4 Aaron 123

5 Corneille 137

6 Eados 142

7 Théophile 157

8 Maximin 171

9 Séraphin 179

10 Asclépiade, martyr 189

11 Philippe 201

12 Zébinus 219

13 Babylas, martyr 237

14 Fabius 250

15 Démétrius 251

16 Paul I 259

17 Domnus I 270

18 Thimothée 281

19 Cyrille 291

20 Tyrantus 296

21 Vitalius 301

22 Philogone 318

23 Eustache 323

24 Paulin 338

25 Philanibus 383

26 Evagrius 386

27 Phosphorius 416

28 Alexandre 418

29 Jean I 428

30 Théodote 431

31 Domnus II 442

32 Maxime 450

33 Accace 454

34 Martyrius 467

35 Pierre II 464

36 Philade 500

37 Serverius le Grand 509

38 Sergius1 544

39 Domnus III 5472

40 Anastase 560

41 Grégoire I 564

42 Paul II 567

43 Patra 571

44 Domnus IV 586

45 Julianus 591

46 Athanase le Chancelier2 595

47 Jean II 636

48 Théodore I 649

49 Severus 668

50 Athanase II 684

51 Julien II 687

52 Elie I3 709

53 Athanase III4 724

54 Evanius I 740

55 Servais I 759

56 Joseph 790

57 Cyriaque 793

58 Denys I de Tel-Mahré5 818

59 Jean III 847

60 Ignace II 877

61 Théodose 887

62 Denys II 897

63 Jean IV 910

64 Basile I 922

65 Jean V 936

66 Evanius II 954

67 Denys III 958

68 Abraham I 962

69 Jean VI6 965

70 Athanase IV 987

71 Jean VII 1004

72 Denys IV 1032

73 Thodore II 1042

74 Athanase V 1058

75 Jean VIII 1064

76 Basile II 1074

77 Abdon 1076

78 Denys V 1077

79 Evanius III 1080

80 Denys VI 1088

81 Athanase VI 1091

82 Jean IX 1131

83 Athanase VII 1139

84 Michel I, le Grand7 1166

85 Athanase VIII 1200

86 Michel II 1207

87 Jean X 1208

88 Ignace III 1223

89 Denys III 1253

90 Jean XI 1253

91 Ignace IV 1264

92 Philanus 1283

93 Ignace Baruhid 1293

94 Ignace Ismaël 1333

95 Ignace Basile III 1366

96 Ignace Abraham II 1382

97 Ignace Basile IV 1412

98 Ignace Behanam I 1415

99 Ignace Kalehji 1455

100 Ignace Jean XII 1483

101 Ignace Noé 1492

102 Ignace Jésus I 1509

103 Ignace Jacques I 1510

104 Ignace David 1519

105 Ignace Abdullah I 1520

106 Ignace Na Anathalak 1557

107 Ignace David II 1576

108 Ignace Philatus 1591

109 Ignace Abdullah II 1597

110 Ignace Cadhaï 1598

111 Ignace Siméon 1640

112 Ignace Jésus II 1653

113 Ignace A Messiah I 1661

114 Ignace Cabeed 1686

115 Ignace Gervais II 1687

116 Ignace Isaac 1708

117 Ignace Siccarablak 1722

118 Ignace Gervais III 1746

119 Ignace Gervais IV 1768

120 Ignace Mathias 1781

121 Ignace Behanam II 1810

122 Ignace Jonas 1817

123 Ignace Gervais V 1818

124 Ignace Elie II 1832

125 Ignace Jacques II 1847

126 Ignace Pierre III8 1872

127 Mgr. Paul Athanase9 1877

128 Mgr. Julius Alvarez, Archevêque de Ceylan1889

129 Mgr. Joseph-René Vilatte25. 5. 1892

130 Mgr. Paolo Miraglia12 6. 5. 1900

131 Mgr. Jules Houssaye (Abbé Julio)13 4. 12. 1904

132 Mgr. François (F. Giraud) 21. 6. 1911

133 Mgr. Jean II (Jean Bricaud) 21. 6. 1911

134 Mgr. Targelius (Victor Blanchard) 5. 5. 1918

135 Mgr. Eon III (Roger Ménard) 7. 1. 1945

136 Mgr. Robert-Jean III (Robert Ambelain)14 10. 6. 1946

137 Mgr. Jean Rudiger (R. Deschamps) 31. 5. 1959

138 Mgr. Raymond (A. G. Toussaint) 1. 6. 1963

139 Mgr. Fédéric (M. Jirousek) 26. 12. 1966

140 Mgr. Iacobus Jean de la Croix (Joël Duez)15 14. 9. 1984

141 Mgr. Mathias (consacré par Mgr Joël Duez en personne) 08.12.2007

 

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Melchisédek (1)

9 Décembre 2012 , Rédigé par x Publié dans #fondements bibliques de la FM

L'identité de l'être connu sous le nom de Melchisédek a fait l’objet de spéculations au cours des années. Certains ont proposé une identité messianique pour Melchisédek ; d'autres l'ont identifié aux patriarches. Pour isoler son identité probable, nous devons examiner les textes appropriés et le cadre historique durant lequel il a vécu. L'impact logique sur l'unicité de l'incarnation messianique est aussi un facteur que l'on doit considérer si, par exemple, on proposait une identité messianique. En d'autres termes, si on soutient que Melchisédek était Jésus Christ, cela doit être comparé aux textes appropriés et à la conséquence pour le salut humain d'un tel avènement double. Cette période se situait aussi à l’intérieur même de la durée de vie des patriarches qui ont vécu après le déluge. Il y a, sans aucun doute, une certaine signification à être tirée de cette considération.

Le monde durant la période après le déluge était d’un seul langage et sous un seul sacerdoce. Le point de vue judaïque était que ce sacerdoce était centré à Salem sous Melchisédek. L'identité de Melchisédek a été une énigme. Melchisédek selon le Midrash était identifié avec Sem (Rashi : voir Soncino).On l’a appelé ainsi parce qu'il était le roi (melech) d’un lieu célèbre pour sa justice (tsedek) [selon Abraham ibn Ezra] N[achmanides] pareillement : Il a gouverné au lieu où un jour serait construit le Temple où demeurait la Présence Divine qui est appelée tsedek. Le Midrash applique le terme à Jérusalem dans son ensemble, comme c’est écrit, la Justice logeait en elle (Ésaïe. 1:21) (commentaire de la Soncino à Genèse 14:18).

Melchisédek était le sacrificateur du Dieu Très-Haut. Nachmanides soutient que c’était :Uniquement parce qu’Abraham savait que c'était le cas qu’il lui a donné une dîme. LeTrès-Haut signifie au dessus de tous les autres dieux (N) (Soncino).

Rashi soutient que le pain et le vin, donnés par Melchisédek à Abraham, étaient des rafraîchissements pour les combattants épuisés par la bataille et pour les prisonniers libérés. Il démontrait ainsi qu'il n'avait aucun ressentiment contre Abraham pour avoir tué sa progéniture (viz. Cherdorlaomer, etc.) (voir la Soncino). Cet aspect est important indépendamment de la lignée de ceux impliqués. C'est plus important vu la descendance directe des victimes. La signification du pain et du vin, donnés à Abraham, est rattachée directement à la signification du Pain et du Vin qui feraient partie intégrante du Pain et du Vin établis par le Messie, au Dîner du Seigneur. Cet événement présageait avec impatience le symbolisme de l'Esprit Saint habitant en nous, vu qu’il était administré sous le nouveau sacerdoce selon l'ordre de Melchisédek, tel qu’introduit par le Messie. Le fait que Melchisédek a présagé cet événement n'exige pas qu'il soit le Messie. En effet, s'il l’était, il y a toutes sortes de problèmes dans le concept du sacrifice sans péché du Messie. Était-il né ? Était-il un homme ? Si oui, était-il né d'une vierge, alors ? Il n'était certainement pas de la lignée de David. S'il était un ange, qu'est-ce que cela implique pour le gouvernement de Salem à ce stade ? Quel était le sacerdoce là ? Pourquoi un sacerdoce angélique n'est pas enregistré ailleurs ? Quel usage a un ange pour les dîmes de la guerre ? S'il n'est pas mort, que peut-on alors dire des œuvres de Jean et de la doctrine de l'Antéchrist ? Les problèmes logiques présentés par un tel aspect messianique de Melchisédek sont énormes. 

Le sujet de Melchisédek est souvent incompris, tout simplement parce que la séquence et la signification de l'histoire ne sont pas comprises. L'Église de Dieu, pendant plus de deux mille ans, n'a pas tenu une opinion unanime sur le sujet et les opinions concernant la question n'ont pas été vues comme étant un point de doctrine ou central pour le salut. Certes, jusqu'aux étapes les plus intolérantes de l'Église en ce siècle, la question n’a pas été considérée comme justifiant la conformité doctrinale. Il sera utile d’examiner l'histoire de la construction du récit.Genèse 11:1-32  Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots.  Comme ils étaient partis de l’orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Schinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : Allons ! Faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! Bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre.  L’Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l’Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c’est là ce qu’ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu’ils auraient projeté.  Allons ! Descendons, et là confondons leur langage, afin qu’ils n’entendent plus la langue, les uns des autres.  Et l’Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville.  C’est pourquoi on l’appela du nom de Babel, car c’est là que l’Éternel confondit le langage de toute la terre, et c’est de là que l’Éternel les dispersa sur la face de toute la terre.

Ici, nous voyons la dispersion des gens, à cause du système qui était mis en place à Babel, sous le gouvernement établi par Nimrod là et à Accad, à Erec et à Calné. De là, il a construit Ninive, Rehoboth Hir, Calach (Genèse 10:10-11). Le sacrificateur de Dieu, cependant, était Sem, étant le fils de Noé. Noé a vécu 350 ans après le déluge (Genèse 9:28) et il est mort à l’âge de 950 ans (Genèse 9:29). Sem a été central dans le rétablissement après le déluge.Voici la postérité de Sem. Sem, âgé de cent ans, engendra Arpacschad, deux ans après le déluge. Sem vécut, après la naissance d’Arpacschad, cinq cents ans ; et il engendra des fils et des filles.  Arpacschad, âgé de trente-cinq ans, engendra Schélach.  Arpacschad vécut, après la naissance de Schélach, quatre cent trois ans ; et il engendra des fils et des filles. Schélach, âgé de trente ans, engendra Héber. Schélach vécut, après la naissance d’Héber, quatre cent trois ans ; et il engendra des fils et des filles. Héber, âgé de trente-quatre ans, engendra Péleg. Héber vécut, après la naissance de Péleg, quatre cent trente ans ; et il engendra des fils et des filles.  Péleg, âgé de trente ans, engendra Rehu. Péleg vécut, après la naissance de Rehu, deux cent neuf ans ; et il engendra des fils et des filles.  Rehu, âgé de trente-deux ans, engendra Serug.  Rehu vécut, après la naissance de Serug, deux cent sept ans ; et il engendra des fils et des filles. Serug, âgé de trente ans, engendra Nachor. Serug vécut, après la naissance de Nachor, deux cents ans ; et il engendra des fils et des filles. Nachor, âgé de vingt-neuf ans, engendra Térach.  Nachor vécut, après la naissance de Térach, cent dix-neuf ans ; et il engendra des fils et des filles. Térach, âgé de soixante-dix ans, engendra Abram, Nachor et Haran. Voici la postérité de Térach. Térach engendra Abram, Nachor et Haran. –Haran engendra Lot.  Et Haran mourut en présence de Térach, son père, au pays de sa naissance, à Ur en Chaldée. – Abram et Nachor prirent des femmes : le nom de la femme d’Abram était Saraï, et le nom de la femme de Nachor était Milca, fille d’Haran, père de Milca et père de Jisca.  Saraï était stérile : elle n’avait point d’enfants. Térach prit Abram, son fils, et Lot, fils d’Haran, fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abram, son fils. Ils sortirent ensemble d’Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu’à Charan, et ils y habitèrent.  Les jours de Térach furent de deux cent cinq ans ; et Térach mourut à Charan. 

Il y a un certain nombre de points importants qui ressortent du texte de Genèse 11. Le premier point se rapporte à l'âge de Sem et des autres. À partir de ces textes, nous pouvons établir les dates après le déluge de leur naissance et de leur mort. Les années sont d’une durée énorme. Ces époques ne sont pas acceptées comme étant des périodes littérales dans les temps modernes. En effet, suggérer que ces temps soient réels, c’est d’inviter la dérision. Cependant, un littéraliste ne peut pas l'avoir des deux manières. Si la Bible est littéralement vraie et que Melchisédek a existé, alors, les dates sont également vraies et Sem est un candidat. Les histoires des nations environnantes de Canaan dans le Moyen-Orient devraient aussi refléter les histoires concernant l'établissement des villes. Les personnages pourraient aussi être reflétés dans les histoires des nations, peut-être par d'autres noms. Il doit être rappelé que les noms avaient une signification et les noms donnés aux patriarches n'étaient pas nécessairement les mêmes que ceux par lesquels ils étaient connus dans d'autres pays. Par exemple, Noé a été connu dans l'Épopée de Gilgamesh comme étant Uta-Napishtim (il a été appelé le lointain) (voir Budge Babylonian Life and History, 2ème édition, Londres, 1925, pp. 92 ff). Il y a beaucoup de conjecture que les mythes Égyptiens concernent l'histoire de Sem en sa qualité de destructeur des systèmes apostats égyptiens. Cet aspect entier est trop compliqué pour cette oeuvre et doit être traité ultérieurement. Le mythe égyptien qui peut réfléchir sur Sem est l'histoire de Typhon, le frère d’Osiris qui avait le gouvernement de l'Égypte et qui avait essayé d'établir le modèle égyptien sur le reste du monde. Typhon est dépeint comme étant un usurpateur méchant qui a organisé une conspiration de soixante-douze membres. Avec ces derniers, il a confiné Osiris en cachette par la tromperie et l'a jeté dans le Nil. La signification ici est que le nombre soixante-douze se rapporte au Conseil Gouvernant de Dieu.

Le Sanhédrin était un conseil de soixante-dix ; cependant, il y avait toujours un minimum de soixante et onze en total et, plus tard, plus le Nasi. Le Messie a envoyé les soixante-dix après leur nomination (Luc 10:1). Ils revinrent avec joie en disant : même les démons nous sont soumis (Luc 10:17). L'autorité a été transférée ici à l'Église. Dans les deux cas, le nombre dans le texte est énuméré dans l’Interlinéaire de Marshall à partir du texte de Nestles comme étant hebdomekonta [duo] ou soixante-douze. Ainsi, on a compris que les soixante-dix sont accompagnés de deux, faisant soixante-douze.C'est en fait le Conseil des Élohim. De là, le mythe d'Osiris et d’Isis place Typhon en tant que la tête de ce Conseil, mais méchant en tant que anti-Égypte (voir Bullfinch’s Mythology, Avenel Books, New York, 1979, pp. 293 ff). Ainsi, on pouvait dire que Typhon tenait la place de sacrificateur du Dieu Très-Haut à la tête du Conseil. Il serait égal aussi à Melchisédek. Sem est souvent considéré sous cet aspect. Cependant, le taureau d’Apis est aussi associé à Osiris, étant considéré comme le dépôt de l'âme d'Osiris, et pour se transférer à chaque successeur d'Apis. Ainsi, la légende est liée aux mythes d’abattage du taureau et de là, les cultes du mystère. Sem, en tant que successeur de Noé et de la nouvelle terre, et le Messie aussi ont une pertinence à ces histoires. Ainsi, Melchisédek peut être considéré comme ayant à la fois l'application tant à Sem qu'au Messie. Le judaïsme le verrait comme étant Sem, à cause des considérations littérales. Les Essénienspouvaient, et en effet, l’ont allégorisé comme étant le Messie et Michel.

Sem a vécu 502 ans après le Déluge et sa vie a des implications pour le gouvernement des nations. Nous pouvons construire un tableau comme suit :

Patriarche

Âge à la naissance du fils

Naissance

Année de la Mort après le Déluge (D.)

Sem

100

 

D. + 502

Arpacschad

35

D. + 2

D. + 440

Schélach

30

D. + 37

D. + 470

Héber

34

D. + 67

D. + 531

Péleg

30

D. + 101

D. + 340

Rehu

32

D. + 131

D. + 370

Serug

30

D. + 163

D. + 393

Nachor

29

D. + 193

D. + 341

Térach

70

D. + 222

D. + 427

Haran

Nachor

Abram

 

D. + ?

D. + ?

D. + 352

Avant D. + 296.

La dispersion des nations s’est produite quand Abraham avait 48 ans, à la mort de Péleg, 340 ans après le Déluge (Seder Olam Rabbah, Ch. 1).

Abram (Abraham) a quitté Haran après la mort de Térach, en D. + 427 ans (1921 AEC selon le TM). Il avait soixante-quinze ans (Genèse 12:4). Nous sommes certains que les patriarches vivants à la mort de Térach et durant l'occupation de Canaan par Abram, étaient Sem, Arpacschad, Schélach et Héber.Sem était l'aîné. À partir de Genèse 9:26, Yahovah (ou Jéhovah) est déclaré comme étant le Dieu de Sem, et Japhet doit vivre dans ses tentes. Sem est ici béni, bien que Japhet soit l'aîné (Genèse 10:22). Sem est donc le sacrificateur du Dieu Très-Haut au temps d'Abraham. La distribution des autres est inconnue, mais Sem a eu Arpacschad et Elam, et Assur qui devait émerger en tant que les Assyriens. Le royaume antique d'Elam, une fois joint avec les autres, a formé la base de l'empire Babylonien.

Le mouvement des tribus indique que la répartition des nations en villes et régions limite les possibilités du sacerdoce du Dieu Très-Haut, à Salem, comme étant celui de Sem ou d’Arpacschad, étant donné les implantations connues des autres fils. Arpacschad est mort en D. + 440 (1908 AEC selon le TM) ; il est donc probable que le patriarche toujours vivant et aîné, soit celui mentionné en tant que Mon Roi est Justice, bien que Schélach ou Héber soient encore des possibilités. Sem est appelé le père de tous les fils d'Héber (Genèse 10:21). Ainsi, il est possible que le mot hébreu s'étende au-delà des Israélites à d'autres peuples relatifs. Ceci est une autre étude à part entière.

Rashi dit que la bénédiction d'Abraham par Melchisédek, dans Genèse 14:20, est, en premier, une bénédiction d'Abraham pour avoir livré bataille et, ensuite, de Dieu pour l'avoir aidé. Le fait qu'Abraham ait donné un dixième de tout, indiquait ainsi que ses descendants donneraient des dîmes aux sacrificateurs (selon Nachmanides). La dîme était destinée à être une offrande de remerciement à Dieu, et le seul sacrificateur apte à la recevoir était Melchisédek. L'interprétation judaïque traditionnelle, par conséquent, était que Melchisédek était Sem et que le sacerdoce après le déluge était aussi centré à Jérusalem.

Melchisédek en tant que le Messie

L'affirmation que le Messie était Melchisédek provient en partie d'un malentendudes textes en rapport à la généalogie. Il y avait une vue existante à l’époque de Christ dans certaines sectes judaïques, comme nous le savons à partir des Manuscrits de la Mer Morte, que Melchisédek était le Messie. L’opinion était aussi combinée à l’idéeque le Messie était l'archange Michel. L’opinion que Melchisédek était le Messie semble être fondée sur le fait que le Messie aurait dû venir pour exécuter deux fonctions. Cela peut être déduit à partir d’un certain nombre de prophéties, mais aussi, principalement, à partir de la fonction du souverain sacrificateur le Jour des Expiations, où il y avait une dualité de vêtements, représentant une fonction sacerdotale et expiatoire par les vêtements de lin, et au changement du souverain sacrificateur en vêtements de cérémonie royaux à la fin, indiquant aussi le roi Messie. Ainsi, le premier avènement était en tant que sacrificateur, et le second était en tant que roi Messie. La Judée était sous le joug romain et les gens voulaient un libérateur. Ainsi, peut-être certains ont vu dans Melchisédek la fonction de sacrificateur. Il a été prophétisé que le Messie serait un sacrificateur, selon l'ordre de Melchisédek, dans Psaume 110:4.Psaume 110:1-7 De David. Psaume. Parole de l’Éternel à mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, Jusqu’à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied.  L’Éternel étendra de Sion le sceptre de ta puissance : Domine au milieu de tes ennemis ! Ton peuple est plein d’ardeur, quand tu rassembles ton armée ; Avec des ornements sacrés, du sein de l’aurore Ta jeunesse vient à toi comme une rosée.  L’Éternel l’a juré, et il ne s’en repentira point : Tu es sacrificateur pour toujours, À la manière de Melchisédek.  Le Seigneur, à ta droite, Brise des rois au jour de sa colère. Il exerce la justice parmi les nations : tout est plein de cadavres ; Il brise des têtes sur toute l’étendue du pays. Il boit au torrent pendant la marche : C’est pourquoi il relève la tête. 

À partir du verset 1 du Psaume, nous savons que c'est le Messie qui est mentionné. La nomination est ici en tant qu'un sacrificateur pour toujours, d’après l’ordre de Melchisédek. Il n'est pas affirmé que le Messie était Melchisédek.

À partir des Manuscrits de la Mer Morte (MMM) (Damascus Rule VII en particulier, aussi à partir du fragment de la grotte IV), nous savons que le Messie avait deux avènements ; en tant que le Messie d'Aaron (ou Messie sacrificateur) et le Messie d'Israël (ou roi Messie). La communauté des MMM comprenait qu'ils étaient l’unique Messie (voir Vermes The Dead Sea Scrolls in English, p. 49 pour la discussion des textes). 

Les MMM ont donné une série de treize fragments de la grotte XI sur Melchisédek. Ils ont été publiés en 1965 par A S. van der Woude. Le texte se présente sous la forme d'un Midrash eschatologique, dans lequel, la proclamation de la liberté aux captifs dans les temps de la fin (Ésaïe 61:1) :est comprise comme faisant partie de la restauration générale de la propriété au cours de l'année du Jubilé [Lév. 25:13], vue dans la Bible [Deut. 15:2] en tant qu'une rémission des dettes. Le libérateur céleste est Melchisédek. Identique à l'archange Michel, il est le chef des 'fils du Ciel’ ou ‘dieux de Justice’ et il est mentionné en tant qu’élohim et el. Ces mots hébreux signifient normalement 'Dieu', mais certains contextes spécifiques à la tradition juive expliquent élohim comme étant conféré principalement à un 'juge'. Ici, Melchisédek est dépeint comme présidant au jugement final et à la condamnation de sa contrepartie démoniaque, Bélial/Satan, le Prince des Ténèbres, ailleurs appelé aussi Melkiresha’ [voir aussi Vermes, ibid., pp. 253,260]. Le grand acte de délivrance est attendu le Jour des Expiations à la fin du dixième cycle du Jubilé. Ce manuscrit révèle des informations non seulement sur le personnage de Melkizedek de l'Épître aux Hébreux vii, mais aussi sur le développement du concept messianique dans le Nouveau Testament et dans le christianisme antique. (Sur le messianisme voir G. Vermes, Jesus the Jew, London, 1973, pp. 129-59, 250-56)... Et concernant ce qu'Il a dit, Durant [cette] année du Jubilé [chacun de vous retournera à sa propriété [Lév. 25:13] ; et de même Et ceci est la méthode de relâche :] Chaque créancier relâchera ce qu'il a prêté [à son prochain et à son frère], car la relâche de Dieu [a été proclamée] [Deut. 15:2]. [Et elle sera proclamée à] la fin des jours concernant les captifs comme [Il a dit, de proclamer la liberté aux captifs [Ésaïe 61:1]. Son interprétation est qu'Il] les assignera aux Fils du Ciel et à l’héritage de Melchisédek ; c[ar Il partagera] leur [lot] parmi les po[rtions de Melchisé]dek, qui les conduira là et leur proclamera la liberté, leur pardonnant [les fautes] de toutes leurs iniquités (Vermes, ibid., p. 266).

On voit ainsi que Melchisédek était considéré comme étant l'Archange Michel et qu'il était le personnage messianique à qui le jugement était remis. Ceci est basé sur le texte dans Zacharie 3:1-10, qui montre aussi l'opposition à Satan dans ce processus. Le personnage était aussi compris comme étant l'Élohim qui juge les saints de Dieu, comme c’est écrit dans les Psaumes, où il est dit que : ÉLOHIM a pris sa place dans le conseil divin ; au milieu des dieux, il détient le jugement [Ps. 82:1]. Et c'était à son sujet qu'il a dit : que (l'assemblée des peuples) revient aux hauteurs au-dessus d'eux ; EL (dieu) jugera les peuples [Ps. 7:7-8]. Quant à cela il a d[it : jusqu’à quand jugerez-vous] injustement et aurez-vous égard à la personne des méchants ? Pause. [Ps. 82:2], son interprétation concerne Satan et les esprits de son lot [qui] se sont rebellés en se détournant des préceptes de Dieu vers... Et Melchisédek exécutera la vengeance des jugements de Dieu ... et il les arrachera [de la main de] Satan et de la main de tous les esp[rits de] son [lot]. Et tous les ‘dieux [de Justice’] viendront à son aide [pour] participer à lade[struction] de Satan .... (De Vermes, p. 267).

Ésaïe 52:7 utilise élohim dans le contexte de l’avènement messianique à Sion (voir Héb. 12:22-23).

On le voit à partir du texte de Vermes, qu’il n'y avait aucun doute que les textes cités étaient messianiques. Il n’y avait aussi aucun doute qu’il a été donné à Satan un rôle de pouvoir en jugement. Le terme son lot est utilisé pour montrer l'assignation des devoirs des pouvoirs célestes, conformément au processus trouvé dans le Temple, d'allouer la responsabilité et les périodes de service en tirant au sort. Le Conseil des dieux est ainsi vu en tant queles élus et l'Armée loyale, à qui l'on a donné le pouvoir. L'attribution de Melchisédek, comme étant le Messie, était donc maintenue comme une forte convictionparmi la Communauté de la Mer Morte, au temps de Christ, et l'association s’est retrouvée dans le Livre aux Hébreux. La similitude dans le Livre aux Hébreux, cependant, est dérivée du texte dans Hébreux 7:6-8.Hébreux 7:6-8 et lui, qui ne tirait pas d’eux son origine, il leva la dîme sur Abraham, et il bénit celui qui avait les promesses. Or c’est sans contredit l’inférieur qui est béni par le supérieur.  Et ici, ceux qui perçoivent la dîme sont des hommes mortels ; mais là, c’est celui dont il est attesté qu’il est vivant. 

 

Source : http://www.logon.org/french/

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Du Rite Oecuménique

16 Décembre 2012 , Rédigé par Goao Publié dans #Rites et rituels


Il est un constat désolant pour des défenseurs de la fraternité, c'est que très peu de français et européens de confession musulmane fréquentent les loges maçonniques, toutes obédiences confondues. Cette échec à la fraternité s'explique par de nombreuses raisons, mais il est évident que les rituels que la maçonnerie propose, les décors qui ornent nos locaux et les récits historiques ou mythologiques (Hiram) qui les soutiennent n'ont aucun point commun avec le monde Islamique. Les rappels à la symbolique chrétienne ou judaïque de nos rituels sont nombreux et parfois très explicitent (cf. le chevaleresque RER, le rite d'York...).
- Un frère (ou une sœur) de confession musulmane est forcément en perte totale de repères culturels. Rien, en effet, ne vient conforter son regard ou tisser un lien avec son passé, son histoire sociale et religieuse.
- Nos rituels occidentaux relatent des chroniques anciennes de la Bible, du Talmud ou nous parlent de kabbale dans une débauche de termes hébraïques et de références chrétiennes. Et plus l'on monte dans les hauts grades, plus cela se vérifie.
- Depuis l'affaire Dreyfus au XIXe siècle, l'image du « complot judéo-maçonnique » à laissé des traces persistantes qui évoquent trop souvent le juif comme une origine du mal, de la délinquance morale ou financière. N'est pas Satan qui veut, mais le juif de ces caricatures ne travaille pas seul puisqu'il fait corps avec le franc-maçon, qui élabore sans cesse d'infâmes complots contre la république dans la pénombre de ses ateliers.
- Tout ceci enfin tisse un lien fort avec l'état d'Israël où la maçonnerie aux racines juives est une machine assurément sioniste et anti-islamique, qui travaille à la gloire du judaïsme.
- Précisons encore que le protestantisme est largement représenté, depuis le texte fondateur des Constitutions d'Anderson au tout début du XVIIIe siècle, avec son lot de pré-requis non négociables sur la croyance en Dieu, celui des chrétiens naturellement.
Le rite Œcuménique est inspiré du Rite Écossais Ancien et Accepté et de l'ancienne maçonnerie musulmane opérative, ainsi que des branches initiatiques de l'Islam (soufis, druzes et ismaéliens). Il fait toujours appel aux symboles et références communs au judéo-christianisme mais emprunte également à la symbolique musulmane (comme, par exemple, des signes de reconnaissance, une symbolique des couleurs en Islam ou du voyage initiatique du Prophète). Les trois grandes religions du Livre sont ainsi également représentées afin que chacun s'enrichisse des pensées de l'autre. Il s’agit bien ici, et uniquement, d’instaurer des repères culturels communs afin que chacun trouve sa place dans le déroulement d’une tenue.

Il est composé de sept degrés*, précédés d'un état d'Aspirant / Mourid.
- Le 1° degré (Apprenti/Mubtad'i) est l'équivalent du 1° degré du REAA
- Le 2° degré (Compagnon/Mouqadem) est l'équivalent du 2° degré du REAA
- Le 3° degré (Maître/Nassib) est l'équivalent du 3° degré du REAA
- Le 4° degré (Maître Secret/Saïs= Vénérable) est l'équivalent du 4° degré du REAA
- Le 5° degré (Chevalier Rose-Croix /Naqib) est l'équivalent du 18° degré du REAA
- Le 6° degré (Chevalier Kadosch/Cheikh Aql) est l'équivalent du 30° degré du REAA
- Le 7° degré (Grand Commandeur / Al Qutb Al A'Azam) est l'équivalent au 33° degré du REEA

De son origine :
Le G.O.A.O. partage avec les obédiences maçonniques actuelles, l'héritage de nos pères fondateurs européens et se veut complémentaire car il est le seul, par son rite Œcuménique, à tisser un lien fort entre l'Orient et l'Occident. Il est en particulier l'héritier du Grand Orient Arabe
* Le Rite Oecuménique est composé de 7 degrés parceque le chiffre 7 est le plus haut degré de la Perfection:
- les premiers Grecs l'appelaient Septas ou Vénérable.
- Cicéron, initié dans les sciences des nombres,assure, dans le Songe de Scipion, qu'il n'est presque aucune chose dont ce nombre soit le noeud.
Il symbolise, dans la maîtrise, la chaîne morale qui unit la science maçonnique à la civilisation et au bonheur du genre humain.
- Suivant le Timée de Platon, l'origine de l'âme du monde y est renfermée.
- Les planètes étaient au nombre de 7; la lune qui occupait le 7ème rang parmi ces sphères est soumise à l'action du 7e nombre; sa révolution s'achève en 28 jours, total de l'addition des 7 premiers nombres; elle offre 4 phases principales de chaque 7 jours etc..
Chez les "Ismaéliens" où "Septimans"et autres "Batiniyyin" ( ésotériques) tout s'articule autour du chiffre 7 :
- 7 degrés d'émanation
- 7 cycles pour le temps
- 7 Prophètes ou "Nâtiqs" ( parleurs ):Adam, Noé, Abraham,Moïse,Jésus,Mohammed et l'Imam
- 7 sont les degrés de l'initiation
L'initiation Egyptienne avait 7 grades ou degrés:
1e degré: Pastophoris
2e degré: Néocoris
3e degré: La Porte de la mort
4e degré : Christophoris
5e degré: Balahate
6e degré: L'astronome devant la porte des Dieux
7e degré: Prophéta ou Sahénath Pancah
et bien d'autres particularités du 7 , qu'il devient le nombre sacré de la maîtrise maçonnique.

source : www.goao.org

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le Prêtre-Roi Melchisédech

29 Septembre 2005 , Rédigé par BESSON Publié dans #spiritualité

Depuis des temps immémoriaux, cette énigmatique figure, qui apparaît dans l'Ancien Testament pour disparaître aussitôt, a maintenu en éveil la sagacité des exégètes et alimenté la méditation des esprits religieux. Le but de cette notice est simplement d'exposer les quelques renseignements que l'Ecriture et la Tradition fournissent à son sujet.

Melchisédech est mentionné à trois reprises dans la Bible.

1 Au chapitre XIV de la Genèse, il est dit que Melchisédech, roi de Salem et sacrificateur de Dieu, bénit Abraham, victorieux de ses ennemis,

2 Au psaume CX, verset 4, il est écrit : Le Seigneur a juré et il ne s'en repentira pas: Tu es prêtre éternellement, à la manière de Melchisédech.

3 Dans l'épître aux Hébreux, il est déclaré que Melchisédech est la préfiguration du Christ Lui-même.

Extraordinaire assurément était cet être devant la bénédiction de qui s'inclina le Père des croyants , Celui qui avait été si souvent béni de Dieu et en qui toutes les nations de la terre devaient être bénies. Cornelius a Lapide pense qu'il est descendu du Ciel pour bénir Abraham et qu'il y est ensuite remonté puis, qu'après cette bénédiction, l'Ecriture ne fait plus mention de lui jusqu'au temps du roi David. Le nom qu'il portait et qui signifie roi de justice, doit être pris dans son acception plénière, absolue, car seul un être parfaitement saint pouvait être appelé directement par Dieu à la vocation d'un sacerdoce ne relevant d'aucun pouvoir humain.

La Genèse nous apprend en effet qu'il était prêtre du Dieu souverain; mais il est significatif de constater que le livre saint, où l'on trouve indiquée avec tant de précision la succession des prêtres de la famille d'Aaron, ne parle pas de successeurs de Melchisédech. Au reste la déclaration du psaume: Tu es prêtre éternellement à la manière de Melchisédech montre bien que le roi de Salem est nommé ici non comme le chef mais comme le type d'un sacerdoce sans analogie dans l'Ancienne Alliance.

Melchisédech est donc la préfiguration du Christ Lui-même, qui sera, Lui aussi, Roi et Sacrificateur. Et, pour ôter de notre esprit toute incertitude touchant cette manifestation mémorable, l'auteur du récit sacré prend soin de préciser le lieu où le pontife-roi donna à Abraham sa suréminente bénédiction. La rencontre eut lieu au nord de Jérusalem, exactement entre la ville et le tombeau des juges, qui en est distant d'à peine 3 kilomètres, près de l'endroit où passe actuellement la route de Jérusalem à Naplouse. C'est là que le prêtre de Salem, avant de bénir Abraham, offrit à Dieu le pain et le vin, préfiguration de la Cène que le Fils de Dieu devait célébrer plus tard dans cette même cité. Et l'on comprend que l'apôtre, écrivant aux Hébreux, leur déclare qu'il aurait, touchant, ce Melchisédech, beaucoup à dire et des choses difficiles à expliquer. Et voici les seules qu'il consente à leur dévoiler, à cause de leur lenteur à comprendre : Outre la royauté de la justice et de la paix, Melchisédech est sans père ni mère , sans généalogie, il n'est d'ailleurs pas de même race qu'Abraham, ses jours n'ont pas de commencement ni sa vie de fin, il est semblable au Fils de Dieu, et il demeure prêtre éternellement.

Tel est cet être, préfiguration du Christ et même semblable au Fils de Dieu , né d'une façon surnaturelle puisqu' appartenant à une autre race qu'Abraham , engendré avant les temps comme le Christ, sans descendance comme le Christ et, comme le Christ, vivant à jamais, prêtre d'un pontificat perdurable et parfait, puisqu'il a plu au Christ d'être prêtre selon cet ordre.

Et l'on comprend que la méditation revienne inlassablement sur cet être dont la grandeur nous domine et dont le mystère nous attire. Les uns ont pensé que Melchisédech était le Christ Lui-même apparu à Abraham sous forme humaine; les Hiéracites ont vu en lui l'incarnation du Saint-Esprit; Origène et Didyme ont cru qu'il était un ange. Les Samaritains, au dire d'Epiphane, déclaraient que Melchisédech était Sem, le fils de Noé. Il y eut de bonne heure une secte gnostique appelée Melchisédéciens, sur l'origine et la doctrine de laquelle nous ne savons pour ainsi dire rien; ils se rattachaient à Théodote le changeur qui niait la divinité de Jésus et enseignait qu'au moment du baptême le Christ était descendu en Jésus; et ces Melchisédéciens donnaient la prééminence à Melchisédech sur le Christ.

Pour Catherine Emmerich, Melchisédech était une sorte d'ange sacerdotal chargé de préparer le grand-oeuvre de la Rédemption. Saint Yves d'Alveydre le présente comme le survivant au temps d'Abraham de l'ancienne Eglise universelle du Bélier, de Ram, détrônée par l'Eglise du Taureau, d'Irschou. Les Rose-Croix du XVIIe siècle ont rangé Melchisédech avec Enoch, Moïse, Elie et d'autres parmi leurs ancêtres.

Une autre tradition, plus strictement chrétienne, voit en l'épisode de Melchisédech une de ces manifestations soudaines de l'être qui, sur la terre, tient la lieutenance du Christ. D'ordinaire il vit dans l'obscurité; mais il en sort quand il voit la nécessité d'une intervention publique. Avec Abraham commence en effet la sélection du peuple dans lequel devait prendre corps le Verbe, peuple profondément matériel et dur et strictement formaliste. Il fallait que, dès cette époque, fût signifié le caractère unique de liberté, de spiritualité pure, d'indépendance formelle qui est celui de la mission du Sauveur.

  

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Le COOKE

25 Avril 2005 Publié dans #histoire de la FM

 Manuscrit datant de 1400 - 1410 (British Library, Cooke, ms 23198)

Grâces soient rendues à Dieu, créateur du ciel et de la terre et de toute chose qui s'y trouve de ce qu'il ait voulu engager sa glorieuse divinité dans la création de tant de choses utiles à l'humanité.

Car il fit toutes choses pour qu'elles fussent obéissantes et soumises à l'homme.

Car il créa tout ce qui est comestible et bon pour l'homme. De plus, il lui a donné la compréhension et la connaissance de diverses sciences et arts pour lui permettre de travailler afin d'arriver, en gagnant sa vie, à réaliser différentes choses qui plaisent à Dieu et lui procurent bien et confort.

Si je devais les énoncer ce serait trop long, mais je dois vous en exposer certaines, pour vous apprendre comment la science de la géométrie commença et qui en furent les inventeurs, ainsi que d'autres techniques comme il est dit dans la Bible et en d'autres livres.

Vous devez savoir qu'il y a sept sciences libérales ; grâce à elles, toutes les sciences et techniques de ce monde ont été inventées. L'une d'elles, en particulier, est à la base de toutes les autres, c'est la science de la géométrie.

Les sept sciences ont les noms suivants :

La première qu'on appelle fondement des sciences a pour nom grammaire, elle enseigne à parler correctement et à bien écrire.

La seconde est la rhétorique, elle enseigne à parler avec grâce et beauté.

La troisième est la dialectique qui enseigne à distinguer la vérité du faux et on l'appelle communément l'art de la sophistique.

La quatrième s'appelle l'arithmétique, elle enseigne l'art des nombres, comment calculer et faire des comptes de toutes choses.

La cinquième, la géométrie, enseigne toutes les dimensions et mesures, et le calcul des poids de toutes sortes.

La sixième est la musique qui enseigne l'art de chanter selon des notes par la voix, l'orgue, la trompe, la harpe et tout autre instrument.

La septième est l'astronomie qui enseigne le cours du soleil, de la lune et des autres étoiles et planètes du ciel.

Nous voulons parler principalement de l'invention de la noble science de la géométrie et dire qui en furent les fondateurs. Comme je l'ai déjà dit, il y a sept sciences libérales, c'est-à-dire sept sciences ou arts qui sont libres et nobles par eux-mêmes, lesquels sept n'existent que par géométrie. Et la géométrie est, on peut le dire, la mesure de la terre. Géométrie vient de geo qui veut dire "terre" en grec et metrona qui signifie "mesure", c'est-à-dire mesurage de la terre.

Ne vous étonnez pas que j'aie dit que toutes les sciences n'existent que grâce à la géométrie, car il n'y a pas métier ou travail fait de main d'homme qui ne se fasse par la géométrie et la raison en est évidente, car si un homme travaille de ses mains il travaille avec un certain outil et il n'y a pas d'instrument concret au monde qui n'ait son origine naturelle dans la terre et à la terre ne doive retourner. Et il n'existe aucun instrument, c'est-à-dire d'outil de travail qui ne soit basé sur des proportions. Proportion implique mesure, et l'outil ou instrument appartient à la terre. Or la géométrie est mesure de la terre si bien que je peux dire que les hommes vivent tous de la géométrie, car tous les hommes ici-bas vivent du travail de leurs mains.

Je voudrais vous donner bien d'autres preuves de ce que la géométrie est la science qui fait vivre tous les hommes intelligents, mais j'abandonne ici ce point qu'il serait long de développer car à présent je voudrais avancer dans mon sujet.

Vous devez savoir que parmi tous les arts du monde, en tant que métier d'homme, la maçonnerie a la plus grande réputation et forme la majeure partie de cette science de la géométrie, comme il est dit et noté dans les récits de la Bible et chez le Maître des Histoires . Et dans le Polychronicon , chronique qui a fait ses preuves, dans les traités connus sous le nom de Bède , le De Imagine Mundi , les Étymologies d'Isidore , et dans Méthode évêque et martyr.

Et bien d'autres encore disent que la maçonnerie est l'élément principal de la géométrie ce qui peut se dire car elle fut la première à être inventée comme il est noté dans la Bible au premier livre, celui de la Genèse, au chapitre 4 (Genèse 4, 17). En outre les docteurs précités s'accordent là-dessus et certains d'entre eux l'affirment plus ouvertement et plus clairement que ce n'est dit dans la Genèse.

La descendance directe d'Adam, au cours du 7e âge adamique avant le déluge comprenait un homme appelé Lamech, lequel avait deux femmes, l'une nommée Ada et l'autre Sella. Par la première femme Ada il eut deux fils, l'un appelé Jabel (Yabal) et l'autre Jubal (Yubal).

L'aîné Jabel fut le premier à inventer la géométrie et la maçonnerie. Et il construisit des maisons et son nom se trouve dans la Bible : il est appelé le père de ceux qui habitent sous des tentes, c'est-à-dire des maisons d'habitation.

Il fut le maître maçon de Caïn et chef de tous ses travaux quand il construisit la cité de Hénoch, qui fut la première cité à être jamais construite. Et elle fut construite par Caïn fils d'Adam, et il la donna à son propre fils Hénoch et donna à la ville le nom de son fils et l'appela Hénoch, mais elle s'appelle maintenant Effraym.

C'est là que pour la première fois, la science de la géométrie et de la maçonnerie fut pratiquée et mise au point comme science et art. Aussi pouvons-nous dire qu'elle fut la base et le fondement de toute science et technique. et cet homme Jabel fut aussi appelé Pater Pastorum.

Le Maître des Histoires ainsi que Bède, le De Imagine Mundi, le Polychronicon et bien d'autres disent qu'il fut le premier à partager le sol afin que tout homme pût savoir quel était son terrain personnel et y travailler comme à son propre bien. En outre, il partagea les troupeaux de moutons si bien que chacun sut quels étaient ses moutons, aussi pouvons-nous dire qu'il fut l'inventeur de cette science.

Et son frère Jubal ou Tubal, fut l'inventeur de la musique et du chant comme Pictagoras le dit d'après le Polychronicon, Isidore dit de même dans ses Étymologies au 6e livre : il y note qu'il fut l'inventeur de la musique, du chant, de l'orgue et de la trompe et qu'il inventa cette science en écoutant le rythme des marteaux de son frère, qui était Tubal-Caïn.

Tout comme la Bible, en son chapitre 4e de la Genèse, dit que Lamech eut de son autre femme, qui s'appelait Sella, un fils et une fille dont les noms furent Tubal-Caïn pour le fils et Naama pour la fille. Certains disent, suivant le Polychronicon, qu'elle fut la femme de Noé mais nous ne saurions l'affirmer.

Vous devez savoir que son fils Tubal-Caïn fut l'inventeur de l'art du forgeron et des autres arts des métaux, c'est-à-dire, du fer de l'acier, de l'or et de l'argent selon certains docteurs. Quant à sa s¦ur Naama elle inventa le tissage, car auparavant on ne tissait pas mais on filait et maillait les tissus et on se faisait les habits qu'on pouvait. Naama inventa l'art de tisser et c'est pourquoi on l'appela art de femme.

Or ces trois frères et s¦ur apprirent que Dieu voulait se venger du péché par le feu ou par l'eau et ils s'efforcèrent de sauver les sciences qu'ils avaient inventées. Ils réfléchirent, et se dirent qu'il existait deux sortes de pierre dont l'une résiste au feu &endash; cette pierre s'appelle marbre &endash; et l'autre flotte sur l'eau - et on l'appelle lacerus .

Ainsi imaginèrent-ils d'écrire toutes les sciences qu'ils avaient inventées sur ces deux pierres ; au cas où Dieu se vengerait par le feu le marbre ne brûlerait pas et s'il choisissait l'eau, l'autre pierre ne coulerait pas.

Ils demandèrent à leur frère aîné Jabel de faire deux piliers de ces deux pierres à savoir de marbre et de lacerus et d'inscrire sur ces deux piliers toutes les sciences et techniques qu'ils avaient inventées. Il fit ainsi et acheva tout avant le Déluge.

S'ils savaient bien que Dieu allait envoyer sa vengeance, ils ignoraient par contre, si ce serait par le feu ou par l'eau. Par une sorte de prophétie ils savaient que Dieu allait envoyer l'un au l'autre. Ils écrivirent donc leurs sciences sur les deux piliers de pierre. Certains disent qu'ils gravèrent les sept sciences sur les pierres, sachant qu'allait venir un châtiment.

De fait Dieu envoya sa vengeance si bien que survint un tel déluge et que toute la terre fut noyée. Et tous les hommes sur terre périrent sauf huit : Noé et sa femme, ses trois fils et leurs femmes. De ces trois fils descend toute l'humanité. Ils avaient pour noms Sem, Cham et Japhet. Ce déluge fut appelé le Déluge de Noé car lui et ses enfants en échappèrent.

Et bien des années après ce déluge, on trouva les deux piliers et, suivant le Polychronicon, un grand clerc, du nom de Pictagoras trouva l'un et Hermès, le philosophe, trouva l'autre. Et ils se mirent à enseigner les sciences qu'ils y trouvèrent inscrites.

Toutes les chroniques et histoires, de clercs et la Bible surtout attestent de la construction de la Tour de Babylone. On en trouve le récit dans la Bible, Genèse chapitre 11. Comment Cham fils de Noé engendra Nemrod, comment celui-ci devint puissant sur terre et grandit tel un géant et quel grand roi il fut. Le commencement de son royaume fut le royaume de Babylone proprement dit, Arach, Archad, Chalan et le pays de Sennar. Et ce même Nemrod entreprit la tour de Babylone et il enseigna à ses ouvriers l'art de la maçonnerie à beaucoup de maçons, plus de soixante mille.

Et il leur accordait affection et protection, comme il est écrit dans le Polychronicon et chez le Maître des Histoires et en maints autres traités, sans compter le témoignage de la Bible au même chapitre 11 où il est dit qu'Assur, qui était proche parent de Nemrod, sortit du pays de Sennar et bâtit la ville de Ninive et plateas et bien d'autres encore.

Il est logique que nous exposions clairement de quelle manière les instructions du métier de maçon furent inventées et qui donna pour la première fois son nom à la maçonnerie.

Vous devez savoir ce qui est dit dans le Polychronicon et chez Méthode évêque et martyr : Assur était un noble seigneur de Sennar qui demanda au roi Nemrod de lui envoyer des maçons et des ouvriers spécialisés capables de l'aider dans la construction de la ville qu'il avait l'intention d'entreprendre.

Et Nemrod lui envoya trente centaines de maçons. Quand ils furent prêts à partir, il les convoqua pour leur dire « allez chez mon cousin Assur pour l'aider à construire une ville : mais veillez à bien vous conduire. Je vous donnerai donc des instructions à notre profit commun. Une fois auprès de ce seigneur veillez à être loyaux envers lui comme vous le seriez envers moi et faites loyalement votre travail et votre métier. Tirez-en un salaire raisonnable selon votre mérite. En outre, aimez-vous comme si vous étiez frères et restez unis loyalement. Que celui qui a un grand savoir l'enseigne à son compagnon. Veillez à bien vous conduire vis-à-vis de votre seigneur et entre vous. Que je puisse ainsi être remercié pour vous avoir envoyés et vous avoir appris le métier ».

Ils reçurent ainsi leurs instructions de celui qui était leur maître et seigneur, et partirent chez Assur bâtir la cité de Ninive dans le pays de plateas et bien d'autres villes qu'on appelle Cale et Jesen, qui est une grande ville entre Cale et Ninive.

C'est de cette manière que l'art de la maçonnerie fut pour la première fois présenté comme science, avec des instructions.

Les aînés qui nous précédèrent parmi les maçons firent mettre ces instructions par écrit : Nous les possédons maintenant parmi nos propres instructions dans le récit d'Euclide.

Nous les y avons vues rédigées à la fois en latin et en français. Mais il conviendrait que nous exposions maintenant comment cet Euclide s'intéressa à la géométrie, comme il est rapporté dans la Bible et en d'autres récits. Dans le 12e chapitre de la Genèse on nous dit comment Abraham vint au pays de Canaan, comment Notre Seigneur lui apparut et lui dit : « Je donnerai ce pays à ta descendance ». Mais une grande famine survint et Abraham prit Sara sa femme avec lui et alla en Égypte, avec l'intention d'y rester tant que durerait la famine,. Abraham était un homme sage et un grand clerc. Il connaissait les sept sciences et enseigna aux Égyptiens la science de la géométrie. Or notre noble clerc Euclide était son étudiant et apprit sa science. C'est lui qui lui donna pour la première fois le nom de géométrie car on la pratiquait avant qu'elle ne fût nommée géométrie. Il est dit dans les Étymologies d'Isidore, au livre cinq, qu'Euclide fut l'un des inventeurs de la géométrie et qu'il la nomma ainsi. Car de son temps il y avait au pays d'Égypte un fleuve nommé le Nil, et il se répandait si loin dans les terres que les gens ne pouvaient y habiter. Alors Euclide leur apprit à construire de grandes digues et fossés pour se protéger de l'eau. Par la géométrie il mesura le pays et le partagea en lots. Il ordonna à chacun d'enclore son propre lot de digues et de fossés. Le pays alors abonda en toutes sortes de rejetons, en jeunes gens et jeunes filles. Il y eut telle foule de jeunes qu'ils ne pouvaient plus vivre à l'aise.

Les seigneurs du pays se rassemblèrent et tinrent conseil pour savoir comment aider leurs enfants qui n'avaient pas de subsistance convenable, comment s'en procurer pour eux-mêmes et leurs enfants si nombreux. Parmi l'assemblée se trouvait Euclide. Quand il vit que personne ne trouvait de solution il leur dit « Voulez-vous confier vos fils à mes directives et je leur enseignerai une science telle qu'ils en vivront noblement, à condition que vous me juriez de suivre les directives que je donnerai à tous. » Le roi du pays et tous les seigneurs y consentirent. Il était logique que tous consentissent à cette affaire qui leur était profitable et ils confièrent leurs fils à Euclide pour qu'il les dirigeât à son gré et leur enseignât l'art de la maçonnerie.

Il lui donna le nom de géométrie à cause du partage des terrains, comme il l'avait enseigné aux gens du temps de la construction des digues et fossés mentionnés ci-dessus pour se protéger de l'eau. C'est Isidore qui dit dans ses Étymologies qu'Euclide appelle cette technique la géométrie.

Ainsi notre noble savant lui donna un nom et l'enseigna aux fils des seigneurs du pays dont il avait la charge. Et il leur donna pour instruction de s'appeler mutuellement compagnons et pas autrement parce qu'ils étaient du même métier, de naissance noble et fils de seigneurs. En outre celui qui serait le plus expert serait directeur de l'ouvrage et on l'appellerait maître.

Bien d'autres instructions se trouvent inscrites au Livre des instructions. Ainsi ils travaillèrent pour les seigneurs du pays et construisirent des cités, châteaux, temples et demeures seigneuriales. Tout le temps que les enfants d'Israël habitèrent en Égypte ils apprirent l'art de la maçonnerie.

Après qu'ils furent chassés d'Égypte ils arrivèrent en terre promise qui s'appelle maintenant Jérusalem. L'art y fut exercé et les instructions observées, ainsi que le prouve la construction du temple de Salomon, que commença le Roi David. Le Roi David aimait bien les maçons et leur donna des instructions fort proches de ce qu'elles sont aujourd'hui.

A la construction du Temple au temps de Salomon, comme il est dit dans la Bible au premier livre des rois chapitre cinq Salomon avait quatre-vingt mille maçons sur son chantier et le fils du roi de Tyr était son maître maçon. Il est dit chez d'autres chroniqueurs et en de vieux livres de maçonnerie que Salomon confirma les instructions que David son père avait données aux maçons. Et Salomon lui-même leur enseigna leurs coutumes, peu différentes de celles en usage aujourd'hui. Et dès lors cette noble science fut portée en France et en bien d'autres régions.

Il y eut autrefois un noble roi de France qui s'appelait Carolus secundus, c'est-à-dire Charles II. Et ce Charles fut choisi roi de France par la grâce de Dieu et aussi de sa naissance. Certains disent qu'il fut choisi par suite des événements, ce qui est faux puisque selon la chronique il était du sang des rois.

Ce même roi Charles fut maçon avant d'être roi. Après être devenu roi il accorda affection et protection aux maçons et leur donna des instructions et coutumes de son invention, qui sont encore en usage en France. Il leur ordonna aux maîtres et compagnons de tenir une assemblée une fois par an, d'y venir discuter et prendre des mesures concernant tout ce qui n'irait pas.

Peu de temps après arriva saint Adhabelle en Angleterre, et il convertit saint Alban au christianisme. Saint Alban aimait bien les maçons et le premier, il leur donna leurs instructions et coutumes pour la première fois en Angleterre. Il ordonna qu'on leur payât des gages suffisants pour leur travail. Il y eut ensuite un noble roi en Angleterre appelé Athelstan dont le plus jeune fils aimait bien la science de la géométrie. Il savait bien qu'aucun métier ne possédait la pratique de la science de la géométrie aussi parfaitement que celui des maçons, aussi leur demanda-t-il conseil et apprit-il la pratique de cette science correspondant à la théorie. Car il était instruit de la théorie. Il aimait bien la maçonnerie et les maçons et devint maçon lui-même. Et il leur donna les instructions et les noms en usage aujourd'hui en Angleterre et en d'autres pays. Il ordonna qu'on les payât raisonnablement.

Il obtint une patente du roi d'après laquelle ils pouvaient tenir une assemblée à leur convenance, quand ils verraient venu le moment opportun. On trouve mention de ces instructions, coutumes, assemblée et directives dans le Livre de nos instructions : je laisse donc ce point pour l'instant.

Bonnes gens, voici la cause et les circonstances des origines premières de la maçonnerie. Il arriva jadis que de grands seigneurs n'aient pas assez de revenus pour pouvoir établir leurs enfants nés libres, car ils en avaient trop. Ils délibérèrent donc sur le moyen d'établir leurs enfants et de leur montrer comment vivre honnêtement. Ils envoyèrent chercher de savants maîtres en la noble science de la géométrie afin que par leur savoir, ils leur montrent quelque honnête moyen de vivre.

Lors l'un d'eux, qui s'appelait Euglet , qui était fort subtil et savant inventeur, instaura une technique qu'il appela la maçonnerie. Cet art lui fournit l'honnête enseignement pour les enfants des grands seigneurs, à la demande des pères et au gré de leurs enfants.

Après un certain temps, quand ils eurent appris avec grand soin, ils ne furent pas tous capables de pratiquer l'art en question ; aussi le maître Euglet ordonna-t-il que ceux qui possédaient un meilleur savoir fussent honorés et il commanda qu'on appelât maître ceux qui étaient experts, afin qu'ils instruisent les moins habiles. Ils étaient appelés maîtres pour leur noblesse d'esprit et leur savoir. Néanmoins il commanda que ceux qui avaient moins d'esprit ne fussent pas appelés serviteurs ni sujets mais compagnons à cause de la noblesse de leur naissance.

C'est de cette façon que l'art en question commença en d'Égypte sous le magistère d'Euglet. Puis il se répandit de pays en pays, et de royaume en royaume.

Après bien des années, au temps du roi Athelstan qui fut jadis roi d'Angleterre, sur son ordre et celui d'autres grands seigneurs du pays, pour redresser de graves défauts trouvés chez les maçons, ils fixèrent une certaine règle entre eux.

Chaque année ou tous les trois ans comme le jugeraient nécessaire le roi et les grands seigneurs du pays et toute la communauté, des assemblées de maîtres maçons et compagnons seraient convoquées de province en province et de région en région par les maîtres. A ces congrégations les futurs maîtres seraient examinés sur les articles ci-après et mis à l'épreuve en ce qui concerne leurs capacités et connaissances, pour le plus grand bien des seigneurs qu'ils servent et le plus grand renom de l'art en question. En outre, ils recevront comme instruction de disposer avec honnêteté et loyauté des biens de leurs seigneurs, et ce, du haut en bas de l'échelle, car ils sont leurs seigneurs tout le temps qu'ils paient un salaire pour leur service et leur travail.

Article un.

Tout maître doit être compétent et loyal envers le seigneur qu'il sert, disposer de ses biens loyalement comme il le ferait des siens propres, ne pas donner une plus grande paye à aucun maçon que celle qu'il mérite, vu le manque de céréales et de vivres dans la région ; et n'accepter aucune faveur afin que tous soient récompensés d'après leur travail.

Article deux.

Tout maître sera prévenu de venir à cette congrégation afin d'y venir ponctuellement sauf s'il a quelque excuse. Cependant s'il est convaincu de rébellion à de telles congrégations ou de faute impliquant préjudice à son seigneur et tort à notre art, il ne doit avancer aucune sorte d'excuse, sauf s'il est en danger de mort et, bien qu'il soit en danger de mort, il doit informer de sa maladie, le maître qui préside au rassemblement.

Article trois.

Aucun maître ne prendra d'apprenti pour un stage inférieur à sept années au minimum parce que celui qui aurait un stage plus court ne serait guère capable d'être à la hauteur de son art, ni de servir loyalement son seigneur en s'appliquant comme un maçon doit le faire.

Article quatre.

Aucun maître, quel qu'en soit l'avantage, ne prendra d'apprenti né de sang servile, car son seigneur à qui il est asservi l'enlèverait à notre métier et il l'emmènerait avec lui hors de la loge ou de l'endroit de son travail ; ses compagnons risqueraient alors d'aller à son aide, de provoquer une altercation, et mort d'homme pourrait s'en suivre. Cela est interdit. Sans compter que son métier débuta avec des enfants de grands seigneurs de naissance libre, comme il est dit ci-dessus.

Article cinq.

Aucun maître ne donnera plus qu'il mérite à son apprenti pendant son apprentissage afin d'en tirer profit, ni pas assez pour que le seigneur du chantier où il travaille puisse tirer quelque profit de son enseignement.

Article six.

Aucun maître, par avarice ou âpreté au gain, ne prendra d'apprenti à enseigner qui soit difforme, c'est-à-dire ayant quelque défaut qui l'empêche de travailler comme il le devrait.

Article sept.

Aucun maître ne doit être complice, apporter secours ou procurer aide et assistance à un rôdeur venu voler. À cause de ces expéditions nocturnes on ne saurait accomplir son travail et labeur de jour.

Dans ces conditions ses compagnons pourraient se mettre en colère.

Article huit.

S'il arrive qu'un maçon excellent et compétent vienne chercher du travail et trouve un ouvrier incompétent et ignare, le maître du chantier doit accueillir le bon maçon et renvoyer le mauvais, pour le bien de son seigneur.

Article neuf.

Aucun maître ne doit en supplanter un autre car il est dit dans l'art de la maçonnerie que nul ne finirait aussi bien un travail entrepris par un autre, à l'avantage de son seigneur, aussi bien que l'autre le commença dans l'intention de le finir lui-même.

Autres conseils.

Ces conseils viennent de divers seigneurs et maîtres de différentes provinces et congrégations de maçonnerie.

Premier point.

Il faut savoir que qui désire embrasser l'état de l'art en question doit d'abord principalement aimer Dieu et la sainte Église et tous les saints et son maître et ses compagnons comme ses propres frères.

Second point.

Il doit accomplir loyalement la journée de travail t pour laquelle il reçoit son salaire.

Troisième point.

Il peut tenir secret l'avis de ses compagnons en loge et chambre et partout où maçons se retrouvent.

Quatrième point.

Il ne doit faire aucune malfaçon dans l'art en question, ne porter préjudice, ni ne soutenir aucun règlement nuisible au métier ou à quiconque du métier. Au contraire il doit le soutenir en tout honneur autant qu'il le peut.

Cinquième point.

Quand il recevra son salaire, qu'il le fasse humblement au moment fixé par le maître et qu'il remplisse les conditions de travail et de repos convenues et fixées par le maître.

Sixième point.

Si quelque dispute surgit entre lui et ses compagnons il doit rester tranquille et obéir humblement aux ordres de son maître ou du responsable de son maître au cas où le maître serait absent, jusqu'au prochain congé et s'arranger alors avec ses compagnons, en dehors d'un jour de travail, si non, ce serait préjudiciable à leur travail et au bien du seigneur.

Septième point.

Qu'il ne convoite pas la femme ni la fille de ses maîtres ni de ses compagnons sauf dans les liens de mariage et n'entretienne pas de concubines, de crainte des disputes qui pourraient survenir.

Huitième point.

S'il lui arrive de devenir responsable sous l'autorité de son maître, qu'il soit un intermédiaire loyal entre son maître et ses compagnons, qu'il s'active pendant l'absence de son maître pour l'honneur du maître et le bien du seigneur qu'il sert.

Neuvième point.

S'il est plus savant et plus subtil que son compagnon qui travaille avec lui dans sa loge ou dans quelque autre endroit et qu'il s'aperçoit qu'il risque de blesser la pierre sur laquelle il travaille par manque de science, il peut lui apprendre comment faire et il peut corriger la taille. Il lui en touchera un mot et l'aidera pour le plus grand bien de leur mutuelle affection et afin que l'¦uvre pour le seigneur ne soit pas abîmée.

Quand le maître et les compagnons, prévenus, se sont rendus à de telles congrégations, en cas de besoin, le shérif de la région ou le maire de la cité ou le conseiller de la ville où se tient la congrégation devra être compagnon et associé au maître de la congrégation pour l'aider contre les rebelles et faire prévaloir les lois du royaume.

Tout d'abord les nouveaux qui ne furent jamais instruits auparavant reçoivent des instructions suivant lesquelles ils ne doivent jamais être voleurs ni complices de voleurs, qu'ils doivent loyalement accomplir leur journée de travail et gagner le salaire qu'ils recevront de leur seigneur ; qu'ils rendront des comptes véridiques à leurs compagnons dans les affaires qui le requièrent et leur accorderont attention et affection comme à eux-mêmes.

Ils doivent être loyaux au roi d'Angleterre et au royaume et observer de toute leur force les articles mentionnés ci-dessus. Après quoi on s'enquerra de savoir si un maître ou compagnon, prévenu, à contrevenu à l'un de ces articles, ce qui, dans l'affirmative, devra alors être discuté.

C'est pourquoi il faut savoir que si un maître ou compagnon, convoqué à l'avance à de telles congrégations, se révolte et refuse de venir ou bien s'il a enfreint l'un des dits articles, et que cela peut être prouvé, il devra abandonner son art de maçon et renoncer à son métier. S'il a l'audace de continuer, le shérif de la région où on risque de le trouver au travail doit le mettre en prison, confisquer tous ses biens et les remettre au roi jusqu'à ce que le pardon royal lui soit octroyé et manifesté. C'est principalement pourquoi ces congrégations sont prévues afin que chacun, du haut en bas de l'échelle, soit bien et loyalement servi en cet art de maçonnerie par tout le royaume d'Angleterre.

 Amen ainsi soit-il.

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La doctrine de Martinez de Pasqually

5 Août 2010 , Rédigé par Gibelain Publié dans #spiritualité

Exposons brièvement la doctrine de Martinez, du moins ce que nous croyons en avoir saisi dans son ouvrage “LE TRAITE DE LA REINTEGRATION DES ETRES” qui reste très obscur. L'idée force du Traité est aussi celle qui soutient les travaux théurgiques de l'Ordre des Elus Cohens et les développements philosophiques de L.C. de Saint- Martin, cette idée est la chute de l'homme hors du domaine spirituel dans la matière d'où il doit maintenant accomplir son retour vers l'esprit.

 

Sa vision cosmogonique est comparable à celle de nos physiciens modernes avec la théorie d'extension et rétraction de l'Univers. Tout est parti de Dieu et tout doit y revenir. L'homme a donc subi une chute allant au-delà du plan prévu par Dieu pour l'incarnation de l'esprit dans la matière. S'étant séparé en conscience de son créateur, il fut rejeté de son Sein et s'est retrouvé emprisonné dans la matière.

Le monde matériel est lui-même un monde d'exil et de châtiment, créé tout spécialement pour servir de prison à ceux parmi les premiers êtres émanés de la Divinité qui, par leur propre volonté et sous l'impulsion de l'orgueil, ont voulu agir de façon séparative et autonome. C'est pourquoi la matière est comme le nomment les Hindous, “Maya”, une illusion.L'homme lui-même vient en second dans cette création, après la chute des anges devenus démons et que Martinez appelle Esprit Pervers. Ce sont eux qui ont commencé la chute. L'homme primordial collectif que la Kabbale nomme “Adam Kadmon”, fut créé avec pour mission de régner sur le monde matériel, afin de le restaurer dans l'unité première. La “prévarication” de l'homme est une répétition de celle des esprits pervers. Adam, étant la dernière des créatures, régnait sur les anges et sa place était privilégiée dans la création. Il était créé dans une forme glorieuse, c'est là le véritable Paradis Terrestre, “Terre élevée au-dessus de tous sens”, comme le dit Martinez. Or, appelé à être le Créateur d'une postérité de Dieu dans la forme glorieuse égale à lui-même, Adam voulut créer par sa propre volonté et donna, ainsi, naissance à une postérité impure précipitée dans la matière.
“Adam, rempli d'orgueil, traça six circonférences en similitude de celles du Créateur, c'est-à-dire qu'il opéra les six actes de pensées spirituelles qu'il avait en son pouvoir pour coopérer à sa volonté de créateur. Il exécuta physiquement et en présence de l'esprit séducteur sa criminelle opération.” (1)
Et telle fut la conséquence de son acte criminel :“Mais, dira-t-on, à quel usage a donc servi à Adam cette forme de matière qu'il avait créée ? Elle lui a servi a faire naître de lui une postérité d'hommes en ce que le premier mineur Adam, par sa création de forme passive matérielle, a dégradé sa propre forme impassive, de laquelle devaient émaner des formes glorieuses comme la sienne pour servir de demeure aux mineurs spirituels que le Créateur y avait envoyés. Cette postérité de Dieu aurait été sans borne et sans fin si l'opération spirituelle du premier mineur avait été celle du Créateur, ces deux volontés de création n'auraient été qu'une en deux substances”.C'est alors que l'homme fut chassé de son corps glorieux pour habiter le monde matériel au milieu des animaux, car c'est de cette terre qu'il avait sorti l'objet de sa prévarication. Si Adam avait eu la mauvaise volonté d'agir contre le Créateur, par contre, la pensée lui avait été suggérée par les “Esprits Pervers”. Il n'est donc pas responsable de cette pensée mauvaise. C'est la volonté qui soumet l'être, soit à la pensée mauvaise démoniaque, soit à la pensée bonne des créatures angéliques. Il y a donc un intellect mauvais et un intellect bon, le premier est conséquence de la chute et le second vient de Dieu. Ceci sera développé par L.C. de Saint-Martin pour qui l'intellect, s'il a séparé l'homme du divin, doit le réconcilier par la gnose.

 
La communication directe entre Dieu et l'humanité est coupée depuis la chute. L'intellect est dans une aberration qui l'enchaîne aux sens physiques et la conséquence en est l'idolâtrie du fait scientifique et la philosophie du siècle des Lumières. La gnose est une véritable “Charité Intellectuelle” que Martinez dans son traité, puis Saint-Martin dans ses ouvrages, offrent à l'humanité. De “pensant”, par la chute , l'homme est devenu “pensif” et pour s'unir à nouveau à “Sophia”, la Sagesse, l'homme doit faire appel aux intermédiaires. Ce sont les bons esprits que dans ses invocations théurgiques il demande à pouvoir commander par la grâce de Dieu. Il chasse les mauvais esprits toujours prêts à l'influencer négativement. Le “Philosophe inconnu” pour son compte, délaissera les pratiques rituelles théurgiques pour s'orienter vers une voie cardiaque interne, faisant appel à l'intercession du Christ.Après cette chute et cette malédiction divine, Adam parvint à obtenir le pardon divin et sa création, quoique matérielle, fut à nouveau considérée. Il confessa son crime avec un sincère repentir et fut donc en partie réuni dans ses premières vertus et puissance, conformes aux lois de la réconciliation. Mais alors naquit Caïn (2), postérité maudite et déchue d'Adam. Deux autres enfants de même nature succédèrent à Caïn. Adam ne parvenant pas à obéir aux instructions de tempérance du Créateur allait dans un profond dégoût de lui-même. Enfin, Abel fut conçu dans l'harmonie divine et ainsi se fit une postérité glorieuse, car le culte qu'Abel rendait au Créateur était le type réel que le Créateur devait attendre de son premier mineur. C'est pourquoi Seth, puis Noé, représentent la lignée des Prophètes, des Elus possédant la connaissance et les vertus de rétablir les opérations divines. Cette filiation raciale, comme tout le récit, est à comprendre comme un mélange de fiction allégorique et de faits ésotériques d'où la difficulté d'interprétation. Caïn naquit de la passion, il y a donc dans cette version de la chute un deuxième stade tel que l'on imagine le péché originel dans la Bible, c'est-à-dire de nature sexuelle.Après la première réconciliation, il fut ordonné à l'homme de croître et multiplier. “Adam et Eve exécutèrent cet ordre avec une si furieuse passion des sens de leur matière, que le premier homme retarda par là son entière réconciliation”. On comprend qu'il y ait alors deux postérités et deux humanités. La seconde postérité d'Adam, qui est celle de Seth, s'est rendue susceptible de réconciliation. Celle de Caïn doit encore être réconciliée. “Elle paie encore le tribut à la justice du Créateur”. Ceux qui composent l'Assemblée des élus qui seuls ont été réconciliés par la venue du Christ sont missionnés dans le plan du rachat divin et reçoivent l'inspiration intellectuelle, la gnose, SOPHIA, ce sont les “illuminés”.Dans cette perspective, Martinez lui-même mais aussi J. Boehme, Swedenborg et Saint-Martin sont des missionnés de Dieu éclairés par la lumière intellectuelle. Ce sont des “mineurs” d'après la terminologie de Martinez, le mot pourrait être rapproché de “Jiva”. L'âme personnelle émanée du Tout des Hindous, ce sont des mineurs qui, bien que la postérité d'Adam, sont de purs pensants et non pensifs. D'autres mineurs furent émanés avant Adam par la seule volonté divine, ce sont les envoyés du Père dont parle Papus (3). Le plus grand d'entre eux étant le Christ, il y a aussi Enoch, Noé béni dans sa descendance, Sem, Cam et Japhet, Melchisedec et Abraham. On peut encore ici faire un parallèle avec la doctrine hindoue des Avatars ou fils de Dieu (4). Dans les milieux Martinistes du XIXème siècle, le grand thaumaturge dit “le Maître Philippe de Lyon” (5) sera tenu pour un tel être.

 

Mais revenons sur la notion de ces justes qui, bien qu'étant de notre humanité, ont gardé le contact avec la pensée divine et accomplissent les plans du Créateur, car c'est justement certains de ces êtres que Balzac a fait surgir dans sa Comédie Humaine, lui-même se considérant sans doute comme un illuminé dans le sens que nous avons donné à ce terme avec Martinez de Pasqually. Il nous faut citer le mage de Bordeaux : “Quoique ces êtres soient consolés dans leurs afflictions et assurés de leur réintégration, cela n'empêche pas que leurs tourments soient considérables de ne pouvoir jouir parfaitement de la vue de l'esprit consolateur qui leur parle. Ils sentent cependant que tout ce qu'ils éprouvent est juste, relativement à la prévarication du premier homme et un serment que le Créateur a fait que ni le premier homme, ni aucun de sa postérité ne soient réintégrés dans le cercle divin avant le grand combat qui doit se livrer par le vrai Adam ou Réaux entre la terre et les cieux, pour le plus grand avantage des mineurs”. Si ces justes qui reposent dans la sphère saturnienne après leurs incarnations sont comparables à ce que l'hindouisme appelle les Vibhutis (6), la vision eschatologique de Martinez est aussi celle exprimée dans le Mahabarata et la Baghavad Gita d'un affrontement final entre les forces du bien et du mal.Le Réaux est celui qui a retrouvé ses pouvoirs d'origines, c'est le Rose-Croix, le Réalisé, mais la réintégration complète ne pourra se faire que lorsque le dernier humain aura été réconcilié car chaque être humain est une cellule de l'Adam Kadmon, participe en tant que tel au grand corps de l'humanité et doit réintégrer le plan de conscience prescrit à l'origine pour les mineurs émanés. La doctrine de Martinez est d'une certaine complexité et reste d'une interprétation délicate, attendu qu'il est difficile de faire la part entre ce qui est symbolique, allégorique et ce qui se veut un exposé précis de l'aventure spirituelle de l'homme et du cosmos. Une bonne connaissance de base en numérologie, en kabbale et des écrits bibliques est d'un grand secours pour son exégèse.L'Ordre des Elus Cohens offrait à ses membres une technique théurgique basée sur cette doctrine et transmettait aux disciples avancés une initiation visant à la régénération spirituelle de l'homme. Initiation qui, comme nous allons le voir, existe encore de nos jours.

 Après une propagande de 1758 à 1760, à Lyon et dans le midi de la France, Martinez de Pasqually s'installe à Bordeaux en 1762. Il quittera cette ville en 1772 pour Saint Domingue. L'ordre débute ses activités en 1762.

Louis Claude de Saint-Martin rencontre le Maître en 1768 et deviendra son secrétaire en 1771. L'Ordre se désagrège juste après la mort de Martinez en 1774, car ses deux plus proches disciples délaissent ce canal et diffusent l'enseignement à leur manière. Willermoz, riche marchand de Lyon, essaya d'infuser la doctrine de Martinez dans l'Ordre Maçonnique de la “Stricte Observance Templière” fondé par la baron Von Hund, ce qui donna le rite des “Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte”. Quant à Saint-Martin, il s'était écarté assez tôt du courant maçonnique et il préféra diffuser l'enseignement en l'adaptant selon ses lumières personnelles par ses ouvrages et oralement à travers des cercles d'amis parmi lesquels quelques-uns reçurent l'initiation en provenance de Pasqually. Cette initiation encore véhiculée par certains Ordres Martinistes, semble être d'une grande importance et reste une énigme. Est-elle comparable au Consolamentum des Cathares et à la transmission apostolique des églises chrétiennes ? Peut-être s'agit-il de la transmission de l'Esprit, de l'Eglise intérieure, celle de Saint-Jean ; c'est de cette seule Eglise que se réclamait véritablement Honoré de Balzac.

Ni Pasqually, ni Willermoz, ni Saint-Martin n'ont jamais fondé l'Ordre Martiniste. Celui-ci fut créé par le grand occultiste Gérard Encausse (dit Papus) en 1891, et il l'anima jusqu'en 1916, date de sa mort.



(1) Lire “Le Traité de la Réincarnation des Etres” de Martinez de Pasqually
(2) (2) Caïn, qui signifie “Enfant de ma douleur”.
(3) Lire “La Réincarnation” de Papus
(4) Lire “La doctrine des Avatars” de Michel Coquet
(5) Lire “Le Maître Philippe de Lyon” de Philippe Encausse
(6) A propos de Vibhuti, voici la définition donnée par Sri Aurobindo : “Le Divin apparaît comme Avatar dans les grandes époques de transition et comme Vibhuti pour aider aux transitions moindres.”



http://serviteursinconnus.unblog.fr/



 

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La conception de Dieu en maçonnerie régulière

7 Octobre 2012 , Rédigé par PC Publié dans #Planches

Il n'est pas facile d'aborder ce thème de la conception de Dieu propre à la Maçonnerie Régulière. En effet, c'est un point de clivage entre les obédiences régulières et irrégulières, et on a trop vite réglé le problème en affirmant d'une manière très simpliste que les premières sont théistes, et les autres déistes, au mieux, ou rien du tout au pire. En effet, nos frères séparés, peut-on dire, n'ont pas bien compris dans quelles perspectives travaille la Maçonnerie Régulière. Souvent, ils nous disent que leur institution permet aussi bien à des croyants que des incroyants de travailler ensemble... Certes ! Mais leur travail ne s'inscrit pas dans la même optique que la nôtre, l'esprit qui y préside n'est pas le même, et  le plan d'ensemble de ce qu'il construisent n'a que peu de rapports avec le nôtre....Et toute la différence vient de l'absence d'inspirateur que les Maçons Réguliers nomment le Grand Architecte de l'Univers. Le débat est donc d'importance, et il mérite de retourner vers nos racines historiques avant que d'aborder l'esprit particulier généré par le corpus « spiritualiste » de nos rituels, dans tous les rites, mais aussi au chœur de l'Arche Royale, des rituels de Conseil de Maîtres installés, et des différents rituels de Grande Loge, et de consécration de Loges.  

L'objet de ce travail sera donc de décrire cette évolution historique, d'analyser les références disponibles, et de déterminer par qui et comment les évolutions ont été introduites, et enfin l'état actuel de la question.  

Nous allons là aborder ce que j'appelle la théologie Maçonnique, ce qu'en principe, nous ne sommes pas censés faire. Je rappelle qu'il est interdit en Loge d'entreprendre des «controverses politiques ou religieuses». Mener une controverse, c'est développer des thèses contraires et polémiques, avec des jugements de valeur et un désir de convaincre l'Autre. L'objet de mon travail ne se situe pas dans cette perspective, puisque je me bornerai à un travail d'entomologiste, à savoir une description des positions successives des Maçonneries Opératives et Spéculatives sur le sujet, et dans notre seule sphère de la Maçonnerie régulière qui est la nôtre.  

Il y a deux histoires en maçonnerie, l'histoire mythique, et l'histoire réelle. La première apparaît dans les prologues des textes médiévaux, ainsi que dans celui des Constitutions d'Anderson, qui les reprend.  

Cette histoire a pour prétention de faire remonter l'histoire de la Maçonnerie jusqu'aux origines de l'humanité, en faisant en sorte que notre Art de construire soit attesté depuis la plus ancienne antiquité. Ainsi, avant le Déluge, les secrets de notre Art ainsi que des Sept sciences auraient été gravés sur deux colonnes de pierre pouvant résister à la montée des eaux et aux destructions de l'humanité disgraciée. Les trois fils de Noé, Sem Cham et Japhet, les retrouvent dans la tombe, le cercueil ( arca : coffre, cercueil, arche) de leur père pour les redonner à l'Humanité naissante.  

De même, après le déluge, fut construite, d'après le manuscrit Regius de 1390, la tour de Babel, par Nabuchodonosor, roi de Babylone, pour se prémunir contre un nouveau déluge : les maçons surent commencer la construction, mais un ange de Dieu fut envoyé qui brouilla les langues des ouvriers pour arrêter l'édification de cet ouvrage d'orgueil.  

Ces deux premières références sont sans conteste bibliques et sont utilisées par le plus ancien texte maçonnique pour attester de l'ancienneté de sa confrérie. Nous sommes au Moyen Age européen, et donc par conséquent, ce sont des références exclusivement catholiques romaines.  

Il n'en est pour s'en convaincre que la lecture des vers 497 et suivants du même Regius qui concluent l'énuméré des devoirs et règles des Maçons :  

« Et maintenant prions Dieu Tout Puissant

Et sa mère la radieuse Marie

De nous aider à garder ces articles

En même temps que ces points,

A l'exemple de ces Quatre Saints Martyrs (Les quatre couronnés)

Qui furent toujours tenus en grand Honneur dans notre métier......

L'empereur les tenait en grande affection

Il voulut leur faire faire une statue

A laquelle on rendrait un culte en son honneur

En son temps il faisait faire de telles idoles

Pour détourner les gens de la Loi du Christ

Mais eux restèrent inébranlables dans la loi du Christ

Et fidèles à leur métier, sans compromis.

Ils aimaient comme il faut Dieu et ses Commandements... »  

Le Manuscrit COOKES qui date de 1410, précise, de même en son vers 831 :  

Il faut savoir que qui désire embrasser l'état de l'Art en question (la Maçonnerie)

Doit d'abord principalement aimer Dieu et la Sainte Eglise

Et tous les saints et son Maître et ses compagnons comme ses propres frères....  

Ainsi, ces anciens devoirs décrivaient les règles de vie des communautés de Tailleurs de Pierre et Maçons, et y ajoutaient une règle de conduite religieuse qui était somme toute celle de la société ambiante : les Maçons, plus que tous autres étaient astreints à être des hommes religieux, d'abord parce que toute la société l'était, mais aussi parce que leurs principaux commanditaires étaient des évêques, des clercs et des abbayes, parce qu'ils construisaient des édifices religieux, et qu'ils ne pouvaient donc s'affranchir de la croyance en Dieu, celui de la Bible et des Évangiles.  

Le Dieu de la Maçonnerie Opérative du XIVème siècle est la Trinité Chrétienne, exclusivement, ce qui nous a légué le Delta Lumineux, sans conteste, Triangle Équilatéral, je précise, et non quelconque frontispice grec aux trois angles inégaux. Les Maçons Opératifs demeuraient catholiques romains exclusivement, et l'adhésion au métier de Maçonnerie n'impliquait rien d'autre que d être fidèle à la religion unique en Europe occidentale.  

Nous arrivons doucement vers les années 1450. En Italie, le mouvement artistique et scientifique que nous appelons Renaissance en France, et que les Italiens appellent le Quattrocento, se développe, en remettant au goût du jour les enseignements artistiques de l'antiquité : la statuaire romaine, et l'architecture antique. La douceur de vivre de l'Ombrie et de la Toscane imprègnent les artistes et intellectuels français qui font le voyage pour découvrir l'essor artistique et littéraire. L'église catholique n'est pas insensible à cette aménité nouvelle, et se laisse aller à un relâchement qui durera plusieurs siècles, mais qui allait heurter les mentalités encore moyenâgeuse  des classes laborieuses.  

De ci de là, des voix s'élèvent en Europe pour stigmatiser les comportements de luxure et la propagation de l'esprit de lucre dans le haut clergé romain. Dès le milieu du quinzième siècle, un moine tchèque, Jean Huss, prêcha contre les « déviations » du clergé, et fut brûlé à Prague pour cela, triste précurseur de ce qui allait arriver plus tard à Giordano Bruno et à Savonarole, et pour les mêmes raisons. Dans le courant du XVIème siècle, Luther et Calvin, religieux catholiques, tracent les grandes lignes de ce qu'on appellera « La Réforme », lesquels, devant l'intransigeance de Rome de revenir aux fondamentaux du christianisme, furent excommuniés et deviennent  alors des « Protestants » cherchant à revivre la simplicité de la Bible et des premiers temps du christianisme.  

En Grande Bretagne, Henri VIII, devant le refus de la papauté d'annuler son mariage, coupe, lui aussi les ponts avec Rome. Le clergé catholique britannique  est alors sommé de ne plus obéir qu'au roi, et donc de renier son attachement au Pape ; ce schisme de l'église d'Angleterre, dénommé anglicanisme, est le point de départ d'une transformation progressive de la société britannique. Dans le courant du XVIème et XVIIème siècle, le protestantisme continental, qui avait gagné la Hollande, la France, l'Europe Centrale et les Etats Allemands, gagna la Grande Bretagne. La religion officielle de celle-ci était donc devenue l'anglicanisme, avec pour chef, le Roi, les autres religions y cohabitant  désormais, mais étant selon les époques, tolérées, mises à l'écart de l'Etat, ou carrément persécutées .  

Selon la religion du souverain, il y eut des pogroms (excusez l'anachronisme du terme....) de catholiques, d'anglicans, de luthériens, de presbytériens ou autres sectes protestantes nombreuses et variées ; c'est de cette époque que date l'exil des pères fondateurs puritains (autre variété de protestants) de l'Amérique moderne, rejoignant ses rivages lointains à bord du Mayflower...  

Bien entendu, les confréries de constructeurs britanniques, largement composées de maçons acceptés, non opératifs, ressemblaient, à part les loges d'Écosse restées catholiques romaines, à la société civile. Il y avait des maçons de toutes sortes dans des loges dédiées, mais le plus souvent bigarrées. L'obligation de tolérance religieuse nous vient donc de cette nécessité de protéger le métier malgré les divergences religieuses de leurs membres, et donc est née dans les Anciens Devoirs, l'obligation de ne pas engager de controverses religieuses et politiques dans ces Loges.  

Au demeurant, tous ces hommes étaient des chrétiens, acceptant l'Ancien et le Nouveau Testament, et restant très religieux, malgré la décadence de l'Église romaine et des Princes de l'Europe.  

Nous voici à la fin du XVIIème siècle : la Maçonnerie Britannique reste seule en Europe détentrice des Anciens devoirs, grâce au phénomène de l'acceptation qui n'a pas existé ailleurs. Les bourgeois, notables, ou seigneurs en font partie, avec quelques derniers opératifs. Elle est majoritairement anglicane, comme la société, avec de grosses majorités protestantes de diverses obédiences, et aussi quelques catholiques. L'Ecosse a, elle aussi, été gagnée à l'anglicanisme, son souverain Jacques en exil à Saint Germain en Laye, souverain catholique dépossédé de son trône pour sa religion.

La persistance de Loges militaires Écossaises, ayant accompagné leur souverain en exil, est attestée à la cour de Louis XIV, qui les utilisera en temps que « Légion Étrangère ».Elle étaient restées catholiques, à l'instar de leur souverain déchu.  

Cette peinture historique, peut-être fastidieuse, nous permet de comprendre comment, vers 1715, en Angleterre, naîtra, sur les cendres d'une maçonnerie opérative effondrée, une institution qui reprendra le flambeau des valeurs portées par les corporations du moyen age, décrites intégralement dans les anciens devoirs, et dont tout homme droit peut encore de nos jours faire son profit.

     Vous connaissez tous l'histoire de la création de la Grande Loge de Londres, en 1717, à partir de quatre loges londoniennes qui se croyaient seules au monde...  

Elle a été portée sur les fonts baptismaux par Anderson et Désaguliers, ce dernier fils d'émigré français protestants de La Rochelle après la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV, tous deux pasteurs de la religion réformée, et très au fait des luttes sanglantes qui avaient endeuillé leur pays pendant près de deux cent ans.  

Le texte des Constitutions qu'ils nous ont légué sous le titre de « Constitutions d'Anderson », et essence de notre règle en 12 points est inspiré par cette histoire dramatique aussi bien que des Anciens devoirs.  

L'article 1er des Constitutions de 1723 rappelant les devoirs du Franc-Maçon dit que «  l'on a jugé plus expédient de n'obliger les Maçons qu'à la religion sur laquelle tous les hommes sont d'accord, laissant à chacun ses opinions particulières, c'est à dire être des hommes bons et loyaux ou des hommes d'honneur et de probité par quelque dénomination ou croyance religieuse qu'on les distingue.»  

Il est en outre stipulé plus loin qu'un maçon ne peut être « un athée stupide, ni un libertin irréligieux ».  

Dans cette Angleterre du XVIIIème siècle apaisée par l'Acte de Tolérance, et à la lumière de la peinture historique que j'ai tracée précédemment, ces constitutions expliquent clairement qu'être Maçon suppose d'appartenir, de se reconnaître, ou d'admettre l'une des nombreuses croyances qui coexistent à cette époque en Grande Bretagne, c'est à dire, appartenir à l'Anglicanisme, au Catholicisme ou aux nombreuses variétés de Protestantisme qui existent. En bref, être de confession chrétienne, de quelque obédience que ce fut.  

La croyance en Dieu, si elle n'est mentionnée en temps que telle, est sous entendue, car l'athéisme est pourchassé, et pour enfoncer le clou, Anderson précise qu'un Maçon ne peut être un athée stupide, c'est à dire que pour Anderson, pasteur protestant, les athées sont stupides, et les libertins nécessairement irréligieux.  

Certains frères séparés (irréguliers) ont tenté de forcer ces textes, en prétendant, d'une matière spécieuse pour justifier leur existence, que Anderson ne visait que les athées stupides, épargnant ainsi les athées qui ne l'étaient pas ; de même, selon eux, les libertins ne seraient pas tous irréligieux, et donc les libertins religieux seraient acceptés. Pardonnez moi, mes frères, mais c'est carrément se moquer du monde, et faire preuve de la plus mauvaise foi. La lecture des Anciens Devoirs, que ces braves frères ne semblent pas avoir lu, les auraitrenseigné de suite.  

Sans conteste, selon les Constitutions de 1723, les Maçons ne peuvent être choisis que parmi des citoyens, gens d'honneur et de probité, qui professent PAR AILLEURS  leur croyance en Dieu par le biais de l'appartenance à l'une des « croyances particulières » du christianisme. Clairement, en 1723, être maçon, c'est être un bon chrétien, de quelque croyance particulière qu'il s'agisse. Le Dieu de la Maçonnerie Régulière est donc le Dieu du Credo chrétien.  

En 1738, lors d'une réédition des Constitutions, Anderson, à mon sens, va ouvrir une brèche dans cet édifice, avec toute sa bonne foi. Il ne s'attendait sans doute pas à ce que la Maçonnerie Spéculative couvre le monde hors l'Angleterre, où d'autres religions que chrétiennes existent... Il ne s'attendait pas non plus à ce que d'autres génies nationaux, tel le nôtre, allait engendrer des décennies de polémiques sur de simples mots, lancés un peu au fil de la plume...  

Auparavant une petite remarque : le catholicisme n'a jamais encouragé la lecture de l'Ancien Testament, au contraire des Protestants qui le considèrent comme aussi important que le Nouveau. La Bible entière est leur livre de chevet, alors qu'à cette époque, seuls les Évangiles sont divulgués aux fidèles catholiques ; les épisodes de l'ancien testament leur sont enseignés, certes, mais comme histoire sainte par épisodes et sans accès direct au texte.  

Or Anderson se voulant œcuménique, ajouta cette précision : »il s'agit pour le Maçon d'observer la Loi Morale, comme un vrai Noachite. Quant aux hommes d'honneur et de probité, par delà les différences de religion, ils s'accordent tous sur les Trois Grands Articles de Noé, et c'est assez pour préserver le ciment de la Loge ». Anderson propose donc un retour aux sources jusqu'à Noé, dont l'ancien testament dit que c'était un homme juste et intègre dans son temps, et qu'il « marchait avec Dieu » Noé, après le déluge, est devenu le nouveau père de l'Humanité recréée. Remonter à cette époque veut dire que tous les croyants depuis Noé peuvent accéder aux bienfaits de l'Art Royal.  

Cette ouverture aussi claire sur l'Ancien Testament, livre des Chrétiens, certes, mais aussi des Israélites, allait conduire à l'initiation maçonnique de ceux-ci, Nathan Blanch et John Hart, dans les 10 premières années de la création de la Grand Loge de Londres.  

Clairement, peut être à cause de la grande variété de religions admises en Grande Bretagne, l'incorporation dans les Loges Régulières de Juifs n'était pas plus scandaleuse que d'avoir étendu aux protestants l'accès aux loges au cours  du seizième siècle. C'est donc le Dieu de Noé, plus petit commun dénominateur aux croyances communes des Maçons qui a été choisi comme croyance raisonnable admise ; il n'était donc plus nécessaire d'être chrétien pour être Maçon. Tout homme pouvait l'être, les athées ou agnostiques ne représentant rien, statistiquement.  

La suite l'a largement prouvé, puisque en 1735, un turc musulman est fait Maçon régulier à Smyrne, sous l'obédience de la Grande Loge de Londres.  

Le développement fulgurant de notre Ordre au XVIIIème siècle est sûrement dû à cette tolérance religieuse très large, puisque s'appliquant aux membres des religions du Livre, à même de prêter serment sur un texte inspiré, bible, coran, torah. C'est le point de la question vers la fin de ce siècle, et dans la sphère d'influence des marchands ou militaires britanniques, partout dans le monde. C'est aussi également la raison de l'excommunication papale de 1738, qui sanctionnait ainsi le commerce de  gens de religions différentes avec les catholiques, et lié avec eux par un serment de fraternité et d'entraide mutuelle.  

Par la grâce du pasteur Anderson, la Maçonnerie Spéculative moderne s'ouvre aux religions du Livre, par opposition à la Maçonnerie Opérative médiévale, catholique, et à la Maçonnerie de la Renaissance, chrétienne. Il est à noter qu'Anderson ne fait pas de théologie Maçonnique, il ne parle pas des attributs de Dieu, il confère sa Maçonnerie aux adeptes des religions qui se pratiquent dans l'Empire Britannique. C'est pourquoi la Maçonnerie Régulière pouvait prétendre à l'universalité malgré la diversité des religions du monde.  

Ce mouvement d'ouverture à des révélations multiples allait s'amplifier avec l'implantation de l'Empire Britannique au XIXème siècle aux Indes, en Indonésie, en Amérique du Nord, aux Antilles, et en Afrique Centrale et du Sud. Ainsi sont reconnus successivement l'hindouisme et les sikhs en Inde, le shintoïsme du Japon, et toute religion reconnaissant un Principe créateur intelligent et organisateur du monde créé,que nous appelons Dieu, et possédant des textes fondateurs susceptibles d'engager un candidat par serment. Parallèlement, la Maçonnerie Régulière a aussi gagné l'Europe Centrale slave et orthodoxe.  

Ainsi, et sa position n'a pas changé, la GLUA et ses obédiences filles, confèrent l'initiation maçonnique à travers le monde, à tous les hommes libres et de bonnes mœurs qui reconnaissent une transcendance spirituelle à travers une religion, laquelle, je le rappelle, s'analyse en un lien personnel entre Dieu, quelque soit le nom qu'on lui donne dans une croyance particulière, et l'homme, sa créature. Voici une dizaine d'années encore, la GLUA définissait comme condition indispensable mais suffisante pour l'appartenance la croyance en un Être Suprême (Supreme Being), ainsi que la capacité de l'impétrant à prêter serment sur le livre inspiré de sa Révélation particulière. 

Nous verrons que les controverses entre obédiences régulières et irrégulières, ou même au sein de certaines obédiences régulières, prennent naissance dans des discussions byzantines visant à justifier l'irrégularité des obédiences non reconnues, mais aussi, à établir des distinguos, ou des brevets de bons maçons, selon les rites ou les rituels utilisés. Ces discussions ont commencé dès le XVIIIème siècle, par le distinguo entre le théisme et le déisme, et l'accusation de latitudinarisme.  

Il est vrai qu'Anderson, en élargissant les conditions d'accès dès 1723, et encore plus en 1738, a encouru les foudres de la Maçonnerie Ecossaise, et de la Maçonnerie Opérative des Anciens,  restées catholiques romaine. Le schisme allait durer jusqu'en 1813, quand a été fondée la GLUA. Celle-ci allait récupérer par cette alliance les anciens rituels opératifs inconnus d'Anderson, ainsi que le corpus Maçonnique important de la Sainte Arche Royale de Jérusalem.  

Grosso modo, on pourrait qualifier le théisme comme la croyance en un Dieu personnel, tel que celui de l'Ancien Testament, qui intervient dans la vie des hommes, les guide, les sanctionne et les récompense, un dieu régulateur et rétributeur en somme, et le Déisme comme la croyance en un Dieu conceptuel, qui existe en temps que Principe, que l'on révère sans le connaître, Lui, l'Ineffable et le Mystérieux, mais auquel on se rattache comme source de toute création, de toute vie et de toute évolution, et tel un Theillard de Chardin, en en faisant l'Oméga de toute fin.  

Le Déisme quant à lui est inspiré par les théories des philosophes britanniques tels que Locke, mais aussi Voltaire et son Grand Horloger: l'homme reconnaît Dieu comme force de la nature, immanent à elle, mais ne lui reconnaît pas la proximité personnelle avec lui, et encore moins les rapport de père à fils incluant morale, sanction et rétribution des bons comportements. Ce débat a animé le divorce entre les obédiences, la Maçonnerie Régulière semblant se rattacher seule à un théisme rigoureux. Celle-ci s'empressa d'ailleurs de rajouter, Grand Architecte de l'Univers ou Grand Géomètre. Ce vocable de concepteur, d'organisateur , de penseur de la matière de l'Univers et des êtres vivants qui le peuplent, semble fédérer les maçons de toutes religions qui ont toutes comme apanage de Dieu d'être l'alpha et l'oméga de toute création et de toute créature, et d'avoir, par l'évolution, tracé un plan pour le futur de l'Humanité.  

Selon les croyances et les livres saints, la frontière entre théisme et déisme, très tranchée quand seuls les croyants du Livre étaient admis, a tendance à devenir floue et aléatoire. C'est le type de débat qu'à mon sens, on n'a pas intérêt à entretenir car contenant en germe la discorde entre les frères, et en plus, contrevenant gravement aux prescriptions d'Anderson sur les controverses religieuses. Au demeurant, j'ai tendance à penser qu'il y a autant de conception de Dieu qu'il y a de croyants, et qu'en conséquence, le débat est stérile par incompréhension majeure des moyens, buts et finalités seconde des ascèses maçonniques de Tradition.  

Au vu de ce qui précède, Euclide et Pythagore auraient-ils été acceptés maçons réguliers ? Et Vitruve ? Et Socrate ? Quelle conception de l'Inconnaissable avaient-ils qui justifie leurs recherches, leur enthousiasme, leur projet pour l'Humanité future ?  

Le latitudinarisme est une autre question qui a agité, à la même époque, les milieux chrétiens, car ils reprochaient à la Maçonnerie de tenir toutes les religions pour égales et de  même valeur, alors que les catholiques s'estimaient être seuls vrais croyants rejetant les autres chrétiens dans les enfers, sans parler des Juifs, des Musulmans et des Orthodoxes. Le but de la Maçonnerie, oublié de ses adversaires, n'est pas de défendre quelque religion que ce soit, mais d'œuvrer, par delà les différences de croyance, à la réalisation d'un grand chantier, celui de l'aventure humaine sous les yeux et dans le plan du Grand Architecte. Et c'est à cause de ce fondement minimal qu'il n'est pas possible d'initier des agnostiques ou des athées, car eux n'adhèrent pas à l'idée que le monde créé n'est pas le fruit du hasard. Le Maçon régulier travaille dans le sens de la Création, il utilise ses forces pour accomplir, par les ressources de son intelligence et par son travail, l'œuvre du Concepteur de toutes choses, pour le bien de ses frères humains. Les batailles théologiques n'intéressent pas le Maçon, elles sont stériles, et révèlent l'orgueil de certains de prétendre comprendre à eux seuls le Plan, la Volonté, les Apanages et les Finalités de l'Être Suprême que nous révérons.  

Les religions révélées, c'est à dire dévoilées à l'Homme par quelque inspiré ou initié , ont toutes la particularité d'être dotés de textes sacrés reconnus comme inspirés par le Très-Haut. Ces textes sacrés sont utilisés pour recevoir les engagements, les serments des impétrants, et assurer ainsi le respect des obligations consenties. En Maçonnerie Régulière, on peut recevoir les obligations sur la Bible, évidemment, mais aussi sur le Coran, la Torah, les Védas, les Upanishad, et bien d'autres encore, bien que pour les  travaux habituels, et quelque soit la religion des frères présents, la Bible est toujours ouverte et présente en Loge.  

Bien que la Tradition antique des bâtisseurs soit née au plus profond de l'Humanité gréco-latine, égyptienne et assyrienne, mais aussi, on l'oublie, au plus profond de la Chine, le substrat de cette tradition a TOUJOURS été guidé par des intentions religieuses ou métaphysiques : relier le ciel et la Terre, à l'instar de BABEL, a toujours fait partie des ambitions de nos ancêtres : dépenser autant d'énergie, pour que le massif, le beau, le monumental, le surprenant transcende le temps et l'espace ne résulte pas d'un hasard, mais d'une intention sanctifiée, sanctionnée et agréée par un rapport essentiel à la Transcendance. Cette chose se respecte, se conserve, se révère, et ne se traite pas par une logique de quat'sous bricolée dans une quelconque officine de politiciens en conquête d'un pouvoir puéril.....  

La Conception de Dieu en Maçonnerie Régulière a donc évolué de manière sans cesse élargie, passant du catholicisme romain le plus strict du moyen age, à un œcuménisme étendu, bien au delà des religions du Livre, à toutes les croyances dotées d'une révélation exprimée dans un texte sacré et reconnu comme tel par ses adeptes. Dieu n'est pas un concept, une idée floue ou un sentiment vague, c'est l'inspirateur de la pensée des hommes et l'initiateur de leurs bonnes actions, dans le sens de sa Création et de son développement. La Maçonnerie travaille en ce sens, et sur la pierre de fondation de ces croyances, et il ne peut en être autrement.  

Pour terminer, je vais vous donner lecture des textes présentés aux profanes par la Grande Loge Unie d'Angleterre, notre Loge-Mère à tous ; il n'y est pas fait expressément référence à la croyance en Dieu, les Britanniques étant plus pragmatiques et a-dogmatiques que nous, préfèrent simplement initier des hommes qui disent se rattacher à une des religions reconnues universellement et disposant de textes sacrés, ou qui reconnaissent la qualité inspirée de textes sacrés qu'ils considèrent comme vitaux pour eux.  

Je vous recommande d'ailleurs de visiter le site de la Grande Loge Unie d'Angleterre (faire UGLE dans Google, par exemple...) et vous serez surpris de n'y pas voir en exergue la mention A la Gloire du GADLU. La règle en 12 points n'y figure pas, bien que que ce soit un site public, et que les conditions pour être maçon y sont décrites.

Les trois grands principes mis en avant sont : L'amour fraternel, la pratique de la Charité, La Vérité. Il n'y est pas fait mention de la croyance en Dieu.  

Il faut poursuivre jusqu'à la foire aux questions pour voir apparaître la mention à la religion, et encore à la 6ème question :  

Quelle est la relation de la Maçonnerie et de la Religion ?  

Réponse : On attend de tous les francs Maçons qu'ils aient une croyance religieuse, mais la Franc-Maçonnerie ne cherche pas à remplacer la religion d'un Maçon, ou lui en procurer un substitut. Elle établit une relation entre ses membres, et non dans la relation du Maçon avec son Dieu.  

Ailleurs, dans la présentation de la Franc Maçonnerie, il est écrit : « La Maçonnerie ne reconnaît aucune différence de religion. »  

Il semble donc, que la philosophie de la Grand Loge Unie d'Angleterre, puissance maçonnique régulatrice des principes fondateurs dans le monde entier, réserve aux  croyants des différentes religions le privilège d'accéder à la Maçonnerie. Elle ne précise pas « d'une religion révélée », car il apparaît que c'est implicite ; il n'est pas de système religieux sans inspiration divine, sans rentrer dans le débat de la qualité ou de la véracité de la dite révélation.  

D'ailleurs, dans la foulée, elle précise que les discussions et controverses religieuses sont rigoureusement interdites dans les assemblées et rencontres entre frères.  

In fine, la GLUA reste fidèle aux principes des constitutions de 1738, et ne requiert de ses membres, que la croyance en un principe supérieur ou Être Suprême révéré dans quelque religion que ce soit.

Il ne peut d'ailleurs en être autrement quand on connait la teneur des rituels et des cérémonies maçonniques. Dès la cérémonie d'initiation, on demande au profane en qui il met sa confiance. Les cérémonies de consécration de Loge sont des tirades entières du Livre des Rois et des textes de Psaumes, les cérémonies de l'Arche Royale tirent tout leur rituel de l'Ancien testament, ainsi que les travaux en Conseil de Maitre Installé, et je ne parlerai pas des cérémonies du 3eme degré. A moins de ne pas savoir ce que les mots veulent dire, on ne peut ignorer que les textes de toute la Maçonnerie Régulière sont imprégnés d'un fond judeo-chrétien qui ne laisse pas la place à l'athéisme, et l'on ne peut, par une pirouette facile, alléguer qu'il ne s'agit là que de symboles....  

L'ouverture successive de la Maçonnerie aux adeptes de toutes les religions reste donc l'ultime frontière au delà de laquelle on ne peut être Maçon Régulier. Nos frères séparés n'ont donc aucun regret à avoir, eux qui risqueraient l'infarctus à l'audition de nos rituels, ce que nous déplorerions sincèrement...  

Pour terminer, je vais vous lire ce poème connu, qui résume toute la fraternité, l'écoute, la gentillesse dont les frères sont ou devraient être capables, et qui résume toutes les qualités nécessaires pour être un bon Maçon:  

Il y avait Rundle, le chef de station,
Beazeley, des voies et travaux,
Ackman, de l’intendance,
Dankin, de la prison,
Et Blake, le sergent instructeur,
Qui fut deux fois notre Vénérable,
Et aussi le vieux Franjee Eduljee
Qui tenait le magasin "Aux denrées Européennes".
Dehors, on se disait : "Sergent, Monsieur, Salut, Salam".
Dedans c’était : "Mon frère", et c’était très bien ainsi.
Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais second diacre dans ma Loge-mère, là-bas !

Il y avait encore Bola Nath, le comptable,
Saül, le juif d’Aden,
Din Mohamed, du bureau du cadastre,
Le sieur Chucherbutty,
Amir Singh le Sikh,
Et Castro, des ateliers de réparation,
Le Catholique romain.

Nos décors n’étaient pas riches,
Notre Temple était vieux et dénudé,
Mais nous connaissions les anciens Landmarks
Et les observions scrupuleusement.
Quand je jette un regard en arrière,
Cette pensée, souvent me vient à l’esprit :
"Au fond il n y a pas d’incrédules
Si ce n’est peut-être nous-mêmes ! "

Car, tous les mois, après la tenue,
Nous nous réunissions pour fumer.
Nous n’osions pas faire de banquets
De peur d’enfreindre la règle de caste de certains frères.
Et nous causions à cœur ouvert de religion et d’autres choses,
Chacun de nous se rapportant
Au Dieu qu’il connaissait le mieux.
L’un après l’autre, les frères prenaient la parole
Et aucun ne s’agitait.
L’on se séparait à l’aurore, quand s’éveillaient les perroquets
Et le maudit oiseau porte-fièvre ;
Comme après tant de paroles
Nous nous en revenions à cheval,
Mahomet, Dieu et Shiva
Jouaient étrangement à cache-cache dans nos têtes.

Bien souvent depuis lors,
Mes pas errant au service du Gouvernement,
Ont porté le salut fraternel
De l’Orient à l’Occident,
Comme cela nous est recommandé,
De Kohel à Singapour
Mais combien je voudrais les revoir tous
Ceux de la Loge-Mère, là-bas !
Comme je voudrais les revoir,
Mes frères noirs et bruns,
Et sentir le parfum des cigares indigènes
Pendant que circule l’allumeur,
Et que le vieux limonadier
Ronfle sur le plancher de l’office.
Et me retrouver parfait Maçon
Une fois encore dans ma Loge d’autrefois.
Dehors, on se disait : »Sergent, Monsieur, Salut, Salam ».
Dedans c’était : « Mon frère », et c’était très bien ainsi.
Nous nous réunissions sur le niveau et nous nous quittions sur l’équerre.
Moi, j’étais second diacre dans ma Loge-mère, là-bas !  

Dans les tribulations actuelles, alors que beaucoup de frères nous quittent, ou hésitent à trouver leur voie, qu'ils se mettent bien en tête ce qui fait la différence entre un Maçon régulier et celui qui ne l'est pas. La pierre de touche, c'est la croyance en Dieu exigée par l'obédience comme fondement du travail quotidien du Maçon.

La GLNF a toujours été, et restera toujours la Maison du Maçon de Tradition tel que décrit plus haut. C'est un critère de choix et d'adhésion, et c'est encore la seule Obédience en France qui le revendique.

Que les Frères examinent leur conscience pour faire le point sur leurs croyances, et qu'ils choisissent de manière à être en adéquation avec elles, et aillent porter leurs pas sur le chemin qui leur convient le mieux....

 

 

 

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Essai sur les origines des grades et rituels symboliques (3)

26 Janvier 2013 , Rédigé par ANDRE DORE 33° Publié dans #Rites et rituels

L'aspirant compagnon devait être instruit des « Mystères » de la Maçonnerie. Il était donc interrogé, d'une part sur les circonstances de son admission, le cérémonial utilisé, le pourquoi de celui-ci, d'autre part sur ce qu'il avait appris.

 

Questions et réponses étaient brèves. En fait, il récitait « par coeur », le catéchisme, soit un strict exercice de mémoire, ne nécessitant aucune réflexion. Les 90 demandes de Prichard concernent l'orientation, l'aspect et le mobilier de la Loge, le rôle de ses officiers, le « secret », la gestuelle. Ce texte révélateur est précieux on y apprend, et ce sera la seule chose à retenir, « Que le fondement de cette chambre sont trois colonnes ou piliers, force, sagesse et beauté », que le plafond « est un ciel de nuées embellies de toute sorte de couleurs », que le pavé « est orné d'ouvrages à la mosaïque », « qu'au centre il y a une comète (l'étoile flamboyante) » et que « le tour de la Chambre est tapissé d'un brocard d'or qui constitue la clôture tout autour », tous ces éléments plus quelques outils étant dessinés sur le tableau de Loge. Egalement, « que Je point, ou point central empêche toute erreur du maître en faisant la circonférence, la ligne une longueur sans largeur, la surface une longueur avec une largeur et qu'un corps compact (volume) entoure le tout ».

 

Il y a aussi des devinettes. C'est ainsi que le maître est « vêtu d'une jaquette jaune et d'une culotte bleue», (il s'agit du compas qui à l'époque est son attribut), et que les secrets sont cachés « dans la poitrine gauche (du maçon), que la « clef » qui en permet l'accès est enfermée dans une « boette d'or », laquelle « ne s'ouvre et ne se ferme qu'avec une clef d'yvoire », pendue et attachée « à une couroye de six pouces ». Solution du rébus : la bouche, le palais et les dents, et si la langue est la clé d'yvoire (?) c'est qu'elle est « gardienne du verbiage » que sont les paroles.

 

Un apprenti ne saurait passer compagnon sans avoir « servi son maître », ce qu'il fit « avec de la chaux, des charbons de bois et une pelle de terre », signifiant respectivement «liberté, sérieux et zèle » (traduction édition 1743) ou « avec la craie, le charbon de bois et l'auge », soit « Liberté, ferveur et zèle » (1788). Cette libre interprétation des symboles, expression d'un humour très britannique en l'occurrence, n'avait pas dû tellement satisfaire l'abbé Pérau, dont l'apprenti, dans le « Trahi » 1742, avait travaillé avec « la chaux, la bêche et la brique », c'est-à-dire « liberté, confiance et zèle », car il crut d'ajouter, en note :

 

« Il faut être maçon pour sentir la justesse de ces emblèmes ». Pourtant, si l'on en croit la préface d'un ouvrage de l'un de ses concurrents en littérature maçonnique, il avait été «initié » d'autorité, et en cette occasion le terme « initié » est adéquat, pour s'être introduit indûment dans une loge, et, découvert, avait été préalablement« placé sous une gouttière ou (une fontaine durant une forte pluie) afin que l'eau le pénètre de la tête jusques aux pieds et que ses souliers en soyent remplis », punition réservée aux indiscrets et formulée dans les catéchismes.

 

Bien que le « ni nu ni vêtu »,moins le bandeau et la corde au cou soit toujours en vigueur au rite émulation, ni les textes ni i'iconographie laissent entendre qu'il en fut ainsi durant la plus grande partie du XVIIIe siècle. Ce dut être un cadeau des «Antients » aux « Modems » dès la seconde moitié, confirmé lors de la fusion en 1813. En France, et tardivement, quelques très rares rituels écossais l'adoptèrent. L'aspirant ayant prouvé qu'il était instruit des mystères maçonniques, apprenait qu'il devenait compagnon « à cause de la lettre G » ou«pour l'amour de la lettre G », et réitérait dans les mêmes formes que précédemment, le serment prononcé lors de son admission au grade d'apprenti.

 

Il ne semble pas qu'il y ait eu de voyage au cours de la réception au second degré, à moins d'identifier comme tel les cinq pas pratiqués par le Rite Emulation qui les reçut du XVIIIesiècle. Ce qu'en disent les catéchismes n'a pas le caractère de la marche bien spécifique de l'apprenti, mais apparaît purement symbolique.

 

Avez-vous jamais voyagé ? demande le Grand Maître (qui deviendra le Vénérable)

 

J'ai fait voyage en Orient et en Occident.
et en une autre version « de l'Est à l'Ouest ».

 

Avez-vous jamais travaillé ?
oui, à l'édification du Temple.

 

Où avez-vous reçu votre salaire ?
Dans la chambre du milieu.

 

Comment avez-vous pu entrer dans la chambre du milieu ?
Par le portique,
ou « en passant au travers d'une antichambre ».

 

Qu'avez-vous vu en passant ?
Deux grands piliers...

 

Et le candidat fait alors connaissance avec les deux colonnes de Salomon dont il avait appris les noms sans savoir à qu les appliquer, et leurs dimensions selon la description qu'en fait la Bible (Rois I. ch. 7).

 

Comment êtes-vous arrivé dans la chambre du milieu ?
Par un escalier dérobé fait en escargot,
ou « par un escalier en spirale à double volée ».

 

Combien de degrés à cet escalier ?
Sept ou davantage...
« ... parce que sept ou plus composent un collège parfait, ou font une loge juste et parfaite ».

 

Signe, mot et attouchement sont nécessaires pour franchir la porte, très haute, de la Chambre du milieu, dans laquelle il voit « quelque chose ressemblant à la lettre G ».

 

Que signifie ce G ?
Géométrie ou la e science.

 

avait-il été dit au début du catéchisme. Mais cette question ne pouvait pas ne pas amener une autre réponse. Prichard, ou les auteurs des textes, peut-être pris de remords ou d'inquiétude, car éliminer Dieu dans un siècle où les pouvoirs étaient sous la tutelle des églises constituait un danger non négligeable, ajoute un peu plus loin, à la même question

 

« Le Grand architecte du rond du monde, ou celui qui fut envoyé sur le haut du Temple » (traduction mot à mot de l'Edition de 1743).

 

ou « le Grand Organisateur de l'Univers, celui qui fut placé au sommet le plus haut du Temple » (traduction de l'Edition de 1788),

 

Deux phrases qui mériteraient une analyse...

 

La lettre G était tracée au centre de la Chambre du milieu. En 1740, deux gravures, dans le « Dialogue between Simon and Philip » la représentent, l'une, enfermée dans un contour «de diamants », l'autre au milieu d'un soleil rayonnant qui ne peut être confondu avec l'Etoile flamboyante, laquelle d'ailleurs appartenait à la panoplie du grade d'apprenti. Toutes deux avaient fait leur première apparition en 1726 dans un label annonçant une série de conférences sous le titre de « The Antidiluvian Masonry » destinées à apporter la signification de la lettre G, de l'Etoile flamboyante etc. innovations introduites par Désaguliers et d'autres, et à s'élever contre l'indignité que constituait le fait d'effacer le tableau de Loge avec balai et seau à la fin de la réunion.

 

L'apparente simplicité de la signification de la lettre G, géométrie, Grand Architecte (God) fait oublier qu'elle est la troisième lettre de l'alphabet hébreu, le nombre 3 étant lui-même celui de la trinité divine, et qu'elle se trouve ainsi rattachée au symbolisme Kabbaliste. Depuis son origine elle est le seul élément stable du second degré et conserve toujours ses deux sens primitifs. On lui en ajouta d'autres : un catéchisme manuscrit antérieur à 1750 la définit : gloire, grandeur, géométrie, la 5 science, « gloire pour le grand architecte, grandeur pour le maître de la Loge, géométrie pour les frères ». Par contre, un autre manuscrit, datant des années 1780, ne cite que la géométrie et élimine le Grand Architecte. Un accident, sans doute, car le rituel émanant du Grand Orient en 1786, repris dans le Régulateur Maçon, 1801, puis dans le Régulateur Symbolique, 1839, indique « qu'elle est le monogramme d'un des noms du Très Haut, source de toute lumière et de toute science ».

 

Quand l'Etoile flamboyante fut-elle associée à la lettre G ? Une mention en 1726, une seconde qui l'inclut dans le mobilier de la Loge d'apprenti en 1730, une troisième dans le «Dialogue between Simon and Philip » 1740, qui en attribue la paternité à Désaguliers et ses amis, ce qui doit être exact, et -sans aucune signification particulière. Il semble qu'elle ait suivi le chemin de la Voûte étoilée apparue dès 1711. Mais les Rois mages durent flâner en route car le « Trahi », édition de 1767, dans les deux tableaux apprenti-compagnon, montre dans le premier, «Tel qu'il a été publié à Paris, mais inexact », la lettre G dans l'Etoile qui flamboie, et dans le second, «le véritable plan de réception. » l'étoile toujours flamboyante, au-dessus d'une sphère sur pied au-dessous de laquelle est la lettre G. Chez Larudan, « les Francs-Maçons écrasés », 1778, tableaux d'apprenti et de compagnon, l'étoile flamboie, sans la lettre, elle est sans flammes dans celui du Maître, et le G ne figure dans aucun des trois. «L'Etoile mystérieuse » - elle l'est restée - dut acquérir sa notoriété au cours de la période de séparation des deux grades de compagnon et de maître et de la stabilisation de leurs rituels respectifs, vers 1760. Elle la confirma dès l'instant où la tradition hébraïque pénétra en maçonnerie et introduisit le iod en son centre, ce qui la rendit divine. Le Grand Orient la consacra définitivement entre 1773 et 1786, date à laquelle il établit le rite dit «français ».

 

Parmi la communication au nouveau compagnon des signes et attouchements nous devons accorder une attention spéciale aux « 5 points du maçon », appelés par la suite à devenir les 5 points du maître. En 1730 Prichard les a incorporés dans ce grade.

 

« Comment fut relevé Hiram ?
Comme tous les maçons quand ils reçoivent le mot de maître.

 

« Comment cela ?
Par les 5 points de la Confrairie.

 

« Que sont-ils ?
main contre main 1, pied contre pied 2, joue contre joue 3, genou contre genou 4, et main au dos 5.

 

Il faut remarquer que ce ne sont pas les gestes faits pour relever le corps d'Hiram qui créent les 5 points, mais que ce sont eux, ceux de la « confrairie », que l'on a employés à cet effet, d'où il ressort qu'ils existaient avant le meurtre du maître. Six textes le prouvent, allant de 1696 à 1727, c'est-à-dire bien avant que l'épisode Hiram s'insère dans la maçonnerie spéculative.

 

La première description du signe date de 1696, dans le « Edimbourg Register House Manuscrit », lors de la réception au second degré, à l'époque où il n'y en avait que deux. A la question Combien de points du Maçon ?

 

« 5, soit, pied contre pied, genou contre genou, coeur contre coeur, main contre main, oreille contre oreille ».

 

Il y a des variantes, tant dans la manière dont on les pratiquait, Sloane manuscrit 3329, circa 1700, Trinity Collège de Dublin ms. 1711, « Mason's Examination » 1723 (lequel en avait six, pied, genou, main, oreille, langue, coeur), « The grand Mystery open » 1726 (pied, genou, poitrine, la main soutenant le dos, joue, visage), que dans l'ordre dans lequel ils se présentent. « The Mason's confession » qui se réfère à une Loge en Ecosse en 1727 commence par « main contre main », le Graham ms. 1726 (pied, genou, poitrine, joue, main).

 

Aucun document, manuscrit ou imprimé ne fournit la moindre explication, ni sur l'origine, ni sur le sens qu'il faut accorder à cette gestuelle, pour le moins insolite. En 1760, « The Three Distinct Knocks » apportera le premier une signification qui ne résoudra pas le problème car purement symbolique et morale pour chacun des points. Le monde opératif n'a rien connu de cela : matériellement ce ne pouvait être un signe de reconnaissance et les Loges étaient vides d'ésotérisme. Or ce sont les «acceptés » qui, à la fin du XVIIe et au tout début du XVIII e, font état des points du maçon, et il est possible que leur présence soit antérieure à 1696. Pour la plupart, les « acceptés » étaient gens cultivés, souvent érudits, avec la Bible à la base de leur culture. Celle-ci relate deux cas de résurrections opérées au moyen d'un contact très étroit entre le mort et le vivant complètement accolé contre celui-ci afin de la ramener à la vie. Deux prophètes du ixe siècle avant notre ère ressuscitèrent ainsi, l'un Eue, le fus d'une veuve qui l'avait accueilli durant la famine, l'autre Elisée, son successeur, le fils d'une femme de Sunam. Le récit du miracle de ce dernier est explicite. (Livre IV, Rois ch. IV, 34 et 35). « Il monta sur le lit, monta sur l'enfant et il mit sa bouche sur sa bouche ses yeux sur ses yeux et ses mains sur ses mains. Et il se coucha sur lui et la chair de l'enfant fut réchauffée. . Et il remonta sur le lit, et se coucha sur l'enfant et l'enfant bailla sept fois et ouvrit les yeux ».

 

Les motifs d'incorporation dans une réception maçonnique du procédé « magique » pouvant provoquer un tel événement miraculeux restent obscurs, et même mystérieux. 35 ans au moins, avant que la légende d'Hiram ne se fasse jour, ils apportent une justification plausible au scénario du déroulement des funérailles de son héros. L'état de décomposition du corps, lors de sa découverte survenant plusieurs jours après le meurtre, n'incitait certainement pas à la manoeuvre « pied contre-pied, poitrine contre poitrine, joue contre joue, »en vue de la relevaille. Mais si cette opération avait pour but de ramener le maître d'oeuvre a la vie, et de récupérer ainsi le secret qu'il avait emmené dans la tombe, les « cinq points du maçon » recouvraient alors un sens et une logique dont ils avaient bien besoin. Il est peu probable que le compagnon, puis le maître qui les vivaient, aient eu conscience de leur contenu. C'est le destin des symboles de traverser les siècles, ignorés, habillés d'incompréhension, d'incohérences, puis un jour, de ressurgir de l'oubli et de retrouver leur lumière.

 

Aucune précision relative à l'entrée du nombre 5 dans le grade de compagnon. La réponse est difficile Les documents manuscrits de la rituélie ne sont pas datés et assez rares jusque vers les années 1770. Les divulgations imprimées reprennent Prichard, Perau, Larudan auxquels s'ajoutent les anglaises parues à partir de 1760. Le « Cinq »n'apparaît nulle part chez ces auteurs avant 1750. L'Etoile à cinq branches, handicapée par sa naissance bâtarde n'a joué aucun rôle jusqu'au moment où l'apport de l'Hermétisme, des doctrines conjointes des Pythagoriciens et des Kabbalistes lui permit de faire carrière. Il y eut l'âge, les voyages, les pas, les marches de l'autel, bien que dans le Régulateur Maçon elles soient sept. Tout fut à peu près stabilisé avec le rituel de 1786 du Grand Orient. Les outils qui accompagnaient les voyages émigrèrent bien de l'un à l'autre au gré des Loges, mais les commentaires qu'ils appelaient, où la morale tenait une large place n'étaient pas sans valeur. Un rituel de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, postérieur à 1770 fait exécuter les cinq voyages sans outils ni explications, mais arrête les compagnons rangés en une chaîne la main droite sur l'épaule gauche de celui qui le précède et les fait frapper la pierre cubique au cours des trois derniers. Partout, arrêt devant l'étoile flamboyante et commentaire. En Angleterre, sciences et arts libéraux font une timide apparition dans les catéchismes d'apprenti du « Three Distinct Knocks » 1760 et du « Jakin and Boaz », 1762, puis passent dans ceux du second degré en 1769. En 1775, William Preston, « Illustration of Masonry » y ajoute de nombreuses explications. La France ne les recevra qu'au début du XIX e siècle, ainsi que les sens qui prendront une place importante au cours des voyages dans lesquels ils seront incorporés.

 

Si l'on sait de source certaine que le premier degré de la maçonnerie opérative apparut au début du Xesiècle, et le second dans les premières années du XVIe, l'on ne peut fixer avec précision quand naquit le grade de maître. La plus ancienne mention le concernant remonte au 12 mai 1725. Ce jour-là, une société para-maçonnique, la Philo Musicæ et Architecturæ Societas Apollini éleva plusieurs maçons au troisième degré. Elle avait été créée en février 1725 par huit frères, amateurs de musique et d'architecture. Le règlement obligeait ses membres à être Francs-Maçons une fois admis parmi eux, ce qui conduisait à recevoir les profanes en maçonnerie au moment de leur entrée dans la Société. Cette procédure irrégulière amena une protestation qui d'ailleurs resta sans suite, de la part de la Grande Loge d'Angleterre. Là Philo Musicæ disparut en 1727. La seconde mention d'une élévation au troisième grade advint le 25 mars 1726 par la « Lodge Dumbarton Kilwining n0 18 », en Ecosse, fondée le 29 janvier de la même année, suivie le 27 décembre 1728 par la « Lodge Greenock Kilwining n0 12 », qui, à cette occasion introduisit la perception de droits pour élévation aux deux grades. Le système à trois degrés se répandit lentement : la Loge « Antiquity n0 2 », créée en 1717 l'adopta en avril 1737, et la « Dundee Lodge n0 18 », fondée en 1728 en 1748 seulement. Peut-être exista-t-il en Ecosse tout à la fin du XVIIesiècle et en Angleterre aux premières années du XVIII e siècle que laissent entendre d'une part le Sloane ms. 3329, de l'autre la Philo Musicæ..., dont les fondateurs appartenaient à la Loge n0 14 se réunissant à la Queen's Head Tavern à Great Queen's Street, qui le pratiquait au moins en 1724. Le Trinity Collège Dublin ms 1711 prouve qu'il était connu, sinon mis en vigueur, en Irlande à cette dernière époque et son catéchisme donne « les secrets propres à chaque grade ». « The Mason's examination », 1723 fait une brève allusion à l'apprenti, au compagnon et au maître. Ce qu'il faut retenir de cette innovation, et qui est de première importance, c'est que nulle part il n'est question de la légende d'Hiram.

 

La première version connue de celle-ci vint en 1730 par le canal de Prichard dans sa « Masonry Dissected »,et seulement dans le catéchisme, par questions et réponses. La seconde parut en France en 1740 sous la signature de Léonard Gabanon, pseudonyme de Louis Travenol, dans un ouvrage intitulé Le Catéchisme des Francs-Maçons, précédé d'un abrégé de l'histoire d'Adoniram., architecte du Temple de Salomon »,plusieurs fois reproduit. Il ajoutait sous forme narrative de nombreux détails ne figurant pas dans le questionnaire de Prichard. Puis, en 1742 survint «L'Ordre des Francs-Maçons trahi », de l'abbé Pérau, qui sans vergogne « pirata»son prédécesseur et, comme de juste, ne put faire mieux que d'enjoliver le récit de quelques incidentes fort importantes, un procédé qui se perpétua au fur et à mesure des éditions successives et fit fureur chez les « Ecossais »nés entre temps. C'est ainsi que, dès 1745, s'établit, illustrée par l'iconographie, la dramatisation d'un catéchisme devenu rituel par l'adoption d'un scénario faisant revivre le meurtre légendaire de l'architecte du Temple de Salomon.

 

Plus prudente, l'Angleterre s'en tint à peu près à la sobriété de Prichard. Elle s'étonna de l'audace et de l'indépendance de la maçonnerie française, d'autant que la seconde édition des Constitutions d'Anderson, 1738, n'avait accordé qu'une importance relative à la légende d'Hiram. Les Anglais ne l'adoptèrent définitivement que vers 1760. Cette même année, une Neme divulgation, « The Three Distinct Knocks» ajouta de nouveaux éléments au déroulement des cérémonies et l'on apprit enfin les noms des trois meurtriers du maître architecte, l'enquête avait duré 30 ans !

 

L'origine de la légende est mystérieuse. Où ? Quand ? Comment ? Un manuscrit, le Graham 1726 éclaire très légèrement son apparition au travers d'un récit apparemment biblique, mais dont on ne retrouve pas la correspondance dans l'Ancien Testament.

 

Les trois fils de Noé, convaincus que leur père, en mourant, avait emporté un secret d'une importance considérable, partirent à la recherche de sa tombe, espérant trouver celui-ci sur lui, ou dans les environs immédiats. Ils convinrent, au cas où ils ne réussiraient pas, que la première chose qu'ils rencontreraient seraient, « pour eux, comme un secret » qu'ils auraient reçu de Dieu lui-même. L'incohérence d'une proposition visant à remplacer un secret dont on ignore la nature par quelque chose sans rapport avec lui, ne semble pas avoir effleuré l'es prit de nos trois personnages. Quoi qu'il en soit, la tombe ouverte sur le cadavre décomposé, ils prennent un doigt qui glisse, puis le poignet, puis le coude, et relèvent le corps « par les cinq points du Maçon ». L'un d'eux dit « Il y a encore de la moelle dans cet os », (marrow in this bone), le second : « mais c'est un os sec », le troisième « il sent (puant teur) ». Et ils décidèrent de donner le nom qui est connu à ce jour de la Franc-Maçonnerie », c'est-à-dire «marrow in the bone ». C'est la première fois qu'est dévoilé un mot de maître

 

Il subit quelques altérations et devint : « magboe ad Boe » dans « The Whole Institutions of free maçons opened as also their words and signs », imprimé par William Wilmot, 1725, qui indique explicitement sa signification « la mœlle dans l'os, ainsi notre secret est-il caché ». Il figure sous la forme « marrow bone » dans le Sloan 3329 manuscrit et le Trinity Collège Dublin ms 1711. Ainsi donc, cinq ans avant la Divulgation de Prichard - et peut-être plus tôt encore, le grade de maître en gestation offrait le récit d'un secret perdu que l'on s'efforçait de recouvrer au-delà de la mort, par une opération au caractère magique avéré, dont le sens et la finalité échappaient à ses auteurs. Il ne semble pas qu'il fût antérieur à 1700, bien que les cinq points du maçon venus tard dans la seconde moitié du XVIIe siècle peuvent laisser supposer une tentative d'innovation dans cette voie. La légende « Noé » eut un impact certain puisque Anderson qui l'ignorait en 1723 la récupéra en 1738 en faisant des Maçons, devenus « fils de Noé », de « vrais noachides, leur premier nom selon de vieilles traditions ».Vers 1744, le grade anglais de Royal Arch lui emprunta plusieurs éléments.

 

Comment et par qui s'effectua l'attribution de la légende incomplète de Noé - incomplète car il n'y a pas de meurtre - à celle d'Hiram assassiné par de mauvais compagnons, apparue dans sa quasi totalité en 1730 ? Est-ce cette dernière nouveauté qui attira la vigoureuse réaction contre Prichard, traité d'imposteur par la Grande Loge d'Angleterre qui ne pratiquait à l'époque que les deux grades d'apprenti et de compagnon avec un cérémonial très plat ? Sa lente - introduction dans la liturgie maçonnique ne favorisa certainement pas l'établissement d'un rituel plus vivant que la simple récitation du catéchisme de 1730 qui dura jusque vers 1760.

 

En France, la réception de maître décrite pour la première fois par Léonard Gabanon dans le « Catéchisme des Francs- Maçons », 1740, reprise par l'abbé Pérau dans le « Trahi », 1742, montre que l'histoire « d'Adonhiram » fut mise en scène dès son arrivée sur le continent. Le candidat à la maîtrise était appelé à vivre intégralement le drame du meurtre dont il répétait chacune des péripéties. Sobre au début, le scénario se compliqua par la suite de détails et d'explications souvent différentes les unes des autres. Le tout parut se stabiliser peu avant la Révolution et le fut complètement pendant le premier quart du XIXesiècle.

 

« Le récipiendaire était habillé comme bon lui semble, mais sans épée, revêtu du tablier de Compagnon, bavette relevée et boutonnée ». Après avoir frappé trois fois à la porte de la Chambre de Réception, il entre sur l'invitation du premier surveillant, accompagné par un « frère apprenti, compagnon et maître que l'on nomme en ce cas le Frère Terrible ». Seuls les maîtres sont admis. « Dans la Chambre où se fait cette cérémonie on trace sur le plancher la loge de maître, qui est de la for me d'un cercueil entouré de larmes, sur lequel on met une branche d'acacia, et où l'on écrit Jehova qui est l'ancien mot de maître ». Au pied du côté de l'est, un compas ouvert (qui à cette époque était le signe du maître de la Loge), à l'occident une tête de mort et deux os en sautoir, une équerre et les quatre points cardinaux. « On illumine ce dessin de neuf bougies, trois à l'orient, trois au midi, et trois à l'occident, et autour l'on poste trois frères, l'un au septentrion, l'autre au midi et le troisième à l'orient, qui tiennent chacun un rouleau de papier caché sous leurs habits ». Dans le « Trahi », le crâne et les os sont chacun à une extrémité du dessin, on y ajoute les outils, et « à main droite une montagne sur laquelle il y a une branche d'acacia ». Dans quelques gravures la montagne est figurée par un petit tas de pierres situé dans un coin de la Chambre du côté de l'orient. Un peu plus tard, le dessin du crâne est remplacé par un crâne véritable éclairé de l'intérieur par une bougie. » Devant le grand maître de la Loge, appelé très Respectable, un petit autel, l'Evangile et un petit maillet les deux surveillants nommés Vénérables, se tiennent à l'occident debout, vis-à-vis du grand maître, aux deux coins de la Loge, et les autres officiers indifféremment autour de la Loge avec les autres frères. Il y en a un seulement qui se tient à la porte, en dedans de la Loge, une épée nue à chaque main, l'une la pointe en haut, et l'autre la pointe en bas, qu'il tient de la main gauche pour la donner au premier surveillant. »Lors de l'entrée du candidat. Le signe du maître « ... est de porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de le porter ainsi dans le creux de l'estomac ».

 

On a voulu rendre impressionnante l'introduction du récipiendaire dans la Chambre de réception. Le premier surveillant ouvre brutalement la porte, pointe son épée sur lui, lui enjoint de la tenir de la main droite la pointe contre la poitrine. Il le prend alors par la main gauche, lui fait faire trois fois le tour de la Loge en saluant le Grand Maître à chaque passage, saluts auxquels répondent tous les frères. Revenu 'à l'occident, entre les deux surveillants, le candidat est invité à s'approcher du Très Respectable par la marche du Maître que lui enseigne alors le premier surveillant. Elle débute par la double équerre, - c'est-à-dire, talons joints, pointes des pieds jointes aux deux branches de l'équerre dessinée au sol, puis trois grands pas en triangle, le premier à droite, le second à gauche en franchissant le cercueil, le troisième à droite à l'extrémité de ce dernier, les deux pieds joints de façon à former la double équerre avec le compas. Cette marche qui n'amène aucune explication sur sa signification est dite « de l'équerre au compas ». A chaque pas qu'il fait le candidat reçoit un coup sur les épaules donné par chacun des trois frères porteurs des rouleaux de papier et à l'aide de ceux-ci ; après qu'il ait renouvelé l'obligation prêtée antérieurement, le Grand Maître le frappe de trois petits coups de maillet sur le front et aussitôt après le troisième « ... les deux surveillants qui le tiennent à brasse-corps le jettent en arrière tout étendu sur la forme du cercueil, un autre frère vient qui lui met sur le visage un linge qui semble être teint de sang dans plusieurs endroits différents ». Les frères tirent l'épée, présentent la pointe au corps du récipiendaire (qui ne peut voir), restent un instant dans cette attitude et remettent l'épée au fourreau. Vient alors la scène du relevage minutieusement décrite. « Le Grand Maître s'approche du récipiendaire, le prend par l'index de la main droite, le pouce appuyé sur la première et grosse pointure, fait semblant de faire un effort comme pour le relever, et le laissant échapper volontairement en glissant les doigts, il dit Jakin. Après quoi il le prend encore de la même façon par le second doigt, et le laissant échapper comme le premier, il dit : Boz. Ensuite il le prend par le poignet en lui appuyant les quatre doigts écartés à demi liés en forme de serre sur la jointure du poignet, au-dessus de la paume de la main, son pouce passé entre le pouce et l'index du récipiendaire, il lui donne par là, l'attouchement de maître, et en lui tenant ainsi toujours la main serrée, il lui dit de retirer sa jambe droite vers le corps, et de la plier de façon que le pied puisse porter à plat sur le plancher ; c'est-à-dire que le genou et le pied soient en ligne perpendiculaire autant qu'il est possible. En même temps le Grand Maître approche sa jambe droite auprès de celle du récipiendaire, de manière que le dedans du genou de l'un touche au dedans du genou de l'autre, et ensuite il lui dit de lui passer la main gauche par dessus le col, et le Grand Maître qui en se baissant, passe aussi sa main gauche par dessus le col du récipiendaire, le relève- à l'instant, en lui disant Macbenac, qui est le mot de Maître. »

 

« Alors on lui ôte le linge de dessus la tête, et on lui dit en mémoire de qui on a fait toute cette cérémonie, en l'instruisant des principaux mystères et des obligations de la maîtrise moyennant cela on le reconnaît parmi les Maçons pour un frère qui a passé par tous les grades de la Maçonnerie, et qui n'a rien à désirer que de savoir parfaitement le catéchisme qui suit. » (Catéchisme des Francs-Maçons, 1740). Comment se fit le passage du simple récit de Prichard, au scénario dramatique de la mort d'Hiram qui se termine par son ensevelissement ? Et quel sens donner à cette dernière puisque rien ne vient à la suite des funérailles ordonnées par Salomon ? Cette histoire ne pouvait rester inachevée elle se poursuivit donc dans les grades de vengeance de l'Ecossisme, mais sur le plan du grade de maître la réponse est laissée en suspens. Il semble que tout au long de l'évolution de la jeune maçonnerie spéculative, ce ne soient pas les symboles qui apparaissent comme vecteurs d'idées, mais plutôt des idées qui cherchent le support de symboles pour s'exprimer. Ce processus à rebours d'une pensée analogique, évident dans le symbolisme des outils, l'est également pour la légende. Il révèle le besoin inconscient de lui apporter une base plus solide, même chargée de mystère, que celle d'une recherche d'un vague secret perdu qu'illustraient les travaux occultistes et alchimiques.

 

Ramené à nos connaissances actuelles, ce dont il s'agit est un rite de mort et de résurrection à l'aube de son évolution, une nouvelle modalité d'un rite ancestral inhérent à toute l'espèce humaine. Mais qui, sans vouloir diminuer l'intelligence de nos prédécesseurs, et malgré, pour d'aucuns, une approche certaine des auteurs classiques de l'antiquité, qui, était susceptible d'introduire une telle interprétation dans les rituels naissants de ce qui était appelé à devenir l'Ordre maçonnique ? D'où l'indigence, l'incohérence et les tâtonnements présentés par les rares et brèves tentatives d'explications fournies par les textes pendant plus de cent ans et qu'il serait oiseux de relever. Alors, une fois de plus, pourquoi les Loges ?

 

Le siècle était tout entier au théâtre, un mode d'expression plus approprié, plus accessible et moins fatiguant que le Livre. Le thème de « La chose perdue », dans son contexte dramatique se prêtait fort bien à une affabulation théâtrale et l'occasion trop belle pour ne pas l'exploiter, pimentée qu'elle était par le secret des Maçons un spectacle, et le banquet qui suivait, l'ensemble n'était pas sans charme. Et c'est ainsi que se développa la succession des scénarios qui, peu à peu se transformèrent en rituels.

 

Cérémonials révélés par les divulgations, divulgations créant des cérémonials ou action réciproque des uns et des autres ? Très certainement les deux. Prichard avait donné l'idée générale de l'épisode Hiram, Léonard Gabanon le canevas (1740), l'abbé Pérau compléta la mise en scène du psychodrame en 1742. Gabriel Louis Calabre Pérau, né en 1700, littérateur fécond, laissa une quarantaine d'ouvrages à sa mort le 31 mars 1767. Il rédigea entre autre 13 volumes de la Vie des hommes illustres de d'Auvigny, publia de nombreuses éditions dont un Bossuet de 20 volumes, etc. C'est dire qu'il était orfèvre en la matière. Il le prouva, et son « Trahi> , paru également sous le titre déjà pris par Gabanon « Le secret des Francs-Maçons », inonda le monde maçonnique de 1742 à 1781. Naturellement il fut copieusement pillé avec des variantes, traduit en anglais par J. Burd en février 1760 sous le titre « A master Key to the Free Masonry » ce qui permit à l'auteur de « Three Distinct Knocks » de lui faire de nombreux emprunts sans le moindre remords.

 

La réception de maître de Pérau apporte deux innovations importantes. Les trois voyages subsistent (il arrive parfois qu'il y en ait neuf), et l'on ignore toujours dans quel but ils sont effectués. Au cours de la promenade il constate qu'un maître est étendu sur le cercueil, le bras gauche le long du corps, le droit replié sur la poitrine, la main ouverte sur le coeur, les doigts serrés, le pouce en équerre, et couverte par Je tablier relevé à cet effet, le visage caché par un linge teinté de sang. Il assiste au relevage de ce frère par le Grand Maître selon les cinq points du maçon. Le récipiendaire entreprend alors la marche dans la même forme que donnée dans le catéchisme de 1740. Un rituel plus tardif (1780) éclaire singulièrement le sens du franchissement du cercueil. Lorsque le compagnon pénètre dans la Chambre de Réception, on lui arrache brutalement son tablier, car il est soupçonné d'être l'un des meurtriers d'Hiram, ce dont il se défend. C'est alors qu'on lui demande de passer par dessus le corps du maître architecte afin de prouver qu'il n'est pas coupable. Nous sommes là en présence d'une ordalie au cours de laquelle il tombera raide mort s'il a trempé dans le crime. La cérémonie se poursuit par l'obligation, et l'ecclésiastique qu'est l'abbé Pérau accentue une solennité que la teneur du serment n'avait pourtant pas négligée. Le candidat agenouillé, les deux mains sur la bible la baise à trois reprises après avoir répété les châtiments qui le menacent en cas de parjure. Puis, sous les trois coups de maillet du Grand Maître, il est projeté sur le cercueil, le tablier relevé sur le buste, la tête recouverte du linge ensanglanté. Cercle des épées et relevage. On s'interroge sur le rôle des outils factices représentés par les rouleaux de papier servant à porter les coups sur les épaules au cours de la marche « de l'équerre au compas », alors que le meurtre a lieu après l'obligation par le maillet du Vénérable. Or Prichard, 3e édition 1730, indique quels sont les outils employés par les meurtriers, lesquels sont, (traduction mot à mot) un maillet pour la pose, un outil pour la pose, une masse pour la pose. Ce qui n'empêche pas un rituel (qui n'est pas « Pérau ») d'annoncer briques, pierre cubique et maillet. Une édition beaucoup plus tardive rend les deux surveillants et le Vénérable responsables du meurtre, un coup sur la tempe droite, un coup sur la tempe gauche, puis un coup sur le front de la part de ce dernier, lequel demande par la suite « qu'avez-vous fait ? » « Une représentation de notre maître Hiram, tué pour n'avoir pas voulu dévoiler les secrets de la Maçonnerie ».

 

Le relevage se fait par les cinq points du maçon après les deux échecs de l'index et du second doigt et le mot du maître est donné, Mac Benac, en deux temps, Mac à l'oreille droite, Benac à l'oreille gauche. Mais Pérau en a changé le sens complètement en parlant pour la première fois dans la légende d'Hiram, de la décomposition du corps « La chair quitte les os ». Cet aspect de la légende « Noé » n'y avait pas été repris. Prichard et Gabanon avaient fait glisser la prise des doigts sans en indiquer la cause, et Mac Benac signifiait « Le Maître est frappé », ce que Nicolas de Bonneville, en 1788, dans sa traduction de « Masonry Dissected »donnait « te constructeur est frappé », sens qu'il conserve en Angleterre. Autre innovation due à Gabanon, et reprise par Pérau le signe fait d'une main au-dessus de la tête et qui est le prélude du signe d'horreur à deux mains. Quant au signe actuel. ?

 

Le choix de l'acacia n'a jamais livré son secret. Son dépôt sur la tombe a soulevé deux explications, l'une pour la reconnaître, l'autre pour l'orner, un souci assez curieux de la part de meurtriers. Or elle était « moussue », donc visible et la verdure la rendait décente. Sans doute les auteurs du récit ont-ils sacrifié inconsciemment à cette vieille coutume de planter fleurs ou arbustes sur les tombes, vestige de cette croyance, des anciens que l'âme des défunts se manifeste par leur canal.

 

Le rituel de maître subit quelques variations au cours des décades qui suivirent ses premières codifications, mais elles ne concernent que des détails mineurs qui s'estompèrent avec le temps. Stabilisé dans les années 1780. sa signification profonde ne se fit jour que très lentement et au cours du XIXesiècle. Par contre l'histoire d'Hiram, lue lors de la réception, connut de beaux développements au gré de l'imagination des auteurs, et nous avons déjà parlé de la genèse et de l'évolution des hauts grades, corollaires du meurtre de l'architecte de Salomon.

 

Il ressort de ce qui précède, que la soi-disant tradition initiatique opérative est strictement imaginaire, que, sur ce plan et par conséquence, une filiation « opératifs-spéculatifs » s'avère inexistante.

 

Que la rituélie maçonnique ne descend pas toute éclose du Ciel, mais que sa création est artificielle, oeuvre humaine, et que, comme toute oeuvre humaine, si son enfantement se fit dans la joie et l'espoir, il fut hésitant, soumis aux erreurs, aux fluctuations de toutes sortes, et souvent pénible.

 

Il y a « tradition maçonnique »,voire initiatique, mais pas au sens guénonien du mot initiation. C'est la noblesse de nos prédécesseurs d'avoir, jour après jour, constitué un « Ordre»en reprenant ce qui, dans les divers ésotérismes, orientaux, grecs, judaïques, chrétiens, voulait aller au-delà des médiocrités du quotidien, d'en avoir fait une règle et, surtout accepté l'effort de s'y conformer.

 

Et il y a « Initiation »véritable, celle « qui met sur le chemin », celle qui apporte à l'initié virtuel, la puissance de réflexion, de volonté, de vérité et d'espoir accumulée depuis deux siècles et demi par ces frères innombrables et obscurs animés d'une foi invincible en l'Homme et en son devenir.

 

Le revers de la médaille, l'histoire et sa cruelle vérité.

 

L'avers de la médaille, l'homme dans son éternelle vérité.

 

Source : http://sog1.free.fr/

 

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