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Hauts Grades

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Êtes-vous Maçon ?

4 Mars 2015 , Rédigé par Robert MINGAM Publié dans #Planches

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, au Progrès de l’Humanité, Vénérable Maître en chaire, Vénérable(s) Maîtres qui décorez l’Orient, et vous tous mes Sœurs et mes Frères en vos Degrés et Qualités.

A cette question, il est convenu de répondre : « Mes Sœurs et mes Frères me reconnaissent pour tel ». Mais en fait, c’est quoi être Franc maçon ? Le manuel d’instruction au premier degré répond à cette question en précisant que le maçon est un homme libre et de bonnes mœurs. Encore faut-il s’interroger sur le sens et les limites de la liberté que l’Ordre consent à ses membres. Précisément, dans l’Ordre maçonnique mixte international du Droit Humain, l’homme est libre, lorsqu’il est débarrassé de tout préjugé, et qu’il considère les humains d’après leur valeur morale, et non point en raison de leur position sociale et de leur fortune. D’autre part, il est de bonnes mœurs lorsqu’il évite toute action préjudiciable à autrui (dixit le manuel d’instruction au premier degré). Bref, pour être reconnu Franc maçon, il faut être Tolérant et Fraternel, c’est bien connu. La tolérance étant d’admettre parmi nous quelques êtres imparfaits, et la fraternité serait de ne pas donner les noms. Si la Franc maçonnerie se limitait à ces menues et réductrices considérations, les règles de morale apprises par nos enfants à l’école primaire auraient été bien suffisantes pour faire de tous les français de bons et légitimes maçons. Comme l’exprimait Cyrano de Bergerac dans la tirade du nez, « Ah ! Non ! C’est un peu court, jeune homme ! ». Le Franc maçon ne peut se reconnaître dans ce succinct tuilage. Pourtant, depuis plus de deux siècles, et dans le monde entier, les règles que nous suivons ici rituellement, rassemble des millions de Sœurs et de Frères qui se reconnaissent entre eux par des signes, des mots et des attouchements propres à leur qualité de Maçon. Malgré cela, leur statut n’est jamais acquis définitivement. Outre que celui-ci peut être conditionné au paiement annuel d’une substantielle capitation, il se mérite, car il est constamment remis en question par l’appréciation des autres membres de la confrérie, qui considèrent leurs qualités morales, en fonction du travail accompli en Loge, ainsi que dans leur environnement profane. Pour reconnaitre certaines qualités à autrui, notamment celle de Maçon, peut être faut-il avoir déjà eu le loisir de se rencontrer, éventuellement avoir partagé quelques expériences, ou avoir quelques souvenirs en communs. C’est pourquoi l’Initiation, et plus tard l’assiduité aux tenues bimensuelles est essentielle à notre mutuelle reconnaissance. Au-delà de l’apparence profane, parfois qualifiée par nos détracteurs d’association de comploteurs, voire de malfaiteurs, un lien profond peut naître de nos individuelles différences, et créer une sorte d’égrégore humain autour d’un idéal de société où l’homme a une place prépondérante. Pour réunir ce qui pourrait être épart, nos tenues s’articulent autour d’un rituel où chaque phrase prononcée au cours de nos cérémonies a été rigoureusement pensée et choisie par nos prédécesseurs pour créer une résonnance en accord avec le but à atteindre, c'est-à-dire, entre autres raisons « la fraternité universelle ». Aussi, pour nous exprimer en Loge, sommes-nous contraints de respecter certaines règles de bienséance, (comme par exemple éviter les sujets polémiques). Nous avons aussi, et surtout, le devoir d’éveiller sans contraindre nos Sœurs et nos Frères au degré qu’ils sont censés acquérir. Pour ce faire, nous disposons d’outils rappelant nos anciennes racines opératives, et d’un rituel dont les origines remontent au siècle des lumières.Trois principaux éléments régissent nos lois et conditionnent notre appartenance à la Franc-maçonnerie, tout en permettant de s’y reconnaître:

1)- Le respect d’une règle commune à tous les maçons répandus sur la surface de la Terre ; (Dans notre Fédération Française du Droit Humain, ces règles essentielles à l’esprit de notre Ordre Philosophique et Spirituel sont incorporées par petites touches dans les règlements généraux, et passent malheureusement trop souvent au second plan, derrière l’administratif de nos constitutions internationales).

2)- Le respect exemplaire et rigoureux d’un rituel ayant force de loi sur les quatre continents ; (Cette condition est essentielle à la reconnaissance internationale de notre Ordre).

3)- Enfin, une liberté de pensée et d’appréciation des symboles présents ou suggérés dans notre environnement. (Il est à noter que le mot symbole qui vient du Latin symbolus, signifie également « signe de reconnaissance »)

Les règles morales et Initiatiques édictées par les très anciens fondateurs du Suprême Conseil du Rite Ecossais Ancien Accepté se doivent d’être rigoureusement perpétrées, car elles sont le ciment de notre Ordre. J’insiste sur le fait qu’il s’agit bien d’une Règle Morale et Initiatique, pas d’un règlement plus ou moins arbitraire. Car nous sommes membres d’un Ordre Régulier, au même titre que les Moines l’étaient et le sont dans leurs Monastères. Bien sûr, le temps ayant fait son œuvre, les Règles maçonniques sont devenues plus souples, et une scission a pu s’opérer parmi des Sœurs et les Frères qui, las de travailler exclusivement sur le « connais-toi toi-même » ont préféré se séculariser en introduisant la notion de « progrès de l’humanité ». Cependant, Réguliers ou Séculiers ne sont que des mots en Franc maçonnerie. Car dans l’esprit même de notre Ordre, le spéculatif n’est que l’interface de l’opératif, le Maçon se devant d’achever au-dehors l’œuvre commencée dans le temple. Pour revenir au sujet de cette planche, aujourd’hui l’appartenance à une administration obédientielle est devenue incontournable pour jouir du statut de maçon et pour se faire reconnaître pour tel. Le maçon libre dans une Loge libre est une utopie bien séduisante, mais dans les fait, la seule vraie liberté d’un maçon dans son obédience, ormis celle de penser ce qu’ils n’a pas toujours le droit d’exprimer, est celle de démissionner discrètement si tel est son désir. La Franc maçonnerie n’est pas sectaire mais ne se prétend pas pour autant libertaire. C’est une société hiérarchisée. A l’extérieur, vis-à-vis du monde profane, elle s’est organisée en association loi 1901 où elle est soumise à déclaration. A l’intérieur, règne une certaine confusion quant au sens de notre démarche initiatique. Un certain folklore s’est installé visant à flatter l’égo de certains membres en mal de reconnaissance. Ceux-ci, affublés de décors et de titres ridicules font parfois oublier que derrière le tablier, symbole de notre filiation opérative, sommeille le maçon de base, le cherchant qui, en s’identifiant symboliquement aux outils qu’il manipule, en adopte l’esprit et spiritualise la matière pour la rendre intelligible à ses adeptes. Outre les mots de semestre qui permettent de voyager et de se faire reconnaître comme bon et légitime maçons « par les membres d’obédiences amies exclusivement», j’insiste bien sur le terme « exclusivement », l’utilisation des signes, des mots et des attouchements ne sont en fait que de pseudos-garants vis-à-vis d’éventuelles incursions profanes. Aussi, chaque phrase, mais aussi chaque mot de nos rituels a-t-il été scrupuleusement choisis, et pourrait, si l’envie s’en faisait sentir, faire l’objet d’une studieuse attention. Nous aurions alors pléthore de sujets passionnants à développer comme par exemple, « pourquoi le concepteur du Rite Ecossais Ancien Accepté a utilisé le terme de reconnaissance plutôt que celui de considération ». A la question « êtes-vous maçon ? », nous sommes tenus de répondre «mes Sœurs et mes Frères me reconnaissent pour tel ». Etymologiquement, « re-connaître » pourrait suggérer « connaître à nouveau », mais cette interprétation peut difficilement s’appliquer à des maçons qui, bien que se considérant comme Frères, ne se sont souvent jamais vu auparavant. Entre autres significations, le dictionnaire propose l’idée intéressante de « distinguer à partir de certains caractères ». Des Frères me reconnaissent pour tel parce qu’ils se reconnaissent en moi. Parce qu’au-delà des mots échangés se situe un vécu, celui de l’initiation. C’est lors de son premier passage dans le cabinet de réflexion, avant même d’avoir été reçu Franc maçon, que l’impétrant est censé avoir déjà traversé le miroir d’une vie chargée de mille préjugés profanes aveuglant son esprit. Cette mort symbolique, suivie d’une renaissance est donc la clé de notre initiation. C’est cette re-naissance qui nous permet d’acquérir de nouveaux préceptes. C’est peut-être pourquoi les concepteurs de nos rites ont utilisé ce terme de reconnaissance, car dans reconnaître il y « re-naître » c'est-à-dire « naître à nouveau ». Peut être également s’y cache-t-il l’idée de connaissance, c'est-à-dire le sens même à donner à notre idéal : connaître et connaître à nouveau, « remettre chaque jour 100 fois son ouvrage sur le métier » nous propose Jean de LA FONTAINE dans « le Laboureur et ses enfants ». C’est cette faculté de mourir pour renaître que les maçons utilisent chaque fois qu’ils se préparent à pénétrer dans leur Loge. Symboliquement, ils laissent leurs métaux à la porte du Temple. Dans cet espace consacré à leur idéal, ils viennent s’y régénérer, retrouver à la source cette part d’eux-mêmes qui un jour les a fait reconnaître par leurs Frères, et que le monde profane tend à vouloir modifier. Aussi, c’est pour avoir subit les mêmes épreuves, avoir été confrontés symboliquement aux mêmes éléments, s’être engagés par serment sur la voie initiatique du travail au bienfait de l’humanité, que les Sœurs et les Frères se reconnaissent pour tels. C’est ce vécu de l’initiation qui peut se lire dans le regard que nous portons sur nos semblables qui atteste aujourd’hui de notre qualité de Franc-maçon.

J’ai dit

Robert MINGAM Le 14 mai 2011

Source : http://www.ordoabchaos.net/

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La part sombre du Chevalier Kadosch

2 Mars 2015 , Rédigé par Pierre Quader Publié dans #Planches

C’est pourquoi le Chevalier Kadosch nourrit la part de lumière en lui et laisse mourir de faim la part d’ombre qu’il porte en lui. C’est une autre façon de dire qu’ « il élève des temples aux vertus et creuse des cachots pour les vices ». « Que fait le Chevalier Kadosch de la « part sombre » qu’il porte en lui ? »

INTRODUCTION :

Il est banal de dire que l’ombre est absence de lumière. On peut dire aussi qu’il y a ombre parce qu’un obstacle s’interpose et empêche le passage de la lumière. La première prise de conscience de la part sombre, c’est l’ombre que chaque personne emmène avec elle. On a beau courir, cette ombre nous suit partout. La seule façon de la supprimer, c’est la lumière : il faut que le soleil nous atteigne de telle manière, par exemple lorsqu’il est à l’aplomb, et que l’ombre demeure alors sous nos pieds.

Un pieu fiché en terre permet de mesurer le temps C’est aussi lorsque le soleil est d’aplomb, à midi, que l’ombre du pieu a quasiment disparu. Ainsi le cadran solaire le plus rudimentaire semble démontrer que l’ombre joue un rôle utile.

La part sombre étant à la fois nécessaire et utile, nous développerons le sujet en deux parties : Nous examinerons dans une première partie ce qu’est cette « part sombre », présente notamment chez chaque Chevalier Kadosch. Puis dans une seconde partie, ce que fait le Chevalier Kadosch de cette « part sombre » qu’il porte en lui.

Lumière et obscurité sont une paire d’opposés qui doit être intellectuellement fécondante. Lorsque une source de lumière, comme le soleil, éclaire un corps, comme la lune, il y a d’une part une face éclairée de la lune et d’autre part une face sombre de la lune, face sombre qui se prolonge d’un cône d’ombre. On peut dire que la face éclairée de la lune est un reflet du soleil, en quelque sort, un « nom substitué » du soleil. Un objet est plus ou moins éclairé : il y a toujours plus blanc que blanc. De même, l’obscurité est plus ou moins noire : il y a plus noir que noir. En conséquence, le blanc absolu et le noir absolu n’existent pas dans ce monde, même si l’on peut s’en approcher de plus en plus de façon asymptotique.

PREMIERE PARTIE :

Part lumineuse, part sombre.

La « part sombre » sera comprise en deux sens tout à fait différent :

· D’une part, il y a la « part sombre » qui est le contraire de la « part lumineuse ». En ce sens, la « part sombre » est un aspect négatif, qui s’oppose à un aspect positif : Noir-Blanc, Mort-Vie, Mal-Bien, Laid-Beau, etc.

· D’autre part, il y a la « part sombre » qui présente un caractère neutre. En ce sens, il n’y a pas de jugement de valeur, comme précédemment, mais un contenu objectif. Par exemple, l’inconnu, « part sombre » est ce qui s’oppose au connu. De même, la force vitale, l’énergie, quel que soit son nom (Dharma, chi, pulsions, orgone, passions, libido, etc.), est neutre. C’est l’orientation ou l’intention qui donne une forme bonne ou mauvaise. Ainsi s’oppose : Connu-Inconnu, Conscient-Inconscient, etc.

La question posée pourrait donc être reformulée de la façon suivante : Le Chevalier Kadosch informe (au sens de donner une forme) de façon positive (lumineuse) ou négative (obscure), dans le sens du Bien, ou dans le sens du Mal, de l’énergie vitale neutre (« part sombre ») qu’il porte en lui ?

Par ailleurs, la lumière naît de l’obscurité, est fille de l’obscurité, ainsi qu’il est indiqué dans la Genèse 1-2 : « La terre était déserte et vide, et la ténèbre à la surface de l’abîme » et dans l’Evangile selon Jean1-5 :« La lumière luit dans les ténèbres ».

De même qu’il y a plusieurs types d’obscurité, il y a également plusieurs formes de Lumières. Ainsi au XVIII+ siècle :

· La philosophie des Lumières, fondée sur la raison ;

· L‘Illuminisme, basé sur l’intuition.

La lumière et l’ombre sont présents tant dans la nature que dans la société. On les symbolise par le Blanc et le Noir.

Ces deux couleurs sont formées de toutes les autres. Elles ont ceci de remarquable qu’elles n’existent pas par elles-mêmes, mais parce que toutes les autres couleurs existent. Le noir est la nuit et le froid, mais en captant les rayons énergétiques il peut devenir chaud ! Alors que le blanc est le jour et le chaud, mais en réfléchissant les rayons énergétiques, il garde le froid ! Le noir est obscurité, mais dans l’obscurité jaillit la lumière ! Tandis que le blanc est lumière, mais la lumière aveugle et ne permet pas la vision des étoiles. Le noir est absence de couleur réfléchie, donc mélange de toutes les couleurs, le blanc est somme de toutes les couleurs réfléchies, donc absence de couleur. Le noir est couleur de deuil, le blanc est couleur de vie. Le noir est le mal, le vice, le côté obscur de notre âme, le blanc est le bien, la sainteté, la vertu, le côté lumineux de notre âme. Le noir est le tumulte, la guerre et la tristesse, le blanc est le silence, la paix et la joie. Le noir est le Yin, le blanc est le Yang. Ensemble, ils forment le cercle du Tao, avec un point blanc dans la partie noire, et un point noir dans la partie blanche.

Le négatif a, selon le taoïsme, un rôle essentiel, aussi important que le positif. Le négatif peut être : le noir, le sombre, la nuit, le vide, le néant, le silence, le manque, l’absence, l’oubli, la mort, le souple, le faible, le silence…

Ainsi, le vide permet le contenu : vide de la maison, du vase, du verre,… Importance du souple dans la fable du chêne et du roseau. Que serait une mémoire pleine, sans l’oubli ? Peut-on concevoir la musique sans le silence ?

Lao-Tseu : « Il faut se garder d’affecter des qualités ou des talents extraordinaires. L’arbre le plus droit sera le premier abattu. Le puits dont l’eau est la plus douce sera le premier asséché. Votre science effarouche les ignorants, vos lumières offusquent les sots. N’accaparez pas le Soleil et la Lune. Ce sont vos prétentions qui attirent vos malheurs. Se vanter, c’est se fermer la voie de la fortune ; si on a du mérite ou du renom c’est s’attirer la spoliation. S’effacer, se cacher de la masse, voilà la sécurité… Suivre le flot sans se distinguer, aller son chemin sans se faire remarquer, modestement, simplement, jusqu’à se faire passer pour vulgaire ; effacer le souvenir de ses mérites et faire oublier sa réputation ; voilà le secret pour vivre en paix avec les hommes. Le surhomme cherche l’obscurité. »

Pour vivre heureux, il faut vivre caché, disait Spinoza : il faut donc vivre dans l’ombre.

Non seulement l’homme vit dans le Monde du Deux, mais lui-même est un être double. Il porte en lui une part lumineuse et une part sombre.

Ceci est parfaitement représenté par la psychanalyse. Ainsi, selon Freud ou Jung, il y a notamment la partie consciente, que l’on peut identifier à la part lumineuse et la partie inconsciente, représentée par la part sombre.

Chaque individu est double : corps et esprit, matière et esprit,… Plus précisément, d’un point de vue psychanalytique, l’individu est à la fois être conscient et être inconscient. L’inconscient est la part sombre. C’est une sorte d’iceberg, la partie la plus importante étant immergée et ignorée.

On peut dire que le conscient, part lumineuse émerge de l’inconscient, part sombre. La lumière naît des ténèbres. Avec la conception freudienne s’est opérée une véritable révolution copernicienne : l’inconscient devient dominant.

Cet inconscient individuel est un ensemble d’énergies (pulsions) qui se manifestent de nombreuses façons : maladies : névroses, psychoses,… actes manqués, lapsus, rêves,…

En plus de cet inconscient individuel Ernst Jung a défini un inconscient collectif, commun à tout groupement humain, et même commun à l’ensemble de l’humanité. Cet inconscient collectif est notamment peuplé d’archétypes.

« L’ombre est quelque chose d’inférieur, de primitif, d’inadapté et de malencontreux, mais non d’absolument mauvais. » « Il n’y a pas de lumière sans ombre et pas de totalité psychique sans imperfection. La vie nécessite pour son épanouissement non pas de la perfection mais de la plénitude. Sans imperfection, il n’y a ni progression, ni ascension.» C.G. Jung « L ‘âme et la vie »

Dans la vie consciente, il y a également une part d’ombre, une part sombre : Dans la vie quotidienne, l’obscur correspond à la démesure : excès ou insuffisance, trop ou trop peu, ceci par rapport au juste milieu.

Avoir des idées claires et précises est un critère de vérité dans les philosophies de Descartes et Spinoza. Donc avoir des idées sombres et imprécises est un critère de fausseté des idées.

Qu’est-ce encore que le côté sombre ? Pour certains alchimistes, c’est le double, le côté féminin pour l’homme, le côté masculin pour la femme. C’est aussi l’inconnu par rapport au connu, Si l’homme vit dans le monde du Deux : bien-mal, joie-tristesse, vie-mort, beau-laid, il aspire à se réconcilier avec lui-même et à réintégrer le Monde du Un.

Pour le franc-maçon initié, cette contradiction entre le blanc et le noir ; entre la lumière et la part sombre, et ce travail sur soi est symbolisé par le pavé mosaïque.

Le maître, c’est la conciliation de la dualité représentée par la perpendiculaire (qui est l’apprenti) et par le niveau (qui est le compagnon).

L’apprenti représente le côté négatif et spontané dans nos analyses à l’emporte-pièce, le compagnon, le côté positif et réfléchi.

La réunion et la réconciliation des deux, c’est l’équerre. Le maître, entre l’équerre et le compas, a en ligne de mire le compas, qu’il n’atteindra jamais par ailleurs, car il n’est et ne reste qu’un maître.

Il a sept ans et plus, mais il n’aura jamais huit ans, au même titre que l’apprenti ne peut avoir que trois ans et le compagnon ne peut avoir que cinq ans.

La seule façon d’atteindre huit ans est de changer d’état, de mourir à la maîtrise pour renaître en initié. De devenir angélique, en somme. Le compas, de manière symbolique, est l’objectif du maître.

On peut donc dire que la part sombre est ce qui empêche de passer du sept au huit, du fini à l’infini, du temps à l’éternité, du réel à l’absolu.

Le côté sombre, c’est le caractère brut de la pierre non taillée. C’est l’ensemble des aspérités, que l’on devrait, au cours de la vie maçonnique, avec l’aide des frères et sœurs, éliminer pour dégager la pierre cubique

Le rite écossais n’a aucun rapport avec l’Ecosse, son étymologie grecque, scotus ; voulant dire sombre.

Le premier devoir du maçon est de fuir le vice et de pratiquer la vertu. L’horizontale, c’est le plan ou se situe le pavé. Entre les carreaux, il y a aussi le joint. Il est l’élément primordial du pavement. Ni blanc, ni noir, il apporte la cohésion aux carreaux de couleurs opposées mais n’a pas de matérialité. Invisible, il est en réalité le chemin du maçon. Dans cette dualité constante entre le bien et le mal, les bons et les mauvais moments, les satisfactions et les peines, les bonnes et les mauvaises actions, le profane traversera sa vie chahuté entre les pavés blancs et noirs qu’il franchira, le saint cherchera la diagonale qui lui permettra de rester sur les pavés blancs, le démoniaque recherchera la diagonale noire. Le maçon, en revanche, choisira le joint qui réconcilie les deux aspects de notre monde, dominant les zones obscures et tirant profit des zones de clarté. C’est le chemin de la vérité et de la sagesse, où il n’y a pas lutte entre les extrêmes, mais au contraire maîtrise et apprivoisement des deux facettes d’un même infini. Et c’est cette voie que prend l’apprenti quand il fait son premier pas: Le pied gauche, celui du cœur, est dirigé vers l’orient source de lumière, le pied droit, en équerre, reprend appui entre chaque pavé après l’a voir balayé. Ainsi, donc, le pas de l’apprenti prend son sens: toujours orienté vers le delta rayonnant, bien calé de niveau, glissant sur les zones d’ombre et de lumière dans un égal équilibre. En résumé, nous pourrons dire du pavé mosaïque que c’est un assemblage parfait en régularité et en alternance. Il est réconciliation des deux extrêmes que sont les ténèbres et la lumière, le bien et le mal, Sumbolon et le Diabolon, l’infini négatif et l’infini positif des mathématiciens qui ne sont qu’un au bout du compte. Vitriol ne signifie-t-il pas qu’il faut descendre au fond du gouffre noir qui est en nous pour y trouver la lumière? La lumière est dans le noir et l’aveuglement vient parfois de la lumière ! Le pavé mosaïque est donc, à la fois le temple, l’univers, l’humanité, notre vie et le chemin qui nous mène vers l’Unité, vers le Grand Architecte De L’Univers, ou vers l’Orient éternel, dans la maîtrise des passions et de la vie sociale.

A l’image de chaque homme, de chaque maçon, le Chevalier Kadosch a en lui une part de lumière et une part sombre.

Nous sommes depuis le 15° grade, à des grades de chevalerie. Donc, depuis ce moment, et jusqu’au 30° grade, qui nous préoccupe ici, chacun de nous est un être double :

Il y a le Chevalier, et il y a le cheval, (ou cavale, ou kabbale). Le cheval symbolise notamment l’aspect animal. C’est l’animalité en l’homme. Il convient de maîtriser cette monture, qui peut être objet de chute. La maîtrise s’effectue par la bouche, tant la bouche du cavalier (le verbe), mais aussi la main de ce dernier qui tient les rênes, et la bouche du cheval (par l’intermédiaire du mors et des rênes et du collier). Le cou est l’intermédiaire entre la tête et le corps et, symboliquement entre le ciel et la terre.

Le Chevalier a également une Dame : le Chevalier, le masculin, est l’être extérieur, agissant, tandis que la dame, le féminin, est l’intériorité, à la fois réceptrice et motrice de l’action.

Avant de parvenir au 30° grade, nous avons rencontré la part sombre à plusieurs reprises, en particulier :

Lors de l’initiation au 1° degré, l’initiable porte un bandeau, car il est dans les ténèbres. Il est encore « mort ». C’est encore l’homme ancien. On peut dire aussi qu’il porte un bandeau « pour mieux voir », car son regard est tourné vers l’intérieur, vers la conscience.

Lors de l’initiation au 3° grade, la plus grande obscurité relative à la mort du vieil homme est unie avec la lumière la plus étincelante de la résurrection du nouvel homme. Les initiations des trois premiers grades sont des voyages de l’obscurité vers la lumière, ou alors, d’un peu de lumière vers plus de lumière.

Au 9° grade, le néophyte doit combattre un monstre dans une caverne : les voies initiatiques passent par une descente dans les ténèbres subterrestres, une descente aux Enfers. Quiconque veut s’élever est menacé de chute. La caverne représente le noir de l’inconscient.

Au 18° grade, le Chevalier passe trois jours dans l’obscurité, c’est un séjour en Enfer.

Lors du 24 ° grade, celui de Prince du Tabernacle, l’accent est mis chez Salomon sur les instincts mal maîtrisés, l’inconscient pas maîtrisé et le féminin intérieur, symbolisé par le harem pléthorique.

Individuellement, le Chevalier Kadosch est environné de parts d’ombre :

· D’abord, ombre inconsciente, symbolisée par le cheval, l’animalité en lui ;

· Ensuite, ombre consciente : ce sont les mauvais choix faits

Collectivement, le Camps des Chevaliers Kadosch est également environné de parts d’ombre : Il s’agit notamment des métaux dans le Temple.

A noter que la part sombre existera toujours, sauf à estimer que demain le Chevalier Kadosch soit un être de lumière. La partie sombre est le signe de notre imperfection, de notre incomplétude. C’est la marque d’un manque. Dire qu’il y a en nous une part sombre, c’est dire que nous sommes imparfaits, et donc, en tant que maçons, que nous sommes sur la route, que nous travaillons pour augmenter la part de Lumière (vertus) et diminuer la part d’obscurité (vices).

En conséquence nous pouvons dire que la dualité, ombre et lumière, existe tant dans la nature, dans la société, que dans l’homme, le maçon et aussi le Chevalier Kadosch. Il nous reste à examiner ce que fait le Chevalier Kadosch de cette part sombre présente en lui.

DEUXIEME PARTIE :

Le Chevalier Kadosch, passeur : de Lumière, à partir de la part sombre, socle et énergie : La part sombre est également l’énergie qui nous anime. C’est la force de la vie.

Cette force est appelée libido par la psychanalyse, « dao » ou « chi » par la philosophie chinoise, « dharma » et « karma » par la philosophie hindoue, le destin par la philosophie grecque, les passions par Descartes, etc.

C’est dire que cette force est unique, commune à l’homme bon et à l’homme mauvais, à l’ange et au sain (Kadosch signifie saint, séparé), ainsi qu’au diable et à l’être satanique. Cependant on peut donner deux orientations différente à cette force : soit vers le haut, soit vers le bas ! La part sombre est donc le levier, le point d’appui, ce qui fournit l’envie d’abord, l’énergie ensuite. Il faut sublimer cette part sombre et transformer la part sombre en lumière.

Cela signifie donc deux choses essentielles :

· Il ne s’agit pas de détruire cette force, car ce serait mourir. Mais il s’agit de la dompter, de la maîtriser, pour lui donner le chevalier Kadosch ne supprime pas la part d’ombre qu’il y a en lui, mais il apprivoise le cheval.

· Il s’agit aussi de lui donner une orientation positive, lumineuse, vers le vrai, le bien et le juste.

Si l’on accepte l’image d’un vecteur (objet, but, énergie), il s’agit de reprendre l’énergie de la part sombre pour l’affecter au bien. Bien et mal puisent dans le même « sac » d’énergie.

C’est dire que de cette part sombre, on peut faire le meilleur, comme le pire : ce qui compte, c’est l’intention et la volonté. Il est attendu du chevalier Kadosch, après des années de maçonnerie, qu’il en fasse bien évidemment, le meilleur.

Par exemple on peut donner au couteau une orientation positive – dans les mains du chirurgien -- ou une orientation négative – dans les mains du criminel.

Arrivé au 30° grade, on peut estimer que le Chevalier Kadosch a ingurgité suffisamment de Lumière pour être un être positif.

L’architecture d’un temple égyptien, ou du temple de Salomon illustre parfaitement la démarche maçonnique. Après les deux colonnes, une fois l’entrée franchie, on pénètre dans le Pronaos, ou chambre extérieure. Dans cette partie, éclairée par la lumière du Soleil, le peuple peut être présent. Puis, séparé par un voile, on pénètre dans le Naos, ou « Saint ». Seule les prêtres initiés peuvent accéder à cette partie, éclairée par le chandelier à sept branches, et un éclairage à base d’huile d’olive. Enfin, séparé par un second voile, on trouve le « Saint des Saints ». C’est une pièce cubique obscure, entièrement plongée dans l’obscurité la plus totale. C’est là que se trouve la divinité (Shekina, arche d’alliance). Seul le Grand Prêtre peut entrer dans cette pièce, une fois par an. L’initié véritable « voit », parce qu’il a accumulé suffisamment de lumière en lui. Il y a donc trois étapes : D’abord la lumière est extérieure (Jésus, fils du charpentier), puis le maçon est porteur de lumière (Jésus fils du Père ou du Soi) et enfin le maçon intègre, ingurgite la lumière (Jésus et le Père, ou le Soi, sont Un).

L’objectif est de faire Un de fusionner cavalier et cheval, masculin et féminin, intérieur et extérieur d’abord et de répandre cette lumière acquise à l’extérieur ensuite.

Il s’agit de servir de pont aux vertus spirituelles afin qu’elles entrent par l’homme dans le monde et qu’ainsi le monde en soit pourvu. Le monde serait ténébreux sans l’homme employant sa volonté à offrir un passage aux forces de l’esprit. Ainsi, c’est par l’homme spiritualisé que la réalité spirituelle, invisible, intangible, entre dans le monde. C’est l’ « affaire » des hommes que d’établir ce lien avec les forces de l’esprit, qu’eux seuls peuvent puiser au fond d’eux-mêmes et du monde dans lequel ils ont été placés pour cela.

La véritable chevalerie a pour objet le service, en manifestant les valeurs spirituelles (la lumière) là où il lui est demandé, et aussi donné, de cheminer.

Notre devise est : AVEC DES ARMES PURES, SANS PEUR ET SANS REPROCHE « FAIS CE QUE DOIS, ADVIENNE QUE POURRA »

La devise participe obligatoirement de l’utopie; elle contient dès lors une part importante d’idéal et implique un décalage entre action (fais) et réalité (advienne que pourra). La part d’ombre est le décalage qu’il peut y avoir entre l’action, l’intention du Kadosch et la réalité, entre « fais ce que dois » et « advienne que pourra ». Cet écart représente notre incomplétude, le sens de nos souffrances : le sentiment de notre insuffisance pour parvenir à l’idéal. C’est l’écart entre le fini et l’infini, le temps et l’éternité, le réel et l’absolu.

Cependant le Chevalier Kadosch se trouve du côté de la Lumière et ne peut être confondu avec un quelconque Dark Vador, ce Chevalier de la « Guerre des Etoiles » incarnant le côté sombre de la Force (à noter que dans La guerre des étoiles, Dark Vador, le côté sombre de la force est aussi le père de Sky Walker et de la princesse, les enfants porteurs d Lumière, qui sont du côté lumineux de la force) ; il avance, assuré de l’invincibilité de ses principes, de la justesse de sa cause et du résultat de son engagement.

Maniés avec amour, force et sagesse, l’épée et le poignard, armes de combat, de pouvoir et de domination deviennent des outils de paix, de raison, de droit et de morale. Le soldat devient bâtisseur et le désordre s’organise.

L’homme doit être un pont : il introduit de la lumière dans la nature pour l’humaniser. Par exemple, le pain et le vin sont obtenus par l’alliance entre les forces humaines et les forces naturelles en vue du bien. L’homme introduit la lumière dans la société par un combat pour les valeurs telles que la justice, la liberté, l’égalité, la fraternité,… Ceci est d’autant plus vrai du maçon et du Chevalier Kadosch, en route vers le Monde du Un, autre nom de l’Orient éternel ? Après avoir ingurgité suffisamment de lumière lors de son travail maçonnique, il réinjecte cette lumière dans la réalité quotidienne

La part sombre appartient au chaos, dans lequel il convient de mettre de l’ordre. En quelque sorte, le chaos est informé par la lumière pour donner un certain ordre : cet ordre peut aller dans le sens du bien ou le sens du mal.

Le maçon doit poursuivre ce travail sans cesse, car il n’est jamais terminé.

Le choix qui se pose à chaque instant au Chevalier Kadosch est : Arrêter de travailler, être imbu de soi,… : ou poursuivre le travail de passeur de lumière. Si ce travail n’est pas mené, il peut y avoir coexistence de deux réalités : la réalité maçonnique, qui demeure toute théorique, et la réalité profane. Les valeurs (la lumière maçonnique) n’interpénètre pas la réalité quotidienne.

CONCLUSION :

Yin et yang : lumière et aspect sombre sont intimement liés. On ne peut qu’assumer l’un et l’autre. Chacun de nous peut adopter l’une ou l’autre mentalité : soit la modestie, l’humilité, la patience et la persévérance, soit l’orgueil, la vanité, le fanatisme et l’égocentrisme.

Par exemple, un véritable scientifique lira des centaines de livres au cours de sa vie, fera des centaines d’expériences, mais sera toujours persuadé qu’il lui reste beaucoup à apprendre. Un religieux fanatique ne lira qu’un livre, ne fera qu’une seule expérience, et sera persuadé d’avoir tout compris et de détenir la vérité ultime.

Ceci est illustré par l’historiette issue de la sagesse amérindienne suivante : Un vieil indien explique à son petit fils que chacun de nous a en lui deux loups qui se livrent bataille. Le premier loup représente la sérénité, l’amour et la gentillesse. Le second loup représente la peur, l’avidité et la haine. En quelque sorte, ils représentent le bon et le mauvais ange gardien ; les maçons diraient le bon et le mauvais compagnon. « Lequel des deux loups gagne ? » demande l’enfant. « Celui que l’on nourrit » répond le grand-père.

C’est pourquoi le Chevalier Kadosch nourrit la part de lumière en lui et laisse mourir de faim la part d’ombre qu’il porte en lui. C’est une autre façon de dire qu’ « il élève des temples aux vertus et creuse des cachots pour les vices ».

G dit.

Source : http://pierre-quader.eklablog.fr/

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Le Mythe du Déluge

27 Février 2015 , Rédigé par GLISRU Publié dans #Planches

Dans cet Atelier, nous sommes convenus au moment de sa création de travailler sur les différentes Traditions pour essayer d'y retrouver cette sorte de Parole perdue qui est le souvenir des origines, ce que d'autres appellent la Vérité primordiale. C'est dans cette recherche que j'ai rencontré le mythe du déluge qui est commun à presque toutes les Sociétés du monde. Il est généralement admis que le mythe du déluge, que l'on retrouve donc dans presque toutes les traditions du monde, à l'exception notable de l'Afrique, recouvre un événement réel, probablement d'une amplitude plus faible que celle décrite par tous les textes ou légendes orales, qui se serait produit dans les temps anciens et qui aurait laissé un souvenir amplifié dans la mémoire des hommes. Dans ma recherche de trouver derrière les mythes les faits rééls je me suis donc intéressé à ce mythe du déluge. Mais avant je voudrais citer une intervention du professeur Antoine Faivre, lors d'un récent colloque sur le légendaire maçonnique. Celui-ci définit 3 approches très différentes et qui seraient chacune la façon de voir la maçonnerie par les maçons eux-mêmes, même si quelquefois ils les mêlent allègrement. La première, qu'il définit comme empirico-critique, est purement objective et historique. C'est celle qui voit dans la maçonnerie une institution créée de toutes pièces au 18ème siècle et qui a comme objectif principal l'exercice de la charité, accessoirement la rencontre d'esprits curieux. La deuxième, qu'il définit comme mytho-romantque, a une origine inconnue, remontant aux temps les plus anciens, et véhiculant des mythes universels, selon une transmission ininterrompue. Enfin, la troisième, qu'il définit comme universalisante, la considère comme un réservoir d'images ou d'archétypes à caractère universel, et la filiation n'a ici pas d'importance. En tous les cas on y retrouve toutes les traditions du monde, filles comme elle de la tradition pérenne. Il est clair que je m'inscris en priorité dans cette dernière approche, même si la deuxième ne me laisse pas indifférent. Quant à la première, elle ne correspond pas du tout à l'image que je me fais de la Maçonnerie, école initiatique authentique. Pourquoi je voulais citer cette intervention ? et bien c'est pour justement venir justifier cette réflexion, allant bien au-delà de la Maçonnerie, pour retrouver dans les mythes en général, et ce soir dans celui du déluge en particulier, les échos de cette tradition pérenne, ce que j'appelle la connaissance du premier instant, ce premier instant étant étendu à toute la protohistoire de l'homme. Je voudrais donc d'abord vous présenter les différentes versions de ce mythe, selon les traditions anciennes, puis, ensuite, je souhaiterais apporter ma vision personnelle de cet événement vraisemblablement réel. Extrêmement répandus, les mythes de catastrophes cosmiques racontent comment le monde a été détruit et l’humanité anéantie, à l’exception d’un couple ou de quelques survivants. Les mythes du déluge sont les plus nombreux, et presque universellement connus ( bien qu’extrêmement rares en Afrique, et j'essaierai d'en comprendre la raison ). À côté des mythes diluviens, d'autres relatent la destruction de l’humanité par des cataclysmes cosmiques: tremblements de terre, incendies, écroulement de montagnes, épidémies. Évidemment, cette fin du monde n’est pas représentée comme radicale, mais plutôt comme la fin d'une humanité, suivie de l’apparition d’une humanité nouvelle. Mais l'immersion totale de la Terre dans les eaux, ou sa destruction par le feu, suivie de l'émersion d’une Terre vierge, symbolisent la régression au Chaos et la cosmogonie. Dans un grand nombre de mythes, le Déluge est rattaché à une faute rituelle qui a provoqué la colère de l’Être suprême. Parfois il résulte simplement du désir d'un Être divin de mettre fin à l'humanité. Mais, si l'on examine les mythes qui annoncent l'imminence du Déluge, on retrouve, parmi les causes principales, non seulement les péchés des hommes, mais aussi la décrépitude du monde. On peut dire alors que le Déluge a ouvert la voie à la fois à une re-création du monde et à une régénération de l'humanité. Nous autres, en Occident ou plus précisément dans ce que je préfère appeler le monde méditerranéen, nous connaissons en priorité le mythe du déluge décrit dans la Bible hébraïque. Rappelons nous en le texte, qui est en Genèse, 6-5 à 9-20 : Le Seigneur vit que la méchanceté de l'homme se multipliait sur la terre : à longueur de journée, son cœur n'était porté qu'à concevoir le mal, 6 et le Seigneur se repentit d'avoir fait l'homme sur la terre. Il s'en affligea 7 et dit : « J'effacerai de la surface du sol l'homme que j'ai créé, homme, bestiaux, petites bêtes et même les oiseaux du ciel, car je me repens de les avoir faits ».8 Mais Noé trouva grâce aux yeux du Seigneur.

9 Voici la famille de Noé : Noé, homme juste, fut intègre au milieu des générations de son temps. Il suivit les voies de Dieu, 10 il engendra trois fils : Sem, Cham et Japhet. 11 La terre s'était corrompue devant Dieu et s'était remplie de violence. 12 Dieu regarda la terre et la vit corrompue, car toute chair avait perverti sa conduite sur la terre. 13 Dieu dit à Noé : « Pour moi, la fin de toute chair est arrivée ! Car à cause des hommes la terre est remplie de violence, et je vais les détruire avec la terre ».

14 « Fais-toi une arche de bois résineux. Tu feras l'arche avec des cases. Tu l'enduiras de bitume à l'ntérieur et à l'extérieur. 15 Cette arche, tu la feras longue de trois cents coudées, large de cinquante et haute de trente. 16 Tu feras à l'arche un toit à pignon que tu fixeras à une coudée au-dessus d'elle. Tu mettras l'ntrée de l'arche sur le côté, puis tu lui feras un étage inférieur, un second et un troisième.

17 « Moi, je vais faire venir le déluge — c'est-à-dire les eaux — sur la terre, pour détruire sous les cieux toute créature animée de vie ; tout ce qui est sur terre expirera. 18 J'établirai mon alliance avec toi.

« Entre dans l'arche, toi et avec toi, tes fils, ta femme, et les femmes de tes fils. 19 De tout être vivant, de toute chair, tu introduiras un couple dans l'arche pour les faire survivre avec toi ; qu'il y ait un mâle et une femelle ! 20 De chaque espèce d'oiseaux, de chaque espèce de bestiaux, de chaque espèce de petites bêtes du sol, un couple de chaque espèce viendra à toi pour survivre. 21 Et toi, prends de tout ce qui se mange et fais-en pour toi une réserve ; ce sera ta nourriture et la leur». 22 C'est ce que fit Noé ; il fit exactement ce que Dieu lui avait prescrit.

7.1 Le Seigneur dit à Noé : « Entre dans l'arche, toi et toute ta maison, car tu es le seul juste que je vois en cette génération. 2 Tu prendras sept couples de tout animal pur, un mâle et sa femelle — et d'un animal impur un couple, un mâle et sa femelle, 3 — ainsi que des oiseaux du ciel, sept couples, mâle et femelle, pour en perpétuer la race sur toute la surface de la terre. 4 Car dans sept jours, je vais faire pleuvoir sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits, j'effacerai de la surface du sol tous les êtres que j'ai faits ». 5 Noé se conforma à tout ce que le Seigneur lui avait prescrit.

6 Noé était âgé de six cents ans quand eut lieu le déluge — c'est-à-dire les eaux — sur la terre. 7 À cause des eaux du déluge, Noé entra dans l'arche et avec lui ses fils, sa femme et les femmes de ses fils. 8 Des animaux purs et des animaux impurs, des oiseaux et de tout ce qui remue sur le sol, 9 couple par couple, mâle et femelle vinrent à Noé dans l'arche comme Dieu l'avait prescrit à Noé.

10 Sept jours passèrent et les eaux du déluge submergèrent la terre.

11 En l'an six cents de la vie de Noé, au deuxième mois, au dix-septième jour du mois, ce jour-là tous les réservoirs du grand abîme furent rompus et les ouvertures du ciel furent béantes. 12 La pluie se déversa sur la terre pendant quarante jours et quarante nuits. 13 En ce même jour, Noé entra dans l'arche avec ses fils, Sem, Cham et Japhet, et avec eux, la femme de Noé et les trois femmes de ses fils 14 ainsi que toutes les espèces de bêtes, toutes les espèces de bestiaux, toutes les espèces de petites bêtes qui remuent sur la terre, toutes les espèces d'oiseaux, tout volatile, toute bête ailée. 15 Ils vinrent à Noé dans l'arche, couple par couple, de toute créature animée de vie. 16 C'étaient un mâle et une femelle de toute chair qui entraient. Ils entrèrent comme Dieu l'avait prescrit à Noé. Le Seigneur ferma la porte sur lui.

17 Le déluge eut lieu sur la terre pendant quarante jours. Les eaux s'accrurent et soulevèrent l'arche, et elle fut élevée au-dessus de la terre. 18 Les eaux furent en crue, formèrent une masse énorme sur la terre, et l'arche dériva à la surface des eaux. 19 La crue des eaux devint de plus en plus forte sur la terre et, sous toute l'étendue des cieux, toutes les montagnes les plus élevées furent recouvertes 20 par une hauteur de quinze coudées. Avec la crue des eaux qui recouvrirent les montagnes, 21 expira toute chair qui remuait sur la terre, oiseaux, bestiaux, bêtes sauvages, toutes les bestioles qui grouillaient sur la terre, et tout homme. 22 Tous ceux qui respiraient l'air par une haleine de vie, tous ceux qui vivaient sur la terre ferme moururent.

23 Ainsi le Seigneur effaça tous les êtres de la surface du sol, hommes, bestiaux, petites bêtes, et même les oiseaux du ciel. Ils furent effacés, il ne resta que Noé et ceux qui étaient avec lui dans l'arche. 24 La crue des eaux dura cent cinquante jours sur la terre.

Vous connaissez la suite, avec la fin des pluies et l'épisode de l'envoi d'oiseaux de couleurs différentes qui ont été largement identifiés à des étapes alchimiques. Cependant, on sait aujourd'hui que cette histoire est largement répandue dans d'autres Traditions et que même celle-ci, celle de la Bible, est à l'évidence la fusion de deux versions indépendantes. Les Hébreux ont, en effet, très probablement, emprunté le mythe aux Babyloniens. Mais le thème du Déluge est encore plus ancien puisqu'il est déjà attesté chez les Sumériens. Le nom du Noé sumérien est Ziusudra; et dans la version babylonienne, il est appelé Utnapishtim. Le Déluge est raconté dans la 11ème tablette de l'Épopée de Gilgamesh: les Dieux décident d'anéantir le genre humain, mais le dieu Ea prévient Utnapishtim et lui conseille de construire un bateau pour sauver sa famille et un certain nombre d'animaux. Le Déluge est provoqué par une pluie torrentielle qui dure sept jours. Le huitième, Utnapishtim lâche une colombe et, peu après, une hirondelle, mais les oiseaux reviennent. Finalement, il lâche un corbeau qui ne revient plus. Alors Utnapishtim débarque sur le mont Nishir et offre un sacrifice aux Dieux. Mais ici eux-ci découvrent avec surprise que le genre humain n'a pas été anéanti. Ils décident pourtant que, désormais, Utnapishtim ne sera pas mortel et le transportent, avec sa femme, dans un pays fabuleux et inaccessible, « aux bouches des fleuves ». C’est là que, longtemps après, Gilgamesh, en quête de l'immortalité, lui rend visite et apprend l'histoire du Déluge. Il est évident que ce mythe est à l'identique celui développé par la Bible, avec cette seule exception – de taille ! – c’est que les hommes ne sont pas anéantis. Il est vrai que le Dieu juif est particulièrement violent et vindicatif, et cette destruction totale de sa création n'est pas étonnante compte tenu de la mentalité du bonhomme, même si beaucoup, depuis la nuit des temps, s'interrogent sur ce Dieu qui a d'une part créé des hommes à son image mais mauvais, et qui ensuite détruit sa créature. Nous sommes évidemment loin d'un Dieu bon et parfait, et les Gnostiques ont largement, en leur temps, développé leurs théories pour justifier l'injustifiable. Un mythe similaire est connu dans l’Inde. Absent dans le Véda, le mythe du Déluge est attesté pour la première fois dans le Satapatha Brahmana (I, VIII, 1), rituel rédigé probablement au VIIe siècle avant notre ère.: un poisson avertit Manu de l'imminence du déluge et lui conseille de construire un bateau. Lorsque la catastrophe éclate, le poisson tire le bateau vers le nord et l'arrête près d’une montagne. C’est là que Manu attend l'écoulement des eaux. À la suite d'un sacrifice, il obtient une fille, et de leur union descend le genre humain. Dans la version transmise par le Mahabharata, Manu est un ascète. Dans le Bhagavata Purana (VIII, XXIV, 7 sq.), le roi-ascète Satyavrata est averti de l'approche du Déluge par Hari (Vishnu) qui a pris la forme d’un poisson. En tous les cas rien ne semble relier ici cette catastrophe avec un quelconque ressentiment des Dieux vis à vis des hommes. On peut juste s'interroger sur leur incapacité à sauver ces hommes qui sont leur création et qui ont un rôle essentiel à jouer, celui d'être leur miroir, celui dans lequel ils peuvent voir leur beauté et leur puissance. Sans création les Dieux restent inconnus et inutiles ! En Iran, la fin du monde est consécutive à un déluge résultant de la fonte des neiges accumulées pendant un terrible hiver. Ahura Mazdâ conseille à Yima, le premier homme, qui est aussi le premier roi, de se retirer dans une forteresse.. Yima prend avec lui les meilleurs parmi les hommes et les différentes espèces d'animaux et de plantes. Le déluge met fin à l'âge d’or, qui ne connaissait ni la vieillesse ni la mort. Dans l'état actuel de nos connaissances de ces textes nous n'avons pas non plus de traces d'une quelconque décision divine de grand nettoyage même si ici le retour à une situation normale voit la disparition d'un monde ancien, celui de l'âge d'or. On peut ici s'interroger sur le pourquoi de la fin de cet âge… En Grèce, c'est Prométhée qui avertit son fils, Deucalion, que Zeus a décidé l’anéantissement des hommes de l’âge du bronze. Deucalion s’échappe avec sa femme dans une arche. A nouveau une décision divine de tout recommencer. Le mythe du Déluge se rencontre aussi chez certaines peuplades autochtones de l’Inde ( Bhils, Mundas, Santals, etc.), chez les Lepchas de Sikkim et en Assam. Il est encore plus répandu dans l’Asie du Sud-Est, en Mélanésie et en Polynésie. Les versions recueillies en Australie parlent d’une grenouille géante qui avait absorbé toutes les eaux. Souffrant de la soif, les animaux décidèrent de faire rire la grenouille. En voyant l'anguille se tordre, la grenouille éclata de rire et les eaux s'écoulèrent de sa bouche, provoquant le déluge. La grenouille est une des images mythiques de la Lune. Et puisque la Lune est, par excellence le symbole de la mort et de la résurrection, elle gouverne aussi les eaux, les inondations et les marées. Chez les peuples de l'Amérique du Sud, le déluge est provoqué généralement par un des jumeaux mythiques qui, frappant la terre de son talon, fait jaillir les eaux souterraines. En Amérique centrale et en Amérique du Nord, les versions du déluge sont assez nombreuses: la catastrophe est produite soit par des inondations soit par des pluies. Il est à noter qu'en comparaison avec les mythes narrant la fin du monde dans le passé, les mythes se référant à une fin à venir sont assez peu nombreux chez les primitifs, au contraire de nos Sociétés méditerranéennes ou indo-européennes. Mais cette rareté est peut-être due au fait que les ethnologues n'ont pas posé cette question dans leurs enquêtes. En outre, il est parfois difficile de préciser si le mythe concerne une catastrophe passée ou à venir. Ainsi, par exemple, selon E.H. Man, les Andamanais, un peuple en voie de disparition qui vit aux confins de la Birmanie et de la Thaïlande, croient qu'après la fin du monde une nouvelle humanité, jouissant d'une condition paradisiaque, fera son apparition: il n’y aura plus ni maladies, ni vieillesse, ni mort. Mais un autre anthropologue, A. Radcliffe Brown, estime que son collègue Man a en fait combiné plusieurs versions, recueillies d'informateurs différents. En réalité, précise Radcliffe Brown, il s’agit bien d'un mythe relatant la fin et la re-création du monde; mais le mythe se rapporte au passé et non pas à l'avenir. Mais comme, suivant la remarque de F. F. Lehmann, la langue andamanaise ne possède pas de temps futur, il n'est pas facile de décider s’il s’agit d’un événement passé ou d'une fin à venir. Nous sommes donc ici passés du mythe du déluge, celui de la fin d'une époque pour entrer dans une nouvelle, plutôt inscrite dans le passé, à la possibilité que ces évènements se rencontrent aussi dans le futur. Parmi les mythes primitifs de la fin, très rares sont ceux qui ne présentent pas d'indications précises concernant l'éventuelle re-création du monde. Ainsi, dans une des îles Carolines, Aurepik, c'est le fils du Créateur qui est responsable de la catastrophe. Lorsqu'il s'apercevra que le chef ne s'occupe plus de ses sujets, il submergera l'île au moyen d'un cyclone. Il n’e st pas certain qu'il s’agisse d’une fin définitive: et l'idée d'une punition des « péchés » implique généralement la création ultérieure d'une nouvelle humanité, instruite de ce qui s'est passé avant elle et devant, en principe, en tirer les conclusions. On peut penser qu'en ce qui concerne le texte biblique notre bonhomme IAWEH s'est largement fourvoyé et que probablement les hommes d'après le déluge n'ont rien à envier à ceux d'avant dans le domaine de la méchanceté. Plus difficiles à interpréter sont les croyances des Négritos de la péninsule de Malacca. Les Négritos savent qu'un jour Karei mettra fin au monde parce que les humains ne respectent plus ses préceptes. Aussi, pendant l'orage, s'efforcent-ils de prévenir la catastrophe en faisant des offrandes expiatoires de sang. La catastrophe sera universelle, elle frappera sans distinction pécheurs et non-pécheurs, et ne préludera pas, semble-t-il, à une nouvelle création. C’est pourquoi les Négritos appellent Karei « mauvais », et voient en lui l 'adversaire qui leur a « volé le Paradis ». Un exemple singulièrement frappant est celui des Guaranis du Mato Grosso. Sachant que la Terre sera détruite par le feu et par l'au, ils partirent à la recherche du « Pays sans péché », sorte de paradis terrestre, situé au-delà de l'Océan. Ces longs voyages, inspirés par les chamans, et effectués sous leur direction, ont commencé au 16ème siècle et ont duré jusqu'en 1912. Certaines tribus croyaient que la catastrophe serait suivie d’un renouvellement du monde et du retour des morts. D'autres tribus attendaient et désiraient la fin définitive du monde. La majorité des mythes amérindiens de la fin impliquent soit une théorie cyclique (comme chez les Aztèques), soit la croyance que la catastrophe sera suivie par une nouvelle création, soit, enfin, dans certaines régions de l'Amérique du Nord, la croyance à une régénération universelle effectuée sans cataclysme. Dans ce processus de régénération, seuls les pécheurs périront. Selon les traditions aztèques, il y a eu déjà trois ou quatre destructions du monde, et la quatrième ( ou la cinquième ) est attendue pour l'avenir. Chacun de ces mondes est régi par un « Soleil », dont la chute ou la disparition marque la Fin. La croyance que la catastrophe est la conséquence fatale de la « vieillesse » et de la décrépitude du monde semble assez répandue dans les deux Amériques. Selon les Cherokees, quand le monde sera vieux et usé, les hommes mourront, les cordes se casseront, et la Terre s'abîmera dans l’Océan, la Terre étant imaginée comme étant une grande île suspendue à la voûte céleste par quatre cordes. Dans un mythe Maidu, le Créateur assure au couple qu'il avait créé : « Lorsque ce monde sera trop usé, je le referai entièrement; et quand je l'aurai refait, vous connaîtrez une nouvelle naissance.» En somme, ces mythes primitifs de la fin du monde, par déluge ou incendie, car l'élément eau n'est pas le seul à être utilisé, le feu est également largement employé et je voudrais y revenir, impliquent plus ou moins clairement la re-création d'un univers nouveau, expriment la même idée archaïque, et extrêmement répandue, de la « dégradation » progressive du cosmos, ou de la chute pour retrouver une idée largement répandue sur nos Colonnes, nécessitant sa destruction et sa re-création périodiques. C'est de ces mythes d'une catastrophe finale, qui sera en même temps le signe annonciateur de l'imminente re-création du monde, que sont sortis et se sont développés les mouvements prophétiques modernes et les mouvements millénaristes des sociétés primitives. La théorie de la création et de la destruction cycliques du monde a été largement développée dans l’Inde, à partir des Brahmanas et surtout dans les Puranas. C'est la doctrine des quatre yugas, les quatre âges du monde. Le cycle complet, le kalpa, se termine par une « dissolution », un pralaya, qui se répète d'une manière plus radicale ( mahapralaya, la « grande dissolution ») à la fin du millième cycle. Selon le Mahabharata et les Purana, l'horizon s'enflammera, sept ou douze soleils apparaîtront au firmament et dessécheront les mers, brûleront la Terre. Ensuite, une pluie diluvienne tombera sans arrêt pendant douze ans, la Terre sera submergée et l'humanité détruite (Vishnu Purana, 24, 25). Puis tout recommencera ad infinitum. Cette théorie des quatre Yugas, avec son premier, celui de l'âge d'or, et son dernier, celui du fer, appartient à la doctrine traditionnelle et se retrouve dans beaucoup de traditions. Il semblerait que ce nouveau cycle, ce kalpa, ait débuté vers environ 63000 ans avant notre ère, et l'âge d'or, le Krita-Yuga, a duré 26000 ans. L'âge suivant, le Trêta-Yuga, ou âge d'argent, qui a correspondu à l'apparition des continent s de l'Atlantide au Nord, et de la Lémurie, au Sud, s'est terminé par le déluge biblique, vers 11000 ans avant notre ère. Puis vint le Dvapara-Yuga, l'âge d'airain. La fin de ce cycle , et nous sommes en plein dans le Kali-Yuga, l’âge du fer, est annoncée pour le 21ème siècle…. En Grèce, la doctrine cyclique fait son apparition avec Héraclite qui aura une grande influence sur la doctrine stoïcienne de l'Éternel Retour. Au 3ème siècle avant notre ère., Bérose vulgarisait dans tout le monde hellénistique la doctrine chaldéenne de la « grande année ». L'Univers y est considéré comme éternel, mais il est anéanti et reconstitué périodiquement chaque « grande année » - le nombre correspondant de millénaires varie d'une école à l'autre - lorsque les sept planètes se réuniront dans le signe du Cancer ou « grand hiver », un déluge se produira. Quand elles se rencontreront dans le signe du Capricorne, au solstice d'été de la « grande année », l'Univers entier sera consumé par le feu. Selon un texte perdu d'Aristote, les deux catastrophes avaient lieu aux deux solstices: la conflagration au solstice d'été, le diluvium au solstice d'hiver. On le voit, le mythe du déluge participe largement de deux théories : L'une qui voudrait que le Dieu créateur, excédé par sa création, ait un jour envie de tout détruire. L'autre qui exprime le principe d'une création cyclique, d'un retour indispensable au néant avant que de repartir. En Inde cela est clairement symbolisé par le souffle de Brâhma, celui qui crée en expirant et qui à la fin du cycle reprend sa création en inspirant, et ainsi de suite. Cette théorie est du reste parallèle à celle des astrophysiciens modernes qui parlent d'un monde en expansion puis en contraction, du big bang au big crash. Il est évident que si nous voulons retrouver derrière les mythes la réalité des évènements, cette seconde théorie semble plus proche de ce qui s'est passé, puisqu'aussi bien elle peut être exprimée d'une façon scientifique. Mais la première peut aussi révéler des évènements réels, enfouis dans la mémoire des hommes et traduits avec les mots et les symboles à la disposition d'autres hommes, longtemps après, et qui ne pouvaient qu'être interprétés à cette aune. Du strict point de vue scientifique, l'historicité du Déluge a longtemps été niée. Actuellement, un grand nombre de savants de toutes disciplines envisagent sérieusement que la dernière transgression, c'est-à-dire l'ennoyage des plates-formes continentales à la suite des déglaciations, pourrait être en connexion avec ces mythes. Et il est vrai que cet épisode géologique a entraîné une augmentation du niveau de la mer, mais de 100 mètres environ sur une durée de 10.000 ans, même! Si certaines estimations sont de 130 m sur 8.000 ans, soit, en gros, 2 mètres par siècle ou encore pour se plus de la durée de vie humaine de un mètre tous les 50 ans ! Personne ne peut raisonnablement affirmer qu'une telle élévation du niveau de la mer ( 2 cm par an !!! même si localement on a pu avoir une élévation de quelques dizaines de cm par an à certaines périodes ) peut être assimilée à ce que toutes les traditions, d'un bout à l'autre de la planète, décrivent comme un événement ayant été brutal, rapide, limité dans le temps, excessivement destructeur, etc. Alors, même si cette explication est parfaitement valable pour expliquer les traces d'habitats préhistoriques actuellement sous la mer, il va bien falloir trouver autre chose pour "élucider" le mystère du déluge... Depuis de nombreuses années les conséquences de la chute d'un astéroïde ou d'un fragment de comète dans l'océan ont été modélisées et un consensus s'est établi dans la communauté scientifique autour des effets possibles dans cette hypothèse. Dans le cas d un impact océanique très au large ( sans cratère visible, donc...), le phénomène le plus évident serait de gigantesques tsunamis. Un tsunami ( le mot est à préférer à raz-de-marée car le phénomène en question n'a rien à voir évidemment avec la marée...) peut se déplacer en pleine mer à des allures pouvant aller jusqu'à 700 km/h. En atteignant les côtes, et donc des fonds moins élevés, il ralentit et c'est là que, paradoxalement, le danger commence ! En effet, tout se passe alors pour les vagues comme pour les voitures sur l'autoroute lors d'un ralentissement: le front ( rapide ) des vagues rattrapant l'avant (ralenti). Sur une autoroute c'est le carambolage. Sur la côte, on observe une compression qui va entraîner une élévation considérable des vagues déferlantes. Le facteur de compression peut facilement atteindre 40! Ainsi un simple train de vagues d'une hauteur de 1 m en mer se transformera en une série de vagues tueuses d'une hauteur de 40 m.! C'est environ la hauteur d'un immeuble de 12 étages, autant dire que bien peu de choses risquent d'être encore debout après le passage de la première vague, alors à la dixième... Et quand on pense que les deux-tiers de la surface terrestre sont constitués d'océans, on peut également conclure que c'est ce type d'impact qui a le plus de probabilité d'arriver. Et plutôt deux fois qu'une ! Avec à chaque fois les mêmes conséquences bien sûr ! Ce qui fait parler de déluge au singulier est très certainement faux et que l'on devrait parler de déluges périodiques. Il semble toutefois que dans de nombreuses traditions on ait gardé en fait le souvenir d'un déluge plus important que les autres et on peut supposer que c'est celui-ci qui est responsable, par exemple, de la destruction de l'Atlantide.. L'Atlantide et la Lémurie, ces continents disparus sur lesquels des civilisations de très haut niveau – pour les autres hommes de l'époque – auraient vécu, peuvent avoir disparu suite à un cataclysme tel qu'une immense inondation d'origine ensuite oubliée. Il était facile ensuite, très longtemps après, d'imaginer ces catastrophes comme étant d'origine divine, et liée à l'inconduite des hommes. Et en fait les 2 théories peuvent être simultanées, le cycle des mondes pouvant être marqué par une catastrophe soudaine. Mais je vois aussi, dans le thème de l'eau, autre chose : Et si finalement, en oubliant ces possibles catastrophes dont personne n'a jamais eu la moindre preuve, le souvenir du déluge n'était que le souvenir du moment où le premier être vivant est sorti de l'eau, cette eau qui jusque la avait abrité toute forme de vie, milieu même dans lequel la vie était née Dans la mesure où l'homme s'est cru la création d'un dieu, il n'a jamais pu imaginer ne pas avoir existé avant un quelconque déluge, qui serait toujours venu, pour lui, le punir pour ses fautes. En fait le déluge était l'état primordial, ou tout au moins il a précédé l'apparition de la vie sur la terre. Or comme cette apparition de le vie sur la terre ferme semblerait vieille de 345 millions d'années, je vous laisse apprécier le lointain souvenir que ceux qui ont écrit les mythes du déluge pouvaient en avoir. En fait je suis en train, ici, de me demander si je ne suis pas en train de réinventer les archétypes ? Car là on côtoie le mythe de la mer initiale, celle par exemple que Brâhma a baratté pour en exprimer la vie, ou le lac des égyptiens, ou les eaux primordiales de la Bible… Et puis, pourquoi pas, intéressons nous aussi à une possible dimension psychanalytique : cette eau serait celle du liquide amniotique dans lequel tout enfant a baigné tout au long de sa présence dans le ventre de sa mère. Le souvenir heureux de cet avant baignant dans un liquide serait traduit par un déluge après lequel tout a été différent, et la vie de l'homme finalement très difficile. J'ai lu, pour m'aider dans ma réflexion, différents textes, et l'un est même allé jusqu'à proposer, la aussi, sous le couvert de la psychanalyse, que, je cite : « le déluge serait une projection cosmogonique à la fois du flux séminal et d'un déversement du liquide amniotique, exprimant ainsi le désir inconscient de grossesse masculine propre aux sociétés patriarcales, le mythe remplaçant de manière symbolique l'incapacité biologique du mâle à enfante « !!!! Je vous laisse méditer sur cette suggestion. Quant à moi, je m'interrogeais, plus haut, sur les deux éléments sources de destruction, le feu et l'eau. A ce moment de ma réflexion je vois l'eau non plus comme un élément destructeur mais au contraire comme l'élément fondateur de la vie. Ce sont les hommes, par leurs mythes, qui ont cru y voir un élément négatif, ou tout au moins purificateur. L'eau est, au contraire, créatrice de vie, elle lave, abreuve, féconde. Tout organisme vivant a besoin d'eau pour vivre. En revanche, le feu reste bien, lui, un élément destructeur, purificateur. Et puis je posais aussi la question du pourquoi de l'absence presque totale du mythe du déluge en Afrique. J'avoue ne pas avoir de réponse si je veux rester dans la dimension évolutionniste, où l'homme serait apparu en Afrique, car il aurait malgré tout comme origine cette soupe initiale, cette eau au sein de laquelle la vie a vu le jour, après une alchimie complexe. Et donc tous les hommes devraient posséder en eux ce souvenir initial. En revanche, si le déluge est le souvenir d'un cataclysme réel, pourquoi les hommes d'Afrique ne s'en souviendraient ils pas alors qu'en Asie ou en Amérique les Traditions l'évoquent largement ? je n'ai donc ici non plus, pas plus de réponse satisfaisante. Une possible absence de grands fleuves, d'éloignement des côtes, ne me convainc pas. Peut-être m'en apporterez vous une ?

J'ai dit.

Source : www.ledifice.net

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L'Autel des Serments

23 Février 2015 , Rédigé par Robert MINGAM Publié dans #Planches

A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, et au Progrès de l’Humanité, « Dignitaires et vénérables maîtres qui décorez l’Orient, » Vénérable Maître en Chaire, et vous tous mes Sœurs et mes Frères en vos degrés et qualités.

Le sujet dont je souhaiterais vous entretenir ce soir, concerne le symbole sur lequel s’est fondé l’esprit sacramentel de notre Ordre, j’ai nommé l’Autel des Serments. C’est devant lui et sur lui, qu’à toutes les étapes importante de notre engagement, nous renouvelons solennellement nos obligations vis-à-vis de l’Ordre en général et de notre Respectable Loge en Particulier. Quelles que soient les Auspices spirituels ou administratifs sous lesquels nous nous reconnaissons ; quelles que soient les Options symboliques, ou socioculturelles des Rites que nous avons choisis pour organiser nos travaux, l’Autel des Serments sur lequel repose les trois grandes Lumières de la franc-maçonnerie est toujours présent, pour nous rappeler que nous avons laissé nos métaux à la porte du temple, et que nous avons fait vœu d’y élever nos cœurs en Fraternité. Toujours orienté vers l’Orient, dans la direction où la Lune et le Soleil se lèvent, l’Autel fait référence à la Lumière éternelle, celle que les Anciens Egyptiens qualifiaient d’ombre de dieu, et que nous symbolisons, dès avant l’ouverture des travaux, par la flamme d’une bougie allumée. Point d’ancrage de toutes les autres étoiles de la Loge, cette vivante Lumière est appelée à éclairer nos travaux, à élever notre esprit vers un idéal commun, à continuer de briller en nous pour guider notre vie, et à permettre d’achever au dehors l’œuvre commencée dans le Temple (comme le précise notre rituel). Cette Lumière que nous avons reçu le jour de notre Initiation tient plus du regard que nous devons porter sur nous même, que d’une identité dûment patentée par une capitation. Le respect de la Règle et de la parole donnée, est le ciment de notre Initiatique Fraternité. Les Serments que nous avons prêtés sur l’Autel du même nom, ne sont pas des actes anodins. La discrétion et la fidélité, sanctionnées symboliquement par le signe d’Ordre ; le respect et l’obéissance non aveugle mais intelligente aux supérieurs hiérarchiques de la confrérie ; les devoirs de fraternité et de dévouement à l’égard des Sœurs et des Frères, ainsi qu’à tous les membres de la famille humaine; sont des engagements générateurs de liberté, que nous avons pris au service de valeurs que tous nous estimons essentielles, parce qu’ils font naître en nous des obligations librement consenties. Sublimées par le caractère spirituel et sacré que nous accordons aux trois Grandes Lumières de notre Ordre, ces promesses prêtées « solennellement et sincèrement » sont plus que du domaine symbolique. Elles me paraissent sacramentelles. Aucun des trois symboles présents sur l’Autel des Serments, n’appartient en propre à la Franc–maçonnerie, c’est seulement la façon de les conjuguer entre eux qui personnalise notre Ordre, en formant un pentacle symbole de perfection. Il s’agit de l’Equerre, du Compas, ainsi que d’une règle « Initiatique » admise comme source d’inspiration et de réflexion, matérialisée dans notre Loge par les Grandes Constitutions. Selon les rites et les époques, ces trois outils avaient de nombreuses significations symboliques d’ordre moral ou spirituel, mais toujours en rapport avec les principes fondamentaux de la géométrie sacrée. A partir du point, qui est à l’origine de toute manifestation, le Compas crée toutes les formes, dont celle du cercle. Si dans le monde profane, cet outil peut être utilisé comme instrument de mesure, sur le plan ésotérique, et notamment chez les maçons spéculatifs que nous sommes, le Compas peut symboliser la circonspection, l’impartialité et la sagesse, mais aussi l’intelligence, l’esprit infini éternel et universel, voire la manifestation du Grand Architecte de l’Univers comme principe de libération de la conscience. Dirigées vers l’Occident, ses pointes ouvertes pourraient représenter la force spirituelle qui descend sur la matière. Dans les miniatures médiévales, c’est à l’aide du grand compas d’appareilleur des tailleurs de pierre que le Grand Architecte opère la Création du Monde. La difficulté d’admettre qu’il puisse exister dans l’Univers une intelligence supérieure, créatrice et ordonnatrice de notre système solaire, ainsi que de la vie sur la Terre est concevable, parce qu’elle dépasse notre entendement. Pourtant, les scientifiques eux-mêmes s’interrogent et émettent l’hypothèse qu’il puisse exister, en dehors de notre propre galaxie, un principe intelligent, quelque soit le nom qu’on veuille bien lui octroyer, qui se manifeste par sa Lumière, et régit nos existences. Ses rayons lumineux, d’origine céleste, éclairent la Terre en formant une sorte de cône que les égyptiens ont matérialisé en édifiant les grandes Pyramides, et que nous symbolisons par le triangle. A l’Orient de notre Loge, les trois Grands symboles que sont le Soleil, la Lune et le delta Lumineux, atteste de la présence de ce principe universel qui éclaire nos travaux, et que nous acclamons sous le vocable « de Grand Architecte de l’Univers ». Le Compas pointes ouvertes placé sur l’Autel des Serments, peut donc lui aussi, manifester cette lumière qui lui vient de l’Orient, et rayonner symboliquement sur les autres symboles. Eclairé par le Compas, l’Equerre représente la matière animée par l’esprit. Symbole de rectitude et outil de perfectionnement, permettant de tracer les limites du carré qui, de tous temps, et dans toutes les civilisations symbolisait la Terre, l’Equerre est l’image renversée du Compas. Elle suggère que ce qui est en Bas est comme ce qui est en Haut et réciproquement. La position de ces deux outils évoque donc clairement cette idée tirée des Livres de Thot et reprise au IIIe siècle de notre ère par les néo-platoniciens grecs, et le légendaire Hermès Trismégiste. Le troisième symbole sur lequel reposent le Compas et l’Equerre est sans aucun doute possible le plus controversé « notamment dans les loges françaises ». Il s’agit de la Règle également appelée « Livre de la Loi sacrée » ouvert et fermé au début et à la fin des travaux « pour marquer la nécessaire mais provisoire rupture avec le monde profane ». Dans notre Atelier, ce sont les Grandes Constitutions. Mais traditionnellement, dans une large majorité de Loges travaillant au Rite Ecossais Ancien Accepté, c’est la Bible ouverte sur le prologue de saint Jean qui fait office de Règle Initiatique. C’est d’ailleurs pourquoi le tuilage nous invite à préciser que nous venons d’une Loge de saint Jean. En tant que maçons, nous savons que l’avenir se construit sur les cendres du passé, et que c’est la prise de conscience de nos erreurs qui nous fait progresser. Aussi, qu’y a-t-il de plus sacré que la mémoire de notre civilisation ? Avant de s’imposer comme le symbole du dogme chrétien, dans une société soumise aux lois de l’Eglise, la Bible racontait avec force détails, l’histoire authentique ou légendaire, d’une humanité en proie à ses démons. Les Grandes Religions y puisèrent leurs racines, la franc maçonnerie son humanité. Au 12e siècle, Pierre de Blois, précepteur du roi Guillaume II d’Angleterre, puis garde du sceau royal, affirmait en son temps que « l’on ne passe des ténèbres de l’ignorance à la lumière de la science, que si l’on relit avec un amour toujours plus vif, les œuvres des anciens ». Aussi, mis sur la voie de la sagesse lors de leur initiation, les maçons d’hier, qui n’étaient pas plus que nous, des êtres d’exceptions nantis d’un quelconque pouvoir, mais des intelligences sélectionnées pour leurs capacités à réfléchir sur la condition humaine, ont su extraire de la Bible l’esprit d’une Règle Initiatique. Ce Livre n’évoquait pour eux aucune religion particulière. Il les englobait toutes, dans l’universalité de celle sur laquelle tous les humains de bonne volonté se reconnaissent, celle de la Fraternité. C’est cet esprit d’ouverture enraciné dans le cœur des hommes, qui peu à peu se révèle à l’Initié comme une intuition de vérité. Avec le Compas et l’Equerre posé sur l’Autel des Serments, le Livre de la Loi Sacrée symbolise l’alliance entre le monde de la matérialité et celui de la spiritualité. Mais de quelle spiritualité parlons-nous ? Ne peut-on la reconnaître ailleurs que dans son acceptation religieuse ? La spiritualité du Maçon est avant tout personnelle. Elle peut être laïque sans pour autant être antireligieuse, car les deux voies tendent vers un même but, « la Fraternité Universelle ». Seuls leurs moyens diffèrent. Notre spiritualité n’est inféodée à aucun dogme, qu’il soit religieux, philosophiques ou issus du postulat politique. C’est une aspiration au développement et à la réalisation de soi, C’est un besoin de transcendance, d’épanouissement de notre plein potentiel, qui peu à peu se révèle comme une nécessité de se dépasser intellectuellement. Nous passons ainsi de la matière à l’esprit; la matière étant par essence limitée structurellement tandis que l’esprit est illimité, flexible, adaptable et surtout intuitif. On peut bien entendu concevoir la tentation de certains maçons, à vouloir remplacer le « Livre de la Loi Sacrée », ou « Livre de la Loi morale », par un autre symbole, peut être plus conforme à leur spiritualité. Mais ne rivalisons pas de sectarisme, et ne perdons pas de vue l’esprit traditionnel et initiatique qui accompagne notre quête. Il ne faut pas, par méconnaissance ou par choix personnel, désacraliser nos rites et nos rituels en écartant les éléments qui par essence sont l’expression du sacré. Nous ne sommes plus dans le monde profane dit le rituel, nous avons laissé nos métaux à la porte du temple. Nous avons été initiés dans cet espace consacré par une cérémonie à caractère traditionnel, et l’initiation est une forme de sacrement, au même titre que le baptême religieux. C'est-à-dire que nous avons été purifié par la matière, (les quatre éléments), et accueilli par les paroles du Vénérable Maître, (Je te créé, reçoit et constitue Apprenti Franc-maçon). C’est comme cela que la franc-maçonnerie accorde sa légitimité à qui reçoit et transmet ses principes, ses valeurs, et respecte ses rituels. La Loge « l’Acacia » en est un remarquable exemple, et c’est pourquoi j’ai choisi d’y travailler « à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers » et « au progrès de l’Humanité ». Cependant, j’aurais préféré un symbole plus représentatif de nos ancestrales traditions que les Grandes Constitutions placées sur l’Autel des Serments, en lieu et place du Livre de la Loi Sacrée. Certes nous sommes membres d’un mouvement associatif dont l’existence est contrôlée par des lois. Nous y avons adhéré de plein droit avant même d’y avoir été initié. Bien sûr, la Règle inscrite dans notre Constitutions, est le fondement moral de notre Ordre, mais c’est sous la voûte sacrée formée par la canne du Maître des Cérémonies et l’Epée de l’Expert, la main posée sur les trois Grandes Lumières de la maçonnerie, que nous prenons à témoin ce que nous considérons comme étant le plus sacré pour attester de la sincérité de nos engagements. Petit détail insignifiant peut être, mais dans certains Rites « réputés » spirituels, le pommeau de la canne se place au sommet de l’Equerre ainsi formée, symbolisant le soleil protecteur et la source présumée de la Lumière. Nous retrouvons alors cette lumière, qui se réfracte sur les 8 pointes du pentacle, c'est-à-dire en direction des 8 plateaux des officiers de la Loge. Le Maître des Cérémonies et le grand Expert officiant sur la Règle rejoignent les deux autres symboles pour en protéger le cœur. C’est devant cet assemblage qu’à l’ouverture et à la fermeture des travaux, à la Gloire du Grand Architecte de l’Univers, symbole lui aussi très contesté, et au Progrès de l’Humanité, nous renouvelons solennellement et par acclamation, nos traditionnelles obligations. A cet instant, nous devons nous rappeler qu’il n’y a pas de Liberté sans Solidarité, d’Egalité sans Tolérance, et de Fraternité sans Engagement. Pour conclure, la vérité n’existant que pour ceux qui la cherchent, je ne prétends pas vous imposer la mienne. Mais ce sera toujours avec le même plaisir, et en toute fraternité, que je viendrais partager avec vous la controverse sur des sujets aussi sensibles que celui-ci.

J’ai dit

Robert MINGAM

Septembre 2009

Source : http://www.ordoabchaos.net

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L’Ordre des CBCS et sa finalité spirituelle véritable

19 Février 2015 Publié dans #Planches

L’Ordre des Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, tel qu’il surgira de l’intention de son fondateur Jean-Baptiste Willermoz (1730-1824), aura pour but d’incarner une « société » devant représenter une possibilité, pour « l’âme de désir », de s’agréger à un pieux regroupement, une organisation hiérarchisée et structurée, habitée par la juste connaissance des nécessités du temps et la parfaite conscience de l’indispensable travail de « réconciliation » qui est à réaliser pendant la courte vie qui nous a été donnée.
De ce fait, le frère qui en acceptera les règles d’obéissance, prononcera, au moment de son armement, un serment de fidélité à l’Ordre, et se liera définitivement à lui par des engagements formels, posant à cet instant sacré sa main, en gage de sincérité, sur les Saintes Ecritures. Il appartiendra, dès lors, à un corps organique, solide et unifié, à une communauté spirituelle possédant une authentique foi lui conférant une rare et remarquable verticalité. Progressant ensuite dans le respect de ses devoirs, des impératifs que lui imposent son état, se revêtant de l’obéissance et se laissant lentement travailler par la « Parole » révélée, le Chevalier, communiant intérieurement au « sang du Christ », acceptera, et consentira avec joie, à sa transformation rédemptrice par le « lavage de régénération et le renouvellement de l’Esprit Saint, richement répandu sur nous par Jésus Christ, Notre Sauveur, afin que, ayant été justifiés par sa grâce nous devinssions héritiers selon l’espérance de la vie éternelle. » (Tite 3, 5-6). Ces promesses de l’espérance de la vie éternelle participent d’ailleurs directement de l’aspiration propre du frère du Régime, de chaque Chevaliers devenu capable de les appréhender comme une certitude qui accompagne toutes ses actions et ses moindres pensées, puisqu’ayant posé ses deux genoux à terre, sur le sol poussiéreux de cette vallée de larmes pour pouvoir y prier le Christ en Croix qui nous purifia du péché de prévarication, et dont le Chevalier porte l’image sur son manteau, en un feu permanent transperçant l’immaculée blancheur du vêtement qui l’enveloppe et le protège.

I. Placés sous la Croix du Christ
La Croix du Christ est, à ce titre, l’unique levier de la « réintégration », elle en représente la perspective et l’accomplissement, le modèle et le Principe. C’est dans son « mystère » que se cache l’ensemble de la doctrine, mais aussi l’intégralité de la Toute Puissance du Verbe de Dieu. Elle réincorpore, à la fois l’origine primitive et la destination, le premier Adam et le second, dans un quaternaire symbolique, une unité retrouvée, achevant et dissolvant définitivement, par l’effet de sa force salvatrice, les fers de la manifestation qui nous tenaient enchaînés dans cet univers dégradé, fers qui sont d’ailleurs amenées à disparaître lorsque la fin des temps surviendra, puisqu’ils ne possèdent aucune véritable réalité, aucune consistance ontologique propre : « L’univers créé, lorsque le temps prescrit pour sa durée apparente sera accompli, tous les principes de vie, tant générale que particulière, en seront retirés pour se réintégrer dans leur source d’émanation. (…) L’univers entier s’effacera aussi subitement que la volonté du Créateur se fera entendre ; de manière qu’il n’en restera pas plus de vestige, que s’il n’eut jamais existé. » (Instruction secrète).
La Croix annonce déjà ce moment, elle en est le vivant rappel, la constante mémoire, l’heureuse certitude ; elle est l’essence substantielle de la consécration du Chevalier, son viatique, le lieu de sa renaissance à l’exemple du « Phénix » qui surgit, resplendissant et rayonnant d’une vie nouvelle, du bois de son bûcher, là où il devait normalement être sacrifié.

II. L’héritage spirituel primitif
La constitution d’un Ordre, porteur et héritier d’une longue tradition, s’imposait donc pour Jean-Baptiste Willermoz, afin que soit offert aux hommes, possédant une vraie noblesse de coeur mais cependant désorientés au sein d’une période incrédule et corrompue, de participer à l’œuvre salutaire de réarmement spirituel et religieux, à la reconstruction des fondations du vrai Temple qui n’est point fait de mains d’homme, et accomplir, par là-même, l’impérieux devoir imposé à ceux qui ne peuvent accepter, ou qui souffrent, de croupir dans le marasme existentiel sans chercher à s’extraire de la ténébreuse geôle dans laquelle ils furent enfermés en venant en ce monde ; lieu terrible et trompeur dominé par celui qui en est le prince, et qui, surtout, détient sur ces domaines périlleux la gloire et l’autorité (Luc 4, 6).
Il y a donc quelque exagération, et une certaine erreur à parler purement et simplement de la « constitution » de l’Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, dans le sens où Jean-Baptiste Willermoz donna simplement ce nom à une forme traditionnelle de transmission qu’il considérait comme extrêmement ancienne, bien plus antique encore que l’Ordre du Temple lui-même, qui en fut cependant le détenteur à une certaine période de l’Histoire, et dont le Régime Rectifié conserve aujourd’hui l’héritage.
Cet Ordre, très ancien, qui se dissimula un temps sous le voile de la Franc-maçonnerie, et qui resta et demeure caché au plus grand nombre, Willermoz le désigne sous le titre mystérieux de « Haut et Saint Ordre » ; Ordre primitif qui, « à défaut de pouvoir être nommé, ne peut être appelé que le Haut et Saint Ordre », à la base de la véritable initiation, et ne doit absolument pas être confondu avec les formes contingentes qu’empruntent, pour un temps limité, les institutions se consacrant à l’étude des « sciences sacrées » et à la perfection des hommes.

III. Sens authentique de la « Bienfaisance » et finalité véritable de l’Ordre
D’ailleurs, dans la réponse polémique qu’il fit à l’Eques a Fascia, dans l’opposition, la contestation et la mauvaise querelle qui lui étaient opposées, Willermoz ne dissimula point que l’intitulé de « Chevaliers Bienfaisants » qui avait été retenue pour dénommer les frères de l’Ordre Intérieur du Régime Rectifié, était en fait une élégante manière de désigner une société d’hommes se consacrant à un but non uniquement tourné, de façon exclusive et prioritaire, sur l’exercice de la charité publique, car quel aurait été le besoin pour cela de se réunir secrètement et tenir fermées et closes, loin des yeux indiscrets, des réunions ayant pour « objet » de secourir les pauvres, ou soulager les malades et les nécessiteux, mais qu’il y avait, dans cette organisation, une finalité de nature purement initiatique : « Il est donc vrai que la bienfaisance, telle qu’on l’entend, écrit le Fondateur de l’Ordre de la Cité Sainte, n’est qu’un but accessoire, et ses allégories, ses emblèmes, sont les instructions bienfaisantes que l’Institution donne à ceux qu’elle reçoit en son sein ! S’ils étaient des signes muets, ou n’étaient susceptibles que d’une interprétation relative à l’Ordre du Temple, je demanderais pourquoi recommander avec tant de soin, au Maçon, de les méditer ? Une Société qui ne veut que soulager l’Humanité devrait-elle, pour atteindre ce but, se réunir dans un temple qui ne renferme que des emblèmes ? Pour faire du bien aux hommes, est-il besoin de mettre en usage des marques de cette nature ? Quand on ne veut que rassembler des secours pour les verser sur l’indigent, on forme un bureau de charité et on ne s’occupe que de cet objet…» (Réponse aux assertions contenues dans l’ouvrage du R. F. L, Eques a Fascia, Prae + Loth, et Vis. Prus. Ausiae, ayant pour titre: De Conventu Generali Latomorum apud Aquas Wilhelminas, Imprimé à Lyon sur la minute déposée aux Archives, 1784.). On prendra donc soin, en observant une particulière attention sur ce point clé, expliquant et sous-tendant toute l’entreprise willermozienne, de se souvenir que l’intention qui présida à l’action du disciple lyonnais de Martinès de Pasqually, lors de la tenue des Convents constitutifs du Régime Ecossais Rectifié, fut de préserver et conserver un héritage fondamental, de nature doctrinal et opératif, et que c’est cet héritage qui constitue le cœur du Régime, mais également le vénérable et inestimable dépôt primitif détenu, précisément, par le « Haut et Saint Ordre ».

Conclusion
Il est bien évident que la plus grande discrétion s’impose en ces matières, mais on nous autorisera toutefois, pour la juste compréhension de cette question délicate entre toutes, une très courte citation de l’Instruction pour la réception des frères Ecuyers Novices de l’Ordre Bienfaisant des Chevaliers Maçons de la Cité Sainte, qui ne laisse planer aucun doute sur l’effectivité de cette origine : « L’institution maçonnique ne peut ni ne doit être confondue avec l’Ordre primitif et fondamental qui lui a donné naissance ; ce sont en effet deux choses distinctes. L’Ordre primitif doit être secret, parce qu’il a un but essentiel qui est très élevé, que peu d’hommes sont dignes de connaître ; son origine est si reculée, qu’elle se perd dans la nuit des siècles ; tout ce que peut l’institution maçonnique, c’est d’aider à remonter jusqu’à cet Ordre primitif, qu’on doit regarder comme le principe de la franc-maçonnerie ; c’est une source précieuse, ignorée de la multitude, mais qui ne saurait être perdue : l’un est la Chose même, l’autre n’est que le moyen d’y atteindre ; c’est sous ce point de vue, mon B.A.F., qu’il faut considérer la franc-maçonnerie en général, et le Régime particulier auquel vous êtes attaché, si vous voulez en avoir une juste idée, et en retirer quelque fruit. »

Source : https://willermoz.wordpress.com

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Tolérance

18 Février 2015 , Rédigé par Ordre de Lyon Publié dans #Planches

Vénérable maître, Très chers frères,

Depuis quelque temps, les voix les plus autorisées s'élèvent l'une après l'autre pour annoncer tristement la prochaine décadence de notre institution. L'ingra­titude habituelle à la société moderne ne justifierait pas de telles craintes, car nos aînés ont souffert de dures persécutions sans que la bonne cause ne se soit jamais trouvée sérieusement compromise. Mais le danger qui s'affirme aujourd'hui n'a point d'analogue dans notre histoire. Ce n'est pas à la méchanceté des hommes, c'est à notre propre imprudence que nous le devons. Il faut bien le reconnaître : en abandonnant cette haute culture des facultés humaines qui devait rester pour elle un souci constant, la Maçonnerie a largement ouvert aux passions profanes les portes de ses temples et voici qu'elle ne pratique plus elle-même cette universelle tolérance à laquelle elle voulait conquérir le monde.

C'est pourtant à un respect absolu de la liberté morale que notre ordre a dû ses plus beaux succès. Sans remonter bien haut, ne voyait-on pas encore au siècle dernier les génies les plus divers porter avec orgueil le tablier d’apprenti ? Apôtres des idées nouvelles ou défenseurs zélés des vieilles doctrines, tous voulaient prendre part à ces travaux de haute philosophie qui devaient assurer un jour l’union des cœurs et des âmes. Aujourd'hui, il n’en va plus de même : de fort bons esprits hésitent à se joindre à nous, parce qu’ils ne nous ont pas toujours vu rester fidèles à notre programme.

On se plaît à répéter que la lutte a ses exigences et qu’en face d'adversaires sans loyauté, toutes les armes sont bonnes, mais quelle étrange justification ! Et de quel mépris ne témoigne-t-elle pas à l’égard de nos traditions les plus sacrées ! Ce qu'il faut combattre, n’est-il pas vrai, ce ne sont pas des hommes, mais bien des passions dont ces hommes sont esclaves : quel succès peut-il donc espérer, celui qui ne prend soin tout d'abord de s’affranchir lui­-même ? Et puis, ne l’oublions pas, ceux-là seulement n’hésitent devant aucune manœuvre qui sentent la victoire leur échapper. On ne sacrifie sa conscience, on ne vend son âme qu’aux heures de désespoir. Or, il est impossible que le triomphe final du bien soit douteux pour aucun de nous, car celui qu'un tel scepticisme aurait saisi ne serait plus maçon. Sans doute, aujourd'hui comme hier, les pires instincts peuvent s’unir pour d'horribles attentats, mais qu’importe, puisque leur règne ne durera jamais plus d'un jour ! Notre foi dans les destinées de l’humanité est inébranlable. L'évolution de l'espèce peut être lente aux yeux de l’individu, elle n’en est pas moins certaine. Quant à notre institution, tant que nous ne travaillerons pas nous-mêmes à la détruire, les dissolvants les plus énergiques ne pourront rien sur elle car elle est le dernier anneau de la grande chaîne d'or qui rattache l'avenir au passé.

Ne pouvant douter de nos forces, d'où vient donc que nous manquons si souvent de sang-froid ? Pourquoi l'aspect de l'obstacle à vaincre nous porte-t-il à la violence, au lieu d'exciter simplement notre activité ? Pourquoi la sottise des uns, l’injustice des autres nous irritent-elles, nous qui cherchons, pour les détruire, toutes les formes de l’erreur ? Est-ce la passion même de la vérité qui nous égare ? Ceux qu'éclaire la lumière divine n'ont-ils pu résister au désir de la répandre en tout lieu, au risque d'aveugler à jamais des yeux trop faibles pour de si purs rayons ? Il serait à souhaiter, mes Frères, que nous ayons péché par excès de zèle, mais nos regrets seront, hélas! d'un autre ordre. Loin de nous attacher trop étroitement à la science traditionnelle, jugeant sans doute pénible les efforts qu’exige à toute heure son intelligence intégrale, nous n’avons pas craint de substituer à l'expérience des siècles notre expérience d'un jour et voilà l'unique cause de nos déceptions. Si le serment prêté semble à beaucoup difficile à tenir, c'est qu'ils ont négligé d'en étudier la formule. Si l'impartialité absolue leur paraît impossible à garder, c'est qu'ils ne savent plus au nom de quelle loi prononcer leurs jugements. Il est nécessaire, pour s'en convaincre, de bien définir cette tolérance dont le règne a si malheureusement cessé et d'éviter certaine confusion en laquelle notre siècle paraît se complaire.

La mode est aujourd'hui fort répandue de rester impassible en face des crimes les mieux caractérisés comme d'écouter sans trouble les plus mauvais paradoxes. L'indignation vertueuse ayant été jugée de mauvais goût, on pardonne les fautes commises en accusant la nature de les avoir exigées, comme si la nature n'était pas simplement le champ toujours ouvert à l'exercice de nos facultés. La vie, dit-on volontiers, n'est-elle pas trop dure, pour qu'on ajoute aux difficultés matérielles des obstacles tirés d'une prétendue loi morale ? Et, puis, la science moderne n'a-t-elle pas à tout jamais ruiné la vieille conception du libre arbitre ? Hérédité, influence du milieu, lutte pour la vie, ne voilà-t-il pas de quoi justifier les pires défaillances ? Tant il est vrai, mes Frères, que grâce à une imprudente vulgarisation, l’idée devient parfois la servante des instincts ! Mais de tels abus sont de tous les temps et, pour les avoir commis à son tour, notre époque ne mérite pas l’anathème.

D'ailleurs, en bonne justice, l'intention n'importe pas moins que l'acte lui-même et certes, si les tendances nouvelles étaient nées d'un véritable esprit de charité, si leur unique effet devait être d'amener l'association humaine à châtier sans colère, à réprimer avec douceur, il faudrait se réjouir d'un tel progrès. Malheureusement, l'apparente générosité dont nous sommes témoins n'est guère qu'une impuissance déguisée. Privé de toute culture philosophique, ne pouvant tirer aucun enseignement du passé, ne se sachant pas responsable de l'avenir, le monde accueille tout ce qui s'offre à lui, action ou pensée, avec indifférence. C'est assez pour satisfaire quelques optimistes peu clairvoyants, mais pour nous, quel que soit notre désir d'universelle harmonie, nous ne croirons pas aussi vite à l'apaisement des passions. Nous ne prendrons pas le dédain de l'ignorant pour l'indulgence du sage, nous n'appellerons pas tolérance un scepticisme sans valeur.

Un homme qui s'efforcerait de ne plus penser, de ne plus rien croire et de ne plus rien vouloir, afin d'éviter tout conflit avec ses semblables, se tromperait, certes, grossièrement. Il sentirait son cœur se fermer peu à peu à toute espèce d'affections ; satisfaire ses besoins matériels deviendrait son unique souci, et c'est à l'égoïsme absolu qu'il parviendrait en fin de compte. Pour devenir juste et bon, il faut au contraire s'intéresser à toutes les manifestations de l’activité humaine et chercher à reconnaître en chacune d’elles le vrai, le beau et le bien qui peuvent y être contenus. Mais cette curiosité sympathique ne va pas sans une science profonde et, s’il faut tout dire, l'impartialité parfaite n'appartient qu’aux initiés puisqu’eux seuls possèdent la vérité suprême.

Ici, une comparaison s'impose, bien simple et bien claire. Que faut-il pour qu'au sein d'une grande nation, les intérêts de tous soient sauvegardés ? Il faut des magistrats libres et instruits, qui ne tremblent devant personne, mais qui sachent déterminer exactement les droits de chacun, qui n'appartiennent à aucun parti tout en connaissant les besoins des différentes classes sociales. De même, pour juger les doctrines qui se partagent la foi de l’humanité, il faut des esprits hardis et cultivés qui n'hésitent devant aucune étude et que des connaissances d'ordre supérieur guident dans leurs recherches. Ces deux conditions sont également nécessaires et la bonne volonté serait inutile où la science ferait défaut. Comment se prononcer sur un essai métaphysique, si on ne possède une vue synthétique de l’univers ? Comment apprécier un système politique, si on ne se fait une idée nette de la société idéale ? Comment enfin examiner une doctrine religieuse si on n’est pas encore parvenu à une conception raisonnable du Grand Architecte des Mondes ? La société antique ne s'y trompait pas et pour s’assurer des chefs capables de la diriger, donnait une instruction vraiment complète à ceux qui s’en montraient dignes. Il nous appartient de rebâtir ces écoles modèles où le développement des facultés humaines était poussé si loin.

Nous sommes aujourd'hui les seuls héritiers des civilisations mortes. Les vieux sanctuaires abolis, la pensée des sages a pris nos demeures pour asile et dès lors les choses et les êtres nous sont apparus sous un aspect nouveau. Les nombres nous ont laissé surprendre leur intime signification. Nous avons pu concevoir la gradation hiérarchique ternaire qui règle la constitution du monde et de l’homme, retrouver l’unité de la Raison suprême à travers le dualisme qui caractérise la vie, reconnaître la réalisation progressive de l’idéal divin sous la lutte apparente du bien et du mal. Nous n’ignorons plus ni la puissance de la parole, ni la force créatrice de l’imagination. Nous savons enfin comment la Volonté humaine peut se faire obéir de la Nature. Voyez, mes Frères, de quelle hauteur l’initié va descendre, l’homme qui a vu flamboyer l'étoile du mystère ne participera plus, à moins d'une étrange folie, aux œuvres de ténèbres.

Mais ce n'est pas tout. En même temps que la science elle-même, la méthode nous fut transmise qui seule fait des savants. Il ne s’agit pas ici d’imposer à la mémoire quelques formules plus on moins heureuses ; c'est l’être entier qui doit en quelque sorte s’imprégner de la vérité. De là ce symbolisme merveilleux qui s’adresse à la fois aux sens, à l’entendement et à l'intelligence. S'il faut quelques exemples, est-il difficile de trouver dans le triangle et les colonnes du temple les principes philosophiques essentiels dont nous parlions tout à l’heure ? Le compas et l'équerre, la perpendiculaire et le niveau ne résument-ils pas, à eux seuls, une morale et une sociologie parfaites ? L’épreuve par les éléments n'attire-t-elle pas notre attention dès le premier jour sur les quatre modalités de l'agent universel, objet de toute physique ? Certes, il y a là une synthèse propre à satisfaire l'esprit le plus exigeant et si quelque danger accompagne une semblable révélation, c'est bien l’orgueil qu'elle peut faire naître au cœur du nouvel adepte. Mais cet orgueil même, ne nous pressons pas trop de le maudire. A défaut de sentiments plus élevés, c'est lui qui contiendra les instincts rebelles à une volonté imparfaitement développée. C'est grâce à lui que le savant encore timide trouvera un noble emploi à ses forces et s'élèvera peu à peu au-dessus des désirs grossiers et des jugements iniques. Plus tard, l’âme devenue maîtresse d'elle-même saura bien se débarrasser de cet orgueil désormais inutile et la tolérance trouvera dans le cœur du sage de moins compromettants défenseurs.

Personne en effet ne peut espérer rompre d'un coup avec l'injustice. Il faut se fatiguer longtemps avant de connaître la valeur de l’effort et le plus heureux résultat de la difficulté vaincue, c'est d'apprendre à juger sans rigueur ceux qui ont lutté courageusement avec des succès divers. On se montre moins exigeant en matière de morale, quand on a senti l'égoïsme maudit s'opposer aux plus nobles mouvements de l’âme, moins dédaigneux en matière de science, quand on a vu l'erreur se glisser sournoisement au milieu des recherches les plus précises, plus indulgent en matière de religion quand on sait quelles étranges rêveries le seul désir de la foi peut mêler aux inductions les plus logiques. Une part de notre respect appartient à tous les hommes de bonne volonté, à tous les ouvriers du temple futur, aux moins habiles comme aux plus adroits. Si nous tenons à être sévères malgré tout, que ce soit à l'égard des esprits négatifs qui ont détruit sans songer à rebâtir. Ceux-là, on ne peut guère les aimer, mais encore faut-il ne pas oublier que leur œuvre était une conséquence inéluctable de l'imperfection générale. Les philosophes et les historiens modernes ont entrevu la vérité, en reconnaissant que tels désastres dont un malheureux avait répondu au prix de son honneur ou de sa vie avaient eu pour cause réelle l'imprudence d'une nation on d'une race. Mais nous en savons plus à ce sujet que les profanes n'en peuvent deviner et nous l'affirmons sans crainte : chaque fois qu'un juste est mort pour la bonne cause, c'est l’humanité tout entière qui l'a tué. La loi, du reste, est en quelque sorte réversible ; l'effort et la douleur d'un homme servent au développement de tous les peuples. Telle est cette notion de solidarité absolue dont l'esprit de charité et l'esprit de justice découlent logiquement, et qui, bien comprise, fait voir dans l'intolérance une simple absurdité.

L'erreur existera tant que les hommes ne se seront pas unis pour appeler la vérité de toute la force de leur désir. Si nous pouvions examiner l'une après l’autre les différentes doctrines qui ont su sortir de l'ombre, nous reconnaîtrions dans chacune d’elles deux portions bien distinctes, l’une faite d'idées secondaires, intéressantes seulement pour le siècle qui les a vu naître et souvent fausses, l'autre, expression plus ou moins pure de quelque sublime notion. Il en est ainsi non seulement pour les philosophies dont les auteurs ont eu des rapports certains avec quelque centre d'initiation, mais pour tous les systèmes logiquement construits, non seulement pour les religions inspirées à leur origine par l'esprit même qui nous guide encore, mais pour toutes les croyances des peuples civilisés. Dans chaque doctrine, il y a un peu de cette science que la Maçonnerie possède en entier et qu'elle saura répandre autour d’elle quand de nombreux essais de synthèse auront préparé les esprits pour une révélation com­plète. Rejeter comme inutile et sans examen sérieux l’un ou 1'autre de ces essais serait donc bien à la fois injuste et maladroit.

Il faudrait maintenant rappeler à ceux qui ne s’en souviennent plus que le respect de la conscience d'autrui est nécessaire à l’harmonie sociale. Il faudrait enfin, après avoir parlé à la raison, s'adresser au cœur et lui faire reconnaître dans la tolérance une forme de l’amour. Mais il nous suffit, pour l’instant, d’avoir signalé un oubli de nos devoirs qui menace de nous perdre et qui provient, on a pu s'en convaincre, d'une fausse direction donnée à nos travaux. Personne ici ne songe à faire le procès de tel ou tel atelier. Ce serait méconnaître cette loi de solidarité, qui, si elle, est vraie pour le genre humain, l'est a fortiori pour notre institution. Ce que nous proclamons, c'est la nécessité pour la Maçonnerie tout entière d'étudier plus sérieusement son dogme et ses symboles. Là est le salut pour elle et pour les principes dont elle a la garde. Le chemin tracé par la sagesse antique conduit aux plus hautes vérités intelligibles. A nous de nous élever chaque jour pour atteindre enfin ces cimes baignées d'air pur où les passions, humaines ne sauraient nous suivre.

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Les trois grands coups

16 Février 2015 , Rédigé par B\ B\ Publié dans #Planches

Le Rituel nous dit « le Frère Préparateur amène le Récipiendaire à la Porte de la Loge à laquelle il frappe trois grands coups irréguliers (c'est-à-dire en profane) ». La porte sépare le parvis de l’intérieur du Temple. Elle est l’unique entrée. Placée à l’Occident de la Loge, elle se trouve entre la colonne Jakin coté Nord et la colonne Boaz au Sud. Elle est petite et basse et ne comporte aucune ouverture permettant de voir à l’intérieur. Sur le parvis, là où le Soleil se couche, où il n’y a pas de lumière, c’est le monde profane, celui des ténèbres. Cette Porte est la seule ouverture d’une Loge, un passage fermé par un battant. Or une Loge est un espace sacré, le Temple, l’Atelier où s’accomplit le travail Maçonnique. Un passage est un lieu par lequel on quitte un avant pour un après. Avant on était dans un monde, après on est dans un autre monde. Avant on ne sait pas, après on peut savoir. Il y a une action de transition. du non connu au connu, du non révélé au révélé. Pour le Franc-maçon, il y a passage du profane au non profane c'est-à-dire au sacré ; il y a franchissement de la limite entre les Ténèbres et la Lumières. Les coups agissent sur le battant en le faisant vibrer et transmettre les sons émis par la force de chaque coup. Tout comme sur un tambour. Donnés de l’extérieur ils peuvent exprimer soit une alarme, un avertissement voire une agression ; ou bien une demande avec ou sans inquiétude, une peur, une angoisse, une prière pressante d’ouvrir. Donnés de l’intérieur, avec intensité comme le bruit du tonnerre ou de la foudre, ils signifient une volonté qui veut soit interdire soit protéger en repoussant toute présence sur le seuil jugée malveillante et malvenue. Ces coups placent déjà le Récipiendaire dans le Ternaire, le Trois : le nombre sacré de l’Apprenti. Ternaire des trois coups parce qu’il s’agit d’un profane qui a été accepté favorablement, Ternaire parce qu’il est ni nu ni vêtu, dépourvu de tous métaux, les yeux soigneusement bandés. Ternaire des trois coups informant les Frères que le Récipiendaire est là de l’autre coté de la Porte. Ternaire parce que pour chaque coup est associé une demande. Demandes que ne connaît pas encore le Récipiendaire mais qui lui seront révélées dans son Instruction d’Apprenti. Selon notre Rituel ces demandes sont les suivantes : « Demandez, vous recevrez » ; « Cherchez, vous trouverez » ; « Frappez, l’on vous ouvrira ». Chaque demande peut être vue comme une invitation commençant par une suggestion impérative : demandez, cherchez, frappez ; suivie d’une idée d’obtention : vous recevrez, vous trouverez, l’on vous ouvrira. Toutefois dans aucune d’elle il n’est fait ressortir que quelqu’un interviendra à la place de celui qui demande, qui cherche et frappe. Le Candidat demeure seul dans sa démarche, dans son entreprise, selon ce qu’il a désiré. Selon le Rituel de 1760 de la Loge les Trois Coups Distincts, pour la Réception au Grade d’Apprenti, les questions réponses étaient dites ainsi :

Le Vénérable : Frère, vous m’avez dit que vous avez frappé trois coups distincts sur la Porte, que cela signifie-t-il ?

R : Un certain Texte dans l’Ecriture,
Q : Quel est ce Texte Frère ?
R : Demandez et vous aurez, désirez et vous trouverez, frappez et il vous sera ouvert,
Q : Comment expliquez-vous ce Texte en Maçonnerie ?
R : J’ai vu dans mon esprit, j’ai demandé à mon Frère, et j’ai frappé et la Porte de la Maçonnerie me devint ouverte ».

J’ai vu dans mon esprit, n’est ce pas dire que celui qui formule une telle assertion, a constaté et réfléchi à propos de son existence telle qu’il l’a vécue et désiré changer ? N’y a-t-il pas une envie de se dégager d’un monde ténébreux par ses vices, ses mensonges, l’absence d’une seule vertu et de liberté d’homme libre ? N’est ce pas inviter le Récipiendaire devenu Apprenti de commencer à considérer avec les yeux de son Esprit ce dont il devenu conscient ? N’est ce pas inviter l’Apprenti de s’instruire avec le Rituel et de faire l’effort de vouloir s’initier à saisir ce que veulent lui exprimer les symboles qu’il va rencontrer ? Demandez, vous recevrez de notre Rituel ne veut-il pas signifier que nous nous devons sans cesse à ce travail ? J’ai demandé à mon Frère, est donc que le demandant à été amené à savoir qu’un de ces amis est Frère dans la Maçonnerie. S’il a découvert ce Frère, il a donc du lui poser des questions, découvrir la Maçonnerie, savoir qu’elle veut rendre les hommes meilleurs, discuter à propos des divers problèmes qui se posent à lui, et dont il ne peut entrevoir une solution par sa simple connaissance qu’il considère très incomplète. Nous même à la question du Vénérable « Qui vous a présenté en Loge ? » répondons « Un ami vertueux, que j’ai ensuite reconnu pour Frère ». Ce Frère ne peut être que notre Parrain. Cela peut nous introduire dans notre propre questionnement à savoir si nous ne devons pas nous faire connaître à un ami vertueux et libre qui cherche une autre existence qu’il souhaite vraiment vivre différemment. J’ai frappé et la Porte de la Maçonnerie me devint ouverte. Celui qui est devenu momentanée Récipiendaire, a franchi le seuil de la Porte de la Franc Maçonnerie. Il est passé de la nuit du profane à l’apparition de la Lumière. Il est entré pour travailler sur lui, pour se dégager de tout ce qui l’encombrait, de tout ce qui empêchait d’être lui. Il est passé de son autre coté, dans son autre lui qui se révélera tout au long de son initiation. L’ouverture de la porte sera le commencement Initiatique du futur Frère, le Récipiendaire en attente devant la Porte. Sorti du monde profane il entrera dans le monde sacré, il accèdera à l’ouverture sur le Monde de l’Esprit de toute la Création. Il apprendra à travailler sur la Pierre Brute pour la mettre dans une forme en rapport avec sa destination, symbolisée par le Cube qui lui-même symbolise la perfection. Ces Trois Grands Coups, sont comme des coups de tonnerre de l’orage. Un orage fait vivre trois temps avant – pendant - après. Avant il fait lourd, chaud, il y a malaise, le ciel s’assombrit et devient noir, inquiétant. Pendant c’est la pluie qui tombe, l’eau entre dans la terre mouille tout ce qui est au dessus, c’est le fracas des coups de tonnerre, c’est aussi la peur, l’incertitude. Après le calme revient, les nuages s’en vont, la clarté du soleil et réchauffe les êtres qui reviennent à la vie. Ces Trois Grands Coups marquent une fin, un présent, un futur. La fin à un monde, le présent d’une mort et d’une naissance, le futur d’un nouveau commencement, celui de notre entrée dans l’Universalité de la Création. Commencement de ce grand voyage Initiatique, qui loin de tout désordre, mais selon les coups rythmés du Maçon nous conduira vers le Centre du Monde, vers cet Axe Universel, ce point Milieu de toute chose créée dont nous sommes et voulons en être. Restons courageux et volontaires dans notre Voyage. Vivons tant que cela se peut et pleinement, dans la Justice, l’Équité, l’a Bonté et la Paix avec et à l’égard de chacun de nos semblables sur la surface de cette Terre.

J’ai dit, Très Vénérable.

B\ B\

Source : www.ledifice.net

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Le Temple de Salomon

13 Février 2015 , Rédigé par L\ S\ et J\ L\-B Publié dans #Planches

A la gloire du G.A.D.L.U Vénérable Maître et vous tous mes Frères et sœurs en vos grades et qualités.

L'un des caractères distinctifs de l’esprit humain, est la recherche par l’homme, depuis l'aube des temps, d'une autorité surnaturelle, d’un être suprême, qui confère à la fois : Un sens a son existence sur terre et révèle une vision du monde relié à l’idée du sacré, de l'inaccessible.

Au fil des civilisations, la dimension sacrée de l’homme devient le fondement et le pivot de toute morale. Au-delà d’une relation de l'homme avec les autres hommes, s’organise la relation de l‘homme avec le divin : Un ensemble de règles et d’interdits, mais aussi de pratiques culturelles et cultuelles, de croyances et de dogmes.

Ainsi ancré depuis la nuit des temps, le phénomène religieux dans sa diversité et son histoire heurtée, acquière peu a peu un caractère universel.

Un dieu unique, tout puissant transcendant, exclusif, créateur et maître de l’univers ; une source unique qui révèle l’œuvre divine aux hommes et leur en impose les règles.

A l origine de cette histoire il y a l’alliance conclue par Dieu avec Abraham, en ces termes :
« Éloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal et de la maison paternelle et va au pays que je t’indiquerai »

Abraham quitte Our en Chaldée et entreprend un immense voyage vers le pays de Canaan, la terre promise à lui et sa postérité. De lui le premier hébreu et le 1er des 3 patriarches sont issus : Isaac, son fils Jacob, et les 12 fils de celui-ci qui seront les héros éponymes des 12 tribus d’Israël. Tel est le point de départ consigné comme fait d’histoire d’un peuple et de sa religion.

Le monothéisme hébraïque a pour théâtre privilégié une terre particulière, la terre de Canaan promise à Abraham et à sa descendance, et pour fondement, une alliance éternelle que dieu noue avec son peuple.

Si la manifestation de ce monothéisme est particularisme, son projet est délibérément universel : Dieu est le dieu de tous les hommes, pas seulement le Dieu des hébreux.

Voilà pourquoi comme l’a bien dit Ernest Renan :
« C’est le monothéisme hébraïque qui permet l’éclosion d’une justice véritablement universelle ».
L’expérience du temple de Jérusalem représente la plus radicale d’irriguer d’un flux infini le domaine du fini.

Je vais donc laisser la parole a Joël pour qu’il nous explique pourquoi le temple

LE TEMPLE

Le mot français monument vient du mot latin moneo, qui signifie : J’enseigne. Un monument enseigne, par définition. Mais qu’enseigne-t-il ?

Alain nous dit « Les, monuments sont les premiers écrits »
Traditionnellement, les hommes ont édifiés des monuments sacrés dans leurs désirs effrénés de dialoguer avec les forces cosmiques qui les dépassent. C’est donc a trois égards, que l’on peut véritablement parler d’une philosophie de l’architecture sacrée, en raison :
- Premièrement, de certains thèmes de sa décoration plastique,
- Deuxièmement de la portée philosophique de sa théologie, interprétée par l’exégèse symbolique et
- Troisièmement de la portée philosophique de sa symbolique cosmique.
Alors qu’ils se trouvaient encore dans le désert, les enfants d’Israël reçurent l’injonction divine suivante :
« Et ils me construiront un sanctuaire pour que je réside au milieu d’eux (exode 25. 8) »

Longtemps, le temple ne fut désigné que comme la tente d’assignation ou tabernacle. C’est dans cette simple structure de poutres de bois et de tentures de peaux de chèvre que Dieu faisait connaître sa gloire à son peuple.

La tente d'assignation était véritablement un lieu de rendez-vous, ou Israël, rencontrait le divin, et une nation entière pouvait vivre dans l’unité d’un dieu résidant en son sein.

Le midrash énonce : « Le temple est l’embellissement du monde en ce qu’il représente l’essence même du beau sur terre il rend possible, la relation spirituelle entre dieu et l’homme «

Le temple est également une maison de prière pour toutes les nations .Tant qu’il perdurera, il demeura le centre spirituel d’une grande partie du monde. Et lorsque le deuxième temple fut détruit, il y a près de 2000 ans, le concept du temple demeura cependant une source spirituelle, un motif d’espoir et de nostalgie.

La tente d’assignation était le modèle réduit du temple, adapté aux pénibles conditions des pérégrinations dans le désert.
A chacune des étapes de son séjour dans le désert, la nation, organisée autour des 12 tributs et de leurs familles, campait autour du tabernacle.
Ainsi la chekhina, la présence divine, résidait concrètement au milieu de tout Israël.
Les différentes tribus de la famille des Lévi étaient chargées du service du tabernacle et de son entretien et campaient à proximité du centre.

Essayons de comprendre à présent, la pensée qui rattachait les sanctuaires mosaïques et salomoniens aux huttes et aux tentes de berger.

Tentes et huttes symbolisent toutes deux, pendant la longue période hors d’Egypte, le pouvoir divin de procurer aux hommes un gîte ou passer la nuit. Une tente est faite de toile et de peaux tendues fixées au sol par des piquets métalliques. De même c’est ainsi que fut conçue la tente du tabernacle de l’exode, qui était fabriquée en toile de lin et en peaux de chèvre. Les hébreux battirent de même des huttes (soukha) faites de branches de palmier et de saule. Sa forme de tente rattachait le sanctuaire mobile de l’exode aux tentes de berger du néolithique antérieur ainsi qu’à la tente du berger Abraham.

La période du "Temple provisoire" d'Israël - le Tabernacle - dura 440 ans, jusqu'a la construction de l'édifice permanent à Jérusalem. Même après l'entrée des enfants d'Israël dans la Terre promise, le Tabernacle poursuivit son errance pour s'établir à Guilgal, Shilom, Nov et Guiveon.

Le concept même de temple, perçu comme résidence divine est de loin antérieur à Salomon ; c’est David qui initialement l’énonce ; C’est lui même qui va devenir le maître d’œuvre de ce projet dont la bible nous dit qu’il a pensé les moindres détails architecturaux. Mais ici le thème de la paix, en tant qu’impératif incontournable à la construction du temple apparaît. En effet durant tout le règne de David, les guerres et les morts se sont succédés pour repousser les nombreux ennemis et l’idée de sainteté, dont le temple est le suprême réceptacle terrestre, interdisent sa réalisation. La première condition de sa demeure définitive avec son peuple en Canaan, c’est que la paix soit faite, ce qui se réalisa sous le règne de Salomon.

Ce fut donc a Salomon que revint la divine tache d’ériger le temple sur le mont Moriah a Jérusalem, lieu auquel s’attachent de très nombreuses légendes talmudiques ; ainsi cette colline aurait été « conçue dans la pensée divine » avant même la création du monde, Dieu aurait prié l’ange Mikhael d’y prélever la terre a partir de laquelle Adam fut façonné, l’épisode du sacrifice d’Isaac s’y serait déroulé, plus tard Jacob y aurait même séjourné.

COMMENT ETAIT CONÇU LE TEMPLE DE SALOMON ?

Pour l'essentiel, le Temple de Salomon était identique au Tabernacle du désert dans son agencement et sa structure, mais il était construit dans des dimensions sensiblement plus importantes. Salomon augmenta également le nombre d'ustensiles consacrés en fonction des besoins d'Israël et du Temple élargi. Il fit également fabriquer des ustensiles propres à ce Temple.

L'émouvante cérémonie d'inauguration, ainsi que les prières récitées par le roi Salomon lors de l'achèvement du premier Temple, sont rapportées dans le premier Livre des Rois. Dans sa prière, le roi supplie Dieu d'agréer la prière de tout homme s'adressant à cette Maison. Bien que la prophétie d'Isaac annonçant que le Temple sera une « maison de prières pour toutes les nations" se rapporte au troisième Temple, elle se réalisa en partie dans le Temple de Salomon ou affluaient de l'ensemble du monde antique des foules d'hommes en quête de spiritualité‚ et de la Présence divine.

Le Temple construit par Salomon dura 410 ans jusqu'a sa destruction par Nabuchodonosor, roi de Babylonie. Au terme de cette époque, Josias, roi d'Israël, ordonna que l'Arche d'Alliance, le Candélabre et d'autres ustensiles soient dissimulés pour leur épargner la destruction.

Au fait qu’est devenue l’arche d’alliance ce grand trésor de l’humanité.

Plusieurs théories s’affrontent :
L’une appartient à Richard Andrews qui voue sa vie a la recherche d’indices de la présence de l’arche dans la montagne du temple. En effet des photos aériennes prises aux infra rouge du mont moriah ont montré des cavernes jusque la inconnues ; Malheureusement les autorisations nécessaires aux fouilles freinent ses recherches.
La deuxième théorie nous indique que 200 ans après la mort du roi Salomon l’arche d’alliance aurait été transportée et cachée en Ethiopie
Une troisième théorie prétendrait que l’arche d'alliance aurait été dérobée par les templiers pour être gardée secrètement dans la chapelle de Roslinn en écosse.

JERUSALEM ET SALOMON

Pourquoi ce choix de Jérusalem ?

Le mot Sion, autre appellation de Jérusalem, vient du mot hébreu désignant l’excellence.

Lorsqu’Israël réside sur sa terre et que le temple remplit sa mission, il confère son excellence à toute l’humanité. C’est la raison pour laquelle les sages d’Israël enseignent que l’unique période de paix véritable et totale de toute l’histoire du monde fut celle des quarante premières années du temple de Salomon.

Le fils de David, Salomon, reçut les instructions de son père concernant le moindre détail de la construction du Temple. Toutes ces informations provenaient du don de prophétie dont David avait hérite des générations précédentes. En fait, les Sages d'Israël enseignent qu'un "Rouleau du Temple" (découvert en 1940 dans les grottes de Qumran) avait été remis par Dieu a Moise et qu'il s'était transmis de génération en génération. Ce document était un plan conçu par Dieu lui-même et contenait l'ensemble des détails, des esquisses et des diagrammes du Temple et des ustensiles, ainsi que des improvisations et innovations susceptibles de répondre à l'évolution des besoins d'une nation en plein essor.

Là, intervient une petite anecdote relatée par des textes anciens :

Salomon doit décider de l’emplacement du temple il hésite, pis, il doute... il ignore où devra être érigé le Temple... il a déjà fait creuser des fondations, bien sûr. Chaque fois elles ont été balayées par des calamités : Inondation, tremblement de terre, feu... Chaque fois, hélas, que Salomon décide d’un site, voici qu’une nouvelle catastrophe contrarie son choix! Salomon doute et craint!

- Imaginez, la tristesse de Salomon! Comment bâtir le Temple - et où? Or voici qu’une nuit d’insomnie, le roi, troublé et pensif comme de coutume, traverse Jérusalem. Il arrive, presque par inadvertance, au pied du mont Moriah. Las de sa rêverie, il s’adosse au tronc d’un olivier. Et voici qu’à quelques coudées de lui s’engage un étrange ballet. Un homme surgit de l’obscurité, les bras chargés de gerbes de blé, il les dépose dans un champ contigu à celui où il va aussitôt chercher d’autres gerbes, Après quoi il disparaît. Hors, le roi, stupéfait, voit arriver un autre individu faisant exactement la même chose que le premier, mais en sens inverse...

Très attaché à la justice, Salomon pense à faire arrêter ces hommes qu’il prend pour des voleurs. Cependant, le petit grillon qui l’accompagne toujours dans ses promenades, lui conseille de patienter jusqu’à la nuit suivante. Le lendemain, au même endroit, Salomon assiste à une scène encore plus extravagante. Cette fois, les deux hommes chargés de gerbes de blé se rencontrent. Au lieu de s’insulter ou d’en venir aux mains, les voilà qui tombent dans les bras l’un de l’autre. Sommés par le roi de s’expliquer, ils racontent. Ils sont frères. A la mort de leur père, ils ont partagé le champ en deux parts égales. Or l’un s’est marié depuis et a trois enfants, tandis que l’autre est resté célibataire. Celui-ci, considérant qu’avec plusieurs bouches à nourrir son frère a besoin de plus de blé que lui-même, il lui en apporte la nuit, en secret, pour ne pas blesser sa susceptibilité... En revanche, le frère marié s’estime privilégié, sa femme et ses enfants l’aident au travail. Il a donc décidé de partager son blé avec son frère, qui peine seul du matin au soir et doit faire appel à des ouvriers pour la moisson...

Très ému, le roi serre les deux frères dans ses bras et les supplie de lui vendre leur champ, l’endroit le plus digne pour y élever le sanctuaire de Dieu! Les fondations ont été creusées là même où se sont échangées les gerbes de blé nocturnes. Cette fois, nulle catastrophe n’est plus venue troubler la construction du Temple!

Et voilà Jérusalem, née autour du Temple, lui-même né dans l’espace de la fraternité !

Mais revenons à Salomon roi de Judée et d’Israël,
« Le plus sage des hommes » c’est ainsi que la tradition juive appelle le roi Salomon.
Mille anecdotes, la plupart relevant de l’imaginaire, courent à son sujet. On vante son érudition, ses connaissances, ses dons et ses pouvoirs. Hommes d’Etat, écrivain, penseur, musicien, poète : Tout ce qu’il entreprenait lui réussissait. De partout, les souverains venaient admirer sa splendeur et recevoir son enseignement. Et puis, les femmes : On lui en attribue un millier. Juives et païennes, toutes étaient conquises par son charme. Ayant voyagé pendant 3 ans d’Ethiopie jusqu'à Jérusalem, la reine de Saba n’a-t-elle pas eu le coup de foudre en le voyant. Mais ce que l’histoire a certainement le mieux retenu de la personnalité du roi Salomon, c’est qu’il fut un homme de paix. Le nom même de Salomon est sur ce point puissamment évocateur : En hébreu, shlomo, nom dérivé de la racine shalom, signifie précisément
« La Paix » mot qui dans la tradition hébraïque est un nom- attribut de Dieu.

L’autre trait saillant de la personnalité du Roi Salomon qui a profondément pénétré la mémoire des hommes concerne sa sagesse. La mémoire collective fâcheusement simplificatrice, faisant de ce roi, l’homme d’une situation prétendument archétypique : En l’occurrence, celle du célèbre Jugement de Salomon, durant lequel il du affronter deux femmes s’attribuant la maternité d’un seul enfant. Chacun connaît ce célèbre thème du jugement du roi Salomon

Il est temps maintenant de parler d’Hiram roi de Tyr

Le roi David contacta Hiram pour les préparatifs. La mort l'ayant arraché aux siens, c'est à son fils, le roi Salomon, que revînt la charge de mener à terme ce projet. Il demanda au roi Hiram de lui fournir le bois de cèdre et de lui prêter ses architectes et maçons afin de réaliser son dessein.

Il avait résolu de bâtir la maison de l’Éternel, parce que Dieu l’avait ainsi décrété.
Hiram se réjouit beaucoup quand il entendit les paroles de Salomon. Il se trouvait honoré de pouvoir contribuer par son service à la gloire du Dieu d’Israël.

Le premier acte de Salomon, c’est de transporter «de grandes pierres, des pierres de prix, pour faire les fondements de la maison, des pierres de taille». Il s’agit avant tout de poser un fondement de grand prix et d’une solidité à toute épreuve comme base du temple de Dieu. On ne peut en ôter une seule sans compromettre ou ébranler tout l’édifice. C’est ce que la sagesse de Salomon avait bien compris en préparant les pierres de taille sur lesquelles la maison de Dieu devait être édifiée.

Entrons dans le vif du sujet :
Le Temple
Comme nous l’avons dit précédemment le temple fut bâti, par analogie aux dimensions et proportion de la tente d’assignation. La description qu’offre la bible du Temple est d’une riche technicité ou se côtoient jusqu’au vertige, noms de matériaux divers, longueur, hauteur, profondeur et largeur mais a le mérite d’être d’une exceptionnelle précision
Le portique du temple, son entrée seule, différait quant à ses proportions de ce qu’offrait la tente d’assignation. Sa hauteur était de cent vingt coudées
Tout autour du temple, sauf naturellement à son entrée, étaient situées les chambres latérales, demeures des sacrificateurs.
Les demeures des sacrificateurs étaient inséparables de la maison et faisaient corps avec elle, sans en dégrader aucune partie. Il est dit :

«Et la maison, quand on la bâtit, fut bâtie de pierre entièrement préparée avant d’être transportée ; et on n’entendit ni marteau, ni hache, aucun instrument de fer, dans la maison, quand on la bâtit»
On ne voyait, lors de la construction du temple, aucune trace d’instruments humains. Il s’édifiait en silence ; on n’entendait ni hache, ni marteau. C’était l’œuvre de Dieu ; tout était préparé d’avance. Les pierres qui composaient la maison avaient le même caractère que les pierres de fondement, précieuses aussi et préparées d’avance (7:9-12).
Le temple, était revêtu de bois de cèdre. Le cèdre représente dans la Parole la majesté et la hauteur, la durée et la fermeté. Il n’y avait pas un seul point des murailles qui n’en fût intérieurement recouvert. La pierre ne paraissait nulle part. Mais le bois de cèdre lui-même et jusqu’au plancher en bois de cyprès, tout était entièrement recouvert d’or. L’or représente toujours, dans la Parole, la justice et la gloire divines.
Tous les ustensiles du temple étaient, en outre, soit en or, soit revêtus d’or pur, comme l’autel du parfum, les chérubins et les portes du lieu très saint.
Comme dans la tente d’assignation au désert, le lieu très saint formait à l’intérieur un cube parfait. «L’intérieur du saint des saints était de vingt coudées en longueur, et de vingt coudées en largeur, et de vingt coudées en hauteur» (v. 20). Il en sera de même de la nouvelle Jérusalem : «Sa longueur et sa largeur et sa hauteur étaient égales» (Apoc. 21:16. Le résultat de l’œuvre de Dieu est parfait sans rien à y ajouter, ni rien à en retrancher. Tout est réglé selon la pensée du divin architecte. La nouvelle Jérusalem est pour ainsi dire un immense lieu très saint où Dieu peut habiter, comme dans le saint des saints du temple, parce que tout y répond à sa sainteté et à sa justice.
Le saint des saints était isole par un voile ou par une porte en bois d’olivier s’ouvrant à deux battants, recouverte d’or, un libre et large accès, permettant à la vue de pénétrer dans le lieu très saint.
L’Arche, en bois de chittim, était recouverte d’une couche d’or pur et également doublée d’or pur. Une corniche d’or l’entourait. Quatre anneaux étaient situés aux quatre coins de l’Arche, deux de chaque côté. C’est dans ces anneaux qu’étaient enfilées deux barres de bois recouvertes d’or. Une table d’or (dite propitiatoire) était placée sur l’Arche, deux chérubins en jaillissaient à ses deux extrémités. Le Talmud donne une description précise de l’Arche et des deux chérubins. Ces chérubins étaient des anges dotés d’ailes, qui avaient des corps d’oiseaux et des visages d’enfants, l’un masculin, l’autre féminin. Les deux chérubins se faisaient face mais leurs visages étaient inclinés vers le propitiatoire. Leurs ailes se déployaient vers le haut protégeant ainsi la table d’or.
Pourquoi ces chérubins décoraient ils le tabernacle ?
Le Midrash nous raconte que lors du Don de la Torah, D’\ demanda aux enfants d’Israël des garanties afin que Ses lois soient observées. Ce ne fut que lorsqu’Israël proposa les enfants comme garants que D’\ accepta. Effectivement depuis toujours, l’éducation de nos enfants occupe une place primordiale dans le judaïsme. Les jeunes représentent le futur et la continuité de notre peuple.
Les chérubins décorant le toit, point de rencontre avec le ciel, représentent l’éducation qui associe à la Torah les connaissances générales. Tous les chérubins ont un point commun : La proximité avec le Saint des Saints.
Le «Témoignage”, les Tables de la Loi que Moïse avait rapportées du mont Sinaï, furent déposées à l’intérieur de l’Arche et durant toute l’époque du Tabernacle du désert et celle du premier Temple, l’Arche fut abritée dans le Saint des Saints. C’est là que la Shekhina, la Présence divine résidait.
“C’est là que je te donnerai rendez-vous, et je parlerai avec toi de dessus le propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur l’Arche d’Alliance» (Exode, 25, 22).
Dans le Saint des Saints sur le mont Moriah, se trouvait la «Pierre de fondation”. Lorsque l’Arche se trouvait dans le Saint des Saints, elle était posée au sommet de cette pierre. La présence de la pierre de fondation fut révélée à l’époque du roi David et du prophète Samuel et d’après la tradition, elle existait de tous temps et était la fondation même sur laquelle Dieu avait créé le monde. C’est à partir de cet endroit, que le monde entier avait été constitué.
Selon d’anciens enseignements, lorsque le roi Salomon supervisait la construction du premier Temple sur le mont Moriah, il avait perçu, par illumination prophétique que le Temple serait par la suite détruit. Afin d’assurer la sauvegarde de l’Arche, il avait érigé un vaste système de tunnels au sein de la montagne et creusé une chambre secrète dans les profondeurs de la terre sous le mont du Temple où, en temps voulu, l’Arche serait cachée. A la fin de l’époque du premier Temple, le roi de Judée, Josias, qui avait prévu la destruction, cacha l’Arche.
Deux métaux, l’or et l’airain, jouent un rôle prépondérant dans la construction du temple.
Les colonnes d’airain, placées devant le portique du temple, attiraient tout d’abord le regard.
Nous avons déjà dit que, dans le temple, aucune autre colonne n’est mentionnée. Elles se nommaient Jakin (il affermira) et Boaz (en lui est la force).
Les colonnes font allusion a l’infrastructure qui relie le monde d’en haut et le monde d’en bas
Selon le Zohar le monde repose sur trois colonnes :
La colonne de gauche symbolise la justice (Din)
La colonne de droite symbolise l’amour (Hessed)
La colonne du centre est l’harmonie. Dans le temple cette troisième colonne est inexistante et représente l’homme
Après les colonnes, le parvis du temple contenait la mer d’airain.
La mer d’airain servait à la purification journalière des sacrificateurs. Ils y lavaient leurs mains et leurs pieds. Ils étaient ainsi qualifiés pour accomplir leur service et demeurer où demeurait l’Éternel. Sous la loi, ce lavage s’appliquait aux mains et aux pieds, c’est-à-dire aux œuvres et à la marche.
Elle était posée sur douze bœufs regardants, trois par trois, les quatre coins de l’horizon. Le bœuf est l’un des quatre animaux qui forment les attributs du trône, et représentent les qualités actives de Dieu, les principes de son gouvernement
Les dix cuves de la mer d’Airain, cinq à droite, cinq à gauche du parvis servait à «laver ce qu’on préparait pour l’holocauste» (2 Chron. 4:6). Nous voyons, que le sacrificateur lavait avec de l’eau «l’intérieur et les jambes» de la victime.
La victime ne devant présenter à Dieu aucune souillure, il fallait démontrer qu’elle était parfaite, que cette pureté s’étendait non seulement à la conduite, mais à tout «l’intérieur» de l’offrande. Cette vérité était présentée par l’eau des cuves. La «mer unique» lavait les sacrificateurs. Tous avaient recours à ce seul moyen pour être purifiés des souillures de leur marche. Il fallait dix cuves pour laver les victimes qui devaient représenter la pureté devant Dieu.
La s’arrête l’œuvre d’Hiram


NOUS ALLONS A PRESENT VOUS DEVELOPPER L’USAGE DES USTENSILES DU TEMPLE ET LE SERVICE DIVIN


Un tableau de la vie quotidienne dans le Temple comprend bien des aspects étonnants :
Les prêtres et les lévites à leurs veilles pendant la nuit ; le flambeau de l’équipe de l’aube conduite par les prêtres ; le son des trompettes lors de l’ouverture et de la fermeture des portes du Temple par les lévites gardiens des portes. Les représentants des hébreux arrivent de tout le pays pour assister au service sacerdotal ; le chœur des lévites monte sur l’estrade pour entamer le service musical.
A l’aube, le sacrifice quotidien tamid est offert. Dans le Sanctuaire, la Ménorah est allumée et l’Encens présenté à Dieu ; le vin des libations est versé sur le coin de l’autel, les lévites chantent le cantique du jour et les prêtres, debout sur les marches du Sanctuaire, bénissent le peuple (bénédiction des cohanim). Lorsque le son des trompettes retentit, la communauté tout entière s’incline devant le Saint des Saints, prosternée dans la prière.
Plusieurs instruments importants étaient utilisés dans le Temple pour les offrandes de sacrifices ou pour d’autres aspects du service divin. A l’extérieur du Sanctuaire, sur le parvis, se dressait l’élément le plus important: l’autel sur lequel on offrait les sacrifices.

L’AUTEL EXTÉRIEUR
L’autel et la rampe d’ascension furent construits en pierre et en terre. La rampe d’ascension répond à une exigence biblique particulière, l’approche de la sainteté de l’autel par des marches étant considérée comme inconvenante et impudique: “Tu ne monteras pas sur mon autel à l’aide de marches afin que ta nudité ne s’y découvre point” (Exode 20, 26).
A l’intérieur même du sanctuaire se trouvaient trois autres ustensiles d’une grande beauté et d’une importance centrale pour le service quotidien du Temple. Tous trois étaient en or et d’apparence somptueuse. Il s’agissait de l’autel de Encens, de la Menorah (ou Candélabre) et de la Table des pains de proposition.
Les jours de fêtes, lorsqu’Israël effectuait un pèlerinage au Temple, les prêtres surélevaient la Table et la Ménorah afin que tous les aperçoivent. Ces ustensiles, conservés dans la partie sainte du Temple, n’étaient ordinairement pas vus par les membres ordinaires d’Israël, en sorte que l’événement suscitait émotion et émerveillement.

L’AUTEL DE L’ENCENS
La Bible décrit ainsi l’autel de l’Encens “Tu feras un autel pour la combustion de l’Encens; c’est en bois de chittim que tu le feras. Une coudée sera sa longueur, une coudée sa largeur, il sera carré, et deux coudées sa hauteur; ses cornes sailliront de lui. Tu le recouvriras d’or pur, son toit, ses parois, tout autour et ses cornes; et tu lui feras une bordure d’or tout autour.
Selon la tradition juive, le service de l’Encens avait pour vertu caractéristique d’amplifier la miséricorde et la bienveillance divine.


LA MÊNORAH
La Menorah le Candélabre à sept branches était constituée d’une seule pièce d’or pur. Elle était située à l’intérieur du Sanctuaire sur la face sud.
La Table des pains de proposition en or, était située au côté nord du Sanctuaire. Elle répondait au commandement de disposer les pains de proposition édicté par la Bible «Et tu placeras sur cette Table du pain de proposition, en permanence devant moi» (Exode 25, 30). Douze pains étaient spécialement cuits selon une méthode secrète connue seulement de la famille sacerdotale de Garmo. « Ils étaient disposés les uns sur les autres en deux groupes de six, séparés par des parois d’or qui empêchaient qu’ils ne se brisent. Ces pains étaient conservés toute la semaine sur la Table. »

ET SI NOUS PARLIONS UN PEU DE SYMBOLIQUE MAÇONNIQUE


Dix sept siècles plus tard, des européens un peu fous rêvent de reconstruire le temple de Salomon. Toutefois, ils ne sont ni juifs ni ouvriers. Ils décrètent que la reconstruction sera symbolique. Pour ce faire, il faut des outils. Ceux des maçons sont-la : L’équerre, le compas, le fil à plomb, la truelle, le maillet, le ciseau.
Des outils trop lourds à porter cependant, trop difficiles a manier pour des intellectuels. Qu’a cela ne tienne, ils seront déclares « symboles ». Ca ne pèse pas lourd un symbole penses t'on c’est aussi léger que l’air et derrière un compas et un maillet peuvent se cacher les idées les plus éthérées.
Ces Européens, Anglais et Ecossais pour la plupart, s’appellent francs-maçons entre eux et veulent que le monde les reconnaissent comme tels. Salomon pouvait compter sur l’aide d’un habile fondeur, un dénommé Hiram. Au XVIII siècle, Hiram n’est plus, il faut le remplacer. Mais que faire d’un fondeur, même s’il peut ériger les colonnes du Temple? Mieux vaut s’adjoindre un architecte digne de ce nom, un maître ès constructions. D’autant que le projet de reconstruction a pris cette fois des proportions démesurées, proprement titanesques: Ce n’est plus seulement le temple de Salomon qu’on ambitionne de construire à nouveau, c’est l’humanité tout entière! Une véritable utopie, un vent de folie qui souffle sur le Vieux Continent.
Pour un temps, Rome l’avait emporté sur Jérusalem. Les temples étaient détruits, anéantis... Reconstruire l’humanité! Il faut des centaines et des centaines, des milliers et des milliers d’architectes, des clones d’Hiram qui forment la chaîne d’union, de génération en génération, qui se transmettent le message. Reconstruire l’humanité!
Développons un peu la Symbolique du temple
La symbolique du temple est complexe puisqu’elle procède à la fois de sa disposition générale
Et des objets qu’il rassemble : Autel, mer d’airain, colonnes, parvis. Dans son ensemble le temple réponds a une symbolique cosmique et par la même a une symbolique microcosmique qui est mise en avant par saint Paul « ne savez vous pas que vous êtes le temple de dieu »analysés des l’antiquité par des écrivain tels que Philon d’Alexandrie etFlavius Josephe : « la division tripartite du temple vestibule sanctuaire saint des saints ou en hébreu oulam hekhal debir correspond aux 3 parties du cosmos hebraique eau primordiale, terre et ciel.
Devant le vestibule du Temple, Hiram dressa ce qui reste pour nous une énigme exemplaire, deux hautes colonnes de bronze ne supportant apparemment rien, surmontées d’un immense chapiteau très orné. Il les fondit dans la terre argileuse de la vallée du Jourdain, entre Sukkot et Cartan, avec du métal provenant des victoires de David sur Hadadézer, roi de Coba.
Elles étaient placées devant le sanctuaire du Temple. La hauteur des colonnes était de dix huit coudées et un fil de douze coudées en mesurait le tour. Il fit deux chapiteaux coules en bronze destines au sommet des colonnes, la hauteur d’un chapiteau était de cinq coudée .La colonne de droite fut nommée YAKIN et celle de gauche BOAZ.
L’absence de toute fonction architecturale leur donne une valeur symbolique d’un relief saisissant.
Si le chiffre indiquant la hauteur des colonnes est symbolique, il doit être homogène aux autres chiffres des mesures du Temple et de son matériel. La dimension de vingt coudées est celle qui revient le plus fréquemment dans ces mesures. C’est la largeur du Temple, constante pour ses trois parties. Devant sa façade et les deux colonnes, l’autel des holocaustes a la forme d’un carré de vingt coudées de côté. Le Debir” est également un carré de vingt coudées de côté; ce sont ses dimensions intérieures, puisque l’envergure des Chérubins qui s’y trouvent représentés, et qui protègent l’arche de leurs ailes déployées est également de vingt coudée. Le Hekhal, devant le Debir, est un double carré (carré long) de quarante coudées de longueur. Or, si l’on ajoute aux trente cinq coudées des colonnes les cinq coudées du chapiteau on obtient cette même dimension.
Les chiffres vingt et quarante sont également essentiels dans les dates relatives au Temple. La construction du temple demande 7 ans, celle du palais de Salomon, qui lui est contigu, treize ans, il faut donc vingt ans pour construire l’ensemble. Le règne de Salomon dure quarante ans exactement comme le règne de David, son père, qui est l’«initiateur» du projet du Temple. Celui-ci est commencé dans la quatrième année du règne de Salomon, «l’an quatre cent quatre vingt après que les enfants d’Israël furent sortis du pays d’Egypte» (1 Rois, VI, 1). 480 = 40 x 12 il n’est pas évident bien sûr qu’il y ait derrière tout cela un symbolisme très précis; mais les recoupements sont trop insistants pour qu’il n’y ait pas la volonté d’établir un réseau d’analogies qui rend des symbolismes possibles. Il est probable toutefois que la hauteur totale de quarante coudées fait allusion aux quarante années passées par Israël dans le désert ; C’est donc cette dimension de quarante coudées qu’il y a lieu de retenir, me semble-t-il en raison de ses correspondances tant avec les autres mesures qu’avec les dates relatives au Temple.
Pour ce qui est du Temple, le maçon semble à priori bien loin d’avoir les yeux tournés vers Jérusalem et son Temple. La maçonnerie en effet ne le lie pas à une religion définie et le lieu sacré maçonnique n’est pas circonscrit à un point géographique précis. Aussi quelle n’est pas parfois la surprise du profane lors de son initiation de se voir placé devant un tableau de loge, symbole du temple de Salomon, lui qui croyait peut-être avoir rompu à jamais avec la religion en entrant en maçonnerie.
Dans cette perspective vient s’articuler toute la symbolique templière maçonnique La loge pour tout Temple n’a qu’un dessin, le tableau de loge. Si l’on demande à un maçon où il a été reçu, il ne répondra pas dans un temple mais dans une loge. En fait, la loge par sa voûte étoilée figure le Temple cosmique mais celui-ci n’est que la figure du microcosme qu’est l’Homme. Rappelons que le tableau de loge était primitivement tracé à la craie pour signifier que le Temple de Salomon était appelé à disparaître lors de la manifestation finale de la Gloire.
Or ce Temple de Salomon n’est que le signe du Mystère qui habite le Temple intérieur de l’Homme. L’apprenti n’a-t-il pas été créé à l’image de Dieu et éveillé à sa lumière intérieure et spirituelle qui est le Mystère qui l’habite ? L’apprenti a donc d’abord été reçu dans son propre corps Trois le composent, son corps son esprit et son âme qui forment les 3 parties de son Temple : Porche, temple intérieur et sanctuaire. Symboliquement le corps du maçon est donc tout à la fois loge et temple. Trois, cinq et sept sont les figures de la progression du retour du maçon vers son sanctuaire. Ils sont les symboles de ses voyages pour retrouver sa patrie, sa véritable demeure spirituelle, son identité perdue. Initié, il va retrouver lui qui n’était qu’un individu égaré, son nom véritable : Celui de frère, frère des êtres du cosmos et de l’humanité.
La symbolique su Temple n’est donc pas une coquille vide, elle se réfère bien à DEUX réalités de la vie du maçon. Elle met d’abord en évidence le Mystère qui l’habite et souligne ensuite le dynamisme de sa croissance spirituelle. De son état inachevé d’individu égaré à l’accomplissement de son identité retrouvée de frère.
A dire vrai dire le maçon n’entre pas dans une demeure spirituelle, il est appelé à être cette demeure. Désormais, il s’agit pour lui d’être pour paraître en vérité, d’être pour avoir sans être asservi, d’être pour agir sans se perdre dans l’activisme .
Alors seulement Jérusalem devient le symbole du Temple mystique qu’édifie le maçon. Quiconque vit ainsi cette identité spirituelle, celle du Temple qu’il est appelé à devenir, possède en son coeur Jérusalem. Celle-ci n’est jamais que le symbole de la réalité à venir. Il s’agit de faire rentrer le souffle divin dans l’Homme pour que l’Homme entraîne tout le cosmos dans son Assomption avec lui, vers cette cité de Lumière où il n’y a ni soleil ni lune, où Dieu est l’Unique Lumière.
S’il est par contre une situation que le maçon ne semble pas connaître, c’est bien celle des exilés du psaume, la déportation en terre étrangère. Qui d’entre nous pourrait-il se déclarer en exil? Qu’est-ce que l’exil pour le maçon? Cependant, si Jérusalem est ce Mystère qui nous habite force nous est donnée de reconnaître que nous en sommes très loin.
Une parabole tibétaine présente ainsi la condition de l’Homme. Il est comme un mendiant qui mendie toute la journée et le soir se couche à même le sol mais pose sa tète en guise d’oreiller sur un sac rempli d’émeraudes. Il ignore son Trésor. Nous aussi nous sommes comme celui qui cherche ses lunettes et ne les trouve pas parce qu’il les porte sur son nez. Ainsi cherchons-nous toujours en dehors, à l’extérieur, ce trésor tout proche. Nous sommes en exil de nous-mêmes.
La belle histoire que nous avons tente de vous raconter se passait il y a quelques mille ans avant notre ère. Quatre siècles plus tard Jérusalem est prise par les chaldéens de Nabuchodonosor. Le temple est pillé et détruit. Les colonnes sont brisées et l’airain emporté à Babylone, elles ne seront jamais reconstruites. L’histoire du Temple de Salomon ne fait que commencer.

Nous avons dit VM

L\ S\ et J\ L\-B

Source : www.ledifice.net

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Les métaux : métaux spirituels, métaux temporels

6 Février 2015 , Rédigé par M\ L\M\ Publié dans #Planches

Un homme à la barbe rousse et à la tenue sombre m’introduit dans un petit réduit, plongé dans l’obscurité. Il allume une bougie. Sous son faible éclairage, je distingue une chaise ainsi qu’une table sur laquelle sont posés divers objets. Il me demande d’attendre là pour remplir un document qui me sera apporté tout à l’heure. Je m’assois, il referme la porte derrière lui, me laissant seul avec mes pensées...

Quelque temps plus tard, on ouvre la porte. L'homme est vêtu de sombre comme le précédent, son visage est grave. Sans un sourire, il me donne un imprimé à remplir « comme mon testament ». Il me demande de lui confier mes objets en métal. Il me précise : objets de valeur, « qui brillent ».
Ceux-ci me seront rendus après l’initiation, ajoute-il pour me rassurer. Je ne comprends pas la raison de sa demande. Aussi, de prime abord, je ne vois rien à lui confier, puis je me ravise et je lui donne mon stylo en argent. Cet objet avec lequel je travaille tous les jours m’est tellement familier que j’en avais oublié la valeur « terrestre ». J’entends en sourdine le son d’une cornemuse qui me paraît assez éloignée. Sa mélodie m'apaise et m'accompagne doucement hors de la réalité...

C'était il y a quelques années, un extrait de mes impressions d'initiation. Depuis, les techniques ont évolué et le clavier a détrôné ce stylo à plume qui se repose maintenant sur mon bureau.

En Franc-Maçonnerie, la notion de « métaux » est présente avant même l'initiation, dès l'entrée dans le cabinet de réflexion. Elle est préalable à la première épreuve, l'épreuve de la terre.

Selon le rituel du premier degré, l'expert s'adresse ainsi au postulant :
« Monsieur, c'est ici que vous allez subir votre première épreuve, que les anciens initiés appelaient l'épreuve de la terre. A cette fin, il est indispensable que vous vous détachiez de toute illusion trompeuse et, pour vous rendre sensible matériellement à ce qui doit s'accomplir en vous spirituellement, je vous prie de me remettre ce que vous portez sur vous de précieux et, en particulier, tous objets en métal, qui symbolisent ce qui brille d'un éclat trompeur. »

Quelle peut être l'origine de ce symbolisme du métal ?

On peut penser que l'or, l'argent ou encore les pierres précieuses seraient plus appropriés pour représenter l'éclat, la brillance, la richesse. Alors pourquoi l'expert insiste-t-il en précisant : « ...en particulier, tous objets en métal... » ?

Étymologiquement, le mot « métal » vient du latin metallum, du grec metallon et du sanscrit matalika. Genesius lui donne une origine sémitique, la racine arabe « matal » signifiant « frapper », principalement le fer ; ce qui l'associe à la forge. Ce mot sémitique aurait été apporté par les Phéniciens et adopté simultanément dans la Grèce et dans l'Inde, puis par les romains.
Le fer météorique a été travaillé dès le troisième millénaire avant Jésus Christ. La découverte et l'usage de ce métal a marqué un tournant décisif en Europe et au Proche Orient. C'est l'âge du fer, la dernière étape de la préhistoire, qui précède l'entrée de ces civilisations dans l'histoire.

Ce métal a des caractéristiques physiques naturelles très supérieures au cuivre et au bronze au niveau de la dureté et du pouvoir de coupe. Alors qu'un outil en pierre taillée, en obsidienne ou dans les métaux précités suffit amplement pour les tâches pacifiques, ménagères ou techniques (aujourd'hui encore, les outils de luthier, par exemple, sont en bronze), c'est dans la guerre et le combat que la supériorité du fer donnait un avantage incontestable. Une fois forgé et trempé, il surpassait tous les autres matériaux utilisés pour les armes.

Cette vocation martiale d'instrument de mort fait du fer un symbole de force dure, sombre et impure. De nombreuses traditions le considèrent ainsi :
Les druides n'avaient pas le droit d'utiliser ce métal pour couper le gui.
Pour Platon, les habitants de l’Atlantide - civilisation élevée – chassaient sans armes de fer.
L’Égypte ancienne identifiait ce métal aux os de Seth, divinité des ténèbres : de toutes les œuvres que l’on a pu retrouver de l’Égypte ancienne, dans les pyramides ou ailleurs, pas une ne contenait du fer, bien que ce métal fût connu des égyptiens. Il était véritablement le symbole du mal.

La tradition biblique oppose le fer au cuivre ou au bronze comme le métal vulgaire au métal noble : les outils de fer étaient proscrits dans la construction du temple de Salomon. Il est à noter que le nom de Caïn - le premier meurtrier de l'histoire - signifie dans certaines langues sémitiques « forgeron », le maître du feu, redouté ou respecté, mais craint.

Dans la fameuse théorie des races d’Hésiode, la race de fer est celle qui vient en dernier, et c’est la race des « brutalités et des tyrannies ». De même, selon la doctrine hindoue des Yugas, nous sommes actuellement à la fin de l’âge de Fer, le plus matériel et le plus terrible de tous.

La fabrication d'objets en fer et notamment de lames nous renvoie au riche symbolisme de la forge que je ne ferai qu’effleurer. Les quatre éléments interviennent : la terre d’où le minerai est extrait et qui aidera ensuite le dos de la lame à conserver toute sa souplesse grâce à la trempe sélective évitant ainsi qu'elle ne casse au combat, l’air qui alimente le feu de forge et permet le revenu (opération qui succède à la trempe), le feu qui permet l’extraction du minerai de la roche et qui rendra le métal prêt à être travaillé par le marteau, et enfin l’eau qui apporte la dureté au tranchant lors de la trempe. En sus de ces quatre éléments fondamentaux, des matériaux issus du règne animal étaient fréquemment utilisés comme la corne pour la cémentation et l’apport de carbone.

La trempe a une origine lointaine. Outre l’eau, plusieurs matières furent utilisées au cours des siècles pour donner au métal la dureté nécessaire à la fabrication d’une lame. On fait même état d’une pratique ancestrale ayant existé au Japon où la trempe des sabres était réalisée en transperçant avec une lame rougie au feu à plusieurs reprises une victime humaine désignée, en général un prisonnier. A cela rien d’étonnant puisque le sang contient des éléments chimiques favorisant la dureté lors de la trempe. Outre l’intérêt chimique, tout de même discutable, cette opération visait à ce que le sabre s’approprie l’énergie du vaincu. On voit l’aspect fantastique de l’opération notamment lorsqu’elle s’accompagnait d’un rite magique et si l’on sait que depuis toujours sang et esprit sont en étroite relation.

Les quatre éléments présents dans le processus de forge transforment le fer en acier, sublimant ses qualités physiques intrinsèques, tout comme les quatre voyages de l'initiation, symbolisés par ces mêmes éléments, transforment le profane en initié. Au cours de ses voyages, il aura subi quatre purifications avant de recevoir la Lumière.

L'analogie est évidente avec l'alchimie. Son but est de transmuer les métaux, notamment de l’or à partir du plomb. Il va de soi qu’ici, les métaux sont considérés comme des symboles, que le plomb représente l’homme moyen, dirigé par sa nature inférieure, tandis que l’or représente l’homme purifié et régénéré, l’initié, celui qui est parvenu au bout du chemin initiatique.

Évoquant l'Art Royal et l'alchimie, Constant Chevillon disait en 1937 : « ...sur le plan spirituel, c'est la stabilisation de la conscience dans les hautes sphères intellectuelles, c'est la découverte de l'élixir de vie, ou plutôt, d'immortalité. Ainsi le maçon est un alchimiste, mais dans ce dernier sens seulement. II ne travaille pas à la transmutation des métaux : son labeur quotidien consiste à perfectionner son humanité, à purifier, à développer sa conscience, pour en faire un feu vivifiant, un feu inextinguible. »

Je laisserai à d'autres frères, plus qualifiés que moi le soin de développer ce vaste sujet.

Le rite initiatique et symbolique du dépouillement des métaux est très ancien et dépasse le cadre même de la Franc-Maçonnerie. Comme évoqué plus haut, Il se rattache au caractère impur attribué au fer et par extension de langage aux métaux. Les métaux ont souvent été considérés comme maléfiques, puisqu’ils proviennent de la terre, autrement dit des mondes souterrains. Et par là même le forgeron, qui travaille le métal, a lui aussi été souvent exclu de la société, bien qu’il ait pu jouer par moment un rôle social capital.
En abandonnant ces « métaux », le postulant marque son détachement de tout bien matériel et de toute convention, affirmant ainsi sa volonté de recouvrer l'innocence originelle. Cet abandon de tout ce qui est corruptible est l'un des éléments qui participent à la « mort du vieil homme » et le prépare à la résurrection symbolique.

Notre frère Daniel Ligou dit à ce sujet :
« Le rituel maçonnique est conçu pour faire naître par sa pratique, dans l'esprit des profanes et des adeptes, des états de confiance favorable. C'est en réalité un instrument remarquable de psychologie appliquée. Le dépouillement des métaux est un des moyens les plus sûrs, les plus efficaces pour apprendre aux adeptes à penser mieux, raisonner plus juste. Les esprits débarrassés de tous ces faux biens se préparent à l'acquisition de la réelle connaissance et à l'acquisition d'incontestables richesses. »

Quels sont donc ces faux biens dont il faut se défaire ?

A chaque tenue, juste après l'ouverture de la Loge, le Vénérable Maître déclare : « Mes frères, nous ne sommes plus dans le monde profane, nous avons laissé nos métaux à la porte du Temple ; élevons nos cœurs en fraternité et que nos regards se tournent vers la Lumière ! ».
Seulement à ce moment, le lieu est consacré, le temps n'est plus le temps profane mais le temps symbolique et les métaux spirituels n'ont pas lieu d'être dans cet espace.

D'évidence, les métaux représentent tout ce à quoi nous sommes attachés dans le monde profane. Plus précisément, tout ce qui est matériel qui, du fait de notre peur de le perdre, peut nous empêcher d'avancer sur la voie du développement.

Les métaux représentent donc toutes les richesses utiles, mais illusoires et temporaires que l'homme - par obligation - abandonne à sa mort. Ce sont elles qu'il doit, en qualité de franc-maçon, apprendre à abandonner à sa mort symbolique lors de l'initiation et à chaque tenue pour se diriger vers la Lumière et la sagesse.

Ces métaux là n'ont pas qu'un côté négatif. En effet, le Vénérable Maître précise, lors de la restitution des métaux au nouveau frère : « ...ces métaux, convenablement manié par le sage, peuvent aussi servir à faire le bien. »

La richesse, fruit du travail n'est nullement condamnable. Il convient de lui attribuer sa juste place et de ne pas se laisser aveugler par elle, aux détriments de la richesse spirituelle.

Au-delà de cette notion pécuniaire, laisser ses métaux à la porte du temple, c'est surtout être neuf, sans passion ni préjugé, avoir un cœur et un esprit serein pour être attentif à ce qui se passe dans la Loge, se laisser pénétrer par l'énergie de l'instant et participer à l'égrégore. Pour y arriver, nous devons nous astreindre à :

Ne pas prendre pour vérité les mots et les idées toutes faites, mais les analyser, et n'accepter que celles que l'on juge vraies. Ne pas rester ignorant et poursuivre sa réflexion.

Ne pas utiliser de pouvoir profane dans l'atelier (titres et fonctions ne doivent – ne devraient pas – franchir le seuil de la Loge).

Abandonner toute idée de pouvoir, aussi, au sein de nos ateliers ou obédiences et conserver une ambition mesurée, ce qui évitera bien des maux dont les conséquences sont sans commune mesure avec la futilité et la vanité de cette démarche.

Laisser nos préjugés, nos passions, pour mieux accepter l'autre, pour mieux l'écouter avec respect et en silence, pour mieux être responsable de nos paroles, de nos prises de positions, de nos votes…pour refuser la lâcheté.

En un mot, pour être seul juge et maître de notre jugement.

Et, au cas où nous aurions des difficultés à appliquer ce principe, ou, s'il nous venait d'oublier de laisser ces métaux à la porte du temple, le rituel a organisé la prise de parole en Loge :
« Elle circule selon un parcours triangulaire qui passe par l'Orient. Le frère doit la demander au surveillant de la colonne opposée à la sienne et attendre que le Vénérable Maître lui donne. Il doit ensuite se mettre debout et à l'ordre pour s'exprimer. Ce discours indirect a pour but de calmer l'impulsivité de celui qui souhaite prendre la parole.
La main sur la gorge, le pouce en équerre, contient nos passions et signifie que nous sommes en pleine possession de nous-mêmes et que nous pouvons juger avec impartialité. Le bras gauche en perpendiculaire, immobile, évite toutes gesticulations oratoires pour nous rappeler le fil à plomb du second surveillant. Il nous invite à descendre en nous-mêmes, dans notre cabinet de réflexion et à remonter, libérés de nos métaux... »

Tout est fait pour que soit préservée la sérénité nécessaire à nos travaux. C'est à chacun d'entre nous de se montrer digne d'être franc-maçon et de veiller sans relâche au respect de ce principe. A défaut, les conséquences peuvent être graves, car, comme le dit le Talmud : « la mauvaise langue tue trois personnes : le médisant, sa victime et celui qui l'entend ».

C'est ainsi que nous devons entrer dans le Temple, purifiés de tout ce qui encombre pour ne voir bien qu'avec nos cœurs qui s'élèveront, ensemble, en fraternité, nos regards tournés vers la Lumière.

J'ai dit.

M\ L\M\

Source : www.ledifice.net

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Point de vue sur la religion du maçon.

21 Janvier 2015 , Rédigé par OIRAPMM-France Publié dans #Planches

Dans cette étude, nous aborderons principalement les rapports philosophiques entre les religions théistes et le rite de Memphis-Misraïm au premier degré tel qu’il est pratiqué au sein de notre obédience. Les difficultés historiques de cohabitation entre l’église catholique et la maçonnerie ne seront pas évoquées. Bien des points rapprochent religion et franc-maçonnerie. Dans nos loges, nous travaillons à la gloire du Grand Architecte de l’Univers (GADLU), parfois appelé « sublime » ou encore « suprême » architecte des mondes. Par ce vocable, nos rites affirment l’existence de ce principe et son influence dans la création et dans le fonctionnement de l’univers cela dans le respect de l’héritage de la franc-maçonnerie traditionnelle. De plus, notre franc-maçonnerie, dans son effort de mettre l’homme en rapport avec le sacré, partage de nombreux thèmes de réflexion avec la pensée religieuse : éthique, place de l’homme dans la nature, spiritualité, influence de la pensée gréco-romaine et bien d’autres encore… Cela fait-il, pour autant, de notre franc-maçonnerie une religion « comme les autres » ? Nous sommes tentés de répondre non, car la franc-maçonnerie se définit comme initiatique et philanthropique et ne se présente jamais comme une religion au sens habituel de ce mot. Pourtant, notre rite parle de « la religion du maçon » de quoi s’agit-il ? Pour tenter de répondre à cette question, il convient de rappeler les grandes attitudes de l’homme face aux croyances théologiques, d’examiner les différents courants de la maçonnerie, avant d’aborder les différences essentielles entre la démarche initiatique de notre ordre et l’approche religieuse.

I/ Qu’est ce qu’une religion ? La relation directe au divin est-elle possible ? L’homme peut-il concevoir dieu ? Le dogme est-il compatible avec la liberté ? Autant de questions dont les réponses ont modelé les principaux courants de la franc-maçonnerie

Religion : « Le terme religion désigne actuellement un ensemble de rites, de dogmes généralement théistes et souvent en rapport avec une notion de réalité transcendante, de règles (éthiques ou pratiques) ou de dogmes adoptés comme conviction profonde par un ensemble de personnes ». Les religions marquent profondément les cultures, les civilisations, les pensées des hommes.

Théisme : « (du grec theos, dieu) est une croyance ou une doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu (ou de dieux, ou une force créatrice) et son influence dans l’univers, tant dans sa création que dans son fonctionnement. Selon le théisme la relation de l’homme avec Dieu passe par des intermédiaires » Chez certains chrétiens la foi se définit, non par l’adhésion à un système de pensées, mais par la rencontre avec la personne du Christ... Aucune religion théiste ne prétend émaner de l’homme seul, une intervention extérieure est nécessaire pour transmettre et définir la religion en question. C’est en ce sens que l’on parle de vérité révélée.

Déisme : « du latin deus (dieu) est une croyance ou une doctrine qui affirme l’existence d’un Dieu et son influence dans l’univers, tant dans la création que dans le fonctionnement de ce dernier. Pour la pensée déiste, certaines caractéristiques de Dieu peuvent être comprises par les facultés intellectuelles de l’homme. La relation de l’homme avec Dieu est directe (notamment par la prière spontanée ou la réflexion). Le Déisme prône une "religion naturelle" qui se vit par l’expérience individuelle et qui ne repose pas sur une tradition particulière ». Le déisme n’est donc pas une religion au sens habituelle de ce mot qui implique des cultes et des dogmes structurés.

Différences entre théisme et déisme : pour le théiste la relation à dieu passe par des intermédiaires, pour le déiste cette relation est directe. Pour Kant, le théiste s’efforce de suivre "la volonté de Dieu", alors que le déiste estime que rien n’échappe à « la volonté de Dieu », puisque rien ne peut déroger aux lois divines de la création.

L’athéisme : il existe plusieurs catégories d’athées. Comme les théistes ils se positionnent par rapport à la croyance théologique mais de manière négative. Ils y a ceux qui ne croient pas en dieu, ceux qui croient que dieu n’existe pas, ceux qui refuse une certaine idée de Dieu…

L’agnosticisme : assure que la vérité théologique est inconnaissable. C’est une pensée fondée sur le doute, le « je ne sais pas ». L’agnostique refuse la croyance, il se place sur le terrain du savoir et de la logique, il pense que les preuves analytiques de l’existence de dieu comme de sa non-existence sont des leurres. La vérité absolue est, pour les agnostiques totalement incertaine.

Toutes ces grandes manières d’aborder l’existence de Dieu ont façonné le paysage maçonnique Français. Ce dernier se révèle complexe et les profanes attirés par nos systèmes sont, avec raison, perplexes et dubitatifs. Quelles sont les tendances « lourdes » de nos systèmes initiatiques ? En voici une description « très schématique » et bien approximative. Je précise qu’aucune de ces tendances n’est meilleure qu’une autre. Il s’agit, avant tout, d’opinions qui traduisent des valeurs et des conceptions différentes. Chaque rite, chaque obédience a sa philosophie et sa cohérence interne que nous respectons.

La tendance « chrétienne » :

Historiquement, la maçonnerie s’est structurée dans un contexte très chrétien, la plupart des études historiques convergent sur ce point. Cette tendance perdure car des rites maçonniques exigent actuellement une appartenance à la chrétienté « classique » : église catholique, protestantes, orthodoxes… En France le « Rite Ecossais rectifié » s’inscrit dans cette mouvance. Cette maçonnerie souligne le lien étroit entre christianisme et maçonnerie, elle vise à contribuer avec ses moyens et ses méthodes à renforcer l’édifice chrétien. La notion d’initiation maçonnique est parfois très allégée, c’est le baptême chrétien qui en tient lieu.

La gnose chrétienne :

Certaines obédiences s’orientent vers un théisme ésotérique chrétien ou théurgique voire magique : martinisme, église gnostique, Golden Dawn… En général cette approche est discrète, elle n’apparaît ni dans les constitutions ni dans les règlements généraux, elle est le fait d’une impulsion donnée par un groupe d’influence. Les frères et les sœurs, qui restent évidemment libres, sont sollicités de manière personnelle ou par le biais de cercles dits magistraux ou intérieurs. La maçonnerie est vue comme une école préparatoire à une autre voie collective réputée être plus profonde ou plus efficace ou encore qui est présentée comme étant le prolongement naturel d’un cursus maçonnique.

La tendance « d’orientation anglo-saxonne » :

En Angleterre, comme en France la maçonnerie a été largement déchristianisée. L’objectif était de réduire les références chrétiennes pour ouvrir les loges à des juifs. Cette maçonnerie vise principalement l’éducation morale et civique de ses adeptes elle génère une action caritative souvent intense. La croyance en un Grand Architecte de l’univers est un préalable à la réception en loge. Cette maçonnerie se dit régulière.

La tendance « humaniste » :

En France la déchristianisation s’est radicalisée pour aboutir en 1877 à l’abandon de toute exigence et référence religieuse. Progressivement s’est donc créée une maçonnerie agnostique qui travaille à la formation morale et sociale de ses membres et à la construction d’une citée idéale. Les athées comme les agnostiques y sont acceptés sans problème. Le Grand Orient de France s’inscrit dans cette approche..

Une tendance « à la fois libérale et symbolique » :

Cette maçonnerie tente de concilier la recherche du progrès et la tradition. En France elle est représentée par la Grande Loge de France et la Grande Loge féminine de France. La tendance "initiatique et universaliste" (voie où se situe notre obédience) : L’initiation est antérieure à la chrétienté. La déchristianisation de la maçonnerie ne constitue pas un but en soi, il s’agit, avant tout, d’un effort pour retrouver les sources antiques et l’universalité de l’ordre. Notre obédience estime que l’éveil spirituel débute par une influence extérieure donnée par l’initiation et la participation aux rites. Cela constitue progressivement une force qui autorise un long travail intérieur et individuel fondé sur la concentration, l’attention ou tout autre moyen permettant la focalisation des forces de l’esprit. Chaque membre est libre, à titre personnel, de faire partie de telle ou telle religion, telle ou telle organisation, non sectaire, dans la mesure où cela ne perturbe pas les travaux maçonniques. La laïcité se concilie avec la spiritualité car le prosélytisme dogmatiques n’existe pas. La liberté reste la première et dernière porte. Notre ordre se situe donc résolument dans une tradition garibaldienne internationale. C’est la tradition primitive de l’ordre. Il faut signaler que le rite de Memphis-Misraïm est aussi pratiqué par des maçons du grand orient de France qui ont adopté son cadre philosophique (influence de John Yarker) et aussi dans des obédiences diverses qui se centrent sur les dogmes de la gnose chrétienne (influence de PAPUS,) Nous respectons ces orientations mais elles ne sont pas les nôtres. La suite du travail explicite le point de vue de notre ordre maçonnique.

II/ les différences essentielles entre démarche initiatique et religieuse.

le dogme

Le théiste admet le plus souvent un système dogmatique complexe. Ce qui contraste avec le préalable demandé au profane frappant à la porte de notre temple : il lui suffit, au minimum, d’être spiritualiste, c’est à dire de ne pas rejeter la possibilité d’une « continuation » post-mortem de l’individu et aussi d’être « déiste » dans un sens bien particulier de ce mot. Le déisme de Memphis-Misraïm n’est pas le déisme du dictionnaire. Pour nous, un déiste est simplement un homme tolérant qui croit en l’existence d’un Principe en prenant une certaine « distance » à l’égard des croyances religieuses prônées par son éventuelle religion d’appartenance. Le spectre des membres de notre organisation initiatique va donc du théiste qui est conscient que ses croyances traduisent ses opinions et non la vérité ultime, à ceux qui pensent que la relation de l’homme avec Dieu est directe et qui se passent de toutes formes de dogmes et d’intermédiaires. Ainsi, il peut exister dans nos loges, à côté des déistes « purs » au sens que le dictionnaire donne à ce mot, des chrétiens, des musulmans, des bouddhistes, des juifs… Le maçon théiste, sous peine de ne pas être vraiment un maçon effectif, admet le relativisme : une vérité exprimable s’inscrit forcément dans une culture, une langue, une époque… Un théiste dogmatique, trop rigide dans sa croyance, n’a rien à faire, selon mon opinion, à Memphis-Misraïm. Notre idéal maçonnique a quelque chose de l’Angleterre vue par Voltaire : « S’il n’y avait en Angleterre qu’une religion, le despotisme serait à craindre ; s’il y en avait deux, elles se couperaient la gorge ; mais il y en a trente, et elles vivent en paix et heureuses. » La diversité des croyances et des sensibilités et gage d’harmonie entre nos membres. Nous poussons même cette logique un peu plus loin : un athée peut aussi nous rejoindre si son attitude vise à rejeter qu’une conception particulière de dieu et de la religion. Ceci est à rapprocher de la pensée de Simone Weil : « Il y a deux athéismes dont l’un est une purification de la notion de dieu… ». Ainsi, notre « système dogmatique » se caractérise par son extrême légèreté et sa grande souplesse. Pourquoi ? Fondamentalement le maçon se veut libre, il estime qu’un dogme trop pesant est un obstacle à la recherche de la liberté. La liberté du maçon est certainement une des raisons qui a opposé radicalement la maçonnerie à l’église catholique.

Le nom de dieu :

La pensée théiste admet, généralement, un dieu personnel qui porte un nom : JEHOVA, ALLAH, BRAHMAN … En maçonnerie, tous les noms de dieu que le maçon peut trouver et énoncer dans sa déambulation au sein des « hauts grades », ne sont que des noms substitués. Dans ce cheminement, les maçons ne doivent jamais oublier que le principe se définit non par son nom, mais par sa fonction : « le grand architecte de l’univers ». Au cours de cette déambulation le maçon observe et médite devant certaines « niches philosophiques et religieuses » sans jamais avoir l’obligation d’adhérer à tel concept, croyance, ou praxis.

La représentation du divin

Il y a souvent chez les théistes l’idée d’une représentation anthropomorphique de la divinité qui fonctionne psychologiquement comme un homme, parfois dieu connaît la colère, la vengeance, le désir. L’homme se construit un dieu qui lui ressemble. Comme disait déjà Montesquieu : « si les triangles avaient un dieu, ils lui donneraient trois côtés » Le GADLU n’est pas anthropomorphe, son approche est avant tout symbolique. Beaucoup de symboles parlent du principe mais notre figuration du divin probablement la plus ancienne car la plus indissociable de la structure du rite se fonde sur la lumière. En effet, l’ouverture des travaux consiste pour l’essentiel à répandre une lumière qui est présente dans le temple avant l’arrivée des maçons et dont l’éclat continue à se manifester après leur départ. Ce symbole se retrouve dans la racine étymologique du mot dieu qui vient du latin deus, lui même issu de la racine indo-européenne « dei wo », lumière du ciel, du jour, de la base « dei- », luire, briller. La lumière illuminatrice, révélatrice d’un monde spirituel, serait-elle un archétype, un symbole commun à tous les hommes ?

Le livre sacré

Dans notre rite le maçon doit être un homme religieux sans pour autant forcément adhérer à une religion constituée. Sur le naos la bible a été remplacée par la règle. C’est le convent du 21 juin 1969 qui a précisé que les ateliers demeurent libres de conserver ou de supprimer ce livre. Sur l’autel des serments peut figurer un livre sacré qui varie selon la confession de l’impétrant. Beaucoup de loges maçonniques de notre ordre adoptent le livre des morts des anciens Egyptiens. Ce livre a l’avantage de ne pas être sacré, il est donc, paradoxalement, un excellent symbole d’un livre sacré. Pour certains il représente la Bible, pour d’autres le Coran pour d’autres encore la Règle morale inscrite au plus profond du cœur de chacun.

Le principe est-il « dans » ou « au-delà » de la matière ?

L’idée de transcendance divine est communément admise par les théistes : dieu se trouve en-dehors et au-delà du monde, il est « au ciel ». De plus, il apparaissait, dans un passé pas si lointain que cela, comme un père rigoureux, rémunérateur et vengeur. Une tel dieu était-il une nécessité pour les Etats ? « pour les princes régnant, disait Schopenhauer, le dieu tout puissant est le père Fouettard dont ils usent pour envoyer les grands enfants au lit lorsque plus rien d’autre ne peut les aider ; c’est pourquoi ils tiennent tellement à lui » Contrastant avec cette conception, le « dieu intérieur » est souvent perçu comme plus chaleureux, plus proche, plein d’amour. Cela signifie que notre lien au divin nous constitue de manière interne. Notre rite égyptien met l’accent sur l’immanence, il affirme cela très clairement : « c’est par sa conscience que l’homme est relié au divin ». Si dieu est en nous, comment avoir conscience de sa présence, de la Présence ? La relation immanente est généralement obscurcie, comme brouillée par notre « moi », ce qui rend nécessaire une « actualisation » par un long travail sur l’ ego qui obscurcit notre vraie nature. Le mal, en maçonnerie, n’est pas Satan, c’est avant tout l’EGO qui aliène l’individu, le coupant de l’autre, l’empêchant de se sentir un enfant de l’univers. C’est pourquoi le maçon « travaille sa pierre » car une des « croyances utiles » du maçon s’énonce ainsi : « l’homme est perfectible ». Assouplir son ego peut permettre de se relier à son maître intérieur. La toute première étape de cette relation peut-être le moment ou l’individu commence à recevoir des messages de son « soi ». Cela peut arriver sous la forme de rêve, où un ancêtre, où encore une femme ou un homme d’apparence sage viendra lui parler, le conseiller. Cette première relation peut aussi prendre la forme de messages, de signes offerts par la vie qui nous laissent un sentiment troublant et indéfinissable. Jung qualifiait ces événements par le mot synchronicité. La coïncidence se charge de sens, elle est signifiante, le psychisme de la personne s’implique fortement quand il y a conscience que la probabilité d’un tel événement est faible. Nous nous sentons alors comme guidé par l’univers, avec la certitude qu’un choix important se présente à nous. Jung définit la synchronicité en ces termes : « coïncidence temporelle sans lien causal entre un état psychique donné et un ou plusieurs événements extérieurs objectifs offrant un parallélisme de sens avec cet état subjectif du moment ». Arriver à la conscience permanente du spirituel en nous consiste à ouvrir une importante arcane. Arcane vient du latin arca, qui signifie « arche » , « coffre », il s’agit donc d’un contenant. Certains maçons recherchent une « dernière arcane » un peu partout, selon notre opinion, cette ultime porte n’appartient à aucune société secrète, à aucun rituel mystérieux, cette arcane est tout simplement le maçon lui-même. Ouvrir cette arche consiste à se maintenir dans l’Essence. Notre système initiatique se fonde donc sur l’immanence, malgré cela, le vénérable maître invoque le grand architecte comme étant un être extérieur. Ce qui signifie que l’immanence maçonnique n’exclut pas la transcendance : le principe est dans la matière et en même temps au-delà de cette dernière. Pour l’essentiel la prière (invocation) de l’initié vise à obtenir l’énergie nécessaire pour progresser sur le chemin de son centre. Cette invocation peut-être individuelle, (le maçon) collective au sein de la loge (le vénérable maître) ou au sein de l’ordre (le grand hiérophante). Ce mystérieux apport permet de soutenir et d’aider le maçon sur la route de la réalisation.

Prédestination et liberté humaine

Les différentes religions d’occident admettent, avec des nuances, la prédestination qui se définit comme un concept théologique selon lequel Dieu, aurait choisi de toute éternité, et secrètement, ceux qui auront droit à la vie éternelle, sans qu’eux-mêmes ne puissent le savoir.
Pour les protestants, et notamment Calvin, le salut revient à ceux que Dieu a élus par sa seule bonté et miséricorde, sans considération de leurs oeuvres,
Pour les catholiques la prédestination, a été étudiée par différents conciles, notamment le concile de Quierzy (Carisiacum) de 853. Pour cette religion dieu
« … élut gratuitement dans sa prescience ceux qu’il a prédestinés à la vie éternelle. … » Ceux qui ne sont pas élus subissent une peine éternelle.
Pour l’islam, tout ce qui se passe dans l’Univers a déjà été déterminé depuis l’Eternité par Allah, article de la foi connu sous l’appellation courante le "Imân bil Maktoûb" ou plus simplement le maktoûb, « c’est écrit »
Les principaux courants de la gnose chrétienne adhèrent également au dogme de la prédestination.

Nous sentons bien qu’il y a trois difficultés :

la prédestination exclut le libre arbitre,
comment dieu peut-il juger les hommes si tout est écrit ?
Pourquoi les hommes feraient des efforts si tout est « maktoûb » ?

Comment les maçons abordent-ils le rapport entre le destin et la liberté ? Le maçon se veut libre. Il faut d’ailleurs être un homme « libre et de bonnes mœurs » pour être initié. Une devise de notre maçonnerie s’exprime par le triptyque « liberté, égalité, fraternité » Le maçon n’est pas un élu il est construit, créé, reçu. Mais à côté de cela rien ne saurait s’opposer à la volonté du GADLU. Même le mal fait partie du plan divin. Il faut admettre que ces deux propositions contradictoires peuvent être vraies simultanément un, peu comme en physique moderne la lumière peut-être, à la fois corpusculaire et ondulatoire. Nous devons admettre humblement que la raison humaine à ses limites. Mais évidemment l’opinion reste possible notamment en se laissant porter par la vérité du mythe. Selon Socrate, la fonction du mythe est d’expliquer par analogie lorsque la raison s’avère insuffisante. Un des mythes qui traite le mieux du rapport entre la liberté humaine et le destin ou la prédestination est le mythe d’Er cité par Platon. Ce mythe est intéressant car il complète l’initiation au premier degré où l’adepte réalisé a le privilège de rencontrer la lumière. Platon raconte la voie du plus grand nombre, celle des hommes encore alourdis des passions et des préjugés de la vie, celle aussi des initiés en devenir. Er, pris pour mort par méprise revint des enfers et raconta comment les âmes choisissent leur future vie. Les âmes sont menées dans une grande prairie et on leur jette des sacs des destinées. Elles choisissent-elles même un des sacs selon leurs désirs. Ceux qui ont désiré les biens matériels, choisissent une destinée d’hommes riches. Les ambitieux cherchent une destinée de roi. Ceux en recherche de satisfactions sexuelles cherchent des vies de plaisirs. Au final, chacun va boire l’eau du fleuve Léthé, de l’oubli, et s’en retourne, alourdi d’ un nouveau destin sur l’épaule, pour le vivre sur la terre. Il y a donc un lien que nous qualifierions de « karmique » entre deux vies successives. Le mythe souligne que l’homme est responsable de son avenir car le scénario est déterminé que dans les grandes lignes et il appartient à l’homme de faire des efforts pour toujours se recentrer dans la voie de la vertu. Un personnage du mythe appelé le « hiérophante » le déclare très explicitement : « La vertu n’a point de maître. Chacun en aura plus ou moins selon qu’il l’honorera ou la négligera ». La vertu se situe au-dessus des hommes et des dieux comme en maçonnerie où la règle se place toujours sur le compas et l’équerre. A chaque vie, l’être hérite d’une partie d’échec déjà commencée, à chacun de gérer au mieux sa situation plus ou moins favorable, selon ses efforts dans sa vie passée ! Le mythe le précise clairement « si chaque fois qu’un homme naît à la vie terrestre il s’appliquait sainement à la philosophie , et que le sort ne l’appelât point à choisir parmi les derniers, il semble, d’après ce qu’on rapporte de l’au-delà, que non seulement il serait heureux ici-bas, mais que son voyage de ce monde en l’autre et son retour se feraient, non par l’âpre sentier souterrain, mais par la voie unie du ciel. » La voie unie du ciel est décrite dans l’initiation. Ce mythe explicite bien la conception antique de l’initiation :

Premièrement, l’homme n’est pas prédestiné par un dieu comptable des destinées humaines. Il est responsable, par sa conduite, de son avenir post-mortem et de sa future vie.

Deuxièmement une vie de justesse, « Dike » en grec, est une vie en accord avec la loi cosmique (la règle des maçons), Sur le fronton du temple de Delphes deux devises étaient écrites : « connais toi toi-même » qui a pour finalité la connaissance de sa juste place dans l’univers et « rien de trop » qui invite à éviter l’orgueil, la démesure, les pièges de l’illusion du moi.

Troisièmement tout ce qui s’oppose (« hybris ») à l’ordre cosmique est un crime contre l’ordre cosmique idéal. L’orgueil, l’ambition démesurée, l’ego empêche la vie de justice.
Selon ce mythe, par une vie de justice, l’initié continue l’œuvre du Principe et s’élève, du fait de la loi karmique, d’existence en existence, jusqu’à la source d’amour et de joie.

A la lumière de tout ce qui vient d’être abordé nous pouvons tenter de répondre à la question fondamentale : La franc-maçonnerie, est-elle une nouvelle religion ? La franc-maçonnerie n’est ni un culte ni une église, elle a pour vocation de relier l’homme à son essence, aux autres, à l’univers. C’est pourtant une religion au sens étymologique de ce mot : le vocable « religion » vient du latin "religio", qui signifie : « scrupule, conscience, engagement, obligation », à rapprocher très exactement de la définition de la religion du maçon selon notre rite : « intégrité, devoir, conscience ». La religion du maçon se pose comme une religion primordiale et universelle car intrinsèquement liée à la conscience humaine vue comme un point de rencontre avec le divin. L’homme est un être relatif relié à l’absolu. Un être fini enfermé dans le temps lié pourtant avec l’infini et l’intemporalité. L’initiation propose d’expérimenter ce lien progressivement. Le dernier degré est tenu aujourd’hui pour légende, il s’agit de la « trans-formation de l’être », le passage « au-delà de la forme », au-delà de l’individualité humaine.

Source : http://www.memphismisraim.fr/

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