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planches

l'énnéade des outils et la franc-maçonnerie

9 Juin 2018 , Rédigé par Eric R\ et Walter Mu\ Publié dans #Planches

L’ennéade traditionnelle des outils, et la gradualité 

La franc-maçonnerie avec ses trois grades établit une progressivité dans l’acquisition des connaissances. Après les 4 épreuves purificatrices de l’initiation, l’apprenti apprend le métier de la taille de la pierre et pour cela il apprend le bon usage des outils. Traditionnellement c’est l’échelle (ou les marches) qui sert d’archétype à la progressivité de l’enseignement. Cette échelle est celle de la Scala philosophorum, échelle à neuf degrés représentant les neuf outils et instrument de la réalisation et de perfection de soi. Cette échelle ascendante et descendante est décrite par Robert Ambelain dans « La symbolique maçonnique des outils » et nous en faisons ici une interprétation adaptée à notre étude.

Notons qu’il existe différentes hiérarchies dans l’ordonnancement des outils. Suivant les rites et il est courant d’étudier le symbolisme des outils deux par deux du fait de leurs interactions et de leurs complémentarités. Ainsi on étudiera volontiers les couples maillet et ciseau, le niveau et la perpendiculaire, et bien sûr l’équerre et le compas. 

Les 9 instruments-outils du maçon de tradition suivant la tradition hermétique-alchimique des rituels Ecossais. Le maçon est préalablement accoutré comme il se doit, d’un tablier et de gants, quel que soit le grade. Il est donc en situation de travail tant physique, psychologique et symbolique. Ceci constitue un préalable sans lequel l’usage d’outils et instruments perd toute valeur initiatique. N’oublions pas que le temple maçonnique est une "imago mundi", une reproduction symbolique de l’univers dans sa totalité tant microcosmique que macrocosmique. Cette double représentation fait de l’échelle ascendante et descendante un axe de progression que nous pourrions appeler « axis Mundi ». Ainsi, la loi des correspondances vient à s’appliquer naturellement et le monde macrocosmique devient agissant sur le monde microcosmique, et inversement. Ce double flux irrigue la totalité du système initiatique. L’idée reste de progresser sur soi pour rejoindre la totalité et l’universalité. L’action sur soi n’est donc pas sans effet sur l’univers et inversement. 

Les instruments de l’apprenti sont :       

                                       1° Maillet

                                       2° Ciseau

                                       3° Levier 

Les instruments du compagnon :    

                                       4° Perpendiculaire

                                       5° Niveau

                                       6° Equerre 

Les instruments du maître maçon :

                                       7° Compas

                                       8° Règle

                                       9° Truelle 

Cette ennéade est encadrée en sont point de départ par l’initiation dont le processus initial se caractérise par la vêture de l’oeuvrant (le tablier et les gants), qui va transformer la pierre brute, jusqu'à la polir en pierre cubique à pointe et se termine par la légende palingénésique d’Hiram, consistant au relèvement du maître intérieur. Notons enfin que les lois de correspondances se retrouvent interprétées non seulement dans le sens vertical macro- microcosme, mais aussi dans le sens horizontal purement microcosmique où sont données des équivalences entre les éléments, les couleurs, les sens, les vertus, les arts libéraux, les nombres, les planètes. Ces équivalences sont censées réinsérer l’être dans un ensemble d’interactions globales. 

L’apprenti réalise la connaissance et la prise de conscience du Soi. C’est une renaissance à soi. L’apprenti s’identifie avec la pierre brute en phase de transformation par le travail.

Les vices de la pierre brute sont ceux de la nature profonde de l’apprenti. 

Il s’agit donc d’inventorier ses propres vices. Ce sont les aspérités, défauts de la pierre, le tout constituant le Soi, et d’amener un processus de travail vertueux pour dégrossir, polir et rendre une forme carrée, puis cubique.

Les instruments permettent d’accomplir ce type de travail, à la fois d’investigation de l’esprit et de réalisation technique.

L’apprenti maçon observe, réfléchit, prend conscience des émotions, des passions, et de tout ce qui anime sa propre personnalité, sa propre conscience. À ce stade ce sont les pulsions primaires, propres à l’état évolutif de l’enfance qui déterminent irrévocablement le futur de sa personnalité, le caractère et les modalités comportementales.

Nos défauts découlent d’une énergie vitale déviée qui ne permet pas au Soi de se développer comme individu et d’interagir harmonieusement dans la société. 

Ce sont les ressorts de la passion, des émotions et des impulsions primaires qui doivent être gérées, freinées, contrôlées et selon les cas modifiés. C’est dans ce cadre général que nous aborderons l’ennéade des outils. 

Avant d’aborder la neuvaine, il faut en définir le socle. 

Le tablier représente la vêture initiatique de l’apprenti. Le tablier est associé à l’élément Terre, qui indique aussi l’abîme ou la profondeur du cabinet de réflexion, grotte de laquelle en remontant, il prend conscience de sa corporalité.

Le tablier est associé à l’élément terre dont l’impétrant s’extrait avec cette retenue et cette crainte face à la lumière. En découlent l’avarice pour le vice et la prudence pour vertu.

On voit par cette association que le symbole est complexe, mais correspondance dans ses tenants et ses aboutissants.

Dans l’échelle philosophique, tout se tient et tout est cohérent. 

L’apprenti utilise trois outils qui sont des aides pour sa progression : 

-Le maillet symbole de la volonté agissante, emblématique du pouvoir et de l’intelligence, s’associe à l’élément eau, au vice de la gourmandise, et ayant pour vertu cardinale la tempérance. 

-Le ciseau symbolisant le discernement dans l’action et l’efficacité, est associé à l’élément air, au vice de la luxure et pour vertu cardinale la justice. 

-Le levier symbole de l’effort dans la réalisation et donc de puissance, est associé à l’élément feu, au vice de la paresse et à la vertu cardinale de la force. 

L’apprenti, en gravissant les trois premiers degrés de cette échelle à neuf barreaux, effectue paradoxalement une plongée dans se profondeurs secrètes qui sont ni plus ni moins les états élémentaires et inférieurs de l’être. Son état est prénatal, sa naissance se fera dans le monde de la matière. C’est donc la force, l’inconscient et l’instinct qui constituent son socle identitaire 

Le compagnon travaille à l’inverse, sur une pierre déjà dégrossie par l’apprenti, débarrassée de ses aspérités disgracieuses et pourtant non finie. Nous ne sommes plus dans les profondeurs du soi, mais sur une horizontalité contemporaine. Cette horizontalité permet la rencontre et l’enrichissement de tous les compagnons évoluant sur le même plan. Il pratique la géométrie et l’art du trait, il connaît l’usage du niveau et du fil à plomb pour construire des murs.

Son objectif est d’obtenir une pierre parfaitement taillée, au volume régulier du cube. Ainsi la taille du compagnon met en valeur non seulement la surface dans sa finition, mais aussi son volume dans un élan ascensionnel. De l’horizontalité le compagnon passe à la verticalité. Cet élan ascensionnel de la troisième dimension est représenté par la pointe de la pierre cubique qui n’est autre qu’une pyramide surplombant un cube. L’ensemble réunit en son sommet la totalité du cube et de la pyramide soit du quaternaire et du ternaire. Nous ne sommes plus dans les états inférieurs de l’être, mais dans le monde de l’âme qui donne le souffle à la vie.  Le compagnon se situe concrètement dans l’édification d’un mur du temple dont il est qu’une partie indispensable.Si les vices de l’apprenti sont vitaux, ceux du compagnon sont des maladies de l’âme. Il doit les combattre, s’il veut atteindre son accomplissement ascensionnel. Ce sont des maladies qui avilissent et rongent la psyché, en amenant le compagnon sur la pente de l’abrutissement et de la violence envers lui et envers les autres.

Viennent en aide au compagnon les instruments suivants : 

-Le niveau qui symbolise la sérénité dans l’application, mais aussi l’égalité, a pour vice l’envie et pour vertu de la charité. 

-La perpendiculaire ou fil à plomb symbolise la profondeur dans l’observation, mais aussi l’équilibre, et à pour vice la colère et pour vertu l’espérance 

-L’équerre qui est la rectitude dans l’action et la justice, à pour vice orgueil et pour vertu la foi. 

Le compagnon s’exerce dans les trois dimensions de la matière. Il recherche la beauté de la taille et fait entrer le subconscient et le sentiment dans son travail. Dans l’exécution de la tâche, il est né à lui-même. 

Le Maître travaille traditionnellement sur la planche à tracer, espace à 2 dimensions, sur laquelle il dessine et projette.  Il possède l’art de la géométrie et de la représentation en trois dimensions. Sa représentation devient conceptuelle. Il sait faire les calculs mathématiques, et passer d’une dimension à l’autre. C’est en ce sens qu’il connaît les grands mystères. Son monde est l’esprit, sa vision est globale. Il a seulement 3 instruments opératifs la règle et le compas, avec lesquels il peut tracer chaque type de ligne droite ou courbe et tracer des figures polygonales. Il sait utiliser la truelle, l’instrument de l’harmonie, de la perfection et de l’unification qui donne sens à l’ensemble bâti. C’est l’expression de sa sérénité et de sa bonne volonté, avec lesquels il maintient la paix et la sérénité de sa loge en aplanissant les divergences. 

Les vices du maître sont dans la sphère de l’esprit. Il n’y a plus de point commun avec le compagnon, si ce n’est le symbolisme constructif. Ce qu’enseigne la légende du 3° grade concerne la régénération de la vie, de toutes les facultés physiques ou psychiques de l’initié, et plus particulièrement le relèvement du maître intérieur qui sommeille en nous. 

Pour l’aider dans sa tâche, le Maître utilise les instruments suivants : 

-La règle symbolise la régularité dans l’application et la rectitude, a pour vice l’aveuglement et pour vertu l’intelligence. 

-Le compas symbolise la précision dans l’application, mesure dans la recherche de la vérité, a pour vice la folie et pour vertu la sagesse. 

-La truelle symbolise la perfection, a pour vice l’erreur et pour vertu la réintégration c'est-à-dire la prise de conscience supérieure d’une complète totalité. 

Les vices du maître sont ceux qui amènent à l'aliènement collectif, à l’extinction de la lumière intérieure de l’esprit : contre-initiation, aveuglement et folie. Ce sont les forces obscures qui créent le Maître Noir  illustré par l' Holocauste et à la folie nazi d’Hitler, les génocides perpétrés par Staline et par Pol Pot, le génocide arménien de la part des Turcs en 1910, aux explosions atomiques et des centaines d’autres terribles exemples. En plus petit aspect, mais non moins dangereux, ces vices engendrent des personnes dédiées à la suprématie, à la destruction, à la violence verbale, mentale et physique envers les autres. L’initié saura les détecter et se tenir à l’écart.

Pour conclure, le maître évolue dans le domaine de la sagesse en mariant conscience et raison. Il est sorti du travail de la matière, pour intégrer le domaine de l’esprit.

(…)

Extrait de la Planche commune franco-italienne « Lumière Ecossaise » à l’O\D’Ollioules et «Acacia » à l’O\d’Asti. 

Eric R\ et Walter Mu\

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/

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Egaux ou Ego ?

7 Mai 2018 , Rédigé par Ouroboros Publié dans #Planches

Egaux…c’est bien ainsi que nous nous qualifions, nous FM, et c’est bien là un de nos objectifs : cette égalité qui fait partie des principes fondamentaux de notre ordre et que nous invoquons haut et fort au début et à la fin de nos travaux en loge. L’égalité qui d’ailleurs est définie comme étant la qualité de deux choses qui ont une ou plusieurs caractéristiques identiques. L'égalité est donc doublement relative : elle suppose, d'une part, la relation entre les termes que l'on compare et, d'autre part, la relation entre ces termes et une unité de référence. Ainsi, deux corps peuvent être égaux en poids sans être égaux en taille. Appliquée aux hommes, la question de l'égalité varie donc selon les références que l'on retient. Mais, parallèlement à cette égalité, il faut noter ce qui constitue l’identité d’un objet ou d’une personne, ce qui en fait un élément unique. Ainsi, dans notre cas, nous sommes, au-delà de nos différences particulières, de nos tendances respectives, et de nos idées propres, égaux par le fait de notre appartenance à cet ordre qu’est la FM, animée par une raison suprême. Nous sommes égaux car nous avons en commun de participer à cette raison suprême. Cette égalité entre nous et entre les hommes de façon générale est aussi essentielle et nécessaire pour équilibrer la liberté. En effet, sans elle, trop de liberté accordée aux hommes créerait petit à petit une société de loups et d’agneaux, et cette liberté nous ramènerait inévitablement aux lois de la nature. L’égalité constitue donc le ciment social nécessaire à la construction d’une humanité ouverte et libre, dans le respect des différences et de l’identité de chacun.
Mais sommes-nous toujours capables de nous sentir égaux quand nous sommes différents ? Que se passe-t-il lorsqu’en loge ou ailleurs nous nous retrouvons face à des personnes ayant des idées différentes, des objectifs différents, qu’ils tendent à satisfaire et qui rentrent en contradiction avec nos propres objectifs individuels ? Que se passe-il lorsque notre Ego en prend un coup, et que nous nous retrouvons seuls à défendre nos opinions ? Notre Ego ne serait-il pas alors une entrave à l’idéal maçonnique ? Comment pouvons-nous ne faire qu’un avec nos frères et sœurs lorsque le MOI l’emporte ?
Ce MOI ou EGO désigne la représentation qu’on se fait de soi et la conscience que l’on a de soi-même. L’homme sous l’emprise de l’EGO ramènerait toute idée ou évènement à sa propre personne, faisant ainsi de lui-même le centre de l’univers, les autres n’agissant ou n’existant que pour participer à la réalisation de ses intérêts. La FM est d’ailleurs un moyen de se libérer de son EGO pour mieux se connaitre soi-même, en polissant sa pierre brute, en dégrossissant son EGO. Il est toutefois évident qu’il est nécessaire d’avoir un minimum d’ego et d’amour propre pour penser librement et exprimer de façon authentique ses idées et convictions, pour réaliser ses objectifs et ses rêves, enfin…pour avancer. Nous arrivons ainsi à une lame à double tranchant : comment servir un idéal sans ego, sans toutefois tomber dans le nombrilisme ?
En fait, je crois que ce n’est pas l’Ego qui poserait un problème. Bien au contraire, il nous donne la motivation pour mener nos combats contre les injustices, contre le fanatisme, contre les préjuges, etc. Par contre c’est un ego démesuré qui nous empêcherait d’accepter les autres, et de se soumettre aux principes de la démocratie. Un ego parfois trop amplifié ne saurait qu’éloigner le franc maçon de sa raison d’être initiale. Il devient alors important de se libérer de notre prétention, de notre vanité, et de revêtir l’humilité. Abandonner le superficiel, et mieux se connaitre soi-même, connaitre ses propres faiblesses. Pour atteindre cet objectif, il est nécessaire de passer par le processus d’initiation. Selon Jacques Ravenne, « toute la logique de l’initiation et de la pratique du rituel en loge est […] de décongestionner les egos trop envahissants. »
Laissons nos métaux à la porte du Temple, ces métaux dont fait partie intégrante l’ego de chacun, favorisons l’intérêt collectif à l’intérêt individuel, faisons fusionner nos énergies, sortons de notre Moi pour aller vers les autres. 
Nous ne pouvons nous construire Franc Maçons seuls avec notre Ego. Nous avons besoin pour cela de nos frères et sœurs….n’est ce pas pour cela que nul ne se proclame Franc Macon ; ce sont ses frères et sœurs qui le reconnaissent pour tel. 
L’ego vaniteux doit petit à petit s’effacer pour céder la place au moi véritable, un moi humble. Cette humilité qui doit devenir une attitude de l’âme, parce que l’orgueil ne saurait aimer, ni partager, ni respecter. Cette humilité que nous apprenons aussi par le silence auquel nous sommes soumis en tant qu’apprentis. Ce silence qui freine la passion lorsqu’elle veut se mêler à nos mots pour exprimer ce que notre Ego voudrait. Cette passion si dangereuse et qui devrait céder la place à la raison, et au Nous avant le Je.
Outre le silence, d’autres étapes de la vie de l’apprenti lui apprendront à mettre de cote son ego. L’assiduité et le travail sur les outils du FM ne sauront que nous libérer de notre moi, nous libérer de cet ennemi que nous avons vu le jour de notre initiation, ce visage dans le miroir, ce moi, cet ego.
Et pour que nous soyons Egaux, sans l’influence de l’Ego, la Règle et l’Equerre nous mèneront au droit chemin : La règle puisqu’elle nous permet de suivre fidèlement une règle de vie alors que notre ego nous perdrait dans des réactions passionnelles ; et l’équerre parce qu’elle discerne le droit et le devoir. Ne soyons pas renfermes sur nous-mêmes mes frères et sœurs, ne nous enfermons pas non plus dans nos convictions, car seul on ne peut rien, et ensemble on est capable de tout. Et si un jour, mes frères et mes sœurs, mon Ego l’emportait, remettez moi mon tablier blanc à la bavette relevée, et ramenez-moi au banc des apprentis, car c’est la que ma place serait.
Publié par Ouroboros 

source : http://connaistoi-ouroboros.blogspot.fr/

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Ego démesuré et liberté : un couple infernal

6 Mai 2018 , Rédigé par Freimaurerei.ch Publié dans #Planches

Quelle est l’origine de la souffrance humaine, des confusions mentales ? L’attachement à soi, l’égocentrisme. Oui, la source fondamentale du mal, c’est bien l’ego démesuré, surdimensionné, cette fulguration du moi qui est le point de référence central de tout univers individuel. Affirmer le caractère illusoire du moi est le résultat d’une analyse logique et d’une expérience directe de ce qui est, l’« ainsité » – ou véritable nature de la réalité.
L’ego, le je, le moi, le soi, sont intrinsèquement liés à la personnalité humaine. Dans la psychologie occidentale, l’ego décrit la fonction organisatrice de l’esprit ; il régule les énergies provenant du surmoi ( croyances conditionnées ) et du ça ( pulsions inconscientes ). En Orient, en revanche, l’ego exprime des états de saisie, d’identification, d’illusion de séparation, d’égocentrisme.
Un ego « contrôlé », « taillé », apporte un sentiment sain de soi ( aptitude fonctionnelle à diriger sa vie, à affronter les frustrations et les conflits, à mobiliser ses ressources, à prendre soin de soi-même et des autres, etc. ), alors qu’un ego démesuré, surdimensionné, n’apporte que souffrance. C’est pourquoi la psychologie orientale, après avoir fait découvrir que le sentiment de soi et de séparation demeure provisoire, faux, propose l’abandon de l’identification au moi – le non-soi – qui conduit à la santé mentale suprême, à la liberté, à la compassion et à la joie. Le non-soi n’est pas la négation de l’ego relatif, mais de l’illusion de sa réalité absolue. Il s’agit donc de se libérer de la saisie de l’ego, d’un soi séparé, autonome et indépendant engendrant la dualité, les passions et les souffrances qui en procèdent. Étrangement, si nous nous demandons « qui suis-je ? » ou « qui est ce moi ? », nous nous rendons compte que nous ne sommes pas ce nous croyons être. Car la réalité de ce que nous sommes et vivons fondamentalement est filtrée et déformée par le prisme de l’ego qui est l’expression même de l’ensemble de nos conditionnements.
Les passagers d’une existence
En Franc-maçonnerie, indépendamment de la Loge et de l’Obédience, des Frères se trouvent encore sous le joug d’un ego surdimensionné, malgré leur initiation, apparemment restée au stade virtuel, alors que son processus évolutif aurait pourtant dû concourir à le contrôler. Leur manière de fonctionner mentalement reste immuablement statique. Ce sont des Frères toujours en quête d’honneurs, de médailles et de fonctions; des Frères qui s’expriment davantage pour eux-mêmes, leur gloriole personnelle, souvent pour ne rien dire d’essentiel plutôt que d’extérioriser un partage authentique ; des Frères qui cumulent des fonctions tant dans les Loges « bleues » que dans les Loges de perfection, Chapitres, Aréopages, Consistoires… persuadés qu’ils sont d’être indispensables ; des Frères encore qui créent des intrigues engendrant des querelles, puis des séparations dans leurs Loges jusqu’à les faire éclater, faute d’avoir pu rassasier leurs ambitions malsaines autant que dérisoires. Les Maçons appartenant à l’une ou l’autre de ces catégories ne sont pas « libres », car prisonniers de la saisie de leur mental, victimes de leur vanité. Or, rien ne leur appartient, aucun bien, aucun humain ; ils ne sont que les passagers d’une existence ; quelque part, de simples régisseurs seulement responsables de leur destinée. Ne peut être réellement libre que celui qui a pris conscience du piège du moi et de l’illusion de la possession.
Si les forçats du moi sont des Frères Apprentis ou Compagnons, donc des Frères « en chemin », la poursuite de la taille de leur pierre brute vise justement à leur permettre de « grandir », de se libérer de leur excès d’ego. Mais que penser des Frères Maîtres, souvent depuis de très nombreuses années, toujours plus victimes de leur mental, toujours plus en état de souffrance, laquelle entretient la dualité ( la séparation entre moi et les autres, l’éclatement de ce qui est naturellement entier ) et la névrose ( compréhension confuse à la fois de son identité et du monde ) ? Souffrance qui ne peut qu’éclabousser leur entourage, profane et maçonnique.
Eduquer son esprit pour transformer les états mentaux négatifs en expériences positives
La nature véritable de l’esprit
L’une des solutions pour poursuivre l’oeuvre d’élévation, commencée schématiquement avec l’initiation, consiste à travailler sur son esprit en cultivant une attitude de renoncement à l’identification. Il se constitue d’un déni de l’essence singulière et unique de chaque Frère. Son caractère unique demeure, mais sans appropriation ni peur égocentriques. Le Frère découvre ainsi que son identité est éphémère, fluide ; chaque instant de son existence équivaut à une nouvelle naissance. La sagesse dit que l’individu n’est rien ; l’amour dit que l’individu est tout ; entre les deux, la vie s’écoule.
Pour se libérer, il s’agit encore de s’écarter de tous les attachements – désirs, jalousies, frustrations… qui emprisonnent dans des états de souffrance – peurs de ne pas y arriver ou de perdre ce qui a été acquis. Cela passe par l’éducation de son esprit, afin de transformer les états mentaux négatifs en expériences positives pour in fine atteindre l’état véritable de nonsoi, l’absence de soi qui est la nature véritable de l’esprit. Certes, cela semble facile en théorie, mais beaucoup moins en pratique. L’ascèse permanente, notamment en recourant à la méditation, permet néanmoins d’y parvenir, à son rythme. Cet engagement s’inscrit dans la volonté de s’initier dans le réel et non plus le virtuel, car aucun Frère n’est initié, mais s’initie lui-même.
A ce sujet, les Frères concernés par leur ego dévastateur pourraient se pencher sur le Mutus Liber de l’initiation, le « livre muet » établissant un pont entre les profondeurs de l’être et la métaphysique, le sacré, grâce à l’enseignement de ses symboles. Leur seule vision ouvre toutes les portes à l’intelligence, celle du coeur, du non-soi. A travers les cris et les murmures se révèlent des « choses » essentielles, elles aussi muettes. D.P.
source : https://freimaurerei.ch
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Etre le gardien du temple

5 Février 2018 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Tout voyage demeure, au final, un détour ; le plus important n’est peut-être pas de partir mais de revenir. Mais qui revient  après un long détour ? Qui deviens-tu, F\, ma Sø après les 3 voyages de l’initiation ? Il semblerait que tu aies déjà choisi, dans le monde profane une voie que nous dirions être celle d’un chevalier.

La voie du guerrier, c’est l’esprit du Samouraï en Orient, la chevalerie des épopées mystique de la Perse Islamique pour le croyant, tandis qu’en Europe, la quête du Graal et l’épopée templière incarnent cet idéal. Le mythe chevaleresque allait de part et d’autre exalter les hommes au théâtre de la guerre. C'est ainsi que l'esprit chevaleresque a fini par fusionner avec la quête du Temple achevé grâce aux efforts des bâtisseurs. Il y a bien eu des tentatives de restauration de la chevalerie, notamment au travers de la constitution d’une épopée chevaleresque au sein des grades maçonniques mais, comme l’avait signalé Karl Marx, on ne répète pas l’histoire sauf en faire une vaste mascarade tragi-comique!

Dans le Roi Pêcheur, la pièce de Julien Gracq, le Graal jouit, conformément à la tradition littéraire, d’un intérêt exceptionnel de la part des personnages qui peuplent l’univers mythique. Le Graal est considéré comme un objet aux propriétés miraculeuses; voilà pourquoi c’est vers lui que convergent les désirs de tous les acteurs du mythe. Le récipient précieux est protégé avec un soin exceptionnel dans l’espace du royaume du Roi Pêcheur, Amfortas, frappé d’une double souffrance, corporelle et spirituelle. Plusieurs indices permettent de supposer que le Graal constitue le centre d’une carte imaginaire inscrite dans un cercle. Enfermé dans un «tabernacle», le Graal est caché dans une salle particulière du château de Montsalvage, «la salle du Graal». L’accès au château est conditionné par le passage à travers la forêt, parce que c’est justement la forêt qui est sans cesse surveillée par les chevaliers du Graal afin d’empêcher les intrus d’entrer dans le royaume ensorcelé. Le trésor de la franc-maçonnerie ne s’apparente-t-il pas pour toi à un graal ?

Poursuivons l’histoire. Si Perceval parvient sans grande difficulté jusqu’à la frontière de la forêt ensorcelée, l’ayant franchie, il doit affronter la dernière étape de sa quête pavée d’épreuves, cette fois non plus d’ordre physique, mais d’ordre spirituel, en direction du Graal. Cependant, si l’existence du Graal n’est pas mise en doute par les protagonistes du drame, l’estime qui lui est réservée dépend des pouvoirs que ces derniers lui attribuent. Pour Perceval, sa quête est considérée comme un comble des aventures terrestres, ce qui réduit la coupe précieuse à un trophée désignant le meilleur chevalier du monde. Aux yeux des compagnons le récipient mystérieux se matérialise dans l’objet oscillant entre un talisman féerique et une sainte relique qui permet, grâce à ses propriétés miraculeuses supposées, de parvenir, ici-bas, à «la terre promise»,

à «un paradis sur terre». C’est Perceval, chevalier de la Table Ronde, qui récite la somme des caractéristiques, traçant des contours du Graal arthurien: «Il est dans le monde un trésor captif dans un château enchanté, un objet de grande merveille, le Graal. Pour qui le voit, ses yeux s’ouvrent et ses oreilles entendent, il comprend le chœur des mondes et le langage des oiseaux. Le Graal est suffisance, extase et vie meilleure. Il est soif et étanchement, dépouillement et plénitude, possession et ravissement. C’est pour se voir décerner ce prix du meilleur chevalier que Perceval entre sur le terrain interdit du royaume du Graal, espérant, dans la bataille suprême de sa vie, une fameuse victoire de sa force virile.

Pour le royaume du roi pêcheur, il s’agit d’un Graal différent, un Graal aux pouvoirs mystérieux, éteints toutefois par la faute du roi indigne. Le pays entier agonise avec son souverain, il pourrit, lentement mais inexorablement, comme la blessure d’Amfortas. L’existence déplorable du royaume d’Amfortas se pose ainsi comme une antithèse d’un âge d’or perdu, mais qui a la chance d’être retrouvé. L’heure de la délivrance doit venir avec l’arrivée d’un nouvel Élu, d’un nouveau Pur, qui rallumera le feu salutaire du Graal et deviendra le nouveau roi du Graal.

Une image évangélique du Graal est esquissée par le jeune chevalier qui dit : « à un seul il est donné de conquérir le Graal, s’il est assez pur et assez sage, et si parvenu après de longues aventures en sa présence, il sait poser la seule question qui délivre. Je veux être celui là ! » L’exclamation passionnée du jeune chevalier met le vieux roi en colère: « La gloire du Christ n’est pas remise entre tes mains, qui que tu sois, Perceval. Il commande que chacun fasse son salut, humblement, à la place où le sort l’a mis. Le Christ a pris le sort de tous en charge dans ses bras ouverts sur la croix. Ce n’est pas pour que le premier aventurier venu cède aux imaginations de sa cervelle vide, et se croie personnellement chargé de faire lever le soleil sur l’humanité. Tous sont appelés, Perceval, et non point toi singulièrement » . Le Graal demeurera éteint, Perceval n’ayant pas osé prononcer la question magique, par manque de simplicité.

Perceval quitte à la fin du dernier acte le château de Montsalvage, frappé par les révélations brutales d’Amfortas, mais non écrasé. Quittant le château, en hâte et discrètement, il laisse derrière lui la bataille la plus rude de sa vie.  Cette fuite du jeune chevalier peut-elle être interprétée comme un échec, comme un nouveau naufrage, provoqué par les charmes du Graal?

Il paraît être son contraire, un triomphe sur le Graal, pourtant discret et sans pathos, qui provoque l’éruption des passions incontrôlables, retirées sous le seuil de la conscience maîtrisée. Perceval vit devant nos yeux sa maturation difficile et, en acceptant ses limites, sa condition, il découvre en lui, non plus un dieu, mais rien moins qu’un homme. L’enfant est mort pour revivre en homme.

Voilà, jeune chevalier S., il en est de même ici. Les épreuves proposées ne semblent des victoires ou des défaites que dans un temps et un espace mythiques où tout est symbole, et la voie que tu as choisie n’a pas, cependant, aboutit dans un royaume fermé. 

Nous venons de te reconnaître comme franc-maçon, mon bien aimé F\, mais c’est dans le monde profane que tu seras un homme, un frère en humanité avec tous les hommes, là où tu rencontreras tous les autres dont l’humanité a besoin pour que se lève l’aurore de la lumière que tu appelles l’espoir.

source : http://solange-sudarskis.over-blog.com

 

 

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Qu’est-ce que la parole perdue ?

8 Novembre 2017 , Rédigé par S.S Publié dans #Planches

L'expression la parole perdue apparaît dans des rituels du 3e degré, où l'on parle aussi de la perte des secrets véritable du maître maçon. Il semble toutefois que les deux expressions soient relativement interchangeables ; ainsi le document Prichard de 1743 et l'instruction au 3e degré au rite écossais de la Mère Loge Écossaise de l'Orient d'Avignon de 1774 disent-ils :

Q : pourquoi vous a-t-on fait voyager ? - R : pour chercher ce qui a été perdu.
Q : qu'est ce qui a été perdu ? - R : la parole de Maître.
Q : comment la parole fut-elle perdue ? - R : par la mort de notre respectable maître Hiram.
 

Un homme meurt, refusant de livrer un banal mot de passe pour se faire payer, connu de tous les maîtres, et un secret dont il était détenteur, par ailleurs, disparaît. Le secret n’est donc pas le mot de passe. Alors, est-ce un savoir que lui seul possède ? Est-ce une partie d’un mot à prononcer avec d’autres pour qu’il soit complet et efficient ? La parole d’Hiram serait-elle autre chose que celle d’un seul homme ? Que peut-être cette parole pour le franc-maçon d’aujourd’hui ? N’oublions pas que le mot Hiram porte en lui-même des mystères et parmi ses nombreuses traductions de l’hébreu, il peut aussi être lu comme HaReM qui désigne la chose cachée. 

Le savoir personnel 

Quel serait ce savoir ?

  • Au Rite York, à la mort d’Hiram, il est dit : « Il n'y a pas de plans sur la planche à tracer pour permettre aux ouvriers de poursuivre leur travail, et le G :. M :. H :. A :.  a disparu ». Sur la planche, le maître d’œuvre modifie le plan selon lequel la construction du Temple devra s'effectuer. Cette planche sert en permanence de point de repaire pour l’ouvrage qui va être réalisé au fur à mesure de l’avancée des travaux. Lorsque l’ouvrage est terminé, il doit se superposer exactement au tracé qui est sur la planche. La conception théologique de l'art de la construction peut se résumer en une recherche de médiété parfaite entre la beauté pure qui n'appartient qu'à Dieu et le miroir que doit lui offrir, par son œuvre, l’architecte afin qu'elle se révèle aux yeux des hommes. Concrètement, ce qui fut perdu serait-ce cette capacité architecturale de concevoir l’édifice et de terminer l’œuvre ?
  • Mais allons plus loin. Hiram, a été envoyé par le roi de Tyr à Salomon pour ses savoirs aussi particuliers que ceux que possédait Betsaléel, le constructeur de l’Arche d’alliance du désert : il était habile pour les ouvrages en or, en argent, en airain et en fer, en pierre et en bois, en étoffes teintes en pourpre et en bleu, en étoffes de byssus et de carmin, et pour toute espèce de sculptures et d'objets d'art qu'on lui donne à exécuter (II Chroniques, 2, 13 et 14).C’est grâce à 3 vertus que le premier temple fut construit par Betsaléel car il est écrit en Exode 31,3 : «Je [dieu] l’ai rempli de l’esprit d’Élohim en sagesse, en intelligence et en savoir», " בְּחָכְמָה וּבִתְבוּנָה וּבְדַעַת ", vertus que l’on retrouve en Hiram dans I Roi 7, 14 « rempli de sagesse, d’intelligence et de savoir » " אֶת-הַחָכְמָה וְאֶת-הַתְּבוּנָה וְאֶת-הַדַּעַת "Ces trois vertus, concepts, attributs divins, types de forces, ou niveaux de conscience, sont les processus à l'œuvre des structures vivantes, correspondant aux 3 séphiroth  :     Hokhmah, la sagesse ; Tébouna, alias Binah, l’intelligence ; Daath, le savoir, la connaissance. La somme de leurs valeurs guématriques, après réduction, est équivalente à ce qui relie les 2 colonnes Yakin et Boaz[1] qu’Hiram a fondues. La parole perdue serait-elle l’esprit d’Elohim, cette capacité de création, comme celle du maharal de Prague avec son Golem dont aurait été doté Hiram ? John Yarker qui, dans un article sur Le rite d’York et l’ancienne maçonnerie en général, remarque qu’«en vérité, des ouvriers complotèrent illégalement pour extorquer d’Hiram Abif un secret, celui de l’animal étonnant qui avait le pouvoir de couper les pierres.  Le secret qui a été perdu par les trois Grands Maîtres est celui de l'insecte shermah (shamir), qui a été employé pour donner un parfait polissage aux pierres. Considérant cette remarque de Yarker, le secret opératoire du shamir serait-il «ce qui a été perdu» ? De même, dans la présentation du rituel Wooler, qui ressemble au texte de Yarker, on lit dans un catéchisme du troisième degré : «Après la construction du Temple, les ouvriers du plus haut degré, connus sous le nom de« Most «Excellent», ont accepté les grands secrets concernant le noble In… Sh…, qui était ce qui constituait le secret des trois Grands Maîtres et [pour] lequel HAB fut tué » ; l'utilisation d'abréviations prouvant le caractère autrefois ésotérique, ou supposé tel, de l'information. Dans son Miscellanae Latomorum, le Dr William Wynn Westcott propose un passage d'un vieux rituel qui parle précisément du secret de l’insecte shamir et des trois Grands Maîtres. Voilà notre intérêt maçonnique éveillé. Cette tradition maçonnique est ignorée de nos jours, mais intéressons nous à ce shamir ; essayons de trouver quelques sources à cette incroyable histoire. Ce shamir miraculeux aurait été spécialement créée au début du monde pour cette utilisation opératoire. Selon cette légende, quand Salomon demanda aux rabbins comment construire le Temple sans utiliser d'outil de fer, pour se conformer, bien sûr, à l'injonction du Deutéronome (Exode, 20,21 ; Si toutefois tu m'ériges un autel de pierres, ne le construis pas en pierres de taille; car, en les touchant avec le fer, tu les as rendues profanes), ils attirèrent son attention sur le shamir par lequel Moïse avait gravé le Nom des tribus sur le pectoral du grand prêtre. Voyons cela de plus près. Ranulf Higden (1300-1363), dans son Polychronicon, cite la légende du ver de fendillement de pierre, qu'il nomme thamir. Dans l’Encyclopédie juive on trouve cette légende qui raconte que, sur la recommandation des rabbins et afin de ne pas utiliser le fer, Salomon taillait les pierres au moyen du shamir, un animal, un ver dont le seul contact fendait la pierre. On retrouve cette légende également dans la littérature arabe et même dans  le Coran. Dans la littérature talmudique, il existe de nombreuses références à Shamir. Des qualités inhabituelles lui ont été attribuées. Par exemple, il pourrait désintégrer quoi que ce soit, même dur comme des pierres. Parmi ses possessions, Salomon la considérait comme la plus merveilleuse. Le roi Salomon était désireux de posséder le Shamir parce qu'il en avait entendu parler. La connaissance du Shamir est en fait attribuée par des sources rabbiniques à Moïse. Après avoir beaucoup cherché le Shamir de la taille d'un grain d'orge, il a été trouvé dans un pays lointain, au fond d'un puits, rapporté à Salomon, mais étrangement, il perdra ses capacités et est deviendra inactif plusieurs siècles plus tard, à peu près au moment où le Temple de Salomon a été détruit par Nabuchodonosor.

Étonnant et curieux Shamir ? Qu’est-ce donc ?

  • Selon les auteurs médiévaux, Rachi, Maimonides et d'autres, Shamir était une créature vivante, un ver ; soutenant que Shamir ne pouvait pas être un minéral parce qu'il était actif. Ce ver magique était doté du pouvoir de modifier la pierre, le fer et le diamant, par son simple regard. Par ailleurs, les sources rabbiniques ont transmis la description de la gravure des noms des douze tribus sur les douze pierres précieuses de la cuirasse du grand-prêtre (le pectoral) ; Moïse le fit non pas par sculpture, mais en écrivant avec un certain fluide et en les «montrant» à Shamir, ou en les exposant à son action. De l'avis des auteurs modernes, l'expression «montré à Shamir » indique clairement que c'était le regard d'un être vivant qui a effectué la division de bois et de pierres. On admet cependant que dans les sources talmudiques et midrashiques, on ne dit jamais explicitement que le Shamir était une créature vivante. 3 Alors Shamir/ schamir/ samur, comme on en trouve l’expression, un ver de la taille d’un grain, ou autre chose, une pierre selon les différentes sources littéraires ?
  • Une vieille source, La Légende de Soliman et testament de Salomon[2], ouvrage écrit en grec, probablement au début du troisième siècle de l'ère actuelle, se réfère à Shamir comme une «pierre verte», page 10 note 31 : le shamir serait une pierre de cristal vert de grande puissance. Le nom dérive probablement de samir/ épine ou tranchant. Un seul shamir est reconnu avoir existé. Il est sculpté en forme de coléoptère, scarabée de l’espèce sacer ateuchus. C’est la raison pour laquelle on a confondu le shamir avec un insecte.

Mais comment une pierre verdâtre aurait-t-elle pu couper le plus dur des diamants avec son seul regard ? Reprenons ce que raconte Louis Guinzberg, en 1909, dans Les légendes des juifs, qui, inspiré par l’exégèse rabbinique, rapporte l’histoire de manière très fantastique : le shamir fut créé au crépuscule du sixième jour avec d’autres choses extraordinaires. Il n’était pas plus grand qu’un grain d’orge et possédait le pouvoir remarquable de tailler les diamants les plus durs. C’est pour cette raison qu’il fut utilisé pour les pierres du pectoral porté par le grand prêtre. D’abord on traça à l’encre les noms des douze tribus sur les pierres qui devaient être serties dans le pectoral ensuite le shamir fut conduit sur les lignes tracées et celles-ci furent ainsi gravées. Circonstance miraculeuse, le tracé ne porta aucune particule de pierre. On avait également utilisé le shamir pour tailler les pierres dont fut construit le Temple, car la loi interdisait d’utiliser des ustensiles de fer pour tout ouvrage destiné au Temple. Pour le conserver, il ne faut placer le shamir dans aucun réceptacle de fer, ni d’aucun métal, il le ferait éclater. On le conserve enveloppé dans une couverture de laine qui à son est tour est placée dans une corbeille de plomb remplie de son d’orge. Le shamir fut gardé au Paradis jusqu’au jour où Salomon eut besoin de lui. Il envoya l’aigle pour y chercher le ver. Lors de la destruction du Temple, le shamir disparut[3]La manière dont Shamir était gardé en sûreté peut nous donner un indice: «Le Shamir ne peut être mis dans un vase de fer pour la garde, ni dans aucun vaisseau métallique: il éclaterait un tel récipient. Il est gardé enveloppé dans de la laine à l'intérieur d'une boîte de plomb rempli de son d'orge. Cette phrase est tirée du chapitre 48b du Talmud de Babylone et contient un indice important ; car, avec la connaissance actuelle nous pouvons facilement deviner qui ou plutôt ce qu’était Shamir : c'était une substance radioactive ; les sels de radium, par exemple, agissant sur certaines autres substances chimiques, peuvent émettre une luminescence de couleur jaune-vert. Cela expliquerait comment le pectoral du grand-prêtre avait été gravé : les lettres étaient écrites à l'encre, et les pierres étaient exposées l'une après l'autre au «regard» ou au rayonnement du Shamir. Cette encre devait contenir du plomb en poudre ou des oxydes de plomb. Les parties des pierres qui n'étaient pas protégées par le plomb se désintégrèrent sans laisser de particules de poussière qui, selon ce Talmud, paraissaient particulièrement merveilleuses. Les parties protégées par de l'encre de plomb se dressaient en relief sur la surface des pierres précieuses[4]La possession la plus précieuse de Salomon, son Shamir, n'a pas survécu avec le temps, il est devenu inactif. La version habituelle de l'histoire, « le Shamir disparu », ne correspond pas à la traduction exacte texte hébreu. Le mot batel utilisé pour décrire la fin, ou la disparition, de Shamir  n'a qu'une seule signification : "Pour devenir inactif.". Dans les quatre cents ans qui ont passé de la construction du premier Temple à sa destruction par Nabuchodonosor en -587, une substance radioactive aurait pu devenir inactive[5]Le secret d’Hiram serait-il celui de l’utilisation d’une sorte de laser radioactif[6] ? 

La connaissance partagée 

Et si la « parole » était un ensemble d’éléments répartis entre plusieurs détenteurs dont la méconnaissance d’un seul entraînerait l’inefficacité du tout ? Un morceau de code en somme, un morceau de symbole ! Dans la légende, de fait, trois personnes forment un triangle : Salomon, le roi de Tyr et Hiram, les trois grands maîtres, chacun assigné à un rôle particulier et indispensable dans la construction du Temple. La légende dit que le Roi Salomon, Hiram Abiff, Roi de Tyr (1 Rois: 7:13), et Hiram Abi de la tribu de Dan (2 Chr.: 2:13) se sont réunis pour concevoir les plans de la construction du Temple, Salomon conçut, Hiram de Tyr fournit les moyens et Hiram réalisa l’œuvre. Nous apprenons que le grand savoir devait être gardé par ces trois personnes jusqu'au parachèvement du Temple. La parole leur aurait-elle été confiée en trois parties. Chaque membre du ternaire serait détenteur du mot sacré ou d’une fraction de celui-ci. Il fallait le concours des « trois premiers Grands-Maîtres », de sorte que l’absence ou la disparition d’un seul d’entre eux rendait cette communication impossible, et cela aussi nécessairement qu’il faut trois côtés pour former un triangle. Cela veut dire que chaque membre du triangle constitue la pointe d’une figure doté d’un centre commun. Ce centre, c’est le point de concordance des trois sensibilités magique, spirituelle et rationnelle qu’ils incarnent. Ce centre est donc l’essence de l’homme et de la nature c’est-à-dire l’essence de la vie qui se traduit concrètement en force de vie ou élan vital. Comment se fait-il que, sachant que la parole ne pouvait être que par la réunion du 3 (le roi Salomon, le roi de Tyr et Hiram), comment se fait-il qu'aucun d'entre eux n'ait pensé à transmettre sa propre connaissance à un disciple pour que la chaîne ne se brise pas en cas de disparition? Était-ce se croire immortel ? Les exégètes des rituels assimilent la prononciation du Tétragramme à la « parole perdue ». Elle devait être trisyllabique. La syllabe est l’élément réellement indécomposable de la parole prononcée, même si elle s’écrit naturellement en quatre lettres. En effet, quatre (4) se rapporte ici à l’aspect « substantiel » de la parole et 3 à son aspect « essentiel ». Il est d’ailleurs à remarquer que le mot substitué  lui-même, dans sa prononciation rituelle, sous ses différentes formes, est toujours composé de trois syllabes qui sont énoncées séparément. Considérant que chez les Hébreux, le grand prêtre, le Cohen Gadol, était seul détenteur de la prononciation recta dictio et totale du mot sacré qu'il vocalisait une fois par an dans le saint des saints, cela pourrait vouloir dire que la parole ne fut pas perdue et que si Salomon la substitua, c'est qu'il pensait que son Maître d'œuvre avait cédé à la pression de ses agresseurs en la dévoilant : il fallut donc changer cette parole. Dans ce même registre, on remarquera que lors de la destruction du Temple de Jérusalem et de la dispersion du peuple juif, la véritable prononciation du Nom tétragrammatique fut perdue ; il y eut bien un nom substitué, celui d’Adonaï, mais il ne fut jamais regardé comme l’équivalent réel de celui qu’on ne savait plus prononcer. En effet, la transmission régulière de la prononciation exacte du principal nom divin, désigné comme ha-Shem ou le Nom par excellence, était essentiellement liée à la continuation du sacerdoce dont les fonctions ne pouvaient s’exercer que dans le seul Temple de Jérusalem ; serait-il le centre spirituel de la tradition qui fut perdu ? Les mystères des sociétés initiatiques de l'Antiquité perpétuaient les premières traditions du genre humain et les nouveaux acquits des corps savants pour élever, au-dessus de leurs semblables, des initiés jugés aptes à en faire un usage utile pour tous. Cet enseignement leur était donné de bouche à oreilles après avoir pris l'engagement, par un serment menaçant, de ne le transmettre à d'autres initiés que sous les mêmes formes et conditions. Il est raconté qu'ils étaient possesseurs de secrets scientifiques redoutables et bienfaisants, dont leur haute morale imposait le respect, mais susceptibles, étant détournés de leur action bénéfique, d'être transformés dans un but malfaisant. Les initiations furent interrompues ; des initiés s'éteignirent, emportant dans la mort les secrets qui leur avaient été confiés. Les secrets des rites initiatiques pour l'intromission des pharaons, véritables mystères de la lignée royale d’Égypte, furent définitivement perdus à la mort du roi Sekenenrê Taâ qui mourut sans les avoir dévoilés à son ennemi qui voulait les lui arracher. Dans certains cas, au lieu de la perte d’une langue, il est parlé seulement de celle d’un mot, tel qu’un nom divin par exemple, caractérisant une certaine tradition et la représentant en quelque sorte synthétiquement ; et la substitution d’un nouveau nom remplaçant celui-là marquera alors le passage d’une tradition à une autre. Quelquefois aussi, il est fait mention de « pertes » partielles s’étant produites, à certaines époques critiques, dans le cours de l’existence d’une même forme traditionnelle : lorsqu’elles furent réparées par la substitution de quelque équivalent, elles signifient qu’une réadaptation de la tradition considérée fut alors nécessitée par les circonstances ; dans le cas contraire, elles indiquent un amoindrissement plus ou moins grave de cette tradition auquel il ne peut être remédié ultérieurement[7]. 

Que peut-être la parole perdue pour un F\M\ d’aujourd’hui ? 

Les remarques que nous venons de faire montrent que la parole perdue serait soit un savoir, soit une prononciation, soit une connaissance spirituelle ou magique soit encore la trace du passage d’une tradition à une autre. La parole perdue du F\M\ me paraît un peu différente. Nous ne pouvons faire l'erreur des mauvais compagnons qui croyaient que le secret du maître maçon relevait de la communication d'un savoir ; notre recherche est bien différente puisqu'elle se place sur le plan de la Connaissance, celui de l'être et du spirituel, de l'immanence et de la transcendance. Dans l’exotérisme judaïque, le mot qui est substitué au Tétragramme qu’on ne sait plus prononcer est un autre nom divin, Adonaï, qui est formé également de quatre lettres, mais qui est considéré comme moins essentiel ; il y a là quelque chose qui implique qu’on se résigne à une perte jugée irréparable, et qu’on cherche seulement à y remédier dans la mesure où les conditions présentes le permettent encore. Dans l’initiation maçonnique, au contraire, le « mot substitué » est une question qui ouvre la possibilité de retrouver la « parole perdue », donc de restaurer l’état antérieur à cette perte. La parole perdue met en relief la nécessité d’une nouvelle perception et d’un nouveau langage relatif à la notion d’essence et de présence au-delà de la forme. Elle n’est pas à comprendre comme uniquement une perte dans la transmission, mais comme le commencement d’un apprentissage d’autres éléments de langages. Il nous reste à nous interroger sur comment trouver cette parole[8] ou comment lui en substituer une autre de même puissance.

À suivre…

 


[1] Si, comme en guématrie simple on ne donne pas une valeur particulière aux lettres finales : Yakin s’écrit

«יָכִין» yod, kaph, yod, noun et a une valeur de 10+20+10+50 = 90 ; Bo’az s’écrit « בֹּעַז» beth, eïn, zaïn et a une valeur de 2+70+7 = 79.

Entre les deux il y a une différence, une présence de 11.

Hakhmah, « חָכְמָה», la sagesse , (heith, kaph, mem, hé) soit 8+20+40+5 = 73

Tébouna, alias Binah, «תְבוּנָה »l’intelligence (tav, beith, vav, noun, hé) soit 400+2+6+50+5 = 463

Daath, « דַעַת » le savoir, la connaissance (dalethh, eïn, tav) soit 4+70+400 = 474

L’ensemble des  3 vertus : 73+463+474 = 1010 soit en réduction 11

[2] D’après les chroniques de Tabari Me d Ibn Djarir, Sabine Baring-Gould, Ahimaaz bin Tsadok, Louis Ginzberg, John D. Seymour. https://books.google.fr/books?id=-oEaEmuYFPoC&printsec=frontcover&hl=fr#v=onepage&q&f=false

[3] À rapprocher de l’Ourim et le Thoummim qui sont généralement considérés comme des objets ayant trait à l'art de la divination. En hébreu, le mot ourim signifie lumières, et thoummim, perfections, parfois traduit par vérité. Les érudits juifs les décrivent comme un instrument qui servait à donner la révélation et à déclarer la vérité. Ils disparurent avec la destruction du 1er Temple, le shamir, quant  lui, disparut avec la destruction du second Temple. Ils sont tous en rapport avec le pectoral porté par le Grand prêtre d'Israël.

[4] La plupart des gemmes, tels que le diamant, le saphir, l’émeraude ou la topaze, sont décolorés par la radioactivité. D’autres pierres précieuses, comme l’opale, sont constituées de cristaux de silice hydratée. Le rayonnement alpha les désintègre en rompant la liaison avec l’eau ; celle-ci se volatilise sans laisser de résidu.

[5] Le radium perd environ un pour cent de sa radioactivité tous les 25 ans

[6] Pour compléter cet aspect : http://www.lamed.fr/index.php?id=1&art=1424&mode=print

[7] La mort d’Hiram et la Parole perdue de René Guénon :  

https://legende-hiram.blogspot.fr/2016/05/1948-la-mort-dhiram-et-la-parole-perdue.html

[8] Rite émulation

V.- (au ler S.) Qu'est-ce donc qui est perdu ?

1er S.- Les véritables secrets des MM. MM.

V.- (au 2e S.) Comment se sont-ils perdus ?

2° S.- Par la mort prématurée de notre M. H.A.

V.- (au ler S.) Où espérez-vous les trouver ?

l er S.- Au Centre

V.- (au 2e S.) qu'est-ce que le Centre ?

2e S.- Un point à l'intérieur d'un cercle qui se trouve à une distance égale de toutes les parties de la circonférence.

V.- (au ler S.) Pourquoi au centre ?

ler S.- Parce que c'est le point où le M.M, ne peut faillir.

V.- Nous vous aiderons à réparer cette perte.

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com

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Chassez partout ! Ou analogies entres forces Sous-marines et Franc-maçonnerie

27 Août 2017 , Rédigé par G\ L\ Publié dans #Planches

Cette planche a pour but de vous faire découvrir modestement et succinctement un monde que vous ne connaissez peut-être pas.

Préambule

Surface, chassez partout ! L’ordre du commandant fuse dans les hauts parleurs. Chassez partout ! Répète l’officier chef de quart, chassez partout ! Répète à son tour le Maître de central, chassez partout ! Reprend l’électricien de central en actionnant les leviers du tableau de chasse vers le bas. L’air comprimé s’engouffre dans les ballastes en un bruit strident y chassant l’eau. Le submersible s’allège et perce la surface en un instant, passant de la pénombre des fonds sous-marins à la lumière du jour. Sanglé dans mon uniforme, le panneau supérieur du sas ouvert, j’accède à la passerelle sur les talons du chef de quart. Après trois longues semaines de plongée, la lumière du soleil sur une mer étrangement calme me remplit de bonheur. Quelles ont été longues ces journées passées au fond, seulement rythmées par les quarts où seule la couleur de l’éclairage, blanc pour le jour et rouge pour la nuit, permet de ne pas perdre le fil du temps. J’ai 18 ans et je suis maintenant un vrai sous-marinier, reconnu par mes paires, je repense à mon baptême qui a consisté lors de la première descente à 300 mètres d’immersion à ingurgiter un bol d’eau de mer puisé à cette profondeur suivi d’un bol de vin rouge au goût âcre et amère. Combien de symboles maçonniques dans ce court préambule ? Répétition des ordres, grade d’officier, grade de maître, passage de l’ombre à la lumière, uniforme, calice d’amertume lors du baptême qui s’apparente à l’initiation… J’ai maintenant 49 ans et j’ai l’honneur et la fierté d’être compagnon Franc-maçon. Perdu dans mes pensées, je me rends compte des nombreuses similitudes entre ce que j’ai vécu durant mes quinze années passées au sein des forces sous marines et mon expérience actuelle au cœur de notre belle confrérie, cela me donne envie de poursuivre. Un sous marin peut-il s’apparenter à une loge ? Pourquoi ne pas essayer ? Après tout, il s’agit bien là d’un milieu clos, complètement isolé du monde extérieur. L’amitié et la fraternité y règne dans une vie monacale qui comporte également de nombreux rituels, des traditions et un langage particulier. Les repas pris à bord s’apparentent à l’agape.

Les grades

Comparons rapidement les différents grades des deux organisations qui nous intéressent en commençant par le bas : Le mousse ou le matelot, chapoté par un quartier-maître ou un second-maître est incontestablement l’apprenti. Il a été initié, il est là pour apprendre et se former durant quelques années. Tout comme l’apprenti, il se sent perdu, ne comprend pas, alors il observe, analyse, essaie de se familiariser avec les nombreuses coutumes et pratiques de la marine. A bord d’un sous marin, il est corvéable à merci, il met la table, sert ses compagnons, débarrasse, nettoie, fait la vaisselle. Il ne parle pas beaucoup, répond seulement lorsqu’on lui pose une question en faisant bien attention de ne pas dire d’idiotie. Les quartiers-maîtres sont les compagnons, durant leurs différentes affectations ou pourrait-on dire voyages, ils vont parfaire leur instruction et acquérir les connaissances nécessaires à la prochaine étape. Chacun va apprendre à utiliser les différents outils propres à sa spécialité. Comme chez nous cette période peu durer 5 ans avec une progression régulière vers l’acquisition complète de la pratique et de la théorie relatives à la formation de chacun. Nous avons bien là les cinq voyages de l’augmentation de salaire. Compagnon Franc-maçon je revis cette période. Je suis passé de la colonne J à la colonne B, j’ai gravi les cinq degrés mystérieux du temple, j’ai découvert l’étoile flamboyante et la lettre G, j’ai lu, j’ai travaillé avec mes frères surveillants, j’ai voyagé et visité d’autres loges et découvert d’autres rites, suis je maintenant digne de passer maître ? Grade ou tout commence m’a-t-on dit ? Dans la Marine comme en franc maçonnerie, le maître a acquis l’expérience indispensable à la pratique de sa spécialité. Tout en continuant à se perfectionner, il est maintenant apte à jouer le rôle d’instructeur vis-à-vis des matelots et quartiers-maîtres, il est habité d’un devoir de transmission. Maîtres mécanicien, maître électricien, maître timonier, détecteur, torpilleur, radio, et bien d’autres. Ces hommes constituent l’ossature, les piliers de l’équipage, sans eux et leur savoir rien n’est possible, au fond des mers et des océans aucune erreur n’est permise. Les officiers sont la pour diriger le bâtiment et l’équipage. L’officier en second serait le premier surveillant son rôle étant d’aider le commandant il est également le trésorier du bord, l’officier en troisième chargé de la navigation pourrait être le maître de cérémonie qui à la charge de faire entre guillemet naviguer les frères au sein de la loge. L’officier en quatrième plus particulièrement chargé de la détection, des munitions et des torpilles est le couvreur qui avec son épée garde la porte du temple en détectant puis empêchant toute intrusion utilisant son arme si nécessaire. L’officier en cinquième a la responsabilité des transmissions il est alors l’orateur car souvent en relation directe avec le commandant pour le tenir informé. Le commandant, seul maître à bord après Dieu ou devrais-je dire GADLU serait ainsi le Vénérable Maître en chair. Je reprends mon rituel d’apprenti : « de même que le soleil se lève à l’Orient pour ouvrir la carrière du jour, ainsi le maître de la loge se tient à l’Orient pour ouvrir la loge, éclairer les travaux, et mettre les ouvriers à l’œuvre ». Au poste de combat, le commandant est au périscope, il est alors le seul à voir la lumière du jour. Il dirige l’attaque, la responsabilité pèse sur ses épaules, de lui dépend la survie de l’équipage. Durant des siècles, combien de commandant de navires ont attendu avec impatience le levé du soleil à l’Orient afin de faire le point au sextant et connaître ainsi la position de leur bâtiment ? Action indispensable à l’équipage pour la poursuite du voyage ou de la mission. Au fait, outre le sextant, quels sont les instruments utilisés pour faire le point ? Une carte bien sûr, mais également un compas ainsi qu’une règle graduée, autant de symboles maçonniques forts. Dans ce cas, le compas sert à mesurer les distances, en traçant plusieurs arcs sur la carte il va permettre de situé précisément la position du navire, associé à la règle il sera utile pour tracer la route, nous retrouvons là la lettre G de géométrie.

Les autres symboles

Quels autres symboles pouvons-nous trouver ? La mer, l’océan ou le voyage initiatique Le premier qui me vient à l’esprit est l’état de la mer. En effet, celle-ci peut être déchaînée, passer par plusieurs étapes jusqu’à devenir calme, voir très calme, on appel cela une mer d’huile. Lorsque le sous marin transite en surface, et que la mer est déchaînée, la vie à bord devient extrêmement pénible, tout bouge, tout ce qui n’est pas arrimé tombe, le navire tremble, grince sous les coups de boutoir de l’océan. L’équipage est presque en survie dans ce mouvant tumulte, en passerelle les veilleurs, transis de froid, sont annarchés pour éviter de se faire emporter par une lame. Comment ne pas faire tout d’abord le rapprochement une fois de plus avec l’initiation. De nouveau je reprends mon rituel d’apprenti : le premier voyage, emblème de la vie humaine, tumulte des passions, difficulté, obstacle, une fois de plus beaucoup de similitudes. Puis comme par enchantement la météo s’améliore, le vent commence à faiblir. A bord, doucement tout se calme, la vie devient moins difficile, nous sommes au deuxième voyage puis après quelques temps l’océan devient lisse, la vie reprend son cours normale de nouveau la sérénité s’installe au sein de l’équipage, c’est le troisième voyage. La seconde idée serait de comparer l’état de la mer au pavé mosaïque. L’océan déchaîné étant le pavé noir, la mer calme le blanc… Nous avons là une notion de dualité extrêmement forte. Le poste de combat de vérification ou la mise en place de la loge Avant chaque appareillage, toujours le même rituel, l’équipage au grand complet procédait au poste de combat de vérification. Toujours à quai, il s’agissait de vérifier le bon état du bâtiment en faisant fonctionner tous ses matériels, des moteurs diésel au sonar en passant par les émetteurs radio et l’étanchéité, tout y passait car hors de question de partir en mer à bord d’un sous-marin déficient.Où avez-vous été reçu maçon ? Dans une loge juste et parfaite. Que faut-il pour qu’une loge soit juste et parfaite ? Trois la composent, cinq la gouvernent et sept la rendent juste et parfaite. En tant qu’apprenti j’ai eu souvent à effectuer la mise en place de la loge avant l’entrée du vénérable maître en chaire et de ses officiers. Comme pour le sous marin, pas question d’ouvrir les travaux si la loge n’est pas juste et parfaite.

L’uniforme ou le tablier

Dans la marine comme en franc Maçonnerie, chacun se reconnaît à son uniforme et à ses insignes, du mousse à l’amiral, comme de l’apprenti au Très Respectable Grand Maître de notre obédience. A chaque grade équivalent un uniforme et des galons ainsi que différents insignes définissant la spécialité de chacun. Tout comme chez nous, plus le grade est élevé, plus la tenue est étoffée. Tout ceci me fait immédiatement penser aux ornements de tablier et aux bijoux d’officiers.

La pesée ou le niveau

En plongée une de nos préoccupations principales est la pesée. Un sous marin bien pesé est un bâtiment qui, en immersion, moteur stoppé, ne doit ni monter, ni descendre et conserver une assiette stable, « être de niveau ». Le réglage s’effectue en admettant ou en chassant de l’eau et en passant celle-ci de l’avant vers l’arrière ou vice versa. La pesée parfaite ne s’obtient qu’après une multitude de mouvements d’eau et reste éphémère et sans cesse à corriger car au fil du temps le submersible s’allège au fur et a mesure de la consommation de gasoil, de vivre et d’eau douce. Quels symboles maçonniques pouvons-nous déduire ? J’en vois deux : - Le niveau, bijoux du second surveillant et symbole de l’équilibre ainsi que de l’égalité entre tous les frères. - D’autre part, dans mon esprit, ce sous marin bien pesé, donc parfait, pourrait être la pierre taillée, qui va s’imbriquer précisément au sein du temple en construction mais aussi l’emblème du frère en quête de perfectionnement, tentant de corriger en permanence ses défauts et de vaincre ses passions afin d’essayer d’arriver à la sérénité et à un équilibre satisfaisant.

L’échelle ou la verticale

Aucun moyen de sortir d’un submersible sans emprunter une échelle verticale faisant passer le sous-marinier de l’ombre à la lumière. Je retrouve là les notions de verticalité, d’élévation, de fil à plomb qui me semblent fondamentales.

Le matricule

Le matricule définit dans la Marine comme en franc maçonnerie l’ancienneté de ses membres. 057700083 j’ai été le 83ème marin à signer un engagement en 1977. 80221 je suis le 80221ème frère à avoir été initié au sein de notre obédience.

L’inspection générale ou la visite du Grand Maître Provincial

Une fois par an, nous avions droit à l’inspection générale de l’Amiral commandant les forces sous marines. Nettoyage, bricage, peinture, remise en état de tous les matériels, un mois avant la date fatidique tout l’équipage était au travail et sur les dents afin que tout soit parfait le moment venu. Le jour J, les hommes en grande tenue, rangés et alignés et au garde à vous attendaient cette visite non sans quelque anxiété pour le passage en revue. Combien de fois me suis-je remémoré ces instants lorsque étant à l’ordre, les frères surveillants passent entre nos colonnes afin de vérifier que nous sommes bien maçons. Puis c’était le départ pour une journée en mer avec inspection de tous les compartiments par l’amiral, accompagné du commandant et suivi par le maître d’hôtel tenant rituellement un plateau d’argent sur lequel est posé une paire de gants blancs que l’inspecteur pouvait utiliser à sa guise afin de vérifier la propreté du bord, gare à la poussière… La visite du grand maître Provincial n’est pas sans me rappeler ces moments.

Le salut ou le signe

Vous me reconnaitrez à mes mots, signes, et attouchement. Dans l’armée en général, le salut qui s’apparente à l’ordre et au signe est ancestral, il marque le respect et l’appartenance à un même clan. Il s’effectue en portant la main droite tendue, paume vers l’extérieur au niveau de la tempe, à ce moment, le bras forme une équerre avec la verticale du corps, encore un beau symbole.

Quart de nuit en surface ou La voute étoilée

Je me souviens comme si c’était hier de ces longues heures de quart de nuit, passées à faire la veille dans le kiosque lorsque le sous marin était en surface. Là, au milieu de l’océan, c'est-à-dire de nulle part, j’ai pu voir des ciels étoilés magnifiques car aucunement altérés par une quelconque source lumineuse humaine. Dans ces moments de méditation intense j’ai souvent ressenti une très grande sérénité prémices à l’égrégore rencontrée parfois en loge.

La corvée de câble ou le branchement du temple de st Colomban

Depuis mon arrivée parmi vous, j’ai l’impression que tout me ramène au passé même les choses les plus inattendues comme le spécifique branchement du câble pour éclairer notre loge. En effet lors de nos retours au port, une fois le bâtiment amarré il était indispensable de le raccorder électriquement au quai, s’ensuivait la sempiternelle corvée de câbles pour laquelle tous les matelots étaient requis.

Conclusion

Vous aurez compris, mes frères, que lorsque j’ai entendu parler de franc maçonnerie pour la première fois et après quelques recherches personnelles, je me suis rapidement rendu compte, comme une évidence que ma place était parmi vous tant les similitudes entre la vie d’une loge, d’une obédience et mon passé militaire sont grandes. Je retrouve cette même fraternité, la vraie, celle qui lie les hommes de bonne volonté. Je retrouve la rigueur, le travail et beaucoup d’autres choses avec en plus le côté spirituel qui m’ouvre de nouveaux horizons à explorer, des horizons encore plus vastes que l’océan. Pour finir, je ne résiste pas à l’envie de citer une phrase prononcée ici par un frère qui se reconnaîtra : « Souhaitons que cet homme qui fut maître dans la marine le redevienne un jour en franc-maçonnerie ».

J’ai dit très vénérable.

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Faut-il tuer le vieux sur la montagne ?(extrait)

3 Août 2017 , Rédigé par D.D Publié dans #Planches

Le rituel d'initiation au 30. degré du Rite Écossais Ancien Accepté dit: :,
"Le grade de Chevalier Kadosh est d'origine templière. L'ordre du Temple, à la fois religieux et militaire, fut en rapport avec les maçons opératifs qui édifièrent leurs commanderies et leurs châteaux forts. Ils furent aussi en contact avec des sectes politico-mystiques du Proche Orient, [notamment avec les ismaïliens du Vieux de la Montagne]. Les templiers se trouvèrent ainsi instruits de diverses traditions initiatiques et leur ordre devint un maillon dans leur transmission" . 
N'épiloguons pas sur la prétendue filiation templière de la franc- maçonnerie. René Le Forestier, dans son monumental ouvrage La franc-maçonnerie templière et occultiste, trace l'origine de cette légende et la démonte point par point. Mais point n'est besoin d'être directement relié aux templiers pour s'inspirer de certains de leurs principes. En revanche, la référence au Vieux de la Montagne m'a singulièrement intéressé, surtout par les connotations positives dont elle est entourée dans le texte du rituel. Car j'en avais déjà entendu parler, de ce Vieux de la Montagne, et nullement en bien, puisqu'il m'évoquait la secte des assassins, et que Voltaire, dans son Dictionnaire philosophique, le prend comme référence à l'article Fanatisme! C'est cette apparente distorsion entre ces diverses allusions au Vieux de la Montagne qui m'a poussé à rechercher ce qui avait pu se passer dans cette région du sud de la mer Caspienne, il y a environ neuf siècles. Le fruit de cette investigation est simple: tout d'abord, le Vieux de la Montagne a réellement existé; il y en a même eu au moins huit, qui du mythique nid d'aigle d'Alamut, firent régner la terreur dans l'empire arabe de cette époque. Ceux que nous appelons aujourd'hui les assassins étaient des musulmans de la branche shiîte, du rameau ismaïlien de cette branche, et de sa tendance la plus extrémiste, celle des nizarites ou ismaïliens réformés. Il y eut effectivement de nombreux contacts entre les ismaïliens et les templiers, car les doctrines présentent un certain nombre de points communs. En 1171, les assassins faillirent même se convertir !...
...L'arrivée des croisés va encore, s'il.en était besoin, compliquer la situation.
Le détail des croisades ne nous intéresse guère. La première croisade voit Bohémond fonder la principauté franche d'Antioche en 1098; Baudouin de Boulogne fonde le comté d'Édesse et son frère, Godefroy de Bouillon, devient Avoué (défenseur) du Saint Sépulcre à Jérusalem en 1099.
Les turcs ne comprennent que lentement ce qui se passe: ils ne repousseront les Francs qu'après 1130. La deuxième croisade, prêchée par Saint Bernard en 1146, sera un échec total..
C'est sous le règne de Baudouin Il que les ordres militaro-religieux sont créés. L'ordre du Temple est fondé en 1118 par le champenois Hugues de Payens qui l'installe dans une partie du palais de Jérusalem appelée templum salomonis. Cette milice se donne pour mission de veiller à la sécurité des routes de pèlerinage entre Jaffa et Jérusalem. Le concile de Troyes, en 1128, approuve l'Ordre, d'inspiration bénédictine. On sait ce qu'il en advint: puissance religieuse qui échappait à l'Eglise, puissance militaire qui échappait au Roi, qui en était également débiteur au point de vue financier, ils additionnèrent les ennemis qui prononcèrent leur perte en 1313.
Naturellement les templiers, au même titre que les autres francs présents dans cette région, vont entrer dans le jeu des alliances et contre-alliances, ralliements et trahisons de cette époque; et se passèrent effectivement des choses extraordinaires:
- dans une bataille, on vit un jour s'opposer d'un côté un croisé franc - Tancrède d'Antioche, accompagné de 1500 chevaliers et fantassins francs, alliés à 600 cavaliers turcs seljoukides d'Alep - en face de Baudouin d'Edesse, autre franc, son cousin Jocelyn, alliés, eux, à un bataillon d'arabes et à une armée turque envoyée par le gouverneur seljoukide de Mossoul;
- on vit même, en 1130, Alix, la propre fille de Baudouin Il, rencontrer Zengi, atabeg seljoukide d'Alep et de Mossoul, et lui proposer une alliance contre son propre père !
Les templiers sont souvent bien considérés; voici, en 1140, le témoignage de l'émir Oussama : 
"Quand je visitais Jérusalem, j'avais l'habitude de me rendre à la mosquée al-Aqsa, lieu de séjour des mes amis templiers. Il y avait sur un des côtés un petit oratoire où les francs avaient installé une église. Les templiers mettaient cet endroit à ma disposition pour que j'y fasse mes prières. Un jour, je suis entré, j'ai dit "Allahou Akbar !" et j'allais commencer la prière lorsqu'un homme, un franc, se précipita vers moi, m'empoigna et me tourna le visage vers l'Orient en me disant: "c'est ainsi qu'on prie !" Tout de suite, les templiers accoururent et l'éloignèrent de moi ". Car au delà des alliances éphémères basées sur des intérêts politiques à court terme, si on se place aux plans philosophique et religieux, c'est manifestement avec le shiites que les chrétiens eurent le plus d'affinités. Écoutons Guillaume, archevêque de Tyr "ceux qui tiennent la loi de Perse ont nom en leur langage sonni, et ceux de la loi d'Égypte sont appelés shias, et ceux-ci ne sont pas si loing de la vraie foi chrétienne comme sont les autres". Il devient temps d'examiner plus en détail la religion islamique et ses principaux courants, courants dont la secte des assassins du Vieux de la Montagne représente la plus extrémiste.
Le message originel du Coran est simple: il comporte l'annonce de la suprématie d'Allah en tant que Dieu, et l'annonce du jugement dernier où les mauvais riches seront punis avec rigueur. Ce n'est que peu à peu que le monothéisme s'imposera, et que les menaces s'étendront à tous ceux qui ne suivent pas la Loi. Le rôle des prophètes bibliques antérieurs, et tout particulièrement de Moïse, est souligné. Naturellement, à côté de ces points communs, de nombreuses différences rendent le dialogue difficile; pour les musulmans, par exemple, Jésus n'est qu'un prophète et en aucun cas, une personne divine.
Voilà pour l'Islam traditionnel, celui des origines, tel que les sunnites le pratiquent. Mais nous avons vu que les shiites ont divergé sur la querelle de l'assassinat d'Ali. Leur philosophie a alors pris une direction qui a rendu le dialogue avec les sunnites impossible. En effet, les sunnites lisent le Coran et appliquent les principes qui y sont exposés, éventuellement en se référant au corpus de commentaires reconnus par la communauté entière. Ils ne pratiquent pas de théologie spéculative.
Mais les shiites ont développé un point de vue dualiste, qui sépare l'apparence littérale - le zahir - du. sens intérieur, le batin ésotérique. Pour un shiite, tout zahir possède un batin : "le Coran a un exotérique et un ésotérique. Celui-ci a à son tour, un ésotérique, et ainsi de suite jusqu'à sept profondeurs ésotériques".
Il en résulte, selon les deux tendances, des rapports différents entre le prophète et l'imam : le prophète révèle l'exotérique (la Loi religieuse) que Dieu fait descendre sur lui par l'intermédiaire de l'ange; l'imam, lui, doit reconduire cette apparence littérale à sa source, à son archétype, à l'Idée que Dieu y a placée.
Les ismaïliens réformés du Vieux de la Montagne iront jusqu'à affirmer la supériorité du sens caché (batin) sur. le sens littéral (zahir).
L'ismaïlisme prit naissance dans la ville de Kufa, centre culturel important, lieu de rencontre de religions anciennes. Djafar al Çadik, 6e imam shiite, avait désigné son fils Ismaïl comme successeur. Celui-ci, très populaire, avait immédiatement regroupé autour de lui un clan de supporters. Malheureusement, Ismaïl mourut avant son père, qui en conséquence désigna Abdallah, son second fils, comme successeur. Mais Abdallah ne survécut que 70 jours à son père! Les shiites se regroupèrent donc autour de Mousa al Kazim, désigné comme 7e imam. Les partisans d'Ismaïl, déçus, firent sécession. Le groupe, isolé, développa sa propre philosophie, et inaugurèrent le cycle des imams cachés. Désormais, le 8e imam est occulté, et il ne reviendra qu'à la fin des temps : cet imam des derniers temps est le mahdi. L'ismaïlisme possède une pensée philosophique et sophistiquée: c'est la philosophie de la nature d'Aristote, revue à la lumière du néo-platonisme, avec une utilisation poussée du raisonnement analogique (C est à D ce que A est à B...). Elle fait la distinction entre le microcosme et le macrocosme, séparés, mais en correspondance. Dieu, inconnaissable, donne d'abord naissance à l'Intellect universel, doté de trois attributs : la priorité, l'action, l'universalité. De cet intellect émane l'Ame universelle, qui se décline en fonction des différentes espèces de matière qui la reçoivent: elle sera par exemple, action motrice dans le monde physique et céleste; elle facilitera les mélanges dans le monde des quatre éléments; elle deviendra force de croissance dans le monde végétal; elle sera volonté motrice dans le monde animal; enfin, chez l'homme, elle sera force de pel1sée et de discernement.
Les Intelligences sont réparties en quatre catégories: l'intelligence en puissance, l'intelligence en actes et l'intelligence acquise sont naturelles et communiquées à tous les êtres; l'intelligence angélique, qui ne revient qu'aux prophètes et aux imams, peut se communiquer aux disciples. L'homme qui, comme le prophète ou l'imam, accède à l'intelligence angélique, s'élève au niveau de l'universel, de la perfection totale. En lui se rencontrent harmonieusement le microcosme et le macrocosme.
La connaissance revêt trois modes: la connaissance évidente, qui vient à l'homme spontanément, sans intervention de la réflexion; la connaissance spéculative, qui nécessite la réflexion et un éducateur (qui dans ce cas n'est qu'un éducateur partiel) ; la connaissance initiatique, acquise par l'intervention de l'imam, qui est éducateur universel. L'imam est donc la clef de voûte de l'édifice spirituel de l'ismaïlisme. Dépositaire de la connaissance supérieure, il possède infaillibilité, transcendance, pureté absolue. C'est à cause de ce rôle particulier de l'imam que l'ismaïlisme devient une doctrine initiatique. La connaissance salvatrice de l'imam, seul à pouvoir révéler le sens caché de ce qui est écrit, est transmise aux adeptes par une hiérarchie de dignitaires plus ou moins élevés en grade, selon le palier qu'il ont atteint dans leur progression initia- tique. Ces dignitaires, comme tous les initiés, doivent pratiquer la doctrine de l'arcane, la taquiya, qui consiste à ne pas révéler les connaissances qu'ils ont acquises à ceux qui sont moins avancés qu'eux. Cette doctrine du caché a souvent valu aux ismaïliens la suspicion et la haine des autres arabes.
Un problème important est donc la relation entre la lettre (le Coran) et l'esprit (le batin) qui y est caché et que seul l'imam peut révéler.
Pour la plupart des ismaïliens modérés (les khalifes fatimides par exemple), il y a un équilibre entre zahir et batin : le zahir, envoyé par Dieu aux prophètes par l'intermédiaire des anges, est interprété par l'imam, mais aucun de ces deux personnages n'a plus d'importance que l'autre. Mais sans cesse, les fatimides eurent à lutter contre des courants plus extrémistes qui faisaient pencher la balance en faveur de l'ésotérique, allant parfois jusqu'à rejeter l'exotérique comme une couverture inutile, voire nuisible. 
Selon ces derniers représentants de l'ismaïlisme, la connaissance du batin annule le zahir, devenu dépassé: le gnostique (celui qui a la connaissance) est alors dispensé d'observer les dispositions légales (la sharia) dès qu'il en connaît la signification intérieure: ce furent les mouvements quarmates, puis druzes. Finalement, les nizarites se regroupèrent en ce qui allait devenir l'ismaïlisme réformé et le premier Vieux de la Montagne, l'imam Hassan ibn Sabah, proclama vers 1094 , à Alamut, la grande résurrection comme l'ouverture d'un cycle de manifestations dans lequel la gnose serait directement accessible au croyant sans passer par l'intermédiaire de l'exotérique; il abrogea également la sharia : on imagine le scanda- le... La rupture avec le sunnisme fut alors irrémédiable. Attardons-nous sur cette personnalité extraordinaire que fut Hassan Sabbah. C'est un homme de vaste culture, né vers 1048 à Rayy (aux environs de l'actuel Téhéran). Il a peut-être été le compagnon d'étude d'Omar Khayyâm. Shiite ismaïlien, il ne supporte pas la relégation de sa doctrine par les turcs seldjoukides qui détiennent le pouvoir.En 1071, il part pour l'Égypte, autre bastion shiite, puisque tenu par les fatimides. Il y trouve le khalife al Moustanzir complètement domestiqué par le vizir turc el Jamali. Hassan Sabbah se lie alors avec les groupes intégristes qui souhaitent en finir avec les seldjoukides, et réformer le khalifat. Il se trouve que Nizar, le fils aîné du khalife al Moustanzir, est pieux et semble répondre à leur attente. Hassan Sabbah décide donc, en attendant la mort du khalife actuel et l'accession au pouvoir de Nizar, de préparer l'avènement d'un nouvel ordre shiite ismaïlien, qui prendra le nom de nizarites. En 1090, il s'empare par la ruse du château d'Alamut, dans la chaîne des monts Elborz. C'est une forteresse qu'il transforme en un nid d'aigle virtuellement imprenable. Là, il met sur pied une organisation politico-religieuse dont l'efficacité et l'esprit de discipline resteront inégalés dans l'histoire, et qui nous est parvenu sous le nom de secte des assassins. Les assassins (en réalité : les fidaïs), sont classés selon leur niveau d'instruction, de fiabilité et de courage; des novices au Grand Maître. ils suivent des cours intensifs d'endoctrinement, ainsi qu'un entraînement physique de haut niveau. Hassan Sabbah ne possède pas d'armée, mais son génie va lui faire mettre au point une arme d'une terrible efficacité: le terrorisme politique. Les membres de la secte sont envoyés individuellement, ou par deux, avec pour mission de tuer une personnalité choisie. Ils se déguisent en marchands ou en ascètes, circulent dans la ville où le crime doit être perpétré, se familiarisent avec les habitudes de leur victime. Puis ils frappent. L'exécution doit nécessairement se passer en public, devant une foule, la plus nombreuse possible. C'est pourquoi le lieu est la mosquée, et le jour le vendredi, généralement à midi. Pour Hassan le meurtre n'est pas un simple moyen de se débarrasser d'un adversaire; c'est avant tout une double leçon  donnée en public ; celle du châtiment de la personne tuée et celle du sacrifice héroïque de l'adepte exécuteur, généralement lynché sur le champ par la foule en colère.
On a beaucoup écrit à propos du terme assassin, appliqué aux membres de la secte, et devenu depuis un nom commun. 
La manière sereine dont ils se laissaient massacrer a fait croire aux contemporains qu'ils étaient drogués au haschich, ce qui leur aurait valu le surnom d'haschiyoun, ou haschaschin, mot ultérieurement déformé en assassin. René Grousset, dans son Histoire des Croisades, donne de leurs exploits une description étonnante : "On combattit avec rage. Halawân, le chef de ces hallucinés, les avait sans doute gorgés de haschisch pour les prédisposer à leur rôle d'assassins... ". La plante et ses vertus étaient connues depuis longtemps; Hérodote, dans son Histoire (420 av. J.C.), avait déjà décrit la manière dont les chamans scythes accédaient à la transe grâce au chanvre. Mais il y a une différences entre la transe chamanique et l'exécution minutieuse d'un plan complexe, tel que l'assassinat d'une personnalité en vue. Et si, du temps de René Grousset, les paradis artificiels étaient nimbés d'une aura sulfureuse, il n'en n'est plus de même aujourd'hui, et on sait bien que le haschisch calme l'agressivité plutôt qu'il ne la provoque: les adeptes des années 70 n'étaient-ils pas surnommés les "babas cools" ? De plus, comment admettre qu'une personne sous l'emprise d'une substance qui abaisse la vigilance, puisse commettre un acte aussi précis? Victor-Emile Michelet, dans son Secret de la Chevalerie en 1928, donne un autre genre d'interprétation : "Assassin est tout simplement une forme plurielle d'assas, qui signifie gardien". Et il ajoute finement : "il y a des mots, comme les gens, qui ont mal tourné. Les assassins étaient, comme les templiers, gardiens de la mystique Terre Sainte.Certains amateurs d'étymologie font venir ce mot de haschisch, à peu près comme ils font venir cheval d'equus... ". Ceci dit, il existe peut-être une autre possibilité : elle est développée par Vladimir Bartol, dans son roman Alamut. Dans cet ouvrage, on voit Hassan Sabbah aménager un recoin secret de son .château en jardins merveilleux, plantés de fleurs extraordinaires, peuplés d'animaux exotiques et de jolies jeunes femmes peu farouches et expertes dans les plaisirs de la chair. Lorsqu'un fidaï était prêt à partir en mission, Hassan Sabbah le prenait à part et lui disait qu'en tant que prophète, il avait le pouvoir de le transporter dans le paradis d'Allah. Le soir, le jeune homme était drogué et il s'éveillait dans ce jardin, où, l'esprit encore embrumé, il voyait des choses dont il ne soupçonnait même pas l'existence, où il buvait des vins exquis et passait de bras en bras; à la fin de cette nuit, il était de nouveau drogué et ramené dans sa chambre; le lendemain, il pouvait témoigner qu'Hassan Sabbah était réellement un prophète doué de grands pouvoirs, dont la cause devenait absolument sacrée; le reste était un jeu d'enfant: la façon la plus simple de retourner dans ce paradis, et d'y demeurer éternellement, était de mourir pour la cause ismaïlienne. Cette théorie rappelle ces images terribles d'enfants se précipitant au-devant des fusils qui les fauchaient, et qui mouraient heureux, persuadés que la clef de plastique qu'ils portaient au cou allait, la minute suivante, leur ouvrir la porte du paradis... Quoi qu'il en soit, l'organisation d'Hassan Sabbah ne tarde pas à s'illustrer, et deux ans seulement après la fondation de la secte, ils réalisent un coup d'éclat en assassinant le pilier de. l'empire turc seldjoukide : Nizam ol Molk, dont le nom à lui seul résume l'importance : l'ordre dans le royaume. Le 14 octobre 1092, un adepte d'Hassan Sabbah le transperce d'un coup de poignard; l'historien Ibn al Athir écrira alors: "Quand Nizam ol Molk fut tué, l'empire se désintégra...".
Mais un grave problème surgit : Nizar, en qui Hassan Sabbah fondait tous ses espoirs de rétablissement de la puissance shiite, est assassiné, emmuré vivant. Désemparé, Hassan Sabbah décide de poursuivre seul l'œuvre de sape du régime. Il s'attaque donc à la Syrie. Très vite, Redwan, le khalife d'Alep, tombe sous la coupe des délégués d'Hassan Sabbah, qui de plus infiltrent complètement son entourage. On les accuse alors de sympathies un peu trop poussées envers les francs. 
Il faut dire que, détestés et persécutés par tous les musulmans, les assassins ne sont pas mécontents de voir arriver les chrétiens, qui infligent défaite sur défaite aussi bien aux seldjoukides qu'aux sunnites; mais à Alep, en 1113, le khalife Redwan meurt; les batinites se retrouvent brusquement privés de protection, et, poussée par le cadi ibn al Kachab, la population d'Alep traque les shiites de rue en rue, de maison en maison; certains sont lynchés par la foule, d'autres sont précipités du haut des murailles, et plus de 200 membres de la secte périssent ainsi. Hassan Sabbah, le premier Vieux de la Montagne, meurt à Alamut en 1124, sans être sorti une seule fois de sa chambre, comme l'affirme la légende, pendant les trente dernières années. Son successeur vengera ses frères d'Alep: un jour de l'été 1125, alors que ibn al Kachab sort de la mosquée, un homme déguisé en ascète bondit sur lui et lui plante un poignard dans la poitrine. 
C'est alors une véritable terreur qui s'installe. Le 26 novembre 1126, le vizir d'Alep et de Mossoul meurt poignardé. Le mouvement ismaïlien devient une véritable lèpre qui ronge le monde arabe à un moment où il aurait besoin de toutes ses forces pour lutter contre les francs... Les ismaïliens vont jusqu'à conclure des traités avec ceux-ci: en 1129, sous leur influence, le vizir de Damas avait arrêté un accord avec les francs pour leur céder Damas en échange de Tyr. Tout était prévu: les troupes de Baudouin Il devaient arriver à l'improviste sous les murs de la ville dont les troupes d'assassins devaient leur ouvrir les portes, tandis que d'autres commandos étaient chargés de fermer les portes de la mosquée, pour empêcher dignitaires et militaires de sortir jusqu'à ce que les francs aient occupé la cité. Mais le complot est éventé; un guet-apens est monté sous la conduite de l'émir Bouri ; celui-ci fait assassiner l'émir, dont le corps est dépecé; et à nouveau, la chasse aux shiites est lancée: tous les batinites sont égorgés; leurs chefs sont crucifiés sur les remparts. Mais comme précédemment, le Vieux de la Montagne ne laisse pas ce crime impuni : un matin de 1131, alors que Bouri revient du hammam, deux hommes bondissent sur lui et le blessent au ventre; avant de mourir, ils avouent qu'ils sont envoyés par le Vieux de la Montagne pour venger leurs frères. Bouri mourra après treize mois de souffrances.
Un des épisodes les plus curieux (quoique parfois contesté) de l'histoire des assassins est celui de leur conversion ratée. Cet épisode se situe en 1171. Cette année-là, Saladin est nommé vizir d'Égypte, sous le sultanat de Nourredine. Celui-ci, en tant que musulman sunnite, demande à son vizir d'abolir le khalifat fatimide en place et de le remplacer par un pouvoir sunnite. Saladin s'exécute, et cela aura des conséquences importantes : tout espoir de voir renaître un âge d'or du pouvoir shiite s'évanouit à jamais, et les assassins en sont fort affectés. 
A cette époque, bien que possédant encore des prédicateurs et des tueurs, ils sont pour la plupart de paisibles paysans qui cultivent la terre, élèvent du bétail et surtout paient une redevance de 2000 besants d'or chaque année aux templiers. Le Vieux de la Montagne de cette époque, Rachideddin Sinan, fait alors savoir à Amaury qu'il est prêt à se convertir, ainsi que ses fidèles. On ne sait pas quel est le degré exact de bonne foi des assassins, mais il est sûr qu'une fois chrétiens, ils n'auraient plus à payer le tribut aux templiers. Or, ceux-ci sont. très attentifs à ces rentrées d'argent. En conséquence, lorsque les pourparlers sont prêts d'aboutir, ils tendent un piège aux représentants des assassins, et les tuent. On ne reparlera plus jamais de la conversion des assassins.
Comment tout ceci se terminera-t-il? Dans le sang, comme cela avait commencé. En 1251, les trois petits-fils de Gengis Khan décident de reprendre la conquête du monde que leur grand-père avait interrompue autrefois. Mongka est désigné comme souverain de l'empire; Koubilaï règne à Pékin, et Hulagu, installé en Perse, rêve de conquérir tout l'Orient musulman. Des centaines de milliers de cavaliers déferlent vers la Méditerranée, prennent et détruisent au passage, en 1256, la forteresse d'Alamut. La bibliothèque, d'une valeur inestimable, brûle, ce qui nous interdit à tout jamais de connaître en détail la doctrine des assassins. Le dernier Grand Maître, dernier Vieux de la Montagne, Ruk al Din, est mis à mort. Certains historiens soutiennent qu'un jeune fils du Grand Maître aurait échappé au massacre. Devenu le 28e imam vers l'âge de huit ans, il passera toute sa vie en réclusion dans les montagnes d'Azerbaïdjan et mourra en 1310. Ensuite, la communauté des assassins se divise en deux branches, dont l'une mène à l'Aga Khân actuel.
On peut se demander à juste titre pourquoi les ismaïliens et les templiers se sont trouvé tant de points communs (rappelons-nous la remarque de Guillaume, archevêque de Tyr, affirmant que les shiites ne "sont pas si loing de la vraie foi chrétienne".
En fait, outre le fond commun qui sert de socle aux deux doctrines, à savoir qu'il existe un dieu, inconnaissable au commun des mortels, que les anges sont ses intermédiaires auprès des hommes, que les prophètes ont transmis cette parole: Adam, Noé, Moïse, Jésus (quoique Jésus soit à la source d'un litige), les deux doctrines présentent d'autres analogies.
L'islam ne se prétend pas une nouvelle religion, mais plutôt comme un achèvement des précédentes : le christianisme a complété le judaïsme: l'islam achève le cycle en perfectionnant le christianisme.
C'était déjà la position de Saint Paul, qui présentait la religion nouvelle non comme une rupture, mais comme un complément et un achèvement de la philosophie religieuse grecque. Écoutons les Actes des Apôtres (17:16-34) : "quelques philosophes épicuriens et stoïciens conversèrent même avec lui (...) Ils le prirent avec eux et le menèrent sur l'aréopage en lui disant: pouvons-nous savoir quel- le est cette nouvelle doctrine que vous enseignez? (...) Paul, debout au milieu de l'aréopage, dit alors: Athéniens, je vois à tous égards que vous êtes des hommes très religieux. Parcourant la ville et considérant les monuments de votre culte, j'ai découvert un autel portant cette inscription : A un Dieu inconnu, Ce que vous révérez sans le connaitre, je viens, moi, vous l'annoncer".
Outre ce point commun de se considérer en continuité plutôt qu'en rupture par rapport aux religions existantes, on peut relever d'autres points communs.
Nous avons vu que par rapport au sunnisme, pour qui le texte du Coran est complet et doit s'observer directement, le shiisme a développé une dichotomie Zahir/Satin, exotérique/ésotérique, et que les ismaïliens, puis les ismaïliens réformés du Vieux de la Montagne avaient fini par déclarer la préséance du caché sur le littéral, et l'inutilité de la sharia.

Or, nous lisons, toujours dans Saint Paul, une conception dualiste des textes chrétiens, très proche dans son principe de celle des ismaïliens.
Écoutons la première épître aux Corinthiens: "Nous prêchons la sagesse divine, mystérieuse et secrète que Dieu, avant l'existence du temps, avait prédestiné pour notre gloire" ; et plus loin: "Mais il est dit dans l'écriture: choses que l'œil n'a point vues,
que l'oreille n 'a point entendues, et dont l'idée n'est pas venue au cœur de l'homme".
Ou encore: 
"L'homme naturel n'accepte pas les choses de l'esprit de Dieu: elles sont folies pour lui. Il ne peut les comprendre, parce que c'est par l'esprit qu'on en juge.L'homme spirituel, au contraire, juge de tout et n'est jugé par personne". Ce qui rappelle Saint Matthieu, qui déclare que les perles ne doivent pas être jetées aux cochons. Et qui peut révéler à cet "homme naturel", encore aveugle, le sens caché des textes ? La réponse est dans l'épître aux Éphésiens : "car vous avez dû apprendre la manière dont Dieu m'a conféré cette grâce qui m'est faite à votre intention: c'est par la révélation que j'ai eu connaissance du mystère tel que je viens de l'esquisser". (...) "Ce mystère qui n'a pas été manifesté aux hommes des générations passées comme il vient d'être présentement révélé par l'esprit à ses saints apôtres et prophètes". Nous avons ici une conception de l'intermédiaire entre Dieu et l'homme qui rappelle singulièrement l'imam. Il est par conséquent hors de doute que les croisés en général, en tant que chrétiens, eurent beaucoup plus à échanger avec les ismaïliens qu'avec les sunnites. En ce qui concerne les templiers, organisation militaire en plus que d'être religieuse (un point commun de plus avec les fidai's du Vieux de la Montagne), la notion d'élite et de progression simultanée sur les plans du combat et de la recherche initiatique de Dieu, a probablement encore accru cette proximité de vues sur l'organisation du monde, et des échanges profonds ont dû avoir lieu. En fin de compte, cette phrase de notre rituel, qui fait référence aux contacts entre les templiers et les assassins du Vieux de la Montagne, est à prendre dans son sens littéral. .II n'en reste pas moins que le Vieux de la Montagne et ses assâssins furent de sinistres personnages, inventeurs du terrorisme politique. Mais les templiers étaient-ils plus délicats? Au vu des alliances, contre-alliances et trahisons qui émaillent cette époque, il est fort à craindre que non...
Il reste à conclure. 
Dans un premier temps, je pensais rapprocher notre devise "fais ce que dois, advienne que pourra" de la formule que Vladimir Sartol, sans garantie de véracité, met dans la bouche de ce Grand Maître des illusions que fut Hassan Sabbah : "rien n'est vrai, tout est permis", phrase que l'on pourrait commenter à l'infini à notre propre époque. Mais ces mots m'ont soudain paru par trop pessimistes.
J'évoquerai simplement quelques paroles d'espoir, l'un de ces fameux robbayiats d'Omar Khayyâm, compagnon de jeunesse du Vieux de la Montagne:
" le jour où sera arraché l'arbre de ma vie
et que mon corps sera démembré
on fera peut-être de mon argile une coupe. Alors, de celle-ci, remplie de vin, je renaîtrai..."

Didier DESOR

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Savoir et connaissance

7 Février 2017 , Rédigé par Marc Desdit Publié dans #Planches

Le savoir nous l’utilisons tous. Rappelons-nous l’école et la façon d’apprendre. Il s’agit d’accumuler des informations, de les mémoriser, pour ensuite les réutiliser dans notre vie. Beaucoup de nos actions dépendent de ce type de mécanisme : au travail, nous nous souvenons de ce qui a été dit à la dernière réunion et que nous appliquons. Nous utilisons les mêmes procédés pour apprendre à parler, pour apprendre une langue étrangère. Le savoir est donc une accumulation d’informations qui influe sur notre comportement, ces informations font appel à la mémoire, et, se situent, temporellement, en amont de l’utilisation qui en est faite. On le voit, le savoir est nécessaire. Sans lui, la vie deviendrait vite impossible. Il ne s’agit donc pas d’opposer savoir et connaissance mais de reconnaître l’utilité de l’un et de l’autre.

Le savoir scientifique a considérablement fait progresser la condition humaine. Elle repose sur une accumulation de données, sur l’expérimentation. La science croit qu’elle est la mieux placée pour dire ce qu’est la réalité. Mais considère l’homme comme observateur extérieur à la démarche du savoir. A la différence de la connaissance et donc de la Franc Maçonnerie, qui place l’homme au centre de ses recherches. Où, d’observateur il devient acteur. "Connait toi même et tu connaitras l'univers et les Dieux". Ce concept se retrouve dans toute l' antiquité et dans la culture chrétienne  jusqu’à la renaissance où la vision scientifique du monde sépare radicalement le sujet  de l’objet de cette connaissance. Le monde est alors perçu comme une réalité que l’homme explore et exploite à son profit. Il est ainsi devenu, petit à petit étranger au monde et à lui même. C'est peut être une des explication qui fait que ce sont des hommes bien diplômés, plein de savoir qui ont jeté des avions contre les tours de New York. Cette analyse appartient, peut être, maintenant au passé car les progrès de la physique quantique semblent remettre en cause ce savoir. Jean Staune écrit « Un des grands enseignements de la physique quantique est que les particules élémentaires sont indéterminées en dehors de l’observation.  Elles ne sont pas fixes mais dépendent de la façon dont les observe.  Cela récuse l'idée d'une objectivité intrinsèque de la matière». Ainsi, nous découvrons que l’homme est un acteur, même pour le savoir scientifique, qui du coup trouve des corrélations entre les grandes traditions, en particulier orientales, et la science.

Ce que l’on appelle communément religion, c'est-à-dire une forme de croyance, appartient aussi au champ du savoir. Elle fait référence à des dogmes, l’expérience d’un saint ou d’un gourou, à un livre, pour que le croyant calque son comportement sur ces éléments du passé, qui sont présentés comme une vérité absolue. L’église a toujours été consciente du danger qu’est le connait toi toi même. Dans une encyclique, le Pape Jean Paul II précisait : «La conscience n’est pas une source autonome pour décider ce qui est bon et ce qui est  mauvais car la vérité n’est pas créée par l’être humain, elle est établie par la loi divine, norme universelle et objective de la moralité. » Un concile, par ailleurs déclarait que "c'est Dieu qui révèle et qu'il faut apporter l'obéissance de la foi. Et ainsi, la vérité que la révélation nous fait connaître n'est pas le fruit mûr ou le point culminant d'une pensée élaborée par la raison". L’église a tellement combattu cette approche que ce n’est qu’en 1945 que l’on a retrouvé les principaux textes gnostiques à Nag Hammadi. Gnose. Il s’agit, selon wikipedia, « d’un concept dans lequel le salut de l'âme  passe par une connaissance  directe de la divinité, et donc par une connaissance de soi. Le mot Gnose a notamment été utilisé de façon polémique, par des théologiens chrétiens pour désigner certains mouvements du christianisme ancien dénoncés comme hérétiques.

Les cathares qui sont souvent présentés comme inspirés par la gnose » ont subit le sort que l’on connaît. D’autre part, il aura fallu attendre 750 ans pour qu’en 2010 Maître Eckart soit réhabilité.

Un savoir plus subtil est celui qui concerne notre psychologie. Nous accumulons des sentiments, des plaisirs, des blessures, une éducation, des jugements, en bref tout un conditionnement qui agit sur nous de façon plus ou moins consciente. Henri Michaux dit cela d’une façon poétique et humoristique : « Je suis habité, je parle à qui je fus et qui je fus me parlent. Parfois, j’éprouve une gêne comme si j’étais étranger. Ils font à présent toute une société et il vient de m’arriver que je ne m’entend plus moi même ». Nous croyons entendre, voir, être en contact avec le monde, mais, le filtre de notre conscience fait que nous ne voyons le plus souvent qu’une projection de nous même, de notre mémoire. Il en résulte une erreur de perception qui fait que le monde extérieur n’a pas le caractère de réalité absolue que nous lui accordons. C’est donc ainsi, que nous sommes dans l’impossibilité de voir le monde tel qu’il est. Les psychologues, les psychanalystes ont beaucoup travaillé pour libérer l’homme de cette forme de savoir.

Voici, donc, 3 descriptions de savoirs. On pourrait en trouver d’autres.  Le savoir sépare, il appartient, à un groupe humain, on peut ainsi parler d'un savoir scientifique, religieux, philosophique ou psychanalytique. Il a ses mots, son schéma de pensée, ses communautés. C'est pour dépasser les limites que nous accueillons des hommes de toutes nationalité, de toute religion et que nous laissons nos métaux à la porte du temple. Le savoir est comme des pommes que l’on met dans un panier, chaque pomme est une part de notre culture, de notre expérience mais qui, malgré le panier, restent toujours séparé, fragmenté, prêt à susciter l’opposition, le conflit. C’est notre pavé mosaïque. Le savoir à pris dans nos sociétés une place importante, en envahissant le champ de la conscience. Il fonctionne comme une sorte de comblement en réaction à la peur, l’isolement, une recherche du plaisir, une façon de se sentir vivre, peut être, pour conjurer la peur de la mort. Les nouvelles technologies de communication on accentué cette emprise. C'est quand l'Esprit se détache de cette emprise qu'apparaît alors ce qui a toujours été là mais que le savoir cachait. La connaissance a quelque chose à voir avec le silence et le vide. Si le savoir fonctionne par accumulation, la connaissance fonctionne par épuration comme lorsque l'on taille une pierre brute. L’ignorance spirituelle n’est pas un manque d’accumulation de faits, de données, mais, un manque de connaissance de soi. Savoir c'est apprendre de l'autre, connaître est apprendre de soi. Il y a, donc, à l’intérieur de nous quelque chose à découvrir, qui nous met en relation avec le tout, avec les autres hommes par un sentiment de compassion, avec l’univers par la reconnaissance d’un ordre à la fois individuel et cosmique. C’est ce que dit, abondamment  notre rituel avec Vitriol, le fil à plomb, la pierre brute, la voute étoilée... La connaissance unit les oppositions du pavé mosaïque qui recouvre la loge, réunit se qui est épars, jusqu'à l'Orient, jusqu'au sommet du delta lumineux, jusqu'au Principe, à la non dualité. La connaissance est relation. Elle est intérieure à l'individu. Elle est unique. Elle demande une introspection, mais, se réalise aussi dans la relation: "si tu as un véritable ami, tu n'as pas besoin de miroir" dit un proverbe indien. D'où l'importante de la bienveillance, de la fraternité, du dialogue que notre rituel régit.

Une autre  bonne représentation de ce qu’est le savoir est l’ordinateur. Cette machine a la capacité d’apprendre beaucoup plus vite et infiniment plus de choses que le cerveau qui l’a pourtant inventé. Avec sa mémoire vive et son disque dur, il fait, toujours référence à la mémoire, il croise un fait, une information avec ce que sa mémoire contient et cela ne fonctionne que si sa mémoire contient quelque chose en relation à cette information.

Donc le savoir n’est jamais neuf, il fait toujours référence  au passé. Il ne peut découvrir que ce qu’il contient. Le savoir, par définition est inapte au renouveau, ne connaît pas la fraicheur. Le savoir, ne peut donc  fonctionner que dans le champ  du connu et pas au delà. Pozarnik écrit : «Du vieil homme, nous ne pouvons créer que du vieux. L’inconnu est toujours ce qui se trouve au-delà du connu, des certitudes. Là où nous refusons d'aller voir. Il faut vraiment oser aller vers l'inconnu en nous, même s'il est contraire à notre personnalité habituelle, et ainsi aborder aux rives de notre essence oubliée. » Et Krishnamurti disait : « Le passé et l’inconnu ne peuvent se rencontrer. Aucun acte, quel qu’il soit, ne peut les rassembler. Le passé doit cesser pour que puisse être cette immensité. » Le savoir ne pourra donc pas approcher le Grand Architecte, car l’infini, la spiritualité et plus sûrement le sacré, c’est l’inconnu, l’inimaginable, l’informulé. Le passage du savoir à la connaissance est vécu comme une mort suivie d'une naissance. Cette naissance est l'entrée dans l'inconnu, dans le neuf, dans un autre monde de pensée. C'est ce qu'indique ce que l'on prend souvent pour l'étymologie de co naitre. Naître avec. En fait, il s'agit d'un jeu de mot, qui rend bien compte de ce dont il s'agit, que l'on trouve dans plusieurs écrits. L'Etymologie du mot "Connaissance" nous vient du latin et du grec, et au delà du mot sanskrit "jna" qui donne le mot "janati" qui signifie "connaître". Cette racine sanskrite à évolué pour donner to know en anglais, gnose, ignorance, et connaitre en français. Le jnana yoga est encore aujourd'hui une part importante de la pensée hindou. Sa philosophie, l'Advaita, trouverait son origine dans les Védas dont les premiers écrits dateraient d'il y a 15000 ans. La plupart des maîtres hindous ont sont issus. Le contemporain le plus connu est Ramana Maharshi. Ce concept spirituel s'est propagé à tout le monde oriental : bouddhisme, taoïsme, puis au monde occidental avec Platon, les stoïciens, les néoplatoniciens, la gnose, le soufisme, Spinoza, maître Eckart, Jean de la Croix, Jung. Il a conservé le principal de cette philosophie en se propageant et il est intéressant de constater que l'étymologie en garde le souvenir.

Jean Pierre Bayard disait "que la Sagesse ne s'enseigne pas ". En effet, la connaissance ne se transmet pas, car comme la plus belle fille du monde, nous ne pouvons donner, transmettre que ce que l’on a, ce que l’on possède. La connaissance n’appartient à personne. Elle ne s'enseigne pas. Elle est de ce fait inaltérable. Nous ne pouvons transmettre que la façon de la reconnaître. Et, cette transmission est toute relative car il s’agit d’abord d’une enquête personnelle.

Le prologue de Jean présent dans la loge dès le début des travaux nous dit : "Au commencement était le logos, la parole. En elle était la vie, la lumière des hommes. Et les ténèbres ne l'ont point saisie". Le Logos nous vient de la Grèce antique et selon le dictionnaire : " il est parole, discours, raison, relation »(Wikipedia) Il s'agit de la raison divine, raison organisatrice, explicatrice de l'univers. Logos, c'est la manifestation de l'être ou de la raison suprême. C'est la "loi du monde"(CNRTL). Pour Héraclite le logos est à l’origine de la pensée humaine. Il est  dans le non manifesté, il  est le principe, l'un, qui gouverne le cosmos, le tout. La source de toute activité, de toute création. Le logos, but de recherche initiatique, ne se reconnait pas par la croyance, mais par la connaissance qui suppose le doute. En FM, en loge de St Jean, nous devons retrouver la lumière et la parole. Cela rejoint  cette phrase d’Aurobindo qui pourrait être un résume de la symbolique d’une loge maçonnique, et, qui conclura cette planche : « Mais quand fut le commencement ? A nul instant dans le temps, car le commencement est à tous les instants ; le commencement toujours fut, toujours est et toujours sera. »

Marc Desdit

Source : http://www.masoniclib.com/

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Les trois coups

29 Décembre 2016 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Dans le livret d’instruction au 1er Degré il est posé une question :

- « Comment avez-vous été introduit en Loge ? »

La réponse est : « Par trois grand coups »

Hors, dans le Rituel d’initiation au premier Degré le Frère Expert ne frappe qu’un seul coup, mais c’est un grand coup, à l’extérieur de la porte de la Loge. Depuis l’intérieur le Frère Couvreur ainsi que le Frère Second Surveillant confirment que c’est en Profane que l’on frappe à la porte du Temple. Ce n’est que plus tard que le nouveau Frère, quand il lira le livret d’instruction au 1er Degré découvrira la signification des trois coups : « Demandez et vous recevrez (la Lumière), cherchez et vous trouverez (la Vérité), frappez et l'on vous ouvrira (la porte du Temple) ». Quand aux coups il semble que depuis le 18ème siècle leur nombre, leur intensité et leur rythme diffèrent selon le Rite. Au Rite Français de 1998 on frappe trois grands coups irréguliers, c’est-à-dire en profane comme le confirme le Frère Second Surveillant. Même chose au Rite Ecossais Rectifié de 1802 où le Frère Introducteur conduit le candidat à pas libre vers la porte principale de la Loge, où il l’annonce en le faisant frapper avec le poing trois coups également détachés. Procédure identique au Rite York. Tandis qu’au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm de 6001 au Grand Orient de France, le Frère Expert demande au Récipiendaire de frapper en profane contre la porte, à plusieurs reprises et par des coups rapides dont le nombre n’est pas précisé. Une particularité symbolique intéressante apparaît avec le Rite Ecossais Primitif de 1688 puisque les trois grands coups frappés depuis l’EXTERIEUR reçoivent une réponse INTERIEURE identique, comme un effet miroir. Tous ces Rites expliquent ensuite dans l’instruction, la signification des trois coups permettant de recevoir la Lumière, d’entrevoir la Vérité après avoir frappé à la porte du Temple. Seul le Rite d’York mentionne que les trois coups font allusion à un certain passage des Ecritures (bibliques). Pour le moment le Postulant se trouve à l’extérieur, devant une porte, et il demande à pénétrer à l’intérieur d’une enceinte préalablement sacralisée. Nous qui avons déjà franchi le seuil nous savons que les trois coups deviennent le secret de cette porte qui ouvre sur un sens caché ou plus exactement sur un lieu à l’intérieur duquel tout est symbole ou presque. Nous disons que nous sommes passés de l’exotérisme à l’ésotérisme et ce vocabulaire atteste que nous avons quitté un monde pour un autre où les mots et les idées sont différents. Mais comment et pourquoi le Postulant et nous-mêmes en sommes-nous arrivés là ? Nous n’avons pas été contraints ni même pressés ou bousculés physiquement ou moralement. L’approche de la Porte du Temple a été progressive, prudente et murement réfléchie. A ce détail près tout de même et bien connu car commun à de nombreuses organisations sociales c’est que leur fonctionnement ne nous devient évident qu’après les avoir intégrées. D’où la question suivante : quand l’initiation a-t-elle commencé ? Spontanément je répondrais que techniquement l’initiation commence le jour où elle a été programmée. Il s’agit de l’aboutissement d’un protocole rigoureux qui garantit le sérieux du processus...et accessoirement celui de l’Obédience qui organise, il faut bien le dire. L’aboutissement est donc la cérémonie d’initiation, quel que soit le Rite, et c’est un passage obligé. Comment le candidat en est-il arrivé là ? Les étapes sont précisées dans l’instruction qui explique qu’il est nécessaire de chercher et de demander avant de pouvoir frapper à la porte d’un Temple offrant à l’heureux candidat un univers de Lumière et de Vérité ! (avec, s’il vous plaît, un « L » et un « V » majuscules !) Il s’agit d’une procédure formalisée que nous connaissons bien qui se déroule en quatre étapes : la cooptation par un Maçon ou bien la candidature spontanée, un entretien avec le Vénérable Maître de la Loge, la rédaction et l’envoi de la lettre de candidature, trois entretiens individuels avec trois Maçons de la Loge, une audition en Loge avec un protocole ritualisé, appelé « passage sous le Bandeau ». A mon sens, à ce stade le processus initiatique est déjà bien engagé. Cette mise en scène de l’initiation n’est abordable que très progressivement et prudemment. Le métaphysicien René Guénon s’exprime abondamment sur ce qu’il appelle la « qualification » d’un candidat à l’initiation. Pour Guénon les trois étapes de la réalisation spirituelle comprennent trois conditions formant trois étapes : la qualification, la transmission par le moyen du rattachement à une organisation traditionnelle porteuse d’une véritable « influence spirituelle », et le « travail intérieur » qui permettra au candidat pressenti d’ordonner et de développer les possibilités qu’il porte en lui. C’est cette qualification que le Franc-Maçon détecte chez un individu sous forme de capacités en « puissance » pouvant évoluer vers la réalisation d’un travail initiatique de qualité. Viendront ensuite l’entretien avec le Vénérable Maître de la Loge, la rédaction et l’envoi de la lettre de candidature, trois entretiens individuels avec trois Maçons de la Loge, une audition en Loge avec un protocole ritualisé, appelé « passage sous le Bandeau ». Je m’arrête sur cette audition particulière effectuée avec un bandeau sur les yeux. Je l’associe à trois grands coups virtuels tellement ce procédé peut paraître brutal. En effet, l’impétrant ne voit pas son environnement et les Frères ne voient pas son regard ce qui contrevient à certaines règles morales et sociales. Nous voulons par ce moyen obliger l'impétrant qui n’a plus la vue des choses à ouvrir son esprit pour essayer de comprendre ce qui l’entoure et qu’il perçoit fort bien par ses autres sens, entre autres choses. Bienvenue, monsieur, dans notre monde de symboles ! Faute de temps je ne peux m’attarder sur ce que je considère comme une première épreuve initiatique, toutes proportions gardées, bien entendu. Pour l’heure, disons que le candidat ne s’est pas découragé et sa détermination s’est accrue au point qu’il se présente réellement et vaillamment à la Porte du Temple. Où il va être reçu dans les formes accoutumées. Le Postulant sort du Cabinet de réflexion où il a été confronté à sa possible mort. Aucun coup n’a été frappé et il a été conduit et guidé là courtoisement par le Frère Expert. Le postulant ne le sait pas mais en accédant à une prise de conscience commune à tous les Hommes : l’idée de sa propre mort, il vient de commencer une initiation « extérieure ». Lao-Tseu dit dans le Tao-Te-King : « Tous les hommes désirent uniquement se délivrer de la mort, mais ne savent pas se délivrer de la vie ». Les choses devraient s’arranger puisque les éléments alchimiques qu’il avait devant lui ainsi que l’acronyme V.....L ont pour objet d’orienter sa réflexion vers un possible cycle de démolition du sensible pour commencer un cycle de recomposition. C’est ainsi que le postulant vient de frapper mentalement un premier coup pour lui-même en rédigeant son Testament philosophique. Son esprit qui est maintenant en éveil va lui permettre de quitter l’animalité et devrait le conduire vers la construction d’un Temple - le sien, l’établissement d’une spiritualité personnelle et par conséquence participer à l’édification d’une société plus fraternelle. Trois coups pour un résultat attendu en un seul : le tri-unitaire. Plus tard, face au Second Surveillant peut être le conseil « Demandez et vous recevrez » lui viendra-t-il à l’esprit. A moi il me vient en mémoire la suite de l’exhortation de l’Ecriture, à savoir : « Qui de vous donnera un caillou à son fils quand celui-ci lui demande du pain ? Ou bien, s'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? ». Selon la méthode associative analytique il faut chercher dans l’enfance pourquoi et comment nous fonctionnons psychologiquement. Les enfants demandent beaucoup et une proportion importante de leurs demandes se heurte à un « non », même si le refus est présenté de façon plus ou moins diplomatique. Aux anciens enfants que nous sommes il est parfois dit « Attendez et vous recevrez ». C’est la méthode Maçonnique qui enseigne les vertus de la patience et de la constance par le silence imposé à l’Apprenti. Comme on grandit vite sur la Colonne du Septentrion le Maçon passe de l’attente à la demande, il passer de l’espoir à la recherche, puis il dépasse le dépit de se trouver devant une porte fermée et il prend l’initiative d’y frapper. La demande est un désir qui devient acte volontaire. C’est en demandant, c’est en cherchant et en frappant que l’on devient vivant, que l’on obtient l’assurance de trouver et de recevoir ce qui va nourrir l’essentiel. Si nous ne demandons pas, c’est de l’essentiel dont nous allons manquer. Ce qui n’exonère pas de regarder puisque nous savons maintenant où regarder. Sans cligner des yeux nous observons le Delta lumineux, les Trois grandes Lumières que sont le Compas, l'Equerre et le Volume de la Loi Sacrée, les Etoiles disposées sur les trois piliers qui soutiennent la Loge que sont Sagesse, Force et Beauté. La Loge elle-même ne peut fonctionner que si trois la dirigent et cinq l'éclairent. Après la fermeture des Travaux « la Lumière continue de briller en nous... » Nous nous efforçons de distinguer le futile du monde profane de l’essentiel du monde initiatique. Nous nous efforçons de sentir au fond de nous ce qui mérite de persévérer dans notre quête de Lumière et de Vérité. Il faut parfois insister à la porte de notre petit moi jusqu’à ce qu’elle s’ouvre parce que nous pressentons c’est au-delà de la limite que se tient l’essentiel. Ensuite il faudra chercher, oui mais pour trouver quoi ? La Franc-Maçonnerie et plus encore les Francs-Maçons ne donnent pas de réponse aux questions de celui qui cherche. Certains Maîtres Maçons, et plus, témoignent parfois d’un certain désarroi. Nous nous habituons à ne pas poser de questions mais plutôt à les poser à nous-mêmes. Et encore, le plus important n’est-il donc pas la réponse à la question, mais tout simplement de prendre profondément conscience que nous sommes sur le chemin qui mènera éventuellement aux réponses. Lesquelles se situent à trois niveaux qui sont celui de la relation de l’individu au groupe, de la matérialité à la spiritualité et de la quête d’une altérité harmonieuse. Une fois sur le bon chemin il faut écouter, observer et attendre, encore attendre, toujours attendre. La réponse peut venir inopinément : il faut juste être en éveil. C’est ce qui est difficile, cette vigilance de tous les instants. La Franc-Maçonnerie tempère les angoisses qui pourraient apparaître en promettant que si on persévère on entend « moins de bruit », on « trouve moins d’obstacles » et promet que « ceux-ci s’aplanissent de plus en plus sous les pas de l’homme qui persévère dans les sentiers de la Vertu ». Donc les choses vont devenir plus faciles mais il faut toujours chercher et tout de suite apparaît ce mot Vertu dont il faut aussi chercher le sens. Cela ne s’arrête ja-mais ! Ma Planche, elle va s’arrêter là, au bout de 2000 mots environ ! Avant de conclure en quelques lignes je ne peux résister à l’envie de vous livrer l’Ecriture biblique de référence tellement les interprétations me parlent :

Mt 7 : 7-8, « Demandez et vous recevrez - pour l’Apôtre Jean 16 : 24 c’est la plénitude de la joie divine, cherchez et vous trouverez - pour l’Apôtre Matthieu il s’agit du Royaume de Dieu et de sa justice, frappez et l'on vous ouvrira - Jean parle de Jésus qui est la porte mais aussi le chemin, la vérité, et la vie). Autant de formules qui me sont familières ».

Conclusion :

La découverte du chemin de l’intérieur nous est révélée par trois grands coups. Nous avons sollicité un droit de passage pour accéder plus ou moins secrètement à la Connaissance par l’humanisation réelle et tangible de l’homme de Lumière qui habite en nous. Au-delà il n’y aura plus de coups et de bruits mais nous nous fondront silencieusement, doucement et sereinement dans la Sagesse, la Force et la Beauté. Espérons-le. Et plus tard, peut être un jour de bilan, nous poserons-nous la question : pourquoi suis-je resté en Franc-Maçonnerie ?

J’ai dit.

Histoire :

Dans le sens des trois grands coups, nous avons le rituel de la loge mère écossaise de Marseille de 1751 qui est d’après les affirmations de Robert Ambelain l’une des souches du REP du moins pour les deux premiers degrés. Nous avons aussi le Wilkinson de 1727, « la Maçonnerie disséquée » de Samuel Prichard de 1730, « la Réception d’un Frey maçon » de 1737, « l’Ordre des Francs-Maçons trahis »de 1742, « le Sceau Rompu de 1745, « the Three Distinct Knoks » de 1760, « Jachin et Boaz » de 1762. En sens contraire : un seul coup dans la Parfait Maçon de 1744, dans le guide du maçon de 1804 (REAA), deux coups dans le Rite Français de 1858 et 1887. À noter que le Nécessaire Maçonnique du rite français de 1817 et le Nécessaire Maçonnique du rite écossais de 1817 optent tous les deux pour les trois coups.

Cérémonie d’initiation. Rite Français – 1998

De retour auprès du Récipiendaire, le Frère Préparateur l’amène à la porte de la Loge à laquelle il frappe trois grands coups irréguliers (c’est-à-dire : en profane) :

Sec. S\ : Frère Premier Surveillant, on frappe à la porte, en profane.

Instruction au grade d’Apprenti :
TV : Comment avez-vous été introduit en Loge, Frère Premier Surveillant ?
Sec. S\ : Par trois grands coups.
TV : Que signifient ces trois coups ?
1er S\ : Demandez, vous recevrez ; Cherchez, vous trouverez ; Frappez, et l’on vous ouvrira.

Rituel du 1er Grade. Cérémonie d’initiation. Rite Ecossais Rectifié Version de 1782, complétée par Willermoz et communiquée par lui en 1802 à la Triple Union de Marseille.

Introduction de Candidat dans la Loge

Le Frère Introducteur conduit le candidat à pas libre vers la porte principale la loge, où il l’annonce en le faisant frapper avec le poing trois coups également détachés : O\ O\ O\…/…

Le Second Surveillant va frapper à son tour trois coups égaux : O O O - contre la porte, en dedans, et de suite il l’ouvre rapidement en disant d’un ton grave et sévère : etc.

Instruction morale du grade d’Apprenti Franc-Maçon

Enfin on vous a bandé les yeux. Dans cet état d’obscurité on vous a conduit à la porte de la loge, vous y avez été annoncé par trois coups pour un Cherchant, et ces.trois coups vous ont procuré l’entrée. Vous sentiez en effet votre ignorance sur nos mystères. On s’était assuré que vous désiriez sincèrement en sortir dans l’espérance de vous améliorer parmi nous, et qu’inquiet de votre état, vous cherchiez la route la plus prompte et la plus sûre pour découvrir la Lumière. Mais une vaine curiosité pouvait vous distraire, une fausse lumière pouvait vous égarer. On vous a réduit à vous laisser guider par ceux à qui vous livriez votre confiance, et vous en avez reçu le prix. Les trois coups vous ont appris qu’avec des désirs purs et ardents on ne demande pas, on ne cherche pas, on ne frappe pas en vain, et l’entrée de la Loge vous a été ouverte. Continuez donc à demander, à chercher et à frapper avec de tels sentiments, c’est le seul moyen d’arriver au terme heureux de vos espérances.

Cérémonie d’initiation. Rite Ancien et primitif de Memphis-Misraïm – GODF - 6001

L’Expert : demande au Récipiendaire de frapper en profane contre la porte, à plusieurs reprises et par des coups rapides.

Cérémonie d’initiation - Rite York

Le 1er Intendant fait frapper le Candidat par trois fois.
Q : Pourquoi vous fit-on frapper trois coups distincts ?
R : Pour alerter la loge et informer le Vénérable Maître qu’un candidat pauvre et dans les ténèbres aspirait à être admis.
Q : A quoi les trois coups faisaient-ils allusion ?
R : A certain passage de des Écritures qui dit : « Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira ».
Q : Dans quelle mesure avez-vous trouvé que ce passage s’appliquait à votre situation vis-à-vis de la Maçonnerie à ce moment-là ?
R : J’ai demandé à un ami de me recommander pour être fait Maçon ; et grâce à sa recommandation j’ai cherché l’initiation ; j’ai frappé et la porte de la Maçonnerie me fut ouverte.

Rite Ecossais Primitif – 1688

« On marque par les trois grands coups EXTERIEURS et par leurs réponses INTERIEURES le principe de mise en phase des trois niveaux… »

« Hormis l’effet miroir des trois coups frappés régulièrement qui répondent aux trois grands coups extérieurs ».

René Guénon

Aperçus sur l'initiation « Des qualifications initiatiques » …ces qualifications sont exclusivement du domaine de l’individualité ; en effet, s’il n’y avait à envisager que la personnalité ou le « Soi », il n’y aurait aucune différence à faire à cet égard entre les êtres, et tous seraient également qualifiés, sans qu’il y ait lieu de faire la moindre exception…

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Le courage

27 Décembre 2016 , Rédigé par R.L Publié dans #Planches

« Il faut commencer par le commencement. Et le commencement de tout est le courage ». Vladimir JANKELEVITCH

Tout conduit à nous faire dire que le courage est la vertu du commencement. Mais quel commencement ? Il ne faut pas de courage pour naître, ni pour être. Par contre il nous faut souvent avoir du courage pour continuer d'être ou de cesser d'être. Commencer, c'est commencé de lutter, de résister, et ceci ne va pas de soi. Il faut surmonter ses peurs, aller contre soi-même, malgré soi, justement. Vaincre ses peurs, son laisser-aller. Laisser-faire les douces lâchetés, nos serviles abandons se seraient plus faciles et sans doute moins douloureux. Le courage s'impose à nous contre notre propre volonté, souvent sans que nous puissions maîtriser ses conséquences et c'est très bien ainsi.
Le courage donc, intervient et s'oppose : à une difficulté, un danger, un péril...
La progression qui en découlent ne donne pas qu'une simple intensité au courage. Elle naît de la qualité propre du courage.
Suffit-il de se demander s’il ne faut que lutter contre son contraire pour qu'il soit ! Pour affirmer qu'il y a une sorte de courage.
La lutte est une chose son sens en est une autre !
Est-ce que le courage fait partie d'un don que nous aurions en héritage ? Fait il partit de notre humanité ? Depuis PLATON, le courage est pensé comme une vertu cardinale. La vie morale gravite autour de ce point comme autour des trois autres fondements de l'existence qui sont : la sagesse, la tempérance et la justice. Enlever l'une de ses vertus, c'est dénaturer le sens même du bien vivre et du bien agir. Qu'est-ce qui peut expliquer de façon plus précise le courage que : La force, le savoir, les illusions, la peur, l'espoir, la connaissance, la raison, la beauté, la volonté, la liberté, la connaissance de soi-même ? Nous autres francs-maçons nous avons reçu de nos pairs les outils afin de nous permettre de maîtriser nos pulsions et notre animalité. Toutes les vertus constituent un ouvrage où s'enchevêtrent le bon et le mauvais à fin que la réflexion que nous avons sur nous-mêmes ne se terminent pas. Combien il est difficile, de trouver au fond de notre pensée une bonne définition de ce que peut être le courage. Bien sûr il m'aurait été facile de vous parler d'un certain vécu. Mais faut-il parler de courage lorsque l'on subit les aléas de la vie ? Ne s'agit-il pas la de fatalité…
Que de difficultés rencontrées pour trouver la bonne définition du mot courage, ne s'accompagne-il pas d'un complément ?
Courage de faire, de se battre, de dire...
Au cours des siècles, la vertu nommée courage n'a pas eu qu'un seul sens, déjà Platon, à son époque était en quête de sa définition.
Les modèles du courage connaissent des évolutions et des variations. L'héroïsme d'Achille enthousiaste, sûr de sa force et méprisant le danger n'est pas le même que celui d'Ulysse, conscient de ses faiblesses, Hérault d'endurance et de ruse. Ulysse n'est-il pas appelé l'endurant. Et la vaillance du citoyen soldat, ferme à son poste, se distingue du courage calculateur de Périclès qui annonce la réflexion dont naîtra l'amour de la sagesse. Le courage fut une valeur très importante dans la cité État et de la Grèce en général. Un citoyen fut appelé bon (Agathos) ou mauvais (Kakos) en fonction de son courage. Le plus grand titre d'honneur pour les athéniens fut le titre posthume « d’Andrés Agathos » ce titre était décerné à l'occasion de leur oraison funèbre. Dans l'Iliade, le courage est le privilège d'une caste guerrière. Il n'appartient qu'aux meilleurs. Cette vision héroïque du courage restera comme un modèle constant. À côté du courage physique et militaire apparaîtra un courage plus intérieur, un courage moral qui consiste à résister à un ennemi plus intérieur : les passions, les souffrances, la malchance. Après avoir été fataliste et ayant abandonné sa destiné aux Dieux, l'humain eu une vision plus intellectualiste du courage. Le courage et le savoir se sont mélangés, on peut dire que son nés : le métier, l'expérience, la compétence et la stratégie. Ces derniers ont toutefois été mis au service des conflits armés. Les qualités intellectuelles se développant, la morale et la vaillance ont complété les qualités intellectuelles. Nous voyons bien que le courage détient de nombreuses facettes : quel statut y donner ?

Au savoir « Platon »
A l'espérance « Aristote ».
Le courage ne fait-t-il qu'un avec la sagesse « Épictète » ?
Est-il l'impassibilité imitée du divin « Plotin » ?
Est-il la simple conséquence d’un effet de conditions physiologiques ?
Si nous comprenons bien que le courage est une vertu toute entière, il demeure difficile d'en définir les contours. Il prend de nombreuses figures, se masque volontiers. Il me fait penser aux personnages du carnaval de Venise. Qu'y va-t-il derrière le masque ?

Faut-il parler de folie lorsque l'on évoque le courage ?
Le courage cette force d'âme se rencontre aussi chez les fous, c'est ce qu'a constaté Socrate. Je vous laisse juge devant cette affirmation.
Alors que faisons-nous de nos années à comparer nos avis sur tel ou tel symbole ?
Avons-nous sincèrement progressé ?
Qu'avons-nous fait de notre temps à écouter les autres ?

Le fait d'être nous est donné. Mais notre existence est dirigée par nos acquis culturels, familiaux, nos croyances et chacun de nous se trouve pris dans de multiple embarras, aventure ou accident. Il faut savoir se tenir ou se perdre. Les images collantes que nous avons de nous-mêmes sont autant de fardeaux qui entravent notre avancement dans la vie. Les idéaux autorisés et les valeurs apprises construisent aussi ce que nous sommes, et peut être construisent- ils ceux qui nous entourent. En souscrivant sans condition à cette forme de vie on se sent absorber, abandonné, digéré. Et voilà ! Il nous faut une sorte de courage pour ne pas cesser de comprendre, pour entreprendre des changements, dissiper les mythes, nous renouveler. Aller plus avant dans notre quête de connaissance. Transformer le hasard qui tend à s'imposer, qui bouscule ce que nous sommes. Pour que nous nous inventions « nous même » Etre soi-même ! Comment savoir vraiment si l'on est soi-même ? Être et paraître sont si proches, qu'il est difficile de distinguer l'un et l'autre. Comment être sûr de ne pas confondre ce que l'on est avec ce que l'on représente. Faut-il toujours se comparer par rapport aux autres, à la société, à la vie, ce qui naît, ceux qui meurent ? Toute approbation n'est pas une victoire, toute condamnation n'est pas un échec. Nous n'avons que très rarement le sens de l'immensité, des années passées comme de celles à venir, de l'infiniment petit comme de l'infiniment grand. Devant cet infini, comment ne pas appréhender le dérisoire que nous sommes ? Le superficiel, peut-être l'admiration, le contentement, revêtent alors un tout autre costume que le paraître, la possession, et le pouvoir. Il n'y a pas alors, que le courage, que d'être soi-même, il n'y a de courage que dans la conscience d'être. Bien sûr, rien n'est acquis, ni le bonheur, ni le malheur pour chacun de nous tout peut changer à tout instant. Laisser sa destinée au hasard sans conscience ce n'est pas faire preuve de courage. Alors faut-il du courage pour naître, pour être, il en faut sûrement pour continuer d'être ou pour cesser d'être. Apprendre à résister ce n'est pas ce qui va de soi. Résister, c'est agir c'est prendre un risque, risque de ou malgré. Malgré la peur, l'inertie les désirs et parfois l'obéissance. Face aux menaces du danger ou des faits eux-mêmes, il faut rester soi-même humain, proche de l'autre. Il faut plus de courage pour regarder la vie en face pour ne pas rester ébloui par le superflu, ne pas oublier que le beau n'est pas le bien. Oser faire ou défaire, s'éloigner des grégaires complicités que sont les rumeurs, des idées reçues, refuser le mimétisme, car le courage s'oppose au dogme. Mais alors que de questions mes F\ F\. Mais aussi que de pistes à suivre.

N’est-ce pas notre rôle que de chercher la lumière ?

V\ M\ J’ai dit !

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