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Les Antédiluviens et les Modernes Louis TREBUCHET Académie Maçonnique 17 Mars

24 Février 2019 , Rédigé par Louis Trebuchet Publié dans #Conférences

   

Le thème qui m'a été proposé pour cette intervention, Anciens et Modernes, m’a semblé suffisamment imprécis pour que je le traite à ma façon. L’opposition Grande Loge de Londres et Grande Loge des Anciens a été traitée maintes fois, par plus savant que moi, et je voudrais citer en particulier le petit livre, aussi concis que précis, publié par Cécile Revauger en 1999, dans le cadre de la collection encyclopédie maçonnique, et intitulé La querelle des «anciens» et des «modernes». Je n’y reviendrais donc pas, mais je vais plutôt m’intéresser à toute la franc-maçonnerie traditionnelle qui existe avant et autour de la Grande Loge de Londres, dans laquelle elle ne se reconnait pas, et qui, nous le verrons, semble connaître un certain troisième degré avant la Grande Loge de Londres, puis le Royal Arch voire même des degrés écossais bien avant la naissance de la Grande Loge des Anciens. C’est pourquoi j’intitulerai plutôt cette planche les Antédiluviens et les Modernes, du nom dont se sont quelquefois affublés ces anciens maçons dans des publications satiriques. Leon Hyneman prend la liberté d’écrire en 1877 : « Le mouvement de 1717 ne fut pas un "renouveau", comme le dit Anderson [] Son histoire est écrite cinq ans après la Révolution et la formation de la nouvelle Grande Loge, mais pas un mot de cet évènement important, ni référence ni allusion à un simple incident, une circonstance, en relation avec elle, le sujet n’a pas de place dans sa publication. Les quatre loges qui se rencontrèrent avec "quelques anciens frères" à la Taverne du Pommier étaient-elles sans connexion ou relation avec d’autres organisations maçonniques ? Quelle est l’origine de ces quatre loges ? Leurs membres doivent bien avoir été faits maçons sous quelque autorité ? Il doit bien y avoir eu une organisation antérieure sous l’autorité de laquelle ils furent reçus et admis dans la fraternité ? Qui étaient ces "anciens frères » ? Sous quelle bannière ont-ils été faits maçons ?» C’est bien ce que nous allons rechercher maintenant. La franc-maçonnerie non-opérative avant 1717 En ce qui concerne l’une des quatre loges fondatrices, l’oie et le grill, sur la place de Saint Paul, nous disposons d’un indice : John Aubrey signale dans un mémorandum rajouté sur son manuscrit de l’Histoire naturelle du Wiltshire : «Ce jour, le 18 mai 1691, lundi qui suit les rogations, il y a une grande convention à l’église St Paul de la fraternité des maçons adoptés, où Sir Christopher Wren doit être adopté frère, avec Sir Henry Goodrie, de la Tour, et divers autres» ce qui outre l’acceptation de Sir Christopher Wren semble témoigner de l’existence dès 1691 d une loge à St Paul. D’ailleurs la loge The goose and the Gridiron, devenue la loge Antiquity a toujours revendiqué que Wren avait été un des Maîtres de la loge, et affiche encore dans ses locaux un tableau censé le représenter. La divulgation de 1730 Masonry Dissected de Prichard donnera la date de 1691 non seulement pour la création de The goose and the Gridiron, mais aussi pour le début de la franc-maçonnerie non opérative. Roger Dachez indique que la salle de la taverne l’Oie et le Grill dans laquelle se tint la Grande Loge de Londres à la St Jean d été 1717 pouvait réunir au maximum une vingtaine de personnes, mais nous trouverons en dehors de Londres, et bien avant 1717, un bien plus grand nombre de francs-maçons non-opératifs, voire symboliques, si non spéculatifs. Le 2 Juillet 1688, un certain John Jones, est le Terrae Filius, chargé de faire la harangue des étudiants pour la fête de l’université de Dublin. C’est dans son discours qu’ apparait la première mention en Irlande de franc-maçonnerie non opérative : «une société de francs-maçons, gentilshommes, opératifs, &c, qui se lieront par le serment de ne jamais révéler leur puissant non-secret, et d’aider tous les frères qu’ ils rencontreront dans la détresse, à l’exemple de la fraternité des francs-maçons de Trinity Collège» Les premières minutes d’une Grande Loge Provinciale en Irlande remontent à la St Jean d’hiver 1726 à Munster, mais la Grande Loge d’Irlande est antérieure à 1725 puisqu’ on rapporte l’élection d’un nouveau Grand Maître cette année-là. Cette franc-maçonnerie connaitra le mot et les signes des maîtres au plus tard en En effet un manuscrit de la collection Sir Thomas Molyneux du Trinity Collège, qui porte la date de 1711, indique « Serrez le maître par la colonne vertébrale, mettez votre genou entre les siens et dites Matchpin. Serrez le compagnon de métier à la phalange et aux jointures et dites Jachquin. Serrez l’apprenti entré aux jointures et dites boaz, ou c est creux ». En ce qui concerne la France, il est possible que les deux premières loges soient deux loges arrivées à Saint Germain en Laye en 1689 dans les bagages, si je puis dire, des régiments de la garde de Jacques II, La Parfaite Egalité, loge du Régiment de la Garde Irlandaise du Colonel Lord William Dorrington qui débarque à Brest le 9 Octobre, et La Bonne Foi loge du Régiment écossais du Colonel Dillon, mais les éléments décisifs de preuve manquent. Le 24 Octobre 1776 la loge La Parfaite Egalité, dont le régiment est alors aux ordres du Colonel Comte de Walsh-Serrant et stationne à Bapaume, demande au Grand Orient de France une régularisation de sa constitution. Le 13 mars 1777 le Grand Orient admet que ses constitutions primitives datent du 26 mars 1688, époque où le régiment se battait pour Jacques II Stuart en Irlande, et qu’ elles ont été renouvelées par la Grande Loge de France le 9 octobre , mais nous ne sommes pas en possession des documents sur lesquels la Grande Loge de France se base en En tout cas on parle de franc-maçonnerie en France dès le tout début du XVIIIème siècle : Les freimaçons, vaudeville sur un air anglais est saisi en 1705 chez le libraire Huchet, qui a semble-t-il des liens avec les jacobites. A York, la maçonnerie opérative est ancienne et solidement établie. Le manuscrit York ms n 4, un ancien devoir, est signé en 1693 par Mark Kypling et contient le nom des cinq autres membres de la loge, dont le surveillant, Mr Isaac Brent, Lodge Ward., et des réunions des « Anciennes et honorables assemblées des Maçons libres et acceptés » sont attestées à York de 1712 à Le plus ancien parchemin de minutes de la loge d York retrace des assemblées en mars 1712, juin, août, décembre 1713, durant lesquelles furent à chaque fois reçus maçons plusieurs gentilshommes. Le président de 1711 à 1713 puis de 1720 à 1723 fut Sir Walter Hawksworth, Chevalier et Baronet, dont un portrait orne encore la loge de York. On peut lire parmi ces minutes, celle-ci, proche de la naissance de la Grande Loge de Londres : « A la loge de St Jean, à la Noël 1716, dans la maison de M. James Boreham, située à Stonegate, York, au cours de la loge générale tenue par l’Honorable Société et Compagnie des Francs-maçons de la cité de York, John Turner, Esq, prêta serment et fut admis dans ladite Honorable Société et Fraternité des Francs-maçons. Signé Charles Fairfax, Esq, Président adjoint ». Une lettre de 1778 du Grand Secrétaire de la Grande Loge de York retrace tous les Grands Maîtres de York de 1705 à Mais c’est en Ecosse que nous trouverons la franc-maçonnerie non-opérative la plus nombreuse, travaillant symboliquement, et connaissant elle aussi le mot de maître bien avant Plus de cent non-opératifs identifiés seront reçus dans les loges écossaises entre 1685, l’accession au trône de Jacques II Stuart, et Six loges écossaises de cette époque sont même constituées en majorité, voire fondées, par des non-opératifs. Dunblane est une petite loge de 13 non-opératifs, membres de la gentry et tous fervents jacobites qui seront relativement assidus, mais ne se préoccuperont guère du métier 17 jusqu’ à 1716, après l’échec de la rébellion Jacobite de 1715, date à laquelle ils laisseront la prédominance aux opératifs. A la Saint Jean d’hiver 1695, 13 maîtres «de la loge d’Hamilton s’établissent en une corporation » et s’obligent à obéir à toutes décisions ou ordonnances des maîtres de la Société pour le gouvernement et l’unité de la loge. La loge de ce tout petit bourg regroupera entre 1690 et 1715 une bonne quinzaine de non opératifs régulièrement présents. C’est la première mention d’une structure regroupant les maîtres non-opératifs au sein d’une loge. Lorsqu’un document écossais, le manuscrit Sloane 3329 révèlera l’existence vers 1700 du mot de maître, de la griffe et des cinq points de la maîtrise en Ecosse, c’est peut-être ici, à Hamilton, qu’il faudra en chercher l’origine. Les deux loges de non-opératifs des comtés des Borders, Kelso et Haughfoot, seront, elles, composées quasi exclusivement de whigs, opposés au papiste Stuart. Elles regrouperont à elles deux une vingtaine de non opératifs, et travailleront suivant le rituel en deux degrés du manuscrit des archives d’Edimbourg de La loge d’Aberdeen, dont le père du pasteur Anderson, vitrier de son état, fut secrétaire et deux fois Vénérable, recevra comme maçons 31 non-opératifs entre 1679 et 1698, pour la plupart des gentilshommes. La loge de Dumfries, petit port de la côte ouest face à l’Irlande, a ceci de particulier qu’elle est créée à l’arrivée dans le bourg d’un bourgmestre catholique, nommé par Jacques II Stuart, et revendique de faire des maçons «en raison de leurs bonnes qualifications de chrétienté », maçons parmi lesquels on notera Francis Maxwell of Tinwald, membre de la «gentry papiste et jacobite» qui manifestera en faveur du prétendant Jacques III Stuart le 29 mai 1714 à Lochmaben. Les diverses minutes de ces loges montrent qu’elles ne fonctionnent pas du tout comme des loges opératives. L’usage y est d’opérer le même jour la réception comme apprenti entré et le passage à compagnon de métier, ce qui est totalement contraire aux usages des loges opératives. Au cours d’une tenue de Dunblane quatre gentilshommes furent reçus apprentis puis passés compagnons après avoir été interrogés entretemps sur des connaissances qui, dans ces conditions, ne peuvent être techniques, mais bien symboliques. Dumfries n 4, manuscrit découvert dans les archives de la loge de Dumfries, qui date des environs de 1700 et semble avoir été beaucoup utilisé, est un des deux anciens devoirs à s’adresser non plus au vrai maçon, mais au franc-maçon, mot qu’il utilisera plusieurs fois. Plusieurs nouveautés importantes s’y trouvent. C’est la première fois que l’assemblée des maçons est prévue à la Saint Jean d’été au lieu de la Saint Jean d’Hiver. C’est la première fois qu’on parle délibérément à celui qui « entre dans l’association pour agrandir ou satisfaire sa curiosité », c’est la première fois qu’on cite des éléments de rituel tels que l’entrée la corde au cou, ou le genou droit dénudé en terre pour le serment. On y parle du Mot, mais aussi de la symbolique : « d’abord qu’il apprenne ses questions par cœur, puis ses symboles, et ensuite on fera comme la loge le juge convenable » Et en effet il semble que « les trois piliers » que sont l’équerre, le compas et la Bible y soient déjà vécus symboliquement : la maçonnerie est « un travail d’équerre » et le maçon doit user de « l’ordre du compas ». Le manuscrit Sloane , proche du Dumfries et daté de la même époque, vers 1700, révèle déjà le signe pénal du premier degré et la batterie du premier degré en trois coups par deux et un, la marche de l’apprenti, et surtout la poignée de main du compagnon ainsi que la griffe du maître qui se révèlent être exactement celles que nous connaissons ajour hui. Il décrit « le mot des maîtres, et c’est Mahabyn qui est toujours divisé en deux mots, et se tenant debout, rapprochés, poitrine contre poitrine, l’intérieur de leurs chevilles droites joints, la griffe des maîtres de leurs mains droites et le bout des doigts de leurs mains gauches tenant serré le creux de la colonne vertébrale de l’autre, et ils se tiennent dans cette posture pendant qu’ils se murmurent à l’oreille l un Maha, l’autre Byn». Nous sommes aux alentours de 1700 et le troisième degré ne sera réellement en usage dans toutes les loges des Modernes que cinquante ans plus tard. La réalité de 1717 Nous constatons donc ici, à tout le moins en Ecosse, en Irlande et en Angleterre, l’existence d’une franc-maçonnerie traditionnelle non-opérative, peut-être pas encore spéculative mais déjà symbolique, plusieurs décennies avant Et pourtant le pasteur Anderson n’en parle jamais, même pas dans ses constitutions de 1738 qui décrivent avec complaisance les évènements de Pourquoi ? C’est que notre pasteur n’est pas aussi neutre qu’on le présente, bien au contraire ! L’étude de deux sermons du Révérend Anderson, de 1712 et 1715, est révélatrice. Nous découvrons dans le sermon d’un pasteur très engagé, aussi bien en religion qu’en politique, qui n’hésite pas à invoquer la destruction de Jérusalem par les armées de Nabuchodonosor dans sa lutte acharnée contre les Papistes et les Jacobites, et pour la future succession de la Reine Anne par le très protestant George de Hanovre. Et son sermon de renvoie au passé la question « qui assassina le roi Charles 1 er Stuart ?», mort qu’il justifierait presque par ses « nombreuses et haineuses provocations commises envers le Peuple de Grande Bretagne », pour la remplacer par la question nouvelle « quel Parti est le plus Loyal au ROI GEORGE ?» Jean Théophile Désaguliers, l’animateur des premières années de la Grande Loge de Londres, Grand Maître en 1719, orateur lors de l’installation du duc de Montagu en 1721, député Grand Maître en 1722 et, n’est pas d’une opinion différente et en outre il est bien placé à la cour du nouveau roi, George de Hanovre. Appointé en 1714 comme chapelain de l’église St Laurent à Little Stanmore par le futur duc de Chandos, payeur-général des armées, il obtient aussi une rente du Lord High Chancelier, William Cooper. Le ton du récit de 1717 par James Anderson dans ses constitutions de 1738 est assez clair. Il commence ainsi : «Le roi George 1 er entra à Londres de la manière la plus magnifique le 20 septembre Après que la rébellion fut réprimée en 1716, les quelques loges de Londres » Le premier Grand Maître noble de la Grande Loge de Londres, en 1721, James 2 -ème duc de Montagu, sera un whig convaincu qui lèvera spécialement un régiment de cavalerie pour s’opposer à la tentative du prince Charles Edward Stuart en Tout cela ressemble fort à la reprise en main par le pouvoir whig d’une fraternité où les whigs sont minoritaires, à une époque où la récente accession au trône de George de Hanovre, trois ans plus tôt, ne fait pas l’unanimité, où l’on dit que 5 écossais sur 6 sont Jacobites. Parmi la centaine de francs-maçons écossais non-opératifs vivant encore en 1717, que j’ai étudiée, je dirais qu’un tiers est jacobite ou quaker, et un quart whig. Qua un gouvernement totalement whig, après avoir porté sur le trône George de Hanovre à la place de Jacques III Stuart en 1714, après avoir maté le soulèvement militaire Jacobite à Sheriffmuir en 1715, après avoir assuré sa prédominance au parlement par le Septennal Acta en, ait la volonté en 1717 de contrôler la société civile et donc la franc-maçonnerie n’a rien d’étonnant. On ne s’étonnera donc pas que quelques jours avant la St Jean d été 1722, la Grande Loge de Londres, inclinée à maintenir le Grand Maître Montagu en fonction, se rende en délégation auprès de Lord Townshend, pour « l assurer de son zèle envers la personne de sa majesté et son gouvernement », ce à quoi le secrétaire d’état répond « qu’ils ne craignent aucune molestation de la part du gouvernement, aussi longtemps qu’ils ne s’occuperont que des anciens secrets de la [maçonnerie] ». La réaction jacobite ne se fera pas attendre. Dans les semaines qui suivent, le duc de Wharton, de retour d’Europe où il s’est converti à la cause jacobite 38, prend la Grande Maîtrise en 1722 par un mini coup de force. Il la perdra l’année suivante, mais la lutte d’influence, perdue à Londres par les jacobites, se poursuivra sur le sol français. Jacobites et modernes en France de 1725 à 1737 La première loge française attestée est fondée en 1725 par Charles Radcliffe of Derwentwater, James-Hector Clean of Duart et Dominique O Heguerty, ainsi que l’indique l’article Franc-Maçonnerie rédigé pour le supplément de l’Encyclopédie par le Frère Joseph Jérôme Lefrançois de Lalande. Cet article fut un temps mis en cause, mais il semble que les meilleurs historiens jugent maintenant raisonnable d’y accorder un certain crédit. Ce que ne dit pas notre savant astronome, et néanmoins Vénérable de la loge Les Neufs Sœurs, c’est que les fondateurs de 1725 ne doivent rien à la Grande Loge de Londres de 1717 et sont tous trois fervents jacobites, très actifs à la cour de Saint Germain. Les deux frères James et Charles Radcliffe of Derwentwater sont petits-fils de Charles II Stuart. James, le frère ainé, a été décapité à la Tour de Londres le 24 Février 1716, et Charles le sera à son tour le 8 Décembre Une question se pose : où et comment nos trois fondateurs ont-ils, selon l’expression écossaise, « reçu le mot de maçon » ? Gustave Bord avance que Charles Radcliffe of Derwentwater aurait pu connaître la franc-maçonnerie par le Chevalier de Ramsay, encore faudrait-il que celui-ci ait été maçon à l’époque. Or Ramsay n’a été initié qu’en mars 1730 à la loge The Horn de Londres. James Fairbairn Smith imagine que Derwent water aurait été reçu maçon à Dilston Castle lors de rencontres avec son frère James et les barons écossais. André Kervella suppose que Dominique O Heguerty, aurait pu connaître la maçonnerie par son frère Patrick, capitaine du régiment d’infanterie de Dillon. Gustave Bord relève effectivement Patrice Heguerty comme membre de la loge la Bonne Foi, mais sans citer ni ses sources ni la date. Une seule chose est sûre, c’est la relation entre Allan Cameron of Lochiel, gentilhomme de la chambre du prince Edouard et membre de la loge écossaise de Dunblane, et James Hector MacLeane, qui remplit en même temps que lui le rôle d’agent de liaison des jacobites avec les clans des Highlands. On sait qu’ils se connaissent et se sont rencontrés. Bien que le plus jeune, ce serait peut-être lui le véritable fondateur de la loge, ce qui expliquerait qu’ il ait été pendant plusieurs années «Grand Maître des loges du Royaume de France», avant de passer la main au Comte de Derwentwater à la Saint Jean d’Hiver Car si la concurrence whig s est transportée sur le sol français avec la loge Au Louis d’argent le 3 avril et la tenue à Paris en 1734 d’une loge où la Grande Loge de Londres était représentée par le duc de Richmond et Jean Théophile Désaguliers, en présence de l’ambassadeur d’Angleterre, Lord Waldegrave, membre de la loge londonienne l’oie et le grill, la Grande Maîtrise française est encore jacobite en Mais le gouvernement anglais interviendra politiquement auprès du Cardinal de Fleury, premier ministre de Louis XV par l’intermédiaire notre Lord Waldegrave. L’abbé de la Garde indique dans son gazetin du 19 Septembre 1737 « Les freys-massons politiques disent que cette défense de s assembler a été sollicitée par l ambassadeur d’Angleterre, de l’ordre de son maître qui appréhende que Mylord Derwenhouater grand maître de cet ordre et jacobite outré, ne se serve de toutes ses associations en faveur du Prétendant et contre son gouvernement ». L’intervention sera efficace puisqu’ à partir du 24 juin 1738 le Grand maître ad-vitam sera un pair de France, le duc d Antin, initié dès avant Septembre, peut-être à Aubigny par le duc de Richmond. Le rameau Jacobite aura alors perdu le pouvoir de direction de la Franc-maçonnerie Française, au profit du rameau Andersonien, mais il aura eu le temps de transmettre les premiers degrés écossais. En France, le 25 Novembre 1737, Charles Radclyffe of Derwentwater, Grand Maître de la très ancienne et très illustre société des francs-maçons dans le royaume de France, remet au Baron Carl Fredrik Scheffer un pouvoir pour la Suède de « faire des maîtres-maçons et de nommer les maîtres et les surveillants des loges qu’il constituera ». Ce digne Baron, ambassadeur de Suède, pays dont l’appui logistique était très sollicité par les Jacobites, avait été reçu maçon dans la loge du Grand Maître, où il avait aussi reçu « les deux autres grades de Saint Jean ainsi que deux grades écossais » Antédiluviens et modernes en Angleterre de 1723 à 1737 En Angleterre cette fois, un certain nombre de documents attestent que toute la franc-maçonnerie n’avançait pas à la vitesse de la Grande Loge de Londres. Les Constitutions d’Anderson de 1723 ne connaissent pas le troisième degré. Les Obligations d’un franc-maçon qu’elles incluent citent toujours les compagnons au pluriel et le maître au singulier, réservant cette appellation pour le maître de 9 loges. La troisième partie des Constitutions, les règlements généraux dus à George Payne, continuent de même, jusqu’ à la description des réunions trimestrielles de la Grande Loge dans laquelle ils stipulent « les apprentis ne doivent être reçus maîtres et compagnons qu’à cette occasion, sauf dispense  » Ces deux appellations étaient donc confondues pour la Grande Loge de Londres. Et pourtant nous trouvons un texte anonyme, publié dans une gazette londonienne, The Flying-Post, en Avril 1723 soit quelques mois avant la publication des premières Constitutions d’Anderson, qui contient des éléments troublants sur le troisième degré dans ces quelques vers : «Un maçon entré j’ai été, Boaz et Jachin j’ai vu ; En compagnon j’ai juré, c’est plus rare, Et je connais la pierre taillée, le diamant, et l’équerre : Je sais très bien la part du maître, Comme un honnête Maughbin vous le dira.» Alors le Maître dit : « Si un maître-maçon tu veux être observe bien la règle des trois ; et ce qu’en maçonnerie tu voudras Ta marque et Maughbin t en rendront libre » Un autre document anglais, vraisemblablement de la fin du premier quart de siècle, apporte-lui aussi un éclairage sur la coexistence de deux sortes de maçons. Dans un manuscrit comprenant deux autres catéchismes datés respectivement de 1724 et 1725, se trouve un texte intitulé Un dialogue entre Simon, un maçon de la ville, et Philip, un maçon passant. Les analystes s’accordent tous pour estimer que son contenu est bien similaire aux plus anciens catéchismes d avant Il présente la particularité d’ajouter des notes aux questions et réponses. La note (a) est intéressante : « Tous les compagnons et frères me reconnaissent comme tel : C’est la manière dont les anciens maçons répondent à cette question. Mais les nouveaux maçons sous le règlement de J. T. Désaguliers répondent seulement Je le suis ». Il semble bien que «les nouveaux maçons sous le règlement de J. T. Desaguliers» soient ceux de la Grande Loge de 1717, que Le dialogue entre Simon et Philippe date de la même époque que les deux autres textes du même manuscrit, 1725 environ, et que cette note ne fasse que confirmer la persistance, en parallèle avec la Grande Loge de Londres, de cette tradition plus ancienne de la maçonnerie que nous avons rencontrée avec les rituels manuscrits antérieurs à Le Nota Bene de la note (h) prend alors tout son intérêt. Le candidat est introduit par un apprenti entré qui frappe trois grands coups à la porte et le rédacteur du manuscrit note : « La raison de ces trois coups n’est pas connue des apprentis mais du Maître. Cela vient d Hiram le Grand Maître dans le temple de Salomon, assassiné par trois apprentis et achevé par le troisième coup que le dernier apprenti lui donna » Il n’est pas question ici de compagnons, mais d’apprentis. Est-ce une forme primitive du mythe ? Les minutes de la société Philo musicae et architecturae Apollini confirment aussi la progression maçonnique en trois degrés du frère Charles Cotton. Plusieurs fondateurs de l’association « avaient été faits maçons le 22 décembre 1724 par sa Grâce le Duc de Richmond Grand maître, qui alors constitua la loge, immédiatement après quoi Charles Cotton, esq, fut fait maçon par le dit Grand Maître [] Et avant que nous fondions cette société, une loge fut tenue, composée d’un nombre de maître suffisant dans ce but, afin de faire passer Charles Cotton, esq, M. Papillon Ball et M. Thomas Marshall Compagnons de métier ». Enfin « le 12 mai 1725 nos bien aimés frères et directeurs de cette très vénérable Société dont les noms suivent, frère Charles Cotton, esq, Frère Papillon Ball furent régulièrement passés maîtres, le frère F X Geminiani fut régulièrement passé Compagnon de métier et maître ». Enfin une coupure de presse datée de 1726, retrouvée dans un ensemble de coupures similaires dans les archives de la Grande Loge de Londres s’avère être une charge contre les innovations du Dr. Désaguliers présentée comme une convocation adressée « à tous les maçons qui ont été faits à la manière Antédiluvienne ». Sa date n’est pas tout à fait certaine, mais l’ensemble des éléments et références extérieures à la maçonnerie qu’ elle contient sont cohérents avec Elle annonce «plusieurs conférences sur l’Ancienne Maçonnerie, particulièrement sur la signification de la lettre G. et comment et de quelle manière les Maçons Antédiluviens formaient leurs loges, montrant quelles innovations ont récemment été introduites par le Docteur et quelque autre des Modernes» Plus intéressant encore, elle confirme la connaissance par ces maçons «antédiluviens» de la légende du meurtre d Hiram : «avec toute l’histoire du fils de la veuve tué d’un coup de masse, trouvé ensuite trois pieds Est, trois pieds Ouest, et trois pieds perpendiculaires, ainsi que la nécessité qu’ il y a pour un maître de bien comprendre la règle des trois.» Francis Drake, un célèbre historien de l’époque, reçu maçon dans une loge à York le 6 Septembre 1725, élu Second Grand Surveillant de la Grande Loge d York le 27 décembre de la même année, dans son «discours donné à la Vénérable et Ancienne Société des Maçons Libres et Acceptés lors de la Grande Loge tenue à Merchant s Hall, dans la cité de York, pour la St Jean le 27 Décembre », fait lui-aussi allusion aux trois degrés, dans le style grandiloquent et ampoulé de l’époque : «Le temple de Belus, ou les remparts de Babylone mille ans avant la construction du Temple de Salomon, sont des témoignages suffisants, ou au moins donnent de bonnes raison de penser, que les trois quarts de la terre devaient alors être divisés en Apprentis Entrés, Compagnons de Métier, et Maîtres Maçons» Outre la division en trois degrés reconnue ici sans problème à York dès 1726, on notera aussi qu’ il n y est pas encore question de la Grande Loge de Toute l’Angleterre dont parlera William Preston dans les éditions tardives de Illustrations of Masonry. Emergence du Royal Arch, du Royal Order of Scotland, et des degrés écossais Ces évolutions parallèles à la Grande Loge de Londres, qui montrent dans certains cas une progression rapide vers le troisième degré alors que certaines loges des Modernes, mais aussi de l’Ecosse traditionnelles, ne le connaîtront pas avant la  seconde moitié du siècle, s’accompagnent d’une émergence de degrés ultérieurs, Royal Arch, Royal Order of Scotland, ou degrés Ecossais, qui seront attesté bien avant la création de la Grande Loge des Anciens en Alain Bernheim s’est penché dès 1997 sur les premières apparitions en Grande-Bretagne de degrés écossais 68. La plus ancienne mention connue d écossais n’est pas française mais anglaise. Une Loge des maçons écossais se réunissant à la Taverne du Diable, Temple Bar, à Londres, apparait sous le n 115 dans la liste manuscrite de Rawlinson en 1733, ainsi que dans la liste gravée de Pine en Mais rien n’indique qu’il s’agisse du degré de Maître Ecossais ; ce pourrait être une loge de maçons originaires d’Ecosse. L’affaire se précise avec une minute de la loge de Bath, petite ville du Somerset : « Le 28 octobre 1735 la loge se réunit exceptionnellement et notre digne frère le Dr. Kinneir fut admis et fait maçon [] Nos dignes frères Henry Balfour, esq, William Nisbett, esq, and le Dr Theobald furent passés maîtres. A la même date la loge des maîtres se réunit exceptionnellement et les dignes frères suivants furent faits et admis Maîtres Maçons Ecossais Jacob Skinner Maître, Johnson Robinson Premier Surveillant, Thomas Bragg Second Surveillant, John Morris, Richard Ford, James Vaughan, Wm. Nisbett esq., Henry Balfour esq., Docteur Troy, Edward Pembridge. Etaient présents Hugh Kennedy Maître Ecossais, David Threipland Premier Surveillant Ecossais, David Dappe Second Surveillant Ecossais  » On constate ici que le maître et les surveillants écossais sont venus d’une autre loge pour apporter le degré de Maître Ecossais, y compris au maître et aux deux surveillants de la loge de Bath. Dans son interrogatoire par l’inquisition de Lisbonne, le 1er Août 1738, le Colonel Hugo O Kelly, maître de la loge irlandaise de Lisbonne, utilise les appellations utilisées au degré de Royal Arch : «et il y a deux classes supplémentaires qu’ ils appellent Excellents Maçons, et Grand Maçon, qui sont au-dessus de tous les autres, et supérieurs à ce que lui, le témoin, pratiquait 71» De même que la loge de Bath, d’autres loges firent des maîtres maçons écossais en cette période très précoce. En 1740 c’est la loge de Bristol, voisine de quelques miles de celle de Bath. Cette même année c’est aussi la loge Antiquity (ancienne loge de St Paul), ce qui est tout à fait significatif compte tenu de son ancienneté, et de sa place de doyenne de la Grande Loge de Londres. Mais il faut cependant que ce soit un frère de la loge n 17, The Mourning Bush qui vienne d Aldersgate pour présider la tenue et apporter le nouveau degré de Maître Ecossais. En mars 1743, John Coustos, fondateur en 1736 à Paris de la loge A la ville de Tonnerre  plus connue sous le nom de Coustos-Villeroy, puis Vénérable Maître d’une loge à Lisbonne, est interrogé sous la torture par l’inquisition portugaise. Son récit de la légende du meurtre d Hiram ne présente que de minimes variantes par rapport à Masonry dissected, cependant il ajoute une phrase significative : «quand le fameux Temple de Salomon fut détruit, on trouva sous la première pierre une tablette de bronze sur laquelle était gravée le nom suivant, Jehova, qui signifie Dieu », phrase qui évoque clairement le Royal Arch. C’est d’ailleurs à peu près à la même époque qu’ apparait en Ecosse la première mention du Royal Arch Britannique, dans une minute du 30 Juillet 1743 de la loge de Stirling : «Mungo Nicol, cordonnier, et le Frère James McEwan, étudiant en Théologie à Stirling, ont été trouvés qualifiés, et furent admis Maçons de Royal Arche de cette loge » de même qu’ en Irlande, à la loge de Youghall, la procession de la Saint Jean d’Hiver 1743 incluait «Quatrièmement le Royal Arch porté par deux Excellents Maçons ». Enfin le 23 Novembre 1743 apparait dans un journal de Londres la première mention du Royal Order of Scotland, dans une convocation : «Les frères du H-d-m Ecossais, ou l’Ordre ancien et honorable de K-n-g, sont invités à rencontrer le Grand Maître du dit Ordre, et le reste des Grands Officiers  En 1744 le Dr. Fifield D’Assigny fait paraître à Dublin un Enquête sérieuse et impartiale sur les causes de la décadence actuelle de la franc-maçonnerie. Il y déclare, parlant de la cité d York : « Je suis informé que dans cette cité se tient une assemblée de Maîtres Maçons sous le titre de Maçons du Royal Arch » et raconte le conflit entre deux frères, l’un ayant été fait Maçon du Royal Arch à York, et l’autre, Maçon du Royal Arch de Londres, qualifiant le précédent d imposteur. La même année, 1744, on peut lire à Bruxelles dans La Franc-maçonne « L’ignorance est si générale, que la plupart des maîtres et des surveillants ne savent pas encore que la maçonnerie soit composée de sept grades, et la loge générale même a décidé à l’aveugle, le 11 décembre 1743, qu’elle ne regarderait les maçons du quatrième, c’est-à-dire, les maîtres écossais, que comme de simples apprentis et compagnons. » En effet, le 11 Décembre 1743, quelques jours après la mort du Duc d’Antin et la veille de l’élection à la grande maîtrise du comte de Clermont, le marquis de La Cour de Balleroy, député du Duc d’Antin, signe  des Règlements généraux extraits des anciens registres des loges à l’usage de celles de France. Ces règlements, dont les 19 premiers articles sont empruntés aux constitutions d’Anderson, condamnent dans leur article 20 les prétentions et les exigences de Maîtres Ecossais et détermine qu’ils «ne seront considérés par les frères que comme les autres apprentis et compagnons, dont ils doivent porter l’habillement sans aucune marque de distinction quelconque » A l’évidence, les rédacteurs de ces règlements ne reconnaissent comme légitimes que les degrés d’apprenti et de compagnon. Il apparait donc clairement qu’à cette époque, des deux courants concurrents de la franc-maçonnerie en France, l’un, autour du duc d’Antin, suit le lent cheminement de la franc-maçonnerie anglaise d’Anderson vers le troisième degré, alors que l’autre, initié par Derwentwater et MacLean, l’a précédé dans le troisième degré et progresse déjà dans l Ecossisme. Le 14 juin 1745, paraissent les Statuts dressés par la R L St jean de Jérusalem gouvernée par N T C F Louis de Bourbon Grand Maitre de toutes les L régulières de France  précisant le rôle des maîtres écossais et confirmant l’existence de degrés supérieurs à celui-ci : «Les maîtres ordinaires s assembleront avec Les maîtres Les parfaits et Irlandais trois mois après la St jean, Les maîtres Elus six mois après, Les Ecossais neuf mois après, et Ceux pourvus de grade supérieurs quand ils le jugeront à propos.» Il s’agit ici de la filière de l’Ecossais des trois JJJ, appelé aussi Ecossais de Paris ou Ecossais de Clermont, pratiquée par les loges filles de Clermont, telle que Saint Ferréol à Marseille, Saint Jean des parfaits amis à Metz, ou La Vertu à Mayence. Une autre filière, celle du Grand Ecossais est personnifiée par un homme, le frère Charles de Valois, qui en sera Secrétaire et Archivaire, ou Garde des sceaux, à tous les degrés de à Maître parfait, Parfait illustre Irlandais juge des ouvriers, Maître Anglais, Grand Ecossais ou Ecossais grand architecte, Chevalier de l’Orient, Prince de Jérusalem et Chevalier du Soleil, tous ces degrés sont attestés entre 1747 et Notons comme un indice de l’origine de cette filière que le bijou de ce maître écossais est bien particulier, un compas porté par un triangle pointe en bas. Ce même bijou se trouve en exergue d’une patente de 1747 signée du frère de Valois Grand Secrétaire, encore lui, et délivrée par le «Grand Maître de la seule et véritable Loge Ecossaise saint Edouard fondée à Paris sous les auspices du Très Excellent Maître Derventwater » Or ce bijou n’est autre que celui du degré de Heredom of Kilwinning, premier degré du Royal Order of Scotland que nous avons vu apparaitre en Angleterre en Est-ce une coïncidence si Heredom, heirdom, veut dire héritage, si Edouard est le prénom commun aux deux prétendants jacobites, le père et le fils, et si Charles de Derwentwater vient de mourir pour leur cause? Le Royal Order of Scotland donnera le 22 Juillet 1750 une patente de Grand Maître Provincial à William Mitchell avec pouvoir de constituer en Europe des Chapitres de Heredom of Kilwinning et de Knights of the Rosy-Cross. Un autre série de degrés peuvent aussi semble-t-il être rattachés aux Jacobites, ce sont les degrés de vengeances, y compris le Chevalier Kadosch, dont l’origine se trouve dans les rituels de 1750 de l’Ordre Sublime des Chevaliers Elus qu’ André Kervella et Philippe L’Estienne ont découverts à Quimper et à Poitiers De multiples indices rattachent cet ordre aux Stuart, ne serait-ce que la fin délibérée de l’ordre en 1752, ultime fin des espérances Jacobites Enfin l’origine de la filière des Elus Parfaits Grands Ecossais de Bordeaux, est bien connue. Etienne Morin reçoit ce grade du Capitaine-Général William Matthews, Gouverneur Général des Iles anglaises sous-le-vent, Grand Maître provincial de la Grande Loge de Londres 96, lors de son séjour forcé à Antigua en Ce même Morin reçoit le 26 juin de la Respectable Mère Loge de Londres une patente l’autorisant à établir des Loges de Perfection, et fonde alors une Parfaite Loge d’Ecosse à Bordeaux Les Elus parfaits 98. Nous pouvons donc constater qu’en 1750, à la veille de la création de la Grande Loge des Anciens à Londres, notre franc-maçonnerie écossaise est déjà quasiment constituée, et pour une grande part en provenance des îles Britanniques d’ailleurs. Nous ne descendons donc pas plus de la Grande Loge des Anciens que de la Grande loge des Modernes. En réalité la Grande Loge des Anciens comme la Franc-maçonnerie écossaise, descendent toutes les deux de cette tradition maçonnique non-opérative qui a précédé la Grande Loge de Londres d’un demi-siècle. Ce n’est qu’en 1804 que la Grande Loge Générale Ecossaise réunira les loges écossaises de France sous un rituel traduit des anciens, mais ceci est une autre histoire.

Source : https://docplayer.fr/21175299-Les-antediluviens-et-les-modernes-louis-trebuchet-academie-maconnique-17-mars-2012.html

 

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A propos du Masculin et du Féminin

8 Décembre 2012 , Rédigé par Marcel Comby Publié dans #Conférences

Si l’on s’en tient aux réalités de l’ordre du manifesté (notre monde terrestre) les notions de masculin et de féminin s’imbriquent dans un ensemble confus et incohérent. Il faut partir de l’hypothèse que l’Homme en général est SYMBOLE. Ce terme est pris dans le sens de ce qui est transparent, de ce qui nous renvoie à une réalité plus élevée.

Dieu est envisagé comme le Principe Suprême situé au-delà de toute forme, de toutes distinctions, de toutes différences, renfermant toute chose dans son Unité (dans sa non dualité). D’où il découle que toute manifestation du Principe, c'est-à-dire toute création, devra se distinguer de lui tout en demeurant en Lui. La création procède donc d’une différenciation, d’une dualité au sein de la Non dualité.
La « manifestation universelle », autrement dit la Création, comporte un double principe : l’un est actif ; l’autre est passif. Cette vision de l’Univers est partagée par différentes Traditions de l’humanité.

La Tradition Egyptienne parle de Osiris et Isis
La Tradition Chinoise parle du Yin et du Yang
La Tradition Hindoue parle de Purusha et de Prakriti
La Tradition chrétienne parle du Verbe créateur et de la Vierge

En d’autres termes il s’agit de la dualité : principe masculin et principe féminin.
On devine une certaine logique
l’acte de créer : principe masculin
l’état de créé : principe féminin
Telle semble être l’origine de cette grande notion de dualité à partir de laquelle s’organise le Monde, se construisent et s’énoncent les grands dogmes de la religion catholique.
Adam et Eve, cités dans la Genèse, constituent l’exemple primordial de cette bipolarité : masculin – féminin.

Les questions fondamentales que je me suis posées durant ma vie, se rapportent au cloisonnement existant entre les conceptions occidentales et les conceptions orientales de l’Etre. J’ai été, de façon permanente, attaché, non à un syncrétisme des religions, mais à une vision unifiée de l’esprit…d’autant plus que la science moderne fait découvrir de nouvelles réalités. En ce sens, le problème de la place de Marie, Mère de Dieu et celui de l’âme, dans la métaphysique chrétienne, m’ont inspiré de nombreuses réflexions. Venons-en à l’essentiel :

Selon la philosophie du Védantâ, Dieu doit être conçu comme une Réalité Infinie excluant toute limite et toute détermination. La conception universelle et totale de la Divinité supposerait l’existence d’une « Possibilité universelle » qui se reflète à tous les niveaux de l’Existence universelle qui en constitue « l’apparence extérieure ». Ainsi tout être manifesté tel l’être humain, n’est que l’apparence ou la manifestation extérieure de sa « possibilité principielle » qui représente alors son « Archétype éternel » en Dieu. (cf JUNG) L’ensemble de tous les Archétypes représente, au niveau de la Divinité une « conception » de la Divine Essence, conception purement principielle, non manifestée et indifférenciée. Dans ce cadre, se situe par exemple ce que l’Eglise catholique appelle : l’Immaculée Conception. Selon ce schéma de pensée, le Mal réside dans l’illusion séparative ou séparativité apparente. Cela entraîne cet état mental selon lequel l’entité manifestée « Homme » semble complètement autonome.. .
Le Mystère concernant la Vierge, exempte du péché originel, est donc lié au fait surnaturel selon lequel Marie s’identifie à la Possibilité Universelle, ce qui n’affecte pas sa liberté ni l’ensemble de ses caractéristiques humaines. La dogmatique mariale ne peut donc être discutée au seul niveau des neurones, des chromosomes et de la logique formelle ! Retrouver en soi son « Archétype éternel », c’est réaliser en soi le mystère de la Vierge, ce qui dépasse de loin les démarches purement affectives que nous inspire la féminité et le courage d’une femme que nous jugeons sublime. On se retrouve un peu au sein des doctrines orientales qui s’appuient sur le principe de l’identification et de la fusion…avec, il est vrai, une Réalité tout autre. : la Nature.

Au niveau du Cosmos et de la Genèse, il est écrit : « L’Esprit de Dieu se mouvait sur les eaux… ». Le symbolisme associé à cette phrase fait apparaître le double Principe, sachant que les eaux représentent, par leur plasticité, la soumission au principe actif de l’Esprit.

Au niveau de la nature humaine, le couple Adam – Eve représente « l’Androgyne primordial » et au niveau le plus bas, se situent l’homme et la femme tels que nous les connaissons. Notre société actuelle se risque d’introduire un élément de chaos dans cette belle hiérarchie du manifesté, en ne reconnaissant plus les valeurs spécifiques des deux sexes dans leurs essences respectives.
Dans la démarche inverse qui va du manifesté au Non manifesté, le Mystère nous conduit vers l’existence du couple : Saint-esprit – Vierge Marie et celle du couple : Christ – Eglise. Ici le couple se comprend comme la Réalité présidant à une nouvelle naissance qui s’opère par une alchimie spirituelle débouchant sur un état de l’âme. Cet état ontologique n’est en rien une situation morale ou un ensemble d’actes vertueux, mais quelque chose d’indicible qui se traduit théoriquement par le fait qu’on est !, à l’exemple des eaux primordiales qui offrent toute leur plasticité à la volonté divine.
Trois conditions, sont requises pour atteindre effectivement cette plasticité de l’âme.
1 --- La transmission de l’influence spirituelle ou communication du Saint-esprit par les rites tels que les sacrements. C’est, d’une certaine manière : la Voie.
2 --- La connaissance de la doctrine donc de la Vérité.
3 --- La pratique de la méditation et de l’oraison qui conduit à la Vie,
au sens le plus large.

En récitant l’Ave Maria, l’âme s’applique à elle-même les paroles de l’Ange à Marie, et la répétition quasi indéfinie, le rythme du Rosaire, engendre cette vibration qui transforme l’âme en son prototype virginal. L’Ave Maria contient, comme deux joyaux incrustés, les noms de Jésus et Marie, et de ce fait, apparaît comme le moyen susceptible de créer dans l’âme une réceptivité à la Grâce qui est l’application à l’univers humain du Fiat Lux de le Genèse venant organiser le chaos, du mystère de l’Incarnation, du Verbe, Lumière du monde, descendant dans le sein virginal de Marie, pour y engendrer le Christ. L’âme humaine doit donc s’identifier au sein virginal de Marie pour devenir le « lieu » de la Génération du Verbe. La Volonté du Père est d’engendrer éternellement le Fils.
Cette « naissance éternelle » du Fils se produit en dehors du temps et de l’espace : l’âme devient alors, dans ces conditions, intemporelle et s’inscrit dans une perspective ontologique qu’on ne sait pas imaginer.

Notre raison, notre langage, notre cœur, ne peuvent saisir le sens primordial et toute la portée du Mystère selon lequel l’âme s’identifie à la Vierge . Cette affirmation rend compte d’une certaine continuité et d’une complémentarité des métaphysiques occidentales et orientales.
L’homme occidental se noie dans son activisme et son matérialisme. Il redoute tout ce qui lui paraît abstrait et intangible, alors il se réfugie parfois dans le faux « merveilleux », une solution qui l’arrange et qui lui procure des vérités illusoires. En fait, l’homme de notre temps régressera, dans tous les cas où il perdra progressivement…ce qu’on pourrait appeler la conscience de son âme !

Les deux mots : Masculin – Féminin ne s’appliquent pas seulement au domaine biologique incluant le sens de l’individu, mais à un domaine plus élevé et plus étendu.
Le mâle émet la puissance de vie ; ce principe est sujet à la mort.
La femelle est porteuse de vie et elle anime.
Eve issue d’Adam signifie que l’élément spirituel est au-delà de l’élément vital.
Adam précède Eve : le vital est antérieur au spirituel.
La distinction mâle et femelle est un signe de séparation (eaux supérieures et eaux inférieures ; ciel et terre dans la Genèse) Dans le premier récit de la Création, l’homme est androgyne : la séparation n’a pas encore eu lieu. Cette séparation est à la base de la dualité : animus – anima, à la base de toutes les dualités. Le don et la réceptivité. Par la suite dans le Christ il n’y a plus ni homme ni femme. Chaque être humain retrouve en lui son image. Le masculin et le féminin sont les deux dimensions de l’unique plérôme du Christ. En Dieu ces deux aspects complémentaires sont parfaitement unifiés.
Pour Nicolas Berdiaeff, la femme est plus liée à l’âme du monde et c’est à travers sa force que l’homme communie avec elle. Dans les évangiles les femmes sont porteuses d’aromates et par conséquent elles ont un grand rôle à jouer. On a dit un jour que la femme était l’avenir de l’homme et on parle de « L’Eternel féminin ». Teilhard de Chardin y voit là le reflet de l’Amour, une grande force cosmique. Marie est la plus parfaite incarnation de cet Eternel féminin rempli de fabuleuses richesses. Toute femme possède donc en soi tous les constituants transcendantaux de la Beauté divine. Serait-ce rendre gloire à Dieu que d’attribuer à la femme une mission pour laquelle elle n’est créée ?

Jésus était un transmetteur de la puissance de la Vie ! Pourquoi pas « l’Eternel
Masculin » ?
Marie serait alors la trace de l’axe de la Vie selon Teilhard.
L’intérêt des visions de Teilhard sur ce sujet réside dans le fait que la Mère de Dieu n’est pas qu’une créature que l’on vénère souvent d’une manière trop anthropomorphique, mais la partenaire « cosmique » du Verbe qui s’est incarnée en elle, une Energie lumineuse et chaste.. Teilhard, dans l’Eternel Féminin, montre tous les aspects de la Femme qui transcendent notre propre interprétation qui s’appuie le plus souvent sur le sexe. En ce sens Teilhard a sublimé ses perceptions de la féminité en les transposant dans une mystique mariale qui n’est pas sans cohérence avec le dogme catholique.
Teilhard est sensible à la beauté et il sait que cette réalité peut tout aussi bien conduire vers le vrai et le bien que vers l’abîme des passions incontrôlées. On retrouve d’ailleurs dans la Sagesse hindoue le principe de « fusion » avec la mère divine, symbole du principe féminin., force vitale universelle.

 

Source : http://www.associationlyonnaise-teilhard.com/

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Qui est le Diable?

7 Décembre 2012 , Rédigé par DAVID C. PACK Publié dans #Conférences

Qui est au juste le diable ? La Bible l’appelle le « dieu de ce siècle». D’où vient-il ? Dieu l’a-t-il créé tel qu’il est aujourd’hui ? Est-ce un ange déchu ? Voici les réponses selon la Parole de Dieu !

Le diable a suscité un grand intérêt depuis des millénaires. On l’a représenté comme un fantôme, un croque-mitaine, un revenant, ou encore, un homme charmeur à l’air diabolique, habillé tout de rouge, avec des cornes et portant une fourche. On l’a même présenté sous l’épithète nébuleuse de « génie du mal », ou comme étant la cause de toute la méchanceté des êtres humains.

Plusieurs personnes sont familières avec l’expression anglaise « the devil made me do it ». Bien que ces descriptions soient communes, elles sont toutes fausses ! Même amalgamées, elles sous-estimeraient malgré tout la réalité de ce formidable esprit déchu.

Plusieurs chrétiens fervents prononcent de longs et puissants sermons à propos de ce « diable méchant ». Les groupes plus émotifs iront jusqu’à dire à leurs fidèles, dans leurs croisades : « Ce soir , nous allons vaincre le diable ». Et une majorité de personnes présentes à ces réunions les quittent persuadées que c’est ce qu’ils ont fait.

Elles se trompent ! Elles n’ont, en fait, qu’éprouvé un sentiment temporaire de satisfaction personnelle. Malheureusement, le diable aussi quitte ces réunions plus que satisfait de ce qu’il a vu et provoqué.

Il n’y a qu’un nombre restreint de personnes qui sachent vraiment qui est le diable. Cette brochure lève le voile de mystère, de confusion, d’ignorance, de mythologie, de superstition et d’erreur qui couvre la vérité sur son origine et son identité.

La fascination croissante au sujet du diable

Aujourd’hui, il est pratiquement impossible de regarder autour de soi sans tomber sur quelque référence à propos du diable ou des démons. Arrêtez-vous quelques moments pour réfléchir à la fréquence avec laquelle une telle chose se produit.

Allumez la télévision. Allez au cinéma. Entrez dans une librairie. Jusqu’à quel point le sujet du diable, des démons, des anges ou, en général, du monde des esprits est-il mentionné ? Il existe des séries télévisées entières qui portent sur ce sujet et il y en a de nouvelles à chaque saison. Il y a maintenant bien des années que les films ont fait du diable un de leur sujet favori. Mais, de nos jours, ces films apparaissent plus fréquemment et ils sont de plus en plus curieux, bizarres, étranges, macabres et terrifiants qu’ils ne l’étaient auparavant.

Il n’y a qu’à songer au phénomène « Harry Potter ». Certains auteurs écrivent exclusivement à propos du monde des esprits, incorporant souvent dans l’intrigue une fausse compréhension des prophéties. Et des légions de fans achètent leurs livres.

De plus le satanisme et la sorcellerie se pratiquent maintenant d’une façon plus ouverte que jamais.

Des millions de personnes dépensent des sommes colossales en téléphonant à des diseuses de bonne aventure, en se faisant lire les lignes de la main, en consultant des astrologues, des sorcières, des enchanteurs, ou en faisant appel aux médiums ou à la lecture d’une boule de cristal; tout cela dans le but de connaître ce que le futur leur réserve.

Le diable est un produit de haute consommation…et les gens achètent plus que jamais.

Confusion inutile.

La Bible est le fondement de toute connaissance. Nous disons souvent : « Enlevez la poussière qui couvre votre Bible. Étudiez-la soigneusement et constatez que la vraie vérité s’est toujours trouvée inscrite dans ses pages. Ne nous croyez pas sur parole. Mais croyez-y plutôt parce que vous en aurez trouvé la preuve dans votre propre Bible ».

La Bible contient les réponses à toutes les grandes questions de la vie. Sa vérité pure et simple n’est pas enseignée dans les églises de ce monde. Depuis leur tendre jeunesse les gens croient qu’on leur a enseigné ce qui se trouvait dans la Parole de Dieu. Or ce que cette Parole dit à propos de l’origine de Satan, le diable, va vous surprendre. Laissez-la vous en faire la révélation selon ses propres mots.

Paul a écrit : « Mais examinez (prouvez) toutes choses; retenez ce qui est bon » (I Thessaloniciens 5 :21); et, « afin que vous discerniez (prouviez) quelle est la volonté de Dieu, ce qui est bon, agréable et parfait » (Romains 12 :2).

Nous allons examiner les différents versets qui expliquent l’origine de Satan et qui il est. Pour comprendre, nous devons d’abord mettre de côté nos propres idées préconçues et accepter seulement ce qui peut être prouvé par la Bible.

Quelle est l’origine de Satan ?

Le diable existe et il est bel et bien vivant. La Bible l’appelle le « dieu de ce siècle» (II Corinthiens 4 :4). Apocalypse 12 :9 affirme qu’il « séduit toute la Terre ». Ceci implique nécessairement qu’il a aussi caché la vérité à propos de sa véritable identité. Depuis quand est-il appelé le diable ? A-t-il toujours été ce prince des ténèbres, méchant, meurtrier, menteur et destructeur ? A-t-il vraiment été créé ainsi ?

Non, il ne le fut pas.

Voyons ce qu’en dit la Bible. Elle décrit Satan à travers plusieurs passages qui nous permettent d’obtenir une vue d’ensemble du personnage. La présente brochure a pour but premier d’étudier les passages expliquant l’origine du diable. (Notre brochure,« Un monde en captivité », étudie plus en profondeur les passages au sujet de son rôle, de ses stratégies et de ses astuces. Demandez-nous cette brochure gratuite qui complète celle-ci afin de comprendre pleinement la façon dont il opère.)

Au tout début, Dieu avait créé trois archanges : Lucifer (qui devint Satan), Michel et Gabriel. Chacun dirigeait un tiers des anges qui avaient été créés par centaines de millions (Apocalypse 5 :11). Lucifer, et le tiers des anges sous sa gouverne était responsable du monde pré-adamique. Avec leur complicité, il se rebella contre le Gouvernement de Dieu. De nos jours, il règne en tant que « dieu de ce siècle » à la tête de ces anges déchus, appelés démons,

Genèse 1

Genèse 1 :1 dit : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la Terre ». C’est le point de départ de notre étude.

Le livre de Job décrit le moment où Dieu a créé le monde. Dieu pose à Job une série de questions : « Où étais-tu quand je fondais la Terre ? Dis le, si tu as de l’intelligence. Qui en a fixé les dimensions, le sais-tu ? Ou qui a étendu sur elle le cordeau ? Alors que les étoiles du matin éclataient en chants d’allégresse, et que tous les fils de Dieu poussaient des cris de joie ? », (Job 38 :4-5,7). Ces « étoiles » étaient des anges (Apocalypse 12 :4) et sont décrits en tant que « fils de Dieu ». Les véritables étoiles du firmament ne chantent pas. Veuillez remarquer qu’il est dit que « tous poussaient des cris de joie et chantaient. » Au moment de la création dans Genèse 1 :1, il n’y avait pas encore de démons.

Ce passage nous indique que la Terre fut créée belle et parfaite au tout début. Il y avait beaucoup de joie et de nombreux chants. Lisez maintenant Genèse 1 :2.

Ce verset est mal traduit et ne rend pas le sens original hébreux. La version Segond de la Bible dit : « La terre était informe et vide ». Trois mots clés hébreux sont ici mal traduits, voilant, et en fait, cachant le véritable sens de ce verset.

Le mot traduit par « était » est hayah. Dans Genèse 2 :7, il est traduit correctement par « devint », et dans Genèse 9 :15 par « devient ».

Les mots traduits « informe et vide » sont tohu et bohu. Correctement traduits, ils signifient « chaotique », « dans la confusion », « informe » et « destruction ». En résumé, une Terre créée dans la perfection (verset 1), « devint chaotique et informe », (verset 2). Tohu et bohu sont traduits de façon identique dans Jérémie 4 :23 et Ésaïe 34 :11 qui les traduisent par « désolation et destruction ».

Remarquez maintenant Ésaïe 45 :18, qui illustre comment Dieu N’A PAS créé la Terre : « Car ainsi parle l’Éternel, le Créateur des cieux, le seul Dieu, qui a formé la Terre, qui l’a faite et qui l’a affermie, qui l’a créée pour qu’elle ne fût pas déserte, [tohu, signifiant informe, vide] qui l’a formée pour qu’elle fût habitée ». Il est clair que la Terre devint chaotique après que Dieu l’eut créée, soit entre les événements de Genèse 1 :1 et 1 :2. Le dernier verset décrit la recréation de la Terre il y a six mille ans de cela. Le verset 1 décrit la création originale de tout l’univers qui, selon les scientifiques, eut lieu aussi loin que dix-sept milliards d’années.

Le psaume 104 :30 dit de Dieu « Et tu renouvelles la face de la Terre ». Les sept jours de la semaine de la création est le moment où Dieu a renouvelé une Terre endommagée, brisée et alors couverte complètement par l’eau, (Genèse 1 :2). Nous verrons que ceci a été causé par le diable. Le passage dans Actes 3 :19-21 révèle que ce n’est que le retour du Christ qui amènera le « rétablissement [restauration] de toutes choses ».

Maintenant que nous savons ce qui est arrivé, demandons-nous : comment cela a-t-il pu se produire ? Comment la Terre d’abord dans une condition idyllique et parfaite lors de la création a-t-elle pu être détruite et devenir chaotique, dans la confusion, et vide ? Puisque Dieu n’est pas l’auteur du désordre, (I Corinthiens 14 :33), nous pouvons conclure qu’Il n’est pas Celui qui a détruit la Terre. Alors qui ou quoi en a été la cause ?

Ésaïe 14.

Lorsque l’on veut savoir ce que la Bible enseigne sur un sujet en particulier, on doit d’abord rassembler la totalité des points pertinents à celui-ci. Gardant cela à l’esprit, lisons ce qu’elle dit à propos de Lucifer après qu’il fut devenu Satan.

Ésaïe 14 :12-15 raconte une histoire remarquable qui renferme plusieurs indices sur la provenance de Lucifer, sur ce qu’il faisait et sur ce qui lui est arrivé. Lisez attentivement en portant une attention spéciale sur certaines phrases clés. « Te voilà tombé du ciel, astre brillant (heylel, en hébreux = Lucifer), fils de l’aurore ! Tu es abattu à terre, toi, le vainqueur des nations ! Tu disais en ton coeur : Je monterai au ciel, j’élèverai mon trône au-dessus des étoiles de Dieu; je m’assiérai sur la montagne de l’assemblée, à l’extrémité du septentrion; je monterai sur le sommet des nues, je serai semblable au Très-Haut. Mais tu as été précipité dans le séjour des morts, dans les profondeurs de la fosse ».

Il est évident que celui qui est appelé « Lucifer » n’est pas un homme. Les choses qu’il a accomplies sont d’une impossibilité totale pour tout être humain. Il n’y a que le diable qui puisse être le « vainqueur des nations » ou qui aurait pu dire : « Je monterai au ciel ». Ce n’est certainement pas d’un homme dont on dira qu’il est « abattu à terre » tel qu’écrit ici. Finalement, il n’y a aucun homme qui possède un trône pouvant être mis « au-dessus des étoiles de Dieu ».

Dieu habite dans la partie nord du ciel, « à l’extrémité du septentrion ». Job jette un peu de lumière sur la tentative de Lucifer pour détrôner Dieu : « Il [Dieu] étend le septentrion sur le vide, Il suspend la Terre sur le néant »,(Job 26 :7). Le « vide » du « septentrion » coïncide effectivement avec un espace anormalement vide d’étoiles comme l’ont fait remarqué les astronomes. Il n’y a aucun doute que Satan ait attaqué Dieu dans cette direction lorsqu’il a tenté de quitter son propre trône pour renverser celui de Dieu situé « à l’extrémité du septentrion ». C’est ce que la Bible révèle.

Ézéchiel 28

Ézéchiel 28 :12-17, tout en faisant un parallèle avec Ésaïe 14, renforce ce dernier et doit également être étudié. Ce compte rendu décrit ce que certains érudits affirment être le roi humain de Tyr. Une lecture attentive montre qu’en plus d’être ridicule, cela est impossible,.

Ce verset parle de quelqu’un qui « mettait le sceau à la perfection, était plein de sagesse, parfait en beauté » et qui avait été en « Eden, le jardin de Dieu ». Il n’y a aucun humain qui ait été parfait, et, en ce qui concerne le jardin d’Éden, le diable qui séduisit Ève y était sous la forme d’un serpent. Le verset 13 stipule : « tu fus créé ». Satan est un être qui a été créé. Le verset 14 l’appelle le « chérubin protecteur, aux ailes déployées ». (Exode 25 :17-20 décrit les deux chérubins restés fidèles qui « couvrent » de leurs ailes le trône de Dieu dans le tabernacle de l’Ancien Testament. Leurs ailes couvrent le « propitiatoire ».) Il n’y a aucun roi humain qui réponde à cette description.

La dernière partie d’Ézéchiel 28 :14 stipule que ce « roi » était sur « la sainte montagne de Dieu » et qu’il « marchait au milieu des pierres étincelantes ». Ceci décrit l’environnement immédiat autour du trône de Dieu. Le verset 15 mentionne que « l’iniquité [transgression de la Loi] a été trouvée » en lui et le verset 16 dit qu’il « a péché ».

Le verset 16 dit également que ce chérubin a été « précipité…hors du ciel » que Dieu le fait « disparaître.. du ciel ». Le verset 17 dit que son coeur « s’est élevé à cause de sa beauté » et que sa « sagesse a été corrompue par son éclat ». Ce verset se termine par Dieu qui le jette à terre « pour le donner en spectacle aux rois ».

Lucifer était un être de lumière, un « ange de lumière », tout comme ses « ministres », (II Corinthiens 11 :13-15). Le mot Lucifer signifie « porteur de lumière ». Cet être brillant, sage et parfait, avait par le passé apporté la lumière à tous ceux qui l’entouraient. Mais il s’est rebellé et il a péché, devenant ainsi le prince des ténèbres. Sa rébellion en a fait quelqu’un de tordu et de perverti. Bien qu’il possède une grande intelligence, il est devenu littéralement un ange déchu et dément incapable de distinguer le bien du mal.

La Bête et le faux prophète.

Que s’est -il passé lorsque Satan a été jeté sur la Terre ? Pour le savoir, il est nécessaire, avant de continuer, de fournir des informations additionnelles à propos de certaines prophéties qui n’ont pas encore été réalisées.

Deux individus, appelés la « Bête et le faux Prophète », dirigeront le grand système politico-religieux de la fin des temps décrit dans Apocalypse 17 et 18. Ce système sera écrasé et remplacé par Christ lors de Son retour. Apocalypse 16 :13-14 dit que les démons auront le pouvoir d’accomplir des prodiges par l’intermédiaire de ce système. La Bête représentant ce système sera un personnage important qui dominera le monde.

En plus, le dernier et grand faux Prophète induira le monde à adorer la Bête en tant que Dieu, (Apocalypse 16 :2, 19 :20). Cette séduction sera tellement forte, tellement étendue, qu’elle trompera éventuellement toute l’humanité au point de la conduire à combattre le Christ lorsqu’Il viendra, (Apocalypse 16 :9, 13-16; 17 :13-14).

Prenez note de II Thessaloniciens 2 :3-4, 8. Le verset trois parle de « l’homme du péché, le fils de la perdition, l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qu’on appelle Dieu ou de ce qu’on adore, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, se proclamant lui-même DIEU ». Le faux prophète aussi déclarera qu’il est Dieu.

Comparez ceci avec Ézéchiel 28 :2 et la référence au prince de Tyr, un homme. Ézéchiel écrit que ce prince dit : « Je suis Dieu, je suis assis sur le siège de Dieu ». II_Thessaloniciens 2 :8 décrit cet homme du péché comme « l’impie » qui sera identifié pour ce qu’il est lorsque Christ le détruira en même temps que la Bête, en les jetant dans l’étang de feu, lors de Son retour, (Apocalypse 19 :20). Ésaïe 14 :4 réfère au faux prophète en tant que roi de Babylone. C’est le même homme que le prince de Tyr.

Si nous poursuivons dans II_Thessaloniciens 2, le verset 9 fait une révélation étonnante à propos du faux prophète. Il dit que son apparition se fera « par la puissance de Satan, avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges mensongers ». Le verset 10 mentionne qu’il est capable de séduire toute personne qui n’a pas « reçu l’amour de la vérité ». Le verset 11 dit que Dieu enverra une « puissance d’égarement », à tous ceux qui croient volontiers ses mensonges.

Le chef de ce grand système mensonger sera possédé directement par le diable. Ceci procurera au faux Prophète un formidable pouvoir de séduction et la possibilité de faire des miracles. Satan, ayant toujours voulu remplacer Dieu, parlera par l’intermédiaire de ce chef religieux humain et déclarera au monde entier qu’en réalité, il est DIEU ! Cet avertissement de la Bible est sans équivoque. Les miracles qu’il accomplira tromperont la grande majorité des gens.

Vous laisserez-vous séduire lorsque ces événements se produiront, comme l’affirme avec certitude la prophétie ? (Demandez notre brochure « Qui ou qu’est-ce que la Bête de l’Apocalypse ? », afin d’en apprendre davantage à propos de ce dernier leader mondial).

Jeté sur la Terre avec tous ses démons.

Le douzième chapitre de l’Apocalypse raconte que Satan et ses démons furent « précipités sur la Terre », (verset 9, 13). En fait ce texte est une insertion au milieu du livre de l’Apocalypse. Il fait un bref résumé de l’histoire de l’Église du Nouveau Testament.

Les versets 3 et 4 décrivent Satan en tant qu’un « dragon » qui « entraînait le tiers des étoiles du ciel » et les « jetait sur la Terre ». Rappelez-vous que ces « étoiles » représentent le tiers des anges qui étaient sous l’autorité de Satan avant qu’il ne se rebelle.

II_Pierre 2 :4 offre un autre indice au sujet de cette « chute » de Satan et des anges qu’il « entraîna » avec lui. Remarquez « … Dieu n’a pas épargné les anges qui ont péché, [Satan ne fut pas le seul à pécher] mais s’Il les a précipités dans les abîmes [le mot grec ici est tartaros et signifie soit prison ou lieu de détention ] de ténèbres ». Ceci démontre qu’un grand nombre d’autres esprits ont été mis dans cette sombre prison par Dieu avec le « prince des ténèbres ».

Apocalypse 12 :7-9 décrit plus en détails le moment où Satan et ses démons sont jetés sur la Terre pour la dernière fois sans plus aucun accès au ciel. Les versets 12 à 14 montrent que la réaction du diable est une grande colère et une grande fureur. Cette terrible époque surviendra dans le monde dans un avenir rapproché.

Le sort de Satan.

Qu’adviendra-t-il du diable après le retour du Christ ? Sera-t-il libre de se promener sur la Terre en continuant de « séduire » (Apocalypse 12 :9) et à « vaincre » les nations,(Ésaïe 14 :12) ? Sera-t-il encore le « dieu de ce siècle » (II Corinthiens 4 :4), et le demeurera-t-il à jamais ? Quel sera son sort ultime ?

Apocalypse 20 décrit le moment où le Christ instaure un règne de mille ans (verset 4) et écrit le « dernier chapitre » de l’histoire de Satan. Le verset 2 affirme qu’un ange (verset 1) le lie pour « mille ans » en « le jetant dans l’abîme » où il est « enfermé ». Cet ange scelle alors « l’entrée au-dessus de lui, afin qu’il ne séduis[e] plus les nations, jusqu’à ce que les mille ans [soient] accomplis. Après cela, il faut qu’il soit délié pour un peu de temps ».

Paul a mentionné ce temps où Satan sera lié lorsqu’il a dit : « Le Dieu de paix écrasera bientôt Satan sous vos pieds », (Romains 16 :20). Ceci constitue la grande promesse de Dieu faite à tous les véritables chrétiens et à toute l’humanité parce que Satan a persécuté les uns et séduit les autres pendant des milliers d’années.

L’apôtre Jude dit que Satan et ses démons seront jetés hors de l’univers dans un endroit que la Bible décrit comme sans lumière. Jude 13 compare ces êtres misérables à des « des astres errants, auxquels l’obscurité des ténèbres est réservée pour l’éternité ». Le prince des ténèbres et ses anges subiront le sort qu’ils méritent, celui qui est la conséquence de leurs actes. Celui qui avait un jour été le « porteur de lumière » a choisi les ténèbres. Dieu le placera donc dans la noirceur totale pour l’éternité.

Votre merveilleux potentiel.

Hébreux 2 :5 dit que la Terre est « soumise aux [bons] anges » pour l’instant mais mentionne clairement que ces anges ne continueront pas à régner dans le « monde à venir ».

D’autres versets dans ce chapitre décrivent ce qui arrivera quand les anges déchus, qui gouvernent le monde actuel, auront été remplacés : « Qu’est-ce que l’homme, pour que tu te souviennes de lui, ou le fils de l’homme, pour que tu prennes soin de lui ? Tu l’as abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, tu l’as couronné de gloire et d’honneur, tu as mis toutes choses sous ses pieds. En effet, en lui soumettant toutes choses, Dieu n’a rien laissé qui ne Lui fût soumis. Cependant, nous ne voyons pas encore maintenant que toutes choses Lui soient soumises », (versets 6 à 8).

En parlant du Christ, les versets 9 et 10 continuent : « Mais Celui qui a été abaissé pour un peu de temps au-dessous des anges, Jésus, nous le voyons couronné de gloire et d’honneur à cause de la mort qu’Il a soufferte, afin que, par la grâce de Dieu, Il souffrît la mort pour tous. Il convenait, en effet, […], et qui voulait conduire à la gloire beaucoup de fils, élevât à la perfection par les souffrances le Prince de leur salut ».

Comprenez-vous ? Avez-vous saisi ce qui vient d’être dit ? Ces versets renferment le potentiel renversant qui nous attend, vous et moi. Les chrétiens sont appelés à hériter de « toutes choses » et à être couronnés de « gloire et d’honneur » tout cela nous est offert par l’appel de Dieu et le sacrifice de Christ, le « Prince de leur salut ».

Il ne peut y avoir de malentendu en ce qui concerne la signification de « toutes choses ». Rien (verste 8) ne sera exclu de cet héritage. (Demandez nos brochures gratuites, Quelle sera votre récompense dans la prochaine vie ?, Qu’est-ce que le Royaume de Dieu ? et Qu’est-ce au juste que le salut ? afin d’en apprendre davantage au sujet du merveilleux potentiel qui attend tous les véritables saints de Dieu).

Dans Matthieu 4 :9, Satan a offert au Christ le pouvoir sur « toutes choses » « s’Il se prosternait et l’adorait ». Ce sont les chrétiens qui recevront « toutes [ces] choses » mais à la seule condition d’adorer le vrai Dieu.

Le diable au grand jour.

Herbert W. Armstrong concluait sa brochure intitulée « Dieu a-t-il créé le diable ? » comme suit : « L’Éternel avait placé le grand chérubin Lucifer sur notre planète pour qu’il y administre le Gouvernement de Dieu, mais Lucifer refusa de respecter les ordres du Créateur. Il voulait remplacer le Gouvernement de Dieu par un gouvernement à lui. Et c’est ainsi qu’il se disqualifia ».

« L’Éternel donna à Adam l’occasion de remplacer Satan le diable. Lorsque le moment arriva de choisir, de voir si Adam vaincrait, s’il obéirait à Dieu, il échoua. Il obéit plutôt au diable, et devint, en quelque sorte, sa propriété à partir de ce moment, et toute la race humaine a suivi le courant par la suite. »

« Quatre mille ans plus tard vint Jésus-Christ. Il livra à Satan un combat spirituel sans merci et résista à la tentation. Il refusa d’obéir au diable. Il cita correctement les Écritures et obéit à Dieu.

En fin de compte, Il se tourna vers le diable, et lui donna cet ordre ; — Retire-toi Satan ! et Satan lui obéit.

À partir de ce moment, le successeur de Satan S’est qualifié pour gouverner la Terre. Toutefois Jésus est monté au ciel il y a 1900 ans. Il doit revenir bientôt et, quand Il reviendra, le diable sera destitué. Le Christ règnera alors ici-bas. Les lois divines seront rétablies. L’ordre et la paix s’installeront enfin.

Dieu n’a pas créé le diable. Il a créé un chérubin, Lucifer, qui était intègre dans ses voies. Mais, libre de choisir, il décida de se transformer en adversaire en se rebellant contre le Gouvernement de Dieu ».

Source : http://rcg.org/fr/brochures/witd-fr.html

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Lumière maçonnique et illumination de la pensée

25 Août 2012 , Rédigé par A.U Publié dans #Conférences

 

En prélude à la planche que je vais développer Lumière maçonnique et illuminations de la pensée, je voudrais vous donner lecture d’un poème (à mes yeux emblématique) de Joachim du Bellay, un sonnet « pétrarquisant » extrait de son recueil L’Olive, publié en 1549, et de facture nettement platonicienne :


Si notre vie est moins qu'une journée
En l'éternel, si l'an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si périssable est toute chose née,

Que songes-tu, mon âme emprisonnée,
Pourquoi te plaît l'obscur de notre jour,
Si, pour voler en un plus clair séjour,
Tu as au dos l'aile bien empennée'?

Là est le bien que tout esprit désire,
Là le repos où tout le monde aspire,
Là est l'amour, là le plaisir encore.

Là, ô mon âme, au plus haut ciel guidée,
Tu y pourras reconnaître l'Idée
De la beauté, qu'en ce monde j'adore.
(L'Olive, CXIII)

Sur le sujet dont je vais vous entretenir - auquel j'ai donné pour titre « Lumière maçonnique et illumination de la pensée » - il n'est pas directement dans mon propos de rappeler que le siècle dit des Lumières fut aussi celui des Illuminés (de Bavière, d'Avignon et autres lieux).

Dans le milieu maçonnique il y a un débat très ancien - et non conflictuel, du moins au sein de notre obédience - entre le rationalisme et l'illuminisme d'une part (comment maintenir leur équilibre dans notre réflexion et dans nos travaux ?); d'autre part entre la voie philosophique et la voie purement initiatique de l'Eveil. Aussi ai-je recherché le profit que nous pourrions tirer d'une comparaison entre le renouveau spirituel résultant de l'initiation maçonnique et le processus mental activé par les découvertes d'ordre philosophique, scientifique, voire artistique ou littéraire. Je me suis fondé sur l'analogie - perçue au travers de mon expérience personnelle - entre l'image d'Archimède s'écriant «Eureka !» dans son bain, et le sentiment qui s'empare du néophyte franc-maçon au sortir de ses épreuves initiatiques qui sont autant d'immersions dans «l'élémentaire» : l'apprenti nouvellement initié revient, de ce que nous désignons par les termes de «séjour» et de «voyages» dans les quatre éléments, avec d'étranges certitudes désormais chevillées dans son cœur. «Eureka!» : nous avons tous trouvé, en nous faisant admettre dans la fraternité maçonnique, ce que souvent nous avions cherché sans en avoir la claire conscience, sans oser ni sans pouvoir le formuler et qui demeure, au-delà de notre réception, un défi permanent à notre capacité de le «dire».
De même, l'homme de science, le philosophe, le poète ou l'artiste, s'est vu un jour franchir le seuil de ses propres doutes, pénétrer enfin - ne serait-ce que de façon toute fugace et provisoire - dans la chambre centrale de sa théorie, de son système, de son esthétique, de sa trouvaille. La raison qui avançait jusque là tâtonnante est à l'instant de son illumination à la fois submergée et soutenue, jetée en avant par une sorte de sublime ivresse, impulsée par la joie... Dionysos est pour quelques minutes, quelques heures ou quelques jours l'hôte privilégié d'Apollon, son parfait et habituel antagoniste si l'on en croit les pages où Nietzsche, dans Naissance de la tragédie, oppose à travers les figures de ces divinités un principe d'émotion - le dionysiaque - pouvant aller jusqu'à l'extase communielle avec le cosmos, et un principe d'individuation - l’apollinien - favorisant la genèse des formes claires et distinctes, l'apparition de la mesure et de la rationalité sous la sereine et vigilante garde du dieu lumineux en lequel on se plaît aussi à voir un des symboles de la beauté.
La joie d'une découverte capitale pour le développement d’une œuvre ou d'une pensée peut être vue comme un moment d'équilibre entre ces deux tendances que Nietzsche avait analysées pour rendre compte du «miracle grec» au Ve siècle avant J.C., à l'époque des triomphes d'Eschyle et de Sophocle. Ainsi la «raison» déborde de beaucoup la rationalité, et sa réputation de froideur. Avant que Hegel ne proclame que «rien de grand ne s'est jamais fait sans passion», Condorcet ( à qui je devais bien quelque politesse, lorsque je prononçais ces mêmes paroles dans l’enceinte du Cercle Condorcet-Brossolette) Condorcet montre dans sa fameuse Esquisse d'un tableau historique des progrès de l'esprit humain que, véritable «volcan sous la neige», selon l'appellation dont son ami d'Alembert gratifiait ce héros de la pensée des Lumières, la raison est capable par ses hardiesses de faire advenir ce qui est incroyable au regard du simple bon sens. La «raison» n'est pas nécessairement médiocre, au sens d'amateur du juste milieu : nous examinerons plus loin autour de ce thème, le portrait d'un Descartes peu ressemblant à l'image qu'en a donnée le cartésianisme.
Je voudrais montrer que les grandes avancées de la conscience humaine qui s'opèrent par le moyen des esprits les plus éclairés en leur temps - ils se nomment, selon les époques, Platon, Aristote, Thomas d'Aquin, Descartes, Pascal, Spinoza, Leibnitz, Montesquieu, Rousseau, Kant, Hegel, Auguste Comte... ; plus près de nous Husserl, Bergson, Simone Weil, le Père Teilhard de Chardin... - les pas effectués par notre intelligence en ses meilleurs représentants sont guidés par une lumière dont l'initiation maçonnique nous fait appréhender la source.
Que l'on m'entende. bien : il n'est pas question de laisser croire un instant que tout Franc-maçon, de par sa qualité d'initié, serait en droit de s'égaler au génie ! Quoique visant l'amélioration et l'«édification» de l'espèce humaine, la Franc-Maçonnerie n'accomplit pas, hélas, de tels miracles. On voudra bien, seulement, lui faire crédit du soin avec lequel elle est censée recruter ses membres, sur des critères qui ne sont d'ailleurs jamais réductibles à la seule dimension intellectuelle des individus cooptés. Sur la question du choix des auteurs dont j'ai cité les noms, sans prétention à l'exhaustivité, je me sens le devoir d'excuser un européocentrisme philosophique qui trace les limites de mon horizon culturel... Sans doute les trésors de la sagesse indienne ou chinoise, ou (et, en quelque manière à l'opposé) les textes hautement spéculatifs de certains physiciens modernes élargiraient-ils mon argumentation et confirmeraient (ou infirmeraient !) ma démarche. Mais l'objet de ce travail m'est apparu comme au centre des interrogations qui, depuis la philosophie grecque originaire jusqu'à la phénoménologie de la perception et à l'existentialisme contemporains, sont orientées vers le problème de la connaissance.
J'envisagerai donc la transformation qui me semble résulter, pour notre faculté de connaître, de la lumière reçue dans le temple maçonnique, mais j' éclairerai (si je puis dire) cette lumière même en me tournant vers les œuvres et les vies philosophiques qui témoignent d'un bouleversement « illuminatif » de la pensée comparable à celui opéré par notre initiation, et je m'efforcerai alors de comprendre la signification de ces métamorphoses intellectuelles en les interprétant, en les ramenant au plan de la spiritualité.

La «Lumière maçonnique»    

«Les fils de la lumière» : cette commune - et flatteuse - appellation des Francs-Maçons exalte un principe essentiel de notre symbolisme. «Fils de la lumière» disons-nous? Certes, mais aussi, selon une autre appellation, complémentaire de la précédente, «Enfants de la veuve», d'après la légende, d'origine biblique, qui désigne un architecte du Temple de Salomon, Hiram, spécialisé (selon le Livre des Rois) dans le travail du bronze, comme le « fils d’une veuve de la tribu de Nephtali » : aussi savons-nous également ce que nous devons aux ténèbres; un dualisme très ancien, très zoroastrien (celui que Mozart évoque dans la maçonnique Flûte Enchantée) ne nous fait pas négliger le risque, encouru en permanence par chacun de nous, de recommencer à errer par des chemins d'ombre. Il y a probablement en nous un morceau de nuit sans étoiles. La lumière que nous avons reçue en dénonce et en dessine la noirceur, comme d'un trou au centre de l'être, mais repéré, sinon reconnu : nous pourrions partir de cet effet pour comprendre l'efficace de sa révélation.
Nos rites mettent constamment en évidence cette lumière que nous avons «cherchée», lorsque nous frappions en profanes à la porte du temple; cette lumière qui nous a été «donnée» lorsque le bandeau a été levé qui voilait nos regards, qui recouvrait notre âme; cette lumière que nous «cherchons » encore à chacune de nos réunions en loge. La mise en place, j'allais dire «la mise-en-scène », de nos assemblées s'entend à en évoquer l'apparition physique et sa présence en qualité de symbole. Une de nos trois Grandes Lumières (l'expression est ici complètement métaphorique) est, avec l'équerre et le compas, le volume de la Loi sacrée représenté par la Bible dans le rite écossais ancien et accepté qui se pratique à la Grande Loge de France; or, aux trois premiers degrés de la Maçonnerie (apprenti, compagnon, maître), ce Livre est ouvert au prologue de l'Evangile selon Saint-Jean, dans lequel on trouve ces phrases, que tout le monde connaît, où le Verbe du commencement absolu, initiateur de la création, est successivement identifié à Dieu, à la vie et à la lumière :

«En lui était la vie
et la vie était la lumière des hommes».


Partant de ces mots suggestifs, je voudrais insister sur l'aspect verbal de la «lumière maçonnique». Les hautes paroles qui résonnent le soir de notre initiation dans l'enceinte du Temple nous redonnent, si nous l'avions perdue, une sorte de confiance dans le langage. Au point où nous en arrivons de notre quête, et d'un engagement qui ne peut lui-même être garanti que par l'acte suprême du parler que constitue le serment, aucune hésitation n'est alors plus de mise, bien qu'elle soit à tout instant permise : puisque nous ne subissons les épreuves initiatiques que si nous le voulons bien, que si nous prenons la responsabilité de leurs conséquences. Le sentiment du sacré que la cérémonie éveille en nous réside pour une part dans les obligations nouvelles librement contractées à l'égard du monde et de notre propre personne. Nous décidons de nous reconstruire à la clarté des « instructions » et des conseils que dispensent les maîtres aux apprentis sur le chantier. Les Maîtres eux-mêmes s'appuient sur la Tradition, venue du fond des âges, transmise par la voie (V.O.I.E.), en même temps que la voix (V.O.I.X.), des symboles, des mythes et des rites. Leurs paroles anciennes produisent à l'oreille du néophyte l'effet d'une complète et bouleversante nouveauté. Quelque chose lui est confié, qu'il prend en charge et qui part, et qui parle, de l'Origine.
« Parole, flèche vertébrale », ai-je noté voici plus de vingt ans dans un carnet, au lendemain de ma réception dans l'Atelier Stella Maris de la Grande Loge de France à Marseille. Ensuite j’ai écrit un poème que j’ai envie, ce soir, de vous lire - n’y voyez aucune présomption - et s’il vous paraît hermétique, veuillez croire que c’est par un effet de la science d’Hermès, le « saint patron », pourrait-on dire de notre « Art royal ». Ce poème s’intitule « Argonautes en plongée » (« Argonautes », par allusion aux marins chercheurs de la Toison d’or, et « en plongée » à cause de la perpendiculaire qui régit le voyage à l’intérieur de soi du jeune apprenti. Voici ce texte :

Leur cécité ne les arrête pas. Nécessité
d’aller au levant de soi attise un rougeoiement
en leur courage charbonneux.

A mains amies se confie leur dérive - étoiles charnues
dans l’obscurité mère : avaient-elles jadis au caducée
conduit des ombres pèlerines vers l’Hadès ?

Un masque simplifie leur souffle.
Candidats à la transparence, ils doivent perforer
l’épaisseur du sommeil ;

se mouvoir sur de hauts fonds amniotiques,
considérer sans peur de pulsantes forêts,
et verticales ressentir les routes de Colchide.

Or, qui les exhorte, la voix
accroît leur sang, amasse leur vigueur :
Parole, flèche vertébrale.

A l’espère de leurs cœurs forgerons
s’offre l’aurore aux dardantes épées :
le bandeau de leur âme aujourd’hui est levé.

Si je vous disais que beaucoup ont compris ce poème, ce serait beaucoup mentir. Néanmoins une personne qui le critiquait, à tous les sens que peut avoir ce verbe, me disait, sans savoir ma qualité de maçon, qu’il fallait être un peu initié pour le comprendre.
L'initiation, voulais-je dire, nous redresse, nous fait renaître à une moralité, et conséquemment à un «moral» que l'on ne pensait pas devoir récupérer de sitôt, du temps où l'on contemplait avec amertume le désordre du monde ou de sa propre vie. Nous ne craignons pas d'avouer que notre pessimisme a d'ailleurs de multiples raisons de se maintenir si nous réfléchissons un tant soit peu au «négatif» qui accable les destinées individuelles ou collectives. Nous approuvons l'impitoyable diagnostic d'un écrivain comme Cioran, moderne La Rochefoucault, dénonciateur de toutes nos vanités, de toutes nos fuites devant le réel. J'ai dit plus haut que nous avons conscience de nos ténèbres et de nos possibilités d'errements; c'est cela peut-être qui nous fait demeurer « optimistes » : sur un mode totalement paradoxal ! Et je veux tenter d'expliquer ce paradoxe en considérant la métaphore visuelle de la «gloire», à laquelle nous a habitués le symbolisme religieux traditionnel, et qui se rencontre aussi dans nos rites, en tant que symbole visuel et auditif.
Une gloire, au sens lumineux du terme, apparaît le plus souvent comme l'affirmation d'un triomphe, éventuellement comme son signe mystique, mais plus certainement comme la marque d'un éclat mondain et d'une volonté d'en imposer (ou de s'imposer) à toutes les consciences. Ce qui est alors triomphant dans la gloire, c'est le Dogme. Lorsque, avec le temps de l'Histoire, s'en obscurcit la face et le rayonnement - quel que soit le dogme considéré, religieux, politique, artistique... etc - des esprits qui n'ont pu évoluer, asservis qu'ils étaient par son empire, se retrouvent esseulés, éperdus, voués au chagrin de leur perte - un chagrin qui prend souvent l'allure, et se charge de toute la négativité du plus vil ressentiment. Les ténèbres qui se répandent dans le cœur de tels croyants sont celles que provoque l'éclipse du dogme entré dans la phase du doute.
Si la foi est par définition une «confiance», on admettra que ceux-là ne sont pas de vrais fidèles qui se jugent incapables de rester dans l'intimité et dans la joie de l'Esprit, lorsque la Lettre qui l'accompagne et prétend le traduire s'est trouvé altérée (phénomène qui se produit nécessairement dans le domaine du langage, même sacré, comme dans toutes les autres formes, nées du Temps et changeantes sous sa gouverne). Les yeux du Franc-Maçon, ouverts sur la lumière qu'il recherchait, ne sont pas éblouis par une vaine «gloire» au sens mondain que l'on doit parfois (pas toujours) attribuer à ce mot. «La lumière est le premier aspect du monde informel», remarque un auteur (André Virel cité dans le Dictionnaire des symboles de Chevalier et Gheerbrant), analyste de l'image et du rêve. «En s'engageant vers elle, écrit-il, on s'engage dans un chemin qui semble pouvoir mener au-delà de la lumière, c'est-à-dire au-delà de toute forme, mais encore au-delà de toute sensation et de toute notion ». Si telle est bien la signification de la lumière comme symbole, on comprend que notre obédience, et quelques autres, sinon la totalité des Francs-maçons de par le monde, se refusent à déterminer ou à identifier le principe supérieur auquel ils croient, grâce auquel ils sont assemblés, et qu'ils invoquent en le nommant « Grand Architecte de l'Univers », commodité verbale inspirée par le métier de bâtisseur. Oui, nos travaux sont rituellement ouverts « à la gloire du Grand Architecte de l'Univers », formule dans laquelle le mot « gloire » indique à la fois l'hommage que nous rendons au Principe, qu'il soit originaire ou final, l'alpha ou l'oméga de la construction du monde, et l'orientation de notre regard vers l'éclat qui émane de lui, qui a son image dans l'Infini et qui reste indéfinissable.
Aussi les Francs-maçons ne sont-ils pas liés par la peur de voir s'écrouler un jour quelque Tour de Babel dogmatique. Nos principes et nos constitutions sont, sans ironie, incroyablement simples. Nous ne risquons pas d’être rongés par un doute lancinant à l'égard de dogmes illusoires. Délivrés de ce côté-là, mais assurés de l'existence de la Lumière, dont nous nous sentons désormais en quelque façon «responsables», nous connaissons aussi, évidemment, l'incertitude et l'angoisse, lot inévitable de l'humanité entière. Notre optimisme n'est pas «naïf» comme d'aucuns seraient contents de pouvoir le penser (sauf, si « naïf » et « natif » gardent quelque chose de leur matrice étymologique commune). Une certaine lucidité, propre à la méthode maçonnique, s'exerce d’ailleurs à notre détriment: un doute continue à nous préoccuper, concernant la part d'ombre irréductible que j'évoquais plus haut comme le centre dépressif, le «trou noir» de notre personnelle galaxie. S'il s'agit de faire en sorte que la « pierre philosophale » qui symbolise la quête de soi dans l'alchimie de la personne soit conquise en traversant « l'œuvre au noir », première phase du Grand Œuvre, on doit admettre que les épreuves, les attentes, les retours, les errances psychologiques ne soient pas plus épargnées au Franc-Maçon qu'au reste de l'humanité souffrante. Cependant le principe lumineux grâce auquel nous dirigeons notre marche demeure à notre esprit comme l'admirable ciel étoilé au-dessus de la conscience de Kant. Rappelons cette véritable profession de foi par laquelle le philosophe de Kœnisberg conclut sa Critique de la raison pratique : « Deux choses remplissent le cœur d'une admiration et d'une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi... »
Une vérité aussi originaire que celle qui éblouit Kant, doctrinaire pourtant du rationalisme, emporte, dans le mystère de l'initiation, notre adhésion par le cœur, si elle ne satisfait pas d'emblée aux exigences de notre raison «raisonnante» : la raison en effet réclame d'asseoir ses convictions sur des preuves, et l'initiation n'en procure pas. Le verbe initiatique est lumineux par lui-même, hors de toute démonstration conceptuelle comme est aussi le langage poétique et, en règle générale, celui de tous les arts. En sollicitant les termes du côté de leur origine, je n'hésiterai pas à dire enfin que les paroles de l'initiation - et le langage gestuel qui les complète ou les souligne - constituent une « poésie » au sens où ils sont également une « poiesis » (vocable grec désignant, comme vous savez, le processus d'une fabrication ou d'une production). Par la «poiesis » initiatique le néophyte se trouvera, presque à son insu, recréé, accédera au statut (avec droits et devoirs) de «fils de la lumière». Cette lumière, on l'a bien compris, est une source de transfiguration située au-delà ou en amont du phénomène lumineux dans sa manifestation physique. Lumière «scyalythique», comme pourraient dire les chirurgiens, elle ne fait pas d'ombre. Toutefois si elle aide à mieux voir et à mieux vivre, elle-même tend à se soustraire, par l'éblouissement qu'elle provoque, à notre capacité de saisie rationnelle. Acceptons alors, résignons-nous d'abord à cette perte de contrôle intellectuel, comme le suggère la parole d'un poète italien contemporain, Piero Bigongiari, qui écrit dans un de ses recueils (Col dito in terra, 1986)
«Voir clair signifie aussi que l'on accepte l'énigme de la clarté, quelquefois plus énigmatique encore que l'obscurité».
A ce point de ma tentative pour vous parler de l'ineffable «lumière maçonnique», j'aurai maintenant recours à celle de la philosophie.
Les illuminations de la pensée

Platon nous est acquis depuis toujours. Nous en ferions volontiers, sans vergogne, un «Maçon sans tablier»... si on ne le savait de longue date introduit aux arcanes du pythagorisme et aux mystères d'Eleusis, d'après Edouard Schuré qui l'évoque parmi Les Grands Initiés. Dans une première phase de l'initiation, nous sommes sortis de terre, un peu à l'étourdie, comme le rat entre les pattes du lion chez La Fontaine n'étions-nous pas semblables à l'aspirant à la sagesse qui dans La République, s'élève à l'entrée de la caverne pour y contempler enfin, après en avoir été aveuglé, le vrai principe de la lumière ? Oui, il fallait nous extraire de la caverne de nos habitudes mentales, de nos préjugés culturels, de nos peurs fantasmatiques. Caverne de la chair où les yeux ne perçoivent que l'immédiat, où la raison reste obsédée par l'utilitaire : c'est le genre de vie que nous menons d'ailleurs, au moins huit heures par jour, et auquel l'enseignement platonicien nous invite à ne pas nous soustraire quand il préconise à l'évadé illuminé de redescendre auprès des captifs de la grotte, pour leur révéler les Vérités d'En-Haut - avec précautions, car il y va de sa bonne renommée, quand ce n'est pas de sa vie - ...Parmi la multiplicité merveilleuse des paysages intellectuels dont il nous offre la contemplation, Platon revient sans cesse à deux sommets en lesquels il est loisible de considérer ou de formidables appuis ou d'indépassables limites.
Premier sommet : toute connaissance vraie procède d'une conversion. Arrachée au monde d'en-bas, de l'intelligence inférieure qui vit sous le régime des opinions changeantes, la faculté de connaître ou de reconnaître les Idées se développe sous la discipline ascétique du refus de toute complaisance (envers soi-même comme envers les autres).
Deuxième sommet : la connaissance vraie n'est envisageable que si des Idées ou des Archétypes éternels garantissent la structure, l'architecture du monde et sa traduction en langage humain. Notre connaissance est suspendue à de l'inconditionné. Le Bien, le Juste, le Sage, le Fort, le Beau sont les valeurs - or, la réserve bancaire conceptuelle qui protège de loin le «café du commerce » des idées familières, qui garde un sens à l'usage quotidien des mots. Sans cette «idéale» ou transcendante protection, nous serions pieds et poings liés livrés aux sophismes de l'Absurde, dont on sait qu'il œuvre en terrain d'élection parmi les contradictions et les ambiguïtés du langage.
Ces deux sommets ne sont-ils pas également observables à l'horizon de notre Franc-Maçonnerie spéculative, de la Franc-Maçonnerie de la Grande Loge de France?
L'initiation en effet convertit notre entendement en lui faisant admirer et admettre des valeurs dont l'universalité ne lui parait plus contestable, si jamais il avait quelquefois douté d'elles: le texte fondamental des Constitutions d'Anderson, véritable charte de la Franc-Maçonnerie moderne, les énonçait en 1723, mettant l'accent sur les thèmes de la perfectibilité humaine, sur la tolérance, la liberté, l'entraide, l'amour de l'humanité... Quant à l'Inconditionné, qui est à notre ordre ce que représente l'Idée architectonique ou le Soleil du Bien dans la philosophie de Platon, il se trouve symbolisé par cette dénomination de Grand Architecte de l'Univers qui, je l'ai déjà dit, veut signifier notre conviction de l'existence d'un ordre régissant le monde, d'un «cosmos» en somme, suivant l'acception la plus «grecque» du terme.
A cet instant de notre enquête, voici que la Franc-Maçonnerie semble se ranger, étonnamment penseront certains, du côté d'une sorte de «mystique»: mais Platon n'est-il pas trop exalté pour fournir la caution rationnelle que nous recherchions ? Nous tournerons-nous vers son cadet, Aristote, plus «scientifique» que son maître, plus attaché à décrire les conditions de la vie terrestre ? Mais, pour positiviste qu'il fût, le disciple n'a pas craint, lui non plus, d'étendre ses investigations dans le domaine que les classificateurs de son œuvre qualifieront après lui de «métaphysique»; et, bien plus tard, l'aristotélisme offrira, à un Saint Thomas d'Aquin, les instruments d'une synthèse entre la foi et la raison. Il faut quitter ces références à la culture grecque du IVe avant J.C. ou chrétienne du Xllle siècle, dans laquelle l'exercice de la rationalité doit cohabiter, de gré ou de force, avec les croyances établies, pour essayer de découvrir, chez des philosophes plus modernes, des comportements intellectuels que nous supposerons a priori moins sensibles à l'influence religieuse environnante.
Il me semble, dans cette perspective, qu'avec Descartes est conduit à son terme un processus de laïcisation de la pensée entamé depuis la Renaissance: siècle d'ostensibles dévotions comme le montre Molière dans Tartuffe, le XVIle est néanmoins aussi celui des Dom Juan libertins, des esprits forts qui se rassemblent sous la bannière de l'empirisme anglais et, justement, du cartésianisme. En bref, et au désespoir d'un Pascal qui fait - magnifiquement - son possible pour ramener les intellectuels dans le giron de la foi sous l'angle de vision du sévère jansénisme, Descartes, malgré sa qualité de chrétien respectueux de son Eglise maternelle, a pris l'initiative d'une complète émancipation à l'égard des dogmes religieux qui pouvaient encore entraver le développement du rationalisme scientifique. Cependant l'évocation de sa personne vivante, qui disparaît un peu sous la figure emblématique qu'elle est devenue, comme tous ceux qui ont donné naissance à de vastes courants idéologiques - qui ont pris visage de «source» - va servir quelques instants mon projet de vous parler de l'illumination propre à la Raison de type philosophique.
On sait que Descartes, véritable héros de l'intellect s'il en fut, a laissé également une réputation d'aventurier, au sens «cape et épée» du terme. Il avait reçu pendant quelque temps l'enseignement très recherché du Collège de la Flèche, tenu par les Jésuites, ces soldats du Christ, avant d'embrasser la carrière militaire et de suivre le train des équipages, en Hollande, au Danemark, en Allemagne. Il lui est donc arrivé d'avoir à se défendre, épée en main, et même de se battre en duel, pour le panache et le cœur d'une dame - à qui il n'aurait pas, de son propre aveu, sacrifié pourtant sa recherche de la vérité. Alain dit admirablement, au sujet de cette anecdote : «Un sage ne se distingue pas des autres hommes par moins de folie mais par plus de sagesse ». Il me plaît de songer, pour construire notre personnage, que le Discours de la méthode constitue pour son auteur une manière de se réfugier dans son être, parmi l'agitation tourbillonnaire d'événements, de voyages et de rencontres qui font le tissu de sa vie. Quoiqu'il conseille et lui-même pratique le doute comme fondement de toute vraie pensée, car pour lui tout ce qui est cru et accepté naturellement est déchu du rang de pensée, Descartes ne nous apparaît nullement comme un sceptique: ni devant l'action, ni devant les idées. Le doute est chez lui presque un pari à la mode pascalienne: il faut douter pour penser et penser pour être, et l'on aboutit au fameux «Je pense, donc je suis». Ainsi le doute est un effet de la volonté, non de l'incertitude. Son pouvoir correspond au libre-arbitre que nous découvrons en nous infini, quoique nous sachions notre entendement limité - mais connaître ses limites, n'est-ce pas déjà tendre à les dépasser? L'infini que nous concevons au travers de l'exercice de notre volonté est comme l'image en nous de l'infini divin. Et nous ne sommes raisonnables que parce que Dieu lui-même est Raison : Dieu est ce «Logos», comme le désigne, après bien d'autres, le texte grec de l'Evangile selon Jean; étant le Verbe, il justifie notre humain langage. Dans son Discours, mais plus encore dans les Méditations métaphysiques, Descartes compose donc, si on veut bien le lire en le distinguant de la méthode qu'il a inventée, l'autoportrait d'un rationaliste mystique. Son dessein de concilier la raison et la foi, comme avait fait jadis St-Thomas d'Aquin (déjà évoqué dans ce propos), est enraciné dans une authentique expérience de visionnaire. Comme un prophète, Descartes reçoit par des rêves, où il se voit entouré d'étincelles (équivalent de la « Nuit de feu » pascalienne) les illuminations qui le mettent sur la voie, avec ses ordres de mission. D'où la décision d'un voyage en Italie pour remercier la Vierge en faisant un pèlerinage à Notre-Dame de Lorette. Il n'est donc plus tout à fait surprenant que l'on ait supposé l'appartenance de Descartes à la confrérie plus ou moins mythique des Rose-Croix. L'enthousiasme, qui est proprement la «vision en Dieu », soutient toute l'entreprise cartésienne: sa métaphysique, dont Dieu quoique inconnaissable dans son entendement infini - est le centre absolu, est nécessaire à toute sa physique.
La Franc-Maçonnerie qui resurgit spéculative au siècle des Lumières (d'opérative qu'elle fut au temps des chantiers des grandes cathédrales), touche à l'esprit cartésien par l'influence sur elle des philosophes qui en sont pénétrés. (Rassurez-vous, je n'en dresserai pas le catalogue, au demeurant fort connu, donc inutile). Il me suffit de constater que chacun, à sa manière, fait quelque part dans son œuvre allégeance à l'ordre supérieur qui constitue la clé de voûte de toute moralité et de toute signification ici-bas. Par exemple, Montesquieu, initié de la Maçonnerie anglaise lors de son séjour outre Manche en 1730, nous persuade dans l'Esprit des lois, que celles-ci, malgré leur diversité, ne sont pas arbitraires mais engendrées par un principe sous lequel leur apparente irrégularité devient explicable, un peu comme les étrangetés des orbites planétaires résolues par les calculs de Newton. De façon analogue, Voltaire, reçu Maçon tout à la fin de sa vie, fait appel au « Grand Horloger» pour mettre en mouvement cette mécanique céleste. Il y a donc quelque chose de plus fort que le désordre et l'absurde, à la malédiction desquels le contemplateur d'une histoire pleine de bruit et de fureur est naturellement tenté de succomber, pour peu que l'y entraîne autour de lui le type inférieur de l'opinion inconsciente d'elle-même. Le cartésianisme, même au sens le plus étroit, le moins « spirituel » de sa notion, nous fait accéder à un deuxième genre de connaissance, comme affirmait Spinoza dans le droit fil de cet enseignement. Nous apprenons à discriminer les idées claires et distinctes d'une masse confuse de connaissances non vérifiées du premier genre (celui-ci constituant plutôt le domaine de la «méconnaissance» par l'opinion commune, l'ouï-dire, les préjugés). Il serait bon à ce propos de répéter, comme le poète Philippe Jaccottet en des vers qui renouvellent un adage socratique rebattu :

«Plus je vieillis et plus je crois en ignorance,
plus j'ai vécu, moins je possède et moins je règne»,

L'aveu et l'examen de notre ignorance, préconisés par la démarche initiatique, correspondent au décapage par le doute dans la méthode cartésienne de la réforme de l'entendement. Ainsi l'apprenti en loge est-il invité à se regarder comme une «pierre brute» qu'il lui appartient de dégrossir. Dépouillé de la «fausse science» (notamment sur lui-même) dont il se trouvait alourdi, il s'ouvre peu à peu à la connaissance adéquate de lois cosmiques, déchiffrables dans nos ateliers sous forme de symboles, et comprend qu'il relève lui aussi de ces lois. Je serais tenté de dire que la Franc-Maçonnerie est sous ce rapport une «Physique» (à savoir, donc, une étude des grandes lois d'équilibre architectural de la nature et de notre nature) qui s'épanouit en une Métaphysique. C'est tout à fait ainsi que se présente le système de Descartes, à condition d'en inverser les termes (la Métaphysique légitimant la Physique, mais pour se replier aussitôt vers les hauteurs de Transcendance).
Et l'analogie ne saurait être prolongée, car la Franc-Maçonnerie est en deçà ou au-delà des religions. Si l'on gravit cependant les degrés de la connaissance comme nous y convie Spinoza, on n'aura aucune peine à identifier ce qu'il appelle la «connaissance du 3e genre» comme l'accession à une véritable maîtrise. Par une visée illuminative directe, l'intellect non seulement atteint son objet mais obtient du même coup la certitude de son savoir. L'idée, ainsi révélée dans l'esprit qui la pense, a en commun avec Dieu - ou la Substance, ou la Nature (ces mots sont équivalents pour le philosophe hollandais) - d'être «causa sui », ou « cause de soi ». Sans doute préexistait-elle à son expression. L'homme qui la formule dans son cerveau et dans son cœur la voit avec un œil divinisé qui est l'œil de l'esprit.
Cette connaissance du 3e genre c'est donc l'intuition, ce court-circuit de la connaissance discursive, et qui marche, selon Bergson, dans le sens même de la vie, mais qui va de ce fait à l'encontre de la connaissance du 2e genre déployée dans et par l'intelligence. En sens inverse de l'intuition, dans une direction opposée du travail conscient, l'intelligence se trouverait réglée sur le mouvement de la matière, qu'elle étudie, fouille, dissèque... Car l’intelligence ne se représente clairement que le discontinu, et quand elle analyse le mouvement, c'est en une décomposition d'instants figés. Dans notre univers d'êtres intelligents, (rendus intelligents par notre travail d'adaptation aux nécessités pratiques de l’existence), l'intuition qui, elle, adhère à la vie, fait corps avec elle (au lieu, je le répète, que l’intelligence décompose les problèmes), l’intuition donc ne se ranime et ne se rallume que de loin en loin, précisément lorsque l'intérêt vital est en jeu. C'est alors que l'archer secret que nous portons en nous tire sans faillir au milieu de la cible.
Cette faculté intuitive que j'ai insuffisamment décrite, mais qui semble par nature interdite au trop long discours, m'annonce maintenant qu'il est temps de tirer le trait final, qu'il me faut songer à conclure.
M'inspirant de ce que suggère Bergson, je me représente la maîtrise parfaite, du moins en son régime intellectuel, comme associant à parts égales les deux formes de notre activité consciente. Je crois que les héros de l'esprit dont je viens de parler ont connu ces moments de génie au cours desquels la pensée tout entière s'illumine aux feux croisés de l'intelligence et de l'intuition.
Il m'apparaît aussi qu'une des vertus de l'initiation maçonnique consiste à réactiver, par le moyen des symboles qu'elle donne à vivre et à méditer, le «centre» sensible de l'intuition dont l'organe est l'œil invisible du cœur. Soit dit en passant, s'il arrive qu'un candidat à l'initiation éveille, par son intellectualisme, la méfiance des Francs-maçons réunis pour statuer sur sa demande, c'est en général par la crainte, parfois vérifiée, que la voie, dite «cardiaque», de l'impétrant n'ait été obstruée par une sorte de «cholestérol» cérébral. Dans le Temple, en particulier lors de la cérémonie initiatique, il faut que le côté intellectuel de la personne cesse d'avoir la prérogative et accepte et veuille se lier, par un contrat de confiance, à la partie émotionnelle de son être.
La haute tradition philosophique dont j'ai évoqué la chaîne à travers quelques maillons confirme l'existence de ce couple, apparemment antinomique, en réalité complémentaire qui occupe les deux pôles de toute grande pensée. Cette polarité entre l'intuition (ou l'inspiration) et la raison est physiquement indispensable au jaillissement de la lumière intellective qui portera l'idée du philosophe à son degré d'incandescence et lui permettra d'éclairer autour d'elle les régions du passé et de l'avenir. On s'aperçoit d'ailleurs qu'une philosophie digne de ce nom, loin de rompre avec la tradition qui lui est propre, non plus qu'avec la Tradition que nous nommons «primordiale » (si jamais ces deux traditions étaient vraiment distinctes), la prolonge et la renouvelle et confirme les progrès localisés mais incessants de la spiritualité. La croissance de la «noosphère», ou sphère de l'esprit, comme l'avait baptisée Teilhard de Chardin, indique le mouvement ascendant de l'évolution et autorise à présumer le genre de travail qui s'accomplit sur les plans dessinés on ne sait où ni comment par le Grand Architecte.
Enfin, il en est de la lumière maçonnique comme de cette connaissance du 3e genre, invoquée par Spinoza comme une source de béatitude, puisqu'elle est une connaissance «en Dieu », et qu'elle se désigne elle- même comme vraie, étant la cause et l'index de sa propre vérité. Qui l'a profondément ressentie ne saurait l'oublier: un Franc-maçon peut être déçu par ses Frères, s'éloigner de la Loge, il ne demeure pas moins l'initié, réel ou potentiel, qui a ouvert les yeux à la lumière de l'Esprit. Sa raison en réclamait l'existence, l'initiation lui en a montré la réalité. Au terme de mon propos j'ai le sentiment d'avoir parlé un peu comme ces gens sortis d'un coma profond, qui ont connu une N.D.E (Near Death Expérience) où ils prétendent avoir été aspirés par le vide, en direction d'une lumière que nos yeux de chair n'ont jamais vue. Lorsqu'on demande à certains de ces expérimentateurs d'un état proche de la mort de caractériser cette lumière, ils répondent qu'elle était faite d'Amour.
 
Conférence donnée dans le cadre du cercle Condorcet-Brossolette . Publiée dans Points de vue initiatiques, cahiers de la Grande Loge de France, n° 76, 1er trimestre 1990.

 

Source : http://www.stella-maris-gldf.com/gldf

         

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Combat initiatique et guerre profane

23 Août 2012 , Rédigé par A.U. Publié dans #Conférences

Lorsque le Grand Maître de la Grande Loge de France m'a invité à préparer une conférence pour le Cercle Condorcet-Brossolette qui autorise notre réunion dans ce Temple, les préoccupations vedettes de l’actualité étaient encore celles qu'avait générées la guerre du Golfe. Je pense que plus d'un Franc-maçon s'est demandé dans cette période comment il était possible d'assumer à la fois notre humanisme déclaré et notre loyauté de citoyens, éventuellement mobilisables, dans la spirale d'événements guerriers ouverte par la participation de la France au conflit.

Il me faut rappeler ici l'article II de nos « anciennes obligations » qui furent édictées en 1722 et constituent selon leurs auteurs la « Loi fondamentale de la Franc-maçonnerie universelle ». Cet article proclame qu'un Maçon est un paisible sujet à l'égard des Pouvoirs civils, en quelque lieu qu'il réside ou travaille, et (qu'il) ne doit jamais être mêlé aux complots et conspirations contre la paix et le bien-être de la Nation, ni manquer à ses devoirs envers les magistrats inférieurs; car la Maçonnerie a toujours pâti de la guerre, de l'effusion de sang et du désordre; aussi les anciens Rois et Princes ont toujours été fort disposés à encourager les Frères en raison de leur caractère pacifique et de leur loyauté par lesquels ils répondaient en fait aux chicanes de leurs adversaires et défendaient l'honneur de la Fraternité qui fut toujours florissante dans les périodes de paix.

Je m'arrête un instant pour commenter la guerre à laquelle il est fait allusion dans ce texte. Elle est celle que les sujets peuvent être amenés à entreprendre contre un pouvoir qui les opprime; la paix à laquelle la Maçonnerie se déclare attachée est une paix civile à l'intérieur des frontières de la nation. Qu'advient-il alors d'un sujet désobéissant lorsqu'il appartient à notre ordre ?


Je poursuis ma lecture de l'article II : Ainsi, si un frère devenait rebelle envers l'Etat, il ne devrait pas être soutenu dans sa rébellion, quelle que soit la pitié que puisse inspirer son infortune; et ( ou plutôt « mais » , si nous entendons bien l'articulation de ce discours ) si ce Frère n'est convaincu d'aucun autre crime, bien que la loyale confrérie ait le devoir et l'obligation de désavouer sa rébellion, pour ne provoquer aucune inquiétude ni suspicion politique de la part du gouvernement au pouvoir, il ne peut pas être chassé de la Loge et ses relations avec elle demeurent indissolubles.

On le voit : tout en arguant d'une « indéfectible fidélité » et d'un « total dévouement à la patrie », pour reprendre d'autres termes, ceux-là contenus dans l'article III de la déclaration de principes de la Grande Loge de France, publiée en décembre 1955, la Franc-maçonnerie n'hésite pas à protéger tel membre dissident à l'égard de la société politique, pourvu qu'il ne soit pas considéré comme « criminel » du point de vue de la morale commune - partagé par les Frères en général -, et pour autant que ses idées restent compatibles avec les idéaux collectifs de la Maçonnerie. Autrement dit, dans les limites de compatibilité indiquée, la Loge devra rester pour ce « rebelle » l'asile de sa liberté de conscience, sous la condition expresse que son action extérieure ne compromette pas la neutralité de l'Ordre à l'égard des pouvoirs constitués.

Si donc les Francs-maçons doivent respecter les lois et l'autorité légitime du pays dans lequel ils vivent et se réunissent librement (phrase extraite du chapitre 1er de notre Constitution, qui exclut complètement, en cas de guerre étrangère, de prôner le pacifisme à l'intérieur des Loges), ils n'en sont pas moins amenés à « conformer leur existence aux impératifs de leur conscience », et c'est pourquoi nous interpelle le problème de la guerre entre les nations, apparemment contradictoire avec l'idée de fraternité universelle vers laquelle nous œuvrons - faut-il dire « abstraitement » ?- au moins à l'intérieur des temples, mais aussi parfois, et parfois plus concrètement, à l'extérieur.

Je ne crois pas commettre d'indiscrétion en affirmant que les Francs-maçons ont fait entendre sur les parvis des temples les opinions les plus variées au sujet de notre guerre contre le dictateur irakien. Notre Grand Maître, soucieux de ménager dans leurs latitudes la diversité des positions fraternelles, s'est alors contenté de nous rappeler le patriotisme inhérent à la déclaration de principes que j'évoquais à l'instant. Dans le développement qui va suivre je me propose moins de dissiper l'impression de double langage que peut produire l'antithèse, en nos constitutions, de l'attachement à la patrie et de l'universalisme, que d'analyser la polarité qui en résulte et rendre visibles les enjeux présents sous cette ambiguïté.

Cherchant à définir - puisque c'est le programme que je me suis fixé - ce que peut bien être un « combat initiatique », il me faudra d'abord envisager la projection sur notre ordre de modèles empruntés à l'ancienne chevalerie ou inspirés par elle. Nous examinerons ensuite si la guerre, qualifiée a priori de « profane », peut paraître ésotériquement fondée, ésotériquement nécessaire, éventuellement sacrale. Nous verrons enfin, et pour conclure, à quelle oeuvre de paix travaille la Franc-maçonnerie de la Grande Loge de France et tenterons d'évaluer ce qui dans son projet, dans son pari, devrait sembler réellement « raisonnable », au-delà de ce qui paraît encore « utopie ».

Lorsque j'entrai pour la première fois dans la Respectable Loge « Stella Maris » de Marseille, mes yeux, sitôt que me fut ôté le bandeau qui les aveuglait, s'intéressèrent à la présence d'épées qui ne sont pas seulement les accessoires d'un théâtre cérémoniel, mais aussi des instruments symboliques de grande importance, sur la signification desquels je reviendrai bientôt. Quant à mes oreilles, elles étaient frappées, et charmées, par tout un vocabulaire ayant trait à l'Honneur et au Devoir, aux sens chevaleresques que revêtent ces mots. J'apprendrais par la suite que certaines spéculations, notamment celle du chevalier de Ramsay, ce disciple de Fénelon qui donna son élan à la maçonnerie d'origine écossaise en France, relient notre ordre à l'héritage des Templiers. Peu importe que ce soit à tort ou à raison, puisque les preuves réellement historiques manquent. Qu'il suffise, pour attester ce courant de pensée, d'invoquer l'existence actuelle, parmi les Hauts Grades du Rite Ecossais Ancien Accepté d'un degré désigné par l'appellation de « Commandeur du Temple », d'un autre glosé par l'expression « Patriarche des croisades », d'un troisième auquel est appliquée la périphrase « Chevalier de l'Aigle Blanc et Noir » (je tire ces références d'un ouvrage de Jean-Pierre Bayard, accessible dans le commerce).
L'épée, pointée sur la poitrine de l'impétrant au jour de son initiation, l'amène tout de suite à se représenter la gravité vitale de son engagement. Et lorsqu'au terme des épreuves initiatiques, il est enfin reçu apprenti, c'est par un véritable adoubement, auquel le soumet le Vénérable Maître de la Loge, avec le plat de son épée flamboyante dont on osera peut-être comparer la forme à la flamme du glaive fulgurant avec lequel les chérubins interdisent le chemin de l'arbre de vie, à l'entrée du jardin d'Eden après le bannissement d'Adam et Eve.

Je pourrais multiplier les allusions : sans cesse l'initiation au métier de la Maçonnerie est doublée par des pratiques dont l'origine chevaleresque paraît indubitable. Ce qui s'incorpore alors en nous, soudainement ou avec lenteur, c'est l'idée qu'un étrange héroïsme peut être vécu au quotidien, qui ne réclame pas d'effusions de sang mais exige de monter sans arrêt la garde de notre propre rigueur : la loyauté, le respect des serments, la reconnaissance de valeurs au sujet desquelles nous n'acceptons pas de transiger, doivent avoir pour effet de mettre d'équerre nos relations avec autrui. Nous ne pouvons plus avoir qu'une parole, la bonne, celle par laquelle s'exprime notre profonde et intime conviction, quoique ce puisse être ( et que ce doive être!) avec le tact, la douceur, l'ouverture d'un humanisme tolérant. On imagine chez le chevalier médiéval typé dans notre imaginaire une probe main dans un gantelet de fer : le Franc-maçon idéal inverse ces données et tend à ses frères humains, selon l'expression consacrée, « une main de fer dans un gant de velours ». Il sait que la force procède de l'amour ou le précède. Point n'est besoin d'être brutal si l'on est véritablement fort, bien qu'il ne suffise pas toujours d'être respectueux pour être respecté.
Une lumière est apparue dans notre vie : à l'horizon monte le soleil de valeurs redevenues subitement intelligibles. Une ferveur désormais nous habite. Nous recommençons à croire à la possible conquête d'une grandeur humaine.

Comprend-on en quel sens nous parlons de « combat initiatique » ?

L'initiation nous découvre l'Autre comme cette partie de nous-même que nous n'avions pas encore explorée. La guerre, à laquelle je continue pour l'instant de réserver l'épithète de « profane », est liée, si l'on suit le raisonnement de Gabriel Marcel dans L'Homme contre l'humain, au « mensonge à autrui » et au « mensonge à soi-même ». Ce n'est que par le mensonge organisé qu'on peut faire admettre la guerre à ceux qui sont contraints de la faire ou de la subir, écrit le philosophe personnaliste. Pour transformer un individu, un groupe social ou un peuple en « Tête de Turc », c'est-à-dire pour le forcer à jouer le rôle du « bouc émissaire » qui, selon les analyses de René Girard, permettait jadis à une cité malade de sa propre violence de retrouver temporairement sa cohésion en expulsant ou en sacrifiant des hommes considérés comme « différents » ou « étrangers », il faut que gagne l'esprit d'abstraction dans les relations humaines; l'Autre sera d'abord réduit à n'être que fasciste, antifasciste, communiste, capitaliste, musulman, catholique, protestant, noir, jaune, blanc, rouge, suivant les lieux et les époques. Notons que l'égalité, entendue comme « égalitarisme », sans le correctif de la fraternité, peut constituer aussi un redoutable facteur d'abstraction. C'est contre ce processus d'appauvrissante résorption de la qualité dans la quantité que l'initiation maçonnique dresse l'évidence de l'Etre. L'Etre est comme disait péremptoirement Parménide, et nous ne pouvons plus considérer qu'en luttant contre les autres - ce qui s'avère parfois indispensable- nous ne luttions en même temps contre nous-même.

J'évoquerai à ce propos la suggestive, la roborative image de Jacob se bagarrant avec l'Ange. Le combat initiatique doit aboutir à une reconnaissance mutuelle, à un déplacement des adversaires vers le lieu d'échange de leurs réciproques vérités.
Je songe encore au duel où s'affrontent, dans le film Excalibur inspiré à John Bormann par les romans de la Table Ronde, le chevalier Lancelot et le roi Arthur sur un pont dont la garde lui est commise. Arthur, en fâcheuse posture après un long balancement des chances, parvient à étourdir Lancelot en suscitant une magique intervention: il sait, au fond de lui, que le chevalier blanc évanoui dans l'herbe est son vrai maître, tandis que Lancelot, revenu à lui, croit avoir trouvé le sien dans ce cavalier noir qui lui fait grâce. Le combat contre l'Autre est un moment nécessaire à l'affirmation de chacun, comme l'a bien souligné Hegel dans sa parabole du Maître et de l'Esclave; mais à l'inverse de ce que donnerait une victoire absolue, au final de ce qui serait l'analogue d'une guerre totale, dans le duel cinématographique que je viens de citer, aucun des adversaires n'est défait, aucun réduit en esclavage, et peut alors débuter le compagnonnage de leur commune quête du Graal.

Cette guerre idéale ne met aux prises que des héros, ils y acquièrent en même temps l'estime de soi et de l'autre. Comprenons ainsi le symbole de l'épée : elle est l'outil de l'individuation spirituelle. Et c'est au fond ce que signifie la parole du Christ lorsqu'il proclame : Je ne suis pas venu apporter la paix sur la terre, mais le glaive. Car je suis venu opposer l'homme à son père, la fille à sa mère et la bru à sa belle-mère. On aura pour ennemis les gens de sa famille, lisons-nous dans l'Evangile selon St Matthieu (III,10). Le 16e logion de l'Evangile de Thomas, moins connu, est cependant plus explicite : Les hommes ne savent pas que je suis venu semer la division sur la terre: un feu, une épée, une guerre. Il y en aura cinq dans une maison: trois seront contre deux et deux contre trois, le père contre le fils, le fils contre le père, ils se dresseront solitaires et simplifiés. J'appuie sur ces deux derniers mots : « solitaires », « simplifiés », que l'éditeur du texte (Jean-Yves Leloup, chez Albin Michel) commente ainsi : Cette solitude ne sépare pas de l'autre; au contraire elle permet de le rencontrer lui aussi dans sa profondeur, dans son essentielle solitude. Mais il faut en outre être simple. Tout le travail du feu et du glaive est de nous déplier, jusque dans nos plis les plus secrets, afin de retrouver notre simplicité originelle, notre identité véritable, l'or pur, notre pur « je suis » dégagé de la gangue de ses représentations illusoires, et être ainsi « l'homme noble », « le fils de Dieu » dont parle maître Eckart. Délivré de son moi ancien (qui était en moi le « vieil homme ») ajouterai-je en termes quelque peu jungiens, le « Soi » , désenclavé de l'égoïsme naturel qui le masquait, commence à briller dans la transparence de la personne.

Quelle épreuve de vérité, en effet, dans un combat non douteux, non joué d'avance, dans la purification par la peur ! L'Islam distingue deux guerres saintes, deux djihad : la première, la petite est dirigée contre les infidèles, tandis que la grande guerre sainte est celle que le soumis à Dieu (traduction de musulman) mène contre lui-même pour dominer ses passions. De même le combat que l'initiation maçonnique nous fait longuement vivre nous dépouille de nos boucliers et nos armures d'illusions. Nous apprenons à nous estimer à notre juste prix, comme disait Pascal en exposant son interlocuteur, l'Homme, au vertige des deux infinis. Les compensations, les misérables petits secrets ne sont plus de mise, le réel cesse d'être truqué et le miroir d'être enchanteur. Je peux m'effrayer de ce que j'y découvre, je n'aurai de ressource qu'en mon humble et souvent inattendu courage.


Pourtant ne faudra-t-il pas finalement convenir que ce combat pour la paix, l'amour, et la joie authentique, scellés par la réconciliation fraternelle avec autrui autant qu'avec soi-même, n'a de signification que métaphorique ? Un ami psychiatre, avec qui je m'entretenais de cette question, pense qu'être initié c'est justement ne plus avoir besoin de recourir à un « bouc émissaire », c'est en avoir surmonté la crise sacrificielle que René Girard a décrite, c'est avoir mis fin au combat.

Ainsi apprenons-nous, comme pour illustrer cette perspective, en lisant Julius Evola ou Victor-Emile Michelet, que les Templiers, chevaliers historiques et non plus légendaires comme ceux des romans arthuriens, dont la croix rouge ornant leurs blancs manteaux s'est transférée à l'organisme pacifique de secours aux victimes de toutes les guerres, que les Templiers, dis-je, non seulement sont vêtus comme leurs homologues de la secte des « Assacis » (que, pour déjouer une rumeur persistante, on ne continuera pas à confondre avec de vulgaires « assassins » consommateurs de haschish), mais encore fraternisent avec ces chevaliers musulmans, qui sont aussi les gardiens d'une « Terre sainte », et se font en plusieurs circonstances auprès d'eux les restaurateurs d'un ordre social et politique compromis.

Si donc nous étions, Francs-maçons, de modernes « Templiers » (comme ne manque pas de le souligner le rite dit « Ecossais Rectifié » pratiqué dans quelques Ateliers de la Grande Loge de France), il faut bien reconnaître toutefois que si nous avons acquis à leur instar le droit de parler de fraternité, vécue et connue par le dedans, la plupart d'entre nous n'avons pas obtenu, du moins sur le terrain initiatique, nos qualifications pour l'expérience guerrière.

La guerre reste à nos yeux un mystère que nous allons continuer à interroger.

Est-elle « divine », comme l'a prétendu le Franc-maçon Joseph de Maistre dans le septième entretien de ses Soirées de Saint-Pétersbourg ? Faut-il qu'elle entre dans le plan de la Création, qu'elle constitue une « loi du monde », que les ténèbres irrationnelles dont elle témoigne confirment l'existence d'un principe du mal qui ne découlerait pas seulement de l'ignorance ou de la privation temporaire du Bien, comme le croient les Socrate, les Platon, les Spinoza, les Leibniz, les auteurs de « théodicée », les justificateurs de Dieu et du « réel »?
D'aucuns considèrent les manifestations du phénomène belliqueux comme les moments d'une dialectique propre à la Raison gouvernant l'histoire. Héraclite l'avait déjà suggéré, à travers le style oraculaire qui le caractérise : « La guerre est le père de toutes choses et le roi de toutes choses », a-t-il dit, pour signifier que l'édifice de la culture humaine, notamment l'ordre social, se tire du hasard de ses conséquences. Kant reprendra l'idée avec une grande vigueur démonstrative, avant qu'on n'en retrouve le motif dans les « ruses de la raison » hégélienne : puisque rien dans la nature n'est « gratuit », et qu'il convient de rechercher le « dessein » de celle-ci sous « le cours absurde des choses humaines », admettons qu'elle sache mieux que nous ce qui est bon pour notre espèce; nous voudrions « la concorde » et « vivre commodément », c'est-à-dire paresseusement et « à notre aise », mais la nature « veut la discorde » pour nous obliger à sortir de notre inertie et nous jeter dans l'une ou l'autre des deux formes de l'« Eris » grecque, les deux luttes dont parlait Hésiode dans Les Travaux et les Jours : soit la guerre, où s'ensanglantent les frères ennemis, soit le travail grâce auquel la concurrence vitale, positivisée, tourne à l'émulation. Si je puis me livrer à une courte digression, on aperçoit bien à travers l'antique propos de ce poète du VIIème siècle avant Jésus-Christ, le juste fondement de l'expression « guerre économique »; le travail, qui fait la richesse des familles et conditionne la grandeur des nations, multinationalisé par l'industrie, les transports, le commerce, relève effectivement d'une stratégie poursuivie avec un autre outillage, pour reprendre la fameuse formule de Clausewitz définissant la guerre comme de « la politique continuée avec d'autres moyens ».

« Peut-être la guerre est-elle contraire à la destination de l'humanité: elle a été inséparable du destin historique des hommes », écrit Raymond Aron.
Allons donc jusqu'à reconnaître qu'elle est favorable à toutes sortes de progrès techniques, qu'elle permet, probablement mieux que le train-train de chaque jour, de discriminer le véritable héroïsme et les innombrables lâchetés sous les fiertés de façade, qu'en ébranlant les peuples dans leur tranquille intimité elle assure leur cohésion interne et montre, dans le négatif de l'horreur, tous les extrêmes de la liberté humaine.

Acceptons encore l'idée kantienne qu'« un Etat cosmopolitique universel arrivera un jour à s'établir », capable enfin, selon le penseur des Lumières, « d'administrer le droit de façon universelle »: c'est par la guerre, en attendant, que se décide le partage des nouveaux Empires, fédérateurs des petits Etats ! Mais n'est-ce pas aussi, en cette fin du XXème siècle comme à la fin du XVIIIème, où s'affirmait l'œuvre de Kant, qu'en nourrissant cette abstraite espérance philosophique du gouvernement mondial, nous nous rendons coupables de tenir pour trop négligeable le risque, partout manifeste à l'heure actuelle, d'un rejet de l'idée supranationale, hégémoniquement représentée par un peuple ?

Les peuples dominateurs enorgueillis de leur puissance réveillent toujours par leurs actions coercitives les nationalismes refoulés et seulement assoupis : à toute « action » tendant à l'asservissement d'un groupe humain considéré comme inférieur par un provisoire maître correspond, à terme, une réaction équivalente dont les formes premières de « terrorisme » s'élèvent peu à peu vers celles, progressivement légitimées aux yeux de l'opinion, de « guerre de libération » ou d'« indépendance ».

Le Moyen-Age des romans de chevalerie, comme d'ailleurs celui de la chevalerie « historique »,qui a connu la multiplication des petits états, semble avoir été a contrario préoccupé par l' idée européenne, liée à la possibilité d'un gouvernement impérial unique. Dante, en sa Divine Comédie, écrivait Julius Evola dans Le Mystère du Graal , « se déchaîne violemment contre l'Eglise, dans la mesure où elle ne se borne pas à la vie contemplative, mais devient avide de biens et de pouvoirs terrestres, méconnaissant le droit suprême de l'Empire dans le domaine de la vie active ».

Plaidant pour que soit rendu à César ce qui appartient à César, c'est-à-dire pour que soient restituée l'intégralité du pouvoir temporel à l'héritier du « Saint-Empire romain germanique », Dante est un « gibelin » et comme tel opposé aux « guelfes » désireux d'accroître partout en Italie les prérogatives de la papauté. Qui sait, se demande Evola, si le « mystère » autour duquel se raconte la geste des preux de la Table Ronde, n'exprime pas également l'idée gibeline que l'Empire doit être restauré, à l'image du Roi pêcheur et blessé attendant auprès du Graal d'être secouru ? Le roi légendaire est le gardien de la divine coupe dans ce « Château aventureux », dont l'accès, défendu à ceux qui n'avaient pas la qualité initiatique, est offert, après maintes épreuves, à un Perceval, qui ne comprend pas ce qu'il voit ( le récipient, et la lance ensanglantée) et ne pose donc pas la question salvatrice. Il appartiendra à Galaad, armé d'un cœur inégalablement pur, de prononcer la parole du salut et d'éprouver la force régénératrice du vase sacré : Galaad est le fils de Lancelot mais aussi, en ligne maternelle, le descendant lointain de ce Joseph d'Arimathie qui recueillit lui-même au pied de la croix le sang coulant du flanc percé du Fils de l'Homme.

Quel est pour nous, qui prétendons parfois identifier métaphoriquement notre recherche à la quête du Graal, quel est pour nous l'enseignement de la parabole arthurienne?
Ne nous signifie-t-elle pas que nous n'avons pas toujours pu, que nous ne pouvons ni ne pourrons constamment nous dérober, au nom de l'idéal humanitaire, aux durs travaux de l'entreprise guerrière? Qu'au lieu de la condamner, comme chose intrinsèquement mauvaise, nous devrions accepter la tâche ingrate et sublime qu'elle propose à telle heure où la nation doit assumer les fruits amers de sa puissance (précisons d'ailleurs que nous avons des « Frères » dans l'armée, et que les loges militaires - c'est un point d'histoire fort intéressant - ont été très actives lorsque les troupes royales étaient en campagne, sous l'Ancien régime, et plus tard sous Napoléon) : aussi ne serions-nous pas les obligatoires participants d'une guerre « juste », s'il s'avère que la guerre réponde parfois à une nécessité d'ordre spirituel, impérative ?

Dans les sociétés traditionnelles divisées en castes de serfs, de bourgeois, d'aristocrates guerriers et de « sages » détenteurs de l'autorité spirituelle, dont le modèle « fonctionne » aussi bien dans la hiérarchie de la République platonicienne que dans les « ordres » sociaux de l'Occident médiéval, la justice exigeait la dépendance et la participation des types inférieurs de vie à ceux qui sont supérieurs, comme le suggère l'analogie avec les niveaux de l'âme ou entre les parties du corps humain chez Platon ou chez Aristote. Ainsi les éléments les plus « physiques » de la société (des serfs aux bourgeois) développent les activités laborieuses, sous la vigilance des gardiens impulsifs et passionnés (police et armée), mais dans le cadre déterminé par un gouvernement de sages religieusement inspirés.

La seule guerre parfaitement juste selon cette typologie sociale est donc celle qui maintient ou accroît les droits du principe spirituel tutélaire des autres modes de l'existence, celui en somme dont le Graal constituerait, pour l'imaginaire chevaleresque, le plus haut symbole .

Mais notre époque est bien éloignée de cet idéal de société, si tant est que cette tri ou quadri partition des classes ait pu paraître, lorsqu'elle était vécue, « idéale ». Nous ne nous imaginons pas, nous ne nous voyons plus, en Occident, justifier une intervention armée par des raisons sommes toutes théocratiques : ce serait accréditer le bien fondé des « guerres saintes » passées, présentes, à venir?

Remarquons pourtant que le droit international, tel qu'il a été sollicité pendant la crise du Golfe, s'apparente quelque peu à un motif spirituel. C'est bien un « principe » et la cause d'une certaine conception de la liberté politique que les coalisés ont voulu défendre. Mais il n'est pas sûr qu'en dépit du sentiment de notre « bon droit » le mécanisme victimaire du « bouc émissaire » n'ait pas fonctionné aussi dans cette guerre-là (comme dans les autres).

Si le Graal moderne n'est plus centré sur Dieu mais sur l'Homme (en majuscule) et que la religion jadis verticale, jadis transcendante, ait cédé la place aux religions que l'on nomme « idéologies », « nationalismes » et, (celles-ci se substituant peut-être à celles-là) la guerre reste donc fondamentalement « religieuse » au sens girardien que j'ai déjà invoqué : la haine la plus farouche éclate entre les proches, entre les frères : voyez la Serbie et la Croatie. L'Irak était, dit-on, le plus occidentalisé des pays du Moyen-Orient, celui dont l'armement rivalisait avec les arsenaux des grandes puissances: toujours par quelque trait les ennemis sont semblables, jamais complètement étrangers l'un à l'autre.

L'autre, cette part de moi-même que je n'ai pas encore explorée, ai-je dit en commençant à parler de l'initiation.

On voit alors dans quel sens un Franc-maçon peut envisager de faire la guerre : d'abord pour être fidèle à son serment de loyauté envers sa patrie, à ses devoirs de citoyen qui exigeront peut-être l'engagement de sa vie; mais pour apporter aussi un rayon d'humanité dans l'odieux déchaînement de la violence, en ne succombant pas à la transe collective sacrificielle. Il nous revient en mémoire le beau film de Jean Renoir où le commandant allemand, campé par Eric Von Stroheim, fraternise avec le prisonnier français qu'interprète Pierre Fresnay : la guerre y est vraiment dénoncée comme « la grande illusion » à laquelle se prête le peuple en troupeau, tandis que des aristocrates ou leurs descendants continuent à honorer les règles périmées du combat pour l'honneur.

Que l'on se souvienne encore de la tendre et tragique investigation de la rivalité franco-allemande chez Jean Giraudoux, sous les dehors figurés du prélude à la Guerre de Troie, dans la conversation où Hector et Ulysse, qui s'estiment, se demandent pourquoi ils vont quand même se battre : oui, il y a sans doute un destin des peuples (un Hegel, philosophe de l'histoire, en à brillamment soutenu l'idée) et l'individu ne saurait s'en abstraire, mais il lui appartient de ne pas être dupe des apparences, de s'arracher au trivial manichéisme qui lui désigne la « noirceur » diabolique de son ennemi et de garder « concret » le souvenir de son visage également humain.
Ainsi fait Hector, racontant à Andromaque :
« Puis l'adversaire arrive, écumant, terrible. On a pitié de lui, on voit en lui, derrière sa bave et ses yeux blancs, toute l'impuissance et tout le dévouement du pauvre fonctionnaire humain qu'il est, du pauvre mari et gendre, du pauvre cousin germain, du pauvre amateur de raki et d'olives qu'il est. On a de l'amour pour lui. On aime sa verrue sur sa joue, sa taie dans son oeil. On l'aime. Mais il insiste. Alors on le tue. »

Malheureusement, si l'on peut dire, le visage convulsé de l'adversaire n'est plus aussi proche qu'il a pu l'être dans les temps héroïques de l'Iliade, de la Chanson de Roland, voire de l'épopée napoléonienne. Dans les conditions où s'exécute la guerre moderne, technologique, télécommandée, chimique, bactériologique, nucléaire, je serais tenté de souscrire à ces phrases de Simone Weil dans une « Réponse à une question d'Alain » datant de 1936 :

« La libre résolution de mettre sa vie en jeu est l'âme même de l'honneur; l'honneur n'est pas en cause là, les uns décident sans risques, et les autres meurent pour exécuter. Et si la guerre ne peut constituer pour personne une sauvegarde de l'honneur, il faut en conclure aussi qu'aucune paix n'est honteuse, quelles qu'en soient les clauses. »


Nous ne pouvons suivre Simone Weil sur la voie de son pacifisme (lequel s'avère quasi doctrinal en quelques-uns de ses autres écrits) : le Franc-maçon est, par essence, pacifique certes ; mais non « pacifiste »! Bien sûr qu'il adopterait volontiers, dans le « meilleur des mondes » l'idéal de la non-violence, et d'une certaine façon il le pratique déjà, étant un adepte du dialogue avec les antagonistes de sa propre pensée (pourvu que ces antagonistes respectent, comme lui-même en a l'habitude dans l'autre sens, le principe de sa libre existence de maçon et de citoyen !)

Cependant il ne saurait ignorer que sur l'Arbre de vie de la Kabbale, qui inspire secrètement tant d'aspects de notre rituel, la séphira ou le « nombre » qui représente la « miséricorde » est en rapport de symétrie avec celui de la « discipline guerrière » , de la « sévérité ». Telle est la loi du monde où nous vivons : les forces d'expansion et de retenue y sont couplées ; la prudence y tempère l'enthousiasme, la rigueur y équilibre la générosité.

Ainsi aucune guerre ne nous paraîtra bonne si l’on ne nous convainc pas qu’elle était le seul réel chemin pour arriver à la Paix.

 

Source : http://www.stella-maris-gldf.com

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