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Hauts Grades

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Tolérance et fraternité ?...

23 Décembre 2015 , Rédigé par F.P Publié dans #Planches

A force d’être rabâchées, certaines notions, pourtant essentielles, en arrivent à perdre jusqu'à leur sens, voire à en devenir presque l’antithèse…

Constatation introductive

L’objet de cette réflexion est de se pencher sur deux notions qui semblent pratiquement constitutives de la franc-maçonnerie, au point que certains esprits n’hésitent pas à en faire des sortes de "propriétés intellectuelles" de notre Ordre, les plaçant au cœur d’une phraséologie mielleuse dont des chercheurs de lumière – donc aussi, suivant l'étymologie lux, de lucidité – gagneraient beaucoup à s’affranchir. Pourtant il vaut la peine, plutôt que d’entonner le couplet rassurant de ce qu’il faut bien appeler la "langue de bois" maçonnique, de tenter d’approfondir ces deux notions. Car la fraternité est bien plus que le fait d’être "gentil" avec tout le monde et en particulier avec ses Frères et/ou ses Sœurs, sous prétexte de ne pas leur faire de peine ; de les caresser dans les sens du poil afin de ne surtout pas interrompre le doux ronronnement qui n’est pas toujours absent de nos Loges. Quant à la tolérance, elle est aux antipodes de la tendance à tout entendre et tout laisser dire, des plus vaines âneries aux plus ineptes approximations. La méthode, une fois de plus, consiste à tenter de revenir à l’essentiel des choses, à l’élémentaire au sens propre du terme. Alors, ces deux notions vont pouvoir révéler ce qu’elles sont, à celui qui, comme Rabelais le préconise, osent rompre l’os pour en déguster la "substantifique moelle".

Un "discours de la méthode"

Outre l’occasion de partager des agapes plus ou moins abondantes et souvent bien arrosées, le tout émaillé de propos dont la hauteur de vue forcerait l’admiration de bien des commentateurs sportifs, la franc-maçonnerie est aussi une voie initiatique ésotérique. C’est-à-dire qu’elle propose un instrumenta qui doit nous permettre à la fois de nous transmuter et d’aller au-delà des apparences. L’ésotérisme, en effet, s’oppose à l’exotérisme en ce sens que non seulement il ne s’adresse pas à tous, mais constitue encore une démarche intérieure, qui nous appelle notamment à aller plus loin que ce qui tombe sous les sens, afin de mettre en évidence la dimension cachée de ce sur quoi se pose notre regard. En outre, ce qui fait la spécificité de la voie maçonnique est l’utilisation des symboles, dont une bonne approche est constituée, à mon sens, par la définition issue de l’étymologie (on se souvient que le terme, originellement en Grèce antique, désigne les deux parties d’un tesson, partagé en signe d’alliance) : "quelque chose de visible qui conduit à quelque chose d’invisible." Ainsi que nous y encourage le rituel, qui nous rappelle que "tout est symbole", nous allons donc tenter de considérer les deux notions de "fraternité" et de "tolérance" comme des symboles, dont il conviendra d’essayer de mettre en lumière la partie cachée, ou à tout le moins peu évidente, ce vers quoi ils conduisent, et dont nous savons que le langage est impuissant à rendre compte dans sa totalité. En conclusion, nous tenterons de tirer quelques conséquences des constatations que nous aurons faites.

La tolérance

Une étude passionnée du moyen-âge nous a conduit à nous intéresser de près à un texte riche de nombreux symboles : La Quête du Graal. Les non médiévistes apprendront sans doute avec plaisir qu'il est disponible en français moderne, dans l'excellente traduction d’Albert Béguin et Yves Bonnefoy, aux éditions du Seuil, dans la collection "Points Sagesses". Allons au commencement de la Quête : les "compagnons" de la Table Ronde (notez le terme, c’est celui du texte) sont réunis à Camaalot le jour de la Pentecôte, qui est, premier signe, la commémoration de la descente de l’Esprit-Saint sur les apôtres. Au cours du repas, le Graal apparaît et passe devant chacun, lui servant exactement les mets qu’il désire. Alors, le bouillant Gauvain fait le serment d’entrer en Quête un an et un jour, jusqu'à ce qu’il ait retrouvé le Graal et éclairci son mystère. Naturellement, les autres Chevaliers, ne voulant passer pour des couards, s’empressent de prêter eux aussi le même serment. Comme le Vénérable accompagne un Frère hors de la Loge de certaine cérémonie, le Roi chemine alors avec les compagnons jusqu'à l’orée d’une forêt : Puis ils se séparèrent, le Roi s’en alla vers Camaalot, et les compagnons entrèrent dans la forêt. Et ils chevauchèrent tant qu’ils parvinrent au castel de Vagan. Ce Vagan était un prud’homme de bonne vie, qui avait été un des bons chevaliers du monde tant que dura sa jeunesse. Lorsqu’il vit les compagnons passer dans les rues de son castel, il fit fermer toutes les portes et dit que, puisque Dieu lui avait fait l’honneur de les mettre en son pouvoir, ils ne s’en iraient pas avant qu’il les eût comblés de tout ce qu’il avait. Il les retint de force, les fit désarmer et les dota de tant d’honneurs et de richesses qu’ils se demandaient d’où il pouvait tenir tout cela. Cette nuit-là, ils se consultèrent sur ce qu’il leur convenait de faire. Ils résolurent de se séparer et de suivre chacun son chemin, parce qu’on leur ferait honte s’ils allaient tous ensemble. Au matin, sitôt que le jour parut, les compagnons se levèrent, prirent leurs armes, et allèrent ouïr la messe dans une chapelle. Puis ils montèrent à cheval, recommandèrent à Dieu le seigneur de céans, et le remercièrent de l’honneur qu’il leur avait fait. Ils quittèrent alors le castel et se séparèrent comme ils l’avaient décidé, puis se dispersèrent dans la forêt, pénétrant là où elle était la plus épaisse, sans chemin ni sentier. Au moment de cette séparation, on vit pleurer ceux qui croyaient avoir le cœur dur et orgueilleux. Ce court passage, riche de symboles – comme tout le livre d’ailleurs – apporte à la conception que l’on peut se faire de la tolérance un éclairage nouveau. Il en ressort, à notre sens, que la tolérance consiste uniquement à accepter que ceux qui sont, comme nous, en quête de leur Graal, poursuivent une voie aussi valable que la nôtre, quelle que soit la direction qu’ils empruntent, car la même quête de la Lumière nous unit… pour autant que nous cherchions tous la Lumière… Ce qui permet aussi aux compagnons de la quête de se séparer sans dommage est le fait que tous sont unis, vivifiés par la même Tradition : ils ont tous "ouï la messe". Cela nous semble fixer avec clarté le cadre où s’exerce la tolérance, et en marquer assez bien les limites : la tolérance semble se jouer dans un double mouvement :

  • d’une part dans l’origine commune, le partage des mêmes sources ;
  • d’autre part dans la quête d’un but commun lui aussi, mais que chacun cherche à sa propre manière.

Notons enfin, pour stimuler l’esprit d’aventure qui devrait animer les initiés, que chaque compagnon pénètre dans la forêt "là où elle était la plus épaisse, sans chemin ni sentier." Il s’agit, bien entendu, du point d’entrée dans la quête, car plusieurs chevaliers seront amenés à se rencontrer au cours de l’aventure. Mais l’injonction est claire d’avoir à sortir des sentiers battus, du train-train rassurant du connu, pour oser affronter les profondeurs du mystère… Mais la maçonnerie étant "un sport individuel qui se pratique en équipe", il convient maintenant d’explorer le second point, la fraternité.

La fraternité

L’une des images qui nous a le plus frappé dans l'un des ouvrages qu’Oswald Wirth a consacrés à notre Ordre, fut l’ouroboros entourant la devise grecque "en to pan", que l’on peut traduire littéralement – le verbe être est implicite dans les propositions prédicatives – par "le tout est un". Si l’initiation est une voie qui doit nous permettre de nous transmuter, lorsque nous prenons conscience intérieurement de cette unité profonde du réel – dont la science moderne montre assez le processus dans le plan de la matière –, nous savons alors que nous sommes reliés essentiellement à tout ce qui est. Dès lors, comment ne pas voir se modifier de l’intérieur, petit à petit et à la mesure de l’intériorisation de cette prise de conscience, notre manière d’être au monde et, partant, nos relations avec autrui, comme avec tout ce qui est. L’extérieur en devient non plus "l’autre", l’ennemi potentiel, mais une modalité de ce qui est, une part du Tout dons nous sommes aussi partie. Alors, une fraternité profonde, ce que les bouddhistes appellent "compassion", marquera de plus en plus toute notre vie de son sceau. Ce ne sera plus un code comportemental exotérique qui guidera nos actions, mais ces dernières deviendront l’expression d’une conscience, d’une intériorité. Nous serons en marche, véritablement, dans une voie ésotérique. La caractéristique d'une telle voie, est qu'elle devient le pivot même de notre existence, la source d'une vie nouvelle... qui génère ipso facto un vécu de la fraternité propre à cette voie et à ce point commun essentiel des cherchants. On l'aura compris, la tolérance aussi bien que la fraternité, n'ont dans une perspective réellement initiatique, rien à voir avec leur assimilation moraliste, mais constituent des "effets secondaires" de l'Initiation.

Fraternellement à tous.

Source : http://www.masonic.ch/pages/editos/edito_04.htm

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La montagne et la caverne

7 Décembre 2015 , Rédigé par C\ R\ Publié dans #Planches

Dominant le monde des hommes, la montagne se trouve à la limite du ciel et de la terre, elle exprime la rencontre du temporel et du spirituel. Son caractère massif incarne la pérennité et l’éternité. Elle symbolise, pour tous les peuples, la proximité des dieux. La montagne se révèle aussi comme le lieu de la découverte de la présence divine : l’Olympe en Grèce, le Fuji-Yama au Japon, le Sinaï. Le symbolisme de la montagne exprime différentes réalités de l'imaginaire religieux. La montagne sacrée, véritable sommet du monde, constitue le point de contact entre la divinité qui descend de son séjour élevé et l'homme qui monte à sa rencontre. Sur le Sinaï, Dieu conclut une Alliance avec Moïse et le peuple élu. Les montagnes mythiques, sans existence géographique, sont généralement considérées comme le centre du monde, l’axe cosmique autour duquel tourne le ciel. Le mont Méru des hindous se dresse au milieu du monde. Au-dessus de lui, l’étoile polaire (autour de laquelle tournent les autres étoiles) jette ses feux. Au-dessous de lui se trouvent les enfers, et autour de lui se trouve le monde visible. Le symbolisme de la montagne mythique est si fort que dans certaines régions de plaines on a élevé de véritables montagnes artificielles (ziggourats, stupas, pyramides,...). Le symbole de la pyramide est exactement équivalent à celui de la montagne : symbole de la verticalité, de la communication axiale, de la relation terre-ciel. Avant de devenir des tombeaux, destinés à ensevelir les dépouilles royales, dont l’âme libérée allait rejoindre les dieux, les pyramides égyptiennes furent probablement des lieux de rituels où le Pharaon était initié aux Mystères. L'initiation consistait en une mort symbolique et en une renaissance dans un degré spirituel plus élevé; elle se déroulait dans les chambres aménagées au sein de la construction. Le glissement du tombeau symbolique vers le tombeau proprement physique a dû correspondre à une dégénérescence de l'art initiatique.
L'existence de ces chambres signifiait que la pyramide pouvait être gravie non seulement selon les degrés extérieurs, mais également depuis la chambre intérieure. Symbole de la caverne ou du monde cosmique, où séjourne tout individu, la chambre servait de creuset au voyage spirituel de l'initié, en vue d'atteindre le sommet, où l'être communique avec l'Esprit divin. Dans ce cas, l'ascension ne s'effectuait plus le long de la pente extérieure, mais selon l'axe vertical reliant l'être au point culminant de l'édifice. Cette voie directe donnait accès à ce que les Anciens appelaient les “Grands Mystères” ou à la renaissance de l'être humain en tant qu'Être spirituel. La pyramide est un symbole du développement spirituel de l'être humain. Les différents degrés de la pyramide symbolisent les divers niveaux de spiritualité à atteindre. Partant le plus souvent d'une base quadrangulaire symbolisant le monde terrestre, les arêtes et les faces de la pyramide convergent vers un point unique, le sommet. Ce point symbolise le Principe ou l'Unité primordiale, d'où rayonne la manifestation du monde qui nous entoure. Renaître au Principe dont nous sommes tous issus constitue le sens véritable de cette ascension. L'individu passera de son état humain ou sensible à un état supra sensible, du monde visible au Principe non visible, du monde terrestre au monde céleste, de la vision éparpillée à la vision unitaire. C’est le sens profond révélé par la pyramide. René Guénon nous enseigne que la pyramide et la caverne cosmique sont susceptibles d'être symbolisées par deux triangles inversés, le premier contenant le second. La pyramide (ou la montagne) représentée par le triangle pointant vers le haut évoque le monde supra-cosmique et son Principe, figuré par le sommet. La caverne cosmique est assimilée au triangle pointant vers le bas, et symbolise la manifestation du Principe terrestre ici-bas.

La montagne symbolise aussi la verticalité, chère au franc-maçon. C’est un pont entre le bas et le haut, sa fonction consiste à relier les dimensions terrestres et célestes. Comparable à un vase alchimique, la montée opère la mutation du plomb en or. Les révélations s’accomplissent sur les sommets. Selon les religions traditionnelles, la montagne intérieure, comme la montagne physique, est une invitation à s’élever au-dessus du monde d’en bas. Le pèlerin, au terme de l’ascension de sa montagne, découvre la lumière éblouissante de la révélation divine. Il est enfin arrivé au bout de son chemin. Le symbolisme de la montagne, selon moi, est tout autre. J’imagine des hommes de bonne volonté, qui, partant de lieux opposés, et empruntant des voies différentes, progressent lentement vers le même sommet. Chacun choisit son itinéraire, chacun dispose de ses propres capacités, chacun a sa conception de la manière de gravir les flancs de la montagne. Malgré leurs différences, ils sont animés du même désir de s’élever. Ils se rejoindront, tôt ou tard, pour s’apercevoir qu’ils sont encore loin du sommet. Ils découvriront qu’ils ne sont parvenus qu’à une étape de leur évolution, que la vérité n’est pas au bout du chemin, mais qu’elle est le chemin, et que chaque pas vers le sommet est une révélation, une bribe de la vérité. Nous nous rapprochons de ce but ultime, mais nous ne l’atteindrons jamais. En prenant conscience qu’il ne faut pas escalader la montagne pour s’emparer du ciel, mais pour faire descendre le ciel sur la terre, l’homme forgera enfin les outils de sa propre évolution. La représentation de la montagne comme unique lieu spirituel correspond à la période originelle et pure de l’humanité terrestre. Mais lorsque la Connaissance ne fut plus à la portée que des seuls initiés, la caverne devint un symbole spirituel et initiatique plus approprié et plus facile à appréhender. Les cavernes et les grottes étaient les lieux de culte des hommes préhistoriques. Le culte de Mithra était célébré dans des grottes. Mahomet a eu sa première révélation dans la grotte du mont Hirâ. Jésus est né dans une grotte, ainsi que Lao Tseu. La symbolique de la caverne est double : élévation de l'âme ou descente aux enfers. Elle représente à la fois la voûte du ciel et la porte du royaume des ténèbres et des esprits. Dans la caverne, le temps n'existe pas, il n'y a ni hier, ni demain car le jour et la nuit y sont semblables. Elle est le centre du Monde. Lorsque la stalactite rejoint la stalagmite, elle forme le Pilier du monde, qui relie le ciel et la terre. La caverne figure dans les mythes de renaissance et d'initiation de nombreux peuples. Elle est aussi considérée comme un gigantesque réceptacle d'énergie tellurique, et possède un pouvoir de maturation qui l'apparente à l'œuf. Certains rituels d'initiation font donc passer l'adepte par la mort symbolique dans une caverne, ou un tombeau, reproduction artificielle de la caverne, et c'est seulement après être «mort » que celui-ci peut renaître à un niveau supérieur. Le Cabinet de Réflexion est la forme moderne et adaptée à nos mœurs de l'antique caverne initiatique. Entrer dans une caverne c'est faire un retour à l'origine. La caverne est un lieu de passage de la terre vers le ciel. Le Christ est mort, a été inhumé dans un sépulcre creusé dans la roche, est descendu aux enfers, pour ressusciter enfin. Pour Platon, la caverne est un lieu d'ignorance, de souffrance et de punition. Dans une allégorie, Platon imagine des prisonniers enchaînés au fond d’une caverne. Ces prisonniers prennent pour le réel ce qui n’est que le reflet d’une image. Ils sont dans l’illusion totale. C’est pourquoi le monde visible est appelé " le monde des apparences ". Nous croyons connaître, dit Platon, le monde tel qu’il est vraiment, mais en fait, nous n’avons accès qu’à son apparence. Les habitants de la caverne, c’est nous, l’humanité. La caverne, chez Platon, signifie... notre monde, où la marche vers l'intelligence commence par la délivrance de ses liens, et l'ascension hors de la caverne. Un petit nombre y parvient parfois et ceux-ci commencent une ascension libératrice hors de cette caverne vers l'extérieur, vers le monde véritable. Platon pense à Socrate, que les habitants de la caverne (les sophistes) mirent à mort, parce qu'il dérangeait leurs représentations habituelles, en leur montrant le chemin d'une vraie vision intérieure. Platon veut démontrer que le contraste entre l'obscurité de la caverne et la lumière de l'extérieur est le même que celui qui existe entre le monde visible et le monde des idées. Après avoir quitté la caverne et contemplé le monde véritable, le philosophe pourra et devra revenir à l'intérieur pour instruire et éclairer les autres hommes. L'allégorie de la caverne est une métaphore du courage du philosophe, de la prise de conscience de sa responsabilité vis-à-vis des autres hommes, de son devoir de pédagogie. L’homme, nous dit Platon, qui se contente des apparences reste un esclave enchaîné à ses certitudes. La réalité intelligente appartient à celui qui prend le risque de la confrontation à l’autre, qui séjourne dans la Lumière, fut-elle éblouissante. Mais la contemplation béate et aveuglante du soleil est inutile si l'homme ne revient pas ensuite dans la Caverne pour répandre la Lumière à ceux qui sont perdus dans l'obscurité. La foi, l'illumination, est une responsabilité, un engagement, un combat ou alors n’a aucune raison d’être. La méthode maçonnique s’apparente, par certains points, à l’allégorie de la caverne. Le franc-maçon ne se contente pas de regarder les ombres que le monde profane projette sur les murs de sa caverne. Il ne reste pas reclus dans le temple, jaloux de son confort et de son savoir. Par des voyages incessants entre le temple et le monde profane, il apporte sa contribution à l’amélioration de l’Humanité. Visite l’intérieur de la terre, en rectifiant tu trouveras la pierre occulte. La mort profane permet la «descente aux enfers» qui est un voyage souterrain auquel la caverne donne accès et qui, s'il est réussi, permettra d'accéder au sommet de la montagne. Ce sommet n’est atteint que par ceux qui ont visité le centre de la terre, et en sont sortis. Cette mort profane est une seconde naissance. On ne peut sortir de la caverne où nous sommes nés qu’en se corrigeant, en rectifiant sans cesse. Et enfin libérés, nous verrons la lumière.

Source : www.ledifice.net

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Il est midi

26 Novembre 2015 , Rédigé par PVI N° 70 Publié dans #Planches

La plupart des questions posées par les profanes aux Francs-maçons ont rapport aux activités de ces derniers lorsqu'ils sont réunis. Que font-ils ? De quoi parlent-ils ?
Le travail essentiel du Franc-Maçon en Loge est de transmettre : transmettre ce qu'il a reçu et tenter de transmettre ses réflexions personnelles pour amener ses Frères à réfléchir et développer ou orienter leurs propres recherches. Ce faisant, il se modifie lui-même et se perfectionne ; mais parce qu'il transmet des éléments de la Tradition, il utilise un rite et des symboles. La Tradition est ce qui relie au plan de la vie, à l'ordre du monde, aux lois de la vie, parce que toutes les traditions nous disent que le monde a un ordre, que la vie a des lois et que l'homme est soumis à ces lois ; ces lois nous sont transmises par la ou les traditions initiatiques et ce, au moyen des rites et des symboles. Les symboles nous disent ces lois et les rites nous les font vivre. Mais d'où viennent les rites ?
Saura-t-on un jour comment, au début de l'humanité et en l'absence d'un langage parlé, la pensée de l'homme s'est manifestée ? Vraisemblablement, l'homme primitif s'est d'abord exprimé par gestes, devenus signes pour ses familiers. Le jour où il parvint à communiquer le contenu d'une expérience subjective, est né le règne des Idées. Récepteur de signes, l'homme est devenu émetteur de messages. C'est alors que l'on peut commencer à parler de culture, car la culture se transmet par héritage alors que la nature se transmet par hérédité, la culture étant ce qui s'ajoute à la nature. L'homme primitif a évolué au milieu de forces qui le dépassaient infiniment et dont l'invincible puissance lui inspirait spontanément des sentiments mêlés à la fois d'effroi et d'adoration. De cet effroi naissent les tabous, rites qui enferment l'homme dans un réseau de règles précises, lui enlevant toute responsabilité, toute initiative, toute réflexion ; mais cet «idéal» de sécurité est inaccessible car tout se modifie avec le temps, l'homme lui-même. Le moindre insolite, le moindre anormal, réveillait son angoisse, ainsi l'angoisse mesurait la distance entre la culture et la nature. D'où des rites de purification. Et de cette adoration naissent les rites magiques qui, à l'inverse des précédents, sont des actions symboliques permettant de capter et de manier la force surnaturelle. Il est donc naturel que l'homme se soit engagé sur une troisième voie, en tentant de résoudre l'opposition entre l'ordre et la puissance, par une synthèse qui, elle aussi, ne pouvait se réaliser que symboliquement. Il fallait pour cela recourir à des rites qui donnassent à la condition humaine un autre fondement qu'elle-même, la fissent participer à une réalité transcendante. C'était s'engager sur la voie des mythes et de la religion. Ce sont alors des rites commémoratifs qui insèrent dans le temps historique (diachronie) les modèles mythologiques qui se situent hors du temps (dans la synchronie), dans une sorte d'éternité qui est celle du monde sacré des ancêtres ou, si on préfère, de l'éternel recommencement. Histoire des héros, sans être simples récits historiques ; histoires d'animaux, sans être fables, la plupart des mythes renvoient à un temps primordial auquel on se réfère comme matrice des temps présents. Le Monde est l'œuvre d'un être surnaturel ; œuvre divine et, par conséquent, sacrée dans sa structure même. L'homme vit dans un univers qui, surnaturel d'origine, est également sacré dans sa «forme», parfois même dans sa substance. Le Monde a une «histoire» : sa création par les Êtres surnaturels et tout ce qui a suivi, à savoir, l'arrivée du Héros Civilisateur ou de l'Ancêtre Mythique, leurs activités culturelles, leurs aventures démiurgiques, enfin leur disparition. Cette histoire sacrée, ou mythologie, est exemplaire ; il importera de la conserver soigneusement et de la transmettre intacte aux nouvelles générations. Cette transmission s'effectue au cours du rite de consécration sans doute le plus universel et le plus typique puisque c'est l'homme lui-même qui est mis en relation avec le sacré. S'il existe d'innombrables variantes de l'initiation, il n'existe en fait qu'une seule initiation, qu'elle soit tribale, quête ou appel. L’initiation constitue un des phénomènes spirituels les plus significatifs de l'histoire de l'humanité. C'est un acte qui engage la vie totale de l'individu et qui fait que l'homme devient ce qu'il est et ce qu'il doit être : un être ouvert à la vie de l'esprit, qui participe donc à la culture. L'initiation se déroulant dans une atmosphère mythique, rattache l'homme aux archétypes sacrés, lui permet de communiquer avec la puissance extrahumaine, sans être impur, dans une réitération grandiose de la cosmogonie, de l'anthropogonie et de toutes les «créations» qui ont caractérisé l'époque primordiale, «les temps du rêve». L'initiation récapitule l'histoire sacrée de la tribu, donc l'histoire sacrée du Monde. Et par cette récapitulation, le Monde tout entier est resancti­fié. Les novices qui meurent à leur condition profane, ressuscitent dans un monde nouveau ; car, à la suite des révélations reçues pendant l'initiation, le monde se laisse saisir en tant qu’œuvre sacrée, création des Êtres surnaturels. L'expérience de l'initiation non seulement modifie radicalement la condition ontologique du néophyte, mais lui révèle en même temps la sainteté de l'existence humaine et du Monde, en lui révélant ce grand mystère, commun à toutes les religions : que l'homme, le cosmos, toutes les formes de la vie sont la création de Dieux ou d'Êtres surhumains. En apprenant comment les choses sont venues à l'être, le néophyte apprend en même temps qu'il est la création d'un Autre, le résultat d'une «histoire sacrée», communicable exclusivement aux initiés, car la consi­gne du secret a une grande importance. L'homme, dit archaïque, vit simultanément dans le monde profane avec les femmes et les enfants, et dans son monde mythique, avec les initiés. Il aura par exemple deux noms. Le Franc-maçon, lui, passe la quasi totalité de son temps dans le monde profane ; il a donc besoin d'une aide, d'un rituel, pour retrouver son monde mythique rapidement. Lorsque nous, Francs-Maçons, nous nous retrouvons pour une séance de travail, que l'on appelle une Tenue, nous formons un groupe profane d'hommes. Ce groupe va devenir une Loge, entité collective initiatique grâce à un rituel dit d'ouverture des travaux, c'est-à-dire qu'un ensemble de mots, de gestes, d'actes, dans un ordre déterminé, va modifier l'espace et le temps. Modifier l'espace en effaçant, symboliquement bien sûr, les murs et le plafond pour nous ouvrir l'univers de la loge, espace sacré qui va du Nadir au Zénith, du Nord au Sud et de l'Occident à l'Orient. Modifier le temps en abolissant l'heure réglée par nos horloges pour nous placer au temps sacré, entre midi et minuit. Ce lieu sacré est le lieu de l'éternel recommencement, l'endroit d'accomplissement des cérémonies et des rites, la scène où se situent les mythes. En quelque sorte, c'est le centre du monde.
Le Temps sacré, lui, est une sorte de synthèse entre le temps et l'intemporel, sorte d'éternité qui est celle du monde sacré des Ancêtres ou des Dieux, mais aussi de nos contes qui commencent par ...«il était une fois»... ou ...«en ce temps là»... Et cette Loge se diluera, à la fin de la Tenue, par le rituel dit de fermeture des travaux. Ces Rituels d'ouverture et de fermeture, ouvrent et ferment le Temps de la cérémonie pour mieux en marquer la gravité.
Le travail initiatique effectué en loge se trouve ainsi ordonnancé comme l'est la vie de chaque métier. Et nos tenues sont cycliques, comme le sont nos semaines, nos mois et nos saisons, selon des rythmes qui répondent étrangement à des rythmes biologiques. Dans leur aspect cyclique, les travaux maçonniques acquièrent ainsi du «sens» c'est-à-dire contribuent à orienter la perception ou l'action, et augmentent ainsi la faculté de comprendre et de distinguer, donc de séparer et de connaître. Le Franc-maçon ne se considère pas comme «achevé», mais s'affirme «perfectible». C'est parce qu'il se veut «autre», parce qu'il considère qu'il n'est pas «donné» mais qu'il doit se faire lui-même, qu'il travaille dans ce continuum spatio-temporel sacré, parce qu'il a le souci de se «désaliéner» c'est-à-dire d'éviter que son existence ne soit totalement absorbée par la matérialité pure et la temporalité irréversible. Cette réactivation, cette réactualisation, cette régénération nous libère de nos liens antérieurs pour nous faire participer à la vie symbolique, à la vie spirituelle, à la connaissance secrète de «ce qui est hors du temps». C'est chaque fois une nouvelle étape qui recommence, avec des forces vitales intactes ; opération qui peut être indéfiniment renouvelée, et qui ouvre chaque fois la porte à de nouvelles potentialités. Grâce au rituel, le rite opère et permet au Franc-maçon de trouver son équilibre et sa place ; il lui permet de «se connaître» pour se «construire». Et se construire, c'est se libérer. Le Franc-maçon, comme d'autres hommes et femmes, par d'autres voies, devient peu à peu l'homo-viator, l'homme en marche vers son devenir, conscient de ses possibilités et de ses responsabilités. Il saura être le citoyen que la société attend, à sa place, en ses fonctions. L'initié doit se resituer dans l'espace et dans le temps. Pour lui, à n'importe quel moment de la journée, ce peut-être «midi», l'heure de «faire le point» comme le marin, de se mettre debout, (sur deux jambes, répond Oedipe à la Sphinge), de s'engager sur le chemin de la Vérité. De même que chaque instant peut être sauvé, redonné à sa dimension éternelle, de même chaque homme peut être sauvé, redonné à sa dimension spirituelle. Il lui suffit, pour cela, de pouvoir placer midi à minuit, en d'autres termes de savoir épouser Lumière et Ténèbres.

Publié dans le PVI N° 70 - 3éme trimestre 1988

Source : www.ledifice.net

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Histoire, vérité et réalité d’un rituel maçonnique.

20 Novembre 2015 , Rédigé par E.°.R.°. Publié dans #Planches

L’esprit rationnel réclame la preuve documentée suivant les modalités de la recherche historique, seulement voilà que la dimension initiatique et les rites qui l’accompagnent échappent à l’histoire et à la preuve documentée. Ce n’est pas pour autant que l’initiation échappe à la réalité, bien au contraire puisse que l’initiation repose sur l’expérience. Nous allons tenter une mise en parallèle de la méthode historique qui relate des faits réels qui se sont déroulés dans le monde réel et de la méthode initiatique qui relate l’intention et la vision consciente à l’intérieur d’un ordonnancement de faits réels. Notre but sera de démontrer que la méthode initiatique par ses effets sur notre conscience augmente la profondeur de champ d’une réalité perceptible que l’histoire ne relate que superficiellement.

1/ La vérité d’un rite initiatique et son histoire documentée.

Peut-on répondre à cette question : est-il possible par le document historique de retrouver l’origine d’un rite ? Il faut étudier le rite, et comprendre que la vérité initiatique se distingue de la vérité historique. La vérité historique se fonde sur le fait avéré situé dans la flèche du temps, la vérité initiatique se fonde sur l’intention située hors du temps appelée « reliance » et « connaissance ». Nous pressentons que ces deux univers ne se nourrissent pas des mêmes informations, mais appartiennent a un même vécu sur une base réelle. L’histoire appartient au réel documenté qui se nourrit de la preuve, du fait dont on témoigne, l’initiatique appartient à un « réel augmenté » qui se nourrit du non-temps et du non-lieu pour être agissant et dont aucun document ne témoigne. Si l’initiatique maçonnique repose sur des rites nous devons vérifier si l’histoire démontre l’origine et détermine l’auteur d’un rite maçonnique.

Un rite maçonnique a-t-il un auteur ?

Un rite maçonnique n’a que des transmetteurs, car ici l’auteur appartient par nature à une collectivité humaine immémoriale. Ceci est le point de vue de l’initié, mais est-ce celui de l’historien ? Ce que l’historien veut déterminer, c’est l’origine du rite, sa date et son lieu de naissance et ses sources documentées. Mais le propre des rites maçonniques est de renvoyer leur naissance dans l’espace immémorial du métier pour les francs-maçons et dans les confins des sources ancestrales de la conscience. Cette conscience naîtra des grandes questions liées au mystère de la vie et de la mort, de la création et de la transcendance. Les rites maçonniques n’ont ni auteur ni droit d’auteur, il n’y a que des transmetteurs qui aménagent le rite précédent en fonction d’une intention de reliance adaptée à leur siècle. Ainsi la franc-maçonnerie existait bien avant 1717, il suffit de regarder les loges régimentaires Stuartistes. Prenons l’exemple du Régiment Walsh qui des 1688 selon G. Bord, constitua en son sein une loge régimentaire. Sa filiation n’est autre que la pratique « villageoise » des différents Frères d’origines et de métiers différents qui la constituaient. Ils n’appliquaient pas un rituel précis si ce n’est celui né de leurs différentes origines. Ils en étaient les auteurs anonymes et sans prétention en regard du respect des grandes lignes de leurs anciennes pratiques. Ils ne faisaient qu’appliquer et adapter à leur milieu une pratique déjà ancienne (adaptation conventionnelle). Le milieu interfère donc sur la mise en pratique. Notons que l’influence rose croix et chevaleresque chez les officiers participant à ces loges, allait modifier sensiblement les rituels et favoriser l’élaboration de grades supérieurs. Les Stuarts feront beaucoup pour enrichir cette maçonnerie continentale et le discours de Ramsay viendra couronner cette influence, où la politique de reconquête s’associa à la dimension secrète et sacrée de l’initiatique. Ici nous pouvons dire qu’il n’y a pas d’auteurs, mais une pratique « générique » impactée par des influences multiples coté Stuarts, sur une base calquée sur le schéma des opératifs. Ce schéma toujours constant est commun à tous les rites dits initiatiques de métier reposant sur la connaissance, mais aussi de l’Église ou des chamans reposant sur la croyance. Cette base repose sur 8 ou 9 phases identifiables. Le but est « d’incorporer » un processus de séparation du tumulte profane, « d’animer » un état d’âme de cherchant par une mise en tension (notion de quête), de « spiritualiser » et d’assimiler un métalangage, par des techniques collectives de concentration, de perception archétypale et de mémorisation. Il est entendu que le métalangage dans ce cas repose sur la vision, l’extrapolation symbolique et analogique au-delà de l’expression discursive et de l'image descriptive. D’un certain point de vue l’initiation dans ses 8 ou 9 étapes successives, impacte le corps, l’âme et l’esprit (voir dans le même sens : Livre de l’Apprenti au REP Juin 2013 au chapitre réception, idem Livre du Compagnon. L’initiation par ses rites, établit le lieu séparé du profane), présumé sacré (le cabinet de réflexion et la loge-temple) par la mise en scène d’un « passage » qui est à la fois une plongée en soi et l’entrée dans le non-temps et le non-lieu du temple de lumière qui permet le cheminement des épreuves et leurs mises en pratique ou en perspective spirituelle aboutissant à la pseudo mort sacrificielle et à une véritable renaissance en esprit ou en conscience). Puis vient le temps du serment avec l’appel à témoin de l’autorité surplombante, l’illumination et l’intégration dans la chaîne immémoriale des « initiés »). Nous comprenons que l’initiation va étendre le domaine du réel à une dimension symbolique et analogique « éclairante ». Cette conscience « éclairée » s’appuie sur l’expérience (orthopraxie) de la perception spirituelle et individuelle de la « réalité », représentée par la matière et la forme (soi-même et le monde, mise en perspective de la réalité), dans le but d’édifier d’un chef d’œuvre individuel et collectif. Ce chef d’œuvre éthique et/ou métaphysique, synonyme de perception élargie du réel, contient et conserve une reliance à plus haut (le Temple dans sa dimension intérieure et collective). Cette base rituelique est commune à la fois aux religions fondées sur la croyance et la foi d’une part, et aux traditions initiatiques fondées sur la connaissance et la gnose d’autre part. Dans une autre dimension historique, prenons le cas de Willermoz. Ce dernier en 1778 fit apparaître dans le rituel de la SOT une dimension théosophique et préchrétienne. Est-il l’auteur de ce rite ? À mon avis il enrichit la trame de la variante d’un rite initiatique Stuartiste existant. Il est donc l’auteur d’un enrichissement en puisant dans une théosophie dont il ne prétend pas être l’auteur, mais l’interprète « inspiré » ! L’auteur n’est relié qu’à lui-même, l’interprète est en reliance avec un plus haut fondateur via une chaîne humaine de transmetteurs qualifiés ou « inspirés ». Donc nous ne pouvons pas parler d’auteur d’un rite pour la raison que la structure du rite traditionnel est souvent reprise dans ses grandes lignes et reste à peu près immuable. L’inspiration du transmetteur ne lui appartient pas en propre, mais reste attachée à une intention de reliance et de vision qui a toujours dominé l’initiation. Cette reliance du pseudo auteur est située dans un plus haut et/ou dans un plus ancien, qu’ils fussent spirituels ou pratiques. À chaque fois que nous voulons nommer l’auteur d’un rite ce dernier en esquive l’attribution suggérant l’ancienneté préexistante de son apport. Il s’agit toujours d’un apport, d’un enrichissement sur une base ancienne, et non pas d’une création ex nihilo. On pourrait, sur cette base, démontrer que le rite opératif de Salomon, né en 1971/74 n’appartient pas à ses auteurs qui au final ne sont que des transmetteurs « inspirés » chargés de synthétiser la dimension opérante des rites maçonniques et compagnonniques. Donc la paternité d’un rite se veut anonyme, et d’origine immémoriale même si l’apport « éclairant » d’un individu est manifeste. La notion d’auteur et d’interprète de la reliance est mal comprise et crée un hiatus entre l’historien et l’initié.

La pratique ancienne n’appartient à aucun auteur.

L’histoire ne permet pas de retrouver l’auteur d’un rite. Un rite initiatique est inapropriable. Il appartient à tous ses pratiquants potentiels qui démontrent leur transmission et mise en œuvre conforme. Ces rites appartiennent au patrimoine commun de l’émergence de la conscience humaine. C’est à ce titre que nous devons les protéger dans leurs processus, les conserver et les faire vivre. Pratiquer un rite maçonnique, relève d’une démarche ontologique basée sur une orthopraxie et une légende qui se transmettent dans une chaîne sans fin. Ceci constitue une difficulté pour l’historien qui se heurte à la légende incontrôlable dans sa diffusion verbale et à des rituels non écrits, précisément formés autour de la parole, du geste, et d’un langage non verbal bien plus subtil que nous l’imaginions. C’est une collectivité d’initié qui est dépositaire de la pratique, un éventuel auteur ne serait qu’un interprète parmi d’autres biens plus nombreux. Donc, un éventuel auteur que nous considérons plus comme un interprète ne serait qu’un artefact, un élément dans une chaîne de filiation qui le dépasse, et qui nous dépasse. Des organismes ad hoc se sont créés spontanément afin de protéger l’essence et garantir la pratique de ces rites ainsi que la traçabilité de la filiation. Ils diminuent les effets de la dénaturation due au temps. Leur objet ne devrait pas consister en l’appropriation d’un bien immatériel témoignant de l’humanisation de l’homme, mais plus simplement d’en garantir le respect. Toutefois ces rites maçonniques pratiqués aujourd’hui sont comparables dans leurs fondements, aux traces écrites et manuscrites le XVII et XVIIIème siècle, qui n’ont cessé d’être transformées. Ils ont dans leur ADN la trace des deux rites anciens de métier : ceux des Anciens Devoirs remontant à 1390 et 1410 (Régius et Cook), et ceux du rite écossais du Mot de Maçon remontant à 1637 ; qui eux-mêmes sont héritiers de rites plus anciens, voir antiques. Les rites sont toujours fondés sur une base ancienne « reformée et réformée » dans leur présentation, mais rarement dans leur structure agissante (les 8 ou 9 phases abordées plus haut). Ce fut le cas des travaux d’Anderson et Desaguliers en 1717, 1723, 1737, etc., qui en conservent les bases. Les rites ne sont donc pas « inventés », ils sont tout au plus réaménagés suivant des modèles anciens et dans l’air du temps (politique, religieux, philosophique, etc.). Ces modèles anciens relèvent de schémas puissants et constants depuis la nuit des temps et fonctionnent sur la notion d’épreuves élémentaires, de passage aboutissant à l’émergence d’une conscience du non-espace et du non-temps. Le poids de la pratique validant la structure agissante d’un rite initiatique sera toujours plus puissant que l’interprétation écrite, ou l’habillage cosmétique de quelques maçons « éclairés ». Ces derniers seront rattrapés par la puissance des filiations anciennes qui se réactualisent constamment au contact de l’esthétique contemporaine. Autrement dit les schémas directeurs sont plus forts que les aménagements rituéliques conventionnels. Le rituel ne sera jamais que le servant d’un schéma fondateur qui appartient au cheminement de la conscience éclairée de l’humanité.

2/ Quelle réalité et quelle vérité dans un rite initiatique ?

La pratique du REP porte en elle un constat qui s’appuie sur une phrase de Robert Ambelain et PL : « il n’y a pas d’autre initiation que dans la réalité », et sa variante : « il n’y a pas de plus grande initiation que la réalité ». Encore faut-il « voir » toute la dimension du réel. Cette vision élargie du réel est le but de l’initiation et entraîne ce que j’appelle une « extension du domaine du réel ». Le REP, notamment dans sa mise en œuvre de la légende d’Hiram et dans le relèvement par les cinq points, va nous apprendre concrètement ce qu’est cette extension du domaine du réel jusqu'à une dimension sacrée. (Voir le Livre du Maître p 190 et suivantes.) La vérité historique est mouvante et relative et ne permet pas de sortir du fait établi qui se substitue à un fait établi précédent : nous sommes dans une bataille opposant le document « historique » à la pratique verbale sans preuve. Le document n’est pas opérant au plan initiatique, car il ne relate qu’une vérité temporaire, reliée au temps qui passe. C’est un indice extérieur et temporaire. Tels fait ou document seront dépassés par un autre demain… Ce n’est pas le cas de la vérité initiatique qui est par nature hors du temps : le caractère "opérant" de la légende ou du mythe ritualisé est indiscutable dans tous les niveaux de l'être individuel et collectif, et ceci quelles que soient les variantes de la légende et de l’orthopraxie. Dans la légende comme dans le mythe il faut un héros, ici l’homme comprit dans sa dimension totale. Cette dimension dépasse la limite corporelle et touche à une sorte immortalité ou d’intemporalité. Cette dimension rêvée est archétypale, c’est celle de l’Être, ou de l’homme premier, qui à l’évidence ne se situe pas sur la flèche du temps « documenté », mais remonte à l’origine « informelle ». C'est à cette dimension totale et « initiale » de l'Être (où le rêve reste un fait avéré non pris en compte par l’historien, voir l’échelle de Jacob) que les rituels d'initiation s'adressent. Cette dimension n’étant pas temporelle, les historiens perdent alors leurs compétences et leurs repères. Pouvons-nous dire que l’initiation suit un rituel immémorial qui outrepasse le document ou la preuve de sa pratique ? Les historiens de la franc-maçonnerie font œuvre utile en nous documentant sur les preuves tangibles. Trop souvent l’analyse historique ne se préoccupe pas suffisamment de la transmission de l'influx spirituel. Il y aurait beaucoup à dire sur cette transmission. Sans doute que la vision historique du réel se restreint à l'objet documenté par une source testimoniale traçable, recoupée sur la flèche du temps. L'histoire ainsi écrite est parfois restrictive comme un fruit desséché alors que le mythe ou la légende du grade restent des fruits charnus. Ces fruits ont pourtant un point commun: la graine. Par l’histoire documentée et le mythe ritualisé, nous devons retrouver la graine et la faire germer.

Le mythe devient réalité

Par définition l’histoire relate la réalité démontrée, mais quand est-il du mythe ritualisé ? Si l’historien veut remonter le fil du temps en certifiant les étapes et les faits, le mythe appartient déjà à la nuit des temps. Le mythe et la légende sont la graine de l’initiation et le moteur d’un réel idéalisé. L'histoire populaire et le mythe ensemencent le vivant et meublent l'imaginaire. Ils participent à la structure initiatique par la voie qu'ils tracent, l’interprétation cachée qu’ils recèlent et l'image mémorielle qu'ils font surgir en nous (origine mythique du métier, légende d'Hiram, légende de Noé, échelle de Jacob, tour de Babel, Arche de Noé etc.). Ce sont les graines originelles de l'initiation. Le mythe fait vivre les archétypes en leur donnant chair humaine. Le mythe n’est jamais neutre. Il s’invite dans le réel et opère dans le schématisation comportementale et sociale, et offrant un cadre, un modèle et une hiérarchisation du monde entre la terre et le ciel. Le mythe et la légende sont nés avant l'histoire moderne et engrangent 5000 années d'avance sur la science historique. Ils restent d'essence collective et archétypale et participent d’un langage subtil de reliance et d’humanisation. Le mythe est né dans la nuit autour d'un feu central dans le cercle fermé de la tribu. La parole tribale s'est transportée dans l'ascendance du feu central jusque dans la voûte étoilée. Du plan circulaire elle est passée dans l'axe. Passant dans l’axe et montant vers les étoiles, la parole est perdue sur le mode discursif, mais bien réelle dans un langage non verbal. Toute parole à son écho même lointain dans l’espace et le temps. La formulation du mythe marque le début de la reliance à plus haut. C’est à la fois la reliance des personnages mythiques et des dieux aux étoiles d’un côté et à la grande nature de l’autre, puis à l’homme. Enfin nanti d’une explication cosmogonique, l’homme va tenter la comparaison avec la totalité et l’unité originelle dont il serait issu. C’est la reliance de l’homme et de sa destinée à sa propre étoile aux proportions divines. Avant que l’homme ne trouve une proportion divine en lui, il est passé par le stade du mythe ritualisé où l’homme devient héros, architecte et acteur de l’univers (voir mythe de Prométhée). C'est cette voûte et ces milliers d'étoiles qui alimentèrent la bibliothèque archétypale de nos cerveaux. Cette bibliothèque mémorielle est faite de toutes ces « intentions » individuelles et collectives que l'on qualifia plus tard d'immanences et transcendances, puis de croyances ou de connaissances. L’alphabet n’est qu’une prière comprise entre l’Alpha et l’Omega qui n’attend que l’ordonnancement du Verbe. Dans les deux cas (histoire et mythe) il s'agit toujours d'une création de l'homme basé sur le fait et sur l'intention: le fait humain est avéré dans la strate du réel historique et discursif, et l'intention humaine traverse la réalité et atteint les autres strates qui composent l'humain (états inférieurs et supérieurs). L’intention tend vers une reliance à plus haut; le mythe relate une reliance "orientée" dans la cadre du récit. Le fait discursif s'inscrit dans le plan horizontal et l'intention se situe dans l'axe: c'est ainsi que le Temple est une bâtisse de matière (le fait) qui veut recevoir et contenir le ciel (l’intention). Lorsque l’on dit que le mythe devient réalité, c’est parce que l’intention anime le moteur du réel. L’intention permet l'analogie et la transformation symbolique, elle permet aussi le changement de "monde", ce qui est capital s’agissant de l’art de bâtir un Temple qui reste un objet réel qui étend son champ analogique dans des contrées inaccessibles à une vérité documentée...

(à suivre)

E.°.R.°.

Source : http://www.ecossaisdesaintjean.org/2015/09/histoire-et-verite-d-un-rituel-maconnique.html

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La lumière et le Franc-Maçon

15 Novembre 2015 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Le Franc-maçon est fils de la lumière. Evoquer le rôle et l’influence de la lumière comme concept ou comme symbole ou comme mystique, c’est tout d’abord rechercher dans les origines de la Franc-maçonnerie comment fut vécu le rapport de nos différentes mystiques génétiques avec la lumière. Si nous évoquons les traditions antiques, on ne manquera pas d’évoquer le divin soleil chez les égyptiens et sa cohorte de rituels pour le magnifier. L’apport de l’hébraïsme, au moins sur les premiers degrés de la maçonnerie salomique (jusqu’au 14ème grade au D\H\) est indéniable. Cette pensée, développée par la Kabbale (la transmission de la connaissance) a pour thème une mystique de la lumière à travers le thème de l’émanation divine sous formes de sphères de lumières, les séphirots, témoignant ainsi de l’influence persistante du néo-platonicisme. ans « Le banquet », Platon écrivait : «Celui que l’on aura guidé jusqu’ici sur le chemin de l’amour, après avoir contemplé les belles choses dans une gradation régulière, arrivant au terme suprême, aura la soudaine vision d’une beauté de nature merveilleuse ». Cette approche différente du visible permettrait une séparation cathartique entre vision corporelle, opaque, intentionnelle, et vision spirituelle, diaphane, vide. Chez les Esséniens on enseignait un dualisme strict qui divise le monde et les hommes en deux camps : celui de la lumière, du bien et de la vérité (celui de Dieu), et celui des ténèbres, du mal et du mensonge (celui de Bélial). Les anciens savants juifs, grecs, syriens et arabes qui la pratiquaient ont vraisemblablement attribué le nom de kabbale à un savoir sacré, à un ensemble de connaissances ésotériques et initiatiques, à l’antique art sacerdotal dont l’enseignement était fondé sur les mystères du soleil, source de la lumière, de la chaleur, de la vie et de la lumière primordiale comme principe d’expansion créatrice. La lumière étant révélée pour élargir l’espace du monde. Mais après sa manifestation, la lumière se retire, se cache et devient obscurité du point de vue des créatures. Souchée sur la maçonnerie opérative, la Maçonnerie spéculative, qui est la nôtre aujourd’hui, n’a pas manqué de retenir, non seulement une organisation mais certainement un fondement de la pensée sur ce qui faisait foi pour les bâtisseurs de cathédrales. Les vielles obligations des maçons opératifs contenaient des invocations à Dieu, à la très Sainte Trinité, à la vierge Marie, aux quatre saints martyrisés et faisait obligation d’être fidèle à Dieu et à l’Eglise. Cette obligation en la croyance de Dieu ne fut abolie qu’en 1877 par le grand Orient. La lumière maçonnique est–elle une trace de cette foi en le divin ? Plus proche de nous, l’ésotérisme chrétien du XVIIIe siècle avec l’illuminisme considère que la connaissance de Dieu et la science de Dieu sont la vraie connaissance du monde. L’illuminisme a pour thème fondamental la distinction entre l’esprit et la lettre, entre la lumière et la matérialité. Sans levain, c’est-à-dire dépourvue de la lumière de l’esprit, la lettre est vide de sens et par conséquent de vie. L’initié est éclairé par la lumière divine qui se révèle à lui à travers un effort moral. Pour les illuministes, chaque être possède sa propre lumière et ses propres ténèbres. C’est dans le monde intérieur que se réalise la vision de la vérité : L’esprit illuminé entend, comprend, saisit. Cette lumière n’est pas le résultat d’une acquisition, elle se découvre. Elle est dans l’homme, mais celui-ci risque de mourir sans avoir compris que le trésor de la sagesse se trouve en lui. Les illuministes insistent sur la nature subjective de la connaissance, sur le primat de la transformation personnelle de l’homme qui aboutit à une régénération, à une nouvelle naissance. La foi, l’amour de Dieu, l’abandon de soi-même, telles sont les caractéristiques fondamentales du chrétien de la seule et véritable Église. L’important est de vivre sa foi intensément. Le Christ ne remplit pas un rôle d’expiation et de justification .Quand il advient dans l’âme, l’âme naît en Dieu. La lumière du Christ n’apparaît que dans la mesure où l’homme se détourne de lui-même et se vide pour adhérer au divin. En France, nous trouvons, parmi les esprits les plus brillants de cette époque, Bathilde d’Orléans, la duchesse de Bourbon (mère du duc d’Einghein), Joseph Balsamo, comte de Cagliostro, Pierre Fournié, le prêtre anglican William Law, Joseph de Maistre, bien sûr Martines de Pasqually, Louis-Claude de Saint Martin et évidemment Jean-Baptiste Willermoz. C’est à travers la F \M\ que certains d’entre eux rêveront de répandre le christianisme sur toute la terre, et ainsi de répandre la lumière. Nous essayerons de penser le F\M\, le temple et les rites maçonniques dans leur rapport avec la lumière, tantôt par ce qu’elle rend visible, tantôt par ce qu’elle rend comme compréhensible, tantôt par son rapport à ses opposés, l’ombre, les ténèbres, voire le noir. L’opposition lumière-ténèbres constitue un symbole universel. Pour en esquisser l’enjeu symbolique, on peut introduire trois grandes acceptions de la lumière sur le plan de l’imaginaire : la lumière-séparation, la lumière-orientation, la lumière-transformation.

La Lumière-séparation et l’abîme s’opposent dans une symbolique de la création.

La Lumière-orientation et l’obscurité structurent la symbolique de la connaissance.

La lumière-transformation se heurte à une double altérité: s’opposant à l’opacité, elle est le symbole de la manifestation de la transcendance ; se confrontant à l’ombre, elle devient le symbole de la purification (catharsis). Regardons en F\M\, où tout est symbole, comment nous vivons ces 3 aspects de la lumière.

La lumière-séparation : La dimension proprement démiurgique de cette opposition lumière-ténèbres se retrouve à la racine de toutes les grandes cosmogonies. Du sein d’un abîme préalable (chaos, tehom, tohu-bohu), sans fond, sans forme, va brusquement émerger l’ordre, l’ordo ab chao du D\H\, c’est-à-dire la séparation-archétypale originelle. Deux principes opposés sont ainsi différenciés : la lumière et les ténèbres. Trois séparations démiurgiques vont en procéder. Elles engendrent le cosmos dans sa totalité. Dieu dit que la lumière soit, et la lumière fut ! Fiat lux !

o Une première séparation opère la création des grandes oppositions cosmogoniques fondamentales : l’avant et l’après, le haut et le bas, la nuit et le jour. Elle correspond à la croisée horizontale et verticale du ciel et de la terre. La lumière nous indique la sortie de la materia prima, du chaos, du primordial, elle nous situe par rapport aux origines. La sortie du cabinet de réflexion et l’enlèvement du bandeau peuvent être rattachés à ce type de rapport à la lumière. N’est il pas écrit dans le cabinet de réflexions : »si tu persévères, tu seras purifié par les éléments, tu sortiras de l’abîme des ténèbres et tu verras la lumière. » ?

o La deuxième séparation est liée à la genèse de la vie. Elle joue sur les variations régulières nuit-jour qui déterminent les saisons, sur la permanence des alternances du jour et de la nuit. Création des cycles de mort et de renaissance, de lumière croissante et décroissante entre solstice d’hiver et solstice d’été. Cette deuxième séparation règle donc le jeu d’équilibre et de conflit entre eau et feu. A cette lumière de genèse correspondent tous les symboles de la lumière-fécondation : lumière souterraine et psychopompe d’Anubis, «soleil vert» de l’émeraude qui est sang et fécondité chez les Mayas comme dans le symbole du Graal, soleil chtonien comme dieu-grain qui meurt à l’automne et ressuscite au printemps, etc. Ce sont aussi nos luminaires, le soleil et la lune, à l’Orient, qui témoignent, dans le temple, de l’alternance du diurne et du nocturne, de la lumière en tant que lumen, celle du 4° jour de la genèse, différente de la lumière primordiale du 1er jour appelée lux. Doit-on en conclure que la lumière ne peut exister que si la nuit existe, que le F\M\ des ténèbres deviendra l’homme de lumière, mais qu’ainsi, il aura des rechutes, des retours en arrière et que dans ce cas, il lui faudra l’astre de la nuit, l’espoir que le cycle recommence et que les ténèbres ne l’emporteront pas définitivement sur la lumière ? C’est la promesse faite à l’humanité, après le déluge, par l’alliance que le Dieu des hébreux a inscrit dans la lumière diffractée de l’arc-en-ciel.

o La troisième séparation cosmogonique a lieu entre zénith et nadir. Au-dessus de la fertilité végétale, de l’âme lunaire et aquatique se différencie le symbolisme de l’esprit et de la lumière-illumination. Ce symbolisme oppose les images ascensionnelles de l’air et du vent aux images de la pesanteur de la terre. Au soleil terrestre et à ses cycles de fécondation se sur-ordonne la permanence du soleil céleste, porteur de la clarté de l’intellect, il est le modèle visible, le symbole sensible du principe de toute harmonie. La hauteur inaccessible de la voûte étoilée, c’est la verticalité céleste, celle de la lumière et de la vision. Toute ascension mystique ou mythique est visionnaire et elle s’accompagne parfois de photismes lumineux et colorés. Aux degrés de l’échelle chamaniste correspondent des couleurs divines qui symbolisent le degré d’initiation. De ce point de vue, les couleurs de nos loges symboliques et des décors des différents grades sont comme dans les rites du culte de Mithra ou dans la vision mystique des soufis, la traduction visuelle des degrés ascensionnels des initiés. Dans la gnose du manichéisme, l’esprit vivant descend ainsi que la mère de vie jusqu’à l’intérieur des ténèbres pour sauver l’homme primordial précipité dans l’abîme infernal de l’obscurité lors des combats entre ténèbres et lumière des commencements. Il tend sa main droite à l’homme primordial qui la saisit et hisse le captif du mélange de la déchéance, il le sort de l’obscurité létale. Cette poignée deviendra dans l’église manichéenne un geste rituel et symbolique. Nous retrouvons ce geste aussi en F\M\Sa signification est manifestée, entre autres, sur les tabliers des M\M\ au Rite Ecossais Ancien Accepté, au Rite Français. La dimension spécifique de la lumière-orientation se donne à travers l’image-archétypale du chemin : chemin ascendant peuplé d’images lumineuses, aériennes, portant allégresse et éveil ; chemin descendant jalonné d’images sombres, étouffantes, lourdes de toutes les peurs et de tous les tourments. C’est alors le symbole d’un combat éternellement recommencé entre l’élan spirituel vers la lumière et l’inertie matérielle qui fait régresser l’homme dans les obscurités de l’âme. Toutes les gnoses reposent sur ce conflit latent. D’une part règne le constat effrayant de l’obscurité du vécu de l’âme. « Sauve-moi de la matière et des ténèbres», supplie la Pistis Sophia , dans ce très beau recueil de dialogues gnostiques qui porte son nom et qui met en scènes la Sophia , Jésus, les vierges Marie, Marie-Madeleine. D’autre part une lueur d’espoir naît de cette dualité même. L’étoile est l’image symbolique de la lumière salvatrice. Dans la nuit de l’âme, seule brille l’étoile-guide (étoile polaire, étoile des bergers, des Rois mages, «étincelle» des alchimistes, étoile flamboyante.). Si certains gnostiques accentuent le dualisme à l’extrême, la plupart des gnoses présentent le chemin de retour de l’âme, vers la lumière, comme constitué d’alternances entre phases sombres et phases claires. Ce chemin se donne alors dans les symboles «noirs et blancs» des damiers et des échiquiers, des pavements sacrés, des labyrinthes sur le sol des cathédrales, du côté noir et du côté blanc de l’ouroboros, bien sûr de nos pavés mosaïques. L’orientation symbolique est une conversion à la lumière. De la connaissance lunaire (réfléchie, cyclique, rationnelle), le regard se retourne vers la connaissance solaire (jaillissante, irradiante, intuitive). Le symbolisme de la lumière-orientation joue sur l’opposition montagne-caverne (cf. le mythe de la caverne de La République de Platon). Le héros ou l’âme exilée, tel Gilgamesh, doit affronter l’obscurité du monde souterrain, pour sortir de «l’autre côté» de la montagne dans la lumière de l’aurore. Que ce soit l’orphisme, le poème de Parménide, la gnose valentinienne, les actes de Thomas, la Pistis Sophia du côté chrétien, les récits visionnaires de Sohrawardi, ceux de Ibn al’Arabi ou d’Avicenne, du côté musulman, il s’agit toujours d’un voyage vers la lumière de la connaissance, par la distinction initiale entre la droite (lumineuse, aurorale) et la gauche (obscure, crépusculaire, en un mot sinistre). D’après Henri Corbin, ces deux directions se révèlent être l’Orient et l’Occident de l’âme. Si, pour Carl Gustav Jung, l’aurore symbolise la sortie de la nuit de l’inconscient, c’est en plein midi qu’a lieu la délivrance de l’agnoia (l’inconnaissance). «Soudain, une lumière, comme un feu jaillissant, surgira dans l’âme» écrit Platon, dans Lettre VII ; «tout à coup, vers midi, une vive lumière venant du ciel resplendit autour de moi» trouve-t-on dans les Actes des Apôtres, XXII, 6 ; «pour le connaissant, il est toujours midi » est écrit dans les Upanishad, III, XI, 3. Nous ouvrons nos travaux à midi plein ! Tout au bout du chemin de connaissance, la lumière-orientation symbolise finalement la brusque éclaircie de la contemplation, comme ouverture de l’instant sur l’éternité, disparition de la durée du moi, apparition de la présence du soi. Et le bandeau fut enlevé ! Jalonné par la lumière, le chemin maçonnique fait sans cesse référence à cette lumière-orientation. Ainsi en F\M\, les fenêtres, protégées par des grillages qui filtrent la lumière, éclairent les zones du temple, en fonction du degré de lumière qu’elles peuvent recevoir, indiquant le niveau supposé de connaissance des différents grades : faible lumière du nord pour les apprentis, qui augmente en venant du sud pour les compagnons, rayonnante dans l’orient du soleil levant pour éclairer le Vén\, représentant la lueur à partir de laquelle s’élargit la lumière. Ainsi, seul le Vén\ ne retourne pas son cordon, en cas de tenue funèbre ; il demeure la lumière de l’aurore et de l’espérance parmi les cordons retournés des autres frères, dont le noir du deuil ne restitue plus aucune lumière. Cette assimilation de la lumière au chemin initiatique est aussi manifestée par le nombre de lumières disposées sur les plateaux des off\off\ allant en augmentant selon les grades auxquels sont ouverts les travaux. Les dignitaires de l’ordre sont accueillis par des flambeaux de plus en plus lumineux selon leur rang dans la hiérarchie, sensés être celle de la connaissance initiatique. Et puis la lumière peut être appréhendée par un troisième axe de symbolisation, celui de la transformation de la réalité. La création se transforme par le regard de la créature. Ce regard est le creuset de l’alchimiste, par où se transmue la nature en visage. Ce troisième aspect de l’opposition repose sur la reconnaissance symbolique du paradoxe de la lumière. D’une part, la lumière est à soi-même son propre obstacle et donc sa propre altération. La lumière révèle, manifeste, suscite la vision réceptrice; mais par là même elle se diffracte dans le «prisme» du moi. De ce qui est donné comme visible par la lumière, tout n’est pas forcément la vérité. Il y a de l’écart, du retard, entre le jaillissement et le reflet, entre le sujet et l’objet, entre l’original et sa représentation, nous dirions qu’il y a de l’entropie entre le vrai et le voir. Au mystère de la lumière créatrice correspond la vision réceptrice. Ainsi, la lumière est saisie symboliquement comme tissage avec soi-même. «C’est lumière sur lumière», affirme le Coran ; «Dans Ta lumière nous verrons La lumière», annonce la Bible. Est-ce de ces lumières que se fait la datation du commencement symbolique maçonnique L’année de la vraie lumière ? De quel événement originel nous rend-elle compte ? Quelque soit la façon de repérer les formes de la lumière utilisées par nos rites, il est indéniable que Lumière et Ténèbres sont les deux faces d’une même réalité. La lumière voile en dévoilant, les ténèbres dévoilent en voilant. Ce voir devenu vision n’est il pas l’œil du delta lumineux ? Avant de conclure qu’il nous soit permis d’évoquer le 28ème grade du Rite Ecossais Ancien et Accepté, qui a pour titre « Le Chevalier du Soleil » ou l’Homme régénéré, ce grade correspond aussi au 51ème du rite de Misraïm. L’enseignement de ce grade présente le chevalier du Soleil comme le suprême degré philosophique du rite, survivance du stade supérieur des initiations anciennes, syncrétisme de la théosophie, du gnosticisme, de la magie, de l’astrologie, de la kabbale, de l’hermétisme et du mithriacisme, de toutes les clés de la connaissance… Le Chevalier du Soleil est par définition un chasseur d’ombre. Il est toujours en éveil pour traquer, à propos du savoir et de l’intelligible, les mensonges rassurants. Dans la République , Platon attribue à Socrate ces paroles : « Le soleil (dont seul un aveugle pourrait parler), est quelque chose dont n’approche aucune essence intelligible, quelque chose qui dépasse de loin l’essence en majesté et en puissance ». La présence du soleil permet de regarder les ombres qu’il génère lui-même par la combinaison des multiples absorptions-réflexions dues aux rencontres de sa lumière et de la matière. Nous pouvons penser au-delà, à propos des derniers hauts grades du D\H\, 31, 32 et 33ème qui revêtent de décors blancs le F\M\, comment la lumière a pu alchimiser ces initiés, les transfigurer par un savoir absolu de soi en lumière et de lumière en soi…

En conclusion :

La vraie lumière nous est connue par l’initiation. De fait nous la recherchons comme la vérité. Petite lumière à l’origine, elle brillera progressivement en nous et autour de nous, au fur et à mesure que nous trouverons de l’harmonie et de la sagesse en nous. La cohérence de la vraie lumière est à la fois symbolique et métaphysique. Le F\M\ est comme un Lucifer (qui a comme étymologie : lux facere, faire de la lumière) cet apporteur de lumière aux multiples facettes, oscillant, nous dirions vacillant comme une flamme de bougie, entre ombre et lumière. La lumière reflète notre être, et là est le risque de passer dans les miroirs de l’ego où la lumière n’est plus qu’un réverbère. Le risque est de nous éloigner de la vraie lumière, de l’aliéner comme le sont les parfums d’une fleur à une infusion. Comme les toreros, le dimanche de la résurrection à Séville, pour accomplir la Rédemption , dans le sanctuaire du cercle parfait des arènes, dans leur habit de lumière, les F\M\ doivent mettre à mort la matérialité du taureau, ils doivent vaincre les ténèbres par la vision juste ou, comme l’appellent les croyants, par l’œil du cœur, l’œil de l’autre-monde.

Solange Sudarskis

Source : http //solange-sudarskis.over-blog.com/

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Humilité

4 Novembre 2015 , Rédigé par Solange Sudarskis Publié dans #Planches

Courbez la tête, cette porte est très basse: par cette première parole, adressée au novice, la cérémonie d’initiation se place d’emblée sous le signe de l’inflexion. Le grand expert fait ressortir l’impétrant, le confronte avec le premier élément, puis le ramène. Courbez-vous cette porte est très basse. Le myste vient de vivre l’épreuve de la Terre. Il lui est rappelé qu’il en est le fils (il en vient, il y retournera). Et à ce fils de la Terre (humus en latin) il est demandé de montrer de l’ humilité par son inclination. Le néophyte entend: « Courbez-vous, cette porte est très basse ». Hésitera-t-il? Peut-il douter que l’entre-deux par lequel il doit passer pour franchir le seuil ne soit pas ce qu’on lui dit ? Depuis son obscurité, le récipiendaire fait confiance à la parole dans la lumière. Alors il se baisse, par acceptation que la porte soit basse; en réalité ou symboliquement. C’est CELA l’humilité, se baisser non pour se faire petit, mais pour faire confiance à l’autre; pour laisser place à la parole d’un autre qui sait mieux, qui guide, qui indique, qui dit. C’est l’humilitas selon Spinoza et non la micropsuchia (se minimiser) d’Aristote.

L’humilité n’est pas le mépris de soi, mais une connaissance de soi et une re-connaissance de l’autre.

En se baissant le futur maçon rend sensible sa confiance sous forme d’un acte qui n’est pas obéissance mais entendement et compréhension. Il se met en relation avec une forme du monde qui l’environne; il s’y adapte, il tient compte de ce qui lui est extérieur en se modifiant pour se conformer à une unité harmonique. L’humilité est ainsi une conscience extrême de ses limites. Je suis trop grand pour une porte plus basse que moi, ce n’est pas la porte que j’agrandis, car je ne le peux, c’est moi que je diminue pour me placer avec juste mesure dans l’espace que je traverse. Ainsi l’humilité vécue par le profane n’est pas une humiliation. C’est une épreuve de savoir-faire par une réponse de réalité adaptée à une parole qui ne commande pas mais recommande. Baissez-vous, la porte est basse et si je me baisse pour passer il y a alors une relation de qualité, de sujet à sujet, qui échange des informations constructives. Il est indiqué que la porte est basse. Une raison est donnée qui explique pourquoi il faut se baisser, il s’agit de pouvoir passer sans se faire mal. Et le récipiendaire qui vient juste de se baisser, pour toucher la terre, répète son mouvement pour avancer. Il se protège en se rapprochant de l’humus et se présente ainsi dans une position fœtale pour aller vers sa renaissance. Baissez-vous, c’est comme l’invitation à naître, à se baisser pour vivre debout; baissez-vous cela s’entend, en ce temps initial, comme une indication du moment à renaître. Allez maintenant, sortez de la matrice obscure pour pénétrer dans la loge-mère. Franchissez cette limite au-delà de laquelle il y a votre devenir franc-maçon. En se baissant, c’est par un changement de position que le profane passe d’une attitude rigide et droite à une autre position dans son mental. Il s’ouvre en laissant place en lui à sa renaissance. La porte basse est à vivre comme une difficulté de l’accès à un autre soi-même, comme nécessité d’une modification du récipiendaire pour parvenir à l’initiation. La porte est basse pour être le lieu de passage d’une arrivée de plus d’être qui, de ce fait, va participer de l’autre côté à la transformation du monde.

La porte basse marque l’espérance de cette possibilité d’accès à une réalité supérieure.

Les rites maçonniques placent au commencement de l’initiation une recommandation, celle de l’humilité qui de ce fait apparaît comme fondamentale et fondatrice du rapport entre F\ et S\. La fraternité c’est avant tout de l’humilité en ce sens qu’elle fait place à l’autre dans un relatif renoncement de la dilatation naturelle de l’ego au profit de la réalité de l’autre : Humilité, synergie de Tolérance. Par l’humilité, c’est à dire en se retirant de soi pour s’ouvrir aux autres, la tolérance se dynamise. Ce n’est plus seulement : tu penses ce que tu veux mais moi aussi et je ne change pas d’avis; c’est avec l’humilité se replacer, par un pluralisme interprétatif, dans un rapport au monde dans ce mouvement de transcendance vers l’autre qui ne signifie pas appropriation de la vérité, mais convergence vers le possible. L’écoute de la parole de l’autre permet une mise en mouvement orientée. Il y a articulation et clarification de l’expérience temporelle. Baissez-vous la porte est basse, mais en vérité la porte n’est pas basse. Que peut-on en penser? Pour les maç\ sur les colonnes il leur est donné à voir l’inexactitude de la parole du gd\exp\ qui guide le myste. De fait, cela se passe dans le contexte d’un rite, là où ce qui est dit, comme dans un récit mythique, devient vérité apodictique: ce qui est dit fonde la vérité absolue. Il s’agit évidemment de réalités sacrées car à ce moment c’est le sacré qui est réalité. Alors la porte est vraiment basse. Le temps sacré rend l’espace sacré et cette porte basse est celle du temple érigé dans la matière cosmique sanctifiée. Le modèle architectural de l’ouverture pour entrer dans le temple est donc une porte basse qui veut ainsi créer une rupture de niveau d’être pour parvenir dans ce nouveau monde que le maçon a choisi d’habiter. L’humilité maçonnique est cette capacité à se plier pour pénétrer dans le temple parmi les autres. C’est savoir tailler sa pierre avec la juste mesure pour qu’elle s’assemble, pour parvenir à être parmi les hommes. Mais c’est aussi entrer dans le temple intérieur pour s’accepter dans une recherche de soi à travers des niveaux de compréhension de plus en plus profonds.

L’humilité maçonnique est un acte dans le rapport à l’autre.

Ecouter en humilité est en soi un acte complet, il sera celui du F\M\ et tout particulièrement celui de l’apprenti. Cet acte porte en lui même sa liberté parce qu’il s’agit d’œuvrer pour que le moi laisse place à la relation. C’est l’abandon du vieil homme au profit d’une conscience attentive, c’est le renoncement de la répétition des enregistrements expérimentaux pour un temps sans cesse inaugural qui ajoute du nouveau à l’être, qui le fait avancer vers un être-autrement, un être avec les autres. L’humilité est cette conscience d’être perfectible et la capacité de douter qui laisse de la place en soi à autre chose qu’à ses certitudes. L’humble n’est pas un éclopé de la réussite, car cela suppose d’aller jusqu’au bout de ses forces pour reconnaître autrui, non comme négation victimaire de soi mais comme condition héroïque où l’homme fait place à l’homme. L’humilité est une mise en mouvement du « JE » qui fait place au « NOUS » pour l’instauration d’un juste rapport entre partenaires. L’humilité en tant que tolérance de soi avec les autres est l’indispensable manière d’être du maçon sur laquelle se solidifie l’édification du temple.

A la fin des travaux, lorsque le “JE” est devenu le “NOUS” rituel sur lequel s’appuie le serment du retour à la vie profane "promettons de garder le silence sur nos travaux ; Nous le promettons", la porte des commencements est devenue immense.

Solange Sudarskis

Source : http://solange-sudarskis.over-blog.com/article-650923.html

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L'Univers est-il infini dans l'espace ?

1 Novembre 2015 , Rédigé par G\ R\ Publié dans #Planches

La planche que m'a confiée notre vénérable maître porte sur un des sujets les plus passionnants les plus envoûtants, que les hommes aient étudiés depuis que leur intelligence leur permet de passer de la simple observation de leur environnement à l'abstraction. Les plus grands esprits qui ont marqué l'histoire de la pensée humaine, ont eu une opinion sur le sujet de l'univers : sur son périmètre, son organisation, la place de la terre et du soleil donc de l'homme dans cet univers. Les avis, les doctrines ont changé catégoriquement au fil des temps et souvent les intuitions géniales ont été contrariées et les progrès de la connaissance de ce fait ralentis, pour des raisons parfois d'obscurantisme, de sectarisme mais aussi d'intérêts et de pouvoir. Rien n'a donc été simple dans cette quête de la connaissance de l'univers duquel l'homme est indissociable et parfaitement solidaire quelqu’en soit la réalité ou la perception qu'il en a eue à travers les âges. Le sujet que je dois traiter ce soir est bien précis : il s'agit de savoir si l'univers est infini dans l'espace. Intitulé quelque peu paradoxal à plus d'un titre. L'Univers n'est il pas un synonyme de l'espace? Sans aucun doute dans l'inconscient populaire. Où pourrait être l'univers si ce n'est dans l'espace et réciproquement. Aujourd'hui l'infinitude de l'univers est communément acceptée après que celui-ci, à l'inverse, eut été considéré comme fini pendant des siècles depuis l'antiquité. Et paradoxe encore, aujourd'hui les choses se compliquent puisque nous verrons que l'hypothèse d'un univers fini, redevient d'actualité grâce à la science mathématique et plus particulièrement aux géométries non euclidiennes qui pourraient en régir les lois. Remettant au passage en cause les grandes théories du XXème siècle et notamment la vision einsteinienne du monde et de la mécanique. Peut-être le XXI ème siècle sera-t-il celui de la synthèse des grandes théories du XXème : la relativité générale expliquant l'infiniment grand et la théorie quantique l'infiniment petit. Espérons qu’une synthèse mettra tout le monde d'accord et qu'enfin nous saurons si notre univers est infini ou fini. Voilà posé le sujet. J'ai conscience que je pourrais en rester là et vous laisser par vos interventions approfondir la question. Mais nous sommes aux prémices de nos travaux sur l'univers et une petite histoire de la perception de l'univers par les hommes va nous permettre de suivre au fil des temps, cette vision de l'univers et peu à peu, de nous faire une idée sur sa finitude ou son infinitude. Enfin nous regarderons dans ces histoires de la pensée qu'elle peut-être pour le franc-maçon l'apport dans sa propre quête, de ces réflexions sur la nature de l'univers.

1. L'histoire de la connaissance de l'univers : une suite de confrontations entre des génies et des imbéciles ou des pervers !

La perception de l'univers son explication et son rôle dans l'histoire des hommes, sont le reflet d'une culture, d'une société, même d'une civilisation. Il est, en tout les cas le reflet de la connaissance et des capacités d'abstraction des hommes au moment où les hypothèses sont émises. Ainsi l'homme est ce qu'il sait. L'univers qu'il crée n'est pas unique mais multiple. Il change selon les époques et les cultures. Il a une vie et une histoire qui lui sont propres et qui le plus souvent, évoluent parallèlement à la vie et à la société qui l'a créé. "Un univers est comme un être humain, nous dit Trinh XuanThuan dans La mélodie secrète, il naît, atteint son apogée, entame son déclin et puis disparaît, remplacé par un autre univers. Le plus souvent c’est l'émergence de nouvelles idées qui remet en cause l'univers du moment. » Tout au long de la longue histoire des hommes, on le verra, une représentation de l'univers a toujours accompagné une époque. C'est la progression de la connaissance, le travail de réflexion et d'observation de grands intellectuels qui à chaque époque a fait progresser la connaissance sur et de l'univers. On rendra plus bas, hommage à quelques uns de ses visionnaires géniaux qui peu à peu on construit notre vision actuelle de l'univers. Malheureusement les visions successives étaient utilisées, lorsqu'elles étaient notamment en accord avec les textes saints des grandes religions, pour asseoir le pouvoir des religieux. Alors souvent et ce fut le cas dans toutes les époques, une nouvelle découverte révolutionnaire remettant en cause par des explications puissantes les précédentes théories confortables et installées, étaient combattues par les tenants de la "vérité" précédente et entraînait le bannissement, souvent la mort, de l'audacieux qui avait osé enfreindre l'ordre établi. Les senseurs avaient de nombreuses raisons : leurs croyances pour les plus honnêtes, leurs intérêts, le plus souvent allant de pair avec le maintien de leurs pouvoirs. Ils ont souvent fait reculer la connaissance et probablement retardé sensiblement la science expérimentale et théorique dans ce merveilleux domaine de la cosmogonie. Ainsi en est allé l'histoire des hommes et de leur univers fini ou infini que je vais vous tracer maintenant à grands traits.

2. L'histoire de l'univers.

Une approche complète de chacune des visions qui se sont succédé, serait beaucoup trop fastidieuse et surtout beaucoup trop longue. Aussi je me contenterai de vous donner quelques repères qui permettront à ceux qui le souhaitent d’approfondir le sujet.

L'univers magique des premiers hommes.

Le premier univers perçu a dû apparaître avec le langage. Dans les cavernes de Lascaux ou d'ailleurs. L'univers magique est peuplé d'esprit : esprit du soleil, de la Lune, des arbres, des forêts et de toutes les créatures de la nature dont l’homme constate l'existence sans en connaître autre chose que leur apparence et leur utilité pour lui. Il invoque leurs esprits pour garder leur faveur. Ce sont sans doute le temps des premiers sacrifices, mais tout est au premier degré, pas d’abstraction et bien sûr la finitude ou l'infinitude de l'univers ne sont pas des questions d'actualité. C'était simple, familier, à la mesure de l'homme. Puis les religions s'installant dans une certaines complexité, cet univers magique devint…

L'univers mystique.

Avec le savoir qui se développe, l’innocence disparaît au moins chez les « élites ». L’homme commence à percevoir son insignifiance devant l’univers immense. Pour gérer cette complexité qui lui apparaît, il fallait certainement des êtres aux pouvoirs bien plus grands que celui des hommes. Aussi il y a environ 10 000 ans l’univers devient un univers mythique et surhumain. L’univers est régit par des Dieux vivant dans un lointain au-delà. Dieu soleil, Dieu Lune, Dieux planètes, Dieux étoiles etc.… La cosmologie qui naît alors consiste en des mythes qui racontent l’histoire de ces dieux, leur naissance, leurs amours, leurs haines et leurs guerres. Tout est conséquence de l’intervention des dieux : la naissance de l’univers dont du ciel et de la terre, des mouvements constatés dans le ciel. La religion apparaît, les prêtres sont les intermédiaires entre ces dieux lointains et surhumains et les hommes faibles et devenus conscients de cette faiblesse. Toutes les grandes civilisations ont développées des univers mythiques : les Sumer de Babylone et l’Egypte bien sûr en sont des exemples les plus connus. Vers 2000 ans avant JC, les chinois compliquèrent un peu le schéma en organisant le fonctionnement des dieux à l’image de leur bureaucratie déjà très élaborée. En 500 avant JC enfin, Confucius introduisit la notion des pôles opposés, le YIN et le YANG qui permettait de tout classer et de tout organiser et notamment tous les objets célestes. Ce que l’on peut retenir de ces époques reculées, c’est une recherche de repérage des corps célestes visibles les uns par rapport aux autres, sans une véritable science de l’astronomie. L’examen des astres permet de prédire l’avenir de l’homme. Les prêtres sont plus des astrologues que des astronomes. Les distances dans l’univers n’ont pas une réelle importance et la aussi, la finitude ou l’infinitude de l’univers n’est pas une préoccupation première. Mais nous approchons de la période grecque et là tout va définitivement changer.

L'univers génial des grecs.

Le miracle grec commence au VI ème siècle avant JC. Cela va durer plus de huit siècles. Une poignée d’hommes géniaux vont semer les germes de l’univers scientifique qui est encore le notre. Les grecs eurent l’intuition que l’univers pouvait être étudié dans ses diverses composantes et que la raison humaine était capable d’appréhender les lois qui le régissent et les différentes interactions entre elles. La compréhension des lois naturelles, auparavant apanage des dieux, pouvait désormais être partagée par les hommes. Les grecs travaillèrent ! Leucippe et Démocrite morcelèrent la matière en atomes invisibles, vision toujours d’actualité ! Pythagore fonda les mathématiques et Euclide une géométrie qui est encore aujourd’hui un édifice intellectuel incontestable. De cette immense créativité va naître un univers qui prit vite ses distances avec tous les univers précédents. Thalès et Anaximandre firent avancer même si les hypothèses étaient fausses : une terre plate flottant sur un océan primordial, un ciel d’eau ! Puis l’univers géocentrique fut évoqué avec des corps célestes, soleil, lunes, planètes, étoiles qui s’encastrent dans des sphères solides en mouvement autour de la terre.

L'univers mathématique de Pythagore

Pythagore, le mathématicien, considérait que l’univers avait une géométrie harmonieuse, gouvernée par les mathématiques et les chiffres. Pour lui les nombres étaient le principe et la source de toutes choses, le reflet de la perfection de dieu. La Terre prit la forme parfaite d’une sphère, et Pythagore imagina un ballet très ordonné des corps célestes autour de ce qu’il appela le Feu central. Les étoiles étaient sur une sphère lointaine qui constituait les confins d’un univers fini.

L'univers Géocentrique

Avec Pythagore, tout bougeait, Platon quelques siècles plus tard, repris le modèle de Pythagore et le simplifia. La Terre était au centre d’une sphère extérieure qui contenait les planètes et les étoiles. L’univers de Platon était fini et limité par cette sphère. Mais ce modèle posait quelques questions épineuses : en particulier il ne pouvait expliquer le mouvement apparent des planètes dont certaines avaient parfois des mouvements rétrogrades troublants !

L'univers scientifique

Alors soucieux de comprendre d’autres philosophes grecs, comme Eudoxe, compliquèrent le modèle de Platon et introduirent des sphères multiples sur lesquelles se déplaçaient les corps célestes et expliquaient mieux les mouvements constatés. Aristote, fixa à 55 le nombre de sphères célestes. La Terre était au centre et immobile. Il y avait le monde manifesté, changeant et imparfait, auquel appartenait la Terre et La Lune, et le monde parfait des autres corps célestes avec le Soleil, les planètes et les étoiles. Ce monde tournait autour de la Terre dans un Ether. Enfin, vint l’univers de PTOLEMEE (vers 140 av JC) qui allait régner sans partage sur les 2000 suivantes années. Les principes de cet univers de Ptolémée étaient simples : L’univers était Géocentrique ; La Terre est sphérique et au centre de tout ; Les mouvements des planètes sont circulaires et uniformes. Il s’efforça de corriger quelques lacunes de l’univers d’Aristote : les mouvements anormaux des planètes et la variation de la distance entre la Terre et la Lune. Pour ce faire il détacha les planètes de leurs sphères célestes et les plaça sur de petits cercles, les épicycles, qui lui permirent d’expliquer toutes les questions restées en suspens dans l’univers d’Aristote. Il rédigea l’ALMAGESTE qui donnait les positions des planètes et les calculs nécessaires pour les déterminer. Ce livre, au nom arabe, fit autorité jusqu’au XVI ème siècle et constitua la base de la connaissance astronomique de la civilisation arabe.

L'univers médiéval

Ce monument de la pensée étant posé, il faut attendre le monde médiéval pour voir changer l’image de l’univers. En effet le monde romain n’a rien apporté à la connaissance de l’univers, il s’est contenté de la vision de PTOLEMEE. La religion a utilisé les sphères de Ptolémée pour positionner les lieux sacrés des grands textes. Le purgatoire est entre la Terre et la Lune, c’est dans les hautes sphères que réside Dieu et où le rejoignent les bienheureux. Ce lieu de résidence de Dieu c’est l’Empyrée, au-delà de la sphère cristalline des étoiles. La question qui se posait était de savoir faire cohabiter l’univers grec avec un univers chrétien. Pour les chrétiens l’univers avait été créé. Il avait donc un début. C’est SAINT THOMAS D’AQUIN qui fit la synthèse. Il introduisit Dieu dans la conception aristotélicienne. L’univers était toujours géocentrique. Au-delà de la sphère des étoiles, une sphère primaire délimite l’empyrée, la résidence de dieu. L’empyrée est à distance finie de la sphère primaire, l’univers est fini. Tout est bien installé : Dieu et les siens dans l’empyrée, le purgatoire entre la Terre et la Lune et l’enfer et les damnés dans les entrailles de la Terre.

Et si la Terre bougeait?

Cette réintroduction de la religion dans la cosmologie allait permettre, paradoxalement, de grandes avancées. Première contradiction qui nous ramène à notre sujet ; Dieu est infini omniprésent c’est ce qu’enseigne la théologie. Si Dieu est infini pourquoi l’univers ne serait-il pas lui aussi infini ? Pourquoi Dieu qui est partout ne serait-il pas au centre de l’univers qui serait alors partout ? Donc l’univers est infini CQFD. Cela remettait même en cause le principe géocentrique de l’univers ! Pourquoi la terre ne bougerait-elle pas puisque Dieu tout puissant pouvait le décider s’il le souhaitait.

L'univers héliocentrique de Copernic

Vint alors COPERNIC, le chanoine polonais. Il délogea définitivement la Terre du centre de l’univers et introduisit une vraie révolution dans la perception de l’univers qui se fait encore sentir aujourd’hui. Le soleil devint le centre de l’univers. Les planètes dont la terre tournaient autour du soleil. La Terre donc l’homme avait perdu sa place centrale dans l’univers.

L'univers infini

De ce fait l’univers, avait considérablement grandi. Pour expliquer sa thèse et notamment les mouvements des planètes et des étoiles, Copernic repoussa considérablement la sphère extérieure des étoiles. Il réduisit la taille relative du système solaire dans l’univers. On aurait pu imaginé que Copernic s’attira les foudres de l’Eglise, il n’en fut rien car il publia son livre que quelques temps avant sa mort et la préface indiquait qu’il s’agissait d’une hypothèse et un simple modèle mathématique. Ces successeurs devaient encore ajuster la vision de Copernic. L’anglais, Thomas DIGGES proposa de supprimer la sphère extérieure des étoiles en 1576. L’univers devenait infini dans le domaine illimité de Dieu. Giordano Bruno un moine italien voulu lui peupler d’une infinité de formes de vie cet univers infini. C’en était trop pour l’église et lui le paya de sa vie en 1600.

Les cieux sont imparfaits

Les astronomes suivants s’attaquèrent au concept de perfection des cieux. Ainsi Tycho BRAHE mit en évidence des étoiles nouvelles ou en mutation. Notamment il identifia en 1572 la première supernova sans savoir qu’il avait assisté à la mort d’une étoile. Il démontra aussi que les comètes ne sont pas des phénomènes atmosphériques mais cosmiques. Il y avait donc des objets qui apparaissaient et disparaissaient dans l’univers qui n’était plus immuable.

Galilée

C’est à cette époque qu’apparaît Galilée. Il voulait comprendre le mouvement des corps célestes. Il eu l’intuition géniale d’étudier d’abord les mouvements des corps sur la terre pour réussir à comprendre ce qui se passait dans le cosmos. Il détermina notamment que tous les corps qui tombent sur la terre ont la même accélération. Un astronaute américain lui rendra hommage 300 ans plus tard en faisant l’expérience sur la lune, sans atmosphère, de faire tomber ensemble une plume et une balle de golf qui bien sûr, touchèrent le sol lunaire en même temps ! Galilée commença ensuite ses observations avec une lunette, améliorée d’un télescope anglais. Il fit des découvertes fabuleuses repoussant les limites de l’univers comme chaque fois que depuis on pointe vers le ciel un nouvel instrument d’observation. Il se fit le champion de l’univers héliocentrique et brocarda fortement les tenants de l’univers géocentrique. Cela lui valu une mise en résidence surveillée jusqu’à sa mort en 1642. Son livre resta à l’index jusqu’en 1835 !!

Le mouvement des planètes

Cette réaction de l’église déplaça la recherche vers le nord de l’Europe. L’assistant allemand de Tycho BRAHE, Johannes KEPLER, dépouilla les observations de son maître, persuadé qu’il y trouverait les lois des mouvements des planètes.

Il était convaincu que les sphères cristallines célestes n’étaient que le fruit de l’imagination humaine. KEPLER pensait que l’univers était gouverné par les mathématiques et que Dieu était géomètre. Il découvrit notamment que les orbites étaient elliptiques et que le soleil occupait un foyer. Il mettait fin à un univers parfait de sphères et de cercles. Il lui restait à démontrer pourquoi les planètes et les corps célestes ne tombaient pas et tournaient éternellement sur leurs orbites. C’est évidemment l’anglais Isaac NEWTON qui le démontra. Il théorisa les intuitions de ses prédécesseurs et établi la théorie de la gravitation universelle qui expliquait enfin l’essentiel des interrogations des hommes depuis plusieurs millénaires. Peu d’homme si ce n’est peut être Einstein en 1905, découvrirent autant de choses aussi importantes en si peu de temps.

L'univers mécanique

L’univers était donc mécanique. Plus besoin d’intervention divine permanente. Il suffisait de lancer la mécanique et elle fonctionnait toute seule. Dieu de ce fait découvrait le temps libre !!! La théorie de NEWTON permit de vérifier un nombre incalculable des intuitions de ses prédécesseurs.

L'univers déterministe

Ainsi grâce au travail de tous ces génies l’homme du XVII ème siècle voyait dans le ciel un univers infini, rempli uniformément d’étoiles et dont il n’était plus le centre. Dieu était toujours là, infini mais très distant.

Et Dieu dans tout ça?

C’est Napoléon qui me fournit la transition avec la vision maçonnique de l'univers s'il en existe un ! Après sa lecture de La Mécanique Céleste de Laplace, l’Empereur lui reproche de ne pas avoir mentionné une seule fois Le Grand Architecte de l’Univers. Laplace lui a sèchement répondu qu’il n’avait pas besoin de cette hypothèse ! La confiance en la raison humaine est à ce moment illimitée.

3. Alors : fini ou infini dans l'espace.

Comment répondre après tout ce que l’on vient de voir ? Au fil du temps l’univers a été tour à tour fini ou infini. Par ce choix soit on magnifie Dieu, l’infini absolu, dont la création devait être elle aussi infinie ou on explique certaines théories qui ne se conçoivent que dans l’une ou l’autre des hypothèses. Ainsi certains ont même démontré que l’univers ne pouvait pas être infini. Le paradoxe d’Olbers mérite que l’on s’y arrête un peu. Si l’univers est infini les étoiles sont uniformément réparties dans toutes les directions et elles doivent nous éclairer uniformément. Le ciel nocturne doit être aussi brillant que le ciel diurne. Comme ce n’est pas le cas, certains y voient donc la certitude d’un univers fini et des étoiles réparties sur une sphère comme exposé dès l’antiquité. Plusieurs s’essayent à expliquer le paradoxe en maintenant la thèse de l’infinitude. Ce n’est pas simple. Une notion manque, le temps et bien sûr la vitesse de la lumière. On sait cependant déjà au XIXème siècle que la lumière se propage à 300 000Km à la seconde. Edgar POE l’écrivain donnera la solution du paradoxe. Beaucoup d’étoiles sont si éloignées de nous que leur lumière ne nous est pas encore parvenue. De ce fait le ciel ne peut pas être uniformément brillant. La fin du XIX ème siècle et le début du XXème Siècle sont l’époque des grandes découvertes scientifiques : relativité générale mécanique quantique. Le temps fait son entrée en force dans l’espace, si j’ose dire. La finitude et l’infinitude de l’univers deviennent une affaire à quatre dimensions. Je vais laisser à ceux qui me succèderont à ce plateau le plaisir de prolonger tout cela et de vous en donner la vision scientifique mais aussi spirituelle actuelle. Ce que je peux vous dire c’est qu’aujourd’hui la finitude ou l’infinitude de l’univers dépend de la géométrie avec laquelle on le regarde. Suivant la courbure de cette géométrie l’univers sera fini ou infini. Ce qui rend vous en conviendrez un peu aléatoire la réponse à la question qui m’a été posée. Et encore je vous fais grâce de la topologie !

4. La vision maçonnique de l'univers au travers de la diversité de la pensée et des croyances : ce que nous avons en commun c'est l'existence du Grand Architecte de l'Univers.

Je crois que chacun d’entre nous maçon pouvons avoir de l’univers une représentation qui nous soit propre. Les lectures des derniers développements de la science nous donnerons une tendance peut être des convictions mais probablement de grands doutes. Je retiens que nous partageons ici une vérité : l’existence du Grand Architecte de l’Univers, que nous considérons que nous ne sommes pas dans un univers, seul fruit du hasard mais résultat d’une organisation et d’une volonté qui nous dépasse. Cette force peut être a-t-elle voulu un univers fini, un univers infini, un univers en extension, un univers en contraction, voire un univers qui n’existe pas… Je n’en sais rien. Ce que je sais, c’est que cela est passionnant et que j’écouterai avec beaucoup d’attention les autres orateurs pour progresser encore dans mes interrogations et peut être parfois lever quelques voiles. Cela étant que l’univers soit infini ou pas, quelle importance pour nous, petite fourmi, sur notre terre, planète moyenne, éclairée par une étoile des plus banale dans une galaxie ordinaire dans un coin reculé de l’univers. Et de plus, avec bien peu de chance de sortir de la très proche banlieue de notre terre dans le temps sans doute bien limité qui sera celui de l’existence de l’espèce humaine sur la terre, rapportée au temps cosmique.

J’ai dit V\M\

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19 Octobre 2015 , Rédigé par GLCS Publié dans #Planches


A la Gloire du Grand Architecte de l’Univers…

Depuis des siècles, la littérature et l’art, aussi bien en Orient qu’en Occident, se sont emparés de la figure mystérieuse de la Reine de Saba. Nos lointains Frères opératifs ont sculpté ses traits sur le parvis des cathédrales de Reims, de Chartres et l’ont représentée sur les vitraux des cathédrales de Strasbourg et de Cologne. Elle a fasciné des écrivains comme Gérard de Nerval ou André Malraux, qui en 1934 survola le Yémen dans l’espoir de retrouver les ruines de son palais. Elle a inspiré, nombre de peintres, de cinéastes et de compositeurs, comme Charles Gounod qui en 1862 immortalisa sa légende dans un opéra qui porte son nom et qui aux dires de certains, véhiculerait quelques valeurs maçonniques. Mais qui est donc cette reine légendaire, dont l’ensemble des sources s’accorde à dire qu’elle était dotée d’une incroyable beauté, d’un fort caractère et d’une sagesse rare ? « Sagesse, force et Beauté » voilà d’ores et déjà les trois grands piliers de la Franc-maçonnerie. Eh bien, mes Sœurs et mes Frères, partons à la rencontre de la légendaire Reine de Saba. Il y a environ 3000 ans, dans un lointain royaume aux frontières indéfinies, entre l’Arabie Heureuse et l’Ethiopie, sur les rivages de la mer rouge, vit une jeune et belle reine. Comment s’appelle-t-elle ? Balkana pour les Yéménites, Balkis ou Bilkis selon la tradition coranique, Makéda selon la tradition éthiopienne. Certains la dénomment également Cassiopée, l’associant à la reine éthiopienne du même nom dans la mythologie grecque. Peut-être aussi possède t’elle quelques noms secrets car dans ces régions du monde, il faut paraît-il, afin d’échapper aux esprits malins, être muni d’un nom magique que l’on dissimule jalousement. Son royaume est riche et prospère. Il a pour capitale la ville de Mârib, située dans l’actuel Yémen. Son peuple, les Sabéens, contrôle, via les caravanes, le commerce des épices, de la myrrhe et de l’encens…les produits les plus chers et les plus recherchés alors, du monde méditerranéen. Les Sabéens administrent les pistes caravanières qui traversent toute la péninsule arabique pour rejoindre Gaza où les résines aromatiques, après avoir été vendues à prix d’or étaient transformées en onguents, drogues, cosmétiques et parfums. Leur royaume est également ouvert à l’est sur l’Inde et sur l’Afrique. Les Sabéens exportent aussi de l’or, cet or qui sert plus au nord à couvrir de gloire les pharaons. Par ailleurs, ils maîtrisent depuis longtemps des techniques complexes d’irrigation des sols. Utilisant une topographie favorable, ils contrôlent la force des crues qui dévalent les montagnes, en période de mousson. A l’aide de digues et d’un réseau ingénieux de canaux, ils font converger cette eau si précieuse dans leur région, vers leurs champs. Des voyageurs grecs égarés dans ce lointain pays parlèrent en termes élogieux et admiratifs de cette prospérité et du caractère verdoyant de cette partie de l’Arabie. On trouve des mentions du « royaume de Saba » dans les annales de Sargon, roi d’Assyrie, au VIIIème siècle avant notre ère. Les historiens pensent qu’il a existé à partir d’environ 1000 ans avant Jésus-Christ pour disparaître vers l’an 550 de notre ère, après deux siècles de conflits avec les Arabes et les Perses. Cependant, des chercheurs ont retrouvé dans les inscriptions D’Arad-Nannar, l’un des plus anciens rois de l’Etat d’ Ur, le mot Sabum dont on pense qu’il désigne l’Etat de Saba. Si ce terme correspond effectivement à Saba, c’est la preuve que le royaume existait déjà en 2500 avant Jésus-Christ. Le royaume de Saba fut donc bel et bien réel. Mais notre reine a t’elle existé ? De fait, aucune source de cette époque n’évoque le règne, ni même l’existence de la Reine de Saba. Tout au plus, quelques rares inscriptions cunéiformes assyriennes nous apprennent que des femmes ont gouverné pendant plusieurs siècles, des petits royaumes dans cette région du monde. Le plus ancien texte évoquant « la reine de Saba » se trouve en fait dans la Bible, au chapitre 10 du Livre des Rois, probablement rédigé au VI ème siècle avant notre ère. Ce tout petit passage de l’Ancien Testament, raconte brièvement la venue de cette reine dans le royaume d’Israël et sa rencontre avec le roi Salomon. En 13 versets seulement, le récit biblique détaille les riches cadeaux offerts par la Reine à Salomon, puis comment elle fût impressionnée par le faste du palais, et la grande sagesse de Salomon après l’avoir éprouvée par des énigmes. Elle eut, je cite, « le souffle coupé » à la vue d’une cérémonie dans le Temple de Jérusalem. Elle loua la Sagesse de Salomon et de Dieu qui l’avait choisi pour diriger Son Peuple. Puis elle s’en retourna dans son pays. Ainsi s’achève cette rencontre diplomatique. Quelles étaient ces fameuses énigmes posées à Salomon ?
La tradition rabbinique a transmis une liste de questions attribuées à la reine dans le Targum Sheni d’Esther et dans trois Midrashim (Mischlé, ha Hefets et Ma’aseh Malkat Sheba).
On compte 22 questions de la reine au total, portant sur la conception, la filiation, l’identité sexuelle et religieuse. Celle-ci par exemple : Que signifie, sept cessent, neufs commencent, deux offrent à boire, un seul a bu ? Réponse de Salomon : Lorsque cessent les sept jours d’impureté de la femme, les neufs mois de grossesse commencent, les deux seins offrent à boire, et l’enfant boit. Autre énigme, l’épreuve dite du « motif des jeunes gens » : La reine de Saba envoie au roi un groupe de jeunes gens, hommes et femmes, tous vêtus à l’identique, des larges vêtements que portaient alors les habitants de l’Arabie Heureuse, de sorte qu’il était difficile de les reconnaître les uns des autres. Elle demande alors au roi de les séparer selon leur sexe. Salomon fit venir des grands vases d’eau de rose, invitant les jeunes gens à se débarbouiller après leur long périple jusqu’à Jérusalem. Or, au premier geste, Salomon, reconnaît les jeunes hommes qui rapidement, prennent l’eau à pleines mains et se frottent énergiquement le visage. Les jeunes filles qui tiennent à la pureté de leur teint prennent d’abord le soin de se laver les mains dans l’eau de rose avant d’attendre qu’on leur apporte d’autres vases pour se laver le visage. Un autre récit rapporte que Salomon parvint à reconnaître une unique fleur naturelle parmi un bouquet de fleurs artificielles grâce à une abeille. Le roi testa la reine également : Il la fit entrer dans son palais par une porte faite de verre et de marbre bleu. Le sol imitait si bien l’eau à cet endroit que la reine fut trompée. Pour traverser le bassin factice, elle remonta sa robe, dévoilant ses jambes. Le roi Salomon aurait ainsi voulu vérifier si elle n’avait pas, comme le prétendaient certains, des jambes de boucs ou d’âne. Il y a bien d’autres énigmes rapportées par ces textes anciens. Au fil des siècles, certains exégètes ont fait de la Reine de Saba un personnage maléfique, considérant que par ses énigmes, elle a défié l’autorité masculine et donc menacé l’ordre du monde. Ils diront aussi que, comme Dalila avec Samson, elle s’est rendue chez Salomon pour découvrir le secret de sa puissance et le détruire. Mais pour d’autres, le texte biblique qui relate la rencontre des deux souverains cache des significations secrètes qui révèlent à l’homme un chemin de pensée et d’espoir. La tradition juive a relevé que le roi et la reine portent en leurs noms, le symbole de ce qu’ils sont : Salomon, c’est Shalom, la paix. Et Saba, qui se dit Sheva en Hébreu, signifie « l’ancêtre », donc le sage. C’est aussi le chiffre 7, le jour du shabbat, jour de perfection et de sérénité. Qu’en est-il de la Reine de Saba dans la tradition chrétienne ? Le Nouveau Testament ne l’évoque que très brièvement. Notre reine apparaît dans l’Evangile de Luc, sous le nom de « Reine du Midi » ou « Reine du Sud», au jour du Jugement dernier. Voici ce que dit le texte : La reine du Midi se lèvera au jour du jugement avec cette génération, et la condamnera ; car elle vint des extrémités de la terre pour entendre la sagesse de Salomon ; et voici, il y a ici plus que Salomon. L’Evangile de Matthieu (12 ; 42) rend sommairement hommage à sa sagesse, je cite : La reine du Midi, (qui) était plus sage que les Juifs du premier siècle. La tradition populaire dans l’Occident chrétien, notamment au Moyen-âge, en a fait un personnage positif. Souvent associée aux Rois Mages, venus eux aussi de l’Arabie heureuse, elle est l’incarnation de l’Eglise en route vers le royaume de Dieu. Une légende médiévale racontait même qu’elle fut guérie d’une infirmité lorsqu’elle toucha le bois avec lequel allait être échafaudée, des siècles plus tard, la croix du Christ. Et comme je le disais en introduction, elle a été immortalisée par nos lointains frères bâtisseurs, sur le parvis de plusieurs cathédrales, à Reims, à Chartres ou encore à Cologne…
Et dans l’islam ?
La reine de Saba est aussi présente dans le Coran sous le nom de Bilkis. La tradition musulmane nous apprend que Bilkis n’était pas fidèle à Dieu et que son peuple, païen, se prosternait devant le soleil. C’est pour cette raison que Salomon l’aurait invitée en envoyant sa huppe, oiseau légendaire, dans le but de la convertir au monothéisme. Voici ce que nous dit la sourate 27 dite sourate des fourmis : " Je connais quelque chose que tu ne connais pas ! Je t’apporte une nouvelle certaine des Saba. J’y ai trouvé une femme : elle règne sur eux, elle est comblée de tous les biens, et elle possède un trône immense. Je l’ai trouvée, elle et son peuple, se prosternant devant le soleil et non pas devant Dieu. Le Démon a embelli leurs actions à leurs propres yeux ; il les a écartés du chemin droit ; ils ne sont pas dirigés. " Des archéologues et des historiens ont depuis prouvé que pendant plusieurs siècles, les Sabéens ont effectivement pratiqué des cultes astraux jusqu’à l’introduction du judaïsme (IVème siècle) puis du christianisme et l’arrivée de l’islam dans cette partie du monde. On a notamment mis au jour à Marib, les ruines d’un temple dédié au dieu Lune. Cependant, il existe une source qui place la reine de Saba au cœur de l’histoire de tout un peuple : il s’agit du Kebra Nagast. Ce texte éthiopien rédigé en guèze, la langue du royaume d’Axoum, se présente comme la traduction d’un manuscrit trouvé dans l’Eglise Sainte Sophie de Constantinople. En effet, le Kebra Nagast, reprend les récits de l’Ancien Testament enrichis d’une longue histoire établissant comment la domination d’une moitié de l’univers a été promise aux rois éthiopiens, descendants de Salomon. Vous l’aurez compris, à la différence des autres sources, la tradition éthiopienne, affirme que notre jeune reine, après avoir succombé aux charmes du beau Salomon, lui donna un fils. Pour le Kebra Nagast, Makeda, c’est son nom, était si belle que le roi Salomon lui proposa de l’épouser. Mais elle refusa, car le roi avait déjà 300 femmes et 700 concubines, et elle voulait être l’unique femme d’un homme. Il lui promit alors de ne plus la solliciter si elle acceptait de ne rien prendre dans son palais. Dans le cas contraire, il aurait le droit de lui demander quelque chose qu’elle ne pourrait pas refuser. Makeda accepta. Peu de temps après, Salomon fit donner un grand banquet, volontairement riche en viandes épicées, salaisons et autres sucreries. A l’issue du banquet, la reine, se trouva incapable de dormir tellement elle avait soif. Salomon s’était arrangé pour qu’il n’y ait rien à boire dans ses appartements, aussi se mit-elle à la recherche d’eau. Or, dans le palais coulait un ruisseau qui avait été détourné exprès. Il lui permit de se désaltérer, mais quand la reine eut fini de boire, elle distingua Salomon qui l’observait. Ce dernier lui rappela sa promesse et lui demanda alors de partager sa couche. Elle décida peu après de se convertir et resta auprès de Salomon pendant encore quelques mois avant de se résoudre à regagner son lointain royaume. Sur le chemin du retour Makeda mit au monde un fils, né de son union avec le roi d’Israël : Ménélik. Il est le premier monarque de la longue dynastie des rois éthiopiens, la dynastie des Salomonides. Aujourd’hui encore, cette légende est vérité pour tous les Ethiopiens. Hailé Sélassié, dernier roi d’Ethiopie, assassiné en 1976, affirmait lui-même descendre de l’union de la reine de Saba et du Roi Salomon. C’est d’ailleurs une des raisons qui poussèrent une poignée de Jamaïquains, dans les années 1930, à lui vouer un culte qui donna naissance à une nouvelle religion laquelle a fait depuis quelques millions d’adeptes : le rastafarisme, mais c’est là un tout autre sujet. Sur un autre plan, certains ont vu, dans les Falashas ou Beta Israël, les célèbres juifs éthiopiens, le fruit des amours des deux souverains. Mais eux-mêmes le récusent, prétendant descendre de la tribu de Dan, une des « Dix tribus perdues d’Israël », déportées par les Assyriens en 722 avant Jésus-Christ. Pour le Kebra Nagast donc, l’union des deux souverains marque le début de l’histoire du royaume d’Ethiopie. Mais l’histoire ne s’arrête pas au retour de la reine dans son royaume. Le texte nous enseigne que le fruit de leur amour, leur fils Ménélik, fut élevé en Ethiopie. Adolescent, il décida de se rendre à Jérusalem. Une anecdote rapporte que la reine de Saba, lui aurait confié avant de partir, un anneau reçu de Salomon, pour que le roi puisse reconnaître son fils. Voici ce que nous dit le chapitre 35 du Kebra Nagast : Quand il le vit, le roi Salomon se leva et l'accueillit. Il ôta l'agrafe de son habit de son épaule et le serra de ses mains sur son visage, il embrassa sa bouche, son front et ses yeux et lui dit : " Maintenant mon père David retrouve sa jeunesse, il est ressuscité des morts ". Il revint à ceux qui l'avaient informé et leur dit: " M'avez vous dit: " Il te ressemble? ". Celui-ci n'a pas mon apparence mais l'apparence de David mon père dans les jours de sa jeunesse. (…) Il revêtit son fils de brocart d'or, d'une ceinture en or, d'une couronne sur sa tête, de bagues à ses doigts. Il le fit asseoir sur son trône et dit à ses honorables d'Israël : " Vous médisiez entre vous et vous disiez que je n'ai pas d'enfant, regardez celui-ci est mon enfant, le fruit de mon sein que m'a donné Egziabeher, le Dieu d'Israël de qui je ne [l'] avais pas attendu ". Ses honorables répondirent et lui dirent : " Que la mère qui a enfanté ce jeune homme soit bénie, que le jour où tu t'es uni à elle (…) soit béni. (…) Et pour nous ses serviteurs, il sera roi ". Et l'un après l'autre, ils lui apportèrent un cadeau. Quand ils furent seuls, il donna à son père l’anneau que sa mère lui avait confié et lui dit : " Prends cet anneau et souviens-toi de ce dont tu as discuté avec la reine. Et donne-nous le tissu qui couvre l'arche de l'alliance d'Egziabeher pour que nous nous prosternions devant elle en tous nos jours, tous ceux qui sont au-dessous de nous et ceux qui sont dans le royaume de la reine ". Et le roi lui dit : " Pourquoi m'as-tu donné l'anneau en signe? J'avais déjà trouvé ton apparence à mon image avant que tu me donnes un signe car tu es mon fils ". Le marchand Tamrin (qui accompagnait Ménélik) lui dit encore : " Ô roi ! Ecoute ce que ma maîtresse la reine de Saba, ta servante envoie par moi: « Oins cet enfant, sanctifie-le, bénis-le, couronne-le pour notre pays et ordonne que ne règne plus de femme d'éternité en éternité et envois-le en paix. (…) Le roi répondit : (…) La fille appartient à la mère et le fils au père. Egziabeher a maudit Eve en disant : " Enfante avec douleur et pincement de cœur et après ton enfantement retourne chez ton mari; enfante avec une promesse et après la promesse, retourne chez ton mari. Ainsi je ne donnerai pas mon fils, à la reine mais je le ferai roi sur Israël car celui-ci est mon premier-né, le premier de ma dynastie qu'Egziabeher m'ait donné ". Après cela, il lui envoya matin et soir de bons repas et des habits somptueux, de l'or et de l'argent et il lui dit : " Il est mieux de rester ici dans notre pays où il y a le temple où est l'arche de l'alliance et là où Egziabeher vit avec nous ". Mais son fils lui envoya [un message] disant : " Il y a de l'or et de l'argent; les habits ne manquent pas dans notre pays mais moi je suis venu pour écouter ta sagesse et voir ton visage, pour te saluer et servir ton royaume. Renvoie-moi chez ma mère dans mon pays car il n'y a personne qui hait le lieu où il est né et la langue de son pays. (…) Et même si je suis attiré par le pays qui ressemble au paradis, il ne peut pas réjouir mon cœur. Les montagnes du pays de ma mère (…) sont mieux pour moi. Et si je sers l'arche du Dieu d'Israël là où je suis, cela m'honorera. Je regarderai vers le Temple que tu as bâti; je sacrifierai et je servirai là où je serai. Donne-moi la frange de la couverture de l'arche de l'alliance, laisse-moi me prosterner devant elle avec ma mère et avec tous ceux qui sont soumis dans notre royaume. Car autrefois ma maîtresse la reine éliminait tous ceux qui adoraient et qui se prosternaient devant des idoles, des pierres et des arbres. Elle les éliminera et les conduira à l'arche de l'alliance car elle t'a écouté et elle s'est laissée instruire, elle a fait comme tu as dit et nous adorons Egziabeher "(…) Salomon avait d'autres femmes et sans doute de nombreux enfants mais c'était la reine de Saba qui l'avait le plus impressionné. Ménélik ayant promit à sa mère de revenir en Ethiopie finit par obtenir ce qu'il voulait de son père qui, dans l'espoir de voir son royaume s'agrandir vers le Sud, lui donna les premiers-nés de ses fonctionnaires afin que le royaume de Saba soit semblable au sien (…). Or les premiers nés ne quittèrent pas leur pays de plein gré pour une contrée aussi lointaine. Le fils du grand prêtre Sadok, devant partir comme tous les autres, s'était chargé de dérober l'arche de l'alliance qui se trouvait dans le saint des saints du temple de Jérusalem. Ils emportèrent donc en secret avec eux l'arche, symbole de la puissance du Dieu d'Israël qui avait conclu une alliance avec son peuple élu, au temps de Moïse. L'Ethiopie se réjouit de l'arrivée de l'arche de l'alliance et de l'élection du peuple de Saba, par le Dieu d'Israël. L'arche de l'alliance fut appelée Sion, mezgeba Axoum, trésor d'Axoum.
C’est pourquoi, mes sœurs et mes frères, si vous vous rendez en Ethiopie, sachez que, selon la tradition populaire, l’Arche est toujours à Axoum, plus précisément dans l’église Sainte Marie de Sion, le sanctuaire copte le plus sacré du pays. Elle est sous la protection d’un gardien qui est le seul autorisé à l’approcher et ne sort pratiquement jamais de l’enceinte de l’église.
Voilà donc pour la tradition éthiopienne. Pour les F\M\ que nous sommes, il existe une version un peu différente que l’on retrouve dans des romans d’inspiration maçonnique. Elle évoque un troisième personnage-clef. Les MM\ le connaissent bien, il s’agit d’Hiram l’architecte du Temple.
Cette version dévoilée par Gérard de Nerval dans son fameux « Voyage en Orient », paru en 1850, fait coïncider la visite de la Reine de Saba avec la présence d’Hiram à Jérusalem. Salomon souverain mais aussi mage, entreprit sur ordre de Dieu de faire construire un grand temple à Jérusalem pour abriter l’Arche d’alliance. Incapable de diriger les travaux malgré sa grande sagesse et ses immenses talents et ne disposant pas dans son royaume d’un architecte digne de cet ouvrage, le roi fit venir de l’étranger Hiram, maître dans l’art du Trait. Voici la légende telle qu’elle est rapportée dans un rituel du XIXème siècle, qui n’est qu’une des nombreuses interprétations de cette légende : Pendant la construction du Temple, Balkis reine de Saba vint à Jérusalem pour rencontrer Salomon, constater sa sagesse et contempler les merveilles de son royaume. Elle admira surtout le Temple qui se construisait, et voulut connaître l’architecte Hiram. Elle insista tant que le roi le lui présenta. En le voyant, la reine fut troublée. Elle voulut aussi voir l’armée d’ouvriers qu’il dirigeait. Alors pour lui faire plaisir, Hiram traça dans l’air un T mystérieux, l’initiale de Tyr et aussitôt tous les ouvriers de diverses nations se rangèrent, les charpentiers à droite, au centre les maçons et ceux qui travaillaient la pierre, et à gauche, les mineurs et les fondeurs. A un autre signe tout aussi mystérieux, la grande masse demeura immobile et silencieuse. C’est à ce moment là que la reine se rendit compte, que sa propre puissance ou celle du roi Salomon, n’était rien à coté de celle du grand constructeur. La reine de Saba voulut également assister à la coulée de la mer d’airain. Les trois compagnons, Jubélas le maçon, Jubélos le charpentier, et Jubélum, le mineur, vouant une haine terrible au grand architecte depuis qu’il leur avait refusé le grade de Maître décidèrent de profiter de l’événement pour se venger. Ils sabotèrent le travail. Ainsi, Jubélas mêla le calcaire avec la brique, Jubélos prolongea les traverses de poutres pour les exposer à la flamme, et Jubélum mélangea à la fonte les laves sulfureuses. Bénoni, un jeune ouvrier dévoué à Hiram, surprit le complot et en avertit Salomon, Mais le grand roi, jaloux d’Hiram, et content qu’il subisse un échec devant la reine dont il était amoureux, ne fit rien pour éviter la catastrophe.
La coulée d’airain fut un désastre. Hiram désespéré songeant à la reine de Saba dont il s’était aussi épris ne quitta pas les lieux. Il allait être englouti sous les flots de ce métal brûlant lorsqu’apparût Tubalcaïn, fils de Lamzeh qui l’amena au centre de la Terre où l’on pouvait goûter aux fruits de l’arbre de la Science, et Tubalcaïn, cet ancêtre des constructeurs, lui fit don de son précieux marteau. Revenu sur la terre, grâce à ce merveilleux instrument, Hiram répara le désastre. La reine de Saba, remplie d’admiration eut le cœur inondé de joie. Un jour Hiram qui cherchait la solitude, vint sans le vouloir à la rencontre de la reine de Saba. C’est alors qu’ils décidèrent de se prendre pour époux et de quitter tous les deux Jérusalem. Mais les trois mauvais compagnons se présentèrent au roi et lui dire que chaque soir Hiram se glissait sous la tente de la reine et restait avec elle jusqu’à l’aube. Quand Hiram informa le roi Salomon de son désir de quitter Jérusalem, celui-ci ne fit aucune objection. De son côté, après avoir confié à Hiram qu’elle gardait en son sein le fruit de leur amour, la reine de Saba quitta Jérusalem. Hiram visita une dernière le Temple avant son départ et c’est alors qu’il fut assassiné par les trois compagnons. Nerval a transposé dans son roman ce qu’il pensait être le mythe fondateur de la Franc-maçonnerie. Christian Jacq a repris partiellement cette histoire dans son roman « Maître Hiram et le Roi Salomon ». Voilà, mes Sœurs et mes Frères, l’histoire, on pourrait presque dire les histoires de la légendaire Reine de Saba. Alors, cela nous amène tout naturellement à la question suivante : Pourquoi avoir choisi le nom de « Reine de Saba » pour ce nouvel atelier de la GLCS ? Les raisons sont multiples : La première est évidente : La reine de Saba est liée directement à Salomon, et donc, de facto, au Temple et à la légende d’Hiram, fondateur pour nous autres maçons. C’est l’occasion de rappeler à nos Frères Apprentis, qu’une grande partie de nos symboles et des éléments présents dans l’atelier sont issus de ce mythe. Le siège du vénérable, par exemple, s’appelle « le trône de Salomon ». Les colonnes à l’entrée du Temple portent les lettres J et B, premières lettres des mots Ja…et Bo… qui étaient inscrits sur les colonnes du Temple de Jérusalem… C’est aussi à cause de la légende hiramique qu’on appelle les MM « Enfants de la veuve » car chaque maître est considéré comme une réincarnation d’Hiram et comme tel, enfant de sa veuve. La deuxième raison du choix de ce nom pour notre nouvel atelier est tout aussi évidente : par ce choix, nous rendons hommage à travers « La reine de Saba », aux femmes, j’ajouterais volontiers aux femmes « souveraines ». De nombreuses obédiences ont fermé leurs portes aux sœurs ou refusent encore la mixité, au nom d’une lecture restrictive des landmarks. Les membres fondateurs de la GLCS, tous maçons d’expérience, en ont décidé autrement. Le choix du nom de cet atelier, je devrais dire loge car le mot est féminin, va donc dans ce sens. La troisième raison c’est que la reine de Saba est une figure extraordinairement moderne. Imaginez, pour son époque (il y a près de 3000 ans) mais aussi pour la Bible ! Une femme belle, libre, sage et indépendante, qui de surcroît exerce le pouvoir politique…et qui parle d’égal à égal avec le plus sage des rois : Salomon. La quatrième raison qui justifie le choix du nom de la Reine de Saba pour notre atelier est sa dimension universelle. En effet, nous la retrouvons dans la Bible aussi bien dans l’Ancien que le Nouveau Testament, mais aussi dans le Coran. Elle est commune aux religions abrahamiques que sont, le judaïsme, le christianisme et l’Islam. Je rappelle, à ce sujet, que nous prêtons serment sur ces grands livres au cours de notre initiation comme lors de nos augmentations de salaires.
Enfin, en plus du lien avec la légende hiramique, on peut voir dans le voyage de la Reine de Saba, une dimension maçonnique à travers plusieurs points : - C’est la recherche de la sagesse qui motive la rencontre avec Salomon. La jeune reine ne se contente pas d’une vie pourtant enviable et confortable mais va quitter longuement son royaume pour partir à la recherche de la Sagesse. N’y a t’il pas là un peu de la démarche que chacun d’entre nous a fait un jour pou pousser la porte de Temple ? - D’autre part, il y a dans l’histoire de la reine de Saba, la notion de voyage, voyage dont elle revint enrichie que l’on peut rapprocher des voyages si importants dans nos rites maçonniques, pratiqués et symbolisés au cours de l’initiation et des augmentations de salaires qui suivent. Enfin, la rencontre des deux souverains illustre la possibilité d’abolir et de dépasser le conflit entre l’homme et la femme. Elle témoigne d’une absence de domination de l’un sur l’autre lorsque les deux sont sages et peuvent se parler d’égal à égal…c’est aussi ce que nous avons toujours pensé, ici, à la Grande Loge des Cultures et de la Spiritualité.
Alors, longue vie à notre nouvel atelier, longue vie à « La reine de Saba ».

J’ai dit V\M\.

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La Table d'Emeraude

13 Octobre 2015 , Rédigé par A\U Publié dans #Planches

La Table d'Émeraude, en latin « Tabula Smaragdina » constitue le plus court résumé, sinon le plus clair, du Grand Œuvre alchimique. D'après la légende, cet abrégé de l'opus aurait été gravé avec une pointe de diamant sur une lame d'émeraude et découverte par les soldats d'Alexandre le Grand à l'intérieur de la grande pyramide de Giseh. Cette légende est avant tout un témoignage de l'origine à la fois grecque et égyptienne de l'hermétisme, et un hommage rendu par l'esprit hellénique à la vénérable ancienneté de la sagesse qui avait fleuri dans les sanctuaires des bords du Nil. L'auteur de la Table d'Émeraude reste un inconnu malgré les supputations qui la font attribuer à un philosophe néopythagoricien du 1er siècle de notre ère, Apollonius de Tyane dont l'existence semble d'ailleurs avoir été plus mythique qu'historique. Hermès Trismégiste, Hermès le « trois fois grand » (telle est la signification de Trismégiste) qui se désigne à la fin du texte de la Table comme son auteur, est tantôt considéré comme un sage égyptien, un adepte de la Gnose qui aurait vécu peut-être au Ilème siècle avant J.C., tantôt comme le dieu lui-même, qui apparaît dans le panthéon égyptien comme le premier ministre de Thot ? Dieu lunaire, et qui sera assimilé par les Grecs, vers le IVe siècle avant J.C., au Logos, c'est à dire au Verbe. C'est ainsi que Platon l'évoque dans son dialogue intitulé Cratyle ; Hermès est également appelé psychopompe (ou guide des âmes), il agit au niveau du ciel, de la terre et des enfers, il est le maître des trois mondes, et voici peut-être au travers de ces précisions l'explication du qualitatif « trismégiste ». Quoiqu'il en soit de son origine ou de son auteur, la Table d'Emeraude ne sera connue en Occident qu'au XIIème siècle dans une traduction latine dont le philosophe et savant Albert le Grand, provincial des Dominicains, théologien, maître de St Thomas d'Aquin, canonisé lui-même mais beaucoup plus tard, se fit le propagateur. Le texte original grec, qui n'a pas été retrouvé, avait auparavant transité par des traductions syriaques et arabes. Albert le Grand en effet tient un grand nombre de ses connaissances scientifiques et alchimiques de la source arabe et de la civilisation ibéro-islamique dont le centre de Culture était la ville de Cordoue (ce n'est pas pour rien qu'un important colloque scientifique international s'est déroulé à Cordoue sur le thème "Science et Connaissance" !). On notera aussi que les savants arabes du Moyen-âge nourrissaient une très grande vénération pour le réel ou mythique Apollonius de Tyane considéré comme l'auteur du Secret de la Création des Etres, livre qui développait une véritable cosmologie et cosmogénèse et qui s'achevait sur les préceptes de la Table d'Emeraude que nous lisons dans la version qu'en donne Fulcanelli en ses Demeures philosophales :

Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable

La première phrase est, comme on voit, très affirmative et redondante. La même idée est exprimée quatre fois, clôturée en elle-même par une sorte de quaternité expressive.
On a le sentiment que l'auteur de la Table définit l'espace quadrangulaire d'un mandala. Si l'on accepte l'interprétation jungienne du mandala comme enfermant la figure psychologique du Soi, ou de l'idéal du moi, on pourra admettre que la materia prima, la matière première de l'alchimiste auquel s'adressent les préceptes de la Table, est analogiquement sa psyché même, tout autant que le mercure philosophique grâce auquel il prétend élaborer la pierre philosophale, en vue d'une spiritualisation de la matière. Celle-ci, l'intention de spiritualisation, est perceptible dans la formule du premier principe exposé.

Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut

Autrement dit le monde terrestre a son modèle céleste ; c'est la formule de l'analogie appliquée à l'espace ; chaque geste d'en bas procède d'un archétype qui est "en haut". Ainsi les Idées pour Platon se projettent dans la réalité matérielle. Cependant, pour l'auteur de la Table d'Emeraude, l'analogie est réversible et la proposition admet sa réciproque : et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. La formule ainsi complétée combat le thème de la supériorité de l'Idée sur la matière. L'homologie est complète entre le bas et le haut, si bien que ces positions spatiales ne sauraient désigner une hiérarchie de type moral ; ce qui est « en haut » ne peut se targuer d'aucune préséance sur ce qui est « en bas ». Appliquée à l'univers humain la phrase définit les conditions d'une parfaite égalité en même temps que celles d'une différenciation nécessaire entre le haut et le bas des couches sociales. Ce précepte hermétique n'est il pas celui qui régit la démocratie exemplaire et cependant ordonnée, hiérarchisée des Loges ? Ce qui est dit du haut et du bas, du zénith et du nadir, peut aisément être étendu au midi et au septentrion, à l'orient et à l'occident. La vie d'un Atelier est en effet fondée sur l'échange et la circulation des rôles que, tour à tour, nous sommes amenées à y jouer. Projetée sur notre entité psychique la phrase hermétique nous invite à ne négliger aucun aspect de notre personnalité ; nos fonctions ont beau être hiérarchisées de la "terre" du corps au « ciel » de notre intellection, elles ont chacune la même importance ; si bien que l'unité psychique consistera dans une correspondance parfaite entre le corps, l'âme et l'esprit, qui sont les trois étages du microcosme humain. Egalement, suivant le postulat qui nous est cher, le microcosme humain n'atteindra son unicité que s'il se met en harmonie avec le macrocosme, c'est à dire avec les grandes lois qui, régissent l'univers ou la Nature. Toujours dans le même sens, notre extériorisation correspond à notre intériorité et notre intériorisation répond à ce qui est notre extériorité. Et l'on peut dire encore que le moi se modèle progressivement sur le soi, et que la découverte de soi ou du Soi dépend aussi de notre moi.

… par ces choses se font les miracles d'une seule chose

C'est cette seule chose qui est le centre de tout, le foyer par lequel transitent et s'échangent les choses du haut et du bas. La pierre cubique représente pour la Franc-maçonnerie cette unité qu'il poursuit, de même que la pierre philosophale symbolise pour l'alchimiste le sens unitaire de sa propre quête. Dans les deux cas la pierre apparaît comme un lieu de concentration des énergies telluriques et des énergies célestes, et le temple, qui est un agrégat de pierres, reçoit de cet échange et de cette circulation des influences d'en haut et d'en bas, sa raison d'être physique et sa signification métaphysique.

Et comme toutes les choses sont et proviennent d'UN, par la médiation d'un, ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique par adaptation :

L'accent est mis sur l'Unité fondamentale. Les physiciens actuels nous ont familiarisés avec un schéma d'organisation de l'univers qui ne contredit pas l'affirmation de la Table : à l'origine, avant que n'apparaissent les galaxies et les étoiles au sein des galaxies, avant que les atomes n'accomplissent leur différenciation par la fusion nucléaire au sein des étoiles, il y aurait eu de vastes nuages du gaz que nous appelons hydrogène, le plus léger de tous les éléments chimiques, dont le numéro atomique est égal à 1, puisqu'il est constitué seulement d'un proton et d'un électron. Pour l'astrophysicien moderne l'hydrogène est la matière première de l'univers, les autres corps ayant été obtenus par une densification progressive de celle-ci. Je ne m'aventurerai pas plus longuement dans ce genre d'hypothèses, à la considération desquelles il faudrait ajouter que la matière elle-même, fût elle gazeuse, n'est peut-être qu'un aspect de l'Energie première envisagée comme vibration périodique, c'est à dire comme une onde sonore ou visuelle, soit comme Verbe ou comme Lumière, selon les enseignements du prologue de St Jean. On aperçoit d'ailleurs que la physique n'est que le spectre visible ou audible des grandes questions métaphysiques qui motivent et appellent notre recherche. L'alchimiste, à l'opposé du chimiste, qui voudrait s'en tenir aux seules notions positives ou observables, l'alchimiste prend en compte le problème physique dans sa dimension métaphysique et religieuse : « En ce temps là la science et la foi se saluaient, égaux convives au banquet du Savoir ». Prenant conscience de l'unité du cosmos, de l'identité substantielle du micro et du macrocosme, l'alchimiste sait qu'il appartient à une fraternité universelle de la vie et il sait que les règnes réputés sinon inertes du moins inanimés, par exemple les minéraux et les métaux, sont eux aussi des manifestations de la vie dans sa globalité : c'est pourquoi d'ailleurs, fort de cette certitude, l'alchimiste n'hésite pas à projeter des images anthropomorphiques sur les mélanges qui s'opèrent dans son athanor. De même le Franc-maçon est, au moins à l'égard de tous les êtres pensants de la planète un universaliste : il présuppose l'existence d'une "chaîne d'union humaine" dont les maillons extrêmes touchent les autres espèces vivantes, car la chaîne du Vivant régie par l'Amour ou l'Eros universel prolonge et double en quelque sorte la chaîne de l'humanité.

Le Soleil en est le père, et la Lune la mère. Le vent l'a porté dans son ventre. La terre est sa nourrice et son réceptacle. Le Père de tout, le Thélème du monde universel est ici.

Le « thélème » c'est l'anima mundi, ou mieux le « spiritus mundi », « l'esprit du monde » le principe de tout ce qui vit, c'est à dire de tout ce qui est puisque, nous venons de le voir, tout ce qui est participe de quelque façon à la positivité de la vie. (Et ainsi la mort n'aurait pas d'existence substantielle, la mort n'étant que la disparition d'une apparence en vue de la constitution d'une autre apparence). L'esprit de la vie est la résultante des quatre éléments. On notera pourtant que le texte de la Table n'évoque pas l'Eau, quoique celle-ci soit structurellement représentée par la Lune. La conjonction hermétique du Soleil et de la Lune est en effet représentable par la superposition du triangle alchimique du feu et du triangle alchimique de l'eau qui forment ensemble la figure d'une étoile à six branches que l'on appelle le "sceau de Salomon". Le sceau de Salomon représente l'achèvement du grand Œuvre et son point central correspond à la pierre philosophale née de ces noces alchimiques. Le Soleil et la Lune suffisent pour l'engendrer (le Soleil en est le père et la Lune la mère) mais non pour produire sa manifestation : car la pierre philosophale qui est l'équivalent de l'esprit du monde ou du « thélème » évoqué par le texte, doit devenir "poudre de projection" ou "souffle vital" et alors c'est en effet le vent qui le porte dans son ventre. Au niveau de la terre "sa nourrice et son réceptacle" elle rencontre la matière elle-même et s'y incarne. A l'inverse de ce qu'on connaît par l'initiation (les épreuves de la terre, de l'air, de l'eau et du feu) l'esprit du monde parcourt les éléments selon une gamme descendante et à son dernier stade trouve son incarnation. Pour les maçons, la démarche est très normalement ascendante : nous venons des formes obscures de la manifestation et de la chair pour nous élever vers l'apparition lumineuse de l'esprit du monde, vers cette gloire du Grand Architecte de l'Univers dont l'aurore est symbolisée par le premier enlèvement du bandeau sur nos yeux. On peut encore remarquer que la quaternité élémentaire, équivalent à la structure carrée d'un mandala comme nous l'avions déjà observé à propos de la première phrase, a pour résultante un cinquième élément (qu'on appelle parfois la quintessence), lequel cinquième élément opère un retour à l'unité ‑ qui est le Père de tout. Il n'y a donc pas de chronologie certaine dans le Grand Œuvre : l'esprit du monde, qui est la quintessence ou l'essence de tout ce qui est à la fois l'origine de la différenciation élémentaire et le résultat de celle-ci. Elle est la fin et le commencement suivant la parole de l'Evangile appliquée à cette autre "pierre" que fut le Christ (il convient en effet de rappeler que le Christ est pour l'alchimiste une manière de lapis philosophorum ou de pierre philosophale). Le Thélème est l'Alpha et l'Omega, et il nous faut abandonner l'idée rationnellement scientifique d'une série causale où tout effet s'explique par une cause antérieure. La Table d'Emeraude évoque un système ou toute chose causée est en même temps causante, où la « Nature » comme dirait Spinoza est à la fois naturée et naturante. Ainsi les catégories du temps ordinaire où il y a un « avant » et un « après » s'abolissent dans le Grand Œuvre. Il ne reste plus peut-être qu'un « éternel » présent : le Père de tout, le Thélème universel est ici.

Sa force ou puissance reste entière, si elle est convertie en terre.

Entendons peut-être qu'elle doit se soumettre à un devoir d'incarnation, sous peine de demeurer virtuelle et sans efficace. De même sommes nous invités à nous tourner vers la matérialité du monde profane pour faire rayonner nos principes dans la "terre', qui en a le plus besoin.

Mais, ajoute le texte, Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande industrie.

Fixer le volatil, volatiliser le fixe disent encore d'autres textes alchimiques. Il s'agit de tirer toute chose de son contraire, de découvrir le feu dans la terre, la lumière de l'obscurité, d'aboutir en somme à une spiritualisation de plus en plus grande de la matière. Telle est aussi la méthode maçonnique qui rend capable de percevoir et d'exprimer la conjoncture ou la complémentarité des opposés, qui rend de cette façon apte à comprendre et à surmonter les oppositions binaires : et l'eau n'éteint pas le feu, pas plus que le feu ne fait disparaître cette dernière. Nous conservons ensemble l'eau et le feu et nous profitons de la dynamique de leurs tendances opposées. Il monte de la terre et descend du ciel, et reçoit la force des choses supérieures et des choses inférieures. Ainsi l'esprit du monde ne néglige aucun apport. Toute la force du thélème est une sorte d'égrégore des forces contraires et unies. De même la force d'une loge provient de la diversité de ses composantes humaines, dont les unes sont plus "manuelles" et les autres plus « intellectuelles » (mettons des guillemets à ces deux qualificatifs, car il existe un aspect pratique de l'intellectualité comme il y a, d'évidence, une intelligence des mains). Des tendances caractérielles différentes qui, ailleurs, dans le monde profane, entreraient en conflit sont, au sein de la Loge, harmonisées en vue du profit supérieur à la fois des individus et de leur assemblée égrégorique. Enfin, dit la Table d'Emeraude ‑ et c'est là-dessus que j'arrêterai mon commentaire, car les dernières phrases ne sont qu'un récapitulatif de ce qui précède ‑ Tu auras par ce moyen la gloire du monde, et toute obscurité s'enfuira de toi. La « gloire du monde » doit être entendue non comme le souci d'une quelconque célébrité mais comme l'équivalent terrestre de la béatitude céleste. La gloire est alors l'éclat dont toute chose se trouve revêtue sous l'œil de l'initié qui la regarde. La nature, les êtres qui partagent notre vie quotidienne comme ceux que nous n'apercevons qu'un instant, prennent un sens nouveau sous l'œil de l'initié qui sait et qui contemple. Qu'est ce que le sentiment du sacré sinon la possibilité d'envisager chaque chose pour elle-même et en elle-même sans nous préoccuper de la ramener dans la sphère de l'utilitarisme ? Alors les êtres et les choses cessent de nous être des moyens propres à satisfaire nos intérêts. Tout ce qui est nous apparaît comme existant pour soi, et nous-mêmes nous sentons que nous vivons pour nous, ou plus exactement en vue de la réalisation du "soi" évoquée au début de ce propos. La splendeur de la liberté flotte sur toutes les apparences et auréole ou glorifie notre propre présence dans le monde. Ce miracle ontologique, cette coïncidence parfaite de la vie et de l'être c'est ce qu'Hermès Trismégiste nomme « I'Oeuvre solaire complet », qui vainc toute chose subtile et pénètre toute chose solide. C'est alors que l'Esprit est devenu Matière et la Matière est devenue Esprit. L'esprit et la matière cessent d'être antinomiques, deviennent homogènes l'un à l'autre. Nous reconnaissons bien là la cible idéale qu'en Fils de la Lumière nous visons quoique les buts réellement atteints soient en bas assez souvent moins glorieux que ce qu'ils doivent être en haut.

Publié dans Points de vue initiatiques 1987

Source : www.ledifice.net

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Les secrets véritables des Maîtres Maçons. Les mots substitués

9 Octobre 2015 , Rédigé par A/B Publié dans #Planches

D. - Comment voyagent les Maîtres Maçons ?
R. - de l’Orient à l’Occident et de l’Occident à l’Orient et par toute la terre
D. - Dans quel but ?
R. - pour chercher ce qui a été perdu, rassembler ce qui est épars et répandre partout la Lumière
D. - Qu’est-ce qui a été perdu ?
R. - les secrets véritables des Maîtres Maçons.
D. – Comment ont-ils été perdus ?
R. – par « Trois Grands Coups » qui ont causé la fin tragique de notre R\M\ HIRAM


Le mythe, qui voit dans la mort de HIRAM la perte des secrets véritables des Maît\ Maç\ nous invite donc à rechercher ce qu’est le secret de la F\M\ et ce sujet est un des éléments de base sur lequel s’édifie notre quête Maçonnique. Cette soi-disant perte est un symbole mystérieux et je ne prétends pas retrouver quoi que ce soit … mais on peut toujours en parler entre nous.

I. De la nécessité du mythe et son contexte.

Ainsi donc, l’histoire commence par un deuil qui est la conséquence d’un meurtre, c’est dire que l’ambiance générale est à la tristesse et que les MM\ MM\ présents épanchent leur chagrin par des larmes libératrices. Le T\V\M\déplore, en parlant de Hiram, que « hélas, lui seul possédait le secret de l’œuvre en cours d’exécution ». Voilà le problème posé. Aussitôt le T\V\M\ pense à « l’après Hiram » et il interroge « qui oserait maintenant se présenter pour lui succéder ? ».
La réponse viendra plus tard mais déjà par cette question, à ce moment-là, les FF\ sont invités à ne pas s’apitoyer sur eux même. D’ailleurs le T\V\M\ intervient sur le plan moral par cette injonction « ne perdons pas courage » et il indique la conduite à tenir dans l’immédiat :
« arracher les restes à ses meurtriers », il est pragmatique « rendre les honneurs funèbres à sa dépouille » : pour le respect et la dignité dus au défunt enfin, pour ouvrir le champ des possibles, tout cela avec dit-il « l’espoir de recueillir quelques traces de sa science ». Outre le chagrin, quelles sont les émotions qui habitent les FF\ à ce moment-là ? Quel est leur état d’esprit ? Vraisemblablement ressentent-ils la colère et la révolte, l’incompréhension, le dégoût, le désir de justice qui mène à la recherche des coupables - avec un désir de vengeance ? Car après avoir été capturés les meurtriers subissaient, d’après la loi de cette époque, le châtiment suprême pour venger le défunt et sa famille. Nous connaissons la suite et la fin de l’histoire qui nous amène sur un tout autre plan que celui de considérations matérielles, obscures, brutales et bornées. Mais revenons sur le chantier à la tombée de la nuit de cette journée-là. Hiram resté seul dans l’enceinte du temple reçoit deux coups puis un troisième qui est fatal. Il pouvait sauver sa vie en satisfaisant la volonté de ses agresseurs mais il choisit « la mort plutôt que de violer le Secret qui lui a été confié ». Cette mort ressemble donc à un sacrifice, un de plus dans la longue histoire des mythes à travers les époques. Hiram reste fidèle à son engagement, à ses idéaux. Quant au comportement des Comp\, il est moins clair. En effet, ils accumulent ce qui ressemble à des erreurs. Pourquoi avoir enseveli le corps si près du lieu du crime ? Pourquoi planter un Acacia en ce lieu ? lequel des trois Comp\ a eu cette idée, quel était son dessein ? En laissant de tels indices, ils donnent l’impression de vouloir être retrouvés. Et cela arrange bien les chercheurs que nous sommes. Alors, que savons-nous ?! Nous disons que Hiram a respecté ses serments solennels jusqu’au sacrifice. En sommes-nous sûrs ? Et si le mythe nous mentait ? Et si Hiram avait parlé ? C’est une hypothèse, pas une provocation. Un autre départ serait alors que les Comp\ se retrouveraient très embarrassés avec de bien encombrants secrets. En effet, en tant que créateur de l’œuvre, Hiram avait en tête la totalité de son projet architectural. Les Comp\, eux, n’avaient qu’une connaissance fragmentaire et imparfaite des plans et de l’idée « divine » détenue par Hiram puisque ces Comp\ n’étaient que des exécutants. Ils auraient été reçus avec les MM\. Qu’auraient-ils faits ? Qu’auraient-ils dits ? Combien de temps auraient-ils tenu sans être démasqués ? Mais la vérité est que Hiram n’a rien révélé et qu’il a été mortellement privé de la parole, ce qui nous pénalise, nous les MM\ MM\. Intuitivement nous comprenons que Hiram était au service du bien. Il était un homme bon, animé par un « esprit divin » au contraire des Comp\ que l’ignorance, le mensonge et l’ambition rendaient dépendants de l’esprit du mal. Cet esprit cherchait à ravir la puissance du premier pour prendre sa place. Et temporairement, le mal l’a emporté. Et que déplorons-nous le plus ? La perte de secrets ou le fait que les mauvais Comp\, en assassinant Hiram sont parvenus à détruire l’esprit d’harmonie qu’il symbolisait ? C’est en quelque sorte une mort libératrice mais qui condamne les MM\ MM\ à la liberté. Il est bien entendu nécessaire que Hiram meurt. Avec ou sans mauvais Comp\, le temple n’aurait-il pas été achevé ? Il faut se rappeler que deux autres personnes détiennent les clés du savoir et d’une certaine Connaissance. Il s’agit des deux Rois : Salomon et Hiram Roi de Tyr qui, de par leur fonction royale sont investis de pouvoirs particuliers. Ils forment un tri-magistère qui organise le chantier et s’assure du bon déroulement des travaux. Mais sans la mort de Hiram nous aurions été privés d’une histoire édifiante, édifiante dans le sens d’élévation spirituelle. De nombreux mythes sur la condition humaine rendent nécessaire la désobéissance, la révolte ou la transgression face à une autorité toute puissante. Dans l’histoire biblique du commencement, Adam et Eve passent outre un commandement divin et ils acquièrent indûment la connaissance du Bien et du Mal. Cela provoque un changement d’état et de plan de conscience ce qui les rend semblables aux dieux (au pluriel). Nous comprenons que nos besoins physiques primaires (biologiques) et psychiques nous lient par leur fonctionnement automatique. Par la transgression nous avons la faculté de nous en affranchir sans pour autant nous en abstraire, ce qui serait un non-sens. Plus tard, Moïse brisera les Tables de la Loi et plus tard encore Judas trahira Jésus. Pour ne citer que ceux-là car les rebellions sont nombreuses dans les Ecritures. Des récits représentatifs émanent d’autres cultures, je pense au mythe d’Isis et d’Osiris que je n’aborde pas non pas par désintérêt mais parce que je me sens plus à l’aise dans le domaine judéo-chrétien. Et malgré la mort du Maît\, paradoxalement, l’édifice sera achevé.

II. De l’outil au Logos
Ce paradoxe permet d’aborder les divers aspects de la Parole qui est l’outil qui donne forme au récit, que les mots habillent et que le nom désigne. Tout d’abord, la Parole véhiculerait-elle des secrets que nous ignorons pour n’en avoir pas conscience ou par ignorance ? Les trois premiers chapitres de la Genèse nous livrent quelques clés pour comprendre le processus de création par Dieu et Adam. Au commencement, Dieu sépare la lumière et les ténèbres. Il appelle la lumière « jour » et les ténèbres « nuit ». Le fait de nommer organise le temps par séparation et spécification. Ensuite Dieu crée l’homme à son image, ainsi que la femme. La divinité crée par le pouvoir et la force de la Parole sur une Terre informe et vide. Aucun témoin n’intervient dans cette première étape qui symbolise l’état d’inconscience du monde. Dans le chapitre II, Dieu modèle les bêtes sauvages et confie à Adam le soin de les nommer. Adam est ainsi préparé à prendre conscience de son environnement. Le chapitre III voit Adam et Eve émerger dans le conscient. Le serpent, nouvel acteur, entre en jeu et il dialogue avec Eve pour lui proposer de manger le fruit défendu. Celle-ci accepte et en offre à Adam qui reste étrangement silencieux. C’est ainsi que le couple entre dans le monde du langage et de l’expérience au prix d’importantes modifications de leur état primordial. Mais l’homme conserve le souvenir de son ancien pouvoir - celui de nommer - et qu’il vient de perdre en étant chassé du Paradis. Dans les Traditions Egyptiennes et bibliques, seuls certains prêtres connaissent le secret du nom divin et ont le pouvoir de le prononcer. A condition toutefois de savoir le prononcer correctement sinon la mort frappera l’imprudent. Paroles et mots servent jusqu’ici à nommer des individualités : Dieu, homme, animaux ou objets dans un but métaphysique le plus souvent. La parole est aussi utilisée socialement pour satisfaire des obligations politiques ou religieuses. La Grèce antique a vu l’éclosion de nombreuses écoles qui exaltaient la puissance de la parole. Celle-ci parfois coupée de la réalité proposait d’accéder à une connaissance logique et désincarnée. Son apprentissage vise l’efficacité et ne nécessite ni connaissance de soi, ni connaissance de l’autre car seule l’intellectualisation du langage est recherchée. Ces philosophies qui conviennent au monde profane vont à l’encontre de ce que nous imaginons en Maç\ car pour nous elles sont source d’ignorance. Les secrets véritables qui ont été perdus ne sont pas du même ordre. Les mauvais Comp\ pensaient qu’ils relevaient de la communication d’un savoir alors que notre recherche se place sur le plan de la Connaissance synonyme ici de qualité d’être. Je m’arrête aussi sur l’épisode Babylonien représentatif des dangers du langage soi-disant unique. Cette légende nous dit que Noé et les siens ont bâti une ville et une tour dont le sommet atteint le ciel. Leur but est de s’installer durablement et de ne pas disperser leur force. Ils parlent tous la même langue, sont unis et réussissent dans leurs entreprises. La manifestation de cet orgueil déplaît à Dieu qui les disperse sur toute la surface de la terre car, dit-il, « tout ce que les hommes entreprennent ensemble leur réussit ». Ce pourrait être une bonne chose mais connaissant les hommes, n’est-ce pas là plutôt une illustration du risque totalitaire ? Un seul peuple, un seul langage, une seule parole dans la bouche d’un seul chef ? Quelle place aurait été donnée aux étrangers ou à ceux qui refusent dogmatisme et fanatisme ? Les mots avaient perdu leur sens ce qui rendait la parole incompréhensible ou bien le dialogue devenait un simple bavardage. De la confusion des langues naît l’obligation pour l’homme de rassembler ce qui est épars, à condition de savoir chercher, savoir et vouloir trouver ce qu’il pense être perdu.

III. Chercher ce qui a été perdu
Une chose est sûre : nous savons où retrouver un Maît\ perdu. On le retrouverait « entre l’Equerre et le Compas », ou bien « au Centre du Cercle ». Et par un heureux hasard, retrouverait-il lui-même à cet endroit les secrets véritables des MM\ MM\ ?! Ainsi, est-il permis de penser que ces secrets symboliquement disparus avec Hiram auraient un rapport avec l’Unité ? Au XII ème siècle, des philosophes ont utilisé le cercle – symbole de l’espace clos – pour définir Dieu. La phrase est bien connue : « Dieu est une sphère dont le centre est partout, la circonférence nulle part ». Ils parvenaient à dire la vertigineuse problématique du cercle avec ses rapports du centre à la périphérie, et la difficulté de trouver les places respectives de Dieu et de l’homme. Nous, Maç\, reprenons la démarche Adamique sur le plan des idées. En nommant les animaux, Adam les faisait exister par le moyen de sons organisés qui contenaient la plénitude de ce qu’il désignait. C.à.d. la chose elle-même ou le « ça », avec le sens de son expression qui permet de situer le « ça » dans l’espace et dans le temps tout en précisant sa fonction, sa finalité, son usage, etc. Ce que les Esotéristes appellent : « la multiplicité dans l’Unité primordiale » Cette langue merveilleuse et parfaite a été perdue lorsque le 1er couple a heureusement failli aux obligations qui les rendaient semblables aux Dieux. En accédant à la Connaissance, ils ont appris l’expérience individuelle qui peut être expliquée, démontrée, imitée voire transmise mais qui demeure rigoureusement incommunicable. Adam et Eve nous disent de quitter le domaine de l’intellect pour entrer dans le devenir pour espérer Etre. Peut-être notre mémoire nous rappelle-t-elle ce monde-là lorsque par nos rituels nous sacralisons l’espace et le temps ? S’agit-il de nostalgie ou de l’espoir de retrouver pour un moment une étincelle de perfection ? Pour nous mortels, la quête de sens consiste aussi à tenter de comprendre l’ordre des choses. La multiplicité des éléments qui apparaissent indépendants les uns des autres peut-elle être reliée par une Loi qui les gouvernerait tous ? Nous rassemblons ce qui est épars, comme par exemple les pierres, pour qu’elles deviennent Temple qu’il faut ici comprendre dans son sens de Connaissance et d’Unité.

IV. Les mots forcément substitués
Quels mots allons-nous utiliser pour construire ? Des mots forcément substitués à la langue originelle. Nous avançons prudemment. Tout d’abord, nous épelons, puis au grade Comp\ nous donnons un mot de passe au risque de le mal prononcer. Au 3ème D\ le F\ 1er Surv\ revient de l’Occident avec un mot de passe et un mot de Maît\ que le T\V\M\ approuve jusqu’à ce que, dit-il, les mots véritables puissent être retrouvés. Il est clairement entendu qu’il s’agit-là d’un arrangement, d’un accommodement …
Mais plus qu’un mot, le Maç\ devient comme un Dieu qui grave les Tables de la Loi pour lui-même, les autres Maç\ s’y employant aussi. Il est souhaitable que l’homme ne commette pas l’erreur mainte fois répétée dans l’histoire de faire de cet homme le centre du monde, conséquence d’un nombrilisme désastreux qui altère les vertus de l’espérance. Peut être devons-nous avoir à l’esprit que la voie Maç\ et sa méthode favorisent la connaissance de soi et la transformation de soi pour permettre l’émergence naturelle de la Loi morale.
Les Maç\ travaillent donc à tailler les Tables de la Loi jusqu’à ce que la Loi s’y révèle d’elle-même. Pour cela, nous allons sans cesse du silence intérieur à la parole qui rend possible le dialogue. Il n’est pas dit que les aller-retour dans la verticalité doivent se faire dans le silence. Mais pour l’horizontalité il est certain que seul le langage permet d’échanger avec nos semblables. Encore que … Mais je m’en tiendrai au REAA qui nous dit que l’on transmet en substitution la première parole prononcée lors de la découverte de la dépouille de Hiram.

Frédéric Dard, alias San Antonio, fait dire à l’un de ses personnages : « les autres font ce qu’ils veulent de tes paroles tandis que tes silences les affolent ».
Le silence est l’épreuve que subissent les Ap\ jusqu’à ce qu’ils accèdent au grade de Comp\. Je dis épreuve car pour beaucoup c’est une période difficile qui n’est pas prolongée au-delà du grade d’Ap\. Le silence est ici une ascèse à durée limitée contrairement à d’autres spiritualités – exotériques le plus souvent – qui érigent le silence en discipline de vie. La discipline Maç\ vise, bien sûr, à apprendre aux Ap\ à « enfermer nos secrets dans un lieu sûr et sacré », qui est le cœur. Car il n’a jamais été bénéfique pour personne de « jeter des perles devant les porcs », comme le dit durement l’Ecriture. On ne peut communiquer un secret à qui n’a pas vocation pour le connaître. La suite du verset dit pourquoi : « de peur qu’ils se retournent contre vous pour vous déchirer ». Oui, mais parfois le silence fait peur. Quant à la parole elle peut être dangereuse, parfois aussi. Ou simplement remplir un espace immense et intervenir dans les divers aspects de la vie des individus ou des sociétés. L’épisode biblique de la résurrection de Jésus (qui devient Christ) illustre cela. Les femmes qui suivaient Jésus de son vivant se rendent à son sépulcre dont elles trouvent l’entrée ouverte et le tombeau vide de son occupant.
Dans cette histoire aussi la mort retire la parole au protagoniste. Mais depuis 2000 ans ne peut-on dire que son absence est parlante ? Le Temple dit de Salomon a été détruit deux fois au cours de son histoire. Et entre temps, il a été profané à plusieurs reprises. Où étaient les MM\MM\ pendant ces périodes troubles ? Où s’assemblaient-ils ? Participaient-ils à d’autres constructions ? Quels mots utilisaient-ils pour exprimer leurs secrets ? Comment ont-ils préservé leurs secrets ? Pour eux, je ne sais pas. Pour nous, aujourd’hui, j’ai quelques idées. La démarche Maç\ qui est collective est pratiquée par des hommes individuellement faibles, mais forts lorsqu’ils s’assemblent en L\. Forts ils resteront s’ils quittent la L\ avec la volonté de pratiquer fidèlement le Devoir. Mais on parle à l’extérieur du Temple avec des mots également substitués car il faut « penser en Maç\ et parler en profane » ai-je lu récemment. Toutefois dans l’enceinte sacralisée, nous « rassemblons ce qui est épars » en utilisant les mots substitués du REAA car seul l’usage de ces mots limite les risques de dispersion dans la manœuvre de recentrage. Le choix des mots substitués que nous utilisons est, ou a été, l’objet de discussions. J’aimerais être kabbaliste pour en discourir à mon aise. Ce n’est pas le cas. Je préfère donc retenir que le mot est le véhicule de l’idée. La narration biblique de l’histoire du peuple d’Israël est un cheminement de substitution en substitution. Souvenons-nous : L’Eternel ordonne un sacrifice à Abraham et son fils semble être le sacrifié alors qu’au dernier moment un bélier le remplacera sur l’Autel. Plus tard, la Loi morale s’inscrit dans le Décalogue ; la transmission orale devient Loi écrite, gravée. En termes d’interdictions pour certains préceptes : « tu ne … ». Sachant ce qu’il ne faut pas faire, il appartient aux hommes de s’organiser librement socialement. La substitution est double puisque l’expression de la Loi change de forme et que l’homme bénéficie à cet instant de la capacité de prendre des initiatives personnelles et collectives. Plus tard encore, au cours de son ministère Jésus dit être venu pour accomplir la Loi et non pas la détruire. L’ancienne alliance devient nouvelle – du moins pour les chrétiens – et les sacrifices n’ont plus lieu d’être puisqu’il se propose en victime expiatoire pour l’humanité. Le plan de conscience est une fois encore modifié. De Jésus il est dit dans le rituel de réception au 2ème D\ qu’ « il vint annoncer à l’Occident la Bonne Nouvelle de la Fraternité humaine : Aimez-vous les uns les autres ». Que penser de l’application de ces simples mots au cours des 2000 ans écoulés ? Les disciples de Jésus dispenseront la pensée de leur Maître par des écrits dont les mots et leur sens vont du plus simple au plus complexe et constituent la Loi morale. La Maç\ et les Maç\ y trouvent la Sagesse, la Force et la Beauté - ainsi que l’Amour - pour relever de nombreux Temples temporairement à terre.
Hiram, notre semblable, est soulevé par les Cinq Points Parfaits de la Maîtrise et le T\V\M\lui communique aussitôt les syllabes du Mot Sacré des Maîtres. Ils nous reviendront en écho, enrichis de son expérience. C’est ainsi que, avec des Mots nous bâtissons le 3ème Temple idéal et éternel. Mon F\ MO....N,je suis à l’écoute de tes Secrets véritables et de tes Mots substitués.
J’ai dit.

Source : www.ledifice.net

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