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Hauts Grades

Articles avec #histoire de la fm tag

Extrait de la Charte de la Maçonnerie Traditionnelle Libre

22 Février 2013 , Rédigé par LNF Publié dans #histoire de la FM

Les Maçons Traditionnels Libres constatent que le pluralisme des rites est désormais une réalité maçonnique qui doit être admise. Ils affirment qu’à travers ce pluralisme des rites une recherche initiatique méthodique et prudente doit permettre de retrouver l’essence traditionnelle de la Maçonnerie. Les rites ne s’excluent pas, ils se complètent. Ils doivent cependant conserver tous leur plus grande pureté ainsi que leurs traditions et usages propres. Un Maçon peut pratiquer plusieurs rites mais il faut dans ce cas qu’il s’abstienne soigneusement de les mêler par ignorance ou par un désir irréfléchi de bien faire.
Les Maçons Traditionnels Libres font choix à ce jour de trois rites :

  • Le Rite Français Traditionnel (Rite Moderne Français Rétabli, issu de la Grande Loge de 1717).
  • Le Rite Ecossais Rectifié (issu en 1778 et 1782 de la Stricte Observance).
  • Le Rite Anglais Style « Emulation » (issu en Angleterre de l’Union de 1813).

Ils estiment que la réunion de ces trois systèmes, égaux en intérêt et en valeur initiatique, a de fortes chances de rassembler la quasi totalité de la tradition maçonnique et que tous les autres systèmes sont composés des mêmes éléments, parfois avec moins de cohérence.
Chacun de ces trois rites comporte un ou plusieurs grades complémentaires qui sont conférés dans des organismes nettement distincts des Loges symboliques et de leur fédération.

Chaque rite doit être pratiqué dans le respect absolu des textes et définitions fondamentaux à savoir :

  • Pour le Rite Français Traditionnel (Rite Moderne Français Rétabli), les schémas directeurs reconstitués selon les textes français des XVIIe et XIXe siècles et les vieux documents anglais et écossais sur les rituels et les instructions par demandes et réponses, dont le plus ancien actuellement connu remonte à 1696.
  • Pour le Régime (ou Rite) Ecossais Rectifié, les textes définitifs rédigés à Lyon de 1785 à 1787 sous la direction de Jean-Baptiste Willermoz et selon les schémas adoptés au Convent de Wilhelmsbad (1782).
  • Pour le Style « Emulation », les textes actuellement en usage dans la Loge de Perfectionnement Emulation.


Enfin les Maçons Traditionnels Libres portent tout leur intérêt à la Maçonnerie opérative d’avant 1717 ainsi qu’aux systèmes opératifs qui auraient survécu jusqu’à nos jours et se réservent soit de les pratiquer soit d’y puiser les enseignements nécessaires à une meilleure compréhension de leurs rites.
Ils adoptent les armes accordées en 1472 à la Compagnie des Maçons de Londres et sa plus ancienne devise : « God is our Guide », « Dieu est notre guide », qui doit s’entendre dans tous les sens mais aussi et surtout au sens opératif, en se souvenant que l’Eternel sur le Sinaï guida Moïse en lui donnant tous les plans du Tabernacle, qui devait lui-même être le modèle du Temple élevé à Jérusalem sous les ordres du Roi Salomon, avec l’aide du Roi Hiram de Tyr et le précieux concours d’Hiram Abif.
Cette charte a été adoptée à l’unanimité en tenue de Loge Nationale le 26 Janvier 1969."

Source : http://logenationalefrancaise.fr/les-textesfondateurs/pre-requis/extrait-charte-maconnerie-traditionnelle-libre

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La LNF quitte la Confédération. Conséquences...

22 Février 2013 , Rédigé par Gérard Contremoulin Publié dans #histoire de la FM

J'ai le regret de t'informer que le Conseil National de la Loge Nationale Française a décidé de suspendre sa participation au chantier de la confédération."

Ainsi commence la lettre que Robert GUINOT, Président du Conseil National de la LNF, a adressé vers 18h00 ce 21 février, à Marc HENRY, Grand-Maître de la Grande Loge de France.

La LNF prend acte de la situation actuelle des négociations, met en avant ses priorités et observe les points de désaccords.

Parmi ceux-ci, la question des intervisites, maintes fois évoquées dans ces colonnes ! La LNF n'envisage pas une seule seconde de rompre avec ses pratiques de 45 années basées sur la création d'un "espace de débat à toutes les composantes de la Franc-maçonnerie". 

 

La goutte d'eau.

Mais le plus surprenant vient du début de cette lettre qui expose le facteur déclenchant de cette décision sur laquelle revient François Koch

Roger Dachez, président de l'Institut Maçonnique de France, historien reconnu de la Franc-Maçonnerie, a été interdit de parole par le Conseil Fédéral de la GLDF dans deux loges de cette obédience à la suite d'un article qu'il a signé, parmi tant d'autres, dans le numéro spécial "d'Historia-Le point", article sur les origines de la GLDF et dont certains hiérarques de la rue Puteaux y ont vu une trahison ! Le titre de l'article : "La Grande Loge de France existe sans discontinuer depuis 1738 : FAUX !" 

L'explication assez maladroite donnée par Marc Henry enfonce un peu plus le clou :

Le Conseil Fédéral s'est ému de l'article d'Historia, factuellement faux, et j'ai proposé aux deux loges ayant invité Dachez d'y associer un historien à nous."

Ce qui, on en conviendra, chez une obédience qui s'interdit toute considération politique, relève pour le moins d'une connotation ... mal maitrisée !

Ce qui provoque ce commentaire de Roger Dachez :

Il est hors de question que j'aille parler en loge sous le contrôle d'un commissaire politique. J'ai d'ailleurs écrit à Marc Henry que je ne suis pas un collaborateur de l'Encyclopédie soviétique. C'est une atteinte à ma réputation internationale d'historien de la franc-maçonnerie."

 

Mais quelle mouche a piquée la rue Puteaux ?

Pourquoi choisir comme cible, qui plus est à un moment délicat du processus de RPMF, un franc-maçon de la classe et de l'élévation de Roger Dachez ? Très sincèrement cela rélève au mieux d'un manque évident de discernement. La conférence qu'il donnait hier soir rue Cadet aura montré aux nombreuses et aux nombreux participants d'abord l'étendue et la précision de ses connaissances et surtout sa capacité à en parler d'une manière singulièrement efficace. Sous ses mots, les réalités complexes deviennent des choses palpables, perceptibles, des petits êtres presque familiers... Et ce n'est pas si simple par exemple de faire comprendre d'abord ce qu'est l'esprit anglais du XVIII° siècle au moment de la rédaction des Constitutions d'Anderson, les deux rédactions (1728 et 1739) et leurs différences ; puis en quoi l'esprit anglais nécessite de notre part une attention particulière pour saisir le véritable sens donné à la religion dans une société presbytérienne, nous qui sommes issus d'une société "post catholique". Mais je reviendrai prochainement sur cette conférence.

Pourquoi avoir été aussi irrespectueux de l'esprit d'indépendance de Roger au point de proposer qu'il soit accompagné d'un "historien à nous" ? Plus qu'une indélicatesse, c'était une provocation ! Ce fut ressenti comme tel. 

 

De fortes tensions entre les futurs confédérés.

Certes, on sentait bien depuis quelques temps une certaine montée de pression autour des questions comme la conception du GADLU, l'initiation des femmes et particulièrement celle des "intervisites".

Sur ce dernier point, la position de Marc Henry était très différente de celle d'Alain Juillet qui, finalement, souhaitait continuer l'habitude d'ostracisme prise à la GLNF : interdiction de toute intervisite avec des "non réguliers". Mais il y était légitimement fondé puisque c'est l'exigence de la Déclaration de Bâle... 

Pour Marc Henry, les 5 Grandes Loges régulières européennes ont considéré et ont déclaré que la GLDF travaillait d'une manière régulière, puis sont venues lui proposer de prendre la tête d'un travail de refondation. Le Grand Maître de la GLDF a cru pouvoir considérer que, dans ces conditions, les Grandes Loges prendraient la GLDF comme elle était !

Position logique mais bien hasardeuse avec des partenaires comme la GL-AMF d'Alain Juillet, puis la GLIF, nouveaux nés de quelques semaines à quelques jours, et très influencées encore par la "mère" GLNF. Et surtout n'ayant JAMAIS vécu que dans l'ostracisme le plus total des interdictions d'intervisites  ! 

 

Quelles conséquences au départ de la LNF ?

Elle est surtout morale et stratégique.

Morale car la position de sérieux et d'une certaine sagesse de la LNF va, maintenant qu'elle quitte le processus, avoir tendance à accentuer les tensions autour de l'opposition ouverture-intransigeance.

Stratégique car les relations à 4 partenaires ne sont plus arbitrables de la même manière, et en tout état de cause, qu'à 5. Ce qui risque de favoriser les tendances centrifuges et de préparer d'autre(s) départ(s)...  

 

Et puis, il y a les regards extérieurs.

Ce sont eux qui vont proposer d'accorder ou non la "Régularité".

D'abord les 5 Grandes Loges européennes avec le leadership de la Grande Loge Régulière de Belgique. Elles vont devoir réexaminer les nouvelles conditions du processus et proposer un arbitrage sur les questions en suspens.

Ensuite la réunion des Grands Maîtres des Grandes Loges Régulières américaines, à Kansas City. Faisant un bilan de leurs relations, établies, suspendues ou annulées, avec les autres Grandes Loges Régulières dans le monde, elles dressent un état par pays. Il semblerait que pour la France, leur avis s'orienterait vers une rédaction du type : "la situation de la GLNF va en s'améliorant". Si cela se confirmait, le message envoyé serait clair : absence totale de prise en compte de la RPMF et attente que la situation se rétablisse sous la Grande Maitrise de Jean-Pierre Servel pour renouer leurs relations avec elle... Ce dernier étant d'ailleurs présent  avec Jean-Claude Tardivat, de même qu'Alain Juillet.

Et ainsi de suite jusqu'à ce que, après que toutes les Grandes Loges se seront prononcées sur la situation française, la Grande Loge Unie d'Angleterre puisse se prononcer, rappelant ainsi, mais est-ce vraiment contesté, que c'est elle qui décide !  

 

Alors quid de la GLDF ?

Les Grandes Maîtrise d'Alain Graesel et d'Alain-Noêl Dubard auront préparé un projet qui s'est développé en partie avant et en partie avec la crise de la GLNF. Ce projet, Marc Henry en aura hérité lors de son élection. Mais, chose curieuse, le pilotage en a été confié à Alain-Noel Dubard... Si l'on se rappelle que Marc Henry a été le candidat malheureux contre AN Dubard, on ne peut imaginer contexte moins favorable !

Dans ces conditions, ne serait-il pas injuste que Marc Henry payât le prix fort d'un échec de ce processus alors qu'il n'en avait pas réellement la maîtrise ?

Le débat est maintenant entre les mains des Frères de la GLDF. Et dans la diversité des arguments, peut-être est-il utile de rappeler que le GODF est aussi une tradition d'accueil et que les visiteuses et les visiteurs, d'où qu'ils viennent, sont les bienvenus...

 

 Source : http://www.souslavouteetoilee.org/

 

Commentaire : si vous voulez lire la lettre de Robert GUINOT à Marc Henry, allez sur le site ci-dessus

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Recherche

17 Février 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #histoire de la FM

Je recherche pour un Frère le règlement intérieur de la Loge des « Neuf Sœurs ».

Merci.

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Willermoz et Cagliostro

12 Février 2013 , Rédigé par A.Joly Publié dans #histoire de la FM

« Willermoz a conté ses entrevues avec Cagliostro à Charles de Hesse (Lettre du 6 au 8 novembre 1784. (« Il venait dans le désir d'établir le rite égyptien en France et son chef-lieu à Lyon. Il avait jeté les yeux pour cela sur la Loge de la Bienfaisance de Lyon ») ; il en fit part aussi, d'une façon plus officielle, au duc d'Havré de Croy, le 13 décembre 1785 (Lyon, ms. 5458, pièce 11). Ils eurent ensemble quatre entretiens longs et graves, dont le dernier ne dura pas moins de cinq heures. La dernière conversation porta sur la nature de Jésus-Christ. « Il parut, écrit Willermoz, embarrassé et hésita. Il termina cependant par déclarer que Jésus-Christ n'est pas Dieu, qu'il était seulement fils de Dieu, comme lui Cagliostro, et un philosophe. Je lui demandai comment donc il expliquait tels et tels passages de l'Évangile qu'il avait nommés quelquefois. Il prétendit que tous ces versets étaient faux et ajoutés au texte. Il me demanda à son tour quelle était ma croyance sur ce point. Je lui fis ma profession de foi. » (Willermoz, Lettre à Ch. de Hesse, 8, 9 novembre 1784).L'aventurier sentit que la partie était perdue. Mais il était homme à chercher avantage même d'une défaite. Celle-là lui permettait de revenir sur ses embarrassantes promesses. Il allégua qu'étant donnée cette différence de croyance, il lui était impossible de donner aucune preuve de son pouvoir. À quoi l'autre répliqua qu'une différence d'opinion n'empêchait pas les faits. Cagliostro persista dans son refus. Willermoz fit remarquer que c'était manquer à la parole donnée. Cagliostro prétendit qu'on la lui avait extorquée. Willermoz se fâcha devant une mauvaise foi aussi impudente." (A. Joly, Un mystique lyonnais et les secrets de la franc-maçonnerie, 1730-1824, Protat Frères, 1938, pp. 209- 211).

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Lettre de JB Willermoz au Duc de Havré et de Croy (1785)

11 Février 2013 , Rédigé par JBW Publié dans #histoire de la FM

MS fg 5.458 Page 11 bibliothèque de lyon

Lettre du F :. Willermoz ainé, membre du directoire écossais d’auvergne séant à Lyon, et chancelier général du ressort provincial, au TRF Duc De Havré et de Croy grand maître provincial du ressort et vénérable maître de la respectable loge de la bienfaisance à l’orient de paris ; l’an de la vrai lumière le 13 décembre 5785. A Lyon  

TRF

C’est depuis dix jours seulement que j’ai reçu la lettre daté du 25 gbre dernier que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser pour le directoire. J’y ai présenté aussitôt les divers objets mentionné dans votre lettre et sur lesquels vous désirez connaitre sa manière de pensée.

La séance a été employée plutôt en examen et réflexions sur les questions proposées qu’en délibération positive. C’est la substance de ces réflexions que je suis chargé de vous présenter T.R.F.

Le directoire n’a point été étonné de voir par ces à coté de vos propositions, le vif intérêt que vous paraissez prendre a la satisfaction de la respectable loge que vous présidez et celle de tous ses en particulier ; mais comme vous avez donné constamment en toute occasion des preuves non équivoques de votre zèle et de votre attachement pour le Régime rectifié et pour le maintien des lois qui peuvent rendre ce régime particulièrement utile à tous ses membres successivement, le Directoire se flatte que son illustre Maître Provincial ne désapprouvera pas pour l’accomplissement d’un but si important il soit sur quelques uns des points proposés d’un avis différent de celui du Vénérable Maître de la Respectable loge de la bienfaisance à paris.

Les réflexions du Directoire ont eu pour base la connaissance de l’esprit du régime rectifié ; connaissance qui vous est trop familière pour avoir besoin d’être rappelée ici, puisque ce ne serait qu’au nom d’un corps dont vous êtes le chef et l’organe ; et si je le fais, c’est plutôt pour ceux à qui vous jugerez à propos dans un temps ou dans l’autre de le faire connaitre, afin qu’ils voient alors que c’est moins votre opinion que celle du corps entier,  que vous lui présenterez.

Le Régime rectifié a un but général qui lui est commun avec tous les autres régimes maçonniques. Ce but est le point de ralliement de tous les régimes : voila pourquoi il y a entre les uns et les autres des rapports respectifs. Mais ce but n’est pas exclusif : il est même le moindre, car il n’explique ni les symboles ni les emblèmes maçonniques, qui cependant doivent être un jour expliqués dans leurs vérités ;  et tous les régimes qui n’ont pas les lumières nécessaires pour les expliquer ainsi à ceux dont le temps est venu, sont des régimes arbitraires qui ne sont point dans la vérité maçonnique.

Ce n’est point à nous à juger aucun cas ces régimes, mais nous pouvons dire avec confiance que c’est aux fruits qu’ils portent eux même, et à ceux qu’ils font produire dans leur sein que tout homme réfléchi pourra fort aisément les juger .On est aussi fondé à juger que tout homme qui porte le titre de maçon, s’il ne manifeste pas en lui les fruits de la vérité, n’est pas dans un régime vrai, ou est, quel qu’il soit, indigne d’y être.

Le but de bienfaisance tout louable qu’il est, n’exigeant par lui-même ni mystère ni serment et n’expliquant rien, ne peut être le vrai but de l’initiation maçonnique.

Le régime rectifié a un but plus essentiel celui de former des hommes vertueux qui le soient non par pure spéculation, comme cela arrive si souvent mais d’une manière active qui les rende capables de connaître ensuite et quand il plaira à Dieu, tout ce qui peut faire ou commencer ici bas le vrai bonheur de l’homme. Ainsi il admet dans les loges tous les hommes vertueux et tous ceux qui désirent de bonne foi de le devenir, pour leur en procurer en leur temps  les fruits.

Mais tous ceux qui ne se rangent eux même par l’effet d’une volonté propre et ferme dans l’une de ses classes, y sont déplacés et ne doivent point être étonné de si voir oubliés, jusqu’à ce qu’ils soient élevés eux même convenablement.

Quoiqu’il soit interdit dans le régime rectifié comme dans tous les autres, de se livrer dans nos assemblées à aucune discussion dogmatique il n’en est pas moins vrai que le régime ne reconnait pas de véritable vertu, si elle n’est fondée sur les bases sacrées de la religion et comme aussi il n’y a pas deux religions vraies le Sérénissime Grand Maître général de l’ordre rectifié eut raison d’inscrire dans sa lettre circulaire de 1779 ces paroles remarquables

Et qui dit un vrai Maçon,

Dit un vrai chrétien.

 Car ces deux titres sont inséparables dans la vraie et primitive institution maçonnerie qui a été si fort défigurée par tous.

Ces principes dont je viens de faire une exposition sommaire, et qui seront mieux développés dans le nouveau code des règlements maçonniques, qui paraîtra (j’espère) dans le courant de l’année prochaine, sont l’unique et inviolable base de toutes les opérations du Directoire général du ressort provincial, soit pour les délibération journalières, soit pour les constitutions des nouveaux établissement maçonniques, et l’avancement des F.F. dans les hauts grades du régime, comme il ne marche jamais que tenant à la main une règle positive, qui manque presque partout ailleurs, il est moins exposé à errer qu’on ne l’est ailleurs, ou l’arbitraire suppléé forcement au défaut de loi positive. Il ne pourrait s’écarter de la sienne sans s’exposer au danger de manquer le but, et s’il le manquait devenu par la indigne du dépôt de lumière qui lui est confié pour préparer successivement le bien de tous, ce dépôt lui serait bientôt retiré, et il mériterait dès lors le reproche juste et amer de tous ceux qui entrant successivement dans la même carrière, se verraient privés de la portion de lumière qui leur était destinée et qu’ils devraient recevoir par lui.

Car se sont les grades les plus élevés sans les instructions qui les accompagnent et qui les expliquent et qui ne se trouvent pas partout ? Voila la cause de cette inflexibilité qu’on a tenté quelque fois de reprocher au régime, et pour lui au Directoire, qui uni a son chef provincial, en est l’organe, lorsqu’il a résisté à des considérations particulières ou locales, qui paraissent être d’un grand poids aux yeux de chaque prétendant, mais qui n’étaient rien aux yeux d’une administration éclairée, qui ne doit considérer dans l’homme prétendant , quelque décoré qu’il puisse être, que l’homme même, tel qu’il est aux yeux de la divinité.

L’administration Directoriale vient d’en faire dans le courant de cette l’année, une pénible expérience envers un illustrissime frère déjà très avancé dans les hauts grades du régime, et frère d’un roi régnant actuellement en Europe, qui présumant que le régime possédait des lumières essentielles qui ne sont pas ailleurs, demandant un aveu sur ce point et s’il pouvait y participer, elle eut le courage et dut l’avoir de lui dire verbalement par ses députés qu’elles existaient, mais qu’il ne pouvait pas y participer, parce qu’il y avait en lui des défauts personnels qui y mettaient obstacle ; qu’il devait travailler à les détruire, que lorsqu’il y aurait réussi , on lui offrirait ce qu’il désirait actuellement s’il y était destiné ; mais qu’il ne devait pas le demander, avant qu’on le lui offrit. On a aujourd’hui la satisfaction d’apprendre qu’il y travaille sérieusement.

Il y a bien des régimes différents dans la maçonnerie, on peut cependant la réduire à quatre classes principales.

Il y en a de bons (c'est-à-dire) les régimes qui dirigent les maçons vers un vrai but, bon et essentiel, qui est le seul fondamental, tel est le régime rectifié, qui est peut-être aujourd’hui le seul de cette classe.

Il y en a des nuls, c'est-à-dire, qui n’ont ni vices ni systèmes dangereux, mais aussi qui manquent de tous moyens et lumières nécessaires pour conduire les maçons au vrai but fondamental ;  tel sont le régime national français et peut-être aussi tous les régimes nationaux.

Il y en a d’illusoires et dangereux : illusoires en ce qu’ils ne peuvent donner, dangereux en ce qu’ils excitent la cupidité et la curiosité pour le merveilleux, et comme il y a plus de Maçons curieux que de vraiment vertueux, ils détournent la multitude du gout et de la recherche du vrai but fondamental.

Enfin il y en a qui sont essentiellement mauvais et corrompus ; mais heureusement le nombre en est rare,  surtout en Europe, où ce régime existe plutôt chez des individus pervertis que dans des sociétés entières.

Le régime que Cagliostro a voulu établir en France,  sous le nom de rit Egyptien,  est mixte et participe aux deux dernières classes. Il est illusoire et trompeur en plusieurs points sur lesquels il veut s’en faire « accroire » ; dangereux et mauvais en quelques autres qui pourraient avoir plus de réalité, mais heureusement pour ses sectateurs, le moderne instituteur de ce régime mixte, n’est pas assez savant en cette partie,  pour le rendre aussi mauvais qu’il aurait pu le devenir entre ses mains, et la Divine providence, qui veille au bien des humains, en a arrêté les progrès dés sa naissance. Je puis parler pertinemment de cet homme et de ses principes.

 Arrivé à Lyon en octobre 1784, il avait projeté d’empoisonner le Régime Rectifié, par le Directoire de Lyon, dont il me savait membre, en m’offrant de m’établir personnellement dépositaire général de tout son savoir et de tous ses secrets, si je voulais favoriser la propagation de son régime.

Je ne m’en défiais encore aucunement parce qu’il m’avait fait inviter le lendemain de son arrivée, sous un nom qui m’était inconnu, ce qui donna lieu à plusieurs longues conférences, après lesqu’elles ayant reconnu les dangers et la perversité de ses principes, je lui tournai le dos en l’assurant qu’il ne me verrait plus.

D’après cet exposé sommaire, il est aisé de conclure que les loges réunies n’ont rien à gagner hors de leur propre régime, qu’elles ne peuvent que s’affaiblir en contractant trop d’affinité avec les régimes nuls, et qu’elles ne peuvent que perdre avec les autres, mais comme il existe un traité d’union entre les Directoires de France et le grand Orient de France , le Directoire ne veut y mettre aucun obstacle, mais ceux qui fréquentent les loges françaises n’ont pas encore bien senti la différence.

L’on ne peut recevoir les hauts grades que là où il y a Régence Ecossaise, or  il n’y a encore à Paris, ni collège, ni Régence, il faut donc se transporter où il y en a et plus on différera de s’y transporter jusqu'à ce que le nombre soit complet, plus aussi on retardera la formation de ses collèges, et de la Régence Ecossaise à Paris.

Les hommes s’accoutument à se créer des obstacles factices, comme ils se créent des besoins factices. Mais si tous ceux qui sont dignes des hauts grades ne sont pas assez  libres pour se déplacer, il convient que ceux qui sont plus libres le fassent les premiers ; c’est toujours un acheminement pour la formation de l’ensemble.

Signé   Willermoz

Chancelier Général du Ressort Provincial  

Transcription d’après original Olivier Kummer

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Jean-Baptiste Willermoz et les visions de Mademoiselle Rochette, 22 avril 1785

11 Février 2013 , Rédigé par Marjorie Larquey Publié dans #histoire de la FM

En 1785, Jean-Baptiste Willermoz décrivait Lyon comme « l’un des principaux centre de l’illuminisme et des sociétés secrètes, le confluent de tous les rites ». Lui-même a fortement contribué à la construction de l'imaginaire magique et mystérieux attaché à la ville. Né en 1730 dans le quartier de Saint-Nizier à Lyon, ce mystique a joué un rôle clé dans la constitution du système des hauts grades maçonniques. A vingt ans déjà, J.B. Willermoz entre dans sa première loge et poursuit dès lors l’œuvre maçonnique jusqu’à sa mort. Lyon est réputée comme étant le berceau des sciences occultes grâce aux nombreuses figures emblématiques qui y ont vécu tout en y inscrivant leurs rites. On compte parmi eux Cagliostro qui fit de l’ombre à J.B. Willermoz : se démarquant par son rite égyptien, il fonda la loge de La Sagesse Triomphante dont il fut le Grand Cophte. Elle fut le théâtre d’apparitions énigmatiques qui échauffèrent les esprits.

Parallèlement à l’éparpillement des sociétés secrètes, Lyon est touchée par l’influence du magnétisme animal dont F.A. Mesmer est le fondateur. Selon lui, l’univers baigne dans un fluide magnétique permettant la propagation de courants d’énergie qui pénètrent tous les corps vivants ; la santé ou les maux de chacun sont liés à des déséquilibres de ce fluide dont il est nécessaire de contrôler la circulation harmonieuse. C’est dans ce contexte de l’apogée du mesmérisme que ces sociétés mystiques expérimentent une nouvelle pratique, celle du somnambulisme magnétique, fondé par le marquis de Puységur. Selon cette méthode, un médecin, par le magnétisme, plongeait dans un état de sommeil une jeune femme – naturellement plus sensible disait-on. En raison de ses vertus thérapeutiques, le somnambulisme magnétique était prescrit pour soigner et traiter les maux les plus persistants. Ses adeptes, insérés dans des courants spiritualistes issus de l’illuminisme et des mouvements théosophiques, s’intéressèrent aussi aux propriétés du somnambulisme. Ils étaient en quête d’un message divin, de signes de l’au-delà. Ces somnambules devinrent en leurs mains d’étranges outils théologiques, des instruments aptes répondre aux questions métaphysiques.

Le 8 novembre 1784, Willermoz écrit : « Il s’est formé à Lyon une société magnétisante sur des principes plus harmonieux et plus certains que ceux de M. Mesmer ». Il s’agit de La Concorde, société dans laquelle une douzaine de francs-maçons travaillaient à la guérison d’autrui. Dès l’automne 1784, quatre jeunes filles, dont Jeanne Rochette, furent présentées à La Concorde pour y recevoir des soins.

Tout commença pour cette jeune femme lorsque la famille Sabots de Pizay l’emmena prendre les eaux du Mont Dore, pour la soigner de ses crises nerveuses, en même temps que leur fils qui souffrait du cœur. Ce dernier mourut en octobre 1784 et Mme de Pizay n’eut pas d’autre choix que de mettre la jeune femme entre de meilleures mains pour la guérir par cure magnétique. Dans un premier temps, Jeanne Rochette fut confiée au doyen du chapitre de Saint-Jean, le comte Castellas, qui la magnétisa dès le 6 novembre 1784. Peu après, l’histoire de la demoiselle prit soudainement une nouvelle tournure. Dès février 1785, d’après les témoins qui eurent la possibilité de l’observer, la somnambule aurait eu des sommeils « plus tranquilles et plus intéressants » dans la mesure où ils commencèrent à « fixer l’attention sur divers objets dont elle avait vaguement la vision » précise Willermoz. Ce dernier fut alors convié aux crises et décida de prendre en note les « sommeils » de Mlle Rochette – dont le nom est ici raturé – durant deux ans, de mars 1785 à août 1787. Bien qu’irrégulières, les séances furent toutes retranscrites méticuleusement, constituant ainsi « onze cayers », consultables à la Bibliothèque Municipale de Lyon. Seul un petit groupe d’élus pouvait participer aux crises somnambuliques ; on compte parmi eux J.B Willermoz et son frère, le médecin Pierre-Jacques Willermoz. Ce docteur en médecine de la faculté de Montpellier avait remporté un concours de chimie en 1761. Bien que ses capacités scientifiques aient été largement prouvées, il s'intéressa tout de même aux questions paranormales. Pour les autres spectateurs, l’occasion d’assister aux séances se fit plus rare ; ils devaient présenter une requête précise, soumise à l’accord de Jeanne Rochette. C’est de cette manière que « Mme Pizay mère » eut le droit de participer à la séance du 22 avril 1785, en raison de la mort récente de son fils.

Les récits de ses sommeils étaient assez décousus et farfelus. S’y mêlaient aussi bien des éléments de la vie réelle que des entités de l’au-delà. Le sommeil du 22 avril 1785 en est un parfait exemple. La visionnaire voit en apparition des anges et des saints, côtoyant les proches de ceux qui l’observent. Les parents, les membres de la famille, les disparus, les amis morts des personnes présentes aux crises somnambuliques occupent les sommeils de Jeanne Rochette. La somnambule évoque d’ailleurs le cadavre du jeune Sabot de Pizay, qu’elle aperçoit suspendu. Elle voit les proches de son entourage entourés de flammes, comme l’oncle de J.B. Willermoz, mais elle peut tout aussi bien les voir baignés de lumière. Elle les dit « délivrés », comme la mère de J.B. Willermoz, ou encore dans le tourment.

Pour assister aux sommeils, une condition était nécessaire, voire indispensable et Jeanne Rochette était intransigeante à ce sujet. La somnambule devait pouvoir faire entièrement confiance aux témoins. Plus qu’un futile caprice, la confiance avait, d’après elle, un impact direct sur la qualité de ses sommeils et par conséquent de ses révélations. La jeune femme fait référence deux fois à cette notion de confiance le 22 avril. Elle explique qu’elle a été limitée dans ses visions parce que Mme de Pizay et le médecin Willermoz ont manqué de confiance. A l’inverse, elle affirme à J.B. Willermoz qu’elle a pu lui faire part de ce qui se passait entre ce dernier et sa mère, parce qu’il a pleinement eu confiance en elle .

D’après J.B. Willermoz, il s'agit de bien plus qu’un récit fantastique où cohabitent le réel et le mystique et dans lequel se déroulent des événements curieux : la visionnaire aurait vraiment un don de clairvoyance. Le magnétiseur raconte lui-même que la somnambule lui a assurément prédit des événements qui avaient eu lieu entre sa mère et lui. Finalement, plus qu’un simple rôle de visionnaire, Jeanne Rochette revêt un nouveau statut : celui d’un oracle délivrant un enseignement spirituel.

En raison du succès qu’elle suscite auprès de ses élus, de leur écoute attentive et obéissance suprême, Jeanne Rochette acquiert un certain aplomb et devient une sorte d’intercesseur entre les vivants et les morts. La somnambule délivre une instruction morale, une initiation à ses assistants. Dès avril 1785, elle se présente comme investie de la mission de ramener ces hommes à Dieu. Au fur et à mesure des séances, une doctrine sur le somnambulisme magnétique semble se constituer par les recommandations que fait la jeune femme durant ses sommeils. Elle établit une sorte de code, de règles à respecter et, devenant très exigeante, elle demande une participation active au groupe de disciples qui s’est formé autour d’elle, notamment la prière pour les morts. Dans sa relation aux personnes qui la magnétisent ou l’observent, on constate qu’elle s’attribue les mêmes fonctions qu’un prêtre : elle conseille, bénit, et remet même les fautes, ou plutôt annonce le pardon au nom des saints patrons.

Source : http://atelier-histoire.ens-lyon.fr/AtelierHistoire/episodes/view/46

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Irlande et Franç-Maçonnerie

8 Février 2013 , Rédigé par PHL Publié dans #histoire de la FM

L’Irlande et sa longue histoire méritent d’être connues des francs-maçons sous bien des aspects que nous allons aborder ensemble. Quelques mots tout d’abord sur la civilisation mégalithique, qui a connu son apogée entre 3500 et 2500 avant J-C. On ne sait pas grand-chose de ces peuples qui avaient une cosmogonie relativement élaborée. Mais le franc-maçon sera au moins sensible au fait que les alignements de menhirs correspondent habituellement à des données astronomiques (liées au lever et coucher du soleil en rapport avec les solstices et équinoxes, ainsi qu’aux cycles lunaires), alors que les dolmens, cairns et tumulus étaient des tombes, individuelles ou collectives (également orientés de manière précise).  

Les Celtes n’introduiront le druidisme dans les îles britanniques que vers 450 avant J-C, alors que leur civilisation domine l’Europe depuis presque un millénaire. Nous noterons ici que selon l’antique tradition des druides, l’année était divisée en plusieurs périodes correspondant à des évènement solaires (solstices, équinoxes), manifestant le caractère cyclique de la vie. On peut d’ailleurs noter que les anciennes fêtes celtiques restent discrètement présentes dans notre calendrier : Samain, le 30 octobre symbolisait la victoire des hommes sur les attaques des esprits surnaturels, avant de se terminer par la célébration de la nouvelle année. Puis la renaissance du soleil au solstice d’hiver ; c’est la fête de Modra Necht, durant laquelle le druide va cueillir le gui selon un rite précis, en s’exclamant “le blé lève” (O guel an heu , ce qui sera plus tard déformé par “au gui l’an neuf”). Imbolc, dans la nuit du 1er au 2 février, était la fête de la purification druidique, purification de la lumière ascendante et de ses effets sur la sève montant de la Terre-mère. Le 1er mai, Beltainn était la fête du feu de Bel, le dieu solaire, pour lequel on allumait de grands feux purificateurs, comme cela se fera plus tard à la saint Jean. Notons aussi que lors de l’initiation druidique, le postulant était enfermé dans une peau de bête, et que le dieu Lug (dieu de la lumière) se manifestait au travers du chef de clan, détenteur du maillet.  

Nous savons aussi que dans le dernier siècle avant l’ère chrétienne, Rome étend son emprise sur l’Occident et le Moyen-0rient, favorisant la diffusion de deux grandes religions :  

- d’une part le mithraïsme, le culte de l’ancien dieu iranien de la lumière se développant sous une forme d’abord cultuelle puis de plus en plus initiatique.  

- d’autre part le pythagorisme romain mystérique, qui conservait les principes de base de l’Ordre : à son niveau le plus profond, la réalité est gouvernée par les nombres ; la philosophie peut servir à la purification spirituelle ; l’âme peut s’élever jusqu’à s’unir avec le divin ; certains symboles ont une signification mystique ; les membres de l’ordre se doivent loyauté et le respect du secret).  

Ce n’est qu’en 43 après J-C. que l’empereur Claude envoie ses légions en Grande-Bretagne ; elles ramènent rapidement l’ordre en Angleterre, mais l’Écosse continuera à échapper à leur domination. L’Irlande est totalement épargnée et le restera longtemps.  

Selon une légende mythique, la maçonnerie aurait été introduite en Angleterre en l’an 287 après JC,  sous la protection de Carausius 1er, un amiral romain révolté qui s’était proclamé empereur de la Grande Bretagne indépendante. Il s’était attaché Amphibolus, l’architecte grec, et Alban, “homme célèbre dans toutes les sciences et en particulier la géométrie “, représentants des collegiae fabrorum. Carausius leur aurait accordé une charte, permettant (en opposition à la loi Julia ) aux constructeurs de tenir des assemblées et de constituer de nouveaux membres, conformément aux anciennes constitutions de Numa Pompilus et Servius Tullius.  

Au cours du IVème siècle, les celtes irlandais (Scots) s’allient aux tribus écossaises implantées au nord du mur d'Antonin (Pictes) pour multiplier les incursions en Bretagne romaine. En 383, Maximus Clemens, gouverneur romain de Grande-Bretagne, se révolte contre l’empereur Gratien, qui sera vaincu. La région retrouve ainsi son autonomie et en 410, Rome ordonnera le retrait de toutes ses troupes de Grande-Bretagne, ce qui ouvrira la région aux invasions barbares.  

L’évangélisation de l'Irlande par saint Patrick est située en 432. Selon la légende, ce natif des côtes ouest de la Bretagne romaine fut enlevé et réduit en esclavage dans son adolescence par des pirates irlandais. Au bout de six ans passés à Slemish, il s'évada et alla étudier le christianisme dans les monas­tè­res français. Puis il revint en Irlande et après avoir défié les druides et le haut-roi de Tara, il fonda la capitale ecclésiastique d'Armagh. A cette époque, le celtisme irlandais reste très actif, avec de nombreuses légendes spécifiques se rapportant aux anciens héros préceltiques.  

Pour resituer la période, rappelons que tout l’Occident est alors ravagé par les invasions barbares.

La Grande-Bretagne a été conquise par les Angles, les Jutes et les Saxons. Mais notons aussi que les Scots, celtes irlandais du royaume de Dalriada, ont également installé en Ecosse (région d'Argyll) un second Dalriada, qui connaîtra une importante expansion. Avec la chute de l’empire romain d’Occident, l’an 476 marque ainsi le début conventionnel du moyen-âge. La plupart des conquérants barbares se convertissent au christianisme, ce qui va rapidement conduire à la quasi-disparition de la religion celtique.  

En effet, les principes de la société gallo-romaine étaient intrinsè­quement incompatibles avec le druidisme puisque celui-ci fonctionnait selon une dualité entre le druide et le roi ; le druide étant le détenteur initié de la connaissance, de l’autorité spirituelle, responsable du savoir, intermédiaire entre les dieux et les hommes représentés par le roi, qu’il conseille ; ce dernier étant pour sa part le détenteur élu de l’autorité temporelle, garant de la cohésion sociale, qui met en application les conseils du druide ou les sentences de justice qu’il a édictées.  

Certains principes du druidisme resteront toutefois véhiculés, plus ou moins discrètement, dans les traditions chrétiennes d’autant que si les derniers druides sont devenus évêques, les bardes ont continué à véhiculer dans la tradition populaire des milliers de chants et des centaines de contes transmettant leurs valeurs philosophiques. Citons à ce propos la triade bardique des cercles concentriques, figurés sur la croix celtique, de diamètres respectifs 81, 27 et 9 : cercle de Keugant (le chaos, le néant où seul Dieu peut subsister), cercle d’Abred (le destin, l’exis­tence terrestre, la renaissance de la mort en fonction de l’existence précédente) et cercle de Gwenwed (la renaissance de la vie, la libération des cycles de réincarnation, la béatitude près de Dieu).  

Au VIème siècle, trois points méritent à mon sens d’être relevés :  

- en 529 : au mont Cassin, Benoît de Nursie érige un couvent sur l’emplacement d’un temple d’Apollon (et peut être ancien lieu de culte de Mithra). Il énonce la règle bénédictine qui, aux obligations de chasteté, de pauvreté et d’obéissance, ajoute les principes du travail intellectuel et manuel. Le moine doit obéis­sance à l’abbé (le père de la communauté, chargé d’interpréter la règle) et fait voeu de stabilité, c’est à dire de ne jamais quitter le couvent qui est isolé du monde par la clôture, mais reste en contact avec lui par le lien de l’hospitalité. Le troisième voeu est celui de la "conversion des moeurs", par lequel le moine abandonne son ancien mode de vie. La communauté monastique est liée par le respect dû aux anciens par les jeunes, et à l’affection accordée aux jeunes par les anciens. L’abbé (élu) était communément appelé “vénérable frère” ou “vénérable maître” ; il sera l’archétype du maître d’oeuvre médiéval, qui guide l’alliance entre le travail de la matière, l’intelligence de la main et l’intensité de la foi afin que le travail ainsi sacralisé devienne une prière et une glorification.  

- en 563 : saint Colomba (Colmcille), issu de la noble famille irlandaise des O’Neill, arrive en Écosse après avoir fondé une demi-douzaine de monastères en Irlande. Le moine établit une communauté sur l'île d’Iona, d’où diffusera le christianisme celtique en Écosse. Une légende dit que deux ans plus tard, il sauva miraculeusement un homme de l’emprise d’un monstre sorti des eaux noires du Loch Ness (il faudra ensuite attendre 1933 pour que “Nessie” redevienne un sujet d’intérêt pour les riverains du loch). L'église irlandaise prônait un ascétisme fondé sur une triple acception du "martyre" : martyre blanc (séparation d'avec les proches et la société, voyages d'évangélisation) ; martyre vert (travail dans la pénitence et le repentir)  ; martyre rouge (soumission à la croix et à l'adversité).  

- en 590 : saint Colomban (Colombanus), un irlandais éduqué à l'abbaye de Bangor, fonde le monastère de Luxeuil (évocateur du dieu solaire Lug) sur le site d’un ancien temple de Diane, près de Mulhouse. Il contribuera à la diffusion du christianisme celtique en Bourgogne, en Autriche et en Lombardie. Au IXème siècle, son disciple le moine Ermenrich de Saint-Gall rappellera : “nous ne devons omettre de parler de l’Irlande, car c’est de là que nous vint une grande lumière”.  

Cette même année ; saint Grégoire le Grand devient le premier d’une longue lignée de papes, politiques et juristes, qui exerceront le pouvoir sans apporter d’évolution théologique significative. Il instituera toutefois la liturgie (dans laquelle il introduira les harmoniques du chant grégorien), organisera l’évangélisation de la Grande Bretagne… et tentera de s’opposer au christianisme celtique diffusé par saint Colomban.  

En 627, le prince Edwin de Northumberland réunit un parlement qui aura pour mission de rédiger des lois et concéder des chartes. On peut noter que treize ans plus tôt, reconnaissant la qualité des travaux effectués par les bâtisseurs de l’époque, le pape Boniface IV avait affranchi les maçons de toutes les charges locales et délits régionaux, afin qu’ils puissent se déplacer facilement et à peu de frais. En Grande-Bretagne, les anciennes collegiae  romaines avaient disparu, mais leur influence se serait partiellement maintenue au travers de la secte des culdéens (colitores Dei , les serviteurs de Dieu), inspirés par saint Colomba, surtout répandus en Irlande et en Écosse où ils vivaient par communautés de douze membres sous l’autorité d’un abbé élu. Leur rite différait de celui de Rome sur divers points (date de Pâques, tonsure, consécration épiscopale, baptême, mariage des prêtres, utilisation du gaélique), ce qui leur vaudra quelques conflits avec les bénédictins.  

Ils reconnaissaient la prééminence du pape, mais pas son autorité car selon saint Colomba “le Pape n’est pas celui qui détient les clefs de la vérité absolue et dont les paroles portent le sceau du Saint-Esprit. C’est un évêque, un homme faillible que l’on peut con­seiller ou blâmer. Au dessus de l’autorité de Rome, il y a celle de la vérité ”.  

Il est très probable que les descendant des druides et bardes celtiques aient perpétué certaines de leurs traditions sous le couvert du christianisme celtique d’origine irlandaise, qui se développera en Écosse, au Pays de Galles et en Cornouaille (l’Angleterre proprement dite ayant été évangélisée par l’Église romaine). On dit que dans l’ancienne capitale celtique irlandaise de Tara (près de Dublin), nul n’était admis s’il ne connaissait un art et qu’à Tara, la salle des banquets rituels était dénommée “demeure de la chambre du milieu  “. Lors des réunions de bâtisseurs, les participants auraient porté un tablier ; si l’un d’entre eux interrompait celui qui avait la parole et refusait de se taire, son tablier était tranché en deux et il ne pouvait être réadmis qu’après avoir refait un nouveau tablier.  

La désignation des hauts-rois de Tara procédait d'un rituel précis, dans lequel le candidat devait en particulier franchir deux pierres levées qui "s'écartaient" pour livrer passage à son char, puis son nom devait être proclamé par une troisième pierre levée (Lia Fail ,  la Pierre de la Destinée).  

En Écosse, après plus de trois siècles de batailles incessantes, le royaume scot de Dalriada (qui a donc été fondé par des celtes irlandais) prend l’ascendant sur les Pictes. En 835, Kenneth Mc Alpin s’établit à Scone comme monarque de toute l’Écosse, qui devient royaume d’Alba (et plus tard Scotia). C’est sur la Pierre de Scone que seront ensuite traditionnellement sacrés les rois d’Écosse. Selon certaines des multiples légendes qui entourent cette pierre, il s’agirait de la pierre de Jacob, apportée en Irlande par la princesse Tephi, fille du dernier roi de Juda, à l’époque du prophète Jérémie. Le prince Eochaid d’Ulster aurait renoncé au culte de Bel pour épouser Tephi, et aurait été sacré roi d’Irlande sur cette pierre. Elle aurait ensuite servi au sacre des rois d’Irlande à Tara, puis aurait été conservée dans l’île d’Iona jusqu’à ce que Fergus Mor McErc, devenu roi d’Écosse, la transporte à l’abbaye de Scone autour de l’an 1000. Plusieurs géologues contemporains ont relevé qu'aucune carrière ne correspond à la pierre de Scone dans les régions de Tara ou d'Iona ; par contre, on trouve des gisements de ce type à Béthel, près de la Mer Morte. 

Rappelons ici que selon la légende, la première Grande Loge a été fondée à York en 926 par le prince Edwin, géomètre et maître d’oeuvre, qui aurait colligé tous les actes et écrits se rapportant à la maçonnerie afin de rédiger des constitutions qui auraient commencé en évoquant le “Grand Architecte du ciel et de la Terre, la fontaine et la source de toute bonté qui bâtit de rien sa construction visible ”. Edwin aurait reçu à la même époque une charte de liberté de son père adoptif, le roi Athelstan, pour développer la fraternité. Edwin et son père auraient aussi défini les symboles fondamentaux de l’ordre : une équer­re en or, un compas en argent aux pointes d’or, et une truelle en argent. Au Xème siècle, on trouve bien une évocation des guildes anglaises, où il est question de ban­quets men­suels au cours desquels se discutaient les questions liées au groupement. Pour être admis, il fallait être citoyen de la ville, être de bonne conduite et de moeurs régulières, acquitter des droits d’entrée et se soumettre à un apprentissage (généralement sept ans). Les dirigeants étaient élus lors d’assemblées plénières, géraient toutes les affaires de la corporation et y rendaient la justice. Les membres ne pouvaient pas s’affilier à une autre ligue, étaient tenus de mettre en commun leurs affections et leurs haines, et devaient venger toute insulte faite à un des frères comme si elle avait été faite à tous. A la mort d’un frère, chaque membre devait offrir un morceau de bon pain et prier pour le salut de son âme.  

Un siècle plus tard, en 1109, Étienne Harding devient abbé de Cîteaux. Ce descendant des Vikings aurait été initié au celtisme en Bretagne avant de suivre les enseignements des maîtres de Laon, Reims et Paris. Féru d’ésotérisme, il a également été influencé par l’école kabbalistique de Troyes, toute proche, où Rachi l’aidera à entreprendre une recopie de la Bible, comportant 290 corrections fondées sur les textes hébreux (ce qui explique peut être le goût prononcé dont témoignera saint Bernard pour le texte très symbolique du Cantique des Cantiques).  

Certains auteurs ont remarqué que cet intérêt d’Harding pour la Bible coïncide étrangement avec le retour de Terre Sainte du comte de Champagne, qui rejoindra quelques années plus tard l’Ordre templier.  

Bernard de Fontaine entre à Cîteaux en 1112, à l’âge de 21 ans, Étienne Harding lui révélant la voie mystique. Il quittera l’abbaye 3 ans plus tard, choqué par la trop grande magnificence des églises dépendant de Cluny. Il devient le premier abbé de Clairvaux et se met en devoir de réformer l’ordre cistercien, dont l’architecture devra désormais être extrêmement dépouillée. Sur le plan théologique, Bernard admettait trois degrés pour s’élever vers Dieu : la vie pratique, la vie contemplative et la vie extatique. Il disait de Dieu : “comme toutes choses sont en Lui, Il est aussi en toute chose  (...) Dieu n’a point de forme, Il est la forme, Il n’est point corporé, Il est purement simple “. Quant à la méthode : “... rentre dans ton coeur et apprend à connaître ton esprit  (...) apprend par la connaissance de ton esprit à connaître les autres esprits. Voilà l’entrée, la porte par laquelle on entre dans les choses intimes, l’échelle par laquelle on s’élève aux choses sublimes ”. Et encore : “... connais ta propre mesure. Tu ne dois ni t’abaisser, ni te grandir, ni t’échapper, ni te répandre. Si tu veux conserver la mesure, tiens-toi au centre. Le centre est un lieu sûr : c’est le siège de la mesure, et la mesure est la vertu”.  

C’est ainsi que les abbayes cisterciennes furent le berceau de l’art du Trait, application de la géométrie euclidienne à l’architecture sacrée, constitué d’un ensemble de ”secrets” de métier permettant de tracer les figures géométriques élémentaires à l’aide de règles, d’équerres et de compas.  

C’est dans ce contexte que sera créé l’Ordre du Temple en 1118, et l’on note que parmi ses fondateurs se trouve André de Montbard, qui n’est autre que l’oncle de saint Bernard.  

C’est aussi dans ce contexte qu’en 1124, le celte David 1er fonde le premier véritable royaume féodal d’Écosse. Son règne sera marqué par la pénétration dans le pays de chevaliers normands et flamands, ainsi que de moines cisterciens. Ce roi confie la garde de la vallée d’Anna à un chevalier normand, un certain Robert de Brus (assimilé à un descendant de Robert de Bruges, qui aurait accompagné Mathilde de Flandres et son mari, Guillaume le Conquérant). Il crée par ailleurs la charge héréditaire de régisseur (steward) royal, attribuée à Alan Fitz Alan (ce sera l’origine des Stuart) ; et l’emblème du clan Steward sera constitué par un oiseau nourrissant sa couvée, avec la devise“ Virescit vulnere virtus”.  

En 1126, le comte Hugues de Champagne, donateur de Clairvaux, rejoint l’Ordre du Temple. Deux ans plus tard, au concile de Troyes, saint Bernard remet à vingt-sept chevaliers Templiers leur Règle monastique ; l’année suivante verra la constitution de trois prieurés, comptant chacun vingt-sept chevaliers. Le recrutement des Templiers prend une grande ampleur, les dons pécuniaires et fonciers affluent de toute part. En quelques mois, les Templiers s’installent ainsi en Angleterre, en Écosse, en Irlande, en Espagne et au Portugal.  

Vous comprenez ainsi pourquoi il m’a semblé intéressant de mettre l’accent sur Saint Bernard, qui semble avoir été une sorte de pivot entre le christianisme irlandais, implanté à la fois en Ecosse et dans l’esprit d’Etienne Harding, le maître à penser de celui qui donnera sa Règle à l’Ordre Templier…

Ne faisons toutefois pas de Saint Bernard notre héros. Ainsi, en 1140, au concile de Sens, il fait condamner les thèses de Pierre Abélard. Il reprochait à ce précurseur de Descartes de fonder sa foi sur le doute méthodique, et de penser que le bien et le mal sont à considérer du point de vue de la conscience humaine, éclairée par l’amour de Dieu. Abélard estimait que la raison est plus efficace que le bûcher pour convertir les hérétiques, et prêchait la tolérance religieuse. Philosophe réputé en son temps, l’histoire retiendra surtout sa tragique histoire d’amour avec Héloïse…  

Une autre anecdote : c’est à Clairvaux qu’en 1143, l’archevêque irlandais Malachie aurait rédigé les 112 devises pontificales, résumant la destinée des papes à venir. Si l’on admet leur authenticité (elles ne furent publiées qu’en 1673...) et surtout leur caractère prophétique, Benoît XVI sera l’avant-dernier pape, précédant le retour de Pierre le Romain ; ce cycle de 888 ans (nombre du Christ) débuté en 1144 devrait donc se terminer en 2032.  

Mais on dit aussi que Saint Malachie aurait été l’un des derniers héritiers directs du christianisme celtique des culdéens ; il aurait transmis son savoir à Étienne Harding et à saint Bernard, dont il fut très proche. C’est également lui qui a fondé en 1142 la première abbaye cistercienne irlandaise (Mellifont, la "fontaine de miel"…).  

Dernière anecdote pour ce 12èmesiècle : c’est en 1182 qu’apparaît le Perceval ou le Conte du Graal  de Chrétien de Troyes, qui associe les traditions celtiques (Irlande, Avalon) au christianisme. A noter que Perceval y est d’emblée décrit comme le “fils de la dame veuve”… On sait que mis en présence du Graal dans le château du roi pêcheur, mais refusant de transgresser le conseil de silence donné par son maître en chevalerie, il s’abstiendra de poser la question qui lui aurait permis d’accéder à la royauté du Graal. Il ne pourra dès lors y parvenir qu’au terme d’une longue et éprouvante quête initiatique.  

Le thème sera repris une trentaine d’années plus tard dans le Parzifal du chevalier Wolfram von Eschenbach, qui y développera la symbo­lique alchimique du Graal. Il est savoureux de noter qu’il débutera son oeuvre de vingt-cinq mille vers en affirmant “je ne suis pas un savant, je ne sais ni lire ni écrire”…  

L’existence d’une franc-maçonnerie opérative est désormais incontestable ; on en trouve des traces à Londres en 1212, à Magdebourg en 1215, et en 1221 sur le chantier de la cathédrale d’Amiens.  

Au cours du 13èmesiècle, des idées nouvelles se répandent, véhiculées par les alchimistes ou les kabbalistes. Grégoire IX réplique en instituant la Sainte Inquisition Romaine et Universelle, qui ne sera officiellement abolie qu’en 1965. Thomas d’Aquin s’inspire d’Aristote pour s’opposer à l’averroïsme et à l’école franciscaine, défendant la primauté du sens littéral de la Bible et fondant la doctrine catholique qui restera prédominante jusqu’à nos jours.  

En 1286 s’éteint la première dynastie royale écossaise, qui était donc d’origine celtique irlandaise.  

Ce sera l’origine de plusieurs décennie de guerre entre écossais et anglais, marquée par des personnalité comme James le Stewart, William Wallace et Robert le Bruce.  

Devenu roi d’Écosse en 1306, il est immé­diatement excommunié par Rome, qui craignait probablement la résurgence d’une église celtique. La guerre contre Édouard 1erse poursuit, on observe que Robert le Bruce apprend progressivement à éviter les batailles rangées, préférant les escarmouches (ce que les Templiers avaient appris au contact des sarrasins de Terre Sainte). Dans les années qui suivent, la discipline s’organise, des armes et du matériel arrivent d’Irlande (forcément en transit depuis le continent puisque l’Irlande n’avait pas d’industrie militaire).  

Le vendredi 13 octobre 1307, Philippe le Bel ordonne l’arrestation de tous les Templiers français. Nombre d’entre eux ont pu échapper à la rafle et se réfugier à l’étranger. Les Templiers restants se sont rendus sans résistance mais nul ne trouva trace du trésor ni des archives de l’Ordre. La flotte des Templiers s’est également volatilisée, et il n’est pas impossible qu’une partie ait pu rallier l’Écosse via les grands ports de commerce irlandais de l’époque (Limerick et Galloway).  

A noter que la Bulle de dissolution de l’ordre templier ne fut pas rendue publique en Écosse puisque, Robert le Bruce ayant été excommunié, elle n’avait pas cours sur ses terres. Une légende, affirme même que l’ancien maître de la province templière d’Auvergne Pierre d’Aumont se serait réfugié en Écosse avec deux commandeurs et cinq chevaliers, après s’être déguisé en maçon et avoir changé de nom (pour s’appeler Mac Benac ). Avec George Harris, grand commandeur templier d’Hampton Court, il aurait décidé de maintenir la tradition de l’Ordre sous une forme secrète, en adoptant les symboles et les emblèmes de la maçonnerie.  

Quoi qu’il en soit, après la victoire écossaise de Bannockburn sur les anglais, la fille de Robert le Bruce épouse le fils de James Stewart, tandis que son frère débarque en Irlande où il se fait couronner roi.  

C’est ainsi qu’en 1371 : le petit-fils de Robert le Bruce montera sur le trône d’Écosse sous le nom de Robert II Stewart, et fondera la dynastie des Stuart.  

Là encore, il m’a semblé utile de mettre l’accent sur les relations étroites qui ont uni pendant plusieurs siècles l’Irlande et l’Ecosse.  

Je saute allègrement 400 ans.  

La franc-maçonnerie s’est largement développée en Ecosse, en Angleterre, en France et en Allemagne, mais je n’ai pas grand-chose à dire de l’Irlande pendant cette période.  

Nous arrivons à la fin du XVIIe siècle,  et il faut tout de même dire quelques mots du roi d’Angleterre Jacques II Stuart, qui vient d’avoir un fils en 1688 et qu’il compte bien élever dans la catholicité. Le parlement réagit en proposant le trône à Marie, fille de Jacques et épouse de Guillaume de Nassau, prince d’Orange, chef des protestants néerlandais et ennemi du roi catholique Louis XIV. Marie accepte et débarque en Angleterre. C’est la Glorious Revolution  anglaise, qui entraîne la chute du roi Jacques II et prépare l’installation de la monarchie hano­vrienne orangiste.  

Jacques II se réfugie à Saint Germain en Laye accompagné de six régiments qui auraient chacun eu leur loge : Royal Écossais, d’Albany, O’Gilwy, Dillon (régiment irlandais dont certains officiers seraient à l’origine de La Bonne Foi, fondée vers 1700), Gardes Écossaises et Walsh Irlandais (au sein duquel serait née La Parfaite Égalité, dont le Grand Orient de France a admis en 1777 que ses constitutions dataient de 1688).  

Ce sont les plus anciennes mentions que j’aie pu trouver d’une franc-maçonnerie irlandaise.  

 C’est aussi à Saint Germain qu’aurait été installée la Loge Mère Stuardiste du Rite Jacobite, à laquelle aurait appartenu le chevalier de Ramsay. Cette maçonnerie jacobite aurait pratiqué un degré de Maître Écossais de Saint-André, fondé sur le retour de l’exil à Babylone et la reconstruction du Temple par Zorobabel (ce rituel à double sens aurait permis d’évoquer la restauration des Stuart sur le trône d’Angleterre). Sans anticiper ce que nous diront de prochains conférenciers, on peut aussi noter que le chevalier de Ramsay, fut l’exécuteur testamentaire de Fénelon et le précepteur du fils de Jacques II d’Angleterre, c’est à dire du chevalier de Saint-George, prétendant déchu au trône, père de Charles-Édouard Stuart.  

En 1690, après avoir débarqué en Irlande et assiégé Londonderry sans succès, Jacques II et les catholiques sont à nouveau battus par Guillaume III d’Orange et retourneront en exil en France. Jacques II mourra à Saint-Germain en 1701,  laissant une veuve qui lui survivra dix-sept ans ; certains partisans jacobites en profiteront alors pour se dénommer “les enfants de la veuve”.  

Quant à Guillaume d’Orange, il se fera recevoir maçon en 1694 et présidera des assemblées à Hampton Court. La maçonnerie orangiste protestante se dotera ainsi de statuts supprimant toute référence à une Église, précisant : "votre premier devoir est d’être fidèles à Dieu et d’éviter toutes les hérésies qui le méconnaissent ”. Et en vertu de “l’acte d’établissement” de 1701 qui consacre l’union de l’Ecosse et de l’Angleterre sous la forme d’une Grande-Bretagne, les princes de la maison de Hanovre accéderont au trône d’Angleterre et favoriseront l’épanouissement de la monarchie parlementaire.  

Revenons en Irlande, en 1710, pour l’anecdote de miss Élisabeth Saint-Léger . On raconte que la future lady Aldworth) s’était endormie dans une pièce contiguë à une loge, et qu’elle assista ainsi à son réveil à une tenue maçonnique. Surprise par son père, il fut décidé que la meilleure façon de garantir son silence était de l’initier, ce qui fut fait sur l’heure. Cette transmission (régulière puisqu’assurée par des maçons réguliers) indique qu’à l’époque pré-andersonienne, l’exclusion des femmes n’était pas un principe intangible, même s’il ne s’est agi en l'occurrence que de s’assurer de la discrétion d’un témoin involontaire.

En 1717, quatre loges andersoniennes s’autoproclament Grande Loge de Westminster, ce qui marque conventionnellement le début de la maçonnerie dite « spéculative ». Huit ans plus tard, ce sera la fondation de la Grande Loge d’Irlande, qui sortira les jeunes loges irlandaises de la clandestinité.  

Le premier franc-maçon irlandais célèbre est Jonathan Swift (Dublin Lodge n° 16) qui publie en 1726  Les voyages de Gulliver. Doyen des chanoines de la cathédrale St Patrick à Dublin, il ne se priva toutefois pas de publier divers pamphlets contre l'Église, la politique et même l'Irlande. Il a consacré un tiers de sa fortune aux pauvres, et un autre tiers à la fondation d'un hôpital psychiatrique.  

En 1730, la Grande Loge d’Irlande se dote des Constitutions de Dublin , globalement basées sur celles d’Anderson mais en y ajoutant la Sainte-Trinité et les Devoirs “au nom de Jésus-Christ, notre seigneur et sauveur”.  L’invocation d’ouverture se faisait au très glorieux seigneur Dieu, Grand Architecte du ciel et de la terre  étant précisé lors des cérémonies d’initiation que le nouveau frère sera gratifié de la divine sagesse  afin qu’il soit capable d’éclaircir, au moyen des secrets de la maçonnerie, les mystères de la piété et du christianisme.  

La même année, dans un contexte marqué par de nombreuses « divulgations » (en particulier la Masonry Dissected  de Pritchard), la Grande Loge de Londres décide d’inverser les moyens de reconnaissance des premier et deuxième degrés afin de ne permettre l’accès des loges qu’aux maçons qu’elle juge réguliers.  

Dans la foulée, cette même Grande Loge de Londres (qui compte déjà plus d’une centaine de loges) commence à manifester des prétentions de supériorité vis-à-vis de la Grande Loge d’Irlande et des loges d’Écosse, se permettant d’émettre des doutes sur leur régularité. “L’inversion anglaise”, susceptible d’être jugée contraire à la tradition, n’a certainement pas contribué à améliorer leurs relations...

Ce sont les prémices de la querelle des Ancients et des Moderns, qui va durer quelques décennies, d’autant que vont rapidement apparaître les premiers « hauts grades ».  

Dès 1743, on trouve en Irlande la première référence connue à la Royal Arch , portée par deux “Excellents Masons” lors d’une procession à la saint Jean d’hiver. L’année suivante, un ouvrage du Dr Dassigny consacré à la maçonnerie irlandaise évoque un grade de Royal Arch , qui était alors réservé aux anciens maîtres de loge (Passing the Chair ), et développera la redécouverte des secrets originels de la maçonnerie, ainsi que les attributs du “roi” Zorobabel, du prophète Aggée et du grand prêtre Josué.  

En 1750 apparaissent deux degrés maçonniques, "Prévôt" et "Juge" qui font référence aux "Harodims", les 3600 menatskhim  nommés par Salomon pour surveiller le chantier du Temple.  

Ces deux grades seront ultérieurement réunis avec le "Maître Irlandais", un degré pratiqué vers 1761 à la Grande Loge des Maîtres Réguliers de Lyon (autour de la saga biblique de Joseph) et qui deviendra le septième degré du REAA.  

Arrêtons nous un peu sur un personnage important : Lawrence Dermott, irlandais né en 1720 et initié en 1740 à Dublin, vénérable en 1746 avant d’être reçu au Royal Arch. Il rejoint la Grande Loge des Ancients en 1752 et en devient le grand secrétaire quatre jours plus tard ; il occupera cette fonction pendant vingt ans, avant d’être député grand maître. Sous son impulsion, les Ancients  intègrent l’Arche Royale comme extension des grades symboliques, ce degré étant jusqu’alors réservé aux passés-maîtres installés. En 1756, il publie Ahiman Rezon, équivalent des Constitutions pour les Ancients , ouvrage de 238 pages réédité à de multiples reprises et qui sera adopté par de nombreuses grandes Loges se réclamant des Ancients . Il y est précisé que “quiconque, par amour de la connaissance, pour le désir d’étendre son champ d’utilité ou pour tout autre motif vertueux désire devenir franc-maçon, doit être informé qu’il doit croire fermement dans l’existence de la divinité, et qu’il doit l’adorer et lui obéir en tant que Grand Architecte et Gouverneur de l’Univers. Les francs-maçons sont strictement astreints d’observer la loi morale et de fuir les voies de l’immoralité et du vice. Ils doivent également éviter les erreurs grossières du libre penseur, de la bigoterie et de la superstition. Ils doivent faire un usage convenable de leur raison personnelle en vertu de cette liberté par laquelle, en tant que maçons, ils sont faits libres d’en user mais non d’en abuser. Ils sont tenus d’adhérer aux grands principes essentiels de la religion révélée sur laquelle tous les hommes sont d’accord, alors que la façon et les formes d’adoration sont laissées à leur propre jugement. Il s’ensuit que les francs-maçons sont des hommes de bien et loyaux ; hommes d’honneur et de probité, hommes vertueux, quels que soient les noms qui aident à les distinguer. De par ce compte-rendu de la religion du métier, il ne faut pas supposer que la maçonnerie enseigne aux hommes à devenir indifférents envers la religion et l’état futur. C’est le contraire qui est vrai  (...) La bienveillance universelle est la plus grande aspiration morale. Elle constitue l’Étoile Polaire de la maçonnerie. Les influences sectaires et les disputes sont susceptibles de réduire cette gaie sympathie pour tout le genre humain, laquelle est le dessein que notre Ordre cultive et sert. Les disputes religieuses, et non la religion, sont bannies de nos loges  (...) En somme, la moralité et les devoirs religieux du maçon sont contenus dans ce commandement : tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, et tes voisins comme toi même”.

C’est sous l’impulsion de Dermott qu’en 1762,  la Grande Loge d’Irlande s’allie officiellement à la Grande Loge des Ancients  

Il faudra attendre 1773 pour que la Grande Loge d’Écosse imite celle d’Irlande et s’allie également à la Grande Loge des Ancients,  dans un contexte de conflit exacerbé entre ces derniers et les Moderns, la légitimité de la Grande Loge de Londres étant alors remise en cause par la moitié des maçons britanniques.  

Laurence Dermott meurt en 1791 ; grâce aux liens étroits tissés avec l’Irlande et l’Écosse, et à l’expansion du Rite outre-mer, il aura donné à la Grande Loge des Ancients des assises suffisamment fortes pour que vingt-deux ans plus tard, l’Acte d’Union des Grandes Loges d’Angleterre (1813) soit négocié sur un pied d’égalité.  

C’est sans doute dans cette esprit que lorsque, le 31 mai 1801, le comte de Grasse-Tilly et John Mitchell fondent à Charleston le Suprême Conseil du Saint-Empire, premier Suprême Conseil du Rite Écossais Ancien et Accepté pour la juridiction Sud des États-Unis, les maîtres maçons des deux grands systèmes rivaux y étaient indistinctement acceptés, quelle que soit leur religion.  

Un Suprême Conseil du REAA sera installé en Irlande en 1824, dont la régularité sera confirmée par le convent de Lausanne en 1875.  

Il restera partie prenante de la Déclaration de Principes de Lausanne alors que l’Angleterre et l’Écosse se retireront de la Confédération quelques années plus tard, considérant que le texte ne met pas suffisamment l’accent sur la notion de Dieu personnel.  

C’est néanmoins en concertation avec les Grandes Loges d’Irlande et d’Écosse qu’en 1929, la Grande Loge Unie d’Angleterre annonce qu’elle rompra toutes ses relations avec les obédiences qui ne respectent pas ses Principes fondamentaux pour la reconnaissance des Grandes Loges.  

Depuis, la Grande Loge d'Irlande est restée dans la mouvance de la GLUA ; elle regroupe aujourd'hui 45 000 membres répartis dans environ 900 loges (dont une centaine à l'étranger).

 

Source : Quatrième Cahier de la Loge de Recherche n° 1306 « Mare Nostrum » (GLDF)

avec la permission de l’auteur

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1ère Tenue de la RL Loge Laurence Dermott

4 Février 2013 , Rédigé par T.D Publié dans #histoire de la FM

La RL Indépendante  Laurence Dermott c’est réunie le lundi 4 février 2013 pour la première fois.

Après avoir ouvert à 19h les Travaux au Grand Architecte de l’Univers selon le Rite de Grande Loge, les 12 Frères présents ont travaillé à partir d’un texte tiré d’Ahiman Rezon et de « ce que doit savoir un Maître Maçon » de Papus.

A 20h 45mn, le Vénérable Maître a fermé la Loge et les Frères sont repartis satisfaits.

Prochaine Tenue : le lundi 8 avril sur le thème de la Kabbale.

http://logedermott.over-blog.com

 

 

 

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Communiqué – Consécration de la GLTF le 19 janvier 2013

2 Février 2013 , Rédigé par GLTF Publié dans #histoire de la FM

Rédigé le 30 janvier 2013

La GLNF a traversé la crise la plus grave de l’histoire de la Franc Maçonnerie. Grave sur tous les aspects, mais surtout dans la durée. Devant cette situation inextricable et déshonorante pour leurs cœurs de maçons, de nombreux Frères, lassés des querelles permanentes au sein de leur Obédience, ont manifesté depuis plus d’une année, le désir de tourner la page et de construire un avenir plus serein.

Ces Frères, calmes, responsables et déterminés, écartant toute tentation d’aventure les éloignant des principes fondamentaux régissant la Franc Maçonnerie traditionnelle, ces Frères ont décidé unanimement de créer une nouvelle Obédience, portant le nom de GRANDE LOGE TRADITIONNELLE DE FRANCE (GLTF).

La GLTF, à l’image de ce qu’était la GLNF avant qu’elle ne soit pervertie par les agissements des derniers Grands Maîtres, prône les grands principes intangibles de la Régularité Maçonnique, auxquels elle adhère pleinement.

Fondamentalement respectueuse de la tradition maçonnique, la GLTF travaille donc suivant les principes intangibles de la régularité maçonnique :

·         Croyance en Dieu, Grand Architecte de l’Univers

·         Respect des Landmarks

·         Respect des Anciens Devoirs

·         Respect des us et coutumes de l’Ordre

·         Respect de la Règle en 12 points

·         Respect des Obligations des Francs-maçons

 

La consécration le samedi 19 janvier 2013

Moment solennel et indispensable à son existence maçonnique, plus de 500 Frères représentant les 41 Loges pétitionnaires, ont rempli entièrement la Salle du conclave du Palais des papes en Avignon.

Le Grand Maître désigné de la GLTF, Jean-Luc VENTURINO, a pris ses fonctions au cours d’une cérémonie forte et pleine de solennité, respectant bien sûr les anciens usages et coutumes établis suivant la tradition maçonnique. Un moment que tous les Frères présents n’oublieront jamais.

Dans son allocution aux accents maçonniques bienveillants et chaleureux, le Grand Maître de la GLTF a défini les principaux objectifs de cette nouvelle Obédience pour les années à venir :

·         donner à tous les frères en quête de perfectionnement moral et d’élévation spirituelle, le cadre de travail digne de la hauteur de ce qu’ils sont venus chercher en loge.

·         travailler dans la paix et l’harmonie selon les critères de la Franc-maçonnerie régulière et traditionnelle

·         mettre en application, en toutes occasions les préceptes d’exemplarité, de fraternité et de solidarité.

·         développer l’obédience par un choix rigoureux des profanes et un engagement fort des parrains

C’est par une longue ovation que l’assemblée a salué l’élection du TRF Jean-Luc VENTURINO comme premier Grand Maitre de la Grande Loge Traditionnelle de France.

A ce jour, la nouvelle Grande Loge compte 850 Frères pour 41 loges réparties en 3 Provinces : Provence-Méditerranée, Bretagne-Atlantique et Camargue-Languedoc. Une page importante de la Franc Maçonnerie Universelle vient de se tourner, l’Ordre, la Rigueur, la Paix et l’Amour de l’autre sont à nouveau les missions sacrées de cette nouvelle Obédience qui porte le nom de GLTF, l’histoire en gardera la trace …

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Un texte d'actualité (1744)

30 Janvier 2013 , Rédigé par X Publié dans #histoire de la FM

MES FRERES,
Je ne sçaurois plus longtems vous dissimuler la douleur dont mon cœur est saisi, à la vue du brigandage, qui déshonore la Maçonnerie. Cet astre bien faisant, à peine a-t-il été levé sur notre tête, à peine nous sommes nous réjouis à sa lumière naissante, qu'il a commencé de s'obscurcir ; que de taches n'a-t-il pas contractées insensiblement ! & dans ces momens qu'il devroit briller comme en son midi, il souffre, hélas ! Une éclypse totale, dont je ne prévois pas sitôt la fin ; mais parlons sans figure, il semble que nous travaillons, de concert avec nos ennemis, pour nous aliéner les cœurs. Les Prophanes se scandalisent avec raison ;

1°. de notre peu de délicatesse dans le choix des sujets ;

2°. du trafic honteux des initiations ;

3°. de la somptuosité de nos repas ;

4°. de notre peu de conformité avec les Loges si recommandables des Provinces ;

& 5°. enfin de l'imposture d'une Maçonnerie hermaphrodite & bâtarde, qui fera bientôt le rendez-vous du crime, & sous les ruines de laquelle nous sommes menacés d'être ensevelis. Voilà les maux dont le Public n'est que trop instruit ; en voici d'autres qu'il connoît moins.

1°. On ne lit jamais dans nos Loges les beaux Règlemens de celles d'Angleterre, qui seroient si capables de nous réformer ; ne seroit-ce pas parce que cette lecture seroit trop humiliante pour nous ?

2°. La plupart des Frères ne sçait presque rien de notre art, parce qu'on néglige leur instruction.

3°. Le nombre des Maîtres n'est pas en proportion avec celui des Maçons, tel Maître compte cinq cent Maçons, & plus de sa Loge, comment lui seroit-il possible de les assembler tous à la fois ? Il faut que les neuf dixièmes soient à attendre leur tour, qui vient à peine par semestre.

4°. L'ignorance est si générale que la plupart des Maîtres & des Surveillans ne sçavent pas encore que la Maçonnerie est composée de sept grades, & la Loge générale même a décidé à l'aveugle le 11 Décembre 1743, qu'elle ne regarderoit les Maçons du quatrième, c'est-à-dire, les Maîtres Ecossois, que comme de simples Apprentis & Compagnons.

5°. L'administration des fonds n'est ni ordonnée, ni justifiée, la recette & la dépense se font sans contrôle, sans reddition de compte, elles passent par des mains prodigues, ou infidèles. De là, que de profusions ! Que de déprédations ! Que de maçons pauvres abandonnés à leur indigence, faute de fonds pour les secourir ! Que de Prophanes qui fuyent une initiation, laquelle dans le besoin ne leur procureroit pas plus de ressource, qu'ils en trouvent dans le monde non-Maçon ! Voilà les maux qui nous attireront bientôt le mépris du Public & les défenses du Gouverneur, si nous différons de nous corriger ; je vous les expose, la larme à l'œil, & m'en remets à vous, qui êtes sages & zélés, pour y apporter les remèdes qu'ils demandent, afin qu'il ne soit point dit un jour, à notre honte, que nous ayions fait périr, par notre faute, l'établissement du monde le plus avantageux à la Société.

Non, ce n'est pas de moi mais avouez que ce texte est assez d'actualité !!! Il est tiré de "La Franc-maçonne ou Révélation des mystères des Francs-maçons", pseudo divulgation de 1744 (rituel complètement erroné) mais dont l'intérêt réside principalement dans le texte que je viens de vous livrer... D'une part du fait des critiques que nous pourrions reprendre à notre compte aujourd'hui et d'autre part sur l'allusion aux 7 Grades dès 1744...

Il s'agit sinon d'un délicieux petit roman libertin du XVIII° :-)
 

Publié par Philippe Michel dans « Musée de la Franc-Maçonnerie (groupe officiel)

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