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Hauts Grades

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Le franc-maçon et le chevalier (extraits)

8 Septembre 2012 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Chevalerie

Les loges maçonniques du XVIIIème siècle dans le secret de leurs travaux ont su marier la tradition opérative et la chevalerie.

La recherche de la lumière semble être à l’origine de l’association des dernières voies initiatiques encore praticables en occident. La franc-maçonnerie est le grand réceptacle traditionnel d’éléments très anciens et hautement symboliques. Elle fut composée dés son ouverture spéculative par de nombreux officiers et chevaliers de noblesse. Ces derniers voulaient redonner corps à une tradition alliant action et spiritualité. Il ne faut donc pas s’étonner qu’au Siècle des Lumières, la loge maçonnique devienne la crypte protégeant le trésor des anciennes initiations.

Trois courants ont présidé à la naissance de la
franc-maçonnerie " spéculative " : le courant opératif - celui du métier qui repose sur les connaissances géométriques qui sont la base de l’architecture - le courant religieux ésotérique - avec son contre-versant hermétique qui libère le langage du dogme, et le courant chevaleresque qui engage enfin le maçon spéculatif dans un combat.

Les deux premiers sont bien connus. Le troisième mérite un certain nombre d’éclaircissements pour comprendre son extraordinaire adaptation inspirant la plupart des rituels des différents rites.

Il existe une symbolique et d'une mythologie commune entre chevalerie et maçonnerie. L'idéal chevaleresque est une source profonde du système écossais, et de la coutume écossaise depuis Robert de Bruce et la légende de la pierre de Scone. Cet idéal fonde le pouvoir royal plus que le pape lui-même.

La chevalerie se réclame comme la franc-maçonnerie d’une tradition immémoriale.

Les traces sont anciennes et partent de la tradition primordiale. La caste guerrière est toujours présente dans toutes les civilisations. Elle remplit une fonction indispensable à l’édifice testamentaire et se réfère à l’idéal et à un imaginaire agissant se traduisant dans l’engagement du corps jusqu’au sacrifice. C’est par le sacrifice qu’elle établit un lien supérieur avec le créateur ou le centre ontologique. Dans l’Ancien Testament, Dieu interdit à David de construire le Temple, car il appartient à cette caste guerrière et à trop de sang sur les mains. Les deux Saint-Jean dont se réclame la franc-maçonnerie sont les descendants du roi David au même titre que le Christ. À ce titre les maçons peuvent aussi se réclamer de la caste chevaleresque.

L’esprit chevaleresque connut son plein développement au moyen-âge puis s’ennoblira au point de perdre la couleur du sang et l’idée d’un centre totalisant. Sa présence au plan initiatique sera entretenue dans des cercles fermés tels la" Massénie du Saint-Graal " ou les "Fidèles d'Amour " chers à Dante. La démarche gibeline de restauration du pouvoir impérial face au Pape sera un support puissant qui fit choisir Jérusalem plutôt que Rome dans tous les rituels maçonniques, y compris les rituels catholiques ou Stuardistes. C’est l’esprit du Temple dans sa construction, sa destruction et sa libération qui motivera les deux initiations. La première bâtit le temple la seconde le libère.

La chevalerie en franc-maçonnerie nous vient de la légendaire Écosse, du moins celle que sur le continent, le génie français put imaginer.

La Légende de Saint André évangélisant l’Écosse, l’ordre chevaleresque de Saint André du Chardon ainsi que les tombes
templaro-maçonniques d'Écosse appuyées par la symbolique profonde de la très curieuse chapelle de Rosslyn, bâtie par les Sinclair, rejoignent la légende des templiers réfugiés en Écosse et mystérieux acteurs de la victoire de Bannockburn. De cet ensemble mythique se dégage le sentiment qu’une vérité universelle fut importée en Irlande et en Écosse et que les loges opératives et les chevaliers « acceptés »en furent dépositaires.

Les ordres chevaleresques structurèrent la chevalerie occidentale : celui du Temple, bien sûr, mais aussi celui de Saint-Lazare, des Hospitaliers de Saint Jean, des Chevaliers du Saint-Sépulcre ou des Chevaliers teutoniques. Ils vont ordonner la quête autour de cause et d’actes spécifiques.

Le sens symbolique donne mission à l'Ordre Écossais de créer un authentique Empire spirituel en faisant de ses adeptes de nouveaux Chevaliers de l'Esprit.

Ainsi le chevalier-maçon du XXIème Siècle, ne se considère plus comme gardiens in situe du Temple et de la Terre Sainte. Les défaites subies et la chasse dont ils furent victimes orientent les chevaliers à promouvoir leur temple intérieur, dans l’idée fraternelle de rependre la lumière autour d’eux. Cette notion fut apprise en Orient.

Le mariage de la truelle et de l’épée.

C’est ainsi que nous aurions pu intituler notre recherche. Le mariage de la truelle et de l’épée fut basé à la fois sur une nécessité et sur un consentement mutuel.

La nécessité découle de la source vétérotestamentaire qui indique que pour rebâtir le Temple détruit il faut marier la truelle et l’épée. D’autres facteurs historiques ont créé un rapprochement entre une corporation initiatique et les ordres de chevalerie dès le moyen-âge.

La présence de la chevalerie dans le système maçonnique pose un certain nombre de questions qui sont loin d’être résolues. Cependant, il est possible d’émettre un certain nombre d’hypothèses qui à défaut d’être démenties par la recherche historique ou prouvée par des documents authentiques, alimentent et densifient la mythologie maçonnique qui ne s’en lasse pas.

Notre article fait suite à celui paru dans la RDM2 page 134, et tente d’apporter quelques précisions. On retrouvera certains développements plus adaptés aux grades de chevalerie de la franc-maçonnerie du Rite Ecossais dans sa version primitive en consultant le Maître parfait Ecossais et le Chevalier de saint André aux Editions du Maçon.

La légende, tout autant que l’histoire, fonde l’imaginaire du maçon et du chevalier ouvrant ainsi de véritables et valables perspectives initiatiques pour lesquelles, il faut en convenir, une sèche rationalité ne ferait pas l’affaire. L’initiation maçonnique comme l’initiation chevaleresque nous propulsent au seuil du monde de la connaissance, qui n’est pas inconnu des Francs-Maçons. En effet, la pratique de nos ainés constitue un véritable patrimoine initiatique que nous transmettons d’initié en initié. Ce trésor se niche non pas dans les soubassements de notre conscience, mais bien au contraire dans ce que j’appellerais une supra conscience. Cette supra conscience se situe au fond de notre boîte crânienne et ne demande qu’a être réveillée par l’intuition du cœur.

Assis sur le seuil de la perception d’une totalité, nous sommes pris de vertige face aux profondeurs de l’Être et à l’infini de l’univers. Franchir ce seuil consiste à harmoniser l’être et le tout, autrement dit, faire en sorte que l’homme pentagramme devienne hexagramme. Embrasser en tant qu’homme une totalité qui nous dépasse, tel est le but et l’apport de la chevalerie.

Pour atteindre cet objectif, il faut se réapproprier les états inférieurs de l’être puis progresser au plan initiatique jusqu'à n’être non plus un corps réagissant, ni même un homme « bien pensant » et bien construit, mais un homme « esprit ». Seul l’esprit est capable d’embrasser le Tout.

À ce stade, c’est l’imaginaire qui sert de support de projection mentale pour réaliser ce dessin initiatique. L’imaginaire se nourrit de vécu et d’espoir ; il active le corps pour atteindre un état de délivrance ou de libération de l’esprit. Nous voyons poindre l’idée du sacrifice utile qui deviendrait un passage, que nous trouvons dans la légende d’Hiram comme dans la chevalerie terrestre et céleste.

Nous verrons à quel point l’imaginaire, devenu réalité efficace dans un espace cérébral appelé « imaginal », peut intervenir dans les modalités d’expression d’une pensée devenue foi conceptuelle ou idéal. Se posera le problème du contact entre Dieu et l’homme. Pour le chevalier, le contact se fait « entre Ciel et Terre », dans un monde médian.

Ainsi le penser et l’agir du franc-maçon ou du chevalier, passe par une conception consciente et modélisée par l’initiation. L'initiation est une expérience vécue par le jeu du rituel. Qu’elle soit de métier ou d’armes, l’initiation induit des comportements d’une grande cohérence logique, qui sont fondés sur les intuitions plus que des raisonnements. L’intuition et favorisée par l’acquis ancestral de schémas que les mythes nous relatent. Les mythes sont agissants comme les symboles. Nous les avons en nous dans la plénitude de leurs significations, héritage du souvenir d’un lointain passé que d'aucuns qualifient d’âge d’or de l’humanité.

C’est ainsi que nous pouvons affirmer que la franc-maçonnerie symbolique traditionnelle et spirituelle, dans ses développements modernes, a su préserver un symbolisme de tradition, né d’une intuition fondée sur des images projetées en soi.

Cette relation entre les projections personnelles et la culture traditionnelle des symboles fait apparaitre une universalité symbolique transculturelle et transfrontalière. Ce constat nous pousse à considérer le symbolisme traditionnel comme une modalité d’expression première qui échappe à la babélisation des langues.

Toutes les traditions de par le monde font une place de choix au bâtisseur et au combattant. Nous en pressentons la complémentarité, il nous faudra la démontrer.

Un bref aperçu historique peut-il nous conforter sur l’existence d’un lien entre franc-maçon et chevalerie ?

Pour y répondre, il faut constater une évidence : un chevalier est par nature un homme d’armes, un militaire qui porte l’épée. Mais il est vrai que les ordres de chevalerie ont adoubé des nobles qui n’ont pas eu de fonction militaire. C’est le décorum chevaleresque qui prit le pas sur la tradition de l’adoubement entre hommes d’armes, ceci résulte d’une dénaturation par la noblesse du sens premier de la chevalerie. Rien ne dit cependant que cet adoubement nobiliaire n’excluait les notions d’idéal et de sacrifice. Nous dirons simplement que cette évolution fit sortir des douves l’adoubement pour l’installer dans les dorures de la cour.

Notre deuxième constat porte sur l’installation d’un nombre important d’officiers et bas officiers Écossais et Irlandais sur le continent en 1688 dans le sillage des Stuarts en exil. Ils pratiquaient le Rite Ecossais en loges militaires et l’esprit chevaleresque était présent sur les colonnes. Un certain nombre de ces officiers étaient membres d’ordre chevaleresque, ou avaient déjà la qualité de maître Écossais.

Le XVIIe siècle voit l’arrivée dans l’Ordre artisanal, héritier des corporations de métiers appelé Craft en Angleterre, de l’Ordre chevaleresque, ou du moins d’hommes titrés dans la hiérarchie militaire. Parmi ces non opératifs, on peut citer deux cas reconnus. Sir Robert Moray officier au service des Stuarts fut reçu en 1641 dans une loge décentralisée d’Edinburgh. Elias Ashmole capitaine de l’Armée de Charles 1er Stuart est fait franc-maçon le 16 octobre 1646 à Warrington. Tous les deux sont officiers portant l’épée, et ont démontré des qualités chevaleresques. On notera qu’ils furent reçus dans des loges dotées de surveillant et n’ont pas de maître de loge, ce qui correspond à l’organisation des loges écossaises de l’époque. Évidemment, ce fait sera éludé dans les constitutions d’Anderson de 1717. Le pasteur Anderson défend le point de vue « whig » ainsi que Désaguliers qui est appointé par Georges 1er. Rien n’est divulgué dans les constitutions sur les sources opératives écossaises à cause de leurs implications Stuartistes.

On cite le registre de la Loge Coustos Villeroy qui en fait état d’une pratique chevaleresque en 1737. Le registre critique une pratique imposée par la loge du Grand Maître jacobite et catholique Lord Darwentwater. Il s’agissait lors des réceptions de tenir l’épée à la main, comme il est fait en chevalerie.

En Écosse la lettre de la grande Maîtresse des franches maçonnes à Harding l’imprimeur, nous dit : la Loge du Temple de Salomon devenue « la loge de Saint Jean de Jérusalem(…) la plus ancienne et la plus pure (…) et la fameuse vieille loge écossaise de Kilwinning » ont eu des rapports avec les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, ou chevaliers de Malte de l’Ordre des hospitaliers. On notera que la plupart des loges se nommaient loge de Saint-Jean et qu’au nom de ce lien historique et mythique, vers 1745 elles se transformèrent en loge de Saint-Jean de Jérusalem dont celle du Grand Maître le comte de Clermont.

On associe le caractère immémorial de la loge Kilwinning, aux liens particuliers entretenus avec certains ordres de chevalerie durant les croisades. C’est donc dès l’origine de Kilwinning qu’un lien est évoqué avec l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem plutôt que l’ordre du Temple. Le manuscrit Stuartiste n° 3077 de la bibliothèque Calvet à Avignon en atteste en 1780 : « Pourquoi nos assemblées sont dédiées à Saint-Jean ? – C’est pour apprendre aux maçons combien ils doivent être unis puisqu’ils s’assemblent sous les auspices de celui qui ne prêcha jamais que la paix, la concorde, et l’amour de ses frères ; d’ailleurs les maçons s’étant unis aux chevaliers de Saint Jean ils en adoptèrent le patron. »

La référence à l’Ordre du Temple apparaît en Allemagne vers 1733 d’après Le Forestier. Il fit une carrière intéressante, mais écourtée en France par l’œuvre de Willermoz et le Convent de Wilhelmsbad en 1782 et par l’intention de la SOT de rétablir l’ordre du Temple ce qui ne pouvait convenir aux lois des pays.

Le lien chevaleresque préexistait, la question du lien avec la chevalerie du Temple se pose, car Jean Baptiste Willermoz lui-même reconnaissait que dans sa propre Loge dès 1752 on y faisait référence dans la transmission du 4eme grade pour présider la loge. « J’apprenais "mystérieusement" à ceux auxquels je conférais le 4eme  grade de la Loge, qu’ils devenaient successeurs des Chevaliers (Templiers) et de leurs connaissances, je l’ai ainsi répété pendant dix ans comme je l’avais appris de mon prédécesseur, qui l’avait appris lui-même par une ancienne tradition, dont il ne connaissait pas l’origine. »

Cette transmission était sans rapport direct avec les prétentions de la SOT créée en 1755 par baron du Hund (eques ab Ense) qui prévalait en Allemagne.

La question du lien entre la franc-maçonnerie et la chevalerie du Temple avec les deux grades consacrés à cet effet à savoir l’Écuyer Novice et le Chevalier du Temple fut sévèrement critiqué par Robert Ambelain par un article paru en 1974: « Si on discute encore sur les origines des emprunts à la tradition chevaleresque dans la confection des échelles de grades maçonniques, sur la part de Ramsay, sur les initiatives allemandes, sur la valeur de la tradition de Kilwinning, personne ne conteste que la référence à l’institution de la chevalerie est entrée telle quelle dans la tradition maçonnique, sinon comme un corps étranger au moins avec le destin d’un greffon. »

On notera que cette assertion est à replacer dans la filiation directe avec la chevalerie du temple, mais ne remet pas en cause le lien initiatique du bâtisseur et du chevalier. Robert Ambelain semble privilégier le lien par les trois composantes qui sont l’apport de Ramsay, la tradition kilwinnienne, et une certaine interprétation allemande. Le greffon ne fut pas le fait du hasard et trouve sa justification moins dans le désir de chevalerie que dans une connexité historique et légendaire propre à l’Écosse. C’est ce que tenterons de démontrer.

Peut-on faire remonter à une date plus antérieure le mariage de la truelle à l’épée ?

En Écosse la légende historique attachée au grade de saint André du Chardon fait une référence expresse à l’aide apportée par des templiers en exil de France incorporés aux loges de maçons opératifs et qui firent la victoire de Robert Bruce à la bataille de Bannockburn en 1314. Ici commence l’histoire ou la légende fondatrice des grades de chevalerie écossaise du Chardon d’Écosse qui nourrit le Maître Ecossais-Chevalier de Saint-André au Rite Ecossais Primitif. L’Ancienne Alliance entre L’Écosse et la France fut aussi vecteur de transmission de légende et traditions qui par mimétisme et du fait de l’exil de 1688 se transfèrent de l’Écosse à la France.

Nous pensons au surplus qu’un rapprochement est à faire entre le destin des Stuarts dans la perte et la tentative de reconquête du trône d’Angleterre par Jacques II et la légende d’Hiram. Au demeurant le mythe Hiramique de la parole perdue s’inspire à notre sens, de la perte de la pierre de Scone par les dynasties Écossaise au profit des Anglais. Depuis 847, elle fut en effet la pierre du sacre des rois Ecossais, sur laquelle ils se tenaient debout pour recevoir l’onction.

La pierre taillée ou gravée est l’œuvre du maçon antique. Symboliquement c’est le maçon qui fait les fondations du pouvoir royal. Importée des lointaines contrées de l’Orient en Irlande, elle fut transportée en Écosse. Selon la tradition, le royaume appartiendrait aux Écossais tant que la pierre resterait dans leur pays. Confisquée en 1296, la pierre fut prise par Édouard Ier comme butin de guerre et emportée à l'abbaye de Westminster où elle fut placée sous la King Edward's Chair.

 

Les rois Anglais s’en servirent pour leur sacre dans la position assise comme en signe de domination du symbole. La pierre du destin perdue il fallut en trouver une de substitution et donc il y a assimilations entre la parole perdue et la pierre du sacre perdue Retrouver la pierre de Scone c’est retrouver la plénitude des pouvoirs des souverains écossais, et la voix au chapitre. Cette pierre du sacre est par sa nature symbolique pierre venue du ciel ou en rapport avec le divin. Elle est une clef de voûte et une porte sur le céleste. C’est un deuxième point qui vient alimenter l’origine écossaise du mythe d’Hiram où finalement le chevalier combattant pour la reconquête est acteur de l’histoire.

L’ensemble des points légendaires sortis des brumes des Highlands vont faire conjuguer la Quête chevaleresque et l’art de bâtir des maçons. Chacun dans son ordre va raconter la même histoire et tendre vers la même lumière par des chemins différents.

En filigrane la question qui se pose sera le lien entre la pierre du sacre et la chevalerie de la reconquête.

Nous pensons que l’Écosse et ses légendes sont une source sérieuse et parfois négligée qui permet d’expliquer une des formes primitives de la franc-maçonnerie chevaleresque, soit une maçonnerie de la reconquête. Nous en tiendrons compte dans cette étude sur la franc-maçonnerie et la chevalerie.

Sommes-nous certains que ce qui lie la franc-maçonnerie à la chevalerie ne soit rien d’autre qu’un gout immodéré des maçons du XVIIIe siècle pour les titres et le port de l’épée ?

Nous voyons trop de commentaires dévalorisants sur ce point, et nous souhaitons en savoir plus. Je ne pense pas que des générations de francs-maçons soient tombées sous les coups de leur égo, au point d’embrasser des titres ronflants, creux, et sans portée aristocratique réelle. Déjà Maitre, l’âge aidant, ils développent une sagesse qui les éloigne d’un titre qu’ils ne peuvent pas faire valoir. Le goût pour les titres et les honneurs n’ont pas fondé la relation initiatique entre le franc-maçon et le chevalier.

L’attraction pour la chevalerie semble liée par l’essence de la chevalerie authentique dont le Temple et les Hospitaliers ne sont que des surgeons aux ordres et dans un idéal particulier impliquant le service de l’Église et du Nouveau Testament. Ainsi, nous plaçons la relation entre la franc-maçonnerie et la chevalerie à un niveau supérieur à toutes les branches contingentes de l’ordre chevaleresque.

Nous pensons que l’association des deux branches initiatique s’est faite parle haut, c'est-à-dire par l’essence même de l’art de bâtir et de combattre.

Dans le cadre d’une première réponse à ce mariage du maçon et du chevalier, nous avons une réponse que nous avions déjà étudiée au premier degré dans l’étude sur la symbolique des outils : L’idée dirige la force et la force réalise l’idée. Cette expression signifiait dans un étonnant aller-retour, la complémentarité indispensable et équilibrée entre la matière et l’esprit, et plus précisément entre le ciseau et le maillet. Désormais nous élevons, comme il se doit, notre réflexion à un niveau supérieur : l’idée est l’idéal du chevalier, la force est la technicité réalisatrice et opérative du maçon et enfin l’épée axiale qui est l’expression de la volonté divine.

Une deuxième question se pose, pourquoi le chevalier intervient en franc-maçonnerie après l'émergence de celle-ci ?

On pourrait être tenté de faire une hiérarchie entre le détenteur de l’idée inscrite dans le ciel et son exécuteur terrestre. Cette réponse biaisera l’intérêt des deux voies traditionnelles qui sont complètes et autonomes par leur nature propre. Il ne peut donc y avoir de subordination. On peut simplement répondre à cet ordonnancement qu’un chevalier dûment adoubé peut s’intégrer au rite initiatique de la franc-maçonnerie et c’est ce que firent les templiers réfugiés en Écosse en 1314. Ceci fait partie intégrante de l’histoire réelle et mythique du REP notamment. De même le RER indique que trois chevaliers du temple fuient en Écosse dans des cavernes prés d’Heredom. Ils rejoignent les chevaliers de Saint André du Chardon d’Écosse. En 1340 ils fondèrent l’ordre maçonnique, ordre préparatoire à l’admission dans l’ordre équestre. Le RER explique ainsi la complémentarité de l’ordre maçonnique et de l’ordre équestre, le premier servant de vivier au second. Ceci ne suppose pas une hiérarchie qui minore l’ordre maçonnique.

L’erreur d’une interprétation simpliste serait d’installer la dépendance d’une tradition au profit exclusif de l’autre. Elle suppose une hiérarchie ce qui en matière de voie initiatique ne peut être admis. Chacune des deux voies se suffit à elle-même. Il faut trouver une autre explication.

Il est un fait incontestable qu’il a toujours existé une perméabilité entre les voies initiatiques. Elles sont composées d’éléments comparables dans leur progression et finissent comme nous le savons par se réunir au sommet. Pourtant dans cette suite logique mettant le travail de la matière par la sueur avant le sacrifice par le sang, nous avons dans le jeu d’échec un début de réponse. Le cheval ou cavalier se déplace sur l’échiquier d’une manière particulière. Il commence sa course comme les pas d’un apprenti, puis emprunte ceux du compagnon et pour finir comme un maître. Donc le cavalier connait déjà les pas et la progression du maçon. Le cycle chevaleresque se caractérise par la maîtrise de l’animalité du cheval à l’égal du maçon qui maîtrise sa propre animalité. Le chevalier se situe plus haut en intermédiation sur son cheval avec le ciel, alors que le maçon a les pieds sur terre et sous terre en creusant les fondations. Dernier point, si le cavalier démarre sur une case noire il finit sur une case blanche et le cavalier est la seule pièce qui peut sauter les obstacles.

Nous en déduisons qu’aucune subordination entre les deux voies n’est acceptable. Cependant la classification subterrestre et terrestre de l’une a pour complément la classification terrestre et céleste de l’autre. On établit une superposition. Le chevalier doit récapituler l’initiation maçonnique dans sa progression spirituelle. Il n’y a donc pas de subordination, mais une superposition correspondante à la nature des trois voies initiatique.

Le lien est-il matériel ou spirituel ?

Ce qui est transmis au plan initiatique, ne peut concerner une cause réduite au plan matériel, quelque soit d’ailleurs, la noblesse de l’objet social. Il est bien entendu qu’en matière initiatique ni la cause territoriale ni la cause religieuse ne peuvent dominer la cause spirituelle. Il faut admettre qu’aucune reconstruction du temple de Salomon ne peut perdurer au plan matériel. Seule la reconstruction au plan spirituel est possible. En conséquence, le mélange des causes matérielles et spirituelles porte à confusion.

Il faut voir dans le message initiatique de ces chevaliers un trésor qui n’est ni sonnant ni trébuchant. Il en est de même en alchimie, on ne peut confondre l’aspect spirituel, et la pratique du souffleur qui chercherait la richesse matérielle.

Le lien existait bien au plan de l’enseignement alchimique, spirituel et céleste, avec une chevalerie éclairée. Le maître maçon et le chevalier se purifiaient à la même fontaine située au pied du mont Scion ou était construit le Temple. À cette fontaine appelée SHIloha, ils pratiquaient la purification rituelle notamment des mains et des yeux, avant de se mirer dans l’eau, puis se rendaient au Temple…

Rappelons que l’armement de chevalier est effectif au REP et au RER et qu’il n’implique pas une appartenance à l’Ordre du Temple trop contingent en regard de sa nature. L’arment produit donc des effets liés à l’éveil de l’esprit, et la notion d’imaginaire commun.

Nous pouvons donc affirmer que le seul élément humain et matériel ne peut suffire à établir un lien. Le liant s’exprime dans la quintessence de ses propres valeurs dans les deux ordres. Ils aboutissent tous les deux au sacrifice, d’Hiram d’un coté et de Saint-André]de l’autre. On voit bien que le premier appartient à l’univers de l’Ancien Testament, et que le second est sur le chemin du Nouveau sans renier l’Ancien. Les deux suppliciés partagent une renaissance pour ne pas dire une ressuscitation en esprit.

Ce qui est transmis lors de l’initiation ou de l’adoubement ce sont des éléments hautement symboliques. La transmission d’une cause matérielle ne peut s’inscrire dans le plan divin. La matérialité est par définition une dégénérescence de l’esprit au sens métaphysique. La cause reste dans tous les cas spirituelle, elle permet la réalisation de l’homme sur le plan matériel. Bien tailler sa pierre ou défendre une cause juste ne peut se faire qu’en fonction d’une Loi venue d’en haut. Ladite Loi organise un retour au divin, libérant l’esprit contenu dans la matière.

Voici donc la nature d’un lien spirituel qui est commun aux deux ordres. L’épée céleste vient en aide à la truelle terrestre pour la construction du Temple de Jérusalem.

Cette association dans le même corps situe ce dernier en tant que médiateur entre terre et ciel. Une épée viendra désormais défendre le temple contre la perte du sens du divin. L’homme dans sa faible nature cède régulièrement à son animalité symbolisée par retour de l’adoration des idoles.

Le lien entre la franc-maçonnerie et la chevalerie se situe dans une cause commune aux deux traditions qui est cette exigence de connaissance spirituelle et sacrée, faisant participer l’homme au grand dessin de la création.

Le souvenir et le sacré et son utilisation. Cet aspect chevaleresque en franc-maçonnerie trouvera sa confirmation dans les écrits de Ramsay.

Le chevalier Ramsay, chevalier de l’ordre de Saint-Lazare dans ses deux célèbres discours dont celui de 1738 associa la chevalerie à la franc-maçonnerie. Sur les origines de la franc-maçonnerie, il évoque les Ordres de Chevalerie et cite « nos ancêtres les croisés » dont le langage secret « rappelle le souvenir, ou de quelque partie de notre Science, ou de quelque vertu morale, ou de quelque mystère de la Foi. »

Il y aurait donc un « mystère » à découvrir, certainement de nature initiatique, soit un enseignement ou un éveil qui lierait la Franc- maçonnerie et la Chevalerie dans une même finalité. Cette finalité se distingue du lien spirituel que nous avons vu précédemment. Elle se fonde sur un souvenir commun d’un épisode guerrier remontant aux destructions successives du Temple à Jérusalem, à la reconquête des lieux Saints par les croisades, puis à la destruction de l’Ordre du Temple en 1314. Ainsi se perpétue le cycle de la construction destruction à travers les âges. C’est le grand souvenir et le grand rendez-vous aux pieds de la muraille entre Occident et Orient. L’affrontement est fondateur et se reproduit inéluctablement en divers mondes et époques. C’est au moment des croisades que nous sommes rentrés dans la période d’une redécouverte spirituelle et intellectuelle de l’Orient. Cette redécouverte peut se décrire comme un élargissement de l’esprit ; L’élargissement donne accès au sacré au-delà du dogme religieux. C’est particulièrement vrai dans l’échange intellectuel et technique apporté par l’occupation musulmane sur la péninsule ibérique.

L’affrontement fusionnel Orient-Occident, ensemença les deux civilisations pour les ressemblances et les racines qu’elles avaient en partage. Si le fait fonde l’histoire, le souvenir teinté d’idéaux alimente le mythe qui se charge d’expliquer l’origine. La quête du Graal ou de la Lumière est un dérivatif de ce souvenir commun.

Cette finalité originelle apparaît clairement dans la construction et la défense du Temple de Salomon, l’épée dans la main droite et la truelle dans la gauche.

Que faut-il bâtir, que faut-il défendre ?

Un centre point ce contact entre la création et Dieu, qui porte en lui, dans son architecture même le plan divin qui n’est rien d’autre que l’expression d’une loi universelle.

De tout cela l’homme n’est qu’un témoin devenu acteur par son initiation à ce secret, un médiateur entre la Terre et le Ciel. Il n’est plus un démiurge, car il a bien compris les limites de l’exercice, il veut retrouver et défendre la maison des origines, qui n’est autre que le retour au centre primordial.

C’est ce que nous appellerons le secret du chevalier écossais de Ramsay. Recouverte d’un voile d’une bienséance diplomatique, une vérité se laisse entrevoir dans ses deux discours.

Nous devons d’abord rechercher ce qui est véritablement initiatique dans la chevalerie, en recherchant les éléments rituéliques et symboliques qui autorisent un véritable "commencement".

(…) suite à paraître.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/

 Commentaire T.Dalet : Ramsay, Chevalier de l'Ordre de St Lazare, très intéressant, les Loges Stuartistes , l'Ordre du Chardon d'Ecosse, les loges militaires écossaises et irlandaises composées d'authentiques Chevalier , Sir Robert Moray, finalement les origines de la Chevalerie Maçonnique seraient à chercher en Ecosse et en Irlande plutôt qu'à Lyon. Les " de mystérieusement sont un ajout de ma part. 

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L'Ordre de Charles XIII

29 Août 2012 , Rédigé par Ordre St Sauveur Mt-Réal Publié dans #Chevalerie

L'Ordre de Charles XIII pourrait-être l'une des réponses à la récurrente question de savoir si la "Chevalerie maçonnique" possède une fontaine d'honneur suffisante pour être considérée à l'équivalence de la chevalerie d'épée...?

Carl Frédérick von Eckleff fonde le 26 Décembre 1759 le rite maçonnique dit Suédois de stricte observance "Eques a soles vivicante" rituel fondateur de la franc-maçonnerie suédoise et norvégienne dont il devient le Grand-Maître.

Dignitaire de cette institution le Duc Carl von Södermanland lui succède comme Grand-Maître le 3O Novembre 1774.

Après la révolution et la déposition de son neveu Gustave IV, le Duc Carl von Södermanland monte sur le trône sous le nom de Charles XIII et ce en 18O9.

Le 27 Mai 1811, Charles XIII décide la fondation d'un Ordre chevaleresque éponyme exclusivement réservé aux Francs-Maçons Suédois de stricte observance. L'institution est limitée en plus des princes royaux à 27 membres civils et 3 ecclésiastiques. Ces récipiendaires devaient au préalable à cet honneur être titulaires du dixième grade ou degré du rite Suédois du Chapitre des Illuminés de Stockholm (Dignitaire Chevalier de la Croix Rouge du Temple). Nous nous garderons bien de prendre position sur l'imaginaire ou réelle succession de l'Ordre du Temple en Franc-Maçonnerie?

Les mauvaises langues prétendent que le roi créa cette dignité aristocratique réservée aux Francs-Maçons en reconnaissance de leurs actions ayant favorisé son accession au trône, mais que ne dit-on pas!

Les membres uniquement nommés par le souverain, portent un costume de velours or, des bottes de mousquetaires, un col de dentelle, un manteau blanc frappé de la croix pattée de gueules, insigne de l'Ordre au cou (Croix rouge) et épée au côté.

Pour être membre de l'Ordre il faut donc être initié Franc-Maçon et posséder les hauts grades néanmoins les princes royaux sont membres au berceau et considérés comme initiés de fait (c'est il me semble le seul exemple. Existe-t-il une cérémonie quelconque à l'imitation,si j'ose dire du baptême, nous aimerions bien le savoir...???)

La Reine Elisabeth Charlotte de Schleswig-Holstein-Gottorp ne pouvant avoir d'enfant Charles XIII adopte dès son accession au trône le prince Christian-Auguste d'Augustenbourg, qui décédé un an après et ne connu donc l'Ordre de Charles XIII. Sans successeur et en pleine crise politique le roi va adopter comme prince royal le Maréchal Jean-Baptiste Bernadotte, prince de Pontecorvo, initié au Grand-Orient de France il en est Grand-Officier d'Honneur. Dès sa réception comme prince suédois Charles XIII lui remet la responsabilité de l'Ordre maçonnique suédois avec le titre de "Procuratores Salomonis", se réservant la dignité de "Vicarius Salominis, sacrificatus, illuminatus, Magnus Jéhovah", titre toujours porté par le roi de Suède dit Maître-Régnant de l'Ordre maçonnique.

A la mort de Charles XIII (1818) le Prince royal de Suède et de Pontécorvo monte sur le trône sous le nom de Jean XIV héritant bien sur de l'ensemble des titres, dignités et responsabilités de son prédécesseur.

Comme nous l'avons dit le titre de "Vicaire de Salomon" est toujours porté par le roi en exercice ce qui en fait avec l'accord du clergé luthérien "comme le représentant du Christ ici bas" et ce depuis le 5 Mars 1780.

Les modifications de la constitution suédoise feront du premier né royal le futur souverain qu'il soit homme ou femme. C'est une princesse qui actuellement est donc héritière de la couronne et qui de ce fait va se retrouver chef de la maçonnerie suédoise, maçonnerie reconnue par l'Angleterre le 8 Mai 1799. Une femme sera donc pour la première fois responsable d'une maçonnerie régulière, le reine Elisabeth II n'en étant que la protectrice.

Après un tél événement il sera très difficile aux obédiences adogmatiques de refuser l'initiation aux femmes, mais cela est une autre histoire...

  

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Les Ordres de Chevalerie européens

29 Août 2012 , Rédigé par Chevalerie Publié dans #Chevalerie

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De l'adoubement

7 Août 2012 Publié dans #Chevalerie

Principe
Tout ordre souhaitant obtenir le statut d'Ordre Allié Aristotélicien devra adouber ses chevaliers selon un cérémonial précis, en accord avec les enseignements de la Vraie Foi.
Conformément aux lois héraldiques, un Chevalier ne pourra être adoubé que par un autre Chevalier.
En dehors de la bénédiction de l'arme, l'Ordre Allié est libre d'ajouter d'autres rites spécifiques, tant que ceux-ci respectent les commandements aristotéliciens et qu'un accord de la Congrégation des Saintes Armées a été obtenu.
Sans reconnaissance ou stipulation contraires, un Grand Maître d'un Ordre Allié Aristotélicien n'est pas obligatoirement Chevalier.
Ne peut être anobli Chevalier qu'un membre dont les actes, la bravoure, l'engagement et la régularité ont été exemplaires pendant un délai minimal de six à neuf mois, ce qui est la norme communément acceptée.

Préparatifs
Le futur chevalier sera entendu en confession par le prieur de l'Ordre Allié Aristotélicien.
Le futur chevalier devra faire un don honorable en fonction de ses moyens à l'Église de sa paroisse et/ou aux nécessiteux. Il pourra prendre conseil auprès des clercs de son ordre ou de son diocèse.

Cérémonie liturgique
Le futur chevalier s'agenouille devant le prieur de son ordre.
Le prieur bénit l'épée qu'il va remettre au Chevalier.

Saints Archanges qui chantez sans cesse les louanges du créateur de toute chose, qui ne respirez que la gloire du Très Haut, et qui resplendissez du feu de son amour, qui présentez au Père les misères et les vœux de ses Enfants, qui volez à notre secours, bénissez cette épée.
Saints Archanges, qui nous soutenez dans tous nos justes combats, qui nous protégez de nous même comme vous avez protégé les justes à Oanylone, qui portez nos âmes devant notre Juge et Créateur, bénissez cette épée.

Que par les prières et les mérites des bienheureux de la communauté aristotélicienne vous apportent la paix, la prospérité, la force et le salut par la foi et l’amour de notre Créateur.

Et que cette bénédiction permette à la quintessence divine de descendre sur cette épée et y demeure à jamais.

Le prieur donne l'arme au maître de cérémonie qui la pose sur la dextre du futur chevalier.
Le prieur dit :

Saint Miguaël, Archange du don de soi, guide cet homme sur le dur chemin de l’abnégation pour la grandeur de l’église et le service divin!
Saint Michel, Archange de la justice, défend cet homme dans son combat!
Soyez son rempart contre la malice et les pièges de la créature sans nom!
Sainte Raphaëlle, Archange de la conviction, donne à cet homme la force d’exprimer sa foi en toute circonstance!

Le maître de cérémonie met l'épée bénie dans le fourreau et ceint le tout au nouveau chevalier et dit :

Par cette épée, tu es désormais au service du Très-Haut mais sans ta foi, elle ne te servira pas.

Le maître de cérémonie porte le soufflet au chevalier.
Le chevalier se relève pour lui donner l'accolade et s'agenouille à nouveau.
Le chevalier prête serment avec ou sans répétions suite au maître de cérémonie.
Le chevalier jure de respecter le Code de Chevalerie et le récite.
Le chevalier récite le Credo, un genou à terre, tête baissée, la main sur le pommeau de son arme.
Le maître de cérémonie, le prieur et l'assemblée reprennent le Credo.

Source : http://ordrelescurien-rr.goodbb.net/t1142-ix-les-ordres-de-chevalerie-allies-aristoteliciens

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Une Chevalerie au XXIème siècle ?

22 Avril 2012 , Rédigé par Galahad Publié dans #Chevalerie

Je suis un incorrigible romantique et l'image, l'archétype du chevalier reste pour moi l'une des accomplissements majeurs de la pensée chrétienne.

De plus en plus de personnes dans le monde chrétien semblent s'intéresser à nouveau à l'esprit chevaleresque. Qu'on se passionne pour la littérature de chevalerie, qu'on étudie les ordres disparus comme les templiers, qu'on fasse de la reconstitution médiévale ou qu'on s'implique dans les activités d'ordres vénérables subsistant depuis le Moyen Age comme l'Ordre de Malte et l'Ordre du Saint Sépulcre, la chevalerie semble fleurir de toute part dans notre monde moderne.

Certes, on pourra dire que le chevalier historique fut la plupart du temps un soudard, un pillard ou le bras armé d'une institution ecclésiale plus soucieuse de protéger ses avoirs que de guider les âmes vers le Royaume. Déjà le grand théoricien de la chevalerie Raymond Lulle se plaint au XIIIe siècle des mœurs des chevaliers de son temps qui sont, dit-il, « injuste, belliqueux, aimant le mal et les troubles. ». Certes. Néanmoins, l'image et l'idéal demeure.

Et plus que jamais, le monde a besoin de personnes puisant leur force à la Source Suprême de l'Esprit Saint afin de se dresser contre les démons du monde et défendre la veuve et l'orphelin. Plus que jamais la Lumière a besoin de champions.

Dans ce monde désenchanté, on voit que la figure du chevalier connait d'ailleurs un succès croissant dans l'imaginaire et l'inconscient populaire. Il suffit de voir le succès mérité du Seigneur des Anneaux, des Chroniques de Narnia, du Trône de Fer et autres romans de fantasy qui exaltent la figure du défenseur des faibles au nom des principes les plus haut. Dans un autre style, les héros de comics américains tiennent beaucoup de cet esprit chevaleresque. Le succès de ces romans, parfois dignes successeurs des romans arthuriens, montre le désir d'une large frange de la population de retrouver les repères archétypaux sans lesquels nous ne sommes que des plumes ballotées par le vent du relativisme.

Mais y a-t-il une place dans notre monde pour une vraie et active chevalerie ? Loin d'être anecdotique, loin d'être enfantin, le chevalier est l'une des expressions majeures de la Lumière chrétienne. Il fut un temps où l'Eglise considérait l'adoubement comme le huitième sacrement.

Au départ corps d'élite des armées séculières, le chevalier va être sanctifié par l'Eglise. De soudard, le chevalier va se convertir et devenir le défenseur de la foi et de la Vérité, de la Justice et du Bien.

Soldat au service du Christ, le chevalier possède la foi et le courage pour s'ériger contre toutes les injustices, pour se mettre au service des autres, pour combattre pour le Bien et non pour des privilèges, prêt à miser sa réputation ou à donner sa vie s'il le faut.

Pour Chrétien de Troye, la chevalerie est un Haut et Saint Ordre créé par Dieu au même titre que l'Ordre des Prêtres. Car n'oublions pas que tout homme est par son baptême roi, prêtre et prophète. La chevalerie ressort donc de la fonction royale inhérenteà la nature humaine. Dans le roman « Lancelot du Lac » (1230), on voit d'ailleurs la Dame du Lac enseigner à Lancelot qu'il n'y a dans la chevalerie aucune distinction de rang ni de noblesse mais une élection de ceux qui ont la force du Saint Esprit afin qu'ils utilisent cette force intérieure pour défendre les faibles, le Bien et la Vérité.

Au Moyen Age, la chevalerie est souvent ressentie par ceux qui l'idéalise, non comme un privilège mais comme un fardeau. Le chevalier aspire souvent à mener une vie « normale », à être débarrassé du poids de la quête. La part de lui-même non encore convertie geint sous l’exigence vertueuse que demande la vocation : « le chevalier devra être courtois sans vilenie, débonnaire sans méchanceté, compatissant aux malheureux, large et prêt à secourir les indigents, disponible et prêt à confondre les voleurs et les assassins, juge équitable sans haine ni amour. »

Équanimité, courage, savoir vivre, foi, tension vers Dieu et action dans le monde, le chevalier agit en ce monde non en son nom propre mais pour la gloire du nom divin. Ceci demande une force de caractère de la part du chevalier qui doit sans cesse se remettre en question, faire preuve d'un grand discernement et sans cesse cultiver en lui les vertus divines.

En réalité, le chevalier est le défenseur de la Vie, de la Lumière et de l'Amour du Christ dans le monde contre les forces de haine et d'enténèbrement. L'Ennemi contre lequel il lutte est celui du genre humain et les légions qu'il affronte portent les noms d'égoïsme, d'injustice, de haine, de cupidité, d'obscurantisme, de coercition et de mensonge. Loin de n'être qu'un ordre institué, la chevalerie est un état d'être, une disposition de l'âme de ceux qui ne craignent pas de s'exposer pour la défense de Celui qui est Vie.

Avec l'apparition des armes à feu et la sécularisation de la société, l'esprit chevaleresque fut relégué à un titre vide de sens.

Aujourd'hui, la chevalerie peut-être le fait d'hommes et de femmes ayant à cœur de s'engager pour la Vérité et de vivre les paroles de Saint Paul :

« Revêtez l'armure de Dieu pour être en état de tenir face aux manœuvres du diable. Ce n'est pas à l'homme que nous sommes affrontés, mais aux Autorités, aux Pouvoirs, aux Dominateurs de ce monde de ténèbres, aux esprits du mal qui sont dans les cieux. Saisissez donc l'armure de Dieu, afin qu'au jour mauvais, vous puissiez résister et demeurer debout, ayant tout mis en œuvre. Debout donc ! A la taille, la vérité pour ceinturon, avec la justice pour cuirasse et, comme chaussures aux pieds, l'élan pour annoncer l'Evangile de la paix. Prenez surtout le bouclier de la foi, il vous permettra d'éteindre tous les projectiles enflammés du Malin. Recevez enfin le casque du salut et le glaive de l'Esprit, c'est-à-dire la parole de Dieu. » (Ep 6:10-18)

Mais ces paroles de Saint Paul ne s'adressait pas aux chevaliers qui n'existaient pas à son époque. Ces paroles s'adressaient à tous les chrétiens, invités au combat intérieur contre l'Ennemi qui tente à chaque instant de faire obstacle à la déification de l'être c'est à dire à empêcher l'avènement de la véritable humanité. Car tout l'enjeu est là, le dépassement de la vie instinctive, égoïste et individuelle pour atteindre la vie personnelle, sainte et ecclésiale. Et à cela, tous les chrétiens sont appelés. Tous les chrétiens sont amenés à repousser Satan, à transcender la vie affectivo-instinctive et à se laisser engendrer d'En Haut.

Et si la victoire est déjà acquise par la mort et la résurrection du Christ, cela n'empêche l'Adversaire de déployer tous ses moyens pour retarder l'accomplissement. Aussi, tout chrétien est-il un soldat, un chevalier de Lumière repoussant les forces du mal.

Dans le baptême orthodoxes, trois exorcismes s'adressent à Satan directement : « Va-t-en, retire-toi du soldat nouvellement choisi, enrôlé par le Christ notre Dieu... esprit impur et pervers, néfaste et répugnant ». Et le célébrant de demander instamment au Seigneur Sabaoth, au Dieu d'Israël : « Menace les esprits impurs et chasse-les, purifie l'ouvrage de tes mains [c'est-à-dire le catéchumène] et, dans l'efficacité de ton pouvoir, hâte-toi d'écraser Satan sous ses pieds »... Puis, demandant au catéchumène de se tourner vers l'occident, vers le lieu où le soleil est sensé se coucher et qui nous parle donc symboliquement de ténèbres, le célébrant invite le catéchumène à « renoncer à Satan, à toutes ses œuvres, à tous ses anges, à tout son culte et à toutes ses pompes ».

Le rituel d'adoubement du chevalier médiéval était un rappel du baptême. Ainsi le décrit l'Ordene de chevalerie, poème en langue d'oïl rédigé au milieu du XIIIe siècle et cité par Jean Flori dans son admirable livre « Chevaliers et chevaleries au Moyen Age » :

« Le bain, comme le baptême d'un enfant, rappelle au chevalier qu'il doit sortir de l'eau purifié et se garder de toute vilenie ; on le couche en un lit, symbole de sa place au paradis, on le vêt de fin lin blanc, symbole de la pureté qu'il doit préserver, puis d'une robe vermeille, signe de son sang qu'il doit être prêt à répandre pour Dieu et pour défendre Sa loi ; ses chausses noires évoquent la terre dont il vient et où il retournera, le gardant ainsi de l'orgueil ; sa ceinture blanche devra le préserver de la luxure. Ses éperons, le rendre ardent au service de Dieu ; l'épée à deux tranchants signifie droiture et loyauté car il doit protéger le pauvre et soutenir le faible, afin que les riches ne puisse le honnir. »

Le chevalier est donc un chrétien qui tente de raviver perpétuellement la flamme de son baptême, qui vit dans le monde, cultive la vertu et met sa force au service de Dieu et du Bien, donc du pauvre, des opprimés et de l'Eglise. On peut se poser la question, la chevalerie est-elle chrétienne ou le chrétien est-il un chevalier en puissance ?

Les devoirs du chevalier sont ceux de tout le peuple chrétien mais sans doute les accomplit-il de manière plus consciente, plus systématique et plus professionnelle.

Le chevalier médiéval exerce trois fonctions : la recherche de la sainteté par la pratique de la prière et de la vertu, la défense des opprimés et la protection de l'Eglise.

Comme le souligne Jean de Salisbury au XIIe siècle : « La fonction de la chevalerie régulière consiste à protéger l'Eglise, combattre la perfidie, révérer le sacerdoce, garantir les faibles des injustices, faire régner la paix dans le pays et comme l'enseigne l'origine du serment, de verser son sang pour ses frères et si besoin est donner sa vie pour eux. »

La première fonction est la recherche consciente d'une vie de sainteté. Cette recherche est propre à tous les chrétiens, non par le respect de la loi ou de règles extérieures mais par la rectification de leur moi intérieur qui se débarrasse du vieil homme afin de devenir réceptacle du Christ. Le chrétien accepte la transformation que Dieu lui propose, il accepte de se faire aimer par son Créateur. Cette transmutation est le socle, la force sur lequel le chevalier va construire son action. Car le chevalier est avant tout un être d'action.

On peut imaginer que le chevalier moderne est celui qui, ayant remis sa vie dans les mains de Celui qui est Lumière, soit un exemple de probité, de dévouement, de loyauté, de droiture et de courage. N'ayant jamais peur de s'exposer et de s'ériger contre la perfidie et l'injustice, le chevalier du XXI e siècle agit où il se trouve, où Dieu l'a placé. Il n'est pas un super chrétien mais un chrétien qui vit sa foi. Le chevalier défend également l’Église qui est le corps du Christ sur Terre et par conséquent l'Unité des Chrétiens qui elle seule pourra manifester la bonne santé de ce corps.

Pour ce faire, il reçoit son épée sainte, bénie sur l'autel le jour de son adoubement :

« Reçois, avec la bénédiction de Dieu, ce glaive qui t'est conféré pour la punition des malfaiteurs et la louange des bons. Que par ce glaive tu sois capable, par la puissance du Saint-Esprit, de résister et de t'opposer à tous tes ennemis et à tous les adversaires de la Sainte Eglise de Dieu, de préserver le royaume qui t'est confié et de protéger le camp de Dieu »(Prière germanique, IXe siècle)

Ou

« Que, par cette épée, tu manifestes la puissance de la justice, détruises avec force celle de l'iniquité, combattes pour protéger la Sainte Eglise de Dieu et ses fidèles, que tu défendes et aides avec bienveillance les veuves et les orphelins. »(Ordo de Stavelot, 936)

Quel beau symbole que la remise de cette épée et de cet étendard bénis sur l'autel de l’Église. Comme si l'officiant remettait au combattant un rayon de soleil propre à faire reculer les ténèbres environnantes.

On peut alors se poser les deux questions suivantes : qu'est ce que l'épée du chevalier au XXIe siècle ? Les trois fonctions précitées ont-elles encore un rôle aujourd'hui ?

La vie chrétienne est une vie d'évolution spirituelle mais aussi d'action. Si tout nous est donné à notre baptême, il nous faudra toute une vie pour en réaliser l'extraordinaire potentiel d'accomplissement.

Peu à peu, porté par la Parole et le travail spirituel, le regard que le chrétien porte sur le monde change, il se fait plus perçant, plus aigu jusqu’à ce qu’il se fasse adombrer par l’Esprit. Cette adombrement est aussi un adoubement car l’intellect de celui qui a été touché par l’Esprit est pareil à une épée. Prompt à discerner, rempli d'une force qui n'est pas de ce monde, il tranche les illusions et les faux semblants, il sait séparer l’erreur de la vérité, il peut combattre l’ennemi, c'est-à-dire l’ombre en lui même qui n’est ombre que parce qu’elle s’est éloignée de la Lumière. Celui qui a reçu l’épée du Seigneur peut construire le Temple du Christ en étant vigilant et en se gardant des ignorants et de la barbarie toujours prête à submerger le monde.

L’épée est une arme car celui qui marche sur le sentier doit toujours être vigilant afin de repousser les forces du mal extérieures (barbarie, tyrannie, injustice, fanatisme) mais aussi l’ennemi intérieur (vices, pulsion de mort, pulsion d’échec,…). Comme il est dit dans le Livre de Néhémie :

« Ceux qui bâtissaient la muraille et ceux qui portaient et chargeaient les fardeaux travaillaient d'une main et de l'autre tenaient une arme. Quant à ceux qui bâtissaient, chacun bâtissait, une épée attachée à ses reins. » (Ne 4 ; 11-12)

On bâtit le Temple, la truelle dans une main, l’épée dans l’autre.

L’épée est le symbole de l’action, de la protection des plus faibles par les plus forts et de la justice. L’épée est comme la torche, portée haut, elle reflète les rayons du soleil et fait reculer les ténèbres qui ne peuvent résister. L’épée est l’arme du combat intérieur, celle qui sert à terrasser nos démons, à faire rendre gorge à nos peurs, à nos préjugés, à nos aveuglements.

La quête de Dieu est le but de toute vie sur Terre. Quête de la connaissance qui libère, elle se conquiert avec le cœur autant qu’avec la clarté d’esprit. Quête de la transformation et de la transmutation, elle élève l’individu autant qu’elle le relie à ses semblables. Quête de la victoire de la Lumière, elle demande la force intérieure : force d’être heureux, force de s’émerveiller, force de donner, force de servir son prochain, force de se dépasser, force de faire éclore les graines plantées en nous et surtout force de repousser les attaques de l’entropie, de la facilité et de la stagnation.

La quête spirituelle demande d’être bien armé. Hommes de Bonne Volonté, adoubés par le Christ et ouvert à la Grâce, il appartient aux chevaliers de cœur et d'esprit de porter les armes de la Vie et de se battre pour le Royaume des Cieux, c’est-à-dire pour la transformation de la mort en Vie et la sublimation du monde qui nous a été confié.

Dès l’âge du bronze, chez les peuples celtiques et germaniques, les épées portent un nom, acquièrent une identité. Qu’on se souvienne de Joyeuse portée par Charlemagne, de Durandal maniée par Roland de Roncevaux ou de la célèbre Excalibur qui, plus encore que le Roi Arthur qui la tenait, fut la véritable source de l’unification de l’Angleterre. Par analogie, on se rend compte que celui qui a trempé et forgé son esprit pour en faire une lame pareille à celles précitées, a également acquis une identité. Et contrairement à ce que le laisserait croire notre époque gangrenée par un cynisme à tout crin, être un esprit fort individuel et individué est le contraire du rejet de toute morale et de toute spiritualité

Être un esprit fort, c’est précisément devenir un homme spirituel, trouvant sa voie personnelle entre le grand fatras du n’importe quoi new-age et le néant de l'athéisme. Être un esprit fort, c’est explorer les mondes spirituels et leurs infinies possibilités, c’est partir du monde matériel et ouvrir sa conscience de plus en plus grand, vers les terres de la créativité, de l’action charitable ou vers les terres conceptuelles et mystiques.

Être un esprit fort, c’est gonfler ses voiles du souffle de l'Esprit, de la poésie, du conte et des légendes.

Être un esprit fort, c’est cultiver les vertus cardinales (prudence, tempérance, force et justice) et théologales (foi, espérance, charité).

Désuètes les vertus ? De ces sept vertus découlent toutes les autres : droiture, loyauté, compassion, tendresse, humilité, discernement, noblesse de coeur… Désuètes les vertus ? Comment croire que les vertus ne sont pas nécessaires dans ce monde prompt à sombrer dans la barbarie, la superficialité, la vénalité et le mal. Mais le monde est ce qu’on en fait, la vie est ce qu’on en fait et celui dont le regard se porte vers les étoiles, ne peut que se vêtir des vertus.

Être un esprit fort, c’est savoir qu’on ne va pas loin sans Dieu car si nous sommes appelé vers l’Infini, que sommes-nous par rapport à l’Infini ?

Non, avoir son esprit affûté comme une épée n’est pas développer une sorte de cynisme corrodant la beauté et les émotions élevées, reliquats de la pureté originelle.

Avoir son esprit affûté comme une épée, c’est porter l’épée du chevalier à l’intérieur de soi, c’est intérioriser les vertus cardinales et théologales seules capables de nous individualiser en tant qu’homme.

En recevant son épée, le chevalier ose désormais faire le pas pour franchir l’abîme, il ose faire le pas vers la theosis, la déification du Moi, la transfiguration qui le changera à tout jamais tant physiquement qu’animiquement.

En recevant son épée, le chevalier reçoit l'arme du Verbe qu'il mettra au service de la veuve et de l'orphelin, de la Vérité et de la Lumière.

L'idéal chevaleresque fut bien souvent un « idéal », utopie du Graal à atteindre mais inaccessible à la plupart.

Et cet idéal chevaleresque est sans doute le plus intéressant parce qu'il est idéal précisément. Le pur Galahad, le preux Perceval, le vertueux Gauvain, autant de figures légendaires mais ô combien inspirantes pour les chrétiens d'hier et d'aujourd'hui. Plus réels, Saint Georges, Saint Michel et Sainte Jeanne d'Arc sont les protecteurs et les défenseurs de nombreuses nations européennes en même temps que les protecteurs de la chevalerie, montrant ainsi que cette âme chevaleresque résonne à jamais dans le cœur de l'Europe.

Le christianisme est intrinsèquement un combat contre l'oppression et contre l'injustice qui règne au dehors et au-dedans. Le christianisme est intrinsèquem ent un combat pour la Vie et pour l'Amour.

En ce XXIe siècle, il y a réellement la place pour une chevalerie spirituelle placée sous la protection de Saint Georges, de Sainte Jeanne d'Arc et de l'Archange Mikaël. Cette chevalerie peut œuvrer, selon l'idéal chevaleresque d'autrefois, c'est-à-dire pour la défense des opprimés d'où qu'ils soient. Et les injustices et les combats à mener dans le monde, les dragons à occire sont malheureusement nombreux !

Les trois fonctions du chevalier médiéval sont donc : la quête intérieure de Dieu, la défense de la veuve et de l'orphelin et la défense de l’Église. Ces trois fonctions ont elles encore un sens de nos jours ?

Plus que jamais, à condition de bien les comprendre.

a) La quête intérieure ou la quête du Graal

La quête intérieure est la première tâche du chevalier moderne. Il suit en cela l'un des premiers commandement que Dieu donna à Abraham : « Pars ! Va vers toi ! ». De la quête de Dieu en lui, le chevalier fera son assise. Avec l'épée de l'esprit et l'aide de Dieu, il affrontera les démons qui peuplent les différents niveau de sa conscience afin d'assainir son château intérieur et le parer des vertus de charité, de compassion, de force et de droiture.

Polissant son âme, affûtant son être, le chevalier apprend peu à peu à s'en remettre à la volonté de Dieu afin que les deux volontés ne fassent plus qu'une. Il trouve alors le Graal, c'est à dire le Christ qui vient vivre en lui et est en mesure d'agir pleinement sur le monde car il y fait, avec justesse et discernement, la volonté de Dieu sur Terre. Il devient alors le chevalier parfait, symbolisé par Galahad dans la légende arthurienne.

b) La défense de la veuve et de l'orphelin

S'il base sa vie sur la prière, la contemplation et la force que Dieu voudra lui donner, le chevalier est avant tout un être d'action. Être d'action mettant ses dons et ses compétences au service des autres, des plus faibles et de la justice.

Le vrai chevalier ne cède jamais aux préjugés et aux passions mais agit toujours avec équanimité et compassion. Ce qui ne l'empêche pas de mener d'épiques combats afin que règne la justice et que triomphe le Bien.

Et les champs de bataille ne manquent pas en ce début du IIIe millénaire : exclusion, anti-sémitisme, racisme, schisme entre les chrétiens, faim et pandémie dans le monde, persécution des chrétiens d'orient et d'ailleurs, destruction de l'environnement, mise en place d'une culture matérialiste basée sur l'égoïsme et la compétition outrée, montée en puissance des intégrismes et de certaines dictatures... autant de visages que prend l'ombre aujourd'hui et qu'il faut combattre.

A chacun de trouver ceux où Dieu l'appelle et à se joindre à l'armée des anges afin de repousser les légions de l'Ennemi.

c) La protection de l’Église

Cela a-t-il du sens de défendre l’Église en ce troisième millénaire ? Cette institution, sans doute la plus ancienne du monde, vaut-elle encore qu'on la défende après les abus dont elle fut l'instigatrice ?

Vivre une chevalerie au IIIe millénaire ne signifie pas défendre des valeurs ultra-conservatrices ou moralisatrices. Cela ne signifie pas non plus se faire le porte parole de la frange traditionaliste d'un clergé déconnecté de la réalité et de tout sentiment charitable. Non. Encore une fois, le chevalier se met au service des valeurs les plus saines et les plus saintes, parmi lesquelles se trouve la Liberté et une Compassion sans limite ancrée dans le monde.

Mais défendre l’Église ? Oui, certainement. Même contre elle-même quand elle s'éloigne trop de la Lumière de l'Esprit et de la Vie pour sombrer dans un formalisme figé.

Mais défendre l’Église ? Oui, certainement. Contre les divisions qui séparent le peuple de Dieu, contre l'esprit pharisien et patriarcal qui la minent de l'intérieur, contre l'obscurantisme et le passéisme dont elle fait parfois preuve.

Mais défendre l’Église ? Oui, en tant qu'assemblée de croyants chercheurs de Grâce, contre la laïcité ultra-militante, contre ses ennemis, contre les dérives d'une société désorientée et déracinée, contre le relativisme et le désenchantement.

Mais défendre l’Église ? Oui, en tant qu'épouse de Dieu, en tant que réceptacle de l'Esprit, en tant qu'institution théandrique menant l'humanité à son accomplissement.

Sans doute aucun la chevalerie est intemporelle et sans doute aucun une chevalerie inspirée est nécessaire en ce début de troisième millénaire.

 

Source : http://www.relianceuniverselle.com/

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Trois siècles de résurgences templières

9 Avril 2012 Publié dans #chevalerie

En 1972, l'excellent Laurent Dailliez dénombrait dans le monde quarante-sept groupements néo-templiers ! Combien sont-ils aujourd'hui ? Sans doute bien davantage ! C'est dire combien l'Ordre du Temple garde une partie de son attrait, près de sept siècles après son anéantissement. Au vrai, l'imaginaire templier, mais aussi ce que l'on peut appeler - pourquoi pas ? - la spiritualité néo-templière, font désormais partie du paysage des courants spirituels marginaux et des nouveaux ordres de chevalerie. Chevalerie authentique ou pseudo-chevalerie, c'est à voir. Mais prévenons dès à présent que tous les ordres néo-templiers ne sont pas pour autant des ordres de pacotille, et quelques rares cas flagrants de dérive sectaire - dont le tristement célèbre Temple solaire - ne doivent pas occulter le fait que le cheminement spirituel que proposent certains - je ne dis pas tous, ni même la majorité d'entre-eux - n'est pas toujours inintéressant. Ce cheminement spirituel est-il pour autant fidèle à la spiritualité templière à la lettre, des XIIe, XIIIe ou XIVe siècles ? Là encore, il ne s'agit pas de porter un jugement de valeur, mais d'examiner ce que sont et ce que proposent ces organisations, en fonction de ce que nous savons aujourd'hui de l'histoire et de la spiritualité du Temple médiéval.

D'emblée, je ne range pas parmi les mouvements neo-templiers les deux ordres qui, aujourd'hui, sur le plan historique, voire canonique, peuvent prétendre à la succession directe de l'Ordre du Temple. Il s'agit d'abord, on le sait, de l'Ordre de Montesa, fondé en 1317 par le roi Jame II d'Aragon, confirmé cette année-là par le pape Jean XXII, en lien avec l'Ordre de Calatrava, pour servir de refuge aux templiers espagnols, après la dissolution du Temple. Ensuite, l'Ordre du Christ, constitué en 1318 par le roi Dinis, pour accueillir pour les mêmes raisons les templiers portugais. En dehors de ces deux ordres d'obédience catholique romaine - dont le second est d'ailleurs devenu séculier au XIXe siècle - , pendant des siècles, personne n'aurait songé à se placer de quelque façon dans la continuité du Temple disparu.

Tout change au siècle des Lumières. Depuis le XVIIIe siècle, en effet, forts nombreux ont été les hommes et les groupes à se réclamer de l'illustre descendance du Temple. Quoiqu'elle n'en provienne aucunement, la franc-maçonnerie moderne, qu'on dit spéculative pour la distinguer de la maçonnerie opérative des corporations de bâtisseurs, a ouvert la voie en revendiquant très tôt une filiation templière, d'abord un peu vaguement, puis très explicitement pour certains de ses rameaux. Alors que la première Grande Loge moderne apparaît à Londres en 1717, dès 1723, les fameuses Constitutions de pasteur James Anderson (1684-1739), charte instauratrice de la franc-maçonnerie spéculative, renvoient aux chevaliers du moyen âge, sans plus. En 1736, le célèbre Discours d'André Michel de Ramsay (1686-1743) marque une étape supplémentaire en rangeant parmi les ancêtres de l'ordre maçonnique les ordres chevaleresques de Terre Sainte. On y chercherait cependant en vain toute allusion explicite aux templiers.

Pourtant, moins de vingt ans plus tard, alors que se développent sur le continent les hauts grades maçonniques, la légende templière prend corps, dans la franc-maçonnerie certes, mais aussi dans la littérature anti-maçonnique ! Un pamphlet de 1752, publié à Bruxelles, dénonce ainsi la nouvelle société comme ennemie de la religion chrétienne, au même titre que…les templiers. Récapitulant en quelque sorte les griefs connus, tout en y associant quelques fantasmes anti-maçonniques modernes, ce texte condamne en effet tout ensemble templiers et francs-maçons, supposés descendre du Temple.

Entre 1750 et 1760, au moment où l'on commence à porter l'épée en loge, la franc-maçonnerie s'approprie, sinon définitivement, du moins durablement la légende templière multiforme. Que dit cette légende ? Que la franc-maçonnerie descend du Temple, soit en ligne directe, par Jacques de Molay en personne, ou certains de ses compagnons, soit de quelque autre manière indirecte, notamment par l'intermédiaire d'anciens templiers, réfugiés en Ecosse.

L'exemple le plus connu, et d'ailleurs le plus significatif, de la maçonnerie templière, est celui de la Stricte Observance du baron Karl von Hund (1722-1776), dont les activités " templières " sont attestées en Allemagne au plus tard en 1751. Mais l'origine de la filiation de Hund, pour dire le moins, n'est pas claire. Celui-ci prétend en effet qu'à Paris, en 1743, un chevalier l'admit dans la maçonnerie templière en lui confiant la charge de grand maître de la VIIe province de l'Ordre. Quel chevalier ? Selon Hund, Eques a Penna rubra, qu'il identifie au prétendant Charles-Edouard… qui n'était pas alors à Paris et, du reste, nia toute l'affaire, en 1777. Quoi qu'il en soit, Hund, en 1751, est bien le personnage central de l'Ordre éminent du Saint Temple de Jérusalem, qui, en 1753, apparaît officiellement sous l'appellation de Stricte Observante. Celle-ci se propose deux objectifs : réhabiliter la mémoire des templiers médiévaux, dont descendrait, via l'Ecosse, la franc-maçonnerie, et obtenir à son bénéfice la restitution des biens matériels du Temple. Le premier point peut paraître fort louable, mais le second allait naturellement poser problèmes !

Les activités de la Stricte Observance seront interrompues par la guerre de Sept Ans, à l'issue de laquelle, en septembre 1763, un certain Johnson se présente comme grand prieur de l'Ordre du Temple de Jérusalem, en provenance d'Ecosse, envoyé par le grand chapitre de Londres. C'est un imposteur. Méfiant, Hund réclame des preuves et finit par le démasquer, en présence des représentants d'une dizaine de chapitres, en 1764. Johnson s'enfuit ; il mourra en prison quelques temps après. La Stricte Observance peut reprendre son expansion dans la sérénité, ralliant sous sa bannière la plupart des loges allemandes. De là, elle se répand en France, à Strasbourg et Lyon, en 1773-1774, et en Italie, à Turin, en 1775. Mais le convent de Brunswick, cette année-là, marque la fin de Hund et le début du déclin de l'Ordre. Après la mort de Hund, en 1776, le duc Charles de Sudermanie, qui sera bientôt roi de Suède, lui succède à la grande maîtrise de la VIIe province. Mais, déjà, le convent de Lyon, en 1778, pose les bases nouvelles d'un Ordre qui attend sa réforme. Son principal artisan, Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), métamorphose la branche française en un Ordre des chevaliers bienfaisants de Cité sainte. L'année suivante, à la suite d'un vœu exprimé par le convent de Lyon, l'Helvétie s'émancipe sous la forme d'un Grand Prieuré indépendant, qui maintiendra en Suisse le rite écossais rectifié alors même qu'il aura quasiment disparu de la surface du globe.

Au convent international de la Stricte Observance, à Wilhelmsbad, en 1782, qui marque la victoire de la réforme lyonnaise de 1778, des dignitaires de la franc-maçonnerie européenne s'interrogent mutuellement : la franc-maçonnerie descend-elle véritablement de l'Ordre du Temple ? Le très catholique Joseph de Maistre y répond : " […] qu'importe à l'univers la destruction de l'ordre des T[empliers] ? Le fanatisme les créa, l'avarice les abolit : voilà tout. […] Il paraît donc qu'on ne devrait pas être flatté de trouver l'origine de la Maçonnerie dans l'ordre des T[empliers] ". Du reste, Hund n'avait pas apporté le moindre commencement de preuves de ses prétentions. Et les supérieurs inconnus, appelés par celui-ci à la rescousse, ne s'étaient pas montrés.

En l'absence de documents et de témoignages probants, la majorité des frères décida donc qu'il serait sage, en effet, de renoncer à une abusive filiation templière : "Après plusieurs recherches curieuses sur l'histoire de l'ordre des Templiers, dont on dérive celui des maçons, qui ont été produites, examinées et comparées dans nos conférences, nous nous sommes convaincus qu'elles ne présentaient que des traditions et des probabilités sans titre authentique, qui puisse mériter toute notre confiance, et que nous n'étions pas autorisés suffisamment à nous dire les vrais et légitimes successeurs des T[empliers], que d'ailleurs la prudence voulait que nous quittions un nom qui ferait soupçonner le projet de vouloir restaurer un ordre proscrit par le concours de deux puissances, et que nous abandonnions une forme qui ne cadrerait plus aux mœurs et aux besoins du siècle" .

Sage décision ! Ainsi est né, sous l'influence de Jean-Baptiste Willermoz, l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte (CBCS), constituant l'Ordre intérieur du régime ou rite écossais rectifié (RER). En France, le RER ne survécut pas de beaucoup à la Révolution, mais après s'être maintenu en Suisse, au XIXe siècle, il sera réimplanté sur son sol natal, en 1910, et dans de nombreux pays depuis. Ce rite maçonnique offre la particularité - qui n'en était pas une au siècle des lumières, mais qui l'est devenue aujourd'hui - d'être réservé à des francs-maçons de confession chrétienne - sans être obligatoirement catholiques romains. On y cultive une spiritualité " templière " où la Cité sainte, à édifier et à défendre, n'est plus la ville terrestre de Jérusalem, mais la cité parfaite : la Jérusalem céleste décrite par l'Apocalypse de saint Jean, où il n'y a plus de temple, parce qu'elle est le Temple lui-même.

Pour mémoire, d'autres rites maçonniques, tel que le rite suédois, qui ne fut pas sans lien avec la Stricte Observance, se réclament aussi de l'Ordre du Temple. Dans le rite écossais ancien et accepté, le plus répandu des rites maçonniques, la légende du Temple se trouve en quelque sorte incorporée dans le 30e grade, dit "chevalier kadosh". En 1761, la version initiale de ce grade préconise de revenir à la pureté de la foi et de la morale du Temple, offertes comme un véritable modèle. Hélas, au XIXe siècle, de réformes en réformes, de nouvelles versions aberrantes feront du chevalier kadosh un grade de vengeance où le récipiendaire devra jurer de combattre la tiare et la couronne, réputées ennemies du Temple !

Au tout début du XIXe siècle, en France, la légende templière commence à se répandre en marge de la franc-maçonnerie, dans le cadre d'un Ordre d'Orient et de la loge parisienne des chevaliers de la Croix, dirigée par un certain Dr Ledru, qui prétend détenir la succession magistrale du dernier grand maître secret de l'Ordre du Temple, le duc Timoléon de Cossé-Brissac. Elu grand maître en 1804, Bernard Raymond Fabré-Palaprat (1775-1838), un ancien séminariste devenu médecin, propage véritablement ce nouvel Ordre du Temple, sous le patronage de l'empereur Napoléon 1er, ce qui lui vaut d'attirer quelques personnages de renom. Fabré-Palaprat revendique en ligne directe la succession de Jacques de Molay, et, pour attester son lignage, produit même une charte, portant la signature de tous les grands maîtres depuis le moyen âge... C'est un faux, qui sera vite reconnu et dénoncé comme tel. Il n'empêche que l'Ordre eut en France sa période faste, ses notables, son clergé.

Fabré-Palaprat, consacré grand maître par l'évêque constitutionnel Guillaume Mauviel, en 1812, a également associé son Ordre du Temple à une Eglise johannite des chrétiens primitifs, dont il s'est déclaré le 115e souverain pontife. Il fit même consacrer l'abbé François-Ferdinand Chatel comme primat co-adjucteur des Gaules, avant que celui-ci ne se sépare de l'Ordre pour se consacrer à l'Eglise catholique française, qu'il a fondée en 1831. L'Eglise johannite a publié cette année-là le Levitikon, une version tronquée de l'Evangile de Jean, présentée comme le "statut fondamental de la Sainte Eglise du Christ" et l'exposé des "principes fondamentaux de la doctrine des chrétiens-catholiques primitifs".

Avant même la mort de Fabré-Palaprat, en 1838, l'Ordre s'est scindé en plusieurs branches, dont une qui se maintint sous la direction du duc de Choiseul. Il s'éteindra peu à peu, au point de disparaître presque complètement, avant de connaître un véritable réveil dans la seconde moitié du XXe siècle.

A la Belle époque, des occultistes de différents courants revendiquent à leur tour l'héritage du Temple : Joséphin Péladan (1859-1918) réussit le tour de force de défendre le catholicisme romain tout en se réclamant d'une tradition rosicrucienne et d'une tradition templière familiales, sur fond d'occultisme, d'art et de littérature. Son Ordre de la Rose-Croix du Temple et du Graal, né en 1890, reprend, certes, la devise du Temple "non nobis Domine, sed nominis tuo gliorae solae", mais il se fera surtout connaître à travers les extravagances littéraires de son grand maître et des Salons de la Rose-Croix où des artistes de renom viendront exposer leurs œuvres. Ici ou là, Péladan passe aussi pour avoir été grand maître, de 1892 à 1894 dit-on, de la lignée templière de Fabré-Palaprat. Je ne puis le garantir.

Cette succession, dont les Statuts des chevaliers de l'Ordre du Temple avait été publiés à Bruxelles, en 1840, sera conservée en Belgique, au sein d'un cercle d'occultisme : le groupe KVMRIS, branche du Groupe indépendant d'étude ésotériques, qui rassemblait des filiations occultistes diverses, notamment en provenance du Dr Gérard Encausse (1865-1916), le mage Papus. Le 13 novembre 1894, les templiers européens de la même obédience, à l'exception des frères anglais, s'étaient réunis à Bruxelles pour constituer un Secrétariat international de l'Ordre du Temple. Celui-ci sera un temps dirigé par un personnage singulier : Georges Le Clément de Saint-Marcq, qui, à l'instar de certains gnostiques licencieux des premiers siècles, ira jusqu'à interpréter l'eucharistie comme un acte de magie sexuelle et de spermatophagie enseigné par Jésus-Christ à ses disciples. On s'en doute, les "templiers" belges ont très diversement apprécié les délires de Le Clément de Saint-Marcq, dont la brochure sur l'Eucharistie, publiée confidentiellement en 1913, puis éditée en 1928 à Anvers, fit véritablement scandale.

En revanche, les thèses de Le Clément, ou des thèses similaires, ont été épousées en Allemagne où est né, en 1905-1906, l'Ordo templi orientis (OTO) de Carl Kellner (1850-1905) et Theodor Reuss (1855-1923) imaginé par le premier et réalisé par le second. Comme son nom l'indique, cet ordre-là se veut, certes, d'essence templière, mais c'est afin d'attribuer au Temple une doctrine étrange. Kellner avait voyagé en Orient, d'où il aurait ramené les enseignements d'une magie sexuelle - était-ce du tantrisme ? je n'en suis pas certain - que Theodor Reuss a propagée à son tour. Dans l'Allemagne puritaine des années 1900, une brochure de Reuss, intitulée Lingam-Yoni, fit scandale. Il est vrai que le personnage était assez trouble. Réfugié à Londres, il y établira le siège de l'OTO, qui a été associé à une branche de la franc-maçonnerie égyptienne de Memphis-Misraïm. Le secret de la franc-maçonnerie, selon Kellner et Reuss, est donc aussi celui du Temple, mais d'un Temple réputé possesseur d'une part des secrets du culte phallique comme fondement des principales traditions et des grandes religions, et d'autre part dépositaire de techniques de magie sexuelle. Les aveux extorqués par l'Inquisition à certains templiers ont alimenté ainsi la très fertile imagination de Kellner et de Reuss… Héritier initiatique de Reuss, le mage Aleister Crowley (1875-1947) reprendra à son compte la magie sexuelle de l'OTO, qui, après lui, se scindera en maintes branches rivales. Il ne s'agit là, bien entendu, que d'une magie prétendue templière.

D'un tout autre genre sera l'Ordre du Temple rénové (OTR), en sept grades, qu'un jeune occultiste français fonde, en 1908, avec d'autres jeunes gens et le concours de quelques esprits frappeurs. Son nom, alors, n'est pas connu en dehors du cercle où il s'active, dans l'entourage du mage Papus et de son Ordre martiniste. Il le deviendra quelques années plus tard, au point d'être considéré comme l'un des plus grands auteurs traditionnels du XXe siècle. Son nom, donc : René Guénon (1886-1951). D'autres occultistes de renom ont été associés à l'entreprises : Victor Blanchard, Marc Haven… Des procès-verbaux des séances spirites de l'Ordre nous sont parvenus. Jacques de Molay, Cagliostro, Frédéric le Grand, Adam Weishaupt (1748-1830, le fondateur des Illuminés de Bavière) s'y expriment par le truchement d'une table tournante. Leurs propos n'ont rien que de très banal et leur enseignement garde un air de famille avec celui des occultistes d'alors, et pour cause ! Mais l'aventure tourna court, l'Ordre viendra vite à se dissoudre, en 1911 au plus tard, et Guénon s'efforça de l'oublier. L'oubli, du reste, tourna à l'amnésie, et, en 1921, Guénon s'éleva avec véhémence contre Le théosophisme, avant de dénoncer deux ans plus tard, chez d'autres, l'Erreur spirite, qui avait aussi été la sienne quelques années plus tôt.

Passé ces erreurs de jeunesse, Guénon a toujours considéré l'Ordre du Temple comme celui des "gardiens de la terre sainte", c'est-à-dire non pas de la ville de Jérusalem ou de la Palestine, mais du "centre" dépositaire des connaissances sacrées. Quant à la succession du Temple, il écrit lui-même dans ses Aperçus sur l'initiation : "Après la destruction de l'Ordre du Temple, les initiés à l'ésotérisme chrétien se réorganisèrent, en accord avec les initiés à l'ésotérisme islamique, pour maintenir, dans la mesure du possible, le lien qui avait été apparemment rompu par cette destruction ; mais cette réorganisation dut se faire d'une façon plus cachée, invisible en quelque sorte, et sans prendre son appui dans une institution connue extérieurement et qui, comme telle, aurait pu être détruite une fois encore. Les vrais Rose-Croix furent probablement les inspirateurs de cette réorganisation… ".

L'idée d'un lien entre Ordre du Temple et le mouvement rosicrucien, apparu en Allemagne au début du XVIIe siècle, n'est pas nouvelle. Cela ne signifie pas pour autant qu'elle ait quelque fondement ! Car la Rose-Croix, quel que soit d'ailleurs le sens donné à cette appellation, ne descend pas plus du Temple que la franc-maçonnerie. Joséphin Péladan, nous l'avons vu tout à l'heure, fut certainement l'un des premiers, en 1890, à les rapprocher. Theodor Reuss s'en inspire. René Guénon les associe à son tour dans son œuvre. Beaucoup d'autres leur emboîteront le pas.

Le 19 janvier 1932, des templiers de la lignée de Fabré-Palaprat (Joseph Cleeremans, Gustave Jonckbloedt et Théodore Covias) fondent à Bruxelles l'Ordre souverain et militaire du Temple, dont l'enregistrement paraît au Moniteur belge, le 20 janvier 1933. La même année, Georges Le Roy, bailli de l'Ordre, décrit ainsi la direction de son organisation : "A l'heure actuelle, l'Ordre est dirigé par un Grand Maître, élu comme tous les dignitaires et ayant rang de prince souverain. Il est secondé par un Souverain-Conseil. L'Ordre possède, en divers pays, des chapitres ou associations nationales de Chevaliers, présidées par un grand-bailli, assisté d'un conseil et secondé par un grand-chancelier. En plus de ces chapitres, il existe des baillages et des commanderies." Voilà qui est bien possible. En revanche, il paraît difficile de croire que l'Ordre ait compté alors, comme il l'affirme, quelques 3500 membres dans le monde…

En 1933, l'Américain H. Spencer Lewis (1883-1939) reçoit des templiers belges un titre de bailli grand croix, transmissible à ses descendants. Rappelons qu'en 1915, Lewis avait fondé à New-York l'Ancien et mystique ordre de la Rose-Croix (AMORC), qu'il ne cessera de présenter comme une résurgence de l'ancienne confrérie de la Rose-Croix, l'œuvre de sa vie. Des enseignements de son ordre sont consacrées à la chevalerie templière, et cette charte d'un genre classique autorise Lewis à conférer "le titre honoraire de chevalier du Temple à tous ceux qui se sont distingués par des services particuliers rendus à l'ordre rosicrucien en Amérique du Nord".

Au cœur de l'AMORC, Lewis constitua d'ailleurs un noyau chevaleresque, sous le nom de Militia crucifera evangelica (MCE), conçue "comme un groupe de défense", et "la véritable organisation secrète à l'intérieur de l'Ordre Rosicrucien", qui revendique, au moins spirituellement, l'héritage de Simon Studion. "Ne peuvent en être membres que ceux qui sont parfaitement formés aux principes fondamentaux des enseignements rosicruciens, ceux qui se sont engagés à consacrer leur vie entière aux idéaux rosicruciens et surtout ceux qui ont promis de soutenir la personne de l'Imperator dans chaque pays où existe la Militia". En juillet 1940, le premier conclave de la Militia, au siège mondial de l'AMORC, à San Jose, en Californie, eut pour objectif "d'adopter des moyens de défendre la chrétienté‚ et les concepts mystiques". Mais ce cercle resta surtout honorifique et, pour le coup, nous sommes très loin du Temple.

De Belgique viendront les lignées contemporaines de l'une des organisations néo-templières les plus connues. En 1934, un Conseil de régence de ce qu'il reste de l'Ordre de Fabré-Palaprat place à sa tête Emile Vandenberg - avec un intermède par un certain Théodore Covias, de 1935 à 1942 - qui, le 23 décembre 1942, transmet ses pouvoirs au Portugais Antonio Campello Pinto de Sousa Fontes. En 1945, celui-ci fonde l'Ordre souverain et militaire du Temple de Jérusalem (OSMTJ).

Si l'ancêtre directe de l'OSMTJ ne figure pas parmi les signataires de l'acte de constitution de la Fédération universelle des ordres et sociétés initiatiques (FUDOSI), fondée à Bruxelles, en 1934, plusieurs "templiers" y étaient pourtant forts actifs. En 1946, la FUDOSI, avait admis en son sein une Société d'études et de recherches templières, qui, sans doute, n'était pas étrangère à ce courant. Son grand prieur, dit sâr Grégorius, paraît avoir été un authentique prêtre catholique romain, le père André Barbelin (1891-1960), qui, pendant plus de vingt ans, a servi son Eglise, en Hollande, en Belgique et en France, sous la fausse identité d'"Augustin Cordonnier". Mais ceci est une autre étrange histoire !

En 1970, un convent international se réunit à Paris pour désigner le successeur de Sousa Fontes, mais alors que la majorité semble désigner son fils, Fernando, des hommes de main du Service d'Actions civiques (SAC) du mouvement gaulliste, où se mêlent services secrets et polices parallèles, truquent l'élection, afin de faire main basse sur l'organisation. Contre toute attente, c'est un certain Antoine Zdrojewski qui en prend les commande. L'OSMTJ explose. La branche d'Antoine Zdrojewki défraiera la chronique, en France, lors d'une affaire du SAC, entraînant la dissolution de ce dernier mouvement, en août 1973. Mais on reparlera encore de cette branche de l'OSMTJ et du SAC, en 1981, à la suite de l'assassinat de l'inspecteur Jacques Massié, à Auriol, près de Marseille, qui reste aujourd'hui encore une bien ténébreuse affaire.

Loin des polices parallèles et des activités mafieuses, les deux autres branches de l'OSMTJ se maintiendront, l'une essentiellement au Portugal, sous la direction de Sousa Fontès ; l'autre en Suisse, sous la forme d'un Grand Prieuré, dirigé par Alfred Zappelli. Ces deux branches se sont maintenues jusqu'à nos jours.

D'un tout autre genre encore est l'Ordre des frères aînés de la Rose-Croix (FARC), un cercle d'alchimistes qui associe le Temple et la Rose-Croix, et revendique la possession de nombreux documents, dont 115 parchemins munis de leur sceau, s'étalant de 1317 et nos jours. L'un de ces manuscrits de plus de mille deux cents pages, comprend plus de trente écritures différentes, et couvre une période qui va de 1503 et 1723. Las, si les documents en question existent bien (des photographies en ont été publiées), on doit regretter qu'ils n'aient pas encore fait l'objet de la moindre analyse.

Fort de cet impressionnant héritage, les FARC revendiquent une filiation multi-séculaire, et se donnent une liste impressionnante de dirigeants, qui passerait, elle aussi, par le Temple. Si l'on en croit Roger Caro, qui a révélé l'existence des FARC, l'origine même de cet ordre serait à rechercher dans les liens entre certains templiers et des alchimistes d'une école de Bagdad. Les FARC reprennent d'ailleurs en partie à leur compte la légende templière maçonnique : prévenus par un chapelain du manoir de la Buzardière, près du Mans, sept templiers français, dont certains détenaient des secrets alchimiques, auraient échappé à l'arrestation commanditée par Philippe le Bel. Gaston de la Pierre Phoebus, Guidon de Montanor, Gentilis de Foligno, Henri de Monfort, Louis de Grimoard, Pierre Yorick de Rivault et César Minvielle se seraient ainsi réfugiés vers Dinard, puis à Saint-Malo, d'où ils auraient rejoint l'Angleterre. Certains auraient été hébergés dans la commanderie de Londres, tandis que d'autres se seraient enfuis sur l'île de Mull, avant de retourner en France où, avec la bénédiction du pape Jean XII, ils auraient fondé les FARC, le 2 décembre 1316.

Au nom des FARC, Roger Caro nie pourtant que son ordre puisse être considéré de quelque façon comme le continuateur du Temple : "Les FARC ne sont pas les continuateurs des Templiers. Les Membres fondateurs étaient d'anciens miliciens dissous, ils possédaient l'enseignement occulte que se partageaient Sénéchaux et Grands-Prieurs, mais leur Règle et leur unique Mission (plusieurs fois séculaire) n'ont rien en commun avec l'Ordre du Temple". Les FARC se donnent ensuite une longue liste de dirigeants (qui portent le titre d'imperator), parmi lesquels on rencontre Guidon de Montanor (qui en aurait fixé le siège à la commanderie de Montfor-sur-Argens, en 1333), des chevaliers de Rhodes, saint Vincent de Paul, des alchimistes ou réputés tels comme Nicolas Flamel ou Robert Fludd, des personnages bien connus de l'histoire de l'occultisme : Bulwer Lytton, Eliphas Lévi, William Wynn Westacott, Rudolf Steiner et enfin Pierre Phoebus, alias Roger Caro (1911-1992) lui-même, radiesthésiste, thaumaturge et alchimiste, entré en fonction en 1969.

S'il paraît bien difficile d'accorder crédit à cette belle histoire d'un genre assez répandu, il faut souhaiter qu'un historien puisse un jour analyser objectivement les pièces produites par les FARC, qui semblent en tout cas dépositaires d'une vraie tradition alchimique, dite de la voie du cinabre. Roger Caro a d'ailleurs publié plusieurs ouvrages d'alchimie, ainsi que de remarquables planches de photographies en couleurs représentant certaines phases du Grand Œuvre alchimique. Du reste, depuis leur apparition dans les années 1960, les FARC sont restés assez discrets - en dehors des publications hors commerce de leur imperator qui a largement contribué à la littérature alchimique contemporaine - l'ordre étant limité à trente-trois membres.

Parallèlement aux FARC, Roger Caro a également fondé une petite église : l'Eglise universelle pour la Nouvelle Alliance (EUNA), au sein de laquelle les FARC se sont officiellement retirés, en 1972. En l'espèce, Roger Caro se réclament également du Temple, qui, en 1972, explique à un correspondant qu'il se plonge "dans les archives de notre vieille Eglise F.A.R.C., et j'ai pu, grâce aux documents primitifs que nous possédons mettre sur pieds non seulement tous les canons qui régissent l'ex-Eglise Templière mais les rituels touchant les offices et la célébration des sacrements." A la mort de Roger Caro, en 1992, les FARC ne semblaient pas être officiellement sortis de leur sommeil.

Selon une autre "tradition" templière encore, le château d'Arginy, situé en France, dans le Beaujolais, passe pour le berceau de l'Ordre du Temple médiéval, son grand quartier général occulte, le lieu de réunion de son chapitre secret. Or, si la partie la plus ancienne du château semble en effet dater du XIe siècle, ses liens avec le Temple sont sans le moindre fondement historique.

Mais il est vrai qu'Arginy reste le point de départ d'une des plus importantes résurgences templières modernes. En 1951, l'occultiste français Jacques Breyer (1922-1996) qui y vivra sept ans, y rencontre le comte de Rosemont, propriétaire du château, puis entreprend d'interpréter les graffitis du donjon, réputés templiers. A partir de 1952, il tente des invocations occultes, en compagnie de deux médiums exceptionnels : un journaliste, Marcel Veyre de Bagot, qui le rejoint au mois de mai, suivi par le spagyriste et astrologue bien connu Armand Barbault (1906-1974), dit Rumélius. A l'issue d'une opération particulière, conduite le 12 juin 1952, les trois occultistes sont convaincus d'entrer en contact avec l'égrégore de l'Ordre du Temple médiéval et ce sera pour eux le jour d'une "nouvelle ère du Temple".

Jacques Breyer tirera de cette retraite volontaire deux livres qui, selon lui, se rapportent directement aux connaissances du Temple : Dante alchimiste, en 1957, suivi d'Arcanes solaires ou les secrets du temple solaire, en 1959. Autour du trio initial, se constitue alors un cercle informel où se retrouvent des occultistes ou des francs-maçons : Maxime de Roquemaure, Jean Roux, Jean de Foucault, Victor Michon, Pierre de Ribaucourt, Vincent Planque, (fondateur en 1958 de la Grande Loge nationale française Opéra, devenue aujourd'hui Grande Loge traditionnelle et symbolique). A ce premier noyau, se joint, fin 1957, Jean Soucasse, puis Robert Chabrier et Georges Sourp. A partir de 1960 ou 1961, Breyer rassemble des collaborateurs dans le milieu maçonnique français, qui publient la revue La voix solaire. En 1964, le cercle initial se scinde en deux groupes : l'un restera fidèle aux travaux et à l'esprit de Breyer, qui, de son côté, poursuivra son œuvre littéraire dans l'indépendance ; l'autre s'assemble, le 24 juin 1966, en un conclave, qui procède à l'élection de Jean Soucasse, dit Jean, soi-disant vingt-troisième grand maître du Temple, qui devient en la circonstance l'Ordre souverain du temple solaire (OSTS).

En juin 1967, l'OSTS apparaît officiellement à Monaco, où il bénéficie même d'une reconnaissance de la Principauté. Pour la saint-Michel 1973, il se manifeste publiquement pour la première fois, au Mont Saint-Odile, en Alsace. Le 6 novembre de la même année, le grand maître Jean adresse depuis la commanderie de saint-Jean-le-Baptiste, à Villié-Morgon, un télégramme aux évêque de France réunis à Lourdes, dans lequel il réclame "fermement à l'épiscopat français, en un temps où l'Eglise désertée cherche en vain ses soutiens, l'ouverture d'une procédure de réhabilitation auprès de notre saint-père le pape". La supplique restera lettre morte. En 1974, il renouvelle son geste, en adressant depuis la commanderie de Saint-Michel-Archange, un nouveau télégramme au secrétaire général du synode des évêques assemblés à Rome : "Conscient, avec le saint-père, qu'en aucun cas l'Evangile ne peut être utilisé à des fins oppressives qu'elle qu'en soit la forme, l'Ordre souverain du Temple solaire réaffirme sa mission universaliste et convie l'Eglise catholique romaine à lever la mesure arbitraire de 1312 qui, en tout état de cause, fait obstacle a un véritable œcuménisme". Mais le synode restera sourd à ce nouvel appel des templiers français.

Un manifeste officiel de l'Ordre, publié en 1975, sous la signature de Peronnik (qui semble désigner Robert Chabrier) et le titre Pourquoi la résurgence de l'Ordre du temple ? témoigne de la très singulière doctrine de cet ordre, sans rapport avec la pensée de Jacques Breyer. On y découvre, en particulier le thème de Sirius, dont une des planètes, nommée Epolitas, est identifiée à Héliopolis, la Cité du soleil des hermétistes. On y apprend ensuite qu'Héliopolis est habitée "par une humanité qui a connu la Chute à une époque très reculée mais qui, rachetée par une Incarnation du Christ, est présentement considérablement plus évoluée que la nôtre, tant par l'exercice de l'amour du prochain que sur le plan technique". Le personnage biblique de Melchisédech et les fondateurs des pyramides d'Egypte ne seraient autres que des "héliopolitains". Plus inquiétant au regard de la fin tragique du Temple solaire, l'ouvrage annonce le retour des sages d'Héliopolis : "Lorsque les temps seront venus, en principe avant la fin du siècle présent, et s'il existe sur notre Terre un nombre suffisant (quoique faible) d'hommes dignes de prendre contact avec eux, les initiés d'Héliopolis reviendront, dans une discrétion totale, opérer une jonction avec leurs frères du Temple terrestre".

En 1978, après les décès successifs de Robert Chabrier (en février) et de Marcel Veyre de Bagot (en avril), des tensions apparaissent dans l'OSTS. Il en résulte une scission : une branche, dite de la Massenie, dirigée par Jean et Paul Soucasse, se métamorphosera en un Collège templier, ou Ordre du Temple cosmique, qui a publié la revue Helios. La branche "monégasque", dirigée par Jean-Louis Marsan, qui meurt en 1982, donnera elle-même naissance à l'Ordre du Temple universel. La branche espagnole de l'OSTS deviendra, en 1985, l'Orden Soberana del temple de Cristo (OSTC), qui semble bénéficier depuis 1992 d'une certaine reconnaissance du Gouvernement espagnol.

Après avoir fréquenté des cadres de la résurgence d'Arginy, le Français Raymond Bernard, grand maître de l'Ordre de la Rose-Croix AMORC pour les pays de langue française, fonde à son tour, le 26 octobre 1970, un nouvel ordre néo-templier. L'Ordre rénové du Temple (ORT) se base sur le récit mythique d'un Rendez-vous secret à Rome de Raymond Bernard. Selon ce récit allégorique, qui a été partiellement repris par d'autres cercles néo-templiers et qui s'inspire d'ailleurs partiellement lui-même de mythes antérieurs, la fondation de l'Ordre du Temple médiéval aurait été décidée dans un lieu secret, la crypta ferrata, près de Rome, puis, en 1087, les fondateurs de l'Ordre auraient reçu l'investiture secrète qui leur aurait permis d'en poser les bases, en 1096, à Constantinople, avant que l'Ordre ne voit officiellement le jour en 1118. Le Temple ne serait d'ailleurs que l'écorce extérieure de l'Ordre du Graal, expression lui-même d'une société encore plus intérieure : l'Ordre de Melchisedec.

Et voilà que l'histoire se répète. La décision de réveiller l'Ordre du Temple, et par conséquent de fonder l'Ordre rénové du Temple, aurait été prise par des maîtres cachés de la tradition, le 5 février 1962. Cette étape première d'une longue préparation aboutit, en 1968, à la rencontre de Raymond Bernard et d'un mystérieux Jean, descendant des rois de France, avec "le cardinal blanc", un dignitaire secret du Temple. Celui-ci lui transmet, dans la crypta ferrata, crypte secrète de l'abbaye uniate de San Nilo, en banlieue de Rome, l'adoubement et la mission de réveiller l'Ordre en communiquant à son tour cet adoubement, à Chartres. Là s'arrête le récit allégorique de Raymond Bernard, que beaucoup, malheureusement, ont pris au pied de la lettre.

Au moment où il publie son "aventure", en 1968, Raymond Bernard transmet donc l'adoubement "templier", soi-disant reçu près de Rome, à deux proches, Raymond Devaux et Julien Origas, dans la crypte de la cathédrale de Chartres. Deux ans plus tard, il fonde l'Ordre rénové du Temple, dont il sera jusqu'en 1972 le grand maître secret. Cet Ordre se développe d'abord dans le giron de l'AMORC, ce qui lui permet de compter en quelques mois près de mille cinq cents membres. D'autant que l'ORT adopte la forme d'enseignement par correspondance inaugurée par l'AMORC. Par suite de difficultés diverses, en 1972, Raymond Bernard choisit de se retirer de l'ORT et le confie à son bras droit, Julien Origas, un ancien de l'OSTS, qui poursuivra son développement. En 1988, après avoir cessé ses fonctions dans l'AMORC, Raymond Bernard fondera l'Ordre souverain du Temple initiatique (OSTI) dont il a transmis la grande maîtrise à Yves Jayet, en 1997.

D'anciens cadres de l'ORT ont fondé à leur tour d'autres ordres néo-rempliers : l'Ordre des veilleurs du Temple (OVDT), de Lucien Metche, en 1973 ; le Cercle des Templiers du Saint Graal (CTSG), en 1976, qui se transformera lui-même, en 1978, en une Fraternité pour la résurgence templière (FJRT), laquelle deviendra en 1984 l'Ordre des Chevaliers du Temple, du Christ et de Notre-Dame (OCTCND), aujourd'hui ramifié.

Mais le descendant le plus connu de l'ORT restera à jamais le tristement célèbre Temple solaire. A la mort de son grand maître, Julien Origas, en 1983, la direction de l'ORT revient à un médecin vivant en Suisse, du nom de Luc Jouret (1947-1994), désigné par le grand maître défunt. Cependant, une partie des cadres refusent de lui faire allégeance et reprennent rapidement en main l'ORT. Avec les membres restants, Jouret et son associé, Joseph - dit Jo - Di Membro (1924-1994) fondent alors, en 1984, l'Ordre international des chevaliers du Temple solaire, qui mutera, en 1990, en Ordre Tradition solaire ou Ordre du Temple solaire. Ce mouvement suivra, au fil des mois, une dérive sectaire - voire peut-être une dérive mafieuse - dont on sait qu'elle conduira à l'assassinat et au suicide de 53 personnes, adultes et enfants, en Suisse et au Québec, en octobre 1994. En décembre 1995, un deuxième acte du drame provoquera en France la mort de 16 autres personnes.

Le Temple et l'imaginaire templier restent d'actualité. Alors que le procès en appel du Temple solaire doit s'ouvrir à Grenoble en 2006, le fameux roman de Dan Brown, Da Vinci code, ne met-il pas en scène un Ordre mystérieux, dit du Prieuré de Sion, qui ne serait pas sans lien avec les templiers ? Le Prieuré de Sion, dont le roman de Dan Brown aura contribué à redorer le blason, revendique d'avoir fondé l'Ordre du Temple comme son bras militaire. Il affiche de surcroît une généalogie encore plus extravagante que bien des sociétés du même genre, qui commence avec Godefroy de Bouillon, qui l'aurait fondé à Jérusalem en 1099, puis passe par Nicolas Flamel, Léonard de Vinci, Isaac Newton, Claude Debussy, Sandro Botticelli, Victor Hugo, Charles Nodier, Jean Cocteau... La vocation de l'Ordre aurait été de protéger le secret de saint Graal, qui ne serait autre que celui du sang royal du Christ perpétué par ses descendants, issus d'une union avec Marie-Madeleine, lesquels seraient les Mérovingiens qui longtemps régnèrent sur la France. En réalité, le Prieuré ne remonte ni au moyen-âge, ni même au XVIIIe siècle comme le prétend un de ses dirigeants contemporains, mais au 7 mai 1956, date de sa fondation par Pierre Plantard (1920-2000), dit Plantard de Saint-Clair, personnage d'origine modeste qui se prétendait d'ascendance mérovingienne et briguait à ce titre le trône de France… Quant aux Dossiers secrets déposés à la Bibliothèque nationale, qui attribuent notamment pour grands maîtres au Prieuré de Sion Victor Hugo, Claude Debussy ou Jean Cocteau, se sont bien entendu des faux.

De toutes les lignées néo-templières, qui se sont développées depuis le XVIIIe siècle et dont nous n'avons fait que survoler l'histoire, aucune, on l'aura compris, ne descend historiquement de l'Ordre du Temple. Sur le plan des idées, les templiers du XIVe siècle seraient d'ailleurs sans doute bien surpris de constater à quelle "tradition" ont les rattache. Les délires et les fantasmes des inquisiteurs ont, certes, largement contribué à nourrir, depuis des siècles, l'imaginaire templier. Mais combien de conceptions et de mythes étranges s'y sont greffés depuis ! Au vrai, on trouve le plus souvent aujourd'hui dans les ordres "templiers" ce que leurs fondateurs respectifs ont cru être, parfois de bonne foi, des "traditions templières". Las, sous le regard de l'histoire, ces "traditions " sont le plus souvent fantaisistes, qui font que la plupart de ces ordres sont pseudo-templiers. D'aucuns mêmes y ont apporté ou trouvé la mort la plus atroce. Mais les escroqueries spirituelles et les caractéristiques sectaires de certains mouvements ne doivent pas faire oublier que, dans la plupart des cas, les ordre "templiers" contemporains, aussi peu "templiers" soient-ils, n'en sont pas moins parfaitement inoffensifs.

Quelques-uns, enfin, tel l'Ordre des chevaliers bienfaisants de la Cité sainte du rite écossais rectifié, sortent du lot, en proposant une approche véritablement profonde du Temple et en engageant leurs membres dans une authentique démarche spirituelle. Depuis le XVIIIe siècle, ils témoignent, par delà la réalité historique, de la persistance d'un idéal moral, et même chevaleresque, sous la bannière du Temple.

 

Source : http://www.hermanubis.com.br

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Code journalier du Chevalier

19 Juin 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Chevalerie

Je m'applique jour et nuit à l'écoute, la réflexion et la méditation.

Je m'applique à maîtriser mes émotions envers mes proches comme envers mes ennemis.

Je m'applique à fuir les lieux nuisibles et les émotions négatives afin de développer en moi une conduite vertueuse.

Je m'applique à aimer mes frères et mes sœurs plus que moi-même, à ne voir que les qualités des autres, même de ceux qui ne voient que mes défauts.

Je m'applique à ne jamais nuire à autrui, même au péril de ma vie.

Je m'applique à engendrer l'esprit d'éveil afin de libérer l'infinité des êtres.

Je m'applique à échanger mon bonheur contre la souffrance d'autrui.

Je m'applique à me servir de la matière sans en devenir esclave.

Je m'applique à louer celui qui me révèle mes défauts.

Je m'applique, dans le dénuement, sujet à un mépris constant, en proie aux maladies, à garder le courage et des pensées positives.

Je m'applique même dans l'opulence, à considérer les biens à leur juste valeur et à ne pas négliger les autres.

Je m'applique à percevoir que, sous leur apparente beauté, les objets plaisants et attrayants n'ont pas plus de beauté qu'un arc-en-ciel.

Je m'applique de même à ne considérer les difficultés comme illusoires.

Je m'applique à pratiquer la générosité sans attendre de retour.

Je m'applique à pratiquer la discipline chevaleresque sans motivation mondaine.

Je m'applique à m'exercer à la patience.

Je m'applique à développer l'enthousiasme et la persévérance.

Je m'applique à m'exercer au calme mental et à pratiquer la concentration qui transcende  les quatre états sans forme.

Je m'applique à éviter toute parole blessante et déplaisante.

Je m'applique à être conscient de mon état d'esprit du moment et à rechercher sans trêve la connaissance de moi-même.

Je m'applique à observer constamment mes défauts et à m'en défaire.

Par les mérites de cet écrit,

Et grâce à l'esprit d'éveil relatif et absolu, puissent tous les êtres

Devenir semblables à  notre Divin Maître qui réside au-delà Des extrêmes,

Comme au plus profond de nous-même.

La perfection n'est pas de ce monde, mais le Chevalier s'engage à en faire sa quête, se servant de son courage comme monture et de sa volonté comme bouclier.

 

source : http://nonnobisdominenonnobissednominituodagloriam.unblog.fr

 

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L'Ordre de St Patrick

19 Mai 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Chevalerie

 

Le très illustre ordre de Saint-Patrick (en anglais : The Most Illustrious Order of Saint Patrick) est un ordre de chevalerie britannique associé à l’Irlande. Il fut institué en 1783 par Georges III afin d’obtenir — ou de récompenser — le soutien du Parlement d'Irlande, car une autonomie substantielle avait été accordée à cette province peu avant la création de l’ordre. Le titre de chevalier de Saint-Patrick a été régulièrement remis jusqu’en 1922, date à laquelle une partie de l’Irlande est devenue indépendante sous le nom d’État libre d'Irlande. Alors que l’ordre existe toujours, personne n’a été fait chevalier de Saint-Patrick depuis 1936. Le dernier chevalier survivant, le prince Henry, duc de Gloucester, est mort en 1974. La reine reste cependant la souveraine de l’ordre, et il reste un officier, le roi d'armes d'Ulster et de Norroy (Ulster and Norroy King of Arms).

Saint Patrick est le saint patron de l’ordre dont la devise latine est « Quis separabit? », qui se traduit littéralement par l’expression Qui nous séparera ? qui fait allusion à la question « Qui nous séparera de l’amour du Christ ?[ » dans l'Épître aux Romains 8,35 de la Vulgate.

La plupart des ordres britanniques de chevalerie couvrent le royaume entier, mais trois des plus importants concernent une seule des nations qui le composent. L’ordre de Saint-Patrick, qui concerne l’Irlande, est le plus récent des trois et le troisième par ordre de priorité. Son équivalent en Angleterre, le très noble Ordre de la Jarretière, est l’ordre le plus ancien de la chevalerie au Royaume-Uni (milieu du XIVe siècle). L’équivalent écossais est le très ancien et très noble Ordre du Chardon, datant, sous sa forme moderne, de 1687.

L’ordre de Saint-Patrick a fait la une de l’actualité quand, en 1907, ses insignes, communément appelés « bijoux de la couronne irlandaise », ont été volés au château de Dublin peu avant une visite du roi Édouard VII. Ils n’ont jamais été retrouvés[

 

Source : wikipedia

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York : Exhortation Maître

3 Mars 2011 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #chevalerie

Chacun de nos trois degrés à son devoir prédominant. Pour vous Apprenti Maçon, votre devoir envers Dieu, pour vous Compagnon, votre devoir envers votre prochain, pour vous M\M\ votre devoir envers vous-même. Il ne peut pas y avoir d'inversion dans l'ordre de ces devoirs, car la Franc-Maçonnerie ne contredit ni la nature, ni la Révélation dans l'ordre de son enseignement. Dieu vient toujours en premier, car en lui nous vivons, évoluons et possédons notre être propre. Après vient notre prochain, parce que Dieu lui-même l'a ordonné dans les dix commandements écrits de sa propre main Divine. Nous-mêmes venons en dernier parce que sans notre devoir envers Dieu, nous n'aurions pas la force d'accomplir quoi que ce soit, et sans notre devoir envers notre prochain nous n'aurions pas la Règle d'Or qui nous montre ce que nous nous devons à nous-mêmes.

 

Votre qualité d'homme ne dépend pas de votre situation mais de votre caractère. L'établissement de même que la reconnaissance de votre vraie qualité d'homme est entre vos mains. Trop de gens pensent que la réputation suffit à l'assurer ; ne vous attendez pas à cela.

 

Cherchez la vraie nature de l'homme et ensuite rendez-la exemplaire. N'ayez pas deux personnalités, une pour vos Compagnons et une autre pour votre vie privée.

 

Soyez un homme de vérité, aussi bien chez vous qu'en dehors. Dédaignez de vous abaisser vous-même parce que la porte de la notoriété vous est fermée. Laissez même votre solitude tenir compagnie à l'homme de bien qui est en vous. Parlez le même langage aux hommes que celui que vous employez avec votre mère.

 

Regardez les femmes avec le même regard que vous voudriez que les hommes regardent vos sœurs. Ressentez le langage grossier comme une atteinte à votre bonne éducation. Demandez que l'on vous traite respectueusement, mais commencez par vous respecter vous-même. Il n'est rien de plus intolérable que de vous abaisser vous-même à un plus bas niveau moral. Elevez les autres jusqu'à vous, mais refusez de descendre, même une seule marche, vers eux.

 

Ne mesurez pas votre importance par vos titres ou votre argent, mais par la force de votre caractère et la rectitude de votre langage. Faites toujours comprendre aux autres que c'est un homme de bien qui est devant eux. Les enseignements de ce degré vous montrent qu'il est de votre devoir d'atteindre le plus haut niveau de vos possibilités. C'est votre devoir d'homme parmi les hommes, de fils, de mari ou de père, de citoyen de cette grande République, de M\M\, de glorieux aboutissements de toutes les créatures, car l'homme véritable est l'image humaine du Dieu des Maçons.

 

Mon F\, votre zèle pour l'institution de la Franc-Maçonnerie, les progrès que vous avez faits dans la connaissance du mystère, et votre obéissance à nos règles vous ont désigné comme un sujet digne de notre bonté et de notre estime. Vous êtes maintenant lié par le devoir, l'honneur et la gratitude et devrait demeurer fidèle à notre confiance, maintenir la dignité de votre caractère en toutes circonstances, et de renforcer, par le principe et l'exemple, l'obéissance à toutes les règles de notre Fraternité.

 

En tant que M\M\, vous êtes autorisé à corriger les erreurs et irrégularités de vos F\ moins bien informés, et de les protéger d'un manque de fidélité. Garder intacte et pure la réputation de la Fraternité doit être votre soin constant. Vous devez toujours inculquer la bienveillance universelle et, par votre propre conduite, donner le meilleur exemple à ceux moins bien informés que vous. Vous devez protéger les Anciens Landmarks de la Fraternité, confiés à vos soins ; ne jamais permettre qu'ils soient transgressés, et ne jamais autoriser une déviation des usages établis et des coutumes de la Fraternité.

 

Votre vertu, votre honneur et votre réputation sont les garants de la dignité de l'état qui est maintenant le vôtre. Donc, ne laissez aucun motif vous détourner de votre devoir, violer vos vœux ou manquer à votre parole, mais soyez sincère et fidèle, et imitez l'exemple de l'artiste célèbre que vous avez représenté ce soir.

 

Ainsi, vous vous rendrez digne de l'honneur que nous vous avons conféré et mériterez la confiance que nous avons mise en vous.

 

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Yvain le Chevalier au Lion

31 Décembre 2010 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #Chevalerie

La demoiselle par la main
Emmène Monseigneur Yvain
Là où il est très chèrement tenu.
Lui craint d'être mal reçu,
Et s'il le croit, c'est naturel.
Sur un grand coussin vermeil,
Ils trouvent la dame assise.
Grand peur, je vous l'assure,
Messire Yvain a eu à l'entrée
De la chambre où ils ont trouvé
La dame qui ne lui disait rien.
Ce silence l'effraya fort :
Il fut de peur si ébahi
Qu'il pensa bien être trahi ;
Et il se tint debout loin d'elle
Jusqu'au moment où la pucelle
Lui dit : « Qu'elle aille au diable
Celle qui apporte à une dame
Un chevalier qui ne s'en approche pas
Et qui n'a ni langue, ni bouche,
Ni esprit qui lui permette de penser
Et de commencer à parler ! »
A ces mots, elle lui tire le bras
Et elle lui dit : « Çà, avancez,
Chevalier, et n'ayez pas peur
Que ma dame aille vous mordre !...
Demandez-lui la paix et la concorde,
Je la prierai avec vous
De vous pardonner la mort
D'Esclados le Roux, son époux.
Jusqu'à ce qu'il soit tué par vous. »
Monseigneur Yvain joint aussitôt
Les mains et tombe à genoux
Et, comme un vrai ami, il dit :
« Je ne vous demanderai pas le pardon
Mais je vous dirai merci
Pour tout ce que vous me direz de faire ;
Et rien de cela ne pourrait me déplaire. »
« Non, Seigneur ? Et si je demande votre mort ? »
« Dame ! grand merci à vous,
C'est tout ce que vous entendrez de moi »
« Jamais, dit-elle, je n'ai entendu rien de tel :
Vous vous mettez sous mes ordres,
Complètement soumis à mes désirs,
Sans que je vous y force ? »
« Dame ! Il n'y a pas de force
Plus forte, sans mentir,
Que celle qui me commande à consentir
En tout à vos moindres désirs.
Je ne redoute rien du tout
De ce que vous voudrez me commander.
Et si je peux réparer cette mort,
Que j'ai provoquée par mégarde,
Je la réparerai sans discuter. »
« Comment ? dit-elle, Dites-moi donc,
Et nous serons quittes,
Si vous n'avez pas mal agi
En tuant mon époux ? »
« Dame, fait-il, par votre grâce,
Quand votre seigneur m'attaqua,
Quel tort ai-je eu de me défendre ?
Celui qui veut tuer, ou prendre,
Si l'homme qui se défend le tue,
Dites-moi quelle faute a-t-il faite ? »
« Aucune, si l'on regarde le droit.
Et je crois que cela ne servirait à rien
Que de vous faire tuer.
Mais je voudrais volontiers savoir
D'où peut bien venir cette force,
Qui vous commande d'obéir
A ma volonté sans réserve.
Des torts et des méfaits je vous fais grâce,

Mais asseyez-vous et racontez-moi
Comment vous avez été ainsi dompté. »
« Dame ! fait-il, la force vient
De mon coeur qui de vous dépend :
C'est dans cette volonté que m'a mis mon coeur. »
« Et qui vous a mis le coeur dans cette disposition, beau doux ami ? »
« Dame ! mes yeux. »
« Et vos yeux ? »
« La grande beauté que j'ai vue en vous. »
« Et la beauté qu'a-t-elle donc fait ? »
« Dame ! elle m'a fait aimer. »
« Aimer ? et qui ? »
« Vous, dame très chère. »
« Moi ? »
« Vraiment, oui. »
« De quelle manière ? »
« Si fort qu'un plus grand amour est impossible.
Si fort que mon coeur ne peut s'éloigner de vous
Et qu'il ne vous quittera jamais,
Si fort que je ne puis penser à rien d'autre,
Si fort qu'à vous entièrement je me donne,
Si fort que je vous aime plus que moi-même,
Si fort que, selon votre désir, désormais
Pour vous je veux mourir ou vivre. »

 

source : http://french.chass.utoronto.ca/fre180/Yvain.html

 source :

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