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planches

Cantique du quantique

29 Juillet 2016 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Travail réalisé avec Raphael MASSARELLI

Ellimac. Il y a peu de jours, comme je partais de ma maison, je vis un homme de la connaissance, mon ami Ithloaèdes. Je l’appelais de loin et le rejoignis. Ithloaèdes ! Je te cherchais justement pour te demander ce qui s’était passé avec Kyrios le jour où vous allèrent souper à l’académie. En t’y rendant, je t’avais entendu marmonner très embarrassé, à plusieurs reprises : Vite une question, j’ai la réponse ! Vite une question, j’ai la réponse ! On dit que la conversation roula sur l’origine de toute chose, et je meurs d’envie d’entendre ce qui s’était dit de part et d’autre sur ce sujet. Conte-le-moi donc, je te prie. D’ailleurs, pouvons-nous mieux employer le chemin qui nous reste d’ici à Garibaldi ?

Ithloaèdes. Je te rassure sur mes prétentions. Cette histoire n'avait commencé que par une boutade ! Un jour, me promenant seul, en souvenir d'une galéjade, j’avais murmuré, en plaisantant, « Vite une question, j’ai la réponse ». Kyrios, venant derrière moi, m’entendit, me mit au défi et me donna rendez-vous à l’académie pour le lendemain où je m’y rendais et c’est ainsi qu’il me questionna.

Kyrios. Tu as la réponse ? Bien, alors dis-moi, Ithloaèdes, y a-t-il une origine à toute chose ? Comment et pourquoi le monde existe et comment ce monde a la forme qu’il a ? D’où vient l’ordre sensible des choses ? Comment a pu émerger, à partir de rien, une organisation de l’énergie, de la matière et du vivant ? Comment peut-on connaître la vérité ?

Ithloaèdes. Tu es bien généreux et libéral, mon ami : je ne demande qu’une question simple, et tu en donnes une variété ; une seule aurait suffi. Alors, disons que si ta première question est : comment comprendre la constitution d’un système complexe, l’Univers par exemple, à partir de rien, ma réponse est : on n’est pas sûr de savoir comment cela se passe. C'est au travers des mythologies que l'on trouve les premières réponses au mystère de l'émergence primordiale. Elles racontent, chez les sumériens, les sémites, les scandinaves, les grecs, les indiens, le vide, le chaos, l'abime, l'indifférencié qui précède la création de l'univers proprement dit. La quête du début de toute chose, celle que les physiciens désignent par Big-bang, est une grande affaire scientifique, non encore élucidée. C’est pour cela qu'on l'appelle théorie du Big-bang car ce n’est qu’un ensemble de notions, d’idées, de concepts abstraits, de tentatives de répliques mathématiques de l’univers qui demandent continuellement à être confirmés. De manière simpliste, les physiciens considèrent que le Big-bang est une singularité, une chose étrange pourrait-on dire, que nous sommes résignés à tenir pour un grand mystère. En effet, sur ce qu’il y avait avant la singularité qu’est le Big-bang, pourrait commencer le débat sur l'éventualité d'un Dieu créationniste, sur un principe organisateur tel qu’on le retrouve avec Brahma, principe de toutes choses, le démiurge de Platon, le premier moteur immobile d'Aristote, le logos des stoïciens, le grand horloger de Voltaire, le dieu nature de Spinoza, et même le GADLU…..

Kyrios. Je t'arrête, mon ami, laissons plutôt aux théologiens le soin de dire comment on va au ciel et aux astrologues le soin de dire comment va le ciel. Revenons sur terre et laisse-moi poser une question autrement. Comment peut-on penser l’émergence de quelque chose, à partir de composantes qui avaient au départ des propriétés totalement différentes les unes des autres ? En somme et pour exprimer cela d’une façon simple : ne dit-on pas que le tout est davantage que la somme des parties qui le constituent ?

Ithloaèdes. C’est tout à fait exact, c’est une manifestation des systèmes physiques connue depuis plus d’un siècle. Certains scientifiques et sociologues ont démontré qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de chacun de ses éléments constitutifs pris individuellement. Comme le fameux physicien français Henri Poincaré aimait à dire dans ses cours de Physique : «une maison est faite de briques, mais un tas de briques ne sera jamais une maison ! ». Cela veut dire qu’on ne peut pas se contenter de comprendre la nature à partir de la connaissance de ses éléments les plus simples, car on ne donne, ainsi, qu’une vision très approximative de la réalité du tout. En somme, c'est le contraire de la démarche réductionniste analytique qui accepte, conformément à la méthode que proposait Descartes, de réduire le tout à ses parties, pour mieux le comprendre.

Kyrios. Veux-tu dire que devrions-nous cesser d’être cartésiens ?

Ithloaèdes. Peut-être ! Pour un nombre croissant de scientifiques en tout cas, le réductionnisme est une entreprise qui risque de reposer sur une erreur de conception fondamentale. Au plan d’une vision générale sur l’Univers, le concept de l’émergence ne permet pas de comprendre immédiatement pourquoi le monde est ce qu’il est, et moins encore ce qu’il deviendra. Il permet juste de comprendre qu’aucune théorie réductionniste ne permettra jamais d’analyser et reproduire la complexité du monde.

Kyrios. Pour comprendre cela, faudrait-il, alors, revenir à la possibilité d’utiliser une vision "holistique" de la complexité du Tout. C’est-à-dire une vision d’ensemble, globale qui admet qu’il faut essayer de comprendre la totalité produite par composition de ses simples constituants ?

Ithloaèdes. Je pense que ce serait une possibilité, par exemple : si on fait un tas avec 9 briques, son poids se réduit à la somme des poids de chaque brique, il n’y a pas d’émergence. Mais prends une miche de pain, il est facile de voir que celle-ci possède des qualités qui ne peuvent pas être considérées comme la somme de ses ingrédients ; sa texture est totalement différente de celles de ses composants, blé, eau, sel, levure, feu… avant leur mélange. La miche est une émergence. Les propriétés émergentes du pain proviennent de l’interaction entre ses ingrédients et le pain qu’on obtient est bien plus que la somme de ses constituants essentiels. La nature du vivant ressemble plus au pain qu’au tas de briques. Si nous regardons un organisme vivant, celui-ci est, évidemment, plus que la somme de ses organes. Un autre exemple parmi une infinité : tout le monde sait que, même en grand volume, l’oxygène et l’hydrogène sont invisibles, inodores et de masse négligeable. Cependant, quand on met ces deux éléments ensemble, ils se transformeront en liquide visible, en eau qui pèsera 1kg/litre.

Kyrios. Cela veut-il dire que le monde est constitué par des strates imbriquées d’émergences et pour les comprendre, il suffirait d’admettre qu’un niveau est constitué à partir d’éléments du niveau précédents lorsque ceux-ci s’organisent et s’intègrent ensemble pour donner quelque chose de nouveau, en d’autres termes pour créer quelque chose en plus d’eux-mêmes ? S'il en est ainsi, alors on peut comprendre pourquoi la pierre qui constitue la clé d’une voûte n'est pas une pierre comme une autre car, en fermant la voûte, elle la solidarise, la constitue en un tout qui tient. Elle crée la voûte dans sa relation d'équilibre des forces avec les autres pierres en tant que structure architecturale dans laquelle il suffit d'enlever une pierre quelconque pour que l'édifice s'écroule et devienne un tas de pierres. De même aucun élément d’un circuit ne vaut grand-chose en lui-même par sa matérialité, mais, le fait de se fermer, comme dans une chaîne d'union, de faire cercle ensemble, assure la continuité et établit, dans ce cas, la circulation d'un flux d’émotions, d’échanges entre FF ø Et SS ø Ce qui émerge à ce stade c'est donc une totalité comme telle, qui vaut bien plus que la somme des éléments du circuit et qui a produit quelque chose de plus que l’on appelle égrégore ?

Ithloaèdes. Certes, toutefois, on considère qu’il y a émergence dès lors que les ensembles constitués par cette organisation complexe sont stables et qu’ils ont des propriétés propres, différentes de leurs composants antérieurs. L'émergence peut donc se définir par rapport à l'idée d'une organisation du monde selon des degrés de complexité croissante, succession qui ne peut être réduite à ses degrés élémentaires. Maintenant, il faut se représenter l'immense champ des technologies émergentes, aujourd'hui disponibles et susceptibles de fournir des briques pour la construction d'êtres artificiels, jusqu'à des populations de robots dotés de propriétés inattendues et qu’on prétend qu’ils pourraient dépasser en intelligence les humains. Mais cela reste, aux yeux des scientifiques, un rêve romanesque fou et cependant non des moindres, les européens et les américains s’y investissent déjà.

Kyrios. Que le grand cric me croque et me fasse avaler ma barbe ! Comment apprécier ce monde robotisé dont tu me parles au regard du progrès humain que cela pourrait apporter. Et maintenant, en admettant une complexification croissante d’un niveau à un autre, je me demande ce qui se passe dans le vivant. Comme on le sait, nous sommes constitués des mêmes atomes que la terre et les étoiles, mais comment ces éléments se composent-ils pour constituer la vie ? Est-ce un résultat de la complexité ?

Ithloaèdes. On peut en effet expliquer la vie ainsi, une complexité de relations entre les atomes qui forment des molécules, qui forment des cellules, qui forment des tissus, des organes, des organismes. Et tu peux même observer ces effets de la complexité au cours de l’évolution à des niveaux surprenant comme par exemple celui de la conscience. Il y a un exemple à ce sujet qui pourrait expliquer le vivant par un théorème qui a pris le nom de Bose -Einstein, théorème, on s’en doute très compliqué sur les fluides quantiques,¬ mais sur la base duquel, certains scientifiques en déduisent aujourd’hui que sous conditions particulières et lorsque le nécessaire niveau de complexité est rejoint, des éléments simples peuvent fusionner en un seul et unique élément. C’est le principe philosophique qui implique que le Tout donne le Un. Ce concept, peut être appliqué au vivant et observé au cours de l’évolution des espèces. La plus simple forme de vie est donnée par les bactéries et les protozoaires. Ces derniers sont des cellules qui vivent comme des individus dotés de mini-consciences car ils peuvent réagir à l’environnement qui les entoure. Au cours des millénaires, des cellules semblables aux protozoaires ont formé des colonies, puis des individus plus complexes où les cellules se sont spécialisées en des fonctions diverses. De sorte que leur ensemble, suivant le théorème de Bose-Einstein donne, à partir de nombre de cellules différentes, un seul individu qui aura une seule conscience et non plus un ensemble de mini-consciences. Cela peut évoluer et se complexifier jusqu’à la conscience de l’Homme, qui, sur Terre, est le résultat émergeant le plus complexe du vivant. Ainsi, d’organismes primaires capables de réactions élémentaires, on arrive à des organismes qui peuvent écrire et déclamer l’Iliade ou le Mahâbhârata. Voici comment une conscience peut émerger d’un ensemble d’atomes. De même, les robots, que j’ai évoqués plus haut, modifieront probablement l’homme lui-même ; ils pourraient donner lieu à des prothèses dont certaines sont déjà utilisées en chirurgie réparatrice, voire dégager une certaine autonomie. L'émergence renvoie à un monde qui n'est pas figé, un monde en évolution dans lequel de nouvelles formes d'existence peuvent apparaître.

Kyrios. Si je comprends correctement ton raisonnement sur l’émergence de la conscience, j’aurais envie de dire que l’existence même de l’homme pourrait avoir modifié tous les niveaux antécédents. Il y a, par émergence, formation d'une hiérarchie de niveaux d'organisation, mais l'ensemble ne forme pas un monde stratifié. Il s'agit plutôt d'une imbrication, car les niveaux ne sont pas disjoints et empilés, mais comme internes les uns aux autres et interactifs entre eux. Par exemple, la nature, au sens large, qui a permis l’émergence de l’homme s’en est trouvée profondément modifiée par lui. Alors, en cascade, on remonterait à la modification du niveau primordial du Big Bang et en allant encore au-delà, le GADLU lui-même serait potentiellement modifiable par nous en le faisant évoluer à notre image ! D’ailleurs, la kabbale, me semble-t-il, explique que le Nom de Dieu lui-même est abimé chaque fois que le mal est fait volontairement. Mais dis-moi, Ithloaèdes, tous ces nouveaux concepts dont tu viens de me parler, s'approchent-ils de la notion de réel, nous découvrent-ils un autre côté du visible ?

Ithloaèdes. Des changements ont bien eu lieu en ce sens, ils concernent l’extraordinaire avancée scientifique et technologique que nous sommes en train de vivre. Ils sont essentiellement dus à une série de découvertes faites en physique il y a un siècle, d’abord par Einstein avec sa théorie de la Relativité, puis par plusieurs physiciens qui ont développé ce qu’on a appelé la mécanique quantique et puis la physique quantique. Celle-ci décrit, dans le temps et l'espace, la structure et l'évolution des phénomènes physiques à l'échelle de l'atome et même en-dessous, à l’échelle subatomique. Je te rappelle qu'il y a autant d'atomes dans un verre d'eau qu'il y a de verres d'eau dans l'océan. La partie la plus petite de l’existant serait, par convention, un quantum, un quelque chose bien plus petit que l’atome. Ce monde quantique ne peut pas être décrit dans les termes de temps et d'espace de la physique de Newton, celle de la mécanique, du mouvement, de la masse, de la force, de l’énergie. etc. Au niveau de l’atome nous savons qu’il y a un monde qu’on a considéré depuis le départ comme bizarre et applicable seulement à l’infiniment petit, avant que l’on ne se rende compte, dans les années 1970, qu’on pouvait l’appliquer aussi à l’infiniment grand, à la l’étude de l’origine de l’univers. Dans cette physique, les objets quantiques sont comme des fenêtres ouvertes sur quelque chose dont on ne peut rien dire en termes littéraires. Je te donne un exemple : le principe de superposition quantique. Ce principe énonce qu’une composante élémentaire d’un atome, appelons-la particule, peut-être être localisée à deux, et même plusieurs, endroits en même temps. On dit que la particule est à la fois ici et là-bas. Pire encore, une telle particule quantique se présente sous deux états simultanément. Elle est particule, c’est-à-dire elle a une masse, un poids, et au même temps elle est une onde, comme une vague qui se déplace, qui transporte de l'énergie, sans transporter de matière. On appelle cette onde-particule, ondicule. Elle peut rester sous cette forme indéfiniment, tant qu’elle n’est pas observée. Il suffit, en d’autres termes que quelqu’un l’observe pour qu'elle devienne soit exclusivement onde, soit exclusivement particule.

Kyrios. Puisque notre corps biologique ne nous permet d'accéder qu'à une gamme limitée de fréquences vibratoires, veux-tu dire que les observateurs créent un réel qui ne serait qu'une vérité partielle ?

Ithloaèdes. Oui, mais... Au début de la physique quantique, on pensait que l’observateur devait nécessairement être un humain et donc représenter le résultat de sa conscience. Mais plus récemment, on s’est rendu compte que l’observateur peut être bien autre chose. Il semblerait en effet qu’il suffit qu’une particule ou une onde « observe » une autre ondicule pour que celle-ci devienne onde ou particule… Cela semble démontrer que les ondicules ont une certaine propriété que l’on pourrait définir d’agent de conscience.

Kyrios. Mille millions de tonnerres de Brest ! Ce que tu me dis est incroyable ! Explique-moi en quoi ce monde quantique peut-il exister car je ne le vois pas, comment pouvons-nous dire que cette chaise ou…. toi que je regarde sont fait comme tu me le dis ? Il y a là quand même un grand mystère qui tiendrait à la nature énigmatique des ondicules avant que l’on ne les observe ; un électron libre, par exemple, qui est une ondicule avant qu’on ne l’observe, peut devenir particule ou onde à l’observation, c’est-à-dire de la matière ou de l’énergie ?

Ithloaèdes. Oui, c’est bien ainsi. Même Einstein, qui défendait l’existence d’une réalité indépendante de l’observation, a fini par admettre que l’ondicule est selon ses termes un « champ fantôme », son existence n’est pas réelle au sens où nous l’entendons. Ce serait ce que l’on a appelé un champ de force.

Kyrios. Tu veux dire que la réalité s’actualise seulement sous l’effet de l’observation d’une conscience ? La conscience de chaque individu serait alors responsable de sa propre réalité et chacun la construirait comme un tunnel à travers ce mystérieux monde d’interactions quantiques.

Ithloaèdes. Et oui, c’est ce qui faisait dire à Eisenberg, l’un des fondateurs de la mécanique quantique : « Ce que l’on observe n’est pas la nature en soi, mais la nature telle que l’expose notre méthode pour interroger » et il ajoutait « que l’interaction entre l’observateur et l’objet provoque des changements conséquents et incontrôlables qui modifient le système observé ». En d’autres termes ce qui importe c’est ne sont pas "le sujet et l’objet", mais la relation qui s’établit entre eux.

Kyrios. J’imagine combien cette théorie peut paraître absurde. Elle l'était, en tout cas, pour Einstein qui posait cette question, avec un pincement d’ironie : « La lune existerait-elle quand même, si personne ne l’observait ? » Il ne savait pas le grand physicien que même un photon est doté de connaissance et que….. Mais oui, mais c’est bien sûr ! L’univers entier est conscient et il s’observe en permanence ! C'est pour cela que les diamants existent au plus profond de la terre avant d'être découverts, que les poèmes ou la peinture ou la musique existent de tout temps dans l'attente de leurs auteurs. Si je comprends bien, c'est par cette observation, ou permets-moi de dire cette conscience universelle, à laquelle appartiennent la lune, les diamants, toi, moi aussi, qu'est extraite la totalité de notre réel de tout ce qu'il aurait pu être. Mais continue, je t’en prie, dis-moi autre chose sur la nature de ce monde quantique.

Ithloaèdes. - Premièrement, c'est un monde peuplé à 99,9% de vide ! Dans les atomes, entre le noyau et les électrons qui lui tournent autour il y a tellement d’espace que l’on peut affirmer que les atomes sont essentiellement formés de vide. Cela d’ailleurs se reproduit à bien plus large échelle dans l’espace cosmologique. De plus, la matière n’est en réalité qu’une forme d’énergie ! Il y en a même tellement que certains scientifiques affirment qu'il y a plus d'énergie dans 1 cm3 d'espace qu'il n'y en a dans toute celle que nous appelons matière dans l'Univers !

Kyrios. Génial ! Une partie de cette énergie pourrait donc devenir une énergie utilisable. Elle constituerait alors une source d’énergie propre et renouvelable, comme celle du vent ou du soleil.

Ithloaèdes. Des recherches sérieuses sont faites en ce sens, on parle d'énergie libre. Mais poursuivons avec le quantique. Deuxièmement, une ondicule est à la fois présente en tout point et nul part, son existence est alors définie en termes de "champs de probabilité". On entre alors dans un monde de quasi science-fiction, puisque cette onde est présente jusqu'à dans des milliers d’endroits en même temps ! On dit que l’onde est dans un état superposé, à la fois ici et là-bas. Toutefois l’observation va arrêter cette dispersion. Seulement des consciences peuvent être des observateurs. Sans cette conscience, il y aurait cette superposition de possibilités en expansion. Chaque conscience crée ce que tu appelles son tunnel de réalité, parmi tous ceux probables, mais ce n’est pas la Vérité. C’est dire qu’une observation, autrement dit mettre de l’information sur quelque chose, extrait cette chose de toutes ses probabilités d’être pour la rendre matériellement existante dans le monde macroscopique, à savoir le nôtre. Troisièmement, prenons deux particules créées en même temps. Si on en expédie une extrêmement loin de l’autre et si on lui fait quelque chose, c'est-à-dire si on l'observe ou qu'on la manipule, l’autre réagira à l’instant même en se présentant dans le même état résultant. On peut en conclure que, soit l’information peut voyager à une vitesse instantanée, ce qui est considéré en l'état de la science comme impossible, soit les deux particules sont toujours connectées. La conclusion est que tout reste très probablement en contact.

Kyrios. En faisant le plus simple possible, je retiens de la vision quantique, qu’une particule est à la fois matière et énergie, que toute chose est un assemblage d'états qui contient des potentialités, que tout reçoit et émet des ondes vibratoires qui portent des informations et que c’est l’espace qui nous donne l’illusion que les objets sont séparés. Ce qui m'intrigue, c'est qu'il n'y a donc pas d'évolution dans le monde quantique puisqu'il exclut le temps ; on pourrait dire qu'il n'est, n'a été et ne sera toujours qu'en termes de potentialités réalisées ou pas. Dans ce monde quantique, alors, paradoxalement, il ne peut y avoir d’émergence puisqu’il n’y a pas d’avant, ni d’après, seulement une actualisation de la création par des consciences qui ne sont pas qu'humaines ?

Ithloaèdes. Non, il y a un avant et un après, puisque il y a eu, selon la théorie, un moment zéro ! On est arrivé à connaître l’âge de l’Univers à un millionième de milliardième de seconde après le Big-bang. Cette explosion cosmique d’énergie a produit toute la matière de l’univers. Donc il devrait y avoir eu un avant et un après.

Kyrios. En définitive il faut jongler avec deux mondes, celui d’Einstein qui régit les objets massifs (mondes, étoiles et galaxies) et où le temps peut changer comme changent les trois autres dimensions, et celui de l’infiniment petit (immédiatement après le Big-bang) où il y a eu une soupe quantique, dont on ne sait rien sauf que tout était et n’était pas ; un monde incompréhensible.

Ithloaèdes. La science n’a pas encore résolu la compréhension de ce passage, sinon avec des élaborations mathématiques portant sur ce qu’on appelle les théories des cordes, théories non vérifiables par l’expérimentation du fait de la dimension minuscule de ces objets, infiniment plus petits que les quanta. Mais surtout, les particules de la matière originale qui ont émergé du Big-bang, bien que dispersées dans l’accroissement de l’univers, sont restées en contact, ce qui voudrait dire que les particules qui nous composent, nous les humains, sont toujours connectées à toutes les autres particules de l’univers, que tout n’est que UN.

Kyrios. Cela me semble déranger les lois, les observations et le bon sens. Ces différents mondes emboités n’existeraient pas indépendamment les uns des autres, de manière inséparable. Et si je comprends bien, les divers niveaux de la matière, de la vie, de l’homme et de la société interagissent sans cesse entre eux.

C’est pourquoi Max Planck a pu dire : « Il n’y a pas de matière comme telle. Toute la matière est originaire et n’existe que par la vertu d’une force qui entraîne les particules d’un atome à vibrer et qui soutient tout ce système atomique ensemble. Nous devons supposer derrière cette force l’existence d’un esprit conscient et intelligent. Cet esprit est la matrice de toute matière ». Est-ce bien ce que la relation entre le Un et le Tout implique ?

Ithloaèdes. Oui, d'ailleurs, depuis fort longtemps et pour plusieurs philosophies, la nature est un continuum, il n’y a pas de différence entre matière et énergie. Dans cette approche intellectuelle, les opposés ne se détruisent pas mais essaient de s’accorder, de se compléter et de ne faire qu’Un. Le Taoïsme enseignait déjà que le deux devient trois, en ne considérant que le rapport qui existe entre les opposés. L’ensemble est ce que l’on nomme «le Un », le Tao. Enfin et pour éclaircir cela, le dialogue qui s’installe entre les opposés, le Yin et le Yang par exemple, ne peut se révéler que par leurs échanges. D’où la conclusion philosophique que les opposés existent et n’existent pas, qu’ils sont dans des états imbriqués au sens quantique. La pensée occidentale, quant à elle, raisonne trop souvent en termes de dualisme, par exemple le bien et le mal, la lumière et l’obscurité, le blanc et le noir, l’être et le non-être, et cætera. Elle est, ainsi, incapable de comprendre que le deux forment le Un. Relation, trame, tissu voilà comme on peut voir le monde, un ensemble intriqué de fils formant un tissu multidimensionnel au dessin d’une extraordinaire complexité. Et cela est le tout et en même temps le Un.

Kyrios. Donc, si je comprends bien cet Univers, ce monde dans lequel nous vivons représente le Un ?

Ithloaèdes. Pas tout à fait, car il est arrivé un instant après le début du Big-bang, on peut donc se poser la question qu'y avait-il avant le Big-bang ? D’un point de vue philosophique, le Un doit inclure tout ce qui existe dans notre espace-temps, comme dans d’autres univers imaginés par certains ; il inclut aussi tout ce qui les contient, car il doit bien exister un contenant. Il suffit d’imaginer que, si la théorie du Big-bang est correcte, au départ, au temps zéro de la vie de l’univers, celui-ci, sa masse et son énergie était contenue dans un point dont la masse était énorme et la dimension équivalente, peut-être à celle d’un petit pois. Puis l’explosion et l’inflation qui suivirent formèrent l’univers que nous connaissons. L’unité forma le tout. Cela veut aussi dire que nous sommes en contact encore avec ce tout car tel que nous le voyons l’univers est Un, c’est la science et la philosophie qui nous le disent. Le Un est avant le zéro cosmique. Mais laissons de côté maintenant cet étrange ballet entre philosophie et physique, car j’ai envie, à mon tour, de te poser une question : Est-ce que le temple maçonnique, en tant que représentation du cosmos, offre des symboles qui nous mettraient sur la voie d’une telle analyse ? Kyrios. Bien sûr, tout le temple lui-même et, dans le temple, tous les symboles de la dualité et ceux du ternaire montrent, à l’évidence, une vision de la complémentarité des contraires et de leur coïncidence dans l’unité. C’est l’enseignement majeur de la formation de l’apprenti. Le monde ne peut nous apparaître que sous une forme duale, mais son unité est à rechercher avec le 3. Parfois, le 3 n’est qu’un nombre d’énumération comme les trois grandes lumières, les trois piliers lorsqu’ils sont présents, les trois pas de l’apprenti, les coups de maillets, les rythmes d’acclamations, etc. D’autres fois, le 3 est un ternaire qui, seul, rétablit ce que le 2 a troublé en tant que dualisme, en tant qu’opposition. En fait, seul le ternaire fait davantage : le passage du 2 au 3 permet de dominer le dualisme, de l’effacer même, non en le niant, mais en le ramenant à l’unité préexistante dans un mouvement ascensionnel. Les formes de ce ternaire seraient les symboles illustrant la complémentarité. Par exemple le pavé mosaïque, les 2 colonnes, la lune et le soleil, bien sûr l’équerre et le compas. Ce ternaire se retrouve de la façon la plus évidente avec le Delta lumineux.

Ithloaèdes. Alors le delta lumineux pourrait aussi évoquer l’approche quantique et l'œil serait l'idée de l'observation par une conscience universelle ?

Kyrios. Pourquoi pas puisque le triangle, pointe en haut, est ce que l’on appelle une triade, c'est-à-dire l'unité qui se donne à voir dans sa manifestation duale et les échanges entre tous ses composants, en somme le Un et son émergence le Tout. Le point unique du haut du triangle est l'unité d'où tout procède ; tout est de la même essence que lui. Le sommet serait le Un, non pas le nombre mais le principe, qui précède et contient le zéro cosmique du Big-bang. Il est, évidemment placé du côté des mondes supérieurs, c'est-à-dire pour nous, à l'orient. A l'autre extrémité, dans le monde de la formation, il y a la même symbolisation. J et B représentent, dans la phase du monde de la dualité, et non du dualisme, les deux aspects différenciés et séparés de l'unité du Delta qui les contient en idéation, réunis dans la superposition androgyne. En percevant notre Delta comme une trinité avec la consubstantialité de l'Esprit manifesté, de la matière et de l'univers leur fils[i], sans le savoir, on évoque de fait une présentation quantique de l’ondicule, avec énergie, matière et potentiel d’existence consubstantiels. Par la perception symbolique d’une unique origine qui ne se différencie que dans la perception humaine, le franc-maçon peut s’attacher à voir plus loin qu’avec le seul regard manichéen du profane, cessant de se soumettre à toute affirmation moraliste ou dogmatique.

Ithloaèdes. Le triangle pointe en bas, est aussi un ternaire, son symbolisme diffère-t-il ?

Kyrios. Le triangle pointe en bas peut être interprété, dans une visée mystique, comme un retour à l’unité, le chemin pour s'unir au créateur. Mais c'est aussi deux termes préalables qui génèrent un troisième terme, une sorte d’émergence comme dans le ternaire « thèse, antithèse, synthèse ». Le troisième terme généré est une affaire d’interprétation personnelle. Je dirai que ce sont des tunnels de réalité (au sens où on les a définis) alors que le triangle pointe en haut est un universel. Ithloaèdes. Alors, l’origine verbale du mot « symboliser », « reconnaitre, mettre ensemble, assembler » se situe dans le contexte du ternaire ? Car, n’est-ce pas une façon de retrouver l’unité sous-jacente avec ce qui est épars ? Par exemple, la réalisation de ce que nous appelons l’égrégore ne fait-elle pas émerger une structure d’unanimité, quelque chose comme un essaim ? L’égrégore, perçu du point de vue quantique, pourrait très bien n’être que la manifestation spirituelle de l’intrication de nos particules avec celles des FFø et SSø mais aussi avec celles de tout l’univers, cela est montré visiblement par l’entrelacement de la chaîne d’union, en tout cas c’est une interprétation possible.

Kyrios. Si tous les êtres ne cessent jamais d’actualiser l'Unité, par contre, ils perdent de vue ce rattachement. Le symbole nous permet de comprendre que, quelque soit le sens du mouvement, à l'ensemble, préside l'Unité ou le retour à elle. La connaissance s'est obscurcie, d'où par exemple la souffrance et les erreurs sur la prétendue « autonomie » de l'individu. Ce qui est appelé «mental», c’est le monde mouvant, intermédiaire entre le corps terrestre et l’esprit de nature universelle : il est fait des échanges de nos émotions, de nos imaginaires, de nos pensées que nous avons avec l’univers et avec nous-mêmes, il est appelé aux métamorphoses et aux transformations. J’ai l’impression que Platon avait dit la même chose dans son Théétète, dans ce passage où il montre que la perception que nous procurent nos cinq sens ne peut accéder à ce qui est. Il écrivait : «C’est dans leurs approches mutuelles que toutes choses naissent du mouvement sous des formes de toutes sortes, car il est impossible de concevoir fermement l’élément actif et l’élément passif comme existant séparément, parce qu’il n’y a pas d’élément actif, avant qu’il soit uni à l’élément passif… Il résulte de tout cela que rien n’est un en soi, qu’une chose devient toujours pour une autre et qu’il faut retirer de partout le mot être... Il faut dire, en accord avec la nature, qu’elle est en train de devenir, de se faire, de se détruire, de s’altérer». Le mental fluctuant du monde sensible et dual ne peut donc pas approcher le Un universel et, de ce fait, nous ne pouvons pas atteindre ce niveau d'unité par le seul mental. Il faut faire du vide en soi pour permettre à autre chose de nous remplir, c’est aussi une façon de tailler sa pierre, en faisant du vide, pour trouver et accueillir la pierre cachée, l’étoile de lumière qui attend en son cœur. Cette conception est aussi dans la philosophie orientale qui conclut : « ce n’est pas par la pensée que l’on atteint la Voie ». Alors, ta réponse à toutes mes questions du début de notre entretien, c’est que la vie n’est qu’échanges d’énergies et que la Raison apparaît comme la borne de l’encerclement de l’Énergie. On peut en conclure qu’il est donné à chacun de choisir d'être au cœur des choses ou à leur périphérie ; ce n'est pas trop de toute une vie pour confronter, l'un par l'autre, ce monde où nous sommes et ce monde qui est en nous.

Ithloaèdes. Voilà, Ellimac, ce que fut, pour l’essentiel, notre entrevue avec Kyrios. Mais je vais te résumer en quelques mots ce que nous sommes parvenus à comprendre. Tout est Un, le Un est avant le Zéro Cosmique, tout n’est que mouvement que nous appelons énergie, les choses ne nous sont perceptibles que parce que le mouvement donne l’illusion de la matière, nous n’existons que parce que nos cellules communiquent entre elles, nous sommes cet échange, cette animation. C’est pourquoi il n’est peut-être pas suffisant de se penser en termes de « qui suis-je » mais qu’il faut aussi s’interroger en ces termes : « que suis-je » ? Quelle est mon essence ? Quelle interférence de tunnels de réalité me fait exister ? Quel est le rôle de ma conscience et celui de mon inconscient dans l’objectivation de ma vie ? Ne suis-je sujet actif, créateur de réel que lorsque je mets une information sur ce qui m’entoure ? Si je me vois comme je suis, est-ce que suis-je aussi comme tu me vois ? Maintenant que nous sommes presque arrivés à Garibaldi, Ellimac, permets-moi une question : pour harmoniser ce qu’est la vie, ne suffit-il pas de générer la plus rayonnante des connexions avec ce qui nous entoure ?

Ellimac. Comme le dit le Tao te Qing, parler beaucoup épuise sans cesse ; mieux vaut garder le milieu ; alors de tout ce que tu m’as rapporté, j’ai juste un mot à te proposer pour te répondre : rien que de le prononcer, il irradie, comme une lumière primordiale, des myriades d’émergences, il est l'essentiel du mot animer, c’est le verbe «Aimer».

Solange Sudarskis

source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/

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La fidélité

18 Juin 2016 , Rédigé par M.T Publié dans #Planches

Désir, désir de liberté, désir d'accomplissement... sont quelques-unes des puissantes raisons de l'engagement dans une voie initiatique, engagement qui reste dépendant de la capacité à sacrifier ses seuls intérêts et son confort immédiats pour se soumettre à une discipline - une ascèse - et accepter une contrainte choisie dans un espoir de réalisation plus grande. L'engagement maçonnique est celui d’un cheminement progressif qui mène de soi à l’autre, au monde et aux dieux. Il s’appuie sur la capacité à soumettre sa volonté, canaliser ses passions, discipliner sa pensée, harmoniser raison et intuition, au moyen de rituels et d’une habile mise en oeuvre des symboles et de la pensée créatrice. C’est l’exercice continu de la pensée créatrice en harmonie avec le Principe – la loi morale - qui fait passer progressivement du monde de l'avoir à celui de l'être, dans un abandon volontaire du superflu au profit de l’essentiel pour l'accomplissement de soi dans l’ouverture au monde. C'est le domaine de la conquête de la connaissance de soi qui devient quête de la Connaissance, la Gnose. L'engagement maçonnique est fondé sur la conscience de sa propre liberté et de ses limites, la conscience d'un pouvoir relatif sur soi-même et sur le monde, la sensation d'une incomplétude, le désir et la volonté d'aller plus loin, au-delà de l'horizon visible. En nous engageant par serment, en donnant notre parole, notre foi, nous témoignons de notre pouvoir, de notre capacité morale et de notre liberté. Les buts de la Franc-Maçonnerie énoncés lors de la cérémonie d’initiation et progressivement révélés par la pratique maçonnique font l’objet d’un serment solennel. Le serment constitue la clef d'accès au monde maçonnique : engagement au secret et promesse de travailler inlassablement à son propre perfectionnement pour participer à la construction d’une humanité meilleure, plus éveillée. La fidélité est la clef de voûte de toute initiation et en assure l’équilibre durable. Comme la « ligne de foi », l’axe longitudinal des navires - repère intangible qui figure sur les compas de navigation - sert à aligner le navire sur la route choisie, l’axe vertical analogue de l’homme lui sert de « ligne de foi » personnelle, de ligne directrice interne.

La fidélité est la constance, l'exactitude, la véracité et l’attachement à cette « ligne de foi » de l’homme. Cet axe virtuel, qui va du midi solaire du solstice d'été au centre de la terre, est un canal énergétique et une droite morale ; nous traversant, il contribue à déterminer notre position singulière dans la création, celle d'un mammifère instinctif, primate irrationnel mû par ses besoins vitaux et ses passions qui, dressé sur ses pieds, doué de mains, d’organes de phonation et de parole, est devenu, par une lente progression, un être sensible, intelligent, doté de conscience et de raison, capable d’idéation, conscient de sa finitude et de sa mort : un être en évolution permanente. A cause de cela, l’homme est capable de construire et de projeter, de se construire et de se projeter, dans le temps et dans l’espace, tendu vers un idéal de conquête et la quête d’une perfection qu’il exprime préférentiellement dans l’art et la spiritualité.

Si le serment sert de fondation au Temple, au soubassement qui assure sa stabilité basique, la fidélité, clef de voûte de l’édifice, en assure la stabilité sommitale. L'équilibre stable du temple idéal de l’humanité que nous aspirons à construire est ainsi assuré par le bas et par le haut. L'axe invisible qui relie le bas et le haut, la terre au ciel, constitue l’axe humain de la verticalité : un chemin d’accès, une échelle, vers le monde de l’esprit. Cet ancrage terrestre à visée cosmique dans la verticalité - qui nous constitue en constituant un repère interne - est une constante, une référence, que nous devons reconnaître et à laquelle nous devons nous attacher pour être loyal et digne de foi dans le mouvement double de voyage que nous entreprenons vers nous-mêmes et dans le monde.

Etre fidèle, c'est respecter sa foi, ses engagements, son serment et la mémoire que nous en avons ; c'est respecter l’être humain en devenir que nous sommes, conscient de ses racines et de son parcours, en re-création permanente de lui-même. Aussi, être attentif, observer et maintenir cette règle interne, conditionne notre cheminement et notre cheminement initiatique. Être fidèle, c'est être fiable – digne de confiance - promettre de faire ce à quoi nous nous sommes engagés et, fût-ce au péril de notre vie-même (notre vie physique et celle de l’esprit), être pleinement, ici et maintenant, celui qui s'engage : un être libre, un homme de devoir et de responsabilité. Sans doute devons-nous légitimement nous interroger et pouvons-nous douter de notre capacité à tenir les promesses que nous avons souscrites ? Ne sommes-nous pas présomptueux, ne présumons-nous pas de nos forces dans une entreprise trop hardie ?

La liberté de s'engager implique la connaissance et l’adhésion aux valeurs énoncées, la pleine conscience de leur portée pratique, morale et spirituelle, la ferme volonté de les respecter dans toutes leurs implications, le pouvoir de les assumer et d'en répondre devant ses pairs, ainsi que la responsabilité qui en découle : accepter ses faiblesses et ses erreurs, supporter de les voir mises en lumière, être capable de les corriger, de se corriger, de se rectifier.

Le pouvoir de s'engager implique pour un homme de reconnaître sa liberté essentielle, de se penser et se voir en devenir de lui-même, d’être capable de s'améliorer, de choisir de se perfectionner. La cérémonie maçonnique rituelle de réception reconnaît implicitement et explicitement cette liberté essentielle de l’homme et sa responsabilité ; elle témoigne, de même, de la confiance en sa capacité de renouvellement et de progression vers son accomplissement d’être humain. Le serment est la parole donnée qui engage la totalité de l'être, au-delà même de la difficulté, au moment de l'engagement, à en percevoir avec exactitude les limites. La confiance accordée à l'impétrant par les Frères de la Loge est un acte de foi dans sa capacité à devenir qui lui permettra de connaître progressivement l’étendue du champ de son engagement. Être fidèle à la loi morale est la condition première, la ligne droite qui indique la direction qui vise à la plénitude de l’être. Les préalables de l'initiation peuvent ainsi s'apparenter à la promesse des fiancés de s'engager dans une union féconde où chacun apportera, dans sa diversité, le meilleur de lui-même pour construire et transmettre. La raison autant que l'intuition, la volonté autant que la persévérance et le courage, sont nécessaires pour réussir ce projet de construction, de dépassement de soi et d'épanouissement dans un ensemble plus large – le Temple - qui dépasse et réunit les individualités pour les assembler en une harmonieuse entité. Passer du 1 au 1 + 1, puis au 3, passer de la conscience d’une unité limitée à la dyade androgyne, union des complémentaires, puis au partage, c’est passer du binaire au ternaire, puis à la transmission, dans une entreprise d'élévation qualitative et spirituelle qui dépasse l'individu et s'étend à l'humanité. Plus que de conquête de nouveaux territoires de savoir, ce travail est traditionnellement défini comme celui d’une conquête de soi, la réintégration de l’être dans l’unité primordiale, l’Un.

Quelle est cette foi, dont la racine latine fides apparaît dans le mot « fidélité », cet élément stable sur lequel nous nous appuyons pour développer notre démarche, ou qui apparaît lors de notre mise en chemin ? Quelle est cette foi, cette constante vers laquelle nous nous dirigeons, mettant notre axe de vie en alignement avec l'axe de visée de l'étoile qui nous guide ? Dans les deux cas, c'est un point de référence, la conscience du centre stable de nous-mêmes. Un rituel maçonnique dit que « La Foi est la confiance inébranlable dans les promesses de l’avenir. Elle est l’expression de la fidélité dans nos principes et dans notre idéal. Elle légitime et fortifie notre crédit en l’humanité en général, et en l’être humain en particulier, dans toutes leurs possibilités. Elle anime notre ardeur dans la recherche du Vrai, du Juste, du Beau, du Bien. » Si la foi est un point de référence, le lieu de la stabilité, la fidélité (maçonnique), quels que soient les aléas du voyage, n’est-elle pas la reconnaissance permanente de la direction et de la localisation de ce lieu, la connaissance intime d’une vérité qui se manifeste et s’impose à soi-même ? N’est-elle pas dépassement constant de soi dans la quête infinie de la Vérité dont nous avons identifié l’origine en nous ? N’est-elle pas dans l’équilibre vital harmonieux réalisé au présent, d’instant en instant, entre le passé (nos racines et notre mémoire) et l’avenir (notre projet en devenir fructueux) qui fait de nous un arbre de vie dont la sève est le courant vital, invisible mais bien réel, l’essence-même de ce que nous devons transmettre ?

J’ai dit.

Michel TOL\

Source : www.masoniclib.com

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Le sacré en loge au rite Français

26 Mai 2016 , Rédigé par A.B Publié dans #Planches

Ce soir nous allons aborder le thème du sacré en loge.

Ce morceau d’architecture est destiné plus particulièrement aux nouveaux apprentis afin qu’ils prennent conscience de la manifestation, difficile à expliquer, qu’engendre le sacré. Notre approche sera simple et axée principalement sur le rite de notre loge, le rite Français. Eh oui, nous sommes dans le sacré lorsque nos travaux sont ouverts. Le temple dans lequel nous nous trouvons lors des tenues devient un lieu consacré à la divinité. C’est la définition même du mot temple. Le sacré, en effet, constitue un domaine réservé, mystérieux, inviolable, totalement séparé du monde profane. Pour rappel le sacré est la transcendance pour l’initié, c'est-à-dire l’élévation vers Dieu. Cette transcendance éveille en nous , en fait l’homme déchu, le souvenir de notre divine origine et le désir de nous élever vers des niveaux de consciences supérieures. C’est tout un programme qu’il faut mettre en route, si nous pouvons nous exprimer ainsi. Processus qui n’est pas sans risque, pour qui rentre en contact avec lui sans avoir été préparé et sans être protégé. A titre d’exemple rappelons-nous les précautions prises le jour de notre initiation. Une main protectrice nous guide malgré les difficultés rencontrées lors des voyages. Rappelons nous notre ressenti et nos sentiments lors de ce moment combien important ! L’espace de la loge devient sacré, le temps devient lui aussi sacré. Nous pouvons logiquement nous poser la question : Quel est le processus qui permet d’accéder au sacré lors de cet instant magique qu’est la tenue ? Pour entrer en communication avec le divin créateur, il est nécessaire qu’au début de chaque tenue, le temple soit en quelque sorte opérationnel, c'est-à-dire sacralisé. C’est alors qu’entre en jeu un rituel d’ouverture des travaux. Nous allons tenter d’y répondre par cet exposé composé de 3 parties :

l’espace sacré

le temps sacré

les incidences du sacré sur les énergies en loge et sur notre propre comportement.

En remarque nous devons préciser qu’espace et temps sacrés sont étroitement liés. C’est par pure commodité que nous prenons la liberté de traiter les 2 sujets indépendamment. Nous emploierons souvent le terme d’énergie, mais malheureusement il est peut-être un mot fourre-tout. La physique moderne propose des approches très pertinentes sur ce sujet mais je voudrais, ce soir, que nous restions dans du ressenti, dans de ce qui nous semble invisible et incompréhensible. Ce ne sont que des exemples vécus qui peuvent nous amener à appréhender ce phénomène. Nous nous emploierons donc à en donner. Le rituel, souvent décrié par certains par commodité ou ce qui est plus grave par ignorance, est donc le moyen essentiel, nécessaire et suffisant, qui devient le véhicule permettant le passage du profane au sacré. Le rituel d’ouverture permettra de sacraliser le lieu et le temps. Il renforce soit l’un soit l’autre. Il y a coupure par rapport au quotidien et pénétration dans l’espace et le temps sacrés. Nous savons bien que le temps et l’espace sont en rapport avec l’existence même de l’homme, notre existence physique, En présence du sacré on est libéré de cette condition. Le sacré est la source, une porte entrouverte vers l’absolu. On entre alors dans une expérience personnelle, intime, incommunicable.

1ère partie : L’espace sacré.

L’espace est en rapport avec le lieu où l’on se trouve. Vous avez peut-être remarqué dans les planches de notre frère secrétaire qu’il parle aussi de lieu géométrique parfaitement éclairé. Ce lieu, comme le précise sa définition, est effectivement cet ensemble de points jouissant d’une même propriété déterminée ou caractéristique qui dans notre cas est la présence du sacré. La loge avec son orientation, sa forme, ses décors, ses couleurs, va permettre l’accès au lieu sacré. Le sacré a un rôle primordial car le frère se trouve dans une ambiance qui va capter son attention et le rendre ainsi réceptif. Nous reviendrons sur ces notions en fin d’exposé. Maintenant examinons comment le processus se met en place. Quand nous sommes dans le temple avant que le vénérable pénètre en loge et passe entre les 2 colonnes, symbole puissant de rupture entre l’extérieur et l’intérieur, on remarque la veilleuse rouge allumée. Elle est d’autant plus visible que la loge est alors dans la pénombre. Cette lumière rouge est allumée avant l’ouverture des travaux afin de montrer son existence et sa permanence partout en ce monde. C’est la présence immanente du Grand Architecte de l’Univers. Déjà le sacré nous fait un clin d’œil. On pourrait se poser la question : pourquoi une lumière rouge ? En fait le rouge symbolise et représente le tellurisme, le monde de la matière, l’énergie vitale, notre relation avec la terre mère. Cette lumière rouge est donc la divinité présente sur notre terre. Elle nous rappelle notre enracinement sur notre planète bleue depuis notre incarnation dans notre expérience humaine terrestre. Ce sujet est essentiel pour nous. Il est au cœur de notre vie, de son sens et de notre démarche mais ce n’est pas notre propos de ce soir. Nous remarquerons aussi la présence du delta lumineux symbole très puissant lui aussi de la révélation et de l ‘omniprésence de la divinité. Revenons à notre rituel. Les coups de maillet du vénérable suivi de ceux des 2 surveillants vont participer à la sacralisation du lieu. On commence à se déconnecter de l’espace profane. Alors le vénérable peut dire « En loge mes frères ». Le processus est lancé. Du tumulte extérieur on passe à un système organisé. L’orientation symbolique de la loge avec le vénérable à l’est, orientation d’où provient la lumière au soleil levant, va permettre la diffusion de cette dernière vers les bougies du chandelier à 3 branches que le vénérable va allumer à partir de la veilleuse rouge. Il y a donc transmission de la lumière primordiale. Celle-ci sera ensuite prise en charge par le maître des cérémonies qui va allumer les 3 autres bougies des grands chandeliers qui entourent le pavé mosaïque. Pour ce faire le maître des cérémonies exécute une déambulation dans le sens dextrogyre c'est-à-dire dans le sens des aiguilles d’une montre suivant la course du soleil. On veut ainsi reproduire ce rythme solaire d’énergies fécondantes. C’est aussi, dans la tradition, le sens de l‘évolution, de notre évolution. Là on voit la filiation qui se produit entre le lieu et le grand tout. En parallèle on ressent une montée progressive des énergies intervenant dans ce processus. Dans le même temps, le maître colonne d’harmonie éclaire progressivement la voûte étoilée. De son côté, le maître des cérémonies finit par les bougies des surveillants. A partir de ce moment il y a en loge 9 lumières provenant de la même source. Ces 9 lumières 3X3 amènent les énergies de 3 sacralisations successives, le nombre 3 étant le nombre de la sacralisation, le nombre du souffle de la création, souffle qui nous a été à nouveau donné lors de notre initiation avec le symbolisme de la pipe à lycopodes. Mais derrière le nombre des 9 lumières on peut voir aussi le symbolisme relatif au nombre 9 qui puisque nous sommes partis du 1, la veilleuse rouge, et que nous arrivons au 9, est le moment de l’extension. Extension vers les autres mais aussi vers le but à atteindre, l’aboutissement, le contact avec les connaissances universelles et les vérités éternelles. Le frère peut alors commencer à méditer, à s’ouvrir aux autres, les aider, les soulager, les enseigner. C’est bien ce qui se produit lors du travail maçonnique en loge quelque soit notre grade, notre âge maçonnique. Il est à noter que l’apprenti peut aussi grandement apporter, à tous ses frères, par son attitude, sa présence, son comportement. Le tableau de loge est, ensuite, découvert par le premier expert qui va lui aussi avec sa déambulation permettre à l’énergie de devenir de plus en plus présente. La place du tableau dans la loge n’est pas anodine. Revenons sur la notion d’orientation. Le temple est orienté suivant les orientations cardinales, le cardo du Nord au Sud et le decamanus de l’Est à l’Ouest. Au croisement de ces 2 orientations se trouve le tableau de loge. En ce point, créé symboliquement, se matérialise entre son Nadir et son Zénith, l’axe du monde : la liaison entre le ciel et la terre. Je vous rappelle, mes frères apprentis, que nous pouvons recréer notre loge en n’importe quel lieu de la terre à la condition de l’orienter de façon symbolique et d’avoir les décors de la loge. Le vénérable ouvre ensuite le volume de la sainte loi, c’est encore un rappel de la présence divine. La pratique souvent usitée de lire le prologue de St Jean va aussi ce même sens. Enfin le vénérable va lors du dialogue d’ouverture avec les surveillants, demander qu’on s’assure si la loge est couverte. Suite à une réponse positive « les travaux sont couverts extérieurement et intérieurement » la loge est totalement coupée du monde profane mais cela ne signifie pas que l’espace est clos. Nous sommes à « couvert » autrement dit protégés, à l’abri des regards mais sous la voûte étoilée. Grâce à cette ouverture sur le ciel, le frère se trouve en contact avec la création toute entière. L’axe du monde décrit ci-dessus établit le lien avec le sacré. En ce point des énergies ascendantes et descendantes vont permettre aux frères d’apprendre et de transmettre. C’est comme une respiration sacrée : un inspir et un expir de la vie spirituelle. Tout est fait, tout est organisé, le lien sacré est là. Ce sacré est l’élément créateur qui consacre tout ce qui l’entoure par un éclat absolu qui dépasse tout entendement. Grâce à cette énergie irradiante tout ce qui nous entoure est devenu divin.

2ème partie : Le temps sacré.

Qu’est-ce donc que le temps ? « Si personne ne me le demande, je le sais mais si on me le demande et que je veuille l’expliquer, je ne sais plus ». Ainsi s’exprimait Saint Augustin dans les confessions. Pascal disait « l’éclaircissement que l’on pourrait en faire apporterait plus d’obscurité que d’instruction ». Nous voyons donc que le temps a passionné les hommes, bien sûr d’une façon plus ou moins métaphysique, depuis la première observation des hommes primitifs avec la clepsydre jusqu’à l’apparition de l’horloge atomique. Mais aujourd’hui ce n’est pas ce type de temps qui nous intéresse. C’est le temps sacré qui se différencie du temps profane dont nous venons de parler. Le temps profane est la durée temporelle ordinaire dans laquelle s’inscrivent des actes dénués de signification spirituelle ou religieuse. Ce temps profane est irréversible. Le temps sacré est au contraire par sa nature réversible, dans le sens qu’il est, à proprement parler, un temps mythique primordial rendu présent. Ce temps sacré est indéfiniment récupérable, infiniment répétitif. L’homme peut donc vivre dans deux espaces de temps, le temps banal profane et le temps sacré qui se présente sous un aspect paradoxal de temps circulaire, sorte d’éternel présent mythique que l’on réintègre périodiquement par le truchement du rituel. Il est à noter que l’homme connaît aussi dans le monde profane une certaine discontinuité du temps que l’on pourrait symboliser par le temps festif, jours fériés par exemple. Mais pour l’homme spirituel il existe une différence essentielle. Le temps sacré connaît des intervalles sacrés qui ne participent pas à la durée temporelle qui les précède ou qui les suit. Il a une toute autre structure et une autre origine, car il dépend d’un temps primordial. Pour l’homme profane le temps ne peut présenter ni rupture, ni mystère. Il constitue la dimension existentielle de l’homme, il est lié à sa propre existence, donc à un commencement et à une fin, qui est la mort, l’anéantissement de l’existence. Au contraire pour l’homme spirituel, la durée temporelle profane est susceptible d’être périodiquement arrêtée par l’insertion au moyen du rituel d’un temps sacré. Lors de ce processus, on peut réintégrer le temps sacré des origines, et devenir contemporain des dieux. Qu’en est-il en loge de cette question de temps ? Au début de la tenue le temps est conforme à celui dans lequel nous nous trouvons. Après que le lieu soit sacralisé par le rituel le VM demande.

« Frère premier surveillant à quelle heure les maçons ouvrent-ils leurs travaux »

« A midi »

« Quelle heure est-il frère second surveillant »

« Il est midi »

A partir de cet instant nous sommes dans le temps sacré. Le rituel a permis cette bascule. Nous sommes dans le temps mythique relatif à la construction du temple de Salomon, de notre temple intérieur, en relation avec le Grand Architecte de l’Univers. Il est midi en ce lieu sacré quand l’heure profane peut être très différente. Cet instant peut être identique pour d’autres frères sur la surface de la terre s’ils pratiquent le même rituel quelque soit l’heure profane. Alors nous pouvons travailler dans l’harmonie et la joie en communion avec le temps primordial. Maintenant avec les moyens symboliques et les rituels s’exprime toute la dimension spirituelle et sacrée du travail maçonnique réalisé à la gloire du GADLU. Sans alourdir mon propos nous pouvons prendre un exemple pour bien comprendre le processus en cours. Lors des travaux nous formons la chaîne d’union qui est un instant fort de ce temps sacré. Nous en avons pour preuve qu’à cet instant quand nous sommes autour du pavé mosaïque en face de l’axe du monde qui relie le ciel et la terre, le temps n’existe plus, il n’y a plus d’espace. Nous sommes unis à tous les frères répandus sur la terre, les frères du présent, du passé et de l’avenir. La notion de temps est perdue. Nous sommes dans une fusion que nous pouvons très bien ressentir si nous sommes dans l’énergie sacrée favorable, dans cet égrégore résultat de la pratique du rituel, des travaux et de la participation de tous les frères. Ensuite nous allons revenir dans le temps profane. Il faudra que le rituel déclenche ce retour lorsque le VM demandera :

« A quelle heure les maçons sont-ils dans l’usage de fermer les travaux »

« A minuit »

« Il est minuit très vénérable »

Alors nous revenons progressivement vers le temps profane avec la conclusion des travaux et notamment les agapes qui font partie intégrante de la tenue.

3ème partie : Incidences du sacré sur les énergies en loge et sur notre propre comportement

Tout ce qui nous entoure est de nature divine. Nous l’oublions. Le sacré est là pour nous reconnecter et mettre à l’œuvre des énergies fécondantes et vivifiantes qui vont nous permettre d’appréhender ce divin. Pour bien comprendre nous vous proposons quelques exemples du rituel. Le rythme impulsé par le VM et les surveillants avec leur coup de maillet, les musiques choisies, avec minutie et amour, du maître colonne d’harmonie vont permettre le maintien de cette énergie tout au long de la tenue. Nous faisons ici une remarque sur les loges mises en récréation. Le terme récréation doit être considéré comme un instant de préparation et d’organisation du temple si cela est nécessaire et un instant de recueillement pour les frères afin que les énergies présentes, si fragiles, ne soient pas perturbées. Ce n’est effectivement pas un moment de détente ou de chahut. De même il est favorable lors de la tenue qu’un rythme évite les temps morts, les bavardages qui sont de nature, là aussi, à briser le caractère transcendant de la tenue. Le respect de la gestuelle est aussi impératif. Les décors ainsi que les couleurs, notamment la couleur bleu au rite français apportent une touche énergétique complémentaire. Vous avez remarqué que les tapis des plateaux, les tabliers de maître et le plafond sont bleus. Cela renforce l’ambiance générale d’harmonie. Cette couleur bleue ne nous semble pas être due au hasard. Elle influence certains centres d’énergie subtile que nous avons sur notre corps, notamment le 5ème et le 6ème. . Qui n’a pas entendu parler du 3ème œil qui est la représentation de ce 6ème centre ? Effectivement dans la tradition, il est dit que le bleu, représente le calme, la sérénité et la liberté. Notamment au niveau de ce fameux 6ème centre, le bleu favorise l’intuition, la concentration, et aide à l’élévation de la conscience. On peut ainsi s’élever au-dessus des limites de l’espace et du temps. C’est bien ce qui se produit en loge. Je vous rappelle de plus que nous travaillons en « loge bleue », ce qui nous différencie des hauts grades. Est-ce un hasard ? Est-ce la confirmation de cette prise de conscience, cette recherche de notre part d’ombre, qui nous permettra de poursuivre notre chemin spirituel sous d’autres formes? L’ambiance ainsi créée, loin des fastes, sera propice au recueillement, à l’ouverture, à l’absorption de connaissances, à notre progression personnelle. Effectivement nous sommes comme sur un lieu de sacrifice : sacrifice de notre orgueil, de nos ambitions, nos préjugés, lieu où les vertus théologales trouvent leur pleine signification. Que ce sacrifice est difficile ! Nos expériences humaines et profanes nous le rappellent tous les jours.

Conclusion

« Là tout n’est qu’ordre et beauté, luxe, calme, et volupté ». Ainsi s’exprimait Charles Beaudelaire dans l’invitation au voyage. Mes frères apprentis, je vous invite donc à ce beau voyage tous les mois lors de nos travaux maçonniques. Au moyen du rituel on quitte le monde profane et nous partons pour ce voyage magique. Il est indispensable d’ajouter, et nous insistons sur ce point : la communauté de pensée, la volonté des frères, leur adhésion, sont des forces complémentaires au rituel pour qu’une telle magie apparaisse. Alors peut naître cet autre univers ordonné où chacun d’entre nous cherche à se connaître afin de poursuivre la quête du sens de sa vie en s’extrayant du monde sensible pour accéder à l’intelligible, à l’éternel. Il m’est toujours curieux d’avoir ce désir insatiable, pour la venue de la prochaine tenue. En est-il de même pour vous ? Il n’est pas question uniquement de retrouver ses frères pour passer un bon moment de fraternité, mais d’avoir, ce qui est difficilement définissable, ce contact profond avec les autres et avec soi-même. Cet instant où l’on peut espérer côtoyer cette notion, ou cette limite mystérieuse, de passer de l’avoir à l’être.

J’ai dit.

Source : http://www.trusatiles.org/pages/Le_sacre_en_loge_au_rite_Francais-5965213.html


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Le Centre de l'Idée

12 Mai 2016 Publié dans #Planches

La formulation du sujet que vous avez bien voulu me confier peut sans doute laisser perplexe car les mots choisis pour notre réflexion commune se présentent comme une affirmation, quasiment une certitude : « le centre de l'idée ». L'expression peut sembler mystérieuse à qui voudrait analyser le sens de chaque mot. Le centre a un symbolisme qui lui est propre et, sans nous imposer une longue recherche, on peut donner un équivalent de ce mot : Le centre est le symbole du sacré peut-être même du divin. 1
L'idée est ce qui se trouve « sous le symbole » selon le Rituel. On peut donc l'élargir jusqu'à fonder l'idéal si bien que notre sujet nous place sur la voie d'un problème essentiel : si le centre de l'idée est ainsi pointé c'est probablement parce qu'il a une origine sacrée...
Or, l'idéal peut’ il avoir une origine sacrée ? 2
Pour répondre à cette question qui nous paraît fondamentale nous nous proposons d'analyser la valeur de l'idée dans le Rituel même, puis, dans le cadre de l'initiation, nous voudrions saisir la redécouverte de l'idée autrement dit la maïeutique, ensuite seulement nous évoquerons ce voyage mystique au Centre, cette assomption que vous avez nommée le Centre de l'Idée.

I ‑ La valeur de l'idée

Nous avons annoncé que pour justifier, en quelque sorte, notre recherche, nous relirions le Rituel dans lequel se trouve, à notre avis la valeur de l'idée. Le Rituel se présente comme un ouvrage à plusieurs entrées, il apparaît morcelé et fragmenté car lié aux degrés qu'il génère. Ainsi, nous disons au cours de nos échanges: Je lis le Rituel du second ou du troisième degré et en Loge de Perfection nous cherchons aussi à « ouvrir » au degré dans lequel il est convenu de travailler comme si des frontières séparaient ces écrits, comme si l'un pouvait aller sans l'autre, comme si les degrés étaient imperméables les uns aux autres. Or le Rituel est un ensemble qui de notre point de vue possède une unité. Sa pédagogie engage le néophyte sur la voie du symbole, sur le chemin du concret. Il incite à travailler à partir des deux aspects du symbole: l'aspect de l'objet, de la chose et l'aspect du sujet ‑ en d'autres termes il conduit du visible à l'invisible. Graduellement, le néophyte perçoit que toute chose a un sens latent qui requiert une interprétation mais l'insistance de la fraternité portera essentiellement au cours des trois premiers degrés sur l'analogie et les correspondances (souvent horizontales, parfois verticales). La pensée analogique développe le goût de la similitude alors que le Maître Secret est constamment invité à contempler le Saint des Saints, à réfléchir sur la signification de la caverne , à observer les neuf voûtes, nécessairement il s'interroge sur l'aporie analogique 3 : si tout est semblable à tout, tout est dans tout ...si tout est égal à tout, tout m'est égal, alors, dans le cas où l'analogie serait une frontière, un barrage, jaillirait l'indifférence voire l'indifférentisme. Le symbolisme prendrait, dans ce cas, le risque d'être un échec s'il refusait le jaillissement de l'idée. L'idée naît du dépassement de l'uniformité. Son jaillissement est une forme d'ascension. Elle est la prise de conscience que le multiple du symbole trouve son unité et sa signifiance dans l'idée. Avoir une idée, c'est rassembler ce qui est épars. L'idée du Bien est, par exemple, issue des sommes d'actes constructifs qui sont autant de créations que la Création prend en compte. Il arrive parfois que la seule majuscule confère à une chose matérielle le rang spirituel d'une idée : une bonne action peut rejoindre le Bien (entendez l'idéal). L'article indéfini devient un article défini. De la chose, on passe à l'idée. Notre conduite (nos actions) relève, à l'évidence, d'une métaphysique.

II ‑ Redécouvrir l'idée

Vient le moment de retrouver la philosophie des idées que Platon dans ses dialogues socratiques a étudiée au V° siècle avant le Christ. Prenons pour exemple l'un des dialogues les plus célèbres. Même si le Ménon reste aporétique (il n'est pas répondu à la question posée dans la phrase introductive), ce dialogue donne un cheminement qui conduit à l'idée.
On sait que Ménon se flatte d'avoir été l'élève de Gorgias, l'un des Sophistes les plus connus de la Grèce antique. Il garde de son enseignement les us et les coutumes. Ainsi, le jeune homme aborde abruptement Socrate en lui posant cette question : « Peux tu me dire... si la vertu s'enseigne ? » 4
Or, Socrate lui propose, avant d'examiner le problème, de définir les mots qu'il emploie lui-même et d'abord le mot vertu ? Pour aller vers l'idée, il convient de suivre une méthode rigoureuse. On connaît les étapes de la démarche dialectique, celle qui permet d'aller de l'image à l'idée en passant par la définition. Socrate organise au cours du dialogue un cheminement qui invite son interlocuteur à sortir du monde sensible et à se diriger vers le monde des idées pour rencontrer l'idée de la vertu. Cet éloge de l'idée et les moyens pour la trouver se répètent dans tous les écrits de Platon. Le Ménon contient en outre une séquence essentielle en ce qu'elle révèle l'origine des idées selon le philosophe.
Socrate vient de démontrer à Ménon que son impatience dans la recherche le dirige vers la stérilité : vite et bien ne vont pas ensemble dans le domaine de la pensée. Son caractère emporté conduit le jeune homme vers des pseudos ‑ arguments qui détruisent le raisonnement au lieu de construire une argumentation. C'est pourquoi Socrate fait le récit suivant : « Voilà, j'ai entendu des hommes aussi bien que des femmes, qui savent des choses divines ...Un langage vrai, à mon sens, et beau !...comme l'âme est immortelle et qu'elle renaît plusieurs fois, qu'elle a vu à la fois les choses d'ici et celles de l'Hadès (le monde de l'Invisible), c'est‑à‑dire toutes les réalités, il n'y a rien qu'elle n'ait appris... » 5
C'est donc lors de notre naissance que notre âme devient amnésique et nous devons tout réapprendre. Mais, en fait, les idées sont en nous, notre naissance (notre immersion dans le monde sensible) nous a tout fait oublier. L'enseignement devrait par conséquent se nommer réminiscence. La théorie de la réminiscence nous indique l'origine des idées, ces idées que nous reconnaissons dès lors que notre interlocuteur nous met sur la voie du savoir. La redécouverte des idées, la maïeutique est une méthode qui vaut tant dans le monde profane que dans notre communauté où la lumière progressivement parvient à ceux qui acceptent de la recevoir

III‑ Voyage au centre de l'idée

Une fois identifié le monde des idées que le Maître Secret porté par le souffle du
Rituel redécouvre en même temps que l'Invisible, il faut se demander si l'idée dans son centre peut éclairer mieux et plus que dans sa périphérie. Le langage populaire donne lui-même un exemple de ce que nous voulons démontrer puisqu'un homme se plaint de n'avoir que des bouts d'idées ou de n'avoir que le commencement d'une idée. Il existerait donc une topographie qu'il nous faut maintenant explorer. Le phénomène de la pensée est lui aussi exemplaire en ce que notre compréhension est progressive. La lumière ne jaillit pas toujours avec rapidité. Il nous arrive d'errer, de tourner autour du sujet. Longtemps nous oublions de creuser, d'approfondir et ce que nous pensons reste superficiel. L'idée se dévoile comme le jour se lève. Graduellement, l'esprit voit que le sens s'éclaire au moment de la traduction ou de l'interprétation. « Le ciel s'allume », il met le feu de l'intelligence au service de la vérité. Ainsi naît le désir du Saint des Saints devant lequel le Maître Secret scrute en vain, comme les Hébreux la Terre Promise, une plus ample vérité : « difficultés de celui qui cherche le chemin vers soi, vers le « centre » de son être etc... ». Le chemin est ardu, semé de périls, parce qu'il est, en fait, un rite de passage du profane au sacré, de l'éphémère et de l'illusoire à la réalité et à l'éternité, de la mort à la vie, de l'homme à la divinité. L'accès au centre équivaut à une consécration, à une initiation; à une existence, hier profane et illusoire, succède maintenant une nouvelle existence, réelle, durable et efficace. 6
Ce développement nous paraît juste. En effet, le Rituel est tout entier l'expression d'une psychomachie. Combat de soi contre soi pour lutter contre toutes les paresses : paresse spirituelle, paresse intellectuelle, paresse psychique, paresse physique... Il faut donc aller du symbole à l'idée, mais arrivé à l'idée il faut atteindre son centre car le centre est primordial.
La pensée est un soliloque muet de l'âme, l'âme est par elle-même un principe d'union, or, le centre de l'idée apporte la paix profonde, la paix de l'être car elle a rassemblé le proche et le lointain, elle est le siège de l'idéal. De façon succincte, j'ai essayé de répondre à la question que vous m'avez posée. L'idéal tient en son centre l'essentiel. Du centre part son énergie qui se diffuse à la périphérie et qui rayonne au delà de la périphérie. Le soleil moral est le centre de l'idée comme le soleil est dans le cosmos le premier acteur de la vie. C'est, du moins, l'image que je souhaiterais associer au sujet qui a nourri ma méditation.

J’ai dit.

1 Cf. Mircea Eliade: Images et symboles Tel Gallimard 1980 (chap. I « Symbolisme du centre » P 33 à 65 et Le mythe de l'éternel retour « archétypes et répétitions » Gallimard 1969 le symbolisme du « centre » P 23.
2 « Tout microcosme... a ce qu'on pourrait appeler un « Centre » c'est‑à‑dire un lieu sacré par excellence. C'est là dans le Centre que le sacré se manifeste d'une manière totale... »Images et symboles Mircea Eliade Tel Gallimard P 49.
3 cf. Jean Beauchard : le symbolisme de la voûte P 9 à 30 Ordo ab Chao N° 39 1er semestre 1999
4 Platon Ménon GF Flammarion N° 491 1993
5 Platon op cit P 152.
6 Mircea Eliade Le mythe de l'éternel retour idées/Gallimard N° 19 1969 P 30.

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L'engagement maçonnique

21 Avril 2016 , Rédigé par Y\B\ Publié dans #Planches

Lors d'une discussion avec notre V\M\ sur la vie de notre Loge, nous en sommes venu à évoquer l'engagement et c'est à partir delà qu'il m'a demandé de plancher sur l'engagement maçonnique. Selon moi l'engagement maçonnique se décline en de nombreux engagements.
Ces engagements peuvent se classifier en deux catégories correspondant à deux plans ou deux mondes distincts et intimement liés: Le monde le monde sacré (c'est à dire dans le Temple) et par opposition le monde profane. Il est en effet un engagement bien au delà des portes du Temple . Voici en quelques mots comment je caractérise l'engagement dans le monde profane et dans le monde sacré (dans le Temple):

Engagement dans le monde sacré (dans le Temple)
Assiduité (prenez place)
Respecter et pratiquer nos rituels (les vivre)
Travailler (faire des planches, s’exprimer)
Assumer des charges (offices, représentation de la Loge, transmission…)

Engagement dans le monde profane
Répandre au dehors…
Etre dans l’action, agir
Avoir un comportement fidèle à son idéal
Travailler à son perfectionnement
En effet, le chemin sur lequel je me suis engagé à progresser implique un comportement à l'extérieur de l'espace sacré du Temple et du temps sacré des tenues.
C'est un engagement d'homme d'honneur respectueux de son idéal, de la vie et des Hommes. Pour la suite de ma planche, je vous précise que mon domaine de réflexion se limitera à l'engagement maçonnique dans le mode sacré. L'engagement du franc-maçon se traduit par de nombreux serments qui jalonnent le parcours maçonnique. Dés le premier degré, la franc-maçonnerie exige de nous un engagement. Laissez-moi-vous en rappeler l'essentiel:
1. Avant la cérémonie d'initiation - engagement de travailler – mains libres et yeux bandés
« Si vous êtes admis parmi nous, vous devrez prendre la ferme résolution de travailler sans relâche à votre perfectionnement intellectuel et moral.
Mais ce travail est pénible et demande des sacrifices. »
Persistez-vous, malgré cela, dans votre désir de vous faire recevoir Franc-maçon ?
2. Au début de la cérémonie d'initiation - engagement de garder le silence – main sur le cœur, yeux bandés
« Je m'engage sur l'honneur au silence le plus absolu sur tous les genres d'épreuves que l'on pourra me faire subir ».
3. En fin de cérémonie d'initiation - engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumières, yeux bandés
« Moi, N…sous l'invocation du Grand Architecte de l'Univers et en présence de cette Respectable Loge de Francs-maçons régulièrement réunie et dûment consacrée.
De ma propre et libre volonté, je jure solennellement sur les Trois Grandes Lumières de la Franc-maçonnerie de ne jamais révéler aucun des Secrets de la Franc-maçonnerie à qui n'a pas qualité pour les connaître ni de les tracer, écrire, buriner, graver ou sculpter ou les reproduire autrement. Je jure d'observer consciencieusement les principes de l'Ordre Maçonnique, de travailler à la prospérité de ma Respectable Loge, d'en suivre régulièrement les Travaux, d'aimer mes Frères et de les aider par mes conseils et mes actions. Je jure solennellement tout cela sans évasion, équivoque ou réserve mentale d'aucune sorte, sous peine, si je devais y manquer, d'avoir la langue arrachée et la gorge coupée, et d'être jugé comme un individu dépourvu de toute valeur morale et indigne d'appartenir à la Franc-maçonnerie».
4. Au terme de la cérémonie d'initiation – confirmation de l'engagement de fidélité – main droite sur les trois Grandes Lumière, sans bandeau
« Néophyte, adhérez-vous entièrement aux obligations que vous venez de contracter ? Confirmez-vous sincèrement et sans restriction le serment solennel que vous avez prêté, il y a quelques instants, sous le bandeau ?
Jurez-vous, de plus, d'obéir fidèlement aux chefs de notre Ordre en ce qu'ils vous commanderont de conforme et non contraire à nos lois ? »
5. Au terme de la tenue d'initiation – à propos des métaux – le V\M\ au nouvel initié
La charité cesse, en effet, d’être une vertu si elle est faite au préjudice de devoirs plus sacrés et plus pressants : une famille à entretenir, des enfants à élever, de vieux parents à soutenir, des engagements civils à remplir : ce sont là les premiers devoirs que la nature et la conscience nous imposent.
Voilà, j'en terminé avec le rappel de notre rituel du 1er degré, mais cela me paraissait important car tout est dit ou presque. Tous les engagements futurs contractés dans les degrés suivants, enfin, ceux que je connais à ce jour ne sont que des compléments.
Un tout dernier rappel qui concerne notre engagement relevant de nos Règlements Généraux :
Art. 135. - Tout Frère admis dans une Loge, soit par initiation, soit par affiliation, prend lʼengagement de lui payer ses cotisations et d’en rester membre actif pendant trois ans, à moins qu’il n’en soit dispensé par elle.
Maintenant, je vais rapidement vous commenter ma perception de l’engagement maçonnique qui se décline suivant deux axes : engagement vis-à-vis des Frères et de soit même

Engagement en vers soi-même:
Certains se contentent d’être des Franc-maçon, d’autres tentent de devenir des initiés.
Notre admission en Franc-maçonnerie nous ouvre des Droits mais elle nous impose surtout des Devoirs. Le Franc-maçon est avant tout un homme de Devoir - à chacun d’en définir le contour en fonction de ses capacités, de ses disponibilités, de sa sensibilité.
En homme libre – c'est-à-dire détaché des préjugés et du vulgaires – nous fixons nous même la hauteur de la barre des obligations. Bien entendu cette hauteur variera tout au long de notre parcours initiatique. Les contingences profanes auxquelles nous essayons de nous soustraire lors de nos travaux en Loge nous obligeront parfois à baisser cette barre voir à la déposer et quitter la Franc-maçonnerie quelques temps car nous ne serons plus disponible à l’ascèse indispensable. La démarche maçonnique est une chance dont seuls profitent ceux qui ont le privilège d’assurer sans trop de difficulté leurs obligations profanes (familiale et professionnel) et qui de plus bénéficient d’une santé satisfaisante. Ces prés requis ne sont pas donnés à tous le monde et leur pérennité n’est pas assurée lors de notre première entrée dans la Loge. La Franc-maçonnerie organisation philanthropique basée sur la fraternité et donc la tolérance nous permet contrairement à une organisation sectaire de décider de prendre de la distance et de nous soustraire à nos obligations dés que nous ressentons des difficultés à les honorer. A ce sujet il convient de souligner que l'engagement d'assiduité n'est pas destiné comme dans les organisations sectaires à créer une dépendance. Tel un sportif ou un musicien, chacun reste libre de définir la fréquence de ses entraînements, mais il me semble évident que la répétition des entraînements et la régularité des exercices sont la clef de la progression. Cependant, aucun maçon digne de son tablier ne portera de jugement de valeur sur la décision d’un Frère de se retiré pendant une période plus ou moins longue ou même définitivement. Je pense qu’il faut avoir de la lucidité pour demander sa mise en congé ou sa radiation quand l’équilibre de sa vie profane est mise en danger par l’activité maçonnique. L’activité maçonnique est exigeante car elle ne se pratique pas nonchalamment en dilettante – ce n’est pas un club de rencontre de joyeux illuminés, une amicale des gentils bien pensant, une association de sages bien fêtards (et non bienfaiteurs) - l’activité maçonnique requiert de l’engagement. L’art royal que la Franc-maçonnerie nous propose de pratiquer dans nos Loges requiert de la rigueur. Et si le Franc-maçon est un bon vivant en dehors de l’espace et du temps sacralisé en tenue c’est qu’il apprécie la vie et que le bonheur terrestre à un sens. L’initié que je cherche à devenir n’est ni un austère, ni un moine, ni un taciturne, c’est homme éclairé par les étoiles et ancré dans le présent. Serviteur d’un idéal qu’il défini lui-même, conscient de son inaccessibilité mais désirant dépasser sa finitude. Cet engagement désintéressé, seulement récompensé par la conquête de l'estime de soi, vise à projeter dans le monde les valeurs et idéaux qu'il s'est forgé comme des armes pour venir au secours de l'humanité. Un pied dans le sacré, un pied dans le profane le Franc-maçon est un passeur d’idéal engagé volontaire.

Engagement en vers mes Frères
En abandonnant l'assurance arrogante des certitudes que mes expériences dans le monde profane m'ont forgées, je peux entreprendre une démarche humble de reconnaissance par ceux qui deviennent mes Frères. Nous avons tous eu l’occasion d’être interloqué par une intervention que nous jugions caricaturale, outrancière, décalée,…Cependant, rendons nous à l’évidence, l’éveil de la conscience se nourri des interventions qui nous dérangent quelque peu. Il y a loin entre l’idéal commun et la pensée unique. Mais pour nous bousculer dans nos schémas de pensées engluées dans les préjugés que nous avons parfois du mal à laisser à la porte du Temple, il nous faut la participation active de nos Frères en général et de ceux qui pensent différemment en particulier. Sans eux je ne peux avancer sur mon chemin initiatique. Mon ego si prompt à prendre son indépendance dans le monde profane est démuni. Cela tombe bien, c’est justement lui que je viens chercher dans les ténèbres de mon moi – c’est lui que je viens éclairer d’une lumière intérieure pour mieux l’apprivoiser afin de mieux le maitriser. Un maçon se doit de construire sa réflexion par l’usage des outils dont il a appris le maniement. Il se doit de partager son ouvrage avec ses Frères. L'ouvrage est la résultante de l'art que chacun de nous développe dans l'utilisation des symboles et que chacun d'entre nous peut à loisir utiliser pour construire sa propre œuvre. Chacun est libre de pratiquer l'art royal avec sa sensibilité pourvu qu’il participe par son engagement à l’œuvre commune dans le respect de la Règle. En effet, la méthode maçonnique que je qualifie d’individuelle repose sur l’engagement collectif - Individuelle ne veut pas dire égoïste - Imaginez une tenue ou personne ne planche, ou personne n’exprime sa réflexion! Quel intérêt pour les participants si la pensée se meurt?! Parce que mes Frères sont nécessaires à mon propre cheminement, chacun d'eux m'est important. Dés lors l'engagement en vers mes Frères s'impose: je me dois d'assister, de défendre, d'aider autant que de besoin celui dont la présence m'est nécessaire pour progresser, et à la progression de qui, par réciprocité, je suis indispensable. N'est-ce pas aussi cela la fraternité?

Conclusion
Le respect de ses engagements introduit naturellement la définition de l'honneur. Ainsi par le respect de ces engagements le franc-maçon devient un homme d'honneur prompt à assumer ses paroles et ses actes dans le profane comme dans le sacré. Cependant, les engagements de chacun ne sont pas l'engagement de tous, car personne ne peut prétendre détenir la Vérité, il n'existe donc pas de modèle qui puisse servir de patron, de plan général ou de programme. L'engagement est et demeure personnel, singulier et sa diversité contribue également à l'enrichissement de nos différences. A chacun sa conscience dans son engagement sur le chemin périlleux et ingrat de la recherche et de l'approfondissement.
Mais attention mes Frères, il me semble que dans sa liberté éclairée, le véritable initié, se retrouve seul devant sa seule conscience jusqu'à n'avoir de comptes à rendre qu'à lui-même en étant plus intransigeant envers lui même que le plus redoutable de ses pairs ou de ses juges. Enfin, tout ceci n'engage que moi !

J'ai dit

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La Parabole de l'enfant prodigue

13 Avril 2016 , Rédigé par Evangile selon St Luc Publié dans #Planches

Jésus leur dit encore : " Un homme avait deux fils, dont le plus jeune dit à son père : "Mon père, donne-moi la part du bien qui me doit échoir." Ainsi, le père leur partagea son bien. Et peu de temps après, ce plus jeune fils ayant tout amassé, s'en alla dehors dans un pays éloigné, et il y dissipa son bien en vivant dans la débauche. Après qu'il eut tout dépensé, il survint une grande famine en ce pays-là ; et il commença à être dans l'indigence. Alors il s'en alla, et se mit au service d'un des habitants de ce pays-là, qui l'envoya dans ses possessions pour paître les pourceaux. Et il eût bien voulu se rassasier des carouges que les pourceaux mangeaient ; mais personne ne lui en donnait. Etant donc rentré en lui-même, il dit : Combien y a-t-il de gens aux gages de mon père, qui ont du pain en abondance ; et moi je meurs de faim ! Je me lèverai, et m'en irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils ; traite-moi comme l'un de tes domestiques. Il partit donc, et vint vers son père. Et comme il était encore loin, son père le vit, et fut touché de compassion ; et courant à lui, il se jeta à son cou et le baisa. Et son fils lui dit : "Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, et je ne suis plus digne d'être appelé ton fils". Mais le père dit à ses serviteurs : "Apportez la plus belle robe et l'en revêtez ; et mettez-lui un anneau au doigt et des souliers aux pieds ; et amenez un veau gras et le tuez ; mangeons et réjouissons-nous ; parce que mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, mais il est retrouvé.
Et ils commencèrent à se réjouir. Cependant son fils aîné, qui était à la campagne revint ; et comme il approchait de la maison, il entendit les chants et les danses. Et il appela un des serviteurs, à qui il demanda ce que c'était. Et le serviteur lui dit : "Ton Frère est de retour et ton père a tué un veau gras, parce qu'il l'a recouvré en bonne santé". Mais il se mit en colère, et ne voulut point entrer. Son père donc sortit, et le pria d'entrer. Mais il répondit à son père : "Voici, il y a tant d'années que je te sers, sans avoir jamais contrevenu à ton commandement, et tu ne m'as jamais donné un chevreau pour me réjouir avec mes amis. Mais quand ton fils que voici, qui a mangé tout son bien avec des femmes débauchées, est revenu, tu as fait tuer un veau gras pour lui". Et son père lui dit : "Mon fils, tu es toujours avec moi, et tout ce que j'ai est à toi. Mais il fallait bien faire un festin et se réjouir, parce que ton Frère que voilà, était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu , et il est retrouvé."

Source : Evangile selon St Luc, 15

Commentaire : le fils prodigue ! Une bonne idée...

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Les Agapes - Paroles d’un Maître des Banquets

13 Mars 2016 , Rédigé par A\ F\ Publié dans #Planches

Nous sommes dans une loge de saint Jean qui nous dit : « Si tu dis aimer Dieu et que tu n’aimes pas ton frère, tu es un menteur ». L’enseignement de saint Jean est centré sur le mot Amour ; or l’Amour a deux formes :
EROS : Amour dont le but est partage charnel
AGAPE : dérive d’un verbe qui signifie « accueillir avec amitié », « montrer de l’affection pour quelqu’un » Cette racine renvoie à une forme d’amour singulière, distincte de l’Eros.
Il s’agit d’un amour fait de valeurs : dévouement, tendresse, bienveillance fraternelle, pouvant prendre un aspect rituel, voire liturgique. Valeurs qu’on pourrait appeler maçonniques. L’AGAPE, c’est un amour oblatif, c’est-à-dire donnant priorité aux besoins des autres, sur les siens propres. Un amour dont l’équivalent latin est Caritas, mais sans relation avec le désir de possession ou de captation charnelle de l’Eros.
Voyons pour l’histoire :
le but de cette planche est d’exposer l’importance de l’Agape rituelle dans nos travaux ; plus généralement, le repas est un rite de socialisation et peut dans certains cas devenir un moyen d’atteindre le Sacré. D’un point de vue extrêmement terre à terre l’Agape est d’abord un lieu de plaisir, de « bonne chère et large soif », permettant l’échange de potins et plaisanteries faciles. Même sous une forme aussi triviale, il s’agit d’une caractéristique propre à l’espèce humaine : Les animaux mangent côte à côte. Les Hommes mangent ensemble. Cette convivialité associée à la nourriture prise ensemble est à contrario par les troubles de l’appétit : (anorexie, boulimie/qui sont avant tout des troubles de la relation à autrui), un signe de bonne santé personnelle et sociale. On comprend donc pourquoi le repas est un rituel très ancien dans l’histoire des civilisations. Dans la société grecque, le repas familial est très important et toute occasion pour inviter parents ou amis à banqueter est bonne. Seuls les personnages de marque ont droit à des sièges et une table : Les autres sont assis par terre, sur des peaux. Les Grecs donc, aimaient la joie des banquets, à l’occasion des fêtes de famille, de la cité, ou tout autre événement sportif ou artistique. Les banquets ont même donné naissance à un genre littéraire comme l’attestent le Banquet de Platon ou de Xénophon. Comment imaginer qu’un symposium, de nos jours, réunion austère de doctes personnages scientifiques, a pour origine « sumposion » signifiant réunion de buveurs. A l’époque tout grand repas entre amis, tout banquet de confrérie ou d’association comportait deux temps successifs : le repas proprement dit et secondement – le moment le plus long, l’absorption de boissons- principalement de vin, accompagnée de toutes sortes de distractions prises en commun (conversation, jeux d’esprit, audition de musique, danses…)
La première partie n’excluait pas les boissons (on se faisait servir à boire en mangeant. Au cours de la deuxième, on continuait à grignoter des desserts (fruits frais ou secs, gâteaux, fèves…pour exciter la soif !…) Il s’agit toujours de repas d’hommes. Les femmes libres sont rigoureusement exclues des ces réunions publiques, tout comme celles de la vie politique. Mais il existe des banquets féminins. Les Romains l’appelaient Collecta, ce qui donna le mot collation. Les chevaliers de la Table Ronde se réunissaient régulièrement pour partager un repas symbolique autour d’une table où tous les convives étaient géométriquement et symboliquement égaux. Lieu de communication avec ses voisins de table, le repas possède en soi une dimension sacrée qui dépasse le simple partage de nourriture : Pour les mortels que nous sommes, manger est le seul moyen d’échapper à la mort par épuisements, en transformant la mort donnée (animal, légume, fruit) en nourriture, source de vie pour soi-même. A ce titre ce cannibalisme rituel et dûment codifié, autrefois ? pratiqué dans certaines sociétés visait soit à acquérir les vertus de son adversaire, soit à neutraliser son influence néfaste. Intégré au rite religieux, la socialisation du repas est encore plus prononcée et peut même devenir un moyen de communication avec le divin. Il devient ainsi la cérémonie du repas traditionnel, de la Pâque chez les Juifs : le Pessah (le passage de la mer rouge) repas pascal, le Seder est un moment intense de foi collective. Jésus réunit ses apôtres autour d’une table pour partager le pain et le vin. Il y ajoute une signification mystique en les assimilant à son corps et à son sang ! Cette tradition existe toujours dans l’Eucharistie catholique. James Frazer, dans une étude a montré que la doctrine de l’Absorption de Dieu : l’hostie contient toutes les vertus du Seigneur (on mange Dieu) n’est pas propre au catholicisme : c’est la trans-substanciation que beaucoup de religions ont pratiquée ou pratiquent encore par des rites analogues. On immole l’agneau lors de l’Aït el Kébir, et ce sacrifice le socialise et lui donne une dimension sacrée. Sa chair ingérée, régénère, car elle est devenue nourriture spirituelle. Le mystère de la communion a joué un rôle capital dans le Christianisme naissant, et constitue toujours un moment fort du rituel de l’Eglise. La fête du mouton constitue un ciment spirituel pour tous les Musulmans du monde, lors de sa célébration. Absorber dans le même temps la même nourriture, avoir la possibilité de mastiquer et d’ingérer au même moment est un acte naturel permettant aux convives de vivre sur le même rythme, dans un même climat de réflexion, et ainsi de participer à un mystère du clan, dans une fraternité spirituelle, voire liturgique. On connaît la force de ces rencontres sur le plan religieux. L’évocation de la Cène est omniprésente dans tous les inconscients, même profanes. On pourrait évoquer ces repas rituels dans les couvents, où présentée sur de longues tables, la frugale nourriture matérielle, est accompagnée de nourriture spirituelle (lecture de textes sacrés pendant le repas ou chacun mange en silence et avec recueillement). Que dire de cette force potentielle des repas, qu’ils soient diplomatiques, d’affaires ou de famille… ? On attend d’eux qu’ils permettent de trouver une harmonie dans des points de vue, ou des intérêts différents. Le repas pris en commun exalte des sentiments de fraternité et revêt une signification presque mystique. On prolonge ensemble la vie. On est en relation avec les forces de l’Univers. L’Agape est la manifestation spécifique de l’Unité. Si le repas fraternel qui achève les travaux de la loge est infiniment associé à la tradition maçonnique, à contrario, on ne saurait voir l’influence maçonnique derrière tout banquet républicain, ou le repas marquant la fin d’un congrès ou autres travaux profanes. Le moment festif des Agapes maçonniques, en principe obligatoires varie selon les obédiences : totalement obligatoires et rituelles au Rite Emulation où les travaux, à table sont aussi importants que les travaux sur les colonnes. Au REEA, les Agapes fraternelles, consécutives à une tenue, présidées par le V\ M\ sont simples et rapides.
La parole y est ouverte pour tous, sur tous les sujets, hormis Politique et Religion, dans leur sens étroit. On y évoque des thèmes abordés pendant les travaux dans le temple.
Les apprentis et compagnons se font préciser un certain nombre d’informations qui auraient pu leur échapper, ou peuvent donner leur point de vue sur tel ou tel sujet, au Vénérable Maître. C’est un moment très fort dans la vie maçonnique de chacun : Les Agapes permettent de doubler le temps de rencontres fraternelles, qui se limiteraient, pour certains FF\, au temps, toujours trop court, de midi et minuit, deux fois par mois, en admettant qu’ils soient présents. C’est un moment privilégié d’échanges, de découvertes, de compréhension mutuelle. On partage, le pain, le vin, les mets (quelles que soient les quantités) les contraintes du service, et, surtout, chacun peut échanger, avec ses FF\ voisins, ses joies, ses peines professionnelles, familiales, ou maçonniques. Les Agapes aident à l’intégration des FF\ apprentis et compagnons dans la loge. Ils apprennent l’humilité dans le travail que leur FF\ leurs demandent : le couvert, le service le rangement. Sans parler des règlement généraux, je me suis aperçu que chaque FF\ avait une lecture tout à fait personnelle de la planche de convocation, voire de règlements intérieurs de l’atelier… Combien serons-nous ? Question permanente, angoissante, lancinante dont la réponse n’est même pas donnée quand les FF\ entrent à 20h sur les parvis. Le Véritable Maître n’est pas toujours informé des absences possibles, et le Maître des Banquets encore moins. L’angoisse ne se lève que lorsque tous les FF\ sont assis : ou c’est bon, ou alors c’est la « cata »… Pour les grands repas consécutifs à des cérémonies importantes, il faut contacter les FF\ des ateliers voisins, quelquefois aussi rappeler un par un, ceux de l’atelier. Evidemment, pour amener des FF\ visiteurs il faut auparavant avoir eu des contacts, avoir visité, donné de sa personne, établi des relations privilégiées avec les Maîtres des Banquets des ateliers voisins. Il y a une fraternelle entre nous, une complicité, parce que nous avons à peu près tous des problèmes semblables et que chacun donne à l’autre la solution qu’il a trouvée provisoirement pour les résoudre. Il faut énormément de souplesse dans la gestion financière :
- Marges de sécurité dans les quantités apportées par le traiteur en fonction du nombre et en fonction de son bon vouloir à grossir les parts…
- Se battre pour avoir des visiteurs qui resteront après les Agapes.
Mettre au point un système efficace du ramassage des triangles (rien n’est plus dur que de faire payer un retardataire…). Un ou deux FF\ en plus de ce qui n’est prévu c’est une petite rentrée, en moins, c’est négatif. Le budget est un exercice de corde raide entre les tenues fastes, financièrement, et les vaches maigres. Il faut essayer de penser à tout, tout prévoir : mets, pain, vin, desserts, condiments, café…alcools… Chacun veut retrouver son petit confort, comme à la maison. Une fois assis, le maçon redevient le pater familias, qui se fait dorloter, aux petits soins de sa femme et de ses enfants, ou alors il devient le consommateur, ou le client du restaurant réclamant sa petite cuillère ou son cendrier…. S’il y a l’avant, il y a le pendant, où il faut tout synchroniser pour qu’il n’y ait pas de temps morts pour éviter les phrases du type: « les Agapes durent trop longtemps : je ne reste pas »
Il y a aussi l’après qui n’est toujours pas simple à gérer à distance : nettoyages et rangement.
Les Agapes ont un grand rôle pédagogique : Partager la nourriture, c’est bien, mais aussi partager les tâches, les contraintes, la vaisselle ayant été bourgeoisement supprimée de nos contraintes, à Parthenay (ce qui déclenche la jalousie des ateliers voisins). Il y a un coté formateur pour les apprentis et les compagnons qui traditionnellement assurent les taches du service, mais chacun d’entre nous reste toujours apprenti, ce ne devrait pas être seulement que des mots… Il existe des ateliers où les Agapes ont été temporairement supprimées, mais toujours rétablies à la demande générale. Comment imaginer une maçonnerie sans Agapes. Une loge où les FF\ ne partagent pas un moment de convivialité si riche, après leurs travaux, où chacun, dès la sortie des parvis, rentre dans sa Chacunière (dixit Rabelais), sèchement. Que dire de ces souvenirs où on a partagé, côtoyé, échangé, en face ou à côté, qui le Grand Maître, qui le Conseiller fédéral ou autre dignitaire. C’est par les Agapes qu’on prend conscience : Qu’une loge, où on va quelques fois contraint et forcé, tenue obligatoire au sens strict, n’est pas qu’un temple, mais tout un ensemble : une salle humide, qu’il faut entretenir, nettoyer, décorer, aménager, pour que nous soyons heureux et à l’aise, mais aussi -Une cour, un bâtiment, un jardin à la disposition de tous. Que ce n’est pas que quelques heures, si fortes soient elles dans le mois qui permettent de la faire vivre, mais que derrière, tout un travail souterrain, et coordonné, existe avant et après. Le Maçon, venant d’une Loge de Saint Jean, donc associé à la recherche symbolique de la Lumière, rythme, au REAA son année maçonnique sur les deux solstices : Le solstice d’Hiver, associé à Saint Jean l’Evangéliste marque le début de l’allongement des jours. C’est le moment choisi pour célébrer par notre banquet d’Ordre rituel et obligatoire, rythmé par un cérémonial bien précis, et qui comme toute tenue implique : -L’écoute attentive des participants -Des règles de prise de parole, dont l’interdiction de la prendre plusieurs fois sur le même sujet. -Le rôle de l’orateur dans la synthèse des travaux En outre, il utilise un vocabulaire viril, voire guerrier, souvenir des loges militaires, nombreuses sous l’Empire et dans le siècle qui lui a succédé. Exemple : « tirer une canonnée de poudre rouge ou blanche…Feu !! » La Saint Jean d’Eté, sous l’empreinte de Saint Jean le Baptiste, donne l’occasion du banquet blanc, ou familial où des profanes (famille ou amis) peuvent être invités. Au delà des grillades profanes, c’est aussi l’occasion, sous la courte nuit étoilée, de faire une forte chaîne d’union autour de ce feu sacré qui disparaît et renaît éternellement, l’image même de la vie. Sans les Agapes, il y aurait peu de différence avec le travail profane, où, après avoir œuvré avec des collègues, chacun se précipite le plus rapidement possible chez lui. Même en ajoutant un peu de spiritualité, on se retrouverait vite comme les fidèles à la sortie de l’office du dimanche !… Le banquet est l’une des plus anciennes traditions maçonniques. Les Constitutions d’Anderson de 1773 prescrivent ces moments privilégiés, et la tradition du banquet explique les nombreuses assemblées dans les restaurants, et le fait, qu’au XVIIIème siècle, on assimilait souvent la Maçonnerie aux sociétés bacchiques, nombreuses à l’époque. Souvenons-nous de la taverne : l’Oie et le Grill. Les objets de tables, décorées aux armes des Loges, que j’ai vus aux expositions maçonniques de Bordeaux et de Tours, témoignent de la vigueur de cette tradition. La charge de M\ des Banquets est à la fois prenante, contraignante, passionnante. Je me suis lancé dans cette aventure voilà plus de cinq ans, parce que j’avais conscience qu’il y avait énormément de choses à faire et que je pouvais apporter ma petite pierre. Je pensais, et je pense toujours, que je peux me rendre utile à mes FF\ et les aider, d’une modeste façon, dans leur parcours personnel. C’est aussi une façon d’affirmer mon engagement maçonnique, que d’être le garant de cette continuité, de cette tradition. Dans un Orient éloigné, un vieux frère, Maître des Banquets m’a dit un jour : « tu verras, les Vénérables passent, les Maîtres des Banquets restent » Etre le gardien de la Loge est toujours un peu vrai, même si par moments, on a envie de passer la main. A nous de faire en sorte que mon successeur, un jour, troque bien son tablier de traiteur contre un solide tablier de Franc-maçon.

J’ai dit Vénérable Maître

A\ F\

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Le Maître des Banquets

5 Mars 2016 , Rédigé par P\ L\ Publié dans #Planches


On ne peut pas dire que cet office soit issu du rituel initiatique, à proprement parler, mais je dirais qu’il nous vient des profondeurs de l’humanité ou partager un repas était et est encore un signe de convivialité, de respect et d’hospitalité. Sans entrer dans la psychanalyse, je dirais que partager les fruits de la Terre, marque et soude l’intégration et l’existence d’un groupe humain et même animal. Dans les sociétés animales structurées comme celles des Loups ou des chiens, on ne mange pas n’importe comment, il y existe une hiérarchie et un ordonnancement que l’on retrouve pendant les Agapes maçonniques.
Mais revenons à notre Maître des Banquets, qui bien souvent, pour des raisons d’opportunité est un apprenti ou un compagnon, ce qui à mon avis ne devrait pas être. Au-delà des apparences son office est plus complexe que de nous faire un repas bon et pas cher. Pour définir cet Office je vais regarder du côté de la Messe catholique et dans le déroulement de cet office, vous pourrez faire les rapprochements utiles avec la Maçonnerie. Dans la Messe, il y a donc l’entrée, la mise en place du rituel puis en allant un peu vite l’enseignement proprement christique ensuite le sermon, et à la fin la communion par les Espèces. Sans faire un gros effort, la Tenue maçonnique se déroule à peu près de la même façon, et sans dire que le Maître des Banquets s’apparente au Prêtre, il faut bien convenir qu’il procède de la même manière. Je rajoute aussi pour celles ou ceux qui vont continuer leur démarche maçonnique, que les agapes sont une préparation pour plus tard, mais ceci est une autre histoire… !
Après les travaux de Loge, le Maître des Banquets prend le relais du Vénérable, pour distribuer et donner des forces matérielles aux Frères, afin qu’ils puissent répandre à l’extérieur les Vérités acquises pendant la Tenue.
Le maître des Banquets continue sur le plan matériel, le travail initiatique commencé dans la Tenue. Il est l’alter ego du maître des cérémonies, car pendant les travaux de table, on ne mange pas, on ne boit pas goulûment, on doit avoir de la Tenue, et il y a même pour les grandes occasions un rituel stricte et précis, et aussi suivant certains rites maçonniques, la lecture d’une planche et sans faire un rapprochement exagéré, il y a une ressemblance avec les repas servis dans les monastères.
Mais si l’on comprend bien, le maître des banquets est la jonction entre le monde des Idées et celui de la Matière, il est le pont nécessaire pour nous ramener à la réalité des choses, tout comme il nous prépare à revenir dans le monde profane. Son rôle n’est pas si anodin que cela, et lui aussi s’inscrit non pas dans une structure administrative mais bel et bien dans un processus initiatique, car le maître des Banquets, ferme les parenthèses du travail maçonnique. Je dirais qu’il cumule d’autre office, comme celui d’hospitalier, en permettant éventuellement à une Sœur ou à un Frère dans le besoin de partager quand même le repas, il est aussi trésorier pour récupérer le triangle dû.
Dans une loge mixte de ma connaissance il y a une pratique qui est très intéressante : au cours du repas, le maître de cérémonies demande le silence et il interroge les Sœurs et les Frères sur les problèmes éventuels que ces derniers peuvent rencontrer dans leur vie de tous les jours. Cela permet de donner du sens aux agapes et je trouve cela très fraternelle.
Mais pour avoir été Maître des Banquets et pour avoir consulté des Sœurs et des Frères qui sont et qui ont été en charge de cet office, la réalité n’est pas idéale. Il faut savoir que la préparation des repas, demande en moyenne, une journée à deux journées de travail par repas, et comme une majorité de Loges a deux tenues par mois, il est facile d’imaginer la contrainte que cela impose aux maçons titulaires. Et après il y a la vaisselle à faire et à ranger ! Le casse tête des Maîtres des banquets, c’est le nombre de convives, et je dois dire que l’unanimité de mes correspondants déplore le manque de respect des sœurs comme des frères. On prévoit pour vingt et il n’y a que dix participants, on s’organise pour dix et c’est vingt qui se met à la table des agapes, alors dans ces conditions, difficile de prévoir non seulement le nombre de convives, mais aussi d’établir un budget stable, et dernier grief, le non respect de la nourriture, car trop souvent on jette le surplus, ce qui attriste mes Sœurs et mes Frères, de voir le peu de cas que certains font des aliments.
Je pense que cet office mérite un peu plus de respect de la part des membres d’une Loge, et que la Sœur ou le Frère, n’est pas comme dans le passé un Frère Servant, avec la connotation de l’époque, un demi-Maçon. Sans oublier que dans l’histoire de la Maçonnerie spéculative, les Loges ont pris leur essor dans des auberges et au cours de repas elles se sont construites dans la forme comme dans le fond. C’est notre alchimiste à nous, car non seulement, il nous nourrit mais il nous donne la Fraternité nécessaire à notre vie de tous les jours et nous sommes redevables, envers le maître des banquets du même respect que l’on peut avoir pour n’importe quel office, car le fonctionnement de la Loge demande et a besoin du travail de tous pour obtenir la cohésion et l’harmonie utile justement au travail initiatique. Le Maître des banquets de part son travail donne la possibilité aux apprentis de parler et de poser les questions qui les taraudent, ave lui nous sommes bien dans un espace temps différent et complémentaire.
Pour clore ce petit travail remplissons nos coupes et portons une santé en l’honneur de tous les Maîtres des Banquets qui se décarcassent à chaque Tenue, buvons ! (Avec modération !)

P\ L\

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Historique de l’échelle des Grades du Rite Ecossais Primitif

25 Février 2016 , Rédigé par F.O'D Publié dans #Planches

Toute société, animale ou humaine, naturelle ou volontaire, doit se hiérarchiser pour survivre et progresser. Il est donc logique que la Franc-maçonnerie – considérée sous l'angle de sa représentation sociale ou, si l'on préfère de son corpus institutionnel – ait développé une, puis des hiérarchies, articulées autour de systèmes de degrés ou grades plus ou moins complexes. Ces degrés ou grades n'ont pourtant qu'un rapport lointain et ténu avec ceux du monde profane. En effet, et cela semble parfois oublié, les grades maçonniques correspondent – ou devraient correspondre – moins à des pouvoirs allant en s'élargissant au fur et à mesure qu'est gravie l'échelle hiérarchique qu'à une succession de portes, qui s'entrouvrent au cours du parcours initiatique. Les grades maçonniques correspondent ou devraient correspondre moins à des prérogatives qu'à des devoirs. Et si des droits particuliers sont légitimement attachés à chaque grade, ces mêmes droits n'ont de valeur que pour autant qu'ils permettent l'exercice des charges correspondantes. Les grades maçonniques peuvent donc se définir comme symboliques et obligataires. Ajoutons qu'ils sont nécessairement transmissibles – faute de quoi la structure maçonnique elle-même ne pourrait durer – et réglementés, à défaut ils perdraient toute signification ; on dirait aujourd'hui toute lisibilité ou visibilité. Cette nécessaire règlementation des grades maçonniques a subi des évolutions plus ou moins heureuses, évolutions liées tant à la sociabilité du moment ou de l'époque qu'à l'enracinement géographique des Rites et des Obédiences. [...] Il y a plusieurs siècles, les systèmes dits des Hauts-Grades en Europe continentale – ou des "grades collatéraux" (side degrees) dans les îles britanniques – n'existaient pas. Et même les premiers grades différaient de ceux que nous connaissons aujourd'hui. Au XIIIe siècle, le seul grade connu de la maçonnerie opérative était celui de Compagnon, en anglais Fellow Craft, et il fallut attendre plus d'un siècle pour voir apparaître en Écosse celui d'Apprenti, en anglais Entered Apprentice. Les Compagnons n'étaient cependant pas nécessairement du même "rang", pourrait-on dire, et l'on pouvait distinguer les Compagnons installés à leur compte de ceux qui gardaient le statut de salarié. C'est dans la première catégorie que l'on choisira le Maître de Loge, mais ici le Maître n'est point un grade : il désigne une fonction de direction qui deviendra plus tard celle du Vénéralat. À noter qu'au sein de la Loge, les deux classes de Compagnons ne faisaient l'objet d'aucune distinction sociale. Il convient donc de se garder de toute confusion entre grade et fonction, du moins jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Le Maître de Loge était un Compagnon choisi parmi ses pairs installés à leur compte. Ces derniers prendront progressivement l'appellation maçonnique de Compagnons Confirmés ou de Compagnons finis. Se dessinera alors un système articulé autour de deux grades dont le deuxième est à son tour subdivisé en deux, et d'une fonction :

  • Apprenti
  • Compagnon et Compagnon confirmé
  • Maître de Loge.

Au début du XVIIIe siècle, le Maître de Loge n'est toujours pas un grade au sens propre du terme, et la Grande Loge des Moderns confirma en 1717 la seule existence des grades d'Apprenti et de Compagnon. Il est cependant vrai qu'un manuscrit du Trinity College de Dublin semblerait indiquer comme date de naissance du troisième grade l'année 1711. C'est du moins ce que rappelle Jean Ferré dans son Dictionnaire symbolique et pratique de la Franc-maçonnerie [...]. Si l'apparition de la Maîtrise comme troisième degré hiérarchique ne parait pas pouvoir être datée avec précision, il est généralement admis qu'elle se situerait entre 1718 (peut-être 1711) et 1729. En 1726, la célèbre Loge Dumbarton Kilwinning, décrit son installation en mentionnant la qualité des Frères présents, à savoir : le Grand Maître (Maître de Loge), sept Maîtres, six Compagnons et trois Apprentis. Mais la présence de ces sept Maîtres ne constitue cependant pas la preuve définitive de l'existence du troisième grade à cette date car, comme le souligne opportunément Christian Guigue « il reste très probable que les sept Maîtres évoqués soient en fait sept dirigeants de Loges venus en visiteurs ». (in "La Formation Maçonnique", page 179). Les premières Constitutions dites d'Anderson (1723) ne font pas mention du grade de Maître en tant que tel mais, remarque Jean-François Blondeau « d'un système en degrés comprenant un grade d'Apprenti Entré et un de Compagnon ou Maître », les deux derniers termes correspondant à un seul et même grade. (in "Encyclopédie de la Franc-Maçonnerie", page 534). Ce n'est qu'avec la deuxième édition des mêmes Constitutions, publiées en 1738, que la maîtrise sera enfin formellement intégrée dans le système hiérarchique maçonnique. Vers 1745 apparaît un quatrième grade, le plus souvent connu comme celui de Maître Parfait ou selon les Rites, comme celui de Maître Secret. La Maçonnerie spéculative a pris le pas sur la Maçonnerie opérative et, dès lors, des systèmes de plus en plus complexes se développèrent en particulier sur le continent européen, tant au sein de ce qu'il est convenu de désigner par l'Écossisme qu'au sein de Rites plus "périphériques". Des Hauts-Grades viennent compléter une hiérarchie déjà passée de deux à trois puis à quatre degrés. Ce développement n'est pas homogène, tant s'en faut. Chaque Rite, Obédience ou Grande Loge revendique le droit souverain d'établir ou de corriger l'ordonnancement de sa propre hiérarchie. Seule semble échapper à cette effervescence la Maçonnerie jacobite introduite en France dès 1688 et surtout après 1689 à Saint-Germain-en-Laye par les Loges militaires des Régiments écossais et irlandais ayant suivi le roi Jacques II Stuart en exil, Maçonnerie demeurée peu ou prou fidèle à ce qui sera désigné par Early Grand Scottish Rite ou Rite Écossais Primitif. En 1778, une tentative de remise en ordre intervient avec l'adoption du Code Maçonnique des Loges Réunies et Rectifiées dit Code de Lyon. Ce Code, qui régira depuis lors le Rite Écossais Rectifié, ne reconnaît que quatre grades symboliques : ceux d'Apprenti, de Compagnon, et de Maître pour les loges bleues et celui de Maître Écossais pour les loges vertes. Mais à ces quatre grades symboliques, s'ajoutent les degrés chevaleresques de l'Ordre Intérieur qui utilise l'ancien Ordre du Temple comme "moyen de transcendance", pour reprendre l'expression de Hugues d'Aumont (in "Templiers et Chevalerie spirituelle des Hauts Grades maçonniques" page 16), Ecuyer-Novice et Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte. On est donc ici en présence d'un système à six degrés, auxquels s'ajoutent encore les deux degrés d'une classe secrète, dite de Profession : Profès et Grand Profès. Le Code de Lyon décrit avec précision les intervalles devant être respectés pour les passages de grades :

  • cinq mois d'assistance régulière aux travaux du grade d'Apprenti à celui de Compagnon
  • sept mois de présence régulière de celui-ci au grade de Maître Maçon ;
  • une année de présence régulière du Grade de Maître à celui-ci de Maitre Ecossais de Saint André.

En deux ans, on pouvait donc atteindre le quatrième grade, étant entendu que le même Code précise que ces intervalles peuvent être abrégés sur dispense particulière. En réalité, ainsi que le note Christian Guigue, "on était souvent Maître-Maçon dès le jour de sa réception" (in "Rite Écossais Rectifié – Manuel pour le Travail en Loge de Compagnon" page 153). En 1786, Frédéric II est supposé avoir édicté à son tour de Grandes Constitutions qui serviront de charte historique au Rite Écossais Ancien et Accepté, lequel comprend [...] 33 degrés se répartissant comme suit :

du 1er au 3ème pour les Loges bleues,

du 4ème au 18ème pour les Loges de Perfection,

du 19ème au 30ème pour le Chapitre,

le 31ème pour le Tribunal,

le 32ème pour le Consistoire,

et le 33ème pour le Conseil Suprême.

Cette hiérarchie en trente-trois degrés ne tardera pas à servir de référence mondiale et la plupart des Rites tenteront de fixer des équivalences entre leurs propres systèmes et celui du Rite Écossais Ancien et Accepté. Exercice parfois périlleux et discutable, car tendant à être oublieux des spécificités propres à chaque parcours initiatique. Toujours est-il que l'usage veut que le 4° du R\E\R\ corresponde au 18° du REAA, l'Écuyer Novice au 30° et le CBCS au 33°. On notera que la correspondance, entre les derniers degrés de CBCS et 33°, semble d'autant plus artificielle que le premier est un degré à caractère chevaleresque alors que le second est un degré administratif. Les intervalles pour les passages du grade d'Apprenti à celui de Compagnon et de Compagnon à Maître sont identiques à ceux du Rite Ecossais Rectifié, soit respectivement cinq et sept mois, mais l'Article 343 des Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise, adoptés en 1880, confirme en outre que ces intervalles peuvent s'exprimer également en nombre de Tenues. La Maîtrise est ainsi accessible à l'Apprenti qui aura participé à quinze Tenues. Nous sommes fort loin des pratiques contemporaines, est-il besoin de le souligner. (voir "Règlements Généraux de la Maçonnerie Écossaise pour la France et ses Dépendances" Éd. Lacour, 1993). [...] Quant au Rite Écossais Primitif, il semblerait qu'il connut des destinées diverses selon son enracinement géographique. En Écosse, il apparaît que le Early Grand Scottish Rite ne résista pas au mouvement général qui marqua la Maçonnerie des XVIIIe et XIXe siècles. Un témoignage intéressant nous est donné par A.E. Waite dans son Journal, à la date du 8 février 1903. En effet, Waite raconte les conditions dans lesquelles il fut reçu au 44e degré du Early Grand Scottish Rite qui aurait compris 47 degrés au total (cité par R.A. Gilbert "Ars Quatuor Coronatorum", volume 99 pour l'année 1986). En France, tout porte à croire que le Rite Écossais Primitif, peut-être parce que peu pratiqué, demeura plus proche de ses origines et qu'il parvint à maintenir assez longtemps une hiérarchie de grades rappelant celle du XVIIe siècle. Mais c'est avec notre ancien Grand Maître, Robert Ambelain, et les recherches qu'il effectua, que la situation allait se clarifier pour aboutir à la mise en ordre que nous connaissons aujourd'hui. [...] Schématiquement, et sans entrer dans le détail, on peut distinguer deux temps ou deux périodes, dont 1991 sera l'année charnière. Dans un premier temps, et après quelques variations probablement consécutives à l'avancée de ses recherches, Robert Ambelain arrête la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif à son cinquième grade, celui de Maître Écossais et/ouChevalier de Saint André. L'échelle hiérarchique du Rite Ecossais Primitif comprend alors les grades :

I Apprenti

II Compagnon

III Maître (ou "Compagnon confirmé")

IV Maître Installé (ou Maître de Saint Jean ou encore Maître de Loge)

V Maître Écossais et / ou Chevalier de Saint André du Chardon.

Ce schéma ressort assez clairement de deux documents ou courriers par lesquels notre ancien Grand Maître explique que le Rite Écossais Primitif arrête sa hiérarchie au 18e degré de l'Écossisme et du Rite de Perfection et donc à son grade de Chevalier de Saint André [...] et que le quatrième grade est celui de Maître Installé [...]. Pour les Frères qui désirent poursuivre leur avancée hiérarchique au-delà du grade de Chevalier de Saint André, Robert Ambelain offre la possibilité de les acquérir au sein d'un autre Rite dont il détient une patente : le Rite de Cerneau, similaire au Rite Écossais Ancien et Accepté et comportant donc 33 degrés. Quelques mois plus tard, notre Grand Maître décide d'enrichir la hiérarchie du R\E\P\ en lui adjoignant les grades d'Ecuyer-Novice et de Chevalier du Temple, semblables à ceux du Rite Écossais Rectifié. Dès lors, il n'est plus nécessaire de faire appel à ce que l'on pourrait appeler la filière Cerneau, le Rite Écossais Primitif se trouvant doté d'un système complet en sept grades. [...] À première vue, la hiérarchie des grades du Rite Écossais Primitif ne semble pas présenter de particularités notables, si ce n'est le rappel d'anciennes dénominations antérieures au XVIIIe siècle et une certaine similitude avec celle du Rite Ecossais Rectifié. Pourtant, deux grades méritent d'être quelque peu explicités, sans divulguer le moindre secret bien sûr, ceux de Maître Installé et de Chevalier de Saint André. Dans le système propre au Rite Écossais Primitif, le grade de Maître Installé est non seulement une "qualité" comme dans d'autres Rites mais bien un grade au sens strict du terme. Grade particulier car, bien que placé en quatrième position, il ne peut être conféré que si l'on possède le cinquième grade, celui de Chevalier de Saint André. Les raisons de ce particularisme – que l'on retrouve pour partie au Rite Écossais Rectifié – sont données par Robert Ambelain dans son introduction au "Rituel des Maîtres de Loge". Autre particularité du grade, celui-ci est conféré au sein d'une Loge de Maîtres Installés ou, à défaut, dans tout Temple mis à la disposition des trois Installateurs. Il n'y a aucun lien direct avec l'allumage des feux d'une nouvelle Loge et le grade qui est donné l’est ad vitam. Il permet à son titulaire de disposer de l'outil nécessaire pour créer une Loge, puis la diriger, mais l'Installation elle-même constitue une cérémonie per se. Pas plus que pour les autres grades, aucun intervalle minimal n'est fixé pour le passage au quatrième grade. De même, aucun délai n'est fixé entre l'Installation et la prise en charge d'une Loge. Est éligible au grade, écrit Robert Ambelain, « un Compagnon confirmé, ancienne dénomination de Maître Maçon, susceptible de diriger une Loge et d'y transmettre les trois grades de l'Initiation maçonnique : Apprenti, Compagnon et Compagnon confirmé ». (R. Ambelain : Rituel des Maîtres de Loge). Il ne semble pas que, dans l'esprit de Robert Ambelain, la Réception au grade de Maître Installé ou de Maître de Loge ou encore de Maître de Saint Jean constituât une étape obligatoire pour accéder aux plus Hauts-Grades du Rite et, dès lors, rien n'empêche fondamentalement un Chevalier de Saint André de passer aux grades d'Ecuyer-Novice puis de Chevalier du Temple sans être pour autant titulaire du quatrième grade. En revanche, un Chevalier de Saint André qui serait appelé à diriger une Loge devait obtenir préalablement le grade de Maître Installé. On pourrait donc qualifier ce dernier de grade "fonctionnel". Le grade de Chevalier de Saint André mérite également une mention spéciale car il résulte d'un "syncrétisme" original entre degrés purement maçonniques et filiation chevaleresque traditionnelle. Le sujet est extrêmement vaste et il est naturellement impossible de le développer ici sous tous ses aspects. Quelques extraits d'une fort intéressante note de Robert Ambelain, intitulée Les Maîtres Écossais, peuvent donner quelques indications essentielles. Il faut savoir que le grade de Maître Écossais de Saint André est demeuré longtemps secret. « Le 24 juin 1314, explique Robert Ambelain, Robert Bruce, roi d'Écosse, constitua l'Ordre de Saint André du Chardon. [...]. En 1593, Jacques VI d’Écosse constitue la Rose-Croix Royale avec trente-deux chevaliers de Saint André du Chardon. Il est alors Grand Maître des Maçons opératifs d’Écosse. Tombé dans l’oubli, faute de recrutement valable, ou raréfié dans le secret, l’Ordre de Saint André du Chardon est rouvert en 1687, avant son exil en France, par le roi Jacques II. Et là on voit apparaître au grand jour cet ordre maçonnique [...] qui a pour nom "Ordre des Maîtres Écossais de Saint André", nom qu'il ne quittera plus. Le Rituel, à double sens, évoque [...] le retour en Grande-Bretagne, après l'exil en France, avec la restauration des Stuarts. » (Robert Ambelain : "Les Maîtres Écossais"). D'autres sources donnent l'an 810 comme date de fondation de l'Ordre de Saint André du Chardon [...]. En tout état de cause, le cinquième grade du Rite Écossais Primitif est d'une exceptionnelle richesse et ne saurait être comparé aux grades – peut-être similaires dans l'apparence – d'autres Rites qui se parent de titres à connotation chevaleresque dans une perspective exclusivement symbolique et sans lien avec l'Ordre de Chevalerie, subsistant ou éteint, dont ils empruntent la dénomination (Chevaliers de la Toison d'Or, Chevaliers de Malte, etc). [...] Un dernier mot sur la question de la validité des grades et titres maçonniques. Assez curieusement, c'est un aspect du sujet qui est très rarement sinon jamais traité dans les Constitutions, Règlements et autres textes maçonniques. Ou alors de manière indirecte. [...] Une précaution liminaire s'impose : la validité d'un grade ou d'un titre maçonnique ne saurait être jugée avec des critères juridiques purement profanes. Cela n'aurait pas de sens et conduirait inévitablement à considérer nombre de grades maçonniques comme illicites ou usurpés à l’exemple des dénominations chevaleresques évoquées plus haut. La validité d'un grade maçonnique ne peut se déterminer qu'à travers la culture maçonnique elle-même : ses règles et son esprit. Ainsi, on pourra sans doute affirmer qu'un grade maçonnique sera réputé régulièrement reçu – et donc incontestablement valide – si trois conditions minimales sont réunies :

1. Régularité de l'Initiation maçonnique de l'Impétrant (on ne saurait donner d'autre grade à un Profane que celui d'Apprenti) et de ses élévations successives ;

2. Pouvoir de celui ou de ceux qui confèrent le grade : ce pouvoir doit s'analyser par référence au grade détenu par ceux-ci et, le cas échéant, par référence à la fonction règlementaire qu'ils assument au moment où le grade est conféré ;

3. Stricte observance des Rituels de Réception tels qu'approuvés et en vigueur dans le cadre du Rite au sein duquel le grade est conféré. Dans certains cas extrêmes ou d'urgence [...], les critères de validité – en particulier les critères de forme – pourront être assouplis pour tenir compte du contexte particulier.

Enfin, il ne faut pas confondre validité et reconnaissance du grade : la validité repose sur des critères objectifs alors que la reconnaissance ne relève que de celui de l'opportunité, critère subjectif s'il en est, ou d'accords inter-obédientiels révisables à tout moment.

F O’D

Source : http://www.glfriteecossaisprimitif.org/

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Rite écossais philosophique : rite écossais moderne ou rite français écossisé ?

21 Février 2016 , Rédigé par T\ D\ Publié dans #Planches

« La maçonnerie est un loisir un peu plus intelligent que les autres loisirs. Ce loisir prend la forme d’un grand rébus pour lequel personne n’a découvert une unique réponse. Comme tous les vrais loisirs, la maçonnerie permet de jouer comme dans le monde réel mais avec des petits camarades de jeux tolérants et compréhensifs, c’est pour cela que l’on les appelle frères ». Comme ici chacun le sait : nous travaillons au Rite Ecossais Philosophique. C’est évidence que de le rappeler. Ce n’est pas inutile de rappeler ce que cela signifie. Mes F\ Bien-aimés qui décorez ces colonnes et, par là-même, les rendez belles et lumineuses, c’est de ceci dont je souhaite vous entretenir ce midi. On parle d’« Ecossais », donc d’« Ecosse », partant d’« Ecossisme ». Mais qu’est-ce que l’Ecossisme ? En vérité, il est extrêmement difficile de définir ce qu’est un rite « écossais » malgré que les termes « Ecosse »et « écossais » sont omniprésents en Maçonnerie et que les rites qui se qualifient « écossais » sont relativement nombreux : Rite Ecossais Ancien et Accepté, Rite Ecossais Rectifié, Rite Ecossais Primitif, Rite Ecossais Philosophique… On dit même que fut fondé en Belgique voici un demi-siècle un « Rite Ecossais » d’un nouveau genre - un Rite Ecossais « belge » en quelque sorte – qui porte nom « Rite Ecossais de 1962 » (tout simplement parce que constitué cette année-là…). Bien des gens se sont rassemblés sous la bannière de l’Ecossisme, mais sait-on bien toujours ce que cela recouvre exactement ? Il n’est pas inutile de rappeler que l’Ecossisme n’est pas vraiment « écossais » puisque, comme son nom ne l’indique pas, il est né…en France, dans la seconde moitié du 18ème siècle, et dans une Europe en plein bouleversement politique. Le terme « écossais », en vérité, renvoyait à l’origine aux hauts grades, soit ceux au-delà de celui de Maître Maçon : il a qualifié d’abord une certaine classe de hauts grades, puis, par la suite, son sens a été étendu pour désigner l’ensemble de la Maçonnerie des hauts grades. Et, enfin, comme il n’y avait pas au 18ème siècle la séparation stricte qui existe aujourd’hui entre hauts grades et grades bleus, l’appellation d’« écossais » en est venue à être appliquée par certains Rites à l’ensemble de leur système, y inclus les grades bleus. C’est ainsi qu’il existait dans les dernières années de l’Ancien Régime un système qui s’intitulait officiellement « Rite Ecossais Philosophique ». L’appellation figure dans des documents avignonnais des années 1780, car ce Rite s’est prioritairement développé en Avignon. Je dis bien : « développé » en Avignon, puisqu’il naquit à Marseille ; il n’y a pas de doute à ce sujet En 1774 précisément, une Loge naquit, qui s’appelait la « Loge de Saint-Jean » et cette Loge acquit très rapidement un développement extraordinaire… Comprenez bien ce qu’était 1774 et quelle était la vie à ce moment-là : en 1774, Mirabeau a 25 ans et Voltaire en a 80. Nous sommes à 15 années de la chute de l’Ancien Régime (1789) et c’est la fin du règne de Louis XV, dit le Bien-Aimé. A cette époque, la France jouit d’une situation de premier plan en Europe et, d’une certaine façon, dans le monde. Elle est le pays le plus peuplé d’Europe avec une population estimée à 26 millions d’âmes. Elle en est aussi le plus prestigieux. La langue et la culture de la Cour de Versailles rayonnent à Berlin, en Prusse, à Saint-Pétersbourg, en Russie, bref dans tout le monde « civilisé » alors connu. Dans les salons parisiens, les écrivains et les penseurs français brassent les idées et refont le monde, à l’image de leurs voisins anglais. C’est le « Siècle des Lumières ». Ce sont aussi les prémisses de la Révolution… C’est dans ce contexte que naît à Marseille la Mère-Loge du Rite : la Loge de Saint-Jean ; et cette loge, très vite, va se développer d’une façon tout-à-fait remarquable. Dans un premier temps, elle se prolonge en Avignon par la création de la Loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », patentée le 31 août 1774 et l’Ouest (Toulouse, Agen, Bordeaux, Jarnac,…) comme plus au Sud (Livourne et Gênes en Italie, puis Palerme, Corfou en Grèce, Alexandrie en Egypte) et jusqu’à Saint-Domingue, et aussi Aix-la-Chapelle dans le département de la Roër (à l’époque département français), et même, m’a-t-on dit mais je n’oserais le jurer, Istanbul en Turquie. C’est ainsi que l’on va dénombrer à un certain moment jusqu’à une trentaine de Loges créées sous et par ce Régime. On peut véritablement parler d’âge d’or ! La Loge de Saint-Jean, donc, voit le jour à Marseille et très vite se répand – comme je viens de le dire – en Avignon via cet autre Atelier célèbre qu’est « Saint-Jean de la Vertu Persécutée » qui elle-même parrainera deux ans plus tard à Paris une Loge connue dans un premier temps sous le nom de « Saint-Lazare », devenue peu après « L’Equité », puis « Le Contrat Social », puis enfin « Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social ». Et c’est toujours à « Saint-Jean d’Ecosse du Contrat Social », la plus célèbre fille de la Loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », que tous ceux qui s’intéressent au « Rite Ecossais Philosophique » font encore systématiquement référence aujourd’hui ! Et voilà comment se développe en France – voici de cela maintenant 240 ans ! – un Rite qualifié « écossais ». Ce rite, tel qu’il était pratiqué dans ces années-là, différait assez peu de celui du Grand Orient dans les grades bleus ; il en différait surtout dans les hauts grades ; mais, bien évidemment, je veux ici me concentrer sur le rituel bleu prioritairement.

On ne saurait parler d’un rite « écossais » sans évoquer l’interversion qui constitue une de ses premières caractéristiques : la fameuse « interversion écossaise ».De quoi s’agit-il ? Si les Colonnes n’avaient pas été transportées à l’intérieur de la Loge, leur emplacement ne serait pas douteux, la Bible plaçant très clairement « J » à droite et « B » à gauche à l’entrée du Temple de Salomon. Comprenez bien cela et essayez de visualiser ce qu’était le Temple de Salomon à cette époque. «J » se trouve sur le parvis à droite, soit sortant du Temple à gauche. « B » se trouve sur le parvis à gauche, donc quittant le Temple à droite. Il n’y a pas de doute à ce sujet ! Les Français – qui sont « Modernes » et le revendiquent – ont inversé cet ordre et, introduisant les Colonnes à l’intérieur, les ont disposées autrement : « J », au Rite Français, est, franchissant la porte de l’Atelier, à gauche ou, si vous préférez, dans son local, au Nord. « B » est à droite, ainsi, dans ce même lieu, au Sud. Jakin se place chez les Français au Septentrion, donc à la droite du Vénérable lorsqu’on se trouve dos à l’Orient ; Boaz est au Midi, à la gauche de celui qui tient le premier maillet de l’Atelier. C’est la fameuse « inversion française » qui d’ailleurs n’est pas spécifiquement propre au Rite Français, puisqu’aussi bien on la retrouve dans d’autres rites, tel le Rite Ecossais Rectifié ou le Rite de Memphis-Misraïm. Les Colonnes ont donc été inversées et, partant, les attributions de celles-ci. Malgré tout ce qui a été dit à ce sujet – n’en doutez pas ! – Cette disposition interpelle, tant il est vrai que les choses sont souvent bien moins simples que ce qui paraît de prime abord… Au Rite Français - appelé encore par certains « Français Moderne » – les Surveillants siègent tous deux à l’Occident, le Premier au Sud-ouest (comme c’est le cas chez nous) sous le signe de la Colonne B\ dont dépendent les Compagnons ; le Second au Septentrion, près la Colonne J\, à l’angle Nord-Ouest de la Loge, d’où il supervise ses Apprentis. C’est le contraire chez les Ecossais Anciens et Acceptés qui placent en Loge les deux Colonnes autrement : J\ est au Sud, B\ est au Nord. Le Premier Surveillant siège donc au Septentrion, sous le signe de la Colonne B\ qui se loge à l’angle Nord-Ouest de l’Atelier, et, de là, surveille les Compagnons qui siègent au Sud. La stalle du Second Surveillant est au Sud, sous le signe de la Colonne J\ et c’est du Midi qu’il va surveiller les Apprentis dont il a la charge, lesquels bien évidemment siègent au Nord. On dit qu’ainsi Jakin se trouverait plus spécifiquement associée au solstice d’hiver puisque sa colonne fait face au soleil levant, cependant que Boaz trouverait une corrélation plus spécifique avec le solstice d’été . A suivre cette thèse, aussi bien il faudrait alors dire que, dans le Rite Français, Jakin serait plus spécifiquement associée au solstice d’été, cependant que Boaz s’assimile au solstice d’hiver, mais rien ne permet objectivement d’affirmer cette chose et, plus fondamentalement, il n’y a pas de réelle différence avec la disposition du Temple de Salomon si l’on sait qu’aussi bien tout ce qui est en-haut est en bas, et inversement… Du reste, comme l’a excellemment écrit un ancien Grand-Maître de la Grande Loge de France, « les énergies dans un temple sont multiples, certaines descendent et d’autres remontent de la terre vers le ciel diffusant, dans chaque recoin, la vérité en mouvement et nourrissant chaque cellule d’une connaissance toute particulière et tout à la fois universelle ». Il est indifférent, en vérité, de savoir à quoi correspond plus spécifiquement telle ou telle Colonne, dès lors qu’on admet que l’une et l’autre sont une liaison entre le ciel et la terre et, partant, entre le spirituel et le matériel.

Quelle est au départ – basiquement – la première spécificité de notre Rite ? Voilà bien, sans doute, une question à la réponse parmi les plus difficiles qui soient… L’étude des archives de l’Atelier permet la découverte d’un ouvrage ancien et précieux où l’on peut lire que : « Notre Loge, instituée par le G\ O\ de France au rite Moderne, s’est toujours distinguée des autres par le désir d’acquérir de nouvelles connaissances Maçonniques en recherchant avec zèle et constance le vrai but de l’Ordre… ». Et plus loin que : « Notre Loge ayant été constituée au Régime Ecossais Philosophique, nous avons reconnu qu’il a pour but les Connaissances les plus élevées, (celles) qui assurent à l’homme qui peut arriver à l'explication des Symboles un Bonheur véritable et éternel ; c’est une Maçonnerie qui, depuis le Grade d’Apprenti jusqu’au dernier Degré, conduit pas-à-pas (…) à la découverte de la Vérité» (Ibid., 25ème feuillet). Un dénommé ADAMA (alias) – ancien du Grand Orient de France, qu’il déserta quelques années plus tard pour rejoindre la Grande Loge de France, et qui se présente Commandeur du KOLOB ORDER, une association sui generis qui emprunte à la Maçonnerie autant qu’au Mormonisme et évoque aussi bien l’ufologie parlant d’aéronautique - expose que l’une des premières caractéristiques du Rite Ecossais Philosophique est d’entretenir un rapport étroit avec l’Alchimie spirituelle et mystique. La référence emprunte au folklore ; l’assertion, pour autant, n’est pas dénuée de tout fondement, s’agissant à tout le moins des hauts grades tels qu’on devait les pratiquer. Il est permis de penser qu’en effet l’hermétisme y occupait une place importante et l’on a été jusqu’à qualifier le Rite Ecossais Philosophique de « rite alchimique ». Entendez « alchimie » comme ici synonyme d’ésotérisme, soit la science de l’occulte et du secret, accessible à un petit nombre d’initiés seulement et dont la pratique devait rester inconnue des profanes. On ne doute pas davantage que la pratique des rituels d’origine dérouterait plus d’un maçon de notre époque… Il est donc établi que le REP. originel entretenait avec l’alchimie des rapports étroits et il se dit que son développement majeur sur la place de Paris en 1776 doit beaucoup au F\ Alexandre Boileau, un médecin particulièrement féru d’hermétisme, membre de la Mère-Loge d’Avignon, Grand Supérieur National des Loges et Chapitres du régime écossais philosophique en France et, surtout alchimiste réputé. Je rappelle que nous sommes à ce moment deux années après la naissance du Rite à Marseille et que la loge « Le Contrat Social » – autrefois « Saint-Lazare » – essaime à tout va : on compte, en ce temps déjà, pas loin de 30 Ateliers, ce qui est substantiel. Faut-il s’étonner de cet engouement pour l’hermétisme ? Non ! A la fin du XVIIIe siècle, la Maçonnerie « égyptienne » est en vogue, qui affirme puiser ses racines dans l’Egypte des pharaons et pratique des rites d’inspiration prioritairement mystique. On rapporte que Claude-Antoine THORY, un avocat adjoint au maire du 1er arrondissement de Paris, grand botaniste connu pour sa passion des roses sur lesquelles il se commit d’un ouvrage célèbre, mais aussi l’auteur d’une non moins célèbre « Chronologie de l’Histoire de la Franc-maçonnerie Française et Etrangère» et l’un des principaux animateurs du Rite Ecossais Philosophique de l’époque, avait installé à Paris une sorte de musée de musée initiatique visant à démontrer que la Franc-maçonnerie était l’héritière des Mystères antiques et notamment des Mystères égyptiens. Il n’est pas douteux que les hauts grades du rite étaient largement empreints d’ésotérisme. C’est aussi bien cela qui lui valut à la même époque de vives frictions avec le Grand-Orient de France, puisque « Le Contrat Social » voulait bien reconnaître l’autorité du Grand-Orient pour ce qui concerne les grades bleus, mais se considérait comme une « Loge-Mère »pour les hauts grades, alors que le Grand-Orient n’y voyait qu’un atelier parmi d’autres et prenait grand ombrage des patentes de hauts grades qu’elle distribuait à tour de bras. « Ecossais Philosophique » doit donc d’abord être perçu comme « Ecossais Philosophal » et on ne saurait comprendre l’essence de ce rite hors référence à l’hypothétique substance alchimique permettant non pas seulement la transmutation des métaux vils en or, mais plus avant – et cet aspect des choses est peut-être moins connu – de prolonger la vie humaine, voire de donner la vie éternelle, ou encore d’accéder à la lumière inextinguible… Ceux qui raillent notre rite le disent mal nommé, car on dit la pierre philosophale et non la pierre philosophique. Logiquement, notre rite eût dû s’appeler : « Rite Ecossais Philosophal »… Je vous ferai grâce de la merveilleuse dissertation qui peut se concevoir sur le grade de « Sublime Maître de l’Anneau Lumineux » et j’en viens aux grades bleus.

Une des toutes premières caractéristiques de notre rite – et c’est peut-être la plus importante ! - tient à l’emplacement des chandeliers et à leur signification. Regardez, je vous prie, ces trois flambeaux qui délimitent le Pavé Mosaïque, respectivement situés aux angles S\ E\, S\ O\ et N\ O\, allumés à l’ouverture de nos Travaux et éteints lorsque ceux-ci viennent à prendre fin. En connaissez-vous la profonde signification ? Ces flambeaux – que d’autres rituels nomment « colonnettes » afin d’éviter toute confusion avec les colonnes J\ et B\– sont bien chez nous des Colonnes et ces Colonnes ne sont pas de simples éléments d’architecture. Leur signification symbolique est claire et le ternaire qu’elles composent usuellement bien connu : Sagesse est au S\ E\, qui s’identifie au Vénérable Maître, c’est, on le sait, la qualité requise pour entreprendre ; Force est au S\ O\, qui est l’apanage du Premier Surveillant, la qualité requise pour exécuter ; Beauté se positionne au N\ O\, qui personnifie le Second, la qualité de loin la plus difficile à cerner, car toujours on se pose la question de savoir si la beauté est l’harmonie dans le regard ou l’ornement de ce qui est regardé... On sait le plus souvent que ce sont les trois piliers qui supportent l’Atelier. On sait moins que ces trois « piliers-supports de loge » sont aussi, et surtout, les trois Lumières qui viennent l’éclairer. C’est peut-être la première spécificité de notre rite ; c’est sans doute la moins connue ! Ceci est ce que j’appelle le « pont-aux-ânes » de notre rituel : celui qui ne saisit pas l’essence de ce qui vient d’être dit, quoiqu’il dise, quoiqu’il pense et quoiqu’il croie savoir, ne saura rien appréhender du reste… C’est que la compréhension des Trois Lumières de la Loge n’est pas chose aisée ! Pour faire simple, disons que pour les « Anciens », les trois Grandes Lumières en maçonnerie sont la Bible, l’Equerre et le Compas, cependant que pour les « Modernes » – paradoxalement antérieurs aux « Anciens » ! – et, bien évidemment, les Rites qui s’en revendiquent : Français Traditionnel, Ecossais Rectifié, Ecossais Philosophique, ce seront le Soleil, la Lune et le Maître de la Loge. Pour les premiers – apparus en 1751 et qui se qualifient eux-mêmes « Anciens » (« Antients ») –, Soleil, Lune et Vénérable Maître ne sont que Trois Lumières secondaires (« lesser lights ») et il en sera de même, bien sûr, pour le Maître de l’Atelier et ses deux Surveillants. Les petites Lumières sont ici les trois flammes dispensées par les trois chandeliers qui forment le pourtour du tapis de Loge et elles sont, au premier chef, la représentation matérielle de la bien connue triade (on pourrait dire aussi bien « trinité ») Sagesse – Force – Beauté, la Sagesse concevant le plan d’une œuvre que la Force exécute et à laquelle la Beauté apporte l’ornement .Pour les « Modernes », il en va différemment, lesquels privilégient le caractère johannite du rite et le Nouveau Testament, ce qui est un système tout autre... Le Volume de la Loi Sacrée est au premier chef la Bible et celle-ci est ouverte à la première page de l’Evangile de Saint-Jean (sur l’origine de cette querelle ancestrale et la double tradition qui s’en suit, notamment (sans exhaustivité) : Roger DACHEZ, « La querelle des « Anciens » et des « Modernes » – Nouvelles lumières sur un conflit fondamental de la Maçonnerie anglaise », Travail, Loge d’Etudes et de Recherches William Preston. Ainsi, le R\ E\ P\ est bien « moderne » qui emprunte au Rite Français : ses six Bijoux clairement subdivisés : trois « Mobiles » : l’Equerre, le Niveau et la Perpendiculaire ; L’Equerre que porte le Vénérable, qui sert à donner forme à ce qui n’en a pas et qui est la figure de la justesse et de l’équité ; le Niveau que porte le Premier Surveillant, qui sert à tirer une ligne droite et horizontale et à nous faire connaître la parfaite égalité ; la Perpendiculaire qui décore le Second, dont la vocation est d’élever perpendiculairement sur la base pour nous faire connaître que tout ce que nous entreprenons doit être dirigé par la sagesse du G\ A\ D\ L\ U\ et trois « Immobiles » : la Planche à Tracer, la Pierre Cubique et la Pierre Brute ; la Planche à Tracer, pour le Maître, qui lui sert pour ses dessins et qui est la figure de ce nouveau genre de vie que nous devons toujours suivre en tant que Maçons ; la Pierre Cubique, apanage du Compagnon, et qui lui apprend que nous devons sans cesse travailler à épurer nos mœurs et œuvrer davantage pour atteindre ce degré de perfection qui nous rapproche de notre Auteur ; la Pierre Brute, évident attribut de l’Apprenti, et qui est le premier symbole de nos imperfections que nous sommes appelés à corriger constamment trois Ornements – que certains appellent parfois « Meubles » par référence à d’anciens rituels du XVIIIème, ce qui peut créer confusion, car on parle ici de ce qui décore et non de ce qui se déplace. Au Rite Ecossais Philosophique, les trois Ornements sont : le Pavé Mosaïque qui est le sol de la Loge ; par définition, donc, la première parure de l’Atelier accessible au regard de celui qui y pénètre ; l’Etoile Flamboyante toujours présente, mais non illuminée au premier grade, posée au-dessus du Vénérable ; la Houppe Dentelée ou Cordelière à lacs d’amour, que l’on trouve sur le haut des murs ceinturant la Loge, soit sa bordure « tout autour » .l’emplacement des Colonnes (ou leur dénomination selon la place qui leur est réservée à l’entrée), les Premier et Second Surveillants étant disposés selon l’usage « moderne » : le Premier au S\ O\ devant la Colonne « B » qui est celle des Compagnons ; le Second au Septentrion devant la Colonne « J » dressée au N\ O\ et dont relèvent les Apprentis ; l’un et l’autre face au Vénérable qui, bien évidemment, siège à l’Orient. Il est tout-à-fait accessoire, à mes yeux, de savoir si cette disposition correspond ou non au Sceau de Salomon dès lors que, comme on sait, « tout ce qui est en-haut est en-bas » (« as it is above, so it is below »). Cette inversion française constituant, bien évidemment, un point de divergence majeur d’avec les Ecossais qui, prétendant revenir à la tradition ancienne, ont interverti à leur tour… les voyages au 1er grade, au nombre de trois, et qui sont à proprement parler non des épreuves destinées à effrayer le candidat, mais bien plutôt au premier chef des « purifications ». Il me faudra revenir sur ce point plus loin. le lieu des travaux qui est stricto sensu non le temple mais son porche ou son parvis (« in the porch of the Temple ») : on travaille non dans le Temple, mais en-dehors, et, comme on est dehors, on voit le ciel, donc la Voûte Etoilée. Notre catéchisme au grade d’apprenti est très clair à ce propos, qui porte :

Q. « De quoi est couverte votre Loge ? »

R. « D’un dais céleste parsemé d’étoiles »

La Loge est « ouverte » : en levant les yeux, on contemple la voûte céleste dont le bleu roi est constellé d’étoiles et parfois d’autres attributs de la sphère d’en-haut (rayons solaires, halos divers ou signes zodiacaux) et ce n’est pas décoratif uniquement. On pense, bien sûr, aux campements israélites dans le désert et aux toits de ces cabanes construits de branches et feuillages qui devaient permettre de toujours voir le ciel de l’intérieur les mots sacrés respectivement attribués à l’apprenti et au compagnon : « J… » au premier grade, « B » au second. C’est ici l’inversion des mots décidée par la Grande Loge des Modernes en 1730 aussi bien les mots de passe communiqués pendant la cérémonie : « T » au premier grade, « S » au second la position d’ordre, qui se fait la main au col, pouce en équerre de telle façon que la base du cou soit entre le pouce et l’index mais le coude appuyé contre la poitrine, soit l’avant-bras à plat sur le poitrail, non parallèle au sol. Inversement – et c’est paradoxal – il ne lui emprunte pas ses trois « Meubles » que sont Le Volume de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas, puisque ceux-ci sont chez nous le Maillet, le Compas et le Glaive, ou, pour être plus précis, il substitue aux deux éléments déplaçables que sont chez les Français la Bible et l’Equerre, deux autres de même nature mais de portée différente : le Maillet qui fait écouter les ordres du Vénérable et le Glaive qui sert à punir les réfractaires. Ce sont donc l’insigne de commandement, l’instrument qui permet de tracer le cercle et l’épée qui constituent le premier mobilier de notre Atelier. Et l’épée dont ici s’agit est l’épée droite à double tranchant, non l’épée flamboyante qui est différente… Voyez encore – c’est tout-à-fait fascinant – le rôle essentiel que joue la Bible dans notre rite, évidemment présente dans le « lieu » maçonnique. Mais, à quel titre ? En tant que « lumière » ou en tant que « meuble » ? Pour les « Ecossais », il s’agit bien d’une « lumière », et c’est sur l’Autel des Serments où sont disposés Volume de la Loi Sacrée, Equerre et Compas que le postulant vient prêter serment et contracte ses obligations. La Bible ici n’est, donc, pas mobile et n’a nulle vocation à bouger ou à se transmettre, comme il en va d’un instrument. Pour les « Français », l’approche est autre : la Bible, traditionnellement ouverte au premier chapitre de l’Evangile de Jean – il n’est pas toutefois obligé que ce soit nécessairement à cette page-là ! – est objet ou symbole éminemment transmissible, donc muable, ce qui ne signifie pas pour autant que l’on va passer son temps à se la transmettre de main en main… Notre rituel pose clairement que le Volume de la Sainte Loi doit être ouvert au prologue de Jean. En cela, son caractère johannite est pleinement confirmé. Il est pour le moins surprenant que le Rite Ecossais Philosophique qui vient tant emprunter au Rite Français dans ses grades bleus ne lui ait pas repris pareillement son assemblage mobilier ! C’est toutefois moins le fait de voir dénier à la Bible cet attribut mobilier qui interpelle que le rôle au premier chef rayonnant que les Anglo-Saxons viendront assigner au « Volume de la Loi Sacrée », soit tout livre de base à caractère religieux et qui n’est pas forcément la Bible mais peut être le Coran des musulmans, le Veda des hindouistes ou la Thora des juifs. Un autre point essentiel – et qui constitue une importante divergence d’avec le Rite des « Anciens » – est qu’au troisième grade le mot sacré des Maîtres (« J...») n’est pas perdu à la disparition de l’architecte : il a simplement été changé, il est remplacé par un mot de substitution (« M...B... »). Ce mot « substitué » est un mot nouveau, qui empêche ipso facto que soit encore fait usage de l’ancien. Aussi bien, et par conséquence, la recherche ne sera pas la recherche de la parole « perdue » : cette recherche est inutile puisque l’« ancien » mot est connu. La parole n’est pas perdue, mais le risque éventuel de voir divulgué le mot sacré écarté… Le serment du candidat au premier grade mérite approfondissement. J’y reviendrai plus loin. Les pas d’apprenti seront cités pour mémoire, s’agissant à mes yeux d’une pure spécificité rituélique et non d’un trait caractéristique de «modernité ». Il n’est pas sans intérêt, toutefois, de rappeler qu’au Rite Ecossais Philosophique la marche se fait en partant du pied droit comme chez les « Français », tandis que le Rite Ecossais Ancien et Accepté fait partir du pied gauche. Je ne souhaite pas m’étendre sur la symbolique du pied d’appel, sur laquelle se peut disserter à l’infini, mais on ne peut pas ne pas voir qu’il y a ici à nouveau une similitude forte avec le Rite Français, encore que le pas d’apprenti n’est pas rigoureusement pareil puisque chez nous le creux du pied gauche vient sur les deux premiers pas se poser contre le talon du pied droit et que ce n’est qu’au troisième pas que les talons se touchent, pieds en équerre – soit une double équerre par deux fois, suivie d’une simple sur le troisième pas – cependant que le Rite Français strict fait pratiquer la double équerre par trois fois. Mais, je le rappelle, il s’agit ici de spécificités rituéliques qui ne constituent pas, à mon sens, une clef permettant un rattachement à l’une ou l’autre mouvance en particulier. Notre Rite est, par contre, « écossais » : dans sa disposition des flambeaux aux angles respectifs S\ E\, S\ O\ et N\ O\ du tapis de loge. La disposition typiquement « écossaise » des flambeaux d’angle (trois flambeaux, dont deux sont devant les surveillants et le troisième à l’Orient du côté du Midi) semble être apparue en Avignon, vers 1776, dans la loge « Saint-Jean de la Vertu Persécutée », loge-mère de la loge parisienne «Saint-Jean du contrat social » qui sera le berceau du Rite Ecossais Philosophique. Il ne peut s’agir d’une simple coïncidence, dit Pierre NOEL. La proximité dans le temps et dans l’espace suggère qu’il y eut influence réciproque. Et Pierre NOEL d’ajouter que cette disposition des flambeaux était déjà présente en 1747 dans un texte énigmatique intitulé « Les Francs-Maçons écrasés », dont on ne sait trop ce qu’il faut penser mais qui suggère en tout cas que l’idée était dans l’air depuis quelque temps déjà. Quant à l’acclamation, qui est l’acclamation écossaise : « Houzé, Houzé, Houzé ! », laquelle diffère du «Vivat, Vivat, semper Vivat !»typiquement moderne, pour ne pas dire spécifiquement française Le maçon attentif trouvera, certes, d’autres points de similitude, mais là n’est pas le plus important. Il faut rendre à Pierre NOEL cette justice d’être parmi ceux qui ont peut-être le mieux défini la spécificité des Colonnes « in-lodge » – disons plutôt « Flambeaux » qui est terme plus approprié –selon que l’on travaille au Rite Français ou au Rite. Les Colonnes se retrouvent évidemment dans tout local de Loge. Mais la signification qu’on leur donne n’est pas forcément la même partout ! Alors qu’en loge française, les Colonnes (Sagesse-Force-Beauté) et les Lumières (Soleil-Lune-Maître de la Loge) constituent deux ternaires distincts, en loge écossaise, elles sont fondues en un ensemble unique, ce qui veut dire que, chez les Ecossais, le V\ M\ et les deux S\ S\ sont à la fois Colonnes et Lumières. En d’autres termes, les trois Piliers que sont les trois chandeliers, et dont la vocation première est de supporter la loge, deviennent par une sorte de « glissement sémantique » (entendez : une substitution à un signifié de ce qui est alors perçu comme signifiant ou, si vous préférez, le fait de donner à un mot une signification dérivée de celle qu’on lui avait été attribué à l’origine) – une dérive linguistique en quelque sorte – les trois Lumières qui viennent l’éclairer. Ou, pour l’exprimer autrement, les trois Piliers qui délimitent le pavé mosaïque à ses angles S\ E\ (Sagesse), S\ O\ (Force) et N\ O\ (Beauté) viennent aussi matérialiser les trois Lumières de l’Atelier que sont chez nous le Maître de la Loge et les titulaires des second et troisième maillets. Les Piliers de l’Atelier sont donc bien plus que les simples flambeaux qu’on nomme SAGESSE, FORCE et BEAUTE et leur fonction n’est pas décorative, ni non plus de monter la garde autour du pavé mosaïque : ils éclairent la Loge ; ils l’inondent par leur lumière spirituelle, laquelle se transmet aux trois premiers Officiers qui s’en trouvent auréolés. C’est donc naturellement que le V\ M\ et les deux S\ S\ se trouvent être « Lumières» à leur tour… C’est dans les voyages du candidat au premier grade que se dessine un autre des reliefs les plus particuliers de notre rituel et ceci – voyez-le bien – est d’une appréhension également difficile. Il y a, bien sûr, trois Voyages, mais ceux-ci sont fort différents des traditionnelles Epreuves de l’Air, de l’Eau et du Feu. Il ne s’agit ici, à proprement parler, non d’épreuves destinées à effrayer le candidat, mais bien plutôt de « voyages » destinés à le purifier. Le premier voyage amène la « purification par l’eau » : l’impétrant doit se présenter lavé de toute souillure – les baptêmes par immersion ou par onction ne procèdent pas autrement – et il convient donc qu’il soit d’abord lavé, ainsi purifié par l’eau. Certes, le voyage se conduit au son d’une musique relativement bruyante, mais on est loin ici du tintamarre qui caractérise les rites modernes, le français en particulier, où le premier voyage se fait dans le vacarme le plus. A l’issue de ce premier voyage, quelques questions rituelles lui sont posées sur sa conception quant aux devoirs de l’homme. Il est essentiel de noter que le candidat reste seul devant ces interrogations : on ne lui « souffle » pas la réponse ; il s’indique qu’il trouve par lui-même réponse à ce questionnement… Ainsi purifié, le candidat accomplit son second voyage, qui est celui du feu. On le fait passer par les flammes, symboliquement bien sûr (dans la pratique, une bougie est promenée en-dessous de son bras et sa main). Le feu achève de métamorphoser le néophyte auquel il est demandé alors s’il persiste à vouloir être reçu Maçon. Une fois de plus – rappelons-le – il ne s’agit pas ici de mesurer le courage du candidat, et pas non plus de tester son degré de persévérance : ce qui importe est de savoir si, à présent par deux fois purifié, il a pleine conscience de sa démarche. Et vient le troisième voyage, le plus terrible, beaucoup plus pénible et éprouvant que les deux premiers : il lui faut voyager dans le noir. C’est, à n’en pas douter, ici la plus grande différence d’avec le rite français moderne. Le troisième voyage au rite moderne est celui du feu et ce troisième voyage se déroule plus facilement que les deux premiers, car le futur apprenti commence à prendre de l’assurance et son pas est moins chancelant. Le feu qui vient le purifier est régénérateur : le candidat, maintenant apaisé, est prêt à aller de l’avant. Purifié par l’air, puis l’eau et finalement le feu, le candidat régénéré – fortifié – ne doit plus craindre à présent les embûches ni des êtres ni des choses et peut prétendre, si non à la sérénité – on en est loin ! – du moins à s’élever spirituellement. Rien de tout cela chez nous ! C’est un voyage terrifiant que celui-là, où l’impétrant se retrouve seul avec lui-même et où on lui fait craindre d’être précipité dans le vide… Il est tellement effrayant que le 1er Surveillant demande « grâce pour le candidat », que le Vénérable refuse, ce qui bien sûr est de nature à augmenter encore son effroi. Et ce n’est pas fini... On lui réclame encore une preuve de son courage et de ses intentions. C’est l’épreuve ultime : celle du baptême par le sang, une des formes initiatiques parmi les plus anciennes, l’offrande du sang ayant été de tous temps et dans toute l’histoire de l’humanité le don le plus sacré et le plus précieux. Une alternative existe, qu’est le calice d’amertume, qu’on appelle ailleurs coupe des libations, une coupe remplie d’eau parfaitement banale en soi mais rendue amère de par l’adjonction d’un additif qui toujours rappellera au candidat l’amertume qui ne manquerait pas d’envahir sa bouche s’il venait à se parjurer… Parlons franc : il y a paradoxe. On ne peut raisonnablement pas soutenir que les voyages sont chez nous non des épreuves mais des déambulations à vocation « purificatrice » et, en même temps, imposer au candidat l’offrande de son sang ! On ne voit pas bien non plus en quoi un voyage où l’on fait – rien moins – craindre au postulant d’être précipité dans le vide serait un voyage «purificateur »… Et l’argumentation qui consisterait à dire que les seuls deux premiers voyages ont vocation purificatrice à l’exclusion du dernier ne convainc pas… Et, oui, le Rite Ecossais « Philosophal » est quelque part sans doute un rite un peu paradoxal ! J’ai évoqué plus avant le serment du néophyte sur lequel il me faut revenir. Il n’est pas douteux que, sur ce point, le Rite Ecossais Philosophique s’affiche « moderne », les similitudes entre notre rituel et celui Français étant évidentes, lesquels font l’un et l’autre plier au candidat son genou droit (c’est le contraire chez les Ecossais qui font pour l’obligation solennelle s’agenouiller le néophyte sur son genou gauche) et lui font contracter son obligation sur l’épée du Vénérable posée à plat sur la Bible et en travers de l’autel. Ce qui d’abord nécessite la présence d’un autel, parfois appelé « autel des serments », et qui se retrouve dans tous les rites mais pas forcément dressé de la même façon. Le point de savoir quel est le genou – droit ou gauche – à porter au sol est accessoire : certains diront qu’il n’y a pas au premier grade d’agenouillement ; d’autres qu’il s’indique de faire fléchir au candidat les deux afin que chacune de ses deux jambes soit repliée en équerre. Il est pareillement constant que le néophyte tient le compas ouvert et dont une des pointes (idéalement émoussée afin d’éviter tout accident) repose sur son sein gauche de la main gauche, la droite étant posée sur l’autel. La teneur du serment n’est pas non plus point de divergence, celui-ci étant sensiblement le même à chaque rite. Ce qui fait la différence, c’est le support sur lequel va se prêter le serment. Point de doute chez les « Ecossais » où l’obligation solennelle se contracte sur les Trois Lumières de la Loge que sont le Volume de la Loi Sacrée, l’Equerre et le Compas. Pas davantage de doute chez les « Français » où l’on fait mettre au candidat sa main droite sur le glaive du Vénérable, lequel est posé à plat sur le Volume de la Sainte Loi ouvert à la première page de l’Evangile de Jean, et en travers de l’autel. Le serment, donc, ici se prend sur l’épée du Vénérable inspirée par le Prologue de Saint-Jean sur lequel elle repose, et qui, pour la circonstance, n’est plus épée droite à double tranchant mais glaive flamboyant qui servira par la suite à créer, constituer et recevoir – on dit aussi « consacrer » – celui qui va cesser d’être simple récipiendaire pour devenir nouvel apprenti. Le rituel, tel que nous le pratiquons, est peu explicite et, pour être franc, pas vraiment clair qui simplement dispose: Le candidat est amené devant l’autel. On lui fait plier le genou droit sur un coussin, dans une équerre tournée vers l’Occident, la main droite sur le Volume de la Loi Sacrée et on lui fait tenir un compas dont une des pointes est dirigée vers le sein gauche. Les Frères ici se lèvent et se mettent à l’ordre .Le Vénérable se place dans l’espace entre l’autel et sa stalle, et dit : Veuillez répéter après moi, membre de phrase par membre de phrase, en substituant votre nom au mien… On ne dit pas si le Vénérable doit ou non se déganter (il se dégante au Rite Français, de la main gauche, et étend la main gauche dégantée sur celle du candidat…). On dit qu’on fait mettre au candidat sa main droite sur le Volume de la Loi Sacrée ; on ne dit rien de l’Equerre et du Compas, encore que c’est implicite puisque l’une et l’autre sont disposés sur le Livre. On affecte de croire que la dague qui se trouve sur l’autel fait office d’épée. On a coutume, à l’ouverture des Travaux, de disposer cette dague sur les trois lumières, cependant que le croquis de la disposition de la Loge qui figure au même rituel est contraire, qui fait figurer la dague pointée vers le Septentrion parallèlement au Livre, à quelques centimètres de celui-ci, plus avant sur l’autel. On saisit mal quelle différence il y a entre cette dague, censée être une épée, et l’épée posée sur la stalle du V\ M\ On se pose finalement cette question de savoir où se trouve l’Epée Flamboyante : prend-elle sa place sur l’autel des serments ou faut-il la disposer sur le plateau du Vénérable ? Il est d’évidence qu’il y a ici terrain ouvert au débat… Prolixe à plus d’un titre, très sobre sur d’autres plans, chatoyant et rigoureux en même temps, riche à n’en pas douter, évidemment beau – mais tous les rites le sont ! – le Rite Ecossais Philosophique est aussi interpellant et il est logique qu’il se soit trouvé controversé. Il est, en vérité, très proche du Rite Français traditionnel et il est très clair qu’à de nombreux égards il est au premier chef un rite moderne. Très proche, mais pas pareil ! Notre rite se retrouve « écossais » d’abord, et très simplement, de par ses propres références à l’Ecossisme et à l’appropriation qu’il fait du grade de « Maître Ecossais » et, plus généralement, des Chapitres Ecossais en général dont il s’auto-légitime la paternité. C’est très clairement ici que se situe le point de divergence – pour ne pas dire le point de rupture – le plus net d’avec la Maçonnerie française classique, spécifiquement le Grand Orient de France dont je vous ai expliqué qu’il s’accommodait fort bien des spécificités de la Mère-Loge Ecossaise du Rite Philosophique sur son territoire mais qu’il n’entendait en aucune façon reconnaître les hauts grades qu’elle prétendait conférer sous sa propre autorité. Les divergences au niveau des grades bleus sont d’impact somme toute assez relatif, sauf à pratiquer l’exégèse – ce qui n’est pas ici le propos – sous une réserve (mais de taille) : la disposition des flambeaux-piliers d’angle dont on ne rappellera jamais assez que leur emplacement aux angles respectifs S\ E\, S\ O\ et N\ O\ de notre tapis de loge fait induire la fusion des Colonnes et des Lumières, ce qui constitue une divergence majeure d’avec la configuration « moderne », laquelle dispose les trois chandeliers autrement. La trinité bien connue que composent SAGESSE, FORCE et BEAUTE, non contente de former un premier ternaire basique matérialisé en Loge Ecossaise par trois chandeliers disposés sur pied d’équerre ayant pour base l’Occident (les Français adoptant une position inverse, avec un angle d’équerre à l’Orient), vient se voir chez nous greffée d’une autre qui s’y superpose, désignée ici comme les trois lumières « autres » de l’Atelier : le VENERABLE MAITRE et les deux SURVEILLANTS. Et il y a plus qu’association étroite entre les trois Piliers qui supportent la loge et les trois Lumières autres que celles visibles en premier au tout jeune initié à qui la Lumière vient d’être donnée. Par un processus de glissement sémantique (ce procédé qui consiste à étendre ou changer la signification d’un terme sans en changer la forme) – et dont Pierre NOEL nous dit qu’il est « bien compréhensible », se dessine une nouvelle signification aux trois Grands Chandeliers (« high Candlesticks »)lesquels ne sont pas(plus) seulement l’incarnation de nos trois premières vertus, mais pareillement le siège de trois lumières qui sont autres que l’astre du jour, l’astre de la nuit et celle dispensée par le détenteur du premier maillet (« The Sun to rule the day, the Moon to rule the Night, and the Master-Mason his Lodge »). Ces Lumières sont les trois lumières des S\ E\, S\ O\ et N\ O\ de l’Atelier, matérialisées – identifiées – par le VENERABLE et les deux SURVEILLANTS, lesquels sont appelés à rayonner à leur tour. Les trois Grandes Lumières de la loge ne sont pas occultées pour autant. Loin de là. Le détenteur du premier maillet se retrouve ainsi tout en même temps « Grande Lumière » et « Grand Flambeau ». Et c’est cela sans doute qui fait la première spécificité de nos rituels bleus… Que l’on se plaise à le qualifier « Ecossais moderne » ou « Français Ecossisé », notre rite est évidemment particulier, spécifique et tout-à-fait original dans la superposition qu’il entreprend de pratiques relevant à la fois des « Anciens » et des « Modernes », tout en maintenant dans ce mariage quelque peu « contre-nature » entre vétéro- et néo- testamentaires un équilibre harmonieux. Parce que rien jamais ne perdure qui ne soit conçu dans la Sagesse… Parce que rien jamais ne demeure qui ne soit soutenu par la Force… Parce que rien jamais n’illumine si la Beauté n’est venue s’y loger…

J’ai dit !

T\ D\

Source : www.ledifice.net

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