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Théorie et symboles de la philosophie hermétique

26 Mai 2012 , Rédigé par O Wirth Publié dans #Hermétisme

CHAPITRE I

Faute de nous élever au-dessus du terrain de la constatation expérimentale, nous avons cessé de comprendre les anciens auteurs qui se basaient sur les lois rationnelles de toute existence. Leurs théories concernant la Nature et le secret de ses opérations nous apparaissent comme de vaines puérilités ; c'est ainsi que la Philosophie hermétique n'est à nos yeux qu'un tissu de rêveries, tout comme l'Alchimie semble définitivement reléguée dans la nécropole des sciences mortes.

Mais une cause particulière a surtout motivé le discrédit qui frappe les doctrines en vogue aux Moyen-Age et jusqu'au XVIII° siècle : nous avons perdu la clef du langage servant à les exprimer. Notre manière de parler est de nos jours toute différente. On ignorait jadis nos prétentions à nous servir de termes rigoureusement précis : des approximations devaient suffire, car la vérité pure est fatalement inexprimable. L'idéal du Vrai se laisse emprisonner dans aucune formule. Il en résulte que, dans une certaine nature, toute parole est mensonge, puisqu'elle n'exprime qu'imparfaitement l'idée qu'elle doit traduire. L'intimité de la pensée, son esprit fondamental, est insaisissable, c'est une divinité qui se dérobe sans cesse et ne consent tout au plus qu'à se refléter parfois dans des images. Tel Moyse, à qui Jahveh n'a pu se montrer que de dos.

Un langage figuré a donc dû être employé chaque fois qu'il s'est agi de faire prendre corps à des notions transcendantes. Moi-même, je ne puis me dispenser d'avoir recours aux allégories et aux symboles. Ce n'est pas de ma part un caprice, car je n'ai à ma disposition aucun autre mode de me faire comprendre. La pensée pure ne se présente à nous que voilée ; mais son voile est transparent pour qui sait discerner.
L'Hermétisme s'adresse aux penseurs qu'une vocation innée pousse à tout approfondir. Les lois universelles de la génération, de la conservation et de la transformation des êtres ne peuvent être représentées que par des schémas dont un esprit superficiel ne saurait saisir la portée. Aussi l'enseignement des sages reste inintelligible pour qui s'arrête au sens extérieur des mots ; mais il appartient à chacun de s'initier par lui-même, en s'inspirant des trois paroles de l'Evangile :

Demandez la Lumière et vous la recevrez ;
Cherchez la Vérité et vous la trouverez ;
Frappez à la Porte du Temple et l'on vous ouvrira.

          

CHAPITRE II

LA TRADITION

Foi et la Philosophie. - La Gnose. - L'Hermétisme. Les esclaves de la lettre. - L'Occultisme contemporain.

Alexandrie fut en son temps la capitale intellectuelle du monde antique. Des écoles célèbres y attiraient les sages de toutes les nations : l'Orient et l'Occident se rencontraient dans ce centre cosmopolite qui mettait en contact la Phénicie, la Chaldée, la Perse et l'Inde avec la Grèce classique, Rome et la Gaule. Toutes ces contrées apportèrent les traditions religieuses et scientifiques au pied du trône des Ptolémées. Des Juifs hellénisés traduisirent leur Bible, qui fut pour la première fois rendue accessible aux Gentils par la version dite des Septante. Le babylonien Bérose produisit une úuvre du même ordre en consignant tout ce qu'il savait concernant sa patrie. De précieux enseignements furent ainsi recueillis de toutes parts et comparés. On s'efforça de les coordonner en une synthèse philosophique qui, tout en ne restant malheureusement qu'à l'état d'ébauche níen exerça pas moins une puissante influence sur le développement du christianisme.

Celui-ci s'est recruté tout d'abord parmi des gens sincères, mais peu éclairés. Les premiers chrétiens furent des esprits ardents, frappés des vices de leur époque qu'ils se proposaient de corriger. Dans leurs assemblées secrètes, ils paraissaient conspirer contre les institutions établies : on les redoutait comme des révolutionnaires farouches, ennemis de toute hiérarchie sociale. Ils proclamaient les hommes égaux devant un Dieu unique, et admettaient une révélation surnaturelle, rendue accessible à tous par la foi. Toute recherche indépendante de la Vérité devenait à leurs yeux condamnable, de même que les arts et les sciences des païens.

A ces hommes d'action étroitement disciplinés, à ces partisans d'une égalité démocratique poussée jusque dans le domaine de l'intelligence, s'opposaient des rêveurs beaucoup plus inoffensifs. Ils se disaient gnostiques et se prétendaient initiés aux mystères des anciens hiérophantes. Cultivant des connaissances accessibles aux seuls esprits d'élite ils se targuaient de posséder les secrets les plus cachés de la nature ; aussi, à l'occasion, se montraient-ils théurges et thérapeutes. Les Chrétiens n'étaient à leurs yeux que des ignorants dangereusement fanatisés dont ils méprisaient la grossièreté ; quant à eux, ils se complaisaient à de subtil spéculations sans parvenir à se mettre d'accord sur une doctrine uniforme. Tout disciple de la Gnose aspirait à devenir le confident direct de la divinité et, par suite, ne croyait guère qu'en lui-même. Le gnosticisme se partageait ainsi en une multitude de sectes offrant le spectacle d'une complète anarchie intellectuelle.

Chrétiens et gnostiques devaient nécessairement se combattre. La lutte se prolongea mais la victoire était acquise d'avance à la discipline et au grand nombre. Devenu formidable, le parti chrétien triompha définitivement lors de la conversion de Constantin. Implacable désormais à l'égard de ses adversaires, il proscrivit tout ce qui se rattachait aux anciens cultes et persécuta en particulier les partisans de la Gnose.

Traqués à titre d'hérétiques, ceux-ci durent dissimuler leurs doctrines sous le couvert des voiles plus épais.
Ainsi naquirent les sciences secrètes ou occultes, qu'un symbolisme ingénieux dérobe à la curiosité des indiscrets. Au premier rang figure l'Alchimie, l'art des transmutations métalliques, qui servit de trame à tout un vaste système d'allégories. On conçut la métallurgie mystique, aux opérations calquées sur celles que la nature accomplit dans les êtres vivants. Une profonde Science de la Vie se cacha sous des symboles spéciaux ; elle s'efforça de résoudre les plus troublantes énigmes et rechercha les bases de la Médecine universelle.

Celle-ci devait porter remède à tous les maux, tant à ceux de l'esprit et de l'âme qu'à ceux du corps, de plus, il lui appartenait de guérir les maladies sociales tout comme les infirmités des individus isolés.

Tous ces bienfaits étaient liés à la préparation de l'Élixir de Vie et de la fameuse Pierre philosophale. Les adeptes cherchaient le moyen d'assurer à tous les êtres une santé inaltérable et de mettre l'homme à l'abri de toutes les misères. Dans ce but, ils se proposaient de conduire toute chose au degré de perfection dont elle est susceptible : c'est ce qu'ils appelaient changer le plomb en or. Ils pratiquaient le Grand Art, l'Art par excellence, ou l'Art sacerdotal et royal des anciens Initiés ; en leur qualité de prêtres, ils interprétaient les lois de l'harmonie universelle, qu'ils appliquaient à titre de rois.

Des conceptions aussi grandioses font éclater les crânes trop étroits. Tous les alchimistes ne furent pas des hommes de génie : la cupidité suscita des chercheurs d'or fermés à tout ésotérisme ; ils prirent tout au pied de la lettre, si bien que leurs extravagances n'eurent bientôt plus de bornes.

Tandis que les souffleurs vulgaires se livraient à cette cuisine incohérente dont se dégagea plus tard la chimie moderne, les Philosophes dignes de ce nom, les amis de la sagesse intrinsèque, prenaient soin de « séparer le subtil de l'épais avec délicatesse et une rare prudence », comme le recommande la Table d'Émeraude d'Hermès Trismégiste : rejetant les scories de la lettre morte ils ne retenaient que l'esprit vivifiant de l'enseignement des maîtres.

Mais le public a confondu les sages avec les fous Il repousse en bloc tout ce qui níest pas à sa portée la plus immédiate ou n'a pas reçu l'estampille des pontifes ayant su capter sa confiance.

Cependant, parmi nos contemporains, quelques esprits aventureux ont osé pénétrer dans les catacombes des traditions perdues. La voie fut ouverte par Eliphas Levi (l'Abbé A.-L. Constant), dont M. Stanislas de Guaita, dans ses Essais de Sciences maudites et son Serpent de la Genèse se révèle le plus brillant disciple.

Ces recherches ont une extrême importance du point de vue de la thérapeutique occulte. Elles ont fait apprécier les traités d'Alchimie, qu'on déchiffre nouveau, en dépit de leur style figuré à l'excès.

 

CHAPITRE III

LES TROIS PRINCIPES

La Lumière. - Soufre, Mercure et Sel. - L'Azoth des Sages. - Le Binaire et sa conciliation.

L'Hermétisme fait remonter l'origine première de toutes choses à une radiation qui part simultanément de partout : c'est la Lumière infinie, l'Aôr Ensoph des Kabbalistes ( Les théories alchimiques ont été résumées avec une clarté remarquable en 1864, par 1e Dr Ch. de Vauréal dans son Essai sur histoire des Ferments, thèse de doctorat qui fit alors sensation au sein de la Faculté de Médecine de Paris).

Cette Lumière créatrice émane d'un centre qui n'est localisé nulle part, mais que chaque être retrouve en lui-même.

Envisagé dans son unité omniprésente, ce Centre est la source de toute existence, de toute pensée et de toute vie.

Il se manifeste dans les êtres comme le foyer de leur énergie expansive, laquelle semble se rapporter à un feu interne, qui serait entretenu par ce que les alchimistes appellent leur SOUFRE.

Or, l'ardeur centrale  résulte pour chaque être d'une réfraction en lui de la lumière ambiante, craquelle est avide de pénétrer les corps et représente les influences qui s'exercent sur eux de l'extérieur.

Ainsi la Lumière-Principe se manifeste par rapport aux êtres sous deux aspects opposés : elle converge vers leur centre sous le nom de MERCURE, puis elle rayonne de ce foyer radical à titre d'émanation sulfureuse.

Le Mercure  fait donc allusion à ce qui entre et le Soufre  à ce qui sort ; mais entrée et sortie supposent un contenant stable, lequel correspond ce qui reste, autrement dit au SEL.

Tout ce qui est relativement fixe résulte d'un équilibre réalisé entre l'expansion sulfureuse et la compression mercurielle. Le Sel est une condensation lumineuse produite par l'interférence  de deux rayonnements contraires ; c'est le réceptacle en qui s'infiltre l'esprit mercuriel  pour y exciter l'ardeur sulfureuse.

En tout ce qui peut se concevoir comme existant on distingue de toute nécessité Soufre, Mercure et Sel  ; car on ne saurait rien imaginer qui n'eût sa substance propre (Sel ), soumise simultanément à des influences internes (Soufre) et externes (Mercure).

Considéré dans son universalité, comme l'éther partout répandu qui pénètre toutes choses, le Mercure  prend le nom d'Azoth des Sages. C'est alors le souffle divin (Rouach Elohim) que la Genèse nous montre se mouvant sur le dessus des eaux, lesquelles sont représentées par le Sel .

Originairement tout réside dans l'Azoth ; mais par l'opération de l'Esprit divin le Verbe s'incarne au sein d'une Vierge immaculée, qui donne naissance au Rédempteur.

Celui-ci n'est autre que le Vouloir particulier harmonisé avec la Volonté générale ; c'est le Soufre allié au Mercure  dans un Sel parfaitement purifié.

Cette alliance permet à l'individualité de conquérir la plénitude de l'être, de la vie et de la pensée ; car les individus n'existent, ne vivent et ne pensent que dans la mesure où ils parviennent à s'assimiler líêtre la vie et la pensée de la collectivité dont ils font partie. Nous ne sommes rien par nous-même : tout provient du grand Tout. L'homme doit donc chercher à s'unir étroitement à la source permanente de toutes choses.

Mais l'intimité d'une semblable union dépend du degré de pureté auquel est porté le Sel. Cela explique l'importance attachée de tous temps aux purifications, qui tiennent encore de nos jours une place prépondérante dans le ritualisme de la Franc-Maçonnerie.

La prédominance du Soufre exalte l'initiative individuelle et se traduit par des qualités viriles énergie, ardeur, courage, audace, fierté, goût du commandement. Elle pousse à créer, à inventer ; elle incite au mouvement, à l'action, et porte à donner plutôt qu'à recevoir ; aussi l'homme se base-t-il moins que la femme sur la foi réceptive : il préfère élaborer ses propres idées plutôt que de s'assimiler celles d'autrui.

Le Mercure développe au contraire les vertus féminines : douceur, calme, timidité, prudence, modestie, résignation, obéissance. Il ne rend pas inventif, mais il donne la faculté de comprendre, de deviner et de sentir avec délicatesse ; de plus il fait aimer le repos, surtout celui de l'esprit ; absorbé dans la rêverie et le vagabondage de l'imagination.

Quant au Sel, il engendre l'équilibre, la pondération, la stabilité ; c'est le milieu conciliateur qu'on a pris à juste titre comme le symbole clé la sagesse.

 

CHAPITRE IV

LES QUATRE ELEMENTS

Le dédoublement du Sel. - La théorie des Eléments. Leurs symboles. -Leur coordination. - La vie élémentaire. - Comment la prolonger ? - Le fluide des magnétiseurs.

Le Sel  comprend l'ensemble de ce qui constitue la personnalité, donc tout à la fois l'âme et le corps, l'une étant ce qu'il y a en nous de céleste, et l'autre ce qui nous rattache à la terre. Cette division est figurée dans le signe alchimique du Sel par le diamètre horizontal qui partage le cercle.

Le segment supérieur représente ce qui est pur, inaltérable et imperceptible, tandis que sa contre-partie inférieure  se rapporte à ce qui est hétérogène, accessible à nos sens et sujet à de perpétuels changements. Ce domaine moins éthéré est soumis à l'empire des Éléments.

Ceux-ci n'ont rien de commun avec ce que nous appelons « corps simples » . Ce sont des abstractions qui se distinguent des choses élémentées. Les quatre Éléments se trouvent nécessairement réunis en tout objet physique, car la matière élémentaire résulte de l'équilibre qui s'établit entre eux.

L'Elément appelé « TERRE » échappe à nos perceptions ; c'est la cause invisible et impalpable de la pesanteur et de la fixité. Tout aussi métaphysiques sont lí« AIR » qui produit la volatilité, lí« Eau » qui resserre les corps, et le FEU qui les dilate.

Aux Eléments se rattachent les qualités élémentaires, qui sont le sec, l'humide, le froid et le chaud.
La Terre, qui est froide et sèche, a pour symbole le Búuf de saint Luc, le Taureau zodiacal du printemps.
L'Air, chaud et humide, est le domaine de l'Aigle de Saint Jean, qui brille au ciel parmi les constellations automnales.
L'Eau est froide et humide ; elle correspond à l'Ange de saint Matthieu, ou au Verseau, station du soleil en hiver.
Le Feu, chaud et sec, est enfin rappelé par le Lion de saint Marc, qui marque dans le zodiaque le milieu de l'été.

L'antagonisme conjugué des Eléments est figuré par un carré que remplit la substance élémentaire.
Les Eléments sont figurés dans l'homme par la matière corporelle passive (Terre), par l'esprit ou le souffle animateur (Air), par les fluides, véhicules de la vitalité (Eau), et par l'énergie vitale, source du mouvement (Feu).

La Terre est un récipient poreux, que traversent l'Eau et l'Air, pour aller alimenter le Feu, qui brûle au centre.
Excité par l'Air, celui-ci consume une partie de l'Eau et vaporise le reste. La vapeur se fraye passage à travers les pores de l'écorce terrestre et s'élève à l'extérieur ; mais le froid la condense en nuages qui se résolvent en pluie. L'Eau, tenant  l'Air en dissolution, s'accumule ainsi à la surface du sol, qu'elle imbibe, pour retourner au foyer central.

Il s'établit de la sorte une circulation ininterrompue qui entretient la vie et dure tant que le Feu n'est pas éteint.
Lorsque l'Eau nourricière abonde, le Feu ne demande qu'à briller d'un vif éclat. C'est le cas de la jeunesse exubérante et impétueuse, qui aime à se dépenser jusqu'à l'épuisement de toute humidité centrale. Il survient alors un état de fatigue et d'accablement, dont le remède est le repos.

Or, l'activité se ralentit d'elle-même, dés que le Feu manque de combustible. L'abaissement de la température provoque la condensation de l'humidité extérieure : il pleut, et l'Eau résorbée vient réveiller l'ardeur centrale. Tel est le mécanisme de la réparation pendant le sommeil des forces consumées à l'état de veille.

Avec l'âge le liquide vital se fait d'autant plus rare qu'il a été moins économisé. Il faut donc apprendre à gouverner son Feu avec sagesse, si l'on ne veut pas vieillir prématurément.

Quant à l'art de prolonger de beaucoup la vie humaine, il est loin d'être une pure chimère. L'huile de la lampe de Vesta est susceptible de parer à l'usure des rouages physiologiques. Nos cellules ne se reproduisent pas indéfiniment après un certain nombre de générations leur race s'épuise, et c'est en cela que réside la cause fatale de notre mort corporelle. Ce qui dans notre personnalité est soumis aux Eléments se trouve ainsi voué à un déclin plus ou moins tardif, mais inévitable. Seule la partie sur-élémentaire de notre être peut aspirer à l'immortalité.

L'Elixir de longue vie ne s'en rapporte pas moins à une hygiène à la fois physique, morale et intellectuelle, que les sages ont préconisée de tous temps.
En magnétisme, le « fluide » n'est pas autre chose que l'eau vitale extériorisée sous forme de vapeur. Le thérapeute fait passer sa propre humidité dans l'atmosphère du malade, qui la résorbe et acquiert ainsi un surcroît de vitalité.

Mais il est des magnétiseurs que caractérise l'ardeur du Feu, plutôt que l'abondance de l'Eau. Ils seront de préférence expérimentateurs et agiront par la volonté. Leur intervention sera précieuse dans certains cas spéciaux où il importe de remédier à l'obstruction des pores de l'écorce terrestre en stimulant la circulation vitale. On ne peut alors avoir recours qu'au Feu qui, agissant de l'extérieur, vaporise l'humidité interne et l'oblige à se frayer un passage à travers la Terre insuffisamment perméable. Celle-ci est ainsi décrassée, et de ce fait le malade devient accessible à l'action magnétique ordinaire.

La perméabilité exagérée de l'écorce terrestre rend impressionnable au plus haut point. Les sujets se montrent alors d'une sensibilité exquise. Le magnétisme les transforme à vue d'úil ; mais ce quíils acquièrent trop vite risque de leur échapper avec une égale rapidité.

Le moyen de rendre sa propre Terre perméable intéresse au plus haut point le psychurge qui veut arriver à déployer la plénitude de sa puissance. Il en sera traité au chapitre suivant.

 

CHAPITRE V

LíOEUVRE DES SAGES

Opérations. - Couleurs. - Oiseaux hermétiques. L'Union du Soufre et du Mercure. - L'Etoile des Mages.
La Rose-Croix.

La Pierre philosophale est un Sel purifié, qui coagule le Mercure , pour le fixer en un Soufre éminemment actif.

L'Oeuvre comprend donc trois phases :
La purification du Sel,
La coagulation du Mercure,
Et la fixation du Soufre.

Mais au préalable, il faut se procurer la Matière philosophique. Cela n'entraîne pas à de grandes dépenses, car elle est fort commune et se rencontre "partout".

Cependant, elle demande à être discernée. Tout bois n'est pas bon pour faire un Mercure. La nature nous offre des matériaux qu'on ne saurait faire entrer dans la construction du temple de la Sagesse. Il est des vices rédhibitoires qui font écarter le profane avant même qu'il soit soumis aux épreuves.

Supposons néanmoins l'artiste en possession d'une « matière » convenable à ses projets. Il s'empressera aussitôt de la nettoyer, afin de la débarrasser de tout corps étranger qui pourrait adhérer accidentellement à sa surface.

Cette précaution étant prise, le sujet est enfermé dans l'åuf philosophique hermétiquement luté.

Il est ainsi soustrait à toute influence venant de l'extérieur: la stimulation mercurielle lui fait défaut ; son feu vital dès lors baisse, languit et finit par s'éteindre.

Ce langage serait assez déconcertant si, pour le comprendre, on ne se reportait à la traduction que la Franc-Maçonnerie en offre dans ses usages. Le rituel prescrit de dépouiller le Récipiendaire des métaux qu'il porte sur lui, puis de l'emprisonner dans la Chambre des Réflexions, où il se trouve en présence d'emblèmes funèbres, qui l'invitent à se préparer à la mort.

Isolé, réduit à ses propres ressources, l'individu cesse de participer à la vie générale : il meurt et sa personnalité se dédouble. La partie éthérée se dégage et abandonne un résidu désormais « informe et vide » comme la terre antérieurement à son imprégnation par le souffle divin (Genèse I, 2).

Ainsi apparaît le chaos philosophique dont la couleur noir, est figurée par le Corbeau de Saturne. On peut voir dans cet oiseau l'image des ténèbres qui étaient sur la face de l'abîme ;  on lui oppose la Colombe, le symbole de l'Esprit de Dieu se mouvant sur le dessus des eaux.

Privée de vie, la matière tombe en putréfaction. Toute forme organique est alors dissoute, et les Eléments se confondent dans un tohu-bohu désordonné.

Mais la masse putréfiée renferme un germe, dont la dissolution favorise le développement. Ce foyer d'une nouvelle coordination commence par síéchauffer, en raison des énergies qui síy trouvent emmagasinées. La chaleur dégagée repousse líhumidité et síenveloppe díun manteau de sécheresse. Ainsi se reconstitue líécorce terrestre qui sert de matrice au Feu, quíelle sépare de líEau.

 

Cette séparation des Eléments rétablit la circulation vitale, qui a pour effet de soumettre la Terre impure à un lavage progressif. LíEau alternativement extériorisée puis résorbée, fait passer le résidu chaotique du noir au gris, puis au blanc, en passant par les couleurs variées de l'arc-en-ciel, représentées par la queue de paon.
Or, la blancheur a pour symbole le Cygne dont Jupiter prit l'aspect pour s'unir à Léda. Le maître des dieux représente en cela l'Esprit qui féconde ; la Matière purifiée par des ablutions successives. C'est le souffle aérien qui pénètre la Terre, pour en faire surgir l'Enfant philosophique.

Tandis que l'embryon se développe dans le sein maternel, la Terre se recouvre d'une luxuriante végétation, grâce à l'humidité aérienne dont elle est imprégnée ; c'est l'apparition de la couleur verte, celle de Vénus, dont la Colombe est l'oiseau favori.

Désormais il n'y a plus à obtenir que la couleur rouge, celle qui marque l'achèvement de l'oeuvre simple ou Médecine du premier Ordre. Elle annonce la parfaite purification du Sel, laquelle rend possible l'accord rigoureux entre l'agent interne  et sa source extérieure d'action .

Le Feu individuel en vient alors à brûler d'une ardeur toute divine, et manifeste le pur Soufre philosophique, dont l'image est le Phénix.

Cet oiseau merveilleux était consacré au Soleil et on lui supposait un plumage écarlate. Il représente ce principe de fixité qui réside dans le foyer de notre Feu central, où il semble se consumer sans cesse, pour renaître continuellement de ses cendres.

Pour conquérir cette , immuabilité l'initiative particulière ne doit plus s'exercer que sous l'impulsion directe du Centre moteur universel ; c'est la communion de l'Homme avec Dieu, ou l'harmonie pleinement réalisée entre le Microcosme et le Macrocosme.

Parvenu à cet état, le Sujet prend le nom de Rebis, de res bina, la chose double. On le représente par un androgyne unissant l'énergie virile à la sensibilité féminine. Il est indispensable, en effet, de réunir les deux natures, si l'on veut réaliser la coagulation du Mercure, autrement dit attirer le Feu du Ciel et se l'assimiler.

L'adepte vainqueur des attractions élémentaires possède la vraie liberté, car l'esprit domine en lui sur la matière : il s'est rendu pleinement Homme en surmontant l'animalité. De même que la tête, commande aux quatre membres, un cinquième principe doit subjuguer les Eléments ; c'est la Quintessence, qui est l'essence même de la personnalité ou, si l'on préfère, l'entéléchie assurant 1a persistance de l'être.

Cette mystérieuse entité a pour symbole le Pentagramme, ou l'Etoile du Microscome qui, sous le nom d'Etoile Flamboyante, est bien connue des Francs-Maçons. Ils en ont fait l'emblème caractéristique de leur deuxième grade, auquel on ne peut prétendre qu'après avoir été successivement purifié par la Terre, l'Air, l'Eau et le Feu. Les épreuves initiatiques sont calquées en cela sur les opérations du Grand åuvre ; les quatre purifications se rapportent à la putréfaction (Terre), à la sublimation de la partie volatile du Sel (Air), à l'ablution de la Matière (Eau) et à la spiritualisation du Sujet (Feu). La dernière épreuve fait allusion à l'embrasement qui remplit l'être d'une ardeur toute divine, dès que son foyer d'initiative s'exalte à la chaleur du Feu-Principe animateur de toutes choses.

La Quintessence est parfois représentée par une rose à cinq pétales.

Dans l'une de ses figures, Nicolas Flamel nous montre ainsi la Rose hermétique sortant de la pierre mercurielle sous l'influence de l'Esprit universel. D'autre part, les mystiques rosicruciens combinaient la rose avec la croix et y voyaient l'image de l'Homme-Dieu que nous portons en nous. Le Sauveur était à leurs yeux la Lumière divine qui resplendit au sein de l'âme épurée. Ce n'est d'abord qu'une étincelle, un frêle enfant né de la Vierge céleste, autrement dit de cette essence psychique transcendante, immaculée, universelle, qui est destinée à nous envahir. Cet envahissement refoule ce qui est inférieur en nous : ainsi la Femme apocalyptique écrase la tête du Serpent, séducteur de notre vitalité terrestre, tandis que le Rédempteur grandit pour nous diviniser en nous illuminant.

Source :

http://www.louistrebuchet.fr/masoniclib/

 

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L'origine des livres hermétiques

26 Mai 2012 , Rédigé par Louis Menard Publié dans #Hermétisme

On méconnaît trop souvent le rôle qu'ont tenu les livres hermétiques dès les premiers siècles de l'Eglise : les pères de l'Eglise rappellent que ces écrits annoncent, comme d'ailleurs les Sibylles, la venue du Christ. L'autorité de ces écrits est telle que Lactance, après les avoir consultés dira : "Hermès a découvert, je ne sais comment, presque toute la vérité". Il faut rappeler qu' à cette époque, on croyait qu'Hermès, ce révélateur inspiré, livrait dans son oeuvre les mystères de la plus ancienne théologie égyptienne. Cette idée s'est propagée jusqu'à la Renaissance où elle fut appuyée entre autres par Marsile Ficin et Patrizzi qui prétendaient que ces écrits étaient la source première des initiations orphiques et des philosophies pythagoriciennes et platoniciennes.

Une remise en question de ces théories débute avec les premières recherches sur l'origine des ces écrits ancestraux, recherches qui commencent par prouver que les oracles sibyllins auraient été rédigés en partie par des Juifs et des Chrétiens. Concernant les livres hermétiques il existe des "preuves" que son ancienneté est toute relative ; la prophétie dévoilée dans l'Asclépios en est un exemple. Cette prophétie fort célèbre annonce le triomphe du christianisme, l'apostasie de l'Egypte et la persécution des derniers fidèles de la religion égyptienne. On a souvent vu dans ce texte le cri d'agonie du paganisme ne pouvant échapper à sa destinée, et cette interprétation est bien plus vraisemblable que celle qui fait d'Hermès un prophète visionnaire. Cette prophétie débute ainsi :

"Cependant, comme les sages doivent tout prévoir, il est une chose qu'il faut que vous sachiez : un temps viendra où il semblera que les Egyptiens ont en vain observé le culte des dieux avec tant de piété et que toutes leurs saintes invocations ont été stériles et inexaucées. La divinité quittera la terre et remontera au ciel, abandonnant l'Egypte, son antique séjour, et la laissant veuve de religion, privée de la présence des dieux. Des étrangers remplissant le pays et la terre, non seulement on négligera les choses saintes, mais, ce qui est plus dur encore, la religion, la piété, le culte des dieux seront proscrits et punis par les lois. Alors cette terre sanctifiée par tant de chapelles et de temples sera couverte de tombeaux et de morts. O Egypte, Egypte ! il ne restera de tes religions que de vagues récits que la postérité ne croira plus, des mots gravés sur la pierre et racontant ta piété. Le Scythe ou l'Indien, ou quelque autre voisin barbare, habitera l'Egypte. Le divin remontera au ciel, l'humanité abandonnée mourra toute entière, et l'Egypte sera déserte et veuve d'hommes et de dieux."

On voit combien ce passage, et ceux qui le suivent, dépeignent la détresse d'hommes cultivés devant la chute d'une civilisation antique. Un tel texte pourrait tout à fait être l'oeuvre d'un esprit vivant sous le règne de Constantin, d'autant plus que Lactance qui vivait à cette époque cite à de nombreuses reprises le Discours d'initiation, qui est l'autre nom donné à l'Asclépios. Il est à noter en outre le grand nombre d'allusions à des faits contemporains du règne de Constantin dans l'Asclépios, ce qui rend peut crédible la théorie selon laquelle les livres hermétiques sont une autorité "antique et très-vénérable". De plus, Hermès décrit une persécution qui ressemble à celle pratiquée sous Constantin, et non celle qui sera pratiquée par ses successeurs, qui sera plus violente. Si Hermès avait fait une véritable prédiction, il aurait insisté davantage sur la violence des persécutions telles qu'elles auront effectivement lieu, il ne serait pas contenté de mettre en garde contre un moindre mal sachant qu'un plus grand encore se préparait.

Il est toutefois difficile de déterminer l'origine de ces livres et les résultats sont aujourd'hui encore incertains. Casaubon pense que leur auteur est un Juif ou un Chrétien, Jablonski y distingue l'oeuvre d'un gnostique, et enfin une grande partie des penseurs actuels, dont Creuzer et Guigniaut, pensent qu'il s'agit du travail de penseurs grecs tardifs qui ont mêlé à des idées alexandrines des dogmes religieux issus de l'ancienne théologie égyptienne. Louis Ménard propose une étude à la fois savante et originale de l'origine des livres hermétiques et c'est sur cette étude que nous allons baser notre réflexion sur ce sujet.

Afin de mener à bien cette étude, nous avons choisi de commencer par rappeler brièvement en quoi consiste la théologie hermétique en nous servant des travaux de M. Vacherot dans Histoire critique de l'Ecole d'Alexandrie. Ce bref exposé s'appuiera sur de nombreux passages des livres hermétiques.

Pour commencer, nous savons que dans la théologie hermétique Dieu est conçu comme un esprit supérieur à l'intelligence, à l'âme, et à tout ce dont il est cause. Ceci doit être rapproché du Poimandrès, et plus particulièrement d'une phrase du chapitre intitulé Discours universel : "Dieu n'est pas l'intelligence, mais la cause de l'intelligence ; il n'est pas l'esprit, mais la cause de l'esprit ; il n'est pas la lumière mais la cause de la lumière". Ainsi, l'intelligence n'est pas Dieu, elle est seulement de Dieu et en Dieu. Elle est par conséquent distincte et inséparable de Dieu comme la lumière de son foyer. On peut se reporter pour cela au chapitre du Poimandrès intitulé De l'intelligence commune. On peut citer également une phrase du même livre dans le chapitre intitulé La clé : "Dieu est au-dessus de tout et autour de tout". En outre, sa nature même est le bien ; il est le bien et le bien est Dieu.

"Il est le non-être en tant qu'il est supérieur à l'être. Dieu produit tout ce qui est et contient tout ce qui n'est pas encore."

"Absolument invisible en soi, il est le principe de toute lumière", ce que l'on trouve dit expressément dans le Poimandrès, au chapitre le Dieu invisible et très apparent : "Invisible lui-même, il manifeste toutes choses" ou encore dans la Clé : "Ce qu'il est, il le manifeste ; ce qu'il n'est pas, il l'a en lui-même".

"Pour Dieu, produire et vivre son une seule et même chose", l'Intelligence à Hermès nous explique que de même que l'homme ne peut vivre sans la vie, Dieu ne peut vivre sans faire le bien.

"Le caractère propre de la nature divine, c'est que rien de ce qui convient aux autres êtres ne peut lui être attribué ; il est la substance de tous sans être aucune chose", ce qui est exposé dans la Clé. Dieu est présenté comme le père de tous les êtres, son éclat qui est l'éclat du bien illumine l'homme et le convertit en une essence divine : "La splendeur qui inonde toute sa pensée et toute son âme l'arrache aux liens du corps et le transforme tout entier dans l'essence de Dieu(1)".

"Dieu est la vie universelle, le tout dont les êtres individuels ne sont que des parties ; il est le principe et la fin, le centre et la circonférence, la base de toutes choses, la source qui surabonde, l'âme qui vivifie, la vertu qui produit, l'intelligence qui voit, l'esprit qui inspire". On trouve des traces de cela dans les Définitions, Asclépios au roi Ammon, I, où il est dit : "Toutes choses sont des parties de Dieu ; ainsi Dieu est tout." Ceci est repris également dans les Fragments dits de Suidas : "Car de toutes choses il est le seigneur et le père, et la source, et la vie, et la puissance, et la lumière, et l'intelligence, et l'esprit." Ainsi Dieu est tout absolument, rien ne peut être qui ne soit Dieu, ou comme il est écrit dans le Poimandrès, De l'intelligence commune : "Tout cet ensemble est Dieu, et dans l'univers il n'y a rien que Dieu ne soit pas". Comme il est le père de toutes choses tous les noms lui conviennent mais aucun de ces noms n'est son nom propre "Car lui seul est tout ; c'est pourquoi il a tous les noms, car il est le père unique, et c'est pourquoi lui-même n'a pas de nom, car il est le père de tous(2)". On peut ainsi dire qu'en Dieu l'un est le tout et le tout est l'un : unité et totalité deviennent synonymes.

M. Vacherot, auquel nous avons emprunté sa synthèse de la théologie hermétique, y a trouvé des analogies avec le néoplatonisme mais aussi avec le judaïsme, tout en lui reconnaissant des marques du panthéisme égyptien quoique dépouillé de ses formes symboliques et plutôt empreint des formes abstraites grecques. On comprend mieux comment une inscription telle que "Je suis tout ce qui est, ce qui a été, ce qui sera(3)" peut figurer sur le temple de Saïs.

Un point important sur ce Dieu est qu'il est "celui qui existe par lui-même", ce que l'on peut aussi traduire par "celui qui s'engendre lui-même éternellement". Le Dieu hermétique est celui par qui tout existe, il est le père universel dont la fonction unique est de créer. Les livres hermétiques fourmillent d'indications sur ce point, nous en avons relevé ici celles qui nous ont semblé les plus explicites :

"L'éternel n'a pas été engendré par un autre, il s'est produit lui-même, ou plutôt il se crée lui-même éternellement(4)".

"Si le créateur n'est autre que celui qui crée, il se crée nécessairement lui-même, car c'est en créant qu'il devient créateur(5) ".

"Il est ce qui est et ce qui n'est pas(6)".

De surcroît, l'idée du "Dieu double", de l'être-double est intimement liée à celle du Dieu père-fils. Dans les livres hermétiques, il est souvent question du fils de Dieu, du Dieu engendré. On retrouve cela particulièrement bien exposé dans la Clé. Que pouvons-nous dire de ce second Dieu ? Il est le monde, la manifestation visible du Dieu invisible. Ce rôle est parfois attribué au soleil, créateur des êtres vivants, on ne peut omettre de noter dans ce cas le rapprochement qui peut être fait avec l'ancienne théologie égyptienne qui voyait dans le soleil le premier né, le fils de Dieu, le Verbe. Une inscription antique sur le temple de Medinet-Abou disait : "C'est lui, le soleil, qui a fait tout ce qui est, et rien n'a été fait sans lui jamais". Cette inscription n'est d'ailleurs pas sans nous rappeler ce qu'écrira saint Jean quatorze siècles plus tard à propos du Verbe.

La théologie hermétique ne s'arrête pas à un "Dieu-double", elle parle d'un troisième Dieu : l'homme. Pour être conçu comme le troisième Dieu, l'homme doit être considéré dans son essence abstraite, à la manière dont l'ancienne religion égyptienne voyait Osiris comme le type idéal de l'humanité. L'hermétisme envisage donc une trinité composée de Dieu, le monde et l'homme, ce qui n'est pas sans nous rappeler, non seulement les triades égyptiennes, mais surtout le platonisme.

S'il demeure impossible d'établir à quel groupe appartient la tradition hermétique puisqu'elle semble influencée non seulement par l'Egypte mais aussi par la Grèce à laquelle il faut ajouter le peuple juif, il n'en reste pas moins que l'hermétisme constitue une école à part entière, et qui plus est une école unie et unique.

Afin de déterminer l'origine des livres hermétiques, il est possible de se référer non seulement aux textes antiques grecs traitant de la religion égyptienne, mais aussi à ce que l'égyptologie actuelle peut nous enseigner. Force est de constater en effet qu'un groupe d'individu conserve ses caractères propres et originels au fil du temps. Ainsi,on retrouve dans les systèmes philosophiques grecs des éléments d'origine mythologique, et de même, il y a un rapport direct entre la période religieuse de l'Egypte et sa période philosophique. La société théocratique égyptienne a évolué, lentement certes, mais elle a bien fait preuve d'une activité entre le temps du dieu-roi et l'ère chrétienne. L'histoire de la religion égyptienne passe bien par l'étude de ses transformations. Il n'y a de philosophie égyptienne que parce qu'il y a eu rencontre entre d'une part la religion égyptienne et d'autre part la philosophie grecque, les livres hermétiques sont le fruit de cette rencontre. Notre tâche est donc de discerner, au sein des écrits hermétiques, ce qui vient d'Egypte, de Grèce ou de Judée. Concernant les théories philosophiques renvoyant au pythagorisme et au platonisme, il faut savoir si on a affaire à une influence directement grecque, ou si ce qui est sous-jacent est ce qui a donné naissance ensuite à ces théories : en bref, avons-nous affaire aux sources du platonisme et du pythagorisme ou aux doctrines philosophiques elles-mêmes ?

On n'a des ouvrages hermétiques que des écrits en langue grecque, cependant leur contenu semble exclure qu'il s'agisse d'oeuvres typiquement grecques. Il semble indéniable par exemple que l'adoration extatique qui transperce chaque page ne peut provenir d'un esprit grec dont la piété aurait sans doute été plus "calme", de plus, l'hommage rendu à la royauté dans les livres hermétiques renvoie indubitablement aux Pharaons. Concentrons-nous donc d'abord sur l'aspect égyptien de ces livres.

Si l'on considère la forme didactique des livres hermétiques, on voit à l'intérieur des dialogues, tantôt Isis transmettant son enseignement à son fils Hôros (enseignement qu'elle a elle-même reçu de Kaméphès et d'Hermès), tantôt le bon démon, que l'on connaît généralement comme le dieu Knef, qui instruit Osiris, et tantôt Hermès initiant Asclépios, son disciple, ou son fils Tat. On voit aussi Hermès devenir lui-même disciple, se laissant instruire par L'Intelligence : Poimandrès. A travers ces grandes figures, c'est toute la religion égyptienne qui est représentée dans ces livres. Arrêtons-nous un moment sur l'une de ces figures, la plus énigmatique sans doute : leur auteur, Hermès Trismégiste. On dit souvent qu'il est homme et dieu. Le rapprochement qui en a été fait avec le dieu grec du même nom a engendré une confusion entre plusieurs dieux égyptiens qui avaient des points communs avec lui. On a souvent voulu clarifier la situation en distinguant plusieurs Hermès : tout d'abord Thoth qui est à l'origine de la connaissance des principes de la science (il les aurait écrits en hiéroglyphes sur des stèles), ensuite un Hermès post-diluvien qui serait le fils du bon démon et le père de Tat ( il aurait traduit ces mêmes inscriptions en grec). Outre ces deux Hermès ont peut compter une multitude d'Hermès si on tient compte du fait que des prêtres et des rois reprenaient à leur compte des noms divins. Si cet Hermès qui a écrit les livres qui nous occupent était un prêtre, cela ne ruine pas pour autant leur valeur : la philosophie révélée par l'Intelligence peut avoir été reçue et transmise par un homme. Ainsi Jamblique écrira :

"Hermès, qui préside à la parole est, selon l'ancienne tradition, commun à tous les prêtres ; c'est lui qui conduit à la science vraie ; il est un dans tous. C'est pourquoi nos ancêtres lui attribuaient toutes les découvertes et mettaient leurs oeuvres sous le nom d'Hermès. "

On peut expliquer ainsi le grand nombre d'ouvrages attribués à Hermès. Toute relative que soit la valeur à attribuer aux livres hermétiques, ils nous renseignent admirablement sur la pensée religieuse de l'Antiquité dans sa dernière forme.

Un point positif dans l'appréhension de l'auteur des livres hermétiques : il viendrait d'une école de thérapeute d'Egypte que l'on a souvent confondue avec les Esseniens. Cette école, moins moraliste et plus métaphysique que la secte essenienne, aurait pu engendrer une oeuvre comme celle-là. Philon dit des thérapeutes "Dans l'étude des livres saints, ils traitent la philosophie nationale par allégories, et devinent les secrets de la nature par l'interprétation des symboles", on voit le lien entre ceci et la cosmogonie du Poimandrès. Philon dit encore au sujet des thérapeutes : "Il en est qui découvrent par des songes, pendant leur sommeil les dogmes véritables de la philosophie sacrée" ce qui ne peut manquer de renvoyer à la première phrase du Poimandrès : "Je réfléchissais un jour sur les êtres ; ma pensée planait dans les hauteurs, et toutes mes sensations corporelles étaient engourdies comme dans le lourd sommeil qui suit la satiété, les excès ou la fatigue", suit ensuite la description de la vision puis un sommeil emplis de joie : "Le sommeil du corps produisait la lucidité de l'intelligence, mes yeux fermés voyaient la vérité". En outre, on sait que les thérapeutes se livraient à la prière matin et soir, et l'auteur du Poimandrès après sa révélation invite ses lecteurs à la prière, aux dernières heures du jour. Les monastères des thérapeutes firent un accueil tout particulier aux missionnaires chrétiens qui vinrent leur apporter la bonne nouvelle : ils étaient habitués aux spéculations abstraites et aux allégories mystiques. Il ne leur manquait plus que d'admettre l'incarnation du Christ pour être gnostiques. En ce sens on peut les considérer comme des précurseurs de la gnose, dont l'idée était présente dans cette école qui parlait déjà d'une science mystique unissant l'homme à Dieu.

De nombreux indices tendent à prouver qu'Hermès était égyptien. Les références multiples au soleil sont une première preuve : on sait en effet que le soleil était le plus ancien objet de culte en Egypte, et qu'on l'associait souvent à l'être suprême. Un autre point intéressant est la doctrine de l'unité divine ; elle nous est présentée dans les livres hermétiques sous une forme panthéiste, qui rappelle certes le Timée de Platon mais renvoie plus directement au Dieu égyptien qui s'engendre lui-même. En outre, si les allusions concernant les démons peuvent être interprétées dans une optique grecque, on fait référence ici aux légendes des Euménides qui étaient chargés de dispenser les châtiments ou encore des hommes au corps de feu qui punissent les tyrans et les criminels au sein du Tartare, elles peuvent aussi renvoyer à la religion égyptienne. On trouve dans le Rituel funéraire la description de "bourreaux qui préparent le supplice et l'immolation ; on ne peut échapper à leur vigilance ; ils accompagnent Osiris." D'un point de vue plus stylistique cette fois, on note que les louanges adressées à Dieu sont très semblables à celles que les Egyptiens faisaient à leurs rois, et dont il nous reste quelques traces sur des monuments.

Un grand vestige de la civilisation égyptienne se trouve dans le Livre sacré, appelé encore la Vierge du monde ou la Prunelle du monde. Dans ce texte, la grande déesse entretient son fils Hôros sur la création du monde, l'incarnation des âmes et la métempsycose. Ce récit, fort inspiré des idées platoniciennes du Timée, expose sous une forme apocalyptique des idées plus théologiques. Le récit de la création, bien que très incomplet, nous indique toutefois qu'il y eut une sorte d'inertie qui précéda l'ordonnation de l'univers par le créateur, il explique ensuite à la manière d'une opération chimique la création des âmes. Après avoir crée les âmes, Dieu s'adresse à elles en des termes proches de ceux qu'employat le Dieu suprême quand il s'adressa aux Dieux inférieurs dans le Timée :

"O âmes, beaux enfants de mon souffle et de ma sollicitude, vous que j'ai fait naître de mes mains pour vous consacrer à mon monde, écoutez mes paroles comme des lois, ne vous écartez pas de la place qui vous est fixée par ma volonté. Le séjour qui vous attend est le ciel avec son cortège d'étoiles et ses trônes remplis de vertus. Si vous tentez quelque innovation contre mes ordres, je jure par mon souffle sacré, par cette mixture dont j'ai formé les âmes et par mes mains créatrices, que je ne tarderais pas à vous forger des chaînes et à vous punir."

Les âmes sont ensuite invitées par Dieu à participer à la création en formant les animaux, mais comme elles outrepassent les limites, elles reçoivent pour sentence l'obligation de demeurer dans un corps. On voit ici la ressemblance avec la théorie de la descente des âmes telle qu'elle est décrite par Porphyre dans l'Antre des Nymphes, mis à part le fait qu'ici il ne s'agit pas d'une descente volontaire de l'âme dans le corps. Une telle conception relève davantage d'une source "mystique" que platonicienne : suite à cette punition, Dieu montre qu'une voie de retour est possible grâce à une série d'épurations qui passe par des existences successives. Cette métempsycose mêle le spiritualisme grec à un naturalisme profondément égyptien : les hommes et les animaux sont mis sur le même plan. De même, quand Isis parle un peu plus loin de la transmigration des âmes, elle met les hommes et les animaux sur un pied d'égalité. L'auteur est donc visiblement très marqué par le culte des animaux, comme l'étaient seuls les Egyptiens.

D'autre part, lors de la description de la création des corps des hommes par Hermès, il est fait mention d'un certain Mômos qui vient conseiller au dieu d'imposer des limites à l'homme, conseil qu'Hermès suivra. Mômos est un personnage intéressant qui n'est pas sans nous rappeler quelques grandes figures ; il est d'une certaine manière très proche du Satan qui intervient dans Job en demandant à Dieu de mettre son fidèle serviteur à l'épreuve en le faisant souffrir. Si l'on reste dans le domaine du christianisme, on peut également citer le livre d'Enoch : dans ce livre, les arts et les sciences sont représentés comme des oeuvres mauvaises que les anges ont enseignées aux géants nés de leur union illégitime avec les filles des hommes. L'issu sera tragique puisque les anges coupables seront condamnés et que les géants seront détruits par le déluge. Ce qui représente la haine de toute forme de civilisation se retrouve aussi en Grèce dans le mythe de Pandore et dans le supplice de Prométhée : la civilisation est regardée comme une lutte de l'homme contre les dieux, lutte qui se termine souvent de manière assez tragique ; c'est la chute de l'homme, des anges, des titans. Dans chaque mythologie, on retrouve cette lutte des géants contre les dieux. L'Egypte n'y fait pas exception : dans le Livre sacré, nous avons le récit de cet épisode où les hommes s'entretuent faute de pouvoir s'attaquer aux dieux, et où les éléments se plaignent d'avoir à recevoir en leur sein ces crimes multiples qui les souillent. Contrairement à ce que l'on voit dans le livre d'Enoch, la solution du Livre sacré n'est pas la destruction de la race humaine mais l'envoi d'un sauveur en la personne d'Osiris. Il convient de préciser tout de suite qu'Osiris ne peut être comparé au Christ ; il n'y a pas à proprement parler de rédemption car le dieu n'est pas sacrifié pour le salut des hommes, Osiris est envoyé pour enseigner aux hommes la morale et les principes de la religion. Il semble que le Livre sacré appartienne à une période de rénovation religieuse qui pourrait bien être le fruit de la rencontre entre la philosophie grecque et les doctrines orientales et égyptiennes. Le Livre sacré est donc un monument de la philosophie gréco-égyptienne.

Il existe au sein du corpus hermétique une cosmogonie que l'on peut dire égyptienne, c'est celle qui se trouve dans le Discours sacré. Dans cette oeuvre, la création est attribuée en majeure partie aux dieux des astres, et on y retrouve l'idée fort répandue en Egypte, que les ténèbres précédaient la lumière :

"Il y avait des ténèbres sans limites sur l'abîme, et l'eau, et un souffle subtil et intelligent contenu dans le chaos par la puissance divine. Alors jaillit la lumière très-saint, et sous le sable les éléments sortirent de l'essence humide, et tous les Dieux débrouillèrent la nature féconde."

Si ce passage ressemble fort au début de la Genèse, "Or la terre était vague et vide, les ténèbres couvraient l'abîme, l'esprit de Dieu planait sur les eaux. Dieu dit "Que la lumière soit" et la lumière fut", il ressemble davantage encore à ce que décrit la cosmogonie égyptienne telle que la rapporte Damaskios qui admet comme premiers principes les ténèbres, l'eau et le sable. En outre, le rôle des astres sur la destinée humaine est clairement exposé dans l'oeuvre hermétique : "Leur vie et leur sagesse sont réglées à l'origine par le cours des Dieux circulaires, et vont s'y résoudre.", ce qui est une conception toute égyptienne.

Les livres hermétiques exposent également la théorie très égyptienne du culte des images. Contrairement à des conceptions classiques qui voient dans l'idolâtrie une conséquence d'un abus de langage(7), ou une faiblesse de notre nature qui nous oblige à rattacher notre pensée à des signes matériels(8), Hermès explique que le beau privilège de l'homme est de pouvoir créer des dieux :

"De même que le père et le seigneur a fait les Dieux éternels semblables à lui-même, ainsi l'humanité a fait ses Dieux à sa propre ressemblance. - Veux-tu dire les statues, ô Trismégiste ? - Oui, les statues, Asclépios ; vois comme tu manques de foi ! Les statues animées, pleines de sentiment et d'inspiration, qui font tant et de si grandes choses, les statues prophétiques, qui prédisent l'avenir par des songes et toute sorte d'autres voies, qui nous frappent de maladies ou guérissent nos douleurs selon nos mérites(9) ".

La théorie du culte des images est ensuite décrite et expliquée clairement par Hermès, toujours dans ce même discours :

"Nos ancêtres trouvèrent l'art de faire des Dieux, et l'ayant trouvé, ils y mêlèrent une vertu convenable, tirée de la nature du monde. Comme ils ne pouvaient pas créer des âmes, ils évoquèrent celles des démons ou des anges, et les fixèrent dans les saintes images et les divins mystères, donnant ainsi aux idoles la puissance de faire du bien ou du mal."

Les païens ne voyaient nul mal à rendre un culte aux démons qui habitaient les statues, contrairement aux chrétiens qui réprouvaient ces pratiques, tout en reconnaissant que les démons étaient parfois mauvais. Cet aveu fut aussi celui de leur erreur : pourquoi ne pas réserver plutôt ses prières et ses attentions au Dieu suprême.

Après avoir étudié les traces de la religion égyptienne dans les livres hermétiques, il convient de s'attarder un moment sur le rôle qu'ont joué les doctrines grecques dans cette oeuvre. Il faut pour cela s'attacher à l'étude de l'influence de l'Orient sur la philosophie grecque en rappelant que cette influence n'est peut-être pas aussi importante qu'on a bien voulu le croire. En effet, il n'y a pas eu de rapports réguliers et intenses entre la pensée grecque et les pensées étrangères avant qu'Alexandrie ne fut bâtie, et la Grèce donna plus dans cet échange qu'elle ne reçut. Ceci peut s'expliquer par le fait qu'on ne peut pas véritablement parler de philosophie chez ces peuples orientaux avant cette époque : des problèmes comme l'étude des facultés de l'âme, la recherche des fondements de la connaissance, le problème de la loi morale et de son application, leur sont tout simplement étrangers. Il n'y a pas que la philosophie qui soit étrangère à ces peuples, il semble aussi qu'ils n'aient pas véritablement eu un esprit scientifique, ni même une science politique très développée en Egypte. Recevant la philosophie grecque, ces peuples lui livrèrent leur seul bien : leur sentiment religieux. Ce présent fut accueilli avec engouement par des hommes lassés du scepticisme.

Ainsi, les tendances mystiques des livres hermétiques les situent entre les gnostiques et les néoplatoniciens, à tel point qu'on pourrait les dire contemporains. Dans le dialogue intitulé de l'Intelligence, il est question d'un bon démon qui aurait répandu un enseignement dont on regrette qu'il n'ait pas été écrit car il eut été d'une grande utilité aux hommes. Suit ensuite quelques opinions de ce bon démon qui ne sont en fait que des "aphorismes panthéistiques". Il est possible de voir sous l'expression de "bon démon" Ammônios Saccas, un grand néoplatonicien qui n'a jamais mis ses enseignements par écrit. Celui qui se fait appeler Hermès et qui souhaitait rendre hommage à celui auquel il doit son savoir ne pouvait le faire de manière explicite sous peine de se trahir. Si l'appellation de bon démon désigne bien Ammônios Saccas, l'auteur des traités hermétiques serait un néoplatoniciens condisciple de Plotin ; ceci expliquerait la ressemblance marquante entre les deux doctrines.

L'influence grecque ne se limite pas à celle du néoplatonisme, de nombreuses remarques évhéméristes jalonnent les livres d'Hermès, comme par exemple cet extrait de la Clé : "Ceux qui peuvent s'abreuver de cette lumière divine quittent le corps pour entrer dans la vision bienheureuse, comme nos ancêtres Ouranos et Kronos ; puissions-nous leur ressembler, ô mon père ! " L'évhémérisme dont il est question ici est bien un évhémérisme païen : il est question d'une sorte d'apothéose de certains hommes qui accèdent à un statut divin par leurs hauts faits.

Il est intéressant dans le cadre de cette étude, de savoir quelle connaissance les grecs avaient des Egyptiens. L'auteur le plus ancien ayant parlé des Egyptiens serait Hérodote ; il évoque la ressemblance entre la religion égyptienne et le polythéisme grec qui sont tous deux composés d'une hiérarchie de dieux comportant à son sommet huit dieux primitifs, secondés par douze autres divinités. En outre, Hérodote est frappé par la ressemblance entre le culte d'Isis et Osiris et les mystères d'Eleusis. Il reconnaît toutefois une particularité à la religion égyptienne : le culte rendu aux animaux.

Le culte des héros dans la religion égyptienne est sujet à polémique : Hérodote considère que les Egyptiens ne rendent pas de culte à leurs héros, alors que Diodore prétend le contraire, justifiant son opinion en disant que les dieux égyptiens sont d'anciens rois divinisés. Il semble que Diodore ait été ici largement influencé par l'évhémérisme : il applique à l'Egypte ce qui se disait alors de la Grèce. Ceci explique peut-être pourquoi Diodore ne parle pas des dieux éternels égyptiens que sont par exemple le Soleil et la Lune. Concernant l'étude de la religion égyptienne par les Grecs, nous avons aussi les écrits de Plutarque, notamment le traité Isis et Osiris, mais là encore, force nous est de constater que l'auteur a plaqué sur la religion qu'il étudie des considérations imprégnées par la culture et la religion grecque de son époque : plus d'évhémérisme comme au temps de Diodore, mais plutôt la démonologie. En effet, Plutarque qui est platonicien voit dans les dieux égyptiens rien de moins que des démons, au sens platonicien du terme. Une autre étude menée sur ce sujet est celle de Porphyre, qui a au moins le mérite d'interroger au lieu d'imposer ses propres conjectures comme l'avait fait Plutarque. Porphyre va donc chercher à savoir ce que pensent des prêtres égyptiens sur tel ou tel problème de philosophie. Ceci l'intéresse d'autant plus qu'un stoïcien du nom de Chérémon a certifié que les Egyptiens ne connaissaient que des dieux visibles : les astres et les éléments. Porphyre se demande alors légitimement qu'elle peut être leur opinion sur des sujets comme la métaphysique, la théurgie, qui sont pour Porphyre indissociables de la notion de religion :

"Je voudrais savoir ce que les Egyptiens pensent de la cause première : si elle est l''intelligence ou au-dessus de l'intelligence ; si elle est unique ou associée à une autre ou à plusieurs autres ; si elle est incorporelle ou corporelle ; si elle est identique au créateur ou au-dessus du créateur ; si tout dérive d'un seul ou de plusieurs ; si les Egyptiens connaissent la matière, et quels sont les premiers corps ; si la matière est pour eux crée ou incréée ; car Chérémon et les autres n'admettent rien au-dessus des mondes visibles, et dans l'exposition des principes ils n'attribuent aux Egyptiens d'autres dieux que ceux qu'on nomme errants (les planètes), ceux qui remplissent le zodiaque ou se lèvent avec eux et les subdivisions des Décans et les Horoscopes, et ceux qu'on nomme les chefs puissants et dont les noms sont dans les almanachs avec leurs phases, leurs levers, leurs couchers et les signes des choses futures. Il (Chérémon) voit en effet que les Egyptiens appellent le soleil créateur, qu'ils tournent toujours autour d'Isis et Osiris et de toutes les fables sacerdotales, et des phases, apparitions et occultations des astres ; des croissances et décroissances de la lune, de la marche du soleil dans l'hémisphère diurne et dans l'hémisphère nocturne, et enfin du fleuve (Nil). En un mot, ils ne parlent que des choses naturelles et n'expliquent rien des essences incorporelles et vivantes. La plupart soumettent le libre arbitre au mouvement des astres, à je ne sais quels liens indissolubles de la nécessité, qu'ils nomment destinée, et rattachent tout à ces dieux, qui sont pour eux les seuls arbitres de la destinée, et qu'ils honorent par des temples, des statues et les autres formes du culte."

Jamblique a répondu à cette lettre de Porphyre, sous le nom d'Abammon, un prêtre égyptien. Dans cette réponse intitulée Mystère des Egyptiens, Jamblique, qui désire montrer la grandeur de la religion égyptienne, attribue ses idées aux Egyptiens : il disserte sur la hiérarchie et les fonctions des âmes, des démons , des dieux, s'intéresse à la divination, la destinée, la magie, à la théurgie en général. Il traitera aussi de la religion égyptienne, mais en des termes fort obscurs et de manière très incomplète.

Il ne faut pas conclure trop hâtivement de tout cela que l'Egypte est restée une terre de mystère pour les Grecs. En effet, les études les plus récentes des hiéroglyphes n'ont pas contredit ce qu'avaient trouvé les Grecs, cela les a seulement complétées. Concernant les faits que les Grecs nous ont transmis, nous avons constaté qu'ils étaient généralement vrais, le point sur lequel il peut y avoir contestation relève de l'interprétation qui en a été faite. On peut expliquer cette différence de la manière suivante et c'est ce que propose Louis Ménard : une société naissante utilise le langage des symboles, au fur et à mesure qu'elle vieillit, cette langue cesse d'être utilisée et même d'être comprise. On peut illustrer cela en reprenant la condamnation de la poésie par Socrate : le sens de la langue poétique n'était peut être plus perçu par certains philosophes qui concevaient mieux les choses sous des formes abstraites que sous des formes poétiques. Le peuple quant à lui reste souvent attaché aux symboles religieux, ce qui a conduit les philosophes à adopter des attitudes différentes : les stoïciens par exemple expliquèrent la mythologie par la physique alors que les platoniciens y cherchèrent des allégories mystiques, d'autres y virent plutôt des faits historiques embellis par l'imagination des poètes (c'est ce que l'on nomme évhémérisme). Chacun à sa manière répondait à un besoin de la conscience publique. Louis Ménard y voit la preuve que la philosophie, après avoir ébranlé la religion, la transforma et se confondit avec elle, c'est ce qu'il développe notamment dans son ouvrage Polythéisme hellénique (10). Ce phénomène ne pu se produire de manière similaire en Egypte qui était gouvernée par un régime théocratique garant des traditions ancestrales. Ce régime ne pu toutefois pas lutter contre l'oubli progressif de la langue des symboles. Ainsi à l'époque où les Grecs étudiaient la religion égyptienne, la symbolique de cette religion était pratiquement éteinte. Afin de retrouver ces symboles, certains employèrent des systèmes d'herméneutique comme cela se pratiquait en Grèce. Il est fort probable que dans ce genre de recherches, les stoïciens se révélèrent les plus efficaces.

Comme d'un point de vue extérieur la religion égyptienne semblait statique, immuable, on lui adapta des systèmes philosophiques grecs, à tel point que l'on en vint à dire qu'elle était l'origine de ces systèmes : aucune étude récente sérieuse n'a jamais corroboré cela. Certes Platon a évoqué des influences égyptiennes, mais elles ne concernaient que des points mineurs de sa philosophie : il reprend la légende de Thoth qui serait l'inventeur de l'écriture, et celle de l'Atlantide qui proviendrait du récit qu'un prêtre égyptien aurait fait à Solon, ce qui n'a jamais pu être vérifié. On peut citer la théorie de la métempsycose que Platon aurait reprise à Pythagore qui la tiendrait lui-même des Egyptiens, mais il convient de rappeler que cette idée n'est pas propre aux Egyptiens et que les Indiens comme les Celtes croyaient en cela sans pour autant que cela leur soit parvenu d'Egypte. Comme la métempsycose peut se déduire sur la religion des mystères et que les pythagoriciens se distinguent peu des orphiques, on peut difficilement dire s'il y a eu action de la religion sur la philosophie ou réaction de la philosophie sur la religion.

L'influence de l'Egypte sur la philosophie grecque avant Alexandre doit donc être regardée avec prudence ; on peut reconnaître qu'elle a participé à la préférence de nombreux philosophes pour les dogmes unitaires et les gouvernements théocratiques ou monarchiques, mais là encore il faut tenir compte du fait que la philosophie a tendance naturellement à réagir contre le milieu dans lequel elle se développe. Ainsi, un philosophe évoluant dans une société polythéiste et républicaine se tournera vers une religion de l'unité et se soumettra à une autorité politique. Les philosophes qui voulaient voir régner une aristocratie d'intelligence se sentaient tout particulièrement attirés par le sacerdoce égyptien.

Dans cette quête des rapports intrinsèques entre différentes civilisations qui se rejoignent autour d'un même livre, il convient maintenant de considérer conjointement les textes hermétiques et certains textes juifs et chrétiens : la Genèse, les ouvrages de Philon, le Pasteur d'Hermas et l'Evangile de Jean. L'avènement du christianisme apparaît comme une révolution des moeurs et des croyances, ou plutôt comme un passage vers autre chose. On sait que pendant cette période transitoire, l'hellénisme primitif, remis en cause par la philosophie naissante, s'est peu à peu teinté de croyances orientales. On peut en cela voir le christianisme comme le terme ultime de cette invasion d'idées orientales.

L'étude du peuple juif est fondamentale si nous comptons mener à bien cette étude, car des trois groupes qui entrent en ligne de compte dans l'étude de l'hermétisme, il est celui qui est le plus intimement lié à l'histoire du christianisme. En quoi cet élément peut-il être pertinent dans nos recherches ? Entre les premières sectes gnostiques et les Juifs helléniques il manque une étape, or ce chaînon manquant pourrait bien être l'oeuvre hermétique, et plus particulièrement le Poimandrès, dans lequel on doit s'arrêter précisément sur le Sermon secret sur la montagne. L'une des hypothèses avancées par Louis Ménard est qu'on pourrait y trouver l'explication concernant le contraste entre les trois premiers Evangiles et le quatrième, celui de Jean.

Arrêtons-nous un instant sur le nom de Poimandrès qui est celui donné à l'intelligence souveraine. Poimandrès signifie "le pasteur de l'homme". Cette analogie entre l'intelligence et le pasteur est assez usitée, on la retrouve remarquablement bien exposée dans le De agricultura de Philon :

"Notre intelligence doit nous gouverner comme un pasteur gouverne ses chèvres, ses boeufs ou ses moutons préférant pour lui-même et pour son bétail l'utile à l'agréable. C'est surtout et presque uniquement à la providence de Dieu que les parties de notre âme doivent de ne pas être sans direction, et d'avoir un pasteur irréprochable et parfaitement bon, qui empêche notre pensée de s'égarer au hasard."

Ce thème du pasteur développé dans le Poimandrès peut aussi être rapproché du Pasteur de saint Hermas, ouvrage apocalyptique qui en utilisant le thème du pasteur met en place une amorce de la doctrine du purgatoire. Chez Philon et saint Hermas on a deux approches juives mais pourtant distinctes, dont le Poimandrès va donner à son tour une interprétation différente, plus égyptienne. Il est à noter avant de poursuivre que ce qui est exposé dans le Poimandrès reprend certains passages du Timée, du premier chapitre de la Genèse et le début de l'Evangile de Jean.

Le texte du Poimandrès consiste en la révélation d'une cosmogonie par le Dieu suprême, qui peut être comparé au nouz grec. Reprenant ce qui est décrit dans le Timée, le Dieu est au-dessus de la matière, matière qui n'est pas tirée du néant. Toujours dans la droite ligne de Platon, l'Intelligence ordonne le monde selon un modèle idéal qui est sa raison, sa parole, le logoz. Cette parole divine engendre une autre intelligence créatrice, le Dieu du feu et du souffle, le Dieu de l'esprit, qui peut être rapproché de l'âme du monde telle que la décrit Platon dans le Timée. Si le lien entre cette théologie et la philosophie platonicienne est aisément pensable, on peut également y voir un rappel de la doctrine trinitaire que l'Eglise grecque avait exposée sous la forme suivante : l'Esprit procède du Père par le Fils.

On trouve également dans le Poimandrès une exposition du fait que Dieu crée l'homme à son image : on ne peut manquer le renvoi à la Bible, même s'il convient de rappeler que cette idée était répandue dans le polythéisme. Philon dans le De profungis revient sur cette création de l'homme : il explique que les anges auraient participé à cette création, ce qui justifie l'emploi du pluriel "Faisons l'homme à notre image". Dieu aurait demandé aux anges de former la partie mortelle de notre âme sur le modèle de notre partie raisonnable, formée elle par Dieu lui-même. Le Poimandrès reste dans cet esprit, notamment dans le passage où il décrit la traversée des sept sphères par l'homme crée par Dieu. Le corps de l'homme est le fruit d'une autre sorte de création : c'est en effet l'homme qui crée son propre corps en contemplant son reflet dans l'eau et son ombre sur la terre, ce qui a pour effet de rendre la matière sensible à cet amour de telle manière qu'elle s'engage dans une union dont la forme sera le fruit. On ne peut s'empêcher de voir ici une certaine proximité avec le mythe de Narcisse.

Un autre point sur lequel le Poimandrès semble reprendre des exposés déjà connus : le caractère androgyne de l'homme primitif. Outre l'allusion au Banquet de Platon dans lequel cette théorie est exposée, on retrouve cela dans la Bible à travers les mots "il les créa mâle et femelle". Philon, qui a commenté certains passages de la Bible à l'aide de théories platoniciennes, explique que Dieu créa dans un premier temps le genre humain avant d'intégrer des différences sexuelles. L'emploi de la Bible semble encore renforcé quand on lit , toujours dans le Poimandrès "Croissez en accroissement et multipliez en multitude", ce qui en effet très proche du "Croissez et multipliez" biblique.

Si nous avons vu jusqu'à présent certaines analogies entre des exposés du Poimandrès et des doctrines bibliques, il convient de voir si ce sentiment peut gagner en crédit en observant par exemple les points communs entre le Poimandrès et l'Evangile de saint Jean. Afin de mettre en parallèle ces textes, nous allons les présenter en vis à vis.

Les phrases citées ci-dessus montrent combien les deux écrits sont riches de similitudes, et fournissent des arguments en faveur d'une théorie qui veut que ces livres aient été écrits à des périodes et dans des milieux assez proches. Tous les points communs que l'on peut leur reconnaître ne peuvent effacer une différence fondamentale qui tient dans la phrase "Et le Verbe s'est fait chair, et il a habité parmi nous". Le dogme chrétien de l'incarnation du Verbe ne trouve pas d'écho dans l'hermétisme. Ce point pose problème car il montre que l'auteur des livres hermétiques n'a pas eu connaissance de ce dogme, et que par conséquent on doit remettre en question le fait qu'il aurait eu connaissance de l'Evangile de Jean qui est très explicite au sujet de ce dogme.

Les rapports entre l'hermétisme et le christianisme existent en dehors du Poimandrès. L'idée de la régénération ou renaissance développée par saint Jean dans le troisième chapitre de son Evangile se retrouve dans l'oeuvre hermétique, dans le Sermon secret sur la montagne, où Hermès attribue la régénération au fils de Dieu. Si ces thèmes communs se constituent en faveur d'une théorie qui veut que l'auteur ait connu les grands principes chrétiens, cela est insuffisant pour affirmer qu'il ait lu les écrits chrétiens ni même qu'il ait été instruit parfaitement sur les dogmes. Le titre hermétique du Discours sur la montagne renvoyait immanquablement à l'Evangile de saint Matthieu qui contient une partie portant le même titre. Cependant dans l'Evangile de Matthieu, il n'est nullement question de la régénération, que l'on trouve exposée chez Jean seulement.

Lorsque l'auteur des livres hermétiques traite de la régénération, il le fait d'une manière qui se distingue de l'Evangile non seulement par le style employé mais surtout par le contenu. Pour celui qui se fait appeler Hermès, le fils de Dieu n'est pas un personnage réel, historique, mais plutôt un type abstrait de l'humanité que l'on peut comparer à l'homme idéal du Poimandrès, à l'Adam Kadmon de la Kabbale ou encore à Osiris tel qu'il est pensé dans le Rituel funéraire égyptien.

A la lumière de ce que nous venons de voir, demandons-nous ce que cela signifierait de dire que l'auteur des livres hermétiques était un chrétien. Cela signifierait tout d'abord qu'il dissimule volontairement une partie de ses croyances, pourquoi faire cela ? On peut imaginer que cet enseignement écrit est une sorte de prélude délivré à tous, au grand public, et qu'il reste une part qui appartient aux seuls initiés et qui doit leur être délivrée dans le cadre d'un enseignement oral. Le mystère de l'Incarnation serait ce qui est réservé aux initiés. Selon Louis Ménard, cette hypothèse doit être regardée avec intérêt mais aussi prudence car rien dans les livres hermétiques ne laisse supposer que l'auteur garde quelque chose en réserve. Si cette remarque est juste, elle ne doit pas nous faire oublier le caractère "hermétique" de l'oeuvre au sens où on l'entend de nos jours : les livres hermétiques recèlent une grande part d'un mystère soigneusement gardé et réservé à certaines personnes ayant suivi une initiation particulière, on peut y lire de nombreuses choses mais le non-initié ne pourra pas en percer les mystères seul, ni même en avoir une compréhension complète si tant est que cela est possible. Un secret est livré cependant, LE secret d'après Louis Ménard : pour s'élever dans le monde idéal, il faut se dégager des sensations. A cette condition on devient un homme nouveau, la régénération morale s'opère d'elle-même. Le moyen pour y parvenir et simple, il faut remplacer chaque vice par la vertu qui correspond.

Dans sa recherche du premier principe des choses, la philosophie grecque concevait l'unité de manière abstraite. Les Juifs en avaient une représentation plus vivante : le monde est une monarchie et leur religion est l'expression la plus complète du monothéisme antique. Les Egyptiens quant à eux ne distinguaient pas l'unité divine de l'unité du monde : le culte au dieu Ra, le soleil, en est l'illustration parfaite. Le polythéisme qui a pu se manifester en Egypte n'a pas remis en cause l'unité du dieu suprême encore appelé le seul vivant en substance, la seule substance éternelle ou encore le seul générateur dans le ciel et sur la terre qui ne soit pas engendré. Les points communs entre ces trois grands axes ont rendu possibles de nombreux emprunts de l'un à l'autre. Le rapprochement qui s'opéra donna naissance à plusieurs écoles de composition éclectique. L'école juive est représentée par Philon ; usant d'allégories, elle voit le platonisme naître de chaque page de la Bible. Cette école est souvent considérée comme l'origine du gnosticisme. Une autre école est celle d'Ammônios Saccas et de Plotin ; elle se concentre essentiellement sur la philosophie grecque quoiqu'elle semble tirer ses tendances unitaires et mystiques de celles d'Asie ou d'Egypte. Parmi ces écoles, il en est une tout à fait particulière qui est représentée par les livres hermétiques : c'est le seul vestige que nous ayons de ce qu'on peut nommer la philosophie égyptienne. Certes ces ouvrages sont en eux-mêmes un véritable mystère.

Lorsque l'on a tenté de dissocier les trois influences, égyptienne, grecque et chrétienne, on a vu combien cela était difficile en raison de liens très étroits qui les unissent au sein d'une même oeuvre, ou peut-être peut-on dire d'une même école. Si l'on considère d'une part l'antique religion égyptienne qui s'éteint conformément à la "prophétie", et d'autre part la chrétienté naissante, les livres d'Hermès Trismégiste forment le passage des dogmes anciens aux dogmes de l'avenir : ils appartiennent à un paganisme tardif qui tout en se sachant perdu refuse de plier devant la nouvelle religion.

Mais la doctrine exposée dans les livres d'Hermès est peut-être encore davantage celle d'une époque plus que celle d'une école. On en retrouve des traces dans Plotin et ses successeurs, dans Apulée, dans Macrobe, dans Origène et chez certains docteurs de l'Eglise. Ils représentent la somme d'idées communes à toutes les sectes ou écoles à l'intérieur du siècle dans lequel ils s'inscrivent : c'est à croire que l'unité politique favorisait la progression vers l'unité religieuse.

Les livres hermétiques sont certainement les derniers monuments du paganisme ; ils appartiennent aussi bien à la philosophie grecque qu'à la religion égyptienne et au judaïsme. Ils sont la parfaite représentation de la population d'Alexandrie, et comme elles sont un subtil mélange de dogmes et de croyances différentes. Plus qu'un mélange de trois civilisations, les livres hermétiques sont la charnière d'un monde qui finit et d'un monde qui commence, ils sont le passage entre deux époques. Si l'oeuvre hermétique a de la valeur, ce n'est pas par les connaissances qu'elle peut nous apporter sur la philosophie grecque, ni sur la religion égyptienne et encore moins sur le christianisme, mais bien plutôt parce qu'elle est un élément de réponse qui permet de comprendre comment on a pu passer des religions antiques à la religion chrétienne. La recherche de nos origines passe par des oeuvres telles que celle-ci car la rencontre qui s'effectue en son sein est capitale pour la compréhension, non seulement de ce que nous avons perdu, mais aussi de ce qui est devenu notre présent. Nous touchons peut-être ici le sens véritable du nom qu'a voulu se donner l'auteur : Hermès n'est-il pas le dieu des échanges, des transitions en quelque sorte. Nous achèverons cette étude avec cette phrase de Louis Ménard : Hermès est le "Dieu crépusculaire, dont la baguette d'or brille le soir au couchant pour endormir dans l'éternel sommeil les races fatiguées, et le matin à l'orient pour faire entrer les générations nouvelles dans la sphère agitée de la vie."

 Livre sacré : dialogue dont on possède trois fragments.

Définitions d'Asclèpios : il ne reste que l'édition très imparfaite de Patrizzi qui est la seule complète.

source : http://www.scribd.com/doc/19646745/Lorigine-des-livres-hermetiques

Poimandrès

"Cette lumière, c'est moi, l'intelligence, ton Dieu, antérieur à la nature humide qui sort des ténèbres, et le Verbe lumineux de l'Intelligence, c'est le Fils de Dieu."

"Ils ne sont pas séparés, car l'union c'est leur vie."

"La parole de Dieu s'élança des éléments inférieurs vers la pure création de la nature, et s'unit à l'Intelligence créatrice, car elle est de même essence."

"En la vie et la lumière consiste le père de toutes choses."

"Bientôt descendirent des ténèbres... qui se changèrent en une nature humide et trouble, et il en sortit un cri inarticulé qui semblait la voix de la lumière ; une parole sainte descendit de la lumière sur la nature."

"Ce qui en toi voit et entend est le Verbe du Seigneur ; l'Intelligence est le Dieu père."

"Je crois en toi et te rends témoignage ; je marche dans la vie et la lumière. O Père soit béni, l'homme qui t'appartient veut partager ta sainteté comme tu lui en as donné le pouvoir."

Saint Jean

"Dans le principe était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu."

 

"Il était dans le principe avec Dieu."

"Toutes choses sont nées par lui, et rien n'est né sans lui, de tout ce qui est né."

 

"En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes."

 

"La lumière brille dans les ténèbres, et les ténèbres ne l'ont pas contenue."

 

"C'est lumière véritable qui illumine tout homme venant en ce monde."

"A ceux qui l'ont reçu elle a donné le pouvoir de devenir des enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom."

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Le Livre de Thot-Hermès seconde partie

25 Mai 2012 , Rédigé par Patrick Gilbert FRANCOZ Publié dans #Hermétisme

« Le Tarot offre le cachet suprême
de l'art qui est la simplicité.
Les hiéroglyphes du Tarot,
ce vieil et vénérable Livre
de la Nature, cette bible
d'Hermès, correspondent
à un nombre. signe actif
et universel d'une idée. »
François Jollivet-Casteldt

« Les tarots sont l'hiéroglyphe
complet du Grand Œuvre
alchimique qui contient
21 opérations avant d'atteindre
la perfection de l'Élixir. »
Fulcanefli

Le Livre de Thot-Hermès est composé de chiffres particuliers gouvernant la structure complète du jeu ; 78 planches au total dont 22 Arcanes majeurs, 56 lames mineurs regroupées en 4 couleurs ou enseignes comprenant cha­cune 14 lames dnte 4 figures ou honneurs.
Les Arcanes majeurs ont été dessinés en dehors de toute pen­sée politique ou religieuse particu­lière. Ainsi, la Papesse, l'Impératrice, l'Empereur et le Pape ne repré­sentent pas un régime particulier créé par les hommes mais les notions d'intelligence créatrice, d'énergie, de vitalité et de volonté dissimulées derrière des termes alors connus pouvant suggérer a l'esprit et utilisés pour détourner l'attention des despotes et inquisi­teurs sévissant à la période où le Livre de Thot-Hermès apparaît ; ils comprennent l'Archétype univer­sel de l'être réalisé :
- le Fou ou Mat (dont la place naturelle dans Le Livre ne peut être qu'en 22éme posi­tion).
- 6 personnages de puissance opérative le Bateleur, la Papesse, l'impératrice, l'Empereur, le Pape et l'Ermite.
- 2 allégories : la Mort et le Diable,
- 4 vertus : la Justice, la Force, la Tempérance et la Pru­dence-Pendu.
- 3 éléments astrono­miques le Soleil, la Lune et l'Étoile.
- 4 éléments de ce que l'on appelle le Fatum ou Grande Architecture Universelle : le Chariot, la Maison Dieu, le Jugement et le Monde
- et les 2 états de la vie incarnées : l'Amoureux et la Fortune-Roue l'ensemble permettant de "balayer", tel un rayon laser cosmique, l'en­semble du champ de la Gnose ou Connaissance Universelle.

Remarquons que le Livre de Thot-Hermès, en sa phase majeure des formes pensées ou idéo­grammes parlant à la partie de l'Être suprême incarnée dans le cherchant, commence par le Bate­leur, jongleur sacré enseignant la méthode des arts sacrés, manipu­lateur compétent des outils de Grand Architecte, qui est la clef de départ de tous les Arcanes majeurs ne pouvant être approchés avec quelque chance de les compren­dre si cette première clef n'est pas dévoilée et révélée, et il se termine par le Monde, constitue d'une dan­seuse sacrée, dénudée afin d'évo­luer dans le monde de la perfection simple, laquelle a intégré l'ensem­ble du processus des arts sacrés ce qui fui permet d'évoluer dans le monde circulaire du mouvement de la Réalité libérée de l'actualité du monde illusoire ; raison pour laquelle cette Lame ultime de la méthode peut être considérée comme une synthèse scientifique (mathématique et physique) des 54 arcanes mineurs ; le Fou ou Mat, 22éme Arcane se situant quant à lui déjà ailleurs, dans le monde de l'Émanation, en tant qu'être achevé et réalisé. Ce livre parfait et com­plet est composé, comme presque tous les alphabets, de 22 images-idéogrammes, comme les 22 chapitres de l'Apocalypse, pour représenter tous les aspects de la création constitutifs de la synthèse de tout ce qui a existé, existe et existera.

J'observe aussi, et c'est là une piste de travail et de méditation suggérée à mes sœurs et frères Francs-Maçons, que les person­nages des Arcanes IV : l'Empereur, XII : le Pendu, et XXI : le Monde, ont la jambe placée en équerre, observation supplémentaire étant faite qu'il ne s'agit pas du bras mais bien de la jambe et que la place de ces équerres dans le "Grand Jeu" n'est pas due au hasard ; comme je suggère aux membres de l'Ordre maçonnique de Memphis-Misraïm de réfléchir aux conséquences pour le Rite du même nom d'être placé sous l'au­torité énergétique du Livre de Thot-Hermès (à partir de La Force et du Mat, notamment) en raison de la batterie d'allégresse activée dés le premier degré symbolique.

Le Tarot représente donc une histoire de la Création et déve­loppe l'évolution que l'homme doit accomplir en sens inverse pour retourner à ses origines. Les 22 Arcanes majeurs étant une des­cription des différentes formes que prend l'Énergie fondamentale qui anime sous la direction de l'Intel­ligence universelle nos vies per­sonnelles ainsi que l'ensemble de l'humanité, pour se manifester à la conscience incarnée ; ces 22 Ar­canes sont une représentation évolutive de la Force Divine en action, chaque Lame étant une étape de ce processus.

Les lames mineures ne peu­vent, dans le cadre de cette courte présentation. recevoir une atten­tion individuelle : mon approche de celles-ci sera donc constituée de considérations générales sur leurs place et apport dans le Grand Livre. Cependant, un certain nom­bre d'éléments constitutifs doivent être assimilés par l'adepte du Livre pour en appréhender l'influence effective : les 7 couleurs compo­sant les lames et Arcanes émettent des ondes dont les vibrations génèrent des vibrations particulières qui participent elles-mômes au rythme global de l'ensemble, les vêtements (couronne, couvre- chefs, robe et manteau) ou l'ab­sence de vêtement, portent une signification propre qui participe à la compréhension de l'Arcane ou de la lame. la végétation figurant sur les lames mineures correspond au processus naturel de vie, les lignes horizontales décrivent une situation de fait et les lignes verticales l'action dynamique, le côte droit des personnages correspond à leur influence sur le monde de la matière et le côté gauche sur celui de l'esprit, le nombre qui est affecté a chaque carte est en relation avec les éléments de la Terre (pair) ou du Ciel (impair).

Les quatre ensemble de 10+4 lames mineures se rapportent aux développements des quatre élé­ments : terre, eau, air et feu dans les quatre mondes de l'Émanation. de la Création, de la Formation (ou fondation) et de l'Action, ils doi­vent être abordés tout d'abord au moyen de l'analyse propre au mental et à l'Intellectualité puis, surtout, par la synthèse de la pan­sée hermétique telle que définie précédemment ; c'est seulement au terme de ce processus intime en deux phases que tes quatre couleurs" peuvent être appréhen­dées comme correspondant a chacune des quatre composantes élémentaires du grand nom impro­nonçable : I.H.V.H. qu'elles décli­nent à l'infini en fonction des besoins de l'opérateur et de leur contexte : les Bâtons pour le Iod émanant, les Coupes pour le Hé concevant, les Épées pour le Vav fondateur et les Deniers pour le Hé actif.

Si les Arcanes majeurs corres­pondent aux clefs d'ivoire permet­tant à la conscience de s'ouvrir et de se développer non par l'ap­prentissage d'un savoir quel­conque mais comme support de méditation et stimulateur de l'intui­tion, les arcanes mineurs en constituent une application détail­lée, un développement infini, qui les expliquent et les complètent selon les circonstances du "jeu" mis en oeuvre ; ils permettent d'ex­pliquer le chemin qui doit être suivi individuellement pour remonter du monde de l'action (celui de l'intel­lectualité actuelle et relative) à tra­vers les mondes de la Fondation (celui de la simplicité en Esprit) et de la Conception (celui de la révé­lation d'en haut) pour que la conscience du Compagnon de Thot-Hermès se réunifie à celui de l'Émanation (celui de la Source créatrice pure). Les arcanes mineurs constituent donc les élé­ments détaillés permettant d'expli­quer le message général, les grands évènements révélés par les Arcanes majeurs, en leur conférant une fixité temporelle qu'ils n'ont pas mais sans laquelle l'opérateur n'est pas en mesure de transmettre au consultant ce dont il a besoin afin de poursuivre son chemin individuel inscrit dans le Tout. Si les Arcanes majeurs sont représentatifs du monde supé­rieur, les arcanes mineurs le sont du monde terrestre avec les puis­sances qui le gouvernent.

Le chemin au sein de ce Grand Livre parfait commence donc par les Deniers représentatifs des cir­constances factuelles, des constructions mentales et des schémas intellectuels, qui correspondent à l'idée que se fait le chercheur de la Réalité, c'est le monde intermé­diaire de l'actualité provisoire en perpétuelle évolution et transforma­tion ; les Deniers, éléments moné­taires, permettent de convertir l'actualité évolutive du chercheur en Réalité intangible. Cette "monétisa­tion" en esprit des images mentales et intellectuelles est nécessaire à titre transitoire pour les détruire pro­gressivement en prenant conscience de leur inutilité successive afin d'at­teindre le monde des Épées qui est celui du dépouillement, donc de la richesse en Esprit. Ce processus du passage des Deniers aux Épées peut pendre un instant pour certains individus et une vie entière pour d'autres, rien n'étant prédéfini à titre individuel pour cette étape interne préalable, indispensable et incon­tournable pour devenir des Coupes et Bétons, réceptacles et manifesta­tion de l'autorité spirituelle. Cet ensemble constitue les quatre étapes du chemin dévolution à tra­vers la préparation (les Deniers de l'action), la purification (les Épées du souffle Réel), l'illumination (les Coupes réceptacle du Divin) et la perfection (les Bâtons-Sceptres de la manifestation Divine). L'ensemble Deniers, Épées, Coupes, Bâtons, constitutif du chemin intérieur pro­pre à chacun, est là pour nous signi­fier aussi que tout est toujours en perpétuelle gestation, que rien n'est jamais défini à titre définitif, que tout doit toujours être remis en question et que l'on ne doit jamais s'installer dans l'un de ces mondes avant d'être arrivé au terme du voyage qui peut être atteint en un instant ou au terme de plusieurs vies, selon l'an­tériorité du postulant en mouvement dans Le Monde.

L'ésotérisme, l'occultisme, le mysticisme et l'Hermétisme, termes qui désignent sous des définitions littéraires et des formes distinctes les séquences de la même Réalité, sont inconvenants pour la pensée rationnelle et les systèmes normali­sés des savoirs officiels car ils cor­respondent à une conjonction exigeante de l'intelligence et de la foi, de la science et de la spiritualité, pour protéger, notamment, l'adepte du Livre de Thot-Hermès des mirages intellectuels et des débor­dements de la foi, pour le préserver des mensonges de l'enseignement humain scientifique et religieux, pour lui permettre de s'emparer à titre individuel, du seul outil permet­tant d'accéder à la Connaissance une, permanente et universelle l'intuition silencieuse.

L'Hermétisme, science et spiritualité des adeptes de Thot-Hermés, ne forme pas des maîtres mais des serviteurs char­gés de conserver et de transmettre la Connaissance. Il ne forme pas des élites qui sauraient et feraient mieux que les autres mais des guides qui possèdent l'âme synthé­tique commune à toutes les sciences et religions, des guides capables de respirer en conformité avec l'expire et l'inspire des galaxies et des univers, d'écouter battre le cœur des planètes, des êtres, des animaux et des éléments et qui, tels Jésus et Siddhârta, ne prétendent pas créer des religions ou des églises mais qui savent appartenir à la Religion universelle Une, intangible et immuable. Le Livre de Thot-Hermés est l'un des supports essentiels à cette finalité sous-jacente de l'humanité.

C'est donc dans un recueille­ment profond, dans le plus parfait silence, en toute intimité, avec la plus grande simplicité, qu'il faut aborder les Arcanes majeurs et mineurs du Livre de Thot-Hermès car ils ne parlent pas a l'intelli­gence mais à l'âme, car ce sont de véritables "enzymes" qui nourris­sent et épurent la spiritualité de l'adepte et qui, au bout du compte, assurent sa véritable direction par l'intuition, dans la méditation, chaque Lame du Livre doit donc être abordée avec respect et attention pour l'appréhender com­me un point de repère particulier, une balise sur le chemin de l'intui­tion, dans le processus de claire-voyance nous permettant, avant toute autre divination, de nous découvrir nous-mêmes ; les Lames, à la différence des enseignements humains de tous ordres, ne révè­lent pas une vérité puisqu'elles nous placent sur la route de La Vérité intangible, elles n'incul­quent rien en particulier mais tout en puissance puisqu'elles donnent à méditer en vue de l'initiation aux « secrets des thaumaturges » en développant nos propres facultés internes de prescience et de pré­monition. Ce qui est donc en cause lorsque l'on s'empare du "jeu" de Tarot c'est l'Art Roya,. celui qui permet de penser avec l'intelligence de l'Esprit, l'Art Royal des Francs Adeptes ou Rois en Esprit, car le symbolisme du Tarot correspond à une pensée inté­rieure, à un état d'être inné bran­ché sur le haut pour être utile en bas, lequel ne se transmet pas avec les mots. Le Tarot est en ce sens une porte d'entrée en soi et un voyage vers le centre de l'Univers c'est-à-dire a l'emplace­ment où se trouve l'adepte pour lui permettre d'en circonscrire la cir­conférence correspondant à l'ensemble de l'univers qu'il peut imaginer en sa vraie dimension.

Comme nous l'avons vu à pro­pos du cheminement au sein des arcanes mineurs préparant à l'ex­plication des Triomphes ou Lames Majeures, le déchiffrage du Tarot est une pérégrination de l'homme sur la circonférence du monde supérieur à partir de son centre propre, de son vivant, au moyen des mathématiques et de l'archi­tecture sacrées appliquées à l'ab­solu, à partir de l'alliance de la pensée rationnelle et de l'Idéal, car le but est ici de réparer à titre individuel la cassure opérée par les sociétés ponctuelles et frac­tionnées entre le temporel et le spirituel ; pour cela le Grand Jeu explique que l'univers est rythme et vibrations, que les mathéma­tiques et la géométrie sacrées dévoilent le monde pris dans sa globalité, que les rapports qui en découlent peuvent se transmettre sous forme de figures harmo­nieuses et harmoniques qui agis­sent sur notre sensibilité interne par analogie des nombres et des images de synthèse universelle que sont les Lames. Support de la Science élémentaire des sages, le Tarot est une représentation en images de l'agencement univer­sel. À travers les nombres et les hiéroglyphes fondamentaux qui s'échappent de l'Unité cosmique il s'exprime sous forme tri-unitaire dans l'esprit de celui qui le res­pecte. Ces formes-pensées par­faites ne sont la cause de rien, tout en étant l'expression de l'Ensem­ble : elles ne sont que les reflets du miroir dans lequel se perçoit, par fulgurance ponctuelle. l'Intelli­gence Universelle. Prendre cons­cience de cette dimension, c'est assurer un usage approprié et utile au Livre de Thot-Hermès.

Il n'existe pas de méthode générale de divination au moyen du Tarot et les méthodes et autres procédés d'interprétation Commer­cialisés aujourd'hui comme hier correspondent tout au plus à des usages personnels ne présentant que la seule vertu de montrer à quel point les avis peuvent en ce domaine être divers, voire contra­dictoires , il n'existe pas même de possibilité de divination en relation avec un supposé destin personnel au moyen du Tarot puisque cette prétendue "divination" constitue un dévoiement, une altération, de son usage et de sa raison d'être. Cette reproduction globale du monde que constitue le Tarot doit âtre per­çue comme un ouvrage de Con­naissance pouvant, accessoirement, donner des indications sur l'état passé et futur des chercheurs sin­cères, à condition de respecter un certain nombre de règles simples et incontournables, la première de celles-ci étant que là n'est pas le but originel prévu pour ce Grand Livre révélateur de Dame Nature.

Pour toutes les raisons qui pré­cèdent, j'appartiens au groupe, malheureusement peu important, des chercheurs qui pensent que l'usage du Tarot a seule fin de divi­nation événementielle ou de pré­dictions personnelles résulte d'un détournement illégitime particuliè­rement préjudiciable parce qu'il concoure à réduire sa portée uni­verselle. Si le Tarot peut, occa­sionnellement et à des conditions strictes être utilisé à fin de pré-science ce n'est pas pour prédire l'avenir d'un individu particulier mais pour permettre à celui-ci de se réinscrire de manière perti­nente dans l'ordonnancement du Grand Tout, sans oublier que, en vertu de la perpétuelle création du monde par le mouvement conti­nuel de l'énergie de vie, l'avenir que l'on peut entrevoir n'est qu'un potentiel, qu'une projection des conséquences de ce qui s'est passé et de ce qui se passe dans l'instant présent, et que, s'il change mon mode de fonctionnement et mes conditions d'existence, je change mon potentiel donc mon avenir virtuel.

Principes de fonctionnement du Tarot

Commençons par les lieux communs erronés qui circulent parmi les devins d'occasion. À supposer qu'ils soient employés dans les conditions appropriées, les Arcanes majeurs et les lames mineures ne sont en eux-mêmes ni
bénéfiques ni maléfiques ; ils fournissent seulement un sens général à la question posée par le postulant, non pas pour lui-même en particulier, mais par rapport à sa place et son utilité dans le cadre de l'ordonnancement du Grand Tout ; ils ne prennent leur sens véri­table qu'en fonction du contexte dans lequel se trouve le consultant à un moment donné et par rapport aux autres Lames qui les entou­rent ; une carte inversée n'est pas obligatoirement négative quant à l'évolution de l'existence du consul­tant, elle atténue seulement les mérites et renseigne sur le com­portement de celui-ci : de surcroît et surtout ils ne doivent pas s'inter­préter en fonction des règles mo­rales ou religieuses humaines (voire des superstitions) mais par réfé­rence aux lois naturelles univer­selles gouvernant tous les mondes (tel, par exemple, l'Arcane XIII qui n'annonce pas de manière néga­tive la mort d'un être mais est reve­lateur d'un processus de régénération en cours puisque la putréfaction et l'éradication de l'inutile qu'il porte est le meilleur des forgerons en transmutant tes éléments existants en d'autres éléments plus purs et réellement vivants). Tout ceci néces­site, d'une part, que la question posée par le consultant le soi clai­rement et sans arrière-pensée inexprimée et, d'autre part, que les interprétations du manipulateur du Livre de Thot-Hermès soient tout aussi claires et sincères de manière à permettre au consultant non pas de modifier le cours global des choses mais, en lui indiquant le chemin de son propre travail inté­rieur, de l'aider a se réinscrire pai­siblement et harmonieusement dans l'agencement global de ce qui l'en­toure.

Le Tarot véhicule donc un lan­gage muet correspondant aux aspi­rations profondes ou aux besoins réels du consultant révélés par la relation implicite entre les cartes et le subconscient de l'individu concerné ; langage qui ne se com­munique et ne se reçoit que dans le silence, par influence des arché­types véhiculés par les Arcanes qui parlent au subconscient en provoquant une rupture avec l'en­vironnement habituel ; en s'adres­sant au psychisme de l'individu elles établissent en lui un pont entre le conscient et le subconscient ; la "vision" ainsi mise en action crée un système d'analogies fonda­mentales qui permet d'interpréter les cartes selon le degré de conscience de l'utilisateur et. si celui-ci varie avec les individus, les mes­sages reçus aboutissent tous à des résultats similaires en raison de la valeur éternelle et intangible du contenu des Lames.

Le mani­pulateur initié du Grand Livre, grâce à l'atmosphère sacrée et à la pensée traditionnelle immuable générées par la mise en oeuvre régulière des Arcanes, s'intègre à un autre monde, quittant le monde profane il ne cherche plus la recon­naissance ou un profil quelconque car il relève d'une discipline morale et spirituelle qui l'amène à ne plus tricher : Il devient intuitif en étant fixé sur l'axe vertical de l'hérédité "d'en haut", celle qui lui permet avant tout de se révéler a lui-même en débloquant les dessous de sa personnalité. Pour interpréter un tirage, il faut donc s'extraire de l'ex­terne, abandonner le raisonnement cartésien pour laisser parier l'imag­ination" en s'identifiant au jeu ; en reliant le haut et le bas en un seul personnage vivant (comme dans l'Impératrice n° III), la science du Tarot permet de mobiliser toute l'énergie du manipulateur au bénéfice du consultant à travers le vecteur sacré des cartes.

Les Arcane et les lames du Tarot ne sont que des supports de "voyance", au sens de l'hermé­tisme opératif, qu'il faut manier avec prudence et respect afin qu'un lien se tisse entre elles et le chercheur, pour qu'elles parlent à l'intimité de celui-ci afin de délivrer leur mes­sage par l'intermédiaire de son Maître intérieur. Découragement, impa­tience, illusion, sont les adversaires les plus coriaces du Grand Jeu parce que ce n'est qu'a partir d'une longue et incessante pratique que l'énigme se dévoile, lentement, pru­demment, à pas comptés.
Porte d'entrée en soi, véhicule du voyage menant à son centre propre, les "révélations" du Tarot ne sont pas inéluctables, ce sont des indications relatives qui ne corres­pondent jamais à un destin pré­supposé à titre personnel elles nous renseignent au contraire sur les moyens de restructurer la circon­férence propre de notre être après nous avoir menés à notre centre intime. Le Mage initié au Grand Livre de la vie acquière une vision directe qui lui permet d'entrer dans le "noyau" de l'existence globale pour la vivre sans l'analyser.

Le Livre de Thot-Hermès nous apprend que si, dans ce monde particulier, chacun possède sa propre chaîne d'événements c'est parce que celle-ci s'imbrique dans la chaîne générale qui concerne tout ce qui a existé, existe et exis­tera car ses allégories, ses méta­phores visuelles, parlent à l’intelligence interne ; il contient ces deux chaînes individuelles et générales consubs­tantielles dont il permet d'expliquer les rapports passés, présents et à venir. En résumé les Arcanes du Livre révèlent ce qui est nécessaire ici et maintenant parce qu'ensem­ble ils constituent une synthèse du triple temps métaphysique unifié dans le temple intérieur de l'homme.
Ce Livre est donc l'outil par excellence de la Haute Magie chère à Papus et à Eliphas Lévi, celle qui permet d'opérer la synthèse entre le visible et l'invisible, celle qui est fondée sur la Connaissance intan­gible et universelle, celle qui concerne à la fois la Gnose mystique et l'Hermétisme opératif, ou alliage incarné du savoir et du cœur.

Usage et pratique individuels
Quelques précisions paraissent s'imposer en ce domaine eu égard à la nature et au contenu réel du Livre de Thot-Hermès.
Pour toute consultation du Livre â fin individuelle, il faut le rappeler encore et encore, la première des conditions incontournables est d'ex­primer clairement et précisément la question à lui poser, celle-ci devant être unique à chaque consultation afin d'éviter les interférences, de manière a ce que l'opérateur ait une idée claire de la question à résoudre et pour qu'il formule lui- même tout aussi clairement l'inter­prétation correspondante pour provoquer chez le consultant une prise de conscience de sa Réalité sous jacente (en gommant son actualité illusoire) lui permettant de réagir ; il ne s'agit en effet pour l'opérateur que de mettre le deman­deur sur la voie de sa compréhension personnelle afin d'effectuer son propre travail intérieur, et ce n'est que par une grande pratique (une réelle intimité entre l'opéra­teur et le Livre), jointe au respect d'autrui et des Lames, que l'opéra­teur pourra formuler clairement ses déductions reçues par intui­tion ; car nous sommes là dans le monde de l'opérativité du Réel qui se déroule dans la perception psy­chique des choses, sans que l'on puisse analyser mentalement ou intellectuellement ce qui se passe entre les Lames, le consultant et l'opérateur La qualité de l'interpré­tation dépend donc de la sincérité du consultant et du talent de l'opérateur, lequel devra se préoccuper honnêtement de celui-ci avant de se lancer dans un tel usage.

Autre aspect important déjà invo­qué sous des formes diverses, mais sur lequel il est nécessaire d'insister Il ne faut à aucun moment penser que ce qui se révèle au tirage des cartes est inéluctable et imposé par un destin despotique et intangible ; au contraire, les ren­seignements apportés par les Arcanes doivent permettre à l'opé­rateur et/ou au consultant de restructurer leur être pour agir "dans le futur" sur le déroulement de leurs existences afin d'échapper aux évènements indésirables.

En "tirant les cartes", on maté­rialise les énergies cosmiques qui leurs correspondent et on établit une correspondance entre la valeur archétypale des Arcanes majeurs et la vie intérieure réelle du consul­tant ; chacun d'entre eux repré­sente un aspect de l'archétype qui lui correspond et qui évolue, se modifie, au regard de la situation du consultant, de ses besoins intrinsèques et particuliers, ainsi que des autres Lames qui les côtoient. Une Lame a donc une valeur fondamentale dont l'opéra­teur doit tirer une signification rela­tive en fonction de la situation examinée et du "jeu" ponctuel qui l'entoure. Il n'y a donc pas de lec­ture automatique, figée, des Arcanes ; leur interprétation appropriée à chaque espèce résulte de la qua­lité intuitive de l'opérateur qui devra inventer sa propre méthode d'interprétation correspondant à ses compétences intérieures afin de "lire plus loin" les indications apportées par les Lames.
En raison de l'impact d'un tel usage sur l'esprit du consultant, souvent affaibli par sa situation de demandeur face à l'incompris et à la difficulté, il ne faut pas faire du Tarot un jeu destiné à épater son entourage ou à prédire ce qui ne se peut eu égard à l'évolution cons­tante des circonstances générales de l'environnement et particulières des individus car son maniement peut être fort préjudiciable pour les opérateurs non sincères, incom­pétents et non garantis contre les effets nécessairement "compensateurs" des forces d'en bas.
Matériellement, il convient éga­lement de respecter plusieurs autres précautions incontournables : Un jeu" de Tarot, dès lors qu'il est attribué à un opérateur, se charge énergétiquement pour correspon­dre à son compagnon opératif : il ne doit donc pas être manipulé par une autre personne, d'où l'anoma­lie qui consiste à le mettre dans les mains de consultants occa­sionnels. Lorsqu'il est malgré tout utilisé par et pour un consultant, il faut donc le laisser se reposer et se régénérer en changeant de jeu" pour l'usage immédiatement suivant ; il doit toujours être, dans ses moments de repos, protégé enveloppé dans un tissu de soie de la couleur correspondant à son utilisateur car, à partir du moment où un opérateur se l'approprie et l'active par la pensée, il se met à vivre et il réagit comme un vérita­ble organisme vivant, en consé­quence de l'intérêt qui lui est porté.

Enfin, synthèse parfaite des sciences sacrées (en réalité uniques en leur fondement divin et tri-uni­taires dans leurs versions), fidèle reproduction de la Nature parfaite et de l'environnement qui forme le tissu de l'existence humaine, Le Livre de Thot-Hermès ne souffre d'aucun usage lié au divertissement collectif et nécessite d'avoir tou­jours à l'esprit que les interprétations fantaisistes, inappropriées ou manipulées peuvent étre généra­trices de perturbations psychologi­ques et mentales pour le consultant et, par voie naturelle de consé­quence, pour l'opérateur.

En conclusion, personnelle, s'il n'est pas exclu à titre superféta­toire (après s'être posé la question préalable de savoir ou se situe l'utilité réelle d'un tel usage), de pouvoir utiliser les Lames du Livre de Thot-Hermès comme support de révélation intuitive branchée sur le monde d'en haut, cela n'est pas sa vocation première et essen­tielle qui est de constituer, pris dans son indissociable ensemble, un vecteur crypte de la Connaissance hermétique originelle, globale. Sans oublier que la divination (science de la relation entre la partie divine de l'homme incarné et la globalité de la Divinité) n'est que la percep­tion des effets contenus dans la cause et que ce que l'on appelle la réussite n'est que la prescience des conséquences. que la capa­cité à transformer ce que l'on considère comme des échecs ou des épreuves négatives en cir­constances favorables, par inver­sion de la polarité de la force qui s'exprime en de telles circons­tances. Au bout du compte. le Livre de Thot Hermès constitue donc également pour le chercheur sin­cère une parfaite méthode d'alchi­mie philosophale lui permettant de maîtriser sa vie, ici et maintenant.

Publié dans le Khalam - Bulletin N° 30 - Février 2010

Source : www.ledifice.net

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Le Livre de Thot-Hermès première partie

25 Mai 2012 , Rédigé par Patrick-Gilbert FRANCOZ Publié dans #Hermétisme

« Le Tarot offre le cachet suprême de l'art qui est la simplicité.
Les hiéroglyphes du Tarot, ce vieil et vénérable Livre de la Nature, cette bible d'Hermès,
correspondent à un nombre, signe actif et universel d'une idée.
»
François Jollivet-Castelot

«
Les tarots sont l'hiéroglyphe complet du Grand Œuvre alchimique qui contient 21 opérations
avant d'atteindre la perfection de l'Élixir
. »
Fulcanelli

 

Le Tarot, dont nul ne connaît l'origine véritable, est considéré par ses amis comme le résumé symbolique de la Tradition primitive commune à l'ensemble de l'humanité. Mon chemin personnel au sein du Rite de Memphis-Misraïm m'a donc tout naturellement conduit jusqu'à lui et j'ai entrepris ma pérégrination au sein du labyrinthe de ce Livre unique il y a quinze ans maintenant, ce qui ne présente pas d'intérêt particulier pour autrui excepté celui de signifier qu'une telle complicité est une œuvre de longue, très longue haleine, et qu'il ne suffit pas de se rendre dans une librairie spécialisée pour acqué­rir un “jeu” et compulser une mé­thode de divination pour entrer en intimité avec lui, car un tel compa­gnonnage est le résultat personnel d'une vie. Ces quinze années ont été nécessaires pour me résoudre à fixer quelques-unes des réflexions conservées de mon pèlerinage incessant au sein des arcanes de ce “topo-guide” en images des mystères enseignés dans la grande pyramide de Thot et le grand temple d'Hermès, et au cours duquel j'ai suivi le conseil donné aux adeptes des écoles de mystères égyptiennes et grecques selon lequel l'initié doit, à un moment donné de son parcours intime, se consacrer à l'étude de l'une des trois sciences sacrées de la Tradition primordiale : L'Astronomie sacrée, à ne pas confondre avec l'astrologie évènementielle des pythonisses auto-proclamées des hebdoma­daires du week-end, la Cabbale mystique (bien antérieure à la Kabbale hébraïque) relative à l'étude des idéogrammes du Grand Livre de la nature et qui ne saurait se limiter à la correspondance analogique des lettres et des chiffres des textes vétérotestamentaires, et l'Alchimie transcendantale ou philosophale, laquelle est indépendante de l'alchimie opérative avec laquelle elle ne présente que des rapports ténus, souvent incompris; étant précisé que le Tarot appartient à la seconde de ces voies de l'Esprit et que l'étude intime de l'une d'entre elles met inévitablement l'adepte en rapport implicite avec les deux autres.

 

L'origine et la signification du nomen “Tarot” restent incertaines; il proviendrait selon Court de Gébelin des mots égyptiens Tar : la voie, et Ro : royal, et c'est à Etteilla que nous devons l'appellation utilisée par les compagnons de cette pre­mière bande-dessinée hermé­tique: “Le Livre de Thot”. Pour ma part, je lui préfère, en raison de ses correspondances avec le Corpus Herméticum et la Table d'Émeraude qu'il traduit en images-idéogrammes, le générique de Thot-Hermès; étant remarqué que Tarot est aussi l'anagramme de : Thora, Rota, Athor, dont on peut se demander, eu égard aux signifi­cations occultes de ces trois termes, s'ils ne constituent pas à eux trois la véritable origine du nom de Tarot (la ROTA ou roue d'Ezéchiel étant le synonyme de l'azoth des philosophes hermétiques).

Thot était, et demeure, comme Hermès son correspondant gréco- romain actualisé par la pensée occidentale, le Néter utilisé par les prêtres-médecins initiés aux grands mystères de l'Égypte ancienne pour désigner l'intelligence de l'âme incarnée en correspondance directe avec l'Intelligence cosmique universelle qui préside à la Grande Architecture Universelle et organisant et “gouvernant tous les mondes”; il peut se traduire par :

“TOUT”; c'était, pour les anciens égyptiens, l'archétype de la sagesse et des sciences sacrées, l'inventeur des nombres et de l'écriture occulte transmis aux humains par son alter ego féminin Séschat : “La Dame aux écritures, Maîtresse de l'architecture”. Thot est représenté avec une tête d'ibis, oiseau des dieux, et les grecs se l'approprièrent sous la dénomina­tion d'Hermès le “trois fois mage”, synthèse en Un des rois mages de la tradition de l'ancien testament ; c'est le Néter de l'Intelligence suprême accessible à l'initié qui a redressé son djed et qui a recourbé son temps propre. L'Hermétisme personnifié par Thot-Hermès, science et spiritualité opératives conjuguées, n'est donc ni une religion, ni un système de pensée parmi tant d'autres, ni une école où se transmettrait un savoir particulier, c'est tout simplement l'Art d'apprendre par le miracle de la connexion de l'intime humain avec l'Universel céleste, ce que les chrétiens d'origine, avant les réinter‑prétations erronées de Paul et de ses épigones, dénommaient la Voie du Salut Tri-Unitaire enseignée par le Christ incarné, que les hermétistes désignent sous le terme d'Idéal de résurrection.

“Hermès trismégiste, auteur sup­posé de nombreux ouvrages grecs, n'est autre que le Thot égyptien.
Dès les temps de Platon, Hermès fut identifié à ce personnage fabuleux qui passait pour l'inventeur du langage de l'alphabet, de l'écriture et de toutes les sciences. De tous les écrivains de l'ancienne Égypte, le dieu Thot a été le plus fécond, pour la bonne raison que c'est sous ce nom collectif qu'écrivait la caste sacerdotale, ce qui explique la variété et la valeur des nom­breux ouvrages dits hermétiques attribués à Hermès, lesquels ne sont parvenus jusqu'à nous que par leur traduction grecque et avec de nombreuses interpolations. Les livres de Thot sont au nombre de quarante-deux; ils renfermaient toutes les règles, préceptes et documents relatifs aux arts, aux sciences, à la religion et au gouvernement de l'Égypte ; dans leur ensemble, ces livres sacrés embras­saient toutes les connaissances humaines et formaient pour ainsi dire une vaste Encyclopédie égyp­tienne, dépositaire de tout savoir. Les livres de Thot étaient conser­vés dans les sanctuaires des temples, n'étaient jamais ouvert pour le peuple, on les lui montrait seule­ment dans les fêtes solennelles pen­dant les cérémonies religieuses.” (Ernest Bosc, Isis dévoilée, page 27).

Ce qui précède explique pour­quoi il convient, selon moi, de dénommer le Tarot en sa forme originelle du Tarot dit de Marseille :
Livre de Thot-Hermès, car il constitue une synthèse parfaite des 42 livres du Thot des mystères de la Vieille Égypte et de celui de l'Hermès des mystères d'Éleusis réunis, c'est-à-dire de la totalité de la Connaissance accessible à l'homme, pour celui qui peut la déchiffrer. Le Tarot ou Livre de Thot-Hermès constitue donc l'Ouvrage Unique destiné aux Mages réalisés, modèles discrets d'humanité, qui sont à la fois prêtres et médecins, qui portent en eux à la fois l'Intelligence divine, la Pensée incarnée et le Verbe vivant ; ce qui se trouve confirmé aussi dans cette autre citation d'Ernest Bosc (Isis dévoilée, page 26) : “Généralement, dans tous ces manuscrits, la médecine est associée à la magie, presque toutes les recettes
pharmaceutiques y sont accompagnées d'incantations spéciales qui devaient en assurer le succès ; ajoutons que les égyptiens n'accordaient pas au mot magie le même sens que nous”.

Le Livre de Thot-Hermès a été conçu et mis en forme par des guides anonymes selon l'idée que la Tradition Primordiale qu'il conserve et transmet aux initiés ne survit pas à travers une organisa­tion quelconque, car toute organi­sation humaine ne peut que se limiter à embaumer, momifier, rigi­difier et trahir ce à quoi elle a eu accès. C'est pourquoi ce Grand Livre de la Nature et de l'Univers n'est pas écrit avec un alphabet particulier, mais avec le langage universel des symboles communs à l'ensemble de l'humanité, qu'il n'appartient à aucune école de pensée en particulier, que personne ne peut en revendiquer la paternité, mais qu'il reste à la disposition, individuellement, de celui qui présente les qualités requises pour recevoir son enseignement, ce qui peut justifier une vie entière pour l'approcher dans sa globalité, traduisant en cela la loi énoncée par ceux, anonymes, qu'il convient de désigner sous le générique de Saint Jean : “Le vent souffle où il vent, tu entends sa voix mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va – ainsi en est- il de quiconque est né de l’Esprit”.

Cela a déjà été dit, le Livre de Thot-Hermés est une synthèse en images-idéogrammes du Corpus Herméticum attribué à Hermès Trismégiste et de la Table d'Émeraude. Or, France Yates a démon­tré que ces ouvrages universels ne constituent pas seulement des traités ou recueils de pratiques occultes, mais qu'ils correspondent à une véritable somme scientifique qui a influencé des “esprits univer­sels” tels: Pic de la Mirandole, Copernic, Giordano Bruno, John Dee, Léonard de Vinci, Newton ; elle a aussi établi que le Corpus Herméticum, à travers son récit de la Création, explique l'Adam Hermétique qui connaît certes une chute, mais qui, à la différence de celui de la Genèse, reconquière son pouvoir sur la nature par une communion magique avec le cos­mos, avec le Maître du Tout et que cet Être régénéré, qui a retrouvé sa part interne de Divinité, n'est plus seulement un homme mais un Mage, c'est-à-dire à la fois un prêtre de la Religion Universelle et un médecin pour les corps et les âmes incarnées. Le Tarot retrace en cartes, véritables “topoguides” successifs destinés à la conscience, les étapes de ce processus de réalisation de l'Être incarné et de sa réintégration, de sa réinsertion, dans le Grand Plan Cosmique.

 

La multiplicité des “jeu de tarots” en circulation aujourd'hui (plus de 280 recensés) démontre l'intérêt que lui porte les “cherchants”, voire les passions qu'il suscite, or nous savons que, sur le chemin de La Connaissance, les passions ne sont pas les meilleurs conseillères; de surcroît, cette abondance de jeux indique qu'à chaque époque Le Livre de Thot-Hermès a subi, sous des formes diverses et variées, les influences culturelles et philo­sophiques de la pensée dominante, donc relative, des multiples sociétés humaines où elle s'exprimait, d'où l'intérêt d'essayer de déterminer la forme du Grand Jeu qui se rapproche le plus de “l'original”. Beaucoup d'hypothèses ont été émises quant à l'origine du Tarot, dont aucune n'est prouvée.

Ce que nous savons avec certitude aujourd'hui, c'est que le plus ancien livre connu sous cette forme imagée est le Tarot Yi King, composé de 64 cartes, qui serait apparu vers 3000 avant notre ère vulgaire à partir du livre sacré chi­nois : Le livre des mutations.
Il résulte des recherches sé­rieuses que, sous sa forme actuelle, le Tarot ne provient pas d'Égypte, mais qu'il a été colporté par les Tsiganes, autrement appelés Bohé­miens souvent de façon péjora­tive, grands opératifs des sciences divinatoires en raison du caractère nomade de leurs clans ou tribus (favorisés en cela par leurs circon­volutions permanentes sur notre planète Terre en concordance avec le mouvement perpétuel de la Na­ture), lesquels Tsiganes sont génétiquement d'origine indo-européenne alors qu'ils ont été considérés à tort pendant long­temps comme les descendants errants des anciens égyptiens en mal de la Vieille Égypte.

L'origine historique et géographique égyptienne du Tarot n'est donc pas établie, et si la référence à la culture ancestrale de l'Égypte ancienne reste pertinente, c'est par le fait qu'il porte en lui les grands mystères des écoles du mêmes nom à l'origine des enseignements dispensés dans les temples et pyra­mides de la vallée du Nil.

C'est en Italie, au XVe siècle, à Milan, Ferrare et Bologne, que le Tarot dit de Marseille trouve sa pleine expansion; il rayonne ensuite sur l'Europe entière, et c'est à cette époque que sont fixés sous leur forme actuelle les Arcanes majeurs ou Triomphes; ce que nous dénom­mons donc le Tarot de Marseille peut être considéré comme d'origine italienne sans que cette constata­tion logique puisse toutefois être retenue avec certitude. Ce qui est sûr, c'est qu'il correspond sous la forme que nous lui connaissons aujourd'hui à la pensée occidentale de la Renaissance italienne portée par les Maîtres du mysticisme, de l'occultisme et de l'ésotérisme, tels Pic de la Mirandole, Giordano Bruno, Léonard de Vinci et Dante, pour ne citer que ceux qui suscitent depuis longtemps mon intérêt, lesquels Maîtres de “l'étrange” ont créé ce qu'il convient d'appeler la Renaissance en reprenant sous les formes diverses des arts et des sciences les enseigne­ments du Corpus Herméticum et de la Table d'Émeraude contenus dans le Tarot avant même que l'œuvre gigantesque de traduction et de décryptage de Marcil Ficin n'ait été entreprise. Ce Jeu sacré, dénommé Tarot de Marseille, fut pour la première fois imprimé à Avignon pour des raisons unique­ment politiques et, surtout, fiscales.

L'un des jeux de tarots les plus anciens qui serait à l'origine du Tarot dit de Marseille sous une forme dessinée primitive est daté de 1392 et il est connu sous le nom de Tarot de Charles VI, avec les réserves nécessairement d'usage pour un tel sujet. Ce qui signi­fie, aussi, que le Tarot – Livre de Thot-Hermès a été conçu par ses auteurs anonymes comme un mo­yen de dépôt et de transmission cryptée de la Tradition Primordiale, de la Religion Universelle origi­nelle, pour être tenu à la disposi­tion de ceux qui le désirent, en se montrant respectueux et compétents, et qu'il ne saurait valable ment être rattaché à un auteur, à une époque, à une culture ou à une société particulière dès lors qu'il les comprend toutes à la fois.

Quelques-uns des Maîtres pas­sés les plus respectables et res­pectés, essayèrent pourtant de transcrire dans le Tarot dit de Marseille leurs connaissances acquises en le réformant ; ces ten­tatives sont méritoires au regard de la volonté de léguer à leurs dis­ciples sous forme cryptée le fruit de leurs recherches et décou­vertes ; elles ne doivent toutefois pas se substituer à l'œuvre origi­nale, d'autant que, malgré leurs sincérités et compétences respec­tives indéniables, ces maîtres passés n'étaient souvent pas d'accord entre eux quant à l'essentiel sur ce point, et que, pour certains, ils n'eurent que le souci de relier ce Grand Jeu de la Nature à une tra­dition donnée (kabbale hébraïque pour certains, bible pour d'autres) ce qui est par essence même une erreur dès lors, d'une part, qu'il est constant que le Tarot n'est pas issu de ces traditions particulières et ponctuelles auxquelles il s'oppose même fondamentalement en de nombreux points et, d'autre part, qu'il ne peut s'agir dans la réalisation du Grand Œuvre de réduire le Tout, aux éléments diffractés donc imparfaits et incomplets d'une culture religieuse spécifique à une race ou à une histoire particulière.

Peuvent être en ce sens cités les travaux de Court de Gébelin, de Papus, d'Oswald Wirth et d'Etteilla (de son vrai nom Alliette) dont on dit de manière absurde pour ce dernier qu'il aurait inventé la divination par le Tarot, alors que les Bohémiens, certes sous forme orale mais de manière indiscutable, l'utilisent à cette fin depuis au moins 400 ans au moment où Etteilla en développe l'usage en 1785. Le disciple du Livre de Thot- Hermès pourra se reporter avec intérêt aux travaux des maîtres précités, en prenant garde de ne pas substituer ses interprétations personnelles à la nécessaire approche intime du Livre original de la Nature; car, in fine, ces auteurs, comme tous les autres, ont travaillé à partir du Tarot origi­nel dit “de Marseille” et ils ont tenté avec plus ou moins de bonheur de lui ajouter ou de lui retrancher des éléments personnels en fonction de leur propre compréhension ponctuelle, donc relative. Malgré leurs compétences et sincérité respectives, ces adeptes de l'occultisme ne se sont pas rendu compte que la traduction du Grand Livre de la Nature que constitue le Livre de Thot-Hermès ne s'interprète pas de façon générale, qu'il est lu par chaque disciple compétent en toute intimité individuelle, qu'il se suffit à lui-même sans qu'il soit nécessaire de lui apporter quoi que se soit de supplémentaire à carac­tère humain ou intellectuel, voire philosophique.

Point n'est donc besoin de redessiner, réécrire, réinventer le Tarot synthèse des sciences sacrées ; il suffit de s'en emparer en sa forme originelle fixée au moment de la Renaissance et de vivre en symbiose avec lui dans la durée, en étant conscient que le maître véritable dans cet accouplement d'une dimension “sur-naturelle” n'est pas celui que l'on croit.

 

À suivre... ...

Publié dans le Khalam - Bulletin N° 29 - Octobre 2009

 

Source www.ledifice.net

 

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axiomes hermétiques

25 Mai 2012 , Rédigé par KYBALION Publié dans #Hermétisme

"Posséder le Savoir, si on ne le manifeste pas et si on ne

l'exprime pas dans ses Actes est comme la thésaurisation d'un

précieux métal, une chose vaine et folle. Le Savoir, comme la

Santé est destiné à Servir. La Loi de l'Utilisation est

Universelle, celui qui la viole souffre parce qu'il s'oppose aux

forces naturelles."

Les Enseignements hermétiques, s'ils ont toujours été soigneusement tenus secrets par leurs fortunés possesseurs, pour des raisons que nous avons déjà dites, n'étaient pas destinés à être constamment conservés et tenus secrets. La Loi de l'Utilisation fait partie des Enseignements comme vous pouvez le voir en vous reportant à la citation que nous venons de donner et qui l'affirme avec une grande netteté. Le Savoir sans Utilisation et sans Expression est une chose vaine, ne conférant aucun bien à celui qui le possède et à la race toute entière.

Méfiez-vous de l'Avarice Mentale et mettez en Action ce que vous avez appris. Etudiez les Axiomes et les Aphorismes, mais ne manquez pas de les pratiquer. Nous donnons ci-dessous quelques-uns des Axiomes hermétiques les plus importants du Kybalion chacun suivis de quelques commentaires. Faites-les vôtres et pratiquez les ; ils ne seront pas réellement vôtres si vous ne les utilisez pas.

"Pour changer votre état d'esprit ou vos états mentaux, modifiez votre vibration."

Tout individu peut changer ses vibrations mentales par un effort de Volonté, en fixant son Attention sur l'état désirable. La Volonté dirige l'Attention et l'Attention modifie la Vibration. Cultivez l'Art de l'Attention, à l'aide de la Volonté, et vous avez trouvé le secret de la Maîtrise des Sentiments et des Etats Mentaux.

"Pour détruire une mauvaise période de vibration, mettez en activité le Principe de Polarité et concentrez votre pensée sur le pôle opposé de celui que vous voulez annihiler. Tuez l'indésirable en modifiant sa Polarité."

Cette formule hermétique est une des plus importantes de la doctrine. Elle est basée sur de véritables principes scientifiques. Nous avons montré qu'un état mental et son état contraire n'étaient que les deux pôles d'une même chose et que par la Transmutation Mentale, la polarité pouvait être renversée. Ce principe est connu des psychologues modernes qui l'appliquent pour supprimer les mauvaises habitudes en conseillant à l'étudiant de se concentrer fortement sur la qualité opposée. Si vous êtes Peureux, ne perdez pas votre temps à essayer de supprimer en vous la Peur ; développez le Courage et la Peur disparaîtra. Quelques auteurs ont exprimé cette idée avec plus de force en utilisant l'exemple de la chambre noire. Vous ne devez pas essayer d'enlever l'obscurité d'une pièce, vous n'avez qu'à ouvrir les volets et l'obscurité, envahie par la Lumière, disparaît. Pour supprimer une qualité Négative, concentrez votre pensée sur le Pôle Positif de cette même qualité et les vibrations, de Négatives qu'elles étaient deviendront Positives, jusqu'à ce que vous finissiez par être polarisés sur le pôle Positif au lieu de l'être sur le pôle Négatif. Le contraire est également vrai, comme beaucoup de gens ont pu s'en apercevoir à leurs dépens, quand ils se laissent vibrer trop, souvent sur le pôle Négatif des choses. En modifiant votre polarité, vous pouvez maîtriser vos sentiments, changer vos états mentaux, remanier vos dispositions et construire votre caractère.

Une grande partie de la Maîtrise Mentale des Hermétistes avancés est due à cette application de la Polarité qui constitue un des plus importants aspects de la Transmutation Mentale. Souvenez-vous bien de l'axiome hermétique que nous avons déjà cité et qui dit :

"L'Esprit, aussi bien que les métaux et les éléments, peut être transmuté d'état à état, de degré à degré, de condition à condition, de pôle à pôle, de vibration à vibration."

La Maîtrise de la Polarisation est la maîtrise des principes fondamentaux de la Transmutation Mentale ou de l'Alchimie Mentale, car, si un individu n'acquiert pas l'Art de changer sa propre polarité, il sera incapable d'influencer son entourage. Une compréhension parfaite de ce Principe permettra à tout individu de changer sa Polarité Personnelle aussi bien que celle des autres, s'il veut bien consacrer le temps, le soin, l'étude et la pratique nécessaires pour se rendre maître de l'Art. Le Principe est vrai, mais les résultats obtenus dépendent uniquement de la patience et de la pratique de l'élève.

"Le Rythme peut être neutralisé par une application correcte de l'Art de la Polarisation."

Comme nous l'avons expliqué dans les précédents chapitres les Hermétistes affirment que le Principe du Rythme se manifeste aussi bien sur le Plan Mental que sur le Plan Physique et que la succession désordonnée des sentiments, des états d'esprit, des émotions et des autres états mentaux est due au mouvement d'allée et venue du pendule mental qui nous entraîne d'une extrémité d'un sentiment à l'autre. Les Hermétistes enseignent également que la Loi de Neutralisation permet, dans une très large mesure, de maîtriser consciemment les opérations du Rythme. Comme nous l'avons expliqué, il existe un Plan Supérieur de Conscience, de même qu'il existe un Plan Inférieur ; le Maître, en s'élevant graduellement jusqu'au Plan Supérieur oblige l'oscillation du pendule mental à se manifester sur le Plan Inférieur ; pendant ce temps, lui, qui a atteint le Plan Supérieur, échappe à la conscience de l'oscillation de retour du pendule. Ce résultat s'obtient en se polarisant sur le Moi Supérieur et en atteignant ainsi les vibrations mentales du Moi situées bien au-dessus du plan ordinaire de conscience. C'est la même chose de s'élever au-dessus d'une chose ou de la laisser passer devant soi. Les Hermétistes avancés se polarisent au pôle Positif de leur Etre, au pôle du "Je suis" au lieu du pôle de la personnalité, en refusant, en "niant" l'opération du Rythme, ils s'élèvent au dessus du plan de la conscience et en restant fermement établis dans leur Jugement de l'Etre, ils permettent au pendule de revenir en arrière sur le Plan inférieur sans modifier leur polarité. Cela peut être accompli par tous ceux qui ont atteint un degré quelconque de Maîtrise personnelle, qu'ils comprennent ou non la Loi. De tels individus "refusent" simplement d'être attirés en arrière par le pendule des sentiments et des émotions ; en affirmant sans répit leur supériorité, ils restent polarisés au Pôle Positif. Naturellement, le Maître bénéficie de tout cela à un degré bien plus considérable parce qu'il comprend la loi, parce qu'il sait qu'il la détruit en lui en opposant des lois supérieures et parce que, grâce à sa Volonté, il atteint un degré de Poids et de Solidité Mentale presque incroyables pour ceux qui se laissent balancer en avant puis en arrière par le pendule mental des états d'esprit et des sentiments. N'oubliez pas cependant, qu'en réalité, vous ne détruisez pas le Principe du Rythme qui est indestructible. Vous ne faites que maîtriser une loi en lui en opposant une autre et en maintenant ainsi l'équilibre. Les lois du poids et du contre-poids opèrent aussi bien sur le plan mental que sur le plan physique ; une compréhension parfaite de ces lois permet à quiconque de sembler les maîtriser, tandis qu'en réalité, il ne fait que les contre-balancer.

"Rien n'échappe au Principe de la Cause et de effet ; mais il existe plusieurs Plans de Causalité et tout individu peut utiliser les lois des Plans Supérieurs pour maîtriser les Lois des Plans Inférieurs."

En comprenant bien la pratique de la Polarisation, l'Hermétiste s'élève sur un plan supérieur de Causalité et contre-balance ainsi les lois des plans inférieurs. En s'élevant au-dessus du plan ordinaire des Causes, il devient, là un certain degré, une Cause au lieu d'être "Causé". En étant capable de maîtriser ses états d'esprit et ses sentiments et en pouvant neutraliser le Rythme, comme nous l'avons déjà expliqué, il est capable d'échapper à une grande partie des opérations du principe de la Cause et de l'Effet sur le plan ordinaire. Les, foules se laissent conduire ; elles obéissent à leur entourage ; les volontés et les désirs des autres sont plus puissants que les leurs ; elles subissent les suggestions de ceux qui les entourent et toutes les causes extérieures qui essayent de les faire mouvoir sur l'échiquier de la vie comme de simples pions. En s'élevant au-dessus des causes susceptibles de l'influencer, l'Hermétiste avancé atteint un plan supérieur d'action mentale ; et en dominant ses états d'esprit, ses émotions, ses tendances et ses sentiments, il crée en lui-même un nouveau caractère, de nouvelles qualités et de nouveaux pouvoirs, grâce auxquels il peut dominer son entourage ordinaire et devenir ainsi pratiquement Joueur au lieu d'être simple Pion. De tels individus jouent consciemment le jeu de la vie au lieu d'être conduits de ci, de là par les pouvoirs et les volontés plus fortes. Ils utilisent le Principe de la Cause et de l'Effet au lieu d'être utilisés par lui. Naturellement, même les plus grands Maîtres sont sujets au Principe, car il ne se manifeste pas moins sur les plans supérieurs ; mais sur les plans inférieurs d'activité, ils sont Maîtres au lieu d'être Esclaves.

Comme le dit le Kybalion :

"Le sage sert sur le plan supérieur mais est servi sur le plan inférieur. Il obéît aux lois venant d'en haut, mais sur son propre plan et sur les plans inférieurs, il est maître et donne des ordres. D'ailleurs en agissant ainsi, il constitue une partie du Principe au lieu de s'y opposer. Le sage fait partie de la Loi ; en comprenant bien ses mouvements il l'utilise au lieu d'en être l'esclave aveugle. Le sage, par rapport à l'homme ordinaire peut être comparé au nageur habile, allant et venant de tous côtés ; par rapport à la bûche qui est emportée de tous côtés ; cependant le nageur et la bûche, le sage et l'imbécile sont également sujets à la loi. Celui qui comprend cette vérité est bien dans la voie de la maîtrise."

Pour conclure appelons encore votre attention sur l'axiome hermétique suivant :

"La Vraie Transmutation Hermétique est un Art Mental."

Dans cet axiome les Hermétistes enseignent que le grand travail d'influencer un entourage est accompli à l'aide du Pouvoir Mental. L'Univers étant complètement mental, il en résulte qu'il ne peut être conduit que par la Mentalité. Dans cette vérité on peut trouver l'explication de tous les phénomènes et la manifestation de tous les divers pouvoirs mentaux qui ont tant attiré l'attention et qui ont été si étudié au début du vingtième siècle. On retrouve constamment sous les enseignements des divers cultes et des différentes écoles le principe de la Substance Mentale de l'Univers. Si l'Univers est Mental dans sa nature substantielle, il s'ensuit nécessairement que la Transmutation Mentale doit changer les conditions et les phénomènes de l'Univers. Si l'Univers est Mental, l'Esprit doit être le pouvoir le plus considérable qui agit dans ses phénomènes. Si cette vérité était bien comprise on verrait la véritable nature de ce qu'on a coutume d'appeler des "miracles."

"LE TOUT est ESPRIT ; l'Univers est Mental."

Source : http://jean-paul.barriere.pagesperso-orange.fr/Babaji/kybal4.htm

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les 7 principes hermétiques

25 Mai 2012 , Rédigé par Le KYBALION Publié dans #Hermétisme

"Les principes de la vérité sont au nombre de sept ; celui qui les connaît et qui les comprend possède la clef magique qui ouvrira toutes les Portes du Temple avant même de les toucher."

Les Sept principes hermétiques, sur lesquels la Philosophie hermétique tout entière est basée, sont les suivants :

1. Le Principe de Mentalisme.

2. Le Principe de Correspondance.

3. Le Principe de Vibration.

4. Le Principe de Polarité.

5. Le Principe de Rythme

6. Le Principe de Cause et d'Effet.

7. Le Principe de Genre.

Ces sept principes seront discutés et commentés au fur et à mesure que nous avancerons dans ces leçons. Cependant, dès maintenant, nous allons donner une courte explication de chacun.

1. Le Principe de Mentalisme 

"Le Tout est Esprit ; l'Univers est Mental".

Ce Principe implique cette vérité que "Tout est Esprit". Il explique que le Tout qui est la Réalité Substantielle se trouvant dans toutes les manifestations et les apparences extérieures que nous connaissons sous le nom "d'Univers Matériel", "Phénomène de la Vie", "Matière", ("Energie", et en un mot tout ce qui est apparent (à nos sens matériels) est Esprit lequel, en lui-même, est inconnaissable et indéfinissable, mais qui peut être considéré et pensé comme un Esprit Universel, Infini, Vivant. Il explique encore que le monde ou l'univers "phénoménal" n'est qu'une simple Création Mentale du Tout sujette aux Lois des Choses Créées ; que l'univers considéré dans son entier ou dans ses parties, existe dans l'Esprit du Tout, que c'est dans cet Esprit "que nous vivons, que nous agissons et que nous sommes nous-mêmes". Ce Principe, en établissant la Nature Mentale de l'Univers, explique facilement tous les divers phénomènes mentaux et psychiques qui occupent une si grande place dans l'attention publique et qui, sans explications, ne sont pas compréhensibles et défient toute interprétation scientifique. Comprendre ce grand Principe hermétique du Mentalisme permet à l'individu de saisir avec facilité les lois de l'Univers Mental, et de les appliquer à son bien-être et à son perfectionnement.

L'Etudiant hermétique est capable d'appliquer intelligemment les grandes Lois Mentales au lieu de s'en servir au hasard. En possession de la Maîtresse-Clef, l'étudiant peut ouvrir les innombrables portes du temple mental et psychique du savoir, et y pénétrer librement et intelligemment. Ce principe explique la véritable nature de "l'Energie", du "Pouvoir" et de la "Matière" et pourquoi et comment ils sont subordonnés à la Maîtrise de l'Esprit. Un des vieux Maîtres hermétiques a écrit il y a bien longtemps : "Celui qui comprend la vérité de la Nature Mentale de l'Univers est déjà bien avancé sur le Chemin de la Maîtrise."

Ces paroles sont aussi vraies aujourd'hui qu'elles l'étaient au temps où elles furent écrites. Sans Maîtresse-Clef, la Maîtrise est impossible, et l'élève s'en va frapper en vain aux innombrables portes du Temple.

2. Le Principe de Correspondance. 

"Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas ; ce qui est

en Bas est comme ce qui est en Haut."

Ce Principe implique la Vérité qu'il y a toujours un rapport constant entre les lois et les phénomènes des, divers plans de l'Etre et de la Vie. Le vieil axiome hermétique l'explique en ces termes. "Ce qui est en Haut est comme ce qui est en Bas ; ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut". Comprendre ce principe confère les moyens de résoudre bien des paradoxes obscurs et bien des secrets cachés de la Nature. Il existe des plans de vie que nous ignorons complètement ; mais quand nous leur appliquons le Principe de Correspondance, nous devenons capables de comprendre plus loin qu'il ne nous aurait été possible de le faire autrement. Il se manifeste et s'applique partout dans l'univers, sur les divers plans de l'univers matériel, mental et spirituel ;c'est une Loi Universelle. Les anciens hermétistes le considéraient comme un des instruments mentaux les plus importants à l'aide duquel l'homme était capable de renverser victorieusement les obstacles qui surgissaient en face de l'Inconnu. C'est à lui qu'il fut possible d'écarter le Voile d'Isis au point d'entrevoir dans un éclair une partie de la figure de la déesse. De même que la connaissance des Principes de Géométrie permet à l'astronome assis dans son laboratoire de mesurer la distance des astres et de suivre leurs mouvements, de même la connaissance du Principe de Correspondance permet à l'homme de déduire intelligemment l'Inconnu du Connu. En étudiant la monade, il comprend l'archange.

3. Le Principe de Vibration. 

"Rien ne repose ; tout remue ; tout vibre".

Ce Principe implique la vérité que "tout est en mouvement", "tout vibre", "rien n'est à l'état de repos", faits que la science moderne accepte et que toute nouvelle découverte scientifique tend à vérifier. Il y a des milliers d'années que les Maîtres de l'ancienne Egypte ont énoncé ce Principe hermétique. Il explique que les différences existant entre les diverses manifestations de la Matière, de l'Energie, de l'Ame, et même de l'Esprit, sont la conséquence d'une proportion inégale de Vibrations. Depuis le Tout, qui est l'Esprit Pur, jusqu'aux formes les plus grossières de la matière, tout vibre ; plus grande est la vibration, plus haute est la position sur l'échelle. La vibration, de l'Esprit est tellement intense et si infiniment rapide qu'elle est pratiquement en repos, de même qu'une roue qui tourne avec une grande rapidité paraît arrêtée. A l'autre extrémité de l'échelle il y a les formes grossières de la matière dont les vibrations sont si lentes qu'elles paraissent ne pas exister. Entre ces deux pôles opposés, il y a des millions et des millions de degrés différents de vibrations. Depuis le corpuscule et l'électron, depuis l'atome et la molécule jusqu'aux mondes et aux univers, tout se meut, tout vibre. Cela est vrai également pour l'énergie et pour la force, qui ne sont que des degrés différents de vibration ; cela est vrai encore pour le plan mental dont les vibrations régissent l'état, et même pour le plan spirituel. L'étudiant en hermétisme qui comprend bien ce Principe et ses formules appropriées est capable de contrôler ses propres vibrations mentales aussi bien que celles des autres. Les Maîtres utilisent également ce Principe de diverses manières pour triompher des phénomènes de la nature. "Celui qui a compris les principe de la Vibration, s'est emparé du sceptre du pouvoir", a dit un ancien écrivain.

4. Le Principe de Polarité 

"Tout est Double ; toute chose possède des pôles ; tout a deux

extrêmes ; semblable et dissemblable ont la même

signification ; les pôles opposés ont une nature identique mais

des degrés différents ; les extrêmes se touchent ; toutes les

vérités ne sont que des demi-vérités ; tous les paradoxes

peuvent être conciliés."

Ce Principe implique la vérité que "tout est double", "tout a deux pôles", "tout a deux extrêmes" ; ces phrases sont de vieux axiomes hermétiques. Elles expliquent les anciens paradoxes qui ont rendu perplexes tant de gens et que l'on a exprimés comme il suit : "La thèse et l'antithèse ont une nature identique, mais des degrés différents" ; "les contraires sont semblables et ne diffèrent que par leur degré" ; "les pôles opposés peuvent se concilier" ; "les extrêmes se touchent" ; "tout est et n'est pas, en même temps" ; "toutes les vérités ne sont que des demi-vérités" ; "toute vérité est à moitié fausse" ; "il y a deux faces à chaque chose", etc., etc. Le Principe de Polarité explique que, dans toute chose, il y a deux pôles, deux aspects opposés, et que les "contraires" ne sont en réalité que les deux extrêmes du même objet entre lesquels sont intercalés des degrés différents. Par exemple : le chaud et le froid bien "qu'opposés" sont en réalité une seule et même chose ; ils se distinguent simplement par une différence de degrés. Consultez votre thermomètre et voyez s'il vous est possible de découvrir où le "chaud" se termine et où le "froid" commence ! Il n'existe pas un "chaud absolu" ni un "froid absolu" ; ces deux termes "chaud"et "froid" indiquent simplement des degrés différents de la même chose, et cette "même chose" qui se manifeste comme "chaud" et "froid" est une simple forme, une Variante de la Vibration., Ainsi "chaud" et "froid" ne sont que les "deux pôles" de ce que nous appelons "Chaleur", et les phénomènes qui les accompagnent sont les manifestations du Principe de Polarité. Le même Principe est vrai dans le cas de "Lumière" et "Obscurité", qui sont une seule et même chose, la distinction consistant en une différence de degrés entre les deux pôles du phénomène. Quand la "nuit" nous quitte-t-elle et quand le "jour" commence-t-il ? Quelle différence y a-t-il entre "Grand et Petit ?" Entre "Facile et Difficile ?" Entre "Blanc et Noir ?" Entre "Tranchant et émoussé ? '" Entre "Calme et Inquiet ?" Entre "Haut et Bas ?" Entre "Positif et Négatif ?" Le Principe de Polarité explique ces paradoxes et aucun autre ne peut le remplacer. C'est encore, le même Principe qui agit dans le plan mental. Prenons un exemple extrême, mais radical, celui de la "Haine et de l'Amour", deux états mentaux en apparence totalement différents. Et encore, il y a différents degrés dans la Haine et dans l'Amour ; il y a même des sentiments intermédiaires pour lesquels nous employons les mots de "Sympathie" et "d'Antipathie" qui arrivent à se confondre si étroitement qu'on a souvent beaucoup de difficulté à savoir si quelqu'un vous est sympathique, antipathique ou s'il vous est indifférent. Ces sentiments opposés ne sont que des degrés différents d'un sentiment unique, comme vous le comprendrez si vous voulez bien y réfléchir un petit instant. Mieux que tout cela, et les hermétistes y attachent une importance bien plus considérable, il est possible de changer, dans son propre esprit et dans l'esprit des autres, des vibrations de Haine en vibrations d'Amour. Beaucoup d'entre vous, qui lisez ces lignes, ont fait l'expérience personnelle de la transition rapide involontaire qui peut se faire entre l'Amour et la Haine, et vice versa, en votre propre personne et en celle des autres. Vous comprendrez alors qu'il vous est possible de réaliser cette chose à l'aide de votre Volonté, en utilisant les formules hermétiques. Le "Bien" et le "Mal" ne sont que des pôles différents d'une même chose ; l'hermétiste connaît l'art de transformer le Mal en Bien, par l'application du Principe de Polarité. En somme, "l'Art de Polarisation" devient une phase de "l'Alchimie Mentale", connue et pratiquée par les Maîtres anciens et modernes de l'Hermétisme. La compréhension de ce Principe permet de modifier sa propre Polarité aussi bien que celle des autres, si l'on veut consacrer le temps et l'étude nécessaire pour devenir un maître de l'art.

5. Le Principe de Rythme 

"Tout s'écoule, au dedans et au dehors ; toute chose a sa

durée ; tout évolue puis dégénère ; le balancement du pendule

se manifeste dans tout ; la mesure de son oscillation à droite

est semblable à la mesure de son oscillation à gauche ; le

rythme est constant."

Ce principe implique la vérité qu'il se manifeste dans toute chose un mouvement mesuré d'allée et venue, un flux et un reflux, un balancement en avant et en arrière, un mouvement pareil à celui d'un pendule, quelque chose de semblable à la marée montante et descendante, à une mer pleine et à une mer basse ; ce mouvement d'allée et venue se produit entre les deux pôles, dont le Principe de Polarité décrit il y a quelques instants, nous a montré l'existence. Il y a toujours une action et une réaction, un progrès et un recul, un maximum et un minimum. Il en est ainsi pour tous les. éléments de l'Univers, les soleils, 'les mondes, les hommes, les animaux, l'esprit, l'énergie et la matière. Cette loi se manifeste dans la création et la destruction des mondes, dans le progrès et la décadence des nations, dans la vie de toute chose et enfin dans l'état mental de l'homme ; c'est pour cette dernière chose que les hermétistes estiment plus importante la compréhension du principe. Les hermétistes l'ont bien compris ; ils ont trouvé que son application était universelle ; ils ont aussi découvert certains moyens pour annihiler en eux-mêmes ses effets par l'usage des formules et des méthodes appropriées. Ils appliquent la Loi Mentale de la Neutralisation. Ils ne peuvent annuler le Principe ni arrêter son cours, mais ils ont appris à éviter ses effets sur eux-mêmes à un certain degré qui dépend de leur degré de Maîtrise. Ils ont appris à l'utiliser, au lieu d'être utilisés par lui. C'est en cela et en des méthodes similaires que consiste l'Art des hermétistes. Le Maître en hermétisme se polarise lui-même au point où il veut rester ; puis il neutralise le balancement Rythmique du pendule qui tendrait â le transporter vers l'autre pôle. Tous ceux qui ont acquis un certain degré de Maîtrise personnelle agissent ainsi dans une certaine mesure, plus ou moins inconsciemment ; le Maître, au contraire, le fait consciemment, par l'usage de sa Volonté ; il finit par atteindre un degré d'Equilibre et de Fermeté Mentale presque incroyable de la part des masses qui sont tirées en avant et en arrière comme un pendule. Ce Principe et le Principe de Polarité et les méthodes pour les contrecarrer, les neutraliser ,ont été minutieusement étudiés par les hermétistes, et les utiliser constituent une partie importante de l'Alchimie Hermétique Mentale.

6. Le Principe de Cause et d'Effet 

"Toute Cause a son Effet ; tout Effet a sa Cause ; tout arrive

conformément à la Loi ; la Chance n'est qu'un nom donné à la

Loi méconnue ; il y a de nombreux plans de causalité, mais

rien n'échappe à la Loi,"

Ce Principe implique le fait qu'il existe une Cause pour tout Effet produit et un Effet pour toute Cause. Il explique que : "Tout arrive conformément à la Loi" ; que "jamais rien n'arrive fortuitement" ; que le Hasard n'existe pas ; que, puisque il y a des plans différents de Cause et d'Effet, et que le plan supérieur domine toujours le plan inférieur, rien ne peut échapper entièrement à la Loi. Les hermétistes connaissent jusqu'à un certain point l'art et les méthodes de s'élever au-dessus du plan ordinaire de la Cause et de l'Effet. En s'élevant mentalement à un plan supérieur, ils deviennent la Cause au lieu d'être l'Effet. Les foules se laissent docilement emmener ; elles obéissent à tout ce qui les entoure, aux volontés et aux désirs de ceux qui sont plus puissants qu'elles, à l'hérédité, à la suggestion, et à toutes les autres causes extérieures qui les dirigent comme de simples pions sur l'Echiquier de la Vie. Les Maîtres, au contraire, s'élevant sur le plan supérieur, dominent leurs sentiments, leur caractère, leurs qualités et leurs pouvoirs aussi bien que ce qui les environne ; ils deviennent des Maîtres au lieu d'être des pions. Ils jouent le jeu de la vie au lieu d'être joués et dirigés par la volonté des autres et par les influences extérieures. Ils se servent du Principe au lieu d'être ses outils. Les Maîtres obéissent à la Causalité du plan supérieur, mais ils règnent sur leur propre plan. Il y a, dans cette affirmation une véritable fortune de connaissances hermétiques. Le comprenne qui pourra.

7. Le Principe de Genre 

"Il y a un genre en toutes choses ; tout a ses Principes

Masculin et Féminin ; le Genre se manifeste sur tous les

plans."

Ce Principe implique la vérité que le Genre existe en tout ; les Principes Masculin et Féminin sont constamment en action. Cela est vrai, non seulement sur le Plan Physique, mais encore sur le Plan Mental et même sur le Plan Spirituel. Sur le Plan Physique, le Principe se manifeste sous la forme du sexe ;sur le Plan Supérieur, il prend des formes plus élevées, mais il est toujours le même. Aucune création physique, mentale ou spirituelle n'est possible sans lui. La compréhension de ses Lois jettera la lumière sur bien des sujets qui ont constamment rendu perplexes l'esprit des hommes. Le Principe du Genre agit toujours pour créer et pour régénérer. Toute chose, tout individu, contient les deux Eléments Masculin et Féminin ou le grand Principe lui-même. Tout Elément Mâle a son Elément Féminin ; tout Principe Féminin contient le Principe Mâle. Si vous voulez comprendre la Philosophie de la Création et de la Régénération Mentale et Spirituelle, vous devez étudier et comprendre ce Principe hermétique. Il renferme la solution d'un grand nombre des mystères de la Vie. Nous tenons à vous avertir qu'il n'a aucune parenté avec les nombreuses théories fondamentales, pernicieuses et dégradantes, avec les enseignements et les pratiques qui sont répandues sous des titres de fantaisie et qui ne sont qu'une prostitution du Grand Principe naturel du Genre. De telles réminiscences des anciennes formes infamantes du Phallicisme tendent à ruiner l'intelligence, le corps et l'esprit ; la Philosophie hermétique s'est toujours élevée avec indignation contre ces enseignements dégradés qui conduisent à la luxure, aux passions immodérées et à la perversion des principes de la Nature. Si ce sont eux que vous recherchez, quittez immédiatement ce livre ; l'Hermétisme n'a rien qui puisse vous être utile. Pour ceux qui sont purs, tout est pur ; pour ceux qui sont vils, tout est vil.

Source : http://jean-paul.barriere.pagesperso-orange.fr/Babaji/kybal4.htm

 

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La Philosophie hermétique

25 Mai 2012 , Rédigé par KYBALION Publié dans #Hermétisme

"Les lèvres de la sagesse sont closes, excepté aux oreilles de

la Raison."

C'est de l'ancienne Égypte que nous viennent les enseignements ésotériques et occultes fondamentaux qui ont si puissamment influencé lies philosophies de toutes les races, des nations et des peuples depuis plusieurs milliers d'années.

l'Égypte, patrie des pyramides et des sphinx était le berceau de la Sagesse cachée et des enseignements mystiques. Tous les pays ont emprunté à ses Doctrines Secrètes. L'Inde, la Perse, la Chaldée, la Médée, la Chine, le Japon, la Syrie, l'ancienne Grèce, Rome et les autres nations anciennes prirent libéralement leur part à la fête du Savoir que les Hiérophantes et les Maîtres du Pays d'Isis avaient si abondamment pourvue pour ceux qui étaient préparés à partager la somme de Science Mystique et Occulte dévoilée par les Maîtres de cette antique contrée.

Dans l'ancienne Égypte ont vécu des Adeptes et des Maîtres qui n'ont jamais été surpassés et rarement égalés durant les siècles qui les ont séparés du grand Hermès. En Égypte se trouvait la Loge des Mystiques. Par la porte de ces Temples entrèrent les Néophytes qui, plus tard, comme Hiérophantes, Adeptes, et Maîtres parcoururent les quatre coins du monde, portant avec eux le précieux savoir qu'ils désiraient ardemment transmettre à ceux qui étaient préparés pour le recevoir. Tous ceux qui. étudient les sciences occultes reconnaissent ce qu'ils doivent aux vénérables Maîtres de l'antiquité.

 

Parmi ces grands Maîtres de l'Ancienne Egypte, vécut un homme que les Maîtres considéraient comme le "Maître des Maîtres". Cet homme, si vraiment c'était un "homme", habita l'Egypte dans les temps les plus reculés. On le connaissait sous le nom d'Hermès Trismégiste. Il était le père de la Sagesse Occulte, le fondateur de l'astrologie et de l'alchimie. Les détails de sa vie sont perdus pour l'histoire, tant sont nombreuses les années qui nous séparent de lui ; cependant quelques uns des anciens pays de l'antiquité se sont disputé, il y a des milliers d'années, l'honneur de sa naissance. La date de son séjour en Egypte, qui constitue sa dernière incarnation sur notre planète, ne nous est pas connue à l'heure actuelle ; on l'a fixée aux premiers jours des plus anciennes dynasties égyptiennes, longtemps avant Moïse. Les auteurs les plus compétents le considèrent comme contemporain d'Abraham ; quelques traditions juives vont même jusqu'à affirmer qu'Abraham a acquis d'Hermès lui-même une grande partie de ses connaissances mystiques.

Dans les années qui suivirent sa disparition du plan de vie terrestre (la tradition rapporte qu'il a vécu 300 ans dans la chair), les égyptiens déifièrent Hermès et le nommèrent Thoth. Plus tard, le peuple de l'ancienne Grèce le compte aussi au nombre de ses nombreux dieux ; il le nomme "Hermès, le dieu de la Sagesse". Les égyptiens ont révéré sa mémoire pendant de nombreux siècles, pendant des dizaines de siècles, l'appelant "l'Ecrivain des Dieux" et lui rendant son ancien titre de "Trismégiste" qui signifie le "Trois-Fois-Grand", le "Grand des Grands", le "Plus Grand des Grands", etc. Dans tous les pays de l'antiquité, le nom d'Hermès Trismégiste synonyme de "Fontaine de Sagesse" était très honoré.

 

Aujourd'hui, nous utilisons encore le mot "hermétique" dans le sens de "secret fermé, de manière à ce que rien ne puisse échapper", etc, et cela, en raison du fait que les disciples d'Hermès ont toujours eu pour principe d'observer le secret dans leurs enseignements. Ils ne voulaient pas "jeter des perles aux pourceaux" ; ils préféraient donner du "lait aux enfants" et de la "viande aux hommes fats", deux maximes familières aux lecteurs des descriptions chrétiennes mais qui ont été cependant utilisées par les Egyptiens, de nombreux siècles avant notre ère. Cette politique de dissémination prudente de la vérité a toujours caractérisé les hermétistes, même jusqu'à nos jours. On peut trouver les Doctrines hermétiques dans tous les pays, au sein de toutes les religions, mais on ne peut jamais les rapporter à aucun pays en particulier ni à aucune secte religieuse spéciale. Cela est dû à la crainte, de la part des anciens apôtres, de voir la Doctrine secrète se transformer en une croyance. La Sagesse de cette idée est évidente, pour tous ceux qui ont étudié l'histoire. L'ancien occultisme de l'Inde et de la Perse dégénéra et fut en grande partie perdu parce que ses apôtres devinrent des prêtres ; ils mélangèrent ainsi la théologie à la philosophie ; il en résulta que l'occultisme de l'Inde et de la Perse se perdit graduellement au milieu de la masse des superstitions religieuses, des cultes, des croyances et des "dieux". Il en fut ainsi pour l'ancienne Grèce et Rome. Il en fut ainsi pour les enseignements hermétiques des gnostiques et des premiers chrétiens qui dégénérèrent sous l'influence de Constantin, dont la poigne de fer amalgama la philosophie et la théologie, enlevant à l'école chrétienne ce qui était sa véritable essence, son esprit et l'obligeant à tâtonner pendant plusieurs siècles avant de retrouver le chemin de son ancienne foi ; en effet, tout montre aux observateurs attentifs que dans notre vingtième siècle, l'Eglise lutte pour revenir à ses anciens enseignements mystiques. Mais il y a toujours eu quelques esprits dévoués qui ont conservé vivante la flamme, la soignant précieuse, ment, et ne lui permettant pas de s'éteindre. Grâce à ces cœurs dévoués et à ces esprits intrépides, nous avons toujours à un degré quelconque avec nous la vérité.

 

Mais elle ne peut la trouver dans les livres. Elle a été transmise du Maître à l'élève, de l'Initié à l'Hiérophante, de la lèvre à l'oreille. Les rares fois où elle a été écrite, on a voilé sa signification en termes d'alchimie et d'astrologie, si bien que seuls, ceux qui ont possédé la clef ont pu la lire correctement. Cette mesure a été nécessaire pour éviter les persécutions des théologiens du moyen-âge qui poursuivaient la Doctrine ecrète avec le feu, l'épée, le bûcher, le gibet et la croix. C'est pourquoi, à cette époque, on ne trouve qu'un petit nombre d'ouvrages sérieux sur la Philosophie hermétique. On trouve d'ailleurs d'innombrables allusions à leur sujet dans les nombreux ouvrages modernes, écrits sur les différentes parties de l'occultisme. Du reste la Philosophie hermétique est la seule Maîtresse-Clef capable d'ouvrir les portes des enseignements occultes.

 

 Dans les premiers jours de l'antiquité il existait un certain nombre de doctrines hermétiques fondamentales que le maître transmettait à l'élève et qui étaient connues sous le nom de "Kybalion" ; le sens exact et la signification de ce mot ont été perdus depuis plusieurs siècles. Cet enseignement, cependant, est connu de quelques personnes à qui il a été transmis verbalement, de génération en génération, à travers les siècles. Ces principes n'ont jamais été écrits ni imprimés, aussi loin qu'il nous est possible de nous reporter. C'était simplement une collection de maximes, d'axiomes et de préceptes qui étaient complètement incompréhensibles pour les profanes, mais que les adeptes comprenaient parfaitement une fois expliqués et amplifiés par les Initiés hermétiques à leurs néophytes. Ces enseignements constituaient véritablement les principes fondamentaux de "l'Art de l'Alchimie hermétique" ; celui-ci, contrairement aux croyances générales, donne la prépondérance aux Forces mentales plutôt qu'aux éléments matériels, à la transmutation d'une sorte de vibrations mentales en vibrations d'une autre sorte plutôt qu'à la transformation d'une sorte de métal en une autre. La légende de la "Pierre philosophale" capable de transformer en or un vil métal n'était qu'une allégorie de la Philosophie hermétique, bien comprise seulement des adeptes du véritable hermétisme.

 

Dans ce petit ouvrage, dont voici la première leçon, nous conseillons à nos élèves, comme il est recommandé dans le Kybalion, et comme nous l'expliquons nous-mêmes, d'étudier les enseignements hermétiques avec l'humble attitude de l'adepte qui, bien que portant le titre d'Initié, travaille toujours aux pieds d'Hermès, le Maître. Plus loin, nous vous donnons un grand nombre de maximes, d'axiomes et de préceptes du Kybalion accompagnés des explications et des éclaircissements qui nous ont paru nécessaires pour rendre les enseignements plus facilement compréhensibles aux adeptes modernes, en particulier lorsque le texte original est écrit à dessein en termes obscurs.

Les maximes originales, les axiomes et les préceptes du Kybalion sont imprimés dans cet ouvrage en italique, dans tous les cas le texte original a été conservé. Notre travail personnel est imprimé en caractères ordinaires dans le corps de la page. Nous espérons que les nombreux élèves à qui nous offrons aujourd'hui ce petit ouvrage, tireront de l'étude de ces pages autant de profit qu'en ont tiré ceux qui les ont précédés sur le chemin de la Maîtrise, durant les siècles qui se sont écoulés depuis Hermès Trismégiste, le Maître des Maîtres, le Grand des Grands. Parmi les paroles du Kybalion on trouve celles-ci ;

 

"Sous les pas du Maître les oreilles de ceux qui sont prêts à comprendre sa doctrine s'ouvrent toute grandes." "Quand les oreilles de l'élève sont prêtes à entendre, c'est alors que viennent les lèvres pour les remplir de Sagesse."

 

Si l'on en croit les Enseignements, ce passage de l'ouvrage attirera l'attention de ceux qui sont prêts à les comprendre. Et, quand l'élève sera prêt à recevoir la Vérité, c'est alors que lui viendra ce petit livre. Telle est la Loi. Le Principe hermétique de la Cause et de l'Effet sous son aspect de la Loi d'Attraction, rassemblera les lèvres et les oreilles, l'élève et l'ouvrage.

Qu'il en soit ainsi.

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L'Hermétisme

25 Mai 2012 Publié dans #Hermétisme

L'HERMÉTISME : Est une doctrine issue d'Égypte qui connut un certain succès dans le monde antique et au Moyen Age. On retrouve à son origine de nombreux ouvrages attribués à Hermès (cf. ce mot). Ils avaient été publiés, traduits en grec, en latin et en copte. Cette doctrine, connue dès les premiers temps de l'Égypte ancienne, était aussi désignée sous les noms d'art hermétique, d'art sacré.

L'hermétisme essaya d'adapter les moyens d'expression de la philosophie à la pensée traditionnelle. Un ouvrage, le Corpus hermeticus, contient des textes d'inspiration authentiquement égyptienne : notamment, une définition du langage tel que l'Égypte l'a conçu, le portrait d'un pharaon idéal, élu des dieux et, sans doute, la plus exacte définition et interprétation du rôle d'un temple égyptien.

La décadence des mystères de la haute Antiquité, déjà sensible au IVème siècle avant Jésus-Christ, l'influence de la civilisation grecque qui avait pénétré toute la région orientale du Bassin méditerranéen, contribuèrent pour une large part à la réalisation de la synthèse sacerdotale gréco-égyptienne, dont un des effets les plus importants et les plus durables fut la formation du mythe d'Hermès Trismégiste, support désormais définitif et capital de l'hermétisme.

Durant cinq siècles, du IIème avant J.-C. jusqu'au IIIème après, l'hermétisme subit l'influence de toutes les doctrines ayant cours en Égypte et dans toute cette région. Ces apports extérieurs, s'ils influencèrent l'hermétisme, eurent cependant un avantage : en vertu de sa flexibilité et de sa facilité d'accueil, la doctrine traditionnelle sut s'adapter remarquablement aux milieux divers où elle fut transportée. Elle bénéficiait en effet du précieux privilège d'être en parfait accord avec la philosophie dominante.

La doctrine. Le premier principe de l'enseignement hermétique est l'unité. On en trouve la preuve et l'énoncé dans la Table d'Émeraude (cf. ce mot)

« Toutes les choses sont et proviennent d'Un, par la médiation d'Un. Toutes les choses sont nées de cette chose unique... » Son symbole est le cercle u qui s'achève en soi-même » ou le serpent qui se mord la queue (ourobouros). Ce symbole exprime l'univers à Un le Tout ».

L'immanence, la présence dans l'homme de toute possibilité est un autre principe fondamental de l'hermétisme : « Tu es Tout... Tout est en toi. » Ce principe trouve sa correspondance dans les premières phrases de la Table d'Émeraude : a Ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas. Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut. » Tout ce que possède le macrocosme, l'homme le possède aussi.

Autour de ces principes fondamentaux, on se trouve en présence d'un ensemble de notions si diverses, si hétéroclites, qu'il est extrêmement difficile d'y retrouver une cohérence de conceptions. Sa diffusion, extrêmement étendue et rayonnante, donnera à la doctrine initiale, une empreinte différente.

L'expansion de l'hermétisme. En Grèce, l'hermétisme devint très rapidement synonyme d'alchimie. L'alchimie grecque, en effet, pouvait se permettre, étant donné ses origines fort anciennes, de se réclamer d'Hermès, maître de toute science. Des travaux récents permettent d'envisager sa naissance dans l'île de Samothrace. Cette île était célèbre dans l'Antiquité par le culte des Cabires, culte à mystères, peut-être d'origine phénicienne, sûrement préhellénique, que l'on y pratiquait en 4500-4000 avant notre ère. C'était une île sacrée. Les Cabires de Samothrace, avec les Dactyles de l'Ida (ceux qui savaient se servir de leurs doigts), les Telchines de Rhodes, les Curètes de Crète, étaient considérés comme des magiciens et des artistes car ils étaient les inventeurs du travail du fer. Ils fabriquèrent les premiers outils. Lorsque l'on sait que toute activité sociale dépendait presque exclusivement de leur fabrication, que, sans l'outil, la main de l'homme est dépourvue d'efficacité, on comprend que ceux qui disposaient de cet outil commandaient à toute civilisation. C'étaient des guides, des chefs. Leurs dieux constituèrent la première triade : Héphaistos (Vulcain, dieu des Forgerons), Hélios (le Soleil), Hermès (Logos). Dans le Cratyle, Platon identifiait le Logos à Hermès. Ce furent ces peuples qui apportèrent aux premiers groupements humains voués à une vie pastorale, l'écriture, le métal, l'outil, les techniques de la construction (habitations fixes, sur terre et bateaux) et de la navigation. On sait à cet égard le rôle initiatique et complexe du forgeron africain, redouté et méprisé, admiré et haï.

La religion des Cabires se répandit dans tout le Bassin méditerranéen d'abord, et dans tout l'Occident ensuite. Elle arriva aux Arabes sous forme de tradition métallurgique... et elle n'était alors ni secrète ni cachée. Bien plus tard, cette religion fut celle d'associations à type corporatif qui usaient d'un jargon technique destiné à préserver la valeur marchande de leur fabrication : en somme, une sorte d'argot de métier. Mais sous cette couverture artisanale, se dissimulèrent des sociétés secrètes, réellement hermétiques, celles-là. Certainement, il y avait des « opératifs » dans ces nouveaux groupements, qui travaillaient encore le métal. Ils étaient rares. Vraisemblablement les techniques opératives n'étaient plus qu'un apprentissage, une préparation du néophyte à la compréhension des vérités initiatiques. Ces vérités ne pouvaient être communiquées sans d'extrêmes précautions.

A Rome, les habitudes syncrétistes de l'Égypte s'adaptèrent au milieu et à ses tendances. On y avait d'ailleurs adopté depuis longtemps la théogonie égyptienne et on y admettait fort bien que les dieux pussent posséder des personnalités diverses, lesquelles se retrouvaient dans le dieu unique adoré par les Romains.

Les Sabbéens faisaient aussi figurer Hermès dans leur plus lointaine ascendance. Pour les Manichéens, Hermès était l'un des cinq grands prophètes ayant précédé Mani. Des Manichéens, l'hermétisme passa en Islam. De nombreux ouvrages figurent dans sa tradition hermétique. Hermès convenait parfaitement à sa doctrine. Hermès, Platon et Zoroastre dominaient leur philosophie : d'une part, la sagesse hermétique et d'autre part la conjonction Zoroastre-Platon qui inspira, à l'aube de la Renaissance, la philosophie médiévale.

L'hermétisme, comme on s'en aperçoit, fut le résultat d'un long effort pour concilier les traditions égyptiennes avec l'astrologie chaldéenne d'abord, puis avec la civilisation grecque par la suite. C'était une doctrine strictement philosophique et littéraire. On n'y trouve trace ni d'un clergé ni d'une religion. Et cette doctrine aura servi d'étiquette à d'autres doctrines fort diverses, hétéroclites, comme on l'a dit plus haut, qui avaient un caractère cependant commun : l'ésotérisme. L'alchimie et la gnose paraissent avoir été les points forts de cette diversité.

Et nous retrouverons ces deux « points forts » au cours des siècles suivants créant, non une filiation bien difficile à prouver, mais une « ambiance initiatique » dans laquelle se développera un symbolisme fondamental conduisant à des rituels correspondants et souvent identiques.

La Gnose (cf. ce mot) fut un mouvement religieux non chrétien à ses débuts, puisque vraisemblablement préchrétien, qui emprunta beaucoup aux cultes à mystères et à l'hermétisme, avant de devenir chrétienne ou manichéenne et cathare. Une des formes modernes de la gnose chrétienne se manifeste dans la doctrine des Fraternités de Rose-Croix. Ce sont des sociétés secrètes initiatiques qui exercèrent une grande influence sur la Franc-Maçonnerie. On a attribué à Valentin Andraee et un cercle d'initiés qui l'entouraient, l'origine de ces fraternités. En réalité la doctrine rosicrucienne ne sortit pas toute prête de son cerveau. Le mouvement bénéficia de toute la tradition alchimique et de la terminologie hermétique.

Valentin Andraee publia, en 1616, trois ouvrages, Confessio, Fama et Noces chymiques qui exposaient la doctrine et inventaient surtout le mythe de Christian Rosenkreutz.

Les premières associations se créèrent en Allemagne, puis essaimèrent en Europe. En France, on commença à en parler en 1622. En Angleterre R. Fludd répandit et développa la doctrine. Deux adeptes célèbres, Ashmole et T. Waughan, continuèrent son ceuvre.

Ashmole joua un rôle prépondérant dans la transformation de la Maçonnerie dite opérative en Maçonnerie spéculative. L'influence rosicrucienne est manifeste dans la Franc-Maçonnerie des trois premiers grades et l'on trouve dans les rituels d'initiation de nombreuses traces de cette influence qui relève de l'alchimie et de l'hermétisme. Le mot V.I.T.R.I.O.L. inscrit sur les parois du Cabinet de Réflexion est formé par les initiales d'une formule hermétique. Le dépouillement des métaux (cf. ce mot) relève de la plus pure technique de a transmutation alchimique. La fameuse lettre G, enfin, que l'on voit au centre de l'étoile flamboyante -et qui orne tous les temples maçonniques peut être l'initiale du mot gnose. Cette étoile s'inscrit dans le pentagramme régulier construit par Pythagore, or Pythagore avait eu connaissance de nombreux mystères égyptiens, lors de son séjour dans les temples initiatiques de la vallée du Nil, séjour qui dura vingt-deux ans.

Nous citerons pour terminer une interprétation hermétique de certains termes utilisés dans le vocabulaire maçonnique : Soufre (Vénérable), Mercure (1" Surveillant), Sel (2` Surveillant), Feu (Orateur), Air (Secrétaire), Eau (Hospitalier), Terre (Trésorier).

On a là les trois principes et les quatre éléments des alchimistes.

Le feu est sec et chaud; l'air est chaud et humide; l'eau est humide et froide; la terre est froide et sèche.

Source : http://rosamystica.kazeo.com/l-hermetisme/l-hermetisme,r249485.html

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Tradition hermétique et Franc-Maçonnerie

25 Mai 2012 Publié dans #Hermétisme

Dans l’ancien manuscrit maçonnique Cooke (circa 1400) de la Bibliothèque Britannique, l’on peut lire aux paragraphes 281-326 que toute la sagesse antédiluvienne était écrite sur deux grandes colonnes. Après le déluge de Noé, l’une d’elles fut découverte par Pythagore et l’autre par Hermès le Philosophe, qui se consacrèrent à enseigner les textes qui y étaient gravés. Le manuscrit concorde parfaitement avec ce dont témoigne une légende égyptienne, déjà rapportée par Manéthon, et que le Cooke lui-même rattache aussi à Hermès.

Il est évident que ces colonnes, ou ces obélisques, assimilées aux piliers J. et B., sont celles qui soutiennent le temple maçonnique tout en permettant d’y accéder, et qu’elles constituent les deux grands affluents sapientiels qui nourriront l’Ordre : l’hermétisme qui assurera la protection du dieu à travers la Philosophie, c’est-à-dire la Connaissance, et le pythagorisme qui donnera les éléments arithmétiques et géométriques nécessaires, réclamés par le symbolisme constructif ; il faut considérer que ces deux courants sont, directement ou indirectement, d’origine égyptienne. Notons également que ces deux colonnes sont les jambes de la Loge Mère, entre lesquelles naît le Néophyte, c’est-à-dire par la sagesse d’Hermès, le grand Initiateur, et par Pythagore, l’instructeur gnostique.

En fait, dans la plus ancienne Constitution Maçonnique éditée, celle de Roberts, publiée en Angleterre en 1722 (et donc antérieure à celle d’Anderson), mais qui n’est que la codification d’anciens us et coutumes opératifs qui viennent du Moyen Âge, et qui seront développés par la suite dans la Maçonnerie spéculative, il est spécifiquement fait mention d’Hermès, dans la partie intitulée « Histoire des Francs-maçons ». En effet, il apparaît là dans la généalogie maçonnique sous ce nom, ainsi que sous celui de Grand Hermarines, fils de Sem et petit-fils de Noé, qui trouva après le déluge les colonnes de pierre déjà citées où se trouvait inscrite la sagesse antédiluvienne (atlantique) et lut (déchiffra) sur l’une d’elles ce qu’il enseignerait plus tard aux hommes. L’autre pilier fut, comme nous l’avons dit, interprété par Pythagore en tant que père de l’Arithmétique et de la Géométrie, éléments essentiels dans la structure de la loge, et par conséquent ces deux personnages constituent l’alma mater de l’Ordre, en particulier dans son aspect opératif, lié aux Arts Libéraux.

Dans le manuscrit Grand Lodge nº1 (1583), seule subsiste la colonne d’Hermès, retrouvée par « le Grand Hermarines » (qui est fait descendant de Sem) « qui fut plus tard appelé Hermès, le père de la sagesse ». Notons que Pythagore ne figure plus en tant qu’interprète de l’autre colonne. Dans le manuscrit Dumfries nº 4 (1710) il apparaît également, comme « le grand Hermorian », « qui fut appelé ‘le père de la sagesse’ », mais dans ce cas, l’on a rectifié son origine d’après le texte biblique qui le fait descendre de Cham et non de Sem, par l’intermédiaire de Cusch ; comme le dit J,-F. Var dans La Franc-Maçonnerie : Documents Fondateurs, éditions de L’Herne, p. 207, n.33 : « Or, dans la Genèse (10, 6-8), Cusch est le fils de Cham et non celui de Sem. Le rédacteur du Dumfries a rectifié la filiation en conséquence. Dans le même temps, cette filiation résulte être celle que l’Écriture donne à Nemrod. De là l’assimilation de Hermès à Nemrod, contrairement à d’autres versions qui en font deux personnages bien distincts. » (traduit du castillan).

C’est également ce que met en avant le manuscrit qui a été nommé Regius, découvert par Haliwell au Musée Britannique en 1840 et que reproduit J. G. Findel dans l’Histoire Générale de la Franc-Maçonnerie (1861), dans son ample première partie qui traite des origines jusqu’en 1717, bien que ce n’y soit pas Pythagore l’herméneute qui, avec Hermès, déchiffre les mystères dont hériteront les maçons, sinon Euclide, qui est fait fils d’Abraham ; à ce sujet, rappelons que le théorème du triangle rectangle de Pythagore fut énoncé dans la quarante-septième proposition d’Euclide. Findel lui-même, se référant à la quantité d’éléments gnostiques et opératifs qui constituent la Maçonnerie, et s’occupant concrètement des carriers allemands, affirme : « Si la conformité qui résulte entre l’organisme social, les usages et les enseignements de la Franc-Maçonnerie et ceux des compagnies de maçons du Moyen Âge indique déjà l’existence de relations historiques entres ces diverses institutions, les résultats des investigations menées dans les arcanes de l’histoire et le concours d’une multitude de circonstances irrécusables établissent de façon positive que la Société des Francs-maçons descend, directement et immédiatement, de ces compagnies de maçons du Moyen Âge. » Et il ajoute : « L’histoire de la Franc-Maçonnerie et de la Société des Maçons est ainsi intimement liée à celle des corporations de maçons et à l’histoire de l’art de construire au Moyen Âge ; il est donc indispensable de jeter un bref coup d’œil à cette histoire pour arriver à celle qui nous occupe. »

Ce qui est intéressant dans ces références venues d’Allemagne, c’est que son Histoire Générale est considérée comme la première histoire (au sens moderne du terme) de la Maçonnerie, et dès le commencement l’auteur établit que : « L’histoire de la Franc-Maçonnerie, de même que l’histoire du monde, est fondée sur la tradition ». Il apparaît donc comme évident que les Anciens Us et Coutumes, les symboles et les rites et les secrets du métier, se sont transmis sans solution de continuité depuis des temps reculés et, bien sûr, dans les corporations médiévales, et le passage d’opératif à spéculatif n’a été que l’adaptation de vérités transcendantales à de nouvelles circonstances cycliques, en observant que le terme opératif ne se réfère pas seulement au travail physique ou de construction, de projection ou de programmation matériel et professionnel des travaux, mais aussi à la possibilité donnée à la Maçonnerie d’opérer la Connaissance chez l’initié, au moyen des outils que donne la Science Sacrée, ses symboles et ses rites. C’est précisément là ce qu’offre la Maçonnerie en tant qu’Organisation Initiatique, et se trouve confirmé par la continuité du passage traditionnel qui permet que l’on puisse trouver également dans la Maçonnerie spéculative, de manière réflexe, la vertu opérative et la communication avec la Loge Céleste, c’est-à-dire la réception de ses effluves qui sont les garants de toute véritable initiation, à plus forte raison lorsque les enseignements émanent du dieu Hermès et du sage Pythagore. De toutes façons, aussi bien l’une que l’autre sont des branches d’un tronc commun qui prend les Old Charges (Les Anciens Devoirs) comme modèle ; de ces derniers, ont été trouvés de très nombreux fragments et manuscrits sous forme de rouleaux, depuis le XIVe siècle, dans diverses bibliothèques.

Quant à Hermès, non mentionné dans les constitutions d’Anderson, en particulier l’Hermès Trismégiste grec (le Thot égyptien), c’est une figure aussi familière à la Maçonnerie des plus divers rites et obédiences qu’elle pourrait l’être pour les alchimistes, forgerons de l’immense littérature placée sous leur égide. Non seulement l’Hermétisme est le thème d’abondantes planches et livres maçonniques, et d’innombrables loges s’appellent Hermès, sinon qu’il existe des rites et des grades qui portent son nom. Il y a ainsi un Rite appelé Les Disciples d’Hermès ; un autre le Rite Hermétique de la loge Mère Écossaise d’Avignon (qui n’est pas celle de Dom Pernety), Philosophe d’Hermès est le titre d’un Grade dont le catéchisme se trouve dans les archives de la « loge des amis réunis de Saint Louis », Hermès Trismégiste est un autre grade archaïque que nous rapporte Ragon, Chevalier Hermétique est un niveau hiérarchique contenu dans un manuscrit attribué au frère Peuvret dans lequel l’on parle aussi d’un autre appelé Trésor Hermétique, qui correspond au grade 148 de la nomenclature dite de l’Université, où il en existe d’autres comme Philosophe Apprenti Hermétique, Interprète Hermétique, Grand Chancelier Hermétique, Grand Théosophe Hermétique (correspondant au grade 140), Le Grand Hermès, etc. Dans le Rite de Memphis également, le grade 40 de la série Philosophique s’appelle Sublime Philosophe Hermétique, et le grade 77 (9ème série) du Chapitre Métropolitain est nommé Maçon Hermétique. Dans l’actualité, les revues et dictionnaires maçonniques ne manquent pas non plus de références directes à la Philosophie Hermétique et au Corpus Hermeticum, auquel celle-ci se trouve liée, mais se retrouvent également des analogies avec la terminologie alchimique ; en voici un seul exemple, extrait du Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie de D. Ligou (p. 571) : « Nous citerons une interprétation hermétique de quelques termes utilisés dans le vocabulaire maçonnique : Soufre (Vénérable), Mercure (1er Surveillant), Sel (2ème Surveillant), Feu (Orateur), Air (Secrétaire), Eau (Hospitalier), Terre (Trésorier). L’on trouve ici les trois principes et les quatre éléments des alchimistes. »

Ce qui fait qu’Hermès et l’Hermétisme sont une référence habituelle dans la Maçonnerie, comme l’est aussi Pythagore et la géométrie. D’autre part, ces deux courants historiques de pensée viennent, à travers la Grèce, Rome et Alexandrie, de l’Égypte la plus lointaine, et par son intermédiaire, de l’Atlantide et de l’Hyperborée, comme c’est en fin de compte le cas de toute Organisation Initiatique, capable de relier l’homme à son Origine. Et il va de soi que cette impressionnante généalogie qui compte les dieux, les sages (les prêtres) et les rois (aussi bien de Tyr et d’Israël que d’Écosse : la royauté ne dédaignait pas la construction et le roi était un maître opérateur de plus) constitue un domaine sacré, un espace intérieur construit de silence, lieu où deviennent effectives toutes les virtualités, et où l’Être Universel peut ainsi se refléter de façon spéculative. La loge maçonnique, comme on le sait, est une image visible de la loge Invisible, tout comme le Logos est le déploiement de la Tri-unité des Principes.

L’influence du dieu Hermès et les idées du sage Pythagore n’ont pas totalement disparu de ce monde crépusculaire que nous habitons, elles sont en fait tout ce qu’il en reste y n’oublions pas que les alchimistes assimilent Jésus au Mercure Solaire, au moins en Occident. D’autre part, sans elles le monde ne pourrait pas même exister, aussi bien dans le domaine des énergies perpétuellement régénératrices attribuées à Hermès et à sa Philosophie, que dans celui des idées-force pythagoriciennes, dont l’ordre numérique (et géométrique) est aujourd’hui indispensable à la plus simple des opérations. La déité est immanente en tout être, et les Enfants de la Veuve, les fils de la lumière, la reconnaissent au sein de leur propre loge, faite à l’image du Cosmos. La racine H. R. M. est commune aux noms Hermès et Hiram, ce dernier formant avec Salomon un parèdre où se conjuguent la sagesse et la possibilité (la doctrine et la méthode), la Tradition (Kabbale) hébraïque, qui vît naître Jésus, se signalant comme le vecteur de cette révélation sapientielle, royale et artistique (artisanale) que constitue la Science Sacrée, apprise et enseignée dans la loge par les symboles et les rites, « livre » codé que les Maîtres déchiffrent aujourd’hui, ainsi que le firent leurs ancêtres dans les temps mythiques, puisque la Maçonnerie n’octroie pas la Connaissance en soi sinon qu’elle montre les symboles et indique les voies pour y accéder, avec la bénédiction des rites ancestraux, qui agissent comme les transmetteurs médiatiques de cette Connaissance. Autrement dit que l’actualisation de la possibilité, c’est-à-dire l’Être, l’assurance que tout est vivant, que le Présent est éternel, la simultanéité du Temps, la notion de Tri-unité du Seul et Unique, constituent une Connaissance que les francs-maçons atteignent par l’expérience que procure un apprentissage graduel et hiérarchisé.

Le Maître Constructeur emporte partout sa loge intérieure, c’est ce qu’il est lui-même, un Cosmos en miniature, conçu par le Grand Architecte de l’Univers. Mais l’œuvre est inachevée, sa pierre brute doit encore être polie (par la Science et l’Art) de même que le Créateur a ciselé son Œuvre. Les nombres et les figures géométriques symbolisent des concepts métaphysiques et ontologiques qui représentent également des réalités humaines concrètes et immédiates, aussi nécessaires que les activités physiologiques, et à partir de là toutes les autres. Le nombre établit la notion d’échelle, de proportion et de rapport, ainsi que de rythme, de mesure et d’harmonie, car ce sont les canaux percés par l’Unité vers l’indéfinité numérique, vers les quatre points de l’horizon mathématique et la multiplicité. Il est évident que Pythagore et Thalès de Milet n’ont rien « inventé », mais qu’ils ont reconnu, dans la série décimale qui retourne à son Origine (10 = 1 + 0 = 1), une échelle naturelle, une ascèse qui permettrait à l’être humain de compléter l’Œuvre et d’opérer ainsi la transmutation en Homme Véritable, paradigme de tout Initié, situé dans la Chambre du Milieu, entre l’équerre et le compas. Il n’y a pas eu de Tradition qui n’ait développé un système numéral qui lui serve de méthode de connaissance, en parfait accord avec les règles de la création. Rappelons que le toit de la loge est décoré par les astres, les Régents, qui gouvernent les sphères célestes et établissent les intervalles et les mesures de l’Harmonie Universelle.

Les maçons n’ont cependant jamais cessé de reconnaître la phrase évangélique : « Il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père » (Saint Jean 14, 2), car s’ils savent que devant eux s’ouvre un sentier qui les conduira à leur Père, il ne rejettent pas d’autres chemins ni s’opposent à aucune voie, car ils croient que les structures invisibles sont les mêmes, prototypes valables pour tout temps et tout lieu, malgré la constante adaptation de formes distinctes aptes à différentes individualités, la plupart du temps déterminées par les cycles temporels dont tout être vivant pourrait donner l’exemple, comme l’être humain et ses modifications et adaptations au cours des années, cycles auxquels la Maçonnerie n’échappe pas non plus, comme cela peut se vérifier dans sa lente transformation qui se concrétise finalement au XVIIIe siècle. Et c’est par la même compréhension de ses possibilités métaphysiques et initiatiques que la Franc-Maçonnerie reconnaît d’autres Traditions, et laisse également la porte ouverte à la pratique de n’importe quelle croyance religieuse, ou pseudo religieuse, à ses membres, beaucoup desquels concilient leur processus de Connaissance ­lire Initiation­ avec la pratique de préceptes et cérémonies religieuses exotériques et légales qu’ils croient pouvoir enrichir leur passage et celui des autres dans ce monde. Il n’y a donc pas de conflit entre Maçonnerie et Religion, à condition de ne pas tenter d’en mêler les concepts ni de prétendre, comme cela est déjà arrivé, que certains fondamentalistes (religieux ou non) essaient d’accaparer les loges à leur profit personnel. De fait, de nombreux hermétistes, pythagoriciens et maçons ont été, et sont, des chrétiens accomplis, ou bien de grands kabbalistes, et tous ont considéré les symboles comme leurs maîtres. L’Église Catholique n’a jamais condamné l’Hermétisme ni Euclide, héritier de la science géométrique pythagoricienne et maître des francs-maçons, mais elle a en revanche eu des problèmes avec la Maçonnerie depuis le XVIIIe siècle, au point de la condamner et d’excommunier ses membres. Il s’est produit néanmoins ces derniers temps un rapprochement progressif entre les deux institutions, éclaboussé ici et là d’incompréhensions et d’interférences, souvent intéressées. Selon José A. Ferrer Benimelli, S.J., la revue La Civilittà Cattolica de Rome, publiée dès 1852 et qui a suivi le thème de la Franc-Maçonnerie jusqu’à nos jours, révèle dans sa propre évolution ce processus de rapprochement, ou au moins de respect mutuel. En effet, les premiers articles sont violents et condamnatoires, suit une période de transition, et ceux des dernières années sont assez conciliatoires et ouverts au dialogue.

Nombreux sont les maçons catholiques, beaucoup d’entre eux français, qui ont tenté depuis des années de concilier les deux institutions et de lever l’excommunication ; il y a cependant bien d’autres auteurs maçonniques qui intègrent complètement la Tradition Hermétique dans leur Ordre sans avoir besoin d’exotérisme religieux. Tel est le cas d’Oswald Wirth, directeur pendant de nombreuses années de la revue Le Symbolisme et maçon reconnu, qui a écrit sur les Symboles de la Tradition Hermétique et les symboles maçonniques : Le Symbolisme Hermétique par rapport à l’Alchimie et la Maçonnerie, montrant de nombreux aspects de leur Origine identique ; quant aux maçons qui ont publié ces dernières années, aussi bien sur les différents grades que sur les Nombres, nous voudrions citer tout d’abord Raoul Berteaux, parmi un groupe notable qui a amplement traité de l’Arithmosophie, pythagoricienne à la base. Hermès, à qui est attribué l’enseignement de toutes les sciences, a joui d’un grand prestige au cours de diverses périodes de l’histoire de la culture d’occident. Cela a été le cas parmi les alchimistes et lesdits philosophes hermétiques, et les mêmes notions se sont manifestées dans l’Ordre des Frères Rose-croix, influences toutes recueillies par la Maçonnerie à tel point que l’on peut la considérer comme le dépôt de la sagesse pythagoricienne et responsable de sa transmission au cours des derniers siècles, ainsi que comme la réceptrice des Principes Alchimiques, tout comme des idées Rosicruciennes, ce qui est une évidence lorsque l’on peut vérifier facilement que l’un des plus hauts grades du Rite Écossais Ancien et Accepté, le 18, s’appelle précisément Prince Rosecroix. Des analogies et des connexions avec les Ordres de Chevalerie sont également réclamées par certains maçons, concrètement avec l’Ordre du Temple. Il existe de nombreux indices historiques qui prouveraient ces germes, ainsi que des rites et des traditions, en particulier l’un des mots de passage au grade 33, mais qui s’affaiblissent assez lorsque l’on se souvient que les templiers étaient à la fois moines et soldats (quoique grands constructeurs médiévaux), ce qui n’a aucun rapport apparent avec la Maçonnerie, dans laquelle l’on observe par ailleurs une très nette influence hébraïque que nous avons déjà signalée au sujet de Salomon et de la Construction du Temple, et qui se voit confirmée en vérifiant simplement que presque tous les mots de passage et de grade, secrets sacrés, sont prononcés en hébreu.

Dans le Dictionnaire Encyclopédique de la Maçonnerie (Ed. del Valle de México, Mexico D.F.), qui est peut-être le plus connu en langue espagnole, nous trouvons sous le titre « Hermès » l’entrée correspondante, dans laquelle l’on peut observer l’importance attribuée au Corpus Hermeticum qui, dans certaines loges sud-américaines, occupe la place de la Bible en tant que livre sacré. Le rapport entre Hermès et le silence est bien connu, et l’on qualifie d’hermétique se qui se trouve parfaitement clos, ou scellé. Le silence est également une caractéristique de la Franc-Maçonnerie ainsi que des pythagoriciens qui passaient cinq ans à le cultiver.

Élias Ashmole est aussi un digne point de confluence entre l’Hermétisme et la Maçonnerie. Cet extraordinaire personnage, né à Lichfield, Angleterre, en 1617, semble avoir joué un rôle important dans la transition entre l’ancienne Maçonnerie, antérieure à Anderson-Désaguliers, et son ultérieure projection historique, en voie de récupérer la majeure partie du message spirituel-intellectuel, c’est-à-dire gnostique (au sens étymologique du terme), des authentiques organisations initiatiques, parmi lesquelles la Franc-Maçonnerie et l’Ordre de la Jarretière. Il fut reçu dans la loge de Warrington le 16 octobre 1646 bien que, d’après son journal, il n’assista que plusieurs années plus tard à sa seconde tenue. Il ne faut cependant pas s’étonné de ce comportement chez une personnalité comme la sienne, produit de l’ambiance de l’époque, où le culte du secret et du mystère était habituel pour des raisons évidentes de sécurité et de prudence. En 1650, il publia son Fasciculus Chemicus sous le nom anagrammatique de James Hasolle ; il s’agit de la traduction de textes d’Alchimie en latin (dont certains de Jean d’Espagnet) avec sa préface. En 1652, il édita le Theatrum Chemicum Britannicum, une collection de textes alchimiques anglais en vers, qui réunit beaucoup des pièces les plus importantes de celles produites dans ce pays, et, six ans plus tard, The Way to Bliss, tout en travaillant à des recherches documentaires littéraires en tant qu’historien et développant son activité d’antiquaire en réunissant dans un musée toute sorte de « curiosités » et « raretés » se rapportant à l’archéologie et l’ethnologie, ainsi que des collections d’Histoire Naturelle, comprenant des espèces minérales, botaniques et zoologiques en tout genre. En réalité, ce fut là l’objectif scientifique du musée (où l’on a même réalisé les premières expériences scientifiques d’Angleterre), dont l’on visite aujourd’hui les magnifiques installations d’Oxford davantage comme musée artistique que comme institution précurseur de la science et auxiliaire de l’Université. La vie d’Ashmole a été très liée à celle d’Oxford, et les fonds de ses donations d’objets et de manuscrits à l’institution qui porte son nom (où se trouvent également les volumes de son journal, rédigés dans un système chiffré et qui contiennent de nombreuses notes sur la Maçonnerie) ont été d’une immense importance pour cette ville en raison de son prestige universitaire. Ashmole joua un rôle considérable à Oxford ainsi qu’à Londres : produit de son époque, il s’est consacré à la science naturelle et expérimentale comme une forme de magie des transmutations, tout comme de nombreux philosophes hermétiques. Il a ainsi été en rapport avec des Astrologues, des Alchimistes, des Mathématiciens et toute sorte de savants et de dignitaires de l’époque, avec lesquels il formera la Royal Society de Londres et la Philosophical Society d’Oxford. Ses nombreux amis et compagnons de toute une vie portent des noms illustres, beaucoup desquels étaient liés à la Maçonnerie aux plus hauts grades, comme Christopher Wren, ou aux recherches et exercices sur les Arts Libéraux et la Science Sacrée, et constituaient un ensemble de personnalités qui jouèrent un rôle fondamental en leur temps, en particulier en ce qui concerne la diffusion et la pratique de la Tradition Hermétique et ses liens avec la Franc-Maçonnerie. Ainsi que le disait René Guénon au sujet du rôle d’Ashmole : « Nous pensons même que l’on chercha au XVIIe siècle à reconstituer à ce sujet une tradition qui s’était en grande partie perdue ». Le nom de E. Ashmole brille sur cet extraordinaire travail à deux aspects : comme l’un des reconstructeurs de la Maçonnerie quant à son rapport avec les ordres de Chevalerie et les corporations de constructeurs, ainsi que comme confluent avec la Tradition Hermétique. Ashmole se donnait lui-même le nom de fils de Mercure (Mercuriophilus Anglicus), et son œuvre la plus importante, que nous avons déjà citée, The Way to Bliss, 1658, recueille ses travaux sur la Philosophie Hermétique, ainsi qu’il l’indique lui-même au lecteur dans son introduction.

Il faut également signaler que certains auteurs s’interrogent au sujet du catholicisme et du protestantisme dans le processus de passage de la Maçonnerie opérative à la Maçonnerie spéculative. Le propos est généralement simplifié en déclarant que les corporations opératives étaient catholiques et les spéculatives qui suivirent, protestantes. Il est évident que du point de vue historique, ces faits peuvent s’avérer plus ou moins « réels » puisque l’Ordre, comme toute institution, est sujet à certains va-et-vient cycliques qui se manifestent dans les sphères sociales, politiques, économiques, etc. Mais du point de vue de la Franc-Maçonnerie en tant qu’organisation initiatique, elle n’est pas assujettie au devenir, raison pour laquelle elle subsistera jusqu’à la fin du cycle. En réalité, la Tradition Hermétique (et Hermès lui-même) a subi d’innombrables adaptations au cours du temps, bien que n’ayant jamais cessé de s’exprimer, et il est évident que cette Tradition, tout comme les fondements de la Maçonnerie, elle-même identifiée comme la Science de Construire, est antérieure au Christianisme tout en ayant coexisté avec durant vingt siècles et que l’on ait même vu des hermétistes chrétiens et des chrétiens hermétiques (parmi lesquels de très hauts dignitaires, y compris des papes), ce qui n’empêche pas cette Tradition d’avoir des antécédents nettement païens, liés aux écoles de mystères ou, comme on les appelle aujourd’hui, les religions mystériques ; l’on pourrait donc affirmer que l’hermétisme possède un versant païen et un autre chrétien. Il faut à ce sujet préciser que le mot païen prend à nos oreilles, accoutumées aux aspects les plus superficiels des religions abrahamiques, la connotation de maudit, illégal, bâtard, ou au minimum de péché nébuleux. Ou encore d’ignorance attribuée au retard de peuples méconnus et qui n’intéressent même pas. L’on conçoit généralement le paganisme comme antagonique d’une opinion civilisée, souverainement primitif ou allant à l’encontre du christianisme ou de la religion, et par conséquent étranger à toute sorte d’ordre. Le paganisme est en somme éliminé d’avance par une censure intérieure, comme quelque chose d’un peu répugnant, avant que nous ne nous rendions compte qu’en réalité il ne s’agit que de la sagesse d’innombrables peuples traditionnels ayant habité ce monde avant et pendant les seulement vingt siècles qui caractérisent ce que l’on nomme la Civilisation contemporaine.

Nous supposons que de ce dernier point de vue, presque officiellement œcuménique, il n’y a pas d’injure à partager la pensée païenne, ainsi que l’ont vu des Pères de l’Église et de nombreux sages, prêtres et pasteurs contemporains.

En réalité, pour l’Hermétisme, historiquement antérieur au Christianisme, il existe une Cosmogonie Pérenne, qui se manifeste par sa philosophie et ses écrits de la même façon que pour le maçon, religieux ou non, elle le fait par ses symboles et ses rites.

Quant à la relation entre les Francs-maçons et les corporations de constructeurs et artisans, il existe trois grands témoignages souvent cités en tant que sources documentaires sur la pratique de la construction au Moyen Âge. Nicholas Coldstream les recueille dans son livre sur la pratique de la construction au Moyen Âge, où il rejette la notion de filiation « fantomatique » de la Franc-Maçonnerie avec les constructeurs et les artisans médiévaux, (sa thèse, simple, est que les maçons étaient des ouvriers et non pas des hommes de cabinet) malgré que, paradoxalement, son étude le confirme de plusieurs manières ; ainsi, il nous dit à ce sujet : « Il s’agit du document, rédigé par l’abbé Suger, qui relate la construction du nouveau chœur de l’abbaye de Saint-Denis ; du manuscrit daté circa 1200, du moine Gervais de Canterbury, sur l’incendie et la réparation de la cathédrale de Canterbury, et de l’Album de Villard de Honnecourt, ensemble de dessins et de plans d’édifices, de moulures et de tours élévateurs. Des trois, le texte de Suger nous renseigne davantage sur l’homme et la décoration de son église que sur l’édifice, bien qu’il y ait, au passage, quelques précieuses allusions à sa construction. L’examen attentif de l’Album de Villard de Honnecourt nous permet de douter sérieusement que celui-ci ait construit quelque fois des églises et qu’il ait eu quelque connaissance en matière d’architecture ; quant à ses dessins, s’ils sont intéressants, ce ne serait cependant pas ceux d’un architecte ou d’un atelier de maçon. Le texte de Gervais, au contraire, est l’unique document médiéval qui décrive une équipe de maçons au travail ; il fournit de nombreuses informations sur la pratique des maçons et sur quelques méthodes de construction. »

La référence à l’Album de Villard de Honnecourt nous intéresse tout spécialement. En effet, ce n’est pas la première fois que l’on signale certaines caractéristiques quant au fait que ce cahier n’est pas un manuel de technologie appliquée, sinon tout à fait autre chose, beaucoup plus en rapport avec les notions de la Philosophie Hermétique notées à l’usage des maîtres d’œuvre. Et le fait qu’il existe un document de ce type (document de cabinet plus qu’autre chose) est une preuve que la spéculation sur le symbolisme et le langage hermétique dans sa version chrétienne avait déjà des adeptes au début du XIIIe siècle, qui vit naître, entre autres, les cathédrales de Chartres et de Reims.

L’on a beaucoup écrit sur ce thème et le débat demeure ouvert ; l’investigateur en tirera ses propres conclusions, mais ne pourra ignorer la Tradition Orale et sa filiation universelle avec le Symbolisme Constructif, qui peut se manifester aussi bien en Extrême-Orient qu’en Égypte ou en Méso-Amérique ; dans les « collegia fabrorum » romains, ou chez les corporations médiévales, que l’on considère généralement, faisant abstraction de toute référence initiatique ou ayant un rapport avec les Francs-maçons, comme fermées et en même temps dépositaires de connaissances relatives à « l’office », qui se transmettaient par le biais des symboles et des termes d’un langage chiffré.

Il faut néanmoins tenir compte du fait que l’influence de la Philosophie Hermétique, d’une part, et celle des corporations de constructeurs chrétiens d’autre part (ainsi que d’autres déjà mentionnées, comme l’Ordre du Temple), n’est pas la même dans les différents Rites où, sur une base commune, l’on peut observer quelques filiations penchant vers l’un ou l’autre de ces aspects. Nous ne pouvons traiter ici le sujet vaste et complexe de la diversité des Rites maçonniques, mais nous pouvons en revanche signaler leur existence, ainsi que celle de différents aspects de la Science Sacrée qui inspirent à certains plus ou moins de sympathie. Puisque la Maçonnerie est une et seule, comme est une et seule la Construction Cosmique, et donc le Symbolisme Constructif, les interpénétrations d’influences diverses, leurs oppositions et conjonctions, forment part de l’ensemble de déséquilibres et d’adaptations auxquels doit faire face l’héritage maçonnique, véhiculé par la civilisation judéo-chrétienne. Cela a déjà eu lieu par le passé et explique le passage de la Maçonnerie opérative à la spéculative comme nous l’avons déjà dit, franchissement graduel qui fit que certaines loges « opératives » (antérieures à 1717) possédaient des éléments « spéculatifs » et que de nombreuses loges « spéculatives » (actuelles) sont en fait opératives. Il existe même des documents témoignant de la coexistence de toutes deux, thème que divers auteurs ont appelé Maçonnerie de transition. En effet, après la publication des Constitutions d’Anderson, un groupe de nombreux maçons écossais, irlandais et d’autres lieux d’Angleterre décident de se séparer de la Grande Loge fondée à Londres (et qui débuta avec quatre loges seulement), leurs différences portant en partie sur certaines altérations de signification, voire rituelles, auxquelles ne sont pas étrangères les distinctions religieuses, et créent même une espèce de Fédération de l’Ancienne Maçonnerie qui ne renouerait ses relations avec les Anglais qu’après plusieurs dizaines d’années, mais en conservant ses points de vue traditionnels plus en rapport avec le mode opératif ou initiatique qu’avec le spéculatif ou allégorique ; il faut ajouter à cela les problèmes de succession au trône d’Angleterre auquel prétendait Jacques, écossais et catholique, qui avait de nombreux partisans, non seulement dans les îles mais aussi sur tout le continent.

Quoiqu’il en soit, cette situation de diversité de Rites se retrouve dans les différents degrés, qui varient en nombre, appellation et condition, selon les différentes formes maçonniques. Ce sujet est intéressant mais il nous semble prioritaire de rappeler que ces grades (qu’ils soient au nombre de trois, sept, neuf ou davantage) représentent des étapes dans le Processus de Connaissance, ou d’Initiation, et que ces passages ou états sont synthétisés et désignés dans la Franc-Maçonnerie par les noms d’Apprenti, Compagnon et Maître, correspondant aux trois mondes : physique, psychique et spirituel. Ces trois grands degrés contiennent en synthèse tous les autres grades, dont la plupart n’en sont parfois que des spécifications ou des prolongations. Mais il est clair que la division est hiérarchique et qu’elle s’effectue au sein d’un ordre rituel qui correspond symboliquement à ces étapes de l’Initiation ou Voie de la Connaissance. Mais il n’y a pas non plus de pouvoir central regroupant toute la Maçonnerie, bien qu’il existe des Grandes Loges extrêmement puissantes avec tout un passé traditionnel, et les différentes Obédiences et Rites conservent une attitude de respect mutuel, puisque tous descendent d’un tronc commun.

Cette espèce d’indépendance, si l’on peut la nommer ainsi, est également très nette au sein de chaque loge, où les symboles sont ou non opératifs, où les rites prescrits sont ou non pratiqués. L’Unité maçonnique se produit fondamentalement dans l’Atelier, projection du Cosmos, quelle que soit l’Obédience à laquelle il appartient.

Il nous reste à mentionner que ces trois degrés constituent ce que l’on appelle la Maçonnerie Bleue ou Symbolique. Au-dessus se trouvent les Hauts Grades, système de hiérarchies qui n’est pas pris en considération dans certaines Obédiences ni accepté par certains Rites. Il faut également savoir que le passage d’un grade à l’autre signifie que l’on commence à s’initier au grade obtenu ; ainsi, si un Compagnon reçoit le grade de Maître, c’est qu’il débute son initiation à ce degré. De même, les grades sont permanents et l’on ne perd jamais ceux que l’on a acquis au cours d’une carrière maçonnique normale.

Nous devons à présent mentionner un peu plus l’Alchimie en tant qu’influence présente dans l’Ordre Maçonnique. Nous avons déjà signalé que Soufre, Mercure et Sel, les principes alchimiques, se trouve directement incorporés dès les premiers degrés.

L’Alchimie a en commun avec la Maçonnerie le développement intérieur, tendant vers la Perfection, que les alchimistes considéraient comme l’objet de leurs efforts (puisque la Nature n’avait pas achevé son Œuvre, que l’Artiste ou Adepte devait compléter), tout comme les Maçons les buts ultimes de la Franc-Maçonnerie, qui comprennent la mort et sa conséquence régénération à un autre niveau ou état de conscience.

D’un autre côté, les amis de la Philosophie Hermético-Alchimique ont l’habitude de dire entre eux que le dernier grand Alchimiste (et écrivain en la matière) fut Irénée Philalèthe, au XVIIe siècle. Cela est assez vrai dans un sens, sauf que l’on n’observe pas très clairement que, dès lors et jusqu’à présent, cette Tradition ne s’interrompt pas, sinon qu’elle se transforme, et énormément de ses enseignements et symboles passent à la Maçonnerie à titre de transmetteur de l’Art Réel et de la Science Sacrée, aussi bien dans les trois degrés de base que dans la hiérarchie des hauts grades. D’après René Guénon, ces hauts grades sont une prolongation de l’étude et de la méditation sur les symboles et rituels (certains d’entre eux sont appelés philosophiques), nés de l’intérêt de nombreux maçons à développer et rendre effectives les possibilités qu’offre l’Initiation ; pour cette raison, l’utilité pratique de ces grades est indubitable et ils constituent la hiérarchie couronnant le processus de la Connaissance, toujours en fonction du caractère initiatique de l’organisation, comme nous le fait observer l’auteur, qui nous met aussi en garde contre le danger existant que ces grades se consacrent à des problèmes sociaux ou politiques, mutables par nature et donc distants des fondations du Temple maçonnique, construit en pierre. (Voir « René Guénon » : article « Les Hauts Grades »).

Tout comme dans le symbolisme Alchimique, le soleil et la lune jouent dans le symbolisme maçonnique un rôle fondamental et on les retrouve en des endroits aussi essentiels que les tableaux et la décoration des loges (placés à l’Orient). Il s’agit bien sûr des principes actif et passif correspondant également aux colonnes Jakin et Boaz, qui signalent ainsi l’opposition de ces énergies en même temps que leur conjonction en un axe invisible d’où est tendu le fil à plomb du Grand Architecte de l’Univers. Sans laisser de côté la primauté de cette signification générale, il faut aussi tenir compte de la réalité de ces astres, car il existe un calendrier maçonnique dont les deux extrêmes représentent, comme presque toutes les Traditions, les solstices d’été et d’hiver, fêtes des deux Saint Jean, qui marquent les limites du parcours du soleil, signalant aussi les points intermédiaires correspondant aux équinoxes sur la roue du temps, et nous introduisent dans la doctrine des rythmes et des cycles. Il existe par ailleurs une prééminence entre ces deux luminaires, puisque la lune brille grâce à la lumière du soleil, notion qui n’est pas étrangère à la Tradition Hermétique et à la Kabbale, tous deux étant utilisés d’une façon générale pour désigner des degrés de Connaissance, ou des étapes du parcours initiatique. Jean Tourniac, dans le prologue du célèbre Tuileur de Vuillaume note, en faisant référence aux cycles, l’assimilation du parèdre lune-soleil à celui des symbolismes solaire et polaire. Cette association, qui possède d’infinies voies de développement, pourrait également se rapporter à deux aspects de la maçonnerie incarnés dans les figures mythiques de Salomon (solaire) et de Pythagore (polaire), lesquels auraient à leur tour, et cela Tourniac ne le dit pas, une certaine analogie avec les grades symboliques (Maçonnerie Bleue) et les Hauts Grades, ou c’est en tout cas ce que fut prétendu par ceux qui instaurèrent ces derniers.

La littérature sur la Maçonnerie ou les investigations historiques portant sur l’Ordre comprennent généralement les auteurs, les milieux et les écrits antimaçonniques, le panorama au sujet de ses origines et ses buts étant si confus qu’il s’est créé une suite de « légendes » parallèles, faisant que certains investigateurs aient du mal à traverser une espèce de frontière « maudite » et invisible qui répond aux « légendes obscures » au sujet de la Franc-Maçonnerie, comme celles divulguées en France par Léo Taxil, beaucoup ayant leur origine dans le catholicisme. Un autre genre de critiques, ne se référant pas à son contenu spirituel, est fondé sur les agissements politiques et économiques de certaines loges qui, utilisant la structure maçonnique et s’abritant derrière l’indépendance des Ateliers, ont ainsi profité de l’Ordre et du public, projetant une image déformée de la Maçonnerie. Il faut bien reconnaître que cela a été le cas à plusieurs occasions, bien qu’en même temps cela arrive depuis des années à toutes les institutions, dont la décomposition est évidente. Dans quelques sociétés, l’Ordre jouit encore du prestige qu’il avait par le passé et, dans certains pays, sa force spirituelle, gestionnaire de grandes entreprises, a laissé des traces visibles qui sont suivies aujourd’hui. Il y a parfois des maçons qui ne connaissent pas encore la Maçonnerie, ou qui croient qu’il s’agit d’autre chose, de plus concret et plus matériel, mais tous assument leur devise : Liberté, Égalité, Fraternité, et accomplissent leur Rite en accord avec leurs Anciens Us et Coutumes. Si ce n’est pour la cohérence et le contenu spirituel-intellectuel que les symboles et les rites manifestent, la Maçonnerie serait une absurdité de plus, et ne serait en tout cas pas parvenue jusqu’à nos jours.

Une autre chose qu’il faudrait remarquer, c’est la curiosité de savoir quel est le grade réel de Connaissance que possède tel ou tel maçon ou, plus généralement, tel ou tel Initié ; mais qui cela intéresse-t-il ? Cela a-t-il de l’importance et à qui cela importe-t-il ?

Logiquement, cette question n’entre pas dans les limites d’une investigation basée sur la documentation et il est donc très difficile d’établir des origines claires et des séquences logiques sur un sujet qui ne l’est pas, en dépit des efforts pour le faire. L’un de ces investigateurs, que nous avons déjà cité, J. A. Ferrer Benimelli, qui a publié plus de vingt ouvrages d’intérêt sur la Maçonnerie et ignore systématiquement Hermès, nous informe : « Bernardin, dans son ouvrage Notes pour Servir à l’Histoire de la Franc-Maçonnerie à Nancy jusqu’en 1805, après avoir compulsé deux cent six œuvres portant sur les origines de la Maçonnerie, trouva trente-neuf opinions diverses, certaines aussi originales que celles qui font descendre la Maçonnerie des premiers chrétiens voire de Jésus Christ lui-même, de Zoroastre, des Rois Mages ou des Jésuites, pour ne pas citer les théories plus connues dites "classiques", qui font remonter la Franc-Maçonnerie aux Templiers, aux Rose-Croix ou aux juifs » et il ajoute en note : « De ces trente-neuf auteurs, vingt-huit ont attribué les origines de la F.-M. aux maçons constructeurs de la période gothique ; vingt auteurs se perdent dans la plus lointaine antiquité ; dix-huit les situent en Égypte ; quinze remontent à la Création, mentionnant l’existence d’une loge maçonnique au Paradis Terrestre ; douze, aux Templiers ; onze, à l’Angleterre ; dix, aux premiers chrétiens ou à Jésus Christ lui-même ; neuf, à la Rome antique ; sept, aux Rose-Croix primitifs ; six, à l’Écosse ; six autres, aux juifs, ou à l’Inde ; cinq, aux partisans des Stuart ; cinq autres, aux jésuites ; quatre, aux druides ; trois, à la France ; le même nombre les attribuent : aux scandinaves, aux constructeurs du temple de Salomon, et aux survivants du déluge ; deux, à la société « Nouvelle Atlantide », de Bacon et à la prétendue Tour de Wilwinning [Kilwinning]. Finalement, à la Suède, à la Chine, au Japon, à Vienne, à Venise, aux Rois Mages, à la Chaldée, à l’ordre des Esséniens, aux Manichéens, à ceux qui travaillèrent à la Tour de Babel et, pour finir, un qui affirme que la F.-M. existait avant la création du monde. »

Une confusion des origines analogue échoit à la Tradition Hermétique, avec le mythe d’Hermès et Hermès Trismégiste, avec tout mythe et origine et, bien sûr, avec le Corpus Hermeticum, livres qui, comme nous l’avons vu auparavant, condensent et rappellent le savoir de cette Tradition. En effet, Jean-Pierre Mahé, spécialiste qui, avec P.-J.-A. Festugière, a consacré sa vie à l’étude de ces textes, croit que les fragments en arménien de cette littérature viennent du premier siècle avant notre ère, et que les versions postérieures ayant été conservées, en grec, latin et copte, dérivent de ceux-ci, de par leur contenu nettement païen, dégagé des influences gnostiques et chrétiennes qui lui ont été attribuées avec une certaine liberté. Il est intéressant d’observer de quelle façon ce spécialiste, au cours de son plus important travail à ce sujet, Hermès en Haute-Égypte, où il confronte différentes versions du Corpus entre elles, à d’autres manuscrits trouvés à Nag-Hammadi et avec des auteurs antiques, etc., arrive à la conclusion qu’ils sont tous apparentés, qu’ils émanent d’une source unique, et qu’ils ont même un ton, un air, un esprit commun qui se manifeste aussi dans leur style, opinion que nous partageons. Mais ce savoir, propre au Corpus, que Mahé juge solennel, répétitif, contradictoire et sentencieux, comme de la mauvaise littérature, en somme (qu’est-ce qu’une bonne littérature et qui est capacité pour la définir, et par rapport à quoi ?), nous semble difficile à appréhender avec des paramètres logiques, quel que soit l’effort et le travail employés et malgré l’inappréciable contribution que représente l’établissement de ces textes, leur traduction et les commentaires, même vus de façon réitérée dans une perspective totalement étrangère à celle qu’ils possèdent. D’où le danger d’aborder les choses d’un ordre déterminé avec des moyens qui ne sont par nature pas ceux qui conviennent, puisqu’ils sont eux-mêmes constitués de séries de conditionnements appartenant au monde profane, que même une éblouissante érudition ne peut dissimuler, car ils apparaissent ici et là dans la littéralité des propos, l’infantilisme des conceptions, la disproportion vertigineuse entre le sens sapientiel-émotionnel du texte et la lecture « universitaire », c’est-à-dire profane, que l’on en fait. Il ne faut pas traiter une société initiatique exclusivement d’après ses actions humanitaires ou altruistes, car l’on court le risque de dénaturer son authentique raison d’exister.

Un autre thème plus ou moins utilisé à titre de critique, aussi bien de la Maçonnerie que de l’Hermétisme, est leur caractère prétendument syncrétique. En premier lieu, l’abus de ce mot, qui équivaut pour certains à une disqualification, nous semble condamnable. Le Christianisme, l’Islam, le Bouddhisme, l’Antiquité Gréco-romaine, d’innombrables Traditions archaïques, et même la Civilisation Égyptienne et la Chinoise, pourraient aujourd’hui être jugées « syncrétiques » à la lumière des documents les plus anciens et sans mentionner la notion de Tradition Unanime, au-delà de telle ou telle forme. En effet, le terme était en vogue à une époque où l’investigation anthropologique et l’Histoire des Religions en étaient à leurs balbutiements, et l’on croyait à la « pureté », atout de certaines cultures et concept extrêmement dangereux, pouvant de plus dériver sur l’erreur de prendre les races comme des religions. Le terme est malheureusement resté en usage, et certains l’utilisent comme une arme brandie pour condamner ce qu’ils croient ne pas leur convenir, ou qui échappe à leurs simplifications élémentaires. L’Histoire de l’Église est encore bien proche avec ses Conciles, la formation de ses Dogmes, sa Théologie, l’Histoire de ses Papes, etc., pour que la Chrétienté puisse reprocher à la Tradition Hermétique et à la Franc-Maçonnerie une chose allant dans ce sens, et cela pourrait être étendu à d’autres religions ou influences spirituelles qui composent la Culture d’occident. D’innombrables courants ont formé cette Civilisation, la plupart desquels coexistent avec nous d’une façon ou d’une autre, et nous devons rendre grâces à Dieu, au nom de notre culture, car ces interrelations naturelles qui se déversent avec les migrations humaines d’un peuple, et sa langue, à un autre, ont existé depuis toujours, en dépit de l’acide accusation de syncrétisme émanant de soi-disant autorités se basant sur des structures imaginaires et caduques.

En définitive, les diverses composantes de la Franc-Maçonnerie ne sont pas un obstacle pour que cette adaptation de la Science Sacrée et de la Philosophie Pérenne soit totalement Traditionnelle, sinon qu’elles démontrent le contraire dès lors que l’on en considère les doctrines, c’est-à-dire, en soi.

En effet, les corporations de constructeurs médiévaux ont donné sa structure à la Franc-Maçonnerie, y compris les trois degrés initiatiques et leur symbolique fondamentale liée à l’Art de Construire. Cette influence découle, ou au moins a des antécédents chez les Collegia ou Scholae romains, qui se rattachent aux Religions de Mystères, lesquelles le sont à leur tour à l’Égypte, comme nous l’avons vu. D’autre part, dans l’Alexandrie greco-égyptienne des premiers siècles antérieurs et postérieurs au Christianisme, il se produit une résurgence aussi bien des religions mystériques, qui subsistaient encore, que des études néoplatoniciennes, pythagoriciennes et théurgiques-gnostiques, qui débouchent sur un courant où la Tradition Hermétique véhiculera ces énergies jusqu’à la Renaissance où elle refleuriront, en passant par le Moyen Âge, où elles revêtirent des formes chrétiennes, ce qui n’était pas difficile, vu l’identité de ces deux traditions quant à origines et finalités. C’est précisément au Moyen Âge que des milliers de temples se construisirent en Europe, et des châteaux, et des villes entières, aussi bien dans le style roman que gothique, par le biais de ces associations corporatives, intégrées à la cité médiévale en tant qu’éléments constitutifs de son ordre, assise de la gnose Hermétique par l’intermédiaire de Pythagore et de l’Arithmosophie, à savoir le véritable sens des nombres, des proportions, de l’orientation, des cycles, etc., c’est-à-dire les mystères de la Cosmogonie, les secrets du métier, manifestés par la Philosophie des Pères de l’Église et Denys l’Aréopagite, entre autres, et surtout par l’Évangile Chrétien, Saint Paul, et le fond traditionnel mythologique, religieux et agricole des cultures antérieures au christianisme.

Toutes ces influences spirituelles, ou intellectuelles, passent directement à la Maçonnerie, ce qui se trouve documenté dans des manuscrits allemands et anglais, et c’est sur cette structure que vont venir se greffer les autres éléments que nous avons mentionnés. Ainsi, l’Alchimie s’intègre à ce courant de pensée puisqu’elle n’est pas autre chose qu’une expression de plus, ou une adaptation, de ce savoir traditionnel, et les mêmes Adeptes se réclament de la filiation Hermétique et se regroupent sous son égide. L’on peut dire la même chose des Rose-Croix, héritiers de la pensée hermétique et historiquement liés aux Alchimistes et à la Maçonnerie. En raison de ses racines médiévales, il faut également considérer l’association de l’Ordre à d’autres Ordres constructeurs et de chevalerie

Quant à l’élément juif, nous serions fort étonnés qu’il ne soit pas présent dans un Ordre initiatique né en Europe, puisque, avec le christianisme qui en est un dérivé, il a véhiculé les divers éléments de ce que nous appelons aujourd’hui Occident, où ressort la figure du sage, roi et constructeur, incarné par Salomon. En effet, le symbolisme du temple maçonnique est fondamental dans la Franc-Maçonnerie, et il est reconnu comme le modèle et le dépositaire de toute science, opinion que partagent les sages ; ainsi, dans le manuscrit d’Isaac Newton intitulé « The Original of Religions », il est dit : « De manière que le but de la première institution de la religion véritable en Égypte était de donner à l’humanité, au moyen de la structure des temples antiques, l’étude de la structure du monde comme le véritable Temple du grand Dieu qu’ils adoraient ».

D’après ce qui précède, la Maçonnerie est l’heureux résultat de la relation et de la synthèse entre différentes façons d’accéder à la Connaissance, et l’unicité que ces formes réclament. Mais il est clair qu’une entreprise d’une telle envergure n’a pas été l’œuvre de quelques uns, ni un ensemble d’actions individuelles tendant à obtenir cette synthèse, malgré toute la reconnaissance que certaines personnes méritent à cet aspect. La Franc-Maçonnerie est ­et restera­ un dépôt de Sagesse Traditionnelle qui accorde la Connaissance à ceux qui sont capables de la recevoir, et qu’elle a généreusement répandu de manière spirituelle ­la loge est un condensateur d’énergies­, et divulguée culturellement au moyen de ses écrits et de la participation de ses membres dans diverses institutions, sans parler des lois publiques, d’œuvres sociales ou de bienfaisance. Il faut ajouter à tout ceci la pérenne dignification du travail, véritable objet de culte de sa discipline et instrument de connaissance pour un Maçon, donc activité humaine par nature.

Remarquons que, quelles que soient les origines maçonniques, elles désignent toujours les artisans et les constructeurs médiévaux et non les prêtres et les nobles de l’époque. L’on sait que les rangs étaient bien définis au Moyen Age et qu’ils comprenaient essentiellement quatre catégories d’importance décroissante : a) l’Église, la Papauté et le clergé pour la sagesse, b) la royauté et la noblesse, en particulier dans son aspect militaire, c) les clercs, commerçants et professionnels (artistes et artisans), et d) la paysannerie, consacrée au service et à la production.

La Maçonnerie doit être considérée comme originaire de ce troisième corps, selon les lois cycliques, bien que son histoire mythique comprenne des rois constructeurs et des sages architectes, qu’au XVIIIe siècle elle ait été constituée par la noblesse et qu’au XIXe elle ait nettement joui de l’appui d’une bourgeoisie qui était déjà au pouvoir ; l’incorporation de l’Alchimie (Via Regia) est également significative, avec l’intégration de la Philosophie Hermétique comme composante de la sagesse sacerdotale. La doctrine des cycles nous indique qu’ils s’enchaînent les uns aux autres en une succession indéterminée, mais que chacun possède une organisation prototypale quaternaire commune, qui se développe selon un ordre invariable et fait qu’un élément constitutif déterminé du cycle prédomine sur les autres, ce qui est évident dans la quaternité des âges humains : enfance, jeunesse, maturité et vieillesse. L’histoire suit le même schéma, et chacune des composantes quaternaires de la société doit avoir une période de suprématie sur les autres. Ainsi, l’on a vu clairement dans l’Histoire d’occident la perte de pouvoir de l’Église en faveur de la noblesse, et de celle-ci pour la bourgeoisie, pour terminer chez les masses prolétaires qui détiennent aujourd’hui une grande partie du pouvoir, nonobstant la confusion qui règne à cet aspect, les contredisant au point qu’au sein d’une même famille, ou d’un milieu social identique, puisse naître un philosophe ou un ignare, un être noble ou une bête. En tout cas, la Tradition Hindoue accrédite elle aussi cette division en Castes (qui n’a rien à voir avec les « classes sociales »), qui se retrouve d’ailleurs dans d’autres cultures plus archaïques, castes fixées par le Destin, puisque c’est la naissance qui les détermine, bien que comme nous l’avons vu à l’époque actuelle, les états sont tellement mélangés que leur validité se désintègre, car l’humanité se trouve au dernier stade d’une période de dissolution qui, on le sait, est appelée Kali Yuga.

Du point de vue historique, la Maçonnerie naît à une époque où les corporations d’artisans devenaient des institutions de pouvoir et le professionnalisme de ses intégrants occupait une fonction dans le cadre de l’État. Cette influence va de paire avec la perte d’importance de l’Église, et de la Monarchie, et trouve son écho dans la croissante prépondérance de la bourgeoisie formée par les professionnels, les marchands et les clercs, dans les siècles suivants. Et cette détermination qui fait les cycles historiques et les castes marquera en quelque sorte les maçons (malgré les prétentions mondaines de certains), qui appartiennent généralement à ces états sociaux professionnels et commerciaux, que protège aussi le dieu Mercure.

Signalons que pour la Tradition Hindoue déjà mentionnée, ce sont les kshatriyas et plus particulièrement les vaishyas (caste qui peut aussi accéder à la libération comme celle des sages et des guerriers) qui pourraient être comparés aux états sociologiques et historiques de la Maçonnerie, également associée à Noé (et son bateau), à savoir comme dépositaire de la très ancienne Science Sacrée, émanation de la Tradition Hermétique. Pour terminer, notons que même la Maçonnerie médiévale est nomade, ou plutôt semi-nomade, et que les constructeurs de cathédrales, de châteaux ou de bourgs, voyageaient d’une zone à l’autre suivant les besoins, semblables dans leurs mouvances aux tribus qui changent de parages selon les leurs. À un moment donné, ces constructeurs s’installent dans diverses villes et fondent des corporations de différents offices, car la cité a grandi et qu’elle se développe en même temps qu’eux ; ils sont donc à présent un personnel sédentaire et, ainsi établis, offrent d’une façon ou d’une autre leurs connaissances, indispensables à tout labeur ordonné et civilisateur. Comme nous le voyons, il est également possible de faire le parallèle entre l’évolution de la Maçonnerie et les différentes étapes par lesquelles est générée la culture, fondamentalement implantée dans

les villes. Abel a laissé la place à Caïn, et les constructeurs changent leur façon d’agir, constituant le solide modèle des cités et, finalement, de l’état. Caïn a tué Abel mais, grâce à son sacrifice, le constructeur peut traverser la rigide voie des formes, d’essence non formelle, qui cependant les contient potentiellement. Le constructeur réalise alors, au moyen d’une industrie contingente, un commerce éminemment métaphysique et transcendant.

Il est intéressant d’observer que Caïn, ancêtre des maçons comme on le sait, fut condamné par YHVH à être un vagabond errant sur la terre pour purger le crime commis contre son frère Abel. Mais tandis qu’il construisait une cité, son épouse donna le jour à son fils Hénoch (nom apparaissant dans l’Ancien Testament comme étant celui du fils de Caïn et celui du cinquième fils de Seth) dont le nom devint celui de la ville. Ceci (Genèse 4, 9 a 18) vient confirmer ce qui a été dit au sujet des errances permanentes et la postérieure fixation d’une famille, qui se projette sur une maison puis sur une cité, ou civilisation.

Nous pensons que ce genre de symbolique liée aux phénomènes cosmiques ou cycliques, est à la base du passage de la maçonnerie opérative à la spéculative, c’est-à-dire de l’adéquation à de nouveaux modes d’expression de la Science Sacrée par rapport aux engouements de la pensée humaine. De toutes manières, le fait se reproduit toujours dans n’importe quelle transformation où quelque chose se perd et quelque chose se régénère ; il y a ceux qui préfèrent se lamenter sur ce qui a été perdu, d’autres se réjouissent du fait que la doctrine ait survécu, au-delà des procès plus ou moins politiques (Hanovre-Stuart) ou des formes de christianisme (églises réformées-églises soumises à Rome). Dans ce dernier cas, la vigueur des réformes entreprises par les « modernes » universalise la Maçonnerie qui ouvre ses portes aux juifs (1732) et aux islamiques (1738) de façon œcuménique au détriment d’une orthodoxie provinciale préconisée par certains agents du pouvoir ecclésiastique. Et si beaucoup de maçons, dont nous faisons partie, rejettent le pouvoir de Rome, ils ne le font pas en tant que membres de l’Ordre, sinon exclusivement en tant que chrétiens, compromis avec les textes évangéliques et donc également avec l’Ancien Testament, au désavantage de la nouvelle théologie de la libération.

Et s’il est vrai que la Maçonnerie, comme nous l’avons vu à plusieurs reprises, a ses origines chez les tailleurs de pierre médiévaux, et donc dans les rigueurs religieuses des conceptions d’alors, il ne faut pas oublier que, dès cette époque et jusqu’au XVIIIe siècle, où elle prend sa forme spéculative, ces constructeurs ont vécu au sein d’un nouveau monde, celui de la Renaissance, inspiré par le Corpus Hermeticum, le Pythagorisme (les Hymnes Orphiques et les Oracles Chaldéens également) et surtout par Platon, les néoplatoniciens et Proclus, ce qui se voit reflété dans ses palais, ses églises, ses jardins et ses tours, son architecture intérieure, ses inventions mécaniques et autres merveilles de magie naturelle et d’expérimentation scientifique et artistique (peintures, sculptures, orfèvrerie et ébénisterie) dont fut à l’origine l’Académie des Médicis, dirigée par Marsile Ficin, dont l’influence se répandit dans toute l’Europe durant près de trois siècles, et qui fut du reste présente dans l’Angleterre élisabéthaine et ses successeurs, et qui ne débouche pas par hasard, seulement à titre d’exemple, sur la traduction du Corpus Hermeticum par Sir Walter Scott, maître maçon, à la même époque où les loges anglaises surgissent avec force dans l’Histoire moderne. Les divers Rites et Obédiences, malgré leur hétérogénéité, ont en commun le Grand Architecte de l’Univers, et un office partagé : l’Art et la Science de Construire, qui reconnaissent le Symbole comme leur expression la plus accomplie. Cette diversité pourrait en quelque sorte être comparée aux différentes « gnoses » des premiers siècles de notre ère, y compris la chrétienne, dont le but ultime était évidemment le même, malgré les malversations variées dans lesquelles peut se voir impliquée n’importe quelle association. Cette « atomisation » des Loges est, en fait, la forme prise historiquement par la Maçonnerie pour se multiplier, et nous ne devons donc pas nous surprendre si tel ou tel Atelier met l’accent sur un aspect des symboles ou un autre, ou sur les origines de l’Ordre, selon qu’il s’y sent plus ou moins identifié. De même, ceux qui se sentent plus en rapport émotionnellement avec une Religion déterminée, ou avec des notions humanistes d’un type différent.

Toutes ces idées, ou plutôt la convergence et exécution de ces courants maçonniques, peuvent également aujourd’hui avoir lieu dans un cadre plus vaste que celui des ateliers, où des questions d’ordre simplement personnel de sympathies et d’antipathies, ou des problèmes sociaux ou économiques et politiques, peuvent souvent créer des tensions, voire même des abîmes entre leurs intégrants. Il pourrait y avoir une solution à cela, qui en fait est déjà appliquée dans certaines loges d’études maçonniques, formées par des maîtres de différents ateliers, comme cela se passe ailleurs ; ces loges, qui se réunissent une ou deux fois par an, célébrant les solstices, s’occupent de travaux exclusivement doctrinaux et historiques sur les symboles, rites et antécédents initiatiques de l’Ordre, sans se laisser affecter par les influences diverses qui circulent entre les différents ateliers ; ainsi que nous l’avons dit, il s’agit de loges de Maîtres ayant déjà été Officiers ou Vénérables de diverses loges et ayant au cours des années prouvé en de nombreuses circonstances leur appartenance aux origines, us et coutumes et devoirs de l’Ordre.

Mettant un point final à ce panorama sommaire, nous voulons souligner l’importance qu’a eu la Maçonnerie, et à travers elle la Tradition Hermétique, pour l’indépendance et l’organisation des républiques américaines (du Nord, du Centre et du Sud), où l’on peut remarquer parmi d’autres les figures de Francisco de Miranda, Simón Bolívar, George Washington, José de San Martín, Antonio José de Sucre, José Martí, Miguel Hidalgo, etc., non seulement fondateurs de pays, de constitutions, législations et institutions, mais aussi de villes, comme dans le cas de la métropole Washington D.C., capitale des Etats-Unis, qui porte le nom de son fondateur, et celui de la Ciudad de la Plata, province de Buenos Aires, fondée par le maître maçon Dardo Rocha. Signalons que tout cela se fit pour l’ordonnancement de ces peuples et promouvant la culture, l’éducation, l’art et les bonnes manières dans des pays où régnaient la désorganisation et la violence, la Franc-Maçonnerie accomplissant sans aucun doute une fonction civilisatrice qui subsiste sous une autre forme jusqu’à nos jours, car l’Amérique, ses institutions et son mode de vie, est née historiquement sous son égide.

Source www.ledifice.net

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La Table d'Emeraude

24 Mai 2012 , Rédigé par Hermès Trismégiste Publié dans #Hermétisme

En vérité et sans conteste
Tout ce qui est en bas est comme ce qui est en haut
Et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas
Pour accomplir kes miracles d'une seul et même chose

De même que toute chose procède de l'un par l'opération
unique, toutes choses naissent par l'adaptation à l'unique

Le Soleil-Feu est son Père La Lune-Eau est sa Mère
L'Air le porte en lui La Terre le nourrit
Il est le Père de tous les miracles du monde
Sa puissance est infinie si elle est transformée en Terre

Sépare la du Feu Sépare le complexe du primaire
Sépare avec grande attention et prudence
Tu obtiendras le Tout Tu recevras la gloire
Et la consécration du monde

Chargé des forces inférieurs il part de la terre vers le ciel
recevoir les forces supérieurs et en revient chargé vers la
terre fortifier les forces inférieurs qui le changeront
en retour
A l'imiter toute lumière sera en toi il est la force des forces
et la pénétration des choses immatérielles comme des choses matérielles
Ainsi de lui fut fait le microcosme à l'image du macrocosme
En eux toutes choses se dont et se feront

Je suis Hermès Trismégiste
Car j'ai en moi les Trois sagesses du Monde
Ce que je dis est Juste et Parfait
Car je je parle du Cercle Solaire maître de l'Oeuvre

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