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Hauts Grades

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Salomon et Hiram l'Architecte

28 Mai 2012 , Rédigé par Montegut Bourjac Publié dans #fondements bibliques de la FM

Le combat du roi Salomon contre les imperfections. L'art royal contre les passions animales.

Cette histoire se déroule dans le pays du roi Salomon il y a 3000 ans et simultanément à l'intérieur de notre conscience tous les jours.
Le récit décrit le combat de l'homme contre ses imperfections.
En nous, Hiram a été assassiné des milliers de fois.

Au début de cette allégorie on trouve 5 personnages.

1° Le roi Salomon représente ou symbolise la partie supérieure de l'homme. La partie qui doit régner et gouverner. La partie qui doit posséder l'art royal, l'art de gouverner.

2° Hiram l'architecte, le bras droit de Salomon, qui doit exécuter et concrétiser les plans du roi.

3° Les 3 mauvais compagnons qui représentent les imperfections dans l'être humain. Imperfections qu'il faut neutraliser, extirper ou tuer. En franc-maçonnerie on les appelle parfois; le fanatisme, l'ambition et l'ignorance, mais il y a bien d'autres.

5 personnages qui peuvent être logés ou inscrits dans chaque bras d'une étoile à cinq (5) branches.

Et finalement, qui sont Salomon et Hiram ? C’est à chacun de nous de trouver ce que ces personnages représentent.

Voici une interprétation possible :

Salomon représente ou symbolise la partie supérieure de l’homme. La partie qui doit régner et prendre des décisions. C’est le Chef qui possède l’art royal, l’art de gouverner. Salomon est un roi presque parfait, mais de notre point de vue, il a le défaut d’être toujours enfermé dans son palais trop éloigné de son peuple. Le son de sa voix dépasse rarement les murs du palais et peu parmi ses citoyens l’entende.


Les philosophes et les psychologues désignent parfois cette partie de l’homme avec de termes comme; l’âme, le soi, le sur-moi ou autres termes semblables.


Hiram est tout le contraire. Il n’est pas enfermé comme Salomon dans un palais à l’abri des dangers et des incertitudes. Il est constamment sur des chantiers dangereux pour surveiller l’exécution des plans du Roi.

Il organise les travaux, il trouve et commande les ouvriers, il monte sur des échafaudages et s’expose à de multiples dangers. Son corps est couvert de cicatrices causées par des accidents de chantier. Comme les autres citoyens du royaume il voit très rarement le roi Salomon qui pourtant lui a confié les grandes lignes pour la construction du temple dédié au perfectionnement de l’homme.

Si Salomon représente l’âme, on pourrait peut-être dire qu’Hiram représente l’homme de tous les jours. C’est l’homme qui se bat avec les événements journaliers de la vie terrestre. C’est lui qui choisit une carrière, c’est lui qui trouve un métier, c’est lui qui fonde une famille.

Il prend des coups sur les chantiers pendant que Salomon, à l’abri dans son palais, élabore les grandes lignes pour la construction du temple.

Comme nous le savons, suite à une inspection tardive d’un de ses chantiers, 3 de ses ouvriers l’ont attaqué et assassiné lâchement, car ils voulaient obtenir quelque chose prématurément qui était refusé par Hiram.

Il faut encore une fois rappeler que pour les francs-maçons Johaben représente le récipiendaire qui doit aller à la recherche des imperfections à l’intérieur de lui-même.

Mais Johaben possède les mêmes défauts que les mauvais compagnons.

Il est irréfléchi et agit par précipitation.

Il manque de patience, de réflexion et maîtrise de soi. Il brûle les étapes en dépassant les ordres de Salomon. Au lieu de faire justice, Johaben se transforme en meurtrier.

La légende d’Hiram nous présente un avenir assez sombre, car celui qui est censé résoudre les problèmes n’est guère mieux que les trois mauvais compagnons. Un soir, quand le roi Salomon réfléchissait sur l'origine de toutes les imperfections dans son royaume et les difficultés qu’il avait pour mettre en œuvre ses projets, un serviteur frappa à la porte et annonça qu'un des meilleurs coureurs du pays venait de se présenter à l’entrée du palais, avec un message de haute importance.

Le coureur venait d'une ville voisine où Salomon avait confié à Hiram, son architecte et son bras droit la construction d'un temple. Le temple dédié au perfectionnement de l'homme. Un gros chantier, peut être le plus gros de son règne.

Le roi laissa immédiatement entrer le messager.
Après avoir repris son souffle le coureur transmit le message que nous connaissons tous, à savoir l’assassinat du maître des maîtres par 3 compagnons impatients et la perte des plans pour la construction du temple.

Abattu à l’annonce de cette nouvelle, Salomon posa son regard sur l’étoile à 5 branches qui luisait faiblement au fond de la salle d’audience du palais comme s’il cherchait une solution à cette nouvelle épreuve, mais aucune réponse lui fut donnée.

Son chef d’œuvre, son plus grand cadeau à l’humanité anéanti en quelques instants par quelques compagnons ignorants et impatients. De nouveau tous ses efforts pour répandre la lumière et la connaissance furent brisés.

Vers minuit, accablé et ne sachant que faire, Salomon se rendit à son harem et s'endormit dans les bras d’une de ses favorites.

A son réveil, ayant retrouvé son pouvoir royal, celui de gouverner, Salomon prit la décision de nommer 9 maîtres pour aller à la recherche des meurtriers d’Hiram, et choisit Johaben, son secrétaire intime, comme chef.

Johaben avait accompli plusieurs missions pour Salomon dans le passé. Missions assez satisfaisantes malgré une tendance à vouloir faire les choses trop vite. Johaben était toujours impatient et pressé ne sachant attendre la maturité des événements, il lui fallait obtenir des résultats immédiats. (Comme les 3 mauvais compagnons) Malgré ses imperfections il était un proche collaborateur du roi Salomon.
Pour les francs-maçons Johaben représente le récipiendaire qui doit aller à la recherche des imperfections à l’intérieur de lui-même, en vue de les anéantir, extirper ou tuer.

Mais ceci ne concerne pas que les francs-maçons. Chaque être humain qui veut s’améliorer doit trouver et supprimer les mauvais compagnons qui sommeillent en lui.
Peut-être avec un peu moins de brutalité. Dans certains rituels on parle parfois de transmuer les mauvais compagnons en changeant l’ignorance en connaissance, le fanatisme en tolérance et l’ambition personnelle et égoïste en ambition pour un groupe ou pour la société. Cette technique peut convenir à condition de ne pas tomber sur un compagnon vraiment irrécupérable.

Très vite les 9 élus se mirent en route pour exécuter les ordres de leur roi, mais sans connaître l’endroit précis où se cachaient les coupables, les recherches restèrent sans résultats.
Un jour un étranger se présenta au palais du roi Salomon et informa le roi qu’il connaissait l’endroit ou s’était réfugié l’un des assassins du maître Hiram.
Salomon ordonna immédiatement aux élus des 9 de suivre l’étranger vers une caverne où un des meurtriers, nommé ABIRAM, s’était réfugié et de s’en emparer. Les 9 élus accompagnés de l’étranger partirent afin de trouver l’assassin, le compagnon égaré. Au début ils marchèrent ensemble mais Johaben devança les autres élus et entra le premier dans la caverne qui se trouvait à proximité d’un buisson ardant.
Par terre il vit couché ABIRAM, épuisé, amaigri et visiblement marqué par les remords de son acte infâme. Il était entouré d’un poignard, une fontaine et une lampe.

A la vue de cette scène étrange et ces 3 objets hautement symboliques, Johaben fut surpris, hésita un peu, mais soif de vengeance, il saisit le poignard et frappa au front, puis au cœur le compagnon égaré sans défense.

Son acte précipitamment accompli, et à la vue du cadavre sanglant, il fut frappé de remord. Encore une fois son défaut majeur, l’impatience l’avait emportée.

En oubliant les instructions du roi Salomon il commit la faute de pêcher par excès de zèle.

Des questions surgirent à son esprit. Avait-il bien agi ? Aurait-il fallu prendre la lampe pour éclairer le compagnon égaré et épuisé ? Aurait-il fallu donner à boire au pauvre scélérat ? Toutes ses questions furent dissipées par l’arrivée des autres élus qui pénétrèrent dans la caverne.
Il étancha alors sa propre soif à la fontaine et les élus en firent autant. Ils retournèrent ensuite tous vers le palais du roi Salomon, Johaben portant la tête du compagnon égaré.

Six mois après l’exécution d’Abhiram, Salomon apprit où étaient cachés les deux autres assassins. Il choisit cette fois 15 maîtres zélés pour trouver les meurtriers. Quinze jours plus tard les deux mauvais compagnons furent présentés à Salomon qui les enferma dans une tour en attendant leur exécution.
Peu de temps après on les attacha à deux poteaux. Leurs corps furent ouverts du pubis à la poitrine. Après quelques heures de cris et gémissements, ils furent décapitées, et leur têtes exposées aux portes de la ville.

Il y a de multiples détails dans le récit légendaire d’Hiram et de Salomon, qu’on en oublie parfois le message principal.
A savoir. Comment se débarrasser des mauvais compagnons ou imperfections qui sommeillent en nous ? Quelle technique utiliser pour neutraliser ces criminels ?
Le créateur de la légende Salomonienne nous suggère de réfléchir sur les questions suivantes.
Pourquoi 3 mauvais compagnons? L’homme a-t il 3 défauts majeurs, que la franc-maçonnerie nomme parfois l’ambition, l’ignorance et le fanatisme ?

L’auteur du récit insiste aussi sur l’endroit où sont cachées les 3 meurtriers. C'est-à-dire à l’intérieur de la terre. Le premier dans une caverne les deux autres dans une carrière. Les lieux de la pierre brute par excellence.

Ceci nous rappelle aussi le passage dans le cabinet de réflexion avec la formule hermétique. VITRIOL. Il est question de trouver une pierre philosophale pour ensuite la rectifier.

Un autre épisode intéressant est l’intervention d’un étranger quand la situation semble être bloquée.
Au début du 9° degré les élus ne savent pas dans quelle direction aller pour chercher les criminels, mais grâce à l’intervention de cet étranger, un simple paysan, ils trouvent Abhiram, le premier compagnon égaré.

Nous savons que le combat contre nos imperfections est une affaire personnelle, mais ici l’auteur du récit insiste sur l’importance des conseils venant de l’extérieur.
Déloger un mauvais compagnon qui sommeille à l’intérieur de soi, nécessite parfois une aide de l’extérieur. Un bon ami ou un frère par ex., symbolisé ici par l’étranger.
Il faut retenir de cette épisode que l’homme n’est jamais seul.

L'étoile à 5 branches

Pourquoi une telle insistance sur le symbolisme de l’étoile à cinq branches (Le pentagramme)?

Jules Boucher nous donne quelques pistes dans son ouvrage : « Le symbolisme maçonnique » Il écrit que l’étoile à 5 branches (le pentagramme) peut-être dessine de 2 manières. Une bénéfique avec un point vers le haut et parfois avec l’homme parfait dedans, et une seconde manière considérée comme maléfique, c’est-à-dire renversée avec 2 points vers le haut. Parfois avec une tête de bouc ou le diable inscrit

Si on place Salomon, Hiram et les 3 mauvais compagnons à l’intérieur de l’étoile à 5 branches avec Salomon au sommet avec Hiram à droite nous avons l’étoile à 5 branches bénéfique.
Salomon, qui représente ou symbolise la partie supérieure de l’homme, la partie qui doit gouverner se trouve au sommet où il exerce l’art royal, l’art de gouverner. et la maîtrise de soi. Le but pour chaque franc-maçon.

Par contre dans l’étoile maléfique Salomon est renverse et ne règne plus. Maintenant le pouvoir est exercé par les mauvais compagnons ou les imperfections en général.

La maîtrise de soi n’existe plus.

Source : http://montegut-bourjac.over-blog.fr/article-35934385.html

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Salomon dans les traditions ésotériques

28 Mai 2012 , Rédigé par Christian Lochon Publié dans #fondements bibliques de la FM

La personnalité de Salomon, son existence et sa geste, ses multiples dons de pacificateur, de constructeur, de magicien, auront été repris dans les traditions les plus variées, les domaines les plus étranges. Le fils du roi David apparaît dans les mythes du compagnonnage puis dans ceux de la franc-maçonnerie, développés par les savants oxoniens du XVIIe siècle, comme Elias Ashmole, admis dans une loge opérative, ou plusieurs membres éminents de la Société Asiatique, au XIXe siècle. Peut-être avaient-ils suivi les consignes exprimées par Jung : « Les légendes ont remplacé les outils rationnels : on y recherche les correspondances des personnages et des événements par une étude historique, biblique, l’archéologie, la philosophie dans un souci de l’appliquer à soi-même. La légende, au plan ésotérique, est une composante de la Tradition, une révélation exemplaire et sacrée, constituant un modèle pour la recherche humaine ».

I – Salomon dans l’histoire

 

Salomon n’est pas mentionné dans les annales mésopotamiennes. La tradition phénicienne est légendaire, Salomon aurait vendu à l’Etat Tyrien la ville de Khorbat Khozli et la Plaine d’Acre pour 120 talents d’or, et aurait eu recours au professionnalisme d’un bronzier tyrien, Hiram (cf Bible, 1R7, 15-47). Les relations avec l’Egypte, qui de toute façon, à l’époque, était la puissance dominante, et Salomon dut accepter de se placer dans l’orbite politique de ce pays qui imposait la pax egyptica, sont relevées dans la Bible uniquement, même le mariage de Salomon avec la fille du Pharaon Siamoun (976-954) de la XXe dynastie. Une trace littéraire cependant, les Cantiques des Cantiques, ou chant de Salomon à la Soulamite parait influencée par les poèmes d’amour égyptiens de la XVIIIe dynastie (autour de 1500 avant J.C.). Quant au Yemen et à la Reine de Saba, les Sabéens commenceront à être connus hors de leurs frontières au VIIIe siècle avant J.C. seulement.

Des doutes sont émis par les deux spécialistes sur l’authenticité des textes bibliques. Le « Livre des Rois », qui traite abondamment de la construction du palais de Salomon, de celle du temple et de son mobilier, de l’établissement de douze préfectures, quadrillant les territoires s’étendant de l’Oronte ( ?) à Gaza, est rédigé dans une langue tardive qui souligne les additions nombreuses présentant un aspect légendaire ou moralisateur : la sagesse de Salomon par rapport à la conduite désordonnée de ses successeurs (Roboam entre autres), avec le partage entre deux Etats (Juda et Israël), conséquence des fautes de Salomon. Les « Psaumes » attribués à Salomon seraient du Ier siècle avant J.C. et « Le Livre des Chroniques » du 2e siècle avant J.C., puisqu’il met en valeur la préséance de la classe sacerdotale de cette époque. En fait en 63 avant J.C., une fièvre eschatologique se répand en Judée, préfigurant la destruction définitive du Temple (74 après J.C.).

 

II - Mondialisation de la symbolique salomonienne

 

A) Dans le domaine religieux

Salomon se trouve présent dans les représentations iconographiques des Chrétiens d’Occident comme d’Orient, dans la fresque de Piero Della Francesca intitulée « La rencontre de Salomon avec la Reine de Saba » ou dans cette église Saint-Clément à Ohrid, en Macédoine (début du XIVe siècle) où autour du Pantocrator on découvre avec Adam, les deux ancêtres de Jésus, le roi David barbu et son fils imberbe le Roi Salomon. Au cours du Colloque, il aura été évoqué le roi de Bretagne Salomon, et Salomon le Savoyard. On connaît le rôle politique des prétendues dynasties salomoniennes en Ethiopie, et la présence constante de Salomon, représenté en Constantin, dans les psautiers ou le rôle qu’on lui fait jouer, associé au roi des forgerons, parfois privé de trône par un démon (source coranique), dans l’art talismanique des sceaux et des étoiles à huit branches dans ce pays.

Les références à Salomon, particulièrement vénéré dans le monde islamique, sont au nombre de 17, dans 8 sourates. S’il n’est pas associé à la construction du Temple, M. L. de Premare a montré cependant que la sourate 52, versets 1 à 8, rappelait le livre des Rois I, 7, 3 et la sourate 36, le Livre de Jérémie. Avant même l’apparition de l’Islam, le poète arabe Dabira fait l’éloge du roi de Hira en le comparant à Salomon. Là aussi, ses dons de magicien, de manipulateur des djinns, reconnus dans le Coran influencèrent les occultistes arabes qui semblent avoir créé le mythe du sceau de Salomon. La plupart des pays musulmans évoquent cette personnalité prophétique, spirituelle, voire magique, comme au Yemen (M. Christian Robin), en Iran (M.Assadallah Melikian-Chirvani), en Afghanistan et à la cour des Empereurs Moghols (Mme Corinne Lefèvre), et en Asie Centrale où M.Thierry Zarcone a recensé les lieux dédiés au fils de David.

 

B) Dans le domaine du compagnonnage

 

Dans chaque ville médiévale, s’étaient établies des corporations, chargées de défendre les intérêts professionnels des artisans et ouvriers, et qui étaient dirigées par les « maîtres de métiers ». Parallèlement à ces organismes locaux, des ouvriers itinérants, indépendants, se regroupèrent dans des sociétés compagnonniques (le terme de « frère » pour cet emploi était apparu dès 842), qui établirent des règles strictes garantissant la défense mais aussi la compétence de ses membres. Le terme de « compagnonnage » était apparu dès 779 et les différentes promotions dans les corps de métier s’effectueront par initiation tenue à l’abri des regards étrangers. Le « Compagnon Fini » est celui qui a passé toutes les épreuves et est devenu « maître » dans sa profession. Le terme apparaît en 1080, celui d’apprenti en 1175. Les apprentis et les compagnons font l’objet d’un enseignement initiatique basé sur des légendes tirées de la Bible. Ainsi des chérubins (ceux qui gardent l’entrée du devir, le lieu le plus secret du temple de Jérusalem) sont sculptés sur le couvercle du cercueil des compagnons menuisiers. Le patronage de Saint Jean Baptiste est également invoqué en liaison avec le « Quatuor Coronati », quatre tailleurs de pierre exécutés par Dioclétien vers 300. Les confréries qui apparaissent à la fin du XIIIe siècle conservent une orientation professionnelle en même temps que charitable, dans l’esprit catholique également.

Les textes fondateurs du Compagnonnage sont disséminés dans 130 manuscrits rédigés aux XIIIe et XIVe siècles et que la revue de la Grande Loge de Londres, « Ars Quatuor Coronatorum » a publiés.

Ainsi, en 1268, « Le Livre des Métiers » d’Etienne Boileau recense cent un métiers, et la promotion interne qui les gère, soit les apprentis, les compagnons et les maîtres. La construction des cathédrales s’appuie sur trois métiers principaux, les tailleurs de pierre, les menuisiers et les forgerons ; leurs membres se réunissent dans des « loges », installées, soit dans la crypte des cathédrales, soit dans un bâtiment annexe comme à Strasbourg. En 1283, Louis IX nomme Grand Maître de la maçonnerie opérative son compagnon croisé Guillaume de Saint-Petbus. Les membres de cette maçonnerie opérative, appelés parfois « gavots » adoptent le nom de « Enfants de Salomon » (comme le signale Villard de Honnecourt à l’époque). C’est que pour eux, la construction d’une cathédrale est une réplique de la construction du Temple de Jérusalem. Le document appelé « Regius » (1390) décrit les sept « arts libéraux » et a comme titre « Ici commencent les statuts de l’enseignement de la géométrie selon Euclide » . « Géométrie » a le sens de « maçonnerie ». On enseigne aux apprentis que la « géométrie » a été préservée du déluge, retrouvée par Hermès, petit-fils de Noé, et qu’elle a été révélée à Charles Martel, dont un des architectes de la cour aurait participé à l’édification du temple de Jérusalem. Ainsi le mythe de Salomon se trouve adopté par la philosophie compagnonnique.

Le Mouvement va connaître un certain nombre de scissions. En 1400, à Orléans, au moment de la reconstruction d’une des tours, un affrontement entre compagnons et moines surgit, et les « indépendantistes » prennent le nom d’Enfants de Maître Jacques (référence au Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay ?) ou « Compagnons du Saint-Devoir de Dieu » tandis que les catholiques fervents s’intitulent « Enfants du Père Soubise (référence à un bénédictin du XIIIe siècle ou à un « maître artisan » de Salomon) ». En 1404, le roi Charles V réforme les corps de métiers parisiens relatifs aux compagnons maçons et charpentiers. Un autre texte constitutif des « anciens devoirs » paraît en 1410 sous le titre de « Manuscrit Cook ».

Au XVIe siècle des intellectuels comme François Rabelais (1483-1553) ou des inventeurs comme Bernard Palissy (1510-1590) vont être reçus en loge opérative comme « maçon accepté ». Dans le « Tiers Livre », Rabelais évoque la légende de Renaud de Montauban, qui aurait tué un neveu de Charlemagne, et se serait réfugié sur le chantier de la future cathédrale de Strasbourg. Il se serait conduit comme un excellent ouvrier, mais victime de la jalousie de ses collègues, aurait été assassiné. Ce thème sera repris dans la maçonnerie du XVIIIe siècle avec l’allusion au meurtre d’Hiram, l’architecte en chef de Salomon.

Au XVIIe siècle, s’instaure une tradition écossaise de la maçonnerie opérative, particulièrement à Kilwinning. Un ouvrage polémique « Le Mot du Maçon », publié en 1637 décrit la forme primitive de ce rite maçonnique. On sait que la maçonnerie spéculative écossaise jouera un rôle important dans le développement de la maçonnerie française avec l’exil des partisans de la dynastie Stuart en France.

En 1646, à Oxford, Elias Ashmole (1617-1692) alchimiste célèbre, est également initié à la maçonnerie opérative, et plusieurs personnalités scientifiques oxoniennes joueront un rôle dans la création de la Grande Loge de Londres, à laquelle appartiendront 24 membres de la fameuse « Royal Society ».

A Perth, en 1658, les diplômes de maître maçon (« freeman ») et de compagnon de métier font référence au « Temple de Salomon », comme source des métiers. A la fin du siècle, à Aberdeen, on voit sur les tableaux de deux personnalités de la ville, Alexandre Petersen, diacre, et président de la Corporation d’Aberdeen, et Patrick Whyte, maître-serrurier, qu’ils sont peints, entourés des deux colonnes symboliques du Temple de Salomon.

La Franc Maçonnerie spéculative va emprunter un certain nombre de références aux métiers et aux héros mythiques des « Anciens Devoirs » du Compagnonnage. Dans les Constitutions d’Andersen (voir plus loin), sont mis en parallèle « l’architecte » pour son travail théorique et le « tailleur de pierres » pour son travail manuel. Les appellations d’ « apprenti » et de « compagnon » sont conservées. Les instruments de métier sont reproduits sur le « tableau de loge » (dessin d’abord reproduit à la craie, sur le sol, puis sur un tapis mobile) : l’équerre, évoquant la croix (serment de l’apprenti), le compas du Maître de Loge, la truelle « pour cacher les défauts des frères » ; le fil à plomb (échelle de Jacob), la règle (loi morale de la Franc-Maçonnerie), le niveau (égalité fraternelle) sont mentionnés dans la Bible.

Quant aux trois éminentes personnalités associées à la direction d’une loge, Salomon, Hiran roi de Tyr, et Hiram l’Architecte, elles seront le legs du compagnonnage à la maçonnerie spéculative naissante.

 

C) Dans le domaine de la Chevalerie

 

Charlemagne, lui aussi aurait été perçu comme un nouveau Salomon. A son époque, la Bretagne (on l’a vu plus haut) sera fière de son roi Salomon, béatifié par la suite.

Les Chansons de geste vont magnifier le mythe du Graal, apparu vers 1180, avec le Roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde.

Chrétien de Troyes, poète de la Cour de Champagne, crée le mythe d’une chevalerie légendaire avec ses héros Lancelot, Perceval, Eric, ainsi que Wolfram von Eschenbach (1210) avec son Parzival, dont le genre de vie et les aventures ont été analysées récemment en liaison avec les rois éponymes iraniens. Cette tradition va être adoptée au moment des Croisades par les Ordres Chevaleresques, les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui donneront naissance à l’Ordre de Malte, et dont le mythe survivra dans les loges dites de « Saint-Jean », les Chevaliers Teutoniques (créés en 1112 à Saint-Jean d’Acre) et dont la Stricte Observance Templière Allemande au XVIIIe siècle constituera la version maçonnique, et les Chevaliers du Temple, symbole de confraternité universelle, dont plusieurs, au moment de leur persécution en France, se réfugieront auprès des Compagnons du Devoir. Ramsay, maçon écossais, attaché aux Stuart, dans un discours célèbre de 1736 rappellera l’antériorité de ces Ordres médiévaux (« Nos ancêtres les croisés voulurent réunir dans une seule confraternité les sujets de toutes les nations ») par rapport à la Franc-Maçonnerie qui adoptera dans son « Rite Ecossais Ancien et Accepté » le principe du Templier, porteur de truelle et d’épée, et institutionnalisera dans les grades supérieurs les plus élevés le titre de « Chevalier Kadosh » (sanctifié), même si des mises en garde officielles relativiseront ces emprunts : « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier », pourra-t-on lire dans la littérature maçonnique.

En tout cas, la franc-maçonnerie française s’ouvrira de fait à la haute noblesse, attentive à l’esprit chevaleresque. Le premier Grand-Maître français sera le duc d’Antin, en 1738, le deuxième le comte de Clermont en 1743. Le pouvoir ne tracassera presque pas la maçonnerie. En 1789, cette dernière comptera 629 loges et 30 000 maçons auxquels il convient d’ajouter les loges d’adoption féminines, dont la Grande Maîtresse sera la Duchesse de Bourbon. Une enquête portant sur la recension de 268 maçons en 1780 dénombrera parmi eux 78 % appartenant au Tiers-Etat, 18 % à la Noblesse et 4 % au Clergé.

 

III – Textes constitutifs de la Franc-Maçonnerie


L’intention de l’auteur n’est bien sûr pas de dévoiler des secrets déjà publiés d’ailleurs dans toutes sortes d’ouvrages destinés au grand public mais d’examiner l’instrumentalisation du mythe de Salomon, telle qu’on la découvre, comme on l’a vu, dans la structure initiatique opérative du compagnonnage, et comme on va le voir dans la structure initiatique philosophique de la Franc Maçonnerie. Patrick Négrier, David Stevenson, après Mircea Eliade, sont en mesure de nous apporter sur ce terrain des ouvertures très précieuses.

Tout d’abord, il semble que la tradition hermétique écossaise, évoquée plus loin, ait parfois conduit à une ambiguïté sémantique . En effet l’ancien nom d’Ecosse, « Calédonie » a été rapproché abusivement de « Chaldée », sans doute par référence biblique et l’utilisation de personnages historiques iraniens comme Cyrus dans le rituel des hauts grades ; il ne faut pas oublier qu’à l’élaboration des rituels maçonniques participaient des intellectuels latinistes et hellénistes, mais aussi des chercheurs qui avaient pu lire les récits de voyage en Orient et s’étaient intéressés à l’histoire de l’Orient ancien et moderne. Ramsay lui-même écrivit un ouvrage consacré à Cyrus.

Cette tradition « calédonienne » en tout cas rappelait que trois « degrés » d’initiation avaient été préservés depuis l’antiquité, un niveau opératif, celui des artisans, le niveau spéculatif des druides, enfin le niveau hermétique de l’architecture sacrée, dont un représentant illustre était Vitruve, qui avait été le maître à penser de Marc Aurèle. La référence à l’écossisme se retrouvait tout au long du Moyen Age avec Clément Scot, conseiller de Charlemagne, Jean Scot Erigene, conseiller de Charles le Chauve, Michel Scot de l’empereur Henri II, et un autre Michel Scot, conseiller de l’Empereur Frédéric II.

Dans le texte de ses « Constitutions » (1723), évoquées plus haut, Andersen décrit de manière lyrique le Temple de Salomon : « Celui-ci fut commencé et achevé, à l’étonnement du monde entier, dans le court espace de temps de 7 ans et 6 mois, par cet Homme très sage, ce très glorieux Roi d’Israël, ce Prince de la Paix et de l’Architecture que fut Salomon, fils de David ». Une description de plusieurs pages va suivre et l’auteur va directement relier la tradition salomonienne à la franc-maçonnerie « De sorte qu’après l’édification du Temple de Salomon, la Maçonnerie fut améliorée dans toutes les nations voisines, car les nombreux artistes employés par Hiram Abif se dispersèrent, après son achèvement, en Syrie, Mésopotamie, Assyrie, Chaldée, Babylone, chez les Mèdes, en Perse, Arabie, Afrique, Asie Mineure, en Grèce et dans les autres pays d’Europe où ils enseignèrent leur Art libéral aux Fils nés libres des Personnages éminents…Mais pas une nation, seule ou unie aux autres, ne pouvait rivaliser avec les Israélites, et encore moins les surpasser en Maçonnerie ; et leur Temple resta le constant modèle ».

Les Constitutions d’Andersen n’évoquent que les deux premiers grades de la Maçonnerie, apprenti et compagnon. Il semble que ce soit vers 1725 que pour parachever la hiérarchie des grades, on introduisit un troisième degré, celui de « Maître » ; c’est ce qui ressort d’un ouvrage polémique publié, à Paris, en 1726, sous le titre « Le Maçon Antédiluvien ». Le mythe salomonien de la construction toujours renouvelée du Temple bénéficie de la présence de l’architecte du temple, Hiram, dont le nom est en tout cas cité dans le Livre des Rois.

Il faut dire que l’institution maçonnique introduit dans son rituel le mythe du meurtre fondamental traditionnel. En Egypte, le meurtre d’Osiris, en Phénicie de Melqart (le roi Hiram de Tyr aura fait construire un temple à Melqart), à Rome entre Romus et Romulus, souligne le thème de la lutte du bien contre le mal. Mais le concept était déjà présent dans le compagnonnage. Un document d’Edimbourg de 1696 parle du « relèvement du cadavre d’Hiram par les cinq points du compagnonnage ». Les « cinq points » correspondaient aux « cinq points » du calvinisme tels qu’ils avaient été adoptés par le Synode de Dordrecht (1618-1619). Le catéchiste Graham avait souhaité assimiler les rois d’Angleterre des XVIe et XVIIe siècles à Salomon, Hiram représentant la communauté calviniste. On avait là une implication conjoncturelle.

Le 3e degré de la maçonnerie va donc expliciter les différentes fonctions de Salomon, du roi de Tyr Hiram, et de l’architecte Hiramabi, et annoncer les degrés suivants, dits de « perfection », de tradition salomonienne et qui vont apparaître vers 1738. Le rituel de loge sera dorénavant inspiré par le meurtre d’Hiram, comme l’indique le Manuscrit Wilkinson (1730) : « La loge est un carré long. C’est la forme de la tombe de notre Grand Maître Hiram ». La loge reconstitue le chantier du temple de Jérusalem, et celui qui la préside est un Hiram ressucité.

L’Hiram de la Bible apparaît donc dans le « Livre des Rois et les Chroniques ». Salomon (II Chroniques II, 2) s’adresse à Hiram roi de Tyr pour lui expédier des cèdres. Ce dernier lui répond : « Je t’envoie un homme sage, possédant l’intelligence, Hiram Abi ». Dans le « Livre des Rois » (VII,13-14), on apprend qu’Hiram Abi est fils d’un Tyrien et d’une Juive, qu’il érigera les deux colonnes de cuivre Jakin et Boaz devant l’entrée du Temple, qu’il construira la « Mer d’Airain » (bassin des ablutions) et qu’il terminera tous les travaux ». Mais il n’est pas mentionné dans le texte biblique qu’il était architecte et qu’il fut tué.

Dans la légende d’Hiram adoptée par la tradition maçonnique, Hiram devient le prototype de l’homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort. Il refuse en effet de livrer des secrets à trois contremaîtres du chantier du Temple qui veulent être promus le plus vite possible, et il est assassiné par ces trois « mauvais compagnons », que douze autres contremaîtres poursuivront et tueront également. Bien sûr, dans l’esprit religieux de l’époque, existait une corrélation entre Hiram et Jésus, condamné par trois personnages, Caïphe, Hérode et Pilate. Cet assassinat d’autre part préfigure négativement la destruction du Temple, mais aussi positivement, la nomination d’un nouveau maître. Sur le tableau de loge, au grade de maître, figurent un crâne représentant le drame du Golgotha et le meurtre d’Hiram, et des larmes exprimant le repentir de Pierre et le chagrin de l’injuste destinée d’Hiram.

Ces interprétations et ces rapprochements considérés comme hasardeux de symboles religieux et philosophiques conduit Rome à publier, en 1735, une bulle antimaçonnique « In Eminenti » reprochant aux participants catholiques en loge de fréquenter des non-catholiques, et regrettant la présence d’ecclésiastiques dans ces réunions. En 1781, l’évêque de Grenoble Mgr de Bouteville est ouvertement franc-maçon, et la loge « La Parfaite Union de Rennes », en 1785, compte qu’un cinquième de ses membres est composé de religieux. M.Thierry Zarcone a d’ailleurs montré que même des musulmans avaient été initiés dans des loges européennes.

Comme nous l’avons vu plus haut, et grâce à Ramsay, le personnage de Cyrus sera instrumentalisé dans le rituel maçonnique dans les hauts grades . Le 15e degré évoque la Cour de Cyrus et le 20e degré lui donne un rôle important. C’est que le Roi Perse, en libérant les Israélites de Babylonie, permettra la construction du deuxième Temple de Jérusalem (cf les livres d’Esdras et de Néhémi dans la Bible).

Ces hauts grades, établis par Etienne Morin en 1761, dans le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté, seront au nombre de 33. Ils vont à plusieurs reprises évoquer l’action mythique du roi Salomon.

IV – Le mythe de Salomon dans la franc-maçonnerie

 Salomon apparaît dans plusieurs livres de la Bible, outre les Chroniques et le Livre des Rois, dans le Livre des Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclesiaste, la Sagesse, les Psaumes. Ce sont ses connaissances scientifiques qui sont soulignés : la phytologie (La Sagesse 4, 4-5 ; 6, 15), la zoologie (Proverbes 6, 6-11 ; 26, 11 ; 28, 15 ; l’Ecclésiaste 3, 19-21 ; 9, 12 ; La Sagesse 5, 11), la cosmologie et l’astronomie (l’Ecclésiaste 1, 7 ; 3, 1-8 ; 11, 3 ; La Sagesse 2, 2-5 ; 19, 18-21 ; les Proverbes, 25, 23). Ainsi que son approche philosophique (1 Rois 5, 13 ; La Sagesse 7, 15-21) par le symbolisme des sept planètes errantes.

La Bible le fait voir en homme sage, voire exemplaire par son don du discernement afin de juger équitablement et son esprit de tolérance puisqu’il autorisera, à la fin de son règne, la pratique des cultes de ses épouses, moabites, hittites ou sidonites. Ce qui entraîne le problème de la responsabilité, cher aux francs-maçons. Son nom en hébreu Schlomo est à rapprocher de Shalom, paix, qui génère un état d’harmonie et de prospérité ; le Coran reprendra ce thème de correspondance entre « Suleyman » et « Salam » (la paix). A un plan supérieur, il est hissé au niveau de « prophète » (comme dans le Coran), les commentateurs rappelant qu’il n’y a pas d’autre prophète déclaré vivant à son époque. Certains ont pu le comparer à Jésus (cf Nathan, 2 et Samuel 7, 14) : « Je serai pour lui un Père, dit Yahvé, et lui sera pour Moi un fils », et dans les Psaumes 2, V ; 7, on lit ces autres paroles de Yahvé qui lui sont adressées : « Tu es mon fils, Moi aujourd’hui, Je t’ai engendré ».

Le rôle de bâtisseur de Salomon est aussi souligné à l’occasion de l’érection du Temple de Jérusalem (1 Rois 10, 1) qui prit 77 mois et dont la façade aurait imité le modèle fourni par les anciennes huttes des bergers mésopotamiens comme la famille d’Abraham. La Genèse (33, 17) parle de hutte « bâtie » par Jacob, et si l’Exode est présenté comme une quête de pâturage, la construction d’un Temple pour abriter l’Arche d’Alliance jusque là itinérante, souligne la sédentarisation des Hébreux (en arabe « Aber », celui qui parcourt les espaces, comme toutes les langues sémitiques). Sur une terrasse de 110 mètres de long sur 88 mètres de large, l’édifice aura 33 mètres de long, 11 mètres de large et 16,5 mètres de hauteur. Les rochers qui affleurent servirent d’autel des sacrifices pour les trois temples successifs ; ils seront recouverts par la « Coupole du Rocher » par le Calife Abdelmalek (685-691) et réintroduits dans l’imaginaire musulman avec l’empreinte d’un pied attribué à Mohammed au moment de son ascension céleste. Ce temple sera détruit en 586 avant J.C. par les Perses ; un deuxième temple sera érigé par Zorobabel en 450 avant J.C.. Ezechiel aura été missionné pour décrire le temple de Jérusalem aux Juifs de Babylone, insistant sur sa représentation du personnage créateur, du cosmos et de chaque être humain, notions instrumentalisées par les Francs-Maçons dans leur loge. Le troisième temple sera construit par Hérode le Grand, détruit par Titus en 70, et rasé par Hadrien en 135 de notre ère.

Dès le grade d’apprenti, la symbolique du Temple de Jérusalem apparaît dans le vestibule qui leur est réservé, rappelant les 15 marches extérieures du temple, le « heykal » ou partie centrale, où s’assemblent les maçons, et que l’on considère comme « centre du monde », transformable parfois au niveau des Maîtres, en « Dévir » ou « Chambre du milieu ». L’architecture intérieure et le mobilier, évoqués dans la Bible sont présents dans la loge , les deux colonnes du temple encadrent le « dévir », le tableau de loge symbolise les marches d’entrée du Temple, les fenêtres à cadres et à grilles ; la pierre rappelle le 1er Livre des Rois (V,32) : « Les maçons de Salomon, de Hiram et les guiblins (de Byblos) équarissaient et façonnaient le bois et la pierre pour l’édification du Temple » ; les grenades figurant sur le chapiteau des colonnes représentent, comme l’indique Patrick Négrier « la multiplicité des principes comportant l’Etre », le chandelier (ménara) à sept branches (cf Genèse, 1, 11 à 13) et enfin le pavé mosaïque évoquant la terre sainte du Sinaï.

Salomon est souvent présent dans le rituel maçonnique ; s’il clôt le premier des cycles de l’initiation, il ouvre les degrés dits salomoniens. Au 4e degré, la loge est présidée par Salomon, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, et la Bible, présente sur « l’autel » est ouverte au premier livre des Rois ; les maçons déplorent la mort d’Hiram. Au 6e degré, Salomon et Hiram président les activités de la loge, et par une référence souchée sur le Livre des Rois (LX 11 à 13), Salomon pardonnera à un visiteur curieux, en fait l’impétrant, d’être venu s’informer en toute bonne foi. Au 8e degré, Salomon recherche un responsable pour le nommer à la tête des cinq ordres d’architecture. Les 9e, 10e et 11e degrés décrivent des rites de vengeance décidés par Salomon. La légende développée au 13e degré où le Président représente Salomon a été décrite dans le « Manuscrit Francken », présenté en France, comme on l’a vu plus haut, par Etienne Morin, en ces termes : « Ce roi vertueux (Salomon), supposant qu’avant le Déluge un temple avait peut-être été érigé sur ce lieu, et craignant que ce ne fût au culte de quelque faux dieu… ne voulut pas le construire là. Il partit donc et choisit la plaine d’Arunia (ou « Ornan »). C’est la légende du temple souterrain d’Henoch que reprendra le texte du rite maçonnique. Le président de loge représente encore Salomon au 14e degré. Au 27e degré, le mot de passe sera encore « Salomon ». Ainsi ce dernier apparaît comme garant symbolique de la maîtrise sans défaut, du secret, et de l’influence spirituelle de celui qui, élu par ses pairs, dirige une loge maçonnique.

 

Cette instrumentalisation européenne de ce personnage biblique de Salomon, dans les rites initiatiques, d’abord compagnonniques, puis chevaleresques, puis maçonniques, ne diffère pas,dans un triple rôle mis en valeur par la Bible, de roi, de prophète et de grand prêtre, de ce qu’il peut représenter dans des cérémonies exclusivement religieuses, comme l’ont montré plusieurs intervenants spécialisés dans d’autres régions du monde, asiatiques et africaines. En tout cas, la remarque de Jung « On ne fabrique pas un symbole, on le découvre », s’applique bien à l’appropriation, par les sociétés initiatiques, du mythe salomonien.

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Jahbulon

20 Mai 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

Le mot « Jahbulon », parfois orthographié « Jabulon » ou « Yahbulon », apparaît dans certains rituels de hauts grades maçonniques. Son origine et sa signification exacte ont été à l'origine de controverses.

En Franc-maçonnerie:

Il semble que le mot « Jahbulon » apparaisse pour la première fois en franc-maçonnerie en France, au début du XVIIIesiècle, dans l'une des premières versions de la légende maçonnique de l'Arche Royale. Il s'agit alors du nom du personnage (dénommé « Jabulum » ou « Guibulum » dans les versions ultérieures de cette légende) qui explore les ruines d'un ancien temple.

Dans la version anglaise de cette légende symbolique, le mot « Jahbulon » deviendra un nom mystérieux, gravé à côté du tétragramme divin sur une plaque découverte par l'explorateur des ruines.

Ce grade, accompagné de la version anglaise de la légende, deviendra par la suite le 7e degré du Rite d'York (« Royal Arch »), alors que dans sa version française il deviendra le 13e degré du Rite écossais ancien et accepté (« Arche Royale »).

Recherches sur l'origine et la signification du mot:

Différents auteurs ont cherché l'origine de ce nom dans une translitération du mot biblique « Jahbulon» qui serait l'un des noms de Dieu.

Selon le révérent Canon Richard Tydeman, le mot serait composé de trois termes hébreux:

Yah, « Je suis »

bul, « au Ciel »

on, « en force »

Des rapprochements ont été également faits avec les noms des trois assassins de certaines versions de la légende d'Hiram, dénommés dans certains pays « Jubela », « Jubelo » et « Jubelum » ou dans d'autres « Giblon », « Giblas » et « Giblos ».

Le mot Jabulum pourrait venir de l'hébreu Yaba’al’am qui pourrait être traduit par « Yah est le seigneur du peuple ».
Le mot Guibulum pourrait venir du mot « Ghiblim », présent dans la Bible et signifiant "maçon".

Enfin, le pasteur anglican Walton Hannah, dans son livre "Darkness Visible : A Christian Appraisal of Freemasonry" (1952) affirma que le mot Jahbulon, décomposé en Yah-Bul-On dans certains rituels anglais, signifiait Jéhovah-Baal-Osiris.

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De Tubalcaïn à Phaleg

20 Mai 2012 , Rédigé par D Sappia APRT Publié dans #fondements bibliques de la FM

Tous les rites maçonniques, possèdent comme mot de passe, TUBALCAIN, soit au premier grade pour les rites modernes soit au troisième grade pour les les rites anciens.

Il existe cependant une exception, à cette règle, elle concerne, le Rite Ecossais Rectifié, qui pour les raisons développées ci-dessous, va remplacer au premier grade, le mot Tubalcaïn par Phaleg.

"Nous sommes, tard dans la nuit, le Mardi 5 Avril 1785, Jean-Baptiste Willermoz et deux de ses proches, reçoivent une bien étrange visite assortie d'une bien étrange révélation, qui encore aujourd'hui marque le Régime Ecossais Rectifié.
En effet, un messager, Pierre-Paul-Alexandre de Monspey se présente à eux. C'est un frère, membre de la Loge La Bienfaisance qui apporte à Willermoz onze cahiers rédigés par sa sœur Marie-Louise de Monspey dite Madame de Vallière, qui sous l'emprise d'une force extranaturelle et sous l'emprise de ce qu'elle appelle des "batteries", sortes de coups qu'elle reçoit dans son corps, écrit ce qu'un être supérieur lui fait écrire.

Ces cahiers sont destinés à Willermoz lui-même, qui dans un premier temps est surpris, mais qui très vite eu égard à la foi qui est la sienne, eu égard à ses croyances et aux pratiques qui lui ont été enseignées par Martines de Pasqually ne peut douter de la véracité de ce miracle, qui de plus tombe bien, dans un contexte où en 1785 son système maçonnique est encore loin d'être stable...
Dans ces cahiers on trouve entre autres choses une demande consistant à substituer le mot de passe du 1er grade à savoir Tubalcaïn !
Que nous dit "l'Agent Inconnu" sur Tubalcaïn ?

Tubalcaïn est placé sur le même niveau qu'Adam en ce qui concerne la chute et la perversion de l'homme. Il est qualifié d' "agent diabolique" et portant les "vices charnels», "c'est un nom d'abomination", car Tubalcaïn est "coupable des plus honteuses prévarications", qu'il n'apprit l'art du travail des métaux et la maîtrise du feu que par des voies profanatrices et sataniques.

Ainsi ce nom, devait être supprimé au profit de Phaleg, fondateur des Loges et donc de la Maçonnerie.

Le 5 Mai 1785, Jean-Baptiste Willermoz remplace Tubalcaïn par Phaleg, sur décision de la Régence Ecossaise de Lyon et par Arrêté du Directoire d'Auvergne.
Arguant que la décision avait été prise à Wilhemsbad, et donc le dimanche 5 mai 1785 le Directoire Provincial d'Auvergne avec à sa tête le Chevalier Gaspard de Savaron officialise la décision.

 

Ecoutons Willermoz:
« C'est que Tubalcain qui fut fils de Lamech le Bigame et de Stella fut le premier qui ait connu l'art de travailler avec le marteau et fut habile en toutes sortes d'ouvrages d'airain et de fer, c'est pourquoi il est appelé l'inventeur, le Père de l'art de travailler les métaux... Mais on n'a pas remarqué que c'est une contradiction de donner à l'apprenti ce mot de ralliement après lui avoir fait quitter tous ses métaux qui sont l'emblème des Vices. En effet d'un côté on lui apprend que ce n'est point sur les métaux que le vrai maçon doit travailler ; et de l'autre on le met dans le cas de croire que Tubalcain le père et l'inventeur du travail sur les métaux serait le premier instituteur de la maçonnerie élevée.

 

Si Tubalcain fut le fondateur d'une initiation quelconque, on voit quel devrait être l'objet, et le but par ce qu'en dit l'Ecriture, et dans ce siècle où tant de maçons s'occupent de l'Alchimie, un Régime qui en connaît les dangers ne doit pas conserver un nom qui ne s'est perpétué que par l'ignorance, ou le défaut de plusieurs qui n'ont pas aperçu ce rapport et cette inconséquence, et sont encore par là liés à ceux qui s'occuperaient à imiter Tubalcain qui le premier a touché les métaux.

 

Si de cette observation on pousse à l'examen du temps, auquel vécut Tubalcain, on voit que c'est avant le Déluge, fléau par lequel Dieu voulut effacer de dessus la terre les ouvrages des hommes. Tout ce qui remonte à cette époque ne doit pas paraître pur, et l'on doit craindre de tenir à quelques-uns de ceux qui ont attiré la colère de Dieu sur les hommes. Si l'initiation de Tubalcain s'est propagée, elle est impure, et il paraîtra important de rompre tous les rapports avec lui, puisqu'on fait quitter aux maçons tous les métaux, emblème vrai et retenu de tous les régimes, comme pour les séparer...
C'est donc après le Déluge au temps de la confusion des langues qu'on trouve la raison de la fondation d'une initiation secrète qui a dû se perpétuer et qui est l'objet de la recherche des maçons. Une étude de la vérité faite dans des intentions pures a conduit à apprendre que c'est dans les documents de Sem qu'il faut chercher la fondation de la vraie initiation.
Sem fut béni par Noé et l'on est fondé à croire que Phaleg, fils d'Heber et descendant de Sem, qui fut père de Tous les enfants de Geber, est le fondateur de la seule vraie initiation et ce motif parait déterminant pour substituer au nom de Tubalcain, celui de Phaleg.
Cham, maudit par Noé, aura eu son initiation : tout l'atteste, et que son mot de ralliement ait été Tubalcain. Il est l'emblème des vices, et il convient aux enfants de Chanaan qui l'auront transmis ; mais on doit se rappeler qu'il est dit :
Que Chanaan soit maudit,
Qu'il soit à l'égard de ses frères l'esclave des esclaves
Jaloux de descendre de Sem les vrais maçons doivent s'empresser de se séparer à jamais des enfants de Chanaan... »

 

Nous pourrions donc arrêter notre travail historico-symbolique, tellement tout est dit.... Mais continuons un peu, et notamment avec la lecture du compte rendu du Directoire qui arrête « unanimement, définitivement et pour toujours :
Que le nom de Tubalcain serait supprimé et remplacé par celui de Phaleg dont on donnerait l'explication vraie à l'apprenti, que ce changement aurait lieu pour la première assemblée de la Loge de la Bienfaisance et le plus tôt possible dans celle du district.
Qu'à l'avenir il ne sera plus demandé ce mot de passe aux FF visiteurs, parce qu'on ne pourrait pas sans inconséquences les recevoir en donnant un mot proscrit. On se contentera des mots du Grand Orient de France plus secrets que celui de Tubalcain, en usant de tous les ménagements et remplissant les égards que la fraternité commande, ils se retireront et useront en tout de toutes les précautions que la prudence leur suggérera pour ne point blesser les Loge, qui ne verraient pas le même danger à conserver ce mot proscrit parmi les frères du district.

 

Afin que les Loges constituées par le Directoire n'en prétendent cause d'ignorance et ayant à s'y conformer, expédition en forme sera envoyée à chacune d'elles, les invitant à ne point s'écarter sous quelque prétexte que ce puisse être de cet arrêté fait en connaissance de cause, comme aussi à déclarer dans un court délai si elles ont mis en exécution le changement dont il s'agit."

 

http://montaleau.over-blog.com

 

 

 

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Phaleg

20 Mai 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

Ce nom donné aux Apprentis du Rite Rectifié actuellement, et qui leur sert de
mot de reconnaissance, a tout un symbolisme, et toute une histoire, que nous
résumons ici.

Selon le Dictionnaire de la Bible, le mot Phaleg implique une idée de division
et de séparation. Par ailleurs, Phaleg est le nom d'un ancêtre d'Abram, qui
deviendra plus tard Abraham.

Jean Tourniac, dans « Vie et Perspectives de la F.-M. Traditionnelle »
rappelle que le nom donné aux Apprentis, au 1er grade partout, et en France
jusqu'au 5 Mai 1785, était Tubalcaïn. Après cette date, le Directoire
d'Auvergne, responsable de cette décision, eut à subir des critiques et
questions sur ce choix, et les Loges allemandes en particulier n'acceptèrent pas
ce changement. Si, en France, le mot fut accepté, après récriminations de
certains, le Grand Orient ne s'émut cependant pas. Mais, si on accepte ce mot il
faut savoir qu'il n'a été sanctionné, admis, par aucune autorité maçonnique
légiférante depuis 1785 : il fut « admis pour le Rite Rectifié, par les autres
Rites, sans décision » (cf Le Forestier, la F.M. templière et occultiste. pp.
797, 798, 799, 802, et la Revue Le Symbolisme n°337, de 1966, article signé
Ostabat. Lire aussi la conférence du Dr Schnetzler : « L'Agent inconnu et le
Rite Rectifié », dans la revue Villard de Honnecourt de 1976, Tome XII).
Ce sont ces travaux que nous résumerons d'abord ici, avant d'y ajouter nos
recherches personnelles.

L'idée de « séparation » est rapportée à la sortie du monde profane, mais J.
Tourniac signale que la racine hébraïque Phe-lamed, qui a donné le nom de
Phaleg, a donné aussi le mot « phaleg » signifiant « noble », car distingué du
reste des hommes, d'où « élu », car « mis en dessous ». On retrouve ici l'idée «
d'élection du milieu du monde » de l'Évangile de Jean (17.6), nous rappelle J.
Tourniac (p167 de Vie et Perspectives …).

En Genèse X-25, il est écrit que Phaleg reçut ce nom car « c'est de son temps
que la terre fut partagée ». Ici on revient au sens de « séparation » et non
d'élection, et on applique l'idée de scission à la glèbe. Ce partage évoque,
dans l'esprit traditionnel juif, une idée malsaine, celle d'un recensement,
procédé condamné dans Samuel. Pourtant le partage en question n'impliquait aucun
recensement, qui aurait été impensable à l'époque. Il ne s'agissait que de la
séparation des trois fils de Noé, et de leurs destins, prophétisés au chapitre
IX de la Genèse (v.25 à 29). Il n'est donc pas question d'un partage spatial et
socio-politique, plus ou moins égalitaire, comme on l'entendrait maintenant, à
propos d'un héritage, par exemple. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit.
Phaleg appartient à la race de Sem, race bénie par IAHVE, à l'exclusion de la
race de Cham, d'où est issu Nemrod, qui a donné Tubalcaïn. Le nom de ce dernier,
qui, par les aventures de la race de Cham, se rattache à l'empire de Babel, est
en rapport, selon la Jewish Encyclopedy, avec l'art des métaux, et avec
l'inventions des charmes magiques.

Pour le manuscrit Dumfries n° 4, le nom de Tubalcaïn découle de la racine « BLL
» signifiant « violation de l'ordre, union abominable, confusion des langues,
d'où Babel ».
À l'opposé, Phaleg descend d'une race bénie, et il demeurait, avec son frère,
sur « la Montagne d'Orient » (Genèse X-30).

C'est pour ces raisons positives, et d'autres négatives, envers Tubalcaïn, et
quelques autres plus secrètes, que Willermoz rejeta, poussé par la chanoinesse
de Remiremont, Mademoiselle de Vallière, le nom de Tubalcaïn, et donna aux
Apprentis celui de Phaleg, pour le Rite Rectifié. Mademoiselle de Vallière était
une « mystique » au sens psychiatrique du terme. Willermoz s'en aperçut à temps,
et rompit tout rapport avec celle qu'il avait cru une mystique inspirée au bon
sens du terme. Mais le nom de Phaleg, qui se défend bien, comme on l'a vu,
resta. Il avait permis de refuser l'entrée des temples à des Frères d'autres
Rites trop suspects d'accueillir des « maçons » de l'organisation de Cagliostro,
ceux qui, justement, se livraient à une magie alchimique que le nom de Tubalcaïn
ne rappelait que trop bien. De plus, dans une logique un peu simple, mais qui
avait pour elle l'apparence, il ne convenait pas de donner à des Apprentis le
nom d'un travailleur des métaux, puisqu'on les leur faisait quitter.

Cet argument de Willermoz ne valait que sur l'apparence, car, comme le lui écrivit
le Prince de Hesse, Tubalcaïn ne travaillait que sur d'autres métaux
(symboliques) différents de ceux qu'il fallait, en effet, rejeter d'abord.
Charles de Hesse donna donc un accord de principe, mais nuancé, et très
intéressant (Charles de Hesse, après la mort de Ferdinand de Brunswick en 1792,
devint le chef suprême des rites Willermoziens agréés à Willemsbad).
Mais le rejet du mot Tubalcaïn peut se constater, en Maçonnerie, dans des
cérémonies qui n'appartiennent pas au Rite Rectifié. Ce qui prouve que
Mademoiselle de Vallière n'avait pas été si mal inspirée en faisant rejeter ce
nom. Nous lisons en effet dans le rite du Grade Noachite, dit aussi de Chevalier
Prussien (21° degré du R.E.A.A.), l'histoire de Zorobabel, dont le nom signifie
« aversion de Babel ». Ce rite implique le rejet d'une filiation à partir de
Tubalcaïn (cf. J. Tourniac, « Vie et perspectives… » p. 170). Et Phaleg
apparaît, avec un beau et noble rôle au 32° grade du R.E.A.A. nous dit J.
Tourniac (id. p. 174).

Revenons à Phaleg pour noter les curieuses étapes d'une irrégulière décroissance
de la durée de la vie des ancêtres d'Abram.

Sem a vécu 100 ans avant d'engendrer Arpacead et mourut 500 ans après, soit 600
ans au total
Arpacead 35 ans avant d'engendrer Scehah et mourut 403 ans après, soit 438 ans
au total
Scehah 30 ans avant d'engendrer Heber et mourut 403 ans après, soit 433 ans au
total
Heber 34 ans avant d'engendrer Phaleg et mourut 430 ans après, soit 464 ans au
total
Phaleg 30 ans avant d'engendrer Rehu et mourut 209 ans après, soit 239 ans au
total
Rehu 32 ans avant d'engendrer Serug et mourut 207 ans après, soit 239 ans au
total
Serug 30 ans avant d'engendrer Nacor et mourut 200 ans après, soit 230 ans au
total
Nacor 29 ans avant d'engendrer Taré et mourut 119 ans après, soit 148 ans au
total
Taré 70 ans avant d'engendrer Abram et mourut 250 ans après, soit 320 ans au
total

René Guenon ayant signalé que des noms propres peuvent cacher des organisations
initiatiques, on peut se demander si tel n'est pas le cas et si ces nombres ne
signifient pas les durées d'organismes initiatiques successifs. Cette «
explication », à considérer, n'exclut aucune autre, qu'on pourrait trouver dans
la Kabbale numérique par exemple.

Puisque Phaleg « vécut » 239 ans, il eut le temps de s'atteler à des travaux de
longue durée. Aussi, une tradition maçonnique en fait-elle le constructeur de la
Tour de Babel (ce qui est peu honorable) et le précurseur, ainsi, du
constructeur du Temple de Salomon (ce qui est bien). Ce rituel, de 1774, déclare
que cet ouvrage de Phaleg, la Tour de Babel, fut, de sa part, celui de
l'orgueil. On retrouverait des allusions à cela dans le Grade de Noachite, 21°
du R.E.A.A., déjà cité. Le rituel de 1774 signale que Phaleg, ce constructeur
d'une tour « de la prétention à l'universalisme » et de « l'orgueil personnel »,
s'est enfin un jour abaissé devant Dieu, et en a reçu son pardon à cause de son
repentir. Rappelons enfin que du point de vue sémantique, le mot Phaleg évoque
les arts agricoles, et non la vie nomade, dont le type est le chasseur Nemrod,
ancêtre de Tubalcaïn, nous l'avons dit plus haut.

Ayant ainsi condensé aussi brièvement que possible les travaux des commentateurs
maçons de nous connus, nous avons fait quelques investigations dans la tradition
religieuse chrétienne, plus spécifiquement catholique. Les résultats sont
d'autant plus importants qu'ils concernent la filiation de Melchissédec. Or,
celui-ci est l'origine spirituelle même du sacerdoce chrétien, car il représente
la tradition primordiale et générale de toute l'humanité (cf. René Guénon, « Le
Roi du Monde »; et, du point de vue orthodoxe, Serge Boulgakof, le grand
théologien de l'orthodoxie, dans « Paraclet », pp.229-230, éd. Aubier : pour
catholicisme romain, lire Jean Danielou « Théologie du Judéo-christianisme »,
pp.25 à 27; et enfin citons, du « Mystère de l'Avent », du même auteur, ces mots
: « la religion de Melchisédech s'étend à l'humanité tout entière », « le
sacerdoce de Melchisédech est le sacrifice de tout homme, qui est prêtre de la
création », … « le sacrifice de Melchisédech peut être offert en tous lieux, par
toute la terre » … « En Israël le culte divin deviendra le propre d'une tribu
particulière, celle de Lévy, ce qui amènera à détruire dans toutes les nations
l'ancien culte cananéen de Melchisédech, qui est proscrit (Deut. XII-2); au
contraire, en mettant Melchisédech au-dessus d'Abraham », on peut dire « qu'il
est certain qu'à bien des égards le culte chrétien ressemble plus au culte
(cananéen) de Melchisédech, qu'au culte kévitique » pp.60 à 66).

Citons également le travail de G. Bardy, connu seulement des spécialistes. On le
trouve dans deux articles de la Revue Biblique (1926, p496et ses. et 1927 p.24
et ss., éd. Gavalda, 10 rue Bonaparte, Paris).
G Bardy rapporte ceci :
selon Eutychus : la filiation de Noé à Melchisédech est celle-ci :
Noé - Sem - Arphaxad - Caïnan - Salek - Heber - Phaleg,
dont le fils est Melchisédech.
Ce Melchisédech portait des vêtements de peau et une ceinture de cuir.
Revenons à Phaleg : alors que, pour la tradition juive, Melchisédech semble
n'être qu'un fils de Sem, dont le culte devait être détruit, pour les « annales
d'Eutychus » la filiation, qui explique tout notre exposé précédent, passe aussi
par SEM, mais après lui, par Phaleg qui est le père de Melchisédech.
Or on sait que Melchisédech est dit sans père. Donc Phaleg n'est pas un père
charnel.

Ceci bien compris voici ce que les « annales d'Eutychus » ajoutent : Sem reçut
de l'Ange l'ordre de retirer de l'Arche d'Alliance le corps d'Adam mort. Sem, le
« grand-père », part donc, avec Melchisédech, son « petit-fils », avec l'accord
de Phaleg « père » de Melchisédech. Sem et Melchisédech doivent enterrer Adam au
milieu de la terre. Sem entre, de nuit, dans l'Arche. Il en retire le corps
d'Adam. L'Ange le dirige « le milieu de la terre ». Celle-ci s'ouvre
d'elle-même, et se referme aussitôt sur le corps d'Adam, en un lieu qui a un
nom, le Crâne (Golgotha). Sem ordonne à Melchisédech de rester au Golgotha, où
il sera prêtre éternellement, et où il sera assisté à jamais par l'Ange du
Seigneur. Melchisédech y reste donc, et prend douze pierres qui lui serviront
chacune d'autel, et sur lesquelles il offre le double sacrifice du pain et du
vin. Sem revient seul dans sa famille, et dit à Phaleg que son fils Melchisédech
est mort. Ce qui est faux, car il est éternellement vivant, mais bien comme mort
pour Phaleg qui ne le verra plus. Phaleg en est profondément attristé, car il ne
sait pas que Melchisédech, « son fils » est toujours vivant, mais caché. Il
suffirait qu'il le sache, en le découvrant, pour qu'il soit heureux. Cette
légende se trouve rapportée d'une façon analogue dans le « Synaxaire Lithurgique
d'Éthiopie », où l'on trouve des églises enterrées. Dans ce pays on fête
Melchisédech le 9 Septembre. Il est à noter que c'est dans le pays du « Prêtre
Jean » que survit cette légende de l'existence non manifestée Melchisédech,
doublant la légende de la présence, non manifestée également, du Prêtre Jean.

Le nom Phaleg donné dans le R.E.R., évoque donc l'origine d'un état de sacerdoce
universel, invisible même par la voie de Phaleg, et que chacun de nous peut
sûrement espérer comprendre par la voie du sacrifice de sa personne, sacrifice
qui répond à l'offrande du pain et du vin faite éternellement par qui répond à
l'offrande du pain et du vin faite éternellement par Melchisédech, « fils » de
Phaleg.

Source : http://fr.groups.yahoo.com/group/maitrespasses/

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PHALEG

20 Mai 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

« M. des Cér. - Quel est le nom des apprentis, qui leur sert de mot de reconnaissance?
PHALEG
M. des Cér. - Que signifie ce mot ?

Dieu m’a créé. »
Rite Ecossais Rectifié

Le Rejet des métaux de J.B. Willermoz

On notera que dans ses cahiers, concernant l'agent inconnu, Willermoz précise que le message qui lui est délivré « tente, d'une part, de « dévaloriser » si l'on peut dire, ou de minimiser l'importance du personnage clé de la Légende du Troisième Grade, d'autre part, à l'inverse, tente de revaloriser le grade d'Elu, de même que les grades de vengeance que Willermoz avait tant décrié, et enfin, et surtout, de substituer le mot de passe du 1er grade à savoir Tubalcaïn! » par Phaleg.

Néanmoins, et avant de continuer la lecture de cet article, je ne saurais trop attirer l'attention du lecteur sur deux éléments qui me parraissent fondamentaux dans l'apparition de Phaleg au premier degré du RER.

Tout d'abord la présence effective de membres du groupe des Illuminés de Bavière au Convent de Wilhelmsbad et, en second lieu, le fait que Weisthaupt, fondateur des Illuminés et Louis Claude de Saint-Martin entretenaient de bonnes relations...... c'est à dire que ceux dont l'objetétait la "dispertion" de la culture chrétienne et celui qui insista auprès de Willermoz afin qu'il remplace le nom du forgeron fondeur par celui du Roi constructeur de Bable se connaissaient bien.... la dispersion est donc le Maître mot car "Phaleg" ne signifie pas "Dieu m'a créé" mais "Dieu a dispersé".....

Ce « mot de passe » dont certains prétendent qu'il fut hérité de la franc-maçonnerie dite Noachite est resté jusqu’à nos jours, dans la pratique du Régime Écossais rectifié, celui des Apprentis. Il y a remplacé celui utilisé au Rite importé de la Grande Loge de Londres de 1717, Tublacaïn, et qui deviendra le Rite des « moderns », lequel donnera naissance à la plupart des avatars connus sur le continent.

Passer de Tubalcaïn à Phaleg n’est pas innocent à cette époque, parce que cela revient, dans un certain contexte ultraciste et mystique très influent dans la maçonnerie savoiso-lyonnaise, à revendiquer un retour à une chrétienté plus rigoureuse, plus "intégriste" ( c'est d'ailleurs l'argument premier et la sollicitation de Louis Claude de Saint Martin auprès de Willermoz en ce sens qui emporta la décision) et d'argumenter d'un rapprochement de la maçonnerie des « ancients » ( argument aussi hypothétique que reposant sur l'ignorance de ce qu'elle pouvait être réellement... mais ne leur jetons pas la pierre, 90% de ceux qui parlent des "ancients", même encore aujourd'hui, ne les ont pas étudiés).

Le pauvre Saint Martin, très influencé par Adam Weisthaupt, n'en avait très probablement pas fréquenté beaucoup car il ne retint que l'affirmation de Dermott en 1788, qui clamait que « Les Innovations qui se sont glissées sournoisement dans la maçonnerie... tendent à dénaturer l'intégrité du système. Il est du devoir de la Confrérie de s'en protéger. Nous croyons néanmoins que le moment est proche où ces désagréments disparaîtront et que la maçonnerie retrouvera ses marques1 ». Hypothétique, dis-je parce que les "ancients" dont il est question, bien que catholiques majoritairement n'utilisaient pas Tubalcaïn au Premier degré du Rite... et pas du tout Phaleg...

Sans penser, à aucun moment, que Willermoz ait pu avoir quelque influence sur le conflit anglais qui opposait les deux maçonnerie (il eut fallu pour cela qu'il les fréquentât), nous sommes bien obligés de constater une certaine convergence de vues. Aucune précision n’a jamais été donnée concernant ces marques, que la maçonnerie devait retrouver... et l'on sait, sauf à en ignorer le contenu, qu'il ne s'agit pas du degré de Maître de Marque... néanmoins, les « ancients » précisaient dans le « Ahiman Rezon », que les maçons étaient descendants de Noé, nous verrons plus loin l’importance de cette affirmation, et, de ce fait, qu’ils devaient respecter la religion du pays dans lequel ils se trouvaient pourvu qu'elle soit fondée sur la chrétienté. Exigence qui n’existe pas sous cette forme chez Anderson. Outre ce choix dans le conflit qui opposait les deux Grandes Loges en Angleterre et dont l’Europe maçonnique ne manquait pas d’être informée, la modification du mot de passe revient aussi, et plus philosophiquement cette fois, à substituer la forge au bénéfice de la dispersion du Verbe. Ce point est loin d’être anecdotique dans une pratique maçonnique qui réintégrera les dimensions et les formes de ce même Verbe en le faisant chair dans l’esprit de l’Evangile de Saint Jean. Le choix est clair et le déterminisme délibérément chrétien qui disperse la forge de Caïn au bénéfice de la Parole perdue. Il n’est plus question d’une construction pluridisciplinaire, d’un architecte polytechnicien, mais bien de la pierre de faîte qui avait été rejetée.

S'agissant d'une démarche dont l’objectif était de « réintégrer » la Franc-maçonnerie de l’époque dans une forme de chrétienté rigoureuse dominée par les ultracistes et d’en conforter l’objet par un thésaurus compatible avec une foi catholique stricte, ou, pour le moins, de « rectifier » les errements déistes du courant anglais des « moderns », il ne paraît pas surprenant outre mesure que les mythes relatifs de trop près aux descendances de Caïn et rappelant par trop les anciennes croyances liées à la forge aient été « mis de côté ». On peut donc penser qu’à la suite de l’intervention de l' « Agent Inconnu », et tout autant sur les insistances répétées de ses Maîtres martinistes qui militaient activement pour la disparition des références à la descendance de Caïn comme une garantie de réaffirmation chrétienne, Willermoz ait pu terminer, en 1785, son dernier rituel et, ainsi conforté par ses Maîtres en « sciences mystiques », rejeter les métaux qui restaient, pour eux-tous, un rappel trop manifeste de la chute de l’Homme.

Cependant, les relations de Willermoz avec cet inconnu épistolaire ne sont pas les seules sources auxquelles ait puisé le Lyonnais. On gardera en mémoire que c’est en 1765 que le fondateur du RER constitue, à Lyon, à la suite des Chapitres de Metz, un « Chapitre des Chevaliers de l’Aigle Noir, Rose Croix ». C'est-à-dire, un an avant la publication, par le Frère Bérage2 de sa traduction du « Septième degré de la Maçonnerie » ; le grade de « Noachite » ou « Chevalier Prussien », devenu, depuis, le 21ème degré du Rite Ecossais Ancien et Accepté et introduit en France vers 1757. Le nom même de « Chevalier prussien », à ce moment de la réforme entamée de la Stricte Observance Templière, n’est probablement pas du au hasard. C’est la logique de son intégration dans le corpus des Aréopages des Degrés Philosophiques du Rite Ecossais Ancien et Accepté qui pourrait paraître étonnante dans la mesure où son contenu renvoi apparemment de manière trop précise à l’origine Templière de la maçonnerie et, plus particulièrement à une origine chevaleresque « teutonique » pour n’être que philosophique.

Dans sa version ultime du Rite Ecossais Rectifié, Jean-Baptiste Willermoz, fidèle en cela au courant de pensée qui prétend que la construction de la Tour de Babel est la véritable origine de la franc-maçonnerie, introduit, au grade d’Apprenti, un personnage pour le moins Noachite puisqu’il est déjà l’un des éléments fondamentaux des hauts grades :« Phaleg ».

Dans le même temps qu'il élimine « Tubalcain », il rejette les « métaux » et procède à la suppression des « fondeurs » et des « forgerons ». Ce n'est pas, non plus, une surprise que la lignée de Caïn et ses forgerons soient enlevés au profit d'un roi-architecte qui voulut gagner le séjour de Dieu par l'érection d'une tour dont l'ambition était d'atteindre le séjour de Dieu. Mais surtout et en toute logique, à la suite de Martinès de Pasqualy qui constate la chute de l'homme hors du domaine spirituel dans la matière et incite à œuvrer pour l'accomplissement d'un retour vers l'esprit, il coupe la branche Caïnite de la symbolique maçonnique au grade d'apprenti maçon, celle qui laisse perdurer les artisans de la chute de l'Homme. Dans cette perspective, Martinez lui-même mais aussi J. Boehme, Swedenborg et Saint-Martin sont considérés comme missionnés par Dieu, éclairés par la lumière de la Sophia, la Sagesse d'intelligence, des Illuminés.

On comprend qu'il y ait, après la Chute, deux postérités et deux humanités. La seconde postérité d'Adam, qui est celle de Seth, s'est rendue susceptible de réconciliation ne serait-ce que par l'Alliance conclue avec Noé et ses fils. Celle de Caïn doit encore être réconciliée. "Elle paie encore le tribut à la justice du Créateur3" et Tubalcain fermait la boucle. Ceux qui composent l'Assemblée des élus qui seuls ont été réconciliés par la venue du Christ sont missionnés dans le plan du rachat divin et reçoivent l'inspiration intellectuelle, la gnose, SOPHIA, ce sont les "illuminés". Même si le concept de dispersion de la parole ne constituait pas une nouveauté à cette époque, il est bien évident que sa personnification dans l’architecte de Babel avait largement disparu de la pratique du rite français sur lequel s’appuyait Willermoz. Ce n’était pas une nouveauté, néanmoins, les rituels du RER de 1785 replacent la Tour de Babel dans le cadre de l’Apprentissage maçonnique comme un élément qui n’aurait jamais du être occulté. Cela est confirmé dans les pratiques rituelles depuis au moins 1744, selon le témoignage de l’ouvrage « le parfait maçon », certaines pratiques maçonniques liaient le noachisme et la mythologie adamique à l’apprentissage, laissant les colonnes d’Enoch et la Tour de Babel. Au compagnonnage4.

Phaleg, l'architecte de la Tour et la maçonnerie noachite

Selon Albert Galatin MacKey, c’est tout naturellement que la Franc-maçonnerie Noachite s’est inscrite dans la chaîne symbolique de la franc-maçonnerie bien qu’à l’origine elle ait été conçue pour rester un système indépendant qui aurait substitué Noé à Salomon et Phaleg, constructeur de la Tour de Babel, à Hiram. De ce qu’il est possible de comprendre des anciennes légendes fondatrices de la maçonnerie, du moins, telles qu’elles ressortent des manuscrits gothiques, il n’est pas inimaginable qu’une ancienne légende relative à la Chute ou à un mythe nécromantique de même nature que celui qui a survécu ait donné à Noé le rôle de Père fondateur. Des fragments d’une telle légende auraient pu survivre et être intégrés dans le corpus symbolique de la maçonnerie spéculative du XVIIIème siècle alors que d’autres disparaissaient. Les souvenirs récurrents auraient alors servi de base à la fondation de cette maçonnerie. En effet, la légende de Noé n’a jamais été bien loin ; en 1738, « Noachidæ » apparait dans les Constitutions d’Anderson. Il est défini relativement aux familles ou tribus de la descendance des fils de Noé, Sem, Cham, et Japhet. Ces légendes affirment même que le premier Grand Maître des Maçons était Ham, fils de Noé et bâtisseur de la première ville, Shinaar. Comme à l’habitude, on le voit, les légendes maçonniques sont loin d’être vérifiables, particulièrement dans la Bible puisque cette légende ne tient compte ni de Caïn, ni de Hénoch ( Gen. 4 ;17), mais, là encore, il s’agit de la descendance de Caïn. Cette création de Shinaar donne néanmoins l’assurance du lien entre Noé, sa descendance et la maçonnerie opérative. Sans trop de conjectures hasardeuses, on peut raisonnablement reconstruire le processus par lequel la légende d’Hiram trouve sa place en maçonnerie.

Les opératifs du moyen âge connaissaient Hiram et le Roi Salomon, les certitudes en sont données par les descriptions de Naym Green, Minus Green ou Nayman the Grec dans les anciens devoirs, en effet, ce maçon qui enseigna la maçonnerie à Charles Martel était réputé avoir travaillé sur le chantier du temple de Salomon avec Hiram. Certaines différences notoires dans les définitions des rôles des différents personnages laissent, cependant, entendre, que leur identification à cette époque n'implique pas que l'on ait conçu, pour eux, les mêmes rôles. L’architecte était donc connu, à défaut de la légende nécromantique qui le met en scène et il y a de fortes probabilités pour que cette légende fut d’abord celle racontant les faits et geste de Noé et de Cham et ayant pour but de démarrer une histoire du Temps permettant de mémoriser les évènements et leurs conséquences.

Mentionné 7 fois dans la Bible, Phaleg, de la 4ème génération des fils de Noé, fut, comme son père, Roi de Babylone, lieu dont le nom signifie « la confusion », architecte de la Tour de Babel, il aurait vécu de -2247 à -2208 avant l'ère chrétienne. Il n'apparait que durant les chronologies généalogiques des livres du Pentateuque et de Saint Luc. Ainsi, il est dit que Phaleg, aussi appelé Palag ou Péleg, est le 13ème descendant de la dynastie de Seth, fils d'Héber, (Gen.11;16), descendant de Sem, fils de Noé. Les rosicruciens et les Illuminés du XVIIème siècle qui introduisirent la mystique en maçonnerie à partir du début du XVIIIème siècle, non seulement connaissaient la légende de Noé, mais encore la transposaient eux-mêmes dans leurs propres mythes fondateurs en insistant sur les aspects dramatiques, comme celui de la montagne du déluge sous laquelle gît la dépouille de Christian Rozencreutz. Les rédacteurs modernes pourraient alors tout à fait facilement introduire Hiram et les grands projets de Salomon dans le paysage postdiluvien de la première alliance. Phaleg peut alors retrouver sa place, au moment du passage de l’opératif au spéculatif, alors que le monde change sous l’influence des lumières et de la révolution industrielle des années 1700.

 Les Écritures précisent que son père lui donna le nom de Phaleg, פּלג (pâlag), qui signifie à la fois « partage » et « tremblement de terre », parce que c'est de son temps l'on commença à partager la terre (Gen 10 :25 et 1Chr 1;19 – on remarquera que ces deux versets sont quasiment identiques5). Soit que Noé ait commencé à partager les terres à ses neveux après le déluge, quelques années avant la construction de Babel, soit que Phaleg soit venu au monde l'année même de l'entreprise de Babel et de la confusion des langues, soit que Héber, par un esprit prophétique, ait donné à son fils le nom de Phaleg quelques années avant la tour de Babel6 (Gen. 11; 5 à 8 – Dt 32;8). Il n'en demeure pas moins que, selon les Écritures, la lignée dans laquelle il s'inscrit est assez bien définie et que, dans la liste des engendrements, on le retrouve porteur de la lignée d'Abram. Ainsi, d'Arphaxad, fils de Sem, par Salé, par Heber (Hébreux), par Phaleg, par Réu, par Sarug, par Nachor naquit Tharé qui engendra Abraham. Celui-ci eut trois femmes : Cétura, qui lui donna entre autres fils : Madian... Agar qui lui donna Ismaël... et Saraï, l'épouse légitime, qui lui donna Isaac. Celui-ci engendra Esau et Jacob (Israël). De ce dernier est issu le peuple des Hébreux. Selon l'historien américain P. K. Hitti7, ce peuple hébreu émigra en Palestine, à travers la Syrie entre 1500 et 1200 av. J.-C. Ce fut la seconde émigration, bien définie dans le temps et l'histoire, d'un peuple sémite vers le Croissant fertile.

Il naquit en l'an du monde 1757, avant Jésus-Christ; soit, 2243, avant l'ère vulgaire 2247.

Ce qui embarrasse ici les interprètes, c'est,

1° que Phaleg n'est venu au monde que cent ans après le déluge. Or il semble qu'alors le nombre des hommes n'était pas encore assez grand pour faire une entreprise comme celle de Babel.

2° que Jectan, frère de Phaleg, avait déjà treize fils au temps de la dispersion arrivée après la confusion de Babel (Ge 10 :26-28). Phaleg étant né l'an 34 de Héber, (Ge XI, 16), il est impossible que Jectan, son frère, ait pu avoir ce nombre d'enfants lors de la naissance de Phaleg.

Il semble donc qu'il n'est pas né au temps de la dispersion. A cela on peut répondre que Moïse a rapporté les noms des treize fils de Jectan dans la Genèse, (Ge 10, 26), par anticipation, quoiqu'ils ne fussent nés qu'assez longtemps après la confusion de Babel? Mais comme ils occupèrent un assez grand pays, il était important de les faire connaître, et de les nommer parmi les autres descendants de Noé, qui se partagèrent les provinces d'Orient. Quoi qu'il en soit, Phaleg, âgé de trente ans, engendra Réu (Ge 11 :18), et mourut âgé de deux cent trente-neuf ans.

Histoire de Phaleg

Phaleg, qui avait conçu l'idée de la tour de Babel et en avait dirigé la construction.
La tour de Babel, le mot Babel signifiant en hébreu "confusion" "Allons, bâtissons-nous une ville et une tour dont la tête soit dans les cieux. "Après qu’ils eurent jeté les fondations de cet édifice, le Seigneur, dit encore l'Ecriture, jeta les yeux sur la terre et vit l’orgueil des enfants des hommes. Il descendit sur la terre pour confondre leurs projets téméraires. A cette fin, il mit la confusion dans les langues des ouvriers. Phaleg, se sentant coupable, se condamna à une pénitence rigoureuse, il se retira dans le nord de l'Allemagne, où il arriva après bien des peines et des fatigues endurées dans des pays déserts où il n'avait trouvé pour toute nourriture que des racines et des fruits sauvages.
Dans cette région, que l'on appelle la Prusse, il construisit quelques cabanes pour se mettre à l'abri des intempéries.
ll érigea un Temple en forme de triangle, dans lequel il s'enfermait pour implorer la miséricorde de l'Eternel et la rémission de son péché.

L'an 553, en fouillant à quinze coudées de profondeur dans les mines de sel de Prusse, on découvrit un bâtiment de forme triangulaire au milieu duquel se trouvait une colonne de marbre blanc. Sur sa base, toute cette histoire était écrite en hébreu.

A côté de cette colonne, il y avait un tombeau de grès, contenant de la poussière et une pierre d'agate portant l'épitaphe suivante:


" Ici reposent les cendres de l'architecte de la tour de Babel.
Le Seigneur eut pitié de lui, parce qu'il devint humble."

Le texte de la colonne nous dit aussi que Phaleg était fils d'Eber, dont le père était fils d’Arpaxad, qui était fils de Shem, fils aîné de Noé.

Mot de passe au 21ème degré REAA – « Noachite » ou « Chevalier Prussien » : Phaleg (dit d’une façon lourde et empreinte de tristesse).

Source : http://truthlurker.over-blog.com/

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Le roi Salomon fondateur de la Franc-Maçonnerie universelle

20 Mai 2012 , Rédigé par Christian Lochon Publié dans #fondements bibliques de la FM

SALOMON DANS LES TRADITIONS ESOTERIQUES

La personnalité de Salomon, son existence et sa geste, ses multiples dons de pacificateur, de constructeur, de magicien, auront été repris dans les traditions les plus variées, les domaines les plus étranges. Le fils du roi David apparaît dans les mythes du compagnonnage puis dans ceux de la franc-maçonnerie, développés par les savants oxoniens du XVIIe siècle, comme Elias Ashmole, admis dans une loge opérative, ou plusieurs membres éminents de la Société Asiatique, au XIXe siècle. Peut-être avaient-ils suivi les consignes exprimées par Jung : « Les légendes ont remplacé les outils rationnels : on y recherche les correspondances des personnages et des événements par une étude historique, biblique, l’archéologie, la philosophie dans un souci de l’appliquer à soi-même. La légende, au plan ésotérique, est une composante de la Tradition, une révélation exemplaire et sacrée, constituant un modèle pour la recherche humaine ».

I – Salomon dans l’histoire

Salomon n’est pas mentionné dans les annales mésopotamiennes. La tradition phénicienne est légendaire, Salomon aurait vendu à l’Etat Tyrien la ville de Khorbat Khozli et la Plaine d’Acre pour 120 talents d’or, et aurait eu recours au professionnalisme d’un bronzier tyrien, Hiram (cf Bible, 1R7, 15-47). Les relations avec l’Egypte, qui de toute façon, à l’époque, était la puissance dominante, et Salomon dut accepter de se placer dans l’orbite politique de ce pays qui imposait la pax egyptica, sont relevées dans la Bible uniquement, même le mariage de Salomon avec la fille du Pharaon Siamoun (976-954) de la XXe dynastie. Une trace littéraire cependant, les Cantiques des Cantiques, ou chant de Salomon à la Soulamite parait influencée par les poèmes d’amour égyptiens de la XVIIIe dynastie (autour de 1500 avant J.C.). Quant au Yemen et à la Reine de Saba, les Sabéens commenceront à être connus hors de leurs frontières au VIIIe siècle avant J.C. seulement.

Des doutes sont émis par les deux spécialistes sur l’authenticité des textes bibliques. Le « Livre des Rois », qui traite abondamment de la construction du palais de Salomon, de celle du temple et de son mobilier, de l’établissement de douze préfectures, quadrillant les territoires s’étendant de l’Oronte ( ?) à Gaza, est rédigé dans une langue tardive qui souligne les additions nombreuses présentant un aspect légendaire ou moralisateur : la sagesse de Salomon par rapport à la conduite désordonnée de ses successeurs (Roboam entre autres), avec le partage entre deux Etats (Juda et Israël), conséquence des fautes de Salomon. Les « Psaumes » attribués à Salomon seraient du Ier siècle avant J.C. et « Le Livre des Chroniques » du 2e siècle avant J.C., puisqu’il met en valeur la préséance de la classe sacerdotale de cette époque. En fait en 63 avant J.C., une fièvre eschatologique se répand en Judée, préfigurant la destruction définitive du Temple (74 après J.C.).

II - Mondialisation de la symbolique salomonienne

A) Dans le domaine religieux

Salomon se trouve présent dans les représentations iconographiques des Chrétiens d’Occident comme d’Orient, dans la fresque de Piero Della Francesca intitulée « La rencontre de Salomon avec la Reine de Saba » ou dans cette église Saint-Clément à Ohrid, en Macédoine (début du XIVe siècle) où autour du Pantocrator on découvre avec Adam, les deux ancêtres de Jésus, le roi David barbu et son fils imberbe le Roi Salomon. Au cours du Colloque, il aura été évoqué le roi de Bretagne Salomon, et Salomon le Savoyard. On connaît le rôle politique des prétendues dynasties salomoniennes en Ethiopie, et la présence constante de Salomon, représenté en Constantin, dans les psautiers ou le rôle qu’on lui fait jouer, associé au roi des forgerons, parfois privé de trône par un démon (source coranique), dans l’art talismanique des sceaux et des étoiles à huit branches dans ce pays.

Les références à Salomon, particulièrement vénéré dans le monde islamique, sont au nombre de 17, dans 8 sourates. S’il n’est pas associé à la construction du Temple, M. L. de Premare a montré cependant que la sourate 52, versets 1 à 8, rappelait le livre des Rois I, 7, 3 et la sourate 36, le Livre de Jérémie. Avant même l’apparition de l’Islam, le poète arabe Dabira fait l’éloge du roi de Hira en le comparant à Salomon. Là aussi, ses dons de magicien, de manipulateur des djinns, reconnus dans le Coran influencèrent les occultistes arabes qui semblent avoir créé le mythe du sceau de Salomon. La plupart des pays musulmans évoquent cette personnalité prophétique, spirituelle, voire magique, comme au Yemen (M. Christian Robin), en Iran (M.Assadallah Melikian-Chirvani), en Afghanistan et à la cour des Empereurs Moghols (Mme Corinne Lefèvre), et en Asie Centrale où M.Thierry Zarcone a recensé les lieux dédiés au fils de David.

B) Dans le domaine du compagnonnage

Dans chaque ville médiévale, s’étaient établies des corporations, chargées de défendre les intérêts professionnels des artisans et ouvriers, et qui étaient dirigées par les « maîtres de métiers ». Parallèlement à ces organismes locaux, des ouvriers itinérants, indépendants, se regroupèrent dans des sociétés compagnonniques (le terme de « frère » pour cet emploi était apparu dès 842), qui établirent des règles strictes garantissant la défense mais aussi la compétence de ses membres. Le terme de « compagnonnage » était apparu dès 779 et les différentes promotions dans les corps de métier s’effectueront par initiation tenue à l’abri des regards étrangers. Le « Compagnon Fini » est celui qui a passé toutes les épreuves et est devenu « maître » dans sa profession. Le terme apparaît en 1080, celui d’apprenti en 1175. Les apprentis et les compagnons font l’objet d’un enseignement initiatique basé sur des légendes tirées de la Bible. Ainsi des chérubins (ceux qui gardent l’entrée du devir, le lieu le plus secret du temple de Jérusalem) sont sculptés sur le couvercle du cercueil des compagnons menuisiers. Le patronage de Saint Jean Baptiste est également invoqué en liaison avec le « Quatuor Coronati », quatre tailleurs de pierre exécutés par Dioclétien vers 300. Les confréries qui apparaissent à la fin du XIIIe siècle conservent une orientation professionnelle en même temps que charitable, dans l’esprit catholique également.

Les textes fondateurs du Compagnonnage sont disséminés dans 130 manuscrits rédigés aux XIIIe et XIVe siècles et que la revue de la Grande Loge de Londres, « Ars Quatuor Coronatorum » a publiés.

Ainsi, en 1268, « Le Livre des Métiers » d’Etienne Boileau recense cent un métiers, et la promotion interne qui les gère, soit les apprentis, les compagnons et les maîtres. La construction des cathédrales s’appuie sur trois métiers principaux, les tailleurs de pierre, les menuisiers et les forgerons ; leurs membres se réunissent dans des « loges », installées, soit dans la crypte des cathédrales, soit dans un bâtiment annexe comme à Strasbourg. En 1283, Louis IX nomme Grand Maître de la maçonnerie opérative son compagnon croisé Guillaume de Saint-Petbus. Les membres de cette maçonnerie opérative, appelés parfois « gavots » adoptent le nom de « Enfants de Salomon » (comme le signale Villard de Honnecourt à l’époque). C’est que pour eux, la construction d’une cathédrale est une réplique de la construction du Temple de Jérusalem. Le document appelé « Regius » (1390) décrit les sept « arts libéraux » et a comme titre « Ici commencent les statuts de l’enseignement de la géométrie selon Euclide » . « Géométrie » a le sens de « maçonnerie ». On enseigne aux apprentis que la « géométrie » a été préservée du déluge, retrouvée par Hermès, petit-fils de Noé, et qu’elle a été révélée à Charles Martel, dont un des architectes de la cour aurait participé à l’édification du temple de Jérusalem. Ainsi le mythe de Salomon se trouve adopté par la philosophie compagnonnique.

Le Mouvement va connaître un certain nombre de scissions. En 1400, à Orléans, au moment de la reconstruction d’une des tours, un affrontement entre compagnons et moines surgit, et les « indépendantistes » prennent le nom d’Enfants de Maître Jacques (référence au Grand Maître des Templiers, Jacques de Molay ?) ou « Compagnons du Saint-Devoir de Dieu » tandis que les catholiques fervents s’intitulent « Enfants du Père Soubise (référence à un bénédictin du XIIIe siècle ou à un « maître artisan » de Salomon) ». En 1404, le roi Charles V réforme les corps de métiers parisiens relatifs aux compagnons maçons et charpentiers. Un autre texte constitutif des « anciens devoirs » paraît en 1410 sous le titre de « Manuscrit Cook ».

Au XVIe siècle des intellectuels comme François Rabelais (1483-1553) ou des inventeurs comme Bernard Palissy (1510-1590) vont être reçus en loge opérative comme « maçon accepté ». Dans le « Tiers Livre », Rabelais évoque la légende de Renaud de Montauban, qui aurait tué un neveu de Charlemagne, et se serait réfugié sur le chantier de la future cathédrale de Strasbourg. Il se serait conduit comme un excellent ouvrier, mais victime de la jalousie de ses collègues, aurait été assassiné. Ce thème sera repris dans la maçonnerie du XVIIIe siècle avec l’allusion au meurtre d’Hiram, l’architecte en chef de Salomon.

Au XVIIe siècle, s’instaure une tradition écossaise de la maçonnerie opérative, particulièrement à Kilwinning. Un ouvrage polémique « Le Mot du Maçon », publié en 1637 décrit la forme primitive de ce rite maçonnique. On sait que la maçonnerie spéculative écossaise jouera un rôle important dans le développement de la maçonnerie française avec l’exil des partisans de la dynastie Stuart en France.

En 1646, à Oxford, Elias Ashmole (1617-1692) alchimiste célèbre, est également initié à la maçonnerie opérative, et plusieurs personnalités scientifiques oxoniennes joueront un rôle dans la création de la Grande Loge de Londres, à laquelle appartiendront 24 membres de la fameuse « Royal Society ».

A Perth, en 1658, les diplômes de maître maçon (« freeman ») et de compagnon de métier font référence au « Temple de Salomon », comme source des métiers. A la fin du siècle, à Aberdeen, on voit sur les tableaux de deux personnalités de la ville, Alexandre Petersen, diacre, et président de la Corporation d’Aberdeen, et Patrick Whyte, maître-serrurier, qu’ils sont peints, entourés des deux colonnes symboliques du Temple de Salomon.

La Franc Maçonnerie spéculative va emprunter un certain nombre de références aux métiers et aux héros mythiques des « Anciens Devoirs » du Compagnonnage. Dans les Constitutions d’Andersen (voir plus loin), sont mis en parallèle « l’architecte » pour son travail théorique et le « tailleur de pierres » pour son travail manuel. Les appellations d’ « apprenti » et de « compagnon » sont conservées. Les instruments de métier sont reproduits sur le « tableau de loge » (dessin d’abord reproduit à la craie, sur le sol, puis sur un tapis mobile) : l’équerre, évoquant la croix (serment de l’apprenti), le compas du Maître de Loge, la truelle « pour cacher les défauts des frères » ; le fil à plomb (échelle de Jacob), la règle (loi morale de la Franc-Maçonnerie), le niveau (égalité fraternelle) sont mentionnés dans la Bible.

Quant aux trois éminentes personnalités associées à la direction d’une loge, Salomon, Hiran roi de Tyr, et Hiram l’Architecte, elles seront le legs du compagnonnage à la maçonnerie spéculative naissante.

C) Dans le domaine de la Chevalerie

Charlemagne, lui aussi aurait été perçu comme un nouveau Salomon. A son époque, la Bretagne (on l’a vu plus haut) sera fière de son roi Salomon, béatifié par la suite.

Les Chansons de geste vont magnifier le mythe du Graal, apparu vers 1180, avec le Roi Arthur et les Chevaliers de la Table Ronde.

Chrétien de Troyes, poète de la Cour de Champagne, crée le mythe d’une chevalerie légendaire avec ses héros Lancelot, Perceval, Eric, ainsi que Wolfram von Eschenbach (1210) avec son Parzival, dont le genre de vie et les aventures ont été analysées récemment en liaison avec les rois éponymes iraniens. Cette tradition va être adoptée au moment des Croisades par les Ordres Chevaleresques, les Chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem qui donneront naissance à l’Ordre de Malte, et dont le mythe survivra dans les loges dites de « Saint-Jean », les Chevaliers Teutoniques (créés en 1112 à Saint-Jean d’Acre) et dont la Stricte Observance Templière Allemande au XVIIIe siècle constituera la version maçonnique, et les Chevaliers du Temple, symbole de confraternité universelle, dont plusieurs, au moment de leur persécution en France, se réfugieront auprès des Compagnons du Devoir. Ramsay, maçon écossais, attaché aux Stuart, dans un discours célèbre de 1736 rappellera l’antériorité de ces Ordres médiévaux (« Nos ancêtres les croisés voulurent réunir dans une seule confraternité les sujets de toutes les nations ») par rapport à la Franc-Maçonnerie qui adoptera dans son « Rite Ecossais Ancien et Accepté » le principe du Templier, porteur de truelle et d’épée, et institutionnalisera dans les grades supérieurs les plus élevés le titre de « Chevalier Kadosh » (sanctifié), même si des mises en garde officielles relativiseront ces emprunts : « Notre grade commémore l’Ordre Templier et s’en inspire sans pour autant prétendre en être le continuateur et l’héritier », pourra-t-on lire dans la littérature maçonnique.

En tout cas, la franc-maçonnerie française s’ouvrira de fait à la haute noblesse, attentive à l’esprit chevaleresque. Le premier Grand-Maître français sera le duc d’Antin, en 1738, le deuxième le comte de Clermont en 1743. Le pouvoir ne tracassera presque pas la maçonnerie. En 1789, cette dernière comptera 629 loges et 30 000 maçons auxquels il convient d’ajouter les loges d’adoption féminines, dont la Grande Maîtresse sera la Duchesse de Bourbon. Une enquête portant sur la recension de 268 maçons en 1780 dénombrera parmi eux 78 % appartenant au Tiers-Etat, 18 % à la Noblesse et 4 % au Clergé.

III – Textes constitutifs de la Franc-Maçonnerie

L’intention de l’auteur n’est bien sûr pas de dévoiler des secrets déjà publiés d’ailleurs dans toutes sortes d’ouvrages destinés au grand public mais d’examiner l’instrumentalisation du mythe de Salomon, telle qu’on la découvre, comme on l’a vu, dans la structure initiatique opérative du compagnonnage, et comme on va le voir dans la structure initiatique philosophique de la Franc Maçonnerie. Patrick Négrier, David Stevenson, après Mircea Eliade, sont en mesure de nous apporter sur ce terrain des ouvertures très précieuses.

Tout d’abord, il semble que la tradition hermétique écossaise, évoquée plus loin, ait parfois conduit à une ambiguïté sémantique . En effet l’ancien nom d’Ecosse, « Calédonie » a été rapproché abusivement de « Chaldée », sans doute par référence biblique et l’utilisation de personnages historiques iraniens comme Cyrus dans le rituel des hauts grades ; il ne faut pas oublier qu’à l’élaboration des rituels maçonniques participaient des intellectuels latinistes et hellénistes, mais aussi des chercheurs qui avaient pu lire les récits de voyage en Orient et s’étaient intéressés à l’histoire de l’Orient ancien et moderne. Ramsay lui-même écrivit un ouvrage consacré à Cyrus.

Cette tradition « calédonienne » en tout cas rappelait que trois « degrés » d’initiation avaient été préservés depuis l’antiquité, un niveau opératif, celui des artisans, le niveau spéculatif des druides, enfin le niveau hermétique de l’architecture sacrée, dont un représentant illustre était Vitruve, qui avait été le maître à penser de Marc Aurèle. La référence à l’écossisme se retrouvait tout au long du Moyen Age avec Clément Scot, conseiller de Charlemagne, Jean Scot Erigene, conseiller de Charles le Chauve, Michel Scot de l’empereur Henri II, et un autre Michel Scot, conseiller de l’Empereur Frédéric II.

Dans le texte de ses « Constitutions » (1723), évoquées plus haut, Andersen décrit de manière lyrique le Temple de Salomon : « Celui-ci fut commencé et achevé, à l’étonnement du monde entier, dans le court espace de temps de 7 ans et 6 mois, par cet Homme très sage, ce très glorieux Roi d’Israël, ce Prince de la Paix et de l’Architecture que fut Salomon, fils de David ». Une description de plusieurs pages va suivre et l’auteur va directement relier la tradition salomonienne à la franc-maçonnerie « De sorte qu’après l’édification du Temple de Salomon, la Maçonnerie fut améliorée dans toutes les nations voisines, car les nombreux artistes employés par Hiram Abif se dispersèrent, après son achèvement, en Syrie, Mésopotamie, Assyrie, Chaldée, Babylone, chez les Mèdes, en Perse, Arabie, Afrique, Asie Mineure, en Grèce et dans les autres pays d’Europe où ils enseignèrent leur Art libéral aux Fils nés libres des Personnages éminents…Mais pas une nation, seule ou unie aux autres, ne pouvait rivaliser avec les Israélites, et encore moins les surpasser en Maçonnerie ; et leur Temple resta le constant modèle ».

Les Constitutions d’Andersen n’évoquent que les deux premiers grades de la Maçonnerie, apprenti et compagnon. Il semble que ce soit vers 1725 que pour parachever la hiérarchie des grades, on introduisit un troisième degré, celui de « Maître » ; c’est ce qui ressort d’un ouvrage polémique publié, à Paris, en 1726, sous le titre « Le Maçon Antédiluvien ». Le mythe salomonien de la construction toujours renouvelée du Temple bénéficie de la présence de l’architecte du temple, Hiram, dont le nom est en tout cas cité dans le Livre des Rois.

Il faut dire que l’institution maçonnique introduit dans son rituel le mythe du meurtre fondamental traditionnel. En Egypte, le meurtre d’Osiris, en Phénicie de Melqart (le roi Hiram de Tyr aura fait construire un temple à Melqart), à Rome entre Romus et Romulus, souligne le thème de la lutte du bien contre le mal. Mais le concept était déjà présent dans le compagnonnage. Un document d’Edimbourg de 1696 parle du « relèvement du cadavre d’Hiram par les cinq points du compagnonnage ». Les « cinq points » correspondaient aux « cinq points » du calvinisme tels qu’ils avaient été adoptés par le Synode de Dordrecht (1618-1619). Le catéchiste Graham avait souhaité assimiler les rois d’Angleterre des XVIe et XVIIe siècles à Salomon, Hiram représentant la communauté calviniste. On avait là une implication conjoncturelle.

Le 3e degré de la maçonnerie va donc expliciter les différentes fonctions de Salomon, du roi de Tyr Hiram, et de l’architecte Hiramabi, et annoncer les degrés suivants, dits de « perfection », de tradition salomonienne et qui vont apparaître vers 1738. Le rituel de loge sera dorénavant inspiré par le meurtre d’Hiram, comme l’indique le Manuscrit Wilkinson (1730) : « La loge est un carré long. C’est la forme de la tombe de notre Grand Maître Hiram ». La loge reconstitue le chantier du temple de Jérusalem, et celui qui la préside est un Hiram ressucité.

L’Hiram de la Bible apparaît donc dans le « Livre des Rois et les Chroniques ». Salomon (II Chroniques II, 2) s’adresse à Hiram roi de Tyr pour lui expédier des cèdres. Ce dernier lui répond : « Je t’envoie un homme sage, possédant l’intelligence, Hiram Abi ». Dans le « Livre des Rois » (VII,13-14), on apprend qu’Hiram Abi est fils d’un Tyrien et d’une Juive, qu’il érigera les deux colonnes de cuivre Jakin et Boaz devant l’entrée du Temple, qu’il construira la « Mer d’Airain » (bassin des ablutions) et qu’il terminera tous les travaux ». Mais il n’est pas mentionné dans le texte biblique qu’il était architecte et qu’il fut tué.

Dans la légende d’Hiram adoptée par la tradition maçonnique, Hiram devient le prototype de l’homme juste, fidèle au devoir jusqu’à la mort. Il refuse en effet de livrer des secrets à trois contremaîtres du chantier du Temple qui veulent être promus le plus vite possible, et il est assassiné par ces trois « mauvais compagnons », que douze autres contremaîtres poursuivront et tueront également. Bien sûr, dans l’esprit religieux de l’époque, existait une corrélation entre Hiram et Jésus, condamné par trois personnages, Caïphe, Hérode et Pilate. Cet assassinat d’autre part préfigure négativement la destruction du Temple, mais aussi positivement, la nomination d’un nouveau maître. Sur le tableau de loge, au grade de maître, figurent un crâne représentant le drame du Golgotha et le meurtre d’Hiram, et des larmes exprimant le repentir de Pierre et le chagrin de l’injuste destinée d’Hiram.

Ces interprétations et ces rapprochements considérés comme hasardeux de symboles religieux et philosophiques conduit Rome à publier, en 1735, une bulle antimaçonnique « In Eminenti » reprochant aux participants catholiques en loge de fréquenter des non-catholiques, et regrettant la présence d’ecclésiastiques dans ces réunions. En 1781, l’évêque de Grenoble Mgr de Bouteville est ouvertement franc-maçon, et la loge « La Parfaite Union de Rennes », en 1785, compte qu’un cinquième de ses membres est composé de religieux. M.Thierry Zarcone a d’ailleurs montré que même des musulmans avaient été initiés dans des loges européennes.

Comme nous l’avons vu plus haut, et grâce à Ramsay, le personnage de Cyrus sera instrumentalisé dans le rituel maçonnique dans les hauts grades . Le 15e degré évoque la Cour de Cyrus et le 20e degré lui donne un rôle important. C’est que le Roi Perse, en libérant les Israélites de Babylonie, permettra la construction du deuxième Temple de Jérusalem (cf les livres d’Esdras et de Néhémi dans la Bible).

Ces hauts grades, établis par Etienne Morin en 1761, dans le cadre du Rite Ecossais Ancien et Accepté, seront au nombre de 33. Ils vont à plusieurs reprises évoquer l’action mythique du roi Salomon.

IV – Le mythe de Salomon dans la franc-maçonnerie

Salomon apparaît dans plusieurs livres de la Bible, outre les Chroniques et le Livre des Rois, dans le Livre des Proverbes, le Cantique des Cantiques, l’Ecclesiaste, la Sagesse, les Psaumes. Ce sont ses connaissances scientifiques qui sont soulignés : la phytologie (La Sagesse 4, 4-5 ; 6, 15), la zoologie (Proverbes 6, 6-11 ; 26, 11 ; 28, 15 ; l’Ecclésiaste 3, 19-21 ; 9, 12 ; La Sagesse 5, 11), la cosmologie et l’astronomie (l’Ecclésiaste 1, 7 ; 3, 1-8 ; 11, 3 ; La Sagesse 2, 2-5 ; 19, 18-21 ; les Proverbes, 25, 23). Ainsi que son approche philosophique (1 Rois 5, 13 ; La Sagesse 7, 15-21) par le symbolisme des sept planètes errantes.

La Bible le fait voir en homme sage, voire exemplaire par son don du discernement afin de juger équitablement et son esprit de tolérance puisqu’il autorisera, à la fin de son règne, la pratique des cultes de ses épouses, moabites, hittites ou sidonites. Ce qui entraîne le problème de la responsabilité, cher aux francs-maçons. Son nom en hébreu Schlomo est à rapprocher de Shalom, paix, qui génère un état d’harmonie et de prospérité ; le Coran reprendra ce thème de correspondance entre « Suleyman » et « Salam » (la paix). A un plan supérieur, il est hissé au niveau de « prophète » (comme dans le Coran), les commentateurs rappelant qu’il n’y a pas d’autre prophète déclaré vivant à son époque. Certains ont pu le comparer à Jésus (cf Nathan, 2 et Samuel 7, 14) : « Je serai pour lui un Père, dit Yahvé, et lui sera pour Moi un fils », et dans les Psaumes 2, V ; 7, on lit ces autres paroles de Yahvé qui lui sont adressées : « Tu es mon fils, Moi aujourd’hui, Je t’ai engendré ».

Le rôle de bâtisseur de Salomon est aussi souligné à l’occasion de l’érection du Temple de Jérusalem (1 Rois 10, 1) qui prit 77 mois et dont la façade aurait imité le modèle fourni par les anciennes huttes des bergers mésopotamiens comme la famille d’Abraham. La Genèse (33, 17) parle de hutte « bâtie » par Jacob, et si l’Exode est présenté comme une quête de pâturage, la construction d’un Temple pour abriter l’Arche d’Alliance jusque là itinérante, souligne la sédentarisation des Hébreux (en arabe « Aber », celui qui parcourt les espaces, comme toutes les langues sémitiques). Sur une terrasse de 110 mètres de long sur 88 mètres de large, l’édifice aura 33 mètres de long, 11 mètres de large et 16,5 mètres de hauteur. Les rochers qui affleurent servirent d’autel des sacrifices pour les trois temples successifs ; ils seront recouverts par la « Coupole du Rocher » par le Calife Abdelmalek (685-691) et réintroduits dans l’imaginaire musulman avec l’empreinte d’un pied attribué à Mohammed au moment de son ascension céleste. Ce temple sera détruit en 586 avant J.C. par les Perses ; un deuxième temple sera érigé par Zorobabel en 450 avant J.C.. Ezechiel aura été missionné pour décrire le temple de Jérusalem aux Juifs de Babylone, insistant sur sa représentation du personnage créateur, du cosmos et de chaque être humain, notions instrumentalisées par les Francs-Maçons dans leur loge. Le troisième temple sera construit par Hérode le Grand, détruit par Titus en 70, et rasé par Hadrien en 135 de notre ère.

Dès le grade d’apprenti, la symbolique du Temple de Jérusalem apparaît dans le vestibule qui leur est réservé, rappelant les 15 marches extérieures du temple, le « heykal » ou partie centrale, où s’assemblent les maçons, et que l’on considère comme « centre du monde », transformable parfois au niveau des Maîtres, en « Dévir » ou « Chambre du milieu ». L’architecture intérieure et le mobilier, évoqués dans la Bible sont présents dans la loge , les deux colonnes du temple encadrent le « dévir », le tableau de loge symbolise les marches d’entrée du Temple, les fenêtres à cadres et à grilles ; la pierre rappelle le 1er Livre des Rois (V,32) : « Les maçons de Salomon, de Hiram et les guiblins (de Byblos) équarissaient et façonnaient le bois et la pierre pour l’édification du Temple » ; les grenades figurant sur le chapiteau des colonnes représentent, comme l’indique Patrick Négrier « la multiplicité des principes comportant l’Etre », le chandelier (ménara) à sept branches (cf Genèse, 1, 11 à 13) et enfin le pavé mosaïque évoquant la terre sainte du Sinaï.

Salomon est souvent présent dans le rituel maçonnique ; s’il clôt le premier des cycles de l’initiation, il ouvre les degrés dits salomoniens. Au 4e degré, la loge est présidée par Salomon, au Rite Ecossais Ancien et Accepté, et la Bible, présente sur « l’autel » est ouverte au premier livre des Rois ; les maçons déplorent la mort d’Hiram. Au 6e degré, Salomon et Hiram président les activités de la loge, et par une référence souchée sur le Livre des Rois (LX 11 à 13), Salomon pardonnera à un visiteur curieux, en fait l’impétrant, d’être venu s’informer en toute bonne foi. Au 8e degré, Salomon recherche un responsable pour le nommer à la tête des cinq ordres d’architecture. Les 9e, 10e et 11e degrés décrivent des rites de vengeance décidés par Salomon. La légende développée au 13e degré où le Président représente Salomon a été décrite dans le « Manuscrit Francken », présenté en France, comme on l’a vu plus haut, par Etienne Morin, en ces termes : « Ce roi vertueux (Salomon), supposant qu’avant le Déluge un temple avait peut-être été érigé sur ce lieu, et craignant que ce ne fût au culte de quelque faux dieu… ne voulut pas le construire là. Il partit donc et choisit la plaine d’Arunia (ou « Ornan »). C’est la légende du temple souterrain d’Henoch que reprendra le texte du rite maçonnique. Le président de loge représente encore Salomon au 14e degré. Au 27e degré, le mot de passe sera encore « Salomon ». Ainsi ce dernier apparaît comme garant symbolique de la maîtrise sans défaut, du secret, et de l’influence spirituelle de celui qui, élu par ses pairs, dirige une loge maçonnique.

Cette instrumentalisation européenne de ce personnage biblique de Salomon, dans les rites initiatiques, d’abord compagnonniques, puis chevaleresques, puis maçonniques, ne diffère pas,dans un triple rôle mis en valeur par la Bible, de roi, de prophète et de grand prêtre, de ce qu’il peut représenter dans des cérémonies exclusivement religieuses, comme l’ont montré plusieurs intervenants spécialisés dans d’autres régions du monde, asiatiques et africaines. En tout cas, la remarque de Jung « On ne fabrique pas un symbole, on le découvre », s’applique bien à l’appropriation, par les sociétés initiatiques, du mythe salomonien.

 source : www.grandorientarabe.org

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Des noms de personnages bibliques en relation avec la Franc-Maçonnerie

20 Mai 2012 Publié dans #fondements bibliques de la FM

La Table des noms propres utilisés au R.é.A.A... a pour but de faciliter la tâche des chercheurs en leur apportant une information rapide au moyen des concordances bibliques et maçonniques de chaque nom propre utilisé dans les différents degrés de l’échelle maçonnique du Rite écossais Ancien et Accepté.

S’il veut bien comprendre l’Art, chaque Maçon d’un Atelier de Perfection devrait avoir lu, au cours de sa carrière maçonnique, cette Bible qui a fait couler beaucoup d’encre, puisque c’est de la Bible que proviennent la base des légendes thématiques et presque tous les noms propres utilisés dans notre Ordre. La Bible fait donc partie intégrante des Outils symboliques de la Franc-Maçonnerie et c’est pourquoi, vu son importance, elle est même considérée comme la première des trois Grandes Lumières au R.é.A.A...

Il faut savoir que la Bible comprend plus de quatre mille noms propres, de personnages, de tribus, de lieux, de rivières, etc., noms qui proviennent de diverses origines qui parfois ont été « hébraïsés ou grécisés », que d’autres ont subi des modifications de dialecte et d’autres aussi des accidents de lecture et de transmission. De nombreux noms de personnages sont utilisés pour signifier des régions et des tribus et quelques-uns servent même à couvrir (déguiser) d’autres personnages.

Les diverses généalogies mentionnées dans la Bible ne sont pas que des extraits d’état civil; ils soulignent la cohésion de tous les clans hébreux à vivre en solidarité de destin et, par exemple, la Table des Peuples, de Genèse 10, contient une valeur spirituelle indéniable en annonçant la vocation de tous les peuples à entrer dans la postérité d’Abraham, qui s’appelait Abram, descendant de Sem, fils de Noé. Cet Abraham « par qui se béniront tous les clans de la terre ».

Dans la Bible, ainsi que dans l’Antiquité orientale, les noms de personnes ont presque toujours un sens profane ou un sens religieux. Les uns sont en rapport avec les circonstances de la naissance, d’autres avec l’aspect physique, le caractère ou le tempérament. Il y en a aussi qui ont un rapport avec les animaux, des noms d’arbres, de fleurs, de fruits, etc. Certains enfin ont une portée symbolique, par exemple: Jésus (Sauveur) ou Emmanuel (Dieu avec nous), etc.

En lisant les listes de noms que l’on rencontre dans plusieurs des livres de la Bible, il est à remarquer que les grands personnages « qui ont fait l’histoire », donc les plus importants, ne sont souvent mentionnés que d’une manière insignifiante, parmi les autres. Par exemple: Abraham, Moïse, Esdras, etc.

Pour ce qui concerne la Franc-Maçonnerie, a côté des chefs de tribus ou de familles, nous devons être attentifs, spécialement aux groupes de chefs, des hauts fonctionnaires, des prêtres, lévites et de prophètes. Mais il y a aussi d’autres fonctions qui sont indiqués et qui concernent notre Ordre: Boaz l’agriculture, Tubal-caïn le fondateur de métaux, Hiram le bronzier, Oholiab (Ooliab) l’artiste ciseleur, etc.

C’est dans la Bible aussi que nous rencontrons notre Abiram, qui y est mentionné comme un pur contestataire de l’autorité vis-à-vis deMoïse (mais non comme l’assassin de notre légende d’Hiram).

De même que la manifestation de notre Ordre a évolué depuis 1717, selon les circonstances particulières à chaque époque, de même aussi les Francs-Maçons, de la fin du xxe siècle ont une vue beaucoup plus générale et plus approfondie du symbolisme maçonnique, cela grâce à nos éminents écrivains qui ont su nous exposer d’une manière concordante les diverses périodes sociale, philanthropique, politique et religieuse sitôt après la guerre (1939-1945), période qui nous amena sur la voie plus spiritualiste que nous connaissons aujourd’hui dans nos Ateliers.

Alors ne serait-il pas temps que les nombreuses déformations qui se sont produites un peu partout dans les divers rituels, et spécialement avec l’orthographe des noms propres, soient enfin rectifiés et qu’à l’intérieur du Rite, les Suprêmes Conseils harmonisent pour chacun des 33 degrés les âges, les mots de passé et les mots sacrés qui devraient être les mêmes en France, en Belgique, en Allemagne, en Turquie et, pourquoi pas? sur toute la Terre, puisque le Rite écossais Ancien et Accepté est universel.

Car n’oublions pas que les noms propres, et spécialement ceux que nous utilisons en Maçonnerie, sont tous porteurs d’un message et d’un enseignement, orientés et confirmés par des Nombres correspondant, Nombres auxquels nous devons attacher une importance particulière dans nos Ateliers de Perfection.

Ce n’est que petit à petit au cours des générations précédentes que sont apparues certaines différences, facilitées par certaines contradictions ou des erreurs de certains traducteurs ou copistes de la Bible, où par exemple nous trouvons Hiram (Huram, et Hirom) ou Jakin (Yakin), ou Adoniram (Adonhiram ou Adoram), etc., puis ensuite aussi dues aux erreurs de non copistes de rituels qui ont souvent interverti certaines lettres de noms hébreux compliqués, ou les ont même « francisés ou germanisés » par simple goût de simplification, sans se soucier que tel ou tel nom est le substitut d’une personnalité qui participe à l’essence même des êtres et des choses.

Et c’est ainsi que de nombreux Ateliers maçonniques, à tous les degrés, véhiculent des mots erronés, soi-disant comme une Tradition, qui non seulement déforment la démarche initiatique, mais souvent encore lui enlèvent totalement sa substance. Plus vite l’on rectifiera, mieux cela vaudra !

Dans nos Ateliers de Perfection, il nous appartient de chercher à discerner, plus encore que par le passé, la pluralité des sens contenus dans les légendes et les symboles de nos rituels, afin de découvrir l’esprit caché sous la lettre, dans les noms propres, au moyen des Nombres relatifs à chacun d’eux personnellement, que nous devons déchiffrer pour bien comprendre le langage du symbolisme maçonnique et passer graduellement des plans inférieurs et intermédiaires jusqu’au plan supérieur de l’ésotérisme traditionnel.

Travaillons avec ardeur ! cherchons avec foi ! soyons fidèles ! car la Franc-Maçonnerie a besoin de nous tous, puisqu’elle n’aura pas terminé son oeuvre tant qu’il restera à la raison humaine une vérité à découvrir.

AVANT –PROPOS

Qu’on l’admettre ou non, il n’en subsiste pas moins que la période de notre naissance influencera pour toujours notre conformation de pensée.

Cela est présent dans l’enseignement de notre Ordre et principalement dans les degrés dits « de Perfection » du Rite écossais Ancien et Accepté. Par contre, cela n’a malheureusement pas encore été suffisamment approfondi jusqu’à présent.

Il est facile de concevoir que les personnages qui parcourent les légendes de nos divers degrés n’ont pas été placés là au hasard. Chacun d’eux porte un nom signifiant et possède un nombre correspondant qui augmente ou amoindrit telle ou telle qualité.

Il est donc important, non seulement de savoir le nom de chacun de nos personnages, mais également l’orthographe initiale de ce nom et de déchiffrer les caractéristiques qui lui sont attribuées.

Malgré l’opinion de nos prédécesseurs du xixe siècle qui ne connurent que la première période morale et philanthropique de la Franc-Maçonnerie, tous les degrés de notre hiérarchie ont été conçus sciemment avec une intention bien déterminée, selon la clé qu’il importe de retrouver dès le 4e degré de notre Rite.

Voici par exemple une seule opinion parmi plusieurs du même genre qui étaient courantes au cours des années 1805-1836, qui furent les premières années de mise en pratique de nos 33 degrés du R.é.A.A., émanant « d’un Maçon réputé instruit et de bons sens par une foule de Maçons distingués », le Frère de l’Aulnaye:

« On ne peut nier que plusieurs de ces grades ne soient fort oiseux; ils n’ont avec la science maçonnique que des rapports très éloignés. Nous en pouvons signaler vingt-un comme absolument inutiles et étrangers au vrai but de l’écossisme. La filiation n’en est pas toujours raisonnablement établie et ne présente point une déduction constante de l’un à l’autre grade, ainsi que cela devrait être. »

Il paraît évident qu’à cette époque où les Maçons avaient limité le but de la Maçonnerie à la morale et à la philanthropie, le Système des Hauts Grades à trente-trois degrés pouvait paraître bien inutile ! Et pourtant, notre Rite naquit, sortant comme de la putréfaction et du fumier des plus bas instincts de l’homme, car il fallait qu’il pousse et grandisse, afin d’être assez fort plus tard pour traverser les nouvelles époques sociale puis scientifique, pour arriver à maturité, à la période que nous vivons aujourd’hui.

Mais si nous, Maçons de XXIe, voulons être dignes de notre mission, il nous appartient d’abord de débarrasser la Maçonnerie actuelle des scories de l’antagonisme des différents Rites, malheureusement hérité de nos prédécesseurs, puisque les Rites sont simplement des expressions différentes de notre Idéal commun.

Nous devrions chacun bien concevoir que tous les hommes, malgré leur relative ressemblance physique, ne sont nullement tous conformés d’une manière identique et qu’il existe autant de « catégories » ou de types différents qu’il y a de signes du Zodiaque spirituel qui en sont la manifestation dans l’espace et l’expression où se lisent toutes les faces de la pensée universelle, donc de la pensée cosmique, de la vie pensante de l’Univers, donc également de chaque être humain qui en possède en lui une goutte et qui fut l’objet de la contemplation des Anciens lorsqu’ils ressentaient le cela pense en moi.

Toutefois, cette expérience est-elle aujourd’hui conciliable avec l’individualisme, avec la liberté « du Maçon libre dans la Loge libre » ? On peut se demander: « Suis-je encore libre dans ma pensée si la conformation de mon esprit est due à l’action d’un signe zodiacal, si la nuance d’idée qui surgit en moi résulte du passage d’une planète dans ce signe ?… » Ne nous méprenons pas sur ce mot: « Liberté ».

L’action exercée par la pensée cosmique sur la pensée de l’individu ne limite pas le champ de la liberté; elle ne réduit pas sa part de responsabilité dans l’usage qu’il fait de la pensée. Il faut seulement ne pas introduire la liberté dans un domaine où elle n’a rien à faire. La liberté n’est pas ce qui permet de penser n’importe quoi n’importe comment, car la pensée est un moyen d’entrer en rapport avec ce qui est; donc, pour être vraie, la pensée humaine doit nécessairement adhérer à la pensée cosmique.

Bien entendu, nous restons libres de prendre ou de rejeter ce moyen de communion avec l’univers; mais si nous le prenons, nous devons nous assujettir à ses lois. La pensée est le fruit de notre liberté et non pas son champ d’exercice. Elle commence avec l’usage que nous décidons d’en faire.

Nous nous sommes donc pas libres de penser n’importe comment, parce que le fonctionnement de notre pensée n’a de valeur que s’il est en concordance avec les lois cosmiques. Et nous ne sommes pas davantage libres de penser n’importe quoi, parce qu’il faut savoir distinguer entre les idées qui contiennent une réalité de nature ou d’esprit et celles qui possèdent encore, pour ainsi dire, leur chair vive.

A notre époque de pleine mutation, il n’y a pas de problème plus actuel que celui de la pensée si nous ne voulons pas nous laisser périr dans l’absurdité et la violence et si nous voulons retrouver le chemin qui conduira la pensée humaine vers la Pensée cosmique pour une nouvelle Alliance.

Afin de mieux comprendre la diversité des différentes conformations de la pensée humaine, voici quatre descriptions, sur les douze fondamentales qui existent, exposées par R. Steiner au cours de ses conférences.

Point de vue matérialiste

« Certains hommes sont ainsi faits qu’il leur est impossible de trouver le chemin de l’esprit. Il sera toujours difficile de prouver à ceux-là l’existence du spirituel. Ils en restent à ce qu’ils savent, à ce qu’ils sont capables de savoir. Ils en restent – disons-le – à ce qui fait sur eux l’impression la plus forte, la plus frappante: au matérialisme. Or les arguments apportés par les matérialistes pour défender leur position ne sont pas toujours stupides: on a beaucoup écrit sur ce sujet et de façon très intelligente. Ces arguments restent valables, sur le terrain de la vie matérielle, pour le monde matériel et ses lois. »

Point de vue spiritualiste

« D’autres hommes sont prédisposés par une certaine vie intérieure à ne voir dans tout ce qui est matériel qu’une manifestation du spirituel. Ils savent, naturellement, tout
aussi bien que les matérialistes, que la matière, existe extérieurement,mais ils disent qu’elle n’est qu’une manifestation de l’élément spirituel qui en constitue le fondement .
Ces hommes-là ne s’intéressent peut-être pas spécialement au monde matériel et à ses lois. Du fait qu’ils se complaisant à tout ce qui est représentation de l’esprit, ils passent à travers la vie en pensant que l’unique chose, vraie, supérieure, et méritant qu’on s’en occupe, c’est l’esprit qui seul a une véritable réalité; la matière ne serait qu’illusion, fantasmagorie extérieure. Voilà un point de vue extrême, mais il peut exister et peut mener à une négation totale de la vie matérielle. De ces hommes, nous devrions dire qu’ils reconnaissent ce qui est en effet le plus réel: l’esprit. Mais ils sont bornés, car ils nient l’importance de la matière et de ses lois. Il faut beaucoup de subtilité pour soutenir cette conception de l’univers. Appelons-là: spiritualisme.

« Peut-on dire que les spiritualistes ont raison? En ce qui concerne l’esprit, leurs affirmations pourront fournir des aperçus tout à fait justes, mais au sujet de la matière et de ses lois, ils ne pourront sans doute rien découvrir d’important. Peut-on dire que les affirmations des matérialistes sont justifiées ? Oui ; en ce qui concerne la matière et ses lois, ils pourront certainement apporter des éléments utiles et précieux ; mais, s’il est question de l’esprit, ils ne diront peut-être que des sottises. Concluons, donc que les partisans de ces différentes conception sont raison chacun dans son domaine. »

Point de vue réaliste

Il peut aussi y avoir des hommes qui se dirent : «En réalité, tout n’est-t-il que matière ou qu’esprit, nous ne pouvons rien en savoir ; les facultés humaines sont incapables d’en décider. Une seule chose est Claire, c’est qu’il existe un monde qui s’étend autour de nous; nous ne savons pas s’il est base ou non sur ce que les chimistes appellent les atomes matériels. Mais nous percevons ce monde qui nous entoure, nous le voyons et nous pouvons y appliquer notre pensée. Nous n’avons aucun motif particulier de supposer qu’il soit fondé sur l’esprit et nous nous en tenons à ce que nous voyons.”

« Ces hommes-là, on peut les appeler “réalistes" et réalisme la conception qu’ils se font de l’univers. De même qu’on peut mettre une infinie perspicacité à defender aussi bien le matérialisme que le spiritualisme (tout en disant, selon en cas, des absurdités au sujet de l’esprit ou de la matière), ainsi l’on peut fournir les raisons les plus probantes au réalisme que je viens d’exposer et qui n’est ni l’un ni l’autre. »

Point de vue idéaliste

« Une autre catégorie de personnes dit: “ Autour de nous s’étend la matière et le monde des apparences matérielles. Or ce monde des apparences matérielles n’a par lui-même aucun sens; il n’a aucun véritable sens s’il ne contient pas une tendance à aller de l’avant, s’il ne naît pas de lui quelque chose vers quoi l’âme humaine peut se diriger et qui n’est pas contenu dans le monde qui nous entoure.”

« D’après ce point de vue, le monde doit contenir un élément idéel, un idéal. Ceux qui l’adoptent reconnaissent la réalité des phénomènes de l’univers. Ils ne sont pourtant pas des réalistes, car ils sont d’avis que la vie réelle doit être doublée d’une vie idéelle qui seule lui donne un sens.

« Dans l’envolée d’un état d’âme analogue, Fichte a dit un jour: “ Tout l’univers qui s’étend autour de nous, c’est la condition matérialisée pour l’accomplissement du devoir”, ou encore: “ Le monde est la substance matérialisée du devoir.”

Le défenseurs de ce système , pour lequel tout dans l’univers n’est qu’un moyen au service des idées qui imprègnent tous les phénomènes, sont des idéalistes et l’on peut appeler idéalisme leur conception de l’univers. On a dit de bien belles et grandes choses en faveur de cet idéalisme. Toutes ont concouru à prouver que l’univers n’aurait ni but ni raison si les idées n’étaient que des images fantaisistes créées par les hommes et ne prenaient pas vraiment racine dans le processus universel. Sur ce terrain, l’idéalisme a parfaitement sa raison d’être. Mais il ne permet pas d’expliquer par exemple la réalité extérieure, l’existence des choses réelles. Il y a donc lieu de le distinguer des autres systèmes du monde.

« Voici donc quatre théories dont chacune a sa raison d’être et son sens dans son domaine particulier: Matérialisme, Spiritualisme, Réalisme, Idéalisme. »

Et, il conclut ainsi:

« Il n’existe pas une conception du monde, seule défendable, ayant seule sa raison d’être; il y en a douze. Et il faut bien l’admettre: s’il y a de bonnes raisons en faveur de l’une d’entre elles, on peut en trouver autant en faveur de chacune des onze autres. L’univers ne se laisse pas enfermer dans une vue unique et partiale, dans une seule conception, une seule idée: il ne se dévoile qu’à celui qui sait qu’il faut les parcourir toutes, de même que le soleil passe à travers les signes du Zodiaque afin d’éclairer la terre de douze points différents…»

Tel est aussi l’enseignement de certaines degrés du Rite écossais Ancien et Accepté qui ne formule jamais aucun dogme, se limitant à éviter les pensées profonds de tous les Maçons , quelle que soit leur conception innée , pour leur perfectionnement personnel .

A chacun de comprendre que sa propre conception n’est valable que pour lui-même et qu’en échange de l’apport de notre Ordre . il lui appartient de communiquer à ses frères le fruit de son expérience pour les aider aussi à lutter contre l’étroitesse d’esprit .

A l’aube des temps historiques , la Chine , l’ Inde et la Perse faisaient état d’une Tradition que leurs prêtres proclamaient déjà plusieurs fois millénaire et dont la trame

Est identique à celle de la loi Moïse que la Christ est venu accomplir .

Puis le symbolisme des religions pharaonique et juive resta rigoureusement relié à une notion astronomique , positive et rationnelle , dépourvue de toute métaphysique.

C’est , sous une certaine forme, ce qui est exprimé par les trois premiers degrés de la Franc- Maçonnerie symbolique et qui est ensuite plus approfondi dans les atelier de perfection, de 4e du 14e degré du rite Ecossais Ancien et Accepté.

C’est justement pour aller encore plus loin que notre Rite a organisé son enseignement en utilisant de nombreux personnages bibliques dont les noms sont d’origine hébraïques .

Le Tuileur de Vuillaume reproduit l’alphabet hébraïque avec la prononciation des mots tires de la Bible, car l’hébreu n’est pas une langue comme les autres .Elle n’a jamais varié depuis son origine et en hébreu , il n’y a pas des chiffres ; ce sont les vingt-deux lettres de l’alphabet qui ont des valeurs numérales:

- Les neuf premières lettres représentent les unités

- Les neufs suivantes les dizaines

- Les quatres dernières les centaines.

Depuis 1717, la Maçonnerie est bien toujours la perpétuation de l’ancienne Maçonnerie du Moyen Age, mais elle a toutefois abandonné la voie tracée par nos prédécesseurs pour ce qui concerne le mode d’enseignement et sa teneur .

Sitôt qu’elle se propage en Europe et en Amérique , la Maçonnerie spéculative de 1717 se plaça presque exclusivement sur le plan l’amériolation morale et sociale par l’ennoblisment de l’homme , afin d’agir ensuite sur la masse des peuples à la matière d’un levain .

Alors le but spirituel de la Maçonnerie, qui avait été temporairement abandonné , obligea certains Maçons de créer des Ateliers supérieurs dénommés Atelier de Perfection , qui firent éclore notre Rite Écossais Ancien et Accepté, avec un but spirituel , la recherche de l’Unité sous l’appellation du Grand Architecte de l’Univers , afin de compléter l’enseignement de la Franc-Maçonnerie symbolique des trois premiers degrés qui était devenu strictement exotérique .

Mais les temps ont bien changé depuis le XVIIIe siècle et la compréhension du symbolisme et de l’enseignement ésotérique et de sa finalité ont tellement évolué parmi nos Maçons de la fin XXe siècle qu’il devient urgent de remettre de l’ordre dans la chaos des éléments traditionnels qui composent notre enseignement .

En effet , les âges , les batteries, les mots de passe et les mots sacrés des divers ateliers des Suprêmes Conseils européens ont souvent été modifiés , intervertis ou faussement retransmis d’une génération à l’autre et continuent ainsi à se transmettre comme une véritable tradition . Pour remédier à de telles erreurs , le Tuileur de Vuillaume , qui date du début de la création , de notre Rite à 33 degrés , peut se révéler comme une aide efficace .

Quant au langage allégorique des légendes de nos divers degrés , nous savons qu’il est incompréhensible si on ne l’étudie qu’au point de vue extérieur et matériel . Loin de nous aider à les comprendre , le seul raisonnement intellectuel devient plutôt un obstacle , car c’est avec nos « oreilles spirituelles » que nous devons écouter ce langage pour qu’il devienne plus clair et rempli de sagesse .

Or , dans la plupart des rituels de nos degrés intermédiaires (quand il y en a ) peut-être par tradition mal comprise, les commentaires sont restés ceux du moralisme affligeant du XVIIIe siècle se limitant à n’exprimer comme but essentiel que les seuls problèmes du bien et du mal , de la justice ou de la charité , pour lesquels les trois ateliers de la Maçonnerie symbolique sont pourtant largement suffisants !

Essayant d’être conscients et réalistes. Avec les progrès scientifiques et les énormes moyens d’information dont nous disposons , les Maçons du XXe siècle ont acquis une plus claire compréhension des aspects symboliques généraux et métaphysiques que nos prédécesseurs des XVIIIe siècles , qui ne connurent que la première période humanitaire et philanthropique de la Franc-Maçonnerie .

Et depuis 1717 , la Franc-Maçonnerie a aussi évolué . Elle a passé de la philanthropie et de l’humanisme jusqu’au plan supérieur par les apports spirituels de l’ésotérisme , de la Cabale dont l’étude s’est propagée même parmi les chrétiens , de l’alchimie et de l’occultisme bien compris auxquels l’on revient aujourd’hui .

C’est dans l’optique de cette évolution de cette générale des connaissances qu’au deuxième degré déjà , notre Rite nous demande d’étudier les Arts Libéraux et les Sciences ; il n’est nullement question d’essayer de transformer nos compagnons ou, au 30e degré , nos Chevaliers Kadoch en savants de tous les Arts de notre Echelle et encore moins de toutes les Sciences . Car l’Initiation serait plutôt , au contraire un agent modérateur de l’escalade des connaissances « interdites » et un catalyseur des sentiments affectifs les plus nobles .

Si l’Initiation était la Science Pure, i serait alors impossible de la concilier avec la notion d’Amour , qui est à la base de l’enseignement maçonnique. Mais malgré cela, il est indéniable que l’Initiation a quand même un certain caractère scientifique, apportant à l’humanité une connaissance valable, même si elle est voilée par le symbole .

L’Initiation est la recherche de la Vérité par une remontée au commencement de l’Hérédité et de la Tradition . Elle est la connaissance , non de la fabrication de l’or ou de la sagesse sulfureuse qu’apporterait le Grand Œuvre , mais la connaissance de ce que fut l’histoire et de ce que peut être son destin dans le cadre de l’Univers perceptible où il s’intègre.

L’Initiation implique un dépassement de toutes les valeurs, une sorte d’accès à l’état d’indifférence transcendante, qui est celui de sage, du saint tel que le conçoit notre Chevalier Kadosh . L’illumination , figure explicite d’une plénitude intérieure qui confine au vide , est un aboutissement qui réduit toutes les voies à l’insignifiance . Quiconque atteint au but n’existe plus en tant qu’individu , en tant que particularité de l’être ; il se confond avec Être Universel , et son histoire est finie. C’est comme s’il retrouvait l’éternité en perdant la vie .

Bien sûr , seuls ceux qui ont connu l’accomplissement peuvent dire s’il est possible . Mais ceux-là sont hors d’état de dire quoi que ce soit . Et le caractère indicible de l’Initiation achevée interdit tout témoignage .

Le Rite Écossais 

Ancien et Accepté

Sa Création

D’après plusieurs écrivains maçonniques , et en résumé, notre Rite fut d’abord connu en France sous le nom de Rite de Perfection . Il ne prit le titre de Rite Écossais qu’après la fondation du premier Suprême Conseil à Charleston .

Ainsi il naquit en France au moment où la Maçonnerie anglaise , régénérée , commença à se répandre sur le continent.

De nombreuses loges y furent crées , en effet , par des émigrés anglais , écossais et irlandais, partisans des Stuarts chassés du trône d’Angleterre en 1688.

C’est ainsi qu’en 1726, trois gentilshommes anglais fondèrent à Paris la Loge Saint-Thomas qui prit un rapide essor et qui , à son tour , créa d’autres Ateliers, trois:

la Loge Goustand , la Loge Les Arts-Sainte-Marguerite et la Loge Louis-d’Argent , qui , avec elle, devinrent les éléments constitutifs de la Grande Loge provinciale de France en 1735 .

C’est au cours de la première assemblée générale de cette Grande Loge que l’orateur , le Chevalier Ramsay, docteur de l’Université d’Oxford et précepteur de Jacques III Stuart, chaud partisan du Rite écossais tel qu’il était pratiqué par la Grande Loge d’Edimbourg, prononça un discours dont le retentissement fut grand . Il y affirma que l’Écosse possédait une Maçonnerie plus complète que l’Angleterre et beaucoup de Maçons français entendirent parler pour la première fois de grandes loges symboliques .

Ce rite Ecossais préconisé par Ramsay connut un immense succès et se développa en divers systèmes qui prirent une extension considérable . Ce fut une floraison de Hauts Grades qui tous furent qualifies d’Ecossais , quoique nés en France.

Parmi les corps maçonniques qui apparurent à cette époque , il convient de citer le Chapitre de Clermont , à Paris , qui , fondé en 1754, possédait un Rite de perfection avec 7 grades dont 4 supérieurs,. Il s’efforçait de faire revivre le système de Ramsay et représentait ouvertement les Maçons comme des descendants des Templiers.

Ce Rite fut absorbé en 1758 par le Rite des Empereurs d’Orient et d’Occident qui comprenait 25 degrés . c’est ce rite qui confia à l’un de ses membres , Stephan Morin , appelé en Amérique pour affaires , une patente le nommant Grand Inspecteur et l’autorisant « à travailler régulièrement pour l’avantage et l’avancement de l’Art Royal et à constituer des frères aux sublimes grades de perfection » .

Morin établit son quartier général à Saint-Domingue et créa de nombreux Inspecteurs généraux . L’un de ceux-ci, Isaac da Costa , fonda la Loge de perfection de Charleston , dans l’Etat de la caroline de Sud . Sept nouveaux degrés furent ajoutés aux 25 existants , ce qui donna un rite à 32 degrés .

Les Américains inventèrent peu après un nouveau grade auquel ils donnèrent le n° 33, et c’est ainsi que fut créé le Rite Ecossais Ancien et Accepté et le premier Suprême Conseil , le 31 mai 1801 .

En 1804 , le compte de Grasse , Marquis de Tilly , ancien officier de l’armée royale , arriva à Paris , porteur d’une patente délivrée par le Suprême Conseil de Charleston lui conférant le droit de créer des Maçons du nouveau Rite Ecossais Ancien et Accepté. Il y créa un Suprême Conseil du 33e degré, consacrant ainsi le Rite Ecossais Ancien et Accepté en Europe . Ce Rite devait se développer rapidement dans les deux continents , Européen et américain .

Des Rites et des Degrés

Les rites sont pour notre Ordre ce que sont les habitudes dans la famille , les us et coutumes dans l’Etat , les mœurs et les formalités consacrés dans la vie profane , les cérémonies liturgiques dans l’Eglise .

Ils sont en quelque sorte une codification dans le temps , des règles générales de vie que la Franc-Maçonnerie propose à ses adeptes , règles qui s’expriment sous une forme symbolique au travers des grades ou degrés , variables en nombres selon les systèmes .

Mais ces règles obéissent toutes cependant à un certain nombre de grands principes qui , selon les moments de l’histoire , l’esprit ou les tendances de ceux qui s’y référaient , ont pris des dehors différents , sans que changent pourtant les bases essentielles sur lesquelles elles reposent .

Les Rites et les Degrés forment donc un tout , ceux-ci étant la forme concrète , l’expression en quelques sorte matérielle des tendances de ceux-là .

Un rite maçonnique , quelle qu’il soit , ne vaudra jamais que par l’esprit qui l’anime et l’ésotérisme qui y est implicitement inclus . Le placer, comme l’a fait le Rite Ecossais Ancien et Accepté , sous l’égide de Grand Architecte de l’Univers, c’était le préserver des préoccupations profanes , sources de conflits et de divisions .

Le placer aussi sous les trois grandes Lumières (volume de la loi sacrée , compas , équerre ) c’était lui donner , dans le temps et dans l’espace , une constance qui , s’appuyant sur le passé, préparait l’universalité de la Franc-Maçonnerie dans une Unité à retrouver .

Il est évident que notre Maçonnerie symbolique , dans ses trois degrés initiatiques , reste l’élément fondamental et nécessaire de notre Ordre , pour autant qu’elle sache rester fidèle à ses « Landmarks » , c’est à dire aux principes de base qui peuvent assurer son universalité et sa pérennité .

Seul le respect de ces principes fondamentaux peut , comme l’à écrit le Frère Triaca , de la Grande Loge de France , dans son intéressante brochure A propos des Landmarks , la faire différente « de très nombreuses associations culturelles , philosophiques , humanitaires , religieuses , etc... Qui partagent avec la Franc-Maçonnerie certaines tendances » .

Malheureusement , la plupart des adeptes de l’Art Royal se contentent de recevoir les trois premiers degrés symboliques , mais ils ne les possèdent jamais effectivement . Ils détiennent un trésor , mais ils en ignorant la valeur et n’en tirent aucun parti .

Or les Hauts Grades n’ont d’autre mission que de faire progressivement saisir l’ésotérisme des trois Degrés fondamentaux de la Franc-Maçonnerie. Ils n’ont pas la prétention de révéler de nombreux secrets , étrangers à la Maçonnerie symbolique ; toute leur ambition se borne , au contraire , à bien faire comprendre celle-ci , à la mettre en valeur dans l’esprit de ses adeptes , à qui il importe de faire effectivement leur apprentissage , afin qu’ils puissent devenir de réels Compagnons , capable d’aspirer à la Maîtrise véritable . Ce degré nécessairement ultime correspond à un idéal qui nous est propose, auquel nous devons tender, mais dont la réalisation n’est pas dans nos moyens . Notre Temple ne sera jamais achevé et nul ne peut s’attendre à voir ressusciter en lui l’authentique et éternel Hiram.

Sa méthode

L’éducation maçonnique est lente et progressive ; différente de toutes les autres institutions , la Maçonnerie commence par l’étude de l’homme , des devoirs qu’il a à remplir envers ses semblables et envers lui-même .

La première vérité qu’elle enseigne , c’est l’existence d’un Grand Architecte de l’Univers , auteur de tout ce qui est ; la première obligation qu’elle impose , c’est l’amour du prochain .

De ces enseignements résulte nécessairement la conservation physique, morale et la perfection intellectuelle.

Le deuxième degré indique les moyens d’atteindre ce but. Il présente à l’initié le secret se son organisation et la fin qu’il doit se proposer ; l’étude des sciences et des arts lui est indiquée , non pour amasser des connaissances individuelles et , par conséquent , inutiles à l’homme collectif , mais une science vraie et féconde, puisqu’elle a pour résultat la Vérité.

Mais la science a ses dangers ; quand il fut instruit, l’homme , qui avait été libre, choisit et s’égara. L’orgueil lui fit oublier et méconnaître ses devoirs; il oublia que, place au centre de la nature spirituelle . Alors , de lui-même, il se fit dieu et le mal prévalut ; de là date sa chute. Tel est le symbole troisième degré.

Hiram est le symbole de la lumière, de la vérité et de la justice que l’ignorance , le mensonge et l’ambition combattent et cherchent à détruire . L’homme ainsi déchu , le mal régnant sur la terre à la place de l’amour du prochain , des efforts successifs furent tentés pour conduire l’humanité à sa régénération . Des institutions diverses se formèrent et si l’unité ne se retrouve plus, ni dans leurs principes, ni dans leur enseignement , c’est que l’orgueil humain avait substitué la lettre à l’esprit et que les disputes sur les mots avaient fini par être le seul but qu’on se proposait.

La Maçonnerie, qui n’est pas le dernier mot de la science mais qui résume tous les systèmes philosophiques, a compris que l’homme ne pouvait être rendu à sa destination première que par une initiation primitive, par une éducation ascendante ; elle a compris surtout , et c’est une vérité qui servait de base aux anciens mystères , que l’égalité intellectuelle n’existe pas plus, parmi les hommes, que l’égalité physique.

Aussi a-t-elle divisé son enseignement par classes , contenant chacune un nombre plus ou moins grand de degrés , elle a voulu par là se révéler aux initiés suivant la force de leur intelligence .

Cette explication indique pourquoi, aux trois premiers degrés symboliques, sont venus se grouper les trente autres degrés de L’Écossisme.

Par cette division , qui dans la nomenclature des classes a conservé le septénaire de l’antique initiation , le Maçon dont l’âme est susceptible de s’ouvrir aux aspirations les plus élevées peut espérer soulever le voile dont la nature s’enveloppe aux yeux des profanes .

Puisque la franc-maçonnerie est un temple ouvert à tous les bons sentiments, à toutes les nobles pensées et à toutes les aspirations de l’homme, elle est la sentinelle avancée du progrès et de la civilisation .

 Source : http://www.orientdecanaan.com

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Judaïsme et Franc-Maçonnerie

20 Mai 2012 , Rédigé par Tradition et Fraternité Publié dans #fondements bibliques de la FM

Roi de Judée et d’Israël fils de David, Salomon règne sur un territoire qui va de l’Euphrate à l’Egypte. Au Xe siècle avant notre ère, la capitale du royaume est déjà Jérusalem, là où Salomon fait construire le premier Temple des juifs grâce à la main-d’œuvre d’esclaves taillables et corvéables à merci. Le roi est le roi, son autorité est sans partage, son jugement supposé inspiré de Dieu. Les ouvriers sont légion: dix mille hommes coupent les cèdres du Liban, cent cinquante mille hommes portent et taillent les pierres; comme il se doit, une minorité, trois mille trois cents hommes, surveillent ceux qui travaillent. Le Temple est bâti en une trentaine d’années, sur le mont Moriah, la montagne de Sion. « Vanité des vanités, tout est vanité», dit cependant la Bible.

Le Temple est endommagé plusieurs fois, avant d’être détruit en -586 par Nabuchodonosor. Au retour de captivité des juifs de Babylone vers -536 le temple est reconstruit, puis Hérode le Grand le fit agrandir et embellir, jusqu’à ce que Titus, au 1 siècle de notre ère, le réduise définitivement en cendres. Rome a raison de Jérusalem.

Dix-sept siècles plus tard, des Européens un peu fous rêvent de reconstruire le temple de Salomon. Toutefois, ils ne sont ni juifs ni ouvriers. Ils décrètent donc que la reconstruction

sera symbolique. Pour ce faire, il faut des outils. Ceux des maçons sont là : l’équerre, le compas, le fil à plomb, la truelle, le maillet, le ciseau. Des outils trop lourds à porter cependant, trop difficiles à manier pour des intellectuels. Qu’à cela ne tienne, ils seront déclarés « symboles ».

Ces Européens, Anglais et Ecossais pour la plupart, s’appellent francs-maçons entre eux et veulent que le monde les reconnaisse comme tels. Salomon pouvait compter sur l’aide d’un habile fondeur, un dénommé Hiram. Au XVIIIe siècle, Hiram n’est plus, il faut le remplacer. Mais que faire d’un fondeur, même s’il peut ériger les colonnes du Temple? Mieux vaut s’adjoindre un architecte digne de ce nom, un maître ès constructions.

D’autant que le projet de reconstruction a pris cette fois des proportions démesurées, proprement titanesques : ce n’est plus seulement le temple de Salomon qu’on ambitionne de construire à nouveau, c’est l’humanité tout entière! Une véritable utopie, un vent de folie qui souffle sur le Vieux Continent.

Pour un temps, Rome l’avait emporté sur Jérusalem. Les temples étaient détruits, anéantis.

Les Romains avaient tué Jésus, le roi des Juifs. Mais c’était sans compter sur les francsmaçons, qui allaient prendre le relais, épouser la cause des juifs, devenir comme eux le vecteur de l’histoire. Reconstruire l’humanité! Il faut des centaines et des centaines, des milliers et des milliers d’architectes, des clones d’Hiram qui forment la chaîne d’union, de génération en génération, qui se transmettent le message. Reconstruire l’humanité! Eh quoi! II y a bel et bien une alliance objective entre juifs et francs-maçons! Rien à voir avec la judéo maçonnerie chère aux antis maçons et aux antisémites de tous poils. Rien à voir avec un complot ourdi dans le secret des loges ou dans les arrière-salles des synagogues. Juifs et maçons devaient se rencontrer, se prêter main-forte, unir leurs efforts pour qu’advienne la Jérusalem céleste... terrestre et universelle à la fois.

La lumière luit dans les ténèbres et les ténèbres ne l’ont pas comprise», disent ensemble l’évangile de Jean et le rituel maçonnique. Longtemps, les chrétiens n’ont pas reconnu les juifs. Longtemps, les maçons ont été chrétiens. Mais que des frères bénéficiaires d’une élection humaine n’aient pas vu tout de suite dans les juifs leurs frères, bénéficiaires d’une élection divine, voilà peut-être le paradoxe biblique. Elire, c’est choisir. Choisis par Dieu ou choisis par les hommes, sortis du lot de la commune humanité, juifs et maçons ne pouvaient que susciter l’incompréhension et la jalousie, avant d’être les victimes de la haine meurtrière.
C’est le sort réservé aux minorités actives, naturellement élitistes parce que élues. Les dictateurs et les dogmatiques de tous les temps ne s’y sont pas trompés: en pourchassant juifs et maçons d’une même vindicte, ils ont donné corps à leurs fantasmes. Investis d’une mission qui les dépasse et qu’ils ne parviennent pas à remplir, les boucs émissaires sont désignés coupables. Coupables de n’avoir pu reconstruire le Temple, coupables de n’avoir pu arracher l’humanité à l’ignorance, au fanatisme, à la superstition.

Justement, mon F, parle nous de la rencontre des Juifs et des FM. Fut elle d’emblée harmonieuse?

Tordons d’emblée le cou à une idée reçue : entre juif et FM, la tolérance fut loin d’être une vertu naturelle qui s’imposa spontanément lors de la création de la FM, une institution pourtant fondée au début du XVIII siècle sur cette idée généreuse. Et pour cause… la difficulté de la pratique de la tolérance vient en réalité de ce qu’elle met en jeu l’acceptation de l’Autre, du différent, du dissemblable. L’étranger est étrange. Tolérer c’est accepter ce qui nous est étranger.

Lorsqu’ils se rencontrent pour la première fois, juifs et francs-maçons ne se reconnaissent pas d’emblée. Leurs yeux mettent du temps à se dessiller. Des rabbins s’étonnent que certains de leurs coreligionnaires souhaitent sortir des murs étroits de leur ghetto. Parce qu’ils sont juifs.

Des chrétiens rechignent à initier des juifs. C’est à croire que tous feignent d’ignorer que les rituels maçonniques sont construits autour d’épisodes bibliques, que des hébraïsmes sont utilisés à foison, que le calendrier maçonnique s’inspire de la chronologie juive, que la Kabbale est juive avant d’être chrétienne. Au XVIIIe siècle, il était de bon ton d’être francmaçon, si l’on avait de l’estime pour soi-même et si l’on voulait tenir son rang. Princes et nobles, philosophes et scientifiques, prélats et religieux, tous voulaient en être : on payait cher quelquefois les passages à des degrés supérieurs. Pour cette élite en mal de fraternité, l’égalité n’était qu’un mythe. Pour les juifs de l’Ancien Régime qui voulaient compter dans la société, l’entrée dans une loge maçonnique constituait un vecteur d’émancipation en même temps qu’un lieu de sociabilité hors du commun. Pour eux, la franc-maçonnerie aura été ce creuset idéologique et philosophique où se préparaient leur émancipation et l’acquisition de leurs droits civiques. Que les trois siècles d’histoire de la maçonnerie soient jalonnés de préjugés anti-juifs et de réactions antisémites ne doit pas cacher cette réalité.

Reprenons d’ailleurs l’origine de la franc-maçonnerie spéculative

Elle a vu le jour au XVIII siècle, dans l’Europe du siècle des Lumières. Ce n’est pas un hasard. Sous la forme qui était la sienne alors, et qui annonçait le visage qu’elle offre aujourd’hui, elle n’aurait pu qu’au prix d’insurmontables difficultés naître un siècle ou deux plus tôt. Seule l’émergence des Lumières a pu permettre l’éclosion d’une société aussi originale et novatrice. Pour autant, si la maçonnerie est fille des Lumières, elle conserve une place singulière au sein du large mouvement d’affranchissement des esprits qui caractérise cette époque. C’est qu’elle s’affiche comme résolument pluraliste, ainsi que l’ambitionnent ses fondateurs, les protestants Anderson, Desaguliers et l’équipe qui, avec eux, travaille à la rédaction dès Constitutions de 1723.

Rappelle nous le texte de l’article premier de la deuxième partie des Constitutions, les « obligations» du maçon.

Cet article célèbre, intitulé «concernant Dieu et la religion », renseigne sur la conception de la franc-maçonnerie naissante que partageaient les fondateurs. Il évoque en particulier l’orientation philosophique et religieuse de la jeune société maçonnique. On comprend dès lors qu’il concerne au premier chef l’étude des rapports entre judaïsme et franc- maçonnerie.
Très souvent cité et abondamment commenté, il mérite d’être reproduit ici in extenso «Un Maçon est obligé, par son engagement, d’obéir à la loi morale, et s’il comprend correctement l’Art, il ne sera jamais un athée stupide ni un libertin irréligieux. Mais quoique dans les temps anciens, les Maçons fussent obligés, dans chaque pays, d’être de la religion de ce pays ou nation, quelle qu’elle fût, aujourd’hui, il a été considéré plus commode de les astreindre seulement à cette religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord, laissant à chacun ses propres opinions, c’est-à-dire d’être des hommes de bien et loyaux ou des hommes d’honneur et de probité quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les distinguer, par suite de quoi, la maçonnerie devient le Centre de l’Union et le moyen de nouer une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester à une perpétuelle distance.»

Que nous enseigne ce texte fondateur ?

Ce texte comprend deux idées essentielles et fondatrices. Il y est dit d’une part que la franc-maçonnerie naissante est une institution qui ambitionne de réunir des personnes diverses dans une fraternité pluraliste et d’autre part que la religion du maçon est le déisme.
Les Constitutions consacrent à leur façon le principe de la religion naturelle en n’ouvrant les loges qu’à ceux qui partagent «la religion sur laquelle tous les hommes sont d’accord».
Les ateliers maçonniques sont alors composés de chrétiens de toutes confessions, de quelques rares juifs et de musulmans, et les athées y sont plutôt rares au XVIII siècle. Mais on aurait tort de n’expliquer le caractère relativement pluraliste de la nouvelle société maçonnique que par le seul jeu du déisme partagé peu ou prou par tous les membres.

Mon F peux tu m’expliquer pourquoi certains éléments bibliques se trouvent présents dès les origines de la franc-maçonnerie ? En effet comment nier ou ignorer cette influence au regard des éléments symboliques proprement juifs, des hébraïsmes qui donnent aux rituels un accent particulier et qui empêchent de concevoir la maçonnerie comme une société exclusivement chrétienne et par ailleurs n’y a-t-il qu’une influence de la tradition juive

Il ne faut pas sous-estimer l’influence du protestantisme en ce domaine. Au XVIII siècle, l’Ancien Testament est à l’honneur, les prénoms bibliques à la mode et le pluralisme théologique encouragé, sur fond de tolérance sur le terrain du déisme moralisateur, judaïsme et christianisme réformé peuvent facilement se rejoindre l’Alliance» bien proche de celle du judaïsme. Dans ce contexte, on peut concevoir que les fondateurs de la franc-maçonnerie moderne soient des protestants pétris de culture biblique pour lesquels l’hébreu n’est point une langue incompréhensible, ni la Bible juive un livre qui ne peut être lu et interprété qu’à la lumière du Nouveau Testament.

Cette influence ne se fait elle pas plus sentir aux degrés supérieurs ?

En effet, aux différents degrés de la franc-maçonnerie, les références aux textes sacrés restent des références d’ordre traditionnel, sans aucune liaison à la pratique d’une quelconque religion. Les rituels maçonniques et leurs récits initiatiques et légendaires trouvent une authenticité dans un rattachement à des textes sacrés, mais c’est l’interprétation ésotérique et non religieuse, qui prime et leur donne une haute valeur symbolique »
Au rite écossais ancien et accepté, cinq degrés se référent à la construction du temple de Salomon : le maître secret (4e), le maître parfait (5e), le secrétaire intime (6e), le prévôt et juge (7e) et l’intendant des bâtiments (8e). Le treizième degré du rite écossais ancien et
accepté est celui de Royale Arche ou chevalier de Royal-Arche. De quelle arche parle- t-on?
De celle de Noé, mais aussi de l’arche d’alliance de Moïse et de l’arche du saint des saints du temple de Salomon. On trouve aussi dans ce degré des références multiples à la Kabbale, notamment à « l’arbre des sefirot ». Lors de l’initiation à ce degré, les noms des sefirot sont prononcés en hébreu. Le treizième degré est sans doute celui qui est le plus empreint de la tradition ésotérique juive.
Au trente-deuxième degré du rite écossais ancien et accepté, le Sublime Prince du Royal Secret, le nom sacré de l’Eternel est évoqué.
La Bible servira de cadre au déroulement rituel et graduel de la maçonnerie, mais aussi les légendes nées autour des événements bibliques. Parmi ces légendes : Hiram, la reine de Saba, le forgeron Tubalcaïn et le roi Salomon dont il est question dans des rituels anglo-saxons, la
franc-maçonnerie constitue une des formes d’expression de la tradition judéo-chrétienne au sens où elle unit le judaïsme et le christianisme, les deux Testaments :
L’usage de l’hébreu pour les mots sacrés, les continuelles références aux temples de Salomon et de Zorobabel, le calendrier lunisolaire, le travail tête couverte au 3e degré, la datation rituelle coïncidant à peu de chose près avec la datation hébraïque, tous ces indices et bien d’autres sont là pour attester l’importance du trésor symbolique hérité des fils de l’ancienne alliance.

Peux tu nous expliquer quelle différence y a- t- il entre le calendrier maçonnique et le calendrier juif ?

Le calendrier maçonnique fait débuter l’année au ler mars de l’année civile ou profane à laquelle on ajoute 4000. Ainsi, le ler mars 2000 est-il le ler jour du 1er mois de l’an 6000 pour les maçons alors que pour les juifs il représente le 24e jour du mois d’Adar de l’an 5760, qui
s’écrit Adar 24, 5760. Dans le calendrier maçonnique, cette adjonction de 4000 ans serait due à Anderson lui-même qui fait remonter la création du monde à quatre millénaires avant Jésus-Christ. Dans le calendrier juif, des calculs savants basés sur les données bibliques ont amené des rabbins, dès avant le IX siècle, à fixer la date de la création du monde à 3761 ans avant notre ère.

Que peut on dire des hébraïsmes dans la franc-maçonnerie ?

Les hébraïsmes dans la franc-maçonnerie, qui se bousculent au gré des degrés pratiqués, et dont la présence semble incongrue tant leur signification échappe à la plupart de ceux qui les utilisent? C’est une question qui taraude les esprits des maçons depuis le siècle précédent.
Certes, la critique historique aurait tôt fait, aujourd’hui, de démonter l’hypothèse mythique d’une origine templière, hébraïque ou égyptienne de la maçonnerie.

Certains auteurs prétendent trouver l’origine des mystères de la FM en remontant à l’époque des croisés.

En effet , on ne serait pas surpris que ceux qui s’armaient en vue de reconquérir la Terre sainte, d’y planter l’étendard de la foi catholique, ayant trouvé les mystères conservés dans cette partie de l’Asie par le peu de chrétiens qui y étaient encore, les aient adoptés comme un lien qui les unissait plus étroitement à des hommes qui pouvaient et qui devaient leur être fort utiles.Il ne serait pas étonnant, disons-nous, que les nouveaux initiés eussent adopté, avec la langue des premiers, le projet même de la reconstruction du temple de Jérusalem, construction qui est toujours l’objet des voeux du peuple juif, et que, par cette raison, ils se fussent désignés sous le titre de maçons libres. Cela posé, il nous semble facile de concevoir comment la maçonnerie a puisé dans la Bible les moyens et les titres de son organisation, Certains termes ont été empruntés au Zohar ou à d’autres livres majeurs de la Kabbale.
Souvent, les mots hébreux présents dans les rituels sont déformés, les rendant incompréhensibles pour un hébraïsant. Pour celui qui ne connaît pas l’hébreu, ce qui devrait être le cas pour une majorité de maçons, de telles déformations ne font pas obstacle à une compréhension qui demeure, de toute façon, pour le moins difficile...
Le Grand Architecte de l’Univers pourra lui être représenté par l’étoile flamboyante à cinq branches, ou encore par un triangle, le delta lumineux, qui figure à l’orient, au-dessus de l’autel du vénérable. Pareil symbole n’est pas une création maçonnique. On trouve par exemple sur le fronton de l’église Notre-Dame des Victoires à Paris un triangle renfermant le Tétragramme divin.

Mon cher F, tu viens de nous dire que certains termes ont été emprunter à la kabbale peut on parler d’une influence de la kabbale sur la FM ?

En réalité il est difficile d’affirmer que la kabbale telle quelle est ait une influence directe sur la FM
D’abord parce que les juifs ne furent admis dans les loges que tardivement et en tout cas après la formation de la FM spéculative, laquelle hérita d’un corpus spirituel et philosophique déjà forme, ensuite pour cette raison que nul ne peut pénétrer la kabbale sérieusement sans un bagage religieux et linguistique adéquat hors ce n’était pas le cas de la majorité des mâcons du XVIII siècles.

Pour juger de la place réservée à la Kabbale dans la franc maçonnerie, de l’usage qui en est fait, et déterminer comment cette tradition va affleurer dans le monde maçonnique, il importe de retracer rapidement les grandes étapes de son histoire.
Tradition ou transmission : c’est ce que signifie littéralement la Kabbale (du mot hébreu Qabbalah), Mais le mot vient aussi d’un verbe hébreu (qibbel qui signifie « recevoir par tradition». Réception et transmission forment bien la trame de toute tradition. La Kabbale s’est donc constituée au fil des siècles, enrichissant son patrimoine littéraire, charriant au passage son cortège de légendes et de mythes.
En réalité, la Kabbale n’est rien d’autre que la principale tradition mystique du judaïsme, tradition souterraine, ésotérique, réservée d’abord à une poignée d’initiés, transmise oralement de maître à disciple, et qui quelque fois s’achoppe à l’orthodoxie et aux autorités rabbiniques.
Elle est donc aussi une gnose, une connaissance de type ésotérique, marquée par le secret

Quelles sont les oeuvres importantes de la K

Il existe un nombre considérable d’œuvres mais les plus importantes restent le Livre de la Création (Sefer Yetsirah), et le Zohar ou Livre des splendeurs.
C’est dans le livre de la création, difficile à dater, où, pour la première fois, il est question des fameux sefirot sur lesquels les kabbalistes des siècles futurs spéculeront à l’envi : le Dieu créateur exprime sa volonté au moyen de trente-deux mystérieux sentiers de la sagesse, qui sont les dix sefirot et les vingt-deux lettres de l’alphabet hébraïque. Les dix sefirot sont partout à l’oeuvre: on les retrouve dans la création du monde, dans les dix commandements, et jusque dans le corps de l’homme, animé par la volonté, l’intelligence et la pensée (la tête), la grâce et la victoire (le bras et la jambe droits), la rigueur et la soumission (le bras et la jambe gauches), enfin l’harmonie, le fondement et la royauté (le cœur et le sexe). D’autres traductions françaises des termes hébreux donnent : la Couronne suprême, la sagesse, l’intelligence, la bonté, la force, la beauté, la royauté, le fondement des âmes, le triomphe et la majesté. Remarquons déjà que le triptyque maçonnique Sagesse - Force - Beauté, désignant les trois piliers qui soutiennent la loge, est bel et bien présent...
Mais l’événement le plus considérable dans l’histoire de la kabbale est l’apparition vers 1270 en Espagne d’un livre fameux qui rapidement et pour longtemps va devenir la bible des kabbalistes le Zohar ou livre des splendeurs .
Son influence sur toute la tradition ésotérique occidentale va être déterminante jusqu'à nos Jours

Alors où chercher le chaînon manquant, comment les maçons sont ils rentrés en contact avec la kabbale ?

Par la kabbale chrétienne bien entendu, des chrétiens, des humanistes de la renaissance ont importé la kabbale que l’on revisité a partir du XV siècle ,les italiens Jean Pic de la Mirandole , Paul Ricci un juif converti , le français guillaume Postel traducteur du Zohar s’en servent à des fins apologétiques pour tenter de prouver la véracité de la seule religion chrétienne et partant pour convaincre les juifs de la nécessité de se convertir . Ainsi tentent ils de prouver par le jeu des valeurs numériques des lettres hébraïques que le christ est bien le messie. On se trouve manifestement ici devant des lectures de la K qui tiennent davantage d’une tentative de récupération que d’une exégèse authentique De nombreuses exploitations de la kabbale par des traditions qui lui sont étrangères vont se faire jour :

Alors que dés le siècle des lumières elle commence à sentir le souffre, que le XIX siècle la tient pour un vestige de l’obscurantisme, certains ésotéristes s’en emparent sous sa forme chrétienne principalement pour l’intégrer dans leur construction hasardeuse d’un occultisme de bazar ou se mêlent, magie, tarot, spiritisme et divination.

Qu’est ce que la kabbale peut en définitif enseigner au mâcon ?

Peut être comme le disait Léon Ashkenazi, fin connaisseur de cette tradition : une morale pratique plus qu’une métaphysique abstraite.

Quel sort était réservé aux juifs dans la maçonnerie de la France de l’Ancien Régime?

Après l’expulsion des juifs d’Espagne en 1492, on assiste au retour des juifs en France, qui en avaient été chassés en 1394. Ce sont des séfarades qui, dans une semi clandestinité, viennent s’établir dans le sud du pays. Au XVIII siècle, la France contrôle l’Alsace, puis la Lorraine en 1766.
Nonobstant l’acceptation des principes généraux de la FM, la question des juifs n’est pas résolue pour autant. On se demande alors si la religion juive est ou non un obstacle à l’assimilation et à l’intégration de ceux qui la pratiquent .
De la même façon, les Devoirs enjoints aux Maçons libres (1735), «premier texte constitutionnel de la maçonnerie française », transforment le texte d’Anderson concernant Dieu et la religion dans un sens exclusivement chrétien.
Les statuts du comte de Clermont affichent un catholicisme des plus orthodoxes et n’admettent en loge que «des gens d’une naissance honnête, de bonne vie et moeurs, craignant Dieu et ayant le baptême ». Faut-il y voir une marque d’ostracisme vis-à-vis des nonchrétiens, des juifs et des musulmans en particulier? Nullement Pierre Chevallier n’explique cette évolution, pour le moins étonnante, que par le changement qui s’est opéré alors dans le recrutement des loges. A Paris, la bourgeoisie a pris la place de l’aristocratie et cette bourgeoisie est «catholique romaine, pieuse, voire dévote, sinon janséniste ».

Une autre publication marquante dont il faut tenir compte est L’Etoile flamboyante (1766) du baron Théodore de Tschoudy.

En effet, conseiller d’honneur au parlement de Metz, vénérable d’une loge de la même ville, Tschoudy écrit à propos des futurs initiés: «Il sera requis en eux qu’ils soient au moins convaincus des mystères saints de la religion chrétienne.» Ce qui laisse évidemment peu de latitude aux juifs qui voudraient entrer dans ce type de loge écossaise, même si Tschoudy ajoute : «Ce n’est qu’exceptionnellement, par respect pour l’Ancien Testament, qu’un juif peut être, en de rares occasions, admis à y prendre part.»
Attachante est la personnalité d’un théosophe d’envergure, d’un mystique même, Martines de Pasqually, un catholique d’origine juive sans doute, qui entend animer les loges d’un nouveau souffle mystique. Pour atteindre ce but, il fonde un ordre des Chevaliers maçons élus Cohen de l’univers (en hébreu, le mot Cohen signifie prêtre). S’il n’est plus juif, Pasqually ne manifeste pas pour autant une stricte orthodoxie catholique.

En 1773, la création du Grand Orient de France, obédience qui allait s’inscrire dans un courant nettement plus rationnel et libéral, puis en 1791 l’octroi de la citoyenneté manifestent une évolution déterminante et irréversible vers une coexistence beaucoup plus heureuse entre les mondes juif et maçonnique, et, d’une certaine manière, entre mondes juif et chrétien. En même temps, ces événements se distinguent nettement des réactions négatives observées dans d’autres pays et font figure de précurseurs.
Par conséquent, on peut affirmer que, en dépit du tournant nettement chrétien pris par la Grande Loge de France et de quelques rares épisodes de conflits, l’admission des juifs au sein des loges françaises ne semble pas, la plupart du temps, avoir été prétexte à controverses et à débats au cours du XVIII siècle.

A la fin du XVIII siècle, trois événements d’une portée considérable vont définir l’évolution ultérieure de l’histoire des juifs.
D’abord les partages successifs de la Pologne.
Ensuite, la Déclaration d’indépendance américaine.
Enfin la Révolution française. Elle va accorder à son tour l’égalité civile et politique aux juifs. En Angleterre et dans les colonies, où le fait précéda le droit, l’émancipation fut plus une question de mentalités que de légalité.

Peut on affirmer alors que la FM et le judaïsme libéral partage les mêmes valeurs ?

Dans le cas de la France, Jean-Marc Chouraqui considère qu’il existe un lien évident entre le discours éthique et les valeurs communes que partagent la franc- maçonnerie et le judaïsme libéral.
Aux yeux de ce dernier, accorder le judaïsme avec les nécessités de la vie moderne, c’était notamment interpréter la loi en la confrontant à la raison et à la science.

Et il n’est pas étonnant de retrouver ici la marque de la franc- maçonnerie, qui partageait avec le mouvement libéral et réformateur du judaïsme une même inclination vers l’universel. De surcroît, la franc- maçonnerie, comme certains éléments du judaïsme libéral et du protestantisme, visait à un dépassement des clivages confessionnels pour atteindre une religion unique, universelle suivant des voies variables selon qu’elle fût spiritualiste ou
positiviste.

On constate donc une normalisation progressive de l’accès des juifs à la franc-maçonnerie dans les pays d’émancipation après 1830, dans un siècle et des régions où la francmaçonnerie devient véritablement universaliste. C’est le cas en France, où dominera sur la scène juive et sur la scène maçonnique la figure d’Adolphe Crémieux.
C’est le cas enfin en Grande Bretagne, où Moses Montefiore, qui donnera son nom à plusieurs loges, devient le deuxième parlementaire juif anglais et se donne la stature d’un dirigeant juif international - il dirigera le Board of Deputies of British Jews de 1838 à 1874.

La Grande-Bretagne a cette particularité de connaître des loges juives : il en est ainsi peut-être de la loge Hiram, de la United City Lodge et de la Mount Moriah - dans laquelle Moses Montefiore sera initié en 1812 - et certainement de la Lodge of Israël, la plus ancienne loge dite juive enregistrée par la Grande Loge d’Angleterre Fondée en 1793, elle accueille des membres juifs - surtout ashkénazes - et non juifs, mais ne se réunit ni durant le shabbat ni durant les fêtes juives et respecte les interdits alimentaires du judaïsme.

En France, avec le saint-simonisme - rappelons au passage qu’Adolphe Crémieux fut l’avocat des saint-simoniens -, la franc-maçonnerie demeura longtemps un des seuls cadres de sociabilité réels pour les juifs. Dans une société encore marquée par le critère de l’appartenance ethnique et religieuse, les salons, les cercles littéraires, les clubs restent en réalité relativement fermés aux juifs.

Un autre maçon, juif et marocain, le docteur Samuel Guitta, représente une figure importante de cette époque. Pendant vingt-cinq ans, ce président honoraire de la Ligue des droits de l’homme est le vénérable de la loge Morayta, rattachée au Grand Orient espagnol. Cette loge va connaître une scission : plusieurs frères, juifs et non juifs, vont quitter l’atelier, dénonçant la mainmise de frères juifs sur les fonctions d’officiers de la loge! Ils s’en iront fonder la loge Samuel Guitta n° 360 à Casablanca.

Un épisode révélateur de l’antisémitisme en France, l’affaire Dreyfus, devenue l’Affaire, tant elle a ébranlé le pays tout entier. En toile de fond, un antisémitisme issu des milieux conservateurs et cléricaux, symbolisé par la parution, en 1886, d’un livre de Drumont ; dans La France juive, Edouard Drumont tente de faire croire que juifs, protestants et francs-maçons sont unis dans une même volonté de détruire la France bien-pensante des traditions catholiques et nationalistes qui s’accommode mal de la laïcité républicaine.

Comment les maçons français vont-ils réagir face à l’Affaire?

Alors que la Grande Loge de France se retranche dans le mutisme de l’indifférence, le Grand Orient de France s’engage activement, bien qu’avec un peu de retard, dans la défense du capitaine lors du convent de septembre 1898.

Peut on imaginer une influence quelconque de la FM sur le judaïsme ?

L’influence de la franc-maçonnerie sur l’évolution religieuse du judaïsme au XIXe siècle n’est peut-être pas négligeable. La réforme religieuse juive fut proche, sur le plan esthétique comme sur le plan doctrinal, de ce que professait alors la franc-maçonnerie. L’on retrouve des parentés dans les références symboliques, dans l’orientalisme, dans l’usage même du terme de temple, qui montre certes une évidente analogie avec le protestantisme, mais qui peut aussi être interprété comme une référence au temple de Salomon, patrimoine partagé avec la maçonnerie. Le discours libéral juif semble lui aussi marqué du sceau de la franc-maçonnerie, par la promotion de l’universalisme et d’une seule religion idéale de l’humanité, par le rapprochement au sein d’une alliance religieuse universelle aussi, par le pont que jeta la franc-maçonnerie entre protestantisme libéral et judaïsme libéral enfin.

Outre le grand rabbin Elie Aristide Astruc en Belgique ou Samuel Hirsch, affilié aux Enfants de la Concorde fortifiée -dont il est orateur entre 1845 et 1854 et grand rabbin de Luxembourg -de nombreux rabbins réformés furent maçons, L’influence supposée de la maçonnerie sur la réforme du judaïsme se lit aussi dans l’esthétique nouvelle - temple, symbolisme, orientalisme - du judaïsme LIBERAL, qui n’est pas exclusivement marquée par l’empreinte chrétienne. L’influence de la franc-maçonnerie, en particulier de l’adoption maçonnique, est aussi sensible dans les formes et l’esprit de la cérémonie religieuse juive de l’initiation telle qu’elle est pratiquée par nombre de communautés israélites modernistes dès le début du XIXe siècle.

Même si elle correspond autant à la volonté délibérée d’acculturer une partie de la liturgie et de l’esthétique du culte, en puisant dans le cérémonial des cultes chrétiens, qu’à celle de confiner la pratique traditionnelle de la bar mitsvah au domaine privé, cette cérémonie peut selon nous avoir une
réelle inspiration maçonnique.

Dans le cadre du judaïsme traditionnel quelles furent les réactions du judaïsme à la présence de juifs en maçonnerie, et en particulier l’attitude des rabbins à cet égard ?

Il est difficile de l’établir. Le peu d’éléments connus témoignent sans doute du fait que cette présence ne constitua en rien un enjeu dans la vie juive.

D’autre part le judaïsme, organiquement, n’était pas appelé à se prononcer à ce sujet. N’étant ni structuré ni hiérarchisé
à l’image du catholicisme romain, le judaïsme n’eut pas d’attitude globale à faire entendre, n’eut pas d’excommunication à prononcer au même titre que l’Eglise. En réalité, il se marqua toujours beaucoup plus par un silence sympathique à l’égard de la maçonnerie - en raison même du nombre de rabbins et de responsables communautaires juifs en son sein - que par une réprobation bruyante.

Il est toutefois probable, sinon sûr, que les préventions des rabbins, à quelques exceptions près, devaient demeurer importantes, surtout au XVIII eme siècle et au début du XIXe siècle.
En effet, non seulement la maçonnerie pouvait paraître contribuer à éloigner socialement certains juifs de leur communauté d’origine, mais encore elle constituait une sorte de substitut qui transcendait les clivages religieux traditionnels - à la fois imposés par les aléas de l’histoire mais aussi facteurs de contrôle social. Comme pour les catholiques et les protestants, l’élément rabbinique traditionaliste ne devait sans doute que modérément apprécier qu’une forme de spiritualité ou à tout le moins d’accomplissement spirituel s’exerçât en dehors du cadre religieux habituel.

Car si certains juifs francs-maçons eurent à subir les foudres de certains rabbins ou des courants conservateurs au sein de leur propre communauté, en raison de leurs opinions modernistes, il est fort difficile de faire la part des reproches qui leur étaient adressés. Le fait qu’ils fussent maçons n’ajoutait vraisemblablement rien ou presque au catalogue des blâmes qu’ils encouraient.
Par ailleurs, la présence de symboles a priori chrétiens dans la maçonnerie a peut-être découragé certains candidats juifs à l’initiation, non tellement pour des raisons religieuses, mais en raison de l’impact très profond sur les consciences juives du temps des conversions au christianisme.

Le mythe du complot judéo-maçonnique

La théorie du complot est une figure dominante de nos sociétés contemporaines. Toute menace intérieure ou extérieure, toute atteinte à l'ordre moral inspiré par l'Eglise, tout vecteur de la modernisation de la société ont systématiquement été perçus par l'opinion réactionnaire, depuis la Révolution française, comme les effets d'une puissance occulte qu'il s'agissait de diaboliser. La franc-maçonnerie fut particulièrement visée de ce point de vue.

Avec les années 1860, en Allemagne puis en France, le discours antimaçonnique va s'emparer de la thématique juive pour fustiger la conspiration antichrétienne qui serait à l'oeuvre dans la modernité européenne. L'antijudéo-maçonnisme sera d'abord essentiellement théologique puis, avec l'encyclique papale Humanum genus (1884), qui en lancera le mot d'ordre, se fera politique.

C'est en effet avec l'encyclique de Léon XIII, qui se donnait pour objectif de mettre bas les masques, que le discours antijudéo-maçonnique sera popularisé, jusqu'à la caricature. Il nous a semblé utile d'interroger ici les figures de ce discours sur le complot, là où Juifs et maçons sont associés pour incarner la coalition diabolique chargée de mettre à mal la civilisation chrétienne : la Synagogue de Satan, métaphore du lieu du secret des maçons et du lieu du pouvoir des Juifs, sert de fil rouge à un discours où Juifs et francs-maçons sont visés comme vecteurs d'une oeuvre diabolique de trahison de l'ordre social.

L'expression Synagogue de Satan, qui est appliquée à la franc-maçonnerie avec l'encyclique Etsi Multa de Pie IX (1873), sert ainsi ce discours sur le secret, l'obscur, le souterrain, le démoniaque, cette vision crépusculaire du monde : c'est le combat du monde visible contre le monde invisible. Le dévoilement du complot se fait en sondant les ténèbres : Mgr. Meurin en fera le titre d'un de ses ouvrages (La Franc-maçonnerie, Synagogue de Satan - 1893), qui connut une grande diffusion. Il popularisera l'expression en la fixant dans l'imaginaire catholique, servant une mobilisation politique et théologique qui visait à faire du Juif l'incarnation du maçon, celui que le secret ne permettait pas d'identifier.

Dans cette triste mouvance disons quelque mots du non moins triste « Protocole des Sages de Sion »

Les Protocoles des Sages de Sion apparaissent au tout début du XXe siècle. Ce document se présente sous la forme de vingt-quatre conférences comme une copie d'un plan de campagne, méthodique, cynique, mis sur pied par les juifs dans le but de détruire les sociétés existantes.

Ce plan est accompagné du programme de l'ordre nouveau que ce peuple imposerait au monde, après le chaos général. Les Protocoles dévoileraient l'objectif caché du peuple juif : Asseoir une domination sans partage sur le monde.

Le document rapporte, dans le plus grand désordre, les moyens que les juifs seraient amenés à utiliser pour parvenir à leurs fins. Il s'agirait pour eux de discréditer la religion, la franc-maçonnerie étant l'un des fers de lance de ce combat - de répandre des idées subversives, pour entretenir la haine entre les classes sociales - d'encourager le luxe, pour abattre les capacités de résistance - de développer l'industrie, pour anéantir l'agriculture et l'aristocratie traditionnelle - d'entretenir des crises économiques, pour encourager les révoltes - de faire main basse sur l'or, pour acquérir de la puissance - de posséder les organes de presse, pour manipuler l'opinion - de répandre la doctrine libérale, pour corrompre le peuple et désagréger les nations - d'instrumentaliser les partis politiques, pour instiller les mêmes idées - de diriger l'enseignement, pour endoctriner la jeunesse - de faire éclater un conflit mondial, pour hâter le règne des chefs d'Israël... Une fois ces manœuvres accomplies, les conjurés n'auraient plus qu'à récolter les fruits de la déstabilisation générale et à prendre les rennes du pouvoir mondial.

La force de ce document réside dans sa simplicité. En focalisant l'attention sur un groupe humain particulier, il donne une explication unique aux maux dont souffre la société. Il rend l'histoire contemporaine " intelligible ", selon le mot de Taguieff, en expliquant le passé récent, en rendant possible le décryptage du présent et en permettant le déchiffrement de l'avenir. Le tout en stimulant l'imagination. Un autre de ses atouts est de se présenter comme écrit par les chefs juifs eux-mêmes, les Sages de Sion. Ce serait un document de première main, un aveu émanant des comploteurs. La France fut, avec l'Allemagne, l'un des pays où les Protocoles rencontrèrent le plus vif succès. La Libre Parole d'Edouard Drumont, la Vieille France d'Urbain Gohier, La Revue internationale des sociétés secrètes de Mgr Jouin, tous trois férocement antisémites, en firent leurs choux gras. Léon Daudet, dans la royaliste Action Française, crut également à leur authenticité.
Les Protocoles furent traduits en suédois, en danois, en roumain, en espagnol, en arabe... Henri Rollin, en 1939, écrivait : « On peut donc considérer les Protocoles comme l'ouvrage le plus répandu dans le monde après la Bible »

Nous dirons quelques mots de la maçonnerie en Israël.

Il y aurait aujourd’hui en Israël plus de trois mille maçons et plus de soixante-dix loges.
Pourtant, la franc-maçonnerie s’y est implantée avec quelque difficulté, et seulement depuis la seconde moitié du XIXe siècle.

Dans les années 1860, Robert Morris, un maçon américain qui fut grand maître de la Grande Loge du Kentucky, se met en tête de rechercher des traces de l’existence de loges maçon niques à l’époque biblique. Pour tenter d’asseoir une si brillante intuition, il se rend en Terre sainte. Las, non seulement il ne découvre aucun indice d’une quelconque présence maçonnique aux temps bibliques, mais en outre il ne rencontre sur son chemin aucun maçon ni aucune loge en activité. Morris fait contre mauvaise fortune bon coeur: puisqu’il n’y a pas la moindre franc-maçonnerie en Palestine, il va la mettre sur pied. A Jaffa, il aperçoit le bateau Lord Clyde de la marine britannique et va aussitôt à la rencontre du capitaine et de ses officiers. Cette fois, son intuition le sert: il se trouve bel et bien des frères parmi eux. Et que font des maçons en déplacement à l’étranger lorsqu’ils se rencontrent? Ils tentent d’organiser une tenue maçonnique.

C’est ainsi que le 13 mai 1868 se tient sans doute la première réunion maçonnique à Jérusalem, dans la grotte de Sédécias située près de la porte de Damas et dont l’entrée ne fut découverte qu’en 1852. Cette caverne - située à l’emplacement des fondations du Temple! -, on la connaît sous le nom des carrières du roi Salomon...

Aujourd’hui encore s’y déroule chaque année une tenue internationale des maîtres de la Marque. Mais Morris ne s’arrête pas en si bon chemin. Il faut aller de l’avant, donner un caractère permanent à la loge. Ce sera chose faite en 1873.

La première loge maçonnique implantée sur le territoire d’Israël est donc celle du Roi Salomon, reconnue en 1873 par la Grande Loge du Canada.

La plupart de ses membres sont des colons américains de Jaffa appartenant à l’Eglise du Messie, un mouvement chrétien à tendance sectaire. Elle accueille aussi des résidents palestiniens. Elle cesse cependant ses activités au début du siècle. Puis, a Jaffa, autour de 1890, des frères arabes et juifs fondent la loge Le Port du temple du roi Salomon, travaillant en français. C’est un atelier qui va connaître un certain succès auprès des ingénieurs français venus construire la première ligne de chemins de fer en Israël celle qui relie Jaffa à Jérusalem.

Avant l’indépendance de l’Etat d’Israël en 1948, il se trouve donc déjà des loges qui travaillent soit en hébreu, soit en anglais et qui sont rattachées soit à la Grande Loge d’Egypte, soit à la Grande Loge d’Ecosse ou à la Grande Loge unie d’Angleterre, soit encore au Grand Orient de France. Fondées pour la plupart dans les années trente, elles se réunissent à Jérusalem, à Haïfa, à Tel-Aviv ou à Jaffa. La première obédience maçonnique en Israël la Grande Loge nationale de Palestine, est constituée en 1932 mais les loges anglophones refusent de s’y rallier.

La Grande Loge de l’Etat d’Israël voit le jour le 20 octobre 1953, elle a son siège à Tel-Aviv, où se réunissent régulièrement 22 ateliers. La plupart travaillent en hébreu (14 exactement), tandis que les autres loges se réunissent en anglais, en français, en espagnol, en turc et même en roumain.

Notons la présence d’une loge d’expression française à Jérusalem, la bien nommée France, fondée en janvier 1993 en présence du grand maître de la Grande Loge nationale française (obédience régulière). Au total, on peut dire que la majorité des maçons d’Israël sont juifs (orthodoxes ou non), mais qu’il est aussi des maçons chrétiens, musulmans ou Druzes

On retrouve cet esprit de tolérance jusque dans le rituel des loges où ce sont trois volumes de la Loi sacrée qui sont ouverts côte à côte : la Bible hébraïque (Tanakh), la Bible chrétienne et le Coran. Sur le sceau de la Grande Loge de l’Etat d’Israël figurent la croix chrétienne, le croissant musulman et l’étoile de David. Et il y a au sein de la direction de l’obédience trois chapelains : un juif, un chrétien et un musulman. Cette harmonie s’est par ailleurs concrétisée en 1981 par l’élection d’un Arabe chrétien à la fonction de grand maître. Enfin, la loge n° 16 dite Elie le Prophète, à Haïfa, a pour tradition de travailler aussi bien en hébreu qu’en arabe.

En conclusion quels sont les points de vue communs entre le judaïsme et la FM

Après tout, il n’est pas interdit de tenter de trouver des points communs entre la franc-maçonnerie et le judaïsme... Réhabilitons le concordisme, mais de manière douce, sans forcer les interprétations convergentes. Si donc l’on veut bien s’attarder sur les similitudes de nature entre la franc-maçonnerie et le judaïsme, on découvre au moins trois thèmes à explorer.

D’abord la valeur du travail

On sait que le maçon est invité à travailler sur lui-même, à polir sa pierre brute, à se perfectionner avant de songer à améliorer le monde. La symbolique maçonnique, avec les outils du constructeur et le tablier, témoigne de cette orientation primordiale. Mieux, tout l’appareil symbolique de la franc-maçonnerie est d’abord là pour enseigner des vérités morales. Trois siècles de littérature maçonnique témoignent de la fonction moralisatrice du symbolisme maçonnique Le judaïsme connaît lui aussi cette valorisation du travail, qui prend évidemment sa source dans la Torah. Avant même d’être chassé du jardin d’Eden et de devoir travailler à la sueur de son front, Adam devait déjà entretenir le jardin. Alexandre Safran peut écrire, dans une étude sur la conception juive du travail, que «le travail n’a pas été conçu uniquement pour répondre aux nécessités immédiates de l’homme, pour lui assurer sa subsistance, pour lui donner un gagne-pain, mais pour lui permettre d’atteindre un but moral, qui concerne autrui et se projette dans l’avenir qui est le Bien ».
En découle une foi commune en la perfectibilité de l’homme. La franc-maçonnerie constitue une formidable utopie de la modernité, elle croit que l’homme peut s’améliorer et améliorer le monde, en dépit de la notion de progrès qui, depuis Auschwitz et Hiroshima, a du plomb dans l’aile. La franc-maçonnerie a souvent inscrit cette notion de progrès dans ses textes fondateurs. Le judaïsme reconnaît semblable ment que si l’homme est corruptible il est néanmoins tourné vers le bien. L’homme travaille à son perfectionnement éthique. Juifs et francs-maçons affichent une même foi en l’avenir de l’humanité, qui ne trouve certes point la même origine. «Fidèle à l’action prophétique, le judaïsme, écrit le grand rabbin Safran, ne saurait admettre que l’homme renonce à instaurer le royaume de Dieu sur terre. E...] Mais les jours du Messie s’édifient dans la vie présente »

Enfin l’absence de dogme
ou l’adogmatisme. La franc- maçonnerie ne propose ni n’impose aucun dogme. Elle a même érigé en dogme cette aversion pour le dogme! La francmaçonnerie n’a pas de doctrines, elle n’est qu’une méthode d’appréhension de soi et du monde. Elle n’est en rien théologique. Elle se contente de favoriser le cheminement et la réflexion personnels, au départ de l’initiation. Elle veut faire de l’initié un nouvel homme, même si elle n’y parvient pas toujours... Le judaïsme n’a pas plus de dogmes. La Torah n’est pas un traité théologique, elle relate seulement des expériences religieuses. C’est encore Alexandre Safran qui écrit « Le judaïsme ne saurait avoir de dogmes; il se propose de connaître la volonté de Dieu, et non Sa nature; il n’impose donc pas aux croyants de vérité ni de foi toute faite; il encourage la recherche personnelle de la foi »

Nous voudrions terminer sur cette note, qui n’a rien de moralisateur : judaïsme et franc-maçonnerie sont condamnés à s’entendre et à unir leurs efforts pour réaliser un monde meilleur. Si les francs-maçons veulent bien reconnaître que leur société est née en terre chrétienne et qu’elle demeure un véhicule de la symbolique judéo-chrétienne, ils comprendront alors sans peine l’idée centrale émise par Franz Rosenzweig (1886-1929) dans son grand livre L’Etoile de la rédemption: c’est par l’amour que le monde sera sauvé. Or la vie juive est au cœur de l’étoile de la rédemption, tandis que les chrétiens en constituent les rayons. Ne peut-on imaginer que les maçons soient les nouveaux rayons de l’amour fraternel, et qu’ils doivent tout faire pour que le cœur de l’étoile continue à battre? Voilà qui dessinerait ainsi les contours du visage de la « judéo-maçonnerie» du je siècle.

Au total, le bilan historique est largement positif, si tant est que l’on puisse établir une comptabilité en pareil domaine. La plupart du temps, juifs et francs-maçons ont harmonieusement cohabité, réunis dans le partage de mêmes valeurs. Si l’idéal fédérateur de la maçonnerie n’a que partiellement réussi à faire éclater les murs de la méconnaissance et de l’incompréhension, au moins a-t-il patiemment construit une école de la tolérance. Là où, dans la société globale, chrétiens et juifs se méprisaient ou s’ignoraient, dans les ateliers maçonniques ils apprenaient au moins à se connaître. Le résultat n’est pas mince. Peut-être faut-il y voir une résurgence du dialogue inter religieux auquel seules quelques figures de proue avaient jusque-là participé. A ceci près que ces rencontres prennent, dans le cadre maçonnique, un caractère relativement stable, non éphémère, à défaut d’être institutionnel.

A l’heure où les vieux démons de la droite la plus bête et la plus extrême ne cessent de se réveiller dans une Europe amnésique et balbutiante, il est urgent de faire mémoire d’un passé lourd d’incompréhensions et de restituer le visage d’un présent porteur d’espoir

Loge : Tradition et Fraternité – Orient de Paris

Source : www.ledifice.net

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La Bible des francs-maçons

13 Mai 2012 , Rédigé par Daniel Ligou Publié dans #fondements bibliques de la FM

C'est un problème relativement complexe parce que nous pouvons l'envisager sous différents aspects complémentaires. D'abord celui essentiel, de la présence ou non de la Bible, ou, plus généralement, du Volume de la Loi Sacrée (vLs) dans l'Atelier, ensuite le rôle qu'elle joue ou ne joue pas dans le « lieu » maçonnique, en tant que « lumière » ou que « meuble ». S'ajoute la part de la Bible dans la trame du récit maçonnique qui présente la particularité qu'elle partage avec le compagnonnage de compléter un fond scripturaire, essentiellement vétérotestamentaire, par toute une série de légendes parabibliques qui développent le récit pour en tirer une leçon symbolique ou morale ; enfin, l'extraordinaire variété des « mots » correspondant à chaque grade, mots de passe, mots sacrés, « grandes paroles » dont bien des rites - et tout particulièrement le rite Ecossais Ancien et Accepté (REAA) en ses trente-trois degrés - ne sont pas avares.

Quelques remarques préliminaires tout d'abord. Nous serons sans doute incomplet, mais nous privilégierons les rites que nous connaissons bien et particulièrement ceux que nous avons pratiqués, régulièrement ou occasionnellement, car, à notre sens, la Maçonnerie, pour être vraiment comprise, doit être vécue spirituellement et affectivement, et elle n'est pas seulement synonyme de connaissance. Aussi notre commentaire sera-t-il essentiellement fondé sur les trois rites principaux pratiqués en France : le Rite français, le REAA, le Rite Ecossais Rectifié, car nous ne connaissons les rites anglais que par des textes que nous nous sommes plus ou moins régulièrement (nous en convenons volontiers !) procurés. D'autre part, à notre grand regret, nous n'avons pu, pour des raisons essentiellement linguistiques, utiliser les rituels allemands ou suédois. Quant aux rites pratiqués dans les pays latins, ils n'offrent pas grande originalité par rapport à ceux que nous connaissons déjà.

Autre observation. Il sagit de « rites » et non d'« obédiences ». Par conséquent, nous ne tenons aucun compte des « exclusives », « excommunications » ou affirmations d'irrégularité. D'ailleurs, le Rite français, tel qu'il est pratiqué au Grand-Orient ou le REAA à la Grande Loge sont-ils si différents des rites du même nom utilisés à la Grande Loge Nationale française ? Non, sans doute, car leurs sources sont communes. Nous avons même (horresco referens) fait quelques allusions à la « Maçonnerie d'Adoption » qui s'est maintenue jusqu'au milieu du XIXe siècle, la Maçonnerie féminine actuelle s'étant contentée d'aménager - fort intelligemment d'ailleurs - les textes masculins du REAA ou du Rite français.

Notons aussi que le Schibboleth de la régularité, aux yeux de la Grande Loge Unie d'Angleterre, n'est pas la Bible stricto sensu, mais le VLS, c'est-à-dire tout livre de base à caractère religieux et la croyance dans le Grand Architecte et à Sa Volonté révélée. Or, si la Maçonnerie a, depuis les Constitutions d'Anderson de 1723, la prétention, par ailleurs quelque peu justifiée, d'être le « centre de l'Union » et de regrouper « des hommes de bien et loyaux ou des hommes d'honneur » et de probité, quelles que soient les dénominations ou croyances religieuses qui aident à les « distinguer », elle n'en est pas moins le résultat d'un héritage, d'une tradition et de circonstances historiques qui lui ont donné une structure mentale et un équipement intellectuel chrétien, essentiellement réformé au départ, plus oecuménique par la suite. Il existe - et nous n'avons pas à la traiter - une Maçonnerie « sans Bible ».

Effectivement, partout où la Bible n'est pas la nourriture quotidienne des Frères, elle s'estompe ou disparaît, au profit du « livre de la Constitution » en Belgique et en France - évolution qui n'est nullement incompatible avec la croyance au Grand Architecte ainsi que le montre l'histoire du Rite français de 1787 à 1878 Où on prêtait serment devant le Grand Architecte ainsi sur le « Livre de la Loi ». En Israël, c'est évidemment la Tora, sans le Nouveau Testament, ailleurs, le Coran, l'Avesta, Confucius. Le REAA précise, en plus de la Bible, les Védas, le Thipitaka, le Koran, le Zend Avesta, le Tao Teh King et les quatre livres de Koung Fou Tsen. A la loge (anglaise) de Singapour, les Frères possèdent une douzaine de livres sacrés. Et le F. Rudyard Kipling exprime parfaitement cet oecuménisme : « Chacun de nous parlait du Dieu qu'il connaissait le mieux ». Mais où commence et finit le sacré ? Pourquoi pas les Pensées du président Maô ? On peut d'ailleurs se demander si la pratique de religions comme le confucianisme est en harmonie avec le concept de « Volonté Révélée » telle que la conçoivent les religions monothéistes de l'Europe ou du Moyen-Orient.

Enfin, nous faisons, ou nous essayons de faire un travail d'historien. Ce qui signifie que nous aurons soin de distinguer ce qui est historique, ce qui est biblique et, par rapport à la Bible et à l'histoire, ce qui est pure légende, en précisant bien que, pour aucun Maçon, la légende n'est ce qu'est la tradition dans la dogmatique catholique, c'est-à-dire quelque chose qui prend valeur doctrinale. D'autre part, il ne nous appartient pas davantage de faire l'exégèse de ce qui est d'inspiration biblique et a fortiori des textes utilisés. Encore moins, de pratiquer les méthodes allégoriques, typologiques ou anagogiques chères aux Pères de l'Eglise et aux dialecticiens du Moyen Age et dont on trouve de nombreuses traces dans les « Old Charges » (les vieux devoirs) qui réglaient la Maçonnerie opérative. Pour nous, le Temple de Salomon est un édifice construit par un Roi d'Israêl à la gloire de Yahwe et nous n'avons pas à nous demander s'il préfigure l'Eglise ou le Christ. Ce qui paraitra peut-être simpliste à quelques-uns, mais nous ne croyons pas à la vertu du mélange des genres.

Analysons d'abord notre premier point : la Bible, « instrument » en loge, sur laquelle on prête serment. Il n'est pas besoin de faire preuve de vaste érudition pour constater que la Maçonnerie « opérative », celle des bâtisseurs, très liée au monde clérical au moins par la construction des cathédrales, était - comme d'ailleurs l'ensemble des corps de métiers - des « guildes d'artisans », des « compagnies » diverses - d'inspiration chrétienne, catholique en Angleterre jusqu'à la Réforme, anglicane ou réformée par la suite. En France, Italie, Espagne, ils sont restés fidèles à l'Eglise romaine jusqu'à leur disparition naturelle ou leur suppression révolutionnaire. Avec parfois la doublure d'une confrérie professionnelle, le plus souvent distincte des confréries de pénitents. Es étaient placés sous l'invocation des saints protecteurs de la profession, et, pour les « gens du bâtiment », très particulièrement les « Quatre Martyrs Couronnés » (fluatuor Coronati) que l'on rencontre en Angleterre, mais aussi en Italie (Rome) et en France (Dijon). De plus, il ne semble pas qu'à l'inverse des compagnonnages, toujours suspects à l'Eglise et au pouvoir civil, ces « corps » aient, si peu que ce soit, rompu avec l'orthodoxie. Mais revenons à l'Angleterre.

Il est difficile d'affirmer que la Bible figurât dans le « matériel » des loges opératives anglaises avant la Réforme, au moins d'après ce que nous permettent de saisir les « Old Charges ». Par contre, nous savons qu'on y prêtait serment, ce qui n'a rien d'original, puisque le « métier juré » était un peu partout la règle. Le fait est que les premiers documents - le Regius (c. 1370) et le Cooke (c. 1420) - sont parfaitement silencieux. Aussi aucune hypothèse n'est à exclure : la Bible lorsqu'on pouvait s'en procurer une, ce qui, avant le développement de l'imprimerie n'était peut-étre pas si aisé, le « livre » des statuts et règlements corporatifs, des reliques comme c'est si souvent le cas en France ? De toute façon, le serment avait un caractère religieux qu'il a conservé - sauf dans la Maçonnerie « sécularisée ».

Les documents plus récents, mais aussi postérieurs à la Réforme, sont plus explicites et le serment sur la Bible est, le plus souvent, affirmé par le « Grand Loge Manuscript », n° 1 (1573), le n° 2 (1650), le « Manuscrit d'Edimbourg » (c. 1696) : « On leur fait prendre la Bible et prêter serment », le « Crawley » (c. 1700) où le postulant jure sur le livre saint par « Dieu et saint Jean », le « Sloane » de la même époque, à propos duquel le doute reste cependant permis, le « Dumfries n° 4 » (c. 1710). On peut donc admettre que, depuis la Réforme, le serment sur la Bible était devenu la règle, ce qui faisait dire à l'historien français A. Lantoine que c'était là un « landmark de contrebande huguenote », mot amusant, mais indiscutablement exagéré. Cette constatation ne doit pas nous faire perdre de vue la parfaite orthodoxie catholique d'abord, anglicane ensuite, des « Old Charges ». Sur ce plan, le texte le plus caractéristique est sans doute le « Dumfries n° 4 » (c. 1710), découvert dans les archives de la Loge de cette petite ville, située en Ecosse, mais aux confins de l'Angleterre. L'auteur donne du Temple de Jérusalem l'interprétation chrétienne et symbolique traditionnelle et sinspire à la fois de Bède le Vénérable et de John Bunyan. Les prières sont strictement « nicéennes ». Les « obligations » exigent la fidélité à Dieu, à la Sainte Eglise catholique (c'est-à-dire anglicane dans le sens du Prayers Book) en même temps qu'au Roi. Les échelons de l'Echelle de Jacob évoquent la Trinité et les douze Apôtres, la mer d'Airain est le sang du Christ, les douze bœufs, les disciples, le Temple, le fils de Dieu et l'Eglise ; La colonne jakin désigne Israël, la colonne Boaz l'Eglise avec une pointe d'anti-judaïsme chrétien. On lit avec surprise : « Qu'elle fut la plus grande merveille vue ou entendue dans le Temple - Dieu fut homme et un homme fut Dieu. Marie fut mère et pourtant vierge. Tout ce symbolisme traditionnel et la « typologie » chrétienne, admise jusqu'au développement de l'exégèse moderne, se retrouventdans ce rituel. Catholicisme romain, affirme Paul Naudon. Certainement pas - ou mieux, certainement plus - car on peut penser qu'il s'agit là du remaniement d'un texte plus ancien. Les citations bibliques sont empruntées à la « Version Autorisée » du roi Jacques, ce qui témoigne de l'orthodoxie anglicane du temps de la pieuse reine Anne.

Si la Maçonnerie était restée fidèle à cette orthodoxie, elle n'eût pu avoir de prétentions à l'Universalisme. Et c'est d'ailleurs ce qui s'est régulièrement produit chaque fois que l'on a voulu rattacher plus strictement le rituel maçonnique à une confession. Le Rite suédois, d'essence luthérienne, n'a pas débordé de son pays d'origine. Le Rite Ecossais Rectifié, de tonalité nettement chrétienne, a vu son expansion limitée.

Par contre, le REAA, les rites agnostiques, les rites anglo-saxons « déconfessionnalisés » sont susceptibles d'un développement infini. C'est donc le grand mérite d'Anderson et des créateurs de la Grande Loge de Londres d'avoir parfaitement compris le problème. Les Constitutions de 1723 ont permis cet élargissement, bien dans la ligne d'une Angleterre déjà orientée vers les flots.

Donc, en pays chrétien, la Bible était et est restée le VLS, les témoignages du XVIIIe siècle sont à peu près unanimes et les choses n'ont guère changé. En pays anglo-saxon, elle est la première « lumière symbolique », l'Equerre et le Compas étant les deux autres. Au rite Emulation actuel, la Bible doit être ouverte sur le plateau du Vénérable, orientée en tel sens que le dignitaire puisse la lire et recouverte par l'équerre et le compas. La page à laquelle le livre n'est pas ouvert n'est pas indiquée, mais il est de tradition - et de bon ton - de l'ouvrir à l'Ancien Testament lorsque l'on initie un israélite. Aux Etats-Unis, la Bible est généralement déposée sur un autel particulier au milieu du Temple.

Au REAA, la Bible est présente, ouverte pendant les travaux et placée sur l'« autel des serments » installé au pied des marches conduisant à l'Orient et qui est recouvert d'une étoffe bleue bordée de rouge (les couleurs de l'Ordre). Il peut être ouvert à tout endroit ; on l'ouvre de préférence à Il Chroniques 2.5 et à I Rois 6.7 Où il est question de la construction du « Temple de Salomon ».

En France, la Bible a connu des sorts différents. Les documents les plus anciens que nous possédions témoignent d'une grande religiosité, d'orientation quelque peu janséniste, et nous savons, par les textes d'origine policière, que la Bible était ouverte au premier chapitre de l'Evangile de Jean. Tradition qui s'est parfaitement conservée au Rite Rectifié, d'inspiration nettement plus chrétienne. Mais, en pays catholique, la Bible n'est pas, comme en Angleterre, la nourriture spirituelle de la majorité des citoyens, d'autant mieux que le concile de Trente en avait limité les possibilités de lecture pour les simples fidèles. Aussi, tout en conservant une expression religieuse sous la forme du Grand Architecte, qui ne sera remise en question qu'en 1877, la Maçonnerie française, dans son expression majoritaire, la Grande Loge, puis le Grand-Orient, vit disparaître lentement le livre de l'« outillage des Loges » dès le milieu du siècle. Lorsque, dans les textes d'unification du Rite français de 1785 - 1786, le « Livre des Constitutions » prit place, à côté de l'équerre et du compas, sur le plateau du Vénérable, il n'y eut aucune protestation et meme les Anglais ne s'en formalisèrent pas.

Sauf dans les rites totalement sécularisés - comme l'actuel Rite français - les serments qui accompagnent l'initiation et les « augmentations de salaire » sont prêtés sur le VLS. Ce qui, en 1738, irritait fort le pape Clément XII qui, dans la célèbre bulle d'excommunication In Eminenti, parle du « serment strict prêté sur la Sainte Bible ». Il est bien évident que, pour le monde anglo-saxon, un serment n'a de valeur que tout autant qu'il a une portée religieuse, attitude que l'on retrouve dansles tribunaux ou lors de l'« inauguration » d'un Président américain.

Il n'y a pas eu de gros changements en trois siècles : le « Colne Manuscript n° 1 » précise la forme du serment : « L'un des plus anciens, prenant la Bible, la tiendra présentée, de telle sorte que celui ou ceux qui doivent être faits maçons puissent poser et laisser étendue leur main droite sur elle. La formule du serment sera ensuite lue. » Au Rite Emulation actuel, le candidat est agenouillé et place sa main droite sur le Volume de la Loi Sacrée, tandis que sa main gauche tient un compas dont une des pointes est dirigée contre le sein gauche mis à nu. Lors du prononcé de l'obligation, le Vénérable, de sa main gauche, tiendra le Volume en précisant que la promesse est faite « sur ceci ». Au Rite Ecossais Rectifié - qui a conservé quelque chose de la tradition chevaleresque de la Maçonnerie française des Lumières, parfaitement absente en pays anglo-saxon - le candidat pose sa main sur l'épée nue du Vénérable posée sur la Bible ouverte au premier chapitre de saint Jean. La promesse est faite sur « le Saint Evangile ». Au Rite Ecossais Ancien et Accepté, le postulant place sa main droite sur les « trois grandes lumières » qui sont sur « l'Autel des Serments, Volume de la Loi Sacrée, Equerre et Compas », tandis que le Grand Expert met une pointe de compas sur son coeur et, « sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers », le postulant « jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-Maçonnerie ».

En France, dans les années 1745, d'après le Secret des Francs-Maçons de l'abbé Pérau, le postulant s'agenouillait, le genou droit découvert, la gorge mise à nu, un compas sur la mamelle gauche et la main droite sur l'Evangile, « en présence du Dieu tout-puissant et de cette société ». A noter que le Rite français de 1785 prescrit le serment « sur les statuts généraux de l'Ordre, sur ce glaive symbole de l'honneur et devant le Grand Architecte de l'Univers (qui est Dieu) ».

Comment la Bible est-elle utilisée en maçonnerie ?

On la trouve d'abord dans l'histoire ou dans la pseudo-histoire de l'ordre - ou du métier de constructeur - qui s'est transmise, en s'affirmant, du XIIIe siècle (et même sans doute auparavant) à nos jours. Ensuite par l'existence de “ légendes ” rattachées à la trame historique biblique, enfin par les “ mots ”. Mais le “ biblisme ” n'est pas seul en cause. Au XVIIIe siècle, il interfère avec la Kabbale que l'on connaissait assez bien depuis la Renaissance, l'alchimie la plus traditionnelle, une tradition d'ésotérisme chrétien qui pouvait remonter au Moyen Age, les légendes chevaleresques imaginées par Ramsay et templières introduites par Hund, la théosophie de Mertinès de Pasquallis et de Claude de Saint-Martin.

Au Moyen Age

Le récit légendaire - c'est-à-dire les “ antiquités ” de l'Ordre - s'est développé à travers les “ Old Charges ” jusqu'à Anderson qui lui a donné sa forme définitive. Le manuscrit “ Regius ” se contente d'Euclide (ce qui prouve qu'il a été rédigé par un clerc) et du roi saxon Athelstan. Le “ Cooke ” est plus complet, fait intervenir l'Ancien Testament, et lui seul, à grands coups d'expressions empruntées à Isidore de Séville ou à Bède le Vénérable et évoque une succession Adam, Enoch, Tubal Caïn, le Déluge, Noé, La Tour de Babel, Abraham (qui apprit la géométrie à Euclide !), David, Salomon. Puis, on passe en France avec Charles II (Charles Martel ou Charles le Chauve) et en Angleterre avec Athelstan.

Bien entendu, le récit fourmille d'anachronismes, mais l'essentiel y est : l'existence du “ métier ” depuis la création du monde, la lignée des Patriarches, leur liaison avec la science profane (ici Euclide), les rois bâtisseurs d'Israël. Après quoi, on passe assez brutalement à la France carolingienne et à l'Angleterre par un saut de plus de 1500 ans ! Or, ce récit du manuscrit Cooke, quelle que soit son incohérence, est le texte de base des “ Old Charges ”. Celles-ci se transmettront jusqu'à Anderson : Adam et sa descendance directe, Noé, la Tour de Babel, Abraham, Salomon sur le plan biblique, Euclide, Charles de France et Athelstan d'Angleterre sur le plan profane. Mais le récit se complétera par l'interférence de l'Arche d'Alliance, des deux colonnes antédiluviennes, du Temple de Zorobabel, et, sur le plan profane, de Pythagore, d'un obscur Naemus Graecus ou Grenatus et des Phéniciens (appelés parfois vénitiens !) qui font la liaison entre Zorobabel et le grand-père de Charlemagne.

Anderson et l'Ancien Testament

Tout ce matériel, dans l'ensemble homogène, devait être mis en oeuvre de façon rationnelle, au moment où la maçonnerie cessait d'être affaire de gens de métier pour devenir affaire de gentlemen qui connaissaient leur Bible et avaient quelque teinture d'humanisme. C'est Anderson qui se chargea de la tâche. Il savait des Ecritures - ce qui est la moindre des choses satisfaisante. Aussi, le révérend a-t-il réalisé un récit cohérent, strictement scripturaire, ne laissant aucune place aux légendes, en harmonie, et avec la “ chronologie ” adoptée par les Eglises anglaises à l'aube du XVIIIe siècle, mais aussi avec ce que l'on savait de l'Orient ancien. Les anachronismes disparaissent, grâce à un cadre de dates précis et relativement exact - au moins depuis la “ vocation ” d'Abraham - et le récit est conduit selon les schémas bibliques d'Adam à Zorobabel. L'“ histoire sainte ” s'arrête au deuxième temple et c'est là une constante des “ Old Charges ” qui font passer le relais de Jérusalem aux Carolingiens comme elles peuvent et d'une manière parfois saugrenue.

Au contraire, le pasteur voit nettement le flambeau passer à l'histoire biblique au monde mésopotamien et grec dont les architectes sont issus en droite ligne de l' “ école de Jérusalem ”, c'est-à-dire des élèves de “ Maître Hiram ” et dont les techniques passèrent ensuite à Rome et à l'Occident. Ezéchiel, le Temple d'Hérode, le Nouveau Testament sont totalement occultés. Le Christ est cependant mentionné comme “ Grand Architecte de l'Eglise ”.

Le Nouveau Testament

La trame de l'histoire légendaire de l'ordre est donc vétéro-testamentaire et le restera. Cependant, le XVIIIe siècle verra s'introduire le Nouveau Testament, essentiellement sous la forme de la Rose-Croix, où, sur les données scripturaires, viennent interférer des éléments de mysticisme luthérien, du Rite écossais rectifié qui s'affirme ouvertement “ maçonnerie chrétienne ”, de quelques hauts grades de la maçonnerie anglo-saxonne ou dans le “ Templarisme ”.

Il est permis de se demander pourquoi le Nouveau Testament est si parfaitement absent dans la légende historique ancienne et très réduit encore de nos jours. Peut-être faut-il faire intervenir le fait que le Nouveau Testament ne compte guère de “ bâtisseurs ” ni de textes permettant la naissance d'une tradition, d'une légende ou d'un rite. Le teknon de Nazareth, Joseph, est bien passif, aucun des apôtres n'était du “ bâtiment ”. La pierre dans le texte est envisagée négativement - Jésus annonce la destruction (Matth., 24, 2 ; Mc 13, 2 ; Lc 21, 6) du temple - ou symboliquement comme corps du Christ (Jn 2, 21) ou comme chrétiens (I Cor. 3, 16, 17 ; II Cor. 6, 16 ; Apoc. 3, 12, etc), sauf lorsque apparait Apoc 21, 1-27) la Jérusalem céleste, d'ailleurs modestement.

Rien en tout cas de comparable avec l'Arche de Noé, le Tabernacle de Moïse et surtout les Temples de Salomon et de Zorobabel. Cette explication nous parâit un peu “ simpliste ”. peut-être pourrions nous faire intervenir je ne sais quelle influence cléricale, plus respectueuse du Nouveau Testament que l'Ancien relayée par le protestantisme, ennemi né de la thèse “ par laquelle les papistes tâchent de maintenir que Dieu a donné puissance à l'Eglise de forger nouveaux articles de foy ” (Calvin). La question mérite, en tout cas, d'être posée.

Les légendes bibliques

Arrivons-en aux “ légendes ”. C'est un des caractères les plus originaux du Craft, caractère qu'il partage avec le compagnonnage, d'insérer, dans la trame même du récit plus ou moins historique, tel qu'il est énoncé par les clercs, de l'anonyme du “ Regius ” au Révérend Anderson, des “ légendes ” para - ou pseudo - bibliques.

Le principe et le développement en sont simples : on prend un personnage mentionné dans la Bible (ou les “ Old Charges ”) et on lui attribue toute une série d'aventures. Mutatis mutandis, ce sont les légendes épiques du Moyen Age : La Chanson de Roland en face d'Eginhard. Bien entendu, aucun frère n'a jamais vraiment cru que l'architecte Hiram avait été tué par les trois mauvais compagnons à qui il avait refusé la maîtrise, ou que Phaleg, l'architecte de la Tour de Babel, saisi de remords, s'était retiré dans les brumes du Brandebourg.

Anderson sait distinguer : il suit la trame de l'histoire biblique et profane, mais ne mentionne nulle part ces légendes dont certaines sont très anciennes mais qui, jugeait sans doute Anderson, n'avaient rien à faire dans un récit sérieux. A peine mentionne-t-il - mais en pouvant s'appuyer sur le prêtre babylonien Bérose et l'historien juif Josèphe - et seulement on note, la légende des “ deux piliers ” édifiés par “ le pieux Enoch ”. Il ne saurait être question dans ces quelques pages de disserter doctement et longuement sur l'origine de ces légendes. Certaines paraissent dater du mitan du siècle, d'autres, issues du monde profane, se sont insérées dans la trame de la progression des grades maçonniques, d'autres, venues du fond des âges, se sont plus ou moins adaptées à ce nouveau milieu, enfin un certain nombre témoignent d'interférences et sont, par conséquent, susceptibles d'interprétations diverses selon l'optique de l'intéressé.

Bien entendu, nous laisserons à l'écart tout ce qui est “ para-maçonnique ”, c'est-à-dire n'a pas cherché à rentrer, ou n'a pas pu rentrer dans l'organisation classique de l'Ordre, par exemple les légendes compagnonniques, celles de la maçonnerie “ du bois ” chère à notre collègue Brengues ou, plus banalement, les peu connus “ Abelites ” voués à l'exaltation du malheureux fils d'Adam.

 

Source : http://oratoiredulouvre.fr/evangile-et-liberte/La-Bible-des-francs-macons.html

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