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Hauts Grades

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Les trois coups

29 Décembre 2016 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Dans le livret d’instruction au 1er Degré il est posé une question :

- « Comment avez-vous été introduit en Loge ? »

La réponse est : « Par trois grand coups »

Hors, dans le Rituel d’initiation au premier Degré le Frère Expert ne frappe qu’un seul coup, mais c’est un grand coup, à l’extérieur de la porte de la Loge. Depuis l’intérieur le Frère Couvreur ainsi que le Frère Second Surveillant confirment que c’est en Profane que l’on frappe à la porte du Temple. Ce n’est que plus tard que le nouveau Frère, quand il lira le livret d’instruction au 1er Degré découvrira la signification des trois coups : « Demandez et vous recevrez (la Lumière), cherchez et vous trouverez (la Vérité), frappez et l'on vous ouvrira (la porte du Temple) ». Quand aux coups il semble que depuis le 18ème siècle leur nombre, leur intensité et leur rythme diffèrent selon le Rite. Au Rite Français de 1998 on frappe trois grands coups irréguliers, c’est-à-dire en profane comme le confirme le Frère Second Surveillant. Même chose au Rite Ecossais Rectifié de 1802 où le Frère Introducteur conduit le candidat à pas libre vers la porte principale de la Loge, où il l’annonce en le faisant frapper avec le poing trois coups également détachés. Procédure identique au Rite York. Tandis qu’au Rite Ancien et Primitif de Memphis-Misraïm de 6001 au Grand Orient de France, le Frère Expert demande au Récipiendaire de frapper en profane contre la porte, à plusieurs reprises et par des coups rapides dont le nombre n’est pas précisé. Une particularité symbolique intéressante apparaît avec le Rite Ecossais Primitif de 1688 puisque les trois grands coups frappés depuis l’EXTERIEUR reçoivent une réponse INTERIEURE identique, comme un effet miroir. Tous ces Rites expliquent ensuite dans l’instruction, la signification des trois coups permettant de recevoir la Lumière, d’entrevoir la Vérité après avoir frappé à la porte du Temple. Seul le Rite d’York mentionne que les trois coups font allusion à un certain passage des Ecritures (bibliques). Pour le moment le Postulant se trouve à l’extérieur, devant une porte, et il demande à pénétrer à l’intérieur d’une enceinte préalablement sacralisée. Nous qui avons déjà franchi le seuil nous savons que les trois coups deviennent le secret de cette porte qui ouvre sur un sens caché ou plus exactement sur un lieu à l’intérieur duquel tout est symbole ou presque. Nous disons que nous sommes passés de l’exotérisme à l’ésotérisme et ce vocabulaire atteste que nous avons quitté un monde pour un autre où les mots et les idées sont différents. Mais comment et pourquoi le Postulant et nous-mêmes en sommes-nous arrivés là ? Nous n’avons pas été contraints ni même pressés ou bousculés physiquement ou moralement. L’approche de la Porte du Temple a été progressive, prudente et murement réfléchie. A ce détail près tout de même et bien connu car commun à de nombreuses organisations sociales c’est que leur fonctionnement ne nous devient évident qu’après les avoir intégrées. D’où la question suivante : quand l’initiation a-t-elle commencé ? Spontanément je répondrais que techniquement l’initiation commence le jour où elle a été programmée. Il s’agit de l’aboutissement d’un protocole rigoureux qui garantit le sérieux du processus...et accessoirement celui de l’Obédience qui organise, il faut bien le dire. L’aboutissement est donc la cérémonie d’initiation, quel que soit le Rite, et c’est un passage obligé. Comment le candidat en est-il arrivé là ? Les étapes sont précisées dans l’instruction qui explique qu’il est nécessaire de chercher et de demander avant de pouvoir frapper à la porte d’un Temple offrant à l’heureux candidat un univers de Lumière et de Vérité ! (avec, s’il vous plaît, un « L » et un « V » majuscules !) Il s’agit d’une procédure formalisée que nous connaissons bien qui se déroule en quatre étapes : la cooptation par un Maçon ou bien la candidature spontanée, un entretien avec le Vénérable Maître de la Loge, la rédaction et l’envoi de la lettre de candidature, trois entretiens individuels avec trois Maçons de la Loge, une audition en Loge avec un protocole ritualisé, appelé « passage sous le Bandeau ». A mon sens, à ce stade le processus initiatique est déjà bien engagé. Cette mise en scène de l’initiation n’est abordable que très progressivement et prudemment. Le métaphysicien René Guénon s’exprime abondamment sur ce qu’il appelle la « qualification » d’un candidat à l’initiation. Pour Guénon les trois étapes de la réalisation spirituelle comprennent trois conditions formant trois étapes : la qualification, la transmission par le moyen du rattachement à une organisation traditionnelle porteuse d’une véritable « influence spirituelle », et le « travail intérieur » qui permettra au candidat pressenti d’ordonner et de développer les possibilités qu’il porte en lui. C’est cette qualification que le Franc-Maçon détecte chez un individu sous forme de capacités en « puissance » pouvant évoluer vers la réalisation d’un travail initiatique de qualité. Viendront ensuite l’entretien avec le Vénérable Maître de la Loge, la rédaction et l’envoi de la lettre de candidature, trois entretiens individuels avec trois Maçons de la Loge, une audition en Loge avec un protocole ritualisé, appelé « passage sous le Bandeau ». Je m’arrête sur cette audition particulière effectuée avec un bandeau sur les yeux. Je l’associe à trois grands coups virtuels tellement ce procédé peut paraître brutal. En effet, l’impétrant ne voit pas son environnement et les Frères ne voient pas son regard ce qui contrevient à certaines règles morales et sociales. Nous voulons par ce moyen obliger l'impétrant qui n’a plus la vue des choses à ouvrir son esprit pour essayer de comprendre ce qui l’entoure et qu’il perçoit fort bien par ses autres sens, entre autres choses. Bienvenue, monsieur, dans notre monde de symboles ! Faute de temps je ne peux m’attarder sur ce que je considère comme une première épreuve initiatique, toutes proportions gardées, bien entendu. Pour l’heure, disons que le candidat ne s’est pas découragé et sa détermination s’est accrue au point qu’il se présente réellement et vaillamment à la Porte du Temple. Où il va être reçu dans les formes accoutumées. Le Postulant sort du Cabinet de réflexion où il a été confronté à sa possible mort. Aucun coup n’a été frappé et il a été conduit et guidé là courtoisement par le Frère Expert. Le postulant ne le sait pas mais en accédant à une prise de conscience commune à tous les Hommes : l’idée de sa propre mort, il vient de commencer une initiation « extérieure ». Lao-Tseu dit dans le Tao-Te-King : « Tous les hommes désirent uniquement se délivrer de la mort, mais ne savent pas se délivrer de la vie ». Les choses devraient s’arranger puisque les éléments alchimiques qu’il avait devant lui ainsi que l’acronyme V.....L ont pour objet d’orienter sa réflexion vers un possible cycle de démolition du sensible pour commencer un cycle de recomposition. C’est ainsi que le postulant vient de frapper mentalement un premier coup pour lui-même en rédigeant son Testament philosophique. Son esprit qui est maintenant en éveil va lui permettre de quitter l’animalité et devrait le conduire vers la construction d’un Temple - le sien, l’établissement d’une spiritualité personnelle et par conséquence participer à l’édification d’une société plus fraternelle. Trois coups pour un résultat attendu en un seul : le tri-unitaire. Plus tard, face au Second Surveillant peut être le conseil « Demandez et vous recevrez » lui viendra-t-il à l’esprit. A moi il me vient en mémoire la suite de l’exhortation de l’Ecriture, à savoir : « Qui de vous donnera un caillou à son fils quand celui-ci lui demande du pain ? Ou bien, s'il lui demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent ? ». Selon la méthode associative analytique il faut chercher dans l’enfance pourquoi et comment nous fonctionnons psychologiquement. Les enfants demandent beaucoup et une proportion importante de leurs demandes se heurte à un « non », même si le refus est présenté de façon plus ou moins diplomatique. Aux anciens enfants que nous sommes il est parfois dit « Attendez et vous recevrez ». C’est la méthode Maçonnique qui enseigne les vertus de la patience et de la constance par le silence imposé à l’Apprenti. Comme on grandit vite sur la Colonne du Septentrion le Maçon passe de l’attente à la demande, il passer de l’espoir à la recherche, puis il dépasse le dépit de se trouver devant une porte fermée et il prend l’initiative d’y frapper. La demande est un désir qui devient acte volontaire. C’est en demandant, c’est en cherchant et en frappant que l’on devient vivant, que l’on obtient l’assurance de trouver et de recevoir ce qui va nourrir l’essentiel. Si nous ne demandons pas, c’est de l’essentiel dont nous allons manquer. Ce qui n’exonère pas de regarder puisque nous savons maintenant où regarder. Sans cligner des yeux nous observons le Delta lumineux, les Trois grandes Lumières que sont le Compas, l'Equerre et le Volume de la Loi Sacrée, les Etoiles disposées sur les trois piliers qui soutiennent la Loge que sont Sagesse, Force et Beauté. La Loge elle-même ne peut fonctionner que si trois la dirigent et cinq l'éclairent. Après la fermeture des Travaux « la Lumière continue de briller en nous... » Nous nous efforçons de distinguer le futile du monde profane de l’essentiel du monde initiatique. Nous nous efforçons de sentir au fond de nous ce qui mérite de persévérer dans notre quête de Lumière et de Vérité. Il faut parfois insister à la porte de notre petit moi jusqu’à ce qu’elle s’ouvre parce que nous pressentons c’est au-delà de la limite que se tient l’essentiel. Ensuite il faudra chercher, oui mais pour trouver quoi ? La Franc-Maçonnerie et plus encore les Francs-Maçons ne donnent pas de réponse aux questions de celui qui cherche. Certains Maîtres Maçons, et plus, témoignent parfois d’un certain désarroi. Nous nous habituons à ne pas poser de questions mais plutôt à les poser à nous-mêmes. Et encore, le plus important n’est-il donc pas la réponse à la question, mais tout simplement de prendre profondément conscience que nous sommes sur le chemin qui mènera éventuellement aux réponses. Lesquelles se situent à trois niveaux qui sont celui de la relation de l’individu au groupe, de la matérialité à la spiritualité et de la quête d’une altérité harmonieuse. Une fois sur le bon chemin il faut écouter, observer et attendre, encore attendre, toujours attendre. La réponse peut venir inopinément : il faut juste être en éveil. C’est ce qui est difficile, cette vigilance de tous les instants. La Franc-Maçonnerie tempère les angoisses qui pourraient apparaître en promettant que si on persévère on entend « moins de bruit », on « trouve moins d’obstacles » et promet que « ceux-ci s’aplanissent de plus en plus sous les pas de l’homme qui persévère dans les sentiers de la Vertu ». Donc les choses vont devenir plus faciles mais il faut toujours chercher et tout de suite apparaît ce mot Vertu dont il faut aussi chercher le sens. Cela ne s’arrête ja-mais ! Ma Planche, elle va s’arrêter là, au bout de 2000 mots environ ! Avant de conclure en quelques lignes je ne peux résister à l’envie de vous livrer l’Ecriture biblique de référence tellement les interprétations me parlent :

Mt 7 : 7-8, « Demandez et vous recevrez - pour l’Apôtre Jean 16 : 24 c’est la plénitude de la joie divine, cherchez et vous trouverez - pour l’Apôtre Matthieu il s’agit du Royaume de Dieu et de sa justice, frappez et l'on vous ouvrira - Jean parle de Jésus qui est la porte mais aussi le chemin, la vérité, et la vie). Autant de formules qui me sont familières ».

Conclusion :

La découverte du chemin de l’intérieur nous est révélée par trois grands coups. Nous avons sollicité un droit de passage pour accéder plus ou moins secrètement à la Connaissance par l’humanisation réelle et tangible de l’homme de Lumière qui habite en nous. Au-delà il n’y aura plus de coups et de bruits mais nous nous fondront silencieusement, doucement et sereinement dans la Sagesse, la Force et la Beauté. Espérons-le. Et plus tard, peut être un jour de bilan, nous poserons-nous la question : pourquoi suis-je resté en Franc-Maçonnerie ?

J’ai dit.

Histoire :

Dans le sens des trois grands coups, nous avons le rituel de la loge mère écossaise de Marseille de 1751 qui est d’après les affirmations de Robert Ambelain l’une des souches du REP du moins pour les deux premiers degrés. Nous avons aussi le Wilkinson de 1727, « la Maçonnerie disséquée » de Samuel Prichard de 1730, « la Réception d’un Frey maçon » de 1737, « l’Ordre des Francs-Maçons trahis »de 1742, « le Sceau Rompu de 1745, « the Three Distinct Knoks » de 1760, « Jachin et Boaz » de 1762. En sens contraire : un seul coup dans la Parfait Maçon de 1744, dans le guide du maçon de 1804 (REAA), deux coups dans le Rite Français de 1858 et 1887. À noter que le Nécessaire Maçonnique du rite français de 1817 et le Nécessaire Maçonnique du rite écossais de 1817 optent tous les deux pour les trois coups.

Cérémonie d’initiation. Rite Français – 1998

De retour auprès du Récipiendaire, le Frère Préparateur l’amène à la porte de la Loge à laquelle il frappe trois grands coups irréguliers (c’est-à-dire : en profane) :

Sec. S\ : Frère Premier Surveillant, on frappe à la porte, en profane.

Instruction au grade d’Apprenti :
TV : Comment avez-vous été introduit en Loge, Frère Premier Surveillant ?
Sec. S\ : Par trois grands coups.
TV : Que signifient ces trois coups ?
1er S\ : Demandez, vous recevrez ; Cherchez, vous trouverez ; Frappez, et l’on vous ouvrira.

Rituel du 1er Grade. Cérémonie d’initiation. Rite Ecossais Rectifié Version de 1782, complétée par Willermoz et communiquée par lui en 1802 à la Triple Union de Marseille.

Introduction de Candidat dans la Loge

Le Frère Introducteur conduit le candidat à pas libre vers la porte principale la loge, où il l’annonce en le faisant frapper avec le poing trois coups également détachés : O\ O\ O\…/…

Le Second Surveillant va frapper à son tour trois coups égaux : O O O - contre la porte, en dedans, et de suite il l’ouvre rapidement en disant d’un ton grave et sévère : etc.

Instruction morale du grade d’Apprenti Franc-Maçon

Enfin on vous a bandé les yeux. Dans cet état d’obscurité on vous a conduit à la porte de la loge, vous y avez été annoncé par trois coups pour un Cherchant, et ces.trois coups vous ont procuré l’entrée. Vous sentiez en effet votre ignorance sur nos mystères. On s’était assuré que vous désiriez sincèrement en sortir dans l’espérance de vous améliorer parmi nous, et qu’inquiet de votre état, vous cherchiez la route la plus prompte et la plus sûre pour découvrir la Lumière. Mais une vaine curiosité pouvait vous distraire, une fausse lumière pouvait vous égarer. On vous a réduit à vous laisser guider par ceux à qui vous livriez votre confiance, et vous en avez reçu le prix. Les trois coups vous ont appris qu’avec des désirs purs et ardents on ne demande pas, on ne cherche pas, on ne frappe pas en vain, et l’entrée de la Loge vous a été ouverte. Continuez donc à demander, à chercher et à frapper avec de tels sentiments, c’est le seul moyen d’arriver au terme heureux de vos espérances.

Cérémonie d’initiation. Rite Ancien et primitif de Memphis-Misraïm – GODF - 6001

L’Expert : demande au Récipiendaire de frapper en profane contre la porte, à plusieurs reprises et par des coups rapides.

Cérémonie d’initiation - Rite York

Le 1er Intendant fait frapper le Candidat par trois fois.
Q : Pourquoi vous fit-on frapper trois coups distincts ?
R : Pour alerter la loge et informer le Vénérable Maître qu’un candidat pauvre et dans les ténèbres aspirait à être admis.
Q : A quoi les trois coups faisaient-ils allusion ?
R : A certain passage de des Écritures qui dit : « Demandez et l’on vous donnera ; cherchez et vous trouverez ; frappez et l’on vous ouvrira ».
Q : Dans quelle mesure avez-vous trouvé que ce passage s’appliquait à votre situation vis-à-vis de la Maçonnerie à ce moment-là ?
R : J’ai demandé à un ami de me recommander pour être fait Maçon ; et grâce à sa recommandation j’ai cherché l’initiation ; j’ai frappé et la porte de la Maçonnerie me fut ouverte.

Rite Ecossais Primitif – 1688

« On marque par les trois grands coups EXTERIEURS et par leurs réponses INTERIEURES le principe de mise en phase des trois niveaux… »

« Hormis l’effet miroir des trois coups frappés régulièrement qui répondent aux trois grands coups extérieurs ».

René Guénon

Aperçus sur l'initiation « Des qualifications initiatiques » …ces qualifications sont exclusivement du domaine de l’individualité ; en effet, s’il n’y avait à envisager que la personnalité ou le « Soi », il n’y aurait aucune différence à faire à cet égard entre les êtres, et tous seraient également qualifiés, sans qu’il y ait lieu de faire la moindre exception…

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Le courage

27 Décembre 2016 , Rédigé par R.L Publié dans #Planches

« Il faut commencer par le commencement. Et le commencement de tout est le courage ». Vladimir JANKELEVITCH

Tout conduit à nous faire dire que le courage est la vertu du commencement. Mais quel commencement ? Il ne faut pas de courage pour naître, ni pour être. Par contre il nous faut souvent avoir du courage pour continuer d'être ou de cesser d'être. Commencer, c'est commencé de lutter, de résister, et ceci ne va pas de soi. Il faut surmonter ses peurs, aller contre soi-même, malgré soi, justement. Vaincre ses peurs, son laisser-aller. Laisser-faire les douces lâchetés, nos serviles abandons se seraient plus faciles et sans doute moins douloureux. Le courage s'impose à nous contre notre propre volonté, souvent sans que nous puissions maîtriser ses conséquences et c'est très bien ainsi.
Le courage donc, intervient et s'oppose : à une difficulté, un danger, un péril...
La progression qui en découlent ne donne pas qu'une simple intensité au courage. Elle naît de la qualité propre du courage.
Suffit-il de se demander s’il ne faut que lutter contre son contraire pour qu'il soit ! Pour affirmer qu'il y a une sorte de courage.
La lutte est une chose son sens en est une autre !
Est-ce que le courage fait partie d'un don que nous aurions en héritage ? Fait il partit de notre humanité ? Depuis PLATON, le courage est pensé comme une vertu cardinale. La vie morale gravite autour de ce point comme autour des trois autres fondements de l'existence qui sont : la sagesse, la tempérance et la justice. Enlever l'une de ses vertus, c'est dénaturer le sens même du bien vivre et du bien agir. Qu'est-ce qui peut expliquer de façon plus précise le courage que : La force, le savoir, les illusions, la peur, l'espoir, la connaissance, la raison, la beauté, la volonté, la liberté, la connaissance de soi-même ? Nous autres francs-maçons nous avons reçu de nos pairs les outils afin de nous permettre de maîtriser nos pulsions et notre animalité. Toutes les vertus constituent un ouvrage où s'enchevêtrent le bon et le mauvais à fin que la réflexion que nous avons sur nous-mêmes ne se terminent pas. Combien il est difficile, de trouver au fond de notre pensée une bonne définition de ce que peut être le courage. Bien sûr il m'aurait été facile de vous parler d'un certain vécu. Mais faut-il parler de courage lorsque l'on subit les aléas de la vie ? Ne s'agit-il pas la de fatalité…
Que de difficultés rencontrées pour trouver la bonne définition du mot courage, ne s'accompagne-il pas d'un complément ?
Courage de faire, de se battre, de dire...
Au cours des siècles, la vertu nommée courage n'a pas eu qu'un seul sens, déjà Platon, à son époque était en quête de sa définition.
Les modèles du courage connaissent des évolutions et des variations. L'héroïsme d'Achille enthousiaste, sûr de sa force et méprisant le danger n'est pas le même que celui d'Ulysse, conscient de ses faiblesses, Hérault d'endurance et de ruse. Ulysse n'est-il pas appelé l'endurant. Et la vaillance du citoyen soldat, ferme à son poste, se distingue du courage calculateur de Périclès qui annonce la réflexion dont naîtra l'amour de la sagesse. Le courage fut une valeur très importante dans la cité État et de la Grèce en général. Un citoyen fut appelé bon (Agathos) ou mauvais (Kakos) en fonction de son courage. Le plus grand titre d'honneur pour les athéniens fut le titre posthume « d’Andrés Agathos » ce titre était décerné à l'occasion de leur oraison funèbre. Dans l'Iliade, le courage est le privilège d'une caste guerrière. Il n'appartient qu'aux meilleurs. Cette vision héroïque du courage restera comme un modèle constant. À côté du courage physique et militaire apparaîtra un courage plus intérieur, un courage moral qui consiste à résister à un ennemi plus intérieur : les passions, les souffrances, la malchance. Après avoir été fataliste et ayant abandonné sa destiné aux Dieux, l'humain eu une vision plus intellectualiste du courage. Le courage et le savoir se sont mélangés, on peut dire que son nés : le métier, l'expérience, la compétence et la stratégie. Ces derniers ont toutefois été mis au service des conflits armés. Les qualités intellectuelles se développant, la morale et la vaillance ont complété les qualités intellectuelles. Nous voyons bien que le courage détient de nombreuses facettes : quel statut y donner ?

Au savoir « Platon »
A l'espérance « Aristote ».
Le courage ne fait-t-il qu'un avec la sagesse « Épictète » ?
Est-il l'impassibilité imitée du divin « Plotin » ?
Est-il la simple conséquence d’un effet de conditions physiologiques ?
Si nous comprenons bien que le courage est une vertu toute entière, il demeure difficile d'en définir les contours. Il prend de nombreuses figures, se masque volontiers. Il me fait penser aux personnages du carnaval de Venise. Qu'y va-t-il derrière le masque ?

Faut-il parler de folie lorsque l'on évoque le courage ?
Le courage cette force d'âme se rencontre aussi chez les fous, c'est ce qu'a constaté Socrate. Je vous laisse juge devant cette affirmation.
Alors que faisons-nous de nos années à comparer nos avis sur tel ou tel symbole ?
Avons-nous sincèrement progressé ?
Qu'avons-nous fait de notre temps à écouter les autres ?

Le fait d'être nous est donné. Mais notre existence est dirigée par nos acquis culturels, familiaux, nos croyances et chacun de nous se trouve pris dans de multiple embarras, aventure ou accident. Il faut savoir se tenir ou se perdre. Les images collantes que nous avons de nous-mêmes sont autant de fardeaux qui entravent notre avancement dans la vie. Les idéaux autorisés et les valeurs apprises construisent aussi ce que nous sommes, et peut être construisent- ils ceux qui nous entourent. En souscrivant sans condition à cette forme de vie on se sent absorber, abandonné, digéré. Et voilà ! Il nous faut une sorte de courage pour ne pas cesser de comprendre, pour entreprendre des changements, dissiper les mythes, nous renouveler. Aller plus avant dans notre quête de connaissance. Transformer le hasard qui tend à s'imposer, qui bouscule ce que nous sommes. Pour que nous nous inventions « nous même » Etre soi-même ! Comment savoir vraiment si l'on est soi-même ? Être et paraître sont si proches, qu'il est difficile de distinguer l'un et l'autre. Comment être sûr de ne pas confondre ce que l'on est avec ce que l'on représente. Faut-il toujours se comparer par rapport aux autres, à la société, à la vie, ce qui naît, ceux qui meurent ? Toute approbation n'est pas une victoire, toute condamnation n'est pas un échec. Nous n'avons que très rarement le sens de l'immensité, des années passées comme de celles à venir, de l'infiniment petit comme de l'infiniment grand. Devant cet infini, comment ne pas appréhender le dérisoire que nous sommes ? Le superficiel, peut-être l'admiration, le contentement, revêtent alors un tout autre costume que le paraître, la possession, et le pouvoir. Il n'y a pas alors, que le courage, que d'être soi-même, il n'y a de courage que dans la conscience d'être. Bien sûr, rien n'est acquis, ni le bonheur, ni le malheur pour chacun de nous tout peut changer à tout instant. Laisser sa destinée au hasard sans conscience ce n'est pas faire preuve de courage. Alors faut-il du courage pour naître, pour être, il en faut sûrement pour continuer d'être ou pour cesser d'être. Apprendre à résister ce n'est pas ce qui va de soi. Résister, c'est agir c'est prendre un risque, risque de ou malgré. Malgré la peur, l'inertie les désirs et parfois l'obéissance. Face aux menaces du danger ou des faits eux-mêmes, il faut rester soi-même humain, proche de l'autre. Il faut plus de courage pour regarder la vie en face pour ne pas rester ébloui par le superflu, ne pas oublier que le beau n'est pas le bien. Oser faire ou défaire, s'éloigner des grégaires complicités que sont les rumeurs, des idées reçues, refuser le mimétisme, car le courage s'oppose au dogme. Mais alors que de questions mes F\ F\. Mais aussi que de pistes à suivre.

N’est-ce pas notre rôle que de chercher la lumière ?

V\ M\ J’ai dit !

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Cantique du quantique

29 Juillet 2016 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Travail réalisé avec Raphael MASSARELLI

Ellimac. Il y a peu de jours, comme je partais de ma maison, je vis un homme de la connaissance, mon ami Ithloaèdes. Je l’appelais de loin et le rejoignis. Ithloaèdes ! Je te cherchais justement pour te demander ce qui s’était passé avec Kyrios le jour où vous allèrent souper à l’académie. En t’y rendant, je t’avais entendu marmonner très embarrassé, à plusieurs reprises : Vite une question, j’ai la réponse ! Vite une question, j’ai la réponse ! On dit que la conversation roula sur l’origine de toute chose, et je meurs d’envie d’entendre ce qui s’était dit de part et d’autre sur ce sujet. Conte-le-moi donc, je te prie. D’ailleurs, pouvons-nous mieux employer le chemin qui nous reste d’ici à Garibaldi ?

Ithloaèdes. Je te rassure sur mes prétentions. Cette histoire n'avait commencé que par une boutade ! Un jour, me promenant seul, en souvenir d'une galéjade, j’avais murmuré, en plaisantant, « Vite une question, j’ai la réponse ». Kyrios, venant derrière moi, m’entendit, me mit au défi et me donna rendez-vous à l’académie pour le lendemain où je m’y rendais et c’est ainsi qu’il me questionna.

Kyrios. Tu as la réponse ? Bien, alors dis-moi, Ithloaèdes, y a-t-il une origine à toute chose ? Comment et pourquoi le monde existe et comment ce monde a la forme qu’il a ? D’où vient l’ordre sensible des choses ? Comment a pu émerger, à partir de rien, une organisation de l’énergie, de la matière et du vivant ? Comment peut-on connaître la vérité ?

Ithloaèdes. Tu es bien généreux et libéral, mon ami : je ne demande qu’une question simple, et tu en donnes une variété ; une seule aurait suffi. Alors, disons que si ta première question est : comment comprendre la constitution d’un système complexe, l’Univers par exemple, à partir de rien, ma réponse est : on n’est pas sûr de savoir comment cela se passe. C'est au travers des mythologies que l'on trouve les premières réponses au mystère de l'émergence primordiale. Elles racontent, chez les sumériens, les sémites, les scandinaves, les grecs, les indiens, le vide, le chaos, l'abime, l'indifférencié qui précède la création de l'univers proprement dit. La quête du début de toute chose, celle que les physiciens désignent par Big-bang, est une grande affaire scientifique, non encore élucidée. C’est pour cela qu'on l'appelle théorie du Big-bang car ce n’est qu’un ensemble de notions, d’idées, de concepts abstraits, de tentatives de répliques mathématiques de l’univers qui demandent continuellement à être confirmés. De manière simpliste, les physiciens considèrent que le Big-bang est une singularité, une chose étrange pourrait-on dire, que nous sommes résignés à tenir pour un grand mystère. En effet, sur ce qu’il y avait avant la singularité qu’est le Big-bang, pourrait commencer le débat sur l'éventualité d'un Dieu créationniste, sur un principe organisateur tel qu’on le retrouve avec Brahma, principe de toutes choses, le démiurge de Platon, le premier moteur immobile d'Aristote, le logos des stoïciens, le grand horloger de Voltaire, le dieu nature de Spinoza, et même le GADLU…..

Kyrios. Je t'arrête, mon ami, laissons plutôt aux théologiens le soin de dire comment on va au ciel et aux astrologues le soin de dire comment va le ciel. Revenons sur terre et laisse-moi poser une question autrement. Comment peut-on penser l’émergence de quelque chose, à partir de composantes qui avaient au départ des propriétés totalement différentes les unes des autres ? En somme et pour exprimer cela d’une façon simple : ne dit-on pas que le tout est davantage que la somme des parties qui le constituent ?

Ithloaèdes. C’est tout à fait exact, c’est une manifestation des systèmes physiques connue depuis plus d’un siècle. Certains scientifiques et sociologues ont démontré qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de chacun de ses éléments constitutifs pris individuellement. Comme le fameux physicien français Henri Poincaré aimait à dire dans ses cours de Physique : «une maison est faite de briques, mais un tas de briques ne sera jamais une maison ! ». Cela veut dire qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de la connaissance de ses éléments les plus simples, car on ne donne, ainsi, qu’une vision très approximative de la réalité du tout. En somme, c'est le contraire de la démarche réductionniste analytique qui accepte, conformément à la méthode que proposait Descartes, de réduire le tout à ses parties, pour mieux le comprendre.

Kyrios. Veux-tu dire que devrions-nous cesser d’être cartésiens ?

Ithloaèdes. Peut-être ! Pour un nombre croissant de scientifiques en tout cas, le réductionnisme est une entreprise qui risque de reposer sur une erreur de conception fondamentale. Au plan d’une vision générale sur l’Univers, le concept de l’émergence ne permet pas de comprendre immédiatement pourquoi le monde est ce qu’il est, et moins encore ce qu’il deviendra. Il permet juste de comprendre qu’aucune théorie réductionniste ne permettra jamais d’analyser et reproduire la complexité du monde.

Kyrios. Pour comprendre cela, faudrait-il, alors, revenir à la possibilité d’utiliser une vision "holistique" de la complexité du Tout. C’est-à-dire une vision d’ensemble, globale qui admet qu’il faut essayer de comprendre la totalité produite par composition de ses simples constituants ?

Ithloaèdes. Je pense que ce serait une possibilité, par exemple : si on fait un tas avec 9 briques, son poids se réduit à la somme des poids de chaque brique, il n’y a pas d’émergence. Mais prends une miche de pain, il est facile de voir que celle-ci possède des qualités qui ne peuvent pas être considérées comme la somme de ses ingrédients ; sa texture est totalement différente de celles de ses composants, blé, eau, sel, levure, feu… avant leur mélange. La miche est une émergence. Les propriétés émergentes du pain proviennent de l’interaction entre ses ingrédients et le pain qu’on obtient est bien plus que la somme de ses constituants essentiels. La nature du vivant ressemble plus au pain qu’au tas de briques. Si nous regardons un organisme vivant, celui-ci est, évidemment, plus que la somme de ses organes. Un autre exemple parmi une infinité : tout le monde sait que, même en grand volume, l’oxygène et l’hydrogène sont invisibles, inodores et de masse négligeable. Cependant, quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront en liquide visible, en eau qui pèsera 1kg/litre.

Kyrios. Cela veut-il dire que le monde est constitué par des strates imbriquées d’émergences et pour les comprendre, il suffirait d’admettre qu’un niveau est constitué à partir d’éléments du niveau précédents lorsque ceux-ci s’organisent et s’intègrent ensemble pour donner quelque chose de nouveau, en d’autres termes pour créer quelque chose en plus d’eux-mêmes ? S'il en est ainsi, alors on peut comprendre pourquoi la pierre qui constitue la clé d’une voûte n'est pas une pierre comme une autre car, en fermant la voûte, elle la solidarise, la constitue en un tout qui tient. Elle crée la voûte dans sa relation d'équilibre des forces avec les autres pierres en tant que structure architecturale dans laquelle il suffit d'enlever une pierre quelconque pour que l'édifice s'écroule et devienne un tas de pierres. De même aucun élément d’un circuit ne vaut grand-chose en lui-même par sa matérialité, mais, le fait de se fermer, comme dans une chaîne d'union, de faire cercle ensemble, assure la continuité et établit, dans ce cas, la circulation d'un flux d’émotions, d’échanges entre FF ø Et SS ø Ce qui émerge à ce stade c'est donc une totalité comme telle, qui vaut bien plus que la somme des éléments du circuit et qui a produit quelque chose de plus que l’on appelle égrégore ?

Ithloaèdes. Certes, toutefois, on considère qu’il y a émergence dès lors que les ensembles constitués par cette organisation complexe sont stables et qu’ils ont des propriétés propres, différentes de leurs composants antérieurs. L'émergence peut donc se définir par rapport à l'idée d'une organisation du monde selon des degrés de complexité croissante, succession qui ne peut être réduite à ses degrés élémentaires. Maintenant, il faut se représenter l'immense champ des technologies émergentes, aujourd'hui disponibles et susceptibles de fournir des briques pour la construction d'êtres artificiels, jusqu'à des populations de robots dotés de propriétés inattendues et qu’on prétend qu’ils pourraient dépasser en intelligence les humains. Mais cela reste, aux yeux des scientifiques, un rêve romanesque fou et cependant non des moindres, les européens et les américains s’y investissent déjà.

Kyrios. Que le grand cric me croque et me fasse avaler ma barbe ! Comment apprécier ce monde robotisé dont tu me parles au regard du progrès humain que cela pourrait apporter. Et maintenant, en admettant une complexification croissante d’un niveau à un autre, je me demande ce qui se passe dans le vivant. Comme on le sait, nous sommes constitués des mêmes atomes que la terre et les étoiles, mais comment ces éléments se composent-ils pour constituer la vie ? Est-ce un résultat de la complexité ?

Ithloaèdes. On peut en effet expliquer la vie ainsi, une complexité de relations entre les atomes qui forment des molécules, qui forment des cellules, qui forment des tissus, des organes, des organismes. Et tu peux même observer ces effets de la complexité au cours de l’évolution à des niveaux surprenant comme par exemple celui de la conscience. Il y a un exemple à ce sujet qui pourrait expliquer le vivant par un théorème qui a pris le nom de Bose -Einstein, théorème, on s’en doute très compliqué sur les fluides quantiques,¬ mais sur la base duquel, certains scientifiques en déduisent aujourd’hui que sous conditions particulières et lorsque le nécessaire niveau de complexité est rejoint, des éléments simples peuvent fusionner en un seul et unique élément. C’est le principe philosophique qui implique que le Tout donne le Un. Ce concept, peut être appliqué au vivant et observé au cours de l’évolution des espèces. La plus simple forme de vie est donnée par les bactéries et les protozoaires. Ces derniers sont des cellules qui vivent comme des individus dotés de mini-consciences car ils peuvent réagir à l’environnement qui les entoure. Au cours des millénaires, des cellules semblables aux protozoaires ont formé des colonies, puis des individus plus complexes où les cellules se sont spécialisées en des fonctions diverses. De sorte que leur ensemble, suivant le théorème de Bose-Einstein donne, à partir de nombre de cellules différentes, un seul individu qui aura une seule conscience et non plus un ensemble de mini-consciences. Cela peut évoluer et se complexifier jusqu’à la conscience de l’Homme, qui, sur Terre, est le résultat émergeant le plus complexe du vivant. Ainsi, d’organismes primaires capables de réactions élémentaires, on arrive à des organismes qui peuvent écrire et déclamer l’Iliade ou le Mahâbhârata. Voici comment une conscience peut émerger d’un ensemble d’atomes. De même, les robots, que j’ai évoqués plus haut, modifieront probablement l’homme lui-même ; ils pourraient donner lieu à des prothèses dont certaines sont déjà utilisées en chirurgie réparatrice, voire dégager une certaine autonomie. L'émergence renvoie à un monde qui n'est pas figé, un monde en évolution dans lequel de nouvelles formes d'existence peuvent apparaître.

Kyrios. Si je comprends correctement ton raisonnement sur l’émergence de la conscience, j’aurais envie de dire que l’existence même de l’homme pourrait avoir modifié tous les niveaux antécédents. Il y a, par émergence, formation d'une hiérarchie de niveaux d'organisation, mais l'ensemble ne forme pas un monde stratifié. Il s'agit plutôt d'une imbrication, car les niveaux ne sont pas disjoints et empilés, mais comme internes les uns aux autres et interactifs entre eux. Par exemple, la nature, au sens large, qui a permis l’émergence de l’homme s’en est trouvée profondément modifiée par lui. Alors, en cascade, on remonterait à la modification du niveau primordial du Big Bang et en allant encore au-delà, le GADLU lui-même serait potentiellement modifiable par nous en le faisant évoluer à notre image ! D’ailleurs, la kabbale, me semble-t-il, explique que le Nom de Dieu lui-même est abimé chaque fois que le mal est fait volontairement. Mais dis-moi, Ithloaèdes, tous ces nouveaux concepts dont tu viens de me parler, s'approchent-ils de la notion de réel, nous découvrent-ils un autre côté du visible ?

Ithloaèdes. Des changements ont bien eu lieu en ce sens, ils concernent l’extraordinaire avancée scientifique et technologique que nous sommes en train de vivre. Ils sont essentiellement dus à une série de découvertes faites en physique il y a un siècle, d’abord par Einstein avec sa théorie de la Relativité, puis par plusieurs physiciens qui ont développé ce qu’on a appelé la mécanique quantique et puis la physique quantique. Celle-ci décrit, dans le temps et l'espace, la structure et l'évolution des phénomènes physiques à l'échelle de l'atome et même en-dessous, à l’échelle subatomique. Je te rappelle qu'il y a autant d'atomes dans un verre d'eau qu'il y a de verres d'eau dans l'océan. La partie la plus petite de l’existant serait, par convention, un quantum, un quelque chose bien plus petit que l’atome. Ce monde quantique ne peut pas être décrit dans les termes de temps et d'espace de la physique de Newton, celle de la mécanique, du mouvement, de la masse, de la force, de l’énergie. etc. Au niveau de l’atome nous savons qu’il y a un monde qu’on a considéré depuis le départ comme bizarre et applicable seulement à l’infiniment petit, avant que l’on ne se rende compte, dans les années 1970, qu’on pouvait l’appliquer aussi à l’infiniment grand, à la l’étude de l’origine de l’univers. Dans cette physique, les objets quantiques sont comme des fenêtres ouvertes sur quelque chose dont on ne peut rien dire en termes littéraires. Je te donne un exemple : le principe de superposition quantique. Ce principe énonce qu’une composante élémentaire d’un atome, appelons-la particule, peut-être être localisée à deux, et même plusieurs, endroits en même temps. On dit que la particule est à la fois ici et là-bas. Pire encore, une telle particule quantique se présente sous deux états simultanément. Elle est particule, c’est-à-dire elle a une masse, un poids, et au même temps elle est une onde, comme une vague qui se déplace, qui transporte de l'énergie, sans transporter de matière. On appelle cette onde-particule, ondicule. Elle peut rester sous cette forme indéfiniment, tant qu’elle n’est pas observée. Il suffit, en d’autres termes que quelqu’un l’observe pour qu'elle devienne soit exclusivement onde, soit exclusivement particule.

Kyrios. Puisque notre corps biologique ne nous permet d'accéder qu'à une gamme limitée de fréquences vibratoires, veux-tu dire que les observateurs créent un réel qui ne serait qu'une vérité partielle ?

Ithloaèdes. Oui, mais... Au début de la physique quantique, on pensait que l’observateur devait nécessairement être un humain et donc représenter le résultat de sa conscience. Mais plus récemment, on s’est rendu compte que l’observateur peut être bien autre chose. Il semblerait en effet qu’il suffit qu’une particule ou une onde « observe » une autre ondicule pour que celle-ci devienne onde ou particule… Cela semble démontrer que les ondicules ont une certaine propriété que l’on pourrait définir d’agent de conscience.

Kyrios. Mille millions de tonnerres de Brest ! Ce que tu me dis est incroyable ! Explique-moi en quoi ce monde quantique peut-il exister car je ne le vois pas, comment pouvons-nous dire que cette chaise ou…. toi que je regarde sont fait comme tu me le dis ? Il y a là quand même un grand mystère qui tiendrait à la nature énigmatique des ondicules avant que l’on ne les observe ; un électron libre, par exemple, qui est une ondicule avant qu’on ne l’observe, peut devenir particule ou onde à l’observation, c’est-à-dire de la matière ou de l’énergie ?

Ithloaèdes. Oui, c’est bien ainsi. Même Einstein, qui défendait l’existence d’une réalité indépendante de l’observation, a fini par admettre que l’ondicule est selon ses termes un « champ fantôme », son existence n’est pas réelle au sens où nous l’entendons. Ce serait ce que l’on a appelé un champ de force.

Kyrios. Tu veux dire que la réalité s’actualise seulement sous l’effet de l’observation d’une conscience ? La conscience de chaque individu serait alors responsable de sa propre réalité et chacun la construirait comme un tunnel à travers ce mystérieux monde d’interactions quantiques.

Ithloaèdes. Et oui, c’est ce qui faisait dire à Eisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique : « Ce que l’on observe n’est pas la nature en soi, mais la nature telle que l’expose notre méthode pour interroger » et il ajoutait « que l’interaction entre l’observateur et l’objet provoque des changements conséquents et incontrôlables qui modifient le système observé ». En d’autres termes ce qui importe c’est ne sont pas "le sujet et l’objet", mais la relation qui s’établit entre eux.

Kyrios. J’imagine combien cette théorie peut paraître absurde. Elle l'était, en tout cas, pour Einstein qui posait cette question, avec un pincement d’ironie : « La lune existerait-elle quand même, si personne ne l’observait ? » Il ne savait pas le grand physicien que même un photon est doté de connaissance et que….. Mais oui, mais c’est bien sûr ! L’univers entier est conscient et il s’observe en permanence ! C'est pour cela que les diamants existent au plus profond de la terre avant d'être découverts, que les poèmes ou la peinture ou la musique existent de tout temps dans l'attente de leurs auteurs. Si je comprends bien, c'est par cette observation, ou permets-moi de dire cette conscience universelle, à laquelle appartiennent la lune, les diamants, toi, moi aussi, qu'est extraite la totalité de notre réel de tout ce qu'il aurait pu être. Mais continue, je t’en prie, dis-moi autre chose sur la nature de ce monde quantique.

Ithloaèdes. - Premièrement, c'est un monde peuplé à 99,9% de vide ! Dans les atomes, entre le noyau et les électrons qui lui tournent autour il y a tellement d’espace que l’on peut affirmer que les atomes sont essentiellement formés de vide. Cela d’ailleurs se reproduit à bien plus large échelle dans l’espace cosmologique. De plus, la matière n’est en réalité qu’une forme d’énergie ! Il y en a même tellement que certains scientifiques affirment qu'il y a plus d'énergie dans 1 cm3 d'espace qu'il n'y en a dans toute celle que nous appelons matière dans l'Univers !

Kyrios. Génial ! Une partie de cette énergie pourrait donc devenir une énergie utilisable. Elle constituerait alors une source d’énergie propre et renouvelable, comme celle du vent ou du soleil.

Ithloaèdes. Des recherches sérieuses sont faites en ce sens, on parle d'énergie libre. Mais poursuivons avec le quantique. Deuxièmement, une ondicule est à la fois présente en tout point et nul part, son existence est alors définie en termes de "champs de probabilité". On entre alors dans un monde de quasi science-fiction, puisque cette onde est présente jusqu'à dans des milliers d’endroits en même temps ! On dit que l’onde est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas. Toutefois l’observation va arrêter cette dispersion. Seulement des consciences peuvent être des observateurs. Sans cette conscience, il y aurait cette superposition de possibilités en expansion. Chaque conscience crée ce que tu appelles son tunnel de réalité, parmi tous ceux probables, mais ce n’est pas la Vérité. C’est dire qu’une observation, autrement dit mettre de l’information sur quelque chose, extrait cette chose de toutes ses probabilités d’être pour la rendre matériellement existante dans le monde macroscopique, à savoir le nôtre. Troisièmement, prenons deux particules créées en même temps. Si on en expédie une extrêmement loin de l’autre et si on lui fait quelque chose, c'est-à-dire si on l'observe ou qu'on la manipule, l’autre réagira à l’instant même en se présentant dans le même état résultant. On peut en conclure que, soit l’information peut voyager à une vitesse instantanée, ce qui est considéré en l'état de la science comme impossible, soit les deux particules sont toujours connectées. La conclusion est que tout reste très probablement en contact.

Kyrios. En faisant le plus simple possible, je retiens de la vision quantique, qu’une particule est à la fois matière et énergie, que toute chose est un assemblage d'états qui contient des potentialités, que tout reçoit et émet des ondes vibratoires qui portent des informations et que c’est l’espace qui nous donne l’illusion que les objets sont séparés. Ce qui m'intrigue, c'est qu'il n'y a donc pas d'évolution dans le monde quantique puisqu'il exclut le temps ; on pourrait dire qu'il n'est, n'a été et ne sera toujours qu'en termes de potentialités réalisées ou pas. Dans ce monde quantique, alors, paradoxalement, il ne peut y avoir d’émergence puisqu’il n’y a pas d’avant, ni d’après, seulement une actualisation de la création par des consciences qui ne sont pas qu'humaines ?

Ithloaèdes. Non, il y a un avant et un après, puisque il y a eu, selon la théorie, un moment zéro ! On est arrivé à connaître l’âge de l’Univers à un millionième de milliardième de seconde après le Big-bang. Cette explosion cosmique d’énergie a produit toute la matière de l’univers. Donc il devrait y avoir eu un avant et un après.

Kyrios. En définitive il faut jongler avec deux mondes, celui d’Einstein qui régit les objets massifs (mondes, étoiles et galaxies) et où le temps peut changer comme changent les trois autres dimensions, et celui de l’infiniment petit (immédiatement après le Big-bang) où il y a eu une soupe quantique, dont on ne sait rien sauf que tout était et n’était pas ; un monde incompréhensible.

Ithloaèdes. La science n’a pas encore résolu la compréhension de ce passage, sinon avec des élaborations mathématiques portant sur ce qu’on appelle les théories des cordes, théories non vérifiables par l’expérimentation du fait de la dimension minuscule de ces objets, infiniment plus petits que les quanta. Mais surtout, les particules de la matière originale qui ont émergé du Big-bang, bien que dispersées dans l’accroissement de l’univers, sont restées en contact, ce qui voudrait dire que les particules qui nous composent, nous les humains, sont toujours connectées à toutes les autres particules de l’univers, que tout n’est que UN.

Kyrios. Cela me semble déranger les lois, les observations et le bon sens. Ces différents mondes emboités n’existeraient pas indépendamment les uns des autres, de manière inséparable. Et si je comprends bien, les divers niveaux de la matière, de la vie, de l’homme et de la société interagissent sans cesse entre eux.

C’est pourquoi Max Planck a pu dire : « Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui entraîne les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière ». Est-ce bien ce que la relation entre le Un et le Tout implique ?

Ithloaèdes. Oui, d'ailleurs, depuis fort longtemps et pour plusieurs philosophies, la nature est un continuum, il n’y a pas de différence entre matière et énergie. Dans cette approche intellectuelle, les opposés ne se détruisent pas mais essaient de s’accorder, de se compléter et de ne faire qu’Un. Le Taoïsme enseignait déjà que le deux devient trois, en ne considérant que le rapport qui existe entre les opposés. L’ensemble est ce que l’on nomme «le Un », le Tao. Enfin et pour éclaircir cela, le dialogue qui s’installe entre les opposés, le Yin et le Yang par exemple, ne peut se révéler que par leurs échanges. D’où la conclusion philosophique que les opposés existent et n’existent pas, qu’ils sont dans des états imbriqués au sens quantique. La pensée occidentale, quant à elle, raisonne trop souvent en termes de dualisme, par exemple le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, le blanc et le noir, l’être et le non-être, et cætera. Elle est, ainsi, incapable de comprendre que le deux forment le Un. Relation, trame, tissu voilà comme on peut voir le monde, un ensemble intriqué de fils formant un tissu multidimensionnel au dessin d’une extraordinaire complexité. Et cela est le tout et en même temps le Un.

Kyrios. Donc, si je comprends bien cet Univers, ce monde dans lequel nous vivons représente le Un ?

Ithloaèdes. Pas tout à fait, car il est arrivé un instant après le début du Big-bang, on peut donc se poser la question qu'y avait-il avant le Big-bang ? D’un point de vue philosophique, le Un doit inclure tout ce qui existe dans notre espace-temps, comme dans d’autres univers imaginés par certains ; il inclut aussi tout ce qui les contient, car il doit bien exister un contenant. Il suffit d’imaginer que, si la théorie du Big-bang est correcte, au départ, au temps zéro de la vie de l’univers, celui-ci, sa masse et son énergie était contenue dans un point dont la masse était énorme et la dimension équivalente, peut-être à celle d’un petit pois. Puis l’explosion et l’inflation qui suivirent formèrent l’univers que nous connaissons. L’unité forma le tout. Cela veut aussi dire que nous sommes en contact encore avec ce tout car tel que nous le voyons l’univers est Un, c’est la science et la philosophie qui nous le disent. Le Un est avant le zéro cosmique. Mais laissons de côté maintenant cet étrange ballet entre philosophie et physique, car j’ai envie, à mon tour, de te poser une question : Est-ce que le temple maçonnique, en tant que représentation du cosmos, offre des symboles qui nous mettraient sur la voie d’une telle analyse ? Kyrios. Bien sûr, tout le temple lui-même et, dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité. C’est l’enseignement majeur de la formation de l’apprenti. Le monde ne peut nous apparaître que sous une forme duale, mais son unité est à rechercher avec le 3. Parfois, le 3 n’est qu’un nombre d’énumération comme les trois grandes lumières, les trois piliers lorsqu’ils sont présents, les trois pas de l’apprenti, les coups de maillets, les rythmes d’acclamations, etc. D’autres fois, le 3 est un ternaire qui, seul, rétablit ce que le 2 a troublé en tant que dualisme, en tant qu’opposition. En fait, seul le ternaire fait davantage : le passage du 2 au 3 permet de dominer le dualisme, de l’effacer même, non en le niant, mais en le ramenant à l’unité préexistante dans un mouvement ascensionnel. Les formes de ce ternaire seraient les symboles illustrant la complémentarité. Par exemple le pavé mosaïque, les 2 colonnes, la lune et le soleil, bien sûr l’équerre et le compas. Ce ternaire se retrouve de la façon la plus évidente avec le Delta lumineux.

Ithloaèdes. Alors le delta lumineux pourrait aussi évoquer l’approche quantique et l'œil serait l'idée de l'observation par une conscience universelle ?

Kyrios. Pourquoi pas puisque le triangle, pointe en haut, est ce que l’on appelle une triade, c'est-à-dire l'unité qui se donne à voir dans sa manifestation duale et les échanges entre tous ses composants, en somme le Un et son émergence le Tout. Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède ; tout est de la même essence que lui. Le sommet serait le Un, non pas le nombre mais le principe, qui précède et contient le zéro cosmique du Big-bang. Il est, évidemment placé du côté des mondes supérieurs, c'est-à-dire pour nous, à l'orient. A l'autre extrémité, dans le monde de la formation, il y a la même symbolisation. J et B représentent, dans la phase du monde de la dualité, et non du dualisme, les deux aspects différenciés et séparés de l'unité du Delta qui les contient en idéation, réunis dans la superposition androgyne. En percevant notre Delta comme une trinité avec la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière et de l'univers leur fils[i], sans le savoir, on évoque de fait une présentation quantique de l’ondicule, avec énergie, matière et potentiel d’existence consubstantiels. Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ithloaèdes. Le triangle pointe en bas, est aussi un ternaire, son symbolisme diffère-t-il ?

Kyrios. Le triangle pointe en bas peut être interprété, dans une visée mystique, comme un retour à l’unité, le chemin pour s'unir au créateur. Mais c'est aussi deux termes préalables qui génèrent un troisième terme, une sorte d’émergence comme dans le ternaire « thèse, antithèse, synthèse ». Le troisième terme généré est une affaire d’interprétation personnelle. Je dirai que ce sont des tunnels de réalité (au sens où on les a définis) alors que le triangle pointe en haut est un universel. Ithloaèdes. Alors, l’origine verbale du mot « symboliser », « reconnaitre, mettre ensemble, assembler » se situe dans le contexte du ternaire ? Car, n’est-ce pas une façon de retrouver l’unité sous-jacente avec ce qui est épars ? Par exemple, la réalisation de ce que nous appelons l’égrégore ne fait-elle pas émerger une structure d’unanimité, quelque chose comme un essaim ? L’égrégore, perçu du point de vue quantique, pourrait très bien n’être que la manifestation spirituelle de l’intrication de nos particules avec celles des FFø et SSø mais aussi avec celles de tout l’univers, cela est montré visiblement par l’entrelacement de la chaîne d’union, en tout cas c’est une interprétation possible.

Kyrios. Si tous les êtres ne cessent jamais d’actualiser l'Unité, par contre, ils perdent de vue ce rattachement. Le symbole nous permet de comprendre que, quelque soit le sens du mouvement, à l'ensemble, préside l'Unité ou le retour à elle. La connaissance s'est obscurcie, d'où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue « autonomie » de l'individu. Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est. Il écrivait : «C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être... Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d'unité par le seul mental. Il faut faire du vide en soi pour permettre à autre chose de nous remplir, c’est aussi une façon de tailler sa pierre, en faisant du vide, pour trouver et accueillir la pierre cachée, l’étoile de lumière qui attend en son cœur. Cette conception est aussi dans la philosophie orientale qui conclut : « ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie ». Alors, ta réponse à toutes mes questions du début de notre entretien, c’est que la vie n’est qu’échanges d’énergies et que la Raison apparaît comme la borne de l’encerclement de l’Énergie. On peut en conclure qu’il est donné à chacun de choisir d'être au cœur des choses ou à leur périphérie ; ce n'est pas trop de toute une vie pour confronter, l'un par l'autre, ce monde où nous sommes et ce monde qui est en nous.

Ithloaèdes. Voilà, Ellimac, ce que fut, pour l’essentiel, notre entrevue avec Kyrios. Mais je vais te résumer en quelques mots ce que nous sommes parvenus à comprendre. Tout est Un, le Un est avant le Zéro Cosmique, tout n’est que mouvement que nous appelons énergie, les choses ne nous sont perceptibles que parce que le mouvement donne l’illusion de la matière, nous n’existons que parce que nos cellules communiquent entre elles, nous sommes cet échange, cette animation. C’est pourquoi il n’est peut-être pas suffisant de se penser en termes de « qui suis-je » mais qu’il faut aussi s’interroger en ces termes : « que suis-je » ? Quelle est mon essence ? Quelle interférence de tunnels de réalité me fait exister ? Quel est le rôle de ma conscience et celui de mon inconscient dans l’objectivation de ma vie ? Ne suis-je sujet actif, créateur de réel que lorsque je mets une information sur ce qui m’entoure ? Si je me vois comme je suis, est-ce que suis-je aussi comme tu me vois ? Maintenant que nous sommes presque arrivés à Garibaldi, Ellimac, permets-moi une question : pour harmoniser ce qu’est la vie, ne suffit-il pas de générer la plus rayonnante des connexions avec ce qui nous entoure ?

Ellimac. Comme le dit le Tao te Qing, parler beaucoup épuise sans cesse ; mieux vaut garder le milieu ; alors de tout ce que tu m’as rapporté, j’ai juste un mot à te proposer pour te répondre : rien que de le prononcer, il irradie, comme une lumière primordiale, des myriades d’émergences, il est l'essentiel du mot animer, c’est le verbe «Aimer».

Solange Sudarskis

source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

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La fidélité

18 Juin 2016 , Rédigé par M.T Publié dans #Planches

Désir, désir de liberté, désir d'accomplissement... sont quelques-unes des puissantes raisons de l'engagement dans une voie initiatique, engagement qui reste dépendant de la capacité à sacrifier ses seuls intérêts et son confort immédiats pour se soumettre à une discipline - une ascèse - et accepter une contrainte choisie dans un espoir de réalisation plus grande. L'engagement maçonnique est celui d’un cheminement progressif qui mène de soi à l’autre, au monde et aux dieux. Il s’appuie sur la capacité à soumettre sa volonté, canaliser ses passions, discipliner sa pensée, harmoniser raison et intuition, au moyen de rituels et d’une habile mise en oeuvre des symboles et de la pensée créatrice. C’est l’exercice continu de la pensée créatrice en harmonie avec le Principe – la loi morale - qui fait passer progressivement du monde de l'avoir à celui de l'être, dans un abandon volontaire du superflu au profit de l’essentiel pour l'accomplissement de soi dans l’ouverture au monde. C'est le domaine de la conquête de la connaissance de soi qui devient quête de la Connaissance, la Gnose. L'engagement maçonnique est fondé sur la conscience de sa propre liberté et de ses limites, la conscience d'un pouvoir relatif sur soi-même et sur le monde, la sensation d'une incomplétude, le désir et la volonté d'aller plus loin, au-delà de l'horizon visible. En nous engageant par serment, en donnant notre parole, notre foi, nous témoignons de notre pouvoir, de notre capacité morale et de notre liberté. Les buts de la Franc-Maçonnerie énoncés lors de la cérémonie d’initiation et progressivement révélés par la pratique maçonnique font l’objet d’un serment solennel. Le serment constitue la clef d'accès au monde maçonnique : engagement au secret et promesse de travailler inlassablement à son propre perfectionnement pour participer à la construction d’une humanité meilleure, plus éveillée. La fidélité est la clef de voûte de toute initiation et en assure l’équilibre durable. Comme la « ligne de foi », l’axe longitudinal des navires - repère intangible qui figure sur les compas de navigation - sert à aligner le navire sur la route choisie, l’axe vertical analogue de l’homme lui sert de « ligne de foi » personnelle, de ligne directrice interne.

La fidélité est la constance, l'exactitude, la véracité et l’attachement à cette « ligne de foi » de l’homme. Cet axe virtuel, qui va du midi solaire du solstice d'été au centre de la terre, est un canal énergétique et une droite morale ; nous traversant, il contribue à déterminer notre position singulière dans la création, celle d'un mammifère instinctif, primate irrationnel mû par ses besoins vitaux et ses passions qui, dressé sur ses pieds, doué de mains, d’organes de phonation et de parole, est devenu, par une lente progression, un être sensible, intelligent, doté de conscience et de raison, capable d’idéation, conscient de sa finitude et de sa mort : un être en évolution permanente. A cause de cela, l’homme est capable de construire et de projeter, de se construire et de se projeter, dans le temps et dans l’espace, tendu vers un idéal de conquête et la quête d’une perfection qu’il exprime préférentiellement dans l’art et la spiritualité.

Si le serment sert de fondation au Temple, au soubassement qui assure sa stabilité basique, la fidélité, clef de voûte de l’édifice, en assure la stabilité sommitale. L'équilibre stable du temple idéal de l’humanité que nous aspirons à construire est ainsi assuré par le bas et par le haut. L'axe invisible qui relie le bas et le haut, la terre au ciel, constitue l’axe humain de la verticalité : un chemin d’accès, une échelle, vers le monde de l’esprit. Cet ancrage terrestre à visée cosmique dans la verticalité - qui nous constitue en constituant un repère interne - est une constante, une référence, que nous devons reconnaître et à laquelle nous devons nous attacher pour être loyal et digne de foi dans le mouvement double de voyage que nous entreprenons vers nous-mêmes et dans le monde.

Etre fidèle, c'est respecter sa foi, ses engagements, son serment et la mémoire que nous en avons ; c'est respecter l’être humain en devenir que nous sommes, conscient de ses racines et de son parcours, en re-création permanente de lui-même. Aussi, être attentif, observer et maintenir cette règle interne, conditionne notre cheminement et notre cheminement initiatique. Être fidèle, c'est être fiable – digne de confiance - promettre de faire ce à quoi nous nous sommes engagés et, fût-ce au péril de notre vie-même (notre vie physique et celle de l’esprit), être pleinement, ici et maintenant, celui qui s'engage : un être libre, un homme de devoir et de responsabilité. Sans doute devons-nous légitimement nous interroger et pouvons-nous douter de notre capacité à tenir les promesses que nous avons souscrites ? Ne sommes-nous pas présomptueux, ne présumons-nous pas de nos forces dans une entreprise trop hardie ?

La liberté de s'engager implique la connaissance et l’adhésion aux valeurs énoncées, la pleine conscience de leur portée pratique, morale et spirituelle, la ferme volonté de les respecter dans toutes leurs implications, le pouvoir de les assumer et d'en répondre devant ses pairs, ainsi que la responsabilité qui en découle : accepter ses faiblesses et ses erreurs, supporter de les voir mises en lumière, être capable de les corriger, de se corriger, de se rectifier.

Le pouvoir de s'engager implique pour un homme de reconnaître sa liberté essentielle, de se penser et se voir en devenir de lui-même, d’être capable de s'améliorer, de choisir de se perfectionner. La cérémonie maçonnique rituelle de réception reconnaît implicitement et explicitement cette liberté essentielle de l’homme et sa responsabilité ; elle témoigne, de même, de la confiance en sa capacité de renouvellement et de progression vers son accomplissement d’être humain. Le serment est la parole donnée qui engage la totalité de l'être, au-delà même de la difficulté, au moment de l'engagement, à en percevoir avec exactitude les limites. La confiance accordée à l'impétrant par les Frères de la Loge est un acte de foi dans sa capacité à devenir qui lui permettra de connaître progressivement l’étendue du champ de son engagement. Être fidèle à la loi morale est la condition première, la ligne droite qui indique la direction qui vise à la plénitude de l’être. Les préalables de l'initiation peuvent ainsi s'apparenter à la promesse des fiancés de s'engager dans une union féconde où chacun apportera, dans sa diversité, le meilleur de lui-même pour construire et transmettre. La raison autant que l'intuition, la volonté autant que la persévérance et le courage, sont nécessaires pour réussir ce projet de construction, de dépassement de soi et d'épanouissement dans un ensemble plus large – le Temple - qui dépasse et réunit les individualités pour les assembler en une harmonieuse entité. Passer du 1 au 1 + 1, puis au 3, passer de la conscience d’une unité limitée à la dyade androgyne, union des complémentaires, puis au partage, c’est passer du binaire au ternaire, puis à la transmission, dans une entreprise d'élévation qualitative et spirituelle qui dépasse l'individu et s'étend à l'humanité. Plus que de conquête de nouveaux territoires de savoir, ce travail est traditionnellement défini comme celui d’une conquête de soi, la réintégration de l’être dans l’unité primordiale, l’Un.

Quelle est cette foi, dont la racine latine fides apparaît dans le mot « fidélité », cet élément stable sur lequel nous nous appuyons pour développer notre démarche, ou qui apparaît lors de notre mise en chemin ? Quelle est cette foi, cette constante vers laquelle nous nous dirigeons, mettant notre axe de vie en alignement avec l'axe de visée de l'étoile qui nous guide ? Dans les deux cas, c'est un point de référence, la conscience du centre stable de nous-mêmes. Un rituel maçonnique dit que « La Foi est la confiance inébranlable dans les promesses de l’avenir. Elle est l’expression de la fidélité dans nos principes et dans notre idéal. Elle légitime et fortifie notre crédit en l’humanité en général, et en l’être humain en particulier, dans toutes leurs possibilités. Elle anime notre ardeur dans la recherche du Vrai, du Juste, du Beau, du Bien. » Si la foi est un point de référence, le lieu de la stabilité, la fidélité (maçonnique), quels que soient les aléas du voyage, n’est-elle pas la reconnaissance permanente de la direction et de la localisation de ce lieu, la connaissance intime d’une vérité qui se manifeste et s’impose à soi-même ? N’est-elle pas dépassement constant de soi dans la quête infinie de la Vérité dont nous avons identifié l’origine en nous ? N’est-elle pas dans l’équilibre vital harmonieux réalisé au présent, d’instant en instant, entre le passé (nos racines et notre mémoire) et l’avenir (notre projet en devenir fructueux) qui fait de nous un arbre de vie dont la sève est le courant vital, invisible mais bien réel, l’essence-même de ce que nous devons transmettre ?

J’ai dit.

Michel TOL\

Source : www.masoniclib.com

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Le sacré en loge au rite Français

26 Mai 2016 , Rédigé par A.B Publié dans #Planches

Ce soir nous allons aborder le thème du sacré en loge.

Ce morceau d’architecture est destiné plus particulièrement aux nouveaux apprentis afin qu’ils prennent conscience de la manifestation, difficile à expliquer, qu’engendre le sacré. Notre approche sera simple et axée principalement sur le rite de notre loge, le rite Français. Eh oui, nous sommes dans le sacré lorsque nos travaux sont ouverts. Le temple dans lequel nous nous trouvons lors des tenues devient un lieu consacré à la divinité. C’est la définition même du mot temple. Le sacré, en effet, constitue un domaine réservé, mystérieux, inviolable, totalement séparé du monde profane. Pour rappel le sacré est la transcendance pour l’initié, c'est-à-dire l’élévation vers Dieu. Cette transcendance éveille en nous , en fait l’homme déchu, le souvenir de notre divine origine et le désir de nous élever vers des niveaux de consciences supérieures. C’est tout un programme qu’il faut mettre en route, si nous pouvons nous exprimer ainsi. Processus qui n’est pas sans risque, pour qui rentre en contact avec lui sans avoir été préparé et sans être protégé. A titre d’exemple rappelons-nous les précautions prises le jour de notre initiation. Une main protectrice nous guide malgré les difficultés rencontrées lors des voyages. Rappelons nous notre ressenti et nos sentiments lors de ce moment combien important ! L’espace de la loge devient sacré, le temps devient lui aussi sacré. Nous pouvons logiquement nous poser la question : Quel est le processus qui permet d’accéder au sacré lors de cet instant magique qu’est la tenue ? Pour entrer en communication avec le divin créateur, il est nécessaire qu’au début de chaque tenue, le temple soit en quelque sorte opérationnel, c'est-à-dire sacralisé. C’est alors qu’entre en jeu un rituel d’ouverture des travaux. Nous allons tenter d’y répondre par cet exposé composé de 3 parties :

l’espace sacré

le temps sacré

les incidences du sacré sur les énergies en loge et sur notre propre comportement.

En remarque nous devons préciser qu’espace et temps sacrés sont étroitement liés. C’est par pure commodité que nous prenons la liberté de traiter les 2 sujets indépendamment. Nous emploierons souvent le terme d’énergie, mais malheureusement il est peut-être un mot fourre-tout. La physique moderne propose des approches très pertinentes sur ce sujet mais je voudrais, ce soir, que nous restions dans du ressenti, dans de ce qui nous semble invisible et incompréhensible. Ce ne sont que des exemples vécus qui peuvent nous amener à appréhender ce phénomène. Nous nous emploierons donc à en donner. Le rituel, souvent décrié par certains par commodité ou ce qui est plus grave par ignorance, est donc le moyen essentiel, nécessaire et suffisant, qui devient le véhicule permettant le passage du profane au sacré. Le rituel d’ouverture permettra de sacraliser le lieu et le temps. Il renforce soit l’un soit l’autre. Il y a coupure par rapport au quotidien et pénétration dans l’espace et le temps sacrés. Nous savons bien que le temps et l’espace sont en rapport avec l’existence même de l’homme, notre existence physique, En présence du sacré on est libéré de cette condition. Le sacré est la source, une porte entrouverte vers l’absolu. On entre alors dans une expérience personnelle, intime, incommunicable.

1ère partie : L’espace sacré.

L’espace est en rapport avec le lieu où l’on se trouve. Vous avez peut-être remarqué dans les planches de notre frère secrétaire qu’il parle aussi de lieu géométrique parfaitement éclairé. Ce lieu, comme le précise sa définition, est effectivement cet ensemble de points jouissant d’une même propriété déterminée ou caractéristique qui dans notre cas est la présence du sacré. La loge avec son orientation, sa forme, ses décors, ses couleurs, va permettre l’accès au lieu sacré. Le sacré a un rôle primordial car le frère se trouve dans une ambiance qui va capter son attention et le rendre ainsi réceptif. Nous reviendrons sur ces notions en fin d’exposé. Maintenant examinons comment le processus se met en place. Quand nous sommes dans le temple avant que le vénérable pénètre en loge et passe entre les 2 colonnes, symbole puissant de rupture entre l’extérieur et l’intérieur, on remarque la veilleuse rouge allumée. Elle est d’autant plus visible que la loge est alors dans la pénombre. Cette lumière rouge est allumée avant l’ouverture des travaux afin de montrer son existence et sa permanence partout en ce monde. C’est la présence immanente du Grand Architecte de l’Univers. Déjà le sacré nous fait un clin d’œil. On pourrait se poser la question : pourquoi une lumière rouge ? En fait le rouge symbolise et représente le tellurisme, le monde de la matière, l’énergie vitale, notre relation avec la terre mère. Cette lumière rouge est donc la divinité présente sur notre terre. Elle nous rappelle notre enracinement sur notre planète bleue depuis notre incarnation dans notre expérience humaine terrestre. Ce sujet est essentiel pour nous. Il est au cœur de notre vie, de son sens et de notre démarche mais ce n’est pas notre propos de ce soir. Nous remarquerons aussi la présence du delta lumineux symbole très puissant lui aussi de la révélation et de l ‘omniprésence de la divinité. Revenons à notre rituel. Les coups de maillet du vénérable suivi de ceux des 2 surveillants vont participer à la sacralisation du lieu. On commence à se déconnecter de l’espace profane. Alors le vénérable peut dire « En loge mes frères ». Le processus est lancé. Du tumulte extérieur on passe à un système organisé. L’orientation symbolique de la loge avec le vénérable à l’est, orientation d’où provient la lumière au soleil levant, va permettre la diffusion de cette dernière vers les bougies du chandelier à 3 branches que le vénérable va allumer à partir de la veilleuse rouge. Il y a donc transmission de la lumière primordiale. Celle-ci sera ensuite prise en charge par le maître des cérémonies qui va allumer les 3 autres bougies des grands chandeliers qui entourent le pavé mosaïque. Pour ce faire le maître des cérémonies exécute une déambulation dans le sens dextrogyre c'est-à-dire dans le sens des aiguilles d’une montre suivant la course du soleil. On veut ainsi reproduire ce rythme solaire d’énergies fécondantes. C’est aussi, dans la tradition, le sens de l‘évolution, de notre évolution. Là on voit la filiation qui se produit entre le lieu et le grand tout. En parallèle on ressent une montée progressive des énergies intervenant dans ce processus. Dans le même temps, le maître colonne d’harmonie éclaire progressivement la voûte étoilée. De son côté, le maître des cérémonies finit par les bougies des surveillants. A partir de ce moment il y a en loge 9 lumières provenant de la même source. Ces 9 lumières 3X3 amènent les énergies de 3 sacralisations successives, le nombre 3 étant le nombre de la sacralisation, le nombre du souffle de la création, souffle qui nous a été à nouveau donné lors de notre initiation avec le symbolisme de la pipe à lycopodes. Mais derrière le nombre des 9 lumières on peut voir aussi le symbolisme relatif au nombre 9 qui puisque nous sommes partis du 1, la veilleuse rouge, et que nous arrivons au 9, est le moment de l’extension. Extension vers les autres mais aussi vers le but à atteindre, l’aboutissement, le contact avec les connaissances universelles et les vérités éternelles. Le frère peut alors commencer à méditer, à s’ouvrir aux autres, les aider, les soulager, les enseigner. C’est bien ce qui se produit lors du travail maçonnique en loge quelque soit notre grade, notre âge maçonnique. Il est à noter que l’apprenti peut aussi grandement apporter, à tous ses frères, par son attitude, sa présence, son comportement. Le tableau de loge est, ensuite, découvert par le premier expert qui va lui aussi avec sa déambulation permettre à l’énergie de devenir de plus en plus présente. La place du tableau dans la loge n’est pas anodine. Revenons sur la notion d’orientation. Le temple est orienté suivant les orientations cardinales, le cardo du Nord au Sud et le decamanus de l’Est à l’Ouest. Au croisement de ces 2 orientations se trouve le tableau de loge. En ce point, créé symboliquement, se matérialise entre son Nadir et son Zénith, l’axe du monde : la liaison entre le ciel et la terre. Je vous rappelle, mes frères apprentis, que nous pouvons recréer notre loge en n’importe quel lieu de la terre à la condition de l’orienter de façon symbolique et d’avoir les décors de la loge. Le vénérable ouvre ensuite le volume de la sainte loi, c’est encore un rappel de la présence divine. La pratique souvent usitée de lire le prologue de St Jean va aussi ce même sens. Enfin le vénérable va lors du dialogue d’ouverture avec les surveillants, demander qu’on s’assure si la loge est couverte. Suite à une réponse positive « les travaux sont couverts extérieurement et intérieurement » la loge est totalement coupée du monde profane mais cela ne signifie pas que l’espace est clos. Nous sommes à « couvert » autrement dit protégés, à l’abri des regards mais sous la voûte étoilée. Grâce à cette ouverture sur le ciel, le frère se trouve en contact avec la création toute entière. L’axe du monde décrit ci-dessus établit le lien avec le sacré. En ce point des énergies ascendantes et descendantes vont permettre aux frères d’apprendre et de transmettre. C’est comme une respiration sacrée : un inspir et un expir de la vie spirituelle. Tout est fait, tout est organisé, le lien sacré est là. Ce sacré est l’élément créateur qui consacre tout ce qui l’entoure par un éclat absolu qui dépasse tout entendement. Grâce à cette énergie irradiante tout ce qui nous entoure est devenu divin.

2ème partie : Le temps sacré.

Qu’est-ce donc que le temps ? « Si personne ne me le demande, je le sais mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus ». Ainsi s’exprimait Saint Augustin dans les confessions. Pascal disait « l’éclaircissement que l’on pourrait en faire apporterait plus d’obscurité que d’instruction ». Nous voyons donc que le temps a passionné les hommes, bien sûr d’une façon plus ou moins métaphysique, depuis la première observation des hommes primitifs avec la clepsydre jusqu’à l’apparition de l’horloge atomique. Mais aujourd’hui ce n’est pas ce type de temps qui nous intéresse. C’est le temps sacré qui se différencie du temps profane dont nous venons de parler. Le temps profane est la durée temporelle ordinaire dans laquelle s’inscrivent des actes dénués de signification spirituelle ou religieuse. Ce temps profane est irréversible. Le temps sacré est au contraire par sa nature réversible, dans le sens qu’il est, à proprement parler, un temps mythique primordial rendu présent. Ce temps sacré est indéfiniment récupérable, infiniment répétitif. L’homme peut donc vivre dans deux espaces de temps, le temps banal profane et le temps sacré qui se présente sous un aspect paradoxal de temps circulaire, sorte d’éternel présent mythique que l’on réintègre périodiquement par le truchement du rituel. Il est à noter que l’homme connaît aussi dans le monde profane une certaine discontinuité du temps que l’on pourrait symboliser par le temps festif, jours fériés par exemple. Mais pour l’homme spirituel il existe une différence essentielle. Le temps sacré connaît des intervalles sacrés qui ne participent pas à la durée temporelle qui les précède ou qui les suit. Il a une toute autre structure et une autre origine, car il dépend d’un temps primordial. Pour l’homme profane le temps ne peut présenter ni rupture, ni mystère. Il constitue la dimension existentielle de l’homme, il est lié à sa propre existence, donc à un commencement et à une fin, qui est la mort, l’anéantissement de l’existence. Au contraire pour l’homme spirituel, la durée temporelle profane est susceptible d’être périodiquement arrêtée par l’insertion au moyen du rituel d’un temps sacré. Lors de ce processus, on peut réintégrer le temps sacré des origines, et devenir contemporain des dieux. Qu’en est-il en loge de cette question de temps ? Au début de la tenue le temps est conforme à celui dans lequel nous nous trouvons. Après que le lieu soit sacralisé par le rituel le VM demande.

« Frère premier surveillant à quelle heure les maçons ouvrent-ils leurs travaux »

« A midi »

« Quelle heure est-il frère second surveillant »

« Il est midi »

A partir de cet instant nous sommes dans le temps sacré. Le rituel a permis cette bascule. Nous sommes dans le temps mythique relatif à la construction du temple de Salomon, de notre temple intérieur, en relation avec le Grand Architecte de l’Univers. Il est midi en ce lieu sacré quand l’heure profane peut être très différente. Cet instant peut être identique pour d’autres frères sur la surface de la terre s’ils pratiquent le même rituel quelque soit l’heure profane. Alors nous pouvons travailler dans l’harmonie et la joie en communion avec le temps primordial. Maintenant avec les moyens symboliques et les rituels s’exprime toute la dimension spirituelle et sacrée du travail maçonnique réalisé à la gloire du GADLU. Sans alourdir mon propos nous pouvons prendre un exemple pour bien comprendre le processus en cours. Lors des travaux nous formons la chaîne d’union qui est un instant fort de ce temps sacré. Nous en avons pour preuve qu’à cet instant quand nous sommes autour du pavé mosaïque en face de l’axe du monde qui relie le ciel et la terre, le temps n’existe plus, il n’y a plus d’espace. Nous sommes unis à tous les frères répandus sur la terre, les frères du présent, du passé et de l’avenir. La notion de temps est perdue. Nous sommes dans une fusion que nous pouvons très bien ressentir si nous sommes dans l’énergie sacrée favorable, dans cet égrégore résultat de la pratique du rituel, des travaux et de la participation de tous les frères. Ensuite nous allons revenir dans le temps profane. Il faudra que le rituel déclenche ce retour lorsque le VM demandera :

« A quelle heure les maçons sont-ils dans l’usage de fermer les travaux »

« A minuit »

« Il est minuit très vénérable »

Alors nous revenons progressivement vers le temps profane avec la conclusion des travaux et notamment les agapes qui font partie intégrante de la tenue.

3ème partie : Incidences du sacré sur les énergies en loge et sur notre propre comportement

Tout ce qui nous entoure est de nature divine. Nous l’oublions. Le sacré est là pour nous reconnecter et mettre à l’œuvre des énergies fécondantes et vivifiantes qui vont nous permettre d’appréhender ce divin. Pour bien comprendre nous vous proposons quelques exemples du rituel. Le rythme impulsé par le VM et les surveillants avec leur coup de maillet, les musiques choisies, avec minutie et amour, du maître colonne d’harmonie vont permettre le maintien de cette énergie tout au long de la tenue. Nous faisons ici une remarque sur les loges mises en récréation. Le terme récréation doit être considéré comme un instant de préparation et d’organisation du temple si cela est nécessaire et un instant de recueillement pour les frères afin que les énergies présentes, si fragiles, ne soient pas perturbées. Ce n’est effectivement pas un moment de détente ou de chahut. De même il est favorable lors de la tenue qu’un rythme évite les temps morts, les bavardages qui sont de nature, là aussi, à briser le caractère transcendant de la tenue. Le respect de la gestuelle est aussi impératif. Les décors ainsi que les couleurs, notamment la couleur bleu au rite français apportent une touche énergétique complémentaire. Vous avez remarqué que les tapis des plateaux, les tabliers de maître et le plafond sont bleus. Cela renforce l’ambiance générale d’harmonie. Cette couleur bleue ne nous semble pas être due au hasard. Elle influence certains centres d’énergie subtile que nous avons sur notre corps, notamment le 5ème et le 6ème. . Qui n’a pas entendu parler du 3ème œil qui est la représentation de ce 6ème centre ? Effectivement dans la tradition, il est dit que le bleu, représente le calme, la sérénité et la liberté. Notamment au niveau de ce fameux 6ème centre, le bleu favorise l’intuition, la concentration, et aide à l’élévation de la conscience. On peut ainsi s’élever au-dessus des limites de l’espace et du temps. C’est bien ce qui se produit en loge. Je vous rappelle de plus que nous travaillons en « loge bleue », ce qui nous différencie des hauts grades. Est-ce un hasard ? Est-ce la confirmation de cette prise de conscience, cette recherche de notre part d’ombre, qui nous permettra de poursuivre notre chemin spirituel sous d’autres formes? L’ambiance ainsi créée, loin des fastes, sera propice au recueillement, à l’ouverture, à l’absorption de connaissances, à notre progression personnelle. Effectivement nous sommes comme sur un lieu de sacrifice : sacrifice de notre orgueil, de nos ambitions, nos préjugés, lieu où les vertus théologales trouvent leur pleine signification. Que ce sacrifice est difficile ! Nos expériences humaines et profanes nous le rappellent tous les jours.

Conclusion

« Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme, et volupté ». Ainsi s’exprimait Charles Beaudelaire dans l’invitation au voyage. Mes frères apprentis, je vous invite donc à ce beau voyage tous les mois lors de nos travaux maçonniques. Au moyen du rituel on quitte le monde profane et nous partons pour ce voyage magique. Il est indispensable d’ajouter, et nous insistons sur ce point : la communauté de pensée, la volonté des frères, leur adhésion, sont des forces complémentaires au rituel pour qu’une telle magie apparaisse. Alors peut naître cet autre univers ordonné où chacun d’entre nous cherche à se connaître afin de poursuivre la quête du sens de sa vie en s’extrayant du monde sensible pour accéder à l’intelligible, à l’éternel. Il m’est toujours curieux d’avoir ce désir insatiable, pour la venue de la prochaine tenue. En est-il de même pour vous ? Il n’est pas question uniquement de retrouver ses frères pour passer un bon moment de fraternité, mais d’avoir, ce qui est difficilement définissable, ce contact profond avec les autres et avec soi-même. Cet instant où l’on peut espérer côtoyer cette notion, ou cette limite mystérieuse, de passer de l’avoir à l’être.

J’ai dit.

Source : http://www.trusatiles.org/pages/Le_sacre_en_loge_au_rite_Francais-5965213.html


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Le Centre de l'Idée

12 Mai 2016 Publié dans #Planches

La formulation du sujet que vous avez bien voulu me confier peut sans doute laisser perplexe car les mots choisis pour notre réflexion commune se présentent comme une affirmation, quasiment une certitude : « le centre de l'idée ». L'expression peut sembler mystérieuse à qui voudrait analyser le sens de chaque mot. Le centre a un symbolisme qui lui est propre et, sans nous imposer une longue recherche, on peut donner un équivalent de ce mot : Le centre est le symbole du sacré peut-être même du divin. 1
L'idée est ce qui se trouve « sous le symbole » selon le Rituel. On peut donc l'élargir jusqu'à fonder l'idéal si bien que notre sujet nous place sur la voie d'un problème essentiel : si le centre de l'idée est ainsi pointé c'est probablement parce qu'il a une origine sacrée...
Or, l'idéal peut’ il avoir une origine sacrée ? 2
Pour répondre à cette question qui nous paraît fondamentale nous nous proposons d'analyser la valeur de l'idée dans le Rituel même, puis, dans le cadre de l'initiation, nous voudrions saisir la redécouverte de l'idée autrement dit la maïeutique, ensuite seulement nous évoquerons ce voyage mystique au Centre, cette assomption que vous avez nommée le Centre de l'Idée.

I ‑ La valeur de l'idée

Nous avons annoncé que pour justifier, en quelque sorte, notre recherche, nous relirions le Rituel dans lequel se trouve, à notre avis la valeur de l'idée. Le Rituel se présente comme un ouvrage à plusieurs entrées, il apparaît morcelé et fragmenté car lié aux degrés qu'il génère. Ainsi, nous disons au cours de nos échanges: Je lis le Rituel du second ou du troisième degré et en Loge de Perfection nous cherchons aussi à « ouvrir » au degré dans lequel il est convenu de travailler comme si des frontières séparaient ces écrits, comme si l'un pouvait aller sans l'autre, comme si les degrés étaient imperméables les uns aux autres. Or le Rituel est un ensemble qui de notre point de vue possède une unité. Sa pédagogie engage le néophyte sur la voie du symbole, sur le chemin du concret. Il incite à travailler à partir des deux aspects du symbole: l'aspect de l'objet, de la chose et l'aspect du sujet ‑ en d'autres termes il conduit du visible à l'invisible. Graduellement, le néophyte perçoit que toute chose a un sens latent qui requiert une interprétation mais l'insistance de la fraternité portera essentiellement au cours des trois premiers degrés sur l'analogie et les correspondances (souvent horizontales, parfois verticales). La pensée analogique développe le goût de la similitude alors que le Maître Secret est constamment invité à contempler le Saint des Saints, à réfléchir sur la signification de la caverne , à observer les neuf voûtes, nécessairement il s'interroge sur l'aporie analogique 3 : si tout est semblable à tout, tout est dans tout ...si tout est égal à tout, tout m'est égal, alors, dans le cas où l'analogie serait une frontière, un barrage, jaillirait l'indifférence voire l'indifférentisme. Le symbolisme prendrait, dans ce cas, le risque d'être un échec s'il refusait le jaillissement de l'idée. L'idée naît du dépassement de l'uniformité. Son jaillissement est une forme d'ascension. Elle est la prise de conscience que le multiple du symbole trouve son unité et sa signifiance dans l'idée. Avoir une idée, c'est rassembler ce qui est épars. L'idée du Bien est, par exemple, issue des sommes d'actes constructifs qui sont autant de créations que la Création prend en compte. Il arrive parfois que la seule majuscule confère à une chose matérielle le rang spirituel d'une idée : une bonne action peut rejoindre le Bien (entendez l'idéal). L'article indéfini devient un article défini. De la chose, on passe à l'idée. Notre conduite (nos actions) relève, à l'évidence, d'une métaphysique.

II ‑ Redécouvrir l'idée

Vient le moment de retrouver la philosophie des idées que Platon dans ses dialogues socratiques a étudiée au V° siècle avant le Christ. Prenons pour exemple l'un des dialogues les plus célèbres. Même si le Ménon reste aporétique (il n'est pas répondu à la question posée dans la phrase introductive), ce dialogue donne un cheminement qui conduit à l'idée.
On sait que Ménon se flatte d'avoir été l'élève de Gorgias, l'un des Sophistes les plus connus de la Grèce antique. Il garde de son enseignement les us et les coutumes. Ainsi, le jeune homme aborde abruptement Socrate en lui posant cette question : « Peux tu me dire... si la vertu s'enseigne ? » 4
Or, Socrate lui propose, avant d'examiner le problème, de définir les mots qu'il emploie lui-même et d'abord le mot vertu ? Pour aller vers l'idée, il convient de suivre une méthode rigoureuse. On connaît les étapes de la démarche dialectique, celle qui permet d'aller de l'image à l'idée en passant par la définition. Socrate organise au cours du dialogue un cheminement qui invite son interlocuteur à sortir du monde sensible et à se diriger vers le monde des idées pour rencontrer l'idée de la vertu. Cet éloge de l'idée et les moyens pour la trouver se répètent dans tous les écrits de Platon. Le Ménon contient en outre une séquence essentielle en ce qu'elle révèle l'origine des idées selon le philosophe.
Socrate vient de démontrer à Ménon que son impatience dans la recherche le dirige vers la stérilité : vite et bien ne vont pas ensemble dans le domaine de la pensée. Son caractère emporté conduit le jeune homme vers des pseudos ‑ arguments qui détruisent le raisonnement au lieu de construire une argumentation. C'est pourquoi Socrate fait le récit suivant : « Voilà, j'ai entendu des hommes aussi bien que des femmes, qui savent des choses divines ...Un langage vrai, à mon sens, et beau !...comme l'âme est immortelle et qu'elle renaît plusieurs fois, qu'elle a vu à la fois les choses d'ici et celles de l'Hadès (le monde de l'Invisible), c'est‑à‑dire toutes les réalités, il n'y a rien qu'elle n'ait appris... » 5
C'est donc lors de notre naissance que notre âme devient amnésique et nous devons tout réapprendre. Mais, en fait, les idées sont en nous, notre naissance (notre immersion dans le monde sensible) nous a tout fait oublier. L'enseignement devrait par conséquent se nommer réminiscence. La théorie de la réminiscence nous indique l'origine des idées, ces idées que nous reconnaissons dès lors que notre interlocuteur nous met sur la voie du savoir. La redécouverte des idées, la maïeutique est une méthode qui vaut tant dans le monde profane que dans notre communauté où la lumière progressivement parvient à ceux qui acceptent de la recevoir

III‑ Voyage au centre de l'idée

Une fois identifié le monde des idées que le Maître Secret porté par le souffle du
Rituel redécouvre en même temps que l'Invisible, il faut se demander si l'idée dans son centre peut éclairer mieux et plus que dans sa périphérie. Le langage populaire donne lui-même un exemple de ce que nous voulons démontrer puisqu'un homme se plaint de n'avoir que des bouts d'idées ou de n'avoir que le commencement d'une idée. Il existerait donc une topographie qu'il nous faut maintenant explorer. Le phénomène de la pensée est lui aussi exemplaire en ce que notre compréhension est progressive. La lumière ne jaillit pas toujours avec rapidité. Il nous arrive d'errer, de tourner autour du sujet. Longtemps nous oublions de creuser, d'approfondir et ce que nous pensons reste superficiel. L'idée se dévoile comme le jour se lève. Graduellement, l'esprit voit que le sens s'éclaire au moment de la traduction ou de l'interprétation. « Le ciel s'allume », il met le feu de l'intelligence au service de la vérité. Ainsi naît le désir du Saint des Saints devant lequel le Maître Secret scrute en vain, comme les Hébreux la Terre Promise, une plus ample vérité : « difficultés de celui qui cherche le chemin vers soi, vers le « centre » de son être etc... ». Le chemin est ardu, semé de périls, parce qu'il est, en fait, un rite de passage du profane au sacré, de l'éphémère et de l'illusoire à la réalité et à l'éternité, de la mort à la vie, de l'homme à la divinité. L'accès au centre équivaut à une consécration, à une initiation; à une existence, hier profane et illusoire, succède maintenant une nouvelle existence, réelle, durable et efficace. 6
Ce développement nous paraît juste. En effet, le Rituel est tout entier l'expression d'une psychomachie. Combat de soi contre soi pour lutter contre toutes les paresses : paresse spirituelle, paresse intellectuelle, paresse psychique, paresse physique... Il faut donc aller du symbole à l'idée, mais arrivé à l'idée il faut atteindre son centre car le centre est primordial.
La pensée est un soliloque muet de l'âme, l'âme est par elle-même un principe d'union, or, le centre de l'idée apporte la paix profonde, la paix de l'être car elle a rassemblé le proche et le lointain, elle est le siège de l'idéal. De façon succincte, j'ai essayé de répondre à la question que vous m'avez posée. L'idéal tient en son centre l'essentiel. Du centre part son énergie qui se diffuse à la périphérie et qui rayonne au delà de la périphérie. Le soleil moral est le centre de l'idée comme le soleil est dans le cosmos le premier acteur de la vie. C'est, du moins, l'image que je souhaiterais associer au sujet qui a nourri ma méditation.

J’ai dit.

1 Cf. Mircea Eliade: Images et symboles Tel Gallimard 1980 (chap. I « Symbolisme du centre » P 33 à 65 et Le mythe de l'éternel retour « archétypes et répétitions » Gallimard 1969 le symbolisme du « centre » P 23.
2 « Tout microcosme... a ce qu'on pourrait appeler un « Centre » c'est‑à‑dire un lieu sacré par excellence. C'est là dans le Centre que le sacré se manifeste d'une manière totale... »Images et symboles Mircea Eliade Tel Gallimard P 49.
3 cf. Jean Beauchard : le symbolisme de la voûte P 9 à 30 Ordo ab Chao N° 39 1er semestre 1999
4 Platon Ménon GF Flammarion N° 491 1993
5 Platon op cit P 152.
6 Mircea Eliade Le mythe de l'éternel retour idées/Gallimard N° 19 1969 P 30.

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L'engagement maçonnique

21 Avril 2016 , Rédigé par Y\B\ Publié dans #Planches

Lors d'une discussion avec notre V\M\ sur la vie de notre Loge, nous en sommes venu à évoquer l'engagement et c'est à partir delà qu'il m'a demandé de plancher sur l'engagement maçonnique. Selon moi l'engagement maçonnique se décline en de nombreux engagements.
Ces engagements peuvent se classifier en deux catégories correspondant à deux plans ou deux mondes distincts et intimement liés: Le monde le monde sacré (c'est à dire dans le Temple) et par opposition le monde profane. Il est en effet un engagement bien au delà des portes du Temple . Voici en quelques mots comment je caractérise l'engagement dans le monde profane et dans le monde sacré (dans le Temple):

Engagement dans le monde sacré (dans le Temple)
Assiduité (prenez place)
Respecter et pratiquer nos rituels (les vivre)
Travailler (faire des planches, s’exprimer)
Assumer des charges (offices, représentation de la Loge, transmission…)

Engagement dans le monde profane
Répandre au dehors…
Etre dans l’action, agir
Avoir un comportement fidèle à son idéal
Travailler à son perfectionnement
En effet, le chemin sur lequel je me suis engagé à progresser implique un comportement à l'extérieur de l'espace sacré du Temple et du temps sacré des tenues.
C'est un engagement d'homme d'honneur respectueux de son idéal, de la vie et des Hommes. Pour la suite de ma planche, je vous précise que mon domaine de réflexion se limitera à l'engagement maçonnique dans le mode sacré. L'engagement du franc-maçon se traduit par de nombreux serments qui jalonnent le parcours maçonnique. Dés le premier degré, la franc-maçonnerie exige de nous un engagement. Laissez-moi-vous en rappeler l'essentiel:
1. Avant la cérémonie d'initiation - engagement de travailler – mains libres et yeux bandés
« Si vous êtes admis parmi nous, vous devrez prendre la ferme résolution de travailler sans relâche à votre perfectionnement intellectuel et moral.
Mais ce travail est pénible et demande des sacrifices. »
Persistez-vous, malgré cela, dans votre désir de vous faire recevoir Franc-maçon ?
2. Au début de la cérémonie d'initiation - engagement de garder le silence – main sur le cœur, yeux bandés
« Je m'engage sur l'honneur au silence le plus absolu sur tous les genres d'épreuves que l'on pourra me faire subir ».
3. En fin de cérémonie d'initiation - engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumières, yeux bandés
« Moi, N…sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers et en présence de cette Respectable Loge de Francs-maçons régulièrement réunie et dûment consacrée.
De ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie de ne jamais révéler aucun des Secrets de la Franc-maçonnerie à qui n'a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver ou sculpter ou les reproduire autrement. Je jure d'observer consciencieusement les principes de l'Ordre Maçonnique, de travailler à la prospérité de ma Respectable Loge, d'en suivre régulièrement les Travaux, d'aimer mes Frères et de les aider par mes conseils et mes actions. Je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d'aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d'avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d'être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d'appartenir à la Franc-maçonnerie».
4. Au terme de la cérémonie d'initiation – confirmation de l'engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumière, sans bandeau
« Néophyte, adhérez-vous entièrement aux obligations que vous venez de contracter ? Confirmez-vous sincèrement et sans restriction le serment solennel que vous avez prêté, il y a quelques instants, sous le bandeau ?
Jurez-vous, de plus, d'obéir fidèlement aux chefs de notre Ordre en ce qu'ils vous commanderont de conforme et non contraire à nos lois ? »
5. Au terme de la tenue d'initiation – à propos des métaux – le V\M\ au nouvel initié
La charité cesse, en effet, d’être une vertu si elle est faite au préjudice de devoirs plus sacrés et plus pressants : une famille à entretenir, des enfants à élever, de vieux parents à soutenir, des engagements civils à remplir : ce sont là les premiers devoirs que la nature et la conscience nous imposent.
Voilà, j'en terminé avec le rappel de notre rituel du 1er degré, mais cela me paraissait important car tout est dit ou presque. Tous les engagements futurs contractés dans les degrés suivants, enfin, ceux que je connais à ce jour ne sont que des compléments.
Un tout dernier rappel qui concerne notre engagement relevant de nos Règlements Généraux :
Art. 135. - Tout Frère admis dans une Loge, soit par initiation, soit par affiliation, prend lʼengagement de lui payer ses cotisations et d’en rester membre actif pendant trois ans, à moins qu’il n’en soit dispensé par elle.
Maintenant, je vais rapidement vous commenter ma perception de l’engagement maçonnique qui se décline suivant deux axes : engagement vis-à-vis des Frères et de soit même

Engagement en vers soi-même:
Certains se contentent d’être des Franc-maçon, d’autres tentent de devenir des initiés.
Notre admission en Franc-maçonnerie nous ouvre des Droits mais elle nous impose surtout des Devoirs. Le Franc-maçon est avant tout un homme de Devoir - à chacun d’en définir le contour en fonction de ses capacités, de ses disponibilités, de sa sensibilité.
En homme libre – c'est-à-dire détaché des préjugés et du vulgaires – nous fixons nous même la hauteur de la barre des obligations. Bien entendu cette hauteur variera tout au long de notre parcours initiatique. Les contingences profanes auxquelles nous essayons de nous soustraire lors de nos travaux en Loge nous obligeront parfois à baisser cette barre voir à la déposer et quitter la Franc-maçonnerie quelques temps car nous ne serons plus disponible à l’ascèse indispensable. La démarche maçonnique est une chance dont seuls profitent ceux qui ont le privilège d’assurer sans trop de difficulté leurs obligations profanes (familiale et professionnel) et qui de plus bénéficient d’une santé satisfaisante. Ces prés requis ne sont pas donnés à tous le monde et leur pérennité n’est pas assurée lors de notre première entrée dans la Loge. La Franc-maçonnerie organisation philanthropique basée sur la fraternité et donc la tolérance nous permet contrairement à une organisation sectaire de décider de prendre de la distance et de nous soustraire à nos obligations dés que nous ressentons des difficultés à les honorer. A ce sujet il convient de souligner que l'engagement d'assiduité n'est pas destiné comme dans les organisations sectaires à créer une dépendance. Tel un sportif ou un musicien, chacun reste libre de définir la fréquence de ses entraînements, mais il me semble évident que la répétition des entraînements et la régularité des exercices sont la clef de la progression. Cependant, aucun maçon digne de son tablier ne portera de jugement de valeur sur la décision d’un Frère de se retiré pendant une période plus ou moins longue ou même définitivement. Je pense qu’il faut avoir de la lucidité pour demander sa mise en congé ou sa radiation quand l’équilibre de sa vie profane est mise en danger par l’activité maçonnique. L’activité maçonnique est exigeante car elle ne se pratique pas nonchalamment en dilettante – ce n’est pas un club de rencontre de joyeux illuminés, une amicale des gentils bien pensant, une association de sages bien fêtards (et non bienfaiteurs) - l’activité maçonnique requiert de l’engagement. L’art royal que la Franc-maçonnerie nous propose de pratiquer dans nos Loges requiert de la rigueur. Et si le Franc-maçon est un bon vivant en dehors de l’espace et du temps sacralisé en tenue c’est qu’il apprécie la vie et que le bonheur terrestre à un sens. L’initié que je cherche à devenir n’est ni un austère, ni un moine, ni un taciturne, c’est homme éclairé par les étoiles et ancré dans le présent. Serviteur d’un idéal qu’il défini lui-même, conscient de son inaccessibilité mais désirant dépasser sa finitude. Cet engagement désintéressé, seulement récompensé par la conquête de l'estime de soi, vise à projeter dans le monde les valeurs et idéaux qu'il s'est forgé comme des armes pour venir au secours de l'humanité. Un pied dans le sacré, un pied dans le profane le Franc-maçon est un passeur d’idéal engagé volontaire.

Engagement en vers mes Frères
En abandonnant l'assurance arrogante des certitudes que mes expériences dans le monde profane m'ont forgées, je peux entreprendre une démarche humble de reconnaissance par ceux qui deviennent mes Frères. Nous avons tous eu l’occasion d’être interloqué par une intervention que nous jugions caricaturale, outrancière, décalée,…Cependant, rendons nous à l’évidence, l’éveil de la conscience se nourri des interventions qui nous dérangent quelque peu. Il y a loin entre l’idéal commun et la pensée unique. Mais pour nous bousculer dans nos schémas de pensées engluées dans les préjugés que nous avons parfois du mal à laisser à la porte du Temple, il nous faut la participation active de nos Frères en général et de ceux qui pensent différemment en particulier. Sans eux je ne peux avancer sur mon chemin initiatique. Mon ego si prompt à prendre son indépendance dans le monde profane est démuni. Cela tombe bien, c’est justement lui que je viens chercher dans les ténèbres de mon moi – c’est lui que je viens éclairer d’une lumière intérieure pour mieux l’apprivoiser afin de mieux le maitriser. Un maçon se doit de construire sa réflexion par l’usage des outils dont il a appris le maniement. Il se doit de partager son ouvrage avec ses Frères. L'ouvrage est la résultante de l'art que chacun de nous développe dans l'utilisation des symboles et que chacun d'entre nous peut à loisir utiliser pour construire sa propre œuvre. Chacun est libre de pratiquer l'art royal avec sa sensibilité pourvu qu’il participe par son engagement à l’œuvre commune dans le respect de la Règle. En effet, la méthode maçonnique que je qualifie d’individuelle repose sur l’engagement collectif - Individuelle ne veut pas dire égoïste - Imaginez une tenue ou personne ne planche, ou personne n’exprime sa réflexion! Quel intérêt pour les participants si la pensée se meurt?! Parce que mes Frères sont nécessaires à mon propre cheminement, chacun d'eux m'est important. Dés lors l'engagement en vers mes Frères s'impose: je me dois d'assister, de défendre, d'aider autant que de besoin celui dont la présence m'est nécessaire pour progresser, et à la progression de qui, par réciprocité, je suis indispensable. N'est-ce pas aussi cela la fraternité?

Conclusion
Le respect de ses engagements introduit naturellement la définition de l'honneur. Ainsi par le respect de ces engagements le franc-maçon devient un homme d'honneur prompt à assumer ses paroles et ses actes dans le profane comme dans le sacré. Cependant, les engagements de chacun ne sont pas l'engagement de tous, car personne ne peut prétendre détenir la Vérité, il n'existe donc pas de modèle qui puisse servir de patron, de plan général ou de programme. L'engagement est et demeure personnel, singulier et sa diversité contribue également à l'enrichissement de nos différences. A chacun sa conscience dans son engagement sur le chemin périlleux et ingrat de la recherche et de l'approfondissement.
Mais attention mes Frères, il me semble que dans sa liberté éclairée, le véritable initié, se retrouve seul devant sa seule conscience jusqu'à n'avoir de comptes à rendre qu'à lui-même en étant plus intransigeant envers lui même que le plus redoutable de ses pairs ou de ses juges. Enfin, tout ceci n'engage que moi !

J'ai dit

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La Parabole de l'enfant prodigue

13 Avril 2016 , Rédigé par Evangile selon St Luc Publié dans #Planches

Jésus leur dit encore : " Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : "Mon père, donne-moi la part du bien qui me doit échoir." Ainsi, le père leur partagea son bien. Et peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s'en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l'indigence. Alors il s'en alla, et se mit au service d'un des habitants de ce pays-là, qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien y a-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi je meurs de faim ! Je me lèverai, et m'en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes domestiques. Il partit donc, et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et son fils lui dit : "Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils". Mais le père dit à ses serviteurs : "Apportez la plus belle robe et l'en revêtez ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds ; et amenez un veau gras et le tuez ; mangeons et réjouissons-nous ; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé.
Et ils commencèrent à se réjouir. Cependant son fils aîné, qui était à la campagne revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c'était. Et le serviteur lui dit : "Ton Frère est de retour et ton père a tué un veau gras, parce qu'il l'a recouvré en bonne santé". Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : "Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m'as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui". Et son père lui dit : "Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton Frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu , et il est retrouvé."

Source : Evangile selon St Luc, 15

Commentaire : le fils prodigue ! Une bonne idée...

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Les Agapes - Paroles d’un Maître des Banquets

13 Mars 2016 , Rédigé par A\ F\ Publié dans #Planches

Nous sommes dans une loge de saint Jean qui nous dit : « Si tu dis aimer Dieu et que tu n’aimes pas ton frère, tu es un menteur ». L’enseignement de saint Jean est centré sur le mot Amour ; or l’Amour a deux formes :
EROS : Amour dont le but est partage charnel
AGAPE : dérive d’un verbe qui signifie « accueillir avec amitié », « montrer de l’affection pour quelqu’un » Cette racine renvoie à une forme d’amour singulière, distincte de l’Eros.
Il s’agit d’un amour fait de valeurs : dévouement, tendresse, bienveillance fraternelle, pouvant prendre un aspect rituel, voire liturgique. Valeurs qu’on pourrait appeler maçonniques. L’AGAPE, c’est un amour oblatif, c’est-à-dire donnant priorité aux besoins des autres, sur les siens propres. Un amour dont l’équivalent latin est Caritas, mais sans relation avec le désir de possession ou de captation charnelle de l’Eros.
Voyons pour l’histoire :
le but de cette planche est d’exposer l’importance de l’Agape rituelle dans nos travaux ; plus généralement, le repas est un rite de socialisation et peut dans certains cas devenir un moyen d’atteindre le Sacré. D’un point de vue extrêmement terre à terre l’Agape est d’abord un lieu de plaisir, de « bonne chère et large soif », permettant l’échange de potins et plaisanteries faciles. Même sous une forme aussi triviale, il s’agit d’une caractéristique propre à l’espèce humaine : Les animaux mangent côte à côte. Les Hommes mangent ensemble. Cette convivialité associée à la nourriture prise ensemble est à contrario par les troubles de l’appétit : (anorexie, boulimie/qui sont avant tout des troubles de la relation à autrui), un signe de bonne santé personnelle et sociale. On comprend donc pourquoi le repas est un rituel très ancien dans l’histoire des civilisations. Dans la société grecque, le repas familial est très important et toute occasion pour inviter parents ou amis à banqueter est bonne. Seuls les personnages de marque ont droit à des sièges et une table : Les autres sont assis par terre, sur des peaux. Les Grecs donc, aimaient la joie des banquets, à l’occasion des fêtes de famille, de la cité, ou tout autre événement sportif ou artistique. Les banquets ont même donné naissance à un genre littéraire comme l’attestent le Banquet de Platon ou de Xénophon. Comment imaginer qu’un symposium, de nos jours, réunion austère de doctes personnages scientifiques, a pour origine « sumposion » signifiant réunion de buveurs. A l’époque tout grand repas entre amis, tout banquet de confrérie ou d’association comportait deux temps successifs : le repas proprement dit et secondement – le moment le plus long, l’absorption de boissons- principalement de vin, accompagnée de toutes sortes de distractions prises en commun (conversation, jeux d’esprit, audition de musique, danses…)
La première partie n’excluait pas les boissons (on se faisait servir à boire en mangeant. Au cours de la deuxième, on continuait à grignoter des desserts (fruits frais ou secs, gâteaux, fèves…pour exciter la soif !…) Il s’agit toujours de repas d’hommes. Les femmes libres sont rigoureusement exclues des ces réunions publiques, tout comme celles de la vie politique. Mais il existe des banquets féminins. Les Romains l’appelaient Collecta, ce qui donna le mot collation. Les chevaliers de la Table Ronde se réunissaient régulièrement pour partager un repas symbolique autour d’une table où tous les convives étaient géométriquement et symboliquement égaux. Lieu de communication avec ses voisins de table, le repas possède en soi une dimension sacrée qui dépasse le simple partage de nourriture : Pour les mortels que nous sommes, manger est le seul moyen d’échapper à la mort par épuisements, en transformant la mort donnée (animal, légume, fruit) en nourriture, source de vie pour soi-même. A ce titre ce cannibalisme rituel et dûment codifié, autrefois ? pratiqué dans certaines sociétés visait soit à acquérir les vertus de son adversaire, soit à neutraliser son influence néfaste. Intégré au rite religieux, la socialisation du repas est encore plus prononcée et peut même devenir un moyen de communication avec le divin. Il devient ainsi la cérémonie du repas traditionnel, de la Pâque chez les Juifs : le Pessah (le passage de la mer rouge) repas pascal, le Seder est un moment intense de foi collective. Jésus réunit ses apôtres autour d’une table pour partager le pain et le vin. Il y ajoute une signification mystique en les assimilant à son corps et à son sang ! Cette tradition existe toujours dans l’Eucharistie catholique. James Frazer, dans une étude a montré que la doctrine de l’Absorption de Dieu : l’hostie contient toutes les vertus du Seigneur (on mange Dieu) n’est pas propre au catholicisme : c’est la trans-substanciation que beaucoup de religions ont pratiquée ou pratiquent encore par des rites analogues. On immole l’agneau lors de l’Aït el Kébir, et ce sacrifice le socialise et lui donne une dimension sacrée. Sa chair ingérée, régénère, car elle est devenue nourriture spirituelle. Le mystère de la communion a joué un rôle capital dans le Christianisme naissant, et constitue toujours un moment fort du rituel de l’Eglise. La fête du mouton constitue un ciment spirituel pour tous les Musulmans du monde, lors de sa célébration. Absorber dans le même temps la même nourriture, avoir la possibilité de mastiquer et d’ingérer au même moment est un acte naturel permettant aux convives de vivre sur le même rythme, dans un même climat de réflexion, et ainsi de participer à un mystère du clan, dans une fraternité spirituelle, voire liturgique. On connaît la force de ces rencontres sur le plan religieux. L’évocation de la Cène est omniprésente dans tous les inconscients, même profanes. On pourrait évoquer ces repas rituels dans les couvents, où présentée sur de longues tables, la frugale nourriture matérielle, est accompagnée de nourriture spirituelle (lecture de textes sacrés pendant le repas ou chacun mange en silence et avec recueillement). Que dire de cette force potentielle des repas, qu’ils soient diplomatiques, d’affaires ou de famille… ? On attend d’eux qu’ils permettent de trouver une harmonie dans des points de vue, ou des intérêts différents. Le repas pris en commun exalte des sentiments de fraternité et revêt une signification presque mystique. On prolonge ensemble la vie. On est en relation avec les forces de l’Univers. L’Agape est la manifestation spécifique de l’Unité. Si le repas fraternel qui achève les travaux de la loge est infiniment associé à la tradition maçonnique, à contrario, on ne saurait voir l’influence maçonnique derrière tout banquet républicain, ou le repas marquant la fin d’un congrès ou autres travaux profanes. Le moment festif des Agapes maçonniques, en principe obligatoires varie selon les obédiences : totalement obligatoires et rituelles au Rite Emulation où les travaux, à table sont aussi importants que les travaux sur les colonnes. Au REEA, les Agapes fraternelles, consécutives à une tenue, présidées par le V\ M\ sont simples et rapides.
La parole y est ouverte pour tous, sur tous les sujets, hormis Politique et Religion, dans leur sens étroit. On y évoque des thèmes abordés pendant les travaux dans le temple.
Les apprentis et compagnons se font préciser un certain nombre d’informations qui auraient pu leur échapper, ou peuvent donner leur point de vue sur tel ou tel sujet, au Vénérable Maître. C’est un moment très fort dans la vie maçonnique de chacun : Les Agapes permettent de doubler le temps de rencontres fraternelles, qui se limiteraient, pour certains FF\, au temps, toujours trop court, de midi et minuit, deux fois par mois, en admettant qu’ils soient présents. C’est un moment privilégié d’échanges, de découvertes, de compréhension mutuelle. On partage, le pain, le vin, les mets (quelles que soient les quantités) les contraintes du service, et, surtout, chacun peut échanger, avec ses FF\ voisins, ses joies, ses peines professionnelles, familiales, ou maçonniques. Les Agapes aident à l’intégration des FF\ apprentis et compagnons dans la loge. Ils apprennent l’humilité dans le travail que leur FF\ leurs demandent : le couvert, le service le rangement. Sans parler des règlement généraux, je me suis aperçu que chaque FF\ avait une lecture tout à fait personnelle de la planche de convocation, voire de règlements intérieurs de l’atelier… Combien serons-nous ? Question permanente, angoissante, lancinante dont la réponse n’est même pas donnée quand les FF\ entrent à 20h sur les parvis. Le Véritable Maître n’est pas toujours informé des absences possibles, et le Maître des Banquets encore moins. L’angoisse ne se lève que lorsque tous les FF\ sont assis : ou c’est bon, ou alors c’est la « cata »… Pour les grands repas consécutifs à des cérémonies importantes, il faut contacter les FF\ des ateliers voisins, quelquefois aussi rappeler un par un, ceux de l’atelier. Evidemment, pour amener des FF\ visiteurs il faut auparavant avoir eu des contacts, avoir visité, donné de sa personne, établi des relations privilégiées avec les Maîtres des Banquets des ateliers voisins. Il y a une fraternelle entre nous, une complicité, parce que nous avons à peu près tous des problèmes semblables et que chacun donne à l’autre la solution qu’il a trouvée provisoirement pour les résoudre. Il faut énormément de souplesse dans la gestion financière :
- Marges de sécurité dans les quantités apportées par le traiteur en fonction du nombre et en fonction de son bon vouloir à grossir les parts…
- Se battre pour avoir des visiteurs qui resteront après les Agapes.
Mettre au point un système efficace du ramassage des triangles (rien n’est plus dur que de faire payer un retardataire…). Un ou deux FF\ en plus de ce qui n’est prévu c’est une petite rentrée, en moins, c’est négatif. Le budget est un exercice de corde raide entre les tenues fastes, financièrement, et les vaches maigres. Il faut essayer de penser à tout, tout prévoir : mets, pain, vin, desserts, condiments, café…alcools… Chacun veut retrouver son petit confort, comme à la maison. Une fois assis, le maçon redevient le pater familias, qui se fait dorloter, aux petits soins de sa femme et de ses enfants, ou alors il devient le consommateur, ou le client du restaurant réclamant sa petite cuillère ou son cendrier…. S’il y a l’avant, il y a le pendant, où il faut tout synchroniser pour qu’il n’y ait pas de temps morts pour éviter les phrases du type: « les Agapes durent trop longtemps : je ne reste pas »
Il y a aussi l’après qui n’est toujours pas simple à gérer à distance : nettoyages et rangement.
Les Agapes ont un grand rôle pédagogique : Partager la nourriture, c’est bien, mais aussi partager les tâches, les contraintes, la vaisselle ayant été bourgeoisement supprimée de nos contraintes, à Parthenay (ce qui déclenche la jalousie des ateliers voisins). Il y a un coté formateur pour les apprentis et les compagnons qui traditionnellement assurent les taches du service, mais chacun d’entre nous reste toujours apprenti, ce ne devrait pas être seulement que des mots… Il existe des ateliers où les Agapes ont été temporairement supprimées, mais toujours rétablies à la demande générale. Comment imaginer une maçonnerie sans Agapes. Une loge où les FF\ ne partagent pas un moment de convivialité si riche, après leurs travaux, où chacun, dès la sortie des parvis, rentre dans sa Chacunière (dixit Rabelais), sèchement. Que dire de ces souvenirs où on a partagé, côtoyé, échangé, en face ou à côté, qui le Grand Maître, qui le Conseiller fédéral ou autre dignitaire. C’est par les Agapes qu’on prend conscience : Qu’une loge, où on va quelques fois contraint et forcé, tenue obligatoire au sens strict, n’est pas qu’un temple, mais tout un ensemble : une salle humide, qu’il faut entretenir, nettoyer, décorer, aménager, pour que nous soyons heureux et à l’aise, mais aussi -Une cour, un bâtiment, un jardin à la disposition de tous. Que ce n’est pas que quelques heures, si fortes soient elles dans le mois qui permettent de la faire vivre, mais que derrière, tout un travail souterrain, et coordonné, existe avant et après. Le Maçon, venant d’une Loge de Saint Jean, donc associé à la recherche symbolique de la Lumière, rythme, au REAA son année maçonnique sur les deux solstices : Le solstice d’Hiver, associé à Saint Jean l’Evangéliste marque le début de l’allongement des jours. C’est le moment choisi pour célébrer par notre banquet d’Ordre rituel et obligatoire, rythmé par un cérémonial bien précis, et qui comme toute tenue implique : -L’écoute attentive des participants -Des règles de prise de parole, dont l’interdiction de la prendre plusieurs fois sur le même sujet. -Le rôle de l’orateur dans la synthèse des travaux En outre, il utilise un vocabulaire viril, voire guerrier, souvenir des loges militaires, nombreuses sous l’Empire et dans le siècle qui lui a succédé. Exemple : « tirer une canonnée de poudre rouge ou blanche…Feu !! » La Saint Jean d’Eté, sous l’empreinte de Saint Jean le Baptiste, donne l’occasion du banquet blanc, ou familial où des profanes (famille ou amis) peuvent être invités. Au delà des grillades profanes, c’est aussi l’occasion, sous la courte nuit étoilée, de faire une forte chaîne d’union autour de ce feu sacré qui disparaît et renaît éternellement, l’image même de la vie. Sans les Agapes, il y aurait peu de différence avec le travail profane, où, après avoir œuvré avec des collègues, chacun se précipite le plus rapidement possible chez lui. Même en ajoutant un peu de spiritualité, on se retrouverait vite comme les fidèles à la sortie de l’office du dimanche !… Le banquet est l’une des plus anciennes traditions maçonniques. Les Constitutions d’Anderson de 1773 prescrivent ces moments privilégiés, et la tradition du banquet explique les nombreuses assemblées dans les restaurants, et le fait, qu’au XVIIIème siècle, on assimilait souvent la Maçonnerie aux sociétés bacchiques, nombreuses à l’époque. Souvenons-nous de la taverne : l’Oie et le Grill. Les objets de tables, décorées aux armes des Loges, que j’ai vus aux expositions maçonniques de Bordeaux et de Tours, témoignent de la vigueur de cette tradition. La charge de M\ des Banquets est à la fois prenante, contraignante, passionnante. Je me suis lancé dans cette aventure voilà plus de cinq ans, parce que j’avais conscience qu’il y avait énormément de choses à faire et que je pouvais apporter ma petite pierre. Je pensais, et je pense toujours, que je peux me rendre utile à mes FF\ et les aider, d’une modeste façon, dans leur parcours personnel. C’est aussi une façon d’affirmer mon engagement maçonnique, que d’être le garant de cette continuité, de cette tradition. Dans un Orient éloigné, un vieux frère, Maître des Banquets m’a dit un jour : « tu verras, les Vénérables passent, les Maîtres des Banquets restent » Etre le gardien de la Loge est toujours un peu vrai, même si par moments, on a envie de passer la main. A nous de faire en sorte que mon successeur, un jour, troque bien son tablier de traiteur contre un solide tablier de Franc-maçon.

J’ai dit Vénérable Maître

A\ F\

Source : www.ledifice.net

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Le Maître des Banquets

5 Mars 2016 , Rédigé par P\ L\ Publié dans #Planches


On ne peut pas dire que cet office soit issu du rituel initiatique, à proprement parler, mais je dirais qu’il nous vient des profondeurs de l’humanité ou partager un repas était et est encore un signe de convivialité, de respect et d’hospitalité. Sans entrer dans la psychanalyse, je dirais que partager les fruits de la Terre, marque et soude l’intégration et l’existence d’un groupe humain et même animal. Dans les sociétés animales structurées comme celles des Loups ou des chiens, on ne mange pas n’importe comment, il y existe une hiérarchie et un ordonnancement que l’on retrouve pendant les Agapes maçonniques.
Mais revenons à notre Maître des Banquets, qui bien souvent, pour des raisons d’opportunité est un apprenti ou un compagnon, ce qui à mon avis ne devrait pas être. Au-delà des apparences son office est plus complexe que de nous faire un repas bon et pas cher. Pour définir cet Office je vais regarder du côté de la Messe catholique et dans le déroulement de cet office, vous pourrez faire les rapprochements utiles avec la Maçonnerie. Dans la Messe, il y a donc l’entrée, la mise en place du rituel puis en allant un peu vite l’enseignement proprement christique ensuite le sermon, et à la fin la communion par les Espèces. Sans faire un gros effort, la Tenue maçonnique se déroule à peu près de la même façon, et sans dire que le Maître des Banquets s’apparente au Prêtre, il faut bien convenir qu’il procède de la même manière. Je rajoute aussi pour celles ou ceux qui vont continuer leur démarche maçonnique, que les agapes sont une préparation pour plus tard, mais ceci est une autre histoire… !
Après les travaux de Loge, le Maître des Banquets prend le relais du Vénérable, pour distribuer et donner des forces matérielles aux Frères, afin qu’ils puissent répandre à l’extérieur les Vérités acquises pendant la Tenue.
Le maître des Banquets continue sur le plan matériel, le travail initiatique commencé dans la Tenue. Il est l’alter ego du maître des cérémonies, car pendant les travaux de table, on ne mange pas, on ne boit pas goulûment, on doit avoir de la Tenue, et il y a même pour les grandes occasions un rituel stricte et précis, et aussi suivant certains rites maçonniques, la lecture d’une planche et sans faire un rapprochement exagéré, il y a une ressemblance avec les repas servis dans les monastères.
Mais si l’on comprend bien, le maître des banquets est la jonction entre le monde des Idées et celui de la Matière, il est le pont nécessaire pour nous ramener à la réalité des choses, tout comme il nous prépare à revenir dans le monde profane. Son rôle n’est pas si anodin que cela, et lui aussi s’inscrit non pas dans une structure administrative mais bel et bien dans un processus initiatique, car le maître des Banquets, ferme les parenthèses du travail maçonnique. Je dirais qu’il cumule d’autre office, comme celui d’hospitalier, en permettant éventuellement à une Sœur ou à un Frère dans le besoin de partager quand même le repas, il est aussi trésorier pour récupérer le triangle dû.
Dans une loge mixte de ma connaissance il y a une pratique qui est très intéressante : au cours du repas, le maître de cérémonies demande le silence et il interroge les Sœurs et les Frères sur les problèmes éventuels que ces derniers peuvent rencontrer dans leur vie de tous les jours. Cela permet de donner du sens aux agapes et je trouve cela très fraternelle.
Mais pour avoir été Maître des Banquets et pour avoir consulté des Sœurs et des Frères qui sont et qui ont été en charge de cet office, la réalité n’est pas idéale. Il faut savoir que la préparation des repas, demande en moyenne, une journée à deux journées de travail par repas, et comme une majorité de Loges a deux tenues par mois, il est facile d’imaginer la contrainte que cela impose aux maçons titulaires. Et après il y a la vaisselle à faire et à ranger ! Le casse tête des Maîtres des banquets, c’est le nombre de convives, et je dois dire que l’unanimité de mes correspondants déplore le manque de respect des sœurs comme des frères. On prévoit pour vingt et il n’y a que dix participants, on s’organise pour dix et c’est vingt qui se met à la table des agapes, alors dans ces conditions, difficile de prévoir non seulement le nombre de convives, mais aussi d’établir un budget stable, et dernier grief, le non respect de la nourriture, car trop souvent on jette le surplus, ce qui attriste mes Sœurs et mes Frères, de voir le peu de cas que certains font des aliments.
Je pense que cet office mérite un peu plus de respect de la part des membres d’une Loge, et que la Sœur ou le Frère, n’est pas comme dans le passé un Frère Servant, avec la connotation de l’époque, un demi-Maçon. Sans oublier que dans l’histoire de la Maçonnerie spéculative, les Loges ont pris leur essor dans des auberges et au cours de repas elles se sont construites dans la forme comme dans le fond. C’est notre alchimiste à nous, car non seulement, il nous nourrit mais il nous donne la Fraternité nécessaire à notre vie de tous les jours et nous sommes redevables, envers le maître des banquets du même respect que l’on peut avoir pour n’importe quel office, car le fonctionnement de la Loge demande et a besoin du travail de tous pour obtenir la cohésion et l’harmonie utile justement au travail initiatique. Le Maître des banquets de part son travail donne la possibilité aux apprentis de parler et de poser les questions qui les taraudent, ave lui nous sommes bien dans un espace temps différent et complémentaire.
Pour clore ce petit travail remplissons nos coupes et portons une santé en l’honneur de tous les Maîtres des Banquets qui se décarcassent à chaque Tenue, buvons ! (Avec modération !)

P\ L\

Source : www.ledifice.net

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