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Hauts Grades

Articles avec #enseignements tactiques tag

Miyamoto Musashi

8 Avril 2013 , Rédigé par X Publié dans #enseignements tactiques

"Dans une auberge isolée, un samouraï est installé à dîner, seul à une table. Malgré trois mouches qui tournent autour de lui, il reste d’un calme surprenant. "Trois ronins (guerriers vagabonds, sans maître) entrent à leur tour dans l’auberge. Ils remarquent aussitôt avec envie la magnifique paire de sabres que porte l’homme isolé. Sûrs de leur coup, trois contre un, ils s’assoient à une table voisine et mettent tout en œuvre pour provoquer le samouraï. Celui-ci reste imperturbable, comme s’il n’avait même pas remarqué la présence des trois ronins. Loin de se décourager, les ronins se font de plus en plus railleurs. Tout à coup, en trois gestes rapides, le samouraï attrape les trois mouches qui tournaient autour de lui, et ce, avec les baguettes qu’il tenait à la main. Puis, calmement, il repose les baguettes, parfaitement indifférent au trouble qu’il venait de provoquer parmi les ronins. En effet, non seulement ceux-ci s’étaient tus, mais pris de panique ils n’avaient pas tardé à s’enfuir. Ils venaient de comprendre à temps qu’ils s’étaient attaqués à un homme d’une maîtrise redoutable. Plus tard, ils finirent par apprendre, avec effroi, que celui qui les avait si habilement découragés était le fameux maître : Miyamoto Musashi."

 

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Alexandre : la bataille d'Issus

3 Janvier 2006 , Rédigé par Arrien Publié dans #enseignements tactiques

Alexandre ordonne aux siens de prendre de la nourriture, et détache quelques chevaux avec des hommes de trait pour reconnaître les défilés par où il avait passé. Il part dans l'ombre avec toute son armée pour les occuper de nouveau. Il y campe vers le milieu de la nuit, et fait reposer son armée après avoir placé avec soin des sentinelles sur tous les points. Dès l'aurore il se remet en marche, faisant filer ses troupes dans les passages étroits ; mais à mesure que le chemin s'élargit, il développe ses corps en phalange, qu'il appuie à droite sur les hauteurs, à gauche sur le rivage, l'infanterie en avant, la cavalerie ensuite : arrivé en plaine, il range son armée en bataille.
À l'aile droite, il place l'Agéma et les Hypaspistes, sous le commandement de Nicanor ; près d'eux les corps de Coelius et de Perdiccas, qui s'étendaient jusqu’au centre, où devait commencer le combat. Il compose la gauche des troupes d'Amyntas, de Ptolémée et de Méléagre : l'infanterie est sous les ordres de Cratèrus ; toute l'aile est sous ceux de Parménion, qui ne doit point s'éloigner du rivage crainte d'être cerné par les Barbares ; car il était facile aux Perses d'envelopper les Macédoniens avec leurs troupes nombreuses.
Darius, instruit qu'Alexandre s'avance en ordre de bataille, fait traverser le Pinare à trente mille chevaux et à vingt mille hommes de trait, pour avoir la facilité de ranger le reste de son armée. Il oppose d'abord à la phalange macédonienne, trente mille des Grecs à sa solde, pesamment armés, et soutenus de soixante mille Cardaques armés de même, le terrain ne permettant point d'en mettre en ligne davantage ; vers les hauteurs, à sa gauche, il place vingt mille hommes, dont partie en face, partie derrière l'aile droite d'Alexandre : disposition forcée par la chaîne des montagnes qui, formant d'abord une espèce de golfe, tournaient ensuite l'aile droite des Macédoniens. Le reste de ses troupes, de toutes armes et de tout pays, forment derrière les Grecs soldés une profondeur de rangs aussi nombreux qu'inutiles ; car Darius comptait six cent mille combattants.
Arrivé dans la plaine, Alexandre développe, près de lui à l'aile droite, la cavalerie des Hétaires, des Thessaliens et des Macédoniens, et fait filer à la gauche, vers Parménion, les Péloponésiens et les autres alliés.
L'armée des Perses rangée en bataille, Darius rappelle la cavalerie qui avait passé le Pinare pour couvrir ses dispositions. Il en détache la majeure partie contre Parménion, du côté de la nier, où les chevaux pouvaient combattre avec avantage, et fait passer le reste à sa gauche vers les hauteurs : mais jugeant que la difficulté des lieux lui rendrait ces derniers inutiles, il en rejette encore une grande partie sur la droite : il se place lui-même au centre de l'armée, suivant l'ancienne coutume des rois de Perse, dont Xénophon rapporte les motifs.
Alexandre, voyant presque toute la cavalerie des Perses, portée du côté de la mer, sur Parménion, qui n'était soutenu que des Péloponnésiens et des alliés, détache aussitôt vers l'aile gauche les chevaux Thessaliens, et les fait filer sur les derrières pour n'être point aperçus de l'ennemi. En avant de la cavalerie de l'aile droite, Protomaque et Ariston conduisent, l'un les voltigeurs, l'autre les péoniens ; Antiochus, à la tête des archers, couvre l'infanterie ; les Agriens, sous la conduite d'Attalus, quelques chevaux et quelques archers disposés à l'arrière-garde, font face à la montagne : ainsi l'aile droite se divisait elle-même en deux parties, dont l'une était opposée à Darius, placé au-delà du fleuve avec le gros de son armée, et l'autre regardait l'ennemi qui les tournait sur les hauteurs. À l'aile gauche, en avant de l'infanterie, marchent les archers Crétois et les Thraces, commandés par Sitalcès, précédés de la cavalerie et des étrangers soldés qui forment l'avant-garde.
Comme la phalange à l'aile droite avait moins de front que la gauche des Perses dont elle pouvait être cernée facilement, Alexandre la renforce, en dérobant leur mouvement à l'ennemi, par deux compagnies d'Hétaires, sous la conduite de Péridas et de Pantordanus ; et comme ceux de l'ennemi, postés sur les flancs de la montagne, ne descendaient point, Alexandre, les ayant repoussé sur les sommets, avec un détachement d'Agriens et d'Archers, se contente de leur opposer trois cents chevaux, fait passer sur le front de l'aile droite le reste des troupes placées de ce côté, y joint les Grecs à sa solde, et donne alors, à cette partie de son armée, un développement plus étendu que ce-lui des Perses qu'elle avait à combattre. L'ordre de bataille ainsi disposé, Alexandre s'avance lentement, et en faisant des haltes fréquentes, comme s'il ne voulait rien précipiter.
De son côté Darius ne quitte point les bords escarpés du fleuve où il était placé ; il a même défendu par des palissades les rives d'un facile accès : cette disposition révèle aux Macédoniens que Darius a déjà présagé sa défaite.
Les armées en présence, Alexandre à cheval, parcourt ses rangs, encourage les siens, appelle nominativement et avec éloge non seulement les principaux chefs, mais encore les Ilarques, les moindres officiers, et ceux mêmes des étrangers distingués par leurs grades ou leurs exploits : tous, par un cri unanime, demandent à fondre sur l'ennemi.
Alexandre continue de s'avancer lentement, de peur qu'une marche trop rapide ne jette du désordre dans sa phalange ; mais parvenu à la portée du trait ; les premiers qui l'entourent, et lui-même à la tête de l’aile droite courent à toutes brides vers le fleuve pour effrayer les Perses par l'impétuosité du choc, en venir plutôt aux mains, et se garantir ainsi de leurs flèches. Alexandre n'est point trompé dans son attente. Au premier choc, la gauche de l'ennemi cède, et laisse aux Macédoniens une victoire aussi éclatante qu'assurée.
Dans le mouvement précipité et décisif d'Alexandre, la pointe de la phalange avait suivi l'aile droite, tandis que le centre n'avait pu marcher avec la même promptitude ni maintenir son front et ses rangs, arrêté par la barrière que présentaient les bords escarpés du fleuve : les Grecs, à la solde de Darius, saisissent le moment et tombent avec impétuosité sur la phalange macédonienne ouverte. Le combat devient opiniâtre ; les Perses s'efforcent de rejeter les Macédoniens dans le fleuve, et de reprendre l'avantage pour ceux qui fuyaient ; et les Macédoniens s'obstinent à maintenir celui d'Alexandre, et l'honneur de la phalange jusque là réputée invincible. La rivalité des Grecs et des Macédoniens redouble l'acharnement. Ptolémée, après des prodiges de valeur, et cent vingt Macédoniens de distinction, sont tués.
Cependant l'aile droite d'Alexandre, après avoir renversé tout ce qui était devant elle, tourne sur les Grecs à la solde de Darius, les écarte du bord, et, enveloppant leurs rangs découverts et ébranlés, les attaque en flanc, et en fait un horrible carnage.
Les chevaux Perses en regard des Thessaliens, sans les attendre au-delà du fleuve, le passent bride abattue, et tombent sur la cavalerie opposée : ils combattirent avec acharnement, et ne cédèrent que lorsqu'ils virent les Perses mis en fuite, et les Grecs taillés en pièces. Alors la déroute fut complète.
La cavalerie des Perses souffrit beaucoup dans cette fuite, et de l'embarras de son armure pesante, et du désordre qui se mit dans les rangs ; tous, dans leur épouvante, se pressaient en foule les uns sur les autres dans les défilés, de manière que les leurs en écrasèrent davantage que l'ennemi n'en détruisit : Les Thessaliens pressent vivement les fuyards ; le carnage de la cavalerie égale celui de l'infanterie.
Dès qu'Alexandre eut enfoncé l'aile gauche des Perses, Darius se sauva avec les premiers sur un char qu'il ne quitta point tant qu'il courut à travers plaine ; mais arrivé dans des gorges difficiles, il abandonne son char, son bouclier, sa pourpre son arc même, et fuit à cheval. La nuit qui survint bientôt, le dérobe aux poursuites d'Alexandre, qui ne cessent qu'avec le jour. Le vainqueur retourne vers son armée, et s'empare du char et des dépouilles de Darius. Alexandre l'eût pris lui-même, si, pour le poursuivre, il n'eût attendu le rétablissement de sa phalange ébranlée, la défaite des Grecs et la déroute de la cavalerie des Perses. Ils perdirent Arsame ; Rhéomitrès; Atizyès, l'un de ceux qui, au Granique, avaient commandé la cavalerie ; Sabacès, satrape d'Égypte, et Bubacès, un des Perses les plus distingués. On évalue à cent mille le nombre général des morts, dont dix mille chevaux ; de sorte que, au rapport de Ptolémée, qui accompagnait Alexandre dans cette poursuite, on traversa des ravins comblés de cadavres.
Au premier abord on se rendit maître du camp de Darius ; on y trouva la mère, la femme, la soeur, et un fils jeune encore du monarque de l'Asie, avec deux de ses filles et quelques femmes des principaux de son armée, toutes les autres avaient été conduites avec les bagages à Damas, où Darius avait fait porter la plus grande partie de ses trésors, et tous les objets de magnificence que traînent à l'armée les rois de Perse.
On ne trouva dans le camp que trois mille talents ; mais Parménion, envoyé à Damas par Alexandre, y recueillit toutes les richesses du vaincu.
Telle fut l'issue de cette journée, qui eut lieu dans le mois Maimactèrion, Nicostrate étant Archonte à Athènes.
Le lendemain Alexandre, quoique souffrant encore d'une blessure qu'il avait reçue à la cuisse, visite les blessés, fait inhumer les morts avec pompe, en présence de son armée rangée en bataille, dans le plus grand appareil. Il fait l'éloge des actions héroïques dont il avait été témoin, ou que la voix générale de toute l'armée publiait, et honora chacun d'entre eux de largesses selon leur mérite et leurs rangs. Balacre, l'un des gardes de sa personne, est nommé satrape de Cilicie, et remplacé par Ménès ; Polyspercbon succède au commandement de Ptolémée, qui avait péri dans le combat. On remet aux habitants de Soles les cinquante talents qui leur relaient à paver ; on leur rend leurs otages.

 

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Alexandre : la bataille du Granique

3 Janvier 2006 , Rédigé par Arrien Publié dans #enseignements tactiques

Cependant Alexandre marche en ordre de bataille vers le Granique ; fait avancer les Hoplites en colonnes formées par la phalange doublée ; dispose la cavalerie sur les ailes, les bagages à l'arrière-garde. Pour observer les mouvements de l'ennemi, Hégéloque marche en avant avec les éclaireurs, soutenu par un gros de cinq cents hommes, formé de troupes légères et de cavaliers armés de sarisses.
On approchait du fleuve, lorsque des éclaireurs, revenant à toute bride, annoncent que toute l'armée des Perses est rangée en bataille sur la rive opposée. Alexandre fait aussitôt les dispositions du combat. Alors Parménion s'avançant : « Prince, je vous conseille de camper aujourd'hui sur les bords du fleuve, en l'état où nous sommes, en présence de l'ennemi, inférieur en infanterie ; il n'aura point l'audace de nous attendre ; il se retirera pendant la nuit ; et demain, au point du jour, l'armée passera le fleuve sans obstacle ; car nous l'aurons traversé avant qu'il n’ait le temps de se mettre en bataille. Il serait en ce moment dangereux d'effectuer ce passage ; l'ennemi est en présence ; le fleuve est profond, rempli de précipices ; la rive escarpée, difficile : on ne peut aborder qu'en désordre et par pelotons, ce qui est un grand désavantage ; et alors il sera facile à la cavalerie de l'ennemi, nombreuse et bien disposée, de tomber sur notre phalange. Que l'on reçoive un premier échec, c'est une perte sensible au présent, c'est un présage funeste pour l'avenir ».
Mais Alexandre : « J'entends, Parménion ; mais quelle honte de s'arrêter devant un ruisseau après avoir traversé l'Hellespont ! Je l'ai juré par la gloire des Macédoniens, par ma vive résolution d'affronter les dangers extrêmes : non, je ne souffrirai point que l'audace des Perses, rivaux des Macédoniens, redouble, si ces derniers ne justifient d'abord la crainte qu'ils inspirent. »
À ces mots, il envoie Parménion prendre le commandement de l'aile gauche, tandis qu'il se dirige vers la droite. Philotas est à la pointe de l'aile droite, avant la cavalerie des Hétaires, les Archers et les corps des Agriens qui lancent le javelot ; il est soutenu par Amyntas, avec les cavaliers armés de sarisses, les Péones et la troupe de Socrate. Près d'eux, le corps des Argyraspides, commandé par Nicanor, suivi des phalanges de Perdiccas, de Coenus, de Cratère ; d'Amyntas et de Philippe. À l'aile gauche se présentait d'abord la cavalerie thessalienne, commandée par Calas, ensuite la cavalerie auxiliaire ayant à sa tête Philippe, fils de Ménélas ; enfin les Thraces, sous la conduite d'Agathon. Près d'eux sont l'infanterie, les phalanges de Cratère, de Méléagre et Philippe, qui s'étendent jusqu'au centre. Les Perses comptaient vingt mille hommes de cavalerie, et presque autant d'étrangers à leur solde composant leur infanterie. Le front de leur cavalerie étendu bordait le rivage ; l'infanterie derrière, le site formant une éminence.
Dès qu'ils découvrirent Alexandre, (et il était facile de le reconnaître à l'éclat de ses armes, à l'empressement respectueux de sa suite) et son mouvement dirigé contre leur aile gauche, ils la renforcent aussitôt d'une grande partie de leur cavalerie. Les deux armées s'arrêtèrent quelques instants et se mesurèrent du rivage en silence et avec une même inquiétude. Les Perses attendaient que les Macédoniens se jetassent dans le fleuve pour les charger à l'abordage.
Alexandre saute sur son cheval ; il ordonne au corps d'élite qui l'entoure de le suivre, et de se montrer en braves ; il détache en avant, pour tenter le passage, les coureurs à cheval avec les Péones et un corps d'infanterie conduit par Amyntas, précédé de l'escadron de Socrate. Ptolémée doit donner à la tête de toute la cavalerie qu'il commande. Alexandre, à la pointe de l'aile droite, entre dans le fleuve au bruit des trompettes et des cris de guerre redoublés, se dirigeant obliquement par le courant, pour éviter en abordant d'être attaqué sur sa pointe, et afin de porter sa phalange de front sur l'ennemi.
Les Perses, en voyant approcher du bord Amyntas et Socrate, leur détachent une grêle de flèches ; les uns tirent des hauteurs sur le fleuve ; les autres, profitant de la pente, descendent au bord des eaux : c'est là que le choc et le désordre de la cavalerie furent remarquables ; les uns s'efforçant de prendre bord ; les autres de le défendre. Les Perses lancent des traits ; les Macédoniens combattent de la pique. Ceux-ci, très inférieurs en nombre, furent d'abord repoussés avec perte ; en effet, ils combattaient dans l'eau sur un terrain bas et glissant, tandis que les Perses avaient l'avantage d'une position élevée, occupée par l'élite de leur cavalerie, par les fils de Memnon et par Memnon lui-même. Le combat devint terrible entre eux et les premiers rangs des Macédoniens qui, après des prodiges de valeur, y périrent tous, à l'exception de ceux qui se retirèrent vers Alexandre, lequel avançait à leur secours avec l'aile droite. Il fond dans le plus épais de la cavalerie ennemie où combattaient les généraux : la mêlée devient sanglante autour du roi.
Cependant les autres corps macédoniens abordent à la file. Quoique l'on combattit à cheval, on eût cru voir un combat d'homme de pied contre homme de pied. Tel était l'effort de chevaux contre chevaux, de soldats contre soldats ; les Macédoniens luttant contre les Perses pour les ébranler et les repousser dans la plaine ; les Perses pour renverser les Macédoniens et les rejeter dans le fleuve. Enfin, ceux d'Alexandre l'emportent, tant par la force et l'expérience, que par l'avantage de leurs piques solides opposées à des plus faibles : celle d'Alexandre se rompt dans l'effort du choc ; il veut emprunter la lance de son écuyer Arès : « Cherchez-en d'autres, » lui dit Arès en lui montrant le tronçon de la sienne, avec lequel il faisait encore des prodiges. Alors Démarate, Corinthien, l'un des Hétaires, présente la sienne à Alexandre. Il la prend, et avisant Mithridate, gendre de Darius, qui s'avançait à cheval, pique vers lui avec quelques cavaliers de sa suite, et le renverse d'un coup de lance dans le visage. Roesacès attaque Alexandre, et lui décharge sur la tête un coup de cimeterre repoussé par le casque qu'il entame. Alexandre le perce d'outre en outre. Spithridate, prêt à le frapper par derrière, levait déjà le bras que Clitus abat d'un coup près de l'épaule. Cependant une partie de la cavalerie a passé le fleuve et rejoint Alexandre. Les Perses et leurs chevaux, enfoncés en avant par les piques et de tous côtés par la cavalerie, incommodés par les hommes de traits mêlés dans ses rangs, commencèrent à fuir en face d'Alexandre. Dès que le centre plia, la cavalerie des deux ailes étant renversée, la déroute fut complète ; les ennemis y perdirent environ mille chevaux.
Alexandre arrête la poursuite et pousse aussitôt vers l'infanterie, toujours fixée à son poste, mais plutôt par étonnement que par résolution. Il fait donner la phalange et charger en même temps toute sa cavalerie ; en peu de moments tout fut tué ; il n'échappa que ceux qui se cachèrent sous des cadavres ; deux mille tombèrent vivants au pouvoir du vainqueur. Les généraux des Perses qui périrent furent Niphates, Petènes, Spithridate, satrape de Lydie, Mithrobuzanes, gouverneur de Cappadoce, Mithridate, gendre du roi Darius, Arbupales, petit-fils dArtaxerxès et fils de Darius, Pharnace, beau-frère du prince, Omar, général des étrangers. Arsite échappé du combat, se sauve en Phrygie, où, désespéré de la ruine des Perses dont il était la première cause, il se donna dit-on, la mort.
Du côté des Macédoniens il périt, dans le premier choc, vingt-cinq Hétaires. Alexandre leur fit élever à Dium des statues d'airain de la main de Lysippe, le seul des statuaires Grecs auquel, il permit de reproduire ses traits. Le reste de la cavalerie ne perdit guère plus de soixante hommes, et l'infanterie trente. Le lendemain Alexandre les fit ensevelir avec leurs armes et leur équipage. Il exempta les auteurs de leurs jours et leurs enfants de payer, chacun sur leur territoire, un tribut de leurs personnes et de leurs biens. Il eut le plus grand soin des blessés, visitant les plaies de chacun d'eux, leur demandant comment ils les avaient reçues, leur donnant toute liberté de s'entretenir avec orgueil de leurs exploits. Il accorda aussi les derniers honneurs aux généraux Persans et à ceux même des Grecs à leur solde qui avaient péri avec eux dans le combat ; mais il fit'mettre aux fers ceux d'entre eux qu'il avait pris vivants, et les envoya en Macédoine pour être esclaves, parce que, désobéissant aux lois de la patrie ils s'étaient réunis aux Barbares contre les Grecs.
Il envoya à Athènes trois cents trophées des dépouilles des Perses pour être consacrés dans le temple de Minerve, avec cette inscription : Sur les Barbares de l'Asie, Alexandre et les Grecs à l'exception des Lacédémoniens.
Il nomma Calas satrape de la province que gouvernait Arsite, à la condition d'en percevoir les mêmes tributs que l'on payait à Darius ; les Barbares étant descendus des montagnes pour se rendre à lui, il les renvoie chez eux. Il pardonna aux Zélites qui n'avaient combattus que malgré eux avec les Barbares.
Il envoie Parménion s'emparer de Dascilium, qui, dépourvu de garnison, lui ouvrit ses portes.

 

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pensées pour moi-même(extraits)

3 Janvier 2006 , Rédigé par Marc Aurèle Publié dans #enseignements tactiques

Quand tu devrais vivre trois fois mille ans, et même autant de fois dix mille ans, souviens-toi pourtant que nul ne perd une vie autre que celle qu’il vit, et qu’il ne vit pas une vie autre que celle qu’il perd. Par là, la vie la plus longue revient à la vie la plus courte. Le temps présent, en effet, étant le même pour tous, le temps passé est donc aussi le même, et ce temps disparu apparaît ainsi infiniment réduit. On ne saurait perdre, en effet, ni le passé, ni l’avenir, car comment ôter à quelqu’un ce qu’il n’a pas ? Il faut toujours se souvenir de ces deux choses : l’une que tout, de toute éternité, est d’identique aspect et revient en de semblables cercles, et qu’il n’importe pas qu’on fixe les yeux sur les mêmes objets durant cent ans, deux cents ans, ou durant l’infini du cours de la durée. L’autre, que celui qui a le plus longtemps vécu et que celui qui mourra le plus tôt, font la même perte. C’est du seul présent, en effet, que l’on peut être privé, puisque c’est le seul présent qu’on a et qu’on ne peut perdre ce qu’on n’a point.

N’use point la part de vie qui te reste à te faire des idées sur ce que font les autres, à moins que tu ne vises à quelque intérêt pour la communauté. Car tu te prives ainsi d’une autre tâche, celle, veux-j e dire, que tu négliges en cherchant à te faire une idée de ce que fait tel ou tel, du but qu’il se propose, de ce qu’il dit, de ce qu’il pense, de ce qu’il combine et de toutes les autres préoccupations de ce genre, qui t’étourdissent et t’écartent de l’attention que tu dois à ton principe directeur. Il faut donc éviter d’embrasser, dans l’enchaînement de tes idées, ce qui est aventureux et vain, et beaucoup plus encore ce qui est superflu et pernicieux. Il faut t’habituer à n’avoir que les seules idées à propos desquelles, si on te demandait soudain : « A quoi penses-tu maintenant ? » tu puisses incontinent répondre avec franchise : « A ceci et à cela. » De cette façon, on pourrait voir aussitôt et avec évidence, que tout en toi est simple, bienveillant, digne d’un être sociable, indifférent aux idées de volupté ou, pour tout dire en un mot, de jouissances, insensible encore à la haine, à l’envie, à la défiance et à toute autre passion dont tu rougirais, s’il fallait avouer que ton esprit la possède. Car un tel homme, qui ne néglige aucun effort pour se placer dès maintenant au rang des meilleurs, est comme un prêtre et un serviteur des Dieux, attaché, aussi au service de Celui qui a établi sa demeure en lui, et ce culte préserve l’homme de la souillure des voluptés, le rend invulnérable à toutes les douleurs, inaccessible à toute démesure, insensible à toute méchanceté ; il en fait l’athlète du plus noble combat, de celui qui s’engage pour ne point se laisser abattre par aucune passion ; il l’immerge à fond dans la justice, et lui fait accueillir, de par toute son âme, les événements et tous les lots de son destin. Et jamais, hormis une nécessité impérieuse et d’intérêt commun, il ne cherche à se faire une idée de ce qu’un autre dit, fait ou pense. Il applique son activité aux seules choses qui le concernent, et il pense sans cesse que les choses qui sont de son particulier, sont filées avec celles qui constituent le Tout ; il s’acquitte honorablement des premières, et il est convaincu que les secondes sont bonnes, car le destin qui est attribué à chacun, est impliqué dans l’ordre universel et implique cet ordre. Il se souvient aussi que tous les êtres raisonnables sont parents et qu’aimer tous les hommes est conforme à la nature de l’homme, qu’il ne faut pas tenir compte de l’opinion de la foule, mais de ceux-là seuls qui vivent conformément à la nature. Quant à ceux qui vivent autrement, il se souvient constamment de ce qu’ils sont, chez eux et hors de chez eux, le jour durant comme durant la nuit, et de quels gens ils font leur entourage. Il ne fait donc aucun cas de l’approbation de tels hommes qui ne savent pas eux-mêmes se contenter par eux-mêmes.

Si tu trouves dans la vie humaine un bien qui vaille mieux que la justice, la vérité, la tempérance, le courage et, en un mot, qu’une pensée qui se contente d’elle-même, toutes les fois qu’elle te donne d’agir conformément à la droite raison, et qui se montre satisfaite de son destin dans tout ce que le sort, sans qu’elle ait pu choisir, lui assigne en partage ; si, dis-je, tu vois un bien supérieur, tourne-toi vers lui de toute ton âme et jouis de ce suprême bien que tu découvres. Mais si rien ne t’apparaît meilleur que le Génie qui en toi a établi sa demeure, qui soumet à son autorité les instincts personnels, qui contrôle les représentations de l’esprit, qui s’est arraché, comme le dit Socrate aux incitations des sens, qui se soumet aux Dieux et aux hommes s’attache ; si tu trouves tout le reste plus petit et plus vil, ne laisse place en toi à aucune autre chose, car une fois que tu te serais laissé incliner et détourner par elle, tu ne pourrais plus sans relâche honorer plus que tout ce bien qui t’est propre et qui est tien. A ce bien de la raison et de la vie sociale, il ne t’est pas permis d’opposer quoi que ce soit d’une autre nature, tel que les louanges de la multitude, le pouvoir, la richesse et la jouissance des voluptés. Toutes ces choses, même si elles semblent pour quelque temps convenir à notre nature, prévalent soudain et la font dévier. Pour toi donc, dis-je, choisis simplement et librement ce que tu vois de meilleur et persiste en ce choix. - Mais le meilleur, c’est l’utile. - S’il s’agit de l’utile se rapportant à toi comme à un être raisonnable, veille à sa garde ; mais s’il ne se rapporte qu’à ton être animal, déclare-le et, sans orgueil, maintiens ton jugement ; tâche seulement de mener cette enquête en toute sûreté.

Vénère la faculté de te faire une opinion. Tout dépend d’elle, pour qu’il n’existe jamais, en ton principe directeur, une opinion qui ne soit pas conforme à la nature et à la constitution d’un être raisonnable. Par elle nous sont promis l’art de ne point se décider promptement, les bons rapports avec les hommes et l’obéissance aux ordres des Dieux.

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Discours du Général Patton

31 Juillet 2005 , Rédigé par g patton Publié dans #enseignements tactiques

Discours du Général PATTON

Quelque part en Angleterre, juin 1944

"Prenez place."

Messieurs, ces bruits qui courent à propos d'une Amérique voulant sortir de la guerre, refusant le combat, ne sont que des tas de conneries. Les Américains aiment se battre, par tradition. Tous les vrais Américains aiment l'éclat et le fracas de la bataille.

Vous êtes ici aujourd'hui pour trois raisons. Premièrement, vous êtes ici pour défendre vos foyers et ceux que vous aimez. Deuxièmement, vous êtes ici pour votre propre respect, parce que vous ne voudriez être nulle part ailleurs. Troisièmement, vous êtes ici parce que vous êtes des vrais mecs et que les vrais mecs aiment combattre. Lorsque vous ici, chacun d'entre vous, étiez enfants, vous admiriez tous le champion au jeu de billes, le coureur le plus rapide, le boxeur le plus dur, les joueurs de base-ball de la grande ligue et les joueurs de football du All-American. Les Américains aiment un vainqueur. Les Américains ne tolèrent pas un perdant. Les Américains méprisent les couards. Et ils jouent toujours pour gagner. Je ne pousserais même pas une huée pour un homme qui perd et rit. C'est pourquoi les Américains n'ont jamais perdu ni ne perdront jamais une guerre; parce que la simple idée de perdre est odieuse à un Américain.

Vous n'allez pas tous mourir. Seuls deux pour-cent d'entre vous, ici aujourd'hui, vont mourir dans une bataille majeure. La mort ne doit pas être crainte. La mort, avec le temps, vient à tous les hommes. Oui, chaque homme est effrayé par sa première bataille. S'il dit qu'il ne l'est pas, c'est un menteur. Certains hommes sont des couards mais combattent de la même manière que des hommes braves, ou ils sentent l'enfer sortir d'eux en voyant combattre des hommes aussi effrayés qu'ils le sont. Le vrai héros est l'homme qui combat même s'il a peur. Certains hommes surmontent leur peur après une minute sous le feu. Pour d'autres, cela prend une heure. Pour certains, cela prend des jours. Mais un homme véritable ne laissera jamais sa peur de la mort prendre le pas sur son honneur, sur son sens du devoir à son pays, et sur son courage naturel. La bataille est la plus magnifique compétition à laquelle un être humain puisse s'adonner. Elle révèle ce qu'il y a de meilleur et efface ce qu'il y a de vil.

Souvenez-vous que l'ennemi est aussi effrayé que vous l'êtes, et probablement davantage. Ce ne sont pas des supermen. A travers vos carrières dans l'armée, vous avez tous râlé contre ce que vous appelez le "putain d'entraînement à la peur." Cela, comme n'importe quoi d'autre dans l'armée, a un objectif défini. Cet objectif est la vigilance. La vigilance doit être développée en chaque soldat. Je ne donne pas une bille pour un type qui n'est pas toujours sur ses gardes.

Vous êtes tous des vétérans ou vous ne seriez pas ici. Vous êtes prêts pour ce qui est à venir. Un homme doit être vigilant à chaque instant s'il s'attend à rester en vie. Si vous n'êtes pas vigilant, un beau jour, un fils de connasse de pute allemand va se faufiler derrière vous et vous frapper à mort avec un paquet de merde! Il y a quatre-cent tombes alignées avec ordre quelque part en Sicile, toutes parce qu'un homme s'est laissé aller à dormir durant le boulot. Mais ce sont des tombes allemandes, parce que nous avons attrapé le salaud avant qu'ils ne le fassent.

Une armée est une équipe. Elle vit, dort, mange et combat comme une équipe. Ces histoires d'héroïsme individuel ne sont que de la merde de cheval. Les petits bâtards qui écrivent ce genre de foutaises pour le Saturday Evening Post n'en savent pas beaucoup plus sur combattre sous le feu que sur tirer un coup! Nous avons la meilleure nourriture, le meilleur matériel, le meilleur moral et les meilleurs hommes du monde. C'est pourquoi, par Dieu, en fait j'ai pitié des pauvres fils de pute que l'on va affronter. Par Dieu, j'en ai pitié.

Mes hommes ne se rendent pas, et je ne veux pas entendre parler d'un soldat sous mon commandement capturé, à moins qu'il ait été touché. Et même si vous êtes touché, vous pouvez toujours répliquer. Ce ne sont pas des conneries. Le type d'homme que je veux commander est celui de ce lieutenant qui, en Libye, avec un Luger sur la poitrine, a arraché son casque, écarté le pistolet d'une main et envoyé le Boche en enfer avec son casque. Puis il a sauté sur le flingue, est sorti et a tué un autre Allemand avant qu'ils ne sachent ce qui leur tombait dessus. Et pendant tout ce temps cet homme avait une balle dans un poumon. Voilà un vrai mec!

Tous les vrais héros ne sont pas des combattants tirés des livres d'histoires. Chaque individu dans cette armée joue un rôle vital. Ne vous laissez jamais aller. Ne pensez jamais que votre boulot est sans importance. Chacun a un boulot à faire et il doit le faire. Chacun est un maillon vital dans la grande chaîne. Que se passerait-il si chaque chauffeur de camion décidait soudain de ne pas aimer le miaulement des balles au-dessus, de se retourner et de sauter tête la première dans le caniveau? Le salaud de poltron pourrait dire, 'Putain, ils vont pas me rater, juste un homme parmi des milliers.' Mais si chaque homme pensait ainsi? Où diable serait-on aujourd'hui? A quoi ressembleraient notre pays, nos familles, nos foyers et même le monde? Nom de Dieu, les Américains ne pensent pas ainsi. Chacun fait son boulot. Chacun sert l'ensemble. Chaque département, chaque unité est importante dans le vaste système de cette guerre. Les hommes de la logistique sont requis pour approvisionner les canons et la machine de guerre pour nous permettre de continuer à avancer. Le quartier-maître est requis pour apporter de la nourriture et des habits, parce que là où nous allons, il n'y en pas des masses à voler. Chaque dernier homme sur l'organigramme a un boulot à faire, même celui qui réchauffe notre flotte pour nous éviter la diarrhée du soldat.

Chaque homme ne doit pas seulement penser à lui-même, mais aussi au pote qui combat à ses côtés. Nous ne voulons pas de couards à foie jaune dans cette armée. Ils devraient être exterminés comme des rats. Sinon, ils rentreront chez eux après cette guerre et produiront d'autres couards. Les hommes braves produiront d'autres hommes braves. Eliminez ces putains de couards et nous aurons une nation d'hommes braves. L'un des types les plus braves que j'aie vu était un gars au sommet d'un poteau de télégraphe au beau milieu d'un furieux combat en Tunisie. Je me suis arrêté et lui ai demandé ce qu'il pouvait bien foutre là-haut à un instant pareil. Il a répondu, 'Je fixe le câble, Monsieur.' Je lui ai demandé, 'N'est-ce un peu malsain juste maintenant?' Il a répondu, 'Oui, Monsieur, mais ce satané câble doit être fixé.' Je lui ai alors demandé, 'Est-ce que ces avions qui mitraillent la route ne vous inquiètent pas?' Et il a répondu, 'Non, Monsieur, mais vous sûrement!'

Voilà un vrai mec. Un vrai soldat. C'était un homme qui a consacré tout ce qu'il avait à son devoir, quel que puisse apparaître insignifiant son devoir à l'instant, quelles que soient ses chances. Et vous auriez dû voir ces camions durant notre chevauchée en Tunisie. Ces chauffeurs étaient magnifiques. Durant toute la journée et toute la nuit ils roulaient sur ces putains de routes, sans jamais s'arrêter, sans jamais hésiter quant à l'itinéraire, avec des obus explosant tout autour en permanence. Nous sommes passés grâce au bon vieux cran américain.

Beaucoup de ces hommes ont conduit pendant plus de 40 heures consécutives. Ce n'étaient pas des combattants, mais des soldats avec un job à faire. Ils l'ont fait, et sacrément bien fait. Ils faisaient partie de l'équipe. Sans effort d'équipe, sans eux, le combat aurait été perdu. Quand tous les maillons de la chaîne sont ensemble, celle-ci devient incassable.

N'oubliez pas, vous ignorez tous que je suis là. Aucune mention de ce fait ne doit apparaître dans aucune lettre. Le monde n'est pas censé savoir ce qui diable a pu m'arriver. Je ne suis pas censé commander cette armée. Je ne suis même pas censé être ici, en Angleterre. Laissons ces maudits Allemands être les premiers salauds à le découvrir. Je veux les voir un beau jour se dresser sur leurs pattes arrières pleines de pisse et hurler, 'Jésus-Christ, c'est de nouveau cette satanée Troisième armée et ce fils de pute de Patton.' Nous voulons leur amener l'enfer. Plus vite nous nettoierons ce foutu merdier, plus vite nous pourrons faire une petite balade contre ces pisse-violets de Japs et aussi nettoyer leur repaire. Avant que ces damnés Marines n'aient tous les honneurs.

Bien sûr, nous voulons rentrer chez nous. Nous voulons en finir avec cette guerre. Le moyen le plus rapide d'en finir est d'aller attraper les bâtards qui l'ont commencée. Plus vite ils seront balayés, plus vite nous pourrons rentrer. Le plus court chemin pour la maison passe par Berlin et Tokyo. Et quand nous atteindrons Berlin, je vais personnellement abattre ce gibier de potence de fils de pute de Hitler. Juste comme j'abattrais un serpent!

Lorsqu'un homme est couché dans un trou d'obus, s'il reste juste là toute la journée, un Allemand finira par l'avoir. Au diable une telle idée. Mes hommes ne creusent pas de trous de tirailleurs. Je ne veux pas qu'ils le fassent. Les trous de tirailleurs ne font que ralentir une offensive. Continuez à avancer. Et ne donnez pas non plus à l'ennemi le temps d'en creuser. Nous gagnerons cette guerre, mais nous la gagnerons seulement en nous battant et en montrant aux Allemands que nous avons plus de cran qu'ils en ont; ou qu'ils en auront jamais. Nous n'allons pas juste abattre ces fils de pute, nous allons leur arracher leurs maudites tripes et les utiliser pour graisser les bandes de roulement de nos chars. Nous allons assassiner ces pouilleux de suceurs de queues de Huns à la pelle!

La guerre est une chose sanglante et meurtrière. Vous devez faire couler leur sang, ou ils feront couler le vôtre. Arrachez-leur le nombril. Tirez-leur dans les tripes. Lorsque les balles s'écrasent tout autour de vous, que vous essuyez la boue de votre visage et que vous réalisez qu'au lieu de boue il s'agit du sang et des tripes de ce qui était votre meilleur ami, vous saurez que faire!

Je ne veux pas recevoir de message disant, 'Je tiens ma position.' Nous tenons pas le moindre foutu truc. Laissons les Allemands le faire. Nous avançons constamment et nous ne sommes pas intéressés à tenir quoi que ce soit, à part les couilles de l'ennemi. Nous allons lui tordre les couilles et lui botter les fesses en permanence. Notre plan d'opérations de base consiste à avancer et à continuer d'avancer, sans se soucier de devoir passer sur, sous ou à travers l'ennemi. Nous allons le traverser comme la fiente dans une oie; comme de la merde dans un klaxon!

De temps en temps, il y aura quelques plaintes que nous poussons trop durement nos gens. Je me fous complètement de telles plaintes. Je crois en la vieille et saine règle qu'une once de sueur épargnera un gallon de sang. Plus fort nous pousserons, plus d'Allemands nous tuerons. Et plus nous tuerons d'Allemands, moins de nos hommes seront tués. Pousser signifie moins de pertes. Je veux que vous vous souveniez tous de cela.

Il y a une grande chose que vous serez capable de dire, quand cette guerre sera terminée et que vous serez de nouveau chez vous. Vous serez peut-être reconnaissants, lorsque dans vingt ans vous serez assis près de la cheminée avec votre petit-fils sur le genou et qu'il vous demandera ce que vous avez fait durant la grande Deuxième guerre mondiale, vous n'aurez pas à tousser, le poser sur l'autre genou et lui dire, 'Eh bien, ton grand-père a pelleté de la merde en Louisiane.' Non, Monsieur, vous pourrez le regarder droit dans les yeux et lui dire, 'Fils, ton grand-père a chevauché avec la grande Troisième armée et un satané fils de pute nommé Georgie Patton!'

"C'est tout."

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l'Art de la Guerre(extraits)

17 Juillet 2005 , Rédigé par Sun Tsu Publié dans #enseignements tactiques

Sun Tzu dit : La guerre est d’une importance vitale pour l’état. C’est le domaine de la vie et de la mort : la conservation ou la perte de l’Empire en dépendent ; il est impérieux de le bien régler. Ne pas faire de sérieuses réflexions sur ce qui le concerne, c’est faire preuve d’une coupable indifférence pour la conservation ou pour la perte de ce qu’on a de plus cher, et c’est ce qu’on ne doit pas trouver parmi nous.

La doctrine, l’équité, l’amour pour tous ceux qui sont nos subordonnés et, pour tous les hommes en général, la science des ressources, le courage et la valeur : telles sont les qualités qui doivent caractériser celui qui est revêtu de la dignité de Général ; vertus nécessaires pour l’acquisition desquelles nous ne devons rien négliger : seules elles peuvent justifier notre présence à la tête des autres

Parce que vous saurez distinguer ce qui est possible de ce qui ne l’est pas, vous n’entreprendrez rien qui ne puisse être mené à bonne fin. Avec la même pénétration, ce qui est loin sera vu comme si c’était sous vos yeux et inversement. Vous profiterez de la dissension qui surgit chez vos ennemis pour attirer les mécontents dans votre parti en ne leur ménageant ni les promesses, ni les dons, ni les récompenses. Vous n’attaquerez pas un ennemi plus puissant et plus fort que vous et vous éviterez ce qui peut conduire à un engagement général. Toujours, vous cacherez à vos adversaires l’état dans lequel sont vos troupes : parfois vous ferez répandre le bruit de votre faiblesse, ou vous feindrez la peur pour que l’ennemi, cédant à la présomption et à l’orgueil, ou bien vous attaque imprudemment, ou bien, se relâchant de sa surveillance, se laisse lui-même surprendre. Les troupes doivent être toujours tenues en alerte, sans cesse occupées, afin qu’elles ne s’amollissent pas. Aucune dissension n’est tolérable parmi vos troupes. Elles forment une seule famille dans laquelle rien ne doit être négligé pour que règne la paix, la concorde et l’union.

Ne laissez échapper aucune occasion d’incommoder l’[ennemi], faites-le périr en détail, trouvez le moyen de l’irriter pour le faire tomber dans quelque piège, provoquez des diversions pour lui faire diminuer se forces en les dispersant, en lui massacrant quelques partis de temps à autre, en lui enlevant ses convois, ses équipages et tout ce qui pourrait vous être de quelque utilité.

Traitez bien les prisonniers, nourrissez-les comme vos propres soldats, afin qu’ils se trouvent mieux chez vous qu’il ne l’étaient dans leur propre camp ou dans leur patrie. Ne les laissez jamais oisifs, tirez parti de leurs services avec toutes les précautions convenables et conduisez-vous, en somme, comme s’ils se fussent enrôlés librement sous votre bannière.

Si vous faites exactement ce que je viens de vous indiquer, les succès accompagneront vos pas, partout vous serez vainqueurs, vous ménagerez la vie de vos soldats, vous affermirez votre pays dans ses anciennes possessions, vous lui en procurerez de nouvelles, vous accroîtrez la splendeur et la gloire de l’État et le Seigneur ainsi que ses sujets vous seront redevables de la douce tranquillité dans laquelle ils couleront désormais leurs jours. Est-il rien qui soit plus digne de votre attention et de tous vos efforts ?

D’abord conserver son pays et les droits qui en découlent et ensuite seulement conquérir le pays ennemi ; assurer le repos des cités de votre nation : voilà l’essentiel, troubler celui des villes ennemies n’est qu’un pis-aller ; protéger contre toute insulte les villages amis, c’est votre premier devoir ; faire des irruptions sur les villages ennemis ne se justifie que par la nécessité ; empêcher que les hameaux et les chaumines de nos paysans subissent le moindre dommage : voilà ce qui mérite votre attention ; dévaster les installations agricoles de vos ennemis, c’est ce qu’une disette doit seule vous faire entreprendre.

Quand vous serez bien pénétré de ces principes, vous pourrez attaquer les villes ou engager les batailles : je vous garantis le succès. Toutefois, livrer cent combats et remporter cent victoires, c’est bien, mais ce n’est pas le meilleur. Sans bataille, immobiliser l’armée ennemie, voilà qui est l’excellent. En agissant ainsi, la conduite du général ne différera pas de celle des plus vertueux personnages ; elle s’accordera avec le Ciel et la Terre dont les actions tendent à la production et à la conservation des choses plutôt qu’à leur destruction. Jamais le Ciel n’approuva l’effusion du sang humain : c’est lui qui donne la vie aux hommes ; lui seul doit être le maître de la trancher.

Ainsi, sans donner de batailles, tâchez d’être victorieux, ce sera le cas où, plus vous vous élèverez au-dessus du bon, plus vous approcherez de l’excellent. Les grands généraux y parviennent en éventant toutes les ruses de l’ennemi, en faisant avorter ses projets, en semant la discorde parmi ses partisans, en le tenant toujours en haleine, en le privant des secours étrangers qu’il peut recevoir et en lui enlevant toute possibilité d’entreprendre rien qui puisse être avantageux pour lui.

Pour vaincre ses ennemis, cinq choses principales sont nécessaires à un général :

1 – Savoir s’il peut combattre et quand il faut cesser ;

2 – Savoir s’il faut engager peu ou beaucoup ;

3 – Savoir gré aux simples soldats autant qu’aux officiers ;

4 – Savoir mettre à profit toutes les circonstances ;

5 – Savoir que le Souverain approuve tout ce qui est fait pour son service et sa gloire.

Que quiconque est employé par vous soit persuadé que vous avez, avant tout, pensé à le préserver contre tout dommage. Les troupes qu’on lance sur l’ennemi doivent être comme des pierres qu’on jette sur des œufs. Entre l’ennemi et vous, il doit en être comme du faible au fort, du vide au solide. Attaquez ouvertement mais soyez vainqueur en secret. C’est en cela que consiste l’habileté et la perfection même du commandement des troupes. Grand jour et ténèbres, apparence et secret : voilà tout l’art. De même qu’avec les cinq tons de la musique, les cinq couleurs et les cinq goûts, on peut, par combinaison, obtenir des effets infinis, la possession des principes donne au général dans n’importe quelle circonstance toutes les solutions qui conviennent.

En matière d’art militaire et de gouvernement des troupes, on ne considérera que ces deux éléments : ce qui doit être fait en secret et ce qui doit être exécuté ouvertement, mais, dans la pratique, c’est une chaîne sans fin d’opérations, c’est comme une roue qui n’a pas d’extrémités. Chaque opération militaire a des parties qui demandent le grand jour et des parties qui veulent le secret de la nuit. On ne peut les déterminer à l’avance ; seules les circonstances permettent de les discerner. Pour resserrer le lit d'un torrent, il faut disposer d’énormes quartiers de roches ; pour prendre un petit oiseau, le filet le plus fin suffit amplement. Et, pourtant, le torrent parvient à rompre ses digues et, à force de se débattre, le petit oiseau brise les mailles du filet. Aussi quelques bonnes, quelques sages que soient les mesures que vous avez prises, ne cessez pas d’être sur vos gardes, de veiller et de penser à tout et ne vous abandonnez jamais, ainsi que vos troupes, à une présomptueuse sécurité.

Ceux-là possèdent véritablement l’art de bien commander les troupes qui ont su et qui savent rendre leur puissance formidable, qui ont acquis une autorité sans borne, qu’aucun événement ne peut abattre, qui ne font rien avec précipitation, qui gardent, dans les moments de surprise, le même sang-froid que s’il s’agissait d’actions méditées, dans les cas prévus longtemps auparavant, et pour qui la promptitude dans la décision n’est que le fruit de la méditation préalable jointe à une longue expérience.

La force de ces sortes de chefs est comparable à celle de ces grands arcs qu’on ne saurait bander sans le secours d’une mécanique. Leur autorité a la puissance des flèches lancées par ces arcs : elle est irrésistible et elle renverse tout. Comme la sphère dont tous les points de la surface sont semblables, ils sont également forts partout et, partout, offrent la même résistance. Au cours de la mêlée et dans le désordre apparent, il tiennent un ordre imperturbable ; de la faiblesse, il font surgir la force, de la poltronnerie et de la pusillanimité, ils font sortir le courage et l’intrépidité. Mais faire servir le désordre à l’ordre n’est possible qu’à celui qui a profondément réfléchi aux évènements qui peuvent survenir ; engendrer la force dans la faiblesse n’appartient qu’à ceux qui détiennent une absolue maîtrise et une autorité incontestée. Savoir faire sortir le courage et l’intrépidité de la poltronnerie et de la pusillanimité, c’est être héros soi-même, c’est être plus qu’un héros, c’est être au-dessus des intrépides.

Si grand et prodigieux que cela paraisse, j’exige cependant quelque chose de plus de ceux qui commandent les troupes : c’est l’art de faire mouvoir à son gré les forces ennemies. Ceux qui possèdent cet art admirable disposent et l’attitude de leurs troupes et de l’armée qu’ils commandent. L’ennemi vient à eux quand ils le désirent et il leur fait des offres ; ils donnent à l’ennemi et celui-ci accepte ; ils lui abandonnent et il vient prendre. Prêts à tout, ils profitent de toutes les circonstances ; toujours méfiants, ils font surveiller les subordonnés qu’ils emploient et, se méfiant d’eux-mêmes, ils ne négligent aucun moyen qui puisse leur être utile. Ils regardent les hommes qu’ils doivent combattre comme des pierres ou des pièces de bois qui doivent descendre une pente. Pierre et bois sont inertes par nature ; ils ne sortent de leur repos que par l’impulsion qu’ils reçoivent. Mis en mouvement, s’ils sont carrés, ils s’arrêtent vite ; ronds, ils roulent jusqu’à ce qu’ils rencontre une résistance invincible.

Faites en sorte que l’ennemi soit entre vos mains comme une pièce arrondie que vous feriez rouler d’une hauteur de mille jin. Par là, on reconnaîtra votre autorité et votre puissance et que vous êtes digne du poste que vous occupez.

La grande science est donc de faire vouloir [à l’ennemi] tout ce que vous voulez qu’il fasse et de lui fournir, sans qu’il s’en aperçoive, tous les moyens de vous seconder.

Le grand art d’un général est de laisser toujours ignorer à l’ennemi le lieu où il aura à combattre et de lui dissimuler les positions qu’il fait préparer. S’il y parvient et réussit à cacher le moindre de ses mouvements, il n’est pas seulement un habile général, c’est un homme extraordinaire, un vrai prodige, car sans être vu, il voit ; il entend sans être entendu ; il agit sans bruit et dispose à sa convenance du sort de ses ennemis.

Que l’ennemi ne sache jamais comment vous avez l’intention de le combattre, ni la manière dont vous vous disposez à l’attaquer ou à vous défendre. Dans son ignorance, il multipliera les préparatifs, tâchera de se rendre fort partout, divisera ses forces : ce qui occasionnera sa perte.

Ne l’imiter pas : faites choix d’un secteur pour attaquer et mettez-y la majeur partie de vos forces. Pour l’attaque de front, mettez en première ligne vos troupes d’élites, car on résiste rarement à un premier effort alors qu’on répare difficilement un échec de début. L’exemple des braves entraîne les timorés. Ceux-ci suivent aisément le chemin ouvert, alors qu’ils seraient incapables de le frayer. Si vous voulez faire effort à une aile, mettez-y vos meilleures troupes et à l’autre ce qui est moins bon.

Au moment de déclencher l’action, lisez dans le regard de vos soldats, observez leur premiers mouvements : de leur ardeur ou de leur nonchalance, de leur intrépidité ou de leur hésitation, vous pourrez conclure au succès ou à la défaite. C’est un présage qui ne trompe pas que la contenance des troupes au moment de l’engagement. Tel qui a remporté une victoire décisive, eût été battu un jour plus tôt ou quelques heures plus tard.

Il en est des troupes comme d’une eau courante : la source élevée, la rivière coule rapidement ; basse, l’eau stagne ; si une cavité s’offre, l’eau la remplit dès qu’elle peut y accéder ; un trop-plein se manifeste-t-il, le surplus s’écoule aussitôt. Ainsi en parcourant le front, vous remplissez les vides et vous enlevez les excédents ; vous abaissez le trop haut et vous relevez le trop bas. Le ruisseau suit la pente du terrain sur lequel il coule : l’armée doit s’adapter au terrain sur lequel elle se meut. Sans pente, l’eau ne peut couler ; mal commandées, les troupes ne peuvent vaincre : c’est le général qu décide de tout. Son habileté lui fait tirer parti de toutes les circonstances, même les plus dangereuses et les plus critiques. Il fait prendre à son armée les dispositions qu’il veut ainsi qu’à celle de l’ennemi. Il n’y a pas de qualités permanentes qui rende les troupes invincibles et les plus médiocres soldats peuvent devenir d’excellents guerriers. C’est pourquoi il ne faut laisser échapper aucune occasion favorable. Les cinq éléments ne sont ni partout, ni toujours également purs ; les quatre saisons ne se succèdent pas, chaque année, de la même manière, le soleil ne se lève et ne se couche pas tous les jours au même point de l’horizon ; la lune a différentes phases. Une armée bien commandée et bien disciplinée présente ainsi ces variétés.

Par vos intelligences secrètes avec les ministres étrangers ou par les informations prises sur les desseins des princes alliés ou tributaires, par la connaissance des intrigues, bonnes ou mauvaises qui peuvent influer sur la conduite de votre prince et modifier les projets que vous exécutez, vous vous assurez la possibilité de mener à bien vos desseins. A leurs cabales, vous opposez votre prudence et votre acquis. Ne les méprisez pas, sachez parfois recourir à leurs avis comme s’ils vous étaient précieux ; soyez amis de leurs amis, n’opposez pas leurs intérêts aux vôtres, cédez-leur pour l’accessoire, entretenez avec eux l’union la plus étroite qu’il vous sera possible.

Lorsque les circonstances commandent la tranquillité, que vos troupes vivent dans un calme semblable à celui qui règne dans les forêts épaisses. S’il faut que l’ennemi vous entende, surpassez le bruit du tonnerre ; s’il faut être ferme, soyez montagne ; s’il faut courir au pillage, soyez torrent de feu ; éclair pour éblouir l’ennemi, soyez obscur comme la nuit pour cacher vos projets.

 Si vous êtes dans un lieu de mort, cherchez l’occasion de combattre. J’appelle lieu de mort ces régions dépourvues de ressources, malsaines aussi bien pour les vivants que pour les provisions qui se gâtent. En telle occurrence n’hésitez pas à vous battre. Les troupes ne demanderont pas mieux, préférant risquer de mourir de la main de l’ennemi que de succomber misérablement sous le poids des maux qui vont les accabler.

Quand il faut agir promptement, il ne faut pas attendre les ordre du Prince. Si même il vous fait agir contre les ordres reçus, faites-le sans crainte ni hésitation. Vous avez été mis à la tête des troupes pour vaincre l’ennemi et la conduite que vous tiendrez est celle qui vous eût été prescrite par le Prince s’il avait prévu les circonstances où vous vous trouvez.

Un grand général doit savoir l’art des changements. S’il se borne à une connaissance vague de certains principes, à une application routinière des règles de l’art, si ses méthodes de commandement sont dépourvues de souplesse, s’il se borne à examiner les situations conformément à quelques schémas, s’il prend ses résolutions d’une manière automatique, il ne mérite pas le nom qu’il porte et il ne mérite même pas de commander.

Par le rang qu’il occupe, un général est un homme au-dessus d’une multitude d’hommes ; il doit donc savoir gouverner les hommes et les conduire. Il faut qu’il soit au-dessus d’eux, non pas seulement par sa dignité, mais par son intelligence, son savoir, sa compétence, sa conduite, sa fermeté, son courage et ses vertus. Il doit savoir discerner, parmi les avantages, ceux qui ont du prix et ceux qui n’en ont pas, ce qu’il y a de réel ou de relatif dans les pertes subies et compenser avantages et pertes les uns par les autres, et tirer parti de tout, savoir tromper l’ennemi et n’en être pas dupe, n’ignorer aucun des pièges qu’on peut lui tendre et pénétrer toutes les ruses, de quelque nature qu’elles soient. Il ne s’agit pas de deviner, car à trop faire d’hypothèse vous risquez d’être victime de vos conjectures précipitées, mais seulement d’opérer toujours en sûreté, d’être toujours en éveil, de s’éclairer sur la conduite de l’ennemi et de conclure.

Pour n’être pas accablé par la multitude des travaux et des efforts à accomplir, attendez-vous toujours à ce qu’il y a de plus dur et de plus pénible et travaillez sans cesse à susciter des difficultés à votre adversaire. Il y a plus d’un moyen pour cela, mais voici l’essentiel.

Corrompez tout ce qu’il y a de mieux chez lui par des offres, des présents, des promesses, altérez la confiance en poussant les meilleurs de ses lieutenants à des actions honteuses et viles et ne manquez pas de les divulguer : entretenez des relations secrètes avec ce qu’il y a de moins recommandable chez l’ennemi et multipliez le nombre de ces agents.

Troublez le gouvernement adverse, semez la dissension chez les chefs en excitant la jalousie et la méfiance, provoquez  l’indiscipline, fournissez des causes de mécontentement en raréfiant l’arrivée de vivres et des munitions ; par la musique amollissez le cœur des troupes, envoyez-leur des femmes qui les corrompent , faites en sorte que les soldats ne soient jamais là où ils devraient être ; absents quand ils devraient se trouver présents, au repos quand leur place serait en première ligne. Donnez-leur de fausses alarmes et de faux avis, gagnez à vos intérêts les administrateurs et gouverneurs des provinces ennemies. Voilà ce qu’il faut faire, pour créer des difficultés par adresse et par ruse.

Je dois vous mettre en garde contre cinq sortes de dangers, d’autant plus redoutables qu’ils paraissent moins à craindre, écueils funestes contre lesquels la prudence et la bravoure ont échoué plus d’une fois.

I – Le premier est la témérité à risquer la mort. C’est à tort qu’on la glorifie sous les noms de courage, intrépidité, valeur, mais ce n’est, en fait, que lâcheté. Un général qui s’expose sans nécessité, comme le ferait un simple soldat, qui semble chercher le danger et la mort, qui combat lui-même et qui fait combattre jusqu’à la dernière extrémité, est un homme qui n’est bon qu’à mourir. C’est un simple, dépourvu de ressources ; c’est un faible qui ne peut supporter le moindre échec sans être déprimé et qui se croit perdu s’il en subit un.

II – Le deuxième est l’excès de précautions à conserver sa vie. Se croyant indispensable à l’armée, on n’a garde de s’exposer, on ne tente rien, tout inquiète ; toujours dans l’expectative, on ne se détermine à rien ; en perpétuelle instance d’une occasion favorable, on perd celle qui se présente ; on reste inerte en présence d’un ennemi attentif, qui profite de tout et a tôt fait de dissiper toute espérance à un général aussi prudent. Bientôt manœuvré, il périra par le trop grand souci qu’il avait de conserver sa vie.

III – Le troisième est le manque de maîtrise de soi-même. Un général qui ne sait pas se modérer ou se dominer, qui se laisse emporter par son indignation ou sa colère, doit devenir la dupe de ses ennemis, lesquels sauront bien le provoquer, lui tendre mille pièges qu’il ne saura discerner et dans lesquels il tombera.

IV – Le quatrième est un point d’honneur mal entendu. Un général ne doit pas avoir cette susceptibilité ombrageuse. Il doit savoir dissimuler ses froissements. Après un échec, il ne faut pas se croire déshonoré et se laisser aller à des résolutions désespérées. Pour réparer une atteinte à son honneur, on le perd parfois irrémédiablement.

V – Le cinquième, enfin, est une trop grande sensibilité pour le soldat. Un général qui, pour ne pas punir, ferme les yeux sur le désordre et l’indiscipline, qui n’impose pas les travaux indispensables pour ne pas accabler ses troupes, n’est propre qu’à tout compromettre. Il faut que les soldats aient une vie rude, qu’ils soient toujours occupés. Il faut punir avec sévérité mais sans méchanceté ; il faut faire travailler, mais sans aller jusqu’au surmenage.

En somme : sans trop chercher à vivre ou à mourir, le général doit se conduire avec valeur et prudence, selon les circonstances ; s’il a des raisons de se mettre en colère, qu’il le fasse avec mesure et non pas à la manière du tigre qui ne connaît aucun frein ; s’il estime son honneur blessé et qu’il veuille le réparer que ce soit avec sagesse et non en suivant une impulsion capricieuse ; il doit aimer ses soldats et les ménager, mais sans le montrer avec ostentation et, soit qu’il livre des batailles, soit qu’il déplace ses troupes, soit qu’il assiège des villes, qu’il joigne toujours la ruse à la valeur, la sagesse à la force, pensant à réparer ses fautes, s’il en a commises, à profiter de celles de l’ennemi en se préoccupant de lui en faire commettre de nouvelles.  Encore une fois, éclairez-vous sur l’ennemi quoi qu’il fasse, mais veillez aussi sur vos propres troupes. Voyez tout et sachez tout. Il faut interdire le vol, le brigandage, la débauche et l’ignorance, les mécontentements et les complots, la paresse et l’oisiveté.

Quand vous devez punir, faites-le rapidement et dès que les fautes l’exigent. Quand vous avez des ordres à donner, ne les donnez qu’avec la certitude que vous serez promptement obéi ; instruisez vos troupes en leur inculquant des notions pratiques ; ne les ennuyez pas, ne les fatiguez pas sans nécessité. Le bon et le mauvais, le bien et le mal qu’elles peuvent faire est entre vos mains. Avec les mêmes individus, une armée peut être très méprisable avec tel général et invincible avec tel autre.

Servir le Souverain, avantager l’État et faire le bonheur du peuple : voilà ce que vous devez avoir en vue. Remplissez cette mission, vous avez atteint votre but.

Quel que soit le terrain, considérez vos troupes comme des enfants ignorants qui ne peuvent se déplacer sans être conduits. Comme vos propres enfants, vous les conduirez vous-même, parce que vous les aimez. S’il y a des hasards à affronter, que vos soldats ne les affrontent pas seuls, mais à votre suite ; s’ils doivent mourir, qu’ils meurent, mais périssez avec eux.

Quelque critique que soit votre situation, ne désespérez jamais. Quand tout est à craindre, il ne faut avoir peur de rien ; environné de dangers, n’en redoutez aucun ; dépourvu de ressources, tablez sur toutes et surpris par l’ennemi, pensez aussitôt à le surprendre lui-même.

Aimez vos troupes et procurez-leur tout ce qui peut alléger leur tâche. Si elles supportent de rudes fatigues, ce n’est pas qu’elles y prennent plaisir ; si elles endurent les privations, ce n’est pas qu’elles méprisent le bien-être, et si elles affrontent la mort, ce n’est pas qu’elles dédaignent la vie : réfléchissez sérieusement à cela.

Un certain nombre soldats du royaume de Wu se trouvèrent un jour opposés à des soldats du royaume de Yuëh, au moment où, simultanément, ils tentaient de franchir une rivière. Le vent renversa les barques et les hommes jetés dans le courant auraient infailliblement péri si, oubliant qu’ils étaient ennemis, ils ne s’étaient mutuellement secourus. Ce qu’alors firent ceux qui étaient ennemis, toutes les parties de votre armée doivent le faire et vous devez aussi le faire pour vos alliés et même pour les peuples vaincus, s’ils en ont besoin car, s’ils vous sont soumis, c’est qu’ils n’ont pu faire autrement et ils ne peuvent être rendus responsables si leur Souverain a déclaré la guerre. Rendez-leur service car le temps viendra où ils vous en rendront aussi.

En règle générale, faire la guerre n’est pas le bon. Seule la nécessité doit la faire entreprendre. Quelles que soient leur issue et leur nature, les combats sont funestes aux vainqueurs eux-mêmes. Il ne faut les livrer que si la guerre ne peut être autrement menée.

Employer plusieurs années à observer l’ennemi ou à faire la guerre, c’est ne pas aimer le peuple, c’est être l’ennemi de son pays. Toutes les dépenses, toutes les souffrances, tous les travaux et toutes les fatigues de plusieurs années n’aboutissent, le plus souvent, pour les vainqueurs eux-mêmes qu’à une journée de triomphe, celle où ils ont vaincu. N’employer pour vaincre que sièges et batailles, c’est ignorer également les devoirs du Souverain et ceux du général ; c’est ne pas savoir gouverner ; c’est ne pas savoir servir l’état ; c’est ne pas savoir combattre.

 

 

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les 36 stratégies(1)

17 Juillet 2005 Publié dans #enseignements tactiques

 "Traverser la mer
sans que le ciel le sache"

 

 Dissimule tes secrets en évidence
afin qu’on ne les perce pas à jour.

 

 Ceux qui prennent trop de précautions sont susceptibles de ne plus être sur leur garde. Les actions familières n’éveillent pas la suspicion. Le Yin est l’aspect interne et non l’opposé du Yang. Le grand Yang contient le grand Yin. *

 

Cette expression proverbiale est issue de l’histoire d’un ingénieux général des Tang, qui mit au point une méthode pour transporter l’empereur (considéré dans la Chine Impériale comme le fils du Ciel) sain et sauf sur la mer, en faisant en sorte que l’Empereur lui-même ne le sache pas. Le mot ciel peut aussi être interprété littéralement. Dans les temps anciens, il était facile de mettre en place des opérations militaires secrètes sur terre en utilisant la protection d’abris naturels tels que les montagnes et les forêts, alors que l’espace d’eau ouverte de la mer n’offre aucun endroit où se cacher. Donc, dans le but de traverser la mer sans que le ciel le sache, il faut se déplacer ostensiblement sur la mer mais comme si on n’avait aucunement l’intention de la traverser.

 

Chaque manoeuvre militaire a deux aspects : le mouvement apparent et l’intention de base. En dissimulant les deux, on peut prendre l’ennemi complètement par surprise. Mais un secret si idéal peut rarement être atteint avec les actuelles techniques de guerre. Dans la plupart des cas, maintenir l’ennemi dans une complète ignorance de nos propres opérations est moins aisé que de "traverser la mer sans que le ciel le sache" La seule alternative est de pousser l’ennemi à négliger ou à mal interpréter l’intention de base de notre opération. Autrement dit, s’il est hautement improbable que l’ennemi reste ignorant de nos actions, on pourra toutefois lui jouer des tours juste sous son nez.

 

 "Assiéger Wei pour secourir Zhao"

 

 Attaque un point faible de l’adversaire
(ex : un de ses lieutenants), divise et règne
.

 

 Au lieu d’attaquer la tête la première un ennemi puissant et concentré, fragmentez-le en petits groupes vulnérables. Au lieu de frapper le premier, attendez votre heure et frappez seulement après que l’ennemi ait d’abord frappé.

 

Cette stratégie conseille de soulager les assiégés en assiégeant la base des assiégeants. Quand l’ennemi déploie ses forces principales pour attaquer un état voisin mais rencontre une résistance opiniâtre, la meilleure voie pour aider ce voisin est de lancer une invasion vers le territoire ennemi. La force principale de l’ennemi n’aura d’autre choix que de rentrer à double vitesse, une embuscade peut alors être effectivement conduite pour remporter une victoire décisive.

 

Dans un sens plus large, la stratégie indique de concentrer vos forces pour attaquer le point faible de l’ennemi. Dans la littérature militaire chinoise, combattre l’ennemi est souvent assimilé à la régulation des rivières. Quand l’ennemi est furieux et surpuissant comme un flot déchaîné, on doit éviter une confrontation de face et attendre jusqu’à ce qu’il ait perdu son élan, comme mener le flot dans une rivière dé gagée pour le calmer et le rendre contrôlable. Comme pour un ennemi mineur, on peut construire une "digue" pour stopper son mouvement et attaquer ses points faibles et l’anéantir.

 

 "Assassiner avec une épée d’emprunt"

 

 Utilise les ressources d’un autre pour faire ton travail.

 

 Quand les intentions de l’ennemi sont évidentes et que l’attitude de l’allié est hésitante, amenez vos alliés à attaquer vos ennemis pendant que vous préservez vos propres forces.*

 

Pour éviter d’être incriminé dans une affaire de meurtre, certains peuvent mener leurs actions avec une "épée d’emprunt" qui fait référence à quelqu’un d’autre qui en veut à la victime. En conduisant un troisième élément à commettre le meurtre, vous pouvez atteindre votre but sans avoir à en assumer la responsabilité. Dans un contexte martial, cette maxime conseille au dirigeant d’exploiter le conflit des divers pouvoirs. Pour combattre un ennemi fort, il faut découvrir une puissance en désaccord avec cet ennemi et l’amener à le combattre à votre place. De cette façon on obtient un résultat double avec un demi effort.

 

Selon les anciens stratèges militaires chinois, quand deux camps s’opposent et qu’entre soudainement en scène une autre force, le résultat final dépendra incontestablement de l’attitude de ce troisième camp ; il doit donc être gagné à votre cause par tous les moyens inimaginables. Inversement, si un état tolère l’accroissement continu d’un voisin sans le contrôler ou en tirer usage, l’état est appelé à se détériorer.

 

"Attendre en se reposant
que l’ennemi s’épuise"

 

 Utilise la patience et use l’ennemi.

 

 Il est possible d’amener l’ennemi dans une impasse sans même combattre. L’actif s’affaiblit et le passif se renforce.*

 

L’attaquant et le défenseur sont les deux éléments fondamentaux de l’art de la guerre. L’attaquant a l’avantage de l’initiative. Celui qui attaque a le choix de la bataille, à laquelle le défenseur doit répondre par une contre-attaque. Mais cette stratégie insiste surtout sur les avantages de la défense. En prenant une position que l’attaquant ne peut contourner et en s’assurant d’amples réserves, le défenseur à l’opportunité de préserver ses forces tout en attendant que l’ennemi s’épuise jusqu’à avoir perdu sa supériorité. Alors vient le moment pour

 

"Profiter de l’incendie
pour piller et voler"

 

 Exploite et tire parti d’opportunités
au fur et à mesure de l’aggravation
de la situation chaotique de l’adversaire.

 

 Quand l’ennemi traverse une majeure, saisissez la chance d’obtenir un avantage. La résolution l’emporte sur la faiblesse.*

 

Une maison en flammes sombre dans le désordre et la confusion. Ainsi un voleur pet avoir l’occasion de piller les biens d’une maison pendant que le portier et les gardes sont occupés à combattre le feu. Cette maxime signifie donc tirer avantage des déboires d’autrui afin de lui causer du tort.

 

En temps de guerre, la maison en flammes symbolise le pays qui souffre de graves troubles ou qui est sur le déclin. En attaquant un tel pays, on aura un double bénéfice avec un demi effort.

 

Ainsi cette stratégie recommande le principe universel de frapper les points faibles de l’ennemi et, en ce sens, cela se rapporte à plusieurs autres stratégies. Par exemple, quand on choisit de mettre le feu à une maison avant de la piller sans résistance plutôt que de s’arranger avec les gardes on peut aussi dire que l’on applique la stratégie Dix-Neuf : ôter le feu de sous le chaudron" . Si seul un mouvement tactique plutôt qu’un schéma stratégique est impliqué, on est face à la stratégie Douze : "Emmener la chèvre en passant".

 

 "Bruit à l’est ; attaque à l’ouest"

 

 Induit en erreur le commandant adverse
et sème le doute dans ses rangs.

 

 Le commandement ennemi est désorienté et perd sa sobriété, avec le symbole du lac en haut et la terre en bas, signifiant que l’eau de la rivière est prête à inonder la rive.*

 

A la guerre, on peut obtenir l’effet de surprise aussi bien par la tromperie que par la rapidité de mouvement des troupes. Un proverbe chinois dit : "il n’y a jamais trop de ruse durant la guerre". Cependant, cette stratégie avertit qu’il faut s’assurer du manque de jugement de l’ennemi avant de faire des feintes de mouvement pour le tromper. Un commandant avec une bonne présence d’esprit connaît ses forces et ses faiblesses, il déploie donc ses troupes en conséquence ; il n’est ainsi pas susceptible d’être dupé par les mouvements trompeurs de l’ennemi. Il peut même feindre d’être trompé et tourner ainsi les ruses de l’ennemi contre lui. Par conséquence, quand on veut tromper l’ennemi, il faut avoir à l’esprit de semer la confusion chez lui. Ainsi Sun Zi observe "Dans le passé, ceux qui avaient l’art de diriger les opérations de guerre s’assuraient d’abord d’être invincibles et ensuite attendaient une occasion de battre l’ennemi ".

 

 "Créer quelque chose ex-nihilo"

 

 Change ce qui était sans substance en une réalité.

 

 Faire une feinte, non pour la faire passer pour la réalité mais pour la faire devenir réalité après que l’ennemi soit convaincu qu’il s’agit bien d’une feinte. La force authentique croît sous une fausse apparence, tel le yin croissant à son maximum pour se transformer en Yangg.*

 

Cette maxime est communément utilisée aujourd’hui pour désigner une personne qui fait une déclaration, généralement une accusation, absolument sans fondement.

 

A la guerre, souvent il est nécessaire de feindre des manœuvres pour distraire et induire en erreur l’ennemi. Cependant, ce type de ruse est aisément identifiable et devient facilement sans effet. En outre, l’ennemi ne pourra être défait que par une action authentique et non par une simple feinte. Par conséquence, un stratège de guerre judicieux sait non seulement comment tromper l’ennemi par des feintes mais aussi quand transformer celles-ci en véritables opérations de combat.

 

  "L’avancée secrète vers Chencang"

 

 Détruit l’adversaire en menant une fausse attaque
dans une direction alors que c’est ailleurs,
là où il ne se défend pas, que porte la véritable offensive.

 

 Faire une manœuvre de diversion pour fixer la force principale de l’adversaire. Il est profitable d’adopter une disposition conforme à la situation.

 

Cette maxime fait référence à la stratégie utilisée par Lin Bang, fondateur de la dynastie Han, quand il mena une campagne contre son rival en concurrence pour le contrôle de l’empire, Xiang Yu. Il donna l’illusion de se préparer à venir par le chemin normal mais pendant ce temps expédia son armée par une voie détournée à Chencang, prenant ainsi l’ennemi par surprise et un large territoire pour un faible coût.

 

Ce stratagème insiste sur la mise en oeuvre d’un mouvement de diversion, usuellement une attaque frontale, pour dissimuler la manœuvre secrète qui doit déborder l’ennemi. Ceci est fondamentalement en accord Ave la stratégie de Sun Zi visant à combattre l’ennemi avec des forces ordinaires et à le défaire avec des forces spéciales, mais seulement dans le cas où cet ennemi est maintenu en respect non par la présence de la puissance principale mais par un mouvement de diversion qui requiert néanmoins quelques actions concrètes pour en établir la crédibilité.

 

 "Regarder le feu depuis l’autre rive"

 

 Laisse tes adversaires se déchirer entre eux
pendant que tu attends en regardant,
et plus tard balaye le survivant épuisé.

 

 Quand la désunion de l’ennemi devient apparente, ne pas agir mais au contraire attendre le bouleversement maximal. De cruelles dissensions internes ne pourront que causer la mort de l’ennemi par ses propres mains. Agir au moment opportun apporte la félicité.*

 

Bien que lors des manœuvres militaires on attache une grande importance à la rapidité, un bon général doit maîtriser l’art du retard. Il ne doit pas chercher la confrontation à tout prix mais à l’inverse, il doit attendre son heure et patienter jusqu’au meilleur moment pour attaquer, idéalement quand son armée est au mieux de sa forme et quand l’adversaire est au plus bas. Tel est le principe de base de toutes les stratégies agissant à retardement.

 

Pour moissonner les lauriers d’une guerre, usez de divers éléments d’une autre règle de base de la guerre : l’utilisation de forces extérieures pour parvenir à vos fins. De la sorte on met en rapport cette stratégie avec la stratégie Trois "Assassiner Ave une épée d’emprunt" ce qui est plus difficile à mettre en oeuvre car il faut le plus souvent manipuler conjointement plusieurs forces qu’elles soient alliées, ennemies ou sans relations.

 

"Dissimuler une épée dans un sourire"

 

 Pour que tes adversaires soient sereins
et sans crainte, dissimule l’hostilité
sous l’apparence de l’amitié.

 

 Rassurez l’ennemi pour le rendre négligent, travaillez en secret pour le subjuguer, préparez-vous pleinement avant de passer à l’action pour empêcher l’ennemi de changer d’état d’esprit : c’est la méthode pour dissimuler une puissante volonté sous une apparence docile.

 

Cette maxime représente un archétype de la littérature universelle : une personne Ave un visage souriant et un cœur cruel, connu dans le folklore chinois comme le "tigre souriant".

 

Dans la vie quotidienne, certains deviennent plus judicieux après s’être fait mystifier par un tel tigre souriant. A la guerre, une sagesse si tardive n’a que peu ou pas d’usage, car payée un tel prix qu’on ne peut se permettre le luxe de se l’offrir. Par conséquence, avant que le résultat de la guerre ne soit manifeste, une proposition de paix sera toujours reçue Ave suspicion. Ainsi il est préférable d’avoir à faire à un général ennemi trop sûr de lui pour que ce stratagème soit couronné de succès.

 

 "La prune remplace la pêche
dans l’impasse"

 

 Si besoin est, sacrifie le moins important
pour sauver ce qui est vital ;
substitue une chose à une autre.

 

 Quand la défaite est inéluctable, diminuez le faible (Yin) pour augmenter le fort (Yang).

 

La guerre, en tant que conflit de puissances, inflige des pertes tant au vainqueur qu’au perdant. La différence réside en ce que les pertes sont infligées au perdant alors que le vainqueur les attend et les accepte. Ainsi, il suit de cela que les pertes sont inévitables à la guerre. En acceptant ce fait, un général expérimenté dresse ses plans de bataille de façon à pouvoir obtenir une grande victoire pour un faible coût. Une antique expression chinoise l’exprime ainsi : la diminution du Yin (point relatif) peut être avantageuse pour le Yang (point essentielle). Cette maxime vient d’un fameux poème de la dynastie des Han (ou Jin) exprimant l’amour fraternel :

 

"Le pêcher pousse auprès du puits,
Le prunier voisine le pêcher.
Le pêcher est dévoré par les insectes,
Et le prunier meurt à sa place.
Si même les arbres peuvent s’entraider
Qu’en sera-t-il des frères ?"

 

 Une semblable expression peut être entendue de la part des joueurs d’échecs chinois "abandonner un pion pour sauver un chariot". Dans la bouche d’un chef militaire, elle indique qu’il est prêt à payer le prix fort pour une importante victoire. Chacune des fractions en conflit a ses propres forces et ses faiblesses. Il est rare qu’un des côtés l’emporte sur l’autre dans tous les domaines. Quoique l’issue d’une bataille dépende surtout de la puissance relative des deux antagonistes, le plus faible peut vaincre en utilisant un petit détachement ennemi. Après une ou plusieurs batailles semblables, le côté le plus faible deviendra fort et sera en position d’engager une bataille décisive pour vaincre l’ennemi une fois pour toutes.

 

 "Emmener la chèvre en passant"

 

 (c’est à dire : faire un bénéfice sans effort)

 

Tire parti à bon escient de la négligence
ou de l’incompétence de l’adversaire.

 

 Tirer avantage du moindre défaut ; s’emparer du plus petit profit. Faire usage d’une erreur mineure de l’ennemi pour obtenir une victoire mineure.

 

Pour emmener une chèvre, il faut choisir la bonne heure , un moment où il y a le moins de risques de voir intervenir une tierce personne. Si, par exemple, quelqu’un vient juste d’emmener la chèvre quand survient un loup, le résultat sera imprévisible. Le loup pourrait à la fois manger la chèvre et l’homme, ou bien il pourrait y avoir un âpre combat entre l’homme et le loup pendant que la chèvre s’enfuirait. Dans chaque cas, il est peu probable que l’homme parvienne à "emmener la chèvre" sans être lui-même blessé.

 

D’un autre côté, il faut être sûr que la chèvre est bel et bien une chèvre avant d’essayer de l’emmener. Il ne faut pas prendre un loup pour une chèvre. De plus le loup et la chèvre sont interchangeables. Une chèvre , si elle n’est pas emmenée à temps, peut se changer en loup affamé pour essayer ses griffes et ses crocs. Un loup peut aussi devenir une chèvre sans défense quand il a survécu à sa force.

 

Dans un contexte militaire, la chèvre représente n’importe quelle faute inattendue de l’ennemi. De même que c’est le général en chef qui décide de "piller une maison en flammes", c’est le plus souvent un général subordonné qui trouve la chèvre et décide de "l’emmener de la main droite". En un mot, cette stratégie nécessite que l’on agisse en fonction des circonstances changeantes. Il faut saisir toute chance de se renforcer et d’affaiblir l’ennemi, pour une victoire mineure, qui tel un coup aux échecs peut décider de l’issue finale de la confrontation.

 

 "Battre l’herbe pour effrayer le serpent"

 

 Ne renseigne pas (vraiment) l’adversaire.

 

 Vérifier ce qui est douteux, démasquer l’ennemi avant de passer à l’action. Revenir et ramener à la lumière les secrets de l’adversaire.*

 

Cette expression vient d’une histoire d’un livre illustré de la dynastie des Tang. Le juge du district de Dangtu, d’après l’histoire, était un homme gourmand qui acceptait autant d’épouses qu’on lui en offrait. Une fois, quelques habitants du district lui remirent en main une pétition accusant l’assistant du juge d’avoir trop d’épouses. Sidéré à cette lecture, le juge écrivit ce qui suit : "Vous avez seulement battu l’herbe, mais le serpent est effrayé".

 

Parfois on peut vouloir éviter de battre l’herbe pour ne pas effrayer le serpent et le voir s’échapper. De même, un commandant militaire est souvent prévenu de restreindre les engagements mineurs et impulsifs Ave l’ennemi de peur d’exposer ses intentions et le dispositif de déploiement de ses troupes. Ceci est particulièrement vrai si l’on prépare une attaque surprise. Cependant, dans d’autres circonstances, il est tout indiqué de mettre en oeuvre une opération découverte, même de petite envergure, pour tester les forces et faiblesses de l’ennemi avant de lancer une offensive totale.

 

"Faire revivre un corps mort"

 

 Utilise quelque chose de mort
pour parvenir à tes fins.

 

 Celui qui est utile refuse qu’on l’utilise, alors que l’inutile demande qu’on l’utilise.

 

"Ce n’est pas moi qui cherche l’aide du jeune sot, mais le jeune sot qui cherche mon aide".

 

Selon la mythologie populaire chinoise, l’esprit d’un défunt, excepté dans les cas extrêmes lorsqu’il est envoyé pour souffrir en enfer ou bien élevé comme immortel au paradis, peut trouver réincarnation soit dans un bébé à naître, soit dans un corps bien conservé. Ainsi quand quelque chose qui fut étouffé dans le passé, revit sous une nouvelle apparence, on en dit qu’elle a "fait revivre un corps mort".

 

Cette stratégie recommande l’utilisation de ce qui est apparemment inutile à la guerre. Au moment du déclin d’une dynastie, nombreux sont les vaillants militaires qui viennent rivaliser pour la domination de l’empire. Un chef éclairé comprend que les victoires militaires ne sont pas suffisantes pour asseoir sa puissance. Il doit s’assurer un soutien populaire, pouvant ainsi toujours obtenir combattants et provisions pour compenser ses pertes sur le champ de bataille. Une bonne façon d’arriver à cette fin est d’encourager le sens de la légitimité (régnante) parmi le simple peuple. Il peut proclamer être en position de prendre le contrôle de l’empire, soit en tant que descendant d’une victime illustre de la dynastie renversée (si cette dernière est considérée comme irrémédiablement corrompue) ou bien en tant que parent éloigné de la maison impériale (si la dynastie déclinante est considérée comme victime de ministres félons). Si il n’est pas en mesure de le faire lui-même, il peut alors envoyer à sa place quelqu’un qui aura un tel statut et qu’il fera passer pour son maître. Bien-sûr il aura soin de se débarrasser de lui une fois son pouvoir établi.

 

 "Attire le tigre hors de la montagne"

 

 Pousse l’adversaire à déployer
ses meilleurs éléments loin de leur base.

 

 Attendre que le temps épuise l’ennemi et tramer un complot pour l’attirer. Quand avancer amène à l’obstruction, il faut reculer.

 

Dans un contexte militaire, un tigre dans sa montagne symbolise un ennemi puissant qui jouit de la protection d’une cité fortifiée, d’un camp retranché, d’un col montagneux stratégique ou d’une voie d’eau tumultueuse et sauvage. Celui qui commande une armée disciplinée est averti de ne pas se lancer à l’attaque d’un tel ennemi.

 

Un proverbe chinois ne dit-il pas :

 

"Gisant sur le sable, le dragon est importuné par les crevettes,
descendant dans la plaine, le tigre est rudoyé par les chiens."

 

Ainsi, que ce soit en vue de l’annexion de territoires ennemis ou en vue de la destruction de ses forces militaires, il faudra s’efforcer d’éloigner  

 

"Laisser s’éloigner pour mieux piéger"

 

 N’éveille pas chez l’adversaire
l’esprit de contre-attaque.

 

 Pressez l’ennemi (vaincu) et il contre-attaquera ; laissez le prendre le large et il affaiblira sa position. Suivez-le à proximité mais sans trop le presser. Poussez-le à gaspiller son énergie et sapez son moral. Après qu’il se soit éparpillé, soumettez-le sans même teinter de sang vos épées. Attente, la sincérité amène la fortune.*

 

La guerre est très coûteuse même pour le vainqueur. Généralement, il est plus profitable de mener une prompte bataille et d’anéantir au plus vite l’ennemi. Pourtant dans certains cas il faut rester prêt à saisir l’occasion, en attendant patiemment que se développe une situation avantageuse. Face à un ennemi puissant, il est par exemple parfois très déconseillé de passer immédiatement à l’action. Au lieu de cela, il faut user des conditions naturelles présentes et de savantes manœuvres pour consumer les forces et le moral de l’ennemi avant d’engager la bataille proprement dite.

 

Par conséquent, en contradiction apparente Ave l’idée reçue de la suprême importance qu’a la rapidité dans l’action militaire, ce stratagème met en exergue la nécessité de l’attente.

 

En particulier, cette stratégie recommande d’attendre lorsque l’un (des deux) a l’avantage. Car soumis à une vive attaque, un ennemi encerclé sera forcé de se battre jusqu’à la mort. Si on l’encercle sans l’assaillir violemment tout en lui laissant une issue de secours, l’ennemi ne tardera pas à perdre ses esprits. Ainsi, afin de détruire l’armée ennemie en l’acculant dans une position adverse, il convient de préparer cette situation en usant progressivement l’ennemi plutôt qu’en l’agressant sauvagement de peur d’éveiller en lui une résistance désespérée. D’un autre côté, le général ennemi peut mettre délibérément ses troupes dans une position inextricable afin de les forcer à se "battre Ave leurs tripes." (Cf. Stratégie Vingt-Huit).

 

Naturellement, l’ajournement est une méthode inhabituelle qui ne doit être utilisée qu’avec d’extraordinaires précautions. Avant de décider d’interrompre l’action, il faut avant tout s’assurer que ses propres troupes puissent se permettre l’attentisme et que rien ne risque de survenir dans l’intervalle qui placerait l’ennemi dans une meilleure position.
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les 36 stratégies(2)

17 Juillet 2005 Publié dans #enseignements tactiques

"Se défaire d’une brique
pour attirer le jade"

 

 Utiliser un appât
(ou l’équivalent)
pour faire une grosse prise.

 

 Abusez l’ennemi avec des faux-semblants. Punissez la naïveté juvénile (ou le jeune naïf).*

 

L’expression est tirée de l’histoire de deux poètes de la dynastie Tang. A cette époque le célèbre poète Zhao Xia était sur le point d’aller visiter Suzbou, la ville des jardins, dans le sud. Le poète Chang Jian l’apprit, il se douta que Zhao ne manquerait pas de s’arrêter au Temple Ling Yang (Temple de la Pierre Pensante), il s’y rendit alors le premier et écrivit deux vers sur un des murs. Lorsque Zhao Xia arriva à son tour et vit les deux vers de Chang, il en écrivit deux autres complétant ainsi le poème. Il est généralement admis que les deux derniers vers étaient de loin supérieurs aux premiers de Chang Jian. Ainsi on dit de ce dernier qu’il s’est "défait d’une brique pour attirer le jade. De nos jours l’expression à toujours la faveur de ceux qui veulent paraître modeste. Par exemple une personne à qui on demande de parler en premier dans une réunion pourra dire, dans le sens de la modestie, qu’elle va "se défaire d’une brique pour attirer le jade."

 

Dans un contexte militaire, la brique et le jade font référence respectivement aux feintes et aux véritables manœuvres. Pour employer une autre expression populaire qui parle de l’astuce consistant à "faire passer des yeux de poissons pour des perles." Tout d’abord, le général offre à l’ennemi un appât, qui peut être un faible détachement de troupes, des chariots de provisions peu gardés, ou quelque troupeau de bœufs ou de chevaux qui semblent sans protection. Appâté par un gain aisé, l’ennemi avancera pour capturer le leurre. Ainsi le général aura gagné l’initiative en manœuvrant l’ennemi comme il l’entendait et déjà la bataille sera à moitié gagnée avant même d’avoir commencé.

 

"Pour prendre des bandits
d’abord prendre leur chef "

 

 Vise le cheval en premier afin d’atteindre le cavalier.

 

 Briser la force principale de l’ennemi et capturer les chefs pour anéantir tout l’ensemble.

 

Le dragon contraint de se battre sur le sol est dans une impasse.*

 

Cette expression est issue d’un poème du poète Tang Du Fu :

 

"Pour dessiner un arc, dessines-en un qui soit puissant
Pour choisir des flèches, prends celles qui sont longues
Pour atteindre des cavaliers, atteint d’abord leurs montures
Pour prendre des bandits, prends d’abord leur chef."

 

Le terme de bandit est ici un nom d’emprunt pour désigné les forces ennemies qui après la capture de leur chef s’éparpilleront et s’enfuiront. Quand vous combattez un tel ennemi, vous pouvez vous contenter de prendre le meneur et ses compagnons succomberont.

 

Le plus souvent, le quartier général de l’ennemi est situé à la position la plus favorable. Dans le but de vaincre un semblable adversaire, vous pouvez détruire d’abord ses forces armées. Une telle intervention n’est pas souhaitable mais souvent nécessaire en temps de guerre, vous pouvez pourtant l’éviter quand il arrive que le centre de l’adversaire soit situé à un point faible. En cherchant une brèche dans la ligne de défense ennemie, vous pouvez contourner ses bastions fortifiés et attaquer sa base principale par un chemin détourné. Après la capture du commandant adverse, ses subordonnés seront plus capables de se battre par eux-mêmes.

 

 "Retirer le feu de sous le chaudron"

 

 Prive l’adversaire de ressources avant de l’attaquer,
va à la racine, prend des mesures radicales,
fait une cure complète.

 

 Eviter une confrontation de puissance avec l’adversaire et chercher à affaiblir sa position à l’image du lac et du ciel.*

 

Il doit être complètement fou l’homme qui essaye de faire bouillir de l’eau en ôtant et en reposant le chaudron dans l’âtre. Un général qui se jette la tête la première sur un ennemi plus puissant commet le même genre d’erreur avec des conséquences bien plus graves. Ainsi cette stratégie enseigne qu’il ne faut pas rechercher l’engagement avec l’adversaire avant d’avoir réussi à déduire sa puissance de combat, principalement en sapant le moral de ses troupes.

 

 "Troubler l’eau
pour prendre le poisson"

 

 Les poissons semblent perdus
et désabusés dans les eaux troublées,
ainsi ils deviennent des proies faciles.

 

Crée une situation de panique et de chaos,
l’adversaire ne pourra ainsi ni penser ni voir clair
et ne saura comment se conduire
dans un moment de tension extrême.

 

 Tirer avantage des dissensions internes de l’ennemi et faire usage de sa faiblesse et de son manque de jugement.*

 

Un élément habituel dans les opérations offensives : la surprise, peut être issue de la duperie envers l’ennemi aussi bien que par la mobilité de vos propres troupes. Un commandant prévoyangt comprend cela, en général la duperie peut-être employée mais vous ne pouvez vous y fier absolument. A savoir que vous pouvez espérer gagner un avantage si la ruse fonctionne, mais vous devez être préparé à l’idée qu’elle échoue. Cependant, vous pouvez vouloir prendre un risque plus grand si les forces ennemies subissent des désordres causés par des luttes internes ; alors vous serez en mesure de planifier une attaque-surprise qui dépendra uniquement de la duperie.

 

Un des usages typiques de cette stratégie est d’habiller vos forces avec l’uniforme de l’ennemi, de pénétrer à l’intérieur de son territoire et d’attaquer son point vulnérable.

 

 "Le scarabée d’or opère sa mue"

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                       Quand tu t’échappes, fais-le très secrètement sans que cela se sache.
Construit un faux bastion afin de dissuader l’ennemi d’attaquer,
alors retire-toi discrètement en laissant un nid vide.

 

                                    

 

Maintenire à l’intérieur la forme originelle et adopter au dehors une posture originale, ainsi les alliés n’auront pas de doutes et les ennemis ne bougeront pas. Soumission et instabilité mènent au déclin.*

 

A une certaine distance, la dépouille du scarabée ressemble au scarabée lui-même. Celui qui cherche à capturer un scarabée peut être distrait par la dépouille pendant que le scarabée s’enfuit. Ainsi cette maxime met en valeur une méthode d’évasion : maintenir l’apparence de l’inaction pendant que l’on agit en secret.

 

A la guerre, la retraite n’est pas plus aisée que l’avancée. Une armée qui fait retraite est exposée à une attaque sur ses arrières ; le repli peut se transformer en débandade si les forces supérieures de l’ennemi poursuivent leur offensive. Par conséquent, il faut mettre sur pieds une "retraite-surprise" en se repliant dans un mouvement brusque et en même temps maintenir l’apparence de l’inaction.

 

Dans un sens plus large cette stratégie requiert que vous fassiez usage de faux-semblants pour préserver le secret de vos manœuvres militaires.

 

"Verrouiller la porte
pour capturer les voleurs"

 

 Pour détruire complètement un adversaire faible, ne laisse aucune porte de sortie pour qu’il ne s’échappe pas. Utilise l’encerclement complet. Si tu laisses un adversaire, même faible s’enfuit, il risque de revenir par la suite.

 

 Précipiter la chute d’un ennemi moins nombreux dans un piège sans issue. Il n’est pas favorable de poursuivre.*

 

Lorsque de retour chez-vous, vous vous apercevez qu’un voleur s’est introduit par effraction dans votre maison, vous pouvez soit : rester en retrait pour le laisser partir avant d’appeler de l’aide, soit, refermer la porte sur lui pour couper sa voie de fuite et entrer ensuite pour le capturer.

 

Avec la première stratégie vous avez une petite chance de capturer le voleur même si vous devez ensuite engager l’aide de nombreuses personnes. Mais si vous pensez être capable de traiter vous-même Ave lui, ou si une aide rapide est à portée de main, vous devez adopter le second plan, pour prendre les bandits sur le fait.

 

Pour appliquer cette stratégie à la guerre, il est primordial de s’assurer avant tout si l’ennemi est grand ou petit (faible ou fort). Bien-sûr, cela signifie la puissance de combat autant que le nombre de soldats. Le mot voleur ou bandit désigne une petite unité qui mène des opérations sporadiques de type guérilla. Grâce à sa petite taille, elle possède une mobilité et une vitesse hors du commun, pouvant ainsi saisir toutes les opportunités d’harasser son adversaire. La stratégie conseille l’encerclement puis l’annihilation comme meilleure méthode pour traiter une telle force de guérilla. Une application typique consiste à laisser la porte ouverte, attirer les voleurs dans la maison et verrouiller la porte pour les capturer.

 

Par exemple, après avoir appris le projet ennemi d’une attaque de nuit contre votre camp, vous pouvez retirer vos troupes et laisser le campement vide. Lorsque l’ennemi y entre, vous conduisez vos hommes à barrer tous les cotés et à former un encerclement serré. Vous pouvez aussi utiliser une armée-appât pour mener l’ennemi vers une embuscade qui n’admette aucune issue.

 

"S’allier avec les pays lointains
et attaquer son voisin"

 

 Des adversaires distants peuvent être des alliés temporaires. Essaie de ne pas avoir trop d’ennemis en même. Une autre expression familière prévient que "l’eau lointaine ne convient pas pour éteindre l’incendie proche." Le danger immédiat doit être traité le premier. S’il n’y a pas de court terme, inutile d’en chercher un long.

 

 Quand la situation est bloquée et les possibilités restreintes, cherchez le profit à proximité et maintenez le danger au loin. Le feu au dessus du lac.*

 

Dans l’ancienne période des royaumes combattants, Qin émergea comme l’état le plus puissant et entreprit de détruire ses rivaux afin de gagner le contrôle de toute la Chine. Bien que supérieur en force à chacun des autres états, Qin n’était pas de taille face aux puissances combinées de tous les autres. Il adopta donc un plan consistant à éliminer un par un ses rivaux. La stratégie clef de cette entreprise fut l’alliance avec les états lointains à l’heure d’attaquer ceux qui étaient voisins. Elle fut proposée par Fan Sui le fameux homme d’état de cette époque. L’application avec succès de ce plan mena à l’unification de la Chine sous la dynastie Qin.

 

Même une puissante armée ne peut se permettre de mener plusieurs batailles en même temps. Cette stratégie recommande donc au chef de guerre de traiter avec ses différents ennemis les uns après les autres. Ainsi vous êtes prévenus contre la tentation de rechercher des gains superficiels qui n’amènent aucun profit concret. En lançant une expédition contre un pays lointain, vous pouvez gagner une grande renommée. Mais la campagne sera à la fois coûteuse et risquée. Même si elle se déroule favorablement, on ne peut espérer conquérir et conserver le moindre pied de terre. Il est préférable d’attaquer un état voisin tout en s’assurant de bonnes relations avec les pays lointains afin qu’ils ne puissent pas secourir l’agressé.

 

 "Demander passage pour attaquer Guo"

 

 Aide le faible lorsqu’il ne peut vaincre sans aide.
De simples mots ne le sauveront pas ; l’action parle plus fort que les mots.

 

 Un petit état se trouve coincé entre deux voisins puissants. Si l’un d’eux essaie de l’amener à se soumettre, l’autre sera capable d’en prendre le contrôle sous prétexte de l’aider. Celui qui parle n’est pas entendu.*

 

La bataille dont est tirée cette stratégie eut lieu durant la période ""Printemps et Automne" quand la guerre avait évolué d’un sport saisonnier pour les nobles en une technique conçue pour gagner pouvoir et ressources. Dans l’intention d’annexer Yu et Guo, deux petits voisins, le puissant état de Jin (Tsin) demanda d’abord un passage à Yu pour attaquer Guo.

 

Après la conquête de Guo, les troupes de Jin attaquèrent et détruisirent Yu lors de leur retour.

 

Cette stratégie indique que l’on doit adopter des solutions au coup par coup quand on est confronté avec plus d’un seul adversaire. Même un état très puissant ne peut se permettre de mener deux guerres de front. A l’heure de dresser des plans de conquête, il ne faut choisir qu’un adversaire à la fois. Ce pourra être l’attaque d’un voisin tout en maintenant de bonnes relations avec les états lointains, comme dans la stratégie précédente, ou bien ce pourra être demander un passage à un état voisin pour en attaquer un distant.

 

 "Voler les poutres
et échanger les piliers"

 

Sabote, immobilise ou détruit ton adversaire en lui ôtant la clef de son soutien.

 

 Pousser l’ennemi à changer fréquemment son dispositif de bataille, disloquer sa force principale et faire souffler un vent de panique lorsqu’il est proche de la défaite. Stopper la roue.*

 

Depuis la plus haute antiquité les "formations de bataille" sont une caractéristique de l’histoire militaire de la Chine. Une formation typique possède un "axe central" (poutre du Ciel) s’étendant de l’avant à l’arrière, et un "axe horizontal" (pilier de la Terre) mettant en relation les flancs gauche et droit. Les deux axes, composés des meilleurs combattants, servent à maintenir la cohérence de la formation. Quand elle est assaillie, une formation ne cèdera le passage qui lorsque ces deux axes seront disloqués. Par conséquent, l’attaquant devra employer un groupe de choc pour briser la formation adverse et en déplacer les axes. Il peut aussi user de ruses pour semer le désordre dans la structure ennemie avant de lancer une attaque frontale.

 

Cette stratégie fait également référence à un principe général : semer la confusion dans les rangs ennemis avant de l’engager dans la bataille. De cette façon, vous pourrez mettre à nu et combattre le centre vital du dispositif de l’adversaire.

 

 

 

 

 

N.B. : D’autres commentateurs comprennent ce stratagème comme une invitation à
démembrer l’armée de vos propres alliés afin :
1. de vous accaparer leurs troupes d’élites
2. de contrôler leurs forces pour qu’ils ne puissent se retourner contre vous,

 

"Ceci est la meilleur tactiques lorsque l’on doit combattre un ennemi aux côtés
d'un autre ennemi que l'on souhaite annexer."

 

 "Injurier l’acacia en désignant le mûrier"

 

 le fort utilise les punitions pour amener le faible à la soumission.
La sévérité adéquate porte ses fruits,
une action risquée ne rencontrera pas d’obstacles.

 

 Le fort utilise les punitions pour amener le faible à la soumission. La sévérité adéquate porte ses fruits, une action risquée ne rencontrera pas d’obstacles.*

 

Dans la famille chinoise antique, une concubine insatisfaite de la domination exercée par la première épouse n’ose généralement pas l’affronter de face. Elle peut à la place chercher avec l’aide d’une servante de la première épouse une faute qui lui soit imputable. C’est une application domestique du vingt-sixième stratège.

 

Dans un contexte militaire, cette phrase véhicule une idée similaire à celle du dicton chinois bien connu : "Tuer la poule pour effrayer le singe". Comparé à la poule, le singe est bien plus difficile à tuer, mais il peut être amené à la soumission par la frayeur suscitée par la mort de ladite poule. Plus fréquemment, on tue la poule pour effrayer tout un groupe de poules, singes, ou autres.

 

Un commandant militaire peut effrayer jusqu’à la soumission deux types de personnes : ses propres troupes ou bien un groupe puissant sans allégeance formelle. Dans ce dernier cas, il doit avoir un moyen de pression sur ceux qu’il entend apeurer. Ainsi, par exemple, quand le dirigeant de l’alliance de plusieurs groupes de bandits veut amener les chefs des différents groupes à une soumission totale, il peut isoler le plus puissant de ceux-ci et le détruire entièrement. Il ne choisira pas de les détruire tous, en partie parce qu’ils lui sont utiles, mais aussi principalement parce que cela serait au delà de ses forces de les combattre tous ensemble. A l’exception du premier empereur des Qin, la plupart des fondateurs de dynasties en Chine adoptèrent cette stratégie pour éliminer leurs principaux rivaux.

 

Ce plan peut aussi être utilisé pour renforcer la discipline militaire lorsque le commandant punit sévèrement quelqu’un que ses hautes relations rendaient irrespectueux des règlements et rebelle face à la hiérarchie.

 

 "Jouer l’idiot sans être fou"

 

 Laisse l’adversaire sous-estimer tes capacités.

 

 Feindre l’ignorance et ne pas bouger, vaut mieux que feindre la connaissance et faire des mouvements imprudents. Rester immobile et dissimuler ses propres intentions.

 

Les nuages et le tonnerre symbolisent la difficulté initiale.*

 

En temps de guerre, l’effet de surprise peut être obtenu soit par le secret, en adaptant vos manœuvres à celles de l’ennemi, soit par la duperie, en faisant en sorte que l’ennemi mésestime l’objectif de vos mouvements à découvert. Le secret est la méthode usuelle et elle est immédiatement applicable à grande échelle.

 

Celui qui n’est pas prêt à l’action peut entreprendre des manœuvres extravagantes pour distraire l’adversaire. Encore qu’une telle stratégie de "jouer l’idiot..." offre souvent à l’ennemi des indices pour détecter vos intentions réelles. En général, le dirigeant militaire essaie de se conformer à la maxime chinoise "Au repos soit tranquille comme une jeune vierge, en mouvement soit vif comme le lapin fraîchement libéré". Quand il n’est pas prêt, il fait l’ignorant.

 

Cette stratégie préconise également au commandant de ne pas expliquer ses ordres à ses hommes.

 

"Monter sur le toit et retirer l’échelle"

 

 Attire l’ennemi dans un piège, puis isole-le.

 

 Placer l’armée adverse dans une situation apparemment favorable, la pousser à avancer, la couper de toute coordination ou renfort, et la mener dans une impasse.

 

D’aucuns sont empoisonnés dans une situation impropre.*

 

Cette stratégie sous-entend l’utilisation d’une "échelle" dans le cadre d’un piège tendu pour annihiler l’ennemi. L’échelle fait référence aux moyens par lesquels l’adversaire est guidé jusqu’au centre du traquenard. Il peut s’agir de feindre l’épuisement si le commandant ennemi est arrogant, de l’appât du gain s’il est avide, ou de défaites répétées s’il est hésitant.

 

Ce plan peut aussi servir à discipliner vos propres troupes à la manière d’une autre expression familière (en Chine) : "briser les chaudrons et couler les bateaux". Confronté à des forces ennemies supérieures, vous pouvez placer vos hommes dans une position dépourvue de toute retraite et ainsi ils combattront de tout leur cœur. "La bête aux abois se bat jusqu’à la mort". Un commandant qui comprend cette stratégie est capable, avec des forces inférieures, de rivaliser contre un ennemi plus puissant que lui. Réciproquement, quand il assiégera un ennemi plus faible, il laissera une brèche dans l’encerclement pour empêcher que l’ennemi ne combatte avec "l’énergie du désespoir".

 

 "Sur l’arbre les fleurs s’épanouissent"

 

 Exagère afin de tromper ton adversaire,
laisse le croire que tu es puissant.

 

 Exploiter les forces externes (alliés) pour créer une situation favorable, ainsi une petite armée acquerra une grande force.

 

L’oie sauvage s’approche graduellement du chemin des nuages. Ses plumes peuvent être utilisées pour les rites.*

 

Attachez de très réalistes fleurs de soie à un arbre qui ne fleurit plus, et même les plus suspicieux le croiront capable de fleurir. En temps de guerre si vous manquez de puissance, vous pouvez avoir recours à des forces externes (conditions naturelles, alliés, ou même un ennemi particulièrement stupide) pour mener à bien cette stratégie. Au minimum, vous serez capable d’intimider ou de distraire l’adversaire et de retarder sur votre point faible. Et au mieux, vous pourrez transformer

 

 "Changer la position
de l’invité et de l’hôte"

 

 Pour changer de place ou de position,
renverse la situation..

 

 Saisir l’opportunité de faire un premier pas, puis s’emparer du coeur de l’adversaire. Avancer pas à pas*. Quand un hôte est si maladroit, qu’il ne sait pas comment recevoir un invité, ce dernier peut en arriver à dicter au nom de son hôte le déroulement nécessaire de la rencontre. Ainsi sont échangés les rôles respectifs de l’hôte et de l’invité. Cette expression peut aussi décrire une personne présomptueuse qui s’empare du travail d’un autre jusque dans ses propres mains.

 

Dans cette stratégie, il est recommandé à l’invité d’usurper le rôle de l’hôte. Par exemple, un seigneur de la guerre attaqué par des forces ennemies supérieures peut être contraint de rechercher l’aide de ses alliés. Il devra alors assumer le rôle de l’hôte, et, l’allié venu à son secours, agira comme l’invité. Devant la faiblesse de l’hôte, l’invité pourra secrètement subvenir l’autorité de l’hôte et prendre le contrôle de ses troupes. Cela fini, l’invité sera devenu l’hôte.

 

Dans le vocabulaire militaire chinois, l’invité fait référence au camp qui lance une attaque à l’intérieur du territoire de son adversaire et qui, par conséquent, assume le rôle de l’hôte en assurant la défense de son nouveau pays. Bien que conservant l’initiative d’être l’attaquant, l’invité souffre de nombreux désavantages. Il doit transporter des provisions sur de grandes distances, combattre sur un terrain inconnu, traiter avec une population hostile, et faire le siège de cités bien fortifiées. Un attaquant expérimenté peut trouver plusieurs voies surpassant ces difficultés. Il peut feindre la faiblesse et leurrer l’armée des défenseurs pour qu’elle s’aventure à l’attaquer à l’extérieur dans un lieu bien choisi. De cette façon, l’attaquant qui combat sur le territoire de l’adversaire peut faire de l’ennemi, son invité et obtenir l’avantage de la position de l’hôte pour lui-même.

 

"Le piège de la belle"

 

 Intoxique ou accapare ton ennemi avec une activité consommatrice de temps ou d’énergie, de la sorte tu diminueras son esprit combatif.

 

 Si les forces ennemies sont puissantes, essayer de subjuguer le général ; si le général est prudent, essayer d’anéantir sa volonté. Quand le général devient incapable et les soldats indolents, leur capacité de combat décroît.

 

Il est bénéfique de résister à l’invasion ; la sécurité peut être obtenue par l’unité interne.*

 

La guerre est une continuation de la politique, son résultat peut par conséquent être influencé par des manœuvres politiques à l’extérieur du champ de bataille. Il y a deux pratiques souvent adoptées par les dirigeants militaires du passé : l’usage d’agents doubles pour semer le trouble dans les rangs adverses, et l’utilisation de belles jeunes femmes pour faire perdre l’esprit au souverain de l’état ennemi.

 

L’histoire officielle de la Chine ancienne renferme bon nombre de cas de femmes dont la beauté était si irrésistible, qu’elles pouvaient renverser des royaumes. Envoyée dans un pays hostile, une telle beauté sans égale a pour mission, non de recueillir des informations militaires, mais bien de corrompre le souverain en le faisant succomber à des plaisirs lascifs pour qu’il néglige les affaires de l’état.

 

L’homme, de nature Yang (fort et rigide), combat avec ses poings. La femme, de nature Yin (faible et souple), use de ses sourires et de ses larmes. Comme le ruissellement de l’eau qui use même la pierre la plus dure, le faible peut subjuguer le fort. Cette stratégie insiste donc sur le principe général de l’emploi du faible contre le fort, le "piège de la

 

 "Le piège de la ville vide"

 

 Fait naître le doute dans le camp adverse en lui présentant quelque chose de vraiment simple ;
laisse l’ennemi surestimer tes capacités.

 

 Afficher une apparence faible lorsque l’on est en position de faiblesse, créera le doute chez un ennemi déjà dubitatif. Utilisé par le faible contre le puissant, cela fera mieux que les meilleures ruses.

 

La duperie, en temps de guerre, vise à donner une fausse impression de vos propres forces et intentions à l’ennemi. La pratique habituelle consiste à simuler la faiblesse quand vous êtes puissant et la puissance lorsque vous êtes faible.

 

Mais ce genre de ruse est devenu un tel lieu commun que même un commandant de capacité moyenne ne prendra pas pour argent comptant l’apparence extérieure de son adversaire. Il en résulte la nécessité d’une mise en oeuvre inhabituelle de ce plan au moyen de l’étalage effectif de vos forces et faiblesses. La duperie est alors consommée lorsque l’ennemi prend ce qu’il voit pour de fausses apparences.

 

Le schéma de la ville vide est un plan risqué, adopté uniquement dans les situations désespérées pour intimider pour intimider l’ennemi en lui révélant vos propres faiblesses . Cette stratégie est d’ordinaire utilisée quand une ville faiblement défendue est subitement encerclée par une force ennemie plus puissante. Quand les défenseurs de cette ville s’aperçoivent que leur résistance ne leur permettra pas de tenir jusqu’à l’arrivée des renforts ; ou quand une tentative de sortie se solderait par une annihilation totale du fait des poursuites ennemies : alors bien-sûr, ils peuvent dresser de nombreuses bannières de guerre le long des murs et battre bruyamment les tambours de bataille, mais pour un ennemi rusé une telle démonstration de puissance est précisément un signe de faiblesse. C’est en de tels moments qu’ils doivent décider de se tourner vers ce plan. Les soldats seront ôtés des murs de fortifications, on ouvrira les portes de la ville et on ordonnera au peuple de ne faire aucun bruit. Soupçonnant un piège l’ennemi n’osera avancer pour attaquer. Idéalement, il sera effrayé au point de s’enfuir. A cause du danger impliqué, cette stratégie ne sera utilisée qu’uniquement en cas d’urgence absolue lorsque aucun autre moyen de se défendre n’aura été trouvé et, de préférence quand le général

 

 "Le piège de l’agent double"

 

 Pour répandre de fausses informations, sème méfiance et dissension parmi tes adversaires ;
jette le trouble et la confusion chez l’ennemi au moyen de ses propres contre-espions.

 

 Amener l’ennemi dans son propre piège.

 

L’union intérieure ; on ne s’égarera pas soi-même.*

 

Quand vous détectez un agent ennemi, vous pouvez le faire arrêter puis lui offrir vos plus belles concubines, et ainsi obtenir des informations sur les forces ennemies. Ou bien, comme le prône cette stratégie (polysémie de Jiàn, Cf. annexe I), vous pouvez feindre l’ignorance, donner de faux renseignements à l’espion et le laisser partir faire son rapport au commandant adverse. Prenant ces informations pour des faits, l’ennemi aura un jugement faussé de la situation et ainsi commettra des erreurs stratégiques dans ses plans de bataille.

 

Cette stratégie met en valeur le principe de base consistant à feindre l’ignorance lorsque l’on est en fait bien informé. La connaissance est un élément vital de la force militaire, et vous devez généralement dissimuler vos forces jusqu’au moment de l’action décisive. Lorsque vous étudiez les manœuvres secrètes de l’adversaire, il vaut mieux simuler, ne rien savoir et en même temps prendre les contre-mesures qui s’imposent avec la plus grande discrétion.

 

"Faire souffrir la chair"

 

 Absorbe tes pertes pour gagner la confiance ; inflige-toi une blessure pour susciter des confidences.

 

 Les hommes ne se blessent pas eux-mêmes, la blessure est la preuve du statut de victime. Les activité d’espionnage peuvent être menées à bien lorsque l’ennemi prend pour véritable une fausse blessure.

 

Le jeune fou se soumet, bonne fortune.*

 

Pour permettre qu’un agent gagne la confiance de l’ennemi, vous pouvez le punir sévèrement en public, le jeter en prison et lui permettre ensuite secrètement de s’échapper pour rejoindre le camp adverse. Ainsi cet homme aura les faveurs de l’ennemi et pourra l’amener à sa propre perte de diverses façons allant de la délivrance de faux renseignements à l’assassinat du commandant adverse.

 

Dans un sens plus large, cette stratégie met en relief la méthode de la duperie par le biais de pertes auto-infligées. Par exemple, dans la primitive dynastie de Zhou (XI -VIII) un des dirigeants avait projeté d’envahir un état voisin. Tout d’abord, il fit exécuter un de ses ministres qui était un farouche partisan de cette invasion. Il en résulta, de la part de l’état en question, une perte de vigilance. Alors seulement, le dirigeant Zhou lança son attaque-surprise et détruisit en un seul combat son voisin.

 

Dans certaines circonstances vous envoyez d’abord un officiel de haut rang (ou mieux un noble de votre famille) pour négocier avec l’ennemi, le faisant ainsi se sentir en confiance. Alors seulement, vous lancez l’attaque éclair pour obtenir une victoire majeure (au prix du sacrifice de l’émissaire).

 

"Les stratagèmes entrelacés"

 

 Transforme la force de l’ennemi en faiblesse ; conduis-le jusqu’à ce que son orgueil le fasse chuter. C’est à dire qu’un jeu de stratagèmes liés (une série de stratagèmes) amène ton ennemi à la défaite.

 

 Ne pas affronter un ennemi aux multiples généraux et nombreux soldats. Affaiblir leur position en faisant en sorte que ces troupes se gênent et s’immobilisent elles-mêmes. Le général raffermit son pouvoir sur l’armée. Bonne fortune avec la bénédiction du ciel.*

 

Une victoire résulte souvent d’un plan de bataille circonspect consistant en plusieurs ruses interconnectées. Mis en oeuvre avec promptitude, ils entraînent un réaction en chaîne qui démoralise, affaiblit et, finalement défait les troupes ennemies. Typiquement deux opérations conjointes sont entreprises. La première vise à réduire la marge de manœuvre adverse, et la seconde à annihiler sa force effective.

 

Les stratagèmes entrelacés ont trouvé leur application la plus efficace dans les combats contre les unités de cavalerie, dont la puissance est évidemment liée à la mobilité. Confronté à l’ennemi dès le matin, vous pouvez le défier, le combattre et feindre la défaite. Après vous être replié à quelque distance, vous faites volte-face, lancez un défi et feignez encore une fois d’être vaincu et faites de nouveau retraite. Cherchant avidement l’action décisive, l’ennemi vous poursuivra résolument, sans prendre le temps de se reposer. Parallèlement, si vous avez au préalable planifié ces retraites successives, vous pourrez utiliser les intervalles pour nourrir et faire se reposer vos troupes. A la tombée de la nuit l’ennemi sera épuisé et affamé. Pour la dernière fois, feignez la défaite, et éparpillez des marmites de haricots cuits sur le sol. Quand la cavalerie ennemie arrivera, les chevaux seront attirés par l’odeur de la nourriture et s’arrêteront pour manger. Une grande victoire s’offrira à vous si vous contre-attaquez à ce moment précis.

 

"Courir est le meilleur choix"

 

 Opte contre ! Choisis de ne pas participer,
de ne pas jouer le jeu que ton adversaire joue.

 

 Eviter l’ennemi et préserver les hommes.

 

L’armée fait retraite. Pas de blâme*. Cela ne viole pas la pratique normale de la guerre.

 

Attaqué par un ennemi surpuissant, seules quatre alternatives s’offrent à vous :
- combattre jusqu’à la mort
- négocier la paix avec l’ennemi
- vous rendre
- fuir

 

Combattre jusqu’à la mort et vous rendre sont l’une et l’autre défaite totale, et négocier signifie une demi-défaite. Fuir devient dès lors le meilleur choix. En évitant la défaite aujourd’hui, vous gagnez l’opportunité d’une victoire demain.

 

Une armée ne doit combattre qu’au bon moment, au bon endroit, et contre le bon adversaire. Les images conventionnelles de l’armée victorieuse allant de l’avant et de l’armée vaincue se repliant sont trompeuses car elles entretiennent le mythe de la retraite honteuse.

 

Comme l’indique le Yi Jing (Cf. ci-dessous), la retraite, de même que l’avancée, sont des mouvements naturels lors de la guerre. Ainsi cette stratégie plaide pour l’adoption de la retraite comme meilleur plan lorsque la bataille doit être évitée.

 

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le Hagakuré

17 Juillet 2005 , Rédigé par Yocho Yamamoto Publié dans #enseignements tactiques

 

 

 

 

  « Jusqu'à l’âge de quarante ans, un Samouraï doit veiller à ne pas se laisser séduire par la sagesse et le sens du jugement. Il doit dépendre uniquement de ses capacités et de sa force de caractère. Plus cette dernière est grande, meilleur est le Samouraï.
Même passée la quarantaine, mais cela dépend de l’individu et de sa position sociale, un Samouraï n’est rien s’il n’a pas de force de caractère. »

            

 

 

« Quand une réunion officielle est extrêmement sérieuse et que quelqu’un y introduit, à la légère, des sujets différents, les participants lui expriment souvent de la froideur et s’emportent.
Ceci n’est pas bien. Dans de tels moments, l’étiquette du Samouraï consiste à rester calme et à traiter la personne avec bienveillance. Maltraiter quelqu’un est une conduite digne d’un laquais.

 

 

 

« Une personne qui possède peu de connaissances se donne des airs de savant : c’est une question d’inexpérience.
Quand quelqu’un possède bien quelque chose, cela ne se remarque pas dans son comportement : une telle personne est bien éduquée. »

 

 

 

« Les décisions importantes devraient être prises dans le calme...
Les affaires mineures doivent être étudiées avec sérieux. Il y a peu de problèmes réellement très importants, il ne s’en présente pas plus de deux ou trois dans l’existence. Une réflexion quotidienne vous en convaincra. C’est pourquoi, il est indispensable de prévoir ce qu’il y a lieu de faire en cas de crise. Lorsqu’elle survient, il faut se souvenir de la solution afin de la résoudre en conséquence.
Sans une préparation quotidienne, quand survient une crise délicate, on sera incapable de prendre une décision rapide, ce qui risque d’avoir des conséquences désastreuses. »

 

 

 

S’il veut être prêt à mourir, un Samouraï doit se considérer comme déjà mort ; s’il est diligent dans son service et se perfectionne dans les arts militaires, il ne se couvrira jamais de honte. Mais s’il passe son temps à ne faire égoïstement que ce qui lui plaît, en cas de crise il se déshonorera. Il ne sera même pas conscient de son déshonneur. Si rien ne lui importe, hormis le fait d’être pas en danger et de se sentir heureux, il se laissera aller d’une façon indicible vers un état tout à fait lamentable.
Il est sûr  qu’un Samouraï qui n’est pas préparé à mourir, mourra d’une mort peu honorable.

 

 

 

Lorsque l’on rend visite à un Samouraï éprouvé par le malheur, ce qu’on lui dit pour l’encourager est toujours d’une extrême importance. Il est, en effet, capable de discerner aux travers des paroles, les mobiles véritables qui animent son interlocuteur.
Pour encourager un ami en difficulté, le secret à lui dévoiler est le suivant : un vrai Samouraï ne doit ni pavoiser ni perdre confiance. Il doit être celui qui va de l’avant, sinon il ne réussira pas et sera totalement inutile.

 

 

 

Il existe ce que l’on appelle «l’attitude pendant l’orage ». Quand on est pris dans une averse soudaine, on peut, soit courir le plus vite possible, soit s’élancer pour s’abriter sous les avancées des toits des maisons qui bordent le chemin. De toute façon, on sera mouillé.
Si on se préparait auparavant mentalement, à l’idée d’être trempé, on serait en fin de compte fort peu contrarié à l’arrivée de la pluie.
On peut appliquer ce principe avec profit dans toutes les situations.

 

 

 

La bonté ou la malignité du caractère d’un individu ne se reflète pas dans le succès momentané ou l’échec, ici-bas.
La réussite et l’échec ne sont, somme toute, que manifestations de la nature. Le bien et le mal sont, par contre, des valeurs humaines.
Il est pourtant commode, pour des raisons didactiques, de s’exprimer comme si succès ou échec dans le monde était le résultat direct d’un bon ou d’un mauvais caractère.

 

 

 

Le Seigneur Naoshige avait coutume de dire :
« la voie du Samouraï est la passion de la mort. Même dix hommes sont incapables d’ébranler un être animé d’une telle conviction ». On ne peut accomplir de grands exploits quand on est dans une disposition d’esprit normale.
Il faut devenir fanatique et développer la passion de la mort. Si l’on compte sur le temps pour accroître son pouvoir de discernement, il risque souvent être trop tard pour le mettre en pratique.
La loyauté et la piété filiale sont superfétatoires dans la voie du Samouraï ; ce dont chacun a besoin c’est la passion de la mort.
Tout le reste découlera naturellement de cette passion.

 

 

 

Un vieux proverbe dit : « décidez-vous en l’espace de sept souffles ».
Le seigneur Takanobu Ryuzoti fit un jour cette remarque : « Si un homme hésite trop longtemps à prendre une décision, il s’endort ».
Le Seigneur Naoshige dit aussi : « Si on s’élance sans vigueur, sept sur dix des actions entreprises tournent court. Il est extrêmement difficile de prendre des décisions en état d’agitation. Par contre, si sans s’occuper des conséquences mineures, on aborde les problèmes avec l’esprit aiguisé comme un rasoir, on trouve toujours la solution en moins de temps qu’il n’en faut pour souffler sept fois ».
Il faut considérer les problèmes avec calme et détermination.

 

 

 

« Les décisions importantes devraient être prises dans le calme...
Les affaires mineures doivent être étudiées avec sérieux. Il y a peu de problèmes réellement très importants, il ne s’en présente pas plus de deux ou trois dans l’existence. Une réflexion quotidienne vous en convaincra. C’est pourquoi, il est indispensable de prévoir ce qu’il y a lieu de faire en cas de crise. Lorsqu’elle survient, il faut se souvenir de la solution afin de la résoudre en conséquence.
Sans une préparation quotidienne, quand survient une crise délicate, on sera incapable de prendre une décision rapide, ce qui risque d’avoir des conséquences désastreuses. »

 

 

 

S’il veut être prêt à mourir, un Samouraï doit se considérer comme déjà mort ; s’il est diligent dans son service et se perfectionne dans les arts militaires, il ne se couvrira jamais de honte. Mais s’il passe son temps à ne faire égoïstement que ce qui lui plaît, en cas de crise il se déshonorera. Il ne sera même pas conscient de son déshonneur. Si rien ne lui importe, hormis le fait d’être pas en danger et de se sentir heureux, il se laissera aller d’une façon indicible vers un état tout à fait lamentable.
Il est sûr  qu’un Samouraï qui n’est pas préparé à mourir, mourra d’une mort peu honorable.

 

 

 

Lorsque l’on rend visite à un Samouraï éprouvé par le malheur, ce qu’on lui dit pour l’encourager est toujours d’une extrême importance. Il est, en effet, capable de discerner aux travers des paroles, les mobiles véritables qui animent son interlocuteur.
Pour encourager un ami en difficulté, le secret à lui dévoiler est le suivant : un vrai Samouraï ne doit ni pavoiser ni perdre confiance. Il doit être celui qui va de l’avant, sinon il ne réussira pas et sera totalement inutile.

 

 

 

Il existe ce que l’on appelle «l’attitude pendant l’orage ». Quand on est pris dans une averse soudaine, on peut, soit courir le plus vite possible, soit s’élancer pour s’abriter sous les avancées des toits des maisons qui bordent le chemin. De toute façon, on sera mouillé.
Si on se préparait auparavant mentalement, à l’idée d’être trempé, on serait en fin de compte fort peu contrarié à l’arrivée de la pluie.
On peut appliquer ce principe avec profit dans toutes les situations.

 

 

 

La bonté ou la malignité du caractère d’un individu ne se reflète pas dans le succès momentané ou l’échec, ici-bas.
La réussite et l’échec ne sont, somme toute, que manifestations de la nature. Le bien et le mal sont, par contre, des valeurs humaines.
Il est pourtant commode, pour des raisons didactiques, de s’exprimer comme si succès ou échec dans le monde était le résultat direct d’un bon ou d’un mauvais caractère.

 

 

 

Le Seigneur Naoshige avait coutume de dire :
« la voie du Samouraï est la passion de la mort. Même dix hommes sont incapables d’ébranler un être animé d’une telle conviction ». On ne peut accomplir de grands exploits quand on est dans une disposition d’esprit normale.
Il faut devenir fanatique et développer la passion de la mort. Si l’on compte sur le temps pour accroître son pouvoir de discernement, il risque souvent être trop tard pour le mettre en pratique.
La loyauté et la piété filiale sont superfétatoires dans la voie du Samouraï ; ce dont chacun a besoin c’est la passion de la mort.
Tout le reste découlera naturellement de cette passion.

 

 

 

Un vieux proverbe dit : « décidez-vous en l’espace de sept souffles ».
Le seigneur Takanobu Ryuzoti fit un jour cette remarque : « Si un homme hésite trop longtemps à prendre une décision, il s’endort ».
Le Seigneur Naoshige dit aussi : « Si on s’élance sans vigueur, sept sur dix des actions entreprises tournent court. Il est extrêmement difficile de prendre des décisions en état d’agitation. Par contre, si sans s’occuper des conséquences mineures, on aborde les problèmes avec l’esprit aiguisé comme un rasoir, on trouve toujours la solution en moins de temps qu’il n’en faut pour souffler sept fois ».
Il faut considérer les problèmes avec calme et détermination.

 

 

 

Celui qui a peu de connaissances devient vite prétentieux et se délecte à l’idée d’être un être compétent.
Ceux qui vantent leurs contemporains seront inévitablement punis par quelques manifestement du ciel.
Un homme qui ne sait pas se faire apprécier des autres ne saura d’aucune utilité à personne malgré sa haute compétence. Celui qui travaille âprement et sait rester modeste, qui se réjouit de la position subordonnée qu’il occupe tout en respectant ses pairs, sera grandement estimé.

 

 

 

Si vous désirez vous parfaire, le meilleur moyen pour y parvenir est de solliciter l’opinion des autres et de rechercher leurs critiques.
La plupart des gens tentent de se perfectionner en se fiant à leur seule faculté d’appréciation. Le seul résultat qu’ils obtiennent est de ne pas faire de progrès significatifs…
Les hommes qui recherchent les critiques des autres sont déjà supérieurs à la plupart.

 

 

 

La première parole prononcée par un Samouraï, en quelque circonstance que ce soit, est extrêmement importante. Il révèle par cette seule parole toute sa valeur.
En temps de paix, le langage signe la valeur. Mais, de même, par temps de trouble et de destruction, la grande bravoure peut se révéler par un seul mot.
On peut dire que ce mot unique est la fleur de l’âme.

 

 

 

Un Samouraï doit toujours éviter de se plaindre, même dans la vie courante. Il doit être sur ses gardes pour ne jamais laisser échapper un mot traduisant la faiblesse.
Une remarque anodine faite par inadvertance révèle souvent la valeur de celui qui l’a exprimée.

 

 

 

Un homme dont la réputation est basée sur son habilité pour une technique précise est insignifiant.
En concentrant toute son énergie sur un seul objet, il y est certes devenu excellent mais s’est abstenu de s’intéresser à autre chose. Un tel homme n’est d’aucune utilité.

 

 

 

Quel que soit le sujet, rien n’est impossible à faire qu’en on est déterminé. On peut alors remuer ciel et terre à sa convenance. Mais quand l’homme n’a pas de cœur au ventre, il ne peut s’en persuader. Remuer ciel et terre sans efforts est une simple question de concentration.

 

 

 

Maître Ittei disait encore :
« pour bien faire, il fait en un mot : endurer la souffrance ».
Ne pas accepter de souffrir est mauvais. C’est un principe qui ne souffre aucune exception.

 

 

 

D’après les anciens, un Samouraï doit être remarqué pour son excessive ténacité. Une chose faite avec modération peut être jugée insuffisante. Il faut «en faire trop » pour ne pas commettre d’erreur. C’est ce type de principe qu’il ne faut pas oublier.

 

 

 

Quand on a décidé de tuer quelqu’un, même si l’entreprise paraît difficile à réaliser sans hésiter, il ne sert à rien d’essayer de le faire par des moyens détournés. Le cœur peut fléchir, l’occasion manquer et en fin de compte tout peut échouer. La voie du Samouraï est celle de l’action immédiate et c’est pourquoi il est préférable de «foncer tête baisée ».

 

 

 

Quand on rencontre des gens, on devrait savoir saisir rapidement leur caractère et réagir de façon appropriée à telle ou telle personne.
Quand on rencontre quelqu’un qui aime argumenter, il faut lui tenir tête et l’emporter par la supériorité de la logique, sans toutefois être trop sévère de façon à ce qu’aucun ressentiment ne subsiste.
C’est tout à la fois une question de cœur et de mots.
C’est un conseil qui fut donné par un prêtre.

 

 

 

Uesugi Kenshin disait : « je n’ai jamais su ce qu’était gagner du début à la fin, j’ai seulement compris qu’il ne fallait jamais être inférieur à la situation et cela est important. Il est gênant qu’un Samouraï ne soit pas à la hauteur. Si nous n’étions pas constamment en dessous de la situation, nous ne nous sentirions jamais dans l’embarras.

 

 

 

Alors même qu’on vient d’avoir la tête tranchée, on devrait être encore capable de faire avec sûreté une dernière chose. Les derniers instants de Nitta Yoshisada le prouvent : s’il avait eu l’esprit faible, il serait tombé au moment exact ou sa tête fut tranchée. Ce fut récemment le cas de Ono Doken. Ces faits relèvent de la détermination.
Quand on possède valeur martiale et détermination, même la tête coupée, tout comme un esprit vengeur, on ne meurt pas.

 

 

 

Il est bon de considèrer le monde comme un rêve. Quand on fait un cauchemar et qu’on se réveille, on se dit que ce n’était qu’un rêve.
On dit que le monde dans lequel nous vivons n’est pas très diffèrent d’un rêve.

 

 

 

Le moine Keiho raconte que le seigneur Aki avait dit un jour que la vertu martiale était le fanatisme.
J’ai constaté que cela s’accordait avec ma propre résolution et dès lors je suis devenu de plus en plus extrême dans mon fanatisme.

 

 

 

Il est bon d’aborder les difficultés dans sa jeunesse car celui qui n’a jamais souffert n’a pas pleinement trempé son caractère.
Un Samouraï qui se décourage ou abandonne face à l’épreuve, n’est d’aucune utilité.

 

 

 

On ne peut changer son époque. Dès lors que les conditions de vie se dégradent régulièrement, la preuve est faite que l’on a pénètré dans la phase ultime du destin.
On ne peut, en effet, être constamment au printemps ou en été, il ne peut pas non plus faire jour en permanence ; c’est pourquoi il est vain de s’entêter à changer la nature du temps présent pour retrouver les bons vieux jours du siècle dernier. L’important est d’œuvrer pour que chaque moment soit aussi agréable que possible.
L’erreur de ceux qui cultivent la nostalgie du passé vient de ce qu’ils ne saisissent pas cette idée.
Mais ceux qui n’ont de considération que pour l’instant présent et affectent de détester le passé font figure de gens bien superficiels.

 

 

 

On doit enseigner aux jeunes Samouraïs les vertus martiales de façon à ce que chacun d’entre eux soit convaincu être le plus brave guerrier du Japon.
Parallèlement, les jeunes Samouraïs doivent évaluer quotidiennement leur progrès au regard de la Voie et se défaire au plus vite de leurs imperfections. Cet examen quotidien est la condition pour atteindre le but recherché.

 

 

 

Celui qui a peu de connaissances devient vite prétentieux et se délecte à l’idée d’être un être compétent.
Ceux qui vantent leurs contemporains seront inévitablement punis par quelques manifestement du ciel.
Un homme qui ne sait pas se faire apprécier des autres ne saura d’aucune utilité à personne malgré sa haute compétence. Celui qui travaille âprement et sait rester modeste, qui se réjouit de la position subordonnée qu’il occupe tout en respectant ses pairs, sera grandement estimé.

 

 

 

Si vous désirez vous parfaire, le meilleur moyen pour y parvenir est de solliciter l’opinion des autres et de rechercher leurs critiques.
La plupart des gens tentent de se perfectionner en se fiant à leur seule faculté d’appréciation. Le seul résultat qu’ils obtiennent est de ne pas faire de progrès significatifs…
Les hommes qui recherchent les critiques des autres sont déjà supérieurs à la plupart.

 

 

 

La première parole prononcée par un Samouraï, en quelque circonstance que ce soit, est extrêmement importante. Il révèle par cette seule parole toute sa valeur.
En temps de paix, le langage signe la valeur. Mais, de même, par temps de trouble et de destruction, la grande bravoure peut se révéler par un seul mot.
On peut dire que ce mot unique est la fleur de l’âme.

 

 

 

Un Samouraï doit toujours éviter de se plaindre, même dans la vie courante. Il doit être sur ses gardes pour ne jamais laisser échapper un mot traduisant la faiblesse.

 

 

 


Un homme dont la réputation est basée sur son habilité pour une technique précise est insignifiant.
En concentrant toute son énergie sur un seul objet, il y est certes devenu excellent mais s’est abstenu de s’intéresser à autre chose. Un tel homme n’est d’aucune utilité.

 

 

 

Quel que soit le sujet, rien n’est impossible à faire qu’en on est déterminé. On peut alors remuer ciel et terre à sa convenance. Mais quand l’homme n’a pas de cœur au ventre, il ne peut s’en persuader. Remuer ciel et terre sans efforts est une simple question de concentration.

 

 

 

Maître Ittei disait encore :
« pour bien faire, il fait en un mot : endurer la souffrance ».
Ne pas accepter de souffrir est mauvais. C’est un principe qui ne souffre aucune exception.

 

 

 

D’après les anciens, un Samouraï doit être remarqué pour son excessive ténacité. Une chose faite avec modération peut être jugée insuffisante. Il faut «en faire trop » pour ne pas commettre d’erreur. C’est ce type de principe qu’il ne faut pas oublier.

 

 

 

Quand on a décidé de tuer quelqu’un, même si l’entreprise paraît difficile à réaliser sans hésiter, il ne sert à rien d’essayer de le faire par des moyens détournés. Le cœur peut fléchir, l’occasion manquer et en fin de compte tout peut échouer. La voie du Samouraï est celle de l’action immédiate et c’est pourquoi il est préférable de «foncer tête baisée ».

 

 

 

Quand on rencontre des gens, on devrait savoir saisir rapidement leur caractère et réagir de façon appropriée à telle ou telle personne.
Quand on rencontre quelqu’un qui aime argumenter, il faut lui tenir tête et l’emporter par la supériorité de la logique, sans toutefois être trop sévère de façon à ce qu’aucun ressentiment ne subsiste.
C’est tout à la fois une question de cœur et de mots.
C’est un conseil qui fut donné par un prêtre.

 

 

 

Uesugi Kenshin disait : « je n’ai jamais su ce qu’était gagner du début à la fin, j’ai seulement compris qu’il ne fallait jamais être inférieur à la situation et cela est important. Il est gênant qu’un Samouraï ne soit pas à la hauteur. Si nous n’étions pas constamment en dessous de la situation, nous ne nous sentirions jamais dans l’embarras.

 

 

 

Alors même qu’on vient d’avoir la tête tranchée, on devrait être encore capable de faire avec sûreté une dernière chose. Les derniers instants de Nitta Yoshisada le prouvent : s’il avait eu l’esprit faible, il serait tombé au moment exact ou sa tête fut tranchée. Ce fut récemment le cas de Ono Doken. Ces faits relèvent de la détermination.
Quand on possède valeur martiale et détermination, même la tête coupée, tout comme un esprit vengeur, on ne meurt pas.

 

 

 

Il est bon de considèrer le monde comme un rêve. Quand on fait un cauchemar et qu’on se réveille, on se dit que ce n’était qu’un rêve.
On dit que le monde dans lequel nous vivons n’est pas très diffèrent d’un rêve.

 

 

 

Le moine Keiho raconte que le seigneur Aki avait dit un jour que la vertu martiale était le fanatisme.
J’ai constaté que cela s’accordait avec ma propre résolution et dès lors je suis devenu de plus en plus extrême dans mon fanatisme.

 

 

 

Il est bon d’aborder les difficultés dans sa jeunesse car celui qui n’a jamais souffert n’a pas pleinement trempé son caractère.
Un Samouraï qui se décourage ou abandonne face à l’épreuve, n’est d’aucune utilité.

 

 

 

On ne peut changer son époque. Dès lors que les conditions de vie se dégradent régulièrement, la preuve est faite que l’on a pénètré dans la phase ultime du destin.
On ne peut, en effet, être constamment au printemps ou en été, il ne peut pas non plus faire jour en permanence ; c’est pourquoi il est vain de s’entêter à changer la nature du temps présent pour retrouver les bons vieux jours du siècle dernier. L’important est d’œuvrer pour que chaque moment soit aussi agréable que possible.
L’erreur de ceux qui cultivent la nostalgie du passé vient de ce qu’ils ne saisissent pas cette idée.
Mais ceux qui n’ont de considération que pour l’instant présent et affectent de détester le passé font figure de gens bien superficiels.

 

 

 

On doit enseigner aux jeunes Samouraïs les vertus martiales de façon à ce que chacun d’entre eux soit convaincu être le plus brave guerrier du Japon.
Parallèlement, les jeunes Samouraïs doivent évaluer quotidiennement leur progrès au regard de la Voie et se défaire au plus vite de leurs imperfections. Cet examen quotidien est la condition pour atteindre le but recherché.

 

 

 

Il existe un dicton qui dit :  « lorsque l’eau monte, le bateau fait de même ».
En d’autres termes, face aux difficultés, les facultés s’aiguisent. Il est vrai que les hommes courageux cultivent sérieusement leurs talents quand les difficultés auxquelles ils sont confrontés sont importantes.
C’est une erreur impardonnable que de se laisser abattre par les épreuves.

 

 

 

Si les dieux ignorent mes prières sous prétexte que j’ai été souille par le sang de l’ennemi, je ne peux rien y faire, si ce n’est de poursuivre mes actes avec dévotion sans me soucier de la souillure.
Même si, comme on le dit, j’ai pour ma part une attitude qui m’est propre.
Je n’oublie jamais mon heure de prière quotidienne. Et même si sur-le-champ de bataille, je suis éclabousse par le sang, j’ai confiance en l’efficacité de mes prières adresses aux dieux, pour obtenir le succès militaire ou m’assurer une  longue vie.

 

 

 

La vie ne dure qu’un instant, il faut avoir la force de la vivre en faisant ce qui nous plaît le plus.
Dans ce monde fugace comme un rêve, vivre dans la souffrance en ne faisant que des choses déplaisantes est pure folie. Ce principe, mal interprété, peut toutefois être nuisible, aussi ai-je décidé de ne pas l’enseigner aux jeunes gens…
J’adore le sommeil. En réponse à la situation actuelle du monde, je pense ce que j’ai de mieux à faire est de rentrer dormir chez moi.

 

 

 

Il arrive souvent qu’un homme qui jouit de grandes facultés et qui est conscient de sa valeur, devienne de plus en plus arrogant.
Il est difficile de connaître réellement ses qualités mais il est encore plus difficile d’admettre ses faiblesses.
C’est le maître Zen Kaion, qui a fait cette réflexion.

 

 

 

La dignité d’un être se mesure à l’impression extérieure qu’il donne.
Il y a de la dignité dans l’effort et l’assiduité ; dans la sérénité et la discrétion. Il y a de la dignité dans l’observation des règles de conduite et dans la droiture. Il y a aussi de la dignité à serrer les dents et à garder les yeux ouverts : toutes ces attitudes sont visibles de l’extérieur.
Ce qui est capital, c’est d’agir toujours avec dignité et sincérité.

 

 

 

Il est mal de médire, il n’est pas mieux de louer autrui a tout propos. Un Samouraï doit connaître son envergure, observer la discipline sans se laisser distraire et parler le moins possible.

 

 

 

Un homme courageux doit rester calme et ne jamais donner l’impression être débordé.
Seuls les gens insignifiants, dont le caractère se révèle agressif, recherchent à tout prix la renommé et se heurtent à tous ceux qu’ils côtoient.

 

 

 

Dans un débat ou une dispute, il faut savoir perdre vite pour perdre avec élégance.
Ainsi dans la lutte Sumo, si pour vaincre à tout prix on se met à tricher, on devient pire qu’un vaincu, on est à la fois perdant et inélégant.

 

 

 

Quelqu’un a dit un jour : « Il y a deux sortes d’orgueil, l’orgueil interne et l’orgueil externe. Un Samouraï qui ne possède pas les deux est d’une utilité douteuse ». L’orgueil peut être aiguisé puis réintroduite dans le fourreau.

 

 

 

De temps en temps, elle en est tirée, brandie, puis nettoyé pour être remise dans le fourreau. Si le sabre d’un Samouraï est toujours tiré, s’il est tout le temps levé, les gens le craindront et il aura de la peine à se faire des amis. Si au contraire, il ne sort jamais de son fourreau, la lame se ternira et se couvrira de rouille et, les gens ne craindront plus celui qui le porte.

 

 

 

On devrait écouter avec respect et gratitude les paroles d’un homme de grande expérience, même s’il parle des choses que l’on sait déjà. Il arrive parfois, qu’après avoir entendu dix ou vingt fois la même chose, on ait une intuition soudaine et que cette intuition transcende la signification habituelle.
On a tendance à regarder de haut les personnes âgées et à ne pas prendre au sérieux leurs bavardages. On devrait au contraire, se souvenir qu’elles ont le bénéfice d’une longue et réelle expérience.

 

 

 

Un homme, Hyogo Naritomi, dit un jour : « La vraie victoire signifie la défaite de son ami. Gagner sur son allié veut dire remporter sur soi-même ; c’est la victoire de l’esprit sur le corps ».
Un Samouraï a le devoir quotidien de cultiver son esprit et d’exercer son corps de façon à ce qu’aucun – parmi mille alliés – ne puisse l’atteindre. Sans cela, il ne sera certainement jamais capable de défaire un ennemi.

 

 

 

On considéra toujours comme naturelles la qualification et la compétence d’un Samouraï quelle que soit la façon extraordinaire dont il accomplit ses exploits. Si ses performances sont comparables à celles de ses contemporains, on le trouvera de piètre valeur. Par contre, si quelque banal quidam insouciant réalise quelque chose de façon légèrement supérieure à la moyenne, il sera grandement loué.

 

 

 

L’absolue  loyauté vis à vis de la mort doit être mise en œuvre tous les jours.
On doit aborder chaque aube en méditant tranquillement, en pensant à sa dernière heure et en imaginant les différentes manières de mourir : tué par une flèche, par un boulet, tranché par le sabre, submergé par les flots, sautant dans un incendie, foudroyé par l’éclair, écrasé dans un tremblement de terre, tombant d’une falaise, victime d’un malaise ou de mort soudaine. On doit commencer sa journée en pensant à la mort.
Comme disait un vieil homme : « Quand vous quittez votre toit, vous pénétrez dans le royaume des morts ; quand vous portez, vous rencontrez l’ennemi ». Cette maxime ne préconise pas la prudence mais la ferme résolution de mourir.

 

 

 

Si vous vous lancez dans une grande entreprise, ne vous souciez surtout pas des accrocs de peu d’importance.

 

 

 

Il n’est pas grave qu’un Samouraï se révèle égoïste de temps à autre, s’il est par ailleurs parfaitement loyal et dévoué à son maître, s’il est brave et généreux en règle générale.
En fait, il est plutôt mauvais être toujours parfait en toutes choses, parce qu’on a alors tendance à perdre de vue qu’on peut être faillible. Un homme qui se lance à l’aventure ne peut pas ne pas commettre de fautes.
Quelle importance peut, en effet, avoir une erreur minime dans le destin d’un homme qui cultive l’honneur et l’intégrité.

 

 

 

Quand le Seigneur Katsushige était jeune, le Seigneur Naoshige, son père, lui enseigna ceci :
« Pour t’exercer à la coupe au sabre, va trancher la tête de quelques condamnes à mort ». Ainsi fut fait.
Sur la place, qui se trouve à présent à l’intérieur de l’enceinte de la Porte Ouest, des hommes furent alignes et Katsushige les décapita, l’un après l’autre.
Quand il en vint au dizieme, il s’aperçut qu’il était jeune et fort et dit « Je suis las, j’épargne la vie de cet homme ». Cet homme eut la vie sauve.

 

 

 

Kenshim Uesugi fit, un jour, la remarque suivante :  « Je ne connais pas de recettes pour assurer la victoire. Ce que je sais, c’est qu’il faut saisir toute possibilité et ne jamais laisser s’échapper une occasion ».
Ce commentaire ne manque pas d’intérêt.

 

 

 

Il existe un dicton qui dit :  « lorsque l’eau monte, le bateau fait de même ».
En d’autres termes, face aux difficultés, les facultés s’aiguisent. Il est vrai que les hommes courageux cultivent sérieusement leurs talents quand les difficultés auxquelles ils sont confrontés sont importantes.
C’est une erreur impardonnable que de se laisser abattre par les épreuves.

 

 

 

Si les dieux ignorent mes prières sous prétexte que j’ai été souille par le sang de l’ennemi, je ne peux rien y faire, si ce n’est de poursuivre mes actes avec dévotion sans me soucier de la souillure.
Même si, comme on le dit, j’ai pour ma part une attitude qui m’est propre.
Je n’oublie jamais mon heure de prière quotidienne. Et même si sur-le-champ de bataille, je suis éclabousse par le sang, j’ai confiance en l’efficacité de mes prières adresses aux dieux, pour obtenir le succès militaire ou m’assurer une  longue vie.

 

 

 

La vie ne dure qu’un instant, il faut avoir la force de la vivre en faisant ce qui nous plaît le plus.
Dans ce monde fugace comme un rêve, vivre dans la souffrance en ne faisant que des choses déplaisantes est pure folie. Ce principe, mal interprété, peut toutefois être nuisible, aussi ai-je décidé de ne pas l’enseigner aux jeunes gens…
J’adore le sommeil. En réponse à la situation actuelle du monde, je pense ce que j’ai de mieux à faire est de rentrer dormir chez moi.

 

 

 

Il arrive souvent qu’un homme qui jouit de grandes facultés et qui est conscient de sa valeur, devienne de plus en plus arrogant.
Il est difficile de connaître réellement ses qualités mais il est encore plus difficile d’admettre ses faiblesses.
C’est le maître Zen Kaion, qui a fait cette réflexion.

 

 

 

La dignité d’un être se mesure à l’impression extérieure qu’il donne.
Il y a de la dignité dans l’effort et l’assiduité ; dans la sérénité et la discrétion. Il y a de la dignité dans l’observation des règles de conduite et dans la droiture. Il y a aussi de la dignité à serrer les dents et à garder les yeux ouverts : toutes ces attitudes sont visibles de l’extérieur.
Ce qui est capital, c’est d’agir toujours avec dignité et sincérité.

 

 

 

Il est mal de médire, il n’est pas mieux de louer autrui a tout propos. Un Samouraï doit connaître son envergure, observer la discipline sans se laisser distraire et parler le moins possible.

 

 

 

Un homme courageux doit rester calme et ne jamais donner l’impression être débordé.
Seuls les gens insignifiants, dont le caractère se révèle agressif, recherchent à tout prix la renommé et se heurtent à tous ceux qu’ils côtoient.

 

 

 

Dans un débat ou une dispute, il faut savoir perdre vite pour perdre avec élégance.
Ainsi dans la lutte Sumo, si pour vaincre à tout prix on se met à tricher, on devient pire qu’un vaincu, on est à la fois perdant et inélégant.

 

 

 

Quelqu’un a dit un jour : « Il y a deux sortes d’orgueil, l’orgueil interne et l’orgueil externe. Un Samouraï qui ne possède pas les deux est d’une utilité douteuse ». L’orgueil peut être aiguisé puis réintroduite dans le fourreau.

 

 

 

De temps en temps, elle en est tirée, brandie, puis nettoyé pour être remise dans le fourreau. Si le sabre d’un Samouraï est toujours tiré, s’il est tout le temps levé, les gens le craindront et il aura de la peine à se faire des amis. Si au contraire, il ne sort jamais de son fourreau, la lame se ternira et se couvrira de rouille et, les gens ne craindront plus celui qui le porte.

 

 

 

On devrait écouter avec respect et gratitude les paroles d’un homme de grande expérience, même s’il parle des choses que l’on sait déjà. Il arrive parfois, qu’après avoir entendu dix ou vingt fois la même chose, on ait une intuition soudaine et que cette intuition transcende la signification habituelle.
On a tendance à regarder de haut les personnes âgées et à ne pas prendre au sérieux leurs bavardages. On devrait au contraire, se souvenir qu’elles ont le bénéfice d’une longue et réelle expérience.

 

 

 

Un homme, Hyogo Naritomi, dit un jour : « La vraie victoire signifie la défaite de son ami. Gagner sur son allié veut dire remporter sur soi-même ; c’est la victoire de l’esprit sur le corps ».
Un Samouraï a le devoir quotidien de cultiver son esprit et d’exercer son corps de façon à ce qu’aucun – parmi mille alliés – ne puisse l’atteindre. Sans cela, il ne sera certainement jamais capable de défaire un ennemi.

 

 

 

On considéra toujours comme naturelles la qualification et la compétence d’un Samouraï quelle que soit la façon extraordinaire dont il accomplit ses exploits. Si ses performances sont comparables à celles de ses contemporains, on le trouvera de piètre valeur. Par contre, si quelque banal quidam insouciant réalise quelque chose de façon légèrement supérieure à la moyenne, il sera grandement loué.

 

 

 

L’absolue  loyauté vis à vis de la mort doit être mise en œuvre tous les jours.
On doit aborder chaque aube en méditant tranquillement, en pensant à sa dernière heure et en imaginant les différentes manières de mourir : tué par une flèche, par un boulet, tranché par le sabre, submergé par les flots, sautant dans un incendie, foudroyé par l’éclair, écrasé dans un tremblement de terre, tombant d’une falaise, victime d’un malaise ou de mort soudaine. On doit commencer sa journée en pensant à la mort.
Comme disait un vieil homme : « Quand vous quittez votre toit, vous pénétrez dans le royaume des morts ; quand vous portez, vous rencontrez l’ennemi ». Cette maxime ne préconise pas la prudence mais la ferme résolution de mourir.

 

 

 

Si vous vous lancez dans une grande entreprise, ne vous souciez surtout pas des accrocs de peu d’importance.

 

 

 

Il n’est pas grave qu’un Samouraï se révèle égoïste de temps à autre, s’il est par ailleurs parfaitement loyal et dévoué à son maître, s’il est brave et généreux en règle générale.
En fait, il est plutôt mauvais être toujours parfait en toutes choses, parce qu’on a alors tendance à perdre de vue qu’on peut être faillible. Un homme qui se lance à l’aventure ne peut pas ne pas commettre de fautes.
Quelle importance peut, en effet, avoir une erreur minime dans le destin d’un homme qui cultive l’honneur et l’intégrité.

 

 

 

Quand le Seigneur Katsushige était jeune, le Seigneur Naoshige, son père, lui enseigna ceci :
« Pour t’exercer à la coupe au sabre, va trancher la tête de quelques condamnes à mort ». Ainsi fut fait.
Sur la place, qui se trouve à présent à l’intérieur de l’enceinte de la Porte Ouest, des hommes furent alignes et Katsushige les décapita, l’un après l’autre.
Quand il en vint au dizieme, il s’aperçut qu’il était jeune et fort et dit « Je suis las, j’épargne la vie de cet homme ». Cet homme eut la vie sauve.

 

 

 

Kenshim Uesugi fit, un jour, la remarque suivante :  « Je ne connais pas de recettes pour assurer la victoire. Ce que je sais, c’est qu’il faut saisir toute possibilité et ne jamais laisser s’échapper une occasion ».
Ce commentaire ne manque pas d’intérêt.

  

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Traité des Cinq Roues( laTerre)

17 Juillet 2005 , Rédigé par M Musashi Publié dans #enseignements tactiques

En général, la tactique est la loi des samouraïs et ce sont surtout les officiers qui la pratiquent, mais les simples soldats eux-mêmes doivent la connaître. Dans le monde d'aujourd'hui aucun samouraï n'a compris d'une façon certaine la Voie de la tactique. Tout d'abord, pour donner un sens clair de la Voie, je dirai: dans le bouddhisme la Voie vient en aide aux hommes; dans le confucianisme la Voie corrige les Lettres; dans la médecine la Voie guérit les maladies; certains poètes enseignent la Voie de la poésie; les artistes, les tireurs à l'arc ou les gens appartenant à n'importe quel autre domaine des arts, exercent chacun leur art comme ils l'entendent et l'aiment selon leur idée tandis que pour la tactique, rares sont ceux qui l'aiment.

En premier lieu, les samouraïs sont familiers avec deux voies: les Lettres et les arts militaires. C'est en cela que consiste leur Voie et même s'ils ne sont pas dignes d'Elle, les samouraïs doivent porter tous leurs efforts sur la tactique militaire selon leur grade. Lorsque je réfléchis à ce que doit être un samouraï, je suis convaincu qu'il doit être intime avec l'idée de la mort, mais la Voie de la mort n'est pas le seul fait des samouraïs. Les bonzes eux-mêmes, les femmes, les paysans, même les gens appartenant aux plus basses classes de la société doivent savoir décider de leur mort face à leur devoir ou à la honte. En ce sens il n'y a aucune différence entre les samouraïs et eux. Mais les samouraïs, quant à eux, poursuivent en plus la Voie de la tactique. Ils se doivent d'être supérieurs en tout à leurs adversaires. Ou bien ils gagnent dans un combat singulier, ou bien ils sortent vainqueurs d'une bataille. Ils recherchent les honneurs et un haut rang social pour leur seigneur et pour eux-mêmes. Tout ce qu'ils obtiennent est dû aux vertus de la tactique. D'autres pensent qu'étudier la Voie de la tactique ne peut servir à rien au moment où l'on en a besoin. S'il en est ainsi, il faut alors s'exercer à la tactique de telle façon qu'elle soit utile à ,'importe quel moment et il faut l'enseigner de telle manière qu'elle soit applicable à tous les domaines. C'est en cela que consiste la vraie Voie de la tactique.

Sur la Voie de la tactique;

 En Chine et au Japon ceux qui pratiquaient cette Voie étaient traditionnellement appelés experts en la tactique. Quant aux samouraïs ils ne peuvent se passer de l'étudier. De nos jours, des gens vivent en se prétendant tacticiens, mais cela se borne en fait qu'à l'escrime. Des prêtres shintoïstes appartenant aux sanctuaires Kashima et Katori situés dans la province Hitachi (nord-est de Tokyo) ont fondé des écoles d'escrime transmettant l'enseignement des divinités. Ils vont de provinces en provinces pour répandre ces écoles. Le mot de tacticien utilisé aujourd'hui a ce sens. Depuis les temps les plus reculés il est dénombré dix disciplines et sept arts parmi lesquels la tactique figure sous le nom de moyens d'avoir l'avantage. Ainsi la tactique peut-être considérée comme une forme d'art. Mais comme elle fut désignée sous l'appellation moyens d'avoir l'avantage, la tactique ne peut être bornée seulement à l'escrime. Si on la borne seulement à l'escrime on ne peut même connaître l'escrime, et naturellement, on est inapte à la saisir sur un plan militaire plus large.

Lorsque je regarde autour de moi, je constate que tout le monde fait commerce de l'art, que les hommes eux-mêmes sont considérés comme des marchandises, que l'on ne fabrique des objets que dans le but de les vendre. Prenons par exemple une fleur et un fruit. On donne souvent moins d'importance au fruit qu'à la fleur, surtout dans notre Voie de la tactique où on est sujet à se laisser aller au décorum, à la fioritures et à faire montre de technique. Telle ou telle salle d'exercice est créée pour enseigner cette sorte de tactique et ainsi tout le monde s'y exerce en vue d'un bénéfice quelconque. D'après un dicton, "une tactique non mûrie est l'origine de grandes blessures". C'est vrai.

En général, il y a quatre états de vie: samouraïs, paysans, artisans et commerçants.

1°) Paysans: ils possèdent divers outils et instruments agricoles. Ils observent sans cesse la succession des quatre saisons. C'est ainsi que s'écoule leur vie. C'est la façon de vivre des paysans.

2°) Commerçants: les brasseurs de sake utilisent les outils et instruments adaptés à leur profession, et à cause de cela ils passent leur vie à obtenir de plus ou moins grands bénéfices. Dans tous les domaines du commerce, les commerçants font des bénéfices qui vont selon leurs activités et ils passent leur vie grâce à ces bénéfices. C'est la façon de vivre des commerçants.

3°) Samouraïs: quant aux samouraïs ils inventent toutes sortes d'armes. Ils doivent connaître les caractéristiques de chaque espèce d'arme. C'est la façon de vivre des samouraïs. Si un samouraï n'était pas familier avec les armes et qu'il ignore les caractéristiques de chaque arme, cela ne serait-il pas insensé ?.

4°) Artisans: prenons pour exemple les charpentiers qui fabriquent avec habileté toutes sortes d'outils et instruments qu'ils étudient bien, ils corrigent leurs erreurs au moyen de mesures. Ils travaillent sans prendre de loisir et ainsi passent leur vie.

La vie de ces samouraïs, paysans, artisans et commerçants représentent quatre façons différentes de vivre.

Maintenant, je vais comparer la tactique à la spécialité du charpentier. L'idée m'est venue d'un parallèle avec la spécialité du charpentier en pensant au mot école; on dit école de nobles, école de samouraïs, les quatre écoles de cérémonie du thé ou d'ikebana. Ou bien on dit qu'une école est tombée et qu'un autre lui a succédé. Ou bien on dit que tel ou tel cours, telle ou telle leçon, telle ou telle école ... tout cela m'a amené à penser au charpentier. En japonais, charpentier est synonyme de grande habileté. Notre tactique, elle aussi, doit être synonyme de grande habileté et c'est pourquoi je fais la comparaison avec le charpentier. Si vous voulez étudier la tactique réfléchissez bien à ce que vous allez lire dans ce livre. Que le Maître devienne l'aiguille et le disciple le fil, que tous les deux s'exercent sans cesse.

Comparaison de la tactique à l'habileté du charpentier;

Un général est en quelque sorte un maître-charpentier. Les généraux ont le sens des dimensions du monde, ils corrigent les mesures d'une province et connaissent les membres d'un clan. C'est la Voie d'un général (Maître). Le maître-charpentier connaît parfaitement la construction d'un pavillon, d'une tour, d'un temple. Il est capable de dresser les plans d'un palais, d'un château et il édifie des bâtiments en se faisant aider par des ouvriers. Ainsi maître-charpentier et maître-samouraï sont semblables.

Pour édifier un bâtiment le maître-charpentier utilise différentes qualités de bois. Il utilise des bois rectilignes sans noeuds, du meilleur aspect pour la partie réservée à la réception, mais utilise un bois rectiligne plus massif, même ayant quelques noeuds pour les parties privées. Il utilise du bois sans noeuds et de belle apparence, bien que plus faible, pour le seuil, les liteaux, les portes et portes coulissantes. Il utilise du bois à noeuds et tordu, mais robuste aux endroits devant subir une contrainte. S'il les choisit ainsi soigneusement alors le bâtiment ne se dégradera pas d'ici longtemps. Aussi il peut utiliser les bois noueux, tordus et peu solides à la confection des échafaudages et plus tard du chauffage.

Lorsqu'un maître charpentier engage des ouvriers charpentiers il doit s'enquérir de leurs capacités: supérieures, moyennes, ou inférieures. Il les utilisera soit pour aménager le tokonoma sorte d'alcôve vénérée, réservée à l'arrangement de floral ou à l'exposition  d'un sabre ou d'un objet précieux), ou bien à la construction du seuil, des linteaux et plafonds, etc. . Ainsi chaque ouvrier charpentier trouvera sa place. Les moins bons seront planchéieurs et les pires, raboteurs, fabriqueront des coins ou des clavettes. Ainsi, si le maître-charpentier sait adapter la capacité de chacun, alors le rendement sera bon et le résultat excellent. Rendement, beau travail, ne pas prendre les choses à la légère, ne pas perdre de vue l'idée générale, savoir distinguer le degré supérieur, moyen ou inférieur de l'énergie de chacun, donner l'élan et savoir où commence l'impossible sont la règle d'or que chaque maître-charpentier doit avoir en tête. Il en va de même pour le principe de la tactique.

Voie de la tactique;

Les soldats sont comme les charpentiers. Le charpentier polit ses outils, il fabrique toutes sortes d'instruments qu'il range dans un coffre propre à tous les charpentiers. Il reçoit les ordres de son maître, taillade les poutres  à placer verticalement ou horizontalement, façonne les alcôves et étagères, grave et sculpte, prend soigneusement toutes les mesures, prête grande attention à son travail même dans le moindre détail: c'est la règle des charpentiers. Si un charpentier apprend bien son métier, de ses bras et de ses mains, et s'il sait bien reporter les mesures, il deviendra plus tard un maître-charpentier. Le métier de charpentier exige que l'on possède des outils bien appropriés et il est très important de les entretenir dès qu'on a un moment. Seul le charpentier est capable de fabriquer en bois, à l'aide de ses outils: tabernacles, rayonnages, tables, lampes, planches à découper, ou couvercles. Il en va de même pour les soldats. Lecteurs, réfléchissez bien à tout cela.

Les charpentiers ne doivent jamais perdre de vue: précision dans l'exécution, concordance de toutes les parties de l'ouvrage, utilisation parfaite d'un rabot, refus du tape à l'oeil, prévision des dégradations possibles. C'est là le point le plus important pour eux. Si les lecteurs veulent étudier bien cette Voie de la tactique il faut qu'ils aient bien en tête tout ce que j'écris dans ce livre et y bien réfléchir.

Les cinq chapitres de ce livre sur la tactique;

J'ai divisé cet ouvrage en cinq chapitres: Terre, Eau, Vent et Vide dans le but d'exposer séparément les caractéristiques propres à chaque sujet.

Tout d'abord le chapitre Terre. J'y expose la Voie générale de la tactique et la raison d'être de mon école. Si l'on se borne uniquement à l'escrime on ne peut atteindre la vraie Voie. Il faut connaître tout, de l'ensemble jusqu'aux détails, et évoluer du moins profond au plus profond. Comme l'on trace un chemin bien droit sur la terre, j'ai intitulé ce premier chapitre: "Terre".

Deuxième chapitre Eau. L'eau est une très bonne image pour faire comprendre notre principe. Il faut rendre notre esprit semblable à l'eau. L'eau prend la forme des récipients qui la contiennent, qu'ils soient carrés ou ronds. L'eau peut se réduire à une goutte ou atteindre la taille d'un océan. L'eau qui se trouve au fond des gouffres profonds a une couleur d'un vert pur. J'ai tenté de décrire dans ce chapitre l'essence de notre école avec un esprit dont la pureté se rapprocherait de celle de cette eau. Si l'on peut vaincre librement un ennemi parce que l'on possède bien tous les principes de l'escrime, alors on peut vaincre n'importe qui. Les principes  qui permettent de vaincre un seul homme sont applicables pour venir à bout de mille ou dix milles ennemis. La tactique du général applique les règles des petites unités aux grandes unités comme le charpentier exécute une grande statue de Bouddha en partant d'un petit modèle. Je ne m'égarerai pas trop dans les détails de ce sujet. Le principe de la tactique consiste à tout connaître, de l'unité au dix-millième. C'est ainsi que j'ai décrit l'essence de notre école dans ce chapitre intitulé "Eau".

Troisième chapitre Feu. Ce chapitre traite de combats. Le feu peut-être grand ou petit. Il est extravagant. Comparativement au feu je décris ici plusieurs combats. Quant aux méthodes de combat, celles qui sont utilisées dans les combats singuliers peuvent être appliquées à des milliers de combattants. Il faut bien considérer la situation tantôt dans son ensemble, tantôt dans son détail. L'ensemble est facile à voir, mais les détails sont imperceptibles car les actions d'une masse ne peuvent être modifiées rapidement, donc elles sont facile à découvrir tandis que les actions d'une seule personne sont modifiables par une décision unique donc c'est un détail difficile à saisir. Il ne faut pas perdre de vue tout cela. Dans ce chapitre intitulé "Feu", il est question d'action immédiate et il faut s'y exercer chaque jour et s'y accoutumer quotidiennement. Dans les cas d'urgence il faut se montrer prêt, l'esprit immuable. J'ai décrit tout cela dans ce chapitre "Feu" afin d'apporter des chances aux combattants.

Quatrième chapitre Vent. J'ai intitulé ce chapitre "Vent" parce qu'il est question non seulement de notre école mais aussi de tactiques d'autres écoles. Si j'utilise ici le mot "Vent" [en japonais, vent = aspect, allure, caractéristique] c'est parce que l'on a coutume de dire "le vent ancien" [aspect ancien, du passé] , "le vent de notre temps" [les choses dans le vent] , "le vent de telle ou telle famille" [l'air de famille], etc. ... Donc j'ai écris très clairement ici les autres tactiques et la manière propre aux autres écoles et c'est pour cela que j'ai choisi le titre: "Vent". Sans bien connaître les autres, nous ne pouvons bien nous connaître nous-mêmes. Chez les pratiquants de n'importe quelle Voie se trouvent toujours des hérétiques. Même si quelqu'un pratique chaque jour assidûment dans une Voie, s'il est tant soit peu dans l'erreur tout en étant persuadé d'être sur le bon chemin, malgré tous ses efforts, sa Voie ne sera pas la Voie véritable pour quelqu'un de plus perspicace. Si l'on ne se trouve pas sur le bon chemin, la petite erreur du début conduira plus tard à une grande erreur. Il faut bien y réfléchir. Dans les autres écoles la tactique ne s'applique seulement qu'à l'escrime. En un sens elles ont raison, mais chez nous l'escrime n'est qu'une forme de la tactique. J'expose dans ce chapitre les caractéristiques d'autres écoles, afin de faire connaître d'autres tactiques répandues dans le monde.

Cinquième chapitre Vide. J'ai intitulé ce chapitre "Vide", mais le vide, où commence-t-il, où finit-il ?. Lorsque l'on possède complètement une théorie alors il faut s'en détacher. La Voie de la tactique est une voie libre. Tout naturellement on parviens au prodige. Tout naturellement on acquiert un rythme selon l'instant. Tout naturellement on frappe et tout naturellement on fait face. Tout cela est la voie du "Vide". Tout naturellement il faut entrer dans la Voie véritable. C'est tout cela que j'ai décrit dans ce chapitre : "Vide".

Ecole des deux sabres (dénomination de notre école)

A propos des deux sabres, tous les samouraïs, qu'ils soient officiers ou soldats, portent à la ceinture deux sabres. Autrefois on les appelait "le grand sabre" et "le sabre". Aujourd'hui, on les appelle "sabre" et "wakizashi" [en français: petit sabre; mais la traduction littérale est : porté sur le côté]. Je n'ai pas besoin d'expliquer ici en détail que tous les samouraïs portent ces deux sortes de sabre. Dans notre pays les samouraïs ont coutume de les porter tous deux à la ceinture, en sachant ou non pourquoi. J'ai appelé mon école "école des deux sabres" justement dans le but de faire connaître l'avantage que présente le port de ces deux sabres. D'un type différent des lances et hallebardes, par leur maniabilité en toute circonstances les sabres peuvent être conservés à tout moment à portée de la main.

Dans notre école, dès l'entrée on exerce la Voie en ayant constamment les deux sabres en main. C'est là la caractéristique de notre école. Lorsque nous rencontrons la mort en cours de combat il vaut mieux que ce soit en utilisant toutes les armes dont nous disposons. Il est contraire à notre principe de mourir avec une arme inutilisée à notre côté. Mais lorsque nous avons quelque chose dans chaque main, il est difficile de les manoeuvrer aisément ensemble sur la droite et sur la gauche. Le but de notre école consiste à manoeuvrer d'une seule main le grand sabre.

Si cela est hors de question pour les lances, hallebardes et armes de grandes dimensions, par contre le sabre et le petit sabre sont maniables chacun d'une seule main. Il est difficile de manier un sabre à deux mains lorsque l'on se trouve à cheval. Cela est difficile lorsque l'on est en train de courir. Cela est difficile dans les marécages, rizières pleines de boue et sur un chemin caillouteux, sur un terrain en forte pente ou au milieu d'une mêlée. Si l'on a en main gauche un arc, une lance ou n'importe quelle autre arme on est alors contraint de manier le sabre d'une seule main. Or, tenir un sabre des deux mains n'est pas la vraie Voie. Si vous ne pouvez parvenir à pourfendre un adversaire d'une seule main, alors pourfendez-les en deux. Cela n'est pas une perte de temps. Il faut d'abord s'accoutumer à manipuler un sabre d'une seule main. Ainsi dans notre école on apprend à manier les sabres en en ayant un dans chaque main. Pour n'importe qui, prendre pour la première fois un sabre en main semble pesant et de maniement difficile. Toute chose abordée pour la première fois est difficile, par exemple tendre un arc, manier une hallebarde. Au fur et à mesure que l'on se familiarise avec une arme on la manie plus facilement. Par exemple dans le cas d'un arc, n peut alors le tendre fortement. Il en va de même pour un sabre, au fur et à mesure que l'on s'accoutume à le manier on acquiert de l'aisance dans son maniement à force d'habitude.

Un maniement rapide n'est pas l'essentiel de la Voie de sabre. Je traiterai de ce sujet dans le chapitre "Eau". Manier le grand sabre lorsque l'on dispose de beaucoup de place et le petit sabre dans un endroit étroit: c'est là le premier point de la voie du sabre.

Dans notre école il faut vaincre, que l'on ait une arme longue ou une arme courte. La longueur d'un sabre ne nous importe donc pas. Volonté de vaincre par n'importe quelle arme: c'est la Voie de notre école.

Nous préférons utiliser deux sabres plutôt qu'un seul lorsqu'un homme seul se trouve face à plusieurs adversaires ou bien lorsque nous désirons capturer vivant un adversaire.

Je n'exposerai pas tout cela en détail maintenant. Il faut que les lecteurs connaissent à l'aide d'un cas dix mille exemples. Si l'on parvient à la Voie de la tactique, on ne manque pas de les connaître tous sans exception. Il faut bien avoir tout cela en tête [ N.D.T.: on raconte que Musashi enfant était allé s'amuser dans un sanctuaire shintoïste. Il vit un homme battre du tambour. Il fut frappé qu'un seul son sorte bien que l'homme battît avec deux baguettes. Il y vit un rapport avec le maniement des sabres, qui se fait également des deux mains]

Connaître l'avantage de la tactique.

Dans cette Voie, celui qui manie bien le sabre est appelé "tacticien". Dans la Voie des arts martiaux, celui qui tire bien à l'arc est simplement appelé "tireur", celui qui tire bien au fusil est appelé "bon tireur". Lorsque l'on manoeuvre bien une lance on est appelé "lancier", lorsque l'on se sert bien d'une hallebarde on est appelé "hallebardier". Alors il aurait fallu appeler celui qui connaît la Voie du sabre un "sabreur" ou "petit sabreur". L'arc, le fusil, la lance et la hallebarde sont tous des armes de samouraï et ceux qui les manient appartiennent à la Voie de la tactique. Cependant, une raison particulière fait que le sabres est le seul qui appartienne à la Voie de la tactique: l'ordre est maintenu dans le monde et l'on se garde soi-même grâce à la vertu du sabre qui est ainsi l'origine de la tactique. Si l'on atteint à la vertu du sabre on peut, seul, vaincre dix personnes. Si l'on vainc, seul, dix personnes alors cent personnes vaincront mille personnes, mille personnes dix milles personnes. C'est pourquoi dans la tactique de notre école une personne ou dix milles personnes sont considérées comme une seule et même chose et nous appelons l'ensemble des règles des samouraïs: tactique.

Quant aux Voies, il y a celles des confucianistes, bouddhistes,  artistes, professeurs de maintien et danseurs. Chez les samouraïs les Voies ne sont pas séparées les unes les autres. Même si l'on n'appartient pas à une Voie déterminée, si on approfondit et élargit sa propre Voie, alors on peut rencontrer cette autre Voie. Dans tous les cas il est important que les hommes se polissent bien, chacun dans sa propre Voie.

Connaître les qualités de chaque arme

Passons maintenant à la question de l'efficacité des diverses armes. On peut avoir à se servir de n'importe quelle arme selon les circonstances de la vie.

Le petit sabre est adapté aux endroits étroits ou bien lorsque le corps de l'adversaire est proche. Le sabre convient en toute circonstance. La hallebarde est moins adaptée que la lance aux champs de bataille. La lance peut y prendre l'initiative mais la hallebarde y est souvent dominée. Ainsi dans le cas de deux adversaires de même force le lancier dominera légèrement le hallebardier. Mais le lancier et le hallebardier sont peu efficaces dans les endroits étroits. Ils n'ont pas non plus grande efficacité dans les batailles au corps à corps. Lances et hallebardes ne peuvent servir que sur les champs de batailles, où elles ont leur importance. Cependant, pour n'importe quelle arme, si l'on se contente seulement d'en éprouver l'efficacité dans une salle d'exercice, en se perdant dans des détails faisant oublier la vraie pratique, alors celle-ci deviendra inutile dans un combat. L'arc, quant à lui, est bien adapté aux stratagèmes des combats. Auprès d'un corps d'armée de lanciers et autres, l'on peut tirer rapidement et par là l'arc est très commode sur les champs de bataille alors qu'il n'est pas adapté à l'assaut de places fortes ou bien lorsqu'un adversaire se trouve à plus de quarante mètres.

De nos jours l'archerie et tous les arts militaires sont plein de fioritures mais il n'y a presque rien derrière. Les arts militaires de cette sorte ne peuvent servir dans les moments d'urgence. Rien n'est mieux qu'un fusil pour se battre de puis une forteresse. Même sur un champ de bataille l'importance du fusil vient avant celle de la mêlée. Mais une fois la mêlée commencée le fusil ne suffit plus. Une des qualités du tir à l'arc est la possibilité de suivre le trajet de la flèche ce qui permet au tireur de corriger son tir alors qu'une balle de fusil est invisible. C'est là un défaut du fusil. Réfléchissez-y bien. Quant au cheval, l'essentiel est qu'il soit fort et endurant et ne présente aucune singularité. En somme il faut que tout soit solide: cheval bon trotteur, sabre et petit sabre tranchants, lance et hallebarde transperçantes, flèches et fusil robustes. Tout doit être indestructible.

Il ne faut s'attacher avec outrance ni à des armes ni à des outils. Excès, insuffisance sont pareils. Inutile d'imiter les autres. Possédez les armes et les outils qui sont à votre portée. Que l'on soit officier ou simple soldat il n'est pas bien d'aimer certaines choses et d'en haïr d'autres. Méditez-bien sur ce sujet.

A propos du rythme de la tactique

En toute chose il y a rythme. Dans le cas particulier du rythme de la tactique on ne peut l'atteindre sans s'exercer.

Si l'on regarde autour de soi, on constate que l'existence du rythme est claire dans la danse, la musique et les instruments de musique. Lorsque le rythme domine, l'exécution est bonne. Dans le domaine des arts militaires, tels que tir à l'arc, tir au fusil, jusqu'à l'équitation, tout obéit au rythme et à la cadence. Dans tous les arts et techniques on ne peut aller contre le rythme. Dans les affaires abstraites également, c'est le rythme qui domine. Prenons comme exemple la vie d'un samouraï. Elle peut se diviser en rythme des degrés de son ascension, rythme de sa situation décadente, rythme du moment où tout marche bien pour lui, ou rythme du moment où tout est contrariant pour lui. Il en va de même pour celle d'un commerçant: rythme qui lui apporte la richesse ou bien rythme qui la lui fait perdre. Ainsi dans chaque domaine il y a des rythmes différents. Il faut savoir discerner le rythme ascensionnel et le rythme décadent de toute choses. Réfléchissez-y bien. Plusieurs sortes de rythmes se remarquent dans la tactique. Il faut d'abord connaître le rythme concordant, puis comprendre quel est le rythme discordant. Il faut savoir discerner le rythme qui sied bien, le rythme à saisir selon l'occasion et le rythme contrariant, tous les rythmes qu'ils soient larges ou étroits, lents ou rapides, sont caractéristiques de la tactique. Tout particulièrement, si l'on ne saisit pas le rythme contrariant, la tactique ne sera pas sur des bases solides.

Dans les combats de la tactique il faut connaître les rythmes de chaque adversaire et il faut se mettre au rythme inattendu de l'ennemi. Alors on peut vaincre ses adversaires en se mettant sur un rythme "vide" en partant d'un rythme né de l'intelligence. Dans ce livre, il est question principalement du rythme dans chaque chapitre. Il faut bien s'imprégner de ce que je vais écrire afin de bien se forger.

- Exercez-vous matin et soir dans la Voie de la tactique de notre école exposée plus haut. Ainsi vos idées deviendront plus larges d'elles-mêmes et ma tactique se répandra en tant que tactique adaptée à des masses d'individus et à un seul. Je m'exprime pour la première fois sur du papier et cela constituera cinq chapitres: Terre, Eau, Feu, Vent et Vide.

Ceux qui veulent connaître ma tactique doivent obéir aux principes suivants selon lesquels ils peuvent pratiquer la Voie:

1) éviter toutes pensées perverses

2) se forger dans la Voie en pratiquant soi-même, et non par le jeu des idées

3) embrasser tous les arts, et non se borner à un seul

4) connaître la Voie de chaque métier, et non se borner à celui que l'on exerce soi-même

5) savoir distinguer les avantages et les inconvénients de chaque choses

6) en toutes choses s'habituer au jugement intuitif

7) connaître d'instinct ce que l'on ne voit pas

8) prêter attention aux moindres détails

9) ne rien faire d'inutile

Avoir bien en tête tous ces principes généraux et ainsi s'exercer dans la Voie de la tactique. Ce qui est important, c'est que dans cette Voie on ne peut devenir expert en la tactique sans avoir une vue directe et vaste. Si nous possédons bien cette tactique, même seuls face à vingt ou trente adversaires, ceux-ci ne pourront venir à bout de nous. Il faut d'abord avoir toujours présente à l'esprit cette tactique et s'exercer franchement sans relâche. Alors nous vaincrons de nos propres mains et notre vue sera supérieure à celle des autres. Et si votre corps entier se libère à force d'exercices alors vous serez supérieurs aux autres par votre propre corps. Et si votre esprit s'habitue totalement à cette Voie, vous pourrez vaincre grâce à votre propre esprit. Si vous parvenez à ce point, comment pourriez-vous être battus ?

 De même, dans le domaine de la tactique appliquée à des masses d'individus vous vaincrez afin de vous attacher des hommes bons, vous vaincrez afin d'utiliser de nombreux hommes, vous vaincrez afin que votre conduite demeure juste, vous vaincrez afin de gouverner le pays, vous vaincrez afin de nourrir le peuple et vous vaincrez afin de maintenir l'ordre dans le monde. Ainsi, dans tous les domaines vous connaîtrez le moyen de ne pas être battu par les autres. Et enfin vous vous aiderez vous-même et garderez votre honneur: c'est là la Voie de la tactique.

 

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