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Hauts Grades

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Au fil du temps

10 Avril 2014 , Rédigé par P\ Q\ Publié dans #Planches

En préalable, je citerai les travaux suivant, programmés par notre Atelier durant cette année maçonnique:
-  « L’espace et le temps » du Frère R.B,
-  « Puisqu’il est l’heure, que nous avons l'âge » avec le Frère P.L,
-  et encore, le tout récent « De Minuit à Midi » qui a inspiré le Frère R.L.

Cela pour constater combien un thème peut, en un moment donné, interpeller un Atelier, au point qu’il réagisse comme un corps spirituel, une entité qui s’interroge et se préoccupe de ce qui le touche, l’intéresse ou peut-être l’inquiète.

Stella Maris aura ainsi, cette année, décortiqué, conjugué, décliné le temps, sous quelques uns de ses aspects les plus notables.
 
Mais, qu’est ce que le temps ...
 
 
« Le temps, disait saint  Augustin, j'ai l'impression de savoir ce que c'est quand on ne me le demande pas. Quand on me le demande, je ne sais plus rien ».
 
Il est vrai qu’en première approche, notre expérience nous fait découvrir la sensation d’un temps auquel nous avons le sentiment d’être inéluctablement soumis. De plus, l’analyse que nous pouvons entreprendre du temps, pose immanquablement de sévères difficultés. Ce n’est pas une matière à chacun de nos cinq sens, nous ne pouvons pas nous mettre en retrait par rapport à lui, ni l’arrêter ou le suspendre et il demeure pour nous un “ objet ” introuvable.  

Alors, me direz vous, pourquoi avoir choisi un tel sujet ?
Etudiant je m'étais colleté aux équations, où le temps entrait comme un paramètre souvent difficile à maîtriser puis... le temps s'est écoulé.
Plus tard j'ai découvert que l'humanité avait évolué au rythme de la maîtrise du temps.
Enfin, à Midi sonnante, il m'a été tracé l'ouverture d'une autre voie où le temps n'est pas absent.
Cela suffit pour que j'éprouve le besoin d'y voir plus clair !

Etymologiquement, le mot temps issu du latin « tempus », temps du battement des artères, désigne une fraction de la durée mais aussi le moment, l'époque et en particulier le moment favorable, l'occasion. « Tempus » latin est distinct de « aevum » : âge, qui indique plutôt le temps dans sa continuité. On peut noter que le mot tempé, réfection de l'ancien français temple, a la même racine « tempus » que temps. Tempé ayant lui pour sens la région latérale de la tête et par extension le cerveau.
 
 Dans notre langue, le mot temps apparaît à partir du XIIIème siècle. Il cumule les significations de tempus et aevum, fraction de durée et durée continue, il désigne la suite des événements dans l'histoire, l'époque à laquelle on vit ou encore l'idée de : moment de faire. Dans le langage didactique, le temps est conçu comme une grandeur mesurable, objet de la chronométrie. Au pluriel il met l'accent sur l'indétermination et appartient plus particulièrement au langage biblique : "avant les temps", c'est-à-dire avant la  création. Parallèlement, le mot temps désigne, dès le XIIIème siècle, l'état de l'atmosphère à un moment donné.
 
Le dictionnaire de la philosophie, enfin, définit le temps comme un milieu infini dans lequel se succèdent les événements. Il est considéré souvent comme une force agissant sur le monde et les êtres.
 
Il semble que chaque société, chaque culture a son temps propre et se construit autour d'un sens du temps. Dans la plupart des langues, un même vocable désigne le temps des hommes, celui des étoiles, des calendriers, des horloges. Il désigne également le temps qu'il fait et le temps de faire, celui du soleil et celui des moissons.
 
Ainsi donc l'ambiguïté des sens accordés à ce mot, signifie bien dans quelle perplexité se trouve l'homme face à ce concept et cela, parce qu'il est le drame humain essentiel, une obsession de la pensée, avec son poids d'angoisse et de peines, ses images d'un lent et irrésistible délabrement. Cette ambiguïté, nous verrons que l'homme l'a cultivée au bénéfice de ses  ambitions. Avoir du pouvoir, c'est contrôler le temps des autres et le sien propre, le temps du présent et celui de l'avenir, le temps passé et celui des mythes.
 
Nous allons donc ce soir, une fois de plus tenter, non pas de savoir mais, beaucoup plus modestement, de disséquer le temps et, pour mieux comprendre ce concept, il m'a paru opportun d'envisager les différentes significations que nous lui accordons, pas toutes, bien sûr, une soirée ne suffirait pas.
Ainsi nous aborderons :
 
- le temps usuel, celui qui rythme la vie des hommes, et sa lente maîtrise au cours des siècles,
- le temps scientifique qui, de grandeur mesurable, n'a cessé d'évoluer vers un concept de plus en plus philosophique,
- le temps historique obstinément rejeté par nos ancêtres, au profit d'un temps cyclique plus rassurant,
- et enfin, le temps des dieux ou calendrier du sacré.

LE TEMPS USUEL

Voyons en premier lieu, pourquoi l'homme éprouva le besoin et, par suite, se dota des techniques lui permettant de rythmer sa vie et ses occupations.
Tant que l'homme vécut uniquement d'agriculture et d'élevage, il n'eut guère besoin de petites unités de durée. Pour savoir s'il allait faire soleil ou froid, pleuvoir ou neiger, les saisons suffisaient. A quoi bon heures et minutes. La journée, unique moment où l'homme pouvait travailler, était la seule unité de temps qui comptait. En ces temps, (voyez l’ambiguïté des significations du mot) en ces temps donc, mesurer le temps utile, c'était mesurer les heures du soleil. L'heure d'horloge, telle que nous la connaissons est une invention moderne, et plus récentes encore, sont la minute et la seconde.
 
L'homme primitif avait remarqué que l'ombre du gnomon - du grec "connaître" - diminuait à mesure que le soleil s'élevait dans le ciel, et s'allongeait de nouveau lorsque l'astre déclinait. Les Egyptiens connaissaient cet instrument et même, un gnomon datant du Thutmose III, vers 1500 avant J.C., est parvenu jusqu'à nous. De même, lorsque dans la Bible, le prophète Esaïe promet de guérir le roi Ezéchias en faisant revenir le temps en arrière, il explique que pour cela, il fera reculer l'ombre du soleil. Ainsi furent élaborés les premiers cadrans solaires, qui d'ailleurs sont aujourd'hui revenus à la mode. Cette première mesure du temps qui passe ne fut pas du goût de tous, et de Plaute qui écrit : “ Les dieux confondent l'homme qui le premier trouva le moyen de distinguer les heures ! Puissent-ils confondre aussi, le misérable qui, en ce lieu mit un cadran solaire, afin de découper et hacher mes journées ” fin de citation. Pendant des siècles, cet instrument constituera la mesure universelle du temps. Instrument incommode puisque : pas de soleil, pas d'ombre et, pas d'ombre, pas de mesure. De plus, partout, sauf à l'équateur, la longueur de la journée varie d'un jour à l'autre. Il a fallu attendre le XVIème siècle environ, pour que les cadrans solaires soient étalonnés aux heures vraies.
 
Pour s'affranchir des aléas lumineux, les romains, les premiers conçurent l'horloge à eau qui d'ailleurs était étalonnée, tant bien que mal avec les cadrans solaires. « Il est aussi difficile à Rome, fait observer Sénèque, de mettre d'accord les horloges à eau que les philosophes ». On se servait d'un vase à fond percé, qui mettait une vingtaine de minutes à se vider et cette unité horaire était tellement vulgarisée qu'elle passât, sous le nom de clepsydre, dans le langage courant. Les avocats n'étaient pas moins bavards à l'époque qu'aujourd'hui. L'un d'eux, particulièrement verbeux, a inspiré au poète latin Martial, l'épigramme suivant : « Tu as réclamé à cor et à cri sept clepsydres, Cecilianus, et le juge, à contrecoeur, te les a accordés. Mais tu parles beaucoup et longtemps et, la tête rejetée en arrière, tu siffles des flacons entiers d'eau. Afin que tu puisses une fois pour toutes étancher ton art oratoire et ta soif, nous te conjurons, Celianus, de boire désormais directement à l'horloge ! ».
 
En remplacement de l'eau, l'horloge de sable apparaît en Europe au VIIIème siècle.  La légende en attribue l'invention à un moine de Chartres. C'est un perfectionnement puisque le sable continue à couler là où l'eau gèle et les progrès de la verrerie permettront, par la suite, d'obtenir un récipient bien hermétique, dont le fonctionnement ne sera plus ralenti par l'humidité.
 
Cadrans solaires, clepsydres et horloges de sable, ne sont des outils efficaces que pour marquer de courtes durées. Ils ne permettent pas - a quelques rares machines difficilement étalonnables près -, de conserver l'heure avec précision, en particulier durant la période nocturne. Seule, l'invention de l'horloge mécanique permit de gagner les heures de nuit. Il faut attendre le milieu du XIVème siècle pour trouver, avec certitude, en Italie, une horloge à poids. C'est une réalisation technique exceptionnelle : un calendrier perpétuel donne les mouvements du soleil et des cinq planètes, et fournit la date de toutes les fêtes religieuses, mobiles et fixes. Sa conception nécessitait de maîtriser la pesanteur en tant qu'énergie mais aussi le calcul et l'usinage d'un grand nombre d'engrenages extrêmement précis. 
 
Les premiers marque-temps mécaniques n'ont ni cadrans, ni aiguilles, leur seule raison d'être étant de sonner l'heure. Ils fixent le début de l'horloge de clocher et, le monastère, en affichant sa vie à l'extérieur devient alors, lui-même, une immense horloge à l'image du monde. Le Prophète a dit : sept fois le jour j'ai chanté vos louanges et les moines, pour suivre ce précepte, sept fois dans la journée, se réunissent pour louer le Seigneur. Ainsi la cloche réunit les moines, mais aussi elle annonce au monde environnant les heures canoniales. Dès la fin du XIVème siècle, l'influence des clochers sur le rythme urbain et rural est importante. De même que l'église a su imposer en 532, un calendrier et la désignation du point zéro de l'ère, en le fixant à la date de sa propre origine, de même que les moines ont divisé les mois en semaines de sept jours, selon la tradition hébraïque, de même la cloche devient l'instrument nécessaire à la gestion quotidienne des populations rurales et urbaines, de plus en plus nombreuses.
 
La maîtrise du temps est apparue comme un enjeu vital pour le pouvoir et l'église n'est pas la seule à se l’approprier. A partir de l'an mil, la ville européenne commence à gérer son propre temps. Pour cela, le pouvoir civil ne peut se contenter d’écouter sonner la cloche du couvent. Avec l'invention de l'horloge mécanique, une autre cloche monte sur un monument nouveau : le beffroi. Sur le fronton de la première horloge mécanique, installée sur un des murs de l'Hôtel de Ville de Paris, on note cette inscription : « Observateur de la loi de Dieu, respecte le droit royal. La machine qui divise avec tant de justesse les douze heures du jour nous avertit d'observer la justice et d'obéir aux lois ».
 
Mais si le petit peuple connaît maintenant l'heure, il allait s'écouler plusieurs siècles encore, avant qu'il n'adopte la minute. L'analphabétisme ambiant contribue à expliquer pourquoi le cadran fut si long à apparaître sur les horloges publiques.
 
L'apparition de l'horloge portative, quant à elle, est motivée par l'exploration océanique et la nécessité de déterminer avec le plus de précision possible une longitude et une latitude, coordonnées qui déterminent une position absolue sur le globe terrestre. En 1714 le Parlement anglais adopte une loi offrant récompense à quiconque découvrira un moyen pour déterminer la longitude en mer. L'heureux gagnant fut un nommé John Harrison. Celui-ci, utilisant l'énergie d'un ressort et l'échappement à ancre, réussit à mettre au point une montre, qui en neuf semaines de voyage, n'accusât que cinq secondes de retard.

Avec l'horloge portable, et bientôt portative, allait naître un nouveau rapport de l'homme au temps. Le temps pouvait dès lors devenir de l'argent, et l'humanité, tout du moins celle du monde occidental, allait accéder à l'économie industrielle.

LE TEMPS SCIENTIFIQUE

 

Arrivés à ce point de notre exploration, je vous invite à défricher un autre aspect du concept, celui du temps scientifique.
 
En quoi le temps dans les sciences peut-il être intéressant ? Plus qu'intéressant, il est passionnant. En effet, c'est sur le temps que se sont affrontés les physiciens, au XIX et encore au XXème siècle, plus précisément sur le concept de réversibilité ou d'irréversibilité du temps. La controverse que nous allons évoquer a même provoqué mort d'homme puisque le physicien Boltzmann, il y a un peu moins d'un siècle, fut conduit au suicide pour avoir osé démontrer ce que la science niait depuis son origine : l'irréversibilité du temps. Mais remontons le temps historique pour mieux comprendre où se situe la controverse.
 
Dans le Politique, Platon raconte qu'à l'époque de Chronos, le père de Jupiter, les temps du monde étaient réversibles, fonctionnant tantôt dans un sens, tantôt dans l'autre. Ce qui était origine à un moment, pouvait devenir fin à un autre. Nous savons également l'importance, dans l'Antiquité, de l'idée d'un temps circulaire, revenant périodiquement à ses origines. En accord avec les conceptions des philosophes de son temps, pour Aristote, le temps est réversible car les équations de la physique sont incapables de distinguer entre le présent et l'avenir.
 
Cette conception, apparemment extravagante va perdurer pendant des siècles, et ni Galilée ni Newton ne l'infirmeront . A telle enseigne que nos idées actuelles sur le temps scientifique, paramètre du mouvement des corps, ont peu varié. Nous avons tous appris, dès l'enseignement élémentaire de la physique, qu'une trajectoire n'est pas seulement déterministe mais intrinsèquement réversible. Souvenez-vous de l'équation qui décrit la trajectoire d'une bille, roulant sur un plan incliné, en milieu peu résistant, pour ensuite remonter sur un autre plan incliné symétrique. Cette équation est parfaitement réversible. A une accélération succède une décélération et vice versa si l'on inverse le sens du temps.
 
La mécanique quantique qui traite de l'infiniment petit et la cosmologie qui étudie  l'infiniment grand, toutes deux fondées sur la théorie de la relativité générale d'Einstein, sont les sciences de pointe de ce XXème siècle, celles qui se sont substituées à la dynamique classique en tant que sciences fondamentales. Ce sont ces disciplines qui nous confrontent aujourd'hui aux questions qui, depuis l'origine, sont celles de la physique : l'espace, le temps, la matière. C'est donc, par rapport à elles que se joue de nos jours, la question du temps, comme elle se jouait, à la fin du XIXème siècle, par rapport à la dynamique classique. Or, la mécanique quantique et la relativité générale, quelque soit leur caractère révolutionnaire sont, du point de vue de la question du temps, les héritières directes de la dynamique classique. Comme cette dernière, elles sont porteuses d'une acceptation sans réserve du temps réversible.
 
La controverse est apparue dans les années 1800 avec les découvertes liées à la thermodynamique, science qui décortique les relations et les échanges existant entre l'énergie, la chaleur et la mécanique, c'est-à-dire le travail. La thermodynamique démontre que le temps ne peut être réversible. Le second principe de cette science pose, que dans tout système, le désordre croît toujours avec le temps. C'est ce théorème qui empêche qu'une tasse tombée du rebord de la table et brisée en mille morceaux, ne puisse se rassembler soudain et sauter en l'air pour former une tasse entière sur la table ! On peut passer aisément de la tasse sur la table, dans le passé à la tasse brisée sur le plancher, dans le futur, mais on ne fera jamais l'inverse. L'accroissement du désordre ou entropie, avec le temps, est un exemple de ce que l'on appelle la flèche du temps. Le fondamentaliste Stephen Hawking pense que l'impossibilité d'être mort avant de naître est due au concept de l'univers, sans bord, en expansion après le point singulier du big bang.
 
Cette controverse a toujours cours parmi la gent scientifique. Nombreux sont encore de nos jours les dynamiciens qui prêchent pour un temps réversible et n'admettent pas qu'ils ont eu tort et continuent à trouver de nouveaux arguments, souvent mutuellement incompatibles, pour conforter leur thèse. Ceux-ci, sans doute, feraient bien de prendre exemple sur Einstein qui estima un jour que la constante cosmologique qu'il avait introduite lorsqu'il essayait de faire un modèle statique d'univers, était la plus grande erreur de sa vie.
 
Hawking nous dit encore qu'il faut abandonner l'idée d'un temps unique et absolu. Pour lui, existent au moins trois flèches du temps différentes. D'abord, il y a la flèche thermodynamique du temps, la direction du temps dans laquelle le désordre croît. Ensuite, il y a la flèche psychologique. C'est la direction selon laquelle nous sentons le temps passer, dans laquelle nous nous souvenons du passé mais pas du futur. Enfin il y a la flèche cosmologique, direction du temps dans laquelle l'univers se dilate au lieu de se contracter. S'il se trouve que ces trois flèches pointent dans la même direction, c'est depuis peu, et sans doute grâce au progrès de la race humaine dans la compréhension de son environnement, qui a établi un petit coin d'ordre dans le désordre croissant de l'univers.
 
L'éternel retour lui-même est marqué par la flèche du temps, comme le rythme des saisons ou celui des générations humaines. Aucune spéculation, aucun savoir n'a jamais affirmé l'équivalence entre ce qui se fait et ce qui se défait, entre une plante qui pousse, fleurit et se fane, et une plante qui ressuscite, rajeunit et retourne vers sa graine primitive, entre un homme qui mûrit, apprend et meurt et un homme qui devient progressivement enfant, puis embryon, puis cellule.
 
Ainsi la science, pas plus que la philosophie ne pourra nous dire ce qu'est le temps mais, comme la philosophie, elle a pour problème le temps. De plus, me semble-t-il, la science a comme devoir de créer une cohérence entre notre expérience la plus intime, qui est celle du temps irréversible, et nos manières de décrire le monde et nous-mêmes, qui avons émergé de ce monde.
 
LE TEMPS ET L'EVENEMENT HISTORIQUE

Abordons maintenant un autre volet de la perception du temps par l'homme, celui lié à la mémorisation des événements passés que nous appelons encore : enregistrement de l'événement historique. Pour cela, nous nous intéresserons à la conception de la réalité que l'on peut dégager, à partir du comportement de l'homme des sociétés "pré-modernes" ou "traditionnelles", à sa révolte contre le temps concret, historique, à la nostalgie d'un retour périodique au temps mythique des origines.
 
Dans la plupart des sociétés primitives, les coupures du temps étaient commandées par les rituels qui régissaient le renouvellement des réserves alimentaires, c'est-à-dire les rituels qui assuraient la continuité de la vie de la communauté toute entière. Quels que soient les calendriers en vigueur, leurs imperfections et leurs variations, il existait partout une conception de la fin et du début d'une période temporelle fondée sur l'observation des rythmes bio-cosmiques, en quelque sorte, une régénération périodique du temps, celle-ci induisant, sous une forme plus ou moins explicite, une Création nouvelle, par une répétition de l'acte cosmogonique. Une telle conception d'un temps cyclique peut être considérée, de la part de l'homme archaïque, comme une négation du concept historique qui nécessite un déroulement du temps, continu et ininterrompu, dans une seule et même direction.
 
Croyance de nombreuses sociétés primitives, la régénération ou nouvelle naissance du temps, par une expulsion annuelle des péchés, maladies et démons, est au fond, une tentative de restauration du temps mythique et primordial, du temps « pur », celui de l'instant de la création.
 
Pour l'homme primitif, l'imitation du modèle archétypal devait être considérée comme une réactualisation du moment mythique où l'archétype a été révélé pour la première fois. Les cérémoniels qui scandaient la fin et le début d'un temps, suspendaient l'écoulement du temps profane : la durée, et projetaient ceux qui les célébraient dans un temps mythique.
 
Ainsi l'homme primitif vivait dans un continuel présent atemporel, son comportement était régi par la croyance dans une réalité absolue qui s'opposait au monde profane des irréalités.
 
Ce rejet du temps profane était sans doute dû au fait que, isolé ou vivant en tribu, l'homme primitif était le jouet des événements extérieurs, qui constamment l'assaillaient, sans qu'il puisse réellement les prévoir et donc les éviter ou les détourner. Il ne pouvait rien contre les catastrophes cosmiques, les désastres guerriers, les malheurs personnels ou les injustices sociales liées à la structure même des sociétés dans lesquelles il vivait.
 
Mircéa Eliade nous dit que, pour l'homme archaïque, la souffrance avait un sens et qu'elle répondait à un ordre dont la valeur n'était pas contestée. Il s'agit ici de la souffrance en tant qu'événement, en tant que fait historique. Cette souffrance était imputable à la volonté divine, que celle-ci soit intervenue directement pour la produire ou qu'elle ait permis à d'autres forces, démoniaques ou divines, de la provoquer.
 
Pour les Hébreux, toute nouvelle calamité historique était considérée comme une punition infligée par Yahvé. Les prophètes ne faisaient que confirmer et amplifier, par leurs visions terrifiantes, l'inéluctable punition de Dieu à l'égard de son peuple qui n'avait pas su conserver sa foi.
 
Les événements historiques gagnaient alors, une signification religieuse, c'est-à-dire qu'ils apparaissaient clairement comme les punitions infligées par le Seigneur, en échange des impiétés d'Israël. C'est ainsi que les Hébreux furent les premiers, sans doute, à interpréter l'histoire comme épiphanie, ou encore, manifestation de Dieu. Les prophètes de leur religion reprenant le très ancien scénario de la régénération annuelle du Cosmos, par répétition de la création, enseignaient que le futur rendra au temps, sa pureté et son intégrité originelle. Alors, le monde sera sauvé, une fois pour toute et l'histoire cessera d'exister.
 
L'histoire n'apparaît plus comme un cycle qui se répète à l'infini mais comme une suite de manifestations divines, négatives ou positives, dont chacune a sa valeur intrinsèque. L'irréversibilité des événements historiques et du temps est compensée par la limitation de l'histoire dans le temps, par son abolition dans le futur.
 
Vis-à-vis de l'histoire, l'homme ancien, par ses croyances en un temps cyclique se régénérant périodiquement, ou en un temps fini, situé entre deux infinis atemporels, a constamment manifesté la volonté de mettre fin à l'histoire d'une manière définitive.
 
Avec les Indiens, la théorie des quatre âges composant un cycle cosmique complet de 12 000 ans, est consolante pour l'homme, terrorisé par l'histoire. En effet, d'une part les souffrances qui lui sont échues, l'aident à comprendre la précarité de sa condition et d'autre part, la théorie valide et justifie les souffrances de celui qui ne choisit pas de se libérer, mais qui se résigne à subir son existence, à l'époque dans laquelle il lui a été donné de vivre, ou plus précisément de re-vivre.
 
Cette conception traditionnelle de défense contre l'histoire, cette manière de supporter les événements historiques, a continué de dominer le monde jusqu'à une époque très proche de nous. Elle continue même aujourd'hui à consoler certaines catégories de notre société moderne, par exemple les sociétés agricoles européennes qui, souvent encore, se maintiennent avec obstination dans une position anhistorique et sont, de ce fait, en butte aux attaques, parfois violentes de toutes les idéologies modernistes.
 
Cependant l'homme, dit moderne, est-il préparé pour supporter la pression de plus en plus puissante de l'histoire contemporaine ? La christianisation y a certainement contribué. Rappelons que pour le christianisme, le temps est réel, parce qu'il a un sens : la Rédemption. Une ligne droite trace la marche de l'humanité, depuis la Chute initiale jusqu'à la Rédemption finale. C'est cette conception linéaire du temps et de l'histoire, qui tracée déjà au IIème siècle par Irénée de Lyon, sera reprise par saint Bazile, saint Grégoire et finalement élaborée par saint Augustin.
 
Des philosophes ont aussi donné un sens à l'événement historique. Hégel par exemple, a développé le concept de la nécessité historique, donnant à chaque événement, la volonté de « l'Esprit Universel », tendant à préserver la liberté humaine. Marx, pour sa part, a considéré que "l'âge d'Or" se situe au terme de l'histoire. Pour lui, tout drame provoqué par la pression de l'histoire est un mal nécessaire, avant-coureur du triomphe prochain qui mettra fin, à jamais, au mal historique.

On sait, maintenant, combien une telle théorie a permis de justifier les errements et la froide cruauté de despotes agissant pour le "bien de l'humanité". Heidegger déjà, avait pris la peine de montrer que l'historicité de l'existence humaine interdit tout espoir de transcender le Temps de l'Histoire.

En définitive, il semble que la justification d'un événement historique, par le simple fait qu'il est, un événement historique, autrement dit, par le simple fait qu'il s'est produit de cette façon, aura bien de la peine à délivrer l'humanité de l'horreur qu'il peut inspirer. Aucun concept, aussi moderne soit-il, ne nous persuadera de normaliser le "mal", non pas celui lié à la condition humaine et relevant de la morale, mais celui engendré par le comportement de l'homme à l'égard d'autres hommes. Rien ne nous autorisera à justifier la disparition du peuple Bosniaque par le simple motif qu'il se trouve sur le chemin de l'histoire.
 
DU TEMPS PHILOSOPHIQUE AU TEMPS SACRE

Qu’avons-nous appris ? 
Que le temps est une notion bien cruelle pour l’homme qui la subit. Chaque seconde, chaque minute, chaque heure qui passe, nous rapproche d’un néant qui fait injure à notre intelligence et à notre faculté de comprendre et d’influer sur le fonctionnement même de la nature. L’homme a une action transformatrice sur bien des choses mais pas sur le temps qui passe.
 
Ce temps qui passe, s’il rythme notre long terme, notre existence, est aussi une quantité mesurable du court terme, du présent - ce proche futur - qui, sitôt vécu, devient un proche passé. Cette quantité mesurable, l’humanité dans son évolution, n’a eu de cesse de la maîtriser, de la scander, au fil de l’eau et du sable qui coulent, puis avec le lent aller retour du balancier, jusqu’à la sèche et froide oscillation du quartz qui rythme l’infiniment bref.
 
Maîtriser ce temps qui passe, fut et est pour l’homme, le seul moyen qui lui permette, ou qui lui donne l’illusion, de vivre plus intensément, d’être plus « productif », mais aussi plus dominateur vis-à-vis de ceux qui subissent le temps.
 
Ce temps qui passe, nous avons également compris qu’il fut la cause de spéculations passionnées de la part de ceux qui se donnent comme mission de comprendre l’univers. Ces scientifiques, tellement convaincus de l’implacable logique de leurs déductions, en oubliaient de se regarder dans le miroir pour vérifier, à chaque nouvelle ride, que le temps n’est pas réversible et que la flèche du temps pointe toujours dans la même direction, celle du futur.
 
Ce temps qui passe, enfin, nous savons maintenant quelle angoisse métaphysique il a pu engendrer auprès de nos lointains ancêtres, qui pour apaiser leur angoisse, ont inventé la Création, leur création, et qui ensuite, se sont convaincus de la périodicité de cette création, chacune d’elles devant succéder à une fin annoncée. Ils ont imaginé ainsi, une régénération continue du temps, laquelle offrait l’avantage de pouvoir nier  l’historicité, c’est-à-dire le sens de l’histoire, cette comptabilité implacable de nos haines et de nos turpitudes.
 
Dans la symbolique romane, le Christ est souvent représenté en maître du temps, le chronocrator, comme sur le tympan de l'église d'Autun. Cette notion rejoint d'ailleurs celle de Maître de l'Univers et de ses rythmes, de cosmocrator. Le Grand Architecte de l'Univers, Dieu, Maître de l'Univers, est en effet, nécessairement, Maître du temps, puisque la durée prend naissance avec la création de l'univers.
 
Pour l'homme, les trois dimensions du temps sont le présent, le passé et l'avenir. Saint Augustin, dans "les confessions", écrit : « il y a en effet, dans l'âme, ces trois instances, et je ne les vois pas ailleurs : un présent relatif au passé, la mémoire; un présent relatif au présent, la perception et un présent relatif à l'avenir, l'attente. Alors que nous pouvons agir sur l'espace, par la vitesse sans cesse accrue de nos moyens de transports, nous ne pouvons pas agir sur le temps ».
 
« L'espace, signe de notre puissance, le temps, signe de notre impuissance », écrit le philosophe Lagneau en 1880.
 
De tous "temps" pénétré de sa mortalité, l'homme a tenté de surmonter l'angoisse et l'éphémère que lui inspire la fuite du temps. Organiquement soumis à un commencement et à une fin, il n'a eu de cesse, comme nous l'avons vu précédemment, d'affiner la mesure du temps. En effet, maîtriser la durée est un besoin et un acte de haute intellectualité, représentatifs de l'homme pensant et donc conscient de sa temporalité.
 
La structure temporelle de notre expérience est si contraignante que nous avons toujours rêvé de nous en affranchir et le désir d'éternité s'exprime dans presque toutes les religions. Il s’exprime dans le comportement de l'homme qui cherche à se survivre à lui-même par ses oeuvres ou par sa descendance. A ce sujet, on peut dire que toute forme d'enthousiasme - au sens étymologique : être en Dieu, du grec anthéos - constitue une expérience de l'éternité.
 
Avec Heidegger, la temporalité, c'est-à-dire la conscience du temps, est le caractère primordial de la conscience d'exister, à partir de laquelle se définissent toutes choses. « Lorsque je cherche à me comprendre, dit-il, je me projette dans le passé et rebondis sur la contingence de ma naissance, le fait d'être-là, jeté au monde. Je me projette également dans l'avenir et butte sur l'inéluctabilité de la mort. Le résultat de ce double renvoi, ou de ce double rebondissement, donne le sentiment de la temporalité authentique » fin de citation. Ainsi, la conscience du temps est liée à une distance par rapport à soi, à une conscience de soi. C'est, en quelque sorte, une activité humaine, qui peut d'ailleurs, être la connaissance ou l'action proprement dite.
 
 Rappelons la définition augustinienne du temps « image mobile de l'immobile éternité ». Pour représenter cette notion, quelle meilleure image que celle de la roue, symbolisant les douze signes du zodiaque qui décrivent le cycle de la vie. Gagner l'immortalité, c'est s'identifier au pivot de cette roue pour ainsi, avoir une vision immobile, gage d'éternité. Cette symbolique rend possible le mouvement des êtres tout en s'opposant à celui-ci, comme l'éternité au temps. C'est une manière d'occulter l'éphémère pour n'indiquer que l'instant présent dans l'espace.
 
L'homme tente, en vain, de s'échapper hors du temps, mais sortir du temps c'est sortir totalement de l'espace cosmique, pour entrer dans un autre ordre, un autre univers qui échappe totalement à notre compréhension.
 
Il existe pourtant, une possibilité, elle est donnée par l'Initiation, c'est le temps sacré, et passer du temps des hommes au temps sacré, c'est alors communier avec l'univers.
 
Le Temple orienté par ses trois dimensions : de l'Orient à l'Occident, du Septentrion au Midi et du Zénith au Nadir, ainsi que par la dimension temporelle, fait partie de l'univers, il est l'univers. L'Initié qui, dans cet espace, élève sa pensée au delà des contingences matérielles, est lui aussi l'univers. Il ne l'est, certes pas constamment puisqu'il n'en est pas moins homme mais, de Midi à Minuit le miracle s'opère. Durant ce laps de temps, il est l'univers avec ses Frères en communion, ce qui veut dire qu'il a conscience que son microcosme s'élargit pour atteindre la dimension cosmique. Utopie, extase, crédulité ? Certainement pas, il n'est pas demandé à l'Initié de croire, mais de vouloir, et c'est lorsqu'il est l'heure, que nous avons l'âge, que tout est conforme au rite et qu'ensemble nous aspirons à nous dépasser, à nous transcender, qu'alors le temps des hommes n'a plus cours.
 
C'est le seul moyen qui soit à notre portée, pour gagner parfois, une once d'éternité. Bien sûr, ce n'est pas facile et les pré-requis sont nombreux, mais en y réfléchissant, nous conviendrons qu'il ne peut en être autrement.
 
Comme Adam, nous sommes glébeux et la boue, l'argile colle obstinément à nos pieds pour nous figer dans une temporalité matérielle qui est partie prenante de notre condition d'homme.
 
Parlant du temps sacré, Mircéa Eliade dit qu'il s'agit d'une rupture effectuée dans l'univers de l'expérience quotidienne. Il s'agit donc d'une nouvelle façon de penser, de sentir, de percevoir et tout acte situé dans le temps sacré est réitérable. Je n'ai pas dit réversible mais, réitérable. Lorsqu'il se produit, il a le même sens que s'il se produisait pour la première fois, par opposition au temps profane, qui lui est  bien irréversible. L'Initié sort du temps, ce qui le conduit à concevoir la part immortelle de l'être, « le temps de ce qui n'est pas l'homme et non le plus long temps des hommes », écrit Malraux dans La métamorphose des dieux.  Ainsi nous tentons de réitérer, lors de chacune de nos réunions, la perception de la lueur, faible certes, mais bien présente que nous avons entrevue, lors de notre Initiation.
 
Minuit s'approche. Après cette excursion, ou encore cette incursion dans le domaine du temps, il est l'heure de se préparer à regagner l'autre bord du fleuve, là où le temps c'est de l'argent. Traverser les grandes eaux est toujours une entreprise délicate et risquée, nous enseigne la sagesse chinoise. Pourtant, chaque fois, nous devons entreprendre ce périple, avec crainte peut-être mais certainement avec détermination, car il y a tant à faire sur cette autre rive, solidaires de tous nos Frères en humanité.

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Dates importantes de l'histoire de la Franc-maçonnerie

9 Avril 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Quelques dates permettent de nous situer dans l’histoire, bien que les associations de métiers existent depuis la plus haute antiquité, à preuve l’édit de 643 (les Collegia Fabrorum).

1376 : Apparition du terme « Franc-maçon » dans un document de la Guilde de Londres.

1390 : Manuscrit Régius : plus ancienne charte sur les devoirs des métiers opératifs.

1410 : Manuscrit Cooke sur les Devoirs des Compagnons.

1459 : Apparition des « Loges »au sein du Compagnonnage. (Grande Loge opérative au sein du Saint-Empire, Sarasbourg).

1492 : Apparition du terme « Franc-maçon Accepté » et de celui de Maître.

1589 : Loge de Kilwining en Ecosse.

1598-99 : Statuts Schaw (Edimbourg) : observations aux Maçons, 1 Loges Ecossaises.

1634 : Admission de non-opératifs au sein de la Loge d’Edimbourg (Ecosse).

1637 : Apparition du terme « mot du Maçon » (les secrets).

1646 : Manuscrit Sloane sur les Devoirs.

1649 : Premières Loges Militaires.

1670 : La Loge d’Aberdeen (Ecosse) coopte quelques 12 membres de l’Université.

1696 : Premier texte rituel sur les moyens de reconnaissance et la circulation du mot, transition de l’Opératif vers le Spéculatif (archives d’Edimbourg).

1700 : Manuscrit Chetwode Crawley.

1702/64 : Une Loge d’Ecosse (Haughfoot) fonctionne uniquement avec des non-opératifs.

1705 : Grande Loge d’York.

1710 : Il existe au moins 25 Loges Ecossaises. Manuscrit Dumfries.

1711 : Manuscrit Trinity Collège (Dublin), système en 3 grades.

1714/20 : Manuscrit Kevan.

1717 : Création de la Grande Loge de Londres (4 Loges), spéculative.

1723 : Constitutions d’Anderson et Desaguliers…dites des « Moderns ».

1725 : Premières Loges françaises, adoption des anciennes obligations (texte de 1722).

1728 : Première Grande Loge de France.

1730 : Reprise du grade de Maître par les « Moderns ». Manuscrit Pritchard.

1735-43 : Autonomie de la première Grande Loge de France (Cf. 1763).

1736 : Grande Loge d’Ecosse, antérieure à la fondation en Angleterre des Antients, fondée par 33 Loges dont certaines datant de plus d’un siècle.

1736-37 : Discours (2) du Chevalier de Ramsay.

1751/53 : Constitution des « Antiens » : « l’Ahiman Rezon »de Lawrence Dermott.

1761 : Organisation du Rit de Perfection en 25 grades par E. Morin et H. Francken, et qui sera plus tard le noyau du Rite Ecossais Ancien et Accepté.

1762 : Constitutions de Bordeaux, Rite de Perfection en 25 degrés.

1763 : Indépendance officielle de la GLDF vis-à-vis de la Grande Loge de Londres, laquelle avait reconnu depuis longtemps l’indépendance des français.

1774 : La GLDF se déclare « seul Grand Orient de France » (c.a.d. Grande Loge…)

1775 : Affirmation de « l’Ecossisme » par la Grande Loge de France.

1782 : Apparition de la Bible sur l’Autel des serments.

1786 : Constitutions de Berlin (REAA).

1801 : Création des Suprêmes Conseils des Etats-Unis (Charleston), 33 degrés.

1804 : Création du SCDF, gardien du REAA, dans sa forme actuelle (De Grasse-Tilly).

1804 : Création de la Grande Loge Générale Ecossaise.

Les Antiens devinrent au début du XIX siècle égaux en nombre aux Andersoniens mais restèrent inconnus en Francepratiquant le même rituel que les Ecossais et les Irlandais.

1813 : Fusion des Antiens et des Moderns.

1875 : Déclaration du Convent de Lausane indiquant les spécificités du REAA actuel.

1894 : Création de la Grande Loge de France actuelle, travaillant au REAA.

1904 : Indépendance de la GLDF qui régit alors les 3 premiers degrés du REAA.

2004 : Deuxième centenaire du REAA...

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La pensée et l'action

8 Avril 2014 , Rédigé par Xavier D\ Publié dans #Planches


« Bien au-delà des soucis de la vie matérielle s’ouvre pour le Franc-maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action. »
Cette phrase, énoncée par le vénérable maître au sein de la chaîne d’union, à la fin de nos travaux, m’a toujours interpellé. Pourquoi séparer le vaste domaine de la pensée et de l’action des soucis de la vie matérielle ? Est-ce à dire que l’initié devra pouvoir s’affranchir des contraintes du quotidien pour progresser ?
Afin de pousser jusqu’au bout ma réflexion, quoi de mieux que d’en faire le sujet de la planche que je vous propose ce soir ?

Pensée et action. Ces deux notions s’enchaînent comme une conséquence l’une de l’autre, mais est-ce réellement le cas ? J’ai fini par me convaincre, au fur et à mesure de mon travail, que ces deux outils mis à notre disposition, la pensée et l’action, étaient en réalité plus proche de l’allégorie d’un attelage tiré par deux chevaux, l’un nommé action et l’autre pensée, que l’initié doit savoir guider d’une main sure. Cette image rappelle l’arcane majeur VII du tarot, dénommé le chariot.

Mais entrons dans le vif du sujet.
Nous sommes tous nés un jour, et nous sommes donc tous destinés à rejoindre l’Orient éternel. Contrairement aux profanes, au travers de l’initiation que nous avons connue, nous avons décidé de mourir pour effacer le vieil homme qui était en nous, afin de renaître plus sage, plus fort et plus beau. Or, une utilisation judicieuse des deux outils que sont la pensée et l’action conditionnent une renaissance initiatique réussie, marquée du sceau de l’harmonie.
Vous avez décidé de renaître, et bien poussons le parallèle jusqu’au bout, et replaçons-nous chacun dans la peau du nouveau-né que nous avons été.
Dans les premiers jours qui suivent la naissance, nous percevons le monde de façon lointaine, car nos sens ne sont pas encore matures. Ce qui nous caractérise le plus, c’est que nous considérons que tout est en nous ; le sein qui nous nourrit, la bouche qui nous embrasse, les bras qui nous soutiennent font partie de notre être. En d’autres termes, tout est moi, et l’autre n’existe pas. Grâce au développement de nos cinq sens, la vue, l’odorat, l’ouïe, le goût et le toucher, nous allons prendre conscience que l’autre existe. C’est un vrai drame que de s’apercevoir que le sein qui nous nourrit n’est pas nous !, et c’est un véritable apprentissage de savoir faire le tri entre la main qui fait partie de notre moi et les objets qu’elle saisit et qui ne font pas partie de notre moi. Plus difficile encore, nous devons faire le deuil de notre mère, qui ne fait pas non plus partie du moi. Petit à petit, nous apprendrons que l’autre existe, et nous apprendrons, la plupart du temps, à vivre avec. Cette époque de séparation est une période où nous expérimentons la souffrance, comprenant que certaines choses procurent du plaisir, comme téter le sein ou le biberon, alors que d’autres sont à l’origine de frustrations et de mal-être, voire de souffrance, comme la sensation de froid ou encore de faim. Comme le dit Alain, que je cite, « c’est à travers l’ordre humain, en commençant par sa mère, que l’enfant prend idée de lui-même, fait la différence entre le moi et le non-moi, puis finit par poser la première opposition : moi et les autres ». Ainsi, nos connaissances et nos pensées naissent en réaction aux autres.

Au niveau symbolique, un parallèle peut être tenté entre la situation du nouveau-né après sa naissance et le profane. Le profane a tendance à ramener les événements à sa personne, il est plutôt égocentrique. Si le nouveau-né ne maîtrise pas encore ses sens, ce qui explique qu’il ramène tout à lui, nous pourrions dire que le profane a oublié l’utilité de ses sens en s’enfermant dans sa bulle, pour finir couper des autres, hermétique à tout échange. Heureusement, parmi les profanes, certains vont souhaiter s’ouvrir au monde des autres, ils vont cesser de faire tourner le monde autour d’eux, tout comme le nouveau-né finit par percevoir l’autre grâce à l’épanouissement de ses sens. Ces profanes sont prêts à entamer un chemin initiatique, ils sont demandeurs de la lumière, qu’ils trouveront par des chemins divers et variés, et pour certains d’entre eux, en entrant en Loge. Ainsi, le nouvel initié, enrichi par les différences de l’autre, a saisi son bâton, et s’est mis en mouvement sur son chemin, à la rencontre de lui-même.

Notons quand même que le cheminement du nouveau-né et celui de l’initié ne sont pas exactement identiques. Le nouveau-né scinde son monde en deux : d’un monde unique, il passe à l’existence d’un moi et d’un autre. L’initié, comme tout profane, après avoir pris connaissance qu’il existait deux mondes, celui du moi et celui de l’autre, avait d’abord choisi de se replier sur le territoire de son moi. Mais à la différence d’un simple profane, l’initié a compris que pour mieux explorer son moi, il doit connaître la vision qu’a l’autre de son moi ; l’initié décide de s’ouvrir au territoire de l’autre, et c’est alors qu’il découvre le monde dans son ensemble, le moi et l’autre. La démarche initiatique consiste peut être, et au moins partiellement, à établir une harmonie entre le moi et l’autre.

Passé le premier stade de la différenciation entre le moi et l’autre, l’expérience guidera notre développement. Mais quel est le rôle exact de l’expérience dans notre développement, et comment la définir ? Nous verrons que l’expérience fait appel aux deux outils sujets de ma planche, la pensée et l’action.

Analysons notre situation au quotidien. Chacune de nos actions est suivie d’une réaction, ou d’une absence de réaction. La répétition à l’identique de ce schéma pour une action donnée va nous permettre de mémoriser des situations types. Par exemple, s’approcher du feu entraîne toujours une sensation de brûlure : conclusion, le feu brûle. Cet exemple peut paraître caricatural, mais la démonstration est aussi valable pour des situations plus complexes de la vie sociale où ce sont les répétitions de situations identiques qui vont nourrir notre mémoire, interagir sur nos pensées, alimenter notre expérience et influer sur notre rapport aux autres.
Intéressons-nous à la logique de raisonnement qui domine ce que nous appelons l’expérience.

La logique employée est empirique, elle ne repose que sur la répétition, l’habitude et la coutume ; cette forme de logique basique est la clé de nos pensées. Hume l’avait très justement souligné : c’est uniquement la coutume qui nous sert de support pour inférer nos affirmations. Je traduis en langage clair ce jargon proche de celui d’un logicien à ceux de nos Frères qui ne sont pas des spécialistes : Hume affirme que toutes nos déductions sont effectuées à partir d’habitude ou de coutume : nous avons observé des dizaines de fois que l’action A est suivie de l’action B, en conséquence, notre cerveau traduit cet enchaînement temporel par une phrase logique, du type si l’action A est effectuée, alors l’action B surviendra. Il cite l’exemple du coq qui chante à chaque fin de nuit, juste avant que le soleil se lève. Les paysans en concluent que c’est le chant du coq qui fait lever le soleil. Cet exemple vous paraît trivial, et bien passons maintenant à un niveau disons supérieur, celui de l’éducation. L’éducation nous formate en nous apprenant ce qui est bien et ce qui est mal. Or, comme le dit Hume, les valeurs inculquées par notre éducation ne valent que par des traditions et des habitudes, et leur justification ne vaut guère mieux que le raisonnement du paysan affirmant que c’est le chant du coq qui provoque le lever du soleil. Nos traditions et nos croyances ne valent que pour notre société judéo-chrétienne, et c’est peut être pour cela que nous avons tant de mal à admettre les valeurs des autres civilisations. Leurs coutumes n’étant pas les nôtres, elles en deviennent méprisables ou ridicules. Alain enchérit en affirmant que les pensées mènent tout le monde, alors que personne ne pense. En effet, la plupart des hommes rangent leur opinion du côté du plus grand nombre, et l’opinion du particulier finit par être celle du tout, effaçant ainsi toute originalité. L’expérience de Asch démontre l’importance insoupçonnée de ce phénomène : vous allez vous apercevoir que l’homme social est soumis à un conformisme que vous auriez du mal à imaginer.

Je vous décris cette expérience, car elle est assez édifiante.
Un homme, le cobaye, est placé dans une salle au côté d’autres personnes qu’il croit être comme lui des volontaires. En réalité, les autres sont tous des acteurs. Des tests visuels aux réponses évidentes sont proposés les uns après les autres au soit disant groupe de volontaires.

Chaque intitulé de question est projeté sur un écran. L’expérimentateur a expliqué au cobaye qu’il répond dans un premier temps en utilisant un boitier électronique ; ensuite, au bout d’une minute de réflexion, chaque membre du groupe exprimera oralement sa réponse à chaque question, chacun parlant à tour de rôle, selon un ordre déterminé au hasard. Le cobaye a alors la possibilité de modifier sa réponse en fonction des réponses des autres personnes du groupe, s’il s’est rendu compte qu’il s’est trompé. Evidemment, comme par hasard, le cobaye se retrouve toujours le dernier à dévoiler oralement sa réponse après chaque test, ce qui lui permet de prendre connaissance des réponses des autres. Ensuite, tout est très simple.

Imaginez le test suivant : parmi trois lignes horizontales, désigner celle qui est la plus longue. La réponse est par exemple la ligne du milieu, deux fois plus grande que les autres ; dans un premier temps et sans hésiter, le cobaye valide grâce à son boitier électronique la réponse qui correspond à la ligne du milieu ; or, à sa grande surprise, lorsque chacun donne sa réponse à voix haute, tous les membres du groupe, tous des acteurs de l’expérience, je vous le rappelle, désignent la ligne du haut comme la bonne réponse, avec des commentaires comme « c’est tellement évident » ou « on se demande pourquoi on passe des tests aussi simples ». Et bien, dans une telle situation, environ deux personnes sur trois changeront d’opinion et se rangeront à l’avis du groupe. Par conformisme, deux personnes sur trois n’oseront pas affirmer une opinion différente devant le groupe, et ce à plusieurs reprises durant l’expérience.

Les techniques de manipulation des foules, comme la publicité, sont fondées sur les observations issues de ces expériences de comportement de groupe. Je ne manquerai pas de vous citer l’homme qui les a développées, puis mises en œuvre au profit d’un gouvernement ou de sociétés multinationales, l’américain Edward Bernays, neveu de Sigmund Freud. Goebbels le considérait comme un maître à penser, et il possédait même un portrait de Bernays dans son bureau.

A notre mode de raisonnement empirique fondé sur les traditions et influencé par le conformisme, il faut aussi ajouter une perception déformée de la réalité qui nous entoure. Les signaux transmis par nos sens sont interprétés par notre cerveau, puis notre pensée utilise cette interprétation en la tenant pour vraie. Or, l’interprétation des sensations perçues par nos cinq sens est susceptible de nous induire en erreur, plusieurs expériences de psychologie l’ont démontré. Par exemple, il est impossible de voir plus de trois faces d’un même cube, mais ça n’empêche pas notre cerveau de reconstruire le cube à partir des trois faces, faisant ainsi un pari sur l’interprétation de l’image réellement transmise par nos yeux. La plupart d’entre nous n’a plus conscience de cette interprétation incessante des sensations transmises à notre cerveau, et de nombreux tours d’illusionnistes reposent sur ce phénomène.

Descartes avait certainement raison lorsqu’il affirmait que la seule certitude pour démontrer notre existence, et après avoir écarté les unes après les autres toutes les sources d’erreurs possibles, c’était « je pense donc je suis ». Associée à une autre de ses pensées, « là où il y a doute, il y a raison » nous possédons deux piliers solides pour participer à la construction de l’homme nouveau qu’est l’initié. Notons, c’est important, que Descartes prônait un doute raisonné et rationnel, et qu’il avait écarté la pratique d’un doute systématique, qu’il jugeait stérile.

Le nouvel initié a fait l’effort de renaître pour réapprendre ; le rôle de la Loge est de lui procurer des sensations dont l’interprétation ne soit pas faussée. Notre parcours initiatique semble, en cela, conforme à une rééducation sensorielle. L’initiation nous fait passer par une suite d’épreuves qui avertissent le futur initié que l’interprétation qu’il fait des sensations en provenance du monde extérieur peut l’égarer. Puis le miroir désigne au nouvel initié son plus grand ennemi, c'est-à-dire lui-même ; le nouvel initié est d’une certaine façon enjoint à quitter le monde du MOI, pour s’ouvrir au monde de l’autre, en utilisant ses sens mais en doutant raisonnablement de l’interprétation de ses sensations. Cette image me rappelle vivement celle de l’arcane majeur VIIII du tarot. On y voit un ermite qui éclaire prudemment le chemin devant lui, en s’aidant d’une lanterne qu’il brandit aussi haut que possible dans l’obscurité.
En Loge, la coutume ne va plus de soi, seul règne le rituel, intemporel, au milieu des symboles dont notre vision et notre pensée se disputent les influences. Le travail sur les symboles fait travailler nos sens et notre pensée, il met en jeu notre cerveau. Petit à petit, il nous fait prendre conscience d’une autre réalité, loin des influences auxquelles sont soumis les profanes.

La vie en Loge fournit aux initiés une réalité tangible. Cette réalité se manifeste au travers d’un rituel dont les actions sont répétées inlassablement au cours de chacune des tenues. L’initié doit comprendre que l’enchaînement d’actions inlassablement répétés n’a pas forcément valeur de causalité, et encore moins de vérité. Il entame alors un chemin difficile, en entrant dans une démarche d’analyse critique des raisonnements et des valeurs qu’ils n’avaient jamais remis en doute, mais qui reposent pourtant sur des coutumes et des usages imposés par un conformisme social puissant.

Nous sommes en recherche d’une harmonie entre la pensée et l’action, harmonie qui se traduit par la création parfaite, en équilibre avec son environnement, et conforme aux souhaits de celui qui en est à l’origine. Le GADLU traduit sa pensée et son action par le Verbe, vecteur puissant de la création divine. Contrairement aux simples humains que nous sommes, le GADLU a connaissance du Tout. L’initié, aussi avancé soit-il sur son chemin, n’a pas connaissance du Tout, et son domaine d’action et de pensée, aussi vaste soit-il, est donc, par définition, limité. Ne l’oublions pas, la pensée, même si elle possède un puissant levier d’influence, n’est pas capable d’instruire l’inconnu.

La pensée pure, conduite au cours de la méditation, participe au bonheur de l’individu en préparant des actions et donc des créations harmonieuses ; cette idée est soutenue par Aristote.
L’action pure, celle qui transforme la matière, conduit aussi au bonheur par l’équilibre harmonieux de la création matérielle dans son environnement.

Evidemment, opératif et spéculatif ne sont pas exclusifs l’un de l’autre, mais plutôt complémentaires. Le résultat parfait de la pensée et de l’action est une œuvre qualifiée de belle ou peut être plus justement gracieuse, et qui a demandé sagesse et force : le grand œuvre par la voie alchimique, ou le chef d’œuvre par la voie du compagnonnage initiatique.

La capacité de parole est certainement une des caractéristiques les plus évidentes de l’espèce humaine. La pensée de l’homme se manifeste par l’action, et les paroles, qui sont le fruit de l’action des muscles de nos cordes vocales, sont bien le fruit de pensées et d’actions. Parler n’est pas une action comme une autre ; la parole véhicule nos pensées et nos sentiments. La parole permet de communiquer avec l’autre en parlant du passé, du présent et du devenir. Le champ d’action de la parole paraît vaste, c’est celui des mots, et il se décline sur toute la flèche du temps.

Contrairement aux autres actions, les paroles sont plus faciles à mettre en œuvre et de fait, sont moins soumises à la réflexion qui précède ou qui devrait précéder toute action. Je m’explique. Lorsque le comportement d’un individu m’irrite, je sais que si je lui donne un coup de poing, je m’exposerais à des représailles physiques qui auront des conséquences directes sur mon intégrité physique. Par contre, une simple phrase d’avertissement porte moins à conséquence, car je ne risque la plupart du temps qu’une réplique sèche en retour, voire, au pire, quelques insultes. Peut être à cause d’instincts comportementaux hérités des temps préhistoriques, je réfléchirai avant d’agir physiquement sur quelqu’un ou sur mon environnement matériel, alors que j’exprimerai avec moins de retenue des sentiments ou des impressions, sachant qu’ils n’influeront pas directement sur mon intégrité physique ou mon environnement matériel. Je dis « qui n’influeront pas directement », car en définitive les paroles blessent comme les coups, flattent comme des caresses, ou dressent comme un chien. Les paroles agissent sur les représentations mentales de notre MOI, et elles ne sont jamais sans conséquences sur l’autre.

Continuons à nous concentrer sur la parole, et abordons maintenant la notion du champ d’action de la parole.
Je vous l’ai dit auparavant, le champ de la parole est celui des mots. Or, les mots que nous utilisons trompent notre pensée, tout comme le fait notre cerveau lorsqu’il interprète les signaux en provenance de nos cinq sens. Comme le dit Bergson, « notre pensée ne voit pas les choses, elle se contente de lire les étiquettes collées sur elles. La conséquence est que nous vivons dans une zone mitoyenne entre les choses et nous, extérieurement aux choses, extérieurement aussi à nous-mêmes ». Je vous disais tout à l’heure que le domaine de la connaissance était limité pour l’initié, contrairement à celui du GADLU. En voici une bonne illustration avec la parole, puisque n’existe pour nous que ce qui porte un nom. En effet, si nous n’avons pas connaissance d’un nom pour qualifier l’existence de quelque chose d’abstrait ou de concret, alors nous serons incapables de prendre la mesure de cette chose, et elle n’existera pas pour nous. D’où l’importance du nom dans la civilisation égyptienne, où la faculté d’être nommé est une condition sine qua none à la vie spirituelle et éternelle. Dans la genèse, nous retrouvons l’importance du nom, lorsque Dieu présente à Adam un à un les animaux pour qu’il leur donne un nom, et qu’il fasse partie de l’univers d’Adam. «YHWH Elohim façonne de l'adama tout vivant des champs, tout oiseau des cieux. Il (les) amène vers l'Adam pour voir ce qu'il leur crie. Et tout vivant auquel l'Adam crie : tel est son nom. Et l'Adam crie le nom de tout bétail, de tout oiseau des cieux et de tout vivant des champs ».
Dans le monde profane, la parole est souvent dévoyée. En Loge, l’initié a mesuré son importance après une période de silence imposée. Durant la tenue, la parole circule, elle participe à l’égrégore de la Loge. La Loge tout entière s’exprime à travers ce fluide, et la parole n’appartient à personne, elle circule, elle vole de frère en frère, au rythme du rituel et des planches. Elle est animée par une volonté d’échange et baigne dans un monde symbolique, à l’intérieur d’un lieu sacralisé, où les autres s’ouvrent à nous et où chaque mot compte. Les pensées de tous les frères alimentent la parole circulante qui s’échange comme un flambeau symbolique.

Bien penser, bien dire, bien faire.
Voici nos maîtres mots, supportés par le ternaire du compas, de l’équerre et de la règle. Ce ternaire permet à l’initié de tracer non plus de simples schémas, mais de véritables épures à la gloire du GADLU. Arriver à transcender le quotidien par nos pensées, nos actions et nos paroles. Pour cela, il nous faut avoir pris conscience du chemin qu’il nous reste à parcourir. Il ne faudra pas se perdre au milieu des illusions que nous procure l’interprétation de nos sens. Il ne faudra pas non plus se laisser trompé par les mots qui, mal utilisés, peuvent être un carcan empêchant notre moi de progresser.

Finalement, pour répondre à la question que je m’étais posé au début de ma planche, oui, c’est vraiment au-delà des soucis de la vie matérielle que s’ouvre pour le Franc-maçon le vaste domaine de la pensée et de l’action.

Mes frères, méditons pour bien agir.

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Rouge et Noir

3 Avril 2014 , Rédigé par J\ C\ Publié dans #Planches

Le symbolisme maçonnique est riche de part la complexité de ses représentations outils ; mots, acclamations, nombre et un fort signifiant de couleurs qui forcément n'interpelle pas toujours alors que c'est un vecteur d'approfondissement de la pensée.

La maçonnerie des métiers fait référence à un symbolisme des couleurs; et chaque compagnon doit s'approprier les symboliques et les rendre agissantes.

Pour eux, 5 couleurs ; la blanche la rouge la bleue la jaune la verte et une cachée:la noire ; c'est le noir qui contient toutes les couleurs, puisqu'elle est à la fois couleur matricielle et couleur de la mort qui ramène toute chose à son origine.

Evoquer le caractère initiatique de la F\ M\ et quelques emprunts au Compagnonnage apparaît comme une tautologie puisque sa nature même consiste à vivre et à transmettre l'initiation qui repose aussi sur un fort signifiant des couleurs ; la loge bleue, la rose rouge offerte à l'impétrant, la grenade que l'apprenti découvrira sur le colonnes, ne impression de manque ; il n'est pas satisfaisant que le mythe s'arrête ainsi ; et me voilà frappant à la porte du Rouge.

Au chapitre : Instruction au grade d'élu il est demandé : « Que signifient les couleurs de la chambre du Conseil ? » En réponse : Le noir signifie la noirceur de l'action les flammes expriment notre ardeur à rechercher de la justice et le rouge dénote qu'elle ne peut être éteinte que par la punition des coupables.

Donc en premier le noir signifie la noirceur de l'action ; le substantif noirceur donne une idée d'expansion malsaine, de contours mal définis et peu repérables, d'infiltration, une impression de nébuleuse angoissante, de forces obscures qui se trament dans l'ombre et qui sont récurrentes ; mais aussi de fin inéluctable ; ce dont nous sommes certains et ce sur quoi nous ne savons rigoureusement rien.

Le noir rappelle l'affliction et le deuil du Maître disparu; lié à la perte de la parole ; l’œuvre est interrompue et inachevée et la parole désormais perdue est à retrouver ; « le fanatisme est une fureur aveugle et stupide que la raison ne retient jamais » rousseau.

La mort d'Hiram par 3 assassins est le crime de la bêtise; de la barbarie, de l'acte inadmissible ; l'ignorance le fanatisme l'hypocrisie sont les foyers des systèmes fondés sur la violence, l'illégitimité ; c'est le noir absorbant le noir mat qui absorbe toutes les couleurs, qui absorbe la lumière et ne la rend pas ; c'est le processus d'escalade du fanatisme et de l'obscurantisme.

La contagion en est violente ; ce sont les violences visibles du terrorisme sans limites ni frontières ; c'est le noir de la burka, des lapidations.

Quelle que soit les manifestations du fanatisme dans tous les temps et dans tous les lieux,il présente certains caractères constants; le fanatique est d'une sincérité trouble il subordonne tout à la prévalence de la conviction qui le possède, il n'admet aucun obstacle, surtout pas les droits de la vérité ou de la justice ; se balaie des lois et des droits des peuples ; le fanatisme trouble le jugement et la conscience ; c'est l'emportement de la pensée et une passion de penser qui aveugle ; c'est l’extrémisme religieux et l’obsession de museler les femmes ; depuis des siècles la mauvaise réciprocité s'est manifesté sous la forme de cycles de vengeances interminables; et cette menace n'a pas disparue.

Aujourd’hui la folie fanatique et les régimes totalitaires sont un haut niveau de risques, par et les printemps arabes commencés en Tunisie et en Égypte même s'ils peuvent finir en quasi échec sont une formidable aspiration des peuples à la liberté et à la démocratie ; si on laisse briser ces aspirations ce sera la multiplication des pires dictatures.

Ce crime sur Hiram est une violence interne, avec but de détruire la communauté et sses lois ses droits.

Les mauvais compagnons veulent un désordre social, une désorganisation au profit de l'arbitraire ; c'est le fascisme qu'ils veulent imposer ; l'arbitraire, la mystification ; c'est un pouvoir de manipulation qui repose sur l'ignorance, sur les peurs, sur la haine ; sur la violence.

Le meurtre d'hommes éclairés est récurrent par ex Lincoln, jean Jaurès ; etc. Luther King, en Tunisie chorion belaïd ; c'est le noir de la la folie obscurantiste et du fascisme qui sont des pierres d'achoppement pour toutes les démocraties.

« L’homme est un loup pour l'homme » selon Hobbes. Les tendances à l'auto-destruction selon Freud seraient enfouies au tréfonds de chacun ; c'est l'aliénation à notre esclavage intérieur ; ce serait la désintoxication des pulsions qui feraient apparaître l'ambivalence Amour/Haine ; ce qui nous ramène au « connais toi toi même ».

Le noir c'est ne vouloir ni se voir, ni s'entendre, c'est projeter l'autre comme mal à expulser, à détruire ; c'est rester dans ses peurs, ses préjugés, ses habitudes ; le noir c'est tout ce qui est anti-lumière dans tous les domaines des sociétés (que ce soit le politique, l'économique, le médiatique, le religieux, les croyances ésotériques qui font un retour impressionnant, le noir se rapporte à une dualité aliénée ; un arrête brutal ; je suis le bien et je vais détruire le mal l'autre, le différent, aucun droit à l’espoir ; tout à la soumission ; mais c'est dans le noir que l'on cherche la lumière.

2ème sentence : les flammes expriment notre ardeur à rechercher la justice.

Le terme ardeur porte une certaine ambivalence : c'est la vivacité, la fougue que l'on met à faire quelque chose, c'est l'impétuosité, aussi la chaleur extrême, comme l'ardeur du soleil. Quant aux flammes, elles évoquent aussi un double sens ; en premier une lumière, un idéal qui nous motive ;
en deuxième un feu intérieur qui poussé par l'ardeur peut tomber dans l'excès, le débordement, associés ces mots portent en eux, le feu qui couve sous la cendre. C'est un rappel de notre zone d'ombre, de notre noir enfoui « de cet inconscient qui nous manipule à notre insu ; mais là encore nous sommes plus ou moins persuadés de la justesse de notre raisonnement, nous cultivons l'illusion de la compassion apparente sans en voir le sens caché : c'est être ensemble dans la passion pour le meilleur et pour le pire ».

Pour cet élu le désir de venger Hiram nait de cette union inséparable de la raison et de la passion, c'est pour lui le moyen de réagir contre l'inacceptable de cet acte.

Bien sûr que l'élu exerce son discernement lorsqu'il est désigné chef « d'un si noble projet ». S'engager n'est pas une attitude naturelle ; cet engagement est une véritable implication ; ce crime est un événement qui le touche directement ; ce devoir est accepté en toute honnêteté et avec la conviction du moment. Il ne réalise pas que les mots ne sont pas forcément des interprètes fiables de notre comportement ; il est dans le rouge de l'énergie vitale, énergie venant du grec Orgos qui veut dire « contient l'action en puissance » c'est le rouge primaire ie qu'il ne provient d'aucun mélange. On peut aussi l'identifier à la kundali qui dans la philosophie tantrique est l'énergie vitale à la base de la colonne vertébrale ouvrant les chakras ou roues d'énergie, ce chakras du périnée est une énergie brute.

Ce premier devoir est de livrer Abibal à la justice de Salomon ; il est tout à fait légitimé dans cette action ; il est dans son droit et son devoir, mais le devoir, l'obéissance à la loi est une limitation telle que le droit le défini et sans doute, cet élu trop dans l'émotion rentre dans ses rêves dans sa propre intimité dans ses propres désirs en oublie la régulation par la loi, (peut -être la première faille est elle, de quitter le groupe, celui qui n'a peur de rien et va au devant de n'importe quel danger devient téméraire), et sa responsabilité de chef est aussi une responsabilité collective, mais l'ardeur poussé au rouge par la flamme du feu intérieur stimule l'égo dans toute son individualité et sa démesure. La chaleur lui monte à la tête, il est tout feu et flamme, la passion le dévore. Certains choix qui paraissent pertinents au moment de la décision se révèle en fin de compte plus mauvais qu'on ne le croyait on a dépassé les bornes et c'est la précipitation vers la caverne effroyable dans laquelle le traître se préparaît à prendre du repos pour Platon la caverne est « un lieu d'ignorance, de souffrance et de punition où la conscience humaine se trouve enchaînée » les Peuls en Afrique, disent « qu'au centre de la terre, vie et mort se livrent un combat corps à corps », en se tuant, en faisant couler son sang le meurtrier a échappé au chatiment qui l'attendait, mais peut être aussi est ce la mort heureuse, celle qui conduit tout droit au paradis pour les fanatiques de tout bord.

En se saisissant du poignard l'élu réalise que la justice ne pourra pas faire son travail de fonction d'instruction et en même temps il est submergé par la violence et la noirceur de son intériorité. Il se voit vengeur et coupable d'intention certaine de tuer l'élu se voit vengeur, coupable d'intention de tuer complètement détourné de l'idée de justice, il voit en lui une noirceur criminelle qu'il ne soupçonnait pas en rencontrant son intériorité, il a vaincu l'ignorance et trouvé la connaissance.

Abibal en mourant a rendu ce lieu matriciel comme n'importe quelle mort : « rouge est le sang du noir ,rouge est le sang du blanc » chante Manu DIBANGO. En se désaltérant à la source l’élu se reprend « il n'a pas répandu le sang, ses mains sont propres ». Un rouge sang vicié donne la mort, l'autre sang est le sang de la naissance, le sang d'hiram libéré de la branche d'acacia qui coule désormais dans les veines de l'élu c'est le rouge du perfectionnement, de l'alliance avec Hiram c'est le rouge de la reconquête de la parole perdue.

En sortant de la caverne Joaben est en ordre avec lui-même, il sait que le noir est une non couleur une couleur cachée disaient les compagnons et qu'il devra toujours la démasquer avec constance et humilité, et le rouge dénote qu'elle ne peut être éteinte que par la punition des coupables.

La kundali peut remonter le long de la colonne vertébrale et ouvrir tous les chakras, le rouge passera ainsi par toutes les couleurs jusqu'à ce qu'il retrouve le noir à la fin du spectre.

Le cordon noir que l'élu porte de gauche à droite, les murs ornés de tentures noires, le noir de la bordure du tablier ne sont pas ce noir obscur cette non couleur gouffre des lumières, c'est le noir plus brillant qui est source lumière pour cet élu, source d'éveil, source de combat. C'est le noir qui fait entrer dans la vie, le noir de la germination du rouge, ce rouge qui passera par toutes les couleurs et qui retombera dans le noir à la fin du spectre ce sera alors le noir brillant de sa finitude, mais le rouge qui borde le tablier, le rouge des flammes, le rouge à l'orient s'est dissocié du noir. Il y a une règle inflexible « on ne met jamais de noir dans une couleur sous peine de la salir ». Le rouge est centre vital mouvement, avancée, flamme qui cherche la lumière et dans notre obscurité et au coeur du monde dans le sentier des hommes, c'est trouver sa place entre la terre, l'air, l'eau et le feu ; « c'est vaincre ses passions et ses pulsions ».

Il faut commencer par désapprendre, mettre en doute nos certitudes, plonger dans notre nature profonde pour toucher au vrai « ce qui fonde l'humain », le chemin de tout initié, la conscience vêcue d'être le maillon d'une chaîne et la nécessité impérative de l'autre, c'est le rouge citoyen de notre histoire et de notre démocratie, c'est la conscience de la responsabilité individuelle qui conduit à la conscience de la responsabilité collective de l'intérêt général.

«Soyons le changement que nous voulons voir advenir dans le monde » disait Ghandi. On peut penser à LOUISE MICHEL qu'on appelait la rouge disait ceci en parlant de la Commune : « nous vivions la révolte, nous la voulions, nous étions devenus la révolte, la révolution elle-même, enfin levés contre l'injustice, prêts à mourir au nom de la liberté ».

Ils étaient tous ceinturés de l'écharpe rouge, rouge comme le sang et la mort annoncée, rouge symbole de cette filiation citoyenne qui fait cette communauté nationale entre le passé le présent et l'avenir, j’ai dit.

On ne peut pas attendre d'être parfait, la vie demande engagement, responsabilité, liberté et perfectibilité, à chacun il est donné cette énergie vitale rouge, à chacun va à sa servitude volontaire sauf qu'il y a en chacun un citoyen le rouge et /noir, c'est un outil permettant de dominer sinon de maîtriser ses passions et ses pulsions, c'est travailler à son parcours initiatique c'est ne pas confondre le mot et l'idée qu'il donne à entendre, c'est donner du sens par l'engagement et chacun peut y trouver des raisons « de s'indigner » pour reprendre une expression chère à Stéphane HESSEL ; un noir mat offensif et violent qui attaquent directement les démocraties et qui suscitent plus que jamais ce sont des défis qui décident d'engagements d'actions citoyennes vitales parce qu'à terme la planète peut -être rendue inhabitable pour l'homme à la démocratie ; (c'est pouvoir se dégager de schémas pour prendre sa place) et les vrais coupables ont leur têtes empalées sur des piquets ; eux ils sont bien morts. L'élu est en ordre avec lui-même son cordon noir porté de gauche à droite sur lequel est inscrit « vaincre ou mourir ».

La kundali peut remonter le long de la colonne et ouvrir tous les chakras, c'est le rouge qui se teinte d'orangé, c'est le vert, il sait parfaitement ce qu'il ne fera plus : il maîtrisera ses passions et ses pulsions il s'affranchira des apparences pour agir selon sa réalité profonde, c'est ne pas confondre le mot avec l'idée qu'il dissimule. Le cordon noir qu'il porte de gauche à droite sur lequel est brodé « vaincre ou mourir » est le signe de ces obligations.

Il se place aussi en tant que citoyen par rapport à l'état : le respect de l'état de droit, sa légitimité à faire respecter la loi pourvu qu'elles soient juste, la conscience de l'interdépendance et de la solidarité rouge et noir s'épaulent l'un l'autre. Tout est question de dosage : l'opposition rouge /noir comme dans Stendhal est je crois conflit intérieur et conflit de société. Le rouge c'est le premier chakras source d'énergie vitale, peut être faut-il plusieurs aspects pour réfléchir, c'est la diversité culturelle « soyons le changement que nous voulons voir advenir dans le monde » disait GHANDI.

J’ai dit.

Source ; www.ledifice.net

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Sagesse - Force et Beauté

2 Avril 2014 , Rédigé par A\ B\ Publié dans #Planches

Ce sont les trois qualités initiatiques que le Franc Maçon a le devoir de développer en lui, par son travail et par sa réflexion, il doit en faire le credo de son initiation et le but suprême de ses efforts de ses connaissances et de son élévation.

Je vais essayer de d’expliquer mes idées sur la question.

Les mathématiciens s’accordent pour dire qu’Euclide possédait l’Essentiel.

Mais quel était cet Essentiel.

C’était et c’est encore la science des Mathématiques et de la Géométrie, qui sont toujours associés à la Sagesse et que Bernard de Clairvaux , abbé de Cîteaux, fit étudier par les moines bâtisseurs que ceux-ci nommèrent le « Trait » et adaptèrent à l’architecture religieuse dont les ouvriers du bâtiment tirèrent un enseignement qu’ils transformèrent en science dans l’art de concevoir et bâtir des édifices et qui engendrèrent le Compagnonnage avec ses règles strictes de connaissance et de secret, et dont nous pouvons dire que la Franc Maçonnerie est issue et dans laquelle on vénère, peut-être plus qu’ailleurs, la Sagesse qui est vertu, savoir, prudence, don de l’esprit et science politique.

C’est sur la colonne du nord, où il est installé après son initiation, que le nouvel apprenti prend contact avec la sagesse, celle qui lui a été imposée par l’obligation de silence; ce silence qui lui permet d’écouter, et non d’entendre, et ensuite de réfléchir sur ce qui a été vu et entendu durant la tenue et en tirer, avec sagesse, tous les enseignements nécessaires à son cheminement, car la sagesse est une affaire de pénétration intérieure, elle ne ressemble pas à la science, l’une est profane et l’autre sacrée, elle est dans l’esprit de chacun, jeune ou vieux car il n’y a pas de limite d’âge pour acquérir ou posséder la sagesse et les vieillards n’en possèdent pas plus que les autres, même si on en a fait une croyance populaire.

Car la Sagesse nous inspire des sentiments qui doivent faire de nous des hommes capables d’apprécier, avec discernement, le monde qui nous entoure, sans préjuger de telle ou telle situation sociale, économique ou foncière pour donner ou non son amitié, son respect, son aide ou son amour à autrui. La sagesse doit être le régulateur de nos instincts et de nos élans, elle doit nous maintenir dans une juste appréciation des situations qui se présentent à nous et nous forcer à agir avec justice vis-à-vis de tous et de tout en nous évitant les impulsions préjudiciables à notre bon raisonnement. Si, malgré tout, nous cédons à une mauvaise attitude, la sagesse devra nous faire découvrir nos errements et nous obliger à reprendre le bon chemin ; il faudra, pour cela, faire appel, comme le faisaient les compagnons lors des calculs des constructions qu’ils envisageaient, a la Force, pour eux celle des matériaux utilisés et pour nous celle de notre caractère, celle que nous devons maîtriser, justement par la sagesse car l’une ne peut agir sans l’aide de l’autre ; il est impensable qu’un individu sans sagesse puisse se maîtriser et reconnaître ses erreurs.

Lors de son initiation, le néophyte est instruit d’un mot qui représente la Colonne qui lui est dévolue pour y exécuter son travail, on lui apprend que celle-ci a pour signification : « La force est en lui » ou plus simplement « En Force »

Si on lui donne ce principe en réflexion c’est qu’il doit s’en servir avec toute la sagesse dont il est capable et pour cela maîtriser ses pulsions, prendre conscience qu’il aura beaucoup à faire pour débarrasser son ego des scories qui l’imprègnent et tailler sa pierre, comme il est dit dans le rituel, pour en faire un élément digne de figurer dans le parement du Temple intérieur qu’il a commencé a édifier en demandant à être initié.

La sagesse ne s’apprend pas, elle s’acquiert « On ne reçoit pas la sagesse, il faut la découvrir soi-même, après un trajet que personne ne peut faire pour nous »écrit Marcel PROUST et les chinois disent « Le sage s’interroge sur lui-même, le sot interroge les autres »

La sagesse a toujours été un élément majeur de la connaissance, elle suppose un savoir et a pour but la connaissance, elle ne recherche pas le pouvoir elle est sa propre finalité.

Dans EXODE (31-2.3 ) Il est dit : « Vois, j’ai nommé Betsaléel, fils d’Uri, fils de Hur de la tribu de Juda, je l’ai rempli de l’esprit de Dieu, lui donnant la Sagesse (hokhmah) intelligence et savoir pour toutes sortes d’ouvrages. »

Cette sagesse c’est Dieu qui la répartit et c’est l’attribut qu’il met en œuvre pour réaliser la création de l’Univers, dans PROVERBES on retrouve cette sagesse qui se tient, dès l’origine, près du Dieu créateur ; il y est dit : « Quand il disposa les Cieux, j’étais là ; quand il affermit les fondations de la terre, j’étais à côté de lui comme un frère de lait. »

C’est en tant qu’attribut divin que la Sagesse figure dans la triade ‘’SAGESSE, FORCE et BEAUTE ‘’ ces trois piliers qui soutiennent la loge, image de l’Univers, un des trois, la Sagesse est associée à la lumière qui émane du V\M\, il est symétriquement relié à la Force, qui elle aussi émane du V\M\

Anderson nous dit une chose très importante, qui recoupe ce que je disais au début de cette planche : « Cette géométrie selon laquelle il a ordonné le monde, le GADLU l’a inscrite dans le cœur d’Adam, créé à son image » et il ajoute plus avant dans son écrit : « Nous ne faisons que nous efforcer de l’imiter, mais nous ne sommes pas arrivés à sa perfection » et j’ajoute que nous devons nous efforcer d’y arriver, mais, nous maçons, savons au moins que le sacré est en nous et que la sagesse, un de ses attributs, est donc aussi en nous, qu’il nous faudra la développer, mais que la révélation ne s’en fera pas complètement en ce monde.

C’est donc dans ce but qu’il nous faudra user de la Force, force de travail, et force de caractère, car comme la force, symbole du deuxième pilier soutien l’édifice, elle devra soutenir nos efforts pour arriver à tailler correctement et avec passion notre pierre pour en faire un objet admirable et plein de beauté qui pourra provoquer autour de nous l’admiration et le désir de nous ressembler et éventuellement de nous rejoindre pour acquérir les qualités et les vertus qui seront devenues les nôtres, cela par un travail incessant avec en tête la détermination d’atteindre un but que nous avons fixé lors de notre entrée dans le Temple.

Pour reprendre l’exemple des bâtisseurs dont nous sommes peut-être issus ; après avoir, avec sagesse, dressé leurs plans et calculé les poussées des matériaux, ils ont recherché les pierres qui présentaient les meilleures qualités et la force nécessaire pour résister aux forces contraires et à l’usure du temps, ils les ont dressées et mises en place pour qu’elles soient en accord avec ce qu’ils avaient calculé ; tout comme il nous faudra savoir, avant de nous aventurer dans une voie qui ne correspond pas à notre attente et à nos aspirations, si nous serons capables d’aller au terme de notre engagement et si la tâche n’est pas au dessus de nos forces. Car l’aboutissement et le résultat de notre travail ne sera jamais perçu de façon concrète par ceux qui nous entourent et qui nous assistent, il ne sera que l’impression que nous aurons de notre réussite ou de notre échec.

Si nous arrivons à percevoir une amélioration de notre ego, alors, et alors seulement nous pourrons penser que le travail accompli peut être apprécié pour sa force et aussi sa beauté, car le travail réalisé avec amour et conscience, même s’il n’est pas sublime, est toujours beau à regarder, c’est ce que nous cherchons à faire en travaillant sur nous même, pour comme le dit aussi le rituel, porter au dehors ce que nous avons réalisé ou reçu dans le temple et éclairer de nos lumières le monde profane où il est nécessaire de rayonner pour faire connaître et admirer la beauté de notre travail.

Les compagnons lorsqu’ils avaient terminé le gros œuvre de leurs édifices les paraient , extérieurement, de statues et de sculptures symboliques qui les rendaient agréables à regarder et qui donnaient envie de pénétrer dans le sanctuaire pour y prier et, à l’occasion, y recevoir l’instruction d’une connaissance ignorée, c’est ce qui devrait arriver au contact de chacun d’entre nous, et donner au profane qui nous côtoie, qu’il soit un familier ou un étranger le désir de nous ressembler, d’accéder à la beauté de notre rayonnement et de notre connaissance.

A la fermeture des travaux, le V\M\ , à l’extinction de la colonne Sagesse dit : Que la Paix règne sur la terre ; rejoignant ainsi l’essence même de la sagesse, car le sage est toujours en paix, avec lui-même et avec le monde ; car le sage ne sait pas, il comprend, le silence du sage n’est ni sottise ni ignorance mais refus d’éclat, il recherche et veux la paix, pour lui et pour l’univers, pour cette recherche toujours il médite.

Mes Frères, je n’ai pas fait, comme souvent, l’explication et la définition des trois symboles que je vous ai présentés, cela a été fait tant de fois, j’ai voulu donner le sens et le ressenti que j’ai de ces trois piliers qui sont devant moi à chaque tenue et que je contemple en réfléchissant à ce qu’ils peuvent représenter pour moi, Franc Maçon, qui cherche un sens à sa vie en suivant son chemin de lumière.

J’ai dit.

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La Joie !

1 Avril 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Oh ! Combien résonne en nous avec félicité cette émotion. Elle nous emmène en tout premier lieu au bonheur. D’ailleurs, lorsque nous ouvrons un dictionnaire à la page adéquate, la définition de joie nous ramène invariablement au bonheur, à la gaieté, aux plaisirs et nous éloigne de la tristesse, de la déception, de la désespérance.

Nous pourrions raisonnablement en déduire que tout ce qui touche au bien-être de l’homme se résume à la joie ou à la tristesse. Depuis notre naissance, nous sommes soumis à ces émotions temporelles, chacune l’emportant tour à tour sur l’autre, au gré de notre destinée. Du nouveau-né radieux dans les bras de sa maman à la réussite scolaire de l’enfant ou, plus tard, dans la vie familiale et professionnelle de l’adulte, la joie est présente. Quelquefois, face aux aléas de la vie, lorsque nous souffrons dans notre chair, dans notre cœur, que tristesse ou désespoir nous ont engloutis, et que la guérison survient, ou que les différents problèmes importants se résolvent, la joie nous envahit à nouveau, en devenant parfois bouleversante. Malheureusement, tous les êtres humains ne sont pas nés sur un même pied d’égalité. Certains ne connaîtront qu’une joie éphémère, d’autres, ne survivrons que dans la grisaille de journées sans lendemain.

Mais au-delà de ces pensées métaphysiques la joie n’est-elle pas une perception émotionnelle forte, un sentiment de satisfaction spirituelle, plus ou moins durable, qui emplit la totalité de notre conscience ? Assurément, elle se rapproche de tout ce qui forme le bonheur. Toutefois, la joie se distingue des satisfactions liées aux plaisirs du corps, qui elles, n’affectent qu’une partie de la conscience.

Dans Phèdre de Platon, le philosophe rapproche la joie du terme Mania qui, lui, exprime une forme de délire ou de folie. Nonobstant, cette forme de joie désigne la présence du divin dans ce qu’elle a de transformateur et de dynamisant pour l’homme. Elle se rapproche de l’enthousiasme qui affecte celui qui contemple le bien et le beau. Elle va, nous le voyons bien, au-delà du simple sentiment.

Ne contemplons-nous pas, nous aussi maçons, ce bien et ce beau qui avec le vrai forment notre idéal ?

Dans la philosophie moderne, le grand penseur de la joie : le hollandais Baruch Spinoza, nous expose dans son traité de métaphysique : l’Ethique ; que la joie, la tristesse et le désir sont les trois affects fondamentaux de l’être humain. Tous les autres sentiments : amour, haine, espérance, crainte…peuvent se caractériser comme des formes particulières de la joie ou de la tristesse.

Spinozadéfinit la joie comme le passage de l’homme d’une moindre à une plus grande perfection, c’est-à-dire d’une augmentation de force et de réalisation de soi de l’être humain.

Ne voit-on pas aussi dans la joie, le signe d’un accomplissement, d’une réussite, d’un achèvement ? Toute grande joie ne serait-elle pas la conséquence d’une création ? Réussite matérielle, certes, mais aussi et surtout création humaine avec la naissance d’un nouveau- né…
Robert Misrahi, ancien Maître de conférences à la Sorbonne, quant à lui, associe la joie à la liberté que possède tout homme d’agir, d’aimer et de fonder son propre bonheur.

Spinoza,toujours lui, indique que la joie est intrinsèquement opposée aux passions qui nous rendent esclaves. Tiens, ce terme ne nous apostrophe-t-il pas ? Mais oui bien sûr ! Nous maçons, ne répondons-nous pas à la question que venez-vous faire en maçonnerie, par ? « Vaincre mes passions…et soumettre ma volonté… »

La joie suprême ne réside-t-elle pas aussi, dit toujours Spinoza, dans l’action éclairée par la connaissance ? Plus nous connaissons, plus nous comprenons, plus la joie croit en nous et plus nous devenons meilleurs et humainement plus forts.

La joie peut aussi être altruiste, comme la présente certaines philosophies indoues. Dans le Bouddhisme, le terme Mudita signifie joie bienveillante. L’être se réjouit du bonheur et des succès des autres. C’est une joie sacrée qui trouve son contentement dans le bien-être de son prochain plutôt que de nourrir des pensées envieuses et jalouses à son égard.

Dans les diverses formes philosophiques que nous venons de survoler rapidement, la joie ne nous ramène-t-elle pas quelque peu, vers la symbolique maçonnique ?

Tout d’abord, le travail personnel qui nous amène à nous élever et à rechercher la perfection, d’où cette satisfaction spirituelle que nous pouvons interpréter comme une joie intérieure. La joie qui succède à l’anxiété chez le nouvel apprenti après sa cérémonie d’initiation. Et notre bonheur n’est-il pas immense de retrouver enfin sur nos colonnes, un F\ : éloigné du temple par soucis de santé, ou à cause des tracas de la vie de tous les jours ?

Puis, la contemplation et la recherche du bien et du beau dans lesquelles la joie devient catalyseur pour le maçon en le transformant pour mieux s’élever spirituellement et humainement. « Par ton travail : de pierre brute tu deviendras pierre cubique qui trouvera sa place dans le temple spirituel que nous élevons à la gloire du Grand Architecte de l’Univers… » Et après ce travail en vue d’une élévation de salaire, lorsque, figé par l’émotion entre les colonnes, nous attendons le « verdict » de nos F\ : et que celui-ci est favorable, accompagné d’analyses bienveillantes, quel soulagement ! Soulagement qui s’accompagne d’une grande joie intérieure.

Enfin, la joie devient humanisme avec les notions de valeurs vertueuses qui récusent la jalousie, la haine, l’obscurantisme et qui prônent au contraire : la tolérance, la liberté, la fraternité, l’amour de son prochain. D’ailleurs, dans le rituel d’instruction du 1er degré, deux questions nous interpellent : « Qu’apportez-vous en loge ? Bienveillance à tous mes F\ : ! » Et à cette autre : « Qu’est-ce qu’un Franc-maçon, nous répondons : c’est un homme né libre et de bonnes mœurs, également ami du riche et du pauvre, s’ils sont vertueux ! »

L’espérance, n’est-elle pas aussi une forme de joie ? Lorsque un F\ : vient de nous quitter pour passer à l’Orient Eternel, et que nous tirons une batterie de deuil, celle-ci est suivie de l’acclamation : « Gémissons, gémissons, gémissons…mais espérons ! »

Dans ce moment de détresse, ne souhaitons nous pas pour notre F\ : un nouveau bonheur dans l’au-delà ? En même temps que nous espérons qu’un nouveau maillon vienne refermer notre chaîne d’union pour le bien de la maçonnerie et la continuité de nos travaux dans la joie ?

La joie de nous retrouver en tenues, comme ce soir, de travailler à l’élévation de notre temple intérieur, n’est-elle pas aussi symbolique de la maçonnerie spéculative qui est la nôtre ? En d’autres temps, en d’autres lieux, nos prédécesseurs, ces maçons opératifs, bâtisseurs de cathédrales qui élevèrent ces magnifiques édifices à la Gloire du Divin, ne connurent-ils pas eux aussi, la joie du travail dignement accompli ?

Revenons un instant à notre rituel. Qu’entendons-nous lors de la fermeture de nos travaux au REAA ?
Nous entendons notre F\ : second surveillant clamer, lors de l’extinction de la colonne beauté :

« Que la Joie soit dans les cœurs » !

Au moment où chacun de nous, mes TCF, va rejoindre les ténèbres, cet univers tumultueux que nous appelons le monde profane, cette invocation à la joie n’est-elle pas aussi un encouragement à continuer et à embellir au dehors, l’œuvre commencée dans ce temple ?

« Que la joie soit dans les cœurs ! »

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Réflexion sur le pavé mosaïque

31 Mars 2014 , Rédigé par Daniel D Publié dans #Planches

A la gloire du Grand Architecte de l’univers. Vénérable maître, vous tous mes frères, en vos degrés et qualités, j’ai plaisir à vous présenter une réflexion sur le pavé mosaïque, en soulignant aux travers d’exemples fondés et de leurs contradictions naturelles, les dualités et les formes complémentaires de cet outil de travail, de pensée symbolique et d’ornement.

En effet, le pavé mosaïque, également appelé « pavé d’équerre par les anciens », s’avère si riche qu’il regroupe ou qu’il met en mouvement bon nombre de symboles que l’on rencontre dans un Temple Maçonnique, et qui figurent derrière le Frontispice du Temple. (façade principale de l’édifice)

Dans le labyrinthe d’idées creusé par ce signe, il existe des marques distinctives propres à chacun d’entre-nous. Ce qui s’avère blanc pour Michel, s’appréciera en noir dans l’esprit de Paul et des autres… Faut-il être comme Saint Thomas, de tout contrôler avant de croire, ou alors suivre aveuglement les écrits et les dires, même lorsqu’ils se colportent dans notre noble assemblée ?

L’histoire controversée de nos anciens explique que les opératifs posaient souvent ce pavé mosaïque sur le sol des églises, pour reproduire celui du Temple du roi Salomon. Il se raconte que la construction respectait les bases du nombre d’Or, dont la valeur universelle précise : 1,618 033 989 se calcule selon la formule, 1 à la racine carrée de 5 divisé par 2. La Bible précise, dans le premier livre des Rois, que ce temple mesurait soixante coudées de long, vingt de large et vingt cinq de haut. Pour les matheux, une coudée mesure environ 30 cm.

Maîtres de l’art royal et de la géométrie, les constructeurs d’édifices respectaient trois orientations : technique, artistique et religieuse. Ils utilisaient ces dalles noires et blanches pour y projeter dans l’édifice en association avec un fil à plomb, une position du zénith au nadir, ou du déambulatoire au sol, en passant par les différentes élévations de l’ouvrage. Cela soulignait la dimension verticale de la bâtisse « tournée vers Dieu » face à un pavage, plan par définition et posé au sol. La géométrie s’avère bien la 5e des sciences à laquelle un bon compagnon s’applique « préférablement ».

L’association d’un fil à plomb, d’un damier et de la règle graduée détermine les trois dimensions de l’espace : largeur, longueur et hauteur, soit « X Y Z ». L’angle droit des carrés forme un rayon de 45°. Il montre, qu’en suivant cette voie sans cesse tracée, l’homme y trouve son chemin, celui de la rigueur géométrique du maçon opératif d’hier.

L’histoire explique que le travail en loge s’exécutait dans une simple cabane tenue « secrète » et placée du côté le plus éclairé du chantier, on disait également, la fabrique. Un pavé mosaïque dessiné servait de planche à tracer pour définir les plans de l’ouvrage. En référence à ces pratiques anciennes, on y place aujourd’hui différents types de tapis de loge correspondant aux grades représentés dans la F.. M..

A l’issue de la tenue, le plus jeune des apprentis entrés en loge effaçait le sol crayonné, à l’aide d’un sceau d’eau et d’une toile. Il répandait ensuite du sable pour dégager toutes traces issues des travaux, notamment les lignes droites et les perpendiculaires. Nous exécutons aujourd’hui, symboliquement, la même pratique par notre silence hors du Temple.

Faut-il accréditer, mes frères, l’idée que ce pavé mosaïque servait de guide de mesure sur les sols des cathédrales ? Thomas ne le pense pas. Il le classe dans le registre, déjà trop riche, des légendes. En effet, il semble invraisemblable que des maçons puissent manœuvrer sur un sol chargé de détritus d’un chantier, des blocs de pierres dont le plus léger avoisine les cent cinquante kilos. Cela aurait créé de graves dommages au précieux pavage noir et blanc.

La réalité de l’époque s’avère, selon d’autres historiens, différente. La bible explique que le sol du Temple de Salomon, Debir ou Saint des Saints compris, n’était pas recouvert d’un pavé mosaïque, mais de bois de genévrier plaqué d’or. Alex Horne cité dans le dictionnaire de la F.. M.., fait allusion à Moïse en se rapportant au pavage de l’intérieur du tabernacle, dont la méthode d’assemblage fut appelée Mosaïque. Il n’existe pas d’allusion biblique à une telle interprétation.

Et pourtant, les constructeurs de cathédrales utilisaient bien une simulation de pavé mosaïque. Cette technique s’imposait comme la « Clef du Mestier » des compagnons d’antan. Leurs descendants, adeptes du compagnonnage, l’utilisent encore.

Sur un terrain plat, imprégné de charbon de bois écrasé et tassé au rouleau, les opératifs traçaient à l’aide d’un cordeau frotté à la craie, les lignes de la construction. Ce quadrillage, qui représente un plan à l’échelle « 1 », s’applique aussi sur les murs et les charpentes, pour y tracer la position des ouvrants et des madriers. De petits piquets plantés aux intersections de fils tendus, généraient ainsi des quadrillages dans le principe d’alignement du pavé mosaïque.

Dans certains rituels anciens, à la question « Comment servez-vous votre Maître » les compagnons répondaient, « avec le charbon de bois, la craie et l’argile », l’argile servant à tirer des traits.

Retour à la réalité des modernes. Les maçons opératifs ont, dit-on, cédé leur place aux maçons spéculatifs. Le pavé mosaïque a survécu. D’outil géométrique, il se mute en un moyen, ou plutôt un instrument de réflexion symbolique. Le penseur y perçoit des messages.

La force des contraires, celle qui règne au cœur de cette mosaïque, semble dominer le monde. Ce « sans partage » inquiétant à bien des égards, se révèle lorsqu’il se trouve encensé à l’extrême. Il génère pourtant l’équilibre indispensable à la vie. Les peuples civilisés ne s’appuient-ils pas sur ces contradictions, sur un rapport faible / fort – riche / pauvre – malade / bien portant – croyant / athée… pour mettre en évidence d’autres hommes, apparemment mieux lotis ? Initiés nous sommes, certes, mais ne tombons pas dans ce que la justice appelle le délit d’initié.

De ce fatras incohérent de propos, de déclarations des médias contre la F.. M.., naît une volonté : celle d’hommes justes et de leur homogénéité sans cesse recherchée. Le respect de l’autre et son écoute, au travers de la fraternité qui nous unit, s’apprennent bien dans le silence, celui d’un pavé mosaïque qui parle tant…

Force est de constater que ce damier renferme, à lui seul, les règles de l’architecture de l’univers. Il régit nos différences chroniques et les influences incontrôlées qui en découlent.

Terrain de stratégie par prédilection, cette dualité entre le noir et le blanc règne sans partage. Elle me rappelle le plan d’un jeu d’Echecs, un nom arabe qui désigne la mort d’un vieil homme. Simple mort physique certes. Le mental, lui, manœuvre les mathématiques de l’esprit, sans l’aide des chiffres. Il s’évade dans la polarité et les couples d’opposés, là où règnent « l’être et le non être, le bien et le mal, le un et le deux… Nous y sommes.

Mais, méfions-nous, comme Saint Thomas. Le yin et le yang ne s’opposent pas, bien que fondé sur le nombre « 2 ». Le couple, celui formé par deux êtres vivants, se moque bien des chiffres. Mâle et femelle se retrouvent en un « 1 » pur dans l’amour, à l’image du limaçon, un invertébré qui porte ces deux organes reproducteurs.

Ces entités opposées ou complémentaires et impalpables, recèlent des facettes changeantes de la personnalité humaine pour qui seul le « trois » semble capable de venir à bout de toutes formes de dualités. Le dictionnaire des symboles explique bien que chaque nombre se lie à une forme : le trois est un triangle. Cela se constate dans le Temple. Le quatre matérialise le carré. Les quatre côtés de ce dernier nous renvoient dans le pavé mosaïque, sur le nombre deux, fait de l’opposition des couleurs.

En colorimétrie, le noir et le blanc ne sont jamais pris en compte comme des couleurs de la création. Soumis au rayonnement, ou plutôt aux radiations du soleil, le blanc rejette la chaleur alors que le noir la stocke comme un redoutable condensateur thermique.

Ces variantes ne s’expriment pas, physiquement, dans notre temple immergé sous une voûte étoilée. La symbolique s’anime sous l’effet des lumières émises de l’Orient.

Chaque carré du pavé mosaïque étant entouré de couleurs opposées sur quatre de ses côtés, il y a échange thermique. En d’autres mots, le un et le deux issus des deux tons du pavé mosaïque, se retrouvent dans le trois, le cinq ou le sept, selon le niveau du rituel et du tapis de loge posé sur cet enclôt magique. L’échange, celui qui favorise la communion entre les hommes, existe bien dans la chaîne d’union qui se forme autour de ce pavage bicoloré.

Ce noir et ce blanc sont des tonalités qui s’affrontent sans cesse aux véritables couleurs de base : le cyan (bleu), le jaune et le magenta (rouge violacé). Ces tons complémentaires se glissent dans le prisme, celui des vitraux des cathédrales lorsqu’ils sont éclairés, ainsi que dans les lumières de l’arc-en-ciel.

 Les opératifs maîtrisaient bien la spectrométrie, en utilisant les rayons du soleil ou leurs reflets sur la lune qui traversaient leurs vitraux colorés. Ces tonalités harmonieuses, mais sans neutralité, s’avéraient capables de mettre en état de méditation les fidèles, notamment lorsque des forces telluriques, émises par le croisement de cours d’eau souterrain, y associaient des vibrations. Entre nadir et cosmos, ces éléments créaient des atmosphères renforcées par le symbolisme du site, et la stylisation des décors et de la lumière.

 Ce n’est pas le cas du pavé mosaïque qui n’utilise pas de mélange de ton, mais une opposition constante de deux variantes : blanc et noir. La complexité hors limite de l’esprit humain remet cette donnée en cause. Des coloristes démontrent qu’en faisant tourner rapidement un pavé mosaïque sur son centre, le noir et le banc se mélangent artificiellement pour donner vie au gris. La rigidité de ces deux tonalités de base peut donc être prise en défaut, en trompant l’œil et le cerveau. En effet, ces dualités s’expriment au cœur du cerveau de tout un chacun.

 Entrons, avec une question, dans la symbolique de ce pavé mosaïque : Quelle différence neurologique existe-t-il entre une idée limpide, émise par un être logique, et une seconde image, faussement construite, qui tient compte d’une certitude non fondée ?

Aucune mes frères, dans les deux cas, un cerveau affaibli interprète l’information comme juste, preuve que les mirages existent aussi dans les songes. Pour cette raison, nous devons nous méfier des idées préconçues et des certitudes tenaces.

Ce cerveau démontre également que le visible de l’homme, lorsqu’il se matérialise au travers du nombre « 1 » compris dans un seul des carrés du pavé, ne renvoie aucune image concrète de la personnalité. L’invisible, matérialisé par la pensée, ouvre parfois la porte du subjectif. Le rêve, lorsqu’il devient réalité, peut être la résultante de nos anciens conditionnements de profane.

Si les couleurs s’opposent, les mots aussi, comme les anachronismes de l’utilisation du pavé mosaïque par nos anciens. La rhétorique consiste, selon le dictionnaire, à détourner le sens des mots, à les opposer ou à les renforcer. On y parvient par une ellipse, une inversion, un pléonasme, une métaphore, un euphémisme ou une antiphrase… Il s’agit là de figures de pensée, de symbolisme peut-être, tout comme ce texte d’ailleurs…

La Bible, inépuisable réservoir d’informations et de sagesse, raconte que pendant la construction du temple de Salomon, les compagnons tailleurs de pierres n’ont donné aucun coup de marteau dans l’édifice. Leurs outils métalliques n’y avaient pas accès… Laissons donc les coups et les métaux à la porte du Temple pour réfléchir et travailler dans la sérénité que Tradition et Vérité nous propose.

Cette recherche de la vérité, au travers du pavé mosaïque pourrait bien durer des heures. D’ailleurs, les dix minutes qui m’ont été allouées sont largement épuisées. Elles montrent qu’en vertu de nos contradictions trône un inépuisable réservoir de sérénité et de connaissances. Le vôtre mes frères. Ensemble nous pouvons, à force de travail et de fraternité, œuvrer à une nouvelle architecture de l’être humain. J’ai dit.

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L'importance du travail de l'Expert

28 Mars 2014 , Rédigé par M\ P\ Publié dans #Planches

PRESENTATION DE CE TRAVAIL
1. Le nom
2. Le sautoir
3. Le bijou
4. L’épée
5. Sa place dans la loge
6. Son rôle selon la mise en place des Off\
7. Vu par un F\ depuis les Col\
SON NOM
F\ « Terrible », ancienne appellation du F\ Couvreur (rituel 1740).
Chez les « Antients », on trouve deux diacres remplissant la fonction de guide d’intendance et de circulation. Supprimés au R\E\A\A\ , ils sont remplacés par l’Expert et le M\ des Cérémonies.
L’origine du mot Off\ est issue des Loges militaires
Le mot latin « officium » désigne plutôt un office lié au devoir, d’où une obligation morale, une mise en charge d’une fonction .
LE SAUTOIR
Sur ce sautoir se trouve un œil, symbole de vigilance dont il doit faire preuve, qualité essentielle pour un expert.
Une épée s’entrecroisant avec une règle.
La règle symbole de rectitude, de droiture et garantie de la bonne observance du rite.
LE BIJOU
Considéré « mobile » car il n’est pas attaché à l’individu qui le porte mais, se transmet lorsque l’ouvrier se lève et se remplace.
L’EPEE
L’épée pointée vers le haut symbolise l’expert prêt à défendre et préserver la tradition contre les éventuelles profanations.
C’est également son signe d’ordre.
L’expert est un des trois Off\ à porter l’épée au cours de son office.
Le premier est le V\ M\ , avec une épée flamboyante - fonction spirituelle.
Le troisième est le Couvreur - fonction consistant à défendre la porte du temple des possibles intrus.
SA PLACE DANS LA LOGE
L’expert se place au pied de l’orient, en tête de la Col\ du nord, au même niveau que les FF\ , sur un siège séparé de la Col\ et devant l’Hospitalier.
Juste à côté de lui, s’assoit le dernier App\ initié, dont la place est traditionnellement au nord-est, symbolisant l’endroit de la pierre angulaire d’une construction. Pierre importante sur laquelle tout l’édifice repose. Comme repose tout l’avenir de la Loge dans un App\ .
Le dernier App\ et l’Expert sont intimement liés dans cet emplacement .
SON RÔLE
L’expert veille au bon ordonnancement du rituel
Il est chargé de l’installation du temple avant les travaux.
Il s’assure des qualités maç\ des FF\ visiteurs.
Il est chargé du tuilage à l’entrée du temple.
Il est détenteur des mots de semestre de notre loge et des autres obédiences reconnues.
L’Expert ouvre ou trace le tableau de Loge à l’ouverture des travaux et le ferme ou l’efface à la fermeture de ceux-ci.
Il dispose les trois grandes lumières sur l’autel des serments, qu’il salue à chaque fois et non le V\M\
A l’invocation du G\A\D\L\U\, le F\ Expert et le Maître des Cérémonies forment un triangle avec, d’une part la cane et d’autre part l’épée, afin de capter l’énergie spirituelle nécessaire à la loge.
Les déplacements de l’Expert se font dans le silence, sans la présence du Maître des Cérémonies, car il est dans sa fonction .
Comme il est dit dans le Livre des Rois au sujet de la construction du temple :
« Ni marteau, ni hache, ni autre instrument de fer ne furent entendu dans le Temple durant sa construction ».
Il est chargé de l’ordonnance des cérémonies d’initiation, des passages au degré de Comp\ et de Maître.
Il guide les candidats au cours des épreuves initiatiques.
Le F\ 2ème Expert, appelé F\ Terrible, l’assiste, l’aide ou le remplace au cours des épreuves d’initiation.
Le F\ Expert et le F\ Terrible préparent les néophytes en les mettant « ni nu, ni vêtu » au sortir du cabinet de réflexion. Ce qui, dans ce lieu, lui donne un air austère. Il « manipule » les néophytes pour mettre leur courage à l’épreuve, sans ménagement particulier, sans toutefois les brusquer mais leur montrer un sérieux qui s’impose.
Cet Off\ a la charge de transmettre, dans le respect des principes généraux de l’ordre et doit préparer les nouvelles générations de Maç\ à prendre la relève du fonctionnement de la Loge.
Ainsi, l’Expert participe à l’élévation jusqu’au sacré par le rituel auquel il œuvre pour l’amélioration de l’humanité et de son progrès.
La F\M\ est une fraternité initiatique où la progression de chacun est liée à la progression de tous.
10 Off\ font fonctionner la Loge.
7 sont immobiles devant un plateau.
3 sont mobiles : Expert - M\ des Cérémonies - Couvreur.
Le triangle V\M\ et ses deux Surv\ Symbolise la circulation de la parole.
Le 2ème triangle qui s’inverse sur le 1er - Expert - M\ des Cérémonies - Couvreur -
Symbolise la circulation dans le temple.
Les deux forment une étoile à six branches, ou sceau de Salomon, dont le centre est
Les trois piliers et le tapis de Loge.
Chaque année, les Off\ sont soumis aux élections. Selon l’expression : « Les ouvriers se lèvent et se remplacent ».
Il incombera au F\ Expert de recueillir les boules lors d’un vote et d’assister le V\M\ au dépouillement du scrutin.
Seule la fonction compte, l’individu s’efface au profit d’un poste et du rôle à jouer dans le bon fonctionnement de la Loge.
Aucun poste n’est lié à une personne et se limite dans le temps ; ceci afin d’éviter la possession d’un office.
Ainsi, les plus jeunes remplacent les anciens qui, eux, peuvent être appelés à d’autres fonctions dans la Loge et pérenniser l’œuvre commencée.
Cette première partie concerne tout ce qui peut être lu. Beaucoup d’ouvrages relatent très précisément ce qui a trait à ce poste d’officier.
Un office important car il touche à l’initiatique.
Voyons maintenant ce que vit un F\ sur les Col\ puisque tel est le sujet demandé.
Il ne peut être question de relater le seul vécu de ce F\.
Tout dépend de plusieurs choses :

  • Le vécu, le temps passé en années maç\ et des postes occupés
  • L’observation de la gestuelle
  • La capacité de comprendre et de relier cette compréhension au rituel et à ce qu’il apporte
  • L’étude de tous les symboles abordés par cette fonction
  • Le comportement et les déplacements au centre de la Loge
  • Surtout la relation éphémère de l’Expert avec les néophytes ou les Comp\

Puisque l’Expert ne les « manipule » que pendant les initiations ou passage du 1er au 2ème et du 2ème au 3ème degré.
Assis sur sa Col\ , l’observateur maçon peut se rendre compte du travail effectué.
Le travail visible et l’invisible.
Le travail visible est celui produit au cours de la ten\ , à son déroulement symbolique.
Si le F\ expert remplit bien sa fonction, le rituel ne peut que bien se dérouler, surtout s’il connaît son rituel par cœur. Pour bien le connaître, il faut l’avoir parfaitement compris, assimilé et le restituer tel qu’il doit être et cela sur les colonnes se ressent très bien.
Cela donne une chance supplémentaire à l’égrégore d’être présent au cours de la tenue.
Etre à l’aise et naturel. Cela se voit, cela se ressent.
La partie invisible :
C’est celle que vit l’impétrant. L’expert doit faire passer un courant permettant de vivre pleinement l’initiation ou le passage.
Naturellement, le néophyte ne peut se rendre compte si le rituel a bien été observé dans son exactitude ou pas.
Par contre, sur les Col\ , la moindre erreur est visible et ressentie.
La fraternité de certains FF\ va, quelquefois, jusqu’à faire une remarque plus ou moins appuyée sur le faux pas.
Ce qui me semble une erreur : il est préférable de laisser faire l’Expert ; il saura se rattraper et remettre le rituel sur le bon chemin.
La moindre observation pourrait le déstabiliser et l’affoler plus que de raison.
Ce qui importe, c’est le vécu de l’impétrant et non le visible sur les Col\.
Lors des élections, la Loge a choisi son F\ Expert et doit lui faire confiance.
C’est à lui de trouver ses marques, de s’habituer à sa fonction, pour la restituer un peu plus tard.
A son tour, il pourra transmettre aux successeurs ce qu’il aura lui-même appris de cette fonction..
C’est de l’expérience et du vécu que toute chose prend sa valeur. Non d’être spectateur et critique.
De toute façon, pour être sur les Col\ , il faut bien être passé par les mains d’un Expert et d’apprendre la tolérance si l’on en manque.
Comme je l’ai dit, l’office d’Expert est très important. Il est la marque de la rigueur, de l’exactitude et l’observance du rituel.
Il est le trait d’union entre le profane et le sacré.
Il est Expert, donc le meilleur pour cette fonction initiatique.

J’ai dit

source : www.ledifice.net

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La prudence

25 Mars 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Après avoir effectué 3 voyages, le second surveillant montre avec son épée le mot PRUDENCE en lettre blanches situé à l’Orient. C’est à ce moment là que le Compagnon découvre la 3ème Vertu du Maître. Le V\ M\ la présente alors ainsi : « Mon Frère, la tempérance et l'amour de la justice ne suffisent pas au Maçon. La prudence lui est encore nécessaire, pour agir et pour régler ses propres vertus. C'est par elle qu'il sait discerner le but auquel il doit tendre, et qu'il découvre les moyens d'y parvenir ». Je vais partager mes réflexions et mon analyse personnelle et des points communs que j’ai essayé de trouver entre cette description du V\ M\ et les 7 leçons de la Prudence.

Mais avant cela, en introduction, je voudrais souligner l’union des 3 Vertus (3 en 1) symbolisée par le chapeau qui est porté par le Maître et qui peut signifier la juste et bonne réflexion. La tête est remise sur les épaules, c’est le rétablissement de l’Adhuc Stat et la sortie de l’animalité. D’ailleurs la Prudence du latin prudentia signifiait au 13ème siècle prévoyance, prévision, compétence et surtout sagesse. La Prudence vient du grec phronêsis qui étymologiquement désigne l'acte de penser qui nous différencie de l’animal. La Prudence concerne également la sagesse pratique, celle de l’expérience, de l’utile à l’Homme et la connaissance du bien et du mal (en résumé le discernement) que nous allons voir. N’oublions pas que la Prudence nous aide à combattre les vices et surtout les excès de nos propres vertus. Les 3 coups mortels désignent les 3 passions les plus funestes : l’Envie (épreuve de l’Argent), l’Avarice (épreuve du Fer) et l’Orgueil
(épreuve du Cuivre) que je rapprocherai aussi des 3 Maximes du Compagnon évoquées dans les leçons de la Prudence.

Revenons aux 7 leçons de la Prudence qui sont données au Compagnon dans la chambre de retraite. A ce moment-là, le Compagnon qui ne connait que les vertus de la Justice et de la Tempérance ignore encore tout de la cérémonie de réception au grade de Maître. Il ne sait pas encore que la Prudence est la nouvelle Vertu qui va lui être livrée pour l'aider à continuer le perfectionnement de son âme pour devenir un nouvel homme plus spirituel, un Maître accompli. Petite précision et rappel : Le compagnon travaille à devenir un homme sage en apprenant à se connaitre et en voyageant du pilier de la Beauté à celui de la Sagesse ainsi que nous l’enseigne la 1ière Maxime du Compagnon (épreuve de l’Argent). En effet, le Sage est celui « qui se rend compte de tous ses pas, parce qu'il en connaît l'importance et le terme ».

Je constate après coup que j’ai regroupé les 7 leçons de la Prudence en 3 groupes : (1+2),
(3+4) et (5+6+7) me rappelant la batterie de 3 coups (o-o o) : 2 précipités et un détaché pouvant évoquer aussi la Prudence de la réflexion avant d’agir. Je propose donc de regrouper les leçons 1 et 2 :

1. Prévois ce que tu dois faire, et sois toujours prêt. Cette première leçon concerne l’Homme prudent en action. Il doit choisir (discerner) ce qu’il doit faire. Il est prévoyant (Quoi et Quand) et se donne les capacités (les moyens) d’agir. On peut rapprocher cette leçon de la 1ière Maxime du Compagnon (associée à l’Argent et l’Envie) que je viens déjà d’évoquer. C’est le Maçon Sage qui se prépare toujours. Au second plan, j’ajouterais que l’ objectif de ses actions est la recherche de la Lumière, de la Justice et de la Vérité. Et s’il fallait y associer une autre passion à combattre je proposerais l’Avarice et l’épreuve du Fer pour me rappeler que je n’agis pas que pour moi-même.

2. Ne sois ni lâche, ni timide, mais évite la présomption. Je perçois un complément de la première règle, une qualification de l’action courageuse, persévérante et prudente. C’est une évocation explicite de la vertu de la Tempérance (ni trop, ni trop peu), du combat de l’Orgueil et l’épreuve du Cuivre au 2ème voyage du Compagnon. La 2ème Maxime évoque d’ailleurs l’Homme bon juste et compatissant. Cette nature avec laquelle l’homme est souvent en contradiction serait-elle la Sagesse ? J’ajouterais aussi cette question à me poser avant d’agir : « Suis-je motivé par de bonnes intentions ? »

Je propose de regrouper les leçons 3 et 4 :

3. Ne tente jamais d’écarter seul les obstacles qui surpasseraient ton pouvoir, mais demande les secours nécessaires. Il s’agit pour moi de la progression du Maçon combattant ses passions et se prémunissant de la présomption. On doit demander humblement le secours de la Providence, de nos Frères, de l’Ordre et de la religion surtout quand on croit savoir et pouvoir seul. Le chemin initiant se parcourt avec l’aide des Frères, la fraternité en est aussi le but. Aujourd’hui je peux rapprocher cette leçon de la première Maxime du Maître qui concerne le risque à mesurer qui est pris lorsqu’on renvoie trop tôt notre guide croyant savoir le chemin.

4. Examine attentivement les objets qui t’entourent, et ne crois pas que ceux qui ont le plus d’attraits pour toi soient toujours les meilleurs. Cette 4ème règle complète pour moi la 3ème. L’attrait et la tentation des objets convoitables, du monde matériel, des passions, des métaux qui brillent et qui m’entourent me rappellent l’épreuve de l’Argent et le combat des passions et surtout de l’Envie. Le Maçon Prudent ne doit pas se laisser guider par le désir des biens matériels immédiats. Il doit apprendre à discerner le vrai bien (qui n’est pas le meilleur plaisir) avec plus de perspectives. On ne s’est symboliquement pas encore débarrassé de toutes nos passions (envie, avarice et orgueil) signifiées par les 3 Compagnons funestes qui ont voulu voler le mot du grade de Maître par cupidité et par manque de Sagesse. Cette 4ième leçon se rapproche aussi de la 2ième Maxime du grade de Compagnon car il est peut-être dévié de son chemin par les passions et par les vertus déréglées : « L'homme est naturellement bon, juste et compatissant. Pourquoi est-il si souvent en contradiction avec lui-même ? Etudiez-en sérieusement la cause, Frère Apprenti, elle est bien importante à découvrir ».

Pour moi les règles 5,6 et 7 vont ensemble.

5. Ne fais aucune entreprise sans connaître ce qu’il doit en résulter d’utile, et la possibilité du succès. Dans cette 5ème leçon je perçois la volonté, la connaissance et le devoir qui est d’être utile aux hommes dans l’action qui réussit. Le succès c’est de penser qu’on fait un pas vers la lumière et par humilité on est jamais assuré de ce succès. Il s’agit de discernement, de la quête de la Justice utile aux autres dans les choix et notamment, pour moi, du combat contre l’Avarice.

6. Ne perds pas un instant de vue le but auquel tu dois tendre, afin de pouvoir rentrer dans le chemin si tu venais à t’en écarter. Souvent en Maçonnerie on se demande « d’où je viens (l’origine qui est divine, à l’Orient), qui je suis (notre nature qui est sage, au Midi) et où je vais (le but pour un retour à la source, l’utilité et la bienveillance terrestre au Nord) ? ». C’est un cycle de 3 questions sur lesquelles on revient sans cesse (boucle d’un cercle, aller-retour, mouvement solaire contra-solaire, retour à l’origine). Cette 6ème leçon indique que mon But est de chercher, de cheminer, de tendre vers la Lumière désirée. Le but est le chemin, le chemin est initiant. Il faut pour cela que je me dépouille de mes métaux, d’où cette lutte contre mes passions. Je cherche à être plutôt que de paraître et d’avoir. En envisageant ce but, le Compagnon en Chambre de retraite est invité par cette 6ieme leçon de la Prudence à utiliser les vertus de la Justice et de la Tempérance pour redresser ce qui est tordu. Ceci est une allusion à Dirigit Obliqua. Il se réoriente en suivant son guide qui lui a été signifié par l’étoile flamboyante au grade de Compagnon. Est-ce qu’au grade de Maître, ce guide serait le Verbe incarné, l’étincelle divine si intime ?

7. Marche avec constance et fermeté, mais surtout ne recule pas lorsque les forces te manquent pour avancer. Dans le chemin maçonnique, le Maçon Prudent doit être déterminé et courageux. Cette 7ème leçon me rappelle l’épreuve du Fer qui rouille lorsqu’il est abandonné à lui-même et la 3ème Maxime du Compagnon évoquant la persévérance, la volonté et le courage qu’il faut pour rester dans le chemin de la vertu et de la recherche de la Vérité. La 3ème Maxime du grade de Compagnon dit : « Celui qui, étant une fois entré dans le chemin de la vertu et de la vérité, n'a pas le courage d'y persévérer, est cent fois plus à plaindre qu'il n'était auparavant ».

Voici donc un assemblage possible des 7 leçons de la Prudence en 3 parties : Le Maçon sage et prévoyant qui passe à l’action Juste doit être Tempérant et doit éviter la présomption (1+2). Humblement, il doit éviter les métaux qui brillent et l’aveuglent, les passions qui le tentent (diversion) et demander secours à l’Ordre et à la Providence. (3+4). Son but est de chercher la Lumière, de persévérer et de tendre vers le Juste et l’utile. Grâce à la connaissance (et l’expérience), il doit discerner le vrai Bien sans s’en écarter. Il doit progresser en combattant les passions et en se corrigeant courageusement(5+6+7).

Les 3 voyages et les 3 Maximes au grade de Maître évoquent en moi fortement la Prudence en symbolisant peut-être la chute Orient/Midi/Nord, me rappelant les causes de la dégradation de l’Homme. Il nous faut tuer le Viel Homme par la mort symbolique de nos métaux signifiée par la putréfaction dans la cérémonie :

Orient : On ne s’écarte pas de son chemin initiant si on ne renvoie pas son guide.

Maxime1. Celui qui voyage dans une terre étrangère n'est jamais plus près de s'égarer que lorsqu'il renvoie son guide, croyant savoir le chemin.

Midi : On progresse vers la Lumière si on s’étudie soi-même, si on est conscient de son ignorance et si on demande le secours de l’Ordre.

Maxime2. Heureux celui qui, s'étant bien étudié lui-même, a pu connaître ses défauts, apercevoir son ignorance, et sentir qu'il a besoin de secours ; car il a déjà fait le premier pas vers la lumière.

Nord : On est Sage si on cherche Justement, si on demande Prudemment avec obéissance et si on frappe avec foi. La bienfaisance se pratique dans ce passage sur Terre ; c'est ce qui nous rend utile envers les autres hommes. C’est ce qu’on doit prévoir de faire et être toujours prêt à accomplir. C’est aussi ce qui résume nos objectifs unissant les 3 vertus et le cycle des 3 états de cherchant, persévérant et souffrant. 3 en 1.

Maxime3. Chercher avec un coeur droit, demander avec résignation et discernement, et frapper avec confiance et persévérance, telle est la clé de la science du sage.

Pour conclure plus personnellement je me suis demandé, comment puis-je, en toute humilité, réfléchir avec Justice et Tempérance pour agir avec Prudence ?

En agissant ou en prenant la parole, j’apprends à discerner les bonnes pensées, paroles et actions par l’expérience et les résultats obtenus. Je suis attentif au chemin maçonnique que je parcours depuis ma réception. J’effectue constamment et sans concession un examen de conscience de mes véritables motifs en cherchant à éviter les passions comme l’envie, l’orgueil et la jalousie. Ce n’est pas facile, je peux me tromper en croyant agir sagement. Je peux ignorer que je suis en fait lâche, timide ou présomptueux en croyant être Tempérant. Je prends les leçons de mes erreurs, j’acquiers de la sagesse par la pratique. Je demande secours auprès de l’Ordre, des mes FF et au GADLU qui me font sentir au fond de moi ce qui est Juste, ce qui est utile, bien ou mal. Ainsi j’apprends progressivement à agir utilement au bon moment et à pouvoir instruire un jour avec Justesse, fermeté et fraternité. Je deviens prévoyant en devenant capable de réfléchir à l’avance aux conséquences de mes actes. Avant d’agir j’apprends à me demander si j’ai vraiment la capacité de faire ce que je veux entreprendre, si je suis motivé par de bonnes intentions. Humblement je me demande si je crois bien faire ou si je ne me trompe pas moi-même. Le doute, l’humilité et la tolérance renforcent ma Prudence. En réfléchissant ainsi je peux me garder de la témérité. La tempérance dans l’action et son résultat m’indique si je suis trop inactif ou trop présomptueux, la Prudence est une vertu permettant de tendre vers un Bien plus véritable. Si je maîtrise mes instincts, si je me défie de moi-même et si je cherche à me corriger j’avance dans la vertu de la Prudence.

Source : www.ledifice.net

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Discours de l'Orateur

24 Mars 2014 , Rédigé par X Publié dans #Planches

Notre At\ parvient à grandir grâce à la qualité du travail réalisé par ses membres mais il n'en est pas de même pour sa taille. Contrairement à la nature, la maladie ne s'endort pas et elle a encore frappé une de nos SS\ obligeant notre futur Vén\Maît\ à rechercher un nouvel Off\ pour le plateau de secrétaire, entraînant la modification du collège initialement élu peu avant la fête solsticiale de la Saint Jean d'Été. Les modifications du nouveau bureau ont été acceptées lors de notre dernière tenue, et aujourd'hui notre T\Respec\F\ vient de l'installer avec à sa tête son nouveau Vén\Maît\.

Vén\Maît\vous venez d'être installé à l'Or\, et vous devenez ainsi Grande Lumière de notre atelier.

Vous venez de vivre une nouvelle initiation. Vous venez de gravir les trois marches qui vous élèvent dans cette Loge. De cette hauteur vous prenez conscience du travail qui vous attend, des obligations qui vous incombent, de la responsabilité de vous acquitter des devoirs de votre nouvelle charge.

Vous attendez beaucoup de ce nouveau Collège d'Off.Off\ mais lui attend aussi beaucoup de vous. Mieux que tout autre vous avez le devoir de laisser vos métaux à la porte du Temp\.

De par votre fonction dans le monde profane vous savez que vous devrez travailler la terre afin de rapidement, semer et veiller, veiller sur ces grains qui s'endormiront, protégés par cette terre nourricière et qui attendront le prochain solstice qui donnera au jour, à la Lumière, le pouvoir d'annexer l'ombre. A l'équinoxe de printemps Perséphone se lèvera, grandira et explosera dans un bouquet de couleur amenant avec elle joie et bonheur. La nature est ainsi structurée, ordonnée, établie. Vous aussi vous devrez régir ainsi, ne pas remettre au lendemain les tâches du jour. La rigueur sera de mise. Vous devrez veiller, veiller, à la bonne marche de notre At\

Pour une année maçonnique vous êtes le sommet de plusieurs Triangles formés par et avec les différents Off.Off\ de la L\. Votre position à l'Orient comme l'astre majestueux qui éclaire et réchauffe le monde vous oblige également à communiquer la Lumière aux SS\ et FF\ de l'At\ A vous de trouver les éléments nécessaires à la continuité du bon équilibre qui règne dans ce lieu. Même s'il existe parfois des hauts et des bas il vous appartient de faire en sorte que ce qui est en bas doit être comme ce qui est en haut. D'une main ferme mais avec beaucoup de doigté vous conduirez nos travaux.

Il est toujours délicat de prendre une nouvelle fonction, surtout celle de Vén\Maît\ Vous êtes le représentant de notre At\ tant ici, maintenant, que demain ailleurs lors de vos visites. Vous devez compter sur vos Off.Off
pour mener à bien vos travaux. Le bureau vous soutiendra.

Rappelez à tous les membres de cette L\ que nous sommes d'abord des MM\ et que nous devons transmettre, travailler nos planches, même si cela demande du temps nous vous le devons; pour nous, pour nos SS\ et FF\ sur les colonnes.
Cette année devrait vous voir mettre définitivement un nouveau rituel en place, vivre c'est évoluer. Nos rituels doivent vivre sans pour autant perdre leur essence. Chaque phrase, chaque mot, chaque silence a un sens, une signification. Votre grande tâche sera de nous encourager à bouger, à ne pas rester statiques: bouger.
* Bouger dans notre Atelier en intervenant sur les colonnes par des prises de paroles lors de travail sur des planches, qu'elles soient symboliques, philosophiques, historiques ou sociales.
* Bouger en amenant des planches et en participant aux réunions de réflexion.
* Bouger en visitant les Ateliers qui nous entourent, proche ou loin de notre Or\ suivant l'opportunité de nos déplacements professionnels ou non.

Rappelez-nous que nous devons observer autour de nous, dans le monde profane, si une future S\ ou un futur F\ ne se profile pas. Rappelez-nous que nous devons étendre nos idées, nous nous devons de semer, nous nous devons de grandir, nous nous devons de montrer les bienfaits de la Maçonnerie, de le montrer en aidant les affligés, en écoutant les malheureux, en donnant l'Amour, cet Amour qui ne coûte rien mais qui rapporte beaucoup à celui qui le reçoit mais aussi à celui qui le donne.

La maladie continue de frapper été comme hiver, certains de nos SS\ ou FF\ le savent plus que d'autres. Dans ces moments difficiles ayons une pensées pour eux et que notre Egrégore passe au delà de nos murs pour les soutenir.

La vie nous réserve sans arrêt des mauvais tours mais nous nous devons de rester optimistes, de croire en l'avenir, en l'avenir de l'Homme et en l'avenir de l'Humanité.

J'ai dit Vén\Maît\

source : www.ledifice.net

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