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Résultat pour “Noé”

JB Willermoz : instructions pour les Elus Coens (1)

1 Avril 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

1re Instruction du 7 janvier 1774

sur la Création Universelle, Matérielle temporelle et le nombre sénaire qui l'a produit, et ses rapports avec l'homme.

(1) Le Créateur voulant former cet Univers Physique de matière apparente pour la manifestation de sa Puissance, de sa Justice et de sa Gloire. Le plan qu'il en conçut se présenta à son imagination Divine sous une forme triangulaire à peu près comme le plan ou le dessin d'un tableau se présente à l'imagination du peintre qui l'entreprend avant de commencer l'exécution. Ce plan étant triangulaire, l'ouvrage qui en est provenu devait en porter l'empreinte et être triangulaire ou ternaire comme lui et il l'est en effet.

(2) Je dis que la création universelle matérielle a été opérée par le Créateur pour la manifestation de sa Puissance, de sa Justice et de sa Gloire; sa Puissance s'est manifestée en effet par l'acte même de la création qui a été produite de rien par sa seule Volonté, sa Justice l'a été par la punition des premiers esprits prévaricateurs qu'il a chassé de sa présence, le Créateur étant immuable dans ses décrets n'a pu les priver des Vertus et Puissances qui étaient innées en eux par leur principe d'émanation divine mais il a changé leurs lois d'action spirituelle. Il a formé cet univers matériel où il les a relégué pour être un lieu de privation et pour qu'ils y exerçassent pendant une éternité leur action Puissance et Volonté mauvaise dans les bornes qu'il leur a fixé; de cette manifestation de Puissance et de Justice du créateur résulte sans contredit celle de sa Gloire; cet univers devait encore servir pour la manifestation de sa Bonté infinie et de sa Miséricorde, ce qui sera expliqué dans son temps.

(3)C'est par le nombre sénaire que la Création universelle a été opérée ainsi que Moïse le donne à entendre par les Six jours dont il parle dans la Genèse qui ne sont qu'un voile qu'il a employé pour exprimer ce qu'il voulait dire. Le Créateur est un Esprit pur et simple, éternel qui ne peut être sujet au temps, d'ailleurs le temps n'a commencé qu'à la Création universelle dont nous parlons. Tout ce qui l'a précédé ne pouvait être temporel, ce ne peut dont être de six jours ni d'aucun laps de temps déterminé que Moïse a voulu parler mais bien plutôt des six pensées Divines qui ont réellement opéré la Création. Nous apprenons à les connaître par l'addition mystérieuse que l'Ordre enseigne des trois facultés Divines qui sont la Pensée, la Volonté, et l'Action ou dans un autre sens que nous expliquerons quand il en sera temps, l'Intention, le Verbe et l'Opération.

(4) La Pensée est une, simple et indivisible comme l'Esprit qui l'a produit, elle est le principe de tout acte spirituel /libre/ et par là tient le premier rang entre les trois facultés spirituelles dont nous parlons. C'est pourquoi nous la comptons 1; elle engendre la Volonté sans laquelle toute pensée /serait nulle et/ ne produirait rien. Par son rang binaire elle vaut deux et en y joignant la pensée dont elle provient nous la comptons 3. Ce qui complète /forme/ le premier ternaire spirituel; mais la Pensée et la Volonté seraient nulles et ne produiraient aucun effet si elles n'étaient mises en acte. C'est cette faculté productrice de l'effet [qui procède de la Pensée et de la Volonté] (phrase barrée) que nous nommons action. Cette action par son rang ternaire vaut 3; et en y ajoutant le ternaire précédent de la Pensée et de la Volonté dont elle procède, elle complète le nombre sénaire qui a opéré la Création universelle.

(5) Le tableau des trois facultés puissantes innées dans le Créateur nous donne en même temps une idée du mystère incompréhensible de la Trinité. [L'Intention] (mot barré, remplacé par "Pensée") La Pensée donnée au Père : 1. Le Verbe /ou l'Intention/ attribuée au Fils : 2, et l'Opération attribuée à l'Esprit : 3; comme la Volonté suit la Pensée, et que l'Action est le résultat de la Pensée et de la Volonté, de même le Verbe procède de [l'Intention] (Idem) la Pensée, et l'Opération procédera de [l'Intention] (Idem) la Pensée et du Verbe. Donc l'addition mystérieuse de ces trois nombres donne également le nombre sénaire principe de toute Création temporelle; vous reconnaissez par cet examen trois facultés réellement distinctes et procédantes les unes des autres et produisantes de résultats différents et cependant toutes réunies dans le seul et même être unique et invisible.

(6) Il nous est enseigné que l'homme fut créé à l'image et à la ressemblance de Dieu. Le Créateur étant pur Esprit ce n'est pas par sa forme corporelle que l'homme peut être son image et sa ressemblance; que ce ne peut donc être que par ses facultés spirituelles, puisque l'Etre spirituel mineur ou l'homme est une émanation de la Divinité et doit participer à l'essence même de cette Divinité et à ses facultés. Nous en avons une bien faible image mais sensible dans la reproduction journalière de tous les êtres temporels, /mais/ l'être produit quoiqu'en similitude de l'être producteur et participant à sa nature n'est pas pour cela l'Etre producteur lui-même, de même l'homme vient de Dieu, participe à son essence et à ses facultés sans être Dieu lui-même, sans détruire l'image et la ressemblance qui lient l'un à l'autre. Il y aura toujours l'immense différence qui doit être entre le Créateur et la Créature. Ainsi donc, comme l'homme sent en lui la Puissance ou les facultés distinctes de la Pensée, de la Volonté et de l'Action, nous pouvons dire avec vérité qu'il est réellement par ces trois facultés spirituelles qui sont innées en lui la vraie image du Créateur comme il en est la ressemblance par les trois facultés /puissantes/ qui sont de même innées en lui : [l'Intention] (Idem) la Pensée, le Verbe /ou l'Intention/, et l'Opération dont nous parlerons dans un autre temps et qu'il ne faut pas confondre avec la Pensée, la Volonté et l'Action.

(7) Après avoir expliqué le nombre sénaire par la vertu duquel s'est opéré la Création je vais parler du nombre ternaire producteur des formes et du nombre neuvaire que nous attribuons à la matière, car il ne faut pas confondre non plus cette matière apparente et palpable qui frappe nos sens avec les principes impalpables qui la constituent. C'est l'union de ces principes mis en action qui composent les corps.

Note des Choses traitées dans la p[remiè]re instruction en assemblée générale du 7 janvier 1774

[Dans l’original, cette note est placée après la 2e Instruction]

(15) Sur la Création universelle matérielle temporelle opérée par la Vertu du nombre sénaire des pensées divines voilée dans la Genèse par les six jours de Moïse, addition mystérieuse des 3 facultés divines : pensée, volonté, action. Plan de la Création présente à l'imagination du Créateur sous une forme e; empreinte de ce triangle dans tous les produits de la Création, nombre ternaire des essences spiritueuses productrices des formes appelées mystérieusement : souffre, sel et mercure. Essences principes des éléments, éléments principes des corps produites par les esprits de l'axe /feu/ central ou feu incréé, essences spiritueuses en aspect les unes des autres dans leur état d'indifférence /ayant leur véhicule inné sans action/ formaient le chaos. Enveloppe du Chaos formée par les esprits de l'axe producteur. Véhicule inséré dans le chaos /développé et réactionné/ par la descente de l'esprit [du Créateur] (mots barrés) /agent supérieur, il n'y a point d'action sans réaction/, explosion du chaos par la retraite de l'agent majeur divin, extension du chaos. Bornes de la Création fixées par les esprits de l'axe, ils entretiennent les bornes de la création, elle sert de barrière à la mauvaise volonté des p[remie]ers esprits pervers, ils y exercent leur malice et cherchent sans relâche à la dégrader. Ternaire des trois feux, de l'axe, de la terre et du soleil. Effets de ces trois feux actionnant les uns sur les autres. Mercure passif et actif, souffre végétatif /et actif/, sel sensitif.

2e Instruction du lundi 10 janvier 1774

(8)Emanation quaternaire de l'homme provenant de la quatriple essence divine représentée par la Pensée /1/ la Volonté /2/, l'Action /3/, et l'Opération 4 dont l'addition mystérieuse complète le nombre dénaire 10 ou , c'est-à-dire la circonférence qui est l'emblème de la Puissance éternelle et de la Création universelle, et son centre qui représente l'Unité indivisible d'où tout est provenu et dans laquelle tout sera réintégré.

(9)Emanation quaternaire et Puissance /privilèges/ de l'homme représentée par les 4 signes ou caractères appliqués sur lui dans la réception aux p[remie]rs grades de l'Ordre. Le 1er sur le cœur rappelle son existence /spirituelle/ même, le 2e sur le côté droit le Bon Compagnon qui lui est donné pour le diriger, le 3e sur le sommet de la tête /l'esprit majeur de double puissance/ qui actionne, /dirige/, domine les 2 autres et enfin le 4e par la perpendiculaire tirée du sommet de la tête jusqu'à l'estomac représente la divinité même qui préside, dirige et gouverne et d'où toute Puissance provient.

(10)Les trois premiers formant un triangle représente la Puissance de l'homme sur la création universelle dès son principe d'émanation quaternaire où il reçut les lois, préceptes et commandements qu'il a perdu par sa Prévarication et qu'il ne peut réacquérir qu'en se remettant en correspondance directe avec son nombre quaternaire figuré par la perpendiculaire qui fait le centre du triangle, ce triangle figure encore la Puissance ternaire qui lui a été rendue après sa réconciliation sur les trois horizons terrestres : Ouest, Nord et Sud et sur les trois parties de la Création universelle : terrestre, céleste, et surcéleste, mais puissance inutile et sans action s'il n'obtient la puissance quaternaire divine figurée par la perpendiculaire.

(11)Correspondance quaternaire de l'homme, savoir : l'homme ou l'être spirituel mineur 1, l'esprit Bon Compagnon 2, l'esprit majeur de double puissance 3, le Créateur 4 - 10 -.

(12)L'homme était émané et placé au centre des six circonférences ou pensées divines pour commander, diriger, conserver et défendre la Création universelle, il avait une puissance proportionnée à ces actes. Mais après sa prévarication, il a fallu que le Créateur le remplaçat par un être revêtu d'une /double/ puissance bien plus considérable, puisqu'il avait à opérer /tous/ les mêmes actes pour lesquels l'homme avait été destiné, et de plus à diriger soit directement soit par ses agents, à conserver, soutenir et défendre l'être spirituel mineur et sa forme contre les embûches et les attaques journalières des esprits pervers auxquels il s'est assujetti par sa prévarication.

(13)Figure triangulaire de l'homme formée de l'extrémité des mains, les bras tendus, jusqu'à celle des pieds dominés par la tête ou la perpendiculaire céleste qui fait le centre.

(14) Division ternaire, les os des îles, le bassin ou le ventre 1, les côtés ou capacité de la poitrine 2, la tête 3, font trois parties qui ne peuvent être séparées sans détruire l'être, les 4 membres sont des adhérences ou la partie végétative, ils forment un réceptacle dont le buste est le centre, leur réunion [forme] (mot barré)répète le nombre septénaire qui dirige la Création.

3e Instruction Vendredi 14 janvier 1774

 (16) Ouverture des 4 portes du Temple et des 3 portes du Porche.

Les 3 cercles sensibles visuel rationnel et ses 3 rapports.

Le septénaire de la Création et de sa durée.

Le nombre binaire opposition de deux puissances.

Le nombre quinaire division du dénaire.

Le quaternaire bon opposé à la pensée et intellect mauvais.

Le mineur devient intellect mauvais et pervertit ses semblables.

Le neuvaire, 3 essences, 3 éléments, 3 principes corporels.

Le neuvaire par la multiplication des 3 mixtes.

Le neuvaire par le nombre sénaire, /de facture/, de Création et les 3 essences créés.

Esprits supérieurs, 10; majeurs, 8; inférieurs, 7; mineurs terrestres, 3; ou de supérieur, 10; majeur, 8; inférieur, 3; mineur homme, 4 ou 1

Tout à été fait par le sénaire et est dirigé par le 7aire. (septénaire)

La jonction de l'esprit majeur se fait à 7 ans.

Les hommes et la religion ne punissent pas avant 7 ans.

Vieillards dans l'enfance, leur être spirituel quelquefois occupé ailleurs.

Cercle sensible terrestre à l'ouest, visuel au nord, rationnel au sud.

Sensible au sein de la mère, visible pendant la vie, rationnel pendant la réintégration.

Sensible de la terre à la lune, visuel de la lune au soleil, rationnel du soleil à saturne.

Etres spirituels mineurs conduits et actionnés par les majeurs dans ces 3 cercles.

Libre arbitre détruit par la jonction du majeur, felix culpa.

Esprits mineurs ternaires sont corporels sans intelligence.

L'axe ordinaire est la ligne horizontale qui soutient et traverse le centre.

L'axe feu incréé est tout à la fois l'enveloppe, le soutien et le centre de la Création, il est incréée parce que les esprits ternaires qui le produisent sont émanés et non créés.

L'homme destiné à la molestation des esprits pervers. Il dérange l'œuvre du Créateur en attentant à sa vie et faisant des excès, son corps est un temple, les jeûnes affaiblissent les attaques de l'ennemi.

Les cinq sens sont les portes de l'ennemi et du gardien.

L'âme corporelle ou véhicule réside dans le sang, l'âme spirituelle de même et actionne sur le sang ou véhicule adhéré.

4e Instruction de lundi 17 janvier 1774

 (17)Tous les êtres provenus du Créateur sont des temples, il faut distinguer les différentes sortes de temple.

Temple matériel, le plus petit atome de matière en est un puisqu'il a son véhicule qui l'anime.

Temple spirituel des êtres qui actionnent et dirigent la Création temporelle sans être assujettis au temps tel qu'était Adam dans son premier principe.

Temples spirituels temporels élevés visiblement sur cette surface pendant la durée des temps pour la réconciliation.

Les 7 principaux sont celui d'Adam, d'Enoch, de Melchisedeck, de Moïse, de Salomon, de Zorobabel et du Christ, types de délivrance et de réconciliation.

Les autres, comme Noé, Abraham, etc. sont des types différents.

Le corps de l'homme est une loge ou un temple qui est la répétition du temple général, particulier et universel.

La maçonnerie consiste à élever des édifices sur leur base, nous sommes donc des maçons spirituels.

(18) La maçonnerie apocryphe dérivée de l'Ordre appelle ses assemblées loges et nous temple, ils se nomment maçons et nous aujourd'hui pour nous distinguer, nous nous disons philosophes Elus Coën.

(19) Le temple de Salomon sur lequel est fondée toute la Maçonnerie tient parmi les 7 principaux temples spirituels temporels un rang remarquable par ses allusions infinies avec la Création universelle.

Rapports à sa division ternaire : le porche, [le temple] (mots barrés) où s'assemblait la multitude des Lévites pour assister et aider aux sacrifices, le temple où s'assemblaient les Prêtres qui aidaient au G(rand) Prêtre dans ses fonctions. Le S(ain)t des Saints où le G(grand) P(rêtre) seul entrait pour faire ses travaux particuliers.

Rapports avec les parties terrestre, céleste et surcéleste de la Création, et avec le ventre, la poitrine ou siège de l'âme par le sang, et la tête de l'homme.

(20)Les vêtements du G(rand) P(rêtre) étaient allégoriques et ses fonctions ou travaux particuliers, il courait risque de mort s'il se présentait impur ou mal préparé dans le S(ain)t des S(ain)ts; il portait des sonnettes au bas de sa robe pour faire remarquer son inanition si elle était de trop longue durée, il y entrait avec des cordons très longs traînants par derrière, dont l'extrémité restait dans le temple, ils servaient aux prêtres qui ne pouvaient entrer dans le S(ain)t des S(ain)ts pour retirer son corps en cas qu'il y eût succombé.

Les prêtres de nos jours ont conservé ces cordons, l'étole ou réceptacle, aube, mitre, etc.

(21)Tous les temples spirituels ont été fondés sur sept colonnes qui sont allégoriques aux sept dons de l'Esprit accordés à l'homme dans son principe et dont la faculté d'action ne se peut développer en lui que par la jonction et la correspondance directe avec son quaternaire d'émanation divine.

Ces sept colonnes étaient représentées dans le temple de Salomon par le chandelier à 7 branches qui portaient sept étoiles ou lampes allumées et figuraient les 7 planètes qui sont les 7 colonnes de la Création universelle. Le G(rand) P(rêtre) transposait ce chandelier suivant les différentes parties sur lesquelles il voulait opérer.

(22)L'homme fut créé à 3 heures, nombre des essences spiritueuses qui ont coopéré à la formation des corps, il prévariqua à 5 heures, nombre de la jonction de son quaternaire divin à la prétendue unité mauvaise, il fut incorporisé à 6 heures, nombre de la facture de l'Univers sur lequel il devait commander, il fut chassé à 9, nombre de la matière dont il fut revêtu.

(23) Il reçut trois mots puissants : mor, ya, in, par lesquels il devait opérer la puissance qui sont figurés par ces mots, lois, préceptes et commandements en vertu desquels il opéra, dirigé par le Créateur. Les trois actes de puissance qui étaient innés en lui sur le général, le particulier et l'universel, ou terrestre céleste et surcéleste, mais il voulut aussi contre le gré du Créateur opérer sur le Divin et il perdit l'usage de ses trois puissances, elles lui ont été rendues par sa réconciliation, mais ses trois facultés qui sont en lui restent sans action et sans vie si elles ne sont réactionnées par la puissance quaternaire divine que chacun doit travailler à obtenir.

(24) Ces trois puissances, mots ou facultés, sont figurées au candidat dans les premiers grades par les trois signes placés sur lui, en sur le cœur, le côté droit et sur la tête, la ligne perpendiculaire tracée du front à l'estomac représente la puissance divine quaternaire qui fait le centre des trois autres et sans laquelle elles sont nulles. Le temple de Salomon fut construit sur la montagne du mont Mor, terre élevée au-dessus de tout sens, qui correspond au jardin d'Eden au paradis terrestre dans lequel le premier homme fut créé, il fut élevé sans aucun outil de métal pour figurer que la Création universelle était provenue de la seule volonté et puissance du Créateur et que la matière n'est qu'apparente, pour figurer encore que le corps de matière du premier homme ainsi que celui du Christ a été formé sans le concours d'aucune opération physique matérielle, il fut bâti en 6 ans et dédié le 7me pour figurer les six jours ou les six pensées divines qui ont opéré la facture de l'Univers, et la 7me qui est la bénédiction du Créateur de son ouvrage, la présentation qui lui fut faite par le G(rand) A(rchitecte), et l'incorporisation temporelle des /7/ agents majeurs émanés pour le maintenir et diriger sous la direction supérieure de l'Esprit majeur ou G(rand) A(rchitecte).

(25)Origine du Sabat - Nécessité de l'observer, manière de le faire tous les jours et à toute heure en méritant la protection des 7 agents principaux et de leurs chefs 8re. (octonaire)

Le 8re(octonaire) dirige le 7re(septénaire), le 7re (septénire) dirige et gouverne l'ouvrage de Création sénaire, de même le sénaire sera détruit par la retraite du 7re, (septénaire) après quoi le 8re(octonaire) réintégrera tout ce qu'il a formé.

Les 7 sceaux du livre de l'Apocalypse sur lequel est couché l'agneau ou 8re(octonaire) qui seul en a la clef.

(26)Dans le temple de Salomon il y avait quatre hiéroglyphes et un nombre à chacun.

5e Instruction du vendredi 21 janvier 1774

  

(27) A l'entrée du temple de Salomon étaient deux colonnes égales de 18 coudées de haut, celle de droite se nommait Jak qui signifie : il établira, celle de gauche se nommait Bo qui signifie : confusion; la première faisait allusion [au corps] (mots barrés) à l'incorporisation de l'homme /dans son corps de matière/, la seconde à celui de la femme, elles étaient égales parce que l'être spirituel mineur de l'homme et de la femme ayant la même origine, la même émanation, ils sont égaux et ont le même acte à remplir; elles se divisaient en 3 parties, savoir : 10, 4, 4. Ce qui représente par 10 la correspondance directe du mineur avec la divinité de la circonférence au centre, par 4 de la surface terrestre à la partie céleste, et par autre 4 de la partie céleste à celle surcéleste.

Le mot Jak, "il établira", annonce la puissance du commandement qui était réservée à l'homme dans son principe, le mot Bo, "confusion", exprime celle qui a résulté de la prévarication du 1er homme, qui fut une répétition de celle des premiers esprits qu'il devait contenir, molester, il pouvait seul leur servir d'intellect Bon, et par sa communication avec eux leur inspirer le repentir, et dès lors faire cesser le mal, mais en entraînant l'homme ils se sont privés de cette unique ressource.

L'homme, malgré sa chute a toujours le même œuvre à remplir pour lequel il a été destiné; et doit pr(emièrement) travailler à sa réconciliation, seul moyen de réacquérir ses trois puissances sur l'ouest, nord et sud, qui figure le terrestre céleste et surcéleste, et de se remettre en correspondance avec son quaternaire, molester sans cesse les esprits pervers en se refusant à leurs pièges et détruisant sans cesse leurs projets méchants, et enfin reprendre sur eux l'autorité qui lui était réservée, parce que si la miséricorde divine veut jamais opérer quelque bien en leur faveur, ce sera par la seule communication de l'homme avec eux qu'ils pourront en concevoir le désir, puisque l'homme a été établi à cette fin et que les décrets immuables de Dieu doivent avoir leur accomplissement, l'homme qui leur livre sa volonté contrarie les desseins /l'œuvre/ du Créateur et renonce autant qu'il est en lui à sa destination première, par la jonction de volonté et d'action qu'il fait avec leur chef, il devient un avec lui et devient inférieur à lui et son sujet, il est lui-même un intellect démoniaque pour séduire et pervertir ses semblables par son exemple, il se rend plus coupable qu'eux mêmes et doit par conséquence s'attendre à un sort pire que le leur puisqu'il renforce le parti qu'il est chargé de détruire.

(28) Le nombre de confusion de la seconde colonne est désigné par le rang binaire que tient la p(remiè)re lettre du mot Booz dans l'alphabet hébraïque.

Ces deux colonnes avaient encore une autre application, celle du midi désignait l'âme de l'homme ou le mineur, celle du nord l'esprit Bon qui lui est donné pour le diriger, si la partie du midi dans la Création universelle est celle où les esprits pervers sont plus spécialement relégués, celle du nord doit être habitée par des êtres capables et chargés de les contenir. Ce que l'Ecriture Sainte donne souvent à entendre soit en parlant du Démon du midi, soit en parlant de l'esprit saint qu'elle fait toujours venir du côté de l'aquilon.

Ces choses avaient été de même figurées avant le déluge par les deux colonnes, l'une de pierre ou de brique qui avait été élevée dans la partie du nord par la postérité de Seth, et l'autre par celle de terre qui avait été élevée dans la partie du midi par celle de Kain; la première annonçait la force et la stabilité des œuvres spirituelles bonnes, elle résista aux inondations du déluge et fut conservée longtemps après; l'autre, annonçait la faiblesse et la corruption des œuvres de matière, ce qui était même désigné par le nombre /de confusion/ de ses proportions; aussi fut-elle totalement détruite par les eaux du déluge.

(29) Il était défendu aux enfants de Dieu de s'allier avec les enfants des hommes. Cette défense ne doit point s'entendre matériellement. Les hommes de ce temps, ne pouvant se multiplier que selon les lois physiques de la nature à laquelle ils étaient assujettis comme tous les autres animaux, devaient être libres de s'allier indistinctement avec les femmes des deux races; mais il était défendu aux enfants de Dieu, c'est-à-dire à ceux qui observaient les lois, préceptes et commandements de Dieu, de s'allier avec des femmes qui les avaient oubliés ou les méprisaient, de crainte de se laisser pervertir et entraîner dans le même oubli par leur exemple.
Depuis Adam jusqu'au déluge, on n'a compté que deux nations, celle des enfants de Seth /établie au nord/, appelés enfants de Dieu, parce que sa loi s'y était conservée; et celle de Kain, appelée enfants des hommes, reléguée au midi. Ces deux nations, par le lieu de leur demeure, figuraient les esprits pervers relégués au midi de la Création, et l'esprit Bon dans la partie du nord; on ne compte que deux nations provenues d'Adam parce que Abel, son second fils, ne laissa point de postérité matérielle, il n'est venu que pour opérer, par sa mort, la réconciliation de son père Adam et être le type de la régénération universelle. Kain et sa postérité fait le type des esprits pervers premiers émanés et de leurs chefs. Seth et sa postérité fait le type des mineurs ou de l'homme second émané mais devenu l'aîné dans l'ordre spirituel; il faut observer que c'est dans cette postérité de Seth et d'Enos, son fils, que se sont passés tous les types spirituels survenus parmi les hommes pour leur instruction jusqu'à Noé.

Dans l'origine on voit Adam, père temporel de toute sa postérité, faisant le type du Créateur, Abel faisant celui du régénérateur, et Seth celui de l'Esprit qui instruit et dirige.

(30)Quoique tous les hommes ayant la même œuvre de molestation à remplir, il ne s'ensuit pas une nécessité absolue pour l'accomplissement des décrets du Créateur et le bien de la Création, que tous le remplissent; un petit nombre, un seul même, peut lui suffire, ce qui est prouvé en plusieurs endroits de l'Ecriture où pour sauver une partie considérable, il se contente d'y trouver dix justes, même un seul.

La postérité des hommes est sauvée du déluge par Noé trouvé seul juste aux yeux du Créateur. Noé à l'événement du déluge, /âgé de 600 ans/, fait le type du Créateur, flottant sur les eaux et conservant dans l'arche le germe de toutes les reproductions animales. Les dimensions de l'arche ont encore un rapport sensible avec la création universelle : elle avait 3 étages, ce qui rappelle les trois essences spiritueuses dont sont provenus toutes les formes corporelles. Par ses dimensions, de longueur /300 coudées/, de largeur /50/, de hauteur /30/, on y reconnaît /dans son âge/ le nombre de Création, /celui des 3 essences et par le produit total/, celui de confusion provenant de deux puissances en contradiction pour la soutenir d'une part et la détruire de l'autre, par 5 le nombre qui en a occasionné la construction.

Le temple de Salomon avait 60 coudées de long, 20 de large et 30 de haut; /l'oracle avait 20 coudées de long, de large et de haut/; le temple avait 40 coudées de long et 20 de large, devant le temple un vestibule de 20 coudées de long sur 20 de large.

Mêmes rapports dans les dimensions du temple de Salomon. Large de 20, long de 60, haut de 30. Divisé en trois étages ou parties distinctes, le porche, le temple, le sanctuaire dans lequel était le Saint des Saints, ce qui annonce la correspondance de l'immensité divine avec la terre figurée par le porche par le moyen du céleste et surcéleste.

(31) Depuis Noé il y a eu trois nations par Cam, Sem et Japhet. Cam l'aîné, relégué dans la partie du midi, répète le type de Kain et des premiers esprits émanés prévaricateurs. Sem père de la postérité des Israélites par Abraham, fait le type de celle de Seth. Japhet est le père de la troisième nation qui est celle des gentils chez qui la lumière a été transportée par le mépris qu'en ont fait les Hébreux descendants de Sem en punition de leur abandon de la loi divine, et les chrétiens d'aujourd'hui ou des gentils provenus de Japhet sont devenus par la pure miséricorde du Créateur les aînés dans l'ordre de la grâce des descendants de Sem. Mais comme ces descendants de Sem ont été le peuple choisi par le Créateur pour y manifester ses merveilles et sa gloire et que ses décrets doivent toujours s'accomplir, ils rentreront à la fin des temps dans leurs droits et par une réconciliation entière ils redeviendront les aînés des gentils qui, par l'abus de leur lumière, connaissances et secours mériteront d'en être privés à leur tour, ce qui commence déjà dans le siècle présent à se manifester.

Les Egyptiens provenus de Cam figurent, avec leur roi, dans tout ce qui est raconté à leur sujet dans les Stes Ecritures, les esprits pervers démoniaques et leur chef. La terre d'Egypte figure la partie de la Création où ils sont relégués pour opérer leur volonté mauvaise, ce qui aide à expliquer bien des passages.

 Notes particulières à revoir.

[Le séjour des Israélites dans la terre d'Egypte où ils sont assujettis peut figurer l'état de l'homme dans le sein de la femme privé de toutes ses facultés et la privation sa fuite et ses appréhensions. L'aspect des Egyptiens qui les poursuivent désignent les peines et combats continuels de cette [prison] vie passagère. L'arche au milieu de la mer est l'Esprit conducteur, le défenseur bon compagnon qui aide à faire le trajet. Le passage de la mer Rouge peut être aussi envisagé comme le passage de cette vie à l'autre. Il se fait de même ce qui annonce la privation où nous sommes dans celle-ci. L'arche s'arrête au milieu de la mer et soutient les eaux pour en favoriser le passage. C'est l'Esprit conducteur, le défenseur bon compagnon; il conduit au port ceux qui le suivent avec confiance, mais il abandonne les eaux à leurs cours naturels pour ceux qui le méconnaissent ou le méprisent]

Privés de toute lumière céleste leurs yeux obscurcis par la nuée ténébreuse qui leur cache la colonne de feu qui éclaire les justes, ils suivent en aveugles la route qui est frayée devant eux, et ils sont engloutis sous les eaux, et le même passage qui a mis les Israélites en sûreté précipite leurs ennemis dans les abîmes. Les divers campements qu'ils font dans le désert après ce passage semble annoncer les travaux pénibles du mineur dans le cercle sensible. La loi qu'il reçoit au bas du Sinaï n'annoncerait-elle point son retour à sa puissance première dans le cercle Visuel et enfin l'entrée des Israélites dans la Terre promise, l'entrée du mineur dans le lieu de sa réintégration spirituelle ou l'exercice entier de sa puissance dans le cercle rationnel... etc. etc. etc. Notes à revoir.

source : http://le-miroir-alchimique.blogspot.fr/2012/03/fm-instructions-pour-les-elus-coens-jb.html

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Sermon des cinquante(1762)

17 Août 2008 Publié dans #histoire de la FM

 

Cinquante personnes instruites, pieuses, et raisonnables, s'assemblent depuis un an tous les dimanches dans une ville peuplée et commerçante : elles font des prières, après lesquelles un membre de la société prononce un discours ; ensuite on dîne, et après le repas on fait une collecte pour les pauvres.
Chacun préside à son tour; c'est au président à faire la prière et à prononcer le sermon. Voici une de ces prières et un de ces sermons. Si les semences de ces paroles tombent dans une bonne terre, on ne doute pas qu'elles ne fructifient.

Prière

Dieu de tous les globes et de tous les êtres, la seule prière qui puisse vous convenir est la soumission : car que demander à celui qui a tout ordonné, tout prévu, tout enchaîné, depuis l'origine des choses ?
Si pourtant il est permis de représenter ses besoins à un père, conservez dans nos coeurs cette soumission même, conservez-y votre religion pure ; écartez de nous toute superstition : si l'on peut vous insulter par des sacrifices indignes, abolissez ces infâmes mystères ; si l'on peut déshonorer la Divinité par des fables absurdes, périssent ces fables à jamais ; si les jours du prince et du magistrat ne sont point comptés de toute éternité, prolongez la durée de leurs jours ; conservez la pureté de nos moeurs, l'amitié que nos frères se portent, la bienveillance qu'ils ont pour tous les hommes, leur obéissance pour les lois, et leur sagesse dans la conduite privée ; qu'ils vivent et qu'ils meurent en n'adorant qu'un seul Dieu, rémunérateur du bien, vengeur du mal, un Dieu qui n'a pu naître ni mourir, ni avoir des associés, mais qui a dans ce monde trop d'enfants rebelles.

Sermon

Mes frères, la religion est la voix secrète de Dieu, qui parle à tous les hommes ; elle doit tous les réunir, et non les diviser : donc toute religion qui n'appartient qu'à un peuple est fausse. La nôtre est dans son principe celle de l'univers entier, car nous adorons un Être suprême comme toutes les nations l'adorent, nous pratiquons la justice que toutes les nations enseignent, et nous rejetons tous ces mensonges que les peuples se reprochent les uns aux autres.
Ainsi, d'accord avec eux dans le principe qui les concilie, nous différons d'eux dans les choses où ils se combattent. Il est impossible que le point dans lequel tous les hommes de tous les temps se réunissent ne soit l'unique centre de la vérité, et que les points dans lesquels ils diffèrent tous ne soient les étendards du mensonge. La religion doit être conforme à la morale, et universelle comme elle : ainsi toute religion dont les dogmes offensent la morale est certainement fausse.
C'est sous ce double aspect de perversité et de fausseté que nous examinerons dans ce discours les livres des Hébreux et de ceux qui leur ont succédé.
Voyons d'abord si ces livres sont conformes à la morale, ensuite nous verrons s'ils peuvent avoir quelque ombre de vraisemblance. Les deux premiers points seront pour l'Ancien Testament, et le troisième pour le Nouveau.

Premier point

Vous savez, mes frères, quelle horreur nous a saisis lorsque nous avons lu ensemble les écrits des Hébreux, en portant seulement notre attention sur tous les traits contre la pureté, la charité, la bonne foi, la justice, et la raison universelle, que non seulement on trouve dans chaque chapitre, mais que, pour comble de malheur, on y trouve consacrés. Premièrement, sans parler de l'injustice extravagante dont on ose charger l'Être suprême, d'avoir donné la parole à un serpent pour séduire une femme, et perdre l'innocente postérité de cette femme, suivons pied à pied toutes les horreurs historiques qui révoltent la nature et le bon sens. Un des premiers patriarches, Loth, neveu d'Abraham, reçoit chez lui deux anges déguisés en pèlerins ; les habitants de Sodome conçoivent des désirs impudiques pour les deux anges ; Loth, qui avait deux jeunes filles promises en mariage, offre de les prostituer au peuple à la place de ces deux étrangers. Il fallait que ces filles fussent étrangement accoutumées à être prostituées, puisque la première chose qu'elles font après que leur ville a été consumée par une pluie de feu, et que leur mère a été changée en une statue de sel, c'est d'enivrer leur père deux nuits de suite pour coucher avec lui l'une après l'autre : cela est imité de l'ancienne fable arabique de Cyniras et de Myrrha ; mais, dans cette fable bien plus honnête, Myrrha est punie de son crime, au lieu que les filles de Loth sont récompensées par la plus grande et la plus chère des bénédictions selon l'esprit juif, elles sont mères d'une nombreuse postérité.
Nous n'insisterons point sur le mensonge d'Isaac, père des justes, qui dit que sa femme est sa soeur, soit qu'il ait renouvelé ce mensonge d'Abraham, soit qu'Abraham fût coupable en effet d'avoir fait de sa soeur sa propre femme ; mais arrêtons-nous un moment au patriarche Jacob, qu'on nous donne comme le modèle des hommes.
Il force son frère, qui meurt de faim, de lui céder son droit d'aînesse pour une assiette de lentilles ; ensuite il trompe son vieux père au lit de la mort ; après avoir trompé son père, il trompe et vole son beau-père Laban : c'est peu d'épouser deux soeurs, il couche avec toutes ses servantes ; et Dieu bénit cette incontinence et ces fourberies. Quelles sont les actions des enfants d'un tel père
Dina sa fille plaît à un prince de Sichem, et il est vraisemblable qu'elle aime ce prince, puisqu'elle couche avec lui ; le prince la demande en mariage, on la lui accorde à condition qu'il se fera circoncire, lui et son peuple. Ce prince accepte la proposition ; mais, sitôt que lui et les siens se sont fait cette opération douloureuse, qui pourtant leur devait laisser assez de forces pour se défendre, la famille de Jacob égorge tous les hommes de Sichem, et fait esclaves les femmes et les enfants. Nous avons, dans notre enfance, entendu l'histoire de Thyeste et de Pélopée ; cette incestueuse abomination est renouvelée dans Juda, le patriarche et le père de la première tribu : il couche avec sa belle-fille, ensuite il veut la faire mourir. Ce livre, après cela, suppose que Joseph, un enfant de cette famille errante, est vendu en Égypte, et que cet étranger y est établi premier ministre pour avoir expliqué un songe. Mais quel premier ministre qu'un homme qui, dans un temps de famine, oblige toute une nation de se faire esclave pour avoir du pain ! Quel magistrat parmi nous, dans un temps de famine, oserait proposer un marché si abominable ? ; et quelle nation accepterait cet infâme marché ? N'examinons point ici comment soixante et dix personnes de la famille de Joseph, qui s'établirent en Égypte, purent, en deux cent quinze ans, se multiplier jusqu'à six cent mille combattants, sans compter les femmes, les vieillards et les enfants : ce qui devait composer une multitude de près de deux millions d'âmes.
Ne discutons point comment le texte porte quatre cent trente ans, lorsque le même texte en a porté deux cent quinze. Le nombre infini de contradictions, qui sont le sceau de l'imposture, n'est pas ici l'objet qui doit nous arrêter.
Écartons pareillement les prodiges ridicules de Moïse, et des enchanteurs de Pharaon, et tous ces miracles faits pour donner au peuple juif un malheureux coin de mauvaise terre, qu'ils achètent ensuite par le sang et par le crime, au lieu de leur donner la fertile terre d'Égypte où ils étaient.
Tenons-nous-en à cette voie affreuse d'iniquité par laquelle on le fait marcher.
Leur Dieu avait fait de Jacob un voleur, et il fait des voleurs de tout un peuple; il ordonne à son peuple de dérober et d'emporter tous les vases d'or et d'argent, et tous les ustensiles des Égyptiens. Voilà donc ces misérables, au nombre de six cent mille combattants, qui, au lieu de prendre les armes en gens de coeur, s'enfuient en brigands conduits par leur Dieu. Si ce Dieu leur avait voulu donner une bonne terre, il pouvait leur donner l'Égypte ; mais non : il les conduit dans un désert. Ils pouvaient se sauver par le chemin le plus court, et ils se détournent de plus de trente milles pour passer la Mer Rouge à pied sec.
Après ce beau miracle, le propre frère de Moïse leur fait un autre dieu, et ce dieu est un veau. Pour punir son frère, le même Moïse ordonne à des prêtres de tuer leurs fils, leurs frères, leurs pères ; et ces prêtres tuent vingt-trois mille Juifs, qui se laissent égorger comme des bêtes. Après cette boucherie, il n'est pas étonnant que ce peuple abominable sacrifie des victimes humaines à son dieu, qu'il appelle Adonaï, du nom d'Adonis, qu'il emprunte des Phéniciens.
Le vingt-neuvième verset du chapitre 27 du Lévitique défend expressément de racheter les hommes dévoués à l'anathème du sacrifice, et c'est sur cette loi de cannibales que Jephté, quelque temps après, immole sa propre fille.
Ce n'était pas assez de vingt-trois mille hommes égorgés pour un veau, on nous en compte encore vingt-quatre mille autres immolés pour avoir eu commerce avec des filles idolâtres : digne prélude, digne exemple, mes frères, des persécutions en matière de religion.
Ce peuple avance dans les déserts et dans les rochers de la Palestine.
Voilà votre beau pays, leur dit Dieu ; égorgez tous les habitants, tuez tous les enfants mâles, faites mourir les femmes mariées, réservez pour vous toutes les petites filles. Tout cela est exécuté à la lettre selon les livres hébreux; et nous frémirions d'horreur à ce récit si le texte n'ajoutait pas que les Juifs trouvèrent dans le camp des Madianites 675.000 brebis, 72.000 boeufs, 61.000 ânes, et 32.000 pucelles. L'absurdité dément heureusement ici la barbarie ; mais, encore une fois, ce n'est pas ici que j'examine le ridicule et l'impossible; je m'arrête à ce qui est exécrable. Après avoir passé le Jourdain à pied sec, comme la mer, voilà ce peuple dans la terre promise.
La première personne qui introduit par une trahison ce peuple saint est une prostituée nommée Rahab. Dieu se joint à cette prostituée ; il fait tomber les murs de Jéricho au bruit de la trompette ; le saint peuple entre dans cette ville, sur laquelle il n'avait, de son aveu, aucun droit, et il massacre les hommes, les femmes, et les enfants. Passons sous silence les autres carnages, les rois crucifiés, les prétendues guerres contre les géants de Gaza et d'Ascalon, et le meurtre de ceux qui ne pouvaient prononcer le mot Shiboleth. Écoutons cette belle aventure : un lévite arrive sur son âne, avec sa femme, à Gabaa dans la tribu de Benjamin; quelques Benjamites voulant absolument commettre le péché de Sodome avec le lévite, ils assouvissent leur brutalité sur la femme, qui meurt de cet excès ; il fallait punir les coupables: point du tout. Les onze tribus massacrent toute la tribu de Benjamin ; il n'en échappe que six cents hommes ; mais les onze tribus sont enfin fâchées de voir périr une des douze, et, pour y remédier, ils exterminent les habitants d'une de leurs propres villes pour y prendre six cents filles qu'ils donnent aux six cents Benjamites survivants pour perpétuer cette belle race. Que de crimes commis au nom du Seigneur !
Ne rapportons que celui de l'homme de Dieu, Aod. Les Juifs, venus de si loin pour conquérir, sont soumis aux Philistins ; malgré le Seigneur, ils ont juré obéissance au roi Églon : un saint juif, c'est Aod, demande à parler tête à tête avec le roi de la part de Dieu. Le roi ne manque pas d'accorder l'audience ; Aod l'assassine, et c'est de cet exemple qu'on s'est servi tant de fois chez les chrétiens pour trahir, pour perdre, pour massacrer tant de souverains.
Enfin la nation chérie, qui avait été ainsi gouvernée par Dieu même, veut avoir un roi ; de quoi le prêtre Samuel est bien fâché. Le premier roi juif renouvelle la coutume d'immoler des hommes : Saül ordonna prudemment que personne ne mangeât de tout le jour pour mieux combattre les Philistins, et pour que ses soldats eussent plus de force et de vigueur, il jura au Seigneur de lui immoler celui qui aurait mangé : heureusement le peuple fut plus sage que lui ; il ne permit pas que le fils du roi fût sacrifié pour avoir mangé un peu de miel.
Mais voici, mes frères, l'action la plus détestable et la plus consacrée : il est dit que Saül prend prisonnier un roi du pays, nommé Agag ; il ne tua point son prisonnier ; il en agit comme chez les nations humaines et polies.
Qu'arriva-t-il ? Le Seigneur en est irrité, et voici Samuel, prêtre du Seigneur, qui lui dit: « Vous êtes réprouvés pour avoir épargné un roi qui s'est rendu à vous » ; et aussitôt ce prêtre boucher coupe Agag par morceaux. Que dirait-on, mes frères, si, lorsque l'empereur Charles-Quint eut un roi de France en ses mains, son chapelain fût venu lui dire : " Vous êtes damné pour n'avoir pas tué François Ier ", et que ce chapelain eût égorgé ce roi de France aux yeux de l'empereur, et en eût fait un hâchis. Mais que dirons-nous du saint roi David, de celui qui est agréable devant le Dieu des Juifs, et qui mérite que le messie vienne de ses reins ? Ce bon roi David fait d'abord le métier de brigand : il rançonne, il pille tout ce qu'il trouve ; il pille entre autres un homme riche nommé Nabal, et il épouse sa femme. Il se réfugie chez le roi Achis, et va, pendant la nuit, mettre à feu et à sang les villages de ce roi Achis son bienfaiteur : il égorge, dit le texte sacré, hommes, femmes, enfants, de peur qu'il ne reste quelqu'un pour en porter la nouvelle. Devenu roi, il ravit la femme d'Urie, fait tuer le mari ; et c'est de cet adultère homicide que vient le messie, le fils de Dieu, Dieu lui-même : ô blasphème ! Ce David, devenu ainsi l'aïeul de Dieu pour récompense de son horrible crime, est puni pour la seule bonne et sage action qu'il ait faite.
Il n'y a pas de prince bon et prudent qui ne doive savoir le nombre de son peuple, comme tout pasteur doit savoir le nombre de son troupeau.
David fait le dénombrement, sans qu'on nous dise pourtant combien il avait de sujets, et c'est pour avoir fait ce sage et utile dénombrement qu'un prophète vient de la part de Dieu lui donner à choisir, de la guerre, de la peste, ou de la famine.
Ne nous appesantissons pas, mes chers frères, sur les barbaries sans nombre des rois de Juda et d'Israël, sur ces meurtres et sur ces attentats, toujours mêlés de contes ridicules ; ce ridicule pourtant est toujours sanguinaire, et il n'y a pas jusqu'au prophète Élisée qui ne soit barbare.
Ce digne dévot fait dévorer quarante enfants par des ours, parce que ces petits innocents l'avaient appelé tête chauve.
Laissons là cette nation atroce dans sa captivité de Babylone, et dans son esclavage sous les Romains, avec toutes les belles promesses de leur dieu Adonis ou Adonaï, qui avait si souvent assuré aux Juifs la domination de toute la terre. Enfin, sous le gouvernement sage des Romains, il naît un roi aux Hébreux, et ce roi, mes frères, ce Shilo, ce messie, vous savez qui il est : c'est celui qui, ayant d'abord été mis dans le grand nombre de ces prophètes sans mission, qui, n'ayant pas le sacerdoce, se faisaient un métier d'être inspirés, a été, au bout de quelques centuries, regardé comme un Dieu. N'allons pas plus loin ; voyons sur quels prétextes, sur quels faits, sur quels miracles, sur quelles prédictions, enfin, sur quel fondement est bâtie cette dégoûtante et abominable histoire.

Deuxième point

O mon Dieu ! si tu descendais toi-même sur la terre, si tu me commandais de croire ce tissu de meurtres, de vols, d'assassinats, d'incestes, commis par ton ordre et en ton nom, je te dirais : « Non, ta sainteté ne veut pas que j'acquiesce à ces choses horribles qui t'outragent; tu veux m'éprouver sans doute ».
Comment donc, vertueux et sages auditeurs, pourrions-nous croire cette affreuse histoire sur les témoignages misérables qui nous en restent ? Parcourons d'une manière sommaire ces livres si faussement imputés à Moïse ; je dis faussement, car il n'est pas possible que Moïse ait parlé de choses arrivées longtemps après lui, et nul de nous ne croirait que les Mémoires de Guillaume, prince d'Orange, fussent de sa main, si dans ces Mémoires il était parlé de faits arrivés après sa mort. Parcourons, dis-je, ce qu'on nous raconte sous le nom de Moïse.
D'abord Dieu fait la lumière qu'il nomme jour puis les ténèbres qu'il nomme nuit, et ce fut le premier jour. Ainsi il y eut des jours avant que le soleil fût fait.
Puis le sixième jour, Dieu fait l'homme et la femme ; mais l'auteur, oubliant que la femme était déjà faite, la tire ensuite d'une côte d'Adam. Adam et Ève sont mis dans un jardin d'où il sort quatre fleuves; et parmi ces quatre fleuves il y en a deux, l'Euphrate et le Nil, qui ont leur source à mille lieues l'un de l'autre.
Le serpent parlait alors comme l'homme ; il était le plus fin des animaux des champs ; il persuade à la femme de manger une pomme, et la fait ainsi chasser du paradis. Le genre humain se multiplie, et les enfants de Dieu deviennent amoureux des filles des hommes. Il y avait des géants sur la terre, et Dieu se repentit d'avoir fait l'homme : il voulut donc l'exterminer par le déluge ; mais il voulut sauver Noé, et lui commanda de faire un vaisseau de trois cents coudées de bois de peuplier. Dans ce seul vaisseau doivent entrer sept paires de tous les animaux mondes, et deux des immondes ; il fallait donc les nourrir pendant dix mois que l'eau fut sur la terre. Or vous voyez ce qu'il eût fallu pour nourrir quatorze éléphants, quatorze chameaux, quatorze buffles, autant de chevaux, d'ânes, d'élans, de cerfs, de daims, de serpents, d'autruches, enfin plus de deux mille espèces. Vous me demanderez où l'on avait pris l'eau pour l'élever sur toute la terre, quinze coudées au-dessus des plus hautes montagnes ?
Le texte répond que cela fut pris dans les cataractes du ciel.
Dieu sait où sont ces cataractes. Dieu fait, après le déluge, une alliance avec Noé et avec tous les animaux ; et, pour confirmer cette alliance, il institue l'arc-en-ciel. Ceux qui écrivaient cela n'étaient pas, comme vous voyez, grands physiciens. Voilà donc Noé qui a une religion donnée de Dieu, et cette religion n'est ni la juive ni la chrétienne. La postérité de Noé veut bâtir une tour qui aille jusqu'au ciel ; belle entreprise ! Dieu la craint ; il fait parler plusieurs langues différentes en un moment aux ouvriers, qui se dispersent. Tout est dans cet ancien goût oriental. C'est une pluie de feu qui change les villes en lac ; c'est la femme de Loth changée en une statue de sel ; c'est Jacob qui se bat toute une nuit contre un ange, et qui est blessé à la cuisse ; c'est Joseph vendu esclave en Égypte, qui devient premier ministre pour avoir expliqué un rêve. Soixante et dix personnes de sa famille s'établissent en Égypte, et en deux cent quinze ans se multiplient, comme nous l'avons vu, jusqu'à deux millions. Ce sont ces deux millions d'Hébreux qui s'enfuient d'Égypte, et qui prennent le plus long pour avoir le plaisir de passer la mer à sec. Mais ce miracle n'a rien d'étonnant ; les magiciens de Pharaon en faisaient de fort beaux, et ils en savaient presque autant que Moïse : ils changeaient comme lui une verge en serpent ; ce qui est une chose toute simple. Si Moïse changeait les eaux en sang, ainsi faisaient les sages de Pharaon. Il faisait naître des grenouilles, et eux aussi. Mais ils furent vaincus sur l'article des poux ; les Juifs, en cette partie, en savaient plus que les autres nations. Enfin Adonaï fait mourir chaque premier-né d'Égypte pour laisser partir son peuple à son aise. La mer se sépare pour ce peuple, c'était bien le moins qu'on pût faire en cette occasion ; tout le reste est de la même force.
Ces peuples errent dans le désert. Quelques maris se plaignent de leurs femmes ; aussitôt il se trouve une eau qui fait enfler et crever toute femme qui a forfait à son honneur. Ils n'ont ni pain ni pâte ; on leur fait pleuvoir des cailles et de la manne. Leurs habits se conservent quarante ans, et croissent avec les enfants ; il descend apparemment des habits du ciel pour les enfants nouveau-nés.
Un prophète du voisinage veut maudire ce peuple, mais son ânesse s'y oppose avec un ange, et l'ânesse parle très raisonnablement et assez longtemps au prophète. Ce peuple attaque-t-il une ville, les murailles tombent au son des trompettes, comme Amphion en bâtissait au son de sa flûte. Mais voici le plus beau : cinq rois amorrhéens, c'est-à-dire cinq chefs de village, tâchent de s'opposer aux ravages de Josué ; ce n'est pas assez qu'ils soient vaincus et qu'on en fasse un grand carnage, le seigneur Adonaï fait pleuvoir sur les fuyards une grosse pluie de pierres. Ce n'est pas encore assez; il échappe quelques fugitifs, et pour donner à Israël tout le temps de les poursuivre, la nature suspend ses lois éternelles : le soleil s'arrête à Gabaon, et la lune sur Aïalon. Nous ne comprenons pas trop comment la lune était de la partie, mais enfin le livre de Josué ne permet pas d'en douter, et il cite, pour son garant, le livre du Droiturier. Vous remarquerez, en passant, que ce livre du Droiturier est cité dans les Paralipomènes ; c'est comme si l'on vous donnait pour authentique un livre du temps de Charles-Quint, dans lequel on citerait Puffendorf. Mais passons.
De miracles en miracles nous arrivons jusqu'à Samson, représenté comme un fameux paillard, favori de Dieu ; celui-là, parce qu'il n'était pas rasé, défait mille Philistins avec une mâchoire d'âne, et attache par la queue trois cents renards qu'il trouve à point nommé. Il n'y a presque pas une page qui ne présente de pareils contes : ici, c'est l'ombre de Samuel qui paraît à la voix d'une sorcière ; là, c'est l'ombre d'un cadran (supposé que ces misérables eussent des cadrans) qui recule de dix degrés à la prière d'Ézéchias, qui demande judicieusement ce signe. Dieu lui donne le choix de faire avancer ou reculer l'heure, et le docte Ézéchias trouve qu'il n'est pas difficile de faire avancer l'ombre, mais bien de la reculer. C'est Élie qui monte au ciel dans un char de feu ; ce sont des enfants qui chantent dans une fournaise ardente. Je n'aurais jamais fait si je voulais entrer dans le détail de toutes les extravagances inouïes dont ce livre fourmille ; jamais le sens commun ne fut attaqué avec tant d'indécence et de fureur.
Tel est, d'un bout à l'autre, cet Ancien Testament, le père du Nouveau, père qui désavoue son fils, et qui le tient pour un enfant bâtard et rebelle : car les juifs, fidèles à la loi de Moïse, regardent avec exécration le christianisme, élevé sur les ruines de cette loi. Mais les chrétiens, à force de subtilités, ont voulu justifier le Nouveau Testament par l'Ancien même. Ainsi, ces deux religions se combattent avec les mêmes armes ; elles appellent en témoignage les mêmes prophètes ; elles attestent les mêmes prédictions. Les siècles à venir, qui auront vu passer ces cultes insensés, et qui peut-être, hélas ! en renverront d'autres non moins indignes de Dieu et des hommes, pourront-ils croire que le judaïsme et le christianisme se soient appuyés sur de tels fondements, sur ces prophéties ?
Et quelles prophéties ! Écoutez : le prophète Isaïe est appelé par le roi Achaz, roi de Juda, pour lui faire quelques prédictions, selon la coutume vaine et superstitieuse de tout l'Orient, car ces prophètes étaient, comme vous le savez, des gens qui se mêlaient de deviner pour gagner quelque chose, ainsi qu'il y en avait encore beaucoup en Europe dans le siècle passé, et surtout parmi le petit peuple. Le roi Achaz, assiégé dans Jérusalem par Salmanazar, qui avait pris Samarie, demanda donc au devin une prophétie et un signe. Isaïe lui dit : voici le signe. « Une fille sera engrossée, elle enfantera un fils qui aura nom Emmanuel ; il mangera du beurre et du miel jusqu'à ce qu'il sache rejeter le mal et choisir le bien ; et avant que cet enfant soit en cet état, la terre que tu as en détestation sera abandonnée par ses deux rois ; et l'Éternel sifflera aux mouches qui sont sur les bords des ruisseaux d'Égypte et d'Assur; et le Seigneur prendra un rasoir de louage, et fera la barbe au roi d'Assur; il lui rasera la tête et le poil des pieds
Après cette belle prédiction, rapportée dans Isaïe, et dont il n'est pas dit un mot dans le livre des Rois, le prophète est chargé lui-même de l'exécution.
Le Seigneur lui commande d'abord d'écrire, dans un grand rouleau, qu'on se hâte de butiner : il hâte le pillage, puis, en présence de témoins, il couche avec une fille, et lui fait un enfant ; mais au lieu de l'appeler Emmanuel, il lui donne le nom de Maher Salal-has-bas. Voilà, mes frères, ce que les chrétiens ont détourné en faveur de leur Christ : voilà la prophétie qui établit le christianisme.
La fille à qui le prophète fait un enfant, c'est incontestablement la Vierge Marie ; Maher Salal-has-bas, c'est Jésus-Christ; pour le beurre et le miel, je ne sais pas ce que c'est. Chaque devin prédit aux Juifs leur délivrance, quand ils sont captifs; et cette délivrance, c'est, selon les chrétiens, la Jérusalem céleste, et l'Église de nos jours. Tout est prédiction chez les Juifs ; mais chez les chrétiens, tout est miracle, et toutes ces prédictions sont des figures de Jésus-Christ. Voici, mes frères, une de ces belles et éclatantes prédictions : le grand prophète Ézéchiel voit un vent d'aquilon, et quatre animaux, et des roues de chrysolite toutes pleines d'yeux, et l'Éternel lui dit : Lève-toi, mange un livre, et puis va-t'en.
L'Éternel lui commande de dormir trois cent quatre-vingt-dix jours sur le côté gauche, et ensuite quarante sur le côté droit. L'Éternel le lie avec des cordes; ce prophète était assurément un homme à lier : nous ne sommes pas au bout. Puis-je répéter sans vomir ce que Dieu ordonne à Ézéchiel ? Il le faut. Dieu lui ordonne de manger du pain d'orge cuit avec de la merde. Croirait-on que le plus sale faquin de nos jours pût imaginer de pareilles ordures Oui, mes frères, le prophète mange son pain d'orge avec ses excréments : il se plaint que ce déjeuner lui répugne un peu, et Dieu, par accommodement, lui permet de ne plus mêler à son pain que de la fiente de vache. C'est donc là un type, une figure de l'Église de Jésus-Christ. Après cet exemple, il est inutile d'en rapporter d'autres, de perdre notre temps à combattre toutes les rêveries dégoûtantes et abominables qui font le sujet des disputes entre les juifs et les chrétiens : contentons nous de déplorer l'aveuglement le plus à plaindre qui ait jamais offusqué la raison humaine ; espérons que cet aveuglement finira comme tant d'autres ; et venons au Nouveau Testament, digne suite de ce que nous venons de dire.

Troisième point

C'est en vain que les Juifs furent un peu plus éclairés du temps d'Auguste que dans les siècles barbares dont nous venons de parler ; c'est en vain que les Juifs commencèrent à connaître l'immortalité de l'âme, dogme inconnu à Moïse, et les récompenses de Dieu après la mort des justes, comme les punitions (quelles qu'elles soient) pour les méchants, dogme non moins ignoré de Moïse. La raison n'en perça pas davantage chez le misérable peuple dont est sortie cette religion chrétienne, qui a été la source de tant de divisions, de guerres civiles et de crimes, qui a fait couler tant de sang, et qui est partagée en tant de sectes ennemies dans les coins de la terre où elle règne. Il y eut toujours chez les Juifs des gens de la lie du peuple qui firent les prophètes pour se distinguer de la populace : voici celui qui a fait le plus de bruit, et dont on a fait un dieu ; voici le précis de son histoire en peu de mots, telle qu'elle est rapportée dans les livres qu'on nomme Évangiles. Ne cherchons point dans quel temps ces livres ont été écrits, quoiqu'il soit évident qu'ils l'ont été après la ruine de Jérusalem. Vous savez avec quelle absurdité les quatre auteurs se contredisent ; c'est une preuve démonstrative de mensonge. Hélas ! nous n'avons pas besoin de tant de preuves pour ruiner ce malheureux édifice ; contentons-nous d'un récit court et fidèle. D'abord on fait Jésus descendant d'Abraham et de David, et l'écrivain Matthieu compte quarante-deux générations en deux mille ans ; mais, dans son compte, il ne s'en trouve que quarante et une, et dans cet arbre généalogique qu'il tire des livres des Rois, il se trompe encore lourdement en donnant Josias pour père à Jéchonias. Luc donne aussi une généalogie ; mais il y met cinquante six générations depuis Abraham, et ce sont des générations toutes différentes.
Enfin, pour comble, ces généalogies sont celles de Joseph, et les évangélistes assurent que Jésus n'est pas fils de Joseph.
En vérité, serait-on reçu dans un chapitre d'Allemagne sur de telles preuves de noblesse ? et c'est du fils de Dieu dont il s'agit ! Et c'est Dieu lui-même qui est l'auteur de ce livre ! Matthieu dit que, quand ce Jésus, roi des Juifs, fut né dans une étable dans la ville de Bethléem, trois mages ou trois rois virent son étoile en Orient, qu'ils suivirent cette étoile, laquelle s'arrêta sur Bethléem, et que le roi Hérode, ayant entendu ces choses, fit massacrer tous les petits enfants au-dessous de deux ans : y a-t-il une horreur plus ridicule ? Matthieu ajoute que le père et la mère emmenèrent le petit enfant en Égypte, et y restèret jusqu'à la mort d'Hérode. Luc dit formellement le contraire : il marque que Joseph et Marie restèrent paisiblement durant six semaines à Bethléem, qu'ils allèrent à Jérusalem, de là à Nazareth, et que tous les ans ils allaient à Jérusalem. Les évangélistes se contredisent sur le temps de la vie de Jésus, sur les miracles, sur le jour de la cène, sur celui de sa mort, sur les apparitions après sa mort, en un mot, sur presque tous les faits. Il y avait quarante-neuf évangiles faits par les chrétiens des premiers siècles, qui se contredisaient tous encore davantage : enfin l'on choisit les quatre qui nous restent ; mais quand même ils seraient tous d'accord, que d'inepties, grand Dieu ! que de misères ! que de choses puériles et odieuses ! La première aventure de Jésus, c'est-à-dire du fils de Dieu, c'est d'être enlevé par le diable : car le diable, qui n'a point paru dans le livre de Moïse, joue un grand rôle dans l'Évangile. Le diable donc emporte Dieu sur une montagne dans le désert ; il lui montre de là tous les royaumes de la terre. Quelle est cette montagne d'où l'on découvre tant de pays ? Nous n'en savons rien.
Le Diable propose tout uniment à Dieu de l'adorer ! Concevez-vous, mes frères, un blasphème plus ridicule ? Jean rapporte que Jésus va à une noce, et qu'il y change l'eau en vin ; qu'il chasse du parvis du temple ceux qui vendaient des animaux pour les sacrifices ordonnés par la loi. Cette superstition misérable était adopté déjà par un peuple ignorant, qui n'ayant point de médecins croyait comme les sauvages que la plupart des maladies étaient causées par des esprits malins.
On les exorcisait avec la racine barath et la clavicule de Salomon.
Il délivre donc en passant un possédé qui avait une légion de démons, et il fait entrer ces démons dans un troupeau de cochons, qui se précipitent dans la mer de Tibériade ; on peut croire que les maîtres de ces cochons, qui apparemment n'étaient pas Juifs, ne furent pas contents de cette farce.
Il guérit un aveugle, et cet aveugle voit des hommes comme si c'étaient des arbres.
Il veut manger des figues en hiver, il en cherche sur un figuier, et, n'en trouvant point, il maudit l'arbre et le fait sécher; et le texte ne manque pas d'ajouter prudemment : car ce n'était pas le temps des figues.
Il se transforme pendant la nuit, et il fait venir Moïse et Élie ...
En vérité, les contes des sorciers approchent-ils de ces impertinences ?
Cet homme, qui disait continuellement des injures atroces aux pharisiens, qui les appelait races de vipères, sépulcres blanchis, est enfin traduit par eux à la justice, et supplicié avec deux voleurs ; et ses historiens ont le front de nous dire qu'à sa mort la terre a été couverte d'épaisses ténèbres en plein midi, et en pleine lune : comme si tous les écrivains de ce temps-là n'auraient pas parlé d'un si étrange miracle. Après cela il ne coûte rien de se dire ressuscité, et de prédire la fin du monde, qui n'est pourtant pas arrivée. La secte de ce Jésus subsiste cachée, le fanatisme l'augmente ; on n'ose pas d'abord faire de cet homme un Dieu, mais bientôt on s'encourage.
Je ne sais quelle métaphysique de Platon s'amalgame avec la secte nazaréenne : on fait de Jésus le Logos, le Verbe-Dieu, puis consubstantiel à Dieu son père.
On imagine la Trinité, et, pour la faire croire, on falsifie les premiers évangiles.
On ajoute un passage touchant cette Trinité, de même qu'on falsifie l'historien Josèphe, pour lui faire dire un mot de Jésus, quoique Josèphe soit un historien trop grave pour avoir fait mention d'un tel homme. On va jusqu'à supposer des vers des sibylles ; on suppose des Canons des apôtres, des Constitutions des apôtres, un Symbole des apôtres, un voyage de Simon Pierre à Rome, un assaut de miracles entre ce Simon et un autre Simon prétendu magicien. En un mot, point d'artifices, de fraudes, d'impostures, que les nazaréens ne mettent en oeuvre : et après cela on vient nous dire tranquillement que les apôtres prétendus n'ont pu être ni trompés ni trompeurs, et qu'il faut croire à des témoins qui se sont fait égorger pour soutenir leurs dépositions.
O malheureux trompeurs et trompés qui parlez ainsi ! quelle preuve avez-vous que ces apôtres ont écrit ce qu'on met sous leur nom ? si on a pu supposer des canons, n'a-t-on pas pu supposer des évangiles ?
N'en reconnaissez-vous pas vous-mêmes de supposés ?
Qui vous a dit que les apôtres sont morts pour soutenir leur témoignage ?
Il n'y a pas un seul historien contemporain qui ait seulement parlé de Jésus et de ses apôtres.
Avouez que vous soutenez des mensonges par des mensonges ; avouez que la fureur de dominer sur les esprits, le fanatisme et le temps dut élevé cet édifice qui croule aujourd'hui de tous côtés, masure que la raison déteste, et que l'erreur veut soutenir. Au bout de trois cents ans, ils viennent à bout de faire reconnaître ce Jésus pour un dieu ; et, non contents de ce blasphème, ils poussent ensuite l'extravagance jusqu'à mettre ce dieu dans un morceau de pâte ; et tandis que leur dieu est mangé des souris, qu'on le digère, qu'on le rend avec les excréments, ils soutiennent qu'il n'y a pas de pain dans leur hostie, que c'est Dieu seul qui s'est mis à la place du pain, à la voix d'un homme. Toutes les superstitions viennent en foule inonder l'Église ; la rapine y préside ; on vend la rémission des pêchés, on vend les indulgences ainsi que les bénéfices, et tout est à l'enchère. Cette secte se partage en une multitude de sectes : dans tous les temps on se bat, on s'égorge, on s'assassine. A chaque dispute, les rois, les princes, sont massacrés. Tel est le fruit, mes très chers frères, de l'arbre de la croix, de la potence qu'on a divinisée. Voilà donc pourquoi on ose faire venir Dieu sur la terre ! pour livrer l'Europe pendant des siècles au meurtre et au brigandage. Il est vrai que nos pères ont secoué une partie de ce joug affreux ; qu'is se sont défaits de quelques erreurs, de quelques superstitions ; mais, bon Dieu, qu'ils ont laissé l'ouvrage imparfait ! Tout nous dit qu'il est temps d'achever et de détruire de fond en comble l'idole dont nous avons à peine brisé quelques doigts.
Déjà une foule de théologiens embrasse le socinianisme, qui approche beaucoup de l'adoration d'un seul Dieu, dégagée de superstition.
L'Angleterre, l'Allemagne, nos provinces, sont pleines de docteurs sages qui ne demandent qu'à éclater; il y en a aussi un grand nombre dans d'autres pays: pourquoi donc attendre plus longtemps ? pourquoi ne pas adorer Dieu en esprit et en vérité ? pourquoi s'obstiner à enseigner ce qu'on ne croit pas, et se rendre coupable envers Dieu de ce péché énorme ? On nous dit qu'il faut des mystères au peuple, qu'il faut le tromper. Eh ! mes frères, peut-on faire cet outrage au genre humain ? Nos pères n'ont-ils pas déjà ôté au peuple la transsubstantiation, l'adoration des créatures et des os des morts, la confession auriculaire, les indulgences, les exorcismes, les faux miracles, et les images ridicules ?
Le peuple ne s'est-il pas accoutumé à la privation de ces aliments de la superstition ? Il faut avoir le courage de faire encore quelques pas : le peuple n'est pas si imbécile qu'on le pense ; il recevra sans peine un culte sage et simple d'un Dieu unique, tel qu'on nous dit qu'Abraham et Noé le professaient, tel que tous les sages de l'antiquité l'ont professé, tel qu'il est reçu à la Chine par tous les lettrés. Nous ne prétendons pas dépouiller les prêtres de ce que la libéralité des peuples leur a donné ; mais nous voudrions que ces prêtres, qui se raillent presque tous secrètement des mensonges qu'ils débitent, se joignissent à nous pour prêcher la vérité. Qu'ils y prennent garde, ils offensent, ils déshonorent la Divinité, et alors ils la glorifieraient. Que de biens inestimables seraient produits par un si heureux changement ! les princes et les magistrats en seraient mieux obéis ; les peuples, plus tranquilles; l'esprit de division et de haine, dissipé. On offrirait à Dieu, en paix, les prémices de ses travaux ; il y aurait certainement plus de probité sur la terre, car un grand nombre d'esprits faibles qui entendent tous les jours parler avec mépris de cette superstition chrétienne, qui savent qu'elle est tournée en ridicule par tant de prêtres même, s'imaginent, sans réfléchir, qu'il n'y a en effet aucune religion : et sur ce principe ils s'abandonnent à des excès. Mais lorsqu'ils connaîtront que la secte chrétienne n'est en effet que le pervertissement de la religion naturelle ; lorsque la raison, libre de ses fers, apprendra au peuple qu'il n'y a qu'un Dieu ; que ce Dieu est le père commun de tous les hommes, qui sont frères ; que ces frères doivent être, les uns envers les autres, bons et justes ; qu'ils doivent exercer toutes les vertus ; que Dieu, étant bon et juste, doit récompenser ces vertus et punir les crimes : certes alors, mes frères, les hommes seront plus gens de bien, en étant moins superstitieux.
Nous commençons par donner cet exemple en secret, et nous osons espérer qu'il sera suivi en public. Puisse ce grand Dieu qui m'écoute, ce Dieu qui assurément ne peut ni être né d'une fille, ni être mort à une potence, ni être mangé dans un morceau de pâte, ni avoir inspiré ces livres remplis de contradictions, de démence et d'horreur; puisse ce Dieu, créateur de tous les mondes, avoir pitié de cette secte de chrétiens qui le blasphèment !
Puisse-t-il les ramener à la religion sainte et naturelle, et répandre ses bénédictions sur les efforts que nous faisons pour le faire adorer !
Amen.

Voltaire

 

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De L’Ordre des Elus-Coëns et de la doctrine de leurs initiations (extrait)(2)

23 Octobre 2012 , Rédigé par X Publié dans #Rites et rituels

Extrait du Catéchisme de I'Apprenti Symbolique.

La maçonnerie est le tableau de l'Univers, l'Archive des Conventions de Dieu avec l'homme et le Canal de notre puissance. Je fus reçu Maçon dans le néant au sein de Dieu, le grand architecte m'a reçu. Il m'a tiré du néant par un cérémonial, trois caractères et une Parole. Il me plaça dans un lieu de délices, me développa tout et me fit chef sur les deux ............................................ ; il m'ordonna de l'aimer par dessus toutes choses et mon prochain comme moi-même. il me défendit de m'égaler à lui: Je ne restais dans ce lieu qu'autant de temps qu'il fallait pour connaître ma puissance et d'en jouir. Je fus désobéissant pour mon malheur; mon crime étant de vouloir m'égaler à mon créateur. Pour ma Punition il me chassa du lieu des délices et me livra aux caprices de ceux qu'il m'avait donné pour su jeter, je ne repentais et Dieu me rendit au partie de mes connaissance et permit de me soutenir dans ma faiblesse.

J'entends par caractères et Cérémonial certains actions et figures que le G.A. a prescrit et donné pour marquer de son assistance.

J'entends par hiéroglyphes le signe naturel d'un Elu de quelquefois conventi­onnel vers dans son tout et dans son détail.

Le G.A. avait donné le Plan de cet édifice et celui qui procède de l'un et de l'autre en a détaillé les matériaux et le maçon de pratique avec celui qui est les ont placée, il est divisée en souterrain représentant la partie terrestre et matérielle.

- rez de chaussée : spirituelle,

- partie supérieure : Céleste.

Celle-ci servait à y renfermer l'Arche et la Grande Parole Sacramentelle. Salomon et ceux qui étaient constitués pour la conduite temporelle du peuple travaillaient dans le souterrain. Salomon connaissait le règne animal et minéral depuis l'hysope jusqu'au cèdre. Les Prêtres travaillaient au rez de chaussée à la partie spirituelle. ils avaient droit aussi sur la partie matérielle, car celui qui peut le plus peut le moins.

Le spirituel est divisé en 7 parties connues sont les 7. noms des Planètes. Les Prêtres opéraient sur 21 cercles différemment. ils invoquaient l'un se concili­aient l'autre et ordonnaient aux autres.

Les Prêtres d'aujourd'hui sont puissants car ils sont les sacrifices réels comme ceux de l'A.J. la prière et exorcisme.

L'homme est un ange attaché à la Matière pour faire ses preuves.

La Colonne signifie la peuplade de Seth. La pomme de grenade le nombre immense d'Esprits qui font sorte de cette souche. Les Lys signifient la végétation de cette souche. Les dimensions 18. 12. 3. et 5. signifient le nombre des Patriarches, des Pontifes et des Juges avec les apparitions du maître.

La colonne J rappelait celle de pierre qu'Enoch avait faite et représente les Evènements avant le déluge.

Les pierres élevées par Enoch représentent les enfers du Seth.

Elle porte le nombre 3 parce que le grade d'apprenti doit nous rappeler les principes constitutifs des premiers éléments.

Le rapport est que 1.). L’Univers est divisé en 3 le monde céleste spirituel et terrestre 2). Le spirituel est divisé en 3 le spirituel fixe, le fixe et le spirituel en général. 3) la matière se divise en trois et la connaissance de ces trois subdivisions de la matière donne le nombre 9.

Sur cette colonne était appuyé le T Elle portait un des mots ineffables
aux noms desquels était élevé cet édifice et ce même mot était celui de la puissance d'Adam. Le pavé mosaïque représente par ses trois couleurs les 3 éléments matériels; le noir la terre, le rouge le feu, et le vert l'eau. La pierre brute représente qu'il y avait eu temps ou tout était en inaction.

Le soleil, la lune etc. signifient le firmament sous lequel les maçons doivent travailler.

La profondeur et la hauteur des Loges c'est-à-dire les opérations des Maçons s'étendent sur les quatre parties du monde.

La boite dans laquelle on dit que le secret doit être renfermé, en forme d'Arche et des clefs d'ivoires c'est la bouche car le secret consiste dans la parole.

Catéchisme du Compagnon Symbolique

Je me suis fait recevoir à cause de la lettre G. qui signifie Géométrie non pas la simple qui n'a pour objet que l'étendue et le mouvement des corps mais celle qui s'étend sur tous les Etres. L'Etoile flamboyante représente le grand Architecte de l'Univers.

J'ai voulu pénétrer les secrets de la divinité comme Cain, Core, Salomon, les ouvriers de la tour de Babel, et c'est ce qui m'était défendu. je n'étais point destiné à prononcer les paroles de la Maîtrise spirituelle. J'ai voulu pénétrer dans le sanctuaire par la porte d'Occident, j'étais destiné aux arts mécaniques à la partie matérielle de l'Occident. Mon travail était de connaître les sympathies et les antipathies des trois règnes. Je ne peux attaquer la partie spirituelle sans être vingt de l'ordre des vingt. il m'a été accordé une 4me opération pour le 4me cercle qui a été le prix de G.A. de l' Univers. J'ai voulu aller plus loin, je suis devenu pervers et le nombre de la perversité. est 5.

J'ai travaillé sur la pierre cubique c.à.d. je me suis servi du Pentacle, j'y ai aiguisé ma langue qui est le vrai outil des maçons en proférant les mots de puissance qui y sont dessus pour faire mes opérations.

Ceux qui ont travaillé à Booz (force) ont voulu être forts contre Dieu. L’Ecriture les nomme Géants. Elle rappelle la colonne d'Enoch qui représente la postérité de Cain qui s'était retiré au midi. La partie du midi en sens spirituelle nous représente sa malédiction, le parfait et la partie Diabolique: Libera nos Domine a demonis méridiane. La hiéroglyphe Boaz veut dire terre perverse.

Je marche en zigzag pour prouver que mes pas n'étaient pas en droiture et que je me suis égaré. Le zigzag est l'hiéroglyphe du feu.

La craie, le charbon et la terrine, tous les vrais maçons s'en servent pour toutes leurs écritures et caractères.

Le Temple est situé dans la vallée de Josaphat auprès d'une haute montagne où l'on a jamais entendu coq chanter, Lion rugir ni femme parler, etc.

 

Catéchisme du Maître Symbolique

L'acacia m'est connu car celui qui est annoncé par le chap. d'Isaïe m'est connu, s'est souvenu de lui que je suis maître. Le G.A. m'a reçu maître. Il m'a reçu à l'Orient qui veut dire spirituellement Dieu; partout ou nous recherchons Dieu est l'Orient.

Dieu est le centre car c'est à lui qu'on doit tout rapporter.

Le globe dans le style spirituel et un parfait triangle dont les points font le midi, l'occident, le septentrion.

Je fus reçu maître sur le tombeau de notre maître qui est la terre. Je fus reçu en recevant une convention; par une Cérémonie et une parole sacramentelle, cette parole fut perdu et retrouvé et m'a été donné par................................................................................. qui préside à cette Loge.

J'entrais à reculons dans la Loge parce que Noé entrant dans l'Arche ignorait son sort.

J'ai passé de l'Equerre au compas: Noé sortant de la Coën de la nature qui est signifié par l'Equerre passa par les descendants à la Lais écrite désignée par le bombas la loi naturelle fut succédée par des loi sévères. genes .17 . chap .

Les 9 tours que j'ai fait en Loge signifient les Patriarches, la branche sur le tombeau signifie la branche d'olive que la Colombe apporta. La parole fut changée parce que le G.A. communiqua à Noé un nouveau mot de puissance. Mon élection et celle d'Adam qui finit à Abraham. J'ai appris dans le 7ème cercle outre la connaissance des sympathies la communication qu'ils ont avec le céleste et le spirituel.

Il y a deux maîtrises, la spirituelle et la temporelle désigné par les deux glaives, le Pontife et le Roi.

Le nom de la Colonne de la maîtrise placée dans la partie orientale de temple de Salomon - Je ne peux la dire qu'en Cérémonie.

Midi et minuit. Les travaux maçonniques commençant par un quartier de la journée et ne doivent durer qu'une heure.

Mon âge est 7.7.7. parce que la dissension survenus dans le temple m'a empêché d'acquérir le nombre de perfection que je désire.

Un chevalier maçon est un homme libre égal aux Rois ami des Païens et des pauvres s'ils sont vertueux.  

Catéchisme du Maître particulier

On connaît que je suis maître par ma marche et les circonstances de ma réception à la maîtrise et par mon travail aux cercles d'expiations. J'ai passé d'un triangle aux cercles.

Le maître travaille à la subdivision de la matière terrestre temporelle.

Cette subdivision enseigne la connaissance des trois principes spiritueux qui compose le corps général terrestre, le Céleste et celles des Corps particuliers permanent sur la surface de la terre.

J'ai été admis à la maîtrise comme un scélérat tristement vêtu, la corde au col.

Un être compagnon qui est parmi nous m'a assisté dans ma réception.

Il y a le cercle d'expiation qui font allusion aux 6 puissantes pensées que le G.A. employa pour la Construction de son temple universel.

Dans ces circonférences j'ai observé quatre branches mystérieuses, une de Palme, de Cèdre, d'Olivier, de Saule.

J'ai vu une boule de terre une creux d'airain avec une Urne enflammé. Les figures des caractères et des lumières innombrables.

La Palme signifiait la Puissance du Dieu vivant, le Cèdre la Puissance du Dieu de vie; l'Olivier celle de l'Esprit, la Saule, la mort, ou la prévarication, la boule de terre l'origine de ma forme corporelle, l'Eau et l'Urne enflammé les 2 principaux éléments qui la soutiennent dans tout son individu, les figures et les caractères la vertu supérieure des différents corps supérieur au mien, le nombre infini de l'univers celui des Agents spirituels.

Le Maître et les deux surveillants représentent le premier la Pensée du Créateur le ler surveillant son action et le 2d son opération.

Les maîtres d'un pas tremblant parce que ci-bas tout est terreur et tenebris. Les trois colonnes désignent trois différentes branches de l'Acacia. L'Aca­cia franc désigne l'Etre spirituel, l'Acacia entre ses disciples, et les sauva­ges les profanes erreur.

Le maître doit finir la recherche des sciences prohibée par la loi Divine se préserver de l'ignorance et ne jamais abuser de sa puissance spirituelle et matérielle.

Le nombre du Maître particulier et le Novaire il désigne 1) la sujettion du maître particulier au travail de la matière comme être imparfait dans l'onde. 2) l'incertitude de ses opérations spirituelles temporelles. 3) la réintégration de ses principes et de son individu corporel.

Les 3 chandelier à 3 branches signifient les 3 différentes Classes d'Esprit qui désignent et actionnent le temple général terrestre figuré par les 3 grades ou classes du Porche.

Catéchisme Maître Coën

On me reconnaît par le régularité de mon entrée au cercle de la réconciliation par mes opérations et par les puissances de ma parole. Ils travaillent au combat perpétuel des ennemis de la loi divine et de ceux des hommes ordinaires de la terre.

L'Attribut est le globe terrestre et l'Equerre. Le globe terrestre représente la douleur sensible qu'endura toute la nature par les coups que furent portées sur la personne chère de l'Elu chéri du Créateur, le poignard désigne la justice et l'Equerre la sublime perfection de sa vertu et Parole puissantes avec laquelle il a réconcilié la terre avec l'homme et le tout avec le G.A. de l'Univers.

La décoration du M.C. est  La bande noir par 5 réceptacles ou globes et une tête de mort surmontée de 3 poignards.

la bande désigne l'affreuse demeure de l'homme de matière dans laquelle le Maître Parfait Elu a opéré la réconciliation des profanes mortels. Les 5 récepta­cles les 4 opérations que l'Elu divin a opéré dans les quatre régions et la 5me celle qu'il a opéré en faveur de ses disciples. Le globe figure la satisfaction que ressentirent les trois différents matières de la terre.

La tête etc. désigne la pensée l'action et l'opération des ennemis des Elus choisis par la puissance divine ainsi qu'il est figuré par les trois nations qui ont porté leurs coups sur le maître parfait. le sont l' Hébreux, le Gallien et je sais le 3me. La première vers l'orient, l'autre vers le midi et la troisième vers le septentrion.

Les deux colonnes brisées marquent la gradation de la puissance des deux êtres corporisé et figurés par les deux colonnes du temple, dont celle vers le septentrion figure le corps masculin et celle du midi la femme.

Les chapiteaux détachés font allusion au détachement que l'esprit bon conduc­teur a fait de l'homme a cause de sa préconisation et en le laissant opérer seul dans l'erreur.

Le chandelier à 9 bouches figure les 9 Agents spirituels qui opèrent et éclai­rent dans les 3 régions matérielles temporelles.

J'ai l'âge 3. 5. 6. 7. 4. 8 ans.

La première allusion désigne les différentes opérations supérieures divines que la Maître parfait Elu a opéré envers le créateur en faveur de la nature universelle la seconde le nombre ou temps qu'il a mis à remplir tous ses devoirs d'Homme Dieu et divin parmi les hommes. Le nombre essentiels sont 7. 8..

Le quaternaire fait allusion à l'origine et à la Puissance de l'Elu, le 7. aux facultés qu'il a reçu des son émancipation et l'Octonaire à la double Puissan­ce que l'Etre chéri du très haut eut en lui lorsqu'il vint opérer la réconciliati­on des hommes. Tout M.E. peut se procurer ces facultés, propriétés et même vertus se sait se rendre parfait car il en a la puissance.

On ouvre à neuf heure pour faire allusion à la 9ème heure des trois derniers jours ou le réconciliateur finit ses opérations spirituelles temporelles, en faveur des hommes de la terre.

Il rendit ensuite 4 paroles que j'ignore encore, elles sont figurées par Hely, Lama, Laba, taris.

Je suis reçu dans un temple régulièrement assemblé par la pensée l'action et l'opération spirituelle divine, mon corps renversé dans 3 circonférences fournit un rectangle parfait appuyé sur un double triangle équilatéral et secondé par 4 cercles de correspondance d'opération pour ma réception.

Le temple représente le lieu consacré aux opérations du M.E. ainsi que le maître parfait le désigne lui même à ses disciples par les opérations faites sur le temple général terrestre. Les 3 cercles désignent les 3 sous du maître parfait, l'Admiration l'Entendement et la     contemplation. les 2 triangles lié ensemble désigne l'origine de mon corps intimement lié avec le corps général terrestre; Le réceptacle la terre sur laquelle toutes choses était opérées en faveur de l'homme ainsi que toutes choses spirituelles divine se sont opérées sur le corps du maître parfait avant sa mort.

Les cercles de correspondance désignent les habitants des 4 régions célestes qui ont assisté à toutes les opération temporelles et spirituelles que le maître parfait a fait pour rappeler l'homme à son premier principe.

Les 6 marques authentiques que j'ai reçu sur mon corps me caractérisent M.E. sur la tête sur les deux mains sur les 2 pieds et sur le coeur.

La tête désigne et c'est là que son tribut a satisfait à la justice du Créateur. La main gauche celui que les habitants du midi payent à la justice divine, la main droite celui que les habitants du septentrion ont payé pour leur affliction spirituelle, celle des pieds désigne le Sceau que le Créateur fit mettre sur la matière lors de son état d'indifférence pour la rendre susceptible d'impression celle de la partie du Coen la puissance des différents agents spirituels que le créateur avait marqué de son sceau invisible pour coopérer à la formation des essences spiritueuses de la première matière dont tous les corps matériels et terrestres sont émanés. C'est de là que les premiers sages ont professé l'offrande du Coën et de l'âme au Créateur.

Les trois coups de poignard, celui sur la gorge désigne la renonciation que l'homme fait de toutes espèces de sciences autre matière contraire à la loi divine et l'ordre permanent de la partie d'Orient; celui du Coën la partie du midi; il explique le même sujet que le premier. Le 3me sur le bas du ventre du côté droit la partie septentrionale; il a la même rapport; le quatrième sur la terre désigne ces 4 renonciations par le Plomb, l'Or, le fer et Cuivre 1) la Condensation et la gravité; 2) la sublimité des essences spiritueuse de la même matière; 3) La solidité de la vertu; 4) le symbole de la corruption et la malédiction du Créateur après la prévarication de l'homme.

Les M.E. voyagent en circonférences formées par 9 ou 27 pas et le glaive à la main pour combattre leurs ennemis.

Il faut fuir 1) toute société clandestine qui enseigne des instructions apocryp­hes et contraires à la loi divine; 2) toute profanation des choses spirituelles; 3) soumission au régime de vivre de l'Ordre.

L'Equerre et le Compas intimement liés signifient l'intime liaison de l'âme avec l'esprit.

Le nom du M.E. est Hyely en hébreu, Hely en langue vulgaire et signifie réceptacles de la Divinité ou dédicace de ses profines acuores.

Le nom du M.E. temporel est Réaux en hébreu roux en langue vulgaire et signifie homme Dieu de la terre, élevés au dessus tous ceux spirituels tempo­rels ou réceptacle spirituel temporel sur lequel la glaive et la justice du Créateur s'opèrent.

Dans ma réception mon corps était placé au centre de 6 circonférences forment un carré long et 4  parfaits je n'ai rien vu que l'Esprit humain puisse comprendre, car j'étais privé de l'usage des sens corporels et spiritu­els.

J'ai vu ensuite une vaste lumière, un bruit effroyable et 3 grandes Colonnes sur ces 3 Colonnes il y avait 3 hiéroglyphes séparément mises en formes de triangle qui représentaient les 3 différentes essences Spiritueuse qui compo­sent les corps général terrestre céleste et particulier.

Les nombres dont on doit se servir sont 3, 2, 5, 6, 7.

Le nom de l'apprenti .C. est W.J.S.A.

II y a 7. sortes de figures ou signes.

Le signe particulier est la main droite appuyé en Equerre sur la partie du Coën et la main gauche en Equerre de champ sur lunaire.(?)

Les 7. signes font allusion à S.V.J.M.M.R.S.L.L.

Le temple est appuyé sur trois puissantes colonnes, Une vers l'Orient, l'autre vers le septentrion et la troisième vers le midi.

On voyage de l'Est à l'Ouest et de Nord au Sud.

La batterie est 3 coups lents qui font allusion aux 3 principes qui composent le temple corporel de l'Apprenti, le souffre, le sel, le Mercure.

Le souffre est appliqué à la partie aqueuse (?).

Le sel à la partie pelliculaire et membraneuse.

Le Mercure à la partie fluide.

La partie solide désigne le corps général terrestre.

Fluide : la partie solaire

Pelliculaire :  la partie septentrionale

L'Univers est composé de cinq sortes de temples.

Le simple signifie le corps de l'homme.

le parfait : le corps universel

le symbolique : le corps général terrestre

le juste : le corps inférieur matériel

L' Aparyphe, le conventionel que les hommes efforcent d'établir dans l'erreur.

L'Attribut de l'Apprenti .C. est une Perpendiculaire; il sert le maître depuis Lundy jusqu'au Samedi; son travail commence à midi plein et finit à minuit. Ma réception m'a coûté ma bonne volonté et une pièce d'or évaluée au dessus des statuts généraux et particulier de l'Ordre. On place dans la Loge le soleil pour apprendre à connaître parfaitement la faculté la fer élémentaire et la lune pour propriété dans l'acte de conception et de végétation. On monte 7. marches.

Catéchisme du Grand Architecte

J'ai vu le buisson ardent au bas de la haute montagne qui est situé au centre de la haute montagne qui est situé au centre de l'Orient outre les 4 attributs. Je les nomme, ga, mo, ba, ri, on, ac, Du, ru, ri, ne, ac, a.

Je suis parvenu aux attributs par des voyages par terre et par mer; J'ai rencontré 4 hommes, l'un d'or et d'azur, l'autre de noir et d'argent, le 3me de rouge et de l'or; le 4me d'or et vert qui partaient un étendard blanc croisé de rouge. Ils disaient qu'ils allaient au mont Capital déposé leur étendard ils portaient aussi 4 branches. dont je ne sais pas la signification.

Le nom du mont Capital est: ma. j. ne. si.

Je fus reçu au bas de la montagne parce que ne pouvant soutenir l'éclat du grand soleil je devais m'arrêter à un pas. Je fus reçu entre trois Equerres mon corps renversé la face contre terre, au centre de 4 attributs dans le grand cercle de circonférences.

Un grand chevalier d'Orient habillé de 171 couleurs m'a reçu. Les couleurs désignent la force, son pouvoir et sa toute puissance. La force parce qu'il a supporté l'ardeur de la grande lumière, son pouvoir parce qu'il a reposé 6 Jours dans la sanctuaire, sa puissance parce qu'il a été pourvu de 7 sous et qu'il a pu enfin finir en six jours ce que les autres peuples ensemble ne pouvaient faire dans 7 ans et plus.

Mon âge est un terme juste plus que parfait et non limité. On m'appelle juste dans tous mes noms. On se met en ordre: l'Equerre gauche horizontalement sur le front et le droite élevée.

 

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L'Ordre des constructeurs

21 Août 2012 , Rédigé par Ordre des constructeurs Publié dans #histoire de la FM

Introduction

 

"Le mythe est toujours une histoire vraie parce que son essence est réelle"

M. Eliade

Au-delà des origines historiques apparaissant nettement dans des documents ne remontant pas plus loin que le moyen âge, les Maçons tiennent pour essentiel de placer leur Ordre dans le prolongement de la tradition multimillénaire des sociétés initiatiques.

A ce titre, l'origine profonde, secrète de la Maçonnerie se perd dans la nuit des temps. L'aspiration de l'homme vers la compréhension de ses origines et son besoin corollaire d'ordonner sa vie, lui ont inspiré l'idée de se grouper pour former des communautés qui se sont peu à peu hiérarchisées. Les manifestations de cette aspiration spirituelle se confondent avec les premières manifestations du culte rendu aux morts et à la famille, dès les époques proto-historiques.

 

Les origines  

Les Francs-Maçons ont coutume de se référer aux courants de pensée les plus brillants de l'époque historique, celui qui a produit notamment l'Egypte des Pharaons, tout en venant très vraisemblablement d'ailleurs et de plus loin dans le temps, celui qui a donné naissance à la pensée biblique, ainsi que plus tard à la sagesse grecque.

Tous ces courants, dont les plus anciens supposent l'existence d'une vie spirituelle ayant des structures cohérentes, remontent à plus de 3000 ans avant J.C. De l'époque pharaonique jusqu'à nos jours, l'existence de sociétés initiatiques traditionnelles, n'est pas contestable, et n'est pas contestée.

La filiation la plus vraisemblable dans les temps anciens semble être liée à la création de certaines corporations d'Oeuvriers, forgerons, fondeurs, orfèvres, bâtisseurs principalement. Ces hommes formaient des confréries dont les membres avaient subi une initiation et se reconnaissaient à travers le monde à des signes et attouchement secrets.

HIRAMABIF, architecte du temple de Salomon, utilisait déjà ces compagnons artisans dix siècles avant J.C. Il est donc fort probable que les corporations d'Oeuvriers du Moyen Age soient directement issues de ces antiques confréries, bien qu'il ne soit pas possible de l'affirmer avec une totale certitude, puisque nous manquons de preuves écrites à défaut de preuves graphiques ou scripturaires.

Il convient cependant de noter, qu'en tous temps, il y eut un lien étroit et profond entre les détenteurs de la science et ce qu'on pourrait appeler l'Art Royal des bâtisseurs ; et symboliquement, la Franc-Maçonnerie veut remonter à l'organisation matérielle et morale du monde habité.

A partir du moment où l'homme s'est verticalisé, qu'il s'est posé les trois grandes questions : D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ?, il a accumulé peu à peu un ensemble de connaissances qui sont devenues la Tradition.

 

La Tradition primordiale  

La Tradition est la transmission d'un ensemble de moyens consacrés, qui facilite la prise de conscience de principes immanents, d'ordre universel, qui en fait une filiation spirituelle qui passent d'une génération à l'autre, en étant formatrice et consubstantielle à l'Esprit. Fut-elle révélation, comme la plupart des mythes l'affirment, ou simplement sédimentation d'un savoir affiné peu à peu par l'empirisme ? C'est une des grandes interrogations que se pose l'humanité à travers les différents courants de la métaphysique.

L’être qui détient ce dépôt traditionnel doit en être totalement imprégné de façon à être complètement ce qu'il transmet, par ce qu'il transmet et au moment où il le transmet.

Il faut savoir aussi, que seule une tradition initiatique et/ou religieuse peut transmettre des symboles, alors que, par exemple, une tradition culturelle profane est incapable de transmettre d'autres signes que ceux que nous appelons des synthèmes. Cette différence est aisément compréhensible en raison du caractère toujours non humain de l'expérience, du tout autre, auquel l'unanimité des traditions initiatiques rapporte la révélation et l'institution des symboles, appellation qui doit être réservée uniquement aux signes du sacré.

René GUENON, parmi tant d'autres, n'a cessé de rappeler cette vérité fondamentale : " Toutes les déformations de la notion de tradition ont pour caractère commun, de faire descendre l'idée de tradition à un niveau purement humain, alors que tout au contraire, il y a et il ne peut y avoir de véritablement traditionnel que ce qui implique un élément d'ordre supra humain». C'est là en effet le point essentiel, celui qui constitue, en quelque sorte, la définition même de la Tradition et tout ce qui s'y rattache depuis l'origine du monde. Ceux qui l'ont transmise, que nous pourrions nommer les pneumatophores, porteurs de la lumière et de l'esprit de la Tradition primordiale, se sont toujours attachés à ce que sa connaissance soit dès l'origine, un bien commun à toute l'humanité.

Malheureusement un hiatus croissant s'est creusé entre ceux qui transmettaient le message et la plus grande partie de ceux qui tentaient de le recevoir. Ces derniers ne voyaient que l'aspect extérieur, rituel, littéral, exotérique en fait; alors que ceux-là en percevaient, puisqu'ils le vivaient intérieurement et spirituellement, le sens originel donc ésotérique.

En Occident, l'aspect extérieur prit, en général, une forme religieuse destinée à la foule des fidèles. La doctrine se scinda en trois éléments : un dogme pour l'intelligence, une morale pour l'âme et des rites pour le corps.

Pendant ce temps, à l'opposé, le sens profond devenu comme nous l'avons dit, ésotérique, se résorbait de plus en plus dans des aspects si obscurs qu'il fallût souvent recourir aux exemples parallèles des spiritualités orientales, pour reconnaître leur cohérence et leur validité.

L'obscuration progressive de la Tradition nous a longtemps empêché de comprendre le vrai visage des civilisations anciennes, qu'elles soient orientales ou occidentales et en même temps, nous a interdit le retour au plan synthétique qui était le leur. Seule la perspective des principes permet de tout comprendre sans rien supprimer, de faire l'économie d'un nouveau vocabulaire, d'aider la mémoire et de faciliter l'invention, d'établir des liaisons entre les disciplines, en apparence les plus éloignées, en réservant à celui qui se place en ce centre privilégié, l'inépuisable richesse de ses possibilités et ceci, grâce aux Symboles.

Nous citerons, comme exemple précis de ce que nous venons de dire, la mythologie qui a été complètement édulcorée et vidée de tout son sens réel. Un dernier mot sur les origines : Il y a la Tradition primordiale et les traditions qui en dérivent. Nous avons vu que dans l'étymologie même de ce mot, il y a cette idée de transmission et c'est un principe à ne jamais perdre de vue. Cette transmission pouvant être orale, écrite, rituelle, et doit être reçue en principe sans modification depuis son origine.

 

Les traditions  

Les grandes formes traditionnelles susceptibles elles-mêmes de nombreuses adaptations et diversifications, sont en nombre limité. Nous avons la tradition chinoise dont le taoïsme est l'aspect sacré, l'hindouisme, le bouddhisme, le judaïsme, le christianisme et l'islam. Encore faut-il préciser qu'un double regroupement s'imposerait. Le bouddhisme apparut au sein de la tradition hindoue ; quant aux trois religions du Livre, c'est à dire celles des juifs, des chrétiens et des musulmans, elles doivent être considérées comme les trois ramifications d'un tronc commun, le tronc Abrahamique. Si toutes les traditions convergent vers le même centre de Vérités fondamentales, on retrouve toujours, sauf dans des conditions anormales qui ont prévalu dans le monde moderne, la nécessité d'une préalable et complète intégration à l'exotérisme d'une tradition avant de pouvoir accéder à l'ésotérisme qu'il encercle et qui est, pourrait-on dire, son noyau. Contrairement à ce qu'en laisserait supposer son histoire, en général riche en affrontements spirituels, voire en conflits religieux. l'étude approfondie des traditions nous mettrait à même de nous rendre compte de leur accord profond, et l'image traditionnelle de l'ascension de la montagne ou de la pyramide, par des voies différentes à la base, mais se rejoignant au sommet, serait tout à fait appropriée. Les chemins au flanc de la montagne, ce sont les voies diverses, les différents itinéraires spirituels appropriés aux sociétés, aux pays, aux époques ; le sommet où tous se réunissent, c'est la Tradition primordiale, source originelle des traditions diverses. Chacune de celles-ci se trouvant forcément rejoindre l'origine commune, mais seulement accessible au plus haut degré de la Connaissance. Si le syncrétisme est un phénomène moderne qui aurait tendance à amalgamer les choses les plus diverses, l'existence de contacts entre différentes voies traditionnelles apparaît cependant comme une réalité indéniable ; par exemple, le fait que certains enseignements métaphysiques de la tradition tibétaine soient d'origine hindoue ne les affaiblit en rien et que dire de la tradition chrétienne dont on retrouve toujours les principaux éléments en amont du christianisme, seulement adoucis par le message du Christ ; sans parler de l'influence de l'Ancien Testament juif sur le Nouveau Testament chrétien. La faculté de puiser à toutes les sources quelles qu'elles soient, pour illustrer la doctrine et de fondre à son usage les éléments les plus inattendus, est le signe même de l'universalité qui unit toutes les traditions authentiques. Si éloignés que leurs points de vue puissent paraître, il existe sous des différences qui peuvent sembler inconciliables et antinomiques, une seule et même Connaissance qui revêt tantôt l'une, tantôt l'autre forme, suivant ses buts immédiats, sans perdre pour cela une parcelle de son authenticité.

 

La franche maçonnerie opérative compagnonnique  

"L'Art commence où la nature cesse d'agir. l'Art accomplit au moyen de la nature ce que la nature est incapable d'accomplir sans l'aide de l'Art"

Hier...

Les Constitutions Maçonniques dites d'ANDERSON, qui en réalité furent rédigées par Théophile DESAGULIERS, font remonter l'origine de l'Ordre à Adam qui enseigna la Géométrie à ses fils par une transmission naturellement divine et légendaire. Nous voyons ensuite cette transmission passer de Noé aux Egyptiens, puis aux Grecs, aux Romains, etc....

On ne peut assurément, au plan historique, suivre ANDERSON, mais si l'on s'attache au seul sens symbolique, on est obligé d'admettre que l’Ordre a existé de tout temps, comme une expression de la pensée humaine la plus évoluée. Cette expression trouve son origine dans le mot "Géométrie" qui ne cessera de figurer dans la pensée et l'enseignement maçonniques.

La tradition maçonnique insiste aussi sur le rôle de Noé et de ses trois fils SEM - CHAM et JAPHET - que nous retrouverons dans les anciens rituels très antérieurs à l'apparition de la légende d'Hiram, architecte du Temple de Salomon. C'est Noé, le Juste, qui reçut de Dieu la mission de construire l'Arche du salut selon la Géométrie et en accord avec les règles divines.

Des témoignages incontestables nous sont laissés aussi bien à Rome qu'à Pompéï, par la présence de mosaïques qui nous présentent un emblème sans équivoque, puisqu'il s'agit de l'équerre et du compas associés ; emblème qui constituera justement la marque des bâtisseurs médiévaux avant de devenir celle de la Franc-Maçonnerie.

Les maçons, bâtisseurs des édifices sacrés, églises et cathédrales ainsi que des châteaux forts, formèrent très vite un métier à part. Les secrets professionnels de l’art de bâtir étaient nombreux. Les chantiers étaient des entreprises énormes pour l'époque et la protection de l'Eglise, principal commanditaire des constructions, s'étendait directement sur eux. Ainsi, les Maîtres Maçons, à la fois architectes et chefs de chantier, leurs aides, compagnons et apprentis, échappèrent-ils aux servitudes seigneuriales et constituèrent dès le 12ème siècle, un Franc Métier. Ils devinrent des Francs-Maçons, « francs » ayant le sens de libres et traduisant la possession d'un statut personnel et professionnel indépendant des juridictions seigneuriales et féodales.

Les associations de Maçons francs très vivantes encore au 15ème siècle, entrèrent en décadence par la suite.

A l'époque Romane, les constructeurs laïques travaillaient dans l'ombre des Ordres monastiques, à l'exemple de Cîteaux qui les protégeaient.

Nous savons également que les moines du Moyen Age étaient aussi les seuls vrais détenteurs de la Connaissance, et nombreux furent ceux qui pratiquèrent l'alchimie opérative comme moyen de sublimation de l'Etre. Il était donc naturel que les outils de la Voie Royale se superposassent à ceux de l'Art Royal dans la signification et la signature des édifices, et il n'est pas un ouvrage de cette époque qui n'en porte le témoignage.

Avec la phase gothique apparaît la réalisation démonstrative. La "Domus Deï", la maison de Dieu devient non seulement lieu public, mais affirmation à la fois de la gloire de Dieu et de la souveraineté de son Eglise qui entend visiblement prendre le pas sur les princes de ce monde.

Les bâtisseurs voyagent aussi. Appelés d'un lieu de l'Europe à l'autre, ils transportent avec eux le bagage de leur expérience technique et leurs connaissances ésotériques. Il était difficile, sinon impossible, de se passer de leur science architecturale et de leur savoir-faire ; en contrepartie, leurs loges tenaient pour essentiel de conserver leurs franchises.

Toute une organisation allait en découler qui préfigure la Franc-Maçonnerie telle que nous la connaissons, avec ses coutumes, ses mots et signes de reconnaissance qui garantissaient ses membres contre toutes incursions d'individus curieux, étrangers, voire hostiles au métier. Ce nomadisme professionnel, et sans autres attaches que les nécessités de leur art et de la demande avait de quoi inquiéter les détenteurs de l'autorité, car les constructeurs s'ouvraient inévitablement aux contacts, aux croyances, aux gens les plus divers, et ces contacts faisaient qu'ils avaient une vue beaucoup plus large que ceux qui ne voyageaient jamais. Ils pratiquaient aussi la solidarité et la fraternité qui étaient de règle dans leur corporation, au même titre que la connivence des secrets partagés. De là, devait naître une nouvelle forme du secret, qui se retrouvera à travers l'histoire, chaque fois que l'esprit d'approfondissement qui est inhérent aux Francs-Maçons, représentera un danger pour les établissements tant religieux que politiques.

La tradition compagnonnique, et en général toutes les formes élevées d'enseignement, se donnaient oralement jusqu'à l'invention et la mise en œuvre de l'imprimerie par Gutenberg. On sait aussi que l'idée hermétique qui présida à la conception de nombreux édifices tant romans que gothiques, ne cessa de compter des adeptes, à travers des traditions du type rose-croix par exemple.

Mais s'il est vraisemblable que nous trouvons ici le même hiatus qui nous interdit de relier directement la loge compagnonnique médiévale à ses ancêtres de la tradition des bâtisseurs, dont l'Egypte des pyramides et du temple de Salomon demeurent les constants et incontestables pôles d'attraction en même temps que les intangibles axes de référence ; il n'en n'est pas moins vrai que les Nombres, les figures géométriques et les calculs sont les mêmes et que les édifices dressés à travers les âges au nom d'une foi ou d'une autre, n'étaient finalement que les véhicules d'une commune et permanente aspiration à l'identification idéale avec l'univers.

Cette recherche de la Tradition primordiale disséminée dans toutes les révélations traditionnelles y compris le Christianisme, qui est peut-être la forme le plus aboutie d'une foi, signifie que la hantise du destin de l'homme dans l'éternelle marche d'accomplissement de l'univers, est de retrouver le lieu géométrique, le point quasi absolu de convergence de toutes les cultures, de toutes les croyances, où s'énoncera la révélation, somme et synthèse de toutes les révélations.

On imagine dès lors la ferveur, l'enthousiasme de ces hommes du Moyen Age dont la vie baignait entièrement dans le sacré, protégés par toutes les hiérarchies divines, religieuses et civiles, étant missionnés de ce fait pour se lancer dans la construction de ces édifices qui sont parvenus jusqu'à nous, et sont de purs actes de Foi et de Connaissance.

Peu à peu, le facteur opératif perdant de son importance, les commandes diminuant, l'apparition de l'imprimerie tendant à faire évoluer la transmission orale vers un enseignement écrit ouvert à un plus grand nombre ; au phénomène opératif se substitua peu à peu le phénomène spéculatif par l'admission de plus en plus importante, au sein des loges, de personnalités extérieures au métier, mais choisies pour leurs qualités et pour leur élévation d'esprit. Pour des raisons que nous avons vues auparavant, la proportion de ces Francs-Maçons spéculatifs prit l'avantage, sans toutefois que ne se perdent aucune des spécificités qui caractérisait l'esprit des loges opératives.

Aujourd’hui...Le Compagnonnage opératif, Maçonnerie originelle, survit toujours par trois confréries initiatiques qui ont chacune leur Rite et qui sont : Les Compagnons du Devoir de Liberté ou de Salomon, les Compagnons de Maître Jacques et les Compagnons du Père Soubise. Un nouvel élan leur a été donné au 19ème siècle par Agricol PERDIGUIER, Compagnon menuisier du Devoir de Liberté, dit Avignonnais-la-Vertu.

Il faut toujours admirer l'état d'esprit des Compagnons. Ils font loi la devise -Liberté- Egalité - Fraternité - au sens strict de celle-ci. Ils font du travail une religion et leur but est de faire toujours plus beau, pour l'amour du beau. Le Compagnon n'est pas un prolétaire, c'est à dire un citoyen de dernière classe, au sens étymologique du terme romain, et comme a pu le comprendre péjorativement et surtout depuis un siècle, une certaine partie de la société. Depuis qu'au mois d'avril 1459, à Strasbourg est apparue la première Constitution Maçonnique, ratifiée ensuite à Ratisbonne, préfigurant la séparation progressive des Compagnons opératifs et des Francs-Maçons spéculatifs acceptés, tenant à faire de ces derniers une chevalerie spirituelle ; les Compagnons toujours dépositaires de la tradition des constructeurs, constituaient de fait et de droit une autre branche de cette Chevalerie, la chevalerie populaire, basée sur l'incarnation de l'esprit opératif dans la matière brute et sur l'accomplissement du Devoir, quelle qu'en soit la charge et la durée.

 

La franc-maçonnerie dite spéculative, hier et aujourd’hui  

« L'Enseignement maçonnique saisit les différents points de vue traditionnels

pour les approcher, les comprendre et les éclairer dans une vision œcuménique au sens le plus large »

Hier...Changement de méthode, mais non d'objectif, telle peut être la définition du passage de la maçonnerie opérative à la maçonnerie spéculative, dans son esprit de perpétuer la Tradition.

On observait toujours les mêmes rituels, on conservait tous les outils du métier auxquels on attachait désormais une valeur uniquement symbolique.

Il n'a pas été possible de déterminer exactement à quel moment s'introduisirent et furent cooptés au sein de la Maçonnerie compagnonnique, ces éléments qui n'appartenaient pas directement au métier.

De l'année 1688, date présumée de fondation de la première loge Ecossaise à Saint-Germain -en-Laye, jusqu'en 1877, la Franc-Maçonnerie spéculative s'est développée plus ou moins harmonieusement avec des hauts et des bas, provoqués par des changements de régimes et la Révolution de 1789, pendant laquelle les deux Obédiences existant alors s'étaient mises en sommeil pendant deux ou trois ans.

Nous croyons d'ailleurs que sur cette question, il convient de séparer ce qui est anglais de ce qui est français. Il s'agit bien d'un même tronc, mais les branches ne proviennent pas de la même greffe. La vieille Maçonnerie opérative Anglaise, celle des OLD CHARGES est la fille légitime des organisations compagnonniques continentales françaises et germaniques. Elle nous est revenue en tant que Maçonnerie spéculative de l'Angleterre vers le continent, à la fin du 17ème siècle.

Certes, les documents antérieurs à 1717, sont rares et la filiation chronologique peu précise ; mais il faut noter que l'entourage écossais et irlandais du roi Jacques II Stuart, de religion catholique, alors réfugié à Saint-Germain-en-Laye et accueilli par Louis XIV, aurait pense-t-on, fondé une loge dès 1688 qui établirait ainsi une antériorité et une tradition Ecossaise Catholique Romaine à laquelle l'acte, établi à Londres en 1717, ferait en quelque sorte pièce, puisque d'origine anglicane.

Donc, cette année là, quatre Loges de Londres, composées de Francs-Maçons acceptés ou spéculatifs, décidèrent de s'agréger en un corps bien organisé. Des historiens s'interrogent encore et vraisemblablement s'interrogeront toujours sur les motifs réels de cette union : besoin d'autorité centrale, espoir de restaurer le système des anciennes guildes, influence de la vie des clubs, toutes ces hypothèses sont valables sans doute.

Ces quatre loges forment une Grande Loge, c'est à dire une Obédience, ce qui signifie qu'elles se placent sous une autorité unique et établissent un acte de constitution signé par le pasteur James ANDERSON, mais en fait, établi par un Franc-Maçon d'origine française, le docteur Théophile DESAGULIERS. Nous ne nous étendrons pas d'avantage sur cette première Grande Loge. Il existe des ouvrages sur ce sujet, qui sont très nombreux et forts documentés.

Aujourd'hui...

La maçonnerie spéculative s’est développée en France depuis le 18ème siècle et y vit dans une diversité extrême qui confine au désordre (voir Les particularismes maçonniques).

 

Les particularismes maçonniques  

Il existe en France un nombre important de loges maçonniques, soit indépendantes dans l’esprit de la Tradition des Constructeurs médiévaux, soit associées dans des groupes de loges travaillant dans un esprit initiatique, soit encore inféodées à des obédiences, qui selon le sens étymologique constitue des entraves à leur liberté individuelle et une soumission à un organe administratif central.

Dans la pratique maçonnique, on voit donc que les nuances abritent et permettent une modulation hasardeuse des choix pour qui n’est pas bien informé.

Il ne faudrait pas non plus prétendre à faire de l’ancienneté temporelle un fondement de l’autorité ou de la régularité, comme si l’Ordre n’était pas éternel, échappant par-là même aux contingences du temps.

Lorsque le nombre suffisant de Francs-Maçons est acquis pour que les travaux de rituels puissent être ouverts, une loge est valablement formée. Elle peut alors se réclamer par sa transmission initiatique, de la même ancienneté que la plus ancienne Grande Loge ou Grand Orient produisant des documents historiquement irréfutables.

Une loge « juste et parfaite » est aussi bien et autant l’Ordre, que si elle fonctionnait depuis des temps immémoriaux ; car existant dans l’esprit de l’Ordre, que si elle fonctionnait depuis des temps immémoriaux ; car existant dans l’esprit de l’Ordre, elle existe elle-même en esprit et en vérité de toute éternité.

Examinons maintenant les rites pratiqués en France : en premier l’Ordre des Constructeurs pratique le Rite Opératif de Salomon –R.O.S., seule pratique authentique selon l’esprit et la mise en œuvre de son fondateur de qui l’ODC tient sa patente originelle certifiée par lui.

Le Rite Ecossais rectifié – Le Rite Ecossais Ancien et accepté – le Rite français – le Rite de Memphis-Misraïm – le Rite Emulation – Etc…

Tous ces Rites sont d’origines diverses – et il est facile de se documenter sur leur origine et leur parcours.

 

Le Grand Architecte de l’Univers  

En 1877 survint "l'Evénement" qui eut une grande importance, notamment dans les relations entre les Maçonneries latines et anglo-saxonnes. A l'assemblée générale des Loges du Grand Orient de France, il fut décidé de supprimer l'obligation pour être Franc-Maçon, de professer la croyance au Grand Architecte de l'Univers. Jusqu'alors, la Franc-Maçonnerie se flattait d'admettre dans son sein, des croyants aussi bien que des incroyants, et pensait que la formule rituelle « à la gloire du Grand Architecte de l'Univers » employée dans la correspondance, dans les règlements et au cours des travaux, était de nature à froisser les sentiments des incroyants. Une calomnie a été répandue à ce sujet, tendant à faire croire que le Grand Orient avait rejeté de ses principes, toute idée de divinité et de croyance. Ce n'était pas exact, il avait simplement rejeté l'obligation de l'affirmation de cette formule rituelle, laissant à chaque Franc-Maçon le soin de conduire leur pensée comme il l'entendait.

Les Loges anglo-saxonnes prirent prétexte de cette décision du convent de 1877 pour rompre toute relation avec la Franc-Maçonnerie française, situation qui dure encore aujourd'hui.

Le Rite Opératif de Salomon, pratiqué par l’ODC maintient l’invocation au Grand Architecte de l’Univers .

 

Le « Secret » maçonnique  

La Franc-Maçonnerie est une société initiatique dans laquelle on fait référence à ce mot. On a beaucoup joué sur cela en essayant le plus souvent de le déformer ou de l'esquiver. Si nous prenons le sens étymologique du mot secret qui vient du latin secretus, il signifie "mis à part". La notion du secret est celle qui gêne le plus certains par désir de conformisme social, et qui veulent y substituer la notion de société discrète, appellation, à leurs yeux, plus rassurante. L'Ordre est bien détenteur pourtant par chacun de ses membres, d'un secret incommunicable et doit de ce fait, le garder clos. Pour y entrer, il faut être élu, donc choisi par lui, ce qui exclut par définition toute adhésion intempestive, toute entrée abusive, comme toute divulgation plus ou moins vaniteuse. Donc, le secret, hormis sa signification initiatique, a pour le monde extérieur une connotation le plus souvent politicienne ou religieuse, domaines où l'Ordre ne peut intervenir.

 

Source : http://www.ordre-des-constructeurs.org

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La Bible des francs-maçons

18 Avril 2012 , Rédigé par Daniel Ligou Publié dans #fondements bibliques de la FM

C'est un problème relativement complexe parce que nous pouvons l'envisager sous différents aspects complémentaires. D'abord celui essentiel, de la présence ou non de la Bible, ou, plus généralement, du Volume de la Loi Sacrée (vLs) dans l'Atelier, ensuite le rôle qu'elle joue ou ne joue pas dans le « lieu » maçonnique, en tant que « lumière » ou que « meuble ». S'ajoute la part de la Bible dans la trame du récit maçonnique qui présente la particularité qu'elle partage avec le compagnonnage de compléter un fond scripturaire, essentiellement vétérotestamentaire, par toute une série de légendes parabibliques qui développent le récit pour en tirer une leçon symbolique ou morale ; enfin, l'extraordinaire variété des « mots » correspondant à chaque grade, mots de passe, mots sacrés, « grandes paroles » dont bien des rites - et tout particulièrement le rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) en ses trente-trois degrés - ne sont pas avares.
Quelques remarques préliminaires tout d'abord. Nous serons sans doute incomplet, mais nous privilégierons les rites que nous connaissons bien et particulièrement ceux que nous avons pratiqués, régulièrement ou occasionnellement, car, à notre sens, la Maçonnerie, pour être vraiment comprise, doit être vécue spirituellement et affectivement, et elle n'est pas seulement synonyme de connaissance. Aussi notre commentaire sera-t-il essentiellement fondé sur les trois rites principaux pratiqués en France : le Rite français, le REAA, le Rite Ecossais Rectifié, car nous ne connaissons les rites anglais que par des textes que nous nous sommes plus ou moins régulièrement (nous en convenons volontiers !) procurés. D'autre part, à notre grand regret, nous n'avons pu, pour des raisons essentiellement linguistiques, utiliser les rituels allemands ou suédois. Quant aux rites pratiqués dans les pays latins, ils n'offrent pas grande originalité par rapport à ceux que nous connaissons déjà.
Autre observation. Il sagit de « rites » et non d'« obédiences ». Par conséquent, nous ne tenons aucun compte des « exclusives », « excommunications » ou affirmations d'irrégularité. D'ailleurs, le Rite français, tel qu'il est pratiqué au Grand-Orient ou le REAA à la Grande Loge sont-ils si différents des rites du même nom utilisés à la Grande Loge Nationale française ? Non, sans doute, car leurs sources sont communes. Nous avons même (horresco referens) fait quelques allusions à la « Maçonnerie d'Adoption » qui s'est maintenue jusqu'au milieu du XIXe siècle, la Maçonnerie féminine actuelle s'étant contentée d'aménager - fort intelligemment d'ailleurs - les textes masculins du REAA ou du Rite français.
Notons aussi que le Schibboleth de la régularité, aux yeux de la Grande Loge Unie d'Angleterre, n'est pas la Bible stricto sensu, mais le VLS, c'est-à-dire tout livre de base à caractère religieux et la croyance dans le Grand Architecte et à Sa Volonté révélée. Or, si la Maçonnerie a, depuis les Constitutions d'Anderson de 1723, la prétention, par ailleurs quelque peu justifiée, d'être le « centre de l'Union » et de regrouper « des hommes de bien et loyaux ou des hommes d'honneur » et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les « distinguer », elle n'en est pas moins le résultat d'un héritage, d'une tradition et de circonstances historiques qui lui ont donné une structure mentale et un équipement intellectuel chrétien, essentiellement réformé au départ, plus oecuménique par la suite. Il existe - et nous n'avons pas à la traiter - une Maçonnerie « sans Bible ».
Effectivement, partout où la Bible n'est pas la nourriture quotidienne des Frères, elle s'estompe ou disparaît, au profit du « livre de la Constitution » en Belgique et en France - évolution qui n'est nullement incompatible avec la croyance au Grand Architecte ainsi que le montre l'histoire du Rite français de 1787 à 1878 Où on prêtait serment devant le Grand Architecte ainsi sur le « Livre de la Loi ». En Israël, c'est évidemment la Tora, sans le Nouveau Testament, ailleurs, le Coran, l'Avesta, Confucius. Le REAA précise, en plus de la Bible, les Védas, le Thipitaka, le Koran, le Zend Avesta, le Tao Teh King et les quatre livres de Koung Fou Tsen. A la loge (anglaise) de Singapour, les Frères possèdent une douzaine de livres sacrés. Et le F. Rudyard Kipling exprime parfaitement cet oecuménisme : « Chacun de nous parlait du Dieu qu'il connaissait le mieux ». Mais où commence et finit le sacré ? Pourquoi pas les Pensées du président Maô ? On peut d'ailleurs se demander si la pratique de religions comme le confucianisme est en harmonie avec le concept de « Volonté Révélée » telle que la conçoivent les religions monothéistes de l'Europe ou du Moyen-Orient.
Enfin, nous faisons, ou nous essayons de faire un travail d'historien. Ce qui signifie que nous aurons soin de distinguer ce qui est historique, ce qui est biblique et, par rapport à la Bible et à l'histoire, ce qui est pure légende, en précisant bien que, pour aucun Maçon, la légende n'est ce qu'est la tradition dans la dogmatique catholique, c'est-à-dire quelque chose qui prend valeur doctrinale. D'autre part, il ne nous appartient pas davantage de faire l'exégèse de ce qui est d'inspiration biblique et a fortiori des textes utilisés. Encore moins, de pratiquer les méthodes allégoriques, typologiques ou anagogiques chères aux Pères de l'Eglise et aux dialecticiens du Moyen Age et dont on trouve de nombreuses traces dans les « Old Charges » (les vieux devoirs) qui réglaient la Maçonnerie opérative. Pour nous, le Temple de Salomon est un édifice construit par un Roi d'Israêl à la gloire de Yahwe et nous n'avons pas à nous demander s'il préfigure l'Eglise ou le Christ. Ce qui paraitra peut-être simpliste à quelques-uns, mais nous ne croyons pas à la vertu du mélange des genres.
Analysons d'abord notre premier point : la Bible, « instrument » en loge, sur laquelle on prête serment. Il n'est pas besoin de faire preuve de vaste érudition pour constater que la Maçonnerie « opérative », celle des bâtisseurs, très liée au monde clérical au moins par la construction des cathédrales, était - comme d'ailleurs l'ensemble des corps de métiers - des « guildes d'artisans », des « compagnies » diverses - d'inspiration chrétienne, catholique en Angleterre jusqu'à la Réforme, anglicane ou réformée par la suite. En France, Italie, Espagne, ils sont restés fidèles à l'Eglise romaine jusqu'à leur disparition naturelle ou leur suppression révolutionnaire. Avec parfois la doublure d'une confrérie professionnelle, le plus souvent distincte des confréries de pénitents. Es étaient placés sous l'invocation des saints protecteurs de la profession, et, pour les « gens du bâtiment », très particulièrement les « Quatre Martyrs Couronnés » (fluatuor Coronati) que l'on rencontre en Angleterre, mais aussi en Italie (Rome) et en France (Dijon). De plus, il ne semble pas qu'à l'inverse des compagnonnages, toujours suspects à l'Eglise et au pouvoir civil, ces « corps » aient, si peu que ce soit, rompu avec l'orthodoxie. Mais revenons à l'Angleterre.
Il est difficile d'affirmer que la Bible figurât dans le « matériel » des loges opératives anglaises avant la Réforme, au moins d'après ce que nous permettent de saisir les « Old Charges ». Par contre, nous savons qu'on y prêtait serment, ce qui n'a rien d'original, puisque le « métier juré » était un peu partout la règle. Le fait est que les premiers documents - le Regius (c. 1370) et le Cooke (c. 1420) - sont parfaitement silencieux. Aussi aucune hypothèse n'est à exclure : la Bible lorsqu'on pouvait s'en procurer une, ce qui, avant le développement de l'imprimerie n'était peut-étre pas si aisé, le « livre » des statuts et règlements corporatifs, des reliques comme c'est si souvent le cas en France ? De toute façon, le serment avait un caractère religieux qu'il a conservé - sauf dans la Maçonnerie « sécularisée ».
Les documents plus récents, mais aussi postérieurs à la Réforme, sont plus explicites et le serment sur la Bible est, le plus souvent, affirmé par le « Grand Loge Manuscript », n° 1 (1573), le n° 2 (1650), le « Manuscrit d'Edimbourg » (c. 1696) : « On leur fait prendre la Bible et prêter serment », le « Crawley » (c. 1700) où le postulant jure sur le livre saint par « Dieu et saint Jean », le « Sloane » de la même époque, à propos duquel le doute reste cependant permis, le « Dumfries n° 4 » (c. 1710). On peut donc admettre que, depuis la Réforme, le serment sur la Bible était devenu la règle, ce qui faisait dire à l'historien français A. Lantoine que c'était là un « landmark de contrebande huguenote », mot amusant, mais indiscutablement exagéré. Cette constatation ne doit pas nous faire perdre de vue la parfaite orthodoxie catholique d'abord, anglicane ensuite, des « Old Charges ». Sur ce plan, le texte le plus caractéristique est sans doute le « Dumfries n° 4 » (c. 1710), découvert dans les archives de la Loge de cette petite ville, située en Ecosse, mais aux confins de l'Angleterre. L'auteur donne du Temple de Jérusalem l'interprétation chrétienne et symbolique traditionnelle et sinspire à la fois de Bède le Vénérable et de John Bunyan. Les prières sont strictement « nicéennes ». Les « obligations » exigent la fidélité à Dieu, à la Sainte Eglise catholique (c'est-à-dire anglicane dans le sens du Prayers Book) en même temps qu'au Roi. Les échelons de l'Echelle de Jacob évoquent la Trinité et les douze Apôtres, la mer d'Airain est le sang du Christ, les douze bœufs, les disciples, le Temple, le fils de Dieu et l'Eglise ; La colonne jakin désigne Israël, la colonne Boaz l'Eglise avec une pointe d'anti-judaïsme chrétien. On lit avec surprise : « Qu'elle fut la plus grande merveille vue ou entendue dans le Temple - Dieu fut homme et un homme fut Dieu. Marie fut mère et pourtant vierge. Tout ce symbolisme traditionnel et la « typologie » chrétienne, admise jusqu'au développement de l'exégèse moderne, se retrouventdans ce rituel. Catholicisme romain, affirme Paul Naudon. Certainement pas - ou mieux, certainement plus - car on peut penser qu'il s'agit là du remaniement d'un texte plus ancien. Les citations bibliques sont empruntées à la « Version Autorisée » du roi Jacques, ce qui témoigne de l'orthodoxie anglicane du temps de la pieuse reine Anne.
Si la Maçonnerie était restée fidèle à cette orthodoxie, elle n'eût pu avoir de prétentions à l'Universalisme. Et c'est d'ailleurs ce qui s'est régulièrement produit chaque fois que l'on a voulu rattacher plus strictement le rituel maçonnique à une confession. Le Rite suédois, d'essence luthérienne, n'a pas débordé de son pays d'origine. Le Rite Ecossais Rectifié, de tonalité nettement chrétienne, a vu son expansion limitée.
Par contre, le REAA, les rites agnostiques, les rites anglo-saxons « déconfessionnalisés » sont susceptibles d'un développement infini. C'est donc le grand mérite d'Anderson et des créateurs de la Grande Loge de Londres d'avoir parfaitement compris le problème. Les Constitutions de 1723 ont permis cet élargissement, bien dans la ligne d'une Angleterre déjà orientée vers les flots.
Donc, en pays chrétien, la Bible était et est restée le VLS, les témoignages du XVIIIe siècle sont à peu près unanimes et les choses n'ont guère changé. En pays anglo-saxon, elle est la première « lumière symbolique », l'Equerre et le Compas étant les deux autres. Au rite Emulation actuel, la Bible doit être ouverte sur le plateau du Vénérable, orientée en tel sens que le dignitaire puisse la lire et recouverte par l'équerre et le compas. La page à laquelle le livre n'est pas ouvert n'est pas indiquée, mais il est de tradition - et de bon ton - de l'ouvrir à l'Ancien Testament lorsque l'on initie un israélite. Aux Etats-Unis, la Bible est généralement déposée sur un autel particulier au milieu du Temple.
Au REAA, la Bible est présente, ouverte pendant les travaux et placée sur l'« autel des serments » installé au pied des marches conduisant à l'Orient et qui est recouvert d'une étoffe bleue bordée de rouge (les couleurs de l'Ordre). Il peut être ouvert à tout endroit ; on l'ouvre de préférence à Il Chroniques 2.5 et à I Rois 6.7 Où il est question de la construction du « Temple de Salomon ».
En France, la Bible a connu des sorts différents. Les documents les plus anciens que nous possédions témoignent d'une grande religiosité, d'orientation quelque peu janséniste, et nous savons, par les textes d'origine policière, que la Bible était ouverte au premier chapitre de l'Evangile de Jean. Tradition qui s'est parfaitement conservée au Rite Rectifié, d'inspiration nettement plus chrétienne. Mais, en pays catholique, la Bible n'est pas, comme en Angleterre, la nourriture spirituelle de la majorité des citoyens, d'autant mieux que le concile de Trente en avait limité les possibilités de lecture pour les simples fidèles. Aussi, tout en conservant une expression religieuse sous la forme du Grand Architecte, qui ne sera remise en question qu'en 1877, la Maçonnerie française, dans son expression majoritaire, la Grande Loge, puis le Grand-Orient, vit disparaître lentement le livre de l'« outillage des Loges » dès le milieu du siècle. Lorsque, dans les textes d'unification du Rite français de 1785 - 1786, le « Livre des Constitutions » prit place, à côté de l'équerre et du compas, sur le plateau du Vénérable, il n'y eut aucune protestation et meme les Anglais ne s'en formalisèrent pas.
Sauf dans les rites totalement sécularisés - comme l'actuel Rite français - les serments qui accompagnent l'initiation et les « augmentations de salaire » sont prêtés sur le VLS. Ce qui, en 1738, irritait fort le pape Clément XII qui, dans la célèbre bulle d'excommunication In Eminenti, parle du « serment strict prêté sur la Sainte Bible ». Il est bien évident que, pour le monde anglo-saxon, un serment n'a de valeur que tout autant qu'il a une portée religieuse, attitude que l'on retrouve dansles tribunaux ou lors de l'« inauguration » d'un Président américain.
Il n'y a pas eu de gros changements en trois siècles : le « Colne Manuscript n° 1 » précise la forme du serment : « L'un des plus anciens, prenant la Bible, la tiendra présentée, de telle sorte que celui ou ceux qui doivent être faits maçons puissent poser et laisser étendue leur main droite sur elle. La formule du serment sera ensuite lue. » Au Rite Emulation actuel, le candidat est agenouillé et place sa main droite sur le Volume de la Loi Sacrée, tandis que sa main gauche tient un compas dont une des pointes est dirigée contre le sein gauche mis à nu. Lors du prononcé de l'obligation, le Vénérable, de sa main gauche, tiendra le Volume en précisant que la promesse est faite « sur ceci ». Au Rite Ecossais Rectifié - qui a conservé quelque chose de la tradition chevaleresque de la Maçonnerie française des Lumières, parfaitement absente en pays anglo-saxon - le candidat pose sa main sur l'épée nue du Vénérable posée sur la Bible ouverte au premier chapitre de saint Jean. La promesse est faite sur « le Saint Evangile ». Au Rite Ecossais Ancien et Accepté, le postulant place sa main droite sur les « trois grandes lumières » qui sont sur « l'Autel des Serments, Volume de la Loi Sacrée, Equerre et Compas », tandis que le Grand Expert met une pointe de compas sur son coeur et, « sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers », le postulant « jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie ».
En France, dans les années 1745, d'après le Secret des Francs-Maçons de l'abbé Pérau, le postulant s'agenouillait, le genou droit découvert, la gorge mise à nu, un compas sur la mamelle gauche et la main droite sur l'Evangile, « en présence du Dieu tout-puissant et de cette société ». A noter que le Rite français de 1785 prescrit le serment « sur les statuts généraux de l'Ordre, sur ce glaive symbole de l'honneur et devant le Grand Architecte de l'Univers (qui est Dieu) ».
          Comment la Bible est-elle utilisée en maçonnerie ?
On la trouve d'abord dans l'histoire ou dans la pseudo-histoire de l'ordre - ou du métier de constructeur - qui s'est transmise, en s'affirmant, du XIIIe siècle (et même sans doute auparavant) à nos jours. Ensuite par l'existence de “ légendes ” rattachées à la trame historique biblique, enfin par les “ mots ”. Mais le “ biblisme ” n'est pas seul en cause. Au XVIIIe siècle, il interfère avec la Kabbale que l'on connaissait assez bien depuis la Renaissance, l'alchimie la plus traditionnelle, une tradition d'ésotérisme chrétien qui pouvait remonter au Moyen Age, les légendes chevaleresques imaginées par Ramsay et templières introduites par Hund, la théosophie de Mertinès de Pasquallis et de Claude de Saint-Martin.
Au Moyen Age
Le récit légendaire - c'est-à-dire les “ antiquités ” de l'Ordre - s'est développé à travers les “ Old Charges ” jusqu'à Anderson qui lui a donné sa forme définitive. Le manuscrit “ Regius ” se contente d'Euclide (ce qui prouve qu'il a été rédigé par un clerc) et du roi saxon Athelstan. Le “ Cooke ” est plus complet, fait intervenir l'Ancien Testament, et lui seul, à grands coups d'expressions empruntées à Isidore de Séville ou à Bède le Vénérable et évoque une succession Adam, Enoch, Tubal Caïn, le Déluge, Noé, La Tour de Babel, Abraham (qui apprit la géométrie à Euclide !), David, Salomon. Puis, on passe en France avec Charles II (Charles Martel ou Charles le Chauve) et en Angleterre avec Athelstan.
Bien entendu, le récit fourmille d'anachronismes, mais l'essentiel y est : l'existence du “ métier ” depuis la création du monde, la lignée des Patriarches, leur liaison avec la science profane (ici Euclide), les rois bâtisseurs d'Israël. Après quoi, on passe assez brutalement à la France carolingienne et à l'Angleterre par un saut de plus de 1500 ans ! Or, ce récit du manuscrit Cooke, quelle que soit son incohérence, est le texte de base des “ Old Charges ”. Celles-ci se transmettront jusqu'à Anderson : Adam et sa descendance directe, Noé, la Tour de Babel, Abraham, Salomon sur le plan biblique, Euclide, Charles de France et Athelstan d'Angleterre sur le plan profane. Mais le récit se complétera par l'interférence de l'Arche d'Alliance, des deux colonnes antédiluviennes, du Temple de Zorobabel, et, sur le plan profane, de Pythagore, d'un obscur Naemus Graecus ou Grenatus et des Phéniciens (appelés parfois vénitiens !) qui font la liaison entre Zorobabel et le grand-père de Charlemagne.
Anderson et l'Ancien Testament
Tout ce matériel, dans l'ensemble homogène, devait être mis en oeuvre de façon rationnelle, au moment où la maçonnerie cessait d'être affaire de gens de métier pour devenir affaire de gentlemen qui connaissaient leur Bible et avaient quelque teinture d'humanisme. C'est Anderson qui se chargea de la tâche. Il savait des Ecritures - ce qui est la moindre des choses satisfaisante. Aussi, le révérend a-t-il réalisé un récit cohérent, strictement scripturaire, ne laissant aucune place aux légendes, en harmonie, et avec la “ chronologie ” adoptée par les Eglises anglaises à l'aube du XVIIIe siècle, mais aussi avec ce que l'on savait de l'Orient ancien. Les anachronismes disparaissent, grâce à un cadre de dates précis et relativement exact - au moins depuis la “ vocation ” d'Abraham - et le récit est conduit selon les schémas bibliques d'Adam à Zorobabel. L'“ histoire sainte ” s'arrête au deuxième temple et c'est là une constante des “ Old Charges ” qui font passer le relais de Jérusalem aux Carolingiens comme elles peuvent et d'une manière parfois saugrenue.
Au contraire, le pasteur voit nettement le flambeau passer à l'histoire biblique au monde mésopotamien et grec dont les architectes sont issus en droite ligne de l' “ école de Jérusalem ”, c'est-à-dire des élèves de “ Maître Hiram ” et dont les techniques passèrent ensuite à Rome et à l'Occident. Ezéchiel, le Temple d'Hérode, le Nouveau Testament sont totalement occultés. Le Christ est cependant mentionné comme “ Grand Architecte de l'Eglise ”.
Le Nouveau Testament
La trame de l'histoire légendaire de l'ordre est donc vétéro-testamentaire et le restera. Cependant, le XVIIIe siècle verra s'introduire le Nouveau Testament, essentiellement sous la forme de la Rose-Croix, où, sur les données scripturaires, viennent interférer des éléments de mysticisme luthérien, du Rite écossais rectifié qui s'affirme ouvertement “ maçonnerie chrétienne ”, de quelques hauts grades de la maçonnerie anglo-saxonne ou dans le “ Templarisme ”.
Il est permis de se demander pourquoi le Nouveau Testament est si parfaitement absent dans la légende historique ancienne et très réduit encore de nos jours. Peut-être faut-il faire intervenir le fait que le Nouveau Testament ne compte guère de “ bâtisseurs ” ni de textes permettant la naissance d'une tradition, d'une légende ou d'un rite. Le teknon de Nazareth, Joseph, est bien passif, aucun des apôtres n'était du “ bâtiment ”. La pierre dans le texte est envisagée négativement - Jésus annonce la destruction (Matth., 24, 2 ; Mc 13, 2 ; Lc 21, 6) du temple - ou symboliquement comme corps du Christ (Jn 2, 21) ou comme chrétiens (I Cor. 3, 16, 17 ; II Cor. 6, 16 ; Apoc. 3, 12, etc), sauf lorsque apparait Apoc 21, 1-27) la Jérusalem céleste, d'ailleurs modestement.
Rien en tout cas de comparable avec l'Arche de Noé, le Tabernacle de Moïse et surtout les Temples de Salomon et de Zorobabel. Cette explication nous parâit un peu “ simpliste ”. peut-être pourrions nous faire intervenir je ne sais quelle influence cléricale, plus respectueuse du Nouveau Testament que l'Ancien relayée par le protestantisme, ennemi né de la thèse “ par laquelle les papistes tâchent de maintenir que Dieu a donné puissance à l'Eglise de forger nouveaux articles de foy ” (Calvin). La question mérite, en tout cas, d'être posée.
Les légendes bibliques
Arrivons-en aux “ légendes ”. C'est un des caractères les plus originaux du Craft, caractère qu'il partage avec le compagnonnage, d'insérer, dans la trame même du récit plus ou moins historique, tel qu'il est énoncé par les clercs, de l'anonyme du “ Regius ” au Révérend Anderson, des “ légendes ” para - ou pseudo - bibliques.
Le principe et le développement en sont simples : on prend un personnage mentionné dans la Bible (ou les “ Old Charges ”) et on lui attribue toute une série d'aventures. Mutatis mutandis, ce sont les légendes épiques du Moyen Age : La Chanson de Roland en face d'Eginhard. Bien entendu, aucun frère n'a jamais vraiment cru que l'architecte Hiram avait été tué par les trois mauvais compagnons à qui il avait refusé la maîtrise, ou que Phaleg, l'architecte de la Tour de Babel, saisi de remords, s'était retiré dans les brumes du Brandebourg.
Anderson sait distinguer : il suit la trame de l'histoire biblique et profane, mais ne mentionne nulle part ces légendes dont certaines sont très anciennes mais qui, jugeait sans doute Anderson, n'avaient rien à faire dans un récit sérieux. A peine mentionne-t-il - mais en pouvant s'appuyer sur le prêtre babylonien Bérose et l'historien juif Josèphe - et seulement on note, la légende des “ deux piliers ” édifiés par “ le pieux Enoch ”. Il ne saurait être question dans ces quelques pages de disserter doctement et longuement sur l'origine de ces légendes. Certaines paraissent dater du mitan du siècle, d'autres, issues du monde profane, se sont insérées dans la trame de la progression des grades maçonniques, d'autres, venues du fond des âges, se sont plus ou moins adaptées à ce nouveau milieu, enfin un certain nombre témoignent d'interférences et sont, par conséquent, susceptibles d'interprétations diverses selon l'optique de l'intéressé.
Bien entendu, nous laisserons à l'écart tout ce qui est “ para-maçonnique ”, c'est-à-dire n'a pas cherché à rentrer, ou n'a pas pu rentrer dans l'organisation classique de l'Ordre, par exemple les légendes compagnonniques, celles de la maçonnerie “ du bois ” chère à notre collègue Brengues ou, plus banalement, les peu connus “ Abelites ” voués à l'exaltation du malheureux fils d'Adam.
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La Bible des francs-maçons

13 Mai 2012 , Rédigé par Daniel Ligou Publié dans #fondements bibliques de la FM

C'est un problème relativement complexe parce que nous pouvons l'envisager sous différents aspects complémentaires. D'abord celui essentiel, de la présence ou non de la Bible, ou, plus généralement, du Volume de la Loi Sacrée (vLs) dans l'Atelier, ensuite le rôle qu'elle joue ou ne joue pas dans le « lieu » maçonnique, en tant que « lumière » ou que « meuble ». S'ajoute la part de la Bible dans la trame du récit maçonnique qui présente la particularité qu'elle partage avec le compagnonnage de compléter un fond scripturaire, essentiellement vétérotestamentaire, par toute une série de légendes parabibliques qui développent le récit pour en tirer une leçon symbolique ou morale ; enfin, l'extraordinaire variété des « mots » correspondant à chaque grade, mots de passe, mots sacrés, « grandes paroles » dont bien des rites - et tout particulièrement le rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) en ses trente-trois degrés - ne sont pas avares.

Quelques remarques préliminaires tout d'abord. Nous serons sans doute incomplet, mais nous privilégierons les rites que nous connaissons bien et particulièrement ceux que nous avons pratiqués, régulièrement ou occasionnellement, car, à notre sens, la Maçonnerie, pour être vraiment comprise, doit être vécue spirituellement et affectivement, et elle n'est pas seulement synonyme de connaissance. Aussi notre commentaire sera-t-il essentiellement fondé sur les trois rites principaux pratiqués en France : le Rite français, le REAA, le Rite Ecossais Rectifié, car nous ne connaissons les rites anglais que par des textes que nous nous sommes plus ou moins régulièrement (nous en convenons volontiers !) procurés. D'autre part, à notre grand regret, nous n'avons pu, pour des raisons essentiellement linguistiques, utiliser les rituels allemands ou suédois. Quant aux rites pratiqués dans les pays latins, ils n'offrent pas grande originalité par rapport à ceux que nous connaissons déjà.

Autre observation. Il sagit de « rites » et non d'« obédiences ». Par conséquent, nous ne tenons aucun compte des « exclusives », « excommunications » ou affirmations d'irrégularité. D'ailleurs, le Rite français, tel qu'il est pratiqué au Grand-Orient ou le REAA à la Grande Loge sont-ils si différents des rites du même nom utilisés à la Grande Loge Nationale française ? Non, sans doute, car leurs sources sont communes. Nous avons même (horresco referens) fait quelques allusions à la « Maçonnerie d'Adoption » qui s'est maintenue jusqu'au milieu du XIXe siècle, la Maçonnerie féminine actuelle s'étant contentée d'aménager - fort intelligemment d'ailleurs - les textes masculins du REAA ou du Rite français.

Notons aussi que le Schibboleth de la régularité, aux yeux de la Grande Loge Unie d'Angleterre, n'est pas la Bible stricto sensu, mais le VLS, c'est-à-dire tout livre de base à caractère religieux et la croyance dans le Grand Architecte et à Sa Volonté révélée. Or, si la Maçonnerie a, depuis les Constitutions d'Anderson de 1723, la prétention, par ailleurs quelque peu justifiée, d'être le « centre de l'Union » et de regrouper « des hommes de bien et loyaux ou des hommes d'honneur » et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les « distinguer », elle n'en est pas moins le résultat d'un héritage, d'une tradition et de circonstances historiques qui lui ont donné une structure mentale et un équipement intellectuel chrétien, essentiellement réformé au départ, plus oecuménique par la suite. Il existe - et nous n'avons pas à la traiter - une Maçonnerie « sans Bible ».

Effectivement, partout où la Bible n'est pas la nourriture quotidienne des Frères, elle s'estompe ou disparaît, au profit du « livre de la Constitution » en Belgique et en France - évolution qui n'est nullement incompatible avec la croyance au Grand Architecte ainsi que le montre l'histoire du Rite français de 1787 à 1878 Où on prêtait serment devant le Grand Architecte ainsi sur le « Livre de la Loi ». En Israël, c'est évidemment la Tora, sans le Nouveau Testament, ailleurs, le Coran, l'Avesta, Confucius. Le REAA précise, en plus de la Bible, les Védas, le Thipitaka, le Koran, le Zend Avesta, le Tao Teh King et les quatre livres de Koung Fou Tsen. A la loge (anglaise) de Singapour, les Frères possèdent une douzaine de livres sacrés. Et le F. Rudyard Kipling exprime parfaitement cet oecuménisme : « Chacun de nous parlait du Dieu qu'il connaissait le mieux ». Mais où commence et finit le sacré ? Pourquoi pas les Pensées du président Maô ? On peut d'ailleurs se demander si la pratique de religions comme le confucianisme est en harmonie avec le concept de « Volonté Révélée » telle que la conçoivent les religions monothéistes de l'Europe ou du Moyen-Orient.

Enfin, nous faisons, ou nous essayons de faire un travail d'historien. Ce qui signifie que nous aurons soin de distinguer ce qui est historique, ce qui est biblique et, par rapport à la Bible et à l'histoire, ce qui est pure légende, en précisant bien que, pour aucun Maçon, la légende n'est ce qu'est la tradition dans la dogmatique catholique, c'est-à-dire quelque chose qui prend valeur doctrinale. D'autre part, il ne nous appartient pas davantage de faire l'exégèse de ce qui est d'inspiration biblique et a fortiori des textes utilisés. Encore moins, de pratiquer les méthodes allégoriques, typologiques ou anagogiques chères aux Pères de l'Eglise et aux dialecticiens du Moyen Age et dont on trouve de nombreuses traces dans les « Old Charges » (les vieux devoirs) qui réglaient la Maçonnerie opérative. Pour nous, le Temple de Salomon est un édifice construit par un Roi d'Israêl à la gloire de Yahwe et nous n'avons pas à nous demander s'il préfigure l'Eglise ou le Christ. Ce qui paraitra peut-être simpliste à quelques-uns, mais nous ne croyons pas à la vertu du mélange des genres.

Analysons d'abord notre premier point : la Bible, « instrument » en loge, sur laquelle on prête serment. Il n'est pas besoin de faire preuve de vaste érudition pour constater que la Maçonnerie « opérative », celle des bâtisseurs, très liée au monde clérical au moins par la construction des cathédrales, était - comme d'ailleurs l'ensemble des corps de métiers - des « guildes d'artisans », des « compagnies » diverses - d'inspiration chrétienne, catholique en Angleterre jusqu'à la Réforme, anglicane ou réformée par la suite. En France, Italie, Espagne, ils sont restés fidèles à l'Eglise romaine jusqu'à leur disparition naturelle ou leur suppression révolutionnaire. Avec parfois la doublure d'une confrérie professionnelle, le plus souvent distincte des confréries de pénitents. Es étaient placés sous l'invocation des saints protecteurs de la profession, et, pour les « gens du bâtiment », très particulièrement les « Quatre Martyrs Couronnés » (fluatuor Coronati) que l'on rencontre en Angleterre, mais aussi en Italie (Rome) et en France (Dijon). De plus, il ne semble pas qu'à l'inverse des compagnonnages, toujours suspects à l'Eglise et au pouvoir civil, ces « corps » aient, si peu que ce soit, rompu avec l'orthodoxie. Mais revenons à l'Angleterre.

Il est difficile d'affirmer que la Bible figurât dans le « matériel » des loges opératives anglaises avant la Réforme, au moins d'après ce que nous permettent de saisir les « Old Charges ». Par contre, nous savons qu'on y prêtait serment, ce qui n'a rien d'original, puisque le « métier juré » était un peu partout la règle. Le fait est que les premiers documents - le Regius (c. 1370) et le Cooke (c. 1420) - sont parfaitement silencieux. Aussi aucune hypothèse n'est à exclure : la Bible lorsqu'on pouvait s'en procurer une, ce qui, avant le développement de l'imprimerie n'était peut-étre pas si aisé, le « livre » des statuts et règlements corporatifs, des reliques comme c'est si souvent le cas en France ? De toute façon, le serment avait un caractère religieux qu'il a conservé - sauf dans la Maçonnerie « sécularisée ».

Les documents plus récents, mais aussi postérieurs à la Réforme, sont plus explicites et le serment sur la Bible est, le plus souvent, affirmé par le « Grand Loge Manuscript », n° 1 (1573), le n° 2 (1650), le « Manuscrit d'Edimbourg » (c. 1696) : « On leur fait prendre la Bible et prêter serment », le « Crawley » (c. 1700) où le postulant jure sur le livre saint par « Dieu et saint Jean », le « Sloane » de la même époque, à propos duquel le doute reste cependant permis, le « Dumfries n° 4 » (c. 1710). On peut donc admettre que, depuis la Réforme, le serment sur la Bible était devenu la règle, ce qui faisait dire à l'historien français A. Lantoine que c'était là un « landmark de contrebande huguenote », mot amusant, mais indiscutablement exagéré. Cette constatation ne doit pas nous faire perdre de vue la parfaite orthodoxie catholique d'abord, anglicane ensuite, des « Old Charges ». Sur ce plan, le texte le plus caractéristique est sans doute le « Dumfries n° 4 » (c. 1710), découvert dans les archives de la Loge de cette petite ville, située en Ecosse, mais aux confins de l'Angleterre. L'auteur donne du Temple de Jérusalem l'interprétation chrétienne et symbolique traditionnelle et sinspire à la fois de Bède le Vénérable et de John Bunyan. Les prières sont strictement « nicéennes ». Les « obligations » exigent la fidélité à Dieu, à la Sainte Eglise catholique (c'est-à-dire anglicane dans le sens du Prayers Book) en même temps qu'au Roi. Les échelons de l'Echelle de Jacob évoquent la Trinité et les douze Apôtres, la mer d'Airain est le sang du Christ, les douze bœufs, les disciples, le Temple, le fils de Dieu et l'Eglise ; La colonne jakin désigne Israël, la colonne Boaz l'Eglise avec une pointe d'anti-judaïsme chrétien. On lit avec surprise : « Qu'elle fut la plus grande merveille vue ou entendue dans le Temple - Dieu fut homme et un homme fut Dieu. Marie fut mère et pourtant vierge. Tout ce symbolisme traditionnel et la « typologie » chrétienne, admise jusqu'au développement de l'exégèse moderne, se retrouventdans ce rituel. Catholicisme romain, affirme Paul Naudon. Certainement pas - ou mieux, certainement plus - car on peut penser qu'il s'agit là du remaniement d'un texte plus ancien. Les citations bibliques sont empruntées à la « Version Autorisée » du roi Jacques, ce qui témoigne de l'orthodoxie anglicane du temps de la pieuse reine Anne.

Si la Maçonnerie était restée fidèle à cette orthodoxie, elle n'eût pu avoir de prétentions à l'Universalisme. Et c'est d'ailleurs ce qui s'est régulièrement produit chaque fois que l'on a voulu rattacher plus strictement le rituel maçonnique à une confession. Le Rite suédois, d'essence luthérienne, n'a pas débordé de son pays d'origine. Le Rite Ecossais Rectifié, de tonalité nettement chrétienne, a vu son expansion limitée.

Par contre, le REAA, les rites agnostiques, les rites anglo-saxons « déconfessionnalisés » sont susceptibles d'un développement infini. C'est donc le grand mérite d'Anderson et des créateurs de la Grande Loge de Londres d'avoir parfaitement compris le problème. Les Constitutions de 1723 ont permis cet élargissement, bien dans la ligne d'une Angleterre déjà orientée vers les flots.

Donc, en pays chrétien, la Bible était et est restée le VLS, les témoignages du XVIIIe siècle sont à peu près unanimes et les choses n'ont guère changé. En pays anglo-saxon, elle est la première « lumière symbolique », l'Equerre et le Compas étant les deux autres. Au rite Emulation actuel, la Bible doit être ouverte sur le plateau du Vénérable, orientée en tel sens que le dignitaire puisse la lire et recouverte par l'équerre et le compas. La page à laquelle le livre n'est pas ouvert n'est pas indiquée, mais il est de tradition - et de bon ton - de l'ouvrir à l'Ancien Testament lorsque l'on initie un israélite. Aux Etats-Unis, la Bible est généralement déposée sur un autel particulier au milieu du Temple.

Au REAA, la Bible est présente, ouverte pendant les travaux et placée sur l'« autel des serments » installé au pied des marches conduisant à l'Orient et qui est recouvert d'une étoffe bleue bordée de rouge (les couleurs de l'Ordre). Il peut être ouvert à tout endroit ; on l'ouvre de préférence à Il Chroniques 2.5 et à I Rois 6.7 Où il est question de la construction du « Temple de Salomon ».

En France, la Bible a connu des sorts différents. Les documents les plus anciens que nous possédions témoignent d'une grande religiosité, d'orientation quelque peu janséniste, et nous savons, par les textes d'origine policière, que la Bible était ouverte au premier chapitre de l'Evangile de Jean. Tradition qui s'est parfaitement conservée au Rite Rectifié, d'inspiration nettement plus chrétienne. Mais, en pays catholique, la Bible n'est pas, comme en Angleterre, la nourriture spirituelle de la majorité des citoyens, d'autant mieux que le concile de Trente en avait limité les possibilités de lecture pour les simples fidèles. Aussi, tout en conservant une expression religieuse sous la forme du Grand Architecte, qui ne sera remise en question qu'en 1877, la Maçonnerie française, dans son expression majoritaire, la Grande Loge, puis le Grand-Orient, vit disparaître lentement le livre de l'« outillage des Loges » dès le milieu du siècle. Lorsque, dans les textes d'unification du Rite français de 1785 - 1786, le « Livre des Constitutions » prit place, à côté de l'équerre et du compas, sur le plateau du Vénérable, il n'y eut aucune protestation et meme les Anglais ne s'en formalisèrent pas.

Sauf dans les rites totalement sécularisés - comme l'actuel Rite français - les serments qui accompagnent l'initiation et les « augmentations de salaire » sont prêtés sur le VLS. Ce qui, en 1738, irritait fort le pape Clément XII qui, dans la célèbre bulle d'excommunication In Eminenti, parle du « serment strict prêté sur la Sainte Bible ». Il est bien évident que, pour le monde anglo-saxon, un serment n'a de valeur que tout autant qu'il a une portée religieuse, attitude que l'on retrouve dansles tribunaux ou lors de l'« inauguration » d'un Président américain.

Il n'y a pas eu de gros changements en trois siècles : le « Colne Manuscript n° 1 » précise la forme du serment : « L'un des plus anciens, prenant la Bible, la tiendra présentée, de telle sorte que celui ou ceux qui doivent être faits maçons puissent poser et laisser étendue leur main droite sur elle. La formule du serment sera ensuite lue. » Au Rite Emulation actuel, le candidat est agenouillé et place sa main droite sur le Volume de la Loi Sacrée, tandis que sa main gauche tient un compas dont une des pointes est dirigée contre le sein gauche mis à nu. Lors du prononcé de l'obligation, le Vénérable, de sa main gauche, tiendra le Volume en précisant que la promesse est faite « sur ceci ». Au Rite Ecossais Rectifié - qui a conservé quelque chose de la tradition chevaleresque de la Maçonnerie française des Lumières, parfaitement absente en pays anglo-saxon - le candidat pose sa main sur l'épée nue du Vénérable posée sur la Bible ouverte au premier chapitre de saint Jean. La promesse est faite sur « le Saint Evangile ». Au Rite Ecossais Ancien et Accepté, le postulant place sa main droite sur les « trois grandes lumières » qui sont sur « l'Autel des Serments, Volume de la Loi Sacrée, Equerre et Compas », tandis que le Grand Expert met une pointe de compas sur son coeur et, « sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers », le postulant « jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie ».

En France, dans les années 1745, d'après le Secret des Francs-Maçons de l'abbé Pérau, le postulant s'agenouillait, le genou droit découvert, la gorge mise à nu, un compas sur la mamelle gauche et la main droite sur l'Evangile, « en présence du Dieu tout-puissant et de cette société ». A noter que le Rite français de 1785 prescrit le serment « sur les statuts généraux de l'Ordre, sur ce glaive symbole de l'honneur et devant le Grand Architecte de l'Univers (qui est Dieu) ».

Comment la Bible est-elle utilisée en maçonnerie ?

On la trouve d'abord dans l'histoire ou dans la pseudo-histoire de l'ordre - ou du métier de constructeur - qui s'est transmise, en s'affirmant, du XIIIe siècle (et même sans doute auparavant) à nos jours. Ensuite par l'existence de “ légendes ” rattachées à la trame historique biblique, enfin par les “ mots ”. Mais le “ biblisme ” n'est pas seul en cause. Au XVIIIe siècle, il interfère avec la Kabbale que l'on connaissait assez bien depuis la Renaissance, l'alchimie la plus traditionnelle, une tradition d'ésotérisme chrétien qui pouvait remonter au Moyen Age, les légendes chevaleresques imaginées par Ramsay et templières introduites par Hund, la théosophie de Mertinès de Pasquallis et de Claude de Saint-Martin.

Au Moyen Age

Le récit légendaire - c'est-à-dire les “ antiquités ” de l'Ordre - s'est développé à travers les “ Old Charges ” jusqu'à Anderson qui lui a donné sa forme définitive. Le manuscrit “ Regius ” se contente d'Euclide (ce qui prouve qu'il a été rédigé par un clerc) et du roi saxon Athelstan. Le “ Cooke ” est plus complet, fait intervenir l'Ancien Testament, et lui seul, à grands coups d'expressions empruntées à Isidore de Séville ou à Bède le Vénérable et évoque une succession Adam, Enoch, Tubal Caïn, le Déluge, Noé, La Tour de Babel, Abraham (qui apprit la géométrie à Euclide !), David, Salomon. Puis, on passe en France avec Charles II (Charles Martel ou Charles le Chauve) et en Angleterre avec Athelstan.

Bien entendu, le récit fourmille d'anachronismes, mais l'essentiel y est : l'existence du “ métier ” depuis la création du monde, la lignée des Patriarches, leur liaison avec la science profane (ici Euclide), les rois bâtisseurs d'Israël. Après quoi, on passe assez brutalement à la France carolingienne et à l'Angleterre par un saut de plus de 1500 ans ! Or, ce récit du manuscrit Cooke, quelle que soit son incohérence, est le texte de base des “ Old Charges ”. Celles-ci se transmettront jusqu'à Anderson : Adam et sa descendance directe, Noé, la Tour de Babel, Abraham, Salomon sur le plan biblique, Euclide, Charles de France et Athelstan d'Angleterre sur le plan profane. Mais le récit se complétera par l'interférence de l'Arche d'Alliance, des deux colonnes antédiluviennes, du Temple de Zorobabel, et, sur le plan profane, de Pythagore, d'un obscur Naemus Graecus ou Grenatus et des Phéniciens (appelés parfois vénitiens !) qui font la liaison entre Zorobabel et le grand-père de Charlemagne.

Anderson et l'Ancien Testament

Tout ce matériel, dans l'ensemble homogène, devait être mis en oeuvre de façon rationnelle, au moment où la maçonnerie cessait d'être affaire de gens de métier pour devenir affaire de gentlemen qui connaissaient leur Bible et avaient quelque teinture d'humanisme. C'est Anderson qui se chargea de la tâche. Il savait des Ecritures - ce qui est la moindre des choses satisfaisante. Aussi, le révérend a-t-il réalisé un récit cohérent, strictement scripturaire, ne laissant aucune place aux légendes, en harmonie, et avec la “ chronologie ” adoptée par les Eglises anglaises à l'aube du XVIIIe siècle, mais aussi avec ce que l'on savait de l'Orient ancien. Les anachronismes disparaissent, grâce à un cadre de dates précis et relativement exact - au moins depuis la “ vocation ” d'Abraham - et le récit est conduit selon les schémas bibliques d'Adam à Zorobabel. L'“ histoire sainte ” s'arrête au deuxième temple et c'est là une constante des “ Old Charges ” qui font passer le relais de Jérusalem aux Carolingiens comme elles peuvent et d'une manière parfois saugrenue.

Au contraire, le pasteur voit nettement le flambeau passer à l'histoire biblique au monde mésopotamien et grec dont les architectes sont issus en droite ligne de l' “ école de Jérusalem ”, c'est-à-dire des élèves de “ Maître Hiram ” et dont les techniques passèrent ensuite à Rome et à l'Occident. Ezéchiel, le Temple d'Hérode, le Nouveau Testament sont totalement occultés. Le Christ est cependant mentionné comme “ Grand Architecte de l'Eglise ”.

Le Nouveau Testament

La trame de l'histoire légendaire de l'ordre est donc vétéro-testamentaire et le restera. Cependant, le XVIIIe siècle verra s'introduire le Nouveau Testament, essentiellement sous la forme de la Rose-Croix, où, sur les données scripturaires, viennent interférer des éléments de mysticisme luthérien, du Rite écossais rectifié qui s'affirme ouvertement “ maçonnerie chrétienne ”, de quelques hauts grades de la maçonnerie anglo-saxonne ou dans le “ Templarisme ”.

Il est permis de se demander pourquoi le Nouveau Testament est si parfaitement absent dans la légende historique ancienne et très réduit encore de nos jours. Peut-être faut-il faire intervenir le fait que le Nouveau Testament ne compte guère de “ bâtisseurs ” ni de textes permettant la naissance d'une tradition, d'une légende ou d'un rite. Le teknon de Nazareth, Joseph, est bien passif, aucun des apôtres n'était du “ bâtiment ”. La pierre dans le texte est envisagée négativement - Jésus annonce la destruction (Matth., 24, 2 ; Mc 13, 2 ; Lc 21, 6) du temple - ou symboliquement comme corps du Christ (Jn 2, 21) ou comme chrétiens (I Cor. 3, 16, 17 ; II Cor. 6, 16 ; Apoc. 3, 12, etc), sauf lorsque apparait Apoc 21, 1-27) la Jérusalem céleste, d'ailleurs modestement.

Rien en tout cas de comparable avec l'Arche de Noé, le Tabernacle de Moïse et surtout les Temples de Salomon et de Zorobabel. Cette explication nous parâit un peu “ simpliste ”. peut-être pourrions nous faire intervenir je ne sais quelle influence cléricale, plus respectueuse du Nouveau Testament que l'Ancien relayée par le protestantisme, ennemi né de la thèse “ par laquelle les papistes tâchent de maintenir que Dieu a donné puissance à l'Eglise de forger nouveaux articles de foy ” (Calvin). La question mérite, en tout cas, d'être posée.

Les légendes bibliques

Arrivons-en aux “ légendes ”. C'est un des caractères les plus originaux du Craft, caractère qu'il partage avec le compagnonnage, d'insérer, dans la trame même du récit plus ou moins historique, tel qu'il est énoncé par les clercs, de l'anonyme du “ Regius ” au Révérend Anderson, des “ légendes ” para - ou pseudo - bibliques.

Le principe et le développement en sont simples : on prend un personnage mentionné dans la Bible (ou les “ Old Charges ”) et on lui attribue toute une série d'aventures. Mutatis mutandis, ce sont les légendes épiques du Moyen Age : La Chanson de Roland en face d'Eginhard. Bien entendu, aucun frère n'a jamais vraiment cru que l'architecte Hiram avait été tué par les trois mauvais compagnons à qui il avait refusé la maîtrise, ou que Phaleg, l'architecte de la Tour de Babel, saisi de remords, s'était retiré dans les brumes du Brandebourg.

Anderson sait distinguer : il suit la trame de l'histoire biblique et profane, mais ne mentionne nulle part ces légendes dont certaines sont très anciennes mais qui, jugeait sans doute Anderson, n'avaient rien à faire dans un récit sérieux. A peine mentionne-t-il - mais en pouvant s'appuyer sur le prêtre babylonien Bérose et l'historien juif Josèphe - et seulement on note, la légende des “ deux piliers ” édifiés par “ le pieux Enoch ”. Il ne saurait être question dans ces quelques pages de disserter doctement et longuement sur l'origine de ces légendes. Certaines paraissent dater du mitan du siècle, d'autres, issues du monde profane, se sont insérées dans la trame de la progression des grades maçonniques, d'autres, venues du fond des âges, se sont plus ou moins adaptées à ce nouveau milieu, enfin un certain nombre témoignent d'interférences et sont, par conséquent, susceptibles d'interprétations diverses selon l'optique de l'intéressé.

Bien entendu, nous laisserons à l'écart tout ce qui est “ para-maçonnique ”, c'est-à-dire n'a pas cherché à rentrer, ou n'a pas pu rentrer dans l'organisation classique de l'Ordre, par exemple les légendes compagnonniques, celles de la maçonnerie “ du bois ” chère à notre collègue Brengues ou, plus banalement, les peu connus “ Abelites ” voués à l'exaltation du malheureux fils d'Adam.

 

Source : http://oratoiredulouvre.fr/evangile-et-liberte/La-Bible-des-francs-macons.html

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Histoire, vérité et réalité d’un rituel maçonnique.

20 Novembre 2015 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Planches

L’esprit rationnel réclame la preuve documentée suivant les modalités de la recherche historique, seulement voilà que la dimension initiatique et les rites qui l’accompagnent échappent à l’histoire et à la preuve documentée. Ce n’est pas pour autant que l’initiation échappe à la réalité, bien au contraire puisse que l’initiation repose sur l’expérience. Nous allons tenter une mise en parallèle de la méthode historique qui relate des faits réels qui se sont déroulés dans le monde réel et de la méthode initiatique qui relate l’intention et la vision consciente à l’intérieur d’un ordonnancement de faits réels. Notre but sera de démontrer que la méthode initiatique par ses effets sur notre conscience augmente la profondeur de champ d’une réalité perceptible que l’histoire ne relate que superficiellement.

1/ La vérité d’un rite initiatique et son histoire documentée.

Peut-on répondre à cette question : est-il possible par le document historique de retrouver l’origine d’un rite ? Il faut étudier le rite, et comprendre que la vérité initiatique se distingue de la vérité historique. La vérité historique se fonde sur le fait avéré situé dans la flèche du temps, la vérité initiatique se fonde sur l’intention située hors du temps appelée « reliance » et « connaissance ». Nous pressentons que ces deux univers ne se nourrissent pas des mêmes informations, mais appartiennent a un même vécu sur une base réelle. L’histoire appartient au réel documenté qui se nourrit de la preuve, du fait dont on témoigne, l’initiatique appartient à un « réel augmenté » qui se nourrit du non-temps et du non-lieu pour être agissant et dont aucun document ne témoigne. Si l’initiatique maçonnique repose sur des rites nous devons vérifier si l’histoire démontre l’origine et détermine l’auteur d’un rite maçonnique.

Un rite maçonnique a-t-il un auteur ?

Un rite maçonnique n’a que des transmetteurs, car ici l’auteur appartient par nature à une collectivité humaine immémoriale. Ceci est le point de vue de l’initié, mais est-ce celui de l’historien ? Ce que l’historien veut déterminer, c’est l’origine du rite, sa date et son lieu de naissance et ses sources documentées. Mais le propre des rites maçonniques est de renvoyer leur naissance dans l’espace immémorial du métier pour les francs-maçons et dans les confins des sources ancestrales de la conscience. Cette conscience naîtra des grandes questions liées au mystère de la vie et de la mort, de la création et de la transcendance. Les rites maçonniques n’ont ni auteur ni droit d’auteur, il n’y a que des transmetteurs qui aménagent le rite précédent en fonction d’une intention de reliance adaptée à leur siècle. Ainsi la franc-maçonnerie existait bien avant 1717, il suffit de regarder les loges régimentaires Stuartistes. Prenons l’exemple du Régiment Walsh qui des 1688 selon G. Bord, constitua en son sein une loge régimentaire. Sa filiation n’est autre que la pratique « villageoise » des différents Frères d’origines et de métiers différents qui la constituaient. Ils n’appliquaient pas un rituel précis si ce n’est celui né de leurs différentes origines. Ils en étaient les auteurs anonymes et sans prétention en regard du respect des grandes lignes de leurs anciennes pratiques. Ils ne faisaient qu’appliquer et adapter à leur milieu une pratique déjà ancienne (adaptation conventionnelle). Le milieu interfère donc sur la mise en pratique. Notons que l’influence rose croix et chevaleresque chez les officiers participant à ces loges, allait modifier sensiblement les rituels et favoriser l’élaboration de grades supérieurs. Les Stuarts feront beaucoup pour enrichir cette maçonnerie continentale et le discours de Ramsay viendra couronner cette influence, où la politique de reconquête s’associa à la dimension secrète et sacrée de l’initiatique. Ici nous pouvons dire qu’il n’y a pas d’auteurs, mais une pratique « générique » impactée par des influences multiples coté Stuarts, sur une base calquée sur le schéma des opératifs. Ce schéma toujours constant est commun à tous les rites dits initiatiques de métier reposant sur la connaissance, mais aussi de l’Église ou des chamans reposant sur la croyance. Cette base repose sur 8 ou 9 phases identifiables. Le but est « d’incorporer » un processus de séparation du tumulte profane, « d’animer » un état d’âme de cherchant par une mise en tension (notion de quête), de « spiritualiser » et d’assimiler un métalangage, par des techniques collectives de concentration, de perception archétypale et de mémorisation. Il est entendu que le métalangage dans ce cas repose sur la vision, l’extrapolation symbolique et analogique au-delà de l’expression discursive et de l'image descriptive. D’un certain point de vue l’initiation dans ses 8 ou 9 étapes successives, impacte le corps, l’âme et l’esprit (voir dans le même sens : Livre de l’Apprenti au REP Juin 2013 au chapitre réception, idem Livre du Compagnon. L’initiation par ses rites, établit le lieu séparé du profane), présumé sacré (le cabinet de réflexion et la loge-temple) par la mise en scène d’un « passage » qui est à la fois une plongée en soi et l’entrée dans le non-temps et le non-lieu du temple de lumière qui permet le cheminement des épreuves et leurs mises en pratique ou en perspective spirituelle aboutissant à la pseudo mort sacrificielle et à une véritable renaissance en esprit ou en conscience). Puis vient le temps du serment avec l’appel à témoin de l’autorité surplombante, l’illumination et l’intégration dans la chaîne immémoriale des « initiés »). Nous comprenons que l’initiation va étendre le domaine du réel à une dimension symbolique et analogique « éclairante ». Cette conscience « éclairée » s’appuie sur l’expérience (orthopraxie) de la perception spirituelle et individuelle de la « réalité », représentée par la matière et la forme (soi-même et le monde, mise en perspective de la réalité), dans le but d’édifier d’un chef d’œuvre individuel et collectif. Ce chef d’œuvre éthique et/ou métaphysique, synonyme de perception élargie du réel, contient et conserve une reliance à plus haut (le Temple dans sa dimension intérieure et collective). Cette base rituelique est commune à la fois aux religions fondées sur la croyance et la foi d’une part, et aux traditions initiatiques fondées sur la connaissance et la gnose d’autre part. Dans une autre dimension historique, prenons le cas de Willermoz. Ce dernier en 1778 fit apparaître dans le rituel de la SOT une dimension théosophique et préchrétienne. Est-il l’auteur de ce rite ? À mon avis il enrichit la trame de la variante d’un rite initiatique Stuartiste existant. Il est donc l’auteur d’un enrichissement en puisant dans une théosophie dont il ne prétend pas être l’auteur, mais l’interprète « inspiré » ! L’auteur n’est relié qu’à lui-même, l’interprète est en reliance avec un plus haut fondateur via une chaîne humaine de transmetteurs qualifiés ou « inspirés ». Donc nous ne pouvons pas parler d’auteur d’un rite pour la raison que la structure du rite traditionnel est souvent reprise dans ses grandes lignes et reste à peu près immuable. L’inspiration du transmetteur ne lui appartient pas en propre, mais reste attachée à une intention de reliance et de vision qui a toujours dominé l’initiation. Cette reliance du pseudo auteur est située dans un plus haut et/ou dans un plus ancien, qu’ils fussent spirituels ou pratiques. À chaque fois que nous voulons nommer l’auteur d’un rite ce dernier en esquive l’attribution suggérant l’ancienneté préexistante de son apport. Il s’agit toujours d’un apport, d’un enrichissement sur une base ancienne, et non pas d’une création ex nihilo. On pourrait, sur cette base, démontrer que le rite opératif de Salomon, né en 1971/74 n’appartient pas à ses auteurs qui au final ne sont que des transmetteurs « inspirés » chargés de synthétiser la dimension opérante des rites maçonniques et compagnonniques. Donc la paternité d’un rite se veut anonyme, et d’origine immémoriale même si l’apport « éclairant » d’un individu est manifeste. La notion d’auteur et d’interprète de la reliance est mal comprise et crée un hiatus entre l’historien et l’initié.

La pratique ancienne n’appartient à aucun auteur.

L’histoire ne permet pas de retrouver l’auteur d’un rite. Un rite initiatique est inapropriable. Il appartient à tous ses pratiquants potentiels qui démontrent leur transmission et mise en œuvre conforme. Ces rites appartiennent au patrimoine commun de l’émergence de la conscience humaine. C’est à ce titre que nous devons les protéger dans leurs processus, les conserver et les faire vivre. Pratiquer un rite maçonnique, relève d’une démarche ontologique basée sur une orthopraxie et une légende qui se transmettent dans une chaîne sans fin. Ceci constitue une difficulté pour l’historien qui se heurte à la légende incontrôlable dans sa diffusion verbale et à des rituels non écrits, précisément formés autour de la parole, du geste, et d’un langage non verbal bien plus subtil que nous l’imaginions. C’est une collectivité d’initié qui est dépositaire de la pratique, un éventuel auteur ne serait qu’un interprète parmi d’autres biens plus nombreux. Donc, un éventuel auteur que nous considérons plus comme un interprète ne serait qu’un artefact, un élément dans une chaîne de filiation qui le dépasse, et qui nous dépasse. Des organismes ad hoc se sont créés spontanément afin de protéger l’essence et garantir la pratique de ces rites ainsi que la traçabilité de la filiation. Ils diminuent les effets de la dénaturation due au temps. Leur objet ne devrait pas consister en l’appropriation d’un bien immatériel témoignant de l’humanisation de l’homme, mais plus simplement d’en garantir le respect. Toutefois ces rites maçonniques pratiqués aujourd’hui sont comparables dans leurs fondements, aux traces écrites et manuscrites le XVII et XVIIIème siècle, qui n’ont cessé d’être transformées. Ils ont dans leur ADN la trace des deux rites anciens de métier : ceux des Anciens Devoirs remontant à 1390 et 1410 (Régius et Cook), et ceux du rite écossais du Mot de Maçon remontant à 1637 ; qui eux-mêmes sont héritiers de rites plus anciens, voir antiques. Les rites sont toujours fondés sur une base ancienne « reformée et réformée » dans leur présentation, mais rarement dans leur structure agissante (les 8 ou 9 phases abordées plus haut). Ce fut le cas des travaux d’Anderson et Desaguliers en 1717, 1723, 1737, etc., qui en conservent les bases. Les rites ne sont donc pas « inventés », ils sont tout au plus réaménagés suivant des modèles anciens et dans l’air du temps (politique, religieux, philosophique, etc.). Ces modèles anciens relèvent de schémas puissants et constants depuis la nuit des temps et fonctionnent sur la notion d’épreuves élémentaires, de passage aboutissant à l’émergence d’une conscience du non-espace et du non-temps. Le poids de la pratique validant la structure agissante d’un rite initiatique sera toujours plus puissant que l’interprétation écrite, ou l’habillage cosmétique de quelques maçons « éclairés ». Ces derniers seront rattrapés par la puissance des filiations anciennes qui se réactualisent constamment au contact de l’esthétique contemporaine. Autrement dit les schémas directeurs sont plus forts que les aménagements rituéliques conventionnels. Le rituel ne sera jamais que le servant d’un schéma fondateur qui appartient au cheminement de la conscience éclairée de l’humanité.

2/ Quelle réalité et quelle vérité dans un rite initiatique ?

La pratique du REP porte en elle un constat qui s’appuie sur une phrase de Robert Ambelain et PL : « il n’y a pas d’autre initiation que dans la réalité », et sa variante : « il n’y a pas de plus grande initiation que la réalité ». Encore faut-il « voir » toute la dimension du réel. Cette vision élargie du réel est le but de l’initiation et entraîne ce que j’appelle une « extension du domaine du réel ». Le REP, notamment dans sa mise en œuvre de la légende d’Hiram et dans le relèvement par les cinq points, va nous apprendre concrètement ce qu’est cette extension du domaine du réel jusqu'à une dimension sacrée. (Voir le Livre du Maître p 190 et suivantes.) La vérité historique est mouvante et relative et ne permet pas de sortir du fait établi qui se substitue à un fait établi précédent : nous sommes dans une bataille opposant le document « historique » à la pratique verbale sans preuve. Le document n’est pas opérant au plan initiatique, car il ne relate qu’une vérité temporaire, reliée au temps qui passe. C’est un indice extérieur et temporaire. Tels fait ou document seront dépassés par un autre demain… Ce n’est pas le cas de la vérité initiatique qui est par nature hors du temps : le caractère "opérant" de la légende ou du mythe ritualisé est indiscutable dans tous les niveaux de l'être individuel et collectif, et ceci quelles que soient les variantes de la légende et de l’orthopraxie. Dans la légende comme dans le mythe il faut un héros, ici l’homme comprit dans sa dimension totale. Cette dimension dépasse la limite corporelle et touche à une sorte immortalité ou d’intemporalité. Cette dimension rêvée est archétypale, c’est celle de l’Être, ou de l’homme premier, qui à l’évidence ne se situe pas sur la flèche du temps « documenté », mais remonte à l’origine « informelle ». C'est à cette dimension totale et « initiale » de l'Être (où le rêve reste un fait avéré non pris en compte par l’historien, voir l’échelle de Jacob) que les rituels d'initiation s'adressent. Cette dimension n’étant pas temporelle, les historiens perdent alors leurs compétences et leurs repères. Pouvons-nous dire que l’initiation suit un rituel immémorial qui outrepasse le document ou la preuve de sa pratique ? Les historiens de la franc-maçonnerie font œuvre utile en nous documentant sur les preuves tangibles. Trop souvent l’analyse historique ne se préoccupe pas suffisamment de la transmission de l'influx spirituel. Il y aurait beaucoup à dire sur cette transmission. Sans doute que la vision historique du réel se restreint à l'objet documenté par une source testimoniale traçable, recoupée sur la flèche du temps. L'histoire ainsi écrite est parfois restrictive comme un fruit desséché alors que le mythe ou la légende du grade restent des fruits charnus. Ces fruits ont pourtant un point commun: la graine. Par l’histoire documentée et le mythe ritualisé, nous devons retrouver la graine et la faire germer.

Le mythe devient réalité

Par définition l’histoire relate la réalité démontrée, mais quand est-il du mythe ritualisé ? Si l’historien veut remonter le fil du temps en certifiant les étapes et les faits, le mythe appartient déjà à la nuit des temps. Le mythe et la légende sont la graine de l’initiation et le moteur d’un réel idéalisé. L'histoire populaire et le mythe ensemencent le vivant et meublent l'imaginaire. Ils participent à la structure initiatique par la voie qu'ils tracent, l’interprétation cachée qu’ils recèlent et l'image mémorielle qu'ils font surgir en nous (origine mythique du métier, légende d'Hiram, légende de Noé, échelle de Jacob, tour de Babel, Arche de Noé etc.). Ce sont les graines originelles de l'initiation. Le mythe fait vivre les archétypes en leur donnant chair humaine. Le mythe n’est jamais neutre. Il s’invite dans le réel et opère dans le schématisation comportementale et sociale, et offrant un cadre, un modèle et une hiérarchisation du monde entre la terre et le ciel. Le mythe et la légende sont nés avant l'histoire moderne et engrangent 5000 années d'avance sur la science historique. Ils restent d'essence collective et archétypale et participent d’un langage subtil de reliance et d’humanisation. Le mythe est né dans la nuit autour d'un feu central dans le cercle fermé de la tribu. La parole tribale s'est transportée dans l'ascendance du feu central jusque dans la voûte étoilée. Du plan circulaire elle est passée dans l'axe. Passant dans l’axe et montant vers les étoiles, la parole est perdue sur le mode discursif, mais bien réelle dans un langage non verbal. Toute parole à son écho même lointain dans l’espace et le temps. La formulation du mythe marque le début de la reliance à plus haut. C’est à la fois la reliance des personnages mythiques et des dieux aux étoiles d’un côté et à la grande nature de l’autre, puis à l’homme. Enfin nanti d’une explication cosmogonique, l’homme va tenter la comparaison avec la totalité et l’unité originelle dont il serait issu. C’est la reliance de l’homme et de sa destinée à sa propre étoile aux proportions divines. Avant que l’homme ne trouve une proportion divine en lui, il est passé par le stade du mythe ritualisé où l’homme devient héros, architecte et acteur de l’univers (voir mythe de Prométhée). C'est cette voûte et ces milliers d'étoiles qui alimentèrent la bibliothèque archétypale de nos cerveaux. Cette bibliothèque mémorielle est faite de toutes ces « intentions » individuelles et collectives que l'on qualifia plus tard d'immanences et transcendances, puis de croyances ou de connaissances. L’alphabet n’est qu’une prière comprise entre l’Alpha et l’Omega qui n’attend que l’ordonnancement du Verbe. Dans les deux cas (histoire et mythe) il s'agit toujours d'une création de l'homme basé sur le fait et sur l'intention: le fait humain est avéré dans la strate du réel historique et discursif, et l'intention humaine traverse la réalité et atteint les autres strates qui composent l'humain (états inférieurs et supérieurs). L’intention tend vers une reliance à plus haut; le mythe relate une reliance "orientée" dans la cadre du récit. Le fait discursif s'inscrit dans le plan horizontal et l'intention se situe dans l'axe: c'est ainsi que le Temple est une bâtisse de matière (le fait) qui veut recevoir et contenir le ciel (l’intention). Lorsque l’on dit que le mythe devient réalité, c’est parce que l’intention anime le moteur du réel. L’intention permet l'analogie et la transformation symbolique, elle permet aussi le changement de "monde", ce qui est capital s’agissant de l’art de bâtir un Temple qui reste un objet réel qui étend son champ analogique dans des contrées inaccessibles à une vérité documentée...

(à suivre)

E.°.R.°.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2015/09/histoire-et-verite-d-un-rituel-maconnique.html

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Jean-Baptiste Willermoz et l'Agent Inconnu

14 Avril 2012 , Rédigé par Tomas Dalet Publié dans #histoire de la FM


En 1778 le Docteur MESMER importe en France une nouvelle méthode de soins basée
sur le "magnétisme animal" “en prétendant expliquer toute le vie organique et
cosmique par l'action d'un fluide circulant dans tout le corps et établissant
entre eux des rapports réciproques”. La communauté" scientifique est assez –
pour le moins – réservée.

En 1784 un disciple de MESMER, le marquis de Puysegur, pense applique le
"magnétisme animal" à des gens en état de somnambulisme, puis à des sujets plus
disposés que le commun des mortel, au spiritisme. Evidemment ces expériences et
"manifestations" diverses intéressaient les "occultistes", dans la mesure où
elles semblaient conforter la théorie selon laquelle, les sujets en transe
étaient inspirés par un "être surnaturel", "d'un autre monde", qui même parlait,
écrivait, par son intermédiaire. C'était déjà, vieux comme le monde !

Des groupes se formèrent, avec bien surs différentes motivations !

Des Maçons du grade le plus élevé qu'il soit, pensaient que “si les messagers
divins consentaient à venir en aide aux hommes de bonne volonté qui cherchaient
à guérir leurs semblables, il ne refuseraient certainement pas de répondre aux
hommes de désir qui les interrogeraient sur ce qui intéressait la Foi et le
salut des âmes”.

[…]Ils introduisirent le magnétisme mystique dans une société créée à cet effet
qui portait le nom de " la Concorde ". Ils y invitèrent J.B Willermoz qui
s'occupa plus particulièrement d'une jeune Demoiselle Marion BLANCHET, dont il
surveillait le sommeil pour y déceler " des observations

essentielles". Monsieur MILLANOIS magnétisait Mademoiselle BERGE, le chanoine
CASTELLAS

endormait Mademoiselle ROCHETTE, qui devint l'Oracle du Club. Leur zélé fut mal
récompensé, leur première déception leur vint de la voyante. Son passé aurait du
d'ailleurs leur inspirer une juste défiance, mais elle sut leur imposer jusqu'au
moment ou elle eu trouvé l'établissement qu'elle n'avait cesse de chercher.

 Arrivée à Lyon suite à "un attentat" dans un état intéressant,  elle avait d’abord annoncé au
chanoine Castellas qu’elle lui était unie par un mariage spirituel. Après ses
couches, pour lesquelles ses protecteurs lui avaient trouvé un asile
confortable, elle avait eu des «sommeils particuliers» avec un magnéti­seur plus
jeune, le Frère O’Brenan, qui au bout de quelque temps, s’était éclipsé; elle
fit ensuite courir le bruit que J.B. Willermoz, célibataire impénitent à
cinquante-sept ans, était son époux mystique. Enfin elle réussit à prendre dans
ses filets le propre neveu de Willermoz et il l’épousa le 3 octobre 1787, au
grand scandale des initiés; aucun des parents du marié ou des membres de la
confrérie magnétiste n’assista à la cérémonie nuptiale et le nom de Gilberte
Rochette fut soigneusement effacé sur les procès-verbaux de ses sommeils.

Madame de Valliere et l'Agent Inconnu :

Les désillusions que causèrent aux Frères de la Loge Élue et Chérie les messages
de l’Agent Inconnu furent d’une autre nature. Ces cahiers étaient l’œuvre d’une
somnambule psychographe, Mme de Vallière, cha­noinesse du chapitre de
Remiremont, sœur du commandeur de Mons­pey (7): Femme d’esprit curieux et
cultivé, nourri par de vastes lectures, elle avait reçu de son frère, Élu Coen
féru d’arithmosophie, Grand Profès et éminent magnétiseur spiritualiste, une
instruction mystique approfondie. Aussi les cahiers qu’elle rédigeait pendant
ses transes formaient-ils une sorte de recueil encyclopédique de thèmes
occultistes empruntés aux antiques religions de l’Orient et aux systèmes des
Manichéens et des Gnostiques, brassés, amalgamés et développés par une
imagination dé­bridée. Malheureusement ces vaticinations, qui avaient d’abord
plongé les lecteurs dans une stupeur admirative, étaient en maints endroits
d’une désespérante obscurité, qu’augmentait encore un texte parsemé de termes
venant d’une langue inconnue et de signes indéchiffrables. En outre les
prédictions de l’Agent ne s’accomplissaient pas; notamment le prophète, dont il
avait annoncé la venue et qui devait surgir du milieu des Frères, s’obstinait à
ne pas paraître. La plupart des membres de la «Société des Initiés», qui avaient
salué la date du 10 avril 1785 comme le début de l’ère du «Renouvellement»,
finirent par perdre courage. Le Sacerdos lui-même sentit vaciller sa foi et il
ne put s’empêcher d’exprimer ses doutes et ses inquiétudes dans une assemblée
générale de la Loge Élue et Chérie qu’il avait convoquée le 10 octobre 1788. Les
réunions, qui avaient lieu tous les quinze jours, devinrent de moins en moins
fréquentées, bien que le flot des messages continuât à déferler. Quelques
membres de la So­ciété des Initiés s’acharnèrent à cette pénible étude, dont de
nouveaux textes leur parvinrent jusqu’en 1793, mais la véritable ère du
Renouvelle­ment n’avait pas sensiblement dépassé son troisième anniversaire (8).


(7) Cette identification a été faite pour la première fois, et de façon
définitive, par Mme A. J0LY dans son ouvrage paru en 1938.

(8) Mme de Vallière retira en 1790 à Willermoz la garde des archives pour
la confier à Paganucci. Lorsque celui-ci dut, en 1793, quitter Lyon et se cacher
après le siège et la reddition de la ville, Périsse Duluc lui succéda. En 1795
Paganucci, rentré à Lyon, reprit possession des documents qu’il conserva jusqu’à
sa mort survenue en avril 1797. Mme de Vallière en constitua dépositaire
Périsse. Duluc, auquel elle envoya d’autres cahiers jusqu’en 1799. Quand Périsse
décéda à son tour en 1800, ses héritiers remirent à Willermoz tout ce qu’ils
trouvèrent de documents secrets dans ses papiers.


Willermoz avait pu espérer au début que l’excursion des Grands Profès dans le
domaine du magnétisme leur vaudrait quelques recrues, mais son attente fut
trompée avant même que le Renouvellement eût fait faillite. Lorsqu’il avait
mandé au commencement de 1785 à Bernard de Turckheim que Lyon pourrait «renouer
les relations avec Bordeaux par les connais­sances du (obtenues au moyen du)
magnétisme», son correspondant, au­quel l’événement donna raison, lui avait
répondu qu’il doutait fort que ce rapprochement pût faire adopter le Système Les
Chevaliers Bienfai­sants par l’ancienne III° Province et la tirer de son
assoupissement, atten­du que «la partie religieuse était peu goûtée à Bordeaux»,
de sorte que les ex-Templiers de Guyenne seraient plus rebutés qu’attirés» par
le cérémonial auguste de rituels qui ramenait l’esprit trop souvent à
aper­cevoir cette seule et unique fin des travaux». D’autre part, si la pratique
du magnétisme spiritualiste amena un échange de lettres fraternelles, de
souhaits et de congratulations avec l’ancien secrétaire de Pasqually, l’abbé
Fournié de Bordeaux, et des magnétistes de Toulouse (9), ces relations
n’intéressaient qu’un petit nombre d’Élus Coens et de mystiques qui n’avaient
aucune envie d’adopter le Système maçonnique lyonnais (10). Enfin l’Agent
Inconnu avait bien désigné Ferdinand de Brunswick et Charles de Hesse pour être
admis dans la Loge Élue et Chérie, mais, comme ils devaient recevoir
l’initiation à Lyon même, ils avaient décliné l’invitation que Willermoz leur
avait transmise.

Bien loin d’étayer l’édifice chancelant, le somnambulisme extatique
contribua à l’ébranler, en amenant le Directoire d’Auvergne à opérer dans le
rituel du premier grade une modification, qui souleva de vives pro­testations,
et en provoquant chez les Frères de confession protestante une réaction brutale
contre la propagande catholique à laquelle se li­vraient les messages de l’Agent
Inconnu.

Mme de Vallière, dont la compétence était universelle, ne s’était pas
contentée de doter la Loge Élue et Chérie de trois grades secrets; elle avait
aussi esquissé un nouveau Système de sept grades qui aurait en­traîné des
modifications dans les grades symboliques du Régime Recti­fié, notamment dans
les batteries (11), Les papiers de Willermoz ne don­nent pas d’indication
précise sur les particularités de ce nouveau Sys­tème, mais certains passages
des résumés et extraits des cahiers origi­naux font penser qu’il avait de
nombreux traits spécifiques. Par exemple, Mme de Vallière bousculait la légende
traditionnelle du grade de Maître en enseignant que Hidam, «homme privilégié des
Raabts» et maître de Salomon, s’étant laissé séduire par les volougs (12), était
retourné à Tyr, au lieu de rester à Jérusalem, ce qui avait été la cause de sa
mort. Elle affirmait aussi que le grade d’Élu avait été mal interprété et que,
«con­venant au moment de l’univers où nous touchons», il pouvait être ré­tabli
(13)

(9) VULLIAUD, op. cit., p. 127-128.

(10) Lyon 5425 pièce 27.

(11) Les Maçons appelaient ainsi le nombre et la cadence des Coups frappés à la
porte de la Loge pour en demander l’entrée, ou par le maillet du Vénérable pour
annoncer l’ouverture et la fermeture des travaux. Chaque grade avait sa batterie
distinctive.

(12) Dans le vocabulaire inventé par l’Agent Inconnu le terme Raabts désignait
tantôt les connaissances secrètes, tantôt les manifestations des puissances sur
naturelles, tantôt les élus possédant ces connaissances et témoins de ces
manifes­tations. Les volougs étaient les démons

Sur ce terrain, qui lui était familier, Willermoz se sentait autrement solide
que dans le domaine des spéculations transcendantes; avant de faire subir un
remaniement général à l’œuvre qu’il avait si péniblement enfantée et de remettre
en pratique un prototype de ces grades de Ven­geance qu’il abhorrait, il tint à
prendre des informations supplémentaires. Il consulta Gilberte Rochette sur le
parti qu’il devait prendre. Le ques­tionnaire qu’il avait rédigé, afin de ne
rien oublier pendant le sommeil du 30 mai 1786, était ainsi conçu: «Que dois-je
penser du travail fait sur les sept grades? Dois-je le publier à la Société ou
le tenir secret? Quelles sont les causes qui ont influé sur ce travail des sept
grades et autres (travaux) ?» Il hésitait d’autant plus à faire le remaniement
qu’il soupçonnait, sur ce point particulier, l’influence d’un Frère auquel il
s’estimait supérieur en expérience et en dignités maçonniques; il sup­posait que
«le porteur (Monspey) avait part à ce résultat de l’imagination, surtout dans le
travail ou cahier des sept grades et des batteries». Pour­tant les messages de
l’Agent lui inspiraient, pendant la seconde année du Renouvellement, un respect
trop profond pour qu’il refusât de se con­former, au moins partiellement, à
leurs prescriptions. Il prévenait donc le 30 juillet 1786 Ferdinand de Brunswick
que «les rituels du premier au quatrième grade (14) devraient vraisemblablement
subir quelques modifica­tions pour s adapter aux enseignements de la nouvelle
génération». Il avait du reste déjà apporté un changement important dans le
rituel du grade d’Apprenti en obtenant du Directoire d’Auvergne dès le 5 mai
1785, c’est-à-dire moins d’un mois après la fondation de la Loge secrète entée
sur la Bienfaisance, que le mot de passe du premier grade, adopté par les Loges
bleues de tous les Systèmes et qui était traditionnellement Tu­balcaïn, serait
remplacé par Phaleg.

On comprend cette hâte quand on lit ce que les messages, alors reçus avec tant
de vénération, disaient des deux personnages bibliques. Tu­balcaïn était la bête
noire de Mme de Vallière; elle l’accusait des crimes les plus monstrueux, le
rendait responsable de l’emploi néfaste des corps naturels, de la perversion des
animaux et de la dégradation de la race humaine. C’était par des opérations
diaboliques qu’il avait découvert l’art de forger les métaux, en «vouliant le
règne minéral»; il avait rendu le taureau rebelle à l’homme et donné la rage au
chien. «Coupable des plus honteuses prévarications en voie charnelle» et
«entraîné par sa ­ concu­piscence», Tubalcaïn «évia les mauvais anges en femmes
déjà existantes. Tel est le crime qui corrompt toute chair. Il fut livré au sort
des démons. Oh! abîme d’horreurs!» La femme avec laquelle Noé, échappé au
déluge, «virtualisa» les rejetons dont devait sortir la nouvelle race humaine,
avait été pervertie par Tubalcaïn, qui voulait en faire un démon (15). Noé
l’ar­racha à temps à son séducteur, mais la génération féminine issue de l’union
du patriarche avec cette femme souillée, «quoique véritablement délivrée de la
tache du crime qui voulia» sa mère, «en porte encore les marques dans sa
constitution novénaire (physique)» (16). Ainsi «les êtres de la nature ont été
souillés» autant par «le crime de Tubalcaïn» que par «la chute de l’homme».

Phaleg fut au contraire le bienfaiteur de l’humanité déchue, en lui enseignant
les vérités éternelles. «La seule initiation pure est celle qui a commencé à
Phaleg; elle s’étend de ce patriarche à Jésus-Christ qui en a légué à son tour
le dépôt». Phaleg est par conséquent le fondateur de la Maçonnerie; il groupa
les Raabts en Loges, «nom qui tient son origine du mot primitif Logos, la
Parole».

Ces considérations parurent à Willermoz si décisives qu’il résolut d’en­lever au
sinistre Tubalcaïn le patronage du grade d’Apprenti symbolique pour le donner à
Phaleg. Mais le nouveau mot de passe ne pouvait avoir force de loi dans les
Loges bleues soumises au Directoire d’Auvergne que si ce dernier prenait un
arrêté en ce sens. Comme il n’était pas possible de lui faire connaître la
véritable raison de cette innovation, il fallut trouver un prétexte. Willermoz
rédigea donc un mémoire bourré de cita­tions bibliques dont il donna d’abord
lecture au comité des grades, dans lequel siégeaient plusieurs membres de la
Loge flue et Chérie; ils com­prirent à demi-mot et décidèrent leurs collègues à
approuver la proposi­tion. Alors le chevalier de Savaron, qui présidait le
Directoire, donna à son tour. Le 5 mai 1785, «le Directoire Provincial étant
régulièrement assemblé avec la Régence ~écossaise (Chapitre Préfectoral) et le
Direc­toire ~cossais (du Prieuré de Lyon)» (17), Savaron pria le Frère ab Eremo,
Grand Chancelier Provincial, d’expliquer pourquoi le comité des grades proposait
de changer le mot de passe des Apprentis.

Willermoz, procédant à une seconde lecture de son mémoire (18), exposa que
Tubalcaïn, fils de Lamech le Bigame et de Sella, ayant été le pre­mier à
connaître l’art de travailler avec le marteau de forgeron et à se montrer habile
en toutes sortes d’ouvrages d’airain et de fer, «c’était une contradiction de
donner à l’Apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous les
métaux qui sont les emblèmes des vices» (19).

(13)Il était aussi question d’un «pont de la mort», qui semble avoir été un
accessoire d’une cérémonie de réception, comme le pont que le récipiendaire au
grade de Chevalier d’Orient franchissait en combaftant l’épée à la main contre
des ennemis fictifs.

(14)On peut supposer, d’après ce texte, que le Système de sept grades inventé
par Mme de Vallière se composait, comme l’Ordre Rectifié, de quatre grades
«osten­sibles»: Apprenti, Compagnon et Maître Symboliques, Maître Écossais, et
des trois grades secrets pratiqués par la Loge Élue et Chérie.

(15)Il y a probablement dans cet épisode un souvenir de la Lilith qui, d’après
le Talmud, fut la première compagne d’Adam et devint un démon qui fait périr les
nouveaux-nés.

(16)On devine à quelle pollution périodique Mme de Vallière faisait allusion.

(17)La réunion de ces trois comités directeurs ne formait pas une très
nom­breuse assemblée, car la plupart des charges étaient remplies dans chacun
d’eux par les mêmes Frères sous des titres différents.

(18)Lyon 5477 pièce 7.

(19)Avant d’être présenté à la Loge, le candidat au grade d’Apprenti devait
déposer tous les objets en métal: monnaie, bagues, tabatière, boucles de
souliers, qu’il avait sur lui. Les catéchismes donnaient d’ordinaire à ce geste
symbolique

Il nous faut nous replacer dans le contexte sociétal de l'époque, pour
relativiser les errements passagers des " Élus " qui se sont alors laissés
abuser, par quelques farfelu(e)s en mal de bénéfices nombreux et divers. Ces
"affaires" sont de tous les temps. Que la lourde responsabilité que d'aucun
avait à assumer, l'ai fait s'entourer de conseils plus ou moins judicieux, n'est
pas de nature ni d'un tel danger qu'il faille pour autant en minimiser l'Œuvre
dans son Immensité, car c'est bien de cela qu'il s'agit ici. Que Tubalcain ait
laissé sa place à Phaleg …. Est-ce bien là tout le problème ?

Il n'est pas lointain le temps – de nos jours – ou nos plus grands politiques
s'entouraient des conseils de tel ou telle voyant (e) perspicace ! Et alors ?

source : forum Yahoo groups

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Gilgamesh Salomon et l'architecte

4 Novembre 2012 , Rédigé par C.L Publié dans #Planches

La Mésopotamie est en amont de notre culture, l’Egypte est fille de la Mésopotamie. Agriculture, architecture, mythes, tout cela provient du Tigre et de l’Euphrate. En Irak aujourd’hui la situation est désespérée. En nous souvenant de ce que nous devons à la Mésopotamie, nous devrions penser autrement à ce qui se passe aujourd’hui.

Corollaires de la guerre : les musées ont été pillés et des objets volés sont aujourd’hui vendus chez des antiquaires à New York (et ailleurs). De cette civilisation le Louvre détient environ 7000 objets, dont le code d’Hammourabi.

Longue citation de Jung : « Les légendes ont remplacé les outils rationnels […] La légende ésotérique est une composante de la Tradition […] On ne fabrique pas un symbole, on le découvre »

La civilisation commence au 6ème millénaire av. J.C., vers 3200 apparaît l’écriture. Ce sont les Sumériens qui sont à l’origine de celle-ci. Abra(ha)m serait né à Ur (Genèse 15, 7). Le code D’Hammourabi est daté de 1770 av. JC. La transmission va se faire via les Perses : les Achéménides (vaincus par Alexandre en 339 av. JC.), puis au début de notre ère via les Sassanides (du IIIe au VIIe siècle). L’influence du Proche Orient et de Mésopotamie, dans l’Antiquité s’étend en Egypte et de là vers la Grèce, puis Rome, d’où elle nous viendra. Dans un deuxième temps, au Moyen Âge, l’apport grec nous vient d’Orient via l’Andalousie.

I) Gilgamesh, sumériens et akkadiens. Quelques emprunts :

La Bible présente souvent de manière assez partiale les Assyriens, comme les Egyptiens (tour de Babel, déportations des Juifs à Babylone (597… victoire de Nabuchodonosor II), La tour de Babel est une ziggourat (échelle de Jacob dans la Bible).

Bible : l’épopée de Gilgamesh, roi d’Uruk (Irak) concentre la plupart des mythes fondateurs, on y trouve ainsi le prototype du mythe de Noé (déluge, arche), le meurtre rituel. Cet aperçu sur le déluge date d’environ 2200 av. JC. L’arche ici a 7 étages (celle de Noé 3 − cf. Genèse 6, 11-17), elle est calfatée de bitume (évidemment courant dans cette région). Premier étage : constellations australes, deuxième constellations entre Tropique du Cancer et du Capricorne, troisième constellations arctiques, toit les deux ourses célestes. Quant à l’homme, selon les Mésopotamiens, il a été façonné avec de l’argile.

Mythes grecs : On peut évidemment penser au mythe de Persée qui calque ses héros sur l’épopée de Gilgamesh. On trouve aussi une histoire d’enfant dans un coffre (comme Œdipe), et l’accident de char où Œdipe va tuer son père fait aussi écho à des mythes de renouvellement de la nature comme dans Gilgamesh. Héraklès « est un clone de G. ». 6 travaux pour le cycle de l’ombre et six travaux pour le cycle de la lumière, les 12 travaux justifiant la royauté. Enkidu a des échos dans le mythe d’Orphée.

Christianisme : Saint Georges est lui un « clone » de Marduk (Mardochée). L’affrontement avec le dragon existe déjà aussi en Mésopotamie puisque Marduk tue Tiamat qui est un dragon (4000 av. J.C.), on le retrouve Léviathan (Bible), en Laocoon, hydre de Lerne chez les Grecs.

Islam

Droit : Les 282 décrets du code d’Hammourabi (au nom de Shamash, dieu du soleil et de la justice) vont servir à définir les droits de la femme dans l’islam : ainsi la dot payée par le fiancé, ou le droit d’une femme d’administrer ses biens.

Architecture :

Le minaret abbasside de la ville de Samarra hélicoïdal , que l’architecte Jean Nouvel a symboliquement inséré dans le bâtiment parisien de l’Institut du Monde Arabe , et que le gouverneur abbasside en Egypte reproduisit dans la mosquée Ibn Touloun ( au Caire ) , rappelle le style architectural ( et sa fonction ) des ziggourats mésopotamiennes .

Calendrier : au départ lunaire, mais vers 1500 on passe à un calendrier solaire. Le jour d’observance religieuse est « shabatu «.

Numération : base sexagésimale (1-6-60-360, etc.) et positionnelle (361 : 1 signe dans la colonne droite et six signes dans la colonne gauche), (utilité : pensons à la trigonométrie, au décompte de l’heure etc.)

Ecriture, lexique : L’écriture commence aussi avec les Sumériens. Elle fut d’abord pictographique puis cunéiforme. Le lexique akkadien a emprunté des mots au sumérien, mais l’akkadien est une langue sémitique. Nous avons aujourd’hui des minéraux et des végétaux dont les noms nous viennent du sumérien : gypse, naphte, jaspe, mine (de sel), sequin, cumin, safran, semoule. De nombreux prénoms nous viennent aussi de Mésopotamie, via l’araméen : Benjamin, Anne, Daniel, Emmanuel, Marthe, Pierre, Marie, thomas, Esther... Le plus ancien est Suzanne (qui veut dire le lys).

Dieux et déesses : Shala, épouse d’Hadad (dieu de l’orage, de l’éclair) tient en ses mains un shoboulton (épi d’orge, schibboleth). Elle est devenue Ata, vierge ailée avec un épi. On retrouve Athéna avec les mêmes attributs.

En Égypte on retrouve l’image de l’abîme primordial (Noun) d’où émerge un monticule (Atoum Ka à Héliopolis). Le rôle de la pluie (Tefnout est fille d’Atoum) est primordial alors qu’il ne pleut pas en Egypte (à la différence de l’Assyrie) marque aussi une probable influence.

L’héritage se retrouve aussi dans la construction en trois parties du temple de Jérusalem, via les trois parties du temple égyptien (en Syrie de même), et jusque dans certaines églises orientales (espace pour les catéchumènes, les fidèles baptisés et l’iconostase).

Isis et Marie tiennent de la même manière leur enfant dans les bras. La représentation d’Horus harponnant un hippopotame évoque de même des sources mésopotamiennes.

Le monothéisme a été emprunté à l’Égypte.

II) Le mazdéisme, Zoroastre

À l’ouest de la Mésopotamie, l’Iran, pays des aryens, du mazdéisme, du zoroastrisme – qui fut la religion des Achéménides et des Sassanides. Il y a encore environ 200 000 fidèles de cette religion (dont 100 000 aujourd’hui en Inde). Si l’on a des textes mazdéens on n’a aucun texte de Zoroastre. Comme celle de Salomon, son existence est aujourd’hui contestée. Il s’agit peut-être d’un mythe, mais Zardoucht (nom persan) aurait vécu de 660 à 583 av. J.C, serait né en Bactriane (Balkh, Afghanistan actuel), et il eut une grande influence. Il eut une vision et décida de prêcher sa réforme du mazdéisme. La classe sacerdotale s’opposa à lui, il trouva refuge auprès de Vishtapa et il aurait été tué à 76 ans par un nomade touranien (turc, venu de l’Altaï).

Il a prêché sa réforme d’abord dans l’espace iranien ou « aryen » (dans l’actuel Ouzbékistan puis Kurdistan, etc.). Une de leurs tribus est « les Mages » (prêtres, d’où vient l’idée de Zoroastre comme légende mythique ayant servi à la formation de ceux-ci).

Nous trouvons dans cette religion l’importance majeure du feu, de la lumière. Tout homme sert le grand dessein cosmique et doit aider Dieu à vaincre le mal, mais le Mal est nécessaire car il permet après de longues souffrances le retour à la divinité. Le Dieu du bien, crée le monde par la pensée. Ahura-Mazda (qui n’est pas responsable du mal) crée le monde physique pour s’opposer à Ahriman (en tirant le mal hors du monde spirituel), et les hommes l’aident.

Vers l’Inde

La contrée entre Iran et Irak, ex oriente lux,

Abîme primordial, les Sumériens passeront leur mythe de l’abîme d’où émerge une montagne, à la civilisation Araja (environ 3000 av. JC) qui la passeront aux Upanishad (environ 1800 av. J.C.). Le monde est d’abord aquatique (4500 av. J.C.) XX combat avec Kur, dieu du monde infernal. L’homme a été créé pour rendre un culte aux dieux et subir le châtiment de leurs fautes originelles.

Marduk-Tiamat : nous retrouvons l’eau encore aux premiers âges du monde. Dans le Rig Veda Indra éventre les montagnes et libère les eaux.

Bible

C’est après l’exil à Babylone (597-538 av. J.C.) que des thèmes mazdéens apparaissent : vie après la mort, fin des temps, angélologie, chérubins (Rois 5-32) gardant le debhir (saint des saints) du Temple de Jérusalem (alors que toute image d’êtres vivants est interdite).

Le thème du juste souffrant se retrouve dans Job.

Le songe de Jacob, l’escalier qui monte de la terre aux cieux, rappelle les fonctions mêmes des ziggourats. Gilgamesh réapparaît comme Eresh dans la Bible.

Genèse (I, 2)« Les ténèbres couvraient l’abîme, un vent de Dieu tournoyait sur les eaux. ». (I, 6-7) « Dieu dit ; « qu’il y ait une étendue entre les eaux, et qu’elle sépare les eaux d’avec les eaux »

Le thème du Déluge vient-il d’une rupture de la mer Noire ? (10 000 av. J.C.) Kish ou Ur ont également eu des inondations énormes. Une partie de la Mésopotamie est aujourd’hui sous les eaux du Golfe persique, et compte-tenu de la situation dramatique de cette zone, ce n’est pas ces temps-ci qu’on pourra faire des fouilles sous-marines.

Christianisme :

Zoroastre et Jésus :
· La légende des trois rois mages (mage en persan veut dire prêtre) est marquée par le mazdéisme. Les Mages étaient une tribu de prêtres mazdéens (turcomanes).
· Zoroastre serait né d’une mère vierge. Jeune, il aurait confondu les docteurs de la loi. Il aurait quitté sa mère à trente ans pour partir prêcher sa réforme et a été surnomme le bouvier (pasteur du troupeau). Son visage resplendissait.
· L’Évangile de Jean fait écho aux concepts mazdéens : « La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont point reçue » (1. 5). « La lumière était dans le monde, et le monde a été fait par elle, et le monde ne l’a point connue » (1. 10).

Zoroastrisme, mithraïsme et manichéisme

Le dualisme a influencé peut-être certains philosophes grecs. Le mithraïsme (qui fut concurrent du christianisme) en porte aussi la marque. La naissance de Mithra était célébrée le 25 décembre, et ses disciples partageaient le pain et le vin. Le seizième jour du mois, et le septième mois de l’année lui étaient consacrés.

Le mazdéisme est à l’origine du manichéisme, mais ces deux religions ne sont pas identiques. La doctrine de Mani veut réunir des données de plusieurs religions. Mais il affirme que Dieu a créé à la fois les ténèbres et la lumière. Mani (216-277), ne fait pas de pronostic, il dit qu’à la fin des temps l’homme pourrait être vainqueur sur les ténèbres. Pour que le bien triomphe du mal, l’homme doit faire gagner en lui sa part de lumière.

Manichéisme : Bogomiles, cathares etc. et tout le courant négativiste dans la philosophie découle des doctrines de Mani Dans la crainte que le mal ne l’emporte sur le bien, il faut que l’humanité s’arrête, d’où le refus de procréer des cathares par exemple.

Islam :

Le manichéisme se retrouve aussi dans le Coran. Dans les dernières sourates (prophylactiques) il est écrit : « Dis: Je cherche protection auprès du Seigneur de l’aube naissante contre le mal des êtres qu'Il a créés, contre le mal de l’obscurité quand elle s'approfondit » (sourate 113)

Dans son ouvrage Le Coran, la Bible et l'Orient ancien, Mondher Sfar s’appuyant sur Bottéro montre le rapport entre les versets coraniques et un poème mésopotamien. Allah y est présenté comme un monarque mésopotamien.

Iblis (al shaytan : Satan), nous dit le Coran a refusé que l’homme soit créé. Contrairement aux autres anges, il refuse de saluer sa création. « Je suis meilleur que lui, tu m’as créé de feu, tu l’as créé d’argile ». Il est chassé du paradis. Déchu, il obtient un délai pour pouvoir s’occuper des hommes et les tenter, à l’exception des plus fidèles.

Des bas-reliefs achéménides près de Persépolis montrent des souverains protégés par des anges ailés.

Un mouvement mystique se référant à Sohrawardi (syncrétisme islamo-mazdéen, cf. Corbin) est aussi marqué par la cosmogonie de Zoroastre.

Et influence via l’Islam sur le christianisme : Certaines églises carolingiennes, ainsi celle de Germigny-des-Prés dans le Loiret, reproduiront l’église zoroastrienne. L’influence sassanide se retrouve au Puy (pierres blanches et noires comme les mosquées des Omeyyades), évoquent la lutte entre bien et mal). Nous leur devons aussi la figuration des anges avec des ailes, et ce, via les chérubins du Temple de Jérusalem.

Les Mésopotamiens avaient une curieuse relation aux dieux. En fait ils faisaient des sacrifices aux dieux pour que ceux-ci ne s’occupent ni d’eux ni de leur famille, pour les tenir à distance.

III. Présence salomonienne en Loge bleue
La Franc-maçonnerie a emprunté nombre de ses mythes à l’Orient ancien. Elle a aussi puisé dans l’organisation des corporations (cf. Louis Massignon et ses recherches à Bagdad), lesquelles ont été aussi marquées par ce qui existait en Islam.

Quand on construisait des cathédrales on demandait aux Apprentis de reconstruire le temple de Jérusalem. Dans le « livre des Rois » on a déjà les outils de la maçonnerie : règle fil à plomb etc.

Dans le tableau de Loge il y a 15 marches (réduites à 3 pas), nous avons les deux colonnes J et B, les grenades (multiplicité des principes composant l’homme). Salomon, Hiram, Hiram Abi (5- 28) président à la construction du Temple.

Le Temple est composé en 3 parties : oulam, hekal, debir. Le pavé mosaïque était sur le perron devant le temple.). (Rois 5-17)

La taille des pierres se faisait ailleurs (Rois 6 -7). ). On équarrissait à l’extérieur du Temple. (Rois 5 -32. Dans le passage, le pro-fanum (pro-fane), les ouvriers de Salomon, ceux d’Hiram et les Giblites (ceux de Byblos) équarrissaient et façonnaient le bois et la pierre.

Salomon est présent dans le rituel maçonnique, il est l’homme sage, exemplaire et bâtisseur qui va chercher Hiram (Rois 5) (qui apparaît très tôt dans les légendes des bâtisseurs : dès 1131). La question de l’existence réelle de Salomon a été posée. Est-ce un mythe ? Qu’il ait ou non existé, il représente la sagesse, la connaissance, le discernement, l’esprit de tolérance avec les autres religions (il accepta des cultes différents du sien), et il fut un bâtisseur. De nombreux mythes et légendes racontent aussi l’histoire d’un architecte bouc émissaire : celui de Sainte Sophie a été décapité, comme celui de Pithiviers etc. On trouve ce thème dès 1500 av. JC en Égypte, il a probablement été rapporté par les Hébreux travaillant là-bas. La légende de l’assassinat de Zoroastre, comme celle du petit fils de Mahomet lui font écho. Le temple a été détruit à plusieurs reprises.

Notre métalangage vient à 80% de l’hébreu (Bible, Zohar, Kabbale). Ouzé veut dire « c’est lui » (le dieu que l’on ne nomme pas, « ou » = « Ua » lui. Salomon est aussi présent dans l’iconologie chrétienne, ainsi au portail de la cathédrale de Reims. Il est cité dans le coran.

Zoroastre réapparaît à un moment de notre remontée vers la lumière (Jean-Baptiste, Yah Yah dans le Coran, et Jean l’évangéliste pour le solstice d’hiver).

De l’Islam à la Maçonnerie

Les confréries de l’islam mystique sont basées sur des corporations de métiers, d’origine persane. Salman el farisi (Salman le persan) compagnon du prophète, est le troisième de la triade Mahomet, Ali (son gendre) et lui. Pour les ismaéliens c’est le personnage le plus important bien que le plus obscur. C’est le barbier de Mahomet, il est maître des poils, des cheveux (on sait que se rendre maître des cheveux de quelqu’un permet d’agir magiquement sur lui). Le prophète a donc toute confiance en lui. C’est à lui que l’on a attribué la création des corporations. Elles existaient sous les Sassanides. Elles travaillaient dans le secret, en relation avec le symbolisme, prônaient l’humanisme, la tolérance, le spiritualisme et parfois l’ascétisme.

Ces corporations pratiquaient des initiations :
· Ils possédaient des signes de reconnaissance et des mots de passe qui étaient transmis au moment de l’initiation.
· Une coupe d’eau salée devait être absorbée trois fois par le récipiendaire : dire vrai, voir vrai, devenir vrai.
· A la fin de la cérémonie d’initiation on leur remettait un pantalon bouffant, puis une cordelière, ceinture de tablier (shadd) ou un baudrier.
· Puis il y avait un banquet.

Le Livre des métiers d’Etienne Boileau (XIIIe siècle), étudié par Massignon, fait le lien avec les corporations d’Orient. Les corporations de métiers eurent une telle importance que nous retrouvons l’emblème de celle des bateliers (la corporation la plus riche) sur les armes de la ville de Paris. Des textes de 1250, 1283 reprendront des textes ismaéliens.

Les héritages sont en grand nombre (notamment architecte, apprenti, compagnon, instruments, personnages, lexique du rituel en Loge). Le tuileur (tuilier < teghere couvrir), attouchement (<tocare, >tocsin), le serment, la batterie.

  

Source : www.ledifice.net

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Tuileur de l’Ordre de la Félicité ou Maçonnerie d’Adoption

11 Mai 2012 , Rédigé par Vuillaume Publié dans #Rites et rituels

Premier Grade

Apprentie

 

Décoration de la Loge.

Comme les réceptions aux trois premiers grades se font dans un même appartement, il faut qu'il soit assez grand pour pouvoir être partagé en trois parties. Cette division est faite seulement par des tentures ; et voici comment elles sont disposées.

La salle, pour être convenable, devant avoir une certaine profondeur, est divisée, d'abord en deux grandes parties; celle de l'Asie ( ou de l'est ) est la plus, grande; celle de l'Europe (ou de l'ouest) est à-peu-près du tiers de l'autre partie. Cette dernière est ensuite coupée en deux, par un couloir pratiqué au milieu pour s'introduire dans la loge proprement dite, qui se tient dans la partie du fond.

Nous verrons dans les grades suivants l'usage des deux dernières parties, de l'appartement. La loge est tendue en rouge.

Elle représente le globe terrestre, et ses quatre parties tirent leur nom des grandes divisions géographiques de la terre. te côté ou se tient la grande-maîtresse, et qui, dans les loges d'hommes est nommé L'Est ou l'Orient, se nomme ici climat de,1' Asie ; l'occident est le climat de l'Europe, le midi est le climat de l'Afrique, et le nord est le climat de l'Amérique.

Dans l'Asie sont deux fauteuils, ou trônes, sous uni même dais, de la couleur rouge, à franges en or; en avant des trônes est un autel, sur lequel se trouve un maillet.

Sur les côtés de la loge sont placées, huit .figures allégoriques, représentant la Sagesse, la Prudence, la Force, la Tempérance, l’Honneur, la Charité, la Justice et la Vérité, distinguées chacune par les : attributs qui les caractérisent.

La Loge est éclairée par cinq terrines odoriférantes.

Les Frères et les Sœurs sont rangés, sur deux lignes sur les côtés, les Sœurs sur la ligne de l'intérieur, en avant des Frères.

Le grand maître, la grande maîtresse, et tous les autres dignitaires, occupent la même place que dans les loges ordinaires.

Devant les dignitaires qui en font usage sont des tables pentagones.

Sur le pavé est le tracé de la loge, qui représente les quatre parties du monde par quatre figures allégoriques.

Il y a, en outre, une chambre de réflexion, tendue en noir, éclairée par une seule lampe suspendue au-dessus d'une table; sur la table est une tète de mort.

TITRES

Les dames ne s’assemblent jamais seules ; elles sont toujours aidées dans leurs travaux par des matons ; il en résulte que tous les offices sont doublés, c'est-à-dire, qu'à côté de Chaque sœur dignitaire est un frère de la dignité correspondante ; ainsi, à côté de la Grande-maîtresse est le Vénérable ; A côté de la Sœur inspectrice, est le premier surveillant; à côté de la Sœur-dépositaire, est le second surveillant, et ainsi des antres.

A l'exception des trois offices que nous venons de nommer, toutes les autres sœurs dignitaires ont les mêmes titres que dans les loges ordinaires.

Dans la maçonnerie d'adoption, c'est le F\ Orateur qui fait les fonctions de préparateur.

Les pièces écrites dans cet Ordre, sont nommées Echelles.

SIGNES

D’ordre — Les deux mains l'une dans l'autre, et tombant sur le tablier.

Le caractère — Porter sur la bouche les deux premiers doigts de la main gauche, le pouce sous le menton.

En réponse : Se prendre l'oreille gauche avec le pouce et le petit doigt de la main droite, le reste de la main allongé sur la joue.

ATTOUCHEMENT

Avancer réciproquement la main droite ouverte, les doigts rapprochés, et placer les mains l'une sur l'autre, par l'intérieur.

BATTERIE

Cinq coups égaux..

Dans les acclamations, au lieu de frapper dans les mains, on ne fait que frapper légèrement l'extrémité des doigts l'une sur l'autre par cinq fois, en disant EVA (héb הוח   hhavah vita ). C'est le nom de la mère commune des hommes.

HABILLEMENT DES SOEURS

Robe de ville, blanche. Par-dessus, est un large cordon bleu moiré, porté en écharpe, passant de droite à gauche ; et pour bijou, un cœur enflammé, ayant dans l'intérieur une pomme.

Les dignitaires portent le cordon en sautoir, au bas duquel pend, pour bijou, une truelle en or.

Autour du bras gauche, est la jarretière de l'ordre, en satin blanc, doublure bleue, avec la devise, silence et vertu, brodée en soie bleue.

Tablier de peau blanche, doublure et bordure en soie bleue ; gants blancs.

HABILLEMENT DES FRERES.

Les officiers portent le cordon de leurs dignités, et les FF\  ceux de leurs grades respectifs; outre cela, un cordon bleu moiré, mis en sautoir, au bas duquel est attaché, pour bijou, une échelle en or, à cinq échelons.

MOT DE PASSE.

EVA

MOT SACRÉ.

FEIX FEAX, que l'on interprète ainsi : Académie, ou Ecole de vertus.

 

Deuxième Grade

Compagnonne

 

Décoration de la Loge.

La loge étant disposée comme nous l'avons dit dans le premier grade, la partie réservée à la droite en entrant, représente le jardin d'Eden, rempli de fleurs et de fruits; un arbre domine dans le milieu, il est couvert de pommes; un serpent -artificiel entoure la tige et tient une pomme dans la gueule.

La tenture de la seconde salle est la même qu'au premier grade.

Sur l'autel, devant la grande-maîtresse, est une bougie allumée, une auge dorée dans laquelle est une mixtion préparée selon le rituel.

Vers la partie d'Europe est une terrine allumée à l'esprit-de-vin, dans lequel on a jeté un peu de sel.

Plus près de la porte d'entrée, est une table couverte d'un drap noir, au-dessus de laquelle est un tableau transparent représentant le meurtre d'Abel.

Au milieu de la loge, sur le pavé, est un tableau représentant les quatre parties du monde, l'arche de Noé reposée sur la montagne Ararat, au moment où la colombe revient avec un rameau d'olivier.

 SIGNES

Porter le petit doigt de la main droite sur l’œil, droit fermé.

En réponse : se prendre le bout du nez avec le pouce et l'index de la main droite, le reste de la . main couvrant les yeux.

ATTOUCHEMENT

Se prendre mutuellement la main droite, de sorte que les deux pouces soient croisés, et le doigt médius étendu sur le poignet.

 

BATTERIE

Cinq coups égaux.

Le cri d'acclamation est : vivat!

 HABILLEMENT.

Outre l'habillement du premier grade, un voile de gaze couvre la tête des sœurs.

Les dignitaires ont des gants noirs, Je surplus des FF\ et des Sœurs ont des gants blancs.

 MOTS DE PASSE.

LAMMA SABACTANI ( héb. ינתקבש  המל    lith lammah schebakthani, ut quid dereliquisti me ? St. Math., chap. 27, v.46, et Ps. 2I, v. I ) que l'on interprète ainsi : Seigneur, je n'ai péché que parce que vous m'avez abandonné.

MOT SACRE

BELBA ( anagramme de Babel. Héb. לבב   in confusione) que l'on interprète : Tour de confusion.

  

Troisième Grade

Maîtrise

 Décoration de la Loge.

On se sert de deux appartements.

Le premier, celui que nous avons indiqué à la gauche, en entrant dans la loge, est nommé atelier; il renferme un établi de menuisier, sur lequel est un maillet et un ciseau; une boite figurant une pierre est aussi placée sur l'établi; elle est construite de manière qu'au premier coup de ciseau, elle s'ouvre, et laisse voir un cœur enflammé qui y est renfermé.

Deux bougies, qui sont aussi placées sur l'établi, éclairent cette chambre.

Le second appartement, qui est la loge, est décoré comme, dans les deux premiers grades. Il y a de plus, un arc-en-ciel, placé au- dessus de l'autel. Du côté de l'Afrique est une petite tour en forme de spirale, d'environ dix- huit pouces de hauteur, assez large et assez solide, pour qu'une personne puisse monter et se placer dessus. On lit en gros caractère, sur cette construction, l'inscription : Tour de Babel, monument de l'orgueil des hommes.

Une échelle, composée de cinq échelons, est préparée, pour s'en servir comme il est indiqué dans le rituel.

Au milieu de la salle, est le tracé de la loge représentant,

1° les quatre parties du monde;

2° Noé sorti de l'arche, et offrant à Dieu un agneau en holocauste ;

3° un arc-en-ciel;

4° Abraham prêt à immoler son fils ;

5° la vision de Jacob, représentant Jacob endormi, une échelle montant au ciel, et les anges qui montent et descendent;

6° l'embrasement de Sodome, et la femme de Loth changée en statue de sel ;

7° une citerne dans laquelle est plongé Joseph, et au-dessus, le soleil, la lune, et onze étoiles.

Au côté droit du tableau sont sept lumières et six à gauche.

Outre ces treize lumières, un chandelier à trois branches sur l'autel, et un sur chacune des tables de la sœur inspectrice et de la sœur dépositaire.

Si le local ne se trouvait pas assez éclairé, on. pourrait ajouter d'autres lumières à volonté, et on ne les compterait point dans le nombre mystérieux.

 SIGNES

Figurer devant soi, avec la main droite, l'échelle de Jacob.

En réponse : Placer la main gauche sur le visage, de manière à ce que le petit doigt soit sur la bouche, l'annulaire sous le nez, le médius et l'index sur l’œil, et le pouce sur l'oreille gauche.

 ATTOUCHEMENT

Se présenter mutuellement l'index et le médius de la main droite, les poser les uns sur les autres en longueur, et se touchant par l'intérieur; ensuite, appuyer tour à tour le pouce droit sur les jointures des deux doigts présentés, près de l'ongle.

 BATTERIE

Cinq coups égaux.

Le cri d'acclamation est Eva, répété cinq fois.

 HABILLEMENT

Il est le même que dans les grades précédents, si ce n'est que le bijou de toutes les maîtresses est une truelle d'or.

Tablier blanc, doublure et bordure cramoisi.

MOT DE PASSE.

BABEL.

MOT SACRE.

HAVOTH-JAIR (héb. ראי  תוח    hhavoth-jaïr, oppida illuminationis) que l'on interprète : l'éclatante lumière de la vérité a dessillé mes yeux.

Il y avait en Chanaan une ville de ce nom ; elle faisait partie du territoire échu à la tribu de Manassé. ( Nomb. ch. 32, v. 4I, et Juges, chap. I0,  v. 4.)

 

Quatrième Grade

Maîtresse-Parfaite

 Décoration de la Loge.

Tenture en damas cramoisi ; le trône, le dais, les sièges, sont de même étoffe, avec galons et franges en or.

La loge représente l'intérieur du tabernacle dressé par Moïse dans le désert.

Au bas du trône, et un peu en avant, sont deux colonnes torses. Celle du côté de l'Afrique, représente la colonne de feu qui dirigeait les Israélites dans le désert, pendant la nuit; elle est creuse et transparente, pour pouvoir être rendue lumineuse.

La colonne du côté de l'Amérique représente la- nue qui les protégeait pendant le jour; elle semble se perdre en ondes légères dans le plafond, qui représente le ciel.

Ces deux colonnes sont réunies par le haut, au moyen d'un cintre représentant l'arc-en- ciel.

 Dans un des angles de la loge, est l'autel du feu, ou de la vérité, sur le quel sont placés plusieurs vases antiques, en or et en argent. Sur le milieu de l'autel, est une cassolette, dans laquelle brûlent des parfums, et devant la cassolette, un plat d'argent, pour recevoir les offrandes.

A côté de l'autel, est une boîte semblable à celle que l'on a vue dans le grade précédent ; mais, au lieu d'un cœur que renferme la première, on trouve dans celle-ci les mots suivants, tracés en or sur des tablettes: Emeneth  ( I ), Hur, Cane, Eubulus (héb. תנמא    veritas, רוה    libertas, אנכ   zelus, œmulatio ). (Eutulus, Eubulos, prudens.) Vérité, liberté, zèle, et prudence.

(I) Et non Amana, comme on lit dans quelques rituels.

A côté de la boîte est un marteau.

Sur le pavé est le tableau de la loge, qui représente le songe de Pharaon, lorsqu'il vit sept épis pleins, et sept épis vides ; Joseph se réconciliant avec ses frères; plusieurs hommes avec des tabliers, la truelle à la main, avec laquelle ils pétrissent la terre pour former des briques; Moïse exposé dans une corbeille, sur les eaux du Nil, et la fille du Pharaon qui le fait retirer. Sur le devant du tableau Moïse et Aaron à la tête des Israélites, au moment de la submersion . de l'armée d'Egypte dans les flots de la Mer Rouge.

TITRES

Le grand-maître représente Moïse, et la grande-maîtresse, Sephora, femme de Moïse. ( Héb. הרופע   tsephorah, avis, vel passer, fille de Raguel, ou Jethro, prêtre des Madianites, Exod., chap. 2, v. 2 I ; chap. 4, v. 25; et chap. 18, v. 2. )

Le F\ dépositaire est nommé Aaron. (héb. ןרהא    aharon, mons, sive montanus; fils d' Amram, fils de Cahath, fils de Lévi, frère de Moïse. Exod., chap. 6, v. 20).

 SIGNES

D’ordre — Les FF\  tiennent l'épée nue de la main droite, la pointe haute. Les sœurs tiennent également la baguette élevée et appuyée contre l'épaule droite.

De reconnaissance - Mettre la main gauche dans son sein ( les sœurs la mettent seulement sur la poitrine ); la retirer, et la regarder par-dessus, avec l'air de l'étonnement ; remettre une seconde fois la main sous les habits, et l'ayant retirée la regarder en dedans, avec un signe de joie. Ce mouvement rappelle ce que fit Moïse, par l'ordre de Dieu, sur le mont Horeb, où il vit sa main couverte de lèpre, et guérie sur-le-champ.

 ATTOUCHEMENT

1°. Présenter le dessus de la main gauche, en faisant le signe ; en réponse : faire le même mouvement.

2°. Remettre la main dans son sein, la retirer et montrer le dedans ; en réponse : faire le même-signe.

3°. Passer la main sous celle du Tuileur, et la ramener en glissant jusqu'à l'extrémité des doigts.

BATTERIE

Sept coups, par six et un : : ♪♪♪♪♪♪ - ♪ !

L'acclamation est la même que dans le grade précédent.

 HABILLEMENT

Le grand-maître et le F\\ dépositaire sont revêtus de l'habit de grand-prêtre.

Les autres FF\  et les Sœurs sont habillés comme dans le grade précédent. Les Sœurs ont, de plus, une baguette à la main.

Le bijou est un marteau d'or, suspendu à un cordon bleu moiré, mis en sautoir.

Chaque Sœur nouvellement admise reçoit un anneau d'or, en forme d'alliance, sur lequel est gravé le mot : secret ; et en outre une paire de jarretières en taffetas ou satin bleu, sur chacune desquelles est brodé en or un cœur avec cette devise partagée; savoir : sur l'une la vertu nous unit, et sur l'autre, le ciel nous récompense.

 MOT DE PASSE

BETH-GABARA, OU BETH-ABARA ( héb.  הרבע    Domus transitus), maison de passage.

 MOT SACRE

ACHITOB, frère de bonté ( héb. בוטיחא   ahhitoub, frater bonitatis ).

Nous avons trouvé dans quelques rituels, achirab pour mot sacré ; c'est une faute.

 

Cinquième Grade

Elue, Sublime Ecossaise

Ou Souveraine Illustre Ecossaise

 

Décoration de la Loge.

Il faut deux appartements pour les réceptions ; ou bien on' dispose la tenture de manière à pouvoir en changer promptement la couleur, soit en retournant les panneaux, soit en relevant les draperies.

Pour le premier point de la réception, la tenture est verte, parsemée d'étoiles d'or, galons et franges en or.

Pour le second point, comme pour les réunions habituelles, la tenture est couleur ponceau, galons et franges en or.

Outre les lumières exigées dans les grades précédents, il y a trois lampes suspendues au plafond, chacune de trois lumières ; deux lampes sont à l'Asie, l'une à droite et l'autre à gauche; la troisième à l'Europe, du côté de l'Afrique.

TITRES

Le vénérable représente le grand-prêtre Eliacim (héb. םקילא    eliakim, Dei resurrectio ).

Le 1er surveillant, Ozias, prince de Juda. ( Héb. היזע    gosiah, fortitudo domini.)

La sœur récipiendaire représente Judith. ( Heb. תיוהי   Jehoudith, laudans. )

Le 1er surveillant dirige le climat d'Afrique, et la Sœur dépositaire, le climat d'Amérique.

SIGNE

Porter la main gauche sur la tête, la saisir par les cheveux, et de la main droite faire le simulacre de se couper le cou.

ATTOUCHEMENT

S'entrelacer mutuellement le petit doigt de la main droite.

 HABILLEMENT

Le président est vêtu d'une longue robe blanche; une large ceinture, couleur vert et ponceau, fait deux fois le tour du corps, les bouts retombent jusqu'à terre, du côte gauche; ces bouts sont rejetés sur l'épaule gauche, pendant le cours des. travaux. Sur la poitrine, est une plaque d'or où sont gravées les lettres D.. V.. Cette plaque est fixée par quatre chaînes qui passent sur le cou et sous les bras. Il est coiffé d'une tiare blanche en lin ; il a sur le front un bandeau jaune, sur lequel sont peints ou brodés en hébreu les mots suivants: הוהי  ל  שדק    Kodesch l'adonaï, sanctum domino (Exod. chap. 28, v. 36 ), consacré au Seigneur.

Les sœurs portent le cordon écossais, ponceau moiré, en écharpe, passant de droite à gauche. Au bas du cordon est suspendu un glaive attaché avec une rosette verte. Sur le devant, sont brodées en argent cinq étoiles à cinq pointes. A l'endroit par où s'attache le cordon sur l'épaule, est une rosette blanche.

Une truelle en or est attachée sur la poitrine au côté gauche avec un ruban bleu ; du côté droit sont attachés avec un ruban couleur ponceau un ciseau, un marteau et un anneau d'or.

Tablier blanc, doublure ponceau, bordure. verte; ou bien, doublure bleue, bordure ponceau, la bavette verte. On peut y broder les différents attributs de l'adoption.

 BATTERIE

Deux coups égaux.

 ACCLAMATION

Le mot d'acclamation est Judith, répété par deux fois.

TEMPS DU TRAVAIL

De l'entrée de la nuit à l'apparition du jour.

MOT DE PASSE

VAGAO, nom d'un des eunuques d'Holoferne ( Judith, chap. 12, V. I ); interior, vel intimus.

 MOT DE RECONNAISSANCE

La vallée de Bethunie m'est connue.

 MAÎTRESSES PAROLES.

SIGÉ et ALETHIÉ, que l'on interprète ainsi : silence, vérité.

source : www.ledifice.net

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