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Hauts Grades

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La Grande Loge Unie d'Angleterre

9 Décembre 2012 , Rédigé par A. R. Publié dans #histoire de la FM

La Grande Loge Unie d'Angleterre vit le jour en 1813, et résulta de l'union de la Grande Loge des Modernes avec la Grande Loge des Anciens. Bien qu'à première vue la pomme de discorde entre les Modernes et les Anciens ait été le rituel, on sait aujourd'hui que ce sont surtout les différences de nature sociale et religieuse qui ont opposé les membres de ces deux Grandes Loges. En effet, les Modernes avaient un recrutement plus aristocratique que les Anciens, même si ceux-ci ont compté quelques grandes familles comme les Atholl. Les premières tentatives de rapprochement entre les Grandes Loges ne datent que de b dernière décennie du XVIIIe siècle et il semble que les Anciens en aient eu l'initiative, Citons le cas, assez exceptionnel de la Royal Gloucester Lodge constituée en 1772 par ceux-ci, qui demanda en 1792 une patente aux Modernes et qui lesta délibérément affiliée aux deux Grandes Loges jusqu'à leur unification, pratiquant tantôt le Rite Ancien tantôt le Rite Moderne.

Plusieurs raisons expliquent cette fusion. Les Anciens ne pouvaient qu'accroître leur prestige en rejoignant les aristocrates de la Grande Loge des Modernes, en particulier les membres de la famille royale. Les Modernes, quant à eux, souffraient d'une grave crise financière: ils s'étaient endettés pour construire le luxueux Freemasons' Hall. Un assez grand nombre de maçons « Modernes », qui acceptaient difficilement de voir leurs cotisations augmenter pour permettre à la Grande Loge de régler ses dettes, avaient peu à peu rejoint les Anciens. Enfin, le contexte politique donnait à l'unification de la maçonnerie anglaise un caractère urgent. Le gouvernement de Pitt avait suspendu l'Habeas corpus et tentait de s'opposer aux organisations réformistes anglaises, et en particulier aux tout nouveau% syndicats. En 1799, une loi (Combination Act) mit un terme au droit d'association.. Il était donc vital que la franc-maçonnerie montrât un visage uni et proclamât son allégeance au pouvoir royal, ce qu'elle fit. Quatre nobles jouèrent un rôle de premier p]an dans cette réalisation: le duc d'Atholl, pour les Anciens, le comte de Moira-Hastings, pour les Modernes, et deux princes, les ducs de Sussex et de Kent, respectivement Grands Maîtres des Anciens et des Modernes. Les Grandes Loges furent les seules associations épargnées par la loi de 1799.
En 1813, le duc de Sussex prit la tête de cette nouvelle association, qui se trouva ainsi totalement placée sous l autorité de la famille royale. Plusieurs historiens, notamment Robert Freke Gould, se sont penchés sur les Articles d'Union pou r étudier en détail les aménagements du rituel et les compromis effectués. Pour préparer l'union, les Modernes avaient mis en place la Loge de Promulgation, chargée de remettre à l'honneur quelques éléments du rituel abandonnés en 1750. Les Anciens avaient constitué des Loges d'lnstrucion afin d'harmoniser leurs propres rituels. Les articles de 1813 créèrent une nouvelle instance, la Loge de Réconciliation, afin de peaufiner le rituel de la nouvelle Grande Loge. Celle ci reconnut naturellement l'existence des trois degrés de la franc-maçonnerie, mais également celle du Royal Arch*, cher aux Anciens et que les Modernes avaient toujours ignoré. Du point de vue du rite, la victoire revenait aux Anciens, bien que numériquement ils aient été plus faibles. Sur le plan de l'organisation, les articles prévoyaient la répartition équitable de tous les officiers des Modernes et des Anciens dans la nouvelle instance. On désigna même deux Grands Chapelains. Afin de contenter tout le monde, 18 Grands Intendants furent nommés~ soient six de plus qu'auparavant. Certains d'entre eux reçurent le privilège de nommer leur successeur. L'article 8 stipulait que les 388 loges Modernes et les 260 loges Anciennes prendraient rang alternativement sur le registre de la nouvelle {Grande Loge, après tirage au sort pour les plus prestigieuses. Le nouveau registre comporta 647 loges (et non 648). C'est ainsi que la Grand Masters ' Lodge des Anciens, qui regroupait tous les anciens Grands Maîtres, se vit attribuer la première place, tandis que la loge Antiquily n° I des Modernes, non sans une certaine amertume, figura en deuxième place. Symboliquement, la Grande Loge se fixa pour tout premier devoir d'envoyer un message au prince régent? par l'intermédiaire du duc de Kent, l'assurant de son allégeance à la royauté et au gouvernement du pays.
Quatre comités furent créés pour gérer la nouvelle organisation, le comité des affaires générales (Board of General Purposes), le plus important, celui des finances, celui des oeuvres charitables et celui des écoles. En 1818, le comité des Affaires Générales absorba les autres. En 1815 un nouveau livre des Constitutions d'Anderson avait été édité: la partie historique ne fut pas revue. Le changement majeur concerna l'article 1 er, « Concernant Dieu et la religion ». On vit apparaître pour la première fois l'invocation au « Grand Architecte de l'Univers ».
Le duc de Sussex règna 30 ans sur la Grande Loge Unie d'Angleterre, de 1813 à sa mort, en 1843, avec autorité. Ainsi c'est le Grand Maître qui, à partir de 1815, nomma tous les officiers de la Grande Loge, sans que celle-ci ait son mot à dire, sauf pour le choix du trésorier. Afin de concrétiser l' union , le duc de Sussex s'assura du soutien des trois anciens Grands Maîtres Adjoints des Anciens, Perry, qui avait succédé au célèbre Laurence Dermott, Agar et Harper.
Les rois George IV puis Guillaume IV eurent le titre officiel de « Protecteur de l'Ordre ». Comme la Grande Loge des Modernes en son temps, la Grande Loge Unie d'Angleterre ne cessa de se rapprocher de la monarchie en initiant les membres de la famille royale et en participant à tous les jubilés. À la différence du siècle précédent, la famille royale ne se contenta pas d'un rôle honorifique mais occupa réellement les plus hautes fonctions de l'Ordre. Avant de monter sur le trône en 1901, le prince de Galles, le futur Édouard Vll, fut Grand Maître pendant une trentaine d'années. Il avait en effet accédé à cette fonction en 1874, lors d'une cérémonie au Royal Albert Hall. La même année ses deux frères, le duc de Connaught et le duc d'Albany, furent nommés par ses soins Premier et Second Grand Surveillant. Le plus jeune fils de la reine Victoria, le prince Léopold, devint Grand Maître Provincial du comté d'Oxford en 1875. On comprend que la francmaçonnerie ne put guère avoir de secrets pour la reine Victoria, bien qu'elle fût femme... En 1887, 7600 maçons se rassemblèrent au Royal Albert Hall pour fêter le jubilé de son accession au trône. Ils renouvelèrent cette attention dix ans plus lard Chaque fois, la Grande Loge Unie d'Angleterre fut récompensée de ses bons et loyaux services par une donation royale pour ses ouvres. Sans doute victimes de la morale victorienne, les dignitaires de la Grande Loge Unie voulurent se départir de la réputation que Hogarth leur avait faite en peignant des maçons en état d'ébriété à la sortie d'une tenue ayant eu lieu dans une taverne. Pour plaire à leur souveraine, ils décidèrent donc de dissocier le temple maçonnique de la taverne: la construction du nouveau local, Freemasons' Hall, fut même achevée un an avant celle de la taverne, en 1866.
La franc-maçonnerie britannique, fidèle à la tradition paternaliste de l'aristocratie se distingue par la création d'un nombre important d'institutions charitables. Deux écoles maçonniques étaient ainsi gérées par un comité spécial de la Grande Loge en 1814: l'école maçonnique des filles qui comptait à cette époque 62 enfants et celle des garçons, qui en rassemblait 55. Ces deux institutions prospérèrent tout au long du siècle. Lors des jubilés, elles reçurent des dons importants du pouvoir royal. En 1888, c'est le prince de Galles, alors Grand Maître, qui présidera le festival organisé à l occasion du centenaire de l'école maçonnique des filles. La demande formulée par le frère Crucifix (sic) en vue de la création d'un asile de vieillards et d'indigents déplut toutefois au Grand Maître, qui préférait l'ancien système de versements annuels aux familles de maçons démunis. Ce débat est intervenU en 1834, au moment où l'Angleterre votait ses nouvelles lois sur les pauvres qui généralisaient le système des workhouses. Les maçons étaient sensibles aux grands débats sur la pauvreté et hésitaient entre l'attitude paternaliste, la charité privée et le respect des nouvelles mesures gouvernementales en faveur de l'internement des pauvres. Finalement, c'est le projet de Crucifix qui l'emporta et un asile maçonnique fut créé, épargnant ainsi aux maçons les plus pauvres la rigueur des workhouses dans leurs vieux jours. Un hôpital maçonnique, qui pendant la Première Guerre mondiale fut transformé en hôpital militaire pour les soldats francs-maçons, fut ouvert en 1913. En matière de religion, la franc-maçonnerie fit preuve d'une tolérance très relative. Certes, elle prit la défense de ces maçons juifs anglais qui, en 1845 se virent refuser le droit de visite dans une loge de Berlin (la loge Royal York of Friendship) sous prétexte qu'ils n'avaient pas épousé la doctrine chrétienne. Cependant la Grande Loge ne fit pas toujours preuve d'une telle tolérance. Ainsi l'on constate que lorsque le Grand Maître, le marquis de Ripon, se convertit au catholicisme en 1874, il crut de son devoir de démissionner. Or il n'est pas certain que le marquis ait pris cette décision uniquement par fidélité au pape. Lorsqu'en 1877 le Grand Orient de France supprima de ses constitutions la référence au Grand Architecte de l'Univers, la Grande Loge Unie d'Angleterre rompit les relations avec l'obédience française.
Tout au long du XIXe siècle, les effectifs de la Grande Loge s'accrurent. Une augmentation particulièrement forte des effectifs se produisit entre 1844 (723 loges) et 1869 (1299). En 1856 un Comité pour les Colonies (Colonial Board) fut mis place afin de superviser l'expansion de la maçonnerie anglaise dans l'Empire, après quelques incidents survenus au Canada. La Grande Loge Unie d'Angleterre était devenue une institution impériale, soucieuse de servir la famille royale.
Au XXe siècle, fidèle à sa tradition, elle demeura très proche de la monarchie et resta liée aux milieux conservateurs.
Les Grands Maîtres de la Grande Loge Unie d'Angleterre . 1813, S.A.R. le duc de Sussex; 1844, le comte de Zetland; 1870, le marquis de Ripon; 1874, S.A.R. le prince de Galles; 1901, S.A.R. le duc de Connaught; 1939, Georges, duc de Kent; 1942, lord Harewood; 1946, lord Scarborough, 1947, le 10e duc de Devonshire; 1951, le l le. comte de Scarborough; 1969, S.A.R. le duc de Kent.

Source : http://www.vrijmetselaarsgilde.eu/

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La GLTSO

8 Décembre 2012 , Rédigé par Étienne TADDEI TRGM Publié dans #histoire de la FM

Les origines anciennes

L'histoire de notre Obédience se confond avec celle de sa Loge créatrice N°1 "Le Centre des Amis". Nous suivrons ce fil conducteur pour notre historique.En 1778, des Francs Maçons, officiers suisses au régiment de Sonnenberg, appartenant à une Loge militaire française "Henri IV", créent une nouvelle Loge "Guillaume Tell". Elle reçoit sa patente du Grand Orient de France, travaille au Rite Français et recrute parmi les Gardes Suisses du Roi. En 1792, la monarchie tombe, les Tuileries sont investies par les révolutionnaires et les Gardes Suisses, dont de nombreux Frères de la Loge "Guillaume Tell", restés fidèles à leur serment d'attachement au roi, sont massacrés par la foule bien qu'ils fussent désarmés. L'année suivante, les quelques Frères survivants créent une nouvelle Loge "Le Centre des Amis". Ce nom veut bien dire ce qu'il veut dire. Cette nouvelle Loge était essentiellement une tentative pour regrouper, après la tourmente révolutionnaire, tous les adeptes fidèles à l'esprit maçonnique, une sorte d'association fraternelle de francs-maçons se recrutant par affiliation, seul moyen de préserver le secret et d'éviter les trahisons fréquentes dans ces périodes troublées. Les Frères composant cette Loge représentaient l'éventail des tendances politiques de l'époque à l'exception des extrémistes. En cela, ils étaient dans la plus pure tradition maçonnique telle qu'elle est exprimée dans l'article I des Constitutions d'Anderson : "la Maçonnerie devient le centre d'union, et le moyen de nouer une Amitié sincère entre des personnes qui n'auraient pu que rester perpétuellement étrangères". En 1808, "Le Centre des Amis" cesse de pratiquer le Rite Français et adopte le Rite Ecossais Rectifié avec l'autorisation officielle du Grand Orient (son obédience) et la patente de Jean-Baptiste Willermoz, fondateur du Rite et "Grand Chancelier du Directoire de Lyon du Régime Rectifié"(Régime = structure gérant les différents grades du Rite). Parallèlement le Régime Ecossais Rectifié se développe en France (3 Directoires : Bourgogne, Auvergne, Septimanie) et surtout en Suisse. "Le Centre des Amis" continuera ses travaux, fidèle à l'esprit maçonnique le plus pur et le plus élevé, puis les événements politiques et le vieillissement de ces membres aboutira à sa "mise en sommeil" en 1841. Toutes les archives sont alors confiées à la Préfecture (entité hiérarchique du Régime Rectifié) de Genève. 

Les origines modernes

En 1910, quelques frères du Grand Orient de France veulent réorienter les travaux dans un esprit plus spiritualiste et libéral. En effet, depuis 1848 et la IIème République, le Grand Orient a pris un virage plus humaniste, progressiste et s'implique dans la vie politique. En 1877, il renonce à la croyance au Grand Architecte de l'Univers et devient officiellement athée. Ces frères, dont le plus célèbre, Edouard de Ribaucourt, animés par le même esprit que les fondateurs du "Centre des Amis" de 1793, choisissent de "réveiller" cette Loge et de travailler au RER. Le Grand Prieuré d'Helvétie (structure suprême du Régime Rectifié toujours vivant en Suisse) retransmit les archives et les patentes nécessaires et les aide à "réveiller" officiellement "Le Centre des Amis" au RER dans le giron du Grand Orient de France (GODF). Cependant, le GODF ne pouvant plus tolérer la référence au GADLU, principe fondamental du RER, "Le Centre des Amis" doit quitter cette obédience en 1913. Avec l'aide d'une Loge anglaise de Bordeaux ils créent une nouvelle obédience "la Grande Loge Nationale Indépendante et Régulière pour la France et les Colonies Françaises" (GLNIRF) qui est immédiatement reconnue officiellement par la Grande Loge d'Angleterre. Cette obédience, avec "Le Centre des Amis" comme Loge N°1, prend de l'essor entre les deux guerres. Vient ensuite la tourmente de la deuxième guerre mondiale pendant laquelle toute la Maçonnerie est interdite par le régime de Vichy et les maçons pourchassés (un grand nombre est exterminé dans les camps de concentrations). En 1948, toujours autour du "Centre des Amis N°1", ce qui reste de la GLNIRF se reconstitue en Grande Loge Nationale Française (GLNF) (dite Bineau du nom du boulevard de Neuilly où se déroule cette cérémonie). Cette obédience reste actuellement la seule reconnue comme "régulière" par la Grande Loge Unie d'Angleterre. 

La création officielle

En 1958, les frères du "Centre des Amis N°1" et d'une autre Loge travaillant au RER, "Les Philadelphes" font le constat d'une totale main mise anglaise sur l'obédience (1/4 seulement de frères français !), une discipline toute britannique, de nombreuses tracasseries visant à museler le RER et l'interdiction de tout contact fraternel avec les maçons des autres obédiences françaises. Sept loges et une trentaine de grands officiers de la GLNF décident alors de fonder leur propre obédience pour échapper à la tutelle anglaise. Ainsi naît la "Grande Loge Nationale Française Opéra" (du nom de l'avenue où se tint son nouveau siège social). En adoptant le RER comme rite principal et en renouant avec la Tradition maçonnique ancienne, elle reconnaît officiellement les autres obédiences françaises et permet à tous ses frères des échanges fraternels avec tous les maçons "non réguliers". Depuis, elle continue d'entretenir des relations très suivies avec ces obédiences amies tout en restant attachée à une discrétion sur le plan médiatique et politique, afin de privilégier le travail maçonnique initiatique qui reste son objectif prioritaire. En 1982, lors de son Convent du 8 janvier l'obédience prend le nom de "Grande Loge Traditionnelle et Symbolique OPERA" pour marquer ses principes fondamentaux et pour bien se démarquer nominalement, de la GLNF Bineau. Notre obédience a travaillé à plusieurs reprises avec les autres obédiences pour essayer de réunir l'ensemble des différents courants maçonniques :

1961 avec le Centre de Liaison et d'Information des Puissances Maçonniques Signataires de l'Appel de Strasbourg (CLIPSAS).

1974 avec la Confédération Maçonnique Française, mais qui est restée lettre morte.

1999 avec un projet d'accord avec la Grande Loge de France (GLDF).

   2001 avec la création de La Maçonnerie Française regroupant les 9 principales Obédiences.

La GLTSO aujourd'hui

La GLTSO regroupe 250 Loges (dont certaines dans les territoires d'outre-mer et à l'étranger (Belgique, Italie, Thaïlande, ...) et près de 4.500 membres. Le rite majoritaire est le Rite Ecossais Rectifié, mais sont également pratiqués le Rite Français Traditionnel, le Rite Ecossais Ancien et Accepté et les Rites Anglo-Saxons (le Rite Emulation, le Rite d'York et le Rite Standard d'Ecosse). La GLTSO reste attachée à l'aspect initiatique de la Maçonnerie, à la pratique rigoureuse des rituels, l'étude des symboles, le perfectionnement spirituel de ses membres, la fraternité avec tous les maçons, quelle que soit leur appartenance. Ses travaux se déroulent sous l'égide du Grand Architecte de l'Univers. Elle n'opte pas pour une intervention directe dans la vie politique et la "société civile", mais enjoint ses frères "d'aller porter parmi les autres hommes les vertus dont ils ont promis de donner l'exemple". Elle participe en revanche aux œuvres humanitaires maçonniques, car la "Bienfaisance" est un devoir essentiel du maçon au RER. Exclusivement masculine par tradition historique, elle compte néanmoins, parmi les Obédiences qu'elle reconnaît, des structures mixtes ou féminines : la Grande Loge Féminine de France, le Droit Humain, Grande Loge Mixte de France, Grande Loge Féminine de Memphis Misraïm et la Grande Loge Mixte Universelle. Tout homme "libre et de bonnes mœurs" croyant en la transcendance de l'être humain peut y rentrer quelles que soient ses opinions politiques et religieuses. Athées et matérialistes pourraient s'y sentir mal à l'aise, mais le rituel maçonnique peut aider à faire progresser sur le chemin de la Lumière et de la Vérité tous ceux qui ne se mettent pas un bandeau sur les yeux ! Les discussions politiques et religieuses stricto sensu y sont interdites, comme le veulent les Constitutions d'Anderson afin d'éviter toutes discordes "viscérales". Par contre, et la GLTSO est très stricte sur ce point, toutes les personnes appartenant à un mouvement extrémiste ou à une secte sont refusées ou exclues. Les profanes doivent s'engager, par écrit, sur ces deux points. Les principes maçonniques de tolérance et d'adogmatisme sont totalement opposés aux vues développées par ces mouvements politiques ou sectaires. Maintenir une Maçonnerie Traditionnelle Spiritualiste et Humaniste peut s'avérer être un défi dans notre monde matérialiste dominé par les puissances financières et médiatiques. Nous ne voulons pas "hurler avec les loups" et perdre notre authenticité pour être "à la mode". Nous avons l'Utopie de continuer à porter au troisième millénaire une Tradition Initiatique vivante pour aider l'Homme dans sa réalisation intérieure qui est son véritable but, seul moyen d'aider l'ensemble de l'humanité à progresser vers la Paix, la Justice, la Fraternité... 

source : www.gltso.org

Commentaire : la GLTSO, une obédience qui ne fait pas de bruit et qui a su maintenir la Tradition maçonnique avec des travaux de grande qualité.

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La FM en France : l'Idée maçonnique et les grades (1908)

2 Décembre 2012 , Rédigé par Gustave BORD Publié dans #histoire de la FM

Une des erreurs les plus répandues parmi les profanes est d'assimiler les grades maçonniques aux grades dans l'armée, alors qu'ils devraient être plutôt assimilés aux grades universitaires.

Les grades symboliques, les seuls classiques en maçonnerie : apprenti, compagnon et maître, correspondent dans une certaine mesure aux grades de bachelier, licencié et agrégé.

L'obtention de ces grades témoigne de connaissances maçonniques plus ou moins avancées, mais ne confère pas ipso facto à ceux qui les obtiennent une autorité sur ceux qui ont des grades inférieurs.

Au XVIIIe siècle, la complication des grades était extrême ; chaque régime avait sa série spéciale qui n'était pas reconnue par le régime voisin.

Chaque grade correspondait à un avancement dans la science ou mieux dans l'art maçonnique qu'on appelait alors l'Art Royal, ce qui voulait dire pour les uns l'art de restaurer les Stuarts, pour les autres l'art par excellence. Qu'était donc cet Art suprême ?

Pour les uns c'était l'étude de l'homme : ses origines, son existence, son but ; pour les autres c'était l'art de mener les hommes, la première solution étant seulement l'étape nécessaire pour arriver à la seconde.

Au premier abord, de semblables études n'ont rien de répréhensible; la curiosité en pareilles matières ne peut être que fort louable.

On peut à la vérité s'étonner cependant que, pour se livrer à ces études profondes, on s'enferme avec un soin jaloux et qu'on fasse prêter à ceux qu'on admet à y participer le serment de garder le secret. Il semblerait au contraire que, par amour de l'humanité, on devrait propager les lumières et transformer le temple en Soleil dont les Etoiles extérieures pourraient augmenter l'éclat. »

On serait en droit de s'étonner aussi que des gens d'un modeste intellect et d'une instruction sommaire soient appelés à collaborer à des travaux qui demandent du temps, une intelligence supérieure et des connaissances approfondies. Étudier en effet les origines de l'homme, c'est étudier l'origine de l'humanité, et étudier l'origine de l'humanité, c'est étudier l'origine du monde. Pour rester dans le domaine des sciences exactes, c'est connaître la cosmogonie, la cosmographie, la géologie, la paléontologie et l'anatomie aussi bien que la métaphysique, la chimie et la physique. Je sais plus d'un maçon du XVIIIe siècle qui s'est livré à ces études avec un acharnement et une sincérité vraiment édifiantes. Leurs correspondances, que j'ai été à même de parcourir, en font foi. Ils échangeaient entre eux des vues bizarres, de temps en temps, pas souvent, des combinaisons ingénieuses, mais, en résumé, aucune idée digne d'être retenue.

On a beau leur enseigner que la maçonnerie est l'habileté de la nature, l'intelligence du pouvoir qui est dans la nature et ses diverses opérations ». On a beau leur expliquer que l'habileté de la nature est d'engendrer, que l'intelligence du pouvoir qui est dans la nature est la Nature-Dieu, et que les différentes opérations de la nature sont la génération universelle, quels secrets révèle-t-on, quelles idées fait-on naître, si ce n'est que l'Acte générateur est l'acte d'un Dieu, que le Feu sacré est la semence universelle de tous les êtres, que la Parole est la faculté de produire, ainsi qu'on l'enseigne au compagnon ?

Comme ils ne trouvaient pas la solution avec leurs propres moyens, beaucoup recherchaient le secret perdu. L'homme primitif savait, croyaient-ils. Quelques-uns, élevés cependant dans la foi chrétienne, oubliaient que l'homme avait été puni pour avoir voulu savoir ce qu'il ne pouvait et ne devait pas savoir : le mystère de sa création et son avenir. Quel est l'homme qui supporterait la vie s'il connaissait son lendemain ?

Comme naturellement ces chercheurs ne trouvaient rien, beaucoup parmi eux s'en prenaient à l'auteur de toutes choses et arrivaient rapidement à conclure que s'ils ne trouvaient rien c'est qu'il n'y avait rien, et pour se consoler de la désespérance de ce néant, ils déclaraient indifférent le problème des origines.

Comme ils avaient trouvé vide la première chapelle de leur temple, ils frappaient à la porte de la seconde.

Là, au moins, ils trouveraient la clef du mystère de notre être. L'homme est-il ou n'est-il pas ? Qu'est-ce que son corps ? Qu'est-ce que son âme ? Il est certain qu'il a un corps, mais a-t-il une âme ? Et ils recommençaient à agiter tous ces problèmes, revenant toujours malgré eux à l'origine du corps et de l'âme, et ils trouvaient la seconde chapelle vide comme la première.

Ces étapes sont celles que doit parcourir le maçon pour se perfectionner dans l'art, pour gagner ses grades. Si sa patience n'est pas à bout, s'il a les loisirs de s'occuper de spéculations métaphysiques qui ne nourrissent pas son corps, il sera prêt à entrer dans la troisième chapelle, et les frères qui en ont déjà franchi la porte lui permettront de la franchir. Là, on lui apprendra que tout ce qu'il a fait jusqu'ici n'a aucun intérêt, que ces études ne conduisent à rien, mais qu'il était nécessaire qu'il connût par lui-même ces vérités négatives. Ce qui est intéressant et ce qu'il faut qu'il apprenne, c'est comment on conduit les hommes, comment on les fait concourir, malgré eux, à la prospérité de l'Ordre. On leur explique comment un petit groupe organisé en aristocratie secrète mène la foule non organisée ; comment un pouvoir occulte, irresponsable mais actif, mène le pouvoir responsable et le rend le principal artisan de sa décadence et de sa mort. On leur apprend que les vices de l'humanité sont les grands leviers des habiles ; que, dans la pratique, on ne rencontre qu'un obstacle : la révolte de la conscience humaine, cette chose qu'ils n'ont pu saisir ni comprendre dans les deux premières chapelles, et que tout l'art consiste à endormir cette conscience pour l'empêcher de se révolter. On leur apprend que lorsqu'il suffira à l'homme de déposer un bulletin anonyme dans une urne pour entretenir ses vices et flatter son orgueil, il le mettra.

Lorsque l'initié saura tout cela, il sera un maçon parfait ; sa mentalité maçonnique sera parachevée. En aucune circonstance, il ne sera nécessaire de lui donner un ordre compromettant, il agira de lui-même et il fera agir, conformément à la doctrine maçonnique, il coopérera consciemment ou inconsciemment au Grand Oeuvre.

Voilà ce qu'au XVIIIe siècle on appelait le travail de loge. Voilà comment, au nom de l'égalité, le maçon escamotait cette égalité à son profit. Il veut l'égalité entre initiés, il veut l'égalité entre profanes, mais il ne veut pas l'égalité entre initié et profane. Comme il connaît la puissance des groupements organisés et silencieux, il s'organise et commande le silence. Pour empêcher l'ennemi de naître, il s'attaque à tous les groupements qui se créent. Autant que possible, il les absorbe et, s'il est impuissant à triompher par ce moyen, il les détruit. De tous les groupements, les plus puissants sont les groupements religieux. Contre eux la lutte a été permanente et il est curieux de suivre le combat entamé contre le groupement ennemi par excellence : la Papauté. Contre elle, tout d'abord, les maçons ne luttent pas de front, ils ne l'attaquent pas dans ses dogmes, mais dans sa discipline. Dans la correspondance des maçons, comme dans celle de Willermoz par exemple, on constate qu'autour de lui on veut revenir à la primitive Église ; on reconnaît la divinité du Christ qui avait mis l'humanité dans sa vraie voie. Mais cet homme pieux, même dévot, a l'horreur de la Papauté; c'est elle qui a tout perdu, c'est d'elle que vient tout le mal. Gallicans, jansénistes et parlementaires pensent comme lui, aussi gallicans et jansénistes et parlementaires encombrent-ils les loges. Ils feront plus tard le clergé constitutionnel.

A la vérité, ils étaient peu nombreux, les maçons qui se livraient à ce travail ; beaucoup, partis pleins d'ardeur à la conquête du feu sacré, nouveaux Argonautes, sombraient en route ou succombaient comme Prométhée. Hiérophantes de nouveaux mystères, quelques-uns se retiraient découragés ; quelques autres, comme le duc d'Havré, écoutaient leur conscience tressaillir, et abandonnaient la partie.

Mais les cerveaux de la grande masse des maçons étaient modifiés par l'ambiance ; les mots perpétuellement murmurés par ceux qu'ils savaient plus avancés dans l'étude de l'Art les impressionnaient; ils croyaient que ceux-là savaient ; ils retenaient leurs lambeaux de révélations, suivaient leurs conseils. Ceux-là, demi-dupes, à leur tour faisaient le travail du dehors, la propagande de la doctrine maçonnique. Si un adversaire se présentait, on le tuait moralement, on tâchait, au nom de l'humanité, de l'anéantir ; s'il donnait prise à la critique, on le poussait tout doucement dans un piège, on ameutait l'opinion contre lui. A la veille de la Révolution, on l'accuse d'accaparement : le procédé réussit toujours ; si le coupable résiste il est tué, comme Berthier ou Foulon. C'est la foule des profanes ameutés qui aura commis l'assassinat légal. Le meurtre anonyme et collectif échappe à la justice. L'ouvrier du crime lui-même sera épargné. Les auteurs vraiment responsables auront eu individuellement une si petite part à l'attentat, que leur conscience ne s'agitera pas. Bien plus, pour beaucoup d'entre eux, la victime seule est coupable. Pourquoi a-t-elle résisté à l'opinion publique ? Pourquoi s'est-elle mise dans un mauvais cas ? Et je sais des maçons, fort honnêtes gens pour le reste, qui ont ainsi pensé en 1789 !

Comme nous l'avons dit, le plus grand nombre des maçons ne se livrait pas au travail de loge transcendant. A côté des loges exclusivement aristocratiques comme la Candeur, le Contrat social, Saint-Louis du régiment du Roi, Montmorency-Luxembourg du régiment de Hainaut, etc., il y avait, et celles-là étaient les plus nombreuses, les loges de menus employés, de petits commerçants, de clercs de procureurs, d'huissiers... L'objectif des membres des premières était la recherche du plaisir, celui des secondes était la satisfaction de la vanité. La pratique et l'abus des plaisirs démoralisa les uns ; le besoin de satisfaire l'orgueil incita les autres à la haine. Lorsque le cataclysme éclatera, l'aristocratie sera découragée, les autres seront forts de toute la puissance de leur haine exaspérée. La maçonnerie est bien l'art de conduire les hommes.

A côté de la Papauté un autre corps organisé attirera dès le début les attaques de la maçonnerie. Les jésuites sont puissants ; ils sont riches ; ils sont intelligents; ils sont unis. Il faut les détruire. Avec quelle habileté on crée les dangers sous leurs pas ! avec quelle virtuosité on tire parti du procès de la Chalotais et de celui du Père La Valette ! On forme contre eux l'opinion : dans les loges, dans les salons, dans les sociétés littéraires, dans les pamphlets, dans la rue. Le maçon ne cesse de crier à la persécution à l'occasion des procès-verbaux dressés chez des marchands de vin, pendant que Choiseul chasse les jésuites de France, pour que le maçon martyr s'installe dans le noviciat de leur ordre, rue du Pot-de-Fer ; et le courant de l'opinion est tellement violent que personne ne s'aperçoit de la supercherie ! Cette proscription est tellement une tactique générale, que les jésuites sont chassés de tous les royaumes catholiques, de l'Espagne, du Portugal et, ce qui est plus extraordinaire, de Rome même ! Voilà comment on conduit les hommes.

Pour remporter toutes ces victoires, y a-t-il une volonté unique, y a-t-il un comité directeur ? un chef ou des chefs inconnus ? Est-ce une nation ? est-ce une race qui mène le branle ? Albion ou Israël ?

Non, la FM n'a pas de semblables chefs, parce que les régimes sont trop différents, trop nombreux, souvent trop ennemis les uns des autres. C'est l'idée maçonnique qui, en évoluant, mène tout ce monde à l'insu même du plus grand nombre. Tantôt elle lie partie avec une nation, tantôt avec une autre ; tantôt elle prête son concours à une émeute, tantôt à une autre, suivant que son instinct la pousse d'un côté ou de l'autre. Jusqu'en 1771, la grande loge anglaise n'a probablement constitué que cinq loges, tant à Paris qu'à Bordeaux, à Valenciennes, à Aubigny et à Grenoble ; si celle de Bordeaux en a constitué à son tour une dizaine, les deux autres n'en ont pas constitué une seule. Toutes les autres loges sont d'origine jacobite ; un petit nombre seulement a adopté les régimes allemands. Comment peut-on admettre qu'avec une semblable origine la f? m? ait été une société exclusivement anglaise ? Est-elle juive ? Pas davantage. Des polémiques ont été engagées sur ce sujet entre adversaires de la FM Les partisans de l'origine juive ont tout juste trouvé dans une loge de Bayonne quelques juifs avec lesquels leurs frères refusaient de travailler. Il faut vraiment peu connaître la société française du XVIIIe siècle pour émettre une semblable hypothèse. Socialement parlant, le juif n'existait pas avant 1790. Il n'y a pas lieu de s'attarder sur ce sujet tant que l'on n'aura pas donné la preuve de la présence des juifs dans les loges.

Ces hypothèses gratuites, inventées pour les besoins d'une petite église, n'ont aucune valeur historique.

Pourquoi s'acharner à trouver des êtres humains là où il n'y a qu'une idée ? pourquoi s'acharner à trouver un secret là où on ne peut trouver que l'évolution de cette idée ?

Il y a cependant dans la FM une autre source de danger : les symboles des cérémonies initiatiques, dans lesquelles on parle constamment de vengeances à exercer, d'actes matériels à accomplir en immolant une victime. Ces fantasmagories ne sont pas sans influence ; elles éduquent le cerveau et la conscience ; elles peuvent, à un moment donné, provoquer chez des sujets spéciaux des résolutions coupables. On connaît la légende du meurtre d'Hiram, l'architecte du temple de Salomon ; la mort du templier Jacques Molay et l'exécution du roi Charles 1er. Suivant les régimes, c'est l'un ou l'autre de ces meurtres qu'il faut venger. Bien entendu, en langage symbolique, Hiram, Molay, Charles 1er, veulent dire laFM .A tous les degrés de l'échelle maçonnique on fait allusion à cette vengeance. Les initiations aux grades symboliques ont été maintes fois racontées, nous ne nous y attarderons pas .

Mais nous entrerons dans des détails plus précis sur le rituel de Rose-Croix tel qu'il était suivi à la veille de la Révolution par les membres du Contrat social. Nous verrons, par l'énoncé des doctrines adoptées et par les rites indiqués, comment le maçon du XVIIIe siècle est le descendant direct de l'alchimiste, de l'astrologue et du kabbaliste.

Le document que nous avons sous les yeux est des plus précieux. Il fait partie d'un recueil de rituels en usage dans les loges du rite écossais philosophique.

En tête, une gravure à la sépia représente un soleil dont les rayons, traversant un triangle, sont limités par un cercle encadré par un carré concentrique entouré de branches d'acacia dans lesquelles circule un ruban portant en haut la légende Si fodieris invenies, et sur les côtés : Loge du Contrat social de Saint-Jean à l'Orient de Paris. Les rituels datés du 21 février 1784 (21e jour du 12e mois 5783) sont signés : La Rochefoucauld-Bayer, Brommer, Lafisse, Grant de Blaërfindy, Bertolio, de Leutre et Laborde.

Le rituel donne dans les plus grands détails la description des salles et les costumes des membres du chapitre. Nous résumerons toutes ces descriptions pour faire voir à quelles puérilités s'attachaient des gens qui tournaient en dérision les cérémonies du culte catholique. 

Le grade de Rose-Croix est conféré en chapitre. Le chef du chapitre s'appelle souverain GM; son premier surveillant prince grand prieur ; le second, prince grand surveillant. Les officiers, tels que l'orateur, secrétaire, trésorier, économe, sont qualifiés princes commandeurs, et les autres frères simplement princes ou chevaliers.

Le but du chapitre en ce grade est, pour tous les chevaliers, d'attendre l'arrivée du soleil dans les douze maisons ou figures du zodiaque et de tirer des quatre éléments et des trois règnes de la nature, alliés ensemble, le fameux Alkaest des alchimistes.

La salle où l'on tient chapitre est un carré long, plus étendu de l'Orient à l'Occident que du Midi au Nord, à cause du soleil qui éclaire plus de ce côté. Dans le centre, on figure un grand cercle, autour duquel sont représentées les douze figures du zodiaque, lesquelles renferment le cadavre d'Hiram-Abif, symbole de la nature morte que le Grand Oeuvre doit faire revivre. Au-dessus se trouve la grande pentacule de Salomon, lame d'or de forme triangulaire capable de tout vivifier par sa vertu divine ; d'un côté une clef, de l'autre une balance. Le zodiaque est entouré de nuages. On y voit d'un côté un grand aigle qui désigne un gardien terrible et de l'autre un soleil qui marque le but du grade de Rose-Croix et la recherche du soleil de vie. A l'Occident est le Mont Ebron, où est censé être le corps d'Hiram. La planche à tracer de maître y est figurée ; c'est l'image du premier travail des philosophes qui opère la vie en produisant la vraie pierre cubique, dite pierre bénite ou des philosophes.

A l'entrée deux grandes colonnes, Jackin et Booz, symbolisent l'apprentissage dans le Grand oeuvre ; un coq représente la vigilance et la force dans les opérations ; une étoile flamboyante indique le commencement de l'oeuvre prenant couleur ; la lune est le symbole des sacrés mystères de l'Ordre. Une pierre brute désigne la matière informe et une pierre cubique pyramidale cette matière développée par le sel et le soufre. De plus, une équerre, un niveau, un fil à plomb et un maillet. On remarque encore un grand autel enflammé par le feu élémentaire tiré du ciel ; un grand bassin pour purifier les trois règnes de la nature ; un castor, image du travail continuel du vrai philosophe, et enfin une chouette, emblème du secret et du silence dans lequel on doit opérer.

Pour procéder à la réception d'un Rose-Croix, la salle du conseil doit être tendue de noir et décorée de douze colonnes corinthiennes de marbre blanc veiné de noir, avec des chapiteaux et des socles en or (deux à l'Orient, deux à l'Occident, quatre au Nord et quatre au Midi). Sur le milieu de chaque colonne est suspendu un cartouche entouré de festons et de guirlandes de feuilles, de fleurs et des pierres précieuses attribués à chaque mot dans le Grand Oeuvre. Ces douze cartouches représentent les douze maisons célestes correspondant aux douze noms de Dieu n'en composant qu'un seul. On écrira aussi sur les cartouches en lettres d'or les douze noms de l'Être suprême et des esprits qui sous sa puissance président à chaque mois de l'année, enfin les douze signes du zodiaque qui y correspondent. Le tout sera disposé de la façon suivante : 

1° A l'Orient du côté du Nord : Marchidiel, Jehova, Mars, le Bélier ;

2° A l'Orient du côté du Midi : Asmodel, Emmanuel, Avril, le Taureau ;

3° A l'Occident du côté du Nord : Ambriel, Tétragrammaton, Mai, les Gémeaux ;

4° A I'Occident du côté du Midi : Mariel, Jeha, Jesas, ou Jesus, Juin, le Cancer;

5° Au Midi du côté de l'Orient : Verchiel, Messias, Juillet, le Lion ;

6° Au Midi : Kormaliel, Orpheton, Août, la Vierge ;

7° Au Midi : Zuriel, Anasbona, Septembre, la Balance;

8° Au Midi : Barbiel, Erigion, Octobre, le Scorpion;

9° Au Nord du côté de l'Occident : Adnakiel, Jersemon, Novembre, le Sagittaire;

10° Au Nord : Hamdel, Eloym, Décembre, le Capricorne ;

11° Au Nord : Gabriel, Agla, Janvier, le Verseau ;

12° Au Nord : Acchiel, Meleck, Février, les Poissons.

Le trône du souverain grand maître est placé entre les deux colonnes de l'Orient et élevé sur trois marches. Le dais aux tentures rouges galonnées d'or est surmonté d'un grand aigle d'or becqué, membré et couronné en noir, tenant dans ses serres d'un côté une balance, de l'autre une clef d'or. Le trône est noir et or. Au fond du dais, une étoile flamboyante d'or ornée du Yoth. A gauche du trône un autel triangulaire en or portant une Bible, un compas, une clef et un maillet. Au milieu du plancher la balance kabbalistique de Salomon et au-dessous une balance réelle.

La salle du conseil est éclairée sur les quatre faces par dix bras de métal doré, ayant chacun trois branches et placés entre les colonnes deux à l'Orient, deux à l'Occident, trois au Midi et trois au Nord.

Le pavé est également éclairé à l'Orient du côté du Midi et de chaque côté de l'Occident par un chandelier à deux branches, au centre par un chandelier à une branche. Toutes les bougies sont jaunes et n'ont servi qu'une fois, parce que tous les matériaux employés au Grand Œuvre doivent être vierges, non mixtes. Pour les allumer, il faut autant que possible employer de l'amadou enflammé au soleil et, à son défaut, la pierre et l'acier, mais jamais le feu commun et ordinaire.

Le prince grand prieur et le prince grand surveillant sont assis dans de petits fauteuils d'or élevés sur un degré, ayant devant eux une petite table triangulaire couverte d'un tapis d'or pour pouvoir frapper du maillet.

L'orateur et le secrétaire sont assis de la même manière, niais avec des ornements proportionnés à leurs charges.

Tous les princes sont assis sur des chaises bleues filetées de noir ; chacune d'elles porte les armoiries de son titulaire. On devra faire usage de maillets noirs filetés de jaune.

Les princes sont vêtus de noir, chapeau uni à plumet blanc sur la tête, l'épée au côté, garde ornée d'un ruban feu au lieu de l'écharpe ordinaire. Leur tablier blanc est bordé et doublé de rouge ; une broderie ou un dessin, représentant sur son milieu un grand aigle noir pareil à celui qui orne la salle ; sur sa bavette, renversée pour la circonstance, la lettre J est figurée en noir. Ils portent à la troisième boutonnière de leur habit une rosette de ruban rouge à laquelle pend un aigle d'or. Les gants doivent être bordés et doublés de rouge ; sur le dessus de la main droite est brodée en noir une balance et une clef au-dessus de la gauche.

Les princes sont décorés de trois bijoux : un compas couronné appuyé par son ouverture sur un quart de cercle portant au milieu une croix tirée de la balance kabbalistique de Salomon, à ses pieds un pélican avec sept petits et de l'autre côté un aigle les ailes éployées. Une branche d'acacia circule entre ces ornements. Ce bijou est l'emblème des trois règnes de la nature qui entrent dans le travail de la vraie science. Le second bijou est un triangle équilatéral, autrement dit pentacule du roi Salomon. Ce bijou renferme toute la science kabbalistique dont chaque lettre renferme une puissance dans l'opération du Grand Oeuvre ; le dernier bijou est l'aigle noir dont nous avons déjà parlé. Il est le symbole du rang suprême de l'Ordre où on l'emploie.

Pour être à l'ordre dans le chapitre, on porte les trois doigts du milieu de la main droite sur le coeur, en tenant le pouce et le petit doigt dans le creux de la main.

Pour la réception d'un aspirant Rose-Croix, la chambre de réflexion est dépouillée de tout ornement ; aussi obscure que possible, elle sera éclairée seulement par une petite lumière posée sur une table noire sur laquelle on a placé un pot d'eau, du sel, un pain et du soufre. Au-dessus de la table est pendu au mur un tableau représentant un coq et un sablier, portant écrit au-dessus en gros caractères : Patience et persévérance. Devant la table, un trépied percé par le fond sert de siège au récipiendaire.

Le rituel de l'ordre du Chevalier de l'Aigle noir ou Souverain prince Rose-Croix débute par un aperçu historique qui mérite d'être intégralement reproduit :

« Tout bon maçon instruit des mystères de l'Ordre, possédant les hauts grades, doit s'être imaginé que la maçonnerie a un but qui doit encore exister, que le travail ne portait pas seulement à élever des édifices au vrai Dieu, qu'il ne se bornait pas non plus aux seules vertus morales ; quelque autre motif avait donné naissance à un ordre aussi sublime ; oui, mes TT? CC? FF?, la vraie philosophie connue et mise en pratique par le roi Salomon, c'est la base sur laquelle la maçonnerie est bâtie ; cet homme doué de sapience et le plus sage des rois de son temps, ne pouvant travailler seul, choisit dans ses États un nombre de sujets selon son coeur; il se les attacha par les bienfaits en les regardant comme ses ff? et les initia dans les secrets les plus cachés de l'art kabbalistique ; qu'il serait à souhaiter, mes TT? CC? FF?, que cet art nous fût parvenu dans toute sa clarté; mais nos anciens maçons, soit par prudence ou par d'autres raisons, nous ont caché les points les plus importants de cet art divin sous des types qui ne présentent que des énigmes ; heureux celui d'entre nous qui sera assez laborieux pour faire, par ses recherches et son travail, la découverte de ces sublimes vérités, il pourra être assuré d'avoir trouvé la vraie félicité à laquelle un mortel puisse aspirer, car sa santé sera conservée, ses jours prolongés et ses moeurs exemptes d'être corrompues par les vices où l'indigence et l'infirmité ne conduisent que trop l'espèce humaine. Réfléchissons, MM? TT? CC? FF?, sur tous les objets qui vous auront affectés dans les différents grades par où vous aurez passé, et vous verrez que c'étaient autant de signes et de mystères dont vous deviez un jour avoir la clef, c'est-à-dire apprendre au vrai à quoi ils devaient s'appliquer.

« Cet éminent grade les renferme tous, il en fait l'analyse, il vous présente du travail à entreprendre; c'est à vous, MM? TT? CC? FF?, à entrer dans sa carrière munis de l'amour de la vérité et de la persévérance. Ce grade, qui compte un ordre de parfaits maçons, a été mis en lumière par le f? R? Qui l'a tiré du trésor kabbalistique du Docteur et Rabbin Néamuth, chef de la synagogue de Leyde en Hollande, qui en avait conservé les précieux secrets et le costume ainsi qu'on va voir les uns et les autres dans le même ordre qu'il les a mis dans son Talmud mystérieux. »

Plus loin on explique que si les Chevaliers de l'Aigle noir sont appelés Roses-Croix ,c'est parce que « Raymond Lulle grand maçon et philosophe hermétique, ayant trouvé par la science kabbalistique le vrai salut de vie par le mariage des six métaux, il en composa un parfait appelé or ; il le présenta au roi d'Angleterre qui en fit fabriquer de la monnaie, où d'un côté était une croix symbole des quatre éléments, et de l'autre une rose, symbole du triomphe du Travail et le prix des sages, l'épine n'appartenant qu'aux vrais trompeurs et aux sots.

Raymond Lulle fut fait chevalier et, depuis lui, tous ceux qui travaillent à la science kabbalistique ou art royal sont appelés chevaliers Roses-Croix.

« Ce sublime grade est en vénération dans toutes les cours du Nord et en Prusse, où le souverain en est le protecteur et le G?M? C'est pour cela qu'il lui a même donné le nom d'Aigle noir comme roi des oiseaux et le seul fait pour voler au devant du soleil et en fixer la lumière.

« Le but de ce grade est la science sublime des connaissances de la nature et d'en tirer un travail utile au genre humain, soit dans la purification des métaux imparfaits pour les transmuer en or, seule production parfaite de la nature et comme telle l'emblème de la divinité qui n'a en soi ni impuretés, ni commencement, ni fin ; aussi l'or se trouve-t-il toujours en même poids et valeur dans tel feu que vous puissiez le mettre ; c'est aussi le fond du mystère de la salamandre qui vit dans le feu et du phénix qui renaît de ses cendres. Il n'est point ici compris parmi les six autres impurs parce que physiquement il est tout esprit et par ce moyen est incorruptible. De ce métal pur et rendu potable vous en tirez magnétiquement la médecine universelle, dont l'existence ne peut se nier, attendu tout ce qui est dit dans l'Écriture sacrée et dans tous les philosophes hermétiques et notamment (Le diadème des sages, 1782), par le premier but de l'association des chanoines de Paris et autres officiers ecclésiastiques qui sont venus après les druides ou prêtres des anciens Gaulois, desquels ils tenaient cette science par tradition, ce qui se trouve aisément dans les annales de Paris.

« Ces ecclésiastiques qui, suivant les anciens apôtres, étaient médecins des corps et des âmes, soignaient les malades et les traitaient avec beaucoup d'humanité et de charité. Ce qui était admirable, c'est qu'ils guérissaient toutes les maladies et infirmités (si Dieu n'en ordonnait autrement) par des remèdes naturels, dont ils avaient la connaissance philosophique acquise par l'usage et l'étude de la sage nature qui les fournit en profusion à ceux qui sont ses scrutateurs, sans qu'il soit besoin d'avoir recours à des secours étrangers, impuissants et destructeurs. C'est pourquoi ils avaient leur école de médecine près de leur église, rue de la Bûcherie, laquelle existe encore aujourd'hui. Et comme l'amour de Dieu et du prochain faisait tout leur devoir et leur mérite, en ces temps de sagesse et de simplicité, ils obtinrent de faire construire près d'eux un hôtel de charité, où l'on apportait, recevait et traitait les infirmes et malades avec tous les soins et secours dont par esprit d'institution et d'état ils étaient capables, et s'en faisaient un point essentiel de religion. Ils opéraient des cures et guérisons miraculeuses et si surprenantes que cet hôpital d'infirmerie fut alors appelé Hôtel de Dieu et par corruption Hôtel-Dieu, ainsi qu'on peut le voir dans Nicolas Flamel ».

Nous sommes entrés dans tous les détails qui accompagnaient les initiations et nous avons choisi la plus curieuse d'entre elles ; nous avons également donné in extenso le type d'un balustre (discours) tel qu'il était d'usage d'en prononcer, afin que le lecteur puisse se rendre compte de la phraséologie amphigourique alors en usage, et enfin qu'il soit un exemple des formules employées pour faire allusion au mystère de la création. Nous en avons assez dit précédemment pour qu'il soit inutile d'insister sur l'étoile flamboyante et la parole perdue.

Nous allons voir maintenant comment on ouvrait un chapitre et comment se faisait la réception d'un aspirant Rose-Croix.

Le souverain GM après s'être fait assurer des portes et de la valeur maçonnique des ff? présents, frappait un grand coup de maillet sur l'autel. Aussitôt tous les princes se tenaient debout et à l'ordre. Lorsque les deux surveillants avaient à leur tour frappé un coup de maillet, le souverain GM prenait la parole :

Princes chevaliers de l'Aigle noir, prince grand prieur, prince grand surveillant et officiers dignitaires, aidez-moi à ouvrir le chapitre .

On échangeait alors le signe, puis le prince grand prieur et le prince grand surveillant présentaient la pointe de leur épée au souverain GM et tous les princes se mettaient à l'ordre ; le souverain GM reprenait alors la parole.

D. Prince grand prieur, quelle heure est-il ?

R. Souverain GM l'étoile du matin paraît.

D. Prince grand prieur, que devons-nous faire ?

R. Nous devons reprendre nos travaux.

D. Prince grand surveillant, quel est votre devoir ?

R. S? GM c'est de voir si le chapitre est scellé hermétiquement, si les matériaux sont prêts, si les éléments se distinguent, si le noir fait place au blanc et le blanc au rouge.

D. Prince grand surveillant, voyez si tout est prêt.

R. S?GM tout est prêt, vous pouvez commencer l'oeuvre ; tout est prêt, le feu prend couleur, tout est prêt.

D. Prince grand prieur et prince grand surveillant, quittez le fer, prenez vos maillets et disposez les princes dans leurs postes.

R. Princes chevaliers qui habitez le zodiaque, observez dans vos travaux d'être exacts à nous procurer les trois règnes de la nature, c'est-à-dire : les animaux, les végétaux et les minéraux, subordonnés à chaque signe et à chaque mois de l'année, et renfermez tous vos métaux dans la maison du soleil.

D. Princes, que le bruit de vos outils retentisse d'un pôle à l'autre et que l'Orient et l'Occident dirigent désormais le cours des planètes.

Le Souverain GM frappe ensuite trois fois deux coups de maillet, les deux surveillants font de même.

D. Princes chevaliers, le chapitre est ouvert ; faisons notre devoir.

Les deux surveillants répètent ces paroles, tous les assistants font les signes ; on applaudit sept fois (six et un) en disant trois fois Vivat, puis chacun prend sa place et l'on procède à la réception.Le parrain, assisté d'un chevalier préparateur, va chercher le récipiendaire dans la chambre de réflexion et lui demande s'il désire toujours avec ardeur se faire recevoir chevalier de l'Aigle noir. Sur sa réponse affirmative, le préparateur, après lui avoir bandé les yeux, l'introduit en le prenant par la main dans un appartement tendu de noir dans lequel se trouve étendu sur une table le dernier chevalier reçu, couché sur le dos, contrefaisant le mort ; on fait toucher le corps au récipiendaire, et pendant qu'on lui fait faire des voyages autour de la chambre, le chevalier étendu sur la table se retire sans bruit et l'on met à sa place un coeur de boeuf ou de mouton, une tête de mort et une lumière.

On demande au récipiendaire s'il est toujours décidé à poursuivre sa course et à anéantir tout ce qu'on lui ordonnera. Dès qu'il a répondu affirmativement, on le conduit armé d'un poignard près du coeur de boeuf et on lui dit :

- Frappez et n'hésitez pas ; malheur à vous si vous vous repentez du coup que vous aurez porté.

L'aspirant perce le coeur et y tient le poignard plongé.

- Savez-vous ce que vous venez de faire? lui demande le préparateur,-Je ne sais rien. Tout ce que je puis croire, c'est que j'ai frappé quelque corps, mais je ne m'en repens pas, et pour preuve de ce que j'avance, je suis prêt à recommencer.

On retire le bandeau qui couvrait les yeux de l'aspirant, afin qu'il puisse contempler la lumière, le coeur et la tête de mort. Au bout d'un instant, le préparateur reprend :

- Emportez ce coeur au bout de votre poignard et suivez-moi.

Arrivé à la porte du chapitre, le parrain frappe deux coups irréguliers, auxquels le prince grand surveillant répond par une batterie semblable, et s'adressant à son collègue ;- Prince grand prieur, on frappe en profane à la porte du chapitre.

Celui-ci en prévient le souverain GM qui ordonne au prince grand surveillant qui frappe de lui en rendre compte. Après avoir parlementé avec le préparateur, le prince grand surveillant assure au souverain GM que le trophée que l'aspirant va lui présenter sera une garantie suffisante en sa faveur.

On demande au parrain le nom, l'âge du candidat, les grades par lesquels il a passé pour oser prétendre au sublime grade de Rose-Croix.

On l'introduit ensuite à l'occident du chapitre, le parrain et le préparateur remettent le récipiendaire au souverain GM et vont reprendre leurs places.

Après avoir posé à l'aspirant des questions sur son passé maçonnique, le souverain GM lui explique que le trophée représenté par le coeur a pour objet de lui rappeler que lorsqu'il a été reçu apprenti il a prêté le serment solennel, et qu'il a consenti à avoir le cœur arraché s'il devenait parjure à ses engagements. Comme, de plus, dans le grade de Rose-Croix, il faut des hommes résolus sur lesquels on puisse compter dans le besoin, on a voulu éprouver son courage. L'aspirant profite de la circonstance pour assurer qu'il est prêt à exécuter les ordres du souverain GM de quelque nature qu'ils soient.

Lorsqu'il a reçu cette assurance, le souverain GM autorise l'aspirant à venir jusqu'au pied de son trône en exécutant la marche des quatre éléments, qui se fait par les quatre points cardinaux en partant par l'Occident passant par le Centre, allant au Nord, traversant de nouveau le Centre pour arriver au Midi, puis à l'Orient et enfin aux pieds du souverain G?M?, devant lequel il se met à genoux en posant la main droite sur le plat de la Bible.

Le récipiendaire prête alors son serment.

- Je promets et jure, dit-il, devant le Suprême et Grand Architecte de l'Univers et devant le souverain chapitre ici assemblé de sceller, garder et ne jamais révéler les secrets des chevaliers de l'Aigle noir, dits Roses-Croix, à aucun des profanes ou maçons inférieurs à ce grade, sous quelque prétexte que ce puisse être ; de n'en parler qu'en chapitre et lors du travail. Si j'y manque et que je devienne parjure, je consens et je pardonne ma mort à ceux des chevaliers qui me la donneront de quelque manière que ce soit, par le fer, le feu ou le poison ; que ma mémoire soit en horreur parmi les Roses-Croix et les maçons répandus dans le monde entier ; priez pour moi, mes frères, que Dieu me soit en aide et me préserve de manquer à mon obligation.

Le serment prêté, le grand prieur fait relever le candidat, le présente au souverain GM qui le fait passer à sa droite et le décore sur-le-champ des bijoux, gants et tablier de l'ordre ; puis il lui donne les signes, mots et attouchements.

- Le signe, dit-il, se fait dans l'appel en portant l'index de la main droite sous le nez, ensuite sur la joue jusqu'à l'oreille, puis en le descendant le long du cou jusqu'à la clavicule afin de former l'équerre. On répond par le même signe, mais avec la main gauche.

- L'attouchement se donne en s'embrassant réciproquement : chacun avance son pied droit et se donne un coup de talon. Le mot sacré est Messias, qui veut dire trésor des philosophes. Celui de passe ou d'entrée est Och, qui signifie semence de tous les métaux.

Le candidat va se faire reconnaître par tous les princes, puis est reçu par le souverain GM qui lui dit :

- Par le pouvoir que j'ai reçu et du consentement unanime de cette auguste assemblée, je vous reçois prince maçon par le T? P? grade de Chev. de l'Aigle noir de Rose-Croix d'Allemagne dont vous êtes revêtu et devenu membre.

L'orateur lui dévoile alors en ces termes les mystères du grade :

- La figure de cette loge tracée est un carré long plus étendu de l'Orient à l'Occident que du Midi au Nord, parce que le soleil éclaire plus le globe terrestre dans le premier sens que dans le second, puisqu'il ne sort jamais au delà des tropiques.

Vous voyez ici, dans le centre, un grand espace circulaire composé de nuages renfermant les cercles du zodiaque où sont contenues les douze maisons du soleil, gardées chacune par un des douze mois de l'année ; chaque mois vous devez rentrer dans la chambre qui le représente pour y travailler et attirer la visite de l'astre lumineux vivifiant toute la nature et toute la matière.

Le soleil doit être reçu par les quatre éléments que vous inviterez à vous tenir compagnie, car sans eux la maison serait triste ; vous ferez banqueter le soleil des mets tirés des animaux et des fruits, qui sont nourris dans l'intérieur de chaque maison céleste. Si vous observez toutes ces choses, vous opérerez avec fruit.

Dans le cours de notre travail, il faut considérer la matière comme morte ; le cadavre d'Hiram en est l'emblème. Il faut le vivifier et le faire renaître de ses cendres, ce que vous obtiendrez par la végétation de l'arbre de vie représenté par la branche d'acacia ; mais vous ne saurez opérer avec fruit, si vous vous écartez de l'équerre et du compas qu'il faut sans cesse avoir devant vous.

Ces deux bijoux ne sont pas les seuls dont vous devez faire usage ; ils sont accompagnés des deux instruments indispensables : la balance et la clef. Vous ne pouvez non plus vous passer de la pentacule, qui renferme toutes les vertus célestes.

Abandonnons pour un moment, MM? VV? CC? FF?, le centre mystique de notre loge, traversons la lune qui doit couvrir nos sacrés mystères et parcourons l'espace qui l'environne. A l'Occident nous trouverons le mont Ebron, sur le sommet duquel on éleva les deux grandes colonnes Jackin et Booz, c'est-à-dire Force et Beauté, premier principe du grand oeuvre que vous allez entreprendre. La force est représentée par les matériaux que vous devez employer et la beauté par l'ouvrage qu'ils nous produiront.

La colonne Jackin était dédiée à Dieu, tout venant de lui ; c'est ce que vous êtes présentement, puisque vous allez commencer à travailler. Vous deviendrez compagnons quand vous commencerez à connaître la beauté de la matière élémentaire ; enfin, vous deviendrez maîtres quand vous aurez placé dans votre planche la route fixe du soleil.

A l'Orient, nous voyons un grand aigle, roi des animaux de l'air, le seul qui puisse fixer l'astre radieux, car la matière de sa nature n'a point de forme; c'est la forme qui développe la couleur ; le noir, c'est la matière hors d'oeuvre. Change-t-elle de couleur ? elle reprendra une forme nouvelle, et un soleil des plus brillants en sortira. De même que la naissance du soleil est annoncée par l'étoile du matin, l'étoile flamboyante dans sa rougeur est accompagnée par la fraîcheur argentine de la lune.

Dans le plan de la loge, vous découvrirez une pierre brute, matière informe qu'il faut préparer, une pierre cubique à sommet pyramidal, et la matière développée : le sel et le soufre.

L'équerre, le niveau, la perpendiculaire et le maillet vous serviront à construire les maisons du soleil par où vous devez faire passer la matière informe. Aussi faudra-t-il les construire avec règle et préparation ; sans cela l'esprit de vie ne saurait s'y loger.

Avec tous ces instruments vous construirez le grand autel sur lequel brûlera le feu tiré du ciel, et le grand bassin servira à vous purifier les mains, le corps et tout ce que vous toucherez pour opérer avec fruit. Soyez laborieux comme le castor et cachez-vous comme la chouette, afin de bien travailler à l'abri des regards des curieux. 

Le souverain GM ajoute à son tour : 

- Chevaliers, princes nouveaux reçus dans l'ordre des chevaliers de l'Aigle noir, lorsqu'on vous mit en réflexion, vous aperçûtes du pain, de l'eau, du sel, du soufre, un coq et un sablier, avec ces mots : Patience et persévérance ; matières symboliques et faciles à expliquer.

Par le pain et l'eau, on vous marque la sobriété dans vos repas ; par le sel, les bonnes moeurs que vous devez avoir pour vous conserver parmi les hommes ; par le soufre, l'ardeur secrète que vous devez avoir de parvenir à la science kabbalistique en formant votre esprit à savoir promptement tous les instants où la lumière vous éclairera ; par le coq, la vigilance dans toutes vos oeuvres, et le sablier désigne le temps que l'on doit employer au travail qui doit être compté par heures et par minutes. Aidons donc les nouveaux chevaliers à découvrir le principe de vie renfermé dans le coeur de la matière première connue sous le nom d'Alkaest.

Puis le souverain GM fait l'instruction du grade par un dialogue avec les surveillants. De ce dialogue il résulte que le souverain GM se tient à l'Orient pour y attendre l'arrivée du soleil et l'accompagner dans ses douze maisons célestes dont les honneurs sont faits par le Grand Architecte de l'Univers lui-même, sous douze noms sacrés, tirés chacun des douze lettres du grand nom de Dieu en hébreu: Getimoaljeam. Les douze maisons sont partagées en quatre parties égales qui sont les quatre saisons de l'année, qui expliquent l'utilité du travail.

Dans ce travail on doit employer les quatre éléments et les trois règnes de la nature qui, pour être utilisés convenablement, doivent être pris dans leurs vraies saisons, pour que le genre humain puisse y trouver d'immenses trésors.

Adonaï, le plus puissant nom de Dieu, met tout l'univers en mouvement ; le chevalier qui serait assez heureux pour le prononcer kabbalistiquement aurait à sa disposition les puissances qui habitent les quatre éléments et les esprits célestes ; il posséderait aussi toutes les vertus utiles à l'homme et parviendrait avec leur concours à la découverte du premier des métaux qui est le soleil, qui provient de l'alliance intime des six métaux inférieurs, dont chacun contient la semence, et la fournit dans le lit nuptial.

Les six métaux inférieurs, le plomb, l'étain, le fer, le cuivre, le mercure et l'argent, sont symbolisés par Saturne, Jupiter, Vénus, Mercure et la Lune ; l'or-soleil, le premier des métaux, est placé en leur centre, bien que physiquement il ne soit point un métal, car il est tout esprit et par là incorruptible, et c'est pour ces raisons qu'il est l'emblème de la Divinité, incapable d'aucune altération .

Pour parvenir à allier les six métaux et à n'en faire qu'un seul qui ne soit point un métal, on se sert de la règle et de la balance que Salomon a laissées dans son traité précieux de ses Clavicules kabbalistiques. La Kabbale est la pratique secrète des hautes sciences ou connaissance des secrets de la nature et de la grandeur de Dieu.

Pour sa balance, Salomon se servait de 25 nombres sous-divisés de la façon suivante : 1, 2, 3, 4, 5, qui contient 25 fois l'unité ; 12 fois 2, 8 fois 3, 6 fois 4 et 5 fois 5.

Sept philosophes ont donné la clef de cette balance : Albumasaris, Pythagore, Ptolémée, Antidonis, Platon, Aristote et Hali. Chacun d'eux s'est attaché à un métal, ils en ont fait un traité et en ont donné la mesure, la règle et la balance pour les mettre en oeuvre, et chaque traité est sous la domination d'un génie élémentaire. Les métaux et les génies correspondants sont: Plomb, Aratron ; Etain, Retor ; Fer, Phalech ; Or, Och ; Cuivre, Hagit ; Mercure, Aphiel, et Argent, Hali.

Pour fabriquer l'Alkaest, esprit ou dissolvant, inventé par Van Helmont, il faut commencer par travailler à l'alliance des quatre éléments simples dont tous les êtres sont composés et les trois règnes de la nature chacun dans leur saison, renfermés dans chacune des maisons du soleil en commençant par celle de Mars, parce que c'est par elle que commence l'année dans la philosophie hermétique et en astronomie. On prépare mystérieusement les trois productions de la nature avec le feu élémentaire tiré de la matière première par attraction et force centripète des mixtes, mises en digestion dans le fourneau économique allumé par les quatre vents.

Ce trésor produit des trésors immenses pour l'humanité et qui dureront autant que le monde. Il n'y a que les vrais maçons qui puissent participer au Grand oeuvre, et encore bien peu y parviennent-ils.

Si étrange que cela puisse nous paraître, des gens qui n'étaient pas stupides ni de mauvaise foi s'amusaient à ce jeu étrange à la fin du XVIIIe siècle ; le marquis de la Rochefoucauld-Bayer un des auteurs de ce rituel, était un fort honnête homme, qui ne songea pas un instant à fronder la royauté, ni à attaquer la religion. Et cependant, depuis 1776, il était GM du rite écossais philosophique. En 1780, il était membre de la Candeur à l'Orient de Paris, et en 1787 député au GO de Saint-Jean-d'Ecosse de l'Indulgente Amitié à l’O? de Barbezieux, et vénérable du Contrat social à l’O? de Paris ; il est vrai que, l'année suivante, il fut remplacé dans ces dernières fonctions par le comte de Gand.

Quelque singulière que soit l'initiation au grade de Rose-Croix ordinaire, celle des Réaux-Croix, autre variété du même grade, est encore plus bizarre. Dans sa correspondance avec le prince Charles de Hesse et avec le duc Ferdinand de Brunswick, Willermoz, qui avait été admis Réau-Croix par Bacon de la Chevalerie, délégué de Martines de Pasqually, définira ce grade, et une lettre de Pasqually expliquera comment on devait le conférer

Pour les Réaux-Croix, l'Angleterre est bien la patrie de la FM et Cromwell aurait trouvé l'ancien institut des architectes d'Orient, conservé dans le palais de Whitehall, mais il l'aurait mal interprété. Cet institut avait été fondé par les F. R. A. C. X. (Fratres Roseæ et aureae crucis Christiani) qui font remonter leur origine à un prêtre de Sérapis, nommé Ormus, qui vivait vers l'an 46, au temps où saint Marc évangélisait l'Egypte. Ormus ayant été baptisé, adapta les doctrines secrètes des Egyptiens aux enseignements du christianisme.

En l'an 151, des Esséniens et des juifs convertis et savants dans les sciences occultes, se joignirent aux Ormusiens conservateurs des mystères de Moise, de Salomon et d'Hermès. Ces doctrines furent transformées au VIème et au VIIème siècle et n'ont pas changé depuis. En 1188, quand Jérusalem fut reprise, trois adeptes vinrent en Ecosse et perpétuèrent l'Ordre, qui ne comportait que peu d'initiés. Cromwell aurait été Réau-Croix. D'après Charles de Hesse, les R.+ d'Occident ainsi que les Frères moraves étaient sortis d'une branche de ces Réaux +, mais ils avaient des connaissances très inférieures à celles des Réaux-Croix, qui étaient infiniment sublimes.

Willermoz donne de curieux détails dans une lettre qu'il adresse au prince de Hesse, le 20 octobre 1780.

Il explique que, bien qu'ayant fait suivre sa signature du signe R. +, il n'est pas Rose-Croix, mais Réau-Croix : « J'admets, écrit-il, beaucoup des connaissances des Roses-Croix, mais leur base est toute de la nature temporelle ; ils n'opèrent que sur la matière mixte, c'est-à-dire mélangée du spirituel et du matériel ; et ont par conséquent des résultats plus apparents que ceux des Réaux-Croix, qui n'opèrent que sur le spirituel temporel et dont les résultats se présentent sous forme de hiéroglyphes ».

Dans chaque groupe de Réaux-Croix il y a un chef plus puissant que les autres. Sur toute la surface de la terre il n'y a que 7 chefs, sans compter le chef suprême. Pasqually en aurait connu un en Italie et un autre en Asie. Willermoz dit ne posséder sur tout que des connaissances théoriques , son initiateur (Pasqually) l'ayant élevé rapidement et l'ayant, peu après, quitté pendant de longues années : « Il devait revenir en France pour achever mon instruction, quand il mourut. Celui que je crois son légitime successeur (le fils de Pasqually) a encore bien des années à attendre pour reconnaître les vertus qui ont été mises en lui et encore plus pour être utile aux autres, étant encore très jeune.

« J'ai été établi pour conserver le dépôt qui m'a été confié, et plusieurs, par mon ministère, ont eu des signes certains que la route que je leur traçais était sûre, et moi-même, quoique moins virtuel pour mon propre compte que je l'ai été pour autrui, j'en ai reçu quelquefois des signes si positifs, si évidents, si convaincants que je ne puis douter de la vérité des principes ».

Pour Willermoz, c'est dans l'ordre des Réaux-Croix que réside l'ordre par excellence dans toute la force du terme (Réau, puissant prêtre). Les connaissances perdues par la chute de l'homme et rendues par le Christ, auraient été perdues par les papes. Les vrais Réaux seuls ont gardé la puissance d'ordination sacerdotale du culte primitif. Ceux ainsi ordonnés s'appellent Coëns.

Voyons maintenant comment on était admis parmi les Réaux-Croix. C'est Pasqually qui l'explique dans une lettre à Bacon de la Chevalerie ; nous la reproduisons textuellement, y compris les fautes d'orthographe caractéristiques.

« A Bordeaux, le 2 mai 1768.

« Je réponds T. H. T. R. M. aussi promptement que je le peut à la demande que vous me faites touchant le grade de Réau croix que vous voulez donner à notre T. H. T. R. M. De Villermoz. Je ne me refuserais jamais pour que ce R. M. soit récompensé à tout égards et même avec satisfaction, personne plus que lui le mérite davantage. Vous me permettrez P. M. de vous faire les observations secrètes de notre loy abstraite à ce sujet. Vous ne devez point ignorer que nous ne jouissons en notre qualité d'hommes, d'Image et de ressemblance divine que de deux choses qui sont réellement en notre pouvoir qui sont les différents actes cérémoniaux de nos opérations qui sont au nombre de quatre auxquelles il nous est donné une seule puissance a chaque, qui font quatre puissances ce qui complète avec les quatre cérémonies le nombre infini de huit. Toutes ces choses nous sont données avec précision d'heures, de jours, de semaines, de mois, de lunes et d'années. Et que par ce moyen en suivant scrupuleusement ce qui nous est prescrit par Dieu même, nous osons nous attendre à un succès plus considérable de nos travaux que lorsque nous en sortirons.

Vous savez que je vous ai toujours dit qu'il n'était point en mon pouvoir de satisfaire entièrement l'homme à ce sujet et qu'à Dieu seul appartenait cette sublime opération.

A toutes ces choses prés, T. P. M. comment pouvoir nous promettre quelque succès en faveur du candidat que vous voulez admettre à une opération hors de son tems, un fruit prématuré est hors de saison, une opération de principe faite hors de son tems est sans fruit. Vous me répondrez à tous cela comment faire ? Je lui ai promis. Je dirai a cela tempis, vous avez mal promis, ces sortes de choses sont-elles en votre pouvoir ? Indifféremment cela ne se peut d'aucune façon si nous ne suivons scrupuleusement ce qui nous est prescrit. La précision de la cérémonie ne suffit pas seule, il faut encore une exactitude et une sainteté de vivre au chef qui mène les cercles d'adoption inllecte (sic) il lui faut donc une préparation spirituelle faite par la prière, la retraite et la moration, vous avez sçu comment je me suis comporté a Paris a cet égard. Cependant je ferai mes efforts pour abandonner mes affaires domestiques afin de me disposer a vous fortifier dans votre opération, pour récompenser le zèle et les travaux laborieux au R. M. De Willermoz, que je crois être digne du succès que je lui désire dans cette opération, il ne dépendra pas de moi pour qu'il soit satisfait. Qu'il vous souvienne que c'est le dernier et le premier. Vous observerez pour cette cérémonie de faire les mêmes cercles que je fis pour la réception du T. P. M. de Luzignem, vous attaquerez l'angle de l'Ouest comme votre chef angle. Il ne vous est point permis d'attaquer a l'Est directement, ce tens étant passé. Vous ferez toutes les mêmes cérémonies, tant en prières qu'en parfum ; vous n'offrirez d'autre holocauste d'expiation que la tête d'un chevreuil mâle, que vous ferez acheter indifféremment au marché, laquelle tête sera avec sa peau velue. Vous la préparerez ainsi que l'on prépare le chevreuil avant de l'égorger. Ensuite vous dresserez trois feux nouveaux. Dans celui qui sera au nord vous mettrez la tête sans langue ni cervelle mais bien avec les yeux, Dans celui qui sera au midi vous y mettrez la cervelle. Dans celui qui sera à l'Ouest vous y mettrez la langue. Lorsque le tout brûlera le candidat jettera trois grains de sel assez gros dans chaque feu. Ensuite il passera ses mains par trois fois sur chaque flamme de chaque feu en signe de purification. Il aura le genout droit à terre et l'autre debout et dira ensuite ce mot ineffable que vous trouveriez marqué dans l'écrit cy joint ainsi que leur nombre caractères et hiéroglyphes lesquels seront tracés devant chaque feu tel qu'ils sont marqués. 

« Si on ne peut avoir une tête de chevreuil, on prendra la tête d'un agneau couverte de sa peau. Il faut absolument que sa peau soit noire sinon l'holocauste serait action de grâce et non d'expiation. Le candidat fera la cérémonie de la tête d'agneau ou de chevreuil avant tout autre cérémonie. Les cercles et l'appartement où l'on fait l'opération, seront entièrement préparés ainsi que nous avons jadis fait. Vous aurez de l'eau comme il convient, vous commencerez votre opération le onze du courant, vous suivrez le 12 et finirez le 13 pour que vous vous rencontriez aux jours relatifs ou manquement de la saison. Par le nombre des jours que je vous fixe, vous remarquerez le nombre de confusion par 1   1.  Le nombre 2 terrestre et corporel par  1   2  et par  1   3  puissance. 3   4

Ensuite vous ferez commencer par les invocations ordinaires et conjurations entre lesquelles vous joindrez celle du commandeur d'Orient. joindrez à celle que je vous ai donné. Après les trois jours d'opérations faites, vous ramasserez soigneusement les cendres des trois feux que vousavez crée. Vous donnerez au candidat un scapulaire pareil a celui des autres R. +. Vous lui ferez faire un talisman égal aux autres, vous assemblerez pareillement vos deux P. M. R. + dont l'un et l'autre feront chaque jour une opération et vous ferez la dernière, il est égal qui des deux commence. Vous observerez de faire dire au candidat la prière qui est a la suite des mots d'abord qu'il aura passé les mains ouvertes sur le feu de l'holocauste, vous aurez de toutes nécessité deux réchauds un peu grands pour faire consommer la langue et la cervelle, et celui qui sera sous la cheminée de la Chambre figurera le Nord, les deux réchauds figurerons le midi et l'Ouest conformément à l'ancien usage, ou l’on portait des caisses grillés pour faire les holocaustes en campagne. Voilà T. P. M. tout ce que je puis faire en faveur du zèle du R. M. De Willermoz, Dieu fasse qu'il l'entende et qu'il retire de cette opération tout l'avantage et le succès qu'il mérite. J'abandonne avec plaisir mes propres affaires pour sa satisfaction ne comptant pas beaucoup sur la propagation de l'ordre par la lenteur q

ue je lui voie. Je vous prie d'assurer le R. P. M. de Willermoz de mon sincère attachement.

« Ne faites fautes de prévenir tous les R. R. M. M. Réaux Croix de l'opération que vous allez faire à l'extraordinaire, n'importe qu'ils soient ou non avertis quinze jours d'avance comme il convient. Si vous n'agissiez point, comme je vous le dis, les R. + pourraient très bien vous refuser la reconnaissance du R. + que vous auriez fait et m'en porter leurs plaintes pour qu'il ne fût point inscrit dans mes circonférences secrètes ainsi que dans mon répertoire universel. Faites écrire par un des R. P. R. + aux T. P. M. de Champoleon, au T. P. M. de Grainville, au T. P. M. de Luzignem pour éviter toutes sortes de discussion.

« Vous n'oublierez point de faire boire le calice en cérémonie après la réception et vous donnerez le pain mystique ou cimentaire a manger a votre Réau + nouvellement reçu dans la même cérémonie que vous m'avez vu faire ».

On a vraiment peine à croire qu'en plein XVIIIe siècle il y avait encore des gens se livrant à ces pratiques surannées et ridicules, surtout lorsqu'on constate que Willermoz n'était pas parmi les plus exagérés, et qu'en dehors de la maçonnerie c'était un brave homme, un honnête commerçant et un bon père de famille.

Il est un autre rituel également intéressant, c'est celui de chevalier Kadosch, dont nous n'avons pu trouver aucun exemplaire ancien aussi explicite que ceux de Rose-Croix et de Réau-Croix que nous venons de citer. Cependant nous en avons rencontré un qui pour être moins ancien n'en est pas moins intéressant, attendu que s'il faut en croire l'auteur, le Frère Fabien 30e, le texte qu'il donne est la reproduction d'un « Rituel ancien formulé à nouveau suivant la pratique moderne (1) ». Dans ce rituel il est expliqué que «  dans les grades philosophiques, le maçon ne reçoit plus l'impulsion de personne. Dans la première série, il façonne les coeurs, dans la seconde il façonne les esprits ; voici que dans la troisième, il façonne les volontés » 

Puis il explique au candidat que l'échelle maçonnique a sept échelons, qui symbolisent: la probité, l'expérience, la fermeté, la persévérance, la religion, la science, et enfin le septième échelon « est », dit-il, « celui que tu gravis maintenant en groupant les sciences et les vertus qui peuvent te rendre apte à gouverner la volonté des autres en lui faisant accepter ton autorité » (p. 16 et 17). En conséquence, les échelons descendants symbolisent : les lettres, les sciences proprement dites, les arts, l'agriculture, l'industrie, le commerce et la politique.

 

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Dissertation sur les Grades (1836)

2 Décembre 2012 , Rédigé par Tuileur de Delaunay Publié dans #histoire de la FM

La Franche-Maçonnerie fut, dès son origine, une institution de haute portée. Elle renfermait une de ces idées-mères- frappent les esprits, les éclairent et, les gouvernent.

Plus la Franche-Maçonnerie fut connue, plus on comprit ce qu'elle avait de grand, de noble et de beau dans ses, principes ; de profond dans ses mystères, d'ingénieux dans ses formes.

Elle est restée pour, les adeptes ce qu'elle parut à ceux qui, les premiers., mirent en pratique ces principes), ces mystères, ces formes : tout, en elle, est encore respecté et conservé malgré un siècle et plus d’existence, malgré les révolutions qui se sont faites dans les choses et dans les esprits depuis 40 années.

C'est que pour les bons. Esprits, on ne refait pas des doctrines parfaites c'est que par eux et pour eux, les vieux et saints monuments sont toujours des objets,sacrés.

Et qu'on ne conteste pas cette vérité dont la fable nous offre un exemple. Minerve sortit tout armée du cerveau de Jupiter. Aucune divinité de l'Olympe n'imagina de refaire l’œuvre du maître des dieux, et nul mortel, dans sa sagesse ou dans sa folie, ne rêva qu'il pouvait rivaliser avec Jupiter. Minerve est donc acquise aux siècles païens, et Minerve est toujours pour l'imagination et la poésie l'image de la Sagesse.

La Franche-Maçonnerie est l'allégorie de la sagesse divine et humaine, inspirée à l'homme par Dieu lui-même, ou créée par l'homme en puisant dans les perfections qui font l'attribut de la divinité et en réunissant à elles toutes les vertus qui peuvent appartenir à l'humanité elle-même.

Cette célèbre institution de la Franche-Maçonnerie n'a pas paru toutefois à des imaginations sombres, singulières, folles ou gracieuses, une création en harmonie avec leurs intérêts ou leurs dispositions diverses.

Ne pouvant rien inventer de mieux, de plus remarquable, de plus fait pour inspirer la confiance, pour frapper l'imagination, ils ont conservé la Franche-Maçonnerie, mais en la dénaturant pour l'approprier au but qu'ils se proposaient.

C'est ainsi que l'Illuminisme, le Carbonarisme, la Fenderie, la Tabacologie et la Maçonnerie des dames sont, pour les Francs-Maçons, la Franche-Maçonnerie altérée ou parodiée, et, pour les illuminés, les :Charbonniers les Fendeurs, les Priseurs et les partisans des Loges d'adoption, selon leurs vues, les terne et les circonstances, des modelions mystérieuses, la Franche-Maçonnerie perfectionnée, même la vraie Franche-Maçonnerie.

Nos lecteurs comprendront bien toute la différence qui existe entre la Franche-Maçonnerie et ces associations toutes diverses, toutes particulières ; ils comprendront mieux encore quand ils auront, avec nous, porté un regard sur la Franche-Maçonnerie et sur ces associations.

La Franche Maçonnerie tend à l'amélioration des hommes, des institutions et des mœurs; elle parle à l'esprit, au cœur, à tous les sentiments nobles et généreux; elle se propose la fraternité universelle ; elle recommande, comme première vertu, la philanthropie; en elle, tout est lumière et humanité. Désintéressée dé toute opinion politique et religieuse, elle prêche la paix et la tolérance. Elle calme les passions, éclaire les esprits et rapproche les cœurs. Elle veut tout mêler pour tout épurer. Dans ce creuset moral, l'alliage c'est-à-dire les passions violentes, les vices, sont rejetés sans retour, car à ses yeux aucune passion violente, aucun vice ne peut s'allier avec ses principes.

Voilà Franche-Maçonnerie !

Voyons les autres associations.

L’illuminisme, secte d’extravagants ou de chevaliers d'industrie, et, comme conséquence inévitable, d'esprits, faibles et de dupes, n'est pas de notre époque. Le charlatanisme et la déception ne prennent plus de voiles aussi mystérieux., ne s'entourent pas des mêmes prestiges., ne cherchent pas de routes aussi longues et aussi difficile a à parcourir ; ils ne font plus tant de façons, disons-le familièrement, pour s'emparer de l'esprit et de la fortune de ceux qui semblent nés pour être trompés. L’illuminisme n'a guère été connu en France qu'à l'époque où Cagliostro y vivait, il y a plus d'un demi-siècle. Ce charlatan Illuminé ne tira parti de ses connaissances dans cette secte que dans l’intérêt de sa fortune. On doute même que l'Illuminisme existe encore en Allemagne, cette terre classique du néologisme et de toutes les spéculations intellectuelles, moins, en général, la friponnerie..

Le Carbonarisme, secte politique, a particulièrement existé en Italie sous la domination française de la République et de l'Empire; il était hostile aux vainqueurs, alors c'était l'esprit national, et les vainqueurs seuls pouvaient s'en plaindre,et s'efforcer de le réprimer. La chute de l'Empire Français  ne l'a point éteint ; l'ancien gouvernement rétabli dans les différents états, d'Italie, l'a persécuté. Il ne l'a pas détruit non plus ; il l'a seulement forcé de se cacher davantage. En France, depuis 1814 jusqu'en 1830, le Carbonarisme n'a point été conspirateur en action, mais en théories politiques. Il était dangereux pour les hommes à systèmes rétrogradables; Ique par les idées. La révolution de juillet 1830 a frappé de mort dans nos contrées. Le procès récemment jugé à Toulouse a prouvé- qu'en voulant le faire revivre, on n'avait réussi qu'à le rendre misérable et ridicule.

Dieu nous garde de ses efforts de pygmées qui se croient des géants, qui voudraient &ire du mal et ne font que des sottises ; qui se tourmentent, heureusement, sans tourmenter les autres.

La Fenderie, espèce de Carbonarisme par les lieux et un peu par les termes, bien antérieure au Carbonarisme, et qui n'existe plus depuis trente ans, avait un objet louable, aider les voyageurs qui, dans les forêts et sur les routes, pouvaient courir- des dangers. An moyen de paroles et de signes ils appelaient à leur secours les Fendeur ou Bons, Cousine, et s'il s'en trouvait à leur portée, ils en recevaient défense et secours. En ville comme dans les bois, les Bons Cousins se prêtaient assistance, se secouraient mutuellement.

Rien n'était plus original, plus gai, plus fou que leu réceptions dans la Fonderie. C'était une parodie des plus plaisantes de la Franche-Maçonnerie. Mais si la Fenderie amusait, elle était utile. Les Francs-Maçons ne dédaignaient pas de se faire admettre dans ses Chantiers. Ils étaient de droit Bons Cousins ; il leur suffisait de prêter serment de fidélité à l'association et d'en remplir loyalement tous les devoirs. Ce serment, ils le prêtaient volontiers et le tenaient comme l'un principe maçonnique.

La Tabacologie ou société des Priseurs avait au lieu de Loges et de Chantiers, des Manufactures. L'une d'elles était établie, il y a 20 ans dans l'emplacement de l'ex-théâtre Molière, rue Saint-Martin, disposé, décoré et avec tout ce qui était nécessaire aux réceptions et aux pratiques de la société. La culture, la manipulation et l'usage du tabac dans toutes les manières de l'employer et de le consommer, formaient l'étude de la société Tabacologique, qui avait aussi ses mots, ses signes de reconnaissance. A ces choses matérielles se rattachaient des idées morales et une assistance mutuelle. C'était une société de personnes honorables, presque toutes appartenant aux sociétés maçonniques. Si elle existe encore elle est concentrée dans un cercle d'amis. Elle peut offrir du charme, du bonheur, mais non ce qui soutient les sociétés et les hommes, la magie de l'éclat et de la célébrité.

La Maçonnerie des Dames n'a pu être créée que par des Francs-Maçons, non parce que la Franche- Maçonnerie ne leur suffisait pas, mais parce qu'il était contre leur esprit, leur caractère, leurs habitudes d'avoir exclusivement des assemblées, comme Francs-Maçons, où les dames n'assistaient pas. Il y avait bien aussi un autre motif, celui d'une sage prudence.

Les femmes des Francs-Maçons voyaient les longues et fréquentes absences de leurs époux avec peine, avec mécontentement. Peine et mécontentement ne se concentraient pas dans l'âme de ces dames. Ces deux sentiments fâcheux s'exhalaient en plaintes, en observations plus on moins vives et piquantes; menaces graves s'y joignaient parfois. Les attaqués n'étaient pas indifférents aux dangers qu'un mouvement de dépit, un mot un peu équivoque faisaient entrevoir. Il est sage aux hommes de ne pas donner lieu au courroux des dames; il est très judicieux de ne pas négliger . les bons avis-qu'elles donnent parfois et il y avait dans tout cela un point si délicat, que les hommes aussi excellents Maçons qu'excellents maris; révèrent.

Un rêve heureux, salutaire, consolateur se réalisa dans la Maçonnerie des Dames.

La:Franche-Maçonnerie fut créée par des sages. Des FF.·. ingénieux et spirituels se dirent : Que la Maçonnerie des Dames se fasse, et la Maçonnerie des Dame fut faite.

Il y a eu plus que de l'inspiration il y a eu du génie dans cette création qui rapproche les deux Maçonneries sans les confondre.

Le Paradis terrestre, le fruit défendu, un serpent tentateur, un sexe charmant tenté, du bonheur, du plaisirs dit la morale, des réunions belles et nombreuses dés. mystères, des épreuves de jolies récipiendaires, des femmes qui gouvernent, des cavaliers qui ne sont jamais qu'en seconde ligne, un banquet brillant, un bal enchanteur, voilà ce qu'on offrit aux dames, voilà ce qui leur plut, et ce qui leur plaira toujours à tous lés âges, car tous les âgés y sont admis et tous y sont convenablement placés.

La Maçonnerie des Dames, est à elles, elles en sont les inspiratrices, les directrices, les souveraines.

Tous les hommes leur sont soumis, jusqu'au maris...quand même. 

Nous nous sommes un peu laissé entrainer dans cet examen des institutions ou associations qui n'auraient existé si la Franche-Maçonnerie n'eut pas été inventée.

Laissons de côté l'origine de la Franche-Maçonnerie ; qu'elle soit antédiluvienne, qu'elle soit une dérivation des mystères chez les les anciens, qu'elle ait pour type l'exécution morale de la construction matérielle du temple de Salomon, ou qu'elle nous vienne des Anglais qui auraient spiritualisé l'une des corporation d'artisans ( les maçons au propre ) si ancienne et si célèbre et si nationale chez eux, il est historique que la franche-Maçonnerie fut introduite en France en 1727 par des Anglais qui, les premiers y tinrent des Loges et admirent à l'initiation quelques uns de leurs compatriotes et des Français. 

Pendant plusieurs années les Loges en Français furent Anglo-Françaises ; longtemps ces Loges relevèrent de la grande Loge d'Angleterre ; mais enfin une grade Loge Française s'établit ; la grande Loge d'Angleterre la reconnut et cessa toute action patronale sur les Loges de France.

Les Anglais instituèrent la Maçonnerie sans distinction de rite, c'est à dire qu'il n'y avait qu'une Maçonnerie qu'on qualifiait à Londres ou à Paris ni d'Anglaise ni de Française et encore moins d'Ecossaise.  

Cette Maçonnerie se bornait à trois grades , à Londres comme à Paris ; on ne distinguait pas même ces trois grades par la qualification de grades symboliques.

Ce ne fut que lorsque le docteur Ramsay,  Ecossais, et ses partisans eurent  crées et répandu leurs grades dits supérieurs que l'on classa la seule Maçonnerie qui existait alors, en Maçonnerie symbolique pour désigner la Maçonnerie des trois premiers grades, et qu'on qualifia de grades capitulaires  les grades des nouveaux qu'on tenait en chapitres, et des grades supérieurs , nommés depuis grades philosophiques, les grades que l'on communiquait dans les conseils consistoires.

Alors l'ancienne, Maçonnerie introduite par les Anglais, celle des trois premiers grades, reçut la dénomination de rite Français, grades symboliques ; on comprit également sous le titre de rite Français les quatre ordres ou grades capitulaires  que les Français créèrent en opposition aux 25 ou 33 degrés du rite Ecossais dus à l’imagination de Ramsay.

Les trois premiers grades du rite Français et les trois premiers du rite Ecossais, se traitent avec une parfaite égalité ; c'est à dire que les Maçons de l'un de ces rites sont admis dans l'autre.

Mais. le rite Écossais ne fait pas la même concession au rite Français dans les grades plus élevés.

Tout le rite Français, ses grades symboliques et ses grades capitulaires ne sont admis dans le rite Ecossais que jusques et compris le 18° degré. Les Ecossais gardèrent d'abord pour eux 7 grades de plus, et en ajoutèrent 8 pour faire le compte de 33, où ils se fixèrent irrévocablement.

A l'origine de toutes ces choses, la grande Loge de France à laquelle le G.·.O.·. succéda, résista longtemps au torrent de tant de grades; mais elle fut emportée; c'est-à-dire que ses principaux membres suivirent les nouvelles bannières.

Il y eut schisme, il y eut lutte ; en 1814 le G.·.O.·. fit avec l'association Écossaise un concordat où tous les discords fixent pacifiés. Le concordat fut bientôt déchiré, chaque partie accusant l'autre de n'y être pas fidèle.

Mais en,1814 le Grand Orient, prenant enfin en sérieuse considération sa position de chef d'Ordre de la Maçonnerie en France, d'administrateur, de législateur, de directeur, de responsable, et comme tel, ayant le consentement de tous les Ateliers de son obédience, pratiqua le rite Ecossais et en conféra tous les degrés, malgré l'opposition des chefs de ce rite, qui., du reste, n'avaient jamais bien justifié de leur, droit à une possession exclusive.

Le Succès légitima la détermination.

Un autre incident survint.

En 1817 un nouveau rite, le rite de Misraïm ou d'Egypte chercha à s'implanter à la souche des rites Français et Ecossais. Ce n'était ni 7 grades ni 33 degrés qu'il apportait ; c'était une masse de 90.

Quatre-vingt dix degrés ! quand les Écossais eux-mêmes, dans leurs trente-trois, en confèrent à peine sept ou huit, et que dans le rite Français sur sept grades on peut en donner trois par communication, il y avait là une étrangeté qui frappa tous les esprits.

La Maçonnerie fut en émoi ; le G.·.O.·. douta de la réalité du fait dont on parlait dans la plupart des Loges. Ce doute cessa bientôt. Les importateurs du rite de Misraïm vinrent lui demander droit de cité.

La demande et les titres, ou prétendus tels du nouveau rite furent examinés avec un soin particulier par la grande Loge de conseil et d'appel formée en grand directoire des rites.

Le travail de cet Atelier supérieur fut mis sous les yeux des deux Grands-Maîtres adjoints de l'Ordre, les maréchaux Beurnonville et Macdonald, et fut approuvé par eux ; mais il fallait pour lui donner toute son action, la discussion dans le Grand Orient et la sanction de ce corps suprême.

Le maréchal Beurnonville, qui portait à la Maçonnerie un intérêt de trente années, qui s'était rendu garant près du roi Louis XVIII de l'esprit invariable de l'institution fraternelle i de la conduite toujours loyale des Maçons, de la sagesse du Grand Orient, présida en Personne; et comme il le faisait dans toutes Les assemblées générales, la célèbre séance où la discussion. est lieu et ou le sort du rite de Misraïm fut décidé.

Cet acte est trop important pour n'être pas rappelé ici comme document historique. Nous le transcrivons d'après une des circulaires imprimées qui furent adressées par le Grand Orient à chaque atelier de sa correspondance. Voici cet arrêté :  

Le Grand Orient de France,

Sur les conclusions du F.·.G.·.Orat.·. conformément à l'avis de la Gr.·. L.·. de conseil et d'appel, et au rapport de la commission nommée dans sa séance du 14éme jour du 114 mois de l'an de la V. L... 5816, conformément à l'art, 3 de la section 3 du chap. 11 des statuts généraux de l'Ordre Maç.·. en France, page 190, pour examiner les titres du rit dit de Misraïm, et les instructions relatives au but et à la moralité de ce rite, dont l'admission est demande an G.·.0.·..

Attendu que les impétrants n'ont point fourni les titres et les instructions exigées par l'article pré-cité des statuts-généraux ;

Attendu qu'il résulte de ce défaut de production, que l'origine et l'authenticité de ce rite ne sont point prouvées;

Attendu subsidiairement que les communications partielles faites à la commission ont prouvé que les 90 degrés dont le rite impétrant est supposé se composer, 68 au moins appartiennent au rite dèja connu et pratiqué par le G.·.0.·. et ne peuvent faire partie d'un rite Egyptien, que l'addition de ces degrés faite arbitrairement et sans droit, par les inventeurs du rite de Misraïm, contredit l'antiquité qu'ils lui attribuent, et pressent de se mettre en garde contre le surplus des degrés, désignés en termes hébraïques ou par une simple numérotation, puisque sous ce voile peuvent encore être cachés d'autres degrés également empruntés aux rites déjà connus.

Attendu que l'assertion de l'introduction de ce rite déjà connu en Italie sous le pontificat de Léon X dans le 16éme siècle, par Jamblique, philosophe Platonicien, qui vivait dans le 4e siècle, 1100 ans avant Léon X étant détruit par le seul rapprochement des dates, il n'est plus permis d'ajouter foi à la pratique actuelle de ce rite à Alexandrie et au Grand Caire, ou l'existence publique et avouée d'une semblable institution ne saurait être ignorée du G.·.O.·. si elle était réelle.

Attendu que les fictions dont il a plu aux inventeurs de ce rite de s'environner , loin de lui donner plus de prix aux yeux des hommes censés, leur inspirent la loi du doute le plus étendu.

Qu'ainsi, s'est en vain que les sectateurs annoncent que le but moral de leur rite est la bienfaisance, la philanthropie et le développement des loi de la nature, par ses grands agents comme par ses puissances secondaires; que sa discipline reconnait pour principes généraux ceux qui régissent tous les rites, le silence gardé sur le dogme, base essentielle de tout rite vis-à-vis le F.·.G.·., dont on ne peut pas plus révoquer en doute la bonne foi que la puissance, est la plus forte présomption de la non conformité de ce dogme avec ceux que la raison avoue, ou. du manque de mission des impétrants ;

Attendu enfin que dans cet état des choses, le G.·.O.·. ne doit point laisser plus longtemps les Maç.·. en erreur sur la confiance à donner au rit de Misraïm ;

Arrête à l'unanimité : .

ART. I. Le rite dit de Misraïm ; pour la présentation duquel il n'a pas été satisfait à ce que prescrivent, les statuts généraux de l'Ordre Maç.·. en France, page 190, n'est point admis.

MT. 2. I1 est interdit à tout Maç.·., tout At.·. sous quelque dénomination qu'il puisse être dans l'étendue de l'obédience du G.·.O.·. de pratiquer ce rite à peine d'irrégularité.

ART. 3. Tout At.·., tout Maç.·., soit à Paris, soit dans les départements qui feraient partie des adhérents de ce rite, sont tenus; sous la même peine d'irrégularité, d'en cesser les pratiques le jour même de la réception du présent  arrête, qui sera transcrit textuellement sur les livres d'or ou d'architecture des At.·., et d'y renoncer formellement et explicitement, par une déclaration signée manu proprid et envoyée au G.·.O.·.dans les 38 jours de la notification, ainsi que la copie du procès-verbal de réception.

ART.4 Les arrêtés du G.·.O.·. étant obligatoire pour ses membres, du jour même de leur date, ceux d'entre-eux qui, présents à l'O.·. de Paris, appartiendraient aujourd'hui à ce rite, et qui dans les 21 jours n'auront point adressé leur déclaration seront réputés démissionnaires, sans préjudice de l’application qui leur sera faite de la peine portée en l'art. 2.

ART. 5. Les membres du G.·.O.·. absent de l'O.·. de Paris, jouiront du bénéfice du délai de 33 jours accordé audit art. 3.

ART. 6. Lors même que le rite dit de Misraïm viendrait à être présenté de nouveau au G.·.O.·., la prohibition actuelle de son exercice continuera d'avoir son effet, sous les mêmes peines indiquées aux articles précéderas, jusqu'à la promulgation de l'arrêté qu'il plaira au G.·.O.·. de prendre sur cette nouvelle requête.

ART. 7. Le présent arrêté sera imprimé et adressé à tous lis Off.·. et membres du G.·.O.·., à tous les At.·. de sa correspondance et au Gr.·. Consistoire des rites.

 

Signé à la minute, le maréchal de Beurnonville, 1er Gr.·.Maît.·. adjoint; le maréchal duc de Tarente, 2e Gr.·.M.·. adjoint ; Roetiers de Montaleau, représentant particulier du G.·.M.·. de Poissy,

Rampon, G.·. de Beaumont-Bouillon, et par tous les Officiers en exercice Officiers honoraires, Députés nés et élus et visiteurs présents.  

Un rite, quelque singulier, bizarre ou extravagant qu'il soit, ne meurt pas de suite pour être repoussé ou proscrit, il végète; pour qu'il s'anéantisse tout-à-fait, il finit encore du temps.

C'est ce qui arriva au rite de Misraïm. Ne pouvant se maintenir à Paris, il se réfugia en province ; mais il ne fut admis dans aucune loge dépendant du Grand-Orient. Il ne fut pratiqué que par quelques soi-disant Maçons, gens habiles à profiter dans un intérêt de vanité puérile ou dans, un intérêt privé qu'il ne nous appartient pas de caractériser, de tout ce qui parle à la curiosité, à l’ignorance et à la bonne foi.

Une question souvent mise en discussion par les Maçons les plus instruits, est celle de savoir, non s'il faut augmenter le nombre des grades comme le prétendent les importateurs du rite de Misraïm, et comme pourraient le désirer certains esprits à inventions eu à prédilection pour les grades en plus grand nombre possible, mais s'il faut conserver les 33 degrés en les sollicitant et en les conférant.

Les partisans de la réduction des grades, ceux qui prétendent que toute la Maçonnerie est renfermée dans les trois premiers grades ou degrés, disent :

A quoi bon ne pas se contenter de ces 3 grades qui sont simples, faciles à comprendre, remarquables par leur unité, et qui offrent le système Maçonnique le plus satisfaisant ?

Pourquoi des grades supérieurs qui n'ajoutent rien à la morale, qui n'ont qu'un éclat de titre et de cordons et qui embarrassent l'esprit et la mémoire par une foule de mots, de signes, de marches et d'accessoires, que dix personnes ne retiendraient pas sur cent ?

Quelle utilité y a-t-il réellement à avoir 83 degrés quand sept ou huit seulement sont conférés ?

Ces observations sont toutes sur la partie matérielle des grades. Les observations sous d'autres rapports peuvent être faites par les FF.·. qui, par la connaissance des hauts deg.·., l'instruction et l'expérience, sont capables de juger sainement et de donner leur opinion comme une autorité que tôt ou tard chacun reconnaîtrait sans doute.

Les autres Maç.·. qui ne veulent pas non plus de l'augmentation des grades, tiennent à la pratique et à la conservation dès 33 degrés.

Ils disent que le nombre et la diversité des grades supposent et renferment réellement la science Maçonnique qui ne s'acquiert que par la connaissance et la méditation de l'histoire des anciens peuples, et des rapporta de cette histoire avec les faits qui forment la base de tous les degrés et particulièrement des degrés supérieurs ; que l'étude de ces degrés familiarise les Maçons avec la science des anciens gouvernements, avec la connaissance des lois, des mœurs des usages des peuples d'alors : étude qui devient importante et agréable, et qui est nécessaire à tous les hommes, surtout aux Maçons, qui, en général appartenant aux classes bourgeoises et populaires, n'ont pas fait ou entièrement fait leurs études classiques.

Ils ajoutent qu'en toutes les choses de ce monde il faut une hiérarchie, parce qu'il y a une hiérarchie dans les classes de la société, dans le talent et le mérite des hommes; que la hiérarchie dans la Maçonnerie est nécessaire, inévitable ; que les Maçons élevés aux plus hauts grades ne se croient pas pour cela des princes et n'ont pas d'aristocratie parce qu'ils sont Chev.·. Kad.·., P.·.D.·.. Roy..·. Sec.·. ou G.·.J.·.G.·.. L'aristocratie des grades, si dans les grades il y a une aristocratie, ne donne pas cette aristocratie à ceux qui en sont revêtus.

Ils disent encore que l'apprenti sent bien par ce qu'on lui enseigne, qu'il y a une instruction au dessus de son grade ; il désire le Compagnonnage et la Maîtrise.. Le Maître, comme l'Apprenti et le Compagnon, conçoit qu'après son grade il y en a de plus élévés, partant, plus d'instruction et de connaissances. Comme l'Apprenti qui veut devenir Maître, lui Maître, veut devenir Rose-Croix; lui, Rose-Croix, veut devenir Kad.·. et successivement atteindre au 33e degré.

Ce désir d'obtenir lei grades les plus élevés entretient parmi les Maç.·., l'émulation qui n'existerait pas s'il n'y avait que 3 grades. La Maçonnerie sans l'émulation, s'éteindrait rapidement. Les loges sans cette stimulation des cordons et des titres Maçonniques, perdraient de leur éclat, de leur variété, de leur magisme. L'imagination, qui a une grande action dans la Maçonnerie, n'aurait plus d'aliment, d'excitation; la Maçonnerie deviendrait un simple cours de morale; les loges, des salles de conférences ou des prêches; et comme la Maçonnerie n'est pas une religion, à laquelle on façonne l'individu dès son enfance comme on façonne le Catholique-né, le Protestant-né, l'Israélite-né, le Mahométan-né, etc., on délaisserait ces cours de morale, ces prêches Maçonniques comme on délaisse les temples religieux où l'on ne revient, du moins en général, que lorsque les intérêts mondains, la vieillesse ou les infirmités y ramènent les hommes politiques, les infirmes, les vieillards ou les consciences chargées qui croient servir leurs vues ici-bas ou s'assurer le repos dans un monde à venir : espérance et consolation de leurs fautes, de leurs douleurs et de leur âge avancé.

Quant à cette magie des grades supérieurs et avec eux les titres et cordons, elle est et sera en Maçonnerie comme elle est dans le monde profane. Les homme sont toujours superbes et vains; il leur faut des temples religieux, des palais de rois, des salons de grands seigneurs, des cercles distingués, des théâtres... Les Maçons, pour rechercher et pratiquer les vertus maçonniques, ne cessent pas pour cela d’être des hommes. Erraré humanum est.

Passez un peu de vanité aux Maç.·. qui aiment à pratiquer les vertus maçonniques. Le bien l'emporte sur le mal. Le bien est grand : le mal est peu de chose.

Les partisans dès grades Maç.·. supérieurs seront toujours les plus nombreux, les plus forts. Les grades Supérieurs seront donc toujours un point de mire, un but que l'on voudra atteindre.

Le Tuileur-Expert, donne quelques idées pour arriver à conférer les trente-trois degrés dans chacun de ces degrés. Ces idées, sommairement exprimées, appellent la Méditation des FF.·. instruits et zélés. Nous en exprimerons une que nous recommandons à ces mêmes Maçons, et aux grands Corps maçonniques,

L'Ecossisme est répandu non seulement en France, mais encore dans la Grande Bretagne, dans les Etats-Unis, etc., etc.

Tous les degrés n'y sont pas vus de la même manière.; il y a des modifications, des différences, des

grades qui ne correspondent pas entre eux:

Les Grands Orients ou Gr.·. Loges qui ont dans leur sein, ou près desquels sont établis des suprêmes Conseils de Gra.·. Inspecteurs généraux ou puissances maçonniques équivalentes ne pourraient ils pas par le concours de leurs chefs ou par les Maç.·. les plus instruits, examiner, retoucher, remanier à ne sonde leurs lois de leurs, mœurs et de leurs usages, les hauts grades depuis le 4° jusqu'au 33e et dernier ?

Puis, toutes ces puissances maçonniques formant un grand Conseil Européen, ne pourraient-elles pas se communiquer réciproquement les cahiers de leurs grades, et se soumettre, dans un intérêt d'unité pour toute la Maçonnerie, leurs travaux respectifs ? Ces travaux fondus ensemble, co-ordonnés, amèneraient un système uniforme pour les 33 degrés.

De cette manière le 33éme reçu à Paris, et tout grade au-dessous, serait le même ou l'égal du 33° etc. reçu à Dublin, à New-York, à Charles-Town, au Brésil, etc., etc.

Et dans le cas où la fusion que nous proposons ne pourrait avoir lieu dans le grand Conseil Européen des puissances maçonniques, par des considérations qu'il est inutile de développer ici, chacune de ces puissances conservant les 33 degrés si elle le juge convenable, ne pourrait-elle pas solennellement arrêter et déclarer à toutes les autres puissances maçonniques, que tout F.·. revêtu des grades supérieurs, du 4° au 33° (les trois 1er sont les mêmes partout) qui justifiera d'une patente régulière et de l'instruction suffisante, sera admis dans les Atel.·. supérieurs du R.·.C.·. ou 18° deg.·., de Kad.·. 30e, de P.·. de Roy.·. Sec.·.32°, de J.·. G.·.33éme, comme s'il eût reçu ces grades, ainsi que nous venons de le dire, dans l'O.·. de la puissance maçonnique où il se présente ?

On concevra tout de suite la haute importance de cette mesure uniforme pour le système général des 33 degrés, le bienfait pour la Maçonnerie entière, et l'avantage particulier pour les Maçons voyageurs.

Puissent ces observations être lues par les FF.·. qui sont en position de les bien sentir et de leur faire recevoir une exécution qui assurerait à jamais l'existence de I' Ecossisme, et préserverait l'univers maçonnique des innovations qui ne peuvent que lui être funestes.

Nous avons cette confiance, nous avons aussi l'espérance que tôt ou tard notre voix sera entendue.

Le Tuileur de Delaunay

Source : www.ledifice.net

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Préface (1908)

28 Novembre 2012 , Rédigé par Gustave BORD Publié dans #histoire de la FM

Depuis plus d'un siècle les historiens et les économistes se demandent comment un pays, foncièrement monarchique et catholique comme la France, a pu brusquement changer d'idéal et de foi. Suivant leurs passions politiques ou religieuses, ils ont donné à ce phénomène social les causes les plus diverses.      

Il est hors de toute discussion que la société française était gravement malade à la fin du XVIIIe siècle, puisque de son sein sont sortis les doctrines et les acteurs de la Révolution. Ce qu'il nous paraît important de savoir, ce n'est donc pas si le corps social était contaminé, mais de quel mal il était atteint. Se mourait-il de vieillesse, avait-il une maladie organique, ou était-il en proie à une maladie infectieuse résultat d'une inoculation morbide ? Le mal était-il guérissable ou mortel ?      

Aucun historien de bonne foi n'a mis en doute que l'âme du pays ne fût royaliste et croyante. L'Etat ne succombait pas faute de l'aliment nécessaire à son fonctionnement régulier; le déficit financier n'eut de gravité que parce que les adversaires de la monarchie s'en firent une arme. En réalité le mal, superficiel et passager, n'atteignait pas le gouvernement dans son essence même ; à l'extérieur, la France était puissante et respectée.      

Aucun pays ne jouissait alors de plus de libertés, d'esprit de tolérance, que la France. Son gouvernement paternel était d'une douceur extrême, souvent même débonnaire ; si on le compare au gouvernement anglais qu'on lui oppose sans cesse, il faudra constater que quarante ans s'étaient à peine écoulés depuis la répression féroce de Cumberland en Ecosse et des ministres en Irlande. A la veille de notre Révolution, les catholiques, exclus de toutes les fonctions publiques, étaient traqués dans les rues de Londres par les émeutiers dirigés par le maçon Gordon. Le moindre attorney distribuait, sous des noms différents, des lettres de cachet dont les rois de France se servaient de moins en moins. Le régime barbare des prisons anglaises, comparé au régime de la Bastille est tout à l'avantage de la forteresse royale.      

La jurisprudence anglaise avait, plus que la nôtre, envahi et déformé l'esprit des lois. C'est sur ce dernier point cependant que le gouvernement de la France était le plus attaquable ; mais les parlements étaient plus responsables que le roi et son conseil de cet encombrement judiciaire.      

Dans la Grande Chambre siégeaient officiellement les adversaires les plus déclarés du pouvoir royal. Néanmoins, sans la faiblesse incompréhensible du souverain, la monarchie française, qui avait en maintes circonstances prouvé sa souplesse et son énergie, aurait dominé l'esprit public, mis à la raison les parlements révoltés et vaincu l'inertie de leur résistance.      

Il faut donc qu'un mal plus terrible ait envahi ce qu'on appelait alors l'opinion publique ; le but de cette étude est de prouver que le mal, qui devait contaminer le monde entier, n'était pas seulement la franc-maçonnerie, mais surtout l'esprit maçonnique.      

C'est bien là qu'il faut chercher les véritables causes et l'explication logique de la Révolution : identité des formules et des dogmes de la maçonnerie avec les principes de 1789; les maçons et les jacobins emploient les mêmes manoeuvres et livrent les mêmes combats.      

L'esprit maçonnique enfanta l'esprit révolutionnaire, voilà ce que nous voulons démontrer.        

Je ne puis me dissimuler la difficulté de la tâche que j'ai entreprise : écrire, au milieu de notre époque de luttes ardentes et de haines féroces, une histoire impartiale de la franc-maçonnerie en France, en un mot faire oeuvre d'historien et non de polémiste, semble presque impossible.      

Cependant j'ai voulu, avec intensité, être juste envers ceux qui ne pensent pas comme moi ; par réaction, j'ai peut-être été dur envers mes amis. Je m'en excuse, mais je ne le regrette pas.      

L'étude de la franc-maçonnerie a été l'objet de nombreux travaux depuis une cinquantaine d'années.      

Presque tous sont l'oeuvre d'adversaires déclarés de l'Ordre ; la plupart des auteurs sont plus que des adversaires, ils sont des ennemis acharnés d'une institution qui les irrite, les trouble et les déconcerte d'autant plus que ceux qu'ils attaquent ne répondent jamais, laissent le débat sommeiller, empêchant ainsi la discussion sinon de naître, au moins de prendre corps.      

Les francs-maçons, de leur côté, ont publié divers ouvrages sur l'histoire de leur Ordre ; quelques-uns sont bien faits, mais leurs auteurs ne disent que ce qu'ils savent ou peuvent dire : tels ceux de Ragon, Rebold. Jouaust, Amiable, Daruty, Findel, Gould, etc. La plupart de ces ouvrages paraissent même être des oeuvres de bonne foi. En dehors des documents manuscrits, pour établir ma conviction, j'ai eu souvent recours à leurs aveux et jamais aux accusations de leurs contradicteurs, lorsque celles-ci n'étaient pas justifiées par des preuves indiscutables.      

Malgré tous ces travaux, par suite de la passion des adversaires, plus on a écrit sur la matière, plus on semble avoir fait l'obscurité sur le sujet traité.      

A quelles causes peut-on attribuer de semblables résultats ?      

Est-ce à dire, d'après l'exposé ci-dessus, que la franc-maçonnerie soit injustement attaquée ?      

Après avoir étudié la franc-maçonnerie, adversaire sincère et convaincu de l'idée maçonnique, j'ose le dire, sans parti pris, je crois que les causes de l'imbroglio dans lequel les partis se débattent tiennent aux raisons suivantes :      

Les anti-maçons déterminés cherchent d'une part ce qui n'existe pas : l'origine juive de l'Ordre, ou une direction occulte exclusivement dans les mains de l'Angleterre.      

Les francs-maçons, de leur côté, se taisent sur ces questions, parce qu'ils n'en savent pas plus long sur leur Ordre que leurs adversaires ; beaucoup parmi eux croient même, comme de simples profanes, aux fameux secrets qu'ils espèrent connaître quand ils seront plus avancés dans les hauts grades. D'autre part, les attaques dirigées contre eux ne sont pas faites pour leur déplaire ; elles leur donnent un prestige mystérieux dont ils profitent ; le silence des frères apparaît sous forme de prudence et de discrétion, alors qu'il a son origine uniquement dans leur ignorance qui devient ainsi de l'habileté.      

Quelle définition peut-on donner de la franc-maçonnerie ?      

La franc-maçonnerie est une secte religieuse, qui, après quelques tâtonnements, s'organisa surtout en Europe, vers 1725, professa une doctrine humanitaire internationale et se superposa aux autres religions.      

Son but avoué était de faire arriver les hommes à un état de perfection basé sur leur égalité sous toutes les formes ; indifférente à toutes les religions, elle devait conduire ses adeptes à ne croire à aucune. La généralisation de l'idée égalitaire devait l'amener rapidement à combattre même l'hypothèse d'une supériorité divine et à nier l'existence d'un être supérieur, créateur du monde. Sa définition d'un Dieu simplement architecte de l'univers supprime, en effet, le Dieu créateur, base de toutes les religions révélées. Le Dieu des francs-maçons est simplement la force qui régit la matière, la loi de l'univers dont les hommes ne peuvent percevoir que les manifestations sensibles à leurs sens limités ; un Dieu inconscient du bien et du mal, qui conduit ses adeptes à admettre qu'il n'y a ni bien ni mal absolus en dehors des nécessités de leur propre conservation. Pour la secte, toute autorité est un mal provisoirement nécessaire, qu'on doit tendre à supprimer pour arriver à l'état de perfection. Les prêtres de cette religion d'incroyants sont les initiés actifs ; les fidèles, conscients ou inconscients, sont tous les profanes incroyants et tous ceux imbus des idées égalitaires, car les uns et les autres collaborent au succès du Grand Oeuvre : maçons parfaits, initiés incomplets ou profanes latomisés . Par latomisé nous désignons toutes les personnes, initiées ou profanes, imprégnées de la doctrine maçonnique.      

La franc-maçonnerie ne tend donc pas à un perfectionnement des sociétés existantes en tenant compte de leurs origines, de leur tempérament, de leur situation, mais à un retour à l'état de nature, à une agglomération d'êtres humains, satisfaits d'une vie végétative, pourvu que ses avantages matériels soient également répartis entre tous les citoyens.      

La maçonnerie spéculative, celle qui fera l'objet de cette étude, a emprunté ses idées et ses formules à la maçonnerie professionnelle.      

Cette première forme de la maçonnerie corporative, assurément fort ancienne, correspondait à une société restreinte, à une sélection hiérarchisée dans laquelle on pouvait appliquer utilement les doctrines d'égalité. Lorsque la maçonnerie s'est développée, lorsqu'elle a frappé aux portes de tous les métiers, de toutes les professions, elle est devenue nécessairement destructive de tout ordre social.    

 Sur elle sont venus se greffer tous les esprits curieux chimériques. Cette lutte contre tout principe d'autorité n'était certes pas nouvelle ; au moyen âge, les passionnés de religion naturelle avaient déjà pris toutes les formes : métaphysiciens, ils s'étaient jetés dans la kabbale ; savants, dans l'alchimie ; médecins, dans l'empirisme ; astronomes, dans l'astrologie...      

Plus tard, ces assoiffés de liberté absolue, d'égalité chimérique, de libre examen, ont fait la Réforme, le jansénisme, l'encyclopédisme, la maçonnerie et le jacobinisme.      

Si les jacobins ont été les triomphateurs éphémères de l'entité égalitaire, les francs-maçons en ont été les protagonistes ; ce sont eux qui ont mis les combattants en présence, après avoir préparé le terrain de telle façon, que l'ancienne France devait fatalement succomber.       

La franc-maçonnerie n'est pas née spontanément, elle n'est pas non plus une société secrète antique, ayant traversé et dirigé l'humanité depuis des siècles, et qui ne s'est trahie que lorsque son succès s'est manifesté d'une manière indiscutable. Elle est née lentement, poursuivant tour à tour des buts différents. L'organisation matérielle qui avait présidé à sa constitution prit, à la longue, la forme d'un dogme, puis celle d'une idée sociale transformatrice, lorsque les francs-maçons imaginèrent de réglementer l'humanité sur le modèle de leur Ordre. C'est à partir de ce moment que naquit vraiment la franc-maçonnerie telle qu'elle existe encore de nos jours.      

La franc-maçonnerie est, depuis près de deux siècles, une société secrète dans le sens strict du mot. En effet, quel que soit le but qu'elle poursuit, en admettant que ce but soit celui qu'elle proclame, elle fait tous ses efforts pour tenir cachées aux profanes ses délibérations et ses décisions. Si toutes les fantasmagories initiatiques qu'elle pratique ont un caractère mystérieux d'apparence puérile, le serment du silence a des conséquences beaucoup plus graves, bien que ce serment ait une tare initiale qui ne devrait pas affecter la conscience de ceux qui l'ont prêté, puisqu'on le leur a fait faire au sujet d'engagements imprécis, et même non révélés.      

Le caractère secret de la société maçonnique a entraîné ses adversaires dans une série de fausses déductions. Ils ont défini la franc-maçonnerie, sous prétexte qu'elle cachait ses délibérations : société qui détient un secret religieux, social et politique, ayant un but caché criminel, et ils se sont mis à la recherche de ce secret.      

« Faire croire qu'on dispose d'une puissance occulte, c'est presque la posséder », est un axiome maçonnique. La F:., M:., en effet, a intérêt à laisser croire qu'elle a eu et qu'elle a encore une influence occulte lui permettant d'intervenir dans l'histoire des peuples chaque fois qu'elle le croit nécessaire. L'affirmation est facile à faire et impossible à contrôler ; le maçon mis en mesure de faire la preuve de ses assertions se retranche toujours derrière son fameux secret. Ceux qui l'attaquent sur ce terrain ou sont ses complices, ou font naïvement son jeu .      

Lorsque le dogme maçonnique naquit, ses protagonistes entrevirent-ils les résultats sociaux que devait produire son application ? Assurément non. Aucun esprit n'était assez profond et assez avisé pour prévoir le cataclysme qu'il devait enfanter. On peut même dire que ceux qui soulevèrent la tempête étaient à ce point aveugles qu'ils furent les premières victimes de la tourmente. Cela était logique ; cela était juste. N'est-ce pas ainsi que la Providence, l'Être suprême comme disaient les jacobins, intervient dans les actes collectifs des hommes et fait marcher l'histoire des peuples ?      

Nous aurons donc à prouver, au cours de cet ouvrage, que, pendant tout le XVIIIe siècle, la propagation de l'idée maçonnique fut funeste à la société, et que cette idée, néfaste par essence, entraîna, sans qu'ils s'en soient doutés, la plupart des francs-maçons beaucoup plus loin qu'ils ne l'avaient prévu.      

Mais encore faut-il distinguer les maçons conscients isolés dans une vingtaine de loges, des maçons inconscients qui furent le plus grand nombre : dans les tableaux des loges, nous voyons figurer des représentants de toutes les branches de la société française ; le bataillon serré s'avance, maillets battants, à la conquête de l'autorité pour la supprimer. Côte à côte défilent la noblesse authentifiée par d'Hozier et la noblesse née d'hier, incertaine ou usurpée ; le clergé janséniste et l'armée ; la magistrature et le barreau ; la finance et l'administration; la grande et la petite bourgeoisie ; l'industrie et le commerce...      

Et lorsqu'on commence à entrevoir quelle sera l'issue du combat, la plupart des metteurs en oeuvre se retirent et regrettent l'ouvrage accompli. Parmi les maçons, il faut le reconnaître, parce que c'est la vérité et la justice, il y eut plus de victimes que de bourreaux. Si nous en rencontrons dans les assemblées électorales de 1789, à la Bastille le 14 Juillet et à Versailles les 5 et 6 Octobre, nous en trouvons au Dix Août, aux Tuileries; en Septembre, ils sont foule dans les prisons, et on en rencontre à Coblentz, à Bruxelles et à Londres aussi bien qu'à la Force ou à la Conciergerie...      

Le dogme nouveau, déformation d'une vérité chrétienne, pouvait, il est vrai, séduire des esprits généreux mais superficiels. Mais aussi il développa outre mesure la juste fierté humaine et la transforma en orgueil dégradant et haineux ; transportée du cercle limité d'une loge à l'humanité entière, l'évolution de ce dogme devait conduire les peuples à la haine de toutes les supériorités sur la terre et à la destruction de toute croyance en un Dieu créateur et maître du monde.      

Lorsque le Christ a enseigné l'égalité et l'humilité, il a dit aux despotes qui gouvernaient le monde : Devant mon Père, vous n'êtes pas plus que ceux que vous dominez sur cette terre. Cette idée sublime de l'humble égalité qui régénéra l'humanité, se transforma, sous l'impulsion de la franc-maçonnerie, en une idée abominable, parce que ceux qui la pilotèrent, enseignèrent l'égalité orgueilleuse et qu'ils dirent aussi bien à la brute qu'à l'infortuné : Vous êtes les égaux des plus hautes intelligences, des puissants et des riches et vous êtes le nombre.      

C'est ce dogme, chrétien en apparence, que la franc-maçonnerie répandit. A défaut d'initiés proprement dits, la propagande égalitaire fit des latomisés dont le rôle fut très important : Diderot, d'Alembert, Rousseau, la Baumelle, Maupertuis, n'étaient probablement pas maçons Voltaire ne fut initié que quelques mois avant sa mort, alors que son oeuvre destructrice était faite depuis longtemps.      

Le latomisé fut, à la vérité, un perturbateur tout aussi terrible que l'initié, car sa mentalité était la cause fatale de l'ambiance créée par le dogme égalitaire. La mentalité maçonnique agissait en effet autant sur le latomisé que sur l'initié, et la plupart d'entre eux ne voyaient pas exactement la transformation que la maçonnerie avait produite sur leur intelligence, sur leur volonté et sur leur conscience. Voilà précisément où se trouve la force de la franc-maçonnerie. Là aussi est le danger qu'elle présente.      

Le premier effet de l'initiation est de purifier l'apprenti de toute mentalité chrétienne, s'il en a une ; puis, le compagnon revenu à l'état de nature, sans préjugés religieux et sociaux, sera capable, en devenant maître, d'avoir une mentalité nouvelle.

La Franc-Maçonnerie en France des origines à 1815

 

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Essais sur la Franc-Maçonnerie (1820)

28 Novembre 2012 , Rédigé par Le Tuileur de Vuillaume Publié dans #histoire de la FM

Il nous a semblé convenable de faire précéder un ouvrage consacré à la Maçonnerie, de quelques vues sur cette institution aussi étonnante par son ancienneté que par les ténèbres dont se trouve enveloppée son origine.

 

La Maçonnerie pourrait être comparée aux fameuses pyramides d'Egypte, d'où elle semble sortir. Ces constructions gigantesques, quoique dépouillées des marbres qui les rebâtissaient, quoique leurs issues soient fermées, et leurs souterrains silencieux, ces monument attestent encore, par leur grandeur et leur majesté, la puissance. de leurs fondateurs et leurs connaissances dans les arts et dans les sciences. Les pyramides semblent encore annoncer à l'esprit étonné, les mystères auxquels elles conduisaient ; de même la Maçonnerie, aujourd'hui décolorée, est encore une grande institution, dont l'histoire excite vivement la curiosité, et sur laquelle on ne sait quel jugement porter.

 

Est-ce une institution moderne ? est-ce une suite des anciens mystères ? ou bien, est-ce l'un et l'autre ? Rien n'est écrit dans les archives de la société sur ce sujet; tout est de tradition; comment faire la part de ce qui est antique, et la séparer de ce qui est ou serait moderne ?

 

Nous n'entreprendrons pas de faire cette séparation, nous le laissons à la sagacité du lecteur ; nous nous borneront à présenter là-dessus nos idées, sans prétendre ' imposer à personne notre sentiment pour règle. Petit-être ouvrirons-nous à d'autres une route nouvelle -à parcourir; nous nous estimerons heureux, si nous parvenons à faire jaillir quelques étincelles de lumière nouvelle.

 

On a déjà beaucoup écrit sur la Maçonnerie, sans rien éclairer. Les écrivains non Maçons en ont parlé peut-être avec trop de mépris, et presque toujours dans l'ignorance de la chose. Les écrivains Maçons, les orateurs de loges en ont parlé avec enthousiasme, et souvent avec des préventions qui leur ont fait manquer ou dépasser le but. Ni les uns ni les autres ne nous ont appris ce que l'on désirait de savoir; ils n'ont pu pénétrer dans le secret de l'institution, ou ils ne l'ont pas voulu ; ils se sont tus sur son histoire ; tout paraît muet à cet égard.

 

Ce n'est pas moins une chose bien extraordinaire, que l'on en soit encore à désirer des faits positifs sûr l'histoire d'une société si répandue dans tous les pays civilisés, surtout lorsque l'on apprend qu'elle a compté parmi ses membres les, hommes les plus éclairés de tous les teins, lorsque l'on y voit encore aujourd'hui des hommes justement estimés pour l'étendue de leurs connaissances et de leurs lumières.

 

Comment des savants ( de toutes les nations ont’ils pu participer aux mystères de la Franc-Maçonnerie sans paraître seulement  s'être informés de leur sources ?

Comment, s'ils l'ont fait, et s'ils ont été mis dans le secret, n'en ont-ils laissé aucune trace dans leurs ouvrages ? Ils affectent en général sur ce sujet le silence le plus profond.

 

Serait-ce que, comme les initiés : aux mystères des anciens, la religion du serment les eût arrêtés au moment de parler ? Mais ce serment ne leur interdisait pas les recherches sur

l'histoire de la Maçonnerie; ce n'est donc que le défaut de documents qui les a empêchés de s'en occuper.

 

Et nous, privés de même des matériaux nécessaires, oserons-nous présenter au lecteur nos conjectures sur l'origine de cette noble institution ?

 

Ce n'est certes pas sans une extrême défiance de nous-même que nous allons essayer de soulever un coin du voile épais qui la couvre; mais nous avons pour excuse cette défiance elle-même, et la conscience de nous livrer avec un cœur simple à la recherche de la vérité.

 

Quels que soient les doutes élevés par plusieurs écrivains sur l'ancienneté de la Franc- Maçonnerie, nous ne persistons pas moins à croire qu'elle a son berceau dans les mystères Egyptiens. Les trois grades connus sous le titre de Maçonnerie bleue justifient notre opinion ; mêmes épreuves, même enseignement, mêmes résultats, tout y est semblable, à la différence, cependant, des machines qu'avaient à leur disposition les prêtres initiants de l'antiquité, du temps qu'ils employaient à la préparation du Néophyte, et de celui qui lui était nécessaire pour l'étude des sciences, dont on se borne, dans l'initiation maçonnique, à donner la nomenclature.

 

Nous pouvons juger de ce qu'étaient les obstacles à vaincre dans l'initiation par le beau tableau du VIéme livre de l'Enéïde, où Virgile conduit son héros dans les enfers, tableau qui a été regardé, même du temps d'Auguste, comme la. peinture des épreuves de l'initiation ancienne. On trouve dans L’Anne d’Or d'Apulée des détails très piquants sur la nature de ces épreuves..

 

On trouve enfin dans les voyages de Sethos et dans ceux de Pythagore, ouvrages remplis d'érudition et de recherches curieuses sur les mœurs de l'antiquité, on y trouve, disons-nous, des récits qui paraissent fort exacts, des travaux auxquels on soumettait ceux qui prétendaient à l'initiation. ils étaient si grands, et, les épreuves si terribles, qu'il est dit qu'Orphée y succomba, et qu'il n'obtint sa grâce qu'en faveur des mélodieux accords de sa lyre.

 

Que les Maçons qui veulent comparer et s'instruire, se donnent la peine de lire les ouvrages que nous venons d'indiquer ; ils reconnaîtront que les épreuves modernes sont une

véritable représentation des anciennes auxquelles l'état actuel de nos connaissances, ni les rapports des individus avec la société, ne permettent plus d'assujettir les aspirants.

 

Les prêtres initiant participaient, dans les temps dont nous parlons, au pouvoir du gouvernement; la société civile n'avait ni le droit ni la volonté de leur demander compte des individus qui étaient entrés dans l'intérieur de leurs temples, quelquefois pour n'en sortir

jamais.

 

Ces temples occupaient une vaste étendue de terrain, absolument fermée aux profanés ( On nommait temple, non seulement le lieu où l'on se réunissait pour les cérémonies du culte, mais encore toute l'enceinte des bâtiment occupés par les prêtres destinés à ce service. )

 

A 'aide de la physique, dans laquelle ils étaient instruits, ils pouvaient en imposer à l'imagination, déjà préparée par la terreur et par les dangers réels auxquels on avait exposé le Néophyte.

 

Tout aujourd'hui s'oppose à l'emploi des mêmes moyens ; mais le souvenir en est fidèlement conservé.

 

Comment donc les mystères sont-ils parvenus jusqu'à nous ? A quelle époque les initiés ont- ils pris le nom de Francs-Maçons ? C'est ce qui nous paraît difficile à déterminer; mais cette incertitude ne détruit pas ce que nous avons dit pour prouver que les mystères anciens et la Franc-Maçonnerie sont une même chose; et telle est à cet égard notre persuasion, que nous ne pensons pas que l'on en puisse encore douter.

 

Nous conviendrons avec tout le monde qu'après la Maçonnerie bleue, qui se compose des trois premiers grades ou degrés, le surplus est d'invention moderne, quoique ces additions mêmes nous paraissent appartenir à des temps déjà éloignés. Une grande partie des additions appartient à l'histoire des Templiers; une autre paraît avoir servi de lien aux philosophes hermétiques, lorsqu'ils s'occupaient de la recherche de la pierre philosophale, folie à laquelle nous devons la découverte de la chimie, l'une des sciences les plus belles et les plus utiles. Une autre partie enfin semblerait être due à un reste de judaïsme conservé par les initiés de l'Orient, et que nous regardons comme ceux par qui nous avons reçu les mystères actuels.

 

On demandera peut-être comment la Maçonnerie bleue a emprunté le fond de son système dans la Bible, et employé le langage hébraïque pour ses mots mystérieux ? nous croyons pouvoir donner de ce fait une assez bonne raison.

 

On paraît s'accorder sur l'opinion que les mystères, ou plutôt la Maçonnerie, ont été introduits 'en Europe par les croisés, et ce serait peut-être à cette époque qu'ils auraient pris le nouveau nom. On ne serait pas surpris que ceux qui s'armaient dans la vue de reconquérir la Terre Sainte, d'y planter l'étendard de la foi catholique, ayant trouvé les mystères conservés dans cette partie de l'Asie par le peu de chrétiens qui y étaient encore, les aient adoptés comme un lien qui les unit plus étroitement à des hommes qui pouvaient et qui devaient leur être fort utiles; il ne serait pas étonnant, disons-nous, que les nouveaux initiés eussent adopté, avec la langue des premiers, le projet même de la reconstruction du temple de Jérusalem, reconstruction qui est toujours l'objet des vœux du peuple Juif, et que, par cette raison, ils se fussent désignés sous le titre de Maçons libres, par opposition au métier de maçons proprement dit, qui n'était exercé que par les esclaves ou par les serfs, et parce qu'en effet il fallait être de condition libre pour être admis â l'initiation. Bien ne nous parait plus naturel.

 

Cela posé, il nous semble facile de concevoir comment la Maçonnerie a puisé dans la Bible les moyens et les titres de son organisation, ou plutôt de sa réorganisation. On sait que les premiers chrétiens étaient des Juifs réformés ; qu'avant que la religion nouvelle eût pris une forme extérieure, les réformés n'en suivaient pas moins la loi de Moïse. Les initiés, qui avaient fait la révolution, durent être bientôt dépassés par de nouveaux zélateurs : il y a apparence qu'ils n'adoptèrent pas toutes les innovations ; les schismes dont l'histoire de la religion chrétienne est remplie, en sont la preuve. Les initiés demeurèrent donc Chrétiens-Juifs, la Bible était toujours leur livre sacré, leur loi fondamentale ; et leurs formules restèrent hébraïques.

 

Que les mystères aient subi quelques changements lorsque les Européens furent initiés en assez grand nombre pour former une société à part, cela est possible; mais ils n'auront pas voulu, sans doute, se séparer absolument des Hébreux qui leur avaient enseigné ces mystères, et ils auront pris dans l'histoire de ceux-ci, dans leurs livres canoniques, les mots et les emblèmes de la Maçonnerie ; c'était un moyen certain de continuer à s'entendre et de lier les mystères anciens aux nouveaux. Telle était la destinée de la religion judaïque, de produire toutes les institutions de la catholicité.

 

Mais depuis longtemps, sans doute, les mystères égyptiens avaient dû être accommodés à la croyance et au culte des Hébreux; la Franc-Maçonnerie, que nous ne faisons remonter qu'à l'époque des Croisades, pourrait bien dater de temps plus reculés ; et, dans ce cas, la question posée se trouverait toute résolue, puisque les Hébreux ne devaient pas chercher ailleurs que dans leurs livres les emblèmes avec lesquels ils voulaient familiariser les initiés.

 

Ceux qui, depuis, ont ajouté aux degrés de l'initiation, n'auront eu qu'à suivre le premier thème; et il était tout simple qu'ils puisassent dans les mêmes sources.

 

Les chevaliers hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, connus sous lé nom de Templiers, ou leurs successeurs Francs-Maçons, paraissent être, comme nous l'avons dit, les auteurs de la majeure partie de ces additions. Nous penserions qu'elles avaient été imaginées par les Templiers dans les teins de leur splendeur pour s'isoler de la foule des initiés, si nous ne remarquions pas que les nouveaux degrés d'initiation ont presque tous pour motif la situation de l'Ordre après sa chute.

 

Nous ne faisons pas de doute, comme on voit, que les Templiers étaient des initiés, même dès leur institution; nous pensons encore que c'est à eux que l'Europe doit la Maçonnerie, et que ce sont là les pratiques secrètes qui ont servi de prétexte à l'accusation d'irréligion et d'athéisme qui les a conduits à une fin si tragique. Tout confirme cette opinion.

 

Les malheurs de ces chevaliers, les persécutions auxquelles ils succombèrent, les forcèrent à chercher un dernier refuge dans ces mêmes mystères, à l'établissement desquels ils avaient tant contribué ; ils y trouvèrent quelques consolations et des secours. Leur situation n'étant pas commune aux autres initiés, ils songèrent à se resserrer entre eux, sans cependant se séparer de la grande famille des Francs-Maçons ; ils formèrent les grades ou degrés que nous voyons ajoutés aux trois premiers, et ne les communiquèrent, sans doute, qu'à ceux des initiés sur l'attachement desquels ils croyaient pouvoir compter.

 

Les Templiers ont disparu dans l'ordre civil ( L'Ordre des Templiers s'est cependant conservé en France, et prouve une succession non interrompue de grands-maîtres depuis J. Molay, qui, avant de périr, désigna J. M. Larmenius pour son successeur. La Charte originale de transmission, et quelques insignes de l'ordre, sont conservés avec soin dans la maison conventuelle qui subsiste à Paris. On compte parmi les grands- maîtres depuis J. Molay plusieurs princes de la Maison de Bourbon.); mais ils ont laissé des successeurs dans la Franc-Maçonnerie, et leurs institutions leur ont survécu.

 

Telle nous paraît être l'histoire et la marche de la Franc-Maçonnerie.

Mais, nous demande-t-on chaque jour, qu'est- ce que la Maçonnerie ? Quels sont donc ses mystères, dont on parle tant aux initiés, et qu'on ne leur. révèle jamais ?

 

Cette question, qui nous a été faite souvent, même par des Francs-Maçons, mérite considération, et. nous allons y 'répondre. Nous ne pouvons cependant nous défendre de quelque surprise, toutes les fois qu'un initié nous interroge sur ce sujet, et nous jugeons qu'il ne s'est pas donné la peine de réfléchir, ou qu'il n'a été frappé que de la superficie des formes.

 

Nous conviendrons, si on l'exige, que la Franc-Maçonnerie, devenue aujourd'hui presque vulgaire n'est plus en effet ce qu'elle était dans ses commencement; mais nous ajouterons qu'il n'est pas nécessaire qu'il en soit autrement, et qu'au surplus, ce n'est pas la faute de l'institution, mais bien celle des hommes et des circonstances, qui ne sont plus et ne doivent plus être les mêmes.

 

Nous avons vu que la Franc-Maçonnerie et les mystères anciens ont un tel rapport entre eux, que l'on peut, sans trop bazarder, considérer l'une comme la succession des autres. Or qu'étaient-ce que les anciens mystères ? qu'y enseignait-on aux initiés? quelle révélation leur était faite ?

 

Si nous consultons lés ouvrages qui ont traité des mystères, nous apprenons que leur secret était la doctrine des sages, des philosophes de l'antiquité, qui, abandonnant au peuple ignorant et stupide l'idolâtrie qui leur paraissait si chère, se réunissaient pour n'adorer qu'un seul Dieu, créateur et conservateur de toutes choses, un Dieu vengeur et rémunérateur, le seul Dieu éternel digne des hommages des hommes.

 

L'initiation était divisée en plusieurs degrés ou époques; l'initié n'était éclairé que successivement et avec précaution, pour ne point trop choquer les préjugés de sa première éducation; il fallait qu'il fût déjà sorti de l'âge des passions; on le persuadait en l'instruisant, et on n'avait garde de lui imposer la croyance par. l'autorité. On le- formait dans les sciences humaines, alors renfermées dans le seul sanctuaire des temples, avant de lui montrer la vérité. C'était seulement après des études qui duraient au moins trois ans, et quelquefois davantage, que l'on conduisait le Néophyte dans l'intérieur, dans la partie la plus secrète du temple, où on lui dévoilait le vrai but de l'initiation.

 

Les initiés regardaient donc avec mépris l'idolâtrie., dont ils avaient appris à connaître l'absurdité ; et si, rendus à la société, ils respectaient les cultes établis, et s'y soumettaient, ce n'était que par déférence pour des opinions qu'il eût été dangereux de combattre ouvertement.

Aussi, à mesure que l'initiation s'est étendue, à mesure que la philosophie et les arts ont éclairé les peuples, le  culte des idoles, a perdu son crédit, et i1 a fini par être absolument oublié.

 

Tel était le but secret des grands mystères, et il a été atteint, mais après des efforts, in-

nombrables.

 

De l'initiation sont sortis tous les philosophes qui ont illustré l'antiquité; à l'extension seule des mystères on a dû le changement qui s'est opéré dans la religion des peuples. Lorsque les mystères sont devenus vulgaires, cette grande révolution a été :faite.

 

Moise, élevé eu Egypte, dans la cour du Pharaon,.et sans doute initié aux mystères égyptiens, est le premier, qui ait, établi le culte public du Dieu des initiés, du vrai Dieu. Son décalogue. n'est autre chose que la loi qui gouvernait les initiés, et sa physique est toute puisée dans les temples de Memphis.

 

Mais la loi de Moïse n'était encore qu'un essai imparfait de;l'application des:principes de l'initiation; les temps n'étaient pas encore venus, où ces principes deviendraient la religion universelle, à cause de cela nommée catholique. Il n'entre pas dans notre plan d'examiner ce qui s'est opposé à ce que la religion hébraïque ait fait des prosélytes, ni ce qui l'a empêchée de s'étendre hors de la maison d'Israël ; mais après l'accomplissement des temps, on voit sortir du sein de cette religion, et probablement du secret même de ses initiations, une religion nouvelle, plus pure que la première, qui n'appelle plus seulement une famille, une nation, mais tous4les peuples de la terre à la participation de ses mystères.

 

L'initiation ancienne était donc la vraie religion, celle qui, depuis, a été nommée à juste titre catholique, parce qu'elle doit être celle de toutes les nations éclairées de l'univers, la religion qu'avait d'abord enseignée Moïse, celle qu'a prêchée Saint Jean, celle enfin de Jésus. Oui, la religion chrétienne est sortie des mystères de l'initiation, telle qu'elle était dans sa première simplicité ; et c'est cette sainte religion que l'on a conservée avec soin dans les temples de la Franc-Maçonnerie.

 

Nous pourrions, par des rapprochements sans nombre, faire voir que jusqu'aux formes du culte, que jusqu'à la hiérarchie ecclésiastique, tout, dans la religion chrétienne, est tiré des usages et des rituels des initiés, prédécesseurs des Francs-Maçons, si les bornes que nous nous sommes prescrites dans cet Essai nous le permettaient. L'Évangile cet œuvre de la morale la plus douce, la plus pure, ce livre vraiment divin, était le code des initiés, et l'est encore de la Maçonnerie.

 

Si nous avons démontré que la Franc-Maçonnerie est une succession des anciens mystères, (et nous croyons y être parvenus) si, disons-nous, les mystères étaient eux-mêmes la véritable religion de Jésus, il s'ensuit que la Maçonnerie est cette même religion qui, constamment, a combattu le matérialisme de l'idolâtrie, mais qui, avec la même constance, a refusé d'admettre les dogmes mystiques que la superstition, ou bien le zèle enthousiaste de quelques âmes ardentes ont trouvé le moyen d'enter sur l'arbre évangélique.

 

On nous dira peut-être que, cela étant ainsi, les mystères ont dû être sans objet raisonnable, dès le moment de l'établissement et de la profession publique du culte et de la croyance des initiés ; que le secret de leurs assemblées devenait au moins inutile.

 

Nous sentons toute la force de cette objection ; mais qui ne sait que la religion catholique a lutté pendant plus de trois siècles contre le paganisme, qui était le culte dominant, et contre les persécutions sans nombre que cette religion, son ennemie naturelle, a dû lui susciter ? qui ne sentira que le secret lui a été longtemps nécessaire avant d'obtenir seulement la tolérance, et enfin jusqu'au moment où Constantin la plaça sur le trône ? et encore, depuis le triomphe de la religion catholique, qui a été aussi l'époque des plus grands schismes et des disputes théologiques les plus sanglantes, les hommes sages et paisibles qui voulaient conserver pure la science divine, n'ont- ils pas dû se tenir éloignés des disputant, se renfermer de nouveau dans le secret des initiations, et par ce moyen en' transmettre l'esprit dans toute son intégrité ? Il nous semble que c'est ainsi que l'on peut rendre raison de la perpétuité des assemblées secrètes des initiés, et expliquer la transmission de leurs mystères jusqu'à nos jours ; de là les persécutions suscitées contre les Maçons par les ministres d'une religion qui aurait dû les regarder comme ses appuis les plus solides et ses plus fermes soutiens.

 

Quoi qu'il en soit de la succession des mystères, il paraît évident, par les emblèmes qui décorent les Loges des Maçons de tous les rites, que, lors de leur introduction en Europe sous le nom de Franc-Maçonnerie, on y a reconnu un but religieux.. Mais la Maçonnerie avait encore un autre but, c'était celui de l'hospitalité envers les soldats chrétiens, envers les veuves et les orphelins des guerriers morts pour la religion dans les champs de l'Asie; et l'on doit reconnaître dans cette dernière intention la cause du crédit qu'obtint dès l'origine cette institution.. toute philanthropique.

 

L'Europe se lassa enfin d'envoyer périr la fleur de ses citoyens dans un pays si funeste à ses armées; les calamités qui avaient accompagné une guerre éloignée et désastreuse cessèrent; mais l'amour, du. prochain ne cessa point d'animer les initiés. Francs-Maçons ; les liens qui les unissaient ne furent point brisés pour cela, et les malheurs ordinaires de la vie ne manquèrent pas d'offrir à leurs vertus bien des moyens de s'exercer.

 

Une occasion terrible s'en présenta bientôt. Les chevaliers du temple, qu'ils regardaient, avec raison, comme leurs instituteurs, périrent par une catastrophe épouvantable ; ceux qui échappèrent aux échafauds se réfugièrent parmi les Francs-Maçons, qui les accueillirent comme des fils accueillent leur père, les soutinrent et les protégèrent de tout leur pouvoir.

Peu curieux de disputes théologiques, les Francs-Maçons se firent une loi de ne s'occuper jamais d'opinions religieuses; ils oublièrent en quelque sorte que leur institution était le dépôt de la vraie religion catholique ; ils se bornèrent à prêcher dans l'intérieur de leurs temples, la morale de l'Évangile, à recommander la soumission aux lois civiles, à exalter toutes les Vertus sociales et particulièrement l'hospitalité et la bienfaisance.

 

Il ne s'ensuit pas de là, sans doute, que tous les Maçons individuellement soient vertueux; mais la société maçonnique l'est par essence ; elle ne pourrait subsister sans cela. Combien d'actes particuliers de générosité ne pourrions- nous pas citer pour prouver que la Maçonnerie est un véritable bienfait pour la société ! Combien d'établissements de bienfaisance fondés et entretenus par dés loges, ne pourrions-nous pas désigner à la 'reconnaissance publique! Mais ce serait affliger lés Maçons que de lés nommer; la première de leurs maximes est de cacher soigneusement la Main qui donne.

 

Nous avons vu que la Franc Maçonnerie est une institution religieuse et philanthropique.

Sous le premier aspect, la sagesse de ses principes, la pureté et la douceur de sa morale, si conforme à celle de l'évangile, doivent nécessairement en faire l'objet d'un profond respect.

Sous le second rapport, qui la rend si recommandable, c'est une institution que l'on ne peut trop encourager.

 

C'est, n'en doutons pas, par un trait de la plus haute sagesse de la part des Francs-Maçons, que le côté religieux est abandonné à la sagacité des initiés, et que l'on néglige de leur révéler les mystères que cachent aux yeux superficiels les signes emblématiques de la Maçonnerie; tandis que tous les discours, tous les exemples sont dirigés de manière à recommander l'amour de ses semblables comme la vertu distinctive des vrais Maçons.

 

Tel est le véritable but de cette institution si injustement méprisée par ceux qui ne la connaissent pas. Les initiés savent que nous n'avons rien dit que de vrai; si notre bonne foi ne peut persuader les non-initiés, nous espérons au moins de leur esprit de justice qu’ils ne condamneront pas à l'avenir nos frères sans les entendre, et qu'ils avoueront que si nous avons représenté la Maçonnerie telle qu'elle est en effet, elle est digne de l'estime des honnêtes gens.

 

Le Tuileur de Vuillaume

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Paysage maçonnique français

27 Novembre 2012 , Rédigé par Thomas Dalet Publié dans #histoire de la FM

Quelqu'un peut-il me dire combien d'obédiences de plus de 1000 Frères ou Soeurs composent la maçonnerie française :

10,20,50, plus ?

Jiri a peut-être la réponse.

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Essai sur les origines des grades et rituels symboliques (2)

27 Novembre 2012 , Rédigé par André DORE 33° Publié dans #histoire de la FM

Nous donnons à cette cérémonie le nom d'initiation, mais pendant des décades il ne s'est agi que d'admission ou de réception, et non d'initiation ; le mot fit son apparition fort timidement d'ailleurs en 1801 dans la préface du « Régulateur Maçon », et seulement dans le cahier du vénérable, qui reproduisait à l'insu du Grand Orient et sous son label, les rituels du Rite français en sept grades et quatre ordres qu'il avait établis en 1786. Etait-ce dû à l'ouvrage paru en 1781 du F... chanoine Jean Baptiste Claude Robin, membre de la Loge « Les Neuf Soeurs », à l'orient de Paris, intitulé « Recherches sur les initiations anciennes et modernes », dont il avait donné connaissance à son atelier au cours d'une tenue mémorable rapportée par la Dixemerie ? On ne saurait en effet, retenir l'expression «... les vrais initiés » rencontrée en italique p. 7 et 12 dans le texte d'un pamphlet anonyme édité à La Haye en 1745. « Le Tonneau jetté ou réflexions sur la prétendue découverte de l'Ordre des Francs-Maçons », réfutation de « l'Ordre des Francs-Maçons trahi » de l'abbé Pérau. Symptomatique également que le convent des Philalèthes organisé de 1785 à 1787 par la Loge « Les Amis Réunis» à l'orient de Paris, consacré à l'étude de la « science maçonnique », à ses origines et à ses fins, n'ait à aucun moment envisagé une recherche sur les initiations ou un rapprochement éventuel avec les « mystères » antiques. Une seule intervention, celle du F.-. Westerholdt, dans la séance du 19 avril 1785, fit mention de leur « ... haute antiquité » et ajoute « ... la franc-maçonnerie ayant une analogie parfaite avec les initiations. » Or cette invitation n'amena aucune réaction de la part d'un auditoire composé des maçons les plus éminents et les plus cultivés de toute l'Europe. Quoi qu'il en soit le mot « Initiation » ne devint officiel, maçonniquement parlant, qu'en 1826, art. 217 de la Constitution du Grand Orient de France.

Quand y eut-il « initiation » au sens initiatique du terme ? Tout au plus peut-on suggérer le cours des années 1780 après les tentatives de codification des rituels, faites d'une part par le Grand Orient de France, 1786, de l'autre par les Convents de Lyon en 1778 et de Wilhemsbad en 1782 du Rite Ecossais rectifié.

Il y eut certainement « initiation » antérieurement à cette dernière date. Mais cela ne touchait que les cercles lyonnais dont le mysticisme avoué s'exprimait sous la forme maçonnique. Dès 1767, Willermoz et ses fidèles s'ingéniaient au travers d'un syncrétisme où se mêlaient les deux systèmes de Saint Martin et de Martinès de Pasqually à instaurer d'étranges cérémonies à la fois religieuses et magiques destinées à réintégrer l'homme déchu, dans sa pureté primitive. Une lettre, conservée à Lyon au fonds W. 5471, datée de 1768, adressée à Jean Baptiste Willermoz par son frère Pierre Jacques, indique « ... on veut vous initier, à la bonne heure. », témoignant ainsi qu'il y avait « initiation ». Elle ne concernait que les Hauts Grades, réservés à une élite soigneusement choisie et donc très réduite. Un document extrêmement secret, accessible à quelques très rares élus, « L'Instruction des Grands Profès » dernier degré du Régime Rectifié de Lyon de 1778, publié récemment par Antoine Faivre dans l'ouvrage de Le Forestier confirme ce fait. (Lyon fonds W. 5475). Ce genre de cérémonies, laissait de côté celles par ailleurs très différentes, relatives aux trois grades symboliques. Cependant, en raison de la minutie et de la rigueur d'exécution du cérémonial d'initiation propre aux hauts grades, rigueur rendue nécessaire par son côté magique, il n'est pas exclu de penser qu'elle ait contribué à affermir et stabiliser la liturgie des réceptions d'apprenti, de compagnon et de maître, appelées par la suite à devenir des initiations.

L'aspect ésotérique de l'enseignement réparti dans ces ateliers à vocation supérieure appliquée à la recherche de l'inconnaissable, et le secret qui s'ensuivait, conduisaient obligatoirement à la sacralisation de la rituélie dans toutes ses modalités. Elle se fit jour insidieusement, morceaux par morceaux, pourrait-on dire et ainsi s'instaura le caractère « initiatique » des réceptions aux trois grades symboliques. Mais alors se pose la question, quelle sorte d'initiation ?

Il n'y a rien que l'homme créée qui ne réponde à un besoin profond de son conscient et plus encore de son inconscient. L'universalité dans le temps et dans l'espace des impulsions qui le motivent illustre la notion d'archétypes inhérents à toute l'espèce. Il semble d'ailleurs que ces derniers s'imposent aux diverses formes de la vie animale. La répétition continuelle des attitudes, gestes, devenus des langages les transforme insensiblement en codes particuliers à chacune d'entre elles. Chez l'homme, l'apparition du mot survenu avec la maîtrise de la voix, puis la pensée qui s'en suivît, le conduisit à une prise de conscience du monde et des innombrables dangers qu'il comporte ; la réflexion analogique et les pratiques magiques qui en découlèrent, s'appliquèrent à les conjurer. L'efficacité de ces dernières reposait sur une rigoureuse exécution de leur gestuelle. La rituélie, avec ses rituels de toutes sortes était née. Sous des formes multiples, elle n'a cessé de se développer, tant dans les rapports sociaux que dans ceux qui concernent les approches du monde non manifesté, substance du « sacré ».

La mort et la disparition qu'elle entraînait devaient apparaître comme le plus grand danger que l'homme pouvait encourir, d'où son angoisse, le refus de les accepter et l'espoir d'une survie dans un au-delà différent. Dès lors, la mort n'était plus qu'un passage conduisant à une renaissance dans ce monde non-manifesté, mais pressenti, et qui était le domaine du sacré, un passage, comme ceux de la naissance à la vie, de l'enfance à l'adolescence, de celle-ci à l'âge d'homme par l'exercice de la sexualité, tous sacralisés au cours de cérémonies rituelles. Le rite étant l'unique moyen d'accéder à ces différents niveaux d'être, toutes les civilisations, des plus primitives aux plus évoluées ont connu et connaissent encore ces pratiques que l'on garde secrètes, car censées apporter une puissance considérable à ceux qui en sont l'objet.

Nous sommes au XVIIIe siècle. Un savoir étrange circulait dans toute l'Europe assoiffée de lumière. L'occulte régnait en maître dans les esprits. Véhiculé par le Rosicrucianisme qui promettait l'immortalité, par l'alchimie, la richesse, l'hermétisme, la puissance, la kabbale, la connaissance, l'ensemble assorti d'un mystère propre à éveiller toutes les curiosités, ce même mystère dont on parait les Loges maçonniques, si anciennes, du moins le croyait-on. La tentation était grande de confronter ces savoirs avec ce que l'on possédait et en acquérir d'autres. En réalité les Loges possédaient peu, très peu et leur pauvreté intellectuelle et ésotérique était décevante. Il fallait donc les nourrir, leur donner une raison d'être autre chose que des sociétés badines. La légende d'Hiram vint à point qui meubla le contenu doctrinal de la maçonnerie spéculative naissante. Nous avons vu plus haut qu'on n'en connaît pas l'origine elle apparut quelque part, en Angleterre ou en Irlande. Elle s'implanta graduellement, prit place en 1738 dans la seconde édition des Constitutions d'Anderson, mais dut attendre les années 1760 pour être admise définitivement, en Grande-Bretagne du moins, car en France le processus d'intégration fut plus rapide. Elle engendra toute la série des Hauts Grades qui submergèrent totalement le monde maçonnique. Il était évident que le meurtre d'Hiram ne pouvait rester impuni. Ainsi naquirent les grades de vengeance et les scènes grand guignolesques auxquelles donnèrent lieu les réceptions qui s'en suivaient, qu'il fallut bien tempérer un jour par l'introduction des grades chevaleresques. Elle s'incorpora dans le grade de maître apparu avant elle par dédoublement de celui de compagnon dont on ne sait ni pourquoi, ni comment cela s'était fait, et l'absorba entièrement.

L'incroyable engouement pour les Hauts Grades, et surtout la dramatisation des admissions eut pour conséquence, une nécessaire structuration de la liturgie propre à la réception des apprentis, par l'apport d'éléments de toutes sortes, apport qui s'échelonna des envions de 1740 jusque vers 1850.

Pas de doctrine proprement dite : rien de la très vague philosophie rosicrucienne, ni même de la mystique juive, introduite furtivement et par bribes dans le rite très chrétien des « Antients » établi en Irlande par Laurence Dermott, puis propagé par lui en Angleterre antérieurement à 1750, en dépit de l'adoption dans les rituels d'un certain nombre de mots hébreux qui posent des problèmes de sémantique encore incomplètement résolus de nos jours.

Seulement des symboles...

Souvent disparates, empruntés çà et là, auxquels on attribua des significations multiples, quelque peu saugrenues, incompatibles avec le moindre raisonnement logique ou même analogique. Certains d'entre eux relèvent typiquement d la magie cérémonielle tel est le cas du maillet du maître, forme spéciale de la baguette, signe de puissance et de souveraineté (rappelons que les outils en tant que symboles, étaient ignorés des maçons opératifs), des « régalia » britanniques, tabliers, cordons, bijoux, ornements, analogues aux robes et aux pentacles, des batteries, des frappements de pieds (aujourd'hui disparus, mais conservés dans le compagnonnage) au cours de la chaîne d'union, des circumbulations de caractère cosmique, des répétitions, véritables « mantras » destinés à s'intégrer dans l'inconscient, de la gestuelle, qui s'identifie aux « mudras » de l'inde (celle du grade de maître se retrouve dans ce pays et figure dans la sculpture de la civilisation précolombienne du Mexique), etc. etc..

On a pli reconstituer les premiers cérémonials de réception des apprentis, compagnons et maîtres de la maçonnerie spéculative. Le manuscrit Graham 1726, deux divulgations, « Maçon's Examination » 1723 et « Masonry Dissected » de Prichard 1730, en fournissent les éléments par questions et réponses, corroborés par la déposition en décembre 1736 de John Coustos, à Lisbonne lors de son procès au Tribunal de l'Inquisition. Ce qui était relativement simple au début se compliqua singulièrement dès 1740 et la France ne fut pas étrangère aux innovations qui suivirent.

Tous les textes insistent sur le fait que le candidat sollicite son admission de sa propre volonté et exigent qu'il fournisse les motifs de sa demande. Il est nécessairement parrainé et la Grande Loge d'Angleterre en fit une obligation le 15 décembre 1730. Lors de sa réception le parrain le mène dans une chambre sans lumière, totalement obscure où ils demeurent ensemble pendant un certain temps et sans qu'un seul mot soit prononcé. A la fin de ce séjour il lui est demandé à deux reprises s'il a la vocation pour être reçu. Sur sa réponse affirmative il est conduit « ... les yeux bandés, dépouillé de ses métaux, ni nu ni vêtu, ni chaussé ni déchaussé, mais pourtant d'une manière décente » devant la Chambre de réception à la porte de laquelle il frappe trois coups qui sont répétés de l'intérieur. Il est alors introduit par le parrain qui le recommande « ... pauvre, sans monnaie, aveugle et ignorant de nos secrets ». et accueilli par le plus jeune apprenti de la Loge.

Le « ni nu ni vêtu » ne se rencontre nulle part chez les opératifs non plus que chez es « acceptés ». Il paraît provenir de la tradition templière et avait sans doute pour but de vérifier le sexe du candidat. Aucune explication pour le pied déchaussé, ni pour le bandeau malgré l'évidence du symbole quant aux métaux ils ont été rejetés par toutes les mythologies et par la Bible elle-même qui les considéraient comme néfastes, ce que semblent ignorer le « Catéchisme » 1740, le « Secret » 1742 et « l'Anti-Maçon » 1748, etc. qui disent « ... dépourvu de tous métaux parce que lorsqu'on envoya les cèdres du Liban pour le Temple (de Salomon) ils étaient tous taillés, et qu'on n'entendit aucun coup de marteau ni d'autres instruments lorsqu'on bâtit cet édifice. » Il est évident qu'il fallait trouver une justification Selon William Preston, « Illustration of Masonry » 1772, l'initiation enlevait tout caractère maléfique aux métaux « ... le métal (la monnaie) ne peut faire de distinction entre les Maçons l'ordre étant fondé sur la paix, la vertu et l'amitié »

La chambre obscure est l'ancêtre du cabinet de réflexion. Il était, et il est encore totalement inconnu de la Maçonnerie anglaise. Il le resta également un certain temps en France. On ne sait où et quand il fut introduit dans la réception, très probablement vers 1765-1770. Les Loges l'utilisaient entre 1776 et 1780 et le Recueil Précieux de la Maçonnerie adonhiramite de Guillemain Saint-Victor, 1783 en donne une description semblable à celle figurant dans les rituels du Grand Orient établis en 1786 Une pièce sombre aux murs noirs, éclairée d'une seule chandelle, un tabouret, une table sur laquelle un crâne et tous les ingrédients, sel, soufre, eau, pain (le vitriol viendra plus tard). Sur les parois, les emblèmes de la mort et une série de sentences inscrites en blanc évoquant la fragilité de la vie et l'inanité des choses terrestres, plus, des menaces si le candidat n'abordait pas son admission avec un coeur pur. Il y a une analogie certaine entre cette retraite silencieuse au sein de la « Chambre obscure » et celle solitaire de l'aspirant chevalier la veille de son adoubement, également l'invitation à rédiger un testament ainsi que le faisait ce dernier. En 1786, un manuscrit émanant du Grand Orient ajoute une innovation, les questions dites « d'ordre » : qu'est-ce qu'un honnête homme se doit à lui-même ? À ses semblables, à sa patrie ? Elles disparurent en 1858 et réapparurent à la fin du XIXe siècle.

Le Dumfries manuscrit n0 4 de 1710 indique que le candidat entrait dans la Loge « la corde au cou ». A la question que lui posait le maître de celle-ci, il répondait : « pour me pendre si je trahis mon serment ». C'est la première mention de ce symbole venant d'une « Loge » d'acceptés. On ne le retrouve qu'en 1760, en Angleterre seulement. Il ne figure en effet dans aucune des gravures de la série des « Réceptions »de 1745, ni dans celle du « Recueil précieux », (édition 1787), déjà cité, ni dans le tableau de Maler, 1786. Réception dans une Loge de Vienne en Autriche, au Kuntshistoriches Museum de cette ville.

La Réception se poursuivait par les voyages ; selon Prichard, 1730, il n'y en avait qu'un, effectué dès l'entrée, dans le sens des aiguilles d'une montre et se terminant par trois pas devant le Maître de la toge pour la prestation du serment. En France, la « Réception d'un Frey-Maçon » en donne trois, « autour de l'espace marqué sur le sol où sont dessinés au crayon un grand J et un grand B », préfiguration du tableau de Loge dont nous avons vu qu'il s'installa définitivement entre 1740 et 1745. Sa décoration variait en fonction du grade, ainsi que la disposition des symboles (l'équerre et le compas en particulier ne trouvèrent leur place définitive qu'au cours du XIXe siècle), mais également selon les auteurs. C'est ainsi que pour celui d'apprenti, nous avons « un tableau de la toge d'apprenti, puis le véritable tableau..., puis le vrai tableau. » etc. chacun renchérissant sur le précédent. L'apport hermétiste y est très net, et l'ouvrage de Lenglet-Dufresnoy, Histoire de la philosophie hermétique, en trois gros volumes, paru en 1742 joua un rôle considérable sur la création et l'évolution d'une pensée ésotérique en gestation. C'est probablement à lui qu'est due la confirmation du caractère cosmique de ce qui devait devenir le Temple maçonnique, avec la présence du soleil, de la lune, de la voûte étoilée, de l'étoile flamboyante, et l'introduction des circumbulations selon la marche apparente du premier. On s'étonne cependant que pas un seul des catéchismes pourtant prolixes dans leurs explications, n'en fournisse une sur le sens des voyages imposés au candidat sans doute n'en avaient-ils pas !

Ce n'est que dans les années 1780 qu'on informa ce dernier que le premier voyage « ... est fait dans les voûtes souterraines, le second, dans les galeries supérieures, le troisième autour du temple », mais sans justification du pourquoi. Et il faudra attendre 1832 pour qu'ils soient assimilés aux trois âges de la vie, par les soins du F... Vassal, dignitaire du Grand Orient, interprétation qui leur est restée.

C'est aussi à cette époque, 1780, que les trois éléments, eau, air et feu furent associés aux voyages. Le processus de dramatisation venu des hauts grades les transforma de suite d'épreuves symboliques et purificatrices, en épreuves réelles, à l'imitation des initiations antiques que l'ouvrage de l'abbé Robin déjà cité avait vulgarisées. Cela se fit sans ordre, sans directives. Rien n'est stabilisé : les variations d'un rituel à l'autre sont nombreuses et le vague des explications accompagnant les voyages révèle l'indigence d'une pensée qui se voudrait initiatique mais qui n'est pas encore affermie. Le sens moral domine, et le but recherché et avoué - est d'intimider le candidat, peut-être pour s'assurer de la fermeté de son caractère. Si le bref contact avec les flammes de l'épreuve du feu pouvait impressionner, celle de l'eau était anodine et celle de l'air n'était qu'une simple menace. Le manuscrit du rituel de la Mère Loge écossaise de Marseille en rend compte ainsi :

« Monsieur vous avez encore (c'est le 3e voyage) une épreuve à subir, beaucoup plus forte et plus pénible que les autres : il faut que vous voyagiez dans les airs. Ne craignez-vous point d'être lancé dans l'atmosphère aérien et n'appréhendez-vous pas les suites funestes d'une chute à laquelle vous allez vous exposer ? »

« Le Récipiendaire ayant répondu que non, tous les frères demandent qu'on l'exempte d'un voyage aussi périlleux ». Il y eut l'empreinte du sceau au fer chaud, un simulacre bien sûr ; l'épreuve du sang avec lequel il fallait signer son serment, est si éprouvante pour le candidat, aux yeux des frères, que l'un de ceux-ci bien intentionné et plein de pitié criait « grâce » à l'instant des préparatifs, ce qui lui était accordé, cette même épreuve qui devint le mélange des sangs, encore pratiquée de nos jours sous une forme symbolique. Il y eut la coupe d'amertume dont l'interprétation ne soulève aucune difficulté. Elle venait d'Allemagne, via le rite Rectifié qui la pratiquait vers 1755. L'épreuve de Terre, vécue dans le cabinet de réflexion n'apparut comme telle que dans le cours du XIXe siècle. Tout cela, complètement ignoré antérieurement, surgit brusquement dans la décade précédant immédiatement la Révolution et se perpétua pendant une trentaine d'années après la reprise de 1794. Le Grand Orient avait fait siennes ces innovations auxquelles il donna un sens exclusivement moral en les codifiant dans son rituel de 1786 repris dans le Régulateur Maçon de 1801, mais sans renoncer à leur caractère d'intimidation.

« Le premier voyage doit être le plus difficile. Il doit se faire à petits pas, très lentement, d'une marche très irrégulière on profitera de la disposition du local pour rendre ce voyage pénible, par des obstacles et des difficultés aménagés avec art, sans cependant employer aucun moyen qui puisse blesser ni incommoder le récipiendaire. On le fera marcher à pas lents, tantôt un peu plus vite. On le fera baisser de temps en temps, comme pour passer dans un souterrain on l'engagera à enjamber comme pour franchir un fossé enfin on le fera marcher en zigzag, en sorte qu'il ne puisse juger de la nature du terrain qu'il parcourt.

Pendant ce voyage, on fera jouer la grêle et le tonnerre afin d'imprimer dans son âme quelque sentiment de crainte ».

Explication de ce voyage, les vicissitudes de la vie humaine. Si jusque-là, la Maçonnerie symbolique avait échappé à la dramatisation outrée des hauts grades écossais, il semble que cette invitation à accumuler les difficultés de la réception au grade d'apprenti eut pour résultat d'ajouter le grotesque à la tragi-comédie.

Une encyclopédie du tout début du XIXe siècle reproduit à l'article Franc-Maçonnerie l'admission d'un candidat. Lors du premier voyage, celui-ci « ... est conduit au bord d'une trappe qu'on lui dit être un précipice on lui propose de s'élancer dans ce trou, s'il refuse, on le pousse, et il tombe de vingt pieds sur dix planchers de papier fort, à deux pieds de distance les uns des autres et qui éclatent successivement en faisant un bruit effroyable au fond se trouvent des matelas pour le recevoir ».

La scène du parjure mériterait d'être jointe à l'anthologie des cérémonies écossaises d'avant la Révolution

« Une table, au milieu de laquelle on a pratiqué un trou rond, est placée dans un coin de la Loge. Elle est couverte d'un tapis pendant jusqu'à terre. Un Frère, ordinairement le plus blême, se place sous cette table, s'agenouille et fait passer sa tête par le trou qui est bordé d'un plat d'étain dont on a enlevé le fond on entoure cette tête d'un linge teint de sang, ce qui produit l'illusion d'une décollation ». Suit la description de la scène au cours de laquelle on retire le bandeau du récipiendaire, avec les commentaires d'usage et la conclusion du rédacteur « cette épreuve terrible fait souvent impression ». L'énormité des faits relatés dans ce récit peut le rendre suspect, bien qu'il soit tiré d'une encyclopédie réputée. Ce sont ces descriptions et quelques autres du même ordre qui ont permis à P. Méjanel, de façon réaliste d'ailleurs, d'illustrer les ouvrages du trop fameux Léo Taxil contre la Franc-Maçonnerie. Et comment ne pas citer l'anecdote stupéfiante rapportée dans la monographie d'une Loge parisienne encore active de nos jours, publiée par ses soins vers 1830, consultable à la Bibliothèque Nationale, qui raconte que au cours d'une initiation dans les années 1806-1810, le candidat fut invité à décapiter un véritable cadavre apporté dans le Temple à cet effet. Il y eut scandale...

Sans vouloir mettre en doute la réalité des faits avancés il serait imprudent de généraliser ces quelques très rares épisodes dont l'exécution, par ailleurs devait soulever des problèmes matériels difficiles à résoudre. Jeu douteux, légèrement pervers, bien propre à une époque où le héros était monnaie courante, ou plus simplement volonté de frapper les esprits en vue de valoriser une pseudo-initiation teintée d'un mysticisme équivoque, à laquelle les acteurs s'identifiaient inconsciemment ?

Plus réservée et fidèle aux instructions du Grand Orient, la Loge Isis Montyon de l'Orient de Paris, spécialiste des initiations à grand spectacle, inventait la planche à boules et l'introduisait avec la bascule en 1810 dans les réceptions d'apprenti !

La Prestation du serment, devenue l'obligation au siècle dernier s'accompagnait de menaces terribles en cas de parjure. Elles étaient l'oeuvre des spéculatifs, car les opératifs n'en avaient jamais proféré. Les manuscrits de 1696 à 1710 indiquent qu'il y a des pénalités dans l'obligation des apprentis enregistrés mais n'en donnent pas la nature, et si l'on s'en tient à la « corde au cou » du Dumfries ms n0 4 (1710) déjà cité, il appert bien qu'elle n'était qu'un symbole.

La langue et le coeur arrachés, la tête coupée du Prichard 1730, et les funérailles imposées entre marée basse et marée haute étaient les peines infligées aux XVIe et XVIIe siècles pour crime de trahison et figuraient encore dans le code pénal britannique de l'époque ; la France qui les reçut, les conserva jusque vers 1780. Il n'y a aucun exemple qu'elles aient été appliquées.

En Angleterre, depuis le début du siècle le serment était prêté sur la Bible. Entre 1727 et 1730 le candidat tenait un maillet dans sa main droite et une truelle dans sa main gauche. En France, il le fut sur la Bible, plus souvent sur les Evangiles ou l'évangile de saint Jean, devant Dieu, selon le « Recueil Précieux. 1782 », généralement devant le Grand Architecte de l'Univers qui restera Dieu fort longtemps avant d'être considéré comme un symbole. En 1786, le Grand Orient ajouta à la suite du Grand Architecte, la formule « ... sur les statuts de l'Ordre et sur ce glaive, symbole de l'honneur ».

Le cérémonial de prestation et la consécration qui suivait subirent de nombreuses variantes. On le rendit solennel les assistants étaient tous levés, l'épée en main. Deux officiers conduisaient le néophyte, les yeux toujours bandés, devant la table du Vénérable (on ne disait pas encore l'autel ou le plateau). Il était debout, le genou droit posé sur un coussin sur lequel était placée une équerre. De la main gauche il tenait un compas ouvert, les pointes sur le sein gauche, la main droite à plat sur le « Livre », parfois levée vers le ciel. Il répétait alors la formule que lui disait le Vénérable.

Pendant tout le XVIIIe siècle le serment était prêté aux trois grades. Il y avait parfois, mais rarement, agenouillement des 2 genoux sur le coussin ci-dessus, souvent inversion, genou gauche, apprenti, genou droit, compagnon, les deux genoux, maître, et même apprenti ; cette diversité dura en Angleterre jusqu'en 1814. Quelquefois les deux mains du récipiendaire étaient posées sur le « Livre » le vénérable tenait alors le compas sur la poitrine de celui-ci. La scène du parjure fut une invention du XIXe siècle. Il ne semble pas qu'elle ait été pratiquée tout au long du XVIIIe, la prestation du serment était renouvelée après la chute du bandeau (Régulateur Maçon, 1801). Celle-ci intervenait après que le candidat ait été reconduit à l'occident. Sur sa demande, et au coup de maillet, on lui donnait la lumière. L'instant pouvait être impressionnant. Quelques frères « portaient des torches garnies de mèches à l'esprit du vin, dans le corps desquelles on avait introduit de la poudre de lycopode. En les secouant, la poudre sortait, ou s'enflammait à l'esprit de vin qui brûlait, ce qui produisait une très grande flamme et une très vive lumière ». Le néophyte découvrait alors l'assemblée de maçons rangés autour de lui et pointant leurs glaives dans sa direction. Après un silence, le Vénérable rassurait le nouvel apprenti en lui disant que cette attitude les rendait garants de l'aide qu'ils lui apporteraient désormais en cas de besoin.

Les assistants ayant regagné leurs colonnes, debout et l'épée en main le Maître de la Loge procédait à la consécration. Elle se faisait selon l'époque, le lieu et la Loge, par le maillet, puis par l'épée, par le maillet et l'épée, quelquefois maillet et compas. Le néophyte debout, ou debout et un genou sur le coussin et l'équerre qui avaient servi pour l'Obligation le Vénérable le constituait apprenti maçon, « à la gloire du Grand Architecte de l'univers » selon une formule à peu près semblable à celle employée de nos jours, puis confirmait son admission dans l'Ordre en le frappant sur la tête de trois ou trois fois trois petits coups de maillet ou d'épée. Accolade, remise du tablier et des gants. A l'époque et pendant tout le XVIIIe siècle la bavette du tablier d'apprenti était rentrée et invisible, celle du compagnon ornée parfois des outils était levée et boutonnée afin de la maintenir, celle du maître, baissée. Jusqu'au moment où le cordon de maître fit son entrée en loge dans les années 1775, seule la position de la bavette permettait de reconnaître le grade d'un frère. Au moyen âge le port des gants était associé aux cérémonies religieuses et militaires.

Chez les opératifs, l'employeur en offrait une paire à «l'apprenti enregistré » lors de sa réception, et sans qu'il y ait explication à ce propos. « The Maçon's examination », 1723, indique que le nouvel admis reçoit deux paires de gants blancs, l'une « pour lui, l'autre pour une femme », sans plus de commentaires. Prichard, 1730, n'en parle pas. Mais Hérault, Réception d'un frey-maçon, 1737, ajoute « ... la seconde paire est pour la femme qu'il estime le plus ». Vers 1760, en les remettant le Vénérable disait : « Un maçon ne doit jamais tremper ses mains dans l'iniquité » et en 1786 « les gants par leur blancheur vous avertissent de la candeur qui doit toujours régner dans l'âme d'un honnête homme, et la pureté de nos actions ». Quant à la femme « ... nous rendons hommage à leurs vertus. » et Goethe montrait que la grande valeur de ce cadeau résidait dans le fait « ... qu'un maçon ne pouvait le faire qu'une seule fois dans toute sa vie ». Habitude devenue tradition, l'offrande des gants s'est perpétuée jusqu'à nos jours.

Puis venaient l'invitation à la reconnaissance du nouvel apprenti, la communication des signes, des pas, de la marche, des mots. La première se faisait par batterie et acclamation, vivat, vivat, et semper vivat, remplacée vers le milieu du siècle par Houzé dans les Loges qui se voulaient écossaises. En Angleterre les travaux étaient interrompus, on portait un toast sur place, au nouveau frère, et les travaux reprenaient. En France une coutume s'était installée qui voulait que le, ou les nouveaux venus offrissent le banquet qui suivait obligatoirement la réception ; les abus furent tels qu'il fallut y renoncer.

L'origine des signes maçonniques reste mystérieuse et leur introduction dans la maçonnerie spéculative inconnue. Le moyen de reconnaissance des maçons opératifs résidait dans le « mot du maçon » et rien n'indique qu'il y ait eu une gestuelle l'accompagnant. Il n'est guère possible de retenir le « signe d'ordre » rencontré çà et là dans la statuaire médiéval comme étant un indice d'une tradition « maçonnique » chez les tailleurs de pierre. Ou alors il faudrait tenir compte de la description très précise qu'en donne Philon d'Alexandrie dans « La Vie contemplative » et Flavius Josèphe dans ses « Antiquités Judaïques », au cours du premier siècle de notre ère. On ne peut même pas le considérer, à l'instar du signe de détresse du Maître, quasiment universel, comme une sorte d'archétype de l'espèce humaine.

Les pas et la marche sont signalés dans les anciens textes de 1724, 1725, 1729 et 1730, mais sans leur description. En 1737 le procès-verbal du procès Coustos à Lisbonne indique qu'on entre en loge par trois pas, non décrits. Il faut attendre 1745 pour savoir qu'en France et en Allemagne, en station debout, les pieds étaient joints talon contre talon et que chaque pas se faisait en équerre, et le « Sceau Rompu » qui donne ces détails, ajoute que la marche du Maître se composait de trois pas en zigzag.« L'Anti-Maçon », 1748, montre dans un schéma trois pas pour chacune des marches, les pieds en équerre mais nettement séparés, en ligne droite pour l'apprenti, en zigzag pour les deux autres avec cette différence que pour la marche du Maître au cours des 2e et 3e pas il n'y avait qu'un pied posé à terre, un point sur lequel nous reviendrons lors de la réception à la maîtrise. En fait rien n'est fixé et la confusion durera jusqu'au delà de 1800. En 1760, le « The Three Distinct Knocks » exposant la pratique des « Antients » indiquait un pas pour les apprentis, deux pour les compagnons, trois pour les maîtres, sans spécifier comment ils se faisaient. Il confirmait ainsi la protestation de Laurence Dermott qui, dans « Ahimon Rezon » s'indignait que les modernes eussent changé la marche, laquelle, si l'on en croit « Jakin and Boaz » 1762, toujours au nom des « Antients » la définissait, dans l'ordre, 1, 2 et 2. D'autres, dans le cours des années qui suivirent donnèrent 1+2+3, ou 3, 5 et 8 ou 12+3, etc. etc. Il n'y eut jamais la moindre explication sur un sens éventuel de la marche des Francs-Maçons...

Nous avons vu l'origine des « mots », descendants illégitimes du mystérieux « Mason's Word » des opératifs, tirés de la Bible vraisemblablement dès la première décade du XVIIIe siècle. Ceux attribués aux trois degrés symboliques ne subirent pas les vicissitudes des autres composantes de l'Ordre maçonnique. L'inversion des colonnes et donc des vocables qui les désignaient, rendue nécessaire pour des motifs de sécurité ne fut qu'un épisode mineur, et ne mérite certainement pas le bruit que firent les « Ecossais » à son propos. Tout au plus peut-on signaler que quelques Loges anglaises choisirent le mot « mahabone » pour le troisième degré au lieu du terme courant venu jusqu'à nous. Et rappelons que le Grand Orient créa le mot de semestre le 23 octobre 1773.

A quel moment les apprentis maçons eurent-ils trois ans et pourquoi ? Tous les catéchismes jusqu'en 1750 leur donnent : « moins de sept ans » ainsi d'ailleurs que les compagnons, moins de sept ans, parce que chez les opératifs c'était le temps qu'il fallait pour passer d'apprenti à compagnon-ouvrier, ou compagnon-maître, celui-ci ayant par voie de conséquence « sept ans et plus ». Un document du 24 juin 1765 fait était d'une formule maintes fois utilisée jusqu'à nos jours, « P... L... N... Q... N... S... C... », par les nombres qui nous sont connus. D'essence pythagoricienne, venue par le canal de l'Hermétisme fort en vogue à cette époque, elle masquait, sous un aspect mystérieux, qui lui donnait de l'importance, une ignorance qui ne semble pas avoir disparu. L'usage s'établit d'accueillir le jeune frère par quelques brèves paroles de bienvenue, la réception se terminait alors. Elle était suivie du banquet déjà cité, dénommé « Loge de Table », laquelle mériterait une étude spéciale approfondie.

Jusqu'à 1730 il n'y eut pratiquement que deux degrés, la réception au second consistait en une obligation, la communication d'un signe non décrit, d'un mot toujours secret, des cinq points du compagnon. Les documents antérieurs à 1727, le Register House Manuscrit d'Edimbourg, 1696, le Trinity Collège Manuscrit de Dublin, 1711, The Mason's examination, 1723, le Graham Manuscrit, 1726, explicitent fort bien le cérémonial de passage de l'apprenti au grade de compagnon ainsi que ceux parus jusque vers 1750 à la suite du Prichard, 1730, en ce qui concerne l'apport symbolique intervenu à partir de cette dernière date. En dehors de l'épisode propre au meurtre d'Hiram, c'est un fait que le troisième degré s'établit par divisions successives des deux premiers grades en s'appropriant plus particulièrement les principaux éléments de celui de compagnon. Quelques-uns parmi eux retourneront plus tard à leur source primitive.

L'aspirant compagnon devait être instruit des « Mystères » de la Maçonnerie. Il était donc interrogé, d'une part sur les circonstances de son admission, le cérémonial utilisé, le pourquoi de celui-ci, d'autre part sur ce qu'il avait appris.

Questions et réponses étaient brèves. En fait, il récitait « par coeur », le catéchisme, soit un strict exercice de mémoire, ne nécessitant aucune réflexion. Les 90 demandes de Prichard concernent l'orientation, l'aspect et le mobilier de la Loge, le rôle de ses officiers, le « secret », la gestuelle. Ce texte révélateur est précieux on y apprend, et ce sera la seule chose à retenir, « Que le fondement de cette chambre sont trois colonnes ou piliers, force, sagesse et beauté », que le plafond « est un ciel de nuées embellies de toute sorte de couleurs », que le pavé « est orné d'ouvrages à la mosaïque », « qu'au centre il y a une comète (l'étoile flamboyante) » et que « le tour de la Chambre est tapissé d'un brocard d'or qui constitue la clôture tout autour », tous ces éléments plus quelques outils étant dessinés sur le tableau de Loge. Egalement, « que Je point, ou point central empêche toute erreur du maître en faisant la circonférence, la ligne une longueur sans largeur, la surface une longueur avec une largeur et qu'un corps compact (volume) entoure le tout ».

Il y a aussi des devinettes. C'est ainsi que le maître est « vêtu d'une jaquette jaune et d'une culotte bleue », (il s'agit du compas qui à l'époque est son attribut), et que les secrets sont cachés « dans la poitrine gauche (du maçon), que la « clef » qui en permet l'accès est enfermée dans une « boette d'or », laquelle « ne s'ouvre et ne se ferme qu'avec une clef d'yvoire », pendue et attachée « à une couroye de six pouces ». Solution du rébus : la bouche, le palais et les dents, et si la langue est la clé d'yvoire (?) c'est qu'elle est « gardienne du verbiage » que sont les paroles.

Un apprenti ne saurait passer compagnon sans avoir « servi son maître », ce qu'il fit « avec de la chaux, des charbons de bois et une pelle de terre », signifiant respectivement «liberté, sérieux et zèle » (traduction édition 1743) ou « avec la craie, le charbon de bois et l'auge », soit « Liberté, ferveur et zèle » (1788). Cette libre interprétation des symboles, expression d'un humour très britannique en l'occurrence, n'avait pas dû tellement satisfaire l'abbé Pérau, dont l'apprenti, dans le « Trahi » 1742, avait travaillé avec « la chaux, la bêche et la brique », c'est-à-dire « liberté, confiance et zèle », car il crut d'ajouter, en note :

« Il faut être maçon pour sentir la justesse de ces emblèmes ». Pourtant, si l'on en croit la préface d'un ouvrage de l'un de ses concurrents en littérature maçonnique, il avait été « initié » d'autorité, et en cette occasion le terme « initié » est adéquat, pour s'être introduit indûment dans une loge, et, découvert, avait été préalablement « placé sous une gouttière ou (une fontaine durant une forte pluie) afin que l'eau le pénètre de la tête jusques aux pieds et que ses souliers en soyent remplis », punition réservée aux indiscrets et formulée dans les catéchismes.

Bien que le « ni nu ni vêtu », moins le bandeau et la corde au cou soit toujours en vigueur au rite émulation, ni les textes ni i'iconographie laissent entendre qu'il en fut ainsi durant la plus grande partie du XVIIIe siècle. Ce dut être un cadeau des « Antients » aux « Modems » dès la seconde moitié, confirmé lors de la fusion en 1813. En France, et tardivement, quelques très rares rituels écossais l'adoptèrent. L'aspirant ayant prouvé qu'il était instruit des mystères maçonniques, apprenait qu'il devenait compagnon « à cause de la lettre G » ou «pour l'amour de la lettre G », et réitérait dans les mêmes formes que précédemment, le serment prononcé lors de son admission au grade d'apprenti.

Il ne semble pas qu'il y ait eu de voyage au cours de la réception au second degré, à moins d'identifier comme tel les cinq pas pratiqués par le Rite Emulation qui les reçut du XVIIIe siècle. Ce qu'en disent les catéchismes n'a pas le caractère de la marche bien spécifique de l'apprenti, mais apparaît purement symbolique.

Avez-vous jamais voyagé ? demande le Grand Maître (qui deviendra le Vénérable)

J'ai fait voyage en Orient et en Occident.
et en une autre version « de l'Est à l'Ouest ».

Avez-vous jamais travaillé ?
oui, à l'édification du Temple.

Où avez-vous reçu votre salaire ?
Dans la chambre du milieu.

Comment avez-vous pu entrer dans la chambre du milieu ?
Par le portique,
ou « en passant au travers d'une antichambre ».

Qu'avez-vous vu en passant ?
Deux grands piliers...

Et le candidat fait alors connaissance avec les deux colonnes de Salomon dont il avait appris les noms sans savoir à qu les appliquer, et leurs dimensions selon la description qu'en fait la Bible (Rois I. ch. 7).

Comment êtes-vous arrivé dans la chambre du milieu ?
Par un escalier dérobé fait en escargot,
ou « par un escalier en spirale à double volée ».

Combien de degrés à cet escalier ?
Sept ou davantage...
« ... parce que sept ou plus composent un collège parfait, ou font une loge juste et parfaite ».

Signe, mot et attouchement sont nécessaires pour franchir la porte, très haute, de la Chambre du milieu, dans laquelle il voit « quelque chose ressemblant à la lettre G ».

Que signifie ce G ?
Géométrie ou la e science.

avait-il été dit au début du catéchisme. Mais cette question ne pouvait pas ne pas amener une autre réponse. Prichard, ou les auteurs des textes, peut-être pris de remords ou d'inquiétude, car éliminer Dieu dans un siècle où les pouvoirs étaient sous la tutelle des églises constituait un danger non négligeable, ajoute un peu plus loin, à la même question

« Le Grand architecte du rond du monde, ou celui qui fut envoyé sur le haut du Temple » (traduction mot à mot de l'Edition de 1743).

ou « le Grand Organisateur de l'Univers, celui qui fut placé au sommet le plus haut du Temple » (traduction de l'Edition de 1788),

Deux phrases qui mériteraient une analyse...

La lettre G était tracée au centre de la Chambre du milieu. En 1740, deux gravures, dans le « Dialogue between Simon and Philip » la représentent, l'une, enfermée dans un contour « de diamants », l'autre au milieu d'un soleil rayonnant qui ne peut être confondu avec l'Etoile flamboyante, laquelle d'ailleurs appartenait à la panoplie du grade d'apprenti. Toutes deux avaient fait leur première apparition en 1726 dans un label annonçant une série de conférences sous le titre de « The Antidiluvian Masonry » destinées à apporter la signification de la lettre G, de l'Etoile flamboyante etc. innovations introduites par Désaguliers et d'autres, et à s'élever contre l'indignité que constituait le fait d'effacer le tableau de Loge avec balai et seau à la fin de la réunion.

L'apparente simplicité de la signification de la lettre G, géométrie, Grand Architecte (God) fait oublier qu'elle est la troisième lettre de l'alphabet hébreu, le nombre 3 étant lui-même celui de la trinité divine, et qu'elle se trouve ainsi rattachée au symbolisme Kabbaliste. Depuis son origine elle est le seul élément stable du second degré et conserve toujours ses deux sens primitifs. On lui en ajouta d'autres : un catéchisme manuscrit antérieur à 1750 la définit : gloire, grandeur, géométrie, la 5 science, « gloire pour le grand architecte, grandeur pour le maître de la Loge, géométrie pour les frères ». Par contre, un autre manuscrit, datant des années 1780, ne cite que la géométrie et élimine le Grand Architecte. Un accident, sans doute, car le rituel émanant du Grand Orient en 1786, repris dans le Régulateur Maçon, 1801, puis dans le Régulateur Symbolique, 1839, indique « qu'elle est le monogramme d'un des noms du Très Haut, source de toute lumière et de toute science ».

Quand l'Etoile flamboyante fut-elle associée à la lettre G ? Une mention en 1726, une seconde qui l'inclut dans le mobilier de la Loge d'apprenti en 1730, une troisième dans le « Dialogue between Simon and Philip » 1740, qui en attribue la paternité à Désaguliers et ses amis, ce qui doit être exact, et -sans aucune signification particulière. Il semble qu'elle ait suivi le chemin de la Voûte étoilée apparue dès 1711. Mais les Rois mages durent flâner en route car le « Trahi », édition de 1767, dans les deux tableaux apprenti-compagnon, montre dans le premier, « Tel qu'il a été publié à Paris, mais inexact », la lettre G dans l'Etoile qui flamboie, et dans le second, «le véritable plan de réception. » l'étoile toujours flamboyante, au-dessus d'une sphère sur pied au-dessous de laquelle est la lettre G. Chez Larudan, « les Francs-Maçons écrasés », 1778, tableaux d'apprenti et de compagnon, l'étoile flamboie, sans la lettre, elle est sans flammes dans celui du Maître, et le G ne figure dans aucun des trois. « L'Etoile mystérieuse » - elle l'est restée - dut acquérir sa notoriété au cours de la période de séparation des deux grades de compagnon et de maître et de la stabilisation de leurs rituels respectifs, vers 1760. Elle la confirma dès l'instant où la tradition hébraïque pénétra en maçonnerie et introduisit le iod en son centre, ce qui la rendit divine. Le Grand Orient la consacra définitivement entre 1773 et 1786, date à laquelle il établit le rite dit « français ».

Parmi la communication au nouveau compagnon des signes et attouchements nous devons accorder une attention spéciale aux « 5 points du maçon », appelés par la suite à devenir les 5 points du maître. En 1730 Prichard les a incorporés dans ce grade.

« Comment fut relevé Hiram ?
Comme tous les maçons quand ils reçoivent le mot de maître.

« Comment cela ?
Par les 5 points de la Confrairie.

« Que sont-ils ?
main contre main 1, pied contre pied 2, joue contre joue 3, genou contre genou 4, et main au dos 5.

Il faut remarquer que ce ne sont pas les gestes faits pour relever le corps d'Hiram qui créent les 5 points, mais que ce sont eux, ceux de la « confrairie », que l'on a employés à cet effet, d'où il ressort qu'ils existaient avant le meurtre du maître. Six textes le prouvent, allant de 1696 à 1727, c'est-à-dire bien avant que l'épisode Hiram s'insère dans la maçonnerie spéculative.

La première description du signe date de 1696, dans le « Edimbourg Register House Manuscrit », lors de la réception au second degré, à l'époque où il n'y en avait que deux. A la question Combien de points du Maçon ?

« 5, soit, pied contre pied, genou contre genou, coeur contre coeur, main contre main, oreille contre oreille ».

Il y a des variantes, tant dans la manière dont on les pratiquait, Sloane manuscrit 3329, circa 1700, Trinity Collège de Dublin ms. 1711, « Mason's Examination » 1723 (lequel en avait six, pied, genou, main, oreille, langue, coeur), « The grand Mystery open » 1726 (pied, genou, poitrine, la main soutenant le dos, joue, visage), que dans l'ordre dans lequel ils se présentent. « The Mason's confession » qui se réfère à une Loge en Ecosse en 1727 commence par « main contre main », le Graham ms. 1726 (pied, genou, poitrine, joue, main).

Aucun document, manuscrit ou imprimé ne fournit la moindre explication, ni sur l'origine, ni sur le sens qu'il faut accorder à cette gestuelle, pour le moins insolite. En 1760, « The Three Distinct Knocks » apportera le premier une signification qui ne résoudra pas le problème car purement symbolique et morale pour chacun des points. Le monde opératif n'a rien connu de cela : matériellement ce ne pouvait être un signe de reconnaissance et les Loges étaient vides d'ésotérisme. Or ce sont les « acceptés » qui, à la fin du XVIIe et au tout début du XVIII e, font état des points du maçon, et il est possible que leur présence soit antérieure à 1696. Pour la plupart, les « acceptés » étaient gens cultivés, souvent érudits, avec la Bible à la base de leur culture. Celle-ci relate deux cas de résurrections opérées au moyen d'un contact très étroit entre le mort et le vivant complètement accolé contre celui-ci afin de la ramener à la vie. Deux prophètes du ixe siècle avant notre ère ressuscitèrent ainsi, l'un Eue, le fus d'une veuve qui l'avait accueilli durant la famine, l'autre Elisée, son successeur, le fils d'une femme de Sunam. Le récit du miracle de ce dernier est explicite. (Livre IV, Rois ch. IV, 34 et 35). « Il monta sur le lit, monta sur l'enfant et il mit sa bouche sur sa bouche ses yeux sur ses yeux et ses mains sur ses mains. Et il se coucha sur lui et la chair de l'enfant fut réchauffée. . Et il remonta sur le lit, et se coucha sur l'enfant et l'enfant bailla sept fois et ouvrit les yeux ».

Les motifs d'incorporation dans une réception maçonnique du procédé « magique » pouvant provoquer un tel événement miraculeux restent obscurs, et même mystérieux. 35 ans au moins, avant que la légende d'Hiram ne se fasse jour, ils apportent une justification plausible au scénario du déroulement des funérailles de son héros. L'état de décomposition du corps, lors de sa découverte survenant plusieurs jours après le meurtre, n'incitait certainement pas à la manoeuvre « pied contre-pied, poitrine contre poitrine, joue contre joue, »en vue de la relevaille. Mais si cette opération avait pour but de ramener le maître d'oeuvre a la vie, et de récupérer ainsi le secret qu'il avait emmené dans la tombe, les « cinq points du maçon » recouvraient alors un sens et une logique dont ils avaient bien besoin. Il est peu probable que le compagnon, puis le maître qui les vivaient, aient eu conscience de leur contenu. C'est le destin des symboles de traverser les siècles, ignorés, habillés d'incompréhension, d'incohérences, puis un jour, de ressurgir de l'oubli et de retrouver leur lumière.

Aucune précision relative à l'entrée du nombre 5 dans le grade de compagnon. La réponse est difficile Les documents manuscrits de la rituélie ne sont pas datés et assez rares jusque vers les années 1770. Les divulgations imprimées reprennent Prichard, Perau, Larudan auxquels s'ajoutent les anglaises parues à partir de 1760. Le « Cinq » n'apparaît nulle part chez ces auteurs avant 1750. L'Etoile à cinq branches, handicapée par sa naissance bâtarde n'a joué aucun rôle jusqu'au moment où l'apport de l'Hermétisme, des doctrines conjointes des Pythagoriciens et des Kabbalistes lui permit de faire carrière. Il y eut l'âge, les voyages, les pas, les marches de l'autel, bien que dans le Régulateur Maçon elles soient sept. Tout fut à peu près stabilisé avec le rituel de 1786 du Grand Orient. Les outils qui accompagnaient les voyages émigrèrent bien de l'un à l'autre au gré des Loges, mais les commentaires qu'ils appelaient, où la morale tenait une large place n'étaient pas sans valeur. Un rituel de la Mère Loge Ecossaise de Marseille, postérieur à 1770 fait exécuter les cinq voyages sans outils ni explications, mais arrête les compagnons rangés en une chaîne la main droite sur l'épaule gauche de celui qui le précède et les fait frapper la pierre cubique au cours des trois derniers. Partout, arrêt devant l'étoile flamboyante et commentaire. En Angleterre, sciences et arts libéraux font une timide apparition dans les catéchismes d'apprenti du « Three Distinct Knocks » 1760 et du « Jakin and Boaz », 1762, puis passent dans ceux du second degré en 1769. En 1775, William Preston, « Illustration of Masonry » y ajoute de nombreuses explications. La France ne les recevra qu'au début du XIX e siècle, ainsi que les sens qui prendront une place importante au cours des voyages dans lesquels ils seront incorporés.

Si l'on sait de source certaine que le premier degré de la maçonnerie opérative apparut au début du Xe siècle, et le second dans les premières années du XVIe, l'on ne peut fixer avec précision quand naquit le grade de maître. La plus ancienne mention le concernant remonte au 12 mai 1725. Ce jour-là, une société para-maçonnique, la Philo Musicæ et Architecturæ Societas Apollini éleva plusieurs maçons au troisième degré. Elle avait été créée en février 1725 par huit frères, amateurs de musique et d'architecture. Le règlement obligeait ses membres à être Francs-Maçons une fois admis parmi eux, ce qui conduisait à recevoir les profanes en maçonnerie au moment de leur entrée dans la Société. Cette procédure irrégulière amena une protestation qui d'ailleurs resta sans suite, de la part de la Grande Loge d'Angleterre. Là Philo Musicæ disparut en 1727. La seconde mention d'une élévation au troisième grade advint le 25 mars 1726 par la « Lodge Dumbarton Kilwining n0 18 », en Ecosse, fondée le 29 janvier de la même année, suivie le 27 décembre 1728 par la « Lodge Greenock Kilwining n0 12 », qui, à cette occasion introduisit la perception de droits pour élévation aux deux grades. Le système à trois degrés se répandit lentement : la Loge « Antiquity n0 2 », créée en 1717 l'adopta en avril 1737, et la « Dundee Lodge n0 18 », fondée en 1728 en 1748 seulement. Peut-être exista-t-il en Ecosse tout à la fin du XVIIe siècle et en Angleterre aux premières années du XVIII e siècle que laissent entendre d'une part le Sloane ms. 3329, de l'autre la Philo Musicæ..., dont les fondateurs appartenaient à la Loge n0 14 se réunissant à la Queen's Head Tavern à Great Queen's Street, qui le pratiquait au moins en 1724. Le Trinity Collège Dublin ms 1711 prouve qu'il était connu, sinon mis en vigueur, en Irlande à cette dernière époque et son catéchisme donne « les secrets propres à chaque grade ». « The Mason's examination », 1723 fait une brève allusion à l'apprenti, au compagnon et au maître. Ce qu'il faut retenir de cette innovation, et qui est de première importance, c'est que nulle part il n'est question de la légende d'Hiram.

La première version connue de celle-ci vint en 1730 par le canal de Prichard dans sa « Masonry Dissected », et seulement dans le catéchisme, par questions et réponses. La seconde parut en France en 1740 sous la signature de Léonard Gabanon, pseudonyme de Louis Travenol, dans un ouvrage intitulé Le Catéchisme des Francs-Maçons, précédé d'un abrégé de l'histoire d'Adoniram., architecte du Temple de Salomon », plusieurs fois reproduit. Il ajoutait sous forme narrative de nombreux détails ne figurant pas dans le questionnaire de Prichard. Puis, en 1742 survint « L'Ordre des Francs-Maçons trahi », de l'abbé Pérau, qui sans vergogne « pirata »son prédécesseur et, comme de juste, ne put faire mieux que d'enjoliver le récit de quelques incidentes fort importantes, un procédé qui se perpétua au fur et à mesure des éditions successives et fit fureur chez les « Ecossais » nés entre temps. C'est ainsi que, dès 1745, s'établit, illustrée par l'iconographie, la dramatisation d'un catéchisme devenu rituel par l'adoption d'un scénario faisant revivre le meurtre légendaire de l'architecte du Temple de Salomon.

Plus prudente, l'Angleterre s'en tint à peu près à la sobriété de Prichard. Elle s'étonna de l'audace et de l'indépendance de la maçonnerie française, d'autant que la seconde édition des Constitutions d'Anderson, 1738, n'avait accordé qu'une importance relative à la légende d'Hiram. Les Anglais ne l'adoptèrent définitivement que vers 1760. Cette même année, une Neme divulgation, « The Three Distinct Knocks » ajouta de nouveaux éléments au déroulement des cérémonies et l'on apprit enfin les noms des trois meurtriers du maître architecte, l'enquête avait duré 30 ans !

L'origine de la légende est mystérieuse. Où ? Quand ? Comment ? Un manuscrit, le Graham 1726 éclaire très légèrement son apparition au travers d'un récit apparemment biblique, mais dont on ne retrouve pas la correspondance dans l'Ancien Testament.

Les trois fils de Noé, convaincus que leur père, en mourant, avait emporté un secret d'une importance considérable, partirent à la recherche de sa tombe, espérant trouver celui-ci sur lui, ou dans les environs immédiats. Ils convinrent, au cas où ils ne réussiraient pas, que la première chose qu'ils rencontreraient seraient, « pour eux, comme un secret » qu'ils auraient reçu de Dieu lui-même. L'incohérence d'une proposition visant à remplacer un secret dont on ignore la nature par quelque chose sans rapport avec lui, ne semble pas avoir effleuré l'es prit de nos trois personnages. Quoi qu'il en soit, la tombe ouverte sur le cadavre décomposé, ils prennent un doigt qui glisse, puis le poignet, puis le coude, et relèvent le corps « par les cinq points du Maçon ». L'un d'eux dit « Il y a encore de la moelle dans cet os », (marrow in this bone), le second : « mais c'est un os sec », le troisième « il sent (puant teur) ». Et ils décidèrent de donner le nom qui est connu à ce jour de la Franc-Maçonnerie », c'est-à-dire « marrow in the bone ». C'est la première fois qu'est dévoilé un mot de maître

Il subit quelques altérations et devint : « magboe ad Boe » dans « The Whole Institutions of free maçons opened as also their words and signs », imprimé par William Wilmot, 1725, qui indique explicitement sa signification « la mœlle dans l'os, ainsi notre secret est-il caché ». Il figure sous la forme « marrow bone » dans le Sloan 3329 manuscrit et le Trinity Collège Dublin ms 1711. Ainsi donc, cinq ans avant la Divulgation de Prichard - et peut-être plus tôt encore, le grade de maître en gestation offrait le récit d'un secret perdu que l'on s'efforçait de recouvrer au-delà de la mort, par une opération au caractère magique avéré, dont le sens et la finalité échappaient à ses auteurs. Il ne semble pas qu'il fût antérieur à 1700, bien que les cinq points du maçon venus tard dans la seconde moitié du XVIIe siècle peuvent laisser supposer une tentative d'innovation dans cette voie. La légende « Noé » eut un impact certain puisque Anderson qui l'ignorait en 1723 la récupéra en 1738 en faisant des Maçons, devenus « fils de Noé », de « vrais noachides, leur premier nom selon de vieilles traditions ». Vers 1744, le grade anglais de Royal Arch lui emprunta plusieurs éléments.

Comment et par qui s'effectua l'attribution de la légende incomplète de Noé - incomplète car il n'y a pas de meurtre - à celle d'Hiram assassiné par de mauvais compagnons, apparue dans sa quasi totalité en 1730 ? Est-ce cette dernière nouveauté qui attira la vigoureuse réaction contre Prichard, traité d'imposteur par la Grande Loge d'Angleterre qui ne pratiquait à l'époque que les deux grades d'apprenti et de compagnon avec un cérémonial très plat ? Sa lente - introduction dans la liturgie maçonnique ne favorisa certainement pas l'établiss

ement d'un rituel plus vivant que la simple récitation du catéchisme de 1730 qui dura jusque vers 1760.

En France, la réception de maître décrite pour la première fois par Léonard Gabanon dans le « Catéchisme des Francs- Maçons », 1740, reprise par l'abbé Pérau dans le « Trahi », 1742, montre que l'histoire « d'Adonhiram » fut mise en scène dès son arrivée sur le continent. Le candidat à la maîtrise était appelé à vivre intégralement le drame du meurtre dont il répétait chacune des péripéties. Sobre au début, le scénario se compliqua par la suite de détails et d'explications souvent différentes les unes des autres. Le tout parut se stabiliser peu avant la Révolution et le fut complètement pendant le premier quart du XIXe siècle.

« Le récipiendaire était habillé comme bon lui semble, mais sans épée, revêtu du tablier de Compagnon, bavette relevée et boutonnée ». Après avoir frappé trois fois à la porte de la Chambre de Réception, il entre sur l'invitation du premier surveillant, accompagné par un « frère apprenti, compagnon et maître que l'on nomme en ce cas le Frère Terrible ». Seuls les maîtres sont admis. « Dans la Chambre où se fait cette cérémonie on trace sur le plancher la loge de maître, qui est de la for me d'un cercueil entouré de larmes, sur lequel on met une branche d'acacia, et où l'on écrit Jehova qui est l'ancien mot de maître ». Au pied du côté de l'est, un compas ouvert (qui à cette époque était le signe du maître de la Loge), à l'occident une tête de mort et deux os en sautoir, une équerre et les quatre points cardinaux. « On illumine ce dessin de neuf bougies, trois à l'orient, trois au midi, et trois à l'occident, et autour l'on poste trois frères, l'un au septentrion, l'autre au midi et le troisième à l'orient, qui tiennent chacun un rouleau de papier caché sous leurs habits ». Dans le « Trahi », le crâne et les os sont chacun à une extrémité du dessin, on y ajoute les outils, et « à main droite une montagne sur laquelle il y a une branche d'acacia ». Dans quelques gravures la montagne est figurée par un petit tas de pierres situé dans un coin de la Chambre du côté de l'orient. Un peu plus tard, le dessin du crâne est remplacé par un crâne véritable éclairé de l'intérieur par une bougie. » Devant le grand maître de la Loge, appelé très Respectable, un petit autel, l'Evangile et un petit maillet les deux surveillants nommés Vénérables, se tiennent à l'occident debout, vis-à-vis du grand maître, aux deux coins de la Loge, et les autres officiers indifféremment autour de la Loge avec les autres frères. Il y en a un seulement qui se tient à la porte, en dedans de la Loge, une épée nue à chaque main, l'une la pointe en haut, et l'autre la pointe en bas, qu'il tient de la main gauche pour la donner au premier surveillant. » Lors de l'entrée du candidat. Le signe du maître « ... est de porter la main droite au-dessus de la tête, le revers tourné du côté du front, les quatre doigts étendus et serrés, le pouce écarté, et de le porter ainsi dans le creux de l'estomac ».

On a voulu rendre impressionnante l'introduction du récipiendaire dans la Chambre de réception. Le premier surveillant ouvre brutalement la porte, pointe son épée sur lui, lui enjoint de la tenir de la main droite la pointe contre la poitrine. Il le prend alors par la main gauche, lui fait faire trois fois le tour de la Loge en saluant le Grand Maître à chaque passage, saluts auxquels répondent tous les frères. Revenu 'à l'occident, entre les deux surveillants, le candidat est invité à s'approcher du Très Respectable par la marche du Maître que lui enseigne alors le premier surveillant. Elle débute par la double équerre, - c'est-à-dire, talons joints, pointes des pieds jointes aux deux branches de l'équerre dessinée au sol, puis trois grands pas en triangle, le premier à droite, le second à gauche en franchissant le cercueil, le troisième à droite à l'extrémité de ce dernier, les deux pieds joints de façon à former la double équerre avec le compas. Cette marche qui n'amène aucune explication sur sa signification est dite « de l'équerre au compas ». A chaque pas qu'il fait le candidat reçoit un coup sur les épaules donné par chacun des trois frères porteurs des rouleaux de papier et à l'aide de ceux-ci ; après qu'il ait renouvelé l'obligation prêtée antérieurement, le Grand Maître le frappe de trois petits coups de maillet sur le front et aussitôt après le troisième « ... les deux surveillants qui le tiennent à brasse-corps le jettent en arrière tout étendu sur la forme du cercueil, un autre frère vient qui lui met sur le visage un linge qui semble être teint de sang dans plusieurs endroits différents ». Les frères tirent l'épée, présentent la pointe au corps du récipiendaire (qui ne peut voir), restent un instant dans cette attitude et remettent l'épée au fourreau. Vient alors la scène du relevage minutieusement décrite. « Le Grand Maître s'approche du récipiendaire, le prend par l'index de la main droite, le pouce appuyé sur la première et grosse pointure, fait semblant de faire un effort comme pour le relever, et le laissant échapper volontairement en glissant les doigts, il dit Jakin. Après quoi il le prend encore de la même façon par le second doigt, et le laissant échapper comme le premier, il dit : Boz. Ensuite il le prend par le poignet en lui appuyant les quatre doigts écartés à demi liés en forme de serre sur la jointure du poignet, au-dessus de la paume de la main, son pouce passé entre le pouce et l'index du récipiendaire, il lui donne par là, l'attouchement de maître, et en lui tenant ainsi toujours la main serrée, il lui dit de retirer sa jambe droite vers le corps, et de la plier de façon que le pied puisse porter à plat sur le plancher ; c'est-à-dire que le genou et le pied soient en ligne perpendiculaire autant qu'il est possible. En même temps le Grand Maître approche sa jambe droite auprès de celle du récipiendaire, de manière que le dedans du genou de l'un touche au dedans du genou de l'autre, et ensuite il lui dit de lui passer la main gauche par dessus le col, et le Grand Maître qui en se baissant, passe aussi sa main gauche par dessus le col du récipiendaire, le relève- à l'instant, en lui disant Macbenac, qui est le mot de Maître. »

« Alors on lui ôte le linge de dessus la tête, et on lui dit en mémoire de qui on a fait toute cette cérémonie, en l'instruisant des principaux mystères et des obligations de la maîtrise moyennant cela on le reconnaît parmi les Maçons pour un frère qui a passé par tous les grades de la Maçonnerie, et qui n'a rien à désirer que de savoir parfaitement le catéchisme qui suit. » (Catéchisme des Francs-Maçons, 1740). Comment se fit le passage du simple récit de Prichard, au scénario dramatique de la mort d'Hiram qui se termine par son ensevelissement ? Et quel sens donner à cette dernière puisque rien ne vient à la suite des funérailles ordonnées par Salomon ? Cette histoire ne pouvait rester inachevée elle se poursuivit donc dans les grades de vengeance de l'Ecossisme, mais sur le plan du grade de maître la réponse est laissée en suspens. Il semble que tout au long de l'évolution de la jeune maçonnerie spéculative, ce ne soient pas les symboles qui apparaissent comme vecteurs d'idées, mais plutôt des idées qui cherchent le support de symboles pour s'exprimer. Ce processus à rebours d'une pensée analogique, évident dans le symbolisme des outils, l'est également pour la légende. Il révèle le besoin inconscient de lui apporter une base plus solide, même chargée de mystère, que celle d'une recherche d'un vague secret perdu qu'illustraient les travaux occultistes et alchimiques.

Ramené à nos connaissances actuelles, ce dont il s'agit est un rite de mort et de résurrection à l'aube de son évolution, une nouvelle modalité d'un rite ancestral inhérent à toute l'espèce humaine. Mais qui, sans vouloir diminuer l'intelligence de nos prédécesseurs, et malgré, pour d'aucuns, une approche certaine des auteurs classiques de l'antiquité, qui, était susceptible d'introduire une telle interprétation dans les rituels naissants de ce qui était appelé à devenir l'Ordre maçonnique ? D'où l'indigence, l'incohérence et les tâtonnements présentés par les rares et brèves tentatives d'explications fournies par les textes pendant plus de cent ans et qu'il serait oiseux de relever. Alors, une fois de plus, pourquoi les Loges ?

Le siècle était tout entier au théâtre, un mode d'expression plus approprié, plus accessible et moins fatiguant que le Livre. Le thème de « La chose perdue », dans son contexte dramatique se prêtait fort bien à une affabulation théâtrale et l'occasion trop belle pour ne pas l'exploiter, pimentée qu'elle était par le secret des Maçons un spectacle, et le banquet qui suivait, l'ensemble n'était pas sans charme. Et c'est ainsi que se développa la succession des scénarios qui, peu à peu se transformèrent en rituels.

Cérémonials révélés par les divulgations, divulgations créant des cérémonials ou action réciproque des uns et des autres ? Très certainement les deux. Prichard avait donné l'idée générale de l'épisode Hiram, Léonard Gabanon le canevas (1740), l'abbé Pérau compléta la mise en scène du psychodrame en 1742. Gabriel Louis Calabre Pérau, né en 1700, littérateur fécond, laissa une quarantaine d'ouvrages à sa mort le 31 mars 1767. Il rédigea entre autre 13 volumes de la Vie des hommes illustres de d'Auvigny, publia de nombreuses éditions dont un Bossuet de 20 volumes, etc. C'est dire qu'il était orfèvre en la matière. Il le prouva, et son « Trahi >, paru également sous le titre déjà pris par Gabanon « Le secret des Francs-Maçons », inonda le monde maçonnique de 1742 à 1781. Naturellement il fut copieusement pillé avec des variantes, traduit en anglais par J. Burd en février 1760 sous le titre « A master Key to the Free Masonry » ce qui permit à l'auteur de « Three Distinct Knocks » de lui faire de nombreux emprunts sans le moindre remords.

La réception de maître de Pérau apporte deux innovations importantes. Les trois voyages subsistent (il arrive parfois qu'il y en ait neuf), et l'on ignore toujours dans quel but ils sont effectués. Au cours de la promenade il constate qu'un maître est étendu sur le cercueil, le bras gauche le long du corps, le droit replié sur la poitrine, la main ouverte sur le coeur, les doigts serrés, le pouce en équerre, et couverte par Je tablier relevé à cet effet, le visage caché par un linge teinté de sang. Il assiste au relevage de ce frère par le Grand Maître selon les cinq points du maçon. Le récipiendaire entreprend alors la marche dans la même forme que donnée dans le catéchisme de 1740. Un rituel plus tardif (1780) éclaire singulièrement le sens du franchissement du cercueil. Lorsque le compagnon pénètre dans la Chambre de Réception, on lui arrache brutalement son tablier, car il est soupçonné d'être l'un des meurtriers d'Hiram, ce dont il se défend. C'est alors qu'on lui demande de passer par dessus le corps du maître architecte afin de prouver qu'il n'est pas coupable. Nous sommes là en présence d'une ordalie au cours de laquelle il tombera raide mort s'il a trempé dans le crime. La cérémonie se poursuit par l'obligation, et l'ecclésiastique qu'est l'abbé Pérau accentue une solennité que la teneur du serment n'avait pourtant pas négligée. Le candidat agenouillé, les deux mains sur la bible la baise à trois reprises après avoir répété les châtiments qui le menacent en cas de parjure. Puis, sous les trois coups de maillet du Grand Maître, il est projeté sur le cercueil, le tablier relevé sur le buste, la tête recouverte du linge ensanglanté. Cercle des épées et relevage. On s'interroge sur le rôle des outils factices représentés par les rouleaux de papier servant à porter les coups sur les épaules au cours de la marche « de l'équerre au compas », alors que le meurtre a lieu après l'obligation par le maillet du Vénérable. Or Prichard, 3e édition 1730, indique quels sont les outils employés par les meurtriers, lesquels sont, (traduction mot à mot) un maillet pour la pose, un outil pour la pose, une masse pour la pose. Ce qui n'empêche pas un rituel (qui n'est pas « Pérau ») d'annoncer briques, pierre cubique et maillet. Une édition beaucoup plus tardive rend les deux surveillants et le Vénérable responsables du meurtre, un coup sur la tempe droite, un coup sur la tempe gauche, puis un coup sur le front de la part de ce dernier, lequel demande par la suite « qu'avez-vous fait ? » « Une représentation de notre maître Hiram, tué pour n'avoir pas voulu dévoiler les secrets de la Maçonnerie ».

Le relevage se fait par les cinq points du maçon après les deux échecs de l'index et du second doigt et le mot du maître est donné, Mac Benac, en deux temps, Mac à l'oreille droite, Benac à l'oreille gauche. Mais Pérau en a changé le sens complètement en parlant pour la première fois dans la légende d'Hiram, de la décomposition du corps « La chair quitte les os ». Cet aspect de la légende « Noé » n'y avait pas été repris. Prichard et Gabanon avaient fait glisser la prise des doigts sans en indiquer la cause, et Mac Benac signifiait « Le Maître est frappé », ce que Nicolas de Bonneville, en 1788, dans sa traduction de « Masonry Dissected » donnait « te constructeur est frappé », sens qu'il conserve en Angleterre. Autre innovation due à Gabanon, et reprise par Pérau le signe fait d'une main au-dessus de la tête et qui est le prélude du signe d'horreur à deux mains. Quant au signe actuel. ?

Le choix de l'acacia n'a jamais livré son secret. Son dépôt sur la tombe a soulevé deux explications, l'une pour la reconnaître, l'autre pour l'orner, un souci assez curieux de la part de meurtriers. Or elle était « moussue », donc visible et la verdure la rendait décente. Sans doute les auteurs du récit ont-ils sacrifié inconsciemment à cette vieille coutume de planter fleurs ou arbustes sur les tombes, vestige de cette croyance, des anciens que l'âme des défunts se manifeste par leur canal.

Le rituel de maître subit quelques variations au cours des décades qui suivirent ses premières codifications, mais elles ne concernent que des détails mineurs qui s'estompèrent avec le temps. Stabilisé dans les années 1780. sa signification profonde ne se fit jour que très lentement et au cours du XIXe siècle. Par contre l'histoire d'Hiram, lue lors de la réception, connut de beaux développements au gré de l'imagination des auteurs, et nous avons déjà parlé de la genèse et de l'évolution des hauts grades, corollaires du meurtre de l'architecte de Salomon.

Il ressort de ce qui précède, que la soi-disant tradition initiatique opérative est strictement imaginaire, que, sur ce plan et par conséquence, une filiation « opératifs-spéculatifs » s'avère inexistante.

Que la rituélie maçonnique ne descend pas toute éclose du Ciel, mais que sa création est artificielle, oeuvre humaine, et que, comme toute oeuvre humaine, si son enfantement se fit dans la joie et l'espoir, il fut hésitant, soumis aux erreurs, aux fluctuations de toutes sortes, et souvent pénible.

Il y a « tradition maçonnique », voire initiatique, mais pas au sens guénonien du mot initiation. C'est la noblesse de nos prédécesseurs d'avoir, jour après jour, constitué un « Ordre »en reprenant ce qui, dans les divers ésotérismes, orientaux, grecs, judaïques, chrétiens, voulait aller au-delà des médiocrités du quotidien, d'en avoir fait une règle et, surtout accepté l'effort de s'y conformer.

Et il y a « Initiation » véritable, celle « qui met sur le chemin », celle qui apporte à l'initié virtuel, la puissance de réflexion, de volonté, de vérité et d'espoir accumulée depuis deux siècles et demi par ces frères innombrables et obscurs animés d'une foi invincible en l'Homme et en son devenir.

Le revers de la médaille, l'histoire et sa cruelle vérité.

L'avers de la médaille, l'homme dans son éternelle vérité.

Source : http://sog1.free.fr/Articles/ArtDore179-Operatif.Symbolique.htm

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Essai sur les origines des grades et rituels symboliques (1)

27 Novembre 2012 , Rédigé par André DORE 33° Publié dans #histoire de la FM

Ignorances et incertitudes sont les obstacles majeurs auxquels se heurtent les chercheurs penchés sur l'histoire de la Franc-Maçonnerie, d'où les singulières complaisances que s permettent tant de soi-disant historiens avec une vérité obstinée à se camoufler derrière une succession de légendes religieusement répétées depuis deux siècles et demi, légendes opérative, templière, salomonnienne, rosicrucienne, hermétiste, etc. Car, en dépit de quelques faits précis, tout reste obscur sur l'origine de l'Ordre maçonnique, ce qui conduit à mettre devant de trop nombreuses propositions « Il semble que .».

Ce qu'on nomme Maçonnerie spéculative s'organisa à Londres en 1717. On la dit fille de la Maçonnerie opérative. En réalité, elle succéda à une Maçonnerie « acceptée » qui se créa en tant que telle dès la fin du 16 siècle par admission au sein des confréries de maçons de personnages étrangers au métier et que l'on désigna dans la seconde moitié du 16e siècle sous le terme de « Maçons acceptés ». Il est certain que les Loges, car il y avait loges au sein de la corporation, s'agrégèrent volontiers un protecteur, noble de préférence, ou clerc, chargé du travail administratif qu'exigeait la gestion du chantier, les ouvriers étant presque en totalité analphabètes, et parfois, un chapelain, puis, plus tard, ceux qui, fournisseurs, gravitaient autour de l'entreprise. Ce processus prit naissance en Ecosse mais alors que dans ce pays les maçons acceptés ne formèrent qu'une petite minorité durant le 17e siècle, l'Angleterre vit au contraire se créer des Loges strictement « acceptées » et ce dès les premières années, c'est-à-dire ne comprenant plus aucun homme de métier. Il semble que la plus ancienne remonte à 1600, mais dès le second quart de ce siècle, leur existence est attestée par des documents indiscutables. Elles cohabitaient avec celles qui, mi-opératives, mi « acceptées » voyaient peu à peu disparaître les professionnels de leur effectif en raison de la diminution des grands chantiers de constructions religieuses et féodales, se transformèrent à quelques exceptions près, en loges spéculatives entre 1700 et 1730. Alors se pose la question : quelle justification apporter au fait de voir des hommes étrangers au métier s'intégrer dans des groupements professionnels, qu'à celui &e loges n'ayant plus, et même n'ayant jamais eu le support du métier ?

Les documents n'y répondent pas, mais leur contenu confronté au climat intellectuel de l'époque dans laquelle ils s'insèrent, suggère des explications probablement exactes. Quatre sortes de documents, rigoureusement authentifiés

D'abord les manuscrits, 150 environ, relatant les conditions et les règles qui présidaient à la vie des confréries de maçons, disons opératifs, ce terme étant venu tard dans le vocabulaire maçonnique, à la fin du 18e siècle. Ils s'étalent du 15e au début du 18e siècle et c'est d'eux que la Grande Loge Unie d'Angleterre fera sortir les fameux et sacro-saints « Landmarks ».

Puis les Minutes des Procès-Verbaux des trois Grandes Loges, la Mère Loge de Kilwining à dater de 1598, la Grande Loge d'Edimbourg de 1696 à nos jours, sans interruption ; la Grande Loge d'Angleterre de 1723 à aujourd'hui, auxquelles s'ajoutent les archives de très nombreuses Loges, dès le début du 18e siècle.

Suivent les ouvrages connus sous le nom de « divulgations », qui prétendent révéler les secrets maçonniques. Très souvent pamphlétaires ils demandent une critique sévère de leur contenu.

Enfin toute la série des rituels, tous manuscrits que l'on compte par centaines pour la seule période allant des années 1750, date de leur apparition, à 1800, et dont l'exégèse révèle trop souvent des liturgies aberrantes.

On n'a jamais élucidé les mobiles profonds qui, fin juin 1717, poussèrent quelques membres de quatre Loges de Londres à les constituer en Grande Loge de Londres qui se transformera très tôt en Grande Loge d'Angleterre. On ignore tout de l'origine de ces ateliers, sauf leur existence, l'une en 1696, les autres après 1700, uniquement « acceptées » ainsi que le montrent les Minutes des Procès-Verbaux de la Grande Loge d'Angleterre qui reproduit leur tableau en 1723. Trois d'entre elles n'étaient composées que d'artisans et de commerçants dont aucun n'avait droit, à la suite de son nom, de la mention « Esquire », indicative d'un niveau social au-dessus du commun. Par contre, la quatrième Loge comportait 2 ducs, 3 comtes, un marquis, trois lords, un baron, quatre chevaliers militaires de hauts rangs, des ministres religieux, 24 « Esquires », George Payne, Desaguliers et Anderson qui ne figure nulle part avant cette date. Parmi ceux-là, de nombreux savants, membres de la Très Scientifique Royal Society où siégeait encore Newton. Qui dira pourquoi ces nobles personnages s'associèrent à de « petites gens » sans que ce terme ait rien de péjoratif, et pourquoi, pour ce faire, empruntèrent-ils la voie si modeste des humbles tailleurs de pierre ? Et pourquoi 1717 ?

Peut-être était-ce afin d'éviter une confusion qui risquait de s'installer en raison du nombre croissant de Loges qui se répandaient en Angleterre surtout.

Ou « être le Centre de l'union » ainsi que l'écrira quelques années plus tard, le pasteur Anderson, sous la direction de Payne et de Désaguliers, ce qui répondait à un besoin latent de sociabilité après les tourmentes qui avaient secoué le pays pendant les décades immédiatement précédentes7

Ou le désir de donner une doctrine à ces groupuscules pratiquement isolés, mais qui se réclamaient d'une même identité sous couvert d'un secret illusoire et inexistant et se réunissaient pour banqueter, participant ainsi à l'engouement général impressionnant que connut l'époque pour les sociétés badines et bachiques.

Ou bien découvrir ce secret en spécifiant quelque chose de très flou venu du passé et susceptible de rattacher les esprits à des certitudes sécurisantes.

Car c'étaient des savants ces hommes de la Loge « au Gobelet et au Raisin », soumis déjà à une certaine forme de discipline scientifique qui les conduisait nécessairement à centraliser, organiser, diriger. Mais l'énigme reste entière.

Quoi qu'il en soit, la Grande Loge d'Angleterre se répandit très rapidement dans tout le Royaume, soit qu'elle créât de nouvelles Loges, soit qu'elle rassemblât celles, éparses, qui l'avaient précédée. Entre temps elle étouffa la Grande Loge d'York, opérative et moribonde, et de suite elle exporta.

Il semble bien que la France fut le premier pays à bénéficier de la nouvelle mode. Ce fut d'abord par les soins de stuardistes, des Ecossais en exil. Selon le mémoire de De Lalande, longtemps suspect mais réhabilité par Pierre Chevallier à la suite de recherches récentes, quatre maçons anglais, partisans de Charles-Edouard Stuart, connus et bien identifiés constituèrent une Loge à Paris, soit en 1725, soit en 1726, sous le nom de Saint-Thomas, en souvenir de Thomas Beckett. Charles Radclyffe, futur comte de Derwentwater en 1731, qui deviendra Grand Maître des Loges françaises par la suite en fut l'animateur et probablement le Maître de Loge. On n'a jamais su où il avait été reçu maçon, ni même s'il l'avait été. On a laissé entendre que Ramsay lui aurait donné cette qualité. Or celui-ci a été admis en mars 1731 à la Loge Horn de Londres, et Radclyffe né en 1693 avait quitté l'Angleterre en 1716. Quant à Maclean, également Grand Maître après le duc de Wharton (1728 à 1731) - et avant Derwentwater qui le fut en 1736, il était né à Calais, séjourna à Edimbourg jusqu'à 1721, puis à Paris de 1721 à 1726, retourna en Ecosse de 1726 à 1728, rentra en France où il servit dans l'armée française. On ne sait où il a été reçu maçon.

L'implantation de la Maçonnerie se fit lentement au cours des années qui suivirent la création de la Loge Saint-Thomas. Elle reste toujours très confuse. Si l'on s'en tient aux seuls documents authentiques, deux nouvelles loges naquirent, l'une en 1729, les Arts Sainte-Marguerite, l'autre en 1730. Selon le Registre de la Grande Loge d'Angleterre du 17 mars 1731 et constituée régulièrement le 3 avril 1732, sous le numéro 90 et le nom de « The King's Head » butcher Row at Paris ce que l'on peut traduire par « à l'enseigne du Roi » rue de la Boucherie. On voit en elle la Loge Saint-Thomas au Louis d'Argent, ou Saint-Thomas n° 2, car elle provenait d'un essaimage de la première Loge du même nom, ou encore « Au Louis d'Argent », du fait que King's Head et Louis d'Argent doivent tirer leur identité de la pièce de monnaie en argent en cours à l'époque, qui portait gravée l'effigie du Roi de France. Puis viennent la Loge du Duc de Richmond dont on sait qu'elle travaillait en 1734, soit à Paris, soit à Aubigny-sur-Nère dans le Berri chez Louise de Keroualle, duchesse de Portsmouth où elle reçut Desaguliers, Montesquieu et quelques autres, en 1735 la Loge de Bussy-Aumont, en 1736 la Loge Constos-Villeroy du nom de ses deux vénérables successifs.

Quant à la province, nous trouvons Bordeaux 1732, Valenciennes 1733 Metz 1735, etc. Selon le Tableau des Loges du Royaume de France établi le 6 novembre 1744, il y avait eu à cette date et depuis 1726 20 Loges à Paris, 19 en province et, assez surprenant, 5 Loges militaires, soit 44 au total. Et c'est à partir de cet instant que ce qui devait devenir l'Ordre Maçonnique en France, prit son essor.

On ne peut dire quand fut constituée la première Grande Loge de France. Le plus ancien document connu daté de 1705 ne la mentionne pas : son titre : « Règles et devoirs de l'Ordre des Francs-Maçons du Royaume de France. » dans lequel Mac Lean est qualifié de « présent Grand Maître de la Très Honorable Fraternité des Francs-Maçons du Royaume de France » et son prédécesseur, le duc de Wharton « Grand Maître des Loges du Royaume de France ». Et si le texte qui donne pouvoir au Baron Scheffer de constituer des Loges en Suède indique « ... qu'elles seront subordonnées à la Grande toge de France », il y a lieu de rappeler que lorsqu'elles s'assemblaient « en Grande Loge », ce n'était que la réunion des officiers maîtres et surveillants de tout ou partie des Loges de Paris sous la présidence du Grand Maître. Or, ni les règlements de 1743, ni les constitutions accordées à la Loge de Lodève en 1744, ni les statuts de 1745 dressés par la Loge Saint-Jean de Jérusalem de Paris, non plus que ceux de 1755 ne mentionnent une Grande Loge de France en tant qu'autorité directrice suprême. Les Loges, dans leur presque totalité, et surtout celles de province, se plaçaient d'elles-mêmes sous l'obédience du Grand Maître dont elles sollicitaient la protection et plus encore la garantie de régularité, critère majeur à l'époque. Cette tendance se généralisa à partir de 1743, après que le comte de Clermont eût accédé à la Grande Maîtrise. Est-ce à son instigation que fut établi « ... le deuxième jour de la première semaine du troisième mois de l'an de la Lumière 5747 et de l'ère vulgaire 1747 » ce document qui voulait consacrer l'hégémonie d'un organisme central directeur de l'ensemble des Loges du Royaume de France, et qui paraît avoir échappé à la sagacité des chercheurs ?

« Règlements de la Très Respectable Grande Loge de France, dressés pour toutes les Loges régulières du Royaume, sous les auspices du Très Sérénissime Frère, Louis de Bourbon, comte de Clermont, Grand Maître de l'Ordre en France ». C'est un manuscrit de 15 pages foliotées 36 à 50, comportant 121 articles numérotés de 1 à 121, qui se termine par les mentions suivantes :

« Délibéré statué et arrêté (sic) (a) la T.R Loge de France assemblée régulièrement le deuxième jour.

Copie collationné (sic) par nous secrétaire général sur l'original, par mandement signé, Labadie.

Extrait sur la copie envoyée à la Loge de la Douce Egalité de lorient davignon ».

On ne sait rien de la Loge La Douce Egalité, cependant attestée par deux autres documents - Labadie (ou Labbady, ou Labady) maître de la Loge l'Ecossaise de Salomon, personnage connu et remuant, était substitut pour la province du secrétaire général de la Grande Loge de France Zambault en 1765. On ne saurait, avec ces simples renseignements, fixer une date précise à cette copie. Le texte de 1747 est important en ce sens qu'il détermine pour la première fois une procédure destinée à recenser l'ensemble des Loges du Royaume et de leurs membres, à leur donner « ... des constitutions et des règlements généraux pour établir l'uniformité du Travail » à charge pour elle, Grande Loge, de répercuter le Tableau général de l'Obédience à ses composantes. Plus, une série de mesures fixant minutieusement le fonctionnement des Loges, les rapports qu'elles pouvaient avoir entre elles, ainsi qu'avec la Grande Loge, les conditions de leur régularité et q elle des maçons. Au travers des articles un embryon de secrétariat administratif avec six inspecteurs circulant dans toute la France, et défrayés de leurs dépenses, trésorier, secrétaire etc.

Le texte de 1747 n'a rien de commun dans sa rédaction avec ceux de 1755 et 1760, ni d'ailleurs dans ses principales dispositions, et ces deux derniers statuts semblent ignorer qu'il y ait une Grande Loge de France. Il faudra attendre le 19 mai 1763 pour que soit créé le premier sceau en même temps que l'arrêt de nouveaux statuts qui institutionnalisera la Grande Loge de France. Ce qui n'empêchera pas que, jusqu'au moment où le Grand Orient, qui lui succèdera, s'installera le 12 août 1774 en location dans les locaux du Noviciat des Jésuites, elle ne possédera pas de secrétariat permanent ni un quelconque endroit pour ses archives. Les réunions se faisaient au domicile de celui de ses membres qui voulait bien lui donner asile.

Bien qu'elle soit venue d'Angleterre, à aucun moment la maçonnerie française ne connut une Grande Loge anglais de France, c'est-à-dire une Grande Loge Provinciale de France sous la dépendance de la Grande Loge d'Angleterre, ce dont cette dernière ne manqua pas de se plaindre. Autre constatation, et quelque peu étrange : nulle part, dans la succession des statuts et règlements on ne trouve le moindre article établissant l'Ordre maçonnique en lui donnant un but ou une finalité. Tous les textes ne visent qu'à fixer les conditions de régularité administrative des Loges et de leurs membres. Même les « statuts de l'Ordre Royal de la maçonnerie en France »premier acte législatif du Grand Orient de France en 1773, ni ceux de 1777 et 1787 de la seconde Grande Loge de France dite de Clermont, dissidence du Grand Orient survenue à la suite de la suppression par ce dernier de l'inamovibilité des Maîtres de Loge, ni les textes de celui-ci de 1806 ne font état d'une vocation de la Franc-Maçonnerie. Peut-être se contentait-on de ce que disait le Livre des Constitutions d'Anderson dont il ne semble pas que l'on se soit beaucoup préoccupé. Est-ce pour cette raison, qu'en 1776, une circulaire du Grand Orient proclamait « Le but que nous poursuivons consiste à établir entre nos prosélytes une communication active du sentiment de fraternité et de secours en tous genres, à faire revivre les vertus sociales, à en rappeler les pratiques, enfin à rendre notre association utile à chacun des individus qui la composent, utile à l'Humanité même ». Pourtant, ce ne sera qu'en 1826 qu'un texte statutaire précisera officiellement la finalité de l'Ordre : « De la Constitution, art. 1er. L'Ordre des Francs-Maçons a pour objet l'exercice de la bienfaisance, l'étude de la morale universelle, des Sciences et des Arts, et la pratique de toutes les vertus. »

Cela voudrait-il dire que pendant un siècle les loges fonctionnaient à vide ? Les procès-verbaux qui rendent compte de l'activité des ateliers Et de l'obédience font justice de cette crainte. La solidarité à l'égard des frères dans le besoin fut réelle et les actes de bienfaisance s'étendirent rapidement en faveur des pauvres et des déshérités. Avec l'évolution des rituels, la récitation des catéchismes introduira l'affirmation de règles morales que les maçons s'obligeront théoriquement tout au moins - à observer. Par contre il n'apparaît pas qu'il y eût des Travaux au sens maçonnique moderne de ce terme. Seuls, et tardivement, quelques rares accueils des frères orateurs appellent un désir de réflexion sans qu'ils soulèvent de réponse. Tout, au contraire, montre que la vie profane ne perdait aucun de ses attributs.

Et se pose alors la question sur la nature du message que la Maçonnerie apportait aux hommes et qui était capable de les attirer, quelle que soit leur condition, pour en faire des francs-maçons ? Ce qui nous ramène en arrière, très loin dans le temps.

Les Confréries de métier existaient dès le haut Moyen-Âge, chargées d'organiser la profession, de protéger ses membres et de les aider lorsque le besoin s'en faisait sentir. Celles des constructeurs ont laissé de nombreuses traces dont quelques-unes remontent jusqu'au 11e siècle. Depuis le milieu du 14e jusqu'au début du 18e, il est possible de suivre leur évolution sans interruption notable. Aucune justification ne permet de dire, selon une légende qui a toujours cours, qu'elles descendent des Collèges Romains, où plus tard, des Comacini, filiation réfutée par celui-là même qui l'avait avancée. Il ne s'agit ici que des associations britanniques, puisque liées, même superficiellement à la maçonnerie spéculative. Il n'y a aucune trace en France de quelque chose qui puisse ressembler à ce qui advint Outre-Manche. La Confrérie des Tailleurs de pierre et des maçons de Strasbourg, les Steinmezten, n'a pas manqué d'attirer l'attention. Elle groupait les travailleurs de la partie ouest des territoires allemands et laissa en 1459 une charte dite de Ratisbonne, qui réglementait les rapports des membres de l'Association dans l'exercice de leur profession, tant entre eux qu'entre leurs employeurs Une modification apportée en 1628 permettait « aux hommes pieux » de s'y intégrer. On ne sait rien de plus sur l'activité interne de l'Association.

Les chantiers, qu'ils soient religieux ou civils, étaient très importants et le nombre d'ouvriers souvent considérable. D'ou la nécessité d'un choix de par la nature même des choses. Quatre catégories de travailleurs les journaliers, les apprentis, les apprentis « acceptés », les compagnons, tous sous la direction d'un maître d'œuvre, lequel désignait un ou deux surveillants pour l'assister. Ce système ne fut établi solidement que vers la fin du 16e siècle. Chaque chantier installait une « Loge » qui servait tout à la fois d'atelier, bien que les pierres fussent taillées sur le lieu de leur extraction, de réfectoire et de club, où se discutaient les événements de la journée et où chacun recevait les instructions concernant sa tâche. La Loge constituait ainsi une unité avec ses propres règles établies de concert entre le maître d'œuvre, le chapitre ou celui qui avait passé la commande. Souvent elle changeait d'un chantier à l'autre bien qu'il y eût obligation de terminer celui qui avait été entrepris. Le manque d'argent interrompait fréquemment les travaux, entraînant avec le déplacement du chantier la dispersion partielle des membres de la Loge. La vie collective que celle-ci impliquait, l'entraide mutuelle que les ouvriers se portaient, l'injonction faite au plus habile d'enseigner le moins habile, suscitaient des sentiments de solidarité rapidement transformés en véritable fraternité. Des coutumes s'instauraient qui avaient force de loi, relativement uniformes, mais différentes dans les détails. Elles réglementaient l'usage et la possession des outils, les conditions de travail, les avantages en nature attribués en plus du salaire. Les journaliers, pris sur place et presque toujours par voie de réquisition, restaient en-dehors de la Loge. Les apprentis, sous contrat, subissaient un stage de probation à la fin duquel ils étaient ou rejetés et devenaient journaliers, ou admis mais toujours comme apprentis, cette admission pour laquelle ils devaient payer, étant concrétisée par une réception. Celle-ci, très simple, avait lieu à huis-clos, par le Maître de la Loge, devant les compagnons et les apprentis précédemment reçus, assemblés. Elle comportait en premier la lecture des règles régissant le métier, puis la prestation du serment qui obligeait l'apprenti « enregistré » on « accepté » au secret le plus absolu, la communication d'un « mot », le « mot du maçon », que murmurait ensuite et ensemble chacun des présents, les signes de reconnaissance, et pour terminer, un banquet. Des textes laissent entendre qu'avant ou au cours de ce repas, il était procédé à une sorte de « bizutage » ou brimade à l'encontre du nouvel admis. Elle perdura chez les opératifs jusque vers 1710 et l'on reprocha à Desaguliers de l'avoir supprimée, comme incompatible avec la dignité des personnages « acceptés ».

Le manuscrit n° 1 à la Grande Loge d'Angleterre, daté de 1583 donne la procédure du serment : « ... l'un des anciens tient le Livre et celui ou ceux qui prêtent l'obligation placent leurs mains dessus, et les préceptes sont lus ». Le Livre en question n'est pas précisé. Le terme reste donc ambigu et un doute subsiste sur son identité, Bible ou Règlement de la profession, mais plus probablement ce dernier. La première référence indubitable sur la présence de là Bible figure un siècle plus tard en 1685, sur le manuscrit Colne n° 1. Nulle part, les plus anciens procès-verbaux de la Grande Loge d'Edimbourg remontant à 1598, ni ceux de a loge Saint Mary's Chapel en 1599, ni ceux de la mère Loge de Kilwining n° 0, 1642, indiquent qu'il y ait eu une Bible dans le matériel de la Loge. Ceci confirmé par les textes plus récents des loges restées opératives, Aldwick 1701, Swalwell 1725, etc. la première mention relevée d'un achat de Bible, accompagnée de deux recueils de chansons, figure dans un ordre donné en 1766 par la Mère Loge de Kilwining, bien que la proposition en eût été faite en 1726, 1744, 1749, et soit restée sans suite. Et si Prichard la signale dans sa divulgation de 1730, son emploi ne se généralisera que dans les années 1750 - 1760. En France, elle fut souvent remplacée par les Evangiles. Le Recueil Précieux de la maçonnerie adonhiramite de Guillemain Saint Victor, 1781, indique que « .... le serment est prononcé main droite sur l'Evangile » alors qu'un manuscrit de la fin du XVIIIe siècle donne « ... sur les saints Evangiles ». Le Grand Orient, dans les Rituels du Rite français qu'il établit en 1782, ne l'a pas retenue et l'obligation est prêtée sur le Livre des Constitutions.

Deux sortes de secrets, ceux qui relevaient du métier et que l'apprenti découvrait au fur et à mesure de sa qualification professionnelle et ceux consistant dans les moyens et signes de reconnaissance, et plus particulièrement dans le « mot » du maçon. Les premiers concernaient la taille très précise de la pierre, l'assemblage des blocs, la construction des arcades, voûtes, coupoles, etc. Ils étaient distincts de la géométrie pure dont les compagnons pourtant se servaient pour préparer les dessins et les plans. Les maçons « acceptés » n'avaient que faire de cet enseignement dont les éléments se perdirent peu à peu ; au début du XVIIIe siècle les « acceptés spéculatifs » ne conservaient que quelques bribes de ces secrets qu'ils « habillèrent » en leur infligeant, soit un sens moral, soit une signification symbolique issus de toute la masse de science étrange qui inondait l'Europe. Les secrets opératifs n'ont laissé aucune trace de connaissance spéculative de caractère ésotérique.

« The Mason's Word » n'a cessé d'intriguer les historiens anglais de la Maçonnerie. L'usage d'un « mot » est très ancien, puisqu'on le trouve dans les traditions égyptiennes, hébraïque, et même védique ; au Moyen-Âge les hommes du métier se reconnaissaient par lui. Il est d'origine écossaise et il n'y a aucune certitude qu'il existait dans les Loges anglaises « acceptées » du premier quart du XVIIIe siècle en-dehors de la région immédiatement frontalière avec l'Ecosse. Sa présence est assurée chez les « acceptés opératifs » dans les Loges Saint Mary's Chapel, Aïtksonhaven, Dunblanc, etc. dès le 16e siècle. Nous avons vu que sa communication était l'un des éléments essentiels de la Réception des Apprentis. Il était unique pour l'ensemble des membres. Avec le temps, il émigra en Angleterre au travers des échanges ininterrompus de travailleurs entre les deux pays. Les « acceptés » le dédoublèrent, peut-être pour se démarquer des opératifs. Ils en firent un pour les apprentis (ou le conservèrent), un pour les compagnons, et, plus tard, devenus spéculatifs, un pour les maîtres. Cette déviation du « mot » d'origine écossaise, rappelons-le, et qui ne portait lui non plus, aucune valeur ésotérique, engendra, à partir des années 1735-1740 toute la série des vocables dit « sacrés » qu'empruntèrent les innombrables grades venus par la suite et qui constituèrent ce que l'on nomme l'Ecossisme. De moyen de reconnaissance il se mua en symbole, celui d'une « vérité perdue », d'une « parole perdue », rejoignant ainsi les trop fameuses formules orales rencontrées dans les contes de fées, dont la puissance mystérieuse ouvre toutes les portes. En 1753, le virulent propagateur irlandais de la Maçonnerie dite des « Antients », Laurense Dermott la définissait « la mœlle de la maçonnerie ».

La maçonnerie opérative ne connut que deux grades, plus une fonction, celle de maître de Loge, choisi par ses compagnons et ce jusqu'à 1710 au moins. La présence du Temple de Salomon dans la légende de l'Ordre s'inscrit dans le cadre des énigmes non résolues. Des 150 versions manuscrites déjà citées, deux seulement en parlent, le Régius, 1390, poème en vers et le Cooke, plus explicite que son aîné, est la plus ancienne référence aux « Devoirs des opératifs ». Il narre très brièvement l'histoire de la maçonnerie-métier, en reprenant partiellement ce qu'en dit la Bible. Il accorde une place beaucoup plus importante à la Tour de Babel et à Nemrod qu'à Salomon et à son Temple. 76 lignes de texte contre 28, et mentionne longuement les deux piliers sur lesquels étaient gravés les sept arts libéraux des sciences et des arts (dont, entre parenthèses nous retrouvons la trace au 30e degré du Rite Ecossais). Ces deux piliers dont l'un ne pouvait briller et l'autre sombrer, afin de protéger les précieuses connaissances de l'époque de la destruction ou de la vengeance de Dieu. Ce n'est que tout au début des années 1700 qu'ils reviendront timidement dans les très rares « Old Charges » encore en cours, mais pour disparaître aussitôt au bénéfice des deux colonnes de Salomon. A la même période, le registre de la Grande Loge d'Edimbourg, à la question : « ... où était la première loge » ? répond « ... dans le porche du Temple de Salomon ». Juste avant 1700 la Grande Loge d'York mentionne les fêtes célébrées lors de l'inauguration du célèbre Temple et la mort d'Hiram, son architecte, sans qu'il soit question de son assassinat. Dix ans plus tard, le Dunfries manuscrit n0 4 donne aux deux colonnes sorties de l'ombre un sens religieux chrétien qui sera repris plus tard.

Alors, pourquoi Salomon ? Et pourquoi après un silence total qui dura 300 ans ?

Y a-t-il eu cause à effet de ce que, en 1765 à Londres, un juif espagnol, Jacob Jéhu de Léon, exposa une fort jolie maquette du Temple de Salomon qui attira une énorme attention, exposition qui se poursuivit avec le même succès jusqu'en 1765, soit pendant un siècle ?

Ou par la parution en 1688 d'un ouvrage « Le Temple de Salomon spiritualisé » de l'écrivain anabaptiste John Bunyan, auteur connu et réputé ?

Venant après ces deux événements, il semble bien que ce soit George Payne, un instant grand Maître de la Grande Loge de Londres qui, en 1721, en présentant le manuscrit Cooke de 1410, à la Tenue de la Saint Jean d'Eté, fut l'initiateur d'une légende salomonnienne que ne connurent ni les opératifs écossais, ni les « acceptés » anglais du 17e siècle. Nous sommes là, 1720-1730, à l'orée d'une maçonnerie spéculative dont la symbolique ne connaîtra plus de limites avant la fin du premier quart du XIXe siècle.

Paradoxale et étrange, l'anomalie que constitue l'absence complète de mention des outils du métier dans les manuscrits relatant la réception des apprentis et compagnons. Ils apparaissent pour la première fois en 1696 dans le procès-verbal du Registre d'Edimbourg, à propos du serment : « je jure, par Dieu, l'Equerre et le Compas. » formule répétée dans les mêmes termes en 1710 et 1714. En 1710 le Dunfries manuscrit n0 4 en citant également pour la première fois trois piliers sans aucun rapport avec les deux colonnes de Salomon, indique qu'ils avaient pour significations Equerre, Compas et Bible. Etait-ce le prélude aux Trois Lumières que nous rencontrerons un peu plus loin ? Et c'est entre 1720 et 1730 que s'introduit toute la gamme des outils, règle, ciseau, maillet, marteau, fil à plomb, niveau, truelle, etc. qui, par la grâce des spéculatifs se transformèrent en symboles que, pendant des siècles, ceux qui, quotidiennement par métier, manièrent leurs supports ont totalement méconnus. Il en est de même pour les deux symboles fondamentaux de la maçonnerie, la pierre brute et la pierre cubique taillée. Ils n'ont jamais existé, tant chez les opératifs que chez les acceptés, et les premières loges spéculatives du XVIIIe siècle les ignorèrent. Ils durent naître en France, aux environs de 1740. Timidement divulgués postérieurement et sans qu'une signification leur soit donnée. Tout au plus est-il indiqué « ... une pierre sur laquelle les outils sont affûtés », et c'est surtout l'iconographie qui nous fait part de leur existence.

Que reste-t-il donc de la légende qui veut que nous soyons les héritiers et le véhicule d'une tradition opérative ancestrale et symbolique à laquelle nous nous référons non sans quelque fierté et vénération ?

Le maçon « accepté » a été le lien entre l'opératif et le spéculatif, mais déjà au 17e siècle les « usages » et non les rites, différaient sensiblement entre opératifs et acceptés, et l'écart s'accentua jusqu'à ce qu'ils deviennent pratiquement étrangers les uns aux autres. Seuls les Ecossais paraissent avoir conservé plus longtemps des éléments anciens très simples d'ailleurs, qu'ils ont tenté de maintenir au sein des Loges anglaises. C'est probablement cet apport renouvelé au cours du temps à la faveur des déplacements des maçons écossais qui permet de penser que, par analogie avec ce qui s'était passé antérieurement, les nouveaux grades apparus en Angleterre vers 1730 - et dans lesquels ils n'étaient pas impliqués - aient été attribués à la maçonnerie écossaise. On leur donna le qualificatif d'Ecossais et dès cet instant ce vocable recouvrit tous ceux qui par la suite surgirent au-delà de l'apprenti, du compagnon et du maître.

Quelle maçonnerie apportaient donc en juin 1726 Charles J Radclyffe et ses amis ? Rien d'autre que ce qui existait à l'époque et décrit soit par le Registre de la Grande Loge d'Edimbourg, soit par les Constitutions d'Anderson en 1723. Une maçonnerie à deux degrés à la symbolique à peine ébauchée, mais déjà pourvue d'une finalité très vague il est vrai, « Etre le Centre de l'Union », un système administratif relativement structuré, mais limité aux critères de régularité, éventuellement une légende historique glorieuse qui lui conférait sa noblesse, le tout assorti d'un secret mystérieux sur la nature duquel tout le monde se perdait y compris ceux qui le possédaient.

Le manuscrit d'Edimbourg décrit le déroulement des réunions : un minimum de formalités l'appel des membres, la mise à l'amende des absents, les admissions dont le cérémonial perpétuait celui des opératifs donné ci-dessus, le bizutage en moins, la collation des amendes antérieures, éventuellement le jugement des délits, les prêts d'argent pour assistance, annuellement l'élection des officiers, et pour terminer, le banquet. Cette procédure avait été fixée définitivement en 1640 elle était encore appliquée dans les premières années du 18e siècle. Dans quelques Loges la réception s'était accrue d'une lecture de l'histoire - légendaire - de la maçonnerie. L'obligation restait sobre ; sans menace de sanction en cas de violation du serment. Le Chetwode Crawley manuscrit vers 1700, le Haugfoot 1702, le Kewan 1714, etc. qui révèlent cette procédure sont d'un très grand intérêt, car ils montrent la transition intervenue entre les derniers « acceptés opératifs » et les premiers spéculatifs : aucun manuscrit antérieur ne leur est comparable, et il n'y en aura plus d'autres après eux.

Il ne semble pas qu'il en fût autrement en France ; et nous n'avons pas de documents qui confirment ou infirment, d'ail leurs comment cela aurait-il pu être différent ? Une Loge en 1726, une seconde en 1729, une troisième en 1730, toutes d'origine anglaise. Admettons donc cette simplicité d'autant plus facilement qu'elle sera de très courte durée et ne saurait être comparée avec ce qui apparaîtra dans les dix années à venir.

Ce qui n'était « qu'usages » deviendra « rituels ». Leur prolifération désordonnée engendrera les rites. Crédulité, vanité, trop souvent cupidité et l'imagination aidant, la raison perdra ses droits. La symbolique maçonnique va s'engager sur une voie démentielle, parfois dogmatique dont elle ne sortira qu'au bout d'un siècle non sans en conserver quelques séquelles. Et comme une telle affirmation exige une justification, rappelons que le tuileur de Ragon qui fut dignitaire du Grand Orient dénombre plus de 1450 grades avec 1450 rituels différents, intégrés dans 48 rites pratiqués par 54 ordres maçonniques dont 24 androgynes et 6 académicies. L'histoire des rituels est extrêmement complexe, tant par la diversité des éléments qu'ils vont s'incorporer que par l'ignorance dans laquelle nous sommes de leur origine, de la date et du lieu de leur apparition. Deux exemples frappants : l'intégration de légende salomonienne citée plus haut, et celle de la légende d'Hiram, clé de toute la maçonnerie spéculative écossaise, complètement ignorée des deux maçonneries opérative et « acceptée », dont le meurtre est étranger à la Bible, dont on ne sait ni quand, ni par qui elle se fit jour. Or c'est elle qui suscita le système à trois degrés de la maçonnerie symbolique, et son prolongement dans les Hauts Grades du Rite Ecossais ancien et accepté, sans qu'on n'ait jamais pu déterminer les conditions précises dans lesquelles il s'installa.

On peut, sans crainte d'erreur, fixer le point de départ de la maçonnerie spéculative aux années 1720. Ce que nous savons de leurs premières cérémonies provient de « divulgations ». Tout ce qui est mystérieux attire ; elles reçurent un énorme succès et leur nombre ne cessa de croître. Quant au contenu, plus il révèle, plus il est suspect, et ce qui n'exclut pas cependant qu'une analyse rigoureuse des textes permette de dégager ce qui est authentique de ce qui ne l'est pas. Elles se pillèrent sans vergogne, renchérissant les unes sur les autres. Elles servaient d'aide-mémoire, et au travers de leur diffusion il est probable qu'elles contribuèrent grandement à l'établissement des rituels dont l'élaboration s'étendit sur des années, par l'apport d'éléments plus ou moins symboliques venus de tous les horizons et qui se fixèrent dans l'esprit des maçons.

La première apparut dans un journal de Londres, le « Flying Post » dès il - 13 avril 1723 sous le titre de « A mason's examination ». Ce pamphlet sans grande portée fut reproduit en affiches placardées dans les rues de la ville. Suivit, en 1724 « le Grand Mystère dévoilé », qui fut réédité en 1725, en même temps qu'une version imprimée d'une prétendue « Old Charges » connue sous le nom de « Briscoe Text » et complètement absurde.

Beaucoup plus sérieux fut en 1730 l'ouvrage de Prichard, reçu maçon par la suite « The Masonry dissected ». Ce qu'il révélait gêna certainement la Grande Loge d'Angleterre car elle le taxa immédiatement d'imposture. Il apportait de nombreux éléments, reconnus valables plus tard, sous la forme de questions et réponses, avec, et pour la première fois, une version très simple de la Légende d'Hiram. L'ensemble comprenait tout ce qui aurait pu constituer un rituel à trois degrés. En 1735, une édition pirate des Constitutions d'Anderson de 1723 parut sous le titre de « Pocket companion » qui n'apportait rien de nouveau. Le livre de Prichard, maintes fois réédité, fut la seule « divulgation » anglaise pendant les 30 années qui suivirent, soit jusqu'en 1760.

La France fut beaucoup plus prolifique tant par le nombre d'ouvrages, que par la diversité des révélations qu'ils apportaient. Le premier, « La Réception d'un Frey-Mason », édité en 1737, par Hérault, lieutenant de police, eût un grand retentissement. C'était l'extrait d'un rapport établi sur les dires de la Carton, danseuse à l'Opéra, qui avait obtenu ses informations de son amant, Lenoir de Cintré. si ce texte est assez insignifiant parce que peu de nouveautés, la dizaine de divulgations qui suivit dévoila la presque totalité des « secrets » entre guillemets, de la Franc-Maçonnerie, secrets dont beaucoup étaient inconnus des maçons anglais eux-mêmes, ce qui n'est pas sans saveur.

Citons, après Hérault 1737, et sous le même titre

La Réception des Francs-Maçons 1738 ;

La Réception mystérieuse des Francs-Maçons, 1738

Le catéchisme des Francs-Maçons, 1740 (revu et corrigé 1749) ;

L'Almanach des cocus, 1741

Le Secret des Francs-Maçons, 1742

Le Sceau rompu, 1745

L'Ordre des Francs-Maçons trahi, 1745

Les Francs-Maçons écrasés, 1747

Certains donnèrent lieu à plusieurs rééditions. Le « Trahi »à lui seul en connut une bonne trentaine, et plus encore de plagiats. La bibliographie maçonnique de langue française, pour la période de 1730 à 1790, contient plus de 900 ouvrages.

D'aucuns eurent droit à traduction en anglais et en allemand et s'en allèrent grossir la symbolique maçonnique étrangère qui n'en avait nul besoin.

Pas de rituels sous la forme que nous leur connaissons, mais des narrations claires au travers desquelles il est facile de reconstituer le cérémonial des réunions. Les catéchismes, questions réponses, qui deviendront les « Instructions » basés sur celui de Prichard 1730 s'augmenteront régulièrement, à chaque édition, d'éléments nouveaux, parmi lesquels, « les mots » avec le motif de leur introduction et leur signification symbolique. Au début du siècle le plus ancien catéchisme ne posait que quinze questions. En 1730, le seul grade d'apprenti en exigeait une centaine.

L'Iconographie débute vers 1740, tableaux de Loge aux différents grades, gravures de réception, précieuse par tout ce qu'elle apporte de complément aux textes. Celles extraites de l'Ordre des Francs-Maçons trahi 1742, du Catéchisme des Francs-Maçons 1749 et de la Franc-Maçonnerie démasquée 1751 enrichiront tous les ouvrages parus par la suite. Hogarth, Watson, dévoilent des aspects peu connus, mais parfois devinés, de la vie des Loges en Angleterre. A partir de 1750, les tabliers des maçons, magnifiquement brodés, révéleront, véritables « Livres muets » à la sagacité des curieux, toute la symbolique de leur époque.

1700 - 1725, les Loges se réunissent dans les tavernes dont elles portent d'ailleurs le nom. En France, elles se mirent de suite sous la protection d'un saint, le plus souvent celui dont le maître de la Loge portait le prénom, et cela débuta dès 1735. Le monde profane ne pouvait convenir pour les assemblées et il fallait donc sacraliser des locaux dans lesquels les quelques éléments hérités du siècle précédent n'existaient pas. On y remédia par le tableau de Loge. La date de son apparition est incertaine. Mais des textes indiquent que, dans le premier quart du XVIIe siècle on dessinait à la craie et au charbon, à même le sol, l'image de la Loge que l'on effaçait à la fin de la réunion. Elle était en forme de croix et devint « oblongue » avec « ... les innovations dernièrement introduites par le Docteur Desaguliers et quelques autres modernes » (fin d'une citation de 1726).

Sacrilèges, ils remplacèrent craie et charbon par des rubans, clous et lettres mobiles. Les moquettes des demeures seigneuriales où se tenaient les Loges de certains hauts personnages expliquent sûrement la nouvelle procédure. Selon un catéchisme de l'époque « les rubans étaient blancs et cloués, les lettres, E pour East, S pour South. » Plus tard, ce décor fit place à un tapis, puis à un tableau : on y voyait les colonnes de Salomon, le soleil, la lune, des outils du métier, les deux pierres, etc., sans que cela soit réglementé par un texte.

Si, dans le temps des « acceptés » la loge était éclairée par une flamme sortant d'une terrine « triangulaire » dans laquelle brûlait de l'esprit de vin ; les spéculatifs utilisaient des flambeaux. A noter au passage que les opératifs et les acceptés du 17e siècle n'ont jamais utilisé le triangle comme symbole et que la terrine signalée ci-dessus devient une innovation. Selon les manuscrits 1700 - 1720, les flambeaux appelés à devenir « Les Lumières » étaient toujours au nombre de trois, jamais plus. Pour Edimbourg qui est le premier à les citer, 1698. Ils représentent le maître, le surveillant et le compagnon. Le Sloan, manuscrit 1700, donne une autre version, le soleil, le maître et l'équerre. Pour le Dunfries, 1710, ces trois flambeaux devenus trois piliers sont l'équerre, le compas et la Bible. Deux textes de 1724 et 1725 disent qu'il s'agit du Père, du Fils et du Saint-esprit. Puis un groupe de trois textes propose hardiment douze lumières qui sont, dans l'ordre le Père, le Fils, le Saint-esprit, le soleil, la lune, le maître maçon, l'équerre, la règle et les outils dénombrés à cette époque. Remarquons l'absence très importante de la bible et du compas.

Elles croîtront en nombre, et vers le milieu du siècle un grade écossais en disposera de quatre-vingt une. Leur position au sein de la Loge varie constamment. Prichard 1730 et le Wilkinson manuscrit 1730, les font voyager et leur attribuent le soleil, la lune et le maître de la loge. C'est ainsi que la France les interprétera de 1730 à 1760. Nouvelle variation à partir de cette date : elles seront six, trois grandes lumières, bible, équerre et compas, trois petites lumières, soleil, lune et le maître de la Loge.

Peut-être y en avait-il déjà six en 1730, car Prichard et Wilkinson, à l'instant cités, disent : « trois piliers supportent la Loge : sagesse, force et beauté », formule que l'on aperçoit pour la première fois dans un texte maçonnique. Sentence purement symbolique, surajoutée au groupe des trois lumières, soleil, lune et maître maçon, avec lesquelles ils ne se confondent pas. La destination de ces symboles ne deviendra définitive qu'en 1760 lorsqu'ils seront rattachés respectivement au maître de la Loge, aux premier et second surveillant. A cette époque nombre de diplômes de Loges délivrés à leurs membres portent la maxime « Force et Stabilité » il semble qu'elle s'applique à l'Eglise en vue d'assurer sa pérennité, mais on ne la trouve qu'en France et dans ce seul genre de document.

Nous n'avons aucune explication satisfaisante pour la présence du pavé mosaïque dans la Loge en dépit d'un symbolisme assez évident. Il semble qu'à l'époque où l'on dessinait le tableau de Loge sur le sol, il y ait eu nécessité de diviser ce dernier, sans doute pour situer officiers, compagnons et apprentis, et que furent ainsi tracés des carrés noirs et blancs pour distinguer les emplacements, ce qui n'a rien de probant.

En Angleterre le tapis mosaïque était bordé de bleu et dentelé rouge, terminé aux quatre coins par un gland. Y a-t-il rapprochement avec la houppe dentelée qui illustre le Catéchisme des Francs-Maçons » édition de 1747, représentée par une longue corde terminée par deux glands et qui entoure la partie supérieure du tableau ? Hiram était le fils d'une veuve. Nous, ses frères, sommes « les Enfants de la Veuve ». En héraldique française les armes d'une veuve sont entourées de la même corde décrite ci-dessus, et le cadre du tableau de ces armes bordé de triangles noirs et blancs. Ainsi pourrait s'éclairer le sens de ce symbole qui nous est parvenu dans une obscurité relative.

Dès leur origine les maçons spéculatifs s'inscrivirent dans l'Ordre cosmique. Témoins : le soleil, la lune, les quatre points cardinaux dessinés sur les tableaux de Loge et l'orientation de celle-ci, les directions dans lesquelles les maçons sont censés se déplacer : d'où venez-vous ? Où allez-vous ? les voyages effectués i cours de la réception d'un candidat à l'admission dans le sens de la rotation du soleil, l'Etoile flamboyante du second degré, la voûte étoilée, un baldaquin bleu nuit, parsemé d'étoiles. Tout cela concrétise la volonté de faire de la Loge une représentation de l'Univers. Dès 1710, le Dunfries manuscrit n0 4, celui du Trinity College de Dublin 1711. Le catéchisme de Prichard 1730, etc. le confirment, qui, à la question : « Quelle est la hauteur de la Loge ? » répondent : « aussi incommensurable que celle du firmament et de ses étoiles. »

Le mobilier de la Loge était des plus réduits. La table du Vénérable de plain pied. L'estrade à trois marches viendra beaucoup plus tard avec le maître et le livre ; au bas de celle-ci, une petite table basse sur laquelle étaient placés l'équerre et le compas : au moment de l'obligation, le candidat posait le genou droit sur ces deux outils, qui formait ainsi équerre avec l'autre jambe.

Le tableau de Loge déjà cité et les flambeaux - trois ou trois groupes de trois, disposés indifféremment aux angles du tapis, selon l'époque et le lieu. Ni chaises, ni tables. Les frères étaient debout, le vénérable assis. Tard dans le siècle, les surveillants bénéficièrent également d'une table chacun et d'une colonnette de 25 centimètres environ.

Lorsque les circonstances le permettaient, les deux colonnes de Salomon encadraient la porte d'entrée : elles étaient surmontées d'un chapiteau (la Bible, Roi III - 15 dit deux) couvert de grenades. Salomon avait nommé la première, celle de gauche, Booz, qui paraît avoir été un de ses ancêtres, l'autre Jakin, mais le texte ne fournit aucune explication. Gauche -droite, droite - gauche ? L'inversion eût lieu en Angleterre, entre 1730 et 1735, sur injonction à la suite de la révélation de ces mots sacrés dans le monde profane afin de pallier leur utilisation par des personnages qui n'auraient pas été admis régulièrement.

Une gravure anglaise, vers 1750, montre une table, immense occupant la presque totalité de la pièce, autour de laquelle les frères debout, tête nu assistent à la réception d'un apprenti : le vénérable, maillet en main, et coiffé d'un tricorne siège à une extrémité, livre, équerre devant lui. Trois petits flambeaux en triangle aux coins de la table. L'attitude des frères, revêtus d'un tablier long, bavette baissée est assez désinvolte indiscutablement ils ne savent quoi faire de leurs mains qu'ils mettent alors dans leurs poches. Plus tardif, 1787, un tableau célébré représente la remise d'un prix au F... Robert Burns, poète et écrivain, au cours d'une tenue solennelle de la Cannongate Lodge d'Edimbourg. Les frères, très nombreux, sont disséminés dans la salle. On n'ose dire le temple, bien qu'il y ait un orient avec estrade surélevée et trois plateaux. Debout, assis ou négligemment allongés, devisant autour des tables éparpillées un peu partout. Curieuse image d'une réunion maçonnique qui s'apparente beaucoup plus à une réception très mondaine de la gentry, mais ils étaient revêtus de leur tablier et sans cordon.

Les tabliers étaient de peau blanche, bordés d'un ruban de couleur bleue ou blanche ainsi en avait décrété la Grande Loge d'Angleterre, le 17 mars 1731. Antérieurement, le 27 juin 1726, elle avait ordonné que les maîtres de Loge et les surveillants « porteraient les bijoux de la maçonnerie » pendus à un ruban blanc passé autour du cou, les maîtres l'équerre, les surveillants le niveau et le fil à plomb ». Le 17 mars 1731 ces bijoux devaient être en or ou dorés et le ruban bleu. Cette décision ne fut pas toujours respectée, et en 1739 la Loge Antiquity conservait le « cordon vert selon les anciennes coutumes ». Pour d'autres il était jaune, et le tablier blanc mais bordé de rouge. Le compas-bijou est signalé dans le Dunfries manuscrit n0 4 en 1710 et le frontispice des Constitutions d'Anderson 1723 montrent le Duc de Montaigu, grand maître de la Grande Loge le passant au Duc de Wharton, son successeur. La couleur des pointes en cuivre du compas et celle du corps en acier détermineront que désormais le collier sera jaune et bleu, ce que le « Trahi » de 1745 confirme également. Il deviendra bleu par la suite et celui du maître des banquets continuera d'être rouge ainsi que son tablier. En 1742, le vénérable porte l'Equerre et le compas, les autres officiers seulement ce dernier. Ce n'était pas impératif, mais c'est la première mention en France de ce qui se perpétue de nos jours.

Le cordon n'avait qu'un but : suspendre les bijoux et distinguer ainsi les officiers : ils ne possédait aucun sens symbolique. En 1759, une gravure montre qu'on le portait de gauche à droite, ce qui tend à dire qu'il n'était pas le symbole du port de l'épée en loge, donc symbole d'Egalité. Aucun des personnages, officiers compris, représentés sur les gravures, ne porte de gants.

Deux questions à propos du rituel. Le mot n'apparaît dans aucun des statuts et règlements des Grandes Loges. Il semble découler de soi-même, de la nature des « événements » maçonniques décrits dans les narrations fournies par les « Divulgations ». Quant à la « chose » rituelle, c'est-à-dire l'ordonnancement des cérémonies elle paraît avoir été codifiée tard dans le siècle, en France tout au moins.

La plus grosse difficulté que l'on rencontre dans l'étude des rituels vient du fait que, jusqu'en 1858 leur impression en était interdite, et que par conséquent ils sont tous manuscrits, jamais datés et sans origine. La seule édition imprimée avant cette date fut celle du Régulateur maçon, 1801, reproduisant très exactement les rituels établis par le Grand Orient en 1782 pour le rite français, mais qui le fut à l'insu de celui-ci. A partir de 1800 un certain nombre de « Thuileur » parurent, sous la signature de maçons souvent éminents, mais maçonniquement parlant, illégalement. Reconnaissons aussi qu'aucune étude « scientifique » de la rituélie maçonnique n'a jamais été faite et que son approche reste toujours délicate.

L'ouverture et la clôture de la Loge ne furent établies qu'entre 1742 et 1760, et d'abord en France. Le vénérable, maître de la Loge, et dont le nom fut emprunté à l'Ordre des Bénédictins, faisait avertir par les surveillants qu'elle allait être ouverte. Il était seul couvert et retirait son chapeau au moment de l'ouverture, puis le remettait. Mais le « Trahi » de 1745 donne deux gravures où tous les assistants sont coincés. Puis venait la récitation du catéchisme par les officiers. En 1730, à la question « Etes-vous franc-maçon ? » le surveillant répondait « on me tient pour tel », puis « où se trouve le 1er surveillant ? Quel est son devoir ? Et ainsi de suite pour chacun des officiers. Les visiteurs étaient « Tuilés » (le terme paraît avoir existé à l'époque), à deux reprises, avant d'entrer, ensuite dans la Loge avant qu'il puisse prendre place. La présence d'un profane, même dans les parvis, était signalée par la formule « il pleut ». En Angleterre, et tard dans le siècle la réunion était interrompue par les rafraîchissements, annoncés par l'un quelconque des surveillants qui couchait la petite colonne dont il disposait et citée plus haut. Le « travail » entre guillemets, s'arrêtait, les boissons étaient servies sur place, et parfois le repas. Puis la tenue reprenait au lever de la colonne. Il ne semble pas qu'à l'époque la France ait connu ce processus remplacé - avantageusement pourrait-on dire - par les loges de table et leur rituel particulier. A partir de 1786 les travaux ne commencent qu'après que les surveillants aient réclamé aux frères les mots, signes et attouchements. C'est également à cette date que fut introduite la lecture du tracé des travaux précédents et son adoption après les observations du frère orateur, un officier que l'Angleterre a toujours ignoré jusqu'à aujourd'hui. La clôture de la Loge fut plus rapidement ritualisée que l'ouverture parce que, d'une part l'on faisait une chaîne d'union - rencontrée pour la première fois en 1744 - et que de l'autre on se séparait sous le « Chant des apprentis » qui venait des Constitutions d'Anderson. En 1760 « ... à la fin de chaque vers chanté, ils joignaient les mains croisées de façon à former une chaîne, les secouaient de haut en bas, tout en frappant fortement le sol du pied, ce qui n'était pas sans surprendre les étrangers. »

Catéchisme, bienfaisance, réceptions étaient le gros de l'activité des Loges, et pendant longtemps, plus encore le banquet. Vers 1750 s'instaura la lecture de l'histoire de la franc-maçonnerie, reprenant une coutume des anciens opératifs. L'imagination débridée et enthousiaste, aidée en cela par la prolifération aberrante des hauts grades s'en donna à cœur joie. Si l'on veut bien admettre à la rigueur que le célèbre discours de Ramsay (1737), affirmant l'influence des Croisés sur l'origine de l'Ordre et sur le développement de sa symbolique, ait pu fournir une thèse plausible à cette histoire (Émile Mâle a démontré leur apport indiscutable dans le domaine de l'art), nous perdons la raison devant Dieu installant sa loge personnelle, pour lui seul, ou même devant Adam constituant la sienne, pour être sans aucun doute « le Centre de l'Union ».

Par contre, ce qui n'est pas niable, c'est l'influence que les divagations étonnantes des hauts grades de l'Écossisme en pleine évolution eurent sur l'établissement de la liturgie des trois grades symboliques, particulièrement dans les deux réceptions apprentis et maîtres, deux psychodrames qu'il convient d'examiner dans leurs vicissitudes.

Que sont devenues chez les spéculatifs du XVIII e siècle la réception si simple de l'apprenti dans les Loges opératives et celle tout aussi dépouillée des « maçons acceptés » du 17e.

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